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Titre :
L'annuaire du Québec...
Éditeur :
  • [Saint-Laurent] :Éditions Fides,[2002]-[2007]
Contenu spécifique :
2006
Genre spécifique :
  • Publications en série
Fréquence :
une fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Québec... (Saint-Laurent, Île-de-Montréal, Québec)
  • Successeur :
  • État du Québec ...
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L'annuaire du Québec..., 2006, Collections de BAnQ.

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[" MO .>>¦ ' L\u2019annuaire du Québec r\tr ftCEIC |\\| I AIIEDE^ Par Pierre Marc Johnson, Jacques Parizeau Ltw Utl Iw UU lJULDOU et 35 leaders d\u2019opinion québécois IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES L\u2019annuaire du Québec 2006 SOUS LA DIRECTION DE MICHEL VENNE ET ANTOINE ROBITAILLE L\u2019annuaire Québec LE QUÉBEC EN 2006 2005 EN SEPT POLÉMIQUES L\u2019ÉTAT DU QUÉBEC LA POPULATION L\u2019ÉCONOMIE ET LES CONDITIONS DE VIE LA SANTÉ ET L\u2019ÉDUCATION LA CULTURE LES SPORTS ET LES MÉDIAS LA VIE POLITIQUE L_________________ r LE TERRITOIRE k______________ LE QUÉBEC, LE CANADA, LE MONDE F DES LE QUEBEC EN UN COUP D\u2019ŒIL Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Vedette principale au titre : L'annuaire du Québec 2006 Annuel Comprend des réf.bibliographiques.Publ.en collab.avec : Institut du Nouveau Monde.ISSN 1711-3571 ISBN 2-7621-2646-0 1.\tQuébec (Province) - Politique et gouvernement - 21e siècle.2.\tQuébec (Province) - Conditions sociales - 21e siècle.3.\tQuébec (Province) - Conditions économiques - 21e siècle.I.Venne, Michel, 1960-.II.Institut duNouveauMonde.FC2925.2.Q41\t971.4'05\tC2004-390011-9 Dépôt légal : 4e trimestre 2005 Bibliothèque nationale du Québec ©Éditions Fides Les Éditions Fides remercient de leur soutien financier le ministère du Patrimoine canadien, le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (Sodec).Les Éditions Fides bénéficient du Programme de crédit d'impôt pour l'édition de livres du gouvernement du Québec, géré par la Sodec.IMPRIMÉAU CANADAEN NOVEMBRE 2005 ?L\u2019annuaire du Québec 2006 LAnnuaire du Quebec est publie' chaque année depuis igg6 par Les Éditions Fides.C\u2019est une publication de l\u2019Institut du Nouveau Monde (INM).Directeurs Michel Venne et Antoine Robitaille Redaction, recherche, révision, traduction Sophie Breton-Tran, Denis Desjardins, Miriam Fahmy, Serge Laplante Conseillers et partenaires Robert Choinière (santé), Paul-André Comeau (administration publique), Madeleine Gautbier et l\u2019Observatoire Jeunes et sociétés (familles et générations), Robert Laliberté et l\u2019Association québécoise des études québécoises (le Québec et le monde), Maurice Tardif et le Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante (éducation), Daniel Giroux et le Centre d\u2019études sur les médias (médias), le ministère des Affaires municipales et des régions (régions).Rédaction Anne-Marie Aitken, Pierre Anctil, Sébastien Arcand, Lise Bacon, Stéphane Baillargeon, Pierre Beaudet, Louise Beaudoin, Carole Beaulieu, Éric Bédard, Hélène Bégin, Claude Béland, Noreddine Belhocine, Gérard Bérubé, Robert Bemier, Mathieu Bock-Côté, Denise Bombardier, Gérard Bouchard, Pier-André Bouchard St-Amant, Vicky Boutin, Michel Brûlé, Henri Brun, Jocelyne Caron, Frédéric Castel, Alec Castonguay, Charles Castonguay, Clairandrée Cauchy, Jean Cermakian, Marc Chevrier, Robert Choinière, Hélène Chouinard, Marie-Andrée Choinard, Thomas Collombat, Robert Comeau, Louis Comellier, Michel David, Fabien Deglise, Bernard Descôteaux, Jean-Pierre Desaulniers, Christian Desmeules, Jean Dion, Frédérique Doyon, Bernard Drainville, Pierre Dubuc, Christian Dufour, Jacques Dufresne, Clermont Dugas, Luc Dupont, Robert Dutrisac, Valérie Émond, Joseph Facal, Dominique Foisy-Geofïfoy, Pierre Fortin, Graham Fraser, Gilles Gagné, Jean-Paul Gagné, Gabriel Gagnon, Dominique Garand, Clermont Gauthier, Jean-Pierre Girard, Daniel Giroux, Alain Guay, Steven Guilbault, Denis Hamel, Fatima Houda-Pepin, Isabelle Hudon, Amir Khadir, Jacques Keable, Rémy Kak\u2019wa Kurtness, Gilles Labelle, Robert Laliberté, Bernard Lamarche, Simon Langlois, Robert Laplante, Serge Laplante, Daniel Leblanc, Patrice LeBlanc, Pierre Lefebvre, Anne-Marie Lemay, Katbleen Lévesque, Robert Lévesque, Pierre L\u2019Hérault, Jocelyn Maclure, Don Macpherson, Nicolas Marceau, Daniel Maltais, BachirMazouz, Martin E.Meunier, Nelson Michaud, Henry Milner, Alain-RobertNadeau, Jacques Nantel, Bertrand Nolin, Joëlle Noreau, Pierre Noreau, François Normand, Marc-Urbain Proulx, Marc Ouimet, Ginette Paquet, Isabelle Porter, Philip Raphals, Jean Renaud, Christian Rjoux, Marc Rjoux, Jean-Claude Rivest, Yves Rousseau, Jean-Hugues Roy, Mario Roy, Sylvie Roy, Nicolas Saucier, Matbieu-Robert Sauvé, Majella Simard, Pierre Thibault, Marc Van Audenrode, Thierry Vandal, Bernard Vermot-Desroches, Claude Villeneuve, Jean-Philippe Warren.Photographies Jacques Nadeau (sauf avis contraire) Caricatures Michel Gameau (Gamotte) Direction artistique Gianni Caccia Mise en pages et infographie Gaétan Venne LAnnuaire du Québec est publié en collaboration avec Le Devoir Les Éditions Fides 358, boul.Lebeau, Saint-Laurent (Québec) H4N1R5 L\u2019Institut du Nouveau Monde 209, rueSainte-CatberineEst, C.P.8888, suce.Centre-ville Montréal (Québec) H3C 3P8 inm(ô)inm.qc.ca \u2022 www.inm.qc.ca ?Sommaire 14 Institut du Nouveau Monde LE QUÉBEC EN 2006 Les défis du Québec 24 Pierre Marc Johnson : Le Québec doit préserver sa capacité de taxer Antoine Robitaille 31 Jacques Parizeau : Le Quebec doit s\u2019affranchir de ses dogmes Antoine Robitaille 38 Les défis du Québec vus par 35 leaders d\u2019opinion Les anniversaires 76 1906-Il y a cent ans La guerre de 1906 Jean-Philippe Warren ?9 1906 - Naissance du peintre Alfred Pellan Pellan tel qu\u2019en lui-même Bernard Lamarche 83 1976 - Élection d\u2019un gouvernement du Parti québécois 30 ans plus tard, la souveraineté, un projet toujours vivant Louise Beaudoin 86 15 novembre 1976, une date parmi d\u2019autres Jean-Claude Rivest 89 1986-Lanaissance deTQS, le Mouton noir de la télévision TQS : Rien comme la persévérance Jean-Pierre Desaulniers 9?1996 - Le « déluge » au Saguenay La vision à court terme Claude Villeneuve 2005 EN SEPT POLÉMIQUES 104 Le printemps des étudiants : place à la génération «Y»! Éric Bédard 112 Gomery : des histoires d\u2019argent et de pouvoir Daniel Leblanc 120 Pourquoi tout le monde parle de Tout le monde en parle?Dominique Garand 129 Le rouleau compresseur de Wal-Mart Jacques Nantel 135 Benoît XVI : vers un divorce entre la culture québécoise et l'Église catholique Martin E.Meunier 14?Les écoles juives privées dans la tourmente Pierre Anctil 155 La saga du CHUM Kathleen Lévesque L\u2019ÉTAT DU QUÉBEC La populaion La famille et les générations 164 Les mythes de « l\u2019exode des jeunes » Patrice Leblanc 174 L\u2019homme québécois est-il un perdant?Mathieu-Robert Sauvé L\u2019immigration 181 Que disent les groupes ethniques aux gouvernements ?Sébastien Arcand La langue 189 La Cour suprême du Canada et le droit à l\u2019école publique anglaise au Québec Henri Brun 197 L\u2019anglicisation plus courante que la francisation Charles Castonguay 284 L\u2019anglais sera enseigné en première année Marie-Andrée Chouinard Les phénomènes religieux 210 La charia à la canadienne Clairandrée Cauchy 213 L\u2019Assemblée nationale contre les tribunaux islamiques Fatima Houda-Pepin, Jocelyne Caron et Sylvie Roy 222 Convertis québécois et unions interreligieuses Frédéric Castel L\u2019économie 230 Le boom de l\u2019éolien au Québec Philip Raphals 236 Énergie : le défi du développement durable Thierry Vandal 241 Tour d\u2019horizon de l\u2019économie québécoise en 2005 Sa majesté le consommateur Gérard Bérubé 246 Gaspésia : empêcher que l\u2019histoire se répète Pierre Fortin et Marc Van Audenrode 248 Un syndicalisme ébranlé Thomas Collombat 261 Habitation : le sommet est derrière nous Hélène Bégin 268 La hausse du huard donne des sueurs froides au secteur manufacturier Joëlle Noreau 279 Atmosphère de crise dans les pâtes et papiers François Normand Les conditions de vie La consommation 282 Agroalimentaire : fiasco sauce libérale Fabien Deglise La sécurité 288 La criminalité baisse au Québec : pourquoi?Marc Ouimet La santé 296 Les Québécois bougent plus mais pas encore assez Bertrand Nolin et Denis Hamel 312 Les coops pour éviter le modèle Jean Coutu Jean-Pierre Girard 320 Au bas de l\u2019échelle, tout n\u2019est pas joué à l\u2019âge de 4 ans Ginette Paquet et Denis Hamel 332 Le diabète, nouveau fléau Valérie Émond L\u2019éducation 340 La réforme de l\u2019éducation au Québec : fallait-il aller si loin ?Clermont Gauthier 345 Pour un ministère de la Rercherche au Québec Pierre Noreau et Marc Rioux La culture 352 L\u2019année du théâtre québécois Au bord de la crise.Robert Lévesque 357 L\u2019année du cinéma québécois Une année de contrastes Yves Rousseau 363 Les essais québécois Penser l\u2019impuissance Louis Cornellier 367 Le roman québécois Entre l\u2019ancien et le nouveau Christian Desmeules 374 La danse en crise La fermeture du FIND et les mauvais comptes de Perreault Frédérique Doyon 379 Revues L\u2019impossible renaissance du conservatisme moral au Québec Gilles Labelle Les sports 386 Le nouveau visage du sport professionnel à Montréal Jean Dion Les médias 390 Liberté ?Jean-Hugues Roy 396 L\u2019année des médias CRTC : des décisions qui dérangent Nicolas Saucier 419 Vue d\u2019ensemble des médias québécois Daniel Giroux LA VIE POLITIQUE Vie politique 440 Les jeunes appuient la souveraineté et les souverainistes le demeurent en vieillissant Simon Langlois et Gilles Gagné 457 Le bilan de l\u2019année politique Un leadership en crise Michel David 465 L\u2019héritage de Bernard Landry Graham Fraser 472 La «souveraineté payante»?Robert Dutrisac 477 La chronique de l\u2019Assemblée nationale Serge Laplante Administration publique 486 Modernisation de l\u2019État québécois : inutile de crier au loup Daniel Maltais 494 Pour comprendre les PPP Joseph Facal, Noureddine Belhocine et Bachir Mazouz 506 Le marketing gouvernemental : ce que révèle la commission Gomery Robert Bernier LE TERRITOIRE Les grands enjeux 516 Les conditions de réussite d\u2019un traité avec les Innus Rémy « Kak'wa » Kurtness 521 La renaissance autotochtone Marc-Urbain Proulx et Josée Gauthier 530 Saint-Camille : Cultiver l\u2019avenir Anne-Marie Lemay et Michel Venne 538 La loi sur la protection du territoire et des activités agricoles, une loi essentielle mais contestée dans ses modalités d\u2019application Clermont Dugas Les régions La région métropolitaine de Montréal 546 Montréal, entre rêve et réalité Jacques Keable La couronne métropolitaine montréalaise 555 La couronne métropolitaine est une fois de plus championne de l\u2019emploi Vicky Boutin La région métropolitaine de Québec 560 La fin d\u2019une époque Isabelle Porter La couronne des villes intermédiaires 572 Une diversité et une autonomie qui s'affirment et se confirment Bernard Vermot-Desroches La couronne périphérique 581 Une évolution économique différenciée Majella Simard et Clermont Dugas LE QUÉBEC LE CANADA LE MONDE Le Québec et le Canada 592 Le Bloc très populaire Alec Castonguay 597 Québec-Canada : la fin des illusions Jean Cermakian 603 Solide comme le RDC?Antoine Robitaille 611 La participation poputaire à la réforme électorale en Colombie-Britannique : quelles leçons pour le Québec ?Henry Milner 623 La nomination des juges: les seigneurs du droit Marc Chevrier 631 La Cour suprême du Canada en 2004-2005 : une année québécoise Alain-Robert Nadeau Le Québec et le monde 642 Le gouvernement Charest et l\u2019action internationale du Québec : une année de transition Nelson Michaud 650 Québec-Las Vegas : petite autopsie d\u2019un grand succès Stéphane Baillargeon 657 La gratuité scolaire en France, un modèle pour le Québec ?Christian Rioux 667 Le Québec comme objet d\u2019étude en 2004-2005 Hélène Chouinard et Robert Laliberté LE QUÉBEC EN UN COUP D\u2019ŒIL 674 Description générale 678 Les grandes dates de l\u2019histoire du Québec 683 Le personnel politique à Québec Serge Laplante 690\tLes premiers ministres du Québec de 1867 à nos jours 691\tVingt tendances marquantes de la société québécoise Simon Langlois et Luc Dupont 702 L\u2019état de santé des Québécois Robert Choinière 706 Le Québec n\u2019est pas le cancre économique qu\u2019on dit: version amendée Alain Quay et Nicolas Marceau 711 Chronologie 2004-2005 Les grands événements Serge Laplante 732 Les grands disparus 737 Principales lois de 2004-2005 742 Le calendrier des grands rendez-vous de 2006 Introduction L\u2019Annuaire 2006 : boule de cristal et rétroviseur Antoine Robitaille Antoine Robitaille L'Annuaire du Quebec bouge, en 2006.Nous l\u2019avons voulu plus nerveux, plus critique, plus dynamique, parfois plus littéraire, tout en gardant ce qui en a fait depuis une décennie un véritable ouvrage de référence qui dresse ni plus ni moins que l\u2019état du Québec et offre sur cette société les données fondamentales les plus fraîches.Boule de cristal Commençons par le côté boule de cristal : bien sûr, il s\u2019est toujours fait de la prospective dans L\u2019Annuaire du Quête.Mais dans cette édition 2006, nous avons amplifié et mis en relief cet exercice toujours périlleux mais stimulant.Non seulement nous avons demandé à nos quelque 80 auteurs de faire, dans leur texte, un effort de prospective, mais nous avons sollicité l\u2019avis de quelque 35 observateurs de la société québécoise sur ce que sont les trois plus grands défis du Québec en 2006.Deux anciens premiers ministres du Québec, Jacques Parizeau et Pierre Marc Johnson, ainsi qu\u2019une sénatrice, Lise Bacon, ont entre autre accepté de se prêter à l\u2019exercice.Rétroviseur L\u2019Annuaire de 2006 tient aussi à jeter un coup d\u2019œil sur le rétroviseur, pour voir d\u2019où le Québec vient, pour mieux interpréter son parcours.Bien sûr, ses éditions précédentes le faisaient déjà - pensons aux précieuses sections chronologiques de Serge Laplante, qui reviennent encore cette année - mais nous avons ici aussi décidé de mettre les choses en relief.Notamment dans la nouvelle section sur les sept grandes polémiques de 2005, décortiquées par des plumes aguerries qui proposent des essais de grande qualité.Dominique Garand s\u2019affaire avec brio à décortiquer le phénomène télévisuel Tout le monde en parle.L\u2019historien Éric Bédard, explique les grandes causes de la grève étudiante de 2005.etc.Aussi, deux journalistes à qui l\u2019on doit plusieurs révélations, Daniel Leblanc et Kathleen Lévesque, s\u2019attardent respectivement au dossier où ils ont servi avec brio le droit du public à l\u2019information : le scandale des commandites dans le cas de Leblanc et la saga du CHUM, dans celui de Lévesque.Nous avons voulu regarder encore plus loin dans le rétroviseur.En 2006, nous soulignerons les 30 ans du 15 novembre 1976, date de l\u2019accession au pouvoir du Parti Introduction québécois et autour de laquelle débattent dans nos pages deux personnalités politiques de camps opposés.Nous avons parfois regardé très loin dans le passé : il ne faut rater le texte du sociologue Jean-Philippe Warren qui a voyagé ioo ans en arrière pour explorer l\u2019état d\u2019e-spritdu Québec eniqoô.Plus proche de nous : l\u2019expert en changements climatiques Claude Villeneuve, décrit les io ans qui ont suivi le déluge du Saguenay.Quant au très regretté sociologue des médias Jean-Pierre Desaulniers, fauché par le cancer début août, il nous a fait l\u2019ultime cadeau d\u2019un texte documenté et plein de verve au sujet des 20 ans de Télévision Quatre-Saisons.Un agenda pour 2006 Les aspects « boule de cristal » et « rétroviseur » se retrouvent tous deux dans une toute nouvelle section Calendrier des rendez-vous de 2006.Se voulant d\u2019une utilité immédiate, elle propose ni plus ni moins de dresser une liste non exhaustive des grands rendez-vous nationaux et internationaux de l\u2019année.Rien de mieux pour voir ce que 2006 nous réserve.Voilà une autre bonne raison de garder l\u2019annuaire sur son bureau ou sur sa table de nuit pendant toute l\u2019année.Ce calendrier s\u2019ajoute aux autres éléments factuels et statistiques, la chronologie de l\u2019année écoulée, les lois adoptées en 2004-2005, le personnel politique, les grandes dates de l\u2019histoire du Québec, que nous avons regroupés, à la fin de l\u2019ouvrage, dans une section Le Québec en un coup d\u2019œil complètement remaniée.Nos « classiques » L\u2019Annuaire du Que'bec 2 0 0 6 conserve les grandes têtes de chapitre sur lesquelles repose sa pertinence.Il dresse l\u2019état du Québec, propose ses bilans régionaux, analyse certaines données clés de son économie, s\u2019attarde aux questions religieuses, de santé, d\u2019éducation, en passant par la culture, les médias, les sports (une nouveauté avec Jean Dion), la vie politique ainsi que l\u2019inscription du Québec dans le monde.Plusieurs auteurs habitués reviennent avec bonheur.Ce sont les classiques de l\u2019Annuaire : Michel David dresse son bilan politique ; Pierre Fortin étudie un dossier éconmico-politique, celui de la Gaspésia ; Louis Cornellier interprète l\u2019année des essais ; Jean Dion interprète à sa façon le déclin du base-bail et du hockey et la montée du football et du soccer ; Simon Langlois propose de lire le Québec en 20 tendances.Avec Gilles Gagné, il nous propose le fruit d\u2019une étude exclusive de l\u2019opinion publique sur la souveraineté du Québec etc.Aussi, des plumes connues s\u2019ajoutent au panthéon de l\u2019Annuaire : Graham Fraser s\u2019attarde au bilan de Bernard Landry ; Robert Lévesque propose son bilan du théâtre en 2005 ; Mathieu-Robert Sauvé s\u2019attarde à l\u2019année des hommes québécois ; Stéphane Baillargeon tente de comprendre pourquoi les artistes québécois ont tant de succès à Las Vegas.Autrement dit, cet ouvrage hybride, à la fois un almanach, un « état du Québec » et un panorama de la recherche sur cette « société distincte » contient des trésors que les lecteurs prendront plaisir à découvrir tout au long de 2006 et au delà.Vos commentaires sont les bienvenus : inm(5)inm.qc.ca.9 INSTITUT DU NOUVEAU MONDE Une nouvelle BOÎTE À IDÉES L'INM EST UN INSTITUT INDÉPENDANT, non partisan, voué au renouvellement des idées, à l'animation des débats publics et à l'éducation civique au Québec.L'INM ŒUVRE DANS UNE PERSPECTIVE DE JUSTICE SOCIALE, de respect des valeurs démocratiques, et dans un esprit d'ouverture et d'innovation.RETROUVER LE GOÛT DE L'AVENIR, relancer l'imaginaire, aider les décideurs à décider mieux, dessiner les contours du Québec dans lequel nous voulons vivre demain, déterminer ce qui doit être fait pour répondre aux aspirations d'une société progressiste, juste, démocratique et pluraliste : voilà l'essentiel de la mission de l'Institut du Nouveau Monde.Incorporé le 20 janvier 2003, l'INM a été lancé publiquement le 22 avril 2004 en présence de 300 citoyens et citoyennes à l'hôtel de ville de Montréal.La parole aux citoyens PAR SES ACTIONS, l'INM encourage la participation des citoyens, contribue au développement des compétences civiques, au renforcement du lien social et à la valorisation des institutions démocratiques.L'avenir du Québec dépend certes d'une économie de marché dynamique et d'un Etat transparent mais aussi d'une société civile forte, bien informée, rompue aux règles de la délibération, apte à participer aux décisions et à produire de l'innovation.Après à peine un an d'existence, L'INM A REÇU LE PRIX CLAIRE-BONENFANT 2005.Il s'agit du Prix de la citoyenneté remis par le gouvernement du Québec pour les valeurs démocratiques et l'éducation civique.UNE ÉCOLE D\u2019ÉTÉ pour changer le monde.« Wow ! Merci /.pour ces nouvelles idées, ce regain d 'espoir et cet intense désir d'engagemen t.» L'ÉCOLE D'ÉTÉ DE L'INM s'ad resse aux 15-30 ans.Du 19 au 22 août 2004, la première édition, baptisée l'Université du Nouveau Monde, a regroupé quelque 400 jeunes, de toutes les régions, et quelque 90 conférenciers dont Riccardo V J L\u2019ECOLE D\u2019ETE DE L'INSTITUT DU NOUVEAU MONDE UNE ÉCOLE DE CITOYENNETÉ AU* AIRS DE FESTIVAL Petrella, Jacques Attali, Lise Bissonnette, Roméo Dallaire, Michaëlle Jean, Amir Khadir, Pops, Céline Saint-Pierre, Bernard Landry, Claude Béchard, Pierre Reid.et les groupes musicaux Polémil Bazar et Loco Locass.La deuxième édition de l'École d'été de l'INM a eu lieu du 18 au 21 août 2005.La participation a augmenté de 50% en un an, pour atteindre 600 jeunes de toutes les régions du Québec.Elle s'est inscrite dans un tout nouveau Festival citoyen, ouvert au grand public, qui comportait du théâtre, du cinéma, une nuit d'écriture, de l'humour avec la sénégalo-rimouskois Boucard Diouf, de la musique et des grandes conférences avec le candidat aux présidentielles américaines Ralph Nader, le philosophe John R.Saul, le sociologue Gérard Bouchard et l'ex-ministre Louise Beaudoin.Cette école de citoyenneté aux airs de festival conjugue des volets éducatifs, délibératifs, ludiques et artistiques.Elle est à la fois une tribune, une caisse de résonnance pour les idées des jeunes, et un moyen de renforcer leurs compétences civiques et d'accroître leurs connaissances sur les grands enjeux de notre temps.L'École d'été est un lieu d'apprentissage et un lieu d'apprivoisement de la chose publique et de l'action citoyenne.C'est aussi une contribution au dialogue entre générations.Les participants à l'École d'été 2004 ont adopté 50 propositions pour le Québec de demain qui font une large place aux valeurs d'humanisme et de responsabilité.Les jeunes veulent un État qui soit le gardien du bien commun, valorisent le dialogue entre les générations, les régions et les cultures, veulent une mondialisation équitable et respectueuse des droits et affichent leur conscience de l'identité particulière du Québec.Ils ont proposé l'établissement d'un conseil des sages, une journée fériée d'action citoyenne, une taxe sur la publicité, le transport en commun gratuit dans vingt ans, la création d'un réseau interrégional de diffusion culturelle, la semaine de quatre jours et des dizaines d'autres innovations.En 2005, les jeunes ont formulé 38 projets concrets, réalisables par eux-mêmes, dans le but d'atteindre un idéal.Une quinzaine de ces projets sont en voie de réalisation.¦Ji> r-îiwfw twndç* Ùn natvfju nçrrJ H.rHilr-j! à I A.ir\trii i lir !¦! ri L'\trt-rri- K-ii ra -r- -\u201c\u2014* ld \u2019ï- a?Æ-\u2014 L'ELÙLE D'ETE INFORMER, DEBATTRE, PROPOSER: Un dialogue citoyens/experts « C'est un privilège qu'on s'est accordé.S'asseoir et se poser la question : dans quelle société voulons-nous vivre ?» ] SANTE: le temps des choix RENDEZ-VOUS ST R AT É G I Q U E S 12 MARS, 9 AVRIL, 6-7 MAI 2005 \u2022 L'INM a tenu, à l'hiver 2005, un premier RENDEZ-VOUS STRATÉGIQUE sur la santé.Les Rendez-vous stratégiques de l'INM ont pour objectif de dégager, par des débats ouverts et informés, entre experts et citoyens, une vision du Québec dans lequel nous voulons vivre dans vingt ans.Cinq grands thèmes feront l'objet d'autant de rendez-vous: après la santé, l'économie, la culture et l'éducation, le territoire et la population, et l'Etat et le citoyen.La démarche se décline en trois temps: informer, débattre, proposer.Un comité directeur, formé d'experts, propose les questions à soumettre au débat et constitue une documentation pertinente et accessible au grand public.Les membres de l'INM sont conviés à débattre, entre eux, dans chacune de leurs régions, des dilemmes proposés.Ils se réunissent à la fin de la démarche pour adopter des orientations et des propositions d'actions concrètes.Pour ses rendez-vous stratégiques, l'INM a recours à la vidéoconférence, pour rassembler virtuellement les membres de diverses régions et leur donner accès à des conférenciers, puis à Internet où sont rassemblés les conférences (audiovidéo), les textes de référence et les résultats de la démarche.Quelque 200 participants et experts ont participé à ce premier rendez-vous stratégique sur la santé.Le comité directeur était présidé par Marcel Villeneuve.A \u2019f.T _ '¦ + Les participants ont recommandé: un virage prévention un virage citoyen une ouverture au privé mais un refus de la logique du profit et un frein à la bureaucratisation et aux corporatismes.Le deuxième Rendez-vous stratégique porte sur l'économie et est prévu pour l'hiver 2006. L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC et ses suppléments citoyennes L;JL-\"L-J En ElITlt pour ui L'INM PUBLIE CHAQUE ANNÉE L'ANNUAIRE DU QUÉBEC, un ouvrage de référence, publié aux Editions Fides.Cet ouvrage, accessible au grand public, est constitué de textes inédits produits par les meilleurs experts du Québec dans leur domaine : études originales, synthèses ou revues de littérature, données statistiques sur toutes les dimensions du Québec contemporain, analyses de grands phénomènes sociaux.L'Annuaire du Québec est utilisé notamment au cégep et à l'université comme outil de référence.Jeunes et engagés L'INM a lancé une nouvelle collection d'ouvrages thématiques grand public: les SUPPLÉMENTS DE L'ANNUAIRE DU QUÉBEC.Le premier numéro portait sur la santé et regroupait les résultats du premier Rendez-vous stratégique sur la santé: 100 idées citoyennes pour un Québec en santé.Le deuxième numéro fait état des nouvelles formes d'engagement des jeunes Québécois, offre une réflexion sur le mouvement de grève étudiante de l'hiver 2005 et raconte l'expérience de la première école d'été de l'INM.Il comporte aussi des extraits des conférences de Jacques Attali, Riccardo Petrella, Roméo Dallaire, Michaëlle Jean, etc.DES ACTIVITÉS PONCTUELLES L'INM organise ou participe à l'organisation de diverses activités de débat tout au long de l'année, notamment: les ciné-débats de l'INM à l'ONF, les grandes conférences citoyennes à la Grande Bibliothèque, un colloque sur les CPE, un colloque sur la participation civique des immigrants, un débat sur l'avenir de la forêt au Québec, un colloque sur le développement durable.Surveillez nos activités sur notre site Internet.LAfttiT Un «THINKTANK» démocratique « Ce que je recherche, ce ne sont pas seulement les idées, mais les yeux, les L'INM COMPTAIT 950 MEMBRES INDIVIDUELS ET QUARANTE MEMBRES CORPORATIFS AU 30 SEPTEMBRE 2005.La moitié des membres habitent Montréal, 14% Québec.voix, les visages.» 16% sont âgés de moins de 30 ans, 55% entre 30 et 60 ans et 29% ont plus de 60 ans.59% sont des hommes et 41 % sont des femmes.Les membres de l'INM sont regroupés en CERCLES RÉGIONAUX.Au cours de sa première année, l'INM a formé huit cercles régionaux: en Outaouais, dans Lanaudière, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, en Estrie, dans le Bas-Saint-Laurent, en Mauricie, en Abitibi, à Québec et à Montréal.Les cercles régionaux organisent des activités sur une base locale.Le conseil d'administration de l'INM est composé (au 30 juin 2005) de: Conrad Sauvé (président), Claude Béland, Karine Blondin, Gérard Bouchard, Michel Cossette, Patrick Ferland, Sally Phan, Céline Robitaille-Cartier, Susan Rona, Sara Saber-Freedman, Céline Saint-Pierre, Caroline Sauriol, Roger Simard, Michel Venne, Marcel Villeneuve et Patrick Woodsworth.Directeur général : Michel Venne.DEVENEZ MEMBRE! .Pour contribuer à Y émergence des idées nouvelles pour le Québec .Pour participer aux débats sur l'avenir de notre société .Pour recevoir une information fiable sur les grands enjeux de notre temps .Pour faire partie d'un vaste réseau de citoyens et de citoyennes PARCE QUE nous voulons être des artisans du monde en devenir.PARCE QUE le temps de rafraîchir nos modèles est arrivé.PARCE QUE trop de problèmes demeurent sans solution.PARCE QUE le débat public est paralysé par des logiques partisanes.PARCE QU'IL est vital de combattre le fatalisme et la résignation.PARCE QUE seuls les citoyens peuvent déterminer le changement qui répond à leurs besoins.www.mm.qc.ca IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES Le Québec en 2006 A\tjh îf^jCHÎ î;uft SA I C-SfF'iSr iftiViT-;; ?Les défis du Québec LES DÉFIS DU QUÉBEC 24\tPierreMarcJohnson: Le Québec doit préserver sa capacité de taxer 31\tJacques Parizeau : Le Québec doit s\u2019affranchir de ses dogmes 38\tLes défis du Québec Vus par 35 leaders d\u2019opinion IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec EJ ES ES ES Le Québec en 2006 Pierre Marc Johnson Le Quebec doit préserver sa capacité de taxer Propos recueillis par Antoine Robitaille et Michel Venne Pierre Marc Johnson Pour durer, pour protéger sa différence culturelle et pour organiser la solidarité comme il l\u2019entend, le Québec doit défendre sa « capacité d\u2019avoir un taux d\u2019imposition qui permet des transferts sociaux».Il s\u2019agitlà de l\u2019un des principaux défis du Québec en 2006, selon Pierre Marc Johnson.Il faut « défendre notre spécificité sociale et culturelle par le maintien d\u2019un fardeau fiscal un peu plus élevé que les autres, dit-il.Moi j\u2019accepte de payer plus d\u2019impôt Et je trouve qu\u2019au bout de laligne, comme citoyen et comme membre d\u2019une collectivité, c\u2019est une bonnechose.J\u2019accepte que parce que je fais plus d\u2019argent, je par- 24 Les défis du Québec ticipe plus aux transferts sociaux.Je veux être sûr, par contre que l\u2019État est efficace.» Mais ce ne sera pas chose facile - affirme l\u2019ancien premier ministre, qui a quitté la vie politique en 1987 - dans une rare entrevue accordée durant l\u2019été 2005 à KAnnumre du Québec.Car au sud, depuis des décennies, la théorie baptisée « starve the beast» - « affamer la bête », la bête étant l\u2019État-gagne du terrain.L\u2019idée en est simple : on réduit les impôts considérablement après avoir par ailleurs adopté des lois prohibant les déficits.Et dès qu\u2019un déficit apparaît, les politiciens peuvent dire qu\u2019il n\u2019ont d\u2019autres choix que de.réduire la taille de la bête, ce qui implique de couper dans les services, les « transferts ».Selon Pierre Marc Johnson, tant d\u2019Américains « critiquent l\u2019État parce qu\u2019il est à leurs yeux mauvais en soi.Et comme pour prouver leur thèse, ils lui enlèventtous les moyens d\u2019être efficace ».Cette réduction de la bête rend-elle pour autant les Américains plus compétitifs ?« Non, je ne le crois pas.Ils vont avoir à gérer les problèmes sociaux énormes qui découleront de ça.Etil y a des résistances dans la population américaine autour de la sécurité sociale.» Ainsi, les réformes du président américain se sont soldées, «particulièrement pour les plus riches et pour les entreprises », par des baisses d\u2019impôt considérables.Cela va « influencer les facteurs de concurrentialité en Amérique du Nord », dit-il.Et si le reste du Canada cède à la tentation d\u2019imiter les Américains, M.Johnson « doute que le Québec puisse persister seul avec son système fiscal ».Comment y échapper, alors ?Après hésitations, il lance : «.je vais le dire : il fàutaccepter qu\u2019on fasse, avec les forces progressistes au Canada anglais, une alliance fondamentale sur la fiscalité ».Dans le RDC (rest ofCanada), l\u2019électorat, mis à part l\u2019Alberta, est selon lui en majorité convaincu de la nécessité de conserver un « univers fiscal » solide.Même le chef conservateur Stephen Harper « est en train de recentrer son programme» face à un électorat canadien peu porté à voir l\u2019État comme une «bête».Observateur engagé de la mondialisation Est-ce à dire que l\u2019État, aujourd\u2019hui, doit échapper aux remises en question ?Qu\u2019il faut éviter de le repenser?«Pas du tout», répond Pierre Marc Johnson.La raison tient en un mot: mondialisation.Ces dernières décennies, M.Johnson en a été un observateur et un acteur privilégié.11 se définit comme un « internationaliste » et passe en effet une bonne partie de son temps à l\u2019étranger, enpartiepour son travail d\u2019avocatcon-seil - dans l\u2019importante firme d\u2019avocat Heinan Blaikie.À l\u2019automne 2005, il a été négociateur du Canada auprès des Américains au sujet du bois-d\u2019œuvre.Aussi, pour des raisons personnelles, il passe « 40% de son temps en Californie », révèle-t-il.Sans compter qu\u2019il se déplace partout sur la planète, puisqu\u2019il suit tout ce qui discute de la notion de développement durable, qu\u2019il explore et promeut depuis 1988.Cela a fait de lui une sorte de diplomate environnementaliste international, indéniablement jet-setter, observateur engagé de la mondialisation.Un des piliers, par exemple, du grand Sommet de la Terre à Rio de 1992, or- 25 Le Québec en 2006 ganisé sous l\u2019égide de son ami l\u2019homme d\u2019affaires Maurice Strong.M.Johnson se passionne aussi pour des notions théoriques telle «l\u2019irréversibilité», exposée ainsi sommairement: « En matière sociale, on a vécu depuis 2000 ans en Occident avec des disparités énormes, avec une incapacité de gérer étroitement les ressources en santé pour les rendre accessibles et puis ça n\u2019a pas empêché le développement, mais ça a fait bien des victimes.En théorie de l\u2019environnement, c\u2019est bien différent Parce qu\u2019un certain nombre de phénomènes s\u2019installent et ont un caractère irréversible.Donc, il y a un phénomène d\u2019urgence.» Avec les années, M.Johnson a développé une expertise dans le domaine dénommé en anglais «Trade and the environment », ou « comment les accords de commerce prennent ou non en compte les préoccupations environnementales ».S\u2019adapter En 1995, il avait été l\u2019un des signataires d\u2019un rapport-manifeste du Groupe de Lisbonne, Limites à la compétitivité' (édité chez Boréal), avec un des penseurs de l\u2019altermondialisation, Rjcardo Petrella.Mais 10 ans plus tard, c\u2019est pourtant avec un verbe honni par Petrella que Pierre Marc Johnson aborde le rapport du Québec avec la mondialisation : «s\u2019adapter».Les défis du Québec en 2006 découlent d\u2019une question centrale, dit-il : « comment s\u2019adapte-t-on au phénomène?» Car celle-ci impose de nouvelles contraintes découlant « avant tout de la circulation du capital».Les frontières sont poreuses comme jamais aux biens et aux services, et bien sûr au capital.Les entreprises œu-vrantici sont, comme jamais, de propriété multiple, étrangère : « Traditionnellement, si les mines appartenaient aux Anglais, il fàllaitles sortir.Mais aujourd\u2019hui, on n\u2019en est plus aux monologues de Michel Chartrand, repris si brillamment par Yvon Deschamps.» La réalité d\u2019aujourd\u2019hui est tout autre : « il y a des entreprises de service, au Québec, qui sont de capital européen, mais dont les acteurs principaux sont des Québécois francophones.Alors tout ça est fluide et l\u2019État n\u2019a pas beaucoup de préhension là-dessus.» Par conséquent, « les attentes qu\u2019on a à l\u2019égard de l\u2019État doivent être différentes ».Ce dernier ne peut pas «ignorer l\u2019importance des acteurs privés quand il analyse des solutions à apporter à des problèmes identifiés dans la société».En clair, cela signifie?« Très concrètement, je vais vous le dire : les partenariats public-privé, ça a du sens.Ça n\u2019en avait pas il y a 30 ans.» PMJ a changé Pierre Marc Johnson, donc, a changé.Il l\u2019avoue candidement: «J\u2019étais plutôt étatiste et social-démocrate.Vous savez, j\u2019ai appartenu à un parti qui l\u2019était, mais je me suis réconcilié avec l\u2019idée que le rôle du secteur privé est fondamental dans l\u2019évolution des sociétés développées et évidemment, ça n\u2019exclut pas le Québec.» Avant, « on tenaitpour acquis qu\u2019il y avait une vertu intrinsèque aux moyens qu\u2019on prenaitpour régler un problème».Par exemple on considérait que « le transport public devait être fait par des fonctionnaires ayant des conditions de travail s\u2019apparentantà celles de la fonction publique».Ainsi, tout service qui apparaissait crucial aux yeux de la population devait être effectué par des 26 Les défis du Québec fonctionnaires, dépendants de l\u2019État.Aujourd\u2019hui, il est possible de définir une mission et de permettre au privé de livrer le service.« Pour laver le linge sale dans les hôpitaux, illustre-t-il, pas nécessaire que ce soit des syndiqués de la CSN avec des conventions collectives qui sontles mêmes partout à travers le Québec.Il y a peut-être des acteurs privés qui peuvent intervenir.» Pour faire des économies?Certes, dit Johnson.Le privé motivé par le profit cherche à en faire, toujours.« Mais ces économies ne se fontpas nécessairement aux dépens de la main-d\u2019œuvre, mais souvent par l\u2019innovation intelligente, par la communication adéquate, etc.» À l\u2019État de trouver une façon d\u2019encadrer intelligemment la chose, dit celui qui fut ministre du Travail de René Lévesque.Un des défis du Québec serait donc de prendre conscience que l\u2019État ne peut plus être le «planificateur économique » qu\u2019il a déjà été.« Il peut toutefois continuer d\u2019être le planificateur social.Ça ne veut pas dire que c\u2019est un eunuque! » Au fond, il n\u2019a plus tellement de «préhension » sur l\u2019économie.Les réflexes d\u2019antan se perdent, d\u2019ailleurs.Il note qu\u2019on voit de moins en moins les ministres se faire interpeller à la télépour qu\u2019ils « viennentem-pêcher la fermeture d\u2019une usine ».Si cela se produit, d\u2019ailleurs, la réponse et les solutions de ce dernier seraient bien différentes de celles d\u2019autrefois.«Il organisera quelque sauvetage peut-être avec le Fonds de solidarité de la FTQ ou alors il approchera la Caisse de dépôt » La nouvelle donne fait que les États ne peuvent plus continuer à « faire comme si, fondamentalement c\u2019était dans l\u2019ordre des choses que 60% du PIB transite pas eux.Ce n\u2019est plus possible aujourd\u2019hui ».Syndicalisation Les contraintes de la mondialisation sont aussi liées au fait d\u2019être exposé au monde entier, de devoir composer avec les perceptions venant d\u2019ailleurs et de s\u2019y «adapter».Les «conditions de la concurrentialité» en dépendent Par exemple, «J\u2019entendais récemment des gens qui disaient: le Québec, l\u2019endroit le plus syndiqué en Amérique du Nord.Ce n\u2019est pas un endroit qui ne va pas intéresser le capital.» Johnson s\u2019inscrit en faux face à cette idée: «Au contraire, le syndicat peut être une force de progrès et d\u2019innovation.Les Allemands et les Autrichiens ont compris cela.» Ce ne sont « pas uniquement des forces de contestation et de dysfonction », dit-il avant de raconter que dans les conseils d\u2019administration auxquels il siège, Air Canada par exemple, malgré une tradition syndicale très forte, très « étatique», nombre de changements sont survenus en trois ans et « les syndicats s\u2019y sont adaptés ».Reste un problème : tous les investisseurs internationaux n\u2019ont pas cette vision nuancée des choses et les perceptions se cristallisent vite : « C\u2019est sûr que lorsque tu es l\u2019endroit le plus syndiqué en Amérique du Nord et que tu as des syndicats qui s\u2019attaquent à Wal-Mart, le géantmondial qui n\u2019a pas un marché syndiqué aux États-Unis.» Autrementdit, il n\u2019estpas «nécessairement vrai » qu\u2019il est « nécessairement négatif » d\u2019être une des sociétés les plus syndiquées, «mais ça ne doit pas nous empêcher de poser les questions de productivité».«Au fond, moi ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est qu\u2019on dure.» 21 Le Québec en 2006 L\u2019innovation L\u2019innovation devientaujourd\u2019hui un défi de taille pour les vieilles économies d\u2019Occident, fait ensuite remarquer Pierre Marc Johnson : « bientôt, la plupart des objets simples d\u2019accès courant et peut-être plus rapidement qu\u2019on le pense les biens durables, vont être fabriqués en Asie et en Amérique latine, à un coût moindre.» Dans ce contexte, « les cerveaux plus que les bras » déter-minerontla compétitivité d\u2019un pays, on ne pourra plus longtemps se fier aux ressources naturelles, même si « la Chine a besoin de cuivre et de fer».Sur le plan des cerveaux, Johnson se fait assez optimiste à cet égard, car le Québec a certaines cartes dans son jeu : « On a de bonnes universités, un peu partout sur le territoire québécois.» Dans le secteur des richesses naturelles, d\u2019ailleurs, c\u2019estl\u2019innovation qui permet au bois québécois de faire des percées aux États-Unis.«J\u2019ai vu des usines où l\u2019espèce de vrille qui va découper la base de ce qui va faire ton 2 par 4 est directement branché sur un ordinateur qui fait l\u2019analyse des volumes transigés à la bourse de Chicago et du prix pour certains produits.Ils adaptent leur production en quelques heures.En revanche, dans le sud des États-Unis, on fait encore des moulins comme on en faisait dans les années 50.» Universités et entreprises Mais pour généraliser ces prouesses innovantes, Pierre Marc Johnson souligne un grand défi : celui de lier université et entreprises.Le modèle en la matière est californien.Stanford, plus précisément « L\u2019université est à 100 % privée », fait-il remarquer sans en faire « un dogme nécessairement importable ».Reste que « la souplesse du privé a permis un apport corporatifj de successions, de testaments autour de projets très très précis ».Le défi, donc, est d\u2019obtenir la participation du secteur privé.Certes, une campagne de financement annuelle, une fondation, etc.peuvent servir à constituer un noyau.« Mais pas de vraies synergies.» Il faut donc aller plus loin, soutient-il, en multiplant les investissements conjoints de trois partenaires : gouvernement, université, secteur privé.Rien à craindre sur le plan de la liberté académique, dit-il, après tout, les grandes universités américaines font malgré tout de la contestation sociale.« Et on a un avantage extraordinaire, c\u2019est que s\u2019il était un peu imaginatif, l\u2019État pourrait aiguillonner le monde académique, parce qu\u2019il le finance à 84 %.» Il réclame donc un « virage radical » dans notre conception de l\u2019apport de l\u2019université à la vie économique».Les universités, pour mieux se financer, devraient pouvoir hausser les frais de scolarité.Là aussi, il regarde vers la Californie pour s\u2019inspirer.Et qu\u2019y voit-il?Un État progressiste qui, pourtant, impose aux universités publiques une formule de financement simple : «un tiers en subventions, un tiers en fiais de scolarité, un tiers en différentes dotations.» Le régime fiscal encourage l\u2019institution à faire du financement privé.Quant à l\u2019accessibilité, ils compensentpar des bourses au mérite.C\u2019estpréfërable, dit-il, à la situation québécoise, qui pendant longtemps a été à ses yeux ridicule : « À un moment donné on revendiquait au Québec le droit pour les étudiants de faire quatre fois le cégep : ça n\u2019a pas de bon sens ! » 28 Les défis du Québec Identité Et l\u2019identité.Bien sûr, ici aussi la mondialisation exerce une pression considérable, fait remarquer Pierre Marc Johnson.Par rapport à la langue anglaise, par exemple, le défi est de changer de perspective.« On a fait longtemps l\u2019équation qu\u2019apprendre l\u2019anglais, c\u2019estaccepter que la minorité montréalaise impose sa vision des choses, le monde économique, anglo-saxon, d\u2019origine ontarienne nous impose le moule.Ce n\u2019est plus ça, là.L\u2019anglais, ce n\u2019est pas une affaire d\u2019asservissement, une affaire de soumission, l\u2019anglais doit être vu comme un défi qui est un instrument de développement » Au fond, nous devrions prendre exemple sur les Norvégiens restés eux-mêmes profondément, mais qui se sont ouverts à l\u2019anglais de manière importante dans les dernières décennies.Il use d\u2019un autre exemple venant du vieux continent : « Dans la force intégrée européenne qui découle du traité de Maastricht et qui n\u2019a que quelques unités, la langue de travail entre Belges etFrançais, c\u2019est l\u2019anglais.» Etpuisque, dans la situation où le Québec se trouve, l\u2019anglais est relativement aisé à apprendre, il ne faut pas s\u2019en priver, croit-il.Commencer tôt, dès la première année, est donc une bonne idée, à une condition : «Je voudrais pas cependant qu\u2019il soit enseigné par des profs de géographie qui sont incapables de prononcer un mot d\u2019anglais et qui se retrouvent là à cause du recyclage de la convention collective.C\u2019estune catastrophe, etc\u2019est arrivé à plusieurs endroits.» Les 4 fondements du combat québécois Enfin, la mondialisation a des con- séquences sur la situation du Québec dans la fédération canadienne.Selon M.Johnson, elle nous force à réévaluer ce qu\u2019il considère comme les «quatre fondements du combat québécois » : \u2022\td\u2019abord, «un sentiment de discrimination individuelle relié à la langue » ; \u2022\tdeuxièmement, « un sentiment de discrimination collective, reliée à l\u2019infériorité socioéconomique» ; \u2022\ten troisième lieu, « une volonté de bâtir un État, née à la fin des années 50 avec les mouvements intellectuels progressistes et traduites dans la révolution tranquille sous Lesage » ; \u2022\tenfin, « la recherche de la reconnaissance.» Sur les trois premiers fondements, « la réalité est profondément changée », affirme-t-il.Selon lui, on ne peut pas dire par exemple qu\u2019il y ait encore de la discrimination individuelle sur le plan linguistique: «À la fois des politiques fédérales et des politiques du Québec ont permis une normalisation de la vie des francophones au Québec.Même si en pratique l\u2019assimilation continue d\u2019être très grande ailleurs au Canada.» Sur le deuxième fondement, Johnson y va directement : ceux qui prétendent éprouver encore aujourd\u2019hui un sentiment de discrimination collective ont des «réactions de dinosaures », dit-il.Caries anglophones qui refusaient le fait québécois ont quitté le Québec.Certains d\u2019entre eux sont encore à Toronto, où ils ont déménagé: «Et si vous y allez, à Toronto, vous verrez qu\u2019ils ontbeaucoup de sous etquec\u2019est une ville pas mal mieux en point que « Il faut qu\u2019on fasse, avec les forces progressistes au Canada anglais, une alliance fondamentale sur la fiscalité » 29 Le Québec en 2006 Montréal sur le plan de la richesse », note-t-il au passage.Concernant le troisième fondement, celui de « bâtir un État », Pierre Marc Johnson considère que «c\u2019était un projet des élites qui a eu à une certaine époque des résonances dans le peuple».Mais aujourd\u2019hui?« Les gens pensent surtout à avoir une deuxième auto et un écran plat à la mai-son.» Autre preuve, ironise-t-il : il suffit de regarder « quantité de sous-ministres et de présidents de sociétés d\u2019État qui sont aujourd\u2019hui dans le secteur privé ».Reste la « recherche de la reconnaissance ».« C\u2019est fondamental » et on ne l\u2019a pas obtenu.Sur ce point, il formule deux commentaires.D\u2019une part, il faut s\u2019assurer que cette différenciation « s\u2019appuie sur quelque chose de réel : nos racines linguistiques et culturelles.11 faut que ça fasse partie des politiques de l\u2019État 11 faut nourrir ça.La richesse de l\u2019expression.Avec la complexité que ça représente: l\u2019intervention de l\u2019État dans la créativité, il y a toutes sortes de zones grises là-dedans, mais moi je n\u2019ai pas trop de problèmes avec ça».D\u2019autre part, il faut veiller au « danger de la dérive ».Car tout sentiment identitaire « peut facilement conduire à un discours xénophobe qui se module dans quelques mots, quelques phrases :, s\u2019inquiète-t-il en soulignant que « Lévesque l\u2019avait bien vu ».11 y voit même un « devoir du chef du PQ : constamment rappeler de façon percutante à l\u2019occasion qu\u2019on refuse tout discours raciste ou ethnocentrique ».Être vigilant certes, mais savoir aussi souligner les progrès de l\u2019ouverture qui rendent les futures dérives de moins en moins probables : « Je regarde les amis de ma fille.11 y en a n qui sont des enfants d\u2019immigrants.Qui auraient probable- ment appris à parler l\u2019anglais s\u2019il n\u2019y avait pas eu la loi ioi.» Faut-il la souveraineté pour accomplir ce 4e fondement?Est-elle possible dans la mondialisation actuelle?« 11 n\u2019y a aucune incompatibilité entre la souveraineté et la mondialisation », répond-il.Après tout, le nombre de pays aux Nations unies ne cesse de croître.Le Québec, toutefois, se trouve en Amérique du Nord, un contexte géographique et économique qui rend notre État fragile.Ce qui le ramène à la fiscalité : « On veut défendre notre spécificité sociale et culturelle par le maintien d\u2019un fardeau fiscal un peu plus élevé que les autres.Or, on a un intérêt objectif à faire ça avec le reste du Canada.Absolument.On va être bien plus efficace si on est avec les Canadiens pour le faire.Est-ce que cela veut dire qu\u2019il faut être dans la fédération pour le faire et comment tout cela va se poser?Je ne veux pas intervenir là-dessus, mais dans le fond on a des intérêts fondamentaux.Etparadoxale-ment, c\u2019est pas des intérêts économiques dans un contexte de mondialisation, c\u2019est l\u2019intérêt de défendre des instruments et la mécanique qui permettent de maintenir des instruments pour faire des transferts sociaux, entre autres.Et de donner à l\u2019État un certain nombre de moyens.Et je crois qu\u2019il y a au Canada anglais plein de gens qui croient à cela.- Vous ne vous prononcez pas.Non.Le combat du maintien de la capacité d\u2019agir, il esta faire qu\u2019on soit souverain ou non, parce que - et ça, ça arrive avec tous les peuples qui sont en situation minoritaire - il faut durer.Au fond, moi ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est qu\u2019on dure.» 30 Jacques Parizeau Le Quebec doit s'affranchir de ses dogmes Les défis du Québec Propos recueillis par Antoine Robitaille et Michel Venne Jacques Parizeau On se serait cm aux HEC.Avant de recevoir les représentants de l\u2019Annuaire du Quel» dans son bureau situé dans l\u2019édifice des Archives nationales, rue Viger à Montréal, Jacques Parizeau s\u2019était visiblement préparé comme s\u2019il s\u2019apprêtait à donner un cours.Pourtant, le sujet imposé par nous - les grands défis du Québec pour l\u2019année qui vient - est un peu celui qui l\u2019a animé toute sa vie comme haut fonc- tionnaire, comme homme politique, ministre des Finances et premier ministre.« Si vous le voulez bien, je vais présenter les choses systématiquement», lance-t-il, en puisant son inspiration sur son bureau, où il avait déposé une dizaine de feuilles griffonnées.Perceptions figées Son angle d\u2019approche : le grand défi pour le Québec, selon lui, consiste à ce 31 Le Québec en 2006 « Dans certaines facultés, c\u2019est deux femmes pour un homme! Et personne n\u2019en parle ! Il y a clairement quelque chose qui ne va pas avec nos garçons.» qu\u2019il fasse évoluer ses perceptions sur un « certain nombre de choses ».À ses dires, le Québec s\u2019empêche de prendre des virages, évite plusieurs débats essentiels, parce qu\u2019il est engoncé dans une foule de perceptions figées.Perceptions à propos de questions anciennes, usées ; par exemple les rapports entre les secteurs privé et public.«J\u2019yreviendrai», dit-il.Mais il y a aussi des phénomènes nouveaux pour lesquels d\u2019antiques perceptions nous aveuglent.Le premier cas auquel il s\u2019attarde est assez inattendu : la proportion déclinante des garçons dans les études supérieures.« Dans certaines facultés, c\u2019est deux femmes pour un homme ! Etpersonne n\u2019en parle! » ditM.Parizeau.Est-ce à dire que l\u2019ancien premier ministre se désole de la réussite de quatre décennies d\u2019efforts pour ouvrir les portes de l\u2019université aux femmes?«Non, certainement pas », insiste-t-il.Mais cela ne nous empêche pas de nous interroger sur les raisons du décrochage de tant de garçons avant les études supérieures.«À 60% de femmes, 40 % d\u2019hommes, c\u2019était acceptable.Mais lorsqu\u2019on est dans une proportion de deux femmes pour un homme, il faut s\u2019alarmer.Il y a clairement quelque chose qui ne va pas avec nos garçons.» Et avec la façon dont le système scolaire est bâti, pour-suit-il.Car si on retrouve de moins en moins les garçons dans les études supérieures, ils ne vontpas pour autant peupler les écoles techniques.Ici, on sentie Parizeau économiste qui renoue avec un des thèmes de sa campagne électorale de 1994 centrée sur l\u2019urgence de revaloriser la formation professionnelle.« Tout le monde n\u2019est pas fait pour aller à l\u2019université.» La productivité C\u2019est inévitable, avec Jacques Parizeau, les questions économiques viennent rapidement sur le tapis.Quant à la politique et plus particulièrement son parti, il les abordera, mais à la toute fin de l\u2019entretien, (voir encadré) Lorsqu\u2019on parle d\u2019économie, en 2005, le sujet «Chine» s\u2019impose.À l\u2019égard de l\u2019Empire du milieu, « il faut se donner une perception juste », dit-il.La Chine représente un défi à propos duquel on se méprend souvent.Elle n\u2019est plus uniquement un bassin gigantesque de travailleurs à bas salaire.Dans les années i960 et 1970, il y avait aussi, un peu partout sur la terre, de telles main-d\u2019œuvres «bon marché», mais ces dernières étaientpeu productives.Dans les pays développés, «c\u2019était l\u2019inverse : on avait des salaires élevés accompagnés d\u2019une productivité très forte».Lorsque la Chine commence à pratiquer le bas salaire et la haute productivité, « là, on se sent dépourvus », ditM.Parizeau.Or, il n\u2019y a pas mille et une solutions : « il faut qu\u2019on accroisse la productivité par heure travaillée.Et ça, ça ne se fait que par l\u2019outillage, l\u2019équipement, l\u2019informatisation.Et la découverte du meilleur bidule, évidemment.» D\u2019où l\u2019importance, donc, de la recherche universitaire comme facteur de développement industriel.Précisons qu\u2019il ne s\u2019agit pas ici de ce qu\u2019on pourrait appeler les sciences « molles ».M.Parizeau, à ce sujet, n\u2019y va pas par quatre chemins : « Si les sociologues ont un peu moins d\u2019argent, je ne 32 Les défis du Québec braillerai pas ! » lance-t-il en éclatant d\u2019un rire homérique.« On va en parler à nos amis sociologues ! » lui rétorque-t-on alors.« Je leur ai dit tellement souvent que ça ne les surprendra pas », s\u2019amuse-t-il en enchaînant avec le mot d\u2019esprit du vice-président de la Commission Parent et ancien directeur du Devoir, le regretté Gérard Fillion : « il ne faut quand même pas qu\u2019il y ait plus d\u2019anthropologues que d\u2019Eskimos ! » Comme exemple d\u2019université tournée vers le développement, M.Parizeau chante les louanges de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières.« Dans le domaine de l\u2019informatique, c\u2019est un lieu étonnant de créations de PME.» Rimouski aussi se développe en ce sens, au point où il estparfois difficile « de distinguer l\u2019université, le cégep de Rimouski etTelus», un trio en train de créer un pôle de croissance « absolument exceptionnel » dans cette région, croit-il.Privé-Public : un débat vicié Mais là où les perceptions sont les plus dommageables, estime M.Parizeau, c\u2019estdans ce « grand débat dogmatique » opposant les notions de « secteur privé» et de « secteur public ».Il présente les choses de manière pour le moins virulente : « On dit que c\u2019est un débat de société.Oui, peut-être.Mais dans des termes qui font regretter d\u2019avoir mis des milliards dans l\u2019éducation depuis tant d\u2019années.Ce sont des débats de niais.» Pourquoi donc?En cette matière, explique-t-il, les nuances, depuis un certain temps, ne sont plus possibles : soit on croit que l\u2019État est incapable, dépensier et inutile ; soit, au contraire, qu\u2019on pense que le secteur public est parfait et que le privé, « c\u2019est le diable».Les moyens termes entre ces deux extrêmes sont de moins en moins possibles, déplore l\u2019ancien premier ministre: «C\u2019est blanc ou noir.Choisis ton bord!» M.Parizeau cache mal son exaspération : « c\u2019est ridicule, j\u2019espère qu\u2019à un moment donné, on va être capables de se conduire comme des adultes pour se donner une perception simplement réaliste des choses.Je sais que nous venons d\u2019une société qui est culturellement religieuse.Il y a un bon et un méchant En fait, c\u2019est même pire que la religion, on se croirait dans un film western où il y a un bon, un méchant et une jolie blonde.» Face à la Chine, « il faut qu'on accroisse la productivité par heure travaillée.Et ça, ça ne se fait que par l'outillage, l'équipement, l'informatisation.» Caisse de dépôt Pourquoi, par exemple, lorsque la Caisse de dépôt et placement - un organisme mis sur pied entre autres par M.Parizeau - fait d\u2019importantes pertes, comme en 2002, on impute ces problèmes à « sa proximité d\u2019avec l\u2019État »?Alors qu\u2019on refuse de voir que d\u2019autres entreprises, non liées à l\u2019État, connaissent des déboires comparables, en raison d\u2019un même contexte.« Quand M.Monty a perdu la chemise de Bell dans Téléglobe, il a sauté ou pas?Il a sauté ! Comme Scraire a sauté sur Videotron et Québécor.Les deux ontfàit des pertes à peu près du même ordre.L\u2019un est privé, l\u2019autre est public.Or, écoutez les débats.on n\u2019arrive pas à reconnaître que la même chose s\u2019est passée chez Bell et à la CdP.» Une autre belle illustration, selon M.Parizeau, est le traitement réservé 33 Le Québec en 2006 « Que l\u2019on doive récemment à la Société générale de financement privatiser un certain (SCF) dans l\u2019affaire de l\u2019u- nombre de choses, ça sine Magnolia :« Pourquoi ça \u2019 ferme, Magnolia?Elle fonc-me paraît évident.» donnait très bien cette usine-là, mais les Chinois se sont mis à faire du dumping de magnésium.Si bien qu\u2019il n\u2019estplus possible de livrer une saine concurrence.Et donc on ferme l\u2019usine.» Certains - notamment les libéraux au pouvoir à Québec - y ont tout de suite vu une preuve que « l\u2019État ne peut rien gérer sans faire des pertes ».L\u2019ennui, aux yeux de M.Parizeau, est que l\u2019on a décidé de «passer aux pertes et profits la totalité de la valeur de l\u2019investissement de la SGF dans Magnolia ».Mais quel était le plus important actionnaire de cette entreprise-là?« Ce n\u2019était pas public, rappelle-t-il.Ça ap-partenaità Noranda ! Qu\u2019est-ce qu\u2019a fàit Noranda?Ils ontamorti la perte en trois ans.» Conséquence : « Cette année-là, Noranda montre une perte, mais pas très grosse.Alors que la perte est tellement grosse à la SGF que le nouveau gouvernementl\u2019évalueà \u201c500 millions de pertes\u201d et se donne ainsi un argument pour faire sauter la direction.Il en faitune question dogmatique, alors que c\u2019est la même usine.Et les mêmes Chinois.» L\u2019autre camp Évidemment, un dogmatisme comparable fait des ravages dans l\u2019autre camp, note M.Parizeau.« Que l\u2019on doive privatiser un certain nombre de choses, ça me paraît évident » FFydro-Québec, par exemple.Non pas privatiser complètement, précise-t-il.Mais pourquoi ne pas vendre 10 % des actions de la société d\u2019État?Il rappelle avoir proposé de le faire lorsqu\u2019il était ministre des Finances.À partir de 10 % ça devenait taxable au sens de la loi générale.«Je trouvais complètement idiot que les Québécois qui voulaient acheter des actions d\u2019une compagnie d\u2019électricité, devaient les acheter aux États-Unis.» Or, l\u2019opposition la plus vigoureuse, se souvient-il, est venue du public, qui, même pour vendre 10% seulement des actions, a dit«Touchez pas à mon FFydro ! » Selon M.Parizeau, on peut encore ici parler de perceptions.« Ç\u2019a été général.Encore récemment, j\u2019ai vu quelqu\u2019un qui a essayé le coup.Qu\u2019ils aient raison ou tort, les gens ont l\u2019impression qu\u2019FFydro-Québec, comme disait René Lévesque, \u201cc\u2019est le bateau Amiral\u201d ».Autre exemple de privatisation : lorsque le secteur public a pris des mesures pour changer un marché ; lorsque ce marché change et que l\u2019intervention de l\u2019Étatn\u2019estplus nécessaire, que faire?Pourquoi ne pas privatiser?Selon lui, le cas le plus évident a été celui de Sidbec, en 1964.L\u2019Étatétaitin-tervenu pour permettre au Québec de contourner le cartel de l\u2019acier qui protégeait les prix entre Windsor, Sault-Sainte-Marie etOshawa.Importer des États-Unis?Non, les droits de douane sont trop chers.« Bref, on a créé à Montréal une aciérie dont le rôle principal était d\u2019avoir un laminoir de produits plats.Et après ça, on a cassé le prix du cartel.» Cela a permis à des entreprises de construction comme Canam-Manac de prendre de l\u2019ampleur.Mais plus tard, l\u2019importation a permis d\u2019obtenir des meilleurs prix encore.« Que faire ?Vendre Sidbec ! Ça été fait.Mais mon Dieu, pendant des an- 34 Les défis du Québec nées, on a encaissé des pertes.L\u2019Étatn\u2019est pas un bon producteur d\u2019acier.Il est bon pour casser un cartel, cependant » Au dire de l\u2019ancien professeur des HEC, nous projetons des «perceptions dogmatiques » sur des phénomènes éternels et nullement propres à notre époque.«Que le marché soit la meilleure forme de création de la richesse, il ne sert à rien de revenir là-dessus, c\u2019est vrai.Que cependant, laissé à lui-même, il provoque d\u2019énormes abus, c\u2019est vrai.Bref, que l\u2019État ait à s\u2019occuper de l\u2019économie privée, et que l\u2019économie privée résiste à toute tentative d\u2019intervention de l\u2019État, c\u2019est comme ça depuis toujours ! » Puis il hésite.« depuis les Romains en tout cas.Peut-être même avant, mais je n\u2019y étais pas.Quoique oui, le code commercial d\u2019Hammurabi en Perse en 1730 avant JC, c\u2019est l\u2019encadrement du marché.Ha ! C\u2019est le plus vieux débat du monde! Il s\u2019agit essentiellement de l\u2019adapter! » s\u2019exclame-t-il.Santé : le privé existe, il faut l\u2019encadrer S\u2019il y a un domaine où nombre de Québécois redoutent comme la peste l\u2019immixtion du privé, c\u2019est bien celui de la santé.Or, Jacques Parizeau déplore là aussi l\u2019emprise des dogmes.« Cette perception qu\u2019on a développée qu\u2019il y a un conflit entre la médecine des riches et la médecine des pauvres, ce n\u2019est pas sérieux! » Selon lui, pour prendre un électrocardiogramme, une radiographie, « si vous voulez aller à l\u2019hôpital, ça vous prend des heures.C\u2019est tout simplement pas la place».Nulle surprise de voir le développement d\u2019entreprises comme les laboratoires médicaux Biron.« C\u2019est en train de s\u2019établir partout Si ça s\u2019adressait aux riches seulement, ça ne feraitpas de la publicité à la télévision, croyez-moi.Ça n\u2019aurait pas non plus 100 points de service à travers le Québec.» Un exemple lui tient particulièrement à cœur : la possibilité d\u2019obtenir une « chambre privée » à l\u2019hôpital.À Saint-Luc, par exemple: «Avant, c\u2019était possible.Mais aujourd\u2019hui, ça ne l\u2019est plus.» Pour M.Parizeau, c\u2019est une erreur : « Moi, si je ne peux plus avoir de chambre privée.je paie assez d\u2019impôt pour avoir le droit à mes bébites.C\u2019est pas vrai que vous allez me monter une société qui, sous prétexte d\u2019être égalitaire, n\u2019aura plus de chambre privée.» Pour l\u2019illustrer, M.Parizeau confie une anecdote personnelle s\u2019étant produite lors d\u2019un séjour récent à Saint-Luc.« On me met dans une chambre avec un autre qui téléphone à toute sa famille en disant \u201cTu sais pas qui est avec moi, eille c\u2019est Parizeau! Venez-vous-en !\u201d.la folie furieuse! finalement en plein milieu de la nuit, je fais sortir un fauteuil de la chambre, je me mets dans le corridor avec un oreiller et une couverture.C\u2019est là que j\u2019ai dormi le reste de la nuit » Pour bien mener le débat sur la place du privé en santé, il faut s\u2019entendre sur une chose, insiste-il : « Oui il va y avoir une médecine privée.D\u2019ailleurs elle existe déjà.Oui, il va falloir la réglementer la médecine privée.Non pas dire \u201cje ne veux pas la voir, je souffle « Que le marché soit la meilleure forme de création de la richesse, il ne sert à rien de revenir là-dessus, c\u2019est vrai.Que cependant, laissé à lui-même, il provoque d\u2019énormes abus, c\u2019est vrai.» 35 Le Québec en 2006 « Oui il va y dessus et 11 n\u2019y en a plus! \u201d Il y en a une.Les cliniques font aVOlî Un6 déjà pas mal de travail.Il faut médecine privée, réglementer.» Réglementer pourquoi ?« Parce qu\u2019on ne D\u2019ailleurs elle peut avoir la déréglementante déjà.Oui, tion et la Privatisation en même temps, il faut être il Va falloir la tombé sur la tête.C\u2019est l\u2019un réglementer la ouc\u2019estl\u2019aulre-» médecine privée.» chaouiii À ses yeux, le jugement Chaoulli de la Cour suprême, qui a ouvert la porte aux assurances privées en santé, est «très compréhensible».La Cour a dit en somme « que l\u2019État ne pou-vaitplus profiter de son monopole».Mais jusqu\u2019où faut-il laisser le privé intégrer le système de santé ?Faut-il donner à contratla construction etl\u2019en-tretien d\u2019hôpitaux à des entreprises privées?Il s\u2019insurge: «Ça, c\u2019est affreux, c\u2019est absolument inimaginable.Comprenons-nous bien : le profit, dans un hôpital, etl\u2019entretien, dans un hôpital, sont des valeurs opposées.Moins vous faites d\u2019entretien, plus vous faites de profit C\u2019est donc impossible d\u2019accepter ça tel quel.» Autre scénario à rejeter : celui présenté en 2003 par l\u2019Action démocratique du Québec dans lequel des chirurgiens auraientpu louer des lits et des salles d\u2019opération dans des hôpitaux publics.« Non, c\u2019estridicule », dit-il parce qu\u2019il n\u2019y aurait pas plus d\u2019opérations, mais un déplacement d\u2019opérations.PPP Concernant les partenariats public-privé (les fameux PPP), M.Parizeau estime qu\u2019à une certaine époque, il en a fait sans le savoir, une peu comme M.Jourdain avec la prose.Et il n\u2019y voit pas vraiment d\u2019objection, si la chose est bien réglementée.Dans la circonscription de l\u2019Assomption, qu\u2019il a représentée de 1976 à 1984 et de 1989 à 1995, il fut un temps où 32% des places dans l\u2019hôpital étaient occupées par des personnes âgées qui n\u2019avaient pas besoin de soins.«Je m\u2019en suis sorti en faisant louer des centres d\u2019accueil privés.Ils cons-truisaientle centre d\u2019accueil.Etpuis là, ils louaient la place au gouvernement, tant par année.» Le programme du PQ contient des «conneries» Au moment de nous rencontrer à la fin juin 2005, Jacques Parizeau estimait que le nouveau programme du Parti québécois, adopté le même mois, ne méritait aucunement tout le respect que lui ont voué certaines tête d'affiche du parti depuis.Selon l'ancien premier ministre, ce document est plein de défauts, de «conneries», et devra être corrigé après la course : « Un nouveau chef devra faire un \u201crenérendum\" ou un con- grès spécial», nous avait-il dit à ce moment.« Sur ces questions, Boisclair dit: \u201cJ'ai le plus grand respect pour le programme qui vient d'être voté''.Je ne sais pas s'il l'a vraiment lu, mais \u201cil a le plus grand respect''.Ça aide, ça !» s'était esclaffe l'ancien chef du PQ.Parmi les défauts du programme, le politicien à la retraite en a en particulier contre une phrase trop molle 36 Les défis du Québec à son goût: «\u201cLe lendemain de son élection, le gouvernement du Parti québécois se limitera à poser uniquement les gestes absolument indispensables pour donner suite à son engagement de réaliser la souveraineté.\u201d On va en mobiliser, des étudiants, avec une phrase comme celle-là! Et ça a été adopté au congrès! » se désole M.Parizeau.Il faut savoir que les partisans de l'ancien chef, comme Jean-Claude St-André, qui réclamaient des «gestes de ruptures », ont été défaits au congrès sur cette question.Peur Cette disposition clé du programme transpire non seulement le manque d'audace, mais selon lui « la peur, la frousse ».Il rappelle avoir «dénoncé» depuis des années «l'attitude de politiciens qui disent \u201cah, si vous les électeurs, vous aviez davantage confiance en vous, moi aussi j'aurais davantage confiance en moi.\u201d » Revenant sur le passage cité plus haut, il se désole : «On n'a pas idée d'écrire ça.Franchement! Si on ne veut pas, on n'y arrive pas.(.) là c'est [comme si on disait] \u201con va vous conduire vers les lendemains qui chantent en mettant le pied sur le frein\u201d.» Problème de Leadership?Non, répond-t-il, car du leadership, «il y en a eu souvent dans le Parti québécois», dit-il, ironique: «car c'est souvent un leadership qui demande à ceux qui suivent d'avoir l'assurance que le leadership n'a pas : \u201cDites-moi que j'ai raison.Que je m'en vais dans la bonne direction\u201d.» Au moment de l'entretien (le 28 juin), M.Parizeau se réjouissait que le candidat Louis Bernard ait dit clairement, sans détour, qu'il était temps «de faire l'indépendance».Pravda D'autres sections de la version préliminaire de juin du nouveau programme ne plaisaient pas à Jacques Parizeau.Celle par exemple où l'on disait qu'un gouvernement du PQ «formera des médias souverainistes ».Ce qui lui inspire ce commentaire: «Mais ça va être quoi ?La Pravda ?» Notons qu'en octobre - entre autres lorsque les réticences de M.Parizeau ont été ébruitées - cette disposition du programme a été biffée et finalement remplacée par la formulation suivante : « Le Parti québécois entend créer un réseau de télévision et de radio national.» Au congrès de juin, au dire de l'ancien chef du PQ, les militants «étaient tellement préoccupés par la démission de Landry» qu'ils ont adopté un programme de manière distraite.Il prédisait à l'époque que les incongruités de ce programme allaient intervenir dans la course à la chefferie.« Il va falloir que les candidats se prononcent sur des conneries comme ça ».Autre exemple.À un moment donné, le programme précise que l'on adoptera une «constitution initiale» qui «réaffirmera solennellement le droit du Québec à l'au-todétermination ».M.Parizeau s'insurge : «On l'a déjà [ce droit].Donnez-le aux Cris ou aux Inuits.Ce qu'on veut, nous, c'est l'exercer, c'est faire l'indépendance!» L'ancien chef est convaincu qu'il faudra changer ce programme, mais ce ne sera pas chose aisée, car, ironise-t-il, «dans leur grande sagesse ils ont décidé que les congrès auraient lieu tous les quatre ans».Les anarchistes.Concernant la souveraineté, il réitère le message qu'il va porter dans une dizaine de cégeps à chaque année : pour faire face à la mondialisation mieux vaut être un pays.«Moi j'aimerais bien qu'on puisse avoir les pouvoirs du Bénin ou du Mali ou du Niger pour prendre l'exemple de petits pays qui, avec l'aide du Brésil de la Chine et de l'Inde, ont torpillé la conférence de Cancùn au sqjet du prix du coton.» Même ceux qui ont, depuis toujours, rejeté l'État, reconnaissent l'importance d'être un pays à notre époque,\tsouligne M.Parizeau.Qui?Les anarchistes! «C'esttrès révélateur.Pensez-y: pendant un siècle, ils ont été opposés à toute forme de gouvernement.Aqjourd'hui, ils supplient les gouvernements de protéger les populations contre les effets de la mondialisation.C'est extraordi- 3/ Le Québec en 2006 Les défis du Québec en 2006 Vus par 35 leaders d\u2019opinion Faire le pari du savoir Lise Bacon Senatrice, ancienne vice-première ministre du Que'bec La dé du succès économique et social du Québec de demain repose sur le savoir et l\u2019usage judicieux qu\u2019on doit lui réserver.J\u2019identifie trois défis majeurs pour 2006 : prendre le virage du savoir en misant sur l\u2019éducation postsecondaire, prendre la pleine mesure du défi démographique qui nous attend et procéder à une véritable réforme démocratique.L\u2019éducation postsecondaire Le Québec est déjà sur la route du savoir, mais il doit prendre un virage plus accentué.Le débat sur la santé occulte souvent l\u2019éducation, mais il serait sage de ne pas négliger ce secteur névralgique.Privilégier le savoir, l\u2019innovation et la formation permanente a été un facteur de succès important pour l\u2019Irlande.Le résultat fut une croissance économique exceptionnelle.Montréal est la 4e ville en Amérique du Nord pour les secteurs de haute technologie.Elle est une ville universitaire de renommée internationale.Il fautmiser sur ces atouts.Notre réussite dans un monde compétitif repose sur l\u2019innovation et la productivité.Il existe un lien évident entre la capacité d\u2019innover des entreprises et la compétence de la main-d\u2019œuvre.De la réussite de nos jeunes aujourd\u2019hui dépend notre succès économique de demain.L\u2019éducation postsecondaire souffre d\u2019un sous-financement réel.Pour que nos universités demeurent des centres de recherche à la fine pointe, des investisse- 38 Les défis du Québec ments doivent être faits à tous les niveaux.Unités de recherche, relève professorale, nouveau créneaux de formation et de recherche, bibliothèques et infrastructures nécessitent des moyens considérables.Nos universités peinent à attirer les professeurs les plus qualifiés et les meilleurs étudiants étrangers faute de moyens adéquats, fl faut remédier rapidement à cette situation avant qu\u2019il ne soit trop tard, fl est nécessaire de tenir un véritable débat sur le financement des universités et d\u2019envisager une réforme dans ce secteur.L\u2019Ontario a identifié les mêmes problèmes et le Rapport Rae a formulé des recommandations.Au Québec le gel des frais de scolarité est devenu une vache sacrée.À l\u2019instar de l\u2019Ontario, une réflexion s\u2019impose.Si nous voulons avancer, il ne faut pas négliger de nouvelles avenues de financement Nous sommes profondément attachés à l\u2019équité età l\u2019accessibilité de l\u2019éducation au Québec.C\u2019est une question de justice sociale et d\u2019égalité des chances.Si on emprunte le chemin du dégel des frais de scolarité - c\u2019est une avenue à ne pas écarter -\til faut le faire en respectant nos valeurs.Deux éléments m\u2019apparaissent indissociables.Un éventuel dégel des frais de scolarité - au niveau universitaire seulement -\tdoit impérativement se voir accompagné d\u2019une réforme sérieuse du programme de prêts et bourses.L\u2019accessibilité doit être maintenue.Les éléments les moins favorisés doivent recevoir des bourses suffisantes et l\u2019endettement doit demeurer raisonnable en tenant compte de la capacité éventuelle de rembourser selon les secteurs d\u2019activités choisis.Le part du financement public, de la contribution des anciens et des entreprises doitpar ailleurs augmenter.Le gouvernement fédéral semble disposer de ressources financières qui outrepassent le cadre de ses besoins de fonctionnement 11 devra trouver un juste terrain d\u2019entente avec les provinces sur la question du financement des universités.Le défi démographique: une politique familiale et d\u2019immigration moderne Au Québec l\u2019indice de fécondité avoisine le 1,4, alors qu\u2019il devrait se situer à près de 2 pour assurer l\u2019avenir de notre société.Les jeunes hésitentà fonder une famille.Les études sont longues, les débuts professionnels précaires et instables.Concilier la carrière et la famille devient un enjeu de taille pour nos jeunes.Le Québec est certes sur la bonne voie.Les Centres de la petite enfance sont un succès et ils sont accessibles à 7$.Leur donner des moyens accrus serait aussi un pari audacieux.La rémunération de nos éducatrices pourraitêtre revue, car nous devons valoriser davantage cette profession.Après tout, ce sont ces personnes à qui l\u2019on confie nos enfants.Les mœurs doivent évoluer et le marché du travail doit devenir plus flexible.Avec un peu d\u2019audace, le Québec doit se doter d\u2019une politique plus globale qui mettrait en valeur le télétravail, les horaires flexibles, les congés pour enfants ainsi que le travail à temps partiel.Le Conseil du statut de la femme préconise un concours ISO-famille afin de sensibiliser les entreprises à la flexibilité des horaires.Nous devons nous inspirer de cette recommandation.Les parents méritent qu\u2019on leur offre un soutien continu tel que le font déjà des pays comme la Suède et la Finlande.Des mesures d\u2019aide continue de l\u2019enfance 39 Le Québec en 2006 jusqu\u2019à l\u2019adolescence permettraient aux parents de mener les responsabilités professionnelles et familiales de front plus facilement L\u2019aide au devoir est une bonne idée formulée par le gouvernement, mais il importe aussi d\u2019envisager d\u2019autres pistes.L\u2019autre facette du défi, c\u2019est l\u2019immigration.Bien accueillir les nouveaux arrivants et bien les intégrer.Nous sommes une terre d\u2019accueil.Pour continuer à attirer des immigrants, non seulement devons nous promouvoir le Québec à l\u2019étranger, notamment dans la francophonie, mais faudra-t-il aussi reconnaître les compétences et diplômes obtenus à l\u2019extérieur.Beaucoup de progrès reste à faire à ce chapitre.Un système efficace de reconnaissance des acquis et compétences demeure à mettre en place.Les infrastructures pour accueillir les nouveaux arrivants doivent êtres fonctionnelles pour assurer une intégration rapide et sans heurts.Les régions du Québec sont elles aussi confrontées à un défi démographique.Les jeunes quittent en grand nombre.L\u2019État doit obligatoirement faire preuve de leadership et créer un dialogue permanent avec les représentants des régions.Les solutions économiques et sociales pour contrer l\u2019exode et dynamiser davantage les régions seront le fruit de la qualité du partenariat établi entre tous les acteurs concernés.Le développement des régions doit demeurer - le gouvernement s\u2019y est engagé - une préoccupation permanente.Le renouvellement des institutions démocratiques: un débat qui dure depuis trop longtemps À chaque élection générale, un débat surgit sur l\u2019opportunité de réformer notre système électoral, car un déficit démocratique apparaît évident En 1944,1966 et 1998, le parti quia obtenu le plus de votes n\u2019était pas porté au pouvoir, ce qui constitue un renversement de l\u2019expression démocratique.Dans le système uninominal à un tour, le vote de beaucoup de citoyens est sacrifié au nom de l\u2019efficacité.Le ministre Dupuis et maintenant le ministre Pelletier sont sensibles à cette question.Par ailleurs, il existe un large consensus au Québec sur l\u2019à-propos d\u2019une réforme visant à corriger les écarts actuels.La réforme proposée actuellement met de l\u2019avant un mode de scrutin proportionnel mixte où 77 députés représenteraientdes circonscriptions et 50 autres serait désignés à partir de listes dans des districts regroupant certaines circonscriptions.Il n\u2019existe pas de mode de scrutin exempt de faiblesses.Afin de s\u2019assurer que l\u2019ensemble de la société québécoise adhère à un nouveau mode de scrutin, la partisanerie politique doit faire place au sens profond des intérêts de la démocratie.La population ne doit pas sentir que le mode de scrutin est mis en place avec, en toile de fond, le dessein d\u2019avantager une formation politique.Un travail pédagogique important doit être conduit par l\u2019ensemble des leaders politiques, toutes options confondues, afin de convaincre la population du bien fondé d\u2019un changement de cette envergure.Le test des prochaines années sera d\u2019abord et avant tout un test de maturité pour nos élites politiques.L\u2019intérêt général et le sens démocratique doivent inspirer la conduite de chacun dans la mise en place de la réforme.Il est temps de cesser de pousser la question sous le tapis.40 Les défis du Québec Le Québec que je connais ne dort pas sur ses lauriers.Il est audacieux et ne craint pas de se retrousser les manches pour relever les défis auxquels il est confronté.Tout en se préoccupant de la santé, il serait avisé de s\u2019affranchir de l\u2019obsession qu\u2019elle est devenue.Nous ne devons pas nous laisser distraire des défis à venir.Je fais le pari que le Québec et l\u2019ensemble de ses régions ont les atouts et la volonté pour s\u2019attaquer avec succès au monde du savoir et de l\u2019innovation.Les moyens de notre réussite, à nous de nous les offrir ! Déséquilibre fiscal, déclin démographique et rôle du privé dans la santé Joseph Facal Professeur, HEC Montreal.Ex-ministre dans les gouvernements Bouchard et Landry.Au-delà des soubresauts de notre vie politique, je vois trois enjeux fondamentaux qui se renforcent mutuellement: le déséquilibre fiscal, l\u2019impact du déclin démographique sur les finances publiques, et les suites du récent jugement de la Cour suprême sur le rôle du secteur privé dans le domaine de la santé.De 1993 à 2003, les revenus fédéraux perçus au Québec ont augmenté de 58 % alors que les transferts fédéraux n\u2019ont augmenté que de 5,8 °/o.Trois solutions en théorie : convaincre Ottawa de hausser et de stabiliser ses transferts, convaincre Ottawa de transférer des points d\u2019impôt, ou faire la souveraineté.Jean Charestne croit qu\u2019à la première, mais n\u2019a pour le moment rien obtenu.L\u2019augmentation des dépenses en santé est inévitable, mais il faut que cette augmentation soit contrôlée.Elle ne l\u2019estpas parce que nous refusons de débattre collectivement de ce que nous sommes capables de nous payer.À l\u2019heure actuelle, nous finançons la santé sur le dos des autres missions essentielles de l\u2019État En ce sens, le jugement de la Cour suprême témoigne certes de la déplorable ingérence politique des juges, mais nous forcera enfin à confronter la question du rôle du secteur privé en Joseph Facal 41 Le Québec en 2006 santé.En théorie, le ministre Couillard a raison d\u2019envisager une coexistence des secteurs privé et public sur le modèle Scandinave.En pratique, cela se L\u2019autre Québec Amir Khadir Porte-parole, Union desJorces progressistes Le Québec connaît de formidables contestations citoyennes à forte connotation politique : la Marche mondiale des femmes en 2000, le Sommet des peuples à Québec en 2001 contre l\u2019ordre marchand des Amériques, les 200 000 manifestants de février 2003 à Montréal contre l\u2019invasion de l\u2019Irak.Puis il y a eu le succès remarquable du mouvement étudiant en 2005.Tout ça, c\u2019est l\u2019autre Québec.Celui où le débat public, sur initiative populaire, force le grand patronat à ravaler son lucratif rêve d\u2019implanter le méga-hôpital universitaire dans la gare de triage du CP.Celui où une quasi révolte spontanée force le gouvernement à abandonner son projet de centrale à Suroît.Cet autre Québec cherche son relais politique.L\u2019Union des forces progressistes et Option Citoyenne sontnées de cette quête.La fusion de ces formations, si elle se concrétise en 2006, changera durablement la scène électorale.Or, les institutions du pouvoir heurte cependant à la pénurie de personnel qualifié.Mais le débat est au moins lancé.etles élites du Québec, l\u2019assemblée nationale, les décideurs publics, les médias et même les grandes centrales syndicales restent imperméables ou en décalage à cette évolution politique.Le premier défi du Québec est de faire place à cette évolution par une réforme authentique et profonde du mode de scrutin.C\u2019est la condition première pour renverser l\u2019érosion de la confiance du public dans les institutions politiques situation indigne d\u2019une société démocratique.Deux autres défis auxquels notre société se confronte retiennent mon attention.Celui immédiat de préserver la pérennité du système de santé du Québec, le contrôle public de sa gestion et de son financement.Le jugement de la cour suprême, obtenu par le Dr Chaouli, menace l\u2019universalité, la gratuité etl\u2019équité du système de santé, sous prétexte de remédier à ses indéniables faiblesses.L\u2019autre défi majeur est de se responsabiliser collectivement 42 Les défis du Québec pour changer nos habitudes de vie et de consommation terriblement énergivores et polluantes.Pas en 2050, pas à l\u2019échéance de Kyoto en 2012! Il faut commencer tout de suite en 2006, car on l\u2019a vu à la Nouvelle-Orléan : les perturbations climatiques, contrairement à nous, ne remettent pas leurs promesses aux calendes grecques.Une seule priorité : l\u2019éducation Jean-Claude Rivest Sénateur, ancien conseiller du premier ministre Robert Bourassa Une seule priorité: l\u2019éducation.Nul n\u2019a probablement souvenir, ni du jour, ni du mois,ni de l\u2019année ou un premier ministre du Québec a soutenu d\u2019une manière engagée l\u2019importance cruciale de l\u2019éducation et de la formation des ressources humaines pour une société développée.Étrange constat que celui de ce silence relatif de nos dirigeants et de la société en général sur ce qui est tout de même au cœur de notre vie individuelle et collective : l\u2019éducation.Dans l\u2019univers politique et médiatique québécois, on ne parle, en effet, presque plus de l\u2019éducation, si ce n\u2019est qu\u2019occasionnellementpour relever un incident dans une institution d\u2019enseignement, pour faire état de revendications des étudiants et des enseignants ou pour souligner l\u2019insuffisance des ressources financières disponibles.Bien peu de réflexions véritables sur l\u2019importance de l\u2019éducation dans la société.L\u2019éducation, c\u2019est pourtant la condition première du progrès de la so- ciété et de l\u2019épanouissement des individus.Si le Québec moderne existe, n\u2019est ce pas d\u2019abord et avant tout parce qu\u2019au moment de la Révolution tranquille, on a compris que tout, absolument tout, reposait sur le talent, la formation et la compétence des ressources humaines de la société ?Les réformes audacieuses entreprises alors n\u2019ont en effet eu d\u2019impacts véritables que le jour ou les premiers contingents de diplômés ont pris charge des ambitions de changement et de progrès de la société.On vouait alors un véritable culte de l\u2019éducation.Quel remarquable pas en avantpour le Québec, cela a-t-il permis de faire ! Et depuis lors, les réussites québécoises, que ce soit dans le domaine politique économique, social et culturel, ont toujours eu comme moteur premier celui de la compétence des hommes et des femmes du Québec.L\u2019entrepreneurship québécois (des succès comme la Baie James, Bombar- 43 Le Québec en 2006 dier,Québécor.), la qualité de notre administration publique et celle de nos services de santé et de nos services sociaux, les œuvres de nos créateurs et de nos artistes et les découvertes de nos chercheurs.Tout cela n\u2019est en fait que le fruit de nos efforts passés en matière d\u2019éducation - la conséquence de cette passion que nous avions pour l\u2019Éducation et qui parait s\u2019être perdue.La mondialisation des valeurs, de l\u2019économie et des solidarités sociales est désormais au cœur de notre vie quotidienne.La taille du Québec fait que nous ne pouvons prétendre y avoir une influence déterminante.Nous devons cependant faire face aux extraor- dinaires exigences que cela comporte pour la société et les individus.Les seuls atouts dont nous disposons vraiment sont celui de la volonté indéfectible de réussite des hommes et des femmes d\u2019ici et celui de notre capacité à leur fournir les moyens de soutenir avec avantage l\u2019énorme défi de la concurrence et de la compétition.La formation des jeunes et des adultes devient alors l\u2019unique voie d\u2019avenir pour le Québec.Le défi du Québec pour 2006 (et les années subséquentes), une chose toute simple - la plus importante et la plus urgente : retrouver et entretenir la passion pour l\u2019éducation ! La jeunesse, les autochtones et les mythes fondateurs du Québec Gérard Bouchard Historien et sociologue, Université du Québec à Chicoutimi Membre Jondateur de l\u2019Institut du Nouveau Monde Il y a un important redressement à ef fectuer du côté des jeunes Québécois dans les métropoles, et peut-être plus encore dans les régions.Je pense ici au décrochage scolaire, au sous-emploi, aux désordres sociaux (toxicomanie, suicide.).Plus profondément encore, il faudrait porter une attention particulière au sentiment de désarroi, de vide existentiel, de «désespérance» qu\u2019éprouvent de nombreux jeunes.Ce phénomène est d\u2019autant plus tragique qu\u2019il se manifeste moins dans des excès ou des écarts relevant de la criminalité que dans des comportements auto-destructeurs.Le Québec doitintensifier les initiatives qu\u2019il a prises depuis quelques an- 44 Les défis du Québec nées pour redéfinir ses rapports avec les communautés autochtones.Ces initiatives sont avant-gardistes d\u2019abord parce qu\u2019elles délaissent la voie des tribunaux pour emprunter celle des négociations, et aussi à cause de l\u2019originalité dont elles font preuve en se basant sur la reconnaissance du droit à l\u2019autonomie de ces populations.Après un bon départ (du côté des Cris, notamment), la démarche gouvernementale semble maintenant piétiner (par exemple, dans le dossier des Innus).Les Québécois doivent se montrer vigilants, car ils ont ici une occasion de faire l\u2019histoire : nulle part dans le Nouveau Monde on ne s\u2019était jusqu\u2019ici montré aussi audacieux et novateur dans la façon d\u2019aborder ce vieux problème qui assombrit le passé de toutes les collectivités neuves.Présentement, sur le plan politique, il n\u2019y a plus de véritable pensée fédéraliste au Québec.De son côté, le Parti québécois présente certes les éléments d\u2019un projet susceptible de relancer notre société en la mobilisant en fonction d\u2019un horizon, d\u2019une direction, d\u2019un grand rêve collectif.Mais en dépit des efforts réalisés récemment, ce projet reste en attente d\u2019une redéfinition qui l\u2019articule pleinement aux questions, aux besoins, aux contraintes et aux immenses possibilités du temps présent Les grands mythes fondateurs de la Révolution tranquille ont presque tous épuisé leur potentiel de mobilisation et de changement II presse de les relayer.La citoyenneté Claude Béland President du Mouvement pour la démocratie et la citoyenneté du Quebec Membre du conseil d\u2019administration de l\u2019Institut du Nouueau Monde À quelle entreprise impossible ou dont on l\u2019estime incapable le Québec doit-il s\u2019attaquer en 2006?Je pose la question en m\u2019inspirant de la définition du « défi » selon le grand Larousse, le Québec étant, bien entendu, pour les fins de l\u2019identification de ces défis, non pas l\u2019État ou ses institutions, mais la population elle-même.Vu sous cet angle, un des défis prioritaires est celui pour les citoyennes et citoyens de refuser la soumission systématique aux volontés des élus ou aux diktats monopolistes, mais d\u2019amorcer plutôt l\u2019affirmation et l\u2019incarnation du pouvoir citoyen.Les Québécois et les Québécoise, doivent renoncer à n\u2019être que de simples électeurs périodiques et 45 Le Québec en 2006 doivent s\u2019inscrire dans une démarche menant à l\u2019instauration d\u2019une démocratie davantage participative.Pour ce faire, ils doivent relever le défi de leur éducation citoyenne etpoli-tique, ce que d\u2019aucuns les estiment incapables de réussir.Lutter pour la diversité de l\u2019information indépendante.S\u2019inscrire dans les groupes qui, par des débats et des échanges, permettent d\u2019y trouver une information non partisane, véritable oxygène de la démocratie.Ils doivent aussi relever le défi de la renaissance de l\u2019éthique de la citoyenneté et du civisme.Réapprendre à «vivre ensemble» dans le respect des uns et des autres, le civisme étant « une foule de petites choses » qui, nourries de la poursuite collective du bien commun, redonnent le goût du Québec.Développement durable : de la parole aux gestes ?Steven Guilbault Directeur, Greenpeace Quebec Steven Guilbault Depuis quelques années, le vent du développement durable souffle sur le Québec.Pour le gouvernementCharest, tout, ou presque, est maintenant du développement durable pour le meilleur mais aussi, hélas, pour le pire.Pour le meilleur, il y a certainement l\u2019abandon de la filière thermique au Québec, dont le projet le Suroît, et le virage vers l\u2019énergie éolienne, la volonté du ministre Corbeil, aux Ressources naturelles, de donner suite à certaines des recommandations de la Commission Coulombe, soit la réduction les droits de coupes de 20 % et la création de nouvelles aires protégées.Dans la catégorie des bourdes monumentales, notons le cafouillage autour du changement de nom du ministère de l\u2019Environnement qui est devenue le ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs, ainsi que la motoneige qui devient, selon M.Charest, du développement durable tout comme les projets de prolongements des autoroutes 25 et 50 (ce dernier annoncé le jour de l\u2019entrée en vigueur du Protocole de Kyoto).Et la dernière en liste, soit la transformation de la rue Notre-Dame en autoroute urbaine qui permettra à trois fois plus de voitures d\u2019avoir accès au centre-ville de Montréal.La politique sur le développement durable aura peut-être le mérite de favoriser la prise en compte d\u2019éléments dépassant une simple analyse 46 Les défis du Québec étroitement économique au sein de l\u2019appareil gouvernemental, mais sans plus.Au-delà de ses bons et mauvais coups, la volonté du gouvernement Charest d\u2019utiliser la notion de dévelop- pement durable à toutes les sauces nous laisse trop souvent l\u2019impression de relever de l\u2019improvisation et de l\u2019opportunisme politique.Saura-t-il rectifier le tir?L\u2019éolien, l\u2019éducation postsecondaire et la transition démographique Pier-André Bouchard St-Amant Ancien president de la Fe'de'ration e'tudiante universitaire du Quebec Le premier défi de 2005-2006, c\u2019est le développement éolien au Québec.Les appels d\u2019offires actuels favorisent un modèle de développement économique qui n\u2019avantage pas les régions.Pour chaque dollar qui demeure dans les régions à fortpotentiel éolien, 1,80 $ s\u2019en va aux États-Unis, en Alberta et en Ontario.Car les investisseurs actuels ne sont pas québécois.Un modèle de développement sous forme de coopératives, en partenariat avec Hydro-Québec, favoriserait la rétention d\u2019argent dans les régions à fort potentiel éolien, renforçant ainsi leur économie.Ainsi, les investisseurs seraient des gens de la région, sous le modèle des Caisses Populaires.Autre avantage : l\u2019augmentation du niveau d\u2019acceptabilité d\u2019un tel projet Le second défi sera d\u2019ordre politique.Le budget fédéral Layton-Martin garantit 1,5 milliards en éducation postsecondaire, soit environ 375 mil- lions pour le Québec.Ces crédits budgétaires, même s\u2019ils ont été votés, doivent arriver dans nos universités et cégeps.Or, rien n\u2019est moins sûr puisque le gouvernement Martin, maintenant plus fort dans les sondages, risque de dissoudre la chambre et d\u2019aller en élection.Pour que cet argent nous parvienne, il faut que le milieu de l\u2019éducation postsecondaire et le gouvernement du Québec s\u2019entendentnon seulement sur la répartition des sommes, mais aussi sur la stratégie à adopter face au gouvernement fédéral.Dernier défi : mettre en place toutes les politiques nécessaires pour nous assurer que la transition démographique à venir soit la plus douce possible.Le gouvernement se doit de ne pas baisser les impôts, d\u2019éviter la croissance de la dette publique ou de vendre ses actifs pour financer son déficit.Il lui faut favoriser l\u2019immigration et l\u2019éducation postsecondaire.Pier-André Bouchard St-Amant 41 Le Québec en 2006 La métropole, le talent, la créativité Isabelle Hudon Présidente et chefde la direction, Chambre de commerce du Montreal métropolitain Autant le Québec est obsédé - non sans raisons - par le développement de ses régions, autant celui de sa « locomotive économique» - la métropole -est l\u2019objet de peu de préoccupations.Pourtant, le propre d\u2019une locomotive, c\u2019est d\u2019emmener tout le monde dans sa suite.Aussi, si le Québec veut aller plus vite, il y a tout lieu d\u2019exploiter au maximum le potentiel de sa métropole.Cela devrait être un enjeu électoral de la Gaspésie jusqu\u2019en Abitibi, ne serait-ce que parce que la métropole apporte 25 milliards $ de revenus au gouvernement du Québec, soit plus de la moitié de ses revenus autonomes.Ainsi, l\u2019une des meilleures façons pour l\u2019État de se donner les moyens d\u2019agir en région, c\u2019est justement d\u2019investir dans la croissance de Montréal.Et cela devrait être une priorité pour tous les Québécois.Le grain de sable Pierre Beaudet Directeur, Alternatives Le monde dans lequel nous vivons nous interpelle chaque seconde.L\u2019image d\u2019une «prison-monde» appelée D\u2019ici 2016, la croissance nette de la main-d\u2019œuvre dépendra à 100 % de l\u2019immigration.Dans ce contexte, notre capacité collective à nourrir la croissance de notre bassin de talents est cruciale.Cela nécessite des actions sur les trois « fronts » de la bataille du talent: la formation, l\u2019attraction et la rétention.Les plus grandes réussites québécoises portent toutes le sceau de l\u2019audace, de la créativité et de l\u2019entrepre-neurship.11 faut cultiver ce goût- qui est commun à ceux qui innovent en science, qui inventent en art ou qui osent en affaires - tout en se rappelant qu\u2019il faut donner aux créateurs des outils leur permettant de donner forme à leurs idées, à commencer par la formation et l\u2019acquisition de compétences.Guantanamo nous hante, même si la population québécoise a pu démontrer en 2003 comment elle rejetait une Les défis du Québec guerre immonde menée au nom de la liberté.On garde espoir, car il y a aussi le surgissement d\u2019une lutte sans cesse renouvelée pour la justice, la paix, la démocratie, que l\u2019on voità Beyrouth, Kiev ou Buenos Aires.Au Québec, nous sommes en même temps très loin et très proches de cette mondialisation polarisée.On nous fait parfois croire que nous vivons à l\u2019écart de ces grands tourments, que nous sommes à l\u2019abri du géant américain dans une sorte de «république des satisfaits».Certes, cette illusion est promue par un système qui exclut de plus en plus de gens et qui malgère le néolibéralisme.Heureusement, l\u2019indifférence et l\u2019ignorance sont battues en brèche.Notamment par ses milliers de jeunes Québécois et Québécoises qui entendent que l\u2019extraordinaire grève étudiante du prin- temps 2005 est racontée à Porto Alegre ou à Barcelone et que la prochaine mobilisation contre la guerre aura bientôt lieu dans 150 villes simultanément De tout cela émerge une altermondialisation à chaque fois plus proche des gens.Nos plus grands défis dans ce contexte se résument à un seul : comment survivre à côté d\u2019une superpuissance menaçante et militarisée, malheureusement bien appuyée par une « société civile » intégriste et fanatisée ?Il faut résister.Non pas par «antiaméricanisme», car notre combat est le même que celui de millions d\u2019Américains qui luttent contre ce qui s\u2019apparente - sans être semblable - à ce qui avait été mis en place par Hitler il y a 60 ans.Il faut jeter dans l\u2019engrenage le plus gros grain de sable que l\u2019on peut trouver.Intégrité et honnêteté Bernard Descôteaux Directeur, Le Deuoir Quels défis attendent les Québécois en 2006 ?L\u2019actualité de 2005 me conduit à privilégier la mise en œuvre du rapport du juge Gomery sur le scandale des commandites.Ce rapport nous renvoie aux valeurs morales de notre classe politique, mais aussi à celles de notre société.L\u2019enquête menée par le juge Gomery en 2005 a montré que des mots comme « intégrité » et « honnêteté » ont perdu leur sens.Comment expliquer autrement qu\u2019au sein même d\u2019un appareil gouvernemental, régi par des normes et des contrôles aussi nombreux que rigoureux, un programme gouvernemental aussi important ait pu être détourné desesfinspourleprofitde quelques-uns sans retenue ?49 Le Québec en 2006 Parmi tous ceux qui ontparticipé à ce grand jeu des commandites, personne n\u2019a osé dire: je ne joue pas ! Et, encore moins, le dire publiquement Étonnant?Pas vraiment, puisque ceux qui jouent à ce jeu sont de plus en plus nombreux.N\u2019est-ce pas à ce même jeu auquel on jouait chez Cinar et chez Nortel, pour s\u2019en tenir à des exemples du secteur privé au Canada?N\u2019est-ce pas aussi ce que font tous ceux qui travaillentau noir?Puisque toutle monde le fait.Le scandale des commandites entraînera un resserrement des contrôles et des normes appliquées dans la fonction publique.Cela est inévitable.Mais à la base, le rapport du juge Gomery devrait appeler la société québécoise à une réflexion sur ses valeurs morales.L\u2019attitude de ceux qui confondent leurs intérêts personnel avec l\u2019intérêt public ne changera pas durablement si on n\u2019admetpas que les comportements condamnés par la commission d\u2019enquête ont été possibles parce que tolérés.Le défi est peut-être plus grand qu\u2019il n\u2019y paraît Politique, énergie et richesse Carole Beaulieu Rédactrice en chef, L\u2019actualité Les Québécois aiment voter «autonomiste », « solidaire ».et « réaliste ».Toute leur histoire récente en témoigne.Pourtant, sur l\u2019échiquier politique de la province, aucun parti ne leur offire ce choix.LePLQdeJeanCharest est trop peu autonomiste.L\u2019ADQ trop peu solidaire.L\u2019Option citoyenne pas toujours très réaliste en matière d\u2019économie ! Le Parti québécois et son nouveau chef sauront-ils occuper le terrain, pour l\u2019instant vacant, de cette autonomie solidaire-réaliste?L\u2019année 2006 risque d\u2019être marquée au fer rouge de la bataille pour l\u2019énergie.Et de ses conséquences politiques.Gonflé par la demande mondiale - de la Chine notamment-, le prix du baril de pétrole brut a bondi de 10 à a 60 dollars (vrf) en moins de 14 mois ! Avec assez d\u2019or noir pour approvisionner l\u2019Amérique du Nord pendant 50 ans, l\u2019Alberta devientle centre du « nouveau Canada», riche, bourré d\u2019emplois.et bientôt d\u2019électeurs ! Les Québécois voudront-ils se séparer du pays qui a le plus gros avantage mondial en matière de sécurité énergétique?À moins qu\u2019ils ne pressent eux-mêmes le pas pour s\u2019enrichir ! Et créer un nouveau pôle de richesse et d\u2019attraction, à l\u2019est, dans ce que certains commencent à appeler le «vieux» Canada.Tout un défi.50 La peur Les défis du Québec Mario Roy Éditorialiste, La Presse Outre ses difficultés spécifiques (dont, évidemment, le lancinant casse-tête constitutionnel), le Québec fait face aux mêmes problèmes que les autres nations développées.Essentiellement, ils posent un défi unique, vaincre la peur, qui se décline en trois volets.Vaincre la peur du changement.Celle de la réalité.Celle de la.fin du monde.Cette dernière phobie est la plus étonnante.Car la société dans laquelle nous vivons est, historiquement et à tous points de vue, la plus sûre et la mieux équipée pour la survie à long terme, nonobstant les discours de tous les marchands d\u2019apocalypse.Oui, il faut se préoccuper d\u2019environnement et de santé, de sécurité et de paix.Mais, non, la situation de l\u2019espèce, globalement, ne se détériore pas.Non, la Terre ne cessera pas de tourner.Et il reste en- core plusieurs milliards d\u2019années avant un éventuel Big Crunch.La peur de la réalité, des faits bruts, est moins étonnante.Elle conduit à la foi aveugle, autant dans le domaine de la spiritualité que de la politique.Or, il n\u2019estpas certain qu\u2019après avoir déserté les églises, les Québécois ne se soient pas més en masse vers d\u2019autres chapelles.Le refus obstiné du changement, enfin, est à la fois une cause et un effet de ce que nous venons de voir.Jadis, progresser consistait à faire quelque chose.Maintenant, se ranger du côté du progrès consiste plutôt à se battre pour que rien n\u2019arrive.Cela ne pourra pas durer, comme le suggère le plus élémentaire bon sens.Alors, pourquoi ne pas, dès 2006, entreprendre l\u2019exhumation de la confiance et de l\u2019audace?Garder nos Anglos Don Macpherson Chroniqueur, The Gazette Certains grands défis du Québec sont tellement évidents que je compte sur d\u2019autres invités de l\u2019Annuaire pour les choisir.Pour faire original donc, j\u2019ai décidé plutôt d\u2019exprimer trois souhaits pour le Québec en 2006 qui ne figurent pas nécessairement sur beaucoup d\u2019autres 51 Le Québec en 2006 listes, mais qui sont des défis quand même.1)\tJe nous souhaite plus de courage pour affronter les problèmes de démographie et de finances publiques auxquels nous faisons face.En vieillissant, le Québec est devenu conservateur et suffisant Dans les années 60, les Québécois descendaient dans la rue pour changer les choses.Aujourd\u2019hui, ils le font pour protéger les acquis de leur groupe d\u2019intérêt respectif.2)\tJe nous souhaite un plus grand respect et une plus grande défense de nos libertés fondamentales, et non pas seulement quand nous sommes d\u2019accord avec ceux qui les exercent Quand ceux qui croient que les fins justifient les moyens utilisent des tactiques fascistes pour empêcher leurs adversaires de se réunir ou de s\u2019exprimer, la démocratie estmenacée.3)\tEt je souhaite qu\u2019on fasse un plus grand effort pour stopper l\u2019exode des cerveaux anglophones du Québec en offrant aux jeunes diplômés de ma communauté des emplois intéressants à la hauteur de leurs ambitions et de leurs talents.Alors que le Québec fait des efforts considérables pour attirer et intégrer des immigrants d\u2019autres pays, il laisse partir des jeunes qui sont nés et formés ici et qui parlent déjà français.Et il laisse à d\u2019autres de profiter de compétences acquises à ses dépenses.Quel gaspillage.Québec contre Chine : un pacte de productivité Bernard Drainville Journaliste, animateur de La Part des choses, RDI Le bonheur humain est la fin d\u2019une société; l\u2019économie, le moyen pour l\u2019atteindre.Plus l\u2019économie crée de richesse, d\u2019emplois, plus les citoyens ont de chances de vivre heureux.Le hic, c\u2019est que le «p\u2019tit bonheur» des travailleurs québécois est en train de prendre le chemin de la Chine, de l\u2019Inde et des économies émergentes.Pour le moment, ce sont nos usines de meuble et textile qui disparaissent (pour réapparaître à Shanghai ou Shentzen.), mais avant longtemps, c\u2019est 52 Les défis du Québec toute notre haute technologie qui risque d\u2019y passer.Avez-vous vu les 4 x 4 chinois débarqués en Europe?Les avions « made in China » ne sont pas bien loin derrière.Ils vont bientôt avoir Bombardier et toute notre industrie aéronautique dans le collimateur.Pouvons-nous gagner?Oui, mais à condition d\u2019être meilleurs qu\u2019eux! Plus compétitifs qu\u2019eux! Si le travailleur de Bombardier veut continuer à gagner un salaire 10 fois plus élevé que le travailleur chinois, il va devoir produire 10 fois plus de valeur que lui.Sinon l\u2019Asiatique va lui chiper son emploi! Sans nécessairement travailler plus, il faudra travailler mieux.La recette n\u2019estpas chinoise: il faut fournir à nos travailleurs les meilleures machines (notre dollar canadien fort nous aidera à les importer) et la meilleure formation pour les utiliser.Il va falloir apprendre à dire « PRO-DUC-TI-VITÉ » sans grimacer.Mieux encore, il nous faut un PACTE : Aux chefs d\u2019entreprises : êtes-vous prêts à investir une plus grande part de vos profits et de votre rémunération (parfois stratosphérique.) dans l\u2019innovation technologique et la formation en usines ?Aux fonds d\u2019investissements, gestionnaires de portefeuille et autres actionnaires : êtes-vous prêts à accepter qu\u2019une entreprise déclare des profits moindres parce qu\u2019elle a investit dans ses équipements, ses bâtisses, ses travailleurs?Où allez-vous, comme c\u2019est devenu la règle, punir l\u2019entreprise en faisant dégringoler son action en bourse?Aux travailleurs et à leurs syndicats : êtes-vous prêts à consentir à certains sacrifices si l\u2019employeur s\u2019engage dans une politique d\u2019investissement qui vise à protéger vos emplois contre la concurrence asiatique ?Bref, pouvons-nous construire un capitalisme de long terme?Un capitalisme original, solidaire, durable, québécois?La civilité Denise Bombardier Écrivaine et journaliste, chroniqueuse au Devoir et à TVA Quel défi que de définir trois défis pour 2006.Mais c\u2019estun exercice qui permet certainement de cerner les contours du Québec d\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est pourquoi il me semble que notre premier défi est d\u2019éviter le piège de la désillusion face à la dégradation de la vie politique actuelle.À ce jour, l\u2019électorat québécois avait boudé le cynisme si pratiqué dans les vieux pays européens revenus de 53 Le Québec en 2006 tout Les scandales, une certaine fatigue morale aussi, favorisent cette position amorale et socialement redoutable.Le second défi serait peut-être de tenter de reconnaître l\u2019énorme fossé entre les prétentions idéologiques, héritage des années soixante, etla réalité sociale qui en découle.Au nom de la justice sociale, la génération baby-boomers a accédé au pouvoir et défini les paramètres de la nouvelle société dont elle a pris le contrôle avec comme conséquence de figer le changement selon ses propres termes.À la lutte des classes s\u2019est substituée la lutte des classes d\u2019âge.Le défi est de lâcher du lest en tendant le bâton du relais à la génération subséquente.Enfin, le troisième défi serait de remettre un peu de tendresse dans nos relations interpersonnelles, façon de lutte contre une dépersonnalisation qui ne doit pas être inéluctable.Nous introduisons dans nos débats publics une brutalité de ton qui empoisonne la discussion et transforme la polémique en mise à mort La vie démocratique exige plus d\u2019hauteur de vue, plus de finesse intellectuelle et plus de civilité.Nous devons aussi tenter de résister à cette tendance lourde de plonger dans la trivialité.La santé, les finances de l\u2019État et l\u2019énergie Jean-Paul Gagné Rédacteur en chef, Les Affaires En matière de santé, le gouvernement du Québec devra se conformer au jugement de la Cour suprême dans l\u2019afïàire Chaoulli.Québec a jusqu\u2019au 6 juin 2006 pour encadrer l\u2019achat d\u2019assurance privée pour financer des soins de santé normalement dispensés dans le cadre du régime public de santé.Québec devra aussi se prononcer sur la recommandation du rapportMénard de créer un régime public de financement des soins aux personnes en perte d\u2019autonomie.Sur le plan des finances publiques, les prochains budgets des gouvernements devraient alimenter le débat sur le déséquilibre fiscal et la péréquation.L\u2019Alberta, qui n\u2019a ni dette, ni taxe de vente et où les particuliers paient un taux unique de 10 %, se dirige vers un surplus de 7 G$ grâce aux redevances sur les hydrocarbures.Elle pourra éliminer son impôt sur les profits.Pendant ce temps, le fédéral continue d\u2019afficher des surplus, le Québec recourtà des astuces comptables pour montrer un 54 Les défis du Québec équilibre budgétaire et l\u2019Ontario enregistre des déficits.Les provinces dites pauvres accroîtront la pression sur le fédéral, mais celui-ci ne voudra pas toucher aux redevances albertaines, puisque les ressources sont de la compétence des provinces.En énergie, Québec devra donner suite au rapport de la commission sur l\u2019énergie.Il devra présenter ses choix entre les différentes formes d\u2019énergie qui formeront le bilan énergétique des prochaines années.Il devra se prononcer sur les projets de terminaux méthaniers de Lévis et de Gros-Cacouna à la suite des rapports publiés sur leur impact environnemental.Indépendance, leadership et communications Pierre Dubuc Directeur, L\u2019Aut\u2019journal Quelque part, au cours des prochaines années, le Québec aura à nouveau à se prononcer sur son avenir.De tels rendez-vous historiques se préparent de longue main.Bien qu\u2019elle doive s\u2019appuyer sur une ferveur populaire exceptionnelle, l\u2019indépendance nationale ne peut se réaliser sans un véhicule politique sophistiqué embrassant la grande coalition souverainiste.La reconnaissance des clubs politiques dans les statuts du Parti québécois permet désormais cette cohabitation.Dès maintenant, il faut transformer cette potentialité en réalité.Pour naviguer dans les eaux agitées et troubles d\u2019une campagne référendaire, une nouvelle génération de dirigeantes et dirigeants est requise.Car, au fil des ans, tous les arguments pour la souveraineté ont été déposés sur la table.Pour vaincre les dernières hésitations des couches les plus vulnérables de notre société aux coups fourrés adverses, il ne manque plus qu\u2019un leadership ferme, marchant d\u2019un pas assuré.Beau défi, s\u2019il en estun, que de favoriser son émergence.De nouveaux leaders émanent des luttes politiques et sociales, mais également du débat d\u2019idées.Au Québec, ce dernier est biaisé, perverti et censuré d\u2019avance par le contrôle quasi-absolu de la presse d\u2019opinions par les forces fédéralistes.Mais, chaque fois, dans l\u2019histoire, un mouvement s\u2019est buté à un univers médiatique aussi hostile, il a utilisé les nouveaux médias de l\u2019époque pour contourner le problème.Le mouvement souverainiste s\u2019est construit sur l\u2019utilisation du téléphone.Aujourd\u2019hui, la maîtrise pour le combatpolitique d\u2019Internet et des nouvelles technologies de l\u2019information est à l\u2019ordre du jour.55 Le Québec en 2006 L\u2019éducation, le transport et les organisations communautaires Jacques Dufresne Philosophe, éditeur de L'Encyclopédie de L\u2019Agora La Fédération des commissions scolaires s\u2019est attaquée récemment aux cégeps et aux écoles privées avec l\u2019espoir de trouver un remède à ses maux dans l\u2019affaiblissement de ces réseaux qu\u2019elle considère comme des concurrents.Sur le plan administratif, les écoles privées ressemblent davantage aux cégeps qu\u2019aux écoles publiques : même autonomie, même enracinement dans la communauté, même accès direct au ministère de l\u2019Éducation, même choix de l\u2019institution par les étudiants et les parents.N\u2019est-ce pas ce modèle gagnant qu\u2019il conviendrait d\u2019étendre au secteur public, plutôt que de faire l\u2019inverse comme le veulent les Commissions scolaires ?Devant ces centaines de milliers de kilomètres de routes à refaire, on s\u2019interroge.Dans quelle mesure avions-nous prévu ces frais d\u2019entretien ?Faut-il refaire les mêmes investissements aveugles, sachant que le coût de l\u2019essence ne cessera d\u2019augmenter ?En avons-nous les moyens ?Ne faudrait-il pas au contraire profiter de la conjoncture pour revoir toute la politique du transport dans la perspective du développement durable?N\u2019ayantpas d\u2019industrie automobile, nous n\u2019avons nullement intérêt, compte tenu de notre dur hiver, à gagner le concours du nombre de kilomètres de routes asphaltées par habitant.Mieux vaudrait innover à la manière de la ville de Curitiba au Brésil, «une ville, nous dit Francis Ford Coppola, qui se soucie plus de ses habitants que de ses voitures» (Courrier international, N°766,12 juillet 2005).On connaît depuis longtemps les limites du marché en matière sociale, on connaît désormais celles de l\u2019État.Entre les deux, il y a le secteur communautaire.On s\u2019affaire depuis quelques années à créer des fondations communautaires dans les principales villes du Québec.N\u2019est-ce pas là l\u2019ébauche d\u2019un mouvement qui devrait prendre de l\u2019ampleur?Les organismes communautaires ont besoin du soutien de toute la population.Ils sont l\u2019État providence de demain.56 Les défis du Québec Le privé en santé, le financement de la culture et l\u2019immigration Pierre Thibault Rédacteur en chef, hebdomadaire culturel Ici Il sera urgent en 2006 d\u2019évaluer la manière dont seront intégrés des services de nature privée dans le système de santé québécois.Une planification rigoureuse et des études serrées devront être effectuées afin de permettre une plus forte participation du privée en santé sans pour autant remettre en cause l\u2019universalité des soins.Plus il perdure, plus le statu quo actuel nous mène vers une réelle médecine « à deux vitesses », ce que la plupart des observateurs redoutent.En 2006, le Québec aura à faire face à la grogne soutenue exprimée par un nombre grandissant d\u2019artistes quant aux modèles existants en matière de financement des arts.Il ne s\u2019agit pas ici d\u2019entrevoir la chose sur le strict plan des sommes allouées, mais bien sur la manière dont les budgets sont dis- Redire nous Robert Laplante Directeur, L\u2019Action nationale Cela ne se réglera certainement pas cette année, mais il se pourrait bien que tribués.Le programme d\u2019intégration des arts à l\u2019architecture et le principe des jurys composés de pairs, notamment, font l\u2019objet de récriminations chez plusieurs artistes qui les accusent d\u2019être à l\u2019origine de situations de conflits d\u2019intérêts, de favoritisme ou de règlements de comptes.À terme, des États généraux sur le financement de la culture seront nécessaires.Le vieillissement de la population constitue un handicap majeur pour le devenir du Québec.En ce sens, l\u2019arrivée d\u2019immigrants est souhaitable.Aussi, et pour éviter des problématiques vécues par certains pays européens, dont la Lrance et l\u2019Angleterre, il est impératif de revoir dans leur ensemble les politiques d\u2019intégration des immigrants à la société québécoise.les choses basculent.Le Québec est en passe de se refonder dans son récit na- 57 Le Québec en 2006 tional.Si cela se produit l\u2019Histoire se mettra en mouvement.La guerre psychologique qu\u2019on lui a menée depuis 1995 a eu des effets désastreux sur la cohésion sociale et la représentation nationale.Comme c\u2019est souventle cas, les artistes ont devancé les politiciens.Le renouveau de la chanson engagée a remis les Québécois en face d\u2019eux-mêmes.Une parole renouvelée cherche à redire un « nous ».Le Québec s\u2019emploie à se raccorder avec lui-même.La course au leadership du PQ et la création d\u2019un nouveau parti de gauche vont contribuer à clarifier les choses.Ou bien le PQ réussira à regagner la confiance des indépendantistes et des désabusés ou bien il se transformera en relique vivante, une espèce d\u2019Union nationale post-modeme .Si cela seproduit, le nouveau parti de gauche risque de reconfigurer l\u2019espace politique.A moins que l\u2019abstention ne progresse encore.La crise du secteur public sera un événement-clé.Voulue ou non, cette crise va frapper au cœur de la représentation que les Québécois se font d\u2019eux-mêmes et de leur semi-État Ce sera un test majeur pour la cohésion nationale, peut-être même un rendez-vous électoral.Les Québécois accepteront-ils de vivre avec les moyens que le Canada leur laisse ?Leur réponse fixera aussi les résultats de l\u2019élection fédérale et le niveau d\u2019appui au Bloc.La question nationale radicalise les choix.L\u2019éthique et un nouveau parti politique Jocelyn Maclure Professeur adjoint, faculté de philosophie, Université' Laval Rédacteur en chef des Cahiers du 27 juin Le renforcement du souci éthique Il faut faire en sorte que la préoccupation ou le souci éthique s\u2019immisce autant dans la logique fonctionnaliste de nos institutions que dans le foyer intérieur de la conscience individuelle.L\u2019éthique ne peut se porter garante à elle seule de la réalisation de la justice et du bien commun, mais elle garantit au moins que le souci de justice sociale constitue l\u2019un des critères de jugement des décideurs et des citoyens dans leur vie quotidienne.L\u2019émergence d\u2019un parti politique fondé sur une lecture plus adéquate de l\u2019évolution sociopolitique du Québec contemporain 58 Les défis du Québec La politique partisane au Québec est dans une impasse.Il lui manque un parti politique pragmatique tant dans son progressisme que dans son affirma tionnisme.1.\tle PLQn\u2019apas fait la preuve qu\u2019il est animé par autre chose que la conquête et la préservation du pouvoir.Quelle est l\u2019éthique sociale qui sous-tend l\u2019action de son gouvernement?2.\tLe PQ fait du projet de souveraineté un absolu.3.\tL\u2019ADQ, en plus d\u2019avoir une fâcheuse propension au populisme, n\u2019est pas, jusqu\u2019à preuve du contraire, progressiste.4.\tL\u2019Option citoyenne, même si sa présence dans le paysage idéologique et politique québécois est positive, ne nous a pas prouvé jusqu\u2019ici qu\u2019elle avaitla capacité de renouveler le discours et la pratique progressistes et qu\u2019elle pouvait exercer le pouvoir.Le Québec a besoin d\u2019un nouveau parti.Souverains, solidaires et moraux Louis Cornellier Rédacteur en chef de la reuue Combats Je pourrais être original; je serai plutôt sérieux et expéditif.Voici donc, selon moi, les trois plus grands défis qui attendent le Québec en 2006.Le Parti québécois aura un nouveau chef.Les Québécois progressistes devront lui faire comprendre clairement qu\u2019ils sont prêts pour la souveraineté démocratiquement réalisée.Pour ce chef, le défi prendra la figure de la clarté et du courage.Pour les citoyens, il prendra la figure de la lucidité et de la constance.En matière de santé, le débat sur une privatisation partielle des services battra son plein et les chantres du \u201cgros bon sens\u201d tenteront de nous enfoncer dans la tête l\u2019idée, fausse, selon laquelle le \u201ctout public\u201d est dépassé.Il faudra se défendre bec et ongles contre cette arnaque moralement et rationnellement indéfendable.Il nous faudra, oui, être des purs et durs de la solidarité contre une logique économique artificielle.Directement relié au précédent, le troisième grand défi s\u2019adresse, lui aussi, à tous.Il consiste à en finir avec une mentalité pragmatique débilitante qui nous impose de tout penser en fonction d\u2019un soi-disant réalisme à la petite semaine.Contre ce rapetissementde notre humanité au nom de l\u2019idéologie de l\u2019ef ficacité, l\u2019heure est venue de réhabiliter la morale, qui n\u2019est pas le moralisme, dans les débats sociaux.Comme le disait Socrate, mieux vaut souffrir de l\u2019injustice que de la commettre.59 Le Québec en 2006 Un slogan n\u2019est pas une politique Éric Bédard Historien, re'dacteur en chefde la reuue Argument Artjument n\u2019estpas une revue de combat mais un espace de débats.Notre revue n\u2019a pas été créée pour résoudre des problèmes mais bien davantage pour les penser.Ses animateurs ne sont pas unis par une Cause, ils souhaitent modes tementanimer un forum de discussions sur des enjeux qui les préoccupent comme celui de l\u2019avenir de l\u2019humanisme dans un monde subjugué par la technique, de l\u2019étiolement de l\u2019idée du bien commun dans une société d\u2019individus, du rapport souvent trouble que les Québécois entretiennent avec leur passé ou avec la modernité.Esquisser, dans un tel contexte, les « trois grands défis » de la prochaine année pour le Québec pourrait sembler hasardeux.Et pourtant, malgré notre volonté farouche d'offrir aux esprits libres un vrai lieu d\u2019échanges, nous sommes, Pluralisme, justice, Anne-Marie Aitken Rédactrice en chef de la revue Relations Parmi les nombreux défis auxquels le Québec aura à faire face en 2006, je re- nous aussi, animés par une foi.Nous voulons croire que le débat d\u2019idées est essentiel à la démocratie, que sans une éthique exigeante de la délibération, il est impossible d\u2019éclairer les grandes questions de notre temps.La politique, contrairement à ce qu\u2019on a pu voir lors des audiences de la commission Gomery, ne saurait se réduire à de la publicité, du marketing, des analyses de/ocus cjroup.Un sondage n\u2019est pas un point de vue éclairé et un slogan n\u2019estpas une politique.Pour se projeter dans l\u2019avenir, envisager certaines réformes nécessaires, il faut être en mesure de comprendre un peu mieux la complexité des choses.Un tel exercice requiert du recul et du temps.Ce sens des perspectives, n\u2019est-ce pas là l\u2019un de nos principaux défis pour l\u2019année à venir?ouverture tiens d\u2019abord celui d\u2019un pluralisme croissant qui suscite des questions Les défis du Québec inédites relatives à notre identité nationale et à notre vivre ensemble.Les nouveaux arrivants en provenance des quatre coins de la planète nous enrichiront de leur culture et de leur vison du monde à condition que nous leur offrions une place dans notre société pour qu\u2019ils s\u2019ouvrent à notre culture.C\u2019est avec eux que nous avons à bâtir un Québec pluriel et solidaire, au nom même de la démocratie.Le deuxième défi est celui de la justice sociale dans un contexte de mondialisation qui enrichit les riches et appauvrit les pauvres.Le néolibéralisme actuel donne une place de plus en plus grande à l\u2019économie et centre tout sur le profit et la rentabilité.Tout se vend, à n\u2019importe quel prix.Que devientalors l\u2019humain?Une marchandise comme les autres?Détaché de tout lien avec ses semblables?L\u2019avenir réside dans la résistance au nivellement de la pensée, dans la lutte contre l\u2019exclusion, la défense d\u2019un environnement viable, la promotion d\u2019une certaine forme d\u2019humanité pour laquelle liberté et fraternité signifient encore quelque chose.Le troisième défi réside tout simplement dans l\u2019ouverture à l\u2019avenir, c\u2019est-à-dire dans la reconnaissance d\u2019une transcendance qui nous dépasse et qui permet de faire confiance à la vie toujours plus généreuse qu\u2019on ne le pense, malgré les obstacles qui se dressent à l\u2019horizon.Changer notre mode de vie Gabriel Gagnon Sociologue, membre du comité' de redaction de la reuue Possibles Notre terre se réchauffe, la pollution de l\u2019air s\u2019accélère, une eau rare fait l\u2019objet de toutes les convoitises, nos forêts disparaissent, plusieurs espèces végétales et animales sont menacées.Voilà le principal défi auquel les Québécois, comme l\u2019ensemble des habitants de la planète, ont à faire face dès maintenant; pourtant, ni l\u2019application timide par le gouvernement fédéral du protocole de Kyoto ni la politique ambiguë de déve- loppement durable du gouvernement Charest ne sont une réponse adéquate à une évolution insidieuse qui, à très court terme, mettra en péril notre vie quotidienne comme nos projets de pays et de société.Plusieurs d\u2019entre nous travaillent trop.Beaucoup d\u2019autres sont exclus du marché du travail ou réduits à un revenu de subsistance.Pour ces hommes et ces femmes, la vie quotidienne est de 61 Le Québec en 2006 plus en plus difficile.Repenser la place du travail dans nos vies devrait donc être un défi constant de nos partis politiques et de nos syndicats.Diminuer le temps de travail afin de le mieux partager, réduire de façon radicale les heures supplémentaires obligatoires, établir un revenu de citoyenneté accessible à tous, promouvoir la simplicité volontaire, voilà autant de façons de transformer nos vies tout en favorisant la décroissance d\u2019une économie mondiale devenue incontrôlable.La plupart des Québécois et Québécoises ne sont en- core assez conscients ni de la nécessité ni surtout de la possibilité de changer leur mode de vie comme leur attitude face à l\u2019économie, au travail et à l\u2019argent Seul un vaste mouvement d\u2019éducation citoyenne tout au long de la vie pourrai t leur permettre, comme le souhaitait le philosophe Castoriadis, d\u2019inventer un nouvel imaginaire social fondé sur une véritable démocratie participative susceptible de répondre aux défis posés par un environnement menacé et une vie quotidienne aliénante.Déséquilibre fiscal, mondialisation et mémoire Robert Comeau Historien, directeur du Bulletin d\u2019histoire politique Le premier défi auquel est confronté le Québec est l\u2019élargissement de l\u2019assiette fiscale afin d\u2019améliorer les finances publiques.Jean Charest faisait le même constat en octobre 2004 tout en refusant d\u2019engager le combat pour aller chercher une plus grande part des impôts, comme l\u2019avaient réussi avant lui Duplessis en 1954 et Lesage par la suite.Le Québec provincial n\u2019a pas les moyens financiers pour répondre adéquatement aux responsabilités que lui octroie la constitution (santé, éducation, sécurité du revenu, problèmes urbains, francisation des immigrants, etc).Cette inadéquation permet au gouvernement fédéral de s\u2019ingérer toujours plus dans nos juridictions en consolidantla construction de l\u2019État national canadien et en renforçant l\u2019identité canadienne.Les indépendantistes devront expliquer à la population les impacts du déséquilibre fiscal, inhérent au fédéralisme canadien.L\u2019accélération du processus de centralisation menace l\u2019existence même de nos programmes sociaux, privant le Québec des moyens nécessaires à ses politiques.62 Les défis du Québec Le deuxième défi porte sur la nécessité de combattre solidairement les effets pervers de la mondialisation sur le monde du travail et l\u2019existence des régimes de protection sociale.Il faudra que les jeunes travailleurs se fassent une place dans le mouvement syndical.Cette relève syndicale doit être consciente que face aux stratégies de privatisation des services publics, les luttes syndicales sont de plus en plus nécessaires.Il faut que les dirigeants syndicaux s\u2019adaptent aux nouvelles formes de travail.Les travailleurs avec un statut précaire et les travailleurs autonomes doivent profiter des régimes de protection sociale conçus par et pour les temps-plein permanents.Au plan politique, le Parti québécois devra réussir à former une large coalition avec d\u2019autres formations politiques qui ne partageront pas son projet de société mais qui seront d\u2019accord pour que le Québec puisse enfin disposer de la pleine souveraineté, c\u2019est-à-dire disposer de tous les outils assurant son propre développement.Les intellectuels souverainistes ne devront plus sacrifier la mémoire canadienne-française au nom de la nécessaire ouverture.Trop d\u2019entre eux semblent avoir honte de leur histoire et entretiennent une relation ambiguë avec leur mémoire collective.Car les Québécois francophones ont une mémoire même, si leurs historiens semblent parfois ne plus en avoir.La conception radicale de la modernité ou post-modernité avec la primauté accordée aux identités multiples tend à évacuer la mémoire canadienne-française et par le fait même coupe la tradition intellectuelle de ses propres racines.Cette mémoire est pourtant fondamentale à l\u2019édification de toute société et bien sûr au projet souverainiste, légitimé par une longue histoire.Seule une mémoire assumée génère l\u2019idée même d\u2019un destin à accomplir dans le cours de l\u2019histoire.Cette subjectivité reconnue, comme l\u2019a bien exprimé le sociologue Jacques Beauchemin est «consentement à soi-même», passage obligé à la reconnaissance de l\u2019autre.Une politique culturelle Pierre Lefebvre Revue Liberté' Je ne peux concevoir un défi digne de ce nom pouvant être résolu dans le cadre d\u2019une année.Cela dit, l\u2019un des défis du Québec actuel estl\u2019élaboration d\u2019une politique culturelle, cette vieille tarte à la crème qu\u2019on a mise au rancart 63 Le Québec en 2006 depuis que Georges-Émile Lapalme a pris la porte du gouvernement Lesage.Ce défi peut s\u2019articuler de plusieurs façons, mais pour les besoins de l\u2019exercice, déclinons-le en trois parties.Le plus pressant serait de se débarrasser du concept d\u2019« industrie culturelle » qui nous force à concevoir la culture comme un secteur essentiellement économique.Une œuvre n\u2019est pas un produit et les groupes d\u2019artistes, des entreprises.Les problèmes culturels ne sont pas économiques.Ce sont des problèmes de conceptions de la culture.L\u2019initiative du gouvernement du Québec «Pourvoir la culture ensemble» est une aberration tant que l\u2019on ignore ce que l\u2019on cherche à promouvoir et défendre.Un nouveau Projet Pierre L\u2019Hérault Directeur du magazine culturel Spirale On hésite à ramener dans le vocabulaire québécois un mot aussi piégé que «projet».Pourtant l\u2019insatisfaction à l\u2019égard d\u2019un gouvernement québécois agissant à la petite semaine par avancées et reculs, le cynisme provoqué par le scandale des commandites, le peu d\u2019intérêt suscité par les maigres résultats de la « Saison des idées » du Parti québécois, pour ne donner que ces quelques Le premier défi serait donc de cesser de penser en terme économique.Le deuxième serait de cesser de confondre parole citoyenne et création.Toute voix a le même poids politique, mais toutes n\u2019ont pas le même poids artistique.Inonder les librairies d\u2019inepties qui finissent au pilon fait peut-être rouler l\u2019édition, mais mine l\u2019écosystème littéraire.Subventionner les producteurs privés qui font dans « La Fureur » n\u2019est peut-être pas le rôle de l\u2019État.Dès lors, le troisième défi serait d\u2019arriver à nommer ce que l\u2019on choisit de subventionner ou non, ce qui reviendraità avoir le courage d\u2019affirmer que tout ne s\u2019équi-vautpas.exemples, en disent long sur l\u2019absence d\u2019un discours politique articulé et soulignentl\u2019impérieuse nécessité pour le Québec de se redonner une vision politique, sociale et culturelle porteuse pour aujourd\u2019hui et qui puisse être prise en charge par le gouvernement, qu\u2019il soit fédéraliste ou indépendantiste - car si le choix à faire reste également impérieux, il ne doitpas monopoliser tout 64 Les défis du Québec le champ de la conscience collective au point de sacrifier le pays réel au pays rêvé.Tel est, me semble-t-il, le défi majeur.Pour le relever, il faudra délester le « projet» de ce qui tient à la situation et aux circonstances de sa formulaton dans les années 60, afin d\u2019y retrouver l\u2019élan collectif et les valeurs de solidarité qui l\u2019inspiraient et le fondaient et que nous avons quelque peu perdues de vue en cours de route.En d\u2019autres mots, commencer par faire le point-c\u2019est le deuxième défi que j\u2019identifie -, par reconnaître les acquis des quarante derrnières années de manière à procéder à un aggiornamento qui ne soit pas que cosmétique.Cela est loin d\u2019être fait, comme nous pouvons le constater régulièrement dans les textes d\u2019opinion des journaux où ressurgissent des oripeaux de discours passéistes.Pensons simplement à la situation linguistique créée par la loi ioi età l\u2019espace pluraliste qu\u2019elle a contribué à construire.Or, n\u2019a-t-on pas parfois l\u2019impression que les démographes traitent la question linguistique à partir de critères datant d\u2019avant la loi ioi ?Ou encore, admettons-nous le fait que la question nationale se pose aux jeunes générations fort différemment qu\u2019à Les brèches Jean Renaud Revue Égards Une société aussi paralysée que la société québécoise, aussi intimidée par leurs aînés?Moins centrale-peut-être parce que, pour ainsi dire, «réglée», attendant simplement la sanction d\u2019un référendum -, elle laisse place à d\u2019autres priorités de la vie collective (écologie, conciliation travail/famille, redéfinition des modes de participation à la démocratie, etc.) Plutôt que d\u2019interpréter cette attitude comme une démobilisation envers la « cause sacrée » (!), ne conviendrait-il pas de saluer, dans cette diversification des préoccupations, l\u2019apparition des conditions «normales» d\u2019un débat public sur les enjeux d\u2019une société homogène rapidement devenue pluraliste ?Le Québec, en effet - etc\u2019estle troisième défi que je nomme -, n\u2019a-t-il pas comme tâche urgente, ainsi que le montrent les discussions sur les «accommodements raisonnables», d\u2019établir, sans repli ni sans faire table rase de sa mémoire, de son originalité culturelle, un contrat social autour des grands principes qui régissent la vie citoyenne dans une société diversifiée, libre et laïque.Les trois défis, est-il besoin de le préciser, exigent une démarche critique exigeante dont on ne peut pas dire qu\u2019elle brille dans le ciel québécois.ses élites, aussi dénaturée par l\u2019étatisme, a beau, grâce à la collaboration 65 Le Québec en 2006 de divers préposés à la flatterie nationale, vouloir compenser par une comique surestimation d\u2019elle-même ce qu\u2019aurait de pénible la considération de sa propre léthargie, un murmure public importun commence à être perçu par les plus distraits : le roi est nu ! Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une radio bâillonnée (sous l\u2019emprise des jacobins libéraux du CRTC), d\u2019une culture subventionnée (qui, hypocritement complaisante envers les pantalonnades faussement subversives, récompense la paresse, la négligence, la médiocrité, la servilité), de l\u2019école (à la botte de syndicats et d\u2019un État pour lesquels l\u2019enfant est un sujet de manipulation sociale), du système de santé (le Québec ressemble à un gigantesque hôpital, composé kafkaïen de vampirisme et de bureaucratie), tout se fissure, tout craque, mais ces brèches qui s\u2019élargissent sont riches d\u2019utiles et mdes leçons.Pour qu\u2019un réveil salutaire ait lieu en 2006, il faut lutter sur trois fronts : \u2022\tProfiter de chaque raté dans le contrôle technocratique sur la société civile pour remettre en question le modèle péquisto-trudeauiste.\u2022\tCréer les instruments et les conditions d\u2019une conquête culturelle: librairies, maisons d\u2019édition, revues, journaux, groupes de réflexion doctrinale, réforme intellectuelle et morale.\u2022\tConstituer une grande alliance pan-canadienne pour la résurgence ou la réviviscence de nos institutions et la refondation conservatrice du Canada : famille (contre l\u2019hystérie anomique des apprentis-sorciers), collège classique (où l\u2019imparfait du subjonctif serait davantage qu\u2019une légende urbaine), monarchie constitutionnelle (gardienne traditionnelle de nos libertés).L\u2019environnement, le vieillissement et l\u2019histoire Dominique Foisy-Geoffroy Codirecteur de Mens, reuue d\u2019histoire intellectuelle de l\u2019Amérique française Un premier défi consiste à préserver l\u2019environnement pour les prochaines générations.L\u2019activité humaine sur l\u2019environnement a des effets sur tous les aspects de notre vie personnelle et collective.Le « développement durable » constitue une des clés fondamentales du bien-être de nos héritiers, de leur 66 Les défis du Québec prospérité et de la stabilité future de l\u2019économie québécoise, notamment de celle des régions.Le deuxième défi est posé par le vieillissement de la population.Parce que leur poids dans la population totale sera moins grand, les prochaines générations de travailleurs-contribuables auront un fardeau financier de plus en plus lourd à porter.Il faudra sans doute résister à la tentation de mettre tous nos œufs dans le même panier - la santé - et s\u2019occuper aussi d\u2019économie, d\u2019éducation, de la dette publique afin de donner aux Québécois de demain les moyens de soutenir le nombre grandissant de personnes âgées sans sacrifier leur propre avenir.Le temps, l\u2019espace, Stéphane Baillargeon Journaliste, Le Deuoir Le temps, l\u2019espace, la culture.Trois réalités fondamentales de toute société qui posent chacune à leur manière un problème essentiel à la société québécoise contemporaine.Le temps, d\u2019abord.Celui qui manque et s\u2019accélère pour tout un chacun.La suractivité de notre société devient une incommensurable source d\u2019angoisse, particulièrement pour les parents soumis à des horaires de fous et qui Le dynamisme de notre société dans l\u2019avenir en dépend.Un dernier défi concerne ma spécialité, l\u2019histoire.Les Québécois d\u2019origine canadienne-française auraient tout intérêt à se délester du ressentiment qui souvent anime leur conception de leur histoire.Qu\u2019ils se réconcilient avec elle, apprennent à mieux la connaître et de manière plus nuancée ; qu\u2019ils sachent en reconnaître la beauté et la valeur.Développer une véritable fierté nationale est difficile lorsqu\u2019on méprise les origines de son peuple ; on ne base pas sa confiance et l\u2019affirmation de soi-même sur le dénigrement systématique ou le reniement de ce qu\u2019on a été.la culture commencent à se sentir aussi misérables que les chevaliers du progrès décrits par Musil, «avec quatre pattes étrangères sous le ventre qui continuent irrémédiablement à avancer ».Comme premier problème, j\u2019identifie donc la conciliation travail-famille.Ensuite, l\u2019espace.Celui que l\u2019on habite, le paysage physique, à la ville comme à la campagne, dans ce coin du monde auquel la société québécoise 67 Le Québec en 2006 manque trop souvent de respect.Le Québec souffre par excès de défaut esthétique.Il doit se doter de règles collectives et adopter des habitudes individuelles pour protéger son patrimoine et l\u2019enrichir d\u2019aménagements de qualité.Cette nécessité devient d\u2019autant plus pressante pour le patrimoine religieux soumis aux effets de la sécularisation croissante.Comme deuxième problème, je souligne donc la nécessité d\u2019adopter et de mettre en œuvre une solide Politique du patrimoine.Etpuis la culture.La société québécoise pèche aussi par excès de bêtise exprimée dans une langue appauvrie, en voie de créolisation, par des incultes plus ou moins diplômés.L\u2019indigence de ses bibliothèques publiques et scolaires en témoigne.La faiblesse, voire la disparition, de ses programmes scolaires artistiques en rajoute.Comme dernier défi au Québec en 2006, je mentionne finalementl\u2019arrimage entre la culture et l\u2019école.Le principe du malbouffeur-payeur Michel Brûlé President des éditions Les Intouchables Les trois défis de 2006 : la santé, la santé et la santé.Étant donne que le Québec consacre 43 % de son budgéta la santé, il va sans dire que le plus grand défi des Québécois est de régler ce problème.Depuis plus de dix ans, les différents ministres de la Santé ont pris des mesures pour stopper l\u2019hémorragie, mais la situation n\u2019a cesse de s\u2019aggraver.Aux grands maux, les grands moyens : je propose une solution radicale qui s\u2019inspirerait du principe pollueurs-payeurs.L\u2019idée serait de mettre sur pied un Office des aliments dangereux qui aurait pour mandat d\u2019iden- tifier les produits taxables, de récupérer l\u2019argent ainsi récupéré et de l\u2019injecter directement dans le système.Quand je parle de solution radicale, je ne veux pas dire qu\u2019il faudrait taxer la bouteille de Coke de 2 ou 3 %, mais bien d\u2019un dollar.Le Big Mac idem.Le sac de chips aussi! Cette solution permettrait de s\u2019attaquer a un autre problème lié a la santé, soit l\u2019obésité et la malnutrition.Le concept malbouffeurs-payeurs devrait faire réfléchir la population.Jean-Claude Saint-Onge, auteur de L\u2019envers de la pilule, publié chez Écosociété, m\u2019a raconté que le budget consacré aux médicaments a quintuplé ces dernières 68 Les défis du Québec années.Il faut que le Québec prenne le tons de l\u2019avant le principe de preneux-virage des médecines douces ou met- de-pilules-payeurs.Crise majeure probable Christian Dufour Chercheur à l\u2019ENAP Le Québec apparaît confronté à trois défis dont la solution n\u2019est pas en vue même si les problèmes concernés compromettent son avenir, rendant probable à terme une crise majeure : défi démographique, défi financier et défi politique.Le vieillissement de la population se retrouve dans la plupart de sociétés développées mais le phénomène est plus prononcé au Québec, l\u2019effondrement du taux de natalité élevé des Canadiens fiançais d\u2019avant i960 ayant été l\u2019une des premières manifestations de la Révolution tranquille.Au surplus, l\u2019environnement nord-américain du Québec est moins affecté que les autres par cette réalité dont les pires conséquences restent à venir : augmentation du coût déjà élevé des services de santé et diminution de la population active en mesure de créer les richesses nécessaires au financement des dépenses publiques.Cela affectera une société québécoise se caractérisant déjà, en 2005, par un niveau d\u2019endettement plus élevé que celui de ses voisins, au sein d\u2019un Canada où cette société est confrontée à un pouvoir fédéral centralisateur aux ressources financières surabondantes.L\u2019affaiblissement résultant des problèmes démographique et financier ne peut que nuire au défi politique.Au delà du débat entre fédéralistes et souverainistes, ce défi est d\u2019accéder à un statut constitutionnel - à l\u2019intérieur ou à l\u2019extérieur du Canada - favorable à la modernité de l\u2019identité québécoise, entre autres par la reconnaissance sur le territoire québécois de la règle de la claire prédominance du fiançais sans exclusion de l\u2019anglais.Ces problèmes inquiètent en raison de leur gravité, mais aussi de la faible conscience qu\u2019ontles Québécois d\u2019une situation qui rendra vraisemblablement impossible le simple maintien du statu quo en ce qui a trait aux bénéfices qu\u2019ils sont habitués à recevoir de l'État 69 Le Québec en 2006 Rupture avec le progressisme Mathieu Bock-Côté Fondateur du Cercle Raymond Aron Les trois défis du Québec contemporain ?On pourrait en énumérer quelques-uns, bien concrets, qu\u2019il s\u2019agisse simplement de préserver notre mode de scrutin, de poursuivre la modernisation du modèle québécois ou d\u2019empêcher la conversion définitive des péquistes à une forme de trudeauïsme identitaire.Mais le principal défi, pour les prochaines années consistera à rompre avec le consensus progressiste des élites québécoises et ses nombreuses manifestations, qu\u2019elles soient alter-mondialistes, écologistes, féministes ou multiculturalistes.En fait, et c\u2019est un vrai problème au Québec, plus qu\u2019ail-leurs, cette distance croissante entre les élites et la majorité silencieuse qui ne souscrit pas toujours avec enthousiasme à l\u2019orthodoxie identitaire, culturelle, morale, économique et sociale en place.Il faut désormais penser la rupture avec cette élite et travailler à l\u2019apparition d\u2019une nouvelle, plus enracinée, plus vivante, qui croit aux libertés, au sens commun, à l\u2019identité nationale, et qui ne cherche pas à faire passer la majorité silencieuse, celle des classes moyennes et populaires, dans ce grand camp de rééducation idéologique consacré à la rectitude politique qu\u2019est devenue la société québécoise contemporaine.Le temps est venu pour le peuple québécois de reprendre pied, de dépasser la Révolution tranquille sans la renier, de faire le pari d\u2019un sain conservatisme, national et libéral, indispensable à la restauration des institutions qui assurent sa liberté, à la réappropriation de son identité nationale, à la rénovation du sens commun.Il faut dire stop aux illuminés du changement pour le changement qui monopolisent la parole publique.De jeunes conservateurs tâcheront de le faire.70 Le projet Perspectives Science-Technologie-Société (STS) du Conseil de la science et de la technologie PCrECiGzCtl'VOEI sfs cmu* * J* u-r*™-» WtrhKKBfl^l Québec es n Depuis plusieurs années, le Conseil de la science et de la technologie' plaide en faveur d'un dialogue plus fructueux entre la science et la technologie, d'une part, et la société québécoise, d'autre part.Pour que le Québec puisse se transformer en une véritable société du savoir, la science et la technologie doivent s'intégrer de façon plus décisive et harmonieuse dans tous les milieux et dans tous les secteurs de la collectivité.Le rapprochement doit s'effectuer dans les deux sens.Un bon dialogue exige que le monde de la recherche s'ouvre aux besoins de la société en nouveaux savoirs et en nouvelles technologies.Il suppose également que la société et la population en général comprennent l'importance de la saence et de la technologie et rehaussent leur niveau de culture scientifique et technique.C'est dans ce contexte que le Conseil de la science et de la technologie a lancé un projet de type prospectif appelé Perspectives STS.Les objectifs de Perspectives STS Le premier objectif est de sensibiliser tous les secteurs de la société québécoise à l'importance et à l'utilité de la science et de la technologie pour comprendre et résoudre les problèmes socioéconomiques.Le deuxième objectif consiste à convier la communauté scientifique québécoise à participer aux finalités sociale et économique de la science et de la technologie.À ces fins, le projet s'appuie à la fois sur les milieux de la recherche et de l'innovation et sur les autres acteurs socioéconomiques, de même que sur la population en général.On entend ainsi mobiliser les partenaires du développement socioéconomique du Québec, y compris ceux du développement scientifique et technologique, pour déterminer les grands défis que devra affronter la société québécoise dans les prochaines années, ainsi que les stratégies nécessaires pour relever ces défis.71 La démarche retenue La démarche se divise en deux grandes phases.La première, qui s'est achevée au printemps 2005, a permis de définir sept grands défis socioéconomiques.La seconde phase a débuté à l'automne 2005 et devrait se dérouler jusqu'en 200/.Elle vise à concevoir et à mettre en place des stratégies pour permettre le développement de la recherche, son transfert et son appropriation autour des défis socioéconomiques retenus.Première phase: La détermination des défis2 Étape 1 : Consultation de la population (automne 2003 -hiver 2004) Perspectives STS a commencé par interroger la population sur ses préoccupations face à l'avenir.Six groupes de discussion ont été réunis à l'automne 2003 dans différentes régions du Québec pour s'exprimer sur le sujet.Les informations recueillies au sein de ces groupes ont permis de concevoir un questionnaire visant à mieux cerner les préoccupations de la population face aux changements qui pourraient toucher la société québécoise au cours des vingt prochaines années.Un sondage téléphonique a par la suite été réalisé auprès de l 623 résidants du Québec âgés de 15 ans et plus.Étape 2 Atelier de prospective (automne 2004) Une centaine de personnalités venant d'un très grand nombre de secteurs d'activité du Québec ont été invitées ensuite à participer à un atelier de prospective qui s'est tenu à \"\t, \u2019 ;s 72 28 et 29 octobre 2004, sur le thème «Construisez leur avenir».Ces personnes avaient pour mandat d'établir une liste d'une quarantaine de défis socioéconomiques majeurs pour le Québec des vingt prochaines années.Pour alimenter leur réflexion, les participants avaient pris connaissance d'une première synthèse des résultats du sondage mené à l'étape l.Étape 3 Consultation des membres de la communauté scientifique (janvier-février 2005) Parmi les quarante défis retenus à l'étape 2, il fallait maintenant déterminer ceux pour lesquels la science et la technologie ont les meilleures chances d'apporter une contribution majeure au cours des prochaines années.La liste des défis a donc été soumise aux chercheurs du Québec, au cours d'une consultation en ligne menée au début de l'année 2005.Au total, 1 306 chercheurs des milieux universitaires, industriels, gouvernementaux et autres ont participé à la consultation.Plus de 50 % des répondants ont fait porter leurs préférences sur sept défis.Étape 4 Rédaction de sept rapports thématiques (mars-avril 2005) À la suite de la consultation, le Conseil a mis sur pied sept groupes de travail réunissant en tout une soixantaine d'experts.Chaque groupe avait pour mandat de rédiger un court rapport thématique décrivant succinctement la nature et les enjeux de leur défi.Le document présentait également un aperçu des grands chantiers de recherche pouvant aider à relever le défi, des exemples de thèmes de recherche et un éventail des disciplines scientifiques et technologiques concernées.C/.A Les sept grands défis résultant de l\u2019exercice La démarche du Conseil a permis de retenir sept défis socioéconomiques majeurs pour lesquels la recherche pourra tantôt fournir une meilleure compréhension de la problématique propre à tantôt proposer des solutions.Ces sept défis sont : Promouvoir l'adoption de saines habitudes de vie, fondées sur une vision globale préventive de la santé physique et psychologique, et qui responsabilise la population à l'égard de son état de santé.Accroître l'efficacité du système public de santé dans un environnement dominé par une population vieillissante, tout en contrôlant les coûts.Exploiter plus efficacement les ressources naturelles, ainsi que les matières résiduelles, selon une approche de développement durable et faire du Québec un chef de file mondial dans ce domaine.4 Rendre accessible à toutes et à tous une formation de créativité, flexibilité et sens civique.qualité combinant rigueur, Cibler des créneaux stratégiques et prioritaires de recherche, de développement économique et de formation, établis sur la base des forces actuelles et des secteurs émergents.6 Réduire notre dépendance à l'égard des énergies fossiles et faire du Québec un leader dans les domaines de l'efficacité énergétique, de l'énergie renouvelable, du transport en commun et des nouvelles technologies de l'environnement.Adopter des interventions novatrices pour contrer la pauvreté et les facteurs qui la génèrent et la maintiennent, et prévenir ce qu'elle induit: la marginalité, le sentiment d'impuissance, l'iniquité, la violence.73 50 8 Deuxième phase: Des stratégies pour développer la recherche autour des sept défis Au cours de la phase II du projet, le Conseil entend faire en sorte que soient conçues et mises en place des stratégies de développement de la recherche pour chacun des sept défis retenus à la phase I.Il s'agit en somme de s'assurer qu'une partie de l'effort scientifique et technologique du Québec puisse effectivement et durablement aider les acteurs de la société québécoise à relever les défis.La deuxième phase de Perspectives SIS a débuté à l'automne 2005.Le Conseil a entrepris des démarches pour établir des ententes avec des ministères et des organismes ayant une responsabilité par rapport aux défis.Les trois fonds subventionnaires québécois1 2, notamment, ont décidé en juin 2005 de s'associer au Conseil pour lancer des actions concertées3, de manière à couvrir les sept défis, et pour collaborer à la conception des stratégies s'y rapportant.De plus, ils intégreront les défis à leur propre planification stratégique.Les stratégies que le Conseil souhaite voir développer et mettre en application devraient s'articuler autour de questions comme: Quels sont les thèmes de recherche qu'il faut développer en priorité pour aider à relever le défi ?Quelles sont les ressources dont on aura besoin ?Comment s'assurer du transfert et de l'échange de connaissances entre les chercheurs et les utilisateurs ?Comment favoriser les échanges et les collaborations durables entre les chercheurs de différentes provenances et de différentes disciplines ?Pour élaborer les stratégies, le Conseil et ses partenaires entendent mettre en place des groupes de travail composés de chercheurs et d'utilisateurs de la recherche.Leur réflexion pourra notamment prendre appui sur les sept rapports thématiques produits à l'étape 4 de la phase I.Les principaux partenaires de Perspectives STS Les principaux organismes québécois qui ont accordé leur soutien au Conseil de la science et de la technologie pour la réalisation du projet Perspectives SIS sont: le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Valorisation-Recherche Québec, le Fonds de la recherche en santé du Québec, le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies, le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture, l'Association francophone pour le savoir et l'Association de la recherche industrielle du Québec.De plus, trois ministères sectoriels ont confirmé leur intérêt dès le démarrage du projet.Il s'agit des ministères de la Santé et des Services sociaux, de l'Éducation, du Loisir et du Sport, de même que de l'Emploi et de la Solidarité sociale.1\tOrganisme consultatif qui relève du ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation.2\tII s'agit du FQRSC (Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture), du FQRNT (Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies) et du FRSQ (Fonds de la recherche en santé du Québec).3\tActions concertées est un programme partagé par les trois fonds qui leur permet de financer la recherche universitaire dans le cadre d'appels à propositions réunissant équipes de chercheurs et utilisateurs.74 ?Les anniversaires LES ANNIVERSAIRES 86 89 1906 - Il y a cent ans La guerre de 1906 1906 - Naissance du peintre Alfred Pellan Pellan tel qu'en lui-même 1976 - Élection d'un gouvernement du Parti québécois 30 ans plus tard, la souveraineté, un projet toujours vivant 15 novembre 1976, une date parmi d'autres 1986 - La naissance de TQS, le Mouton noir de la télévision TQS : Rien comme la persévérance 1996 - Le « déluge » au Saguenay La vision à court terme Le Québec en 2006 Il y a cent ans La guerre de 1906 Jean-Philippe Warren Sociologue, UniversitéConcordia La guerre de 1906 ?Y eut-il vraiment une guerre en 1906 dans laquelle le Québec fut impliqué?Oui, et même plusieurs, à la condition, bien sûr, que l\u2019on entende ces guerres dans un sens métaphorique.En 1906, alors que quelques-uns des grands sports auxquels s\u2019amusent les Québécois se nomment la crosse, le rugby et la lutte, le discours général delà société est informé par une métaphore guerrière qui ne laisse pas d\u2019intriguer l\u2019historien contemporain.Le monde d\u2019alors est séparé en deux camps, «ami» et «ennemi », selon une division aussi franche que définitive.Entre ces camps, nulle paix n\u2019est possible, nulle armistice souhaitable, nul cessez-le-feu envisageable.Au début dernier siècle, les Canadiens français, dont on a dit récemment qu\u2019ils avaient un sens inné de la paix et une haine séculaire de la violence militaire, conçoivent ainsi le monde comme un immense champ de bataille où se livrent des combats, à l\u2019issue toujours incertaine, pour le triomphe du droit et de la justice.L\u2019essayiste Edmond de Nevers, mort il y a aujourd\u2019hui exactement cent ans, a écrit une œuvre qui ressemble à un condensé des clichés et des préjugés de son époque : à ses yeux, le passé de la Nouvelle-France estmagnifique dans la mesure où l\u2019on y entend sans cesse résonner les cris de guerre des peuples autochtones et le bruit des mousquets et des canons anglais.La guerre déclarée contre les Iroquois n\u2019est pas pour lui une chose horrible et détestable mais l\u2019expérience primordiale d\u2019une vie humaine qui s\u2019exprime et se révèle dans et par le combat C\u2019est ainsi que ces périodes de luttes meurtrières et sanglantes auraient gravé dans l\u2019âme canadienne-française ce que Edmond de Nevers n\u2019hésite pas à appeler une « hérédité belliqueuse».«Un instinct de combativité s\u2019estperpétué qui ne saitvoir dans l\u2019expansion active d\u2019un peuple que la lutte contre les ennemis qui l\u2019entravent ou s\u2019y opposent »\u2018 Or, contrairement à ce qu\u2019on pourrait croire, cet instinct, pour notre auteur, n\u2019a rien de nocifj il est tout au contraire salutaire dans la mesure où il assure aux nations qui le cultivent la volonté de résister contre des éléments hostiles.16 Les anniversaires N\u2019ayant plus de luttes à mener depuis 1867, c\u2019est-à-dire depuis la Confédération, ni sur le terrain militaire, ni dans le champ politique, les Canadiens français, selon Nevers, ont cédé à la paresse et n\u2019ont guère songé à investir les domaines scientifiques et artistiques pour y appliquer les leçons de leurs expériences bellicistes.Sans batailles à livrer, du moins en apparence, ils se sont couchés dans le lit de l\u2019indifférence.Les luttes les avaient fait forts; la paix absolue menace de les avachir et de les avilir, sinon de les asservir.« Notre nationalité résisteraità l\u2019oppression, elle succombera par la tolérance, si nous ne nous hâtons pas d\u2019ouvrir des champs nouveaux à l\u2019activité des esprits, à l\u2019ardeur des tempéraments.»2 Quels sont ces champs nouveaux dont parle Nevers ?Citons-en seulement quelques-uns, tous tirés des revues et journaux de 1906, sans l\u2019ambition d\u2019être exhaustif et simplement pour donner une idée de ces conflits oubliés qui font rage au début du XXe siècle.~k~k~k L\u2019anglicisme, voilà l\u2019ennemi! avaient lancé, comme un cri de guerre, le libéral Louis Fréchette et l\u2019ultramontain Jules-Paul Tardivel, pour une fois unis dans un même effort de sauver la langue française assiégée et meurtrie.En 1906, on continue de croire à la nécessaire lutte aux anglicismes, lutte conçue dans les termes d\u2019une campagne levée contre l\u2019envahissement d\u2019une armée de termes étrangers et barbares.Le pansaxonisme, « le plus acharné, sinon le plus redoutable » des « ennemis ex-térieurs » des Canadiens français, est aussi dénoncé avec force en 1906.L\u2019impression générale est que les Canadiens français sont « entourés de races rivales ou ennemies »L Alors qu\u2019ailleurs on craint le « péril jaune » ou le « péril noir », au Québec, on s\u2019énerve des progrès du «péril américain» et du «péril anglais».C\u2019estpourquoi on parle de plus en plus d\u2019entreprendre des croisades pour conjurer «les légions qui se lèvent contre nous».Dans le journal de l\u2019Action catholique de la jeunesse canadienne, Le Semeur, on en appelle à la constitution d\u2019une petite armée pour mieux défendre, dans le contexte d\u2019une rivalité incessante entre les nations, le peuple canadien-français assiégé.On peut aussi entendre le cri : Lajranc-maçonnerie, voilà l\u2019ennemi ! On s\u2019imagine que les francs-maçons, au rang desquels on compte souventles Juifs, sontà livrer une lutte « sans trêve et sans merci » contre les soldats du Christ.Les peuples catholiques doivent résister courageusement aux attaques insidieuses de ces groupes obscurs et tentaculaires, afin de préserver la pureté de leurs mœurs et la droiture de leurs traditions.11 ne faudrait pas croire que la tournure de ces discours estl\u2019apanage des seuls nationalistes du début du siècle ; les milieux libéraux sont tout autant convaincus de la réalité de la « bataille de la vie ».Recyclant le thème de la guerre dans l\u2019idéologie du strugglejôr life, ils en appellent à s\u2019opposer à ces adversaires que sont la paresse et l\u2019indolence, la prodigalité et l\u2019imprévoyance.Dans ce «siècle de batailles continues », le Moniteur du commerce assimile les gérants de magasin à des généraux et les commis, à des soldats dont on doit surveiller la tenue et l\u2019entraînement.Les milieux conservateurs et progressistes ont adopté la rhétorique de la pro- II Le Québec en 2006 phylaxie et de l\u2019hygiène.De même que tout organisme vivant doit lutter contre ces ennemis que sont les bactéries et les microbes, de même, la société doit mener un combat continuel contre certains ennemis moraux.Par exemple, on n\u2019hésite pas à déclarer : L\u2019alcoolisme, voilà l\u2019ennemi ! « Si un ennemi franchissait notre frontière et menaçait de renverser notre société, quel est celui qui refuserait de prendre les armes pour le combattre et le forcer de rétrograder ?Eh bien, cet ennemi existe.Non seulement il a envahi notre territoire et menace notre société, mais il s\u2019attaque à notre nationalité, à nos mœurs, à notre foi: cet ennemi, c\u2019est l\u2019alcoolisme.Il faut lui faire une guerre à outrance et ne déposer les armes qu\u2019après l\u2019avoir vaincu.»4 On comptera aussi l\u2019anémie (comme cette réclame pour le médicament Pilules rouges qui annonce: « L\u2019ANÉMIE \u2014 il vaudrait mieux dire: L\u2019ENNEMI DE LA FEMME [.], le plus mortel ennemi de votre âge et de votre sexe») au nombre des maux moraux qui forment la constellation des adversaires de la nation canadienne-française.Ce ne sont là que quelques exemples épars de ces guerres qui séparent le monde en amis et ennemis.L\u2019ami du colon, L\u2019ami du peuple, ne sont-ce pas là des noms de journaux qui trahissent une certaine vision du monde?Or, cette dualité fondamentale qui informe la psyché collective de 1906 prend source dans une sainte alliance idéologique, celle qui fait se combiner darwinisme, libéralisme et catholicisme.Au monde structuré par les puissances du Bien et du Mal, ou si l\u2019on préfère de Dieu et de Satan, est désormais greffé un monde fait de bruits et de fureur, celui de la lutte pour la vie des espèces animales et celui de l\u2019âpre concurrence économique.D\u2019un côté, les « races » humaines rivaliseraient d\u2019énergie et de talents pour s\u2019imposer devant les forces conjurées des nouveaux empires (britannique, américain, français, allemand, etc.) ; de l\u2019autre, les puissances industrielles, marchandes et financières seraient en lutte les unes contre les autres pour la conquête de la suprématie économique.Darwinisme, libéralisme et manichéisme chrétien se conjuguent par conséquent pour dresser de l\u2019univers une image conflictuelle, violente, à la fois progressive et apocalyptique.La guerre est donc déclarée.Il y a cent ans, en l\u2019année 1906, nul doute dans les esprits que le monde est irrémédiablement et irréductiblement fracturé entre amis et ennemis, alliés et concurrents, frères et étrangers.Dans cet espace idéologique, la seule manière d\u2019assurer la paix semble de préparer la guerre.N on, les Canadiens français ne sontpas encore, en ce début de siècle, ces êtres pacifiques, voire pacifistes, dont on a récemment voulu vanter les qualités isolationnistes et paisibles.Notes iDE NEVERS, Edmond, L\u2019avenir du peuple canadien-français, Montréal, Fides, 1959, p.13.2\tDE NEVERS, Edmond, L\u2019avenir., p.14.3\tFRADER Jules, «Nos collèges classiques», Le nationaliste, 2 septembre 1906, p.3.4\tDucinAltum, «Guerre à l\u2019alcoolisme», L\u2019étoile duNord, 19 avril 1906, p.i.5\tVoir entre autres : ROBITAILLE, Antoine ; «Le Québec : une nation pacifique ou pacifiste ?», texte publié dans IAnnuaire du Québec 2004, éditions Fidès, Montréal, 2003.78 Les anniversaires Naissance du peintre Alfred Pellan Pellan tel qu\u2019en lui-même Bernard Lamarche Journaliste, Le Devoir Alfred Pellan Le Québec n\u2019est peut-être pas doué pour assurer à pleine hauteur la commémoration des artistes qui ont contribué à son histoire.En 2005, une figure importante de la modernité québécoise, Paul-Émile Borduas, aurait atteint l\u2019âge respectable de cent ans.Or, peu de traces institutionnelles de cet anniversaire qu\u2019il aurait été naturel de célébrer ont été laissées.La dernière commémoration autour de Borduas remonte à 1998, à l\u2019occasion du cinquantenaire du Manifeste de Refus t) lobai, mais c\u2019est alors moins la mémoire du peintre que le mythe entourant le brûlot qui a été célébré.Le dossier n\u2019a pas été rouvert depuis.Alfred Pellan, lui, estné en 1906.Les manifestations visant à souligner son centenaire seront parsemées au cours de l\u2019année 2006, 79 Le Québec en 2006 mais toutes tenteront d\u2019explorer des pistes de lecture précises, aptes à approfondir les connaissances autour de cette production pionnière dans l\u2019histoire de l\u2019art québécois.Sans qu\u2019il soit possible de parler de révisionnisme comme tel, il semble que se dessine une lecture de l\u2019œuvre de Pellan davantage centrée sur le caractère multiple de sa production.Alfred Pellan a contribué à introduire au Québec la pensée cubiste en peinture avant de la conjuguer au mode surréaliste.Sa carrière remarquable a été entre autres marquée par la querelle avec Borduas, mais cet épisode estdé-sormais éloigné.Encore, en 2004, le documentaire Pellan, lajèmme désirée, du cinéaste Pierre Houle, cherchait à extraire Pellan des chamailleries d\u2019écoles de peinture.Le conservateur de l\u2019art contemporain du Musée des beaux-arts de Montréal, Stéphane Aquin, y soumet l\u2019idée qu\u2019il serait temps de considérer Pellan comme un « créateur de mondes », le rapprochant ainsi davantage de Jean-Paul Rjopelle que de Borduas.Accepter ce point de vue revient à chérir l\u2019idée que ce ne soit plus au prêche du modernisme en peinture et de sa conception progressiste de l\u2019histoire que la carrière artistique de Pellan doit être appréciée.De fait, l\u2019adhésion à ce nouveau cadre de lecture force à revoir la fortune critique de Pellan sous la loupe d\u2019une modernité plus éclectique et multiforme.Ce travail de recherche sur le corpus des œuvres de Pellan ne semblait pas destiné à être effectué par les grandes institutions muséales québécoises.Au moment d\u2019écrire ces lignes, le Musée d\u2019art contemporain de Montréal, le Musée des beaux-arts de Montréal et le Musée national des beaux-arts du Québec n\u2019avaient pas prévu tenir en 2006 d\u2019exposition autour de Pellan.Sans prendre l\u2019initiative, ces grandes institutions nationales ont plutôt accepté, il faut toutefois le souligner, de prêter des œuvres à des centres plus modestes, qui eux se sont chargés de marquer l\u2019année 2006 d\u2019une pierre blanche à la mémoire de Pellan.Trois centres d\u2019exposition ont pris le taureau par les cornes.Le Musée des enfants à Laval, le Musée d\u2019art contemporain des Laurentides à Saint-Jérôme et le Centre d\u2019exposition de Baie-Saint-Paul soulignent le centenaire de la naissance de Pellan.Retour de Paris À Saint-Jérôme, l\u2019approche sera plus volontiers historique et mettra l\u2019accent sur le retour de Pellan au Québec en 1940, après un séjour de quatorze années à Paris.Il aura été le premier boursier du Québec inscrit à l\u2019École supérieure des beaux-arts de la Ville-Lumière.Là, il sera plongé dans l\u2019effervescence de la scène artistique parisienne.Il se frotte aux « ismes » qui se succèdent lors de cette époque encore souriante auxpoussées fiévreuses des avant-gardes, il expose dans les meilleures galeries : chez Jeanne Bûcher, autour de 1940, ses œuvres fréquentent celles des Braque, Léger, Giacometti et autres Picasso, qu\u2019il a d\u2019ailleurs rencontré à quelques reprises.La guerre le pousse cependant à revenir au pays, où il est confronté à une modernité qui certes n\u2019a rien de rétrograde, comme l\u2019a bien montré l\u2019historienne de l\u2019art Esther Trépanier dans son ouvrage Peinture et modernité' au Quebec 1919-1939, mais dont les bases Les anniversaires reposent essentiellement sur le genre du paysage et dont l\u2019esthétique, qui n\u2019est certes pas uniforme, n\u2019estpas, du point de vue parisien faut-il dire, dernier cri.C\u2019est essentiellement cette dimension que cherchera à présenter l\u2019exposition du Musée d\u2019art contemporain des Laurentides.Sa directrice, Andrée Matte, explique qu\u2019elle entend faire retour sur le fait que l\u2019on affirme toujours que « Pellan, à son retour de Paris, amène avec lui la modernité.L\u2019exposition fera voir ce qu\u2019il y avait au Québec à cette époque.On cherchera aussi à montrer en quoi Pellan est devenu un moderne à Paris, entre autres à travers ses rencontres parisiennes.» Outre des œuvres de Pellan réalisées dans la capitale française, l\u2019exposition présentera des œuvres qui témoignent de ce qui se passait au Québec dans l\u2019entre-guerre, de 1935 à 1940, à l\u2019aide d\u2019une quinzaine d\u2019œuvres environ.Notamment celles de John Lyman, principal fondateur de la Société d\u2019art contemporain de Montréal en 1939, Adrien Hébert, qui se met dans les années 20 à peindre la ville, Horatio Walker («décédé en 1938, mais dont les œuvres circulaient à l\u2019époque») et Clarence Gagnon.L\u2019exposition sera l\u2019occasion de revoir au Québec une des toiles les plus importantes de Pellan, Lajènétre ouverte, de 1936, qui appartient à la Hart House de l\u2019Université de Toronto.Peinture de jardins L\u2019exposition préparée par le Musée des enfants de Laval, dont la mission vise l\u2019éducation artistique des jeunes, présentera une trentaine d\u2019œuvres de Pellan, en plus d\u2019une quarantaine de dessins d\u2019enfants, réalisés à partir des toiles de l\u2019artiste.De novembre 2005 à février 2006, la Maison des arts de Laval accueille des œuvres réalisées entre 1955 et 1982, «des œuvres où les végétaux prédominent», souligne la commissaire de l\u2019exposition pour le Musée des enfants, Madeleine Therrien.« Sa période des grands jardins coïncide avec son installation définitive à Laval, sur le boulevard des Mille Iles, en pleine campagne», poursuit la commissaire.Pellan retourne à Paris de 1952 à 1955, comme boursier de la Société royale du Canada, mais avait auparavant élu domicile à Auteuil (aujourd\u2019hui Sainte-Rose), à Laval.« La vie quotidienne devait être égayée pour Pellan, estime Therrien.Dans sa maison, il découpait des feuilles de papier en forme d\u2019animaux qu\u2019il collait sur les pierres de sa maison.À chaque jour, il créait » Pellan avait notamment dessiné les pierres de la façade de sa maison pour les transformer en un fantastique bestiaire.Dans un document d\u2019archives, on le voit mentionner avoir peint ainsi 195 de ces pierres.Une enquête plus approfondie parviendrait peut-être même à monter en quoi cette entreprise estcom-parable à une version modeste des environnements d\u2019art que révèle le paysage québécois, notamment dans le Bas du Fleuve, la Gaspésie et le comté de Charlevoix, où des artistes autodidactes (à la différence de Pellan), métamorphosent leurs maisons et terrains en un écran vaste et insolite où se projettent les plus folles pulsions créatrices.« 11 avait gardé une âme d\u2019enfant dans son travail», signale Therrien, pour qui l\u2019expression « créateur de monde » ne saurait mieux qualifier l\u2019art de Pellan.81 Le Québec en 2006 Le monde du spectacle Pellan s\u2019estpar ailleurs impliqué par intermittence dans l\u2019univers du théâtre.En 1944-45, il signe les costumes, décors et accessoires de Madeleine et Pierre d\u2019André Audet, au Monument-National à Montréal.En 1946, il signe les costumes, décors, accessoires et maquillages de La Nuit des Rois de Shakespeare, par les Compagnons de Saint-Laurent, au théâtre du Gesù à Montréal.En 1957, il produit une maquette de rideau pour le Montréal Théâtre Ballet.Finalement, en 1968-69, La Nuit des Rois es t reprise par le T.N.M., au théâtre Port-Royal, à la Place des Arts, à Montréal.C\u2019est sur ce terrain que se situe le projet d\u2019exposition du Centre d\u2019art de Baie-Saint-Paul, à l\u2019été 2006.L\u2019exposition aura pour titre Mascarade.L\u2019univers de la scène dans l\u2019œuvre de Pellan et cherchera à démontrer à quel point il a pu être un artiste multidisciplinaire avantla lettre.Avec ses décors, souliers, peintures, sculptures et tapisseries, la présentation explorera l\u2019idée de décloisonnement dans l\u2019œuvre de Pellan.Le commissariat de l\u2019exposition a été confié à l\u2019historienne de l\u2019artÉdith-Anne Pageot Elle en a suggéré la thématique qui permettra de mettre à jour des intérêts peu documentés de l\u2019artiste, notamment sa fascination pour le spectacle, ses acteurs et ses costumes.L\u2019exposition entend aller plus loin que la présentation des costumes de Pellan pour La Nuit des rois, tenue en 1971 par le Centre culturel canadien à Paris et que cette autre exposition, de 1995 celle-là, organisée par la Maison des arts de Laval sous le titre En scène : Pellan.« Quand je dis univers de la scène, explique Édith-Anne Pageot, je dis non seulement théâtre, mais je veux proposer de rafraîchir la lecture à partir de ce motif.» Aussi les figures de clown, de danseuse, de gymnastes, d\u2019acrobates, se retrouveront-elles mises en scène à nouveau par la présentation, qui comprendra de plus une curiosité : des souliers d\u2019artistes que Pellan a réalisés dans les années 1970.Certaines des œuvres inédites, issues du Fonds de Madeleine Pellan, veuve de l\u2019artiste, témoignent de son engagement dans le monde du spectacle au tout début des années 40, alors qu\u2019il conçoit les décors et costumes pour Madeleine et Pierre, un feuilleton pour enfanst alors radiodiffusé à CKAC et mis en scène, rappelle Pageot «Ça peut être considéré comme les débuts du théâtre professionnel moderne au Québec », estime la commissaire.On sait que le Théâtre Yiddish, dans les années 1920, a proposé des décors plus modernes, «mais là, vraiment, avec Madeleine et Pierre, Pellan fait des costumes et des décors qui sont presque non-référentiels ».Environ 80 numéros, dontune vingtaine d\u2019inédits, composeront cette lecture de l\u2019univers du monde du spectacle comme source d\u2019inspiration pour Pellan.« Pellan, en se fondant sur le monde du spectacle, a fait comme plusieurs peintres du XIXe siècle.Je veux montrer comment Pellan explore sa modernité de ce point de vue.» Sous cet angle, Pellan n\u2019est plu ramené à la simple querelle locale avec Borduas.Cette exposition contribuera peut-être à secouer le premier mythe de la modernité culturelle québécoise, autour de l\u2019automatisme, de même qu\u2019à éviter les préjugés de l\u2019histoire de l\u2019art, même la mieux intentionnée.82 Les anniversaires Élection du gouvernement du Parti québécois 30 ans plus tard : la souveraineté, un projet toujours vivant Louise Beaudoin Professeure associée, departement d\u2019histoire, UQAM René Lévesque Surprise, divine surprise.Alors que personne n\u2019y croyait, le lundi 15 novembre 1976 le Parti québécois est élu.Avec 41,4 % des voix, il obtient 71 sièges sur no.Ce soir-là, j\u2019ai eu le sentiment que le monde nous appartenait; que tout devenait possible; que rien ni personne ne pourrait nous arrêter.Je n\u2019ai pas douté un seul instant que le Québec deviendrait bientôt, par la volonté populaire, un pays souverain.Cette euphorie tenait à plusieurs facteurs.Les Québécois avaient réussi, dans les années i960, leur Révolution tranquille, cette vaste mutation qui avait transformé leur gouvernement de con- 83 CPimages.ca Le Québec en 2006 seil municipal en Étatnational, ce vaste mouvement qui avait permis aux francophones, pour la première fois de leur histoire, de prendre leur place dans l\u2019économie et d\u2019assurer ainsi leur propre développement et qui, surtout, les avait métamorphosés, les avait «décolonisés».Ils avaient confiance en eux et par conséquent le goût d\u2019entreprendre dans tous les domaines.Les Québécois formaient, dorénavant, une nation plurielle, majoritairement francophone - la seule dans les Amériques - consciente d\u2019elle-même, de sa singularité, de son originalité.Ensuite, il y avait l\u2019équipe, les hommes et les femmes qui venaient d\u2019être élus : Jacques Parizeau, Lise Payette, Bernard Landry, Camille Laurin et les autres.Une vraie nouvelle « équipe du tonnerre » qui donnerait à l\u2019action politique, j\u2019en étais certaine, un nouveau souffle et aux Québécois un nouvel espoir collectif.Enfin, il y avait René Lévesque.Chef charismatique incontesté, René Lévesque, premier ministre au « parler vrai », à la grande liberté de ton, réfractaire à toute rectitude politique, souvent provocant et même provocateur.C\u2019était une époque où la politique n\u2019était pas encore que spectacle.René Lévesque dont, personnellement, je ne me suis jamais lassée d\u2019entendre la voix, d\u2019écouter les propos.René Lévesque, aujourd\u2019hui le Québécois le plus populaire de tous les temps.Alors pourquoi les Québécois, me disais-je, s\u2019arrêteraient-ils en si bon chemin?Pourquoi n\u2019iraient-ils pas au bout de leur cheminement et de leurs possibilités en achevant le travail amorcé?Pourquoi, en d\u2019autres termes, n\u2019accompliraient-ils pas un geste sup- plémentaire, naturel, celui de se donner un pays alors que toutes les conditions semblaient réunies pour y arriver?De grands espoirs L\u2019élection du Parti québécois en 1976 a signifié un moment de grands espoirs.Les années suivantes ont, d\u2019ailleurs, été des années de réalisations marquantes : financement démocratique des partis politiques, loi 101 sur la langue, assurance automobile, zonage agricole, développement des relations politiques avec la France, santé et sécurité au travail, intervention dans l\u2019économie avec des programmes comme OSE, etc.Cet élan s\u2019est brisé en 1980, lorsque les Québécois ont refusé de faire le dernier pas.Cette défaite entraîna la lente descente aux enfers, personnelle et politique, de René Lévesque.Blessé, cet homme énergique et combatif a décliné et sa dégringolade s\u2019est accélérée à partir de 1982 au moment où le gouvernement fédéral a fait adopter, sans l\u2019accord du Québec, une nouvelle Constitution diminuant les pouvoirs de son Assemblée nationale.Il ne s\u2019en remettra pas.Que reste-t-il, trente ans plus tard, de cet enthousiasme suscité par la première victoire électorale du Parti québécois et surtout où en est son projet, toujours inachevé, de faire du Québec un pays indépendant?Le mouvement souverainiste est toujours là : très enraciné, bien vivant, puissant, même s\u2019il a connu des hauts et des bas, des moments fastes et des périodes de désenchantement Le Parti québécois en est encore la principale composante; il n\u2019a certainement pas été « un accident de l\u2019Histoire ».84 Les anniversaires La question nationale structure toujours le débatpolitique, mais des effets délétères se font sentir qui se manifestent par un sentiment d\u2019impuissance.Après 38 ans d\u2019existence, le PQ n\u2019a pas réussi à réaliser le premier article de son programme.Dès sa création, il a choisi d\u2019être le parti du grand change-mentpolitique, mais aussi du bon gouvernement Aussi a-t-il été réélu en 1981 et en 1998 en promettant de ne pas reposer la question de l\u2019indépendance nationale, à moins (en 1998) que « les conditions gagnantes » ne soient manifestes.Ce qui était une bonne façon pour le parti de ne pas perdre contact avec la population, de ne pas s\u2019éloigner de ses préoccupations et de participer concrètement à la construction de la maison commune même en dehors des périodes d\u2019effervescence nationale.Mais ce qui n\u2019a pu, par ailleurs, que générer tiraillements et sempiternelles querelles internes sur le comment plutôt que sur le pourquoi de la souveraineté.Sur la souveraineté comme moyen ou comme fin en soi.Débat déchirant au PQ, mais surréaliste pour beaucoup de Québécois.Pour moi, l\u2019essentiel réside dans le fait que la souveraineté nationale est aussi nécessaire en 2006 qu\u2019en 1976.Le monde a changé et pour faire entendre sa voix, un peuple doit pouvoir dire OUI quand il veut dire OUI et NON quand il veut dire NON.Pour ce faire, le Québec doit accéder au statut de pays, comme les 191 membres actuels des Nations-Unies.La mondialisation Le PQ, dès sa création, était ouvert sur le monde.Grâce, en bonne partie, à René Lévesque qui l\u2019a fait découvrir à l\u2019ensemble des Québécois par Point de Mire, son émission à la télévision de Radio-Canada, dans les années 1950.Jamais la souveraineté n\u2019a signifié retour en arrière ou repli sur soi.Le nouveau défi pour le PQ c\u2019est d\u2019inscrire la souveraineté dans le cadre de la mondialisation en cours.C\u2019est de démontrer le lien entre souveraineté et mondialisation, le lien entre le national et le mondial; c\u2019est de convaincre les Québécois qu\u2019il n\u2019y a pas de fatalité, qu\u2019ils peuvent avoir prise sur les décisions et les évènements qui les affectent -\tmême sur ceux qui leur semblent très éloignés.Pour autant qu\u2019ils décident d\u2019exister sur la scène internationale et d\u2019y prendre leur place, ils pourront alors participer avec d\u2019autres nations, plus particulièrement avec celles de la Francophonie internationale et des Amériques, à la redéfinition d\u2019un monde plus juste, plus équitable, plus humain.Ilspèserontde toutleurpoids -\tqui est réel - sur l\u2019avenir de la langue française comme grande langue internationale, sur l\u2019adoption de politiques de réduction des écarts de richesse entre le Nord et le Sud, sur la concrétisation de la notion de développement durable, sur la diversité culturelle, etc.Pour atteindre son objectif d\u2019assurer la pérennité de la nation québécoise en la conduisant à la pleine maîtrise de son avenir politique, le Parti québécois qui a amplement prouvé sa capacité à bien gouverner, doit adapter son discours et son action à la réalité du XXIe siècle etprocéder rapidement, après sa réélection, à la réalisation de son projet Louise Beaudoin a été' Deléguee du Quebec à Paris et ministre du gouvernement du Quebec.85 Le Québec en 2006 Élection du gouvernement du Parti québécois Le 15 novembre 1976, une date parmi d\u2019autres Jean-Claude Rivest Sénateur Le 15 novembre 1976 prendra peut-être une certaine signification historique si le Québec devient un jour un État souverain.Et encore, ce jour du 15 novembre 1976 sera tout de même beaucoup moins important que celui de la proclamation de l\u2019indépendance ou celui du référendum qui aura vu une majorité de Québécois et de Québécoises décider de faire du Québec un pays.Le 15 novembre 1976 devra par surcroît partager son lustre avec les référendums du 20 mai 1980 et du 30 octobre 1995 qui constitueront aux yeux de l\u2019histoire des étapes encore plus marquantes de cette éventuelle accession du Québec a la souveraineté que la simple élection du Parti québécois en 1976.Alors, le Québec n\u2019étant toujours pas un pays indépendant, pourquoi fàut-il vraiment célébrer l\u2019élection du 15 novembre 1976 ?Le 15 novembre 1976 n\u2019est, en effet, pour le moment, que le jour ou un nouveau parti politique, le Parti québécois, a été appelé à former le gouvernement du Québec.Rien de tellement plus his- torique que le jour (c\u2019étaitquel jour et de quelle année?) ou pour la première fois le Parti libéral du Québec a pris le pouvoir pour jouer pendant plus d\u2019un siècle un rôle déterminant dans la vie politique québécoise! Le 15 novembre 1976 fut, sans doute, un moment exceptionnel d\u2019enthousiasme et d\u2019espoir pour les militants et sympathisants péquistes : l\u2019élection d\u2019un premier gouvernement souverainiste engagé a tenir un référendum sur l\u2019indépendance politique du Québec.Or, depuis ce jour, l\u2019élection d\u2019un tel gouvernement souverainiste s\u2019estproduite à trois reprises et les péquistes sont en attente d\u2019un quatrième 15 novembre ! Cela fait bien des moments historiques à célébrer! Une chose est sûre, pour l\u2019ensemble des Québécois et des Québécoises, le 15 novembre 1976 fut tout simplement le jour d\u2019un changement de gouvernement comme cela arrive depuis toujours à intervalles plus ou moins réguliers avec, il estvrai, comme distinction principale, l\u2019arrivée au poste 86 Les anniversaires de premier ministre de l\u2019un des hommes les plus marquants de l\u2019histoire politique du Québec, monsieur René Lévesque.Rien de véritablement historique.Ce gouvernement péquiste fut sans doute un bon gouvernement qui eut le mérite de respecter pratiquement à la lettre les engagements pris au cours de la campagne électorale : la protection du consommateur, la réforme de l\u2019assurance automobile, la reconnaissance du droit à la santé et à la sécurité des travailleurs, la loi anti-briseurs de grève, le zonage agricole, la démocratisation du financement des partis politiques, l\u2019affirmation sans équivoque du caractère fiançais du Québec, le rétablissement d\u2019une certaine paix sociale.Donc, un ensemble impressionnant de mesures progressistes qui méritent d\u2019être reconnues.Rien toutefois de véritablement historique.En effet, la nature elle-même de ces réalisations péquistes n\u2019a certainement pas changé la société québécoise au point de nous autoriser à parler du Québec d\u2019avant le 15 novembre 1976 et d\u2019un Québec nouveau d\u2019après le 15 novembre 1976.