L'annuaire du Québec..., 1 janvier 2007, 2007
[" vw>: L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC Sous la direction de MICHELVENNE et MIRIAM FAHMY LE QUÉBEC EN PANNE OU EN MARCHE?LE MYTHE DE L\u2019IMMOBILISME AU QUÉBEC ENTRE LUCIDES ET SOLIDAIRES L\u2019AFFAIRE DU KIRPAN L\u2019EXPO 67 WHAT DOES CANADA WANT ?LA GUERRE EN AFGHANISTAN GIL RÉMILLARD SUR MEECH, 20 ANS APRÈS Étudiez la question pour aller plus loin.uqam.ca UQÀM Prenez position L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Sous la direction de MICHEL VENNE et MIRIAM FAHMY LE QUÉBEC EN PANNE OU EN MARCHE?F I D E S Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Vedette principale au titre : L'annuaire du Québec 2007 Publ.en collab.avec : Institut du Nouveau Monde.ISSN 1711-3571 ISBN-13 : 978-2-7621-2746-1 ISBN-10 : 2-7621-2746-7 1.\tQuébec (Province) - Politique et gouvernement - 21e siècle.2.\tQuébec (Province) - Conditions sociales - 21e siècle.3.\tQuébec (Province) - Conditions économiques - 21e siècle.I.Venne, Michel, 1960 - II.Fahmy, Miriam.III.Institut du Nouveau Monde.FC2926.2.A66\t971.4'05\tC2004-390011-9 Dépôt légal : 4e trimestre 2006 Bibliothèque nationale du Québec © Éditions Fides IMPRIMÉ AU CANADA EN OCTOBRE 2006 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 LE QUÉBEC, EN PANNE OU EN MARCHE ?L\u2019annuaire du Québec est publié chaque année depuis 1996 par les Éditions Fides.C\u2019est une publication de l\u2019Institut du Nouveau Monde (INM).Sous la direction de Michel Venne et Miriam Fahmy Recherche, traduction, révision Denis Desjardins, Sylvie Dugas, Serge Laplante, Yves Martin, Christiane Richards, texToLab Conseillers Éric Bédard, Carole Brabant, Louis Côté, Robert Laliberté, Peter Leuprecht, Jean-François Lisée, Antoine Robitaille, Benoît Sévigny Rédaction Rachad Antonius, Victor Armony, Frédéric Bastien, Alexis Beauchamp, Éric Bédard, Claude Béland, Éric Bélanger, Laurence Bherer, Yves Boisvert, Marc André Boivin, Vicky Boutin, Laurent Bouvet, Marie Joëlle Brassard, Lyse Brunet, André Burelle, Frédéric Castel, Thomas Collombat, Louis Côté, Louise Dandurand, Jacqueline de Bruycker, Éric Desrosiers, Pierre Drouilly, Pierre Dubuc, Clermont Dugas, Sylvie Dugas, Gilles Dupuis, Pierre Durocher, Louis Favreau, Tom Flanagan, Michel Fleury, Pierre Fortin, Rosaire Garon, Corinne Gendron, Roger Gibbins, Lilian Richieri Hanania, Louis-Georges Harvey, Louis M.Imbeau, Mario Jodoin, Dimitrios Karmis, Jacques Keable, Céline Lafontaine, Jean-Paul Lafrance, Lucie Lamarche, Laurent Laplante, Serge Laplante, Patrice LeBlanc, Paul Makdis-si, Marcel Martel, Pierre Martin, Nelson Michaud, Franklin Midy, Pierre Mou-terde, Alain-Robert Nadeau, Richard Nadeau, Joëlle Noreau, Stéphane Paquin, François Pétry, Isabelle Porter, Anne Quéniart, Luc Rabouin, Jrène Rahm, Gil Rémillard, Benoît Rigaud, Lionel Robert, Céline Robitaille-Cartier, Guy Rocher, Michel Rompré, Monique Séguin, Alexandre Shields, Angelo Soare, Elin Thordardottir, Jean-Guy Vaillan-court, Paule Vermot-Desroches, Jean-Philippe Warren.Photographies Jacques Nadeau (sauf indication contraire) Direction artistique Gianni Caccia et Gaétan Venne Montage, infographie Gaétan Venne L\u2019annuaire du Québec est publié en collaboration avec Le Devoir.Les Éditions Fides 358, boul.Lebeau, Saint-Laurent (Québec) H4N1R5 L\u2019Institut du Nouveau Monde 209, rue Sainte-Catherine Est, C.P.8888, suce.Centre-ville, Montréal (Québec) H3C 3P8 inm@inm.qc.ca \u2022 www.inm.qc.ca 6 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 AVANT-PROPOS Un débat lancinant, une réalité dynamique ACTUALITÉ OBLIGE, L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 FAIT LE POINT SUR LE MYTHE DE « L\u2019IMMOBILISME AU QUÉBEC » dans le cadre d\u2019un grand dossier dirigé par le journaliste et directeur général de l\u2019Institut du Nouveau Monde, Michel Venne.Le dossier propose entre autres des analyses de Pierre Fortin et Claude Béland ainsi que des entrevues avec Alban D\u2019Amours (Desjardins), Pierre Shedleur (SGF) et Yvon Bolduc (Fonds de Solidarité FTQ).Les articles publiés dans cette section, mais aussi les articles publiés ailleurs dans l\u2019ouvrage, indiquent bien que ce débat lancinant cache, toutefois, une réalité québécoise dynamique, faite de reculs à certains égards, notamment dans l\u2019industrie forestière, mais d\u2019avancées formidables, par exemple dans le vaste secteur de l\u2019économie sociale.Le même phénomène de balancier existe dans les pratiques culturelles : les taux de lecture des journaux et magasines déclinent, mais la fréquentation des équipements culturels, dont les bibliothèques, augmente.L\u2019actualité fournit aussi son lot de polémiques indiquant des mouvements au sein des collectivités et au sein des gouvernements: la passe d\u2019armes entre « lucides » et « solidaires », le rôle du privé dans la santé après l\u2019arrêt Chaoulli, l\u2019affaire du Kirpan, la controverse du mont Orford, la valse-hésitation du gouvernement conservateur sur l\u2019Accord de Kyoto, les promesses du gouvernement Charest ou la création de Québec Solidaire.L\u2019Annuaire du Québec, publié depuis 1996, offre également de revisiter plusieurs moments marquants de l\u2019Histoire du Québec, dont on commémorera l\u2019anniversaire en 2007 : les patriotes de 1837, la Confédération canadienne de 1867, la conscription de 1917, la visite de De Gaulle, Expo 67, les Avant-propos \u2022 7 États généraux du Canada français et la fondation de la Bibliothèque nationale du Québec en 1967, l\u2019adoption de la loi 101 en 1977, la Constitution de 1982 et l\u2019Accord du lac Meech en 1987.Parmi les auteurs de cette section, le sociologue Guy Rocher, l\u2019historien Marcel Martel, l\u2019ancien conseiller de Pierre Elliott Trudeau André Burelle et l\u2019ancien ministre des affaire intergouvemementales canadiennes, dans le cabinet de Robert Bourassa, Gil Rémillard, qui témoigne pour la première fois, vingt ans après les faits, des événements tels qu\u2019il les a vécus de l\u2019intérieur.Un bilan complet des régions du Québec revient cette année avec, bien entendu, la chronologie des grands événements survenus au Québec en 2006, les principales lois adoptées à l\u2019Assemblée nationale, les principales statistiques sur le Québec, les principales décisions de la Cour suprême du Canada, les grandes dates de l\u2019histoire.VAnnuaire cki Québec 2007 propose aussi un panorama de la recherche sociale et culturelle au Québec, en collaboration avec le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC).L\u2019Annuaire pose la question: What does Canada want?L\u2019élection du gouvernement minoritaire de Stephen Harper constitue-t-elle une victoire pour l\u2019Ouest canadien ?Quelle est la signification de la percée conservatrice au Québec ?Avec Roger Gibbins de la Canada West Foundation, un ancien conseiller de Stephen Harper Tom Flanagan, le sociologue Pierre Drouilly et l\u2019auteur Pierre Dubuc.Enfin, vous pourrez lire une toute nouvelle section internationale rédigée par les meilleurs spécialistes québécois et étrangers, sous la direction de Miriam Fahmy, de l\u2019Institut du Nouveau Monde, et qui aborde la guerre en Afghanistan, la sécurité aux frontières, le regard de l\u2019ONU sur les politiques sociales au Québec, la gauche française, la nouvelle Amérique latine, la situation en Haïti et la montée du conservatisme aux Etats-Unis, entre autres articles.L\u2019Annuaire conserve les éléments de référence qui ont fait son succès et qui en font un ouvrage de référence tant dans les collèges et les universités que pour les principaux leaders d\u2019opinion au Québec.Il améliore toutefois sa tenue et sa lisibilité pour le grand public en misant sur la pertinence des sujets, la qualité des collaborateurs, une mise en page rafraîchie et une couverture attrayante. SOMMAIRE AVANT-PROPOS Michel Venue\t DOSSIER: LE QUÉBEC,\t EN PANNE OU EN MARCHE?\t 12\tLe mythe de l'immobilisme au Québec 24\tImmobilisme ?Pas vraiment.Accélérer le mouvement ?Nécessaire.Éric Desrosiers 31\tSix propositions sur la performance économique du Québec Pierre Fortin 36\tLe marché du travail en 2005 Mario Jodoin 38\tLe marché du travail au Québec : changements en douce.Joëlle Noreau 43\tLes mouvements sociaux et l\u2019immobilisme au Québec : qui freine quoi?Sylvie Dugas 50\tLes syndicats : entre résistance et solutions de rechange Thomas Colhmbat 56\t1500 nouvelles coopératives créées depuis 10 ans Marie Joëlle Brassard Michel Rompré 63\tIl y a 10 ans naissait le Chantier de l\u2019économie sociale Claude Béland 69\tL\u2019économie sociale québécoise s\u2019étend à l\u2019étranger Louis Favreau 77\tLes pratiques culturelles au Québec : la fin de la démocratisation ?Rosaire Caron LES GRANDES POLÉMIQUES DE L\u2019ANNÉE 2006 90\t« Moi, je refuse les étiquettes ».Au sujet des manitéstes des Lucides et des Solidaires Jean-Philippe Warren 101 Manitéstes du Début global Michel Venue 10A Après l'affaire Chaoulli : plus de place pour le privé dans la santé Lionel Robert 115 Passé dénationalisé, avenir incertain Éric Bédard 124 Politique sur les changements climatiques : Québec va de l\u2019avant, Ottawa cafouille Alexis Beauchamp 132 La saga du mont Orford : qui seront les rois de la montagne ?Alexandre Shields 138 Le « dissensus » québécois : l\u2019affaire du kirpan sous la loupe Dimitrios Karmis 146 Les entants sont les principaux acteurs de l\u2019interculturalisme religieux au Québec Frédéric Castel 151 Le gouvernement Charest a-t-il tenu ses promesses ?Éric Bélanger, François Pétry et Louis M.Lmbeau 156 La naissance de Québec solidaire Pierre Mouterde LA CHRONOLOGIE 2005-2006 162 Chronologie 2005-2006 Les principaux événements de l\u2019année Serge Laplante 182 Les grands disparus Serge Laplante LES ANNIVERSAIRES EN 2007 188\t1837-1987 : le parcours d\u2019une petite nation Michel Venue 189 Les Rébellions de 1837-1838 Le printemps de l\u2019Amérique française?Louis-Georges Harvey 194 La Confédération de 1867 Pour en finir avec la théorie du pacte Stéphane Faquin 199 La crise de la conscription de 1917 Les Québécois, des pacifistes?Frédéric Bastien 202 Expo 67, Terre des hommes Un pari audacieux Laurent Laplante 207\t1967 : « Vive le Québec libre ! » 208\tFaut-il se rappeler de la tenue des États généraux du Canada français?Marcel Martel 211 Fondation de la Bibliothèque nationale du Québec Genèse de la gardienne du patrimoine québécois Céline Robitaille-Cartier 217 Les origines et les raisons de la Charte de la langue française Guy Rocher 223 Le rapatriement constitutionnel Pierre Elliott Trudeau a-t-il trompé les Québécois ?André Burelle 228 La Charte canadienne des droits et libertés La révolution des droits Alain-Robert Nadeau 233 L\u2019accord du lac Meech - 20 ans après Gil Rémillard SOCIÉTÉ 248 Le sens de l\u2019engagement chez les jeunes Anne Quéniart 400 Les représentations médiatiques des Arabes et des musulmans au Québec Rachad Antonius 400 Et dans les faits, où en est la modernisation de l\u2019État?Louis Côté et Benoît Rigaud 267 Vieillissement de la main-d\u2019œuvre Crier à la catastrophe ou agir pour que les milieux de travail s\u2019adaptent ?Jacqueline de Bruycker PANORAMA DE LA RECHERCHE AU QUÉBEC 278 Les sciences sociales et humaines, les arts et les lettres : une contribution essentielle Louise Dandurand Art, littérature et société Gilks Dupuis Création artistique et littéraire Michel Fleury Cultures, religions et civilisations Jean-Guy Vaillancourt Développement et fonctionnement des personnes, des communautés Monique Séguin Économie, emploi et marchés Paul Makdissi Éduction, savoirs et compétences Jrène Rahm, Itzel Vazquez et Marie-Paule Martel Reny Enjeux fondamentaux et finalités de la vie humaine Céline Lafontaine Gestion des organisations Angelo Soares Langues et langage Elin Thordardottir Médias, communications et information Jean-Paul Lafrance Milieu de vie, aménagement et appropriation de l\u2019espace humain Patrke LeBlanc Nature, transformation et gouvernance de la société et de ses institutions Yves Boisvert Relations internationales et développement Corinne Gendron LES RÉGIONS DU QUÉBEC 306 Budget participatif et démocratie locale : l\u2019exemple du Plateau Laurence Bherer et Luc Rabouin 313 Un quartier qui veut s\u2019en sortir : l\u2019histoire de la mobilisation dans Saint-Michel Lyse Brunet et Pierre Durocher 318 Industrie forestière : une crise sans précédent Vicky Boutin 324 Montréal 2006, ville ouverte et politisée Jacques Keable 329 La couronne des villes intermédiaires à l\u2019épreuve de la mondialisation Paule Vermot-Desroches 334 Une année avec la mairesse Lsabelle Porter 339 Les régions périphériques : une éclaircie Clermont Dugas WHAT DOES CANADA WANT?346 West feels in ! Roger Gibbins 351 Paris vaut bien une messe.L\u2019ascension de Stephen Harper au pouvoir Tom Flanagan 357 Stephen Harper est-il l\u2019ami du Québec ?Pierre Dubuc 360 Les élections du 23 janvier 2006 Pierre Drouilly LE MONDE VU D\u2019ICI 372 L\u2019Afghanistan tait irmption sur la scène politique canadienne Marc André Boivin et Charles Létourneau 379 Les nouvelles mesures de sécurité à la frontière américaine : quel impact pour le Québec ?Pierre Martin 386 Les engagements internationaux du Québec en matière de droits sociaux Briller parmi les meilleurs .si l\u2019éclairage reste tamisé ! Lucie Lamarche 391 Le Québec sur la scène internationale : évolution ou nouvelle révolution tranquille?Nelson Michaud 396 La Convention de l\u2019UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles Lilian Richieri Hanania 404 Haïti : perspectives postélectorales Franklin Midy 409 L\u2019Amérique latine et son « virage à gauche » Victor Armony 416 Anatomie du conservatisme américain Richard Nadeau 422 Une France dans l\u2019attente dans une Europe incertaine Laurent Bouvet LE QUÉBEC EN UN COUP D\u2019ŒIL 430 Description générale 434 Les grandes dates de l\u2019histoire 439 Mouvements au sein du personnel politique Serge Laplante 445 Les principales fois adoptées par l\u2019Assemblée nationale Serge Laplante 448 L\u2019année judiciaire à la Cour suprême du Canada Alain-Robert Nadeau 453\tLe Québec comme objet d\u2019étude Robert Laliberté 454\tL\u2019Institut du Nouveau Monde 1»' Vv,',\u2014.Le Québec, en panne ou en marche ? 12 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le mythe de l\u2019immobilisme Michel Venne Directeur général, Institut du Nouveau Monde UN DANGER GUETTE LE QUÉBEC : QUE LA MOROSITÉ DEVIENNE UNE MARQUE DE COMMERCE.Ce qui serait sans doute plus néfaste pour l\u2019économie qu\u2019une épidémie de SRAS.Tout comme la complainte du déclin a fini par entacher la réputation de la France.En 2006, quelques porte-parole du monde des affaires ne disent pas que le Québec décline, mais qu\u2019il est immobile, ce qui revient au même.La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et sa présidente, Françoise Bertrand, disent avoir perçu une «vague d\u2019intolérance » aux grands projets et proposent un plan pour « sortir le Québec de l\u2019immobilisme», un immobilisme «stérile», il va sans dire.Un immobilisme « satisfait », renchérit le chroniqueur Alain Dubuc ; la satisfaction des «cocus contents» que nous sommes de vivre dans une société située « quelque part entre le médiocre et l\u2019ordinaire », dans un pays « qui a quelque chose de tiersmondiste », écrit-il dans son livre L\u2019éloge de la richesse.Le nouveau président du Conseil du patronat, Michel Kelly-Gagnon, reproche au gouvernement d\u2019être «incapable de prendre des décisions économiques censées » à cause de l\u2019influence « excessive » des groupes de pressions qui, selon lui, «nuisent à la prospérité générale».Selon la FCCQ, «le moindre projet de développement économique se bute à une opposition tous azimuts qui affecte négativement les grandes avenues de la prospérité au Québec : le développement de grands projets, l\u2019innovation, la compétitivité des entreprises et la valorisation de l\u2019entrepreneuriat».Gilbert Rozon, du Festival Juste pour rire, la productrice de films Denise Robert et le président du Cirque du soleil, Guy Laliberté, ont entonné le même hymne.L\u2019ancien Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 13 premier ministre Bernard Landry a fustigé pour sa part ce qu\u2019il a rebaptisé le «nonisme».Le chef du Parti québécois, André Boisclair, a ajouté son grain de sel, à son corps défendant peut-être, dans le cadre d\u2019une émission culturelle à la radio : « les Québécois ont peur du succès », a-t-il statué.C\u2019est un peu à cause de notre «vieux fond judéo-chrétien» et peut-être aussi d\u2019une «certaine gauche», ajoute-t-il.Lucien Bouchard a lancé un pavé de même forme.Sans compter que le Manifeste pour un Québec lucide, dont il était le principal instigateur, stigmatise les « grands syndicats », qui auraient « monopolisé le label progressiste pour mieux s\u2019opposer aux changements qu\u2019impose la nouvelle donne».Ceux-ci se limiteraient trop souvent à «une protection à courte vue des intérêts de leurs membres».Plus globalement, selon les auteurs du manifeste, le Québec serait engoncé dans la torpeur et l\u2019inertie.Les Québécois offriraient un « refus global au changement ».Nous travaillerions trop peu et prendrions notre retraite trop tôt.Et bientôt, les huissiers seront à notre porte.En lisant ces lignes, on peut se demander sur quelles forces le Québec peut alors s\u2019appuyer pour « opérer le changement radical » qui serait nécessaire.Nous semblons n\u2019avoir que des faiblesses (voir au sujet des manifestes, l\u2019article de Jean-Philippe Warren, p.90).Le Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement et les directions régionales de santé publique, dont celle de Montréal, qui s\u2019opposait au déménagement du casino et au prolongement de l\u2019autoroute 25 à Laval, seraient aussi complices de cet affreux dérangement psychologique dont souffriraient les Québécois.En deux mots, le Québec aurait un problème grave : l\u2019immobilisme.Et le grand responsable en serait le vaste mouvement social.Déclin culturel À ces complaintes sur le plan économique est venu se greffer un autre grand débat portant, celui-ci, sur le déclin culturel du Québec.Le magazine L\u2019Actualité publiait, en août, un réquisitoire en règle de l\u2019écrivain et cinéaste Jacques Godbout, prédisant la fin du Québec, ou plutôt l\u2019extinction de la culture québécoise en 2076, soit précisément cent ans après l\u2019élection du Parti québécois, année qui marquait, aux yeux du romancier, le sommet de la courbe de l\u2019essor du Québec.Depuis, nous serions sur une pente descendante.Godbout se désolait que le Québec ne fasse plus d\u2019enfants.La langue française serait menacée par l\u2019immigration, les immigrants débarquant 14 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 désormais ici avec leur télévision, qu\u2019ils captent par satellite, vivant en « tribus », isolés de la majorité francophone.Avec l\u2019immigration, la religion refait irruption dans l\u2019espace public, ce qui remet en question le principe de laïcité pour lequel l\u2019auteur s\u2019était battu dans les années 1960 (lire à ce sujet les articles de Dimitrios Karmis et Frédéric Castel,p.138 et 146).S\u2019ennuyant des humanités que l\u2019on enseignait au collège classique, il vitupère contre la génération des cégeps.De manière générale, la société québécoise serait mal informée et facile à manipuler.D\u2019après lui, « c\u2019est très difficile d\u2019avoir 25 ans aujourd\u2019hui et de rêver de transformer une société comme celle-là » (lire l\u2019article d\u2019Anne Quéniart, p.248), une société devenue conservatrice, dit-il, qui n\u2019a plus la cohérence d\u2019antan ni n\u2019a de rêve partagé (lire «Manifestes du Début global», p.101).Ses écrits ont suscité bon nombre de critiques, en particulier provenant des jeunes et des personnes issues de l\u2019immigration.Mais elle a provoqué aussi de nombreuses manifestations d\u2019appui.Lorsque la chroniqueuse du Globe and Mail, Jan Wong, s\u2019est jetée dans la mêlée en insinuant que l\u2019atroce fusillade survenue le 13 septembre 2006 au collège Dawson avait été perpétrée par un jeune homme d\u2019origine étrangère qui n\u2019avait pas été intégré à la société québécoise à cause de la Charte de la langue française, la «loi 101 », une loi discriminatoire, à ses yeux (au sujet des origines de la « loi 101 », lire Guy Rocher, p.217 ), les Québécois ont réagi vivement à cette diatribe.Après tout, un grand journal torontois venait de laisser publier un article décrivant le Québec comme une société qui fabrique en série des tueurs fous (le Globe and Mail a fini par reconnaître l\u2019erreur, du bout de la plume).Chroniqueurs, citoyens et politiciens ont épuisé le dictionnaire des synonymes pour vanter la tolérance, l\u2019ouverture, la magnanimité des Québécois, l\u2019accomodement raisonnable dont nous serions les champions, et le reste à l\u2019avenant.Discours qui masque, bien entendu, les progrès qu\u2019il reste à accomplir pour que tous nos compatriotes venus de l\u2019étranger se sentent chez eux ici, mais qui a aussi des effets pervers.Celui, entre autres, de renforcer un certain sentiment de culpabilité qui s\u2019est insinué dans l\u2019esprit de nombre de Québécois lorsqu\u2019il s\u2019agit de nous définir comme collectivité de langue française.Bref, de quoi donner raison à God-bout.Autre chose pour lui donner raison : la controverse entourant le nouveau programme d\u2019histoire enseigné au secondaire qui aurait occulté certains moments clés de l\u2019histoire canadienne française (lire à ce sujet le texte Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 15 d\u2019Éric Bédard, p.115).L\u2019analyse des pratiques culturelles des Québécois offre cependant un bilan contrasté (lire l\u2019article de Rosaire Garon, p.77).Non seulement le Québec serait économiquement immobile, mais il serait culturellement en déclin.Si ce diagnostic était fondé, tous les indicateurs seraient en baisse.Or ce n\u2019est pas le cas.Plus d\u2019enfants, moins de suicides En septembre, l\u2019Institut de la statistique du Québec annonçait une reprise à la hausse du nombre de naissances.Le Québec, oui, ferait plus d\u2019enfants en 2006 que jamais au cours des 15 dernières années; environ 80 000, contre une moyenne de 72 000 à 74 000 entre 1999 à 2004, grâce notamment à une poussée de la fécondité chez les femmes âgées de 30 à 39 ans.Pour la première fois depuis dix ans, l\u2019indice de fédondité pourrait atteindre 1,6 enfant par femme en âge de procréer (contre 1,51 en 2005 et 1,47 en 2004).Des gens craignent que le Québec soit submergé par l\u2019immigration et perde son identité.Or, en 2005, le Québec a enregistré 75 000 naissances et 43 000 immigrants.Plus tôt dans l\u2019année, on apprenait que le taux de suicide était en baisse au Québec.Un sondage publié en septembre indiquait par ailleurs que les consommateurs québécois reprenaient confiance.Un sur cinq (20%, contre 15% en 2005) comptait procéder à un achat important au cours des six mois suivants (une voiture, des meubles et électroménagers, un ordinateur, une maison).Seulement 28% se disaient pessimistes à l\u2019égard de l\u2019économie québécoise (contre 50% en 2005).L\u2019économie québécoise croîtra plus vite que celle de l\u2019Ontario en 2006, au rythme de 2% (contre 1,5% chez nos voisins).La croissance économique atteindra par contre 6,3 % en Alberta, largement à cause de la hausse des prix du pétrole, l\u2019or noir sur lequel repose l\u2019essor albertain depuis des années, et ce, en partie grâce aux investissements consentis par Ottawa dans l\u2019exploitation des sables bitumineux.Le secteur manufacturier québécois affiche une capacité de résistance saluée par des économistes.Les livraisons manufacturières avaient augmenté de 4,0 % au Québec durant les six premiers mois de 2006, et ce, malgré les difficultés de l\u2019industrie forestière (lire l\u2019article de Vicky Boutin, p.318), la concurrence des pays en émergence comme la Chine et l\u2019Inde, la hausse de la valeur du dollar canadien et du coût de l\u2019énergie et le ralentissement de l\u2019économie américaine (80% des 16 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 exportations québécoises sont destinées aux États-Unis).En 2005, les livraisons manufacturières avaient progressé de 4,5% au Québec contre 0,7 % en Ontario.Le taux de chômage n\u2019a jamais été aussi bas au Québec depuis 1976, à 8 % en septembre (contre 5,9 % dans le reste du Canada).Le Québec est moins pauvre qu\u2019il y a vingt ans.Treize pour cent des familles vivent sous le seuil de la pauvreté, ce qui est trop, évidemment.Mais c\u2019est trois points de moins qu\u2019en 1981.Cependant, selon divers indicateurs, les inégalités ont repris à la hausse au Québec ces dernières années (lire l\u2019étude de Simon Langlois sur les tendances sociales, initialement publiée dans VAnnuaire chi Québec 2005 et disponible sur le site Internet de l\u2019Institut du Nouveau Monde, section Annuaire du Québec).Interrogés pour L\u2019Annuaire du Québec, les dirigeants des principales institutions économiques québécoises ont rejeté le diagnostic d\u2019immobilisme (lire l\u2019article d\u2019Éric Desrosiers, p.24).La question a provoqué chez Yvon Bolduc, le pdg du Londs de solidarité de la LTQ, un grand éclat de rire, puisque l\u2019année dernière a été la plus grosse année du fonds en 23 ans d\u2019histoire, avec des investissements de 643 millions de dollars dans 181 entreprises.Lucien Bergevin, de Réseau capital, a été incapable d\u2019identifier un seul grand projet qui aurait pu fonctionner et qui ne s\u2019est pas réalisé.Le président de la Société générale de financement, Pierre Shedleur, affiche son optimisme, mentionnant les avantages que possède le Québec : proximité du marché américain, main-d\u2019œuvre compétente, créative et bilingue, disponibilité de fonds pour soutenir l\u2019investissement.Alban D\u2019Amours, du Mouvement Desjardins, évoque plusieurs grands projets qui se sont effectivement réalisés.Le secteur coopératif est d\u2019ailleurs l\u2019un des atouts trop peu valorisés au Québec.De 1996 à 2005,1 471 nouvelles coopératives ont vu le jour, leur actif a bondi de 2,6 à 4,1 milliards de dollars et le nombre d\u2019emplois attribuable à ce secteur a grimpé de 35%.Les coopératives représentent 3,2% du Produit intérieur brut au Québec.Plus largement, le secteur que l\u2019on appelle celui de l\u2019économie sociale a vu son actif croître de 30 %, son chiffre d\u2019affaires de 40 % par la création de 5500 nouveaux emplois (lire les articles de Claude Béland, de Marie-Joëlle Brassard et Michel Rompré, p.56 et 63).Les régions péri- 2005-2006, la meilleure année du Fonds de solidarité Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 17 phériques du Québec, qui sont très vulnérables aux fluctuations de l\u2019économie mondiale, ont affiché, l\u2019an dernier, une meilleure performance économique (lire Clermont Dugas, p.339).Ces régions ont perdu 51 000 résidants de 1996 à 2005, mais le déclin démographique semble avoir été freiné.La mise en valeur du potentiel énergétique, y compris l\u2019éolien, et l\u2019activité minière ont fait contrepoids au ralentissement dans le secteur forestier.De façon globale, il y a eu augmentation de près de 8 000 emplois entre août 2005 et août 2006.Une économie mondiale changeante L\u2019économie du Québec fait surtout face à une réalité économique changeante et à une concurrence étrangère féroce, font remarquer les dirigeants des principales institutions économiques du Québec.Les problèmes de la forêt sont liés à la crise du bois-d\u2019oeuvre.Ceux de l\u2019agriculture à la crise de la vache folle et à la restaicturation de l\u2019économie agricole à travers le monde.Certes, les débats sur l\u2019impact environnemental de ces industries font partie du décor.Mais leur effet sur l\u2019économie est restreint.Les agriculteurs québécois, par exemple, vivent la pire crise de revenus de leur histoire (chute dramatique de la moitié de leurs revenus en 2002), ce qui n\u2019a rien à voir avec Bacon le film, du cinéaste Hugo Latulippe.Les difficultés de l\u2019industrie forestière ne sont pas dues non plus à L\u2019Erreur boréale, de Richard Desjardins et Pierre Monderie.Leur film a agi comme révélateur.La Commission Coulombe a mis L\u2019éCOnomÎG les pendules à l\u2019heure.Et le ralentissement dans l\u2019in- jQçigJg g g dustrie de la construction aux États-Unis a fait le reste.L\u2019industrie du vêtement souffre de la concur- plein essor rence des économies à bas salaire (qu\u2019on appelle aussi émergentes).Pendant que les importations nord-américaines en provenance de Chine montent en flèche, la valeur des livraisons québécoises a baissé d\u2019environ 30 % entre 2001 et 2005, et le nombre d\u2019emplois de 50 %.En montrant du doigt le mouvement social et environnemental comme le grand coupable des difficultés économiques du Québec, les dénonciateurs du spectre de l\u2019immobilisme se trompent de cible (lire l\u2019article de Sylvie Dugas, p.43).Le déménagement du casino n\u2019a pas été annulé à cause 18 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 des groupes populaires du quartier Pointe-Saint-Charles, mais parce que le comité interministériel créé par le gouvernement a requis du promoteur, Loto-Québec, qu\u2019il procède à des consultations publiques.Le partenaire de la société de jeu de hasard, le Cirque du soleil, n\u2019a pas voulu attendre le résultat de cette démarche.D\u2019ailleurs, le Cirque du soleil doit à une organisation du mouvement social, la Caisse d\u2019économie solidaire, le soutien financier lui ayant permis de démarrer, à l\u2019époque où aucun capitaliste ne faisait confiance à la bande de clowns et d\u2019acrobates de Guy Laliberté.Les mouvements sociaux ne sont pas des freins au changement, ils y contribuent.L\u2019essor de l\u2019économie sociale en est un exemple: des militants deviennent des entrepreneurs, dont le chiffre d\u2019affaires est à la hausse, qui créent de vrais emplois et qui participent à des projets de développement, comme ce sera le cas pour le Quartier des spectacles à Montréal.L\u2019économie sociale et solidaire québécoise s\u2019exporte même à l\u2019étranger (lire l\u2019article de Louis Favreau, p.69).Le mouvement syndical est engagé depuis plus de vingt ans dans la création d\u2019emplois et l\u2019éducation économique, avec le Fonds de solidarité de la FTQ et le Fondaction de la CSN.Mais les grandes centrales, qui représentent 40 % de la main-d\u2019œuvre du Québec, le plus haut taux de syndicalisation, et de loin, en Amérique du Nord, agissent non seulement pour protéger les droits de leurs membres mais soutiennent l\u2019action sociale et communautaire (lire l\u2019article de Thomas Collombat, p.50).Si les syndicalistes ont des choses à se reprocher (certaines attitudes des cols bleus de Montréal et de travailleurs de la construction sur certains chantiers non résidentiels comme celui de la Gaspésia donnent envie de pleurer), faut-il reprocher à des employés de Wal-Mart d\u2019avoir voulu exercer à Jon-quière leur droit fondamental de former une association pour améliorer leurs conditions de travail ou, au contraire, ne faudrait-il pas les féliciter d\u2019avoir tenu tête à un géant milliardaire et alerté l\u2019opinion publique sur des pratiques contestables de la plus grande entreprise de détail au monde ?Les économistes Nicolas Marceau et Alain Guay, de l\u2019UQAM, ont montré, dans une étude de l\u2019évolution de l\u2019économie québécoise ces 25 dernières années (voir leur étude, initialement publiée dans L\u2019Annuaire du Québec 2005, à jour, sur le site Internet de l\u2019Institut du Nouveau Monde, section Annuaire du Québec), que la présence syndicale au Québec n\u2019a pas nui à l\u2019économie.Le nombre de jours de grève n\u2019y est pas supérieur à ce qui est vécu ailleurs Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 19 au pays et les salaires négociés sont plus bas, y compris dans le secteur public, au Québec, qu\u2019en Ontario, par exemple.Pas de Suroît mais 3000 megawatts d\u2019énergie éolienne Les contestations de mauvais projets ont parfois comme effet d\u2019en promouvoir de bons.Après l\u2019annulation de la construction de la centrale électrique au gaz du Suroît, Hydro-Québec et le gouvernement du Québec ont lancé un vaste programme de développement de l\u2019énergie éolienne.Des appels d\u2019offre pour près de 3000 mégawatts ont été ou seront lancés sous peu.Ces projets ont un effet bénéfique pour les régions où ils se réalisent.En Gaspésie, les projets éoliens totalisent des engagements de quelque 1,5 milliard, dont la moitié en retombées pour la région, pour la construction de 667 éoliennes.On parle de 400 emplois.Il est vrai que ces projets ne font pas l\u2019unanimité.Mais quoi de plus normal que des maires protègent les intérêts de leur communauté lorsque des promoteurs venant de l\u2019extérieur du Québec proposent des aménagements nuisibles pour l\u2019industrie touristique, le paysage, ou pour la qualité de vie des résidents?L\u2019acceptabilité sociale du projet est un critère des appels d\u2019offres d\u2019Hydro-Québec.De même, comment blâmer des citoyens qui voient une grande partie des bénéfices de ces projets sortir de leur région et du Québec ?À Saint-Noël, dans la vallée de la Matapédia, les frères Otis ont suggéré la création d\u2019une coopérative locale pour installer une éolienne à proximité du village.« Vous savez, quand une éolienne est à soi, disent-ils, on lui trouve des avantages, voire une beauté.De plus, elle contribuera à la richesse collective.» Le programme éolien fait du Québec « le chef de file incontesté de l\u2019adoption de l\u2019électricité renouvelable à faible impact environnemental», selon la Fondation Suzuki, dans une étude parue au début de l\u2019automne 2006.Le programme d\u2019efficacité énergétique (1,6 milliard) d\u2019Hydro-Québec est au nombre des bons coups du Québec en matière environnementale (en regard de la catastrophe que nous prépare le gouvernement fédéral de Stephen Harper, lire à ce sujet l\u2019article d\u2019Alexis Beauchamp, p.124).Le Québec affiche le meilleur bilan d\u2019émissions de gaz à effet de serre par rapport à son PIB, avec l\u2019île-du-Prince-Édouard.En revanche, nous payons encore pour la négligence de l\u2019Alberta.Le Québec n\u2019est toutefois pas un premier de classe à tous égards en matière environnementale, bien au contraire : 20 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 la qualité de l\u2019air se détériore et, malgré notre bonne performance, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 8,5% de 1990 à 2003, principalement à cause de l\u2019impact de l\u2019utilisation de l\u2019automobile (car les émissions du secteur industriel ont diminué de 6,5%).Nous produisons toujours plus de déchets et sommes d\u2019affreux gaspilleurs d\u2019eau potable.Les mouvements sociaux sont aussi des sources d\u2019innovation.Les centres de la petite enfance sont nés de l\u2019expérience des garderies populaires.Non seulement les CPE comportent-ils d\u2019immenses avantages pour l\u2019éducation préscolaire des enfants, leur socialisation, l\u2019intégration de familles immigrantes, la consolidation du tissu social dans une communauté, ils ont aussi un impact économique non négligeable en favorisant la conciliation famille-travail.Une étude de Kevin Milligan, de l\u2019Université de Colombie-Britannique, publiée par l\u2019Institut C.D.Howe en février 2006, soutient que la création des CPE a favorisé une hausse de 21 % la proportion de mères sur le marché du travail, entre 1994 et 2002, contre 9% au Canada.Selon l\u2019économiste, chaque dollar investi par l\u2019État dans ce programme rapporte 40 cents en impôt aux deux gouvernements.Le Québec progresse Immobile, le Québec ?Bien sûr que non.Depuis 25 ans, affirment Nicolas Marceau et Alain Guay dans l\u2019étude précitée, le Québec avait et a toujours, quant aux grands indicateurs socioéconomiques habituels, un retard sur certaines provinces, dont l\u2019Ontario.Mais notre économie a comblé une portion importante de ce retard.Depuis 1986, le taux moyen de croissance du PIB réel par habitant du Québec a été supérieur à celui du reste du Canada; l\u2019écart entre les taux de chômage a diminué de 50% en moins de 12 ans; les investissements privés représentent au Québec environ la même proportion qu\u2019en Ontario depuis des années ; le taux de participation au marché du travail a presque rejoint celui de l\u2019Ontario ; depuis la fin des années 1980, les dépenses de recherche/développement en proportion du PIB au Québec ont toujours été supérieures à celles de l\u2019Ontario, largement supérieures à celles faites en Alberta ; le nombre de diplômés de l\u2019école secondaire dépasse « Quand une éolienne est à soi, on lui trouve une beauté » Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 21 celui des principales provinces canadiennes depuis 2003 chez les 15 à 44 ans.L\u2019emploi évolue positivement dans les secteurs d\u2019avenir - ils ont doublé en 15 ans dans les services professionnels, scientifiques et techniques et bondi de 60% en vingt ans dans les domaines qui requièrent un savoir élevé (lire l\u2019article de Joëlle Noreau, p.38).Le Québec est sixième au monde pour la proportion de son PIB investi dans les connaissances, en 2002, septième pour le nombre de chercheurs par 1000 habitants.L\u2019économiste Pierre Fortin indique (voir p.31 ) que le niveau de vie des Québécois a progressé plus rapidement que celui des Ontariens au cours des dernières décennies, même si nous ne l\u2019avons pas rattrapé.Ce bon rendement repose, selon lui, sur une poussée remarquable du taux d\u2019emploi due à l\u2019éducation, à l\u2019activité féminine (merci aux CPE) et à la paix industrielle (merci aux syndicats).Cela étant, le passé n\u2019est pas toujours garant de l\u2019avenir.Pierre Fortin prévient que la poussée de l\u2019emploi va sans doute prendre fin lorsque les baby-boomers prendront leur retraite dans quelques années.Pour que le niveau de vie des Québécois continue d\u2019augmenter, ce ne pourra être qu\u2019au prix d\u2019une plus forte productivité des travailleurs québécois par heure travaillée, et donc de l\u2019investissement en éducation, en matériel et en technologie.Il faudra accroître la diffusion technologique dans les PME.Alban D\u2019Amours se demande pourquoi les entreprises québécoises ne profitent pas de la hausse du dollar pour moderniser leurs équipements.Sans rabrouer publiquement son successeur, l\u2019ancien président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, suggérait pour sa part que le « procès sommaire » fait aux groupes de pression et aux gouvernants pour l\u2019abandon de projets récents « nous fait passer à côté de causes plus fondamentales ».Il s\u2019en est pris en particulier à la croissance anémique des investissements privés, qui ne représentent que 74 % des investissements au Québec, contre 83 % ailleurs.Les investissements totaux ne croîtront que de 0,9 % en 2006 au Québec selon l\u2019ISQ, contre 6,5 % en Ontario.Il rappelle que les projets pour lesquels on a critiqué soit l\u2019abandon soit la lenteur sont des projets principalement publics (casino, centrale du Suroît, hôpitaux universitaires).À ses yeux, si les pouvoirs publics ont Augmenter la productivité et les investissements 22 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 une responsabilité, elle porte sur l\u2019amélioration des infrastructures, l\u2019allégement de la fiscalité des entreprises et de la réglementation.En réponse aux dénonciations d\u2019immobilisme, de nombreuses personnalités ont fait valoir que plusieurs projets ont été réalisés : la Grande Bibliothèque, la rénovation de l\u2019aéroport Montréal-Trudeau, le métro à Laval, les grands chantiers universitaires de Montréal, l\u2019agrandissement de l\u2019alu-minerie Alouette.Deux grands hôpitaux seront construits dans la métropole, une nouvelle salle pour l\u2019OSM a été annoncée, le Quartier des spectacles, le Quartier international, la Tohu dans Saint-Michel (lire l\u2019article de Lyse Brunet et Pierre Durocher, p.313), Pilot Voyageur, pour ne parler que de Montréal.La ville est au 9e rang des meilleures destinations touristiques en Amérique du Nord selon American Travel and Leisure.Le Plateau Mont-Royal est désigné par Hill Strategies Research comme le quartier le plus créatif au pays.Montréal est au 4e rang mondial des villes les plus invitantes pour les travailleurs étrangers, en 2004, selon Research World Wide.Montréal est au sixième rang mondial pour l\u2019aérospatiale, au 8e rang dans les sciences de la vie, et au 9e rang pour les technologies de l\u2019information.Québec a été désignée par Canadian Business comme la ville la plus intéressante pour établir une entreprise en 2006.Bref, le Québec n\u2019est pas immobile.Et il débat ouvertement de ses forces et de ses faiblesses.Il s\u2019est même payé le luxe de la création d\u2019un nouveau parti politique (lire Particle de Pierre Mouterde, p.156).Cet article n\u2019est pas écrit comme un plaidoyer en faveur des lunettes roses.Des difficultés réelles existent, plusieurs sont évoquées dans cet ouvrage et dans les éditions précédentes de LAnnnaire du Québec.Mais le Québec n\u2019est pas démuni pour y faire face.Évidemment, ce serait plus facile si, pour reprendre l\u2019expression de Gilles Taillon, on arrêtait de se crier des noms entre Québécois.La concertation reste un instrument formidable de développement, et que le Québec a su utiliser avec adresse au cours des 40 dernières années, en même temps que les classes sociales faisaient alliance pour permettre au Québec de rattraper d\u2019immenses retards.Depuis quelque temps, cette alliance semble plus fragile que jamais.Le dialogue paraît difficile.Il y aura des élections prochainement au Québec (pour un bilan du gouvernement Charest, lire les articles de d\u2019Éric Bélanger et al.et de Louis Côté et Benoît Rigaud, p.151 et 400).Quel sera l\u2019enjeu de ce scaitin?Ce pour- Le Québec, en panne ou en marche?\u2022 23 rait être celui-ci: comment le Québec pourra-t-il sortir de cette forme de torpeur, redécouvrir ses forces et retrouver le goût de l\u2019avenir?Qui, quel chef, quel parti, saura le mieux mobiliser, ou remobiliser, tous les secteurs de la société vers quelques buts essentiels ?Plusieurs estiment que la pire crise que vit le Québec est une crise de leadership.Les jeunes, pour leur part, appellent leurs aînés à la responsabilité.Cette petite nation d\u2019Amérique mérite qu\u2019on se mobilise pour elle.Mais le leadership n\u2019est pas l\u2019art d\u2019imposer ses vues.C\u2019est l\u2019art de cerner les problèmes dans leur juste dimension, de réunir les acteurs concernés dans le dialogue, de faire apparaître les meilleures solutions compatibles avec les préférences de la société et d\u2019avoir ensuite le génie de les appliquer. Photo : DCR 24 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 ENTREVUES AVEC LES DIRIGEANTS DU MOUVEMENT DESJARDINS, DE LA SGF, DU FONDS DE SOLIDARITÉ FTQ ET DE RÉSEAU CAPITAL Immobilisme ?Pas vraiment.Accélérer le mouvement?Nécessaire.Éric Desrosiers Journaliste économique, Le Devoir Lucien Bergevin\tPierre Shedleur Alban D\u2019Amours Yvon Bolduc LE QUÉBEC SOUFFRE-T-IL D\u2019IMMOBILISME?PAS VRAIMENT, RÉPONDENT SES GRANDS INVESTISSEURS, COMME LE MOUVEMENT DESJARDINS, la Société générale de financement (SGF) et le Fonds de solidarité de la FTQ.Peut-être traîne-t-il un peu de la patte, disent certains.Mais il fait surtout face à une réalité économique changeante, ainsi Le Québec, en panne ou en marche?\u2022 25 qu\u2019à une concurrence étrangère qui ne lui laissera pas le choix de continuer de bouger de plus en plus vite.La question provoque chez Yvon Bolduc un grand éclat de rire.« L\u2019année dernière a été notre plus grosse année en 23 ans d\u2019histoire, dit le président-directeur général du Fonds de solidarité de la FTQ.On a investi dans 181 entreprises l\u2019équivalent de 643 millions.S\u2019il y a de l\u2019immobilisme, je peux vous dire que ce n\u2019est pas dans la petite et moyenne entreprise au Québec.» Ces investissements, explique-t-il, sont aussi bien allés aux secteurs des technologies, qu\u2019à des secteurs plus traditionnels comme le secteur manufacturier ou les ressources naturelles.Porte-parole des principaux investisseurs en capital de risque au Québec, le président de Réseau Capital, Lucien Bergevin, rapporte, pour sa part, un léger tassement cette année tout aussi bien dans le nombre de projets financés que dans les montants totaux investis.« Le problème n\u2019est pas un manque de liquidité ou une plus grande sévérité dans l\u2019analyse des dossiers, assure celui qui est aussi vice-président et conseiller au président de Desjardins Capital de risque.Il s\u2019agit plutôt d\u2019une baisse du nombre de projets qui nous ont été soumis.Le phénomène est difficile à expliquer, mais n\u2019est pas propre au Québec.Il s\u2019observe présentement partout au Canada.» Selon lui, le Québec a probablement moins affaire à un problème d\u2019immobilisme qu\u2019à une «profonde restructuration» du capital de risque.Réclamés par de nombreux acteurs du milieu ainsi que par le comité Brunet, les changements entrepris au lendemain de l\u2019élection du gouvernement Charest visaient à réduire la place prédominante des fonds publics dans le capital de risque au Québec.Ils ont, entre autres, amené l\u2019abandon des Innovatech et la création par Québec du programme FIER dont le but est d\u2019encourager l\u2019investissement privé.« Si ça fonctionne bien, ce repositionnement permettra aux différents acteurs d\u2019investir de façon plus précise, dans des secteurs plus spécifiques, ce qui est absolument nécessaire à notre époque.» Le président de la SGF, Pierre Shedleur, comprend que l\u2019on puisse avoir l\u2019impression que les grands projets privés se font rares depuis quelques années.Mais ce n\u2019est pas, selon lui, faute d\u2019essayer.« Le Québec, comme partout ailleurs, fait face à une forte concurrence des économies émergentes [comme la Chine et l\u2019Inde] mais aussi des autres pays développés.Il est 26 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 devenu plus difficile qu\u2019avant d\u2019attirer des investisseurs étrangers.» Le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins juge la situation d\u2019un œil plus sévère.« Je ne peux pas dire que le Québec souffre d\u2019immobilisme, dit Alban D\u2019Amours.Je dirais plutôt qu\u2019il traîne de la patte au chapitre des investissements depuis quelques années.» Il en veut contre le manque d\u2019infrastructures publiques.Il déplore, aussi, que les entreprises privées du Québec ne sachent pas, aussi bien que leurs concurrentes canadiennes, profiter de la force du huard pour investir dans la technologie qui leur permettrait d\u2019améliorer leur productivité.« Cela devrait nous alerter, dit-il, et nous amener à être plus proactif.» Des avancées et des retards Au rang des infrastructures publiques qui font cruellement défaut à l\u2019économie québécoise, il cite « quelques autoroutes promises qui ne sont pas mises en chantier», «la construction de quelques mégahôpitaux » que l\u2019on attend encore, ainsi que « quelques barrages hydroélectiques qui sont encore sur les tables à dessins ou dont la décision tarde».Il y a aussi «quelques belles réussites que l\u2019on passe parfois sous silence», comme la Grande Bibliothèque du Québec, la rénovation de l\u2019aéroport Pierre-Elliott-Trudeau à Montréal, l\u2019aluminerie Alouette de Sept-îles et les nouveaux chantiers d\u2019Hydro-Québec.« Les dix plus grands projets présentement en cours au Québec représentent tout de même un investissement total de dix milliards », note-t-il.Le président-directeur général du Fonds de solidarité, Yvon Bolduc, serait plutôt porté à mettre les deux futurs «mégahôpitaux» du CHUM et de l\u2019Université McGill dans la colonne des grands projets en voie de réalisation.Il salue, d\u2019autre part, la «renaissance» de l\u2019industrie aéronautique québécoise en dépit des difficultés de Bombardier.Il se félicite de la construction d\u2019une usine d\u2019éthanol à Varennes.Il se réjouit du récent achat de la chaîne ontarienne A&P par Métro, de l\u2019aventure aux États-Unis des dépanneurs Couche-Tard, de l\u2019expansion de Trancontinental au Mexique, ou encore des succès de SNC-Lavallin à l\u2019étranger.Lucien Bergevin - de Réseau Capital - assure ne pas être capable de trouver un exemple de grand projet qui aurait dû fonctionner et qui ne s\u2019est pas réalisé.Il observe que le poids financier du conflit du bois d\u2019œuvre a sans Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 27 doute retardé la modernisation des industries du secteur.Il confirme que les investisseurs ne se risqueront plus dans des domaines, comme le vêtement ou le textile, en concurrence directe avec des pays dont les coûts de fabrication sont aussi bas que ceux de la Chine, à moins que ce soit auprès d\u2019entreprises ayant développé un créneau unique en ce genre ou ultraspécialisé.Il souligne que plusieurs entreprises en technologie, que l\u2019on croyait condamnées avec l\u2019éclatement de la bulle, ont su rebondir et croître.On parle rarement du boom économique que connaît présentement le secteur des mines, dit Pierre Shedleur, président-directeur général de la SGF.Les secteurs de pointe comme les technologies de l\u2019information, les sciences de la vie ou encore celui du divertissement sont, quant à eux, promis à un bel avenir.Il n\u2019y a pas que les grands projets qui ont un impact positif sur l\u2019économie, poursuit-il.Il n\u2019est plus nécessaire, de nos jours, d\u2019expliquer l\u2019importance primordiale des PME au Québec.En même temps, elles n\u2019iraient pas loin dans le secteur de l\u2019aéronautique, sans Bombardier, Bell Helicopter et Pratt &Whithney.De ce point de vue, les investisseurs consultés sont tous d\u2019accord.« L\u2019investissement dans les PME est évidemment très important.C\u2019est au cœur de notre mission, dit Yvon Bolduc du Fonds de solidarité.Mais les grands projets sont les seuls à pouvoir générer d\u2019aussi grandes retombées économiques et technologiques.» Aux promoteurs de faire leurs devoirs Comme ces grands projets impliquent aussi de plus gros investissements, et «sont plus spectaculaires», ils ont aussi tendance à être «plus politisés», dit Yvon Bolduc.Dans ce contexte, il est, avant toute chose, de la responsabilité de leurs promoteurs de bien se préparer afin que l\u2019on comprenne bien l\u2019intention et l\u2019intérêt de ces projets.«Ces genres de projets sont, par définition, plus difficiles à faire démarrer, à ficeler, note Yvon Bolduc.Un projet bien ficelé va démarrer.Un projet mal ficelé va probablement finir sur les tablettes.» Les mouvements d\u2019opposition contre ces projets ont existé de tout temps, rappelle-t-il.« Il n\u2019y a rien de nouveau là-dedans.» Cette opposition ne doit pas être prise à la légère.Elle reflète généralement des inquiétudes 28 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 ou des objections légitimes et compréhensibles.«D\u2019habitude, la bonne volonté est là, pense le pdg du Fonds de Solidarité.Il faut prendre le temps de bien faire les choses.De bien expliquer, et d\u2019écouter.» Alban D\u2019Amours serait plutôt porté à partager cet avis et estime qu\u2019il y aurait sans doute lieu d\u2019améliorer les processus décisionnels en matière de grands projets.« Il y aura toujours une résistance populaire, dit le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins.J\u2019estime que la préparation de nos grands projets doit la prendre en compte.On doit fort probablement mieux se préparer pour éviter ces écueils, et faire en sorte que l\u2019opinion de la population et des parties prenantes puissent se forger correctement et rapidement avec de la bonne information, tant financière qu\u2019environnementale et autre, de manière à ce que les débats n\u2019amènent pas les décideurs à craindre la réaction des électeurs ou des payeurs de taxe.» Il arrive, parfois, que les mouvements d\u2019opposition à un grand projet soient le fait d\u2019un petit nombre d\u2019individus dont le pouvoir d\u2019obstruction s\u2019avère démesuré.« On se retrouve alors avec une minorité qui prend en otage tout le reste de la population », déplore le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins.Il ajoute, cependant, que les citoyens ont généralement de bonnes raisons de se méfier des beaux et grands projets de leurs dirigeants politiques et autres leaders.«À cet égard, l\u2019opinion publique a le droit d\u2019être critique parce que certains de nos grands projets ont vu leurs coûts largement déborder les prévisions et ont fait peur aux contribuables qui auront à assumer la facture.» Il cite l\u2019exemple des projets d\u2019hôpitaux universitaires du CHUM et de l\u2019Université McGill dont l\u2019estimation du coût total a été majoré de 50 % en l\u2019espace d\u2019un an seulement.Le Québec n\u2019est pas le seul endroit au monde où cela se produit.Une récente étude a révélé que 90 % des grands chantiers entrepris dans les pays développés donnent lieu à une sous-estimation des coûts de l\u2019ordre de 50 % à 100 %.« Il faut avoir ce courage de mettre sur la table la vérité des coûts et puis gérer par la suite avec rigueur la réalisation des projets afin que l\u2019on puisse créer ce sentiment de confiance nécessaire à ces travaux», dit Alban D\u2019Amours.Au bout du compte, les principaux acteurs politiques, économiques, syndicaux, communautaires ou environnementaux ont généralement ten- Le Québec, en panne ou en marche?\u2022 29 dance à collaborer ensemble lorsque l\u2019avenir du Québec est en jeu, pense Lucien Bergevin.« Je dirais que les gens sont plutôt portés à se serrer les coudes.On arrive habituellement à faire avancer les choses quel que soit le contexte politique.Tout le monde fait ce qu\u2019il peut pour aider les projets à se réaliser.» Une concurrence mondiale exacerbée Cette capacité de trouver les grands projets porteurs et de s\u2019y rallier sera cruciale dans les prochaines années, pense le pdg de la SGF, Pierre Shedleur.L\u2019impressionnante montée en force des économies émergentes de la Chine ou de l\u2019Inde dans le secteur manufacturier, ainsi que dans toute la gamme des services qui requièrent moins de savoir-faire, a pour effet, dit-il, de rapetisser considérablement le terrain de jeu économique des pays industrialisés.La concurrence entre ces derniers se trouve, par conséquent, resserrée dans les fameuses activités à valeur ajoutée.« Le problème, note Pierre Shedleur, est que d\u2019ici quelques années les économies émergentes vont aussi venir nous concurrencer dans ces secteurs de l\u2019aérospatiale, des biotechnologies ou des technologies de l\u2019information.» Devant ce défi, «l\u2019environnement mondial nous laisse peu de leviers, observe Alban D\u2019Amours.Ceux que l\u2019on a, il faut bien les utiliser.» Il est bien sûr question, au premier chef, d\u2019éducation et de formation continue.On parle aussi d\u2019encourager la recherche et le développement dans les universités et les entreprises.Il faut aussi se préoccuper de notre niveau et de notre type de fiscalité.Et puis, il faut savoir se donner les infrastructures économiques qui feront la différence.« Ce ne sont pas les Chinois ou les Américains qui nous diront si nous devons, ou pas, développer notre hydroélectricité », dit-il, par exemple.Optimisme Pierre Shedleur se montre relativement optimiste face à l\u2019avenir.«Quand on est averti de ce qui vient, on fait habituellement ce qu\u2019il faut pour y faire face, dit-il.Le Québec a tout ce qu\u2019il faut pour faire face à la musique.Mais il faudra se battre pour notre place.Ce n\u2019est pas parce que vous avez gagné la coupe Stanley une année qu\u2019on vous la donnera l\u2019année suivante.» Quoi qu\u2019on en dise parfois, le Québec dispose, selon lui, de nombreux avantages 30 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 dans cette économie mondialisée, à commencer par une situation géographique qui en fait une magnifique porte d\u2019entrée, au sud de ses frontières, sur la plus grande économie du monde.Sa main-d\u2019œuvre constitue également un précieux atout à cause de la qualité de sa formation, de son bilinguisme, de sa créativité, et de son coût plus faible qu\u2019ailleurs.Contrairement à une autre époque pas si lointaine, dit Pierre Shedleur, « on a aussi de l\u2019argent.C\u2019est-à-dire de nombreux investisseurs importants prêts à s\u2019embarquer dans les projets de développement qui se présentent.» Le Québec dispose, enfin, d\u2019infrastructures importantes, notamment hydroélectriques, susceptibles d\u2019intéresser bien des investisseurs étrangers.Alban D\u2019Amours est lui aussi porté à croire que les principaux acteurs de la société québécoise sauront ultimement faire les bons choix pour assurer la transition nécessaire.« Je sais qu\u2019ils sont réalistes et que l\u2019on est capable de relever ces défis-là au Québec, dit-il.Il s\u2019agit de se mobiliser collectivement, d\u2019avoir de la vision, de travailler sur des projets porteurs.De savoir jauger l\u2019importance de certains arguments négatifs, de les mettre en perspectives et d\u2019avoir le courage de prendre les bonnes décisions.» Yvon Bolduc dit comprendre que les difficultés rencontrées récemment par certains grands projets, comme celui du déménagement du Casino de Montréal au bassin Peel avec le Cirque du Soleil, ont pu en frustrer quelques-uns.« La FTQ a même travaillé sur le terrain pour faire avancer ce projet Casino», rappelle-t-il.«Mais [dans l\u2019ensemble] je ne peux pas être pessimiste.On investit chaque année dans de bons projets qui fonctionnent.J\u2019ai une grande foi dans les entrepreneurs et les travailleurs du Québec.» Lucien Bergevin envisage, lui aussi, l\u2019avenir avec confiance.« Cela fait 40 ans que je travaille dans le domaine financier, dit le président de Réseau Capital.Le Québec n\u2019a jamais cessé de croître depuis ce temps.Et ce n\u2019est pas à cause de moi.Je ne vois pas pourquoi ça arrêterait.De façon réaliste, on doit dire que l\u2019on n\u2019est pas en mauvaise position.On a le talent, les capitaux, les entrepreneurs, mais surtout la volonté de faire les choses.Je suis extrêmement optimiste face à cela.» Note : Invité à partager son point de vue sur la question, le président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, Henri-Paul Rousseau, a décliné l\u2019ojfre. Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 31 Six propositions sur la performance économique du Québec Pierre Fortin Économiste, Université du Québec à Montréal OÙ VA LA CRÉATION DE RICHESSE AU QUÉBEC ?ELLE PROGRESSE.Pour le voir, rien de mieux que de comparer la performance économique du Québec à celle de l\u2019Ontario, la plus grande province canadienne.La figure 1 montre la trajectoire du niveau de vie moyen des Québécois en pourcentage de celui des Ontariens depuis 1989.La comparaison repose sur le revenu intérieur annuel par habitant corrigé pour tenir compte du fait que le coût de la vie est plus bas au Québec qu\u2019en Ontario.On observe aussitôt que le pouvoir d\u2019achat moyen des Québécois a crû plus rapidement que celui des Ontariens au cours de la période considérée.Le progrès relatif du Québec a été particulièrement marqué pendant la crise économique de 1990 à 1993 et pendant les années 2001 à 2004.En 1989, le niveau de vie du Québec s\u2019élevait à 84 % de celui de l\u2019Ontario.L\u2019écart entre les deux provinces était de 16 points.En 2005, le niveau de vie du Québec avait grimpé à 92 % de celui de l\u2019Ontario.L\u2019écart n\u2019était plus que de huit points.Le Québec est encore moins riche que l\u2019Ontario, mais au cours des 16 dernières années la distance entre les deux régions a diminué de moitié.Un rattrapage basé sur la création d\u2019emploi Comment le Québec a-t-il fait pour s\u2019approcher ainsi du niveau de vie de GRAPHIQUE 1 Évolution comparative du niveau de vie : revenu intérieur par habitant au Québec en pourcentage de celui de l\u2019Ontario, 1989-2005 Source : Statistique Canada 32 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 GRAPHIQUE 2 Évolution comparative de la productivité : produit intérieur brut par heure travaillé du Québec en pourcentage de celui de l\u2019Ontario, 1989-2005 Source : Statistique Canada l\u2019Ontario?Il y a quatre façons de s\u2019enrichir.La première est d\u2019obtenir de meilleurs prix pour ses exportations (et de payer ses importations moins cher).La deuxième est de devenir plus productif - produire plus par heure travaillée.La troisième est de travailler plus d\u2019heures - allonger sa semaine de travail et raccourcir ses vacances.La quatrième est de créer plus d\u2019emplois -travailler en plus grand nombre.De ces quatre voies possibles vers l\u2019enrichissement, c\u2019est la quatrième qu\u2019a privilégiée le Québec au cours des deux dernières décennies, et non les trois premières.Le Québec a vu ses prix à l\u2019exportation augmenter un peu plus vite qu\u2019en Ontario, mais ce n\u2019est pas la principale source de son progrès relatif.Le Québec ne s\u2019est pas non plus démarqué par ses gains de productivité.La figure 2 montre que, depuis 1989, il a, au contraire, fait un peu moins bien que l\u2019Ontario.Quant aux heures par personne employée, elles n\u2019ont pas augmenté, mais plutôt diminué relativement à l\u2019Ontario.La figure 3 montre que le rattrapage économique des deux dernières décennies au Québec a été principalement un rattrapage de l\u2019emploi.Alors que le taux d\u2019emploi du Québec - la proportion de sa population totale qui est au travail - équivalait à 88 % de celui de l\u2019Ontario en 1989, ce pourcentage avait grimpé à 96 % en 2005.Cette progression explique presque toute l\u2019augmentation du niveau de vie comparatif du Québec au cours de la période.Aujourd\u2019hui, en 2006,705 Québécois sur 1 000 âgés de 15 à 64 ans détiennent un emploi, alors qu\u2019en Ontario la proportion est de 735 sur 1 000.Le plafonnement du taux d\u2019emploi après 2010 Trois raisons fondamentales expliquent le progrès marqué de l\u2019emploi au Québec depuis vingt ans : l\u2019élévation importante du niveau d\u2019éducation, la progression rapide du taux d\u2019activité féminin, et la paix sociale qui a suivi les vives perturbations des relations de travail qui ont marqué la période 1965- Le Québec, en panne ou en marche?\u2022 33 1985.Ces facteurs continuant de jouer, il est fort probable que la performance relative du Québec sur le plan de l\u2019emploi va encore s\u2019améliorer au cours des quelques années à venir.Mais un plateau sera sans doute atteint vers 2010-2012, lorsque les baby-boomers du Québec commenceront à arriver en beaucoup plus grand nombre que leurs voisins ontariens à l\u2019âge de la retraite.La question qui va alors se poser est la suivante : si, malgré les efforts (par ailleurs nécessaires) pour réduire le chômage et favoriser l\u2019activité, la création d\u2019emploi au Québec ne peut résister au tsunami démographique, est-ce que le niveau de vie des Québécois va cesser de progresser vers la moyenne canadienne ?Les autres sources d\u2019enrichissement collectif mentionnées ci-dessus pourront-elles prendre le relais de la création d\u2019emploi?Compter sur les prix de nos ressources naturelles pour soutenir notre enrichissement, c\u2019est comme croire à notre chance à la loto : c\u2019est possible, mais c\u2019est risqué.Penser que les Québécois voudront massivement allonger leur semaine de travail et raccourcir leurs vacances, c\u2019est rêver en couleurs.Reste donc une seule voie : produire beaucoup plus par heure travaillée, c\u2019est-à-dire relever le défi de la productivité.Accélérer la productivité Mais ce ne sera pas facile.La figure 2 est là pour nous rappeler que le Québec n\u2019a pas brillé par ses gains de productivité au cours des dernières années.Alors comment faire ?La productivité a trois sources : l\u2019investissement, l\u2019investissement et l\u2019investissement.Investissement en capital humain : éducation, formation.Investissement en capital matériel : infrastructures publiques, usines, immeubles, machines, équipement.Investissement en capital technologique : recherche fondamentale, développement de nouveaux procédés, commercialisation de nouveaux produits.L\u2019investissement, et l\u2019épargne pour le GRAPHIQUE 3 Évolution comparative de l\u2019emploi de la population totale du Québec en pourcentage de celui de l\u2019Ontario, 1989-2005 Source : Statistique Canada 34 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 financer, doivent être les priorités absolues de tout programme de développement économique du Québec.En matière d\u2019éducation, les jeunes Québécois ont rejoint les jeunes Ontariens en nombre d\u2019années d\u2019études complétées, la médiane atteignant 15 années dans les deux cas.C\u2019est au niveau secondaire que la performance du Québec laisse à désirer.Ceux qui réussissent réussissent bien, mais les autres sont encore trop nombreux à décrocher prématurément.Notre tâche la plus urgente est ici celle de promouvoir les compétences de base : savoir lire, écrire et compter.La recherche contemporaine ne laisse subsister aucun doute sur le lien entre éducation et croissance : la meilleure façon de favoriser la croissance est d\u2019améliorer ces compétences de base.Il faut donc renforcer en priorité la qualité de l\u2019enseignement primaire et secondaire et la bataille contre le décrochage scolaire.L\u2019investissement en capital matériel (non résidentiel), quant à lui, a récemment connu une bonne performance comparative au Québec.La figure 4 indique comment l\u2019élément le plus significatif pour la productivité, soit le stock de machines et d\u2019équipement par travailleur accumulé par les entreprises, s\u2019est comporté au cours des deux dernières décennies.On y constate que le stock par travailleur au Québec est passé de 86% de celui de l\u2019Ontario en 1989 à 90% en 2005.La tendance est encourageante, mais il est urgent de l\u2019accélérer.Le Québec n\u2019investit pas assez.Ce qui inquiète, c\u2019est la contradiction apparente entre la bonne performance comparative de l\u2019investissement rapportée par la figure 4 et la stagnation relative de la productivité constatée sur la figure 2.Comment se fait-il que le Québec ait connu un rythme d\u2019investissement plus rapide qu\u2019en Ontario, mais une progression plus lente de sa productivité ?Une première réponse est que la diffusion technologique n\u2019est pas aussi rapide qu\u2019on le voudrait.Une plus grande quantité de capital ne s\u2019accompagne GRAPHIQUE 4 Évolution comparative de (\u2019investissement : stock réel net de machines et d\u2019équipement non résidentiels accumulé par les entreprises du Québec en pourcentage de celui de l\u2019Ontario, 1989-2005 Source : Statistique Canada Le Québec, en panne ou en marche?\u2022 35 pas toujours d\u2019une plus grande qualité de capital.C\u2019est pourquoi les efforts conjugués des établissements d\u2019enseignement et de recherche, des organismes gouvernementaux, des associations d\u2019affaires et des syndicats continuent d\u2019être absolument essentiels pour encourager les PME québécoises à atteindre le niveau technologique maximum.L\u2019autre réponse est que le fardeau fiscal des entreprises et le paternalisme de l\u2019État sont peut-être trop lourds au Québec.Certains pays taxent lourdement leurs entreprises, puis utilisent une partie des montants récoltés pour subventionner l\u2019investissement des entreprises dans la direction politiquement désirée: les États-Unis, le Canada, l\u2019Allemagne, l\u2019Italie.D\u2019autres pays, à l\u2019inverse, taxent leurs entreprises plus légèrement, puis réduisent les subventions et laissent les entreprises orienter plus librement leurs investissements : le Royaume-Uni, la Suède, l\u2019Irlande, le Portugal, la Suisse, la Belgique.Il ne fait aucun doute que la première voie est la plus rentable sur le plan politique, mais que la seconde est la plus rentable sur le plan économique.Ici encore, le Québec doit faire son choix de modèle.Que peut-on retenir de ce tour d\u2019horizon de la performance économique récente du Québec?Six propositions.Premièrement, le niveau de vie des Québécois a progressé plus rapidement que celui des Ontariens au cours des dernières décennies, mais ne l\u2019a pas encore rattrapé.Deuxièmement, ce bon rendement comparatif de l\u2019économie québécoise repose primordialement sur une poussée remarquable du taux d\u2019emploi due à l\u2019éducation, à l\u2019activité féminine et à la paix industrielle.Troisièmement, cette poussée va bientôt prendre fin en raison du départ des baby-boomers à la retraite.Quatrièmement, si le niveau de vie du Québec doit poursuivre sa lancée par rapport aux autres régions du continent nord-américain, ce ne pourra être qu\u2019à partir d\u2019une forte accélération de la productivité, donc de l\u2019investissement en éducation, en capital matériel et en technologie.Cinquièmement, il est souhaitable que l\u2019investissement en éducation accorde la toute première importance au développement des compétences de base aux niveaux primaire et secondaire et combatte le décrochage scolaire avec plus de vigueur.Sixièmement, l\u2019accélération technologique du Québec est capitale.Elle viendra avec des efforts accrus en matière de diffusion technologique auprès des PME et avec un modèle d\u2019interaction de l\u2019État avec les entreprises qui favorisera des impôts plus légers en même temps que des subventions réduites. 36 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUEBEC 2007 Le marché du travail au Québec en 2005 Mario Jodoin Économiste, Service Canada Malgré l\u2019impact négatif du niveau élevé du dollar canadien et de l\u2019accentuation de la concurrence des pays à bas salaires sur le secteur manufacturier, le marché du travail québécois a présenté en 2005 un bilan globalement positif.Principaux indicateurs économiques Croissance économique: L'importante détérioration du solde commercial international (exportations moins importations), qui est passé d\u2019un surplus de 9 milliards en 2001 à un déficit de 5 milliards en 2005, a été compensée en 2005 par une croissance importante des dépenses de consommation, et dans une moindre mesure, des investissements gouvernementaux, de sorte que le produit intérieur brut (PIB) du Québec a augmenté d\u2019un peu plus de 2 % en 2005, tout comme au cours des deux années précédentes.Emploi et chômage : Le niveau de croissance mitigé du PIB s\u2019est répercuté sur le marché du travail, le nombre d\u2019emploi n\u2019augmentant que de 1 % en 2005, soit le pourcentage de croissance le plus faible depuis 1996.Ce niveau de croissance décevant a tout de même permis au taux d\u2019emploi (pourcentage des personnes âgées de 15 ans et plus qui travaillent) d\u2019afficher sa deuxième meilleure performance historique, tout juste inférieure à son sommet de 2004, et au taux de chômage de se retrouver à son niveau le plus faible des trente dernières années.Soulignons que plus de la moitié de la croissance du nombre de personnes en emploi depuis 2001 est attribuable aux travailleurs âgés de 55 ans et plus.Cette forte croissance s\u2019explique à la fois par une augmentation récente de l\u2019âge de la retraite, par la forte augmentation du nombre de personnes dans cette tranche d\u2019âge due au vieillissement des «babyboomers» et par l\u2019arrivée à cet âge des femmes, historiquement beaucoup plus actives sur le marché du travail que leurs aînées.Emploi par industrie : La détérioration du solde commercial international a touché durement le secteur manufacturier, notamment l\u2019industrie de la fabrication de vêtements.À l\u2019inverse, la croissance de la consommation a stimulé l\u2019emploi dans le commerce de détail et dans l\u2019hébergement et la restauration.La croissance de l\u2019emploi est par ailleurs demeurée vive dans la santé et l\u2019assistance sociale, dans les services aux entreprises et dans l\u2019industrie de l\u2019information, de la culture et des loisirs. Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 37 Emploi par profession : S'il est clair que l\u2019économie du savoir favorise la croissance de l\u2019emploi dans les professions qui exigent le plus de compétences, l\u2019emploi augmente quand même dans les professions qui en exigent le moins.On a même assisté à un rebond de la croissance de l\u2019emploi dans ces professions depuis 2001.Cela dit, la demande devrait se maintenir dans ces professions, mais elle devrait être beaucoup plus forte dans les professions qui exigent le plus de compétences.Celles-ci offrent en plus de bien meilleures conditions de travail, tant du côté du salaire que de la stabilité des emplois et du travail à temps plein.Les principaux enjeux Démographie : Le scénario de référence de 2003 de l\u2019Institut de la statistique du Québec prévoit que la population adulte (15 ans et plus) commencera à diminuer dès 2011 et que la population âgée de 25 à 54 ans, tranche d\u2019âge la plus active sur le marché du travail, le fera dès 2007.Si cette baisse démographique ne devrait pas entraîner des pénuries persistantes, il n\u2019en demeure pas moins que les employeurs devront réagir à cette nouvelle réalité.Le solde migratoire (immigrants moins émigrants), depuis trois ans plus élevé que ne le prévoyait ce scénario, permettra peut-être de retarder un peu les effets les plus importants de la baisse démographique, mais il ne suffira pas à lui seul à les modifier substantiellement.Maintien en emploi des travailleurs plus âgés, développement de processus de mentorat pour transférer les compétences et connaissances des futurs retraités aux jeunes travailleurs, investissements accrus pour faire croître la productivité, tant en matériel qu\u2019en ressources humaines par l\u2019éducation, l\u2019apprentissage en milieu de travail et la formation continue, voilà quelques-uns des moyens qui pourraient permettre d\u2019atténuer les conséquences de la baisse de la population active.Commercial international: Les entreprises, surtout du secteur manufacturier, mais aussi des centres d\u2019appel, et des services informatiques et de génie doivent s\u2019adapter à la concurrence des pays à bas salaires et au dollar qui semble devoir demeurer élevé à moyen terme.Si les solutions varient selon les industries, celles-ci passent par l\u2019accroissement de la productivité, le développement de créneaux à forte valeur ajoutée et la formation de la population et de la main-d\u2019œuvre.En résumé, le niveau de croissance de l\u2019emploi devrait ralentir quelque peu au cours des prochaines années, mais il devrait être plus élevé que celui de la population active.En conséquence, on s\u2019attend à ce que le taux de chômage continue à diminuer et que le marché du travail soit un peu plus accueillant pour les chercheurs d\u2019emploi que lors des dernières années. 38 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le marché du travail au Québec : changements en douce.Joëlle Noreau Économiste principale, Mouvement des Caisses Desjardins DEPUIS 1997 LE MARCHÉ DU TRAVAIL QUÉBÉCOIS EST PLACÉ SOUS LE SIGNE DE LA CROISSANCE.En apparence, le marché du travail peut ressembler à des eaux dormantes si l\u2019on se fie aux moyennes annuelles.Mais l\u2019odieux des moyennes, c\u2019est qu\u2019elles nivellent les pertes et aplanissent les sommets.L\u2019analyse plus détaillée révèle que le secteur manufacturier s\u2019effrite peu à peu, que le secteur primaire a repris du tonus ces dernières années et que le secteur tertiaire a vu son importance s\u2019accroître de plus en plus.Beaucoup s\u2019inquiètent de la nature des emplois créés dans le secteur tertiaire.S\u2019agit-il essentiellement de postes de commis vendeurs rémunérés au salaire minimum qui remplacent les emplois du secteur manufacturier réputés pour leur rémunération supérieure à la moyenne québécoise?Sommes-nous en train d\u2019y perdre au change?Portrait d\u2019un marché du travail en mutation depuis plus de 15 ans.Le secteur primaire : un sursaut d\u2019activité Depuis 1990, le nombre d\u2019emplois dans le secteur primaire est à la baisse.Cependant, on observe une remontée depuis la mi-2004.L\u2019appétit insatiable de l\u2019économie mondiale (États-Unis, Chine, Inde, etc.) pour les matières premières a raffermi les prix et a soutenu les activités d\u2019exploitation minière et forestière chez nous.Cette remontée de l\u2019emploi est-elle là pour durer ?Il semblerait que non, et ce, pour de nombreuses raisons.Tout d\u2019abord, le secteur forestier est soumis à de multiples pressions.La force du dollar canadien, l\u2019usure provoquée par le conflit sur le bois d\u2019œuvre, la révision du régime forestier, la réduction graduelle des mises en chantier sur tout le continent nord-américain sont tous des freins à l\u2019expansion de l\u2019industrie.De même, le secteur agricole, qui tend vers des exploitations de grande taille et qui s\u2019automatise de plus en plus, pourrait voir le Le Québec, en panne ou en marche?\u2022 39 nombre de travailleurs diminuer.Le secteur minier connaît depuis quelques années une effervescence mue par la hausse des prix des métaux.Cependant, à l\u2019image d\u2019une marée, cette dernière pourrait descendre à moyen terme et emporter avec elle un part des emplois créés ces dernières années.Le secteur secondaire est sur la brèche Le secteur manufacturier est le principal joueur du secteur secondaire.Ce dernier a pris du galon depuis le début des années 1990, surtout durant la période de 1997 à 2002 Cependant, depuis 2003, il encaisse les coups et l\u2019emploi est en perte de vitesse., la situation n\u2019est pas unique au Québec : la comparaison avec les États-Unis et le Canada est éloquente (voir le graphique numéro 1 ).Alors que nous pouvons évoquer la hausse du dollar canadien pour expliquer une partie des difficultés qu\u2019éprouvent les secteurs manufacturiers canadien et québécois, les États-Unis ne peuvent prendre cette excuse à leur compte.Les faramineux gains de productivité de nos voisins du sud et l\u2019impartition d\u2019une partie de la production ailleurs dans le monde sont au nombre des explications.Dans un contexte où les relations industrielles et commerciales des États-Unis, du Canada et du Québec sont étroitement liées, il est difficile d\u2019échapper à la dynamique américaine de la réduction de la main-d\u2019œuvre.Cependant, il serait abusif d\u2019attribuer l\u2019atrophie du secteur manufacturier québécois essentiellement au voisinage avec l\u2019oncle Sam.La hausse vertigineuse du dollar canadien depuis 2003, la concurrence accrue, le changement dans les règles commerciales, l\u2019appréciation des prix de l\u2019énergie et les cycles d\u2019affaires sont au nombre des difficultés rencontrées par les industriels québécois qui ont contribué à réduire l\u2019emploi de façon marquée.GRAPHIQUE 1 Indice de l'emploi manufacturier au Québec 90 91 92 93 94 95 96 97 93 99 02 03 04 05 06 Source : Statistique Canada, EPA, et Desjardins, Études economiques.Quebec - Canada -États-Unis 40 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le bilan de l\u2019emploi manufacturier pourrait s\u2019alourdir encore pour quelques années.Cependant, la riposte des industriels québécois s\u2019organise.Le secteur tertiaire : les gains sont de ce côté Au cours des dernières années, le secteur tertiaire a fait des gains, tant dans le nombre d\u2019emplois créés que dans la place qu\u2019il occupe dans l\u2019ensemble du marché du travail.Il faut s\u2019attendre à ce que cette tendance domine au cours des prochaines années, ce qui ne constitue pas une surprise.On ne peut nier que les ajouts proviennent en partie de postes dans le secteur commercial.Ce secteur n\u2019a pas été épargné par les bouleversements qui ont vu s\u2019effriter la part des magasins à rayons traditionnels (Eaton, La Baie, Sears) au profit de nouveaux joueurs (Wal-Mart, Home Depot, Future Shop, Bureau en gros, Best Buy, etc.).Cependant, ce n\u2019est pas dans le commerce de détail que la croissance a été la plus vigoureuse On constate également que la croissance de l\u2019emploi dans le secteur tertiaire ne repose pas sur un gonflement des effectifs des employés de l\u2019État dans les secteurs de la fonction publique, de la santé et de l\u2019enseignement.La tendance est davantage à la réduction du rôle du gouvernement qu\u2019à une présence accrue de sa part.On doit donc s\u2019attendre à ce que ce ne soit pas lui qui vienne en tête de peloton de la croissance de l\u2019emploi dans le secteur tertiaire au cours des prochaines années.Le palmarès du secteur tertiaire Pour savoir quel secteur est le plus dynamique en matière de création d\u2019emploi dans le secteur tertiaire, il est intéressant de comparer la progression du nombre de travailleurs dans les secteurs du commerce, du transport et de l\u2019entreposage, des services professionnels, scientifiques et techniques et de la finance, assurances et affaires immobilières (voir le graphique 2).De tous ces secteurs, ce sont les services professionnels, scientifiques et techniques qui ont connu la progression la plus importante et qui pourraient afficher les plus fortes croissances dans les prochaines années.Ils sont suivis de la finance, de l\u2019assurance et de l\u2019immobilier.De 1990 à 2005, le nombre de travailleurs des services professionnels, scientifiques et techniques a pratiquement doublé: de 115 100 emplois, il est passé à 224 100 (soit une création nette de 109 000 emplois).Durant la même période, le nombre d\u2019emplois Le Québec, en panne ou en marche?\u2022 41 dans le secteur manufacturier est passé de 615 900 à 596 400, ce qui représente un gain de 19 500 nouveaux travailleurs.Durant la même période, il s\u2019est ajouté 112 200 postes dans le commerce et 18 800 en finances, assurances.Depuis l\u2019an 2000, notamment depuis 2003, les pertes du secteur manufacturier se sont cumulées.En fait, de 2000 à 2005, on déplore la disparition de 17 100 emplois dans ce secteur.En contrepartie, il s\u2019est créé 85 500 emplois dans le commerce de gros et de détail, 23 000 dans la finance, l\u2019assurance et l\u2019immobilier et plus de 28 500 dans celui des services professionnels, scientifiques et techniques.Bien que le secteur du commerce connaisse une bonne expansion, il n\u2019est pas le seul.Qui aurait pu soupçonner que le nombre de travailleurs des services professionnels, scientifiques et techniques augmenterait autant?Le sous-secteur de la conception de systèmes informatiques et services connexes est en pleine expansion (voir le graphique 3 ) et celui de la R.et D.scientifique le suit de peu.Ces gens travaillent pour des sociétés qui ont vu le jour à la fin des années 1980 ou dans les années 1990, dont on ne soupçonnait pas l\u2019existence il y a 15 ans (p.ex.Pixcom, Mediagrif, Ubisoft, etc.).L\u2019arrivée d\u2019Internet et la diffusion de la technologie dans toutes les sphères d\u2019activités ont ouvert de nouveaux créneaux.Ces deux secteurs sont promis à un bel avenir pour les années qui viennent.Il est intéressant de noter que la rémunération hebdomadaire moyenne pour le secteur de la conception de systèmes informatiques et services connexes était de 1072$ en 2005, ce qui se compare bien avec celle des services scientifiques et techniques (854$) et de l\u2019emploi manufacturier (809 $).GRAPHIQUE 2 Les emplois des services professionnels, scientifiques et techniques ont connu une ascension foudroyante en 15 ans Source : Statistique Canada, EPA, et Desjardins, Études economiques.90 91 92 93 94 95 96 97 93 99 [Il 02 03 04 05 06 Commerce\tFinance -Transport et entreposage -Professionnels, scierititiques et techniques -Sarite 42 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 L\u2019avenir du marché du travail réside-t-il entre les mains des « forts en maths » ?Pas nécessairement, mais les secteurs qui ont créé de l\u2019emploi de façon graduelle et rapide depuis 1990 (par opposition au «à-coups» du secteur primaire) sont ceux qui ont besoin de travailleurs avec une formation académique post-secondaire.Que peut-on conclure ?En résumé, le bilan de l\u2019emploi a été positif au Québec ces dernières années, et ce, malgré les pertes encaissées dans le secteur manufacturier.Une part importante des postes créés depuis 1990 et depuis 2000 provient du secteur du commerce.Cependant, d\u2019autres secteurs sont générateurs d\u2019emplois : on a qu\u2019à penser à l\u2019embauche dans les services professionnels, scientifiques et techniques et dans le secteur de la finance.À la question «sommes-nous en train de troquer des emplois manufacturiers contre des emplois de commis-vendeurs» on pourrait répondre: «noui», ou encore, « en partie».Enfin, sommes-nous gagnants au change ?Difficile à dire.Sur le plan individuel, chacun peut raconter sa propre histoire.Collectivement, on observe que l\u2019évolution du revenu disponible réel (RPD réel) (revenu disponible, une fois les taxes et impôts payés et en éliminant les effets de l\u2019inflation) est positive.Depuis 1992, le RPD réel a toujours progressé au Québec.La croissance n\u2019a atteint que 1,1 % en 2005, en regard de 2,3% et 3,2% respectivement en 2004 et en 2003.Est-ce là l\u2019indice d\u2019une perte éventuelle au chapitre du revenu ?Il est trop tôt pour le dire.C\u2019est à suivre.GRAPHIQUE 3 Évolution du nombre d'emplois en % depuis 1990 (en supposant 1990 = 100] Source : EPA.Statistique Canada et Desjardins, Études economiques.^ Qu xQ A. Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 43 Les mouvements sociaux et l\u2019immobilisme au Québec : qui freine quoi?Sylvie Dugas Journaliste indépendante et chroniqueuse Mobilisation citoyenne contre le casino de Pointe-Saint-Charles L\u2019AFFRONTEMENT ENTRE LES GROUPES SOCIAUX, LE GOUVERNEMENT, LES MÉDIAS ET LES ÉLITES DU MILIEU DES AFFAIRES A CULMINÉ DURANT L\u2019ANNÉE 2005-2006.L\u2019abandon en juin dernier du projet de déménagement du casino dans le quartier Pointe-Saint-Charles a suscité des critiques acerbes à l\u2019égard des groupes sociaux et communautaires, qui avaient condamné le projet.Les oppositions successives à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), aux partenariats public-privé, au prolongement des autoroutes 25 et 30, à l\u2019établissement de mégaporcheries et de ports méthaniers ainsi qu\u2019à l\u2019aménagement des dernières rivières 44 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 vierges du territoire et à la privatisation partielle du mont Orford ont fait dire à certains que les mouvements sociaux favorisaient l\u2019immobilisme et freinaient le développement du Québec.Portrait d\u2019un conflit bien orchestré.Il faut remonter à l\u2019élection du gouvernement libéral, en 2003, pour comprendre cette dynamique conflictuelle.L\u2019arrivée au pouvoir de l\u2019équipe Charest a signifié une aipture draconnienne avec la tradition de concertation établie entre les précédents gouvernements et les groupes de la société civile.L\u2019affrontement a d\u2019abord débuté à l\u2019occasion de l\u2019amendement au Code du travail sur la sous-traitance et s\u2019est poursuivi lors des négociations avec les employés de la fonction publique et parapublique en vue du renouvellement de leurs conventions collectives.Dans une lettre adressée aux journaux, le premier ministre Jean Charest avait alors lui-même désapprouvé le corporatisme des syndicats, les blâmant de vouloir maintenir leurs privilèges aux dépens des baisses d\u2019impôt et de la croissance économique du Québec.