À l\u2019exception peut-être du changement opéré par l\u2019adoption de la Charte de la langue française, les initiatives particulières du gouvernement péquiste issu de l\u2019élection du 15 novembre 1976 n\u2019ont fait que s\u2019inscrire dans une démarche réformiste propre à tous les gouvernements québécois depuis i960.Certes, l\u2019élection de l\u2019Union nationale de monsieur Daniel Johnson (et le gouvernement de monsieur Jean-Jacques Bertrand) ontpu paraître ralentir le mouvement de réforme, bien qu\u2019il y eut alors de nombreuses choses de faites (Radio-Québec, le Protecteur du citoyen, les cégeps, les communautés urbaines.).Par contre, l\u2019élection du 29 avril 1970 du gouvernement libéral de monsieur Robert Bourassa permit au Québec de retrouver, dans un contexte politique et social trouble, un rythme accéléré de changements : la réforme de l\u2019État (la gestion par programmes), la mise en valeur du potentiel énergétique du Québec (la Baie James), l\u2019élimination de la barrière de l\u2019argent pour accéder au service de santé (l\u2019assur-ance-santé), le fiançais langue officielle du Québec, la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.Le Québec moderne n\u2019est donc pas apparu un certain 15 novembre 1976, il avait commencé à se construire bien avant.Qui d\u2019ailleurs, peut objective-mentprétendre que le bilan législatifet administratif, par exemple, du gouvernement libéral des années 1970 ne peut absolument pas soutenir la comparaison avec la performance du gouvernement péquiste issu de l\u2019élection du 15 novembre 1976 ! Si, dans la foulée du 15 novembre 1976, il y eut un premier mandat particulièrement productif, il y en eut un deuxième beaucoup moins glorieux : les conséquences de l\u2019échec référendaire, le rapatriement unilatéral de la constitution canadienne au détriment des droits constitutionnels du Québec, de sérieuses difficultés financières, des tensions sociales aiguës avec les syndicats du secteur public et de graves dissensions internes sur la question du « beau risque ».La vie ! La vie ! Quoi ! Le parcours on ne peut plus banal de tous les gouvernements : le pouvoir, des réalisations remarquables.puis, la fatigue, l\u2019usure et la défaite électorale ! 87 Le Québec en 2006 Le 22 juin 1960 On dira en revanche, etnon sans raison, que le 15 novembre 1976 a tout de même quelque chose de singulier.C\u2019est, en effet, à partir de ce jour que le projet de la souveraineté politique du Québec s\u2019est en quelque sorte incarné dans la réalité quasi quotidienne de la vie politique québécoise et canadienne et que la chose dure depuis trente ans ! Poser la question du changement au statut politique du Québec d\u2019une façon aussi forte et soutenue est certainement quelque chose d\u2019unique.Aux yeux de l\u2019histoire, cependant, seule la réponse compte.Or, après 30 ans, il n\u2019y a toujours rien.Le Québec fait toujours partie de l\u2019espace politique canadien.Attendons alors avant de célébrer le caractère historique du 15 novembre 1976 ! Pour l\u2019heure, il est, dans l\u2019histoire politique du Québec moderne une date autrement plus importante que le 15 novembre 1976 : le 22 juin i960.Cette date a déjà acquis une véritable et incontestable signification historique quoi qu\u2019il advienne d\u2019ailleurs du statut politique futur du Québec : la naissance du Québec moderne.Le Québec d\u2019après le 22 juin i960 n\u2019a pratiquement plus rien eu à voir avec le Québec d\u2019avantle 22 juin i960.Monsieur Jean Lesage et son équipe (un certain René Lévesque en était) ontradicalementchangéla société québécoise en lui donnant un élan et un souffle exceptionnels.Ils sontà l\u2019origine de l\u2019émergence de cette identité québécoise distincte et de cette nouvelle société moderne, dynamique et solidaire qui fait aujourd\u2019hui la fierté des Québécois et des Québécoises.Le rythme et l\u2019ampleur des changements et des initiatives prises alors demeurent inégalés.Tous les aspects de la vie de la collectivité furent touchés : la création d\u2019un véritable État et d\u2019une administration publique moderne (une fonction publique indépendante), l\u2019accès généralisé à l\u2019éducation, à la culture et au savoir (le ministère de l\u2019Éducation), l\u2019assurance-hospitalisation, l\u2019égalité juridique des femmes, la mise en place d\u2019instruments publics de développement économique (nationalisation de l\u2019électricité, la SGF, la Soquem.et l\u2019extraordinaire Caisse de dépôt et de placement), la protection des droits des travailleurs (un nouveau code du travail et le droit de grève dans le secteur public), la reconnaissance du rôle primordial des artistes, des créateurs et des intellectuels (le ministère de Affaires culturelles).Il y eut alors Révolution.tranquille! Un réel moment historique à célébrer! Manifestement, rien de tel ne se produisit avec l\u2019élection du Parti québécois un certain 15 novembre 1976.Le Québec eut simplement l\u2019avantage d\u2019avoir un bon gouvernement, comme il y en a toujours eu, inscrit dans la continuité progressiste de la politique québécoise amorcée avec autorité par le gouvernement de monsieur Jean Lesage, un certain 22 juin i960.Alors, en 2006, s\u2019il nous faut vraiment célébrer le trentième anniversaire de l\u2019élection d\u2019un bon gouvernement péquiste, pourquoi ne pas se préparer, dès maintenant a célébrer en 2010 un indiscutable moment d\u2019histoire : le cinquantième anniversaire de l\u2019élection du gouvernement libéral qui a véritablement donné naissance au Québec moderne?Jean-Claude Riuest a éti conseiller du premier ministre Robert Bourassa. Les anniversaires Naissance de TQS, le Mouton noir de la télévision TQS : rien comme la persistance Jean-Pierre Desaulniers Professeur de communication, UQAM Devant les profits énormes générés par Télé-Métropole, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications du Canada (CRTC) revient, durant les années 1980, sur sa politique de prudence dans l\u2019attribution des licences d\u2019exploitation de chaînes de télévision.En 1985, le Conseil tient donc des audiences pour l\u2019émission d\u2019un second permis d\u2019exploitation d\u2019une chaîne de télévision généraliste commerciale francophone au Canada.Deuxcâblodistributeurs disposent d\u2019un capital suffisant pour se lancer dans l\u2019aventure et s\u2019imposer comme quatrième joueur avec Radio-Canada, Télé-Métropole et Radio-Québec.Le groupe de Jean Pouliot, propriétaire de CF-Cable et de la station locale anglophone CFCF, etle groupe Cogéco, propriété de Henri Audet, s\u2019installent sur la ligne de départ Guy Fournier, auteur prolifique à la mode et personnage public doté d\u2019un bagou redoutable, est chargé de don- ner une personnalité à la chaîne proposée par CF-Cable et d\u2019en dessiner la programmation.Il construit une télévision à son image : impertinente, urbaine et scolarisée, se démarquant considérablement de la télé conventionnelle.Il veut refaire la télé trente ans après, en s\u2019inspirant des expériences britanniques et américaines, surtout.Fini les téléromans lents, bavards et interminables à maman.Fini les matches de sport soporifiques à papa.On se concentre plutôt sur l\u2019action, les films etle spectacle et l\u2019information en direct De son côté, la direction de Cogéco refuse de jouer à la vedette montréalaise, se montre beaucoup plus discrète et concocte une chaîne étonnamment sage, familiale, à la limite vieillotte.Appelée Télévision Saint-Laurent, cette seconde programmation rapelait étrangement celle de Radio-Canada à ses débuts : une télé traditionnelle, classique, que la concurrence 89 Le Québec en 2006 farouche entre Radio-Canada et Télé-Métropole avait érodée durant les années 1970.Le CRTC opte pour Quatre-Saisons et sa promesse de renouveau.La famille Pouliot jubile etLouis Audet, le fils qui en était à sa première grande initiative après sa sortie d\u2019école, connaît un échec au démarrage.Il doit renoncer à sa première grande ambition personnelle.Aujourd\u2019hui, en 2005, les Pouliot se sont retirés du milieu de la télédiffusion et Louis Audet est à la barre de TQS.Curieux retour de situation qui s\u2019explique amplement par la détermination du nouveau propriétaire; héritier d\u2019une chaîne au profil ambigu, contradictoire, mais d\u2019une chaîne qui a su résister à plusieurs condamnations.Persistance de la volonté d\u2019un chef d\u2019entreprise et persistance d\u2019une télé dont on se demande parfois quel miracle lui a permis de survivre.Une double personnalité Le 6 septembre 1986, Guy Fournier pavane à la Place des Arts, auréolé d\u2019un énorme panache amérindien, rappelant la « mire » de la télé à ses débuts.Présentation des émissions et des vedettes, visite étonnante du « château » de monsieur et madame Pouliot à la manière d\u2019une tournée de Rich and Famous.Promenade dans les studios.Tout semble baigner dans l\u2019huile, mis à part une petite panne de son.Fournier resplendit, ramasse toute l\u2019attention sur lui ; il est le « king » de la soirée.Il imprègne de sa personnalité celle de Télévision Quatre-Saisons.Quatre-Saisons, c\u2019est lui.Désormais, on ne peut pas imaginer la chaîne sans lui.Au point où Jean Pouliot en prend ombrage et l\u2019accuse de faire un « power trip ».Ça lui vaudra d\u2019ailleurs son emploi.Quelques semaines plus tard, Fournier plie bagage et le bébé se retrouve orphelin de son concepteur.Or, le vrai travail d\u2019installation de la chaîne débutaità peine.Les émissions originales imaginées par Fournier demandaient à être rodées.Il fallait meubler de nombreux «À communiquer», cases encore sans contenu.Mais surtout la chaîne devait trouver sa voie parmi les autres et se constituer rapidement un bassin de fidèles, un auditoire stable, sur lequel prendre appui pour attirer et rassurer les annonceurs.Cette jeune clientèle urbaine et scolarisée qu\u2019avait imaginé Fournier allait-elle être au rendez-vous ?Et surtout suffisamment nombreuse pour apparaître dans les relevés d\u2019audience?Adrien Pouliot, le fils du président, assure l\u2019intérim.Il n\u2019a aucune expérience de la télé, encore moins de la télé québécoise.Il n\u2019en connaîtni les traditions, ni les antécédents.Pour finir l\u2019année, père et fils vont tolérer les émissions-phares de Fournier (Rock et Belles Oreilles, Playback, Première).Mais devant un déficit immédiat de plus de 12 millions de dollars, malgré une notoriété vite acquise, Jean et Adrien Pouliot optent pour un tout autre profil de chaîne dès la seconde saison.Le mot d\u2019ordre est lancé : il faut sortir TQS du rouge en s\u2019alignant sur le modèle des stations régionales américaines (dont CFCF est une bonne référence) pour assurer la rentabilité.Tous les VP qui défileront désormais rue Ogilvy devront assumer quotidiennement la consigne d\u2019un amortissement à l\u2019américaine: le plus de monde possible pour le moins cher possible.Finie cette idée de se constituer une clientèle stable et so- 90 Les anniversaires phistiquée à long terme à partir de la génération qui écoute le moins la télé, finie la télé de l\u2019avenir.On revient aux recettes éprouvées à Baltimore, Detroit ou Kansas City.La télé régionale classique aux USA.Les concepts innovateurs de Fournier se retrouvent à la poubelle, sauf RBO et le film de cul hebdomadaire, desquels survivra un esprit d\u2019impertinence.Au cours des années suivantes, la direction de TQS fera de cette chaîne un véritable cheval de Troie francophone de la télé américaine avec ses « Roues de fortune », ses faits divers locaux, son film d\u2019action à 20 heures et son lot d\u2019émissions « syndicated » (en reprise) pour colmater les trous qui restent, dont Les Pierrqfeu vont devenir le meilleur exemple.La direction de TQS renie ses engagements solennels devant le CRTC.«Pas de sport»?On rentre le hockey, mais surtout la lutte « grand prix », dans son apparat hyper-kitch.« Plus de téléroman interminable » ?TQS diffuse la première saga quotidienne québécoise, La Maison Deschênes, inspirée des « soaps » américains.Et on comble le tout avec une foule d\u2019émissions populaires du genre Lajtmrchette d\u2019or ou Téltfùn.En fait, TQS s\u2019estmis à récupérer les téléspectateurs de Télé-Métrople qui acceptaient mal, ou pas du tout, le virage sophistiqué que cette chaîne prenait depuis qu\u2019elle avait changé de main en 1986.Une information plus costaude et plus nationale, des séries de fiction « lourde » et surtout l\u2019expulsion des émissions quétaines, genre Les Brillant.Annoncée comme la télé de l\u2019heure, la télé de l\u2019innovation, la télé de la jeune génération, TQS devientvite la télé de la consommation bas de gamme, avec son information à scandales, dont l\u2019émission Camera XX, ses festivals de « Gros bras », ses jeux débiles et ses films de troisième catégorie.Mystérieusement toutefois, TQS va tout au cours de son évolution offrir des surprises déconcertantes qui rappellent chaque fois l\u2019autre facette de sa naissance, cette possibilité d\u2019une télé autre et novatrice.Comme si l\u2019Indien de Fournier revenait de temps à autre insuffler une folie.Ainsi, en 1989, la gang de 100 limite, avec son humour de cégep, va créer une énorme commotion et devenir l\u2019émission quotidienne incontournable des ados.Imaginez les Brassard, Tachereau et Cie céder le studio chaque jour à Serge Laprade et Michèle Richard préparant Garden Party.Comment les fans de Jacques Chevalier-Longueuil pouvaient-ils s\u2019identifier à Siyne'Andrée Boucher et comment les plus âgés pouvaient-ils tirer amusement des blagues de Raymond Beaudouin sur la masturbation?Ce paradoxe flagrant entre une télé provocante et une télé dégénérée faisait partie des gènes de la chaîne.Comme si cette double nature ne pouvait échapper à TQS.Pourrait-il ainsi réunir suffisamment de gens disparates pour la rendre rentable un jour?Dans cet esprit de nouveautés subites et inattendues, plusieurs personnalités importantes de la télé vont se faire connaître d\u2019abord à TQS : la toute jeune Julie Snyder (Sortir), Stephan Bureau (Grajjïtis), Guy A.Lepage en animateur (Besoin d\u2019amour), Francis Reddy (Reddy Reddy Go), etc.TQS va devenir une pépinière étonnante de jeunes talents, que la direction 91 Le Québec en 2006 ne réussit jamais à retenir pour faire d\u2019eux des piliers du développement.À périodes fixes, les finances sonnaient le glas des émissions les plus prometteuses pour les remplacer par des traductions d\u2019émissions américaines surannées.De même, de temps en temps, on tente des coups rétro ou on sort des anciennes vedettes des boules à mites.Par exemple, Denise aujourd\u2019hui, un rappel de Chez Denise, en ondes 15 ans auparavant.Encore là, arrêt brutal.Les annonceurs se montrent insatisfaits de la cote d\u2019écoute.Début 1990, dans un geste radical, la direction interrompt la programmation du matin.La chaîne ne va démarrer que le midi.Décision pathétique quand on sait combien les chaînes privées ont besoin de temps d\u2019antenne pour le placement de leurs messages publicitaires.Rien à faire.En dépit de quelques succès, dont le hockey des Nordiques, certaines séries policières increvables et les jeux de fin d\u2019après-midi, genre L\u2019épicerie en jolie ou Misez juste, la chaîne devient un véritable cauchemar déficitaire.À la veille du 10e anniversaire en 1995, le déficit cumulé de TQS dépas-saitles centmillions de dollars.La fàmille Pouliot affichait de plus en plus ouvertement son désarroi et sa dépression.Le temps des incertitudes En 1996, la rumeur en ville se fait persistante : TQS aura été une erreur.Le marché francophone au Canada est trop étroit pour absorber deux chaînes privées.Magnanime, André Chagnon, alors à la tête TVA, offre une solution de rechange : maintenir les deux chaînes, mais sous une même direc- tion.Il propose carrément à Adrien Pouliotd\u2019acheter TQS.Ce dernier concède quasi immédiatement Le choc est total.TVA et TQS ne se fusionneraient pas, mais une même direction assurerait leur programmation respective.Plusieurs producteurs s\u2019insurgent Ils se retrouveraient désormais devant un seul interlocuteur.Une seule mésentente et c\u2019est la faillite pour eux.Impensable.Ils y perdraient tout argument de négociation.Une coalition se forme, ceux-là refusant de devenir les otages de quelque patron.Les annonceurs réagissent eux aussi fort mal : une seule direction en viendrait à fixer les tarifs de toute la publicité dans le secteur privé.Ils craignent un déséquilibre du marché, une surenchère artificielle.Personne n\u2019ose imaginer qu\u2019un seul homme, André Chagnon, puisse dominer toute la diffusion privée au Québec.À l\u2019arrière plan, Louis Audet, qui s\u2019était accaparé près de 10 % des actions de CFCF, fait cabale contre la transaction.Il recommande aux actionnaires majoritaires de rejeter l\u2019offre d\u2019achat de Vidéotron et propose plutôt d\u2019acheter lui-même TQS.Mais la Cour supérieure lui barre la route.Il ne pourra pas faire objection à une entente éventuelle entre CFCF et Vidéotron.Pendant que le monde des affaires s\u2019agite, TQS propose une autre surprise de taille qui va subitement faire grimper ses cotes d\u2019écoute à des sommets qu\u2019elle n\u2019avait jamais atteints.Une nouvelle et étonnante synthèse entre une télé bas de gamme et une télé innovatrice, incarnée dans un seul personnage, Jean-Marc Parent Celui-ci fàit partie de cette jeunesse tant recherchée, mais il projette l\u2019image d\u2019une télé sans 92 Les anniversaires prétention, relâchée, sans classe et fière de se manifester comme telle.On lui cède les dimanches soirs.Il se présente seul sur scène entouré de fans, à la façon d\u2019un gourou.Il annonce une nouvelle forme de télé, mais sûrement pas la télé novatrice chic annoncée io ans auparavant Les chroniqueurs des quotidiens montréalais ne se gênent d\u2019ailleurs pas pour souligner les travers de Parent, visiblement agacés par le succès phénoménal d\u2019un homme qui n\u2019hésite pas à se présenter sur scène le visage couvert d\u2019acnée et en survêtement de coton.Au moment même où la famille Pouliot démissionne, aurait-on trouvé l\u2019instrument de la rentabilité?Pendant ce temps, le CRTC tient ses audiences.Vidéotron démontre que la propriété conjointe serait le seul moyen de conserver deux chaînes francophones viables en faisant de TQS une chaîne « jeune et dynamique » à l\u2019image de sa première conception.Louis Audet réitère son intention d\u2019acheter TQS.Il suggère même de mettre la chaîne aux enchères.Un regroupement de producteurs privés s\u2019objecte làrouchement à la fusion, de même que Radio-Canada.Des producteurs de Québec proposent même de déménager TQS chez eux.La rumeur veut que d\u2019autres joueurs reluquent TQS, dont Bell, Astral, Cinar.Bref, pour un temps, TQS redevientpopulaire, mais dans les couloirs du Complexe Guy-Favreau où se tiennent les audiences du CRTC.La saga du marchandage s\u2019arrête abruptement début 1997 : le CRTC refuse d\u2019avaliser l\u2019acquisition de TQS par Vidéotron, donc de faire de cette chaîne le petit frère de TVA.Par contre, le Conseil accepte que Vidéotron achète la compagnie de câble détenue par CFCF à condition que TQS devienne la propriété d\u2019un tiers.Cette chaîne, dont tout le monde s\u2019était convaincu un an auparavant de la non-viabilité devient subitement l\u2019objet de la convoitise de toutes sortes d\u2019entreprises : Can West, Coscient, Québécor, Jean-Luc Mongrain, s\u2019ajoutentà la liste.À la surprise générale, c\u2019est le vieux Péladeau qui l\u2019emporte (bien que Cogéco continue de détenir 20% des actions.) Il a négocié raide et sec et surtout veut faire de TQS son dernier « train électrique ».Du coup les bureaux de la direction se vident Personne ne veut vivre sous la férule du magnat.Mais Péladeau n\u2019aura pas beaucoup de temps pour s\u2019amuser.Trois mois plus tard, une crise cardiaque le terrasse.Personne n\u2019ose croire que ses héritiers vont vouloir conserver cette chaîne chaotique.Une nouvelle période d\u2019incertitude s\u2019installe, le temps que la famille Péladeau se redistribue les avoirs du boss.Mais deux nouveaux dirigeants, récemment installés, restent à la barre et profitent d\u2019une liberté circonstancielle pour bâtir une grille sans devoir rendre des comptes.Ils ont décidé de faire de TQS leur affaire.Ils vont devenir les figures emblématiques de la chaîne : Luc Doyon et Louis Trépanier.Ils doivent composer avec une grille moribonde, avec des émissions sans relief.Mais ils installent une émission phare, La jïii du monde est à sept heures.Marc Labrèche, improvisateur de génie, est au pupitre d\u2019un faux bulletin d\u2019information accueillant une brochette de commentateurs ironiques et loufoques.Cette émission va faire oublier les insignifiances contrôlées de 93 Le Québec en 2006 Parent et surtout laisser entrevoir ce qu\u2019aurait pu être TQS depuis le début Les jeunes scolarisés reprennent TQS d\u2019assaut Le coup d\u2019envoi est donné.On fonce.TQS va devenir la télé de l\u2019impertinence, quelle qu\u2019en soit la matière et la manière.La saison 1998 regorgera d\u2019émissions catastrophes, policières et à caractère sexuel.La nouveauté va venir aussi du scandale.C\u2019est ainsi qu\u2019une télévision généraliste va pour la première fois se donner une personnalité nettement distincte et travailler systématiquement une image clairement définie, celle du « mouton noir ».Mais surtout, le caractère québécois et régional ressort enfin nettement.Les émissions ne sont plus de fades traductions d\u2019émissions sensationnalistes américaines mal doublées mais des productions locales, présentant des histoires d\u2019ici, du type Coroner, une série documentaire sur des scènes de crimes ou encore Métier Policier, décrivant la quotidienneté de ces derniers.TQS (on tue l\u2019appellation Télévision Quatre-Saisons) a enfin trouvé sa niche au sein de la télé québécoise.Provocante, populaire etpopuliste.On n\u2019hésite pas à faire dans le mauvais goût avec l\u2019émission Black out.On traite ouvertement de sexualité en plein après-midi avec Louise-Andrée Saul-nier.On présente des films de série B, mais avec une violence explicite.Jean-Luc Mongrain, connu pour ses frasques et dénonciations, rejointles rangs de l\u2019information.Même le grand patron, Pierre-Karl Péladeau, joue au mouton noir devant le CRTC et accuse Radio-Canada de concurrence déloyale, tout en se défendant bien d\u2019avantager TQS dans les pages de ses quotidiens.Bref, à l\u2019orée du second millénaire, TQS s\u2019est trouvée un ton, une allure, une orientation, une hybridation entre les folichonneries de Labrèche et les sorties de Mongrain.On a l\u2019impression que désormais tout peut arriver sur cette chaîne.On a trouvé la vraie nouveauté : offrir des effets de surprise dans un paysage télévisuel pépère, engoncé dans ses formules éculées et sans jamais aucun étonnement Du meilleur, du pire, peu importe, finie surtout la télé pas dérangeante.TQS diffuse le défilé annuel de la fierté gaie.La chaîne met le Conseil canadien des normes au défi en présentant les atouts les plus évidents de Demi Moore en milieu de soirée.Gilles Proulx viendra y donner des coups de gueule quotidiens.Avec lui le midi et Mongrain à l\u2019heure du souper, TQS devient le pilier de l\u2019information commentée, conviviale et centrée sur le quotidien au Québec.TQS prend du coffre Mais des choses se trament dans d\u2019autres coulisses qui allaient menacer à nouveau sinon l\u2019existence, du moins le contrôle de TQS.Québécor a pris goût à la télé et veut avaler Vidéotron au complet, y compris TVA.Encore une fois le problème de la concentration refait surface.11 est impensable que Pierre-Karl Péladeau puisse devenir le patron du Journal de Montréal, dujournal de Québec, de TVA et de TQS, et de pratiquement tous les magazines à potins.Dès lors TQS va donc se retrouver encore une fois en vitrine, pour une autre vente.Une fois de plus les gros joueurs font signe : Astral, BCE et évidemmentCogéco.En juillet 2001, le CRTC avalise la vente de Vidéotron à 94 Les anniversaires Jean-Pierre Desaulniers, professeur dévoué et citoyen engagé Anthropologue de la culture contemporaine et des médias, de l'histoire sociale et culturelle, analyste de la dramaturgie télévisée et de la rhétorique publicitaire, ce sociologue de formation est recruté en 1974 à titre de professeur régulier par le Département des communications de l'Université du Québec à Montréal.Il favorise le choc des idées et provoque même ses étudiants pour les amener à outrepasser voire décloisonner les structures admises par l'Institution.Il bouscule l'ordre établi au point de défier ses étudiants à repousser plus loin, plus haut les limites de leurs recherches.Ses propos ne sont pas toujours tendres, mais ils permettent le dépassement de soi.Dans un texte, ce n'est ni la syntaxe, ni la grammaire, encore moins l'orthographe qui intéressent en premier lieu ce chercheur infatigable, mais la création et la culture scientifiques.Il privilégie les projets à résonance concrète et applicables dans la vie ordinaire, ceux qui font réfléchir la société québécoise et suscitent des réactions voire des débats.Mais ce professeur de communication qui émettait fréquemment ses opinions dans les quotidiens et multiples publications était beaucoup plus qu'un fin analyste des scènes de la vie quotidienne et des téléro-mans populaires, il était actif au sein de la collectivité.Bénévole, il m'a épaulée et il a peaufiné les critères d'admissibilité du volet « bourses culturelles » de la Fondation du Maire de Montréal pour la jeunesse à l'époque où je dirigeais cet organisme.Il privilégiait, à titre de président du comité de sélection (2001-2004), les projets issus de jeunes dont les créations étaient émergentes dans leur forme culturelle.Le jour de sa nomination, comme membre du Conseil de la famille et de l'enfance, le 16 novembre 2004, il apprenait également qu'il était atteint d'un cancer.En mai dernier, affaibli et hospitalisé, il a prononcé une conférence lors de l'ouverture du colloque Regards sur la diversité des familles : Mieux comprendre pour mieux soutenir, organisé par le Conseil de la famille et de l'enfance.Il a livré une magistrale performance, enregistrée sur vidéo par deux de ses étudiants issus du programme de Stratégies de productions de l'UQAM - programme qu'il avait mis sur pied un an auparavant.Pièce d'anthologie, sa dernière conférence est une réflexion subtile de cette diversité de la famille vue à travers les téléromans depuis la famille Plouffe jusqu'à la famille Bougon.Jean-Pierre Desaulniers fut mon directeur de mémoire à la maîtrise et le président du juiy lors de ma soutenance de thèse doctorale en communication le 23 mai dernier.L'analyse qu'il a faite de ma thèse fut sa dernière et même si nous nous connaissions et qu'il était affaibli par la maladie, il a été très généreux de commentaires : il ne m'a pas épargnée! Il me laisse un bel héritage, celui de devoir me surpasser et de servir les seuls intérêts valables à ses yeux, ceux de l'indépendance intellectuelle.Au cours des dix dernières années, nos chemins se sont croisés et recroisés.Ce pédagogue dans l'âme fiit significatif sur mon parcours de vie, sur Québécor, à la condition que cette dernière se départisse de TQS.Après de longues tergiversations, Cogéco en association avec BCE et Bell Globe Media remporte la mise.Quinze ans plus tard, Louis Audet a finalement réussi son coup.Au début des années 2000, la chaîne ne cesse d\u2019augmenter sa part de marché, passant de 9 °/o à 15 °/o.Non seulement la persistance de Louis Audet aura eu gain de cause, mais cette longue attente lui aura été bénéfique : dès la première année suivant son ac- 95 Le Québec en 2006 quisition, la chaîne franchit enfin le seuil de la rentabilité.TQS se lance alors dans des aventures de plus en plus risquées, dontLojt Story en 2003, avec son lot de petits scandales reliés à la consommation d\u2019alcool et aux scènes de sexe.Beaucoup de monde devantl\u2019écran, mais la relation coût-bénéfice est faible.En 2005, on se lance dans une autre aventure, Casting, qui va tourner à la catastrophe.Peu importe, on a appris à TQS que l\u2019essentiel consistait à essayer des choses, quitte à se péter la gueule.Ou à réussir.Flash s\u2019est développé une personnalité propre au point de devenir un incontournable du milieu artistique.Depuis trois ans, TQS réussit à livrer une réelle concurrence au puissant Salut, bonjour!, de TVA, avec Caféine.TQS a livré des débats musclés sur des questions de sport ou d\u2019actualité, après les nouvelles de 22 heures.Quelques personnalités sont devenues des figures emblématiques de la chaîne : Paul Rivard, Chantal Lacroix, Patricia Paquin, les Mecs comiques.En 20 ans, Louis Audet et les dirigeants de TQS ont appris qu\u2019il n\u2019y a jamais rien d\u2019acquis.Le Mouton noir de la télé québécoise a su traverser toutes sortes d\u2019épreuves depuis le ridicule de certaines émissions (dont les Gingras-Gonzalez), jusqu\u2019à l\u2019incertitude tenace de changement de propriété durant des mois et des mois.Mais chose certaine, 20 ans après, plus question de renvoyer l\u2019animal à l\u2019étable et de le faire disparaître de la scène télévisuelle québécoise.À sa façon et avec ses faibles moyens, il réussit à bousculer le paysage du petit écran ; peut-être pas à le renouveler comme Lournier le souhaitait, mais du moins à lui secouer les puces.Une seule faute va demeurer impardonnable dans ce parcours compliqué et parfois tortueux : ne pas avoir pris le risque financier d\u2019accueillir Les Bougon.Cette famille aurait démultiplié le sens donné au «mouton noir».Du coup, l\u2019auguste société d\u2019État est devenue plus irrévérencieuse que la petite chaîne baveuse.Comme quoi la télé est faite de bien des surprises.Ce texte de Jean-Pierre Desaulniers a été' rédige' en collaboration avec Catherine Legaré.Il a été remis à l\u2019éditeur le 4 juin 2005.M.Desaulniers est décédé le 18 août 2005 à l\u2019dgede 5g ans.96 Les anniversaires Le «déluge» au Saguenay La vision à court terme Claude Villeneuve Biologiste, directeur de la Chaire de recherche et d\u2019interuention en Éco-Conseil Université du Québec à Chicoutimi T ^ Vf- En juillet 1996, la région du Saguenay connaissait un épisode climatique exceptionnel que les médias ont consacré sous le vocable évocateur de « déluge ».On a retenu le terme pour qualifier les crues dévastatrices des rivières dont le 97 CPimages.ca Le Québec en 2006 bassin versant s\u2019alimente dans le secteur Nord de la Réserve faunique des Laurentides.L\u2019épisode de juillet 1996 est souvent cité comme un exemple de ce qui nous attend dans un scénario de changements climatiques où les crues aujourd\u2019hui considérées comme exceptionnelles seront plus communes.Dix ans après, qu\u2019avons nous appris sur ce sujet?En 1995, à la suite d\u2019une deuxième série de rapports du Groupe intergouvememental d\u2019experts sur le climat (GIEC), l\u2019assemblée des pays ayantrat-ifié la Convention cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en venait à la conclusion que l\u2019humanité avait un eflèt mesurable sur le climat planétaire.L\u2019assemblée des pays signataires se donnaitle mandat de Berlin, c\u2019est-à-dire celui de négocier un accord contraignant dontl\u2019objectif serait de réduire dans les faits les émissions mondiales de gaz à effet de serre, ce qui allait conduire en 1997 au Protocole de Kyoto.Malgré les milliers de publications scientifiques qui n\u2019ont cessé depuis de confirmer les prédictions du GIEC et la publication en 2001 d\u2019une troisième série de rapports beaucoup plus consensuels et précis sur les conséquences du changement climatique en cours, le Protocole de Kyoto n\u2019a finalement été mis en œuvre qu\u2019en février 2005 à l\u2019issue de négociations épiques.La prochaine série de rapports du GIEC est attendue pour 2007.L\u2019analyse la plus récente de la littérature scientifique (1) nous montre que le consensus sur l\u2019ampleur et les causes du changement climatique sont plus forts que jamais.Des études publiées dans les plus grandes revues scientifiques par des chercheurs provenant de tous les horizons confirment que les prédictions faites en 1995 étaient très conservatrices.Dans les faits, tant au niveau des émissions de gaz à effet de serre que dans l\u2019ampleur des manifestations des changements climatiques induits par l\u2019homme, ce sont les hypothèses pessimistes qui se réalisent Cela est particulièrement observable dans les plus hautes latitudes où le réchauffement des moyennes annuelles a déjà dépassé dans bien des endroits les 5 ' C.Les événements climatiques autrefois considérés comme exceptionnels se sont succédé à l\u2019échelle planétaire et chaque année depuis 1996 on peut consigner aux annales un ou plusieurs épisodes climatiques exceptionnels.D\u2019ailleurs, les quinze années les plus chaudes jamais enregistrées depuis 150 ans à l\u2019échelle planétaire l\u2019ont été dans les vingt dernières années.L\u2019inquiétude au Québec Au Québec, après les inondations du Saguenay et au verglas de 1998 (moins de dix-huit mois plus tard), l\u2019inquiétude a gagné le gouvernement qui s\u2019est donné un plan de lutte aux changements climatiques et a contribué, en 2002, à la création du Consortium OURANOS visant l\u2019adaptation aux changements climatiques.Le changement de gouvernement en 2003 s\u2019est traduit par l\u2019oubli des objectifs du plan de 2002 et on attend toujours, avec plus d\u2019un an de retard, d\u2019en savoir un peu plus sur les actions qui ont été mises en œuvre pour atteindre les objectifs du plan de 2002.Le gouvernement du Canada pour sa part a tergiversé pour ratifier, finale- 98 Les anniversaires ment à reculons, le Protocole de Kyoto en décembre 2002 et présenter son plan de lutte aux changements climatiques basé essentiellement sur des mesures volontaires.Ce plan a d\u2019ailleurs été tellement., efficace qu\u2019en mai 2005, la cible de réduction des émissions pour 2010 s\u2019était éloignée de 30 millions de tonnes de CO2 et que le nouveau « Projet vert» du ministre Dion réduisait les cibles sur lesquelles il pouvait avoir un minimum de contrôle.Les pronostics sont sombres.Au Saguenay Pendant ce temps, au Saguenay, les riverains du lac Kénogami et de la rivière Chicoutimi étaient consultés sur une série de recommandations concernant la gestion des bassins versants et la prévention de crues dévastatrices.On stabilisait les berges endommagées, les détenteurs de droits acquis se rebâtis-saientprès des zones inondables et un recours collectif était entrepris et réglé à l\u2019encontre de la papetière Abitibi-Consolidated de La Baie qui fermera ses portes à l\u2019hiver 2003 et rasera son usine de Port Alfred en 2006, dix ans tout juste après que sa digue du lac Ha Ha ait cédé, dévastant le centre-ville de Grande Baie.Le gouvernement du Québec, au terme de sa consultation, avait résolu de construire un barrage sur la rivière Pikauba, principal affluent du lac Kénogami.11 avait aussi instauré une surveillance particulière du niveau du lac et rétabli la surveillance au barrage du Portage des Roches qui régule la rivière Chicoutimi.En 2004, le nouveau gouvernementa indiqué qu\u2019il ne construirait pas le barrage d\u2019étêtage de crues en raison de son coût, prohibitif pour les finances publiques.L\u2019été 2005 au Saguenay a été chaud et sec.Le plus chaud depuis cinquante ans.En août, les résidents du lac Kénogami se plaignent du niveau d\u2019eau trop bas qui les empêche de naviguer en paix avec leurs gros bateaux qui émettent une demi-tonne de gaz à effet de serre par jour.11 y a dix ans, ils se plaignaient d\u2019être inondés.Le nouveau mode de gestion ne fàitpas leur affaire quand il ne pleut pas suffisamment.Le maire de la ville de Saguenay prend fait et cause pour leurs récriminations (un bon investissement pour les élections de novembre 2005).Dix ans plus tard, on voit toujours à aussi court terme au Saguenay, au Québec et au Canada.Les changements climatiques feront bien d\u2019autres victimes avant que cela change le moindrement Notes 1 VILLENEUVE Claude etFrançois RICHARD, 2005, Vivre les changements climatiques: Quoi de neuf?, Éditions Multimondes, 420 pages 99 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES 2005 en sept polémiques f lE 5üfET P£ «BT ?£ Cf Sfl'Hî: «'( A-T-iU T?îoP K T't'e^S \"A U TË-t .?5> ?2005 en sept polémiques 2005 EN SEPT POLEMIQUES 104 Le printemps des étudiants : place à la génération «Y» ! 112 Gomery : des histoires d'argent et de pouvoir 120 Pourquoi tout le monde parle de tout le monde en parle ?129\tLe rouleau compresseur de Wal-Mart 135\tBenoît XVI : vers un divorce entre la culture québécoise et l'Église catholique 147\tLes écoles juives privées dans la tourmente 155\tLa saga du CHUM 2005 en sept polémiques Le printemps des étudiants Place à la génération « Y » ! Éric Bédard Historien, Professeur à la Te'le'-Uniuersite' (UQAM) [\"de flETÔLIJGr] kPKÈS lÂvohmH bl LA EEFOfîME j L\u2019impressionnante mobilisation étudiante du printemps 2005 contre la transformation de 103 millions de dollars de bourses en prêts étudiants a bousculé les perceptions de ceux qui, comme l\u2019observateur Gil Courtemanche, croyaient que les jeunes étaient « apolitiques, hédonistes et égoïstes », plus intéressés par les jeux vidéos, le heavy metal et les intrigues de la téléréalité que par les enjeux sociaux et politiques1.Cette mobilisation étudiante est probablement la plus importante de l\u2019histoire du Québec.Le 16 mars, ils étaient près de 100 000 à manifester dans les rues de Montréal, du jamais vu.À l\u2019apogée du mouvement, 230 000 des 250 000 étudiants des cégeps et des universités avaient débrayé et, de ce nombre, presque la moitié était en grève générale illimitée.Dans cette lutte contre le gouvernement, les étudiants ontremporté la bataille de l\u2019opinion publique.Un sondage Léger-Marketing, rendu public fin mars, a 104 2005 en sept polémiques montré que deux tiers des Québécois acceptaient de renoncer à une baisse d\u2019impôt si cela permettait de réinjecter les 103 millions.L\u2019événement mérite que l\u2019on s\u2019y attarde.Pour l\u2019une des rares fois dans l\u2019histoire du Québec moderne, les étudiants de toutes les classes sociales et de toutes les tendances idéologiques se sont ralliés autour d\u2019une revendication politique.Outre la mauvaise décision du gouvernement, admise par le premier ministre Jean Charest, deux facteurs semblent avoir joué un rôle déterminant : 1.L\u2019excellente organisation et le pluralisme idéologique des forces politiques étudiantes ; 2.L\u2019éclosion d\u2019une conscience générationnelle.Le premier facteur semble avoir fàvorisé la mise en place d\u2019une vaste coalition étudiante, alors que le second semble avoir donné une dimension particulière à ce vaste mouvement social.Le pluralisme des forces politiques étudiantes La maladresse du gouvernement Charest ne suffitpas à expliquer l\u2019extraordinaire manifestation étudiante.Après tout, des gouvernements ont déjà pris des décisions qui affectaient davantage d\u2019étudiants -pensons au dégel des droits de scolarité de 1990 - sans provoquer une telle ferveur militante.La grève de l\u2019hiver 2005 a révélé l\u2019existence d\u2019un mouvement étudiant très bien structuré, d\u2019une organisation capable de mobiliser ses membres aux moments opportuns, d\u2019orchestrer une campagne de relations publiques efficace et de présenter au public un argumentaire serré qui allait bien au-delà du légendaire « so-so-so-solidarité » ! De plus, les étudiants de sensibilité réformiste et plus radicale ontpu se retrouver dans le discours etles moyens d\u2019action mis de l\u2019avant par les forces politiques étudiantes en présence.Deux grandes organisations ont occupé l\u2019avant-scène.D\u2019une part, la FEUQ (Fédération étudiante universitaire du Québec) et la FECQ (Fédération étudiante collégiale du Québec), deux organisations sœurs, qui, ensemble, représentent un peu plus de 200 000 étudiants et, d\u2019autre part, PASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante) élargie en CASSÉ (« c » pour coalition des associations.) qui parlentau nom d\u2019environ 40 000 étudiants.Si la CASSÉ ne disposait pas des mêmes moyens que ceux des deux fédérations, son rôle durant le conflit n\u2019a pas été moindre.De cultures et de sensibilités idéologiques très différentes, ces deux grandes organisations se sont en quelque sorte complétées durant le conflit, chacune défendant ses propres valeurs et proposant des moyens d\u2019action particuliers pour convaincre l\u2019opinion de rejeter la compression de 103 millions.L\u2019ASSÉ : la contestation L\u2019ASSÉ estnée en février 2001, deux mois avantla tenue du Sommet des Amériques et quelques mois après le Sommet du Québec et de la Jeunesse.Ces deux événements ont provoqué la mobilisation significative d\u2019une frange plus radicale de la jeunesse qui proteste contre la mondialisation néolibérale et rejette toute forme de « collaboration » avec le pouvoir.Ces jeunes « altermondialistes » renouent avec Pour l\u2019une des rares fois dans l\u2019histoire du Québec moderne, les étudiants de toutes les classes sociales et de toutes les tendances idéologiques se sont ralliés autour d\u2019une revendication politique.105 2005 en sept polémiques un discours de contestation du régime capitaliste etavec des moyens d\u2019action plus musclés qui ne sont pas sans rappeler ceux des années soixante et soixante-dix.Le document qui présente les origines de l\u2019ASSÉ fait d\u2019ailleurs explicitement référence à cette culture de contestation.Cette organisation «s\u2019inscrit dans la mouvance étudiante d\u2019opposition au néolibéralisme et à la mondialisation capitaliste»2.Pour les porte-parole de l\u2019ASSÉ, Une s\u2019agit pas seulement de défendre les intérêts des étudiants, mais de faire de ces derniers les fers de lance d\u2019une lutte contre les puissances de l\u2019argent qui souhaitent faire de l\u2019éducation un bien de consommation comme les autres.Ces étudiants mènent cette lutte au nom de la justice sociale et de la démocratie qu\u2019ils estiment bafouée par les dirigeants des pays riches et des grandes corporations.Les leaders de l\u2019ASSÉ proposent une plate-forme de revendications qui va beaucoup plus loin que celle des fédérations.Contre toutes les formes de discrimination basée sur la richesse, elle réclame la gratuité scolaire, l\u2019abolition pure et simple des frais de scolarité imposés aux étudiants.Elle réclame également la disparition de l\u2019endettement des étudiants par la mise en place d\u2019un programme qui n\u2019offfirait que des bourses.Qui devrait payer la facture de ces nouvelles mesures ?L\u2019État, bien sûr, qui doit taxer davantage les grandes entreprises et faire disparaître les abris fiscaux dont ne profitent que les plus riches.Le Québec, estiment les leaders de l\u2019ASSÉ, analyses du professeur Léo-Paul Lauzon à l\u2019appui, estl\u2019une des sociétés qui taxent le moins les grandes entreprises; le gouvernement aurait donc la possibilité de «prendre l\u2019argent là où il est»L L\u2019ASSÉ ne se distingue pas seulement des fédérations par ses revendications, mais aussi par les moyens de pression auxquels elle a recours pour faire entendre sa voix.Ses porte-parole se disent contre ce qu\u2019ils appellent le « concertationnisme » qui privilégie le dialogue et les relations institutionnalisées avec le pouvoir établi qu\u2019incarnent les administrations collégiales et universitaires ou le gouvernement Le vrai rapport de force, estiment les leaders de l\u2019ASSÉ, ne découle ni de la participation aux diverses instances administratives, ni des discussions de couloir lors des rassemblements des partis politiques mais de la contestation ouverte dans la rue.Ce sont les actions spectaculaires (grèves, manifs) qui font fléchir les autorités, non les discussions polies autour d\u2019une table.On ne s\u2019étonne donc pas que ce soit des associations membres de l\u2019ASSÉ qui aientvoté les premiers débrayages lors du dernier conflit À la négociation en douce, au partenariat complice, aux consensus des Sommets, l\u2019ASSÉ préfère la confrontation, l\u2019affrontement, le syndicalisme de combat C\u2019est d\u2019ailleurs surtout sur le terrain des moyens d\u2019action que l\u2019ASSÉ conteste le travail des fédérations étudiantes à qui elle impute le dégel de 1990 et l\u2019augmentation constante des « frais afférents »4 dans les cégeps et les universités.Elle reproche aux leaders des fédérations d\u2019avoir troqué le rapport de force des étudiants contre un illusoire pouvoir de négociation et d\u2019avoir entretenu des relations incestueuses avec les gouvernements, surtout ceux du Parti québécois, pour mieux préparer leur future carrière.Cela explique en partie le comportement violent de certains partisans de l\u2019ASSÉ qui, déçus de l\u2019entente négo- La grève de l\u2019hiver 2005 a révélé l\u2019existence d\u2019un mouvement étudiant très bien structuré.106 2005 en sept polémiques ciée par les fédérations qui a mis fin à la grève, ont saccagé les locaux de la FEUQ et agressé en pleine rue son président, Pier-André Bouchard Saint-Amant.Bien que récente, 1ASSÉ rappelle plusieurs des caractéristiques de l\u2019ANEEQ (Association nationale des étudiantes et des étudiants du Québec) qui, de 1975 à 1994, a marqué l\u2019histoire du mouvement étudiant Les documents de présentation del\u2019ASSÉ établissent d\u2019ailleurs clairement cette filiation5.Dans les deux cas, on retrouve le même esprit de contestation globale, la même rhétorique anticapitaliste, la même méfiance des autorités instituées.Pour l\u2019ANEEQ, « dialoguer » avec le pouvoir, c\u2019était « se faire fourrer », jouer le jeu des autorités6.Avant de discuter, il fallait établir un rapport de force par le biais de la confrontation ouverte.De plus, comme toutes les organisations d\u2019extrême gauche, l\u2019ANEEQ a toujours faitprimer la question sociale sur la question nationale.En 1980, c\u2019estaprès des débats très houleux qu\u2019elle a finalement pris position en faveur du OUI7.En 1988, elle se dit favorable au jugement de la Cour suprême qui invalide les dispositions de la loi 101 sur la langue d\u2019affichage et affirme son attachement à « un État canadien fédéraliste non pas constitué de plusieurs nations, mais de plusieurs minorités »8.En dépit de ce que propagent souvent les porte-parole de PASSÉ, la défunte association nationale est en grande partie responsable du dégel de 1990.En plus de sa position controversée sur la question linguistique, qui lui a alors aliéné une partie importante de la jeunesse nationaliste, l\u2019ANEEQ s\u2019est tirée dans le pied en lançant une «grève offensive» contre le dégel en 1988 qui s\u2019est avérée désastreuse sur le plan de la mobilisation.Déconnectée de sa base sur la question nationale, incapable de planifier une stratégie efficace contre le dégel, l\u2019ANEEQ a creusé sa propre tombe et est disparue en 1994.Ce détour historique nous permet de mieux comprendre le discours et les moyens d\u2019action privilégiés par les fédérations étudiantes, car c\u2019est précisément au début des années 1990 que celles-ci vont naître et se développer.Elles se veulent alors une solution de rechange politique crédible à une ANEEQ affaiblie, souvent noyautée par des groupuscules d\u2019extrême-gauche9, captive d\u2019un dogmatisme idéologique que le gouvernement, les leaders d\u2019opinion et les grands médias ne prennent plus au sérieux et pour qui les grèves, les manifestations semblent devenues des fins bien plus que des moyens.Plusieurs ont alors le sentiment que la jeunesse étudiante est mûre pour un autre discours, d\u2019autres moyens d\u2019action, plus en phase avec l\u2019étudiant moyen, plus pragmatique dans ses revendications, moins prompts à sonner l\u2019appel des troupes.FEUQ ET FECQ : Une sensibilité réformiste De sensibilité réformiste, les fédérations défendent des revendications plus modérées que celles de l\u2019ASSÉ.Elles ne cherchent pas à casser un système mais, en premier lieu, à défendre les intérêts des étudiants.C\u2019estpourquoi Benoît Lacoursière, un observateur proche de l\u2019ASSÉ, qualifie les fédérations de «néo-corporatistes»10.Si elles s\u2019opposent farouchement au dégel des fiais de scolarité, elles sont loin de réclamer leur abolition.Leur rhétorique est plus comptable L\u2019ASSÉ « s\u2019inscrit dans la mouvance étudiante d\u2019opposition au néolibéralisme et à la mondialisation capitaliste » 107 2005 en sept polémiques qu\u2019idéologique.Les budgets consacrés par les gouvernements à l\u2019éducation sont souvent présentés comme un «investissement» rentable, comme un facteur de prospérité.Sur le fond cependant, les fédérations considèrent, tout comme l\u2019ASSÉ, que les collèges et les universités sont des « biens publics » et « qu\u2019il serait inacceptable d\u2019assujettir l\u2019éducation aux lois du marché »\u201c.Les propositions des fédérations sont généralement plus concrètes, comme si celles et ceux qui les élaboraient se mettaient à la place du législateur.Les fédérations n\u2019hésitent pas, elles aussi, à élargir la portée de leurs revendications en se présentant comme les porte-parole de la «jeunesse».Elles ont toujours collaboré aux travaux du Conseil permanent de la jeunesse (CPJ), ontpar-ticipé au dernier Sommet de la jeunesse et ont milité en faveur de la mise en place d\u2019une politique jeunesse.Sur la question nationale, les fédérations ont adopté des positions clairement souverainistes qui leur ont d\u2019ailleurs valu certaines désaffiliations du côté anglophone.Les moyens d\u2019action des fédérations, comparables à ceux qu\u2019utilisent les syndicats d\u2019aujourd\u2019hui ou les associations patronales, sont ceux d\u2019un groupe de pression typique.Avant de lancer des appels à la grève et aux manifestions grandioses, les fédérations s\u2019assurent de disposer d\u2019un argumentaire serré, de données solides et vérifiées, obtenues, souvent, grâce à des études commandées à des experts.Pour gagner une bataille, la rhétorique de contestation et les slogans ne suffisent pas, il faut pouvoir convaincre le citoyen de bonne foi avec des arguments qui interpellent sa raison.Une fois les idées fixées, les fédérations déploient des stratégies de relations publiques qui intègrent toutes les facettes d\u2019une campagne digne de ce nom : entrevues, lettres aux journaux, publicité, lobby auprès des décideurs.Cette dernière tactique semble d\u2019ailleurs avoir porté fruit Pour convaincre les partis politiques de s\u2019engager à ne pas dégeler les frais de scolarité - engagement que les trois partis représentés à l\u2019Assemblée nationale ontpris depuis le dégel de 1990 - les fédérations n\u2019ont pas hésité à déléguer des représentants aux congrès et conseils généraux des formations politiques.Aidées par les ailes jeunes de ces partis, les fédérations ont souvent réussi à faire adopter des propositions qui allaient dans le sens de leurs revendications.De forces inégales, de sensibilités idéologiques différentes, privilégiant chacune un type d\u2019actions distinct, les fédérations étudiantes et l\u2019ASSÉ ont toutefois fait front commun contre la compression de 103 millions de dollars dans le régime des prêts et bourses.Voilà pourquoi on a pu voir dans les rues de Montréal, de Québec et d\u2019ailleurs, les étudiants de Brébeufet du Vieux-Montréal, ceux des HEC et de sociologie, de médecine et de musique, défiler côte à côte, scander ensemble des slogans, réclamer le retour des 103 millions au nom d\u2019une vision de la justice sociale, sinon d\u2019un projetpoli tique, que l\u2019on ne définissaitpas nécessairement de la même manière, mais qui pouvait, pour une rare fois, s\u2019incarner dans un combat commun.Dans ce conflit sans précédent dans les annales du mouvement étudiant québécois, les deux cultures syndicales étudiantes ontpu déployer leurs tactiques, faire valoir leurs arguments respectifs de façon à ce qu\u2019une vaste majorité De sensibilité réformiste, les fédérations (FEUQ et FECQ) ne cherchent pas à casser un système mais, en premier lieu, à défendre les intérêts des étudiants.108 2005 en sept polémiques des étudiants puisse voir ses valeurs incarnées par un discours et une pratique militante.Une nouvelle conscience générationnelle ?Cette façon qu\u2019ont eue les étudiants de transcender les clivages idéologiques et les cultures syndicales, c\u2019est précisément ce qui donne à cette grève une portée générationnelle.Le pluralisme idéologique de ce mouvement social aura permis aux jeunes de toutes tendances de se découvrir une communauté de destin.Des témoignages intéressants parus dans les journaux, souvent sous forme de lettres d\u2019opinion, laissent voir la découverte, chez certains, d\u2019une commune appartenance à une même génération.Pour Blanche Baillargeon, étudiante en musique à l\u2019Université de Montréal, cela a pris l\u2019allure d\u2019une véritable révélation.« Je suis fière de nous, écrit-elle.Je suis, pour tout dire, comblée : je constate avec stupeur que j\u2019ai une génération.C\u2019est la mienne, elle est belle, elle a quelque chose à dire : quelle surprise! Quel choc que ce rassemblement inattendu ! »12.Étudiant en science politique de l\u2019Université du Québec à Montréal, Renaud Plante estime que ce mouvement de grève a donné naissance à une nouvelle « génération politique».Selon lui, la grève sera au «programme des cours d\u2019histoire durant les prochaines décennies ».En prenant ainsi le plancher, les jeunes adultes mettent fin aux éternelles jérémiades de la génération X qui « s\u2019est fait un point d\u2019honneur d\u2019évacuer de son horizon tous les héritages possibles des boomers » et qui, à l\u2019instar d\u2019un JeffFillion, a «abdiqué la pensée critique et le raisonnement poli tique, prenant la gent poli tique comme responsable de toutes les calamités dont elle a été victime ».La nouvelle génération politique, croit Plante, préfère prendre les choses en main plutôt que de passer son temps à critiquer les autres; elle renoue non seulement avec la politique, mais surtout, avec le destin du Québec.La conséquence bénéfique de cette grève, selon Plante, c\u2019est d\u2019avoir favorisé la politisation d\u2019une partie importante de la jeunesse « jusque-là complètement étrangère à cette sphère» et d\u2019avoir provoqué un « recentrage de l\u2019altermondialisme primaire vers des intérêts nationaux ».Cette reprise en main risque de se conclure par une grande victoire pour le Québec : «Nos parents nous ont parlé de leur 1968, nous pouvons maintenantparler de notre 2005.Ils nous ont entretenus sur leur défaite deig8o, nouspourrions bien leur parler de notre victoire de 2009 »u.Cette comparaison avec le mouvement étudiant d\u2019octobre 1968 a été fréquente.Mais des chroniqueurs du Devoir, Michel David et Denise Bombardier, ont tenu à distinguer les deux mouvements.Pour le premier, l\u2019ampleur de la « crise étudiante» de 2005 est « comparable » à celle de 1968 «mais elle est d\u2019une tout autre nature».C\u2019est qu\u2019à l\u2019époque, rappelle David, «les étudiants du cégep Lionel-Groulx, qui avaient lancé le mouvement de grève (.) inscrivaient leur action dans \"l\u2019ordre d\u2019une contestation globale du système économique du Québec et de toutes les structures de la société québécoise\" ».Or, remarque David, « cet état d\u2019esprit est largement étranger à la lutte contre les compressions de 103 millions de dollars (.) qui ne se situe pas dans La nouvelle génération politique préfère prendre les choses en main plutôt que dépasser son temps à critiquer les autres.109 2005 en sept polémiques l\u2019ordre de la contestation mais bien de la conservation»14.David explique que la poursuite du déficit zéro et les tensions liées au déséquilibre fiscal des dernières années ont eu un effet pédagogique sur la population.Si les étudiants de 1968 voulaient construire une société radicalement différente, ceux de 2005 semblent vouloir préserver certains acquis, défendre un héritage.Denise Bombardier partage ce point de vue.Elle s\u2019attriste de l\u2019attitude « trop sage », « trop contenue » de ces jeunes qui sont descendus dans la rue non pour réclamer un monde meilleur mais pour sauvegarder une enveloppe budgétaire de 100 millions.« Vingt ans, écrit-elle, ça n\u2019est pas un âge pour négocier » ou pour « avoir les yeux fixés sur les colonnes de chiffres », c\u2019est l\u2019âge de la «démesure», de «l\u2019absolu».Si les jeunes préfèrent les colonnes de chiffres aux utopies, explique Bombardier, c\u2019est qu\u2019ils « sont aussi les héritiers des désillusions de leurs parents [baby-boomers] désenchantés », ils sontles enfants du «divorce, de la perte des repères (.), de la faillite des idéologies, des contraintes budgétaires et de la commercialisation des rapports humains »15.Dans un tel contexte, la modération des jeunes, leur réalisme, ne doivent guère nous surprendre.Certains des étudiants qui se sont exprimés sur la nature de leur mouvement refuseraient de telles analyses.Plusieurs ont même le sentiment de poursuivre le combat des parents en faveur d\u2019une société plus démocratique etplus juste.Dans un journal des étudiants de sa faculté, Simon Tremblay-Pepin rejette catégoriquement l\u2019analyse de Bombardier dans laquelle il voit un souverain mépris pour la jeunesse et un rejet des valeurs boomers : « Nous pourrons faire n\u2019importe quoi (.) nous ne vous plairons jamais», écrit-il.«Nous sommes les enfants de ces baby-boomers que vous conspuez si souvent et dont nous voyons les bons côtés, un certain héritage à défendre»16.Même son de cloche chez l\u2019étudiante Blanche Baillargeon qui estime, elle aussi, poursuivre le combat des baby-boomers.«Je refuse catégoriquement la destruction massive de ce que nos parents, quoi qu\u2019on puisse leur reprocher aujourd\u2019hui, ont mis en place il y a 40 ans.» Cette étudiante en musique ne se dit nullement désillusionnée ou désenchantée par rapport aux grands défis qui attendent sa génération, «je me donne le droit d\u2019être idéaliste »I?, écrit-elle.Cette perspective d\u2019une fidélité à l\u2019héritage des boomers en même temps que d\u2019un idéalisme à défendre, on la retrouve aussi chez l\u2019étudiant Renaud Plante.Selon lui, « l\u2019icône » de la nouvelle génération politique est « sans aucun doute celle de nos parents » qui avaient 20 ans en 1968.« Cette génération est encore aujourd\u2019hui, et sans doute avec raison, considérée comme la plus politisée du XXe siècle québécois.» « Loin de s\u2019arrêter à la seule rétrocession des 103 millions », ces jeunes qui, à la manière de leurs parents, ont pris la rue le printemps dernier, veulent défendre un « idéal de société », ils souhaitent « [jeter] les bases de la société politique que sera le Québec des prochaines années »lS.Encore là, nulle trace de désillusion et de désenchantement Au contraire, tout se passe comme si la fidélité à l\u2019héritage des parents étaitune forme d\u2019idéalisme, comme si la réaffirmation des valeurs promus par les boomers constituait toujours un programme d\u2019avenir.Cette entrée en scène de la génération « Y » est d\u2019autant plus éclatante qu\u2019elle se solde par une victoire politique convaincante.110 2005 en sept polémiques La jeunesse, d\u2019autres l\u2019ont dit, n\u2019estpas monolithique.Cette volonté de défendre le projet et l\u2019idéalisme des boomers n\u2019est pas partagée par tous, évidemment II s\u2019est en effet trouvé des voix pour accuser les boomers d\u2019avoir trahi leurs rêves ou d\u2019être entrés dans le rang une fois la carrière commencée.C\u2019est le cas de Hans Heinrich, un étudiant de l\u2019UQAM, qui rejette l\u2019idée selon laquelle chaque génération posséderait une essence propre.Il ne faut pas écouter les boomers qui croient que les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui, tout comme eux, seront un jour récupérés par le Système.« La meilleure façon de ne pas reproduire les erreurs de nos parents est de ne pas avaler un seul mot de leur discours selon lequel nous finirons lassés et blasés tout comme eux.» C\u2019est que le contexte a beaucoup changé, explique Heinrich.Le monde allant de plus en plus mal, selon lui, la nouvelle génération « sera beaucoup plus difficile à récupérer que l\u2019a été celle de la génération des baby-boomers ».Confrontée aux déboires de notre époque, la jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019aura d\u2019autres choix que de préserver ses idéaux.L\u2019idéalisme de la jeunesse n\u2019estpas le produit d\u2019un quelconque volontarisme politique ou d\u2019un goût lyrique pour la fête.Dans ce monde difficile à réformer, « vide de sens », être à gauche n\u2019estplus un « rêve à contre-courant», cela devient une nécessité vitale.L\u2019idéalisme des jeunes n\u2019a rien du trip festif d\u2019autrefois, il est dicté par les nécessités d\u2019une société malade.Chez Heindrich, l\u2019idéalisme de gauche n\u2019a rien d\u2019une fidélité à l\u2019héritage des boomers, c\u2019est, au contraire, la seule posture qui permettra, peut-être, de corriger leurs erreurs19.~k Il est encore trop tôt pour prédire l\u2019impact de cette vaste mobilisation sur les jeunes qui l\u2019ont vécue.N\u2019en doutons pas cependant, ce mouvement social aura permis a nombre d\u2019entre eux de vivre des moments intenses, de créer des liens durables, mais aussi d\u2019inscrire leurs actions, leurs revendications, leur mobilisation dans une histoire québécoise en marche, d\u2019envisager ce que seront les grands défis de leur génération.Cette entrée en scène de la génération « Y » est d\u2019autant plus éclatante qu\u2019elle se solde par une victoire politique convaincante.De quoi donner espoir à certains boomers catastrophistes qui croyaient qu\u2019après eux, il n\u2019y aurait plus rien! Notes iCOURTEMANCHE, Gil, «Petite révolution et occasion ratée », Le Devoir, 2 et 3 avril 2005.2\tQu\u2019est-ce que LASSÉ, novembre 2004, p.4.Pour consultation: http://asse-soli-darite.qc.ca/texanalyse/index.htm 3\tIbid.p.6-7.4\tCes frais administratifs que les étudiants doivent payer au début de chaque session ont toujours été perçus comme des frais de scolarité déguisés.111 2005 en sept polémiques 5\tQu\u2019est-ce que TASSÉ, op.cit., p.io-n.6\tVoir, là-dessus, Pierre BÉLANGER., Le mouvement étudiant québécois: son passé, ses revendications et ses luttes (1960-1983), Montréal : ANEEQ, 1984, 208 p.7\tIbid., p.157-158.8\tCité dans Benoît LACOURSIERE, Le mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2000, Mémoire (M.A.), Université du Québec à Montréal, 2005, p.84.9\tVoir Ibid., p.61.LANEEQ a tour à tour été infiltrée, sinon noyautée, par des groupes comme EN LUTTE!, le Parti communiste ouvrier (PCO) et, surtout, à la fin des années 1980, par le Groupe d\u2019Action Socialiste (GAS).10\tIbid., p.5.11\tChoisir d\u2019investir dans les universités, Mémoire de la FEUQ, juillet 2004, p.14.Pour consultation : www.feuq.qc.ca/documents/MEMOIRE_FEUQ.pdf 12\tBAILLARGEON, Blanche, «Et moi qui croyais être née au mauvais moment», Le Devoir, 24 mars 2005.13\tPLANTE, Renaud, « Une génération politique est née », Le Devoir, 4 avril 2005.14\tDAVID, Michel, « Répéter ses erreurs », Le Devoir, 17 mars 2005.15\tBOMBARDIER, Denise, «Chacun son tour», Le Devoir, 19 et 20 mars 2005.16TREMBLAY-PEPIN, Simon, «Réplique à Denise Bombardier», Union libre, avril 2005, n° 3, p.5.Journal étudiant de la faculté de droit et de science politique de PUQAM.17\tBAILLARGEON, loc.cit.18\tPLANTE, loc.cit.19\tHEINDRICH, Hans, «Les bébés des baby-boomers», Union libre, avril 2005, n° 3, p.n.leu ries Jeunes et engagés Le 2' numéro de la collection des Suppléments de L\u2019Annuaire du Québec Sous la direction de Miriam Fahmy et Antoine Robilaille, 96 pages \u2022\tLa fin de l'âge lyrique au Québec, un essai du sociologue Stéphane Kelly sur le mouvement de grève de l'hiver 2005.\u2022\tL'analyse de la grève par le principal organisateur, Pier-André Bouchard St-Amant, alors président de la Fédération étudiante universitaire du Québec.\u2022\tLe récit de l'Université du Nouveau Monde 2004 \u2022\tLes 50 propositions pour le Québec de demain \u2022\tDes portraits de la jeunesse québécoise de 2005, avec la collaboration des chercheurs de l'Observatoire Jeunes et Société \u2022 Des textes de Riccardo Petrella, Michaëlle Jean, Jacques Attali, Roméo Dallaire, Nancy Neamtan, Amir Khadir, Pierre Fortin, Omar Aktouf et plusieurs autres 112 2005 en sept polémiques Scandale des commandites Gomery : des histoires d\u2019argent et de pouvoir Daniel Leblanc Journaliste, The Globe and Mail Il y a eu les balles de golf de Jean Chrétien, les trous de mémoire de Jean Lafleur et de Jacques Corriveau, le témoignage choc de Jean Brault, et la valse de libéraux qui ont confessé avoir empoché des enveloppes d\u2019argent liquide.L\u2019année 2005 a été celle du scandale des commandites sur la scène politique, grâce aux travaux de la Commission d\u2019enquête présidée par le juge John H.Gomery.De pur inconnu, cet Anglo-Québécois est devenu une célébrité au pays, et ses arides audiences, un événement télévisuel unique dans les annales des chaînes d\u2019information RDI et LCN.Aux yeux d\u2019un public captivé, les témoignages s\u2019enchaînaient comme dans un téléroman où foisonnaient des histoires d\u2019argent et de pouvoir, avec les bons (les avocats de la commission et certains témoins repentis) et les méchants (les voleurs etles menteurs).La question demeure toutefois de savoir si l\u2019événement ne laissera une marque profonde qu\u2019au Québec, ou si le reste du Canada y passera aussi.Le chroniqueur Lawrence Martin a donné sa version du scandale dans le Globe and Le juge John Gomery Mail au printemps, disant que c\u2019était une histoire purement provinciale.« Il s\u2019agissait d\u2019une dispute entre deux groupes de francophones, les supporters de Jean Chrétien et les nationalistes québécois.» Le chef conservateur Stephen Harper y est allé d\u2019une autre explication, disant que ce n\u2019étaitpas un scandale québécois, mais bien un « scandale libéral » dû à plus de 10 ans d\u2019usure du pouvoir.113 2005 en sept polémiques Peu importe la version retenue, il est clair que le scandale des commandites a eu un effet plus marqué au Québec en 2005, même si les libéraux y ont goûté dans les sondages d\u2019un océan à l\u2019autre après la comparution du président de Groupaction, Jean Brault M.Harper n\u2019a toutefois pas réussi à capitaliser sur le scandale au printemps et à achever les libéraux, qui ont amorcé une remontée au cours de l\u2019été après une série de manœuvres parlementaires risquées.En particulier, le premier ministre Paul Martin a promis de déclencher les prochaines élections Jean Brault Paul Coffin 30 jours après le dépôt du dernier rapport du juge Gomery (deux rapports sontprévus).La commission Gomery demeurera au centre de la vie politique canadienne au courant des années à venir, alors que les libéraux et les conservateurs voudront convaincre la population qu\u2019ils sont mieux placés que leurs adversaires pour mettre en vigueur ses recommandations.Le juge Gomery s\u2019intéresse entre autres aux lois pour protéger les dénonciateurs et à une plus grande ouverture en matière d\u2019accès à l\u2019information.Jacques Corriveau Joseph Morselli 114 2005 en sept polémiques Petite histoire d\u2019un grand scandale Le tout a commencé avec la parution en 2002 d\u2019une série d\u2019articles dans le Globe and Mail sur les « rapports manquants » de Groupaction, qui avaient coûté 1,6 million$ aux contribuables.La vérificatrice-générale a lancé son enquête et invité la GRC à s\u2019en mêler.Le tout a mené à la parution du rapport de Sheila Fraser en 2004 et à la mise en accusation subséquente de M.Brault et de l\u2019ex-fonctionnaire Charles « Chuck » Guité relativement à des allégations de fraude.M.Martin a alors lancé la commission Gomery, mais celle-ci n\u2019a atteint sa vitesse de croisière qu\u2019en 2005 lors des dernières semaines d\u2019audiences à Ottawa.C\u2019est alors que les Canadiens ont compris que le programme des commandites était géré d\u2019une manière bâclée, avec une intervention politique hors du commun.M.Guité, qui avait dirigé le programme de sa naissance en 1996 jusqu\u2019en 1999, disait qu\u2019il n\u2019avait fait que suivre les ordres de ses maîtres libéraux.Une série d\u2019anciens et actuels ministres, toutefois, ont défilé devant les caméras pour professer un par un leur innocence et leur ignorance.Le plus attendu était Alfonso Gagliano, l\u2019ancien Gilles-André Gosselin Charles « Chuck » Guité Alfonso Gagliano Jean Lafleur Jean Pelletier 115 2005 en sept polémiques ministre des travaux publics dont la carrière avait été éclaboussée par des histoires de favoritisme et de scandale, avant qu\u2019il ne soit nommé ambassadeur du Canada au Danemark.M.Gagliano a été fidèle à ses habitudes, rejetant tout le blâme sur la fonction publique et affirmant qu\u2019il avait réglé tous les problèmes dès qu\u2019il en fut informé.Mais celui-ci a aussi eu de la difficulté à convaincre le juge Gomery qu\u2019en tant que ministre, il n\u2019avait pas de pouvoir décisionnel au sein du programme des commandites.Le vrai pouvoir, a dit M.Gagliano, résidait au sein de la fonction publique qui avait le dernier mot sur les récipiendaires de fonds, les montants accordés, etl\u2019identité de l\u2019agence de communication qui récolterait une généreuse commission au passage.«Je vous dis, moi, mon intervention, c\u2019était toujours une suggestion », a déclaré M.Gagliano à la commission.Le moment clé des audiences qui se sont tenues à Ottawa demeure la comparution consécutive en février d\u2019un ancien premier ministre, M.Jean Chrétien, et de son successeur M.Paul Martin, un événement unique dans l\u2019histoire du Canada.Chrétien contre Gomery Témoignant en premier, M.Chrétien a fait part de son mépris pour la commission, affirmant qu\u2019elle coûtait bien cher, et pour le juge Gomery, qui avait critiqué l\u2019achat de balles de golf portant la signature de l\u2019ancien premier ministre.M.Chrétien s\u2019estalors vengé en sortant de sa valise les balles de golf signées par des chefs d\u2019État et des personnalités de divers milieux qu\u2019il avait reçues au cours de sa carrière, incluant une balle du cabinet d\u2019avocats où travaille la fille du juge Gomery.M.Chrétien est allé encore plus loin, amorçant des démarches légales pour obtenir la récusation du juge Gomery pour cause de partialité.Les procédures ont été abandonnées quelques mois plus tard.M.Martin, à l\u2019inverse, a défendu le juge Gomery et sa neutralité tout au long de l\u2019année.Lors de sa comparution, M.Martin a traité la commission avec respect, bien qu\u2019il n\u2019aitpas fourni beaucoup d\u2019information sur le scandale.L\u2019ancien ministre des Finances a dit qu\u2019il avait bel et bien augmenté les ressources du Fonds de réserve pour l\u2019unité canadienne de M.Chrétien, mais qu\u2019il ignorait que l\u2019argent avait servi entre autres à créer le programme des commandites.«Non, je ne savais pas», a dit M.Martin à la commission.Après une courte pause en février, la commission a déménagé ses travaux à Montréal, au Complexe Guy-Favreau, nommé en l\u2019honneur d\u2019un ancien ministre de la Justice qui avait démissionné dans les années i960 - à cause de sa mauvaise gestion d\u2019une histoire de corruption.Une galerie de personnages Le premier témoin de cette deuxième phase d\u2019audiences publiques était l\u2019inoubliable Jean Lafleur, l\u2019ex-président de Lafleur Communication & Marketing.Sa firme avait été la première à amasser des contrats de commandites en 1996, et lui-même et sa famille avaient accumulé des salaires et bonis de 12 millions de dollars au cours des six années subséquentes.Mais M.Lafleur n\u2019arrivait plus à se 116 2005 en sept polémiques rappeler d\u2019événements clés, telle la naissance du programme des commandites ou ses contacts avec M.Guité.«Je n\u2019ai pas de souvenir de ca, là » a répété M.Lafleur à maintes reprises.Ces commentaires ont soulevé l\u2019ire du juge Gomery, et convaincu bien des Québécois que le programme des commandites ressemblait de plus en plus à un épisode des Boutjon.Malgré son amnésie, M.Lafleur a quand même révélé de nombreuses amitiés dans le monde politique avec d\u2019anciens et d\u2019actuels ministres libéraux, ainsi que d\u2019anciens adjoints politiques deM.Chrétien, qui se réunissaient parfois pour fumer le cigare.« Comme entrepreneur, comme homme d\u2019affaires, j\u2019ai intérêt à avoir des amis partout», a déclaré M.Lafleur, révélant l\u2019existence d\u2019un réseau serré de copains au cœur du programme des commandites.«Smoking gun» L\u2019image des dirigeants d\u2019agences de publicité a encore souffert avec la comparution de Gilles-André Gosselin, de Gosselin Relations Publiques, qui a lui aussi reçu des millions grâce à des factures douteuses.Et que dire de la loge au Centre Corel à Ottawa, que Gosselin traitait comme sienne, même si elle était payée par le programme des commandites.Le coup de grâce a été donné par Jean Brault lors d\u2019un témoignage de six jours.Initialement tenu à huis clos, celui-ci a été dévoilé d\u2019un coup dans les médias, lesquels ont alors fait leurs manchettes avec les révélations les plus juteuses les unes que les autres.« Brault vide son sac », titrait La Presse, alors que Le Devoir y allait avec un titre percutant: « Pratiques mafieuses au PLC?» Le Globe and Mail parlait du « Smoking gun », comme si la Commis-sion Gomery avait trouvé l\u2019arme du crime.C\u2019était la première fois qu\u2019un acteur du scandale faisait un lien direct entre les contrats de commandites et des contributions occultes à la caisse électorale du Parti libéral.Sous serment, M.Brault a dit avoir fourni aux libéraux de faux emplois, des contributions camouflées, des commissions détournées, et des pots-de-vin.Afin de payer ces dépenses, évaluées à un million de dollars, M.Braulta avoué avoir surfàc-turé divers dossiers de commandites.«Le problème, c\u2019est que l\u2019État et la politique dans le cas des commandites ne faisaient qu\u2019un dans beaucoup de cas», a dit M.Brault «On était très sollicités.On laissait sous-entendre que toute contribution allait être prise en considération et allait d\u2019une manière ou d\u2019une autre être compensée.» Le témoignage de M.Brault a ouvert la porte à une série de comparutions qui, sans corroborer tous ses dires, ont révélé l\u2019existence d\u2019un réseau de trafic d\u2019influence et de com-missions secrètes au sein du programme des commandites.Enveloppes brunes Deux anciens directeurs-généraux au sein du Parti libéral du Canada (section Québec), Michel Béliveau et Benoît Corbeil, ont dit avoir cueilli des enveloppes d\u2019argent liquide pendant les élections de 1997 et 2000 pour payer leur campagne.M.Béliveau a notamment dit avoir demandé - et reçu - environ 250 000 $ de M.Corriveau, un fidèle supporter et ami de M.Chrétien.L\u2019argent aurait 117 2005 en sept polémiques ensuite abouti dans les mains de M.Corbeil et de l\u2019organisateur en chef pour l\u2019est du Québec, l\u2019ancien ministre provincial de la Santé Marc-Yvan Coté.Mais M.Corriveau a nié toute allégation de malversations, tout en confirmant avoir soumis des factures bidon à Groupaction et au Groupe Polygone pour obtenir des millions en sous-contrats de commandites.En tout, M.Corriveau a recueilli environ huit millions de dollars grâce au programme, à maintes reprises pour peu ou pas de travail.M.Corriveau a aussi rejeté l\u2019accusation la plus compromettante contre lui, qui venait d\u2019un autre ancien directeur général du PLC(Q), Daniel Dezainde.Dans un des témoignages clés devant le juge Gomery, M.Dezainde a dit qu\u2019il y avait une lutte intestine en 2001 entre M.Corriveau et deux collaborateurs de M.Gagliano, son chef de cabinet Jean-Marc Bard et son bras droit Joseph Morselli.Selon M.Dezainde, la rivalité était liée aux activités de financement au sein du PLC(Q), etM.Corriveau s\u2019était fait tasser après les élections de 2000.C\u2019est alors queM.Corriveau aurait fait sa confession.«Il m\u2019a dit, \u201cÉcoute bien là, dans le passé j\u2019avais mis en place un système où je recevais des ristournes sur les commissions des agences de communication.J\u2019en gardais une partie pour mes frais et le reste, je le mettais à la disposition du Parti\u201d », a relaté M.Dezainde.Lors d\u2019une seconde comparution devant le juge Gomery, M.Corriveau a nié avoir tenu ces propos avec M.Dezainde.Mais M.Corriveau a quand même admis avoir accepté de placer des employés du Parti libéral sur sa liste de paye, bien qu\u2019ils ne travail-laientpas pour lui.M.Corriveau ditalors qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une erreur anodine.« Cela arrive à un moment donné où le parti estréellement\u2014il l\u2019a toujours été, je pense \u2014 en manque de fonds et on me demande de collaborer.Dans un geste magnanime, on accepte», a dit M.Corriveau.Quels seront les résultats de l\u2019enquête?Malgré tous ces coups d\u2019éclat, la Commission Gomery a connu quelques ratés, dont le rapport tant attendu de la firme de juris-comptables Kroll Lindquist Avey.Le rapporta bel et bien démontré qu\u2019il y avait encore plus d\u2019argent dépensé pour ce programme \u2014 332 million $ et non 250 millions $ comme l\u2019avait dit Mme Eraser \u2014 mais n\u2019a pas rajouté de nouveaux éléments de preuve contre les divers acteurs.Somme toute, il y a fort à parier que le juge Gomery fera parler de lui dans les années à venir, surtout s\u2019il y a un troisième référendum sur la souveraineté du Québec.Un témoin a raconté à la commission qu\u2019il s\u2019était fait traiter comme du « poisson pourri » lorsqu\u2019il installait, grâce à l\u2019argent des commandites, des drapeaux canadiens dans les régions plus nationalistes du Québec pendant les années 1990.On peut imaginer le traitement qui serait réservé à un poseur de drapeaux du Canada de nos jours.118 2005 en sept polémiques Le rapport de la Commission Gomery - phase 1 Qui est responsable?Le rapport de la la Commission d'enquête sur le Programme de commandites et les activités publicitaires du gouvernement du Canada, présidée par la juge John Gomery, a été présenté le 1\u201c novembre 2005, tout juste au moment où L'Annuaire du Québec 2006 allait sous presse.Ce premier rapport est intitulé: Qui est responsable.Un second rapport, phase 2, contenant des recommandations, doit être présenté en 2006.Nous présentons ici très brièvement les principales constatations du premier rapport.Vous pouvez consulter l'ensemble des documents présentés par le juge Gomery à l'adresse: www.gomery.ca.La Commission d\u2019enquête a constaté : \u2022\tla preuve incontestable d'une ingérence politique dans l'administration du Programme de commandites ; \u2022\tun manque de supervision de la part des échelons les plus élevés de la fonction publique; \u2022\tun voile de secret entourant la gestion du Programme de commandites; [.] \u2022\tune surfacturation flagrante des agences de communication pour les heures travaillées et les biens et services fournis; [.] \u2022\tl'utilisation du Programme de commandites à des fins autres que l'unité nationale où la visibilité fédérale; \u2022\tdes actions délibérées pour échapper aux dispositions des lois et politiques fédérales; \u2022\tun écheveau complexe de transactions financières comprenant des pots-de-vin et des contributions illégales à un parti politique; \u2022\tdes agences payant les salaires de personnes qui, à toutes fins utiles, travaillaient pour le Parti libéral du Canada; [.] \u2022 le refus de ministres, des hauts responsables du cabinet du premier ministre et de fonctionnaires d'admettre leur responsabilité pour la mauvaise gestion constatée.Jean Chrétien et Jean Pelletier L'absence de preuve de leur implication directe dans les malversations donne à MM.Pelletier et Chrétien le droit d'être exonérés de tout blâme pour l'inconduite de M.Corriveau (identifié par la commission comme le responsable d'un système de pots-de-vin au bénéfice du Parti libéral du Canada).En revanche, il y a lieu de leur reprocher leurs omissions.Comme M.Chrétien avait décidé de diriger le programme depuis son propre bureau et de demander à son personnel exonéré de s'en occuper, il est redevable de la manière déficiente avec laquelle le Programme et les initiatives de commandites ont été mis en œuvre.M.Pelletier n'a pas pris les précautions les plus élémentaires contre les risques de mauvaise gestion.[.] Alfonso Gagliano M.Gagliano a pris directement part aux décisions concernant le financement d'événements et de projets à des fins partisanes n'ayant pas grand-chose à voir avec l'unité nationale.Paul Martin exonoré Les autres ministres, dont Paul Martin : la preuve ne donne aucune raison d'attribuer un blâme ou une responsabilité quelconque pour la mauvaise administration du Programme de commandites à un autre membre du Cabinet.Il y a lieu d'exonérer M.Paul Martin, au même titre que tout autre ministre du caucus québécois, de tout blâme pour imprudence ou négligence.119 2005 en sept polémiques Pourquoi tout le monde parle de Tout le monde en parle Dominique Garand Professeur, e'tudes littéraires.Université du Que'bec à Montreal Cet article a été rédigé durant l\u2019été 2005.Il n\u2019aborde donc pas les polémiques de l\u2019automne dont celle entourant le Dr Pierre Mailloux.Guy A.Lepage L\u2019émission hebdomadaire Tout le monde en parle, animée par Guy A.Lepage et Dany Turcotte, s\u2019estimposée comme le phénomène médiatique le plus discuté de l\u2019année.Les cotes d\u2019écoute ont fait du talk shorn une réussite incontestable, si bien que certains l\u2019ont présenté comme une nouvelle messe dominicale susceptible de devenir une référence collective et d\u2019engendrer, au travail comme en famille ou entre amis, un espace de discussion sur des sujets variés (Régimbald va même jusqu\u2019à comparer le dispositif de l\u2019émission à la dernière Cène au cours de laquelle « l\u2019animateur, Saint-Pierre et les apôtres de l\u2019heure y règlent, en partageant le vin, le sort de notre petit monde »).Mais si cette réussite, dont peuvent se féliciter à juste titre ses artisans, confère à l\u2019émission une telle fonction sociale, il y a lieu de dépasser le simple constat empirique et de nous interroger sur sa teneur, sur sa portée réelle et sur 120 2005 en sept polémiques les valeurs qui l\u2019animent.Dans la présente réflexion, nous nous proposons de dresser un bilan des enjeux soulevés par l\u2019émission, en nous inspirant des polémiques qui ont eu cours tout au long de l\u2019année à son sujet.«Toutle monde en parle», mais de quoi est-il question au juste?Parallèlement, nous tenterons d\u2019exposer ce qu\u2019est cette émission et ce qu\u2019elle ne peut pas être, de manière à cerner le plus adéquatement possible ce qu\u2019elle contribue à créer au sein de la communauté et le type de rap-portà la culture qui s\u2019impose avec elle.Le succès de Tout le monde en parle est dû à la conjonction de plusieurs facteurs : i) l\u2019émission reprend une formule gagnante, déjà éprouvée en France (avec le défi, toutefois, de l\u2019adapter etd\u2019en faire quelque chose de typiquement québécois) ; 2) l\u2019animateur jouit au départ d\u2019une grande popularité (sa carrière, autant comme humoriste que comme scénariste et animateur, est une série de succès) ; 3) le show présente une grande variété d\u2019invités, lesquels ont le loisir d\u2019interagir entre eux quand ce n\u2019est pas avec l\u2019animateur ou le coanimateur, ce qui rend le spectacle animé; 4) ces invités ont pour caractéristiques d\u2019être d\u2019actualité, populaires ou porteurs d\u2019un discours controversé («Avec, à chaque émission, son acteur loué, son chanteur populaire, son humoriste exalté, son sportif ravi, son politicien intéressé, sa femme fatale, son personnage controversé et son ahuri de service, l\u2019émission aura de quoi attirer et satisfaire « tout le monde », du plus ignare au plus lettré, du plus prude au plus libidineux», écrivent malicieusement Limoges et St-Onge) ; 5) l\u2019émission occupe une plage horaire des plus convoitées, soit le dimanche soir de 2oh à 22h.; 6) enfin, le titre de l\u2019émission fonctionne comme un performatif: il dicte l\u2019attitude à adopter avant de se faire passer pour réalité.Nous sommes ici dans le champ d\u2019attraction de la mimesis : devient événement ce dont « tout le monde parle » mais, en définitive, ce dont tout le monde doit parler, c\u2019est de l\u2019émission elle-même, comme si «l\u2019émission travaillait à se fabriquer elle-même comme événement» (Limoges et St-Onge, toujours).Si on le compare à d\u2019autres « show de chaises », Tout le monde en parle introduit donc quelques éléments nouveaux qui rendent sa formule attrayante.L\u2019un de ces éléments est sans aucun doute le ton adopté par les animateurs, qui s\u2019écarte parfois des conventions du genre pour exploiter les manières suivantes, à doses contrôlées et en s\u2019efforçant de minimiser l\u2019agressivité par le rire : le persiflage provocateur, la pointe satirique, l\u2019impertinence amusée, la boutade facétieuse ou grivoise, l\u2019écart de langage ostensible, sans parler des mimiques et jeux de regards souvent plus éloquents que les mots (et qui peuvent être saisis au montage grâce à l\u2019utilisation, à l\u2019enregistrement, de plusieurs caméras en simultané).Devient événement ce dont « tout le monde parle» mais, en définitive, ce dont tout le monde doit parler, c\u2019est de l\u2019émission elle-même.La mission de la télévision publique Toutes ces raisons, toutefois, n\u2019expliquent pas entièrement pourquoi Tout le monde en parie, plutôt que de simplement refléter les ten- L\u2019émission peut être interprétée comme le symptôme flagrant du dévoiement des objectifs fondamentaux de la télévision publique.121 2005 en sept polémiques dances à la mode, est devenue elle-même sujet d\u2019actualité et de controverse.Nous négligerons ici les réactions ponctuelles aux propos ou à l\u2019attitude de certains invités pour nous en tenir à l\u2019émission dans sa globalité.Première constatation : plusieurs prises de position polémiques à l\u2019égard de l\u2019émission sont déterminées par son succès, qui suscite chez les uns du ressentiment, chez les autres des inquiétudes.Mais à quoi tiennent ces dernières?Après tout, quantité d\u2019émissions sont beaucoup plus médiocres que celle-là (sa principale concurrente fiitLa poule aux œufs d\u2019or.).Le point central, épinglé par plusieurs commentateurs, concerne le mandat culturel de Radio-Canada et le fait que l\u2019émission ait remplacé Les Beaux dimanches, émission jusque-là intouchable, associée à la vocation traditionnelle du réseau d\u2019État Plus encore, il est arrivé que le prolongement de l\u2019émission entraîne un retard dans la diffusion du téléjournal de 22 h, renversant ainsi un ordre de priorité jugé non négociable par plusieurs.Les règles entourant le mandat culturel de Radio-Canada sont donc entrées en concurrence avec les règles du marché qui soumettent la société d\u2019État à l\u2019impératif de la rentabilité (elle-même déterminée par les cotes d\u2019écoute à partir desquelles peut se négocier le tarif des publicités).De cette contradiction de base ont découlé d\u2019autres débats, par exemple au sujet de la culture de divertissement qui prendrait le pas sur la culture lettrée, ou sur la qualité de la langue, ou On lui demande d'être ce qu'elle ne peut pas être, on attend d'elle qu'elle remplisse les attentes du public cultivé.encore sur l\u2019omniprésence des humoristes dans les médias, enfin sur la dimension publicitaire de l\u2019émission « dont le but est de nous vendre nos vedettes» (Warren).De plus, l\u2019apparition sur l\u2019écran de Tout le monde en parle a coïncidé avec une série de faits : l\u2019abolition de la chaîne culturelle à la radio de Radio-Canada, la diminution des budgets accordés à des émissions comme Second recjard et Zone libre, sans parler du congédiement cavalier de Denise Bombardier et de Christiane Charrette.Chez nombre de citoyens désireux d\u2019une télévision publique capable de favoriser l\u2019élaboration et d\u2019assurer la transmission d\u2019une culture de qualité, l\u2019inquiétude a pointé de voir renforcée « la menace d\u2019une uniformisation des contenus télévisuels vers le divertissement» (da Costa).On le voit donc, une grande partie de l\u2019impact de l\u2019émission vient de ce qu\u2019elle peut être interprétée comme le symptôme flagrant du dévoiement des objectifs fondamentaux de la télévision publique.Or, à l\u2019inquiétude du public cultivé s\u2019ajoute aussi son sentiment d\u2019impuissance puisque la rationalité économique semble devoir l\u2019emporter sur tout autre argument: les représentants de Radio-Canada, pourtant tenus de justifier leurs politiques, ont eu beau jeu en effet de faire la sourde oreille ou de répondre à côté lorsqu\u2019on les a confrontés à des exigences autres que mercantiles.Guy A.Lepage y est même allé, pendant l\u2019émission, d\u2019un argument comptable pour le moins douteux destiné à réduire à néant les récriminations de téléspectateurs outrés que leurs impôts serventà financer une émission où l\u2019on 122 2005 en sept polémiques se permettait si allègrement de sacrer ; et il concluait sa démonstration par un provocateur : « Changez de poste pis câlissez-moé patience » (cela dit le sourire aux lèvres, car il s\u2019agit d\u2019une pointe d\u2019humour, n\u2019est-ce pas, etl\u2019hu-mour n\u2019a pas à rendre de comptes).Une émission de variétés Un autre argument servi par Lepage dans une entrevue accordée à Nathalie Petrowski, stipulait que la rentabilité de son émission permettrait la réalisation d\u2019autres émissions sérieuses, ce qui peut paraître rationnel de prime abord mais ne résiste pas à l\u2019examen des faits : Tout le monde en parle n\u2019a entraîné la création d\u2019aucune émission culturelle en remplacement des Beaux dimanches.À ce niveau, le débat devient éminemment politique : il concerne les valeurs que nous voulons entretenir comme collectivité.Malheureusement, ce débat n\u2019a pas lieu véritablement, il n\u2019est livré qu\u2019à la pièce et sans respect des normes qui assureraient le minimum de rationalité permettant d\u2019aller au fond des choses.En tant que symptôme, donc, l\u2019émission soulève une série de questions cruciales que l\u2019on aurait tort de négliger.Tel est le revers du succès : point de mire des téléspectateurs, Tout le monde en parle canalise divers enjeux sociaux d\u2019envergure dont sont plus ou moins conscients ses animateurs (leurs commentaires les montrent davantage portés à défendre leur personnalité et la qualité de leur performance).Le fait que cette émission ait remplacé les très respectés Beaux dimanches entraîne une distorsion facilement explicable : on lui demande d\u2019être ce qu\u2019elle ne peut pas être, on attend d\u2019elle qu\u2019elle remplisse les attentes du public cultivé alors qu\u2019il s\u2019agit clairement d\u2019une émission de variétés sans prétention intellectuelle ou artistique.Mais est-ce si clair, justement?Les exigences formulées à l\u2019égard de cette émission ne seraient-elles pas occasionnées par sa forme même qui tend à en faire, par-delà la variété, un lieu de débats, sinon de discussion?Guy A.Lepage ne déclarait-il pas, en songeant sans doute à ses prises de position pour les grévistes de la SAQ ou contre JeffFillion et Wal-Mart: « Plus ça va, plus j\u2019ai le sentiment d\u2019être utile.Avant, je faisais du divertissement.C\u2019est bien, j\u2019en suis fier.Mais là pour une fois, je me sens utile socialement» (Petrowski).En mettant le pied dans cette di-mension-là, Lepage s\u2019expose à recevoir des leçons, notamment de la part d\u2019intellectuels qui se font une plus haute idée que lui de la fonction critique et qui souriront dubitativement, avec Nathalie Petrowski, devant son déni du pouvoir dont il jouit.Aveuglement idéologique typique : celui dont le désir personnel entre en symbiose avec le pouvoir qu\u2019il sert ressent sa servitude comme l\u2019expression de sa propre liberté.La portée des opinions n\u2019est pas déterminée par la puissance de la démonstration, mais bien par la visibilité, la crédibilité et le poids social de celui qui l\u2019émet.Slogans et jugements à la va-vite Mais l'«utilité sociale» implique une responsabilité et c\u2019est précisément la tâche des journalistes compétents et des intellectuels critiques de le rappeler aux personnalités en vue qui ont les moyens d\u2019influencer l\u2019opinion publique.Faire passer une opinion, rap-pelons-le, n\u2019a rien à voir avec le fait 123 2005 en sept polémiques Le fait d\u2019évoquer les « victimes » trahit le d\u2019exercer son jugement sur la base d\u2019une réflexion approfondie.La portée des opinions dans une émission comme Tout le monde en parle n\u2019est pas déterminée par la puissance de la démonstration, mais bien par la visibilité, la crédibilité et le poids social de celui qui l'émet Or, lorsque l\u2019ethos (la réputation de celui qui parle) et le pathos (les affects que le discours stimule chez l\u2019auditoire) l\u2019emportent sur le logos (la rigueur de la démonstration), nous sommes en présence d\u2019une technique de manipulation qui exploite le réflexe mimétique et ce, quelle que soit la légitimité de l\u2019opinion émise.La prétention de Tout le monde en parle à occuper un espace critique dans la société crée donc du mécontentement chez maints journalistes et intellectuels.Si cette émission est un lieu de discussion, on s\u2019interroge sur sa capacité à accueillir autre chose que des slogans idéologiques et des jugements à la va-vite.On se demande aussi si l\u2019émission est en train d\u2019imposer une nouvelle manière de traiter les affaires publiques, sur la base, entre autres, de nouveaux rapports de force qui soumettent désormais les politiciens, les artistes, les journalistes et les militants aux normes d\u2019une industrie du spectacle orchestrée par les humoristes.sensationnalisme de l\u2019approche.De même, l\u2019intellectuel est ici réduit à la figure de l\u2019expert qui « explique ».Menace à la démocratie ?Da Costa voit dans cette tendance une réelle menace pour l\u2019exercice de la démocratie, dans la mesure où l\u2019impératif des cotes d\u2019écoute tend vers l\u2019unanimisme des intérêts et occasionne une tolérance com- plaisante à l\u2019endroit des effets d\u2019interpellation que constituent les sacres, la dérision et les vulgarités en tous genres.Quelques commentaires bien argumentés (Gagnon, Cauchon, Robi-taille, entre autres) ont bien mis en relief le risque couru par la télévision lorsque le laisser-aller et les transgressions verbales se généralisent: plus qu\u2019une atteinte au bon goût, ces transgressions faciles installent un esprit de goujaterie nocif à tout point de vue.Malgré ces avertissements, il semble que la direction de Radio-Canada, la seule susceptible de faire respecter une éthique claire sur la question, n\u2019aitpas jugé important d\u2019intervenir.De quel niveau sont donc les discussions dans l\u2019émission et favorisent-elles la vie démocratique?L\u2019opinion émise par Gilles Lesage peut paraître excessivement sévère lorsqu\u2019il dénonce le règne des «potinages et placotages».Certains invités sontparvenus, en effet, à exprimer des points de vue sur le monde cohérents et éclairants, comme Laure Waridel, Yves Boisvert ou Chantal Hébert, dont les préoccupations avaient l\u2019avantage de concerner des aspects très particuliers de la vie sociale.L\u2019émission, toutefois, ne mise manifestementpas sur le discours analytique.Pour justifier l\u2019absence des intellectuels sur son plateau, Guy A.Lepage opère une réduction significative de l\u2019opposition entre le vécu et sa compréhension : « Reste que lorsque je dois faire un choix entre un gars qui fait un survol et celui qui est impliqué directement, je prends celui qui est impliqué.Donne-moi la victime, pas celui qui m\u2019explique pourquoi» (Petrowski).Le fait d\u2019évoquer les « victimes » trahit le sensationnalisme de l\u2019ap- 124 2005 en sept polémiques proche.De même, l\u2019intellectuel est ici réduit à la figure de l\u2019expert qui « explique», alors que l\u2019intellectuel (on est en voie de l\u2019oublier) estaussi quelqu\u2019un doté d\u2019une personnalité, d\u2019une voix, de passions.Nathalie Petrowski, elle, attribue l\u2019exclusion des philosophes, peintres, danseurs et musiciens classiques à une « attitude populiste ».Quoi qu\u2019il en soit, il est bien évident que les interviews cherchent premièrement à mettre de l\u2019avant, plutôt que des discours sur le monde, des figures mondaines, des imagos, des talents à promouvoir : on s\u2019intéresse à la carrière, aux succès, aux produits offerts par l\u2019invité.Celui qui tente de tenir des propos à distance de l\u2019opinion dominante ou du tout entendu a fort à faire pour franchir la barrière des préjugés (l\u2019obstacle le plus retors n\u2019étant pas l\u2019opposition argumentée, mais la joke qui prend appui le plus souvent sur des valeurs consensuelles implicites).Une émission consensuelle Incidemment, peu de commentateurs ontrelevé l\u2019aspect consensuel de l\u2019émission, sauf peut-être Anne-Marie Régimbald qui observe que, bombardé de questions, l\u2019invité «a intérêt à faire partie de la gang».En d\u2019autres termes, il faut répondre dans le ton commandé, c\u2019est-à-dire de manière à alimenter le spectacle tout en se rendant sympathique aux yeux du public.Lorsque Dany Turcotte déclare être « celui qui fait sortir les invités de leur discours habituel» (LaTribune, 23 avril 2005), on peut mettre en doute qu\u2019il en aille réellement ainsi (mais aucun journaliste ne l\u2019a fait).Question de perception, cela va de soi, mais il importe tout de même de savoir si la fonction dialectique que doit remplir le « fou du roi » est ici opératoire.La rupture interlocutoire que ses interventions introduisent est-elle réellement destinée à créer des effets de vérité, ou bien n\u2019a-t-elle pour but que de mettre un peu de sel ou de piment dans la discussion?La recherche du « bon mot» ne prédomine-t-elle pas sur le souci d\u2019ouvrir le champ d\u2019exploration ?Ces interventions, qui proposent un artifice de transgression, peuvent être interprétées comme des épreuves initiatiques lancées aux invités qui doivent alors, sur-le-champ, trouver la bonne manière de réagir pour rester dans le ton et passer le test L\u2019esprit consensuel, toutefois, exerce une pression encore plus insidieuse.Instinctivement, les invités savent ce qu\u2019il convient de dire ou de ne pas dire.L\u2019assistance présente aux enregistrements aide à régler le comportement : l\u2019invité entend les applaudissements ou les murmures de désapprobation.Mais pour parler de consensus, il faut d\u2019abord faire référence au titre même de l\u2019émission qui traduit l\u2019unanimité des intérêts.À ce sujet, une réponse de Guy A.Lepage à l\u2019un de ses correspondants mérite d\u2019être citée au complet: « Chaque semaine, plus de deux millions de québécois regardent Tout le monde en parle.Ajoutez à cela environ 300 000 Canadiens français hors-Québec.Ça fait beaucoup de monde.Certains vont trouver cette émission trop intello, d\u2019autres trop populiste.Certains la trouvent trop vulgaire, d\u2019autres pas assez.Avec ce volume d\u2019auditoire et avec les discussions que l\u2019émission en- De quel niveau sont donc les discussions dans rémission et favorisent-elles la vie démocratique ?125 2005 en sept polémiques gendre pendant la semaine, tout le monde prendposition.Bref, tout le monde en parle » (site Web de l\u2019émission).Il est facile de voir comment, dans une telle perspective, la pluralité des opinions évoquées, loin de garantir le débat démocratique (ou simplement critique) se dissout en réalité dans l\u2019unanimisme du spectacle: l\u2019effet est réussi si tout le monde en parle, sans égard à la valeur de l\u2019opinion émise.La difficulté de tenir un réel débat tient à la fois au contenu des questions et au rythme de l\u2019émission qui se doit d\u2019être rapide.Le montage lui-même, par souci d\u2019efficacité, annule tout silence entre les questions et les réponses : « Pas le temps de répondre à une question que la suivante tombe, comme un souf flet, sur l\u2019invité.» Or, «penser, réfléchir, c\u2019est accepter la lenteur » (Régimbald).La recherche de l\u2019effet immédiat interdit la rythmique interne de la pensée qui tente de se frayer un chemin à travers des hésitations, des silences, des reprises.Observons par ailleurs un trait qui contribue à la signature de Tout le monde en parle : alors que la tâche classique d\u2019un interviewer consiste à se rendre disponible au langage et à l\u2019univers mental de son invité, à faire naître une écoute permet-tantque s\u2019énonce sa parole dans ce qu\u2019elle a de plus singulier, il est plutôt demandé aux invités de Tout le monde en parle de s\u2019adapter au modèle festif proposé par l\u2019émission.Le moindre La parole de Vintellectuel peut quitter les rives de Vaustérité et se montrer joueuse, inventive, illuminante.Il est demandé aux invités de Tout le monde en parle de s\u2019adapter au modèle festif proposé par l\u2019émission.faux-pas vous exclut automatiquement (pensons à André Forcier) alors que la résistance au consensus (pensons au maire d\u2019Huntington, Stéphane Gen-dron, ou à Benoît Dutrizac) vous conduira être mal entendu.Voilà pourquoi Guy A.Lepage se méprend peut-être sur les intentions de personnalités qui n\u2019ontpas accepté son invitation : leur « manque de courage» repose sans doute sur le sentiment que l\u2019émission ne leur donnera pas la possibilité d\u2019exprimer adéquatement ce qu\u2019ils sont et ce qu\u2019ils ont à dire.Renouveler la transmission des savoirs Mais ces critiques ne succombent-elles pas à la distorsion que nous évoquions plus haut, qui conduit les lettrés à exiger autre chose que ce qu\u2019une telle émission de variété peut offrir ?Il paraît certain que l\u2019opposition à Tout le monde en parie serait à peu près nulle s\u2019il existait d\u2019autres émissions capables de compenser pour ce que celle-là n\u2019arrive pas à donner.Nous devrons donc conclure par une réflexion sur les conditions actuelles de possibilité d\u2019émissions culturelles capables de satisfaire les exigences du public cultivé.Il appert que nous ne savons plus très bien ce qu\u2019est la culture, en premier lieu la « culture populaire » qui se trouve désormais confondue avec la culture de masse.L\u2019opposition à ce type de culture est souvent interprétée comme une manifestation d\u2019élitisme, ou encore comme une nostalgie de la culture bourgeoise sur le modèle des Beaux dimanches.En réalité l'« élite» s\u2019est de tout temps nourrie du «populaire», etvice-versa.Le problème actuel est autre : on assiste à une évacuation de la culture 126 2005 en sept polémiques lettrée, non pas au profit du populaire mais bien au profit des.profits liés à la culture de masse (autrement dit la culture de divertissement).Celle-ci se fait valoir comme norme, comme totalité de ce que le réel peut offrir ; sa domination signe l\u2019oubli progressif (et bientôt consommé) d\u2019un autre type de parole.Car si l\u2019on devait résumer en peu de mots ce désir de culture, ce n\u2019est pas aux Beaux dimanches qu\u2019il faudrait faire référence, mais à quelque chose de plus fondamental encore.Le désir de culture, à l\u2019opposé de l\u2019unanimisme de la culture de masse, repose sur le désir que QUELQU\u2019UN PARLE.Le désir de culture est un désir d\u2019entendre non pas « tout le monde » mais quelqu\u2019UN, une voix singulière liée à un corps, à une expérience, une voix capable de projeter l\u2019esprit dans un espace et un temps autres que ceux, programmés et unidimensionnels, de la masse.Il ne s\u2019agit pas là d\u2019élitisme (ce commun désir de distinction) mais de respiration, de souplesse mentale, de nuances dans la sensibilité.Le manque d\u2019alternative, voilà le phénomène dont s\u2019inquiètent bon nombre de citoyens et pas seulement les intellectuels ou les artistes d\u2019avant-garde.La question est de savoir s\u2019il est encore possible, à la télévision, de faire entendre d\u2019autres voix que celles, admises, de la rigolade ou de la confession croustillante.Il s\u2019agit avant tout d\u2019ouvrir le champ du possible, de donner à entendre l\u2019inouï, de permettre aux esprits de quitter leurs prisons familières.Il s\u2019agit de proposer les joies de l\u2019intellect et l\u2019inventivité des formes créatives contre l\u2019abêtissement de jokes aussitôt dites, aussitôt oubliées.Les artistes et les intellectuels \u2014 ceux dont on ne parle pas mais qui auraient des choses à dire \u2014 ont désormais le défi de repenser entièrement leur rapport à cette culture qu\u2019ils prétendent essentielle à la vie.Il se pourrait que la télévision ne soitpas un médium approprié pour certaines formes d\u2019expression artistique.L\u2019arrivée de Tout le monde en parle sur le petit écran oblige les lettrés à s\u2019interroger sur les modes de transmission du savoir.Après tout, si l\u2019industrie du divertissement cherche constamment à se renouveler, pourquoi la pensée critique et la création s\u2019en tiendraient-elles à des formes obsolètes?Exercer des pressions politiques pour que Radio-Canada accorde plus de place à la culture et aux affaires publiques?Sans doute.Mais il faut envisager aussi des formes inédites de médiation, créer des liens vivants avec les journalistes, encourager les efforts qui ont lieu pour renouveler les formes télévisuelles, fomenter une puissance parallèle à ce qui domine l\u2019espace public.Instaurer aussi un dialogue avec les protagonistes des émissions : la page Web « Guy répond » sur le site de Tout le monde en parle est ouverte à tous mais pratiquement aucun intellectuel ne s\u2019y est risqué, même si l\u2019animateur prenait la peine de répondre à la plupart des courriels (des lettres intelligentes le divertiraient sans doute de la médiocrité du courrier habituel).S\u2019il n\u2019est pas consenti aux intellectuels de créer leurs propres émissions, il leur reste la possibilité d\u2019investir celles qui existent déjà et de les Si l\u2019industrie du divertissement cherche constamment à se renouveler, pourquoi la pensée critique et la création s\u2019en tiendraient-elles à des formes obsolètes?127 2005 en sept polémiques détourner au profit d\u2019une pensée critique.Cela ne va pas de soi et exige un art réfléchi de l\u2019intervention publique.À la limite, l\u2019intellectuel qui n\u2019est pas invité sur ces plateaux peut au moins les commenter, les soumettre à la question, à condition toutefois de sortir de son isolement À condition aussi de dépasser le ton de la complainte impuissante.La parole de l\u2019intellectuel peut quitter les rives de l\u2019austérité et se mon- trer joueuse, inventive, illuminante.Elle ne peut désormais se contenter d\u2019exiger des changements, mais doits\u2019imposer elle-même comme l\u2019indice d\u2019un changement effectif au moment de son énonciation.Elle ne lèvera pas le nez sur ce dont tout le monde parle, mais démontrera qu\u2019il est possible d\u2019en parler autrement.Références BEAULIEU, Victor-Lévy, « Adieu téléroman! Adieu télévision ! », La Presse, 7 février 2005, p.An.CAUCHON, Paul, «Faut-t\u2019être proch\u2019 du peupe, stie », Le Devoir, 27 septembre 2004, p.B7.CAUCHON, Paul, «Du bon usage de la provocation», Le Devoir, 18 avril 2005, p.B6.DA COSTA, Joseph-Marie, «Les glissements de Tout le monde en parle», Le Devoir, 22 septembre 2004, p.A7.DUMAS, Hugo, «Guy A.Lepage.Tout le monde en parle, parle, jase, jase», La Presse, 24 décembre 2004, p.1 (Arts et spectacles).FORTIN, Marie-Claude, «L\u2019effet Tout le monde en parle», La Presse, 13 mars 2005, p.1 (Arts et spectacles).GAGNON, Lysiane, «Le temple de l'inculture», La Presse, 5 mars 2005, p.A24.LEPAGE, Guy A.«Guy répond», surwww.radio-canada.ca/television/toudemondeenparle/.LESAGE, Gilles, «Libre opinion : Radio-Canada vient de jeter aux orties une pièce importante de notre patrimoine culturel», Le Devoir, 18 septembre 2004, p.B4.LIMOGES, Jean-Marc et Mathieu ST-ONGE, «Tout le monde «en» parle.mais de quoi, au juste ?», Le Devoir, 22 octobre 2004, p.A9.PETROWSKI, Nathalie, «Guy A.Lepage.Celui dont tout le monde parle », La Presse, 26 mars 2005, p.1 (Arts et spectacles).Presse canadienne, « Dany Turcotte doit composer avec la controverse », La Tribune, 23 avril 2005, p.E2.RÉGIMBALD, Anne-Marie, «Famille sans nom», Liberté, n° 268 (vol.47, no 2), mai 2005, P- 35-39- ROBITAILLE, Antoine, «Québec cru, Québec «vrai»?», Le Devoir, 8 janvier 2005, p.Ai.WARREN, Paul, «Tout le monde en parle : une énorme entreprise de publicité! », Le Soleil, 3 février 2005, p.A16.128 2005 en sept polémiques Le rouleau compresseur de Wal-Mart Jacques Nantel Professeur, HEC Montreal w d,J Le début de 2005 a marqué, dans l\u2019imaginaire des Québécois, une date charnière.Une première mondiale venait de se produire : la compagnie Wal-Mart décidait de fermer son magasin de Jonquière plutôt que de voir un syndicat s\u2019y implanter.Du coup, on venaitde comprendre à quel point Wal-Mart n\u2019est pas un détaillant ordinaire.Afin de bien comprendre la force de cette entreprise, rappelons quelques chiffres : Wal-Mart possède et opère, à travers le monde, plus de 5700 magasins.Si la plupart de ces magasins prennent la forme que nous connaissons au Québec c\u2019est-à-dire des magasins à escompte d\u2019environ 100 000 pieds carrés, d\u2019autres concepts sont en déploiement depuis maintenant une quinzaine d\u2019années aux États-Unis.On trouve ainsi des magasins de type entrepôt (Sams Club), des SuperCenters de plus de 200,000 pieds carrés ainsi que de plus petits magasins (45 000 pieds carrés) 129 2005 en sept polémiques offrant principalement des produits alimentaires (Neighborhood Markets).En 2004, les ventes mondiales de ce géant dépassaient 285 milliards de $ américains générant un profit net de plus de 10 milliards de $.Ces chiffres sont si énormes qu\u2019on a tôt fait de les perdre de vue tant ils semblent désincarnés.Aussi est-il utile de replacer le tout dans un contexte qui nous est plus familier.Au Canada, Wal-Mart opère pour l\u2019instant plus de 265 magasins dont 46 sont situés au Québec.Nous ne disposons pas de chiffres officiels quant aux opérations de ce détaillant au Québec par contre nous pouvons les estimer à environ 2 milliards de dolars canadiens par année1.Cette estimation nous indique la force réelle de cette entreprise puisqu\u2019en 2004 au Québec les ventes au détail, excluant les secteurs de l\u2019alimentation et de l\u2019automobile, totalisaient près de 40 milliards de dollars.Bref en 10 ans, soit depuis son implantation au Canada en 1994, l\u2019entreprise qu\u2019est Wal-Marta su s\u2019accaparer une part de marché de près de 5 %, possiblement plus dans les domaines dans lesquels elle est particulièrement présente tels que les appareils électroniques, les produits saisonniers ou encore les vêtements pour enfants.L\u2019impact sur les petites communautés Maintenant, afin de bien comprendre le phénomène Wal-Mart il faut aller à un niveau de détail encore plus fin et considérer son impact sur les petites communautés.Cette précision estim- Une première mondiale au Québec: Wal-Mart ferme un de ses magasins, celui de Jonquière, plutôt que de voir un syndicat s\u2019y implanter.portante puisque, depuis sa fondation en 1962, ce détaillant s\u2019est avant tout implanté dans ce type de communautés.Wal-Mart n\u2019est pas de manière prédominante un phénomène urbain.Rappelons à cet égard que des villes telles que New-York et Chicago en sont dépourvues alors que l\u2019île de Montréal ne compte que cinq magasins et à peine neuf pour la grande région métropolitaine.En revanche on retrouve des Wal-Mart dans des plus petites localités telles que Alma, Saint-Eustache, Saint-Jérome et même à Lac Mégantic dont la population locale n\u2019est que 6060 habitants (22 000 pour la région).Ce dernier cas illustre bien l\u2019impact d\u2019une telle implantation dans des petites localités.Le magasin qui y fut implanté en 2005 est d\u2019une superficie de 70 000 pieds carrés offrant ainsi un potentiel de vente de près de trois millions de dollars.Or la population de Lac Mégantic au total génère une consommation annuelle totale (excluant l\u2019épicerie, les dépenses liées à l\u2019automobile ainsi que les dépenses au restaurant) de 20 millions de dollars.L\u2019implantation d\u2019une grande surface dans une petite localité telle que Lac Mégantic représente une part de marché non plus de 5 mais bien de 15 % ce qui, il va sans dire, n\u2019est pas sans créer d\u2019impact sur les commerçants locaux.S\u2019il est incontestable que Wal-Mart a su, au cours des dernières années, dominer la scène du commerce de détail non seulementaux États-Unis mais dans le monde entier, son succès tient à une recette d\u2019une simplicité étonnante : une obsession à offrir aux consommateurs les prix les plus bas.Cette formule, conçue par son fondateur, Sam 130 2005 en sept polémiques Walton, part du principe que, dans l\u2019ensemble, les consommateurs sont avant tout sensibles aux prix.Wal-Mart postule qu\u2019à valeur égale les consommateurs iront toujours chez le marchand offrant les plus bas prix peu importe l\u2019atmosphère en magasin ou encore l\u2019environnement commercial.Impitoyable envers les fournisseurs Cette stratégie, qui en principe peut sembler simple, s\u2019est traduite chez Wal-Mart par une obsession quasi maladive à réduire ses coûts d\u2019opération tout en fonctionnant avec de faibles marges de profit brut Autrement dit on négocie de manière intraitable avec les fournisseurs puis on refile les économies aux consommateurs.Cette stratégie a pour effet d\u2019augmenter l\u2019achalandage etles ventes en magasin ce qui, en retour, permet de négocier des prix encore plus bas.Combinée au système d\u2019information et de gestion des stocks le plus performant au monde, cette approche permet à Wal-Mart de tirer le maximum de ses fournisseurs.Cette stratégie n\u2019est pas sans conséquence pour ces derniers puisque plusieurs d\u2019entre eux dépendent tellement de Wal-Mart qu\u2019il leur serait impossible de perdre ce compte.Tel est le cas non seulement pour de petits manufacturiers mais aussi pour des géants tels que Proctor and Gamble dont plus de i8% des ventes dépendent désormais de Wal-Mart On imagine facilement que dans de telles conditions ce soit le détaillant et non plus le manufacturier qui fixe les règles du jeu.C\u2019est ainsi que l\u2019on a vu les marges brutes2 de Wal-Mart passer de 22,9% en 2003 à 24,5% en 2005 et ce tout en maintenant ses prix bas et sans changer de manière importante son mix de produits vendus.On peut donc en conclure que le géant paie de moins en moins cher ses fournisseurs.Cette détermination à payer toujours moins cher pousse, entre autres choses, Wal-Mart à acheter de plus en plus en Chine.En 2004 ses achats en sol chinois se sont élevés à plus de 18 milliards de $ US faisant ainsi de Wal-Martle sixième plus gros marché d\u2019exportation de ce pays juste après l\u2019Allemagne.Les achats réalisés en Chine représentent désormais près de 10% des ventes de l\u2019entreprise.Ce mode de fonctionnement n\u2019est pas sans se répercuter sur les économies locales puisque la pression ainsi imposée aux manufacturiers locaux, dont certains sont québécois, ne cesse de s\u2019amplifier.Pour la plupart des manufacturiers, devenir fournisseur de Wal-Mart est une arme à deux tranchants.On est content du volume souvent imposant que nous procure ce client mais, par la suite, on ne saurait s\u2019en passer et ce malgré les modestes profits ainsi générés.Si la « recette » Wal-Mart passe nécessairement par une gestion serrée avec ses fournisseurs, elle passe aussi par une gestion serrée des fiais d\u2019opération dont ses coûts de main d\u2019œuvre.D\u2019une marge de profit brut de 24,5 %, Wal-Mart en consacre moins de 20 % à ses fiais d\u2019opération (coûts de immobilisation, gestion générale, publicité, et main-d\u2019œuvre) de manière à générer une marge sur ses opérations équivalente à 5 % de son chiffre d\u2019affaire.À titre de comparaison, le détaillant canadien « La Compagnie de la Baie Wal-Mart possède et opère, à travers le monde, pins de 5700 magasins.131 2005 en sept polémiques d\u2019Hudson» (La Baie, Zeller\u2019s et Déco Dépôt), qui fonctionne avec des marges brutes plus élevées, arrive à générer une marge sur ses opérations d\u2019à peine 2 %.La différence tient à la façon de faire des deux détaillants.Alors que Wal-Mart investit peu dans ses surfaces de vente (décoration en magasins), La Baie investit encore beaucoup (à l\u2019exception des magasins Zeller\u2019s) et alors que Wal-Martn\u2019utilise jamais de circulaires, le groupe HBC a conservé une stratégie coûteuse qui mise encore sur des ventes et des rabais.Une main-d\u2019œuvre parfaitement flexible Finalement les coûts de main-d\u2019œuvre mais surtout l\u2019organisation du travail distinguent encore de manière importante Wal-Mart de ses concurrents canadiens.Pour Wal-Mart chaque ratio d\u2019opération est scruté sur une base permanente de sorte qu\u2019à la fin de l\u2019année les profits soient maximisés tout en gardant les prix les plus bas.Parmi ces ratios l\u2019un des principaux demeure celui de la main-d\u2019œuvre en magasin qui, normalement, ne devrait jamais dépasser 8 % des revenus.Ce ratio n\u2019est pas à ce point éloigné de ce que l\u2019on retrouve chez des détaillants de même type.Ce qui le caractérise c\u2019est la façon d\u2019y arriver.Pour Wal-Mart il demeure essentiel de pouvoir avoir une main-d\u2019œuvre parfaitement flexible de sorte à ce qu\u2019elle soit utilisée à l\u2019endroit, au moment et pour la fonction qui maximise les ventes et les profits de l\u2019organisation.Brefpeu d\u2019emplois spécialisés.Un employé peut placer des produits sur les tablettes et la minute après être appelé à venir aider aux caisses pour ensuite être assigné à une tâche d\u2019entretien, et ce, selon des horaires qui visentà maximiser l\u2019efficacité des opérations.Bref des pratiques qui sont souvent peu compatibles au mode de fonctionnement syndical.Comme la stratégie principale de Wal-Mart est de toujours offrir aux consommateurs les prix les plus bas, ceux-ci devraient être particulièrement entichés de ce détaillant.Pourtant les choses ne sont pas aussi simples.Un récent sondage4 effectué auprès de 1113 américains indique que pour près de la moitié des consommateurs interrogés, Wal-Mart était considérée comme l\u2019entreprise la plus crédible offrant le meilleur service à la clientèle, alors que pour l\u2019autre moitié le même détaillant était perçu comme étant la pire entreprise américaine sur ces deux critères.Appauvrissement des collectivités Ces résultats, pour le moins inusités, illustrent de manière magistrale à quel point les consommateurs sont polarisés face à ce géant.Pour certains, la domination de ce détaillant est telle qu\u2019on en vient à le considérer comme une menace à la libre concurrence, en particulier dans les petites communautés.Pour les autres, seul compte l\u2019efficacité du détaillant et en particulier sa capacité à agir comme une sorte de Robin des Bois des consommateurs.Pour ces derniers, Wal-Mart est considéré comme le symbole du modèle économique américain.Cette division, qui trouve son équi-valentau Québec4, oppose les consommateurs avides de bas prix aux défenseurs des petits détaillants.Pour ces derniers, la philosophie Wal-Mart en estune qui oppose la grande entreprise 132 2005 en sept polémiques aux commerçants locaux.Si tous s\u2019entendent sur le fait que Wal-Mart fait baisser les prix à la consommation, ses détracteurs évoquent souvent l\u2019argument que, pour ce faire, l\u2019entreprise entraîne un appauvrissement des collectivités où elle s\u2019implante.Cet appauvrissement s\u2019explique par trois phénomènes : une diminution des salaires payés aux employés en particulier lorsque comparés aux emplois syndiqués5, un plus faible taux de réinvestissement, dans les communautés locales, des profits de la compagnie et enfin des revenus moindres sur l\u2019ensemble de la chaîne d\u2019approvisionnement.Combinés, ces trois phénomènes ontpour effet de faire passer les retombées économiques pour la région de 44 $ pour chaque ioo dollars de vente à 27 $.6 Bien entendu, ce phénomène serait socialement conspué si les économies réalisées sur le dos des travailleurs revenaient entièrement dans les poches des actionnaires, mais même les plus farouches opposants à la «Wal-Martisa-tion » de l\u2019économie s\u2019entendent pour dire que ces économies sont, au moins en partie, redonnées aux consommateurs.En somme, ce qui s\u2019oppose, c\u2019estla primauté du bien-être privé au bien-être collectif Ce mode de fonctionnement est si fort, si efficace et si implacable que les autres détaillants forcent désormais les syndicats à revoir à la baisse les conditions de travail de leurs membres.C\u2019est, au Canada, ce qu\u2019a fait le géant de l\u2019alimentation Loblaw\u2019s.7 L\u2019impact de la syndicalisation C\u2019estdans une telle mouvance que s\u2019inscrit la question « Que signifierait la syndicalisation à la québécoise pour un magasin Wal-Mart?» En soi, peu de chose sur le plan de rentabilité des magasins car, bien qu\u2019à terme les salaires soient ajustés sur ceux du secteur de l\u2019alimentation (qui est davantage syndiqué), ils le seraient de toute façon car le principal défi de Wal-Mart, comme de tous les détaillants canadiens et québécois, devient celui de la pénurie de main-d\u2019œuvre.Par contre, c\u2019est sur le plan de l\u2019organisation du travail que le modèle risque de ne pas passer.En effet la flexibilité requise par le concept Wal-Mart est en opposition totale avec la rigidité des conventions syndicales que l\u2019on retrouve dans le secteur de l\u2019alimentation.C\u2019est ce plein droit de gérance que ne veut d\u2019aucune façon abandonner le géant du commerce de détail.C\u2019estvéri-tablement là que s\u2019opposent deux conceptions du travail.Au modèle de solidarité à la québécoise s\u2019oppose pleinement le modèle de l\u2019efficacité à l\u2019américaine.Cette opposition va se reproduire tôt ou tard, car contrairement à la fabrication des produits leur commercialisation peut difficilement être déplacée en Chine ou ailleurs.Au Québec comme ailleurs dans le monde le phénomène Wal-Mart ne risque pas de s\u2019essouffler de sitôt Avec une indéfectible volonté de croître d\u2019au moins 10 % par année, cette entreprise suit, de manière indéfectible, deux stratégies de croissance.La première est de croître par une expansion sur les marchés internationaux.Le premier magasin à ouvrir ses portes à l\u2019extérieur des États-Unis fut ouvert à Mexico en 1991.Depuis, le plus fort de la crois- En 10 ans, l\u2019entreprise a su s\u2019accaparer une part de marché de près de 5 % du marché au Québec.133 2005 en sept polémiques sance de Wal-Mart estvenu du Canada et du Mexique, son marché d\u2019origine étant de plus en plus saturé.Aujourd\u2019hui près du quart des magasins Wal-Mart sont situés à l\u2019extérieur des États-Unis, dont 149 au Brésil, 91 en Allemagne, 282 en Grande-Bretagne (sous la bannière ASDA) et43 en Chine.Seconde source de croissance pour l\u2019entreprise, ses nouvelles formules de magasins.C\u2019est là que réside pour le Québec la prochaine étape.Pour l\u2019instant, Wal-Mart est peu présente dans le domaine de l\u2019alimentation au Québec de même que dans le marché des clubs entrepôt.Si l\u2019on se fie à ce qui s\u2019est fait au États-Unis et plus récemment en Ontario, il y a fort à parier que Wal-Mart verra sous peu à ouvrir des Sam\u2019s Club à Montréal et, à terme, il ne fàudraitpas se surprendre de voir cette entreprise s\u2019attaquer à l\u2019industrie de magasins d\u2019alimentation.Bref, au Québec comme ailleurs le train est en marche et soutenu par au moins un consommateur sur deux, il n\u2019est pas près de s\u2019arrêter.Si comme citoyen notre cœur bat à gauche, comme consommateur notre portefeuille se situe souvent à droite et cela, Wal-Mart le sait bien.Notes 1\tUne première estimation est possible en divisant le total des ventes mondiales de l\u2019entreprises par le nombre de magasins, ce qui nous donne environ 50 millions de $ par magasin.Comme on compte 46 magasins au Québec, on peut estimer les ventes de Wal-Mart pour cette province à environ 2,3 milliards $.On peut aussi y arriver en utilisant la méthode des ventes au pied carré.La plupart des analystes suggèrent des ventes de 400 $ pour les Wal-Mart traditionnels.Comme en moyenne les magasins du Québec comptent 100 000 pieds carré de surface, on arrive à des ventes de plus de 1,8 milliard $.2\tLa marge brute chez un détaillant est égale au profit bmt divisé par le total des ventes.Le profit brut pour sa part est égal au ventes totales moins le coût des ventes (c\u2019est-à-dire le prix payé aux fournisseurs).Ansi, un téléviseur vendu 100 $ par Wal-Mart et acquis 75 $ du manufacturier Sony générera un marge brute de 25 %, soit (100 $-75 $)/ioo $.3\tJOHNSON, Bradley (2005) «Wal-Mart is the Best! No Wait, it\u2019s the Worst» Advertising Age June 13.Vol 76.ISS 24 page 14.4\tSelon un sondage Léger Marketing effectué en février 2005, un tiers des Québécois blâmait le syndicat pour la fermeture du magasin de Jonquière, alors que les deux tiers rendaient l\u2019entreprise responsable.5\tSupercenters and the Transformation of the Bay Area Grocery Industry: Issues Trends and Impacts.Council and the Association of Bay Area Governments (janvier 2004).6\tThe Anderson Study of Retail Economics by Civic Economics, October 2004.7\tKUYUMCU, Nancy (2003) \u201cThe duel of the titans continues unabated\u201d Canadian Grocer.Toronto : Aug 2003.V0l.117, Iss.6 ; pg.13 134 2005 en sept polémiques Benoît XVI : vers un divorce entre culture québécoise et Église catholique « Quand [\u2019Église promet des choses qu\u2019elle ne peut pas tenir, elle deulent évidemment Incroyable».- Raymond Lemieux1 E.-Martin Meunier Departement de sociologie, Université d\u2019Ottauia > Le pape Benoît XVI Le 19 avril 2005, l\u2019Église catholique apostolique romaine a un nouveau chef spirituel.Au moment de l\u2019annonce, le professeur Patrick Snyder, qui avait pourtant réfléchi à la valeur des «papa- biles » pour l\u2019avenir de l\u2019Église, est consterné de voir confirmé ce qu\u2019il avait lui-même décrit en direct comme le pire des scénarios : le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation 135 CPimages.ca 2005 en sept polémiques Selon Ratzinger, la vérité de l\u2019Église n\u2019a pas, pour lui, à céder aux requêtes et désirs des individus; au contraire, il faudra « détruire l\u2019apparence de sa coïncidence avec le monde et redevenir ce qu\u2019elle est: une communauté de croyants ».pour la propagation de la foi, est élu pape.«Pour le théologien que je suis, dira-t-il le lendemain, cette élection vient éteindre le peu d\u2019espérance que j\u2019entretenais, au niveau d\u2019un véritable dialogue avec un monde pluraliste.[.] L\u2019ère moderne n\u2019a qu\u2019à bien se tenir, le nouveau pape Ratzinger s\u2019engage à lui montrer le droit chemin».2 Au Québec, nul ne semble rester indifférent à la nouvelle de l\u2019élection du cardinal allemand.« Il risque plus de diviser que de rallier, d\u2019affirmer le théologien Gilles Routhier »4 ; « [.] cela confirme le soupçon sur l\u2019institution et sa capacité d\u2019évoluer [et.] la position de ceux qui disent qu\u2019il n\u2019y a plus rien à attendre de l\u2019institution pour comprendre les questions difficiles qu\u2019on a à vivre tous les jours », de dire sœur Gisèle Turcot, supérieure générale de l\u2019Institut des sœurs Notre-Dame-du-Bon-Conseil4.D\u2019autres catholiques de gauche, comme Hélène Chénier, présidente du réseau Culture et foi, semblent découragés : « [.] je ne m\u2019investirai plus [.].Chacun peut se retirer dans cette Église et vivre sa foi individuellement Je ne l\u2019ai jamais fàiten 53 ans de vie spirituelle, mais là, assez, c\u2019est assez ! »5.Descendu à Rome pour l\u2019occasion, Luc Gagnon, directeur de publication de la revue Égards, une revue conservatrice sur le plan moral, avait «prié dès le premier jour de la mort de Jean-Paul II pour que le cardinal Ratzinger soit choisi ».L\u2019élection de Ratzinger marque pour lui un point d\u2019arrivée dans l\u2019histoire de l\u2019Église : « Il vient couronner le pontificat de Jean-Paul II et nous sortir enfin d\u2019une certaine confusion».Avec BenoîtXVI, «les catholiques de ce monde doivent s\u2019attendre à une réforme de l\u2019ampleur, ni plus ni moins, de celle du Concile de Trente - l\u2019esprit de mai 1968 représentant aujourd\u2019hui ce qu\u2019était la menace protestante pour l\u2019Église du XVIe siècle.Mais la situation actuelle est encore plus urgente »6, d\u2019a-jouter cet homme qui est aussi président de la Campagne Québec-Vie.Le désarroi des uns comme l\u2019enchantement des autres illustrent le caractère inédit et historique de l\u2019élection du cardinal Ratzinger.Les catholiques ne passaient pas seulement d\u2019un pape à un autre, ils voyaient entériné un programme idéologique très mordant, tout en donnant les clés de Saint-Pierre de Rome à l\u2019un des théologiens les plus redoutables que la hiérarchie catholique contemporaine ait connu.Terminé le temps du statu quo et du benoît accommodement avec les cultures modernes?«Aujourd\u2019hui, plus que jamais, d\u2019affirmer le cardinal Ratzinger (il y a 20 ans déjà), le chrétien doitêtre conscient d\u2019appartenir à une minorité et d\u2019être en opposition avec ce qui semble bon, évident et logique pour l'« esprit du monde », comme l\u2019appelle le N ouveau Testament»7.Pour Marco Veilleux, artisan de la revue Relations, une revue sociale-dé-mocrate appartenant aux Jésuites, l\u2019élection de Ratzinger est d\u2019abord signe de continuité, mais aussi de radicalisation.Il craint que le cynisme, l\u2019attitude autoritaire de Ratzinger, son obsession pour la morale notamment, ne deviennentpour plusieurs « la raison 136 2005 en sept polémiques finale pour quitter le navire ».A contrario de L.Gagnon, Marco Veilleux ne croitpas qu\u2019une nouvelle ère s\u2019annonce : l\u2019élection de BenoîtXVI, «n\u2019est qu\u2019un autre épisode au chapitre des trahisons du catholicisme post-Vatican II »8.Pour lui, peuple du Québec et membres de la hiérarchie catholique consommeront plus encore un « schisme collectif qui s\u2019est produit il y a longtemps déjà»9, bien avantlepontif-icat de Karol Wojtyla, en fait II faut remonter selon lui aussi loin qu\u2019à «Humanae vitae10 [pour trouver] la source de lourds contentieux qui perdurent toujours, [.] entre l\u2019Église etles Québécois »\u201c.Mais l\u2019arrivée de BenoîtXVI saura-t-elle freiner ce mouvement et amoindrir ce hiatus entre la foi et la culture, entre la religion catholique et le Québec post-Révolution tranquille?Si plusieurs en doutent, certains rêvent encore au retour massif des Québécois vers l\u2019autel.« Les Québécois ne forment pas un peuple, mais un troupeau, d\u2019affirmer sans ambages Luc Gagnon.Les choses peuvent donc changer très rapidement! [.] Au risque de perdre les « corps morts », on va enfin trancher : l\u2019ère Benoît XVI sera le glaive de la vérité! C\u2019est un calcul évangélique qui va faire germer un nouveau catholicisme»12.Le pari Ratzinger ou le nouveau style d\u2019Église sous Benoît XVI Il s\u2019agit effectivement de tout un pari : relancer le catholicisme québécois qui, malgré sa vitalité propre19, s\u2019éloigne toujours davantage de la culture québécoise depuis les années i960, en clarifiant les contenus doctrinaux, les prescriptions et les proscriptions, en critiquant les aléas du monde moderne, en clamant haut et fort les préceptes de la morale basée sur la loi naturelle, la Révélation et la tradition de l\u2019Église telle que définie par la Hiérarchie, tout cela en centrant l\u2019action pastorale sur la con-version individuelle et la reconnaissance des péchés en vue d\u2019accroître le nombre de catholiques, de rasséréner les croyants pratiquants et d\u2019encourager les vocations de qualité.Voilà grossièrement résumé le programme d\u2019action de BenoîtXVI, du moins celui déduit par plusieurs commentateurs à partir des écrits antérieurs du cardinal Ratzinger.Bref, pour le Québec, la gageure ecclésiale est énorme : par l\u2019énonciation répétée d\u2019af firmations et de critiques, s\u2019attaquer sans relâche à la «dictature du relativisme»14 afin de chercher à convertir un à un les individus d\u2019une des nations les plus progressistes de l\u2019Amérique, ce qui ne représente pas une mince tâche.Les concurrents sont nombreux et les moyens sont plutôt réduits.Aussi incertain soit le pari Ratzinger, c\u2019est un nouveau style d\u2019Église qui est ici mis en avant Si le catholicisme post-Vatican II insistait sur la primauté de la personne, sur l\u2019Incarnation et la notion d\u2019engagement, on se situe plutôt ici « dans la problématique ancienne : création, péché originel, rédemption»15.Plusieurs n\u2019hésitent d\u2019ailleurs pas à y voir une restauration de ce que les dominicains Chenu etCongar nommaient la « théologie baroque », toute empreinte de culpabilité, de légalisme et d\u2019autoritarisme16.Or, la théologie de Ratzinger se veut plus qu\u2019une restauration : elle n\u2019estpas pur retour à la tradition, mais un effort de synthèse idéologique que l\u2019on pourrait dire ultramoderne, en ce sens 137 2005 en sept polémiques qu\u2019elle cherche à dépasser une modernité qui n\u2019a pas su réaliser ses promesses .C\u2019est donc à partir de l\u2019identification des apories de cette dernière (notamment son incapacité à produire des normes de la Raison) et contre le relativisme qui se manifeste notamment dans l\u2019équivalence des normes et des valeurs typiques des sociétés pluralistes que sont ici réaffirmés les préceptes moraux légitimés par la loi naturelle religieuse.De ce lieu, sont alors proclamées des dites vérités concernant tantôt «le féminisme, l\u2019accès à la communion aux personnes remariées, l\u2019homosexualité, la théologie pluraliste et ouverte, la théologie de la libération [., tantôt] la supériorité de l\u2019Église catholique sur les autres grandes traditions religieuses et les États laïcs »I?.Les droits des femmes et des homosexuels À l\u2019aune de l\u2019histoire de l\u2019Église, est aussi formulée l\u2019une des critiques les mieux articulées de ce que J.Ratzinger nomme l'«idéologie libéral o-radicale de type individualiste, rationaliste, hédoniste »lS.Mais le rôle de Préfet de la Congrégation de la foi a sans doute favorisé une sorte de crispation de la posture théologique de Ratzinger.En 1991, il dénonce la «complicité des États qui permettent que des moyens colossaux soient consacrés à l\u2019avortement et à l\u2019euthanasie»; en 1997, il affirme un « non » ferme « pour toujours » aux demandes de sacerdoce féminin et va jusqu\u2019à réaffirmer le caractère infaillible de l\u2019enseignement à cet égard ; il décrira à maintes reprises l\u2019homosexualité comme « un mal moral » et un « un désordre objectif qui est contraire à la sagesse créatrice de Dieu»19; en juillet 2003, il rappellera le « devoir moral » des hommes politiques catholiques qui ont à « s\u2019opposer par tous les moyens » à la légalisation des unions entre personnes de même sexe.20 Pessimiste quant à la condition humaine21, la vérité semble, pour Ratzinger, intégralement à recevoir et non à faire22 : «un personnalisme outrancier a conduit certains théologiens à refuser l\u2019ordre interne, le langage de la nature [.], ne laissant à la sexualité - y compris conjugale -, pour tout point de référence, que le libre-arbitre de la personne»29.Par mollesse ou désir de reconnaissance, l\u2019Église a ainsi peu à peu renoncé à son premier devoir qui estde proposer aux hommes un sens autre, qui exprime «la différence du chrétien» par rapport aux modèles du « monde »24.Pour Ratzinger, elle doit se ressaisir.L\u2019Église n\u2019est pas l\u2019État: elle n\u2019est ni l\u2019incarnation de la volonté générale, ni le lieu de règlement des litiges identitaires.«Elle doit avoir conscience de sa mission spéciale : être pour ainsi dire l\u2019évasion hors des particularités du monde pour entrer dans la lumière de Dieu.»25 La vérité de l\u2019Église n\u2019a pas, pour lui, à céder aux requêtes et désirs des individus; au contraire, il faudra « morceau par morceau, détruire l\u2019apparence de sa coïncidence avec le monde et redevenir ce qu\u2019elle est : une communauté de croyants »26.Une telle position ne va pas sans conséquences pratiques : la pastorale des sacrements - notamment le baptême, le mariage etles funérailles -ne pourra logiquement plus être dispensée sans un examen minutieux de la foi et de la probité du ou des deman-deur(s).C\u2019est donc plus qu\u2019un nouveau style d\u2019Église qu\u2019on peut repérer dans 138 2005 en sept polémiques les écrits passés de Joseph Ratzinger et qui risque de se concrétiser sous le pontificat de Benoît XVI, ce serait bien plutôt une forme inédite de commu-nalisation de la foi catholique où les critères de pureté doctrinale, d\u2019intensité de la foi et de soumission aux prescriptions des meneurs semblent tenir davantage de l\u2019intransigeance de la secte que de la tolérance de l\u2019Église, comme le suggère la typologie du sociologue et théologien ErnstTroeltsch.27 Vers deux solitudes: culture québécoise et Église catholique Si l\u2019on cherche à estimer les probabilités de succès d\u2019un tel virage dans l\u2019Église, on doitprendre toute la mesure qui le sépare des mœurs des Québécois.À la lumière des statistiques, ce qui saute aux yeux, c\u2019est la grande différence entre les valeurs et opinions des Québécois et l'« ethos ratzingerien ».À la question «pour chacune des conduites suivantes, dites-moi s\u2019il s\u2019agit d\u2019une conduite immorale ou non ?», un peu moins de 73 % des Québécois jugent immoral d\u2019avoir une liaison extra-conjugale (bon dernier au Canada), 26,1 % estiment l\u2019homosexualité de la sorte (dernier au Canada, à égalité avec la Colombie-Britannique; très loin des Prairies avec ses 43,5 %).28,1 % des Québécois pensent que le suicide assisté d\u2019un malade par un médecin représente un acte immoral (dernier au Canada) et 16 % estiment qu\u2019avoir des relations sexuelles avant le mariage est un acte moralement répréhensible (encore dernier au Canada - la plus proche étant la Colombie-Britannique avec ses 26,8%; loin des Prairies et des provinces Atlantiques avec respective-ment4i,3 % et41,8 %)28.En matière de sexualité, un sondage récent vient illustrer l\u2019écart incroyable entre l\u2019idéal catholique et les mœurs des Québécoises.24 % de celles-ci avouent avoir eu plus de 10 partenaires sexuels au cours de leur vie ; 55 % affirment avoir eu leur première relation sexuelle avant 18 ans (23 % l\u2019auraient eue avant 15 ans)29.Quant au mariage, on remarquera la nette préférence des Québécois pour l\u2019union libre : près de 80 % de ceux-ci (au début des années 1990) entraient dans leur première union en union libre - seulement 20 % le faisant par mariage.C\u2019est plutôt 50% de mariage qui caractérisait la première union de la population du reste du Canada90.Les résultats du dernier recensement donnaient à voir que 5 8,2 % des familles du Québec étaient composées de couples mariés, par rapport à 70,5 % pour l\u2019ensemble du Canada ; mais il faut ajouter pour mieux situer cette statistique qu'« en 1996, 53 % des bébés québécois sont nés de mères non mariées, soit trois fois plus qu\u2019en Ontario et près de deux fois plus que la moyenne nationale »91.On apprenait, de plus, que le Québec a maintenant une proportion d\u2019union libre/population générale égale à la Suède (champion mondial des unions libres avec ses 30 %) et supérieure à des pays tels la Norvège (24,5%), la Finlande (18,7%) ou la France (17,5 %)92.Et la tendance ne semble pas se démentir, en dix ans, le pourcentage des unions libres au Québec a crû de 10%, soit deux à trois fois plus qu\u2019en Ontario, En matière de sexualité, un sondage récent vient illustrer Vécart incroyable entre Vidéal catholique et les moeurs des Québécoises.139 2005 en sept polémiques La stratégie conservatrice de la hiérarchie catholique est d\u2019autant plus risquée qu\u2019elle attaque plus qu\u2019un catholicisme de gauche, mais, indirectement, une part appréciable des valeurs et des idéaux qui ont su ériger le modèle québécois.dans les Prairies et en Colombie-Britannique**.Quant à la perception de l\u2019homosexualité, 47% des Québécois interrogés affirment qu\u2019ils sont à l\u2019aise avec l\u2019homosexualité et qu\u2019elle représente pour eux un « état normal » (contre 32% pour le reste du Canada).Toujours selon la même étude, 63 % des Québécois (contre 55% pour le reste du Canada)** accepteraient l\u2019union d\u2019un membre proche de leur famille avec une personne du même sexe; et 77% du même groupe accepteraient d\u2019assister au mariage de deux personnes homosexuelles (contre 63 % pour le reste du Canada, 49 % en Alberta)*5.Lorsqu\u2019on demande aux Canadiens s\u2019ils seraient favorables à ce que les « insultes ou injures homophobes soient réprimées aussi sévèrement que les insultes racistes ou antisémites », 75 % des Québécois sont totalement ou plutôt favorables à de telles mesures (contre 58% dans l\u2019ensemble du Canada; 52% en Ontario)*6.L\u2019étude Bibby sur l\u2019avenir de la famille vient confirmer ces données : selon cette recherche, 69% des Québécois catholiques acceptent l\u2019homosexualité (que ces derniers approuvent ou désapprouvent cette pratique) - contre 51 % chez les catholiques hors Québec ; les protestants (centre /gauche)*7 avec 62% et les protestants conservateurs avec 25 %.En ce qui a traita l\u2019adoption d\u2019enfants par les couples homosexuels, au fait que les cou- ples de même sexe soient capables de bien élever les enfants ou de donner aux couples homosexuels les mêmes avantages que les autres couples, les résultats du sondage de R, Bibby montrent que les catholiques du Québec ont à peu de choses près la même opinion que celle des protestants (centre / gauche).Notons finalement que dans un sondage où 76 % des Québécois se prononçaient en faveur du mariage des prêtres catholiques hétérosexuels, 40% des répondants donnaient leur aval au mariage des prêtres homosexuels.*8 L\u2019avortement, autre pratique jugée immorale par l\u2019Église, demeure exceptionnel chez l\u2019ensemble des femmes du Canada, mais est plus répandu au Québec (42,6 pour 100 naissances pour le Québec contre 31,1 pour 100 naissances pour l\u2019ensemble du Canada*9.En fait, sa «progression a été rapide à tous les âges, mais elle est plus marquée pour les groupes où l\u2019avortement était le plus fréquent: le taux se multiplie par plus de 5 à 15-19 ans et à 20-24 ans», soit environ de 4 pour 1000 femmes en 1975 à 25 en 1999 pour les 15-19 ans et environ de 6 pour 1000 femmes à 35 pour les 20-24 ans.4011 semble que cette augmentation ait coïncidé avec la Révolution tranquille : on dénombrait moins de 2000 avortements en 1971, on en décomptait quelque 30 000 en 1997, soit une augmentation de près de 10 000 par décade.41 En 2002, un sondage Gallup nous apprenait que 68% des Québécois interrogés trouvaient l\u2019avortement moralement acceptable42.En ce qui a trait au suicide assisté, les Québécois, ici encore, semblentplus ouverts à la reconnaissance de telles pratiques.À la question : « Si vous étiez 140 2005 en sept polémiques atteint d\u2019une maladie incurable qui vous occasionnait une souffrance extrême souhaiteriez-vous qu\u2019on vous aide à mourir?», 70,9% des Québécois ont répondu « oui » (contre 52,8 % pour l\u2019Ontario)43.Un sondage plus récent (dans la foulée du documentaire Manon, réalisé par Benoît Dutrizac et André Saint-Pierre) indiquait que 68% des Québécois réclameraient qu\u2019on les aide à mourir s\u2019ils étaient atteints d\u2019une maladie incurable et 79 % du même groupe considèrent qu\u2019il ne faut pas poursuivre en justice un proche ayant aidé à mettre un terme au jour d\u2019un malade incurable14.Toujours catholiques.malgré tout Il ne faudrait toutefois pas déduire de ces quelques chiffres que les Québécois n\u2019ont plus aucune attache au catholicisme, loin de là.Ici, habitudes de vie, valeurs, pratiques et appartenance religieuses ne vontpas nécessairement de pair.À la lecture du dernier recensement, on constate que malgré une augmentation de 56%, entre 1991 et 2001, du nombre de Québécois ayant déclaré n\u2019avoir aucune religion, ceux-ci ne représentaient que 5,6% de la population, alors que les «sans confession religieuse» forment près de 25 % de la population albertaine et près de 35% de celle de la Colombie-Britannique45.Seulement 7,8% des 0-35 ans se rangent parmi les «sans-religion» au Québec; les 15-24 ans avec leur 8,3% forment la catégorie de la population québécoise appartenant le moins à une religion46.Selon les données du recensement 2001, le catholicisme romain demeure la confession religieuse la plus populaire au Canada (12 793125, pour 43,2% de la population canadienne) - et on retrouve toujours le plus grand nombre de catholiques ainsi que la plus grande proportion de ceux-ci au Québec (5 930 385, pour 83,4% de la population québécoise).En 2001, 32,6% des Québécois se qualifiaient de «croyant pratiquant» (contre45,i% en Ontario)47 et 55,1% se classaient parmi les « croyants non pratiquants » (contre 38,5 % en Ontario)48.Si, au Canada, « seulement le cinquième (20 %) des personnes âgées de 15 ans et plus prenaient part aux services religieux de façon hebdomadaire en 2001, comparativement à 28 % en 1986», et que, de 1988 à 1998, la participation mensuelle (au moins une fois par mois) est passée de 41 % à 34\t%49, il demeure que, de 1986 81998, c\u2019est au Québec que la diminution a été la plus marquée, soit de 20 %.Le taux de pratique mensuelle y est passé de 48 % à 29 %, ce qui le place en 3e position des provinces les moins assidues à la messe, après l\u2019Alberta (29 %) et la Colombie-Britannique (27 %)50.Ajoutons qu\u2019on estime aujourd\u2019hui à 15 % le taux de fréquentation hebdomadaire à la messe catholique51 chez les Québécois et que 43 % des répondants à un sondage Crop / La Presse, effectué fin 2004 dans la province, ont affirmé ne pas avoir assisté à un service religieux de la dernière année52.Ce portrait n\u2019est pas radicalement différent chez les Québécois âgés de 35\tans et moins.On y constate que la religion a une importance similaire, et ce, dans des proportions tout aussi distinctes du reste du pays : « les croyances religieuses sont nommées par près de trois fois et demie plus de Canadiens que de jeunes Québécois (23 % par rapport à 8 %) comme critère influençant leur identité »55.Un sondage Crop/Radio- 141 2005 en sept polémiques Canada effectué auprès de jeunes Canadiens âgés de 16 à 35 ans à l\u2019été 2002 a montré une certaine permanence des croyances, des perceptions et des revendications faites à l\u2019Église chez les jeunes Québécois par rapport à la population adulte de la province.Soixante-dix pour cent des jeunes du Québec croient en Dieu (c.79 % pour le Canada) ; 63 % croient en Jésus (contre 77 % pour le Canada) ; 50 % croient que Dieu est peu ou pas présent dans leur vie (contre 73 % des jeunes Canadiens qui affirment que Dieu est présent ou très présent).Quatre-vingt-quinze pour cent des jeunes Québécois interrogés sont pour l\u2019utilisation de moyens contraceptifs ; 86% pour les relations sexuelles avant le mariage (contre 68 % au Canada) ; 69 % pour la reconnaissance du mariage entre conjoints de même sexe; 78 % pour le droit à l\u2019avortement (contre 50% au Canada) et 88% pour l\u2019ordination des femmes prêtres54.Si la religion catholique signifie toujours quelque chose dans le cœur des Québécois, toutes ces statistiques montrent à voir cependant que le fil qui relie encore pratique, valeur et appartenance s\u2019étiole de plus en plus.Et il n\u2019est pas du tout certain que la tournure idéologique du catholicisme actuel sache endiguer cette tendance.Les chiffres semblent plutôt indiquer que la morale de l\u2019Église sous Benoît XVI semble mieux se marier aux valeurs et mœurs du ROC (Rest Of Canada), particulièrement des Prairies, qui, comme le soulignait le sociologue albertain Bibby, connaît en ces heures un certain revival religieux55.Mais au Québec, se peut-il que le pari Ratzinger représente plutôt le risque d\u2019une rupture, comme une dernière poussée qui signe la fin d\u2019une longue époque?«L\u2019Église qui s\u2019efforce de se renouveler, affirmait le cardinal Ratzinger, se débarrasse des broussailles d\u2019une période historique qui se sont fixées sur elle et en elle [.] »56.Mais est-ce de toute la culture contemporaine du Québec dont l\u2019Église devra se débarrasser?Rupture des ponts Le cardinal Ratzinger l\u2019a répété maintes fois, l\u2019œuvre du concile Vatican II aurait été détournée de sa véritable signification et aurait conduit une part de l\u2019Église à sa déroute.L\u2019ennui avec une telle critique, du moins pour le Québec, c\u2019est que les croyants d\u2019ici ontmarché à plein dans le renouveau personnaliste et communautaire du catholicisme post-Seconde Guerre mondiale.Ce renouveau religieux, qui a largement été diffusé par les canaux de l\u2019Action catholique, a inspiré plusieurs acteurs et penseurs de la modernisation des institutions d\u2019encadrement social des années 1950-1960.Il fut même l\u2019un des foyers d\u2019idéaux et de valeurs les plus importants pour qui cherche à comprendre comment et surtout au nom de quoi une génération d\u2019intellectuels (celle proche de la revue Cité libre, notamment) a critiqué le régime cléricalo-dup-lessiste et ainsi cherché à sortir de la « Grande noirceur ».Même si, peu à peu, la référence religieuse s\u2019estompera, plusieurs idéaux progressistes de la Révolution tranquille seraient ainsi en partie issus de ce catholicisme renouvelé, qui conduira au concile Vatican II57.Les Québécois accueilleront sans doute défavorablement le pari Ratzinger et ses suites.Cela n\u2019est pas seulement dû à cet écart remarquable entre 142 2005 en sept polémiques l\u2019idéal proposé par Benoît XVI et l\u2019état de fait progressiste des mœurs, pratiques, perceptions et valeurs de la majorité des Québécois.Présentant une théologie en réaction aux errements de l\u2019éthique personnaliste des années 1950-1960, la stratégie conservatrice de la hiérarchie catholique est d\u2019autant plus risquée qu\u2019elle attaque plus qu\u2019un catholicisme de gauche, mais, indirectement, une part appréciable des valeurs et des idéaux qui ont su ériger le modèle québécois.Ce n\u2019est donc pas une simple position idéologique que combattra l\u2019Église sous Benoît XVI, c\u2019est toute une culture qui, pour les Québécois, s\u2019avère tout aussi moderne que nationale.Défiant la culture dans son ensemble; défiant le projet même de cette culture - dirait Jacques Grand\u2019Maison, un tel type d\u2019Église semble jouer d\u2019imprudence.Est-il possible qu\u2019un tel catholicisme «réifiant ainsi la foi, péchera par manque de loyauté à son peuple », comme le pense Marco Veilleux?58 Je ne saurais dire.Or, s\u2019il est une inquiétude sociologiquement fondée, c\u2019est le possible « effet pervers » d\u2019une telle radicalisation du catholicisme sur la morphologie culturelle du Québec.À trop insister sur l\u2019heure de vérité, sur « le temps du réveil des consciences et de la décision de la foi »59 selon l\u2019exhortation du cardinal Ouellet, l\u2019Église du Québec pourrait perdre en soup- lesse, en tolérance et affaiblir sa capacité d\u2019inscription de l\u2019expérience religieuse contemporaine.Mis en demeure de raccorder tout seuls le hiatus entre leur foi et leur culture, les Québécois se fatigueront peut-être de « tenir les deux bouts de la chaîne »6°.Cela pourrait paradoxalement accélérer un phénomène pourtant craint par l\u2019Église elle-même : l\u2019excul-turation du catholicisme québécois, c\u2019est-à-dire «la déliaison de l\u2019affinité élective que l\u2019histoire a établie en profondeur entre les représentations partagées des [Québécois] et la culture catholique»61.Au fur et à mesure qu\u2019un à un seront menacés les ponts entre la religion et la culture -etce, au nom même, dans ce cas, de la pureté de la foi - ce sont plus que quelques valeurs et représentations qui seront menacées de disparaître, mais une référence identitaire importante qui a traversé le Québec de la Nouvelle-France à nos jours.Partout, la logique des « born-again » semble triompher.Entre la mémoire d\u2019une culture oubliée et l\u2019oubli de la culture contemporaine, l\u2019articulation foi/culture s\u2019annonce périlleuse pour les citoyens du Québec.Au fur et à mesure qu\u2019un à un seront menacés les ponts entre la religion et la culture, c\u2019est une référence identitaire importante qui a traversé le Québec de la Nouvelle-France à nos jours qui est menacée.Notes 1\t« Entrevue.Le catholicisme au carrefour des nouvelles tendances », Revue Notre-Dame, janvier 2003, p.26 2\tSNYDER, Patrick, «L\u2019ère moderne n\u2019a qu\u2019à bien se tenir», La Presse, 20 avril 2005, p.A29.143 2005 en sept polémiques 3 Gilles ROUTHIERcité par Alain BOUCHARD et Éric MOREAULT, «L\u2019unité de l\u2019Église en danger, selon des théologiens », Le Soleil, 20 avril 2005, p.A3.4GisèleTURCOT citée par Louise-Maude RIOUX et Clairandrée CAUCHY, «Douche froide pour les catholiques progressistes du Québec», Le Devoir, 20 avril 2005, p.Ai.5\tHélène CHÉNIER citée par Ibid.6\tLuc GAGNON, Entretien téléphonique, 20 juillet 2005.7\tRATZINGER Joseph et Vittorio MESSORI, Entretien sur la Jot, Paris, Fayard, 1985, p.136.8\tMarco VEILLEUX, Entretien téléphonique, 22 juillet 2005.9\tIdem.10\tSur le contrôle des naissances et les méthodes contraceptives, 1968.11\tMarco VEILLEUX, « Ne cherchons plus le salut à Rome », EActualite, vol.30, n° 8,15 mai 2005.12\tLuc GAGNON, op.rit.13\tVoir Raymond LEMIEUX et Jean-Paul MONTMINY, Le catholicisme québécois, Sainte-Foy, Éditions de l\u2019LQ.R.C., 2000,141 pages.14RATZINGER, Joseph, «Extrait de l\u2019homélie lors de la messe pro eligendo Romano Pontifice du 18 avril 2005 - reproduit dans le site Web du journal La Croix.15\tROLLET, Jacques, Le Cardinal Ratzinger et la théologie contemporaine, Paris, Cerf, 1987, p.27.16\tDéjà en 1922, le philosophe Jacques MARITAIN faisait mention de l\u2019idée d\u2019ultramodernité à laquelle l\u2019Église pouvait contribuer en actualisant la tradition (et ses impératifs) à l\u2019aune des défis contemporains; voir notamment J.Maritain, «Préface» (1922), Antimodeme (1922), Oeuvres, 1912-1939, Paris, Desclée de Brouwer, 1975, pp.107-108.Sous un autre registre, notons que, depuis peu, cette notion a été conceptualisée dans divers travaux des sociologues de la religion Danièle Hervieu-Léger et Jean-Paul Willaime.17\tSNYDER, Patrick, op.rit.18\tRATZINGER, Joseph., Entretien sur la Jot, op.rit, pp.31-32.19\tRATZINGER, Joseph, cité par Claudette Samson, «Joseph Ratzinger, le pire choix, selon les gais», Le Soleil, 20 avril 2005, p.A4.20\tVoir Agence France Presse, «Joseph Ratzinger : des positions tranchées », Le Devoir, 20 avril 2005.21\tChristian TERRAS, Interview faite par Liberation, «Un pape aux convictions inébranlables», reproduits dans Le Devoir, 23 avril 2005, p.B3.22\tROLLET, Jacques op.rit., p.19.23\tJoseph et Vittorio MESSORI, op.rit., p.102.24\tRATZINGER, Joseph, et Vittorio MESSORI, op.rit, p.135.25\tRATZINGER, Joseph, Le sel de la terre.Le christianisme et l\u2019Eglise au seuil de IIIe millénaire.Entretiens avec Peter Seetvald, Paris, Flammarion/Cerf, 1997, p.263.26\tRATZINGER, Joseph Le Nouveau Peuple de Dieu, Paris, Aubier, 1971, p.135.27\tSur l\u2019hypothèse de la «sectarisation» de l\u2019Église catholique, voir l\u2019article de Jean Séguy, «Intensité et innovation dans le catholicisme actuel», in Jean SÉGUY, Conflit et utopie, ou rejormer l\u2019Eglise.Parcours wébérien en douze essais, Paris, Cerf, 1999, pp.433 à 452.144 2005 en sept polémiques 28\tSondage Presse Canadienne / Léger Marketing réalisé auprès de 1519 Canadiens du 8 au 13 janvier 2002 (marge d\u2019erreur de 2,6 %, 19 fois sur 20).Léger Marketing, Les Canadiens et {\u2019immoralité; rapport, 2002, p.7.29\tSondage Léger Marketing, / Journal de Quebec et Astral Média réalisé auprès de 1058 Québécoises du 26 au 31 janvier 2005 (marge d\u2019erreur de 3,01%, 19 fois sur 20).Léger Marketing, Les pratiques sexuelles des Québécoises, février 2005, Dossier: 11679-037.30\tVoir J.DUMAS et A.BÉLANGER, « Les unions libres au Canada à la fin du XXe siècle », in Rapport sur l'état de la population du Canada, 1996, Ottawa, Statistique Canada, 1997.31\tD\u2019après Statistique Canada, étude publiée le 8 juillet 1998 citée par Vincent Marissal, «L\u2019immigration surpasse les naissances », La Presse, 9 juillet 1998, p.Ai.32\tStatistique Canada, Projîl des/amilles et menâmes canadiens: la diversification se poursuit, Recensement 2001,22 octobre 2002, Catalogue : no.96F0030XIF2001003.33\tStatistique Canada, Recensement de 2001; tableau 97F005XCB01006.34\tSondage Léger Marketing / Gai écoute auprès de 1507 Canadiens du 3 au 11 juillet 2005 (marge d\u2019erreur de 2,6% /19 fois sur 20).Léger Marketing, Sondape d\u2019opinion auprès des Canadiens - Gai e'coute.Étude omnibus Pan Canadienne.Perception et opinion des Canadiens à l\u2019égard des personnes homosexuelles, mai 2005, dossier : 12717-007.35\tIbid.36\tSeulement 15 % des Québécois ne sont pas favorables à pareilles mesures.Léger Marketing, Les Canadiens et leur tolérance envers l\u2019homosexualité, Rapport, 2004, p.7.Source : Sondage Léger Marketing / Presse Canadienne réalisé auprès de 1511 Canadiens du 6 au 11 avril 2004 (marge d\u2019erreur de 2,6 % /19 fois sur 20).37\tD\u2019accord avec ces énoncés : l\u2019adoption d\u2019enfant par des couples homosexuels (47% catholiques du Québec et protestants centre-gauche du Canada), que les couples de même sexe soit capable de bien faire pour élever les enfants (61% catholiques du Québec et protestants centre-gauche du Canada) ou de donner à ceux-ci les mêmes avantages que les autres couples (55% catholiques du Québec et 52% protestants centre-gauche du Canada).Source: Reginald W.BIBBY, The futures Families Project, Vanier Institute of the Family, 2004.Reginald W.BIBBY, «Religion and Same-sex Debate», Press Release, University of Leithbridge, December 10th 2004, pp.3-4.38\tSondage Crop / La Presse réalisé auprès 1001 Québécois du 14 au 25 août 2003 (marge d\u2019erreur de 3 °/o /19 sur 20).Cité par Sophie ALLARD, « Le mariage des homosexuels divise les Québécois», La Presse, 27 août 2003, p.A7.39\tStatistique Canada, CANSIM, tableau 106-9013 et produit no.82-233-XIF au catalogue ; Institut sur la santé, 20 mars 2005.40\tEvelyne LAPIERRE-ADANCYK et Marie-Hélène LUSSIER, «De la forte fécondité à la fécondité désirée», in Victor PICHÉ et Céline LE BOURDAIS (dirs.), La démographie québécoise.Enjeux du XXIe siècle, Montréal, P.U.M., 2003, p.96.41\tFrançois BERGER, «Les naissances touchent un creux, les avortements un sommet.Compte-rendu des données récentes sur la fécondité publiées par le Bureau de la Statistique du Québec», La Presse, 30 janvier 1999, P.A20.42\tVoir Josephine MAZZUCA, «American and Canadian views on Abortion», The Gallup Organisation, September 24th 2002.Source : Sondage Gallup auprès de 1003 Canadiens du 21 au 27 août 2002 (marge d\u2019erreur de 3°/o/i9 fois sur 20).43\tSondage Léger Marketing / Presse Canadienne auprès de 1507 Canadiens, du 5 au 13 juin 145 2005 en sept polémiques 2001 (marge d\u2019erreur de 2,6 %, 19 fois sur 20).Léger Marketing, Étude sur les perceptions des Canadiens à l\u2019égard de l\u2019euthanasie, Rapport exécutif, 22 juin 2001, p.4.44\tSondage Léger Marketing / Télé-Québec auprès de 1000 Québécois entre le 27 et le 31 octobre 2004 (marge d\u2019erreur 3,4% / 19 fois sur 20).45\tStatistique Canada, Recensement 2001: série: «sondages», Les religions au Canada, 13 mars 2003, no.96F0030XIF2001015, p.12-19.«La croissance du nombre de personnes sans confession religieuse est liée à l\u2019immigration.Le cinquième des 1,8 million d\u2019immigrants arrivés au pays entre 1881 et 2001 a déclaré n\u2019avoir aucune religion.C\u2019est particulièrement le cas des personnes nées en République populaire de Chine, à Hong Kong (.] et à Taïwan.» Statistique Canada, Recensement 2001: sérié «analyse».Les Religions au Canada, op.cit, p.9.46\tStatistiques données et recomposées à partir de Statistique Canada, Recensement 2001,13 mai 2003, no.95F04050XCB2001003.Il est cependant à noter que l\u2019institut du Québec établit à 16% des hommes et à 12% des femmes ne s\u2019identifiant à aucune religion au Québec.Cité par Sylvie St-Jacques, « Croire à la dérobée », La Presse, 18 décembre 2004, p.A37.Il faudra attendre de nouvelles données pour expliquer cette différence et mieux identifier la tendance.47\tSondage Léger Marketing / Presse Canadienne auprès de 1507 Canadiens, du 5 au 13 juin 2001 (marge d\u2019erreur de 2,6%, 19 fois sur 20).Léger Marketing, Étude sur les perceptions des Canadiens à l\u2019egard de l\u2019euthanasie, Rapport exécutif, 22 juin 2001, p.7 48\tStatistique Canada, Recensement de 200, série « analyse », op.cit., p.6.49\tCLARK, Warren «L\u2019évolution de la pratique religieuse», Tendances sociales canadiennes, n° 59, hiver 2000, p.26.50\tIbid, p.29.51\tChiffre cité par David SAVOIE, «Sièges à combler», Le Droit, 5 avril 2005, Pulsion p.21.52\tRésultat cité par Nathalie COLLARD, «Les trois quart des Québécois croient à Dieu », Le Droit, 18 novembre 2004, p.3.53\tSondage Environics Research / Master Card Canada auprès de 2012 Canadiens entre le 7 et le 27 mars 2003 (marge d\u2019erreur de 2,2 % /19 fois sur 20).54\tSondage Crop / Radio-Canada auprès de 500 personnes au Canada de 16 à 35 ans, le 14 juillet 2002 (marge d\u2019erreur de 4,4% /19 fois sur 20).Résumé dans Fabien DEGLISE, «Sondage - Un Québec distinct jusque dans ses pratiques religieuses », Le Devoir, 22 juillet 2002.55\tVoir, entre autres, Reginald W.BIBBY, Retless Gods.The Renaissance of Religion in Canada, Toronto, Stoddart, 2002 et Restless Chrurches.How\u2019s Canada\u2019s Churches Can Contribute To The Emerging Religious Renaissance, Saint-Paul University, Novalis, 2004.56\tRATZINGER, Joseph, Le Nouveau Peuple de Dieu, op.cit, p.128.57\tMEUNIER E.-Martin, et Jean-Philippe WARREN, Sortir de la «Grande noirceur».L\u2019horizon « personnaliste» de la Revolution tranquille, Sillery, Éditions du Septentrion, Collection «Cahiers du Septentrion » no.22,2002, 209 pages.58\tVEILLEUX, Marco, Entretiens.,., op.cit.59\tOUELLET, M^Marc, Homélie inaugurale à l\u2019occasion de l\u2019Eucharistie marquant le début de son ministère pastoral comme Archevêque de Québec, Basilique de Québec, 26 janvier 2003.60\tMOUNIER, Emmanuel, L\u2019affrontement chrétien (1945), Œuvres, tome 3, Paris, Seuil, 1961, p.33.61HERVIEU-LÉGER, Danièle, Catholicisme, Iajïn d\u2019un monde, Paris, Bayard, 2003, p.97.146 2005 en sept polémiques Les écoles juives privées dans la tourmente Pierre Anctil Directeur de l\u2019Institut d\u2019etudes canadiennes.Université d\u2019Ottaiva Il y a plus d\u2019un siècle que l\u2019on débat à Montréal de la place des élèves de confession juive dans le système scolaire québécois.En fait, la question des écoles juives reste une des plus marquantes de l\u2019historiographie québécoise et ceci à plus d\u2019un titre.La Confédération de 1867 avait mis en place au Québec, par le biais de l\u2019article 93 de la constitution, un réseau scolaire confessionnel public où les représentants de deux grandes religions se voyaient confier des responsabilités directes de gestion de l\u2019enseignement, soit le catholicisme et le protestantisme, à l\u2019exclusion de toutes les autres.L\u2019affaire ne se présentait pas trop mal à cette époque car le Canada ne comptait à la fin du XIXe siècle qu\u2019un nombre très réduit de citoyens ne partageant pas la tradition chrétienne.Tout changea quand débuta vers 1900 la grande migration juive en provenance d\u2019Europe de l\u2019Est En 1931, quand ce mouvement démographique commence à s\u2019essouffler, Montréal compte environ 60 000 Juifs et le yiddish est devenu la troisième langue la plus parlée à Montréal après le fiançais et l\u2019anglais.Les Juifs, dont les pères de la Confédération etles leaders religieux du temps n\u2019avaient guère tenu compte dans leurs discussions constitutionnelles, se voyaient tout simplement exclus du réseau scolaire québécois du fait qu\u2019ils ne pratiquaient aucune des deux religions dominantes du Canada.Un jugement du Conseil privé de Londres confirma en 1928, à l\u2019occasion de la cause Hirsch, que les adeptes du judaïsme ne possédaient aucun droit relativement aux commissions scolaires confessionnelles et publiques déjà en place depuis un demi-siècle à Montréal.La question resterait ouverte jusqu\u2019aux années soixante.Les élèves juifs ne pouvant attendre que les cours de justice portent un regard sur leur statut légal au regard de l\u2019instruction publique, une loi provinciale datant de 1903 avait paré au plus pressé en déclarant que ceux-ci seraient considérés à des fins éducatives comme des protestants.En clair, cela signifiait que le clergé catholique, responsable du réseau scolaire de même nom et largement francophone, ne pouvait se résoudre pour des raisons doctrinales 147 2005 en sept polémiques à admettre des Juifs sur les bancs de leurs écoles.Ces derniers se dirigèrent donc en masse dès le tout début du XXe siècle vers des maisons d\u2019enseignement tenues par des anglophones protestants, avec les conséquences linguistiques et culturelles que l\u2019on sait Dès 1910 Voyant de part et d\u2019autre leur place sans cesse remise en question dans les écoles publiques confessionnelles, des activistes juifs fondèrent dès les années 1910 à Montréal un réseau d\u2019institutions scolaires privées allant des plus séculières aux plus orthodoxes, dont certaines prirent selon les périodes une forte coloration sioniste, socialiste ou encore communiste.À la fin des années 1930, les Juifs formaient le quart de la clientèle des écoles protestantes montréalaises, où leurs parents ne pouvaient ni voter ni briguer des postes de direction.Au même moment, les maisons d\u2019enseignement juives privées s\u2019étaient tellement développées que près de la moitié de la population juive y inscrivait ses enfants.Ces tendances se maintiendraient jusqu\u2019au début du XXIe siècle, sinon iraient s\u2019accentuant Il fallut attendre les grands bouleversements de structure mis en place par la Révolution tranquille pour que la question des étudiants juifs trouve un début de solution dans le monde scolaire québécois.Héritant d\u2019un réseau catholique privé très performant, plutôt que de la démanteler, les premiers titulaires du ministère de l\u2019Éducation créé en 1964 avaient préféré l\u2019intégrer au système nouvellement mis en place.Des subventions importantes furent donc accordées dès cette période aux maisons d\u2019enseignement privées que l\u2019Église animait sur une base confessionnelle depuis plusieurs siècles au Québec.Pour ne pas créer de nouveaux déséquilibres dans un milieu où les compartimentations confessionnelles continuaient d\u2019exister, le gouvernement choisit d\u2019offrir au cours des années i960 un certain soutien financier aux écoles juives privées existantes, soit tout près d\u2019une vingtaine en tout.Des conditions Un statut d\u2019institution associée fut donc imaginé où 80 % des coûts d\u2019opération étaient remboursés à la structure communautaire juive, et où les programmes d\u2019enseignement séculiers se trouvaient assujettis aux critères du ministère de l\u2019Éducation.Ce chiffre fut plus tard ramené à 60 %, ce qui correspond en gros à la proportion dont nous discutons toujours actuellement.Quelques années après la réforme scolaire de 1973 portant sur l\u2019impôt scolaire, et à la suite en 1977 de l\u2019élection pour la première fois des commissaires au suffrage universel dans l\u2019tle de Montréal, les subventions aux écoles juives privées furent assujetties à l\u2019obligation d\u2019utiliser le français comme langue d\u2019enseignement pendant quatorze heures par semaine.D\u2019autres changements fondamentaux de perspective attendaient encore le réseau scolaire public québécois, dont l\u2019obligation à partir de 1977 pour les immigrants d\u2019inscrire leurs enfants à l\u2019école francophone, etl\u2019amendement constitutionnel de 1998 créant au Québec des commissions scolaires non plus confessionnelles mais linguistiques.En 1990, le moratoire imposé quant à la reconnaissance de nouvelles écoles dites ethnoreligieuses privées, c\u2019est-à-dire de foi ni catholique ni 148 2005 en sept polémiques protestante, était levé par le gouvernement de Robert Bourassa.