«Vu un retard salarial de l\u2019ordre de 12% par rapport aux emplois équivalents dans le secteur privé, il était légitime de défendre les conditions de travail de nos membres », rappelle Claudette Carbonneau, présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).Puis, en raison d\u2019une vive contestation de la part des groupes environnementaux, réunis au sein de la Coalition Vert Kyoto, le projet de centrale thermique du Suroît à Beauharnois a été abandonné par Hydro-Québec, en novembre 2004.« Ce projet allait multiplier par deux la quantité de gaz à effet de serre émise au Québec.Il avait été rejeté par le Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement (BAPE) et allait à l\u2019encontre du plan d\u2019action environnemental énoncé par l\u2019ancien gouvernement péquiste», indique André Bélisle, fondateur de l\u2019Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA).À la suite de l\u2019échec du projet, Québec a annoncé son intention de développer la filière éolienne, ce qui a réjoui les groupes environnementaux.Après une lutte acharnée, à partir d\u2019avril 2004, contre les compressions gouvernementales de 103 millions de dollars dans le régime de prêts et bourses, les étudiants ont aussi crié victoire à la suite d\u2019une grève générale.Ils ont remporté leur pari grâce au soutien de l\u2019opinion publique.La contestation étudiante a en effet contribué à la rétrogradation du ministre de Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 45 l\u2019Éducation, Pierre Reid, en février 2005.En mars, le nouveau ministre, Jean-Marc Fournier, a fait marche arrière et s\u2019est engagé à renflouer les 103 millions sur une période de deux ans.Une autre campagne d\u2019opposition a pris naissance en avril 2004, à la suite de l\u2019annonce de l\u2019établissement du port méthanier Rabaska à Beaumont, en face de l\u2019île d\u2019Orléans.Comme le projet n\u2019avait fait l\u2019objet d\u2019aucune consultation populaire au préalable, un groupe de citoyens inquiets pour leur sécurité et l\u2019impact du projet sur l\u2019environnement s\u2019est mobilisé.À l\u2019issue d\u2019un référendum réalisé en décembre de la même année, 72 % de la population a refusé le projet, lequel a été déménagé à Lévis, 400 mètres plus à l\u2019ouest.Modifié pour abaisser le niveau des réservoirs, le port méthanier Rabaska demeure toutefois au programme, tout comme ceux de Gros-Cacouna et de Grande-Anse, au Saguenay.« Le port méthanier n\u2019emploiera qu\u2019environ une quinzaine de travailleurs de Lévis et le montant des dépenses municipales liées à son exploitation risque d\u2019augmenter», soutient Lise Thibeault, porte-parole de l\u2019Association pour la protection de l\u2019environnement de Lévis et de la Coalition Rabat-joie.Le 18 août 2006, une grande manifestation a rassemblé près de 500 personnes opposées au projet.Lorsque le projet de prolongement de l\u2019autoroute 25, comprenant la construction d\u2019un pont entre Montréal et Laval, a refait surface en 2005, la Coalition contre l\u2019autoroute 25 - dont font notamment partie des syndicats (CSN, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec [FTQ] ) et des groupes environnementaux - s\u2019est fermement objectée au projet.Les raisons invoquées ?Une augmentation des gaz à effet de serre allant à l\u2019encontre du Protocole de Kyoto et le rejet des partenariats public-privé, qui auraient pour conséquence de brader les services publics au profit des multinationales.En dépit de sondages révélant que la majorité de la population montréalaise (76%) s\u2019opposait au projet et réclamait plutôt une amélioration du transport en commun, le gouvernement est allé de l\u2019avant.Certains groupes - dont Eau Secours et Fondation Rivières - ont par ailleurs déploré le peu d\u2019empressement de la part d\u2019Hydro-Québec à exploiter davantage le potentiel géothermique et solaire du Québec.La Fondation Rivières a notamment critiqué l\u2019accent mis par la société d\u2019État sur la production et l\u2019exportation d\u2019hydroélectricité nouvelle plutôt que sur la conservation de l\u2019énergie à un coût nettement inférieur.Appuyé par les 46 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Cris, le groupe a ainsi dénoncé le détournement de la rivière Rupert, l\u2019une des dernières rivières vierges du Québec.« Nous ne nous battons pas seulement pour préserver le potentiel touristique des rivières, mais aussi pour des raisons économiques », explique Michel Gauthier, directeur général de Fondation Rivières.Le groupe a en outre contesté la levée, en mai 2006, du moratoire sur la construction de minicentrales hydroélectriques sur les rivières du Québec.Ses arguments ont été rejetés du revers de la main par certains éditorialistes et chroniqueurs, dont André Pratte à La Presse et Jacques Brassard au Quotidien.Autre pomme de discorde: le 22 juin 2005, Loto-Québec a annoncé, en partenariat avec le Cirque du Soleil, un projet de déménagement du casino dans le bassin Peel, à Pointe-Saint-Charles.Pendant dix mois de campagne assidue, la Table de concertation Action-Gardien, formée d\u2019une vingtaine de groupes communautaires, s\u2019est évertuée à faire échec au projet.Après une campagne d\u2019information sur la place du jeu dans un quartier défavorisé, elle a recueilli 4 500 signatures de résidents opposés au projet.« Sur une population de 10 000 adultes, 80% des citoyens étaient contre le projet», allègue Katrine Triolet, porte-parole de la Table.À la suite de la publication du rapport de la Commission de la santé publique et 24 heures après la diffusion du rapport Coulombe, le Cirque du Soleil annonçait son retrait.À la mi-mars 2006, Loto-Québec a jeté l\u2019éponge.Le projet de privatisation partielle du mont Orford a constitué un autre sujet de dissension.L\u2019annonce officielle du ministre Claude Béchard de la vente par appel d\u2019offres de 649 hectares de terrain public - comprenant le centre de ski du mont Orford - afin de construire des immeubles en copropriété, a suscité la désapprobation d\u2019une majorité de la population (64%, selon un sondage Crop-Ln Presse publié le 3 mai 2006).La Coalition SOS Parc Orford, accusée par certains de s\u2019opposer à toute initiative privée, s\u2019est formée en mars 2006 pour empêcher le gouvernement d\u2019adopter - en violation avec la Loi sur les parcs - la loi 23 prévue à cette fin.Une série des manifestations a par la suite recueilli l\u2019appui de près de 35 000 personnes, forçant le gouvernement Charest à s\u2019en remettre à la Commission Nicolet pour décider du sort du parc.Enfin, en mai 2006, Solidarité Saint-Henri, un réseau de groupes communautaires du quartier, s\u2019est objecté au rachat de l\u2019usine d\u2019Imperial Tobac- Le Québec, en panne ou en marche?\u2022 47 co par un promoteur immobilier pour la construction de condominiums.Ce dernier prévoyait fournir 15% de logements sociaux (75), alors que 4 000 ménages du Sud-Ouest étaient en attente de ce type d\u2019habitation.Solidarité a demandé à l\u2019arrondissement de se porter acquéreur de l\u2019immeuble, mais sans succès : le projet privé verra finalement le jour.Les groupes sociaux stigmatisés Devant cette obstruction jugée systématique, les attaques envers les groupes sociaux se sont précisées.Le 19 octobre 2005, le Manifeste pour un Québec lucide a clairement formulé les reproches adressés aux organisations sociales.Selon les signataires - dont l\u2019ex-premier ministre Lucien Bouchard, l\u2019ex-ministre péquiste Joseph Facal, l\u2019économiste Pierre Fortin et l\u2019éditorialiste André Pratte -, les groupes de pression accueillent la moindre évolution dans le fonctionnement de l\u2019État, le moindre projet audacieux, le moindre appel à la responsabilité, la moindre modification dans nos confortables habitudes de vie par une levée de boucliers ou, au mieux, par l\u2019indifférence.Joseph Facal a toutefois tempéré ces propos, affirmant dans sa chronique du Journal de Montréal parue le 31 mai 2006 que les projets contestés n\u2019étaient pas nécessairement tous bons et que ce n\u2019était pas plus facile ailleurs.Appelant à un véritable débat pour rattraper le retard économique du Québec afin de faire face à la concurrence asiatique dans un contexte de déclin démographique, les signataires du Manifeste ont proposé aux Québécois d\u2019opérer un changement radical dans leur façon de voir le monde qui les entoure, pour éviter de transformer le Québec en « fossile du XXe siècle ».Le mouvement syndical a été pris à partie, accusé de se limiter à une protection à courte vue des intérêts de ses membres et de monopoliser le label « progressiste » pour mieux s\u2019opposer à la remise en question de ses acquis.Le mouvement étudiant a également été montré du doigt.Parmi les solutions envisagées : un investissement massif en éducation et l\u2019abandon du gel des droits de scolarité, en vigueur depuis 1995.Ce gel priverait les universités québécoises d\u2019un montant annuel de 375 millions de dollars par rapport aux autres universités canadiennes.On a aussi recommandé aux Québécois de s\u2019ouvrir davantage aux investissements privés.En réaction, une douzaine de personnalités de la gauche québécoise, dont Françoise David et Amir Khadir, du parti Québec solidaire, ont répliqué en signant le Manifeste pour 48 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 un Québec solidaire.Selon le document, le principal problème du Québec serait la répartition de la richesse.L\u2019urgence du remboursement de la dette a notamment été remise en question, de même que la baisse impérative des impôts, le dégel des frais de scolarité et la hausse des tarifs d\u2019électricité et des taxes à la consommation.À la suite de l\u2019abandon du projet de casino dans le bassin Peel, le président du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, a dénoncé publiquement la difficulté de mener à bien des grands projets à Montréal.Les voix des présidents du Festival de jazz, Alain Simard, du Festival Juste pour rire, Gilbert Rozon, et d\u2019Astral, Jacques Parisien, se sont jointes à la sienne pour déplorer l\u2019immobilisme au Québec.À la fin mai 2006, le président du Conseil du patronat, Michel Kelly-Gagnon, s\u2019est pour sa part inquiété dans une lettre ouverte du pouvoir démesuré des groupes de pression dans la société québécoise.Il a notamment critiqué leur manque de représentativité et de transparence, de même que le déséquilibre dans les subventions accordées aux groupes de gauche par rapport à ceux de droite.« Les fonds publics sont en majorité destinés à des groupes qui promeuvent une idéologie en particulier», dit Michel Kelly-Gagnon.Selon lui, les discours de gauche occupent une place prépondérante dans les médias et le débat public, alors que la majorité de la population ne partage pas cette option.À preuve, 70 % des Québécois et 75% des travailleurs syndiqués se disaient favorables à une réduction des impôts, selon un sondage réalisé par l\u2019Institut économique de Montréal en janvier 2004.L\u2019apport de la société civile Il va sans dire que la couverture médiatique des mobilisations sociales a donné aux groupes de pression un véritable pouvoir, grâce à l\u2019influence qu\u2019ils exercent sur l\u2019opinion publique.Cependant, le manque de leadership du gouvernement est en partie responsable des revers de certains grands projets, selon plusieurs observateurs.Les groupes de pression québécois estiment en outre qu\u2019en l\u2019absence d\u2019une réelle consultation, ils se retrouvent dans une situation de confrontation qui aurait pu être évitée.«L\u2019approbation des projets par le gouvernement est tellement avancée lorsqu\u2019ils sont annoncés à la population que cela nous oblige à jouer le mauvais rôle», dénonce André Bélisle, de l\u2019AQLPA.Ce groupe a d\u2019ailleurs frôlé la faillite en Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 49 septembre 2006 après avoir été poursuivi par la compagnie American Iron and Metal, un ferrailleur établi à Lévis.L\u2019AQLPA avait pourtant obtenu plusieurs injonctions pour des infractions environnementales commises par la compagnie, obligeant ainsi le ministère de l\u2019Environnement à intervenir.Le principal leitmotiv des groupes sociaux est aujourd\u2019hui la démocratie participative, considérée par certains comme une usurpation du pouvoir politique attribué aux élus.Après avoir participé activement à la mise sur pied de projets sociaux au Québec (CLSC, centres de la petite enfance, économie sociale, Loi 112 contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale, etc.), ils se voient relégués à l\u2019arrière-plan par un gouvernement qui privilégie le secteur privé.Réclamant un débat public sur des projets qui affectent directement les populations, ils prônent un type de développement différent.« Nous voulons un développement qui soit respectueux de l\u2019environnement, qui bénéficie aux gens», dit Françoise David, coprésidente de Québec solidaire.Pour les militants, les individus qui s\u2019abstiennent de prendre position face à des décisions controversées sont ceux qui favorisent l\u2019immobilisme au Québec.S\u2019ils ont contribué à faire tomber certains projets, les groupes de gauche ont aussi proposé des solutions de rechange.Depuis plusieurs années, ils ont notamment participé à la naissance de l\u2019agriculture biologique soutenue par les consommateurs, du commerce équitable et de l\u2019économie sociale.Ils ont aussi applaudi le virage éolien, tout en réclamant une installation moins anarchique des éoliennes en région.Les étudiants ont en outre bâti un front commun avec le gouvernement du Québec pour solliciter auprès des autorités fédérales des transferts de 1,2 milliard de dollars en éducation, en lien avec le déséquilibre fiscal.Affirmant consulter régulièrement leurs membres et se disant représentatifs de leur base, les quelque 5 000 organismes communautaires et de défense des droits enregistrés au Québec ont reçu du gouvernement 631,1 millions de dollars en 2004-2005 dans le cadre des 75 programmes ou mesures de soutien de différents ministères.Pour y avoir droit, ils ont dû rendre des comptes à leur bailleur de fonds, le ministère de l\u2019Emploi et de la Solidarité sociale. 50 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Les syndicats : entre résistance et solutions de rechange Thomas Collombat Doctorant, Carleton University IL Y A DES SLOGANS QUI NE TROMPENT PAS.CELUI DE LA MANIFESTATION DU 1er MAI 2006, à Montréal, était particulièrement parlant.En clamant qu\u2019il était « toujours debout », le mouvement syndical québécois a voulu faire une allusion directe au choc ressenti par ses troupes à la suite de l\u2019adoption de la loi 142 en décembre 2005.Ce projet, communément appelé «le décret», mit un terme aux négociations en imposant les conditions de travail des syndiqués du secteur public et parapublic1.Plusieurs questions se posent au lendemain de cette ronde de négociations et de son issue malheureuse.Tout d\u2019abord, qu\u2019en est-il de la vitalité du mouvement syndical québécois?Est-il effectivement toujours debout ou encore sous le choc ?Quelles sont les dynamiques qui l\u2019ont animé pendant les derniers mois ?Mais il convient également de s\u2019interroger plus largement sur les apports du syndicalisme à la société dans son ensemble.Contribue-t-il à un certain « immobilisme » comme certains aiment à l\u2019en accuser ou représente-t-il au contraire une source de solutions de rechange ?Une année syndicale mouvementée Une chose est certaine : le mouvement syndical n\u2019est pas resté immobile durant les douze derniers mois.Des mouvements assez importants ont eu lieu au sein même des organisations, changeant de façon significative le paysage syndical.Trois événements méritent qu\u2019on s\u2019y attarde.Manifestant CSN Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 51 Tout d\u2019abord, la réorganisation des unités d\u2019accréditation dans le secteur de la santé et des services sociaux s\u2019est terminée et a confirmé les tendances observées l\u2019an dernier.À toutes fins utiles, les espoirs de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) de s\u2019implanter durablement dans ce secteur se sont éteints, à l\u2019exception de quelques groupes d\u2019infirmières, essentiellement dans l\u2019est du Québec.Il n\u2019est d\u2019ailleurs pas anodin d\u2019avoir vu la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) rejoindre le Secrétariat intersyndical des services publics (SISP) en juin 2006.Cette coalition, formée par la CSQ, le Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) et le Syndicat des professionnelles et professionnels du Gouvernement du Québec (SPGQ) durant la dernière ronde de négociations, pourrait devenir l\u2019embryon, si ce n\u2019est d\u2019une nouvelle centrale, au moins d\u2019un nouveau pôle syndical dans le secteur public.Pour ce qui est des autres organisations touchées par la réorganisation du réseau de la santé et des services sociaux, on notera la consolidation des syndicats dits indépendants au sein de l\u2019Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).La loi 30, à l\u2019origine de ce mouvement, montre combien une décision gouvernementale a amené les organisations syndicales à révolutionner leurs pratiques et leurs structures, parfois contre leur gré.Quant à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS) de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), elle reste un joueur incontournable, mais elle a vu une part importante de son membership isolée dans une seule unité d\u2019accréditation, celle du personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers, qui correspond par ailleurs aux services les plus enclins à être sous-traités au secteur privé (buanderie, restauration, entretien.).Un autre bouleversement important a eu lieu, cette fois-ci dans le secteur privé, avec le vote d\u2019allégeance syndicale dans la construction.Depuis 1998, les travailleurs affiliés à la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ-Construction) travaillaient main dans la main avec leurs collègues des syndicats internationaux au sein du Conseil conjoint de la construction.Des divergences de plus en plus importantes entre les deux organisations ont mené à la dissolution du Conseil en 2004, ce qui a considérablement influencé l\u2019issue du scaitin syndical de 2006.Paradoxalement, la FTQ-Construction a augmenté sa représentativité, passant 52 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 de 41,5 % à 43,9 %, mais elle a perdu son statut de négociateur, compte tenu de la nouvelle alliance créée entre les syndicats internationaux, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD-Construction) et la CSN-Construction.La loi prévoit en effet que si une organisation ou une coalition rassemble plus de 50 % des travailleurs, elle devient le seul négociateur pour tout le secteur.Toutefois, il semble raisonnable de douter de la viabilité à terme d\u2019une telle alliance.Si la FTQ-Construction ne s\u2019est pas entendue avec les syndicats internationaux, il est possible qu\u2019il en soit de même pour la CSN et la CSD, dont les structures diffèrent largement de celles des syndicats internationaux et qui sont elles-mêmes des rivales historiques.Enfin, il serait difficile d\u2019ignorer le traumatisme subi par la Fédération des syndicats de l\u2019enseignement (FSE) de la CSQ.En mai 2006, neuf de ses syndicats affiliés, parmi lesquels la puissante Alliance des professeures et professeurs de Montréal, ont décidé de se désaffilier pour former la nouvelle Fédération autonome de l\u2019enseignement (FAE).Dénonçant la stratégie de négociation de la FSE ainsi que sa tendance supposée à pratiquer un syndicalisme trop conciliant, les neuf syndicats, essentiellement situés en milieu urbain (Montréal métropolitain, Outaouais), se sont appuyés sur le mécontentement des troupes consécutif au décret pour mener une campagne efficace.Sans trancher ici le débat, il est important de noter que cette scission est symptomatique de deux phénomènes : d\u2019abord le malaise profond qui a suivi l\u2019adoption du décret, mais aussi la volonté de plusieurs syndiqués de renouveler leurs organisations.Les règlements internes de la FSE et de la CSQ forçaient en effet les dissidents à mobiliser au moins la moitié des membres pour que ceux-ci aillent voter pour la désaffiliation.Le fait que ces votes aient été remportés par les dissidents est un signe tangible d\u2019une mobilisation réussie2.S\u2019il semble avoir été particulièrement secoué par plusieurs initiatives du gouvernement Charest dans les dernières années, le mouvement syndical québécois n\u2019en est donc pas pour autant anesthésié.Au contraire, on semble assister à une certaine recomposition de ce mouvement autour de nouvelles alliances ou de scissions qui, si elles peuvent nuire à une certaine unité, n\u2019en traduisent pas moins une volonté des leaders et des militants de trouver de nouvelles façons de faire et de s\u2019organiser.L\u2019histoire du syndicalisme, au Québec comme ailleurs, est jalonnée de ce type d\u2019événements, et Le Québec, en panne ou en marche?\u2022 53 l\u2019issue des différentes initiatives prises durant les derniers mois est impossible à prévoir dès à présent.Mais il est certain qu\u2019elles ont d\u2019ores et déjà permis d\u2019amorcer des réflexions et des actions dans toutes les organisations syndicales.Qu\u2019il s\u2019agisse des limites de la négociation centralisée dans le secteur public et parapublic (d\u2019ailleurs largement remise en cause par la loi 30, qui décentralise plusieurs sujets de négociation), des pratiques démocratiques des syndicats ou de la mobilisation de leurs membres à la suite du traumatisme du décret, de nombreux sujets portent à réflexion et vont faire l\u2019objet d\u2019analyses approfondies dans toutes les centrales.Source de solutions de rechange ou outil de résistance ?Sur un plan plus large, la contribution des syndicats au débat économique et politique et à l\u2019évolution sociale du Québec peut être analysée suivant deux axes.D\u2019une part, les syndicats, de par leur rôle premier de représentants des travailleurs, prennent naturellement part aux discussions touchant les secteurs d\u2019activité dans lesquels ils sont présents.D\u2019autre part, comme acteurs sociopolitiques, ils s\u2019expriment plus largement sur à peu près toutes les questions mises en débat sur la place publique.Suivant la conjoncture politique et économique, les syndicats peuvent à la fois jouer un rôle dans la création de solutions de rechange ou dans la résistance à des décisions qu\u2019ils considèrent nuisibles pour leurs membres ou pour la société de façon générale.Compte tenu des attaques répétées qu\u2019il subit depuis l\u2019arrivée au pouvoir du Parti libéral en 2003 et des difficultés rencontrées par plusieurs des secteurs où il est traditionnellement implanté, le mouvement syndical québécois est incontestablement davantage en mode « résistance » ces jours-ci, à quelques exceptions près.Les difficultés économiques rencontrées dans plusieurs secteurs syndiqués ont été autant d\u2019occasions pour les centrales de prendre position sur ces questions et de faire valoir les droits des travailleurs.Ainsi, l\u2019industrie forestière, durement éprouvée ces dernières années, a été un sujet important pour le mouvement syndical.La FTQ et ses syndicats affiliés au Syndicat canadien des communications, de l\u2019énergie et du papier (SCEP) ont notamment appelé à plusieurs reprises à une politique d\u2019aide non seulement au secteur en général mais surtout aux travailleurs touchés.Dans ces luttes, les syndicats se trouvent tantôt aux côtés des employeurs (par exemple pour 54 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 demander aux gouvernements de régler le conflit ou d\u2019adopter des politiques d\u2019intervention), tantôt contre eux, comme ce fut notamment le cas dans les installations de Domtar à Lebel-sur-Quévillon.Pris entre des employeurs préoccupés avant tout par les pertes de profit et des groupes environnementalistes réclamant une limitation de l\u2019exploitation forestière, les syndicats sont souvent les derniers outils de résistance pour les travailleurs.L\u2019équilibre est alors délicat à trouver entre la protection des membres et la défense d\u2019un projet politique progressiste qui comprend des éléments environnementalistes.Il en est allé de même pour la Fédération du commerce (FC) de la CSN, qui a connu des difficultés dans deux de ses secteurs.La décision prise par Olymel de fermer plusieurs de ses installations n\u2019a pas été sans causer de traumatisme dans plusieurs communautés.Mais là encore, la protection de ces travailleurs peut être perçue comme étant en contradiction avec une volonté de plus en plus affichée de limiter l\u2019expansion de l\u2019industrie porcine au Québec, pour des raisons tant environnementales que sociales.Les syndicats ont toujours été et continuent d\u2019être des acteurs sociaux incontournables et importants du seul fait de leur raison d\u2019être : la défense des travailleurs dans des situations difficiles.En cela, ils contribuent à faire du Québec une société plus juste et à maintenir un certain nombre de valeurs progressistes importantes aux yeux de la population.Autre conséquence d\u2019une lutte conjointe des mouvements syndical et féministe : l\u2019équité salariale dans le secteur public.C\u2019est en effet au printemps 2006 que le gouvernement du Québec, par suite de l\u2019annulation par les tribunaux du chapitre 9 de la loi sur l\u2019équité salariale (qui excluait d\u2019office le gouvernement de son champ d\u2019application), a finalisé l\u2019entente avec les syndicats représentant les travailleuses du secteur public.Quelle ne fut pas l\u2019ironie de voir les représentants des centrales main dans la main avec la présidente du Conseil du trésor quelques mois à peine après la terrible claque que celle-ci leur avait infligée avec la loi 142 ! Mais il en va ainsi du syndicalisme tel que pratiqué en Amérique du Nord : la négociation est au cœur de l\u2019activité syndicale, et elle suppose forcément des compromis.Finalement, les syndicats ont pu, à maintes occasions, prendre position dans les grands débats de société et enrichir ainsi la discussion publique.Des événements comme l\u2019arrêt Chaoulli ou la publication du Manifeste Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 55 pour un Québec lucide leur ont permis, aux côtés d\u2019autres groupes sociaux, de défendre une certaine idée du Québec.À la suite du choc du décret, la CSN a décidé d\u2019entamer une campagne de consultation et de sensibilisation politique intitulée «Agir ensemble pour le Québec».Il s\u2019agit avant tout pour la centrale d\u2019organiser une centaine de forums à travers toute la province grâce auxquels la population pourra débattre des grandes directions qu\u2019elle voudrait voir prises par le gouvernement et la société dans son ensemble.Une façon, autrement dit, de passer de la « résistance » à l\u2019« alternative».Cette initiative est sans doute un bon exemple de la «valeur ajoutée» que les syndicats peuvent apporter aux autres groupes de la société civile : une organisation solide, présente dans toutes les régions et capable de mobiliser une masse critique d\u2019individus et de diffuser le fruit de ces rencontres.Cela étant dit, l\u2019approche par « forums » a ses limites, qu\u2019est notamment en train de découvrir le Forum social mondial, et il reste à voir ce que la CSN fera des résultats de cette concertation, si tant est qu\u2019il puisse en sortir une ligne directrice assez précise.À la FTQ, l\u2019une des avenues privilégiées continue d\u2019être l\u2019implication auprès des partis politiques.En renouvelant son appui au Bloc québécois lors du scrutin de janvier 2006, puis en critiquant sévèrement les premières décisions du gouvernement Harper (notamment l\u2019annulation de l\u2019entente sur les garderies), la FTQ est toujours la centrale la plus clairement impliquée au sein de l\u2019univers partisan.En accordant une grande importance à son opinion sur l\u2019entente sur le bois d\u2019œuvre, Gilles Duceppe semble lui renvoyer l\u2019ascenseur.Le Bloc a ainsi décidé de voter pour l\u2019entente, alors que le mouvement syndical lui-même était divisé sur cette question mais que la FTQ avait pris position en sa faveur.L\u2019un des principaux défis de l\u2019année à venir sera sans doute de voir dans quelle mesure les syndicats pourront (re)créer une telle situation de confiance avec l\u2019autre parti souverainiste, le Parti québécois (PQ).1.\tPour 1 essentiel, le décret a fixé les augmentations de salaires à.8% répartis sur les sept ans que dure la convention collective, et a prévu des sanctions extrêmement sévères pour toute activité syndicale, individuelle ou collective, allant à.son encontre.2.\tAu moment d\u2019écrire ces lignes, des actions en justice ont toutefois été entreprises par la.CSQ et la.FSE pour contester la.validité du scrutin de désaffiliation de certains des syndicats concernés. 56 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 1500 nouvelles coopératives créées depuis 10 ans Marie Joëlle Brassard Responsable de la recherche et du développement, Conseil québécois de la coopération et de la mutualité1 Membre du conseil d\u2019administration de l\u2019Institut du Nouveau Monde Michel Romprê Chargé de projet, Conseil québécois de la coopération et de la mutualité PARTIES DE PEU IL Y A DÉJÀ LONGTEMPS, EXPRESSÉMENT DANS LE BUT DE SOUTENIR LES ASPIRATIONS DE QUÉBÉCOIS, des coopératives sont devenues des géants comme le Mouvement Desjardins et La Coop fédérée.Une seconde vague, celle les coopératives funéraires, de télédistribution, les forestières, les scolaires et autres collent aux besoins évolutifs des Québécois.Une nouvelle génération est née plus récemment, adaptée aux combats de l\u2019heure, notamment pour assurer que les régions bénéficient des retombées de l\u2019exploitation de leurs ressources naturelles, telles les coopératives éoliennes, ou encore pour maintenir bien vivantes les communautés, par la gestion collective de leurs services de proximité.Les communautés ont su trouver dans la coopération un levier de prise en charge de leur santé - services à domicile, cliniques coopératives de santé, habitations pour aînés soutenues par la communauté, etc.- en complémentarité à ce qui existe déjà.Les coopératives foisonnent dans tous les secteurs de la vie, permettant d\u2019exprimer les différences selon les particularités des territoires.Une vue d\u2019ensemble Le mouvement coopératif et mutualiste québécois regroupe 3 200 entreprises coopératives et 39 mutuelles qui appartiennent à plus de 7,7 millions de membres, particuliers et entreprises.Ces dernières génèrent 81 000 emplois et un chiffre d\u2019affaires qui atteint plus de 20 milliards de dollars.Administré par 20 000 dirigeants bénévoles, le mouvement coopératif et mutualiste québécois possède des actifs évalués à près de 130 milliards de dollars. Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 57 Quelques données récentes sur l\u2019évolution des coopératives offrent une idée de leur dynamisme (Tableau 1 ).Il s\u2019est créé 1 471 coopératives de 1996 à 2005 alors que l\u2019actif des coopératives non financières a fait un bond de 2,6 millards de dollars en 1995 à 4,1 en 2004.Pour la même période, leur chiffre d\u2019affaires progressait de 5 à 8,4 milliards de dollars, pour atteindre 3,2 % du PIB1.La croissance des emplois durant cette même décennie s\u2019établit à 35,2 %.Pour l\u2019ensemble du mouvement, plus de 63 millions de dollars ont été redistribués dans les collectivités en commandites, dons et bourses d\u2019études et plus d\u2019un demi-milliard aux membres sous forme de ristournes.TABLEAU 1 Évolution des coopératives non financières de 1995 à 2004-20052 \t1995\t1996\t1997\t1998\t1999\t2000\t2001\t2002\t2003\t2004\t2005 Nouvelles coopératives\t\u2014\t124\t127\t189\t185\t169\t142\t169\t220\t115\t131 Actif (en millions $)\t26/3\t2797\t3102\t3187\t3385\t3582\t3868\t3946\t4050\t4146\t\u2014 Chiffre d\u2019affaires\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t (en millions $)\t5032\t5536\t5978\t6190\t6195\t6624\t7580\t7719\t7981\t8383\t\u2014 Emplois (en milliers)\t23,9\t25,2\t27,4\t30,0\t32,2\t35,2\t37,5\t37,7\t37,6\t36,9\t\u2014 Des coopératives présentes dans plusieurs secteurs d\u2019activité La présentation des données par secteur d\u2019activité témoigne de l\u2019étendue de la présence des coopératives dans tous les domaines de la vie économique du Québec (Tableau 2, données 2004).Les données révèlent le large éventail couvert par la coopération dans toutes les sphères de la vie économique du Québec.Les coopératives non financières s\u2019inscrivent dans plus d\u2019une vingtaine de secteurs d\u2019activité allant des plus traditionnels, tels l\u2019agriculture, la forêt et l\u2019alimentation, à des secteurs émergents tels la télédistribution, les loisirs, l\u2019imprimerie, l\u2019édition et l\u2019informatique, la santé, l\u2019artisanat et les services aux entreprises.Cet intérêt pour la coopération révèle la présence d\u2019un modèle de développement fondé sur une volonté d\u2019humaniser l\u2019économie.Cette volonté s\u2019appuie 58 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 sur des valeurs de démocratie et de redistribution des richesses tout en assurant un contrôle sur notre développement.TABLEAU 2 Les coopératives par secteur d\u2019activité (selon ia classification administrative de la Direction des coopératives) 2004 Source(s) : Ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE).Compilation(s) : Ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation (MDEIE), Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 59 Un puissant bras financier québécois : le Mouvement Desjardins.3 Le Mouvement Desjardins est le premier employeur au Québec avec 37 310 emplois, ce qui représente 1 % de toute la main-d\u2019œuvre.En termes de revenu, il se classe au second rang avec 9,7 milliards de dollars, représentant 4 % du produit intérieur brut (PIB)4 du Québec.Il occupe le premier rang des institutions financières comme prêteur hypothécaire avec 38,8 % du marché québécois, comme prêteur agricole avec 42,2 % du marché et au titre du marché des dépôts (épargne bilan) avec 43,4 %.Dans les autres domaines, sa part de marché se situe à 24,1 % du prêt commercial et industriel, à 23,9 % du prêt à la consommation et à 11,2 % du courtage des valeurs mobilières.Au cours des trois dernières années, l\u2019actif total du Mouvement Desjardins au Québec est passé de 96,2 à 118 milliards de dollars et les excédents des caisses ont atteint des niveaux records qui ont permis le versement de ristournes de 440 millions de dollars en 2003, de 369 millions en 2004 et de 404,2 millions en 2005.et les mutuelles d\u2019assurance5 Dans le domaine financier, il existe aussi 39 mutuelles d\u2019assurances qui, sans se comparer au géant en termes de taille et d\u2019activités, n\u2019en ont pas moins leur importance.Le Groupe Promutuel rassemble 34 mutuelles œuvrant principalement en assurance de dommages.Occupant le quatrième rang parmi les assureurs de ce secteur au Québec, il assure les deux tiers des agriculteurs québécois.Il emploie 1 725 personnes, dont 85 % travaillent à l\u2019extérieur des grands centres, et compte 525 000 membres-assurés.Son actif s\u2019élevait à 932 millions de dollars au 31 décembre 2005 et son chiffre d\u2019affaires à 485 millions.La Capitale mutuelle de l\u2019administration publique a plus de 207 000 membres provenant exclusivement de l\u2019administration publique.Elle possède le groupe financier La Capitale, qui œuvre à la fois en assurance de personnes et en assurance de dommages.Au 31 décembre 2005, ce dernier employait 1 759 personnes, disposait d\u2019un actif de 1,9 milliard de dollars et son chiffre d\u2019affaires s\u2019établissait à 823 millions.SSQ Groupe financier est le plus important assureur en assurance collective au Québec.Il compte plus d\u2019un million de clients, emploie 1 250 personnes, dispose d\u2019un actif de près de 56 millions de dollars et gère plus de trois milliards d\u2019actifs. 60 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 En résumé, à la fin de 2005, les entreprises financières du mouvement coopératif québécois (incluant trois mutuelles non mentionnées précédemment, soit La Survivance, L\u2019Union-vie et L\u2019Entraide) disposaient d\u2019actifs de près de 121 milliards de dollars.Elles employaient plus de 44 000 personnes qui étaient au service de près de sept millions de membres.Le secteur agro-alimentaire6 Avec 95 coopératives agricoles membres, la Coop fédérée est un leader de son secteur, elle apparaît aussi comme un chef de file dans l\u2019ensemble des entreprises québécoises.En effet, son réseau se situe au quatrième rang en ce qui concerne les revenus avec 3,4 milliards de dollars, réalisés au Québec seulement.Pour ce qui est du nombre d\u2019emplois engendré par ses activités québécoises, La Coop fédérée arrive au huitième rang avec 11 981.Ses activités comprennent deux volets principaux.En 2005, l\u2019approvisionnement à la ferme a réalisé plus de 2,8 milliards de dollars de ventes et employait 5 400 personnes alors que la commercialisation et la transformation des viandes se font via sa filiale Olymel.Celle-ci a réalisé des ventes de 2,1 milliards7.Avec des exportations dans plus de 60 pays, Olymel est le plus grand exportateur de viandes de porc et de volaille au Canada.L\u2019agriculture ayant un rapport très étroit avec l\u2019environnement, les coopératives de ce réseau se sont dotées d\u2019outils visant à assurer un développement durable dans leur domaine.Ainsi, en 2005, 54 professionnels étaient affectés à l\u2019environnement, 70 coopératives avaient une politique de recyclage et 32 disposaient d\u2019une politique environnementale.Des investissements de 3,4 milliards ont été consentis.La plus importante coopérative laitière au Canada est la propriété de 4 060 producteurs.Collectivement, ils possèdent 21 usines réparties dans quatre provinces canadiennes et une aux États-Unis.Pas moins de 3 900 personnes sont à l\u2019emploi d\u2019Agropur.En 2005, cette coopérative a traité 1,8 milliard de litres de lait, réalisé un chiffre d\u2019affaires de 2,1 milliards de dollars produisant un excédent de 97,1 millions.Les autres secteurs Un autre secteur coopératif important est celui de l\u2019habitation8.Il comportait 1 171 coopératives actives à la fin de 2005, soit environ 19 % des loge- Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 61 ments sociaux et communautaires du Québec.Les 25 593 logements coopératifs abritaient plus de 50 000 personnes.La valeur de ce parc immobilier s\u2019élevait à plus d\u2019un milliard de dollars.Le chiffre d\u2019affaires dépassait 167 millions.L\u2019arrivée des coopératives funéraires dans le marché avec une politique de prix respectueuse des budgets des personnes endeuillées, les regroupements d\u2019achat établis par leur fédération et plusieurs autres mesures leur ont permis d\u2019offrir des services de qualité à 50 % des coûts de leurs concurrents, forçant ces derniers à modérer les leurs.De plus, à partir de 1995, une stratégie agressive de rachat d\u2019entreprises existantes a permis de contrer une offensive majeure de multinationales américaines qui cherchaient à contrôler le marché québécois.Les 27 coopératives membres de la Fédération des coopératives funéraires possèdent plus de cent points de service constituant le plus important réseau funéraire au Québec.Fort de 140 000 membres et d\u2019un actif de 91 millions de dollars, ce réseau occupait 15% du marché en 2005.Le réseau des coopératives de développement régional (CDR) est le bras constructeur du mouvement coopératif.Il est aussi un acteur important du développement économique régional.Il est voué à la concertation des coopératives dans les différentes régions, à la mise sur pied et au soutien des nouvelles coopératives.Au cours des dix dernières années, les 11 coopératives de développement régional ont contribué à créer environ 850 nouvelles coopératives qui comptent plus de 11 000 emplois dans les différentes régions.Leur réseau regroupe 1 080 coopératives des différents secteurs qui collaborent au travail de consolidation des différents groupements coopératifs régionaux.Les valeurs coopératives En 1995, le Congrès de l\u2019Alliance coopérative internationale rappelait les valeurs coopératives : « la prise en charge, la responsabilité personnelle et mutuelle, la démocratie, l\u2019égalité, l\u2019équité et la solidarité.Fidèles à l\u2019esprit des fondateurs, les membres des coopératives adhèrent à une éthique fondée sur l\u2019honnêteté, la transparence, la responsabilité sociale et l\u2019altruisme9.» Au début de ce texte, nous avons mentionné le chiffre de 20 000 dirigeants bénévoles qui agissent actuellement comme administrateurs de 62 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 l\u2019ensemble des coopératives québécoises.Ces personnes mettent leur intelligence, leurs compétences, leurs réflexions et leur jugement au service de leur coopérative, c\u2019est-à-dire, de tous leurs membres.La plupart du temps leur fonction constitue pour elles une école de participation démocratique, le lieu d\u2019apprentissage de nouveaux savoirs, de contacts avec de nouvelles idées et concepts et d\u2019expériences de toute nature comme l\u2019application à une entreprise de valeurs qui peuvent parfois être contraignantes.Il s\u2019agit incontestablement d\u2019un enrichissement personnel qui va servir ultérieurement ailleurs dans la société.Même s\u2019il est impossible d\u2019en mesurer les effets, il s\u2019agit là d\u2019un avantage exceptionnel que comporte la coopérative.On peut considérer celles-ci comme un formidable instalment d\u2019éducation des adultes et un incroyable moteur de développement des collectivités.Si on considère le chemin parcouru par le mouvement coopératif québécois qui a été créé avec des moyens très modestes et des savoirs souvent élémentaires, son état actuel devrait constituer pour tous une source inépuisable de fierté, mais surtout un puissant stimulant pour aller plus loin.Si on a pu faire autant avec si peu de moyens, maintenant que nous disposons d\u2019organisations solides, de l\u2019expérience, du savoir-faire et de tous les outils modernes nécessaires au développement que nous choisirons, que ne pourra-t-on faire ?Notre défi est de prendre les moyens pour y parvenir.1.\tCoopératives du Québec, Données statistiques, édition 2006, ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation.2.\tIdem 3.\tLes données du Mouvement des caisses Desjardins pour le Québec nous ont été fournies par sa Direction Information et Relations de presse.Certaines proviennent du Rapport annuel de 2005.4.\tPrincipaux indicateurs économiques du Québec, Niveaux annualisés, Institut de la statistique du Québec, 25 août 2006.5.\tLes données concernant les mutuelles sont tirées de leur rapport annuel respectif et de Activités des coopératives et Mutuelles québécoises, MDEIE, 2006.6.\tLes données de ce secteur proviennent des rapports annuels des deux groupes et du Bilan social de 2005 de La.Coop fédérée.7.\tOn notera, qu Olymel possède une usine à.Red Deer, en Alberta, et que les données mentionnées ici comprennent aussi les activités de cette usine.8.\tLes coopératives d'habitation au Québec, MDEIE, 2006.9.\tDéclaration sur l'identité coopérative, Congrès de Manchester, 1995 Le Québec, en panne ou en marche?\u2022 63 Il y a 10 ans naissait le Chantier de l\u2019économie sociale Claude Bêland Président, Mouvement Desjardins (1987-2000) LES ENTREPRENEURS SOCIAUX SE SOUVIENDRONT DE L\u2019ANNÉE 2006 COMME ÉTANT CELLE DU 10e ANNIVERSAIRE DE LA FONDATION DU CHANTIER DE L\u2019ÉCONOMIE SOCIALE, un événement souligné par l\u2019organisation d\u2019un ensemble d\u2019activités visant à dresser le bilan de cette première décennie.Une occasion, aussi, de renforcer les liens entre les acteurs de cette économie alternative et de les mobiliser autour de projets concrets et de mieux faire connaître les mérites de cette économie alternative qui a marqué l\u2019histoire du Québec depuis ses origines.Les moments les plus percutants de cette Saison de l\u2019économie sociale et solidaire frirent certes la tenue d\u2019une Foire nationale du commerce équitable et de l\u2019économie sociale, au Marché Bonsecours à Montréal, concurremment à la tenue de sept foires régionales.À ces foires, se sont ajoutées de nombreuses activités de sensibilisation et d\u2019éducation aux valeurs et à la dynamique de l\u2019humanisation de l\u2019économie.Finalement, en novembre 2006, un grand Sommet - à la fois pour célébrer une longue tradition de solidarité et d\u2019entraide québécoise - et pour souligner la présence depuis dix ans d\u2019un nouvel organisme dans le paysage québécois, Le Chantier de l\u2019économie sociale.Une année également marquée par la création de la Fiducie du Chantier de l\u2019économie sociale, un organisme responsable de fonds d\u2019au moins 28 millions de dollars destinés au financement, par le Réseau d\u2019investissement social du Québec (le RISQ) des entreprises de l\u2019économie sociale.Le Sommet économique de Lucien Bouchard Dix ans déjà ! En effet, c\u2019est en 1996, alors que le Québec fait face à d\u2019importants défis, que le premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, convie les Québécois à une grande corvée nationale afin de faire front commun et affronter les défis de l\u2019emploi, de la compétitivité, de la qualité des services 64 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 publics et de l\u2019équilibre budgétaire.Il convoque les représentants de la société civile à une conférence sur le devenir social et économique du Québec, au cours de laquelle sont mis sur pied cinq groupes de travail : celui du président du Chantier, celui de l'économie et de l'emploi, celui de 1'entrepreneurial local et régional, celui sur la relance de Montréal.et celui de l'économie sociale.Ces différents groupes déposent leurs rapports à l\u2019automne de la même année, à l\u2019occasion du grand Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi sous le thème « Pour un Québec économiquement solide et socialement solidaire».Conclusion de ces travaux : il est résolu d\u2019assainir les finances publiques par l\u2019atteinte du « déficit zéro» dans un délai de trois ans et d\u2019adopter des mesures pour dynamiser les entreprises et la création d\u2019emplois ; de réaffirmer le modèle québécois de la solidarité sociale et de le reconnaître comme essentiel à la création d\u2019emplois par l\u2019entrepreneuriat collectif.De là, aux côtés du Conseil de la Coopération du Québec déjà engagé dans des secteurs bien établis tels que l\u2019agriculture et les services financiers, cette idée de créer un nouvel organisme afin de donner une impulsion nouvelle aux initiatives populaires diverses en regroupant les organismes communautaires et d\u2019apporter à ce secteur le soutien nécessaire à son développement.« Osons ! » lance le premier ministre en annonçant la création du Chantier de l\u2019économie sociale.L\u2019enthousiasme est tel que les présidents des institutions financières présents au Sommet consentent à verser quelques millions de dollars aux fins de créer le Réseau d\u2019investissement social du Québec, aux fins de financer la création et le développement d\u2019entreprises de l\u2019économie sociale.Cet organisme a investi à ce jour près de 8,7 millions de dollars dans 397 projets d\u2019entreprises d\u2019économie sociale à travers le Québec ce qui a contribué à des retombées économiques de près de 94 millions de dollars dans les collectivités.Après dix ans à la présidence du Chantier, Nancy Neamtam rappelle que « les entreprises collectives se sont créées ou se sont développées dans une diversité de secteurs, répondant à la fois aux besoins et aux aspirations des collectivités locales.Qu\u2019il s\u2019agisse de la création de services de proximité et de services aux personnes, de la mise en valeur des ressources et de la protection de l\u2019environnement, de l\u2019expression culturelle ou de l\u2019accès à l\u2019information, de l\u2019offre en tourisme et loisirs ou de l\u2019insertion au travail de per- Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 65 sonnes marginalisées, l\u2019économie sociale a su se positionner comme réponse adaptée et innovante à plusieurs défis sociétaux.» Par une action dynamique et transparente du Chantier et de ses militants, les dix dernières années ont permis de parfaire un travail de reconnaissance de ce secteur, de consolidation des assises identitaires de ce mouvement et de faire en sorte que l\u2019économie sociale s\u2019intégre avec assurance et fierté au cœur du développement socioéconomique du Québec et ce, non seulement à la satisfaction de ceux qui oeuvrent dans ce réseau d\u2019entreprises, mais à celle aussi d\u2019une grande partie de la population.Un sondage auprès de la population révèle en effet que : -\t72 % du grand public québécois considèrent que les coopératives font de l\u2019éducation économique ; -\t73 % trouvent la formule coopérative attrayante ; -\t75 % voient les coopératives comme une bonne solution aux problèmes économiques ; -\t79% croient qu\u2019elles offrent à qualité égale des biens et services à meilleur prix; -\t83 % croient qu\u2019elles encouragent la prise en charge de l\u2019économie sociale et solidaire ; -\t85 % croient qu\u2019elles favorisent l\u2019égalité entre les membres.Une longue tradition L\u2019esprit de la coopération et de l\u2019entraide marque l\u2019histoire de la collectivité civique québécoise depuis fort longtemps.En fait, pour les premiers habitants du territoire québécois, l\u2019économie, la production de biens et services ne pouvait avoir comme but final, non seulement l\u2019enrichissement individuel, mais surtout le développement de leur milieu et le mieux-être de l\u2019ensemble de leur collectivité.C\u2019est ensemble, pas nécessairement dans des structures établies, mais par un réflexe naturel et spontané à la culture associative que les Canadiens français de l\u2019époque luttent pour la survie et le progrès de leur collectivité.La règle coopérative et mutualiste « Un pour tous, tous pour un ! » s\u2019avère nécessaire à leur progrès.Ce n\u2019est que plus tard, sous l\u2019effet de l\u2019industrialisation, qu\u2019apparaît la structuration de cette forme d\u2019entrepreneuriat collectif.On voit alors apparaître au XIXe siècle, des associations en vue de mutualiser les risques - ce 66 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 qui donne naissance à des mutuelles d\u2019assurance et à des regroupements de travailleurs et qu\u2019on assiste à la création de la première coopérative d\u2019épargne et de crédit au Québec.Après être devenu membre de la Société canadienne d\u2019économie sociale de Montréal et inspiré par cette pensée d\u2019une économie sous contrôle des usagers et non des détenteurs de capitaux, Alphonse Desjardins, désireux d\u2019intéresser ses compatriotes aux affaires financières, adopte la formule coopérative afin d\u2019intéresser le plus grand nombre à son projet.En accordant à chaque épargnant, peu importe sa richesse, un droit de vote égal aux autres, il fonde alors la première caisse populaire, celle de Lévis.En 1908, dans la revue L\u2019Action Sociale, il écrit: « Pour qu\u2019une œuvre de régénération économique comme toutes les autres ait la chance de réussir, il faut qu\u2019elle sorte des entrailles mêmes du peuple.» À la même période, afin de contrer l\u2019exode inquiétant de milliers d\u2019agriculteurs vers les États-Unis, la coopération apparaît comme la solution la plus efficace et des coopératives agricoles se forment.Tout au long du siècle dernier, se développe alors ici, au Québec, un vaste réseau de coopératives de services financiers et de coopératives agricoles auxquelles s\u2019ajouteront des coopératives dans pratiquement tous les secteurs d\u2019activités : consommation, transport, habitation, services funéraires, foresterie, etc.Autant d\u2019entreprises qui se distinguent des entreprises traditionnelles par des caractéristiques exclusives telles que la propriété aux usagers, l\u2019inaliénabilité de l\u2019entreprise, la participation des usagers aux décisions et le partage des surplus d\u2019opération non pas en rapport avec le capital investi mais plutôt en rapport avec la somme des activités faites avec la coopérative.Aujourd\u2019hui, le Québec se distingue par l\u2019impact économique du mouvement de l\u2019économie sociale.Soixante-quinze pour cent de sa population est membre d\u2019une entreprise de ce secteur.Selon les chiffres les plus récents disponibles, de 1999 à 2003, l\u2019actif de ces entreprises a progressé de 30% et le chiffre d\u2019affaires de 40 %, avec le nombre d\u2019emplois en hausse de 5500.Cette Saison de l\u2019économie sociale et solidaire de 2006 fut également l\u2019occasion de faire publiquement plusieurs constats : 1 ) le secteur de l\u2019économie sociale est devenu l\u2019un des pilliers du modèle économique québécois avec l\u2019économie marchande et l\u2019économie publique (l\u2019État) ; 2) L\u2019influence de ce secteur est indéniable non seulement sur le plan économique mais sur le plan du développement humain.En ce sens, plus que jamais, il Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 67 représente une valeur ajoutée.Le secteur de l\u2019économie sociale représente globalement au Québec 7 210 entreprises, soit 3210 coopératives et plus de 4000 organisations communautaires.Ce secteur est créateur d\u2019emplois : il en compte 125 080.Sur le plan du développement humain, l\u2019appartenance et surtout la participation aux activités d\u2019une entreprise d\u2019économie sociale, est porteur des valeurs d\u2019égalité et du respect des autres par la pratique de la démocratie, du partage équitable des surplus d\u2019opération aux usagers et du sens de la responsabilité à titre d\u2019entrepreneurs collectifs ; 3 ) L\u2019économie sociale innove: par des partenariats privé-public-coopérative-organisme communautaire, de nouveaux instruments de financement, des initiatives de formation, l\u2019émergence de la consommation responsable et du commerce équitable, la création du réseau des ressourceries, l\u2019acquisition par des coopératives de travailleurs de franchises du secteur marchand (l\u2019exemple récent de l\u2019achat de deux succursales des Rôtisseries St-Hubert par les travailleurs qui se sont transformés en entrepeneurs collectifs).Et l\u2019économie sociale répond aux défis du Québec d\u2019aujourd\u2019hui en participant au développement local et régional et aux stratégies d\u2019occupation du territoire, au développement d\u2019une cohésion sociale, en initiant à la démocratie participative et ainsi contribuant à l\u2019éducation civique, politique et économique de ses membres.Elle favorise l\u2019entrepreneuriat par le partage des risques financiers et assure la permanence des entreprises créées (les coopératives ont un taux de survie et de durabilité qui, selon le ministère du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Exportation, est du double des autres catégories d\u2019entreprises).Puis elle s\u2019inscrit dans la logique du développement durable.Une vraie économie Ces constats permettent de répondre à certaines questions qui reviennent constamment au sujet d\u2019une économie sociale mal connue, telles que : l\u2019économie sociale, est-ce de la vraie économie ?L\u2019économie sociale crée-t-elle de vrais emplois ?Et combien coûtent ces emplois à l\u2019État ?Si nous admettons que l\u2019économie traite de la production, de la distribution et de la consommation de biens et de services, de toute évidence, l\u2019économie sociale est une vraie économie.Les entreprises de l\u2019économie sociale produisent des biens et les distribuent en vue d\u2019une consommation 68 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 nécessaire au mieux-être de la collectivité.Ces entreprises créent de vrais emplois, en général bien rémunérés.Comme les autres entreprises, la coopérative se finance d\u2019abord par l\u2019apport de capital de ses membres et ensuite par des emprunts auprès du privé ou d\u2019institutions publiques ou spécialisées dans le financement des entreprises de l\u2019économie sociale.En fait, il existe davantage de programmes d\u2019aide aux entreprises traditionnelles qu\u2019aux entreprises de l\u2019économie sociale.Certes, il existe un bon nombre d\u2019organismes communautaires qui ne peuvent survivre sans le soutien de l\u2019État.Elles sont des organisations qui viennent en aide aux plus démunis, aux handicapés, aux malades mentaux, aux enfants abandonnés, aux femmes battues, etc.Bref, des entreprises souvent complémentaires à l\u2019action gouvernementale.Il s\u2019agit là d\u2019une forme de partenariat entre l\u2019État et de groupes de citoyens et citoyennes regroupés dans des entreprises de l\u2019économie sociale.Non pas des PPP - mais des PPC - des partenariats du Public avec ses Citoyens.Ajoutons un autre constat - peut-être le plus important.Si jusqu\u2019à récemment, la mondialisation apparaissait comme une fatalité, aujourd\u2019hui d\u2019autres façons de faire apparaissent plus prometteuses à ceux et à celles pour qui la mondialisation n\u2019apporte pas le bonheur annoncé.Il n\u2019y a plus de pensée unique.Sont désormais entendus également par les populations les appels de ceux et celles qui croient qu\u2019à la comptabilité strictement financière doit s\u2019ajouter la valeur de la comptabilité sociale et qu\u2019un autre monde est possible.Des rappels à une réalité : celle que nous ne vivons pas dans des économies mais dans des sociétés et que l\u2019économie se doit d\u2019être servante des collectivités.Or, les entreprises de l\u2019économie sociale conjuguent au présent pour un meilleur futur cette intégration nécessaire des activités humaines cohérentes avec l\u2019objectif ultime de construire un monde meilleur.Réconcilier les différentes activités humaines au profit de l\u2019être humain, c\u2019est sans doute ce que peut offrir l\u2019économie sociale.C\u2019est l\u2019espoir que les débats de l\u2019automne 2006 au Sommet de l\u2019économie sociale et solidaire auront ravivé.1.\tPerceptions de la population québécoise et des membres à ïégard des coopératives, rapport préparé pour le Conseil de la.coopération du Québec par la.firme Impact Recherche, 12 mars 2004.2.\tSelon les statistiques du Ministère du Développement économique, de l'innovation et de l'Exportation. Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 69 L\u2019économie sociale québécoise s\u2019étend à l\u2019étranger Louis Favreau Sociologue, Chaire de recherche du Canada en développement des collectivités, Université du Québec en Outaouais LA MONDIALISATION POLITIQUE, ÉCONOMIQUE ET CULTURELLE DE LA DERNIÈRE DÉCENNIE A FAIT DE LA PÉRIODE ACTUELLE UNE PÉRIODE DE PROFONDES MUTATIONS qui représentent des menaces mais qui offrent aussi des possibilités nouvelles.Malgré l\u2019échec de projets de grande envergure et même si la mondialisation néolibérale représente indiscutablement une tendance forte et durable, la trajectoire de cette interdépendance plus marquée des sociétés n\u2019est pas à sens unique.La conjoncture internationale est en effet incertaine et instable et un mouvement citoyen international a ouvert une brèche, notamment à partir du Forum social mondial et de l\u2019émergence de nouveaux réseaux internationaux dont ceux des organisations et des entreprises collectives.Dakar au Sénégal, fin d\u2019automne 2005, était l\u2019hôte de près de 1 250 personnes en provenance de centaines d\u2019organisations de quelque 66 pays.Le Québec était à ce rendez-vous convoqué par le Réseau intercontinental de promotion de l\u2019économie sociale et solidaire (RIPESS).Une importante délégation de 125 personnes du Québec était présente, avec à sa tête le Groupe d\u2019économie solidaire du Québec (GESQ) présidé par Gérald Larose, professeur en travail social à l\u2019Université du Québec à Montréal.Cette délégation provenait d\u2019entreprises collectives, de mouvements sociaux (organisations syndicales, groupes de femmes, réseaux de jeunes.), d\u2019organisations de coopération internationale affiliées à l\u2019Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), d\u2019universités et de collèges, de regroupements nationaux d\u2019économie sociale, etc.L\u2019économie sociale québécoise dans le développement d\u2019une mondialisation équitable. 70 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le Québec des mouvements sociaux est très engagé dans ces nouvelles dynamiques internationales.Dans la critique de la mondialisation néolibérale certes, mais plus encore dans la proposition de solutions de rechange.Par exemple, l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA) est particulièrement active dans le soutien à des projets de gestion collective de l\u2019offre dans une douzaine de pays d\u2019Amérique latine et d\u2019Afrique ; la Centrale des syndicats nationaux (CSN) et la Fédération des travailleuses et travailleurs du Québec (FTQ) font de la formation socioéconomique et syndicale dans de nombreux pays francophones d\u2019Afrique ; le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité et son « relais » international, la Société de coopération pour le développement international (SOCODEVI), sont engagés dans des dizaines de projets de soutien à des «entreprises de propriété collective», pour employer l\u2019expression du directeur de cet OCI, Réjean Lantagne, tant en Afrique qu\u2019en Amérique latine.Sans oublier la filiale internationale du Mouvement Desjardins, Développement international Desjardins (DID), qui travaille au Sud dans la finance communautaire ; le Chantier de l\u2019économie sociale a établi des relations, par ONG interposées (Alternatives), avec des organisations en Argentine et au Brésil; la Caisse d\u2019économie solidaire Desjardins, issue de la mouvance CSN, soutient des projets de fonds de travailleurs et des reprises d\u2019entreprises en Amérique latine, tandis qu\u2019une cinquantaine d\u2019organismes de coopération internationale québécois regroupées au sein de l\u2019AQOCI travaillent, bon an mal an, avec l\u2019apport de centaines de coopérants, sur place et ici, dans l\u2019animation de projets de développement.L\u2019organisation Développement et Paix et le Centre canadien d\u2019étude et de coopération internationale (CECI) ont d\u2019ailleurs été les toutes premières OCI du Nord à soutenir le RIPESS, organisateur de l\u2019événement à Dakar, dès le début du projet en 2002.La liste est loin d\u2019être exhaustive.Ce sont cependant des exemples marquants aujourd\u2019hui de l\u2019expérience québécoise en la matière.La présence importante de Québécois à cette grande rencontre de Dakar ne découle pas seulement de l\u2019effort du GESQ pour animer cette démarche, elle résulte pour beaucoup de l\u2019engagement international peu connu de l\u2019économie sociale québécoise depuis près de deux décennies.En fait, celui-ci se décline en trois stratégies: celle du commerce et de l\u2019échange; celle des relations internationales proprement dites ; et enfin celle de la coopération Nord-Sud. Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 71 En premier lieu, des entreprises collectives d\u2019ici cherchent à créer des filières à l\u2019étranger.C\u2019est le cas par exemple du Mouvement Desjardins qui, hors Québec, travaille à fédérer les caisses d\u2019épargne et de crédit existant au Canada tout en prenant simultanément racine dans le sud des États-Unis.Ici c\u2019est surtout la logique économique d\u2019affronter le marché international qui a incité Desjardins à prendre les devants pour faire face à la concurrence des grandes banques privées.À sa manière et à une autre échelle, le commerce équitable tente aussi de se positionner sur le marché international autour de certains produits (café, cacao, thé.) avec un succès remarquable.Il y a aussi une internationalisation de l\u2019économie sociale qui passe par l\u2019établissement de relations internationales (bilatérales ou multilatérales) entre organisations similaires dans le monde.L\u2019économie sociale québécoise inspire le Sud L\u2019économie sociale québécoise est plus présente au Sud que ce qu\u2019on soupçonne généralement.D\u2019abord en matière de finance dite de proximité, DID soutient la mise sur pied de réseaux de caisses d\u2019épargne et de crédit dans une vingtaine de pays d\u2019Asie, d\u2019Afrique et d\u2019Amérique latine.Ensuite, UPA-DI soutient l\u2019organisation paysanne à partir du modèle de la gestion de l\u2019offre (contrôle des prix à la production et une mise en marché collective), tandis que SOCODEVI distille le «modèle» des entreprises de propriété collective dans l\u2019«empowerment» de communautés au Sud depuis 1985.La contribution de ces organisations est impressionnante et surtout très méconnue.Mais de ces expériences, il convient de dire deux ou trois choses importantes que les gens du Sud ne manquent pas de relever lorsqu\u2019ils en viennent à reconstituer l\u2019origine de celles-ci.et à connaître la réalité du Québec à travers elles.À l\u2019origine de ces initiatives, il y a les inégalités sociales fortes vécues par un groupe social donné.À l\u2019origine de ces initiatives, il y a aussi l\u2019appartenance à un groupe, l\u2019identité, la volonté de « vivre ensemble » d\u2019une communauté particulière.À l\u2019origine de ces initiatives, il y a le rêve d\u2019une société différente, socialement plus juste et plus équitable.Telles sont les trois moteurs d\u2019action collective qui ont fait émerger l\u2019économie sociale en Europe comme au Québec et qui sont très souvent aujourd\u2019hui des moteurs de développement au Sud. 72 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Les gens du Sud y reconnaissent donc, dans le temps, une similitude de diagnostic : un monde populaire acculé à la précarité et à une dépendance économique vis-à-vis de l\u2019extérieur.Ils y voient également une similitude de perspective : entreprendre une action collective contre les inégalités et contre la dépendance laquelle doit impérativement passer par un développement de l\u2019intérieur et non pas, comme le prétendent les penseurs néolibéraux de la Banque mondiale, par un processus de capitalisation extravertie complétée subsidiairement par des dispositifs de gestion sociale qui ciblent les populations les plus pauvres à partir d\u2019une aide publique internationale.Syndicalisme agricole et mouvement coopératif C\u2019est au début des années 1990 que l\u2019UPA commence à s\u2019intéresser plus fortement à la solidarité internationale.Nous sommes alors en pleine négociation des accords du GATT et la conclusion s\u2019impose d\u2019elle-même : l\u2019agriculture familiale était menacée par la grande production.UPA-DI naît en 1993.Le travail en partenariat avec des organisations du Sud s\u2019impose alors, non seulement pour avoir une plus grande influence sur les débats en cours, mais aussi pour avoir plus de prise sur les enjeux liés aux accords de libre-échange.Depuis 15 ans, l\u2019UPA-DI est donc mobilisée par les politiques de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC, qui a remplacé le GATT) et ses impacts sur le monde de l\u2019agriculture au Sud.En effet, dans une économie mondialisée, le marché agricole est dominé par les grands producteurs qui peuvent se permettre d\u2019inonder le marché de produits à faibles coûts, et ce, au détriment des petits paysans.UPA-DI voit donc un intérêt certain à ce que ses partenaires puissent profiter de son expérience de plus de 80 ans en matière de syndicalisme agricole.En même temps, « les organisations du Sud, explique André Beaudoin, directeur d\u2019UPA-DI, nous font prendre conscience de la nature même du monde paysan.L\u2019économie occupe une grande place en agriculture mais le Sud nous fait prendre conscience qu\u2019outre cette fonction économique, l\u2019agriculture est aussi nourricière et joue un rôle de protection des ressources naturelles.Au Nord, on perd vite cela de vue ».Pour faire avancer les projets, UPA-DI est en mesure de partager son expérience en appui technique et organisationnel ou encore de contribuer Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 73 à la mise en marché collective des produits agricoles.À cet effet, UPA-DI a été tout récemment l\u2019initiateur de la constitution d\u2019un mouvement international d\u2019agriculture équitable, le mouvement MAÉ-MAÉ (mouvement@mae-mae.qc.ca).Le commerce équitable, nouvelle génération de développement local et d\u2019économie sociale Qui n\u2019a pas, dans les dernières années, entendu parler de commerce équitable ?Au Québec, les ventes qui y sont liées sont en croissance constante.Il y a quelques années, les produits équitables étaient distribués presque exclusivement dans des boutiques spécialisées ou au sein de réseaux de militants.On les retrouve aujourd\u2019hui dans la plupart des commerces de détail, les supermarchés et les épiceries.D\u2019ici quelques années, plusieurs denrées portant le label équitable seront exportées du continent africain : arachide, coton, mangue, karité, cacao, etc.Déjà, des ONG de coopération internationale (CECI, OXFAM-Québec, SOCODEVI, UPA-DI.) en place sur le terrain ont misé sur les pratiques du commerce éthique afin de favoriser le développement.C\u2019est l\u2019ONG Équiterre, nouvelle arrivée dans le paysage, qui en a été l\u2019initiatrice.Le rôle de toutes ces organisations québécoises : offrir un appui organisationnel aux associations et groupes du Sud qui souhaitent se lancer dans la production et la commercialisation équitables.En diminuant les intermédiaires et en payant aux petits producteurs un prix qui tienne compte des coûts de production, le commerce équitable favorise l\u2019autonomie économique de communautés du Sud.De la même façon, ce type de commerce repose sur des partenariats à long terme avec les producteurs du Sud, lesquels permettent de planifier la production et d\u2019envisager potentiellement la mise sur pied de projets locaux de développement intégré.Le commerce équitable se pratique généralement au sein de coopératives qui ont pour credo le respect des droits du travail.De plus, une partie de la ristourne des entreprises sert à financer des projets locaux en matière de santé, d\u2019éducation ou d\u2019habitation.L\u2019internationalisation de l\u2019économie sociale : une mise en perspective Il existe un lien étroit entre l\u2019économie sociale au Québec et son histoire sur 74 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 le plan international.Le Québec, bien que disposant de certaines originalités, n\u2019est pas un cas à part : l\u2019économie sociale québécoise s\u2019inscrit comme dans beaucoup d\u2019autres pays dans une mouvance, hier celle du mouvement ouvrier et agricole, aujourd\u2019hui celle d\u2019un mouvement citoyen international né en ce début de XXIe siècle et dont l\u2019expression la plus visible a été jusqu\u2019à récemment le Forum social mondial (Fall étal, 2004).Des plus récents travaux de recherche, on peut dégager les lignes de force suivantes : 1 ) L\u2019économie sociale, tant coopérative qu\u2019associative, est un héritage des classes populaires et des classes moyennes au même titre que le syndicalisme.L\u2019histoire des Pionniers de Rochdale traduit fort bien ce point de vue.Cette première coopérative, fondée en 1844, en banlieue de Manchester, ville par excellence de l\u2019industrie textile du XIXe siècle, a produit les principes de base de l\u2019entreprise collective qui inspirent encore aujourd\u2019hui le mouvement international de l\u2019économie sociale.2) On assiste dans les 30 dernières années à un renouvellement de l\u2019économie sociale un peu partout dans le monde, au Nord comme au Sud (Defourny et Develtere, 1999).3 ) Partout dans le monde tout comme au Québec, l\u2019économie sociale est plurielle (coopératives, mutuelles et associations) y compris dans ses formes nationales de regroupement (Favreau, 2005).4)\tL\u2019économie sociale qui évolue dans des missions de service public est de son côté confrontée historiquement au risque de la sous-traitance.Mais elle fait aussi la preuve qu\u2019il est possible de renouveler l\u2019État social au moins au niveau des communautés locales et des régions.5)\tSur le plan international, malgré qu\u2019il soit au cœur de l\u2019Amérique du Nord et donc au cœur du néolibéralisme, le Québec fait figure d\u2019expérience originale d\u2019une société qui n\u2019est pas complètement happée par ce dernier, parce que le Québec a réussi depuis 40 ans à faire cohabiter activement économie publique et économie sociale, ce qui donne beaucoup moins de prise à la seule logique marchande et favorise la démocratisation de l\u2019économie. Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 75 D\u2019un point de vue plus général et plus politique, l\u2019économie sociale fait donc partie de l\u2019histoire de gens qui s\u2019associent pour entreprendre autrement, très souvent des dirigeants de mouvements sociaux qui s\u2019aventurent sur le terrain économique qu\u2019ils connaissent sans doute peu ou mal au départ, mais qui s\u2019y investissent comme militants qui aspirent à une économie plus équitable en disposant déjà de certaines qualités indispensables à sa construction : une vision du développement économique et un sens de l\u2019organisation, de la délibération et de la négociation.Nées dans le sillage de mouvements sociaux (paysan, ouvrier, associatif, de femmes, écologique.), ces entreprises ont des fondements éthiques de grande qualité : association de personnes (et non d\u2019actionnaires); propriété collective et partage des surplus avec l\u2019ensemble de leurs membres ; fonctionnement démocratique.Telles sont les assises qui garantissent leur intégration dans le patrimoine collectif des sociétés au Nord comme au Sud.Références DEFOURNY, J., et P.DEVELTERE (1999), L\u2019économie sociale au Nord et au Sud, Êd.De Boeck, Bruxelles et Paris.DEMOUSTIER, D.(2001), L\u2019économie sociale et solidaire.S\u2019associer pour entreprendre autrement, Alternatives économiques/Syros, Paris.FALL, A.S., L.FAVREAU et G.LAROSE (dir.) (2004), Le Sud.et le Nord dans la mondialisation: quelles alternatives ?Mondialisation, société civile, États, démocratie et développement, Presses de PUniversité du Québec.FAVREAU, L., C.DOUCET et alii (2006), Dakar2005: l\u2019émergence d\u2019un réseau international d\u2019économie sociale et solidaire.Cahier de la.CRDC et de PARUC-ISDC, UQO, Gatineau, 135 pages.FAVREAU, L.(2005), Les regroupements nationaux d\u2019économie sociale: essai d\u2019analyse politique.Cahier de recherche de la.CRDC, UQO, Gatineau, 38 pages.FAVREAU, L.et L.FRÉCHETTE (2002), Mondialisation, économie sociale, développement bcal et solidarité internationale, PUQ, Sillery.FAVREAU, L., G.LAROSE et A.S.FALL (2004), Altermondialisation, économie et coopération internationale.Presses de PUniversité du Québec, Sainte-Foy et Karthala, Paris.Deux sites de recherche www.uqo.ca/ries2001 www.crsdd.uqam .ca DES HOMMES ET DES FEMMES DE VALEURS.LES ACTEURS ET ACTRICES DE L'ÉCONOMIE SOCIALE ONT COMPRIS QUE LE MEILLEUR PROFIT, C\u2019EST QUAND TOUT LE MONDE Y GAGNE.ILS ONT CHOISI DE TRAVAILLER POUR LE BIEN COMMUN AU SEIN D\u2019ENTREPRISES QUI VALORISENT LE RESPECT, LA DÉMOCRATIE ET LA SOLIDARITÉ./A \u201eaW»\u2018s a\\ouW2 L'ECONOMIE SOCIALE.ÇA PARLE D'ARGENT ET DE VALEURS HUMAINES.CHANTIER DE L'ECONOMIE SOCIALE www.chantier.qc.ca Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 77 Les pratiques culturelles au Québec : la fin de la démocratisation ?Rosaire Garon Sociologue LE PAYSAGE DES LOISIRS CULTURELS S\u2019EST GRANDEMENT TRANSFORMÉ AU COURS DES DERNIÈRES DÉCENNIES DU XXe SIÈCLE.Les changements majeurs survenus dans la consommation culturelle sont l\u2019effet de différents facteurs, les uns puisant leur source dans l\u2019expansion de l\u2019univers du divertissement, les autres découlant plutôt de la transformation de la structure sociale.L\u2019appareil axiologique lui aussi s\u2019est mis de la partie avec l\u2019idéologie du changement lors de la Révolution tranquille et plus récemment avec le postmodernisme.Ces valeurs se sont immiscées jusque que dans l\u2019agir quotidien et leurs effets se retrouvent dans l\u2019évolution des pratiques culturelles.On peut leur attribuer une intensification des pratiques culturelles dans l\u2019après-guerre, en particulier celles s\u2019inspirant de la culture humaniste, classique ou savante, caractéristique de l\u2019élite puis, par la suite, leur déclin et leur renouvellement par un éclectisme empruntant aux valeurs plus populaires de la classe moyenne.Les données qui servent à notre analyse proviennent des enquêtes sur les pratiques culturelles des Québécois que le ministère de la Culture et des Communications (MCC) mène tous les cinq ans.Cette enquête est conduite auprès de la population âgée de 15 ans et plus vivant dans les ménages individuels.À ce jour, six enquêtes ont été réalisées, la première en 1979 et la dernière en 2004, ce qui fournit une fenêtre d\u2019observation d\u2019un quart de siècle.La lecture : déclin et vieillissement du lectorat Le livre est l\u2019extension de la mémoire et de l\u2019intelligence de l\u2019humanité.Aussi, dans une civilisation de l\u2019écrit, le livre atteint-il l\u2019homme dans ce qui 78 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 lui est essentiel, ses facultés intellectuelles, la lecture a-t-elle un statut privilégié parmi les pratiques culturelles et les compétences en littératie sont-elles valorisées en raison de leur apport au développement humain et à celui des sociétés.Les statistiques les plus récentes sur la littératie et la lecture au Québec ne sont pas tout à fait rassurantes.Même s\u2019il y a eu une légère amélioration des compétences des adultes en ce domaine au Québec, entre 1994 et 2003, il demeure que près de la moitié des Québécois âgés de 16 à 65 ans ne possèdent pas les capacités jugées nécessaires pour fonctionner aisément dans une société axée sur l\u2019économie du savoir.Le plaisir de lire une œuvre littéraire est absent si le geste de lecture est lui-même ardu et pénible.En outre, la personne compétente en lecture n\u2019est pas toujours une praticienne de la lecture.Plusieurs personnes, hautement qualifiées au plan professionnel, ne prennent plus le temps de lire un livre par plaisir ou pour leur enrichissement personnel.Par exemple, en 2004, plus du quart des personnes qui comptent 16 années ou plus de scolarité ont déclaré lire rarement (20%) ou jamais (8%) de livres.La lecture des imprimés : des habitudes qui se perdent ?Plusieurs études font état d\u2019une baisse de la lecture, en Occident, sur ses supports traditionnels.Malgré la croissance inégalée des publications, un constat se dégage en France, aux États-Unis, aux Pays-Bas et au Québec : la lecture des imprimés aurait subi un recul.En France, tout comme au Québec, on observe une diminution des gros lecteurs de livres au profit des petits lecteurs.\t91\t\t\t\t\t\t Taux de lecteurs réguliers de\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t70\t\t\"\t\t\t\t\t quotidiens, de revues ou magazines ainsi que de livres,\t\t\t\t\t^\t\t\t \t60\t\t\t\t\t\t \t\t\t:\u2014\"\t\t\t\t Québec, 1979 -2004\t\t\t\t\t\t\t \t50 40\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t \t\t1979\t1933\t1939\t1994\t1999\t2004 \t\t Quotidiens\t75,3\t72,0\t77,3\t76,5\t70,9\t65,5 \t\t Revues\t55,3\t57,4\t60,6\t63,4\t55,6\t52,9 \t\t Livres\t54,4\t51,0\t53,0\t56,9\t52,0\t59,2 Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 79 La presse quotidienne, les revues et les magazines La lecture de la presse quotidienne est en perte de vitesse un peu partout en Occident, aux États-Unis, en France, aux Pays-Bas pour ne nommer que quelques pays.Le Québec n\u2019échappe pas à ce courant et la lecture régulière des quotidiens a perdu dix points de pourcentage au cours de la période de 1979 à 2004.Si rien n\u2019est fait pour enrayer ce mouvement, la presse quotidienne pourrait bien perdre de cinq à dix points supplémentaires au cours de la prochaine décennie.La lecture de revues et de magazines a évolué un peu différemment de celle des quotidiens.Les années 1979 à 1994 ont été celles d\u2019une progression du lectorat, suivies d\u2019une rupture de la tendance.La décennie 2004-2014 encaissera une perte probablement plus grande encore, de quinze points environ, si la tendance se maintient.La concurrence faite aux quotidiens et aux périodiques par les médias électroniques, radio et télévision, ainsi que par Internet, est de plus en plus vive sur le marché des nouvelles et de l\u2019actualité.Ces médias se disputent en partie un même marché, leur environnement est devenu plus compétitif et fragmenté, la fidélité n\u2019est plus acquise et une partie de leur audience traditionnelle migre vers d\u2019autres supports.Le livre Le parcours du livre est plus sinueux et obéit à une logique différente de celle de la presse quotidienne et périodique.La lecture de livres était à la hausse, de 1983 à 1994, avant le grand boom des médias, des nouvelles technologies de l\u2019information et de la communication, de l\u2019industrie du divertissement en général.Le rebondissement de la lecture de livres en 2004, un gain de sept points par rapport à 1999, permet d\u2019atteindre un taux de lecture de 60 %, taux jamais égalé en 25 ans.Cette croissance n\u2019est peut-être qu\u2019un sursis accordé au livre.Elle demeure un phénomène localisé principalement dans les générations plus âgées.Les baby-boomers vont changer de cycle de vie, si ce n\u2019est fait.Ils arrivent à une période de leur existence où ils disposent de plus de temps libre.Ils reprennent et intensifient la pratique d\u2019activités qu\u2019ils devaient auparavant rationner.Ils forment maintenant l\u2019assise principale du lectorat des imprimés.La lecture de livres continuera de progresser globalement au cours de la décennie se terminant en 2014 en raison de l\u2019apport des 55 ans et plus.En revanche, une décroissance est 80 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 anticipée chez les plus jeunes.Les lecteurs de quotidiens avaient une moyenne de 46 ans en 2004, alors que ceux de magazines et de livres en avaient une de 44 ans.Une véritable saignée s\u2019est produite chez les plus jeunes.De 1979 à 2004, la proportion de lecteurs chez les 15 à 24 ans a baissé d\u2019environ 19 points de pourcentage dans le cas des quotidiens, de 12 points pour les revues et magazines et, moins dramatiquement, de 6 points pour les livres.Le comportement de lecture est différent selon le genre.La lecture des quotidiens de même que celle sur Internet est plus typiquement une activité masculine alors que celle des magazines et des livres est à prédominance féminine.La scolarité demeure toujours un facteur étroitement associé aux pratiques de lecture.Les équipements culturels de plus en plus accessibles S\u2019il est un domaine où des gains sociaux appréciables ont été observés dans les pratiques culturelles, c\u2019est bien dans celui de la fréquentation des équipements culturels.Cette frquentation accrue provient en bonne partie de l\u2019extension des réseaux des équipements qui ont permis de mieux desservir la population.Au fil des ans, la population québécoise a le sentiment que les lieux de diffusion culturelle lui sont de plus en plus facilement accessibles, même si elle ne se prévaut pas toujours de leurs services.Cette perception n\u2019en est pas une exclusivement citadine, mais se retrouve sur l\u2019ensemble du territoire québécois.La bibliothèque publique est l\u2019équipement où ce sentiment est le plus fort.Depuis plusieurs années, presque toute la population, soit environ 90 %, trouve que la bibliothèque lui est facilement accessible à partir du domicile.D\u2019autres équipements, jugés d\u2019atteinte plus difficile dans le passé, ont fait des gains importants depuis 1989.C\u2019est le cas du cinéma et de la salle de spectacles qui ont gagné environ 20 points de sorte que, en 2004, plus de 80% de la population trouve ces équipements matériellement accessibles.Les obstacles à la fréquentation des musées, des centres d\u2019exposition et centres d\u2019archives, même si la vocation de ces équipements est davantage régionale que locale, ont également été allégés, entraînant un gain de 10 points.La fréquentation des équipements culturels La fréquentation des équipements culturels a connu un essor important de Le Québec, en panne ou en marche?\u2022 81 1979 à 2004, comme on peut le voir au tableau 1.Les bibliothèques publiques ont doublé le nombre relatif de leurs visiteurs.Le succès des galeries d\u2019art est également à signaler, surtout au cours des dernières années.Il n\u2019y a que les salons des métiers d\u2019art qui accusent une baisse de 50 % de leur audience au cours de la période.Il convient de préciser que les taux de fréquentation des salons des métiers d\u2019art étaient élevés à la fin des années 1970 et au début des années 1980 en raison de l\u2019engouement de la population pour ce genre d\u2019événement.C\u2019était, à l\u2019époque, une des façons par laquelle se manifestaient la conscience identitaire des Québécois et la réappropriation de leur patrimoine.Les prévisions pour les prochaines années sont également optimistes, à l\u2019exception des grands musées qui pourraient voir leur public décliner si la tendance se poursuit.On voit que, tout au long de la période, la librairie TABLEAU 1 Évolution des taux de fréquentation des établissements culturels, Québec, 1979-2004 Équipement\t1979 %\t1983 %\t1989 %\t1994 %\t1999 %\t2004 %\tRatio 2004-1979 Bibüothèque publique\t23,5\t33,0\t34,3\t32,5\t37,3\t47,6\t202,6 Librairie\t49,3\t50,7\t59,5\t62,3\t61,5\t71,2\t144,4 Musée d'art\t23,2\t22,8\t28,1\t27,1\t30,6\t32,6\t140,5 Autre musée\t17,6\t17,3\t24,4\t20,9\t22,8\t26,2\t148,9 Grands musées*\tn.d.