À la faveur de cette libéralisation, des écoles arméniennes, grecques orthodoxes et musulmanes obtenaient les mêmes avantages financiers et le même statut que les institutions d\u2019enseignement juives fondées dès le début du XXe siècle par les immigrants est-européens.De fait, à cette époque, l\u2019entente conclue vingt ans plus tôt avec les écoles de la communauté juive fut tout simplement étendue sur les mêmes bases à de nouvelles confessions.Depuis, une forte immigration en provenance de l\u2019Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de l\u2019Inde a permis l\u2019établissement au Québec de plusieurs dizaines de milliers de musulmans, de sikhs et d\u2019adeptes de diverses autres religions non-chrétiennes, qui souhaitent ardemment voir les établissements d\u2019enseignement privés qu\u2019ils ont fondé reconnus par l\u2019État.Pendant que le monde de l\u2019éducation traversait une tourmente sans précédent du fait de la déconfessionnalisation du secteur public et de l\u2019arrivée dans les commissions scolaires francophones d\u2019une importante clientèle allophone autrefois dirigée vers leurs équivalents protestants anglophones, les écoles juives privées montréalaises maintenaient le cap en attirant bon an mal an près de 6000 étudiants, pour la grande majorité nés au pays depuis plusieurs générations.Financées par les parents, par la communauté juive et par le ministère de l\u2019Éducation, les institutions scolaires juives comptent parmi les plus performantes et les mieux gérées au Québec, comme le révèlent régulièrement les classements annuels publiés dans les médias.En soi, rien donc ne permettait de prévoir au début de 2005 que la question des écoles juives prendrait soudainement le devant de la scène, au point de devenir pour le public un des symboles les plus ancrés de la gestion erratique du gouvernement Charest.Une controverse inattendue De fait, et c\u2019est là un des éléments les plus importants de cette affaire, ni les parents juifs concernés, ni les enseignants de ces dif férentes institutions, ni les différentes composantes de la structure communautaire juive, dont le Congrès juif canadien, ne furent mis au parfum des tractations qui avaient lieu entre certains leaders juifs et les autorités publiques.Tout indique plutôt que la proposition de financer à 100 % cinq écoles juives fut déposée au cours de l\u2019automne 2004 par les hautes instances de la Fédération CJA, l\u2019organisme central chargé de planifier et de coordonner une prestation de services aux quelque 93 000 Juifs montréalais, et ce dans des domaines aussi divers que la santé, les services sociaux, la philanthropie, la culture, l\u2019éducation et les loisirs.De la même manière, ni les militants du Parti libéral du Québec, ni les députés de cette formation politique à Québec, ni les membres du cabinet Charest, à l\u2019exception peut-être du ministre de l\u2019Éducation, ne furent associés de près à la décision finale d\u2019offrir 100 % de financement à cinq écoles juives privées, assortie d\u2019une associa- Voyant leur place sans cesse remise en question dans les écoles publiques, des activistes juifs fondèrent dans les années 1910 un réseau d\u2019écoles privées.149 2005 en sept polémiques Les écoles juives privées montréalaises attirent bon an mal an près de 6000 étudiants, pour la grande majorité nés au pays depuis plusieurs générations.tion avec une commission scolaire montréalaise.On en veutpour preuve l\u2019information parue le 20 janvier 2005 à l\u2019effet que la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, avait refusé le mois précédent d\u2019avaliser sur le plan administratif le transfert des 10 millions de dollars nécessaires à la mise en place de la mesure, geste plus tard contourné de manière politique pendant une absence de la première intéressée.Il en va de même pour les fonctionnaires et les instances consultatives du ministère de l\u2019Éducation, dont le Comité sur les affaires religieuses qui avait déposé en mars 2003 auprès du ministre de l\u2019époque un avis intitulé : Rites et symboles religieux à l\u2019école.Défis éducatifs de la diversité.La décision de financer à 100 % fut annoncée le 7 décembre 2004 par le ministre de l\u2019Éducation Pierre Reid, à l\u2019occasion de l\u2019inauguration à l\u2019école Talmud Torah d\u2019une bibliothèque incendiée quelques mois auparavant Elle ne fut relevée par aucun média, sans doute parce que peu de gens comprirent sur le coup la portée de la mesure, y compris les membres de l\u2019Opposition officielle, etsurtoutparce qu\u2019aucun communiqué de presse officiel ne fut émis à cette occasion.L\u2019affaire fut présentée pour la première fois au grand public par Le Devoir dans son édition du 13 janvier 2005.En page titre le quotidien montréalais an-nonçaitce jour-là qu\u2019une subvention de 5 200 $ serait bientôt accordée par le ministère de l\u2019Éducation à chaque en- fant inscrit dans certaines écoles juives, soit 100% des coûts d\u2019opération réguliers pour une institution de ce type.L\u2019entente était assortie d\u2019une association formelle avec les commissions scolaires Marguerite-Bourgeois et Lester B.Pearson, qui pouvaient conserver une petite fraction de la somme à titre de frais administratifs.Un porte-parole du ministre Reid déclarait alors : « Ce n\u2019est pas une entente basée sur des considérations religieuses [.] c\u2019est une entente historique dans le but de favoriser les échanges culturels [.] et l\u2019apprentissage interculturel chez les jeunes en milieu scolaire.» Le lendemain, 14 janvier 2005, Le Devoir enregistrait une série de réactions très senties à cette nouvelle, dont les commentaires favorables du Conseil musulman de Montréal, par la voix de son président l\u2019imam Salam Elmenyawi, de l\u2019Association des parents catholiques et de la Fédération des établissements d\u2019enseignement privé du Québec.Toutes ces organisations voyaient dans le financement des écoles juives un précédent ouvrant la porte à des accommodements ou à des concessions de l\u2019Étatface à l\u2019enseignement religieux et face au réseau scolaire privé.D\u2019autres intervenants y allaient toutefois de propos cinglants et fort hostiles contre la mesure, dont la Coalition pour la déconfessionnalisation du système d\u2019éducation, présidé par Louise Laurin, le Mouvement laïque du Québec animé par Daniel Baril ainsi que les grandes centrales syndicales du Québec dont la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ).Le 15 janvier 2005, Michel David, chroniqueur au Devoir, signait un 150 2005 en sept polémiques réquisitoire très serré contre la décision prise par le ministre Reid, intitulé : « La connerie».Dénonçantle lien faitpar le ministre entre l\u2019incendie criminel à l\u2019école Talmud Torah de Saint-Laurent, en avril 2004, et le financement à 100%, David écrivait : «Loin de favoriser de meilleurs rapports entre la communauté juive et les autres composantes de la société québécoise, la décision de M.Reid risque au contraire de renforcer les préjugés dont cette communauté est l\u2019objet».Dans un autre ordre d\u2019idée David soulevait: «Alors que le système public crie famine, comment justifier que l\u2019État accorde un financement équivalent à des écoles privées financées par des enfants dont les parents ont les moyens de payer des droits de scolarité de 7 000 $ par an.» Pour ce commentateur politique, aller de l\u2019avant avec cette mesure risquaitaussi d\u2019attiser l\u2019appétit d\u2019autres communautés culturelles minoritaires laissées pour compte jusque-là.Le 15 janvier, toujours dans Le Devoir, deux opinions contradictoires sur la question étaient présentées dans la page des lecteurs, soit celle favorable de Daniel Racine, directeur des services scolaires à l\u2019école arménienne Sroup Hagop, et celle nettement plus critique d\u2019Anne Laperrière, professeur de sociologie à l\u2019UQAM.Le même jour, le financement à 100 % était dénoncé par la Fédération des commissions scolaires du Québec et par la présidente de la Fédération des comités de parents du Québec.Au même moment, dans La Presse du 15 janvier, Gérard Bouchard, professeur à l\u2019UQAC, faisait paraître un texte intitulé: «Unedécisionprécipitée».La charge était complétée le 17 janvier par une opinion d\u2019André Pratte, éditorialiste à La Presse, exigeant que le gouvernement se ressaisisse et abandonne la mesure avant que trop de dommage ne soit fait au milieu scolaire et dans le domaine des relations interculturelles.Le débat ne prit toutefois une tournure catastrophique que le 18 janvier 2005, et de la manière la plus dommageable possible, c\u2019est-à-dire quand le journal La Presse insinua qu\u2019il fallait rattacher cette décision politique à une campagne de financement très réussie, menée en novembre 2004 auprès des électeurs de la communauté juive par le parti libéral du Québec.En somme, le gouvernement Charest agissait dans ce dossier en favorisant pour des raisons partisanes une communauté réputée pour ses sympathies libérales.Jusque-là la réaction à l\u2019affaire n\u2019avait touché que des commentateurs chevronnés ou des dirigeants d\u2019organismes liés à l\u2019éducation.Il n\u2019avaitfallu que cette allusion au favoritisme politique pour que la question se retrouve le 19 janvier, sous un jour négatif, à la une de tous les quotidiens montréalais et dans toutes les salles de nouvelles des médias électroniques.Aussitôt, en quelques heures, la mesure proposée se mérita une réprobation quasi universelle, non seulement en éditorial de La Presse, du Devoir et de la Gazette, mais aussi semble-t-il dans l\u2019ensemble de l\u2019opinion publique autant francophone qu\u2019anglophone.Un sondage publié le 19 janvier par Léger Marketing révélait en effet que 89% de la population québécoise refusait de laisser le ministre Tout indique que la proposition de financer à 100% cinq écoles juives fut déposée au cours de Vautomne 2004 par les hautes instances de la Fédération CJA.151 2005 en sept polémiques de l\u2019Éducation mettre en application son projet de financement des écoles juives.Pendant qu\u2019un déluge de protestations s\u2019abattait sur le gouvernement libéral, le 19 janvier en après-midi, craignant sans doute que des retombées encore plus néfastes pour sa propre carrière politique, le premier ministre reculait au cours d\u2019une conférence de presse improvisée et enterrait définitivement la mesure.En soi, le financement à 100% des écoles juives privées n\u2019avait rien d\u2019illégitime.Certaines écoles grecques primaires bénéficiaient déjà de cette mesure.Relations interculturelles ou déficit financier à combler?En soi, le financement à 100 % des écoles juives privées n\u2019avait rien d\u2019illégitime ou d\u2019inacceptable dans les circonstances.Certaines écoles grecques primaires bénéficiaient déjà de cette mesure depuis plusieurs années, en association avec la commission scolaire de Montréal.N\u2019eut été de la manière dont le gouvernement s\u2019y est pris pour annoncer sa décision, et de la façon dontil comptait justifier la mesure, il y a fort à parier que le débat aurait été plus serein et plus réfléchi.Dans un texte publié le 18 janvier dans Le Devoir, Sylvain Abitbol, le président de la Fédération CJA, faisait appel à l\u2019importance de relations interculturelles harmonieuses entre jeunes issus de la communauté juive et ceux appartenant aux autres traditions culturelles et religieuses présentes au Québec.Il insistait ensuite pour affirmer que : « Le véritable enjeu de cette initiative est l\u2019intégration.» Prenant la parole presque au même moment, le premier ministre Charest et son ministre de l\u2019Éducation évoquaient à leur tour la nécessité d\u2019un rapprochement et d\u2019une participation plus poussée des Juifs à la société québécoise : « L\u2019objectif poursuivi, c\u2019estl\u2019intégration de tous les citoyens du Québec à la communauté québécoise.» Or il n\u2019est pas nécessaire d\u2019être un grand clerc pour constater que les Juifs de Montréal se trouvent parfaitement à l\u2019aise dans la vie économique et politique québécoise, et que les excellentes écoles privées fréquentées depuis longtemps par les jeunes de la communauté suffisent amplement à les préparer à leurs responsabilités de futurs citoyens.Plutôt, il aurait été plus juste de mentionner que ces institutions, pour performantes qu\u2019elles soient sur le plan intellectuel et scolaire, souffrent d\u2019un déficitannuel d\u2019opération déplus de deux millions de dollars, que la Fédération CJA cherche à combler depuis longtemps par un moyen ou par un autre, dont le recours à une aide gouvernementale accrue.Surtout, le gouvernement libéral se fit un tort immense en promettant une aide monétaire accrue à une seule communauté parmi les quatre qui bénéficiaient déjà de subventions scolaires à titre de minorités ethnore-ligieuses.Dans un contexte démocratique et empreint d\u2019un esprit de libéralisme civique, favoriser un groupe identitaire au sein de la population plutôt qu\u2019un autre revêtait un caractère odieux et arbitraire, à moins de prouver que des formes de discrimination clairement établies ne viennent d\u2019une manière ou d\u2019une autre entraver la marche de ses membres vers l\u2019équité.152 2005 en sept polémiques Or rien dans l\u2019argumentation du ministre Reid ne suggérait que les Juifs souffrent présentement d\u2019entraves ou d\u2019injustices criantes au sein de la société montréalaise ou québécoise, justifiant notamment des privilèges particuliers au niveau scolaire.Les leaders communautaires juifs qui s\u2019exprimèrent en public dans ce contexte ne firent pas non plus allusion à des enjeux de défavorisation criants, sauf pour mentionner l\u2019incendie criminel à l\u2019école Talmud Torah dont on savait à cette époque qu\u2019il avait été allumé par un individu isolé.Certes des préjugés et des formes d\u2019ignorance persistent toujours à l\u2019encontre des Juifs au sein de la population francophone, mais qui ne sontpas une menace immédiate et insistante pour les premiers intéressés.Tant qu\u2019à y être, le ministre Reid aurait sans doute été mieux inspiré de promettre des mesures égales à l\u2019endroit de toutes les minorités religieuses ou de toutes les écoles confessionnelles privées.Le tollé soulevé contre de tels avantages financiers aurait sans doute été tout aussi as-sourdissant, mais au moins il aurait permis d\u2019éviter d\u2019isoler une communauté qui a dû affronter seule dans les circonstances l\u2019opprobre des médias et de l\u2019opinion publique.En fin de compte, l\u2019affaire du financement à ioo % n\u2019aura servi qu\u2019à jeter les Juifs montréalais en pâture à l\u2019opinion, confortant ainsi certains secteurs de la population québécoise dans leurs stéréotypes négatifs des minorités.Mauvaise évaluation des risques L\u2019hécatombe qui a suivi le dévoilement par les médias de la mesure Reid montre bien que le gouvernement n\u2019avait pas su évaluer les risques inhérents à un enjeu aussi sensible au sein de la société québécoise.Jamais autant de commentateurs et de porte-parole ne seraient montés aux barricades pour une affaire ne concernant strictement que le milieu scolaire, et jamais la déroute du gouvernement n\u2019aurait été aussi complète s\u2019agissant d\u2019une question plutôt technique ou purement administrative.En fait le financement à ioo % des écoles juives s\u2019en prenait de front à rien de moins que la question de la laïcité au sein de la société québécoise, débat dont on sait qu\u2019il est loin d\u2019être résolu et qui soulève des passions liées à la place des femmes dans les grandes traditions religieuses, à la légalité tribunaux islamiques et au rôle de l\u2019État dans la gestion de l\u2019espace public.En prenant une pareille décision en décembre 2004, le premier ministre Charest donnait entre autre l\u2019impression de vouloir réduire la neutralité récemment acquise du réseau scolaire public face aux croyances religieuses de toutes sortes.Il ouvrait également la voie à des subventions accrues pour les institutions d\u2019enseignement privées de tout acabit, et ce, à un moment où les écoles publiques encaissaient des reculs budgétaires notables.Surtout, il remettait en question l\u2019équilibre difficilement acquis depuis la Révolution tranquille dans le domaine du financement des écoles confessionnelles privées et des écoles ethniques.De toute évidence, toucher impunément à autant de questions névralgiques, dont l\u2019histoire québécoise récente montre qu\u2019elles ont en général été résolues au prix de beaucoup de difficultés et au milieu de débats déchirants, ne pouvait mener qu\u2019à un fiasco de pre- 153 2005 en sept polémiques L\u2019hécatombe qui a suivi montre que le gouvernement n\u2019avait pas su évaluer les risques inhérents à un enjeu aussi sensible au sein de la société québécoise.mier ordre.Rarement la retraite d\u2019un gouvernement québécois fut aussi brutale sur une question d\u2019intérêt public et aussi précipitée.Visiblement, ni le premier ministre ni le ministre Reid n\u2019étaientpréparés à devoir affronter la colère quasi unanime des citoyens sur une décision en apparence aussi sectorielle.Nul ne peut prédire aujourd\u2019hui quelles seront les retombées à long terme de cette affaire.À la lumière de ce qui s\u2019est passé en janvier 2005, il est toutefois possible d\u2019affirmer sans trop se tromper que le débat autour des écoles juives, auquel nous venons d\u2019assister, risque de rester dans la mémoire collective pendant plusieurs années encore, sinon pendant des décennies.Il y a fort à parier en effet que le financement à 100 % refera surface chaque fois qu\u2019il s\u2019agira de délimiter la responsabilité de l\u2019État face aux croyances religieuses et face à leur enseignement dans le milieu scolaire.Pour la communauté juive il y a là un contexte nouveau qui pourrait s\u2019avérer rien de moins que catastrophique.L\u2019opinion publique québécoise a été si braquée contre toute intervention gouvernementale accrue dans les institutions d\u2019enseignement juives, que des voix rendues encore plus insistantes par les derniers événements s\u2019élèveront pour réclamer l\u2019abolition pure et simple de telles pratiques budgétaires de la part de l\u2019État Les écoles privées aussi seront touchées par une telle vindicte, même celles qui se réclament entièrement laïques.Il en va de même de toute forme apparente de fragmentation communautaire ou identitaire que des immigrants récents voudront promouvoir sur la place publique afin de faciliter leur intégration à la majorité.Quoi qu\u2019il en soit des écoles juives en particulier, le tempête de janvier 2005 montre que le débat sur la question religieuse ne fait que s\u2019engager au Québec et qu\u2019il est promis à un bel avenir, comme dans toutes les sociétés occidentales d\u2019ailleurs.Assurément il ne sera plus possible dorénavant dans ce dossier d\u2019agir de manière irréfléchie et désinvolte, ou de faire avancer les intérêts d\u2019une seule communauté au détriment de toutes les autres.154 2005 en La saga du CHUM Kathleen Lévesque Journaliste, Le Deuolr Le gouvernement du Québec vient de s\u2019engager dans le plus important projet d\u2019immobilisation en santé depuis 40 ans en donnant, en mars 2005, le coup d\u2019envoi à l\u2019implantation du Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM) au centre-ville.Pour y parvenir, il aura toutefois fallu qu\u2019il traverse un débat houleux de quatre mois marqué par son indécision politique et sa difficulté à résister au lobby de l\u2019establishment financier.Le débat s\u2019engage à l\u2019automne 2004 alors que la dynamique paraît irréversible.Un regroupement de gens d\u2019affaires a discrètement usé de tout son poids et la décision de construire le CHUM à Outremont est attendue pour la mi-décembre.Cette coalition d\u2019intérêts est animée notamment par la famille Desmarais de Power Corporation.Les acteurs économiques du secteur se montrent hésitants à délèndre le site du centre-ville, pourtant favorisé dans le monde de la santé.La classe politique est également muette.La Ville de Montréal adopte son plan d\u2019urbanisme qui prévoit la consolidation des activités hospitalières ainsi que les centres de recherche au centre-ville.Mais en coulisse, l\u2019administration du maire Gérald Tremblay s\u2019enthousiasme pour le projet à Outremont; des avis extérieurs sont demandés afin de contrer l\u2019avis négatif des professionnels municipaux.Les élus locaux ne savent plus sur quel pied danser.Les députés se réfugient également dans le silence.Les libéraux voient poindre une bataille entre le premier ministre Jean Charest et le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard.Quant aux péquis-tes, toute prise de position dans le débat risque de mettre en lumière leur propre inertie dans le dossier depuis 1995 lorsqu\u2019ils formaient le gouvernement.Dans l\u2019espoir de renverser cette tendance, des organismes communautaires du centre-ville décident de former une alliance et d\u2019alerter l\u2019opinion publique.Mais c\u2019est peine perdue.Si quelques mois plus tôt, le dossier de la centrale thermique du Suroît avait soulevé un tollé dans la population, l\u2019emplacement du CHUM n\u2019émeut guère.La coalition ne réussitpas à mobiliser la société civile.Elle servira toute- sept polémiques Philippe Couillard 155 2005 en sept polémiques fois à légitimer l\u2019intervention officieuse d\u2019autres acteurs auprès des médias.À compter de la mi-novembre, Le Devoir publie plusieurs informations qui contribuent à animer le débat.Cette médiatisation du dossier viendra bousculer le pacte informel qui semble lier les promoteurs d\u2019Outremont et le gouvernement de Jean Charest.Mulroney-Johnson pour le centre-ville Rien ne laissepourtanten-trevoir une controverse d\u2019une telle ampleur sur le choix de l\u2019adresse à donner au futur CHUM lorsqu\u2019en avril 2004, la Commission d\u2019analyse des projets d\u2019implantation du CHUM et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), coprésidée par l\u2019ancien premier ministre du Canada, Brian Mulroney, et l\u2019ancien premier ministre du Québec, Daniel Johnson, dépose son rapport.La population croit alors que le dossier est clos.Après tout, en arrivant au pouvoir un an plus tôt, les libéraux avaient rejeté le gigantisme des superhôpitaux et établi de nouvelles balises budgétaires correspondant à la capacité financière de l\u2019État québécois.L\u2019impression sera renforcée au mois de juin suivant alors que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, fàitsienne la recommandation de la commission Mulroney-Johnson d\u2019ériger le CHUM au centre-ville.Mais depuis des mois, un autre projet circule et fait l\u2019objet d\u2019un jeu de coulisses assidu.Le recteur de Daniel Johnson fait la démonstration de l\u2019explosion des coûts, de la pénurie de services directs à la population, des retards de réalisation et du transport ferroviaire dangereux à proximité du CHUM.l\u2019Université de Montréal, Robert Lacroix, s\u2019active auprès du cabinet du premier ministre pour forcer une révision de la position gouvernementale.Il plaide en faveur de la création non plus d\u2019un hôpital universitaire, mais d\u2019une cité du savoir et de la santé où la « synergie des intérêts» aurait des allures de «projet de société».M.Lacroix sait se montrer convainquant Il s\u2019estnotammentassocié à l\u2019influent fondateur de Power Corporation, Paul Desmarais, un libéral notoire.M.Desmarais a obtenu que CP accepte de vendre son immense terrain (l\u2019ancienne gare de triage) à Outremont.Des consultants sont appelés en renfort pour étayer le projet Des analyses d\u2019impact, des plans préliminaires, une évaluation financière sont présentés à Québec.Une technopole La vision du recteur est claire: pour prétendre à un calibre international, le CHUM doit être érigé sur le même site que la faculté de médecine et les centres de recherche.De plus, Robert Lacroix soutient que son institution est à l\u2019étroit sur le flanc nord du mont Royal et que la gare de triage du Canadien Pacifique (CP) située à Outremont offre la possibilité pour l\u2019Université de Montréal d\u2019y prendre de l\u2019expansion aux côtés du CHUM.Jean Charest est séduit par le concept de tehnopole.Le gouvernement débloque des fonds pour que la direction de l\u2019actuel CHUM entreprenne différentes études sur la possibilité de construire le CHUM à Outremont.Un avis complémentaire est demandé à Daniel Johnson.Un comité interministériel impliquant sept ministères est mis sur pied et l\u2019Agence 156 2005 en sept polémiques de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal doit faire l\u2019analyse de la distribution des services.Tout se fait en secret.Lorsque l\u2019ampleur du soutien accordé au projet d\u2019Outremont est révélée et le manque de transparence dans le processus décisionnel d\u2019un tel dossier du même coup, la controverse explose littéralement La direction de l\u2019actuel CHUM et le rectorat de l\u2019Université de Montréal entrent dans une guerre de chiffres: 170 millions les séparent dans l\u2019évaluation qu\u2019ils font du site d\u2019Outremont Ils étaient pourtant frères d\u2019armes moins d\u2019un an plus tôt alors que les deux institutions s\u2019entendaient sur la construction du futur hôpital dans la Petite Patrie.Or, cet emplacement a été écarté lorsque les libéraux ont pris le pouvoir; officieusement, il était hors de question d\u2019ériger le CHUM dans la circonscription de Gouin détenue par le Parti québécois, et qui plus est, où le député d\u2019alors, André Boisclair, avait des velléités de devenir premier ministre.On apprend par la suite que le gouvernement fédéral est de connivence avec les promoteurs d\u2019Outremont Le choix du gouvernement Charest n\u2019est pas connu officiellement, mais le min-istre fédéral des Transports, Jean Lapierre, est disposé à financer le déplacement des voies ferrées qui traversent la gare de triage.Une somme de 25 millions est ainsi prise en compte par l\u2019Université de Montréal dans son évaluation du projet Deux milliards Les appuis à Outremont continuent d\u2019affluer alors que les adversaires Daniel Jonhson et (en arrière plan) Brian Mulroney peinent a obtenir le soutien de personnalités publiques.Toutefois, les experts gouvernementaux favorisent tous le site du centre-ville.Le projet d\u2019Outremont coûteraitplus de 2 milliards de dollars et ne permettrait pas de respecter l\u2019échéancier de 2010, selon eux.Le gouvernement Charest est sous pression; la décision tarde à venir.La veille deNoël, il devientclair que l\u2019élite du milieu des affaires aurait menacé de ne pas participer à la collecte de fonds privés nécessaires à Le recteur de l\u2019Université de Montréal plaide en faveur de la création non plus d\u2019un hôpital universitaire mais d\u2019une cité du savoir et de la santé.157 2005 en sept polémiques Cour de triage du CP à Outremont la construction du CHUM si le gouvernement Charest rejette le projet d\u2019Outremont.Au début de janvier 2005, la famille Desmarais est de plus en plus active.L\u2019épouse de Paul Desmarais junior (tête dirigeante de Power), Hélène Desmarais, lance un appel pressant dans la communauté des affaires pour que certains leaders comme les Jean Coutu, André Caillé, Rémi Marcoux, Pierre Boivin et autres Marcel Dutil prennent la parole publiquement Mme Desmarais entre- prend également une tournée pour tenter de freiner les critiques que le projet d\u2019Outremont suscite ; elle contacte des chefs syndicaux mais aussi des journalistes.Couture et Saint-Pierre pour Outremont Coincé entre ce lobby et la multiplication des révélations qui commencent à tracer le contour de ce que certains voient comme une vaste machination, Jean Charest nomme en janvier un nouveau duo d\u2019experts.Armand Couture et Guy Saint-Pierre doivent analyser les analyses déjà effectuées.Le ministre Couillard n\u2019a pas été associé à cette décision ; le mandat a été établi dans le bureau du premier ministre qui, lui, a été tenu au courant de l\u2019évolution des travaux jusqu\u2019à la rédaction du rapport Mais d\u2019autres éléments du dossier sont débusqués.La Presse, qui appartient à l\u2019empire Desmarais et dont les éditorialistes ont pris position en faveur d\u2019Outremont, décide après deux mois de fouiller aussi le dossier.Les dangers de construire un hôpital à proximité d\u2019une voie ferrée où sont transportées des matières dangereuses sont démontrés.Et comme si l\u2019accumulation de faits ne suffisait pas, le jeu de souque à la corde que se livrent Jean Charest et son ministre de la Santé prend de l\u2019ampleur.Après avoir affirmé qu\u2019il n\u2019avait d\u2019oreille que pour le « lobby des patients », Philippe Couillard aurait menacé derrière des portes closes d\u2019aller au bout de ses convictions et de démissionner.Il ne reste alors qu\u2019une sortie de secours au premier ministre: la tenue d\u2019une commission parlementaire.158 2005 en sept polémiques Le coup de grâce est donné par Daniel Johnson en commission parlementaire.L\u2019ancien premier ministre fait la démonstration de l\u2019explosion des coûts, de la pénurie de services directs à la population, des retards de réalisation et du transport ferroviaire dangereux à proximité du CHUM.La décision finale est annoncée le 24 mars.Cela vient mettre un terme à une décennie de tergiversations, croit-on.Un nouveau projet Des ego ressortent écorchés mais les perdants ne s\u2019avouent pas facilement vaincus.Les gens d\u2019affaires que l\u2019on a vus occuper le devant de la scène, retournent à leur discrétion habituelle.Mais ils n\u2019en travaillent pas moins à la réalisation d\u2019une technopole de la santé et Outremont fait partie de leurs plans, fl en va de même pour l\u2019Université de Montréal qui maintient son offre d\u2019achat de la gare de triage auprès de CP.Elle veut y installer un nouveau campus.L\u2019organisme Montréal International et la Ville de Montréal sont partenaires pour le développement d\u2019une technopole de la santé sur cinq pôles, dont l\u2019un à Outremont.Le centre-ville risque de se retrouver avec un hôpital.Point Les élus locaux se secouent et plaident le même argument servi quelques mois plus tôt par l\u2019Université de Montréal, soit la synergie qu\u2019entraîne la concentration autour de l\u2019hôpital des centres de recherche et des entreprises liées à la santé.On craint surtout que les fonds publics soient éparpillés.Le contexte électoral à Montréal oblige le maire Gérald Tremblay à calmer le jeu en donnant l\u2019assurance que des investissements importants seront octroyés au Robert Lacroix centre-ville.Après un débat houleux sur l\u2019emplacement du CHUM, une nouvelle polémique semble ainsi se dessiner autour des retombées économiques que le futur hôpital générera.Plus de six mois après avoir annoncé que le CHUM sera construitlà où s\u2019élève l\u2019actuel hôpital Saint-Luc, le financement n\u2019est toujours pas réglé.Tous les ingrédients pour l\u2019irruption d\u2019un nouveau volcan semblent réunis encore une fois.À moins que Jean Charest n\u2019opte pour la transparence, mette de côté l\u2019improvisation et n\u2019apprenne à dompter les désirs des puissants.159 Cliquez, vous avez du travail ! www.emploiquebec.net * SERVICES D\u2019EMPLOI EN LIGNE \u2022Offres cemploi des secteurs prvô et public \u2022\tPfcropttCfcvoS d'umpbi \\\\nr rvjnn \u2022\t-formation sur plus de 500 meters et 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gouvernements ?La langue 189 La Cour suprême du Canada et le droit à l\u2019école publique anglaise au Québec 197 L\u2019anglicisation plus courante que la francisation 284 L\u2019anglais sera enseigné en première année Les phénomènes religieux 210 La charia à la canadienne 213 L\u2019Assemblée nationale contre les tribunaux islamiques 222 Convertis québécois et unions interreligieuses L\u2019état du Québec LA FAMILLE ET LES GÉNÉRATIONS Les mythes de «l\u2019exode des jeunes» Les deux tiers des jeunes vivent dans leur région d\u2019origine Patrice LeBlanc Groupe de recherche sur la mujratlon des jeunes Université du Quebec en Abitibi-Te'miscamimjue Les projections de l\u2019Institut de la statistique du Québec1 quant à l\u2019avenir démographique de plusieurs régions du Québec sontplutôt inquiétantes.En effet, d\u2019ici 2026, sur les 17 régions administratives, six connaîtront un déclin soutenu (Gaspésie-fles-de-la-Madeleine, Côte-Nord, Abitibi-Témiscamingue, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Bas-Saint-Laurent, Mauricie), quatre connaîtront une phase de transition d\u2019une situation de croissance vers une situation de décroissance (Centre-du-Québec, Capitale-Nationale, Chaudière-Appalaches, Nord-du-Québec), tandis que seulement sept régions, essentiellement dans le sud ouest du Québec, verront la taille de leur population croître (Laurentides, Outaouais, Lanaudière, Laval, Montréal, Estrie, Montérégie).Selon ce scénario, les régions dites périphériques verront ainsi leur poids démographique diminuer au profit de la grande région de Montréal, de celles del\u2019Outaouaisetdel\u2019Estrie.Les jeunes sont souvent montrés du doigt en ce qu\u2019ils contribueraient par leur « exode » à réduire la taille des populations régionales, d\u2019autant qu\u2019ils sont aussi à un âge où ils sont à même de procréer.Les différentes enquêtes du Groupe de recherche sur la migration des jeunes (GRMJ)2 ont cependant permis de mettre en lumière que les parcours migratoires des jeunes sont beaucoup moins unidirectionnels qu\u2019il ne le semble et que les jeunes sont plus présents qu\u2019on ne le pense en général dans les régions périphériques du Québec.Depuis près de 12 ans, le GRMJ observe et analyse la mobilité intraprovinciale des jeunes Québécois.Ces différents travaux illustrent les rapports complexes que les jeunes entretiennent avec les différents territoires qu\u2019ils habitent Amorcés en 1994 par une réflexion sur la question de l\u2019exode des jeunes des régions dites périphériques vers les grandes centres urbains, ses travaux se sont rapidement cristallisés autour du concept de migration.En effet, cette dernière notion possède une connotation moins négative et un caractère moins irréversible que la précé- 164 dente, rend mieux compte de ce que disent vivre les jeunes lors de leurs déplacements successifs, faits souvent d\u2019aller-retour entre leur milieu d\u2019origine et leur nouveau milieu de vie, et ouvre la porte à des interventions d\u2019accompagnement ainsi que d\u2019attraction pour agir positivement sur la migration des jeunes au profit des régions moins centrales du Québec, et non pas simplement de rétention.Quel portraitpeut-on faire de ces jeunes qui se déplacent sur le territoire québécois?Quels rapports entretiennent-ils avec les régions qu\u2019ils quittent et celles qui les accueillent?L\u2019enquête la plus récente du GRMJ permet d\u2019apporter un éclairage neufà ces questions.Un nouveau sondage national En 2004-2005, le GRMJ a réitéré un vaste sondage téléphonique qu\u2019il avait déjà réalisé en 1999 en interrogeant cette fois-ci environ 6 000 jeunes québécois francophones, anglophones ou autochtones âgés de 20 à 34 ansf Les diflërentes questions portaient tout autant sur le départ du domicile familial, sur le départ du milieu d\u2019origine et l\u2019intégration au lieu de la première migration, sur l\u2019identité régionale et l\u2019intérêt du répondantpour l\u2019avenir de sa municipalité d\u2019origine, sur l\u2019évaluation de la situation actuelle, sur la stabilité et la mobilité potentielle du jeune, que sur son retour réel ou potentiel dans sa région d\u2019origine.Repères méthodologiques Toute personne résidant au Québec ou toute personne résidant à l\u2019extérieur du Québec mais dont la famille réside au Québec, âgée de 20 à 34 ans et pouvant s\u2019exprimer suffisamment en français ou en anglais pour répondre à un questionnaire, était admissible au sondage.Le sondage repose sur plusieurs échantillons superposés et administrés séquentiellement Le premier échantillon, appelé échantillon national, a permis de rejoindre 2 510 répondants à partir d\u2019un modèle d\u2019échantillonnage proportionnel étendu à l\u2019ensemble du territoire québécois.À ce nombre se sont ajoutées des personnes qui, ne pouvant répondre au critère de sélection du suréchantillon anglophone (détails ci-après), ont pu être intégrées à ce noyau central pour totaliser 2 700 répondants.Un second échantillon représente un suréchantillonnage de 2179 personnes s\u2019appliquantà certaines régions eta été réalisé à partir de deux vagues de collecte de données.Les régions qui ont obtenu les ressources nécessaires à la réalisation de questionnaires supplémentaires sont au nombre de 8, soit le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay-Lac-Saint-Jean, la Capitale-Nationale, laMauricie, l\u2019Estrie, l\u2019Abitibi-Témiscamingue, la Gaspésie-fles-de-la-Madeleine et Chaudière-Appalaches.Un suréchantillon a également été réalisé dans la région de la Côte-Nord.Pour les suréchantillons régionaux, la méthode d\u2019échantillonnage est identique à celle utilisée pour l\u2019échantillon national, mais le tirage supplémentaire a été fait à l\u2019intérieur des régions ciblées.Un troisième échantillon représente un suréchantillonnage de 1081 répondants anglophones, sélectionné à partir du critère suivant : utiliser l\u2019anglais à la maison.Le tirage s\u2019est fàit à partir des banques d\u2019informateurs constituées par la firme de sondage pour la réalisation de ses sondages Omnibus.L\u2019échantillon a été tiré parmi les« non- L\u2019état du Québec graphique 1 Profil de migration des jeunes Québécois Migrants intrarégionaux 10% Non-migrants 38 7, Migrants interrégionaux 36% Migrants interrégionaux de retour 16% Source : GRMJ, Sondage sur la migration des jeunes, 2004-2005 francophones», c\u2019est-à-dire parmi les personnes dont la langue maternelle est en principe autre que le français.Un quatrième échantillon est constitué de 37 autochtones des communautés suivantes : montagnaise, attikamek, al-gonquineethuronne.Il s\u2019agissaitavant tout d\u2019un pré-test qui a permis d\u2019évaluer la faisabilité d\u2019une enquête de plus grande envergure auprès des jeunes autochtones, conformément aux paramètres méthodologiques établis pour l\u2019ensemble du sondage.Les données de l\u2019échantillon national, des suréchantillons régionaux, du suréchantillon anglophone et du suréchantillon autochtone ont été, après pondération adéquate, amalgamées dans un fichier total (5 997 personnes).La pondération a pour effet de redonner à toutes les régions et aux sous-groupes de répondants le poids qu\u2019ils ont dans la population québécoise âgée de 20-34 ans- Les entretiens téléphoniques se sont déroulés entre mai 2004 et février 2005.La durée moyenne des entrevues complétées est de 33 minutes.L\u2019échantillon final comprend, une fois pondéré, 51% d\u2019hommes et 49 % de femmes; 34% de jeunes âgés de 20 à 24 ans, 34 % âgés entre 25 et 29 ans et 32 % âgés entre 30 et 34 ans.Soixante-dix-huit pour cent des répondants déclaraient avoir le français comme langue maternel, 7% l\u2019anglais, 2% l\u2019anglais et le français tandis que 13% de l\u2019échantillon affirmaient avoir une langue maternelle autre que le français ou l\u2019anglais.Si 3 % des répondants avaient au mieux un diplôme primaire complété, 25 % des jeunes avaient complété un diplôme secondaire, 38% un diplôme collégial et 34% un diplôme universitaire.Au cours de la dernière année, 61 % des jeunes répondants étaient au travail (dont 90% à temps plein), 4% à la recherche d\u2019un emploi, 25 % aux études et 9% à la maison, tandis que 1 % des jeunes déclaraient avoir une autre occupation.Plus du tiers des jeunes (38 %) sont des non-migrants, c\u2019est-à-dire des jeunes qui vivent toujours dans la même graphique 2 Âge de la première migration selon le sexe 16-17 18-19 ans Source : GRMJ, Sondage sur la migration des jeunes, 2004-2005 166 municipalité que celle de leurs parents sans l\u2019avoir quittée pour plus de six mois.Dix pour cent des jeunes sont des migrants intrarégionaux en ce qu\u2019ils ont déménagé pour plus de six mois dans une autre municipalité de la même région administrative, certains étant revenus dans leur municipalité d\u2019origine.Trente-six pour cent des jeunes sont des migrants interrégionaux puisqu\u2019ils vivaient au moment de l\u2019enquête dans une autre région administrative que celle de leurs parents, tandis que 16 % sont des migrants interrégionaux de retour, revenus dans leur région d\u2019origine.On remarquera que près des deux tiers (64 %) des jeunes de 20 à 34 ans vivent dans leur région d\u2019origine4 et que 32% de l\u2019ensemble des jeunes migrants interrégionaux (tant ceux qui viventà l\u2019extérieur de la région d\u2019origine que ceux qui y vivent au moment de l\u2019enquête) sont des migrants interrégionaux de retour5.Contrairement à la croyance populaire, les jeunes sont donc encore fortement présents dans leur région d\u2019origine et nombreux sont ceux qui y reviennent après un séjour dans une autre région administrative.La première migration Les jeunes quittentpour la première fois leur municipalité d\u2019origine à un âge relativement jeune.En effet, plus de la moitié des premières migrations s\u2019effectuent avant l\u2019âge de 20 ans alors que moins de 15 % auront lieu après 23 ans.En fait, 25 % des jeunes ont migré pour une première fois à 17 ans ou moins, 31 % l\u2019ont fait à 18 ou 19 ans, 19 % à 20 ou 21 ans etn % à 22 ou 23 ans.Les femmes migrent à un âge plus précoce que celui des hommes.Elle sontplus nombreuses à effectuer leur première migration avant l\u2019âge de 20 ans, tandis que les hommes migrent davantage que les femmes pour une première fois à partir de 20 ans.La première migration s\u2019effectue pour une proportion assez importante de jeunes dans leur propre région administrative.Quelle que soit la région d\u2019origine6, c\u2019est toujours entre 41 % et 57 % des jeunes qui migrent pour une première fois dans leur région d\u2019origine.Montréal se démarque avec 72 % des jeunes qui, lors de leur première migration, restent dans la région, tandis que les régions Gaspésie-fles-de-la-Madeleine (28%) et Côte-Nord (25%) sont celles qui voient la plus forte proportion de jeunes partir pour une autre région lors de cette même première migration.Les régions de Montréal, de la Capitale-Nationale et de la Montérégie sont celles qui, après les régions d\u2019origine des jeunes, accueillent le TABLEAU 1 Connaissance du lieu de la première migration selon le sexe et selon le type de première migration (en %) \t\t\t\t Hommes\t19,5\t21,6\t30,0\t29,0 Femmes\t20,4\t21,1\t26,9\t31,5 Migration intrarégionale\t33,7\t27,2\t24,0\t15,1 Migration interrégionale\t15,7\t19,6\t30,5\t34,2 Total\t20,0\t21,3\t28,5\t30,3 Source : GRMJ, Sondage sur la migration des jeunes, 2004-2005. L\u2019état du Québec TABLEAU 2 Motifs du déménagement au lieu de la première migration selon le type de première migration (en %) \t\t\t Pour vivre votre vie\t85\t77\t79 Pour améliorer vos perspectives d\u2019avenir\t56\t62\t61 Pour avoir une bonne qualité de vie\t63\t52\t55 Pour poursuivre des études\t42\t58\t54 Pour des raisons de travail\t25\t30\t28 Source: GRMJ, Sondage sur la migration des jeunes, 2004-2005 plus de migrants.Elles reçoivent respectivement 31 %, 15 % et 10 % des jeunes lors de leur première migration.Qu\u2019ils soient des hommes ou des femmes, les jeunes connaissent relativement peu le lieu de leur première migration à l\u2019époque de celle-ci.En effet, 59 % des hommes et 57 % des femmes déclarent connaître peu, voire pas du tout le lieu de leur première migration.Cette connaissance grimpe toutà fois à 61 % lors de migrations intrarégionales; elle n\u2019est que de 36 % lors de migrations interrégionales.Plusieurs raisons peuvent expliquer le déménagement vers le lieu de la première migration.Cependant, contrairement à ce que l\u2019on pourrait croire, ce n\u2019est pas d\u2019abord l\u2019emploi qui l\u2019explique le plus fortement En effet, seulement 28 % des jeunes migrants ont identifié l\u2019énoncé « Pour des raisons de travail «pour expliquer leur première migration.En fait, c\u2019est le motif « Pour vivre votre vie » qui recueille le plus haut de pourcentage, avec 79 % des jeunes qui l\u2019ont choisi.L\u2019amélioration des perspectives d\u2019avenir, la volonté d\u2019avoir une bonne qualité de vie et la poursuite des études sont les trois autres raisons identifiées par plus de 50 % des répondants (respectivement par 61 %, 55 % et 54 % des jeunes migrants).Les raisons invoquées pour expliquer sa première migration varient peu selon qu\u2019elle soit réalisée à l\u2019intérieur ou à l\u2019extérieur de la région d\u2019origine.On notera toutefois que les raisons « Pour vivre votre vie » et « Pour avoir une bonne qualité TABLEAU 3 Évaluation de certains aspects de la municipalité d'origine et ses environs selon le profil de migration (% de tout à fait d'accord et plutôt d'accord) \t\t\t\t Pas d\u2019emploi pour moi\t28\t47\t42\t33 Pas d\u2019avancement\t27\t46\t47\t36 Décideurs ne bougent pas assez vite\t56\t53\t51\t51 Région trop contrôlée par générations plus âgées\t37\t41\t38\t39 Pas assez de loisir\t26\t40\t30\t30 Pas d\u2019activités culturelles\t23\t36\t31\t28 Source : GRMJ, Sondage sur la migration des jeunes, 2004-2005.168 La population de vie » sont choisies plus fréquemment par les jeunes migrants intrarégionaux que par les jeunes migrants interrégionaux, tandis que ces derniers choisissent dans des proportions un peu plus élevées les motifs reliés à l\u2019amélioration des perspectives d\u2019avenir, à la poursuite des études et au travail.Intérêt pour l\u2019avenir de la municipalité d\u2019origine et éléments d\u2019évaluation On pourrait croire que la migration des jeunes les amène à se désintéresser de l\u2019avenir de leur municipalité d\u2019origine et à en faire une évaluation négative.Loin des yeux, loin du cœur, dit-on parfois.Pourtant, il n\u2019en est rien.Le plus récent sondage du GRMJ démontre en effet que 67 % des migrants interrégionaux se disent encore très intéressés ou assez intéressés par ce que va devenir leur municipalité d\u2019origine dans l\u2019avenir.C\u2019estmême chez ce type de migrants, vivantau moment de l\u2019enquête dans une autre région administrative, que l\u2019on obtient le niveau d\u2019intérêt le plus élevé.Les migrants ayant déménagé ailleurs dans la région d\u2019origine de même que ceux qui après un séjour à l\u2019extérieur de celle-ci y sont revenus se disent intéressés pour l\u2019avenir de leur municipalité d\u2019origine dans des proportions un peu plus faible de 64 % et 61 %.Tout comme l\u2019intérêt pour l\u2019avenir de la municipalité d\u2019origine est grand, l\u2019évaluation qui en est faite reste dans l\u2019ensemble assez positive, bien qu\u2019elle varie en fonction du profil de migration des jeunes.D\u2019abord, quant à la situation en regard de l\u2019emploi, les non-migrants et les migrants interrégionaux de retour en font une évaluation plutôtpositive.En effet, seulement 28 % des non-migrants et 33 % des migrants interrégionaux de retour estiment qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019emploi pour eux dans leur municipalité d\u2019origine et ses environs, tout comme ils estiment respectivement à 27 % et 36 % qu\u2019ils ne pourront pas y avoir d\u2019avancement.Les migrants intrarégionaux et les migrants interrégionaux de retour sont un peu moins optimistes puisqu\u2019ils sont d\u2019accord un peu plus fortementavec l\u2019idée qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019emploi pour eux dans leur municipalité d\u2019origine et avec celle qu\u2019ils ne pourront pas y avoir d\u2019avancement.Les pourcentages d\u2019accord avec les différents énoncées varient entre 42 % et 47 %.En ce qui a trait aux activités culturelles et de loisirs, ce sont les jeunes non-migrants qui en fontl\u2019évaluation la plus positive : seulement près du quart de ceux-ci estiment qu\u2019il n\u2019y a pas assez de loisir (26 %) ou pas assez d\u2019activités culturelles (23 %) dans leur milieu.À l\u2019opposé, les migrants intrarégionaux sont davantage d\u2019accord avec le manque de loisir (40 %) et graphique 3 Niveau d'intérêt pour l'avenir du milieu d'origine selon le type de migrant Migrants intrarégionaux Migrants interrégionaux Migrants interrégionaux de retour | Très intéressé | Assez intéressé I | Peu intéressé | Pas intéressé Source : GRMJ, Sondage sur la migration des jeunes, 2004-2005 L\u2019état du Québec TABLEAU 4 Caractère définitif ou temporaire du lieu de résidence au moment de l'enquête selon le profil de migration ( en %) \t\t\t Non-migrants\t7\t93\t0 Migrants intrarégionaux\t39\t60\t1 Migrants interrégionaux\t55\t44\t1 Migrants interrégionaux de retour\t48\t51\t1 Total\t51\t48\t1 Source: GRMJ, Sondage sur la migration des jeunes, 2004-2005 le manque d\u2019activités culturelles (36 %).Paradoxalement, les jeunes qui ont sans doute connu des milieux plus riches du point de vue des loisirs et des activités culturelles, parce qu\u2019ils ont migré vers des plus grandes villes, ont une perception positive qui se rapproche un peu plus de celle des non-migrants que de celle des migrants intrarégionaux.En effet, environ 30 % des migrants interrégionaux ou interrégionaux de retour évaluent négativement la situation.Enfin, dans un registre un peu plus politique, plus de la moitié des jeunes (entre 51 % et 56 % des répondants), quelque soit leur profil de migration, sont d\u2019accord avec l\u2019idée que les décideurs ne bougent pas assez vite.Par contre, seulement autour de 40 % d\u2019entre eux estiment que la région est trop contrôlée par les générations les plus âgées.La question du retour Le retour vers le lieu d\u2019origine est sans aucun doute la question qui préoccupe le plus lorsque l\u2019on s\u2019intéresse à la migration des jeunes Québécois.C\u2019est en effetau- tour de celle-ci que prennent corps graphique 4 Raisons pouvant expliquer un éventuel retour dans la municipalité d'origine Pour poursuivre des études Pour vous rapprocher de vos enfants Pour avoir logement à plus bas prix Pour partir entreprise ou reprendre ent.fam Pour suivre un conjoint Pour avoir de meilleures conditions travail Pour vous rapprocher de vos amis Pour élever vos enfants Pour la proximité de la nature Pour vous rapprocher de vos parents Pour gagner votre vie Pour avoir une maison à vous Pour avoir une bonne qualité de vie 0% 20% 80 % 100 % H Oui ||Non Source : GRMJ, Sondage sur la migration des jeunes, 2004-2005 pour plusieurs intervenants et décideurs régionaux certains enjeux démographiques de leur région.Constatons d\u2019abord que 51% des jeunes non-migrants ou migrants considèrent leur lieu de résidence au moment de l\u2019enquête comme temporaire.Cette proportion est plus grande chez les migrants interrégionaux (55 %) et beaucoup plus faible chez les non-migrants (7 %), tandis qu\u2019elle est de 39 % chez les migrants intrarégionaux et de 48 % chez les migrants interrégionaux de retour.De plus, seulement 47% des répondants souhaitent vivre dans 170 La population une grande ville (18 %) ou dans sa banlieue (29 %), tandis que 25 % souhaitent vivre à la campagne, 21 % dans une ville moyenne et 7 % dans un village.Ainsi, la ville attire les jeunes migrants mais ne constitue pas un lieu où ils souhaiteraient passer toute leur vie d\u2019adulte.Mais si de nombreux jeunes sont encore mobiles, reviendraient-ils pour autant vivrent dans leur municipalité d\u2019origine?Les jeunes migrants intrarégionaux qui ne vivent pas dans leur municipalité d\u2019origine tout comme les migrants interrégionaux répondent oui à cette question à 58 % si les circonstances s\u2019y prêtaient En fait, plusieurs raisons pourraient justifier ce retour dans leur municipalité d\u2019origine.La raison la plus souvent évoquée, par 85 % des jeunes migrants, est la volonté d\u2019avoir une meilleure qualité de vie, suivie à 73 % par « Pour avoir une maison à vous ».L\u2019emploi, représenté par l\u2019énoncé « Pour gagner sa vie », n\u2019arrive qu\u2019en troisième place : 71 % des jeunes estiment que cela pourrait justifier un retour au lieu d\u2019origine.Trois autres raisons obtiennent un niveau d\u2019assentiment de plus de 60 % : « Pour vous rapprocher de vos parents » (68 %), « Pour élever vos enfants » (61 %) et « Pour la proximité de la nature » (61 %).Le portrait est quelque peu différent lorsque l\u2019on interroge les migrants intrarégionaux ou interrégionaux qui sontrevenus dans la région du lieu d\u2019origine.Si la volonté d\u2019avoir une bonne qualité de vie arrive encore en première place (identifiée par 82 % des répondants), « Pour gagner sa vie » se classe cette fois-ci en deuxième place (70 %) quant aux raisons justifiants le retour dans la région d\u2019origine.Se rapprocher de ses parents (62 %) et de ses amis (62 %) ainsi que la proximité de la nature (57 %) expliquent aussi assez fortement le retour des jeunes.Ainsi, d\u2019une façon générale, trois groupes de facteurs expliquent le retour potentiel ou réel des jeunes dans leur milieu d\u2019origine : d\u2019abord, la qualité du milieu de vie et la proximité de la nature, ensuite l\u2019emploi et enfin les relations sociales avec les parents et les amis.Conclusion Les différentes enquêtes du GRMJ, notamment le sondage de 2004-2005 dont nous venons de présenter quelques résultats, permettent de déboulonner quelques mythes tenaces quant au jeunes et leurs rapports au territoire.D\u2019abord, les jeunes n\u2019ont pas tous fui leur région administrative d\u2019origine : plusieurs ne l\u2019ont jamais quittée, d\u2019autres s\u2019y sont déplacés, tandis que d\u2019autres encore y sont revenus.En fait, c\u2019estprès de 65 % des jeunes de 20 à 34 ans qui vivent graphique 5 Raisons expliquant le retour dans la région de la municipalité d'origine Pour vous rapprocher de vos enfants Pour partir entreprise ou reprendre ent.fam Pour poursuivre des études Pour suivre un conjoint Pour avoir logement à plus bas prix Pour élever vos enfants Pour avoir de meilleures conditions travail Pour avoir maison à vous Pour la proximité de la nature Pour vous rapprocher de vos amis Pour vous rapprocher de vos parents Pour gagner votre vie Pour avoir une bonne qualité de vie 20% 40% 60% 80 % 100 % | Oui | Non Source : GRMJ, Sondage sur la migration des jeunes, 2004-2005 171 L\u2019état du Québec dans leur région d\u2019origine.D\u2019autre part, si les jeunes sont mobiles, leurs migrations ne sontpas unidirectionnelles, allant des régions dites périphériques vers les grands centres urbains.Nombreux sont les jeunes qui veulent vivre ailleurs que dans la grande ville ou sa banlieue et plusieurs décident après des séjours plus ou moins longs à l\u2019extérieur de leur région d\u2019origine d\u2019y revenir.De plus, le regard que les jeunes portent sur leur milieu d\u2019origine est somme toute assez positif.Les perspectives d\u2019emploi leur semblent bonnes, les loisirs etles activités culturelles sont en nombre suffisant Ce ne sontpas des conditions de vie difficiles et des perceptions négatives de la région d\u2019origine, notamment au regard de l\u2019emploi, qui incitent les jeunes à migrer mais bien une volonté de vivre sa vie, à comprendre ici comme une désir de prendre une distance du milieu familial, de faire ses propre expériences et d\u2019acquérir autonomie et indépendance.En ce sens la migration des jeunes est intimement lié à la période du cycle de vie - la jeunesse - qu\u2019ils traversent.Cette période de la vie est également marquée pour certains par une volonté de poursuivre des études supérieures, ce qui vient renforcer et justifier le besoin d\u2019aller vivre dans un plus grand centre urbain.Enfin, si l\u2019emploi explique en partie le retour des jeunes dans leur région d\u2019origine, la qualité de vie, la proximité de la nature ainsi que la présence des parents et des amis jouent un rôle non négligeable lorsque vient le temps pour les jeunes de décider de leur milieu de vie.En définitive, les jeunes façonnent, par leur présence ou absence, les différents territoires du Québec, mais ceux-ci à leur tour offrent ou non les opportunités d\u2019épanouissement et d\u2019expérimentation de la vie adulte qu\u2019ils recherchent.Se créent dès lors des rapports variés entre les jeunes etles territoires qu\u2019ils quittent, traversent et adoptent, rapports dont il importe de saisir toute la complexité7.Notes 1\tINSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC, (2004).Si la tendance se maintient.Perspectives démographiques, Québec et régions, 2001-2051.(Disponible en ligne à: www.stat.g0uv.qc.ca/publicati0ns/dem0grap/pdfitendance2001_2051.pdf) 2\tLe Groupe de recherche sur la migration des jeunes (GRMJ) est sous la responsabilité de Patrice LeBlanc de l\u2019UQAT.Font partie de ce groupe en 2004 les professeurs: Serge Côté et Frédéric Deschenaux de l\u2019UQAR Lucie Fréchette de l\u2019UQO, Madeleine Gauthier et Myriam Simard de l\u2019INRS Urbanisation, Culture et Société, Camil Girard et Martin Simard de l\u2019UQAC, Claude Laflamme de l\u2019Université de Sherbrooke, Marie Lequin et Jean-Louis Paré de l\u2019UQTR, Marc Molgat de l\u2019Université d\u2019Ottawa, Derek Wilkinson, de l\u2019Université Laurentienne.Au fil des ans, plusieurs agents de recherche, assistants et étudiants ont participé à ses travaux.3\tLa première fois, 5518 jeunes avaient répondu au questionnaire en français.Contrairement à la nouvelle version du questionnaire, aucune question ne permettait alors de déterminer l\u2019identité francophone, anglophone ou autochtone des répondants.Pour les résultats de ce premier sondage voir GAUTHIER, Madeleine, Marc MOLGAT et Serge CÔTÉ (2001).La migration des jeunes au Québec.Résultats d\u2019un soneiaeje auprès des 20-34 ans ôta Québec, INRS Urbanisation, Culture et Société, 2e édition, 113 pages.(Disponible en ligne à : www.obsjeunes.qc.ca/F/Projets/espace/realisations/Sondage-20-34.pdf) 172 La population 4\tCette proportion passe même à 75 % dans les six régions identifiées par l\u2019ISQ comme étant en décroissance démographique.5\tCe taux de retour est de 50 % dans les régions identifiées par l\u2019ISQ comme étant en décroissance démographique.6\tLa méthode d\u2019échantillonnage retenue par le GRMJ fait en sorte qu\u2019il est difficile de décrire avec un degré de fiabilité élevé la migration des jeunes des régions de Lanaudière, Centre-du-Québec, Nord-du-Québec, Laval et Laurentides.Il n\u2019en est donc pas question ici.7\tPour obtenir des analyses plus complètes des différentes enquêtes du GRMJ, le lecteur est invité à consulter le site Web de l\u2019Observatoire Jeunes et société (www.obsjetmes.qc.ca) sous l\u2019onglet Rapport à l\u2019espace.On consultera aussi le dernier ouvrage collectif du groupe : LEBLANC, Patrice et Marc MOLGAT (dir.) (2004), La migration des jeunes.Auxjrontières de l\u2019espace et du temps, Collection Culture & Société, Presses de l\u2019Université Laval, Sainte-Foy.173 L\u2019état du Québec L\u2019homme québécois est-il un perdant?« La souffrance moderne est une identité' et presque une raison d\u2019etre.» Pascal Bruckner Mathieu-Robert Sauvé Journaliste et auteur De Montcalm aux films québécois contemporains comme Horloqe bioloqique, l\u2019homme québécois est présenté comme un perdant.Cette perception est-elle justifiée?«Nous sommes des perdants perpétuels », dit Jacques Parizeau à son biographe, Pierre Duchesne, cinq ans après le référendum de 1995.Dans cette phrase lourde de sens, l\u2019ancien chef du Parti québécois résume avec cynisme un trait caractéristique de la perception que l\u2019homme d\u2019ici a de lui-même.L\u2019homme du Québec est un perdant.Un loser.C\u2019est ainsi qu\u2019il se perçoit et l\u2019année 2005 a renforcé comme jamais cette perception.Quand on survole notre histoire, il faut convenir que les grandes victoires n\u2019ont pas été au rendez-vous.Même avant que le Québec n\u2019ait un nom, Joseph de Montcalm, le premier émissaire puissant de la Nouvelle-France, s\u2019est écrasé contre un jeune militaire cruel et sanguinaire du nom de James Wolf.L\u2019affrontement n\u2019a duré que 15 minutes.Puis, la déroute des rebelles patriotes en 1837 et 1838 a alimenté ce sentiment d\u2019échec.Moins d\u2019un siècle plus tard, les porte-parole québécois ont été désavoués durant les crises de la conscription de 1917 eti942.Puis, le non l\u2019a emporté lors des référendums de 1980 et en 1995.On peut bien sûr évoquer quelques victoires sur la route des souverainistes : le PQ porté au pouvoir en 1976, l\u2019adoption des lois linguistiques, la création du Bloc québécois en 1990.Mais l\u2019objectifultime des sécessionnistes, lui, a toujours semblé s\u2019éloigner.Certains prétendent qu\u2019il n\u2019y a pas de lien de cause à effet entre la bataille des plaines d\u2019Abraham etl\u2019état d\u2019esprit du jeune homme d\u2019une école secondaire de Trois-Rivières, en 2005, qui pense quitter ses études pour aller laver de la vaisselle dans une auberge de Banff.Pour ce jeune homme qui ne connaît presque rien de son histoire, Papineau etMontcalm ne seront jamais que des noms de rues ou de centre commercial.Mais qu\u2019on le veuille ou non, il partage avec ses contemporains 174 une certaine perception de lui-même : une identité marquée par le défaitisme.Fernand Dumont, dans Genèse de la société' québécoise, affirme : « Quand les journaux etles élites du Canada anglais jetaient à la face des vaincus les qualificatifs d\u2019ignorants, d\u2019illettrés, d\u2019incapables, que Durham reprit dans son célèbre rapport, les francophones n\u2019é-taient-ils pas enclins, sinon à approuver ce portrait d\u2019eux-mêmes, du moins à s\u2019interroger sur sa ressemblance?Un certain complexe d\u2019infériorité s\u2019est insinué dans le peuple et dans les élites, traduit dans les gestes de soumission ou de vaines colères dont la tradition ne s\u2019est jamais perdue tout à fait.Né dans la seconde moitié du XIXe siècle, le nationalisme a hérité de ce réflexe défensif1.» On ne perd pas impunément des batailles aussi décisives sans laisser de traces.Celles-ci sontprofondémenten-racinées dans l\u2019imaginaire collectif.Pour s\u2019en convaincre, il suffitdeporter un regard panoramique sur le type de personnages masculins créé par nos auteurs d\u2019ouvrages de fiction, nos scénaristes, nos scripteurs de téléromans.Même les concepteurs d\u2019annonces publicitaires ne se gênentplus pour offrir aux clientèles visées des hommes pitoyables, tournés en dérision par leur conjointe souriante et cheveux au vent Dans l\u2019œuvre de Michel Tremblay, l\u2019homme de la maison ne sert que de faire-valoir aux désirs d\u2019émancipation des femmes.L\u2019homme dur, manipulateur et grossier se met au travers de leur route.Cela crée des situations dramatiques très riches, bien entendu, mais aussi très manichéennes.De même, le mauvais père est un personnage récurrent Au mieux il est absent, indifférent au malheur des siens.Au pire il est la cause de leurs déconvenues.C\u2019est vrai chez Tremblay, mais également chez Marcel Dubé, Claude-Henri Grignon, Félix-Antoine Savard, Monique Proulx, Yves Beauche-min, Louis Hamelin.Quand on trouve un véritable héros, prêt à sacrifier sa liberté au bénéfice de l\u2019amour de sa famille ou de la patrie, l\u2019auteur le fait mourir avant la fin, comme dans Maria Chapdelaine, de Louis Hémon.Horloge biologique La cinématographie récente n\u2019échappe pas à la règle.Sébastien, Fred et Paul, les héros Horloqe biologique, sont des jeunes hommes qui n\u2019ontaucun contrôle sur leur vie ; des hommes « Whippet», pour reprendre l\u2019expression de Charles Paquin, du nom d\u2019un chien qu\u2019on doit battre («Whip-it») pour lui faire entendre raison.En cela, les hommes de Ricardo Trogi s\u2019insèrent à merveille dans la lignée d\u2019homoncules qui dominent la filmographie québécoise.Il faut remonter à la lointaine tradition orale pour retracer des mâles vaillants, courageux et épris de liberté auxquels la descendance aurait pu rêver de s\u2019identifier.Malheureusement, ces bûcherons et coureurs de bois ne figurent plus que dans quelques contes et légendes.Depuis Philippe Aubert de Gaspé, les Ti-Coune tiennent les premiers rôles.Il y a pourtant quelque chose d\u2019inouï dans l\u2019obsession père-fils que les cinéastes explorent depuis quelques années.Denys Arcand a fait mourir son personnage principal (un père) dans Les invasions barbares ; Sébastien Rose fait mourir le sien dans La vie avec mon père. L\u2019état du Québec Dans les deux cas, il s\u2019agissait d\u2019hédonistes amoraux, découvrant sur le tard les vrais bonheurs de la vie.On peut bien sûr se réjouir de toutes ces morts symboliques.Sigmund Freud applaudirait sûrement.Mais on peut s\u2019inquiéter aussi de cette monomanie : l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui refuse le devoir de durer.Les relations paternelles sont les véritables stars de Gaz bar blues, La vie avec mon père, C.R.A.Z.Y., et cette Horlocje qui sonne le succès de l\u2019été.Si chacun de ces longs-métrages présente des modèles intéressants d\u2019hommes aux prises avec des déchirements existentiels propres aux relations humaines, Horlocje bioloqique trace certainement le tableau le plus cynique.Le trio de trentenaires attardés reprend d\u2019ailleurs là où le précédent film de Ricardo Trogi, Québec-Montréal, avait laissé.On y voit des hommes Peter Pan, soit d\u2019éternels adolescents terrorisés à l\u2019idée de devenir adultes.Ils sont, déplus, dominés sinon méprisés par leur conjointe.Quand Sébastien tente d\u2019obtenir un prêt personnel pour accompagner ses amis à Anticosti, l\u2019agente de financement lui répond simplement: «Non.Pas si sa compagne ne signe pas.» Dans leur vie intime, ces hommes préfèrent de loin la malhonnêteté, la superficialité et la subordination.Il n\u2019y a qu\u2019entre eux, à l\u2019occasion de leur « 5 à 7 » hebdomadaire, que la véritable franchise apparaît.Pour se dire les vraies affaires, il faut être saoul et à l\u2019abri de l\u2019autre sexe.L\u2019horloge contre le couffin Cela dit, Horloqe biologique est un film très réussi.On rit à s\u2019en taper les cuisses.Mais pourquoi la comédie fait- elle rire?Parce qu\u2019elle accentue des traits dominants d\u2019une réalité.Si on rit, c\u2019est que l\u2019image est un reflet troublant Pour trouver un point de comparaison cinématographique sur la paternité, il faut remonter à Trois hommes et un couffin, de Coline Serreau.Réalisé en 1985 et repris deux ans plus tard aux États-Unis par Leonard Nimoy (Three men and a baby), ce film présente trois colocataires qui pensent à tout sauf à la paternité.Jusqu\u2019à ce qu\u2019on dépose un bébé à leur porte.Plongés dans les couches et les biberons, les célibataires endurcis découvrent en eux une fibre paternelle très forte.Les spectateurs en sortentémus, ébranlés.Avec le recul, on peut dire que les trois hommes de Serreau (Pierre, l\u2019architecte ; Michel, le dessinateur, et Jacques, l\u2019agent de bord) incarnaient un courant nouveau dans la société occidentale : la prise en charge d\u2019une paternité nouvelle, festive et sensuelle.En vingt ans, les pères ont considérablement changé.On ne se surprend plus de voir plus de pères que de mères aux réunions de parents; dans les jardins d\u2019enfant, ce sont souvent eux qui poussent les balançoires et la garde partagée est aujourd\u2019hui nettement privilégiée en cas de séparation.L\u2019homme, dans bien des cas, se sent aussi compétent que la mère en matière de parentalité.Que retenir du vendeur d\u2019auto, du gérant de quincaillerie et de l\u2019informaticien de Trogi ?Qu\u2019ils préfèrent rompre plutôt que de s\u2019enchaîner à la même femme?Qu\u2019ils refusent la paternité à moins de se la faire imposer?Et gare à celui qui se laissera happer par cette tare, car il perdra l\u2019amitié de ses pairs.176 Sur le plan symbolique, c\u2019est inquiétant Refuser d\u2019être père, c\u2019est refuser de s\u2019inscrire dans la durée.Sans pères, l\u2019avenir s\u2019estompe.C\u2019est le nihilisme.C\u2019est une génération qui crie No Future! À la projection, durant les scènes des hommes de Cro-magnon, un jeune homme assis près de moi tentait par des petites caresses de rassurer sa compagne, enceinte.Il avait l\u2019air de vouloir lui dire: «Moi, je ne suis pas comme ça ! » Ben non tu n\u2019es pas comme ça, semblait répondre sa conjointe.Les hommes que je connais, ce ne sont pas des whippets.Ils ont tous accepté la paternité.Certains l\u2019ontmême désirée profondément Autant que leur compagne.Les hommes que je connais placent leur rôle de père au sommet de leurs priorités.Ils veulent s\u2019épanouir professionnellement, mais pas au prix de renoncer à une vie de famille riche.Le plus beau jour de leur vie, ce n\u2019est pas celui où leur vendeur leur a donné les clés de la voiture neuve, ni celui où ils ont frappé leur premier coup de circuit C\u2019est le jour où leur compagne a accouché.Quand ils ont pris leur petit dans leurs bras, il s\u2019est passé quelque chose.Les hommes d\u2019aujourd\u2019hui s\u2019intéressent à l\u2019éducation, l\u2019économie et la politique.Ils suivent avec intérêt le retrait des colons de la bande de Gaza et applaudissent aux thèses antimilitaristes de Michael Moore.Mais le héros de leur été n\u2019a pas été André Boisclair, Alexandre Despatie ou Marc Garneau.Leur héros, c\u2019est peut-être.François Legault.Cet aspirant chef du Parti québécois a renoncé à une course pour jouer au tennis avec ses fils, Victor et Xavier.« Les politiciens sont rem- plaçables, mais les pères sont irremplaçables », confiait-il récemment à un journaliste.Discours impressionnant! L\u2019homme public Il demeure que l\u2019homme public est en baisse.Les médias nous en ont servi une puissante démonstration au cours des derniers mois.De JeffFillion à Guy Cloutier, en passant par les entrepreneurs invités à témoigner devant le juge John Gomery, la déchéance médiatique d\u2019hommes jadis couverts de gloire et de richesse vers le statut de parias n\u2019a échappé à personne.Rappelons qu\u2019à la suite de dénonciations publiques de deux jeunes femmes qui en avaient assez des affronts qu\u2019elles avaient subis (Nathalie Simard et Sophie Chiasson), le producteur Guy Cloutier et l\u2019animateur Jean-François Filion sont tombés dans l\u2019opprobre public.Ces hommes paient maintenant leur dette à la société : l\u2019un fait son temps en prison et l\u2019autre est tombé dans l\u2019anonymataprès avoir été le roi des ondes dans la région de Québec.Ces candidats à la course du pire homme de l\u2019année 2005 sont aussi pour la plupart des pères de famille.Ils auraient dû avoir pour mission d\u2019incarner le bon exemple aux yeux de leurs proches, de les précéder sur le chemin de l\u2019honnêteté et du civisme.Au lieu de cela, ils ont montré que la calomnie, la fourberie et la fraude pouvaient être des moyens de gagner quelques échelons dans la grande lutte pour une place au soleil.Bien entendu, des scandales, il y en a toujours eu, et le Québec n\u2019est pas le seul endroit où ils sévissent.Mais il semble que la modernité y ait produit, L\u2019état du Québec plus qu\u2019ailleurs, des fruits amers en matière de modèles masculins.Certains diront que de jeunes auteurs comme Stéphane Bouguignon (La vie, la vie) ou Isabelle Langlois (Rumeurs) ont mis en scène un nouveau modèle d\u2019hommes.À leur suite, déjeunes réalisateurs (Louis Bélanger, Sébastien Rose, Jean-Marc Vallée), ont proposé aux Québécois une nouvelle lecture de la relation père-fils.On y voit des hommes parfois maladroits et rétrogrades, mais qui manifestent clairement leur sensibilité.En nous présentant de nouveaux modèles de pères, ces films sont des lueurs d\u2019espoir.Mais le mâle pitoyable et immoral n\u2019est jamais loin.En témoigne la minisérie de l\u2019heure, Les Bougon, de François Avard.Y a-t-il une crise de la masculinité au Québec ?Certains en doutent et font valoir à juste titre que les postes de pouvoir échappent encore aux femmes et que l\u2019équité salariale n\u2019est pas encore acquise.Il faudrait toutefois beaucoup de mauvaise foi pour nier que la condition féminine s\u2019est améliorée en Occident depuis 30 ans, particulièrement au Québec.S\u2019il faut se réjouir de ce phénomène, on ne peut pas nier non plus que les hommes, eux, peinent à ce redéfinir dans leur rapport au monde.De façon générale, on sent que les hommes d\u2019ici encaissent mal la perte de leur hégémonie professionnelle.Le taux de chômage s\u2019établit actuellement, chez l\u2019homme, à 9,1% contre 7,8 % chez la femme.Alors qu\u2019il occupait jadis la quasi totalité des places disponibles dans les universités, l\u2019étudiant type est désormais une étudiante.Le taux d\u2019obtention d\u2019un diplôme est déjà supérieur chez les femmes : 33 % d\u2019entre elles ont un baccalauréat contre 25 % des hommes.Une tendance qui ira en s\u2019accentuant, car la plupart des facultés professionnelles (droit, pharmacie, médecine, médecine vétérinaire, par exemple) accueillent maintenant trois ou quatre femmes pour un homme.Sans parler du suicide, des problèmes de santé physique et mentale des garçons et des jeunes hommes.Cet élan est manifeste quand on allume notre téléviseur, le soir.Qui a accompli les exploits sportifs de la dernière année?Chantal Petitclerc.Qui est à l\u2019origine de la Commission Gomery?L\u2019équipe de la vérificatrice générale, Sheila Fraser.Qui pilotera de Houston la prochaine mission de la navette spatiale?Julie Payette.En revanche, Jacques Villeneuve n\u2019arrête pas de perdre ses courses, les légendes du hockey (Guy Lafleur, Michel Goulet) sont devenues des porte-parole de Viagra.Pendant ce temps, la cote de popularité de Jean Charest a atteint son plus bas niveau, et le chef du Parti québécois a démissionné.« Tel père, tel fils » C\u2019est le titre d\u2019un article de Brian Myles faisant état dans Le Devoir du témoignage d\u2019Éric Lafleur devant la Commission Gomery, le 10 mars 2005.Comme plusieurs autres témoins convoqués durant la commission d\u2019enquête la plus coûteuse de l\u2019histoire du Canada, le jeune Lafleur a tenté d\u2019expliquer comment son utilisation de la manne fédérale n\u2019avait rien de malhonnête, commentil n\u2019avaitfàit que son travail, etc.Son explication, comme celle de ses compagnons d\u2019infortune, n\u2019a pas convaincu les centaines de milliers de Québécois qui ont suivi Gomery comme un long téléroman de fin de 178 soirée.Mais Éric Lafleur avait ceci de particulier qu\u2019il succédait à son père à la barre.Drapé dans son silence, Jean Lafleur n\u2019a offert que des réponses laconiques et évasives.Cette commission d\u2019enquête a été marquée par la succession de « témoins amnésiques et de menteurs», comme l\u2019écrit encore Brian Myles à l\u2019issue des audiences.Mais il est important de souligner le cas des Lafleur, père et fils, pour le caractère symbolique de cette situation filiale.Totalement méconnu du grand public jusque-là (les médias ne connaissaient qu\u2019une seule photo de Jean Lafleur), le président de Lafleur Communication a été propulsé au devant de la scène lorsqu\u2019il a été appelé à témoigner.Durant les quelques jours où il a obtenu une notoriété dont il aurait bien voulu se passer, on l\u2019a vu répéter qu\u2019il ne se souvenait de rien.Les André Ouellet, Jean Lafleur, Alfonso Gagliano, Gilles-André Gosselin, Daniel Dezainde, Gilles Corbeil ont incarné l\u2019homme de la honte.Leurs forces?Hypocrisie, mensonge, abus de pouvoir, détournement de fonds, corruption.Certains sont devant les tribunaux et la plupart se terrent en attendant la fin de la tourmente.S\u2019ils ont tenté de nier leur responsabilité, ils ont mené le gouvernement fédéral au bord de l\u2019éclatement Le perdant n\u2019est pas perpétuel Le Québécois est-il un perdant?Sans aucun doute.Perpétuel ?Voilà qui est moins certain.C\u2019est en rêvant de devenir Maurice Richard, Jean Béliveau et Guy Lafleur que des générations de hockeyeurs se sont élancées sur des patinoires.Avec son style flamboyant et ses coupes Stanley, Patrick Roy (lui-même admirateur de Jacques Plante) a fàitplus que n\u2019importe quel programme national de promotion du hockey.En stoppant des rondelles et en gagnant des matches, il a contribué à faire naître et évoluer des carrières exceptionnelles dans la Ligue nationale de hockey.Repêché dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec en 1984, Roy a servi d\u2019inspiration à plusieurs grands noms chez les cerbères : Martin Brodeur (1990), Félix Potvin (1990), Jocelyn Thibault (1993), Patrick Lalime (1993), José Théodore (1994), Jean-Sébastien Giguère (1995), Mathieu Garon (1996), Roberto Luongo (1997), etc.Il n\u2019est pas interdit de penser que des hommes politiques victorieux auraient donné une impulsion positive aux générations suivantes.Car ce qui est vrai des modèles positifs est vrai également de ceux qui nous affligent Les hommes qui ont échoué ont frappé les imaginations.De façon plus insidieuse et avec des effets plus dévastateurs.«Nous avons une identité individuelle et un bagage collectif.Il m\u2019apparaît évident que les hommes d\u2019aujourd\u2019hui ont hérité de ce qu\u2019ils ont reçu de leurs ancêtres.Le grand nombre d\u2019hommes dépressifs, désorientés, fragiles vient peut-être de là », estime André Caron, professeur au Département de psychiatrie à l\u2019Université McGill.Ce sociologue a longuement étudié les causes du suicide dans des régions comme l\u2019Abitibi, où le problème est endémique.Il a rencontré des familles endeuillées, des responsables de la santé publique, quantité de spécialistes.Bien qu\u2019il reconnaisse que le phénomène du suicide est très com- L\u2019état du Québec plexe, la question des modèles masculins lui apparaît majeure.Les hommes du Québec ont porté de grandes causes, rappelle-t-il.Hélas, ils les ont toutes perdues.Selon le biographe de Camille Laurin, Jean-Claude Picard, le psychiatre, qui fut un des sept premiers députés élus sous la bannière du Parti québécois en 1970, recevait dans son cabinet des hommes peureux, peu sûrs d\u2019eux-mêmes, dépressifs et démoralisés.« Il a développé la conviction que seul un référendum pouvait leur donner un traitement choc nécessaire pour les relancer», affirme le biographe.Au fond, avec ou sans modèles collectifs, des hommes d\u2019ici ont accompli de grandes choses dans le passé, et continueront à se dépasser.Cela sert d\u2019exemple aux jeunes hommes qui ont envie de croire en eux-mêmes.Chacun peut puiser dans un large réservoir de héros en leur genre : Félix Leclerc, Robert Lepage, Joseph Armand Bombardier, Armand Frappier, Marie-Victorin, Marc Garneau, Wilder Penfield, Robert Piché, HubertReeves, Hans Selye, Jean Drapeau, Pierre Lemoyne d\u2019Iberville, Jacques Parizeau, Jean Coutu, Joseph-Alexandre DeSève, Alphonse Desjardins, Guy Laliberté, Daniel Langlois, Pierre Péladeau, Marc Gagnon, Guy Lafleur, Maurice Richard, Bernard Voyer.Aucun de ces hommes n\u2019est sans défaut, mais ils ont tous accompli des exploits dignes de mention, créé des entreprises, refait le monde à leur façon.On voit apparaître sur la place publique de nouveaux visages issus de la génération X.Ils ont moins de 45 ans et tiennent dans leurs mains les rênes du pouvoir.Pensons à Thierry Vandal, 44 ans, pdg d\u2019Hydro-Québec, Bruno-Marie Béchard, 40 ans, recteur de l\u2019Université de Sherbrooke, Sylvain Toutant, 41 ans, président de la Société des alcools du Québec, Yvan Delorme, 42 ans, directeur du Service de police de Montréal.Sur la scène médiatique, l\u2019animateur Guy A.Lepage (44 ans), le journaliste Stéphan Bureau (40 ans) et un bon nombre de comédiens et d\u2019artistes fontla pluie etle beau temps.Quant à l\u2019un des aspirants au titre de chef du Parti québécois, André Bois-clair, il n\u2019a pas encore fêté son quarantième anniversaire.Moins visibles, de jeunes hommes mènent de brillantes carrières dans les universités et centres de recherche partout au Québec.Ces brillants cerveaux ont la planète comme terrain de jeu.Ils courent les congrès internationaux en bioinformatique, nanotechnologie, génie des matériaux, pharmacogénétique.Ce sont des héros de l\u2019ombre, car ils ne font presque jamais la une des journaux.Autre fait encourageant, ces brillants personnages n\u2019ontpas mis toute leur énergie dans la réussite de leur vie professionnelle.La plupart ont également investi beaucoup d\u2019eux-mêmes dans la réussite de leur vie familiale et sociale.Ils envisagent l\u2019avenir personnel avec optimisme.Par leur seule existence, ces nouveaux modèles nous permettent de croire que l\u2019homme québécois n\u2019est pas un perdant.perpétuel.Journaliste et auteur, Mathieu-Robert Sauve'a publie'en 2005 Échecs et mâles aux e'ditions Les Intouchables.180 Notes 1 Fernand Dumont, Genèse de la société québécoise, Boréal, Montréal, p.323-324. La population L\u2019IMMIGRATION Que disent les groupes ethniques aux gouvernements ?Une revue des mémoires des associations ethniques présentes aux commissions parlementaires Sébastien Arcand Docteur en sociologie Dans les sociétés démocratiques libérales, les relations ethniques ont connu de nombreuses transformations au cours des quarante dernières années.De nouveaux rapports sociaux ethniques se sont constitués, provoquant une redéfinition des relations qui se tissent entre individus et groupes aux horizons distincts, partageant désormais un destin commun, celui d\u2019assurer la constitution d\u2019un «nouveau» lien social.La présence de différents groupes ethniques sur un même territoire peut créer des tensions que la capacité d\u2019intégration du système démocratique libéral réussit généralement à contenir.Par contre, ce système ne peut éliminer ipso Jacto les sources potentielles de conflits, d\u2019où l\u2019importance du rôle de l\u2019État pour assurer la stabilité et le respect des principes démocratiques d\u2019égalité et de liberté.L\u2019État cherchera à institutionnaliser l\u2019ensemble du processus de revendication en mettant sur pied des processus de consultations publiques permanentes.Les revendications des groupes ethniques minoritaires formulées lors de ces consultations permettent de mieux comprendre les dynamiques ethniques à l\u2019œuvre lorsque se rencontrent minoritaires et majoritaire au sein des institutions étatiques.C\u2019est de cette rencontre et plus précisément des discours des associations de groupes ethniques minoritaires aux commissions parlementaires dont il sera question au cours des prochaines pages.Nous avons constitué et analysé un corpus de 57 mémoires déposés par des associations de groupes ethniques minoritaires lors de neuf commissions parlementaires tenues au Québec entre 1974 et 20001.Ces commissions se répartissent au sein de quatre thématiques, soitla thématique linguistique, constitutionnelle, de l\u2019immigration et de l\u2019éducation.Au total, 13 groupes monoethniques et 10 groupes multiethniques sont représentés au cours de ces vingt-six années couvertes par la présente recherche.181 L\u2019état du Québec TABLEAU 1\tParticipation des AGEM aux commissions parlementaires: thématique linguistique \t\t 1974\tCommission de l\u2019avant-projet de loi 22\t5 1977\tCommission sur l\u2019avant-projet n° 1 : Charte de la langue française\t3 2000\tCommission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française\t4 Total\t\t12 La langue : à la recherche du statu quo En ce qui concerne la question linguistique, les associations valorisent le statu quo, quelle que soit la période étudiée.Si les associations insistent en 1974 pour que la situation linguistique instaurée depuis la Commission Gendron de 1969 ne soitpas modifiée, en 1977 elles valorisentla loi 22 de 1974 et en 2000 elles reconnaissent certains bienfaits de la Charte de la langue française de 1977.Les positions semblent se former et se reformer au gré des commissions, mais toujours avec la crainte que les restrictions en matière d\u2019usages linguistiques s\u2019accroissent.Certains passages de ces mémoires reconnaissent les droits historiques des Québécois francophones, de leur culture et de la langue française, mais pour faire valoir que ces droits ont mené à la constitution d\u2019une société juste et démocratique qui ne saurait passer outre aux principes d\u2019égalité et de libre choix dont doivent aussi jouir les minoritaires.Plusieurs facteurs expliquent la tendance à valoriser le statu quo.Premièrement, la question du changement de locuteur et du leadership au sein d\u2019une communauté peut entraîner un chan- gement de perspective.Les communautés ethniques sont des espaces dynamiques au sein desquels des changements de mentalités peuvent s\u2019opérer au fil des ans.Deuxièmement, il estpossible que des effets bénéfiques non attendus, des effets pervers en quelque sorte, se dévoilent plusieurs années après l\u2019adoption d\u2019une loi, ce qui ferait changer la position d\u2019une association d\u2019une commission à l\u2019autre.Troisièmement, et cela nous apparaît important, la valorisation du statu quo peut être la seule réplique possible des minoritaires à la tendance des gouvernements à légiférer en matière linguistique.En mettant l\u2019accent sur le statu quo, elles montrent qu\u2019elles respectent et reconnaissent les droits des majoritaires en matière linguistique tout en voulant mettre des balises aux gouvernements.C\u2019est aussi dans cette optique de statu quo que ces mémoires mettent l\u2019accent sur les bienfaits du bilinguisme, puis du multilinguisme en 2000, tout en accordant à la langue française le statut de langue de la majorité, de langue «prioritaire» et de langue de socialisation.À ce titre, les deux associations de la communauté chinoise considèrent que le français est la langue de l\u2019intégration, et sa pratique ainsi que sa transmission relèvent de la responsabilité des majoritaires.Pour les autres associations (juive, hellénique, italienne, polonaise), le français doit être valorisé et reconnu comme la langue des majoritaires, mais sans que sa pratique quotidienne ne soit une condition sine qua non de l\u2019intégration.Sur le fond, ces positions ne sontpas antinomiques, car elles passent par la valorisation du bilinguisme et de la volonté 182 La population de ne pas porter la responsabilité principale de la « survivance» de la langue française.Pour toutes les associations, le français demeure la « propriété » des majoritaires et elles rejettent toute pression sur les minoritaires ; que ce soit pour perpétuer l\u2019usage du français, pour en faire la promotion ou comme unique langue d\u2019usage (privée et/ou publique).De même, la connaissance de l\u2019anglais est pour toutes ces associations le gage d\u2019une mobilité sociale et d\u2019une intégration à un ensemble géopolitique canadien, nord-américain et mondial.Cela dit, il n\u2019y a pas que des points de similitudes entre les mémoires, car sur la question des inégalités liées aux pratiques langagières une distinction s\u2019opère.En effet, alors que les associations de la communauté chinoise considèrent que la méconnaissance du français équivaut à faire de certains individus des citoyens de seconde classe, les autres associations monoethniques affirment au contraire que la connaissance de l\u2019anglais est une condition pour échapper à ce statut de seconde classe.Les associations des communautés juive, italienne, polonaise et hellénique se situent plutôt sur un axe individualiste-libéral qui fait appel aux notions de libre choix, d\u2019égalité et de citoyenneté.Cette perspective individualiste-libérale fait peu appel à l\u2019appartenance ethnique pour mieux la recentrer au sein d\u2019un discours valorisant l\u2019individu et les principes démocratiques régissant la société québécoise.Tout en reconnaissantl\u2019importance de protéger le français et d\u2019orienter les enfants des minorités issues d\u2019une immigration récente vers les écoles françaises, les associations juive, polonaise, italienne et hellénique pensent que les mesures de protection du français ne doiventpas affecter leur capacité à elles, ces communautés ethniques minoritaires « anciennes », d\u2019avoir le libre choix linguistique en matière d\u2019éducation.D\u2019une part, ces associations ne veulent pas être liées à la catégorie « immigrant», compte tenu de leur présence de longue date au Québec; d\u2019autre part, elles revendiquent une appartenance minoritaire construite en fonction de l\u2019utilisation généralisée de l\u2019anglais par les membres de leur communauté respective.La question nationale : pluralisme et appartenances multiples L\u2019analyse des dix-neuf mémoires retenus pour la thématique constitutionnelle indique que les associations sont en grande majorité opposées à l\u2019indépendance du Québec etpréfèrent vivre au sein de la fédération canadienne.Cela dit, il existe des différences entre les positions exprimées en 1990 et en 1995, différences qui tiennent moins aux caractéristiques de chacune des communautés représentées qu\u2019au contexte sociopolitique dans lequel se sont tenues les commissions.À l\u2019exception d\u2019une association africaine, les mémoires présentés à la Commission Bélanger-Campeau (1990) TABLEAU 2\tParticipation des AGEM aux commissions parlementaires: thématique constitutionnelle \t\t \t\t 1990\tCommission Bélanger-Campeau\t10 1995\tCommission de Montréal sur l\u2019avenir du Québec\t9 Total\t\t19 183 L\u2019état du Québec sont contre l\u2019indépendance et contre le statu quo.La Commission Bélanger-Campeau s\u2019est tenue peu de temps après l\u2019échec de l\u2019Accord du lac Meech, entente à laquelle la population québécoise était majoritairement favorable.Par conséquent, il y avait à cette époque une volonté de renouveler le fédéralisme canadien.Pour sa part, la commission de 1995 (tenue quelques mois avant un référendum sur la souveraineté) se tient trois ans après l\u2019échec de l\u2019Accord de Charlottetown, auquel la population québécoise était moins favorable.Toutes les associations profitent de ces deux commissions pour demander des améliorations à la pratique du pluralisme.En mettant l\u2019accent sur les bienfaits du pluralisme et de la pluralité des appartenances, les minoritaires s\u2019inscrivent en faux contre la prétention à l\u2019universalisme des majoritaires.Le discours des minoritaires s\u2019inscrit également dans une volonté d\u2019universaliser la différence et non dans un processus de différenciation sociale propre à renforcer des rapports de domination entre majoritaires et minoritaires.Dans cette optique, les associations adoptent une position TABLEAU 3\tParticipation des AGEM aux commissions parlementaires: thématique de l'immigration \t\t \t\t 1991\tCommission sur l\u2019Énoncé de politique en matière d\u2019immigration et d\u2019intégration\t12 2000\tCommission sur les taux d\u2019immigration au Québec pour 2001-2003\t3 Total\t\t15 défensive dans la mesure où, avant d\u2019aborder la question du pluralisme à proprement parler, elles prennent soin de souligner le caractère distinct de la société québécoise.Les passages d\u2019une appartenance identitaire à une autre (allophone, minorité, communauté ethnique) sont autant d\u2019éléments rappelant au majoritaire que les communautés sont elles-mêmes porteuses de ce pluralisme et qu\u2019elles permettent au Québec de s\u2019ancrer dans son époque.Cependant, la répétition, en 1995, des critiques formulées déjà en 1990 sur les thèmes de l\u2019appartenance et du pluralisme identitaire indique que ces associations ont perçu peu de changement dans la réalité sur ces sujets durant les cinq années qui séparent ces deux commissions.Pour les minoritaires, le principal débat n\u2019est pas de savoir si le Québec doit accéder ou non à son indépendance, mais de savoir comment accroître la reconnaissance de la contribution de chacune des communautés à l\u2019ensemble de la société québécoise et canadienne.Immigration : remise en question du facteur linguistique Les débats sur l\u2019immigration et l\u2019intégration ravivent les discussions sur la question linguistique.Bien qu\u2019elles reconnaissent au groupe majoritaire le droit de protéger et de défendre sa langue, les associations considèrent que les mesures prises à cette fin mettent trop l\u2019accent sur la connaissance pré-migration du fiançais chez les nouveaux arrivants.Ainsi, les associations proposent d\u2019assouplir les contraintes linguistiques lors de la sélection des immigrants au profit de critères économiques, culturels ou identitaires.184 La population L\u2019évocation d\u2019arguments culturels est attribuable à des associations multiethniques telles le Congrès latino-américain, la Maison d\u2019Afrique et le Collectif des femmes immigrantes2.À des degrés divers et surtout à partir de vécus différents, ces trois associations posent le rapport majoritaire/minoritaire en termes différents.Le Collectif des femmes immigrantes et la Maison d\u2019Afrique, par exemple, confrontent directement le majoritaire en l\u2019invitant à cesser de légiférer, mais à consulter pour mettre en pratique son discours.Ces associations multiethniques vont également demander au gouvernement de ne plus voir dans l\u2019immigrant une source de rentabilité économique et de prendre en considération les aspects humanitaires de l\u2019immigration.Pour une majorité d\u2019associations, l\u2019approche directe et conflictuelle avec le gouvernement ne doit pas être privilégiée.C\u2019est plutôt en re-connaissantle fàitffançais qu\u2019elles remettent en question certains aspects des politiques visant à défendre le français, lesquelles politiques nuiraient à l\u2019immigration de leurs membres.Les associations s\u2019appuient sur des arguments légalistes pour affirmer que les politiques d\u2019immigration ne devraient pas tenir compte de la langue des immigrants.Ainsi, s\u2019ils acceptent le principe du « contrat moral », bien que plusieurs le considèrent comme symbolique, les associations affirment que leurs membres respectent leur part du contrat (la reconnaissance du fait français), mais que le groupe majoritaire, lui, ne le respecte pas.Ses efforts en matière de sélection et d\u2019intégration des immigrants seraient à la fois insuffisants et trop orientés vers la con- naissance et la promotion du français.Outre la connaissance de la langue, les associations soulignent d\u2019autres caractéristiques culturelles de leur communauté (valeurs familiales différentes, grande capacité d\u2019intégration due à des pratiques internes à la communauté, valorisation de l\u2019éducation) qui facilitent leur intégration.Éducation : résurgence de l\u2019appartenance ethnoculturelle Les positions soutenues dans les mémoires déposés lors des deux commissions sur l\u2019éducation que nous avons retenues sont en continuité et en rupture avec celles présentées sur les autres thèmes.Si la question du libre choix est toujours privilégiée pour une majorité d\u2019associations, on insiste davantage sur l\u2019appartenance ethnique et minoritaire.Cet accent dans le discours s\u2019explique en partie par la présence accrue des associations multiethniques lors de ces deux commissions.Celles-ci véhiculent un discours plus rassembleur, voire homogène, à l\u2019égard d\u2019un nous minoritaire, sans doute parce qu\u2019elles représentent non pas un seul groupe ethnique mais plusieurs.On délaisse les revendications fondées sur les intérêts particuliers en faveur d\u2019un discours marquant une séparation claire entre majoritaires etminoritairesL TABLEAU 4\tParticipation desAGEM aux commissions pariementaires: thématique de l'éducation \t\t \t\t 1995\tCommission des États généraux sur l\u2019éducation\t7 1999\tCommission sur la place de la religion à l\u2019école\t4 Total\t\th 185 L\u2019état du Québec En marquant une distance entre Québécois francophones et membres des communautés ethniques minoritaires formant un tout, les associations multiethniques amorcent une transition dans les débats sur les rapports sociaux ethniques.Du pluralisme normatif, la reconnaissance de la diversité, on passe au pluralisme politique au sein duquel les minoritaires revendiquent une amélioration de leurs institutions communautaires.Ce phénomène s\u2019explique également par les effets de la politique d\u2019interculturalisme qui, en favorisant le développement des associations de groupes ethniques minoritaires, un peu à la manière du multiculturalisme canadien, encourage l\u2019expression d\u2019appartenances ethniques minoritaires.Le système d\u2019éducation étant une institution où la dimension culturelle est centrale, les débats à son sujet suscitent des positions orientées vers les identités ethnoculturelles.L\u2019éducation, en tant que lieu privilégié de socialisation, canalise des représentations qui consolident le nous minoritaire en réaction à la prégnance des représentations majoritaires.De plus, lors de la commission de 1995, la question linguistique revient fréquemment, alors qu\u2019en 1999 les groupes qui ne sont ni catholiques ni protestants s\u2019entendent sur l\u2019importance de déconfession-naliser le système d\u2019éducation.D\u2019une manière ou d\u2019une autre, cela revient à rejeter l\u2019imposition des pratiques langagières et religieuses des majoritaires.Les liens d\u2019appartenance ethnique et minoritaire mis de l\u2019avant permettent aux associations de faire valoir la congruence de leurs institutions avec celles de la société québécoise et de dénoncer certaines pratiques des majoritaires pouvant freiner leur intégration.L\u2019intégration en éducation ne passe pas par la volonté de parler français comme les majoritaires ou encore de parler la langue du développement économique, c\u2019est-à-dire l\u2019anglais.L\u2019intégration passe par la capacité des majoritaires à accorder une place aux minoritaires au sein d\u2019une institution importante, l\u2019école, mais en regard de leurs spécificités.Ces deux façons de concevoir l\u2019intégration se distinguent par leur manière de créer des espaces de sociabilité pour les groupes ethniques minoritaires.Pour la thématique linguistique une place est demandée au sein de ce qui est déjà établi, un espace public francophone dans un espace géographique anglophone.Pour ce qui est de la place de la religion en éducation, on demande une ouverture qui respecterait les caractéristiques de chaque minoritaire et des minoritaires en général.Plusieurs associations considèrent qu\u2019une bonne connaissance des origines ethniques et des pratiques afférentes permet de mieux s\u2019intégrer au nouveau contexte circonscrit par la mondialisation.Phénomène intéressant, ce sont les associations monoethniques, celles qui tiennent un discours individualiste libéral, qui font le plus référence à la mondialisation.Ces associations insistent sur la nécessité de préserver et de transmettre aux enfànts les pratiques culturelles et religieuses.Les associations italienne, polonaise et juive ne soutiennent pas la même position quant à la place de la religion à l\u2019école et à la nécessité de procéder à des changements.Pour les 186 groupes juifs, le statu quo n\u2019estpas envisageable et le système scolaire doit être déconfessionnalisé.Il en va autrement pour les associations italienne et polonaise pour lesquelles le maintien du système scolaire bi-con-fessionnel est la seule garantie du respect des droits historiques des majoritaires et de certains minoritaires, dont elles.Conclusion Notre étude nous conduit à conclure que la thèse de l\u2019ethnicisation des rapports sociaux est une piste de réflexion peu féconde pour mieux saisir les tenants et les aboutissants de l\u2019inscription des minoritaires dans le champ du politique.Il existe plutôt, au sein des associations, une volonté d\u2019inscrire, dans un cadre institutionnel formel, des voix minoritaires pouvant bonifier les pratiques majoritaires.Nous n\u2019avons pas trouvé l\u2019expression d\u2019une condition minoritaire totalisante.Dans notre étude, nous avons pu identifier l\u2019expression de plusieurs formes de lien social qui contredisent les thèses voulant que l\u2019inscription de critères d\u2019appartenance ethnique et religieux dans l\u2019espace public participe à la désintégration du lien social et à la fragmentation des sociétés libérales.Soit les associations constituent des groupes d\u2019intérêts et ces intérêts relèvent avant tout d\u2019appartenances spécifiques.Cela ne les empêche pas de véhiculer une conception du vivre-ensemble dans lequel la spécificité ethnoculturelle du Québec et le pluralisme sont des composantes d\u2019un axe identitaire commun.La perception positive que les associations entretiennent à l\u2019égard de la société québécoise et canadienne est, à cet égard, un exemple probant de la présence d\u2019une identité québécoise et/ou canadienne plurielle chez les représentants de ces communautés.Malgré l\u2019absence d\u2019un modèle commun d\u2019appartenance, les formes du lien social semblent détachées du pays d\u2019origine et s\u2019enracinent dans le contexte québécois, canadien et nord-américain.Rien dans les représentations sociales des associations ne laisse entrevoir la présence de sentiments nostalgiques ni l\u2019idée d\u2019un éventuel retour au pays d\u2019origine.Références BAR-TAL, Daniel.Group beliefs: a conceptionfor analyzing group structure, processes, and behaviour, New York, Springer-Verlag, 1990.BAUMANN, Gerd.Contesting culture: discourses ofidentity in multi-ethnic London, Londres, Cambridge University Press, 1996.«La communauté ethnique, communauté politique», Sociologie et société, Vol.XV, 2,1983, 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Max.Économie et société', Tome I et II, Paris, Plon/Agora, (1922] 1995.Notes 1\tLes critères de sélection des mémoires ne peuvent être explicités ici faute d\u2019espace.Ils correspondent toutefois à un processus de sélection rigoureux approuvé par notre jury de thèse.Pour plus de détails sur cet aspect et sur des données liées à la participation des associations de groupes ethniques minoritaires (noms des associations, date de dépôts, etc.), voir : Sébastien Arcand, « L\u2019État québécois et les associations ethniques minoritaires : un survol socio-historique d\u2019une participation politique », Institut de recherche, formation et actions sur les migrations (IRFAM), Bruxelles, Collection compétences culturelles, pp.34-55, 2004.2\tÀ cette liste, nous pourrions ajouter une association de Vietnamiens de Sherbrooke qui met l\u2019accent sur la nécessité de régionaliser l\u2019immigration; aspect qui est peu abordé par les autres associations.3\tComme l\u2019ont fait remarquer Juteau, McAndrew etPietrantonio, le multiculturalisme et l\u2019interculturalisme partagent plusieurs similarités.Cela pourrait expliquer pourquoi les AGEM, tout en tenant un discours propre à la politique multiculturelle du Canada, voient en l\u2019interculturalisme un moyen efficace de s\u2019intégrer à la société québécoise et de faire respecter leurs spécificités.Voir D.Juteau, M.McAndrew et L.Pietrantonio, 1998, « Multiculturalism à la Canadian and Intégration à la Québécoise », in R.Baubôck and J.Rundell (eds.), Blurred Boundaries : Mlyratlon, Ethnicity, Citizenship, Vienne/Brookfield, European Centre, Vienne, Ashgate Publishing, pp.95-no.188 La population LA LANGUE La Cour suprême du Canada et le droit à l\u2019école publique anglaise au Québec Henri Brun Auocat, professeur de droit constitutionnel, Université Laval jr ^ Jeunes immigrants Le 31 mars 2005, la Cour suprême du Canada a rendu deux importantes décisions concernant le droit des parents de faire instruire leurs enfants au Québec dans des écoles de langue anglaise financées par l\u2019État Avant de rendre compte de ces arrêts et d\u2019en commenter la teneur, il faut rappeler brièvement le contexte juridique et historique dans lequel ils se situent Le contexte Jusqu\u2019au milieu des années 1970, le principe unique qui s\u2019est appliqué en la matière fut celui du libre choix des parents.L\u2019importance croissante de l\u2019immigration, conjuguée à la tendance alors manifestée par les nouveaux Québécois d\u2019opter pour l\u2019école anglaise, a toutefois à cette époque convaincu le législateur québécois de la né- 189 L\u2019état du Québec cessité d\u2019intervenir.La Loi sur la langue officielle de 1974 réserva alors l\u2019accès à l\u2019école anglaise aux seuls enfants ayant de la langue anglaise une « connaissance suffisante » pour recevoir leur instruction en cette langue.La difficulté de jauger le niveau de cette connaissance, notammentpar l\u2019administration de tests, eut vite fait cependant de prouver l\u2019inadéquation de ce critère.La Charte de la langue ^française prit le relais en 1977, en réservant l\u2019école publique anglaise à la minorité anglophone du Québec : seul le parent qui a reçu son enseignement primaire en anglais au Québec peut faire instruire son enfant dans des écoles anglaises financées par l\u2019État Ce critère, qui reçut le nom commun de « clause Québec », fut remplacé par une « clause Canada » en 1982.Cette dernière n\u2019était toutefois pas l\u2019œuvre du Parlement du Québec, seul législateur compétent au Québec en matière d\u2019éducation.Elle fut plutôt, tout au contraire, adoptée par le constituant canadien malgré l\u2019opposition formelle du Parlement du Québec, c\u2019est-à-dire, en réalité, par les autorités fédérales du Canada approuvées en cela par les neuf provinces anglaises de la fédération.C\u2019estl\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés qui énonce dans la Constitution du Canada cette « clause Canada », et la Cour suprême du Canada est venue confirmer en 1984 que l\u2019article 23 avait bel et bien remplacé la « clause Québec », puisque telle était sa seule raison d\u2019être.La « clause Canada » de l\u2019article 23 de la Charte canadienne s\u2019exprime de deux manières.D\u2019une part, elle reprend la phraséologie de la « clause Québec », en y substituant les mots « au Québec » par les mots « au Canada ».Ainsi, le parent qui a reçu son enseignement primaire en anglais au Canada peut au Québec faire instruire son enfant dans des écoles anglaises financées par le gouvernement du Québec.L\u2019article 23 énonce d\u2019autre part ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler une « clause grand frère », selon laquelle le parent dont un enfant a reçu ou reçoit son enseignement primaire ou secondaire en anglais au Canada peut également au Québec faire instruire tous ses enfants dans des écoles anglaises financées par le gouvernement L\u2019existence de ces normes constitutionnelles, qui lient juridiquement le Parlement du Québec, n\u2019empêche pas complètement celui-ci de légiférer de manière à encadrer l\u2019accès à l\u2019école anglaise au Québec.Mais encore faut-il que ses interventions n\u2019affectent ce droit constitutionnel à l\u2019école anglaise qu\u2019à l\u2019intérieur de limites qui seraient jugées raisonnables, ce qui laisse beaucoup d\u2019espace à la discrétion judiciaire.Ainsi, par exemple, l\u2019article 73 de la Charte de la langue française ajoute aux deux aspects de la « clause Canada » le critère de « la majeure partie ».Le parent qui allègue avoir reçu son enseignement primaire en anglais doit, selon l\u2019article 73, avoir reçu la majeure partie de cet enseignement en anglais ; celui qui invoque qu\u2019un de ses enfants a reçu ou reçoit son enseignement primaire ou secondaire en anglais doit être en mesure de démontrer que cet enfant a reçu la majeure partie de cet enseignement en anglais.De même, l\u2019article 73 prévoit que l\u2019enseignement reçu au Québec dans des écoles anglaises privées et non subventionnées, où prévaut le libre accès, de même que l\u2019enseignement reçu dans des écoles anglaises publiques ou subventionnées, 190 par application des exceptions prévues pour les cas de séjours temporaires ou de problèmes familiaux ou humanitaires, ne compte pas pour l\u2019application de la « clause grand frère ».Ce sont là les éléments essentiels du contexte dans lequel la Cour suprême a été amenée à se prononcer le 31 mars.L\u2019arrêt Gosselin L\u2019affaire Gosselin est d\u2019une grande simplicité juridique.La Cour supérieure et la Cour d\u2019appel du Québec ont d\u2019abord rendu à son égard des décisions tout à fait correctes et concordantes et il peut sembler étonnant à première vue que la Cour suprême du Canada ait senti le besoin d\u2019accorder la permission d\u2019en appeler à elle de ces décisions.11 faut croire qu\u2019elle tenait à les confirmer, car il est inimaginable à nos yeux qu\u2019elle auraitpu accueillir l\u2019appel des appelants.Les appelants, dans cette affaire Gosselin, étaient tous des parents faisant partie de la majorité francophone du Québec : aucun d\u2019entre eux n\u2019avaitreçu son enseignementprimaire en anglais, comme l\u2019exige l\u2019article 73 de la Charte de la langue française pour avoir le droit de faire instruire ses enfants au Québec dans des écoles publiques de langue anglaise.Néanmoins, comme ils désiraient que leurs enfants fréquentent au Québec des écoles publiques anglaises, ils ont plaidé que l\u2019article 73 était discriminatoire à leur endroit.Ils ont invoqué à cette fin le droit à l\u2019égalité énoncé aux articles 10 et 15 des Chartes québécoise et canadienne des droits, respectivement La Cour suprême, évidemment, n\u2019a pas éprouvé plus de difficulté que la Cour supérieure et la Cour d\u2019appel à constater que l\u2019article 73 de la Charte de la langue française devait s\u2019apprécier en rapportavec l\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés dont il ne fait sur ce point qu\u2019énoncer la même règle, soit celle de l\u2019obligation du parent d\u2019avoir reçu son enseignementprimaire en anglais.Si le droit à l\u2019égalité des Chartes québécoise et canadienne devait, par rapportau droit d\u2019accès à l\u2019école anglaise, obliger le législateur québécois à traiter tous les parents de la même façon, sans tenir compte de la langue dans laquelle ceux-ci ont reçu leur enseignementprimaire, c\u2019en serait fait du compromis constitutionnel adopté en 1982 et formulé à l\u2019article 23 de la Charte canadienne.Or, il est un principe constitutionnel bien reconnu, par la jurisprudence et par le gros bon sens, qui veut qu\u2019une partie de la Constitution ne puisse rendre inopérante une autre partie de la Constitution.Le droit de faire instruire ses enfants dans des écoles anglaises financées par l\u2019État, nous dit la Cour suprême, est « un droit qui n\u2019est garanti au Québec qu\u2019à la minorité anglophone» (paragraphe 10).11 s\u2019agit donc d\u2019un de ces quelques droits collectifs enchâssés dans la Constitution du Canada dans le but de protéger certaines minorités au Canada.11 està ce titre, par nature, une exception au droit individuel et universel à l\u2019égalité, prévue dans le but de favoriser dans ces cas une égalité davantage réelle que purement formelle.Or, il importe de noter que pour la Cour suprême, la minorité qu\u2019il s\u2019agit de protéger, par le respect des normes constitutionnelles encadrant le droit d\u2019accès à l\u2019école publique anglaise au Québec, est d\u2019abord la minorité anglophone du Québec, mais aussi la majorité fran- L\u2019état du Québec cophone du Québec qui demeure en même temps partie d\u2019une minorité linguistique dans l\u2019ensemble du Canada (paragraphe 31) : Au Québec, une autre dimension s\u2019ajoute au problème en ce que la présence d\u2019écoles destinées à la communauté linguistique minoritaire ne doit pas seruir à contrecarrer la volonté de la majorité de protéger et dejàvoriser le jrançais comme langue de la majorité au Québec, sachant que le jrançais restera la langue de la minorité dans le contexte plus large de l\u2019ensemble du Canada.L\u2019arrêt Solski L\u2019affaire Solski soulève une question plus difficile à résoudre.Elle a faitl\u2019ob-jet d\u2019un jugement de la Cour supérieure, que la Cour d\u2019appel a renversé unanimement La Cour suprême du Canada a pour sa part rendu à son sujet un jugement élaboré, qui l\u2019a amenée à accueillir en partie l\u2019appel interjeté contre la décision de la Cour d\u2019appel.L\u2019appelante, dans Solski, conteste la constitutionnalité du critère de « la majeure partie» qu\u2019énonce l\u2019article 73 de la Charte de la langue française afin d\u2019encadrer le droit d\u2019accès à l\u2019école anglaise découlant de la « clause grand frère» de l\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés.Comme un de ses enfants a reçu une partie de son enseignement en anglais en Ontario, l\u2019appelante satisfait à la seule condition qu\u2019impose l\u2019article 23 afin d\u2019avoir le droit d\u2019inscrire ses enfants dans des écoles publiques anglaises au Québec.Mais comme cet enseignement reçu en anglais ne représente pas la majeure partie de l\u2019enseignement primaire ou secondaire de l\u2019enfant, ce droit lui est refusé en vertu de l\u2019article 73.Elle prétend donc que cet aspect de l\u2019article 73 est incompatible avec l\u2019article 23.La Cour supérieure a ainsi jugé que l\u2019article 73 était incompatible avec l\u2019article 23, du seul fait qu\u2019il limite la catégorie de personnes admissibles à l\u2019école anglaise en vertu de la « clause grand frère», et cela sans qu\u2019il soit possible de se demander si cette limitation ne serait pas raisonnable.La Cour d\u2019appel, au contraire, a jugé que le critère de « la majeure partie » était en lui-même compatible avec l\u2019article 23, parce qu\u2019il est nécessaire que la « clause grand frère» soit encadrée, afin qu\u2019elle ne puisse justement pas rendre l\u2019ensemble de l\u2019article 23 sans objet en permettant, grâce au bref détour d\u2019un enfant dans une école anglaise privée ou extérieure, un accès quasi automatique à l\u2019école publique anglaise au Québec.Pour la Cour d\u2019appel, le critère de « la majeure partie » est bien adapté à cette fin.La Cour suprême du Canada, dès le départ de son analyse, nous apprend que le droit à l\u2019école publique anglaise au Québec, énoncé à l\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits, est d\u2019abord et avant tout un droit individuel, bien qu\u2019il présuppose l\u2019existence d\u2019une collectivité de langue anglaise susceptible d\u2019en bénéficier (paragraphe 23).De cette assertion découle la suite de son jugement S\u2019agissant on l\u2019espère de la partie de l\u2019article 23 qui traite de la « clause grand frère», la Cour s\u2019emploie par la suite à donner à celle-ci un sens individualiste distinct de l\u2019objectif constitutionnel de protéger la minorité anglophone du Québec.Si la « clause grand frère » a pour objet immédiat et précis de 192 favoriser la continuité dans la langue d\u2019enseignement, de préserver l\u2019unité familiale et de favoriser la liberté de circulation et d\u2019établissement interprovinciaux, ce n\u2019est pas tant dans le but ultime de protéger la minorité anglophone que pour donner effet à un « engagement authentique à cheminer dans la langue de la minorité» anglophone (paragraphe 28).À partir de là, toute la question est de savoir identifier les facteurs les plus susceptibles de permettre de reconnaître cet« engagement authentique », abstraction faite, précise la Cour, de l\u2019existence (ou inexistence) de tout lien réel entre le parent et l\u2019enfant d\u2019une part, et la collectivité anglophone d\u2019autre part (paragraphe 31).Ce n\u2019est donc plus la minorité anglophone du Québec qu\u2019il s\u2019agit de protéger, mais bien la volonté individuelle de parents manifestée par certains gestes, dans certains contextes.Pour mener à bien cette entreprise de reconnaissance d\u2019un engagement parental authentique envers l\u2019anglais, le critère de « la majeure partie » en tant que tel ne convient pas.Déterminer quantitativement si un enfant a reçu la majeure partie de son enseignement primaire ou secondaire en anglais n\u2019est pas la façon de connaître la nature de l\u2019engagement des parents de cet enfant à faire cheminer leurs enfants dans cette langue.Le critère de « la majeure partie», nous dit la Cour suprême, ne peut donc être sauvegardé que si l\u2019on donne à l\u2019adjectif « majeure » un sens qualitatif plutôt que quantitatif (paragraphe 1).Pour une juste application de la « clause grand frère », il faut examiner avec souplesse et relativisme un certain nombre non limitatif de facteurs, dont quatre sont exposés par la Cour en détail.La Cour suprême résume finalement sa pensée dans une avant-dernière section de ses motifs, qu\u2019elle intitule « Sommaire ».Elle y affirme que dans la majorité des cas, l\u2019enfant inscrit dans un programme d\u2019enseignement en langue anglaise, et qui le suit régulièrement, est en mesure de poursuivre ses études dans cette langue.Changer l\u2019enfant de programme ne serait dans l\u2019intérêt ni de l\u2019enfantni de la minorité anglophone.Néanmoins, poursuit la Cour, « il est justifié de procéder à une évaluation qualitative de la situation pour déterminer s\u2019il existe une preuve d\u2019engagement authentique à cheminer dans la langue d\u2019enseignement de la minorité» anglophone (paragraphe 45).Le fait d\u2019une seule inscription en cours à un programme reconnu d\u2019enseignement en anglais suffit donc à faire naître une présomption d'« engagement authentique », lui-même suffisant pour que la « clause grand frère» engendre le droit à l\u2019école anglaise pour tous les enfants d\u2019une famille.La présence d\u2019un enfant dans une école anglaise faitporter par le gouvernement le fardeau de prouver que cet enfant et ses frères et sœurs n\u2019ont pas le droit de recevoir leur instruction dans des écoles publiques anglaises au Québec.Par le dispositif de son jugement, la Cour suprême accueille enfin l\u2019appel de l\u2019appelante.Les enfants de celle-ci ont le droit de fréquenter des écoles anglaises financées par le Québec, car l\u2019un d\u2019entre eux a participé à un programme d\u2019immersion en français dans une école anglaise de l\u2019Ontario, ce qui doit être considéré selon la Cour comme de l\u2019enseignement en anglais.Et, fait pour le moins inusité, la Cour, L\u2019état du Québec dans ce même dispositif, donne également raison à une personne qui n\u2019était pas appelante devant elle.Les enfants de cette personne ont eux aussi le droit de fréquenter des écoles publiques anglaises, étant donné que l\u2019une d\u2019entre elles a passé une année dans une école privée et non subventionnée, où 60 % de l\u2019enseignement se donnait en anglais.Commentaires Il faut d\u2019abord dire que l\u2019arrêt Gosselin apparaît sans reproches.Ce jugement allait de soi, pourrait-on prétendre.Mais encore n\u2019était-il peut-être pas complètement inutile que la Cour suprême du Canada vienne confirmer expressément certaines évidences, comme celle voulant qu\u2019un droit individuel à l\u2019égalité constitutionnalisé ne puisse servir à neutraliser un droit collectif également constitutionnalisé, soit celui de la minorité anglophone à des écoles à elle, qui est aussi celui de la majorité francophone à ce que ces écoles ne servent pas à angliciser le Québec.L\u2019existence de ce jugement relève peut-être aussi d\u2019une sorte de compromis, destiné à faire passer l\u2019arrêt Solski inaperçu.Le jugement Solski est en effet davantage critiquable, à plusieurs égards.Il l\u2019est d\u2019abord en ce qui regarde sa prémisse voulant que le droit de faire instruire ses enfants au Québec dans des écoles anglaises financées par l\u2019État est avant tout un droit individuel.Cette assertion est à notre avis sans fondement Elle ne repose que sur une courte phrase, dans laquelle la Cour mentionne que l\u2019article 23 de la Charte canadienne attribue un droit à des «personnes appartenant à des catégories particulières de titulaires ».Or ce constat ne fait que rappeler que des droits collectifs, contrairement aux droits individuels, n\u2019appartiennent qu\u2019à des catégories spécifiques de personnes, qu\u2019il faut de quelque manière pouvoir identifier.Le fait que l\u2019article 23 indique les moyens de reconnaître les membres de la collectivité titulaire du droit n\u2019a pas pour effet de faire de ce droit un droit avant tout individuel.Celui-ci demeure au contraire un droit d\u2019abord et avant tout collectif de par sa raison d\u2019être, mais dont la mise en œuvre implique secondairement une dimension individuelle.Le droit à des écoles publiques anglaises au Québec n\u2019existe en effet que parce qu\u2019existe au Québec une minorité historique anglophone le justifiant et parce que fut élaboré un jour un compromis politique reconnaissant ce droit.Il s\u2019agit essentiellement d\u2019un droit collectif, qui n\u2019a rien à voir avec les droits civils etpolitiques, individuels et universels, qui se rattachent aux attributs fondamentaux de la nature humaine.L\u2019être humain n\u2019a pas davantage droit à des écoles publiques anglaises au Québec qu\u2019il n\u2019a droit à des écoles publiques chinoises àNew York.S\u2019il en va autrementpour certaines personnes au Québec, ce ne peut être que parce que celles-ci font de quelque manière partie de la minorité anglophone qui s\u2019y trouve.Etcela devraitvaloir tout autant pour la « clause grand frère » de l\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits que pour l\u2019ensemble de l\u2019article 23 dont cette clause fait partie intégrante.L\u2019effort généreux qu\u2019il convient de déployer doit avoir pour objet la reconnaissance des membres de cette collectivité minoritaire, etnon l\u2019extension du droit de l\u2019article 23 aux Québécois qui 194 ne présentent pas ou présentent peu de signes d\u2019appartenance à la collectivité anglophone.La Cour suprême elle-même, dans l\u2019arrêt Gosselin, reconnaît que le droit d\u2019accès à l\u2019école publique anglaise au Québec est « un droit qui n\u2019est garanti au Québec qu\u2019à la minorité anglophone» (paragrapheio).Surtout dans le contexte québécois, où la langue de la majorité se trouve sous la continuelle menace de l\u2019anglais, l\u2019école anglaise ne devrait pas pouvoir être conçue comme poursuivant d\u2019autres fins que la protection de la minorité anglophone du Québec.Le principe de l\u2019école française n\u2019a au Québec rien de capricieux; il est vital.Parce qu\u2019elle considère que la « clause grand frère» attribue un droit individuel, la Cour suprême est au contraire amenée à chercher à identifier l\u2019objet de ce droit.Tous les critères qu\u2019elle évoque de manière non limitative semblent en définitive pointer vers un objet se situant quelque part entre le respect d\u2019une certaine volonté parentale et la protection de l\u2019enfant lui-même, ce qu\u2019elle appelle l'« engagement authentique » à cheminer en langue anglaise.Et, bien sûr, lorsqu\u2019on a affaire à un droit individuel d\u2019une telle nature intime, le nuancement et le relativisme des critères d\u2019application apparaissent de bon aloi.La Cour suprême s\u2019évertue dans Solski à trouver les moyens de connaître la vraie volonté des parents etle meilleur intérêt de l\u2019enfant, alors que la question était de savoir si les personnes en cause pouvaient raisonnablement être considérées comme des membres de la collectivité minoritaire qu\u2019il s\u2019agit de protéger.Or, il faut bien admettre que l\u2019appelante, de même que l\u2019autre per- sonne qui obtient gain de cause sans avoir porté sa cause en appel, n\u2019affichent pas en l\u2019espèce, selon les faits rapportés, grand lien d\u2019appartenance à la collectivité anglophone du Québec.Dans ces conditions, le sort des dispositions de la Charte de la langue française, qui depuis 2002 écartent du décompte, pour les fins de la « clause grand frère», l\u2019enseignement reçu en anglais dans une école privée non subventionnée, ou à l\u2019occasion d\u2019un séjour temporaire ou pour des raisons humanitaires, apparaît pour le moins compromis.Le jugement Solski est également critiquable en ce qu\u2019il prétend agréer le critère de « la majeure partie» comme norme d\u2019application de la « clause grand frère ».La Cour suprême prétend en effet s\u2019adonner à de l\u2019interprétation constitutionnelle: le critère de l\u2019article 73 estconstitutionnel, etil continue de s\u2019appliquer, à la simple condition de lui donner un sens qualitatifet relatif C\u2019est sur la base de cet aspect déclaratoire du jugement Solski que celui-ci est dit n\u2019accueillir l\u2019appel qu'« en partie».Or plus on progresse dans la lecture du jugement, plus on se rend compte que tout cela n\u2019est qu\u2019illusion et que le critère de « la majeure partie » est appelé en définitive à signifier tout autre chose que ce qu\u2019implique son vocable.Un peu comme dans la célèbre Loi de clarification, adoptée par le Parlement fédéral à la suite du jugement de la Cour suprême sur la sécession du Québec, où la notion de majorité est dite pouvoir signifier tout autre chose que la majorité.Comme on l\u2019a vu, la Cour en vient même à établir une présomption en faveur du droit à l\u2019enseignement en anglais, sitôt qu\u2019existe une inscription L\u2019état du Québec en cours à un programme anglais, ce qui nous situe fort loin de l\u2019exigence qu\u2019une majeure partie de l\u2019enseignement ait été suivie en langue anglaise.C\u2019est à se demander quelle interprétation sera donnée au même critère, employé dans la partie principale de la « clause Canada » pour qualifier l\u2019enseignement primaire que doitavoir reçu en anglais le parent requérant En réalité, la Cour suprême du Canada se montre ici beaucoup plus ratoureuse qu\u2019elle ne l\u2019avait été en 1988 dans l\u2019affaire Ford, où elle avait déclaré inconstitutionnelle la norme générale de l\u2019affichage commercial en langue française.Au lieu de heurter la norme, ici elle se transforme en législateur si pointilleux et si nuancé que la norme s\u2019en trouve vidée de sa substance.Il est vrai qu\u2019une déclaration d\u2019inconstitutionnalité n\u2019aurait pas heurté que la norme, car le Parlement du Québec n\u2019aurait pas pu écarter le jugement de la Cour suprême comme il le fit en 1988 à l\u2019aide de la disposition de dérogation de l\u2019article 33 de la Charte canadienne, celle-ci ne s\u2019appliquant pas à l\u2019article 23.De façon plus générale, le jugement Solski est aussi critiquable à ce chapitre en raison du parti pris individualiste dont il fait preuve, qui l\u2019amène à relativiser à l\u2019infini une norme élaborée avec soin par le législateur compétent, après débats et longue réflexion.Et cela au point d\u2019en faire une non-norme, dont il devient impossible de saisir la portée pratique.Or, en matière de droit à l\u2019école anglaise au Québec, la preuve a pourtant déjà été faite que des normes trop relatives sont impraticables, comme ce fut le cas pour le critère de la « connaissance suffisante » de l\u2019anglais avant la venue de la Charte de la langue française.Le discutable labeur de législation auquel s\u2019adonne la Cour suprême, en rendant le critère de « la majeure partie» insaisissable, réjouira peut-être quelques avocats, en multipliant les litiges.Mais il aura certes et surtoutpour effet d\u2019engendrer de la tension sociale, en autorisant des personnes à croire qu\u2019elles jouissent d\u2019un droit individuel fondamental à l\u2019école publique anglaise au Québec, droit qui à ce titre devrait s\u2019ajuster à leur credo personnel.Cette propension de la Cour suprême du Canada à vouloir régler tous les problèmes au cas par cas, quelle qu\u2019en soit la nature, semble en définitive relever d\u2019une culture socio-juridique de common laio, ou de case-lau), qui est bien davantage canadienne que québécoise.Cet individualisme exacerbé entraîne d\u2019ailleurs parfois la dissidence des juges québécois de la Cour, mais dans les deux affaires présentes, cette dernière s\u2019est exprimée unanimement et anonymement.196 La population Le point sur les substitutions linguistiques L\u2019anglicisation plus courante que la francisation* Charles Castonguay Université d\u2019Ottauia La différence entre la population parlant le français comme langue d\u2019usage à la maison et celle de langue maternelle française a progressé deux fois plus entre les recensements de 1971 et de 2001 que la différence correspondante quant à l\u2019anglais.Cela porte facilement à conclure que le français a recruté au Québec, depuis 1971, deux fois plus de nouveaux locuteurs usuels que l\u2019anglais.Pareil progrès du français en matière de substitutions linguistiques n\u2019est toutefois qu\u2019apparent.Des changements apportés au questionnaire de recensement en 1991 ont réduit le degré d\u2019anglicisation des francophones et dopé la part du français dans l\u2019assimilation des allophones; de nouveaux changements ont encore gonflé la francisation des allophones en 2001 (Castonguay 2003).En outre, beaucoup d\u2019allophones anglicisés, énumérés en 1971, sont décédés depuis et ont été remplacés par de nouveaux cas d\u2019anglicisation.Les francophones et allophones anglicisés au Québec sont portés aussi à migrer ailleurs au Canada.Enfin, nombre d\u2019immigrés al- lophones qui, au recensement, se déclarent francisés avaient en fait déjà adopté le français comme langue d\u2019usage à l\u2019étranger.Ces quatre facteurs de distorsion font en sorte que le pouvoir d\u2019attraction du français vis-à-vis de l\u2019anglais a moins progressé au Québec que ce que laisse entendre un examen trop sommaire des données.Quel a donc été le progrès réel du français sur ce plan ?Plus précisément, combien de substitutions linguistiques en faveur du français et de l\u2019anglais ont été effectivement réalisées sur le territoire québécois depuis 1971?La question est assez importante pour qu\u2019on TABLEAU 1 Solde des substitutions linguistiques, Québec \t\t\t 1971\t2 460\t95 115\t-97 575 1981\t-371\t109 508\t-109 143 1986\t-9 739\t124316\t- 114 586 1991\t62 324\t131 661\t- 193 991 1996\t84 139\t137 136\t-221261 2001\t110 598\t151079\t-261676 Note: Le total pour une année peut s\u2019écarter légèrement de zéro en raison de l\u2019arrondissement aléatoire des données par Statistique Canada.Source: Compilations spéciales des recensements de 1971 à 2001.197 L\u2019état du Québec s\u2019efforce d\u2019y voir clair.Nous invitons le lecteur à suivre de près nos estimations, car le constat qui s\u2019en dégage ne manquera pas d\u2019étonner.Gains apparents du français et de l\u2019anglais depuis 1971 Plusieurs Québécois adoptentau cours de leur vie une langue d\u2019usage au foyer différente de leur langue maternelle.Le tableau i présente l\u2019évolution du solde de ces substitutions de langue parmi les résidents permanents du Québec qui n\u2019habitent ni dans un établissement institutionnel ni dans une réserve amérindienne (voir encadré).Il en ressort qu\u2019à chaque recensement, le solde des substitutions évolue de façon favorable à l\u2019anglais.Il évolue favorablement aussi pour le français après 1986.En faisant la part belle au français, disons en chiffres ronds qu\u2019entre 1971 et 2001, le solde passe de o à 110 000 pour le français et de 95 000 à 150 000 pour l\u2019anglais.Cela représente un progrès de no 000 pour le français et de 55 000 pour l\u2019anglais.En apparence, donc, deux fois plus de nouvelles substitutions se seraient réalisées en faveur du français qu\u2019en faveur de l\u2019anglais.TABLEAU 2 Les trois vecteurs principaux de l'assimilation, Québec \t\t\t 1971\t24 605\t27 065\t70 510 1981\t28 376\t28 005\t81 148 1986\t39 412\t29 668\t84 908 1991\t6 236\t68 564\t125 422 1996\t2 569\t86 711\t134 562 2001\t7 762\t118 353\t143 315 Source : Compilations spéciales des recensements de 1971 à 2001, Trois courants dominants de l\u2019assimilation Bien qu\u2019il puisse y avoir six sortes de substitution entre le français, l\u2019anglais et les autres langues, elles se résument à trois tendances dominantes : une anglicisation nette des francophones et une anglicisation aussi bien qu\u2019une francisation nettes des allophones.L\u2019anglicisation nette des francophones se chiffre par la différence entre le nombre de francophones anglicisés et celui d\u2019anglophones francisés.L\u2019anglicisation nette des allophones se calcule de même en soustrayant, du nombre d\u2019al-lophones anglicisés, les quelques cas d\u2019adoption d\u2019une tierce langue par des anglophones.La francisation nette des allophones se mesure de façon semblable.Le tableau 2 montre l\u2019évolution de chacun des trois courants dominants.C\u2019estleur mouvement qui détermine les gains ou pertes au tableau 1.Par exemple, le solde des substitutions pour l\u2019anglais, au tableau 1, estla somme de l\u2019anglicisation nette des francophones et de celle des allophones telles qu\u2019indiquées au tableau 2.L\u2019intérêt du tableau 2 est de révéler l\u2019ampleur des principales ruptures de comparabilité causées par les modifications apportées au questionnaire de recensement De toute évidence, la réforme du questionnaire en 1991 a effacé presque totalement l\u2019anglicisation nette des francophones et a fortement augmenté la francisation aussi bien que l\u2019anglicisation des allophones.Le tableau 2 suggère également que les changements apportés en 2001 ont eu pour effet de gonfler la francisation des allophones.Pour estimer le progrès réel du solde du français vis-à-vis de l\u2019anglais, nous 198 La population annulerons à tour de rôle l\u2019effet de chaque facteur de distorsion.Ce faisant, nous raisonnerons à plusieurs milliers près et infléchirons nos estimations dans le sens d\u2019une réduction modérée du pouvoir d\u2019attraction du français, de manière à assurer la robustesse du résultat final.L\u2019effet du questionnaire de 1991 sur l\u2019anglicisation nette des francophones Nous savons que le nouveau modèle de questionnaire adopté en 1991 a brusquement réduit le nombre de francophones anglicisés au Québec et augmenté de même le nombre d\u2019anglophones qui se déclaraient francisés (Castonguay 1996).Ces deux hiatus ont entraîné une chute abrupte de l\u2019anglicisation nette des francophones.Au bas mot, le nouvel instrument d\u2019observation a fait reculer de 20 000 leur anglicisation nette à comparer à ce que don-naientà voir les recensements de 1971 à 1986 (tableau 2).Si le questionnaire de 1991 avait servi dès 1971, l\u2019anglicisation nette des fran- cophones aurait donc été presque inexistante sur les trente années en cause.Par conséquent, compte tenu de la francisation nette des allophones, le solde des substitutions pour le fiançais aurait été d\u2019au moins 20 000 en 1971 au lieu du résultat à peu près nul inscrit au tableau 1.Annuler cet effet du nouveau questionnaire en 1991 équivaut ainsi à faire passer le solde des substitutions pour le fiançais de 20 000 en 1971 à no 000 en 2001, ce qui représente un progrès de 90 000.Suivant un raisonnement semblable, le solde de l\u2019anglais passe de 75 000 (et non 95 000) en 1971 à 150 000 en 2001, pour un progrès concomitant de 75 000.D\u2019entrée de jeu, ce premier ajuste-mentproduitun résultatbien différent de celui qui semblait s\u2019imposer à première vue.Soulignons qu\u2019il n\u2019est pas question ici d\u2019accorder une préférence à l\u2019un ou à l\u2019autre des questionnaires quant à déterminer le pouvoir d\u2019attraction « réel » des langues, mais uniquement d\u2019apporter des ajustements qui visent à cerner le véritable mouvement Mesures prises pour améliorer la comparabilité des données Parmi les recensements en cause, seul celui de 1971 a recueilli les renseignements sur la langue maternelle et la langue d\u2019usage auprès des pensionnaires d\u2019établissements institutionnels.De même, seuls les recensements de 1991 à 2001 comprennent des données touchant les résidents non permanents.Enfin, les réserves amérindiennes collaborent de façon inégale aux recensements.Pour assurer l\u2019uniformité des univers statistiques comparés, les pensionnaires d\u2019institutions, les résidents non permanents et ceux des réserves amérindiennes ont donc été exclus des compilations spéciales qui sous-tendent la présente analyse. chaque recensement, certains répondants déclarent plus d\u2019une langue maternelle ou d\u2019usage.La fréquence de ces déclarations fluctue en fonction des modifications apportées au questionnaire et au mode de traitement des données.Il s\u2019agit rarement, d\u2019ailleurs, des mêmes personnes d\u2019un recensement à l\u2019autre.Statistique Canada a simplifié ces réponses multiples lors même de la saisie des données en 1971, au moyen d\u2019un procédé qui équivaut grosso modo à les répartir également entre les langues déclarées.Pour toutes ces raisons, nous avons réparti de façon égale entre les langues déclarées les réponses multiples recueillies aux recensements ultérieurs.199 L\u2019état du Québec de ce que les divers questionnaires donnent différemment à voir.L\u2019effet du questionnaire de 1991 sur l\u2019assimilation des allophones Afin d\u2019estimer l\u2019effet du questionnaire de 1991 sur la francisation et l\u2019anglicisation nettes des allophones, l\u2019augmentation de chaque type d\u2019assimilation entre 1991 et 1996 peut nous servir de guide.En effet, les informations sur l\u2019assimilation des allophones recueillies à ces deux recensements au moyen d\u2019un module de questions linguistiques inchangé se sont avérées d\u2019une comparabilité optimale (Castonguay 2005).Au tableau 2, la francisation nette des allophones progresse de 39 000 entre 1986 et 1991, mais de 18 000 seulement entre 1991 et 1996.Le questionnaire de 1991 a donc gonflé ce courant d\u2019assimilation de quelque 20 000 personnes.De même, l\u2019anglicisation nette des allophones progresse au tableau 2 de 40 500 entre 1986 et 1991, mais de seulement 9 000 entre 1991 eti996.Ainsi, l\u2019effet inflationniste du nouveau questionnaire a été à cet égard d\u2019environ 30 000.Le modèle de questionnaire adopté en 1991 a été repris en 1996 et 2001.On peut estimer par conséquent que la francisation nette des allophones est, en 2001, plus élevée de 20 000 que si l\u2019instrument d\u2019observation n\u2019avait pas été refondu en 1991.Annuler l\u2019effet du changement de questionnaire revient alors à réduire à 90 000 le solde pour le français en fin de période.On peut estimer de même que le solde pour l\u2019anglais se trouve gonflé de 30 000 personnes en 2001 relativement aux données des trois premiers recensements.Une fois annulé l\u2019effet du questionnaire, il reste un solde de 120 000 pour l\u2019anglais en 2001.Le progrès du solde qui en résulte est de 70 000 pour le français (étant passé de 20 000 en 1971 à 90 000 en 2001) et de 45 000 pour l\u2019anglais (étantpassé de 75 000 à 120 000).La correction de l\u2019ensemble des distorsions causées par l\u2019introduction d\u2019un nouveau modèle de questionnaire en 1991 conduit ainsi à une évolution plus modeste du solde des substitutions.C\u2019est notamment le cas du progrès du français à ce chapitre.L\u2019effet du questionnaire de 2001 À la suite du progrès de 18 000 dans la francisation des allophones, enregistré entre 1991 et 1996 au moyen de questions linguistiques identiques, les questions modifiées du dernier recensement Une estimation perfectible mais robuste En cas d\u2019incertitude, nous avons fait pencher nos estimations en faveur du français plutôt que de l\u2019anglais.Des estimations plus satisfaisantes peuvent venir modifier quelque peu l\u2019issue des ajustements effectués ci-dessus.Toutefois, cela ne devrait pas en changer le sens tant semble nette la domination de l\u2019anglais au cours de la période à l\u2019étude.Le lecteur intéressé trouvera dans un ouvrage connexe (Castonguay 2005) des analyses que nous n\u2019avons pu que résumer ici, notamment en ce qui concerne les changements apportés au questionnaire de recensement, leur incidence sur les données et les substitutions réalisées à l\u2019étranger.En revanche, la présente étude a bénéficié de recherches inédites sur l\u2019incidence de la mortalité et de la migration interprovinciale.200 La population ontproduitun bond invraisemblable de 32 000 entre 1996 et 2001 (tableau 2).Nous en avons contrôlé l\u2019authenticité au moyen de vérifications longitudinales qui permettent de conclure que les changements apportés avaient, en 2001, haussé d\u2019environ 10 000 la francisation nette des allophones (Cas-tonguay 2003 et 2005).Par contre, ces changements ne semblentpas avoir affecté de façon significative les autres vecteurs principaux de l\u2019assimilation.L\u2019annulation de l\u2019effet des modifications de 2001 se limite donc à réduire de 10 000 la francisation relative des allophones.Le solde des substitutions pour le français en 2001 se chiffre alors à 80 000.Cela porte le progrès du solde des substitutions pour le français à 60 000, celui-ci étantpassé de 20 000 à 80 000 sur trente ans, à comparer au 45 000 obtenu pour l\u2019anglais à la section précédente.L\u2019incidence de la mortalité Les allophones anglicisés étaient beaucoup plus nombreux en 1971 que les francisés, soit 70 500 à comparer à 27 100 (tableau 2).Par conséquent, beaucoup plus d\u2019anglicisés que de francisés sont décédés depuis.Si l\u2019anglicisation etla francisation nettes des allophones ont progressé, c\u2019est aussi parce que les décédés ont été remplacés par le recrutement d\u2019un nombre équivalent de nouveaux locuteurs usuels de l\u2019anglais et du français.Ces substitutions de remplacement échappent à une lecture trop rapide de l\u2019évolution des données.L\u2019âge médian des allophones anglicisés énumérés en 1971 était de 38 ans et celui des francisés, de 35 ans.En particulier, parmi la population déjà âgée de 45 ans ou plus, les 26 090 anglicisés TABLEAU 3\tEstimation des substitutions réalisées au Québec \t\t Ajustements:\t\t Effets de questionnaire\t- 50 000\t- 10 000 Mortalité\t+ 10 000\t+ 25 000 Substitutions à l\u2019étranger\t- 30 000\t- 10 000 Migration interprovinciale\t- 10 000\t+ 15 000 Substitutions réalisées au Québec entre 1971 et 2001\t30 000\t75 000 étaientplus de trois fois plus nombreux que les 8 345 francisés.Par conséquent, on peut supposer qu\u2019au minimum, près de trois fois plus d\u2019anglicisés que de francisés sont décédés depuis 1971 et ont été remplacés par autant de nouvelles substitutions.Afin d\u2019avantager la progression du pouvoir d\u2019attraction du français vis-à-vis de celui de l\u2019anglais, disons que 25 000 allophones anglicisés et 10 000 allophones francisés, énumérés au Québec en 1971, sont décédés depuis.Comme ils ont tous été remplacés, cela augmente d\u2019autant les substitutions réalisées entre 1971 et 2001.Le progrès du français en matière de substitutions réalisées depuis 1971 s\u2019élève alors à 70 000 et celui de l\u2019anglais, à 70 000 également Les substitutions réalisées à l\u2019étranger Selon Termote (1999), la majorité des substitutions déclarées par les immigrés d\u2019arrivée récente auraient été réalisées au préalable à l\u2019étranger.En outre, pas plus de la moitié des substitutions déclarées par l\u2019ensemble de la population allophone immigrée auraient été accomplies au Québec.Des vérifications longitudinales confirment entièrement ses hypothèses (Castonguay 2005).201 L\u2019état du Québec Les allophones immigrés déclarent beaucoup de substitutions dès le premier recensement suivant leur arrivée.Aux seuls recensements de 1991,1996 et 2001, nous en avons compté, au total, 43 200 pour le français et 17 300 pour l\u2019anglais.À la lumière des vérifications mentionnées ci-dessus, on peut estimer que, uniquement de 1986 à 2001, les substitutions réalisées à l\u2019étranger ont contribué pour au moins 30 000 au solde des substitutions pour le français recensées en 2001 et pour environ 10 000 à celui pour l\u2019anglais (Caston-guay 2005, section 3.5).En ce qui a trait au pouvoir d\u2019attraction qu\u2019exercent le français et l\u2019anglais au Québec même, cela réduit le progrès du français à 40 000 depuis 1971 et celui de l\u2019anglais à 60 000.L\u2019incidence de ce facteur de distorsion serait plus importante encore sur l\u2019ensemble des trente années à l\u2019étude.Les substitutions réalisées à l\u2019étranger ne sontévidemmentpas attribuables à l\u2019effet de la loi 101 sur le pouvoir d\u2019attraction du français au Québec.En revanche, une partie découle, sans doute, de la connaissance préalable du français comme critère de sélection des immigrants.La migration interprovinciale des francophones anglicisés Statistique Canada dresse un bilan quinquennal de la migration interprovinciale par langue maternelle et langue d\u2019usage au moyen d\u2019une question sur le lieu de résidence cinq ans avant le recensement Ce bilan est toujours négatif pour la population francophone anglicisée.Un total de 41000 francophones anglicisés ont été énumérés à l\u2019extérieur du Québec aux recensements de 1976 à 2001, alors qu\u2019ils résidaient au Québec cinq ans auparavant.Quelques-uns sont décédés avant 2001, mais la vaste majorité auraient été recensés au Québec en 2001 s\u2019ils n\u2019avaient pas élu domicile ailleurs au Canada.En recoupant le bilan migratoire quinquennal avec l\u2019information sur le lieu de résidence un an avant le recensement, recueillie à partir de 1991, on peut aussi estimer qu\u2019un peu moins de la moitié des francophones anglicisés qui ont quitté le Québec durant le lustre précédant le recensement s\u2019y étaient déjà anglicisés avant leur départ.De manière très modérée, disons donc que 10 000 francophones anglicisés au Québec auraient été recensés comme tels au Québec en 2001 s\u2019ils n\u2019étaient pas partis vivre dans une autre province.Pour le français, cela réduit de 10 000 le bilan, en 2001, des substitutions réalisées sur le territoire québécois depuis 1971, et augmente d\u2019autant le bilan pour l\u2019anglais.Le progrès sur trente ans s\u2019établit alors à 30 000 pour le français et à 70 000 pour l\u2019anglais.La migration interprovinciale des allophones anglicisés D\u2019un lustre à l\u2019autre, la migration nette des allophones francisés entre le Québec et les autres provinces esta peu près nulle.Par contre, celle des allophones anglicisés est toujours négative.Aux recensements de 1976 à 2001, on compte un total de 33 000 allophones anglicisés énumérés dans le reste du Canada, mais qui résidaient au Québec cinq ans auparavant Quelques-uns sont décédés avant 2001, d\u2019autres sont des immigrés qui étaient anglicisés avant d\u2019arriver au Québec.On peut 202 estimer aussi qu\u2019un peu moins de la moitié des allophones anglicisés non immigrés qui ont quitté le Québec pendant le lustre précédant le recensement s\u2019y étaient anglicisés avant de partir.De façon modérée, toujours, disons que trente années de tamisage linguistique interprovincial ont soustrait de la population recensée au Québec en 2001 quelque 5 000 allophones qui s\u2019y étaientanglicisés.Cela augmente d\u2019au-tantle bilan de l\u2019anglais quantaux substitutions réalisées sur le sol québécois depuis 1971, et porte son progrès en cette matière à 75 000.Dans nos estimations de l\u2019incidence du tamisage migratoire sur le bilan des substitutions, nous n\u2019avons pas distingué entre les migrants francophones ou allophones qui se sont anglicisés au Québec avant 1971 et ceux qui s\u2019y sont anglicisés depuis, car le départ de ceux qui se sontanglicisés avanti97i exerce un eflèt équivalent à celui de la mortalité en haussant le vrai bilan de l\u2019anglais au Québec depuis 1971.D\u2019une façon ou d\u2019une autre, il faut donc faire entrer ces départs aussi en ligne de compte.Le tableau 3 résume l\u2019effet des quatre facteurs de distorsion qui embrouillent le suivi des substitutions réalisées au Québec.Tous y ont contribué de façon importante.La domination persistante de l\u2019anglais De prime abord, le français semble avoir recruté depuis 1971 deux fois plus de nouveaux locuteurs usuels que l\u2019anglais.Nos ajustements débouchent sur un constat diamétralement opposé : 30 000 pour le français, 75 000 pour l\u2019anglais.À bien y penser, ce n\u2019estpas si étonnant Dans le premier cas il s\u2019agis- sait de comparer deux instantanés pris, d\u2019ailleurs, au moyen d\u2019instruments dif férents; dans le second, d\u2019estimer combien de substitutions se sont réalisées sur le territoire québécois durant les trente années en cause.Notre conclusion n\u2019estpas irréconciliable non plus avec le progrès bien documenté du pouvoir d\u2019attraction du français auprès des jeunes immigrés allophones touchés par les dispositions scolaires des lois 22 et 101.Car entre 1941 eti97i, par exemple, la dynamique des substitutions réalisées en sol québécois était vraisemblablement encore plus favorable à l\u2019anglais qu\u2019entre 1971 et 2001.Quant à l\u2019appréciation de la vitalité comparée du français et de l\u2019anglais au Québec, la présente analyse contribuera peut-être à dissiper la confusion qui règne.Les uns suivent l\u2019évolution de la langue maternelle et de la langue d\u2019usage à la maison sans admettre encore la rupture de comparabilité touchant les substitutions plus récentes, notamment celle provoquée par la modification de l\u2019instrument d\u2019observation en 2001 (OQLF 2005, p.65-73).Les autres n\u2019en ont que pour la langue d\u2019usage public, alors que nous ne disposons d\u2019aucune série d\u2019observations comparables qui permettraient d\u2019en suivre l\u2019évolution.À mesure que les preuves de défaut de comparabilité s\u2019accumulent, la levée du blocage des uns ne sera sans doute qu\u2019une question de temps.Il est possible, cependant, que le dogmatisme empêche les autres de reconnaître que l\u2019évolution des substitutions linguistiques dans l\u2019intimité du foyer peut refléter celle de la situation des langues dans la vie publique. L\u2019état du Québec Références CASTONGUAY, Charles, « Assimilation Trends Among Official Language Minorities, 1971-1991 », dans Towards the XXIst Century: Emerging Socio-Demographic Trends and Policy Issues in Canada, Federation of Canadian Demographers, Ottawa, p.201-205,1996.CASTONGUAY, Charles, « La vraie question linguistique : quelle est la force d\u2019attraction réelle du français au Québec?Analyse critique de l\u2019amélioration de la situation du français observée en 2001 », dansM.Venne (dir.), L\u2019annuaire du Quebec 2004, Fides, Montréal, p.232-253,2003.CASTONGUAY, Charles, Les indicateurs généraux de vitalité des langues au Québec : comparabilité et tendances 1971-2001, Office québécois de la langue française, Montréal, 2005.OFFICE QUÉBÉCOIS DE LA LANGUE FRANÇAISE, Les caractéristiques linguistiques de la population du Québec : profil et tendances 1991-2001, Montréal, 2005.TERMOTE, Marc, Perspectives démolinguistiques du Québec et de la région de Montréal à l\u2019aube du XXIe siècle, Conseil de la langue française, Québec, 1999.* La présente contribution s\u2019inscrit dans le cadre de travaux subventionnés par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.Une version préliminaire a été présentée au colloque Census Data and the Assessment of Linguistic Normalization tenu à Barcelone en mars 2005 lors du 5th International Symposium on Bilingualism.204 L\u2019anglais sera enseigné en première année Marie-Andrée Chouinard Journaliste, Le Deuolr Les batailles ont été si nombreuses cette année dans la cour de récréation de l\u2019éducation qu\u2019une nouveauté a franchi toutes les étapes d\u2019approbation politique, pour se frayer doucement un chemin vers les salles de classe sans que trop de chemises ne se déchirent sur la place publique.En effet, foi de ministre de l\u2019Éducation, dès septembre 2006, les petits mousses qui s\u2019inscriront en première année s\u2019initieront à l\u2019anglais, un plan de match qui est loin de faire l\u2019unanimité.En juin 2005, le ministère de l\u2019Éducation, sous la baguette de Jean-Marc Fournier, a donné le feu vert à l\u2019apprentissage de l\u2019anglais langue seconde dès les premiers battements du primaire.À compter de septembre 2006, en effet, les écoliers inscrits au premier cycle du primaire devront apprendre la langue de Shakespeare en plus de commencer à maîtriser lecture et écriture dans celle de Molière, comme en a décidé le gouvernement libéral.C\u2019était une autre de ces promesses électorales, auxquelles le gouvernement Charest a souvent été accusé de s\u2019accrocher.Ajouter du temps d\u2019enseignement au primaire, comme d\u2019autres for- mations politiques d\u2019ailleurs l\u2019avaient proposé lors de la dernière campagne électorale provinciale, mais utiliser quelques-unes de ces précieuses minutes additionnelles pour apprendre à conjuguer aussi en anglais, et dès l\u2019âge de six ans.La mesure, vivement contestée par certains groupes, permettra en réalité de devancer de deux années l\u2019entrée en piste de l\u2019anglais, qui s\u2019enseigne actuellementà compter de la troisième année (début du deuxième cycle dans le nouveau jargon scolaire lié à la réforme).L\u2019ajout d\u2019une heure trente de plus à la semaine scolaire, qui comptera désormais 25 heures, permet le déploiement de ce projet Mais l\u2019introduction de cette matière, dans un Québec où toute incursion sur un terrain linguistique nécessite de cheminer à pas de loup, n\u2019a pas créé d\u2019unanimité.Au contraire, des enseignants aux commissions scolaires, en passant par des spécialistes de l\u2019enseignement de l\u2019anglais, ils ont été plusieurs à se dire peu convaincus des arguments avancés pour justifier l\u2019ajout de l\u2019anglais à une grille-matière déjà bien barbouillée chez les tout-petits. L\u2019état du Québec Au cours de la dernière année, c\u2019est sans doute d\u2019ailleurs l\u2019opinion du très sérieux Conseil supérieur de l\u2019éducation, un organisme-conseil du gouvernement, qui a pesé le plus lourd dans la balance.Dans un avis qui a fait l\u2019effet d\u2019une petite bombe dans le milieu scolaire, le Conseil supérieur de l\u2019éducation (CSE) a en effet clairement indiqué qu\u2019il ne souscrivait pas à l\u2019introduction de l\u2019anglais langue seconde au premier cycle du primaire.Après examen de l\u2019ensemble des modifications apportées au Régime pédagogique de l\u2019éducation préscolaire, de l\u2019enseignement primaire et secondaire, le CSE tranchait qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une mesure « injustifiée » dont l\u2019efficacité n\u2019a pas été « démontrée ».Saluant la vaste majorité des changements proposés pour modeler encore davantage le parcours scolaire à la réforme instaurée au début des années 2000, le CSE n\u2019a conseillé au ministre de reculer que sur un point: celui de l\u2019anglais en première année.« Le Conseil recommande de surseoir à la proposition d\u2019introduire l\u2019enseignement de l\u2019anglais au Ier cycle du primaire», peut-on lire dans le document, qui propose du même souffle la création d\u2019un groupe de travail qui exa-mineraitla question de l\u2019enseignement de l\u2019anglais d\u2019un point de vue tant« organisationnel que pédagogique».S\u2019il insiste sur le fait qu\u2019il ne s\u2019inscrit pas contre la pertinence d\u2019initier les Québécois francophones à l\u2019anglais langue seconde, le Conseil note toutefois que trop de questions demeurent sans réponse pour embrasser ce type de changement: «Par exemple, est-il démontré de manière suffisamment probante qu\u2019un enseignementprécoce de l\u2019anglais, surtout dispensé à petite dose, soit efficace?» demande le CSE dans son avis.L\u2019incidence de cet apprentissage sur les élèves en difficulté, de même que les effets de l\u2019enseignement du français en milieu anglophone au Québec ou des expériences canadiennes hors Québec n\u2019ont pas été explorés, déplore aussi le Conseil.« 11 nous est apparu évident que le gouvernement ne pouvait justifier sa proposition sur des bases pédagogiques », a affirmé le président de l\u2019organisme, Jean-Pierre Proulx, enjoignant les autorités à tout simplement mettre le processus entre parenthèses, histoire de mieux le valider.Alors que les quotidiens ont fait la manchette avec cet avis pesant, insistant sur les réserves du Conseil, le ministre de l\u2019Éducation, Jean-Marc Fournier, n\u2019a pas attendu longtemps pour dévoiler son jeu : la journée même où les médias analysaient le contenu de l\u2019avis de long en large, M.Fournier a fait savoir lors d\u2019un point de presse impromptu organisé à l\u2019Assemblée nationale, qu\u2019il irait de l\u2019avant tel que prévu, malgré les avis des uns et des autres.Du coup, il repoussa l\u2019idée du Conseil de créer un comité pour mieux réfléchir à cette question délicate.« On est capable de marcher et de mâcher de la gomme en même temps », affirmait alors le ministre, signifiant son intention d\u2019aller de l\u2019avant tout en ayantl\u2019œil ouvert sur des ajustements à apporter en cours de route.Au sein même du ministère, a lancé le ministre pour rassurer les troupes, des comités planchent sur les aspects 206 les plus inquiétants liés à l\u2019introduction de l\u2019anglais si tôt dans le parcours scolaire.Et des « expériences-pilote » menées dans quelques écoles du Québec sont sous haute surveillance, ce qui pave la voie aux nouveautés que l\u2019ensemble des écoles connaîtra sous peu.Outre l\u2019absence d\u2019une démonstration pédagogique fine sur les bienfaits de cette mesure promise à la faveur d\u2019une campagne électorale, le Conseil supérieur de l\u2019éducation n\u2019a pas manqué dans son avis d\u2019insister sur les réserves que les acteurs scolaires eux-mêmes exprimaient et sur le climat hostile qui pourrait donc accueillir le changementpar ceux-là mêmes qui devront l\u2019orchestrer.Tant les enseignants liés à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) que les commissions scolaires ont évoqué la fragilité de la langue française chez les apprentis écoliers au moment où l\u2019on se mettra maintenant en devoir de leur montrer aussi l\u2019anglais.Les détracteurs de cette future politique ne manquent pas ainsi pas de mentionner la maîtrise de la langue maternelle pour expliquer leurs réticences à voir poindre l\u2019anglais au moment où le français lui-même ne fait que montrer ses bourgeons.L\u2019Association des cadres scolaires du Québec, son cousin la Lédération des commissions scolaires du Québec et la Centrale des syndicats du Québec ont ainsi marqué leur ferme opposition à cette nouveauté pédagogique, ce qui n\u2019a pas empêché Québec de persister dans cette idée.Des spécialistes de l\u2019enseignement de l\u2019anglais ont aussi revendiqué le statu quo, comme l\u2019a fait la Société pour la promotion de l\u2019anglais (SPEAQ), qui met en question ce principe d\u2019apprentissage précoce de l\u2019anglais, souvent opposé à un bain linguistique plus prononcé.Plusieurs commissions scolaires offrent désormais une moitié d\u2019année en anglais intensif pour clore le primaire, et plusieurs ont revendiqué une analyse pointue des avantages de cette formule en comparaison avec l\u2019entrée de l\u2019anglais aux premières heures du bain scolaire.D\u2019autres encore ontavancé que l\u2019apprentissage de l\u2019anglais n\u2019avait peut-être pas besoin d\u2019un tremplin scolaire aussi rapide, puisque sa progression chez les francophones n\u2019était pas du tout en mauvaise posture.«Il paraît que lorsqu\u2019on apprend une langue seconde, quelle qu\u2019elle soit, très jeune, on pourra par la suite des choses l\u2019utiliser sans accent», avançait le ministre Jean-Marc Loumier au printemps 2005 devant la commission de l\u2019éducation, qui lui demandait de justifier la pertinence de son projet Quant à « une impression de menace par rapport à la survie de l\u2019identité québécoise», cetargumentne tientplus désormais, affirmait aussi le ministre, qui croit que désormais, nous sommes passés à une «période de confiance» qui s\u2019arrime tout à fait avec l\u2019ouverture des frontières qui caractérise le monde contemporain.Un éveil jeune à une nouvelle langue se transformera-t-il en un saupoudrage inutile, comme le craignent plusieurs groupes très peu enclins à voir les cahiers d\u2019anglais dans les sacs des petits écoliers de la première année?Au Québec, cette envolée pédagogique s\u2019est accrue de quelques appréhensions linguistiques, liées à la L\u2019état du Québec fragilité du statut français dans la province.Le Mouvement national des Québécois, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et le Parti québécois n\u2019ont ainsi pas manqué de relever l\u2019importance de mettre le grappin sur de véritables analyses mesurant l\u2019impact d\u2019une telle mesure sur la qualité du français avant de se lancer dans l\u2019aventure.«En moins de 20 ans, nous sommes passés d\u2019un enseignement de l\u2019anglais commençant à la fin du primaire à un enseignement dès la première année, sans jamais se baser sur aucune étude sérieuse», a dénoncé la présidente du Mouvement national des Québécois, Chantale Turcot.Derrière un « objectiflouable », cette absence d\u2019examen scientifique donnera lieu à une décision « imprudente et improductive », a lancé l\u2019ex-chef de l\u2019opposition et président du Parti québécois, Bernard Landry, reprochant au passage à l\u2019autorité libérale de n\u2019être guidée que par des « convictions » plutôt que des « études d\u2019impact».Le ministère de l\u2019Éducation lui-même reconnaît que ses tablettes ne re-gorgentpas d\u2019analyses et d\u2019enquêtes lui permettant de tirer une ligne claire sur cet éternel débat.« Il y en a plusieurs et elles se contredisent», affirmait toutefois la porte-parole de l\u2019ex-ministre de l\u2019Éducation, Pierre Reid, qui a le premier relancé ce débat dans l\u2019arène.Et pourtant.L\u2019arène de l\u2019éducation a connu tellement d\u2019autres chauds débats tout au cours de cette dernière année que celui-là, peut-être noyé parmi tous les autres, n\u2019a pas occupé l\u2019avant-scène.Entre une grève générale chez les étudiants du collège et de l\u2019université, et les moyens de pression d\u2019enseignants du primaire et du secondaire, qui allait se soucier de retouches du genre au régime pédagogique?L\u2019arrivée probable d\u2019un nouvel ordre professionnel des enseignants, conjuguée au remodelage promis du réseau collégial et au refinancement exigé des universités n\u2019a pas non plus dégagé le paysage politique dans le réseau de l\u2019éducation, si bien que ce changement devrait passer de la théorie à la pratique sans que d\u2019autres étapes d\u2019acceptation ne soientfranchies.Il faudra toutefois que des maîtres se montrent disponibles et disposés à enseigner l\u2019anglais à ces petits, ce qui fait déjà l\u2019objet de quelques chauds débats dans certaines commissions scolaires où l\u2019on ne se bouscule pas à la porte pour réciter l\u2019alphabet en anglais.Si Montréal peut se vanter de trouver chaussure à son pied assez aisément, est-il vrai aussi qu\u2019à Jonquière et à Chicoutimi, tout le monde lève la main lorsqu\u2019on cherche des titulaires prêts à dispenser l\u2019anglais ?Pourrait-il donc y avoir une pénurie de professeurs d\u2019anglais au moment où la totalité des enfants du primaire, de la première à la sixième année, auront besoin de plusieurs minutes d\u2019anglais par semaine?Aucun problème, a répondu à ce sujet le ministre de l\u2019Éducation, qui a calculé que près du tiers des enseignants d\u2019anglais langue seconde au primaire et 20 % de ceux du secondaire n\u2019ont pas une pleine tâche et pourront donc occuper les heures manquantes en voletant d\u2019une école à l\u2019autre pour ajouter à leurs agendas les enfants de première et de deuxième année.«Actuellement, le ministère, les commissions scolaires et les universités 208 La population sont en train d\u2019explorer des solutions à l\u2019égard de la pénurie pour augmenter la formation», a indiqué le ministre Fournier, reconnaissant la présence d\u2019un problème, mais promettant la recherche d\u2019une solution.Cette solution pourrait peut-être même passer par d\u2019autres provinces, comme celles de l\u2019Atlantique, où d\u2019autres enseignants pourraient être recrutés et profiter d\u2019une dérogation qui leur permettrait d\u2019accéder au titre sans la formation québécoise.« Parfois il faut se dire : si on prenait cette décision et qu\u2019on mettait tout en œuvre pour que ça fonctionne, est-ce qu\u2019on peuty arriver?» demandait Jean-Marc Fournier devant la Commission de l\u2019éducation.« Oui, mais est-ce que le jeu en vaut la chandelle?Le jeu en vaut très certainement la chandelle.» 209 L\u2019état du Québec LES PHÉNOMÈNES RELIGIEUX La charia à la canadienne Clairandrée Cauchy Journaliste, Le Deuolr Le système de justice ontarien doit-il re-connaître des arbitrages religieux fondés sur la charia ?La question a soulevé les passions en Ontario, dans les provinces voisines, mais aussi en Europe.Devant l\u2019opposition, le gouvernement ontarien a dû modifier une loi adoptée en 1991 qui autorisait l\u2019arbitrage religieux en droit de la famille.À l\u2019automne 2003, un projet de Tribunal d\u2019arbitrage religieux islamique voit le jour en Ontario, porté par le président de l\u2019Institut islamique de justice civile, Syed Mumtaz Ali.Un tollé s\u2019élève rapidement du côté des féministes et de plusieurs membres de la communauté musulmane canadienne qui jugent la charia discriminatoire à l\u2019égard des femmes.Contrairement à ce qu\u2019ont laissé entendre plusieurs reportages, le gouvernement ontarien ne s\u2019apprêtait pas alors à modifier sa législation pour permettre à la charia de s\u2019immiscer dans le système de justice, le véhicule légal existait déjà.Des instances d\u2019arbitrage juives, chrétiennes et mêmes musulmanes d\u2019obédience ismaélienne (un courant très minoritaire de l\u2019Islam) disposaient de telles instances.La loi de 1991 conférait aux arbitrages - religieux ou autres - une valeur légale liant les parties, tant et si bien qu\u2019il fallait une permission de la cour séculière ontarienne pour porter en appel le jugement d\u2019un arbitre.Une mobilisation pour contrer l\u2019instauration de tribunaux d\u2019arbitrage basés sur la charia s\u2019organise dès le printemps 2004.La Campagne contre la charia, appuyée par des groupes comme le Conseil des femmes musulmanes du Canada et le Congrès musulman canadien, déborde rapidement les frontières de l\u2019Ontario.Les détracteurs du projet de l\u2019Institut islamique de justice civile craignent une ghettoïsation des femmes musulmanes, qui subiraient la pression de leur communauté pour recourir à la justice islamique.On martèle également que la charia serait intrinsèquement discriminatoire à l\u2019égard des femmes.Par exemple, une femme ne reçoit que la moitié de l\u2019héritage d\u2019un homme ayant le même lien de parenté (les imams répliqueront que l\u2019argent de la femme est réservé à son usage personnel alors que celui de l\u2019homme doit aussi servir aux besoins de la famille) ; 210 lors d\u2019un divorce, la garde des enfants de plus de sept ans va systématiquement au père; les règles en matière de pensions alimentaires sont aussi moins généreuses, l\u2019homme n\u2019étant tenu d\u2019épauler financièrement son ex-épouse pendant seulement quatre mois, etc.Par-dessus tout, les militants anti-charia appréhendent des temps difficiles pour les groupes de femmes qui combattent les lois religieuses dans les pays dits musulmans, si celles-ci ont droit de cité au Canada.On anticipe aussi un effet domino dans certains pays européens.Ceux qui vantentles vertus de l\u2019arbitrage religieux invoquent le multiculturalisme canadien et le droit à la liberté de religion.On souligne que tout bon musulman doit vivre selon la loi de sa religion.La justice religieuse serait également plus adaptée aux litiges vécus par les fidèles.Les musulmanes étant peu enclines à s\u2019adresser à la justice séculière, elles auraient ainsi accès à un arbitre accrédité.Elles pourraient, par exemple, voir leur divorce reconnu sur le plan religieux et ainsi faciliter une nouvelle union.Certains précisent que l\u2019arbitrage est déjà pratiqué par plusieurs imams, un tribunal aurait le mérite d\u2019assurer une plus grande transparence, de s\u2019assurer que les causes soient jugées par des imams qualifiés.Une ancienne procureure générale à la rescousse Devant la controverse, le gouvernement ontarien demande à l\u2019ancienne Procureure générale de la province, la néodémocrate Marion Boyd, d\u2019étudier la question.Après plus de six mois de recherche et de consultations, Mme Boyd donne le feu vert en décembre 2004 à l\u2019instauration de tribunaux d\u2019arbitrage musulmans.Dans son rapport intitulé « Résolution des différends en droit de la Jamille : pour protéger le choix, pour promouvoir l\u2019inclusion », elle propose cepen-dantquelques aménagements, notamment en recommandant une formation pour les arbitres, en exigeant que les décisions soient consignées par écrit et en prévoyantun mécanisme pour s\u2019assurer que les femmes y consentent en toute connaissance de cause.Loin de calmer le jeu, le rapport Boyd donne un nouveau souffle à la mobilisation contre la charia.Une pétition internationale recueille des dizaines de milliers de noms et près de 200 organisations soutiennent la cause.En septembre, une manifestation se tient simultanément dans les principales villes canadiennes, mais aussi dans plusieurs grandes villes européennes telles Londres, Paris, Düsseldorf, Amsterdam et Stockholm.Coup de théâtre, le gouvernement de l\u2019Ontario annonce quatre jours plus tard qu\u2019il fera fi du rapport Boyd et interdira l\u2019arbitrage religieux en matière familiale, pour toutes les confessions.Soupir de soulagement chez les féministes et les détracteurs du projet.Déception chez plusieurs musulmans et colère chez les autres groupes religieux qui se voient retirer un droit.Certains envisagent même de porter la cause devant les tribunaux, invoquant une atteinte à la liberté de religion.Au Québec La question se pose en des termes tout à fait différents au Québec, où le Code civil soustrait clairement les matières familiales du champ de l\u2019arbitrage. L\u2019état du Québec Certes, on y préconise la médiation, mais cette dernière doit être menée par des intervenants accrédités (membres de certains ordres professionnels reconnus).Le débat soulevé en Ontario connaît néanmoins des échos au Québec.Vers la fin 2004, on apprend que le Conseil musulman de Montréal (CMM), regroupant une quarantaine de mosquées, caresse le projet de créer une instance qui ferait de l\u2019arbitrage commercial et de la médiation familiale, dans le respect de la législation québécoise.On allègue qu\u2019on pratiquerait ainsi au grand jour ce qui se fait déjà «derrière des portes closes» dans plusieurs mosquées, par des imams qui ne sont pas toujours formés à cette fin.Le président du CMM, Salam Elmenyawi avait d\u2019ailleurs sollicité une rencontre avec le ministre de la Justice au cours de laquelle il entendait entre autres aborder cette question.Cette volonté rendue publique, le ministre de la Justice juge bon de rappeler que la loi interdit tout arbitrage religieux en matière de droit de la famille et qu\u2019il n\u2019a pas l\u2019intention d\u2019étendre le spectre des médiateurs autorisés à des représentants religieux.Au début 2004, le président du CMM met son projet sur la glace et renonce à en discuter sur la place publique.Quoi qu\u2019il en soit, la députée libérale d\u2019origine marocaine Fatima Houda-Pepin présente le 26 mai 2005 une motion, adoptée à l\u2019unanimité, pour renforcer la position du ministre de la Justice.Ainsi, l\u2019Assemblée nationale s\u2019oppose « à l\u2019implantation de tribunaux dits islamiques au QueVc et au Canada ».(voir le texte accompagnant la motion à la page suivante) Mme Houda-Pepin soutient que l\u2019introduction de la charia au Canada «vise à isoler la communauté musulmane afin de la soumettre à une vision archaïque de l\u2019Islam».La position de l\u2019Assemblée nationale québécoise suscite un malaise chez des représentants de la communauté, qui se gardent bien cependant de prendre position sur le fond de la question.On fait valoir qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une motion «discriminatoire», puisque seuls les tribunaux religieux musulmans ont été visés.Si le dossier des tribunaux d\u2019arbitrage religieux paraît réglé, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019il a soulevé des enjeux importants qui débordent le cadre légal.Bien qu\u2019il n\u2019existe pas à proprement dit de tribunaux religieux au Québec, des instances juives arbitrent des litiges, sans toutefois que les jugements aient de valeur légale.Des imams reconnaissent également arbitrer des différends entre les fidèles au sein de leur mosquée.Certes il ne s\u2019agit pas formellementd\u2019arbitrage, mais les jugements des imams sontsuivis, «para que les gens nousjimt confiance», comme le dit l\u2019un d\u2019entre eux.«Est-ce qu\u2019on doit adopter des règles pour /aire en sorte que les femmes ne puissent plus abdiquer leurs propres droits ?» s\u2019interroge la présidente de l\u2019Association canadienne des femmes et du droit, Andrée Côté, posantainsi un dilemme social complexe 212 L\u2019Assemblée nationale contre les tribunaux islamiques Le 26 mai 2005, l\u2019Assemblée nationale du Québec a adopté à l\u2019unanimité une motion s\u2019opposant à l\u2019implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada.Nous reproduisons ici les textes des discours prononcés alors par les députées Fatima Houda-Pepin (Parti libéral du Québec), Jocelyne Caron (Parti québécois) et Sylvie Roy (Action démocratique du Québec).r*-*f*w4 I^SipJ .\t\u2014¦T]- Mosquée de Montréal Fatima Houda-Pepin Députée de La Pintère (PLQ) Texte du discours lu à l'Assemblée nationale le 26 mai 2005 Je sollicite le consentement de 1 Assemblée nationale pour débattre d\u2019une motion présentée conjointement avec mes collègues les députées de Terrebonne (Mme Jocelyne Caron) et de Lotbinière.Elle se lit comme suit: «Que l\u2019Assemblée nationale du Québec s\u2019oppose à l\u2019implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada.» Aujourd\u2019hui, l\u2019Assemblée nationale du Québec parle d\u2019une seule voix pour L\u2019état du Québec dire non à l\u2019implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada.C\u2019est la réponse que les parlementaires souhaitent donner à la revendication de certains groupes qui tentent de soustraire les musulmans aux lois canadiennes et québécoises.Cette revendication a donné lieu à un rapport de l\u2019ancienne ministre déléguée à la Condition féminine, Marion Boyd, mandatée par le Procureur général de l\u2019Ontario pour examiner cette question sous l\u2019angle de la Loi sur l\u2019arbitrage.Les conclusions de ce rapport, déposé le 20 décembre 2004, sont pour le moins troublantes.Le problème posé ici nous renvoie, M.le Président, à l\u2019application de la charia dans un contexte non musulman, une revendication poussée par des groupes minoritaires qui se servent de la Charte des droits pour s\u2019attaquer aux fondements mêmes de nos institutions démocratiques.Pourtant, la Charte canadienne stipule clairement que « La loi ne fait acception de personne et s\u2019applique également à tous, et tous ont droit à la même protection et aux mêmes bénéfices de la loi».Les victimes de la charia ont un visage humain, et ce sont les femmes musulmanes.Pas étonnant qu\u2019elles aient réagi vivement au rapport Boyd.Souhaitons que leur voix trouvera une meilleure écoute auprès du Procureur général de l\u2019Ontario, qui doit disposer de ce rapport.L\u2019implantation des tribunaux dits islamiques au Canada n\u2019estpas une affaire de liberté religieuse ni d\u2019accommodement raisonnable.Les musulmans sont des citoyens à part entière, qui jouissent des mêmes droits et des mêmes obligations que l\u2019ensemble des Canadiens.Ils ont le loisir de bâtir leurs mosquées et gérer leurs écoles musulmanes, dont certaines sontfinancées à même les fonds publics.D\u2019ailleurs, la première mosquée à avoir été construite en Amérique du Nord l\u2019a été au Canada, la Mosquée Al Rashid, à Edmonton, en 1938.Au Québec, la mosquée de Markaz al Islam a été constituée par une loi de l\u2019Assemblée nationale adoptée en août 1965, il y a pré-cisémentqo ans.Les membres de la communauté musulmane, dont la présence au Canada remonte à 1871, font des efforts considérables pour s\u2019intégrer malgré les stigmates et les amalgames dont ils font l\u2019objet.La nouvelle génération de jeunes musulmans est particulièrement prometteuse, avec un niveau d\u2019éducation parmi les plus élevés au Canada.Or, ces efforts d\u2019intégration consentis par des dizaines de milliers de musulmans sont anéantis par une mouvance islamiste minoritaire mais agissante qui cherche à imposer son système de valeurs au nom d\u2019une certaine idée de Dieu.Pourtant, l\u2019islam est une religion laïque, c\u2019est-à-dire une religion sans clergé, sans intermédiaire entre Dieu et les croyants, une religion où les imams sont de simples guides de prière qui n\u2019 ont aucun statut sacerdotal et encore moins une compétence juridique reconnue.Or, depuis plusieurs années, le Canada est le théâtre de luttes intenses pour le contrôle de la communauté musulmane.L\u2019application de la charia au Canada participe de cette même stratégie qui vise à isoler la communauté musulmane afin de la soumettre à une vision 214 archaïque de l\u2019islam, une vision dont les islamistes sont à la fois les idéologues, les propagandistes, les financiers et les opérateurs.Peut-on justifier l\u2019application de la charia au Canada quand, dans les pays musulmans, les groupes de la société civile réclament son abrogation pour en finir avec la discrimination faite aux femmes?Réclamer l\u2019application de la charia au Canada est un véritable coup de force qui vise à saper l\u2019une des assises fondamentales de notre démocratie : notre système de justice.Elle divise et fragilise une communauté musulmane déjà durement éprouvée par les aléas de l\u2019actualité internationale.Rappelons le contexte de cette revendication.L\u2019idée d\u2019implanter des tribunaux dits islamiques a vu le jour, au Canada, il y a une quinzaine d\u2019années, sous l\u2019impulsion de la Rabita al-Islamya, la Ligue islamique mondiale, une organisation qui a son siège social en Arabie Saoudite.La Ligue islamique mondiale avait financé, en août 1991, une rencontre à Washington, à laquelle ontparticipé des imams des États-Unis et du Canada, notamment de Montréal, de Toronto, de Mississauga, de London, Ontario, d\u2019Edmonton et de Vancouver.Le thème de cette rencontre : Élaborer des stratégies pour introduire la charia au Canada et aux États-Unis.Deux axes d\u2019intervention furent définis : d\u2019abord, convaincre les musulmans du Canada de se soustraire aux lois séculières, considérant qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule souveraineté, la souveraineté de Dieu.Arafat Al-Ashi, alors directeur de la Ligue islamique mondiale à Toronto, avaitaffirmé, et je cite : «Aucun musulman ne peutprétendre à ce titre, s\u2019ilnepeutappliquercetteloi; sinon il est considéré comme non croyant » Le deuxième axe d\u2019intervention visait le lobbying des élus et des partis politiques afin de susciter leur appui à l\u2019implantation des tribunaux dits islamiques.Le Canada avait été ciblé comme étant le pays où les islamistes estimaient avoir les meilleures chances de mener à bien ce projet, à cause des garanties constitutionnelles dont jouissaient les minorités en termes de chartes de droits et de lois sur le multiculturalisme.De plus, si la charia était appliquée au Canada, elle servirait comme un puissant symbole pour décourager les pays musulmans qui cherchent à moderniser leurs codes juridiques.L\u2019un des arguments évoqués par Arafat Al-Ashi touchait les nations autochtones, alléguant qu\u2019ils avaient leurs propres systèmes de justice, alors pourquoi pas les musulmans?Le comité de suivi issu de cette rencontre a été placé sous la direction d\u2019un personnage aux convictions inébranlables, un avocat qui avait travaillé au bureau du Procureur général de l\u2019Ontario et considéré comme un expert en matière des lois et des chartes des droits prévalant au Canada.Il s\u2019agit de Syed Mumtaz Ali, également président de la Canadian Society ofMuslims, qui a déclaré à un journaliste de Toronto, en septembre 1991, et je cite : « Le divorce est un droit divin accordé au mari.En Islam, le mariage est un contrat civil.Une fois le mariage brisé, le contrat est terminé, le mari n\u2019est pas responsable de son épouse.» En parlant des imams, à qui la législation canadienne reconnaissait le statut de célébrants des mariages et qui étendent ce pouvoir à la pratique du di- L\u2019état du Québec vorce, Syed Mumtaz Ali n \u2019y voyait aucun problème, affirmant, et je cite: «Tout comme vous avez accepté les mariages religieux, acceptez les divorces religieux.» Dès que ce débat a rejoint la communauté, la réaction ne s\u2019est pas faitat-tendre.Face à l\u2019opposition manifeste, les promoteurs du projet ont décidé d\u2019effectuer un recul stratégique, un repli stratégique qui a duré à peine 15 ans, avant que ce même Syed Mumtaz Ali ne revienne hanter la communauté musulmane à l\u2019automne 2003.Fort de son expérience, il est résolu cette fois à ne pas répéter les erreurs du passé.Il s\u2019est appliqué à banaliser, soigneusement et au maximum, la portée du tribunal dit islamique.Tout est fait pour ne pas choquer l\u2019opinion publique, on évite même de prononcer le terme « charia ».On met de l\u2019avant des femmes musulmanes qui chantent les vertus de la médiation familiale version islamiste.On invoque également les tribunaux rabbiniques pour illustrer la soi-disant discrimination faite aux musulmans.On va même jusqu\u2019à mettre en veilleuse la polygamie, alors qu\u2019elle se pratique bel et bien au Canada.Sayed Mumtaz Ali, aujourd\u2019hui à la tête de lTslamic Institute of Civil Justice, a décelé une faille, dans la Loi sur l\u2019arbitrage de l\u2019Ontario, qui lui a permis de s\u2019y glisser habilement, réclamant rien de moins que l\u2019implantation des tribunaux dits islamiques au Canada.Or, qui dit tribunal islamique dit charia, la loi qui a été élaborée entre les VIIIe et le XIIe siècles et qui porte sur des matières civiles, pénales, criminelles et internationales.Dans un cadre de référence global comme celui-ci, plusieurs codes juridiques se sont greffés à cette toile de fond.Il y a donc autant de codes juridiques qui s\u2019inspirent de la charia que de pays musulmans.Quel est le code juridique qui va prévaloir au Québec et au Canada ?Celui du Pakistan, où, au nom de la charia, une femme violée doit faire la preuve, par la corroboration de quatre témoins masculins, qu\u2019elle a réellement été victime de viol, sinon elle s\u2019expose à la flagellation ?Celui du Nigéria, où, au nom de la charia, des femmes musulmanes ont été condamnées à la lapidation pour avoir eu des relations sexuelles hors mariage?Celui du Soudan, où, au nom de la charia, on a coupé les mains et les jambes de centaines de personnes soi-disant pour lutter contre le vol ?Celui de l\u2019Iran, où, au nom de la charia, les hommes peuvent s\u2019offrir autant de femmes qu\u2019ils le désirent par le biais de Jawaz al-Mutaa, le mariage du plaisir?Ou celui de l\u2019Arabie Saoudite, où, au nom de la charia, les femmes n\u2019ont même pas le droit de conduire leur propre voiture?Autre question cruciale : Quelle est l\u2019autorité juridique reconnue de l\u2019ensemble des musulmans qui sera responsable de l\u2019application de la charia au Canada ?Le marché est ouvert et il est très lucratif Chose certaine, dans l\u2019Islam, il y a cinq écoles juridiques autorisées, quatre sunnites et une chiite.Laquelle sera accréditée au Canada?Fins stratèges, Sayed Mumtaz Ali et les groupes islamistes qui le soutiennent aiment bien ramener leur revendication à une simple affaire de médiation familiale.Si tel était le cas, pourquoi implanter des tribunaux quand on sait que la médiation familiale dans les pays musulmans n\u2019est ni juridique ni institutionnelle.Elle se pratique depuis des siècles à l\u2019intérieur 216 même de la famille.Pourquoi alors judi-ciariser la médiation familiale dans une religion qui ne la prévoit même pas ?Quel intérêt cherche-t-on à défendre?La réalité, c\u2019est qu\u2019au Canada, le pays de la Charte des droits, la répudiation et la polygamie se pratiquent déjà à l\u2019abri des autorités judiciaires.Ce que ces tribunaux dits islamiques vont faire, c\u2019estinstitutionnaliser ces pratiques qui sont contraires à nos règles de droit Un imam, par exemple, qui est autorisé par les lois canadiennes à célébrer les mariages, doit savoir que ce pouvoir délégué ne l\u2019autorise pas à faire des actes de divorce.11 faut fermer la porte à ces pratiques au lieu de les encourager.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019une pratique soi-disant religieuse est mise en place au sein d\u2019une communauté qu\u2019il faut la reconnaître pour autant et l\u2019homo-loguer par notre système de justice, un système qui est certes loin d\u2019être parfait mais qui demeure perfectible.Au contraire, nous avons le devoir de protéger les personnes les plus vulnérables, celles qui sontvictimes de l\u2019arbitraire et des abus.C\u2019est à ces dérives que nous devons nous attaquer, car ce qui est en cause ici, ce n\u2019estpas seulementles affaires des femmes ou des communautés musulmanes, c\u2019estle fondement même de nos assises démocratiques, qu\u2019il faut protéger.Permettre l\u2019application de la charia au Québec et au Canada reviendrait à remettre en question tous les acquis que nous avons réalisés collectivement, depuis les 50 dernières années, en matière d\u2019égalité, de justice et de droits de la personne.À cet effet, je tiens à saluer le leadership du vice-premier ministre et député de Saint-Laurent qui, lorsqu\u2019il était ministre de la Justice, n\u2019a pas hésité, au nom du gouvernement, à fermer la porte à toute tentative d\u2019implantation des tribunaux dits islamiques au Québec, position qui a été réitérée, ce matin même, par le premier ministre du Québec.En affirmant haut et fort notre opposition à l\u2019application de la charia au Québec et au Canada, l\u2019Assemblée nationale écrit une page d\u2019histoire et fàitpreuve d\u2019un leadership qui mérite d\u2019être suivi par les autres législations, tant au Canada qu\u2019ailleurs dans le monde occidental.Jocelyne Caron Députée de Terrebonne (PQ) Texte du discours lu à l'Assemblée nationale le 26 mai 2005 Cette motion est extrêmement importante pour le respect de notre démocratie, de notre système de justice et pour le respect des droits des femmes vivant au Québec et au Canada, peu importent leurs origines et leurs religions.Je tiens à remercier, dès le départ, très sincèrement la députée de La Pinière qui nous a fait partager son expertise, ses expériences, sa connaissance.Elle l\u2019a déjà fait au cours d\u2019un petit-déjeuner où elle a invité tous les parlementaires, et elle l\u2019a faità nouveau au cours de cette motion.Notre Assemblée nationale, par cette motion, exprime clairement son opposition à toute demande de reconnaissance de tribunaux dits islamiques non seulement sur le territoire du Québec, L\u2019état du Québec mais également sur toutle territoire du Canada, car toute ouverture constituerait une brèche inacceptable en Occident.Une brèche inacceptable aussi à notre Charte des droits et libertés de la personne du Québec, mais aussi à la Charte canadienne et à tous les traités signés par le Québec et le Canada concernant notre obligation de lutter contre toute discrimination faite aux femmes.Au Québec comme au Canada, il doit y avoir une seule application de la justice.L\u2019ex-ministre de la Justice, le député de Saint-Laurent, l\u2019a exprimé au moment où il était ministre de la Justice, le premier ministre l\u2019a exprimé ce matin, j\u2019aimerais aussi citer le bâtonnier du Québec, M.Denis Mondor, le 4 mars dernier, et je cite : « Le principe de la diversité culturelle n\u2019implique pas l\u2019instauration de juridictions d\u2019exception telles que l\u2019arbitrage religieux en matière familiale.Au contraire, [le Barreau du Québec] croit fondamental que le système de justice soit unique et applicable à tous les justiciables quelles que soient leur religion ou leur appartenance à une communauté culturelle.» Les revendications pour des tribunaux islamiques ne sont pas récentes, ma collègue l\u2019a bien exprimé tantôt.En effet, tous les pays ont ce genre de pressions à intervalles réguliers pour remettre en question leur système de justice et tenter d\u2019établir un système parallèle.Le Québec et le Canada ont connu ces mêmes pressions au début des années quatre-vingt-dix.L\u2019opposition fut très vive à Montréal à ce moment.Une nouvelle demande fut exprimée au milieu des années quatre-vingt-dix.Etpuis, depuis l\u2019automne 2003, la demande a été réactivée en Ontario.Les pays musulmans ne sont pas exempts des pressions.En effet, dans ces pays, les groupes extrémistes demandent de durcir l\u2019application de la charia.Je voudrais profiter de la présence de la députée de la Chambre des représentants du royaume du Maroc, Mme Nouzha Skalli, et de la consule qui l\u2019accompagne pour rappeler le courage des femmes musulmanes, qui se sont mobilisées et ont reçu l\u2019appui du roi pour obtenir des modifications importantes de leur gouvernement au niveau de la justice et du code de la famille au Maroc.11 est un peu ironique, M.le Président, qu\u2019au moment où un État islamique se donne des outils pour lutter contre la charia, un État de l\u2019Occident donne un rapport positif à une demande de tribunaux dits islamiques.Je veux souligner également le travail exceptionnel du Conseil canadien des femmes musulmanes pour lutter contre l\u2019acceptation des tribunaux dits islamiques en Ontario.Elles n\u2019ont pas ménagé leurs démarches pour éviter un précédent lourd de conséquences.Pourtant, le rapport de Mme Marion Boyd, ex-Procureure générale et exministre de la Condition féminine, n\u2019a aucunement pris en compte leur position.Je souhaiterais ici donner la parole aux femmes et aux hommes qui ont dénoncé la demande ontarienne et le projet québécois pour un conseil de la charia.La coordonnatrice de la campagne contre les tribunaux islamiques au Canada, Mme Homa Arjomand, dit que les musulmanes du Québec ne tireraient effectivement aucun bénéfice d\u2019un tel projet Même si la décision du médiateur n\u2019a pas le poids d\u2019un juge- 218 ment légal, elle amènera ces femmes, déjà soumises aux pressions de leurs familles, à se soumettre à leurs conclusions.La travailleuse sociale d\u2019origine iranienne, qui conseille beaucoup de musulmanes abusées, croit que le problème est pire en Ontario où ces femmes sont poussées à accepter l\u2019arbitrage.« Dans certains cas, si elles refusent, il est possible qu\u2019elles mettent leur vie en danger.» Fin de la citation.Mme Alia Hogben, présidente du Conseil canadien des femmes musulmanes - qui représente près de i ooo membres - craint que cela n\u2019ouvre la porte à l\u2019implantation de la loi musulmane de la famille à travers les tribunaux québécois.On n\u2019est plus devant.Je cite : « On n\u2019estplus devant des situations isolées où les familles peuvent accepter ou se passer des conseils de l\u2019imam.Il s\u2019agirait d\u2019une instance légale avec des relations établies avec les cours du Québec.Il s\u2019agit donc de l\u2019application de la loi musulmane dans la province, et cela porterait atteinte aux droits des femmes.» Elle rappelle l\u2019étude faite par le réseau Femmes sous lois musulmanes dans 12 pays où cette loi est en vigueur et où partout il y a atteinte aux droits des femmes.Des voix masculines musulmanes s\u2019élèvent aussi, M.le Président.Le président d\u2019Espace Maroc-Canada, M.Mejlaoui, s\u2019exprimait en ces termes, en décembre dernier : « Je ne peux tolérer qu\u2019au nom d\u2019une interprétation archaïque et patriarcale de la charia, on fasse de la médiation pour dire aux femmes du Québec de se soumettre à des concepts du genre : Dieu t\u2019ordonne d\u2019obéir à ton mari et Dieu ne te donne pas le droit de divorcer.Nous sommes plusieurs à regretter que cela puisse ar- river dans ce pays.Ces gens ne peuvent imposer à nos communautés leur interprétation personnelle ou partisane de l\u2019islam.» L\u2019avocat torontois d\u2019origine pakistanaise FLamid Bashani ajoutait, dans une enquête spéciale de La Gazette des Jemmes, en novembre-décembre dernier, Gazette qui est soutenue par le Conseil du statut de la femme : «Ne soyons pas dupes.Cette affaire dépasse la question légale ou religieuse.Elle s\u2019inscrit dans un mouvement mondial d\u2019affirmation politique.Pour les fondamentalistes, l\u2019islam est un code auquel tous les aspects de la vie doivent être assujettis, même ici, au Canada.C\u2019est une attaque frontale à la démocratie laïque.On peut violer des droits fondamentaux, au nom de la liberté de religion.» Le réseau international des Femmes sous lois musulmanes a effectué une tournée au Canada.Elles se sont mobilisées, en Europe et dans les pays musulmans, contre le projet en Ontario.La Ligue démocratique pour les droits des femmes, au Maroc, a fait circuler une pétition en Europe, au Maghreb, pour la faire parvenir au bureau du Procureur général en Ontario.Le mouvement féministe dans les pays musulmans s\u2019est mobilisé contre le rapport de Mme Boyd, et je cite : « Une certaine ex-Procureure générale présente un rapport réduisant les femmes musulmanes à des esclaves-objets, entretenues par les hommes, justifiant la polygamie et la discrimination envers les femmes, au nom de la relativité culturelle.Nous, femmes musulmanes, nous, femmes libres tout court, dénonçons les propos de ce rapport.» Fin de la citation. L\u2019état du Québec Des voix de femmes et d\u2019hommes du monde entier se sont élevées pour s\u2019opposer avec vigueur à tout geste légal qui autoriserait, en partie ou en totalité, une application de la charia au Québec et au Canada.Au Québec, nous avons lutté pour une séparation de l\u2019Église et de l\u2019État.Nous croyons profondément à notre système de justice, de droit Nous travaillons ardemment pour une égalité de fait pour les femmes.Nous refusons une justice parallèle fondée sur une religion.Cette motion conjointe se veut un geste de solidarité qui s\u2019inscrit parfaitement en accord avec la Charte mondiale des femmes pour l\u2019humanité qui repose sur les cinq valeurs suivantes : égalité, liberté, solidarité, justice et paix.La position de l\u2019Assemblée nationale du Québec ne peut être plus claire.D\u2019une seule voix nous disons non à toute forme de tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada et aux conséquences qui en découleraient.Nous voulons maintenir l\u2019application de la justice de droit et non une justice discriminatoire basée sur la religion.Sylvie Roy Députée de Lotbinière (ADQ) Texte du discours lu à l'Assemblée nationale le 26 mai 2005 Il me fait plaisir d\u2019intervenir sur cette motion afin d\u2019exprimer clairement qu\u2019à l\u2019Action démocratique nous sommes contre les tribunaux islamiques et de le dire hautetfortici, en cette Assemblée.Cette assertion claire estpermise dans cette Assemblée à l\u2019instigation de ma collègue la députée de La Pinière, et je l\u2019en remercie.Ceux qui vivent ici y sont nés et ont décidé d\u2019y rester, d\u2019autres, hommes et femmes, ont choisi le Québec.Ce n\u2019est pas surprenant parce que le Québec projette, dans le monde, une image de marque dans la promotion, le respect et la défense des droits de la personne.Cette réputation, nous la devons aux hommes et aux femmes qui ont contribué à façonner cette société.Ce fut un long parcours.Nous fêtions, en cette Chambre, le 60e anniversaire du droit de vote des femmes récemment Nous avons traversé beaucoup de démarches pour atteindre l\u2019égalité, qui n\u2019est pas encore parfaite, j\u2019en conviens, mais qui s\u2019est améliorée au cours des années, M.le Président.Du droit de vote des femmes, en passant par l\u2019adoption des chartes, en passant récemment par la légalisation des unions civiles pour conjoints de même sexe, nous avons parcouru un chemin immense.Et, pour y arriver, il a été nécessaire de séparer l\u2019État et l\u2019Église de façon de plus en plus complète -, je vois ici que, où vous siégez, il y a un crucifix au-dessus de vous.L\u2019État n\u2019est pas encore séparé, mais c\u2019est un long parcours que nous avons effectué.Il me semble que nous ne devrions pas revenir en arrière en appliquant la charia.Cette séparation de l\u2019Église et l\u2019État a été de ce que le Québec est maintenant, mais les valeurs contenues dans les chartes québécoises de droits et libertés de la personne, et celles qui sont aussi intégrées au Code civil du 220 Québec, et celles de la Charte canadienne des droits et libertés l\u2019ont beaucoup façonné.On se prévaut de cette charte pour maintenant vouloir introduire quelque chose qui à mon sens est vraiment contraire à l\u2019essence même des chartes.Puisque les principes de droit familial reposent sur ces fondements, notre système judiciaire repose également sur les fondements de la charte, et notre système judiciaire est la pierre angulaire de la démocratie.Ce système doit, à l\u2019instar de ce qui est dans les chartes, demeurer unique et s\u2019appliquer d\u2019une façon homogène à qui que ce soit, sans égard à leur sexe, leurs croyances religieuses, la couleur de leur peau.Donc, au nom de cette démocratie, au nom de ceux et celles qui l\u2019ont façonnée, je ne vois pas d\u2019autre façon que de m\u2019opposer vivement à des tribunaux parallèles à ceux que nous avons ici, au Québec.Je profite de cette motion pour tendre la main aux femmes qui continuent le combat dans d\u2019autres pays ou qui subissent cette charia.Je profite de l\u2019occasion pour souligner leur courage, nos meilleures pensées s\u2019envolentvers elles.Et, pour ce qui est de notre part, je crois que nous devons demeurer fortes et garder le cap : un seul système judiciaire au Québec s\u2019impose. L\u2019état du Québec Convertis québécois et unions interreligieuses Quelques tendances observées chez les nouveaux musulmans et bouddhistes Frédéric Castel GRIMER, departement des Sciences religieuses, UQAM Sur fond de la récente redécouverte du facteur religieux dans diverses problématiques sociales ou politiques et de questions liées à la nouvelle immigration, on observe depuis peu une montée d\u2019intérêt pour le phénomène des conversions aux religions non chrétiennes.Il n\u2019est pas question ici de chercher à comprendre les complexes motivations qui poussent aux conversions ni d\u2019avancer des chifïfes définitifs, mais d\u2019examiner quelques tendances sociologiques discernables dans les chiffres du recensement de 2001 à partir des exemples musulman et bouddhiste.Les deux principaux modes d\u2019entrée en contact avec l\u2019islam et le bouddhisme Les années 1970-1980 voient l\u2019éclosion des premiers centres bouddhiques (tibétains et zen) dont les fondateurs sont des enseignants étrangers bientôt suivis par quelques-uns des premiers convertis nés au pays.Les activités de propagation, alliant célébrations et publicité, s\u2019adressent à des clientèles « nouvelâgistes », en particulier par le biais de magazines spécialisés.Guère perceptible avant les années 1990, l\u2019activité missionnaire musulmane es t relativement tardive, bien que des pionniers soufis (membres de confréries se consacrant à la mystique) se soient mis à l\u2019œuvre dès les années 1980.En dehors d\u2019une poignée de centres d\u2019information s\u2019adressantau grand public, la propagation musulmane se déploie principalement dans les collèges et les universités.Les conversions n\u2019ont pas cessé après septembre 2001, bien au contraire.La montée de l\u2019intérêt pour l\u2019islam a créé un besoin d\u2019information dont la diffusion semble avoir joué en faveur des conversions.Bien sûr, on pourrait ajouter les démarches personnelles, parfois erratiques, le bouche-à-oreille, les témoignages médiatisés d\u2019adeptes, ainsi que la lecture d\u2019ouvrages spécialisés qui amènent éventuellement aux groupes ayant pignons sur rue.Une autre façon d\u2019entrer en contact avec l\u2019altérité religieuse passe par les relations estudiantines, professionnelles etamicales que l\u2019on entretient avec des immigrants porteurs de ces religions.Plusieurs natifs du Québec en sont 222 venus ainsi à s\u2019intéresser au bouddhisme et en particulier à l\u2019islam.Dans la foulée des rencontres, beaucoup de couples interreligieux se sont formés, menant parfois à la conversion de l\u2019un des conjoints, conversion qui peut d\u2019ailleurs aussi se faire en direction du christianisme.La coloration ethnique des milieux convertis et biculturels À cause du caractère flou du segment « origines multiples » de la variable sur l\u2019origine ethnique de Statistique Canada (tableauxi et 2) età cause aussi de l\u2019ambiguïté de certaines catégories de ses statistiques, telle que « Canadien », il est impossible d\u2019établir avec précision le nombre de convertis occidentaux à l\u2019islam (voir encadré méthodologique).On peut simplement circonscrire un groupe hétérogène de 9 000 personnes mêlant convertis et individus issus de familles biculturelles.Le nombre des musulmans d\u2019ascendance française doit se situer entre 4 000 et 5 000.Cette composante française prédomine tant chez les nouveaux musulmans que parmi les biculturels.Si les Anglo-Écos- TABLEAU 1 Nombre de musulmans et de bouddhistes selon l'ethnie, Québec, 2001 \t\t\t\t\t\t Canadiens*\t2 320\t3 435\t5755\t905\t1 195\t2100 Fiançais\t745\t2 110\t2 855\t465\t1 135\t1600 Québécois\t110\t175\t285\t75\t35\t110 Acadiens\t0\t30\t30\t0\t15\t15 Irlandais\t15\t345\t360\t25\t320\t345 Anglais\t115\t585\t700\t65\t440\t505 Écossais\t15\t180\t195\t35\t245\t280 Américains\t10\t55\t65\t15\t80\t95 Italiens\t55\t415\t470\t75\t60\t135 Portugais\t10\t60\t70\t20\t15\t35 Espagnols\t65\t120\t185\t0\t25\t25 Belges/Flamands\t10\t10\t20\t10\t35\t45 Néerlandais\t0\t85\t85\t10\t25\t35 Allemands\t20\t190\t210\t30\t175\t205 Hongrois\t0\t10\t10\t10\t15\t25 Polonais\t0\t55\t55\t10\t40\t50 Juifs\t15\t40\t55\t25\t65\t90 Roumains\t10\t45\t55\t10\t20\t30 Grecs\t35\t135\t170\t15\t20\t35 Mexicains\t0\t0\t0\t25\t0\t25 Péruviens\t10\t15\t25\t20\t0\t20 Chiliens\t0\t10\t10\t20\t0\t20 Haïtiens\t110\t30\t140\t10\t0\t10 Jamaïcains\t20\t45\t65\t10\t0\t10 Amérindiens\t15\t155\t170\t35\t130\t165 Source: Statistique Canada, tableau no.97F0010XCB01040.o.u.= origine unique; o.m.= origines multiples * 96% des Canadiens (o.u.) sontfran cophones-sa ns égards à la religion, L\u2019état du Québec sais sontautour de 850, les 470 Italiens ont de quoi étonner, car ils devancent les Irlandais.Les Allemands, hispaniques et Haïtiens se comptent par centaines.Notons qu\u2019une partie des immigrants musulmans qui se sontimplan-tés au Québec proviennent de la diaspora occidentale des Antilles et de l\u2019Europe (France, Italie, Grèce, Grande-Bretagne, Allemagne).On pourra donc trouver aussi parmi les natifs de ces pays des convertis et des métis.Comme la plupart des bouddhistes asiatiques ont immigré directement au Québec et que les enfants nés d\u2019unions interculturelles ne sontpas encore très nombreux, il est plus facile de dénombrer les bouddhistes occidentaux, qui sont environ 3 400.Sur dix adeptes, sept sont d\u2019ascendance française et deux d\u2019origine anglo-écossaise.Culturellement placés entre les deux précédents groupes, les Irlandais sont plus de 300.Les autres nouveaux bouddhistes sont dispersés dans une variété de groupes ethniques.Les convertis représentent 8 % de la communauté bouddhiste québécoise.Encore ne parle-t-on que de ceux qui se disent bouddhistes.Le nombre serait bien plus élevé si l\u2019on ajoutaitles adeptes qui ont des pratiques bouddhiques aussi sérieuses et assidues que les premiers sans pour autant s\u2019identifier comme bouddhistes, chose qui n\u2019est d\u2019ailleurs pas nécessaire.L\u2019âge et le sexe des convertis Chez les Québécois d\u2019origine française, les hommes sont un peu plus nombreux (53 %) à se convertir à l\u2019islam que TABLEAU 2.1 Musulmans d'origines française et anglaise, Québec, 2001 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 0-14 ans\t120\t465\t585\t175\t505\t680 15-24 ans\t60\t170\t230\t30\t205\t235 25-44 ans\t150\t295\t445\t85\t310\t395 45-64 ans\t15\t65\t80\t70\t85\t155 65 ans et plus\t5\t0\t5\t40\t5\t45 \t350\t995\t1345\t400\t1110\t1510 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 0-14 ans\t10\t130\t140\t20\t105\t125 15-24 ans\t10\t35\t45\t10\t75\t85 25-44 ans\t35\t70\t105\t40\t100\t140 45-64 ans\t0\t10\t10\t0\t60\t60 65 ans et plus\t0\t0\t0\t0\t0\t0 \t55\t245\t300\t70\t340\t410 224 o.u.= origine unique; o.m.= origines multiples Source: Statistique Canada, tableau 97F0010XCB2001040, Administration publique les femmes.Curieusement, ces dernières dominent nettement dans les tranches d\u2019âge des 15-24 ans et des 25-44 ans, où elles représentent près des deux tiers des gens concernés (voir tableau 2.1).Au surplus, 43 % des femmes sont concentrées dans ce dernier groupe d\u2019âge contre seulement 21 % des hommes, davantage dispersés dans toutes les tranches d\u2019âge.Ainsi, les hommes sont-ils plus susceptibles de se convertir à tout âge, y compris avancé, alors que les femmes sont plus enclines à faire de même pendant leur jeune âge.C\u2019est justementl\u2019âge où elles socialisent le plus avec des jeunes hommes musulmans - sans toutefois réduire les conversions féminines à ce seul élément.Chez les convertis d\u2019origine anglaise, il n\u2019existe pas de tel dimorphisme entre les femmes et les hommes.Dans le milieu converti bouddhiste, les hommes prédominent dans tous les groupes d\u2019âge, bien que ce phénomène soit plutôt l\u2019apanage des adeptes d\u2019origine française (voir tableau 2.2) chez qui l\u2019on trouve six hommes pour quatre femmes.On ne trouve rien de tel non plus chez les adeptes d\u2019origine anglaise.Les nouveaux bouddhistes sontplus nombreux dans la tranche d\u2019âge des 45-64 ans, ce qui est particulièrement saillant chez ceux qui sont d\u2019origine française.Alors que moins du tiers d\u2019entre eux ont entre 25 et 44 ans, plus de la moitié ont45 ans ou plus.Ce n\u2019est que chez les bouddhistes que l\u2019on rencontre une aussi grande proportion d\u2019adeptes de plus de quarante ans.Le fait que les centres bouddhiques fassent des adeptes depuis plus de deux décen- TABLEAU 2.2 Bouddhistes d'origines française et anglaise, Québec, 2001 \t\t\t\t\t\t 0-14 ans\t0\t60\t60\t20\t105\t125 15-24 ans\t20\t65\t85\t25\t80\t105 25-44 ans\t60\t200\t260\t85\t310\t395 45-64 ans\t100\t150\t250\t130\t145\t275 65 ans et plus\t0\t10\t10\t20\t10\t30 \t180\t485\t665\t280\t650\t930 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t 0-14 ans\t0\t20\t20\t0\t40\t40 15-24 ans\t0\t25\t25\t10\t40\t50 25-44 ans\t10\t95\t105\t0\t105\t105 45-64 ans\t10\t55\t65\t10\t65\t75 65 ans et plus\t0\t0\t0\t10\t10\t20 \t20\t195\t215\t30\t260\t290 o.u.= origine unique; o.m.= origines multiples Source: Statistique Canada, tableau 97F0010XCB2001040, 225 L\u2019état du Québec nies explique en bonne partie le phénomène.D\u2019autres facteurs sont à considérer : on met quelques années à se considérer bouddhiste ou à s\u2019engager dans une pratique plus assidue ; la crise de la quarantaine pourrait entrer en adéquation avec certaines propositions bouddhistes.Les unions interculturelles et interreligieuses Les couples interreligieux mariés dont un des conjoints est de religion musulmane se comptent par milliers.La majorité des 1500 hommes musulmans vivant en union libre - en moyenne, plus jeunes que les hommes mariés - ont une conjointe non musulmane.Ainsi y a-t-il beaucoup plus de femmes que d\u2019hommes issus de la société d\u2019accueil qui épousent des musulmans.D\u2019aucuns verront dans cette tendance le fait que les hommes et non les femmes puissent épouser une personne de religion chrétienne ou juive, mais un fait s\u2019impose de soi-même : la population célibataire musulmane se compose de 17 000 hommes et seulement 9 000 femmes.Même si le désir est là, normalement, les hommes de confession musulmane n\u2019insistent pas pour que leur conjointe se convertisse.D\u2019ailleurs, la grande majorité des femmes qui vivent en union libre avec un musulman ne se convertissent pas (nous ne pouvons rien dire des femmes mariées, sauf que les non converties sont quelques milliers).C\u2019est dire que les épouses qui se convertissent le font d\u2019elles-mêmes, par conviction, sinon par osmose, pourrait-on dire.Comme les immigrants bouddhistes de la génération des 40-60 ans ont im- migré majoritairement en familles, on ne retrouve pas un tel déséquilibre numérique entre les hommes et les femmes.Sans doute est-ce une des raisons qui expliquent pourquoi les unions interreligieuses impliquant un conjoint bouddhiste sont relativement moins nombreuses, état de chose qui a sensiblement évolué ces dernières années.Les mariages impliquant un Québécois d\u2019origine européenne et une femme bouddhiste d\u2019origine asiatique sont plus courants que les mariages fondés sur la combinaison inverse.Évidemment, les facteurs qui conduisent les membres de la société d\u2019accueil à s\u2019unir à des femmes bouddhistes et à des hommes musulmans dépassent les seules contingences démographiques.Les enfants de familles interreligieuses Les dynamiques sociodémographiques des foyers interreligieux ne sont pas toutà fàitles mêmes selon que l\u2019un des conjoints est musulman ou bouddhiste.Dans le premier cas, le conjoint est généralement un immigrant ou un étudiant étranger, alors que dans le second cas, le partenaire est plus souvent un enfant d\u2019immigrants né au pays ou ayantimmigré dans l\u2019enfance.Les premiers couples semblent en moyenne un peu plus âgés que les seconds, ce qui expliquerait en partie pourquoi les enfants de moins de 15 ans forment43 % des musulmans français et anglais (origines uniques et multiples) et seulement 12% chez les bouddhistes.Contrairement à la situation observée chez les bouddhistes, on note chez les musulmans d\u2019origine française et anglaise l\u2019émergence d\u2019un nombre important d\u2019enfants de moins de 15 ans 226 Administration publique aux origines multiples (voir tableau 2.1), même si le métissage n\u2019a pas nécessairement d\u2019incidence interreligieuse.Le lien du français Il est permis de croire que les relations interculturelles et la formation d\u2019unions interreligieuses avec des francophones soient favorisées par l\u2019usage du français puisque les trois quarts des bouddhistes (83 % des seuls Indochinois) et des musulmans (environ 96 % des Maghrébins) saventcom-muniquer en cette langue.Il est aussi vrai que sous l\u2019effet de l\u2019école de la loi 101, les francophones, les enfants des immigrants bouddhistes et musulmans socialisent depuis le plus jeune âge.Les liens tissés à l\u2019école et plus tard au travail faisant le reste.Conclusion La montée des conversions en faveur du bouddhisme et de l\u2019islam est un phénomène indubitable.Le mouvement est-il important?La réponse ne peut être que relative.En comparaison des conversions à la foi bahaï, au judaïsme, à l\u2019hindouisme, au taoïsme et au sikhisme (qui se comptent en centaines ou en dizaines selon les cas), on peut dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une lame de fond significative.Toutefois, le Note méthodologique Depuis le recensement de 1981, les répondants peuvent déclarer une ou plusieurs origines ethniques.Dans les tableaux, chaque groupe ethnique comprend les segments origine unique (o.u.) et origines multiples (o.m.).Ceci devait rendre compte du métissage.Malheureusement, la question sur l\u2019origine ethnique du recensement de 2001 présentait « Canadien» parmi les exemples, ce qui a provoqué une explosion exponentielle des déclarations impliquant « Canadien» à titre d\u2019origine unique ou parmi des origines multiples.Cet état de choses brouille considérablement la question des identités ethniques et compromet notre compréhension du métissage tout en exagérant ses proportions.Ainsi, parmi les 2 110 musulmans « français » aux origines multiples (voir tableau 1) se mêlent trois groupes: des gens qui ont décliné deux identités ethniques ou nationales.De ce fait, ils sont inclus parmi les métissés alors qu\u2019ils n\u2019ont fait que se dire « Canadien Français» ou « Français Québécois» ; des personnes qui ont effectivement hérité de plusieurs origines européennes (« Français Irlandais», «Français Italien», etc.); des biculturels nés du métissage associant ladite origine française avec une origine non occidentale.Ce n\u2019est que dans ce dernier groupe que l\u2019on retrouve les métis qui ont une incidence religieuse comme les « Français Algériens » ou les « Français Marocains».Les musulmans des deux premiers groupes ne sont donc pas des métis (ou biculturels), au sens qui nous intéresse, mais bien des convertis occidentaux.Puisque dans les chiffres, on ne peut pas distinguer les convertis des biculturels, il est impossible de dénombrer précisément les convertis, du moins chez les musulmans puisque la variable sur les minorités visibles peut rendre des services en ce qui concerne les bouddhistes.Dans le texte, les traits sociodémographiques observés se basent sur le segment origine unique afin qu\u2019ils ne puissent s\u2019appliquer qu\u2019aux seuls convertis.Enfin, comme 96,5% des gens qui s\u2019identifient uniquement comme « Canadiens» ont le français comme langue maternelle, il est probable que la majorité des « Canadiens » bouddhistes et musulmans soient bel et bien d\u2019origine française.Dans le texte, le vocable «origine française» fait invariablement référence à la catégorie de Statistique Canada.Afin de se démarquer de cette catégorie statistique et avancer des estimations qui réunissent les gens d\u2019origine française identifiés comme tels, mais aussi cachés au sein d\u2019autres catégories (Québécois, Acadiens, Canadiens), nous avons eu recours à l\u2019expression « ascendance française».227 L\u2019état du Québec phénomène apparaît marginal si on le compare avec les mouvements de conversions massives observées par exemple en Amérique du Sud en faveur des Églises protestantes (pentecôtistes et autres) d\u2019impulsion américaine.Sans tout simplifier, le double phénomène des conversions et des couples interreligieux dit certainement quelque chose de la capacité d\u2019ouverture des uns et de la volonté des autres de s\u2019enraciner au Québec.Références Le thème de la conversion a été étudié sous divers angles, mais le plus souvent à partir d\u2019études de cas.Avec la montée de l\u2019immigration venant d\u2019outre Occident qui amène une accélération du phénomène, le thème devient plus sensible.ALLIEVI, Stefano.Les convertis à l\u2019islam.Les nouveaux musulmans d\u2019Europe, Paris, Montréal, L\u2019Harmattan, 1999.BARBARA, Augustin.Les couples mixtes, Paris, éd.Bayard, 1993.CADGE, WENDY, HEARTWOOD.The First Generation qfTheravada Buddhism in America, Chicago, University of Chicago Press, 2004.DAYNES, Sarah.«Processus de conversion et modes d\u2019identification à l\u2019islam.L\u2019exemple de la France et des États-Unis», Social Compass, 46,1999, p.313-323.FLEURY, Brigitte.«Étude de la conversion religieuse d\u2019un point de vue communicationnel : le cas de Roger Garaudy », mémoire de maîtrise en communications, UQÀC, 2004.LENOIR, Frédéric.Le bouddhisme en France, Paris, Fayard, 1999.MARTIN, Anne.« Stratégies identitaires du couple mixte et changements de l\u2019ordre social : les Québécoises d\u2019origine canadienne-française converties à l\u2019Islam », mémoire de maîtrise, Québec, Université Laval, 1995.OBADLA, Lionel.Bouddhisme et Occident.La diffusion du bouddhisme tibétain en France, Paris, L\u2019Harmattan, 1999.THIBEAULT, François.«Les enjeux actuels de l\u2019étude du bouddhisme en Occident et la tradition Vipassana de S.N.Goenka», communication présentée à l\u2019American Academy of Religion, printemps 2005.Pour situer les conversions dans le contexte général de l\u2019immigration musulmane et bouddhiste au Québec, voir : CASTEL, Frédéric.«Morphologie du pluralisme ethnoculturel et confessionnel de la communauté bouddhiste du Québec», actes du colloque La réception du bouddhisme au Québec (2003) dans Cahiers de spiritualitéipnatienne, décembre 2005.«La diversité ethnique et religieuse d\u2019origine orientale au Québec.Un portrait de la communauté musulmane», mémoire de maîtrise en sciences des religions, UQÀM, 2002.228 ^ L\u2019économie et les conditions de vie L\u2019ÉCONOMIE 230 Le boom de l\u2019éolien au Québec 236\tÉnergie : le défi du développement durable 241 Tour d'horizon de l\u2019économie québécoise en 2005 Sa majesté le consommateur 246 Gaspesia : empêcher que l\u2019histoire se répète 248 Un syndicalisme ébranlé 261 Habitation : le sommet est derrière nous 268 La hausse du huard donne des sueurs froides au secteur manufacturier 279 Atmosphère de crise dans les pâtes et papiers LES CONDITIONS DE VIE La consommation 282 Agroalimentaire : fiasco sauce libérale La sécurité 288 La criminalité baisse au Québec : pourquoi? L\u2019état du Québec L\u2019ÉCONOMIE Le boom de l\u2019éolien au Québec Philip Raphals Directeur général, Centre Helios L\u2019année 2005 a vu l\u2019arrivée incontestable de l\u2019énergie éolienne sur la scène québécoise.En effet, le 25 février 2005, Hydro-Québec Distribution signait huit contrats pour la construction d\u2019environ 500 turbines éoliennes en Gaspésie entre 2006 et 2012, d\u2019une puissance installée de 990 MW.Et quelques mois plus tard, premier ministre Jean Charest annonçait l\u2019ajout de 2 000 MW additionnels d\u2019énergie éolienne entre 2009 et 2013.Pour de nombreux observateurs du secteur énergétique, cette succession d\u2019annonces était étonnante.Avec cet ajout de 3 000 MW, le Québec pourrait devenir le chef de file des provinces canadiennes en matière d\u2019énergie éolienne si ce n\u2019est de l\u2019Amérique du Nord tout entière ! Le rêve de plusieurs serait-il devenu soudainement réalité?En fait, cette explosion d\u2019activité est moins soudaine qu\u2019elle ne le paraît; elle est le fruit d\u2019un long processus dont voici les principaux jalons.Le passé Le programme de recherche d\u2019Hydro-Québec en matière d\u2019énergie éolienne remonte aux années 80, mais n\u2019a jamais pris son envol.En 1983, la société d\u2019État avait construit Éole, un énorme prototype expérimental à Cap-Chat en Gaspésie utilisant une technologie d\u2019axe vertical qui n\u2019a jamais bien fonctionné.Depuis lors, on a vu beaucoup d\u2019études, mais bien peu d\u2019action.L\u2019éolien demeurait toujours l\u2019énergie de l\u2019avenir, mais cet avenir tardaità arriver.Pendant plus de 10 ans, les mouvements écologistes du Québec faisaient la promotion de l\u2019énergie éolienne en soulignant l\u2019immense potentiel de notre territoire, la complémentarité entre l\u2019éolien etl\u2019hydraulique, etc.Mais ils s\u2019adressaient en fait à un auditoire déjà convaincu.Les autres, ceux qui avaient la capacité de changer les choses, leur prêtaient une oreille plutôt sourde.Vint alors 1997 et la création de la Régie de l\u2019énergie du Québec, à qui le gouvernement avait donné des pouvoirs décisionnels sur les nouveaux investissements d\u2019Hydro-Québec et le mandat de réduire les coûts de l\u2019ensemble de la société québécoise par une planification intégrée de ses 230 L'économie et les conditions de vie ressources.Plusieurs s\u2019attendaient alors à ce que cet exercice démontre incontestablement la supériorité sociale, environnementale et même économique de l\u2019énergie éolienne, d\u2019autant plus que ses coûts, quoique encore plus élevés que les solutions de rechange, baissaient rapidement.Hélas, la Régie n\u2019a jamais pu exercer ses pouvoirs comme prévu, mais c\u2019est là une autre histoire.À la fin de 1997, le ministre des Ressources naturelles, Guy Chevrette, réveillait encore une fois les espoirs du monde éolien en demandant à la Régie de lui donner un avis sur cette filière.Quelques mois plus tard, il a également demandé un avis sur les petites centrales hydroélectriques.Aux yeux de plusieurs, seul ce deuxième avis devait mener à l\u2019action, le premier ayant surtout comme objectif de calmer les esprits des tenants de l\u2019énergie éolienne.Dans son avis publié en septembre 1998, la Régie recommandait un programme d\u2019achat annuel d\u2019énergie échelonné sur neuf ans, de façon à créer les conditions propices à l\u2019implantation d\u2019une industrie de fabrication d\u2019éoliennes au Québec.Elle proposait alors l\u2019ajout de 50 MW par année, de 2002 à 2010.En même temps, elle reconnaissait que cette énergie coûterait sensiblement plus cher que les solutions de rchange.Personne ne s\u2019étonna alors de l\u2019absence de réponse du gouvernement à cet avis.Côté hydraulique, la situation était toute autre.Même les termes de référence du ministre laissaient entendre que la décision d\u2019aller de l\u2019avant étaitdéjà prise.De fait, en 2001 le gouvernement annonçait son intention de développer 36 sites hydrauliques sur 24 rivières.Mais ce programme fut confronté à une opposition bien structurée et bien organisée par des publics locaux qui firent adopter des rivières par des personnalités connues.Après quelques reculs stratégiques, le programme a été à toutes fins utiles retiré.Ce n\u2019est qu\u2019au cours des derniers mois du gouvernement Landry, en mars 2003, qu\u2019on entendit parler à nouveau d\u2019énergie éolienne.Les cyniques diront que le gouvernement cherchait désespérément à stopper l\u2019hémorragie de la gauche du Parti québécois, puisque le décret sur l\u2019énergie éolienne fut une des raisons principales pour lesquelles le mouvement environnementaliste s\u2019est rallié au PQ lors des élections de 2003.Toutefois, cet appui n\u2019a pas suffi à empêcher sa défaite.Aujourd\u2019hui, c\u2019estle gouvernement libéral qui récolte le bénéfice politique de cette décision populaire.Pendant ce temps, la cote des filières thermiques va de mal en pis.Leurs coûts augmentent, leur image auprès du grand public se détériore et un climat d\u2019incertitude règne partout.Le protocole de Kyoto entre finalement en vigueur, et le prix du pétrole double près d\u2019un an après l\u2019invasion de l\u2019Iraq.À la lumière de tous ces événements, l\u2019énergie éolienne devient de plus en plus attrayante.En effet, en 2001, HQ Production avait annoncé son intention de construire une centrale à cycle combiné alimentée au gaz naturel dans le Suroît Ce projet ne découlait en aucune façon du plan de ressources d\u2019HQ Distribution, mais faisait plutôt partie des plans d\u2019expansion commerciale d\u2019HQ Production.À la grande surprise de tous, le public s\u2019y est férocement opposé.231 L\u2019état du Québec Pour se tirer du pétrin, le gouvernement Charest, déjà affaibli, a renvoyé la balle à la Régie de l\u2019énergie en lui demandant un avis sur la nécessité de construire cette centrale.L\u2019ironie de cette demande d\u2019avis a été savourée par ceux qui n\u2019avaient pas encore digéré la suppression de la compétence de la Régie sur la production d\u2019électricité, grâce à la regrettée loi 116, adoptée à bras de fer par le gouvernement de Lucien Bouchard en 2000 (encore une autre histoire.).Or, les écologistes ont saisi l\u2019occasion pour démontrer, avec une rigueur exemplaire, l\u2019énorme potentiel éolien du Québec.Une étude d\u2019Hélimax, une firme d\u2019expertise-conseil spécialisée dans le domaine de l\u2019éolien, a démontré que, même en se limitant aux vents de qualité exceptionnelle et sans compter le Grand Nord, le Québec jouissait d\u2019un potentiel éolien de presque 55 000 MW, dont presque 4 000 MW se trouvaient à moins de 25 km d\u2019une ligne de transporta haute tension.Le prix de revient de ce potentiel tournerait autour de 7 cents le kWh.Pour les vents de qualité un peu moindre, et donc d\u2019un prix un peu plus élevé, le potentiel serait plusieurs fois plus grand.Dans son Avis, la Régie recommandait la réalisation d\u2019une étude de la faisabilité de l\u2019ajout de jusqu\u2019à 3 000 MW d\u2019énergie éolienne au réseau québécois.Ayantfaitdurer trop longtemps l\u2019agonie du projet Suroît, le gouvernement Charest lui a finalement donné le coup de grâce en novembre 2004 et, pour faire pleine mesure, il annonçait immédiatementl\u2019ajoutd\u2019un autre 1000 MW d\u2019énergie éolienne.Quelques mois plus tard, il double sa mise.Ainsi, un appel d\u2019offres pour 2000 MW serait émis par HQ Distribution en octobre 2005.On ne peut que se réjouir du fait que le Québec se lance si vigoureusement dans cette filière si prometteuse.On a cependant droit à se demander jusqu\u2019à quel point cette décision découle d\u2019un processus rationnel de planification qui évalue les coûts et les impacts environnementaux et sociaux des différentes options pour répondre aux besoins énergétiques prévus.Ces décisions ne sont-elles pas plutôt conjoncturelles, ayant ses racines, dans un premier temps, dans un calcul électoral, et, plus tard, dans un mouvement de protestation qui a ébranlé un gouvernement en grand besoin d\u2019appuis de la population?Ce n\u2019est qu\u2019après coup qu\u2019on constate les conséquences (plutôt heureuses) de cette décision sur le Plan d\u2019approvisionnement d\u2019HQ Distribution -les prévisions de ses besoins en énergie de base à l\u2019horizon 2014 ont chuté de 9,3 TWh, selon les données de 2004, à 2,7 TWh, dans le nouveau Plan.Et le coût de l\u2019énergie produite par des centrales au gaz naturel est maintenant estimé à plus de 9,5 (f le kWh.But is this any iuai| to run a railroad ?Comme la Régie l\u2019a si bien dit dans son avis sur le Suroît, « La population exprime un désir profond de participer activement au choix des filières énergétiques et des projets proposés pour répondre à leurs besoins.Enfin, il n\u2019existe aucun forum permanent leur permettant d\u2019en influencer le choix.Ce débat requiert un forum neutre, indépendant et à l\u2019écoute de la population.» Or, ce besoin est toujours pressant.Si la participation publique à la prise de 232 L'économie et les conditions de vie décision en matière énergétique se limite à quelques comités ad hoc ou aux avis occasionnels de la Régie, on ne doitpas être surpris que l\u2019évolution énergétique du Québec continue à subir des dérapages imprévus et conjoncturels.L\u2019avenir Que nous réserve l\u2019avenir?On peut déjà entrevoir les obstacles qui devront être surmontés : Au plan technique d\u2019abord.Il va de soi qu\u2019une ressource intermittente comme l\u2019éolien crée un défi important pour ceux qui doivent gérer un réseau d\u2019électricité, en équilibrant parfaite-mentl\u2019offre et la demande à chaque instant de chaque journée.Certes, notre parc hydraulique est un outil précieux pour le faire.Mais quelles en sont les limites, et quels sont les coûts économiques et même environnementaux pour le faire1?Les coûts, maintenant Ceux de l\u2019énergie éolienne ne semblent pas maintenant plus élevés que ceux de la production au gaz naturel.Cela dit, ils demeurent encore beaucoup plus élevés que nos coûts actuels de production.Depuis l\u2019adoption de la loi 116 en l\u2019an 2000, Hydro-Québec Production et Hydro-Québec Distribution opèrent comme entités distinctes l\u2019une de l\u2019autre.La première vend une quantité fixe d\u2019énergie à un prix fixe de 2,79 le kWh à la seconde.Celle-ci doit alors aller chercher ailleurs les quantités supplémentaires dont elle a besoin, mais payer le « prix du marché » (Mais de quel marché?Voilà encore une autre histoire à raconter.) Les effets tarifaires qu\u2019auront inévitablement les approvisionnements additionnels d\u2019HQ Distribution ne se sont pas encore fait sentir.Blâmera-t-on l\u2019énergie éolienne pour les augmentations tarifaires à venir?L\u2019environnement.Bien que la plupart des gens semblent, à l\u2019heure actuelle, favorables au développement de l\u2019énergie éolienne, cette lune de miel ne peut durer toujours.Dans les pays qui ont connu une explosion rapide de l\u2019industrie éolienne, comme les États-Unis et l\u2019Espagne, l\u2019accueil des populations locales est loin d\u2019être acquis.Ainsi, l\u2019appui quasi unanime qu\u2019on voit aujourd\u2019hui ici risque de se heurter aux intérêts locaux, au fur et mesure que les tours de 80 mètres et les nouvelles lignes de transport requises pour les connecter au réseau se construiront.Déjà, les agriculteurs se plaignent d\u2019être bousculés par les promoteurs éoliens, qui n\u2019offrent, selon les agriculteurs, qu\u2019une pitance en échange .Quel serait donc l\u2019avenir de la filière éolienne au Québec ?D\u2019abord, il est presque inévitable que le rythme actuel ralentisse.Digérer l\u2019ajout de grands parcs éoliens de 3 000 MW de 2006 à 2013 représente déjà un défi important Soyons réalistes : on ne peut s\u2019attendre à des décrets de cette nature tous les ans.Cela dit, trois autres facettes du développement de l\u2019énergie éolienne au Québec pourraient et devraient faire du progrès: les réseaux autonomes, les réservoirs d\u2019Hydro-Québec Production et l\u2019approche communautaire.Les réseaux autonomes.Pour répondre aux besoins en électricité des communautés éloignées du réseau de transport d\u2019énergie, HQ Distribution utilise des génératrices fonctionnant au diesel.C\u2019est le cas de 24 des 25 com- 233 L\u2019état du Québec munautés québécoises dans cette situation.La production totale de ces groupes électrogènes est d\u2019environ 300 GWh par année.Or, le coût du combustible diesel, qui doit généralement être livré par barge, ce qui ne peut être fait que l\u2019été, fait en sorte que le seuil de rentabilité pour des énergies nouvelles y est beaucoup plus élevé qu\u2019au sud du Québec.En plus, la production au diesel est inefficace, contamine l\u2019air local et contribue grandement à l\u2019effet de serre.Depuis plusieurs années, HQD étudie le jumelage éolien-diesel pour ces communautés et les outils développés par l\u2019IREQ sont de renommée mondiale.Mais jusqu\u2019à ce jour, rien n\u2019a été fait sur le terrain.C\u2019est maintenant le temps de passer à l\u2019action.Aux audiences de la Régie (qui a gardé sa compétence sur la production uniquement pour les réseaux autonomes), HQD a annonçé un premier projet pilote aux tles-de-la-Madeleine.Si tout va bien, et avec un bon coup de pouce de la Régie, on pourrait s\u2019attendre à voir ce type de développement devenir réalité dans un avenir rapproché.HQ Production.HQ Production est curieusement absente de cette brève histoire.En effet, depuis l\u2019abandon du projet pilote de Cap-Chat, HQP semble préférer laisser la filière éolienne aux tiers, comme elle le fait avec la petite hydraulique.Rappelons que l\u2019ensemble des 3 000 MW qui font l\u2019objet des décrets sera acheté par HQ Distribution des producteurs du secteur privé.Certes, elle a signé des contrats pour acheter de l\u2019énergie éolienne de la compagnie 3Ci, pour lesquels elle a été rondement critiquée pour absence de transparence.Mais plusieurs se de- mandent pourquoi notre producteur d\u2019électricité national est si réticent à participer directement à cette filière en pleine ébullition.En fait, HQ Production repose sur une ressource éolienne énorme, celle de ses propres réservoirs.Avec des vents dominants d\u2019ouest, la côte est de tout grand réservoir d\u2019eau devient une source de vent de premier choix.Les côtes est des grands réservoirs nordiques-Robert-Bourassa, LG-3, LG-4 - devraient donc être des sites extrêmement propices au développement éolien.Ils ont aussi d\u2019autres avantages : il s\u2019agit des terrains qui sont déjà consacrés à la production électrique et les réseaux collecteurs du projet La Grande fournissent un accès direct au réseau de transport Qui plus est, le coûtdu capital est sensiblement moindre pour Hydro-Québec que pour un producteur privé, ce qui tend à diminuer l\u2019ensemble des coûts de développement.Pourquoi donc tant de réticence?Au moment où j\u2019écris ces lignes, rien ne nous porte à croire qu\u2019HQ ait même entamé l\u2019étude de cette possibilité.L\u2019approche communautaire.Jusqu\u2019ici, toute notre discussion concerne de grands parcs d\u2019éoliens développés par de grandes sociétés, selon le modèle traditionnel d\u2019une centrale électrique.Toutefois, dans les pays où l\u2019énergie éolienne a pris de l\u2019importance, c\u2019est un tout autre modèle qui a été mis de l\u2019avant C\u2019estcelui du développement coopératif ou communautaire.Au Danemark par exemple, où l\u2019énergie éolienne contribue presque 20 % de la production d\u2019électricité, un quart de cette production est propriété de coopératives et presque 234 L'économie et les conditions de vie 50% est détenu directementpar des individus, dont la plupart sont des agriculteurs.En Allemagne - le leader mondial de l\u2019éolien - presque un tiers de la puissance installée a été construite par des associations locales.Les avantages de cette approche sont nombreux.Les impacts sur le paysage sont moindres lorsqu\u2019il s\u2019agit de turbines individuelles ou en petite grappe, bien moindres que les impacts d\u2019énormes étendues de centaines de machines.L\u2019emplacement de la production éolienne près de la charge réduit les pertes d\u2019électricité dans les réseaux de transport et de distribution.Et la participation financière au projet de ceux qui vivent près des turbines crée un sentiment d\u2019appartenance qui, à son tour, augmente considérablement les chances qu\u2019a le projet d\u2019être accepté par le public.Comme l\u2019explique un fermier néerlandais : « Vos propres cochons ne puent pas ».Plus près de chez nous, c\u2019est l\u2019approche communautaire qui a mené au développement d\u2019un éolien de 750 kW dans le Harbourfront de Toronto, à la fin de 2002.Ce projet est le fiuit d\u2019une collaboration entre Toronto Hydro Energy Services (un fournisseur d\u2019énergie dans le marché concurrentiel qu\u2019est devenue l\u2019Ontario) et Wind-Share, une coopérative de plus de 400 personnes mise sur pied par le Toronto Renewable Energy Cooperative.Il n\u2019aura fallu que huit mois en 2002, pour trouver les investisseurs de WindShare.Ce projet a permis aux mil- liers de personnes par jour qui défilent sur l\u2019autoroute adjacente de voir ce qu\u2019est une véritable éolienne.On ne pouvait demander meilleure vitrine.Toutefois, le contexte légal et réglementaire en vigueur au Québec ne facilite pas ce genre d\u2019approche.HQ Distribution ayantun monopole statutaire sur les ventes au détail, le développement «distribué» de l\u2019énergie éolienne doit se limiter à l\u2019autoproduction.Ainsi, tout excédent de production par rapport aux besoins du producteur ne peut être vendu qu\u2019à HQD.Jusqu\u2019à très récemment, HQD se montraitplutôt réticente à parler d\u2019autoproduction éolienne, une question que de son côté, la Régie jugeait aussi «prématurée».En revanche, c\u2019est aussi en 2005 qu\u2019a débuté, devant la Régie, le débat sur les modalités de l\u2019autoproduction renouvelable.Les excédents d\u2019un autoproducteur pourraient-ils être retournés au réseau en laissant tourner son compteur à rebours ?Devrait-il installer un nouveau compteur pour comptabiliser ses ventes à HQD?Combien serait-il payé pour son excédent?HQ Distribution se montre aujourd\u2019hui beaucoup plus réceptive à l\u2019idée qu\u2019auparavant, mais rien n\u2019est encore acquis.Tout compte fait, les deux dernières années ont été plus qu\u2019encourageantes pour l\u2019avenir de l\u2019énergie éolienne au Québec, mais ce ne sont que les premières pages de son histoire.Pour la suite, restez à l\u2019écoute.Note 1 Vu de l\u2019écosystème en aval, augmenter la variabilité des débits d\u2019une centrale hydraulique n\u2019est pas nécessairement une option souhaitable.235 L\u2019état du Québec Le défi du développement durable Thierry Vandal President-directeur général, Hydro-Québec Texte de l\u2019allocution prononcée à l\u2019occasion de la conference Camput 2005, à Quebec, le 2 mai 2005 Hydro-Québec s\u2019est bien adaptée à l\u2019ouverture des marchés de l\u2019énergie.En plus du Québec, nous sommes dorénavant présents sur les marchés américain et canadien comme exportateur d\u2019électricité et comme négociant sur les différents marchés régionaux.Dès les années 1990, certaines décisions majeures ont été prises.En 1997, le réseau de transport d\u2019Hydro-Québec TransÉnergie a été ouvert à tous les producteurs d\u2019électricité.La même année, Hydro-Québec Production a obtenu un permis de négociant en gros de la FERC.Plus largement, au Québec, l\u2019adaptation à cette nouvelle réalité s\u2019est fait en ayant à l\u2019esprit deux éléments importants : préserver les acquis du passé, notamment la position avantageuse du Québec en matière tarifaire et permettre la concurrence pour l\u2019approvisionnement futur de notre marché en électricité.Il faut tracer un bilan positif de notre expérience liée à l\u2019ouverture des marchés.Le système fonctionne.Il a trouvé son erre d\u2019aller.Il continuera bien sûr de s\u2019améliorer.Il faudra tenir compte notamment des préoccupations légitimes de la population à l\u2019égard de l\u2019environnement C\u2019est sans doute l\u2019un de nos plus importants défis des prochaines années.Comme vous le savez, j\u2019amorce mon mandat à titre de pdg d\u2019Hydro-Québec.C\u2019est bien sûr l\u2019occasion de donner une nouvelle impulsion à l\u2019entreprise.Mon but - et c\u2019est un but que je partage avec toute l\u2019équipe de Direction - c\u2019est qu\u2019Hydro-Québec soit une entreprise à l\u2019écoute de ses clients; une entreprise qui fàitpreuve de leadership; une entreprise dont les employés sont fiers etpour laquelle ils sontmobilisés; une entreprise très performante.Je vois trois axes majeurs pour nos actions et notre développement : \u2022\tl\u2019efficacité énergétique, \u2022\tl\u2019hydroélectricité et l\u2019éolien \u2022\tles nouvelles technologies électriques.L\u2019efficacité énergétique Le permier objectif, donc : « L\u2019efficacité 236 L'économie et les conditions de vie énergétique ».L\u2019électricité est une ressource précieuse - il faut l\u2019économiser.Toutle monde s\u2019entend sur la nécessité de faire mieux en matière d\u2019efficacité énergétique.L\u2019intérêt environnemental estévident C\u2019estaussi le gros bon sens au niveau économique : chaque nouveau kWh coûte maintenant très cher.Beaucoup plus cher en fait que la valeur moyenne reflétée par nos tarifs.Cet écart met de la pression à la hausse sur les tarifs.C\u2019est donc dans l\u2019intérêt de tous d\u2019économiser l\u2019énergie.C\u2019est d\u2019autantplus important que je ne vois pas la valeur de l\u2019électricité baisser à moyen ou long terme.À titre d\u2019exemple, on parlait jusqu\u2019à récemment d\u2019un prix de 6,5 (J le kWh pour les nouveaux approvisionnements.Ce prix est déjà dépassé.Cela se situe maintenant entre 7 et 8 (J le kWh.Nos clients nous demandent aussi de faire mieux en efficacité énergétique.La population est globalement satisfaite d\u2019Hydro-Québec et de nos services.On parle d\u2019un taux de 90 %.-c\u2019est toutefois moins le cas sur certaines questions spécifiques liées à l\u2019efficacité énergétique.Selon un bilan récent de la FCEI - la Fédération Canadienne des Entreprises Indépendantes, la part des PME satisfaites de nos programmes d\u2019efficacité énergétique n\u2019est que de 26 %.Il y a donc une bonne marge à l\u2019amélioration.On va retourner voir nos clients, mieux leur faire connaître nos programmes et surtout écouter ce qu\u2019ils ont à dire sur le sujet II y a certainement de bonnes idées de ce côté.Avec nos clients résidentiels, la clé, c\u2019est l\u2019information et la communication - il faut inviter nos clients à mod- ifier certaines habitudes de NOUS allons consommation.Beaucoup , de clients le font déjà et je les T6COÎÎClll6T l 6ÜU en remercie.Il faut main- g-j- Jg -yont tenant que ce nombre grandisse.Je pense que beaucoup de gens sontprêts à le faire comme engagement personnel pour l\u2019environnement et le développement durable.C\u2019estun levier fantastique pour encourager les économies d\u2019énergie.Pour mettre les choses en perspective : 1 degré C° de chauffage au Québec, un seul degré, représente 2 milliards de kWh chaque année- c\u2019est beaucoup d\u2019énergie - ça vaut 150 millions de dollars par année.Pensons-y: garder nos résidences à 19 degrés C° plutôt que 20 degrés C°, ce seraitun geste vraimentécologique.Hydroélectricité et éolien Le deuxième axe majeur pour notre développement c\u2019est l\u2019hydroélectricité etl\u2019éolien-des énergies renouvelables qui se développent en parallèle et de manière complémentaire.Ce deuxième axe confirme le choix d\u2019Hydro-Québec en fàveur des énergies renouvelables pour satisfaire les nouveaux besoins de nos marchés.C\u2019estle développement, durable dans sa plus pure expression.Encore là, c\u2019est une question de gros bon sens.Nous sommes bien positionnés.On a l\u2019hydroélectricité : une filière bien établie au Québec, avec un bon potentiel à développer - et dont le développementassure une base solide pour développer l\u2019éolien.On a l\u2019éolien: une technologie émergente, avec un fortpotentiel aussi à développer au Québec.Pour l\u2019hydroélectricité, le développement des grands projets se poursuit 237 L\u2019état du Québec Automobile: Le XXe siècle a été celui du moteur à combustion et du pétrole.Le XXe siècle devrait être celui de Vélectricité.- l\u2019objectif c\u2019est maintenant aussi de devancer les mises en service des ouvrages en construction - j\u2019ai donné cet objectif additionnel à Réal Laporte, notre nouveau Président de la division Équipement/SEBJ.\u2022\tCinq milliards de dollars de projets en construction.\u2022\tCinq milliards de dollars additionnels qui devraient être en construction d\u2019ici les 12-14 prochains mois.\u2022\tPar la suite : ce sera le tour des grands projets comme le Bas Churchill et Romaine.Pour l\u2019éolien : on poursuit les appels d\u2019offres.On devrait passer le cap de 2500 MW au global avec le prochain appel d\u2019offres de 1000 MW.Mais je souhaite aussi faire plus - pour faciliter l\u2019intégration de l\u2019éolien sur le réseau au Québec.Hydro-Québec doit devenir « la » référence mondiale en termes de qualité et de fiabilité de l\u2019intégration éolienne sur un grand réseau électrique.Nous adopterons une approche « facilitante » pour le développement éolien, au même titre que celle préconisée pour le développement hydroélectrique.À titre d\u2019exemple, pour l\u2019équilibrage de l\u2019éolien : on va mettre de l\u2019avant une nouvelle proposition sous peu que l\u2019on croit meilleure et qui sera moins coûteuse pour Hydro-Québec Distribution et ses clients.Ce sera bien sûr à la Régie de l\u2019énergie d\u2019en juger.Il y a aussi la capacité de prévoir la production éolienne en temps réel.La notion d\u2019aléatoire est souvent associée à la production éolienne.C\u2019est un défi partout dans le monde.Hydro-Québec va faire preuve de leadership.Le vent peut être prévisible sur un horizon à court terme (4 à 6 heures avant livraison).On va donc s\u2019adapter et travailler à l\u2019intérieur de cet horizon très court de planification de la production.Pour ça, nos experts feront le tour de tout ce qui se fait en matière de modèles de prévision de la production éolienne.On va améliorer ces modèles et systèmes au besoin; on va les adapter aux conditions de nos régions productrices, en commençant bien sûr par la Gaspésie.Nous allons avoir un système qui marche et nous allons bien prévoir la production éolienne dans un horizon de court terme.L\u2019hydroélectricité et l\u2019éolien - ce sont des énergies renouvelables complémentaires - on est chanceux de les avoir sur notre territoire.C\u2019est du vrai développement durable et ça peut nous amener très loin dans le temps.N ous allons réconcilier l\u2019eau et le vent Et il y a aussi d\u2019autres énergies renouvelables comme la biomasse, la géothermie et l\u2019énergie solaire, une énergie qui a sa place dans notre échiquier : le solaire passif et le solaire actif - les panneaux et les capteurs ; les développements technologiques dans ce domaine sont à suivre de près.Les nouvelles technologies électriques Ce qui m\u2019amène justement à mon troisième axe de développement.Les nouvelles technologies « électriques » : l\u2019avenir technologique de l\u2019électricité.Le potentiel est immense.Il y a les technologies qu\u2019on va introduire dans nos installations pour être plus performants et rester à la fine pointe.Les technologies numériques, par exem- 238 L'économie et les conditions de vie pie, dans nos postes de transformation.Un poste dans la région de Trois-Rivières va justement servir de plateforme pour ces technologies - c\u2019est l\u2019avenir technologique en transport -un créneau d\u2019excellence chez Hydro-Québec.Cela va prendre forme à cet endroit et ailleurs sur le réseau au cours des prochaines années.D\u2019autres technologies vont nous permettre d\u2019améliorer la fiabilité etl\u2019u-tilisation des équipements du réseau de transport d\u2019électricité: les technologies de contrôle en temps réel du réseau, pour aller plus loin dans l\u2019utilisation du réseau ; les technologies de simulation du réseau : un autre créneau d\u2019excellence pour notre entreprise.Il y a également les technologies qu\u2019on souhaite introduire sur le réseau de distribution et chez nos clients, en partenariat avec eux.Nous allons avancer dans la direction d\u2019un réseau de distribution plus interactif - avec des clients dont la consommation s\u2019ajuste en temps réel et qui fournissent également le réseau à d\u2019autres moments grâce à la production distribuée, le stockage thermique, etc.C\u2019est ça le futur de la distribution d\u2019électricité et nous serons au rendez-vous.Les nouvelles technologies électriques, c\u2019est aussi l\u2019électricité dans le secteur automobile.Le XXe siècle a été celui du moteur à combustion et du pétrole.De l\u2019avis général, le XXIe siècle devrait être celui de l\u2019électricité, avec les systèmes hybrides comme transition vers le « tout électrique».J\u2019ai d\u2019ailleurs commandé ma première voiture hybride récemment! Et je ne compte pas revenir au « tout-à-l\u2019essence» dans l\u2019avenir.Dans ce secteur de l\u2019électricité et du transport terrestre, par l\u2019entremise de notre filiale TM4, héritière des technologies du moteur roue, nous sommes en excellente position.Nous produisons des moteurs électriques très compacts, qui développent une grande puissance et dont l\u2019électronique de contrôle est à la fine pointe du domaine.On va poursuivre le développement de TM-4 avec des partenaires.Notre premier partenaire c\u2019est Dassault, la firme française qui a donné à la France plusieurs avions très performants comme le Mirage ou le Rafale.Dassault vient d\u2019acquérir une participation dans TM-4.Nous irons étape par étape.Ce ne sera pas facile, mais le potentiel est évident Ce sont donc les trois axes majeurs pour l\u2019entreprise : 1-\tL\u2019efficacité énergétique ; 2-\tL\u2019hydroélectricité et l\u2019éolien en complémentarité ; 3-\tLes nouvelles technologies électriques.Durant cette prochaine phase de développement, Hydro-Québec va continuer d\u2019être bien gérée : c\u2019est l\u2019héritage d\u2019André Caillé.La rentabilité va progresser.Il ne faut toutefois pas s\u2019attendre à la progression des 10 dernières années, une période de redressement durant laquelle on est passé de 300 millions de dollars de bénéfices à plus de deux milliards.On vise une progression régulière.Pour ça, on va continuer d\u2019améliorer la performance de nos opérations.Et les marchés d\u2019exportation devraient nous aider aussi au fur et à mesure que notre marge de manœuvre va se rétablir.239 L\u2019état du Québec Nous allons être ouverts et transparents.Il y aura plus d\u2019efforts pour informer et communiquer régulièrement avec tous nos publics, avec empathie et en expliquant mieux nos affaires.Pour témoigner de cette volonté de transparence, j\u2019ai donné instruction que les niveaux d\u2019eau de nos réservoirs soient rendus publics, à la fréquence que la Régie de l\u2019énergie jugera utile.J\u2019invite la Régie à nous indiquer rapidement cette fréquence qu\u2019elle jugerait utile pour satisfaire la volonté exprimée par le public d\u2019être bien renseigné en matière de sécurité énergétique.Je fais confiance à la Régie de l\u2019énergie pour déterminer une fréquence qui assurera un bon équilibre entre nos intérêts commerciaux et une meilleure information pour nos clients.Pour entamer cette nouvelle étape, nous pouvons compter sur des employés fiers et compétents.Notre développement, nous le ferons avec des employés d\u2019Hydro-Québec.Pour la relève dans l\u2019entreprise et pour notre croissance, nous allons recruter parmi les meilleurs, et nous allons bien former notre monde.Comme vous pouvez le constater, le plan de match est clair.Nous allons bâtir, nous allons développer, et surtout, nous allons miser sur notre avantage renouvelable.240 L'économie et les conditions de vie Tour d\u2019horizon de l\u2019économie en 2005 Sa Majesté le consommateur Gérard Bérubé Journaliste, Le Deuolr L\u2019économie québécoise n\u2019a fonctionné en 2005 que sur un seul moteur.N\u2019empêche, malgré un secteur manufacturier en panne, elle a pu garder le cap sur la croissance en misant sur la vigueur de sa demande intérieure.Dépenses de consommation -soutenues par l\u2019effervescence du marché de l\u2019habitation - et hausse des investissements des entreprises se sont donc offertes en contrepoids à un secteur extérieur paralysé par la vigueur relative du dollar canadien face à sa contrepartie américaine.Et cette conjoncture devrait servir de toile de fonds en 2005 et 2006, quoique pour cette dernière année, l\u2019impact du troisième choc pétrolier demeure encore difficile à cerner.Donc, selon le scénario principal retenu, la croissance de l\u2019économie du Québec, qualifiée de modérée en 2004, devait maintenir le rythme en 2005 pour s\u2019accélérer et dépasser son niveau dit de « plein potentiel» en 2006.Le baromètre de référence - le produit intérieur brut (PIB) au prix du marché - a progressé de 2,4 % (en termes réels) en 2004, pour se fixer à Des jeunes en formation professionnelle 236,3 milliards.Ce rythme se veut une accélération par rapport à la hausse de 1,8 % observée en 2003 etpermetà l\u2019économie du Québec de retrouver sa vitesse de croisière moyenne de 2,5% observée au cours des 20 à 25 dernières années.À titre de comparaison, la hausse du PIB canadien pour ces deux années a été de 3,1 % et de 2 % respec-tivement.« La demande intérieure finale est demeurée forte », a commenté Hélène Bégin.L\u2019économiste au 241 L\u2019état du Québec Laurent Beaudoin, Bombardier Mouvement Desjardins indique notamment la vigueur soutenue des dépenses personnelles, alimentées par un secteur résidentiel conservant son tonus.Mme Bégin a noté une hausse de 15 % des investissements résidentiels, qui vient s\u2019ajouter à une augmentation de 10 % des investissements des entreprises, ces derniers prenant essentiellement la forme d\u2019achat de machines et de matériel.Ces investissements en capital fixe ne sont pas étrangers à la robustesse du dollar canadien face au billet vert et témoignent d\u2019une volonté des entreprises de compenser une détérioration de la conjoncture sur le commerce extérieur par des gains de productivité.Enfin, la dernière composante de la demande intérieure finale, les dépenses publiques, a crû de 3 %.À l\u2019Institut de la statistique du Québec (ISQ), on retient également que la demande intérieure aura fait la différence en 2004.Avec une poussée de 4,4%, « elle enregistre sa plus forte augmentation depuis 1999 ».Pour une deuxième année consécutive, cette performance « provient en très grande partie de l\u2019investissement en capital fixe, suivi de la consommation des ménages ».Taux d\u2019intérêt Poussée du dollar canadien et maintien des taux d\u2019intérêt à des bas niveaux ont donc conjugué leurs effets pour dicter la marche à suivre de l\u2019économie québécoise.« Du côté de l\u2019investissement des entreprises, après la hausse de 10,5 % de la construction résidentielle en 2003, la croissance se poursuit en 2004 » avec un bond de 14,9%, a souligné l\u2019ISQ, qui met en exergue la vigueur de la construction neuve et des rénovations.«Par ailleurs, l\u2019investissement en machines et matériel (12 %) enregistre se plus forte hausse depuis 1999, tandis que la construction non résidentielle améliore largement sa croissance.» Quant aux ménages, la hausse des dépenses de consommation, de 3,3 % en 2004 contre 3,8 % en 2003, reflète le maintien de la croissance de l\u2019emploi et du revenu disponible, la faiblesse du loyer de l\u2019argent et l\u2019effet d\u2019entraînement du marché de l\u2019habitation sur les achats liés à ce secteur.Ainsi, le revenu personnel disponible s\u2019est apprécié de 2,5 %, contre 2 % en 2003.L\u2019ISQ a cependant mis l\u2019accent sur le taux d\u2019épargne des ménages québécois, chutant à 0,8 % en 2004, «soit le taux le plus bas jamais enregistré dans l\u2019historique des données des comptes économiques, qui débute en 1981 ».Toutefois, sur le plan de l\u2019endettement, y a-t-il lieu de s\u2019alarmer?«Il faut 242 L'économie et les conditions de vie faire attention avec ces données sur l\u2019endettement Pour notre part, nous ne sommes pas inquiets.Nous sommes plutôt modérés », a répondu Hélène Bégin.Aux yeux de l\u2019économiste, l\u2019endettement moyen des ménages repose sur de bonnes assises.Lorsque calculé selon l\u2019actif ou ramené au niveau du paiement d\u2019intérêt en fonction des revenus, « ce n\u2019est pas catastrophique», dit-elle.Tout n\u2019est cependant pas que rose dans l\u2019environnement économique québécois.Le secteur extérieur se trouve plombé par la montée du dollar canadien face au billet vert Avec une croissance des exportations plus faible que celle des importations, le Québec est passé d\u2019un état de surplus (de 965 millions de dollars) du solde du commerce extérieur en 2003 en une situation de déficit (de 5,5 milliards) l\u2019année suivante, selon les données de l\u2019ISQ.L\u2019on peut toutefois se consoler en se disant que derrière l\u2019impact d\u2019un dollar fort sur le secteur manufacturier québécois, la vigueur des exportations n\u2019est pas étrangère à l\u2019accélération des investissements des entreprises.Les entreprises sensibles au taux de change renouvellent leur machinerie et outillage.En clair, «les industries les plus menacées tentent de se moderniser pour survivre», a illustré Mme Bégin.Dans le monde Les données de ce bilan expliquent que l\u2019économie québécoise occupe une place importante sur les marchés mondiaux, selon un classement socioéconomique de l\u2019ISQ comparant 235 pays et territoires selon 50 critères.Selon la dernière lecture, publiée en mars 2005, le Québec exportait en Usine à Huntingdon 2004 53 milliards américains, soit le quart de son PIB, faisant de cette économie le 34e exportateur (Canada, 7e) sur les marchés internationaux.Au chapitre des importations, qui représentaient égalementprès de 26% de son PIB, le Québec retenait le 30e rang (le 8e pour le Canada).Autre donnée : malgré une population le situant au 93e rang du classement mondial, le Québec occupe le 37e rang pour ce qui est de la taille de son économie (selon le PIB mesuré en parité de pouvoir d\u2019achat).Cette position situe cette économie derrière celle de la Grèce (36e), de la Suisse (33e), de l\u2019Autriche (32e) et de la Suède (31e), mais devant celle du Portugal (40e), de la Norvège (42e) et du Danemark (44e).Enfin, la richesse générée par l\u2019économie du Québec (toujours selon le PIB mesuré en parité de pouvoir d\u2019achat) se chiffrait à 27 789 $US par habitant en 2004, tout juste devant l\u2019Italie et derrière l\u2019Allemagne et Hong Kong, qui affichent des écarts inférieurs à 1 %.« Le Québec occupe ainsi la 20e position.Le 243 L\u2019état du Québec lwitôJ9£i Mexicain au travail au Québec Luxembourg se situe à la tête du palmarès, suivi des États-Unis, de la Norvège, de l\u2019Irlande et du Canada, en septième place avec 31952 $US », a précisé l\u2019Institut de la statistique du Québec.2005-2006 Sans être une copie conforme, l\u2019économie québécoise n\u2019évoluera pas en territoire inconnu en 2005.Même si l\u2019année a débuté avec un marché du travail anémique, la hausse du PIB devrait atteindre les 2-2,2 % et s\u2019approcher du taux de plein potentiel.À noter que ce potentiel se chiffre à 2,5 %, contre 3 % pour l\u2019ensemble canadien, l\u2019écart reflétant un différentiel démographique.Le départ a toutefois été lent, avec un PIB québécois en hausse de 1,9 % après cinq mois, comparativement à 2,9°/oà l\u2019échelle canadienne.Mais « la demande intérieure devrait tenir le coup, notamment au niveau des dépenses personnelles de consommation, avec des ventes au détail deux fois plus fortes qu\u2019en 2004», croitHélène Bégin.Cette frénésie des consommateurs devra cependant compter sur une contribution moindre du secteur de l\u2019habitation.La construction résidentielle ne saura pas être au rendez-vous en 2005, sous le jeu d\u2019un retour graduel du marché vers l\u2019équilibre, les économistes du Mouvement Desjardins allant même jusqu\u2019à prévoir une baisse des investissements résidentiels.Autre point sombre, le marché du travail, comme en témoigne son lent départ au premier semestre, pourrait manquer de tonus, avec une création d\u2019emplois tombant à un rythme des 30 000 en 2005, soit deux fois moins que les 60 000 emplois créés, en moyenne, en 2003 et 2004.Le marché immobilier se contracte donc progressivement, l\u2019ajustement ne laissant entrevoir aucun éclatement d\u2019une bulle, qui n\u2019aura été qu\u2019hypothétique au Québec.Hélène Bégin est catégorique : « Il y a eu des poches de surchauffe, dans certains secteurs, mais pas de bulle immobilière au Québec.» La croissance des prix a été forte, mais elle est survenue après une baisse couvrant la première moitié de la décennie 1990.« Il y a eu rattrapage, complété en 2003.Quant à l\u2019atteinte de l\u2019équilibre, elle est prévue pour la fin de 2006.Nous aurons alors 8 ou 10 vendeurs par acheteur, contre 5 pour 1 présentement » Ce retour à l\u2019équilibre s\u2019appuie sur une remontée des taux d\u2019intérêt, dont le mouvement haussier se veut modeste mais réel.Ce resserrement du loyer de l\u2019argent se combine à la montée des prix pour apporter sa contribution à la baisse de régime observé sur le marché immobilier.Chez Desjardins, on table sur une hausse de 75 points de base des taux directeurs en 244 L'économie et les conditions de vie 2005.L\u2019on mise également sur un taux préférentiel partant de 4,5 % pour atteindre les 5,75 % à la fin de 2006, et sur une hausse des taux hypothécaires de quelque 100 points de base dans l\u2019intervalle, reflétantun taux baromètre de 30 ans passant de 6 à 7%.« La hausse sera modeste mais suffisante pour réduire l\u2019accessibilité à la propriété des logements », résume Hélène Bégin.Ce survol de 2005, qui déborde à l\u2019année suivante, permet d\u2019avancer que le PIB québécois devrait dépasser son plein potentiel en 2006 pour afficher une progression d\u2019environ 3 %.Essentiellement le niveau de l\u2019emploi, déprimé par un taux de change défavorisant le secteur manufacturier, est appelé à reprendre sa vitesse de croisière et revenir dans les 60 000 emplois créés.« Le gros de l\u2019effet de la hausse du dollar canadien serait alors passé », croit l\u2019économiste de Desjardins.Entre-temps, le secteur manufacturier parvient toujours difficilement à redresser la tête.En mai 2005, il affichait une baisse de production pour un troisième mois depuis le début de l\u2019année, pour un sixième mois sur une période de 12 mois.Toujours en mai, 11 des 19 grands secteurs composant le segment de la fabrication, à l\u2019origine de près de 60 % de la production manufacturière, évoluaient en mode contraction.Le pétrole, une inconnue Reste l\u2019effet pétrole, dont l\u2019impact demeure difficile à cerner.Pour l\u2019heure, l\u2019on entrevoit un impact qui se ferait sentir par la bande, par ricochet, par les répercussions d\u2019un ralentissement de l\u2019activité au États-Unis sur l\u2019économie québécoise.« La consommation est très forte en 2005.Et il y a la confiance des consommateurs, qui demeure très élevée sur une base historique.» Y aura-t-il effet de substitution?Doit-on craindre que les pressions inflationnistes deviennent systémiques et provoquent une hausse plus prononcée des taux d\u2019intérêt?« Ce n\u2019estpas dans les cartes présentement», a répondu Hélène Bégin.L\u2019autre point d\u2019incertitude réside au niveau de la situation financière du gouvernement du Québec.Sur ce point, et alors que le gouvernement entamait les négociations avec la fonction publique - des négos menées sous le thème de l\u2019état de santé précaire des finances publiques - le ministre des Finances, Michel Audet, s\u2019est fait alarmiste à la fin d\u2019août 2005 en affirmant que la flambée des cours pétroliers ralentira l\u2019économie québécoise de façon importante.Il a même cru bon d\u2019évoquer le motrécession, en précisant toutefois que l\u2019on parviendrait à l\u2019éviter.M.Audet a estimé que la poussée des prix de l\u2019essence pourrait retrancher jusqu\u2019à un point de pourcentage à la croissance du PIB québécois cette année, une croissance estimée par le gouvernement à 2,5 % sur la période d\u2019un exercice financier se terminant le 31 mars 2006.Chaque repli de un point de pourcentage se traduitpar un manque à gagner de 400 millions de dollars dans les revenus du gouvernement.Cet impact s\u2019inspire d\u2019une étude menée par le ministère fédéral des Finances, qui indique qu\u2019une hausse de 20 % du prix du pétrole retranche 0,8 % au PIB après un an, 1,4% après deux ans.245 L\u2019état du Québec Gaspésia : empêcher que l\u2019histoire se répète Pierre Fortin Économiste, UQAM Marc Van Audenrode Économiste, Université Laval La publication du rapport Lesage sur le fiasco de Papiers Gaspésia à Chandler a déclenché une querelle médiatique entre les acteurs du drame qui a conduit à la fermeture du chantier, en janvier 2004.Cette querelle ne va mener nulle part.Il nous paraît plus utile de réfléchir aux vices du système qui ont entraîné la fermeture du chantier.L\u2019important, c\u2019est d\u2019empêcher que l\u2019histoire se répète dans l\u2019avenir.La teneur du rapport nous fait croire que le dérapage de Chandler a trois sources probables.Premièrement, le principal promoteur du projet, le gouvernement du Québec, et le principal investisseur, le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec, étaient tous les deux en conflit d\u2019intérêt.Deuxièmement, le gérant du projet, la pa-petière Tembec, n\u2019était pas imputable des résultats obtenus.Troisièmement, les syndicats de la construction ont cherché à extraire le maximum de la situation.Le gouvernement Dès le départ, le gouvernement du Québec était en conflit d\u2019intérêt.Il as- sumait le rôle double et contradictoire de promoteur principal du projet et de gardien de l\u2019intérêt financier des contribuables.Il étaitpressé de faire la démonstration de sa détermination à sauver les emplois coûte que coûte.Il a donc décidé d\u2019aller de l\u2019avant le plus rapidement possible avec le projet de Papiers Gaspésia.Mais il en a fait la promotion en négligeant son rôle de protecteur de l\u2019intérêt public.Il n\u2019a pas tenu compte des analyses internes et externes qui jetaient un doute sérieux sur le coût et la rentabilité du projet Le chantier de Chandler a finalement dû être fermé.Les entrepreneurs et les contribuables ont perdu 300 millions de dollars.Et pas un emploi n\u2019a été maintenu.Il n\u2019y a pas d\u2019autre issue à ce genre de conflit d\u2019intérêt que de créer, une fois l\u2019idée d\u2019un grand projet lancée, une distance entre le gouvernement et ce projet, afin que l\u2019intérêt public soit sauvegardé.Cela doit se faire en mettant en place, comme le suggère le rapport Lesage, une commission d\u2019évaluation qui introduirait dans le processus de démarrage une analyse complète de 246 L'économie et les conditions de vie la rentabilité et des risques et une imputabilité véritable des gestionnaires.Un tel contrepoids pourraitprendre diverses formes, mais il devrait dans tous les cas s\u2019exercer dans un contexte de transparence totale, écarter les évaluations complaisantes et promouvoir la participation de la société civile à la formulation du projet Les délais seraient plus longs, mais les sommes impliquées sont astronomiques.Il faut qu\u2019on y mette le temps nécessaire.Tous conviennent de l\u2019extrême importance du développement régional.Mais cela ne justifie pas les gouvernements de faire à peu près tout et n\u2019importe quoi au nom de cette cause.La rentabilité économique est une condition nécessaire pour le développement social.Une entreprise en faillite ne crée pas d\u2019emploi.Il est clair que la stratégie des mégaprojets pour relancer la Baie des Chaleurs ne marche pas.Il faudra penser le développement régional autrement Une cinquantaine de petits projets locaux de io millions, plutôt qu\u2019un seul de 500 millions, auraient créé des emplois en plus grand nombre, plus stables, plus générateurs de dynamisme local, et à un coût moindre que celui de n\u2019importe quel projet Gaspésia, même si ce dernier avait connu le succès.Le Fonds de solidarité Principal investisseur dans le projet, le Fonds de solidarité des travailleurs du Québec a perdu 70 millions dans le naufrage de Papiers Gaspésia.Le Fonds est un organisme public auquel les contribuables québécois confient leur épargne en retour d\u2019avantages fiscaux.D\u2019une part, il investit les montants recueillis dans des entreprises qui Le siège social de la CDP ¦ a Ij-j ont besoin d\u2019un soutien à l\u2019emploi.D\u2019autre part, il doit gérer l\u2019argent de manière prudente à l\u2019avantage de ses actionnaires.Dans le cas du projet de Chandler, le Fonds désirait maintenir l\u2019emploi des travailleurs de l\u2019usine de Papiers Gaspésia, affiliés à la FTQ.La décision du Fonds de s\u2019impliquer dans le projet a été un désastre : les travailleurs de l\u2019usine n\u2019ont pu récupérer leurs emplois et le Fonds a perdu sa mise de 70 millions, financée à même l\u2019épargne des Québécois.Il faut évidemment s\u2019attendre à ce que le Fonds, comme tout investisseur, fasse de mauvais placements de temps à autre.Toutefois, le fiasco de Papiers Gaspésia soulève la question fondamentale de la gouvernance de cette institution.Le conseil d\u2019administration du Fonds est très majoritairement contrôlé par des représentants syndicaux (12 membres sur 16), et dirigé par le président de la FTQ.Au minimum, une telle composition accrédite la perception que, lorsque les intérêts de syndiqués de la FTQ comme ceux de Papiers Gaspésia sont en jeu, il peut y avoir conflit avec l\u2019objectif du Fonds de bien gérer les sommes qui lui sont confiées par le grand public.Il est essentiel, pour protéger l\u2019intégrité du Fonds, que cette situation soit clarifiée.Son 247 L\u2019état du Québec conseil d\u2019administration doit comprendre un plus grand nombre de membres indépendants du monde syndical.La papetière Tembec La papetière Tembec était le gérant du projet de Papiers Gaspésia et l\u2019opérateur désigné de l\u2019usine.Or, le gouvernement a permis que Tembec n\u2019assume pratiquement aucun risque.Elle devait percevoir des bonis si sa performance était bonne, mais ne devait subir aucune pénalité dans le cas contraire.Deux conséquences s\u2019en sont suivies.La première est que l\u2019identification etl\u2019analyse des risques, qui sont d\u2019une importance capitale dans un grand projet comme celui de Chandler, ont été négligées.La seconde conséquence est que le gérant du projet n\u2019étaitaucunementimputablepour les erreurs qu\u2019il pouvait faire dans la prévision des coûts.Quand le chantier a été fermé, ce sont les malheureux entrepreneurs et les contribuables qui ont dû ramasser la lourde facture de ce système d\u2019irresponsabilité structurelle.L\u2019absence d\u2019imputabilité de la gérance estune carence qui ne doitplus être répétée dans les grands projets au Québec, que ces derniers soient réalisés par une entreprise publique ou par une entreprise privée dûment mandatée.Chaque fois que cela est faisable, le projet considéré doit être soumis au test de la volonté du capital privé de participer à bonne hauteur à son financement, sans le filet de sécurité de la garantie gouvernementale.Les syndicats de la construction Enfin, la description des événements laite par le rapport Lesage a amplement démontré que le pouvoir des représentants et délégués syndicaux sur les grands chantiers industriels est énorme.Selon la manière dont il est exercé dans chaque cas particulier, ce pouvoir peut ajouter ou retrancher grandement à la probabilité de succès d\u2019un projet sur le plan du budget et de l\u2019échéancier.Parmi les grands chantiers industriels récents, la hausse des heures rémunérées entre l\u2019estimation initiale et l\u2019estimation finale a été pratiquement nulle pour Wayagamack à Trois-Rivières, de 27 % pour la Phase II d\u2019Alouette à Sept-Iles, de 50% pour Interquisa à Montréal et de 77% pour Papiers Gaspésia à Chandler.Ce qui frappe dans ces chiffres, c\u2019est l\u2019impossibilité de prévoir le résultat.Réduire ce risque constitue un enjeu primordial pour l\u2019avenir de l\u2019inves-tissementindusUriel et des grands projets au Québec.La qualité de la gestion du projet est en cause dans certains cas, mais la manière dont s\u2019exerce le pouvoir syndical l\u2019est également Le Québec a besoin d\u2019un régime de relations de travail qui décourage beaucoup plus nettement les comportements excessifs sur les grands chantiers industriels.Si on veut faire avancer le Québec, on ne doit pas en rester à la distribution des mauvaises notes aux élèves présumés fautifs.Il faut s\u2019attaquer aux vices du système.Le principal défi, pour l\u2019avenir, consistera à résoudre quatre problèmes fondamentaux: libérer le gouvernement de son conflit d\u2019intérêt, revoir la gouvernance du Fonds de solidarité, rendre imputable la gérance des grands projets, et garantir un exercice plus tempéré du pouvoir syndical sur les grands chantiers industriels.248 L'économie et les conditions de vie Un syndicalisme ébranlé Thomas Collombat Science politique, Carleton University Grévistes Les syndicats québécois traversent une phase difficile.Alors qu\u2019ils sortaient d\u2019une année riche en mobilisation politique face à un gouvernement aux inclinaisons plutôt antisyndicales, ils se sont trouvés plongés dans une période de négociation intense, notamment face au plus gros employeur du Québec.c\u2019est-à-dire ce même gouvernement Par ailleurs, certains de leurs succès dans le secteur privé ont été contestés (on pense bien sûr à la fermeture du magasin Wal-Mart de Jonquière), tandis que les secteurs d\u2019activités dans lesquelles ils se sont traditionnellementdéveloppés continuent de tirer de la patte.249 L\u2019état du Québec Il ne faut pas pour autant dresser un portrait apocalyptique de la situation.Malgré les tendances que nous venons de souligner, le bilan est nuancé et les bases du syndicalisme québécois sont assez solides pour résister à l\u2019orage sociopolitique du moment.Mais elles sont tout de même ébranlées, et il est encore trop tôt pour dire si l\u2019avenir en sera un de reconsolidation ou d\u2019affaissement.L\u2019actualité des douze derniers mois nous invite par ailleurs à aborder le rapport du syndicalisme à l\u2019État, dans toutes ses ambiguïtés et parfois même ses contradictions.Les événements, médiatisés ou non, portent à nous interroger sur le « modèle québécois » de relation entre l\u2019État et les syndicats, en constatant notamment une remise en cause de la place privilégiée qu\u2019occupaient les organisations de travailleurs jusqu\u2019à présent Syndicalisation : pause ou retournement de tendance?Alors que nous avions pris l\u2019habitude, depuis quelques années, de noter l\u2019augmentation, certes modeste mais constante, de la syndicalisation au Québec, 2004 a semblé marquer un changement de cette tendance.Les chifïfes de l\u2019étude sur la population active de Statistique Canada indiquent en effet une baisse de 1,2 point du taux de présence syndicale, celui-ci passant de 41,2 % en 2003 à 40 % en 20041.Le Québec reste en première place au Canada, devant Terre-Neuve (38,9%), et conserve un taux supérieur à celui du Canada dans son ensemble, même si celui-ci n\u2019a perdu que 0,6 point entre 2003 et 2004 (de 32,4% à 31,8%).La Colombie-Britannique s\u2019établissait quant à elle à 33,6 % (-0,2 point), et l\u2019Ontario à 27,8% (-0,7 point).La baisse semble donc, toutes proportions gardées, plus marquée au Québec que dans le reste du pays.Autre indice, le nombre absolu de travailleurs régis par une convention collective est aussi en baisse (-22 700).Et sans surprise, c\u2019est dans le privé que l\u2019affaiblissement s\u2019est fait ressentir.En effet, les travailleurs du secteur public québécois restent couverts à 82% tandis que ceux du privé ne le sont plus qu\u2019à 26,7% (-1,7 point par rapport à 2003).Les hommes sont toujours plus syndiqués que les femmes (41,5 % contre 38,5 %) alors que la différence de salaire moyen entre la main-d\u2019œuvre syndiquée et non syndiquée est plus forte chez les femmes (5,03 $/heure en plus pour une syndiquée) que chez les hommes (2,41 $/heure)2.La répartition des allégeances syndicales est, quant à elle, remarquablement stable.La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) est toujours en tête avec 43 % des syndiqués, suivie par la Confédération des syndicats nationaux (CSN, 21 %), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ, 9 %) et la Centrale des syndicats démocratiques (CSD, 4%).Les syndicats dits «indépendants», c\u2019est-à-dire qui ne sont pas affiliés à une centrale, constituent 23 % des effectifs.Parmi eux, la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ), le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) sont les formations les plus importantes.Toutefois, il est à prévoir que ces proportions seront quelque peu remises en cause par la 250 L'économie et les conditions de vie grande campagne de réorganisation des unités d\u2019accréditation dans le réseau de la santé et des services sociaux.On observe par ailleurs que seuls 5 % des conclusions de conventions collectives se sont faites après un arrêt de travail.Les 129 conflits de travail ayanteulieuen 2004 onttouché 35 200 travailleurs (+96,4 % par rapport à 2003), mais ne représentent que 747 949 jours-personnes perdus, soit une baisse de i4,7°/opar rapporta 2003.Si l\u2019immense majorité de la main-d\u2019œuvre québécoise est régie par le Code du travail du Québec, 53 % des travailleurs touchés par des arrêts de travail en 2004 travaillaient dans des domaines de compétence fédérale.Les grèves observées dans la fonction publique et certaines agences fédérales ainsi qu\u2019au Canadien National comptent pour beaucoup dans ces chiffres.Parmi les conflits sous compétence québécoise, on notera notamment celui à la Société des alcools du Québec (SAQ), chez Urgel Bourgie (services funéraires), Shermag (meubles) ou encore Agropur (agroalimentaire).La durée moyenne des conflits reste stable, à 59 jours.Des actions politiques plus discrètes Les douze premiers mois du gouverne-mentCharestavaientvu les syndicats se mobiliser de façon très énergique, no-tammentpour contrer une série de projets de loi considérés comme antisyndicaux.Certaines initiatives syndicales ont toutefois pris l\u2019allure de pétards mouillés, en particulier l\u2019idée de conduire une grève générale de 24 heures à travers toute la province.On se souvient que plusieurs centrales, notamment la CSN et la CSQ, avaient d\u2019ores et déjà obtenu de nombreux mandats Henri Massé de grève de la part de leurs syndicats.Dans la foulée des mobilisations de l\u2019hiver 2003, les troupes semblaient prêtes à franchir le pas.L\u2019entente intercentrales ne fut toutefois pas au rendez-vous.Quand la FTQ a annoncé qu\u2019elle ne se coordonnerait pas nécessairement avec les autres pour mener cette initiative, la belle unanimité commença à vaciller, et l\u2019idée de grève générale s\u2019éteignit peu à peu.Les mandats obtenus arrivant progressivement à échéance, le projet mourut au feuilleton.Toutefois les syndicats ne manquèrent pas d\u2019épingler au passage certains nouveaux projets du gouvernement libéral.Ce fut en particulier le cas de la création de l\u2019Agence des partenariats public-privé (APPP), pilotée par la présidente du Conseil du Trésor.Les PPP ont soulevé d\u2019intenses débats, mais le projet initial du gouvernement ne fut que très peu altéré.Il appert qu\u2019en la matière, les inquiétudes de la Protectrice du citoyen aient pesé plus lourd que les mémoires des centrales, qui demandaient unanimement le retrait pur et simple du projeta À grands renforts 251 L\u2019état du Québec Manifestation anti-Charest CHAREST f Atftc r r* 200 000 $).Les hausses de prix des propriétés onéreuses seront donc moins importantes cette année et une baisse n\u2019est pas exclue à court terme.Le diagnostic est bien différent pour les produits moins coûteux, incluant les maisons jumelées et en rangée dont le marché demeure en surchauffe.Par exemple, dans le Grand Montréal, les maisons entre 150 000 $ et 200 000 $ sont toujours très convoitées puisqu\u2019on retrouvait seulement quatre vendeurs par acheteur dans cette catégorie au deuxième trimestre de 2005.Globalement, le prix des propriétés va de nouveau augmenter mais moins rapidement.L\u2019appréciation avoisinera 6 % en 2005 et se limitera à 3,5 % en 2006.La progression sera supérieure pour les résidences abordables et des baisses de prix ne sont pas exclues dans les gammes supérieures de prix des condos et des maisons unifàmiliales.La décélération en cours du marché s\u2019explique par l\u2019envolée des prix qui rend les propriétés moins accessibles.Jusqu\u2019à maintenant, la majoration des taux d\u2019intérêt hypothécaires n\u2019a pas été suffisante pour avoir un effet dissuasif.Celui affiché pour une hypothèque sur cinq ans avoisinait 6 % à l\u2019été 2005, ce qui est très faible d\u2019un point de vue historique.La remontée du coût du crédit se poursuivra de sorte que le taux hypothécaire d\u2019une échéance de cinq ans pourrait approcher les 8 % en 2007.Même si un changement brusque du contexte économique survenait, une flambée des taux d\u2019intérêt semblable à celle des années 1990 est peu probable.L\u2019inflation estdésormais sous contrôle et le redressement des finances publiques fédérales a considérablement 264 L'économie et les conditions de vie réduit les besoins d\u2019emprunt, exerçant une pression baissière sur les taux d\u2019intérêt Un effondrement du marché de l\u2019habitation attribuable à une ascension du coût du crédit peut donc être difficilement envisagé à brève et à moyenne échéances.La construction neuve a atteint son apogée À la suite de la léthargie des années 1990, les mises en chantier ont connu un essor fulgurant depuis 2002.Le surplus d\u2019habitations qui a caractérisé la dernière décennie s\u2019est rapidement transformé en pénurie au début des années 2000, notamment dans le logement locatif.L\u2019amélioration des conditions économiques s\u2019est traduite par une vague d\u2019accession à la propriété qui a rapidement engorgé le marché de la revente.Faute de trouver une propriété qui leur convenait, plusieurs acheteurs se sont tournés vers le neuf, qui s\u2019est rapidement ajusté à ce débordement.Les mises en chantier ontplus que doublé depuis 2001, passant de 27 682 unités 358 448 en 2004.Faut-il craindre une chute draconienne de la construction semblable à l\u2019après-boum des années 1980 ?Outre l\u2019affaissement de la demande provoquée par l\u2019escalade des taux d\u2019intérêt et par les mises à pied massives associées à la récession du début des années 1990, la construction excessive d\u2019habitations est également à l\u2019origine du marasme du secteur résidentiel de la dernière décennie.Cette époque s\u2019est caractérisée par un ajout de nouveaux logements qui excédait largement la demande.Cela s\u2019est notamment produit dans les appartements locatifs, où la construction spéculative battait son plein.Ces surplus ont par la suite mis près de 10 ans à se résorber.Or, la récente phase d\u2019expansion ne s\u2019explique pas par un mouvement spéculatif mais plutôt par une véritable demande.Cette fois-ci, les constructeurs ont été beaucoup plus disciplinés dans l\u2019ajout de logements locatifs conventionnels, compte tenu de l\u2019absence d\u2019un environnement fiscal attrayant.Contrairement à la fin des années 1980, le taux d\u2019inoccupation des logements locatifs n\u2019a pas dépassé le seuil d\u2019équilibre évalué à 3 %.Cet élément écarte les risques d\u2019une chute brutale des mises en chantier semblable à celle des années 1990.L\u2019essor actuel est attribuable à un rattrapage en vue de combler la pénurie d\u2019habitations perceptible depuis 2001.Celui-ci est pratiquement complété puisque le marché est en route vers l\u2019équilibre.Ce stade ne sera pas atteint avant la fin de 2006 dans le cas des propriétés, soit lorsque le ratio vendeurs /acheteur aura remonté entre 8 et 10.Pour les appartements locatifs, la pénurie ne tardera pas à se résorber.Ce retour progressif à l\u2019équilibre se caractérisera par une demande moins soutenue et par une certaine accalmie sur les chantiers.En somme, la table estmise pour un ajustement graduel et non pour un virage à 180 degrés.L\u2019effervescence s\u2019estompera pour faire place à un rythme plus soutenable qui tranchera avec la déprime des années 1990.Les signes que le cycle haussier tire à sa fin sont biens présents.L\u2019accumulation des stocks de logements neufs invendus et la forte augmentation des prix (20 % de 2001 à 2004) pointent vers un ralentissement des mises en chantier.Déplus, le choix plus vaste sur 265 L\u2019état du Québec le marché existant réduira la pression pour la construction neuve.Certains segments de marché, notamment les condos de luxe, sont désormais saturés et nécessitent un niveau de construction moins élevé.Or, l\u2019effervescence des mises en chantier depuis 2002 s\u2019explique en bonne partie par l\u2019essor des copropriétés haut de gamme.L\u2019atterrissage risque donc d\u2019être plus brutal dans ce segment de marché.Dans l\u2019ensemble, la réduction de cadence se fera progressivement et les mises en chantier fléchiront de 58 448 en 2004 à 53 000 en 2005.Par la suite, la formation de ménages dictera davantage les tendances de la construction neuve.Un point de repère incontournable À long terme, la formation de ménages constitue le point d\u2019ancrage des mises en chantier.Un écart significatif peut toutefois survenir lorsqu\u2019il y a un surplus ou une pénurie d\u2019habitations.Par exemple, dans les années 1990, les GRAPHIQUE 3 (000) Mises en chantier au Québec Le sommet du cycle actuel a été atteint 81 83 85 87 89 91 93\t95 97\t99 01 03 05 07 Source : SCHL et Desjardins, Études économiques mises en chantier se sont effondrées à près de 30 000 unités, tandis que le nombre de ménages augmentait de plus de 40 000 par année.Cela a permis d\u2019écouler l\u2019offre excédentaire de logements induite par le boum de la fin des années 1980 et de la récession qui a suivi.Le surplus de la décennie 1990 a rapidement fait place à une pénurie à la suite de l\u2019explosion de la demande.Jusqu\u2019à maintenant, le début du millénaire a emprunté le chemin inverse afin de combler le manque d\u2019habitations.Le niveau des mises en chantier a récemment surpassé la formation de ménages, qui approche les 40 000 par année.Cette période tire cependant à sa fin puisque le marché est en route vers l\u2019équilibre.D\u2019ici deux ans, les mises en chantier oscilleront entre 35 000 et 40 000 unités, ce qui correspond à la formation de ménages projetée par l\u2019Institut de la statistique du Québec.La construction neuve rejoindra ainsi le potentiel démographique, qui se situe loin des standards historiques associés à une croissance de la population nettement plus rapide.Perspectives à long terme Au fil des ans, l\u2019augmentation du nombre de ménages s\u2019affaiblira et un déclin est même anticipé à compter de 2036.Faut-il prévoir un effondrement du marché de l\u2019habitation ?Avant de céder aux sombres pronostics, il importe de considérer les deux côtés de la médaille.D\u2019une part, la demande d\u2019habitations va forcément diminuer, compte tenu des tendances démographiques défavorables.Certains créneaux seront toutefois plus porteurs que d\u2019autres, vu l\u2019évolution particulière à chacun des groupes d\u2019âges.Le vieillissement de la 266 L'économie et les conditions de vie population favorisera les produits destinés aux préretraités, aux retraités et aux personnes âgées.Dans ce contexte, les condos de luxe et les résidences pour la clientèle du troisième âge semblent les segments les plus prometteurs à long terme.La maison unifamiliale devrait être moins en demande à mesure que les baby-boomers changeront de mode d\u2019occupation.Cette génération, qui a tout bouleversé sur son passage depuis son arrivée, laissera sa marque sur le marché de l\u2019habitation.La demande de bungalow devrait par conséquent fléchir à mesure qu\u2019ils délaisseront ce marché puisque les acheteurs potentiels (les cohortes plus jeunes) seront moins nombreux.Avant de céder au pessimisme alimenté par une réduction prévisible de la demande, il importe de considérer l\u2019ajustement qui touchera l\u2019offre d\u2019habitations.Le vieillissement du parc immobilier pourrait permettre d\u2019amortir le choc.En effet, une part importante des maisons unifamiliales ont été construites dans les années 1970 et 1980, au moment où les baby-boomers accédaient massivement à la propriété.Ces résidences nécessiteront d\u2019importants travaux de rénovation qui pourraient amortir la chute appréhendée de la construction neuve.Le vieillissement de la population pourrait accroître l\u2019attrait pour la conversion des propriétés en maisons intergénérationnelles.Par ailleurs, les propriétés en plus mauvais état pourraient être démolies, réduisant par le fait même l\u2019offre d\u2019habitations.En dépit de ces ajustements, une baisse graphique 4 La démographie abaissera bientôt le niveau des mises en chantier au Québec 60 000 50 000 40 000 30 000 20 000 1961-\t1971-\t1981-\t1991-\t2001-\t2006-\t2011- 1971\t1981\t1991\t2001\t2006p\t2011p\t2016 H Hausse du nombre de ménages H Nombre de mises en chantier Source : Institut de la statistique du Québec, Desjardins, Études économiques du prix des maisons ne peut être écartée d\u2019ici io, 15 ou 20 ans.Les créneaux qui seront délaissés par les générations plus âgées sont évidemment plus à risque.En somme, à long terme, la construction neuve sera soumise à une baisse de régime puisque le marché secondaire suffira davantage à combler la demande.L\u2019augmentation de plus en plus faible du nombre de ménages n\u2019entraînera pas nécessairement une baisse équivalente des mises en chantier, car l\u2019évolution des besoins (changement du mode d\u2019occupation) nécessita de nouvelles constructions.11 est trop tôt pour établir avec certitude l\u2019ampleur des changements que ressentira le marché de l\u2019habitation.Chose certaine, ils seront inévitables.Références Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement (SCHL) et Chambre immobilière du Grand Montréal, Analyse du marche' de la revente du Montréal métropolitain, deuxième trimestre 2005.267 L\u2019état du Québec La hausse du huard donne des sueurs froides au secteur manufacturier Joëlle Noreau Économiste, Mouvement Desjardins V/Ï m w * L\u2019évolution du dollar canadien au cours des trois dernières années a donné des sueurs froides aux entreprises manufacturières et aux exportateurs.Plusieurs analystes avaient prédit l\u2019apocalypse pour le secteur manufacturier depuis que le dollar a commencé à s\u2019enfiévrer en 2003.Pourtant, les livraisons réelles (dont on a éliminé les effets de prix) se sontaccrues en 2004 et en pre- mière moitié d\u2019année de 2005.On peut se demander si l\u2019effet de surprise nous a tous aveuglés.À l\u2019analyse, on constate que la vue d\u2019ensemble est trompeuse : elle cache à la fois des hausses importantes dans certains secteurs et des baisses sérieuses dans d\u2019autres.Cependant, le ralentissement observé dans la production de certains biens manufacturés n\u2019est pas totalement at- 268 L'économie et les conditions de vie TABLEAU 1 Exportations nationales, livraisons et ratio exportations/livraisons Fabrication et sous-secteurs - Québec 2004 \t\t Total - Toutes les industries manufacturières\t43,6\t1,8 Fabrication de matériel de transport\t85,9\t8,7 Fabrication de produits informatiques et électroniques\t76,4\t7,9 Fabrication de machines\t68,4\t3,8 Fabrication de papier\t68,3\t(2,6) Activités diverses de fabrication\t55,3\t(9,5) Première transformation des métaux\t51,5\t(0,7) Usines de textiles\t45,7\t(7,8) Fabrication de produits en bois\t45,3\t0,6 Fabrication de meubles et de produits connexes\t41,1\t(2,9) Fabrication de vêtements\t40,1\t(8,2) Fabrication de produits en caoutchouc et en plastique\t39,3\t5,8 Fabrication de produits chimiques\t37,4\t2,0 Fabrication de matériel, d\u2019appareils et de composants électriques\t37,1\t\t5,0 Fabrication de produits en cuir et de produits analogues\t32,6\t(6,6) Usines de produits textiles\t28,0\t(3,8) Fabrication de produits minéraux non métalliques\t22,5\t6,7 Fabrication de produits métalliques\t21,9\t(0,5) Impression et activités connexes de soutien\t19,0\t1,5 Fabrication d\u2019aliments\t18,5\t5,8 Fabrication de produits du pétrole et du charbon\t8,1\t6,2 Fabrication de boissons et de produits du tabac\t5,9\t(11,3) Sources : Statistique Canada et ISQ 1\tCompilation: Ministère du Développement économique, innovation et Exportation, DAEPS 2\tDesjardins, Études économiques tribuable à l\u2019appréciation du dollar canadien.En fait, la hausse de notre devise a contribué à exacerber des problèmes auxquels bon nombre de secteurs faisaient déjà face.De même, l\u2019emploi manufacturier n\u2019a pas atteint les profondeurs abyssales annoncées par certains.Un bilan des dernières années Les années 2003, 2004 et 2005 ont été marquées au sceau de l\u2019adaptation pour le secteur manufacturier québécois.Le choc de l\u2019appréciation du dollar a du être encaissé.Pourtant, 11 des 21 secteurs industriels du Québec ont vu le volume de leurs livraisons réelles s\u2019accroître en 2004 (voir tableau 1) etle même phénomène s\u2019estproduiten première moitié de 2005.Pourquoi, alors que notre dollar s\u2019est apprécié considérablement depuis le début de 2003, le secteur manufacturier a tout de même réussi à cumuler des gains en 2004 et 2005 ?On a tendance à croire que lorsque la monnaie s\u2019apprécie, une barricade se dresse entre les frontières, empêchant ainsi la libre circulation des produits.Ce n\u2019est pas le cas : on a tendance à oublier que le secteur manufacturier québécois est 269 L\u2019état du Québec graphique 1 Variation de la production américaine et de livraisons réelles au Québec En % USA Moyennes mobiles 12 mois\tEn % Québec 1999\t2000\t2001\t2002\t2003\t2004\t2005 \u2014- Production américaine\t\u2014 Livraison réelles - québécoises Source : Bureau of Economie Analysis et Statiqtique Canada étroitement imbriqué à celui des États-Unis.Le graphique i est particulièrement intéressant : il permet de voir que les secteurs manufacturiers américain et québécois évoluent dans le même sens, mais pas nécessairement à la même vitesse.Or depuis l\u2019année 2004, il y a eu un regain de la production américaine.Il a eu des échos chez nous : en fait, cet essor a outrepassé l\u2019effet de l\u2019appréciation du dollar canadien.On serait tenté de dire que lorsque le secteur manufacturier américain va, le nôtre va également Quels secteurs ont tiré leur épingle du jeu?D\u2019abord, celui du matériel de transport, dont 86% de la production est exportée et dont les livraisons réelles ont crû de 8,7 % pour l\u2019année 2004.Ce n\u2019est pas du côté des avions entiers que la progression a été enregistrée, mais dans les pièces tels les turboréacteurs ou turbopropulseurs.On a tendance à oublier que le transport n\u2019est pas que l\u2019aéronautique.À ce chapitre, la demande pour les camions à moteur diesel etpour les pneumatiques (pneus, chambres à air) s\u2019est accrue en 2004 : elle s\u2019est traduite par une hausse des exportations en dépit de la hausse du dollar canadien.Malgré les restructurations en cours, la délocalisation d\u2019une partie de la production, la fermeture de certaines usines, le secteur des produits informatiques et électroniques a accru ses livraisons (en volume) de 8,1% en 2004.Il y a dans cette hausse un effet de rattrapage, perceptible surtout en début d\u2019année.Au-delà d\u2019un retard à combler, il y a tout de même une croissance réelle attribuable aux développements technologiques dont notre industrie entend tirer parti.La première moitié de l\u2019année 2005 est également placée sous le signe de la croissance.Parmi les secteurs qui ont ramé contre la marée montante du dollar canadien et le pessimisme ambiant, on note : les produits minéraux non métalliques (+6,7 % en 2004), les produits du pétrole et du charbon (+6,2%), les produits en caoutchouc et en plastique (+5,8%) etles aliments (+5,7%).Tous ces secteurs ont accru le volume de leurs livraisons de plus de 5 % en 2004, dans un contexte qualifié «d\u2019hostile» par plusieurs.Ces secteurs ont continué d\u2019encaisser des gains en première moitié de 2005.D\u2019autres secteurs ont tiré leur épin-gledujeuen 2004: il s\u2019agit du matériel, appareils et composantes électriques (+4,7%), des machines (+3,8%), des produits chimiques (incluant les médicaments) (+2,1%), de l\u2019impression (+1,3 %) et des produits du bois (+0,3 %).Parmi ceux qui ont écopé au cours 270 L'économie et les conditions de vie de l\u2019année 2004, on trouve en tête de liste (en pourcentage), le secteur des boissons (-11,5% de moins qu\u2019en 2003).Il compte un très faible pourcentage d\u2019exportations (6% environ), mais on peut penser que la force du dollar a pu contribuer à rendre moins coûteux les produits des concurrents étrangers (bières américaines notamment).Par ailleurs, le battage publicitaire intensif autour de produits plus «exotiques» (bières mexicaines, bières européennes, coolers, etc.) n\u2019est pas sans effet.De plus, le conflit dans la Ligue nationale de hockey et la mise au banc des accusés des boissons gazeuses (colas et autres) ont également joué dans ce résultat Le secteur des vêtements (baisse des livraisons réelles de -7,9% en 2004) a fait les frais de l\u2019assouplissement des règles commerciales et du huard élevé.Le phénomène est le même pour les produits des usines des textiles (fils, tissus, feutres, rembourrage, rubans, etc.) (-7,7%) etles produits textiles (tapis, carpettes, couvertures, couvre-lits, rideaux, etc.) (-4,1%).Les livraisons de produits du cuir ont également reculé (-5,6 %).Ce phénomène s\u2019est intensifié en 2005.Le secteur du papier a aussi subi une baisse de ses livraisons de 2,9 % en 2004 de même que celui du meuble (-2,5 %).On a également observé une réduction des expéditions pour la première transformation des métaux (-1,0 %) et les produits métalliques (-0,2%).Toutefois, comme nous le verrons plus loin, toutn\u2019estpas attribuable à la force du dollar.Le huard : le bouc émissaire par excellence S\u2019il faut en croire les manchettes, le dol- lar canadien a le dos large.On lui attribue pratiquement toutes les calamités qui ont frappé le secteur manufacturier québécois depuis trois ans.De la chute des exportations aux renégociations à la baisse des conditions de travail : il est le coupable tout désigné.Ce serait minimiser l\u2019effet du dollar que de dire qu\u2019il n\u2019y est pour rien.Il faut reconnaître que la hausse aussi abrupte que rapide de notre devise a mis en évidence la vulnérabilité de certains secteurs.À la lecture du tableau 1 on constate qu\u2019on ne peut établir automatiquement une correspondance parfaite entre la réduction des livraisons manufacturières réelles et la part destinée aux exportations internationales.Dans les secteurs où la proportion des exportations sur les marchés internationaux est supérieure à 50 % des livraisons, on compte six secteurs.Parmi ceux-ci, ceux dont plus de 68 % de la production est exportée ont augmenté leurs livraisons réelles en 2004.Pour les autres, des éléments explicatifs, en sus de la hausse du dollar canadien, permettent d\u2019éclairer l\u2019analyse.Dans le secteur du papier, on peut évoquer la baisse de la demande nord-américaine, notamment celle de papier journal.Depuis l\u2019année 2000, la consommation de papier journal a diminué sur le continent.Internet s\u2019impose de plus en plus comme médium publicitaire et comme carrefour de l\u2019embauche.Par ailleurs, les grandes papetières ont établi des usines performantes dans les pays où la croissance de la demande se fait sentir.À cela s\u2019ajoute la fermeture de la papetière Abitibi-Consol à Port-Alfred, jugée non rentable en décembre 2003 et celle de Smurfit-Stone à New 271 L\u2019état du Québec Richmond en 2005.Le sous-investisse-ment ici, et la surcapacité de production à l\u2019échelle de la planète ont joué contre nous.De plus, l\u2019effet dollar a réduit notre capacité concurrentielle et a placé cette industrie dans une situation encore plus délicate.Plusieurs facteurs ont concouru à la baisse des livraisons de l\u2019industrie de la première transformation des métaux en 2004 et 2005.Cette réduction peut sembler paradoxale alors que la demande mondiale de matières premières atteint un sommet.La fermeture des cuves Soderberg du complexe industriel de l\u2019Alcan à Jonquière, en avril 2004, a contribué à réduire la production au Québec.On a devancé la mise au rancart de ces équipements jugés désuets et coûteux.Par ailleurs, le conflit de travail à l\u2019aluminerie Alcoa de Bécancour a obligé une réduction significative de la production pour quelques mois (de juillet à la fin de novembre 2004).De plus, les fermetures de quelques aciéries ont ajouté à un palmarès peu déjà enviable d\u2019événements qui ont réduit le volume de production l\u2019an dernier.Dans le cas de la première transformation des métaux, l\u2019effet dollar joue sur toute la chaîne de production : des coûts de main-d\u2019œuvre à ceux de l\u2019énergie, dont elle est grande consommatrice.Le recul des livraisons manufacturières pour les secteurs dont moins de 50 % de la production est exportée à l\u2019étranger : des pistes d\u2019analyse.Existe-t-il des explications au recul des livraisons manufacturières pour les secteurs dont le pourcentage des exportations est inférieur à 50%?Les usines de textiles avaient un taux d\u2019exportation de 45,7% en 2004 et leurs livraisons ont chuté de 7,7% cette même année.De même, le secteur du vêtement a exporté 40,1% de ses livraisons et ces dernières ontreculé de 7,1 %.Dans le cas de ces deux secteurs, un événement majeur permet d\u2019éclairer l\u2019analyse : l\u2019abolition des quotas et des tarife pour les 48 pays les plus pauvres de la planète dès janvier 2003.Dans un tel contexte, la force du dollar canadien a nettement amplifié les écarts de coûts et de prix entre la production locale et la production étrangère.Mais le premier coup de butoir estvenu de l\u2019assouplissement des règles commerciales.Dans le cas du cuir et des produits connexes, le déclin est amorcé depuis longtemps déjà.Le déferlement des produits chinois (ex.: chaussures et bottes) sur nos marchés ne date pas d\u2019hier.Déjà en 2002, alors que le dollar canadien s\u2019échangeait en moyenne à 63,68 cents US, les livraisons réelles ont chuté de plus de 20 % cette année-là.La hausse du dollar canadien, conjuguée à la sous-évaluation du yuan chinois, a intensifié un phénomène déjà bien enclenché.Le secteur des produits du bois a exporté pratiquement 45,3 % de sa production en 2004.Malgré le conflit sur le bois d\u2019œuvre qui a perduré et la hausse du dollar canadien, les livraisons de produits du bois se sont maintenues en 2004 et se sont accrues en 2005.Il faut dire que le marché de l\u2019habitation évolue à un rythme débridé tant au nord qu\u2019au sud de la frontière depuis le début des années 2000 et que la demande de bois n\u2019a pas dérougi en dépit de son prix.En 2004, le niveau des mises en chantier a culminé tant aux États-Unis, au Canada qu\u2019au Québec.L\u2019année 2004 a représenté le sommet du présent cycle de la construction 272 L'économie et les conditions de vie neuve.Toutefois, la satisfaction de la demande, la hausse attendue des taux d\u2019intérêt et l\u2019augmentation notable du prix de la construction neuve depuis plusieurs années diminueront la pression sur la nouvelle construction, et conséquemment, sur la demande de bois, et ce, peu importe la force du dollar canadien.Le volume de livraisons de l\u2019industrie du meuble a reculé pour une troisième année consécutive en 2004 et le début de l\u2019année 2005 n\u2019annonce pas de reprise fulgurante.Après une décennie de croissance exceptionnelle, elle fait face à une redoutable concurrence.Environ 43 % de ses livraisons sont exportées et la production asiatique (chinoise, vietnamienne, malai-sienne ou thaïlandaise) à bas prix lui rafle ses clients américains.Nul doute que l\u2019appréciation du dollar canadien a accentué un mouvement entrepris au début des années 2000.À l\u2019arrivée de concurrents se sont joints des problèmes d\u2019approvisionnement en bois franc.De plus, la restructuration du marché de la vente de meubles entre quelques grands joueurs favorisant l\u2019approvisionnement en quantité industrielle a désavantagé les industriels québécois plus performants dans la production de petits lots.Dans le secteur des produits en caoutchouc et en plastique, environ 40 % de la production est exportée.En 2004, les livraisons réelles se sont accrues de 4,7 %.Le secteur des plastiques bénéficie, pour encore un moment, d\u2019un certain engouement parce qu\u2019on lui trouve des applications nouvelles ou parce qu\u2019il agit comme produit de substitution pour le verre ou le métal.Cependant, les produits d\u2019usage courant, à bas prix, venant de la Chine, présentent une menace grandissante pour notre industrie dans un contexte où le dollar s\u2019est apprécié.Les livraisons de produits chimiques, dont approximativement 37% des expéditions sont exportées annuellement, ont également augmenté le volume de leur production en 2004.Ce sont les produits chimiques de base qui ont fortement contribué à cette hausse de 2,1 % de l\u2019ensemble des livraisons (qui inclutles médicaments).L\u2019industrie chimique évolue de pair avec les cycles économiques et, en période de croissance, ce secteur en bénéficie.Bien que la force du dollar canadien ait pu ralentir le flot des exportations, il a été favorable à ceux qui importent leurs intrants.Enfin, le secteur de la fabrication de matériel, d\u2019appareils et de composantes électriques, dont 37% de la production est exportée, a vu ses livraisons réelles croître de 4,7% en 2004.L\u2019année 2005 a débuté avec brio avec une croissance supérieure à 6 %.Bien que la concurrence chinoise soit vive dans le matériel d\u2019éclairage et les électroménagers, les entreprises québécoises ont accru de plus de 10 % les livraisons de matériel électrique (transformateurs, moteurs, générateurs) et autres types de matériel (batteries, piles, fils et câbles électriques).La demande était là et elle s\u2019est exercée en dépit de l\u2019appréciation du dollar canadien.En 2004 et en première moitié de 2005, «l\u2019effet dollar» n\u2019a pas été aussi dévastateur que ce à quoi on aurait pu s\u2019attendre a priori.Les livraisons manufacturières ne se sontpas effondrées, mais on conçoit aisément qu\u2019un dollar dont la valeur moyenne est passée en 273 L\u2019état du Québec graphique 2 L\u2019appréciation du dollar canadien a été rapide $ US/$ Can\t$ US/$ Can Évolution mensuelle 2001 2002 2003 2004 2005 Source : Banque du Canada et Statistique Canada moyenne de 0,7135 $US en 2003 à 0,7683 $US en 2004 et à plus de o,8io6$US au cours des septpremiers mois de 2005, n\u2019a rien pour mousser les exportations et ne constitue en rien un argument de vente.En 2004 et au premier semestre de 2005, la vigueur de la demande intérieure québécoise ainsi que la force des demandes canadienne et américaine ont été plus fortes que l\u2019effet de l\u2019appréciation du huard sur les exportations.C\u2019est ce qui a permis d\u2019éviter un recul de la production manufacturière québécoise.À la lumière de l\u2019analyse qui précède, on constate qu\u2019on ne peut analyser la faible progression des livraisons manufacturières québécoises uniquement en fonction des exportations.Il faut trouver d\u2019autres explications.en 2003, 2004 et 2005 ?Au cours des premiers mois de 2003, le climat économique était incertain : l\u2019imminence d\u2019une guerre en Irak avait pra-tiquementfigé l\u2019économie nord-américaine.L\u2019effet n\u2019a pas tardé à se faire sentir sur les échanges commerciaux qui ont ralenti considérablement au Québec.Le resserrement du contrôle frontalier, déjà engagé depuis le n septembre 2001 en a refroidi plus d\u2019un (délais d\u2019attente, paperasseries administratives, coûts supplémentaires liés à l\u2019administration, etc.).Durant la même période, le dollar s\u2019est apprécié de façon fulgurante (voir graphique 2), ce qui a envenimé la situation.En parallèle, l\u2019entrée de la Chine, comme membre de l\u2019OMC à la fin de 2001, a agi comme accélérant à l\u2019importation de produits concurrents à la production québécoise.La monnaie chinoise (yuan) étantà fixée à 8,28 yuan pour chaque dollar américain, toute dépréciation du billet vert (en contrepartie, appréciation du dollar canadien) rendait encore plus attrayants les produits chinois à bas prix.En 2003, l\u2019efîèt« SRAS » a contenu le volume des échanges en première moitié d\u2019année, mais en 2004, on s\u2019est largement repris (voir le graphique 3).Par ailleurs, la Chine était le cinquième partenaire du Québec pour la valeur des importations en 1999.Elle est passée au troisième rang en 2002, puis au deuxième rang en 2004 et 2005.La force de notre devise a attisé une tendance déjà enclenchée.Circonstances atténuantes ou facteurs aggravants?Hormis la croissance fulgurante du dollar canadien, que s\u2019est-il passé d\u2019autre Le changement des règles du jeu : un poids supplémentaire à porter D\u2019autres éléments sont venus mettre des bois dans les roues des manufac- 274 L'économie et les conditions de vie turiers québécois depuis quelques années.On peutpenser aux changements des règles de commerce.Le conflit sur le bois d\u2019œuvre est une illustration éloquente de ce qu\u2019est une lutte commerciale.L\u2019imposition de droits compensateurs et anti-dumping depuis mai 2002 a mis du sable dans l\u2019engrenage des scieries.La hausse du dollar canadien s\u2019estajoutée au fardeau moyen imposé de 27,2 % qui a rendu encore moins attrayant le bois canadien sur le marché américain.Néanmoins, la vigueur du marché de l\u2019habitation sur tout le continent nord-américain a réussi à submerger ces éléments néfastes à l\u2019industrie.Cependant, la décélération attendue de la construction résidentielle réduira la demande et les prix d\u2019ici la fin de 2005 ainsi qu\u2019en 2006.Un autre exemple de changement des règles du jeu est l\u2019ouverture du marché canadien sans tarifs, ni quotas, aux 48 pays les plus pauvres de la planète au début de 2003.Cette mesure, annoncée six mois auparavant, a coupé l\u2019herbe sous le pied à l\u2019industrie du vêtement qui appréhendait déjà la fin de l\u2019ATV (l\u2019Accord sur les textiles et le vêtement de l\u2019OMC) au début de 2005.Les coûts de main-d\u2019œuvre de ces pays n\u2019ayant aucune commune mesure avec ceux d\u2019ici, on devine aisément que les grandes chaînes de magasins (Wal-Mart en tête) ontpréféré s\u2019approvisionner davantage chez eux que chez nous.L\u2019appréciation du dollar canadien a augmenté le différentiel de prix en notre défaveur.Les cycles d\u2019affaires, un autre ingrédient qui peut gâter la sauce Dans le cas de l\u2019industrie aéronautique, les cycles d\u2019affaires comptent un peu graphique 3 La Chine et le Québec amis et ennemis à la fois En milliards de $ Importations chinoises au Québec 1998 à 2004 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 00 01 02 03 04p05p Source : Institut de la statistique du Québec (ISQ) et Desjardins, Études économiques moins de dix ans et les années 2003 et 2004 étaient placées sous le signe du ralentissement À cette tendance dans l\u2019industrie s\u2019estajoutée la déconfiture des acheteurs d\u2019avions.Nombre de compagnies aériennes n\u2019ont pu redresser leur situation financière à la suite des événements du n septembre 2001 qui ont provoqué une chute de l\u2019achalandage.La hausse faramineuse des prix du carburant depuis deux ans a fragilisé davantage leur position.Cette conjonction d\u2019événements n\u2019a pas favorisé l\u2019industrie de l\u2019aéronautique, particulièrement celles des jets d\u2019affaires.Par ailleurs, les gros porteurs et les fournisseurs de pièces pour les sociétés Boeing et Airbus sont sortis de l\u2019ornière.Ces quelques exemples permettent de nuancer quelque peu l\u2019analyse de la faible performance du secteur manufacturier québécois depuis quelques années.fl est certain que la hausse du dollar nous place dans une situation particulièrement délicate, surtout face 275 L\u2019état du Québec aux concurrents asiatiques.La force de notre devise accentue la marge entre les importations à faible prix et nos produits.L\u2019effet se fait sentir chez notre principal partenaire commercial et chez nous.Les travailleurs du secteur manufacturier ont-ils fait les frais de la hausse du huard ?Bon nombre de mises à pied ont été annoncées au cours de 2004 et 2005.Ces statistiques donnent l\u2019impression que l\u2019emploi manufacturier s\u2019en va à vau-l\u2019eau au fur et à mesure que le dollar canadien s\u2019apprécie.Pourtant, le bilan de l\u2019emploi est moins dramatique qu\u2019il n\u2019y paraît à première vue.Que s\u2019est-il passé de 2000 à 2004 ?Au cours des années 2000 à 2004, on a observé la création de 95 000 emplois manufacturiers au Canada alors que pour la même période, le Québec a stagné avec une perte estimée à 3 800.De toute évidence, ce n\u2019est pas au Québec qu\u2019est tombée la manne d\u2019emplois.Toujours pour la même période, la part du Québec estpassée de 28,8 % de l\u2019emploi manufacturier canadien à 27,4%, la province étant concentrée dans les secteurs à forte utilisation de main-d\u2019œuvre et les plus exposés à la concurrence internationale (vêtements, textiles, meubles, etc.).Pour les sept premiers mois de 2005 (données partielles), l\u2019emploi manufacturier ne semble pas avoir subi de recul dramatique.L\u2019évolution année par année est révélatrice : le graphique 4 permet d\u2019apprécier les gains et pertes au cours des années 2000 à 2004.L\u2019année 2003 a été la plus dévastatrice au Québec, avec la perte de 21 700 emplois, qui est venue saper pratiquement tous les gains de l\u2019année précédente.Retour du balancier ou « effet huard » ?Les deux réponses sont bonnes, mais d\u2019autres facteurs, qui ont été énumérés précédemment, ont joué.Le portrait « quinquennal » cache les détails de la dynamique récente dans le secteur manufacturier.Il nivelle les variations importantes de 2002 et 2003.Voilà pourquoi il est intéressant de regarder l\u2019évolution du marché du travail pour les années 2003 et 2004, au moment où le dollar canadien a commencé son ascension.Le huard s\u2019envole-t-il avec les emplois manufacturiers?La mémoire récente nous donne une image plutôt apocalyptique de l\u2019évolution de l\u2019emploi manufacturier.Cette perception est alimentée par les annonces de mises à pied dans les grandes sociétés.On peut regarder la question de l\u2019emploi à compter de décembre 2002, au moment où l\u2019emploi manufacturier a culminé au Québec.Il s\u2019est mis à reculer après ce sommet.Il faut mentionner qu\u2019au même moment, l\u2019économie américaine, où est acheminé plus du tiers des exportations québécoises, fonctionnait au ralenti depuis six mois.On constate que l\u2019emploi manufacturier au Québec s\u2019est maintenu en 2001 par rapport au niveau de décembre 2000 et qu\u2019il a crû de façon importante en 2002 pour ensuite décliner de façon importante en 2003.Les années 2004 et 2005 constituent, en quelque sorte, des années de convalescence.Le Bilan pour les années 2003 et 2004 Au cours des années 2003 et 2004, on 276 L'économie et les conditions de vie a observé la création de 13 600 emplois manufacturiers au Canada alors que pour la même période, le Québec a encaissé une perte de 21 200 postes.L\u2019année 2003 a été la plus dévastatrice avec une baisse de la moyenne de l\u2019emploi manufacturier de 21700.En 2004, la saignée de l\u2019emploi manufacturier a cessé et il s\u2019est ajouté 500 postes.Autant dire que l\u2019emploi a stagné.Pourtant, le dollar canadien a atteint en moyenne 0,768 $ US, en hausse moyenne de 7,6 % par rapport à l\u2019année précédente.En 2003 et 2004, les pertes les plus importantes ont été notées dans l\u2019industrie du vêtement.On a retranché 11500 emplois en deux ans, dontio 000 au cours de 2004.L\u2019industrie des produits métalliques (forgeage, estampage, coutellerie, produits d\u2019architecture [tôles, barres, etc.], chaudière, réservoir, canette, quincaillerie, etc.) a perdu 7 700 travailleurs en deux ans, dont 4 700 en 2004.Dans le matériel de transport (aéronautique, automobile, camions, wagons de trains et de métro, etc.), on dénote une perte de 7 300 emplois en deux ans.S\u2019il faut en croire l\u2019Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada, 13 300 emplois ont disparu en 2003.Cependant, 6 000 ont été créés en 2004.La consolidation de l\u2019industrie et la délocalisation de la production de com-posantes informatiques et électroniques se sont poursuivies en 2003 et 2004.Durant cette période, on a relevé 6 600 pertes d\u2019emplois, dont 2 200 en 2003 et 4 400 en 2004.Dans ce cas, la hausse du dollar canadien a littéralement tiré le tapis sous les pieds des industries implantées ici.La guerre d\u2019usure sur le bois d\u2019œuvre graphique 4 Québec : le vêtement est bon premier dans les pertes d\u2019emplois en 2003 et 2004 En nombre 2500 5000 7500 10000 12500 semble avoir eu des répercussions sur l\u2019industrie des produits du bois, qui a perdu 6 300 emplois en deux ans.La majorité des pertes a été encaissée en 2003 (-5 500).On rapporte d\u2019autres pertes appréciables dans des secteurs fortement exposés à la concurrence, notamment celle de la Chine.Il s\u2019agit des appareils et composantes électriques (-5 700 postes en deux ans) et celui de l\u2019industrie du meuble (-5 700 également).Au chapitre des gains, on constate que le secteur de la fabrication des aliments compte 9 400 travailleurs de plus en deux ans.Celui des machines compte 9100 emplois supplémentaires tandis que, dans l\u2019impression, on en dénombre en moyenne 8 900 de plus.La modernisation d\u2019usines et la conversion de certains équipements ont permis à l\u2019industrie du papier de rappeler 3 600 travailleurs en 2003 et 2004.Les 277 L\u2019état du Québec David Dodge grands travaux d\u2019infrastructures ont soutenu l\u2019activité dans le secteur des produits minéraux : on y compte 2 600 emplois de plus au cours de 2003 et 2004.Et pour les années qui viennent?L\u2019évolution du huard demeure une source d\u2019incertitude.Bien malin serait celui qui pourrait prévoir avec justesse sa trajectoire au cours des prochaines années.Faut-il appréhender une catastrophe pour les années à venir?Pas nécessairement.D\u2019une part, l\u2019économie américaine gardera un bon rythme de croissance en 2005, 2006 et 2007.Par ailleurs, nos entreprises offrent des produits sur mesure et peu- vent livrer dans des délais records.Quoi qu\u2019on en pense, il y a toujours de la place pour des entreprises de ce type.Dans la mesure où notre devise ne souffrira pas trop de soubresauts, le nombre d\u2019emplois manufacturiers fluctuera encore quelque peu en 2006.Il ne faut pas escompter de gains spectaculaires ou une chute dramatique de l\u2019emploi manufacturier : c\u2019est davantage la répartition entre les différents secteurs qui sera soumise à des changements.Épilogue L\u2019adaptation à un dollar élevé n\u2019est pas terminée.D\u2019autant plus que les conditions favorables à la hausse du huard sont toujours présentes.La résorption du déficit commercial américain n\u2019est pas sur le point de se produire et le dollar américain est voué à la dépréciation pour encore un moment.À quelle vitesse ?Nul ne le sait.Par ailleurs, les prix des matières premières ont continué d\u2019étonner par leur fermeté au cours de 2005, ce qui a contribué à soutenir notre devise.En contrepartie, l\u2019écart de taux d\u2019intérêt entre les taux canadiens et les taux américains réussit, pour le moment, à contenir une progression trop musclée du dollar canadien.278 L'économie et les conditions de vie Atmosphère de crise dans les pâtes et papiers François Normand Journaliste, Les Affaires Réduction de 20 % des approvisionnements en sapins et résineux, conflit canado-américain sur le bois d\u2019œuvre, envolée spectaculaire du huard par rapport à la devise américaine, l\u2019industrie forestière québécoise vit en ce moment une crise majeure dans son histoire.Si les problématiques du bois d\u2019œuvre et du taux de change ont des répercussions sur l\u2019ensemble de l\u2019industrie forestière canadienne, les recommandations du rapportCoulombe, rendues publiques à la mi-décembre 2004, n\u2019affectent en revanche que les entreprises du Québec.La commission Coulombe a formulé plusieurs recommandations, dont une réduction de 20 % des capacités de coupes forestières jusqu\u2019au 1\" avril 2008, date à laquelle pourraient entrer en vigueur de nouveaux plans d\u2019aménagements forestiers intégrés.Les libéraux ont mis en œuvre cette recommandation au printemps.Pendant près d\u2019un an, cette commission a examiné les modes de gestion de la forêt publique au Québec.Le gouvernement l\u2019avait mise sur pied sous la pression de l\u2019opinion publique, principalement à la suite de la diffusion du célèbre documentaire L\u2019Erreur Boréale, qui faisait état de coupes forestières abusives dans la forêt nordique.Dans un texte publié dans Le Devoir du 18 juin, Pierre Corbeil, ministre des Ressources naturelles et de la Faune, écrit que son gouvernement a décrété une diminution de 20% de la possibilité forestière parce qu\u2019il voulait que la forêt québécoise soit exploitée selon une logique davantage axée sur le développement durable.« Le Québec doit mieux répondre aux aspirations des nombreux utilisateurs du milieu forestier.Nous devons donc promouvoir et mettre en place une gestion intégrée du milieu forestier et du territoire.Nous devons aussi accroître la mise en valeur de toutes les ressources du milieu forestier en mettant au cœur de l\u2019action les gens qui y vivent » Pour sa part, l\u2019industrie, qui regroupe les activités d\u2019aménagement forestier, de sciage et de production de pâte et papier, estime que Québec est allé trop loin.Selon le Conseil de l\u2019industrie forestière du Québec (CIFQ), 20 000 emplois seraient menacés à long 279 L\u2019état du Québec terme si rien n\u2019est fait pour atténuer l\u2019impact de ces nouvelles règles.Concrètement, une baisse de 20% de la coupe de sapins et de résineux causeraitla perte de 10 000 à 12 000 emplois directs et indirects en région, et jusqu\u2019à 8000 autres emplois induits, rapportait le journal Les Affaires, le 26 mars, citant des estimations de l\u2019industrie.En plus des employés des scieries et des camionneurs (emplois directs et indirects), la diminution de 20% de la possibilité forestière aurait aussi un impact sur les employés des restaurants, des stations-service, de même que toutes autres entreprises desservant ces travailleurs.Le cas échéant, ces pertes d\u2019emplois seraient importantes.En 2002, selon le CIFQ, l\u2019industrie québécoise employait (directement et indirectement) 88 500 travailleurs, auxquels s\u2019ajoutent 61000 emplois induits.L\u2019industrie générait un chiffre d\u2019affaires de 13,5 milliards de dollars et comptait 362 usines (274 de sciage, 63 de pâte et papier, 25 de panneaux).La Fédération des Chambres de commerce du Québec a aussi réagi vivement à la décision de Québec de réduire de 20 % les approvisionnements de l\u2019industrie forestière.Selon l\u2019organisme, les libéraux de Jean Charest sont en train de diriger les régions ressources «vers une catastrophe économique et sociale sans précédent».Dans une lettre envoyée aux médias au printemps, la PGD de la fédération, Françoise Bertrand, affirme que « l\u2019application des mesures du rapport Coulombe, dans une perspective tenant compte uniquement des considérations environnementales, en délaissant les aspects sociaux et économiques, ne constitue en rien du développement durable».La décision du gouvernement a aussi un impact sur les dépenses en capital.Certaines entreprises ont retardé des investissements, comme Louisiana-Pacific Canada, qui exploite trois usines de panneaux à copeaux au Québec.Elle envisage d\u2019investir dans ses usines de Chambord (Lac-Saint-Jean) et à Maniwaki (Outaouais).Mais avant d\u2019aller de l\u2019avant, elle préfère voir ce qu\u2019il adviendra de ses allocations annuelles de bois.Louisiana emploie 650 personnes au Québec.Une réduction de ses allocations réduirait sa capacité de production, par conséquent son chiffre d\u2019affaires.Pour atténuer l\u2019impact de la diminution de la possibilité de coupe, Québec a annoncé, le 7 juillet, une première série de mesures d\u2019aide à l\u2019industrie forestière.Elle comprend une enveloppe budgétaire de 30,4 millions par année pour le programme de mise en valeur des ressources forestières, et ce, jusqu\u2019en 2008-2009.Le gouvernement Charest permettra aussi aux entreprises forestières de récolter le bois sur les territoires affectés par des feux de forêts, une initiative dotée d\u2019un budget de 60 millions sur cinq ans.À la mi-août, le ministre Corbeil devait aussi annoncer des mesures spécifiques à chaque région du Québec.L\u2019onde de choc suscitée par l\u2019annonce de la diminution la possibilité forestière survientalors que l\u2019industrie subit toujours les foudres du quatrième conflit du bois d\u2019œuvre en 25 ans entre le Canada et les États-Unis.Cette crise affecte des producteurs comme 280 L'économie et les conditions de vie Domtar, Abitibi-Consolidated, Bowater, Tembec et Kruger.Depuis mai 2002, les exportations canadiennes de bois d\u2019œuvre aux États-Unis sont frappées de droits compensateurs et antidumping, qui s\u2019élèvent actuellement à 20,15%.Washington perçoit cette taxe, car il prétend que le Canada subventionne son industrie avec de faibles droits de coupe.L\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) et des tribunaux de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) ont rejeté ces allégations.L\u2019imposition de ces droits a un impact considérable sur les coûts de production des sociétés forestières canadiennes.Si, par exemple, une entreprise vend du bois pour une valeur de 100 000 $, elle doitpayer des droits de 20150 $ aux autorités américaines.Si certaines entreprises peuvent payer cette taxe, d\u2019autres en revanche ont réduit leurs expéditions sur le marché américain.Depuis le début du conflit, les exportations québécoises au sud de la frontière ont d\u2019ailleurs chuté.D\u2019autres producteurs de bois d\u2019œuvre, entre autres d\u2019Europe du nord, ontaccru leur part de marché aux États-Unis.Jusqu\u2019à maintenant, les producteurs canadiens ont versé des droits de plus de 4,5 milliards.En principe, ils de-vraientpouvoir récupérer leur argent à la fin du conflit Mais d\u2019ici là, ce conflit fàit augmenter les coûts de production des sociétés forestière, sans parler des honoraires qu\u2019elles doivent assumer pour défendre leurs intérêts.Depuis le début du conflit, l\u2019industrie canadienne a payé des frais de plus de 300 millions (avocats, déplacements, hébergement, etc.) pour faire valoir son point de vue devant les instances de l\u2019OMC et de l\u2019ALENA.Par exemple, le CIFQ a dépensé quelque 20 millions en quatre ans pour défendre la position de l\u2019industrie et des ses membres.Cette rondelette somme dépasse la barre des 355 millions si l\u2019on prend en considération les coûts défrayés par les gouvernements.Par exemple, Ottawa et Québec ont jusqu\u2019à ce jour dépensé respectivement 45 et 13 millions en honoraires de toutes sortes.Enfin, les entreprises forestières qui exportent aux États-Unis doivent aussi composer avec l\u2019appréciation du dollar canadien par rapport à la devise américaine, ce qui réduit leur compétitivité sur le marché américain.Depuis le printemps 2002, le huard est passé de 0,65 à 0,82 $US (début du mois d\u2019août 2005), soit un bond de plus de 25 %.L\u2019appréciation du taux de change a un impact important sur les revenus des entreprises forestières exportatrices.Ainsi, elles reçoivent moins de dollars canadiens pour les dollars américains que leur versent, par exemple, les importateurs de bois d\u2019œuvre au sud de la frontière, et ce, pour une même quantité de marchandise.Plusieurs facteurs expliquent la force du dollar canadien, dont la demande pour les ressources naturelles à travers le monde, surtout en Chine, et les bonnes conditions d\u2019investissements au Canada, Depuis un an, le huard s\u2019est aussi apprécié par rapport à d\u2019autres devises, comme le yen et la livre sterling, mais il a reculé par rapport à l\u2019euro.281 L\u2019état du Québec LA CONSOMATION Agroalimentaire : fiasco sauce libérale Fabien Deglise Journaliste, Le Deuolr 1 K -¦ Le menu étaitalléchant En arrivantau pouvoir en 2003, l\u2019équipe Charest avait dans ses cartons quelques pistes - et promesses - pour repenser le modèle agricole québécois.Deux ans plus tard, la sauce n\u2019est pas encore liée, altérée sans doute par un ingrédientpolitique connu: l\u2019inertie.Et pendant ce temps, 282 L'économie et les conditions de vie la colère gronde toujours dans les campagnes.L\u2019impair n\u2019a pas manqué de faire sursauter.En présentant le 13 mai dernier son plan stratégique pour 2005-2008, le nouveau ministre de l\u2019Agriculture, Yvon Vallières, s\u2019est involontairement mis à dos les acteurs du milieu de l\u2019agriculture biologique.La raison?Leur secteur, de toute évidence, n\u2019occupe guère de place dans « le plan de match » de l\u2019administration Charest pour les années à venir.Dans la kyrielle de bonnes intentions exposées au grand jour en guise de cadre de développement du Québec alimentaire, le bio, cette ancienne forme de production nouvellement remise au goût du jour, brille en effet par son absence.Et ce, même si la province fait figure de leader canadien en la matière.Pourtant, le Parti libéral du Québec (PLQ), lors de la campagne électorale en 2003, en avait fait un de ses chevaux de bataille pour séduire un électorat de plus en plus sensible et inquiet quant au contenu de son assiette.L\u2019oubli avait donc tout pour surprendre.sauf peut-être les agriculteurs philosophes qui, une fois la surprise passée, ont vu plutôt dans la chose un symptôme de plus de l\u2019inertie de Québec, qui aime cultiver les paradoxes lorsqu\u2019il est question d\u2019agroalimentation.Des paradoxes entretenus, d\u2019un côté, avec des idées novatrices et dans l\u2019air du temps pour révolutionner le secteur agricole.Et de l\u2019autre, une agroindustrie, fortement «lobbyisée» et surtout prête à tout pour éviter de voir le cadre actuel de ses opérations trop bousculé.Même si son efficacité est loin d\u2019être encore démontrée.Une agriculture qui crie famine Pourtant, la mathématique agricole est sans équivoque.Durant les vingt dernières années, les champs du Québec n\u2019ont en effet jamais autant produit Jamais autant exporté égale-mentvers les marchés étrangers, celui des États-Unis en tête, ou encore celui du Japon, où les cochons de la Beauce et de la Montérégie continuent de séduire les lucratifs gastronomes de l\u2019Empire du soleil levant Les terres sont généreuses.La balance commerciale, avec des exportations passées de deux à quatre milliards en six ans, est excédentaire en matière de bouffe.Mais étrangement, dans plusieurs productions, les agriculteurs ne sont pas en mesure de goûter pleinement aux fruits d\u2019une croissance conjuguée au temps de la mondialisation.Conséquence: ils crient aujourd\u2019hui famine face à la crise du revenu qui les affecte depuis quelques années.Placés en concurrence avec les quatre coins de la planète, les éleveurs d\u2019agneaux, de carottes, de pommes de terre, de cornichons, de bœuf ou de tomates n\u2019arrivent plus, pour la plupart, à mettre du beurre sur leurs épinards.Motif?Des prix de vente, imposés par le marché mondial de la bouffe, inférieurs à leurs coûts de production.Un exemple : un sac de 10 livres de pommes de terre coûte au-jourd\u2019hui 84 cents à produire.Le cultivateur ne peut le vendre guère plus que 40 cents aux négociants en fruits et légumes.Le modèle agricole, consacré en 1998 par les « objectifs de Saint-Hyacinthe » adoptés collective- « L\u2019agriculture bio n\u2019occupe guère de place dans \u201cle plan de match\u201d de l\u2019administration Charest.» 283 L\u2019état du Québec « La balance com- mentlors d\u2019une grande conférence sur l\u2019agriculture, a de merciaie, avecaes toute évidence beaucoup de exportations passées limites- Toutefois>au sein de l\u2019Union des producteurs de deUX à Quatre agricoles (UPA), leplus important syndicat d\u2019agricul- milliards en six ans, est excédentaire en matière de bouffe.» teurs, l\u2019équation est perçue d\u2019une manière beaucoup moins alarmiste : « Si les producteurs n\u2019avaient pas fait les choix qu\u2019ils ont faits du-rantles vingt dernières années, ils n\u2019auraient même pas été capables de maintenir leurs revenus », résumait à l\u2019été 2004 dans les pages du Devoir Laurent Pellerin, président de l\u2019organisme.N\u2019empêche.Pour plusieurs observateurs de la scène agroalimentaire, le paradoxe agricole est bel et bien là, alimenté par des notions de rendement, de productivité, de croissance et d\u2019exportations davantage profitables aux acteurs en orbite autour des producteurs qu\u2019aux producteurs eux-mêmes.Pis, le contexte particulier du Québec vert (ou rouge, ou brun, ou jaune, selon la saison), avec son climat, ses spécialisations et sa superficie restreinte de terres arables expliquerait également les effets pervers générés par le système de production actuel.Et le remède est tout trouvé : renverser la vapeur afin de tirer enfin partie de la conjoncture agricole québécoise plutôt que de la subir.«Nous avons deux millions d\u2019hectares de terres agricoles au Québec, estimait récemment Guy Debailleul, professeur émérite d\u2019économie agricole à l\u2019Université Laval.Ça, ce n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un grand jardin et il faut le cultiver comme un grand jardin, en privilégiant les produits de niche et de créneau, mais aussi en diversifiant notre agriculture pour être moins vulnérables à la fluctuation des prix sur les marchés mondiaux.» Qu\u2019on se le dise.Cultiver la différence La solution ne faitpas l\u2019unanimité dans un secteur agricole industrialisé respirant le même air globalement mondialisant que les autres pays développés de la planète.Mais, pour le gouvernement Charest, elle semblait toutefois au cœur de ses préoccupations dans un document intitulé Priorités d\u2019actions politiques pour le secteur bioalimentaire québécois.C\u2019était en janvier 2003, peu de temps avant le dernier scrutin provincial.Page 11, le PLQ s\u2019engage alors à « s\u2019assurer de la progression de la diversité des produits en évitant la mise en place d\u2019un système réglementaire favorisant le développement d\u2019un modèle alimentaire unique.» Cette mesure visant à « garantir aux Québécois un approvisionnement en aliments sains » s\u2019accompagne également d\u2019une accélération dans l\u2019instauration des systèmes obligatoires de traçabilité (pour suivre un aliment de l\u2019étable à la table), du développement d\u2019une politique « rendant obligatoire l\u2019étiquetage des tous les aliments contenant des organismes génétiquement modifiés (OGM), qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019aliments non transformés, d\u2019aliments transformés ou d\u2019in-trants utilisés dans la transformation », mais aussi, d\u2019une « stratégie de développement de l\u2019agriculture biologique répondant aux exigences nouvelles des consommateurs ».Le programme était chargé.Et à l\u2019heure des bilans, le constat, lui, est loin de l\u2019être autant.Preuve qu\u2019à Québec, dénoncent les fervents défenseurs d\u2019un nouveau pacte agri- 284 L'économie et les conditions de vie cole, beaucoup de dossiers et d\u2019études dorment encore sur le bureau du ministre de l\u2019Agriculture qui tarde à en concrétiser les recommandations.Les artisans du bio, oubliés dans le plan stratégique triennal, en savent quelque chose.Depuis deux ans, ils demandent en effet que Québec adopte une politique visant à rembourser les frais de certification imposés à ce secteur agricole en marge des autres types de production.En effet, pour produire biologique, il faut respecter des règles strictes encadrées par plusieurs organismes de certification.Ces organismes, dontlelogo etlenom apparaissent sur les aliments bio mis en marché, veillent sur une base annuelle au respect de ces normes contre rémunération.Le coût de certification varie de 300 à 1500 $ par année, selon le type de production.Avec près de 945 exploitations agricoles et transformateurs certifiés au Québec, la facture globale ne seraitpas si exorbitante que cela.Mais à ce jour, aucune décision n\u2019a encore été prise, même si une étude économique du ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec (MAPAQ) révélait en mai 2005 que le milieu de la production biologique était désormais en perte de vitesse et que si rien n\u2019était fait pour lui venir en aide, le Québec pourrait finir par manquer le bateau dans ce domaine.« En dépit [d\u2019un] dynamisme et [d\u2019une] croissance de la consommation, le secteur montre quelques signes de faiblesse », écrivaient les chercheurs Sami Ben Salha et Josée Robitaille dans une analyse intitulée Les produits bioloqiques -Quel est leur avenir sur le marche' canadien ?Cette faiblesse, poursuivaient-ils, risque «de pénaliser son développement stratégique à moyen et à long terme ».En guise de réponse, Québec a relancé en juillet dernier un programme d\u2019aide à l\u2019agriculture biologique existant depuis 2002.Pour une autre année, un peu moins d\u2019un million sera injecté dans ce secteur afin de soutenir «des projets de développement structurants».De ce montant, une ponction de 500 000 $ est consacrée au fonctionnement du Conseil des appellations agroalimentaire du Québec (CAA), le chien de garde du bio au Québec.En trois ans, près de 2,3 millions de dollars ont été versés par le gouvernement provincial pour aider des entreprises et agriculteurs biologiques (70 au total) à prendre leur envol.Ou à essayer de le faire.En comparaison, en 2005 seulement, le secteur du veau de lait, non biologique, a profité d\u2019une aide de 21,1 millions de dollars dans le cadre du programme d\u2019assurance stabilisation des revenus agricoles.La plupart des autres élevages intensifs et cultures extensives sont d\u2019ailleurs logés à la même enseigne.« Selon Guy Debaillent, il faut privilégier les produits de niche et de Reculer pour mieux sauter Le sous-financement chronique du milieu biologique vient certainement illustrer les tensions qui tiraillent l\u2019appareil gouvernemental.Car même si le bio et les produits du terroir semblent désormais séduire des consommateurs da- creneau mais aussi en diversifiant notre agriculture pour être moins vulnérables à la fluctuation des prix sur les marchés mondiaux.» 285 L\u2019état du Québec vantage informés côté boufïè (etmalbouffe), ceux-ci continuent à envoyer des signaux contradictoires à ses dirigeants : ils demandent, par exemple, des aliments de meilleure qualité, plus sains, plus respectueux de l\u2019environnement, plus bio.Mais à l\u2019épicerie, rappelle avec justesse l\u2019industrie et ses groupes depression, l\u2019homo consumus préfère toujours le prix le plus bas.Toujours est-il que pour les organismes génétiquement modifiés (OGM), le Québec est pour le moins unanime.Le dernier coup de sonde envoyé dans la population, en novembre 2004, révélait en effet que 76% des gens d\u2019ici souhaitent que le gouvernement adopte rapidement une politique d\u2019étiquetage obligatoire de ces organismes manipulés en laboratoire qui entrent désormais dans plusieurs produits transformés.Actuellement, contrairement à d\u2019autres pays, comme ceux de l\u2019Union européenne par exemple, il est impossible de déceler à l\u2019épicerie ces OGM, dont l\u2019existence suscite bien des craintes, même si à ce jour aucun effet néfaste sur la santé n\u2019a été découvert L\u2019étiquetage est laissé, selon une norme fédérale, à la discrétion des industriels qui décident de mentionner ou non la présence d\u2019OGM dans leurs produits.Cette mesure est, bien sûr, totalement inefficace, estiment les groupes de pression prônant une meilleure information pour les consommateurs.Contrairement à l\u2019étiquetage obligatoire que le PLQ avait dans ses boîtes en emménageant à Québec en 2003, et «Leprojet de loi sur les appellations réservées est vu, par les pourfendeurs de la malbouffe, comme une bouffée d'air frais dans le contexte actuel d\u2019industrialisation aveugle.» que la Commission parlementaire de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation (CAPA) lui recommandait, en juin 2004, d\u2019adopter le plus vite possible.Fait intéressant: les agriculteurs y sont mêmes favorables, comme le répète désormais l\u2019UPA, ce qui estloin d\u2019être le cas des industriels de la bouffe qui s\u2019opposent farouchement à toute législation de la sorte pour des raisons évidentes : la lourdeur des mécanismes de traçabilité à mettre en place afin d\u2019assurer que la filière non OGM ne soit pas contaminée par celle qui en contient Autre crainte : l\u2019image détériorée des aliments ainsi affublée d\u2019une étiquette que les consommateurs risquent de ne pas aimer voir.Leurs doléances, mieux que celles des consommateurs, semblent avoir trouvé une oreille attentive à Québec où, à ce jour, aucune réglementation n\u2019a encore été adoptée.Les plans sont toutefois sur la table au cabinet du ministre Vallières, mais aucune solution définitive ne semble encore avoir fait l\u2019unanimité.C\u2019est que le gouvernement, loin de vouloir se lancer seul dans cette aventure, compte désormais sur l\u2019appui du reste du Canada pour la mise en place d\u2019un étiquetage obligatoire en matière d\u2019OGM.Chose impossible, en raison des lobbys pro-OGM qui font rage du côté des Prairies ou de l\u2019Ontario où ces organismes se multiplient à une vitesse phénoménale dans les champs depuis plusieurs années.Ce qui permet aussi de justifier l\u2019inertie du gouvernement, mêmes\u2019ilyapas si longtemps Québec faisait cavalier seul dans un autre dossier d\u2019étiquetage, celui du bio, qui se démarque sur l\u2019échiquier alimentaire canadien.286 L'économie et les conditions de vie Gratter ses fonds de terroirs La quête du temps est bien sûr évidente.Mais elle tend aussi à se faire oublier actuellement sous l\u2019effet d\u2019un grand coup de Québec dans le domaine agroalimentaire : la signature de l\u2019acte de naissance des produits du terroir avec le dépôt d\u2019un projet de loi le 16 juin dernier modifiant la loi actuelle sur les appellations réservées.Et ce, après plusieurs tentatives avortées, sous le régime de l\u2019ex-ministre de l\u2019agriculture, Françoise Gauthier, pour encadrer ces aliments à l\u2019identitaire fort qui font de plus en plus le bonheur des adeptes du bien-manger.La stratégie, qui découle des recommandations du Groupe de travail sur les appellations réservées et les produits du terroir piloté par la chef cuisinière Anne Desjardins, a été laborieuse à mettre en place.Mais elle ouvre désormais la porte aux produits d\u2019appellation d\u2019origine (AO), et aussi à ceux avec indications géographiques protégées (IGP), comme cela pourrait être le cas de l\u2019agneau de Charlevoix, par exemple.La modification à la Loi sur les appellations réservées va permettre également l\u2019apparition de produits dits fermiers ou artisanaux afin de distinguer dans la masse les aliments répondant à des normes de fabrication moins industrielles.Avec des terroirs naissants et un développement de produits s\u2019inscrivant en marge d\u2019une alimentation fortement homogénéisée, ce projet de loi est vu, par les pourfendeurs de la malbouffe, comme une bouffée d\u2019air fiais dans le contexte actuel d\u2019industrialisation aveugle.Il représente aussi pour eux la première pièce d\u2019un casse-tête qui s\u2019avère aussi délicat à mettre en place que nécessaire à résoudre pour voir apparaître le Québec dont ils rêvent.Dans ce Québec, les champs seraient exempts d\u2019OGM, comme le souhaitent en passant les deux tiers de la population selon un sondage Léger Marketing réalisé en mars.Mieux, le caractère distinct de la province s\u2019ex-primeraità travers ses foies gras de canard, ses carottes biologiques, la diversité génétique de ses élevages, ses poulets Chantecler (le poulet de Brest des Québécois, oublié et dont la survie est menacée), mais aussi la qualité du lait de ses vaches canadiennes capable de donner des fromages d\u2019une finesse incomparable.Un programme chargé, à portée de main, selon ceux qui le défendent Mais qui, sans volonté politique, comme le veut la formule consacrée, ne risque pas d\u2019aller très loin.287 L\u2019état du Québec LA CRIMINALITÉ La criminalité baisse au Québec : pourquoi?Marc Ouimet École de crimlnolocjle, Université de Montreal liul^ = ! 1 Un comportement criminel peut avoir des conséquences négatives pour la victime, le délinquant, la communauté locale et l\u2019ensemble de la société.La victime d\u2019un crime est évidemment la plus directement touchée etpeutvoir sa qualité de vie diminuer de manière intense et durable.Celui ou celle qui commet un ou des crimes peut s\u2019enfoncer dans la voie de l\u2019inadaptation sociale qui le mènera vers le chômage, l\u2019abus d\u2019alcool et de drogues et l\u2019incarcération.Un quartier qui voitune hausse de la fréquence de sa criminalité peut être perçu comme dangereux et voir sa population déserter.En somme, c\u2019est l\u2019ensemble de notre société qui est touchée par la délinquance juvénile et adulte.288 L'économie et les conditions de vie Les coûts humains et monétaires associés au vol et à la violence sont a stronomiques.La criminalité est mesurée par les statistiques criminelles qui dénombrent les infractions au Code criminel déclarées à la police ou connues d\u2019elle.Ces statistiques sous-estiment l\u2019ampleur du phénomène puisque beaucoup d\u2019infractions passent inaperçues et beaucoup de victimes n\u2019informent pas la police de leur expérience.Le taux de déclaration est le concept qui désigne le pourcentage de crimes commis qui est connu de la police.Ce taux de déclaration varie considérablement d\u2019un type d\u2019infraction à l\u2019autre; il est élevé pour les homicides et les vols de véhicules (environ 95%), moyen pour les introductions avec effraction et les vols qualifiés (environ 70%), faible pour les agressions sexuelles et les voies de faits (environ 30%), très faible pour les fraudes et les méfaits (peut-être 5 % ou 10%).Dans le cas des infractions relatives à la drogue ou à la prostitution, infractions dites sans victimes, les statistiques mesurent alors le niveau d\u2019activité policière investi dans sa lutte.Les statistiques criminelles, malgré leurs limites, permettent la comparaison dans le temps et l\u2019espace puisque le taux de déclaration des différents types d\u2019infractions tend à être constant d\u2019un endroit à l\u2019autre et d\u2019une année à l\u2019autre.Ainsi, si le volume observé d\u2019un crime augmente et qu\u2019il n\u2019y a pas de raison de croire qu\u2019une variation du taux de déclaration est en cause, alors la fréquence réelle de l\u2019infraction est réputée être en hausse.Les données issues des sondages de victimisation sont des solutions de rechange aux sta- tistiques criminelles mais permettent plus difficilement la comparaison dans le temps et l\u2019espace en raison d\u2019un échantillonnage petit et de la rareté de certaines formes de crimes.Nous ne les considérerons pas ici.Catégories de crimes : L\u2019analyse des variations de la criminalité est souvent menée avec les indicateurs de crimes de violence et de crimes contre la propriété.Or, ces deux quantités sont trop fortement déterminées par une ou deux catégories de crimes (par exemple, le nombre de voies de faits détermine largement le taux de violence) pour représenter le phénomène.Nous préférons donc mener l\u2019analyse crime par crime.Voici une courte description des infractions choisies; les nombres réfèrent aux crimes enregistrés au Québec en 2003 puisque les données détaillées de 2004 ne sont pas disponibles au moment de rédiger ce document \u2022\tLes homicides comprennent les meurtres au premier degré (63), au second degré (23), les homicides involontaires coupables (n) et les infanticides (1) ; \u2022\tLes agressions sexuelles comprennent les agressions sexuelles (4167), les agressions sexuelles armées (90) et les agressions sexuelles causant des lésions corporelles (69) ; \u2022\tLes voies de faits comprennent les voies de faits simples (28 809), armées (8534), avec blessures (314), les voies de faits contre un policier, un agent de la paix ou un fonctionnaire (2346) et les autres (582) ; \u2022\tLes vols qualifiés comprennent les vols commis avec une arme à feu (1182), une arme blanche (2106) et la force 289 L\u2019état du Québec physique et/ou les menaces (3664) ; \u2022\tLes introductions avec effraction comprennent les cambriolages dans des établissements commerciaux (18 850), les cambriolages dans des résidences privées (47 776) et les autres (72°) ; \u2022\tLes vols de véhicules à moteur comprennent les vols d\u2019automobiles (23 393), de camions (10 246), de motocyclettes (1895) et d\u2019autres véhicules à moteur (1447) ; \u2022\tLes vols simples comprennent les vols de bicyclettes (12 532), les vols dans ou sur un véhicule à moteur (44 201), les vols à l\u2019étalage (13 724) et les autres vols (49 948) ; \u2022\tLe total des infractions au Code Criminel comprend le total des infractions ici décrites de même que l\u2019ensemble des autres catégories d\u2019infractions criminelles (méfaits, fraude, tentatives de meurtre, être en liberté sans excuses, actions indécentes.) ; \u2022 Les comportements proscrits relativement à la drogue ne se trouvent pas dans le Code criminel mais bien dans la Loi réglementant certaines drogues et autres substances.Ici sont présentées les infractions relatives au cannabis, soit la possession (9014), le trafic (2641), l\u2019importation (143) et la culture (2939), de même que le total pour toutes les autres substances, soit l\u2019héroïne (95), la cocaïne (2225), les autres drogues contrôlées (2360).Variations dans le temps Le tableau 1 présente le taux de criminalité par 100 000 habitants observé au Québec pour la période 1965-2004.Les données 1965-2003 proviennent du catalogue « Statistiques de la criminalité au Canada (2003 : 85-205) » et les données 2004 furent prélevées sur le Bulletin Juristat « Statistiques de la TABLEAU 1 Évolution de la criminalité au Québec : 1965-2004 (taux par 100 000 habitants) 1\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t1 1965\t1,2\t25\t60\t50\t383\t230\t851\t2131\t\t 1970\t2,3\t37\t156\t87\t771\t304\t1354\t3926\t\t 1975\t3,7\t33\t207\t181\t1333\t443\t1957\t5685\t\t 1980\t2,8\t34\t232\t205\t1875\t438\t2500\t7331\t95\t32 1985\t3,3\t39\t292\t157\t1568\t397\t2445\t7323\t67\t50 1990\t2,6\t52\t479\t167\t1607\t566\t2489\t7651\t53\t71 1995\t1,9\t46\t488\t129\t1415\t591\t2077\t7037\t93\t77 2000\t2,0\t46\t545\t104\t1084\t575\t1713\t6027\t181\t79 \t\t\t\t\t\t\t\t\t197\t66 2003\t1,3\t58\t503\t93\t899\t494\t1609\t6407\t(14 737)\t(4680) \t1,5\t59\t517\t90\t858\t519\t1542\t6493\t\t 2004\t(111)\t(4422)\t(38 998)\t(6804)\t(64 689)\t(39 144) (116 280)\t\t(489 732)\t\t 290 L'économie et les conditions de vie criminalité (2004:85-002, v.25, n.5)» qui est constitué des données préliminaires sur la criminalité.Homicides : Le taux d\u2019homicide, très bas au début des années 60, a triplé sur une période de 15 ans.Il est resté élevé jusqu\u2019au milieu des années 80 avant de diminuer par la suite.Le taux d\u2019homicide a baissé durant les années 90 pour se situer maintenant autour de 1,5/100 000 habitants.La baisse de 1990 à 2004 est de 25 %.Agressions : Les deux infractions de violence que sont les agressions sexuelles et les voies de faits présentent des tendances différentes de l\u2019ensemble de la criminalité.Elles montrent une augmentation continue de 1965 à 1990 et une période de stabilité par la suite.Des hausses importantes furent notées vers la fin des années 80, hausses en partie attribuables à une déclaration plus grande de ces crimes et à une meilleure réception des plaintes de violence conjugale et de violence sexuelle de la part des policiers.Vols : La plupart des catégories de vols ont suivi le modèle de l\u2019homicide, soit une explosion durant les années i960, un sommet autour de 1980 et une baisse durantles années 1990.C\u2019estle cas des vols qualifiés, des introductions avec effraction, des méfaits, des vols simples et des vols de véhicules.La baisse 1990-2004 est de 47 % et 46 % pour les vols qualifiés et les introductions par effraction, de 38% pour les vols simples et de 8 % pour les vols de véhicules à moteur (c\u2019est-à-dire que le nombre de véhicules à moteur a augmenté plus vite que la population durant cette période).Drogues : Les infractions liées au cannabis montrent une baisse de 1980 à 1990, mais une hausse soutenue par la suite qui ne semble pas terminée.Les infractions de cannabis ont pratiquement quadruplé entre 1990 et 2003.Du côté des autres drogues, il y eut une hausse de 1980 à 1990 mais depuis aucune tendance claire n\u2019est décelable.Une intolérance grandissante de certains milieux (par exemple, les écoles secondaires) face à la drogue et une pression plus soutenue de la part des policiers sur les réseaux de revendeurs de drogues expliqueraient en partie cette hausse des infractions liées au cannabis.Aussi, une action policière accrue contre la culture de cannabis a contribué à la hausse.En somme, les statistiques officielles de la criminalité indiquent que des baisses soutenues se sontproduites depuis les sommets de la criminalité enregistrés au début des années 1990.Plusieurs facteurs permettent d\u2019expliquer ces baisses.D\u2019abord, l\u2019importance démographique du groupe d\u2019âge le plus criminalisé, soit les 15-35 ans, a fortement diminué au cours des années 1990.Moins de jeunes égale moins de crimes.Ensuite, depuis quelques années, les perspectives d\u2019emploi pour les jeunes se sont améliorées et la fréquentation des établissements scolaires postsecondaires s\u2019est accrue.L\u2019intégration massive des jeunes au monde du travail à temps partiel procure de l\u2019argent et occupe le temps de ceux-ci, mais surtout les intègre plus rapidement dans la vie adulte.La troisième explication serait celle d\u2019une plus grande probabilité d\u2019accusation des personnes ayant commis un délit D\u2019une part, les victimes rappor-tentplus souventleur mauvaise expéri- 291 L\u2019état du Québec ence à la police et celle-ci est de plus en plus efficace dans l'identification des criminels et dans la constitution des dossiers d\u2019enquête.La quatrième explication est celle de la diminution de la criminalité.Puisqu\u2019une partie importante de la criminalité, notamment de violence, se produit dans le contexte d\u2019infiractions moins sérieuses, une baisse des petits crimes engendre une baisse des crimes violents.De manière plus générale, il est probable que la baisse de la criminalité s\u2019explique par des changements dans nos valeurs collectives.En effet, les deux dernières décennies se sont caractérisées sur le plan social par toute une série de campagnes de sensibilisation face aux comportements violents ou dangereux.Que l\u2019on parle d\u2019abus sexuel, de violence conjugale ou de conduite en état d\u2019ébriété, le message est le même.Il faut respecter l\u2019autre et la violence à son égard est inacceptable.Le nouveau conservatisme a fait en sorte que des comportements acceptés ou tolérés dans une période libérale sont maintenant devenus proscrits par la culture.La révolution tranquille a eu comme efiètpervers une augmentation importante de la criminalité qui a duré 20 ans.La récréation est maintenant terminée.Il est remarquable que la criminalité ait baissé au Québec et au Canada dans une proportion équivalente à celle enregistrée aux États-Unis.Or, plusieurs chercheurs américains pensent que ce qui a fait baisser la criminalité chez eux est une hausse des effectifs policiers, une politique de tolérance zéro à l\u2019égard de la petite délinquance et des nuisances et une hausse massive de l\u2019in- carcération.Chez nous, il n\u2019y a pas eu de hausse de l\u2019incarcération ni de hausse du nombre de policiers.Nous pouvons donc penser que ce qui a influé sur les tendances de la criminalité furent les tendances sociales générales (démographie, économie, éducation, valeurs) plutôt que des changements dans des pratiques des policiers, des tribunaux ou du secteur correctionnel.Les données des deux ou trois dernières années laissent toutefois conjecturer que le niveau de criminalité s\u2019est stabilisé et que la baisse généralisée est ainsi terminée.S\u2019il n\u2019y arrive pas de changements sociaux importants, la fréquence des vols et des violences devrait rester relativement constante pour encore plusieurs années.Il estpeu probable que des hausses de la criminalité apparaissent dans un futur rapproché puisque les cohortes d\u2019enfants et d\u2019adolescents sont stables et que les conditions économiques pour les jeunes devraient rester bonnes.En particulier, des emplois demandant peu de spécialisation, comme par exemple des emplois de camionneurs ou de manœuvres dans la construction, devraient continuer à être accessibles pour les jeunes.Variations dans l\u2019espace : Le tableau 2 présente la criminalité connue à différents endroits pour 2004.Les données canadiennes proviennent du Bulletin Juristat (2003 : 85-002) et les données américaines furent extraites du site Internet du FBI.D\u2019abord, le tableau 2 permet la comparaison du Québec avec d\u2019autres provinces canadiennes.Le Québec a des taux de violence légèrement inférieurs aux autres provinces.Par con- 292 L\u2019économie et les conditions de vie tre, la prevalence de la délinquance acquisitive est plus importante au Québec que dans ses provinces voisines.Au Canada, les taux de criminalité sont bas dans les maritimes, médians au Québec et en Ontario et élevés dans les provinces de l\u2019Ouest et dans les territoires du Nord.Au niveau des régions métropolitaines de recensement, qui compren- nent des données pour la population située dans et dans la périphérie d\u2019une grande ville, Montréal a les taux de criminalité les plus élevés au Québec.Les autres régions métropolitaines du Québec ont des taux de criminalité relativement bas.En ce qui concerne la criminalité des grandes villes canadiennes, Montréal montre des taux de crimes violents comparables à Toronto, TABLEAU 2\tComparaisons dans l\u2019espace de la criminalité en 2004 (taux par 1000 000 habitants) \t\t\t\t\t \t\t\t\t\t Selon la province: 59 34 712\t243 17 90 67 75 858________519 598\t337 67 87 971\t646 63 108 1258\t890 32 86 142 860_______531_ 740\t433 Note: les données en italique sont de 2003, 150 59 49 59 45 $5 84 103 il 141 34 148 124 210 116 165 894_________663_ 783_________277_ 855_________526_ 928_________304- 692_________367- 542_________337_ 578_________316- 449_________325_ 1129________1018- 1325_________n04_ 433__________388_ 372__________320_ 560__________338_ 969\t668 293 ^ L\u2019état du Québec mais a beaucoup plus de crimes contre la propriété.Les grandes villes de l\u2019Ouest ont une prévalence beaucoup plus grande de vols et de violences.Le tableau 2 permet aussi de situer la réalité québécoise dans l\u2019ensemble nord-américain.Le Canada a un taux d\u2019homicide environ trois fois moins élevé que celui des États-Unis.Les statistiques de voies de faits et d\u2019agressions sexuelles ne sont pas comparables entre les deux pays (aux É.U., on dénombre les « forcible rape » et « aggravated assault» qui n\u2019ontpas d\u2019équivalent au Canada).Il y a plus de vols qualifiés chez nos voisins du sud, mais le Canada a plus de vols par effraction et de vols de véhicules à moteur.La comparaison des régions métropolitaines entre les deux pays montre que la criminalité n\u2019est pas très différente entre des villes comparables.Globalement, les villes canadiennes ont un peu moins de crimes de violence, mais un peu plus de crimes contre la propriété.La gravité du problème de violence aux États-Unis estle fait des grands centres urbains comme New York, Detroit, Washington, Miami ou Los Angeles.Le taux d\u2019homicide particulièrement élevé chez les Américains s\u2019explique d\u2019abord par une plus grande létalité des conflits interpersonnels due à une plus grande accessibilité des armes à feu.Aussi, la ghettoïsation de certaines populations et la marginalisation économique de certains groupes permet certainement de rendre compte de l\u2019extrême violence de certains quartiers des villes américaines.294 ?La santé et l\u2019éducation y LA SANTÉ 296\tLes Québécois bougent plus mais pas encore assez 312\tLes coops pour éviter le modèle Jean Coutu 320 Au bas de l\u2019échelle, tout n'est pas joué à l\u2019âge de 4 ans 332 Le diabète, nouveau fléau L\u2019ÉDUCATION 340\tLa réforme de l'éducation au Québec : fallait-il aller si loin?345 Pour un ministère de la Rercherche au Québec L\u2019état du Québec LA SANTÉ Les Québécois bougent plus mais pas encore assez Bertrand Nolin et Denis Hamel Institut national de santé'publique du Que'bec Conditionnement physique L\u2019activité physique est une composante incontournable de notre quotidien.Du lever au coucher, elle s\u2019actualise de multiples façons afin de répondre à tous nos besoins, qu\u2019ils soient essentiels ou non.Au-delà de son utilité, l\u2019activitéphysique peut aussi être une source de plaisir et de détente durant les moments de loisirs.Une autre caractéristique majeure est son influence sur l\u2019état de santé des individus et, par conséquent, sur celui des populations.Ce phénomène, observé 296 La santé et l'éducation depuis des millénaires (U.S.Department of Health and Human Services (USD-HHS), 1996) et étudiée de manière plus systématique à partir du XXe siècle (USD-HHS, 1996; Bouchard, Shephard et Stephens, 1994), concerne plusieurs problèmes majeurs de santé, dont les maladies cardiovasculaires, le diabète, certains cancers, ainsi que le surpoids et l\u2019obésité.De plus, il est bon de préciser que l\u2019activité physique agit en amont (prévention) de ces problèmes et, dans plusieurs cas, elle peut aussi agir en aval (traitement) de plusieurs d\u2019entre eux.Il est donc important, face à ce constat, de connaître le niveau d\u2019activité physique de la population.Idéalement, cette évaluation devraitporter sur les cinq catégories d\u2019activité physique potentiellement incluse dans une journée (voir annexe 1).Cependant, les données disponibles ne permettent pas, pour le moment, ce type d\u2019analyse.Nous pouvons néanmoins avoir une bonne estimation du niveau d\u2019activité physique de loisir et, de manière moins précise, de celui associé aux déplacements utilitaires (transports).Cetle connaissance estimportante car, pour une proportion élevée de la population du XXIe siècle, l\u2019activité physique associée au travail, aux activités domestiques et aux activités « autres » (voir annexe 1) ne permet pas le maintien d\u2019un niveau suffisant d\u2019activité physique.Déplus, leur potentiel de modification estpeu ou pas présent, car la tâche à accomplir détermine la nature et la quantité (intensité, durée, fréquence) d\u2019activité physique nécessaire.Dans le cas des catégories loisir et transport, notre pouvoir de modification est beaucoup plus élevé.L\u2019activité physique de loisir chez les 18 ans et plus Les dernières données disponibles (tableau 1) montrent qu\u2019en moyenne, près de quatre adultes sur dix (37%) atteignent le niveau d\u2019activitéphysique recommandé chez les adultes (définitions et exemples : voir annexe 2).Ce niveau, identifié sous le vocable « actif», permet de retirer des bénéfices substantiels sur le plan de la santé (Kezaniemi étal, 2001; Comité scientifique de Kino-Québec (CSKQ), 1999; USDHHS, 1996 ; Bouchard, Shephard et Stephens, 1994).À l\u2019inverse, environ une personne sur quatre (26 %) est sédentaire durant ses loisirs.La proportion d\u2019actifs est un peu plus élevée chez les hommes (38 % c.35%), mais en revanche, on observe un peu plus de sédentaires chez ces derniers (27 TABLEAU 1 Niveau d'activité physique de loisir, population de 18 ans et plus selon le sexe, Québec 2003 \t\t\t\t \t\t\t\t Hommes\t38\t18\t17\t27 Femmes\t35\t20\t20\t25 Sexes réunis\t37\t19\t18\t26 Source : B.Noiin et D.Hamel, Institut national de santé publique du Québec, 2005.Notes: a) Les pourcentages représentent la moyenne, pour l\u2019ensemble d\u2019une année, de la pratique sur une période de trois mois, (La collecte de données est répartie sur douze mois consécutive), b) Les pourcentages étant arrondis à l\u2019unité, le total peut être différent de 100%.297 L\u2019état du Québec o% c.25 %).Les niveaux de pratique intermédiaires (moyennement actif et un peu actif) regroupent, chacun d\u2019eux (tableau 1), un pourcentage un peu plus élevé de femmes.La pratique chez les 12 à 17 ans Une pratique saine d\u2019activité physique de loisir, chez les jeunes comme chez les adultes, est potentiellement bénéfique à plusieurs niveaux (physique, psychologique et social).Sur le plan de la santé, les dernières recommandations (Strong et al., 2005 ; Cavill, Biddle et Sallis, 2001) conservent toujours la «barre» un peu plus haute dans le cas des jeunes (5 à 17 ans) soit, en fait, en recommandant le double du volume hebdomadaire recommandé chez les adultes (définitions et exemples : voir annexe 2).Les résultats du tableau 2 montrent, qu\u2019en moyenne, plus de quatre jeunes (12 à 17 ans) sur dix (44 %) atteignent le niveau recommandé pour leur groupe d\u2019âge (actif : jeunes).Dans le cas des 5 à 11 ans, nous ne possédons pas d\u2019informations spécifiques pour le Québec, mais des résultats chez nos voisins du sud (États-Unis) démontrent qu\u2019une vaste majorité d\u2019entre eux atteignent le niveau recommandé (Pâte étal., 2002).Donc, c\u2019est surtout à l\u2019adolescence que l\u2019on observe une diminution importante du niveau d\u2019activité physique.Les résultats, selon le sexe, font ressortir qu\u2019une proportion beaucoup plus élevée de garçons atteint le niveau recommandé.En effet, c\u2019est environ un garçon sur deux (5 2 %) contre une fille sur trois (3 5 %) qui atteint ce niveau de pratique.À l\u2019inverse, le pourcentage n\u2019atteignant pas la moitié du niveau recommandé (inférieur, actif: adultes) estplus élevé chez les jeunes filles (36% c.24%).Les différences selon le sexe, cependant, diminuent de manière importante au passage à l\u2019âge adulte (voir tableau 1).Les variations selon l\u2019âge La pratique de l\u2019activité physique durant les temps libres, tant chez les hommes que chez les femmes, subit une forte diminution entre le groupe des 12-17 ans et celui des 25-34 ans (graphique 1).Dans le cas des hommes, le pourcentage atteignant le niveau recommandé chez les adultes (actifs) poursuit sa diminution pour atteindre 32 % chez les 45-54 ans, un pourcentage qui demeure stable par la TABLEAU 2 Niveau d'activité physique de loisir, population de 12 à 17 ans selon le sexe, Québec 2003 \t\t\t \t\t\t Garçons\t52\t24\t24 Filles\t35\t30\t36 Sexes réunis\t44\t27\t30 Source : B.Noiin et D.Hamel, Institut national de santé publique du Québec, 2005.Notes: a) Les pourcentages représentent la moyenne, pour l\u2019ensemble d\u2019une année, de la pratique sur une période de trois mois.(La collecte de données est répartie sur douze mois consécutifs), b) Les pourcentages étant arrondis à l\u2019unité, le total peut être différent de 100%.298 La santé et l'éducation suite.Dans le cas des femmes, le pour- graphique 1 Pourcentage d\u2019actifs3 durant les loisirs, population de centage d\u2019actives diminue à nouveau entre les groupes 25-34 ans et 35-44 ans (38% c.33 %) et il demeure stable entre le groupe des 35-44 ans et celui des 55-64 ans.Par la suite, le pourcentage repart à la baisse pour atteindre environ deux femmes sur dix (19%) chez les 75 ans et plus.Finalement, on relève des différences entre les sexes chez les moins de 25 ans et les 65 ans et plus et cela, à l\u2019avantage des hommes.Pour les autres groupes d\u2019âges, les pourcentages sont comparables.En corollaire, on observe que la sédentarité durant les loisirs augmente sensiblement au passage à l\u2019âge adulte (graphique 2).Chez les hommes, le pourcentage de sédentaires passe d\u2019en-\tSo,urc,e : B\u2019.Nolin et D\u2019Ham3!\u2019 Inst\u201c nati°nal de ,santé publique du Québec\u2019 2005\u2019ol\t¦ .\t,\ta Actifs : niveau recommande pour les adultes (definition et exemples : voir annexe 2).Viron 6 /o chez le groupe des 12-17 ans a\tb Pour fins de comparaison avec les 18 ans et plus, le même critère (actifs : adultes) est\tI 27 % chez celui des 25-34 ans.Par la\tappliqué aux 12 à 17 ans.Les recommandations pour ce groupe d\u2019âge, cependant, suite, la proportion atteint 32% chez les\tsont différentes de celles des 18 ans et plus (voir résultats du tableau 2 et autres 5 5-64 ans, un pourcentage plus élevé que\tdetai|s a 1 annexe 2).\t1\t.Note : Les pourcentages représentent la moyenne, pour l\u2019ensemble d\u2019une année, de la pratique celui des 25-34 ans.Finalement, pour les sur une p^rioc|e de trois mois (La c0||ecte qe données est répartie sur douze mois consécutifs), groupes d\u2019âge de 35 ans et plus, le pourcentage de sédentaires demeure comparable.Dans le cas des femmes, on relève une augmentation importante entre le groupe des 12-17 ans etcelui des 18-24 ans (8°/oc.19%).Parla suite, la proportion de sédentaires poursuit son mouvement à la hausse pour atteindre environ 25 % chez les 45-54 ans, 30% chez les 65-74 ans et 44 % chez les 75 ans et plus.On n\u2019observe pas de différence entre les groupes d\u2019âge 18-24 ans> 25-34 ans et 35-44 ans, ainsi qu\u2019entre les groupes 45-54 ans et 55-64 ans.Le pourcentage de sédentaires est plus élevé chez les hommes des groupes d\u2019âge 25-34 ans et35-44 ans, etl\u2019inverse dans le cas des 75 ans etplus.Pour tous les autres groupes d\u2019âge, les pourcentages sont comparables.L\u2019évolution de 1994-1995 à 2003 L\u2019activité physique de loisir fait l\u2019objet d\u2019une promotion assez soutenue depuis les années i960, plus particulièrement dans les pays industrialisés (Landry, 1975).Au Québec, ce phénomène a pris de l\u2019ampleur durant les années 1970 (exemple : le programme Kino-Québec, né en 1978) et les efforts se poursuivent toujours afin de convaincre le plus grand nombre possible d\u2019adopter ce comportement bénéfique pour la santé.Nous ne possédons pas, malheureusement, d\u2019informations détaillées sur l\u2019évo- 12 ans et plus selon l'âge et le sexe, Québec 2003 32 32 rHCslCO^flOCDhr+\trHCslCO^flOCDhr + CnIOOlOlOlOlOlOlO\tCnIOOlOlOlOlOlOlO rlrlWn^tlflfflN\trlrlWn^tlflfflN Groupe d\u2019âge (années) Hommes\tFemmes 299 L\u2019état du Québec graphique 2 Pourcentage de sédentaires3 durant les loisirs, population de 12 ans et plus selon l\u2019âge et le sexe, Québec 2003 1 30 25 lution du niveau de pratique des Québécois et des Québécoises depuis le début des années 1970.Cependant, l\u2019analyse de diverses enquêtes amène à conclure qu\u2019il y a eu des améliorations durant les années 1970 et au début des années 1980.Par la suite, le niveau est demeuré stable jusqu\u2019au milieu des années 1990 (Nolin, 1995).Depuis cette période, le Québec connaît de nouveau des améliorations à ce chapitre et des gains notables ont été réalisés dans la majorité des cas.Chez les adultes (tableau 3), on constate que le pourcentage d\u2019actifs est à la hausse depuis le milieu des années 1990.Chez les hommes, d\u2019environ trois personnes sur dix (28%) en 1994-1995, ce pourcentage est passé à près de quatre sur dix (38 %) en 2003.Dans le cas des femmes, il est passé d\u2019environ une sur quatre (24%) à une sur trois (35 %) durant la même période.À l\u2019opposé, le pourcentage de sédentaires a connu une bonne diminution et cela, autant chez les hommes (37% c.27%) que chez les femmes (33 % c.25%).L\u2019évolution du niveau de pratique, chez les 12 à 17 ans, est un peu différente de celle des adultes.Même si les garçons demeurent plus actifs que les filles du même âge (tableau 4), la proportion atteignant le niveau recommandé est demeurée la même depuis 1994-1995 (53 % et 52 %).Également, pour ceux n\u2019at- Groupe d\u2019âge (années) Hommes\tFemmes Source : B.Nolin et D.Hamel, Institut national de santé publique du Québec, 2005, a Sédentaires: Fréquence de pratique inférieure à une fois par semaine, * Coefficient de variation entre 16,6 % et 33,3 %; interpréter avec prudence, Note : Les pourcentages représentent la moyenne, pour l\u2019ensemble d\u2019une année, de la pratique sur une période de trois mois, (La collecte de données est répartie sur douze mois consécutifs), TABLEAU 3\tProposition d\u2019actifs et de sédentaires, population de 18 ans et plus selon le sexe, Québec 1994-1995 à 2003 \t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t Actif\tHommes\t28\t29\t32\t34\t38 \tFemmes\t24\t29\t29\t29\t35 \t\t\t\t\t\t Sédentaire\tHommes\t37\t34\t30\t33\t27 \tFemmes\t33\t28\t28\t32\t25 Source : B.Nolin et D.Hamel, institut national de santé publique du Québec, 2005.Notes: a) Les pourcentages représentent la moyenne, pour i\u2019ensembie d\u2019une année, de la pratique sur une période de trois mois.