\tn.d.\t21,7\t27,2\t28,8\t26,6\tn.d.Site ou monument\t30,4\t28,8\t37,6\t32,4\t38,9\t40,3\t132,6 Galerie d'art\t18,3\t19,9\t23,0\t18,9\t21,0\t33,3\t182,0 Salon des métiers d'art\t43,8\t45,7\t24,8\t20,5\t20,8\t21,9\t50,0 Salon du (ivre\t12,4\t21,3\t14,2\t14,1\t14,8\t15,8\t127,4 Centre d'archives\tn.d.\tn.d.\t8,5\t6,7\t9,3\t11,4\tn.d.Source : Ministère de la Culture et des Communications, Enquête sur tes pratiques cutturettes au Québec, 1979, 1983,1989,1994,1999 et 2004.\u2018Grands musées : il s'agit du Musée national des beaux-arts du Québec, du Musée de ta civilisation (Québec], du Musée des beaux-arts (Montréal], du Musée d'art contemporain (Montréal] et du Musée des civilisations (Gatineau).Signalons que ce dernier musée n'avait pas encore ouvert ses portes en 1989, de sorte que te pourcentage de fréquentation des grands musées est établi sur tes quatre autres pour cette année-tà. 82 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 vient en tête des équipements les plus fréquentés.Le succès grandissant qu\u2019elle remporte auprès du public en fait un des équipements de première importance de démocratisation de la culture sous l\u2019aspect commercial.La fréquentation des musées, des sites et monuments, des galeries d\u2019art et des centres d\u2019archives est également à la hausse.La visite des musées à l\u2019extérieur du Québec est une pratique assez répandue puisque 17,5% des répondants ont déclaré le faire.La fréquentation des salons du livre n\u2019a pas progressé de façon significative depuis 1989.Un changement très important s\u2019est produit au cours des années dans la structure des publics des équipements culturels ; il nous oblige à tempérer les constats d\u2019échec en matière de démocratisation culturelle.La composition des publics s\u2019est transformée sous l\u2019effet de deux mouvements en partie opposés.D\u2019un côté, il y a eu une plus grande appropriation des lieux culturels par les fractions de la société qui, dans le passé, en étaient largement exclues.La population âgée, la population inactive et celle qui est moins scolarisée ont fait des gains importants en matière de fréquentation des établissements culturels au cours de la période de 1979 à 2004.En contrepartie, les groupes traditionnellement convertis aux arts et à la culture, comme les jeunes, les diplômés universitaires et les étudiants, ont pris une distance de plus en plus grande par rapport aux lieux culturels.Les sorties au cinéma et au spectacle Les sorties au cinéma et au spectacle ont connu des évolutions différentes au cours des années 1979 à 2004.Le cinéma n\u2019a cessé d\u2019enregistrer des succès d\u2019audience alors que le jugement porté sur le spectacle doit être plus nuancé.L\u2019explosion du spectacle a été l\u2019un des traits marquants du développement culturel des décennies 1980 et 1990.Plusieurs signes indiquent cependant que ce cycle expansionniste est parvenu à terme.Les gains du spectacle auprès de la population sont venus davantage d\u2019une diversification de l\u2019offre, de l\u2019apparition de nouveaux produits dans les domaines de l\u2019humour et des variétés musicales que par la conquête d\u2019un nouveau public des arts d\u2019interprétation traditionnels.Le cinéma La sortie au cinéma n\u2019a jamais été aussi populaire.On peut se demander si Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 83 TABLEAU 2 Évolution des taux de fréquentation du cinéma et du spectacle, Québec, 1979-2004 \t\t\tAnnée\t\t\t\tVariation\tVariation Sortie au cours des\t\t\t\t\t\t\t2004-1989\t2004-1979* 12 derniers mois\t1979\t1983\t1989\t1994\t1999\t2004\tN points\tN points \t%\t%\t%\t%\t%\t%\tde %\tde % Cinéma\tn.d.\tn.d.\t51,0\t59,1\t72,0\t75,5\t24,4\tn.d.Théâtre d'été\t14,3\t17,1\t21,1\t18,3\t15,7\t9,3\t-11,8\t-5,0 Théâtre en saison\t30,1\t30,1\t27,9\t24,4\t28,8\t24,2\t-3,7\t-5,9 Concert classique\t13,2\t13,7\t13,8\t10,6\t13,0\t13,7\t-0,1\t0,5 Concert rack\tn.d.\tn.d.\t14,7\t16,8\t13,1\t13,7\t-1,0\tn.d.Concert de jazz\tn.d.\tn.d.\t12,1\t12,5\t8,2\t17,0\t4,9\tn.d.Concert western ou country\tn.d.\tn.d.\t5,0\t4,9\t6,6\t2,5\t-2,5\tn.d.Concert de chansonnier\tn.d.\tn.d.\t24,3\t15,4\t8,2\t17,0\t-7,3\tn.d.Groupe ou artiste populaire\tn.d.\tn.d.\t17,5\t11,3\t23,5\t16,7\t-0,8\tn.d.Danse classique\t7,3\t7,2\t8,9\t5,1\t5,0\t3,1\t-5,8\t-4,2 Danse moderne\t8,1\t10,0\t8,8\t4,3\t5,5\t4,4\t-4,4\t-3,7 Danse folklorique\t6,7\t4,4\t7,0\t3,6\t2,3\t2,6\t-4,4\t-4,1 Humour\tn.d.\tn.d.\tn.d.\t25,0\t24,8\t20,6\tn.d.\tn.d.Source : Ministère de la Culture et des Communications, Enquête sur tes pratiques cuttu-rettes au Québec, 1979, 1983,1989,1994,1999 et 2004.sa plus grande accessibilité en matière d\u2019horaire, en matière de choix avec les multiplexes et aussi en matière de coût, la sortie au cinéma ne viendrait pas remplacer la sortie au spectacle, plus onéreuse et contraignante à bien des égards.Malgré des présages de mauvais augure qui pesaient sur l\u2019industrie avant les années 1980, celle-ci est parvenue à reconquérir et à élargir son public.La télévision, le magnétoscope, le DVD, les clubs vidéo, les chaînes spécialisées de films et le cinéma maison n\u2019ont pu endiguer la progression 84 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 spectaculaire du cinéma.Au contraire, il s\u2019est produit une synergie entre les différents supports du film pour développer une culture cinématographique qui ne cherche à être satisfaite que par une consommation accrue de films sous différentes fenêtres.La sortie au cinéma semble par contre avoir atteint un sommet et l\u2019élargissement de son audience sera faible, s\u2019il en est une, au cours de la décennie 2004-2014.Le spectacle En 2004, 85 % de la population aurait assisté à un spectacle sous l\u2019une ou l\u2019autre de ses multiples formes : en salles, commerciaux, amateurs ou lors de fêtes et de festivals.Il y a un petit groupe de la population, 2 à 3 %, pour qui la sortie au spectacle fait partie d\u2019un style de vie; ils y vont toutes les semaines.Par contre, pour la majorité de la population, près de 80 %, la sortie au spectacle survient moins d\u2019une fois par mois.Une plus grande récurrence de la sortie au spectacle se heurte à l\u2019inélasticité du budget loisir et aux rigidités du budget temps.En 2004,40 % de la population avait assisté à des spectacles présentés à l\u2019occasion de fêtes et festivals.Cette forme de participation festive peut mener à l\u2019adoption de valeurs extrinsèques au spectacle lui-même comme l\u2019hédonisme, l\u2019évasion, le divertissement et la sociabilité et, à la limite, avoir des effets pervers sur la fréquentation du spectacle recherché pour lui-même.Le théâtre, le concert classique et la danse La fréquentation du théâtre, théâtre d\u2019été et théâtre en saison pris globalement, a progressé de 1979 à 1989 pour ensuite connaître des années moins glorieuses.Le théâtre en saison a connu des fluctuations conjoncturelles, les taux variant entre 24 et 30 % selon les années.Il en est autrement du théâtre d\u2019été.Celui-ci a fait le plein en 1989 lorsque 21% de la population l\u2019a fréquenté.Il n\u2019a cessé de décliner les années suivantes et, en 2004, moins de 10% de la population se rendait encore à ses représentations.Le taux de fréquentation du concert classique est d\u2019une étonnante stabilité.Depuis 1979, aux environs de 13 %.Considérées dans leur financement, dans leur démographie et dans leur audience, les compagnies de danse ont un statut minoritaire parmi les arts d\u2019interprétation. Le Québec, en panne ou en marche ?\u2022 85 Les arts d\u2019interprétation échappent à la culture «jeune» Le tableau 2 est clair quant à l\u2019évolution quantitative des publics : partout, à l\u2019exception du jazz, la croissance est nulle ou négative.Ce qui est inquiétant pour les arts d\u2019interprétation, c\u2019est l\u2019après baby-boomers car, dans presque toutes les disciplines, on observe un vieillissement des publics qui n\u2019est pas compensé par la relève des jeunes générations.Il s\u2019ensuit que le poids relatif des générations plus âgées augmente constamment alors que diminue celui des jeunes.Il en résulte que la fréquentation des arts d\u2019interprétation n\u2019est plus un trait caractéristique de la culture jeune, comme ce l\u2019était dans les décennies 1980 et 1990.En corollaire, la culture étudiante au XXIe siècle -tout comme la culture jeune - n\u2019est plus comparable à celle de la génération jeune de la Révolution tranquille.On ne décèle plus chez les étudiants et chez les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui l\u2019influence de la culture classique.Leurs formes de participation sont, de nos jours, sensiblement les mêmes que celles de la population en général, sauf qu\u2019ils s\u2019investissent dans un plus grand nombre d\u2019activités et que la réceptivité aux nouvelles technologies y est plus forte.Qui sait, peut-être sont-ils en voie de créer une autre civilisation, un art nouveau et des formes renouvelées de participation ?En guise de conclusion Plusieurs pratiques culturelles, fort importantes par ailleurs, n\u2019ont pas été explorées dans le cadre de cette analyse.Mentionnons les pratiques audiovisuelles et informatiques, l\u2019achat d\u2019œuvres d\u2019art et des métiers d\u2019art, la pratique en amateur et le perfectionnement artistique.Il n\u2019a pas été question, non plus, de l\u2019équipement audiovisuel des ménages.De même, la dimension territoriale n\u2019a pas été considérée alors qu\u2019il existe une variabilité de la pratique selon les habitats, urbain ou rural, et selon la plus ou moins grande proximité des centres de diffusion culturelle.Ces lacunes seront comblées par d\u2019autres publications.Des conclusions importantes peuvent toutefois être dégagées de la présente analyse.L\u2019une des plus manifestes est sans doute le vieillissement des publics avec, comme conséquence, un clivage intergénérationnel de plus en plus marqué entre les jeunes et leurs aînés, lequel peut être porteur de méconnaissances et de tensions des uns envers les autres.Si la démocratie culturelle favorise l\u2019expression des valeurs culturelles de chacun, par contre 86 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 le pouvoir détenu sur le marché de la culture en raison du statut socioéconomique, des antécédents sociaux et du budget loisir est lui-même générateur d\u2019inégalités.De même, les formes novatrices ou émergentes de la culture, tout comme les nouveaux savoirs, peuvent devenir inaccessibles pour certains groupes sociaux lorsque sont absentes les compétences nécessaires à leur acquisition, ou encore, lorsque ne sont pas partagés les codes d\u2019accès.La génération des baby-boomers a fait sienne l\u2019idée de démocratisation culturelle, l\u2019a introduite dans ses loisirs culturels et l\u2019a portée tout au long de la période observée.Nous avons vu que des gains ont été réalisés parmi des groupes sociaux auparavant étrangers à la culture alors que d\u2019autres groupes familiers avec elle ont pris une plus grande distance avec ses formes classiques.Somme toute, le bilan de la démocratisation culturelle peut paraître bien maigre au total lorsqu\u2019on ne tient pas compte des transferts culturels survenus dans la structure sociale et qui s\u2019annulent les uns les autres.Par ailleurs, nous croyons que cette idée de démocratisation culturelle a été le projet d\u2019une génération et qu\u2019il ne lui survivra probablement pas.Les objectifs initiaux qui inspiraient cette démocratisation, l\u2019accessibilité et la jouissance des formes les plus hautes de l\u2019expression artistique, se sont eux-mêmes transformés avec le temps sous l\u2019effet conjugué des pratiques de consommation et de la diversification de l\u2019offre culturelle, tant institutionnelle qu\u2019industrielle.Cette diversité est de nature à faire reconnaître la pluralité des droits culturels et la pluralité des fonctions artistiques et sociales assignées à la culture.1.\tLe lecteur désireux d en connaître davantage sur 1 evolution des pratiques culturelles à.la.fin du XXe siècle peut consulter Déchiffrer b culture au Québec: 20 ans de pratiques culturelles ou encore son résumé figurant sur le site Internet du MCC,«Vingt ans de pratiques culturelles au Québec», Survol n° 12, mars 2004 [en ligne : www.mcc.gouv.qc.ca].2.\tUne publication, prévue à.1 automne 2006, analysera in extenso les pratiques culturelles telles que sondées par 1 enquête de 2004.La pratique culturelle des Québécois en 2004 (titre provisoire) posera, également les jalons historiques permettant de retracer leur évolution.Références ALLAIRE, B.(2004).État des lieux du livre et des bibliothèques, Québec, Institut de la statistique du Québec, Observatoire de la culture et des communications, 267 p.BRADSHAW, T.et BONNIE NI COLS (2004).2002 Survey of Public Participation in the Arts, Research www.stat.gouv.qc.ca L\u2019ISQ, la référence en statistique, quel que soit le domaine O Commerce extérieur ¦=> Comparaisons économiques O Comptes économiques O Conjoncture économique O Industrie bioalimentaire ¦=> Institutions financières Investissements O Secteur manufacturier O Science, technologie et innovation ¦=> Conditions de vie et bien-être O Culture et communications O Démographie O Education ¦=> Travail et rémunération O Santé L\u2019ISQ c\u2019est aussi O Centre d\u2019information et de documentation O Centre d\u2019accès aux données de recherche (CADRISQ) c> Etudes d\u2019impact économique O Méthodologie statistique O Compilations statistiques sur mesure L'Institut de la statistique du Québec, pour déchiffrer la réalité québécoise Institut de la statistique Québec ES ES ES ES Division Report # 45, Washington, National Endowment for the Arts, 73 p.CHARTIER, R.Muerte o tranfiguraciôn del lector, [en ligne : http ://jamillan.com/prar_char.htm].Clark, M.& Bartolomeo, Inc.(200).Leveraging Mewspaper Assets : A study of Chang-ing American Media.Usage Habits, 2000 Research Report, The Newspaper Association of America, 101p.CROMIE, M.et ROCHELLE HANDELMAN (1999).«Activités culturelles : consommation et participation », in Bulletin trimestriel du Programme de la statistique culturelle, 5 p.DONNAT, O.(1994).Les Français face à la culture : de l'exclusion à l'éclectisme.Paris, La.Découverte, 368 p.DONNAT, O.(1997).Les pratiques culturelles des français : enquête 1997, Paris, La.Documentation Française, 359 p.ÊVRARD, Y.(2002).« Comprendre le comportement de consommation culturelle », in Actes du col-loque 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AUSERVlt DES QUEBECi Les grandes polémiques de 2006 au Québec 90 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 « Moi, je refuse les étiquettes » Au sujet des manifestes des Lucides et des Solidaires Jean-Philippe Warren Professeur, Départements d\u2019anthropologie et de sociologie, Université Concordia Françoise David Lucien Bouchard IL Y A PRÈS DE TROIS CENTS ANS, AU COURS DU SIÈCLE DES LUMIÈRES, COMMENCE À PROLIFÉRER LE STYLE DES MANIFESTES, DONT LITTRÉ DISAIT QU\u2019ILS ÉTAIENT DES DISPUTES ÉCRITES.Ce sont à cette époque les affaires (affaire La Chalotais, affaire Calas, affaire Sir-ven, affaire La Barre) qui suscitent une série plus ou moins célèbres de querelles.Dans l\u2019atmosphère feutrée des salons ou celle emboucanée des cafés, le public cultivé prend goût pour la dispute polie.La démocratie naissante carburant au fuel des idéologies, et ces dernières se diffusant à travers Les grandes polémiques de 2006 \u2022 91 factums, libelles, pamphlets, programme et proclamations, on a tôt fait d\u2019assister à la naissance d\u2019un genre.A l\u2019heure où la société devait se révéler explicitement et normativement à elle-même, il était naturel de voir apparaître deux phénomènes intimement modernes : le manifeste (dans les journaux) et la manifestation (dans la rue).Précédés ou accompagnés depuis 2000 par une pléiade d\u2019autres textes polémiques, le Manifeste pour un Québec lucide (octobre 2005) et sa réplique parue deux semaines plus tard, le Manifeste pour un Québec solidaire, s\u2019inscrivent dans la longue tradition des manifestes modernes1.Leur diffusion a fait beaucoup de bruit dans le Landerneau québécois.Le premier a été louangé par le premier ministre Jean Charest, alors que le chef de l\u2019ADQ, Mario Dumont, invitait ses signataires à joindre les rangs de son parti.Il a même eu droit, suprême éloge, a sa parodie : « Depuis 25 ans, affirmait le Manifeste pour un Québec morbide, le Québec a connu une régression sans précédent: a) En 2005 la préoccupation principale du Québécois moyen est l\u2019argent [.].b) Le jeune Québécois entre aujourd\u2019hui au collégial dans le plus grand désarroi politique, étant incapable de faire la différence élémentaire entre la gauche et la droite [.].c) Une clique de politiciens finis, d\u2019économistes et de journalistes est encore capable de faire passer pour un manifeste un torchon néo-libéral [.].» En douze jours, les sites électroniques des deux manifestes frirent envahis par des milliers de curieux et de sympathisants, pendant que les journaux et les ondes furent pris d\u2019assauts par une pléiade de commentateurs et de critiques au Québec et dans le reste du Canada.Il importe par conséquent de bien comprendre les défis et les enjeux définis dans chacun des documents.Nous croyons que la publication de ces textes correspond à un moment charnière de l\u2019élaboration d\u2019un discours critique au Québec.Commençons par affirmer que Pour un Québec solidaire semble bien illustrer le cul-de-sac d\u2019une véritable pensée de gauche aujourd\u2019hui.Quant à la droite québécoise exprimée dans Pour un Québec lucide, elle possède une idée forte d\u2019elle-même, mais elle le fait, nous le verrons, sur la base des apories modernes sans les dépasser, mais en les cristallisant en quelque sorte toujours davantage.Entre Pour un Québec solidaire et Pour un Québec lucide, la distance est donc énorme : l\u2019un montre une pensée en désarroi, l\u2019autre une pensée triomphante mais tout aussi aveugle.Il n\u2019y a rien là pour se réjouir. 92 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Lucides mais solidaires ! La structure d\u2019un manifeste se décline en quatre traits fondamentaux : division de la société en amis et ennemis (et constitution corollaire d\u2019une parole collective), suggestion d\u2019un sentiment d\u2019urgence, définition simple de la situation, visions de l\u2019avenir.Pour un Québec lucide et Pour un Québec solidaire n\u2019échappent pas aux lois du genre.Les titres qu\u2019ils arborent fièrement comme des slogans participent en fait de la structure même de tout manifeste.Pendant que les signataires de Pour un Québec lucide répètent vouloir préserver, sinon renforcer la solidarité sociale, ceux de Pour un Québec solidaire ne cessent de rappeler que «nous croyons nous aussi faire preuve de lucidité».Il est révélateur qu\u2019un manifeste publié quelques semaines plus tard par des jeunes citoyens s\u2019intitule tout simplement Lucides mais solidaires3! Deuxièmement, la solidarité est implicite dans l\u2019usage de la première personne du pluriel, un « nous » qui exprime, peu importe la taille du groupe, les citoyens de bonne volonté, une génération entière.Lucien Bouchard poussait l\u2019inclusion jusqu\u2019à refuser en conférence de presse les catégories politiques usuelles.« Est-ce que ça s\u2019appelle une politique de droite, de centre-droit?Je ne le sais pas.Moi, je refuse les étiquettes4.» Le « unissons-nous » représente en effet le mot d\u2019ordre obligé de la parole contestataire, serait-il aussi dilué que dans le « Contre la barbarie, terriens de toutes les différences, unissez-vous » du récent Manifeste pour l\u2019humanité5.Toutefois, si ce « nous » a besoin de prendre visage collectif dans un texte, c\u2019est que dominent dans la société d\u2019autres masques, ceux-là moins acceptables, moins authentiques.Pour un Québec lucide s\u2019oppose ainsi à ceux qui lèvent des boucliers devant « la moindre évolution dans le fonctionnement de l\u2019État, le moindre projet audacieux, le moindre appel à la responsabilité, la moindre modification de nos confortables habitudes de vie».«Cette espèce de refus global du changement fait mal au Québec parce qu\u2019il risque de le transformer en république du statu quo, en fossile du 20e siècle.» Les signataires du manifeste n\u2019hésitent pas à nommer comme grands coupables les syndicats « qui ont monopolisé le label \u201cprogressistes\u201d pour mieux s\u2019opposer aux changements qu\u2019impose la nouvelle donne».Le manifeste des solidaires frappe Les grandes polémiques de 2006 \u2022 93 aussi, mais dans l\u2019autre sens, c\u2019est-à-dire sur «les puissants», «les bien nantis» et tous ceux qui profitent en solitaires de l\u2019accroissement de la richesse collective.Dans le cas de la lucidité, elle se reflète dans la définition claire des enjeux et des défis auxquels sont aux prises les citoyens.« Quels devraient être les objectifs des Québécois pour les prochaines décennies?Les mêmes que depuis toujours », clame Pour un Québec solidaire.Quant à Pour un Québec solidaire, ses auteurs affirment: «Inégalités sociales, pauvreté, crises financières, scandales comptables, dégradations environnementales et changements climatiques sur fond de conflit meurtrier [.], ce sont là les vrais problèmes du monde et du Québec.Le type de mondialisation porté par les puissants et les biens nantis, en est le principal responsable.» Voilà des déclarations qui laissent peu de place à l\u2019interrogation, au doute ou à la réflexion mais parce que telle l\u2019impose la rhétorique de la littérature pamphlétaire.Les phrases choc, les raccourcis stylistiques, le sensationnalisme en images et en chiffres font office d\u2019explication et d\u2019approfondissement théorique.Le manifeste ne fait jamais dans la dentelle.Or, un autre élément, le sentiment d\u2019urgence, renforce ce recours à des techniques qui aplanissent et simplifient le récit.Pour un Québec lucide affirme « l\u2019urgence d\u2019un redressement » : « Les Québécois ont mis des années à se sortir de la Grande Noirceur et à rattraper le retard qui leur avaient imposé le repli sur soi et un attachement démesuré à la tradition.Voilà que les mêmes travers nous guettent.Ne laissons pas glisser à nouveau sur le Québec l\u2019ombre du passéisme.» À quoi Pour un Québec solidaire répond: « Devant l\u2019augmentation révoltante de la misère planétaire et les désastres écologiques, il y a urgence d\u2019agir ! » Le ton catastrophique doit faire pardonner le manque de subtilité et de nuances de certains passages.Quand la maison brûle, écrivait jadis le frère Untel, on ne réveille pas le dormeur avec une sérénade de Mozart mais on lui administre quelques taloches ! Les signataires des deux manifestes ont bien compris la leçon et ils s\u2019efforcent autant que possible de provoquer des réactions dans le grand public en brandissant la menace d\u2019un désastre écologique ou d\u2019une débâcle économique.Un manifeste se termine sur des pistes d\u2019avenir.Il débouche sur une manière nouvelle de concevoir la société et le monde.Cette perspective neuve peut être relativement technocratique et consister en une série de 94 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 recettes au goût du jour, comme dans Pour un Québec lucide, ou encore elle peut tenter de formuler à grands traits un modèle utopique, comme dans Pour un Québec solidaire.« Nous voulons, peut-on lire dans ce dernier document, contribuer à construire un Québec et un monde où les contraintes économiques et financières seront assujetties au souci d\u2019assurer la dignité et le bien-être de chacun et de chacune, en harmonie avec leur milieu de vie.» Fait à noter, dans l\u2019un comme dans l\u2019autre document, la générosité passe par un souci générationnel, celui de léguer un bel héritage aux enfants québécois.Une conception filiale de la politique est adoptée pour justifier la mise en place des réformes les plus pressantes.Les manifestes ne sont pas immédiatement concernés par le sort des prolétaires, des Canadiens français, de l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui ou des femmes, mais par celui des enfants de demain.Ce retournement est intéressant, non pas seulement parce qu\u2019il trahirait la pensée d\u2019un groupe d\u2019âge désormais dominant qui a des enfants ou celle d\u2019une Amérique du Nord de plus en plus recroquevillée sur l\u2019intimité de la famille, mais aussi parce qu\u2019il permet à Pour un Québec lucide d\u2019opérer un changement radical de perspective.Dans ce document, les Québécois ne doivent pas préparer l\u2019avenir, ils doivent se préparer au futur, c\u2019est-à-dire que, connaissant d\u2019ores et déjà les conséquences de ce qu\u2019on ne fait pas, les pronostics déterminent dès aujourd\u2019hui ce que l\u2019on est obligé de faire.Les projections de l\u2019Institut de la statistique nous situent déjà en 2012, et même en 2050 ! Il ne nous est pas demandé de vivre le présent, il faut nous adapter au futur ! En d\u2019autres termes, dans Pour un Québec lucide, le contexte nouveau n\u2019est pas celui dans lequel nous vivons à l\u2019heure actuelle, mais celui auquel nous serons soi disant inévitablement confrontés dans vingt ou quarante ans.Les changements ne sont pas proposés par les hommes et les femmes de ce temps, mais en quelque sorte déterminés par la nouvelle donne futurologique.Bien que les pistes soient multiples dans le manifeste des Lucides, l\u2019axe central des réflexions demeure la dette de l\u2019État québécois.Le débat de société se fait sur la taille relative de l\u2019endettement gouvernemental.A telle enseigne que, lorsque les auteurs parlent des « recettes du passé » qui ne suffiront pas à relever les défis du XXIe siècle, on peut se demander s\u2019ils ne font pas référence aux recettes fiscales.Car l\u2019État, disent-ils, ne peut plus payer, Les grandes polémiques de 2006 \u2022 95 ni pour des dépenses galopantes en santé, ni pour des frais excessifs en éducation.Le vieillissement de la population provinciale est conçu dans une optique semblable.«L\u2019impact sur la situation financière du gouvernement sera évidemment dramatique : d\u2019une part, la hausse des dépenses en santé va continuer de s\u2019accélérer [.] ; d\u2019autre part, [.] le nombre de travailleurs payant des impôts ira en diminuant.» La priorité absolue devra donc être l\u2019allégement du fardeau de la dette publique.Pour arriver à juguler les problèmes économiques de l\u2019État québécois, les Lucides proposent des solutions à la pièce : abandon du gel des droits de scolarité, maîtrise de plusieurs langues, hausse de la productivité des entreprises, qualification de la main-d\u2019œuvre, flexibilité du travail, hausse des tarifs d\u2019électricité, baisse des impôts directs et hausse des impôts indirects, allégement des structures gouvernementales, partenariats public-privé dans certains secteurs, instauration d\u2019un régime de Revenu minimum garanti, etc.Ce programme, visant la création de la richesse, étonne par son éclectisme.Cette variété est aussi grande du côté des Solidaires, quoique ceux-ci soient davantage intéressés par la répartition de la richesse : reconnaissance du travail invisible des parents à la maison, logements à prix abordable, tarifs famille moins élevés pour les activités de loisir, horaires de travail définis à l\u2019avance, reconnaissance de la formation académique des immigrants, protection de l\u2019environnement, lutte contre la pauvreté, amélioration des services sociaux, meilleure régulation nationale de l\u2019industrie pharmaceutique, hausse des taxes aux entreprises, fin des évasions fiscales, développement des expertises locales, développement de l\u2019énergie éolienne, encouragement au respect des droits du travail partout dans le monde, renforcement des lois du travail, accessibilité accrue à l\u2019éducation, livraison de l\u2019électricité au meilleur coût possible, etc.Curieusement, après cette énumération débridée, le manifeste des Solidaires se conclut par la définition d\u2019un projet collectif québécois d\u2019abord écologique, comme si l\u2019environnement pouvait devenir le lieu de rassemblement, hors de l\u2019arène politique, de toutes les solidarités éparses et conflictuelles dans le reste de la société.Une guerre de chiffres L\u2019allongement de la liste d\u2019épicerie des réformes est affectée par ce qu\u2019on a appelé le syndrome du «y-a-qu\u2019à».Il n\u2019y a qu\u2019à le vouloir, affirment en 96 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 chœur les Lucides, pour qui le retard historique des Québécois dans les années 1930 tenait uniquement à leur incapacité d\u2019accepter le changement.«En avons-nous les moyens?demandent les auteurs de Pour un Québec lucide.Oui.Nous avons les moyens financiers de nous doter d\u2019un Québec fort aux plans social et économique.» Les Solidaires sont tout aussi volontaristes dans leur manière de concevoir le changement.On passera ainsi, d\u2019un document à l\u2019autre, du «y-a-qu\u2019à-hausser-les-tarifs-d\u2019électricité» au «y-a-qu\u2019à-les-garder-peu-élevés ».Du « y-a-qu\u2019à-réduire-le-coût-de-la-dette » au «y-a-qu\u2019à-pas-sans-occuper ».Du « y-a-qu\u2019à-hausser-les-frais-de-scolarité» au «y-a-qu\u2019à-rendre-l\u2019éducation-encore-plus-gratuite».Du «y-a-qu\u2019à-rendre-le-travail-plus-flexible » au « y-a-qu\u2019à-renforcer-les-lois-du-travail».Et ainsi de suite6.A ceux qui seraient portés à dire: il suffisait d\u2019y penser, nous suggérons de penser aussi qu\u2019il ne suffit pas toujours de le penser pour que cela se fasse.Une leçon que le conservateur Bouchard aurait dû avoir fait sienne, lui qui, premier ministre, avait imposé par décret le gel tarifaire de l\u2019électricité qu\u2019il dénonce maintenant haut et fort.Pour rendre concrets leurs problèmes et réalistes leurs solutions, les deux manifestes se livrent une véritable guerre des chiffres.Il ne saurait être question ici d\u2019évaluer la valeur de chacun des calculs, mais il faut souligner que les deux camps le font chaque fois en changeant d\u2019étalon.Ils changent d\u2019échelle ou de point de comparaison selon les circonstances, afin d\u2019exagérer la supériorité d\u2019un argument.Ainsi, pour donner un exemple bête, on pourra célébrer ou critiquer la performance québécoise en matière d\u2019immigration, selon que l\u2019on choisit de la juger à l\u2019aulne de la Pologne ou la Nouvelle-Zélande.C\u2019est ainsi que lucides et solidaires s\u2019amusent à trouver une grande variété de régions du monde contre lesquelles mesurer la performance québécoise, que ce soit les États-Unis, le Canada, les pays nordiques européens, le Japon, le Brésil ou l\u2019Australie.Faut-il ajouter que leurs interprétations des statistiques sont à l\u2019avenant ?Par exemple, les Lucides font état que 16 % des dépenses gouvernementales sont consacrées au service de la dette (oubliant de dire que le chiffre est celui 1998).Les Solidaires rétorquent que celle-ci est passée, de 1997 à 2005, de 52 % à 44 % du PIB.Sur cette base, les Solidaires concluent que « la dette québécoise ne représente pas, à l\u2019heure actuelle, un problème alarmant comme l\u2019affirme le manifeste de monsieur Bouchard et de ses collègues».En effet, les Les grandes polémiques de 2006 \u2022 97 intérêts payés sur la dette ont diminué de 18 % à 13 % de 1998 à 20047.En ce qui concerne les perspectives démographiques du Québec, les Solidaires ne s\u2019alarment pas outre mesure du déclin envisagé.Il faut dire que la décroissance de la population est seulement censée survenir après 2031.Pourtant, si on convient que les plus de 65 ans font partie de la catégorie des personnes retraitées et ceux entre 20-64 ans font partie de la catégorie des personnes actives, le scénario semble plutôt sombre.En 2031, il y aura déjà deux travailleurs pour un retraité, un chiffre de l\u2019Institut de la statistique du Québec à mettre en perspective avec le ratio de cinq travailleurs pour un retraité en 2001.Ajoutons à ces inquiétudes la situation de crise financière du système de soins de santé.Le Québec, affirment les Solidaires, dépensait en moyenne moins en santé que ses voisins en 1998.En ce domaine, il fait certes mieux que les États-Unis.En revanche, par rapport au reste du Canada, son succès est moins apparent, surtout qu\u2019il doit une partie de son efficacité au fait qu\u2019il n\u2019arrive pas à payer les infirmiers et les médecins au salaire qu\u2019ils reçoivent dans les autres provinces, à commencer l\u2019Ontario.Toujours est-il qu\u2019au fil des années, le pourcentage du budget provincial consacré à la santé et aux services sociaux ne cesse de croître: il était de 23,4% en 1988, de 31 % en 1998, et de 43 % en 2005 - une courbe qui enfle un peu plus rapidement que dans le reste du Canada.Quand les deux tiers d\u2019un budget partent pour soigner les malades, adopter des mesures sociosanitaires et payer l\u2019intérêt sur la dette, il en reste forcément moins pour l\u2019éducation et la culture.Chaque manifeste recèle son lot de solutions magiques (fait à noter, les Solidaires ne parlent pas de la solution proposée par les Lucides et qui consiste à passer d\u2019un régime fiscal basé sur l\u2019impôt direct à un autre basé sur l\u2019impôt indirect).On s\u2019étonnera pourtant qu\u2019une des solutions pour pallier en partie le vieillissement de la population, soit d\u2019ouvrir toutes grandes les vannes de l\u2019immigration comme le fait le reste du Canada, est passée sous silence par les Lucides, alors que les Solidaires, élaborant longuement sur les politiques de soutien aux familles, y consacrent à peine deux lignes.Enfin, l\u2019autre sujet curieusement absent des discussions des uns et des autres, c\u2019est la souveraineté du Québec.A peine fait-on mention du déséquilibre fiscal, pour rappeler qu\u2019il existe là une sorte possible de financement arraché aux surplus du gouvernement fédéral.Il faut dire que d\u2019autres manifestes parus récemment s\u2019étaient chargés de défendre l\u2019indépendance de la province8. 98 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 La solitude du Québec Si l\u2019on voulait résumer sommairement les approches des deux manifestes, on dirait que l\u2019un propose de libérer le marché et la main-d\u2019œuvre, tandis que l\u2019autre vise à protéger l\u2019économie et les travailleurs québécois.Il y a pourtant une entente sur la portée des réformes en cours, qui devront toutes avoir lieu à l\u2019intérieur du cadre défini par la société québécoise.Entre les Lucides qui demandent aux Québécois d\u2019être solidaires pour s\u2019adapter à des contraintes tombées du ciel tout en tenant l\u2019État pour rien de plus qu\u2019un poste de dépenses, et les Solidaires qui appellent à s\u2019accrocher au roc du modèle québécois pour mieux oublier les deux où se décide désormais l\u2019avenir des nations, se dresse désormais une «société» à laquelle on annonce qu\u2019elle est à l\u2019heure des choix: soit passer par-dessus les État-nations afin de se fondre directement dans le marché nord-américain, soit faire comme si le marché n\u2019existait pas et affirmer sa spécificité.En bref, pour les uns, la société québécoise existe juste assez pour se plier au principe de réalité néolibéral alors que, pour les autres, elle existe suffisamment pour s\u2019adonner à la jouissance paisible de sa différence.Maintenant que la social-démocratie n\u2019est plus un idéal politique mais un fardeau, que les capitaux ont déserté les alliances nationales et que le mur idéologique n\u2019a plus qu\u2019un côté, celui qui nous encercle tous ensemble, la société québécoise mise en scène dans les deux manifestes n\u2019a rien à dire à propos des grands problèmes politiques communs.Le seul endroit où les Solidaires sortent la tête du Québec pour parler du tiers-monde, c\u2019est pour consacrer quatre lignes à la défense de l\u2019environnement ainsi qu\u2019à celle des droits des travailleurs et des femmes.Les Lucides plaident pour une globalisation qui soit celle du marché en l\u2019absence des peuples, tandis que les Solidaires plaident pour une solidarité du peuple québécois en l\u2019absence des autres.En bref, la solidarité proposée par la gauche québécoise ne dépasse guère les cadres étroits de la province ; et comme les Québécois semblent ainsi seuls, ou à peu près seuls, il leur suffirait de fermer de manière un peu plus étanche les frontières, de réguler un peu mieux les flux de capitaux, d\u2019élire des gouvernements provinciaux davantage protectionnistes pour, avec un peu de bonne volonté, faire fleurir la vertu.De toute façon, il restera toujours assez d\u2019argent avec ce qui reste et, soutiennent les Solidaires, il suffira de mieux redistribuer ce reste pour enrayer la misère et avoir à peu près Les grandes polémiques de 2006 \u2022 99 tout gratuitement.Quant aux Lucides, ils n\u2019ont pas moins le regard braqué sur le Québec.Alors que les Solidaires font comme si l\u2019on pouvait ignorer la globalisation, les Lucides font comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une fatalité.C\u2019est pourtant ce phénomène déterminant et inédit qu\u2019il s\u2019agit de penser, et penser à la hauteur du phénomène lui-même : c\u2019est-à-dire au niveau global.Le vieux slogan: «Penser globalement, agir localement » semble condamné à sonner creux tant et aussi longtemps qu\u2019il s\u2019évertuera à tronquer l\u2019analyse de la mondialisation qui, elle, agit à l\u2019évidence globalement.Les deux manifestes permettront-ils aux Québécois de mieux prendre la mesure des défis de l\u2019avenir ?On peut en douter d\u2019autant plus que le faux unanimisme qu\u2019ils mettent en scène consacre, en somme, un drôle d\u2019entre-nous.Les Lucides renvoient avec nostalgie à l\u2019époque où syndicalistes, patrons et politiciens s\u2019entendaient comme larrons en foire pour réduire le déficit, pendant que les Solidaires en appellent aux « citoyens et citoyennes de divers horizons, avec ou sans engagement dans un parti politique», sans prononcer une fois (ô notions divisives!) le mot «socialisme», «gauche» ou «social-démocratie».Le problème, bien évidemment, c\u2019est que la politique des États, des minorités actives et des assemblées souveraines ne se cristallise ni dans l\u2019amour universel, ni dans le consensus général, ni dans la majorité-absolue-plus-une-bonne-marge -mais dans l\u2019action elle-même.C\u2019est ainsi que le Québec oscille depuis quelques années entre deux chimères : soit le consensus sur des abstractions sans conséquence, soit des oppositions doctrinales en manque de réalité.Espérons que « nous » n\u2019en ferons pas une habitude.Maintenant qu\u2019un peu d\u2019eau a coulé sous les ponts, que reste-t-il de ces manifestes un an plus tard ?D\u2019un côté, les hausses des frais de scolarité et d\u2019électricité n\u2019ont pas été retenues par le gouvernement en place ; de l\u2019autre, Option citoyenne, devenue Québec solidaire, arrive à peine à battre la marge d\u2019erreurs dans les sondages.Pendant que certains journalistes s\u2019imaginent que les manifestes révèlent une marginalisation de la question Alors que les Solidaires font comme si l\u2019on pouvait ignorer la globalisation, les Lucides font comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une fatalité. 100 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 nationale au profit des questions plus sociales (ou sinon fiscales), d\u2019autres observateurs mentionnent qu\u2019ils ne sont qu\u2019une énième reprise de la «bataille des manifestes» que se livrent la gauche et la droite depuis au moins l\u2019après-guerre1 2 3 4 5 6 7 8 9.Pour notre part, nous pensons qu\u2019ils dévoilent toute l\u2019amplitude de l\u2019aporie politique qui menotte la droite et la gauche québécoises depuis vingt ans.Celle-ci, dirons-nous en résumé, n\u2019a que la vertu à opposer à la fatalité néolibérale, alors que la droite n\u2019a de volonté politique que cette fatalité elle-même.1.\tLes signataires sont: Pour les lucides: Lucien Bouchard, Joseph Facal, Pierre Fortin, Robert Lacroix, Sylvie Lalande, Claude Montmarquette, André Pratte, Denise Robert, Jean-Claude Robert, Guy Saint-Pierre, Marie Saint Pierre et Denise Verreault.Pour les solidaires: Omar Aktouf, Michèle Asselin, Richard Bergeron, Josée Blanchette, Éric Bondo, Gilles Bourque, Gaétan Breton, France Castel, Jean-Pierre Charbonneau, Gonzalo Cruz, Françoise David, Gilles Dostaler, Bernard Êlie, Meili Faille, Jean-Marc Fontan, Jacques B.Gélinas, Ruba.Ghazal, Lorraine Guay, Steven Guilbault, Amir Khadir, Vivian Labrie, Jean-François Lessard, Éric Martin, Luck Mervil, Sylvie Morel, Lorraine Pagé, Pierre Paquette, Hélène Pedneault, Marie Pelchat, Ruth Rose, François Saillant, Arthur Sandborn, Daniel Turp, Denise Veilleux, Laure Waridel et Christian Vanasse.2.\tJeanne Demers et Ligne Mc Murray, L'enjeu du manifeste, le manifeste enjeu, Longueuil, Le Préambule, 1986.Marcel Fournier, «La.logique des manifestes», Possibles, vol.6, n°3-4,1982, p.117-127.3.\tKarine Dion et al, « Lucides mais solidaires ! », Le Devoir, 30 décembre 2005.4.\tLucien Bouchard, cité par Kathleen Lévesque, « Pour un Québec lucide : le constat fait consensus mais les solutions divisent», Le Devoir, 21 octobre 2005.5.\tJean-Guy Lacroix et Jacques Mascotto, Manifeste pour l'humanité, Montréal, Lanctôt Éditeur, 2000.6.\tRenée Larochelle, « Les parvenus de la.liberté.Le sociologue Jean-Jacques Simard prône un Québec lucide, solidaire et responsable de son avenir», Le Fil des événements, 23 mars 2006.7.\tJean-Robert Sansfaçon, « Quel projet, au juste?», Le Devoir, 21 octobre 2005.8.\tPar exemple, Claude Bariteau et al, Manifeste du Rassemblement pour l'indépendance du Québec (RIQ), Montréal, Éditions les Intouchables, 2002, p.167-169.Pierre Dubuc, Manifeste syndicaliste et progressiste pour un Québec libre, Trois-Pistoles, Éditions Trois-Pistoles, 2005.Plus récemment, lire Marc Brière et al, « Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté », Le Devoir, 11,12 et 13 mai 2006.9.\tIrénée Desrochers, « La.bataille des manifestes », Relations, n° 382, mai 1973, p.131-134. Photo : Diane Bégard Les grandes polémiques de 2006 \u2022 101 Manifestes du Début global Michel Venne Directeur général, Institut du Nouveau Monde X Tt EN 1948, PAUL-ÉMILE BORDUAS ET UN GROUPE D'ARTISTES LANCENT LE MANIFESTE DU REFUS GLOBAL, un cri de ralliement contre les valeurs traditionnelles qui maintiennent le Québec dans un immobilisme étouffant.Il dénonce ce qui paralyse tout esprit créateur : la peur.Il fait l\u2019éloge de la liberté totale, l\u2019émergence de l\u2019inconscient, la gratuité du geste.Depuis 2005, les manifestes sont revenus brusquement dans l\u2019actualité, avec ceux pour un Québec lucide ou pour un Québec solidaire (comme s\u2019il était impossible d\u2019être les deux à la fois).En août 2006, l\u2019Institut du Nouveau Monde a demandé aux 500 participants de son École d\u2019été, une école de citoyenneté pour les jeunes de 15 à 30 ans, de dire, à leur tour, dans des manifestes, ce qu\u2019ils refusent et ce à quoi ils aspirent.Le thème de l\u2019École d\u2019été était Début global.Cela a donné une vingtaine de manifestes, présentés par écrit.Quelques équipes ont choisi d\u2019exprimer leurs idées par la photographie, la radio, le film et le théâtre. 