(La collecte de données est répartie sur douze mois consécutifs), b) Les variations observées entre 2000-2001 et 2003 peuvent être dues, en bonne partie, à une modification de la méthode de collecte de données lors de l\u2019enquête de 2003 (St-Pierre et Béiand, 2004).300 La santé et l'éducation teignant pas la moitié de cette recommandation (inférieur, actif : adulte), la proportion est elle aussi demeurée comparable durant cette période (27 % et 24 %).Pendant ce temps, la proportion de jeunes filles atteignant le niveau recommandé a augmenté (21 % c.35 %) et, à l\u2019opposé, il a diminué chez celles n\u2019atteignantpas la moitié de cette recommandation (49 % c.35 %).Le Québec et le reste du Canada La pratique d\u2019activités physiques durant les temps libres est un phénomène influencé par plusieurs facteurs intrinsèques et extrinsèques à l\u2019individu (CSKQ, 2004;TrostetaL, 2002).La culture, réalité complexe à laquelle sont associées diverses valeurs et attitudes vis-à-vis de plusieurs comportements, a une influence non négligeable sur ce type de pratique.La valorisation de «préoccupations corporelles» constitue, du côté francophone, un phénomène plus récent que du côté anglophone.Les résultats publiés durant les années 1980 ont confirmé cette réalité dans le secteur de l\u2019activité physique de loisir, avec des niveaux de pratique plus élevé du côté anglophone (McPherson et Curtis, 1986 ; Roy, 1985).Après les gains réalisés au cours des dernières décennies, quelle est la situation du Québec en ce début de XXIe siècle ?La figure trois montre, globalement (jeunes etadultes), que le Québec esten-core légèrement au-dessous la moyenne canadienne.Chez les adultes (graphique 3a), cependant, une analyse plus détaillée fait ressortir que trois provinces maritimes (Terre-Neuve-et-Labrador (31%), fle-du-Prince-Édouard (33 %), Nouveau-Brunwick (32 %)) ont un pourcentage d\u2019actifs moins élevé que le Québec (37 %).La Nouvelle-Écosse, le Manitoba et la Saskatchewan, pour leur part, se situent à un niveau comparable à celui du Québec.Dans le cas des trois autres provinces (Ontario (39%), Alberta (42%), Colombie-Britannique (48%)), la proportion d\u2019actifs est plus élevée qu\u2019au Québec.Le Yukon (51%) et les Territoires-du Nord-Ouest (43%) ont eux aussi un pourcentage supérieur d\u2019actifs et, dans le cas du Nunavut, les résultats sont non comparables, mais cette pratique semble moins TABLEAU 4\tProportion se situant aux niveaux actif (j eunefet inférieur, actif ( adult population de 12 à 17 ans\tselon le sexe, Québec 1994-1995 à 2003 Niveau Actif : jeunes\tGarçons\t53\t50\t41\t50\t52 \tFilles\t21*\t26*\t31\t27\t35 \t\t\t\t\t\t Inférieur, actif: adultes\tGarçons\t27*\t21*\t22*\t27\t24 \tFilles\t49\t54\t45\t46\t35 Source : B.Noiin et D.Hamel, Institut national de santé publique du Québec, 2005.* Coefficient de variation entre 16,6 % et 33,3 %; interpréter avec prudence.Notes : a) Les pourcentages représentent la moyenne, pour l\u2019ensemble d\u2019une année, de la pratique sur une période de trois mois, (La collecte de données est répartie sur douze mois consécutifs), b) Les variations observées entre 2000-2001 et 2003 peuvent être dues, en bonne partie, à une modification de la méthode de collecte de données lors de l\u2019enquête de 2003 (St-Pierre et Béiand, 2004).301 L\u2019état du Québec graphique 3 Activité physique de loisir : proportion atteignant le niveau recommandé, provinces, territoires et ensemble du Canada, 2003 A) Adultes (13 ans et plus) Provinces et territoires -Canada 39 % 37\t39 37 2 30 T.-N.-O.présente que dans les autres régions du Canada.Chez les 12 à 17 ans (graphique 3b), cinq provinces (Terre-Neuve-et-Labrador, Ile-du-Prince-Édouard, Nouvelle-Écosse, Nouveau-Brunwick, Manitoba) et un Territoire (Yukon) ont un pourcentage comparable à celui du Québec.Dans les autre cas, (Ontario (49%), Saskatchewan (49%), Alberta (49%), Colombie-Britannique (52%), Territoire-du Nord-Ouest (64%)), le pourcentage atteignant le niveau recommandé est moins élevé au Québec (44%).Finalement, comme dans le cas des adultes, les jeunes du Nunavut semblent moins actifs que ceux du reste du Canada (données non comparables).B) Jeunes (12-17 ans) : 70 60 48\t45\t44 49\t.0\t49\t49 L\u2019activité physique de transport L\u2019activité physique utilisée comme moyen de transport, tel que soulevé en introduction, peut être un autre moyen efficace de conserver un niveau souhaitable d\u2019activitéphysique.Même si notre lieu de résidence, de travail et/ou d\u2019études influence grandement les possibilités d\u2019utilisation de cette catégorie d\u2019activités, cette dernière demeure accessible à un nombre important d\u2019individus.Les données disponibles concernent la marche et la bicyclette utilisées comme moyen de transport Ces informations sont moins détaillées que celles portant sur la catégorie loisir et elles ne permettent pas de vérifier l\u2019atteinte des recommandations chez les jeunes et les adultes.Néanmoins, il nous est possible d\u2019avoir un portrait global concernant certaines durées hebdomadaires d\u2019utilisation de ce type d\u2019activités.50\t45 4> ec S 40 s « U 1 30 Q.20 T.-N.-L.I.-P.-E l'I.-E l'I.-B.QC Ont.Man.Ask.Alb.C.-B YK T.-N.-O.NT I Provinces et territoires -Canada 48 % Source : B.Nolin et D.Hamel, Institut national de santé publique du Québec, 2005 * Coefficient de variation entre 16,6 % et 33,3 %; interpréter avec prudence, a Nunavut : résultat non comparable (échantillon représentant 70,7 % de la population) Note : Les pourcentages représentent la moyenne, pour l\u2019ensemble d\u2019une année, de la pratique sur une période de trois mois, (La collecte de données est répartie sur douze mois consécutifs), La marche comme moyen de transport 302 La santé et l'éducation Environ quatre adultes sur dix (41 % : tableau 5a) ne rapportaient aucune utilisation de la marche comme moyen de transport en 2003.Si on ajoute à cela une durée inférieure à une heure par semaine, c\u2019est plus de cinq sur dix (55 %) qui n\u2019utilisaient jamais, ou rarement, ce type de déplacement Pour le reste de la population adulte, une majorité d\u2019entre elles (31 %) utilisait ce type de déplacement de une heure à six heures, et 14%, six heures etplus par semaine.Pour ces derniers (six heures etplus), cette bonne habitude dépasse amplement le volume de base recommandé chez les adultes.Globalement, l\u2019utilisation de ce moyen de transport est un peu plus répandue chez les femmes que chez les hommes (aucune heure : hommes 43 % et femmes 39 %).On observe une proportion plus élevée de femmes dans le cas d\u2019une utilisation inférieure à six heures (49 % c.42 %) et l\u2019inverse pour une durée de six heures etplus (12 % c.15 %).Chez les jeunes de 12 à 17 ans (tableau 5b), c\u2019est environ un sur quatre (24 %) qui ne rapportait aucune utilisation de ce moyen de transport en 2003.Ce pourcentage passe à un peu plus de quatre sur dix (42 %) si on ajoute une durée inférieure à une heure.Le reste de cette population se concentre majoritairement entre une heure et six heures (45 %) et, pour une durée d\u2019utilisation de six heures etplus, on observe un pourcentage comparable à celui des adultes (14%).Contrairement aux adultes, on ne relève aucune différence d\u2019utilisation entre les deux sexes.Pour ce qui est de la comparaison à l\u2019échelle du pays, on observe, globalement, TABLEAU 5\tMarche comme moyen de transport : répartition selon la durée hebdomadaire d'utilisation, population de 18 ans et plus et de 12 à 17 ans selon le sexe, Québec 2003 A) ADULTES (18 ANS ET PLUS) \t\t\t\t \t\t\t\t Hommes\t43\t13\t29\t15 Femmes\t39\t15\t34\t12 Sexes réunis\t41\t14\t31\t14 B) JEUNES (12 À 17 ANS)\t\t\t\t \t\t\t\t \t\t\t\t Garçons\t25\t16\t46\t13 Filles\t22\t20\t44\t15 Sexes réunis\t24\t18\t45\t14 Source: B.Noiin et D.Hamel, Institut national de santé publique du Québec, 2005.Note: Les pourcentages représentent la moyenne, pour l\u2019ensemble d\u2019une année, de l\u2019utilisation sur une période de trois mois, (La collecte de données est répartie sur douze mois consécutifs).303 L\u2019état du Québec qu\u2019une plus grande proportion de personnes utilise ce moyen de transport dans le reste du Canada.Cela, autant chez les jeunes que chez les adultes (données non présentées).La bicyclette comme moyen de transport La bicyclette estutilisée depuis longtemps, au Québec et dans le reste du Canada, comme moyen de transport.Cependant, comparativement à d\u2019autres pays, elle est soumise à des contraintes climatiques limitant son utilisation à seulement une partie de l\u2019année.De plus, diverses autres contraintes techniques, sécuritaires et monétaires peuvent venir s\u2019ajouter, ce qui explique, en bonne partie, le nombre assez restreint d\u2019utilisateurs.Plus de sept jeunes (12 à 17 ans: 72%) et neuf adultes (18 ans et plus: 94%) sur dix ne rapportaient aucune utilisation de la bicyclette comme moyen de transport en 2003 (tableau 6).Si on ajoute à cela une utilisation inférieure à une heure par semaine, c\u2019est 81 % des jeunes et 96 % des adultes qui n\u2019utilisaient jamais, ou rarement, ce type de déplacement Concernant les différences selon le sexe, les hommes sont plus nombreux à utiliser ce moyen de transport, et cela, autantchez les jeunes que chez les adultes (données non présentées).Pour ce qui est de la comparaison à l\u2019échelle du pays, la situation est différente de celle de la marche.Globalement, chez les adultes, la proportion d\u2019utilisateurs est comparable au Québec et dans le reste du Canada.Chez les jeunes, la proportion d\u2019utilisateurs est plus élevée au Québec (données non présentées).L\u2019évolution de 1994-1995 à 2003 La promotion de l\u2019activité physique de transport, contrairement à celle pratiquée durant les loisirs, est un phénomène beaucoup plus récent Cette promotion s\u2019appuie non seulement sur les bénéfices potentiels pour la santé mais, également, sur les bénéfices environnementaux associés à de telles pratiques (exemple : diminution des gaz à effet de serre).On observe que des gains ont été réalisés depuis la fin des années 1990, dans le cas de la marche, chez les adultes (graphique 4).La proportion de ceux et celles qui ne font aucune utilisation (O heure) de ce moyen de transporta diminué entre TABLEAU 6 Bicyclette comme moyen de transport: répartition selon la durée hebdomadaire d'utilisation, population de 12 à 17 ans et de 18 ans et plus, Québec 2003 \t\t\t\t \t\t\t\t 12 à 17 ans\t72\t9\t16\t3 18 ans et plus\t94\t2\t3\t1 Source : B.Noiin et D.Hamel, Institut national de santé publique du Québec, 2005.Note : Les pourcentages représentent la moyenne, pour l\u2019ensemble d\u2019une année, de l\u2019utilisation sur une période de trois mois.(La collecte de données est répartie sur douze mois consécutifs).304 La santé et l'éducation 1998-1999 et 2003 (hommes : 60% c.43 % et femmes : 51 % c.39 %).En corollaire, on observe une amélioration pour ceux et celles qui rapportent une durée d\u2019utilisation entre une heure et six heures (hommes : 18% c.29 % et femmes : 24% c.34%).Le phénomène est assez semblable chez les jeunes filles de 12 à 17 ans, mais, dans le cas des garçons, l\u2019évolution estun peu différente.On n\u2019observe pas de variation significative (statistiquement), entre 1994-1995 et 2003, dans le pourcentage de garçons ne faisant aucune utilisation (zéro heure) de ce moyen de transport (graphique 5).Pour la durée variant entre une et six heures, le pourcentage est à la hausse depuis 1994-1995 (27% c.46%), une amélioration largement associée à une diminution touchant une utilisation occasionnelle (moins de une heure) et très régulière (six heures etplus) (données non présentées).Dans le cas des jeunes filles, la non utilisation (zéro heure) est à la baisse depuis 1996-1997 (40 % c.22 %) et, à l\u2019inverse, le pourcentage est à la hausse pour la durée variant entre une et six heures (24 % c.44 %).L\u2019utilisation très régulière (six heures etplus), quand à elle, est demeurée stable (données non présentées).Dans le cas de la bicyclette (données non présentées), on observe une évolution différente de celle de la marche.Globalement, chez les 18 ans etplus, le pourcentage d\u2019utilisateurs a légèrement diminué entre 1994-1995 et 2003 (aucune utilisation : 91 % c.94%).Chez les 12 à 17 ans, après avoir vécu le même phénomène pour la période 1994-1995 à 2000-2001 (aucune utilisation : 67% c.77%), la situation semble vouloir s\u2019améliorer depuis lors (aucune utilisation : 77 % c.72 %).Cependant, la variation entre 2000-2001 et 2003 peut être due, en bonne partie, à une modification de la méthode de collecte de données lors de l\u2019enquête de 2003 (St-Pierre etBéland, 2004).Conclusion L\u2019activité physique, tel que soulevé au début du texte, est une composante incontournable de notre quotidien.Cependant, pour plusieurs d\u2019entre nous, l\u2019activité physique de loisir et celle associée aux transports sont maintenant les deux avenues graphique 4 Marche comme moyen de transport : évolution pour deux durées hebdomadaires d\u2019utilisation, population de 18 ans et plus selon le sexe, Québec 1994-1995 à 2003 27ÉÏ 28 H H H PJ CM 4 © CO 6 O) O) O) O 0) O 0} O 0) 0) O 0) 0) O .H H CM CM CD 06 6 0: 0: 0: 0) 0) O H H CM 0) 0) O 0) 0) O .H H CM CM CD 06 6 0) 0) O H H CM 0) 0) O 0) 0) O .H H CM CM CD 06 6 0: 0: 0: 0) 0) O H H CM Aucune(Oh) lh à 5h59 Hommes Aucune (Oh) lh à 5h59 Femmes Source : B.Nolin et D.Hamel, Institut national de santé publique du Québec, 2005 Notes : a) Les pourcentages représentent la moyenne, pour l\u2019ensemble d\u2019une année, de l\u2019utilisation sur une période de trois mois, (La collecte de données est répartie sur douze mois consécutifs), b) Les variations observées entre 2000-2001 et 2003 peuvent être dues, en bonne partie, à une modification de la méthode de collecte de données lors de l\u2019enquête de 2003 (St-Pierre et Béland, 2004), 305 Pourcentage L\u2019état du Québec principales permettant d\u2019atteindre et, surtout, de maintenir un niveau adéquat d\u2019activité physique.Donc, il est important de faire le point sur ces deux catégories d\u2019activités.Les données touchant l\u2019activité physique de loisir montrent qu\u2019en moyenne près de quatre adultes sur dix (37% en 2003) atteignent le volume hebdomadaire recommandé en utilisant ce type d\u2019activité.Ce résultat, autant chez les hommes que chez les femmes, constitue une amélioration par rapport à 1994-1995.À l\u2019opposé, le pourcentage de sédentaires, durant les loisirs, a diminué durant la même période.Chez les 12 à 17 ans, c\u2019est un peu plus de quatre jeunes sur dix (44% en 2003) qui atteignent le niveau recommandé.Des différences importantes existent toujours entre les deux sexes et cela, au profit de garçons (52 % c.35 %).Cependant, les jeunes filles ont fait des gains notables depuis le milieu des années 1990, ce qui n\u2019est pas le cas des garçons.Il n\u2019est pas possible, dans le cas de la marche et de la bicyclette utilisées comme moyen de transport, de vérifier l\u2019atteinte des niveaux recommandés.Néanmoins, pour ce qui est de la marche, les indicateurs disponibles montrent que des gains ont été réalisés depuis 1994-1995.Ce constat s\u2019applique aux adultes des deux sexes mais, dans le cas des 12 à 17 ans, seulement les jeunes filles ont fait des gains réels à ce chapitre.La bicyclette, pour sa part, a vu sa proportion d'utilisateurs diminuer au cours de la même période.Donc, globalement (loisir et transport), le Québec a connu des améliorations depuis le milieu des années 1990.Cette situation, dans le cas des groupes touchés, a apporté et apporte toujours des bénéfices importants sur le plan de la santé (maladies cardiovasculaires, contrôle du poids corporel, etc.).Cependant, des gains supplémentaires sont encore possibles.De plus, il est important de rappeler que les efforts de promotion doivent être maintenus et même intensifiés, car ces deux catégories d'activités (loisir et transport) demeurent, en grande partie, sous le contrôle personnel de chaque individu.graphique 5 Marche comme moyen de transport : évolution pour deux durées hebdomadaires d\u2019utilisation, population de 12 à 17 ans selon le sexe, Québec 1994-1995 à 2003 © 00 O 24 24 O) O 0} O -H H H CM CM \u20224- c£ 06 Ô 0) O) O) O 0} 0> 0> O ID\tN\t0)\tH\tCO 0)\t0)\t0)\tO\tO 0)\t0)\t0)\tO\tO H\tH\tH\tCM\tCM \u20224-\tci\t06\tÔ 0)\t0)\t0)\tO 0)\t0)\t0)\tO CN I\t0)\t0)\tO\tO I\t0)\t0)\tO\tO I\tCN\tupes privés de télévision et leurs actifs au Québec \t\t\t Québécor\tRéseau TVA et les six plus importantes stations qui forment le réseau En partenariat à hauteur de 45 % avec Marc Simard: une station affiliée à TVA, une station affiliée à Radio-Canada, une station affiliée à TQS (45%)\tLC N Canal Évasion (8 %) Canal Indigo (20 %)\tVidéotron Cogeco\tEn partenariat à hauteur de 60 % avec Bell Globemedia : réseau TQS et les cinq plus importantes stations qui forment le réseau ; trois stations régionales affiliées à Radio-Canada\tCanal Indigo (40%)\tCogeco Câble Bell Globemedia\tLa station montréalaise du résea u CTV Pa rte na i re à 40 % dans les actifs de Cogeco en télévision généraliste\tRDS Canal Indigo (20%)\tBell ExpressVu Astral\t\tVrakTV, Canal D, Canal Vie, Canal Z, Historia (50 %), Séries + (50 %), MusiquePlus (50 %), Musimax(50%), Télétoon (40 %) Super Écran Canal Indigo (20%)\t Can West Global\tLes deux stations du réseau Global au Québec,\t\t Radio-Nord\tDeux stations affiliées à TVA Deux stations affiliées à TQS Une station affiliée à Radio-Canada\t\t Marc Simard\tEn partenariat à hauteur de 55 % avec Québécor : une station affiliée à TVA, une station affiliée à TQS,u ne station affiliée à Radio-Canada, Une autre station affiliée à Radio-Canada\t\t Source : Statistique Canada, cat, 13-217, Le revenu au Canada, Ottawa, cat, 75-202, Cansim II, tableau 202-010, stations qui poursuiventleurs activités sur la bande AM la rend moins alléchante et l\u2019habitude de la fréquenter semble se perdre.Le graphique 7 illustre bien le phénomène.En 1990, les Québécois accordaient 45 % de leurs heures d\u2019écoute aux stations AM alors que depuis 2003, cette proportion est de 15 %.Ces pionnières de la radio ont perdu une grande part de leur lustre.Ainsi, la station CKAC ne recueille plus que 7,6 % de l\u2019écoute à Montréal, alors que la station CHRC doit se contenter de 7,7% dans le marché de Québec.En 1995, la première était créditée de 11,2 parts de marché et la seconde de 429 L\u2019état du Québec graphique 7 Évolution des parts d\u2019écoute des radio AM et FM au Québec 100% 90% 80% 70% 60% 50% 40% 30% 20% 10% 0% \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t 1990 91\t92\t93\t94\t95\t96\t97\t98 99 2000 01\t02\t03\t04 Source : Plusieurs éditions du Guide annuel des médias publié par Infopresse 24 parts.Le nombre d\u2019heures passées en moyenne à écouter la radio chaque semaine a baissé en 2003 et 2004 par rapport aux pratiques observées depuis 1996, et cela tant au Québec que dans l\u2019ensemble du Canada.Les Québécois consacrent maintenant environ 20 heures hebdomadairement à l\u2019écoute d\u2019émissions de radio comparativement à quelque 21 heures les années précédentes.Chez l\u2019ensemble des Canadiens, cette moyenne est aujourd\u2019hui de 19,5 heures alors qu\u2019elle dépassait les 20 heures auparavant.Comme le montrent ces données, la radio est écoutée davantage par les Québécois que par les Canadiens.Cet écart, qui était d\u2019environ une heure par semaine au cours des 15 dernières années, s\u2019est toutefois rétréci à une trentaine de minutes en 2004.Comme le graphique 8 l\u2019illustre, les Québécois, qu\u2019ils soient francophones ou anglophones, consacrent le même nombre d\u2019heures (20,1) à l\u2019écoute hebdomadaire de la radio.On constate aussi que : \u2022\tDe façon générale, les hommes et les femmes écoutent autant la radio les uns que les autres.Une différence marquée entre les sexes apparaît cependant chez les 25 à 34 ans où l\u2019écoute radiophonique des hommes devance celle des femmes de plus de trois heures ainsi que pour les 65 ans et plus où le phénomène inverse se produit.\u2022\tLes adolescents et les 18-24 ans écoutent bien moins la radio que leurs aînés.Le temps qu\u2019ils passent à écouter la radio semble d\u2019ailleurs en baisse constante.Les plus jeunes y ont consacré 7,8 heures en 2004 comparativement à 10,7 en 1999.Depuis cette même année 1999, l\u2019écoute chez les 18-24 ans a baissé de 2,5 heures pour les hommes et de 0,7 heure pour les femmes.Quel genre de radio les Québécois préfèrent-ils ?Les nombreuses stations qui proposent surtout de la musique, donc des stations FM, recueillent plus de 70 % des heures d\u2019écoute.La Société Radio-Canada, qui mise davantage sur l\u2019information et les interviews, est créditée de 11,3 % des heures d\u2019écoute, alors que les stations privées à prépondérance verbale (information, magazines, tribunes téléphoniques et description de matchs sportifs) en obtiennent 12,1 %.Comme le graphique 9 en témoigne, la SRC a fait des gains importants depuis 1998, alors que l\u2019écoute des radios parlées de propriété privée est plutôt à la baisse.Ces deux formules radiophoniques attirent très peu les jeunes.Plus l\u2019âge des auditeurs 430 La culture, les sports et les médias augmente, plus la popularité de ces radios augmente.Revenus La publicité constitue presque l\u2019unique source de revenus (98,4%) des stations de radio.Elle a rapporté 226 millions aux radios québécoises en 2004.Les recettes publicitaires ont augmenté de 27,2 % depuis 1999.La radio doit livrer une chaude lutte aux hebdomadaires et aux magazines pour occuper le troisième rang dans la faveur des annonceurs après la télévision et les quotidiens.La hausse des revenus ne profite cependant qu\u2019aux stations FM.Entre 1999 et 2004, les radios FM ont accru leurs revenus de 36,9 %, alors que ceux des stations AM ont baissé de 10,2%.Cette situation découle en partie de la diminution du nombre de stations privées AM.On en dénombre maintenant 18 alors qu\u2019on en comptait 29 il y a cinq ans.Leur part de l\u2019écoute, on l\u2019a vu, a également chuté.Cette baisse des revenus publicitaires pour les stations utilisant la bande AM a un effet sur leur santé financière.Prises globalement, elles accumulent des déficits dont l\u2019importance s\u2019est maintenue entre 1999 et 2004, et cela, même si leur nombre diminue (graphique 10).Pendant ce temps, les stations FM cumulent les surplus.Les écarts entre les deux groupes sont attribuables tant aux revenus qu\u2019aux dépenses.En moyenne, les messages publicitaires rapportent 29,9 % moins à une station AM qu\u2019à une FM, alors que la station AM dépense 32,8 % de plus pour produire ses émissions.graphique 8 Écoute de la radio au Québec par différents groupes en 2004 Source : Statistique Canada, Le Quotidien, édition du 8 juillet 2005.¦¦¦¦¦ 20,1 2( 21\t21,3 I 15 Propriété Astral Média et Corus sont les principaux propriétaires de stations de radio privées au Québec (tableau 4).L\u2019approbation en janvier 2005 par le CRTC de la transaction impliquant les deux groupes a toutefois modifié le nombre de stations détenues par chacun.L\u2019échange de stations d\u2019une valeur de 11 millions de dollars a fait passer sept stations AM, dont les stations CKAC à Montréal et CHRC à Québec, et une station FM d\u2019Astral aux mains de Corus en retour de cinq stations FM situées hors des grands centres.Le groupe Corus possède maintenant six stations dans le marché de Montréal : quatre de langue française et deux de langue anglaise.La première décision de Corus, à la suite de cette transaction, a été d\u2019abolir la salle de nouvelles de CKAC.Les bulletins de la station seront dorénavantproduits par l\u2019équipe Corus 431 Hommes 25 à 34 En millions de $ L\u2019état du Québec graphique 9 Évolution des parts d\u2019écoute des radios parlées au Québec TABLEAU 4 Principaux groupes privés de radio et leurs actifs au Québec 11,6 11,3 1998 1999\t2000 2001 2002 2003 2004 À prépondérance verbale Société Radio-Canada Source : Divers numéros de la publication de Statistique Canada Le Quotidien, \t Astral Média\t22 Corus\t15 Radio-Nord Communications\t6 Guy Simard\t6 Cogsco\t5 Groupe Radio Antenne «6»\t5 Radio Mégantic\t4 Standard Radio\t3 Radio Beauce\t2 Autres\t36 Ensemble des stations privées au Québec\t104 Source : Compilation du CEM à partir de données du CRTC www, crtc, gc, ca/frn/in d_broad, htm#cha rts (consulté le 26 juillet 2005), graphique 10 Évaluation des bénéfices (pertes) avant intérêts et autres ajustements - B.A.I.I ¦ des stations AM et FM du Québec -10 1996 1997\t1998\t1999\t2000\t2001\t2002\t2003\t2004 Nouvelles qui alimente déjà les autres stations du groupe et dont les effectifs devraient croître.La programmation de CKAC sera orientée vers les débats et le sport Les nouveaux propriétaires espèrent que ces changements permettront à la station, longtemps considérée comme une institution, de retrouver le chemin de la rentabilité.Les autres propriétaires de stations de radio sont plutôt des acteurs régionaux, à l\u2019exception de Cogeco dont les cinq stations détiennent une bonne part de l\u2019écoute dans les importants marchés de Montréal et Québec.LA PRESSE HEBDOMADAIRE D\u2019INFORMATION GÉNÉRALE \u2014 FM \u2014 AM 432 Source : Diverses éditions de la publication annuelle du CRTC Radio privée commerciale, relevés statistiques et financiers.Titres et tirage Le nombre de titres desservant un ensemble de villages, une petite ville ou La culture, les sports et les médias un quartier d\u2019une grande ville est en baisse depuis quelques années.On en comptait 179 en 2004 comparativement à 204 en 1997.Cette presse hebdomadaire est aujourd\u2019hui largement gratuite (bien plus que dans d\u2019autres régions du pays) tant en regard du nombre de titres (88 %) que de la part des exemplaires totaux publiés (96,5%).Ce qui est devenu la règle étaitpourtantl\u2019exception en i960, alors que seulement 23 % des journaux hebdomadaires optaient pour la gratuité.Comme l\u2019indique le tableau 5, cette tendance s\u2019accentue constamment Depuis 1987, le nombre d\u2019exemplaires publiés par les hebdomadaires gratuits a augmenté environ du tiers tant pour l\u2019ensemble des titres publiés que pour ceux de langue française.De fait, la croissance des tirages que le secteur dans son ensemble a connue depuis cette date s\u2019est faite en très large partie grâce aux hebdomadaires distribués gratuitement Les propriétaires espèrent que cette large pénétration - les exemplaires sont distribués dans tous les foyers du territoire desservi par la publication -convaincra les annonceurs de préférer leurs journaux aux autres moyens publicitaires.Seuls quelques titres ayant une longue tradition se maintiennent à titre de journaux vendus.Les plus importants d\u2019entre eux sont: The Gazette West Island (Montréal), Le Progrès-Dimanche (Saguenay), L\u2019Écho Abitibien, Le Canada TABLEAU 5 Tirage des hebdomadaires régionaux du Québec selon la langue et le type de publication (1987,1993,1997,2002,2004)) \t\t\t\t \t\t\t\t \t\t\t\t FRANCOPHONES -vendus\t256\t8,5\t150\t3,6\t125\t3,2\t114\t2,8\t108\t2,6 -gratuits\t2 769\t91,5\t4 023\t96,4\t3 841\t96,8\t3 912\t97,2\t4 088\t97,4 TOTAL\t3 025\t100,0\t4 173\t100,0\t3 966\t100,0\t4 026\t100,0\t4 196\t100,0 ANGLOPHONES\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t -vendus\t47\t28,4\t46\t22,1\t107\t41,1\t52\t17,9\t51\t16,1 -gratuits\t119\t71,6\t161\t77,9\t153\t58,9\t237\t82,1\t266\t83,9 TOTAL\t166\t100,0\t207\t100,0\t260\t100,0\t289\t100,0\t317\t100,0 BILINGUES\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t -vendus\t12\t4,7\t12\t3,7\t8\t3,5\t8\t3,1\t8\t2,8 -gratuits\t236\t95,3\t309\t96,3\t223\t96,5\t254\t96,9\t260\t97,2 TOTAL\t247\t100,0\t321\t100,0\t232\t100,0\t262\t100,0\t228\t100,0 TOTAL\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t -vendus\t315\t9,2\t208\t4,4\t240\t5,4\t174\t3,8\t166\t3,5 -gratuits\t3 124\t90,8\t4 494\t95,6\t4217\t94,6\t4 403\t96,2\t4 614\t96,5 TOTAL\t3 438\t100,0\t4 701\t100,0\t4 457\t100,0\t4 577\t100,0\t4 780\t100,0 Source Enquête du Centre d'étude sur les médias, Annuaire CCEMatthews et Canadian Advertising rates & Data (CARD), Les don nées ayant été arrondies, il est possible que les totaux diffèrent, 433 L\u2019état du Québec Français (Saint-Jean-sur-Rjchelieu) et Le Courrier de Saint-Hyacinthe.Une assez grande proportion des foyers qu\u2019ils desservent y sont abonnés, ce qui leur assure tout de même une bonne pénétration.Lectorat Selon une étude de lectorat menée par Les Hebdos du Québec, 90% des Québécois adultes habitent une région desservie par au moins un des 142 hebdomadaires francophones membres de l\u2019association.Il existe cependant un bon écart entre la pénétration et la fréquence de lecture.On peut fort bien recevoir à sa porte un hebdo et ne pas s\u2019y intéresser.Selon une enquête conduite en 2004 par le ministère de la Culture et des communications du Québec (MCCQ) auprès d\u2019un échantillon représentatif des personnes âgées de 15 ans et plus, les hebdomadaires régionaux sont boudés par près de la moitié de la population qui ne les lit soit jamais, soit rarement ou au rythme d\u2019une parution sur quatre (graphique n) Selon la même enquête du MCCQ, la popularité de ces publications croît avec l\u2019âge et semble liée au sexe du répondantpuisque 56,9% des femmes les consultent hebdomadairement contre 47,5 % pour les hommes.De plus, l\u2019endroit où l\u2019on réside a une grande influence : dans les régions métropolitaines de Montréal et de Québec, la proportion de ceux qui affirment lire chaque édition de l\u2019hebdo local tourne autour de 42 %.Cette proportion est nettement plus élevée dans d\u2019autres régions.Elle est d\u2019au moins 60 % en Abitibi-Témiscamingue, en Mauricie, en Gaspésie - Iles-de-la-Madeleine ainsi que dans Chaudière-Appalaches, Lanaudière et le Centre-du-Québec, et même de 73 % sur la Côte-Nord.Revenus Puisqu\u2019une grande partie de ces journaux a renoncé aux revenus d\u2019abonnement et de vente en kiosque, les recettes publicitaires constituent, de loin, la principale source de revenus de ce secteur.De 1991 à 2001 (derniers chiffres disponibles), la valeur des achats d\u2019espace publicitaire dans les hebdomadaires régionaux du Québec avait augmenté à un rythme annuel moyen de 1,7% pour atteindre les 192 millions de dollars.À l\u2019instar des quotidiens, il est aujourd\u2019hui impossible d\u2019obtenir des données concernant les sommes que les annonceurs ont réservé, au Québec, à ces publications locales.Il est toutefois permis de penser que ces revenus poursuivent leur croissance.En effet, au cours de la période 2001-2003, les recettes publicitaires des journaux québécois, tous types confondus, ont augmenté de 5,1%.Déplus, à l\u2019échelle de l\u2019ensemble du Canada pour lequel les données propres à cette presse hebdomadaire locale sont disponibles, les revenus tirés de la publicité ont augmenté de 12,1 % entre 2001 et 2003.Propriété Quatre groupes nationaux (Transcontinental, Québécor, Gesca-Power Corporation et Can West Global) possèdent 50 % des publications et cumulent les deux tiers du tirage total (graphique 12).La société Transcontinental, qui ne s\u2019est lancée dans ce secteur d\u2019activités qu\u2019en 1995, en détient près du tiers à elle seule (57/179) et publie 40 % des exemplaires en circulation.Le second 434 La culture, les sports et les médias groupe en importance, Québécor, possède 40 titres (22 %) et contrôle 15 % du tirage total.Cela est sans compter les cinq titres (5 % du tirage) que le groupe possède en copropriété avec l\u2019éditeur Jean-Paul Auclair.À côté de ces deux « géants », un groupe régional occupe la troisième place.L\u2019entreprise Les Hebdos Monté-régiens est propriétaire de 13 publications représentant 7 % du tirage global.On dénombre encore 34 hebdos indépendants (leur propriétaire ne possède qu\u2019un seul titre dans la presse hebdomadaire régionale et n\u2019édite pas de quotidien) qui, ensemble, comptent pour 13 % des exemplaires totaux.Soulignons aussi que, outre Québécor, deux entreprises propriétaires de quotidiens au Québec possèdent aussi des hebdos.Il s\u2019agit de Gesca (Power Corporation), qui publie quatre hebdos, et de Can West Global, qui en publie deux.Québécor et Transcontinental sont tous deux présents dans plusieurs régions du Québec.Il est très rare, cependant, que les deux groupes possèdent des titres dans la même région.On retrouvera les hebdos de Québécor surtout dans les régions Gaspésie -Iles-de-la-Madeleine, Bas-Saint-Lau-rent, Chaudière-Appalaches, Côte-Nord, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Abiti-bi-Témiscamingue et Laurentides.Transcontinental concentre ses titres à Montréal et Laval ainsi que dans les régions Lanaudière, Outaouais, Mauricie et Centre-du-Québec.435 PROGRAMME D'ÉTUDES SUR LE QUÉBEC DE L'UNIVERSITÉ McGill Un regard unique sur LA RÉALITÉ QUÉBÉCOISE C£J3 UNIVERSITÉ\tWW A PROGRAMME D'ÉTUDES MrOtll\tSUR LE QUEBEC ITIV-Villl\tUNIVERSITE McGill 3644, rue Peel, salle 514 | New Chancellor Day Hall | Montréal (Québec) | H3A 1 W9 514.398.3960 | www.arts.mcgifJ.ca/qs/ ?\tÉtudier le Québec d'une façon comparative et multidisciplinaire.?\tPartager la tradition d'excellence et le rayonnement international de McGill.?Accéder à un réseau de chercheurs et d'institutions œuvrant en études Québécoises.?L'Université d'été en études québécoises de l'Université McGill.Pour découvrir le Québec en français.f üf W W ?Un centre de documentation sur le Québec. La vie politique i ftKflKà 0 0 io .¦ ! I iî £ a < i i K MvSEE\u2019PFLA avi LisATtQN w I oc-R>ôP£ 2JX5& Au 8 AVW L2oof CpC»Y«fSp*rt :j*I-SCJW Québec IBM i r.imrtx Tn-.ia < nnsfi nmnKKm aufu?: ?La vie politique LA VIE POLITIQUE\t 440\tLes jeunes appuient la souveraineté et les souverainistes le demeurent en vieillissant 457\tLe bilan de l'année politique Un leadership en crise 465\tL'héritage de Bernard Landry 472\tLa « souveraineté payante » ?477\tLa chronique de l'Assemblée nationale ADMINISTRATION PUBLIQUE\t 486\tModernisation de l'État québécois : inutile de crier au loup 494\tPour comprendre les PPP 506\tLe marketing gouvernemental : ce que révèle la commission Gomery La vie politique LA VIE POLITIQUE Les jeunes appuient la souveraineté et les souverainistes le demeurent en vieillissant Gilles Gagné et Simon Langlois Sociologues, Université Laval k,.- Nous entendons dans cet article aborder deux questions : d'abord, est-ce que les souverainistes de 1995 maintiennent, dix ans après le référendum, leur intention de voter OUI lors d'une prochaine consultation sur la souveraineté?La question est particulièrement importante pour les nouvelles générations de retraités : en vieillissant, les souverainistes restent-ils fidèles à l'idéal de leur jeunesse ?Ensuite, qu'en est-il des nouvelles cohortes de jeunes qui iraient pour la première fois voter 440 La vie politique dans un référendum sur la souveraineté?Cette seconde question a une importance certaine pour ceux qui soutiennent la thèse du caractère « générationnel » du mouvement souverainiste et qui font à répétition le pronostic d'un épuisement de l'intérêt pour la question nationale dans le contexte de la mondialisation.Évidemment, plusieurs autres questions se profilent en filigrane de ces deux questions principales : le niveau d'appui à la souveraineté dans les sondages étant actuellement très élevé, nous aurons à nous demander comment cet appui général a évolué depuis dix ans et à interroger la nature de ces variations.La structure sociale de l'appui à la souveraineté, la distribution régionale de cet appui, ses variations selon l'âge et le sexe font aussi partie des «variables » de la question que l'on prend habituellement en considération et que nous aborderons ici dans l'espoir de les éclairer les unes par les autres, selon la méthode plus synthétique d'une typologie.Retour en arrière Avant de répondre à ces questions, il importe de revenir brièvement sur ce qui s'est passé lors du dernier référendum sur la souveraineté et sur la manière de mettre en lumière les sondages sur la question que nous avons proposée il y a quelques années.Dans un ouvrage publié en 2002 - LtsRmsons/ortes.Nature et si-tjntfïcarion de l'appui à la souveraineté' -, nous avons avancé que le mouvement souverainiste (tel que manifesté par le vote référendaire) était désormais porté par un groupement très large de personnes appartenant à la classe moyenne francophone active sur le marché du travail et formée de jeunes et de personnes d'âge médian.Dans une étude qui visait d'abord à comprendre comment se distribuait l'appui à la souveraineté parmi les francophones, nous avons montré que ce groupe d'électeurs s'était fortement mobilisé en faveur du OUI durant le mois précédent le vote d'octobre 1995, en particulier les femmes de ce groupe dont l'appui à la souveraineté à la fin de la campagne s'était rapproché de celui des hommes du même groupe.C'estla classe moyenne francophone, avons-nous soutenu alors, telle que visible dans la lunette imparfaite d'un découpage qui lui associe des éléments de la classe supérieure, qui a voté OUI à 71 % et qui a donné au camp du OUI les deux tiers des voix qu'il a recueillies, le très haut niveau d'appui de ce groupe se combinant à son poids démographique (plus ou moins 45 % des électeurs) pour produire ce résultat.L'appui au mouvement souverainiste, tel qu'il se montre dans la pro- graphique 1 Proportion des personnes ayant l'intention de voter OUI lors d'un prochain référendum sur la souveraineté, octobre 1995 et 1999 à 2005, sondages empilés, Québec 2000 janv.à 2001 sept.2002 æpi.2003 ¦ 2003 nov.2004 janv.à 2004 ocl.à 2005 janv.2005 avril Sources : Données fournies par la maison Léger Marketing, d'octobre 1995 à janvier 2003, et par Repère communication, de février 2003 à avril 2005, sondages omnibus, Calculs des auteurs, 441 La vie politique portion de OUI fermes que recueillent les sondages, s'est maintenu à un niveau élevé dans les cinq ans qui ont suivi la consultation populaire1.Puis le mouvement souverainiste a par la suite connu une grave crise à partir de 2000, à la suite d'une grève des infirmières qui a alors acquis une importance symbolique et qui fut suivie du départ de Lucien Bouchard.L'appui donné au OUI dans les sondages a fortement diminué jusqu'à un creux d'environ un tiers des électeurs en sa faveur.Or, ce déclin a été surtout observé dans le groupement même d'électeurs qui s'étaient mobilisé en 1995 en faveur de l'option souverainiste.La classe moyenne francophone active sur le marché du travail a diminué son appui au OUI alors qu'un gouvernement issu de ses rangs s'épuisait à épurer les finances publiques dans le cadre fédéral.Ce gouvernement favorisait pour cela un certain « retrait» de l'État et redéfinissait en conséquence son rôle économique en le mettant au service des investissements dans l'économie du savoir.À la lumière de ces faits, nous avions conclu en 2002 que cet appui de la classe moyenne à la souveraineté était lié à une conception de la société selon laquelle l'État ne devait être instrument de l'économie qu'en vue d'être, comme l'aurait dit Trudeau, maître d'œuvre de la justice sociale.Lorsque nous avons constaté, en 2001-2002, le déclin de l'appui à la souveraineté dans les rangs de ses principaux supporters, nous avions fait l'hypothèse que c'était précisément sur cette question que le courant ne passait plus entre la classe moyenne et le parti au pouvoir.Cet épisode s'est terminé en 2003 par le pire score électoral du Parti québécois depuis 1973.Mais il y a plus que l'examen de la permanence des convictions chez les forces souverainistes.Il faut aussi prêter attention aux effets de génération comme nous y invite la seconde question posée plus haut La population des électeurs est en effet en profond changement : les électeurs âgés - plus souvent fédéralistes - décèdent, et de nouveaux électeurs arrivent à l'autre extrémité de l'échelle des âges, jeunes et plus souvent souverainistes.Comment évaluer l'impact de ces effets de générations ?C'est là notre deuxième objectif dans ce court texte, l'importance de l'effet de génération n'étantplus à démontrer.Dans l'ouvrage cité plus haut, par exemple, nous avions observé un déclin significatif de dernière heure de l'appui donné au OUI au sein d'un autre groupe d'électeurs, formé celui-là de seniors (personnes âgées de 55 ans et plus) et composé en majorité de personnes inactives sur le marché du travail.Les écarts entre les groupes d'âge observés en 1995 dans le résultat du vote référendaire traduisaient en fait des différences importantes entre générations, différences fort intéressantes dans le cas des électeurs francophones.Loco Locass 442 La vie politique Les seniors de ce groupe linguistique formaient en effet un groupement de personnes socialisées essentiellement dans l'espace cana-dien-français et encore attachées au Canada pour de bonnes raisons, alors que les générations plus jeunes socialisées quant à elles sur le plan politique dans l'espace de la société québécoise se montraient plus disposées à faire de cette société leur « pays » et à y inscrire leurs aspirations.Il faut donc combiner une approche par types d'électeurs (et non plus seulement par variables considérées isolément) à une approche par cohortes afin de comprendre l'évolution du sentiment souverainiste exprimé dans les intentions de vote à une éventuelle question référendaire.Une option qui a retrouvé ses appuis Après avoir connu un déclin au début des années 2000, l'appui à la souveraineté du Québec est de nouveau en hausse au sein de la population québécoise et les intentions de voter OUI à un troisième référendum qui poserait une question semblable à celle de 1995 - appui donné à la souveraineté du Québec assortie d'une offre de partenariat avec le Canada - sont même à un niveau très supérieur à celui qui avait été observé dans les sondages il y a dix ans (graphique 1).L'appui ferme donné au OUI tournerait autour de 52 et 54% du total des électeurs, alors qu'il avait atteint un sommet de 46,1 % dans les sondages de la maison Léger marketing Les différences entre les femmes et les hommes sont devenues négligeables dans les années 2004 et 2005.Précisions de méthodes En l\u2019absence d\u2019une véritable campagne référendaire autour d\u2019un enjeu bien réel, force est de nous rabattre sur l\u2019examen du sentiment souverainiste manifesté dans les sondages d\u2019opinions sur la question et de le comparer aux intentions de vote qui prévalaient avant le référendum de 1995 afin de comparer le comparable avec le comparable.Nous analysons les réponses à la question posée par les sondeurs : « Si un référendum avait lieu aujourd\u2019hui sur la souveraineté du Québec assortie d\u2019une offre de partenariat économique et politique avec le reste du Canada, voteriez-vous pour ou contre la souveraineté du Québec ?».Nous analysons les réponses à la question posée avec relance.Nous nous limitons à l\u2019étude des réponses fermes (oui, non, ne sait pas/refus) et nous ne répartissons pas les indécis, car notre intention n\u2019est pas d\u2019estimer le score final à un éventuel référendum.Nous analysons les données de 37 sondages au total, soit 4 effectués en octobre 1995, avant le Référendum, et 33 sondages postérieurs faits entre 1999 et 2005.Au total, 23 sondages ont été faits par la maison Léger Marketing et 14 autres par Repère Communication entre 2003 et 2005, suivant une méthodologie comparable.La distribution des caractéristiques des répondants et leur distribution en types d\u2019électeurs sont comparables dans les deux séries de données, ce qui rend possible l\u2019étude de l\u2019évolution des intentions fermes du vote pour ou contre la souveraineté proposée dans cet essai.Des éléments de méthodologie plus détaillés ont été présentés longuement dans notre ouvrage Les raisons fortes.Nature et signification de l'appui à la souveraineté du Québec (Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2002) auquel nous renvoyons le lecteur, car nous avons appliqué, dans la présente étude, les mêmes approches que dans celle qui a été publiée en 2002.Les auteurs sont professeurs au département de sociologie de l'Université Laval (Québec).Ils ont publié Les Raisons fortes.Nature et signification de l\u2019appui à la souveraineté du Québec (Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2002).443 La vie politique quelques jours avant le vote du 30 octobre 1995.À noter que nous comparons des intentions de vote fermes, avant la répartition des indécis, notre but étant non pas de prédire de manière précise le niveau de popularité de l'option souverainiste, mais bien plutôt de mesurer son évolution dans le temps.Les données de sondages dont nous disposons en provenance de deux firmes différentes concordent et vont dans le même sens.(Voir l'encadré pour les remarques méthodologiques et les sources de données).Une majorité ferme d'électeurs manifeste son intention de voter OUI, ce qui n'avait pas été observé avant le dernier référendum, il faut le souligner au passage.On objectera que ce haut score du OUI est observé dans le contexte où le Parti québécois est dans l'opposition - l'appui à la souveraineté ayant tendance, dira-t-on, à augmenter dans cette situation - et que la perspective de la tenu d'une autre consultation populaire est lointaine sinon hypothétique.Ces objections relèvent de la conjoncture et de conjectures.Le seul autre cas depuis 1976 où le PQ fut dans l'opposition (sous le deuxième gouvernement de Bourassa) fut marqué essentiellement par le rejet, par le reste du Canada, de tout compromis constitutionnel (l'affaire du Lac Meech) et il n'y a aucun moyen de tirer, sur cette base, une conclusion quant à l'effet sur la souveraineté du passage du PQpar l'opposition.Depuis 1968, l'appui à la souveraineté a monté ou descendu indépendamment du statut parlementaire du PQ, avec une tendance générale à la hausse.De plus, l'effort d'expliquer les variations globales de l'appui à la souveraineté par le recours à ce genre de supposition revient le plus souvent à expliquer le mauvais phénomène : la variation de l'appui global à la souveraineté et la variation de l'appui des électeurs du groupe porteur sont deux choses fort différentes, deux choses qui n'ont ni le même rythme ni la même logique sociale et qui vont fréquemment dans le sens contraire l'une par rapport à l'autre.TABLEAU 1 Proportion des personnes ayant l\u2019intention de voter OUI lors d\u2019un prochain referendum sur la souveraineté selon la typologie des citoyens, octobre 1995 et 1999 à 2005, sondages empilés, Québec \t\t\t\t\t\t Francophones, 18-54 ans, actifs, 20 000$ et plus\t61,0\t53,3\t47,1\t55,1\t58,0\t61,0 Francophones, 18-54 ans, inactifs et actifs faible revenu\t47,9\t49,3\t44,0\t47,3\t52,3\t57,0 Francophones, 55 ans et plus, actifs\t48,6\t41,9\t36,1\t40,2\t51,2\t61,7 Francophones, 55 ans et plus, inactifs\t34,9\t33,8\t30,2\t37,3\t38,8\t42,6 Anglophones, 18-54 ans\t11,1\t16,5\t15,3\t18,6\t21,4\t21,8 Anglophones, 55 ans et plus\t4,3\t12,3\t9,2\t13,4\t15,4\t8,0 Total\t%\t45,6\t43,8\t38,8\t42,8\t46,2\t49,5 N\t4 020\t20 715\t5 988\t29 120\t34944\t16 503 Sources : Données fournies paria maison Léger Marketing, d\u2019octobre 1995 à janvier 2003, et par Repère communication.de février 2003 à avril 2005, sondages omnibus.Calculs des auteurs.444 La vie politique Si l'on veut bien jeter ici un premier coup d'œil sur le tableau i, on verra qu'entre le mois d'octobre 1995 et la période 2001-2003 (pre-mière et troisième colonnes du tableau, l'appui global à la souveraineté baisse de 6,8% mais que l'appui des électeurs de type I, représentant 45 % de l'échantillon baisse de 13,9% sur cet intervalle, faisant à lui seul baisser le score global de 6,25 %, ce qui représente 92% de la variation globale.Dans le passé, nous avons observé des situations où le retrait de l'appui des électeurs du groupe porteur représentait plus de no % du recul global (ceci dit sans plaisanterie sportive), la chute des intentions exprimées par cette petite moitié de la société étant partiellement compensée par la remontée, dans la même conjoncture, des OUI fermes de l'autre moitié.Le fait le plus marquant dans ce retour en popularité de l'option souverainiste en 2005 est donc précisément le regain de laveur dans le groupement d'électeurs qui lui avaient retiré son appui au tournant de l'an 2000, soit aussi le même groupement qui s'était mobilisé au cours de la campagne référendaire de 1995 en faveur du OUI et qui avait failli l'emporter.C'est donc dans le groupement des personnes actives, jeunes et d'âge moyen et francophones que s'observe aussi bien la mobilisation que la démobilisation en laveur du projet souverainiste.C'est là le premier phénomène à noter.Cette population active sur le marché du travail est formée de personnes autonomes, responsables d'elles-mêmes, capables de se projeter dans l'avenir, de faire des projets et de mettre à l'occasion en suspend les urgences quotidiennes pour se prêter à la discussion du bien commun, pour peu que la question en jeu lui paraisse définir le cadre général de la vie privée ou qu'elle paraisse liée aux conditions politiques de la liberté.Les membres de ce groupement prennent en considération un projet collectif s'ils y trouventun sens et s'ils le jugent désirable par quelque côté.Ils peuvent donc se mobiliser pour làire advenir un « possible » où ils ont de bonnes raisons de se reconnaître - ou se démobiliser pour sanctionner le parti qui porte l'option si ses politiques lui semblent défavorables, comme ce fut le cas au tournant des années 2000.Pour dire la chose en quelques mots, nous considérons que l'appui à la souveraineté relève de l'action sociale significative et que l'action, bien qu'elle relève elle-même du domaine de la liberté, s'inscrit dans un ensemble de contraintes qui marquent la situation de l'acteur.Le fait que le groupe social qui est de loin le plus favorable à la souveraineté (et celui sur lequel repose de manière décisive sa réalisation) soit aussi celui dont les membres sont les plus prompts à moduler l'expression de leur accord nous paraitindiquer que les convictions idéologiques irréfléchies ou les intérêts matériels impératifs sontmoins contraignants dans ce groupe, du moins face à cette question.La liberté, une chose dont on use jamais qu'en vue de l'accroître a ditlephilosophe, se présente ici comme « délibération », et les fortes variations de l'appui du groupe porteur à la souveraineté nous semblent typiquement révélatrices de la nature de cet appui (ou de ce rejet) pour l'ensemble de la société : cet appui relève des comportements politiques qui sont moins Nous constatons une hausse de Vappui au OUI chez ceux qui ont plus de 65 ans en 2005(40%) comparé au même groupe d\u2019âge en 1995 (33%).445 La vie politique «l'effet» mécanique de «causes» que le résultat du jugement C'est dans ce sens qu'il faut les comprendre pour les expliquer et que les corrélations qui mettent en jeu des évènements (une élection, un scandale, etc.) ne sont que des adjudants de cette tâche.Nous avons pour preuve de la pertinence de notre problématique un élément nouveau, en sus de ceux qui ont déjà été avancés dans notre ouvrage.Nous avions retenu l'âge de 55 ans en 1995 pour identifier une coupure de génération, soit celle des individus qui ont voté pour la première fois dans l'espace de la société québécoise moderne à l'âge de 21 ans en i960.Ceux qui avaient voté avant i960 pour la première fois appartenaient à un monde politique davantage identifié à l'espace culturel du Canada fiançais et c'est pour cette raison, et non en raison de l'âge pris en lui-même, que nous avions fait passer à 55 ans la ligne de notre typologie.Or, en 2005, les personnes qui ont voté pour la première fois en i960 ont dix ans déplus qu'en 1995 (environ 65 ans).Pour être cohérents, nous devons donc maintenant refaire notre typologie et faire passer à 65 ans la frontière des groupes d'âge afin de mieux refléter la nature des « générations politiques », selon l'expression de Vincent Lemieux.Les résultats de ce réaménagement, qui ramène en 2005 notre typologie à ce qu'elle étaitpour 1995, sont remarquables à plus d'un égard (voir le tableau 2).Alors que la colonne de gauche du tableau 2 montre la distribution actuelle des OUI fermes en 2005, mais selon la typologie qui avait été faite pour interpréter le vote de 1995, la colonne de droite indique comment se redistribuent ces appuis actuels une fois que l'on a remis à jour le critère d'âge de la typologie.L'opération revient en gros à ajouter aux types I, II et V les gens ayant entre 55 et 64 ans, électeurs qui correspondent désormais à la nouvelle frontière L\u2019appui au OUI est plus fort dans les nouvelles cohortes de jeunes électeurs qui n\u2019avaient pas le droit de voter en 1995.TABLEAU 2\tProportion des personnes ayant l\u2019intention de voter OUI lors d\u2019un prochain referendum sur la souveraineté selon la typologie des citoyens, octobre 1995 et 1999 à 2005, sondages empilés, Québec \t\t\t Francophones, 18-54 ans, actifs, 20 000$ et plus\t61,0\t61,8\tFrancophones, 18-64 ans, actifs, 20 000$ et plus Francophones, 18-54 ans, inactifs et actifs faible revenu\t57,0\t53,1\tFrancophones, 18-64 ans, inactifs et actifs faible revenu Francophones, 55 ans et plus, actifs\t61,7\t43,4\tFrancophones, 65 ans et plus, actifs Francophones, 55 ans et plus, inactifs\t42,6\t39,9\tFrancophones, 65 ans et plus, inactifs Anglophones, 18-54 ans\t21,8\t21,0\tAnglophones, 18-64 ans Anglophones, 55 ans et plus\t8,0\t1,0\tAnglophones, 65 ans et plus Total\t%\t49,5\t49,5\t% N\t16 503\t16 501\tN Sources : Données fournies paria maison Léger Marketing, d\u2019octobre 1995 à janvier 2003, et par Repère communication.de février 2003 à avril 2005, sondages omnibus.Calculs des auteurs.446 La vie politique Jeunes Patriotes ^tQN d'âge de ces types et à les retirer des types III, IV et VI, types qui ne regroupent plus que leurs aînés (65 et plus).On appréciera la valeur de la théorie qui avait présidé à la formation de cette typologie en constatant d'abord que l'ajout au type I d'une cohorte d'électeurs (et d'électrices) âgés, ne diminue pas (et peut-être même augmente) la proportion de OUI fermes de ce groupe.Pour la majorité des observateurs, la chose paraîtra contre intuitive.On appréciera aussi la valeur prédictive de la théorie en constatant de quelle manière la mise à jour de la typologie corrige une erreur de perspective qui s'était renforcée au fil des ans.Alors que nous avions fait passer la ligne à 55 ans essentiellement pour interpréter le référendum de 1995, l'obligation qui nous était faite par la nature des données de sondage de garder la même frontière d'âge pour les années suivant le référendum a eu pour effet de mettre de plus en plus de « Québécois » dans les types III et IV, donnant du même coup l'impression d'une hausse continuelle du niveau d'appui de ces types d'électeurs.La correction que nous devons faire, maintenant qu'une tranche d'âge de 10 ans peut être précisément remise à sa place, fait disparaître cette illusion et montre, dans la colonne de droite, une distribution des intentions qui, à l'exception de la hausse du type V, reproduitla structure d'octobre 1995.Les « Canadiens français », pour dire la chose simplement, n'ont pas significativement augmenté leur appui à la souveraineté et, globalement, l'effet de discrimination des six classes d'électeurs que nous avions proposées, loin de s'atténuer, s'est accru.Commençons par mieux cerner l'effet de génération qui se montre dans ce réaménagement par un examen de cohortes, puis examinons ensuite conjointement l'effet de la génération et l'effet du type d'électeurs dans les intentions de vote, par région et par sexe.447 La vie politique De nouvelles générations pour le OUI En 2005, le Québec compte 912 000 jeunes nouveaux électeurs - tous nés entre 1978 et 1987 inclusivement - donc trop jeunes pour avoir voté lors du dernier référendum mais qui auront droit de vote lors d'une éventuelle consultation populaire.D'ici cinq ans (2010), presque un demi million de nouveaux électeurs s'ajoutera encore à ce nombre, soit cinq cohortes nées dans la période connue chez les démographes comme l'écho du baby-boom à la fin des années 1980 (exacte-mentqôg 524 naissances en cinq ans de 1988 à 1992).Ces jeunes ne sont pas tous restés au Québec, certes, mais la très grande majorité d'entre eux feront partie du prochain paysage électoral.Il y aura donc environ près d'un million et demi de nouveaux électeurs lors d'un prochain référendum, s'il a lieu dans un avenir rapproché, et ce par simple renouvellement des générations auxquels s'ajouteront les immigrants installés au Québec depuis 1995 qui acquerront le droit de vote dès l'obtention de leur citoyenneté.Pendant la même période, les cohortes de seniors et de personnes âgées qui avaient voté en majorité pour le NON au dernier référendum sur la souveraineté ont connu un taux de mortalité qui en a réduit considérablement les effectifs.On peut estimer à environ 600 000 le nombre de personnes décédées entre 1995 et 2005, dont 85 % avaient plus de 60 ans, ce qui donne un demi million d'électeurs âgés qui avaient voté en 1995 mais qui ne voteront plus à l'avenir.Or, on sait que le OUI ne rejoignait qu'une personne sur trois dans ce groupement composé de personnes attachées à l'ancien Canada français, situation, nous venons de le voir, qui a assez peu changé.Pour ironiser sur la sociologie électorale spontanée de Jacques Parizeau, nous avons montré dans Les raisonsjôrtes que le OUI l'aurait emporté en 1995 si les Québécois francophones âgés de 55 ans et plus avaient maintenu, au moment de voter, l'appui qu'ils accordaient à la souveraineté au début de la campagne.Ces changements démographiques soulèvent l'importante question de la manière d'estimer les effets de génération en plus des effets d'âge qui sont déjà TABLEAU 3 Proportion des francophones ayant l\u2019intention de voter OUI lors d\u2019un prochain référendum sur la souveraineté, selon le groupe d\u2019âge et la cohorte, octobre 1995 et 2005, sondages empilés, Québec \t\t¦\t\t\t\t Cl\t\t\t18-24 ans\t\t\t67,0 C2\t18-24 ans\t\u2014\t\u2014?\t25-34 ans\t61,6\t\t?\t61,5 C3\t25-34 ans\t\u2014\t\u2014?\t35-44 ans\t55,5\t\t\t56,7 C4\t35-44 ans\t\u2014\t\u2014?\t45-54 ans\t59,4\t\t?\t58,5 C5\t45-54 ans\t\u2014\t\u2014?\t55-64 ans\t53,5\t\t?\t54,8 C6\t55-64 ans\t\u2014\t\u2014?\t65 et + (actifs)\t43,6\t\t?\t(43,4) \t65 et plus\t\t65 et plus\t32,6\t\t40,0 Sources : Données fournies paria maison Léger Marketing, d\u2019octobre 1995 à janvier 2003, et par Repère communication.de février 2003 à avril 2005, sondages omnibus.Calculs des auteurs.448 La vie politique connus.Deux questions seposentdonc.D'abord, commentvoteraient les jeunes nouveaux électeurs ?Nous savons que les jeunes électeurs ont appuyé davantage l'option de la souveraineté dans le passé (effet d'âge).Cet appui sera-t-il encore plus élevé dans les nouvelles cohortes, comme il a été en croissance continue depuis quarante ans chez les jeunes (effet de génération) ?Ensuite, nous savons que les électeurs les plus âgés ont voté en forte majorité pour le NON lors du dernier référendum (effet d'âge).Or, en sera-t-il ainsi dans les nouvelles cohortes de personnes âgées (effet de génération) ?Autrement dit, les électeurs qui ont voté lors du référendum de 1995 conserveront-ils en vieillissant leurs convictions et leurs engagements, en particulier dans le cas de ceux qui ont voté pour le OUI en 1995 ?À la question du changement générationnel des intentions de vote s'en ajoute une autre : celle de la permanence des convictions exprimées en 1995 lors d'une éventuelle nouvelle consultation populaire.Ceux et celles qui ont voté OUI en 1995 entendent-ils le faire de nouveau lors d'un prochain référendum?Seule une analyse par cohortes est susceptible de répondre à ces questions, ce qui est possible avec les données que nous avons puisque les tranches d'âges dans les sondages empilés ont des intervalles de dix ans et qu'il s'est écoulé dix ans depuis le dernier référendum.Nous avons donc empilé les trois sondages de l'année 2005 afin de les comparer avec les quatre sondages empilés d'octobre 1995 (tableau 5).Rappelons que ces proportions ne mesurent pas l'estimation du vote final (qui devrait être estimé par d'autres techniques).Elles permettentpar contre d'estimer les changements dans le temps des intentions et en particulier d'estimer les effets d'âge et de génération séparément.Trois constats ressortent de notre analyse par cohortes.Tout d'abord, l'appui au OUI augmente dans les nouvelles cohortes de jeunes électeurs qui n'avaient pas le droit de voter en 1995.L'appui donné au OUI estplus fort chez les 18-24 ans de 2005 que dans le même groupe d'âge en 1995.Ensuite, il apparaît que les seniors proches de la retraite en 1995 (55-64 ans) ont maintenu leurs intentions dix ans plus tard.Ce résultat est important II signifie que l'âge élevé (disons plus de 60 ans) n'est pas en soi lié à un niveau plus faible d'appui au OUI, (ou, plus exactement, que le niveau d'appui dépend plus fortement des générations politiques que de l'âge).Par ailleurs, les données ne permettent pas d'estimer l'effet de génération après l'âge de 65 ans.Seul l'effet d'âge peut être apprécier pour ce type d'électeurs dans nos sondages, et nous constatons une hausse de l'appui au OUI chez ceux qui ont plus de 65 ans en 2005 (40 %) comparé au même groupe d'âge en 1995 (33 %).Cette hausse ne peut être expliquée autrement que par un effet de génération politique qu'il resterait à mesurer de manière précise.L'arrivée d'une nouvelle cohorte de personnes âgées (les 65-74 ans en 2005) aurait donc contribué à la hausse de l'appui donné au OUI dans ce groupe.Enfin, les électeurs d'âge médian conservent leurs choix exprimés en 1995.Ceux qui ont voté OUI dans un groupe d'âge donné entendent le faire à nouveau Ceux qui ont voté OUI dans un groupe d\u2019âge donné entendent le faire à nouveau dix ans plus tard dans les mêmes proportions.449 La vie politique dix ans plus tard dans les mêmes proportions.Ce résultat est particulièrement clair pour les cohortes Ci à C5 du tableau 5.Il n'y a donc pas eu défection dans les intentions de vote chez ceux qui avaient entre 18 et 54 ans en 1995, dix ans plus tard.Les proportions sont même étonnamment proches.Chez les allophones Par ailleurs, cet effet de génération est-il aussi observable chez les allophones, en particulier dans la génération des jeunes néo-québécois?Nous observons dans nos données que les jeunes allophones donnent un appui plus marqué à l'option souverainiste que les plus âgés.Il en va de même pour les personnes actives dans tous les groupes d'âge par comparaison avec les personnes inactives.Si, après avoir regroupé tous les sondages de 2004-2005, nous isolons dans ce type V (64 ans et moins) les seuls allophones, le niveau de l'appui à la souveraineté s'établit alors à 23 %, et montent à 27 % dans le sous-groupe (77 %) de ceux qui sont actifs sur le marché du travail.Ce résultat ne laisse pas d'étonner, surtout quand on songe que deux ans auparavant les sondages empilés établissaient à 38,8% le niveau d'appui pour l'ensemble de la société.Bref, âge et activité contribuent à hausser le niveau de l'appui donné au OUI chez les allophones, un niveau qui se situe entre un quart et un tiers des électeurs actifs, dépen-dammentde l'âge.Les proportions sont moins élevées chez les anglophones dont une faible minorité appuie le OUI, mais qui tend elle aussi à varier selon l'âge et l'activité.Enfin, l'appui donné à la souveraineté est plus élevé dans le cas des minorités vivant en milieux largement francophones.En résumé, la hausse de l'appui au OUI observable dans les sondages est largement un effet de génération.L'appui donné au OUI dans les intentions de vote précédant le dernier référendum s'est maintenu à peu près au même niveau dix ans plus tard.L'augmentation des intentions de vote au total s'explique donc par l'arrivée de nouvelles générations de jeunes aux convictions souverainistes plus marquées, par la fidélité au OUI chez les nouvelles cohortes de seniors, et par la hausse, variable selon les groupes, de l'appui des électeurs du type V.Défilé de la Saint-Jean 450 La vie politique TABLEAU 4\tProportion des personnes ayant l\u2019intention de voter OUI lors d\u2019un prochain référendum sur la souveraineté selon la typologie des citoyens et le sexe, octobre 1995 et 1999 à 2005, sondages empilés, Québec\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t \tHomme\t65,2\t59,1\t58,9*\t56,8\t61,2 \tFemme\t56,6\t60,1\t47,9*\t53,0\t60,9 ii-VI\tHomme\t36,5\t32,1\t34,2\t36,2\t41,8 \tFemme\t28,2\t30,5\t33,7\t32,2\t38,4 Total\tHomme\t51,3\t46,0\t46,9\t45,7\t51,7 \tFemme\t39,0\t41,8\t39,5\t40,0\t47,4 Sources : Données fournies par la maison Léger Marketing, d\u2019octobre 1995 à janvier 2003, et par Repère communication, de février 2003 à avril 2005, sondages omnibus, Calculs des auteurs.* Différences statistiquement significatives, du seuil 05 Les différences entre les femmes et les hommes Il était courant d'affirmer, jusqu'au Référendum de 1995, que les femmes appuyaient en moins forte proportion le OUI que les hommes.Ce résultat s'explique en bonne partie par la démographie : les femmes âgées sont plus nombreuses et les personnes âgées ont voté en majorité pour le NON.Nos analyses précédentes avaientmontré que les différences entre les sexes étaientvariables selon les types d\u2019électeurs comme on peut le voir nettement dans le tableau 4.Mais surtout, nous avons fait état d'une disparition des écarts entre les femmes et les hommes au sein du groupement porteur dans les années suivant le référendum, élimination virtuelle qui a été confirmée par la suite, pour ne laisser transparaître entre les hommes et les femmes de ce groupe qu'une différence de chronologie et d'ampleur dans les variations de leur appui respectif : pour dire les choses intuitivement, les femmes du groupe porteur sanctionnent plus sévèrement (et pas toujours au même moment) l'option qu'elles appuient.En conséquence, les différences observables entre les femmes et les hommes du type 1 sont nettement plus faibles dans tous les sondages postérieurs au référendum.Elles sont devenues négligeables dans les années 2004 et 2005.Deux explications peuvent être avancées à la réduction importante des différences entre les sexes.La première tient au remplacement des générations.Les jeunes femmes ne sontpas moins souverainistes que les jeunes hommes et nous avons vu plus haut que les jeunes appuient davantage l'option souverainiste.Par ailleurs, le taux d'emploi des femmes a continué de grimper, notamment après l'âge de cinquante ans, et l'appui au mouvement souverainiste est plus élevé chez les personnes actives, y compris chez les femmes.Mais surtout, une partie des femmes âgées qui avaient 451 La vie politique appuyé le NON en 1995 sont maintenant décédées.Rappelons que celles-ci avaient été marquées par le mouvement pour le NON des Yvette en 1980, un mouvement typique de leur génération.Or, les nouvelles cohortes de femmes âgées, qui appartiennent à de nouvelles générations politiques, sont moins réticentes à voter OUI.La seconde explication est à chercher dans la dynamique des opinions au sein du groupement porteur du projet souverainiste.L'écart entre les femmes et les hommes a été plus important dans la période creuse de l'appui au mouvement souverainiste au tournant des années 2000, notammentau sein du type 1, le groupementporteur du projet souverainiste.La défection plus marquée des femmes actives avait commencé au moment de la grève des infirmières 1999 et elle s'est maintenue jusqu'en 2003.Les sondages des deux ou trois dernières années indiquent que les femmes actives qui avaient retiré leur appui au OUI sont redevenues de nouveau favorables à cette option dans les sondages.Les écarts notés entre les deux sexes dans les intentions de vote précédant le dernier référendum sont disparus, au total et dans les groupements d'électeurs que nous avons distingués.L'énigme de la région de Québec On se rappellera que le support donné au OUI en 1995 avait été globalement plus faible dans la région de Québec, au point où certains analystes ont avancé que l'option souverainiste l'aurait remporté si la région de la capitale avaitvoté comme les francophones du reste du Québec.On a alors parlé de « l'énigme de Québec ».L'analyse par région exige de distinguer la langue maternelle, pour y voir plus clair, ce qui est fait dans la typologie des électeurs que nous proposons.Aussi distinguerons-nous encore une fois le type porteur (type I) et les autres (regroupés) pour l'analyse de ce qui se passe dans les régions du Québec, et notamment dans la région même de Québec.La classe moyenne active francophone a largement appuyé le projet du mouvement souverainiste en 1995, votant OUI aux deux tiers environ partout sur le territoire québécois sauf en Outaouais (un tiers des votes) et un peu moins dans la grande région de Québec (58,8% des intentions de vote).Il y avait donc dès 1995 une différence intrigante dans la région de la capitale québécoise, une différence qui n'était pour nous « intrigantes » que dans la mesure où elle concernait aussi le groupementporteur de l'option souverainiste.Nos travaux sur le Référendum de 1995 avaient cependant montré que c'est dans la couronne de Québec que le OUI avait été le plus faible dans le groupementporteur, et non dans la ville centre elle-même, alors que les francophones actifs de l'île et de la région de Montréal votaient comme les autres électeurs francophones actifs du Québec de notre type I.Par ailleurs, la proximité du gouvernement fédéral, et le fait que de nombreux électeurs jugent que la prospérité de leur région soit liée à la sienne, expliquent aisément le résultat observé en Outaouais.Selon l\u2019âge, entre un quart et un tiers des électeurs allophones appartenant à la population active appuient la souveraineté.452 La vie politique TABLEAU 5\tProportion des personnes ayant l\u2019intention de voter OUI lors d\u2019un prochain référendum sur la souveraineté selon la typologie des citoyens et la région, octobre 1995 et 1999 à 2005, sondages empilés, Québec\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t i\tMontréal\t64,7\t53,7\t47,6\t58,1\t56,6\t62,5 \tCouronne de Montréal\t62,3\t55,2\t52,7\t57,4\t59,4\t60,3 \tPériphérie de Montréal\t62,2\t59,4\t51,3\t56,3\t61,7\t71,5 \tQuébec\t58,8\t50,1\t44,5\t48,8\t51,3\t50,0 \tOutaouais\t32,9\t34,7\t25,2\t32,8\t39,4\t45,1 \tCentre du Québec\t63,9\t55,2\t46,7\t56,1\t55,3\t65,4 \tRégions éloignées\t65,2\t56,4\t47,4\t59,4\t65,5\t66,6 ll-VI\tMontréal\t20,8\t24,9\t22,2\t26,5\t30,0\t28,4 Couronne de Montréal\t36,1\t32,2\t28,6\t32,0\t34,6\t42,9 Périphérie de Montréal\t45,4\t39,5\t35,3\t41,9\t44,4\t49,2 Québec\t32,6\t35,1\t33,1\t39,8\t39,0\t49,0 Outaouais\t14,3\t23,7\t25,3\t31,3\t27,0\t36,2 Centre du Québec\t34,6\t34,7\t41,0\t33,5\t38,9\t46,1 Régions éloignées\t46,6\t42,4\t38,1\t42,9\t51,8\t44,9 Total\tMontréal\t35,4\t34,2\t29,4\t35,9\t38,3\t39,2 Couronne de Montréal\t48,8\t42,9\t38,9\t43,1\t45,1\t50,8 Périphérie de Montréal\t52,7\t49,4\t42,9\t48,3\t53,5\t60,8 Québec\t46,8\t43,1\t39,0\t44,7\t45,2\t49,6 Outaouais\t22,4\t28,6\t25,2\t32,1\t32,5\t40,3 Centre du Québec\t48,3\t44,6\t43,3\t42,9\t46,7\t56,3 Régions éloignées\t55,9\t49,5\t42,4\t50,3\t58,7\t55,6 Sources : Données fournies par la maison Léger Marketing, d\u2019octobre 1995 à janvier 2003, et par Repère communication, de février 2003 à avril 2005, sondages omnibus, Calculs des auteurs.L'analyse des intentions de vote par régions en 2005 montre une grande similitude avec les intentions qui avaient été observées en 1995, avantle vote du 31 octobre (tableau 5).L'appui donné au OUI est partout comparable à ce qu'il avait été lors du référendum de 1995, sauf en Outaouais où il est en hausse en 2005 et dans la région de Québec où il est cette fois en baisse.Il n'est pas surprenant de noter que l'appui donné au OUI estplus faible en Outaouais qu'ailleurs au Québec, mais il est cependant en augmentation dans cette région par rapporta 1995, au total (40,3%) et en particulier dans le groupementporteur du projet souverainiste (45,1% en 2005).La situation est fort différente dans la grande région de Québec, et cette fois «l'énigme de Québec» touche aussi la classe moyenne francophone.Cette différence se pointait déjà en 1995, mais elle n'était pas significative sur le plan sta- 453 La vie politique Bernard Landrt et Gilles Duceppe au défilé de la Fête nationale.tistique.Ce n'estplus le cas maintenant, puisque le niveau de l'appui au OUI dans le groupe porteur y tourne depuis cinq ans autour de 50%, démarquant ainsi la région immédiate de Québec des autres régions, alors qu'il est en hausse dans les autres types d'électeurs de la même région (les seniors, les inactifs, etc.) sans doute à cause des effets de génération notés plus haut (notamment le remplacement des cohortes âgées).Autrement dit, la classe moyenne francophone qui est active sur le marché du travail dans la région de Québec hésite plus qu'ailleurs à donner un fort taux d'appui au mouvement souverainiste.Comment expliquer l'énigme de Québec?Deux explications complémentaires viennent à l'esprit que nous évoquerons brièvement faute d'espace.La première nous amènerait à examiner les changements qui ont marqué la composition du groupement même des travailleurs de la grande région de Québec.La ville de Québec a en efîètperdu depuis une quinzaine d'années une partie non négligeable de ses jeunes diplômés en début de carrière - la classe d'âge des 25-34 y est en régression - partis vers Montréal en majorité y occuper des emplois spécialisés qu'on ne retrouve pas dans la région de la capitale, qui n'a pas un tissu d'emplois bien diversifiés.Une seconde explication tiendrait au fait que les raisons qu'ont les travailleurs et les personnes actives de voter OUI ne seraient pas les mêmes à Montréal, dans les régions et à Québec.Nous croyons que la situation des électeurs du type I de 454 Québec est dans la continuité de celle des électeurs de l'Outaouais, mais à un moindre degré: là où ces derniers ont des raisons de supposer que la souveraineté serait défavorable à leurs perspectives d'emploi, les premiers n'ont aucune raison de supposer qu'elle entraînerait des changements notables; cela se voit à ce que le moindre appui du type I dans ces régions y estplus important chez les jeunes, lesquels ont une plus grande sensibilité à la question des perspectives de l'emploi.Les personnes actives en régions verraient la nécessité de compter sur l'État pour assurer leur développement économique et elles seraientprêtes à se mobiliser pour que cet État québécois ait tous les pouvoirs pour agir.Rappelons que le gouvernement du Parti québécois a énormément investi dans cette perspective, tissant des liens étroits avec les élites régionales, et que l'État fédéral y est moins présent ou visible.Les Montréalais francophones verraient aussi quanta eux des avantages à la souveraineté, depuis l'intégration des immigrants à la majorité francophone jusqu'au développement économique appuyé par un État souverain qui aurait tous les pouvoirs pour le faire.Les travailleurs de la région de Québec, quant à eux, sentiraient moins qu'en région le besoin d'un État fort pour assurer leur développement (la présence de «l'appareil gouvernemental » leur étant en quelque sorte assurée), et ils seraient moins sensibles que les Montréalais à la menace qui pèserait sur le français ou à la nécessité de se donner un État mieux placé pour assurer l'intégration des nouveaux arrivants à la majorité francophone.Et maintenant?11 ressort de l'analyse par types d'électeurs et par générations deux constats.Tout d'abord, les nouvelles cohortes de jeunes Québécois sont davantage acquises au projet souverainiste que les précédentes.En fait, d'une génération de jeunes à une autre, l'appui donné au projet de René Lévesque s'amplifie.Ensuite, le sentiment souverainiste demeure marquant au sein des diverses générations d'électeurs lorsqu'elles vieillissent et les électeurs conservent leurs convictions en changeant de tranche d'âges.Cela donne une base solide sur laquelle repose l'action du mouvement souverainiste et cela signifie que la probabilité de voter OUI va augmenter chez les seniors dans les prochaines années.Mais il faut aussi dépasser l'explication par la morphologie et par le remplacement des générations, afin d'insister sur le fait que le mouvement sou- Gérald Larose La vie politique verainiste est aussi un mouvement social.Il est animé par un fort groupement de personnes - qui forment la classe moyenne francophone active au sens très large - capable de se mobiliser en faveur du OUI comme il l'a fait durant la campagne référendaire de 1995, capable aussi de se démobiliser pour sanctionner le parti politique qui porte le projet souverainiste sur la scène politique québécoise lorsque cela ne fait pas son affaire, capable enfin de faire élire un fort contingent de députés du Bloc québécois à Ottawa.Loin d'être moribond comme le donne une lecture trop rapide de la situation, le mouvement souverainiste québécois est au contraire une force tranquille, dormante peut-être au moment de célébrer le dixième anniversaire du référendum de 1995, mais qui conserve tout son potentiel de changement sur le plan politique.Notes 1 Mentionnons ici que l\u2019expérience enseigne que la proportion de OUI fermes (ou de NON dans le cas de Charlottetown) exprimés dans les sondages pré-référendaires sous-estime l\u2019appui réel que l\u2019on observe le jour du vote.Bien que l\u2019estimation ne soit pas notre but, la signification d\u2019un niveau donné d\u2019appui à la souveraineté, et celle des variations de ce niveau, ne sont certes pas indifférentes à notre étude.Nous tenons donc, en général, la proportion de OUI fermes livrée par un sondage pour un indicateur: a) qui ne nous dit pas quel aurait été le niveau atteint par le vote souverainiste quelques jours plus tard, b) mais qui nous montre avec certitude quelle aurait été, au minimum, sa valeur.456 Le bilan de l\u2019année politique Un leadership en crise Michel David Chroniqueur, Le Deuoir Jean Charest Aussi bien à Québec qu\u2019à Ottawa, l\u2019année 2005 est marquée par une véritable crise du leadership.Les révélations de la commission présidée par le juge John Gomery qui expose les détails du scandale des commandites éclaboussent l\u2019ensemble de la classe politique.Après une première moitié de mandat déjà difficile, le gouvernementlibéral dirigé par Jean Charest semble incapable de se ressaisir et multiplie les décisions controversées.Au moment où le gouvernement et le premier ministre lui-même battent des records d\u2019impopularité, la contestation larvée qui minait l\u2019autorité du chef du Parti québécois, Bernard Landry, depuis sa défaite aux élections générales du 14 avril 2003, le force à démissionner de façon dramatique au congrès de juin.À l\u2019automne 2004, l\u2019avenir semble pourtant plus prometteur pour les La vie politique Yves Séguin libéraux du Québec.Annoncé de façon totalement improvisée en début d\u2019année, le Forum des générations, qui se réuni t finalement à Saint-Augustin-de-Desmaures les 12,13 et 14 octobre, se révèle un succès médiatique à défaut d\u2019accoucher de mesures concrètes.Après dix-huit mois de dialogue de sourds, le gouvernement donne enfin l\u2019impression de s\u2019être mis à l\u2019écoute de la société civile.Il est malheureusement incapable de capitaliser sur ce succès.La dure réalité d\u2019une situation financière qui demeure très précaire a tôt fait de le rattraper.Au début de septembre, l\u2019entente « historique » sur le financement des soins de santé a pu laisser croire à la possibilité d\u2019une nouvelle ère de collaboration entre Québec et Ottawa.À la fin d\u2019octobre, une deuxième conférence des premiers ministres a l\u2019effet d\u2019une douche glacée.La délégation québécoise en espérait de sérieuses améliorations au programme de péréquation mais elle rentre les mains pratiquement vides.Le ministre des Finances, Yves Séguin, dont le prochain budget s\u2019annonce problématique, laisse éclater sa frustration devant un groupe de journalistes, accusant le gouvernement fédéral de s\u2019être comporté comme une sorte de Dracula ayant sciemment monté les autres provinces contre le Québec pour mieux le saigner.Cette nouvelle sortie de l\u2019incontrôlable grand argentier irrite au plus hautpoint l\u2019entourage du premier ministre.Déjà, la rumeur annonce son limogeage prochain.Le 17 novembre, après un an de tergiversations, le ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, annonce officiellement l\u2019abandon du projet de centrale thermique du Suroît qui a fait pratiquement l\u2019unanimité contre lui.Un mois plus tard, son collègue de l\u2019Environnement, Thomas Mulcair, dépose un avant-projet de loi sur le développement durable qui lui vaut un concert de louanges dans les milieux écologiques.Le gouvernement Charest se serait-il réellementmis à l\u2019écoute de la population?La descente aux enfers Au début de 2005, la planète tout entière est bouleversée par le tsunami qui frappe l\u2019Asie du Sud-EsL Les Québécois sont émus eux aussi par les images de détresse qui leur parviennent quotidiennement et sont choqués par l\u2019apparente pingrerie du gouvernement Charest qui annonce une aide famélique de 100 000$.C\u2019est le début d\u2019une véritable descente aux enfers qui, en six mois, va reléguer le PLQ au troisième rang dans les intentions de vote.Le 13 janvier, Le Devoir révèle que le ministre de l\u2019Éducation, Pierre Reid, a autorisé la conclusion d\u2019ententes en catimini entre deux commissions scolaires et cinq écoles privées juives qui va leur permettre d\u2019être entièrement subventionnées par l\u2019État.Au total, une quinzaine d\u2019écoles pourraient s\u2019en prévaloir au coût de 10 millions.L\u2019objectif est de permettre une meilleure intégration de la communauté juive à la société québécoise, plaide M.Reid.La consternation et la réprobation sont d\u2019autant plus grandes que les écoles privées catholiques ne sont subventionnées qu\u2019à hauteur de 60%.Des informa- 458 La vie politique tions, vivement niées par le gouvernement, veulent que cette entente soit intervenue peu après que la communauté juive ait versé 750 000 $ à la caisse du PLQ.On apprend également que la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, a refusé d\u2019autoriser le paiement de ces 10 millions et qu\u2019on a profité de son absence pour faire signer le décret par le vice-président du Conseil du Trésor, également ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon.Ni le conseil des ministres ni le caucus des députés libéraux n\u2019ont été informés de cette décision.Malgré le tollé, le premier ministre la défend vivement en conférence de presse.Moins de vingt-quatre heures plus tard, sous la pression de ses députés incapables de justifier une telle mesure auprès de leurs commettants, il fait volte-face : « Il est clair que l\u2019adhésion que nous avions anticipée n\u2019était pas au rendez-vous», reconnaît-il.Les députés libéraux eux-mêmes n\u2019ar-riventpas à comprendre commentleur chef a pu commettre pareille erreur de jugement.Si lui-même ne trouvait pas la chose incongrue, ce qui était déjà inquiétant, M.Charest aurait dû savoir d\u2019instinct que la population ne l\u2019accepterait pas.Cette bourde monumentale fait déraper un autre dossier dans lequel le premier ministre s\u2019estdéjà commis.Le 23 juin 2004, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, avait annoncé qu\u2019il entendait suivre les recommandations du comité présidé par deux anciens premiers ministres, Brian Mulroney et Daniel Johnson, et que le futur Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM) s\u2019installerait finalement sur l\u2019emplacement de l\u2019hôpital Saint-Luc, plutôt qu\u2019au 6000 rue Saint-Denis comme l\u2019avait jadis décidé le gouvernement péquiste qui n\u2019avait cependant jamais donné le feu vert au début des travaux.À l\u2019époque, le recteur de l\u2019Université de Montréal, Robert Lacroix, s\u2019était rallié au projet du 6000 Saint-Denis mais la perspective d\u2019un CHUM au centre-ville, qu\u2019il juge contraire aux intérêts de son université, l\u2019incite à présenter un tout nouveau projet Pourquoi ne pas installer le CHUM sur le site de la gare de triage du CP, à Outremont, et y déménager les facultés de la santé de son université ?En novembre, fort de l\u2019appui de Paul Desmarais et du monde des affaires, M.Lacroix se lance publiquement en campagne pour vendre son projet de « technopole de la santé et du savoir».Un nouvel avis demandé à M.Johnson, assisté cette fois de l\u2019ancien président de la Régie régionale de la santé de Montréal, Marcel Villeneuve, conclut toutefois que l\u2019emplacement de l\u2019hôpital Saint-Luc demeure plus avantageux que celui d\u2019Outremont, principalement en raison des coûts et des questions de sécurité.Le rapport d\u2019un comité interministériel, que le gouvernement refuse de rendre public, en est arrivé à la même conclusion.Le 7 janvier 2005, le premier ministre annonce pourtant la création d\u2019un autre comité d\u2019experts, dirigé par Guy Saint-Pierre et Armand Couture.Il ne s\u2019agit plus de choisir entre deux emplacements mais entre deux projets différents, explique M.Charest, qui veut maintenant qu\u2019on tienne compte de la Après une première moitié de mandat déjà difficile, le gouvernement libéral dirigé par Jean Charest semble incapable de se ressaisir.459 La vie politique Philippe Couillard synergie qui résulteraitdu regroupement du CHUM et des facultés de l\u2019université.Même si le premier ministre met tout son poids derrière le projet du recteur Lacroix, son ministre de la Santé laisse clairement entendre qu\u2019il préfère le centre-ville et encourage en sous-main les opposants au projet du recteur.Depuis l\u2019affaire des subventions aux écoles privées juives, les députés libéraux doutent du jugement de leur chef et exigent la convocation d\u2019une commission parlementaire.Malgré les assurances données par les nouveaux experts, le projet d\u2019Outremont y est taillé en pièces.M.Charest doit s\u2019incliner : le CHUM ira au centre-ville.Philippe Couillard apparaît comme le grand gagnant de ce bras de fer.Même s\u2019il est en politique depuis moins de deux ans, plusieurs le voient déjà succéder à M.Charest dont l\u2019avenir paraît très incertain.Coups d\u2019épée dans l\u2019eau Malgré les rumeurs qui annonçaient un remaniement ministériel au début de 2005, le premier ministre aurait préféré attendre en juin, sinon à l\u2019automne mais l\u2019insatisfaction chronique à l\u2019endroit de son gouvernement le force à précipiter les choses.Le 18 février, il frappe un grand coup.Les gaffeurs impénitents sont rétrogradés, comme Pierre Reid qui quitte l\u2019Éducation pour un nouveau ministère bidon, les Services gouvernementaux, ou carrément limogés comme Jacques Chagnon (Sécurité publique) et Sam Hamad (Ressources naturelles).Le fait saillant du remaniement es t cependant l\u2019éviction du ministre des Finances, Yves Séguin, qui est à couteaux tirés avec le bureau du premier ministre depuis des mois.Le risque est grand: avec son collègue de la Santé, M.Séguin est un des rares membres du cabinet à bénéficier de l\u2019estime de la population.M.Charest veut cependant en faire un exemple.Il entend que son gouvernement soit désormais placé sous le triple signe de la solidarité, de la discipline et de la cohésion.Il profite de l\u2019occasion pour ressusciter l\u2019ancien comité des priorités, qu\u2019il avait aboli à son arrivée au pouvoir.Le remaniement n\u2019a malheureuse-mentpas l\u2019effet escompté sur l\u2019opinion publique.Celui que le premier ministre a choisi pour recoller les pots cassés par M.Reid à l\u2019Éducation, Jean-Marc Fournier, neparvientpas à désamorcer la crise provoquée par les compressions de 103 millions dans le programme d\u2019aide financière aux étudiants.À la mi-mars, plus de 200 000 d\u2019entre eux envahissent les rues de Montréal, bénéficiant clairement de l\u2019appui de la population.Dans toutes les régions, cégeps et universités sont paralysés à des degrés divers.Depuis 1968, le monde étudiant n\u2019a jamais été plongé 460 dans une telle tourmente.Encore une fois, le gouvernement doit faire volte-face.L\u2019entente qui intervient au début d\u2019avril donne gain de cause aux étudiants.Loin d\u2019avoir donné une nouvelle cohésion au gouvernement, le remaniement semble l\u2019avoir désorienté davantage.Alors que la loi lui fait obligation de présenter ses prévisions de dépenses avantle 31 mars, elles sontre-tardées de plusieurs semaines.De nouvelles rumeurs de compressions budgétaires imposées aux garderies età l\u2019aide sociale alourdissent encore le climat Le successeur de M.Séguin aux Finances, Michel Audet, ardent partisan de nouvelles baisses d\u2019impôt, paraît maintenant hésiter.Le budget qu\u2019il présente finalement le 21 avril constitue un autre coup d\u2019épée dans l\u2019eau.En éditorial, Le Devoir est particulièrement dur : « Le budget le plus inutile présenté depuis longtemps par un gouvernement québécois ».Alors que le PLQ s\u2019était engagé à abaisser les impôts d\u2019un milliard par année, la diminution annoncée est d\u2019à peine 81 millions pour l\u2019année 2005-2006.Les réinvestissements Pauline Marais Bernard Landry promis dans le secteur de la santé ne sont pas davantage au rendez-vous.Comme son prédécesseur, mais de façon plus molle, M.Audet en rejette la responsabilité sur Ottawa qui continue à nier l\u2019existence d\u2019un déséquilibre fiscal au sein de la fédération.La « réingénierie » de l\u2019État, que M.Charest a jadis comparée à une deuxième Révolution tranquille, semble également en panne.Le bilan qu\u2019en dresse à la mi-mai la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, n\u2019impressionne guère.La grande révision d\u2019une soixantaine d\u2019organismes gouvernementaux a conclu à la nécessité d\u2019en abolir.quatre.Une vingtaine d\u2019autres seront fusionnés ou regroupés.Malgré quelques réussites, par exemple la signature d\u2019une entente avec Ottawa sur les congés parentaux, l\u2019impopularité du gouvernement atteint des sommets.En mai, 77% des Québécois et 81 % des francophones s\u2019en disent insatisfaits.De mémoire de sondeur, c\u2019est du jamais vu.À peine deux ans après avoir été porté au pouvoir, le PLQ arrive au troisième rang La vie politique dans les intentions de vote des francophones.Les vieux démons La situation serait encore plus difficile pour les libéraux si le PQ n\u2019avait choisi ce moment pour renouer avec sa riche tradition de querelles entre modérés et radicaux.Déjà très ébranlé depuis la défaite du 14 avril 2003, le leadership de Bernard Landry est mis à dure épreuve.Au conseil national d\u2019août 2004, Pauline Marois n\u2019a pas réussi à provoquer le déclenchement immédiat d\u2019une course à la direction du parti, mais ceux qui souhaitent le départ de M.Landry fourbissent leurs armes en prévision du congrès de juin 2005.Conformément aux statuts du parti, les délégués doivent se prononcer sur son leadership par un vote secret Il alimente lui-même la contestation par une série de déclarations maladroites sur l\u2019échéancier du prochain référendum sur la souveraineté.Pressé par les « purs et durs » qui souhaitent qu\u2019un prochain gouvernementpéquiste pose des « gestes de rupture » avec le Canada avant même la tenue du référendum, M.Landry profite de la tenue d\u2019un autre conseil national, à la mi-octobre, à Sherbrooke, pour s\u2019engager à ce qu\u2019il ait lieu dans la première moitié du mandat.Cette déclaration sème la consternation chez les modérés.Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qui est son plus sûr allié, lui signifie son profond désaccord.Jamais un chef du PQ ne s\u2019est commis à ce point.Face à ce tollé, M.Landry se ravise : le référendum aura lieu « le plus tôt possible», c\u2019est-à-dire lorsqu\u2019il sera convaincu que le OUI pourra l\u2019emporter.C\u2019est le retour aux «conditions gagnantes » évoquées jadis par Lucien Bouchard.Cette fois, ce sont les «purs et durs » qui s\u2019insurgent alors que les modérés se demandent quelle confiance ils peuvent encore accorder à un homme qui virevolte de la sorte.Malgré tout, la grogne finit par s\u2019apaiser.L\u2019impopularité du gouvernement Charest est telle qu\u2019un changement de chef n\u2019apparaît plus comme une nécessité pour redonner le pouvoir au PQ.D\u2019ailleurs, ni Pauline Marois ni François Legault n\u2019arrivent à convaincre les militants péquistes qu\u2019ils offrent une solution de rechange avantageuse.Certes, il y a Gilles Duceppe, auréolé de sa brillante victoire aux élections fédérales de juin 2004, mais le chef du Bloc soutient que M.Landry reste l\u2019homme de la situation.Bien entendu, s\u2019il décidait lui-même de partir.La perspective de devoir d\u2019affronter le souverainiste le plus populaire de l\u2019heure n\u2019enthousiasme pas François Legault qui, sans le dire ouvertement, se résigne à l\u2019idée que son tour n\u2019estpas encore venu.Au début de 2005, les assemblées de circonscriptions puis les congrès régionaux laissent entrevoir qu\u2019un compromis se dessine sur l\u2019échéancier référendaire : la consultation aura lieu « le plus tôtpossible dans le mandat».À l\u2019approche du congrès de juin, Jacques Parizeau lance bien quelques flèches en direction de son ancien ministre.Cependant, après le ralliement de Mme Marois, puis de M.Legault, personne ne doute que M.Landry obtiendra un vote de confiance suffisant pour demeurer en poste.Le 5 juin, au Centre municipal des 462 La vie politique congrès de Québec, c\u2019est la consternation.Le chef du PQ a reçu l\u2019appui de 76,2% des délégués, soit légèrement moins que Lucien Bouchard en novembre 1996.M.Landry monte sur la scène et annonce aux militants qu\u2019il quitte son poste et son siège de député de Verchères.Alors que les sondages prédisent une victoire éclatante du PQ aux prochaines élections et accordent 54% des intentions de vote référendaire au OUI, cet incorrigible parti inflige un insupportable camouflet à son chef, au risque de saboter une conjoncture exceptionnellement favorable.Dans l\u2019immédiat, ce coup de théâtre ne semble pas nuire au PQ, loin de là.Un sondage CROP effectué dans la deuxième moitié de juin lui accorde toujours 20 points d\u2019avance sur les libéraux et situe le OUI 855 %.La question est de savoir si le chefqui sera élu le 15 novembre saura conserver ce momentum.Personne ne s\u2019étonne de la candidature de Pauline Marois qui se met sur les rangs dans les heures qui ont suivi le départ de M.Landry; l\u2019ancienne vice-première ministre attend ce moment depuis vingt ans.Après une période de réflexion visiblement déchirante, Gilles Duceppe annonce que son devoir lui commande de diriger le Bloc québécois lors des prochaines élections fédérales.La grande surprise est le désistement de François Legault dont la situation familiale n\u2019avait encore jamais semblé faire obstacle à ses ambitions politiques.Ces deux absences ouvrent toute grande la porte à André Boisclair qui fait rapidement son deuil de son nouvel emploi à Toronto et devient aussitôt le grand favori.La liste s\u2019allonge rapidement : l\u2019ancien secrétaire général du gouvernement Lévesque, Louis Bernard, que personne n\u2019attendait; Richard Legendre qui hérite d\u2019une bonne partie de l\u2019organisation de son ami Legault ; l\u2019ancien député bloquiste de Chambly, Ghislain Lebel, «pur etdur » notoire qui avait été expulsé de son parti ; l\u2019actuel député péquiste de l\u2019Assomption, Jean-Claude Saint-André, qui fait également partie de l\u2019aile radicale ; Pierre Dubuc, rédacteur en chef de L\u2019Aut\u2019Journal, qui se veut la voix de la gauche ; un ancien ministre de René Lévesque, Gilbert Paquette ; l\u2019ancien chef du Parti Vert, Jean Ouimet et quelques autres encore.Pendant tout l\u2019été, une ombre plane, celle de Bernard Landry qui n\u2019en finit plus de regretter d\u2019être parti sur un coup de tête et suppute ses chances d\u2019effectuer un retour victorieux malgré les sarcasmes qui l\u2019attendent.À sa grande déception, personne ne lui demande de revenir, sauf ses vieux amis.Dans une déclaration très dure, André Boisclair lui fait cruellement sentir que l\u2019heure de la retraite a sonné.Le 16 août, il confirme que sa retraite est définitive.Un simple communiqué de presse met tristement fin à une carrière politique de quarante ans.Un automne chaud En attendant de connaître l\u2019identité de son prochain vis-à-vis péquiste, le premier ministre Charest se prépare à un automne chaud.Depuis deux ans, son gouvernement est à couteaux tirés avec le monde syndical.Les négociations pour le renouvellement des conventions collectives, échues depuis juin 2003, dans les secteurs public et parapublic s\u2019annoncent particulièrement dures.Au début d\u2019août, à l\u2019occasion du congrès de la commission jeunesse de son parti, 463 La vie politique \\ Ralph Klein et Jean Charest M.Charest réitère que l\u2019offre d\u2019une hausse de 12,6 % sur une période de six ans, incluant les rajustements au titre de l\u2019équité salariale, n\u2019est pas négociable.Les syndicats réclament 12,5 % sur trois ans, en sus de l\u2019équité salariale.L\u2019issue de cet affrontement pourrait déterminer l\u2019avenir du premier ministre.Au printemps 2006, le gouvernement entrera dans la quatrième et dernière année de son mandat normal de trois ans.Si, entre-temps, les chances de victoire du PLQ ne se sont pas améliorées de façon significative, les pressions pourraient être fortes pour qu\u2019il cède sa place à Philippe Couillard.Le front des relations fédérales-provinciales s\u2019annonce également très animé.Le gouvernement Charest, qui espérait que le départ de Jean Chrétien se traduirait par une plus grande ouverture aux revendications québécoises, a été très déçu par Paul Martin.La plus récente rebuffade est survenue en juin lorsque Ottawa a refusé d\u2019approuver l\u2019entente sur l\u2019adoption internationale intervenue entre le Québec.Les négociations sur la place du Québec au sein des organismes internationaux, pierre angulaire de la politique constitutionnelle du PLQ, sont au point mort.Les sondages indiquent maintenant que le Parti libéral du Canada pourrait retrouver sa majorité à la Chambre des communes sans faire de gains additionnels au Québec, ce qui rend le gouverne-mentMartin moins sensible aux revendications québécoises.Le 2 septembre, le ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre Pettigrew, jette une douche froide sur les espoirs du gouvernement Charest en décrétant que la mondialisation rend caduque la doctrine Gérin-Lajoie, doctrine sur laquelle sont fondées les prétentions internationales du Québec depuis quarante ans.Le Canada doit plus que jamais parler d\u2019une « voix unique », affirme-t-il.Le problème du déséquilibre fiscal, dont le gouvernement Martin nie toujours l\u2019existence, demeure également entier.À l\u2019instigation de M.Charest, les premiers ministres des provinces, réunis à Banff en août, se sont entendus pour réclamer du gouvernement fédéral des transferts additionnels de 2,2 milliards dont 700 millions iraient au Québec pour le financement de l\u2019en-seignementpostsecondaire.Pour en arriver à ce consensus, M.Charest a accepté le principe d\u2019une « stratégie pancanadienne d\u2019éducation et de formation professionnelle».La même stratégie appliquée au financement de la santé lui avait valu un succès certain en septembre 2004, alors qu\u2019il avaitpu présenter la signature d\u2019une entente distincte entre Ottawa et Québec comme la reconnaissance du principe de l\u2019asymétrie au sein de la fédération.Cette fois-ci, Ottawa rejette d\u2019entrée de jeu les demandes des provinces.Le seul chef des trois partis représentés à l\u2019Assemblée nationale dont personne ne conteste le leadership est Mario Dumont Peut-être devrait-il s\u2019en inquiéter.Après sa déconfiture aux élec-tions d\u2019avril 2003, l\u2019Action démocratique du Québec a repassé la barre des 20% dans les sondages, mais son virage populiste et « autonomiste » n\u2019a convaincu pratiquement personne qu\u2019elle peut constituer une option valable de gouvernement 464 La vie politique L\u2019héritage de Bernard Landry Graham Fraser Journaliste, The Toronto Star L\u2019évènement reste une surprise même quelques mois plus tard.Assuré d\u2019un vote de confiance déterminant au congrès du Parti québécois de juin 2005, Bernard Landry laisse savoir qu\u2019il quittera le leadership s\u2019il ne reçoitpas l\u2019appui d\u2019au moins 80 % des délégués.Personne ne croit que cela puisse arriver ; un nombre considérable d\u2019observateurs politiques qui se fontun devoir d\u2019assister aux moments historiques de la politique québécoise prennent congé, tous convaincus que le congrès de la fin de semaine des 4 et 5 juin sera sans intérêt Ils ont eu tort.Avec un score de 76,2 %, Landry démissionne, dévasté par son erreur de prévision : «Je suis désolé de vous faire cela», dit-il aux délégués.« Ça me brise le cœur de vous le dire, mais je le fais au nom de l\u2019intérêt national.Je le fais par respect de la démocratie.» À deux décimales près, c\u2019est un score identique à ce que Lucien Bouchard avait obtenu au congrès de 1996 d\u2019un parti encore tiraillé par le débat linguistique, et toujours amer après la défaite référendaire, un an au- 465 La vie politique paravant.Pour Bernard Landry, qui a toujours cherché à être un pont entre les modérés et l\u2019aile radicale du parti, c\u2019est l\u2019échec.Ce n\u2019est pas la fin des surprises.Gilles Duceppe, pressenti depuis longtemps comme successeur naturel de Landry, se désiste ; le timing n\u2019est pas bon.Il se rend compte que le mouvement souverainiste court le risque d\u2019avoir deux courses au leadership en même temps - une pour le Parti québécois, l\u2019autre pour le Bloc québécois - et se trouver avec deux leaders sans expérience dans les prochaines élections.La survie du gouvernement minoritaire de Paul Martin au printemps a mis fin à la possibilité pour Duceppe de passer à la scène québécoise peu de temps après une victoire historique au fédéral.Louis Bernard, grand fonctionnaire, expert constituaonaliste et ancien collaborateur de René Lévesque, annonce sa candidature.François Legault, qui avait une machine prête à partir, renonce à la course.André Boisclair revient de Harvard et devient immédiate-ment le candidat préféré.Pauline Marois, malgré son expérience dans tous les ministères de grande envergure, traîne derrière.Richard Legendre, mieux connu en tennis qu\u2019en politique, se présente.Et la liste s\u2019allonge pendant l\u2019été.Si cela ne suffisait pas, Bernard Landry laisse savoir qu\u2019il réfléchit à la possibilité d\u2019un retour en politique, pour se succéder à lui-même ! Certains l\u2019encouragent, d\u2019autres rigolent, disant que Landry risque de « se JoeClarkiser » - c\u2019est-à-dire, de chercher le leadership qu\u2019il a déjà abandonné et de perdre « Je me rappelle qu\u2019on me disait \u201cLt.Landry, speak English! It\u2019s an order!\u201d» comme l\u2019avait fait l\u2019ancien chef conservateur - ce qui serait une humiliation totale pour un homme non dépourvu d\u2019orgueil et d\u2019amour-propre.Finalement, de toute évidence à contre-cœur, après un été de consultations, de pétitions reçues et de commentaires polis mais fermes de la part de plusieurs dans le parti, Landry résiste à la tentation de revenir chercher le poste qu\u2019il a abandonné sur un coup de tête.Nationaliste avant l\u2019heure Le téléroman estival a occulté un peu l\u2019héritage de Bernard Landry, laissant planer la possibilité que certains chapitres de sa vie politique resteraient encore à écrire.Il est certain que malgré son amertume, ses bagages sont déjà assez pleins, à l\u2019âge de 68 ans, pour qu\u2019on puisse parler avec confiance de ce qu\u2019il a déjà laissé au Parti québécois et à la société québécoise.Ses réussites vont rester.À l\u2019ère des réseaux d\u2019information en continu, on ne s\u2019arrête pas assez souvent pour faire le bilan des hommes politiques, préférant passer tout de suite au prochain.Jean-Bernard Landry est né le 9 mars 1937 et a passé son enfance à Saint-Jacques de Montcalm, un village près de Joliette.Comme étudiant, il fréquente le Séminaire de Joliette, tout comme Jean Chrétien, quelques années plus âgé que lui.Politicien avant l\u2019heure, il fonde l\u2019association des étudiants au collège.Déjà nationaliste, il se fait recruter par l\u2019Ordre de Jacques Cartier, le réseau nationaliste secret, surnommé La Patente.Plus tard, Landry minimise l\u2019importance de ce geste, me disant que c\u2019étaitpresque automatique.De plus, insiste-t-il, il avait abandonné le principe « d\u2019Achat Chez 466 Nous » (mot d\u2019ordre de la Patente) pour embrasser le libre échange.Mais boutade à part, on ne doit pas sous-estimer la portée de l\u2019adhésion d\u2019un étudiant collégial à l\u2019Ordre: d\u2019abord, il était reconnu pour son talent et son potentiel par ses aînés de l\u2019élite locale et, comme Obélix, c\u2019est tout petit qu\u2019il était tombé dans la potion magique de la mouvance nationaliste.En plus, bien que son nationalisme ait évolué au cours des décennies pour devenir plus ouvert et accueillant, il restait marqué par l\u2019imaginaire et le vocabulaire de « la nation » comme un concept presque sacré ; les mots « nation », « national » et « patrie » sont répétés dans ses discours comme les relents d\u2019un chapelet qu\u2019on récite dans les moments de réflexion.Cette foi profonde le laissait souvent totalement incapable de comprendre ceux qui ne l\u2019avaient pas.À la même époque, Landry s\u2019est joint au Canadian Officers\u2019 Training Corps (le bilinguisme n\u2019existait pas dans les Forces armées canadiennes à l\u2019époque), et devint un officier dans la réserve, membre du Régiment de Joliette, le 83e bataillon de l\u2019infanterie.« Je menais une lutte pour la langue française », me dira-t-il plus tard.« Je me rappelle qu\u2019on me disait \u201cLL Landry, speak English! It\u2019s an order !\u201d » L\u2019expérience a marqué Landry : la posture, la discipline, le zèle organisationnel, la détermination de s\u2019emparer du leadership, un vocabulaire rempli de métaphores militaires et une appréciation de la stratégie et de la tactique en toute situation de conflitdemeurent visibles chez lui.Et son affection pour la chose militaire perdure ; en contraste avec ses camarades qui fuyaient les forces armées aussitôt les frais de scolarité acquittés, Landry y reste; il est officier de la réserve à Joliette pendant dix ans, jusqu\u2019aux années 1970.Il arrive en ville nationaliste, de la tradition de Lionel Groulx et marqué par le conservatisme d\u2019une petite ville et d\u2019un petit collège des années 1950.Les étudiants qu\u2019il rencontre à l\u2019Université de Montréal - Jacques Girard, futur sous-ministre, et Pierre Marois, futur ministre, vont modifier son conservatisme; Marois est urbain et fils de syndicaliste.L\u2019AGEUM, l\u2019UGEQ, la Ligue des droits de l\u2019Homme Après un début plutôt malheureux à la Faculté de Médecine, Landry s\u2019inscrit en droità l\u2019Université deMontréal où il suit des cours de Pierre Elliott Trudeau.En 1962, en troisième année de droit, Landry devient président de l\u2019Association générale des étudiants de l\u2019Université de Montréal (l\u2019AGEUM).Avec Marois - plus émotif, plus charismatique, mais moins dur - comme allié, Landry entreprend une opération visant à transformer la politique étudiante d\u2019une association sociale et presque folklorique en mouvement quasi syndical.En novembre 1962, le président de la Canadian National Railways, Donald Gordon, est questionné en Commission parlementaire à Ottawa par le député créditiste Gilles Grégoire sur l\u2019absence de cadres francophones dans la société d\u2019État.Gordon a la maladresse de répondre qu\u2019il n\u2019y a pas de Canadiens Français suffisamment qualifiés pour être cadres.La remarque provoque des manchettes et des manifestations.Le 11 décembre 1962, Landry La vie politique etMarois organisent une manifestation massive devant le siège social de la compagnie de chemin de fer ; avec quelques collègues de l\u2019AGEUM, il sont invités à rencontrer Gordon dans son bureau ; à la sortie, Gordon a l\u2019air d\u2019un vieux fatigué et dépassé ; les étudiants sont calmes et confiants.Pour la première fois, la photo de Bernard Landry est à la une du Globe and Mail.La présidence de Bernard Landry représente plus qu\u2019une manifestation monstre, aussi réussie qu\u2019elle soit II organise une caisse étudiante, crée un régime de bourses et implique l\u2019association dans les grandes questions du jour.Comme dit son biographe Michel Vastel, «l\u2019association qui regroupe les 7000 étudiants de l\u2019Université de Montréal s\u2019éloigne de plus en plus de son modèle corporatiste pour épouser la forme d\u2019un vrai syndicat d\u2019étudiants ».En plus, il met en place les jalons qui mèneront à la création de l\u2019Union générale des étudiants du Québec (l\u2019UGEQ), cette organisation qui va former toute une génération de politiciens, de fonctionnaires, de conseillers politiques et de gens d\u2019affaires, une génération qui va de Landry etMarois à Claude Charron, Gilles Duceppe et Louise Harel, du dernier exécutifde 1968-1969.C\u2019est d\u2019ailleurs une ironie de l\u2019histoire qui fait que pendant la grève des étudiants en 1968, le gouvernement du Québec fait appel à un jeune fonctionnaire pour négocier avec les leaders étudiants et c\u2019est le fondateur de l\u2019UGEQ, Bernard Landry, qui négocie avec Charron, Duceppe et Harel.Après l\u2019université, Landry travaille brièvement pour La ligue des droits de l\u2019homme - dont il était cofondateur avec Trudeau - avant d\u2019aller à Québec, travailler pour René Lévesque.Lorsqu\u2019il arrive à son bureau pour sa première journée de travail en 1963, il voit que, dans le bureau qui lui a été attribué, il y a une table de travail avec une plaque de verre brisée au milieu.La secrétaire lui explique que, quelques jours plus tôt, en réunion avec les représentants de la compagnie Quebec North Shore, M.Lévesque réagit mal aux menaces de la compagnie face à sa politique, et brise la vitre avec un coup de poing.Le secrétaire offre de la faire remplacer.«N\u2019en faites rien Madame, cela va me rappeler quelle est la politique de la maison», répond M.Landry.Candidat péquiste en 1970 Après un séjour à Paris pour se perfectionner en économie et politique - où il se trouve en compagnie de Marois, d\u2019Yves Duhaime et de Jacques Léonard, tous des futurs collègues ministériels -, il revient à Québec en 1967 pour devenir fonctionnaire, dans la division de la planification du ministère des Ressources naturelles.Il travaille sur des dossiers comme Rexfor, SOQUIP et SOQUEM, toutes des initiatives de l\u2019État dans l\u2019économie québécoise, mais, convaincu que le gouvernement de l\u2019Union nationale ne poursuivrait pas ce chemin, il démissionne pour pratiquer le droit à Joliette.Il se présente pour le Parti québécois en 1970 et perd - mais sa campagne est filmée par Denys Arcand pour son film Québec : Duplessis et après.Après sa deuxième défaite, il déménage à Montréal et pratique le droit- et continue de militer dans le parti, il est l\u2019allié indéfectible de René Lévesque dans les batailles intestines du parti.Le 15 novembre 1976, il est élu député 468 La vie politique dans la circonscription lavalloise de Fabre et devient ministre d\u2019État du Développement économique.C\u2019est dans ce poste-là qu\u2019il laissera une grande marque dans le Québec moderne, car il est le parrain de deux rapports approfondis qui auront une influence structurante sur l\u2019avenir: Bâtir le Quebec et Le virage technologique.Vingt ans plus tard, avec la construction de la Cité du commerce électronique à Montréal, on voitl\u2019importance cruciale de ces politiques qui définissent les grandes lignes de la nouvelle économie montréalaise.Pendant les neuf ans du gouvernement Lévesque, Landry établit aussi ses propres grandes lignes qui définissent son comportement d\u2019homme politique.Il est un des rares politiciens hétérosexuels de l\u2019époque à être tout à fait à l\u2019aise avec les homosexuels (contrairement à Lévesque) et a l\u2019habitude d\u2019en engager dans son cabinet: «Ils n\u2019ont pas de famille, et ils travaillent tout le temps », avoue-t-il candidement en privé, ajoutant «.saufquand ils vivent une crise amoureuse ».Nationaliste profond et classique, il engage quand même aussi des anglophones dans son cabinet - dont David Levine -, et fait un grand effort pour côtoyer la communauté juive.C\u2019est l\u2019homme du parti - et il essaie de jouer le rôle de médiateur et de conciliateur entre Lévesque et les militants de Montréal-Centre qui irritent royalement le chef.Mais lorsqu\u2019il fallait choisir, pendant la crise du gouvernement à l\u2019automne du 1984, quand le tiers du conseil des ministres a démissionné, il restait loyal au chef.Économiste, il est partisan du libre-échange, mais il continue à croire au rôle pri- mordial de l\u2019État comme intervenant majeur et stratégique dans l\u2019économie.Et, sans utiliser la phrase qu\u2019il répète ad nauseam vingt ans plus tard, il ne se lance jamais dans des luttes sans l\u2019assurance morale qu\u2019il va gagner.Donc, après la retraite forcée de Lévesque en 1985, il constate que non seulement il ne gagnera pas le leadership contre Pierre Marc Johnson, mais aussi qu\u2019il risque de finir derrière Pauline Marois.Il se désiste alors et, bon soldat, devient ministre des Finances pour quelques mois avant d\u2019être battu aux élections de l\u2019automne 1985.Pour le libre-échange Landry ne revient en politique formelle-ment qu\u2019en 1989 - mais, en exil de l\u2019Assemblée nationale, il n\u2019abandonne pas la politique pour autant Pendant le débat sur le libre-échange en 1987 - 1988,\til joue un rôle très important au Québec en donnant son appui indéfectible au projet de Brian Mulroney, alors premier ministre fédéral.Il est toujours disponible pour le Parti québécois, comme orateur aux assemblées de comté, comme conférencier et comme porte-parole.Entre les entrevues, il enseigne à l\u2019UQAM, apprend l\u2019espagnol et enseigne au Mexique.De retour en politique électorale en 1989,\til devient pour Jacques Parizeau ce qu\u2019il était pour Lévesque et ce qu\u2019il sera pour Lucien Bouchard: l\u2019homme de confiance et l\u2019homme de réconciliation avec les éléments divers du parti.Quand Parizeau devient premier ministre en 1994, Landry devient vice-pre- II est le parrain de deux rapports approfondis qui auront une influence structurante sur l\u2019avenir : Bâtir le Québec et Le virage technologique.469 La vie politique Comme premier ministre, sa grande réussite, celle qui restera, sera la Paix des Braves.mier ministre, ministre d\u2019É tat de l\u2019Économie et des Finances, ministre du Revenu - et la voix de la prudence.De façon mémorable, au printemps 1995, il utilise son savoir militaire en faisant allusion à un incident de la guerre de Crimée au XIXe siècle : je ne veux pas servir de numéro deux dans la charge de la brigade légère, dira-t-il, faisant référence au massacre d\u2019une brigade de la cavalerie britannique par l\u2019artillerie russe après une charge suicidaire.Encore une fois, il ne voulait pas entreprendre une bataille sans l\u2019assurance morale de la gagner.Toujours bon soldat, il reste loyal, non seulement à la stratégie référendaire qu\u2019il aide à façonner, mais aussi au nouveau chef, Lucien Bouchard, choisi après le départ soudain de Parizeau suivant la défaite si serrée du référendum.Toujours ministre des Finances, il est l\u2019artisan du déficit zéro - et réussit à garder pour lui les outils centraux de l\u2019État, tout comme Parizeau faisait, quinze ans plus tôt.Résigné à finir sa carrière politique comme lieutenant loyal et maître d\u2019œuvre de la machine gouvernementale, il est étonné par l\u2019occasion qui lui est offerte avec la démission surprise de Bouchard, en janvier 2001.Il fait tout pour s\u2019assurer qu\u2019il n\u2019y aura pas de course à la chefferie, mais même avant de devenir chefj son cheminement serein vers le poste de premier ministre estper-turbé par un incident colérique : il explose contre la présence du drapeau canadien à Québec, le traitant de chiffon rouge.(Plus tard, le scandale des commandites rendra sa colère plus généralisée.) Comme premier ministre, sa grande réussite, celle qui restera, sera la Paix des Braves.Il réussit à se mettre sur la même longueur d\u2019ondes que les autochtones qui, comme lui, ont un sens aigu du concept de « la nation ».Mais en plus de signer avec les Cris, il a réussi davantage : il a reçu l\u2019appui du grand chefTed Moses pendant les élections de 2003.Ce n\u2019est pas une mince affaire, ni une réussite purement partisane : c\u2019était la première fois qu\u2019un chef autochtone d\u2019une telle importance s\u2019impliquait dans des élections québécoises - un précédent d\u2019engagement autochtone avec des implications importantes pour la démocratie québécoise.Audi alteram partem Les élections de 2003 représentent un paradoxe dont Jean-Claude Labrecque n\u2019a présenté qu\u2019une partie dans son documentaire À hauteur d\u2019homme : le politicien formel, harcelé par des journalistes qui décortiquaient ses phrases de mantra si soigneusement construites, piégé par des interventions rapportées partiellement et à la pièce de Jacques Parizeau.Le portrait, aussi sympathique soit-il, présente le dernier premier ministre du Québec issu des collèges classiques : quand il subit une interrogation féroce des journalistes sur les propos de Parizeau (des propos que Jean Charest a habilement lancés à Landry en plein débat télévisé, laissant entendre que l\u2019ancien premier ministre a répété sa gaffe de la soirée référendaire sur l\u2019argent et des votes ethniques), Landry répond, non pas deux fois, non pas trois fois, mais sept fois avec la phrase « audi alteram partem » : écoutez l\u2019autre partie.Plus tard, un humoriste dira à la radio qu\u2019il était souverainiste, mais qu\u2019il n\u2019aimait pas 470 Bernard Landry « parce que le latin n\u2019est pas la langue officielle du Québec ».Mais le film, doublement cruel en étant sympathique, a laissé dans l\u2019ombre la réussite considérable de Landry.Un an plus tôt, le Parti québécois était en troisième position ; les électeurs étaient fatigués du poids de l\u2019État: les taxes, les règlements, la bureaucratie, les formulaires, l\u2019engorgement dans les salles d\u2019urgence.Le succès des Invasions barbares - de ce même Denys Arcand qui a suivi le début électoral de Landry -était, en présentant l\u2019image que les Québécois avaient de l\u2019État après des années des compressions budgétaires, un mélange de médiocrité, de surcharge, d\u2019égoïsme, de délabrement et de corruption.En préparant la campagne de 2003, Landry a souligné la réconciliation travail-famille par le congé parental et l\u2019amélioration des garderies à cinq dollars.C\u2019était le visage humain de l\u2019État, le PQ a réussi à déclencher la campagne en avance dans les sondages, et à passer vingt-deux jours de campagne avec 15 points d\u2019écart entre le PQ et les libéraux.La réussite de Charest était de faire sortir le Bernard Landry qu\u2019on n\u2019aimait pas : le souverainiste érudit qui laisse tomber des citations en latin avec un petit sourire d\u2019autosatisfaction.La réussite de Bernard Landry - celle qui a miné le mandat et l\u2019agenda de Jean Charest dès son début - était de rappeler aux Québécois qu\u2019ils aimaient l\u2019État social qu\u2019ils avaient construit.Le seul problème : ils ne voulaient plus que Bernard Landry le dirige.Pendant le mois d\u2019août de 2005, le cœur brisé une deuxième fois, Bernard Landry conclut, comme le Parti québécois l\u2019avait fait, qu\u2019il serait dommage que son téléroman d\u2019été - le jeu de suspense autour de sa tentation de revenir - occulte la contribution majeure qu\u2019il a faite au Québec pendant plus que quarante ans.Graham Fraser est correspondant national à Ottaiva pour le Toronto Star.Il est l\u2019auteur du livre Le Parti québécois (Libre Expression, 1984) et Vous m\u2019intéressez.: chroniques (Les Éditions Boreal, 2001). La vie politique L'état des finances du Québec souverain La « souveraineté payante » ?Robert Dutrisac Correspondant parlementaire à l'Assemble'e nationale, LeDeuoir En mai 2005, Bernard Landry, alors chef du Parti québécois à un mois d\u2019un vote de confiance qui lui apparaissait faussement comme une simple formalité, et François Legault, député de Rousseau et porte-parole en matière de finances de l\u2019Opposition officielle, ont présenté l\u2019état des finances d\u2019un Québec souverain.D\u2019une province qui fait face à des déficits structurels, le Québec, une fois devenu souverain, se François Legault transformerait en un pays prospère, recueillant, en cinq ans, 17,1 milliards de plus que s\u2019il était resté dans la fédération canadienne.Après le fédéralisme rentable de Robert Bourassa, François Legault développait le thème de la « souveraineté payante ».L\u2019encre à peine séchée sur le document de quarante-huit pages, les critiques fédéralistes ont fusé en dénonçant le caractère «jovialiste» de l\u2019analyse péquiste : « C\u2019est Alice au pays des merveilles», s\u2019est exclamé le ministre des Finances, Michel Audet « C\u2019est une hypothèse euphorique » qui ne tient pas compte de l\u2019incertitude créée par «l\u2019un des plus importants bouleversements politiques de l\u2019histoire de l\u2019Amérique du Nord » a écrit l\u2019éditorialiste en chef du quotidien La Presse, André Pratte.Au départ, Bernard Landry n\u2019était pas convaincu qu\u2019il fallait tabler sur cette étude pour faire avancer la souveraineté.Il gardait un fort mauvais souvenir du budget de l\u2019an 1 que le PQ avait concocté lors de la campagne électorale de 1973.Mal préparé, Jacques Parizeau avait trébuché lors du débat télévisé qui l\u2019avait opposé à Raymond 472 La vie politique Garneau.Le ministre des Finances libéral avait terrassé le fort en thème péquiste en le reprenant sur des éléments techniques.Le résultat net de l\u2019opération fut que la controverse lancée par le budget de l\u2019an i a détourné l\u2019attention des électeurs et occulté la critique que les péquistes faisaient du bilan des libéraux.C\u2019est après s\u2019être assuré que l\u2019étude conduite par M.Legault et sa petite équipe ne résulterait pas en un second budget de l\u2019an i, mais simplement à un état des revenus et dépenses d\u2019un Québec souverain, que M.Landry a donné son aval à cette initiative.M.Legault souhaitait qu\u2019on présente aux électeurs non seulement les marges de manœuvre dontdisposeraitl\u2019Étatdu Québec, mais aussi l\u2019usage que l\u2019on ferait de ces surplus, en éducation notamment.M.Landry soutenait qu\u2019il s\u2019agissaitlà de choix politiques que les citoyens d\u2019un Québec souverain auraient à faire plus tard.Le PQ est une coalition, disait-il.Évitons d\u2019être précis : le PQ doit ratisser large et rallier des électeurs de différences tendances, droite et gauche confondues, pour réaliser la souveraineté.Même s\u2019il a dû restreindre la portée de son document, M.Legault s\u2019est repris de belle manière par la suite.Au Congrès national de juin 2005, ses supporters ont présenté une proposition affirmant que la plate-forme électorale du PQ aux prochaines élections sera un programme de pays et non pas de province.L\u2019étude sur les finances d\u2019un Québec souverain servira de cadre financier à la plate-forme.Cette proposition fait maintenant partie intégrante du nouveau programme péquiste adopté en juin.Un exercice calqué sur Bélanger-Campeau Comptable de formation, François Legault, entouré de quelques collaborateurs, a peaufiné pendant dix-huit mois son étude.Comme c\u2019est le cas pour d\u2019autres exercices du genre - on se rappellera que le cadre financier de la plate-forme électorale du Parti libéral du Québec avait reçu l\u2019imprimatur de quatre universitaires, ce qui ne l\u2019avait pas empêché d\u2019être ensuite démenti par les faits -, cet état des finances d\u2019un Québec souverain fut validé par quatre économistes - Charles A.Carrier, professeur à la retraite de l\u2019Université Laval, Marc Van Audenrode, de l\u2019Université Laval, Alain Guay etNicolas Marceau, de l\u2019UQAM -et par un fiscaliste, Stéphane Saintonge, qui fut membre de la Commission Séguin sur le déséquilibre fiscal.L\u2019étude du PQ débute par une projection des finances publiques de la province de Québec jusqu\u2019en 2009-2010.Se basant essentiellement, pour les trois premières années, sur les prévisions du dernier budget Audet, elle montre que le Québec fait face à un manque à gagner - une impasse financière, selon les termes employés par le ministère des Finances - de 937 millions en 2006-2007, de 848 millions l\u2019année suivante et de près de 800 millions pour chacune des deux années suivantes.Le total pour cinq ans s\u2019élève à 3,33 milliards.Il n\u2019y a rien à redire sur ces données qui ne font que confirmer ce que le gouvernement Charest, tout comme les partis d\u2019opposition, clame depuis des années : entre Ottawa et les Tout compté, au lieu d'être confronté à une impasse financière, le Québec souverain encaisserait 1,3 milliard dès la première année d\u2019existence 473 La vie politique provinces, il existe un déséquilibre fiscal structurel qui menace les finances du Québec.Pour dresser leportraitdes finances d\u2019un Québec souverain, les auteurs de l\u2019étude ont procédé à une actualisation de l\u2019analyse pro forma des finances publiques qui avait été effectuée en 1991 pour la Commission Bélanger-Campeau.La colonne des revenus ne pose guère de difficultés : il s\u2019agit de déterminer quel pourcentage des revenus du gouvernement fédéral provient du Québec, des données qui sont bien documentées.Au chapitre de l\u2019impôt des particuliers, par exemple, les Québécois ont fourni 18,1 % de l\u2019ensemble, soit moins que leur poids démographique dans la fédération qui s\u2019établit à 23,6%.Pour la TPS, cette part s\u2019élève à 21,4% et à 22,6% pour l\u2019impôt des sociétés.Au total, la part des revenus fédéraux récupérée par un Québec souverain est de 20%, ce qui représenterait 41 milliards pour 2005-2006.De cette somme, il faut retrancher les transferts fédéraux - le transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux (TCSPS) et la péréquation - d\u2019une valeur de 9,6 milliards.En ce qui a trait aux dépenses, les choses se compliquent Certaines d\u2019entre elles sont facilement identifiables.C\u2019est le cas des transferts fédéraux aux particuliers comme la sécurité de la vieillesse - 7,3 milliards pour le Québec, ou 27,2% de l\u2019ensemble - et des prestations d\u2019assurance-emploi -4,4 milliards ou 29 % du total.Pour d\u2019autres, les dépenses dites de programmes, il faut évaluer la part des dépenses des ministères fédéraux qui sont engagées pour le bénéfice des Québécois.Pour les Affaires indiennes, c\u2019est 9,1% du total en raison du nombre moindre d\u2019autochtones sur le territoire québécois.Pour l\u2019Agriculture, c\u2019est 9%.Dans d\u2019autres secteurs, le Québec reçoit davantage que son poids démographique : c\u2019est le cas de l\u2019Industrie (l\u2019aide aux entreprises), soit 28,5 %, et de Patrimoine canadien, soit 28,3 %.Pour la Défense, les auteurs ont opté pour une moyenne de diverses évaluations, soit 14,4% de l\u2019ensemble canadien ou 1,9 milliard.Au total, l\u2019étude conclut que la part du Québec des dépenses fédérales de programmes s\u2019élève à 17,4%, ou 11,4 milliards.Reprenant la méthodologie utilisée par le Secrétariat à la Restructuration en 1994-1995, les auteurs ont ensuite tenu compte des économies réalisées par l\u2019élimination des chevauchements.Ces économies varient entre 889 millions en 2005-2006 et 2,7 milliards en 2007-2008.Enfin, les auteurs s\u2019attardent à la question épineuse du partage de la dette, là encore en s\u2019appuyant sur la méthode utilisée pour la Commission Bélanger-Campeau.Ils arrivent à une part de la dette fédérale de 18,2 %, ce qui tient compte du fait que seulement 15,3 % des actifs du gouvernement fédéral sont situés au Québec.Le nouvel État du Québec assumerait ainsi 126,3 milliards du passif du gouvernement canadien, ce qui se traduit par un service de la dette qui augmenterait de 6,3 milliards.Tout compté, au lieu d\u2019être confronté à une impasse financière, le Québec souverain encaisserait 1,3 milliard dès la première année d\u2019existence, somme qui augmenterait par la suite pour atteindre 5,3 milliards après cinq 474 La vie politique ans, pour un total cumulatif de 17,1 milliards au terme de cette période.Cela correspond à un surplus accumulé de 13,8 milliards.Une situation financière qui s\u2019est grandement améliorée En 1990-91, le secrétariat de la Commission Bélanger-Campeau concluait, en utilisant, on l\u2019a vu, une méthode semblable, qu\u2019un Québec souverain ferait face à un déficit annuel de 9,6 milliards.En 1994, la mise à jour faite par les chercheurs de l\u2019IRNS-Urbanisation faisait état d\u2019un déficit astronomique de 15 milliards.En 2000, le Parti québécois avait refait cette évaluation pour l\u2019année 1999-2000 qui s\u2019était soldée par un léger surplus de 41 millions, à quoi s\u2019ajoutaient des économies de 700 millions liées à l\u2019élimination des chevauchements.Comments\u2019expliquentde tels écarts ?En premier lieu, contrairement aux exercices de 1990-1991 et de 1994-1995, le gouvernement du Québec a réussi à équilibrer ses revenus et dépenses.Le déficit zéro est donc atteint, bien que cet objectif soit aujourd\u2019hui menacé.En 1990-1991, le Québec affichaitun déficit de près de 3 milliards et, en 1994-1995, de 5,8 milliards.La deuxième partie de l\u2019explication et non la moindre, c\u2019est que le gouvernement fédéral, de son côté, a non seulement éliminé ses déficits mais s\u2019est mis à dégager d\u2019importants surplus budgétaires.De 1997-1998 à 2003-2004, il a accumulé des surplus totalisant 61,3 milliards.Pour les dix premiers mois de 2004-2005, le surplus s\u2019élève à 13,4 milliards selon la revue financière de janvier 2005 du gouvernement fédéral.Les critiques fusent Après le ministre des Finances, Michel Audet, qui n\u2019a vu dans cette étude que « pure fantaisie », ce fut au tour de l\u2019ancien ministre de la Restructuration dans le gouvernement Parizeau, Richard Le Hir, de la taxer de «véritable fumisterie».Cet ancien souverainiste estime aujourd\u2019hui qu\u2019elle entraînerait le départ massifde 300 000 anglophones du Québec et un recul du produit intérieur brut (PIB) de 4 %, rien de moins.Sur un mode plus sérieux, l\u2019économiste de la firme SECOR, Marcel Côté, juge que l\u2019étude est truffée d\u2019oublis volontaires.Elle ne prévoit pas de pertes de revenus pour l\u2019État québécois ad-venant l\u2019inévitable ralentissement économique, voire la récession, qu\u2019engendrerait la séparation du Québec, avance-t-il.Le partage de la dette devra aussi se faire au prorata de la population et non pas sur la base des actifs.Le Québec souverain devrait ainsi supporter une dette équivalant à 120 % du PIB, un poids très lourd.Répliquant à ses détracteurs, Jean Campeau croit qu\u2019au lendemain d\u2019une victoire du OUI au référendum, le Canada accueillera ce résultat avec « une certaine dose d\u2019émotivité mais rien ne permet de dire que les Canadiens perdront la raison et le sens de leurs intérêts ».Dans le cadre de la Commission d\u2019étude sur des questions afférentes à l\u2019accession du Québec à la souveraineté en 1992, l\u2019économiste Pierre Fortin avait prédit que l\u2019économie du Québec serait sans doute affectée, bien que légèrement, pour une « Il faut prendre le document pour ce qu 'il est : un exercice comptable.Il détermine 011 sera le point de départ d'un Québec souverain.» 475 La vie politique courte période lors de l\u2019accession à la souveraineté et qu\u2019elle reviendrait à la normale par la suite.Un recul temporaire de i % du PIB, par exemple, se traduirait par une baisse de revenus de 600 millions pour le nouvel État, c\u2019est moins que l\u2019avantage de 1,3 milliard que prédit l\u2019étude.L\u2019avis de Pierre Fortin tranchait avec les témoignages de l\u2019économiste en chef de la Banque Royale, John McCullum, aujourd\u2019hui ministre fédéral, et de cet autre économiste, Patrick Grady, qui avaient évoqué des scénarios catastrophes.Or, si l\u2019économie du Québec était à ce point affectée après un OUI au référendum, ce ne serait pas sans conséquence pour l\u2019économie canadienne.Comme leurs économies sont interdépendantes, le Québec et le Canada auront avantage à réduire au maximum les répercussions économiques de la sécession, notamment sur le plan des taux d\u2019intérêt Déjà en 1992, la question du partage de la dette avait fait l\u2019objet de savantes analyses.Un des principes qu\u2019il faut retenir, c\u2019est qu'une partie de la dette est liée à des actifs.Selon les juristes Claude Gendron et Daniel Desjardins, l'État qui fait sécession obtient les actifs qui sont situés sur son territoire.Pour le reste, le droit international énonce que ce partage ne doit avantager ou désavantager aucun des deux pays.Ces experts ont rappelé que c'est l'État canadien, et lui seul, qui a une obligation envers les créanciers qui détiennent des titres de dette du Canada.On comprend dès lors que le Canada aura tout intérêt à régler cette question pour éviter de «L'argent compte mais l'indépendance nationale est avant tout une question de coeur.» payer le prix d'un désaccord sur les marchés obligataires internationaux.En dehors de principe général d'équité, les règles et les précédents sur le partage de la dette en cas sécession ne sontpas clairs.Conclusion C'estun des économistes qui ontvalidé l'étude, Marc Van Audenrode, qui s'est chargé de la remettre en perspective : « Il faut prendre le document pour ce qu'il est: un exercice comptable.Il détermine où sera le point de départ d'un Québec souverain », confiait-il au quotidien Le Soleil.Les souverainistes y verront un budget de l'an 1, tandis que les fédéralistes devraient y voir une illustration du déséquilibre fiscal ajoutait M.Van Audenrode.François Legault souhaite convaincre les Québécois que la souveraineté est « payante ».Les marges de manœuvre que fait miroiter l'étude permettront de proposer aux Québécois un «projet de pays emballant» au cœur de la prochaine plate-forme électorale estime le député de Rousseau.À ses yeux, la souveraineté permettra avant tout de réaliser des choses concrètes comme d'améliorer les soins de santé et d'investir en éducation de façon importante.De son côté, Bernard Landry se montrait circonspect: «L'argent compte et on veut dire aux Québécois et aux Québécoises qu'il n'y a aucune raison d'argent qui les empêche d'être indépendants, mais ne jamais leur faire croire que l'indépendance est une question d'argent », avait-il nuancé lors du dévoilement de cet état des finances d'un Québec souverain.L'indépendance nationale est avant tout une question de cœur.476 Chronique de l\u2019Assemblée nationale, août 2004-juillet 2005 Serge Laplante Recherchiste, Le Devoir Assermentation - Élu lors de l'élection partielle du 20 septembre, Sylvain Légaré, député de Vanier, est assermenté le 4 octobre.Il devient le 5e député de l'ADQ.Jean Filion coupable - L'ex-député péquiste et indépendant de la circonscription de Montmorency, Jean Filion, est trouvé coupable le 7 octobre de quatre accusations d'abus de confiance et de quatre chefs de fraude pour une somme de 93 880 $ à l'endroit de l'Assemblée nationale.Les crimes reprochés se sont produits en 1997-1998, alors qu'il siégeait comme indépendant.Le 15 juillet 2005, l'ex-député sera condamné à six mois de prison ferme, ce qui mettra un terme à cinq années de procédures judiciaires marquées d'une multitude de requêtes de l'accusé pour éviter de faire face à la justice.Assermentation - Yolande James prête serment à titre de nouvelle députée libérale de la circonscription de Nelligan le 18 octobre, devenant ainsi la première députée de couleur noire à siéger à l'Assemblée nationale du Québec.Elle avait été élue lors de l'élection partielle du 20 septembre.Assermentations - Les nouveaux députés péquistes de Laurier-Dorion, Elsie Lefebvre, et de Gouin, Nicolas Girard, sont assermentés le 19 octobre.À 26 ans, Elsie Lefebvre devient la plus jeune députée à siéger à l'Assemblée nationale.Rentrée parlementaire - Ajournés le 17 juin 2004, les travaux de la ire session de la 37e Législature, amorcée le 4 juin 2003, reprennent le 19 octobre 2005.Selon l'usage, les députés élus aux élections partielles du 20 septembre, Yolande James, Elsie Lefebvre et Nicolas Girard, font leur entrée à l'Assemblée nationale.Le député adéquiste de Vanier, Sylvain Légaré, refuse de se présenter à la cérémonie protocolaire pour protester du sort réservé à sa formation politique en Chambre et fait distribuer une lettre à ses collègues pour expliquer son geste.Cusano élu Ier vice-président - Le député libéral de Viau, William Cusano, est élu à l\u2019unanimité, le 19 octobre, pre- La vie politique mier vice-président de l\u2019Assemblée nationale.M.Cusano a pour particularité d\u2019être un greffé du cœur.Proclamation royale acadienne - Une cérémonie soulignant l\u2019entrée en vigueur de la Proclamation royale acadienne se déroule à l\u2019Assemblée nationale le 19 octobre.La Chambre venait d\u2019adopter à l\u2019unanimité une motion soulignant l\u2019entrée en vigueur de la Proclamation.Pour le président de l\u2019Assemblée nationale, Michel Bisson-net, «l\u2019adoption de cette Proclamation est non seulement un moment historique pour les Acadiens eux-mêmes, mais également pour les Québécoises et les Québécois, puisque 15 % d\u2019entre eux sont de souche acadienne.Je suis fier et honoré que notre Parlement souligne aujourd\u2019hui cet événement et témoigne ainsi de son amitié et de sa solidarité envers nos frères et sœurs acadiens ».Droit de parole de l\u2019ADQ - Le 20 octobre, considérant l\u2019arrivée d\u2019un sixième député indépendant, le président Michel Bissonnet, se basant sur les précédents, porte le ratio de deux questions par cinq séances à un ratio de deux questions par quatre séances pour l\u2019ensemble des six députés indépendants (dont cinq de l\u2019ADQ).Unanimité sur les services de garde - L\u2019Assemblée adopte le 3 novembre une motion stipulant «que, dans le cadre des négociations avec le gouvernement fédéral sur la mise en place d\u2019un nouveau programme pancanadien de services de garde, l\u2019Assemblée nationale appuie le gouvernement du Québec dans sa démarche d\u2019obtenir un fi- nancement sans conditions et dans le respect des compétences constitutionnelles du Québec.» Usage du bâilllon - Pour une deuxième année consécutive, le gouvernement Charest impose le bâillon, le 14 décembre, afin d\u2019adopter en bloc, sans débat et à toute vapeur, cinq projets de loi contestés.La motion de suspension des règles - communément appelée « bâillon» - a pour objet, en principe, d\u2019accélérer les débats qui s\u2019étirent en longueur.Le bâillon a été utilisé 41 fois depuis 1985, soiten moyenne deux fois par année.Référendums sur les défusions - Le DGE dépose le 16 décembre 2004 son rapport d\u2019activités sur les 89 consultations référendaire tenues en 2004 sur les défrisions municipales.Plus de 468 000 personnes habiles à voter avaient participé à ces scrutins.L\u2019exercice était une première pour le DGE qui n\u2019avait jamais agi auparavant comme maître d\u2019œuvre de la tenue de scrutins municipaux.Intitulé Consultation référendaire municipale du 20 juin 2004.Rapport d\u2019activités du Directeur général des élections, le rapport n\u2019est disponible qu\u2019en version imprimée.Ajournement - Le 16 décembre, les travaux de la ire session de la ^'Législature sont ajournés, après 32 séances, au 8 mars 2005.Michaud débouté - Le 13 janvier, l\u2019ancien député, journaliste et diplomate Yves Michaud, qui demandait au tribunal de déclarer que l\u2019Assemblée nationale avait outrepassé ses pouvoirs constitutionnels en adoptant, en 478 décembre 2000, une motion de blâme à son égard, est débouté par la Cour supérieure du Québec.Les parlementaires avaient unaniment reproché à M.Michaud d\u2019avoir dit que le peuple juif n\u2019était pas le seul à avoir souffert dans l\u2019histoire de l\u2019humanité.La Cour supérieure a rejeté les prétentions d\u2019Yves Michaud.Le juge Jean Bouchard affirme que la motion de blâme prononcée par les parlementaires est valide et qu\u2019elle a été adoptée alors que l\u2019Assemblée nationale étaitdans l\u2019exercice de ses fonctions.Nouveau cabinet - La cérémonie de prestation de serment du nouveau Conseil des ministres se déroule le 18 février 2005 au Salon rouge.Bibliothèque virtuelle - Le Bulletin de la Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale (mai 2005) fait état d\u2019un projet pilote pour la modernisation du processus entourant l\u2019étude des projets de loi en commission parlementaire.Des députés peuvent ainsi accéder par leur ordinateur portable à un espace de travail collaboratif réservé qui contient une bibliothèque virtuelle de documents (ouvrages de référence, liens Internet, etc.).Ce projet pilote a cours au sein de la commission des Institutions dans le cadre de l\u2019étude du projet de loi 88, Loi sur la sécurité privée.Rentrée parlementaire - Les travaux parlementaires de la reprennent le 8 mars, à la 123e séance de la ire session de la 37e Législature.Unanimité contre le déséquilibre fiscal - Une autre motion unanime contre le déséquilibre fiscal, présentée par le ministre des Finances, Michel Audet, est adoptée le 8 mars.Elle stipule «que l\u2019Assemblée nationale réaffirme l\u2019existence d\u2019un déséquilibre fiscal et réitère son exigence envers le gouvernement fédéral à l\u2019effet que le déséquilibre fiscal et l\u2019iniquité du nouveau calcul de péréquation soient reconnus et corrigés.» Appui unanime à CKAC - Le 9 mars, les parlementaires adoptent une motion unanime d\u2019appui à CKAC dans le dossier de la vente de Radiomédia à Corus, motion qui reconnaît que la transaction constitue un sérieux problème en matière de diversité des sources d\u2019information.Elle énonce que « l\u2019Assemblée nationale du Québec, dans le cadre de la transaction entre Corus Entertainment inc.et Astral Média inc., demande auxdites entreprises de bonifier leur offre de service en production de nouvelles pour la région de Montréal afin d\u2019assurer et de maintenir la diversité des sources d\u2019information dans la région.» Crédits temporaires - Incapable de présenter son budget des dépenses (les crédits des ministères) avant le Ier avril -conséquence du remaniement ministériel du 18 février et de la nomination d\u2019un nouveau ministre des Finances, Michel Audet -, le gouvernement dépose, le 17 mars, des crédits temporaires de 11823 429 201 $ destinés à financer le paiement de dépenses et autres coûts nécessaires à l\u2019administration du gouvernementpour trois mois, à compter du Ier avril 2005 jusqu\u2019au 30 juin 2005.Le gouvernement Charest rompt ainsi avec une tradition vieille de 64 ans, depuis l\u2019adoption du Ier avril comme début de l\u2019année financière en 1941. La vie politique Les crédits au bâillon - Devant le refits de l\u2019opposition officielle de collaborer à ce qu\u2019elle estime être de la désorganisation, la Chambre est convoquée d\u2019urgence le 2i mars, après six jours seulement de travaux parlementaires, pour adopter les crédits temporaires de trois mois déposés le 17 mars et le projet de loi 71, réduisant les droits de coupe forestière de 20 %, la principale recommandation du rapport Coulombe.Parce que le Parlement siège, le gouvernement se voit forcé d\u2019agir ainsi, ne pouvant procéder par mandats spéciaux adoptés par décret du Conseil des ministres pour expédier ses dépenses courantes, comme il l\u2019avait fait immédiatement après son élection en 2003.Mulcair condamné - Le 22 mars, le député libéral de Chomedey, ministre du Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs, Thomas J.Mulcair, est condamné par la Cour supérieure du Québec à payer 95 000 $ de dommage à l\u2019ancien ministre péquiste Yves Duhaime.Au printemps 2002, le député Mulcair avait invectivé M.Duhaime à la sortie d\u2019une émission d\u2019affaires publiques, insinuant que l\u2019ancien ministre s\u2019était rendu coupable de trafic d\u2019influence en agissant comme lobbyiste pour des marchands Métro auprès du gouvernement Landry.Nouveaux secrétaires adjoints - Le 20 avril, Michel Bonsaint est nommé, pour un mandat de sept ans, secrétaire général adjoint (sous-ministre adjoint) de l\u2019Assemblée nationale.Jacques Jobin est nommé, pour un mandat de sept ans lui aussi, secrétaire général adjoint aux affaires administratives.Budget et crédits - Le nouveau ministre des Finances, Michel Audet, livre son premier Discours sur le budget le 21 avril.Les crédits sont déposés le même jour.Dans son budget sans surplus ni déficit, le ministre des Finances prévoit pour l\u2019année financière en cours des dépenses de 55,402 milliards de dollars, pour des revenus de 55,135 milliards de dollars, en hausse de 3,3 %.Unanimité contre le Plan vert fédéral - Le Québec rejette d\u2019emblée le plan fédéral de réduction des gaz à effet de serre pour respecter l\u2019accord de Kyoto.Le plan est jugé inacceptable parce que le Québec a consenti des dizaines de milliards de dollars en dépenses en hydroélectricité, ce qui en fait la province qui produit le moins de GES par habitant Le 21 avril, la Chambre adopte une motion stipulant «que l\u2019Assemblée nationale du Québec réitère sa volonté de respecter l\u2019accord de Kyoto et dénonce le Plan vert fédéral qui ne tient pas compte des spécificités économiques, énergétiques et historiques du Québec et exige une entente bilatérale reconnaissant notre spécificité».Unanimité pour les producteurs de lait - Le 28 avril, l\u2019Assemblée donne son appui aux producteurs laitiers qui réclament du gouvernement canadien qu\u2019il mette un frein aux importations grandissantes d\u2019ingrédients laitiers subventionnés.Une motion ordonne « que l\u2019Assemblée nationale réitère l\u2019importance qu\u2019elle accorde à un secteur laitier fort et prospère au Québec et qu\u2019à cet effet, elle soutienne les objectifs poursuivis par la Fédération des producteurs de lait du Québec visant à assurer efficacement la gestion des im- 480 portations grandissantes d\u2019ingrédients laitiers tels que les huiles de beurre et les mélanges de protéines, et que l\u2019Assemblée nationale réclame du gouvernement fédéral qu\u2019il agisse dans les plus brefs délais en utilisant tous les moyens à sa disposition ».L\u2019ADQ abandonne sa poursuite - Le io mai, un quotidien rapporte que l\u2019Action démocratique du Québec s\u2019est résignée à laisser tomber sa poursuite contre l\u2019Assemblée nationale dans le but d\u2019obtenir plus de temps de parole et plus de moyens pour ses travaux parlementaires.«Nous nous désistons d\u2019une cause trop coûteuse où nous ne nous battions pas à armes égales », déclare l\u2019attaché de presse de Mario Dumont, Jean-Nicolas Gagné.En octobre, le chef de l\u2019ADQ, Mario Dumont, avait critiqué le président de l\u2019Assemblée nationale, Michel Bisson-net, pour avoir porté en appel un premier jugement favorable à l\u2019ADQ et avoir embauché un procureur du secteur privé, Me Reynold Langlois, à un taux horaire de 400$, soitdeuxfois plus que les règles habituelles.En juin 2004, se voyant refuser une motion visant à faire reconnaître immédiatement son parti comme groupe parlementaire en Chambre, Mario Dumont avait annoncé son intention d\u2019intenter un recours judiciaire contre l\u2019Assemblée nationale.L\u2019Action démocratique du Québec s\u2019adressa à la Cour supérieure pour faire déclarer inconstitutionnels les articles du Règlement de l\u2019Assemblée nationale qui empêchent cette formation d\u2019obtenir le statutdegroupeparlementaire.C\u2019était la première fois qu\u2019un parti politique traînait l\u2019Assemblée nationale en cour.Députés mis en demeure - Excédée de voir mise en doute son intégrité, la ministre déléguée aux Transports, Julie Boulet, envoie une mise en demeure aux députés péquistes Jonathan Valois etNormand Jutras, afin qu\u2019ils cessent leurs attaques concernant une somme de 33 734$ qu\u2019elle a reçue au moment où elle était candidate du Parti libéral du Canada dans la circonscription de Champlain, durant les élections fédérales de 2000.Cette somme provient d\u2019un compte en fiducie suspect, estime l\u2019opposition, puisqu\u2019il a été au cœur de certains témoignages à la commission Gomery.Yves Séguin démissionne - L\u2019ancien ministre québécois des Finances démissionne le 25 mai en affirmant qu\u2019il tire un trait définitif sur sa carrière en politique active.M.Séguin avait perdu le portefeuille des Finances lors du remaniement ministériel du 18 février 2005.« On est tout ou rien.Moi, je ne suis jamais à moitié.Alors, comme je sais à l\u2019avance que je ne peux pas être tout, j\u2019aime mieux me retirer», déclare-t-il à la veille de transmettre sa lettre de démission au président de l\u2019Assemblée nationale.Il ne sera pas présent en Chambre pour annoncer son départ, préférant ne pas faire de déclaration ni s\u2019expliquer publiquement sur sa démission.Il n\u2019avait d\u2019ailleurs pas remis les pieds à l\u2019Assemblée nationale depuis le remaniement de février, ni participé à aucune réunion du caucus des députés libéraux.Unanimité pour saluer Séguin - Le 26 mai, les députés adoptent (sans débat) une motion présentée conjointement par le chef de l\u2019opposition Bernard Landry, La vie politique Une réforme du mode de scrutin Le 15 juin, l\u2019Assemblée adopte, sur division, une motion créant une commission spéciale pour étudier la réforme du mode de scrutin.La Commission spéciale sur la Loi électorale, une commission parlementaire mixte, aura pour mandat l\u2019étude de l\u2019avant-projet de loi remplaçant la Loi électorale, déposé le 15 décembre 2004.La commission devra pour ce faire entendre des spécialistes en consultations particulières, et tenir une consultation générale, hors des murs du parlement si elle le juge nécessaire.La commission est composée de 13 membres ainsi répartis : huit libéraux, incluant le président de la Commission et le ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, quatre péquistes, incluant le vice-président de la commission, un député indépendant.Il est prévu au mandat que la commission entende en consultations particulières le Directeur général des élections du Québec et président de la Commission de la représentation électorale, Me Marcel Blanchet, des experts des questions électorales qu\u2019elle choisira et des représentants des partis politiques autorisés en vertu de la Loi électorale.La commission tiendra aussi une consultation générale avec pour mandat d\u2019aborder les questions suivantes: l\u2019intérêt d\u2019une révision du mode de scrutin, le principe de l\u2019égalité des votes, le mode de scrutin proposé à l\u2019avant-pro-jet de loi, la pertinence de tenir un référendum sur la réforme du mode de scrutin, les mesures favorisant la représentation équitable des femmes, des jeunes, des minorités ethnoculturelles et des autochtones à l\u2019Assemblée nationale, la tenue des élections à date fixe, le jour du scrutin, la liste électorale permanente et sa révision, la carte électorale et sa révision, le vote électronique, toute autre question relative à l\u2019avant-projet de loi ou à la Loi électorale.Un comité de citoyens Il est également prévu qu\u2019un comité citoyen sur les questions électorales assiste, de façon non partisane et sur une base consultative, la commission dans la réalisation de son mandat, en faisant valoir le point de vue des électeurs en complément de celui des élus.Ce comité citoyen soit composé de douze personnes inscrites sur la liste électorale, soit six femmes et six hommes.Un appel de candidatures a été lancé en septembre 2005.Le Commission spéciale sur la Loi électorale est présidée par le libéral François Ouimet.André Gabias, Fatima Houda-Pépin, Benoît Pelletier et Sarah Perreault sont les autres représentants du Parti libéral.Sylvain Simard (vice-président), Lorraine Richard et Luc Thériault sont les représentants de l\u2019opposition officielle, tandis que le député indépendant est Marc Picard, de l\u2019Action démocratique du Québec.Le secrétaire de la commission des Institutions de l\u2019Assemblée nationale, Louis Breault, agit comme secrétaire de cette commission spéciale.le premier ministre Jean Chares t et le chef de l\u2019ADQ Mario Dumont, par laquelle «l\u2019Assemblée nationale du Québec souligne le départ de la vie politique de M.Yves Séguin et reconnaît son importante contribution à la vie politique québécoise, notamment par ses travaux sur le déséquilibre fiscal.» Unanimité contre les tribunaux islamiques - Le 26 mai, l\u2019Assemblée nationale adopte une motion unanime portant sur l\u2019implantation de tribunaux islamiques au Québec et au Canada.La motion est présentée conjointement par des élues des trois partis politiques représentés au Parlement, dont la députée libérale de La Pinière, Fatima Houda-Pepin, elle-même musulmane.Lors du débat, madame Houda-Pepin a justement souligné que «les membres de la communauté musulmane, dont la présence au Canada remonte à 1871, font des efforts considérables pour s\u2019intégrer, malgré les stigmates et les amalgames dont ils font l\u2019objet, mais que ces efforts d\u2019intégration, consentis par des dizaines de milliers de musulmans, sont anéantis par une mouvance islamiste minoritaire mais agissante, qui 482 cherche à imposer son système de valeurs, au nom d\u2019une certaine idée de Dieu ».Le texte de la motion se lit comme suit : « Que l\u2019Assemblée nationale du Québec s\u2019oppose à l\u2019implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada.» Landry démissionne - Prenant ses troupes par surprise, le chef de l\u2019opposition officielle démissionne de son poste de chef du Parti québécois et de député de Verchères le 4 juin, lors du congrès des membres tenu à Québec.Louise Harel chef de l\u2019opposition -Succédant au chef démissionnaire Bernard Landry, la députée d\u2019Hoche-laga-Maisonneuve devient le 6 juin chef intérimaire de l\u2019aile parlementaire du Parti québécois.Madame Harel est la deuxième femme à occuper ce poste à l\u2019Assemblée nationale (après la libérale Monique Gagnon-Tremblay, de mai à octobre 1998).Hommage à Landry - Le 6 juin, l\u2019Assemblée adopte (en l\u2019absence de l\u2019intéressé) une motion de Louise Harel, chef intérimaire de l\u2019opposition offi- cielle, de Jean Charest, premier ministre, et Mario Dumont, chef de l\u2019ADQ, proposant conjointement « que l\u2019Assemblée nationale du Québec souligne le départ du député de Verchères, chef de l\u2019opposition officielle et ex-premier ministre du Québec, Bernard Landry, et lui rende hommage pour son immense contribution à la politique québécoise de même qu\u2019au développement économique, culturel et social du Québec ».Ajournement - Le 16 juin, à sa 170e séance, les travaux de la 1ère session de la 37e Législature, amorcée le 4 juin 2003, sont ajournés au 18 octobre 2005.Charest s\u2019excuse - Le 16 juin, le premier ministre Jean Charest revient sur des propos tenus à l\u2019endroit de la députée péquiste Elsie Lefebvre, qu\u2019il avait qualifiée à voix basse de « chienne », la veille, en Chambre.La jeune députée avait accusé l\u2019épouse du premier ministre, Michèle Dionne, d\u2019avoir fait pression pour favoriser la Croix-Rouge (où elle œuvre bénévolement depuis sept ans) aux dépens de Centraide.« J\u2019ai laissé tomber un mot en me parlant à moi- Partis politiques provinciaux autorisés au 4 septembre 2005 Action démocratique du Québec / Équipe Mario Dumont Chef: Mario Dumont Bloc pot Chef : Hugo St-Onge Parti conscience universelle Chef : Aline Lafond Parti démocratie chrétienne du Québec Chef: Gilles Noël Parti égalité / Equality Party Chef: Keith Henderson Parti libéral du Québec/Quebec Liberal Party Chef : Jean Charest Parti marxiste-léniniste du Québec Chef: Claude Brunelle Parti québécois Chef: Louise Harel (chef intérimaire) Parti vert du Québec / Green Party of Québec Chef: Richard Savignac Union des forces progressistes Chef: Danielle Maire La vie politique Composition de l\u2019Assemblée nationale en date du 16 juin 2005 Parti libéral du Québec 72 Parti québécois 45 Députés indépendants (ADQ 5, autre 1) Vacants 2 (Verchères, Outremont) Rapports financiers des partis politiques provinciaux Le Directeur général des élections du Québec (DGE), Me Marcel Blanchet, a rendu publics, le 22 juin 2005, les rapports financiers des partis politiques autorisés ainsi que le montant total de la participation de l\u2019État au financement politique pour les exercices financiers terminés les 31 décembre 2004.Les données de 2004 (les chiffres entre parenthèses se réfèrent à l\u2019année 2003), concernant les neuf partis politiques autorisés et leurs instances, ainsi que les candidats indépendants autorisés, indiquent que les entités autorisées ont eu des revenus globaux de 17 369 405$ (33 062 990$).Les trois partis représentés à l\u2019Assemblée nationale se partagent 98,3 % (98,6%) des revenus totaux.Les contributions des électeurs ont totalisé 12 485 280 $ (17 543 527 $).Un total de 38 664 personnes (52 553) ont fait des contributions de moins de 200$, 17 815 (23 429) de plus de 200$: ces contributions comptent pour 79% (78%) de l\u2019argent recueilli.La contribution moyenne est de 221 $ comparativement à 231$ en 2003.Le rapport du DGE montre à nouveau que l\u2019État québécois demeure le principal pourvoyeur des partis politiques.La participation financière totale de l\u2019État au financement politique québécois est estimée à 10 801 849$ (contre 13 181 849 $ en 2003, mais 2003 était une année électorale), comprend les montants suivants : Allocation de fonctionnement versée aux partis autorisés : Action démocratique du Québec/ Équipe Mario Dumont 500 213 $(444 886$) Parti libéral du Québec/Québec Liberal Party 1 265 346$ (1 228 652 $) Parti québécois 914 624$ (975 878$) Autres partis 63 526$ (55 798$) Sous-totai : 2 743 709 $ (2 705 214 $) Remboursements des frais de vérification effectués aux partis : 33 090$ (30 378$) Remboursements de dépenses électorales 569 685$ (10 446 257$) Total: 3 346 484$ (13 181 849$) Il est à noter que ces chiffres ne comprennent pas les crédits d\u2019impôt accordés par Revenu Québec qui peuvent être estimés à environ 7 455 000$ (crédit jusqu\u2019à 75% d\u2019une contribution maximale de 400$ par an).L\u2019allocation que verse l\u2019État aux partis politiques est basée sur le nombre d\u2019électeurs inscrits sur la liste électorale lors de la dernière élection.Un montant de 50 cents est accordé pour chaque électeur inscrit.La somme globale est redistribuée entre les partis en fonction du pourcentage de vote obtenu lors de l\u2019élection du 14 avril 2003.Pour six des neuf formations politiques ayant produit leurs rapports financiers, l\u2019année 2004 se termine par un excédent des charges sur les produits.Pour l\u2019Action démocratique du Québec il atteint 72 902$, au Parti libéral du Québec 3 800 006 $, au Parti québécois 274 001 $.Le total des actifs nets des trois principaux partis politiques et celui de leurs instances respectives s\u2019élevaient à (1 459 091$) pour l\u2019Action démocratique du Québec, 5 112 145$ pour le Parti libéral du Québec et 614 800$ pour le Parti québécois.L\u2019Action démocratique du Québec demeure celui des trois principaux partis qui bénéficie le plus largement du financement de l\u2019État pour son fonctionnement.Ce financement, qui était 46,7% en 2003 passe à 45,5%, contre 11,2% (23,4%) pour le PLQ et 19,7% (30,3%) pour le PQ.Les militants libéraux ont été les plus généreux en 2004 avec des contributions totales de 8 848 021 $ (8 369 876 $), les péquistes viennent ensuite avec 2 988 827$ (1 865 104 $), puis les adéquistes avec 474 924$ (1 367 868$).484 La vie politique même et je le regrette, a dit le premier ministre.Si cela a pu offenser quelqu\u2019un, je m\u2019en excuse.» M.Charest a admis que sa réaction avait été émotive.«Je pense que le Parti québécois est allé trop loin», a-t-il toutefois ajouté, estimant que les députés ne devraient pas s\u2019attaquer à la famille d\u2019un adversaire politique.Sites Internet Site Internet de l\u2019Assemblée nationale: www.assnat.qc.ca Le Parti québécois : www.partiquebecois.org Le Parti libéral du Québec : www.plq.org L\u2019Action démocratique du Québec : www.adq.qc.ca/ Le gouvernement du Québec (en ligne) : www.gouv.qc.ca/wps/portal/pgs/commtm Budget 2005-2006 du 21 avril 2005 : www.budgeLfinances.g0uv.qc.ca/budget/2005-2006/index.asp Budget des dépenses 2005-2005 du 21 avril 2005 : www.tresor.gouv.qc.ca/fr/budget/index.asp Le Directeur général des élections : www.eleaionsquebec.qc.ca Rapports financiers des partis politiques : www.electionsquebec.qc.ca/fr/sec_salle_de_presse.asp Rapports du Vérificateur général du Québec : www.vgq.gouv.qc.ca/HTML/Rapports.html Rapports du Protecteur du citoyen : www.ombuds.gouv.qc.ca/fr/publications/rap_annuel/liste_rap_annuel.asp Rapports du Commissaire au lobbyisme: www.si2.commissairelobby.qc.ca/motcommissaire.asp Moderniser l\u2019État Pour des services de qualité aux citoyens.Plan de modernisation 2004-2007 : www.tresor.gouv.qc.ca/fr/modernisation/ Briller parmi les meilleurs, programme d\u2019action et autres documents de la série Briller parmi les meilleurs : www.briller.gouv.qc.ca/publications_briller.htm Profil institutionnel du Québec : www.enap.uquebec.ca/documents-pdf/observatoire/profil-instimtionnel-quebec.pdf Institut de la statistique du Québec :www.stat.gouv.qc.ca L\u2019Institut du Nouveau Monde : www.inm.qc.ca Rapport d\u2019enquête sur les dépassements de coûts et de délais du chantier de la Société Papiers Gaspésia de Chandler : www.travail.gouv.qc.ca/publications/rapports/RapportCESPG.pdf Rapport de la Commission d\u2019étude sur la gestion de la forêt publique québécoise (Rapport Coulombe) : www.commission-foreLqc.ca/rapportfinal.htm Bulletin de la Bibliothèque de l\u2019Assemblée nationale du Québec : www.assnat.qc.ca/fra/Bibliotheque/publications/Bulletin/index.htnil Consultation sur la réforme du mode de scrutin : www.xn~instimtions-dmocratiques-oic.gouv.qc.ca/ Avant projet de loi sur la réforme du mode de scrutin : www.assnat.qc.ca/fra/37legislamrei/Av-projets/o4-fÂVPL_LE.htm Projet de loi sur le développement durable : www.assnat.qc.ca/fra/37legislamre1/Projets-loi/Publics/05-fn8.htn1 La voie autonomiste: Nouvelle position constitutionnelle de l\u2019ADQ : www.adq.qc.ca/fr/vision/ADQ_Voie_autonomiste.pdf Les finances d\u2019un Québec souverain (Budget de l\u2019An 1) : www.pq.org/nv/tmp/finance_quebec.pdf 485 La vie politique L\u2019ADMINISTRATION PUBLIQUE La modernisation de l\u2019État québécois Inutile de crier au loup ! Daniel Maltais Professeur, École nationale d\u2019administration publique Une mise en contexte : de la réingénierie de l\u2019État à sa modernisation La « réingénierie » est un concept emprunté au monde des affaires que peu de gens avaient osé appliquer à l\u2019État C\u2019est pourtant ce concept qui anime la présidente du Conseil du Trésor et ministre responsable de l\u2019Administration, Mme Monique Jérôme-Forget, au printemps 2003.Elle demande alors à tous les sous-ministres de questionner systématiquement la pertinence des mis- Jean Charest et Jean-Marc Fournier sions ministérielles et des moyens qu\u2019elles utilisent dans la poursuite de leurs objectifs.Cette démarche prend la forme de cinq questions concernant la pertinence des programmes, leur efficacité, leur efficience (l\u2019atteinte d\u2019objectifs à des coûts raisonnables), la possibilité de transférer leur gestion à d\u2019autres organismes (subsidiarité) et la suffisance des moyens financiers disponibles pour assumer leurs coûts.Cette démarche se calque sur la revue de programmes que le gouvernement canadien avait entreprise en 1994-1995 pour annuler les déficits annuels de plus de 40 milliards de dollars qui alimentaient une dette incontrôlable.La démarche québécoise, elle, fera long feu et ce pour plusieurs raisons.Premièrement, la situation budgétaire québécoise, bien que fragile, ne s\u2019apparentait nullement aux yeux de l\u2019opinion publique à la crise financière des années 1990 du gouvernement du Canada.Bien sûr, la dette québécoise accumulée, de l\u2019ordre de 115 milliards de dollars, inquiète, mais les budgets annuels respectent depuis plusieurs années la consigne du « déficit zéro1 ».486 Administration publique Deuxièmement, l\u2019exercice a été très peu transparent et fait de manière précipitée, ce qui n\u2019a pas favorisé une réflexion rigoureuse et convaincante.Enfin, l\u2019opération a reposé essentiellement sur les avis des technocrates alors qu\u2019un questionnement en lien avec les grandes missions de l\u2019État aurait dû y associer, au premier titre, les élus et la population.Il n\u2019est donc pas surprenant qu\u2019appréhendant, à tort ou à raison, une remise en question radicale d\u2019un État interventionniste, plusieurs groupes et intellectuels ont réussi à miner la crédibilité de cette démarche de réingénierie.C\u2019est dans ce contexte que la réingénierie de l\u2019État annoncée en 2003 s\u2019est muée en plan de modernisation annoncé au printemps 2004 et devant être mise en œuvre au cours des quatre années suivantes (2004-2007).Le plan de modernisation dévoilé en mai 2004 Le plan de modernisation annoncé en mai 2004 s\u2019articule autour de quatre grandes préoccupations : l\u2019amélioration des façons de faire, l\u2019allégement des structures, la réévaluation des programmes et la planification des ressources humaines.Les principales initiatives annoncées pour améliorer les façons de faire de l\u2019État sont : la mise en place de Services Québec, un «guichet» qui facilitera l\u2019accès des citoyens et des entreprises en regroupant des services publics, le développement d\u2019un «gouvernement en ligne», le regroupement de certains services administratifs internes du gouvernement au sein d\u2019un nouveau « Centre de services partagés » et la création d\u2019une Agence des partenariats public-privé (PPP).Au chapitre de l\u2019allègement des structures, trois mesures sont prévues: l\u2019examen en 2004-2005 d\u2019une première série de 60 organismes publics par un groupe d\u2019experts, la simplification de modes de fonctionnement (par des regroupements d\u2019organismes) et la transformation de structures existantes (le ministère du Revenu devient une « agence »).Il faut préciser qu\u2019à ces changements, qui visent la fonction publique proprement dite, s\u2019ajoutent des modifications à la structure du système de santé et des mesures visant à augmenter l\u2019autonomie des régions (la création des conférences régionales des élus).La réévaluation « continue » des programmes proposée dans le plan découle en grande partie de l\u2019exercice de réingénierie (revue de programmes) amorcé dans tous les ministères québécois en juin 2003, saufqu\u2019ici il ne s\u2019agit pas de remettre en question leur pertinence mais d\u2019envisager leur regroupement, leur simplification, leur recentrage et de lutter contre la sédimentation et le cloisonnement de certains d\u2019entre eux.On propose également d\u2019examiner le financement des programmes de santé et des services sociaux dont les coûts comptent pour plus de 40 % du budget de l\u2019État québécois.Enfin, l\u2019État veut réduire de 20% le nombre de ses fonctionnaires au cours des dix prochaines années.L\u2019amélioration des façons de faire Le premier rapport d\u2019étape concernant la réalisation du plan de modernisation au terme de sa première année de mise en œuvre a été déposé en mai 2005.En lien avec les quatre grandes préoccupations du gouvernement évoquées plus 487 La vie politique haut, le rapport fait le point sur l\u2019état d\u2019avancement de dix projets principaux et annonce douze nouvelles mesures initiées au cours de l\u2019année.Le tout est détaillé dans un état de situation qui précise le degré de réalisation des mesures annoncées.Le développement du gouvernement en ligne, en 2004-2005, estpassépar la nomination d\u2019un ministre délégué2, un nouveau portail, l\u2019accentuation des investissements dans des initiatives déjà amorcées et des possibilités accrues de consultation et de transactions en ligne auprès du gouvernement pour les citoyens et les entreprises.Services Québec est le nouvel organisme dorénavant voué au développement d\u2019un guichetmultiservice etmul-timode mettant à contribution les possibilités qu\u2019offrent les nouvelles technologies de l\u2019information et des communications et Internet.Créé légalement en cours d\u2019année, le dépôt d\u2019un rapport portant sur son mode d\u2019opération et la nomination d\u2019un ministre responsable sont les éléments marquants de cette mesure en 2004-2005.C\u2019est dire que les citoyens devront patienter pour profiter des retombées appréhendées de la création de ce nouveau centre au chapitre d\u2019une plus grande accessibilité à un plus grand éventail de services en ligne.Il est par ailleurs étonnant que cette mesure soit présentée comme un élément du développement du gouvernement en ligne alors que logiquement il en constitue une des manifestations.Le Centre des services partagés doit regrouper des services administratifs (reprographie, informatique, etc.) jusqu\u2019ici dispersés dans les ministères et organismes gouvernementaux.Ce regroupement ne vise pas à améliorer les services aux citoyens mais à produire des économies d\u2019échelle au chapitre des coûts de fonctionnement de l\u2019appareil administratif Ces économies, qui pourraient atteindre 20 % des coûts actuels, constituent pour l\u2019instant un pari puisque le Centre ne commencera à opérer qu\u2019au cours de la prochaine année.La création d\u2019une nouvelle Agence des partenariats public-privé est certes, parmi toutes les mesures annoncées, celle qui a créé le plus de controverses.La publication d\u2019une politique cadre sur les intentions gouvernementales, la nature de certains projets annoncés (tableau 1) etl\u2019opposition grandissante à un gouvernement « néo-libéral » auquel plusieurs prêtent l\u2019intention de TABLEAU 1 Les projets PPP du gouvernement du Québec \t Transports\tAutoroute 30 (entre Candiac et Vaudreuil-Dorion) Autoroute 25 (parachèvement du tronçon entre le boulevard Henri-Bourassa et l\u2019autoroute 440 Un nouveau réseau de parcs routiers (le long des autoroutes) Autres secteurs\tLa rénovation ou le remplacement des 3000 à 5000 places dans des Centres d\u2019hébergement et de soins de longue durée.Un centre de détention (Montérégie) Un complexe culturel à Montréal Source : Moderniser l\u2019État, Pour des services de qualité aux citoyens, Pian de modernisation 2004-2007, 488 Administration publique TABLEAU 2\tLes points de vue des groupes qui ont présenté des mémoires concernant le projet de loi créant l\u2019Agence des PPP\t\t\t \t\t\t \t\t\t (+) Principaux arguments avancés / (-) Principales réserves\t(+) Développement de l\u2019expertise, standardisation dans la manière de procéder et meilleur contrôle des coûts et des échéanciers./ (-) L\u2019obligation de recourir à l\u2019Agence et absence de précision quanta la nature et l\u2019ampleur des projets.\t(-) Une étape vers la privatisation, la commercialisation et la tarification des services publics, l\u2019appauvrissement des conditions de travail.\t(-) Pas d\u2019accès garanti à l\u2019information entourant les contrats.Perte de contrôle sur le lobbyisme.remettre en question les acquis de la révolution tranquille sontparmi les facteurs qui expliquent que plus de quarante mémoires aient été discutés en commission parlementaire à l\u2019automne 2004 (voir tableau 2 pour un résumé des arguments).Pour les intervenants en faveur de la création de la nouvelle agence, en majorité des associations des milieux d\u2019affaires, celle-ci permettra au Québec de développer une expertise sur les PPP, d\u2019appuyer les ministères et les organismes dans l\u2019élaboration d\u2019ententes et de définir une démarche standardisée de conception des PPP.Le recours obligatoire à l\u2019Agence par tous les organismes publics québécois fut la principale réticence formulée, une réserve à laquelle la ministre s\u2019estmontrée sensible en acceptant d\u2019apporter un amendement au projet de loi.Les syndicats constituent les principaux groupes ayant demandé le retrait du projet de loi3.Ils se sont opposés non seulement à la création d\u2019une agence des PPP mais à la formule même des partenariats entre le public et le privé qui, selon eux, ne constitue qu\u2019une étape menant à la privatisation des services publics.Signe avant- coureur d\u2019un désengagement de l\u2019État, les PPP favoriseraient l\u2019instauration probable d\u2019une tarification des services publics et une diminution des conditions de travail des employés de l\u2019État transférés aux entreprises.Doutant sérieusement des économies qu\u2019entraînerait la formule, on juge qu\u2019au final seul l\u2019État assumera les coûts d\u2019un échec toujours possible.Enfin, on craint que la formule donne lieu à des transactions plus ou moins transparentes qui ne profiteront qu\u2019aux dirigeants des entreprises et à leurs actionnaires.Quatre organismes répondant à l\u2019Assemblée nationale, et non au gouvernement, ont exprimé des réserves au chapitre de la transparence et de la red-dition de comptes de l\u2019Agence.La Commission d\u2019accès à l\u2019information, la Protectrice du Citoyen, le Commissaire au lobbyisme et le Vérificateur général mettent en doute la possibilité d\u2019un contrôle efficace par les élus sur l\u2019utilisation des deniers publics.La ministre acceptera de modifier le projet de loi pour tenir compte de ces réserves.L\u2019allègement des structures.Le rapport du premier4 Groupe de travail sur l\u2019examen de 60 des 188 organis- 489 La vie politique TABLEAU 3 Les principales recommandations du Groupe de travail et le nombre d'organismes visés par elles \t\t\t\t Sans modifications\tAvec modifications\tAvec transfert de mandats dans le secteur public\tAvec transfert de mandats dans le secteur public/privé\tSans transfert 16\t22\t13\t5\t4 1*\t2*\t3*\t2*\t * Nombre d\u2019organismes dont les recommandations ne sont pas suivies ou sont reportées, mes du gouvernement était d\u2019autant plus attendu que des démarches du même genre par le passé n\u2019ont guère donné de résultats5.Or, une analyse des recommandations faites par ce Groupe de travail présidé par Thomas Boudreau6 n\u2019annonce aucune réduction significative du nombre de ces organismes, ce que laisse pourtant croire l\u2019abolition proposée de 22 des 60 organismes étudiés.Le tableau 3 résume les recommandations du Groupe et les organismes visés par elles.Des 38 organismes que le groupe recommande de maintenir, 16 le sont sans modifications alors que 22 font l\u2019objet de modifications visant à accroître leur performance, fl faut réaliser que la plupart de ces modifications sont accessoires et qu\u2019elles ne sauraient donner lieu à des économies importantes.À titre d\u2019exemples, on propose le transfert de mandats (le Curateur public, l\u2019Office de la protection du consommateur, la Régie des alcools, des courses et des jeux), des modifications de statut administratif (les Services correctionnels, la Sûreté du Québec), une meilleure coordination des activités (la Commission des transports du Québec) et une amélioration de la gouverne (la Commission administrative des régimes de retraite et d\u2019assurances).Seul le recours recommandé à la formule des partenariats public-privé pour l\u2019exploitation du futur Complexe culturel de Montréal et l\u2019actuelle Société du Grand Théâtre de Québec pourraient donner lieu à des économies pour l\u2019État C\u2019est de l\u2019abolition recommandée de 22 organismes qu\u2019on auraitpu attendre des économies importantes.Or, ce n\u2019est pas le cas.En effet, 13 de ces 22 organismes seront en fait intégrés à des structures ministérielles conventionnelles.fis perdent donc en autonomie de fonctionnement mais continuent d\u2019opérer.Des neufs organismes restants, le Groupe de travail recommande que deux organismes soient privatisés et que trois le soient que partiellement.Or, la présidente du Conseil du Trésor a émis des réserves et donc reporté la privatisation de deux des cinq organismes (la Société des traversiez et la Société québécoise de l\u2019information juridique).En outre, la privatisation de deux autres de ces organismes n\u2019aura pas ou peu d\u2019implications financières pour le gouvernement (le Bureau d\u2019accréditation des pêcheurs et des aides-pêcheurs du Québec etla Société de développement de la Baie James).En fait, seule la privatisation de la Société nationale du cheval de coursepourrait« libérer » financièrement l\u2019État?.Quant aux quatre organismes qui disparaîtront véritablement, il s\u2019agissait en fait de « coquilles déjà vides ».L\u2019un des passages du rapport explique en partie que le Groupe de travail 490 Administration publique ait finalement accouché d\u2019aussi peu : « Une analyse rigoureuse de la performance d\u2019une organisation et des moyens d\u2019améliorer cette performance nécessite des études approfondies.Le Groupe de travail n\u2019avait ni le temps ni les ressources nécessaires à l\u2019exécution des travaux d\u2019une telle ampleur.[.] les commentaires etpropositions formulés [.] visent généralement à désigner des éléments organisationnels qui pourraient être améliorés.» (p.4) L\u2019absence d\u2019une analyse rigoureuse de la performance des organismes examinés explique aussi que le rapport ne chiffre nulle part les impacts de ses recommandations au plan du budget et des effectifs.Tout porte à croire qu\u2019ils seront minimes.Au mieux, peut-on espérer des améliorations au chapitre du fonctionnement des organismes qui sont maintenus.En marge de ces recommandations à l\u2019endroit de la fonction publique, les modifications structurelles apportées au système de santé découlent de la réforme annoncée l\u2019année précédente et visant à rendre les services de première ligne plus accessibles et plus efficaces8.Pour mener à bien cette réforme les « régies régionales de services de santé et de services sociaux» ont été transformées en « agences régionales de développement de réseaux locaux, de services de santé et de services sociaux ».De tels réseaux, toujours en construction, ont profité de la fusion de plusieurs établissements offrant des services de santé et de services sociaux de première ligne (les anciens centres locaux de services communautaires ou CLSC) ou des services hospitaliers généraux.Ces fusions ont donné naissance à 95 centres de services santé et de services sociaux en appui à autant de réseaux locaux9.Ces changements structurels apportés au réseau de la santé et des services sociaux risquent d\u2019avoir peu d\u2019impact sur les coûts d\u2019un système qui n\u2019arrêtent de croître à un rythme difficilement soutenable à terme.Le rapport Ménard, du nom du président d\u2019un groupe de réflexion invité par le gouvernement à se pencher sur ce problème, a déposé son rapporta la fin juillet 2005.Pour contrer l\u2019augmentation importante des coûts du système au cours des prochaines années, le rapport propose de nouvelles sources de financement et un recours plus important au secteur privé dans la prestation de services.Les représentants syndicaux, membres du groupe, se sont dissociés de ses principales recommandations10.La diminution des effectifs de la fonction publique québécoise L\u2019annonce d\u2019une diminution importante des effectifs de la fonction publique québécoise doit être mise en perspective ; ils ne comptent après tout que pour 18 % des employés rémunérés par l\u2019État, 82 % de ces derniers œuvrant au sein des réseaux de la santé, des services sociaux et de l\u2019éducation qui eux ne sont l\u2019objet d\u2019aucune mesure annoncée.La diminution annoncée s\u2019étalera sur dix ans, faisant passer les effectifs de 75 800 en 2004, à 60 000 en 2013.Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un horizon temporel plutôt hypothétique pour un gouvernement qui bat des records d\u2019impopularité, il a le mérite de permettre une planification à long terme qui veut conjuguer le remplacement partiel des retraités des prochaines années par une relève dans des postes à repenser en 491 La vie politique fonction des éléments de modernisation annoncés.La réduction se produira apparemment sans heurt pour les employés en place puisqu\u2019on procédera par attrition de la moitié des postes libérés par les retraités des prochaines années.Conclusion Le premier rapport du gouvernement du Québec sur l\u2019application de son plan de modernisation de son administration comprend peu de résultats probants, ce qu\u2019on pourra jugé normal alors qu\u2019une seule année s\u2019est écoulée depuis le dépôt du plan.Quoi qu\u2019il en soit, ces premiers résultats montrent bien que le passage de la « réingénierie de l\u2019État », annoncée au lendemain de son accession au pouvoir en avril 2003, à sa « modernisation » est davantage qu\u2019un changement sémantique.En effet, alors que l\u2019opération originale de « réingénierie» laissait présager des changements radicaux, la « modernisation » en cours évoque plutôt une réforme administrative en douce11.Battant des records d\u2019impopularité et à deux ans de la prochaine campagne électorale, il serait étonnant que le gouvernement actuel s\u2019éloigne d\u2019une démarche somme toute timide.En outre, la modernisation actuelle est clairement en continuité plutôt qu\u2019en rupture avec ce que les gouvernements précédents avaient entrepris.Qui plus est, en cherchant à améliorer des façons de faire, à alléger des structures et réévaluer des programmes, le Québec ne fait qu\u2019emprunter des voies tracées depuis longtemps par plusieurs autres gouvernements occidentaux.Bref, si le plan de 2004-2005 a pu susciter des craintes (Fortier étal., 2004), ce premier rapport devrait contribuer à les diminuer.Références ANCTIL, Hervé et Amélie JUHEL.« Le système de santé québécois : un édifice imposant en constante rénovation », [Annuaire du Québec 2005,2004, Fides, p.321-327.FORTIER, Isabelle et al.(2004).«De la dérive comptable à la rhétorique architecturale », [Annuaire du Québec 2005,2004, Fides, p.487-496.Modernisation de l\u2019État - La Présidente du Conseil du Trésor rend public le rapport de travail sur l\u2019examen des organismes du gouvernement pour l\u2019année 2004-2005.Communiqué de presse du 17 mai 2005.OSBORNE, David et Ted GAEBLER.Reinventing Government: Hotv the Entrepreneurial Spirit Is Transforming the Public Sector?, 1992, Longman, Addison-Wesley.Plan de modernisation 2004-2007, Moderniser l\u2019État.Pour des services de qualité aux citoyens.Briller parmi les meilleurs, mai 2004.Plan de modernisation 2004-2007.Pour des services de qualité aux citoyens.Briller parmi les meilleurs.Premier rapport d\u2019étape, mai 2005 Rapport du Groupe de travail sur l\u2019examen des organismes du gouvernement.Les 60 organismes désignés par le gouvernement pour 2004-2005.492 Notes 1 Les dépenses prévues en 2004-2005 étaient de 53,6 millions de dollars dont 6,8 millions de dollars pour le service de la dette.Cette dette qui croît en chiffres absolus et qui constitue une Administration publique partie importante des dépenses du gouvernement du Québec, décroît cependant en proportion du PIB québécois ; cette proportion était d\u2019un peu plus de 46 % en 2001 et de 44% en 2005.On prévoit que ce pourcentage sera de 40% en 2010.Pour des informations additionnelles, consulter le site : www.budgeLfinances.g0uv.qc.ca/budget/2005-2006.2\tLe remaniement ministériel du 18 février 2005 nommait M.Henri-François Gautrin,ministre délégué du gouvernement en ligne, et M.Pierre Reid ministre responsable du Centre des services partagés.3\tL\u2019opposition officielle s\u2019est aussi dite en désaccord avec la création de la nouvelle agence bien qu\u2019elle ait créé un Bureau des PPP alors qu\u2019elle était au pouvoir.4\tLa Présidente du Conseil du Trésor annoncera le 17 mai 2005 la constitution d\u2019un second groupe de travail qui examinera 58 autres organismes au cours de l\u2019année 2005-2006.5\tPaul Gobeil, ministre libéral dans les années 1980 avait produit une étude de même nature qui n\u2019a pas eu de suite.Plus récemment, Joseph Facal, ministre péquiste et alors président du Conseil du Trésor, avait proposé un régime minceur resté lettre morte.6\tAncien haut fonctionnaire au gouvernement du Québec.7\tNous utilisons le conditionnel parce que rien n\u2019assure que la privatisation de l\u2019organisme ne continuera pas de bénéficier de subventions de l\u2019État.8\tPour un portrait de ce système en évolution, nous référons le lecteur à l\u2019article de Hervé Anctil et Amélie Juhel, paru dans l\u2019Annuaire du Quebec 2005.9\tPour plus de détails consulter le site Web du ministère : www.msss.gouv.qc.ca/reseau/rls/ 10\tLa Presse, édition du 28 juillet 2005.11\tOn peut citer la fusion des municipalités du Québec, forcée par le gouvernement précédent et mise à l\u2019épreuve référendaire par le gouvernement actuel, ou encore la réforme parlementaire et la révision du mode de scrutin actuellement envisagées, comme autant d\u2019exemples de réformes aux impacts potentiellement plus significatifs que la modernisation actuelle de l\u2019État québécois.493 La vie politique Pour comprendre les PPP Noureddine Belhocine Professeur, École nationale d\u2019administration publique Joseph Facal Professeur invite, HEC Montreal Bachir Mazouz Professeur agrégé, École nationale d\u2019administration publique du Quebec Il ne se passe pratiquement plus une journée sans de nouveaux rebondissements dans la controverse publique sur les partenariats public-privé (PPP) : permettent-ils réellement de réduire les coûts et les risques?Sont-ils le début d\u2019un engrenage conduisant inexorablement à la privatisation de services publics ?Entraînent-ils une dilution de la capacité stratégique de l\u2019État d\u2019orienter le développement des collectivités?Qu\u2019en est-il des questionnements éthiques particuliers qu\u2019ils soulèvent?Font-ils appel à des modes particuliers de gestion?Nous ferons d\u2019abord ressortir la grande variété des définitions données des PPP, de même que la diversité des formes concrètes de collaboration qu\u2019elles recouvrent.Puis, nous passerons en revue les avantages et les risques présumés de ces formules, ainsi que les enjeux et les défis particuliers qu\u2019ils posent du point de vue du gestionnaire.Le partenariat public/privé : une notion polysémique Recenser toutes les définitions de la notion de partenariat public-privé ne serait pas une mince tâche tant celles-ci sont nombreuses.Par exemple, le Bureau des partenariats d\u2019affaires du gouvernement du Québec, logé au sein du Conseil du Trésor et mis sur pied en 1999 afin de faire la promotion des PPP, les définit ainsi : « Le partenariat d\u2019affaires public-privé est une entente contractuelle entre des partenaires public et privé qui stipule des résultats à atteindre pour améliorer la prestation de services publics.Cette entente établit un partage réel des responsabilités, des investissements, des risques et des bénéfices de manière à procurer des avantages mutuels qui favorisent l\u2019atteinte des résultats.» (www.tresor.gouv.qc.ca/marche/parten ariats/index.htm).Mme Monique Jérôme-Forget, l\u2019actuelle ministre québécoise en charge de piloter le projet de loi 61, qui a mené à la création de l\u2019agence gouvernementale qui supervisera les futurs PPP auxquels le gouvernement du Québec souhaite donner le feu vert, ca-ractérisaitpour sa parties PPPpar l\u2019existence « d\u2019un contrat à long terme qui lie un organisme public et une entre- 494 Administration publique prise privée» (cité par Maltais, 2004).Elle ajoutait: «Par ce contrat, l\u2019entreprise est associée à la conception, à la réalisation, à l\u2019exploitation et, généralement, au financement d\u2019un projet émanant de l\u2019administration publique.Dans un PPP, il y a partage des responsabilités, des risques et des bénéfices entre les partenaires public et privé.» (cité par Maltais, 2004).Dans la littérature managériale et scientifique, on trouvera chez BrinkerhofF(2002, p.21) une des définitions les plus fines de la nature de la relation entre les partenaires privé et public dans un PPP : « Partnership is a dynamic relationship among diverse actors, based on mutually agreed objectives, pursued through a shared understanding of the most rational division oflabour based on the respective comparative advantages of each partner.Partnership encompasses mutual influence, with a careful balance between synergy and respective autonomy, which incorporates mutual respect, equal participation in decision making, mutual accountability and transparency.» Certains auteurs préféreront pour leur part insister sur l\u2019importance des obligations mutuelles et de la confiance qui doivent prévaloir entre les partenaires (Muetzelfeldt, 2001).D\u2019autres mettront plutôt l\u2019accent sur la dimension proprement commerciale du partenariat (Chalmers et Davis, 2001).Il faut dire que l\u2019exercice de clarification de la notion de PPP est singulièrement compliqué par le fait que les gouvernements eux-mêmes qualifient de PPP des arrangements institutionnels de natures très différentes (Mazouz et Belhocine, 2002).Pourquoi cette montée en puissance des PPP à l\u2019heure actuelle?Quatre principaux phénomènes se combinent à l\u2019heure actuelle pour expliquer cette émergence de nouvelles formes d\u2019association entre les secteurs public et privé : la persistance de la fragilité des finances publiques, la frustration grandissante de l\u2019opinion publique à l\u2019endroit de la qualité des services publics, le retour en force évident ces dernières années d\u2019une rhétorique d\u2019inspiration libérale qui fait la part belle au recours à des mécanismes de marché pour la fourniture de services et la propension des gouvernements à imiter en les adaptant des expériences étrangères jugées positives (Pongsiri, 2002 ; Savas, 2000 ; Tang, 1997 ; Nioche, 1991).L\u2019engouement médiatique en cours sur les PPP ne doit cependant faire perdre de vue que le phénomène n\u2019a rien de récent.Dahl et Lindblom (1953) avaient déjà prédit, il y a plus d\u2019un demi-siècle, le rapprochement progressif des secteurs privé et public.Pongsiri (2002), pour sa part, fait des efforts du gouvernement fédéral américain pour revitaliser les infrastructures urbaines dans les années i960 le point de départ moderne des expériences de PPP.La récession économique des années 1970 incita par la suite les autorités politiques un peu partout en Occident, à droite comme à gauche, à approfondir encore leur collaboration avec des firmes privées pour la livraison de services publics (Etzioni, 1973).Pendantles années 1980, les PPP furent davantage perçus comme des dérivés du courantplus global de privatisation impulsé par des dirigeants politiques conservateurs, principalementMarga- 495 La vie politique ret Thatcher au Royaume-Uni et Ronald Reagan aux États-Unis d\u2019Amérique (Moore, Richardson et Moon, 1985 ; Moore et Pierre, 1988 ; Moon et Willoughby, 1990).C\u2019est sans doute la raison pour laquelle une bonne partie de la littérature managériale de la fin des années 1980 et du début des années 1990 sur les PPP s\u2019insère dans un courant intellectuel - au demeurant une constellation très éclectique - qu\u2019on appelle généralement le nouveau management public (Peters et Savoie, 1995 ; Charih et Rouillard, 1997 ; Kaboolian, 1998).Dans l\u2019ouvrage emblématique du nouveau management public (ci-après NMP), Osborne etGaebler (1992) consacrent d\u2019ailleurs le premier chapitre aux PPP et en font l\u2019un de leurs sept mécanismes privilégiés de réingénierie des gouvernements, aux côtés de la privatisation, de la contractualisation, de la décentralisation, de la rémunération au rendement, du managementpar résultats et de l\u2019orientation client.Même si dès cette époque, plusieurs reprochent au NMP ses soubassements idéologiques et politiques (Hood, 1991 ; Pollitt, 1990 ; Aucoin, 1990), de nombreux gouvernements, dans les textes officiels de présentation de leurs intentions de réforme, en intégreront de larges pans.Pensons à la Grande-Bretagne (1988), au Canada (1990) et aux Etats-Unis (Gore, 1993).Même une société avec une solide tradition d\u2019économie mixte, comme la France, s\u2019ouvre progressivement à ce courant de pensée (France, 1989).C\u2019est aussi à cette époque que les PPP font leur entrée dans la rhétorique et les recommandations d\u2019organismes internationaux comme l\u2019OCDE ou la Banque Mondiale, jusque-là des tenants assez stricts du marché comme mode optimal d\u2019allocation des ressources (Wettenhall, 2003).L\u2019ouverture affichée à l\u2019endroit des PPP par le New Labour de Tony Blair, qui se hisse au pouvoir en 1997, fera ensuite beaucoup pour élargir l\u2019intérêt des chercheurs, particulièrement dans les pays anglo-saxons.On note également que les pays en voie de développement n\u2019échappent pas, eux aussi, à la vague des PPP (Wallis etDollery, 2001).À vrai dire, la diffusion planétaire des PPP est aujourd\u2019hui telle qu\u2019il serait bien difficile de conclure à une mode éphémère ou localisée (Langford, 2002 ; Rondinelli etlacono, 1996).On compterait en effet sur les doigts d\u2019une seule main les pays qui n\u2019expérimentent pas à l\u2019heure actuelle ces modes de collaboration public-privé.Les domaines les plus divers font l\u2019objet de projets de PPP : l\u2019aide aux pays en voie de développement (Hulme et Edwards, 1997 ; Van der Heijden, 1987), la R&D (Stiglitz et Wallsten, 1999), la lutte à la pauvreté (Rom, 1999), la défense nationale (Guttman, 2001), la mise au point de véhicules à moindre consommation énergétique (Dunn, 1999), la gestion des prisons (Schneider, 1999), le renouveau urbain (Johnson et Osborne, 2003 ; Fosler, 1986), les bons d\u2019étude (Levin, 1999), la protection environnementale (Kamienecki et al., 1999), la collecte des ordures (Szymanski, 1996), la gestion de l\u2019eau (Aubert et Patry, 2004) et bien d\u2019autres.LES FORMES DE PPP LES PLUS COURANTES Pour rendre compte des implications managériales substantiellement dif- 496 Administration publique férentes selon la forme du PPP, il convient d\u2019en présenter les modèles les plus courants à l\u2019heure actuelle.La plus ancienne forme de partenariat public-privé est l\u2019impartition par les autorités publiques à l\u2019entreprise privée de certaines fonctions techniques de soutien généralement assez simples.L\u2019entretien d\u2019immeubles gouvernementaux ou la collecte des ordures ménagères en sont des exemples parmi les plus courants.Dans cette forme de partenariat, le partenaire public peut être ou non le propriétaire des actifs : il l\u2019est dans le cas des immeubles, mais ne l\u2019est pas pour les camions qui collectent les déchets.Mais l\u2019entité publique demeure responsable devant la population de la fourniture du service et elle rémunère le partenaire privé pour qu\u2019il s\u2019acquitte de sa tâche.Le partenaire privé est l\u2019employeur des ressources humaines mises à contribution.Les profits ou les pertes sont au bilan de l\u2019entité privée pour la fonction précise dont elle a accepté d\u2019assumer la responsabilité.À l\u2019autre bout de l\u2019éventail des PPP, la concession consiste généralement pour un partenaire privé à construire lui-même un actif ou à l\u2019acheter à l\u2019État pour le rénover, puis à l\u2019exploiter, avant de le céder ou de le revendre à l\u2019État.L\u2019autoroute 407 en banlieue nord de Toronto en est un exemple caractéristique (Aubert et Patry, 2004).Ce genre de PPP repose généralement sur un contrat de longue durée.Le partenaire privé est le propriétaire des actifs (jusqu\u2019à la cession à l\u2019État), le responsable devant la population, l\u2019employeur des ressources humaines, et il assume les pertes ou encaisse les profits.Il fournit également le capital en tout ou en partie, et il se finance en tarifant l\u2019usager et/ou en recevant des subventions gouvernementales.Entre ces deux formes simples, on trouve habituellement une forme intermédiaire de PPP que l\u2019on qualifie d\u2019afïèrmage, dont on trouve deux principales variantes.Dans la première d\u2019entre elles, l\u2019entreprise privée construit un actif et le loue à l\u2019État qui l\u2019opère.Plusieurs nouveaux hôpitaux relèvent de cette catégorie de PPP (IEM, 2004).Le capital de départ et la propriété des actifs sont ici privés.L\u2019État rémunère le partenaire privé au moyen d\u2019un loyer, mais il est l\u2019employeur des ressources humaines et demeure l\u2019ultime responsable du service devant la population.Dans ce type d\u2019arrangement, la gestion des risques repose habituellement sur une nette séparation entre les risques liés à la construction et ceux liés à l\u2019exploitation.Dans la deuxième variante de l\u2019affermage, les actifs appartiennent à l\u2019autorité publique, qui en confie l\u2019exploitation à une entreprise privée qui lui verse un loyer et se finance en tarifant l\u2019usager, avec ou sans subvention d\u2019appoint du partenaire public.Plusieurs réseaux de transport en commun municipaux en Europe et aux États-Unis relèvent de cette catégorie de PPP (Aubert et Patry, 2004).Considérant la grande diversité des modalités d\u2019aménagement du partenariat (voir tableau 1), il n\u2019est pas étonnant qu\u2019elles donnent lieu à toute la gamme des prises de position possibles sur leurs avantages ou leurs inconvénients présumés par rapportaux modes traditionnels de prestation des services.LES PPP: LES IMPLICATIONS 497 La vie politique POUR LE GESTIONNAIRE PUBLIC De ce qui précède, nous pouvons retenir que la complexité du PPP, comme phénomène lié à la coordination de l\u2019intervention publique, n\u2019est plus à démontrer.Cependant, la complexité du phénomène ne doit en aucun cas servir son occultation.Bien au contraire, les praticiens et les théoriciens des organisations ont besoin d\u2019un cadre conceptuel et de tentatives typologiques pour pouvoir saisir « la chose» et surtout agir sur elle.Pour le théoricien, des analyses empiriques portant sur des projets majeurs - réalisés en PPP et documentés par la littérature et la presse spécialisée - devraient permettre l\u2019élaboration d\u2019un cadre de référence.En effet, à partir de pratiques (observables) issues de rapprochements opérés entre des entités servant des finalités publiques ET privées, tels un contrat de services ou une action conjointe inscrite dans la durée, il est devenu possible d\u2019identifier des formes distinctes de PPP (voir notre typologie plus loin).Pour un gestionnaire, il importe que chacune de ces formes soit cernée à travers des variables de gestion, tels la planification, la coordination, le econ-trôle, la prise de décision, les stratégies appropriées, les risques, les défis à relever, pour ne citer que ces dimensions importantes de la réalité organisationnelle.Pour les besoins de cet article, nous nous plaçons dans la perspective du gestionnaire public.Ainsi, nous nous limitons aux enjeux stratégiques, aux défis à relever par les gestionnaires publics, aux risques majeurs et aux avantages associés à quatre formes distinctes de PPP.À la base de notre cadre conceptuel une question bien simple : abstraction faite des options idéologiques etpoli tiques, qu\u2019est-ce qui pourrait amener une organisation publique à conclure un partenariat avec une organisation privée ?À tort ou à raison, cette question nous renvoie à des considérations strictementmanagériales.Les réponses pourraient paraître multiples, allant des besoins en expertise jusqu\u2019aux impératifs financiers, en passantpar une méconnaissance du marché, des impératifs de proximité géographique, etc.Cependant, leur analyse en profondeur permet de les regrouper selon deux axes majeurs : la proximité de la cible et la capacité à générer des projets.La proximité de la cible Cette notion renvoie à la position de l\u2019organisation publique par rapport à sa clientèle cible.On retient l\u2019hypothèse que les besoins des citoyens évoluent en fonction des transformations qui s\u2019opèrent dans la société et que, par conséquent, des ajustements s\u2019imposent dans l\u2019offre de services.L\u2019effort d\u2019adaptation du service public doit être permanent en vue de maintenir la qualité du service offert et de pouvoir répondre à temps aux besoins nouveaux de la population et des entreprises.À l\u2019instar d\u2019une firme privée qui fait de la veille technologique pour maintenir sa compétitivité et son avantage concurrentiel, le service public doit faire une sorte de veille sociologique et être à l\u2019écoute du citoyen et de l\u2019entreprise.Dans ce cas, on parle de proximité élevée.Une disjonction entre les besoins de la clientèle etl\u2019offre de services, du fait d\u2019un éloignement de l\u2019organisation 498 Administration publique TABLEAU 1\tPrincipaux modèles de partenariat public-privé\t\t\t\t \t\t\t\t MODÈLE\tLe partenaire public externalise des activités qu\u2019il juge non essentielles et non productrices de revenus\tLe partenaire privé construit un actif et le loue à l\u2019État qui l\u2019exploite {Build, Own, Lease)\tLe partenaire privé exploite un actif existant appartenant à l\u2019État et lui veree un loyer\tLe partenaire privé construit un actif (ou acquiert de l\u2019État un actif existant pour le rénover), l\u2019exploite, puis le cède à l\u2019État à terme {Build, Own, Operate, Trans fet) EXEMPLE TYPE\tGestion d\u2019installations\tNouvel hôpital (ex.: Royal Ottawa)\tSystèmes de transport en commun (ex.: traversiers)\tConstruction d\u2019une autoroute (ex.: 407 à Toronto) QUI EST PROPRIÉTAIRE DES ACTIFS?\tÉtat\tActionnaires privés\tÉtat\tActionnaires privés puis État COMMENT LE PARTENAIRE PRIVÉ EST-IL RÉMUNÉRÉ?\tPaiements de l\u2019État\tLoyer payé par l\u2019État\tTarification à l\u2019usage ou prix fantômes chargés à l\u2019État, en plus d\u2019une possibilité de subventions de fonctionnement\t QUI DÉTERMINE LE PRIX/TARIF DEMANDÉ À L\u2019UTILISATEUR FINAL, LE CAS ÉCHÉANT?\tÉtat\tÉtat\tContrat ou partenaire privé, parfois soumis à une autorité réglementaire\t QUI EST RESPONSABLE DU SERVICE DEVANT LA POPULATION?\tÉtat\tÉtat\tPartenaire privé\t QUI EST L\u2019EMPLOYEUR DES RESSOURCES HUMAINES?\tImpartiteur, sous réserve de l\u2019article 45 du Code du travail\tÉtat\tPartenaire privé, sous réserve de l\u2019article 45 du Code du travail dans le cas d\u2019une infrastructure ou d\u2019une activité déjà existante\t QUI FOURNIT LE CAPITAL?\tÉtat\tPartenaire privé\tÉtat\tConcessionnaire, parfois avec un apport de fonds publics QUI ASSUME LE RISQUE DE DÉPASSEMENT DES COÛTS, DES PERTES ET PROFITS?\tImpartiteur, pour ce qui est de la fonction précise dont il est responsable\tSéparation des risques reliés à la construction et la propriété de l\u2019actif de ceux reliés à l\u2019exploitation du service\t\tConcessionnaire DURÉE TYPIQUE DELA RELATION\t1 à 5 ans\t10-12 ans\t10-12 ans\t20-30 ans Source: iEM (septembre 2003, p.2) : « Des services publics plus efficaces grâce au partenariat public-privé» (avec adaptation) publique par rapport à sa clientèle cible, engendre non seulement un gaspillage de ressources mais jette aussi le discrédit sur l\u2019organisation publique.Sous l\u2019effet conjugué de la force d\u2019inertie de la bureaucratie et de 499 La vie politique l\u2019ampleur des changements sociaux, il est possible, en effet, que le service public se déconnecte de la réalité et soit incapable de répondre adéquatement aux besoins de sa clientèle.Dans ce cas, on parle de proximité faible.La capacité à générer des projets Pour un service public, la capacité à générer des projets se mesure par sa propension à traiter la demande sociale et à la transformer en projets viables.Pour cela, l\u2019organisation publique doit disposer non seulement de ressources suffisantes, mais aussi et surtout d\u2019une volonté politique de satisfaire les besoins exprimés par sa clientèle.Dans le cadre de sa mission, une organisation publique pourrait disposer de toutes les ressources nécessaires à la réalisation d\u2019un projet donné.Or, la disponibilité des ressources à elle seule n\u2019estpas suffisante.Celle-ci doitêtre accompagnée d\u2019une volonté de réalisation.L\u2019importance des ressources, d\u2019une part, et la volonté politique, d\u2019autre part, placeraient donc l\u2019organisation publique sur un continuum allant de capacité faible à capacité élevée.En croisant la proximité de la cible et la capacité à générer des projets, nous identifions quatre types de PPP.Nous les présentons en soulignant les enjeux stratégiques, les défis, les avantages et les risques inhérents à chacun d\u2019eux.Le PPP circonstanciel Il place côte à côte une organisation publique ayant un ou plusieurs projets en main et une organisation privée ayant développé un savoir-faire et une expertise en raison de sa connaissance du marché.Si pour le partenaire public ce type de PPP lui permet, le plus souvent, d\u2019atteindre ses objectifs, il en est autrement pour le partenaire privé.Et pour causes, (i) le partage équitable du pouvoir reste problématique : Qui contrôle le partenariat en fin de compte ?(2) Comment capitaliser sur les connaissances ?La controverse entourant le projet APC, Alliance pour le changement, liant la firme Accenture (ex- TABLEAU 2 Une typologie «orientée projet» des partenariats public-privé \t\t\t \t\tProche\tÉloignée CAPACITÉ À GÉNÉRER DES PROJETS\tÉlevée\t1 Partenariat circonstanciel Dicté par des impératifs de gestion, d\u2019expertise, d\u2019injection de capitaux privés\tII Partenariat élémentaire Recherche d\u2019économie, d\u2019efficacité et d\u2019efficience PPP ÉLÉMENTAIRE\tFaible\tIII Partenariat symbiotique Découle d\u2019une vraie communauté de pratiques, de convergences des valeurs et des intérêts\tIV Partenariat prospectif Dicté par des enjeux stratégiques à l\u2019échelle des nations et des gouvernements Source : Mazouz et Beihocine (2002, avec adaptation) 500 Administration publique Andersen Conseil Canada) et une organisation gouvernementale du Nouveau-Brunswick fera désormais partie des annales des PPP traumatisants pour le partenaire privé.En plus de la controverse générale entourant le PPP dans le domaine social, la firme Accenture aurait été victime de l\u2019asymétrie caractérisant les rapports de pouvoir des partenaires.Les retards enregistrés par rapport à l\u2019échéancier initial conjugués aux déboires médiatisés qu\u2019a connus la firme Andersen à cette époque ont fini par pousser Accenture à rompre avec le secteur gouvernemental au Nouveau-Brunswick.Ce qui distingue les PPP des autres modes d\u2019interaction entre le secteur public et le secteur privé c\u2019est le partage du processus de prise de décision : « In the most strategie partnerships, the partners will work together at all levels and stages from the design and governance of the initiative to implementation and evaluation.» (Jane Nelson, 2002 :47) Le partage du processus de prise de décision et la participation des partenaires dans la gestion du projet-commun résulteront toutefois de leur capacité respective à influer sur et à orienter le partenariat, en somme à en exercer un certain contrôle.D\u2019une manière générale, les PPP, par la collaboration qu\u2019ils instaurent, impliquent par définition une certaine confiance, une loyauté, un respect des engagements pris.Cependant, cette vision ne prend pas en considération la nature différente des partenaires, en termes de finalités, de philosophies, de valeurs, de comportements, etc., qui est source de divergences, voire de conflits.L\u2019intensité des conflits est déter- minée généralement par l\u2019état des rapports de force qui s\u2019établit entre les partenaires et leur volonté de coopérer (intuitu personae).La notion de contrôle, est, comme on l\u2019a vu plus haut, quelque peu liée à la prise de décision, mais non exhaustivement, car l\u2019Étatpeutetdoitl\u2019exercer non seulementpar les moyens internes (mécanismes de gestion) mais aussi par des moyens externes (comme les réglementations spécifiques).Le dispositif de contrôle viserait à s\u2019assurer que le PPP respecte les impératifs de la politique gouvernementale.En revanche, un contrôle excessif ou inadéquat deviendrait répulsif aux yeux des partenaires privés, soucieux de préserver leur autonomie de décision.Une attention particulière doit donc être portée à l\u2019étape des négociations entre les partenaires afin de déterminer les contours de l\u2019association.Le gestionnaire public en charge d\u2019un projet à réaliser en Partenariat de Circonstance doit donc développer un mécanisme de contrôle basé sur une délimitation plus précise des responsabilités de chaque partenaire.La délimitation des responsabilités non transférables doit être à la base dudit partage de pouvoir.Aussi, le gestionnaire public doit créer les conditions favorables au transfert d\u2019apprentissage et à la capitalisation des connaissances pour rapprocher davantage son organisation de la cible qui, elle, justifie sa raison d\u2019être.Le PPP élémentaire Pont partie de ce type de PPP les contrats de gestion accordés par les gouvernements à des firmes privées (gestion d\u2019espaces et d\u2019édifices publics, collecte de résidus ménagers, cueillette 501 La vie politique de résidus recyclables, prestation de certains services de soins à domicile, etc.).Dans ce cas de figure, le partenaire public recherche une forme d\u2019organisation plus flexible et une gestion rigoureuse des coûts lui permettant de garantir un service public - d\u2019intérêt général ou de cohésion sociale - de qualité et de moindre coût (Lewan-dowsky, 2004).En définitive, peu importe les intentions sous-jacentes aux PPP, stratégiques ou opérationnelles, le contrôle du partenariat est quasi unilatéral (Pycroft, 1996).Autrement dit, il revient au partenaire public de décider de la conduite et de l\u2019avenir du PPP.Les rapports qui animent le partenariat Ville de Montréal / Firmes privées spécialisées dans la cueillette de résidus ménagers recyclables illustrent parfaitement le PPP élémentaire.En effet, pour réaliser ses projets touchant, entre autres, la préservation de l\u2019environnement, la Ville de Montréal a choisi de faire appel à quelques partenaires privés.Le partenaire public précise et gère l\u2019application des règles du jeu, dont celles relatives à l\u2019arbitrage entre les soumissions, et les partenaires privés retenus assument la gestion et la responsabilité des opérations de cueillette des résidus recyclables.Ce faisant, des ressources humaines, financières et matérielles sont déployées et gérées par les partenaires privés au service de la collectivité.En contrepartie, la Ville de Montréal rémunère, sur une base périodique, les services rendus à la collectivité.C\u2019estle cas aussi des partenariats entre les CLSC et des agences privées de prestation de services de soins à domicile ; ou encore du partenariat développé par le ministère des Finan- ces du Québec et la Banque nationale du Canada en matière de gestion des opérations de Placement Québec.Pour ce qui est des enjeux majeurs de gestion, stratégique et opérationnelle, il va de l\u2019intérêt du partenaire public que les standards (en termes de qualité des services, d\u2019accessibilité, d\u2019universalité, etc.) soient établis dès la phase initiale du projet.L\u2019évaluation d\u2019un PPP se faisant sur la base du respect des standards du service public, l\u2019étape du choix du partenaire privé se révèle un facteur déterminant pour son succès.Comment, en effet, choisir unpartenaire privé dans ce type de PPP?Le choix doit porter non seulement sur les capacités corporatives du partenaire mais aussi sur sa « moralité » et son potentiel à entrer en conflit avec les intérêts publics.Par ailleurs, la perte d\u2019expertise ainsi que l\u2019extrême sensibilité de l\u2019opinion publique constituentpour l\u2019essentiel les risques auxquels devrait faire face le gestionnaire public.La perte d\u2019expertise découlerait de l\u2019éloignement du partenaire public de sa cible.Et de sa tendance à reléguer la gestion d\u2019un service à un partenaire privé sans se soucier de mettre en place des mécanismes d\u2019apprentissage lui permettant au minimum de s\u2019approprier l\u2019expertise de son partenaire, et ce, dans le buta la fois de s\u2019assurer de la fiabilité de son partenaire et de maintenir, voire d\u2019améliorer, son pouvoir de négociation au sein du partenariat.La sensibilité de l\u2019opinion publique estliée au faitqu\u2019il s\u2019agit, dans ce type de partenariat, de services publics de proximité qui sont exposés au jugement de l\u2019opinion en matière de variation de prix, de régularité, de quantité, de qualité, etc.du service.Le PPP symbiotique 502 Administration publique Les projets issus de ce type de partenariat sont caractérisés par une plus grande convergence des valeurs, des missions et des objectifs des partenaires.C\u2019est une forme de communautés de pratiques caractéristique des PPP liant le plus souvent des organisations privées sans but lucratif (c\u2019est-à-dire de type communautaire) et des organismes gouvernementaux, autour de services destinés à des clientèles particulières ou répondant à des situations mouvantes, ou encore à des besoins émergents.Bien que ce genre de projets ait la particularité d\u2019être d\u2019intérêt public, régional ou national, de cohésion sociale et d\u2019universalité des services, l\u2019Organisation gouvernementale - tout en se montrant préoccupée par ces dossiers - admet ouvertement l\u2019insuffisance des ressources, des expertises disponibles et le manque de connaissance pratique du terrain.Elle ne peut concevoir ni lancer des projets pour remédier aux dossiers en question.Dès lors, elle favorise par des politiques publiques l\u2019émergence de collaborations serrées entre ses organisations et celles présentes sur le terrain.À titre d\u2019illustration, le partenariat entre le Fonds de lutte contre la pauvreté par la réinsertion au travail et les organismes communautaires œuvrant dans le domaine de l\u2019emploi correspond dans une large mesure au partenariat symbiotique.Par des projets ciblant des groupes sociaux spécifiques (immigrants, femmes monoparentales, minorités visibles, etc.) s\u2019instaure en principe une collaboration symbiotique entre le service public et les organismes communautaires, favorisée et portée par une communauté de vue et de valeurs.Les partenaires sont cen- sés servir les mêmes « causes » et les mêmes objectifs.En raison de la forte interdépendance qu\u2019induit ce type de partenariat-les organismes communautaires dépendent essentiellement du gou-vernementpour leur financement et le gouvernement dépend des organismes communautaires pour mettre en œuvre ses politiques publiques - le partenaire public serait enclin à ménager l\u2019organisation privée dans le souci de stabiliser le partenariat et de le faire fructifier à moyen et à long termes.En effet, le défi à relever consisterait à trouver un compromis entre la nécessité de maintenir viable le partenaire privé -afin d\u2019éviter son affaiblissement éventuel, compte tenu de la forte interdépendance qu\u2019induit ce type de partenariat - et les impératifs liés à l\u2019imputabilité, qui elle, revientimman-quablement au partenaire public.Aussi, un déséquilibre entre ces deux impératifs risqueraitde conduire à une dilution des responsabilités allant jusqu\u2019à compromettre les résultats, particulièrement lorsque la collaboration implique plusieurs partenaires.L\u2019imputabilité étant l\u2019apanage du partenaire public, le gestionnaire doit mettre sur pied un mécanisme de collaboration flexible permettant, sur la base d\u2019une délimitation rigoureuse des responsabilités, d\u2019effectuer des ajustements en cours de route et d\u2019assurer un suivi périodique modulable des résultats intermédiaires du PPP.Par ailleurs, dans la réalité, les mécanismes de collaboration, bien évidemment quand ils existent formellement, sont « dysfonctionnels » à cause des différences dans les modes opératoires et dans les cultures organisa- 503 La vie politique tionnelles.En termes d\u2019enjeux majeurs de gestion, une attention toute particulière doit être accordée par le gestionnaire aux mécanismes de collaboration favorisant les adaptations culturelles mutuelles, dans la perspective de réduire les risques de conflits et de dilution des responsabilités.Enfin, le gestionnaire public, profitant d\u2019une opinion publique généralement favorable à ce type de partenariat et de l\u2019absence de conflits d\u2019intérêts majeurs entre les associés, gagnerait à instaurer un climat favorable à la coopération et au renforcement des capacités opérationnelles de son partenaire, condition essentielle pour l\u2019atteinte des objectifs communs.Le PPP prospectif Ce type de PPP concerne des projets d\u2019intérêt stratégique pour les parties engagées.Toutefois, il permet au partenaire public d\u2019infléchir et d\u2019orienter les choix stratégiques du partenaire privé par le biais de mécanismes incitatifs.Visant la réalisation d\u2019intérêts stratégiques pour les nations et les gouvernements qui les représentent, ce type de partenariat lie des partenaires publics et des entreprises privées hautement spécialisés dans des secteurs névralgiques de l\u2019économie, de la santé publique, de la défense et de l\u2019éducation nationale.Contrairement au PPP symbiotique, le PPP prospectif s\u2019efforce d\u2019aligner des attentes diamétralement opposées.Entre, d\u2019un côté, des firmes privées qui aspirent à des profits élevés, justifiés par les risques encourus, et, de l\u2019autre, des agences gouvernementales soucieuses de doter la collectivité d\u2019avantages compétitifs durables.La complexité, les risques et les coûts des projets dans certains domaines (biotechnologies, pharmaceutique, télécommunications, défense, espace, etc.) incitent très souvent des agences gouvernementales à s\u2019associer au secteur privé.11 arrive que ce type de PPP ait mauvaise presse et soulève des débats à l\u2019intérieur même des coalitions politiques.C\u2019est souvent autour des mécanismes gérant les rapports des partenaires et l\u2019allocation des ressources que la controverse s\u2019organise : qui profite le plus du partenariat?Devrait-on dépenser l\u2019argent des contribuables dans tels ou tels domaines?Ne serait-il pas plus raisonnable de limiter l\u2019action des organismes gouvernementaux à la réglementation?À ces questions, s\u2019ajoutent d\u2019autres interrogations d\u2019ordre opérationnel.S\u2019agissant des enjeux majeurs de gestion, les PPP, qui servent des projets dont les retombées publiques ne sont pas aisément identifiables par le citoyen - ou par ses représentants, par rapport aux notions de service d\u2019intérêt général, de cohésion sociale ou d\u2019universalité qui légitiment l\u2019action gouvernementale - nécessitent un système de gestion approprié.Ce dernier devrait être essentiellement axé sur la gestion étroite des interfaces et la négociation permanente (i) des ressources à consacrer aux projets, (2) des attributs et des fonctionnalités des produits et services publics qui en découlent et (3) des objectifs stratégiques communs à atteindre et des retombées (en matière de droits de propriété et autres actifs intangibles).11 s\u2019agit là de conditions à intégrer dans le système de gestion pour préserver l\u2019exercice du contrôle du partenariat et en améliorer la légitimité.En effet, 504 Administration publique l\u2019implication des firmes privées dans des PPP risquerait fort bien d\u2019éroder le pouvoir de décision des autorités publiques dans des domaines hautement stratégiques en leur offrant l\u2019occasion d\u2019influer sur des choix de société.Dans ces conditions, il appartient au gestionnaire public d\u2019établir des mécanismes formels et informels lui permettant de s\u2019assurer que l\u2019association envisagée n\u2019entre pas en contradiction avec l\u2019intérêt général et produise les résultats escomptés.Conclusion Compromis entre une privatisation totale et le monopole d\u2019Étatdans les services publics, les PPP mettent en rela- tion des partenaires aux objectifs et aux stratégies plus ou moins contradictoires.Ces formes d\u2019association peuvent conduire à des dysfonctionnements organisationnels importants et à des risques de gestion.Quelle que soit la formule retenue, les réserves à l\u2019endroit des PPP sontpour une grande part dues à la complexité qui les caractérise mais aussi à la confusion qui est souvent faite avec la privatisation, associée souvent à une remise en question du service public et à un désengagement de l\u2019État par rapporta ses missions et à ses modes traditionnels d\u2019intervention.Les accepter sans critique, c\u2019est faire preuve de myopie, les refuser d\u2019emblée, c\u2019est faire preuve TABLEAU 3 Enjeux, défis, avantages et risques des PPP \t\t\t\t PPP CIRCONSTANCIEL\tPartage de pouvoir\tArrimage des méthodes et des processus de travail\tMobilisation des actifs privés\tBarrières à la sortie élevées PPP ÉLÉMENTAIRE\tRespect des standards du service public\tLe suivi, le contrôle et la maîtrise des coûts\tRéduction des coûts\tChoix inapproprié du partenaire privé Perte d\u2019expertise Extrême sensibilité de l\u2019opinion publique PPP PROSPECTIF\tMise en place de mécanismes de coopération et d\u2019ajustement\tMaintien de la viabilité du partenaire privé\tProlonge l\u2019action gouvernementale dans un esprit de service public Peu de conflits majeurs Sensibilité sociale positive\tDilution des responsabilités Affaiblissement des capacités opérationnelles du partenaire privé COMMENT LE PARTENAIRE PRIVÉ EST-IL RÉMUNÉRÉ?\tRéduction de la zone d\u2019incertitude Appropriation des résultats\tPrise de décision et marge de manœuvre pour la résolution de problèmes Droit de propriété et partage de revenus\tCompétitivité et avantage concurrentiel national\tMonopole de l\u2019expertise parle partenaire privé Transfert de connaissances 505 La vie politique d\u2019étroitesse d\u2019esprit.Chose certaine, les partenariats public-privé devront faire l\u2019objet d\u2019une évaluation permanente de la part de l\u2019ensemble des parties prenantes.L\u2019amélioration de l\u2019efficacité économique recherchée par les gouvernements ne doit pas occulter les risques d\u2019accentuer les coûts sociaux (discontinuitédes services, augmentation des tarifs pour les usagers, risques de santé, risques de pollution, chômage, etc.) qu\u2019elle peut induire.Enfin, les pratiques de gestion liées aux PPP ne doivent pas mettre en cause la préservation de l\u2019intérêtpublic.Si les gouvernements accordent une attention particulière à la protection de l\u2019intérêtpublic et à la gestion des coûts sociaux, les PPP gagneront en légitimité.Cet article a été' publie' dans Télescope, la revue de l\u2019Observatoire de l\u2019administration publique de l\u2019ENAP, en/evrier 2005.506 Administration publique Le marketing gouvernemental : ce que révèle la commission Gomery Robert Bernier Professeur titulaire, École nationale d\u2019administration publique, Uniuersite' du Que'bec Le programme des commandites et la Commission d\u2019enquête (Gomery) mise sur pied afin d\u2019élucider ses activités douteuses, ont illustré des façons de faire, dans la gestion des communications gouvernementales fédérales, qui diffèrent des pratiques en vigueur dans l\u2019État québécois.Nous allons répondre ici aux hypothèses suivantes : les communications du gouvernement québécois se sont développées historiquement à partir d\u2019appareils de communication adaptés à l\u2019évolution culturelle et technologique de la société québécoise, leur conférant ainsi un statut permanent dans sa trame socio-logique.Pour sa part, le gouvernement du Canada a fondé son intervention en matière de communications sur des organisations temporaires requises lors de conflits ou de crises intérieures (référendums), accordant ainsi une faible importance à l\u2019établissement d\u2019un dialogue permanent entre l\u2019État et le citoyen dans l\u2019exercice des fonctions quotidiennes de gouverne.Enfin, la performance d\u2019un gouvernement comme relayeur d\u2019information est étroitement associée aux ser- vices utilitaires qu\u2019il offre à la population.Des trois paliers de gouvernements qui œuvrent au Québec, le gouvernement du Canada occupe le dernier rang comme relayeur d\u2019information auprès de la population (Bernier ; Lemieux, 1994, 2000, 2003).Propagande de guerre Ce sont les vents de la guerre qui conduisent Ottawa à confier, en 1939, la direction de l\u2019Office national du film nouvellement créé à l\u2019Écossais John Grierson, le pionnier du film documentaire en Grande-Bretagne au cours des années 1920 et 1930.Ce dernier réalisera, malgré une forte opposition des fonctionnaires et des conservateurs, une propagande de guerre à caractère sociologique visant, entre autres, à promouvoir la contribution des Canadiens à l\u2019effort de guerre, l\u2019internationalisation du conflit et la place du Canada sur l\u2019échiquier mondial.Le gouvernement du Canada va connaître ses années les plus prolifiques en matière d\u2019information et de propagande au cours de la période comprise entre 1939 et 1945.507 La vie politique Le conflit terminé, Ottawa ne renouvelle pas le mandat de Grierson qui est victime de la chasse aux sorcières réservée aux internationalistes que l\u2019on qualifie d\u2019agitateurs communistes.Le Wartime Information Board est démantelé, faute de vocation dans une société en reconstruction.L\u2019ONF, taxé d\u2019officine communiste par la commission Kellogg-Taschereau, perd toute crédibilité auprès du Parlement fédéral entre 1946 eti950.Le Canadian Information Service devient l\u2019appareil responsable des communications gouvernementales sans toutefois être capable de coordonner les interventions en matière d\u2019information gouvernementale.Au début des années i960, la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019organisation du gouvernement canadien insiste sur l\u2019absence de coordination des communications, de la publicité et des sondages dans l\u2019administration publique fédérale (Glassco ; Therrien ; Sellar, 1962).Les années 1950 sont caractérisées par une intervention économique massive du gouvernement fédéral lui conférant ainsi une imposante visibilité auprès de la population.Le gouvernement du Québec voit Ottawa refuser sa demande de création d\u2019un système de radiodiffusion en 1931.Le Conseil privé de Londres confirme ainsi la juridiction fédérale en matière de communication.La paix revenue, Duplessis se rappelle l\u2019odieuse façon dont il fut traité par Radio-Canada lors de la campagne électorale de 1939 - on avait refusé de passer ses discours en direct sous prétexte qu\u2019il pouvait Le gouvernement du Canada a fondé ses communications sur des organisations temporaires requises lors de conflits ou de crises intérieures.prêcher la sédition - et adopte le 20 avril 1945, la loi créant l\u2019Office de la radio de Québec afin de se doter d\u2019un canal de diffusion sur le territoire québécois (Bernier, 1988).L\u2019année suivante, la Commission de la radio à Ottawa refuse d\u2019accorder un permis d\u2019exploitation à Radio-Québec.Le premier ministre québécois refuse de baisser les bras et met sur pied, en avril 1946, l\u2019Office provincial de publicité (OPP) afin de faire connaître le Québec sous son vrai jour et de mettre en relief son caractère propre et ses aspirations (Georges VI, ch.44).Le besoin de coordonner la publicité gouvernementale signifié dans le préambule de la loi créant l\u2019OPP illustre l\u2019importance que l\u2019exécutif gouvernemental accorde à ses communications externes.La Révolution tranquille va provoquer les premières manifestations d\u2019un marketing gouvernemental organisé avec la création de l\u2019OIPQ qui succède à l\u2019OPP à une période marquée par une croissance de l\u2019intervention de l\u2019État dans la vie quotidienne des Québécois et la bureaucratisation de l\u2019information gouvernementale.Dans ce contexte, l\u2019autonomie administrative des fonctionnaires se renforce, plus particulièrement lors de la crise politico-administrative qui se produit dans les bureaux de l\u2019OIPQ le 26 mars 1965, au moment où son ministre responsable, Bona Arsenault, exige qu\u2019un communiqué partisan soit transmis par l\u2019Office.Il n\u2019en faut pas plus aux jeunes fonctionnaires en poste pour convoquer une conférence de presse dénonçant ce geste qui portera un coup dévastateur à l\u2019organisation.Il faudra attendre le retour au pouvoir de l\u2019Union nationale, le 5 juin 1966, pour 508 Administration publique que POIPQpuisse enfin se déployer efficacement entre autres avec la campagne publicitaire « Québec sait faire » dont l\u2019axe de communication fait la promotion du savoir-faire des Québécois dans une conjoncture dominée par le nationalisme socioéconomique.La période comprise entre 1966 eti970 va permettre une consolidation des communications gouvernementales de l\u2019État québécois, et ce, malgré une forte contestation de son rôle par l\u2019opposition officielle et la presse (Bernier 1988, 1994, 2001).La guerre.des nationalismes La montée du nationalisme québécois va inciter le gouvernement libéral fédéral de Pierre Elliott Trudeau à faire revivre le Comité permanent des com-munications qui avait été supprimé avec le Wartime Cabinet à la fin du second conflit Dans le sillon de cette décision, Trudeau crée Information Canada en 1970 afin de coordonner l\u2019information fédérale dans les ministères et établir un dialogue entre l\u2019État et le citoyen.Les critiques de l\u2019opposition parlementaire et l\u2019incapacité de l\u2019organisation à gagner la confiance de l\u2019administration publique fédérale provoqueront son démantèlement au printemps 1976.Les libéraux provinciaux de Robert Bourassa accèdent au pouvoir le 29 avril 1970 et s\u2019empressent de supprimer l\u2019OIPQ tout en décentralisant la responsabilité de l\u2019information gouvernementale dans les ministères.La Direction générale des communications gouvernementales succède à l\u2019OIPQ et le gouvernement libéral privilégie le recours à l\u2019entreprise privée pour faire la publicité gouvernementale et celle des élus sans se soucier du statut de l\u2019information gouvernementale.Toutefois, au cours de cette période, Communication Québec se développe à l\u2019abri des interventions politiques avec la complicité de l\u2019administration publique dans le but d\u2019établir un rapport permanent entre l\u2019État et le citoyen.Le Parti québécois est porté au pouvoir le 15 novembre 1976 avec une option (la souveraineté-association) qui impose une information gouvernementale accessible à tous les citoyens.Après une année de réflexion, le gouvernement péquiste crée le poste de sous-ministre adjoint à l\u2019information gouvernementale en 1978 et forme le Conseil des directeurs de communications.Déplus, il élabore une politique d\u2019appels d\u2019offies en matière d\u2019octroi de contrats de publicité et de placements médias, l\u2019avis préalable exige l\u2019accord formel du Conseil du Trésor avant d\u2019octroyer des contrats à des agences publicitaires.Cette démarche va contribuer à assainir le processus contractuel entre les firmes et l\u2019État.Cette initiative était une première parmi les trois paliers de gouvernements au Canada.Après plusieurs consultations régionales portant sur les nombreuses réformes qui ont caractérisé le premier mandat du PQ et un dialogue continu avec la population, il s\u2019engage dans un processus référendaire où le contrôle de la radiotélédiffiision ne lui est pas acquis et le spectre de l\u2019incertitude est brandi auprès de la population avec succès par ses adversaires.Le PQ re- Des trois paliers de gouvernements qui oeuvrent au Québec, le gouvernement du Canada occupe le dernier rang comme relayeur d\u2019information auprès de la population.509 La vie politique vient quand même au pouvoir en mai 1981, sous le thème du bon gouvernement qu\u2019il a été dans son premier mandat Sans tarder, il entreprend une seconde réforme de l\u2019information gouvernementale qui se traduit dans la création du Comité ministériel permanent des communications (CMPC) en octobre 1981, ainsi que dans une plus grande centralisation de l\u2019information gouvernementale.Sur le terrain, Communication Québec accroît sa présence en tant que diffuseur de l\u2019information et du renseignement sur les services gouvernementaux disponibles.À l\u2019automne 1984, les conservateurs de Brian Mulroney sontportés au pouvoir à Ottawa et s\u2019engagent avec le gouvernement du PQ dans le pari du « beau risque» qui favorisera momentanément l\u2019établissement d\u2019une meilleure relation entre les deux paliers de gouvernements.Le Parti libéral du Québec, avec RobertBourassa à sa tête, estporté au pouvoir le 2 décembre 1985.Les relations entre Ottawa et Québec se développent et, portent à conclure, en 1986, une entente sur la diffusion du renseignement fédéral par Communication Québec qui sera en vigueur jusqu\u2019à son abolition en mars 1997, notamment grâce aux pressions du fonctionnaire fédéral Charles Guité.Cette entente confirmera l\u2019excellence de Communication Québec comme relayeur d\u2019information gouvernemental et l\u2019ampleur de sa pénétration en région où son taux de notoriété atteint 85 %.Ottawa veut accroître sa présence après sa quasi défaite référendaire de l\u2019automne 1995 et s\u2019engage en 1996 dans le programme des commandites avec à sa tête Charles « Chuck » Guité.Le référendum de 1995 Le PQ remporte une éclatante victoire à l\u2019élection de septembre 1994.L\u2019appareil gouvernemental de communication est au service de la population dans son rapport avec le citoyen.Le premier ministre Parizeau n\u2019hésitera pas à faire appel aux communicateurs gouvernementaux afin d\u2019améliorer le processus de consultation.Au printemps 1994, la recherche quantitative confirme que 54% de la population contre 38 % est disposée à appuyer la question associée à la souveraineté avec association dans le référendum qui s\u2019annonce.Les communicateurs gouvernementaux ont été présents lors des consultations des commissions régionales.La population québécoise est consciente des enjeux qui s\u2019offrent à elle dans ce choix de société.Le gouvernement fédéral de Jean Chrétien, élu à l\u2019automne 1993, dispose, à l\u2019été 1994, des résultats provenant de la recherche sur le comportement de l\u2019électorat québécois qui accorde une nette avance aux nationalistes avec la question incluant l\u2019association.En novembre 1994, le Bureau du premier ministre Chrétien convient que le parapluie du non relève des libéraux provinciaux, et que l\u2019action fédérale est tributaire de ces derniers.Une organisation adho-cratique est mise sur pied au Bureau du conseil privé sous la responsabilité de Howard Balloch afin de coordonner, entre autres choses, les opérations de communication avec les organisateurs du non au Québec.Contrairement au référendum de 1980 où l\u2019organisation fédérale était coordonnée à partir d\u2019Ottawa, celle du Bureau du conseil privé doit composer, en 1994-1995, avec plusieurs intervenants sous le parapluie du non qui 510 Administration publique ne sont pas enclins à travailler avec Ottawa.La coordination et la liaison sont déficientes à tous les échelons et la capacité de mobilisation est réduite à néant.Les résultats du référendum sont désastreux pour le camp fédéraliste qui gagne de justesse le scrutin référendaire.Le programme des commandites est mis sur pied à la hâte sous la direction d\u2019un gestionnaire de logistique, Charles Gui té, qui perçoit la publicité gouvernementale dans le cadre d\u2019une présence massive à des événements sociaux, culturels et sportifs sans se soucier de la relation entre l\u2019État et le citoyen.La haute fonction publique fédérale accorde peu d\u2019importance aux communications gouvernementales.Le peu d\u2019attention qu\u2019elle accorde au Bureau d\u2019information du Canada (BIC), créé en 1996 et démantelé en 2001, témoigne de ce phénomène de rejet de l\u2019administration publique fédérale à l\u2019égard des appareils gouvernementaux de communication.Lorsque Lucien Bouchard succède à Jacques Parizeau comme premier ministre du Québec à l\u2019hiver 1996, il devient le lien le plus crédible dans le rap-port État-citoyen, notamment en raison de la nature charismatique de la relation qu\u2019il entretient avec la population adulte.Parallèlement, Communication-Québec rejointplus du quart de la population québécoise et se voit confier, à l\u2019automne 1998, la responsabilité de la vitrine gouvernementale sur Internet Déplus, les ministères québécois dont celui du tourisme accroissent significativement leur visibilité dans le développement du loisir québécois par la communication en ligne et les campagnes publicitaires.Bernard Landry succède à Lucien Bouchard en mars 2001 et, contrairement a son prédécesseur, renoue avec la tradition de son parti programmatique de renforcer son appareil de communication en se dotant d\u2019un secrétaire général associé à l\u2019information gouvernementale et chargé d\u2019améliorer le marketing de l\u2019exécutif gouvernemental et la coordination de la publicité avec les ministères.Pendant ce temps à Ottawa un rapport interne déposé en juin 2001 met en lumière de nombreuses irrégularités dans la gestion du programme des commandites sous la responsabilité du fonctionnaire Charles Guité.Ce dernier, laissé à lui-même, sans aucun véritable contrôle de la haute fonction publique sur ses activités, s\u2019engage avec la complicité d\u2019agences de publicité et de distribution dans une vaste opération d\u2019arrosage visuel de la présence fédérale.Ses interventions s\u2019avèrent peu porteuses pour la promotion de la légitimité du gouvernement du Canada auprès de la population québécoise et canadi- en programme comme celui des commandites n'est pas nécessairement le véhicule publicitaire approprié pour effectuer la promotion d\u2019un gouvernement.Relayeur d\u2019information Au Québec, depuis 1974, nous évaluons la capacité des gouvernements à communiquer avec la population, de l\u2019informer sur ses activités.Il est intéressant de constater que le premier relayeur d\u2019information gouvernementale auprès de la population est la municipalité avec 36% suivie de près par le gouvernement québécois avec 34% et du gouvernement du Canada qui oc- 511 La vie politique cupe le dernier rang avec 11% (Bemier; Lemieux, 1974, 1994, 1998, 2001, 2003).La piètre performance du gouvernement fédéral en la matière serait, entre autres raisons, attribuable à son désengagement dans l\u2019offre de services publics au cours des trente-cinq dernières années.Notons ici que les services de première ligne (éducation, santé, services utilitaires) sont de compétence provinciale et que la relation État-citoyen est plus présente dans la vie quotidienne de l\u2019usager que ne l\u2019est celle du palier fédéral de gouvernement.Nous constatons ici que la relation État-citoyen est étroitement associée à la dimension utilitaire de son interaction avec l\u2019usager, conférant ainsi à l\u2019État titulaire des services de première ligne une proximité et une légitimité certaine en matière de communication externe.Enfin, le ciblage d\u2019événements visant à associer l\u2019image d\u2019un gouvernement à leur déroulement, comme ce fut le cas dans le programme des commandites, n\u2019estpas nécessairement le véhicule publicitaire approprié pour ef fèctuer la promotion d\u2019un gouvernement dans son exercice de gouverne.512 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES Le territoire ÉLICTu^S 1VAUN* Cj PA 1 \\ f ?Le territoire .V LES GRANDS ENJEUX 516 Les conditions de réussite d'un traité avec les Innus 521\tLa renaissance autotochtone 530\tSaint-Camille : Cultiver l\u2019avenir 538 La loi sur la protection du territoire et des activités agricoles, une loi essentielle mais contestée dans ses modalités d\u2019application Le territoire Les conditions de réussite d\u2019un traité avec les Innus Rémy « Kak\u2019wa » Kurtness Rémy « Kak\u2019wa » Kurtness, signataire en son nom personnel du présent article, a été, pendant huit ans, Chef du Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean et pendant les huit années suivantes, négociateur en chef pour le Conseil tribal Mamuitun mak Nutakuan, regroupant les communautés de Mashteuiatsh, d\u2019Essipit, de Betsiamites etdeNutakuan.Pendant cette période, il y a eu signature avec les gouvernements du Canada et du Québec, d\u2019une Entente de principe d\u2019ordre général, aussi connue sous le vocable de « Approche commune ».Cette Entente fait l\u2019objet de nombreux articles et reportages dans les médias et suscite beaucoup de questionnements et de commentaires au sein des populations innue et québécoise, plus particulièrement dans les régions du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord.Ladite Entente, qui devrait conduire à un traité, engendrera des modifications importantes dans les législations canadienne et québécoise.Elle confirmera le droit inhérent à l\u2019autonomie gouvernementale des Innus etmodifiera, notamment, les politiques etles pratiques en matière de gestion du territoire, des ressources naturelles et de l\u2019environnement Elle permettra aux Innus de recouvrer leur fierté, leur dignité et leurs autonomies politique, financière et fiscale plutôt que la dépendance étatique actuelle, engendrée, depuis plus de cent ans, par une loi fédérale désuète et archaïque (Loi sur les Indiens), qui statue qu\u2019un segment de la population canadienne, soit les Indiens, est sous la tutelle fédérale.Ces changements semblent créer une certaine résistance chez une partie des populations.Avant d\u2019aborder le vif du sujet, permettez-moi de vous faire un bref rappel des principaux événements qui ont eu cours lors des 25 dernières années.Enig8o, le Conseil des Atikamekw et des Montagnais (CAM) déposait auprès des gouvernements du Canada et du Québec le résultat d\u2019une grande recherche démontrant l\u2019occupation historique et continue duNitassinan (notre territoire ancestral) par les Montagnais (Innus) et les Atikamekw.Ces derniers entreprenaient 516 Les grands enjeux alors le début de véritables négociations principalement financées sous forme de prêts.Le Nitassinan représente, pour l\u2019ensemble des Premières Nations innues, plus de 700 000 kilomètres carrés, soit près du tiers du territoire qu\u2019on appelle maintenant le Québec.En 1988, une entente-cadre a été signée par le Conseil des Atikamekw et des Montagnais (CAM), le Canada et le Québec.Celle-ci faisait état des parties présentes au processus de négociation, du plan, des échéanciers de travail et des étapes à franchir.De plus, elle déterminait les sujets à négocier, dont les mesures provisoires.L\u2019entente sur les mesures provisoires a été signée en 1989 par les parties.Elle avait pour objectif de protéger les intérêts des Atikamekw et des Montagnais relativement au territoire et à l\u2019exercice de leurs activités pendant la durée de la négociation.Au début des années 1990, le Québec, les Atikamekw et les Innus se sont échangé quelques offres et propositions, lesquelles ont été rejetées, ce qui selon moi a conduit au démantèlement du CAM en 1994.Ces quinze premières années ont donc été ponctuées de rebondissements et les parties n\u2019ontpu en arriver à un projet de règlement Par la suite, les Atikamekw ont mené leur propre processus de négociation et les Innus ont fait de même sous l\u2019égide de deux Conseils tribaux (Mamuitun etMamitlnnuat).À la suite de ces évènements etaprès de nombreuses années de négociation sans résultat probant, le Conseil tribal Mamuitun déposait, le 14 février 1997, une proposition d\u2019entente de principe au Canada et au Québec.Cette proposition, issue d\u2019une large consultation dans les communautés et sous le leadership innu, donnait le ton à une reprise du processus de négociation territoriale et globale.Ce n\u2019est donc que peu avant les années 2000 que le processus de négociation a repris à un rythme intéressant En effet, le rapport de la Commission royale sur les Peuples autochtones a été déposé et recommandait aux gouvernements du Canada et aux provinces de développer et maintenir des relations avec les Nations autochtones sur la base de nation à nation, de gouvernement à gouvernement, c\u2019est-à-dire d\u2019égal à égal.On y recommandait également de profondes modifications à la Loi sur les Indiens, sur la base de ces principes et de l\u2019accessibilité au territoire ancestral etaux ressources naturelles, ainsi que la mise en œuvre de leur autonomie gouvernementale.De plus, des jugements de la Cour suprême du Canada ont été rendus sur la base de l\u2019existence des droits ancestraux, y compris le titre d\u2019aborigène, et y reconnaissaient leur préexistence à l\u2019arrivée des Européens.Le Conseil tribal Mamuitun, le Canada et le Québec ontconvenu, en janvier 2000, d\u2019un texte appelé Approche commune.Ce texte, largement influencé par la proposition innue de 1997, représentait des pistes de solutions aux principales divergences rencontrées au cours des vingt dernières années.On assurait, du même coup, une reprise active et dynamique du processus de négociation, sur la base du rapport de la Commission royale d\u2019enquête, du texte de l\u2019Approche commune et des récents jugements de la Cour suprême.La première nation de Nutakuan joignait, en novembre 2000, le Conseil tribal Mamuitun pour fins de négociations.Le texte Approche commune a ainsi conduit à l\u2019Entente de principe d\u2019ordre général.Elle est basée sur 517 Le territoire la reconnaissance des droits ancestraux, y compris le titre aborigène, ainsi que sur le droit inhérent à l\u2019autonomie gouvernementale (pouvoir général) des Innus plutôt que sur la cession, l\u2019échange et l\u2019abandon des droits (équivalant à l\u2019extinction des droits) tel que stipulé dans la politique fédérale.Malheureusement, cette politique désuète est toujours en vigueur.L\u2019Entente a été paraphée par les négociateurs innus et québécois en avril 2002, par le négociateur fédéral en juin de la même année et ratifiée le 31 mars 2004 par les chefs et les ministres, après avoir fait l\u2019objet d\u2019une Commission parlementaire à Québec, où plus de 80 mémoires furent déposés.La dernière étape, conduisantau traité, devraitpermettre aux parties de convenir des effets et des modalités d\u2019exercice des droits ancestraux et du titre innu, donc, de s\u2019entendre sur leur nature et leur portée.Ce bref rapport factuel commenté permet de constater, à quel point les négociations territoriales et globales entre les gouvernements innu, canadien et québécois ont été ardues.Il permet également, j\u2019espère, de mieux apprécier ce que j\u2019appellerais les conditions de réussite pour en arriver à un règlement final, c\u2019est à dire, à un traité avec les Innus.D\u2019abord, et j\u2019insiste sur cet aspect parce qu\u2019il interpelle avant tout les valeurs humaines.Il faut une réelle volonté politique d\u2019en arriver à un règlement Cette condition de réussite est en amont de tous les autres critères, préalables et/ou conditions.Dans le cas des gouvernements du Canada et du Québec, ellefaitappelàla responsabilité étatique.C\u2019estla raison pour laquelle j\u2019estime que la volonté d\u2019en arriver à un règlement relève des hommes et des femmes qui gouvernent.Cette réelle volonté politique d\u2019en arriver à un règlement s\u2019adresse également au leadership innu.Durant mes années de négociation avec les gouvernements du Canada et du Québec, j\u2019ai constaté que le gouvernement du Canada est demeuré muet sinon passif sur la promotion de l\u2019Entente de principe d\u2019ordre général.Pire encore, lors des dernières élections fédérales, il a suspendu les négociations pendant toute la durée de la campagne électorale.Quant au Québec, il aura fallu, avant la ratification de l\u2019entente de principe d\u2019ordre général, une commission parlementaire et une élection, et ce, même si les trois partis (libéral, québécois etadéquiste) étaient d\u2019accord avec le contenu de l\u2019Entente.Malheureusement, le gouvernement du Québec promeut davantage le processus de négociation que le règlement lui-même.Je peux vous affirmer, qu\u2019en matière de négociation avec les Innus, le Canada et le Québec sont réellement complices malgré les nombreux litiges entre eux, même si les Innus relèvent de la compétence et de la responsabilité fiduciaire fédérales.Une autre preuve de ces énoncés est qu\u2019après avoir paraphé l\u2019entente de principe d\u2019ordre général, en avril 2002, le Canada etle Québec nous informaient qu\u2019ils feraient une tournée d\u2019information en régions pour expliquer à la population québécoise les raisons des négociations avec les Innus et ce que sont les droits ancestraux.Nous les avons informés, de notre côté, que nous présenterions plutôt 518 Les grands enjeux le contenu de l\u2019Entente à nos citoyens etnous leur avons suggéré de faire de même en leur mentionnant, à maintes reprises, que s\u2019ils ne présentaient pas le contenu de l\u2019Entente, leurs citoyens leur reprocheraient leur manque de transparence.De plus, nous leur avons proposé de faire la présentation de l\u2019Entente ensemble, mais ils ont refusé notre offre.En juin 2002, après quelques assemblées houleuses, les gouvernements du Canada et du Québec ont finalement rendu public le contenu de l\u2019Entente.Je considère que nous sommes encore, en 2005, en mode «récupération », et que nous devons compenser dans notre travail d\u2019information, même si le Québec a, depuis, nommé un représentant, des délégués et des coordonnateurs régionaux chargés d\u2019informer les personnes et organismes concernés.Les conditions socioéconomiques des Premières Nations, en général, sont catastrophiques.Notamment, les taux de suicide et de mortalité infantile sont parmi les plus élevés au Canada, et l\u2019espérance de vie parmi les plus basses.Dans le Rapport mondial sur le développement humain 2003 du Programme des Nations Unies du Développement (PNUD), le Canada se classaitparmi les premiers sur les 174 pays recensés.Si l\u2019on prend en compte l\u2019indicateur du développement humain (1DH) des Indiens inscrits, le Canada se classerait au 48e rang mondial.11 y a donc un véritable rattrapage socioéconomique à faire pour les citoyens innus.En plus des statistiques sociales, la croissance démographique est fulgurante chez les Premières Nations innues et elle se situe autour de celle des pays du tiers-monde.Cette forte croissance démographique pourrait permettre d\u2019atténuer les pénuries prévisibles de main-d\u2019œuvre au Québec, particulièrement pour les emplois reliés à la gestion, la protection etl\u2019exploitation du territoire et des ressources naturelles.D\u2019ailleurs, les caractéristiques de la main-d\u2019œuvre innue peuvent très bien répondre aux exigences de ces types d\u2019emploi.Cela devrait permettre d\u2019ouvrir la voie à des perspectives de formation, d\u2019emplois, de développement et d\u2019épanouissement pour notre jeunesse, notre capital humain.Sur le plan juridique, les parties devront négocier sur la base de la reconnaissance des droits ancestraux, y compris le titre aborigène ainsi que le droit inhérent à l\u2019autonomie gouvernementale (pouvoir général) des Innus.Elles devront convenir de la nature et de la portée de ces droits et y permettre un caractère évolutif.La reconnaissance des droits dans l\u2019Entente de principe d\u2019ordre général aura permis à ce projet de règlement d\u2019être qualifié de « traité de nouvelle génération ».Cette reconnaissance des droits est fondamentale pour les Innus.Toute tentative, même subtile, d\u2019éteindre les droits ou qu\u2019ils deviennent des droits issus de traité, pourrait conduire à l\u2019échec des négociations.Donc, un traité négocié dans l\u2019esprit de la Constitution canadienne, des tendances jurisprudentielles, des recommandations énoncées dans le Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur les Peuples autochtones et en conformité avec l\u2019Entente de principe d\u2019ordre général élèvera le niveau de confiance des Innus face aux autres gouvernements.Dans ce dossier, l\u2019objectif ultime pour tous les gouvernements est de lever l\u2019incertitude juridique et d\u2019ainsi favoriser les développements et les investissements économiques sur le territoire grevé du titre innu.Sur le plan politique, il faudra 519 Le territoire développer des relations et des attitudes, bien sûr en fonction des droits des parties, mais basées sur des valeurs de respect, de partage et d\u2019entraide, toutes des valeurs traditionnelles innues.Ces valeurs caractérisaient déjà les relations avec les premiers arrivants.On confirmera ainsi le nécessaire partenariat, le partage et le transfert des connaissances et enfin, la coexistence pacifique et harmonieuse.On évitera ainsi les confir on tâtions liées aux intégrités territoriales respectives.On confirmera plutôt notre maturité politique à établir des relations basées sur la cohabitation de nos nations et de nos peuples respectifs, sur un territoire devenu commun.Il n\u2019y aura pas de négation de l\u2019histoire et de la toponymie.On misera sur des relations orientées vers le futur et les grands défis liés à la mondialisation des échanges et des marchés.Cela favorisera les occasions d\u2019attirer des investissements extérieurs puisque l\u2019incertitude juridique sera levée.Le processus et la négociation devront être davantage transparents.Cela ne veut pas dire augmenter le nombre de représentants à la table centrale de négociation.On doit miser plutôt sur des processus continus d\u2019information, de consultation et de communication qui atteindront les milieux concernés.On favorisera alors l\u2019acceptabilité sociale et politique du futur traité.Les élus, particulièrement les Chefs et les membres de leurs conseils, les premiers ministres et les ministres ainsi que les négociateurs et représentants à la table centrale de négociation devront régulièrement faire rapport de l\u2019évolution du contenu de négociation.Le règlement final étant sous la gouverne des élus, ceux-ci devront faire preuve de courage politique.Le sensationnalisme et la désinformation devront être immédiatement dénoncés et corrigés.Des campagnes d\u2019information à caractère pédagogique devront être tenues, favorisant ainsi une meilleure connaissance et compréhension des enjeux, des droits et des responsabilités de chacune des parties.Ce règlement représentera alors un accord historique qui devra recevoir la protection constitutionnelle et une reconnaissance internationale.Nous avons tout un chacun l\u2019immense responsabilité d\u2019assurer l\u2019avenir de nos jeunes et des générations futures.Les nôtres devront relever le double défi d\u2019assurer la pérennité de notre langue, de notre culture, de nos coutumes et de nos traditions distinctes puisque celles-ci sontla source de nos droits ancestraux.Enfin, celui de les faire évoluer avec les exigences et les réalités contemporaines.Défi certes difficile, mais emballant Cultivons ensemble notre enthousiasme afin de leur permettre de le relever.520 Les grands enjeux Renaissance autochtone Marc-Urbain Proulx et Josée Gauthier Centre de recherche sur le développement territorial (CRDT) Université du Québec à Chicoutimi Longtemps en déclin socioculturel sur le plan des traditions, de la langue, des savoir-faire, de la création, ainsi qu\u2019en dramatique déficit d\u2019occupation des ressources humaines, les collectivités autochtones rebondissent actuellement au Québec.Elles semblent plus déterminées que jamais à relever les défis du développement.Les contraintes à la pleine émancipation de ces Premières Nations demeurent certes importantes.Néanmoins, de nombreuses indications de progrès socioéconomiques importants s\u2019avèrent réelles.Même si les statistiques sont encore limitées sur l\u2019autochtonie québécoise, certains faits tirés de publications officielles ainsi qu\u2019induits d\u2019une enquête nous permettent de considérer une véritable « renaissance autochtone».Ce renouveau sociétal semble correspondre en réalité à un mouvement plus large en Amérique du Nord.Son analyse en contexte québécois nous conduit à présenter dans ce texte cinq grandes tendances significatives, soit la démographie, la réponse aux besoins de base de la population, l\u2019entrepreneuriat, les vocations territoriales ainsi que l\u2019appropriation de leviers économiques et sociaux.La forte démographie Sur le plan démographique d\u2019abord, signalons une croissance annuelle affirmée de 2,14 lors du dernier recensement, alors que la population québécoise croît globalement de 1,42 seulement.Le bon taux de natalité, la diminution de la mortalité infantile et l\u2019amélioration de l\u2019espérance de vie expliquent cette démographie relativement forte.Précisons que 60 % des autochtones du Québec ont moins de 30 ans, voire moins de 25 ans dans certaines collectivités.En conséquence, la demande sociale s\u2019avère partiffculièrement forte pour les services d\u2019éducation (24% d\u2019étudiants), le logement et évidemment l\u2019emploi.La population des onze nations autochtones du Québec, soit dix peuples amérindiens et le peuple Inuit, totalise environ 78 000 habitants répartis dans 521 Le territoire 54 collectivités dispersées sur tout le vaste territoire québécois.Ces petits lieux et milieux s\u2019avèrent généralement distants des grands centres urbains et souvent même difficiles d\u2019accès par les moyens terrestres de transport.On constate, sur la carte, qu\u2019ils se regroupent néanmoins dans l\u2019espace selon l\u2019appartenance à leur nation.En diminution constante causée par l\u2019attrait des villes, notammentpour les femmes, une proportion de seulement 70% des autochtones vitmaintenantà l\u2019intérieur des collectivités délimitées appelées traditionnellement « réserves ».Parmi la forte minorité de résidents hors réserves, nous retrouvons principalement la grande majoffrité des Malécites, 81% des Abénaquis, 50% des Micmacs, 57% des Hurons-Wendats ainsi que 42 % des Algonquins.Signalons, à cette rubrique démographique, que les nations autochtones les plus populeuses au L£LL2A£JL±2 ¦* 'T JL 'r-.i [Ht : ih fP-Js- 522 Les grands enjeux Québec sont les Innus (15 385 habitants), les Cris (14632 h.), les Mohawks (11287 h.) etles Inuits (10 054 h.).La réponse aux besoins de base Il est important de noter les gains continus dans les conditions générales de vie des autochtones au cours des dernières décennies.La qualité de l\u2019habitat s\u2019est grandement améliorée grâce à la construction massive de résidences familiales, illustrant même certains succès d\u2019architecture et d\u2019urbanisme à Chisasibi, à Oujé-bougoumou et à Mashteuiatsh.La desserte universelle de services de santé a permis notamment de prolonger l\u2019espérance de vie, de réduire la mortalité infantile et de soulager les familles de leurs malades chroniques.Des progrès très importants eurent lieu du côté de l\u2019hygiène.S\u2019estaussi grandement amélioré le régime alimentaire, désormais mieux équilibré etplus régulier.Etque dire de l\u2019alphabétisation générale de la jeune génération?Non seulement le niveau moyen d\u2019éducation s\u2019élève-t-il progressivement, mais les efforts inédits portés actuellement à la spécialisation des expertises nous amènent à avancer que les autochtones seront bien-tôtà l\u2019heure de l\u2019économie du savoir.On sait cependant que les problèmes sociaux demeurent très importants, sinon dra matiques, dans plusieurs collectivités autochtones du Québec, notamment un état général de la santé inquiétant, souvent alarmant.L\u2019espérance de vie demeure beaucoup plus basse que la moyenne québécoise, en particulier chez les hommes.La criminalité est devenue problématique, notamment chez les Algonquins, les Cris, les Inuits etles Mohawks.Le taux de suicide se situe autour du double de la moyenne du Québec.Très élevé aussi s\u2019avère le pourcentage de familles monoparentales.La pénurie de logements représente un problème particulièrement crucial pour les Naskapis, les Malécites, les Atikamekw et aussi les Inuits dans une moindre mesure.Plusieurs collectivités nécessitent des équipements de base tels que des garderies, des maisons de jeunes, des résidences pour personnes âgées, des centres communautaires multifonctionnels.D\u2019autres doivent impérativement restaurer leurs équipements actuels, y compris l\u2019aqueduc, les égouts, la voirie et les écoles.Brefj malgré les gains, les conditions matérielles du développement sont souvent déficientes dans les collectivités.Auxquelles s\u2019ajoute l\u2019enclavement routier total pour 30 % des communautés, généralement localisées dans le nord du Québec.Aussi, pour diverses raisons, l\u2019utilisation des équipements et des services publics n\u2019est pas toujours optimale.À titre d\u2019exemple, un fortpourcentage d\u2019autochtones ne terminent pas leurs études secondaires, malgré l\u2019accessibilité relativement aisée aux équipements d\u2019éducation.Alors que de plus en plus d\u2019étudiants qui traversent cette étape se retrouvent au cégep et à l\u2019université.L\u2019entrepreneuriat dynamique Du côté de la composante entrepreneuriale, nous assistons actuellement à la forte émergence d\u2019initiatives autochtones diverses.Une nouvelle élite d\u2019affaires en pleine éclosion explore et exploite plusieurs nouveaux domaines et nouveaux créneaux selon un processus d\u2019apprentissage des lois et des rè- 523 Le territoire gles des marchés elles-mêmes en évolution constante.Apprentissage qui se bute à des difficultés mais qui génère aussi beaucoup de confiance au fil des succès obtenus.Cette nouvelle classe d\u2019entrepreneurs et de dirigeants autochtones en essor joue un rôle croissant dans la prospérité de l\u2019ensemble du Québec en participant de plus en plus à la création de richesse.À cet effet, les entreprises autochtones sontprésentes dans tous les grands secteurs d\u2019activités économiques (primaire, secondaire, tertiaire) en y développant des savoir-faire dans plusieurs domaines.Une brève consultation du répertoire d\u2019affaires1 des nations autochtones du Québec 2004 révèle l\u2019existence de plus de 2 200 entreprises et organismes se situant dans des champs d\u2019activités aussi variés que l\u2019administration, la finance, l\u2019immobilier, la forêt, le transport, les vêtements et le plein air.Parmi les créneaux forts et rentables, on trouve la construction, le tourisme et la culture.Nous savons maintenant que les autochtones possèdent et gèrent des centres commerciaux, des services financiers, des entreprises en alimentation, des hôtels et des restaurants.Les entrepreneurs et les gestionnaires ont développé une expertise reconnue dans l\u2019artisanat, bien sûr, mais aussi dans la fabrication de plusieurs produits tels que des vêtements, mocassins, raquettes, poêles, tentes et canoës.Dans le domaine des communications, ils offrent des services variés se situant entre la câblodistribution et le graphisme, en passant par les services de traduction et d\u2019interprétation simultanée.Selon une enquête récente de Statistique Canada2, le rendement général des entreprises autochtones ne cesse de s\u2019améliorer dans le milieu concurrentiel très actuel.Fait intéressant, les entrepreneurs autochtones canadiens sont plus jeunes que la moyenne générale des entrepreneurs, plus de 25% ayant moins de 35 ans.En considérant l\u2019expérience souvent nécessaire à la réussite en affaires, il s\u2019agitlà d\u2019un potentiel fort intéressant D\u2019une manière générale, ces entreprises deviennent de plus en plus présentes dans les secteurs à forte concentration de connaissances, notamment dans les services professionnels, de l\u2019éducation, de la santé, des services sociaux et de la science qui ont vu tripler leurs effectifs depuis 1996.Généralement ancrées dans des collectivités de taille réduite, les entreprises autochtones contribuent grandement au développement économique de leur territoire en matière d\u2019investissements initiaux, d\u2019emplois créés, de salaires versés et d\u2019achat d\u2019intrants.Elles enregistrent des profits qu\u2019elles réinvestissent largement dans leur milieu.Nos résultats de recherche sur les formes que ces entreprises adoptent nous ont permis de constater qu\u2019il n\u2019existe pas de modèle unique et spécifique d\u2019entreprises autochtones au Québec.Si l\u2019héritage d\u2019entreprises communautaires s\u2019avère encore important, la tendance semble être à la diversification des formules.Ce qui correspond aux résultats d\u2019une vaste étude effectuée dans les collectivités autochtones américaines par le « EEarvard Project on American Indian Economie Development».À travers les comportements libéraux qui s\u2019affirment progressivement, les valeurs communautaires fortement ancrées dans la 524 Les grands enjeux mentalité autochtone influencent néanmoins toujours, à degrés divers, les pratiques de gestion, les relations d\u2019échanges et les formes de propriété des entreprises.Malgré notre échantillon encore limité, nous sommes en mesure de cibler les principales difficultés vécues par les entreprises autochtones.Puisque 70 % des autochtones présents dans les collectivités ne détiennentpas de diplôme d\u2019études secondaires, l\u2019accès à la formation professionnelle leur est évidemment plus difficile.Le manque de main-d\u2019œuvre spécialisée devient alors évident, ce qui complique le fonctionnement des entreprises.Difficulté accentuée aussi par l\u2019éloignement des grands marchés tels que Montréal, Québec et les États-Unis.En outre, la difficulté d\u2019obtenir du financement représente un autre facteur défavorable qui limite la création d\u2019emplois stables et rémunérateurs pour les autochtones dans leurs collectivités.À cet effet, l\u2019absence de traditions d\u2019épargne ainsi que les limites du crédit représentent des contraintes bien connues du milieu des affaires autochtones.Finalement, le rôle dirigiste souvent joué par le conseil de bande ne favorise pas toujours suffisamment l\u2019ouverture pluraliste, l\u2019éclatement du leadership et la multiplication des initiatives.Les vocations territoriales Les savoir-faire et les expertises cumulés au sein des entreprises autochtones se situent de façon variable dans la plupart des collectivités.Cependant, certaines collectivités autochtones se spécialisent davantage dans des domaines ou des créneaux particuliers.Le secteur du tourisme et du plein air en milieux au- tochtones connaît un essor tout à fait remarquable depuis quelques années.Plusieurs communautés offrent maintenant des infrastructures d\u2019hébergement et des activités récréatives qui donnent plus ou moins accès à leur mode de vie traditionnel.On retrouve ainsi, dans cette niche « indienne », une bonne quinzaine d\u2019entreprises localisées à Mashteuiatsh, Uashat, Wendake, Val-d\u2019Or, Chisasibi.La communauté d\u2019Essipit, sur la Haute-Côte-Nord, s\u2019avère particulièrement dynamique à cet effet en s\u2019appuyant sur un modèle de développement communautaire original.Grâce à l\u2019exploitation de leurs attraits touristiffques par des activités bien ciblées (observation des baleines, villégiature, camping, pêche.), la Société de gestion d\u2019Essipit réinvestit ensuite localement dans des entreprises de forme coopérative (forêt, construction, services.) qui diversifient l\u2019économie territoriale.En outre, elle actualise aussi une vocation sociale en investissant dans de nombreuses activités récréatives non mercantiles qui participent à offrir des conditions de vie de qualité aux citoyens.Du côté de l\u2019exploitation forestière, ce secteur est très bien desservi dans les communautés autochtones de Lac Simon, Kitigan Zibi et Obijwan.Des entreprises forestières autochtones, et aussi minières, exercent leurs activités dans des collectivités atikamekw, innus, algonquines et cries.Signalons à ce propos les opérations de la coopérative agroforestière de Mashteuiatsh, la Gestion minière Innu de Sept-îles, la Corporation Waswanipi Mishtuk de Waswanipi et Déboisement montagnais de Sept-îles.525 Le territoire Dans le secteur hautement concurrentiel du transport, les initiatives autochtones s\u2019avèrent nombreuses et largement concluantes, en particulier dans le transport aérien.Mentionnons les activités d\u2019Air Inuit, d\u2019Air Creebec, d\u2019Air Wemindji, d\u2019Air Schefferville et d\u2019Air Roberval.Aussi, des services de transportpar autobus, par camion etpar taxi se sont développés dans plusieurs collectivités telles que Odanak, Val-d\u2019Or, Pointe-Parent, Manouane, Maliotenam, Oujé-Bougoumou, Mashteuiatsh, Wendake et Kahnawake.On sait que Kuujjiuaq et Wendake s\u2019avèrent des pôles économiques importants.Ces collectivités s\u2019inscrivent en réalité comme des centres administratifs qui concentrent plusieurs organisations publiques et collectives importantes reliées à la desserte de biens, services et programmes gouvernementaux sur de vastes aires de gestion.À partir de ces foyers agglomérés du domaine public gravi tentun ensemble d\u2019entreprises telles que sous-traitants, fournisseurs etactivités complémentaires.À cet effet de pôle économique en formation, la collectivité de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean, se distingue.Plus de 125 entreprises y œuvrent, en composant un petit noyau industriel, un pôle de services privés et publics, une petite grappe dans la construction ainsi qu\u2019une grappe émergente dans l\u2019hébergement et la restauration.Grâce à une Société de développement dynamique, un conseil de bande qui sait déléguer le leadership et une stratégie pertinente de collaboration avec le milieu régional, Mashteuiatsh devient un modèle sous plusieurs aspects de sa dynamique économique, sociale et culturelle.Autre facteur et non le moindre, de nombreuses entreprises autochtones sont localisées en dehors des collectivités désignées.Il semble même que le contact et le mélange des cultures autochtones et non autochtones provoque souvent des conditions favorables au succès entrepreneurial.La possibilité de l\u2019accès à des marchés s\u2019avère aussi primordiale.Il faut reconnaître qu\u2019en général, les populations autochtones qui viventplus près des centres urbains contribuent davantage à l\u2019éclosion d\u2019entreprises de toutes natures.L\u2019appropriation de leviers Les revendications de droits de propriété territoriale, comme celle exercée en 2005 sur l\u2019île Levasseur (réservoir Manicouagan) par les Innus de la Côte-Nord, représentent la plus connue des volontés bien exprimées d\u2019appropriation de leviers économiques par les autochtones.Ce désir collectif de prise en main de leur destinée épouse cependant au quotidien bien d\u2019autres formes aux échelles locales, régionales et québécoises.Au niveau des collectivités locales, les conseils pro-actifs, les coopératives, les entreprises communautaires, les commissions, les comités, les regroupements, les réseaux ainsi que les Sociétés locales de développement se sont multipliées au cours des deux dernières décennies.À degrés divers, chaque collectivité autochtone s\u2019implique dans la desserte publique de biens et services collectifs à sa population (aqueduc, voirie, santé, éducation.) et de plus en plus à ses travailleurs (formation, mobilité.) ainsi qu\u2019à ses entreprises (incubation, parrainage.).Plusieurs collectivités 526 Les grands enjeux épousent un modèle paternaliste assez fort par lequel le conseil de bande devient le garant, le gérant général, sinon le parrain des affaires communautaires en misant sur la hiérarchie traditionnelle.Plus libérales, d\u2019autres collectivités misent progressivement sur la propriété privée et sur les forces concurrentielles du marché.Dans cette voie libérale qui s\u2019affirme çà et là, les Cris de la Baie James ont mis en place des entités locales et régionales de développement économique dont la plus importante est représentée par la société en portefeuille CREECO, qui soutient plusieurs entreprises, dépiste les technologies et les savoir-faire tout en fertilisant la culture entrepreneuriale autochtone.Au Nunavik, leur société régionale d\u2019investissement effectue également un travail remarquable pour offrir les conditions matérielles, bien sûr, mais aussi immatérielles et institutionnelles afin de soutenir le développement économique et social des Inuits.En outre, plusieurs nations se sontdotées d\u2019institutions représentatives telles que des Grands conseils, des Assemblées, des Secrétariats, des Associations, des Sociétés à objectifs ciblés, des rendez-vous collectifs périodiques.À l\u2019échelle du Québec, par ailleurs, les collectivités et les nations autochtones se sontdotées d\u2019instruments collectifs.Soulignons notamment l\u2019Association d\u2019affaires des premiers peuples, la Société touristique des autochtones ainsi que les Fonds institutionnalisés tels que la société de capital de risque SOCARJAQ, la société de crédit commercial SOCCA et Carrefour Capital.L\u2019organisation politique s\u2019avère tout aussi effervescente avec no- tamment Femmes autochtones, le Centre d\u2019amitié autochtone, l\u2019Alliance autochtone du Canada, et la très active APNQL (Association des premières nations du Québec et du Labrador).Cet ensemble d\u2019organisations joue non seulement un rôle de mise en commun et de représentation, mais aussi d\u2019orientation générale des actions et des interventions plus locales.Nul doute, à cet effet, que l\u2019organisation et la tenue du grand Forum socioéconomique prévu pour mai 2006 suscitera des innovations institutionnelles.Innovations dans le contexte général d\u2019une imposante bureaucratie qui tente d\u2019encadrer et de répondre à une très grande diversité d\u2019intérêts et de besoins au sein d\u2019une population autochtone très fragmentée dont les relations sont soumises à une hiérarchie complexe paradoxalement dépendante de la subsidiarité historique, tout en étant néanmoins confrontée au libéralisme émergent À ce chapitre institutionnel, nous avons constaté l\u2019explosion actuelle des partenariats économiques.Les grands médias nous entretiennent certes sur les conventions et les ententes d\u2019ordre général et spécifique dans l\u2019hydroélectricité, les minéraux, la forêt, la pêche.Ce n\u2019est que la pointe de l\u2019iceberg.Faisant d\u2019abord partie des traditions autochtones, les partenariats en multiplication actuelle prennent de nouvelles formes, notamment une grande diversité d\u2019alliances commerciales avec des non-autochtones.En fertilisant les réseaux d\u2019affaires, les partenariats favorisent bien sûr l\u2019accès à des capitaux et des expertises.Ils facilitent aussi l\u2019ouverture de nouveaux marchés, la saisie de nouvelles occasions d\u2019affaires, 527 Le territoire l\u2019appropriation de technologies, l\u2019allègement de contraintes comme les barrières à l\u2019entrée, le protectionnisme, etc.Ils donnent aussi accès à de la formation et à des transferts de savoir-faire.Ils permettent également la coopération dans la mise en œuvre de programmes et de services tout en soutenant le partage des meilleures pratiques en matière de production, d\u2019achats, de comptabilité, de marketing, de commerce et de gestion des ressources humaines.Les partenariats économiques touchent aujourd\u2019hui toutes les collectivités et tous les domaines d\u2019activité en devenant la principale institution de soutien à la dynamique socioéconomique autochtone.On leur doit une ouverture bénéfique des collectivités, tout en protégeant le caractère endogène de leur développement.À travers les nombreux partenariats, une très belle réussite se démarque à cet égard au sein de la scierie opérée avec la compagnie Abitibi-Consol dans la collectivité d\u2019Obedjiwan.Conclusion Le mode de vie autochtone a toujours été fondé sur un solide engagement à l\u2019égard de valeurs communautaires largement orientées vers le partage des ressources collectives.Ces valeurs solidement ancrées sontà la base de l\u2019identité autochtone.Elles expliquent notamment la popularité de la formule coopérative dans une large gamme d\u2019activités économiques, notamment chez les Inuits.Signalons qu\u2019au Nunaviq, chaque collectivité possède sa propre coopérative.Par contre, ces traditions communautaires confortent souvent la légitimité de certains con- seils de bande trop paternalistes.Ce qui limite l\u2019émancipation de l\u2019entrepre-neuriat, l\u2019éclatement du leadership ainsi que l\u2019émergence d\u2019initiatives économiques, culturelles et sociales pourtant si nécessaires.En contexte autochtone contemporain par lequel l\u2019ouverture libérale effectue son œuvre émancipatrice, l\u2019esprit communautaire perdure et s\u2019adapte vertueusement en épousant des formules novatrices variées associables à ladite « économie sociale ».Formules qui forcentles autorités à ouvrir les règles du jeu vers un nouveau champ de possibles.Ce nouveau champ institutionnel qui se déploie entre le communisme du conseil de bande et les forces du marché représente la dimension centrale de la nouvelle économie des collectivités autochtones.Champ fertile qui, s\u2019il conserve sa capacité d\u2019innovation, va assurer la pérennité de la renaissance autochtone actuelle.Dans leurs efforts de développement culturel, social et économique, la plupart des lieux et milieux autochtones sont contraints par une localisation désavantageuse.Bien sûr, certaines collectivités bénéficient de la proximité d\u2019un bassin de ressources naturelles ou d\u2019un port en eaux profondes.D\u2019autres ont la chance d\u2019avoir des équipements publics attrayants ou des bureaux gouvernementaux qui génèrent des activités économiques.D\u2019autres encore s\u2019inscrivent tel un carrefour naturel ou profitent d\u2019une position centrale au sein d\u2019une région prospère.Mais la majorité des collectivités sontpetites, éloignées et souvent même enclavées.Ce legs historique et géographique représente une réalité 528 Les grands enjeux spatiale que les dirigeants doivent prendre en compte dans leur volonté d\u2019améliorer le sort des autochtones du Québec.La vocation de chaque territoire doit, à notre avis, être ciblée adéquatement, évaluée dans ses forces et ses limites et ensuite valorisée par des mécanismes institutionnels appropriés à l\u2019ouverture pluraliste des communautés.Notes 1\tVoir Répertoire d\u2019affaires et des communautés autochtones du Québec, 2004.2\tStatistique Canada, Enquête sur les entrepreneurs autochtones, 2002.529 Photo : Sylvain Laroche Le territoire Cultiver l\u2019avenir Saint-Camille, village modèle Anne-Marie Lemay et Michel Venne lmJi; IIBbI Le P\u2019tit Bonheur En entrant dans le petit village de 440 habitants situé sur la route 216, à 35 kilomètres à l'est de Sherbrooke, rien ne laisse présager l'effervescence qui a redonné vie à cette communauté mrale.En 15 ans, le nombre d\u2019élèves a plus que doublé à l\u2019école Christ-Roi.La moyenne d\u2019âge à Saint-Camille est inférieure à celle du Québec.Le taux de chômage est moitié moindre que celui de la province.Et le village connaît une pénurie de logements.En roulant rue Miquelon, on arrive au P\u2019tit Bonheur, l\u2019ancien magasin général, déserté au début des années 1980, recyclé, par la volonté d\u2019un quarteron de villageois décidés à relancer leur patelin, en centre culturel et communautaire.Les Richard Desjardins et Jim Corcoran y ont fait vibré les murs de leurs musiques.La popote roulante y réunit tous les mardis les vieux et les enfants du vil- 530 Les grands enjeux lage.Et on y sert la meilleure pizza maison de la région, le vendredi.Le P\u2019tit Bonheur est en quelque sorte le quartier général, le rendez-vous des bâtisseurs, en même temps que le symbole de ce modèle de développement local.De la grande galerie du P\u2019titBonheur on aperçoit l\u2019ancien presbytère transformé lui aussi par la magie de l\u2019initiative locale, en coopérative d\u2019hébergement et de soins de santé pour les aînés, la Corvée.Pour relancer l\u2019agriculture nourricière, les villageois ont fondé récemment La Clé des champs, une autre coopérative, spécialisée dans le maraîchage, l\u2019agroforestier et la transformation.La municipalité a créé un parc agro-villageois pour faire de la place aux petites familles qui voudraient s\u2019installer à proximité : dix-sept terrains d\u2019un acre ont été mis en vente dans le but d\u2019inciter les propriétaires à construire des habitations respectant des normes écologiques.Tous les terrains sont réservés.Mais les acheteurs se heurtent aux décisions de la Commission de protection du territoire agricole qui a refusé de modifier le zonage.Une dizaine de fermettes de dix acres ont également été mises en vente dans le rang 13 pour favoriser l\u2019agriculture de créneau et la relève agricole.Les villageois de Saint-Camille ont entrepris depuis des années de développer une culture originale, celle de l\u2019avenir.Ils refusent ce que certains disent inévitable soit l\u2019exode des régions, le vieillissement de la population, la fermeture d\u2019écoles, la disparition de petites fermes au profit de l\u2019agriculture industrielle.Ils ont décidé de se donner les moyens de vivre dans un milieu correspondant à leurs plus grands rêves : un village vivant, jeune, innovateur et créatif, ce que plusieurs nomment une utopie.Tout en donnant vie à leurs rêves, ils cultivent l\u2019avenir pour les générations futures.Mais comment réussit-on à modifier des tendances lourdes pour devenir une inspiration pour plusieurs autres villages du Québec?Contre le fatalisme Au fond, il n\u2019y a pas de recette secrète.Le développement local s\u2019appuie sur des leaders locaux, la transmission des savoirs, la perméabilité à l\u2019innovation et l\u2019ouverture à la concertation.Les succès de ce village se font de plus en plus remarquer, mais il faut dire que les citoyens bâtissent sur une terre fertile.« Ce qui nous distingue, c\u2019est le temps qu\u2019on prend, la fierté etl\u2019audace, ditle maire de Saint-Camille, Henri-Paul Bellerose.On se sent sous surveillance, on n\u2019a plus le droit d\u2019être ordinaire.11 faut être fier, mais pas triomphant.».Première condition de succès : ils n\u2019ont pas attendu l\u2019aide de l\u2019extérieur.L\u2019une des vedettes locales, l\u2019ancien président de l\u2019Union des producteurs agricoles et aujourd\u2019hui président de Solidarité rurale, Jacques Proulx, explique qu\u2019ils ontplutôt tenté de contrer des politiques ou des normes qui leur mettaient plus des bâtons dans les roues qu\u2019autre chose.« 11 y a un refus très fort de la fatalité.11 faut prendre le contrôle de son destin.C\u2019est un refus de subir.C\u2019est très fort ici parce qu\u2019en fait, il y a toujours des batailles à livrer avec des fonctionnaires.11 faut que tu «piles» sur les orteils de certains, car on refuse de tomber dans un modèle qui est urbain.Les lois, les politiques sont faites en fonction de la concentra- 531 Le territoire tion urbaine.Alors, avec ça, on ne peut rien faire ici.Et si on attend leur aval, onnefèra jamais rien», ditle coloré paysan.Un chercheur réputé dans le domaine du développement local, Paul Prévost de l\u2019Université de Sherbrooke, corrobore ces propos : « Dans ce débat [sur le développement local], les milieux locaux y perdent souvent leur latin.Situés en première ligne, au niveau de l\u2019action, ils se sentent très loin des modèles élaborés par les universitaires et trouvent maintes fois les politiques et les programmes gouvernementaux mésadaptés à leur réalité locale.» (Prévost 2005:4) [Voir encadré] Enrayer le déclin Saint-Camille semblait pourtant voué à un lent et inexorable déclin.Depuis 1911, où environ 1000 personnes y vivaient, la population n\u2019a cessé de diminuer.Le magasin général tombait en ruine et a été mis en vente dans les années 1980.En 1990, l\u2019école ne comptait plus que 40 élèves, le presbytère a été déserté.En 1992, les villageois ont dû se battre activement pour éviter la fermeture du bureau de poste.Le génie de Saint-Camille a été de saisir les occasions au moment oppor- Les facteurs de succès développement local Quels sont les facteurs, les critères, les conditions nécessaires pour initier une nouvelle dynamique et soutenir une démarche de développement local?L\u2019existence d\u2019un sentiment d\u2019appartenance La participation et l\u2019implication de tous les éléments de la population sont essentiels à toute initiative de développement endogène.Cette participation sera d\u2019autant plus facile à assurer qu\u2019il existe déjà un sentiment de communauté, un sentiment d\u2019appartenance sur le territoire.Des leaders Dans tous les cas de « success story » recensés dans la littérature, il y a eu des leaders dynamiques élus ou non, des bougies d\u2019allumage qui ont mobilisé la population, suscité les partenariats, provoqué des choses, assuré leur exécution et maintenu le rythme de travail.Ils ont joué un rôle de catalyseur et leur présence a été particulièrement essentielle dans les phases initiales de développement.Comme le développement prend du temps, l\u2019un des défis du leadership local est de se renouveler.Limplication des jeunes devient donc essentielle à long terme.Un esprit d\u2019entreprise L\u2019esprit d\u2019entreprise est aussi un critère primordial dans le succès des expériences de développement local.Cet esprit ne doit toutefois pas être seulement le lot des entrepreneurs, mais doit enflammer toutes les institutions locales et la population.Il s\u2019exprimera par une attitude de développeur et la volonté de prendre des risques.Des entreprises et des initiatives locales Le développement local se matérialise en bout de ligne par des actions concertées de développement (souscription de fonds, création d\u2019agences de développement, événements spectaculaires.), par la création de nouvelles entreprises et le développement des entreprises locales.Ce ne sont pas les seules sources de création d\u2019emplois, ni les seuls moyens de créer un environnement local favorable, mais, ce sont le plus souvent les seuls leviers qu\u2019une communauté locale peut influencer directement.Comme leur poids dans la création d\u2019emplois au Québec est statistiquement fort important, ce sont des outils de choix.Un effort soutenu Le développement est un processus historique, cela prend du temps.Le développement endogène implique, de plus, un changement de culture et de façon de faire de la part d\u2019une communauté.Il faut donc être patient et prévoir un effort soutenu qui risque de s\u2019allonger au-delà du mandat des élus ou de nécessiter une succession de leaders locaux.Lexpérience enseigne que les efforts de développement pour réaliser des résultats durables doivent être maintenus durant dix, quinze, vingt-cinq ou trente ans.Référence Prévost, P.Les dimensions et processus du développement des collectivités locales.Sherbrooke : Université de Sherbrooke Institut de recherche et d\u2019enseignement pour les coopératives de l\u2019Université de Sherbrooke(lREÇUS) Cahiers de recherche IREC 01-05.532 Les grands enjeux tun.Selon le philosophe de l\u2019Université de Sherbrooke, Jean-François Malherbe, résidantdu village, « c\u2019estle sens de l\u2019anticipation d\u2019un noyau de leaders qui sentait que le village allait mourir si on ne faisaitrien » qui l\u2019a sauvé.En 1985, ces catalyseurs de changement, quatre hommes du village, décident d\u2019unir leurs forces en se regroupant dans le Groupe du coin, une compagnie privée de capital de risque.Avec une mise de fonds initiale d\u2019à peine une quinzaine de milliers de dollars, ils achètent des bâtiments pour les céder ensuite à des organismes à but non lucratif afin de voir des projets prendre forme.À la suite de l\u2019achat de l\u2019ancien magasin général, le Groupe du coin a favorisé la création du P\u2019tit Bonheur, en 1988, puis il a récemment rendu possible l\u2019achat du presbytère où sont maintenant situées les coopératives d\u2019habitation et de soins de santé regroupées sous la bannière La Corvée.Depuis maintenant 15 ans, le P\u2019tit bonheur de Saint-Camille a présenté pas moins d\u2019une centaine de spectacles et d\u2019expositions.La salle de spectacle a été inaugurée par Richard Desjardins.Un de ces leaders et fondateur du P\u2019tit Bonheur, Sylvain Laroche, se plait à le nommer un magasin général de services.C\u2019est une organisation sans but lucratif (OSBL) qui tire 60 % de ses revenus de la vente de la pizza du vendredi.La pizza est si populaire que le P\u2019tit Bonheur a un point de service à Asbestos.Une légende villageoise veut que lors de la crise du verglas, l\u2019électricité soit revenue plus rapidement à Saint-Camille pour que les employés d\u2019Hydro-Québec puissent se régaler de la meilleure pizza maison de la région.Lors d\u2019un atelier donné à l\u2019École La rencontre des générations d\u2019été de l\u2019Institut du Nouveau Monde, en août 2005, Sylvain Laroche, président et fondateur du P\u2019tit Bonheur, a expliqué que le changement demande que des gens s\u2019assoient ensemble pour réfléchir.Chaque fois, la créativité et l\u2019innovation émergent.Ensuite, il faut agir, persévérer et avoir un minimum de capital.Le Groupe du coin a acheté un garage etprévoitle transformer en lieu de création multimédia.La fibre optique passe désormais par le village et avec elle la connexion Internet la plus rapide disponible sur le marché.Certains parlent du P\u2019tit Bonheur comme d\u2019une petite graine semée qui est devenue un arbre dont le feuillage englobe toute la communauté.Garder nos vieux La Corvée, une coopérative pour personnes âgées, fut récipiendaire du prix de la ruralité 2002, deux ans seulement après sa fondation.Elle fut également lauréate du prix Jean-Pierre-Bélanger 533 Photo : Sylvain Laroche Le territoire 2004 de l\u2019Association pour la santé publique du Québec.Il s\u2019agit d\u2019une coopérative de solidarité en soins et services de santé et d\u2019une coopérative d\u2019habitation qui loge une dizaine d\u2019aînés.Ces deux coopératives ont été créées en 1999, permettant aux personnes âgées de se loger et de demeurer dans la communauté à peu de frais, en se dotant de services communs comme une clinique de santé, des services complémentaires avec six thérapeutes, des jardins communautaires, des aires de repos et de jeux, une cuisine collective et un lieu de rencontre pour la communauté.La Corvée a germé dans la tête de Joanne Gardner alors étudiante au certificat en gérontologie de l\u2019Université de Sherbrooke.Elle refusait tout simplement de voir ces sages être exclus de la communauté en les enfermant dans un foyer.Mais ce projet ne s\u2019est pas réalisé sans embûches.« On ne respecte pas les normes de la Société immobilière du Québec, il a fallu faire comprendre à un fonctionnaire ce qu\u2019on voyait comme architecture pour que ce soit accepté.» affirme-t-elle.« Les bailleurs de fonds voulaient avoir des résultats financiers tout de suite.Commentfait-on pour être rentable en un an?Ce n\u2019estpas logique.On oublie souventla rentabilité sociale d\u2019un projet pareil, les gens qui viventici en santé et heureux, ça ne coûte rien à la société, mais ça, c\u2019est pas facile à calculer.» Elle a ainsi favorisé un dialogue intergénérationnel se répercutant sur tous.Depuis, elle anime avec créativité des cafés rencontres, avec un drôle de personnage, une vieille femme très franche, tante Rose.Elle a aussi favorisé un retour à la terre en aménageant des jardins communautaires dans la cour de la coopérative.Elle a publié À chacun son histoire, relatant l\u2019histoire de vie des aînés.Des résidantes de La Corvée aident les enfants de l\u2019école à faire leurs devois.Ils sont très heureux de se retrouver au P\u2019tit Bonheur pour manger à la popote du mardi avec leur grand-maman d\u2019adoption.Selon une recherche publiée par le Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) de l\u2019Université du Québec à Montréal, La Corvée s\u2019appuie sur « cinq dimensions propres à la cohésion sociale, soit la territorialité, l\u2019accessibilité, l\u2019employabilité, la démocrativité et la connectivité.» (Langlois : 25) Les chiffres parlent Les efforts de revitalisation se répercutent sur les statistiques officielles.Le village s\u2019est rajeuni.En 2001, la proportion de la population de 65 ans et plus par rapport à celle de moins de 20 ans était de 36 % à Saint-Camille comparativement à 54% pour le Québec.L\u2019âge médian des habitants de Saint-Camille, soit 37 ans, est inférieur à celui de la MRC (43,4 ans) et à celui du Québec (38,8 ans).Le taux de chômage était de 3,9% en 2001 à Saint-Camille comparativement à 8,8 % dans la MRC et à 8,2% à l\u2019époque pour le Québec.L\u2019école primaire accueille pas moins de 90 élèves, pour une population villageoise de 440 âmes.L\u2019école Christ-Roi a été retenue pour la mise en oeuvre du projet \u201cL\u2019école éloignée en réseau\u201d visant à contrer les fermetures des écoles dans de petits villages.Ce développement s\u2019estréalisé dans un esprit de démocratie participative.Les mécanismes et les lieux de participation démocratique sont nombreux.534 Les grands enjeux Deux organes de communication tiennent les villageois au courant de l\u2019actualité villageoise : Le Babillard, un journal papier distribué directement chez les résidants.Et chaque semaine, le bulletin virtuel Mon Village est envoyé par courriel.Ces développements ne font-ils que des heureux?La contestation n\u2019estpas vive.Mais au fil de conversations informelles, il est possible de repérer chez quelques personnes une certaine envie.Pourquoi le P\u2019titBonheur jouit-il de toutes ces subventions mais pas nous ?Quoi qu\u2019il en soit, le village cultive beaucoup l\u2019accueil des «étrangers», des citadins à la recherche d\u2019une qualité de vie, notamment Contrairement à ce qui est observé ailleurs, les nouveaux n\u2019y sont pas exclus par les anciens.Le maire Bellerose : « On n\u2019a pas peur des étrangers.Si on accueille des gens, on va avoir des idées puis on trouvera bien de l\u2019argent pour réaliser les idées ».Une jeune biologiste rencontrée sur la galerie du P\u2019titBonheur, Karen Anne Page, a entendu parler de ce village lorsqu\u2019elle était au Guatemala.Ce qui l\u2019a motivée à venir s\u2019installer c\u2019est qu\u2019il y a « une ouverture à ce qui nous intéresse comme le développement durable.Des gens de la génération de nos parents nous appuient là-dedans.On arrive à faire passer nos idées.» Son copain ajoute spontanément: « On a rencontré de grandes personnes qui ont encore de l\u2019imagination ».Il y a bien un petit quelque chose qui distingue les nouveaux arrivants des anciens : ils prononcent le nom du village au féminin : « Sainte-Camille».Philosopher pour agir L\u2019une des conditions de réussite du Des initiatives stimulantes milieu rural Université rurale du Québec www.uqo.ca/urq2005 En septembre dernier a eu lieu la cinquième édition de l\u2019Université rurale en région qui « contribue au développement et à la promotion des territoires ruraux en proposant des activités de formation continue où chercheurs et praticiens se côtoient dans le but de favoriser des actions plus réfléchies et des réflexions plus agissantes.» Le rendez-vous se renouvelle chaque année.La foire des villages Tous les deux ans, depuis 2000, la Foire des villages permet aux villages dynamiques du Québec de mener une opération de séduction auprès des urbains au Marché Bonsecours à Montréal.Son objectif, «faire le pont entre le monde rural et le monde urbain québécois, et valoriser et promouvoir la ruralité, ses potentiels économiques et humains ainsi que la qualité de vie qu\u2019elle offre».Lédition 2005 a accueilli 4000 visiteurs.Prochaine édition: février 2007.Solidarité rurale www.solidarite-mrale.qc.ca La mission de cet organisme est la revitalisation et le développement du monde rural, de ses villages et de ses communautés, de manière à renverser le mouvementée déclin et de déstructuration des campagnes québécoises.Place aux jeunes www.placeauxjeunes.qc.ca/fr Place aux jeunes intervient directement auprès des jeunes, mais il vise aussi à sensibiliser la population entière au phénomène de la migration et au potentiel des régions du Québec afin d\u2019encourager le développement régional.Plus de 14 000 jeunes se sont inscrits à un site, Accro des régions, pour consulter des offres d\u2019emploi, des opportunités d\u2019affaires, les besoins en main-d\u2019œuvre, ou des activités et des services régionaux, www.accrodesregions.qc.ca 535 3 9LJ00Jen uieA|Às : oioNd Le territoire Annick Giguère développement local est la capacité des résidants à discuter entre eux, à réfléchir collectivement Depuis quelques années, plusieurs villageois se réunissent pour suivre leur cours hebdomadaire d\u2019éthique donné par le philosophe Jean-François Malherbe, de l\u2019Université de Sherbrooke.Ce dernier réside maintenant au village.« L\u2019éthique, c\u2019est de réduire l\u2019écart entre ce qu\u2019on dit et ce qu\u2019on fait », explique-t-il.Le cours permet simplement une reconnaissance des particularités des habitants avec leurs forces, leurs habilités et leurs compétences afin de provoquer des initiatives locales et même internationales.Il semble que ce soit justement dans le cadre d\u2019un cours d\u2019éthique que le défi de diversifier l\u2019agriculture en revalorisant la consommation de produits locaux a été identifié.« C\u2019est assez génial comme idée.Il s\u2019agit de réaffirmer son identité pour mieux rentrer en communication avec l\u2019autre», affirme M.Malherbe.La jonction de ces différents besoins a permis de développer le projet d\u2019une coopérative maraîchère : La Clé des champs, une coopérative de solidarité œuvrant dans le maraîchage, l\u2019agroforestier etla transformation, en complémentarité avec l\u2019agriculture conventionnelle.La Clé des champs développe de l\u2019agriculture nourricière soutenue par la communauté, ce qui veut dire que ce sont les clients qui financent le producteur en payant d\u2019avance la production à venir.La coopérative veille à la commercialisation d\u2019un nombre impressionnant d\u2019espèces de plantes poussant dans les sous-bois.Elle souhaite aussi acquérir un abattoir mobile ce qui éviterait à certains petits agriculteurs d\u2019envoyer leurs bêtes à plus de 80 km.Selon le directeur de la coopérative, François Rancourt, ce projet vient à point, car « les gens ne se nourrissent Villages modèles Saint-Clotide-de-Beauce, un village de 600 âmes a accueilli en 2004 dix familles immigrantes - qui comptaient au total près de 30 enfants - qui ont plus tard été suivies de trois autres.Du coup, la survie de l\u2019école menacée de fermeture était assurée.Chesterville, Centre-du-Québec.Cette municipalité de 800 habitants a tenté le tout pour le tout pour attirer de nouveaux villageois: en 2001,13 terrains résidentiels ont été offerts gratuitement à quiconque s\u2019engagerait à y construire une maison au cours de l\u2019année suivante. ce jour, une vingtaine de maisons ont été construites et plus de 50 nouveaux résidants se sont établis dans le village.On envisage une deuxième phase de développement.St-Élie-de-Caxton tire sa réputation entre autre d\u2019un conteur, Fred Pellerin qui s\u2019est mis à raconter aux visiteurs et puis au grand public, sur les scènes québécoises, puis à la télévision, des histoires de son village.Plusieurs initiatives folles se réalisent à St-Ëlie.Notamment, le café de pierre angulaire est à sa huitième édition du festival des contes et légendes de la Mauricie.www.saint-elie.net Sainte-Élisabeth, dans Lanaudière.^association entre un village du Mali, Sanankoroba, et un village dans Lanaudière, Sainte-Élisabeth, est un succès en développement international.On se souviendra des 100 $ envoyés par ces Maliens pour aider ce village à se remettre de la crise du verglas.Cette collaboration existe depuis maintenant dix ans et s\u2019est élargie.« C\u2019est au quotidien que nous pouvons suivre la population dans l\u2019apprentissage de la démocratie et de la responsabilité individuelle et collective menant à l\u2019amélioration des conditions de vie de l\u2019ensemble du village.» Extrait du livre Sur les petites routes de la démocratie L\u2019expérience d'un village malien, Éditions Écosociété.536 Les grands enjeux plus de l\u2019agriculture locale, mais se nourrissent des productions du village, c\u2019estdonner de l\u2019emploi et être un moteur de développement économique pour les petits producteurs.C\u2019estaussi de rendre accessible l\u2019agriculture à la relève et tenter de contrer des problèmes comme la concentration des fermes, la spéculation foncière qui fait en sorte que les jeunes ont peu accès à la terre.On favorise donc un accès à la terre avec le métayage, un type de location ».Les projets de la Clé des champs se heurtent, ici aussi, aux politiques agricoles qui sont généralement faites pour les grandes entreprises.Pas d\u2019habit universel L\u2019exemple de Saint-Camille montre qu\u2019au cœur du changement social, il y a des individus qui par leur volonté et leur ténacité entreprennent des actions et développent des pratiques novatrices autour d\u2019enjeux concrets et locaux visant à réaliser leurs rêves avec les ressources disponibles.Dans ce village, on n\u2019a pas attendu de grandes réformes technocratiques.Comme le dit Jacques Proulx : « Vous pouvez vous en inspirer, mais faites attention pour ne pas mettre un habitqui ne vous convientpas.Il faut que les projets soient enracinés dans le milieu.Il n\u2019y a pas d\u2019habit universel».Quand va-t-on daigner faire confiance aux acteurs concernés pour dépister les problèmes, encourager les initiatives et ainsi formuler des solutions viables qui tiennent compte de leur réalité ?Anne-Marie Lentay enseigne la sociologie au CEGEP de Sherbrooke.Michel Venne est directeur général de l\u2019Institut du Nouveau Monde Références JEAN, B.Territoires d\u2019avenir.Pour une sociologie de la ruralité, Presses de l\u2019Université du Québec, 1997.CEFRIO, (Martine Lorrain-Cayer et Karl Lussier) L\u2019École éloignée en reseau.Étude de cas.La communauté de Saint-Camille et 1\u2019école Christ-Roi, février 2004.GARDNER, J.À chacun son histoire.Recueil de vie d\u2019aîne's de notre campagne.St-Camille, La Corvée de St-Camille, 2004.LANGLOIS, G.La Coop de solidarité en soins et services de Saint-Camille et son impact sur la cohesion sociale, Montréal, UQAM, CRISES, Collection Études de cas d\u2019entreprises d\u2019économie sociale, n° ES0409, décembre 2004.LAROCHE, S.S\u2019impliquer en region, Montréal, Atelier École d\u2019été de l\u2019Institut du NouveauMonde, août2005.LEMAY, A-M., Cultiver l\u2019avenir, Sherbrooke, Taratatam production, documentaire 19 min., supportDVD.PAYETTE, F., St-Germain, C., SAUVE, R, KRAKOW, E.«L\u2019école éloignée en réseau» Virage, vol.5, n°.2, janv.2003 [En ligne] http://www.meq.gouv.qc.ca/virage/journaLfr/PDF/Virage5-2.pdf PRÉVOST, R Les dimensions et processus du développement des collectivités locales.Sherbrooke : Université de Sherbrooke Institut de recherche et d\u2019enseignement pour les coopératives de l\u2019Université de Sherbrooke(IRECUS) Cahiers de recherche IREC 01-05.SOLIDARITÉ RURALE, [ es pqqes vertes, [En ligne] www.solidarite-rurale.qc.ca VACHON, B.«Développement régional et dynamique territoriale », Colloque de l\u2019Association des économistes du Québec Développement regional, ressources naturelles et redevances, Québec, 22 mars 2002.VENNE, M.«Un paysan au Sommet», Le Devoir, 20 mars 1996.VENNE, M.«Une région, la vie», Le Devoir, 7 mai 2003.537 Le territoire La loi sur la protection du territoire et des activités agricoles Une loi essentielle mais contestée dans ses modalités d\u2019application Clermont Dugas Geotjraphe, Université du Quebec à Rimouslci La loi sur la protection du territoire et des activités agricoles (LPTAA) impose depuis la fin des années 1970 un impor-tantcontrôle sur l\u2019utilisation du territoire agricole au Québec.En raison de ses implications etmodalités d\u2019application, elle constitue l\u2019une des lois majeures régissant l\u2019aménagement du territoire de la province.Elle sert non seulement à délimiter la zone agricole et à en contrôler les usages, mais aussi à établir les contours des périmètres d\u2019urbanisation et à régir l\u2019utilisation des érablières.Conçue dans une perspective de préservation du potentiel agricole, elle a parmi ses conséquences celle de restreindre considérablement les implantations résidentielles, commerciales et industrielles sur les terres zonées agricoles situées en dehors des périmètres urbains.C\u2019est une loi qui dissocie le droit d\u2019usage du droit de propriété et qui affecte directement des centaines de milliers de propriétaires terriens, entrepreneurs de toutes sortes et résidents, mais qui estgénéralement considérée pertinente sur les plans social et environnemental.La zone agricole délimitée en fonction de la loi couvre actuellement une superficie de 63 500 kilomètres carrés, répartie dans 948 municipalités.Elle est occupée par 28 930 exploitations agricoles.Leur nombre est en constante diminution.Le territoire couvert par les exploitations ne correspond qu\u2019à 53 % de la zone agricole.Le reste de la zone est largement constitué de terrains boisés et de terres sans potentiel agricole.Selon Lauréan Tardif1, ancien commissaire et vice-président de la CPTAQ, 60% de la zone agricole est impropre à l\u2019agriculture.Les meilleures terres arabes, celles des catégories 1, 2 et 3 de l\u2019Inventaire des terres du Canada (ITC), ne forment qu\u2019une superficie d\u2019environ 24 500 kilomètres carrés.Situées surtout dans la plaine de Montréal, elles sont les plus menacées par l\u2019urbanisation.Par ailleurs, dans de nombreuses municipalités, la zone agricole est constituée dans des proportions allant de 50 à 90% de terres de catégories 5 et 7 de l\u2019ITC, c\u2019est-à-dire à potentiel agricole très faible ou 538 Les grands enjeux inexistant La LPTAA en réserve l\u2019usage à l\u2019agriculture, alors qu\u2019elles ont une valeur relativement faible ou inexistante pour cette activité et sont largement occupées par la friche et la forêt.Cette situation dénoncée depuis les débuts de la mise en application de la loi contribuerait aux problèmes de développement des territoires concernés.La loi a incontestablement contribué à préserver les meilleurs sols du Québec de l\u2019empiétement urbain et à freiner la spéculation sur les terres agricoles à la périphérie des villes.Elle a même favorisé le retour à l\u2019agriculture de terres en friche en raison des avantages fiscaux associés aux terres cultivées en zone agricole.Elle est néanmoins perçue de façon très différente selon les endroits et les groupes sociaux.Pour certains, dont des écologistes, diverses associations et des groupes d\u2019agriculteurs, elle n\u2019est pas assez contraignante et c\u2019est le patrimoine agricole du Québec qui est en jeu, alors que pour des promoteurs, des administrations municipales, des amé-nagistes et des individus intéressés à se loger en milieu rural, elle l\u2019est trop, et c\u2019est le développement économique et l\u2019avenir du monde rural qui sont en cause.Des individus et organismes reprochent notamment à la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ) d\u2019appliquer la loi de façon trop laxiste sur les bonnes terres arabes à la périphérie des grandes villes, tandis que d\u2019autres considèrent qu\u2019elle est trop restrictive.Il faut reconnaître que les sollicitations auprès de la Commission sont toujours très fortes et émanent de toutes les parties du territoire québécois.Le nombre de décisions qu\u2019elle a rendues est de l\u2019ordre de 3000 par année depuis les cinq dernières années.Durant le dernier exercice financier, elle a donné des autorisations totales ou partielles pour 70 % des demandes d\u2019implantation d\u2019un nouvel usage et d\u2019agrandissement en zone agricole.Elle a autorisé l\u2019exclusion de 882 hectares de terres de la zone agricole sur une demande de 2359 hectares.De la zone exclue, 211 hectares étaient considérés avec des perspectives agricoles et seulement 14 hectares se situaient à l\u2019intérieur des communautés métropolitaines et agglomérations urbaines.En contrepartie, 243 hectares ont été inclus dans la zone.Ainsi malgré les sévères restrictions qu\u2019elle impose, la loi ne peut pas empêcher complètement un certain effritement de la zone agricole.Toutefois, ce qui est trop pour les uns n\u2019est pas assez pour les autres.Plusieurs municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal considèrent qu\u2019elles n\u2019ont plus suffisamment de terrains disponibles en dehors de la zone agricole pour répondre aux demandes de constructions résidentielles et commerciales et cherchent à obtenir des exclusions de la zone agricole ou des autorisations pour construire à l\u2019intérieur de cette dernière.La Commission considère que ces problèmes d\u2019espace ne doivent plus être considérés uniquement en référence aux périmètres de municipalités mais par rapport à l\u2019ensemble de l\u2019agglomération.La Communauté métropolitaine de Montréal disposerait encore d\u2019une zone de l\u2019ordre de 30 000 hectares de terrains vacants prévus pour l\u2019urbanisation.La Commission 539 Le territoire s\u2019attribue ainsi un rôle de gestionnaire de l\u2019urbanisation qui ne tient pas compte des orientations de chaque municipalité et des effets de ses décisions sur la fiscalité municipale.Les sites alternatifs pris en compte par la Commission à l\u2019extérieur des municipalités demanderesses de terrain n\u2019of firent pas toutes les caractéristiques de ceux envisagés par les promoteurs et évidemment ne présentent pas le même intérêt pour les municipalités.Les besoins d\u2019espace se font aussi sentir dans les autres régions du Québec.Des municipalités aimeraient aussi être en mesure d\u2019autoriser des implantations résidentielles, commerciales et industrielles à l\u2019extérieur des périmètres d\u2019urbanisation en mettant en valeur des terrains inoccupés.À ces endroits on accuse la CPTAQ de bloquer le développement économique et de favoriser le dépeuplement.Dans son rapport annuel de gestion 2003-2004, la CPTAQ reconnaît que les enjeux sont différents entre la périphérie des grands ensembles urbains et les milieux ruraux.Dans le premier cas, les municipalités « tendent à repousser les limites de la zone agricole», alors que dans le second, « c\u2019estdavan-tage une occupation diversifiée de la zone agricole qui constitue l\u2019enjeu principal ».Ces différents arguments ne sontpas nouveaux et ontconduitles législateurs à amender la loi à plusieurs reprises, mais sans faire disparaître les principaux motifs d\u2019insatisfaction.Au contraire, les modifications apportées en 1997 et 2001 ont créé d\u2019autres frustrations en fournissant des arguments supplémentaires de refus à la Commission.Un nouveau projet de révision est attendu, mais des pressions prove- nant de différents milieux s\u2019exercent toutautantpour un renforcement de la loi que pour un adoucissement.Pour beaucoup de résidents et de représentants du monde municipal dans les régions périphériques, ce sont les adoucissements qui s\u2019imposent.Leurs frustrations, doléances et revendications sont bien exprimées dans les résultats d\u2019une enquête2 que nous avons effectuée en 2004 et 2005 auprès des municipalités des régions de la Gaspésie, du Bas-Saint-Laurent, de l\u2019Abitibi-Témiscamingue et du Saguenay - Lac-Saint-Jean.Les problèmes sont aussi sensiblement les mêmes dans les quatre régions prises en compte.Les quatre régions ont toutes connu une importante décroissance démographique entre 1996 et 2001, accusant au total une perte de 30 304 personnes ce qui correspond à 4 % de leurs effectifs.En Gaspésie, cette décroissance est continue depuis 1981 et s\u2019est traduite par une diminution de 14,5 % de la population.À l\u2019instar de l\u2019ensemble du Québec, les quatre régions ont subi une forte réduction du nombre de fermes.Ces dernières sont passées de 7494 en 1981 à 4 683 en 2001.Les pertes varient de 30% dans le Bas-Saint-Laurent à 58 % en Gaspésie.Cependant, tous ces déficits n\u2019ont pas empêché la construction de continuer à progresser dans toutes les régions.Certaines municipalités éprouvent maintenant des problèmes d\u2019espace pour fins résidentielles et commerciales.Pour 47% des municipalités, l\u2019application de la loi a comme conséquences de leur laisser un périmètre d\u2019urbanisation trop petit ou encore inadéquat pour leurs besoins actuels et 540 Les grands enjeux futurs.Les régions de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent sont les plus affectées par le problème avec 52 % des municipalités concernées.Plusieurs municipalités ont réussi au fil des ans à faire modifier de façon satisfaisante leur périmètre d\u2019urbanisation.Mais ce n\u2019est pas le cas pour d\u2019autres.En fait, pour l\u2019ensemble des régions, 29 % des municipalités n\u2019ontpas réussi à obtenir les changements demandés et jugés nécessaires.Le plus haut taux d\u2019insatisfaction se situe dans la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent avec le tiers des municipalités répondantes.En raison des importantes contraintes qu\u2019elle crée au développement du secteur résidentiel, l\u2019application de la loi aurait entraîné la perte d\u2019au moins 1134 résidences et de plus de 3500 habitants dans les localités qui disposent d\u2019une zone agricole durant les dernières années.Donc, contrairement à ce qui est mentionné dans le dernier rapport annuel de la CPTAQ, la loi contribuerait à la décroissance démographique des régions.Elle serait aussi responsable de la perte d\u2019un capital foncier de l\u2019ordre de 100 millions de dollars et d\u2019importantes recettes fiscales pour les municipalités.La rareté des terres à construire causée par la loi crée une augmentation du prix des terrains dans un certain nombre d\u2019endroits.La situation varie d\u2019une région à l\u2019autre.Dans l\u2019Est-du-Québec, le quart des municipalités déplorent cette situation, alors qu\u2019il n\u2019y en a aucune en Abitibi-Témiscamingue et le tiers au Saguenay - Lac-Saint-Jean.La quasi totalité des municipalités, soit 91,7%, trouvent la loi trop contraignante en ce qui concerne la construction résidentielle et souhaitent son assouplissement afin de pouvoir construire le long des routes de rangs et à la périphérie des villages sur les terres à faible potentiel agricole et dans les endroits recouverts par la friche ou la forêt.Les pourcentages de répondants qui partagent cet avis sont sensiblement les mêmes dans les quatre régions.Ces constructions auraient l\u2019avantage de retenir des jeunes dans la localité, d\u2019attirer d\u2019autres résidents, de valoriser des sites exceptionnels actuellement sous utilisés, de rentabiliser les infrastructures existantes, de renforcer le tissu social et d\u2019augmenter les revenus fiscaux.Certaines petites municipalités en décroissance démographique considèrent même qu\u2019il faudrait chercher à densifier la structure de peuplement en autorisant les constructions sur une étroite bande de sols agricoles sous-utilisés le long des corridors routiers existants.Beaucoup de municipalités aime-raientaussi avoir l\u2019autorisation de construire des chalets en milieu forestier et le long des plans d\u2019eau pour les activités de loisir et de villégiature.L\u2019autorisation d\u2019implanter de petites fermes pour fins d\u2019agriculture expérimentale, de loisir et à temps partiel fait aussi l\u2019objet de demandes de la part de plusieurs municipalités.Ces diverses modalités d\u2019occupation du territoire compatibles avec la ruralité seraient des mesures de diversification de l\u2019économie.Seulement le tiers des municipalités considèrent que la loi présente des avantages pour elles.Quelle que soit la région, le principal motif de satisfaction mentionné a trait à l\u2019importance de protéger les sols agricoles.En outre, le fait que la loi permet aux cultivateurs d\u2019obtenir des subventions et de faire 541 Le territoire payer une bonne partie de leurs taxes municipales par le gouvernement constitue un autre avantage important.Toutefois, la plupart des municipalités qui trouvent des avantages à la loi y trouvent aussi des inconvénients.Les quatre cinquièmes des municipalités considèrent en effet que la loi crée des inconvénients à leur développement socioéconomique.L\u2019Abiti-bi-Témiscamingue, suivi de près par l\u2019Est-du-Québec (81,2 % des répondants), affiche le plus haut taux d\u2019insatisfaction.Les motifs d\u2019insatisfaction sont fort nombreux et varient d\u2019une localité à l\u2019autre.On peut les regrouper sous plusieurs thèmes.On estime que la loi entraîne une sous-utilisation des ressources et des potentiels de développement des localités.Elle empêche le retour d\u2019anciens résidents de tout âge qui aimeraient revenir et s\u2019établir sur la terre familiale ou près de leurs parents parce que leur expérience de la ville s\u2019est avérée décevante ou encore parce qu\u2019ils ont atteint l\u2019âge de la retraite.En donnant aussi priorité absolue à l\u2019agriculture, la loi permet des formes d\u2019élevage ou des modes d\u2019exploitation qui deviennent des inconvénients pour d\u2019autres résidents qui sontmajoritaires dans le secteur.Tout l\u2019espace est mobilisé pour un ou quelques agriculteurs qui peuvent polluer l\u2019air tout en étant protégés par la loi.La production porcine vient briser la quiétude de bien des gens.Elle constitue pour certains une menace pour la qualité de leur environnement qui n\u2019existait pas lors de leur installation.En limitant l\u2019extension des périmètres d\u2019urbanisation et une utilisation polyvalente du milieu zoné agricole, la loi nuit aussi au développement industriel et des affaires.Certaines municipalités n\u2019ontpas l\u2019espace requis ou convenable à l\u2019intérieur de leur périmètre d\u2019urbanisation pour pouvoir autoriser l\u2019implantation de nouvelles entreprises ou encore se doter d\u2019un parc industriel ou agrandir celui existant II existe aussi de petites entreprises, qui de par leur nature, (rafting, gravière, kiosque de vente de fruits et légumes, fleurs, terre à jardin, engrais) doivent être localisées en zone rurale.Or, dans de nombreuses municipalités la loi interdit leur implantation.La loi nuit aussi au développement d\u2019entreprises existantes en limitant l\u2019espace dont elles ont besoin pour leur expansion.L\u2019impossibilité dans laquelle elles se trouvent d\u2019utiliser l\u2019espace adjacentparce qu\u2019il est zoné agricole et l\u2019obligation qu\u2019elles ont d\u2019utiliser un terrain loin de l\u2019entreprise est suffisant pour les faire abandonner leur projet d\u2019agrandissement.La loi nuit aussi à l\u2019implantation dans les rangs de petites entreprises à faible capitalisation et à emplois souvent saisonniers dont la rentabilité repose largement sur la disponibilité d\u2019un terrain à très faible coût ou qu\u2019on peut obtenir gratuite-mentparce qu\u2019il appartientà la famille.Elle empêche des résidents des rangs d\u2019ajouter des usages connexes à leur habitation qui pourraient leur permettre d\u2019accroître leurs revenus et dans certains cas de bénéficier aux résidents du secteur.Dans plusieurs petites municipalités aux prises avec une diminution des services, les contraintes imposées par la loi sont vues comme un facteur supplémentaire de déstructuration.En incitant des jeunes couples à s\u2019établir à 542 Les grands enjeux l\u2019extérieur, la loi contribue à la fermeture de commerces et d\u2019écoles et à la réduction du nombre de bénévoles nécessaires pour animer le fonctionnement de différents organismes communautaires et d\u2019individus pour maintenir le dynamisme social.La loi crée aussi des problèmes aux municipalités qui veulent ouvrir de nouvelles rues, creuser de nouveaux puits pour l\u2019eau potable, améliorer des services et infrastructures existantes et implanter de nouveaux services.Lorsque les espaces envisagés sont dans la zone agricole, elles doivent effectuer des investissements importants et réaliser de longues démarches pour essayer d\u2019obtenir l\u2019autorisation de la CPTAQ sans être sûrs des résultats.La loi est coûteuse à divers égards pour les municipalités.Ces coûts peuvent provenir de la perte de taxe, de la sous-utilisa-tion des infrastructures et services publics et des coûts administratifs pour l\u2019application de la loi.On estime aussi que la loi nuit au développement de l\u2019agriculture en empêchant le morcellement de terres vacantes pour leur utilisation dans de petites productions.Elle empêche aussi d\u2019éventuels producteurs de bénéficier des subventions du MAPAQ pour des projets sur des terres situées à l\u2019extérieur de la zone agricole.Les petites activités agricoles non reconnues qui ne réussissent pas à rencontrer les critères du MAPAQ peuvent difficilement voir le jour en zone agricole.Soixante-dix pour cent des répondants considèrent que les modalités d\u2019application de la loi leur créent des problèmes.Les municipalités qui partagent cette opinion sont sensiblement dans les mêmes proportions dans les quatre régions, avec une légère prédominance pour celle du Saguenay-Lac-Saint-Jean.Les motifs d\u2019insatisfaction sont nombreux et diffèrent selon les localités.De façon générale, on trouve la loi trop restrictive et certains critères sont trop sévères ou non appropriés, ce qui permet à la CPTAQ de rejeter n\u2019importe quelle demande et ce qui laisse aussi place à des décisions arbitraires fortement contestables.On considère que la loi est trop contraignante pour les espaces zonés agricoles.Ces zones comportent aussi, selon les endroits, trop de terre à faible potentiel agricole ou encore sans potentiel.C\u2019est donc ici le découpage de la zone agricole qui est en cause.Telle que conçue et appliquée, on estime que la loi nuit à la diversification de l\u2019économie et à l\u2019occupation du territoire dans certaines localités, tout particulièrement là où l\u2019agriculture est devenue une activité marginale.En empêchant le morcellement des terres et l\u2019utilisation de terres vacantes à d\u2019autres fins que l\u2019agriculture, la loi conduit à une sous-utilisation du potentiel de développement On considère aussi que le modèle agricole favorisé par la loi freine l\u2019entrée dans l\u2019agriculture de nouveaux producteurs et l\u2019implantation de nouvelles productions.On déplore le fait que des décisions prises par la CPTAQ ne tiennent pas compte de la qualité des sols.À certains endroits on voit même la loi comme un objet de pouvoir qui permet à quelques fonctionnaires résidant à Québec de décider unilatéralement de l\u2019orientation du développement rural sans bien connaître le contexte local et régional.Pour modifier cette situation, on voudrait 543 Le territoire que la mise en application de la loi soit décentralisée, ce qui permettrait de mieux tenir compte du contexte biophysique et des caractéristiques socioéconomiques de chaque localité ou région.Cela serait d\u2019ailleurs plus conforme à la politique de la ruralité.On considère aussi que la loi n\u2019est pas assez vulgarisée, qu\u2019elle est complexe et lourde à appliquer, qu\u2019elle est coûteuse sur le plan économique, tant pour les demandeurs que pour les municipalités, et qu\u2019elle est exigeante en temps.Le processus décisionnel est aussi trop long, ce qui a souvent des conséquences négatives pour les municipalités et les promoteurs.Tous ces problèmes d\u2019application en découragent plus d\u2019un à demander des autorisations à la CPTAQ et les conduisent à abandonner leur projet Notes 1\tTARDIF, Lauréan, « Vingt-cinq ans de zonage agricole, une bonne loi mais une application à revoir », Le Devoir, mardi 30 décembre 2003, p.A 7 2\tEnquête réalisée à l\u2019UQAR.Un questionnaire a été expédié au maire de chaque municipalité.Le taux de réponse estde l\u2019ordre de 50 % dans chacune des régions.544 ?Les régions LES RÉGIONS La région métropolitaine de Montréal 546 Montréal, entre rêve etréalité La couronne métropolitaine montréalaise 555 La couronne métropolitaine est une fois de plus championne de l'emploi La région métropolitaine de Québec 560\tLa fin d'une époque La couronne des villes intermédiaires 572 Une diversité et une autonomie qui s'affirment et se confirment La couronne périphérique 581 Une évolution économique différenciée 587 Résultats partiels des élections municipales 2005 Le territoire LA RÉGION MÉTROPOLITAINE DE MONTRÉAL Montréal : entre rêve et réalité Jacques Keable Journaliste Les élections municipales 2005 avaient lieu juste au moment de mettre sous presse.Voir les principaux résultats en page 587 Gérald Tremblay L\u2019île de Montréal est un navire géant dont les cartes marines sont imprécises, dont les officiers de bord sont empêtrés dans leurs problèmes d\u2019intendance et dont les passagers se demandent vers quel port on les conduit, si jamais quelqu\u2019un le sait ! Et si jamais il ne faitpas du sur-place! 2005, année ingrate.Heureusement, la Grande Bibliothèque! Heureusement, les Jeux aquatiques, réussis de justesse, mais réussis.Heureuse- 546 Les régions ment.parce que l\u2019essentiel du temps aura été accaparé par l\u2019interminable saga du CHUM, la rocambolesque libération de Karla Homolka, les consternantes bagarres entre festivals qui se marchent sur les pieds, le gênant problème des innombrables nids-de-poule, la sournoise obsession municipale de nettoyage urbain non seulement physique mais social, sinon même politique! Longtemps aménagée comme une catalogne avant d\u2019être unifiée et fusionnée de force puis, peu après, défii-sionnée en partie en raison de la grogne populaire, Montréal, aujourd\u2019hui divisée en arrondissements dotés de maires et de conseillers, peine à retrouver ses petits ! Embourbée dans les difficultés liées à la répartition des pouvoirs et rôles entre le Conseil de ville et les conseils des arrondissements, puis entre la Ville centrale et les villes défii-sionnées qui n\u2019en demeurent pas moins existantes, l\u2019île de Montréal n\u2019a d\u2019énergie (et encore !) que pour sa gestion au jour le jour : tenter, par exemple, mais en vain, de combler ses nids-de-poule si nombreux et profonds qu\u2019ils menacent à tout moment d\u2019avaler une partie de la population avec ses voitures aux ressorts cassés !.Dans cette ville en interminable transition, si les pauvres sont un petit peu moins nombreux qu\u2019il y a dix ans, ils sont toutefois plus pauvres qu\u2019ils ne l\u2019étaient.Près de 30 % de la population montréalaise vit aujourd\u2019hui sous le seuil dit du faible revenu, la fraction d\u2019âge la plus démunie étant celle des jeunes enfants.Quant au taux de diplo-mation affiché par Montréal, il demeure encore inférieur à celui des autres grandes villes canadiennes.La triste réalité est que, de toutes ces grandes villes, Montréal est la plus pauvre1.Forcément, tout s\u2019en ressent, à commencer par la santé : entre les quartiers riches et les quartiers pauvres, l\u2019écart quant à la durée moyenne de vie continue d\u2019atteindre sinon même, parfois, de dépasser les dix ans.Qu\u2019à cela ne tienne ! Toujours débordante de bonne volonté, de bons sentiments et toujours d\u2019accord avec les grands principes, la Ville de Montréal s\u2019est jointe au consortium des grandes villes du monde pour mener la lutte contre la pauvreté.L\u2019avenir nous dira de quoi il en retournera.Entre-temps, Montréal fait le ménage, son maire estimant que la ville est sale.C\u2019est pourquoi on ajoutera, aux six existants, huit écocentres, ces lieux chargés du recyclage des déchets.Montréal, qui ne recycle que 20% des siens, est loin de l\u2019objectif québécois 2008 de 60 %, mais elle se promet d\u2019y arriver.Côté propreté.sociale, la Ville, pour surveiller et contrôler les itinérants du centre-ville, a installé des systèmes de caméra en certains lieux.Paradoxalement, Cactus, un organisme qui soutient et accompagne les toxicomanes dans leur dérive au lieu de les laisser couler à pic, a beaucoup de difficulté à se loger, même bénéficiaire d\u2019une grosse subvention de l\u2019État: ce genre d\u2019établissementn\u2019estpas apprécié du voisinage, entend-on de la bouche de certains conseillers municipaux du centre chaud de la métropole.Dans le même secteur chaud, les forces policières multiplient aussi les arrestations de prostituées et de clients.Le groupe Stella, qui défend les droits des prostituées, dénonce ces attitudes et 547 Le territoire pratiques policières qui ontpour principal effet, soutient-il, de repousser les travailleuses du sexe dans une clandestinité de plus en plus malsaine et dangereuse.Puis, détestable résurgence du passé, inconnue depuis fort longtemps à Montréal, la censure franche et ouverte, épiphénomène de nettoyage politique, surgit inopinément.Sans masque.Cela, dans un lieu public de l\u2019ar-rondissementCôte-Saint-Luc, à l\u2019occasion d\u2019une exposition des photos de feu Zahra Kazemi, photographe irano-canadienne décédée tragiquement sous la torture, en Iran.En mai, alors que l\u2019exposition est en cours, les autorités de l\u2019arrondissement décrochent cinq des photos évoquant le conflit au Moyen-Orient, sous prétexte qu\u2019elles offensent certains citoyens de l\u2019arrondissement qui compte une forte population juive.Ces photos sont perçues, explique alors le maire de l\u2019arrondissement, RobertLibman, comme une critique contre Israël et manquent d\u2019équilibre.Face à cette très grave atteinte à la liberté d\u2019expression, le fils Kazemi préférera retirer aussitôt la totalité de l\u2019exposition plutôt que de tolérer la censure.L\u2019interminable saga du CHUM !.Ville pauvre à l\u2019échelle nord-américaine, Montréal n\u2019en voit pas moins grand, sinon même super grand ! À preuve, on y érige actuellement non pas un mais deux super-hôpitaux universitaires ultramodernes, à la fine pointe de la technologie.L\u2019un, dans l\u2019ouest de la ville, parlera anglais.L\u2019autre, au centre-ville, à la bordure de l\u2019est, en lieu et place de l\u2019hôpital Saint-Luc, parlera français.On prévoit encore que les prévisions en pareille matière tiennent d\u2019habitude lieu d\u2019approximations ra-toureuses destinées à être défoncées vers le haut que chacun coûtera la modique somme d\u2019un milliard de dollars ! Chacun.Promoteur et bailleur de fonds principal de ces projets : le Québec.Un promoteur hésitant, indécis, qui tergiverse.Pour cette raison, l\u2019hôpital francophone, appelé le Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM), défraiera la manchette pendant des mois.Véritable roman-fleuve, s\u2019y succèdent coups bas, surprises, bisbille et astuces.Avec, en fond de scène, invisibles à l\u2019œil nu, de grands groupes financiers et politiques qui s\u2019agitent Objet de ce grenouillage : le lieu d\u2019implantation du CHUM ! Deux groupes principaux de pugilistes s\u2019affrontent : dans le coin droit, derrière leur porte-voix Robert Lacroix, alors recteur de l\u2019Université de Montréal, se regroupent les tenants de l\u2019ex-cour de triage du Canadien Pacifique.11 s\u2019agit, à proximité de l\u2019Université de Montréal, d\u2019un vaste espace outremontais vide, où serait bâtie une véritable technopole médicale centralisée.Technopole?En plus du superhôpital d\u2019un milliard, on déménagerait sur ce nouveau site la Faculté de médecine, alors que d\u2019innovants et créatifs laboratoires privés et publics de recherche en santé et en sciences de la vie viendraient comme naturellement s\u2019y greffer, formant ainsi un ensemble cohérent, synergique, une séduisante technopole médicale.Sans compter, à la marge, une série de fournisseurs et de sous-traitants qui auraient tout intérêt à venir se coller à ces géants de la santé.Dans le coin gauche, les tenants de l\u2019implantation du CHUM au centre-ville, en lieu et place de l\u2019hôpital Saint- 548 Les régions Luc.Pourquoi ce choix ?Là est la population, le lieu est facilement accessible par le métro, les coûts de construction seront moins élevés, etc.À ces deux gladiateurs s\u2019ajoutent, question de compléter ce déconcertant tableau et de faire bonne mesure, les tenants de l\u2019Hôtel-Dieu.puis de Notre-Dame.sinon même, enfin, du.Stade olympique, quelque peu réaménagé, disons! Bref, les caricaturistes auront eu de beaux jours devant eux.Etils en ontprofité! Les coûts des études, contre-études, expertises, reprises des analyses, comités divers, sondages, enquêtes, commissions et autres campagnes de pression auront coûté au trésor public un tas de millions de précieux dollars jusqu\u2019au printemps, alors qu\u2019enfin, jour béni, le dossier fut fermé.Décision : le CHUM sera érigé au centre-ville, à la place de l\u2019hôpital Saint-Luc ! Point final?On le croyait mais.pas tout à fait ! La poussière médiatique étant stratégiquement retombée quelque peu, voilà qu\u2019un nouveau débat est relancé.Sujet : où seront aménagés les laboratoires de recherche en lien avec le super-hôpital?On croyait que ce serait tout logiquement autour du nouvel hôpital, lui-même haut lieu de la recherche, mais voilà qu\u2019on propose de couper en deux, puis en cinq.cette éventuelle technopole médicale dès lors répartie aux cinq coins de Montréal qui, sait-on jamais, a peut-être plus de coins encore, on verra bien ! Bon prince plutôt favorable à cette dispersion proposée par le groupe Montréal international et cautionnée par le maire Gérald Tremblay, le gouvernement du Québec délie discrètement les cordons de sa pourtant petite et maigre bourse et dé- pose la bagatelle de 400 000 $ sur la table pour défrayer des études fraîches sur la nouvelle affaire! Une douzaine de firmes de consultants sont donc aussitôt sollicités, le gagnant devant remettre son rapport en janvier 2006.On peut dès lors prévoir que ce rapport conduira à la tenue d\u2019un quelconque comité parlementaire et d\u2019une consultation populaire avant l\u2019étude finale, précédée de quelques avis de groupes-conseils experts.Etqui sait, avec un peu de chance, la chicane recommencera peut-être de plus belle! Pendant tout ce temps, la communauté anglophone, elle, qui n\u2019a rien à cirer de ce genre de bataille de coqs têtus, se tient le grain fin et silencieuse dans son coin, organise ses flûtes, signe des contrats, fait décontaminer le vaste terrain qu\u2019elle a choisi et entreprend de construire son grand hôpital universitaire high tech dans son West Island.On jacasse en français pendant qu\u2019en anglais, on creuse ! Sortie du litige CHUM, Montréal n\u2019estpas pour autantlibérée du dossier santé, loin de là ! Elle doit sans délai entreprendre, avec l\u2019aide du Québec, la lutte pour éviter, cette fois, la fuite vers l\u2019Ontario de l\u2019estimé et vieil hôpital Shriner\u2019s pour enfànts ! Les promoteurs ontariens poussent leur sournoise et féroce attaque jusqu\u2019à soutenir devant les Shriner\u2019s que le site que Montréal leur offrait, gratis, est en réalité non seulement pollué mais surtout in-dépolluable! Cette fois, l\u2019argument est si grossier que les Shriner\u2019s n\u2019en croient pas un mot.Ouf!.L\u2019hôpital demeurera à Montréal.Une bibliothèque toute neuve Côté santé de l\u2019esprit, les choses se 549 Le territoire présentent sous un meilleur jour : dans une euphorie populaire dont la source semble intarissable, la Grande Bibliothèque ou, si vous préférez, la toute neuve Bibliothèque Nationale, ouvre ses portes le 30 avril 2005.Les élites invitées à l\u2019inauguration officielle n\u2019ont pas vidé leurs verres de champagne que déjà le peuple les repousse vers la sortie pour occuper enfin la place, toute la place.Depuis, ça ne dérougit pas !.Et ce n\u2019est pas l\u2019éclatement surprise de quelques lames de verre, sur la façade extérieure de l\u2019édifice, qui va éloigner la clientèle ni refroidir son incontestable enthousiasme.Si l\u2019allure extérieure de la Grande Bibliothèque, sinon même son point d\u2019ancrage dans le quartier, ne font pas l\u2019unanimité, il en va tout autrement de l\u2019intérieur : vastes et lumineux espaces, remarquable design des tables et des chaises, accessibilité à Internet, aux ordinateurs et même aux graveurs, ce qui n\u2019estpas sans soulever l\u2019ire de l\u2019industrie du disque qui a le sentiment de se faire littéralement voler par certains pirates qui abusent avec plus ou moins de discrétion des moyens gracieusement offerts à sa clientèle par la bibliothèque, le disque se transformant à la vitesse de l\u2019éclair en disque copié ! Finalement, la direction interdira en octobre ce type de piratage.Côté architecture, comment ne pas noter, au cœur de Montréal, rue Sainte-Catherine près de la rue de Bleury, la véritable et spectaculaire résurrection de l\u2019église Saint-James, cachée depuis des décennies à la vue des fidèles et des passants, par une série de commerces, véritables vendeurs du Temple grâce auxquels, pourtant, le sanctuaire, dès lors soustrait à l\u2019admiration populaire, put au moins boucler ses fins de mois.En 2005, les vendeurs du Temple ne sont toutefois pas chassés à coups de fouets mais plutôt à coups de subventions mises à la disposition des autorités paroissiales.La démolition des édifices commerciaux a révélé toute la splendeur de cette église à une population qui en ignorait jusqu\u2019à l\u2019existence même.Enfin, à la veille de l\u2019automne 2005, Montréal dévoile sa politique culturelle.Les analystes applaudissent poliment, mais ne peuvent s\u2019empêcher de noter que cette politique est pour l\u2019instant plus remarquable par ses intentions vertueuses que par les mesures et investissements concrets qu\u2019elle annonce.Cela dit, elle réitère néanmoins l\u2019engagement des autorités de hausser le niveau des bibliothèques de quartier à celui de la moyenne des grandes villes canadiennes.En dix ans.Montréal est aussi capable, on le voit, de modestie.En voulez-vous des films ?En v\u2019Ià ! Ville championne des festivals, Montréal commence à s\u2019y embourber! L\u2019année 2005 aura connu non pas un ni deux, mais trois festivals internationaux de cinéma ! Faute de profiter des tournages états-uniens, de moins en moins nombreux à Montréal, la Ville se livre entière à ses festivals ! Le plus célèbre d\u2019entre eux, le Festival des films du monde (FFM), mis sur pied il y a vingt-neuf ans par Serge Losique mais soudainement, cette année, répudié par les gouvernements canadien et québécois, se trouve donc désormais sans subventions.Qu\u2019à cela ne tienne.Contrevents et marées, le FFM a bel et bien lieu et Serge Losique fait un bras d\u2019honneur bien senti aux 550 Les régions organismes subventionnaires qui l\u2019ont laissé tomber.Claudiquant quelque peu en raison des extraordinaires diminutions de ses revenus, le FFM n\u2019en annonce pas moins bravement qu\u2019il reprend des forces et sera de nouveau présent l\u2019an prochain, et pour la trentième fois, subventions ou pas.Le chouchou des subventionnaires étatiques est donc, en 2005, le toutneuf Festival international du film de Montréal (FIFM), placé sous la houlette de l\u2019empereur des festivals montréalais, le groupe Spectra d\u2019Alain Simard, champion, entre autres, du très célèbre Festival international de jazz de Montréal.Cet ambitieux Festival nouveau souhaitait rien de moins qu\u2019éliminer le FFM tout en phagocytant le troisième des festivals, le Festival du nouveau cinéma (FNC), mais mal lui en prend : le FFM se déroule malgré le boycott de l\u2019État et le FNC, ruant lui aussi dans les brancards, maintient son autonomie, ses dates, ses lieux et sa programmation! Rendez-vous à l\u2019été 2006 pour y voir plus clair.Un été qui sera plus riche que jamais en festivals, les Jeux gais s\u2019ajoutant à la programmation, d\u2019où une menace de déplacement des Franco-Folies, de Spectra toujours, à une date qui les aurait mises en concurrence notamment avec le Festival d\u2019été de Québec et Présence autochtone.Conflit, discussions, négociations.Bref, on menaçait de se marcher sur les pieds.Des jeux.réussis ! Décidément, rien n\u2019avait l\u2019air facile dans File de Montréal au cours de cette année 2005.Après avoir annoncé, en grandes pompes, la venue à la tête de l\u2019Orchestre symphonique deMontréal, du célèbre chef Kent Nagano, voilà qu\u2019au printemps c\u2019est la grève, l\u2019annulation de concerts.Dans le monde sportif, les Jeux de la Fédération internationale de natation (FINA) passent à une brasse d\u2019échapper à Montréal qui, pourtant, les a obtenus plusieurs années plus tôt.À peine quelques mois avant la date prévue pour l\u2019ouverture, Le Devoir (21 janvier 2005) a titré: La tenue des Championnats aquatiques reste incertaine.Tout alors allait mal : lentes rentrées de fonds, suicide d\u2019un dirigeant, inquiétude de la direction de la Fédération qui alla même jusqu\u2019à annoncer qu\u2019elle retirait à Montréal la tenue des Jeux 2005 ! Panique au village ; le maire Gérald Tremblay ira déployer tout son charme et plaider, avec succès, la cause de Montréal jusqu\u2019au siège social de la FINA en Europe.Lutte gagnée, succès des Jeux aquatiques et déficit final de quatre millions.Moins que prévu.Et largement compensé, soutient le Maire, par les retombées multiples, notamment sur l\u2019économie de la métropole.La rue Notre-Dame sera boulevautoroute urbain Vieille soupe rebrassée pour une énième fois : la concrétisation du projet de modernisation de la rue Notre-Dame, qui traîne dans les dossiers de Montréal et de Québec depuis plus de trente ans, sera peut-être engagée à compter de cette année 2006.Peut-être! Ce dossier a connu tellement de reports que les analystes n\u2019y croientpas vraiment, même si la dernière cuvée a été solennellement lancée par le premier ministre Charest et le maire Tremblay.Compromis entre l\u2019autoroute et le boulevard dit urbain, sévèrement 551 Le territoire critiquée par la plupart des analystes, cette formule hybride de chemin à huit voies, en partie en surface, en partie en tranchées, conçue pour tenter de satisfaire tout le monde et son père, a été bu-reaucratiquement baptisée boulevard urbain à double fonctionnalité.Ce que, plus prosaïquement, le président du Conseil régional de l\u2019environnement, Robert Perreault, appelle plutôt boule-route ! Longeant le port de Montréal et le quartier Hochelaga-Maisonneuve, dont bon nombre de résidants sont en colère contre ce projet qu\u2019ils jugent agressant et polluant, ce boulevau-toroute urbain coûtera la modique somme de 750 millions de dollars et sera inauguré vers 2011.à moins que de nouveaux changements, qui sait?ne viennent reporter une nouvelle fois ce projet que la population voudrait voir remplacé par un système de transport en commun efficace.À cet égard, comment ne pas le noter : l\u2019Est francophone, contrairement au nord, au sud et à l\u2019ouest de l\u2019île, est totalement dépourvu de quelque forme que ce soit de transport en commun rapide vers le centre-ville de Montréal.La population de l\u2019Est, à n\u2019en pas douter, préférerait la circulation de pareils transporteurs à la construction d\u2019un faux boulevard urbain à huit voies, communément et spontanément appelé autoroute ! Quand pareille voie traverse un quartier résidentiel, qui s\u2019étonnera que cela soulève des protestations.Les médias en folie On croyait que la concentration de la presse ne pouvait aller plus loin, au Québec, mais c\u2019était une erreur : la station CKAC, monumentradiophonique montréalais, radio mythique indissociablement associée au Montréal populaire, tête de pont du réseau Radio-média qu\u2019elle alimentait en information à partir de sa salle de rédaction, a été vendue à un concentrationnaire cana-dien-anglais, Corus, qui possède dès lors plus de 60 stations radiophoniques au Canada, majoritairement anglaises.Ce CKAC new look s\u2019alimentant désormais à même le service d\u2019information centralisé de Corus, la salle de rédaction de CKAC est tout bonnement fermée, et la vingtaine de journalistes qui y travaillaient, purement et simplement congédiés ! Les sources à partir desquelles l\u2019information est diffusée aux quatre coins du Québec sont donc de moins en moins nombreuses.Le monde merveilleux des médias n\u2019estpas au bout de ses peines ni de ce qu\u2019il faut bien appeler sa considérable capacité de ridicule-qui-ne-tue-pas! Apprenant que Karla Homolka, la criminelle ontarienne emprisonnée au Québec pour la protéger de la fureur des Ontariens, sera libérée après avoir purgé la totalité de sa peine de douze ans de prison, les médias sont saisis d\u2019une crise aiguë de folie, fis font, avec leurs micros, caméras, appareils-photo, enregistreuses et stylos, un interminable pied de grue devant l\u2019entrée, qu\u2019ils espéraient être aussi la sortie, de la prison.Homolka, dissimulée sous une couverture au fond d\u2019un véhicule, leur passe sous le nez, file vers le centre-ville de Montréal et gagne avec son avocate un studio-télé de Radio-Canada pour y accorder une entrevue ! Gros-Jean comme devant, les journalistes de toutlepays, ridiculisés, n\u2019ontplus qu\u2019à s\u2019en mordre les pouces età ravaler leur humiliation, sans avoir capté la moin- 552 Les régions dre image.On se dit que si tant d\u2019efforts et de patience étaient mis à fouiller des dossiers plus significatifs et importants, quelle information formidable nous aurions ! Mais ça n\u2019estpas demain la veille : la dite loi du marché et de la concurrence n\u2019a apparemmentpas fini de tirer les médias vers le bas.Consolation médiatique de 2005 : le juge John Gomery.Vedette instantanée, le juge aura démontré que la bonne télé ne tient ni aux effets spéciaux, ni aux décors, mais à la vérité des personnages.Installé dans une salle parfaitement neutre du centre de Montréal, le juge a acquis le statut de star sans bouger de sa chaise, si ce n\u2019est pour venir s\u2019y asseoir ou pour la quitter.«.à la hauteur de nos rêves.» 2005, année difficile et ingrate?Deux rappels moins anecdotiques qu\u2019ils n\u2019en ont l\u2019air.À l\u2019occasion de la Fête nationale du Québec, journée d\u2019unité s\u2019il doit y en avoir, voilà que de sérieux tiraillements se manifestent et qu\u2019un clivage apparaît qui en inquiète plusieurs.Pendant qu\u2019au parc Maisonneuve se déroule, gratuit comme toujours, le grand spectacle de la fête nationale officielle du 24 juin, un groupe d\u2019artistes populaires, qui se donnent comme politiquement plus engagés, se produit très exactement au même moment, au parc Jean-Drapeau.Moyennant prix d\u2019entrée.Cette brisure provocante, ce bras d\u2019honneur à une vieille tradition, était une première.Autre déchirement, dans le monde universitaire cette fois.Peu après la Fête nationale, l\u2019ex-premier ministre français Alain Juppé, écarté temporairement de toute vie politique par les tribunaux de son pays, s\u2019exile volon- tairement à Montréal, fl y enseignera pendantun an, à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP), malgré une très vigoureuse protestation médiatique préalable contre sa venue, signée par un nombre imposant d\u2019universitaires réputés.Pourtant, l\u2019arrivée d\u2019Alain Juppé se déroule en douce.La Société Radio-Canada l\u2019accueille en lui réservant même une édition du Point où, sans la moindre confrontation, le grand homme peut s\u2019exprimer à loisir, seul, etfairepartdeson amour pour ce Québec dont d\u2019illustres porte-parole lui avaient pourtant fait publiquement savoir que sa venue, comme enseignant, n\u2019était pas souhaitable et leur serait difficilement acceptable.Est-ce ce genre de mélange montréalais, fait de répression, de divisions et de tolérance ou peut-être, au fond, d\u2019indifférence, qui aura inspiré le prophète états-unien jovialiste Richard Florida ?Ou alors voulait-il faire oublier à Montréal ses difficultés de l\u2019heure?Toujours est-il qu\u2019à ses yeux d\u2019extralucide, l\u2019avenir de Montréal estextraordi-nairement radieux.Culture Montréal lui a versé 200 000 $ pour qu\u2019il vienne le dire publiquement.Et il l\u2019a dit! « Montréal est une des étoiles montantes des économies créatives qui existent dans le monde.» Etvlan sur la tête des pessimistes.11 ajoute: Montréal a l\u2019un « des meilleurs écosystèmes en Amérique du Nord pour réussir en cette ère de créativité.» Etc.Ignorant apparemment qu\u2019un certain nombre de Montréalais saventlire les statistiques, y compris celles qui mettent à mal les visions du gourou, Florida se trouve contraint d\u2019avouer, quoique apparemment sans états d\u2019âme : « Montréal met ma théorie au défi ».Ce qui ne lui inter- 553 Le territoire dit pas, même si les statistiques assombrissent l\u2019enthousiasme local, de maintenir que: «Montréal has it all ! » (Le Devoir, 28 janvier 2005).Point final.Et il regagne les USA.Puis, Montréal se retrouve face à face avec ses nids-de-poule ! Puis, elle continue de surveiller et de combattre ses itinérants et ses toxicomanes, de pourchasser les prostituées, avant de s\u2019en prendre finalement à un problème gravissime : l\u2019odeur du calé ! Ah ! la terrible odeur de café.Sûr, ça n\u2019est pas nocif, reconnaît la municipalité, mais ça déplaît aux voisins.Alors, les torréfacteurs devront, au coût de plus ou moins 20 000 $, installer des épurateurs d\u2019air.Autant d\u2019initiatives qui, à n\u2019en pas douter, contribueront à « créer un Montréal à la hauteur de nos rêves », pour reprendre le titre d\u2019un document pondu par la Mairie de la ville, en fin d\u2019été, sous forme, au dire des mauvais esprits, de fuite en avant.Baptisé « Imaginer/Réaliser Montréal 2025 », ce plan en 26 pages, plus une maquette informatique disponible sur Internet, le tout produit au coût de quelque 100 000$, sera bien sûr mis en œuvre par un nouveau comité créé à cette fin.(Le Devoir, 15 septembre).La population n\u2019a donc plus qu\u2019à rêver ce Montréal de demain, très certainement championne des villes où il fait bon vivre.C\u2019est en tout cas ce que me vociférait à l\u2019oreille un concitoyen optimiste, alors qu\u2019une enfilade de tonitruantes motos sans silencieux, montées par d\u2019inquiétants personnages rondelets et couverts de cuir, délèrlaient arrogants, maîtres après Dieu, rue Sainte-Catherine, sous l\u2019œil plein de sollicitude d\u2019un policier ému passionné par ces belles mécaniques.554 Les régions LA COURONNE MÉTROPOLITAINE MONTRÉALAISE La couronne métropolitaine est une fois de plus championne de l\u2019emploi Vicky Boutin Journaliste La dérive des régions éloignées a fait les manchettes au cours des derniers mois.Rappelons seulement les mises à pied provoquées par la fermeture de l\u2019usine d\u2019Abitibi-Consolidated de Port-Alfred, à La Baie ou celle de la cartonnerie Smurfit Stone à New Richmond.Les bonnes nouvelles se font habituellement plus discrètes.L\u2019extraordinaire vitalité économique des régions de la couronne métropolitaine en estun bon exemple.Cette réalité est beaucoup plus optimiste pour l\u2019avenir du Québec.Le texte qui suit s\u2019attarde aux faits saillants de l\u2019emploi dans les régions de Lanau-dière, des Laurentides et de la Monté-régie, les championnes en ce domaine.Les données qui y sont présentées sont issues de l\u2019Enquête sur la population active de Statistique Canada, tel que rapportée par divers documents régionaux d\u2019Emploi-Québec.LANAUDIÈRE État de la situation L\u2019emploi poursuit sa lancée du côté de Lanaudière.Pour les deux premiers trimestres 2005, le nombre de person- nes en emploi était en hausse par rapport aux mêmes trimestres de l\u2019année précédente.En 2004, la région de Lanaudière avait même été nommée grande championne du Palmarès de la décennie de La Presse Affaires, pour sa création d\u2019emplois entre 1994 612003.\u2019 Au deuxième trimestre 2005, Lanaudière affichait le meilleur taux d\u2019emploi du Québec, soit 64,5 %.Celui de l\u2019ensemble du Québec était de 60,3 %.Le taux d\u2019activité dans la région s\u2019établissait pour sa part à 68,3% et le taux de chômage à 5,6%, des indicateurs une fois de plus supérieurs à la plupart des autres régions.2 L\u2019emploi à la loupe Les bons résultats du deuxième trimestre proviennent de nombreux secteurs.Celui de la fabrication, par exemple, a mis fin à sept trimestres consécutifs de variation négative.Emploi-Québec estime même que l\u2019augmentation du nombre de personnes occupées dans ce secteur se poursuivra.Le secteur de la finance, des assurances, de l\u2019immobilier et de la location a également connu des résultats posi- 555 Le territoire tifs au deuxième trimestre.La croissance de la population lanaudoise et l\u2019augmentation de la demande de services en sont les grandes causes.Des projets résidentiels d\u2019envergure sont en cours ou ont été annoncés.Le vieillissement de la population et la croissance du nombre de résidents ont également un impact positif sur le secteur des soins de santé.Là aussi, on note une hausse du nombre de personnes occupées au deuxième trimestre.La croissance fulgurante qui a touché de nombreux secteurs au cours des dernières années ne pouvait évidemment pas se poursuivre indéfiniment sans montrer des signes d\u2019essoufflement.Le secteur de la construction a notamment connu un recul de l\u2019emploi au deuxième trimestre.En 2004, le nombre de travailleurs de la construction dans Lanaudière avait connu la plus importante hausse de son histoire.Ce ralentissement devrait toutefois être de courte durée, puisque les nouveaux projets et les investissements sont nombreux.Les conclusions sont les mêmes pour ce qui est du recul dans le secteur du commerce, du moins au deuxième trimestre.Dans ce cas aussi, la croissance ne pouvait se poursuivre indéfiniment Selon Emploi-Québec, cette tendance à la baisse sera de courte durée.Parmi les projets majeurs qui seront bénéfiques aux travailleurs du commerce, notons la relocalisation de la quincaillerie Patrick Morin de Charlemagne à Repentigny, un investissement de 10 millions $ qui devrait entraîner la création de plusieurs dizaines d\u2019emplois.Le nombre de personnes occupées a aussi diminué au deuxième trimestre 2005 par rapport à celui de 2004 dans les secteurs de l\u2019agriculture et de l\u2019enseignement LAURENTIDES État de la situation Comme pour Lanaudière, un certain essoufflement se fait sentir dans la région des Laurentides, après l\u2019essor de l\u2019emploi observé au cours des dernières années.Au deuxième trimestre, l\u2019effectif en emploi estpassé de 257 000 en 2004 à 250 700 en 2005.C\u2019est un premier trimestre de recul après plusieurs mois de croissance.Par conséquent, le taux de chômage a légèrement remonté au deuxième trimestre pour s\u2019établir à 7 %.Le taux d\u2019activité était de 66,3 % à cette même période, et le taux d\u2019emploi de 61,7%.Des indicateurs tout de même supérieurs à la moyenne québécoise.Les spécialistes de l\u2019emploi ne s\u2019inquiètent toutefois pas du recul dans les Laurentides puisque les projets en cours ou annoncés devraient être grandement positifs pour la région.^ L\u2019emploi à la loupe Les résultats les plus négatifs proviennent du secteur de la fabrication, du moins c\u2019était le cas pour la première moitié de l\u2019année 2005.Les quelques 300 pertes d\u2019emplois à l\u2019usine d\u2019emballage de laitue Ready Pac de Boisbriand y sont sûrement pour beaucoup.L\u2019entreprise transfère ses activités vers les États-Unis.Tout porte à croire cependant que ce secteur d\u2019emploi reprendra son essor, notamment avec les annonces plus qu\u2019intéressantes dans le domaine de l\u2019aéronautique.Bombardier a en effet annoncé que sa nouvelle gamme d\u2019avions commer- 556 Les régions ciaux, la CSeries, serait assemblée à Mirabel.Cela pourrait se traduire par la création, au minimum, de 2000 emplois.Les syndiqués de l\u2019entreprise avaient auparavant entériné une entente pour favoriser l\u2019implantation de cette usine d\u2019assemblage dans la région de Montréal.Il s\u2019agissait d\u2019une nouvelle convention collective d\u2019une durée de six ans qui permettait de réduire les coûts de production, notamment grâce à la création de nouveaux quarts de travail et au regroupement des métiers.Au début de l\u2019automne, Bombardier n\u2019avait cependant aucun contrat ferme en poche pour lancer la production de la CSeries.Les travailleurs commençaient à s\u2019impatienter et agitaient la menace de nouvelles négociations pour leur convention collective.Parmi les autres nouvelles encourageantes pour le secteur de la fabrication dans les Laurentides, notons que Bell Helicopter investira 700 millions $ d\u2019ici 12 ans pour développer une nouvelle gamme de quatre appareils.Cet investissement consolide quelques 1400 emplois à l\u2019usine de Mirabel et lui assure une existence d\u2019au moins 15 ans.Certaines activités du secteur tertiaire ont affiché des résultats beaucoup plus positifs que le secteur de la fabrication.Le commerce, l\u2019hébergement et la restauration ont notamment connu une forte progression dans leur effectif en emploi.Cette situation a particulièrement profité aux travailleurs de 15329 ans, du moins dans la première moitié de l\u2019année 2005.Au cours des prochains mois, certains projets seront très bénéfiques pour ces secteurs.Notons simplement le vaste centre récréocommercial Lac Mirabel.L\u2019aménagement du terrain de 14 millions de pieds carrés devait débuter en août 2005.La construction des locaux de-vraitpour sa part débuter en avril 2006, pour une ouverture officielle en décembre 2007.Il s\u2019agit d\u2019un projet de 425 millions $.L\u2019exploitation du site seulement pourrai t créer plus de 10 000 emplois.Les promoteurs assurent que Lac Mirabel deviendra le plus important complexe du genre en Amérique du Nord.Ils s\u2019attendent à y accueillir jusqu\u2019à 50 000 personnes par jour.Au début de 2005, le secteur de la construction dans les Laurentides avait connu un ralentissement important selon les données rapportées par Emploi-Québec.La situation semblait toutefois être revenue à la normale pendant les mois d\u2019avril, de mai et de juin.Les résultats étaient positifs au deuxième trimestre 2005.MONTÉRÉGIE État de la situation En Montérégie, la situation de l\u2019emploi est également un peu moins éclatante que l\u2019an dernier.Au deuxième trimestre 2005, le taux d\u2019activité s\u2019élevaità 65,8 %, et le taux d\u2019emploi à 61,5 %, des résultats inférieurs à ceux de la même période en 2004.Le taux de chômage était de 6,5 %.Au début de l\u2019année, la région accusait la perte de 37 400 emplois, soit une baisse de 5,4 % par rapporta l\u2019année précédente.Cette diminution s\u2019est quelque peu ralentie d\u2019après les résultats du deuxième trimestre de 2005 qui indiquent un recul de 1,7%, soit la perte de 11500 emplois.Alors que le Québec continue sa progression en matière d\u2019emplois, le recul de la Montérégie s\u2019est fait sentir pendant au moins quatre trimestres consécutifs.4 557 Le territoire L\u2019emploi à la loupe L\u2019événement le plus médiatisé, et celui qui nous vient le plus vite en mémoire lorsqu\u2019il est question de ces pertes d\u2019emplois, est bien sûr la fermeture de six usines de textile dans la petite municipalité de Huntingdon.Peu avant Noël 2004, l\u2019annonce a fait craindre le pire aux 2 600 habitants, puisqu\u2019elle signifiait la perte de près de 800 emplois.Selon le maire, Stéphane Gendron, presque trois habitants de Huntingdon sur quatre travaillaient dans ces usines.La plupart des employés avaient plus de 50 ans et peu de scolarité.Peu de temps après l\u2019annonce, la municipalité a acquis les cinq usines de la compagnie Cleyn & Tinker dans l\u2019espoir d\u2019y attirer d\u2019autres entreprises.En mai, le maire Gendron, appuyé par la population, a bloqué la route 138 pour protester contre l\u2019inaction du gouvernement dans la relance de l\u2019économie de la ville.Peu après ce geste d\u2019éclat, Québec annonçait la création d\u2019un Fonds d\u2019intervention économique régional (FIER) de 3 millions $.Le gouvernement s\u2019engage donc à donner 2 $ pour chaque dollar investi par le secteur privé dans la relance de l\u2019économie de la petite municipalité, jusqu\u2019à concurrence de 3 millions de dollars.Puis, plus tard en mai, une nouvelle coalition, nommée Action Solidarité Huntingdon, a été mise sur pied pour attirer les investisseurs et soutenir les familles touchées par ces mises à pied.La population espère que tous ces efforts porteront des fruits.Pourquoi ces pertes d\u2019emplois dans le secteur du textile?La cause la plus souvent citée est celle de la concurrence internationale, notamment celle des pays asiatiques.En janvier dernier, la situation ne s\u2019est pas améliorée avec l\u2019abolition des quotas d\u2019importation sur les produits du vêtement et du textile ainsi que l\u2019entrée en vigueur des nouvelles règles de commerce de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC).Cette forte concurrence se fait sentir dans le secteur depuis quelques années déjà.Selon Statistique Canada, à la fin de 2004, les usines de textile employaient 17% de la population active totale, comparativement à 19,1 % en 1999.5 Cette tendance risque fort de s\u2019accentuer.Outre le textile et le vêtement, le secteur de la construction affichait égalementun recul de l\u2019emploi au deuxième trimestre 2005 en Montérégie.Il s\u2019agissait d\u2019un second recul en autant de trimestre.Toutefois, Emploi-Québec ne s\u2019en souciait guère puisque le secteur de la construction à l\u2019échelle de la province semblait en bonne santé.Les secteurs des services, du commerce et de l\u2019hébergement sont également à comptabiliser parmi les reculs en emploi.Les travailleurs âgés de 15 à 29 ans ont probablement été parmi les plus touchés par le ralentissement de ces secteurs puisqu\u2019on les y retrouve en plus grande proportion.La vigueur de certains secteurs permet toutefois aux spécialistes d\u2019Emploi-Québec de demeurer optimiste quand à l\u2019avenir économique de la Montérégie.Le secteur de la fabrication, par exemple, bénéficie d\u2019importants investissements.Notons ceux chez Pratt & Whitney à Longueuil, chez General Electric, à Bromont et chez Spectra Prenium à Boucherville.Ces investissements permettront à eux seuls l\u2019ajout de 500 emplois.Par contre, la fermeture de l\u2019usine Olymel à Granby a en- 558 Les régions traîné plusieurs mises à pied dans la région, d\u2019autant plus que la compagnie menaçait cet automne de fermer son usine de Saint-Hyacinthe.Elle demandait à ses employés de rouvrir leur convention collective et d\u2019accepter des baisses de salaires de 20 %.La Montérégie profitera des bonnes nouvelles dans le secteur de l\u2019aéronautique, un secteur durement touché au cours des dernières années.Au moment de mettre sous presse, Pratt & Whitney Canada était toujours en grande discussion avec Bombardier en vue du développement du moteur qui équipera sa nouvelle famille d\u2019avions CSeries.La réouverture des frontières au bœuf canadien apportera aussi un peu d\u2019air frais pour le milieu agricole.Au deuxième trimestre de 2005, un gain d\u2019emploi avait déjà été enregistré dans ce secteur comparativement au même trimestre de l\u2019année précédente.Conclusion Les trois régions de la couronne métropolitaine continuent à briller grâce à leur performance en emploi.Les Laurentides et la Montérégie affichaient un essoufflement plus marqué au bilan de mi-année, mais la vigueur économique est toujours de mise dans la couronne métropolitaine.Putsch à Longueuil Longueuil a été le théâtre de tout un bouillonnement politique en 2005.Le maire Jacques Olivier s\u2019est fait surprendre par des membres de sa propre équipe. la mi-juin, le jour même où son parti devait dévoiler le nom des 26 candidats aux élections de novembre, 15 d\u2019entre eux ont claqué la porte.D\u2019autres se sont joints au groupe de dissidents dans les heures et les jours qui ont suivi.Jacques Olivier voguait avant ces événements vers une victoire tranquille.Le putschiste en chef, Claude Gladu, était maire de Longueuil avant les fusions municipales.Il avait annoncé son intention de briguer à nouveau la mairie quelques jours avant le départ en bloc d\u2019autres membres du Parti municipal Rive-Sud / Équipe Olivier.Ils reprochaient au maire Olivier son style de gestion autocratique. quelques jours d\u2019un vote de confiance décisif au sein de son parti, Jacques Olivier a annoncé qu\u2019il quittait la formation politique et qu\u2019il siégerait comme maire indépendant pour le reste de son mandat.Notes 1\tPAQUET, Stéphane.