102 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Un appel à la responsabilité Ces manifestes abordent différentes dimensions de la vie en société, mais certaines caractéristiques ressortent de l\u2019ensemble des documents.1.\tContrairement à celui du Refus global, publié en 1948 par Paul-Émile Borduas et une quinzaine d\u2019artistes, les jeunes n\u2019appellent pas à une rupture avec les générations qui les ont précédés mais plutôt à un dialogue fécond.En 2004, les jeunes de notre École d\u2019été avaient proposé la création d\u2019un Conseil des sages pour le Québec afin que l\u2019on puisse tirer profit de l\u2019expérience de personnes qui ont mené une vie exemplaire consacrée à l\u2019amélioration du bien commun.Leurs manifestes de 2006 vont dans le même sens.2.\tIls lancent un appel à la conscience individuelle des conséquences de chacun de nos actes.3.\tIls lancent un appel à la responsabilité.Attention, pas un appel moralisateur à ce que chaque individu devienne, par égoïsme, responsable de sa vie au point de pouvoir se passer des autres.Non.Un appel à la responsabilité individuelle en faveur de la société, en faveur de l\u2019intérêt public, en faveur des autres, de ceux qui nous entourent et de l\u2019environnement dans lequel on vit.4.\tTrait marquant de l\u2019ensemble des manifestes : ils semblent ne plus faire confiance aux institutions pour prendre ces responsabilités.Aussi, s\u2019adressent-ils aux personnes qui occupent des fonctions et détiennent un pouvoir au sein des organisations.Dans l\u2019un des cinq manifestes sélectionnés par les jeunes eux-mêmes comme étant les plus représentatifs, intitulé Debout!, ils ne s\u2019adressent pas aux entreprises, ils s\u2019adressent aux patrons.Ils disent : Hey, les boss, debout ! Ne gagez plus sur la planète, engagez-vous, engagez-Nous.Investissez dans la pensée.Aidez-nous à concilier travail et famille.Travaillez avec vos employés, inspirez-vous de leurs idées.Ils ne s\u2019adressent pas aux syndicats ; ils s\u2019adressent aux travailleurs et leur disent : Debout, travailleurs.Vous êtes l\u2019âme de la production, vous êtes les créateurs.Que produisez-vous?L\u2019arme qui vous tuera?Le gaz qui vous étouffera?La machine qui vous remplacera ?Lève-toi, sors de ta boîte, construis le monde. Les grandes polémiques de 2006 \u2022 103 Et ainsi de suite : au consommateur, au jeune ( Yo, le jeune, mets tes culottes, retrousse tes manches), aux vieux (ils ont la politesse de les appeler les aînés) : Léguez-nous vos valeurs, Donnez-nous des rêves.Et puis ils ne s\u2019attendent pas à ce que l\u2019État règle tout à leur place, tout en lui reconnaissant un rôle essentiel.Mais ils ne s\u2019adressent pas à une machine bureaucratique anonyme.Ils s\u2019adressent aux hommes et aux femmes politiques.Debout, chefs d\u2019États, politiciens.Cessez de réparer, bâtissez.Cessez d\u2019être des acteurs, soyez des réalisateurs.Pinocchio, cesse de mentir, laisse tomber ta langue de bois.Projetez à long terme, payez la dette; assurez l\u2019universalité et la qualité des soins de santé et de l\u2019éducation, tissez un filet de protection sociale efficace.Et bien entendu, leur message s\u2019adresse à l\u2019ensemble de l\u2019humanité.Les solutions ne peuvent plus être uniquement nationales.Ces manifestes serviront de matériau de base pour la rédaction d\u2019une Déclaration des jeunes du Nouveau Monde, préparée par des jeunes du Québec, présentée à l\u2019École d\u2019été de l\u2019INM d\u2019août 2007 puis diffusée à travers le monde en trois langues pour fins de délibération.Vous pouvez en prendre connaissance sur le site Internet de l\u2019Institut du Nouveau Monde (www.inm.qc.ca).Jeunes et engagés Pour en savoir plus sur l\u2019engagement des jeunes, consultez : Miriam Fahmy et Antoine Robitaille (dir.), «Jeunes et engagés», Supplément de L\u2019Annuaire du Québec, Montréal, Institut du Nouveau Monde et Fides, 2005, 96 pages, disponible à la boutique électronique de l\u2019Institut du Nouveau Monde: www.inm.qc.ca.L\u2019ouvrage contient un résumé des 50 propositions de l\u2019École d\u2019été de l\u2019INM 2004, des extraits des conférences (notamment celles de Riccardo Petrella, Jacques Attali, Roméo Dallaire, Amir Khadir, Michaëlle Jean, Pierre Fortin) et témoignages de jeunes participants, ainsi qu\u2019une collection d\u2019essais sur l\u2019engagement des jeunes dans la société dont ceux de Laure Waridel, Stéphane Kelly, Pier-André Bouchard St-Amant, Madeleine Gauthier et Pierre-Luc Gravel. 104 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Après l\u2019affaire Chaoulli: plus de place pour le privé dans la santé Lionel Robert Coordonnateur du groupe de travail du Réseau de recherche sur la santé des populations sur l\u2019assurance privée1 Membre du conseil d\u2019administration de l\u2019Institut du Nouveau Monde LE JUGEMENT CHAOULLI DE LA COUR SUPRÊME A FORCÉ LE QUÉBEC À MENER, EN PEU DE TEMPS, UN IMPORTANT DÉBAT SUR LE PRIVÉ DANS LA SANTÉ ET À PRENDRE UNE DÉCISION QUI INSCRIT UN CHANGEMENT MARQUANT DANS LA STRUCTURE MÊME DU SYSTÈME DE SANTÉ.La Cour statue le 9 juin 2005 que les deux articles de loi qui, au Québec, interdisent aux assureurs privés de couvrir des services assurés par le système public, sont illégaux.Dès le 28 juin, Les grandes polémiques de 2006 \u2022 105 le gouvernement du Québec demande à la Cour la suspension pour 18 mois des effets du jugement.En septembre, la Cour accepte un délai de 12 mois, ce qui reporte au 9 juin 2006 l\u2019obligation de donner suite au jugement.Le 16 février 2006, le gouvernement Charest rend public un livre blanc, qui est commenté abondamment par 140 mémoires et étudié en commission parlementaire entre avril et juin.Le 15 juin, une semaine après la fin de la commission parlementaire, le projet de loi n°33 est rendu public, et une deuxième commission parlementaire reçoit à la mi-septembre, sur invitation, une quinzaine d\u2019organismes pour réagir au projet législatif.Donc, en moins de 18 mois, ce jugement force à disposer d\u2019un enjeu de société, après un débat qui a beaucoup mobilisé l\u2019univers des acteurs concernés, sans entraîner de débordement sur la place publique.La gestion gouvernementale de ce dossier y a été habile.Comme résultat, une ouverture en douce au secteur privé dans les services médicaux et hospitaliers, ce qui représente un changement important dans la structure de notre système de santé - changement réalisé en apparence pour se conformer à la décision de la Cour suprême, mais qui n\u2019était pas obligatoire, et qui doit donc obéir à une autre logique.Laquelle ?Le jugement Chaoulli-Zéliotis Par son jugement, la Cour suprême invalidait deux dispositions législatives québécoises qui interdisaient la conclusion d\u2019un contrat privé d\u2019assurance pour couvrir des soins de santé assurés par les régimes d\u2019assurance publique d\u2019hospitalisation et de maladie.Aux yeux de la cour, cette décision s\u2019impose parce que des listes d\u2019attente pour certaines interventions médicales sont déraisonnables et contraires aux droits protégés par les chartes.Ce jugement n\u2019a pas été unanime : quatre juges ont appuyé l\u2019opinion majoritaire, pendant que trois autres ont rédigé une opinion dissidente.Le jugement vient aussi renverser deux jugements antérieurs des cours du Québec, la Cour supérieure et la Cour d\u2019appel.Ces jugements reconnaissaient au gouvernement du Québec le droit de protéger le système public en interdisant l\u2019assurance privée : une telle interdiction était jugée conforme aux principes constitutionnels canadiens.Au sein du processus judiciaire, la diversité des jugements portés et le manque d\u2019unanimité de la plus haute cour du pays soulignent comment le 106 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 cas soumis à l\u2019examen des tribunaux ne s\u2019impose pas par son évidence.Les premières réactions au jugement en seront d\u2019autant plus vives.Les réactions les plus négatives viennent du Canada anglais.Les métaphores utilisées ne manquent pas de force : bombe politique, véritable tsunami, dernière chance pour le système de soins, mise à mort des mythes du système, révolution politique1.À peine trois mois après le jugement, en septembre 2005, se tient un premier colloque à l\u2019Université de Toronto.Un livre, qui connaît une forte diffusion au Canada anglais, rend compte de ce colloque : Access to care, access to justice2.Au Québec, quelques réactions immédiates3 sont formulées.Mais, il faut surtout se donner les moyens de répondre au jugement : celui-ci, au sens strict, ne s\u2019applique qu\u2019au Québec, puisque la voix qui a brisé l\u2019équilibre entre les sept juges de la Cour suprême est celle d\u2019une juge (originaire du Québec) qui a argumenté que la prohibition était contraire à la Charte québécoise des droits et libertés.Aiguillonné par le court délai donné par la Cour pour donner suite au jugement, le monde de la recherche centre son attention sur deux sujets: donner une juste interprétation du jugement, et en faire une lecture qui tienne compte de tous les facteurs qui l\u2019entourent.Dès l\u2019automne 2005, le Réseau de recherche en santé des populations du Québec constitue un groupe de travail sur l\u2019assurance privée.Ce groupe rédige un ensemble de dossiers déposés sur le site du Réseau (www.san-tepop.qc.ca), dont des résumés sont publiés dans un cahier spécial du journal Le Devoir paru le 18 février 2006.Il tient un colloque, les 24 et 25 février 2006, conjointement avec l\u2019Institut du Nouveau Monde (www.inm.qc.ca), auquel participent 300 personnes.Plusieurs des membres du groupe de travail présentent aussi des mémoires à la Commission parlementaire qui se tient à partir d\u2019avril 2006.Un jugement qui est moins coercitif qu\u2019on le croyait et qui repose sur des fondements incertains 1.On ne doit pas faire dire au jugement ce qu\u2019il ne dit pas et « il n\u2019y a pas d\u2019ordre de la Cour suprême » donné au gouvernement du Québec pour ouvrir le système au privé4.Le jugement n\u2019ouvre pas toute grande la porte à l\u2019assurance privée pour les services médicaux et hospitaliers.Le juge- Les grandes polémiques de 2006 \u2022 107 ment lève l\u2019interdiction de l\u2019assurance privée à ces services, uniquement pour les médecins non participants.(Marie-Claude Prémont5).2.\tDans une analyse serrée du jugement6, la juriste Marie-Claude Prémont observe qu\u2019il n\u2019y a pas de lien entre la cause, les délais d\u2019attentes, et le remède apporté par le jugement.« La réponse (des juges) prend la forme de l\u2019invalidité de l\u2019interdiction législative de l\u2019assurance privée pour laquelle aucun lien rationnel avec la source du problème n\u2019a été établi.Rien n\u2019indique que les listes d\u2019attente qui affligent le réseau de la santé trouvent leur origine dans l\u2019interdiction de l\u2019assurance privée pour les soins assurés.A contrario, rien n\u2019indique que l\u2019introduction de l\u2019assurance privée pour ces mêmes services pourrait apporter une quelconque solution au problème qui retient l\u2019attention du tribunal.» Conclusion: « il n\u2019y a peut-être pas (dans ce jugement) de ratio decidendi ».La décision repose sur un assemblage de motifs, qui ne sont pas communément partagés par les juges majoritaires.Ce jugement force à examiner plusieurs questions 3.\tLe jugement de la Cour Suprême sonne l\u2019alarme.Il oblige l\u2019État à revoir son rôle dans le domaine de la santé et le système à se réformer.Après l\u2019arrêt Chaoulli, «soit les gouvernements laissent le système de soins dériver et abandonnent peu à peu les valeurs sur lesquelles repose leur légitimité, soit ils entreprennent rapidement et vigoureusement une réforme en profondeur de l\u2019organisation de leur système de soins ».Chose certaine, « réformer vaut mieux que privatiser».(André-Pierre Contandriopoulos) 4.\tLe soutien à l\u2019assurance privée a été mesuré par certains sondages.Or, la réponse dépend de la manière de poser la question : si plusieurs choix sont offerts, « entre un système public qui inclurait de nouvelles ressources et un engagement d\u2019assurer un accès en temps opportun ou deux systèmes parallèles, privé et public», la majorité opte pour la première proposition.(Henriette Bilodeau et Damien Contandriopoulos) 5.\t« L\u2019affaire Chaoulli s\u2019inscrit à l\u2019intérieur d\u2019une tendance grandissante à recourir aux tribunaux pour influencer les politiques publiques en matière de santé.» Pourquoi ?Parce que, pour certains citoyens, les voies existantes pour exprimer leur mécontentement sont insuffisantes.Et ce type de contestation recherche la « légitimité morale considérable » des 108 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 tribunaux.Une telle façon de faire a des conséquences : « l\u2019articulation des demandes sous forme de droits constitutionnels peut exclure des choix de solutions politiques » ; le tribunal règle des conflits, mais ne propose pas de politiques.(Antonia Maïoni et Christofer Manfredi) 6.\tLa question des délais d\u2019attente est au cœur du jugement.Ces délais existent pour « maximiser les ressources rares et dispendieuses du système de soins»; ils peuvent aussi provenir «de mesures de rationnement des ressources », ou servir de moyens de pression pour les administrateurs et les médecins.« Au Québec, la gestion et la coordination de ces délais laissent grandement à désirer»: «elle se fait sans règles particulières, sans normes et sans contrôle clinique systématique».(Louise-Hélène Trottier, André-Pierre Contandriopoulos, François Champagne).Des remèdes existent et certains ont commencé à être appliqués : ajout de ressources, gestion régionale, élaboration de points de repères, développement des services de première ligne.« Les données de gestion montrent en effet que la plupart des listes d\u2019attente pour des services spécialisés diminuent, que les objectifs qui visent l\u2019amélioration de l\u2019accessibilité sont souvent atteints voire dépassés» (Daniel Reinharz).De plus, ce que la recherche démontre, c\u2019est que le recours aux assurances privées ne fait pas partie de la solution: elle «a conduit au transfert des ressources humaines du secteur public vers le secteur privé, et ceci s\u2019est soldé par une augmentation des temps d\u2019attente dans le secteur public.» (Louise-Hélène Trottier et al.) 7.\t« Le vieillissement de la population québécoise est souvent présenté comme la menace d\u2019une « catastrophe » démographique, qui justifie l\u2019appel à une plus grande implication du privé dans le système de santé.Un chiffre peut paraître alarmant : la proportion des aînés est actuellement de 13,9 %, et elle aura doublé en 20 ans.Mais, placé dans une perspective à long terme, on voit que le taux de croissance du nombre des personnes âgées est constant depuis 1971.En outre, si l\u2019adaptation au vieillissement s\u2019est faite dans le passé dans notre société, elle se fait aussi de nos jours dans d\u2019autres sociétés.(Amélie Quesnel-Vallée et Lee Soderstrom) 8.\t« Le rôle restreint des assureurs privés dans le financement des services médicaux et hospitaliers au Canada en fait-il une exception mondiale comme le prétendent certains observateurs ?En fait, les assureurs privés Les grandes polémiques de 2006 \u2022 109 sont aussi actifs au Québec et au Canada qu\u2019ailleurs dans le monde mais d\u2019une manière différente.» Partout, « l\u2019assurance privée joue un rôle relativement modeste, États-Unis exclus.» Par ailleurs, introduire du financement privé ne va pas augmenter l\u2019offre de services médicaux et hospitaliers, car il n\u2019entraîne pas de façon magique une offre de main-d\u2019œuvre supérieure.De plus, « le financement privé ajoute aux coûts de gestion des services sans en augmenter la performance ».(François Béland) 9.Si l\u2019on tire les leçons des expériences étrangères, la cohabitation public-privé conduit à « un système à deux vitesses qui coûte plus cher à tout le monde ».L\u2019expérience de plusieurs pays de l\u2019OCDE montre que l\u2019assurance privée duplicative permet d\u2019améliorer l\u2019accès aux soins pour les personnes qui sont assurées privément - généralement en bonne santé et économiquement favorisées.« Cette expérience révèle que la présence d\u2019assurances privées duplicatives ne réduit pas les délais d\u2019attente chez les personnes non assurées.Au contraire, elle les augmente.Ceci est particulièrement vrai dans les contextes où il n\u2019y a pas d\u2019excédent de ressources pour fournir les services comme c\u2019est le cas actuellement au Québec.L\u2019analyse de l\u2019OCDE note enfin que l\u2019introduction d\u2019assurance privée duplicative se solde par une augmentation des coûts de santé, autant des coûts privés, publics que totaux.» (Paul Lamarche, André-Pierre Contandriopoulos, Louise-Hélène Trottier, François Béland).Finalement, « assurance privée rime avec inégalités ».«L\u2019extension de l\u2019assurance privée au Québec accroîtrait certainement les inégalités sociales de santé, d\u2019une part en diminuant l\u2019accès aux soins des groupes les plus défavorisés, et d\u2019autre part de façon beaucoup plus forte en réduisant la redistribution des revenus que garantit le financement du régime public d\u2019assurance maladie.» (Mélanie Bourque) La proposition gouvernementale Promise pour décembre 2005, la proposition gouvernementale a été rendue publique le 16 février 2006, après les élections fédérales de fin janvier, sous forme de livre blanc : Garantir l\u2019accès: un défi d\u2019équité, d\u2019efficience et de qualité.Proposition emballée sous le vocable de « début d\u2019une nouvelle ère».Le gouvernement s\u2019attaque au talon d\u2019Achille du système: l\u2019absence de 110 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 mécanisme de gestion des listes d\u2019attentes - absence qu\u2019a déplorée le jugement de la Cour suprême.Selon les termes du communiqué de presse : « La proposition gouvernementale prévoit la prise en charge personnalisée des patients et un accès amélioré aux services médicaux spécialisés.Le gouvernement présente un mécanisme pour garantir l\u2019accès dans le système public, pour les services hospitaliers où il existe des délais d\u2019attente qui justifient d\u2019intervenir.» Le mécanisme d\u2019accès proposé est en réalité double.Un premier mécanisme, déjà existant, peut être qualifié de public (il concerne les services de chirurgie cardiaque et les traitements de radio-oncologie), et le second de public-privé.Ce nouveau mécanisme concerne trois chirurgies sélectives : remplacement de la hanche ou du genou et chirurgie de la cataracte.Il se déploie en trois phases : pour les premiers six mois, le financement et la prestation sont publics; entre six et neuf mois, le financement est encore public, mais la prestation peut être privée (offerte par des cliniques spécialisées, de propriété privée); après neuf mois, le service peut être acheté par le ministère (financement public) auprès d\u2019un médecin non participant ou d\u2019un établissement hors-Québec.Par ailleurs, les sociétés d\u2019assurance pourront offrir une assurance pour les services couverts par la garantie public-privé.Si le document prétend maintenir l\u2019étanchéité entre médecins participants et non participants, ce n\u2019est plus vrai au niveau du financement de ces services.De plus, les patients qui bénéficient d\u2019une assurance privée pourront obtenir les services requis avant ceux qui sont desservis par le régime public.Les patients prêts à en payer les coûts pouvaient déjà accéder plus rapidement à certains soins privés offerts à la marge de la légalité, mais cette possibilité serait maintenant régularisée.L\u2019ouverture à l\u2019assurance privée duplicative pour ces services fournit à ces pratiques les conditions de leur croissance.Les premières réactions à la proposition gouvernementale sont positives.Contrairement à ce que laissaient croire les premières réactions gouvernementales au jugement, le gouvernement ne propose pas d\u2019ouvrir grande la porte au privé, comme plusieurs le souhaitaient.D\u2019après le chroniqueur Michel David7, « certains au conseil des ministres et dans l\u2019entourage immédiat de M.Charest auraient voulu profiter de l\u2019occasion pour ouvrir en plus grand la porte au secteur privé». Les grandes polémiques de 2006 \u2022 111 En rendant public son livre blanc, le Gouvernement a invité à en débattre lors d\u2019une commission parlementaire.La Commission parlementaire La participation à la Commission a été importante: 140 mémoires ont été déposés et, au cours de 19 jours d\u2019audition (du 4 avril au 6 juin), 108 personnes ou organismes ont été entendus.Le point de convergence de tous les mémoires est qu\u2019il faut réinvestir dans le public.Le compromis politique qui a conduit au livre blanc rend vulnérable la cohérence du système public et l\u2019objectif d\u2019intégration recherché par les réformes en cours.L\u2019appétit pour une plus grande ouverture au privé ne s\u2019est pas exprimé fortement au cours des audiences, à quelques exceptions près.D\u2019ailleurs, la manière, fort ambivalente, dont le ministre a (peu) défendu l\u2019ouverture au privé au cours des audiences est en phase avec l\u2019opinion dominante.D\u2019une part, il dit appuyer très fermement l\u2019idée du maintien du système public fort.Dès ses remarques introductives aux travaux de la Commission, il affirme : « l\u2019introduction de l\u2019assurance privée n\u2019est en rien une solution aux problèmes de financement du système de santé ».Cette ouverture n\u2019est autorisée que pour des raisons « techniques, légales » et il se préoccupe peu que les assureurs privés trouvent un marché à l\u2019intérieur de cette ouverture (6 avril, 15 h 30 ) : « On avait un problème technique, un problème légal posé par la Cour suprême et c\u2019est ce qu\u2019on a résolu.S\u2019il y avait un bienfait de l\u2019assurance privée pour le financement de la santé ou d\u2019autres problèmes structurels du système de santé, ce serait intéressant mais, comme on sait que ça n\u2019a pas d\u2019effet significatif, honnêtement ça ne nous inquiète pas vraiment».En même temps, le ministre est conscient du changement profond qu\u2019il impose au système par cette réforme annoncée.Au président de la fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), qui déplore la faible ouverture au privé dans le Livre blanc, le ministre répond ( 11 avril, 10 h30) : « On est dans une démarche d\u2019extrême prudence avec cette question-là parce que les effets pervers sont immenses et irréversibles lorsqu\u2019ils se présenteront.C\u2019est le genre de politique qu\u2019on met sur pied, puis que quelques mois plus tard ou quelques années plus tard, on dit : Je n\u2019aurais pas 112 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 dû.Là, il est trop tard parce que les habitudes sont prises, puis les glissements sont faits.Alors, je dois vous dire que l\u2019orientation de l\u2019extrême prudence et de fermeture que vous déplorez, elle va demeurer.» Le projet de loi n°33 Le projet de loi, présenté à l\u2019Assemblée nationale le 15 juin 2006, ne contient pas de surprises par rapport au document Garantir l\u2019accès publié quatre mois plus tôt.Il met en place un mécanisme de garantie d\u2019accès à deux volets (public, public-privé), rend possible l\u2019assurance privée duplicative (pour des services déjà assurés publiquement), et crée un nouvel établissement, les centres médicaux spécialisés - qui sont, selon l\u2019analyse de Marie-Claude Prémont, des hôpitaux privés sans le nom.« On peut donc constater que le CMS de médecins non participants, selon les traitements qui y seront pratiqués, pourrait bien équivaloir à un hôpital privé à but lucratif puisqu\u2019il sera autorisé à pratiquer des interventions chirurgicales, faire de l\u2019hébergement et être rémunéré par les patients ou leurs assureurs pour certaines de ces interventions.Ils pourront devenir la base de développement d\u2019un réseau parallèle de soins de santé.»8 Concernant le recours à l\u2019assurance privée, il ne sera possible que pour les trois procédures identifiées dans le livre blanc.Nouveauté, cependant : contrairement à ce que le ministre avait affirmé en Commission parlementaire, l\u2019extension possible de la couverture privée n\u2019aura pas à recevoir la sanction de l\u2019Assemblée nationale, mais sera possible grâce à un simple décret gouvernemental (sur recommandation du ministre responsable).Au bout du compte, qu\u2019aura donné tout ce débat sur l\u2019affaire Chaoulli ?Le gouvernement a répondu adroitement au jugement de la Cour suprême, en proposant un dispositif qui s\u2019attaque au motif du jugement, les délais d\u2019attente, et en n\u2019ouvrant que très partiellement l\u2019assurance privée à des services déjà couverts par le régime public.De plus, il a tenu la bride à ceux qui réclamaient une plus grande ouverture au privé, tandis que les acteurs du système public n\u2019ont pas poussé les hauts cris ni, encore moins, mobilisé la population pour sa défense.Il ne s\u2019est pas passé pour ce débat public ce qu\u2019on a pu observer à l\u2019égard d\u2019autres décisions du gouvernement Charest. Les grandes polémiques de 2006 \u2022 113 L\u2019habileté de la proposition, son caractère limité et technique, ajoutés à la faible opposition du réseau, n\u2019ont pas allumé de feu sur la place publique.Que nous réserve l\u2019avenir?Instaurer un mécanisme d\u2019accès est une bonne idée.Mais ce n\u2019est pas la première bonne idée qu\u2019un projet de réforme propose.Créer des CLSC, mettre en place des GMF, organiser un système intégré de soins pour les personnes âgées, voilà autant de bonnes idées, dont la mise en œuvre a toujours été difficile, parce qu\u2019elles requièrent une adhésion forte de tous les groupes d\u2019acteurs au projet de réforme, une disponibilité suffisante de ressources, et une bonne participation de la profession médicale.À propos de ce dernier point, il ne faut pas oublier que le projet de loi, créant un tel mécanisme, a été déposé une journée après qu\u2019un projet de loi spéciale ait imposé leurs conditions de travail aux médecins spécialistes.Cela dit, il est à souhaiter que la mise en place des mécanismes d\u2019accès et le contrôle des listes d\u2019attentes se réalisent.Ce sont là de très gros défis.Il est cependant dommage que le gouvernement ait choisi d\u2019inscrire dans le gène de cette réforme un facteur qui puisse handicaper son développement.En mettant en place des centres médicaux spécialisés, à but lucratif - et qui pourront s\u2019étendre -, c\u2019est comme si le réseau se dotait d\u2019un établissement supplémentaire, à intérêts particuliers, à l\u2019intérieur ou à côté d\u2019un réseau que l\u2019on cherche à rendre plus performant en ayant forcé la fusion des établissements pour une meilleure organisation des services.La logique de cette réforme vient contredire la logique de la grande réforme du système entreprise par le ministre Couillard.Au bout du compte, on est enclin à se demander : tout ça pour ça?Une croisade réussie contre le système public de santé, un processus judiciaire caractérisé par des décisions contradictoires et controversées, une réforme faite semble-t-il à contrecoeur par le ministre responsable, l\u2019amélioration marginale de notre système de santé, en même que son risque d\u2019affaiblissement?Voilà ce qui arrive quand la judiciarisation devient le moyen de réformer le système.Symptôme que le processus continu de réforme du système connaît des ratés, et que le système de plainte à l\u2019usage du citoyen n\u2019est pas suffisant.Pour reprendre les termes d\u2019André-Pierre Contandriopoulos et de Paul Lamarche dans leur mémoire à la commission parlementaire, « ce jugement 114 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 condense le malaise très profond créé par la cohérence de moins en moins grande entre ce que la très grande majorité de la population considère être la raison d\u2019être du régime d\u2019assurance-maladie - permettre à tous les citoyens d\u2019avoir accès de façon libre et équitable, quand ils sont souffrants, à des soins de qualité - et la réalité perçue du système de soins».Certes, si on y met un peu de bonne volonté, on peut recevoir ce jugement comme «une longue lettre de plainte»* 1 2 3 4 5 6 7 8 9, écrite par des juges qui sont aussi des patients et qui ont pris sur eux la défense des intérêts des patients.Mais, ce n\u2019est pas au juridique de faire la réforme du système de santé : cela appartient en propre au politique.Que le juridique s\u2019impose de plus en plus dans le domaine de la santé, c\u2019est là un reproche non équivoque adressé au politique.I.Le Groupe de travail sur lassurance privée du Réseau de recherche en santé des populations du Québec est interuniversitaire et multidisciplinaire, www.santepop.qc.ca 1.\tVoir Peter H.Russell, «Chaoulli: The Political versus the Legal Life of a.Judicial Decision», dans Access to care, access to justice, p.6 (voir note suivante) et Marie-Claude Prémont, «La.garantie d\u2019accès aux services de santé : analyse de la.proposition gouvernementale », note 2, à.paraître dans Cahiers de droit (Université Laval), septembre 2006 2.\tAccess to care, access to justice, The Legal Debate Over Private Health Insurance in Canada, édité par Colleen M.Flood, Kent Roach, et Lome Sossin, University of Toronto Press, 2006 3.\tMarie-Claude Prémont, « Régime public universel de santé du Québec - L\u2019urgence d\u2019agir à.la suite du jugement de la Cour suprême», Le Devoir, jeudi 16 juin 2005; François Béland, «La.Cour suprême a.manqué une belle occasion de se taire », Le Devoir, 29 juin 2005 ; Lionel Robert, « Le système de santé : une architecture à.compléter », Le Devoir, 25 août 2005 4.\tHenri Brun (Droit, Université Laval), Diane Demers (Sciences juridiques, UQAM), Patrice Garant (Droit, Université Laval), Andrée Lajoie (Droit, Université de Montréal), Marie-Claude Prémont (Droit, Université McGill), Daniel Proulx (Droit, Université de Sherbrooke), « Privatisation des soins de santé au Québec, Il n\u2019y a pas d\u2019«ordre» de la Cour suprême», Le Devoir, 17 novembre 2005.Ce groupe de juristes a donné naissance à.un Groupe de réflexion sur la santé, qui a.fourni d\u2019importantes contributions à.tout le débat.5.\tLes citations, dont les auteurs sont identifiés entre les parenthèses, font partie des dossiers que l\u2019on trouve sur le site du RRSPQ : www.santepop.qc.ca 6.\tMarie-Claude Prémont, «L\u2019affaire Chaoulli et le système de santé du Québec: Cherchez l\u2019erreur, chercher la raison », Revue de droit de McGill, McGill Law Journal, vol.51, n° 1, avril 2006 7.\tMichel David, Le Devoir, 18-29 février 2006, p.B-3 8.\tMarie-Claude Prémont « La.garantie d\u2019accès aux services de santé : analyse de la proposition gouvernementale », à.paraître dans Cahiers de droit (Université Laval), septembre 2006 9.\tExpression empruntée à.Yvon Brunelle, du ministère de la.Santé et des Services Sociaux, dans une présentation donnée à.la.XVIIe conférence des juristes de l\u2019État, avril 2006. Les grandes polémiques de 2006 \u2022 115 NOUVEAU PROGRAMME D\u2019HISTOIRE DU QUÉBEC AU SECONDAIRE Passé dénationalisé, avenir incertain Éric Bêdard' Historien, Professeur, Université du Québec à Montréal (Téluq) Étudiants du secondaire L\u2019«HISTOIRE» COMMENCE PAR UNE MANCHETTE DU DEVOIR: «COURS D\u2019HISTOIRE ÉPURÉS AU SECONDAIRE1».Dans Particle du journaliste Antoine Robitaille, on apprend que le ministère de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), conformément aux impératifs d\u2019une réforme scolaire en train d\u2019être implantée, est sur le point d\u2019adopter un nouveau programme d\u2019histoire du Québec au secondaire qui serait « moins politique, non national et plus pluriel2».Intitulé «Histoire et éducation à la citoyenneté », le nouveau programme propose une lecture de l\u2019histoire du Québec qui fait l\u2019impasse sur la trame politico-nationale familière à la plu- 116 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 part des Québécois.L\u2019Acte de Québec, la pendaison de Louis Riel, l\u2019infériorité économique des Canadiens français, le rapatriement unilatéral de la constitution canadienne ne sont pas mentionnés ; la Nouvelle-France est assimilée à «l\u2019émergence de la société canadienne» et la Conquête est présentée comme «l\u2019accession à la démocratie dans la colonie britannique»; les rébellions de 1837 et la Confédération de 1867 sont dépouillées de leur dimension politique.On le sait, les réactions n\u2019ont pas tardé.Les tribunes téléphoniques en ont même fait leurs choux gras.Avec Félix Bouvier et Laurent Lamontagne, de la Société des professeurs d\u2019histoire du Québec, plusieurs ont dénoncé «l\u2019esprit résolument ultrafédéraliste» du programme d\u2019histoire3».Une pétition contre ce programme d\u2019histoire a été lancée par la coalition « Sauvons notre histoire4 » et l\u2019opposition officielle a réclamé la tenue d\u2019une commission parlementaire.Devant le tollé général, le ministre Jean-Marc Fournier n\u2019a eu d\u2019autre choix que de demander aux fonctionnaires de son ministère de revoir le document afin d\u2019y apporter certaines « précisions ».À la veille de l\u2019été, alors que le mouvement de contestation commençait à s\u2019essouffler, une deuxième version du programme a été rendue publique.Des listes de dates ont été ajoutées à la fin de chaque chapitre, la Conquête a retrouvé sa place et certains concepts (ex.: « apprenant»), ont disparu.Pour l\u2019essentiel, cependant, l\u2019esprit du programme est resté le même.Dans les milieux nationalistes, on a parfois évoqué la thèse du complot des forces fédéralistes qui chercheraient sournoisement à contrer l\u2019imaginaire victimaire des partisans de la souveraineté.On aurait tort de balayer une telle hypothèse du revers de la main, car ce n\u2019est pas d\u2019hier que l\u2019on tente d\u2019élaborer un programme d\u2019histoire qui favoriserait l\u2019unité des Canadiens d\u2019un océan à l\u2019autre5.Toutefois, j\u2019aimerais surtout insister sur ce que révèle ce nouveau programme d\u2019histoire sur notre rapport général au passé, dans un Québec qu\u2019on veut absolument «moderne», «tourné vers l\u2019avenir» et « ouvert sur le monde ».Comme la seconde version diffère très peu de la première, je me référerai à celle-ci, c\u2019est-à-dire à la version «brute», non «précisée», celle que le ministère s\u2019apprêtait à adopter, n\u2019eussent été les critiques.Histoire de quoi ?Histoire de qui ?La première chose qui frappe lorsqu\u2019on aborde ce nouveau programme, Les grandes polémiques de 2006 \u2022 117 c\u2019est le titre : « Histoire et éducation à la citoyenneté ».Histoire de quoi ?Histoire de qui ?Le titre nous confond6.Cette histoire n\u2019a donc pas de sujet ?La table des matières est-elle plus claire ?On y voit défiler des intitulés de chapitre comme «contexte pédagogique», «compétences 1-2-3», «structure du programme », mais c\u2019est presque par hasard qu\u2019on comprend qu\u2019il s\u2019agit bel et bien d\u2019une histoire non pas du « Québec » mais de la « société québécoise», une nuance importante sur laquelle je reviendrai.On continue de tourner les pages et on tombe sur un diagramme qu\u2019on pourrait aisément comparer au système solaire avec un épicentre, dans ce cas-ci « l\u2019élève », sorte d\u2019étoile autour de laquelle tournent des concepts ambitieux comme «structuration de l\u2019identité», «pouvoir d\u2019action», «vision du monde», etc.Cet élève est-il d\u2019un lieu particulier?Impossible de le savoir.Là encore, le concept « Québec » ne semble pas assez important pour qu\u2019on en fasse mention.Cette quasi-absence du «Québec» dans le titre et dans les premières pages ne tient ni de l\u2019oubli, ni même du complot (le concept de « Canada » n\u2019est pas davantage mentionné).Lorsqu\u2019on lit attentivement ce nouveau programme, on se rend compte que le sujet véritable de cette histoire n\u2019est pas le « Québec » mais bien la « modernité ».Par « modernité », j\u2019entends les deux grandes révolutions qui ont marqué l\u2019Occident des derniers siècles, soit, sur le plan politique, le triomphe du libéralisme et de la démocratie et, sur le plan économique, la révolution industrielle et technique.L\u2019objet de ce nouveau programme n\u2019est pas de « raconter » l\u2019histoire d\u2019un peuple singulier confronté aux contingences d\u2019un lieu particulier ou d\u2019événements dramatiques, mais bien d\u2019expliquer comment ces grands processus de modernisation se sont opérés.Quand on lit attentivement ce nouveau programme d\u2019histoire, on sent bien que le Québec n\u2019est qu\u2019un « territoire », un « espace » parmi d\u2019autres, un théâtre d\u2019opérations où s\u2019est déployée la modernité.Pour être convaincu de ce que j\u2019avance, on se penchera surtout sur le programme de secondaire III qui conserve, contrairement au nouveau cours de secondaire IV, une structure chronologique.Ce programme débute avec deux chapitres consacrés à l\u2019époque prémoderne.Le premier chapitre traite des «premiers occupants».Étonnamment, on ne retrouve aucune description des grandes familles autochtones présentes sur le territoire du Québec lors de l\u2019arrivée des Français.Pas un 118 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 mot non plus sur les rivalités qui les opposaient, sur les liens troubles développés avec les explorateurs et les commerçants.En revanche, on insiste sur la «théorie des temps immémoriaux» qui permettrait de comprendre les récits autochtones de leur présence en Amérique.On insiste également sur le « rapport de réciprocité » qui aurait caractérisé leurs échanges7.S\u2019il s\u2019agit de faire l\u2019histoire de la modernité plutôt que du Québec, un tel choix est logique.Cette présentation des peuples autochtones du premier chapitre permet d\u2019instituer une préhistoire, une époque lointaine qui précède les débuts de la modernité.Rectitude politique oblige, cette prémodernité est toutefois décrite de manière naïve.Les autochtones ne cherchaient pas, contrairement aux modernes, à dominer la nature, car l\u2019idée du progrès leur était étrangère.Ils ne connaissaient pas, non plus, les règles de la concurrence capitaliste, car ils pratiquaient le « don et le contre-don».Le problème, c\u2019est que les grands récits sur la modernité peuvent rarement se passer d\u2019un moyen-âge.Pour que ce récit soit intelligible, il faut que l\u2019ordre moderne en remplace un autre, plus sombre.En fait, le moyen-âge québécois se retrouve plutôt dépeint à l\u2019époque de la Nouvelle-France dans un chapitre au titre sibyllin : « L\u2019émergence de la société canadienne».Les « Canadiens » vivent alors sous le règne d\u2019un « gouvernement absolu », la France n\u2019a d\u2019autres desseins que d\u2019exploiter une colonie pour servir ses « intérêts ».Les troisième et quatrième chapitres font état des deux grandes révolutions modernes: l\u2019avènement du libéralisme et la révolution industrielle.Après la Conquête anglaise, la population québécoise goûte peu à peu aux libertés politiques, elle vit un « long cheminement vers la démocratie » qui se conclut par l\u2019obtention du gouvernement responsable en 1848.Pas un mot sur la querelle des prisons du début du XIXe siècle ou sur les menaces d\u2019union avec le Haut-Canada de 1810 et 1822.Rien, non plus, sur les doléances des Patriotes, sur les affrontements violents de 1837 et le bannissement du français dans les nouvelles institutions du Canada-Uni.Le chapitre suivant a beau s\u2019intituler «La formation de la fédération canadienne », il traite essentiellement de l\u2019émergence du capitalisme industriel et de ses effets sociaux.La Confédération canadienne est présentée comme la lointaine conséquence de la construction d\u2019un chemin de fer, comme le projet d\u2019une grande bourgeoisie d\u2019affaires.Rien n\u2019est dit sur le caractère Les grandes polémiques de 2006 \u2022 119 fédéral du Canada, sur les pouvoirs dont hérite le « Québec » à titre de nouvelle province, ce qui est étonnant pour un cours qui cherche à faire de l\u2019« éducation à la citoyenneté ».On passe également sous silence le pouvoir politique très important de l\u2019Église catholique dont certains des représentants condamnent, avec le pape Pie IX, les « erreurs de la modernité ».Ces quatre premiers chapitres sont un long prélude à ce qui constitue le cœur du cours : « La modernisation de la société québécoise », le chapitre 5.Ce dernier traite de l\u2019approfondissement des idées libérales et de l\u2019accélération de l\u2019industrialisation jusqu\u2019à la Crise des années 1930.Fait à noter, rien n\u2019est dit sur l\u2019infériorité économique des Canadiens français qui provoquera, entre autres choses, une émigration massive vers les États-Unis.Rien non plus sur la conscription de 1917.Les réformes de la « Révolution tranquille » - un concept pas même mentionné dans le chapitre - marquent simplement le passage à l\u2019État-providence qui survient, précise-t-on, « en dépit de résistances politiques, sociales et religieuses » dont on ne connaît pas la teneur.Le cours se termine par un chapitre qui aborde les « enjeux de la société québécoise depuis les années 1980».En vrac, on mentionne des phénomènes comme la « tertiarisation de l\u2019économie », la « pluriculturalité », la « dénatalité », le « vieillissement de la population », etc.Au bout du compte, il s\u2019agit de « prendre conscience des racines historiques des enjeux qui animent présentement la société québécoise ».L\u2019enjeu privilégié par les concepteurs du programme semble toutefois être celui de « l\u2019espace public [.] où sont débattues les questions d\u2019intérêt commun».Selon cette perspective, l\u2019adoption de la Charte canadienne des droits et libertés de 1982 apparaît comme un bienfait puisque les «tribunaux ont confirmé l\u2019encadrement juridique des droits des citoyens».Cette histoire de la modernité, résumons-la.Il y eut d\u2019abord la préhistoire autochtone, beau moment d\u2019innocence d\u2019une humanité qui ne connaissait pas la concurrence et qui vivait dans un temps de légendes et de mythes.Il y eut ensuite le moyen-âge français avec son colonialisme et sa tyrannie.Cet absolutisme rétrograde fut renversé par les révolutions libérale et capitaliste qui se heurtèrent toutefois à la grande Dépression des années 1930, d\u2019où l\u2019avènement de l\u2019État-providence.Mais cela va-t-il durer?Où va notre modernité ?Lourdes questions posées par le dernier chapitre.Cette histoire de la modernité en vaut bien une autre.Je ne conteste pas le fait 120 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 qu\u2019elle se penche sur des phénomènes extrêmement importants qui permettent de comprendre notre mode de vie actuel.Nul doute, non plus, que ces grands processus de modernisation ont joué un rôle fondamental dans l\u2019évolution de la société québécoise.Seulement, cette histoire de la modernité est celle de l\u2019Occident.Les révolutions libérale et industrielle sont importantes mais elles ne sont pas propres au Québec.Ce qui est propre au Québec, c\u2019est d\u2019avoir le français comme langue commune, d\u2019être une minorité francophone dans une Amérique du Nord anglophone, d\u2019avoir ressenti la nécessité de faire une « Révolution tranquille » en 1960, de vouloir être reconnu comme une «société distincte» ou comme un «pays », etc.Ce n\u2019est pas son adhésion aux principes libéraux, à la démocratie, à l\u2019économie de marché ou à l\u2019État-providence qui caractérise le mieux l\u2019aventure historique du Québec, mais sa culture et les idéaux invoqués pour la préserver.Faire état de cette particularité, ce n\u2019est ni jouer les victimes, ni faire fi de la modernité mais, au contraire, rendre compte d\u2019un rapport singulier - et souvent trouble - à la modernité.Il va de soi qu\u2019être moderne, lorsqu\u2019on est une colonie ou une minorité, ce n\u2019est pas la même chose que lorsqu\u2019on est majoritaire et puissant8.Comment en sommes-nous arrivés là ?Je concède volontiers que les récits traditionnels d\u2019autrefois qui vantaient la mission civilisatrice de l\u2019Église et qui glorifiaient notre vocation rurale n\u2019étaient pas les plus propices à développer chez les élèves un solide esprit critique ou à faire d\u2019eux de meilleurs «citoyens».Mais dans l\u2019histoire dénationalisée de ce nouveau programme, tout se passe comme si nous étions passés, en 50 ans, d\u2019un extrême à l\u2019autre.Comment en sommes-nous arrivés là ?Une première explication se trouve peut-être du côté de l\u2019évolution de la recherche savante en histoire.Jusqu\u2019aux années 1970, le sujet d\u2019étude de la plupart des historiens était la «nation».Il s\u2019agissait, pour ces historiens, d\u2019analyser l\u2019émergence d\u2019une nation, d\u2019expliquer les réussites ou les échecs passés d\u2019une communauté au destin incertain.À partir des années 1970, l\u2019histoire de la « nation » canadienne-française a peu à peu été remplacée par l\u2019histoire de la « société » québécoise.Il ne s\u2019agissait plus d\u2019étudier un peuple, mais de se pencher sur une population occupant un territoire donné. Les grandes polémiques de 2006 \u2022 121 Ce tournant historiographique participait, certes, d\u2019une redéfinition de l\u2019identité québécoise typique de la Révolution tranquille, mais il témoignait aussi, et peut-être surtout, d\u2019une nouvelle conception du métier d\u2019historien inspirée de plusieurs courants dont celui de l\u2019école des Annales.Une nouvelle génération d\u2019historiens a en effet souhaité que l\u2019on considère l\u2019histoire comme une véritable «science sociale» capable de rendre compte de phénomènes jugés plus structurants comme le capitalisme, les rapports de classes ou de genres, l\u2019urbanisation, les idéologies, etc.Cette nouvelle génération d\u2019historiens a aussi voulu donner un visage aux exclus de l\u2019historiographie traditionnelle, faire surgir d\u2019archives rarement exploitées par les historiens d\u2019antan les masses anonymes ou les laissés-pour-compte.Ce tournant historiographique a eu au moins deux conséquences.D\u2019une part, les historiens se sont désintéressés des « personnages » réels.Les auteurs du programme ont beau insister sur « l\u2019importance de l\u2019action humaine9 », on n\u2019y retrouve aucune figure marquante qui aurait incarné des changements significatifs, qu\u2019ils soient jugés négativement ou positivement.Ne plus se pencher avec sérieux sur les personnages, c\u2019est se désintéresser de celles et de ceux qui « font » l\u2019histoire, qui incarnent les idées.Il est bien d\u2019apprendre ce que signifie un concept comme « démocratie », mais il est encore mieux de comprendre le destin d\u2019un Pierre Bédard, emprisonné parce qu\u2019il réclamait une véritable liberté de la presse.C\u2019est une chose de dire que certains ont résisté aux idées modernes, c\u2019en est une autre de suivre l\u2019itinéraire d\u2019un Ignace Bourget ou d\u2019un Lionel Groulx.D\u2019autre part, l\u2019intérêt pour les exclus de l\u2019historiographie traditionnelle a eu pour effet de nous éloigner de l\u2019étude d\u2019un «nous» national.Dans l\u2019historiographie récente, seuls les «nous» sociologiques ou identitaires semblent avoir la cote: les «bourgeois», les «ouvriers», les «marginaux», les « femmes », les « Italiens », les « régions », etc.Cet intérêt pour des fragments de ce qui fait un peuple est en partie justifié, compte tenu du silence des historiens d\u2019autrefois ou des distorsions qui existaient souvent entre la nation représentée et la nation réelle, traversée par des conflits de toutes sortes entre visions et intérêts divergents.En revanche, l\u2019histoire sociale d\u2019une « population » peut créer d\u2019autres distorsions, comme celle de laisser penser qu\u2019une nation n\u2019est autre chose qu\u2019un agrégat d\u2019individus aux identités multiples et de groupes aux intérêts irréconciliables qui luttent féroce- 122 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 ment pour leur reconnaissance.Historiquement, le Canada français et le Québec ont été perçus comme des communautés morales, comme un « au-delà» qui inspirait le dépassement et la solidarité.Comme le rappelait Jacques Beauchemin dans La société des identités, la nation, par le dévouement qu\u2019elle a traditionnellement suscité, a souvent permis de refouler les égoïsmes libérés par l\u2019élan émancipateur de la modernité10.Or, contrairement à ce que laisse voir le nouveau programme d\u2019histoire, cet « au-delà » ne renvoyait pas seulement à un «espace public» de délibération où s\u2019établissaient des règles communes à tous.Il renvoyait bien plus souvent à une culture fragile qu\u2019il importait de protéger.Les programmes d\u2019histoire que nous dispensons dans nos écoles ne reflètent pas seulement l\u2019état de la recherche savante en histoire.Ils sont également le produit d\u2019un contexte politique et culturel particulier.À bien des égards, le nouveau programme d\u2019histoire reflète le rapport trouble que nous entretenons avec notre passé, surtout depuis le référendum de 1995.Pour prendre le contre-pied des déclarations de Jacques Parizeau sur les «votes ethniques», de nombreux intellectuels et politiciens québécois ont procédé à une sorte de « nettoyage civique » du nationalisme québécois11.Au nom de « l\u2019ouverture à l\u2019autre », une certaine élite québécoise en est venue à faire disparaître ou à discréditer systématiquement toute référence au passé canadien-français12.Ce faisant, bien des Québécois ont adhéré à une conception selon laquelle la société n\u2019est plus qu\u2019une collection d\u2019individus reliés seulement par des chartes des droits.Cette conception « chartiste » de la société aimerait bien se passer de l\u2019histoire.Elle la tolère seulement si elle permet d\u2019appréhender les « réalités sociales du présent» : l\u2019objectif premier de ce nouveau programme d\u2019histoire.Cet attachement au présent reflète aussi l\u2019une des caractéristiques les plus troublantes de notre époque.Nous semblons, nous, « modernes », si convaincus d\u2019être dans le droit chemin, nous sommes animés d\u2019un tel sentiment de supériorité face à nos devanciers, que nous ne nous tournons plus vers le passé que pour en savoir plus sur le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Dans la tradition humaniste, l\u2019étude du passé offrait une salutaire distance de l\u2019actuel qui nourrissait la vie intérieure, inspirait même parfois le dépassement.Rien de cette distance n\u2019a été préservé dans le nouveau programme qui tient les élèves emprisonnés dans un présent opaque.Cette histoire Les grandes polémiques de 2006 \u2022 123 qu\u2019on souhaite enseigner à nos jeunes ne vise plus à inscrire dans une succession des générations.En ce sens, elle témoigne d\u2019une « crise de la culture», c\u2019est-à-dire d\u2019une crise de la filiation et de la transmission.Cette histoire de la modernité n\u2019en a que pour des processus froids et impersonnels, que pour la rationalité instrumentale d\u2019un monde qui se fait apparemment sans l\u2019homme et sans les communautés nationales.L\u2019histoire n\u2019est plus cette discipline qui nous relie aux « ancêtres » qui ont fait le Pays.Elle n\u2019est plus cette discipline qui fait de nous les héritiers d\u2019une civilisation à préserver et à actualiser.C\u2019est une histoire au service d\u2019un présent éphémère.I.Avec son collègue Julien Goyette, Éric Bédard vient de faire paraître, aux Presses de F Université de Montréal, Paroles d'historiens.Anthologie des débats sur l'histoire au Québec.1.\tAntoine Robtaille, 27 avril 2006.2.\tTel était le sous-titre de la.manchette du Devoir.3.\tFélix Bouvier et Laurent Lamontagne, « Quand Phistoire se fait outil de propagande », Le Devoir, 28 avril 2006.4.\tVoir le site Web de la coalition « Sauvons notre histoire », lancé officiellement lors de la Journée nationale des Patriotes, le 22 mai 2006 : www.sauvonsnotrehistoire.com/files/.Site consulté le 22 août 2006.5.\tAlexandre Lanoix, «L\u2019enseignement de Phistoire et lunité de la nation: grandeurs et misères du projet d un manuel unique au Canada.», Bulletin d\u2019histoire politique, vol.14, n°3, printemps 2006, p.97-107.6.\tVoir aussi, là-dessus, Guy Laperrière, Léon Robichaud, Peter Southam, Gilles Vandal, «Nouvelle mouture du programme d\u2019histoire au secondaire - Du programme à.l\u2019enseignant », Le Devoir, 25 août 2006.7.\tHistoire et éducation à la citoyenneté, lère version, Ministère de l\u2019Éducation, du Loisir et du Sport, p.40.Toutes les citations suivantes renvoient également à.ce document.8.\tVoir, là-dessus, Joseph-Yvon Theriault, Critique de ÏAméricanité.Mémoire et démocratie au Québec, Montréal, Québec/Amérique, 2002.9.\tHistoire et éducation à la citoyenneté, op.cit., p.29.10.\tJacques Beauchemin, La société des identités.Éthique et politique dans le monde contemporain, Montréal, Athéna, 2004, p.19.Voir aussi Gilles Labelle, «Sociétés des identités ou des individus?», Argument, vol.8, n01, automne 2005 - hiver 2006, p.114-126.11.\tJ emprunte cette expression savoureuse à.Mathieu Bock-Côté.12.\tNicole Gagnon, «Libérez-nous des pédagogues», Argument, vol.9, n01, automne 2006 (à.paraître). 124 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Politique sur les changements climatiques : Québec va de Pavant, Ottawa cafouille Alexis Beauchamp Coordonnateur, Enjeux-ÉNERGIE et analyste en changements climatiques, Centre Hélios ru Le transport, principale cause des GES au Québec 2006 A VU LE GOUVERNEMENT DE STEPHEN HARPER METTRE AU RANCART LE PLAN VERT RENDU PUBLIC PAR LES LIBÉRAUX EN AVRIL 2005 APRÈS PLUSIEURS ANNÉES DE CONSULTATIONS et de négociations fastidieuses avec les provinces, l\u2019industrie et la société civile. Les grandes polémiques de 2006 \u2022 125 Ottawa veut mettre l\u2019accent sur la qualité de l\u2019air et de l\u2019eau plutôt que sur les changements climatiques, le premier ministre jugeant qu\u2019il s\u2019agit de «préoccupations plus urgentes pour la population».Le gouvernement fédéral propose une cure illusoire en favorisant une Loi sur la qualité de l\u2019air, superflue à cause de l\u2019existence de la Loi canadienne sur la protection de l\u2019environnement, et des cibles d\u2019« intensité des émissions »' qui n\u2019empêcheront pas la pollution atmosphérique et les émissions totales de GES d\u2019augmenter.Pour sa part, le gouvernement de Jean Charest a finalement livré son plan d\u2019action sur les changements climatiques, alors que le Québec n\u2019avait plus de stratégie claire dans le dossier depuis le plan 2000-2002 du gouvernement de Lucien Bouchard.Le nouveau plan des libéraux a été chaudement applaudi, la province pouvant se targuer d\u2019être à l\u2019avant-garde de la lutte contre les changements climatiques.sur papier du moins.Kyoto : Ottawa change de cap La victoire des conservateurs en janvier 2006 amène au pouvoir un parti historiquement opposé au Protocole de Kyoto.Alors que le Canada venait de partiellement rétablir sa tiède réputation dans le cadre des négociations internationales sur les changements climatiques2, grâce à son leadership lors de la Conférence de Montréal présidée par le ministre fédéral de l\u2019Environnement, Stéphane Dion, le gouvernement de Stephen Harper ne tarde pas à afficher ses couleurs.Rona Ambrose, nommée ministre de l\u2019Environnement, a participé à l\u2019élaboration de la position anti-Kyoto du gouvernement albertain en 2002, avant la ratification du protocole par le gouvernement de Jean Chrétien.Rapidement, la ministre insiste sur le caractère « irréaliste » de l\u2019objectif de réduction des émissions du Canada dans le Protocole de Kyoto, soit 6 % sous le niveau de 1990.Il est vrai que des années d\u2019inaction et de programmes gouvernementaux axés uniquement sur le volontariat des entreprises et des citoyens (Jaccard 2006), jumelées au développement tous azimuts des sables bitumineux de l\u2019Alberta, ont directement contribué à l\u2019augmentation très importante des émissions canadiennes dans les quinze dernières années: celles-ci étaient de 26,6% plus élevées en 2004 qu\u2019en 1990.À titre comparatif, les 126 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 États-Unis, le mouton noir par excellence de la politique sur les changements climatiques, affiche une croissance de 15,8 % pour la même période.Le Canada est le seul pays au monde ayant ratifié le Protocole de Kyoto qui affirme qu\u2019il n\u2019a pas l\u2019intention de respecter ses engagements.Le gouvernement fédéral actuel reste toutefois muet sur ses intentions face aux sanctions légalement contraignantes qui découleraient du non-respect par le Canada de ses engagements à l\u2019égard du protocole, principalement une pénalité de 30 % pour les réductions manquantes.Cet échec annoncé obligerait le Canada à réduire 1,3 tonne de GES dans la prochaine période de réduction pour chaque tonne excédentaire entre 2008 et 2012.Toutefois, ces pénalités pourraient surtout pousser le Canada à demander un objectif beaucoup moins ambitieux dans le cadre de la prochaine période d\u2019engagements (Kyoto II) que celui accepté à Kyoto par le gouvernement Chrétien en 1997.Plan vert : le couperet tombe C\u2019est le ministre des Ressources naturelles, Gary Lunn, et non la ministre de l\u2019Environnement, qui confirme en avril des compressions massives dans les programmes fédéraux consacrés aux changements climatiques : 80 % des fonds d\u2019Environnement Canada dédiés à ce dossier et 40 % de l\u2019enveloppe budgétaire fédérale consacrée aux changements climatiques sont éliminés.Le seul programme qui incite directement les citoyens canadiens à réduire leurs émissions de GES, le Défi d\u2019une tonne, est immédiatement interrompu, tandis que d\u2019autres ne sont pas renouvelés.Dans une autre annonce, le populaire programme d\u2019efficacité énergétique ÉnerGuide pour les maisons est abandonné par le gouvernement fédéral.Cette décision a été prise malgré une évaluation très favorable des fonctionnaires du ministère des Ressources naturelles, qui considéraient notamment que le programme ÉnerGuide se classait « dans les 5 % des programmes les plus efficaces ».Cela dit, même une mise en œuvre rigoureuse du Plan vert dévoilé par Stéphane Dion en avril 2005 aurait difficilement permis d\u2019atteindre l\u2019objectif de 6% sous 1990, estime la commissaire à l\u2019environnement et au développement durable du Canada, Johanne Gélinas.Dans son rapport publié en septembre 2006, elle constate que, dans le dossier des changements climatiques, « le leadership, la planification et le rendement ont été Les grandes polémiques de 2006 \u2022 127 insuffisants à l\u2019échelle du gouvernement.Jusqu\u2019à maintenant, il y a eu un manque de prévoyance et de direction, ce qui a semé la confusion et l\u2019incertitude chez tous les intervenants » (Gélinas, 2006).Elle ajoute que les efforts doivent être amplifiés rapidement pour réduire les émissions de GES canadiennes et faciliter l\u2019adaptation du Canada aux changements climatiques.Une fausse solution Comme première initiative visant à contrebalancer les compressions, le budget 2006 du gouvernement Harper a rendu les cartes mensuelles de transport en commun déductibles d\u2019impôt.Des documents internes du ministère des Finances indiquent toutefois que ce programme, partiellement bénéfique à d\u2019autres égards, aura un impact négligeable sur les émissions de GES (moins de 1 %) malgré un coût estimé à 370 millions de dollars sur deux ans.Ottawa veut imposer une norme d\u2019« intensité des émissions » aux secteurs des énergies fossiles et de l\u2019automobile, notamment.Une cible d\u2019intensité facile à atteindre, inspirée de celle émise par l\u2019administration Bush en 2002, n\u2019aurait cependant pour effet que d\u2019entériner le statu quo puisque le progrès technologique a historiquement diminué l\u2019intensité des émissions.même quand leur quantité totale augmente rapidement.Le gouvernement fédéral veut de plus inscrire cette mesure dans une Loi sur la qualité de l\u2019air qui pourrait prendre des années avant de se concrétiser, parallèlement à de nouvelles consultations qui s\u2019ajoutent à celles menées auprès d\u2019acteurs de tous les horizons depuis les années 1990.Il est dorénavant clair que le gouvernement conservateur, qui tergiverse sur la question des changements climatiques depuis son élection, n\u2019a aucunement l\u2019intention de s\u2019attaquer au problème.Si l\u2019irresponsabilité d\u2019une telle décision est limpide d\u2019un point de vue environnemental, les prochaines élections fédérales décideront de la justesse de cette stratégie politique.Un programme ambitieux pour le Québec Le Québec a pour sa part répondu à l\u2019appel en rendant public en juin un plan imparfait mais ambitieux qui s\u2019appuie sur une redevance imposée aux entreprises du secteur de l\u2019énergie qui émettent des GES.Le plan du gouvernement Charest prévoit ramener les émissions de GES québécoises à 1,5% sous le niveau de 1990 à l\u2019horizon 2012, plutôt qu\u2019à 128 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 6 %, tel que le stipule la cible canadienne dans le Protocole de Kyoto (MDDEP 2006).Québec espère ainsi démontrer au gouvernement fédéral qu\u2019il s\u2019est doté d\u2019un plan sérieux, mais qu\u2019il incombe à Ottawa de faire sa part pour atteindre l\u2019objectif de Kyoto.Il est important de noter que l\u2019objectif de Kyoto est évalué sur la base de la moyenne des émissions entre 2008 et 2012.Ainsi, les émissions québécoises seront peut-être 1,5% sous 1990 en 2012, mais le gouvernement devra non seulement encore diminuer ses émissions de 4,5 % pour atteindre le -6 % en 2012, mais également rattraper le retard qu\u2019il aura accumulé de 2008 à 2011.Selon la Coalition Vert-Kyoto, ce déficit accumulé s\u2019élèverait à 54 mégatonnes d\u2019éq./C02, sur des émissions totales estimées d\u2019environ 455 mégatonnes entre 2008 et 2012.Un important écart persiste donc entre le plan du Québec et l\u2019atteinte de l\u2019objectif du Canada dans le Protocole de Kyoto, dont la ratification par Ottawa a été réclamée haut et fort par le gouvernement québécois.Vers une écofiscalité ?Ce plan d\u2019action sera financé par l\u2019imposition d\u2019une redevance aux entreprises du secteur de l\u2019énergie qui émettent des GES, cotisation qui devrait permettre de récolter 200 millions de dollars chaque année.L\u2019application du principe du pollueur-payeur est l\u2019élément clé de ce plan.Cette ponction, qui est en fait une taxe sur le carbone, représente un instrument essentiel à la réalisation de réductions des GES beaucoup plus ambitieuses, qui seront nécessaires aux cours des prochaines décennies.Le fait d\u2019attribuer une valeur économique au carbone permet d\u2019exploiter les forces du marché pour réduire de manière efficace, d\u2019un point de vue environnemental et économique, les émissions de GES.À terme, la redevance annoncée par Québec pourrait s\u2019avérer la première étape dans l\u2019établissement graduel d\u2019une écofiscalité, qui répond mieux à la complexité des objectifs de développement durable que l\u2019approche traditionnelle de la réglementation directe.Pour ce faire, il faudrait que le gouvernement diminue les impôts sur le revenu et augmente proportionnellement les charges imposées sur les émissions de GES, de manière à ne pas produire d\u2019impact négatif sur les revenus gouvernementaux.La Table ronde nationale sur l\u2019environnement et l\u2019économie, un organisme consultatif qui Les grandes polémiques de 2006 \u2022 129 relève du bureau du premier ministre du Canada, a d\u2019ailleurs émis un avis dans ce sens en 2005.Un débat s\u2019impose afin de déterminer la meilleure approche pour mener à la décarbonisation progressive de l\u2019économie.Faut-il promouvoir une taxation et une fiscalité verte qui découragent certains comportements non écologiques ?Doit-on recourir à un système où les émissions sont limitées et où des crédits d\u2019émissions peuvent être échangés pour effectuer les réductions là où c\u2019est plus rentable (cap-and-trade)?Veut-on pousser plus loin cette vision en imposant un quota personnel d\u2019émissions, qui diminue graduellement, dont on peut vendre ou acheter les surplus, comme ce que le gouvernement britannique propose d\u2019envisager?Tout en œuvrant pour une application réussie de son plan 2006-2012, le Québec doit parallèlement engager cette réflexion.Les transports au centre du problème Le secteur des transports est le plus problématique en matière de GES au Québec : il représente 37,4 % des émissions et a connu une croissance de 19,9 % entre 1990 et 2003.Comparativement, durant la même période, le secteur manufacturier a réduit ses émissions de 6,8% tandis que celles découlant des procédés industriels ont diminué de 15,1 %.L\u2019adoption par le Québec de normes d\u2019émissions de GES «se rapprochant des résultats attendus» du modèle californien qui, lors de son entrée en vigueur, en 2009, sera le chef de file dans ce domaine en Amérique du Nord, est certes un pas en avant.L\u2019Alliance des manufacturiers automobiles des États-Unis, appuyée par la Maison-Blanche, conteste toutefois la légalité des normes californiennes devant les tribunaux, arguant que la régulation du dioxyde de carbone relève des autorités fédérales.Alors que l\u2019industrie automobile est déjà parvenue à faire amender de manière draconienne en 2002 la loi californienne obligeant les manufacturiers à vendre un quota minimal de véhicules à émissions nulles, peut-être le Québec devrait-il préparer un plan B.Afin d\u2019aller plus loin, la mise sur pied d\u2019un système d\u2019inspection des véhicules légers aurait un impact à court terme sur la pollution atmosphérique et les émissions de GES.Dans le même sens, Québec pourrait accentuer la modulation des 130 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 frais d\u2019immatriculation afin de pénaliser davantage les véhicules à forte cylindrée.Une initiative intéressante aurait consisté à mettre en place un projet-pilote de péage pour l\u2019accès en voiture à l\u2019île de Montréal ou encore au centre-ville, en se basant sur le succès de programmes semblables à Londres et Stockholm.Outre les avantages concernant la pollution atmosphérique et les émissions de GES, ces mesures permettent également de fluidifier la circulation aux heures de pointe en répartissant mieux les déplacements entre les différents modes de transport.Les revenus découlant des points de péage peuvent être attribués à l\u2019amélioration des transports collectifs ou à la réfection des routes, notamment.Malgré ces lacunes, l\u2019instauration de limiteurs de vitesse sur tous les véhicules lourds immatriculés au Québec, dont la vitesse ne pourra plus dépasser 105 km/h comme l\u2019a recommandé l\u2019Alliance canadienne du camionnage, et l\u2019annonce par Québec que la biomasse forestière sera favorisée dans la production locale d\u2019éthanol dénotent des avancées intéressantes.Québec-Ottawa : et maintenant ?Québec attend un coup de pouce financier de la part du fédéral pour combler les réductions manquantes afin que la province respecte l\u2019objectif canadien de -6 % prévu au protocole de Kyoto.Ottawa émet des signaux contradictoires quant au transfert de 328 millions de dollars à propos duquel Stéphane Dion et Thomas Mulcair, ministres de l\u2019Environnement fédéral et provincial à l\u2019automne 2005, n\u2019étaient pas parvenus à signer une entente.Alors que son prédécesseur Stéphane Dion insistait sur un plan québécois précis avant le transfert de fonds, la ministre Ambrose ne peut invoquer cette raison maintenant que le Québec s\u2019est doté d\u2019un plan d\u2019action clair.Pour la première fois, le gouvernement du Québec annonce un plan sur les changements climatiques qui met l\u2019accent non pas sur le faible bilan par habitant de la province mais plutôt sur des actions concrètes et réalistes.Si leur mise en œuvre devait réussir, étape qui s\u2019avère toujours la plus périlleuse, Québec pourrait se targuer d\u2019être à l\u2019avant-garde de la lutte contre les changements climatiques, surtout par comparaison avec 1\u2019 « intensité des efforts » du gouvernement féréral conservateur. Les grandes polémiques de 2006 \u2022 131 1.\tL\u2019intensité des émissions fait référence à la relation entre les émissions de GES et les unités produites, comme un baril de pétrole.Si la production augmente plus rapidement que les émissions de GES, l\u2019intensité des émissions baisse, même si les émissions totales augmentent.L\u2019intensité des émissions de l\u2019économie canadienne a.baissé de 13 % entre 1990 et 2003, mais les émissions ont augmenté de plus de 24 % durant la même période.2.\tPour une analyse approfondie de la politique canadienne sur les changements climatiques, voir Dufault 2006.Références Dufault, Êvelyne (2006) Demi-tour: une approche sociologique des renversements de politique étrangère.Le cas de la politique étrangère environnementale canadienne.Thèse de doctorat, Département de science politique, Université du Québec à.Montréal Gélinas, Johanne (2006) Rapport de la commissaire à.l\u2019environnement et au développement durable à.la Chambre des communes, mvw.oagTwg.gc.ca/domino/rapports.nsf/html/c2006menu_f.html Jaccard, Mark (2006) Burning Our Money to Warm the Planet : Canada\u2019s Ineffective Efforts to Reduce Greenhouse Gas Emissions, C.D.Howe Institute Commentary, www.cdhowe.org/pdf/commen-tary_234.pdf Ministère du Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs [MDDEP] (2006) Le Québec et les changements climatiques: un défi pour Vavenir.Plan d'action 2006~2012> juin, www.mddep.gouv.qc.ca/changements/plan_action/index.htm 132 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 La saga du mont Orford : qui seront les rois de la montagne ?Alexandre Shields Journaliste, Le Devoir la TERRE N'EST pas À VENDRE SAUVONS Manifestations contre la privatisation du mont Orford DANS SA VOLONTÉ DE PRIVATISER UNE PARTIE DU PARC NATIONAL DU MONT-ORFORD, LE GOUVERNEMENT LIBÉRAL DE JEAN CHAREST a fait preuve d\u2019une détermination inébranlable.Inflexible, il n\u2019a pas plié devant l\u2019élan environnementaliste qu\u2019ont semblé manifester les Québécois, cherchant plutôt à ramener tout un chacun à l\u2019idée que la survie d\u2019un important moteur économique régional en dépendait.Cet argumentaire faisait écho à celui de l\u2019actionnaire majoritaire de Mont-Orford inc., André L\u2019Espérance.Pour lui, la construction de condos sur des terrains situés auparavant à l\u2019intérieur des limites d\u2019un parc national était essentielle pour sauver la station de ski et le terrain de golf.Faux, répondent alors les opposants.Ils affirment plutôt qu\u2019une telle transaction revient bêtement à sacrifier un territoire collectif et légalement protégé afin de permettre à un promoteur d\u2019en tirer des profits substantiels.Bref, l\u2019idée constitue un dangereux précédent.Si ce projet a surtout déchaîné les passions au cours de l\u2019hiver et du printemps 2006, les premières véritables ébauches remontent à 2004.L\u2019ac- Les grandes polémiques de 2006 \u2022 133 tionnaire majoritaire de Mont-Orford inc., André L\u2019Espérance, souhaitait alors construire un village piétonnier de 1400 unités d\u2019hébergement luxueuses au pied de la montagne et une Académie de golf.L\u2019idée avait été rejetée par le Bureau d\u2019audiences publiques en environnement (BAPE) en mars 2005.Le rapport arguait que « l\u2019échange [projeté par le promoteur] de terrains et la construction d\u2019unités d\u2019hébergement porteraient atteinte à l\u2019intégrité écologique du parc national du mont Orford ».M.L\u2019Espérance avait alors dit qu\u2019il serait forcé tôt ou tard de fermer son centre de ski, faute de rentabilité.Québec partageait son avis et était déterminé à trouver une solution afin de développer ce pôle touristique majeur en Estrie.Les opposants s\u2019attaquent aussitôt à la volonté du gouvernement.Ils rappellent que ce parc national a été établi en 1938 grâce à la générosité de ceux qui ont donné leurs terres ou encore des sommes en argent sonnant pour que Québec en assure la protection.Dans la région, le dossier devient un enjeu majeur et Pierre Rodier, un farouche adversaire du projet, est élu maire de la muncipalité d\u2019Orford.La montagne sera vendue L\u2019idée fait aussi des remous au sein même du cabinet de Jean Charest.Le 27 février 2006, le ministre du Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs (MDDEP), Thomas Mulcair, est relevé de ses fonctions lors d\u2019un remaniement ministériel.Plusieurs verront dans cette décision un désaveu dû au fait que M.Mulcair émettait plusieurs réserves quant à la privatisation d\u2019une partie du parc national du Mont-Orford.Le député de Chomedey avait notamment commandé un avis juridique indépendant afin de statuer sur la légalité de la privatisation.Remis le 20 février, le document concluait clairement à l\u2019illégalité de la transaction.C\u2019est pour cette raison que le gouvernement Charest optera pour une loi spéciale, un geste législatif nécessaire pour contourner la Loi sur les parcs et la Loi sur les terres de l\u2019État.Mais M.Mulcair n\u2019est pas le seul à rejeter le projet.Le député de Brome-Missisquoi et ancien ministre de l\u2019Environnement, Pierre Paradis, s\u2019y oppose aussi.Une fronde qui exaspère Jean Charest, qui dira pour sa part que M.Mulcair était favorable au projet et que celui-ci était ficelé bien avant le remaniement du 27 février.Son successeur au MDDEP, Claude Béchard, annonce une semaine plus tard que Québec ira 134 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 de l\u2019avant.Pas moins de 649 hectares seront vendus par appel d\u2019offres à un promoteur privé qui pourra y construire 1 000 unités de condos, mais aussi un terrain de golf.L\u2019aire comprend le mont Orford, avec sa station de ski, mais aussi le golf déjà existant.Ces terrains, soustraits du parc, ne présentent plus de valeur écologique, selon le ministre.En contrepartie, mais aussi pour calmer la grogne qui prend rapidement de l\u2019ampleur, les libéraux s\u2019engagent à doubler la surface du parc, de 51 km2 à 100 km2, avec les surplus dégagés de la vente de la montagne.En effet, si Québec devrait débourser 10 à 12 millions de dollars pour racheter le bail et rembourser les investissements récents (notamment un remonte-pente ultra-moderne de quatre millions de dollars), il tirerait environ 25 millions de dollars de la vente.Il lui resterait donc 15 millions pour doubler la superficie du parc « dans quelques années », selon M.Béchard.Quelques semaines plus tard, le gouvernement inscrira des réserves foncières (ce qui gèle le développement pour préserver ses droits d\u2019acquisition) sur 5 500 hectares de terrains limitrophes à celui-ci en vue de les acheter.Pour une somme évaluée à quatre millions de dollars, on porterait le parc à 104 km2.Quelque 22 propriétaires sont visés par ces réserves, mais trois d\u2019entre eux se partagent 88 % de l\u2019aire concernée, dont Greif Containers et Bombardier.À elle seule, Greif possède 3 600 hectares et a déjà reçu un constat d\u2019infraction délivré en raison de travaux d\u2019abattage illégaux en avril 2002.Un autre lui sera envoyé en juillet 2006 pour le même motif, mais aussi pour avoir endommagé des milieux humides.Féroce opposition Entre-temps, l\u2019importante vague de contestation s\u2019est précisée.Une semaine après l\u2019annonce de la vente à venir, la coalition SOS Parc Orford voit le jour et regroupe rapidement plusieurs personnalités publiques, mais aussi plus d\u2019une centaine de groupes sociaux et écologistes.L\u2019objectif est clair : empêcher la privatisation.Et à mesure que le débat prend de l\u2019ampleur, on voit poindre une opposition très forte au sein de la population.À la mi-mars, un sondage de la firme Léger Marketing révèle que 75% des Québécois ne veulent pas du projet.Les péquistes saisissent alors l\u2019occasion de se présenter comme des adversaires au projet.Au refus s\u2019ajoute l\u2019argumentation.Quinze grands spécialistes en écologie discréditent notamment Les grandes polémiques de 2006 \u2022 135 la thèse de la validité de l\u2019échange de terrains.Ils soulignent ainsi que les écosystèmes en jeu ne sont pas interchangeables puisqu\u2019on retrouve au mont Orford un exemple rarissime de transition altitudinale entre une forêt de type méridional et une forêt boréale.Un groupe d\u2019anciens directeurs des parcs nationaux dénoncent pour leur part ce qu\u2019ils qualifient de «dangereux précédent » pour toutes les zones protégées de la province.Par cette transaction, le gouvernement Charest est aussi accusé de vouloir favoriser des promoteurs proches des libéraux.Si plusieurs ont évoqué les possibles liens entre MM.L\u2019Espérance et Charest, les deux principaux intéressés ont toujours nié la chose.Chose certaine, des actionnaires majeurs de Mont-Orford inc.ont déjà œuvré dans le giron libéral.C\u2019est le cas de Paul Gobeil, un ex-ministre libéral qui a aussi été responsable d\u2019une campagne de financement de Jean Charest à l\u2019époque où il a fait le saut en politique provinciale, en 1998.Il possède 46 % des parts de l\u2019entreprise, soit le même nombre qu\u2019André L\u2019Espérance.Ils en ont pris le contrôle tout juste après l\u2019élection des libéraux.Le troisième homme fort était alors Claude Boulay, étroitement associé au scandale des commandites.Ce dernier a vendu ses parts à M.Gobeil en mars 2006.La bataille se fait aussi sur la question de la rentabilité de Mont-Orford inc., une réalité qui justifierait le caractère essentiel du développement projeté, d\u2019après André L\u2019Espérance.Ce dernier soutient que depuis son arrivée, en 2003, les déficits se multiplient.Le déficit se chiffrait à près de 1,5 million de dollars en 2004 et, selon lui, les exploitants de la station ont cumulé 20 millions de dollars de déficit en 25 ans.SOS Parc Orford fait plutôt valoir que la gestion de la station est déficiente et met aussi en doute la pertinence de certaines dépenses, comme l\u2019installation récente d\u2019un remonte-pente ultra-moderne de quatre millions de dollars.Plusieurs de ces investissements ont d\u2019ailleurs été financés par des déductions fiscales de 150 %.De la commission parlementaire à l\u2019adoption Le projet de loi 23 est finalement déposé l\u2019Assemblée nationale le 3 mai sous la déclinaison de Loi permettant d\u2019assurer l\u2019agrandissement du parc national du Mont-Orford, la préservation de la biodiversité de territoires limitrophes et le maintien des activités récréotouristiques.Le document stipule que de 700 à 800 unités d\u2019habitations pourront être érigées sur seulement 136 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 85 des 600 hectares privatisés.Le promoteur devra en outre protéger les terrains utilisés et se soumettre à une évaluation environnementale d\u2019un organisme régional.On exlut un des sommets, le mont DesRochers, on balise les termes de l\u2019appel d\u2019offres et on oblige le futur propriétaire à se soumettre à quelques contraintes de nature écologique, notamment en ce qui a trait aux cours d\u2019eau présents dans le secteur.Le gouvernement de Jean Charest tient ensuite quatre jours de commission parlementaire.Mais dès le début de la consultation, le ministre Béchard martèle qu\u2019il ira de l\u2019avant quoi qu\u2019il advienne et que l\u2019exercice ne sert qu\u2019à « bonifier » le projet sur la table.Au sortir de la commission, il précise que la consultation des instances régionales aura lieu une fois le projet de loi adopté, ajoutant qu\u2019elles seront impliquées dans le choix du projet.Au cours de la commission, SOS Parc Orford fait néanmoins valoir que «le gouvernement se place en situation de subir les pressions répétées de promoteurs désireux de s\u2019accaparer ces espaces à des fins privées ».La MRC de Memphrémagog, encore en mai, s\u2019opposait elle aussi à la privatisation.Elle proposait plutôt que le futur centre récréotouristique demeure public et qu\u2019il soit exploité par la SÉPAQ.Un seul hôtel, ou une auberge, serait alors bâti.La région décidera Les libéraux imposent le bâillon et font adopter le projet de loi 23 le 13 juin.Ils affirment ensuite vouloir «dégager un consensus régional» afin de définir précisément la teneur du projet récréotouristique.Un comité aviseur est donc formé, sous la direction de Roger Nicolet, le préfet de la MRC de Memphrémagog.Il dispose de 75 jours pour élaborer un projet en prenant acte de l\u2019avis de plusieurs acteurs socioéconomiques de la région.Le comité accouche d\u2019une proposition qui plaît aux libéraux et qui donne une image plutôt détaillée de la formule qui sera retenue.Celle-ci inclut la construction d\u2019un village piétonnier d\u2019un maximum de 750 unités d\u2019hébergement sur une surface de 40 hectares, soit la moitié de ce que prévoyait la loi 23.La partie inutilisée serait rétrocédée à un organisme régional si elle n\u2019est pas utilisée au terme du bail signé avec le promoteur.Ce dernier devrait aussi céder la montagne à un organisme public régional.Cet organisme aurait le devoir, en contrepartie, d\u2019accorder un droit d\u2019em-phytéose d\u2019une durée de 75 ans au soumissionnaire retenu.Le nouveau Les grandes polémiques de 2006 \u2022 137 propriétaire de la station de ski serait tenu de l\u2019exploiter à ses frais.En clair, 90 % des terrains retirés du parc national se retrouveraient dans un parc régional, qui n\u2019offre pas un statut de protection aussi stricte qu\u2019un parc national.Québec prévoit en contrepartie débourser quelques millions pour construire un amphithéâtre sur le site, refaire l\u2019échangeur de Magog et implanter le système d\u2019aqueduc nécessaire.Sans compter les sommes qu\u2019il faudra ajouter pour doubler l\u2019aire du parc si l\u2019appel d\u2019offres ne rapporte pas suffisamment d\u2019argent.Bref, après moult rebondissements, le gouvernement de Jean Charest tente de ménager la chèvre et le chou tout en gardant le cap.Pour lui, il faut à la fois calmer les ardeurs des opposants, plaire à l\u2019électorat et répondre aux objectifs fixés par les promoteurs.Pour un tel projet, les profits se chiffrent d\u2019ailleurs en dizaines de millions de dollars.La coalition SOS Parc Orford juge toutefois que le rapport du comité aviseur constitue « un retour à la case départ, un retour à un projet décrié par le BAPE » et qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un « petit Mont-Tremblant ».Le maire d\u2019Or-ford, Pierre Rodier, propose alors une formule tout à fait différente : une « coopérative citoyenne » de 30 000 à 50 000 membres.Une seule auberge de 50\tplaces serait construite, si le regroupement remportait l\u2019appel d\u2019offres international.Enjeu électoral 51\tles libéraux choisissent de lancer l\u2019appel d\u2019offres au cours de l\u2019automne 2006, le dossier ne sera pas clos pour autant.S\u2019il est élu aux prochaines élections provinciales, le Parti québécois osera-t-il mettre le projet en veilleuse, alors que le promoteur choisi pour le développer sera sans doute connu et que les travaux pourraient bien avoir débuté ?La question est pourtant fondamentale.Dans la perspective où le développement immobilier serait implanté autour du mont Orford, Québec pourrait bien avoir ouvert une véritable boîte de Pandore en agissant avec une telle fermeté pour permettre un tel précédent.C\u2019est le rôle de conservation des parcs nationaux qui est ici en jeu.Certes, le développement économique régional est essentiel.Le devoir des décideurs de préserver les milieux naturels protégés de la volonté de ceux qui n\u2019y voient qu\u2019une source de revenus à exploiter l\u2019est tout autant. 138 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le « dissensus » québécois : l\u2019affaire du kirpan sous la loupe Dimitrios Karmis Professeur, École d\u2019études politiques, Université d\u2019Ottawa Gurbaj Singh Multani AU TERME D\u2019UNE SAGA JUDICIAIRE DE QUATRE ANS, LE DÉBAT SUR LE PORT DU KIRPAN DANS LES ÉCOLES PUBLIQUES DU QUÉBEC A FINALEMENT TROUVÉ UN DÉNOUEMENT EN 2006.Lancé le 19 novembre 2001 quand Gurbaj Singh Multani, 12 ans, laisse accidentellement tomber dans la cour de son école primaire de La Salle le kirpan qu\u2019il portait sous ses vêtements, le débat a tôt fait de dépasser les murs de l\u2019école Sainte-Catherine-Labouré et de la Commission scolaire Mar-guerite-Bourgeoys pour se retrouver au cœur de l\u2019arène médiatique, en Cour supérieure en 2002, en Cour d\u2019appel du Québec en 2004 et, enfin, en Les grandes polémiques de 2006 \u2022 139 Cour suprême.Le 2 mars 2006, le plus haut tribunal déclenchait une petite tempête dans les courriers des lecteurs des journaux québécois en renversant le jugement de la Cour d\u2019appel et en permettant le port du kirpan à l\u2019école sous réserve de certaines conditions.À la veille d\u2019un débat plus général sur la place de la religion dans l\u2019espace public que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse appelle de ses vœux depuis 20051, quelles conclusions préliminaires peut-on tirer du débat sur le port du kirpan ?Que nous dit « l\u2019affaire du kirpan » sur l\u2019état de l\u2019opinion publique québécoise en matière d\u2019intégration des différences culturelles dans la sphère publique ?Peut-on déceler ici un modèle québécois d\u2019intégration autour duquel il y aurait consensus ?Trop souvent, le débat sur le port du kirpan a été épidermique et marqué par le préjugé étroit, au point qu\u2019il est difficile d\u2019y voir un sain et fructueux exercice d\u2019éducation à la citoyenneté et encore plus de croire qu\u2019on ait épuisé les ressources de la délibération3.Si ce débat a eu un mérite non négligeable, c\u2019est surtout en révélant un fort «dissensus» sur la politique québécoise d\u2019intégration, « dissensus » que l\u2019on tend trop souvent à négliger ou à occulter.Petite histoire d\u2019une saga judiciaire Après l\u2019incident de novembre 2001, les parents de Gurbaj Singh Multani acceptent une proposition d\u2019accommodement raisonnable de la commission scolaire, stipulant que leur fils peut continuer à porter son kirpan à l\u2019école si des mesures visant à le sceller à l\u2019intérieur de ses vêtements sont respectées.Cependant, le 12 février 2002, le conseil d\u2019établissement de l\u2019école refuse de valider l\u2019entente en alléguant que le port du kirpan va à l\u2019encontre de l\u2019article 5 du Code de vie de l\u2019école qui interdit le port d\u2019arme.