« On s\u2019arrache les travailleurs », La Presse Affaires, 18 septembre 2004.2\tEMPLOI QUÉBEC.Bulletin regional sur le marche' du travail : Lanaudière, vol.25, n° 2,2005.3\tEMPLOI QUÉBEC.Bulletin regional sur le marche' du travail : Laurentides, vol.25, n° 2,2005.4EMPLOI QUÉBEC.Bulletin regional sur le marche' du travail : Montérégie, vol.25, n° 2,2005.5 LACOMBE, Réjean.«La Chine fait mal au Québec», Le Soleil, 26 avril 2005.559 Le territoire LA RÉGION MÉTROPOLITAINE DE QUÉBEC La fin d\u2019une époque Isabelle Porter Collaboratrice du Deuolr à Que'bec Les gens de Québec aiment garder leurs maires longtemps.Les prédécesseurs de Jean-Paul L\u2019Allier, Gilles Lamontagne (1965-1977) et Jean Pelletier (1977-1989), sont restés en poste 12 ans chacun.Jean-Paul L\u2019Allier, lui, quitte après 16 ans à la mairie de Québec.Avec son départ, la capitale amorce un nouveau cycle dans son histoire.En octobre dernier, Jean-Paul L\u2019Allier confiait au Devoir que les deux dossiers qui l\u2019avaient le plus passionné pendant ses années de pouvoir étaient la revital-isation du quartier Saint-Roch et la création de la ville unique.Or, s\u2019il a fait preuve de la même détermination dans ces deux dossiers, le premier lui a valu davantage de reconnaissance.Revitalisation réussie du quartier Saint-Roch Le dossier de Saint-Roch a eu sa part de remous au cours des premières années, mais rares sont ceux qui oseront critiquer ce projet aujourd\u2019hui.En quinze ans, ce quartier qu\u2019on a déjà surnommé « Plywood city», s\u2019est transformé en une zone branchée et en plein essor.Le symbole le plus éloquent de cette renaissance est probablement le retour dans le quartier des bureaux du quotidien Le Soleil, après dix ans d\u2019exil en Haute-Ville.La crise de Saint-Roch remontaitau début des années i960.L\u2019activité commerciale du centre-ville avait alors été écrasée par l\u2019arrivée des grands centres commerciaux de banlieue et en particulier par l\u2019ouverture, à Sainte-Foy, en 1961, de Place Laurier, alors le «plus grand centre d\u2019achats en Amérique du Nord».En misant sur le commerce et les affaires, les maires Lamontagne et Pelletier avaient échoué à relancer le quartier.Fort de son expérience de ministre de la culture sous Robert Bourassa, Jean-Paul L\u2019Allier a opté pour une nouvelle approche : Saint-Roch seraitplutôt le carrefour de l\u2019éducation, des technologies de l\u2019information (TI) et surtout de la culture.La ville s\u2019associe d\u2019abord au milieu des arts visuels qui était déjà très présent dans le quartier.Dès 1993, l\u2019École des arts visuels de l\u2019Université Laval s\u2019installe dans l\u2019ancienne manufacture de la Dominion Corset et deux ans plus tard, la coopérative Méduse ouvre ses portes sur la Côte d\u2019Abraham.560 Les régions Enfin, la ville crée un nouveau programme de subventions pour encourager les artistes à acquérir des immeubles et aménager leurs ateliers dans le coin.Le milieu des arts emboîte le pas.Les écoles de métiers d\u2019art migrentvers le boulevard Charest et ouvrent le centre de diffusion Materia (2000).Autre nouveau venu d\u2019importance, le théâtre de la Bordée quitte le Vieux-Québec pour s\u2019installer en face de la Bibliothèque Gabrielle-Roy, rue Saint-Joseph (2002).Dans le secteur de l\u2019éducation, l\u2019École nationale d\u2019administration publique (1998) etl\u2019INRS (2004) se joignent au mouvement Plus tardive, la percée dans le secteur des nouvelles technologies a été marquée, ces dernières années, par l\u2019arrivée de CGI (2002) et de la prestigieuse multinationale française Ubisoft(2005).La destruction du Mail Saint-Roch (2000) est un autre moment fort de la revitalisation.À l\u2019époque du maire Gilles Lamontagne, on avait pensé sauver l\u2019activité commerciale la rue Saint-Joseph en la recouvrant d\u2019un toit.Déserté par les clients, le Mail Saint-Roch était devenu, avec les années, le refuge des itinérants et le symbole de la faillite commerciale du quartier.Maintenant à ciel ouvert, la nouvelle rue Saint-Joseph a vu affluer les magasins, bars et restaurants.Et ce n\u2019est pas terminé.Si la nouvelle administration suit les recommandations du comité exécutif dans ce dossier, la dernière portion du toit du mail devrait être retirée d\u2019ici à 2007.La fusion, quatre ans plus tard Jean-Paul L\u2019Allier aura également réussi à mener à terme son projet de re- groupement municipal.En dépit de l\u2019opposition des banlieues menée par nulle autre qu\u2019Andrée P.Boucher, le maire de Québec avait remporté une victoire significative lors de l\u2019élection municipale de 2001.L\u2019an dernier, lors des référendums sur les défrisions, il gagnait de nouveau.À l\u2019exception de l\u2019Ancienne-Lorette et de Saint-Augustin, le NON a vaincu dans toutes les banlieues, même à Sainte-Foy, l\u2019ancien fief d\u2019Andrée P.Boucher.Un an plus tard, cette féroce adversaire des fusions soumettait sa candidate à la mairie de la nouvelle ville de Québec, en assurant qu\u2019il n\u2019y aurait pas de retour en arrière.Sur le plan symbolique, cette reconnaissance de la nouvelle ville est une victoire de plus pour Jean-Paul L\u2019Allier.Il reste néanmoins beaucoup à faire pour parachever l\u2019entreprise et consolider la nouvelle ville.La nouvelle administration municipale devra notamment poursuivre le rééquilibrage des taux de taxations, processus dont on prévoit qu\u2019il s\u2019étirera jusqu\u2019en 2020.Cette année, la majorité des anciennes banlieues ont subi de nouvelles hausses de taxes.Celles de l\u2019ouest (Sillery, Sainte-Foy, Cap-Rouge et L\u2019Ancienne-Lorette) ont fait face à des augmentations d\u2019environ 3 %, tandis que Québec, Saint-Augustin, Charlebourg et Val-Bélair ont hérité d\u2019un 1,9 % supplémentaire.Quant aux résidants de Saint-Émile, Vanier, Beauport, Lorretteville et Lac-Saint-Charles, ils s\u2019en sont tirés avec de modestes réductions.Les municipalités de L\u2019Ancienne-Lorette et de Saint-Augustin, qui ont opté pour la défiision, se préparent de surcroît à payer cher leur retrait de la 561 Le territoire ville nouvelle.En effet, le rapport du comité de transition présenté à l\u2019automne leur promettait des hausses de taxes de n et 25 %.On peut en outre s\u2019attendre à ce que le conseil d\u2019agglomération fasse l\u2019objet de débats assez animés au retour des Fêtes.L\u2019aspirant maire de Saint-Augustin, Marcel Corriveau, a laissé entendre que cette instance pourrait être dissoute pour réduire les nouvelles dépenses des deux municipalités sortantes.Il a suggéré que les liens entre les deux villes défiisionnées et la ville nouvelle soient plutôt définis par des ententes.Les « refusionnistes » pourraient également faire parler d\u2019eux cette année.À L\u2019Ancienne-Lorette et à Saint-Augustin, des citoyens sont de nouveau intervenus en 2005 pour réclamer un retour en arrière, et ce, malgré que la ministre Nathalie Normandeau ait déclaré qu\u2019elle n\u2019appuierait pas de pareilles initiatives.Penser la nouvelle ville La fusion des onze villes s\u2019est traduite par de nouvelles responsabilités financières.Le budget de décembre 2004 a révélé que la ville avait augmenté ses dépenses de près de 60 millions pour atteindre 896,3 M, ce sur quoi l\u2019opposition n\u2019a pas manqué de l\u2019attaquer.L\u2019opposition de l\u2019Action Civique, alors dirigée par l\u2019ancien maire de Sillery, Paul Shoiry, s\u2019est surtout inquiétée de la croissance de la dette qui a atteint cette année 956 M (une hausse de 30 M) et accapare 20% du budget de la ville.À titre de comparaison, le service de la dette de Sherbrooke compte pour 15 %, tandis que celui de Laval s\u2019élève à près de 24%.La dette n\u2019a toutefois pas empêché Québec d\u2019engranger des surplus de 16 M en 2004, notamment grâce au dynamisme du marché immobilier.La ville a par ailleurs augmenté ses dépenses dans le service des incendies (4,6 M), la mise en œuvre du plan de gestion des matières résiduelles (6,4M) et le Réseau de transport de la capitale (3,6M).La nouvelle ville fait face à de grands défis en matière d\u2019urbanisme, comme l\u2019a démontré le nouveau Plan directeur d\u2019aménagement et de développement (2005).Le document fournit des pistes de développement pour les différents arrondissements au cours des 20 prochaines années.Il met en évidence l\u2019impact du vieillissement de la population sur les anciennes banlieues, les besoins de ces dernières en matière d\u2019infrastructures et la volonté des urbanistes de rendre plus conviviales les rues commerciales et les grands axes routiers.À Charlesbourg, par exemple, les urbanistes suggèrent de miser sur des artères commerciales dynamiques pour rajeunir la population.Beauport se retrouve face à des défis similaires et, pour rendre cetarrondissementplus attrayant auprès des jeunes familles, on compte dynamiser le secteur d\u2019Esti-mauville.On songe en outre à améliorer les accès routiers vers cette zone tout en offrant un meilleur service d\u2019autobus.À Sillery-Sainte-Foy, on voudraitca-pitaliser sur la présence du campus de l\u2019Université Laval et briser son isolement.On compte en outre rendre le secteur plus attrayant en dynamisant les abords du boulevard Laurier et ceux du boulevard Champlain, près du fleuve.Dans certaines zones, il faudra prévoit des investissements importants dans les infrastructures.Dans la Haute- 562 Les régions Saint-Charles, la ville devra surtout veiller à la protection du lac Saint-Charles qui fournitprès de 60 % de son eau potable, tandis que l\u2019arrondissement Laurentien est confronté à des impératifs d\u2019approvisionnement en eau, dans le secteur Val Bélair.Les dommages causés par les inondations de l\u2019automne dans le secteur L\u2019Ancienne-Lorette donnent une idée de l\u2019importance de ces enjeux.Pour l\u2019administration municipale, ce dossier est d\u2019ailleurs loin d\u2019être réglé puisque des groupes sinistrés ont menacé d\u2019entreprendre des recours collectif contre elle.Toujours au chapitre des infrastructures, il faudra aménager les zones environnantes du boulevard Du Vallon qui vient d\u2019être prolongé et bien sûr compléter au plus vite les travaux d\u2019assainissement de la rivière Saint-Charles.La question des transports est également centrale.On voudrait faciliter tant les déplacements à l\u2019intérieur de la zone, que les liens avec les différentes périphéries.Dans l\u2019arrondissement de la Cité (centre-ville), on compte faciliter les allées et venues des piétons entre la Haute et la Basse-ville et implanter un mode de transport alternatif (une navette) dans le centre-ville.Transport public et environnement Malgré les nouvelles dépenses consenties dans le dernier budget, le dossier du transport en commun a peu progressé au cours de la dernière année.Le budget du Réseau de transport de la capitale RTC) a encore augmenté (à près de 125 millions en hausse de 5 M) mais les plans de développement sont sur la glace.C\u2019est le cas notamment du projet de ligne de tramway auquel tenait beaucoup l\u2019administration sortante.D\u2019après un sondage CROP réalisé en mars, moins d\u2019une personne sur cinq dit prendre l\u2019autobus pour aller travailler.Il faut dire que la population de Québec a vécu onze grèves d\u2019autobus depuis 1971 ce qui n\u2019aide pas le RTC à conquérir de nouveaux usagers.Cette année encore, la vente de billets et d\u2019abonnements était en baisse.Or, tout n\u2019est pas perdu.D\u2019après le sondage mentionné plus haut, jusqu\u2019à 40 % des gens seraient prêts à envisager ce mode de transport si le service était amélioré.Cet enjeu est d\u2019autant plus important que la capitale s\u2019est donnée des objectifs ambitieux de réduction des émissions de gaz à effets de serre (61 000 tonnes d\u2019émissions annuelles de CO2 en moins d\u2019ici à 2010).Et les résultats sont prometteurs : en 2004, la ville est parvenue à diminuer ses émissions de 25 000 tonnes.Ces progrès sont dus essentiellement au système de captage et de brûlage des biogaz du site d\u2019enfouissement sanitaire de Saint-Tite-des-Caps.La ville de Québec a été très active cette année en matière d\u2019environnement et le dernier Plan triennal d\u2019immobilisations (2005-2007) prévoyait des investissements supplémentaires de 10 millions dans ce secteur.Pour donner l\u2019exemple à ses citoyens, elle a acquis de nouveaux véhicules hybrides et imposé des mesures d\u2019économies d\u2019énergie dans ses propres immeubles.Elle est également intervenue pour limiter l\u2019utilisation des pesticides ou encore réduire la consommation d\u2019eau potable.Enfin, on a consenti 6,4 millions de dollars à la mise en œuvre de la Politique québécoise sur la gestion des matières résiduelles.Rappelons que la 563 Le territoire Communauté métropolitaine de Québec s\u2019était donné, en décembre 2004, une série d\u2019objectifs en cette matière dans le but de porter à 60 % le taux de matières récupérées d\u2019ici 2008.Les dernières données démontraient qu\u2019à peine 26 % étaient récupérées.Pour réaliser ses objectifs, la ville a investi dans son centre de tri et dans la cueillette.Pendant ce temps, la modernisation de l\u2019incinérateur mobilisait des fonds bien plus importants, avec des investissements prévus de près de 20 millions, d\u2019ici à 2007.La ville a quand même cherché à tourner les choses à son avantage sur le plan environnemental dans le dossier de l\u2019incinérateur, en menant un projet pilote pour voir s\u2019il serait possible de capter et transformer le CO2 émis par les cheminées.Reste à savoir ce qu\u2019en pensera le ou la future maire.Ententes avec les pompiers et les policiers On aura beaucoup parlé de policiers et de pompiers en 2005 à Québec.En plus d\u2019être l\u2019hôte des Jeux mondiaux des policiers et pompiers en juin, la capitale a dû se livrer à une partie de bras de fer, avec son personnel policier etpom-pier, à propos de leurs nouveaux contrats de travail.Le service des incendies a sans contredit été l\u2019un des dossiers les plus exigeants de l\u2019année.Dans la foulée des fusions, la capitale devait se doter d\u2019un nouveau schéma de couverture de risque et conclure un nouveau contrat de travail avec ses pompiers.Adopté en septembre, le nouveau schéma uniformise les interventions dans la ville unifiée et garantit, qu\u2019en cas d\u2019alerte, quatre pompiers seront sur place en moins de cinq minutes.Avec l\u2019ajout de trois casernes etl\u2019embauche de près de 200 employés, le budget du Service devrait passer de 25 à 43 millions d\u2019ici 2010.L\u2019adoption du Schéma a été suivie de près par la conclusion d\u2019un nouveau contrat de travail.Après avoir évité de peu l\u2019arbitrage, les deux parties se sont entendues sur une nouvelle convention collective valide pour quatre ans prévoyant des hausses salariales de 9 % et l\u2019élimination des postes à temps partiel au profit d\u2019équipes à temps plein à la grandeur du territoire.Les choses n\u2019ontpas été plus faciles avec ses policiers.Après trois ans de négociations, l\u2019entente conclue en juillet a permis d\u2019harmoniser les contrats de travail valides dans les anciennes villes.La nouvelle ville a en outre consenti une hausse de salaire (10%), une légère augmentation du nombre de policiers (de 721 à 744), l\u2019élimination de clauses orphelin et le maintien du poste de police de l\u2019ancienne ville de Beauport.Les discussions entre la ville et son corps policier ne sont toutefois suspendues que temporairement puisque la nouvelle convention s\u2019applique aux années 2002-2006.La prochaine administration devra donc renégocier avec les policiers dès l\u2019an prochain.Fêtes du 400e : Québec et Ottawa prennent leur temps Dans son dernier budget, le gouvernement du Québec s\u2019est engagé à verser 40 millions à l\u2019organisation des Fêtes du 400e anniversaire de Québec et le fédéral a promis la même somme.Or, d\u2019un côté comme de l\u2019autre, les deniers tardent à venir.En octobre dernier, à peine 1,7 million avait été octroyé à la Société du 400e anniversaire, ce qui a 564 Les régions forcé l\u2019organisation à repousser certains préparatifs et couper dans son budget Bien des aspects de l\u2019organisation des Fêtes demeurent donc en suspens.On sait toutefois que le fédéral investira massivement dans la revitalisation du littoral.Leprojetprévoitla transformation du boulevard Champlain qui borde le fleuve en une véritable promenade urbaine.Il prévoit aussi le développement de multiples accès au fleuve pour les piétons et les cyclistes.Les changements apportés s\u2019étireraient sur une quinzaine de kilomètres entre Cap-Rouge et la gare maritime.Quant au projet de Place de France qui avait fait beaucoup de bruit l\u2019an dernier, il a été abandonné.Jean-Paul L\u2019Allier avait alors proposé d\u2019aménager un grand escalier entre la Haute et la Basse-Ville, à la hauteur du boulevard Dufferin.Évalué à 35 millions, Place de France avait été mal reçu par une partie de la population qui craignait des dépassements de coûts notammentpour détruire les bretelles d\u2019autoroutes inutilisées qui surplombent le site.Ironie du sort, le ministère des Transports a révélé cet automne qu\u2019il comptait s\u2019en débarrasser, de toute façon, l\u2019an prochain.Au-delà des préparatifs du 400e, les deux paliers de gouvernements se sont montrés peu pressés d\u2019appuyer la région.Certes, le gouvernement fédéral a fait des heureux en annonçantl\u2019octroi de 120 millions de dollars sur cinq ans, dans le cadre du programme sur le remboursement des infrastructures, mais il a déçu dans le dossier du transfert de Québec à Montréal du centre de tri de Postes Canada.Le transfert qui entraîne la perte de 300 emplois a été perçu comme un exemple de plus de la mise à l\u2019écart de la capitale, au profit de la métropole.Malgré les nombreux appels lancés et la tenue de manifestations, Ottawa a refusé de bouger.Quant au gouvernement du Québec, il a déjà été plus généreux avec sa capitale nationale.D\u2019abord, on a appris cette année de la bouche du ministre responsable de la capitale nationale, Michel Després, que le contrat de ville conclu en 2003, juste avant les élections n\u2019était plus valide.L\u2019entente prévoyait que Québec investisse 600 millions de dollars dans la capitale avant 2008.Le ministère des Transports qui est également sous la responsabilité de M.Després a quand même égalé les investissements de la ville dans le prolongement de l\u2019autoroute du Vallon (23 millions) et confirmé sa participation dans le projet d\u2019aménagement de la rivière Saint-Charles.Ce projet qui doit être complété pour le 400e de Québec nécessite des investissements de 110 M$ que les trois paliers de gouvernements prévoient assumer à parts égales.Enfin, il fàudra voir quel sort on réservera au zoo et à l\u2019aquarium.Les deux équipements connaissent des problèmes récurrents d\u2019achalandage et de financement et il fàudra bien trouver une solution.Le grand retour d\u2019Andrée P.Boucher Le contexte de l\u2019élection municipale n\u2019a sûrementpas accéléré le règlement des dossiers.À l\u2019exception du candidat du parti de Jean-Paul L\u2019Allier, Claude Larose, les différents aspirants à la mairie ontaffiché des priorités très différentes de celles de l\u2019administration sortante.On peut donc prévoir que les grands chantiers de la capitale ne serontplus les mêmes.565 Le territoire 2005 fut d\u2019autant plus une année de transition que la campagne électorale a débuté très tôt L\u2019espace médiatique a d\u2019abord été monopolisé par le candidat Marc Bellemare.Donné gagnant dans les sondages avant même qu\u2019il n\u2019annonce officiellement sa candidature, l\u2019ancien ministre de la Justice était déjà en campagne à un an des élections.Dans les médias locaux comme à l\u2019émission Tout le monde en parle, il a laissé planer le suspense durant des mois, avant de se lancer officiellement en mars, sous la bannière d\u2019un nouveau parti, Vision Québec.Les médias ont certes donné beaucoup de place à Marc Bellemare en début de course mais ils ne l\u2019ont pas ménagé par la suite.Son arrogance et certaines manœuvres faciles ont amené plus d\u2019un observateur à le taxer de populiste.L\u2019ancien ministre de la Justice n\u2019a pas hésité par exemple, à s\u2019associer à des causes populaires mais controversées comme la lutte à la prostitution juvénile ou encore la sauvegarde de l\u2019Agora du Vieux-Port, où les propriétaires de CHOI-FM produisent des spectacles.Favorable à une plus grande participation du secteur privé dans le développement de la ville, M.Bellemare a même suggéré de ramener une équipe de hockey professionnelle à Québec.FLeureusement et malheureusement pour lui, Marc Bellemare fut, de tous les candidats, le plus populaire auprès des jeunes.qui ont l\u2019habitude de ne pas voter massivement aux élections municipales.Dans l\u2019ensemble, les sondages révélaient que la population hésitait à faire confiance à cet homme ambitieux qui avait démissionné de son poste de ministre en déclarant que la politique n\u2019était pas faite pour lui.De fait, en dépit de son avance dans les premiers coups de sonde, il a vu sa popularité s\u2019effriter rapidement au profit d\u2019Andrée P.Boucher.L\u2019annonce de la candidature de Marc Bellemare a été suivie de près par la victoire serrée du candidat Claude Larose à la course à la chefferie du parti au pouvoir, le Renouveau municipal de Québec (RMQ).Le parti est sorti affaibli de cette course.Non seulement l\u2019homme d\u2019affaires Régis Labeaume avait-il failli l\u2019emporter contre Claude Larose, mais il avait réussi à rallier une majorité de conseillers qui se trouvaient dès lors dans le mauvais camp.Malgré près de 20 ans d\u2019expérience en politique municipale, Claude Larose a éprouvé des difficultés à imposer son leadership, tantau sein de son parti que dans la population en général.Au surplus, il n\u2019est jamais parvenu à briser l\u2019étiquette de « parti de centre-ville » qui colle au RMQ.Ses appuis, concentrés dans la ville centre, lui ont à peine permis de plafonner à 20 % des intentions de vote.Le parti d\u2019opposition Action civique a éprouvé des problèmes encore plus graves.En mars, le chef de l\u2019Action civique et ex-maire de Sillery renonçait à la mairie, estimant que son parti devait dénicher un candidat plus populaire pour battre Marc Bellemare.Il a fallu attendre à la fin août, avant que le parti fasse son choix en la personne de Pierre-Michel Bouchard.Or, cet avocat qui avait piloté avec succès le projet des Jeux mondiaux policiers etpompiers apeiné à s\u2019imposer au cours de la campagne, se retrouvant la plupart du temps, au dernier rang dans les sondages.Le candidat Fiugo Lépine remporte toutefois la palme de la campagne électorale ratée.Après avoir échoué à se 566 Les régions faire élire à la chefferie du Renouveau municipal de Québec et fondé son propre parti (Option Capitale), il a tenté une alliance avec le parti de Marc Bellemare, puis a changé d\u2019avis.Abandonné par son équipe, il a finalement décidé de se retirer de la course.et d\u2019appuyer Andrée P.Boucher.En se lançant dans l\u2019arène, l\u2019exmairesse de Sainte-Foy a permis à la campagne de sortir de sa torpeur.Sa candidature n\u2019a surpris personne si ce n\u2019est par son choix de concourir sans parti, comme candidate indépendante.Dès le départ, cette politicienne aguerrie s\u2019est présentée comme l\u2019antithèse de Marc Bellemare en opposant un discours de rigueur budgétaire et de prudence au discours enthousiaste et gorgé de promesses de son adversaire.Mme Boucher est par ailleurs parvenue à se faire remarquer.sans se faire remarquer.Elle a ainsi mené sa campagne sans équipe, sans affiches en refusant de participer à certains des débats auxquels tous les candidats étaient conviés.Quelques jours à peine après son annonce, elle coiffait déjà dans les sondages Marc Bellemare, tendance qui s\u2019est accrue tout au long de la campagne et laissait peu de doute quant à sa victoire le 6 novembre.La probabilité de son élection à la mairie de Québec soulève de nombreuses questions.En premier lieu, sa gouverne dépendra pour beaucoup de la composition du conseil municipal et des appuis qu\u2019elle y trouvera.En deuxième lieu, on peut s\u2019interroger sur sa vision du développement économique.Andrée P.Boucher estime que ce domaine relève des gouvernements provincial et fédéral et qu\u2019on reconnaît une bonne administration municipale à une gestion prudente des finances publiques, une surveillance à toute épreuve des infrastructures et la délivrance de bons services de proximité.Diversification économique et desserte aérienne Le développement économique demeure un enjeu important pour la capitale.Confrontée au déclin de la fonction publique et au maintien de la force d\u2019attraction de la métropole dans de nombreux secteurs, l\u2019équipe de Jean-Paul L\u2019Allier a cherché avec plus ou moins de succès à favoriser la diversification économique.On s\u2019est beaucoup appuyé sur le tourisme bien sûr, mais aussi sur l\u2019économie du savoir, avec le développement du secteur de l\u2019optique, des télécommunications et des nouvelles technologies.Et, pour pousser le tout, on fondait beaucoup d\u2019espoir sur le projet d\u2019un train à grande vitesse (TGV) dans le corridor Québec-Windsor.Après des années difficiles notamment en raison de la crise dans le secteur des télécommunications, la capitale commence à remonter la pente.Reste à savoir si cette tendance va se confirmer.Le récentréveil de l\u2019entreprise EXFO, qui a longtemps fait la fierté de la capitale, est peut-être le signe annonciateur de meilleurs jours.Fondée par des étudiants de l\u2019Université Laval, ce fabricant de fibres optiques a connu un boom en 2000 avant de voir son titre dégringoler sur les marchés boursiers.Or cette année, EXFO a de nouveau engrangé des profits et tous les espoirs sontpermis.Autre bonne nouvelle : l\u2019installation dans le quartier Saint-Roch d\u2019Ubisoft, le géant français des jeux vidéo.567 Le territoire Appuyée par le gouvernement provincial à une hauteur de 11,6 millions $, la compagnie prévoit embaucher jusqu\u2019à 200 personnes d\u2019ici à 2010.Elle rejoint ainsi ABB, CGI et les dizaines d\u2019entreprises membres du Centre national des technologies de Québec (CNNTQ), équivalent dans la capitale de la Cité du multimédia.De la conception de jeux vidéo aux services informatiques, le quartier TI promis à Saint-Roch commence à s\u2019imposer.Le secteur du tourisme demeure par ailleurs extrêmement dynamique dans la région.Grâce à la belle température, le Festival d\u2019été de Québec 2005 a attiré une affluence record et les Jeux mondiaux policiers et pompiers ont rencontré un grand succès en débutd\u2019été.La tenue des fêtes du 400e a également amené de nombreux congrès à réserver leur place dans la capitale pour 2008.Les données sur l\u2019emploi sont en outre particulièrement encourageantes avec un taux de chômage en baisse et une offre d\u2019emplois en hausse.Mais une médaille a toujours son revers, une enquête menée par le quotidien Le Soleil en octobre démontrait que la principale menace à l\u2019économie de la capitale était une pénurie de main-d\u2019œuvre dans les secteurs du tourisme, de la plasturgie, des métiers du bois, du multimédia et des jeux vidéo, de la construction, de l\u2019assurance et en science et technologie.Les besoins en main-d\u2019œuvre soulèvent la question du vieillissement de la population, de l\u2019exode des jeunes et des ratés dans le dossier de l\u2019immigration à Québec.La capitale éprouve toujours de la difficulté à attirer des immigrants et à les retenir notammentparce qu\u2019ils peinent à se tailler une place sur le marché du travail.Voilà un autre dossier que la future administration ne pourra pas ignorer.La question des transports demeure un souci constant pour les leaders économiques de la région.Étant donné que le projet de TGV ne rencontre pas suffisamment d\u2019appuis, les chambres de commerce de la capitale et les gens d\u2019affaires ont décidé de miser sur l\u2019Aéroport de Québec.En effet, le manque de liaisons aériennes à partir de la capitale revient comme un leitmotiv auprès des gens d\u2019affaires, tous secteurs confondus.À titre d\u2019exemple, la mauvaise desserte aérienne a fait en sorte que la capitale avait perdu le Congrès de l\u2019Association pharmaceutique canadienne de 2008 au profit d\u2019Ottawa.Aussi mise-t-on beaucoup sur les travaux d\u2019agrandissement de l\u2019aéroport de Québec pour attirer davantage de lignes aériennes.Au printemps dernier, Air Canada avait abandonné la liaison Québec-Boston avant même de la mettre à l\u2019essai, en invoquant la faible demande.Évalués à 45 millions de dollars, les travaux de modernisation de l\u2019aéroport de Québec n\u2019ont pas encore reçu d\u2019appuis clairs de la part des deux paliers de gouvernement Après avoir refusé de s\u2019engager, Ottawa s\u2019est dit intéresser à le soutenir dans le cadre de l\u2019un de ses programmes d\u2019infrastructures.Voilà un autre dossier à surveiller de près au cours de l\u2019année.Peu de promesses en culture Jean-Paul L\u2019Allier a fortement contribué à faire de la culture l\u2019une des forces d\u2019attraction de la capitale.Cette association est si forte dans l\u2019imaginaire collectifque les différents candidats à la mairie, pour se distinguer du maire 568 Les régions sortant, ont préféré ne pas promettre de nouveaux investissements dans ce secteur, encore moins de nouveaux équipements.Ainsi pendant que le candidat Marc Bellemare évoquait le retour d\u2019une équipe de la Ligue nationale de hockey dans la capitale, le candidat Claude Larose promettait une piscine olympique, un nouvel anneau de glace et une piste BMX d\u2019envergure internationale.Quant à Pierre-Michel Bouchard et Andrée Boucher, ils se sont contentés de manifester de l\u2019intérêtpour les questions culturelles, avec un souci particulier pour la mise en valeur etl\u2019accès à la culture dans les anciennes banlieues.Des efforts ont déjà été entrepris en ce sens par l\u2019administration sortante avec des investissements dans les bibliothèques des anciennes villes.On peut donc présumer que le développement de la culture ne figurera pas au sommet des priorités de la future administration municipale.Ce qui ne devraitpas l\u2019empêcher de poursuivre et boucler les projets déjà entrepris, fl faudra notamment compléter les travaux de rénovation du Palais Montcalm, à Place d\u2019Youville.Le vieil immeuble - qui doit être transformé en Maison de la musique et servir de résidence permanente aux Violons du Roy - a connu une année difficile.En juillet, l\u2019explosion des coûts de construction a forcé la mairie à réévaluer ses contrats et repousser de nouveau l\u2019ouverture de la salle de spectacle prévue pour le printemps 2006.Les dépenses liées aux travaux totalisent jusqu\u2019à présent 23 millions de dollars et la population a commencé à manifester de l\u2019exaspération dans ce dossier.La polémique entourant la fermeture de l\u2019Agora du Vieux-Port a aussi pris beaucoup déplacé cette année.La salle de spectacles en plein air située dans le Vieux-Port accueille notamment des spectacles produits par Genex, le propriétaire de la station radiophonique CHOL Son arrêt de mort annoncé par le directeur du Port de Québec, Ross Gaudreault, a donc réveillé les ardeurs des auditeurs de la station.Avec l\u2019appui de CHOl-Radio X, le collectif Sauvons l\u2019Agora a organisé des manifestations et fait circuler une pétition qui a recueilli plus de 10 000 signatures.Le Port de Québec a néanmoins maintenu sa décision.Sinon, les «X» se sont tenus plutôt tranquilles durant cette année, fl faut dire que les nouvelles n\u2019étaient pas très bonnes pour CHOl et l\u2019animateur Jeff Fillion.Après avoir été condamné à verser 340 000 $ à Sophie Chiasson pour ses propos diffamatoires, l\u2019animateur a été invité à quitter la station.Les propriétaires de CHOl ont ensuite été déboutés devant la Cour fédérale où ils avaient contesté la décision du CRTC de leur retirer leur licence.Il faudra attendre au printemps 2006, avec le jugement de la Cour suprême, pour savoir si la station pourra finalement rester ouverte.2005 a par ailleurs eu son lot de bonnes nouvelles en culture.Le Festival d\u2019été a connu une année record et l\u2019Académie des Masques a honoré deux jeunes artistes de la relève de Québec : Frédéric Dubois et Anne-Marie Olivier.Avec les matches des Remparts et les concerts des Avril Lavigne, Iron Maiden et Green Day, le Colisée a multiplié les succès de foule.Enfin, l\u2019installation d\u2019une nouvelle compagnie de produc- 569 Le territoire tion de films par Robert Lepage et Daniel Langlois est venu renforcer un secteur qui, demeure fragile dans la capitale.Cette dernière association tranche en outre avec la concurrence qu\u2019on observe souvent entre la capitale et la métropole en matière de culture.Cette année, les organisateurs du Festival d\u2019été de Québec ont dû se battre pour empêcher le producteur d\u2019évènements montréalais Spectra de déplacer les Francofolies de Montréal trop près de leur événement dans le calendrier.Plus tard, on apprenait que la Biennale de Montréal aurait désormais lieu la même année plutôt qu\u2019en alternance avec la Manif d\u2019art de Québec, un jeune évènement en art contemporain promis à un bel avenir.D\u2019autres évènements grand public comme le Carnaval de Québec et le Marathon des deux rives sont prisonniers de la même logique.Ce qui a amené la Communauté métropolitaine de Québec à lancer un appel au gouvernement du Québec pour qu\u2019il mette un terme à cette « concurrence stérile » en établissant un Plan intégré de développement des évènements touristiques majeurs.Tensions politiques et boom économique à Lévis Pendant ce temps, Lévis se préparait cette année à réélire Jean Garon, au pouvoir depuis 1998.Malgré l\u2019opposition grandissante à laquelle il faisait face, M.Garon (Parti des citoyens et des citoyennes) pouvait espérer l\u2019emporter, grâce à une division du vote entre ses deux principaux adversaires, Danielle Roy-Marinelli (Force 10) et Gilles Lehouillier (Démocratie Lévis).MmeMarinelli, qui était auparavant dans son équipe, avait claqué la porte du conseil municipal en cours d\u2019année en dénonçant les méthodes autoritaires du chef.Trois autres conseillères l\u2019avaient suivie, privant ainsi le maire de la majorité au conseil de ville.Les propos qu\u2019a tenus Jean Garon en octobre sur la démocratie municipale n\u2019ontrien fàitpour renverser cette image de dirigeant autoritaire.: «L\u2019opposition, dans un conseil de ville est une nuisance», avait-il déclaré.« Un conseil de ville, c\u2019est comme un conseil d\u2019administration.Voyez si les grandes entreprises avaient des conseils d\u2019administration divisés.Dans n\u2019importe quelle grande entreprise, mettez sur un conseil d\u2019administration un groupe au pouvoir, puis un parti dans l\u2019opposition, il n\u2019y a pas une compagnie qui va marcher de même ».Le projet de terminal méthanier de Rabaska défendu par Gaz Métro, Embridge et Gaz de France risque de soulever de nouveaux débats en 2006.Évalué à 800 millions de dollars, Rabaska vient avec la promesse de 3500 emplois directs et indirects, mais la population craint pour sa sécurité et les retombées environnementales.Après avoir vu son projet rejeté à 74 % à Beaumont l\u2019an dernier, le consortium s\u2019est tourné en 2005 vers la ville voisine de Lévis, avec un nouveau plan prévoyant que le port méthanier serait con-struit sur le territoire de Lévis, à quelques centaines de mètres du projet de Beaumont Après s\u2019être prononcé contre, le conseil de ville de Lévis s\u2019est laissé convaincre.Les trois principaux candidats à la mairie se sont tous rangés du côté du côté du consortium, moyennant diverses exigences ayant trait à la sécurité, aux compensations 570 Les régions ou encore aux taxes municipales.Seul le jeune candidatindépendantMathieu Castonguay s\u2019est dit contre.Les études d\u2019impact du promoteur doivent être soumises en début d\u2019année au BAPE et l\u2019Agence canadienne d\u2019évaluation environnementale.On verra ensuite ce qui se produira.Alors que certains promoteurs cherchaient à convaincre Lévis de les laisser s\u2019installer sur son territoire, la ville espérait en voir d\u2019autres sauver son chantier naval, la MIL-Davie.Le vieux chantier en faillite depuis quatre ans a subi un nouveau revers cette année quand un nouvel acheteur représenté par André Giraud et Sylvio Goudreault a dû se retirer après avoir échoué à boucler le montage financier exigé par le syndic.Or, sur la Rive-Sud, on s\u2019en fait de moins en moins avec la Davie, seule ombre au tableau d\u2019une période rêvée sur le plan économique.Le moins qu\u2019on puisse dire c\u2019est que la nouvelle ville de Lévis a la faveur du secteur privé.Couronnée ville de l\u2019année par la revue Commerce et la Fédération des chambres de commerce du Québec, la 8e ville de la province (126 400 habitants) multiplie les efforts pour attirer des entreprises, créer des emplois et rajeunir sa population.Et les résultats sont probants.En 2004 seulement, 3000 emplois ont été crées à Lévis et le taux de chômage (5,9 %) est l\u2019un des plus faibles au Québec.De plus, la construction immobilière est en pleine effervescence.Les finances de la ville sont également en bon état et on prévoyait à l\u2019automne dégager un surplus de plus d\u2019un million de dollars à la fin de 2005.La ville fusionnée a en outre conclu de nouveaux contrats de travail avec tous ses employés (policiers, pompiers, cols bleus, cols blancs) et a adopté cette année un nouveau schéma de couverture de risque en incendie qui lui permettra notamment de remplacer ses pompiers volontaires par des employés à temps plein.De plus, la ville caresse de nombreux projets.On veut construire de nouveaux centres commerciaux, des hôtels, développer un pôle économique dans le secteur des nouvelles technologies et bien sûr se doter d\u2019un Centre des Congrès.Pour financer ce projet de 13 millions $ dont on discute depuis 20 ans sur la Rive Sud, la ville compte désormais faire appel au Fond sur l\u2019infrastructure municipal rurale du Québec.La réélection de Jean Garon ne serait pas une bonne nouvelle pour la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ), un organisme créé lors des fusions pour réunir les deux rives autour de projets communs.Depuis la création de la CMQ, le maire de Lévis s\u2019est cantonné dans une logique de confrontation, notamment en matière de développement économique.Il a notamment refusé de s\u2019associer au Pôle Québec-Chaudière-Appalaches, un organisme de développement économique régional.Même chose pour la Commission de la capitale nationale et les Fêtes du 400e de Québec.À la suite de l\u2019élection, il faudra donc surveiller les relations entre les nouveaux élus des deux rives.571 Le territoire LA COURONNE DES VILLES INTERMÉDIAIRES Une diversité et une autonomie qui s\u2019affirment et se confirment Bernard Vermot-Desroches Institut de Recherche sur les PME Université du Québec à Trois-Rivières Non, le pire n\u2019arrivera certainement jamais, dans tous les cas pas dans un avenir prévisible.Ce pire serait le décès pur et simple de l\u2019une ou de l\u2019autre de nos régions québécoises, qu\u2019elles soient proches ou moins proches de Montréal.Un passé assez récent apportait de plus en plus souvent de telles craintes.La grande ouverture des communications et la possibilité devenue très facile de faire des échanges économiques et culturels n\u2019étaient menaçantes que dans nos têtes.Ces TIC, alors appelées NTIC indisposaient de plus en plus les « régiologistes ».On semblait se diriger vers une grande unité nationale dépourvue de diversité.Un aboutissement, somme toute, logique dans un contexte de capitalisme de plus en plus dévorant Les petites régions malades étaient vouées à une mort certaine tandis que les autres, les survivantes, n\u2019auraient qu\u2019à s\u2019aligner en fonction de Montréal, de Toronto ou de New-York.Non, cette vision pessimiste qui se croyait logique faisait fi de caractéristiques bien humaines qui sournoisement gèrent de belles adaptations aux nouvelles situations.L\u2019individu, qu\u2019il soit de Montréal, de Saguenay ou de Matane, agit toujours en fonction de ses différences personnelles tout en cherchant à les valoriser.La complémentarité se nourrit de particularités.Ce sont ces différences, ces particularités qui sont à la source des appartenances régionales et ces appartenances gèrent finalement le développement de toute une nation.Non, ces TIC et cette très grande augmentation des communications, à la limite cette mondialisation, n\u2019ontfait que souligner et renforcer ces différences et donc ces appartenances régionales.La grande couronne de Montréal est faite de régions et de villes intermédiaires bien sûr fortement liées à cette capitale économique.La Mau-ricie tout comme les Laurentides ou l\u2019Estrie dépendent fortement de Montréal à presque tous les niveaux (économiques, sociaux, culturels.).Il apparaît cependant que les gens de ces régions s\u2019attachent de plus en plus à leurs particularités et le font savoir bien souvent haut et fort.Il ne faut pas oublier non plus que Montréal fait partie 572 Les régions du pays.Cette ville dépend des régions et de toute évidence ne jouit d\u2019aucune autonomie.Depuis un an, ces considérations se confirment et les régions, proches ou éloignées de Montréal s\u2019adaptent en conséquence.Aucune ne ressemble au paradis mais la plupart jouissent d\u2019une santé plus que raisonnable.La Mauricie, la brise se gonfle, le chômage s\u2019estompe Cette région de la Mauricie est la plus rapprochée de la grande ville, une petite centaine de kilomètres lie Trois-Rivières à l\u2019agglomération montréalaise.Plus que collée, elle est même coincée entre les deux grosses agglomérations de la province, Montréal et Québec.Une particularité propre à cette région en découle habituellement, il s\u2019agit de l\u2019effet d\u2019aspiration, de pompage, subit par cette région vis-à-vis de Montréal et de Québec.La renommée de Trois-Rivières comme capitale canadienne du chômage semblait indéracinable depuis bien longtemps.Bien sûr, la grosse industrie du papier a diminué des deux tiers en une quinzaine d\u2019années et un bon nombre de travailleurs a toujours été aspiré par les deux métropoles.Le développement régional et local se mesure principalement à partir de deux variables clés, celle de l\u2019emploi et celle de la richesse collective et individuelle.Il est donc clair que la considération de ces mouvements et parfois des relocalisations de ces travailleurs doivent être scrupuleusement analysées.Selon les derniers relevés de Statistiques Canada, le taux de chômage de Trois-Rivières est tombé à 8 %, laissant six autres agglomérations derrière elle.Elle se place ainsi en meilleure po-sition que l\u2019ensemble du Québec (8,4%) ou de Montréal même (8,3%).C\u2019est un plancher définitivement historique pour cette ville intermédiaire.Une année pourtant très menaçante en Mauricie.Elle commence avec un conflit long et intense entre les Innus de la Côte-Nord et la seule entreprise de papier restante à Trois-Rivières, la Kruger (usines de Kruger et de Kruger-Wayagamak).Pour des raisons de droits ancestraux, les Innus et leur chef Raphaël Picard revendiquent le droit de préserver le bois dans l\u2019Ile René-Levasseur de la Côte-Nord.Une longue bataille juridique s\u2019ensuit, faisantcrain-dre le pire à Kruger et aux travailleurs qui s\u2019approvisionnent du bois de l\u2019île René-Levasseur.La cause se retrouve devant la cour d\u2019appel, 1000 emplois dépendant de ces coupes.Le conflit du bois d\u2019œuvre avec les États-Unis menace plusieurs entreprises, dont celle de Gérard Crête et fils.Deux divisions en Mauricie, une à La Tuque et l\u2019autre à Saint-Roch-de-Mékinac.La difficulté pour le Canada à exporter son bois d\u2019œuvre vers les États-Unis force le gouvernement canadien à entreprendre de se tourner vers la Chine.Québec veut se débarrasser des hippodromes etles revendre à l\u2019entreprise privée.Quatre hippodrome, soit Montréal, Québec, Aylmer et aussi Trois-Rivières.Il a fallu très longtemps au ministère des finances pour lancer les appels d\u2019offres et ainsi ouvrir la vente au privé, ce qui a découragé un peu les éleveurs de chevaux.Devant cette lenteur, plusieurs abandonnent et vendent leurs bêtes, à perte.Finalement, l\u2019appel d\u2019offres est lancé et sept 573 Le territoire groupes d\u2019investisseurs se sont montrés intéressés à en faire l\u2019acquisition.La firme québécoise Remstar et l\u2019ontarienne Magna sont sur les rangs.Le gouvernement devrait faire son choix avantla fin de l\u2019année 2005.Concernant le tourisme, le secteur économique devenu le plus important au monde, ça va très bien à Saint-Alexis-des-Monts.Les travaux pour la construction du Château Sacacomie, un hôtel de luxe de 25 millions $ doivent commencer à l\u2019automne 2005 ou au printemps 2006.Ce projet créera 150 nouveaux emplois.Puis, on parle maintenant d\u2019une possible construction d\u2019un spa Scandinave et d\u2019une auberge pour accueillir les clients sur les abords de la rivière Sacacomie.Ce dernier projet, s\u2019il se réalise, coûtera 8 millions $.La municipalité de Saint-Alexis-des-Monts sera-t-elle le prochain Mont-Tremblant de la province?La Mauricie constitue une partie importante de cette grande couronne des villes intermédiaires.La roue tourne favorablement pour elle, la jeunesse et son entrepreneurship font tranquillement place à la génération vieillissante des anciens chômeurs des usines de pâtes et papiers.Ces anciens chômeurs sont désormais retraités.Le Centre-du-Québec, de plus en plus solide mais bien tiraillé La petite et très jeune sœur de la Mauricie, cette dix-septième région se développe selon ses capacités.Elle a connu quelques soubresauts de croissance, mais globalement son emploi va aussi de mieux en mieux.Elle possède actuellement un taux de chômage égal à celui de la province et une sensible amélioration s\u2019est faite au cours de 2005.Olymel et Gentilly fl sont incontournables si l\u2019on veut suivre le jeu de l\u2019emploi.Olymel, l\u2019abattoir de Prince-ville, fermait en mai 2004, mettant 380 personnes au chômage.Depuis lors, on assiste à de nombreuses propositions et contre-propositions de la part de l\u2019entreprise et du syndicat des travailleurs pour tenter une réouverture coûte que coûte.En septembre 2005, l\u2019échec semblait inévitable mais à la fin du mois, nouveau coup de théâtre car suite à une volte-face des employés, la relance semble à nouveau possible pour la fin du mois d\u2019octobre.Une affaire à suivre et à vivre pour bien du monde.Le réacteur CANDU de la centrale Gentilly fl nécessiterait une réfection, ce réacteur est en exercice depuis 23 ans, il tire à sa fin, etHydro-Québec espère obtenir l\u2019aval du gouvernement Charestpour une réfection complète, fl s\u2019agit d\u2019un projet évalué à plus de 800 millions de dollars.Plusieurs oppositions se font sentir dans la population, dont le mouvement Greenpeace et la campagne « Sortir du Nucléaire ».Après le recul du gouvernement Charest envers la centrale du Suroît, le suspense demeure toujours du côté de Gentilly, la seule centrale nucléaire du Québec.À L\u2019Aluminerie de Bécancour, un règlement intervient finalement en novembre 2004.Ce règlement est accepté par 80% des 810 travailleurs et met fin à une grève de plusieurs semaines qui a paralysé la production et forcé la fermeture de deux des trois cuves pour de longues périodes.En septembre 2005, cette fois-ci, AB1 annonce un investissement de 23 millions $ pour ses installations.On parle notamment d\u2019un nouveau four d\u2019homogénéisation pour la ligne de production de billettes.Un 574 Les régions premier signal vraiment très positif après la grève de 2004.Finalement, le conflit de Shermag en 2004-2005, à Disraeli, a eu plusieurs séquelles en Estrie mais aussi dans d\u2019autres régions.Plusieurs divisions de Shermag ont dû fermer en 2004-2005 même si l\u2019entreprise de Disraeli elle-même a pu être assurée de vivre jusqu\u2019en avril 2008.Mobilier HPL Athabaska, une division de Shermag à Victoriaville, ferme ses portes en juillet 2005, avec 30 pertes d\u2019emplois.L\u2019entreprise avait plus de 100 ans.La concurrence avec la Chine bouleverse les données au détriment des fabricants de meubles canadiens.Le contexte n\u2019est pas facile non plus pour Plessi inc.de Plessisville qui a fermé ses portes le 2 septembre 2005.Le fabricant de meubles sur mesure était en opération depuis 55 ans.La ville perd ainsi 65 emplois.L\u2019Estrie, le textile et le meuble.L\u2019Estrie s\u2019impose depuis longtemps grâce à son dynamisme presque légendaire.Depuis quelques temps cependant un nécessaire réenlignement dû à plusieurs événements simultanés s\u2019avère assez difficile.L\u2019année 2005 confirme le renouveau complet de l\u2019industrie du textile.Le Mexique et l\u2019Asie jouent fort dans les nouveaux marchés du textile.Partout au Québec et surtout en Estrie plusieurs entreprises sont touchées par ces changements.Déjà en juillet 2004, l\u2019usine Cookshire-Tex fermait ses portes après 61 ans d\u2019existence et 83 employés perdent ainsi leur emploi.Tissage Sherbrooke subit aussi le même sort au cours de l\u2019année 2005, avec 160 pertes d\u2019emplois.Tout récemment, c\u2019est un autre coup dur pour l\u2019Estrie qui verra, en mars 2006, son usine Canadelle de Lac Mégantic fermer ses portes.185 employées perdent ainsi leur emploi.La production du fabricant de lingerie féminine sera transférée au Mexique.Le coût de la main d\u2019œuvre y est beaucoup moins élevé.Le gouvernement Charest annonce alors, en août 2005, une aide de 375 000 $ pour la réinsertion de 24 travailleuses du textile.C\u2019est loin d\u2019être suffisant, vu le nombre élevé de pertes d\u2019emplois dans ce secteur.Olymel.encore Olymel, l\u2019entreprise frappe évidemment en Estrie.Le plan de redéploiement des activités de production de l\u2019entreprise, annoncé le printemps dernier, se fait sentir.L\u2019usine de Granby ferme ses portes, avec 77 mises à pied en juillet 2005.Les activités seront concentrées principalement à l\u2019usine de Trois-Rivières.L\u2019usine de Magog connaît le même sort et ses activités sont redirigées vers les installations de Saint-Henri-de-Lévis.Même opération à Laval, où l\u2019on déplace la production vers Anjou.En tout, 366 emplois sont supprimés contre 171 qui sont relocalisés ailleurs au Québec.Les usines de Trois-Rivières, Anjou et Saint-Henri-de-Lévis seront agrandies pour un investissement total de 16 millions $.La crise du meuble aussi se fait ressentir en Estrie, notamment avec Shermag dont on parlait plus haut, elle annonçait en mars 2005 la fermeture définitive de son usine de Scotstown, dans les Cantons-de-l\u2019Estavec 84 travailleurs qui sont touchés.Du même coup, une réduction temporaire de production à l\u2019usine de l\u2019arrondissement Lennoxville à Sherbrooke se fait à pareille date.Dans une entrevue à la Presse Canadienne, le pdg de Shermag, 575 Le territoire JeffCasselman, s\u2019explique alors : «Je crois que ce processus difficile mais nécessaire débouchera sur une compagnie plus efficace et plus orientée vers la clientèle, dans un contexte où le dollar canadien a pris beaucoup de valeur et où la concurrence des fabricants de meubles asiatiques continue de prendre de l\u2019ampleur ».Finalement, tout ne va pas trop mal en E strie.Par exemple, le parc industriel de Richmond accueillait, en avril 2005, une nouvelle entreprise spécialisée dans la fabrication de portes et fenêtres en PVC.Benor inc.ouvre une nouvelle division indépendante pour un investissement de 500 000 $ et une création de 30 nouveaux emplois.De même, en décembre 2004, Mine Jeffrey retrouve son autonomie administrative.La mine d\u2019Asbestos survivra grâce à un plan d\u2019arrangementproposé par le syndic et approuvé par les travailleurs etles retraités, malgré que ces derniers subissent de lourdes pertes.On parle de suppression de l\u2019assurance collective ainsi que d\u2019une perte de revenus de retraite entre 30% et 40 %.Mais grâce à ces sacrifices, Mine Jeffrey a concentré, dès le début de 2005, ses efforts pour partir sa mine souterraine, créant d\u2019ici quelques années jusqu\u2019à 500 emplois.L\u2019Outaouais, la forêt s\u2019essouffle.Il n\u2019est pas possible de ne s\u2019en tenir qu\u2019à la seule région de l\u2019Outaouais du Québec.L\u2019Outaouais ontarienne n\u2019en est séparée que par une rivière parsemée de nombreux ponts et de traverses.Il faut donc analyser ces deux régions administrativement distinctes comme un territoire assez bien intégré.La proximité d\u2019Ottawa est natu- rellement bénéfique pour les grands indicateurs du développement économique de ce coin du Canada.Le taux de chômage de cette région atteint à peine 7% pour une population qui, dans sa partie québécoise, atteint le million d\u2019habitants.Ces aspects positifs sont connus et entretiennent un dynamisme notoire dans cette région de Gatineau.Cependant, l\u2019industrie forestière de l\u2019Outaouais, un secteur très important pour cette région du Sud du Québec est présentement en crise.Le quotidien Le Droit rapporte, en juillet 2005, que plus de 300 emplois sur les 2100 de la région sont à la veille de disparaître.La raison majeure tient à un resserrement par le gouvernement des normes entourant la sélection des arbres qui peuvent être abattus.À cause de frais d\u2019exploitation plus élevés, la scierie Lauzon de Maniwaki va bientôt fermer ses portes.Une situation identique à celle qui est survenue récemment à la scierie Adas près de la ville de Low.L\u2019usine Tembec de Mansfield-et Pontefract a déjà commencé les mises à pied et la fermeture ne saurait tarder.330 emplois devraient être supprimés, excluant les employés affectés à la coupe des arbres en forêt Le président de Tembec, Frank Dotori, ferme du même coup trois autres usines dont l\u2019une près de la grande maison mère de Témiscaming non loin de l\u2019Outaouais.À l\u2019été 2006, on s\u2019attend à la fermeture de l\u2019usine Nesdé de Chesterville, village de l\u2019est ontarien très proche du Québec qui voitainsi 300 emplois perdus dans cette entreprise âgée de 87 ans.Nesté est le plus gros employeur de North Dundas, canton qui englobe Chesterville.Selon Nesdé, il aurait fallu 576 Les régions encore 50 millions $ pour moderniser cette usine, dans laquelle on avait injecté 70 millions en 10 ans.L\u2019usine ne fonctionnait qu\u2019à 45 % de sa capacité.À l\u2019heure actuelle il semble probable que la mise en place d\u2019un abattoir bovin puisse en partie remplacer cette prochaine disparition de l\u2019usine, peu rentable, de Nestlé.En revanche, 1\u2019entrepreneurship et les PME se portent bien en Outaouais.En avril 2005, Le Droit rapporte que le CLD de Gatineau a reçu pas moins de 587 nouveaux projets, une hausse de 30 % par rapporta l\u2019année 2004.On assiste à 44 démarrages ou expansions d\u2019entreprises soutenues par le CLD avec des investissements de 8,7 millions $.Puis, Versatel Networks du secteur de Hull reçoit un capital-risque de 10 millions $ pour intensifier ses efforts de Marketing vers les États-Unis où elle écoule la quasi-totalité de sa production d\u2019appareils électroniques très spécialisés.Finalement, de gros projets partent d\u2019Ottawa et se répercutent également en Outaouais.Par exemple, l\u2019université d\u2019Ottawa ouvre son Complexe des biosciences, après plus de 12 ans d\u2019attente (59 millions $) ; l\u2019université peut compter désormais sur les laboratoires les plus avancés d\u2019Amérique du nord.Une dépendance bénéfique et garantie à long terme avec l\u2019Outaouais ontarienne voisine.En effet, il s\u2019agit plutôt d\u2019une interdépendance car les échanges se font dans les deux sens de chaque côté de la rivière Outaouais.Lanaudière, tout va presque bien L\u2019économie de la région de Lanaudière se porte très bien depuis au moins 10 ans.Selon le palmarès de la décennie publié par La Presse Affaires, Lanaudière sort championne de la création d\u2019emplois entre 1994 et 2003, avec plus de 50 000 personnes qui ont trouvé un emploi dans cette région.Un bond de 35 %, comparativement à une moyenne de 17,7% pour l\u2019ensemble du Québec.En juillet 2005, le taux de chômage de Lanaudière est à 5,6 %, c\u2019est le meilleur résultat au Québec.Claude Picher de La Presse dit : « La région de Lanaudière a connu un développement démographique exceptionnel depuis quelques années.La plupart des nouveaux résidants sont des ménages jeunes, possédantune scolarité supérieure à la moyenne et occupant de bons emplois à Montréal.Il y a trois ans à peine, le taux de chômage dans cette région se situait à 8 %.Le revirement est impressionnant et il est dû beaucoup plus à la proximité de Montréal qu\u2019au dynamisme entrepreneurial local ».C\u2019esttrès clair, Lanaudière s\u2019impose comme la plus belle partie de cette grande ceinture montréalaise.La région est très dépendante de la métropole, elle joue le jeu qu\u2019elle doit jouer et tout le monde en sort gagnant En décembre 2004, on annonçait la venue prochaine d\u2019un développement touristique majeur à Saint-Côme, dans Lanaudière.Un centre de villégiature haut de gamme au coût de 40 millions $ regroupera un hôtel de 60 chambres et une vingtaine de chalets en bois rond.Le projet se nomme le Manoir des cinq continents.Quelques autres projets, petits et grands sont à venir au sein de cette région.Citons à titre d\u2019exemple le Groupe ADF de Terrebonne ou les Aciers Blais qui s\u2019installe à Terrebonne également (ouverture au printemps 577 Le territoire prochain).Peu de fermetures, ou de réduction d\u2019emplois.Quelques cas cependant sont inévitables et toujours très douloureux pour les travailleurs concernés.Bien sûr, on ne peut pas ignorer la compagnie Volaille maxi de Saint-Lin.Plus de 300 travailleurs à formation minimale sont licenciés.Les Laurentides, une bien jolie deuxième place Le palmarès de la décennie de La Presse Affaires place les Laurentides en deuxième position, avec un taux de croissance de l\u2019emploi sur 10 ans de 29,8%.50 000 emplois ont été créés entre 1994 et 2003, comme dans Lanaudière, sauf que la population des Laurentides est plus importante.Les Laurentides évoluent depuis quelques temps maintenant sur deux grands axes.L\u2019industrie au sud, dans ces Basses-Lauren-tides qui renaissent autour de Mirabel et le récréatif qui s\u2019étend de plus en plus dans le nord de la grande métropole, autant vers le Mont-Tremblant que vers ses Parcs et ses grands jardins de faune et de flore.La fermeture de l\u2019aéroport de Mirabel a de plus en plus d\u2019effets parfois étonnants mais toujours positifs pour cette région.Vers la fin du mois d\u2019août 2005, Québécor Media annonce la construction d\u2019une imprimerie à Saint-Janvier-de-Mirabel, un projet de 110 millions $.Ce nouvel établissement sera inauguré en 2007 et abritera trois presses.Cependant, on peut regretter une perte de 250 emplois, temps plein et occasionnels, en raison de l\u2019installation d\u2019un système d\u2019encartage automatique.Là aussi, à court terme, l\u2019efficacité peut coûter très cher.L\u2019imprimerie servira d\u2019abord au Journal de Montréal, mais pourrait s\u2019imposer facilement sur d\u2019autres produits d\u2019impression.Une suite logique dans cette chaîne d\u2019effets induits qui grandit de plus en plus.Même les avions de la C-Série de Bombardier seront assemblés dans ce grand secteur de Mirabel.L\u2019industrie touristique du nord des Laurentides se porte bien, elle va très vite.Les phases de développement de la station Mont-Tremblant se succèdent sans relâche à coup de milliards.En décembre 2004, la région subit tout de même un rude coup.Une décision juridique empêche les motoneiges de circuler sur un tronçon de 38 km du parc linéaire du Petit Train du Nord.Cette activité très riche en retombées économiques est subitement réduite de façon importante.Des villages entiers, petits et gros, risquent bien d\u2019être privés de ces retombées.Le chifife de 100 millions$ est avancé.Et le sud ?La boucle est presque bouclée.Il ne reste que ce petit territoire collé entre Montréal et les États-Unis, la Mon té-régie, ce tout début des Cantons de l\u2019Est, cette régions élargie de Saint-Jean-sur-Richelieu et de l\u2019Acadie.Bien sûr, cette partie de la couronne complète un bel et grand arc de cercle autour de Montréal.Géographiquement ce secteur est sans doute peu éloigné du centre de la couronne mais sa proximité et sa dépendance immédiate avec les États-Unis lui confirme clairement son appartenance à la couronne.Un mot-clefpermet de mieux cerner le rayonnement de cette région, il s\u2019agit du mot innovation.La mission de Valotech est claire et s\u2019impose comme un exemple tout à fait remarquable.Ce 578 Les régions regroupement contribue au développement de la région en favorisant des alliances technologiques innovantes.Ce centre s\u2019impose comme un facilitateur, un guide orienteur, un promoteur ou un créateur.Tous les coups lui sont autorisés.Dernièrement Valotech entrait ainsi dans l\u2019agrandissement du Pôle universitaire très attrayant de cette région près de Longueuil.Un pôle qui met en valeur trois universités de renom, l\u2019UQAM, L\u2019Université Laval et l\u2019Université de Sherbrooke.Un pôle résolument tourné vers ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le développement durable, ce développement entièrement tourné vers le respect du futur.Bien sûr la Montérégie a eu ses coups durs ces derniers temps.Le textile est, là encore, le grand perdant.Près de 800 travailleurs ont perdu leur emploi avec les fermetures de Cleyn and Thinker et de Les usines Huntingdon, à Huntingdon, cette perte peut avoir d\u2019autres effets induits tout aussi négatifs dans un avenir proche.Un dur effet de la mondialisation qui entraîne la confrontation de marchés dont les règles du jeu sont très différentes, voire condamnables d\u2019un pays à l\u2019autre.Un jeu à somme nulle Oui, la grande couronne de Montréal des villes intermédiaires se porte bien.Aucune ville, aucune région n\u2019est mourante ou très souffrante.Chacune profite à différents niveaux de la proximité de Montréal et Montréal profite à tous les niveaux de sa proximité avec ces villes et ces régions.À chaque instant de nouveaux développements peuvent survenir dans l\u2019un ou l\u2019autre de ces grands territoire et bien souvent le malheur des uns va faire le bonheur des autres.Certaines villes ont connu des problèmes plus internes et non dépendants de Montréal.Des problèmes plus reliés au reste du monde, c\u2019est le cas du textile en Montérégie comme c\u2019était jadis le cas en Mauricie avec la Wabas-so.Dans bien des cas cependant une délocalisation en Mauricie ou en Estrie va se faire au profit de relocalisations en Montérégie ou dans les Lauren tides.Au niveau des régions, qu\u2019elles soient périphériques ou non de Montréal, on assiste à une sorte de jeu à somme nulle où la « globalité » du pays retrouve son compte.La globalité peut diminuer d\u2019une année à l\u2019autre, c\u2019est un symptôme puis une séquelle de la décroissance.Au Québec, on a assisté cette dernière année à une croissance certes modérée mais garante de ce que l\u2019on peut appeler un « Bonheur national brut» raisonnable.579 «\u2022J ^ DES HOMMES ET DES FEMMES DE VALEURS.LFS AC I LU RS hl ACTRICES DE L'ÉCONOMIE SOCIALE ONT COMPRIS QUE LE MEILLEUR PROFIT.C EST QUAND TOUT LE MONDE Y GAGNE.ILS ONT CHOISI DE TRAVAILLER POUR LE BIEN COMMUN AU SEiN D'FNTRFPRISFS QUI VAI ORISFNT LE RESPECT, LA DÉMOCRATIE ET LA SOLIDARITÉ.L'ECONOMIE SOCIALE.ÇA PARLE D'ARGENT ET DE VALEURS HUMAINES.OttHnn 0« llCO^WK VXVIAI Les régions LA COURONNE PÉRIPHÉRIQUE Côte-nord, Gaspésie-îles-de-la-Madeleine et bas Saint-Laurent Une évolution économique différenciée Clermont Dugas et Majella Simard Université du Quebec à Rimouski Les régions de la Gaspésie-tles-de-la Madeleine, du Bas-Saint-Laurent et de la Côte-Nord ont en commun un environnement maritime, une économie fortement appuyée sur la mise en valeur des ressources naturelles, unepopula-tion en décroissance et une structure de peuplement très étalée dont les effets se font particulièrement ressentir sur l\u2019armature de services.Mais elles se différencient néanmoins à bien des égards et notamment par rapport à la nature des emplois, aux taux d\u2019activité, aux niveaux de revenus et aux modalités de développement Durantl\u2019année 2005, ces trois régions ont partagé des problèmes communs, mais ont aussi vécu des événements particuliers à chacune tout en maintenant entre elles les mêmes écarts que par le passé.Elles ont subi toutes les trois les effets de la mondialisation, les conséquences des droits de compensation sur le bois d\u2019œuvre, la diminution des volumes de coupe dans la forêt publique.Toutefois, la Côte-Nord a été beaucoup plus éprouvée par les conflits de travail, alors que la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent ont subi d\u2019importantes pertes d\u2019emplois.La Gaspésie a en outre été déchirée par le problème de la gestion des déchets.L\u2019énergie éolienne en tant que secteur économique émergent continue à mobiliser les énergies et à susciter de l\u2019espoir dans la Gaspésie et le Bas-Saint-Laurent Dans toutes les régions, la diversification économique, le développement technologique et la production de biens spécialisés continuent à mobiliser les énergies.Des réalisations intéressantes ont été faites et des manifestations de dynamisme et de créativité émergent dans toutes les parties du territoire.Toutefois, un ensemble de caractéristiques propres à ces régions telles que l\u2019étalement de leur population, leur dépeuplement, la distance des grands centres, la faiblesse des marchés intérieurs, des problèmes de communication et leur structure économique les rendent particulièrement sensibles à une multiplicité de facteurs externes tels que la compétition nationale et internationale, les décisions politiques, des changements dans le secteur de l\u2019énergie et l\u2019évolution de la demande et des prix pour les matières premières.Les fermetures d\u2019entreprises et les licenciements dé- 581 Le territoire montrent bien que malgré leurs efforts de développement, les résidents et entrepreneurs des régions demeurent fortement soumis à un ensemble de décisions extérieures sur lesquelles ils ont relativement peu de prise.Le Bas-Saint-Laurent Selon l\u2019Institut de la statistique du Québec, le Bas-Saint-Laurent aurait perdu 2000 emplois entre juillet 2004 et juillet 2005.Son taux d\u2019activité, qui a diminué de 1,7 point en un an, s\u2019établissait à 60,1 % en juillet comparativement à 65,3 % pour celui du Québec.Les pertes d\u2019emplois se sont produites autant en milieu rural qu\u2019en secteur urbain.Comme c\u2019est le cas depuis des décennies, la région a évolué de façon différenciée.Les principaux centres urbains ont été les grands bénéficiaires de diverses interventions de développement Malgré leurs pertes d\u2019emplois ils ont accaparé la majeure partie des nouveaux investissements notamment dans le secteur de la construction et des services.La concurrence internationale a entraîné des pertes d\u2019emplois et la fermeture de plusieurs entreprises.Confection JCRde Notre-Dame-du-Lac et la Coopérative de couture de Causapscal ont dû mettre fin à leurs opérations.Uniboard Canada à Sayabec, une des plus importantes entreprises de la région a procédé à 55 mises à pied.Le groupe BSL qui a ouvert récemment une nouvelle usine à Matane a dû supprimer 30 postes.À Saint-Cyprien, l\u2019entreprise Les Moulages AMT a procédé au licenciementd\u2019une dizaine d\u2019employés.Dans Kamouraska, la fermeture de l\u2019usine Agropur, de Saint-Alexandre, a occasionné la perte de 56 emplois.La petite localité de Saint-Bruno a également perdu sa coopérative d\u2019alimentation.Bombardier a aussi procédé à plusieurs mises à pied.À Rivière-du-Loup, la concurrence chinoise a affecté l\u2019industrie du textile.Deux entreprises locales (Qualité Élastique et Calko) ont été dans l\u2019obligation de ralentir de 40 % leur rythme de production, entraînantpar le fàitmême la suppression d\u2019une soixantaine d\u2019emplois.Rimouski a aussi perdu une centaine d\u2019emplois dont plus de la moitié dans son faible secteur industriel.En dépit de ces pertes d\u2019emplois, le dynamisme social et économique a continué de se manifester dans différentes parties du territoire.La ville de Rivière-du-Loup a poursuivi sa croissance dans les secteurs industriel, résidentiel et commercial.La venue de nouvelles entreprises a contribué à faire passer, en l\u2019espace d\u2019un an, le périmètre du parc industriel de cinq à huit millions de pieds carrés.Le secteur commercial a continué son expansion avec l\u2019ajout de nouveaux commerces dans la partie ouest de la ville ainsi que l\u2019arrivée du siège social de Kingsway Transport En outre, la réalisation du carrefour de la nouvelle économie a favorisé la création de 200 nouveaux emplois.Un taux d\u2019inoccupation des logements inférieur à 1 % a aussi contribué à la construction de centaines de nouveaux logements.À Rimouski, le secteur de la construction a été particulièrement dynamique.En plus de financer la réalisation de quatre projets majeurs, soit la salle de spectacle, le garage municipal, la réfection du centre civique et l\u2019aménagement du nouveau lieu d\u2019enfouissement sanitaire, la ville estinter- 582 Les régions venue aussi avec ses encouragements financiers dans la rénovation d\u2019édifices commerciaux du centre-ville.La construction résidentielle a aussi été fort active.Le secteur commercial n\u2019a pas été en reste avec plusieurs chantiers dont la construction du nouveau magasin Tanguay.Les fonds publics gouvernementaux ont aussi contribué au renforcement du secteur institutionnel avec l\u2019aménagement de nouveaux laboratoires de recherche.La ville de Matane a poursuivi ses ef forts de développement dans les domaines de l\u2019éolien, des nouvelles technologies et de l\u2019industrie diamantifère.Elle a connu également une bonne année en ce qui a traita la construction résidentielle et commerciale.Trois commerces ont investi, à eux seuls, près de quatre millions dans l\u2019agrandissement de leurs installations.L\u2019éolien est devenu un objet de grand intérêt dans plusieurs secteurs du Bas-Saint-Laurent.Municipalités, MRC et organismes de développement économique y voient une excellente occasion de diversification de l\u2019économie tantpar les créations d\u2019emplois que par les rentes pour les propriétaires de terrain et les retombées fiscales.Dans le but de maximiser les revenus dans la région, des municipalités veulent même se faire promoteurs.La MRC de Matane, favorisée tout comme la Gaspésie par des mesures gouvernementales particulières, cherche à consolider les bases d\u2019une filière en pleine expansion, particulièrement depuis un an.En effet, outre la présence de deux usines de fabrication de composantes éoliennes, un parc comportant une centaine d\u2019appareils est présentement en voie de réalisation dans les municipalités de Saint-Damase, de Saint-Ulric, de Matane et de Saint-Léandre.Quelques projets liés à la transformation des ressources ont été réalisés ou sont en voie de l\u2019être en milieu rural.À La Pocatière, les travaux d\u2019un incubateur d\u2019entreprises agroalimentaires au coût de 7 millions $ ont été complétés en mars dernier.En outre, une douzaine d\u2019emplois ont été créés à Saint-Pascal grâce à l\u2019implantation d\u2019une usine qui fabrique des coffrets de bois haut de gamme.À Dégelis, dans la MRC deTémiscouata, l\u2019implantation d\u2019une usine de transformation du sirop d\u2019érable, un projet réalisé au coût de 7,9 millions $, a permis de créer 40 nouveaux emplois en plus de consolider le créneau acéricole.Sur l\u2019initiative de l\u2019UPA, un centre de transformation des viandes devant créer une cinquantaine d\u2019emplois sera construit au coût de 3,3 millions $ à Saint-Gabriel-de-Rjmouski.Enfin, la compagnie Sky Power a ajouté Cacouna à sa liste de municipalités où seront installées les 134 éoliennes de son vaste projet L\u2019entreprise compte ériger une quinzaine d\u2019éoliennes de 1,5 mégawatt sur les terres agricoles situées à l\u2019ouest du village.La Gaspésie-îles-de-la-Madeleine La fermeture surprise au début d\u2019août de la cartonnerie de la Smurfit-Stone de New Richmond est l\u2019élément majeur qui a affecté la fragile économie gaspésienne durant la dernière année.Avant cette fermeture le taux d\u2019activité de la région était toujours le plus faible du Québec, se situant à 15 % en bas de la moyenne provinciale.Les emplois à temps plein ont légèrement diminué 583 Le territoire entre juillet 2004 et 2005, tandis que ceux à temps partiel ont augmenté de 32 %.Le revenu moyen y était aussi le plus faible de toutes les régions administratives, comme c\u2019est le cas depuis que l\u2019on en fait la mesure.Après la fermeture de Noranda à Murdochville, puis de la Gaspésia de Chandler, l\u2019arrêt définitif de la production à la cartonnerie de New Richmond marque la fin des activités de la dernière des trois grandes industries de la région.Dans un tel contexte, ce ne sont donc pas seulement les 295 travailleurs de l\u2019usine qui sont pénalisés, c\u2019est toute une région.La fermeture de la cartonnerie affecte des centaines de travailleurs à l\u2019extérieur de l\u2019usine et de nombreux commerçants et entrepreneurs.Elle entraîne la perte d\u2019une masse salariale de 25 millions de dollars.Elle oblige également les propriétaires de scierie à se trouver de nouveaux débouchés pour leurs résidus de sciage.La survie du Chemin de fer de la Baie des Chaleurs est aussi en cause parce qu\u2019elle perd 65 % de son trafic de marchandise.Déplus, comme une bonne partie des employés de la Smurfit-Stone résident à l\u2019extérieur de New Richmond, ce sontpratiquement toutes les localités des MRC de Bona-venture et d\u2019Avignon qui sont directement concernées.Le problème de la Smurfit-Stone s\u2019ajoute à la perte des 200 emplois occasionnés par la fermeture du nouveau centre d\u2019appels de Caplan, localité située immédiatement à l\u2019est de New Richmond.La réduction des droits de coupe dans la forêt publique contribue aussi à assombrir le contexte économique.Dans cette partie du territoire la forêt est la principale ressource exploitée.Les localités de la Baie des Chaleurs ont connu d\u2019importantes dissensions à propos des matières résiduelles.Les municipalités des MRC de Bonaventure et d\u2019Avignon sont depuis longtemps à la recherche d\u2019un endroitpour déposer leurs matières résiduelles.Comme le lieu d\u2019enfouissement sanitaire de New Richmond est plein, les municipalités qui l\u2019utilisaient doivent se trouver d\u2019autres endroits pour déposer leurs déchets.Elles pourraient le faire pour une courte période de temps dans les dépôts en tranchées des petites localités.Mais ces dernières manifestent beaucoup de réticence à le permettre, de peur de se voir elles-mêmes rapidement aux prises avec un manque d\u2019espace.Une proposition récente de la municipalité de Saint-Alphonse pour accueillir le nouveau lieu d\u2019enfouissement régional a été acceptée par les MRC, ce qui a comme conséquence de mettre de côté le projet de les expédier à une nouvelle usine de compostage qui serait construite à Murdochville.Mais il peut s\u2019écouler plusieurs années avant que le site entre en opération s\u2019il reçoit l\u2019aval du ministère de l\u2019Environnement.Entre-temps, il pourra être nécessaire pour certaines municipalités d\u2019exporter leurs déchets à l\u2019extérieur de la région.Tout projet de transport sur de longues distances est loin de faire l\u2019unanimité.On craint évidemment les coûts d\u2019une telle opération et on admet mal d\u2019en arriver à une telle situation sur un territoire en dépeuplement où la densité de population est très faible.Toute la politique de régionalisation des déchets est ici en cause.Heureusement, tout n\u2019est pas négatif en Gaspésie; le développement de l\u2019énergie éolienne contribue à la créa- 584 Les régions tion d\u2019emplois et suscite bien des espoirs.Les secteurs de Gaspé, Chandler etMurdochville constituent les principales zones qui devraient en profiter, suivies, dans une moindre mesure, des Méchins, de Mont-Louis, de Gros-Morne, de l\u2019Anse-à-Valleau et de Carleton.Mais en fait, la plupart des municipalités aimeraient bien tirer avantage de cette nouvelle perspective de développement et différentes stratégies sont mises en place pour obtenir l\u2019implantation d\u2019éoliennes et en maximiser les retombées économiques.Pour Murdochville, l\u2019éolien constitue un des axes de développement retenus en vue d\u2019atténuer l\u2019impact de la fermeture de la Noranda.Au cours de la dernière année, ^Ci y a investi 90 mil-lions pour la construction d\u2019un troisième parc éolien de 54 mégawatts.Le projet, dont les retombées régionales sont sommairement évaluées à 20 millions de dollars, devrait permettre la création de 150 emplois.Murdochville s\u2019est également enrichie d\u2019un centre de recherche sur l\u2019éolien créant une dizaine d\u2019emplois.De plus, une entreprise spécialisée dans le transport des pièces éoliennes devrait s\u2019installer dans la localité, créant entre 50 et 60 emplois.L\u2019éolien s\u2019est également avéré bénéfique pour la ville de Gaspé où General Electric a implanté une usine de composantes pour les pales.Si, durantla phase de construction, la filière éolienne est pourvoyeuse de nombreux emplois, ses retombées sont beaucoup moins significatives à plus long terme.L\u2019entretien des équipements requiert, en effet très peu d\u2019employés.Pour tirer un meilleur parti de la situation, de nombreux intervenants locaux et régionaux préconisent la mise en place d\u2019une politique de redevances.L\u2019impact visuel des éoliennes dans les paysages et leurs conséquences sur l\u2019aménagement du territoire soulèvent aussi des questions.L\u2019effervescence qui prévaut depuis quelques années en vue d\u2019implanter des éoliennes un peu partout a fait quelque peu oublier leurs effets sur l\u2019environnement.Certains craignent que de faibles retombées économiques à long terme pour la région s\u2019exercent au détriment de l\u2019important potentiel que représente le paysage.Des projets de réglementation sont actuellement en cours en vue d\u2019en assurer la protection.Différentes initiatives et réalisations en dehors du secteur éolien ont aussi pris forme à différents endroits.Le secteur de la construction a été très dynamique à Gaspé et des démarches ont déjà été réalisées en vue de l\u2019implantation d\u2019un centre commercial comprenant au moins une grande surface.On vient de terminer à Sandy Beach la construction d\u2019un important complexe de transformation du bois.Dans le secteur de la Baie des Chaleurs, les usines Temrex de Saint-Alphonse et de Nouvelle ontmodernisé leurs installations en vue de diversifier et d\u2019améliorer leurs productions.L\u2019Association coopérative forestière de Saint-Elzéar a aussi modernisé son usine de sciage.À Sainte-Anne-des-Monts on a procédé à l\u2019agrandissement du parc industriel et de l\u2019entreprise Crustacés des Monts.Cap-Chat a bénéficié de l\u2019implantation d\u2019une usine de fabrication de quartz synthétique et de bois de sciage.On a aussi construit une usine de transformation d\u2019algues à Paspébiac et mis en chantier un centre de recherche biotechnologique de la chitosane à 585 Le territoire Rivière-au-Renard.Enfin, aux îles-de-la-Madeleine, le gouvernement du Québec a érigé, au coût de 5,5 millions, un centre de services spécialisés en pêche et en aquaculture.Le domaine des télécommunications a aussi été amélioré.Grâce à une subvention de 18,4 millions $, Télus a complété le déploiement de son réseau de fibre optique, une opération couvrant quelque 900 kilomètres qui a également profité aux Iles-de-la-Madeleine.Le réseau bénéficiera aux 90 écoles du territoire, aux trois commissions scolaires, aux bureaux municipaux, aux bibliothèques, au cégep ainsi qu\u2019aux entreprises privées.La Côte-Nord La vie socioéconomique de la Côte-Nord a été marquée par ses habituelles fluctuations dans le domaine du travail, mais le niveau d\u2019emploi est demeuré sensiblement le même en juillet 2005 qu\u2019il était en juillet 2004.Le taux d\u2019activité s\u2019est aussi maintenu tout près de celui de la moyenne provinciale.Néanmoins deux faits majeurs ont retenu l\u2019attention dans la région, soit le conflit de travail à la minière Québec Cartier Mining (QCM) dont Dofasco est devenu propriétaire dès la fin de la grève et la controverse entourant la coupe de bois dans l\u2019île René-Levasseur, qui oppose la compagnie Kruger aux Innus de Betsiamites.Une grève impliquant 1 400 employés syndiqués a paralysé pendant huit semaines les activités de la compagnie QCM.Cette grève s\u2019est terminée par une convention collective dont les employés se sont dits très satisfaits, compte tenu des gains importants qu\u2019ils ont effectués.Ils ont profité d\u2019une conjoncture très favorable pour le prix du fèr et du retour aux bénéfices pour la compagnie.L\u2019entente d\u2019une durée de six ans implique des hausses de salaire de 4 à 5 % par an et une prime salariale en fonction du prix du minerai du fer, ce qui est une nouveauté permettant aux employés de partager l\u2019augmentation de la richesse de la compagnie.Cette nouvelle convention collective fait contraste avec la situation de 2003, alors que les employés avaient accepté une diminution de 5 % de la masse salariale en raison des problèmes de la compagnie.Le conflit opposant Kruger aux Innus n\u2019est pas qu\u2019économique, car il crée aussi des tensions sociales entre deux communautés.Le conseil de bande de Betsiamites a déposé une requête demandant la fin de l\u2019exploitation forestière sur l\u2019aire commune 093-20 comprenant l\u2019île René-Levasseur et une bonne partie de la région alléguant que les droits de la communauté avaient été brimés par l\u2019octroi du contrat d\u2019approvisionnement forestier à la compagnie Kruger.Le 17 juin, un juge de la Cour supérieure interdisait toute activité forestière dans l\u2019île René-Levasseur jusqu\u2019à ce qu\u2019un jugement définitif soit rendu.Ce jugement n\u2019était que le début d\u2019une procédure judiciaire actuellement en cours.La nécessité de récupérer rapidement le bois brûlé dans l\u2019île à la suite des incendies de l\u2019été a amené le gouvernement du Québec et Kruger à demander et obtenir un sursis afin de récupérer 200 000 mètres cubes de bois brûlé.Les Innus ont répliqué par une requête en autorisation d\u2019appel à la Cour suprême.Les Innus ne s\u2019opposentpas à la récupération du bois brûlé dans 586 Les régions l\u2019île, mais souhaitent faire appliquer leurs conditions.Après le premier jugement de la Cour supérieure, la compagnie Kruger a licencié 153 de ses 750 employés.La perte de bois découlant du jugement du tribunal s\u2019ajoute à celle résultant de la décision du gouvernement du Québec de réduire de 20 % les volumes de coupe sur le territoire québécois.Les difficultés d\u2019approvisionnement de l\u2019entreprise sont susceptibles d\u2019amener d\u2019autres licenciements sur la Côte-Nord.Des propriétaires de machinerie sont aussi concernés par la situation.Dans le secteur de l\u2019aluminium, la ville de Baie-Comeau a particulièrement été affectée.Alcoa y a supprimé 200 emplois en raison de l\u2019accroissement de ses coûts de production.Cette mesure s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019un vaste mouvement de restructuration entamé par la compagnie en mars dernier.Elections municipales du 6 novembre 2005 Quelques résultats MONTRÉAL GéraldTemblay est réélu à la mairie, avec une majorité d'élus de son parti, l'Union des citoyens et citoyennes de ITIe de Montréal, au conseil municipal et une majorité de mairies d'arrondissements.Pierre Bourque est chef de l'Opposition.Richard Bergeron, chef de Projet Montréal, est élu conseiller.QUÉBEC Andrée Boucher, l'ancienne mairesse défu-sionniste de Sainte-Foy, remporte la mairie de Québec.Mme Boucher doit composer avec un conseil municipal formé en majorité de conseillers de l'opposition.LAVAL Gilles Vaillancourt est réélu à la mairie pour un cinquième mandat.Les 21 conseillers élus sont de son parti.Son adversaire, une cégé-pienne de 18 ans, Audrey Boisvert, qui s'est présentée in-extremis contre M.Vaillancourt pour éviter qu'il soit élu par acclamation, a réussi à récolter 16% du vote.LONGUEUIL Claude Gladu est élu à la mairie avec une majorité au conseil municipal.GATINEAU Marc Bureau est élu à la mairie.Il défait le maire sortant Yves Ducharme.SHERBROOKE Jean Perreault est réélu pour un quatrième mandat.Tout l'ancien conseil municipal a d'ailleurs été réélu.SAGUENAY Jean Tremblay est réélu à la mairie et son parti domine le conseil municipal.TROIS-RIVIÈRES Yves Lévesque est réélu à la mairie contre l'ancien ministre péquiste Guy Julien.LÉVIS Danielle Roy-Marinelli, élue à la mairie contre le maire sortant Jean Garon.RIMOUSKI Le patron de la populaire équipe de hockey L'Océanic, Éric Forest, succède à l'ancien président de l'Union des municipalités du Québec, Michel Tremblay, à la mairie de Rimouski.587 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES Le Québec Le Canada Le monde L> -LU-J\u2014^ k P?J t ¦fO *3 ?Le Québec et le Canada LE QUEBEC ET LE CANADA 592 Le Bloc très populaire 597 Québec-Canada : la fin des illusions 603\tSolide comme le RDC ?611 La participation poputaire à la réforme électorale en Colombie-Britannique : quelles leçons pour le Québec?623 La nomination des juges : les seigneurs du droit 631 La Cour suprême du Canada en 2004-2005 : une année québécoise Le Québec, le Canada, le monde Le Bloc très populaire Alec Castonguay Correspondant parlementaire à Ottawa, Le Deuolr Lucien Bouhard et Gilles Duceppe C\u2019estPautomne.Le temps estaussi gris que la mine de plusieurs députés fédéraux du Québec qui ont le malheur de ne pas siéger dans le bon parti.La famille et les amis leur tapent dans le dos, leur souhaite bonne chance, avec dans la voix cette compassion de celui qui sait que l\u2019autre va se casser la gueule.Les sondages montrent une carte politique de la province dominée par un seul parti, qui règne en maître.L\u2019adversaire, lors de l\u2019élection fédérale qui approche, sera 592 Le Québec et le Canada balayé du paysage ou au mieux, poussé dans ses derniers retranchements, avec une poignée de circonscriptions.Automne 2005, avec le Parti libéral du Canada en déroute face au Bloc québécois ?Non, automne 2003, avec la formation souverainiste donnée pour morte et des libéraux fédéraux au zénith dans les sondages.On dit souvent que six mois en politique, c\u2019est long.Et deux ans, donc.Le renversement est spectaculaire, alors que des libéraux fédéraux influents osaientmême prédire en 2003 que le PLC raflerait plus de 70 des 75 comtés du Québec, rien de moins.L\u2019auréolé ministre des Finances Paul Martin se préparait alors à prendre le pouvoir.Le vent soufflait dans l'électorat En cas d\u2019élections, les sondages d\u2019un bout à l\u2019autre du pays donnaientM.Martin vainqueur avec une facilité déconcertante.Le Bloc québécois semblait vivoter et les sondages tombaient les uns après les autres comme une tonne de brique sur la tête des souverainistes.Au milieu de l\u2019automne 2003, les intentions de vote des Québécois accordaient moins de 30 % au Bloc si une élection était déclenchée sur-le-champ.C\u2019estle désastre pour les souverainistes, qui passeraient de 3 8 sièges (3 6 pour le PLC et un au PC) à une vingtaine, tout au plus.Changement de cap Le paysage est aujourd\u2019hui complètement inversé.La politique étant par définition imprévisible, plusieurs facteurs contribueront à renverser la vapeur et à faire du Bloc québécois, à l\u2019automne 2005, quelques mois avantun scrutin déjà annoncé, une force dominante au Québec, en route vers une élection sans tracas.Dans la genèse de cette remontée, deux événements principaux ramènent les libéraux fédéraux sur terre.D\u2019abord, l\u2019arrivée à la tête du pays de Paul Martin en décembre 2003.Rapidement, le nouveau premier ministre déçoit 11 hésite, ne semble pas avoir de ligne directrice claire, ne fonctionne qu\u2019avec sa calculatrice et les sondages, cherchant seulement le meilleur moment pour lancer le pays en élection et se dénicher un vrai mandat après des années sous le règne de Jean Chrétien.La bulle d\u2019espoir se dégonfle tranquillement Déjà, en janvier 2004, six semaines après l\u2019arrivée de Paul Martin au poste de premier ministre, les sondages montrent une légère remontée du Bloc.Un coup de sonde Léger Marketing fàitpour Le Deuoir-CKAC-The Globe and Mail entre le 14 et le 18 janvier accorde 3 6 % des intentions de vote au Bloc, contre 47% au PLC.La pertinence du Bloc à Ottawa est affirmée par 60 % des répondants.Puis, la bombe éclate.Le 10 février 2004, la vérificatrice générale Sheila Fraser dévoile au grand jour le scandale des commandites, déjà déterré dans certains coins par les médias depuis trois ans.Le cataclysme estpuissantetles résultats immédiats.Les libéraux perdent plus de 15 % dans les sondages nationaux en quelques jours.Tous les partis remontent, et au Québec, c\u2019est le Bloc seul qui profite de la grogne des électeurs.Un sondage Crop La Presse-Le Soleil effectué les 25 et 26 février 2004 accorde 48% au Bloc et 32 % au PLC.Depuis, c\u2019est la balade de printemps pour le Bloc.Aux élections de juin 2004, la formation concrétise ses intentions de vote et rafle 48,9 % des suffrages au Québec, avec 54 circonscriptions à la clé.C\u2019estle meilleur résultat de l\u2019histoire du Bloc, qui réédite 593 Le Québec, le Canada, le monde l\u2019exploit de Lucien Bouchard en 1993.Ce dernier avait alors surfé sur la frustration post-Lac Meech, en route vers le référendum sur la souveraineté de 1995.Gilles Duceppe a quanta lui surfé sur le scandale des commandites.Une multitude de facteurs Mais si ce scandale a indéniablement agi comme un catalyseur, il serait faux de prétendre que cet orage qui n\u2019en finit plus est le seul facteur qui explique la popularité du Bloc.«C\u2019estunecombinaison de facteurs, ilyaplus», soutient Jean-Herman Guay, politologue à l\u2019Université de Sherbrooke.Le premier facteur a déjà près de 25 ans.Les Québécois sont divisés entre une rage latente, un inconfort permanent et une méfiance viscérale envers les libéraux fédéraux, et ce, depuis le rapatriement de la constitution en 1982.Les chiffres sont là pour en témoigner.La dernière domination rouge au Québec remonte à 1980, alors que les troupes de Pierre Elliott Trudeau emportaient 74 des 75 circonscriptions de la province, laissant un village gaulois au Parti conservateur.En 1984, Brian Mulroney et son « beau risque» démolissaient les libéraux en amenant 58 députés du Québec à Ottawa.Mulroney en a remis une couche en 1988, avec 63 élus au Québec.La province est alors plus bleue - une teinte différente, il va sans dire - que maintenant Et elle est restée bleue sans relâche depuis.Le Bloc de Lucien Bouchard estcréé en 1990 et rafle 54 comtés en 1993, puis 44 en 1997 sous Gilles Duceppe.La domination diminue en 2000, quand les libéraux de Jean Chrétien s\u2019approchent à deux sièges du Bloc, qui reste majoritaire au Québec avec 38 élus, contre 36 au PLC et un au PC.Mais en 2004, le Bloc refaitle coup de 1993 et remporte 54 sièges.On le voit, les Québécois n\u2019ont pas accordé leur confiance aux libéraux de fàçon claire et majoritaire depuis 25 ans.C\u2019estplutôttoutle contraire.À chaque élection, saufcelle de 2000 qui a été le théâtre d\u2019un véritable affrontement, le PLC se creuse les méninges pour ne pas se faire engloutir et rayer de la carte.Et il peut dire merci à ses châteaux forts de Montréal.La pente à remonter pour les libéraux fédéraux au Québec est donc beaucoup plus abmpte que la simple cote des commandites.Le lien de confiance entre les Québécois et cette formation politique est si mince qu\u2019il se brise au moindre coup de vent Du travail bien fait Rien d\u2019étonnant donc à ce qu\u2019une solution de rechange comme le Bloc québécois fàsse fureur.Surtout lorsque sa raison d\u2019être première lui garantit un nombre important d\u2019appuis, notamment chez les francophones : le bassin de souverainistes.« Dans le cas particulier du Bloc, l\u2019importance du chefest accessoire par rapport à sa fonction de représentation des partisans de la souveraineté à la Chambre des communes.La disparition de ce parti, tant souhaitée par les stratèges et les organisateurs du Parti libéral fédéral, n\u2019est donc pas pour demain », écrivait dans Le Devoir du 15 juin 2005 le spécialiste en sondage Jean Noiseux.Dans son texte, qui suivait la décision du chefdu Bloc, Gilles Duceppe, de ne pas fàire le saut sur la scène provinciale pour remplacer le chef du PQ Bernard Landry, Jean 594 Le Québec et le Canada N oiseux met le doigt sur une autre force du Bloc qui s\u2019est développée depuis sa création.«Le scandale des commandites a fortement renforcé la position électorale du Bloc, écrit-il.L\u2019attrait de voter pour un parti qui a de fortes chances d\u2019être porté aupou-voir est dorénavant beaucoup moindre pour les électeurs que les qualités de transparence et d\u2019intégrité de ses candidats.À cela, il faut ajouter que plusieurs élections ont permis au Bloc de créer avec ses électeurs une affiliation partisane distincte de celle du Parti québécois.» Les élus du Bloc n\u2019ont jamais été au pouvoir, n\u2019ont jamais manipulé l\u2019argent des contribuables, et par conséquent, ne peuvent pas avoir les mains sales, se disent les électeurs.Et la population connaît aussi bien mieux les candidats et les députés du Bloc.La formation a grandi, s\u2019estimposée eta développé ses propres liens avec l\u2019électorat « Le Bloc n\u2019a plus l\u2019apparence du club école du PQ estime le politologue Jean-Herman Guay.Ce n\u2019est plus le petit parti souverainiste.Le Bloc est même perçu comme étant plus fort que le PQ présentement II est au centre de l\u2019actualité depuis 18 mois et ça l\u2019aide énormément » Le travail de terrain a aussi sa large part dans les succès du Bloc.Un travail qui remonte à la discipline de fer imposée par Lucien Bouchard et perpétuée par Gilles Duceppe.Le Bloc étant constamment sous surveillance à Ottawa, les autres partis et les médias scrutant le moindre faux pas de la formation « séparatiste » qui « encombre » le Parlement, il faut faire mieux que les autres.Le Bloc ne peut donc se permettre des erreurs.Les députés connaissent leur dossier sur le bout des doigts, tant les nouveaux venus que les vétérans.La rigueur est de mise.Les députés bloquistes quadrillentdonc leur circonscription au centimètre près, rencontrent les élus locaux, les chefs d\u2019entreprises, les groupes de pression, les citoyens, etc.Quand arrive une élection, ils sont prêts, difficiles à prendre en revers, saventquoi faire.La machine est efficace et les gens ne doutent plus que leur député du Bloc fait un bon travail à la Chambre des communes.C\u2019est déjà un énorme poids de moins pour une formation souverainiste.Un refuge de frustration Ce travail de fond amène tout naturellement l\u2019argument principal du chef blo-quiste : «Nous sommes là pour défendre les intérêts du Québec, la souveraineté, ça ne se fàitpas à Ottawa», a répété maintes fois Gilles Duceppe.Un bon travail, une connaissance des dossiers, puis un peu de souveraineté dans quelques discours.un cocktail tout à fàit digeste pour les nationalistes québécois qui hésiteraient normalement à soutenir un parti souverainiste.« Le Bloc est un refuge de frustration facile, un catalyseur sans conséquence, puisqu\u2019il ne fera pas la souveraineté, explique Jean-Herman Guay.Le Bloc a l\u2019avantage d\u2019être dans l\u2019opposition et d\u2019avoir un spectre de position très vaste.Il n\u2019a pas de décision à prendre, pas de compromis à fàire, donc il ne déplaît pas.Il esten phase avec un nationalisme très large.Il n\u2019a pas d\u2019aile radicale comme le PQ.Ils peuvent jouer sur tous les tableaux.» De plus, le Bloc peut se concentrer uniquement sur le Québec, toujours en équilibre sur les valeurs de la province, alors que les partis nationaux doiventaussi être à l\u2019é- 595 Le Québec, le Canada, le monde coûte des autres régions du pays, déchirés entre les clivages idéologiques parfois immenses que l\u2019on connaît La faiblesse du Parti conservateur de Stephen Harper et du NPD de Jack Layton à toucher les Québécois montre bien cette difficulté.La terre labourée par le Bloc depuis 1993 estpeu fertile aux autres partis, qui doivent trouver leur niche entre le refuge facile du Bloc et les libéraux.Et cette faiblesse du PC et du NPD nourrit également la domination du Bloc, dans un cercle vertueux pour la formation souverainiste.Le chef; bien que secondaire selon Jean Noiseux, joue tout de même un rôle important dans les succès actuels du Bloc.Depuis le désastre de la campagne électorale de 1997 - où il avait tout de même soutiré 44 députés -, Gilles Duceppe a mangé ses croûtes, bataillé ferme etappris sur le tas.De sorte qu\u2019aujourd\u2019hui, il est de loin le chef de parti le plus expérimenté à Ottawa.Et cela paraît À l\u2019aise avec les médias, habile en Chambre lors de la période de questions, conscient de ses armes législatives et des moyens procéduraux mis à sa disposition, il tire les cordes stratégiques avec facilité.Ses adversaires le respectent et le craignent Lors de la campagne électorale de juin 2004, il était le seul chef à avoir une campagne électorale derrière la cravate.et il en avait même deux! Résultat : aucune gaflè et une connaissance de la joute électorale qui l\u2019a bien servi, même si le scandale des commandites le rendait de toute façon intouchable, ou presque, par les libéraux fédéraux.Et la suite?Où conduiront ces facteurs favorables dans les prochains mois ?Fort probablement au même point que maintenant L\u2019élection annoncée pour février ou mars 2006 ne de-vraitpas causer de surprise pour le Bloc québécois.En juin 2005, les sondages montraient des intentions de vote à plus de 50 %, ce qui pourrait lui valoir près de 60 circonscriptions au prochain scrutin.Et au pire, une réédition, à peu de choses près, de l\u2019élection de juin 2004.Évidemment, les libéraux fédéraux ne se laisseront pas vaincre sans livrer bataille.Les travaux de la commission Gomery maintenant dans le rétroviseur, mis à part les rapports attendus en novembre et en décembre, le PLC pourra au moins sortir la tête de l\u2019eau dans la province.« Depuis février 2004, le Bloc est en mode attaque contre les libéraux.Qu\u2019est-ce qui va arriver maintenant que les travaux de Gomery sont terminés?C\u2019est à voir.Les libéraux vont vouloir reprendre l\u2019offensive.Ça fait des mois que le PLC est coincé au Québec, qu\u2019aucun message ne peut passer dans l\u2019électorat Là, ils vont tenter de reprendre du terrain », soutient Jean-Herman Guay.11 faudrait toutefois une crise majeure au Bloc ou un changementgigantesque de perception pour transformer la balade du Bloc en escalade périlleuse lors du prochain scrutin.« Le Bloc est en quasi-monopole jusqu\u2019à la prochaine élection, dit Jean-Herman Guay.Ensuite, c\u2019est trop risqué de se prononcer.La politique, c\u2019est tellement imprévisible.» Parlez-en aux libéraux fédéraux ou aux bloquistes qui étaient présents à l\u2019automne 2003.596 Le Québec et le Canada Québec-Canada : la fin des illusions Jean Cermakian Géographe, Université du Québec à Trois-Riuières Paul Martin Les deux cofondateurs de la Confédération canadienne, John A.Macdonald et Georges Étienne Cartier, auraient du mal à retrouver en 2005 les principes fondateurs du pays qu\u2019ils mirentau monde en 1867.Les colonies de l\u2019Amérique du Nord britannique, pauvres, peu peuplées, séparées les 597 Le Québec, le Canada, le monde unes des autres par des centaines de kilomètres de territoire inhabité et hostile, ne ressemblaient en rien au Canada actuel : io provinces, 3 territoires et une population de 32 millions d\u2019habitants reliés les uns aux autres par des réseaux de transport et de communications dont l\u2019importance et la complexité n\u2019ont fait que croître depuis la fondation du pays.Le Québec, avec ses 7,5 millions d\u2019habitants, représente près du quart de la population canadienne (et donc de la députation fédérale) et demeure la deuxième province en importance démographique et économique.À première vue, la croissance de la population et de la richesse du Canada a été spectaculaire depuis ses débuts.Mais plusieurs problèmes viennent compliquer ce tableau à première vue reluisant L\u2019objectif de cet article est d\u2019identifier ces problèmes et de conclure avec quelques éléments de prospective à court terme.Problème n° 1 : L\u2019abandon des principes fondateurs Le Canada de 1867 reposait sur trois principes essentiels qui constituaient ce que Macdonald appelait la National Policy et qui ont été appliqués pendant plus d\u2019un siècle.Tout d\u2019abord, il fallait construire un chemin de fer transcontinental pour relier entre elles les colonies britanniques dispersées entre l\u2019Atlantique et le Pacifique; il fallut attendre près de 20 ans (jusqu\u2019en 1885) pour que la première locomotive en provenance de Montréal atteigne le Pacifique à Vancouver.Deuxième principe : le chemin de fer, voie de commerce et de peuplement, n\u2019avait un sens que si l\u2019on édifiait un mur douanier commun face au voisin américain.Troisième principe : à armes très inégales, il fallait lutter contre l\u2019impérialisme territorial des États-Unis (ceux-ci avaient acheté l\u2019Alaska aux Russes en 1867 ; la tentation était donc grande pour eux d\u2019annexer aussi le territoire canadien qui séparait l\u2019Alaska de l\u2019État de Washington).Dès sa fondation, le Canada se définit comme pays afin de résister aux pressions expansionnistes de son grand voisin.Problème n° 2 : L\u2019intégration économique du continent Mais on a eu beau appliquer ces principes et faire venir d\u2019Europe des dizaines de milliers d\u2019immigrants pour peupler le territoire canadien, les États-Unis se sont développés plus vite; ils ont maintenant neuf fois plus d\u2019habitants que le Canada et un niveau de vie plus élevé.Leur économie a besoin du pétrole et des nombreuses richesses naturelles du Canada, fl devenait dès lors illusoire de maintenir des barrières douanières qui pénalisaient finalement plus les producteurs canadiens que les clients américains, qui eux pouvaient se tourner vers d\u2019autres sources.Mais il fallut attendre près d\u2019un siècle avant de percer des brèches dans le mur douanier : d\u2019abord avec le pacte de l\u2019automobile (1965), puis avec les deux traités de 1988 et 1993 (libre échange Canada - USA puis ALENA).Depuis 1994, les économies américaine et canadienne sont de plus en plus intégrées, ce qui n\u2019empêche pas Washington de fermer la frontière quand cela fait son affaire (vache folle et bois d\u2019œuvre, par exemple).Beaucoup d\u2019entreprises de petite ou moyenne taille (notamment au Québec) en ont profité pour élargir leurs marchés et ainsi créer 598 Le Québec et le Canada des emplois; d\u2019autres (bois d\u2019œuvre) ont souffert des quotas ou surtaxes imposés par nos voisins.D\u2019autre part, le dynamisme et la taille de l\u2019économie américaine ont entraîné une mainmise de sociétés américaines sur des compagnies canadiennes tout à fait rentables, comme dans le domaine du commerce de détail et de l\u2019alimentation.Si l\u2019on fait le bilan des dix années d\u2019intégration, on arrive donc à un résultat mitigé et préoccupant Problème n° 3 : La fin du mythe des deux peuples fondateurs Lors de la fondation du Canada en 1867, les anglophones formaient deux tiers de la population, les francophones un tiers.De nos jours, les francophones représentent un peu moins du quart de la population canadienne.Malgré une natalité très forte jusqu\u2019en i960, les francophones ont fait face à une immigration venue d\u2019horizons divers, mais qui allait grossir les rangs des anglophones de l\u2019Ontario et de l\u2019Ouest; même au Québec, avant l\u2019adoption de la loi 101 en 1977, la majorité des immigrants optaient pour l\u2019anglais comme langue d\u2019usage, et comme langue d\u2019enseignement pour leurs enfants.De plus, depuis l\u2019entrée en vigueur de la Constitution de 1982, les droits collectifs ont cédé le pas aux droits individuels, lesquels n\u2019incluent pas la protection linguistique des groupes minoritaires.On peut donc dire que le pacte fondateur entre les deux « nations », francophone et anglophone, ne tient plus, ou a été tellement dilué dans le multiculturalisme canadien, que les francophones ne constituent plus au Canada que la plus importante des minorités ; et les re- Jack Layton censements successifs, depuis 1961, montrent que si le français maintient sa position au Québec, et y progresse même un peu, la place du français dans le reste du Canada est de plus en plus restreinte.On assiste donc à une polarisation croissante entre le Québec et le reste du Canada sur le plan des langues d\u2019usage, ce qui n\u2019augure rien de bon pour l\u2019avenir des relations entre les deux communautés.Problème n° 4 : Le Québec et le reste du Canada de plus en plus distincts En 1987, sous le gouvernement conservateur, le premier ministre Brian Mulroney tenta de faire accepter par l\u2019ensemble des premiers ministres des provinces canadiennes l\u2019idée de signer un accord reconnaissant le caractère distinct du Québec; ce fut la saga de l\u2019Accord du Lac Meech, que deux provinces (Terre-Neuve et le Manitoba), représentant moins de 5 % de la population canadienne, refusèrent d\u2019entériner.À défaut d\u2019un accord unanime, le Québec se fit signifier un message 599 Le Québec, le Canada, le monde Stephen Harper clair par le Rest of Canada : pas question de statut particulier, même pas de manière symbolique ! Une telle attitude, renforcée par l\u2019attitude intransigeante du gouvernement libéral de Jean Chrétien à partir de 1993, faillit donner un « oui » gagnant au référendum sur la souveraineté en octobre 1995, et fit basculer les deux tiers des sièges du Québec à la Chambre des Communes dans le camp souverainiste (en juin 2004, 54 des 75 circonscriptions du Québec firent élire des députés du Bloc québécois).En cela, le Québec est devenu, dans les faits, une province pas comme les autres, un peu par défaut, devant l\u2019incompréhension et le manque de dialogue des dirigeants du Canada anglophone avec un Québec où plus de 40 % de l\u2019électorat se reconnaît dans le projet souverainiste.Problème n° 5 : La fin du dialogue entre francophones et anglophones Le Canada de 1867 était basé sur un compromis historique entre Canadiens fiançais et anglais : ces derniers voulaient un gouvernement fédéral fort afin de mettre en place la National Policy; les francophones voulaientune autonomie aussi grande que possible pour défendre leur langue et promouvoir leur culture minoritaire.11 en résulta une fédération maquillée en confédération (la définition de cette dernière serait plutôt une association d\u2019États quasi-souverains, sur le modèle des cantons qui forment la Confédération suisse), d\u2019où le grand malentendu issu des tractations entre Macdonald et Cartier entre 1864 et 1867.On connaît la suite : partout en dehors du Québec, les autorités provinciales éliminèrent systématiquement les écoles françaises séparées, l\u2019éducation étant de juridiction provinciale, et Ottawa se garda bien d\u2019intervenir.Même lorsque fut adoptée la Loi fédérale sur les langues officielles en 1969, l\u2019obligation de services bilingues pour accommoder les populations minoritaires ne s\u2019appliqua qu\u2019aux services fédéraux.Seul le Nouveau-Brunswick adopta le bilinguisme officiel au niveau provincial en 1968, en reconnaissant officiellement le fait que près du tiers de sa population avait alors le fiançais pour langue maternelle.En 2005, le Canada est donc un pays anglophone, avec une province essentiellement francophone, une province bilingue et le reste de cet immense territoire avec des minorités francophones de plus en plus assimilées.Comment, dès lors, parler de dialogue entre les deux grandes communautés linguistiques qui forment le Canada ?Problème n° 6 : Un pays «balkanisé» et ingouvernable De précédentes analyses (Cermakian, 2001 et 2004), basées sur les résultats 600 Le Québec et le Canada des deux dernières élections fédérales, ont démontré que depuis 1993 le Canada n\u2019est plus gouvernable dans la conjoncture politique actuelle, avec une assise territoriale plus régionale que nationale pour la plupart des partis fédéraux.Le résultat en est qu\u2019une majorité parlementaire est difficile à constituer et que le pays s\u2019achemine vers l\u2019instabilité chronique de gouvernements minoritaires (durée de vie moyenne : de 18 mois à 2 ans).Tel n\u2019était pas le cas pour la période précédente (1984-1993).Le Canada était alors gouverné par la grande alliance entre conservateurs de l\u2019Ouest et nationalistes du Québec (sous couvert de leur allégeance conservatrice, ils passèrent pour la plupart au Bloc québécois après le naufrage de Meech en 1990), avec curieusement l\u2019Ontario en opposition et toujours en majorité libéral.Ce fut en fait une alliance artificielle entre « alliancistes » ultra conservateurs de l\u2019Ouest, futurs «bloquistes » du Québec et conservateurs « progressistes » de l\u2019Ontario et de l\u2019Atlantique, mais cette alliance permit au Canada de connaître une stabilité politique réelle et un resserrement des liens politiques et économiques entre le Canada et les États-Unis.Depuis 1993, après la victoire des libéraux de Jean Chrétien, seules les provinces de l\u2019Atlantique firent élire des députés de chacun des trois partis fédéralistes, le Québec devint le fief du Bloc, l\u2019Ontario une forteresse libérale et l\u2019Ouest le centre de gravité des conservateurs.Cette répartition géographique reflète la « balkanisation » politique du Canada.Cet état de choses favorise le renforcement des tendances centrifuges des dif fërentes régions : l\u2019Atlantique attiré par la Nouvelle-Angleterre, le Québec tenté par la souveraineté, l\u2019Ouest canadien orienté de plus en plus par l\u2019Ouest des États-Unis.Cette réalité a été décrite par de nombreux auteurs, notamment des géographes canadiens (Bone, 2002), mais aussi par des observateurs étrangers ayant des affinités avec le Canada (Garreau, 1982).Toutes ces descriptions pointent vers le fait que (mis à part le Québec), les régions du Canada ne sont en fait que les prolongements de grandes régions des États-Unis.Sur la carte de l\u2019Amérique du Nord telle qu\u2019imaginée par Garreau, on peut voir que la façade canadienne du Pacifique est incluse dans Ecotopia, région qui va de San Francisco à Anchorage.Les territoires nordiques sont inclus dans le Empty Interior au même titre que les déserts du Nevada et de l\u2019Arizona, le sud des Prairies dans le Breadbasket, le sud de l\u2019Ontario dans The Foundry et les provinces de l\u2019Atlantique dans New England, une classification bien plus réaliste que le découpage officiel en provinces et États.Après tout, la National Policy de 1867 était une stratégie pour contrecarrer cette attraction vers le sud des différents noyaux de peuplement dispersés à travers le Canada.Mais on voit bien qu\u2019en 2005 cette stratégie ne fonctionne plus depuis au moins vingt ans.Le Canada anglophone s\u2019américanise de plus en plus, le Québec un peu moins, et plus de 80 pour cent de nos exportations vont vers les États-Unis.Cette tendance lourde n\u2019estpas près de s\u2019inverser ni même de s\u2019atténuer dans un proche avenir.601 Le Québec, le Canada, le monde Jean La pi erre Une mini prospective en guise de conclusion Quels sont les scénarios imaginables pour l\u2019avenir des relations entre le Québec et le reste du Canada ?Elles sont au nombre d\u2019au moins quatre : i)\tLe statu quo politique et constitutionnel, accepté par l\u2019ensemble du Canada anglophone, mais non par le Québec, dont les gouvernements suc- cessifs ont toujours refusé de signer la Constitution de 1982 ; 2)\tUne réforme constitutionnelle en profondeur qui ferait du Canada une Confédération sur le modèle de la Suisse (Constitution suisse de 1848), avec une base fiscale qui donnerait 90 pour cent du « pouvoir de dépenser » aux provinces et aux municipalités ; 3)\tUn Québec souverain, avec ou sans union économique et monétaire entre le Québec et le reste du Canada, à la suite d\u2019un référendum au Québec; 4)\tUn Canada balkanisé en quatre ou cinq grands États souverains (Colombie, Prairies, Ontario, Maritimes avec ou sans Terre-Neuve) une fois que le Québec aurait voté en faveur de la souveraineté.Un tel scénario pourrait entraîner (mais pas forcément) l\u2019absorption d\u2019un ou plusieurs de ces États par le voisin américain.Ces quelques scénarios ontpour but d\u2019alimenter la réflexion de nos concitoyens, et d\u2019abord de la classe politique dont les membres sont imputables aux citoyens de ce que Jean Chrétien qualifiait, il y a quelques années, de « meilleur pays du monde ».Références BONE, RobertM., The Regional Geography ofCanada.Second Edition.Oxford University Press, DonMills, 2002,556 p.CERJVLAKIAN, Jean, «Un pays divisé : géopolitique des élections fédérales du 27 novembre 2000», Quebec 2002, Fides, Monttéal, 2001, p.669-675.CERJVLAKIAN, Jean, «Un territoire, deux solitudes », Annuaire du Quebec 2005, Fides, Monttéal, 2004, p.666-672.GARREAU, Joel, The Nine Nations ofNorth America, Avon, New York, 1982,427 p.602 Le Québec et le Canada Solide comme le ROC Antoine Robitaille Journaliste, Le Deuolr Debut 2005, le Canada anglais traversait une période de confiance en lui-même ine'-gale'e, jusqu\u2019à développer des complexes de supériorité'.La commission Gomerg et ses suites, notamment la remontee de l\u2019option souverainiste au Québec, ont ébranle'cette belle assurance, sans toutefois l\u2019annihiler.Le Canada « n\u2019est pas vraiment un pays qu\u2019on aime, mais un pays pour lequel on se fait du souci », écrivait jadis l\u2019écrivain canadien anglais Robertson Davies.L\u2019angoisse est un trait de caractère fondamental du ROC (Rest of Canada).Et cette angoisse a deux sources: d\u2019abord, celle d\u2019être englobé dans le grand toutétats-unien.Ensuite: de périr dans une grande dislocation : souveraineté du Québec, autonomie de l\u2019Alberta, déloyauté radicale de Terre-Neuve, etc.1 Mais début 2005, la phrase de Davies en semblaitplus pertinente.Car grâce à un singulier alignement des planètes économique et identitaire, les deux grandes peurs du ROC - « en-globement» et« éclatement»-parais-saient pratiquement jugulées.C\u2019était, bien sûr, avant la commission Gomery.Nous y reviendrons.L\u2019AVANT-GOMERY Dix ans après « le grand effroi », qui a traversé l\u2019échine du ROC dans les mois qui ont précédé le référendum de 1995 sur la souveraineté, « les périls guettant le Canada semblent aujourd\u2019hui bien minces», affirmait en décembre 2004 le chroniqueur du Globe and Mail, Lawrence Martin.Selon le célèbre sondeur Michael Adams, président de Environics, les dernières enquêtes d\u2019opinion de cette firme démontraient clairement que « les Canadiens forment un peuple qui a surmonté sa mentalité coloniale pour développer une confiance forte et grandissante en lui-même ».Le symbole huard Quel décalage par rapport aux années 1990! En 1995, non seulement le Canada risquait d\u2019éclater, mais l\u2019État central croupissait sous les déficits et sa dette.Cette année-là le Wall Street Journal avait même évoqué « la faillite du Canada », avait rappelé Lawrence Martin.Le huard entamait alors sa chute de valeur qui allait le mener au début de la présente décennie sous le plancher historique des 65 sous américains.Juin 1999 : le magazine Maclean\u2019s, en page couverture, sur un fond noir déprime, présentait même un dollar canadien de 2010 avec, en son centre, 603 Le Québec, le Canada, le monde le visage de George Washington, en lieu et place du célèbre volatile.Sous l'illustration, cette phrase : « Sap it ain\u2019t so».L\u2019union monétaire avec les États-Unis était « inévitable », répétaient à l\u2019époque des économistes comme Thomas Courchesne, rattaché à l\u2019Institut C.D.Howe.Tr juillet 1999 : l\u2019humeur était tellement maussade que le cabinet Chrétien, lors d\u2019une longue réunion, avait abordé, pour définir des façons de la contrer, la question de l\u2019éventuelle fusion du Canada avec les États-Unis.Puis vint le 11 septembre 2001 et les contraintes qui forçaient le Canada à harmoniser ses règles d\u2019immigration.L\u2019ancien premier ministre Brian Mulroney plaida pour une union douanière avec les États-Unis.Encore une fois, le RDC fut quitte pour une sérieuse déprime à la George Grant (célèbre pour son essai de 1964 Lament Jor a Nation, qui prophétisait la fin du Canada).En 2002, l\u2019historien Michael Bliss, dans le National Post, prédisait que le Canada deviendrait une « banlieue nord des États-Unis », laquelle opterait tôt ou tard pour la « fusion » avec la « grande ville au sud ».La notion d'« annexion tranquille » faisait florès.Période rose Etau début de 2005, avant Gomery?Tous les nuages noirs semblaient avoir quitté la place publique canadienne anglaise.« Sans le sous-estimer, nous avons appris à vivre avec le souverai-nisme», disaitmême Lawrence Martin, admettant qu\u2019il s\u2019était trompé en prédisant en 2003 la disparition du Bloc québécois.De plus, le fédéral -l\u2019État considéré dans le RDC comme le plus important- nage dans les surplus.Le huard a rebondi et se maintient autour de la barre des 85 sous US.Des inquiétudes économiques encore plus anciennes s\u2019étaientapaisées.«Nous avons survécu à l\u2019ALE et à l\u2019ALENA», concède le politologue de l\u2019Université de la Colombie-Britannique Philip Resnick, qui s\u2019était opposé au libre-échange.Oui, celui-là même qui s\u2019était querellé avec son collègue québécois Daniel Latouche dans les années 80 et « contre » qui il avait signé le « livre dispute » Letters to a Quebecoisjfiend (publié chez Boréal en français et suivie d\u2019une Réponse à un ami Canadien, signée Latouche).Resnick considérait comme une « trahison » l\u2019appui des souverainistes du Québec au libre-échange, un accord qui « tuerait le Canada », avait-il écrit.Et aujourd\u2019hui?«Je l\u2019avoue, dit Resnick, les Cassandres dont j\u2019étais ont été contredits.Les pires scénarios ne se sontpas réalisés.Malgré une plus forte intégration économique, on se sent différents sur le plan des valeurs.» Selon Michael Adams, l\u2019identité canadienne anglaise contraste même de plus en plus avec l\u2019américaine, laquelle a pris depuis 20 ans une tangente néo-conservatrice.Adams l\u2019a claironné dans Fire and Ice (Penguin Canada), un livre au titre fort, qui décrypte, à partir d\u2019enquêtes d\u2019opinion, les différences entre les deux pays nord-américains.Par exemple, le sentiment religieux décline au Canada et progresse aux États-Unis.«Nous pouvons faire du commerce avec les Américains, regarder leurs films etleur télévision et admirer leurs idoles, mais non seulement nous restons malgré tout Canadiens dans les valeurs que nous chérissons, mais plus le temps 604 Le Québec et le Canada passe et plus celles-ci deviennent de plus en plus canadiennes.» Mariage gai, décriminalisation de la marijuana : le côté « hippy nation » du Canada, selon le terme de la militante de gauche Naomi Klein (auteur de No Logo), tend à l\u2019emporter.Optimiste, le chroniqueur Lawrence Martin dit que les craintes d\u2019être annexé par les Américains « ne sont plus réalistes ».Au contraire, « nous sommes en train de devenir un vrai pays nordique », lequel pourra, dans les prochaines décennies, diversifier ses échanges avec d\u2019autres superpuissances comme la Chine ou l\u2019Union européenne et profiter de ses richesses autrefois insoupçonnées, comme les gisements de diamant Le NON Un point tournant, pour l\u2019identité du ROC, fut le Non du Canada aux États-Unis sur l\u2019Irak, en 2003.Peu après les attentats de septembre 2001, Michael Bliss s\u2019interrogeait: «la souveraineté serait-elle une autre de ces moribondes illusions canadiennes?» Le gouvernement Chrétien avait beau insister pour dire qu\u2019il ne suivrait pas automatique-mentles États-Unis dans ses aventures belliqueuses, «mais dans la réalité, il ne pourrait faire grand chose d\u2019autre », avait prédit Bliss.«En théorie, nous pourrions exercer notre droit d\u2019être différents », écrivait-il , mais «le prix à payer serait trop élevé», ce pourquoi, selon Bliss, on suivrait assurément les Américains.Peu après que le Canada eut décidé de ne pas joindre l\u2019effort de guerre des deux plus grands pays de « l\u2019anglosphère» (confrérie des pays anglosaxons), un autre historien canadien anglais, Jack Granatstein, se disait terrifié : « les Américains sontplus que jamais furieux à l\u2019endroitdu Canada et lorsque la poussière retombera sur l\u2019Irak, ils se vengeront».Or, deux ans plus tard, les habitants du ROC constatent que « le ciel n\u2019est pas tombé sur la tête du Canada », comme le souligne la chroniqueuse Chantal Hébert Cela a d\u2019ailleurs facilité la décision de ne pas adhérer au bouclier anti-missile.Lawrence Martin fait remarquer qu\u2019à ce propos, l\u2019opinion populaire a largement précédé celle des élites.Et se maintient dans son opposition, malgré l\u2019attitude des voisins du sud sur la question de la vache folle, par exemple.Au Canada, la presse est de droite et le peuple, de gauche et patriotique, ditMartin en s\u2019étonnant qu\u2019aucun journal ou presque, dans le ROC, n\u2019ait appuyé la décision de Paul Martin de dire « non merci » au bouclier anti-missile.Ces craintes des élites à l\u2019égard des États-Unis révèlent selon lui « que des traces de colonialisme subsistent dans les classes favorisées».Sur l\u2019Irak, rappelle-t-il, « 85 % des Québécois appuyaient Chrétien.Mais il faut savoir qu\u2019ils étaient aussi 71 % dans le ROC à soutenir le premier ministre», ajoute-t-il.En fait, seule l\u2019Alberta, l\u2019unique« Étatrouge»-c\u2019est-à-dire républicain - voulait en majorité suivre les États-Unis.Le National Post démenti Revenons à la fin des années 90, marquées par les critiques acerbes du National Post à l\u2019endroit du Canada, qualifié de « canukistan socialiste » voué à la faillite.Le journal de droite n\u2019en finissait plus de dire que les Canadiens étaient trop taxés, que l\u2019État y était trop présent, pas assez pro- 605 Le Québec, le Canada, le monde ductifs, que les cerveaux s\u2019exilaient au sud, etc.Bliss, encore, parlaitdu Canada comme d\u2019un pays « mal géré, mal gouverné, où la dénégation est un mode de vie, où la médiocrité passe pour de l\u2019excellence, où la politique de l\u2019abandon à la petite semaine devient la norme ».Or aujourd\u2019hui, le Post a adouci sa ligne éditoriale, entre autres parce qu\u2019il avait perdu nombre de lecteurs, note Chantal Hébert Souvenons-nous que ce journal, sorti de la cuisse de Conrad Black, avait démarré en lion, défendant avec verve une vision néo-conservatrice du Canada.Black y publiait de grands papiers faisant la leçon au Canada de Chrétien « socialisant » et peu productif.Aujourd\u2019hui, le journal n\u2019appartient plus à l\u2019arrogant magnat.il a été acheté par un admirateur de Jean Chrétien.Et Black?Il est totalement déchu, poursuivi pour une affaire de « cleptocratie d\u2019entreprise », croqué par des caméras de surveillance en train de dissimuler des boîtes de documents.Son sort rappelle les affaires Enron.Sans compter que c\u2019est l\u2019État Bush au sud, son modèle, qui multiplie les déficits etvoitla valeur de sa monnaie chuter.Utopie réalisée Ainsi, devant ces succès, les chroniqueurs, commentateurs et intellectuels qui ont le haut du pavé dans le RDC célèbrent le Canada comme un modèle à exporter.Comme le philosophe de l\u2019Université de Toronto, Joseph Heath, qui a remporté un succès considérable avec son essai TheEJtcimt Society, dont le sous-titre était«pourquoi le Canada est le pays qui se rapproche le plus de l\u2019utopie ».Selon lui, le Canada a su trouver un « équilibre durable » entre intervention de l\u2019État etla main invisible du marché.Les classements du « meilleur pays » de l\u2019ONU l\u2019ont démontré, disait-il.« J\u2019ai écrit ce livre parce que je voulais dire que l\u2019on perdait beaucoup à imiter les États-Unis», ditHeath, qui constate que son point de vue est beaucoup plus partagé dans le RDC qu\u2019il y a cinq ans.Le philosophe rappelle aussi que l\u2019arrivée massive d\u2019immigrants depuis les années 80 avait fait craindre le pire à de nombreux Canadiens, notamment l\u2019essayiste Richard Gwyn et l\u2019écrivain Neil Bissoondath.« Or, ditHeath, ça se passe plutôt bien.En tout cas, les taux de crime n\u2019ont pas augmenté.L\u2019intégration se fait » Cette idée d\u2019un multiculturalisme «réussi» revient régulièrement dans le ROC.Un autre philosophe, Will Kymlicka, s\u2019est fait le théoricien etparfois le porte-parole, de cette réussite canadienne, bien qu\u2019il nuance son constat Une mission universelle D\u2019autres ne s\u2019embarrassent pas de nuances.« Le monde nous regarde », disait l\u2019intellectuel Michael Ignatieff lors d\u2019une grande conférence au congrès du Parti libéral du Canada, à l\u2019hiver.« Si nous échouons, l\u2019avenir des États multilingues et multiculturels s\u2019annonce sombre, dans l\u2019ère moderne.Du Sri Lanka à l\u2019Irak, de l\u2019Afrique du sud à l\u2019Ukraine, nous pouvons aider à promouvoir le fédéralisme démocratique.» La politique étrangère canadienne, poursuivait-il, doit chercher à exporter « la paix, l\u2019ordre et le bon gouvernement» [les mots clé de la constitution canadienne].Bref, elle doit viser à « répandre le rêve canadien » dans le reste du monde.Notamment par une action internationale « à la Pearson », la signature de traités 606 Le Québec et le Canada (comme celui d\u2019Ottawa sur les mines anti-personnel), le Canada pourrait transformer le monde.Ce type de position, courante dans le ROC, sont consignées dans le livre At Home in The World de Jennifer Welsh, une spécialiste canadienne en relations internationales, qui enseigne à Oxford, conseille Paul Martin et qui a rédigé en partie la nouvelle politique canadienne en matière de relations étrangères.« C\u2019estincroyable, le Canada devient chez certains un modèle universali-sable! », réagit Philip Resnick, en rapportant que Will Kymlicka est déjà allé jusqu\u2019à parler de « canadianisation du monde».Selon le politologue, « il y a un nouveau messianisme qui s\u2019ignore ici », soulignant que c\u2019est habituellement les grandes nations comme les États-Unis et la France qui ont eu ce genre d\u2019ambition.« Mon sens critique m\u2019oblige à me montrer sceptique », dit Resnick, déplorant cette «naïveté».Européanisation Alors que le National Post répétait sans cesse, jadis, que « les cerveaux canadiens s\u2019exilaient au sud », ce sont des Américains des « États bleus » - ces « blue states » qui ont voté pour le démocrate John Kerry après la réélection de George Bush, qui se sont mis à envisager de déménager au Canada.Le site Web d\u2019immigration Canada a été pris d\u2019assaut dès l\u2019annonce des résultats.«Ce fut un symbole très fort qui conforta bien des Canadiens dans leur sentiment qu\u2019ils avaient le bon modèle », dit Joseph Heath.Autre symbole : des indépendantistes du Vermont ont réclamé le rattachement au Canada.Aux lendemains de l\u2019élection, le Toronto Star publia même une carte fictive où les frontières de l\u2019Amérique du Nord étaient totalement redessinées.En haut, on trouvait un gros pays, le «United States of Canada», formé des io provinces canadiennes et des fameux blues states américains ayant refusé Bush.En bas, le Texas et ses États acolytes constituaient le «Jesusland».Cette vision des choses n\u2019est pas qu\u2019imaginaire, semble-t-il.Dans la revue canadienne The Walrus, en février 2005, l\u2019intellectuel américain très connu Jeremy Rjfkin signait un long article où il décrivait dans le menu détail tous les liens transfrontaliers qui sont en train de se forger entre les « États bleus » et les provinces canadiennes, entre autres grâce aux traités de libre-échange.Son propos : démontrer que les États bleus et le Canada forment une majorité sur ce continent et que celle-ci pourrait un jour former une « Nouvelle union nord américaine » ! Et le rêve de cette majorité est., européen.« Lors de mes récents voyages au Canada, j\u2019ai été impressionné par le fait que les valeurs canadiennes s\u2019apparentent à celles de l\u2019Europe qui se fait Au fond, le rêve européen pourrait bien se qualifier de rêve canadien », écrit Rjfkin.L\u2019idée est dans l\u2019air, faut croire, puisque Philip Resnick a publié début 2005 un petit livre, The European Roots of Canadianldentitii (Broadview Press) où il fait ressortir les « nombreux aspects selon lesquels le Canada est un pays plus européen que les États-Unis ».Michael Adams va plus loin.C\u2019est maintenant le vieux continent qui lorgne de ce côté : « le Canada, c\u2019est le type d\u2019endroit que l\u2019Europe souhaite devenir.Et ça, les États-Unis ne s\u2019en rendent pas compte.Nous avons un secteur public très fort, dans lequel une 607 Le Québec, le Canada, le monde forte majorité de citoyens et de politiciens veulent investir (.).Nous sommes en fait une solution qui cherche un problème.Bien sûr, tout n\u2019estpas parfait ici, mais ça va pas mal bien, il faut l\u2019avouer », lance le sondeur.La « nouvelle assurance » du Canada anglais n\u2019est toutefois pas à toute épreuve.Philip Resnick insite pour dire que « le questionnement sur sa propre identité», «l\u2019incertitude quantàl\u2019avenir », bref la définition du Canada de Robertson Davies, demeure malgré tout importante.Michael Adams, lui aussi, concède que certaines choses pourraient venir gâcher cette belle période : « le Québec pourrait décider de se séparer avant la fin de la décennie.Les États-Unis pourraient tomber en crise économique grave.Et un autre important attentat terroriste au sud aurait pour conséquence de réduire de beaucoup notre marge de manœuvre.» Grâce au Québec Cette identité qui rend les habitants du ROC si confiants aujourd\u2019hui serait-elle en grande partie québécoise?Plusieurs l\u2019affirment.La conviction que le marché ne peut être laissé à lui-même et que l\u2019État peut très bien intervenir dans l\u2019économie; le pacifisme et la promotion du droit international ; le contrôle des armes à feu; les politiques sociales post-modernes ultra-individualistes, presque libertaires à certains égards, comme sur la décriminalisation de la marijuana; la méfiance croissante envers le religieux; l\u2019extrême « tolérance » sur les questions sociales : mariage homosexuel, divorce, avortement, etc.: sur toutes ces questions, le Québec a les positions les plus radi- cales au Canada, comme le confirme le sondeur Michael Adams.Le ROC a toujours beaucoup puisé au Québec, rappelle pour sa part le chercheur de l\u2019ÉNAP Christian Dufour, qui réfléchit à cette dynamique depuis une vingtaine d\u2019années.Le politologue Daniel Latouche, lui, dit carrément que « c\u2019est le Québec qui a cré le ROC, comme quoi il faut toujours tout faire dans la vie! Malheureusement, j\u2019ai bien peur que notre \u201ccréation\u201d ne nous soit pas très reconnaissante».Pas si vite.Lawrence Martin est de ceux qui soulignent que le Québec a eu une influence sur l\u2019ensemble du Canada en l\u2019entraînant vers le « centre-gauche ».Martin rappelle que la culture politique québécoise, est« plus étatiste et plus influencée par les courants européens que les autres parties du Canada».C\u2019est pourquoi, depuis la révolution tranquille, les courants politiques conservateurs canadiens se sont heurtés à l\u2019influence québécoise et les «Westerners ont toute les raisons du monde d\u2019être amers ».En décembre 2004, dans une chronique du Globe and Mail, Martin écrivait : « bien que le mouvement souverainiste ait presque détruit le pays, c\u2019est l\u2019excès même du pouvoir québécois à Ottawa qui a préservé ce même pays.» En effet, expliquait-il, si, pendant toutes ces décennies, les dirigeants canadiens avaient été des conservateurs de l\u2019Ouest nullement contraint à cultiver de base électorale au Québec, « quel sorte de pays aurions-nous?».D\u2019une part, supputait Martin, le Québec aurait peut-être déjà fait sécession.D\u2019autre part, le Canada dans son ensemble aurait été beaucoup moins différent des États-Unis qu\u2019à 608 Le Québec et le Canada l\u2019heure actuelle; il aurait en tout cas été moins épris « de droits linguistiques, de justice sociale et d\u2019autres valeurs progressistes ».L\u2019APRÈS-GOMERY Mais tout cela, c\u2019était avant Gomery, nous l\u2019avons dit.Plus précisément avant ce mois de mars 2005 où le désormais célèbre juge entama ses audiences à Montréal.Avant les bombes de Jean Brault et les incroyables révélations de Benoit Corbeil sur le «réseau libéral» et le « référendum volé ».Fin avril, début mai, un, puis deux sondages indiquent un « effet Gomery » dans l\u2019opinion québécoise.La souveraineté passe la barre des 50% dans l\u2019opinion.Une des deux grandes angoisses du RDC, «l\u2019éclatement», remontre donc le bout de son nez.C\u2019est alors que quelques voies extrêmement marginales du RDC, inouïes dans les précédentes crises, tentent d\u2019évoquer une nouvelle voie : la souveraineté du Québec est « inévitable ».D\u2019ailleurs, «elle est déjà en grande partie réalisée».Il faut« donner raison » au chef bloquiste Gilles Duceppe: « Le reste du Canada et le Québec seraient plus heureux séparés qu\u2019unis.» « Divorçons de façon amicale.» Ces phrases sont de plumes connues comme Paul Jackson, du Calgary Sun et Richard Gwyn, du Toronto Star.Pour ce dernier, «il est difficile pour les Canadiens de le reconnaître», mais le Québec, depuis la Révolution tranquille, est lancé dans un processus qui le sépare du Canada graduellement, sans grande rupture.Une séparation « à la canadienne», dit Gwyn, parce qu\u2019elle s\u2019apparente à la façon dont le Canada a lentement coupé les ponts avec la Grande-Bretagne tout en maintenant quelques liens symboliques.Colère Mais contrairement à Gwyn et Jackson, la quasi totalité des commentateurs et éditorialistes du Canada anglais ragent Lawrence Martin, dans le Globe and Mail, affirme qu\u2019il y a eu le plan A, fait d'«apaisement» ; le plan B, lui, consistait à riposter aux séparatistes.« Ne serait-il pas temps de passer au plan C, pour \u201ccouper les vivres\u201d ?Plus un sou d\u2019Ottawa » au Bloc québécois.Tout autant exaspéré, le chroniqueur humoristique du Toronto Star, en juin, écrit qu\u2019avant un troisième référendum, le TRRROC («The Rip-Snorting, Raring-to-Go, Red-Blooded Rest of Canada », autrement dit, le ROC très déterminé) devrait sortir le Québec de son indécision chronique et tenir un référendum.La question ?« Il faudra la formuler soigneusement pour respecter la Loi sur la clarté.» Slinger propose : « Devrait-on se débarrasser du Québec ?» Se disant exaspéré par la Belle Province, ses hésitations et ses menaces incessantes, Slinger écrit que le thème de la campagne du OUI serait simple : « Goodbye ! », ou encore : « Enlevez-nous de votre chemin ».Et si le Québec part?Première conséquence à court terme: la fin du français, puisque cette langue, sur ce continent, «ne peut pas plus survivre en dehors du Canada qu\u2019un poisson sur une table de snooker ».Par ailleurs, les avantages pour le ROC seront considérables : ce sera « la fin des paiements de transfert.Nous pourrons avoir plus d\u2019argent dans nos poches, tellement que chaque Torontois pourra être pro- 609 Le Québec, le Canada, le monde priétaire de son propre wagon de métro », dit Slinger.Heureusement, la clarté Plusieurs, comme le Globe and Mail, en éditorial, s\u2019accrochent à un espoir : «heureusement qu\u2019il y a la clarté», cette loi fédérale imposant une question claire et une majorité claire.À l\u2019approche de la fête de la Saint-Jean-Baptiste, par exemple, dans un éditorial, le Toronto Star commente la décision de Gilles Duceppe de renoncer au leadership du PQ et de rester à Ottawa.Certes, il s\u2019agit d\u2019un « soulagement pour les fédéralistes du Québec».Le chef du Bloc demeure toutefois une «véritable menace à l\u2019intégrité du pays», opine le Star.Et il faut sans tarder déployer l\u2019énergie nécessaire pour défendre le Canada au Québec.D\u2019abord, on doit rappeler la Loi sur la clarté, qui impose aux souverainistes les règles du jeu, de la majorité claire à une question claire.Ensuite, « il faut qu\u2019on répète aux Québécois que dans l\u2019année qui a suivi le référendum de 1995, le Parlement a adopté une résolution qui reconnaissait que le Québec était une \u201csociété distincte\u201d ainsi qu\u2019une loi qui conférait au Québec, à l\u2019Ontario, à la Colombie-Britannique et à chacune des deux régions un veto sur tout changement constitutionnel ».Le Star somme les fédéralistes: ils doivent faire prendre conscience aux Québécois que le Canada est « un des pays les plus libres du monde » et que c\u2019est « une réussite ».«Nous ne devons pas nous comporter en somnambules » comme en 1995, conclut le Star.Mais qui parlera pour le Canada?Cette question angoissait le Toronto Star, dès juin.Selon le Star, rien ne garantit que les Québécois rejetteront encore une fois la souveraineté.Les circonstances ne sont plus celles de 1980 ou de 1995.Star souligne que «jamais les Québécois n\u2019ont éprouvé autant d\u2019antipathie envers les libéraux fédéraux».Etles conservateurs de Stephen Harper leur sont étrangers.Le Star estime donc que les Canadiens doivent montrer aux Québécois «qu\u2019on peut leur faire une meilleure place au Canada», mais «sans tomber dans la complaisance ».Ottawa etle ROC, selon le Star, doivent pleinement participer au débat à venir afin de «remettre en question les arguments des souverainistes ».Et ça prendra un leadership fort Mais à qui faire confiance?«Paul Martin a-t-il ce qu\u2019il faut pour gérer le dossier de la souveraineté?Le ministre des Transports, Jean Lapierre, est-il la bonne personne pour diriger l\u2019équipe du gouvernement national au Québec?Le ministre de l\u2019Environnement, Stéphane Dion, à qui Paul Martin a décidé de retirer son rôle de lieutenant québécois parce qu\u2019il était un fidèle de Jean Chrétien, ne doit-il pas avoir un rôle plus important au Québec ?» À ces questions, le Star, à l\u2019époque, disaitnepas avoir de réponses.Gageons que l\u2019angoisse les conduira à y répondre assez rapidement Notes 1 Nous nous sommes penché sur ce trait dans « Le Canada anglais : une petite nation qui s\u2019ignore », texte sur l\u2019état du Canada anglais dans [ \u2019Annuaire du Québec 2003, éditions Fidès, Montréal, 2002, pages 649-663.610 Le Québec et le Canada La participation populaire à la réforme électorale en Colombie-Britannique : Quelles leçons pour le Québec ?Henry Milner Politologue, Collège Vanler et Université Laual Peu de gens nient le fait que le déficit démocratique soit particulièrement grand au Canada.Le taux de participation aux élections a atteint le niveau très bas de 60%, inégalé jusqu\u2019alors, lors de l\u2019élection fédérale générale de 2004, plus bas pour la première fois que celui des États-Unis la même année.Et puisque nous savons que cette baisse est due en grande partie à un manque d\u2019intérêt générationnel pour la politique électorale1, nous devons nous attendre à ce que le taux continue de chuter.Il n\u2019est ainsi pas étonnant que l\u2019on considère la manière spécifique dont fonctionnent les élections, le système électoral, comme étant un élément du problème, et que beaucoup de gens - pas seulement les experts -croient que pour régler le problème du déficit démocratique, on doive commencer par réformer le système électoral.Il y a cinq ans le Canada était considéré comme le dernier bastion du système électoral majoritaire à un tour, hérité de la Grande-Bretagne.Ceci a changé considérablement depuis lors2.En effet, il y a des raisons de croire que 2006 s\u2019avérera être une année décisive pour la réforme électorale.Si l\u2019élan remarquable des deux dernières années n\u2019est pas perdu, la prochaine année pourrait marquer le début de la fin du système britannique du « premier-à-la-ligne-d\u2019arrivée ».À l\u2019fle-du-Prince-Édouard, à la suite d\u2019une consultation publique, un nouveau système électoral sera soumis au plébiscite d\u2019ici novembre prochain.Un processus semblable est prévu au Nouveau-Brunswick où un rapport réclamant une réforme électorale a été soumis par une Commission royale au début de 2005.Même le Parlement fédéral est entré dans la partie : une Commission parlementaire, qui s\u2019adjoindra des citoyens qui n\u2019auront pas droit de vote, consultera les Canadiens à cet effet cet automne.Elle a entre les mains une proposition concrète pour établir un nouveau système électoral formulé par la Commission du droit du Canada.611 Le Québec, le Canada, le monde Cette approche fédérale ressemble à celle du Québec, où une Commission de l\u2019Assemblée nationale, qui s\u2019adjoindra également des représentants non votants des citoyens, sollicitera l\u2019avis de la population et des organismes et experts québécois cet automne.Et les législateurs québécois, contrairement à leurs homologues d\u2019ailleurs, ont devant eux un projet de loi qui présente en détail un nouveau système électoral.Le Québec propose un système électoral mixte compensatoire (SMC) pour l\u2019élection des 125 législateurs, dont 75 représenteraient différentes circonscriptions, et les autres seraient des représentants régionaux distribués de façon compensatoire pour assurer une représentation proportionnelle des partis.Si tout se produit tel que prévu, l\u2019Assemblée nationale adoptera un nouveau système électoral avant la fin de 2006.Dans cet article, j\u2019examine ce qui se passe ailleurs au Canada afin de jeter la lumière sur la réforme électorale au Québec.D\u2019une manière générale, les développements au Québec s\u2019inscrivent autour d\u2019un consensus naissant sur la version particulière de SMC utilisée pour élire les membres du Parlement écossais - bien qu\u2019il y ait des différences dans les versions proposées pour le Nouveau-Brunswick, l\u2019Ile-du-Prince-Édouard, le Québec et (par la Commission du droit) pour la Chambre des communes.Au Nouveau-Brunswick, le premier ministre a nommé une Commission de démocratie législative de neuf personnes, qui a réclamé un SMC de 36 représentants élus sur la base d\u2019un système de « winner-take-all » (le vainqueur rafle tous les sièges), dans dif- férents comtés devote, et 20 représentants sur une base régionale élargie.Pour sa part, la Commission de l\u2019île-du-Prince-Édouard a également recommandé un SMC, suggérant qu\u2019il y ait 21 sièges de comté et 10 sièges de liste.La proportion de sièges de liste est de moins que le tiers proposé par la Commission du droit.La version du Québec se distingue par la petite taille des comtés régionaux proposés.Elle propose que le territoire québécois soit découpé en 26 comtés électoraux, chacun devant comporter, en moyenne, 3 circonscriptions électorales fortement inspirées de celles utilisées lors des élections fédérales, ainsi que 2 députés de liste représentant le comté.Puisque la proportion de voix requises pour se qualifier pour un siège compensatoire est élevée dans le cadre de ce découpage, elle impose un seuil qui est trop élevé et qui constitue un obstacle à la fois inutile et illégitime pour les petits partis qui cherchentà être représentés à la législature (je reviens à cette question dans la section de conclusion).L\u2019expérience la plus innovatrice jusqu\u2019ici est celle de la province de Colombie-Britannique (CB), particulièrement en raison de la façon dont elle a mené la consultation populaire par laquelle le nouveau système a été identifié.En effet, le processus a rayonné bien au-delà des frontières de la CB ou même du Canada.La réforme a été remise entre les mains d\u2019une « assemblée » de citoyens ordinaires qui devaient décider quelle proposition devrait être présentée aux électeurs dans un référendum obligatoire.Au moment où j\u2019écris ces lignes, l\u2019Ontario se prépare à lancer un procédé semblable.612 Le Québec et le Canada Dans cet article, j\u2019examine l\u2019expérience de la CB pour étudier le rapport entre la méthode choisie pour faire par-ticiper des citoyens et les résultats obtenus, c\u2019est-à-dire le système électoral proposé.Plus spécifiquement, j\u2019avance que la méthode de participation populaire choisie explique en quoi la proposition de la CB est une version du système de VUT (vote unique transférable) utilisé en Irlande et à Malte et dans des régions de l\u2019Australie, dans lesquelles les électeurs établissent un ordre de priorité des candidats dans des comtés à plusieurs députés.Le VUT (STV en anglais - Single Transferable Vote) est une forme de système électoral qui offre le choix le plus large possible aux électeurs.Je démontrerai que ce n\u2019estpas un hasard que le processus décisionnel, qui a maximisé la participation citoyenne en CB, en soit arrivé à choisir un système de VUT, une proposition tout à fait inattendue et peu commune.Dans d\u2019autres cas de réforme électorale, le choix adopté ou proposé s\u2019apparente à une forme du système de SMC conçu en Allemagne.Ceux-ci incluent la Nouvelle-Zélande, l\u2019Écosse, le Pays de Galles, le Québec, l\u2019tle-du-Prince-Édouard, le Nouveau-Brunswick et le Parlement fédéral canadien.L\u2019avantage comparatif du SMC par rapport aux autres systèmes proportionnels est qu\u2019il maintient le lien entre l\u2019électeur et son représentant (lien qui existe dans notre système actuel), car plus de la moitié des sièges à combler sont des sièges simples de comté.Cet avantage n\u2019était cependant pas suffisamment grand aux yeux de l\u2019Assemblée des citoyens de la CB, qui ont plutôt choisi une forme de VUT.L\u2019Assemblée des citoyens de la Colombie-Britannique Tout a commencé en 1996 lorsque, même s\u2019il avait remporté plus de voix qu\u2019à l\u2019élection précédente, le chef libéral de la CB, Gordon Campbell, a été défaitaux élections législatives.Il a promis que, s\u2019il était élu la fois prochaine, il proposerait aux citoyens une réforme du système électoral.Après avoir pris le pouvoir en 2001, remportant tous les sièges de l\u2019Assemblée législative sauf deux, il a tenu parole, mandatant aussitôt l\u2019ancien cheflibéral Gordon Gibson pour qu\u2019il explore les différentes façons de mener une consultation publique.La proposition de Gibson de créer une « Assemblée des citoyens » a été par la suite approuvée par la législature de la CB, qui a nommé Jack Blaney, ancien président de l\u2019université de Simon Fraser, comme président de l\u2019Assemblée.La composition de l\u2019Assemblée a reflété la volonté de garder le processus de la réforme électorale hors des mains des politiciens et de leurs intérêts personnels : toute personne impliquée en politique partisane a été exclue.Une invitation a été envoyée à un échantillon aléatoire de 200 électeurs de chaque comté électoral (préparé par Elections BC), stratifié par sexe et par âge.Parmi ceux qui ont accepté, dix hommes et dix femmes ont été choisis au hasard etinvités à assister à des réunions régionales d\u2019information.À la fin de la réunion, parmi ceux qui ont choisi de continuer, un homme et une femme ont été choisis au hasard pour chaque comté.Ont également été ajoutés aux 158 choisis ainsi deux autochtones parmi ceux qui s\u2019étaient rendus à la dernière étape de sélection aléatoire, 613 Le Québec, le Canada, le monde car aucun n\u2019avait été tiré au sort.En général, le groupe était tout à fait représentatif de la population de la CB, - excepté que les membres de l\u2019Assemblée étaient davantage impliqués dans leur communauté que la moyenne des gens.L\u2019agent de recherche principal de l\u2019Assemblée, Ken Carty, les décrit comme suit: «Tout comme les Britanno-Colombiens, ils sont de partout dans le monde (40 % sont nés dans la province, 30 % dans le reste du Canada et 30 % à l\u2019étranger) mais, à la différence de la législature de la province, les membres sont équitablement répartis entre les sexes.L\u2019adhésion à l\u2019Assemblée a impliqué un engagement important de temps et d\u2019énergie - les membres ont passé au moins 30 jours pendant 2004 sur le travail de l\u2019Assemblée - ainsi, il n\u2019est pas étonnant de constater que ceux qui ont accepté de participer avaient déjà un niveau élevé d\u2019engagement social.Presque tous étaient des voteurs assidus et 90% d\u2019entre eux ont signalé qu\u2019ils étaient bénévoles dans des associations communautaires locales, certains étant même actifs dans différents plusieurs groupes locaux.Les membres de l\u2019Assemblée avaient donc d\u2019emblée de bonnes connaissances en politique canadienne, mais la majorité en connaissait relativement peu sur d\u2019autres systèmes électoraux, et la plupart d\u2019entre eux ne pouvaient pas identifier les pays dans lesquels différents types de systèmes ont été employés^ » Les 160 membres de l\u2019Assemblée re-cevaientun remboursementpour leurs dépenses et pour la garde de leurs enfants, ainsi que des honoraires de 150 dollars par jour de travail.L\u2019Assemblée des citoyens a commencé sa phase d\u2019é- tude lors de six week-ends à Vancouver (entre le 10 janvier et le 21 mars 2004), suivis de 49 auditions publiques qui ont eu lieu dans des centres régionaux à travers la province en mai et en juin.L\u2019Assemblée a d\u2019abord publié un « Rapport préliminaire aux personnes de Colombie-Britannique» de huit pages, présentant des arguments pour et contre la réforme et invitant tous les citoyens à y contribuer.En réponse à son appel, l\u2019Assemblée a reçu 1 603 soumissions publiques écrites.Après le congé estival, les discussions finales ont continué pendant l\u2019automne, et plusieurs semaines furent consacrées à la fin à l\u2019élaboration des recommandations et à leur présentation au Procureur général le 15 décembre 2004.Il n\u2019est pas étonnant que l\u2019Assemblée ait choisi de proposer un véritable changement; des observateurs ont d\u2019ailleurs rapporté un haut niveau d\u2019enthousiasme parmi ses membres.Des rapports ont suggéré qu\u2019ils tenaient absolument à ce que le fruit de leurs efforts soit réellement mis en application, ce qui les a obligés à soumettre une proposition susceptible d\u2019être approuvée par 60% d\u2019électeurs, avec un appui majoritaire de 60 % des comtés, suivant les exigences de la loi référendaire.Ceci excluait des aspects qui pouvaient provoquer l\u2019opposition, telle l\u2019augmentation du nombre de membres de la législature, ou l\u2019imposition de quotas pour les femmes.Après avoir restreint leur choix au SMC et au VUT, les membres de l\u2019Assemblée se sontréunis à l\u2019automne pour deux week-ends afin de concevoir un modèle pour chacun des deux modes de scrutin.Ces réunions plénières étaient ouvertes au public : en- 614 Le Québec et le Canada trée libre, premier arrivé, premier servi.Bien qu\u2019elles aient été télévisées, ces réunions étaient tellement populaires qu\u2019il était nécessaire d\u2019arriver bien avant le début afin d\u2019obtenir un siège dans l\u2019auditorium où elles étaient tenues.Les premières réunions, qui ont eu lieu les 25 et 26 septembre, devaient élaborer un conceptpour un modèle de VUT.Dans ses communiqués suivant la session, l\u2019Assemblée a décrit ce modèle comme suit : « Les électeurs choisiraient les candidats en ordre de préférence en numérotant les candidats sur le bulletin de VUT (1, 2, 3, etc.).Les votes seraient alors comptés d\u2019une manière à assurer que les candidats obtenant le plus de préférences soient élus.Par consensus, les membres de l\u2019Assemblée ont proposé qu\u2019il y ait 2 ou 3 députés pour des comtés nordiques et éloignés, et jusqu\u2019à 7 dans des secteurs urbains denses.Les frontières des comtés devraient être redessinées par une commission provinciale de frontières.À quoi les bulletins de vote du VUT ressembleraient-ils?Les membres de l\u2019Assemblée ont proposé que les noms des candidats soient groupés sous des étiquettes de parti, mais que les noms soient en ordre aléatoire plutôt qu\u2019alphabétique.Etl\u2019ordre aléatoire tournerait, de sorte qu\u2019aucun candidat n\u2019obtienne toujours la très convoitée première place sur le bulletin de vote.Cela signifie que plus d\u2019une version du bulletin de vote devrait être imprimée pour chaque comté.Le VUT change selon le nombre de candidats que l\u2019électeur doit numéroter.Avec ce système, vous pourriez voter pour un ou plusieurs.Et qu\u2019arriverait-il si un siège se libérait entre deux élections générales ?Les membres de l\u2019Assemblée ont décidé que des élections partielles devraient être tenues (plutôt que de redépouiller les bulletins originaux et de recompter les préférences des électeurs).De telles élections partielles devraient employer un système alternatif de voix (AV), ont précisé les membres de l\u2019Assemblée.Dans ce cas, les électeurs rangent également des candidats numériquement Mais si aucun candidat ne gagne plus de 50 % des votes au premier comptage, les deuxièmes préférences énumérées sur les votes du candidat ayant le moins réussi sont distribuées parmi les candidats restants.Ce processus continue jusqu\u2019à ce qu\u2019un candidat ait une majorité de voix4.» Les membres de l\u2019Assemblée ont passé le week-end des 16 et 17 octobre à concevoir leur version d\u2019un système électoral mixte compensatoire (SMC).Dans ses communiqués suivant la session, l\u2019Assemblée l\u2019a décrit comme suit: « Avec le modèle de SMC conçu par les membres de l\u2019Assemblée, 60 % des 79 députés de la CB seraient élus directement comme représentants d\u2019une circonscription électorale.Une conséquence serait l\u2019agrandissement des circonscriptions.Les 40% restants viendraient des listes de noms préparées par les partis, avec des sièges assignés de sorte que, à la fin, la part de sièges de chaque parti reflète sa part de voixpopulaires.Les électeurs auraient donc deux choix à faire sur leur bulletin, le premier pour un représentant de circonscription et le second pour un candidat provenant des listes départi.Les électeurs voteraient pour des candidats de listes de partis de leur région.615 Le Québec, le Canada, le monde Mais des sièges de liste seraient assignés en fonction des votes à la grandeur de la province, afin d\u2019assurer la proportionnalité.Les listes de parti seraient « ouvertes », et les électeurs pourraient numéroter les candidats sur la liste en fonction de leurs préférences.Les députés de circonscription seraient élus par un système alternatif de voix (AV).Sous le système AV, les électeurs classent les candidats en mettant 1,2,3, etc.à côté de leurs noms.Mais si aucun candidat ne gagne la majorité des votes au premier comptage, les deuxièmes préférences énumérées sur les votes du candidat ayant le moins réussi sont distribuées parmi les candidats restants.Ce processus continue jusqu\u2019à ce qu\u2019un candidat ait une majorité de voix5.» En réalité, aucun système de SMC n\u2019ofïire à des électeurs autant de choix que celui proposé par l\u2019Assemblée.Tout comme leur version du VUT, tel que nous le verrons, l\u2019application d\u2019un tel système affaiblirait les partis politiques en limitant leur capacité à établir des priorités par leur choix des listes et des candidats.En outre, augmenter les choix des électeurs de cette manière rendrait la participation aux élections complexe, et découragerait presque certainement les électeurs de voter.Samedi le 23 octobre 2004, le VUT a supplanté le SMC et a été choisi par l\u2019Assemblée des citoyens, par un vote de 123 voix contre 31.Afin d\u2019expliquer ce choix, il faut notamment souligner l\u2019argumentation importante en faveur du VUT présentée par le partisan le plus visible de la réforme, Nick Loenen, chef de l\u2019organisation Fair Voting BC.Également, Ken Carty, l\u2019agent de recherche en chef de l\u2019Assemblée, est professeur de science politique à l\u2019université de Colombie-Britannique etl\u2019auteur d\u2019un livre sur la réforme électorale irlandaise.Son adjointe, Campbell Sharman, est une spécialiste australienne de la science politique vivant au Canada, et connaît particulièrement bien les VUT utilisés dans plusieurs états australiens aussi bien que dans des élections nationales pour le Sénat.Bien qu\u2019il offre un vaste choix de candidats, leur version du SMC a été rejetée par les membres de l\u2019Assemblée, car elle accorde une trop grande importance aux partis politiques.Le premier rapport du représentant du VUT pour le site Internet de l\u2019Assemblée énonce cette orientation clairement: « Pour moi, il s\u2019agit d\u2019une question de démocratie.À mon avis, les élections portent sur la personne qui me représente moi et mes intérêts.Je n\u2019ai pas encore trouvé un parti qui me représente vraiment, et ce en quoi je crois vraiment.Je vois le VUT comme me permettant de voter pour un candidat qui représente le plus étroitement ce que j\u2019aime et quelles questions je voudrais voir avancées.» Puis il ajoute : « Et la personne est redevable à nous et pas au parti ».Après avoir préféré le VUT au SMC, choisir entre le VUT etle statu quo n\u2019était qu\u2019une formalité.Le jour suivant, l\u2019Assemblée des citoyens a adopté leur version du VUT, et soumis comme recommandation aux personnes de Colombie-Britannique; seuls 11 députés ont voté non.Après l\u2019accord final, un rapport de 16 pages a été présenté le 10 décembre 2004 lors d\u2019une réunion ouverte du Conseil des ministres à Victoria.Voici les mots que l\u2019Assemblée a choisis afin de compléter son mandat: 616 Le Québec et le Canada Le 17 mai 2005, la question de référendum placée devant tous les électeurs sera celle-ci: «La Colombie-Britannique devrait-elle passer au système électoral de VUT tel que recommandé par l\u2019Assemblée des citoyens sur la réforme électorale?Oui/Non » (« Should British Columbia change to the BC-VUT electoral system as recommended by the Citizens\u2019 Assembly on Electoral Reform?Yes/No ») La raison de ce choix est bien expliquée par Ken Carty.Abordant le sujet à la conférence de Mel Smith à l\u2019université Trinity Western le 24 février 2005, Carty a comparé la proposition de la CB à « l\u2019arrangementrelativement conservateur du Québec, proposé par les experts et les prolèssionnels de parti ».« Lors du processus démocratique, les électeurs ont des priorités dif-lërentes.Soucieux d\u2019assurer l\u2019équité, le choix et la représentation, les citoyens sont susceptibles d\u2019être plus enthousiastes au sujet du VUT que les politiciens professionnels car, entre autres, il leur promet: Plus de choix : les électeurs peuvent classer les candidats dans l\u2019ordre de leur choix, sélectionnant les candidats d\u2019un seul parti ou plutôt des candidats parmi différents partis.L\u2019utilisation de comtés à plusieurs députés donne à des partis une véritable raison de produire une équipe équilibrée de candidats qui reflète la diversité sociale et culturelle du comté.Meilleure réaction : étant donné l\u2019ouverture à la compétition à l\u2019intérieur des partis, les politiciens doivent être encore plus sensibles à leurs électeurs afin de garder leurs sièges.Ceci marque la fin de l\u2019ère des sièges garantis pour les politiciens.Discipline de parti transformée : les partis doivent équilibrer leurs intérêts avec les intérêts électoraux de leurs membres.Ceci mine un modèle autoritaire centré sur le chef.Représentation proportionnelle : la part de sièges d\u2019un parti reflète l\u2019appui électoral qu\u2019ils ont parmi le public.Politique de coalition par opposition au modèle de confrontation : sachant qu\u2019ils devront former un gouvernement de coalition, les partis sontainsi incités à pratiquer de la politique d\u2019accommodation.Indépendants : c\u2019est probablement le seul système électoral qui donne vraiment aux candidats indépendants une chance respectable d\u2019être élus.» Peu importe ce que l\u2019on pense du résultat, le processus était fort impressionnant et les discussions et votes étaient menés publiquement par des citoyens dévoués.En fait, un seul des 160 membres de l\u2019Assemblée des citoyens a démissionné avant la fin.Au cours des 14 week-ends (souvent de trois jours), 95 à 98% des membres étaient présents.L\u2019atmosphère, selon des observateurs, était généralement coopérative et marquée par le respect mutuel6.Le rapport a été publié dans sa version intégrale sur le site Internet de l\u2019Assemblée, et des versions en chinois, en punjabi et en français ont été postées ultérieurement Un bureau de l\u2019information référendaire a été créé par le gouvernement - son budget de 810 000 dollars employé pour envoyer par la poste 1,7 million de dépliants et, plus tard, placer trois grandes publicités dans 140 journaux.Des copies du rapport ont également été distribuées à des bibliothèques, des centres mu- 617 Le Québec, le Canada, le monde nicipaux, des organismes gouvernementaux, des centres communautaires et autochtones, des écoles et des universités, aux bureaux des députés, aux archives provinciales et nationales et à d\u2019autres endroits.Les implications de la décision de la Colombie-Britannique Le VUT a gagné, car il est le plus individuel et le moins partisan des deux modèles.Le chroniqueur Vaughn Palmer du Sun de Vancouver a capté l\u2019esprit de l\u2019Assemblée lorsqu\u2019il a écrit le 23 septembre: «Comme argument de vente pour un nouveau système électoral, il serait difficile de faire mieux que la présentation suivante faite par l\u2019un des membres de l\u2019Assemblée des citoyens sur la réforme électorale : \u201cAucun parti politique ne préconisera jamais cette option.Cela en soi est un argument de force.» C\u2019estNick Loenen qui a prononcé ces paroles.qui résonnent fortement avec l\u2019Assemblée, dont les membres semblent avoir aussi peu d\u2019estime pour les partis politiques que pour le système électoral actuel.» Considérez également les mots de Gordon Gibson, dont le rapport a inauguré le processus de l\u2019Assemblée des citoyens, qui était clairement très heureux de la décision qu\u2019elle a prise.Écrivant « Pourquoi les politiciens de parti n\u2019aimentpas le VUT » dans le Sun de Vancouver le 14 décembre 2004, Gibson énonce: «Avec le nouveau système.les électeurs classent les candidats sur le bulletin de vote selon leur préférence.Maintenant, prenez une circonscription à quatre députés, obtenant un appui local de parti se situant autour de la moyenne provinciale.Sachant que chaque parti obtiendra seulement sa «part» en pourcentage des quatre sièges, les libéraux et le NPD nomi-neront trois candidats chaque, et les verts peut-être deux, ou un s\u2019ils ne s\u2019organisent pas comme il faut Cela veut dire.que les nominés libéraux ne font pas la compétition uniquement au NPD et aux verts, mais entre eux.Seuls deux des trois libéraux et NDP seront élus et encore moins si un vert se fait une place.En général, cela signifie que les électeurs peuvent choisir leur libéral ou NDP préféré, pas le parti.Etpuisque chacun veut profiter des deuxièmes préférences des électeurs dontle premier choixn\u2019estpas compté (parce que leur candidat favori a déjà été déclaré élu, ou laissé tomber au bas de la liste), il sera profitable pour chaque candidat d\u2019être respectueux envers ses adversaires.Nouveau paradigme en effet Dans la législature ainsi composée, la discipline de parti sera moins importante.Pourquoi ?Car pour une question donnée, le député Jones ou Wong peut indiquer à son whip : « je ne peux pas voter ainsi - mes électeurs n\u2019approuveront pas ».Et si le whip insiste sous peine d\u2019expulsion du caucus, le député peut répondre - avec beaucoup de crédibilité: «Bien, vous pouvez m\u2019expulser, mais à la prochaine élection, je me présenterai en tant qu\u2019indépendant-et je gagnerai».» Ma propre interprétation estdavan-tage nuancée.L\u2019idée originale d\u2019éloigner la décision des politiciens était bonne, courageuse, puisque les intérêts partisans et personnels affectent inévitablement les jugements des politiciens sur cette question ; mais elle s\u2019est peut-être avérée trop bonne.L\u2019ex- 618 Le Québec et le Canada elusion de tout individu ayant un lien ou de l\u2019expérience avec les partis politiques a renforcé le préjugé populaire selon lequel les partis sont l\u2019antithèse de la démocratie.À la différence de Gibson, je crois que plutôt que de de craindre les « boss de parti », l\u2019évolution vers une démocratie plus représentative doit permettre aux partis de jouer leur rôle efficacement Dans cette optique, une mauvaise estime des partis politiques est elle-même un problème.Je considère que le SMC est la meilleure solution de rechange, en partie parce que, à la différence du VUT, il ne met pas l\u2019accent sur la méfiance populaire face à la politique partisane.Il ne rend pas avantageux, comme le fait le VUT en effet, que les candidats se présentent contre leur propre parti.Je ne me soucie pas des « boss de parti », mais de la capacité d\u2019électeurs ordinaires avec peu d\u2019éducation ou de ressources d\u2019obtenir le minimum d\u2019information requis pour faire un choix éclairé.Je crains qu\u2019avec le VUT, la participation aux élections serait inférieure qu\u2019avec un système où les choixpossibles sontsimples et clairs.D\u2019ailleurs, puisqu\u2019il estfondé sur les candidats, le système de VUT favorise moins l\u2019augmentation de la représentation des femmes.L\u2019exemple de l\u2019Irlande, où seulement 13 % des députés sontdes femmes, et de Malte, où seulement 6 % des députés sont des femmes, illustre ce problème.Malgré le fait que des partisans du SMC et d\u2019autres systèmes électoraux alternatifs onteu l\u2019occasion de présenter leurs arguments, il est clair qu\u2019il n\u2019y a personne à l\u2019Assemblée des citoyens capable d\u2019opposer une vraie expérience personnelle aux sentiments négatifs des membres à l\u2019égard des partis poli- tiques.C\u2019est d\u2019autant plus apparent que la variante de VUT qui élit le Sénat australien - qui permet aux électeurs de voter « au-dessus de la ligne », c\u2019est-à-dire pour tous les candidats proposés par leur parti préféré dans l\u2019ordre proposé par ce parti - ne semble jamais avoir été considérée.J\u2019ajouterais que, à la différence d\u2019une commission d\u2019experts, les membres de l\u2019Assemblée se sont naturellement perçus comme des citoyens ordinaires.Ils ont cru que leur mandat était de trouver un système électoral qui leur convienne à eux.Toutefois, alors qu\u2019ils ont bien pu être des citoyens ordinaires au départ, quand est venue l\u2019heure de décider de leur proposition, ils étaient beaucoup plus au courant des fonctionnements des systèmes électoraux que les citoyens ordinaires le sontoupourrait jamais l\u2019être.On ne pouvaient cependant pas s\u2019attendre à ce qu\u2019ils se rendent compte de ce problème - c\u2019est-à-dire qu\u2019en choisissant un système adapté à eux, ils ne choisissaient plus un système adapté aux citoyens ordinaires.Prenez par exemple le représentant des membres de l\u2019Assemblée cité plus haut.Combien d\u2019électeurs ordinaires ont l\u2019information nécessaire pour conclure comme lui qu\u2019aucun parti ne représente leurs intérêts et pour appuyer à la place un candidat spécifique « qui représente le plus étroitement ce que j\u2019aime et quels sujets je voudrais voir avancés ».Cela étant dit, si la proposition de l\u2019Assemblée fait défaut à certains égards - de mon point de vue en tout cas - elle reste une amélioration claire par rapport au statu quo.Tout compté, bien que le processus ait abouti à un choix moins qu\u2019optimal, il a accordé 619 Le Québec, le Canada, le monde aux résultats une légitimité qui augmente sûrement les chances d\u2019aboutir à un changement fort nécessaire.Perspectives d\u2019avenir La légitimité du processus est reflétée dans les résultats du référendum.Même s\u2019il n\u2019a pas atteint le seuil artificiellement élevé de 60%, les résultats sont partout perçus comme une approbation du changement Cela est impressionnant, car trois mois avant le référendum, des sondages suggéraient que seulement la moitié des Britanno-Colombiens savaient qu\u2019il y aurait un référendum, et de ceux-ci, presque les deux tiers ont indiqué qu\u2019ils ne connaissaient rien au sujet de la proposition de réforme.L\u2019ignorance a été légèrement compensée par les nombreux événements de sensibilisation qui ont eu lieu à l\u2019approche du vote.Mais, simultanément, la campagne électorale a commencé en avril et les in-formations sur le référendum ont été étouffées par la couverture médiatique de la campagne.Les partis politiques ont choisi de ne pas le commenter, se concentrant sur la campagne électorale.La seule exception, partielle, est la sortie du Parti vert qui, après avoir exprimé sa grande déception que le SMC soit rejeté et avoir choisi de rester neutre, a ensuite officieusement soutenu le camp du oui, car « n\u2019importe quoi est meilleur que le statu quo ».Les partis politiques n\u2019in-tervenantpas, Fair Voting BC a travaillé fort pour convaincre les électeurs ; aussi, de nombreux membres de l\u2019Assemblée des citoyens se sont impliqués à titre individuel, certains se transformant momentanément en personnalités médiatiques.Le camp du non a semblé être moins bien organisé, quoique certains commentaires défavorables dans les médias ont donné l\u2019impression d\u2019une certaine coordination.Un groupe a émergé, nommé Know STV (« Connaître le SMC »), avec une base qui a semblé être composée principalement de supporters du NPD.Personne n\u2019a pu nier la victoire du oui, quia obtenu 57,4% du vote et une majorité de oui dans toutes les circonscriptions sauf deux.Cependant, le fait que le référendum n\u2019ait pas tout à fait atteint les 60 % exigés laisse la question en suspens.Le peuple a parlé, mais pas assez fort, semblerait-il.Jusqu\u2019ici, le premier ministre Campbell, qui a obtenu un second mandat, estresté effarouché.Quelques spécialistes ont suggéré que le gouvernement se dirige vers un système de SMC, par compromis ; mais jusqu\u2019ici un tel compromis a été rejeté par les membres de l\u2019Assemblée, pour qui c\u2019est ignorer leur choix, approuvé par la population.Il est certain qu\u2019une action devra être entreprise.Etcette action aura des répercussions bien au-delà de la Colombie-Britannique.En premier lieu, elle incitera l\u2019Ontario à agir, où le gouvernement a promis d\u2019amener la question devant une assemblée de ses propres citoyens.Elle prévoie améliorer le modèle de la CB en instaurant des mécanismes d\u2019éducation publique avant le référendum, en réduisant l\u2019exclusion des partis politiques, en accroissant la diversité des personnes ressource et, surtout, en offrant plus d\u2019options sur le bulletin de vote.Alors que je rédige ce texte, l\u2019Ontario a fait passer un projet de loi qui autorise le commencement de la procédure de sélection en dressant des listes de 620 Le Québec et le Canada noms aléatoires.Une fois que la CB et que l\u2019Ontario auront agi, il sera plus difficile pour les libéraux fédéraux d\u2019ignorer les résultats de la Commission parlementaire sur la réforme électorale.et le Québec?Il y a un mouvement bien organisé en faveur de la réforme électorale au Québec, particulièrement depuis les cinq dernières années.Je n\u2019en décrirai pas l\u2019évolution ici, mais je remarquerai que si la proposition actuelle est sur la table, c\u2019est en grande partie en raison des mesures prises par ce mouvement C\u2019està l\u2019automne 2005 que la décision sera prise, et que ce mouvement devra décider de sa stratégie vis-à-vis de la proposition du gouvernement du Québec, que j\u2019ai présentée en introduction.Il est tentant pour certains de se servir de l\u2019expérience de la CB afin de dénoncer le processus au Québec, de sorte qu\u2019au lieu de laisser le peuple décider - sous forme d\u2019une assemblée et d\u2019un référendum de citoyens - le gouvernement du Québec s\u2019est tourné vers les experts qui partagent ses opinions.À mon avis, adopter cette stratégie reviendrait à faire le jeu du Parti québécois, qui ne voudrait rien de mieux que de se joindre à une chorale de dénonciation et continuer ainsi à éviter de prendre position sur l\u2019adoption d\u2019un système électoral plus proportionnel, qu\u2019il s\u2019obstine à refuser.Stratégiquement, ceci pourrait condamner à l\u2019échec n\u2019importe quel projet de réforme.Au lieu de cela, le mouvement doit aborder le débat sur la base du contenu réel de la loi.La proposition du Québec s\u2019éloigne dangereusement de la proportionnalité puisque les sièges de liste sont associés aux petits comtés ré- gionaux qui peuvent entraver la capacité des partis mineurs d\u2019obtenir des sièges.Mais il est possible de trouver un compromis : c\u2019est facile et normal de redessiner des cartes.Il serait dommage en effet que les efforts déployés pour modifier les propositions divisent tant les camps que cela mine le consensus requis pour adopter et mettre en application les changements.C\u2019est plus qu\u2019une simple question de stratégie.Nous ne devrions pas idéaliser le processus de la CB, qui a un préjugé populiste.Ce qui est approprié en CB ne l\u2019est pas nécessairement au Québec.Ici, le débatpublic sur la question a été plus long et plus vaste, entamé par le travail de la commission Côté instaurée par M.Lévesque en 1983, puis poursuivi par les discussions des États généraux de Jean-Pierre Charbonneau 20 ans plus tard.Dans ce contexte, la participation citoyenne, par l\u2019inclusion de membres non initiés dans la Commission de l\u2019Assemblée nationale qui sollicite l\u2019avis des citoyens, des organismes et des experts, est toute désignée.En ce qui concerne un référendum, nous ne devrions pas être doctrinaires, et laisser la porte ouverte.Si la Commission réussit à offrir une proposition de réforme qui fasse consensus, soumise et approuvée par l\u2019Assemblée nationale en 2006, il sera peut-être nécessaire de la ratifier par un référendum au moment de la prochaine élection provinciale (par majorité simple, non pas comme l\u2019inutile et divisif seuil de 60 % de la CB).Si ceci se produit, il sera beaucoup plus difficile pour le PQ - qui a de bonnes chances de gagner cette élection - de ne pas la mettre en application pour l\u2019élection suivante.621 Le Québec, le Canada, le monde Henry Milner est chercheur invité au Institute jbr Research on Public Policy et a récemment dirige la publication Steps Toward Making Every Vote Count: Electoral System Reform in Canada and its Provinces.Il est actuellement titulaire de la chaire Canada-US Fulbriyht à SUNY (Plattsburgh).Notes iMILNER, Henry, «The Phenomenon of Political Drop-outs: Canada in Comparative Perspective», dans Policy Matters, Montreal, IRPP, 2005.2\tMILNER, Henry «First past the Post?Progress Report on Electoral Reform Initiatives in the Canadian Provinces», dans Policy Matters, Montreal, IRPP, 2004; Henry Milner (dir.), Steps Toivard Making Every Vote Count : Electoral System Reform in Canada and its Provinces.Peterborough, Broadview, 2004; Henry Milner (dir.), Making Every Vote Count: Reassessing Canada\u2019s Electoral System, Peterborough, Broadview, 1999.3\tTranscription du discours de Carty à la Seventh Annual Mel Smith Lecture de l\u2019université Trinity Western, 24 février, 2005.4\tCommuniqué de l\u2019Assemblée des citoyens, 26th September, 2004: www.citizensassembly.bc.ca/public/news/2004/09/dmaclachlan-3_0409261330-344.5\tThe British Columbia Citizens\u2019 Assembly on Electoral Reform Final Report, décembre 2004 : www.citizensassembly.bc.ca/resources/FinalRep_word.doc.6\tSelon Patrick Fournier de l\u2019Université de Montréal qui a assisté comme observateur à plusieurs séances (conversation le 3 juillet 2005).622 Le Québec et le Canada Polémique Gomery et la nomination des juges : Les seigneurs du droit.Ce pouvoir qu\u2019on dit inoffensif Marc Chevrier Professeur, sciences politiques, UQAM L\u2019un des effets bénéfiques de la commission Gomery est d\u2019avoir braqué soudain les projecteurs de l\u2019attention publique sur un milieu qui a l\u2019habitude d\u2019évoluer dans l\u2019austérité solennelle des salles d\u2019audiences : la profession juridique.Les déclarations faites en avril 2005 par l\u2019ancien directeur général du Parti libéral du Canada au Québec, Benoit Corbeil, et par le juge en chef de la Cour d\u2019appel du Québec, Michel Robert, ont jeté le doute sur l\u2019intégrité du processus usité au Canada pour nommer les juges fédéraux.Le premier a déclaré que des avocats qui avaient travaillé bénévolement à la permanence de son parti ont été nommés en retour à la magistrature fédérale et que quatre des sept membres du comité chargé de proposer des candidatures au ministre fédéral de la Justice étaient de bons libéraux ; et le deuxième a fait bondir plus d\u2019un souverainistes en affirmant que ces derniers n\u2019avaient pas leur place dans le système judiciaire canadien1.Ces déclarations illustrent un phénomène ancien qui n\u2019a pas encore trouvé sa solution : la politisation excessive du processus de nomination des juges au Canada.Au Canada, le ministre fédéral de la Justice nomme la plupart des juges des cours supérieures, après consultation et accord du cabinet ; le premier ministre se réserve les nominations à la Cour suprême et celles des juges en chef des autres cours, après l\u2019assentiment de son cabinet.Les États provinciaux ont leurs tribunaux et en nomment les juges suivant une méthode similaire.Depuis les années 1980, pour faire barrage à la critique, le gouvernement fédéral a confié la présélection des candidats à la magistrature à des comités consultatifs qui établissent une première liste de candidats.Ces comités, constitués dans chaque État provincial ou territoire, sont composés de cinq à sept membres, représentant la profession juridique, la magistrature fédérale et les procureurs généraux des États provinciaux et des territoires.Les tenants d\u2019une réforme du processus de nomination des juges 623 Le Québec, le Canada, le monde perdent souvent de vue le contexte historique et la doctrine politique qui sous-tendentla mainmise de l\u2019exécutif fédéral sur la nomination des juges.Ce pouvoir manifeste un pouvoir encore plus vaste, qui déploie ses tentacules sur l\u2019ensemble de l\u2019État canadien.Inscrit dans la constitution, il abandonne au cabinet fédéral le choix, outre des juges fédéraux, du gouverneur général, des lieutenants gouverneurs et des sénateurs.En réalité, il englobe aussi la nomination des généraux, des ambassadeurs et de tous les hauts fonctionnaires de l\u2019appareil fédéral, si bien qu\u2019aujourd\u2019hui au-delà de trois mille âmes tombent sous la coupe du cabinet fédéral.Il faut garder en tête que les pères fondateurs du pays, bien loin de désavouer des pratiques que l\u2019on jugerait aujourd\u2019hui comme du favoritisme éhonté, les ontconstitution-nalisées en en faisant un principe de gouvernement en 1867.Lord Durham, dans son célèbre rapport de 1839, l\u2019avaitparfaitementexprimé, lui qui estimait que la stricte séparation des pouvoirs entre l\u2019exécutif, le législatif et le judiciaire était impropre à assurer un gouvernement stable au Bas-Canada.À cette séparation il fallaitpréférer « un sage principe de gouvernement qui consiste à donner aux chefs de la majorité parlementaire la direction de la politique nationale et la distribution du patronage.» La pratique du «patronage» qu\u2019on traduit imparfaitement par les termes « népotisme » ou « favoritisme » est l\u2019un des fondements du parlementarisme anglais.Elle nous vient de la vision des artisans du gouvernement responsable dans la première moitié du XVIIIe siècle.Après la mort de la reine Anne, dernière des Stuart sur le trône anglais, la Couronne passa à une dynastie allemande, les Hanovre.Ce fut dans ce contexte que profitant de la présence d\u2019un souverain peu intéressé aux affaires anglaises, la figure du premier ministre s\u2019est imposée, qui devait à la fois obtenir l\u2019appui du roi et de la chambre.Pour se subordonner les parlementaires, les partisans de la Cour, le Court Party, n\u2019hésitèrent pas à distribuer bonnes places, largesses et honneurs, et à mesure que la figure dupre-mier ministre grandit, la « distribution du patronage » devint sa prérogative.Le patronage n\u2019est pas qu\u2019une simple pratique politicienne.C\u2019est une philosophie «réaliste» du pouvoir.Un exécutif stable et efficace ne peut compter sur le soutien d\u2019une chambre en proie aux passions démocratiques s\u2019il n\u2019a en main des armes pour s\u2019attacher les ambitieux, policer les opinions et canaliser en sa faveur les énergies partisanes.Le patronage procède aussi d\u2019une vision paternaliste du pouvoir : dans une Angleterre où le gouvernement est l\u2019affaire des aristocrates et des parvenus argentés, seule la Couronne a le discernement requis, au lieu du peuple et de ses députés, pour repérer les talents aptes à servir la collectivité.Paul Valéry disait que la politique est l\u2019art d\u2019empêcher les autres de s\u2019occuper de leurs affaires : on ne saurait mieux dire du patronage.Comme l\u2019ont montré Stéphane Kelly et Peter Smith, les débats et les idéologies qui avaientagité l\u2019Angleterre après sa Glorieuse Révolution de 1689 se sont reproduits au Canada au XIXe siècle et ont marqué notamment la genèse du Dominion canadien en 18672.Les pères fondateurs avaient tellement 624 Le Québec et le Canada à cœur d\u2019imiter le génie constitutionnel britannique qu\u2019ils en importèrent les plus vilaines pratiques.Il est d\u2019ailleurs intéressant de s\u2019enquérir des arguments avancés par Hector Louis Langevin, ministre de la Justice en 1865, pour justifier l\u2019octroi au gouvernement fédéral, plutôt qu\u2019aux «provinces», du pouvoir de nomination des juges des cours supérieures.Premièrement, selon Langevin, un tel pouvoir attirera les candidats qui « voudront paraître et briller sur le plus grand théâtre »5.Bref, l\u2019arène fédérale, parce que plus grande et plus prestigieuse, suscitera d\u2019autant mieux l\u2019intérêt des ambitieux.Deuxièmement, les législatures provinciales seraient plus vulnérables à la pression funeste des influents que le gouvernementfédéral, lequel, plus dégagé, fera avec plus d\u2019équanimité le choix des hommes les plus qualifiés.Enfin, persuadé que le cabinet fédéral consultera les ministres provinciaux, il y voit une mesure d\u2019économie, puisque c\u2019est le parlement fédéral qui paiera le salaire des juges.Le discours de Langevin illustre à merveille un schéma de pensée tenace, à la base du régime canadien : l\u2019ambition et le détachement prospèrent au niveau fédéral ; au palier provincial la petite politique et les ambitions médiocres.La proposition Côtier La procédure de nomination usitée depuis les années 1980 est loin d\u2019avoir rallié la communauté juridique.Pour Peter W.Hogg et Patrick J.Monahan, cette procédure, en raison du fait qu\u2019elle laisse en réalité la nomination des juges à un seul individu, le premier ministre, bafoue les normes démocratiques fondamentales4.Selon Jacob Ziegel, ce dernier est carrément en conflit d\u2019intérêts, puisque le principal plaideur devant la Cour suprême est le gouvernement fédéral5.Dans une lettre adressée au premier ministre le 8 mars 2004, l\u2019Association du Barreau canadien pressait le gouvernement d\u2019instaurer un Comité consultatif fédéral composé à la manière des comités consul tarifs existants, à la différence qu\u2019il inclurait quatre députés fédéraux.Le 7 avril 2005, Irwin Cotier ministre fédéral de la Justice, annonçait une réforme du processus de nomination des juges à la Cour suprême.Dorénavant, la sélection des candidats relèverait d\u2019un comité consultatif d\u2019environ neuf membres, composé de députés délégués par les partis reconnus à la chambre, d\u2019un juge retraité, d\u2019un membre proposé par les procureurs généraux provinciaux, d\u2019un membre du barreau concerné, ainsi que deux personnes profanes, non juristes, nommées par le ministre.Ce comité, constitué en cas de vacance à la Cour suprême, devrait proposer une liste de cinq à huit aspirants.Mais le ministre se ravise le 8 août 2005 pour modifier la réforme annoncée en avril : entre les consultations préliminaires avec les procureurs généraux des États et la création du comité, le public sera invité à proposer ses candidats, et le comité devra arriver à une liste finale de trois noms.Le choix final fait, le ministre l\u2019explique devant le Comité permanent de la justice de la Chambre des communes.Dans l\u2019ensemble, la réforme d\u2019avril a reçu un accueil mitigé, et comme l\u2019a observé Manon Cornellier, le ministre Côtier a dû attendre de nommer deux juges à Cour suprême, Rosalie Abella 625 Le Québec, le Canada, le monde et Louise Charron, avant de proposer des changements6.Elle n\u2019a guère réussi à dissiper le doute qui entachait déjà le processus de nomination.Le chroniqueur judiciaire de La Presse, Yves Boisvert, estime même qu\u2019il est inconstitutionnel7.La proposition Coder, même améliorée, n\u2019élimine pas l\u2019influence du cabinet fédéral le processus, puisqu\u2019au moins trois membres du comité continueront d\u2019être nommés par lui ou son parti, et que le cabinet garde la main haute sur la décision finale, comme sur les pré-consultations.Cette réformette, qui se limite à la nomination des juges de la Cour suprême, procure des garanties fragiles contre les risques d\u2019osmose partisane entre le parti au pouvoir, l\u2019administration fédérale et certains juristes influents.Etla discussion publique de la réforme du processus de nomination des juges est en partie minée par le tabou qui sévit dans la communauté des juristes, dont plusieurs s\u2019abstiennent de critiquer ouvertement le système, par crainte de nuire à leur avancement8.En somme, la réforme Côtier s\u2019apparente à la solution préconisée par l\u2019Association du Barreau Canadien de mars 2004, une féroce opposante du processus, plus politique, usité aux États-Unis.Dans son mémoire, l\u2019ABC écrivait qu\u2019elle « s\u2019oppose fermement à tout système qui exposerait les juges à des critiques parlementaires à propos de leurs décisions, ou qui les forceraità justifier leur croyance, leurs préférences ou leurs opinions judiciaires ou à toute mesure qui donnerait à la population l\u2019impression fallacieuse que le pouvoir judiciaire relève du pouvoir législatif.»9 La position de l\u2019ABC tient de l\u2019angélisme.Il faut dire qu\u2019il règne au Canada, en raison de sa culture antirépublicaine, un fort préjugé contre la méthode américaine de nomination des juges élus dans certains États, nommés par le président après confirmation du Sénat, pour les hauts magistrats fédéraux.Déjà, dès 1858, J.C.Taché, un conservateur ultramontain pourtant tenté par le républicanisme, mettait ses concitoyens en garde contre l\u2019idée absurde d\u2019imiter les Américains en ce domaine.10 La méthode américaine de nomination des juges fédéraux, si elle a donné lieu à certains dérapages, somme toute peu nombreux, comporte d\u2019indéniables avantages.Tout d\u2019abord, elle introduit le principe, sain pour la démocratie, que les juges ne sontpas des monarques à vie qui n\u2019ont même pas à s\u2019expliquer devant ceux qui les nomment.Qu\u2019il faille garantir leur indépendance, soit, mais les soustraire à toute intervention du politique, même balisée avantleur nomination, c\u2019estac-créditer l\u2019idée, naïve et fausse, que la fonction judiciaire, notamment à l\u2019ère des chartes des droits, ne revêt aucune dimension politique fondamentale.Ensuite, cette procédure, en impliquant deux branches du pouvoir, rappelle que la garantie de la justice et des droits est aussi l\u2019affaire du politique.Comme les juges sont appelés à annuler des lois, il est normal que le principal intéressé, le pouvoir législatif, soit associé dans le choix de ses censeurs.Quant à l\u2019idée que les parlementaires ne sauraient critiquer les décisions judiciaires, mon Dieu! quelle pudibonderie politique! Les juges sont-ils des grands prêtres dont les oracles, infaillibles, emportent la dévotion immédiate des élus et de la population?626 Le Québec et le Canada L\u2019éclipse du fédéralisme La méthode américaine de nomination des juges fédéraux a aussi l\u2019avantage d\u2019incorporer un principe fondamental, en voie d\u2019être oublié au Canada : le fédéralisme.Les sénateurs américains, élus par la population des États, incarnent le principe fédéral dans le fonctionnement du Congrès.C\u2019est en vertu de ce principe qu\u2019ils approuvent aux deux tiers les nominations du Président.La Suisse et l\u2019Allemagne, des fédérations accomplies, observent aussi ce principe.En Allemagne, les 16 juges de la Cour constitutionnelle sont élus pour moitié par la chambre basse, et pour moitié par la chambre des États, le Bundesrat En Suisse, les juges du Tribunal fédéral sont élus conjointement par la chambre des députés et la chambre représentant les Cantons.Il découle donc du fédéralisme que les États fédérés aient une voix décisionnelle dans le choix des magistrats de la plus haute cour du pays.Au Canada, nous en sommes loin, le processus usité depuis 1867 convient plutôt à un Étatunitaire.Les accords duLacMeech et de Charlottetown auraient corrigé la situation le cabinet fédéral devait nommer les juges de la Cour suprême à partir d\u2019une liste soumise par les gouvernements provinciaux.La coalition de la gauche identitaire canadienne et des trudeauistes s\u2019est élevée contre cette mesure, comme l\u2019Association du Barreau canadien.L\u2019idée que les États provinciaux ne sauraient défendre l\u2019intérêt public grève encore les mentalités canadiennes.La proposition Coder ne change rien à la donne: les États provinciaux jouiraient d\u2019une participation diffuse à un comité consultatif fédéral où leurs représentants, minori- taires, sont mis sur un pied d\u2019égalité avec les autres membres.Et le cabinet fédéral se réserve la décision finale.Le ministre Côtier a opposé des arguments plutôt spécieux pour rejeter la demande que le gouvernement québécois lui avait faite en 2004 de participer formellement au choix des juges de la Cour suprême issus du Québec.Agréer à cette demande constituerait une délégation illégale de pouvoir11.Or, choisir les juges à partir d\u2019une liste soumise par le Québec n\u2019équivaut pas à une délégation de pouvoir législatif interdite par la constitution, et cette dernière n\u2019interdit pas au gouvernement fédéral d\u2019aménager l\u2019exercice de ses prérogatives.Il est vrai que le principe fédéral est étranger à l\u2019organisation judiciaire canadienne, calqué sur celle d\u2019un État unitaire.Au contraire de son homologue américaine, la Cour suprême du Canada chapeaute un système judiciaire centralisé et possède donc une juridiction sur toutes espèces de litige, même sur les affaires qui ressortissent exclusivement à la compétence des États.S\u2019il fallait appliquer strictement le principe fédéral, la Cour suprême n\u2019aurait pas de juridiction sur le droit civil québécois.Cependant, les juristes québécois semblent avoir fait un troc en 1867 : en échange de garanties pour le droit civil québécois et de l\u2019assurance que les juges nommés au Québec proviendraient du Barreau québécois, ils ont renoncé à réclamer pour le Québec une pleine souveraineté sur son droit et son organisation judiciaire, un peu comme l\u2019avaient fait, 160 ans plus tôt, les Écossais qui abdiquèrent leur liberté politique en retour de protections pour leur droit.Il y a bien Claude Ryan qui a remarqué l\u2019incongruité de 627 Le Québec, le Canada, le monde l\u2019organisation judiciaire canadienne au regard du fédéralisme12.Mais les soi-disant fédéralistes du Québec s\u2019accommodent plutôt bien de cette situation.Et puis, la Cour suprême, quand bien elle proclamerait que le fédéralisme constitue un principe constitutionnel au pays, fait rarement jouer ce principe dans sa jurisprudence15.Les seigneurs du droit L\u2019année 2005 a été fertile en décisions judiciaires manifestant l\u2019étendue du pouvoir des juges au Canada.On pense à l\u2019affaire Chaouilli, décision rendue par la Cour suprême en juin 2005 dans laquelle elle casse l\u2019interdiction faite au Québec de contracter une assurance privée pour couvrir des soins déjà offerts par le réseau public de santé14.Cette décision audacieuse mais peu surprenante au vu des décisions passées de la Cour aurait pu être l\u2019occasion d\u2019un vrai débat, hélas vite escamotée.Aussitôt connue la décision, le premier ministre Charest et ses ministres Pelletier etCouillard se sont empressés de déclarer, lors d\u2019un banal point de presse, que leur gouvernement renonçait d\u2019avance à recourir à la clause dérogatoire pour suspendre l\u2019effet du jugement pendant cinq ans.Point de débatà l\u2019Assemblée nationale, point de commission parlementaire, point de consultation publique.Voilà une réaction digne d\u2019une république.de petits bleuets.Cette impréparation de nos politiques devant la montée du pouvoir judiciaire est le prix que le Québec doit payer pour avoir, depuis la réforme constitutionnelle de 1982, faitporter sa critique sur l\u2019aspect unilatéral de cette réforme et d\u2019avoir négligé la réflexion sur le nouvel équilibre des pouvoirs qui s\u2019ensuivrait.La décision de la Cour a fait pleuvoir une averse de critiques ; la gauche, qui d\u2019ordinaire applaudit l\u2019activisme judiciaire quand il étend les protections sociales et rehausse les minorités, s\u2019est rebiffée15.Des juristes éminents ont réclamé l\u2019adoption de la clause dérogatoire, dont Julius Grey et Patrice Garant16.Pour une fois, le «papisme légal», terme dont j\u2019avais affublé en 1999 l\u2019extrême déférence de nos politiques devant le judiciaire, a laissé place à un peu de «protestantisme» constitutionnel au Québec17.Une autre question a toutefois moins retenu l\u2019attention : la rémunération des juges.En septembre 2004, le gouvernement Martin annonçait qu\u2019il allait supprimer le lien existant entre la hausse des salaires des juges fédéraux et le salaire des députés des communes, ce qui fut fait au printemps 2005 par l\u2019adoption d\u2019une loi qui lie dorénavant le salaire des parlementaires à un indice déterminé par la bureaucratie fédérale.Cette décision plafonne le salaire de ces derniers à 144 300$ en 2005, alors que salaire moyen des juges fédéraux doit passer de 220 000$ à 244 000 $ annuellement, selon les recommandations de la Commission d\u2019examen de la rémunération des juges que le gouvernement Martin a entérinées dans un projet de loi déposé en mai 2005.Ce texte entraînera que le juge en chef de la Cour suprême gagnera plus que le premier ministre (respectivement 308 400 $ et 288 600 $), et un juge puîné de la Cour plus qu\u2019un ministre.L\u2019absence de débat sur cette question indique à quel point aujourd\u2019hui les hommes politiques craignent de froisser le pouvoir judiciaire.Est-il nor- 628 Le Québec et le Canada mal dans une démocratie que les juges gagnent plus que leurs homologues politiques et plus encore que la plupart des professions ?Aux États-Unis, le salaire du président détermine un plafond pour tous les serviteurs de l\u2019État américain; cette année, ce dernier gagne 400 000 $, et le vice-président et le juge en chef de la Cour suprême, chacun 208100 $lS.En matière de droit, le Canada est tellement convaincu d\u2019être un modèle exportable qu\u2019il se dispense de faire des comparaisons.La politique a perdu d\u2019ailleurs son droit de regard sur la rémunération des juges depuis 1982.En 1987, la Cour suprême décidait que le respect de l\u2019indépendance des magistrats exigeait que le processus de fixation du salaire des juges soit dépolitisé, et que partant, la détermination du traitement échoie à un organisme indépendant^.En conséquence de quoi les deux paliers de gouvernement ont mis sur pied des commissions indépendantes chargées de recommander à l\u2019exécutif le traitement des juges.La Cour exclut toute négociation dans la fixation des salaires, comme toute réduction.Un jugement rendu par la Cour en juillet 2005 a révélé qu\u2019il n\u2019est point loisible à un gouvernement de s\u2019écarter des recommandations de son comité, à moins d\u2019avoir des motifs conformes à la «norme de la rationalité»20.Dans cette affaire, le Québec s\u2019est fait admonester pour n\u2019avoir pas suivi à la lettre les propositions salariales de son comité.Il est frappant de voir quels sont les facteurs que retiennent les membres de ces commissions pour majorer le salaire des juges.L\u2019un deux est la nécessité d\u2019offrir des salaires qui rivalisent avec les honoraires des avocats «seniors» des grands cabinets.C\u2019est à croire qu\u2019être nommé juge au Canada représente un sacrifice monétaire qu\u2019il leur devient de plus en plus lourd à porter.En somme, c\u2019estun droitcons-titutionnel à de belles augmentations que les juges de la Cour suprême se sont voté en 1987.Les juges confondent l\u2019amour de la justice avec celui de leur promotion, disait si bien Montesquieu.Le pouvoir des «légistes» Les analystes de la scène judiciaire ont souvent le défaut de montrer du doigt le seul pouvoir des juges.Au Canada, à l\u2019instar des États-Unis, les juges proviennent d\u2019une puissante profession juridique, omniprésente dans toutes les branches de l\u2019État.Chez ces derniers, les avocats composent environ 37 % des membres de la chambre des représentants et 59% des sénateurs21, et le nombre d\u2019avocats avoisine maintenant le million.Au Canada aussi, les avocats sont surreprésentés dans les gouvernements et les parlements.Presque tous nos premiers ministres, tant à Ottawa qu\u2019à Québec, étaient diplômés en droit.De 1995 à 2002, le nombre de juristes au Canada a augmenté de 69,2 % pour atteindre 85 863 avocats et notaires22.Tocqueville a eu l\u2019intuition féconde que la profession juridique les « légistes » disait il jouerait le rôle d\u2019aristocratie naturelle dans les démocraties, en raison notamment de ses habitudes intellectuelles et de ses mœurs qui modéreraient les passions populaires.Les avocats en Amérique du Nord sont des courtiers en pouvoir, des généralistes sollicités à tout ins tantpar l\u2019État et la société pour démêler le moindre problème.Aux États-Unis, un 629 Le Québec, le Canada, le monde avocat gagnait en 2003 en moyenne 135 778 $, soit plus que la plupart des professions, et un professeur de droit, plus en moyenne qu\u2019un professeur de génie ou de mathématiques^.On connaît mal l\u2019étendue du pouvoir des juristes, au Québec comme au Canada.Le sociologue Michael Porter observait en 1965 que les avocats y formaient une classe gouvernante de substitution - à défaut d\u2019élite autochtone prête à diriger le pays - qu\u2019il qualifiait de « haut clergé » du système politique.Il est notoire que des liens intimes unissent les grands cabinets et le pouvoir.Beaucoup déjugés et de ministres proviennent de ces antichambres sélectes et y retournent Dans les ministères, les juristes, en contrôlant la validité des projets de lois, exercent a priori une censure insoupçonnée.Les juristes aiment seriner à tous que la sauvegarde des libertés individuelles requiert toujours plus de juges, de procès, de Chartes et d\u2019aide juridique.Chose certaine, ils ont réussi en 1982 à convaincre les Canadiens, voire les Québécois, qu\u2019une société de libertés dépend de leur action ; c\u2019est en somme un acte de foi qu\u2019ils nous ont demandé de faire, de foi en le droit, cette inoffensive puissance.Notes 1\tNOËL, André, «Des avocats dévoués auPLC promus juges, selon Corbeil », La Presse, 29 avril 2005.2\tKELLY, Stéphane, La petite loterie, Boréal, Montréal, 1997 ; Peter J.Smith, «The Ideological Origins of Canadian Confederation», dans Janet AjzenstatetPeterJ, Smith (dir.), Canada\u2019s Origins: Liberal, Tory ofRepublican?, Carleton University Press, 1997, p.47-78.3\tDébats parlementaires sur la question de la Confédération, Hunter, Rose et Lemieux, Québec, 1865, p.394.4HOGG, Peter W., et Patrick J.MONAHAN, « We need an open parliamentary review of Court appointments», National Post, 24avril 2004.5\tTIBBETTS, Janice, «System to vet judges \u2019fatally\u2019 flawed», The Gazette, 24mars 2004.6\tCORNELUER, Manon, « Un ministre atypique », Le Devoir, 9 et 10 juillet 2005.7\tYves Boisvert, «Le tabou de la nomination des juges », La presse, 27 avril 2005 8\tCRLPEAU, Lrançois, CUMYN, Michelle, et al, «Mode de nomination des juges, un tabou dans la communauté juridique», Le Devoir, 17 mai 2005.9\tAssociation du Barreau canadien, Processus de nomination à la Cour suprême du Canada, mémoire, mars 2004, p.9.10\tTACHÉ, Jean-Charles, Des Provinces de l\u2019Amérique du Nord et d\u2019une union jedérale, Québec, Brousseau, frère, 1858, p.184.h CHOUINARD, Tommy, « Québec veut être consulté sur la nomination des juges de la Cour suprême », Le Devoir, 26 août 2004.12RYAN, Claude, «Le pouvoir judiciaire dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui», 9 septembre 1977, dans Marc BRJERL, À batons rompus sur la justice., Montréal, Wilson & Lafleur, 1978, p.137.13 BROUILLET, Eugénie, «La dilution du principe fédératif et le jurisprudence de la Cour suprême du Canada», Les Cahiers de droit, vol.45, n°i, 2004, p.7-67.LpChaoullic.Québec (Procureur général), 2005 CSC 35.15\tMALBOEUL, Marie-Claude, «La gauche se plaint d\u2019activisme judiciaire», La Presse, 11 juin 2005.16\tVoir l\u2019article précalent et Patrice GARANT, « Un choix politique ou judiciaire ?», Le Devoir, 11 et 12 juin 2005.630 Le Québec et le Canada La Cour suprême du Canada en 2004-2005 : une année québécoise Alain-Robert Nadeau Auocat et correspondant à la Cour suprême du Canada Bien qu\u2019elle ait été constituée en 1875, il est incontestable que depuis l\u2019enchâssement de la Charte canadienne des droits et libertés dans la Constitution le 17 avril 1982, le rôle de la Cour suprême a considérablement changé et a pris une importance considérable dans la régulation des rapports sociaux.À l\u2019instar de la Cour suprême des États-Unis, la Cour suprême du Canada est depuis lors appelée à se prononcer sur des questions juridiques controversées qui étaient jusque-là (en raison du principe de la suprématie du Parlement qui était profondément ancré dans la culture politique anglo-canadienne) l\u2019apanage quasi exclusif du Parlement, de l\u2019Assemblée nationale du Québec et des assemblées législatives provinciales et territoriales.On ne saurait donc aujourd\u2019hui apprécier le contexte politique, social ou économique du Québec en faisant abstraction des décisions rendues par le plus haut tribunal canadien.L\u2019année 2004-2005 L\u2019année judiciaire 2004-2005 a été mar- quée par l\u2019arrivée de deux nouvelles juges : Louise Charron et Rosalie Abella, toutes deux en provenance de la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario (nommées le 30 août 2004), lesquelles ont remplacé le juge Frank Iacobucci et la juge Louise Arbour, devenue Haut Commissaire aux droits de l\u2019homme de l\u2019Onu.Le 3 août dernier, le juge John Major, qui aura 75 ans le 20 février 2006, a annoncé son intention de prendre sa retraite le 25 décembre 2005.Au cours de l\u2019année judiciaire 2004-2005, la Cour suprême a rendu 76 décisions dont 60 arrêts motivés.Les 16 autres décisions concernent des ordonnances, des requêtes ou encore des jugements oraux rendus à l\u2019audience à la suite d\u2019un appel de plein droit.Cette année, plus de 82 % des jugements étaient unanimes ; ce qui représente près de cinq décisions sur six, soit une hausse de 10 % comparativement à l\u2019année dernière.Les décisions unanimes, une caractéristique qui démontre une plus grande cohésion de la Cour, sont en progression constante depuis que Beverley McLachlin préside 631 Le Québec, le Canada, le monde aux destinées du plus haut tribunal du pays.De ces 76 décisions, près d\u2019une décision sur trois provenait du Québec (21 décisions) et une sur cinq de la Colombie-Britannique (16 décisions).Les appels à l\u2019encontre d\u2019une décision de la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario (12 décisions) et de la Cour d\u2019appel fédérale (cinq décisions) suivent Les décisions marquantes de l\u2019année judiciaire La vaste majorité des 60 décisions motivées rendues par la Cour suprême au cours de l\u2019année judiciaire 2004-2005 concerne le domaine du droit public (droit qui régit l'organisation etle fonctionnement de l\u2019État ainsi que les rapports entre l\u2019État et les individus) par opposition au droit privé (droit qui régit les rapports entre les individus).Nous les avons regroupées en cinq catégories par souci de commodité.(a) Les libertés publiques et les droits fondamentaux Dans le Renvoi relatif au mariage entre personnes de même sexe, le gouverneur en conseil a déféré quatre questions à l\u2019appréciation des juges de la Cour suprême.Ces questions consistaient, premièrement, à déterminer si la proposition du gouvernement fédéral de faire adopter par le parlement une loi consacrant la légalité des mariages entre personnes de même sexe relevait de sa compétence législative.Deuxièmement, la Cour était appelée à déterminer si la loi était conforme aux garanties prévues à la Charte canadienne.La troisième question consistait à déterminer si la liberté de religion garantie par la Charte canadienne protégeait les autorités religieuses à marier les personnes de même sexe.Enfin, la quatrième et dernière question, ajoutée par le gouvernement Martin (les trois premières étant du fait du gouvernement Chrétien), consistait à déterminer la compatibilité de l\u2019exigence selon laquelle seule deux personnes de sexes opposés peuvent se marier avec la Charte canadienne.C\u2019est sans grande surprise que la Cour a répondu par l\u2019affirmative (sous réserve du second article du projet de loi concernant la célébration des mariages par les autorités religieuses qui relève, lui, de la compétence exclusive des provinces) aux trois premières questions ; elle a cependant refusé de répondre à la quatrième en raison du fait que le gouvernement fédéral avait déjà exprimé son intention de légiférer et que les décisions rendues par les différentes cours d\u2019appel provinciales et territoriales faisaient en sorte que la définition du mariage ne comportait déjà plus cette exigence que les époux soient de sexes opposés.Dans l\u2019arrêt Chaoulli, une affaire largement médiatisée, une majorité de quatre juges contre trois a déclaré que la prohibition de souscrire une assurance maladie privée contrevient à l\u2019article 1 de la Charte québécoise et n\u2019est pas justifiable au regard de l\u2019article 9.1.(tout comme l\u2019article premier de la Charte canadienne, cette disposition permet au législateur de justifier le caractère raisonnable d\u2019une atteinte aux droits et libertés fondamentaux).La juge en chefMcLachlin ainsi que les juges Major etBastarache estiment, de plus, que cette prohibition contrevient également à l\u2019article 7 de la Charte canadienne et n\u2019est pas justifiée au re- 632 Le Québec et le Canada gard de l\u2019article premier.Dans ses motifs, la juge Deschamps précise que, bien que les tribunaux doivent faire preuve de déférence à l\u2019égard des pouvoirs législatif et exécutif, ils ne doivent pas pour autant abdiquer leurs responsabilité.« Le gouvernement a certes le choix des moyens pour résoudre la question des listes d\u2019attente pour la fourniture des soins de santé, écrit-elle, mais pas celui de ne pas agir réagir devant la violation du droit à la sécurité des Québécois».En dissidence, les juges Binnie, LeBel etFish estimentquantà eux que le débatne peut être tranché par la voie judiciaire, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un simple problème constitutionnel.Au même effet, dans l\u2019arrêt Nouvelle-Écosse (ministre de la Santé), dans lequel la Cour devait jauger la compétence du Tribunal de la famille de la province d\u2019imposer des conditions aux plans de soins proposés par le ministre de la Santé, la Cour a statué que, étant donné que la loi assigne expressément au tribunal la responsabilité de veiller au bien-être et aux intérêts des patients, celui-ci pouvait déterminer si les services à fournir par l\u2019État étaient dans son intérêt et, au besoin, il peut modifier le plan proposé par le ministre.Dans l\u2019arrêt Auton, la Cour a renversé la décision du juge de première instance (laquelle avait été confirmée par la Cour d\u2019appel) et jugé que le refus pour une province de financer certains services de santé, en l\u2019occurrence il s\u2019agissait d\u2019une thérapie comportementale pour les enfants autistes, ne portaitpas atteinte aux droits à l\u2019égalité des patients.Dans l\u2019arrêtNAPE, la Cour a décidé que l\u2019article 9 de la Public Sector Restraint Act de Terre-Neuve (une disposition qui avaitpour effet de reporter les réajustements salariaux déterminés à la suite d\u2019une entente entre le gouvernement et les syndicats qui accordait l\u2019équité salariale aux employées du secteur des soins de santé) était constitutionnel en raison de la situation de « crise grave » qui grevait les finances publiques provinciales.Selon la Cour, l\u2019adoption de cette loi discriminatoire constituait un objectif législatif urgent et réel et était nécessaire pour remédier à cette crise financière.Ainsi est reconnu, dans une certaine mesure, le droit du gouvernement de gérer les finances publiques sans ingérence indue des tribunaux judiciaires.C \u2019est, à peu ou à prou de différence, sur la même analyse qu\u2019est fondée la décision de la Cour suprême concernant la contestation constitutionnelle des juges des cours provinciales des provinces du Nouveau-Brunswick, de l\u2019Ontario, de l\u2019Alberta et du Québec.Dans cet arrêt, que nous désignerons simplementpar Association des juges puisque sa désignation officielle fait plus d\u2019un paragraphe, la Cour rappelle d\u2019abord le principe qu\u2019elle a établi dans le Renvoi sur la rémunération des juges (1997), à savoir qu\u2019il faut recourir à une commission indépendante, objective et efficace pour maintenir ou modifier le traitement des juges.Cependant, précise la Cour suprême, « sauf avis contraire de l\u2019assemblée législative, le rapport d\u2019une commission a valeur d\u2019avis ; il n\u2019a pas force obligatoire».Il faut, bien sûr, accorder du poids aux recommandations de la commission, mais le gouvernement peut toujours s\u2019en écarter s\u2019il justifie sa décision par des « motifs rationnels ».Enfin, la Cour 633 Le Québec, le Canada, le monde rappelle aux juges d\u2019instance inférieure qu\u2019ils devraient s\u2019abstenir de rendre des ordonnances donnant force obligatoire aux recommandations d\u2019une commission, à moins d\u2019y être expressément autorisés par le régime législatif applicable.Dans l\u2019arrêt Hodge, la Cour a répudié les arguments de Betty Hodge, qui contestait la décision du gouvernement du Canada de ne pas lui verser la pension de survivant à son conjoint alors qu\u2019elle était séparée depuis plusieurs mois, en raison du fait que la définition de « conjoint de fait » (laquelle exige, contrairement aux conjoints mariés, la cohabitation) ne violait pas les droits à l\u2019égalité consacrés par la Charte canadienne.Dans l\u2019arrêt Tessling, la Cour conclut (contrairement en cela à la Cour suprême des États-Unis qui est arrivée au résultat contraire dans l\u2019arrêt Kyllo en 2001) que l\u2019utilisation par la police d\u2019un aéronef muni d\u2019un dispositif d\u2019imagerie thermique pour prendre une photographie de la chaleur de la maison d\u2019un individu sans avoir obtenu préalablement un mandat de perquisition ne portait pas atteinte à la Charte canadienne.En d\u2019autres termes, l\u2019utilisation de la « thermographie », comme moyen d\u2019enquête, ne constitue pas une intrusion dans la vie privée des individus.Dans l\u2019arrêt Toronto Star Newspapers Ltd., dans lequel la Cour suprême devait appliquer le critère « Dagenais /Mentuck » (critère en vertu duquel un tribunal compétent conclut que la divulgation de certains documents judiciaires serait «préjudiciable aux fins de la justice ou nuirait indûment à la bonne administration de la justice»), la Cour a penché en faveur de la liberté de la presse en rappelant que la présomption de la publicité des procédures judiciaires est bien établie au Canada et que la partie qui réclame le secret [généralement le ministère public] doit démontrer l\u2019existence d\u2019un risque grave et précis pour l\u2019intégrité de l\u2019enquête criminelle; une simple allégation générale d\u2019entrave éventuelle à une enquête en cours ne saurait suffire ».En ce qui concerne la Charte de la langue française du Québec, la Cour suprême a rendu trois décisions concernant son application et son interprétation.Dans l\u2019arrêt Gosselin, où des parents membres de la majorité francophone québécoise contestaient les dispositions interdisant l\u2019accès des enfants francophones à l\u2019école anglaise, la Cour a indiqué que l\u2019article 73 ne viole pas les droits à l\u2019égalité garantis par les articles 10 et 12 de la Charte québécoise et par l\u2019article 15 de la Charte canadienne.La Cour précise que, contrairement à la prétention des parents, l\u2019article 73 de la Charte québécoise n\u2019a pas pour effet d\u2019exclure des catégories d\u2019enfants relativement à l\u2019admissibilité à un service public, mais plutôt de mettre en œuvre l\u2019obligation constitutionnelle, consacrée à l\u2019article 23 de la Charte canadienne suivant un compromis politique soigneusement formulé.Dans l\u2019arrêt Solski (aussi connu comme étantl\u2019affaire Casimir), la Cour suprême devait interpréter l\u2019expression « majeure partie» de l\u2019enseignement que l\u2019on retrouve au paragraphe 73(2) de la Charte de la langue française.Cette affaire faisait suite à la décision du ministère de l\u2019Éducation, que l\u2019on pourrait aisément qualifier de tatillonne, de déclarer inadmissibles certains enfants anglophones à fréquenter 634 Le Québec et le Canada l\u2019école publique de langue anglaise au Québec pour le motif qu\u2019ils n\u2019avaient pas reçu la majeure partie de leur enseignement en anglais.Paradoxalement, ces enfants se voyaient exclus de l\u2019application de cette disposition en raison du fait qu\u2019ils avaient fréquenté une école qui dispensait un cours d\u2019im-mersion française dans une autre province.La Cour a d\u2019abord confirmé la validité constitutionnelle de cette dis-position de la Charte de la langue française pour ensuite préciser que l\u2019évaluation visant à déterminer l\u2019admissibilité ne saurait être simplement quantitative.Il ne suffitpas de s\u2019adonner à de simples calculs arithmétiques, mais plutôt de « prendre en considération l\u2019ensemble de la situation de l\u2019enfant».En l\u2019espèce, cette évaluation qualitative du cheminement scolaire des enfants indiquait qu\u2019ils avaient droit de recevoir l\u2019enseignement en anglais au Québec.Enfin, dans la troisième décision, l\u2019arrêt Okwuobi, la Cour suprême a conclu que le TAQ (Tribunal administratif du Québec) avait compétence pour entendre les demandes d\u2019instruction dans la langue de la minorité et que ce processus d\u2019appel ne pouvait être contourné.L\u2019interprétation conjuguée des dispositions de la Charte de la langue française et de la Loi sur la justice administrative « fait clairement ressortir la volonté du législateur québécois d\u2019attribuer au TAQ une compétence exclusive à l\u2019égard des litiges liés à l\u2019article 73 de la Charte de la langue française».(b) Le droit constitutionnel et le droit autochtone Dans l\u2019arrêt R.c.Marshall; R.c.Bernard, la Cour devait décider si les Mi\u2019kmaq de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick avaient des droits issus des traités pour exploiter commercialement les ressources forestières sur les terres publiques.Les sept juges ayant participé à la décision (les juges Binnie et Deschamps n\u2019ont pas pris part aux jugements) conclurent que les traités de 1760-61 ne confèrentpas aux Mi\u2019kmaq d\u2019aujourd\u2019hui le droit de couper du bois sans observer la réglementation.La clause des traités relative aux maisons de troc (celle-là même qui est à l\u2019origine de la conclusion de la Cour dans l\u2019arrêtMarshall [1999] relativement au droit aborigène de pratiquer la pêche commerciale) est une clause qui accorde le « droit de continuer le commerce des articles dont ils faisaient le commerce en 1760-61 ».Enfin, dans l\u2019arrêt Gladstone, la Cour a statué que les autochtones ne sauraient invoquer avec succès une obligation fiduciaire de la Couronne pour obtenir des intérêts sur le montant de la vente des produits de pêche après que le ministère des Pêches et Océans eut saisi et vendu de la vogue de hareng sur varech à la suite de la violation des dispositions de la Loi sur les pêches.En ce qui a trait au partage des compétences entre le Parlement et les assemblées législatives provinciales, trois affaires ont été jugées par la Cour suprême et dans les trois cas, faut-il le souligner, la Cour suprême semble avoir favorisé les droits des provinces plutôt que ceux du gouvernement central.Dans l\u2019arrêt UL Canada, la Cour a conclu que la disposition réglementaire québécoise interdisant la coloration de la margarine relevait de la compétence législative du gouvernement du 635 Le Québec, le Canada, le monde Québec.Elle a aussi rejeté les arguments voulant que le règlement dépassait le cadre de sa loi habilitante, qu\u2019il était contraire à la liberté d\u2019expression commerciale garantie par la Charte canadienne ou encore qu\u2019il était en violation des accords provinciaux et internationaux en matière de commerce.Dans l\u2019arrêt Rothman, Benson & Hedges, où il s\u2019agissait de jauger la constitutionnalité de la loi anti-tabac du gouvernement de la Saskatchewan (dont les dispositions sont plus restrictives en ce qui concerne les mineurs) en fonction de celle du gouvernement fédéral, la Cour suprême a confirmé la validité constitutionnelle de la loi provinciale et semble avoir opté pour l\u2019application de la doctrine constitutionnelle dite du chevauchement (doctrine en vertu de laquelle les législations fédérale et provinciale peuvent coexister si elles sont complémentaires) plutôt que celle dite de la prépondérance des lois fédérales (doctrine en vertu de laquelle le fait pour le Parlement de légiférer dans un domaine empêcherait l\u2019autre gouvernement de légiférer).Enfin, dans l\u2019arrêt Pelland, la Cour suprême a confirmé la constitutionnalité du Régime fédéral-provincial de commercialisation du poulet, lequel a été décentralisé aux offices provinciaux, lesquels se sont vu accorder le pouvoir d\u2019attribuer et d\u2019administrer les contingents fédéraux et de réglementer la commercialisation du poulet sur les marchés interprovincial et international.En ce qui a trait au privilège parlementaire, la Cour suprême a rappelé dans l\u2019arrêt Vaid que celui qui invoque l\u2019immunité que confère le privilège parlementaire a le fardeau d\u2019en établir l\u2019ex- istence.En l\u2019espèce, la Cour a statué qu\u2019il n\u2019existait aucun privilège parlementaire qui auraitpermis d\u2019obvier à l\u2019application de la Loi canadienne sur les droits de la personne, laquelle s\u2019applique aux employés du Parlement (c) Le droit administratif et réglementaire, le droit professionnel et les relations de travail Dans l\u2019arrêt Glykis, une majorité de quatre juges contre deux a indiqué que le Règlement n° 411 établissant les conditions de fourniture d\u2019électricité au Québec permet à Hydro-Québec d\u2019interrompre la fourniture de service d\u2019électricité lorsque le client fait défaut de payer sa facture et cela, indépendamment du point de livraison pour lequel le client défaillant est titulaire d\u2019un abonnement En d\u2019autres termes, la société d\u2019État peut interrompre la fourniture d\u2019électricité à la résidence personnelle d\u2019un client si celui-ci fait défaut de payer les factures concernant un immeuble locatif séparé.Dans l\u2019arrêt Les Entreprises Sibeca Inc., dans lequel un promoteur immobilier poursuivait la municipalité de Frelishburg pour perte de profit à la suite d\u2019une modification à un règlement de zonage relativement à des terrain situés sur le Mont Pinacle dans les Cantons-de-l\u2019Est, la Cour a statué que «l\u2019adoption, la modification ou l\u2019annulation d\u2019un règlement de zonage ne sont pas, en elle-même, source de responsabilité même si ces actes entraînent une diminuation de la valeur des terrains visés ».Les municipalités bénéficient d\u2019un vaste pouvoir discrétionnaire dans l\u2019exercice de leur pouvoir de réglementation; elles ne peuvent être tenues responsable si elles agissent de 636 Le Québec et le Canada bonne foi ou si l\u2019exercice de ce pouvoir ne peut être qualifié d\u2019irrationnel.Dans l\u2019arrêt Pacific National Investment Ltd, une autre affaire impliquant un promoteur immobilier et une modification à un règlement de zonage, la Cour a statué que la municipalité, qui a modifié un règlement de zonage ayantpour effet d\u2019empêcher le développement du projet immobilier après que le promoteur eut procédé à la construction d\u2019infrastructure, ne pouvait conserver les travaux et les améliorations qu\u2019elle avait antérieurement exigés de celui-ci sans le dédommager.En ce qui concerne le droit disciplinaire, deux arrêts ont été rendus par la Cour suprême au cours de cette période.Le premier concernait le devoir de loyauté d\u2019un avocat envers son client (Côté), alors que le second concernait la confidentialité du dossier médical d\u2019un individu poursuivant un professionnel de la santé (Glegg).Dans l\u2019arrêt Côté, une affaire dans laquelle une cliente reprochait à son avocat d\u2019avoir omis de la conseiller sur certains aspects de son dossier et d\u2019avoir permis à son associé d\u2019avoir représenté un coaccusé ayant des intérêts opposés aux siens, la Cour a rejeté les prétentions de la cliente.En l\u2019espèce, elle ne pouvait invoquer un manquement au devoir général de loyauté de son avocat puisque celui-ci l\u2019avait informé des limites de sa compétence et lui avait recommandé de consulter un autre avocat quant aux aspects civils de son dossier, le tout conformément au Code de déontologie des avocats.Dans l\u2019arrêt Glegg, bien que reconnaissant l\u2019importance considérable du secret professionnel du professionnel de la santé, la Cour a statué que celui-ci connaît des limites et que le titulaire du droit peut y renoncer expressément au tacitement En l\u2019espèce, le bénéficiaire du secret professionnel qui intente une poursuite judiciaire ne peut en refuser la divulgation s\u2019il est démontré que les renseignements recherchés sontperti-nents, nécessaires et que, compte tenu de sa conduite et de ses allégations, une divulgation tacite a eu lieue.En matière de relations de travail, une seule décision a été rendue par la Cour suprême.Il s\u2019agit de l\u2019arrêt Vaughan dans lequel la Cour est venu préciser le fait que lorsque le législateur a établi un régime complet pour le règlement des différends en matière de relations de travail, les tribunaux doivent faire preuve de déférence envers ce régime afin d\u2019éviter de mettre en péril le mécanisme prévu par la loi.(d) Le droit criminel Le droit criminel est constitué par l\u2019ensemble des règles ayantpour but de sanctionner une infraction.Au cours de l\u2019année dernière, la Cour a eu à se prononcer sur plusieurs aspects concernant : la preuve de faits similaires lors de présentations au jury (Perrier; Chan), les directives au jury concernant l\u2019appréciation d\u2019une question de faits (Gunning; Menard), les critères applicables pour annuler les déclarations de culpabilité pour cause d\u2019interprétation erronée de la preuve par le juge au procès (Lohrer), l\u2019admissibilité de la preuve par ouï-dire dans certaines circonstances exceptionnelles (Mapara), la rétention de biens saisis (la « confiscation compensatoire») au sens de la Loi sur les douanes (Martineau), de certaines dispositions du Code criminel relatives à l\u2019interception des commu- 637 Le Québec, le Canada, le monde nications privées (Chow), les critères d\u2019application concernant la détermination de la peine lors d\u2019un «emprisonnement à la maison » (la notion d\u2019« emprisonnement avec sursis » est peu révélatrice de la réalité) (Fice), de la défense de provocation (Roberts), celle de la légitime défense invoquée à la suite d\u2019une bagarre à coups de poing (Paice) ainsi que la question de savoir si les infractions de contacts et d\u2019agressions sexuelles sont comprises dans celle d\u2019inceste (G.R).Dans une décision rendue le 29 juillet dernier, la Cour suprême a examiné la portée de certaines dispositions du Code criminel dans le cyberespace.Dans l\u2019arrêt Hamilton, une majorité de six juges contre trois semble avoir élargi l\u2019imputation de la responsabilité pénale aux personnes qui conseillent à autrui la commission d\u2019actes criminels.Dans cette affaire, il s\u2019agissait de déterminer si on pouvait imputer une intention criminelle à un individu qui proposait la vente de fichiers ultra-secrets transmis par courriel, lesquels devaient permettre au destinataire de générer des numéros de carte de crédit valides, d\u2019obtenir des instructions expliquant comment fabriquer une bombe et comment entrer par effraction dans une maison figurant au registre des maisons vendus.La Cour a répondu par l\u2019affirmative en précisant qu\u2019il fallait examiner le sens évident de l\u2019annonce-mys-tère contenue dans le courriel afin de déterminer sa responsabilité pénale.Deux autres questions ressortissant du droit criminel méritent une attention plus particulière : il s\u2019agit de la propagande haineuse (Mugesera; Krymowski) ainsi que l\u2019étendue des pouvoirs de la police.Dans le cas de la propagande haineuse, l\u2019arrêt Mugesera n\u2019a échappé à personne, non pas tant en raison du principe judiciaire qu\u2019il a institué qu\u2019en raison de la réprobation sans précédent que la Cour a servie à l\u2019avocat Guy Bertrand, qui agissait pour le compte de Léon Mugesera, un ex-membre actif d\u2019un parti politique hutu radical au Rwanda.Bien que techniquement la décision Mugesera porte véritablement sur la norme de contrôle judiciaire, on se rappellera que la Cour a statué que l\u2019expulsion de Léon Mugesera était bien fondée (et cela contrairement à la décision de la Cour d\u2019appel fédérale mais conformément aux décisions de toutes les autres instances antérieures) en raison du fait que celui-ci avait incité au meurtre, au génocide et à la haine et, pis encore, qu\u2019il existait des motifs raisonnables de croire qu\u2019il avait commis un crime contre l\u2019humanité.Dans l\u2019arrêt Krymowski, la Cour suprême a cassé la décision du juge au procès, lequel avaitacquitté un individu accusé de propagande haineuse à l\u2019encontre des Tziganes en raison du fait que l\u2019acte d\u2019accusation les désignait sous un synonyme (les « ROMs »).La Cour estime qu\u2019il incombait au juge du procès d\u2019examiner la totalité de la preuve et de prendre judiciairement connaissance du sens commun des termes employés.En ce qui à traita l\u2019étendue des pouvoirs de la police, quatre décisions, auxquelles il faudrait ajouter l\u2019arrêt Tessling déjà évoqué, ont été rendues par la Cour suprême au cour de cette période : les deux premières concer-nentl\u2019ordre d\u2019un policier de fournir un échantillon d\u2019haleine sur le bord de la route (Woods; Orbanski), les deux 638 Le Québec et le Canada autres ont trait aux pouvoirs des policiers issus des premières nations (Decorte) ou agissant comme agent banalisé (Grandinetti).Dans l\u2019arrêt Woods, dans lequel il fallait préciser le sens du terme «immédiatement» prévu au paragraphe 254(2) du Code criminel, la Cour suprême a statué qu\u2019un individu sommé par un policier de fournir un échantillon d\u2019haleine doit obtempérer immédiatement et non pas attendre le moment de son choix pour le fournir.Dans l\u2019arrêtOrbanski s\u2019estposée la question de savoir si le défaut pour les policiers, qui procèdentà l\u2019interception d\u2019un véhicule automobile afin de s\u2019assurer de la sobriété de son conducteur, de l\u2019informer de son droità l\u2019assistance d\u2019un avocat portait atteinte à la Charte canadienne.Bien que le droità l\u2019assistance d\u2019un avocat s\u2019applique dès la détention, affirme la Cour, il peut être restreint par une règle de droit dont la justification peut se démontrer dans une société libre et démocratique.En l\u2019absence d\u2019une règle de droit, poursuit la Cour, la restriction prescrite peut découler, par implication nécessaire, des conditions d\u2019application des dispositions législatives fédérales et provinciales.En l\u2019espèce, les mesures de détection prises pour déterminer la sobriété des conducteurs étaient raisonnables et nécessaires pour permettre aux policiers d\u2019accomplir leur devoir.Dans l\u2019arrêt Grandinetti, la Cour suprême, bien que reconnaissant la nécessité de garantir l\u2019équité d\u2019un procès en faisant échec aux manœuvres indûment coercitives des agents de l\u2019État, a statué que les déclarations faites à un agent banalisé se faisant passer pour un criminel sont admissibles dans la mesure où la conduite des policiers ne peut obvier à l\u2019application du critère de la «personne en situation d\u2019autorité» en raison du fait qu\u2019un agent banalisé agissant subrepticement ne saurait rencontrer le critère de la « personne en situation d\u2019autorité » puisque la victime du subterfuge ne saurait le percevoir ainsi.Enfin, dans l\u2019arrêt Decorte, la Cour a statué que des agents de police issus des premières nations, bien qu\u2019ils ne soient pas formellement des agents de police au sens de la Loi sur les services policiers de l\u2019Ontario, sont des agents de la paix aux sens de l\u2019article 2 du Code criminel.Or, selon l\u2019Anishnabek Police Service Agreement, une entente intervenue entre le gouvernement de l\u2019Ontario etles Anishnabek, la compétence des agents des premières nations n\u2019est pas limitée aux limites territoriales de la communauté; elle est plutôt fonction des lois, des règlements applicables, des accords auxquels ils sont assujettis ainsi que des modalités assortissant leur nomination ou leur embauche.En l\u2019espèce, tous les policiers Anishnabek sont des agents de la paix « dans la province de l\u2019Ontario » ; ils peuvent donc légalement intercepter des véhicules automobiles à l\u2019extérieur des limites territoriales de leur communauté.(e) Le droit commercial Au cours de l\u2019année dernière, la Cour a eu à se prononcer sur plusieurs aspects concernant les règles de cautionnement (Épiciers Unis Métro-Richelieu Inc.), la faillite et l\u2019insolvabilité (Lefebvre (syndic de) ; Ouellet (Syndic de), le refus d\u2019un assureur d\u2019indemniser son assuré en raison de son omission de déclarer un risque (State Farm Fire and Casualty; Compagnie 639 Le Québec, le Canada, le monde d\u2019Assurance Halifax), l\u2019octroi de dommages-intérêts en vertu de la Loi sur la protection du consommateur de la Saskatchewan (Prebushewski), les conditions de validité d\u2019un avis de conformité établi en vertu du Règlement sur les médicaments brevetés (Bristol-Myers Squibbe Co.) ainsi que du calcul du revenu d\u2019emploi aux fins de l\u2019application de la Loi de l\u2019impôt sur le revenu (Tsiapraillis).La Cour s\u2019est aussi prononcée sur des questions de pratique judiciaire (Ryan; H.L.).Deux affaires concernantla responsabilité des administrateurs de sociétés méritent une attention particulière.Dans l\u2019arrêt B.C.Hydro, la Cour suprême a confirmé la décision de la Cour d\u2019appel de la Colombie-Britannique et validé le texte d\u2019un accord de fusion limitant la responsabilité de la nouvelle société en matière de décontamination de sites.Puis, dans l\u2019arrêt Magasins à rayons Peoples, c\u2019est sans grande surprise que la Cour suprême a indiqué que les administrateurs de sociétés par action ont une obligation de fiduciaire et une obligation de diligence envers les créanciers de la société.Ces obligations ne sauraient cependant imposer aux administrateurs d\u2019autres devoirs que ceux d\u2019agir avec intégrité et bonne foi.Ainsi, en l\u2019absence d\u2019éléments de preuve démontrant l\u2019existence d\u2019un intérêt personnel ou d\u2019une fin illégitime, les administrateurs ne sauraient être réputés avoir manqué à leur obligation de diligence.La norme de diligence est une norme objective qui s\u2019apprécie en fonction des circonstances particulières et du contexte économique existants.alain-robertnadeau(ô)sympatico.ca La version intégrale de cette étude est disponible sur le site Internet de l\u2019Institut du Nouveau Monde (iviviv.inm.qc.ca), section Annuaire du Québec.640 ?Le Québec et le monde LE QUEBEC ET LE MONDE 642\tLe gouvernement Charest et l\u2019action internationale du Québec : une année de transition 650 Québec-Las Vegas : petite autopsie d\u2019un grand succès 657 La gratuité scolaire en France, un modèle pour le Québec?667 Le Québec comme objet d\u2019étude en 2004-2005 641 Le Québec, le Canada, le monde Le gouvernement Charest et l\u2019action internationale du Québec : Bilan d\u2019une année de transition Nelson École nationale d\u2019administration publique En matière de relations internationales, l\u2019année 2005 en aura été une, pour le gouvernement Charest, de réalignement stratégique.Inspirée au cours des derniers mois de 2004 d\u2019un nouvel élan donné par la mission Québec-France au Mexique, la position que le gouvernement a affichée est marquée au coin de la continuité et d\u2019une fermeté de principes réitérée à maints égards, mais elle a surtout permis d\u2019explorer de nouvelles avenues continentales et de nouvelles pratiques multilatérales.Cet esprit d\u2019innovation aura aussi suscité, à la fin de l\u2019été, une fin de non-recevoir exprimée par le ministre fédéral des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, quant au rôle international autonome que le Québec veut jouer.Le ministre affermissait du coup l\u2019inquiétante allusion déjà présente dans l\u2019Énoncé de politique internationale du gouvernement Martin1.L\u2019année 2006 s\u2019annonce donc déterminante quant aux actions futures du Québec.Avant de l\u2019amorcer, il peut être utile de mettre en perspective quels ont été les grands axes de ce réalignement amorcé en 2005 pour bien saisir les défis qu\u2019il reste à surmonter.À cet égard, deux éléments doivent retenir notre attention : le renforcement de l\u2019affirmation concrète de la nord-américanité du Québec et la mise en place de nouveaux paramètres de défi-nition de l\u2019action du Québec sur la scène internationale.Je les aborderai donc tour à tour pour ensuite ouvrir sur quelques perspectives que nous laissent entrevoir les engagements administratifs du gouvernement quant au Ministère (MRI).L\u2019ensemble nous permettra d\u2019évaluer où se situe le Québec par rapporta son autonomie internationale et de déterminer les avenues possibles qui s\u2019offrent à un gouvernement à la veille d\u2019entrer en phase préélectorale.Renforcer sa nord-américanité Ce n\u2019est plus un secret: Jean Charest est un premier ministre conscient de 642 5918 Le Québec et le monde l\u2019importance du rôle international que le Québec peut et doit jouer2.En ce sens, il s\u2019inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs, voire parmi les plus résolus d\u2019entre eux.Ce qui le distingue toutefois, c\u2019est l\u2019importance qu\u2019il accorde à la dimension continentale.Si le Québec international s\u2019est bâti à partir des axes « de Paris à Washington »5, il semble clair que la maturité de la relation outre-atlantique permet maintenant de consacrer plus d\u2019énergie au second objectif.Pour Jean Charest, les États-Unis constituent un interlocuteur incontournable.Fort d\u2019une expérience fédérale à l\u2019intérieur d\u2019un gouvernement qui a bâti la continentalisation économique dans le cadre de l\u2019Accord de libre échange canado-américain et de l\u2019ALENA, le premier ministre évoque volontiers le renforcement de la place du Québec comme partenaire nord-américain.Dans l\u2019action concrète, le gouvernement du Québec a non seulement participé à la mission Charest-Raffarin au Mexique, mais il s\u2019est aussi imposé, malgré les réticences d\u2019Ottawa, en tant qu\u2019acteur nommément identifié dans le cadre de la reconstruction haïtienne.Ce dernier fait peut sembler anodin et aller de soi, mais il représente néanmoins une innovation importante : jusqu\u2019à ce jour, l\u2019aide internationale que le Québec pouvait apporter dans le monde ne se faisait qu\u2019auprès d\u2019organismes présents sur le territoire visé et non de gouvernement à gouvernement Dans le cas haïtien, la rencontre des premiers ministres Charest et La tortue a permis d\u2019abaisser cette barrière.Il sera intéressant d\u2019évaluer les retombées concrètes de ces échanges, principalement sous deux dimensions : quelle sera l\u2019évolution du rôle du gouvernement québécois vis-à-vis du gouvernement haïtien et est-ce que la possibilité pour le gouvernement du Québec d\u2019étendre une telle pratique à d\u2019autres parties du monde, se concrétisera?Ces actions en vue d\u2019une plus grande affirmation de la nord-améri-canité du Québec reposent sur une doctrine clairement affirmée par le premier ministre.Qualifiant de « vitale » la relation du Québec avec les États-Unis4, il assoit celle-ci sur trois axes d\u2019intérêts majeurs : intérêts économiques, intérêts en matière de sécurité y compris la sécurité énergétique et la sécurité environnementale, mais aussi intérêts partagés vis-à-vis des jours hémisphériques tiers, comme c\u2019est le cas de la Floride et du Québec vis-à-vis de la situation en Haïti.En fait, Jean Charest voitle Québec comme étantpartenaire des Canadiens, des Américains et des Mexicains dans « la construction d\u2019une Amérique du Nord plus forte, plus sûre et plus prospère»5.En ce qui concerne plus précisément le Mexique, le premier ministre a pu exprimer l\u2019intérêt québécois directement au président Vincente Fox.Tout en soulignant les 25 ans de présence du Québec à Mexico, Jean Charest a réitéré cette « volonté [du Québec] de continuer d\u2019être un partenaire nord-américain.»6 Appelant implicitement les États mexicains à travailler avec le Québec, il a souligné que «les États fédérés sont donc des joueurs incontournables dans la définition de nouveaux modes de coopération à l\u2019échelle continentale.»7 Pour le premier ministre, « la \u201cmondialisation des régions\u201d va de pair avec une diplomatie parallèle des régions.»8 643 Le Québec, le Canada, le monde Les trois discours desquels des extraits ont été choisis pour illustrer l\u2019attitude de Jean Charest vis-à-vis de la continentalisation des intérêts du Québec illustrent bien, par eux-mêmes, l\u2019importance que le premier ministre accorde au réseautage afin de faire connaître le Québec à l\u2019étranger.9 Il a vraisemblablement connu l\u2019utilité de cette approche auprès de son ancien maître politique et il l\u2019a fait sienne.Il avait saisi, dès son arrivée au pouvoir, l\u2019occasion d\u2019aller prononcer un discours à New York; s\u2019en sontsuivies les invitations gigognes, d\u2019abord pour retourner à New York, puis de là, pour se rendre à Washington et enfin à Monterrey où il a promis que le Québec assurerait une « présence dynamique » au Forum universel des cultures de l\u2019UNESCO qui s\u2019y tiendra en 2007.Profitant de son passage à Washington, le premier ministre a aussi noué contact avec des décideurs politiques de haut niveau dans la capitale américaine.Ses rencontres régulières avec les gouverneurs des États limitrophes et ceux alors établis avec leurs collègues de Floride, du Delaware, du Maryland10 et de la Géorgie, voire avec le nouvel ambassadeur américain en poste à Ottawa11, procèdent de la même logique.Il reste à voir quels seront les dividendes de ces rencontres, ceux-ci ne pouvant être récoltés qu\u2019à moyen ou à long terme.La ministre des Relations internationales résume d\u2019ailleurs bien cette afi firmation de la personnalité continentale du Québec : une « société à la fois ouverte sur le monde et intégrée au continent nord-américain »12.Mais réussir à implanter ces nouvelles priorités tout en enrichissant les acquis (notamment avec la France et l\u2019Europe) et en ajoutant des dimensions multilatérales - sollicitant une voix dans les forums où les intérêts du Québec sont en jeu - et bilatérales - comme ce fut ce cas avec l\u2019Australie19 -, exige toutefois de se doter d\u2019assises solides.Cette seconde dimension a aussi fait partie de l\u2019approche Charest quant au rôle international du Québec.Définir un nouveau cadre d\u2019action L\u2019établissement de ces principaux paramètres menant à une redéfinition de l\u2019action internationale du Québec a principalement été confié aux ministres Benoît Pelletier et Monique Gagnon-Tremblay.Ces paramètres ont été livrés dans le cadre de discours programmes prononcés devant des auditoires spécialisés en relations internationales.Dans un premier temps, Benoît Pelletier s\u2019est adressé aux participants de la conférence « Le Canada dans le monde» organisée par l\u2019Institut d\u2019études canadiennes de l\u2019Université McGill.Se basant sur la vision du gouvernement, articulée autour des concepts d\u2019affirmation, d\u2019autonomie et de leadership, le ministre a réclamé « que soit maintenue la capacité, pour le Québec et les autres provinces, d\u2019exercer sans entraves les responsabilités qui leur sont conférées par la constitution.»14 Et, puisque « la mondialisation brouille la démarcation entre politiques extérieures et intérieures »15, Pelletier demande si le Québec peut se permettre de rester en marge du monde extérieur.Il conclut alors sans équivoque que « l\u2019évolution rapide de la situation mondiale et ses conséquences, très lourdes pour les intérêts du Québec, rendent de plus en plus inacceptable l\u2019absence 644 Le Québec et le monde d\u2019un cadre formel et prévisible»16 qui permette au Québec d\u2019orchestrer son action de manière efficace.Les volte-face répétées des acteurs fédéraux, malgré des engagements antérieurs, ne laissent en effet que deux solutions possibles : les représentants du Québec ne peuvent que soit faire cavalier seul, soit mettre en place un cadre de travail où les actions ne seront pas sujettes aux sautes d\u2019humeur des participants.Pour le gouvernement fédéraliste de Jean Charest, c\u2019est la deuxième option qui prévaut : « nos codes d\u2019accès au monde ne peuvent plus être assujettis au bon vouloir des représentants du gouvernement fédéral du moment»17, dira Pelletier.N on que Pelletier recherche une exclusion du fédéral.Ce serait contraire à la philosophie du gouvernement auquel il appartient 11 reconnaît même un « noyau dur », un « domaine réservé » où le fédéral a pleins privilèges pour déterminer les grandes orientations de politiques.Toutefois, dans les domaines où le Québec a des fers au feu, il en va autrement C\u2019est cette dernière affirmation qui pose problème au niveau fédéral et, pour baliser son action, Pelletier fait appel à six principes : \u2022\tétablir des mécanismes institutionnels pour accompagner la participation du Québec aux organisations et aux négociations internationales ; \u2022\tpermettre au Québec de jouer un rôle plus soutenu à toutes les étapes du processus de négociation des instruments internationaux lorsque ses compétences sont en cause ; \u2022\tobtenir, pour le Québec, le droit de s\u2019exprimer de sa propre voix dans les forums qui traitent de sujets qui définissent sa spécificité ; \u2022\trendre possible la participation du Québec à la négociation et à la mise en œuvre de futurs accords commerciaux; \u2022\tpréserver les acquis historiques du Québec ; \u2022\tfaire bénéficier le Québec de toute évolution future quant à la place des entités fédérées dans les forums internationaux.18 Ces principes généraux servent ainsi de base pour contextualiser les requêtes spécifiques du Québec envers Ottawa.Dans un discours prononcé devant le Conseil des relations internationales de Montréal, Monique Gagnon-Tremblay précise en quoi consistent ces requêtes : \u2022\tun statut de membre à part entière au sein des délégations canadiennes et une responsabilité exclusive quant à la désignation de ses représentants ; \u2022\tun accès à toute l\u2019information et une participation, en amont de la négociation, à l\u2019élaboration de la position canadienne ; \u2022\tun droit de s\u2019exprimer de sa propre voix à l\u2019intérieur des Forums ; \u2022\tla reconnaissance du droit du Québec de donner son assentiment avant que le Canada ne signe ou se déclare lié par un traité ou un accord ; \u2022\tle droit d\u2019exprimer ses positions lors des comparutions du Canada devant les instances de contrôle des organisations internationales, lorsqu\u2019il est mis en cause ou lorsque ses intérêts sont visés; \u2022\tune révision du mandat de la commission canadienne pour l\u2019UNESCO afin que le Québec soit lui-même chargé d\u2019effectuer la consultation de la société civile québécoise.19 Comment évaluer ces pétitions?Objectivement, il s\u2019agit des demandes 645 Le Québec, le Canada, le monde les plus précises que le Québec a formulées en matière de relations internationales depuis plusieurs années.Certains, heureux des rejets d\u2019Ottawa toujours susceptibles d\u2019arriver dans un climat d\u2019incertitude, trouveront sans doute que le Québec, en agissant ainsi, se «peinture dans le coin» : si définir c\u2019est se limiter, pourquoi se contraindre si d\u2019aventure on pouvait gagner davantage à la faveur d\u2019un contexte particulièrement propice?D\u2019autres, tenant de la doctrine « un pays, une voix», trouveront au contraire ces demandes exagérées et irrecevables.Un fait est sûr cependant: ces demandes sont compatibles avec l\u2019esprit et la lettre du fédéralisme.En ce sens, ce sont ceux qui rejettent le fédéralisme - autant les tenants de l\u2019indépendance du Québec que les défenseurs de l\u2019État unitaire canadien - qui refuseront d\u2019y donner suite.Quant au gouvernement Charest, s\u2019il désire que ces positions soient crédibles, il devra investir les ressources à partir desquelles ces revendications pourront avoir du poids.Ressources et perspectives À cet égard, le premier élément qu\u2019il nous faut analyser consiste en les sommes dont disposera le ministère des Relations internationales pour effectuer son travail.Les crédits présentés en mai nous apprennent que le budget du ministère demeure au même niveau que l\u2019an dernier, soit 99,6 millions de dollars.En fait, il est possible d\u2019y voir un léger accroissementpuisque la force du dollar canadien et les dépenses d\u2019entretien moins élevées cette année ont permis de diminuer la somme dévolue aux infrastructures des missions à l\u2019étranger, ce qui dégage une marge de manœuvre plus grande pour les sommes affectées au propre des relations internationales.Autre élément d\u2019importance, le ministère a connu une transformation majeure de son organisation.L\u2019arrivée d\u2019un nouveau sous-ministre en septembre 2004 s\u2019est en effet fait sentir et désormais, outre les secteurs du protocole et des services ministériels, le ministère se décline à partir de deux grandes divisions : analyse & politiques et affaires bilatérales & Francophonie.On constate ici que l\u2019analyse stratégique et la définition de politiques ont notamment été mises en valeur, ce qui confirme l\u2019importance des orientations énoncées dans les discours.Une bonne illustration de cela nous est donnée par la direction des organisations internationales qui a été affectée au sous-mi-nistariat adjoint de l\u2019analyse et des politiques : nous sommes bien en phase de planification d\u2019une intervention du Québec dans ces forums et non déjà au niveau opérationnel multilatéral.Le gouvernement semble décidé à organiser l\u2019action du ministère sur le long terme plutôt que de répondre à des demandes ponctuelles et de rester dans des sentiers connus.Le ministère s\u2019est aussi doté d\u2019un plan stratégique, une figure imposée par la nouvelle Loi sur l\u2019administration publique.Rempli de phrases convenues et de clichés, le texte n\u2019est toutefois pas très révélateur sinon de sa courte durée de vie : on y annonce en effet qu\u2019il sera de « portée limitée »20 au point où il «devra être révisé dès l\u2019exercice 2005-2006 », et ce, même si la loi prévoit que la plan « a, par définition, une portée pluriannuelle »21 ! Si les axes de développement et les objectifs qui y 646 Le Québec et le monde sont associés confirment en grande partie les orientations énoncées jusqu\u2019à présent, les indicateurs de résultats qui s\u2019y greffent sont, dans plusieurs cas, particulièrement vagues.Ce « flou artistique » est dû à l\u2019attente d\u2019un énoncé de politique qui est en gestation dans le ministère depuis le printemps 2003.Il est vrai que plusieurs éléments se sontbousculés, y compris la venue d\u2019un nouveau cadre de politique étrangère canadienne dont il faudra tenir compte.Il est aussi exact que la consultation menée par la ministre auprès de ses collègues d\u2019autres ministères - en vue de faire du document un énoncé gouvernemental et non seulement une politique ministérielle - consomme temps, énergie et talents de négociation afin d\u2019orienter des priorités assurément diverses dans une même direction.Néanmoins, si le gouvernement Charest veut que sa position revendicatrice vis-à-vis d\u2019Ottawa soit crédible, il faudra que la ministre livre son énoncé avant la fin de 2005 et que son collègue chargé de la négociation, Benoît Pelletier, sache bien appuyer ses réclamations.Le gouvernement dispose toutefois d\u2019une assez bonne marge de manœuvre puisque la véritable opposition à ces avancées se trouve davantage à Ottawa qu\u2019à Québec.En effet, le critique de l\u2019opposition officielle en matière de relations internationales, Daniel Turp, est principalement intervenu lors des quelques heures consacrées à l\u2019étude des crédits budgétaires, mais très peu en Chambre sur les questions liées aux relations internationales du Québec.22 Quant au « Budget de l\u2019an 1 » présenté par François Legault24, l\u2019attention portée aux relations internationales et aux diverses composantes incontournables de toute politique étrangère n\u2019ont pas de quoi inquiéter le gouvernement Par contre, lors d\u2019un discours prononcé devant la Chambre de commerce de Québec, le ministre Pettigrew a déclaré que le Québec est mieux servi sur la scène internationale si le Canada ne parle que d\u2019une seule voix et que la doctrine Gérin-Lajoie est dépassée24.Cette sortie du ministre trouve une partie de ses fondements dans un ministère désorganisé qui s\u2019accroche à des valeurs symboliques dissociées de la réalité contemporaine.La doctrine Gérin-Lajoie, il est vrai, date de 40 ans.Il est tout aussi exact qu\u2019elle doit être évaluée à la lumière d\u2019un monde qui a changé.Cette relecture doit toutefois s\u2019effectuer en considérant que de plus en plus de questions débattues sur la scène internationale relèvent des compétences exclusives des entités fédérées et affectent directement leur gouvernance, ce que le ministre feint d\u2019ignorer.D\u2019ailleurs, face à l\u2019exigence que le Canada ne parle que d\u2019une seule voix, la réponse déjà connue du premier ministre est claire: «Je n\u2019aime pas la cacophonie plus que les autres [.] Mais je n\u2019arrive pas à voir pourquoi il faudrait que les provinces soient systématiquement absentes de la scène internationale et étrangères aux négociations qui s\u2019y déroulent »25 C\u2019est donc dire que le plan d\u2019action en vue d\u2019un rôle continental et multilatéral accru pour le Québec ne se réalisera pas sans heurts, ce qui est le propre de toute période de transition.Bilan L\u2019année 2005 a donc permis une ouverture sur la continentalisation et sur 647 Le Québec, le Canada, le monde la redéfinition de paramètres à l\u2019intérieur desquels le Québec désire exercer son action multilatérale.Il s\u2019agit d\u2019une action dont les bases ont été jetées et qui doit se poursuivre d\u2019ici la fin de l\u2019actuel mandat du gouvernement Charest Pour ces raisons - innovation et nécessité de poursuite - nous pouvons qualifier cette année de transitoire.Dans ce contexte par définition incertain, les succès déjà connus - et non seulement les coups d\u2019éclat comme la rencontre du premier ministre avec la vice-secrétaire générale des Nations-Unies26 - sont d\u2019autant plus méritoires; ils contribuent à faire du dossier des relations internationales l\u2019un de ceux où le gouvernement semble le mieux performer.Il ne pourra toutefois s\u2019asseoir longtemps sur ces lauriers tant est pressante la nécessité d\u2019en arriver avec un énoncé de politique maintes fois promis.De plus, la négociation qu\u2019entreprendront les ministres Gagnon-Tremblay et Pelletier avec leurs homologues fédéraux Pettigrew et Robillard ne laissera pas davantage de répit Elle constituera vraisemblablement l\u2019élément le plus important des mois à venir.La position d\u2019ouverture du gouvernement fédéral affichée il y a un an a été rabrouée par ses propres fonctionnaires qui ont convaincu leurs maîtres politiques de faire volte-face.Pour sa part, le gouvernement Charest est déterminé à doter le Québec d\u2019outils lui permettant une action internationale autonome encore plus grande.Ici, les échéanciers électoraux des deux gouvernements pourraient constituer un facteur déterminant et jouer légèrement à l\u2019avantage du Québec qui est davantage maître du calendrier électoral que ne l\u2019est le gouvernement minoritaire de Paul Martin.La partie n\u2019est toutefois pas gagnée d\u2019avance.Autre élément qu\u2019il faudra garder à l\u2019esprit pour évaluer l\u2019action internationale du gouvernement Charest dans les mois à venir, c\u2019est la performance qu\u2019il affichera vis-à-vis d\u2019autres partenaires tels l\u2019Europe, la Lrancophonie ou la Lrance.À ce dernier égard, la venue d\u2019un nouveau premier ministre à Matignon sera-t-elle marquée par la continuité des rapports chaleureux ou évoluera-t-elle sur des bases différentes ?Somme toute, il estpossible de conclure qu\u2019en 2005, la position du Québec international s\u2019est à la fois affermie et s\u2019est aussi engagée sur une voie de renouvellement.L\u2019année 2006 nous permettra de juger si les fruits des efforts investis sont au rendez-vous ou si l\u2019action internationale du Québec se buttera à des limites qu\u2019une interprétation étriquée du cadre fédéral empêche de repousser.Notes et références 1\tFierté et influence : Notre rôle dans le monde - Diplomatie.www.dfait-maeci.gc.ca/cip-pic/ips/ips-dipl0macy9-fr.asp 2\tCette profession de foi s\u2019est affirmée dans le cadre d\u2019un discours prononcé à l\u2019École nationale d\u2019administration publique en février 2004.C\u2019est à ce moment qu\u2019il a formulé l\u2019affirmation qui, depuis, a été retenue comme caractéristique de son action internationale : « Ce qui est de compétence du Québec chez nous est de compétence du Québec partout.» www.premier.g0uv.qc.ca/general/disc0urs/archives_disc0urs/2004/fevrier/dis20040225.htm 648 Le Québec et le monde 3\tBERNIER, Luc, De Paris à Washington : La politique internationale du Quebec, Québec, Presses de l\u2019Université du Québec, 1996.4\tAllocution du premier ministre du Québec, M.Jean Charest, au 3e forum sur les relations entre le Canada et les États-Unis, organisé par The American Assembly, à la Columbia University, 3 février 2005.www.mri.g0uv.qc.ca/fr/ministere/all0cuti0ns/textes/2005/2005_02_04.asp 5\t« Québec : Partner in a New North American Agenda », Notes for a Speech by the Premier of Québec, Jean Charest, to the Woodrow Wilson International Center for Scholars, Washington DC, April 19,2005.6\t« Le Québec : un partenaire dans le nouvel espace continental », Notes pour un discours du premier ministre du Québec, M.Jean Charest, lors du Sommet nord-américain Hemispheria, San Pedro Garza garda, État du Nuevo Leon, Mexique, 13 mai 2005.7\tIdem.8 Idem.9\tLe MRI a fait sienne cette tactique au point d\u2019en faire un axe d\u2019intervention dans le cadre de la deuxième orientation de son plan stratégique.Ministère des Relations internationales, Plan stratégique 2005-2007, p.13.10\tEn marge d\u2019un colloque international à Philadelphie en juin.11À la suite des réunions du Conseil de la fédération tenues à Banff en juillet 12\tPlan stratégique., p.7 13\tProfitant d\u2019un colloque international sur les biotechnologies tenue à Philadelphie, le premier ministre a tenu des rencontres d\u2019échange avec des homologues australiens et ses collègues du Manitoba et de la Colombie britannique.Voir «Québec et l\u2019Australie-Sud à Philadelphie», www.mri.g0uv.qc.ca/fr/salle_de_presse/bulletin/050704_bi02005.asp 14\t« L\u2019action internationale du Québec dans une perspective fédérale », Allocution prononcée par monsieur Benoît Pelletier dans le cadre de la conférence Le Canada dans le monde, 17\tfévrier 2005.www.saic.g0uv.qc.ca/centre_de_presse/disc0urs/2005/pdf/saic_dis20050217.pdf 15\tIdem, irildem.17 Idem.18\t«La place du Québec dans les organisations et les négociations internationales », Allocution prononcée par M.Benoît Pelletier à l\u2019occasion d\u2019un déjeuner causerie tenu par le Conseil des relations internationales de Montréal, 17 mars 2005.www.saic.g0uv.qc.ca/centre_de_presse/disc0urs/2005/pdf/saic_dis20050317.pdf 19\t«Vers une politique d\u2019affaires internationales », Allocution de la ministre des Relations internationales, Madame Monique Gagnon-Tremblay, au Conseil des relations internationales de Montréal, 19 mai 2005.www.mri.g0uv.qc.ca/fr/ministere/all0cuti0ns/textes/2005/2005_05_19.asp 20\tPlan stratégique, p.3,7.21\tIdem, p.7, note 1.22 www.assnat.qc.ca/Indexweb/Recherche.aspx?cat=sv&Session=jd3 7lise&Section=particip&Re quete=TURP°/o2oDaniel0/o20-0/o2oMercier 23\twww.franc0islegat1lt.0rg/franc0islegault/pdf/Pinances_Quebec_S0uverain_Mai2005.pdf 24DUTRISAC, Robert, «Le Canada doit parler d\u2019une seule voix», Le Devoir, 2 septembre 2005, p.A-i.25\t«Le fédéralisme à l\u2019heure de la mondialisation », Notes pour une allocution du premier ministre du Québec à la Conférence internationale sur le fédéralisme, Bruxelles, 4 mars 2005.www.premier.g0uv.qc.ca/general/disc0urs/2005/mars/dis20050304.htn1M0nique Gagnon-Tremblay s\u2019est immédiatement opposée à la sortie de son homologue (voir Robert Dutrisac, «Pierre Pettigrew a beau dire - le Québec entend renforcer la doctrine Gérin-Lajoie», Le Devoir, 3-4 septembre 2005) et Benoît Pelletier avait aussi démoli l\u2019argument a priori (voir notamment «La place du Québec dans les organisations et les négociations internationales»).26\twww.premier.g0uv.qc.ca/general/c0mmtmiques/2005/fevrier/c0m20050204.htm 649 Photo : CPimages.ca / Lionel Hahn/ABACA Le Québec, le Canada, le monde Québec-Las Vegas : petite autopsie d\u2019un grand succès Stéphane Baillargeon Journaliste, Le Deuolr Céline Dion Mieux qu\u2019hier, moins que demain.Le mot d\u2019ordre reste à la démesure à Las Vegas, capitale mondiale du divertissement, avec une quarantaine de millions de touristes bien comptés annuellement Les industries culturelles made in Québec en attirent quelques millions à elles seules et entendent faire encore mieux en 2006.Pendant que Céline Dion poursuivra la présentation de son spectacle A Nov Day dans la salle-cathédrale spécialement conçue pour elle par le Caesars Palace, le Cirque du Soleil (CDS) lancera un des shows les plus attendus de la décennie de ce côté-ci de la galaxie, un hommage aux Fab Four, 650 Le Québec et le monde les Beatles, le groupe de référence de l\u2019histoire de la musique pop.La production multimédia a nécessité plusieurs dizaines de millions de dollars d\u2019investissement et des années de tortueuses tractations entre les dirigeants du CDS et les ayants droit des Beatles.C\u2019est la première fois que leurs chansons serviront à une telle dérive scénique officiellement approuvée.L\u2019entreprise occupe depuis plus de deux ans une équipe de plusieurs centaines de créateurs dans le quartier général de Montréal.Si la troupe dirigée esthétiquement par le metteur en scène montréalais Dominic Champagne accouche de ce qu\u2019on attend d\u2019eux, le show devrait garder l\u2019affiche au moins une décennie.La compagnie, qui vient de fêter ses vingt ans, a l\u2019habitude de repousser la barre très haut, surtout à Las Vegas.L\u2019an dernier, le spectacle KÀ, piloté par Robert Lepage, a complètement bouleversé les codes scéniques pour finalement engendrer ce qui a été décrit comme le premier grand spectacle du XXIe siècle.La scène elle-même a été remplacée par une gigantesque plateforme mobile capable de pivoter dans tous les sens jusqu\u2019à devenir un plan horizontal de projection multimédia.Dirigé par le Québécois Robert Lepage, KÀestla quatrième production du CDS pour Las Vegas.Les sommes en jeu prennent des proportions hi-malayennes.Avec ses quelque 200 millions $ CAN (pour la salle et son contenu), le mastodonte accapare l\u2019équivalentde trois ans de budget total du Conseil des arts et des lettres du Québec (un des mieux dotés en Amérique du Nord) et encore plus que tout l\u2019argent dépensé par le Théâtre du Nouveau Monde depuis sa création il y a un demi-siècle.Ce n\u2019est pas tout.L\u2019équipe de production de Reve : A Small Collection of Imperfect Dreams de Franco Dragone, un spectacle aquatique lancé quelques mois après KÀ dans le casino-hôtel Wynn, compte aussi des Québécois en surnombre.Ils occupent deux des cinq plus hautes fonctions, dont la présidence du Groupe Dragone.Il faut dire que le metteur en scène Franco Dragone a passé une quinzaine d\u2019années au Cirque du Soleil, où il a dirigé toutes les productions jusqu\u2019au milieu des années 1990.Avec ce genre d\u2019ébullition créative, il n\u2019est pas étonnant que des centaines de Québécois se soient installés au Nevada au cours des deux dernières décennies.Le CDS a lancé le bal avec Mystère à la fin des années 1980.Musiciens, techniciens, scénographes, danseurs ou gestionnaires, ont ensuite choisi de vivre, chacun à leur façon, une forme de rêve américain dans la capitale mondiale du préfabriqué, du faux et du clinquant, mais aussi du « show-business » à grand déploiement Il faut dire que le nouveau Broadway grossit à une vitesse supersonique puisque de 6 000 à 8 000 personnes s\u2019y installent chaque mois.Un documentaire intitulé Du Québec à Las Vegas, réalisé l\u2019an dernier par Joël Bertomeu, a recensé environ 250 Québécois exilés au cours des n dernières années dans ce lot, dont le pionnier André-Philippe Gagnon.«Autrefois, les Québécois jouaient des rôles secondaires à Las Vegas, dit le réalisateur.Maintenant, ils sont carrément à l\u2019avant-plan.Céline Dion est la chanteuse la plus populaire du 651 Le Québec, le Canada, le monde monde et le Cirque du Soleil ne connaît aucun rival dans son domaine.» Follow the money À tout prendre, per capita, le Québec fournitprobablementplus d\u2019artistes de très haut niveau à Las Vegas que n\u2019importe quel autre coin du monde.Comment expliquer cette réussite phénoménale?Le succès s\u2019explique évidemment en partie par des causes économiques.Les entreprises culturelles québécoises et leur main-d\u2019œuvre plus ou moins artistique se retrouvent à Las Vegas tout simplement parce qu\u2019on veut bien payer pour leurs services.« Le Québec demeure trop petitpour soutenir ses grands talents, observe encore Joël Bertomeu.Las Vegas est capable de se payer n\u2019importe qui, à commencer par les meilleurs.C\u2019est le Klondike pour les artistes du monde entier qui se ruent vers le filon.Même les artistes n\u2019occupant pas le haut de l\u2019affiche dans une grande production peuvent empocher 200 000 $ ou 300 000 $ par année.» Daniel Lamarre, président du Cirque du Soleil, en rajoute.« Las Vegas est un marché unique au monde, ob-serve-t-il.Aucun autre lieu ne peut risquer autant sur une seule production.Cela dit, aucune de nos productions de Las Vegas ne peut nous déstabiliser financièrement.La grande majorité de l\u2019investissement vient de notre partenaire, MGM Mirage.» L\u2019alliance stratégique a déjà porté fruits.Le show sur les Beaües suivra KÀ, Mystère, O et Zumanity, qui à eux quatre attirent déjà environ n 000 spectateurs par soir, soit plus de 6% du total de la clientèle de la ville.Avec l\u2019ajout en 2006 du spectacle sur les Beatles dans une autre salle du complexe MGM, la part du marché du CDS passera à plus de 7% des billets vendus dans la ville.Bon an, mal an, avec ses quelque 13 productions en représentation dans le monde, le Cirque du Soleil vend d\u2019ailleurs déjà pour 700 000 000 $CAN de billets et espère passer le cap du milliard dès l\u2019an prochain.Pour sa part, MGM Mirage annonçait en 2004 sa meilleure année, avec des revenus de cinq milliards $CAN répartis à parts égales entre les casinos et les autres activités commerciales (restaurants, spectacles, etc.).Les profits, en hausse de 36 % par rapport à l\u2019année précédente, ont dépassé le milliard.« Le dernier quart de 2004 force à placer un point d\u2019exclamation à la fin d\u2019une année formidable pour nous », a dit Terry Lanni, président de MGM Mirage, en dévoilant son bilan aux actionnaires.Des empires semblables, Las Vegas en compte une bonne dizaine, presque tous aussi profitables.Sur les cent plus grandes compagnies du Nevada, 70 s\u2019activent dans le secteur du jeu.Huit d\u2019entre elles ont un budget supérieur à celui de l\u2019État, qui croupit toujours en fond de cale de l\u2019Union pour son taux de criminalité, la consommation d\u2019alcool, le nombre de mères célibataires, le taux de suicide ou les équipements socioculturels.« La ville appartient aux casinos », résument les journalistes Sally Denton et Roger Morris dans leur livre traduit l\u2019an dernier sous le titre Une hyper-Amerique, Argent, pouvoir, corruption ou le modèle de Las Vegas (chez Autrement).Les reporters ontpassé des années à retracer 652 Le Québec et le monde la genèse de ce lieu fou.Avec ses gangsters, ses maquereaux et ses trafiquants de drogue, avec ses politiciens véreux soutenus par des enveloppes louches et ses milliardaires excentriques, la bio de la ville fait penser à une dérive hallucinée de Tin tin en Amérique.La ville fêtera son incorporation officielle en 2009.Après sa naissance entourée de mormons polygames, la métropole de tous les excès vicieux a vite accueilli des casinos, les trafiquants de drogue et d\u2019alcool, d\u2019innombrables membres de la Cosa Nostra.Mais elle a aussi très rapidement fait de l\u2019œil aux stars d\u2019Hollywood sa voisine, avec Marilyn Monroe et Sinatra en première ligne, puis d\u2019un Elvis surdimensionné et kitsch à souhait.Le Canadien Paul Anka y a aussi laissé sa marque à compter du tournant des années soixante.Les anti-chambres enfumées des casinos servirent à quelques épisodes politiques plus ou moins glorieux de la chasse aux sorcières à la baie des Cochons, sans oublier Watergate.Self made men milliardaires, politiciens prêts-à-tout, vedettes olympiennes : la ville se retrouve à la croisée des grands mythes de l\u2019Amérique et joue de ses clichés.«Créée comme une oasis du vice légalisé, la cité criminelle s\u2019est transformée en colonie, puis en centre de trafic en tout genre et finalement en zone internationale de la corruption à l\u2019américaine, écrivent les journalistes en conclusion de leur enquête.À la fin des années 1980, le lieu originel du crime organisé avait évolué pour devenir, au moins en partie, le fief d\u2019une oligarchie légitime plus raffinée.Elle gouverne avec les mêmes buts et les mêmes moyens, mais la collusion est maintenantplus franchement assumée avec les autorités locales ou nationales.[.] La corruption est tellement profonde, tellement ancrée dans l\u2019ordre social et économique, que la plupart des citoyens l\u2019acceptent cyniquement comme une donnée incontournable.Et en ce sens, pour une large part, Las Vegas est la première ville américaine du XXIe siècle.» L\u2019adaptation comme clé de survie Les Québécois venus de loin ont aidé la ville à se refaire une image vers la fin des années 1980.Le Cirque du Soleil a même en quelque sorte initié le virage famille de la cité du vice.Le promoteur Steve Wynn avait alors invité la compagnie cendrillon des chapiteaux à s\u2019installer en permanence dans son casino baptisé Treasure Island, précisémentpour attirer la marmaille et leurs parents.Quinze ans plus tard, le spectacle Mystère y tient toujours l\u2019affiche avec un succès indéfectible mais dans un hôtel rebaptisé TI, histoire de ne plus faire trop fleur bleue et bon enfant.« Céline Dion, Franco Dragone et le Cirque du Soleil ont changé l\u2019image que l\u2019on se fait de Las Vegas, dit le réalisateur Joël Bertomeu.Autrefois, la ville était perçue comme le cimetière des artistes sur leur déclin.Depuis plus d\u2019une décennie, notamment grâce aux Québécois, c\u2019est devenu une des grandes capitales du show-bisness de qualité.» La ville continue maintenant sa transformation pour multiplier les offres de divertissement de qualité tout en renouantavec ses racines lubriques, plus profitables que jamais.Et le Cirque du Soleil sait parfaitement s\u2019adapter pour garder sa place en première ligne.653 Le Québec, le Canada, le monde Il y a pas moins de 31 strip clubs autour de Las Vegas par rapport à une quarantaine de casinos.Aucun n\u2019a pignon sur rue sur le « Strip » (!), le boulevard principal de la ville.Le Sapphire a gonflé jusqu\u2019à des proportions waltmartiennes.Il a fallu une trentaine de millions de dollars américains pour transformer les 71000 pieds carrés d\u2019un ancien club sportif, maintenant trois fois plus grand que le Jaguars Gentleman\u2019s Club, son plus féroce concurrent.Le rendement annuel sur l\u2019investissement devrait friser les 25 %, un taux de profit exceptionnel, même là-bas.Certains casinos voudraient évidemment leur part de ce marché lucratif.Seulement, un vieux règlement municipal leur défend d\u2019en développer.Les prostituées sont aussi interdites de séjour en ville, d\u2019où l\u2019étonnante absence de péripatéticiennes sur les trottoirs de cette cité-lupanar qui tolère pourtant tout.Les agences d\u2019escortes doivent attirer le client avec des dépliants distribués par de pauvres bougres, presque tous hispanophones, puis le transporter par limousine en banlieue.Comme les casinos ne peuvent ouvrir de tels lieux, les usines à jeu développent des placebos, mille et une propositions de spectacles et de lieux de divertissement pour adultes avertis, histoire de satisfaire les bas instincts de leur clientèle.Les complexes proposent de tous pour tous les goûts.Le Tangerine, inauguré il y a deux ans à côté de la salle du spectacle Mystère, propose du « bawdy burlesque», une sorte de « revue déshabillée paillarde ».On est loin de la Poune avec cette licence de bon goût, où des déesses exhi- bent un maximum d\u2019attributs dans un minimum de tissu.Le spectacle gratuit offert tous les soirs dans un immense bassin, creusé devant le TI, offre un autre exemple du retour du refoulé.La bataille waltdis-neyenne n\u2019oppose plus des pirates à la marine de Sa Majesté, mais des boucaniers mâles à des sœurs de la côte en petite tenue, pour ainsi dire « défrin-guées » comme des émules de chanteuses pop.En plus, maintenant, les filles l\u2019emportent.Zumamti|, présenté par le CDS au New York-New York Hotel & Casino répond parfaitement à cette nouvelle concurrence de la vieille manière.Là encore, l\u2019idée demeure d\u2019une simplicité « touttte nuttte » : présenter les numéros de cirque dans une atmosphère « sar-danapalesque ».Ce qui permet par exemple de voir des contorsionnistes en string, un numéro aérien avec nain, des toutounes italiennes, des homosexuels gais et même un quatuor de clowns grivois.Comme dans les autres lieux distingués de ce mégabled en carton-pâte, les spectateurs obèses en bermuda peuvent croquer du popcorn pendant la représentation.L\u2019Amérique made in Québec N\u2019empêche, tout ce qui précède ne dit rien, ou si peu, des raisons pour lesquelles les artistes et les spectacles du Québec triomphent autant dans ce lieu en particulier.Pourquoi le Cirque du Soleil?Pourquoi Céline Dion?Pourquoi leurs mécaniques artistiques correspondent-elles parfaitement à cette métropole américaine en particulier?On peut évidemment chercher du côté des évidences, rappeler que Mme Dion chante en anglais, que le Cirque 654 Le Québec et le monde est aphone, ou presque.On doit souligner deux fois plutôt qu\u2019une la qualité exceptionnelle de leurs prestations.Mais encore?La clé de l\u2019énigme ne se trouve-t-elle pas dans la ville elle-même et dans les créations elles-mêmes, dans ce que Las Vegas demande et trouve en miroir dans les productions québécoises ?Au fond, qu\u2019est-ce que Las Vegas?Certainement un simulacre urbain, une ville fantôme et pourtant hyperréelle, de partout et de nulle part, une utopie concrète qui possède la formidable capacité de tout digérer.Mais c\u2019est surtout une oasis diluant de l\u2019opium spectaculaire.Un grand parc à thèmes, une civilisation du festifpermanent, où s\u2019entremêlent le jeu paupérisant, l\u2019amusement normalisé, la consommation hallucinée et la démesure kitsch d\u2019une architecture thématique mélangeant la séduction par les poncifs et l\u2019imaginaire puéril.Las Vegas, c\u2019est la surpuissance faite divertissement « Les artistes québécois maîtrisent parfaitement les règles du jeu », commente alors le professeur Yvon Lamonde de l\u2019université McGill, spécialiste de la culture québécoise et de l\u2019américanité.«On est devant un succès industriel, au même titre que Bombardier ou Jean Coutu.En un sens c\u2019est un processus d\u2019américanité et d\u2019américanisation.Dans le premier cas, les artistes québécois accouchent d\u2019une culture des Amériques.Dans le second cas, ils maîtrisentparfaitement les règles du jeu états-unien.» Dans Learning Jrom Las Vegas, les philosophes de l\u2019urbanité contemporaine Robert Venturi et Denise Scott Brown affirmaient que l\u2019idée géniale et profitable de cette ville était d\u2019avoir réussi « à revivifier la haute culture par un détour dans la masse, alors même que le pop commençait à décrépir».Franchement, on ne saurait donner de meilleure définition de l\u2019entreprise du CDS.En s\u2019inspirant largement des recherches de l\u2019avant-garde circacienne en Europe, la compagnie nord-américaine a forgé de toutes pièces un nouveau Barnum & Bailey qui a fini par s\u2019imposer comme le nouveau cirque traditionnel de notre modernité avancée.Le recours à des créateurs de pointe de la scène québécoise témoigne également de cette logique phagocitante.Robert Lepage, un des créateurs les plus adulés des planches contemporaines, y a trouvé des moyens immenses pour assouvir son désir de machines scéniques.Un observateur acide de la scène québécoise a pu écrire l\u2019an dernier que le théâtre d\u2019ici est devenu une sorte de loterie dont le vainqueur remporte le droit de diriger là-bas un spectacle, avec au passage un chèque de quelques millions de dollars.«Tout le monde a son prix, note Joël Bertomeu.Les jeunes artistes sontpurs et durs.En vieillissant, l\u2019argent devient attrayant pour lui-même et force au compromis.Mais c\u2019est aussi un outil de création essentiel pour créer certaines œuvres.Robert Lepage répète que la seule limite à son travail à Las Vegas c\u2019était son imagination.» Le problème moral ne disparaîtpas pour autant.L\u2019éthique et l\u2019esthétique ne font qu\u2019un, selon le joli mot du théologien Jacques Maritain.Comment par exemple concilier les propos socio-critiques et toujours hypercyniques des shows du théâtre « Il va sans dire », fondé et dirigé par le metteur en scène 655 Le Québec, le Canada, le monde Dominic Champagne, avec les contrats qu\u2019il a obtenu pour des empires du jeu?«Nous sommes tous dans une position complexe, a déjà répondu Dominic Champagne, qui avec le spectacle sur les Beatles, signera cette année son troisième engagement avec MGM et le Cirque du Soleil.Ces paradoxes font partie de nos difficultés de vivre.Henri Laborit gagnait sa vie en vendant des pilules.Nous sommes tous complices.Nous sommes tous en porte-à-faux.Alors, quand quelqu\u2019un se présente comme un pur et décrit tous les autres comme des trous de cul.Je pars du principe que nous sommes tous des trous de cul.Cabaret Neige Noire dansaitsur les tombes.C\u2019étaitune fête du cynisme.Vacarme, dix ans plus tard, tentait de transcender ce cynisme mais constatait l\u2019impossibilité d\u2019y arriver.Nous sommes à la fois bourreaux et victimes, complices.Vacarme exprimait cette mauvaise conscience.» Nous serions donc en somme tous des enfants de Las Vegas, que nous le voulions ou non.Certains le sont tout de même plus qued\u2019autres.Eten redemandent Guy Laliberté, qui multiplie l\u2019expansion mondiale de sa compagnie, répète qu\u2019il y a de la place pour sept ou huit spectacles du Cirque du Soleil à Las Vegas, où le mot d\u2019ordre est et restera à la démesure.656 Le Québec et le monde Éloge de la gratuité Christian Rioux Essayiste et correspondant du Deuoir à Paris Manifestation étudiante Il y a quelques années de cela, j\u2019ai amené ma fille au Louvre.Jusqu\u2019à 18 ans, l\u2019entrée de la collection permanente est gratuite.Nous avons pu ainsi flâner devant les Gréco et les Giotto.Ce sontmes préférés.Nous avons ensuite parcouru la salle des Antiquités égyptiennes.Rien ne l\u2019émeut plus que le corps effilé d\u2019une déesse du Nil.Je ne sais pas ce qu\u2019elle trouve à ces sphinx à quatre pattes.Elle seule le sait.Tout cela était gratuit pour elle, car l\u2019entrée de la collection permanente est gratuite jusqu\u2019à 18 ans.J\u2019ai d\u2019abord été surpris parce qu\u2019il n\u2019y a plus grand chose de gratuit dans ce monde.Puis, 657 Le Québec, le Canada, le monde j\u2019ai tout simplement été heureux.Sans savoir pourquoi, j\u2019étais simplement heureux que la société fasse un tel cadeau à ma fille.Pour une fois qu\u2019on ne lui donnait pas un gadget électronique, des bonbons dégueulasses, un magazine mal écrit ou un T-shirt faisant la promotion d\u2019une boisson gazeuse.Le plus étonnant, c\u2019est que ce n\u2019était pas une question d\u2019argent.Ça se passait ailleurs.Nous serions certainement allés quand même au Louvre s\u2019il avait été payant.Mais le fait qu\u2019il soit gratuit pour ma fille créait quelque chose que j\u2019avais de la difficulté à définir.Je ne réclamais pas la gratuité pour moi, mais j\u2019étais heureux qu\u2019elle n\u2019ait rien à payer.J\u2019en étais même fier.Non pas pour économiser quelques malheureux dollars, mais pour une raison indéfinissable qui exprime peut-être notre rapport à l\u2019art et à nos enfants aussi.Pour tout dire, j\u2019étais tout simplement heureux qu\u2019elle sache qu\u2019il y a encore dans ce monde quelques rares choses gratuites et que l\u2019art en fàitpar-tie, surtout pour les enfants.Ces quelques réflexions et les réactions qu\u2019elles ont suscitées m\u2019ont amené à m\u2019interroger sur ce que signifiait la gratuité.Qu\u2019est-ce que la gratuité ?Je suis toujours frappé de voir les partisans du dégel des fiais de scolarité à l\u2019université, et ils sont nombreux par les temps qui courent, se lancer dans toutes sortes de savants calculs.Les uns explorent les méthodes complexes qui permettraient de faire en sorte que les parents paient les études de leurs en enfants avec un compte d\u2019épargne.Les autres se livrentà des calculs toutaussi savants pour voir comment les étudiants eux-mêmes pourraient rembourser ces frais pendant de longues années après leurs études.fl est frappant de voir que l\u2019on se pose ces questions compliquées sans jamais s\u2019interroger sur le sens de la gratuité.Pourtant, les études universitaires sont gratuites, ou presque gratuites dans de nombreux pays européens.Au Québec même, ce qu\u2019on appelle le «gel des frais de scolarité» n\u2019a jamais été rien d\u2019autre qu\u2019une façon de tendre progressivement vers une forme de gratuité plus ou moins complète des études universitaires.fl n\u2019est pas possible d\u2019amorcer un véritable débat de fond sur les fiais de scolarité universitaires - comme ceux aussi des bibliothèques ou de tout autre service public - sans revenir sur les choix que nous avons faits comme société, sans s\u2019interroger sur le sens de la gratuité elle-même, ce qu\u2019elle représente et ce qu\u2019elle révèle comme message social.S\u2019est-on déjà demandé pourquoi certaines choses sont gratuites et d\u2019autres ne le sont pas?Chacun a évidemment en tête des exemples de biens gratuits comme l\u2019air, l\u2019eau, les places publiques des villes, les autoroutes, les musées, Internet, etc.On saitpourtantque tout a un coût dans une société marchande comme la nôtre.Commençons d\u2019abord par mettre de côté ce qu\u2019il convient d\u2019appeler la «fausse gratuité», fl s\u2019agit de la gratuité intéressée et commerciale.C\u2019estune forme de gratuité en recrudescence.C\u2019est celle de ces produits d\u2019épicerie que l\u2019on offre à moitié prix pour que le 658 Le Québec et le monde consommateur achète une marque plutôt qu\u2019une autre.C\u2019est ce qu\u2019on pourrait appeler une gratuité frauduleuse dans la mesure où elle n\u2019est destinée qu\u2019à faire vendre un peu plus.La gratuité de la télévision est à ranger dans cette catégorie.La télévision est gratuite en autant que celui qui l\u2019écoute se soumette au lavage de cerveau publicitaire et qu\u2019il accepte de subir des messages qu\u2019aucune personne sensée n\u2019accepterait autrement de regarder.En fait, cette télévision nous la payons par ce temps gaspillé à nous laisser convaincre d\u2019acheter ce qu\u2019on veut bien nous vendre.Il en va de même de la gratuité des journaux dits «gratuits» et de celle d\u2019une grande partie du contenu d\u2019Internet Cette forme de «gratuité» est aujourd\u2019hui en recrudescence.Peut-être même a-t-elle tendance à phagocyter les autres formes de gratuité.Mais, il n\u2019y a pas que la « fausse gratuité ».Il y a aussi la vraie.L\u2019air est gratuit.Pourtant l\u2019air coûte cher.On sait qu\u2019il faut lui permettre de se recycler et empêcher qu\u2019il soit pollué.Les systèmes antipollution des voitures et des usines coûtent des fortunes.Rien n\u2019empêcherait, par exemple, de facturer les citoyens pour leur consommation moyenne d\u2019oxygène à chaque année.On pourrait envoyer à chacun une facture d\u2019air.Celle-ci tiendrait compte du fait que la famille possède une ou deux voitures ou qu\u2019elle se déplace à vélo.Pourtant, on ne le fait pas.Si l\u2019air est gratuit, ne serait-ce pas parce qu\u2019il est étroitement associé à la vie ?N\u2019importe quel humain trouverait révoltant qu\u2019on lui demande de payer un bien aussi directement lié à sa survie quotidienne.Payer l\u2019air que l\u2019on respire ce serait comme payer un droit de vivre.On pourrait comparer l\u2019air au sang que l\u2019on donne aux accidentés.Le sang des transfusés a pourtant un coût énorme.Il faut le recueillir, le transporter, le conserver avec des techniques qui coûtent très cher.Pourtant, il est gratuit Nous jugeons même essentiel qu\u2019il ne soit pas seulement gratuit, mais qu\u2019il soit le produit d\u2019un don non seulement social, mais aussi personnel.C\u2019est pourquoi nous interdisons formellement toute rétribution pour les dons de sang comme pour les dons d\u2019organes.Je crois que nous ferions ainsi, même si une étude savante prouvait par exemple qu\u2019une rémunération modérée et contrôlée des dons de sang pourrait permettre de résoudre des problèmes de pénurie.Le sang, comme l\u2019air, c\u2019est la vie et ça ne se monnaye pas ! Tel est le message social que nous voulons adresser par cette mesure symbolique à tous les humains, riches ou pauvres, y compris à ceux qui vivent dans la majorité des pays de la terre où le sang se monnaie comme le reste.Le cas de l\u2019eau est très intéressant L\u2019eau aussi est associée à la vie.Pourtant, elle est payante en Europe.Dans les pays européens, les maisons ont leur compteur d\u2019électricité, de gaz et d\u2019eau.Brefj on ne prend pas un verre d\u2019eau gratuitement En Amérique, l\u2019eau est pourtant demeurée gratuite.Pourquoi ?Ce n\u2019est certainement pas parce qu\u2019elle coûte moins cher ici.Le coût du traitement de l\u2019eau doit être à peu près le même à Paris, à Berlin et à Montréal.Si l\u2019eau est gratuite en Amérique du Nord, c\u2019est probablement parce que 659 Le Québec, le Canada, le monde nous avons un rapport à la nature différent de celui des Européens.À la différence de ces derniers, les Nord-Américains ont le souvenir d\u2019avoir découvert ce continent, de l\u2019avoir connu pratiquement vierge.Comme leurs ancêtres, ils continuent de caresser l\u2019idée (évidemment fausse) qu\u2019il recèle des ressources inépuisables, et qu\u2019il les offre à tous indistinctement de leur origine et de leur classe sociale.Cette idée est disparue depuis longtemps en Europe.Les places publiques sont aussi gratuites parce qu\u2019elle sont considérées comme essentielles au fonctionnement des villes.Depuis l\u2019apparition de ces dernières, dans les pays arabes, on a jugé essentiel d\u2019y aménager des lieus centraux où les habitants peuvent se rencontrer.C\u2019est la place du marché, celle de l\u2019église ou de l\u2019hôtel de ville.Au XIXe siècle, on a jugé que pour être salubres et vivables, les villes devaient offrir un accès libre à des squares, des parcs et des espaces verts où les enfants pouvaient jouer en paix et leurs parents se reposer.La construction d\u2019espaces verts gratuits a fait partie des campagnes de salubrité des villes au XIXe siècle et elle s\u2019est poursuivie tout au long du XXe siècle.Comme l\u2019eau, les autoroutes sont elles aussi généralement gratuites en Amérique.En Europe, elles coûtent pourtant très cher.Le vacancier qui fait Paris-Marseille, dans le sud de la France, doit s\u2019attendre à payer aussi cher pour l\u2019autoroute que pour son essence.Comment expliquer cette différence?Les autoroutes ne coûtent pas moins cher à construire en Amérique, où elles couvrent des distances beau- coup plus grandes.Bien sûr, les Européens ont tendance à encourager les transports en commun.Cela explique en partie la différence.Mais, il n\u2019y a pas que cela.Comme pour l\u2019eau, les Américains ont un rapport à l\u2019espace et au territoire qui rend très difficile la tarification des autoroutes, pour l\u2019instant du moins.Partis d\u2019Europe à une époque où il fallait payer un droit pour entrer dans chaque ville, où il y avait des contrôles sur chaque voie de communication, les colons venus en Amérique ont souhaité que l\u2019espace ici appartiendrait à tous, qu\u2019on puisse se déplacer librement sans avoir à payer.L\u2019Amérique du Nord a d\u2019ailleurs un des niveaux de mobilité de la main-d\u2019œuvre les plus élevés au monde.La littérature américaine, de Jack Kerouac (On the Road) à Jacques Poulin (Vblksiuatjen Blues) a magnifié cette liberté de mouvement à travers tout le continent C\u2019estpourquoi les rares tentatives de faire payer les autoroutes et les ponts, par exemple autour de Montréal, ont toutes fait long feu.Le N ord-Américain aime vivre avec ce rêve qu\u2019il peut se lever un beau matin et décider de partir vers l\u2019ouest.Le grand voyage initiatique de tous les Québécois ne consiste-t-il pas à partir sur le pouce jusqu\u2019à Vancouver, ou mieux jusqu\u2019à San Francisco?Parmi les gestes gratuits, il ne faudraitpas oublier ceux qui sontposés dans le cadre de la vie familiale.L\u2019an dernier, le philosophe Michael Sandel m\u2019expliquait que l\u2019amour de nos enfants estle geste gratuitpar excellence.C\u2019estun des derniers gestes qui échappent encore à la logique utilitaire dans la mesure où il est exclu des circuits de l\u2019échange.Une gratuité que remettent 660 Le Québec et le monde d\u2019ailleurs en question, soutient Sandel, les techniques de procréation qui permettent déjà de choisir la couleur des yeux et la capacité musculaire de notre progéniture.Tout cela pour dire que la gratuité, on le voit, n\u2019est pas d\u2019abord une question de coût.Contrairement aux Européens, nous, Nord-Américains, sommes en quelque sorte fiers de dire à nos enfants que dans ce continent mythique et rêvé qu\u2019est l\u2019Amérique l\u2019eau est gratuite, et que n\u2019importe qui peut se déplacer librement.Cela fait partie de nos mythes.Les autoroutes et l\u2019eau ont beau coûter très cher à la société, elles n\u2019en sont pas moins aussi gratuites pour les riches d\u2019Outremont que pour les pauvres du quartier Saint-Michel, à Montréal.Parce que, face à de telles valeurs fondatrices d\u2019un peuple, d\u2019une nation, il n\u2019y a plus de riches ni de pauvres.Quand une infirmière fait une transfusion sanguine à un patient, elle ne veut pas savoir s\u2019il est riche ou pauvre.Le fait même de poser la question semble répugnant.C\u2019est pourquoi nous avons éloigné le plus possible l\u2019acte de la transfusion de son paiement Car, il faut bien payer tôt ou tard.Mais pour préserver l\u2019idée de la gratuité, ce paiement est caché, il est dissimulé derrière l\u2019impôt et des taxes diverses.Si bien que ce lien n\u2019est pas apparent Un débat de comptables Vous aurez compris que je n\u2019ai pas l\u2019intention d\u2019entrer dans le débat sur le mode de calcul de l\u2019augmentation des fiais universitaires ou de la gratuité des bibliothèques ou de celle des parcs nationaux et que je souhaite d\u2019abord poser la question à un autre niveau.Qu\u2019est-ce qui doit être gratuit ?Qu\u2019est-ce qui ne doit pas l\u2019être ?La réponse à ces questions varie inévitablement d\u2019une société à l\u2019autre, elle dépend des valeurs, des mythes et des idéaux de chacune.Si l\u2019on veut proposer le dégel des fiais de scolarité universitaires, et s\u2019opposer donc à une forme particulière de gratuité universitaire, il faut le faire en acceptant d\u2019examiner, non seulement les coûts, mais aussi les aspects symboliques et culturels qui sont à la base de l\u2019idée de gratuité.Au-delà des coûts et bénéfices, la gratuité est en effet porteuse d\u2019un immense message social.Pourquoi l\u2019entrée de l\u2019église de Notre-Dame, à Paris, est-elle gratuite alors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un des monuments les plus visités au monde ?Ceux qui le visitent ont les moyens de payer puisqu\u2019ils ont déjà déboursé 1000, 2000 ou 3000 dollars pour venir à Paris.L\u2019État fiançais ferait des millions en chargeant cinq euros à des visiteurs qui les paieraient sans rechigner.Les sommes recueillies pourraient servir à de bonnes causes, comme rénover les milliers de trésors architecturaux que possède le pays.Pourtant, les français s\u2019y opposent au nom du libre accès aux chefs-d\u2019œuvre de leur patrimoine.Peut-être même ont-ils conservé vivace l\u2019esprit qui faisait autrefois de l\u2019église le dernier refuge des miséreux et des persécutés.Contrairement à Notre-Dame, certaines grandes églises britanniques sont devenues payantes depuis quelques années.Contrairement à la Lrance qui accuse un déficit budgétaire, la Grande-Bretagne estpourtant en croissance et ne connaît pas de problèmes budgétaires.661 Le Québec, le Canada, le monde On le constate, la gratuité n\u2019est pas d\u2019abord affaire de budget, mais de volonté.Pourquoi l\u2019université est-elle à peu près gratuite en France, en Espagne, en Italie, dans les pays Scandinaves et même en Hongrie, en Grèce, en République tchèque et en Pologne?Le PNB de la Pologne ne fait pourtant pas la moitié de celui de la Grande-Bretagne, où elle est payante.On le constate, le choix de la gratuité universitaire n\u2019a rien à voir avec la richesse ou la pauvreté d\u2019un pays.La Suède a un PNB par habitants plus élevé que celui des États-Unis et de la Grande-Bretagne, pourtant l\u2019université gratuite fait partie du modèle social suédois comme de celui de pays beaucoup plus pauvres comme la Pologne et la Hongrie.La Grande-Bretagne et les quatre lânders allemands qui ont récemment augmenté leurs frais de scolarité à l\u2019université, ne sont d\u2019ailleurs pas des régions pauvres comme on aurait pu s\u2019y attendre.L\u2019été dernier, les jeunes libéraux se prononçaient pour la nationalisation de l\u2019eau et le dégel des Irais de scolarité.Voulaient-ils dire par là que l\u2019eau est une valeur plus importante que le savoir?Que faut-il penser d\u2019une société où toutes les autoroutes sont gratuites, mais où l\u2019on envisage de dégeler les Irais de scolarité ?S\u2019est-on demandé quel est le message social d\u2019une telle politique?Quelle leçon en tireront les générations futures?J\u2019imagine qu\u2019on en conclura que la voiture estplus importante que le savoir.Etl\u2019on aura probablement raison.La question de la gratuité a rarement été posée ainsi au Québec.Depuis un certain nombre d\u2019années, le débat sur la gratuité est devenu un débat de comptables.Je n\u2019ai rien contre les comptables, mais je ne suis pas certain qu\u2019il leur revienne de décider des valeurs de la société dans laquelle je vis.Je souligne d\u2019ailleurs que Eon retrouve souvent autant de comptables à gauche qu\u2019à droite.Le raisonnement du comptable est relativement simple.Prenez les bibliothèques.Le comptable étudiera leur fréquentation et en conclura qu\u2019elles sontfréquentées par des gens relativement fortunés.Il en déduira que la gratuité est une subvention déguisée aux classes les plus favorisées.Il calculera ensuite les milliers d\u2019acheteurs potentiels que perdent ainsi les éditeurs.Maisons d\u2019édition qui engloutissent en plus les subventions de l\u2019État.Tout cela est peut-être vrai.Il n\u2019empêche que les Québécois ont décidé de construire la Grande Bibliothèque au cœur de Montréal, pour affirmer l\u2019importance du livre et du savoir, et cela quelque soit l\u2019origine et le revenu de ceux qui voudront bien la fréquenter.Les comptables envisagent le gel des frais de scolarité universitaires de la même façon.La gratuité universitaire n\u2019est pour eux qu\u2019une subvention aux enfants de familles riches, une aide à ceux qui décrocheront demain les meilleurs emplois.Même le jeune candidat à la chefferie du Parti québécois, André Boisclair, pose la question de cette fàçon.«Je suis contre l\u2019université gratuite pour le moment, écrivait-il sur son blogue.Car si on met les universités gratuites, les riches seront encore une fois avantagés.» C\u2019est que le comptable ne parvient pas à imaginer que la gratuité universitaire (ou la quasi-gratuité) puisse 662 Le Québec et le monde avoir d\u2019autre but qu'«utilitaire» et qu\u2019elle puisse servir à autre chose qu\u2019à d\u2019aider les classes défavorisées.Il ne peut pas imaginer qu\u2019elle exprime, par exemple, l\u2019importance que la société accorde au savoir et à ses enfants.Car l\u2019éducation a ceci de particulier et d\u2019unique qu\u2019elle concerne à la fois le patrimoine culturel de l\u2019humanité et qu\u2019elle s\u2019adresse aussi à nos enfants.C\u2019est pourquoi, la plupart des sociétés développées ont choisi, vers le début du XXe siècle, de rendre l\u2019école primaire gratuite.Après la Seconde Guerre mondiale, cette gratuité s\u2019est étendue au niveau secondaire.Autour des années 60, elle a commencé à gagner les niveaux collégial et universitaire.Le comptable ne parvientpas à comprendre que les sociétés qui ont fait ce choix se fichentau fond de savoir si l\u2019étudiant qui lit Emmanuel Kant ou Gaston Miron est le fils d\u2019un millionnaire de Westmount ou d\u2019une famille d\u2019assistés sociaux d\u2019Hochelaga-Maisonneuve.Pour les partisans de l\u2019éducation gratuite, face à Kant et à Miron, on n\u2019y a ni riches ni pauvres, seulement des êtres humains responsables de l\u2019activité la plus essentielle de ce monde, celle qui consiste à transmettre notre héritage culturel aux générations futures.Le comptable ne comprend pas qu\u2019en accordant à tous, sans discernements, le privilège d\u2019entrer dans une bibliothèque, de visiter un musée ou d\u2019étudier à peu près gratuitement, la société veuille crier haut et fort que le savoir et la culture sont des denrées aussi vitales que l\u2019air etl\u2019eau, qu\u2019elles doivent être en quelque sorte sacralisées, et donc pour cela mises hors du circuit marchand.Le comptable ne comprend pas que ce message s\u2019adresse indifféremment aux riches et aux pauvres, qui ont tous les deux besoin de se faire rappeler que ce qui fait notre humanité, cen\u2019estpas le dernier modèle de voiture ou d\u2019ordinateur portable, ni la belle autoroute (gratuite !), mais l\u2019héritage culturel que nous ont légué les générations passées.Je constate qu\u2019un grand nombre d\u2019opposants à l\u2019idéal de la gratuité - je dis idéal car j\u2019ai conscience qu\u2019il n\u2019est pas toujours pleinement réalisable - se sont ralliés à un raisonnement radicalement différent.Ce raisonnement soutient généralement que, puisque celui qui fréquente l\u2019université « investit» pour s\u2019enrichir, il est normal qu\u2019il paie sa quote-part Si l\u2019on raisonne ainsi, c\u2019est que non seulementl\u2019idée de gratuité a déjà commencé à disparaître de notre univers mental, mais que notre conception de l\u2019université s\u2019est elle aussi radicalement transformée.Quelle université?Si dans le discours dominantl\u2019étudiant est devenu un «investisseur» qui «in-vestit»dans son avenir, c\u2019est que l\u2019évolution même de l\u2019université depuis un certain nombre d\u2019années tend à accréditer l\u2019idée que le savoir est une marchandise comme les autres.Pour une partie de la population, et une partie de nos élites, l\u2019université semble en effet devenue une sorte de vaste fond de gestion qui aide l\u2019étudiant à investir à la bonne place pour assurer son avenir.Ce vocabulaire boursier, utilisé aussi bien par les éditorialistes que par les spécialistes, n\u2019est pas un hasard.Il révèle les changements qui se sont produits dans les universités.Dans un ar- 663 Le Québec, le Canada, le monde tide du Wilson Quaterli|, le professeur d\u2019anglais James B.Twitchell racontait l\u2019an dernier comment, depuis 30 ans, le monde universitaire s\u2019était transformé.Il décrivait l\u2019université de ses débuts, alors que jeune enseignant, il découvrait des bâtiments gris avec des tableaux noirs, des pupitres usés, du matériel défraîchi et une cafétéria plutôt Spartiate.Écoutez-le décrire l\u2019Université de Floride où il enseigne aujourd\u2019hui, à Gainesville.« Quand je quitte le campus pour revenir à la maison, je passe à côté de nouvelles constructions.(.) À ma gauche, l\u2019immeuble de l\u2019association étudiante a doublé de surface.On y trouve des comptoirs de restauration rapide, des salles de réception, un ciné-plex, un bowling, un hôtel de trois étages, des services juridiques et un réparateurs de bicyclettes (qui sont tous les deux gratuits), des conseillers en orientation et toutes sortes de choses que nous avions l\u2019habitude de trouver dans les centres commerciaux, sans oublier un magasin dont la surface fait la moitié d\u2019un terrain de football et dont un étage entier est rempli de tous les objets imaginables portant le logo de l\u2019université.Il y a aussi une galerie d\u2019art, des jeux vidéos, un marchand de lunettes une agence de voyage, un marchand de cadres, un magasin d\u2019articles de sport et un gigantesque aquarium remplis de poissons orange et bleus, les deux couleurs de l\u2019université.1» Et James B.Twitchell de se demander : « Où estpassé l\u2019idéal socratique de la classe et de son maître?» Cette description peut sembler caricaturale, mais elle n\u2019est pas si loin de ces publicités que l\u2019on peut voir dans les journaux québécois et où l\u2019on vante la piscine olympique de telle université, le cadre enchanteur d\u2019une autre, les résidences étudiantes confortables de celle-ci ou la quincaillerie informatique de celle-là.Si l\u2019université est devenue une gigantesque entreprise de marketing à la recherche de consommateurs, et je crois qu\u2019elle l\u2019est devenue en partie (en partie seulement), il ne faut pas s\u2019étonner que l\u2019idée de gratuité aitdeplus en plus l\u2019air d\u2019un fossile du néolithique entre ses murs.James B.Twitchell conclut que les professeurs n\u2019ont «plus pour tâche de transmettre ce que E.D.Hirsch2 aurait appelé les fondements de la culture (cultural literacy), ni d\u2019enseigner la différence entre le mot juste et le mot juste, comme aurait dit Mark Twain.Nous avons pour tâche de créer un environnement global, de livrer une expérience, de satisfaire des consommateurs et de leur décerner un diplôme d\u2019intelligence quant ils ont terminée» Pour de nombreux recteurs d\u2019universités, pour certains hommes politiques etpour une partie des étudiants aussi, celui qui étudie est devenu un consommateur qui investit 10,15 ou 20 000 $ dans des études pour que ça rapporte.Parions que l\u2019université cherchera d\u2019ailleurs à développer des facultés et des programmes susceptibles d\u2019attirer ce nouvel étudiant-investisseur, qui vient d\u2019ailleurs souvent de l\u2019étranger.Incapables d\u2019imaginer que l\u2019éducation puisse être un geste gratuit et désintéressé, une sorte de cadeau de la société aux générations futures, ils proposeront donc tout naturellement d\u2019ajuster les frais de scolarité en fonc- 664 Le Québec et le monde tion de l\u2019emploi que cette formation permet de décrocher.Ceux qui pensent ainsi - en toute bonne foi, reconnaissons-le - ne se doutent pas qu\u2019ils sont en train de transformer radicalement le rapport de nos sociétés face au savoir.Une transformation que l\u2019augmentation des frais de scolarité à l\u2019université ne fera qu\u2019accentuer.Le philosophe belge Philippe Van Parijs exprimaitparfàitement cette idée en écrivant que : « Tout ce qui contribue à transformer la relation de nos étudiants aux institutions d\u2019enseignement et à la communauté politique dont elles relèvent en une relation purement mercantile, loin d\u2019apporter une solution au problème, ne fera que l\u2019aiguiser.»4 Ce que dit Van Parijs, c\u2019est que si l\u2019on traite l\u2019étudiant en simple investisseur, on ne devra pas se surprendre qu\u2019il traite un jour l\u2019université comme un vulgaire fond d\u2019investissement Le jour où ça ne lui rapportera pas assez, il ira voir ailleurs et nous n\u2019aurons absolument rien à dire.Contrairement à ce que dit l\u2019idéologie du jour, le savoir n\u2019a pas rapporté à toutes les époques.Selon un économiste aussi réputé que Paul Krugman, rien n\u2019indique que l\u2019économie de demain exigera des travailleurs toujours plus instruits.On peut facilement imaginer que l\u2019automation, le développement des services et de la distribution n\u2019exigent un jour qu\u2019une petite proportion d\u2019employés vraiment instruits.5 N\u2019en déplaise aux psychanalystes, on ne connaît pas la valeur que de ce qu\u2019on a payé.C\u2019est même souvent le contraire.Les choses qui ont socialement le plus de valeur sont souvent gratuites : la famille, l\u2019amitié, l\u2019amour, la connaissance, les traditions culturelles, la religion, etc.Rendre quelque chose gratuit, c\u2019est même le faire accéder au niveau d\u2019un bien commun essentiel, le sacraliser en quelque sorte.C\u2019est l\u2019élever au niveau d\u2019un «don».Le don crée une dette Depuis Marcel Mauss, les anthropologues savent que le don est créateur de relations sociales.Les mêmes anthropologues savent aussi qu\u2019on ne donne que ce qui a de la valeur.Maurice Godelier a même montré que pour que le don fonctionne et soit créateur de liens sociaux, il faut que la chose donnée «semble à tous les membres de la société indispensable à leur existence» et que ce soit une chose « qui doit circuler entre eux pour que tous et chacun puissent continuer d\u2019exister »6.Godelier a soutenu que, dans la plupart des sociétés primitives, les objets qu\u2019on se donne étaient souvent des doubles d\u2019objets sacrés qui sont conservés, eux, précieusement loin de l\u2019échange, qu\u2019ils sont même des symboles de biens communs qui appartiennent à la collectivité, comme la terre, sans être jamais la propriété de quelqu\u2019un puisque l\u2019objet donné circule sans cesse, qu\u2019on le donne et qu\u2019on le redonne.Il n\u2019est pas question d\u2019entrer dans le détail de l\u2019analyse de Godelier.Contentons-nous de souligner que le savoir semble correspondre parfaitement à cette définition d\u2019un objet « indispensable à l\u2019existence » et « qui doit circuler pour que tout un chacun puisse continuer d\u2019exister».Mais Godelier souligne aussi que le don a une autre caractéristique essentielle.665 Le Québec, le Canada, le monde Chez tous les peuples, le don crée une dette.Accepter un don - et un don ne se refuse pas - c\u2019est accepter de devoir quelque chose à quelqu\u2019un.C\u2019est accepter de devoir rembourser un jour, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, celui qui vous a donné.Alors que l\u2019échange marchand crée ce que Marx appelle des individus totalement « libres » le uns des autres, le don crée une dette, pour ne pas dire un devoir.Si quelqu\u2019un vous donne, vous lui devez quelque chose.Si la société vous donne, vous devez quelque chose à la société.Se pourrait-il que la commercialisation du savoir et l\u2019entrée des universités dans le cycle marchand ne soit le résultat d\u2019une machination ou un complot du grand capital ?Se pourrait-il que l\u2019homme moderne, celui qui n\u2019a plus que des droits, ne veuille plus assumer aucun devoir ?J\u2019ai peur que si certains s\u2019acharnent tant à vouloir réintroduire le savoir et la culture dans le circuit marchand, c\u2019est parce qu\u2019ils veulent dorénavant être totalement libres, libres de toute dette, libres, de ne plus rien devoir à personne, libres, de ne plus rien avoir à léguer.En offrant le Louvre gratuitement à ma fille, la société ne lui fàisaitpas simplement un cadeau en argent, elle lui disait que toute cette culture lui appartenait, qu\u2019elle était ce qu\u2019elle avait de plus précieux et qu\u2019elle avait la responsabilité de s\u2019en saisir.Elle lui disait aussi qu\u2019elle nepouvaitpas faire n\u2019importe quoi de cet héritage, qu\u2019elle avait le devoir de le protéger, de veiller sur lui, afin de pouvoir le rendre un jour aux générations futures.Notes iTWITCHELL, James B., Higher Ed, Inc., The Wilson Quaterly, Washington, été 2004.2\tE.D.Hirsch a été associé au mouvement Back to the basics et est l\u2019auteur de Cultural Literacy - What Every AmericanNeedsTo Knout 3\tTWITCHELL, James B., Higher Ed, Inc., The Wilson Quaterly, Washington, été 2004.4\tEst-il juste que l\u2019Université soit gratuite ?Par Philippe Van Parijs, Chaire Hoover d\u2019éthique économique et sociale, Université catholique de Louvain.5\tVoir à ce propos Paul R, KRUGJVLAN, La Mondialisation n\u2019est pas coupable, Vertus et limites du libre-e'change, La Découverte, Paris 1998.6\tGODELIER, Maurice, L\u2019Émyme du don, Champs Flammarion, Paris 1996, p.100.666 Le Québec et le monde Le Québec comme objet d\u2019étude en 2204-2005 Hélène Chouinard et Robert Laliberté Association internationale des e'tudes qube'coises (AIEQ) Au cours des dernières décennies, le Québec a été un objet d\u2019étude pour de nombreux étudiants, professeurs et chercheurs du Québec, mais également, et ce, bien souvent au grand étonnement des Québécois eux-mêmes, du reste du Canada et de partout ailleurs dans le monde.Ainsi, au fil des ans, le Québec est devenu un laboratoire pour de nombreux analystes qui cherchent à mieux connaître et à mieux comprendre la spécificité québécoise ou encore, lorsqu\u2019ils sont de l\u2019extérieur du Québec, se réfèrent à l\u2019expérience québécoise pour mieux comprendre leur propre société.Il serait bien sûr exagéré de prétendre que l\u2019Association internationale des études québécoises (AIÉQ) est seule responsable de cet intérêt croissant à l\u2019égard du Québec.Il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019Association a pour mission, voire pour raison d\u2019être, de susciter cet intérêt, de le soutenir et de le renforcer.L\u2019AIÉQ existe depuis mai 1997 seulement.Mise en place à l\u2019initiative d\u2019un petit groupe de professeurs d\u2019universités du Québec et de l\u2019extérieur, elle est vite devenue une véritable organisation internationale qui, tout en bénéficiant du soutien financier du gouvernement du Québec, notamment du ministère des Relations internationales (MRJ) et du ministère de la Culture et des Communications (MCC), jouit de l\u2019entière autonomie dont elle a besoin pour assurer sa crédibilité aussi bien que pour garantir l\u2019indépendance intellectuelle de ses membres.De 1997 à 1999, l\u2019AIÉQ a été présidée par le professeur Claude Corbo de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM).De 1999 à 2004, elle a été présidée par le professeur Ingo Kolboom, de l\u2019Université de Dresde, en Allemagne.Depuis 2004, c\u2019est le professeur Yannick Resch, de l\u2019Université de Provence, en France, qui est présidente de l\u2019Association.Au départ, l\u2019AIÉQ s\u2019est efforcée d\u2019identifier celles et ceux qui dans le monde se consacraient à l\u2019étude du Québec.Puis, elle a cherché à mieux Vous trouverez sur www.inm.qc.ca, section Annuaire du Québec, une bibliographie commentée des principaux ouvrages sur le Québec publiés en 2004-2005.667 Le Québec, le Canada, le monde connaître leurs motivations, leurs caractéristiques personnelles et professionnelles ainsi que leurs principales activités, de façon à pouvoir leur offrir des services ainsi que des aides techniques et financières répondant à leurs besoins.Enfin, elle s\u2019est employée à stimuler le développement des études québécoises dans certains milieux où elles n\u2019existaient que peu ou pas et à élargir ainsi sans cesse le réseau international des québécistes.Aujourd\u2019hui, ce réseau est composé de près de 2700 professeurs, chercheurs et étudiants qui ont fait du Québec l\u2019objet de leurs enseignements, de leurs recherches ou de leurs publications.Ces québécistes sont répartis dans les universités de 65 pays et dans plus de 40 disciplines.La majorité d\u2019entre eux, soit 70 %, sont de l\u2019extérieur du Québec.Ils se retrouvent dans chacune des différentes régions du monde, mais en plus grand nombre en Europe et aux États-Unis.On estime que chaque année ils font découvrir le Québec à près de 50 000 étudiants étrangers.C\u2019està travers l\u2019intérêt qu\u2019ils accordent à la littérature et à la culture québécoises que le plus grand nombre d\u2019entre eux développent une meilleure connaissance du Québec.Les moyens qu\u2019a mis en place l\u2019AIÉQpour promouvoir et soutenir concrètement le développement des études québécoises dans le monde peuvent être classés en deux grandes catégories : ceux qui servent à assurer la circulation et la diffusion d\u2019informations au sujet du Québec, et ceux qui permettent de soutenir techniquement et financièrement les projets initiés par les membres de l\u2019Association.Chaque semaine, l\u2019AIÉQ adresse à plus de 2600 abonnés dans le monde un bulletin électronique d\u2019information.Grâce à ce bulletin, celles et ceux qui se consacrent à l\u2019étude du Québec peuvent être tenus au courant des recherches, colloques ou publications qui portent sur le Québec et qui peuvent avoir un intérêtpour leurs propres activités universitaires.En outre, l\u2019Association dispose de deux sites Internet qui fournissent une foule d\u2019informations fort utiles pour étudier le Québec.Sur le site www.aieq.qc.ca on trouve, par exemple, la liste des livres, dont les « classiques » de la littérature québécoise, des films et des enregistrements sonores qui sont fortement recommandés pour établir les bases d\u2019un centre de documentation sur le Québec.Sur le site www.panorama-quebec.com, qui est le fruit d\u2019une collaboration entre l\u2019AIÉQ, le Département de langue française du Centre d\u2019éducation permanente de l\u2019Université McGill, le Programme d\u2019études sur le Québec de cette même université et l\u2019École de langue française et de culture québécoise de l\u2019Université du Québec à Chicoutimi, on trouve des dossiers bien documentés sur le Québec ainsi que sur les traits caractéristiques des Québécoises et Québécois.Ce travail de diffusion d\u2019informations est complété par un travail de soutien aux projets initiés par les membres de l\u2019Association.Grâce à son programme de soutien à la diffusion de connaissances sur le Québec, l\u2019AIÉQ peut en effet accorder un soutien financier à ceux de ses membres qui souhaitent, par exemple, préparer un cours, un livre ou un colloque sur le Québec.En 2004-2005, l\u2019AIÉQ a soutenu 60 projets de cette nature.Ce 668 Le Québec et le monde programme d\u2019aide financière est rendu possible grâce à une subvention que verse le ministère des Relations internationales à l\u2019AIÉQ.Le second programme d\u2019aide dont dispose l\u2019AIÉQ vise à favoriser une meilleure connaissance des auteurs québécois et de leurs livres à l\u2019étranger.Ce programme consiste à soutenir techniquement et financièrement l\u2019or-ganisation de tournées d\u2019auteurs québécois à travers le réseau international des études québécoises.En 2004-2005, 24 auteurs québécois, soit des romanciers, des poètes, mais aussi des essayistes, ont pu bénéficier de ce programme pour se faire inviter à venir faire la promotion de leurs livres dans des universités des États-Unis, d\u2019Amérique latine, d\u2019Europe et même d\u2019Asie.Consciente de l\u2019importance de préparer une relève dans le domaine des études québécoises, l\u2019AIÉQ offre quelques bourses d\u2019études et de stages aux étudiants québécois et étrangers.La bourse Gaston-Miron et la bourse Pierre-et-Yolande-Perrault visent respectivement à encourager les étudiants à faire porter leur thèse ou recherche sur la littérature québécoise ou sur l\u2019écriture intermédiatique.Chaque année, des bourses sont également offertes à au moins six étudiants, du Québec et de l\u2019étranger, qui viennent à l\u2019AIÉQpour y effectuer un stage pratique d\u2019une durée de trois ou quatre mois.En 2004-2005, l\u2019AIÉQa mené une véritable offensive auprès des professeurs de fiançais langue seconde ou étrangère dans le but de les encourager à introduire des contenus québécois dans leur enseignement À l\u2019évidence, ces professeurs peuvent devenir de bons relayeurs d\u2019informations sur le Québec et contribuer à accroître la connaissance du Québec à l\u2019étranger, pour peu qu\u2019ils soient encouragés et aidés à le faire.Pour s\u2019en convaincre, il suffit de se rappeler qu\u2019il y a dans le monde, selon les données recueilles par le Conseil consultatif de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie pour 2002-2003 .environ 700 000 professeurs de fiançais langue seconde ou étrangère qui rejoignent chaque année près de 70 millions d\u2019étudiants.C\u2019est dans cet esprit que l\u2019Association a mis en place le site Internet Panorama sur le Québec et qu\u2019elle a, en outre, grâce à une subvention du ministère des Affaires étrangère du Canada (MAE), créé un nouveau programme d\u2019aide visant à permettre à des professeurs de fiançais de l\u2019étranger de venir se perfectionner au Québec.Cette trop brève présentation de l\u2019AIÉQ serait bien incomplète si elle ne fournissait également certains éléments d\u2019information au sujet de ses sources de financement En fait, l\u2019AIÉQ tire la majeure partie de ses revenus, soit près de 80 %, de subventions gouvernementales qui lui sont versées d\u2019abord par le MRI, puis par le MCC et enfin par le MAE.Confrontée à l\u2019obligation de réduire la part de ses revenus provenant de sources gouvernementales, l\u2019Association a lancé au printemps 2005 sa toute première campagne de financement auprès de donateurs privés.Le résultat de cette campagne de financementpourraitêtre déterminant pour l\u2019avenir de l\u2019AIÉQ.669 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES Le Québec en un coup d\u2019œil ÉTiti, dit ' -r, tyijftij Av^kT pf 4É jft ïï> ^ J £1 -# Æft^ln d: :-V -t * V 4 W:.- ': m:$ f,\t' \"\t\u201c-v - ',y ;¦ ' ,.f .I»?' \u2022\u2022'\u2022 q* rr \u2022; , 'f wm i iML ?Le Québec en un coup d\u2019œil LE QUEBEC EN UN COUP D\u2019ŒIL 674 Description générale 678 Les grandes dates de l'histoire du Québec 683 Le personnel politique à Québec 690\tLes premiers ministres du Québec de 1867 à nos jours 691\tVingt tendances marquantes de la socété québécoise 702 L'état de santé des Québécois 706 Le Québec n'est pas le cancre économique qu'on dit : version amendée 711 Chronologie 2004-2005 Les grands événements 732 Les grands disparus 737 Principales lois de 2004-2005 742 Le calendrier des grands rendez-vous de 2006 673 Le Québec en un coup d\u2019œil Le territoire Superficie : i 667 926 km2 (15,5% du territoire canadien) Le Québec est un très vaste territoire : 1 667 441 km2, soit trois fois la France et près du cinquième des États-Unis d\u2019Amérique.Il s\u2019étend sur plus de 17 degrés de latitude et 22 degrés de longitude, entre le 45e et le 62e degré de latitude nord et entre le 56e etle 79e degré de longitude ouest C\u2019est la deuxième province la plus populeuse du Canada et la plus vaste en superficie ; elle occupe 15,5 % du territoire canadien.Le Québec est délimité par plus de 10 000 km de frontières terrestres, fluviales et maritimes: à l\u2019ouest il est bordé par l\u2019Ontario, au sud par quatre États américains (Maine, Vermont, New York etNew Hampshire), et au nord par le territoire du Nunavut (frontière maritime).À l\u2019est, les provinces cana- Superficie des eaux: 315 638 km2 (19% du territoire) 750 000 lacs 130 000 ruisseaux 3% des réserves d\u2019eau douce mondiale Superficie de la forêt : 757 900 km2 (50% du territoire) 2% des forêts mondiales Terres agricoles : 3,5 millions d\u2019hectares (2% du territoire) diennes du Nouveau-Brunswick et de Terre-Neuve-et-Labrador, la Nouvelle-Écosse et l\u2019fle-du-Prince-Édouard partagent aussi des frontières avec le Québec.Le fleuve majestueux Le Saint-Laurent, long de 3058 km, traverse le territoire d\u2019ouest en estpour se jeter dans l\u2019océan Atlantique.C\u2019est le troisième plus grand fleuve en Amérique du Nord, après les fleuves Mackenzie et Yukon, le 19e plus long au monde.Il reçoit dans sa portion québécoise 244 affluents, ce qui le classe au 15e rang mondial quant à la superficie de son bassin versant.En plus d\u2019alimenter les Québécois en eau potable, il est le plus important axe fluvial nord-américain.Grâce à son estuaire de 65 km de largeur, il ouvre la voie vers les confins de l\u2019Amérique, en plus d\u2019atteindre par la Voie maritime le cœur du continent.Le mont D\u2019Iberville, situé dans la chaîne des monts Torngat, est le plus élevé du Québec, à 1652 mètres.La population 7455 208 habitants (23,7 % de la population canadienne) Le Québec compte 95 000 femmes (3 756 200) de plus que d\u2019hommes (3 661500).En 2002, une personne sur cinq (19,7%) était âgée de 15 à 29 ans.Population amérindienne 79 400 personnes 10 nations 54 communautés 674 Le Québec en un coup d'œil Population inuit (nation autochtone non amérindienne) 8625 personnes 14 communautés du Nunavik, sur les bords des baies d\u2019Ungava et d\u2019Hudson Revenu personnel disponible par habitant 20 259$ (2002) Principales villes Montréal\t1 812 000\thab.Québec\t513\t000 Longueuil\t285\t000 Laval\t343\t000 Gatineau\t228\t000 Religions Catholicisme: six millions de baptisés Protestantisme: 335 590 Islam: 108 620 Orthodoxe: 100 370 Judaïsme: 89 915 Espérance de vie Femmes\t81,9 ans Hommes\t76,8 ans Indice de fécondité: 1,45 (en 2002)\t Scolarité Selon Statistique Canada, en 2001, le Québec arrivait au premier rang des provinces canadiennes pour le nombre de détenteurs de diplômes d\u2019études postsecondaires (collège et université) âgés entre 25 et 34 ans.68,5% des jeunes détiennent un tel diplôme, comparativement à 63,9 % en Ontario.À ce chapitre, le Québec pris séparément se classe au troisième rang parmi les pays de l\u2019OCDE.Devise et emblèmes Je me souviens C\u2019est en 1883 que l\u2019architecte et sous-ministre des Terres de la Couronne Eugène-Étienne Taché fait graver, sur la porte en pierre du Palais législatif de Québec, la devise « Je me souviens ».En 1939, elle est officiellement inscrite sur les nouvelles armoiries.L\u2019architecte Taché a voulu rendre hommage à tous les pionniers du Québec en rassemblant, sur la façade de l\u2019hôtel du Parlement, des figurines de bronze qui représentent les Amérindiens, les Économie PIB 230 milliards de dollars canadiens en 2001\t Croissance du PIB\t(2002) 4,3% Chômage\t(septembre 2005) 8,4% Taux d\u2019activité\t(septembre 2003) 66% Exportations(2002) 57% du PIB Principales langues parlées\t Français\t81,4% Anglais\t10,1% Français et les Britanniques.On y trouve représentés les premiers moments de la Nouvelle-France, avec les explorateurs, les missionnaires, les administrateurs, les généraux, les chefs, etc.Taché a aussi fait inscrire, au bas de l\u2019œuvre, la nouvelle devise.Armoiries Les armoiries du Québec reflètent les 675 Le Québec en un coup d\u2019œil différentes époques du Québec.Elles sont décorées de fleurs de lis or sur fond bleu pour souligner l\u2019origine française de la nation québécoise, d\u2019un léopard or sur fond rouge pour mettre en évidence l\u2019héritage britannique, et de feuilles d\u2019érable pour signaler l\u2019appartenance du Québec au Canada.de rectangles de fond azur.Une croix blanche, symbole de la foi chrétienne, les sépare.La fleur de lis est l\u2019un des plus anciens emblèmes au monde.Les Assyriens, quelque 3000 ans avant notre ère, l\u2019utilisaient déjà.Le fleurdelisé a aussi occupé une grande place dans l\u2019ornementation en Lrance.Drapeau Depuis le 21 janvier 1948, le drapeau officiel du Québec, le fleurdelisé, flotte sur la tour de l\u2019Assemblée nationale.En hommage à la Lrance, le drapeau représente quatre lis blancs sur autant Emblèmes L\u2019iris versicolore a été désigné emblème floral du Québec à l\u2019automne 1999.Le harfang des neiges, grand-duc blanc qui habite le nord du Québec, a été désigné emblème aviaire en 1987.Il évoque la blancheur des hivers québécois.Le bouleau jaune, ou merisier, est présent dans la sylviculture québécoise depuis les temps de la Nouvelle-Lrance.Recherche, redaction et révision : Valérie Martin et Ian Parenteau 676 Le Québec en un coup d'œii Références Institut de la statistique du Québec, Le Quebec statistique, édition 2002 Institut de la statistique du Québec, Le Quebec chiffres en main, édition 2003.Statistique Canada, Recensement 2001 : données sur les populations (langues, origines ethniques, etc) Portail Web du Gouvernement du Québec : Territoire, Vision du Québec, Vivre au Québec.(Dernière révision : 25 avril 2003).Portail Web du ministère des Relations avec les citoyens et de l\u2019Immigration.Histoire du Québec, Emblèmes, Armoiries, Drapeau, Devise.2002.Encyclopaedia Uniuersalis 2003 en DVD-ROM, articles « Canada : histoire et politique» et «Québec, province de » (auteurs : Michel Brunet, Louis Massicotte, Henry Rougier).Histoire du Quebec, sous la direction de Jean Hamelin, Éditions France-Amérique, 1976, 537 pages.Site Web du ministère des Ressources naturelles, faunes et parcs : données sur l\u2019énergie et l\u2019hydroélectricité.Site Web du Parti québécois : données sur les diplômes postsecondaires.Site Web de l\u2019Union des municipalités du Québec.Cahier Profil économique et financier du Québec, printemps 2003.Portail Web du ministère des Finances, de l\u2019Économie et de la Recherche, pour toutes les statistiques sur l\u2019économie.Budyet 2003-2004, Points saillants, ministère des Finances, Québec.Site Web du ministère de l\u2019Industrie et du Commerce pour les données sur le PIB (www.mic.gouv.qc.ca) et Cahier excellence Québec 2000.Atlas du Canada sur le site du Gouvernement du Canada (pour les statistiques sur le Saint-Laurent) Cahier Le Québec bio-alimentaire en un clin d\u2019ail, portrait statistique 2001, ministère des Pêcheries et de l\u2019Agriculture, données sur l\u2019agriculture.677 Le Québec en un coup d\u2019œil , X'Jÿr.\t\t Les grandes dates de l\u2019histoire 8000 av.J.-C.Arrivée des premières peuplades autochtones sur le territoire actuel du Québec.Vers 1390 Fondation de la Confédération iroquoise par Dekanawidah et son assistant Hiawatha unissant les Cinq Nations iro-quoises (Mohawks, Sénécas, Onondayas, Coyugas, Oneidas).1534 Jacques Cartier, de Saint-Malo, accoste dans la baie de Gaspé.Au nom de François ier, roi de France, il prend possession de ce territoire qui s\u2019appellera le Canada.1608 Samuel de Champlain arrive aux abords d\u2019un site escarpé que les Amérindiens appellent «Kébec».Il fonde sur ce site une ville du même nom (Québec).Il est par la suite nommé lieutenant du vice-roi de la Nouvelle-France (1612).1625 Arrivée des premiers Jésuites.1639 Fondation à Québec du couvent des Ursulines par Marie Guyart, dite Marie de l\u2019Incarnation, et de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec.1642 Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, fonde Ville-Marie (Montréal).1689-97 Première guerre intercoloniale (Français contre Anglais).1701 Le gouverneur Callières met fin aux guerres franco-amérindiennes.Il signe la Grande Paix de Montréal avec les Iroquois.1701-1713 Deuxième guerre intercoloniale.1718 Érection de la forteresse de Louisbourg pour défendre la Nouvelle-France.1740-48 Troisième guerre intercoloniale.1748- Fin de la guerre entre les colonies (Traité d\u2019Aix-la-Chapelle).1754-1760 Quatrième guerre intercoloniale.1759 Siège de Québec et bataille des plaines d\u2019Abraham.Les troupes françaises du général Montcalm sont défaites par le général Wolfe et son armée britannique.1760 L\u2019armée britannique prend possession de Montréal.Capitulation de la Nouvelle-France et de Montréal.Établissement d\u2019un régime militaire anglais.1763 Proclamation royale : le roi de France, par le Traité de Paris, cède le Canada au royaume britannique.La Prouince of Quebec est soumise aux lois d\u2019Angleterre.1774 Le Parlement de Londres, par l\u2019Acte de Québec, reconnaît le droit civil français (tout en gardant le droit criminel britannique), la religion catholique et le régime seigneurial.1791\tL\u2019Acte constitutionnel divise le Canada en deux provinces : le Haut-Canada, à majorité anglophone, et le Bas-Canada, à majorité francophone.Débuts du parlementarisme britannique.1792\tPremier Parlement du Bas-Canada et premières élections.Deux partis s\u2019opposent : les « Tories », surtout des marchands et des nobles Anglais, et les «Canadiens», qui sont francophones.1799 L\u2019anglais est déclaré langue officielle du Bas-Canada.1834 Ludger Duvernay fonde la Société Saint-Jean-Baptiste, vouée à la cause des Canadiens français.Le Parti Canadien (Patriotes) propose 92 résolutions à l\u2019Assemblée du Bas-Canada, pour réclamer les mêmes privilèges que le Parlement britannique.1837-1838 Londres refuse les 92 résolutions.Rébellions dans le Bas et le Haut-Canada.Les Patriotes (Parti Canadien), avec à leur tête Louis-Joseph Papineau, se soulèvent.Douze Patriotes sont pendus à Montréal, de nombreux autres sont forcés à l\u2019exil et des villages sont détruits par l\u2019armée britannique.1839 Rapport Durham 678 Le Québec en un coup d'œil 1840 L\u2019Acte d\u2019Union rassemble les provinces du Bas et du Haut-Canada.1852 Fondation de l\u2019Université Laval, première université francophone et catholique en Amérique.1867 L\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique réunit les provinces du Canada -l\u2019Ontario, le Québec, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick - pour créer le Dominion du Canada.C\u2019est le début de la Confédération canadienne.Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, un conservateur, devient le premier premier ministre du Québec et John A.MacDonald, un conservateur, premier premier ministre du Canada.1896 Wilfrid Laurier, premier premier ministre francophone du Canada.1900 Alphonse Desjardins fonde la première caisse populaire à Lévis.1907 Le gouvernement Gouin crée l\u2019École des hautes études commerciales (HEC).1909\tFondation du club de hockey Canadien.1910\tFondation du journal Le Deuoir par Henri Bourassa, un nationaliste canadien.1912 Premier Congrès de la langue française.1917\tCrise de la Conscription.Résistance des Canadiens français à l\u2019enrôlement forcé.1918\tLes femmes obtiennentle droit de vote au niveau fédéral.1919\tFondation, au Monument-National, à Montréal, du Congrès juif canadien.1922 Inauguration de la première radio de langue française, CKAC (mise en ondes par le quotidien La Presse ; en 1919, Marconi avait mis en ondes une station de langue anglaise, CJAD).1931 Le Statut de Westminster consacre la pleine indépendance du Canada.1934 Création de la Banque du Canada.1935 Maurice Duplessis fonde l\u2019Union nationale, un parti réformiste et nationaliste.Il devient premier ministre du Québec (battu en 1939, puis régulièrement réélu à partir de 1944).1937 La Loi du Cadenas, adoptée sous Maurice Duplessis, interdit l\u2019utilisation d\u2019une maison «pour propager le communisme ou le bolchévisme».1940 Droit de vote accordé aux femmes aux élections provinciales ; création par Ottawa de Passurance-chômage.1942\tPlébiscite sur la conscription approuvée par les deux tiers des Canadiens, mais rejetée par 71 % des Québécois ; accords fiscaux cédant à Ottawa le pouvoir d\u2019imposition.1943\tLoi sur l\u2019instruction obligatoire des enfants.1944\tCréation d\u2019Hydro-Québec.1945\tLoi sur l\u2019électrification rurale.1948\tPaul-Émile Borduas, à la tête des automatistes rebelles, écrit son manifeste intitulé Refus global; adoption du drapeau du Québec.1949\tGrève de l\u2019amiante ; la Cour suprême du Canada devient la dernière instance d\u2019appel au Canada après l\u2019abolition du droit d\u2019appel au Comité judiciaire du Conseil privé de Londres.1952 Création de la première station de télévision au Québec, CBFT (Radio-Canada), Montréal.1955 Émeute au Forum de Montréal à la suite de la suspension de Maurice Richard.1959\tInauguration de la Voie maritime du Saint-Laurent.1960\tDébut de la Révolution tranquille, après 16 ans d\u2019un régime duplessiste plus conservateur que réformiste (la période a été qualifiée de «Grande Noirceur»).L\u2019élection du gouvernement libéral de Jean Lesage inaugure une période de moderni- Maurice Duplessis 679 Le Québec en un coup d\u2019œil Jean Lesage Crise d\u2019octobre 1970 sation accélérée de la société québécoise et de son économie : création d\u2019entreprises publiques, création de l\u2019assurance-hospi-talisation (i960), du ministère des Affaires culturelles (1961), nationalisation de l\u2019électricité (1963), création du ministère de l\u2019Éducation (1964), création de la Caisse de dépôts et placements du Québec (1965) et de la Société générale de financement; ouverture des premières délégations du Québec à l\u2019étranger.1961 Candidate libérale dans Jacques-Cartier, Claire Kirkland-Casgrain devient la première femme élue à l\u2019Assemblée législative du Québec.1963\tCréation du Front de libération du Québec (FLQ) ; création par Ottawa de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (Laurendeau-Dunton).1964\tAdoption de la loi qui met fin à l\u2019incapacité juridique des femmes mariées.1966\tInauguration du métro de Montréal.1967\tMontréal accueille l\u2019exposition universelle ; visite du général De Gaulle : «Vive le Québec libre ! » ; États généraux du Canada français ; création de la Bibliothèque nationale.1968\tFondation du Parti québécois, le chef : René Lévesque ; parachèvement du barrage de la centrale hydro-électrique Manie 5 ; instauration du mariage civil ; Commission Gendron sur la situation de la langue française ; rassemblée législative du Québec devient l\u2019Assemblée nationale; fondation de l\u2019Université du Québec.1969\tManifestation pour un McGill français ; adoption à Ottawa de la Loi sur les langues officielles du Canada ; émeute à Saint-Léonard relative à la loi 63 qui donnait le libre choix de la langue d\u2019enseignement aux enfants d\u2019immigrants.1970\tLe libéral Robert Bourassa devient premier ministre du Québec.1970 Crise d\u2019Octobre.Des membres du FLQ enlèvent le diplomate britannique James Richard Cross et assassinent le ministre du Travail, Pierre Laporte.Pierre-Elliott Trudeau, premier ministre du Canada, applique la Loi sur les mesures de guerre (suspension des libertés civiles).Le Québec est occupé par l\u2019armée canadienne.Assurance-maladie ; agence de coopération culturelle et technique (ancêtre de POrganisation internationale de la Francophonie).1972 Grève du Front commun syndical du secteur public; emprisonnement des chefs syndicaux; aide juridique.1974\tLe français devient la langue officielle du Québec (loi 22).1975\tCréation de Radio-Québec qui deviendra Télé-Québec en 1996 ; signature de la Convention de la Baie-James et du Nord québécois avec les Cris, les Inuits et les Naskapis.1976\tMontréal accueille les Jeux olympiques de la XXIe olympiade ; René Lévesque remporte les élections à la tête du Parti québécois.1977\tAdoption de la Charte de la langue jrançaise (loi 101).1980 60% des Québécois rejettent le projet de «souveraineté-association», lors d\u2019un référendum ; une loi consacre le « Ô Canada» comme hymne national du Canada.1982\tNouvelle constitution canadienne, sans l\u2019accord de l\u2019Assemblée nationale du Québec qui perd des pouvoirs en matière de langue et d\u2019éducation.Selon la Cour suprême du Canada, le Québec ne jouit d\u2019aucun statut particulier au sein du pays.1983\tCréation du Fonds de solidarité des travailleurs du Québec ; adoption de la Charte québécoise des droits et des libertés de la personne à l\u2019Assemblée nationale.1985 Retour au pouvoir de Robert Bourassa, libéral.680 Le Québec en un coup d'œil 1987\tAccords du Lac Meech (négociations constitutionnelles) pour réintégrer le Québec dans la Constitution canadienne.Signature des onze premiers ministres du Canada et des provinces.Mais l\u2019accord ne sera pas ratifié.1988\tLes clauses sur l\u2019affichage unilingue français de la loi ioi sont jugées inconstitutionnelles par la Cour suprême du Canada.La loi 178 permet l\u2019affichage commercial bilingue à l\u2019intérieur des commerces.1989\tEntrée en vigueur de l\u2019Accord de libre-échange (ALE) Canada-États-Unis.1990\tÉchec des Accords du Lac Meech ; Commission Bélanger-Campeau sur l\u2019avenir politique du Québec; crise d\u2019Oka : affrontement entre citoyens blancs et Mohawks sur une question territoriale.1991\tRédaction du Rapport Allaire par les libéraux : on y recommande un transfert massif de pouvoirs aux provinces, et en particulier au Québec.1992\tAccords de Charlottetown (négociations constitutionnelles).Lors d\u2019un référendum pancanadien, 57% des Québécois et 54% des Canadiens rejettent l\u2019entente.1993\tAdoption de la loi 86 permettant l\u2019affichage bilingue avec prédominance du français.Le Bloc québécois, parti souverainiste, avec à sa tête Lucien Bouchard, est élu « opposition officielle » à Ottawa.1994\tJacques Parizeau (PQ) est élu premier ministre du Québec ; entrée en vigueur de l\u2019Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) Canada-États-Unis-Mexique.1995\tPour la deuxième fois de son histoire, le Québec, par voie référendaire, refuse la souveraineté politique : 49,4% de OUI ; 50,6% de NON.1996\tLucien Bouchard (PQ), premier ministre, réélu en 1998 ; déluge au Saguenay.1998 Grand Verglas ; déconfessionnalisation du système scolaire par la création de commissions scolaires linguistiques ; renvoi de la Cour suprême du Canada sur la sé-cession, reconnaissant la légitimité du mouvement souverainiste.Il n\u2019existe pas de droit à la sécession dans la Constitution, mais avec une question claire et une majorité claire lors d\u2019un référendum sur la sécession du Québec, le reste du Canada aura l\u2019obhgation de négocier.2000\tSanction de la loi fédérale sur la clarté, découlant du renvoi de la Cour suprême de 1998, imposant des conditions pour que le Parlement fédéral prenne en compte les résultats d\u2019un référendum sur la souveraineté (loi C-20) ; en riposte, adoption à l\u2019Assemblée nationale de la Loi sur l\u2019exercice des droitsJondamentaux et les prérogatives du peuple québécois et de l\u2019État du Quebec (loi n° 99).Fusions municipales, notamment des 29 municipalités de Pile de Montréal.2001\tBernard Landry (PQ) succède à Lucien Bouchard comme premier ministre.2003\tSous la gouverne de Jean Charest, retour du Parti libéral au pouvoir.Jean Chrétien se retire de la vie politique.Paul Martin devient chef du Parti libéral du Canada (14 nov.) et premier ministre du Canada (12 déc.).2004\tÉclatement du scandale des commandites (portant sur l\u2019utilisation de fonds publics pour la promotion du Canada au Québec); le mariage gai déclaré légal au Québec ; élection d\u2019un gouvernement libéral minoritaire au fédéral sous la direction de Paul Martin.2005\tGrève étudiante sans précédent contre la réduction de l\u2019aide financière aux études ; Bernard Landry quitte la présidence du Parti québécois ; ouverture de la Grande Bibliothèque.Jean Charest 681 Prestigieuse, discrète, et surtout fondamentale l^i si; ¦ i 1 rAVW\"-\u2019 -¦ l'LORUÏ* Plus de 300 photographies historiques.iV' Découvrez l'évolution de la fonction de lieutenant-gouverneur ainsi que la nature du pouvoir constitutionnel dont il est investi depuis les débuts de la Nouvelle-France jusqu'à aujourd'hui.Apprivoisez l'histoire du Québec sous un angle original.Quiùt-tf: \u201cLl Chez votre libraire 1800463-2100 www.publicationsduquebec.gouv.qc.ca Publications \u201e \u201e Québec DD Toute la réalité, rien que la réalité Personnel politique en 2005 Le Québec en un coup d'œil Serge Laplante Recherchiste, Le Devoir Boisclair démissionne.Député péquis-te de Gouin depuis 15 ans et candidat présumé à la succession de Bernard Landry, André Boisclair, 38 ans, annonce le 17 août 2004 son retrait de la vie politique pour retourner sur les bancs d\u2019école à la prestigieuse université Harvard, aux Etats-Unis.Stéphan Tremblay s\u2019écrase.Un avion piloté par le député péquiste de Lac-Saint-Jean, Stéphan Tremblay, s\u2019écrase le 17 août dans la rivière Petite-Décharge d\u2019Alma.La conjointe du député ainsi qu\u2019un attaché politique étaient également à bord.Miraculeusement, tous trois sortent quasiment indemnes de l\u2019accident Seul le député est hospitalisé, souffrant de blessures au dos et aux côtes.Il semble que le pilote n\u2019aurait pas vu un câble de mise en terre suspendu cinq mètres au-dessus d\u2019une ligne électrique de 735 000 volts surplombant la rivière, câble sans balise qu\u2019il a percuté avec le flotteur de son avion au moment d\u2019amerrir.Pilote aguerri, comptantplus de 1000 heures de vol, Stéphan Tremblay étaitpilote de brousse avant de faire de la politique.Diane Lemieux leader parlementaire.Le 18 août, le chef de l\u2019opposition Bernard Landry désigne la députée de Bourget, Diane Lemieux, comme leader parlementaire de l\u2019opposition officielle à l\u2019Assemblée nationale, en remplacement du démissionnaire André Boisclair.C\u2019est la première fois qu\u2019une femme occupe ce poste clé pour un parti politique en Chambre.Nicole Léger rétrogradée.Le 9 septembre, Bernard Landry annonce la nomination du député de Dubuc, Jacques Côté, au poste de whip adjoint de l\u2019opposition officielle.La députée de Pointe-aux-Trembles, Nicole Léger, est donc rétrogradée de son poste de whip adjointe pour avoir donné son appui à Pauline Marois dans sa tentative de forcer la tenue d\u2019une course à la direction du Parti québécois.Cette sanction a pour effet de priver Nicole Léger d\u2019une prime de l\u2019ordre de 15 777 $ qui s\u2019ajoute au salaire de députée.Elle conserve ses fonctions de porte-parole de l\u2019opposition en matière de Relations avec les citoyens.683 Le Québec en un coup d\u2019œil Élections partielles.Élections partielles dans les circonscriptions de Vanier, Gouin, Nelligan et Laurier-Dori on le 20 septembre.Assez curieusement, les partis déploient une énergie sans précédent dans le comté de Vanier alors qu\u2019il n\u2019y a d\u2019enjeux réel ni pour le gouvernement, ni pour le Parti québécois ou l\u2019Action démocratique.Le candidat del\u2019ADQ Sylvain Légaré, estfinalement élu grâce au soutien actif de la controversée station de radio CHOI-FM.Boulerice se marie.On apprend en septembre 2004 que le député péquiste de Sainte-Marie-Saint-Jacques, André Boulerice, estdevenu le premier élu de l\u2019Assemblée nationale à se prévaloir de l\u2019union civile entre conjoints de même sexe.M.Boulerice aurait épousé à la fin de l\u2019été son conjoint des 32 dernières années dans le cadre d\u2019une cérémonie privée, en présence de ses proches.L\u2019événement aurait eu lieu à Montréal dans la circonscription que le député représente depuis 1985.M.Boulerice n\u2019a pas nié la nouvelle, mais il a refusé de la commenter, prétextant qu\u2019il s\u2019agissait de sa vie privée.Cabinet fantôme du PQ.Le 18 octobre, le chef de l\u2019opposition officielle Bernard Landry procède à la modification des responsabilités de 19 des 46 porte-parole de l\u2019opposition péquiste.Le nouveau député de Gouin, Nicolas Girard, est nommé porte-parole en matière d\u2019Habitation.La nouvelle députée de Laurier-Dorion, Elsie Lefebvre, est nommée porte-parole en matière d\u2019Action communautaire.Cabinet fantôme de l\u2019ADQ.Le chef de l\u2019Action démocratique du Québec, Mario Dumont, annonce le 18 octobre les nouvelles responsabilités parlementaires que ses députés assumeront lors de la prochaine session parlementaire, grâce à l\u2019ajout du nouveau député de Vanier : Mario Dumont: Jeunes, Éducation et Aînés Janvier Grondin : Régions, Municipalités, Agriculture et Transports Sylvain Légaré : Développement économique, PME, Ressources naturelles etMain-d\u2019œuvre Marc Picard : Finances publiques, Travaux parlementaires, Environnement ainsi que Réforme électorale et parlementaire Sylvie Roy: Santé, Famille et Justice Remaniement ministériel.Carole Théberge est assermentée, le 21 octobre, à titre de ministre déléguée aux Aînés.Julie Boulet dans l\u2019eau chaude.Le 22 décembre, la ministre déléguée aux Transports, Julie Boulet, qui avait démissionné une première fois après qu\u2019il eut été révélé qu\u2019elle avait reçu gratuitement des dosettes de compagnies pharmaceutiques, est à nouveau plongée au cœur d\u2019une controverse quand il est révélé qu\u2019elle a offert un loyer gratuit à des médecins dans son ancienne pharmacie.Appelé à enquêter, le syndic de l\u2019Ordre des pharmaciens conclut que le contexte de cette situation temporaire et les raisons qui l\u2019ont motivée ne justifient pas une plainte au Comité de discipline l\u2019Ordre.L\u2019affaire remonte à l\u2019époque où Mme Boulet, pharmacienne de profession, 684 Le Québec en un coup d'œil avait consenti un loyer gratuit à des médecins dans la clinique médicale située dans l\u2019édifice dont elle étaitpro-priétaire, à Saint-Tite.À cette époque, Mme Boulet vendait sa pharmacie et les médecins avaient fait valoir qu\u2019ils al-laientquitter Saint-Tite pour s\u2019installer ailleurs où on leur offrait bureau et secrétariat gratuits.Elle a donc consenti à ce loyer gratuit pour retenir les médecins jusqu\u2019à ce que la pharmacie soitvendue.Daniel Bouchard accusé.Le député de Mégantic-Compton, Daniel Bouchard, doit faire face le 21 décembre à six chefs d\u2019accusation de fraude, de fabrication et d\u2019usage de faux documents à l\u2019encontre de deux compagnies d\u2019assurances, alors qu\u2019il était directeur général de la SADC du Haut-Saint-François.Élu sous la bannière libérale, le député Bouchard a quitté le caucus dès qu\u2019une enquête sur l\u2019affaire a été ouverte.Il continue de siéger à l\u2019Assemblée nationale à titre de député indépendant depuis le 16 mars 2004.Jérôme-Forget vandalisée.Lechaletde la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, a été vanda-lisé le 21 décembre.Des individus non identifiés ont lancé des œufs et décoré les murs et les fenêtres de la résidence de Saint-Donat d\u2019autocollants aux couleurs de la CSN, en plus de laisser des pancartes dénonçant les politiques du gouvernement, notammentl\u2019intro-duction des partenariats public-privé (PPP).La Sûreté du Québec, qui enquête sur l\u2019affaire, évalue à environ 1000 $ les dommages causés au chalet de madame Jérôme-Forget Remaniement ministériel.Après 22 mois de pouvoir, alors qu\u2019il est au plus bas dans l\u2019opinion publique, le premier ministre Charest procède au plus important remaniement ministériel de l\u2019histoire du Québec le 18 février 2005 : 18 des 23 ministres sont touchés ; 3 ministres sont démis ; 6 accèdent au cabinet.Le nouveau cabinet compte maintenant 27 ministres : Jean Charest, 21 ministres en titre (2 de plus), 5 ministres délégués (2 de moins), plus le whip en chef et le président du caucus qui assistent au Conseil des ministres.Un nombre record de femmes, 10 femmes au lieu de 8, siègent au Conseil.Six nouveaux visages font leur apparition : Yvon Vallières (le doyen de l\u2019Assemblée et seul nouveau venu à avoir une expérience ministérielle), Laurent Lessard, Lise Thériault, Margaret F.Delisle, Geoffrey Kelly, Henri-François Gautrin.Yves Séguin (Finances) quitte le cabinet Jacques Chagnon (Sécurité publique) et Sam Hamad (Ressources naturelles) sont expulsés du conseil des ministres et redeviennent simples députés.Pierre Reid (Éducation) et Françoise Gauthier (Agriculture, Pêcheries et Alimentation) sont rétrogradés.Jacques Dupuis succède à Monique Gagnon-Tremblay comme vice-premier ministre.Paul Martin doit donner son approbation.Aucune des personnes habilitées à officialiser l\u2019assermentation n\u2019étant disponible, la lieutenant-gouverneur Lise Thibault ayant subi un malaise dans la matinée (un léger AVC), et le représentant du juge en chefde la Cour supérieure étant à l\u2019extérieur du pays, Jean Charest a dû demander au cabinet fédéral de désigner un remplaçant 685 Le Québec en un coup d\u2019œil comme représentant royal, en l\u2019occurrence le secrétaire général de l\u2019Assemblée nationale, François Côté.Le premier ministre a donc téléphoné à Paul Martin, qui a accordé l\u2019autorisation légale nécessaire, etM.Côté a pu être assermenté par le juge René Dussault.Assermentation de deux ministres.Le 17 mars, le premier ministre Jean Charest annonce que Benoît Pelletier se voit confier les responsabilités de ministre responsable des Affaires intergouvemementales canadiennes, de la Francophonie canadienne, de la Réforme des institutions démocratiques et de l\u2019Accès à l\u2019information.Thomas J.Mulcair est assermenté à titre de ministre du Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs.Landry démissionne.Insatisfait d\u2019un vote de confiance de 76,2 % obtenu au XVe congrès du Parti québécois, Bernard Landry annonce le 4 juin qu\u2019il quitte immédiatement la présidence et son siège de député de Verchères.La décision du chef sème la consternation parmi les délégués.«Je suis désolé de vous faire ça.Ça me brise le cœur de vous dire ça mais je le fais au nom de l\u2019intérêt national.Je le fais par respect pour la démocratie.Il aurait fallu que j\u2019aie un niveau d\u2019appui beaucoup plus élevé pour être en mesure d\u2019accomplir parfaitement mes fonctions», déclare-t-il à ses troupes médusées.Louise Harel chef de l\u2019opposition - La députée d\u2019Hochelaga-Maisonneuve devient le 6 juin chef intérimaire de l\u2019aile parlementaire du Parti québécois.Madame Harel est la deuxième femme à occuper ce poste à l\u2019Assemblée nationale (après Monique Gagnon-Tremblay, de mai à octobre 1998).Trois femmes occupent les principales fonctions parlementaires du Parti québécois : Diane Lemieux, leader de l\u2019opposition, et Agnès Maltais, présidente du caucus.Le PQ devient le seul parti majeur au Canada dont les principaux postes sont occupés par des femmes, considérant que Monique Richard a été élue présidente du PQ au congrès du week-end précédent Composition du Conseil des ministres au 4 septembre 2005 Charest, Jean Premier ministre Responsable des dossiers jeunesse Président du Comité des priorités Dupuis, Jacques Vice-premier ministre Ministre de la Sécurité publique Leader parlementaire du gouvernement Vice-président du Comité des priorités Jérôme-Forget, Monique Présidente du Conseil du Trésor Ministre responsable de l\u2019Administration gouvernementale Audet, Michel Ministre des Finances Gagnon-Tremblay, Monique Ministre des Relations internationales Ministre responsable de la Francophonie Ministre responsable de la région de l\u2019Estrie 686 Le Québec en un coup d'œil Couillard, Philippe Ministre de la Santé et des Services sociaux Président du Comité ministériel du développement social, éducatif et culturel Fournier, Jean-Marc Ministre de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport Ministre responsable de la région de la Montérégie Marcoux, Yvon Ministre de la Justice Béchard, Claude Ministre du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Exportation Président du Comité ministériel de la prospérité économique et du développement durable Ministre responsable de la région du Bas-Saint-Laurent et de la région de la Côte-Nord Vallières, Yvon Ministre de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation Mulcair, Thomas J.Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs Président du Comité de législation Ministre responsable de la région des Lauren tides et de la région de Lanaudière Corbeil, Pierre Ministre des Ressources naturelles et de la Faune Ministre responsable de la région de l\u2019Abitibi- Témiscamingue et de la région du Nord-du-Québec Després, Michel Ministre des Transports Ministre responsable de la région de la Capitale-Nationale Normandeau, Nathalie Ministre des Affaires municipales et des Régions Présidente du Comité ministériel à la décentrali- sation et aux régions Ministre responsable de la région de la Gaspésie/Iles-de-la-Madeleine Beauchamp, Line Ministre de la Culture et des Communications Ministre responsable de la région de Montréal Pelletier, Benoît Ministre délégué aux Affaires intergouvemementales canadiennes, à la Francophonie canadienne et à la Réforme des institutions démocratiques Responsable de l\u2019Accord sur le commerce intérieur et de l\u2019Accès à l\u2019information Ministre responsable de la région de l\u2019Outaouais Reid, Pierre Ministre des Services gouvernementaux Bergman, Lawrence S.Ministre du Revenu Courchesne, Michelle Ministre de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale Ministre responsable de la région de Laval Gauthier, Françoise Ministre du Tourisme Ministre responsable de la région du Saguenay/Lac-Saint-Jean Théberge, Carole Ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine Ministre responsable de la région de la Chaudière-Appalaches Lessard, Laurent Ministre du Travail Ministre responsable de la région du Centre-du-Québec 687 Le Québec en un coup d\u2019œil Thériault, Lise Ministre de l\u2019Immigration et des Communautés culturelles Bouchard, Camil (Vachon) Emploi, Famille, Solidarité sociale Boulet, Julie Ministre déléguée aux Transports Ministre responsable de la région de la Mauricie Kelley, Geoffrey Ministre délégué aux Affaires autochtones Boucher, Claude (Johnson), Travaux routiers, Voirie Boulerice, André (Sainte-Marie/Saint-Jacques) Médias communautaires Gautrin, Henri-François\tBourdeau, Alexandre Ministre délégué au Gouvernement en ligne\t(Berthier), Jeunesse Delisle, Margaret F.\tCaron, Jocelyne Ministre déléguée à la Protection de la jeunesse (Terrebonne), Condition féminine et à la Réadaptation Participent également au Conseil des ministres : MacMillan, Norman Whip en chef du gouvernement Whissell, David Président du caucus du gouvernement Champagne, Noëlla (Champlain) Aînés et hébergement des aînés Charbonneau, Jean-Pierre (Borduas), Santé Charest, Solange (Rimouski) Jeunesse, Réadaptation, Services sociaux Cabinet fantôme de l\u2019opposition officielle Au 27 juin 2005 Arseneau, Maxime (Iles-de-la-Madeleine) Agriculture, Alimentation, Pêcheries Beaudoin, Denise (Mirabel), Régime de retraite Bédard, Stéphane (Chicoutimi) Justice, Accès à l\u2019information Bertrand, Rosaire (Charlevoix), Institutions financières Côté, Jacques (Dubuc), Lois professionnelles Cousineau, Claude (Bertrand), Innovation Deslières, Serge (Beauharnois), Transports Dion, Léandre (Saint-Hyacinthe), Langue Dionne-Marsolais, Rita (Rosemont), Énergie Doyer, Danielle (Matapédia) Faune, Forêts, Mines, Terres 688 Dufour, Marjolain (René-Lévesque), Travail Le Québec en un coup d'œil Page, Sylvain (Labelle), Sport et loisir Girard, Nicolas\tPapineau, Lucie (Gouin), Habitation\t(Prévost), Immigration Harel, Louise (Hochelaga-Maisonneuve) Chefintérimaire de l\u2019opposition officielle, Aîné-e-s, Santé Jutras, Normand (Drummond) Développement des régions, Tourisme Lefebvre, Elsie (Laurier-Dori on) Action communautaire autonome et Formation professionnelle et technique Legault, François (Rousseau) Développement économique, Finances Legendre, Richard (Blainville) Affaires municipales, Décentralisation Léger, Nicole (Pointe-aux-Trembles) Relations avec les citoyens Lelièvre, Guy (Gaspé), Revenu et Sécurité publique Lemieux, Diane (Bourget), Métropole Letourneau, Michel (Ungava), Affaires autochtones Maltais, Agnès (Taschereau), Capitale nationale Marois, Pauline (Taillon), Éducationo Pinard, Claude (Saint-Maurice), Exportation Richard, Lorraine (Duplessis), Transport maritime Robert, Hélène (Deux-Montagnes), Ruralité Simard, Sylvain (Richelieu) Conseil du Trésor, Services gouvernementaux St-André, Jean-Claude (L\u2019Assomption) Démographie Thériault, Luc (Masson) Réforme des institutions démocratiques Tremblay, Stéphan (Lac-Saint-Jean) Environnement, Parcs Turp, Daniel (Mercier) Culture et Communications, Relations internationales Valois, Jonathan (Joliette) Affaires intergouvemementales canadiennes Vermette, Cécile (Marie-Victorin) Gouvernement en ligne 689 Le Québec en un coup d\u2019œil Les premiers ministres du Québec depuis 1867 Pierre-Joseph-Olivier Chauveau (C) .Gédéon Ouimet (C) .Charles-Eugène Boucher de Boucherville (C) Henri-Gustave Joly de Lotbinière (L).Joseph-Adolphe Chapleau (C).Joseph-Alfred Mousseau (C).John Jones Ross (C).Louis-Olivier Taillon (C) .Honoré Mercier père (L).Charles-Eugène Boucher de Boucherville (C) Louis-Olivier Taillon (C) .Edmund James Flynn (C) .Félix-Gabriel Marchand (L).Siméon-Napoléon Parent (L) .Lomer Gouin (L).Louis-Alexandre Taschereau (L) .Joseph-Adélard Godbout (L).Maurice Le Noblet Duplessis (UN).Joseph-Adélard Godbout (L).Maurice Le Noblet Duplessis (UN).Joseph-Mignault-Paul Sauvé (UN) .Antonio Barrette (UN) .Jean Lesage (L).Daniel Johnson père (UN).Jean-Jacques Bertrand (UN).Robert Bourassa (L).René Lévesque (PQ) .Pierre Marc Johnson (PQ).Robert Bourassa (L).Daniel Johnson fils (L).Jacques Parizeau (PQ) .Lucien Bouchard (PQ).Bernard Landry (PQ).Jean Charest (L).15 juillet 1867 .26 février 1873 .8 septembre 1874 .8 mars 1878 .31 octobre 1879 .81 juillet 1882 .23 janvier 1884 .25 janvier 1887 .29 janvier 1887 .21 décembre 1891 .16 décembre 1892 .12 mai 1896 .26 mai 1897 .octobre 1900 .23 mars 1905 .8 juillet 1920 .11 juin 1936 .26 août 1936 .9 novembre 1939 .30 août 1944 .11 septembre 1959 .8 janvier i960 .22 juin i960 .5 juin 1966 .2 octobre 1968 .29 avril 1970 .25 novembre 1976 .3 octobre 1985 .12 décembre 1985 .11 janvier 1994 .26 septembre 1994 .29 janvier 1996 .8 mars 2001 .29 avril 2003 690 C - Parti conservateur / L - Parti libéral / UN - Union nationale / PQ - Parti québécois La date indiquée est celle de l\u2019assermentation du premier ministre. Le Québec en un coup d'œil Vingt tendances marquantes de la société québécoise Simon Langlois et David Dupont Département de soeiolotjie, Université Laual LAnnuaire du Québec a publié dans son édition 2005 un long essai sur les tendances socio-démographiques et culturelles marquantes du Québec depuis un quart de siècle.Comme ce texte occupait beaucoup d\u2019espace et surtout, comme les tendances de fond ne changent pas de manière importante d\u2019une année à l\u2019autre, nous avons choisi de ne retenir, dans l\u2019édition de 2006, qu\u2019une vingtaine de coups de sonde parmi les tendances les plus importantes, toutes mises à jour dans les pages qui suivent Les lecteurs intéressés par le document original pourront le lire dans LAnnuaire du Québet2005, ou encore le consulter sur le site Internet de l\u2019Institut du nouveau monde.graphique 1 Accroissement quinquennal de la population (en %), Québec, 1966-2004 10 8 6 4 2 O \t\t\t\t\t\t\t\t\t X X\t\t\t\t\t\t\t\t\t X\t*\t\t\t\t\t\t\t\t \t\\\t\\\t\t\t\t'''''\t\\ X\t\t \t\t\t\\ X\t\t/ /\t\tX X\tV.\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t \u2022O O\t1974 1978\t\t1982 1986\t\t\t3\t\t0\t0 n\tc c H\t0\tc Source : Statistique Canada, Division de la démographie, Estimations de la population.Calculs des auteurs.La croissance démographique s\u2019essouffle La croissance de la population québécoise s\u2019essouffle.Elle était de près de 10% de 1961 à 1966, mais elle est tombée à moins de 2 % au tournant de l\u2019an 2000.L\u2019Institut de la statistique du Québec prévoit que la population du Québec commencera à décliner, selon divers scénarios, entre 2016 et 2026.La dénatalité explique en bonne partie ce déclin.Fait à noter dans les années 2000 : le solde migratoire du Québec est positif et il a surpassé depuis trois ans l\u2019accroissement naturel de 9 000, 13 000 et 15 000 personnes.Des ménages plus petits et plus nombreux La population québécoise a augmenté 691 Le Québec en un coup d\u2019œil graphique 2 Population totale et nombre de ménages en indice (1961 = 100), Québec, 1961-2004 Source : Statistique Canada, recensements du Canada (ménages) et Statistique Canada, Division de la démographie, Estimations de la population (population).Calculs des auteurs.d\u2019un peu plus de 40 % depuis quarante ans, si bien qu\u2019elle dépasse maintenant la barre des sept millions et demi d\u2019individus.Les Québécois vivent dorénavant dans des ménages de plus petite taille.De 4,4 personnes par ménage en 1961, on est passé à une moyenne de 2,5 personnes en 2001.Avec la mutation observée dans les modes de vie -augmentation du divorce, hausse continue du nombre de personnes vivant seules, allongement de la vie au quatrième âge - le nombre de ménages a connu une croissance beaucoup plus marquée que la population elle-même.C\u2019est d\u2019ailleurs en bonne partie cette augmentation des ménages de petite taille qui est à la source de la pénurie de logements qu\u2019ont connue plusieurs régions du Québec ces dernières années.graphique 3 Pyramide des âges, Québec, 1\" juillet 2004 Année de naissance Âge Année de naissance 1913-1914 1923-1924 1933-1934 1943-1944 1953-1954 1963-1964 1973-1974 1983-1984 1993-1994 2003-2004 Sexe masculin Sexe féminin 1913-1914 1923-1924 1933-1934 1943-1944 1953-1954 1963-1964 1973-1974 1983-1984 1993-1994 2003-2004 Effectif par année d\u2019âge (K) Sources : Statistique Canada, Estimation de la population, Dernière mise à jour le 8 novembre 2004 692 Le Québec en un coup d'œil Une pyramide des âges qui se déforme La pyramide des âges est due pour un changement de nom : sa forme ressemble moins à une pyramide qu\u2019à un champignon et elle se transformera bientôt, selon les prévisions de l\u2019ISQ, en une ampoule.À cause des cohortes issues du baby boom, le Québec contemporain a une population mature, dominée par les 45-55 ans qui pèsent actuellement de tout leur poids dans la société, mais aussi par leurs enfants, l\u2019écho du baby boom, jeunes adultes en train de s\u2019établir en ménage.Cette pyramide annonce le vieillissementde la population, qui sera rapide etd\u2019autantplus marqué que la base est restreinte.Un nouveau type de dépendance La part des personnes âgées de 65 ans et plus dans la population québécoise ne cesse de croître depuis les années 1960\tet elle dépassera celle des o à 14 ans d\u2019ici peu.Il en résulte un nouveau type de dépendance, mesurée par le rapport du nombre de jeunes et de personne âgés sur la population de 15 à 64 ans.Quoique le rapport de dépendance soit pratiquement identique, à 0,70 en 1961\tet en 2041, le phénomène lui-même changera radicalement de visage.Les personnes âgées deviendront, avant le recensement de 2011, majoritaires chez les personnes dépendantes.Toutefois, ces dernières auront pour bon nombre d\u2019entre elles un patrimoine et des ressources financières accumulées, ce qui atténuera l\u2019impact attendu de la nouvelle forme de dépendance.Individualisation des modes de vie Le nombre de nids vides (couples sans graphique 4 Évolution de la population composant deux groupes d'âges (0-14 ans et 65 ans et plus), 1951 à 2001 et projections 2006-2051, Québec 40% t-Ht-Ht-It-It-It-It-It-It-It-I\tt-| lOcoi^oooïO^HCNco^r\tm o o o o o o o o o o o r-Hr-Hr-lr-lr-ICNCN CNICNICN 4ii> a* Sdtoct Politico* (4 numéros arn**; 4 Abonnement à ParWcipafron (Bulletin de l'AJSP, 3 numéros par année) ¦a Répertoire annuel d« l\u2019AISP (publiuaton annuelle) Newdette- mensuelle de l'Association (v a cour nef) «?Les publ caticns des membres de l'AISP sent publicisées çratuitenent sur notre site web 4 Rab» s sur un àbomeme it opton*el i I- Documentation Politique Intern jtiona/c es cut'es activités de l\u2019Association sont: 4 L'orçaniïJtion de symposiums irternot onau> \u2022> IPSAonlInc.un répcrtoi-e des 330 meilleurs s tes v*cb cc sclcrce politique: \\*ff#Y/.CPSAPORTAL.NET 4 i'or$*filiation dé
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