À partir de là, la sécurité - définie comme «tolérance zéro» à l\u2019égard des armes et de la violence à l\u2019école - devient l\u2019argument principal des opposants au port du kirpan à l\u2019école.Le 19 mars 2002, le conseil des commissaires maintient la décision du conseil d\u2019établissement et avise les Multani qu\u2019un «kirpan symbolique», sous forme de pendentif ou autre, serait accepté à la place d\u2019un véritable kirpan.C\u2019est alors que s\u2019amorce une saga judiciaire de quatre ans.Le 25 mars, Balvir Singh Multani, le père, demande à la Cour supérieure de déclarer 140 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 inopérante la décision et de permettre à son fils de porter son kirpan (scellé et cousu à l\u2019intérieur de ses vêtements) à l\u2019école.Selon lui, il s\u2019agit d\u2019« une mesure d\u2019accommodement raisonnable à la liberté de religion et au droit à l\u2019égalité garantis par les art.3 et 10 de la Charte des droits et libertés de la personne [.], et les art.2 et 15 de la Charte canadienne»3.Le 17 mai 2002, la Cour supérieure invalide la décision des commissaires et permet le port du kirpan, sous réserve de cinq conditions : 1 ) il doit être porté sous les vêtements ; 2) le fourreau dans lequel il se trouve doit être en bois et non en métal; 3) le kirpan doit être placé dans son fourreau et enveloppé et cousu de façon sécuritaire ; 4) le personnel de l\u2019école doit pouvoir vérifier que les conditions précédentes sont respectées ; 5) le jeune Mul-tani ne doit en aucun temps se départir de son kirpan et doit en signaler la disparition aux autorités de l\u2019école.Près de deux ans plus tard, le 4 mars 2004, la Cour d\u2019appel du Québec renverse cette décision et les Multani portent la cause en Cour suprême.Finalement, le 2 mars 2006, le plus haut tribunal annule la décision du conseil des commissaires parce que « la prohibition absolue de porter le kirpan porte atteinte à la liberté de religion garantie à l\u2019élève concerné par l\u2019ai.2a) de la Charte canadienne [.]» et parce que « cette atteinte ne peut être justifiée en vertu de l\u2019article premier de la Charte [.], car il n\u2019a pas été démontré qu\u2019une telle prohibition constitue une atteinte minimale aux droits de cet élève »4, ni qu\u2019il y aurait « une dangerosité inhérente du kirpan», un probable «effet d\u2019entraînement» ou que « le kirpan représente un symbole de violence, envoie le message que le recours à la force est le moyen de faire valoir ses droits et régler les conflits, diminue la perception de sécurité dans les écoles et établit un régime de deux poids-deux mesures ».Ce jugement déclenche une telle tempête médiatique que, deux mois plus tard, les 13 et 14 mai, La Presse publie un dossier intitulé « Du kirpan.à la charia ! », où éditorialistes, chroniqueurs, spécialistes et lecteurs sont appelés à répondre à une question que les opposants au jugement sont les plus nombreux à poser : «jusqu\u2019où ! ».En éditorial, André Pratte introduit le dossier en termes révélateurs : « Au cours des dernières années, peu d\u2019événements ont suscité autant de réactions de la part de nos lecteurs que ceux liés à la place des pratiques de nature religieuse dans l\u2019espace public.[.] Dans la grande majorité des cas, les commentaires reçus manifestaient une pro- Les grandes polémiques de 2006 \u2022 141 fonde inquiétude sinon de l\u2019indignation au sujet des «accommodements «exigés par les membres des minorités religieuses concernées5.» L\u2019interculturalisme québécois Au Québec, les années 1970 et 1980 sont celles de l\u2019émergence d\u2019une politique d\u2019intégration de type interculturel, politique qui se veut distincte du multiculturalisme canadien par un accent plus appuyé sur la convergence culturelle6.Le «virage citoyen» québécois est généralement associé à YÉnoncé de politique en matière d\u2019immigration et d\u2019intégration de 1990.Comme le souligne Denise Helly, avec la notion de « contrat moral », la politique de 1990 demande une adhésion première au Québec comme pôle de « convergence de nature civique »7.Ce contrat moral repose sur trois principes où la reconnaissance de la différence est balisée par une perspective d\u2019intégration à la démocratie libérale québécoise : 1 ) une société dont le français est la langue commune de la vie publique (le principe de la langue commune) ; 2) une société démocratique où la participation et la contribution de tous sont attendues et favorisées (le principe de participation); 3) une société pluraliste ouverte aux multiples apports dans les limites qu\u2019imposent le respect des valeurs démocratiques fondamentales et la nécessité de l\u2019échange intercommunautaire (le principe du pluralisme)8.Qui plus est, «chacun des trois volets de ce contrat moral comprend des droits et des responsabilités tant pour les immigrants que pour la société d\u2019accueil ».Autrement dit, le contrat moral repose sur un principe sous-jacent : « l\u2019intégration réussie se joue à deux».Or, s\u2019il est difficile de remettre en cause la volonté de Balvir Singh Multani d\u2019inscrire son fils dans ce processus d\u2019intégration qui «se joue à deux» - notamment parce qu\u2019il envoie son fils à l\u2019école publique et qu\u2019il a accepté la proposition initiale d\u2019accommodement de la commission scolaire -, il en est parfois autrement pour le discours des opposants au port du kirpan à l\u2019école.En effet, au moins deux traits saillants de ce discours peuvent sembler en porte-à-faux, ou à tout le moins en tension, avec l\u2019esprit, sinon la lettre, du contrat moral de 1990.« Un couteau reste un couteau ».ou le refus du dialogue interculturel Le discours des opposants au port du kirpan à l\u2019école se caractérise d\u2019abord par une tendance à rompre le dialogue interculturel.L\u2019exemple le plus frap- 142 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 pant se trouve dans l\u2019argument omniprésent de la «tolérance zéro» en matière de violence à l\u2019école.En cherchant à faire triompher une interprétation du kirpan (comme symbole de violence), les opposants vont directement à l\u2019encontre du principe du pluralisme et, indirectement, de celui de la participation.Dès mai 2002, le ministre de l\u2019Éducation du Québec emboîte le pas à la commission scolaire.En entrevue à CKAC, Sylvain Simard déclare que « l\u2019école doit être un lieu de tolérance zéro à l\u2019égard de toute violence: on ne doit y permettre aucune espèce de compromis [.].Une arme, fut-elle enveloppée, laisse un doute dans l\u2019esprit des parents [.]°».Outre le fait que la signification du kirpan pour les Sikh est à tout le moins négligée par l\u2019argument de la « tolérance zéro », on y dénote parfois ce qui peut ressembler à un sentiment de supériorité culturelle.Ainsi, en juillet 2002, l\u2019avocat de la commission scolaire, Me François Aquin, déclare ce qui suit : « Ils n\u2019ont plus [je souligne] besoin d\u2019armes pour se défendre, ils ont des droits.Et l\u2019arme est un symbole qui permet de régler ses problèmes soi-même plutôt que de recourir aux lois.[.] Pareille symbolique envoie un message négatif et préjudiciable aux élèves, ressortissants ou nouveaux venus, alors qu\u2019il faut à l\u2019inverse leur inculquer que, vivant dans un État de droit, ils sont ici égaux devant la loi et n\u2019ont pas à recourir à la force pour faire valoir leurs droits10.» Pour sa part, Denise Bombardier soutient qu\u2019« une photo de poignard ferait l\u2019affaire, d\u2019autant plus que l\u2019homme moderne se distingue de l\u2019homme primitif par sa capacité à symboliser les choses»11.Or, ce que semblent négliger ici les opposants au port du kirpan est fondamental pour un grand nombre de défenseurs du pluralisme : les modernes se distinguent aussi par l\u2019individualité, notamment par leur capacité de subjectivation individuelle des symboles collectifs.Comme le mentionne Khosrokhavar dans son étude sur les diverses significations du voile chez les jeunes musulmanes de France, il n\u2019y a pas une signification objective du voile que l\u2019on peut plaquer de l\u2019extérieur sur toutes les musulmanes, ce qui implique de prendre en compte la subjectivité des porteurs de symboles12.En fait, dans leur insistance sur la dimension sécuritaire, les opposants semblent opérer un verrouillage de la culture publique commune dans la mesure où une définition rigide et fermée de cette culture paraît sous-tendre leur discours.Par exemple, en écrivant que « cette tolérance zéro [en Les grandes polémiques de 2006 \u2022 143 matière de violence à l\u2019école] est une valeur fondamentale qui doit être respectée par les minorités qui vivent au Québec», qu\u2019«elle est non négociable »13, on oublie le fait que le droit à la sécurité n\u2019est pas la seule composante de la culture publique commune en jeu et on coupe court au processus de conciliation - non absolue - des différentes composantes de la culture publique commune, souvent en tension les unes avec les autres.Autrement dit, on abandonne un processus que le contrat moral de 1990 définit comme un jeu qui se «joue à deux».La fabrication de quelques épouvantails : le principe d\u2019accommodement raisonnable, les juges, le multiculturalisme canadien et les intégristes religieux Le discours des opposants au port du kirpan tend parfois à fabriquer des épouvantails qui ne facilitent pas le débat et la réalisation des principes de participation et de pluralisme de la politique de 1990.Le principe d\u2019accommodement raisonnable est sans contredit le plus gros épouvantail, généralement appuyé par le pouvoir des juges, le multiculturalisme canadien.et quelques intégristes religieux.Nombre d\u2019opposants au port du kirpan présentent le principe d\u2019accommodement raisonnable comme étant mal avisé et dangereux.Leur position repose sur un ou plusieurs des arguments suivants : 1 ) le principe d\u2019accommodement raisonnable ne comporte pas de limite aux droits des minorités et les favorise au détriment de ceux de la majorité; 2) il est incompatible avec le principe de laïcité; 3) il est imposé par des juges sans légitimité démocratique; 4) il correspond à l\u2019esprit de ghettoïsation qui anime le multiculturalisme canadien ; 5) il joue le jeu des intégristes religieux14.Bien qu\u2019il me soit impossible de montrer dans ce texte en quoi chacun de ces arguments va à l\u2019encontre de la politique de 1990, j\u2019aimerais m\u2019arrêter au premier, qui est sans doute le plus souvent invoqué.Tel que conçu par les organes juridiques du Québec et du Canada, le principe d\u2019accommodement raisonnable n\u2019est pas sans limite et il ne vise pas à favoriser les minorités au détriment de la majorité.Selon l\u2019ex-prési-dent de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, « l\u2019accommodement raisonnable est une obligation juridique inhérente au droit à l\u2019égalité15».Il vise à s\u2019assurer que les membres des minorités aient un 144 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 accès égal réel - plutôt que simplement formel - à l\u2019exercice des droits et libertés définis par les chartes.Autrement dit, il vise précisément à garantir l\u2019effectivité du principe de participation du contrat moral de 1990.Par ailleurs, le principe d\u2019accommodement raisonnable comporte une limite inhérente, à savoir la « contrainte excessive » qu\u2019une demande minoritaire fait peser sur l\u2019ensemble de la société.Déjà, en 1995, la Commission des droits de la personne précisait cette limite en milieu scolaire.On y décelait « deux grands ordres de contraintes auxquelles l\u2019école est confrontée, les unes législatives [par exemple, la Charte des droits et libertés de la personne et la Loi sur l\u2019instruction publique], les autres organisationnelles [par exemple, les exigences reliées au fonctionnement de la classe et à la réalisation de ses objectifs pédagogiques, les règles de sécurité, l\u2019impact sur les ressources]16».Toutefois, «si l\u2019obligation d\u2019accommodement n\u2019est pas illimitée, elle comporte néanmoins le devoir d\u2019explorer, en toute bonne foi, les voies de solutions avec les personnes concernées ».Selon la Cour suprême, c\u2019est notamment à ce devoir de participer à un jeu qui «se joue à deux» qu\u2019a manqué le conseil des commissaires de la Commission scolaire Mar-guerite-Bourgeoys dans l\u2019affaire du kirpan.S\u2019il n\u2019a pas toujours été éclairant sur le fond et invitant par son ton, le débat sur le kirpan a au moins eu le mérite de révéler clairement un « dis-sensus » d\u2019assez forte magnitude sur la politique québécoise d\u2019intégration.La réaction des opposants au port du kirpan à l\u2019école n\u2019est certes pas illégitime.Elle traduit notamment l\u2019inquiétude ou la peur d\u2019une majorité-minorité - les francophones - pour qui l\u2019intégration des immigrants est particulièrement vitale en contexte nord-américain.Cependant, comme plusieurs l\u2019ont souligné au lendemain du jugement de la Cour suprême, la rigidité s\u2019est avérée contre-productive en termes d\u2019intégration, Gurbaj Singh Multani ayant quitté le réseau public francophone pour une école privée anglophone en septembre 2002.Il y a là une raison de plus pour que l\u2019appel de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse soit entendu et donne lieu à un débat plus mature.l.Voir Pierre Marois, «Religion, école privée, accommodements raisonnables: 1 arbre ne doit pas cacher la.forêt », Le Devoir, 15 juin 2005. Les grandes polémiques de 2006 \u2022 145 2.\tLe fond du baril a sans contredit été atteint le 17 avril 2002, quand « des parents ont hurlé des insultes à.un enfant sikh de 12 ans [Gurbaj Singh Multani] parce qu\u2019il revenait en classe avec son kirpan à.la.suite d\u2019un ordre de la.Cour supérieure».(Michèle Ouimet, «Kirpan et liberté», La Presse, 19 avril 2002, p.A12.) 3.\tCour suprême du Canada, Multani c.Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (2 mars 2006), CSC 6, section 6.4.\tIbid., section 2.5.\tAndré Pratte, « L\u2019inquiétude », La Presse, 13 mai 2006, p.A27.6.\tPour une étude soulignant que le multiculturalisme à.la.canadienne et l\u2019interculturalisme à.la.québécoise se rapprochent considérablement, particulièrement depuis la fin des années 1980, voir Danielle Juteau, Marie McAndrew et Linda.Pietrantonio, «Multiculturalism à la Canadian and Intégration à la Québécoise.Transcending their Limits», dans R.Baubock et J.Rundell (dir.), Blurred Boundaries, Vienne/Brookfield, European Centre Vienna/Ashgate Publishing, 1998, vol.23, p.95-110.7.\tDenise Helly, Le Québec face à la pluralité culturelle 1977-1994.Un bilan documentaire des politiques, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1996, p.44-45.8.\tMinistère des Communau tés culturelles et de l\u2019Immigration, Au Québec pour bâtir ensemble, Montréal, Gouvernement du Québec, 1990, p.15-18.9.\t« Simard s\u2019inquiète du port du kirpan », Le Devoir, 15 mai 2002, p.A3.10.\tRollande Parent (Presse canadienne), «Non au kirpan au secondaire.La.Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys veut suspendre l\u2019autorisation accordée à.un jeune sikh de porter son poignard», Le Devoir, 24 juillet 2002, p.A3.11.\tDenise Bombardier, « Une arme à.deux tranchants », Le Devoir, 4-5 mars 2006, p.B5.12.\tFarhad Khosrokhavar, «L\u2019islam des jeunes Musulmans.Sur l\u2019exclusion dans la.société française contemporaine», Comprendre, numéro sur Les identités culturelles, 2000, p.81-97.13.\tMichèle Ouimet, «Kirpan et liberté», La Presse, 19 avril 2002, p.A12.14.\tPour des exemples, voir Denise Bombardier, «Une arme à.deux tranchants», Le Devoir, 4-5 mars 2006, p.B5 et Alain Dubuc, « La.religion doit être une affaire privée », La Presse, 13 mai 2006, p.A29.15.\tPierre Marois, « Religion, école privée, accommodements raisonnables : l\u2019arbre ne doit pas cacher la forêt », Le Devoir, 15 juin 2005.16.\tCommission des droits de la personne du Québec, Le pluralisme religieux au Québec, février 1995, p.13-14. 146 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 L\u2019ÉCOLE, LIEU DE LA DIVERSITÉ RELIGIEUSE Les enfants sont les principaux acteurs de rinterculturalisme religieux au Québec Frédéric Castel Religiologue, Groupe de recherche interdisciplinaire sur le Montréal ethnoreligieux (GRIMER), Université du Québec à Montréal L\u2019ANNÉE 2006 AURA ÉTÉ PARTICULIÈREMENT MOUVEMENTÉE EN MATIÈRE D\u2019ACTUALITÉ RELIGIEUSE, EN PARTICULIER DANS LE MONDE SCOLAIRE, à commencer par le jugement de la Cour suprême sur la question du kirpan.Depuis, les objets de débat associés à la diversité religieuse continuent de se succéder et de se confondre.Paradoxalement, les débats médiatisés donnent parfois l\u2019impression que les minorités non chrétiennes sont devenues inopinément importantes en même temps que l\u2019on semble tenir souvent pour acquis le fait que les croyants, toutes religions confondues, sont réduits à la portion congrue dans la société - et à plus forte raison chez les jeunes d\u2019âge scolaire.Mais au fait, quel est l\u2019état actuel des appartenances confessionnelles chez les jeunes de moins de 15 ans de la région de Montréal (îles et couronne immédiate)?Évidemment, si les chiffres de Statistique Canada permettent d\u2019esquisser un portrait des appartenances religieuses des jeunes, ils ne peuvent rien nous dire des convictions profondes de ces derniers ou de leurs interrogations.Le poids des jeunes au sein des communautés confessionnelles En 2001,18,3 % de la population de la région montréalaise est constituée de jeunes âgés entre 0 et 14 ans.Tout près de cette moyenne, la proportion de jeunes du même âge atteint 17,4 % chez les catholiques et 19,2 % chez les juifs.Naturellement, la proportion de jeunes est sensiblement plus importante au sein des confessions marquées par l\u2019apport d\u2019immigrants récents : les familles comptent un peu plus d\u2019enfants et les personnes de plus de Les grandes polémiques de 2006 \u2022 147 quarante ans sont moins nombreuses à avoir immigré.C\u2019est au sein de la communauté musulmane que l\u2019on trouve la plus grande part de jeunes, soit 29,2 %.De la même façon, un quart au moins des effectifs adventistes, pentecôtistes et hindous est constitué de jeunes de moins de quinze ans.À cause du vieillissement de la frange immigrante parmi les bouddhistes ainsi que des conversions au christianisme qui se sont produites au sein de quelques groupes ethniques, les jeunes sont moins nombreux en proportion, leur représentation se limitant à 17,5%.En même temps, les conversions en faveur du bouddhisme se font tard à l\u2019âge adulte.Les Églises pentecôtistes, adventistes, baptistes et plusieurs autres Églises de la mouvance évangélique, davantage alimentées par l\u2019immigration récente, comptent en leurs rangs beaucoup plus de jeunes que les autres Églises protestantes fréquentées par les Québécois d\u2019origine britannique.Les moins de quinze ans occupent en effet une portion congrue au sein des effectifs des Églises unie, anglicane, luthérienne et presbytérienne, soit entre 10% et 15%.De plus, ces dernières Églises ont été davantage affectées par l\u2019émigration des jeunes adultes dans les années 1975-1990, par la défection de fidèles en faveur des Églises évangéliques ainsi que par le mouvement de désaffiliation confessionnelle, ce dernier phénomène étant un peu plus accusé en milieu anglo-protestant.La part des non-chrétiens parmi les jeunes Dans la région de Montréal, 9,5 % des jeunes de moins de 15 ans sont affiliés à une foi qui n\u2019est pas chrétienne.Dans le groupe, 4,5 % sont musulmans et 2,8 % sont juifs.Les jeunes bouddhistes et hindous représentent à peine un enfant montréalais sur cent (voir le tableau).Cette proportion de jeunes non chrétiens pourra apparaître plus basse que prévue entre autres parce que ce pourcentage moyen aplanit le fait que les jeunes juifs, musulmans, bouddhistes, hindous et sikhs sont davantage concentrés dans certains quartiers (Saint-Laurent, Côte des-Neiges, Parc Extension, etc.), une réalité locale qui n\u2019est pas sans créer un effet d\u2019amplification dans les perceptions.Notons que ces quartiers ne se posent pas comme des enclaves réservées à une seule minorité ethnoreligieuse.Ceux-ci sont en fait multiethniques et multiconfessionnels - un phénomène typiquement montréalais.Le poids des minorités non chrétiennes dans la région montréalaise 148 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 apparaît vraiment faible dès lors que l\u2019on compare avec la situation toron-toise, où 21,1% des jeunes sont affiliés à une tradition religieuse orientale.Cela dit, contre toute attente peut-être, il demeure qu\u2019à Montréal, 80,6 % des enfants de 14 ans et moins sont chrétiens, et catholiques à 70,4%.Les jeunes sans affiliation religieuse Le recul spectaculaire de la pratique religieuse observée depuis trois ou quatre décennies au Québec est un phénomène qui ne manque pas de se poursuivre au sein de la génération des enfants d\u2019âge scolaire.Il reste que les données de recensements font découvrir que 90,5 % des jeunes de moins de quinze ans sont associés à une tradition religieuse, qu\u2019elle soit chrétienne ou non (voir la figure).C\u2019est dire que moins d\u2019un enfant sur dix (9,5%) n\u2019est affilié à aucune confession.C\u2019est une part non négligeable certes, mais qui est tout de même assez loin de ce que l\u2019on aurait pu anticiper si l\u2019on se fie au très faible taux de pratique.Ainsi, peut-on dire que la proportion de jeunes sans affiliation confessionnelle est à peine supérieure à celle de leurs parents puisque 8,3 % des Montréalais âgés entre 25 et 44 ans ne s\u2019associent à aucune religion.On pourra bien sûr interroger le sens de ces données, mais on peut quand même affirmer que ces jeunes sans appartenance religieuse ne sont pas pour autant des athées, le nombre de ces derniers n\u2019atteignant pas les deux cents dans toute la région de Montréal.Les parents et l\u2019identité confessionnelle de leurs enfants Les chiffres semblent indiquer que la grande majorité des recensés, « même s\u2019ils ne pratiquent pas » (comme le suggère le questionnaire du recensement), continuent à s\u2019identifier à la tradition religieuse dans laquelle ils sont nés.Il est cependant clair que les recensés établissent une nette distinction entre l\u2019identité religieuse et l\u2019adhésion formelle à une institution ou à une autorité confessionnelle.En dépit de l\u2019effondrement de la pratique religieuse lié en bonne partie à la désaffection des institutions, il faut considérer l\u2019hypothèse qu\u2019un certain nombre de gens gardent le besoin de s\u2019ancrer, malgré tout, dans une tradition religieuse (ne serait-ce qu\u2019au niveau des croyances et des valeurs) en même temps que d\u2019autres semblent simplement reconnaître l\u2019influence polymorphe et diffuse de leur héritage religieux reconnu comme une des composantes de la culture à laquelle ils Les grandes polémiques de 2006 \u2022 149 appartiennent.Il est toutefois assuré que sur le plan identitaire la pratique religieuse n\u2019est gage de rien.Il est par ailleurs intéressant de noter que ce sont les parents qui, lors des recensements, déclinent une religion pour leurs enfants.Ainsi peut-on se demander si certains d\u2019entre eux ne tiennent pas finalement à ce que leurs enfants ne soient pas laissés totalement à eux-mêmes sur le plan des croyances et des valeurs religieuses ou, à tout le moins, que ces derniers héritent d\u2019un minimum de connaissances religieuses, qu\u2019elles soient doctrinales ou simplement historiques et culturelles.Reste à savoir comment ce paradoxe identitaire (s\u2019identifier à une religion en la pratiquant peu ou pas) se joue chez les enfants.Voilà qui peut mettre en perspective les fins pédagogiques du programme Éthique et culture religieuse, qui sera enseigné dans les écoles primaires et secondaires à partir de septembre 2008, car celui-ci devrait non seulement permettre aux étudiants de mieux appréhender les « religions du monde », mais aussi de mieux connaître leurs propres racines religieuses.La diversité religieuse de l\u2019école montréalaise : une réalité propre aux enfants Le discours de leaders d\u2019opinion qui s\u2019expriment sur les aléas de la diversité religieuse dans les médias laisse souvent montrer une absence de contacts réels et profonds avec les membres des communautés culturelles qui font l\u2019objet de leurs commentaires.Toute l\u2019histoire du kirpan est révélatrice à cet égard.Beaucoup ne font, à vrai dire, que commenter l\u2019actualité à la hauteur des principes.Malgré l\u2019impression laissée par les débats médiatisés, hormis les catégories de travailleurs de première ligne en contact direct et régulier avec les immigrants et leurs enfants (services gouvernementaux, monde de la santé, enseignants, etc.), la plupart des Québécois se trouvent moins réellement confrontés aux nouvelles formes de la diversité religieuse qu\u2019on ne le laisse entendre.Remarquons bien d\u2019où proviennent la majorité des débats qui surgissent périodiquement : essentiellement du monde scolaire.C\u2019est dire que ceux qui sont réellement et directement en contact avec la diversité religieuse, ce sont bel et bien les enfants. 150 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Comme les enfants finissent par revêtir les convictions des adultes, on ne peut pas nier que les parents et les professeurs peuvent jouer un rôle-clé dans la tournure dudit contact.Il est vrai que pour mener cette entreprise à bien, il faudrait doter les professeurs et les responsables d\u2019institutions scolaires de diverses formes d\u2019outils et de soutien.Nécessairement, on devra offrir aux enseignants concernés une formation pédagogique qui soit vraiment à la hauteur des visées du programme Éthique et culture religieuse.Par ailleurs, la nouvelle fonction d\u2019intervenant du Service animation, vie spirituelle et engagement communautaire (SAVSEC) doit obligatoirement prendre en compte l\u2019expérience de la diversité religieuse des jeunes - car ce sont d\u2019abord les jeunes qui font de la diversité religieuse québécoise une expérience. Les grandes polémiques de 2006 \u2022 151 Le gouvernement Charest a-t-il tenu ses promesses?1 Éric Bélanger Professeur adjoint, Département de science politique, Université McGill François Pétry Professeur titulaire, Département de science politique, Université Laval Louis M.Imbeau Professeur titulaire, Département de science politique, Université Laval AU SERVICE DES QUEBECOIS Jean Charest LE GOUVERNEMENT LIBÉRAL DE JEAN CHAREST A ÉTÉ L'UN DES MOINS POPULAIRES QUE LE QUÉBEC AIT CONNUS DEPUIS UNE QUARANTAINE D'ANNÉES.Selon les données de CROP, le taux annuel moyen de satisfaction à l\u2019endroit du gouvernement Charest a été de 42 % en 2003, l\u2019année de son élection, pour ensuite chuter à 32 % et 27 % en 2004 152 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 et 2005, avant de finalement connaître une légère remontée à 33 % en 2006 (moyenne de janvier à août dans ce dernier cas).Comment expliquer un tel niveau d\u2019impopularité du gouvernement Charest?Selon une première hypothèse, la grogne des Québécois serait due au fait que le gouvernement Charest n\u2019a pas tenu ses promesses.Cette explication semble avoir assez de poids dans les médias et auprès du public.En effet, un sondage Léger Marketing publié dans le Devoir du 5 mai 2006 indiquait que l\u2019insatisfaction des Québécois envers leur gouvernement était due principalement au non-respect de ses engagements.Ce résultat n\u2019est pas nouveau.En effet, selon une enquête du même sondeur publiée par le Journal de Montréal en avril 2005,88% des Québécois pensaient que l\u2019équipe Charest n\u2019avait pas rempli ses promesses jusque-là.Un gouvernement qui ne respecte pas ses promesses ne peut pas raisonnablement espérer conserver la confiance des électeurs.Si le gouvernement Charest n\u2019a pas respecté ses engagements électoraux, les Québécois auraient raison de lui refriser leur confiance et leur appui.Le problème avec cette hypothèse est que le gouvernement Charest a bel et bien tenu ses promesses.C\u2019est du moins la conclusion générale à laquelle arrive l\u2019enquête détaillée sur la réalisation des engagements électoraux du gouvernement Charest qu\u2019ont récemment menée trente universitaires du Québec et du Canada.À l\u2019issue de cette enquête, nous avons constaté que le gouvernement avait réalisé complètement ou partiellement 60 % des engagements de sa plateforme électorale trois ans après son élection et nous pouvons anticiper qu\u2019il en aura rempli les deux tiers à la fin de son mandat.Ce chiffre somme toute respectable est tout à fait comparable aux pourcentages de promesses tenues ailleurs qu\u2019au Québec.Il est tout de même inférieur au taux de réalisation de 75% des promesses du Parti québécois au pouvoir de 1994 à 2003.Mais la comparaison n\u2019est pas tout à fait juste parce que le pourcentage du PQ a été calculé sur la base de deux mandats successifs contre un seul mandat pour le Parti libéral du Québec (PLQ).Logiquement, un gouvernement sera mieux à même de réaliser plus de promesses en moyenne en deux mandats qu\u2019en un seul.On peut objecter que le pourcentage de 60% risque d\u2019être trompeur parce qu\u2019il ne tient pas compte du poids relatif des engagements.Il se pourrait après tout que les 60 % d\u2019engagements respectés concernent surtout des Les grandes polémiques de 2006 \u2022 153 enjeux peu notables et que les 40 % qui n\u2019ont pas été tenus soient liés à des enjeux plus importants.Il est vrai que Jean Charest n\u2019a pas respecté les promesses importantes d\u2019abaisser les impôts, de réinvestir dans la santé et l\u2019éducation, et de transformer la fonction publique grâce à la réingeniérie de l\u2019État.Mais le PLQ a réalisé d\u2019autres engagements significatifs dans les secteurs de la santé, de l\u2019éducation, de l\u2019énergie, etc.Si bien que, quand on fait le décompte des 12 engagements les plus saillants pris pendant la campagne électorale de 2003 (l\u2019importance d\u2019un engagement étant mesurée par le nombre de fois où il a été mentionné dans les médias), on en dénombre pas moins de 9 (soit 75%) qui ont été réalisés (voir le tableau 1 ).Bref, non seulement Jean Charest a-t-il tenu ses promesses, il a également tenu ses promesses sur les enjeux saillants.Ce faisant, il s\u2019est confor- TABLEAU 1 Réalisation des 12 engagements du PLQ les plus saillants dans les médias en avril 2003: Engagement\tRéalisé ou en voie de réalisation Permettre les défusions\toui Désengorger les urgences\toui Réduire les listes d'attente\toui Augmenter le financement du réseau de la santé\tnon Développer les services d'aide aux devoirs\toui Enseigner l'anglais dès la 1e\" année du primaire\toui Réduire les impôts de 27 % en cinq ans\tnon Simplifier la fiscalité des entreprises privées\toui Alléger la réglementation des entreprises\toui Réduire le fardeau fiscal des familles\toui Réduire le nombre d'organismes d'État\tnon Maintenir l'équilibre budgétaire\toui 154 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 mé au modèle rationnel du comportement des politiciens élus.Dans un système démocratique où les citoyens sont suffisamment informés pour raisonnablement juger l\u2019action du gouvernement et agir en conséquence aux prochaines élections, il est tout à fait rationnel pour les politiciens au pouvoir de respecter leurs engagements autant que possible s\u2019ils veulent garder la confiance des électeurs et ainsi augmenter leurs chances de réélection.Et dans un monde de rareté où toutes les promesses ne peuvent pas être tenues et où il faut donc faire des choix, il est tout aussi rationnel pour les politiciens au pouvoir de choisir de réaliser les promesses les plus saillantes, aux dépens de celles qui sont peu visibles.Le problème avec le modèle rationnel est que les citoyens sont en général trop peu ou trop mal informés pour pouvoir raisonnablement juger l\u2019action du gouvernement.Cela est particulièrement vrai des promesses électorales et de l\u2019état de leur réalisation, deux éléments sur lesquels les Québécois n\u2019ont pratiquement aucune incitation à s\u2019informer.Il est difficile de prétendre que les électeurs québécois ont pu juger dans quelle mesure les engagements du programme politique de Jean Charest ont été tenus s\u2019ils ne connaissaient que très imparfaitement ledit programme.Les citoyens, pour former un jugement quant à la performance de leur gouvernement, doivent se fier en grande partie aux signaux que leur envoient les leaders d\u2019opinion et les médias.Si ces signaux sont faussés, comme notre enquête nous porte à le croire à tout le moins en ce qui concerne le respect des engagements, l\u2019opinion publique sera elle-même inévitablement faussée.La principale source d\u2019insatisfaction des Québécois envers leur gouvernement, à savoir le prétendu non-respect des promesses, est en grande partie une fiction, une situation qui, avouons-le, ne manque pas d\u2019ironie.Les contributions à l\u2019ouvrage collectif sur les réalisations du gouvernement Charest pointent vers deux autres explications de la mauvaise performance de ce gouvernement dans les sondages.L\u2019une concerne le manque de sensibilité à l\u2019opinion publique.Cette lacune du gouvernement fût souvent mise de l\u2019avant par les journalistes.Nous retrouvons aussi ce critère en bonne place dans les sondages d\u2019opinion.Par exemple, selon l\u2019enquête d\u2019avril 2006 de Léger Marketing évoquée plus haut, près d\u2019un tiers des Québécois pensaient que l\u2019insatisfaction générale envers Jean Charest était attribuable au fait qu\u2019il ne tenait pas compte de l\u2019opinion publique.Les col- Les grandes polémiques de 2006 \u2022 155 laborateurs de l\u2019ouvrage jugent eux aussi que le gouvernement Charest a manqué de sensibilité à l\u2019opinion publique dans plusieurs dossiers comme ceux de la privatisation du mont Orford et des compressions de 103 millions dans le régime de prêts et bourses étudiants.Il semble donc que nos collaborateurs sont d\u2019accord avec les médias et l\u2019opinion publique pour attribuer, au moins en partie, le faible niveau de popularité du gouvernement Charest à son manque de sensibilité à l\u2019opinion publique.L\u2019autre élément négatif d\u2019évaluation qui ressort de l\u2019ouvrage collectif est le manque de délibération et de consultation avec les acteurs de la société civile tels les syndicats et les groupes environnementalistes.Cette critique s\u2019est également retrouvée souvent dans les médias.On reproche au gouvernement d\u2019être peu ouvert au dialogue et de n\u2019en faire bien souvent qu\u2019à sa tête dans plusieurs dossiers.Cette lacune aurait entraîné les « maladresses» du début du mandat, rapidement transformées en « gaffes monumentales » qui n\u2019auraient fait que précipiter la chute de Jean Charest et du PLQ dans les sondages.Le manque de consultation de la société civile aurait aussi contribué à créer la perception d\u2019une absence de leadership qui serait nuisible à la popularité du chef du gouvernement.Les résultats qui ressortent des analyses des collaborateurs de l\u2019ouvrage coïncident assez bien avec le portrait qu\u2019en brossent les médias, suggérant qu\u2019il est également possible d\u2019associer, du moins en partie, l\u2019absence de délibération au faible niveau de popularité du gouvernement Charest.À la lumière des résultats de l\u2019enquête collective sur les réalisations du gouvernement Charest, on peut reprocher à ce gouvernement d\u2019avoir manqué de sensibilité à l\u2019endroit de l\u2019opinion publique et de s\u2019être montré peu ouvert au dialogue avec certains acteurs de la société civile.Le gouvernement libéral a mal expliqué ses orientations et ses décisions, et il ne s\u2019est pas vraiment donné la peine d\u2019expliquer et de démontrer la validité de son action.En revanche, il ne semble pas justifié de lui reprocher de n\u2019avoir pas tenu ses promesses.C\u2019est même l\u2019un des critères par rapport auxquels il a le mieux performé.1.Ce texte propose un aperçu des résultats d une enquête détaillée sur la.réalisation des engagements électoraux du gouvernement Charest quont récemment menée trente universitaires du Québec et du Canada.Voir François Pétry, Éric Bélanger et Louis M.Imbeau (dirs), Le Parti libéral: enquête sur les réalisations du gouvernement Charest, Québec, Presses de l\u2019Université Laval, 2006. Musée ue la PViuis/vnoN ¦\\W I\u2018)oc.TOÔS^£2j5cS(>k8avWL2oo7 Les grandes polémiques de 2006 \u2022 157 LA NAISSANCE DE QUÉBEC SOLIDAIRE Pierre Mouterde1 Professeur de philosophie, collège de Limoilou C\u2019était les 3, 4,5 février 2006 et la nouvelle fit sensation : il naissait officiellement au Québec un nouveau parti qui prenait le nom de Québec solidaire ; un parti de gauche faisant de la question sociale sa préoccupation première et qui, par suite de l\u2019intérêt médiatique qu\u2019il suscitait comme du prestige de quelques-uns de ses leaders (Françoise David et Amir Khadir), paraissait se trouver en bonne posture pour commencer à remodeler la scène politique québécoise.Sous les acclamations des plus de 1 000 personnes qui participaient à ce congrès de fondation ont ainsi été posées les premières pierres d\u2019une nouvelle organisation politique se définissant comme « de gauche », « souverainiste », «féministe», «écologiste» et «altermondialiste».De quoi indiquer clairement qu\u2019on cherchait à rompre avec le monopole du Parti québécois (PQ), lui qui depuis la fin des années 1960 était parvenu à regrouper - autour de la question nationale et de son projet politique référendaire - l\u2019immense majorité des forces du changement du Québec.Le projet de Québec solidaire était-il pour autant viable, annonciateur, comme le prétendaient ses supporters, de l\u2019avenir?Telle est sans doute la question que bien des observateurs de la politique québécoise n\u2019ont cessé depuis de se poser ! D\u2019autant plus qu\u2019un mois à peine après la fondation de ce nouveau parti, à l\u2019occasion d\u2019une élection partielle dans la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques, la candidate de Québec solidaire, Manon Massé, 158 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 réussissait à obtenir 22 % des suffrages populaires, ce qui pour une formation à peine née sonnait comme une réussite pleine de promesses.UN LONG CHEMINEMENT En fait, la naissance de Québec solidaire est le fruit d\u2019un long cheminement qui ne remonte pas à hier, mais qui a ultimement résulté de la rencontre puis de la fusion de deux organisations politiques relativement jeunes, l\u2019UFP (l\u2019Union des forces progressistes) et Option citoyenne.La plus ancienne, l\u2019UFP, est née en juin 2002 d\u2019un laborieux effort de rapprochement entre trois petites entités de la gauche québécoise : le PDS (Parti de la démocratie socialiste), le RAP (Rassemblement pour une alternative progressiste) et le Parti communiste du Québec.Toutes trois - fortement secouées par la montée en force du néolibéralisme et par la crise des grands courants de la gauche institutionnelle - ont peu à peu réalisé, notamment à l\u2019occasion des élections dans Mercier en 2001 et de la candidature rassembleuse de Paul Cliche, qu\u2019il n\u2019y aurait d\u2019avenir pour la gauche du Québec qu\u2019à la condition de le penser sur le mode de l\u2019unité et loin de tous les sectarismes du passé.Quant à l\u2019organisation Option citoyenne, fondée en mai 2004 par Françoise David (ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec et animatrice de la Marche mondiale des femmes en 2000), elle trouvait ses racines dans le mouvement social D\u2019abord solidaires, lui-même né à l\u2019automne 2002 pour tenter de faire face à la montée de la droite et plus particulièrement à la croissance inquiétante de l\u2019Action démocratique du Québec (ADQ).Composé de militantes et militants issus principalement du mouvement des femmes ou du milieu communautaire, D\u2019abord solidaires se voulait (et se veut aujourd\u2019hui encore) un mouvement citoyen désireux de participer, par le biais de l\u2019éducation populaire et de la promotion du « bien commun », aux débats et discussions sur les grands enjeux de la société québécoise, mais sans pour autant faire de la politique partisane.L\u2019ORIGINALITÉ PREMIÈRE L\u2019originalité première de Québec solidaire gît sans doute dans cette volonté d\u2019unir ce qui était jusqu\u2019à présent resté épars ou sans lien, et d\u2019y parvenir en cherchant à donner naissance à des pratiques politiques innovatrices et inclusives.D\u2019où ces tentatives de fusionner des manières différentes de militer: celles de la gauche politique comme celles du mouvement communautaire ou féministe.D\u2019où aussi ce souci d\u2019être un parti autant des urnes que de la rue et en prime de donner autant d\u2019importance, dans les instances de direction, aux deux formations originelles ainsi qu\u2019aux femmes et aux hommes.D\u2019où enfin Les grandes polémiques de 2006 \u2022 159 cette volonté de se doter de deux porte-parole, et à l\u2019instar du symbole unificateur et novateur qu\u2019ils représentent, de combiner dans un seul projet politique une série d\u2019aspirations autrefois séparées: féministes et écologistes, mais aussi souverainistes et sociales.DES DÉFIS NON NÉGLIGEABLES Il n\u2019en demeure pas moins que ce vaste projet n\u2019est pour l\u2019instant qu\u2019en chantier.Et si par son pluralisme inclusif il pourrait apparaître à plusieurs comme une solution de rechange au déclin ou aux difficultés actuelles du PQ, il n\u2019en est pas moins sujet à bien des tensions, sans même parler du test très difficile que représenteront les prochaines élections générales.Car en l\u2019absence d\u2019un système proportionnel, il apparaît fort difficile à un tiers parti de pouvoir faire élire facilement ne serait-ce que quelques députés.Par ailleurs, ce ne sera qu\u2019en novembre prochain que Québec solidaire se dotera d\u2019un programme politique digne de ce nom.Et là, le caractère inclusif et donc général de ses intentions premières connaîtra un autre test décisif.Le projet de programme de gouvernement des 1 000 jours de Québec solidaire, sur lequel planche actuellement la commission politique de ce parti, se voit tiraillé entre le désir de réalisme dont doit faire preuve toute formation politique aspirant au pouvoir et celui de changement en profondeur qu\u2019appelle nécessairement un projet de gauche.Comment en effet s\u2019attaquer sérieusement à l\u2019inégalité sociale sans remettre en cause à plus ou moins long terme les politiques économiques néolibérales ainsi que les rapports de tutelle qu\u2019Ottawa entretient avec Québec?Comment promouvoir de tels changements structurels, si l\u2019on veut en même temps conquérir rapidement la confiance de l\u2019électorat?Déjà, lors de son dernier conseil national, Québec solidaire a résolu de faire de Françoise David sa première porte-parole, laissant entrevoir qu\u2019au-delà de la noble intention de « faire de la politique autrement », le modèle traditionnel du chef unique pèse encore lourd dans la balance de la politique électorale québécoise, et qu\u2019ainsi les partisans du réalisme au sein de Québec solidaire restent bien présents.Bonne chose diront certains, mais à la condition, rétorqueront d\u2019autres, que cela ne gomme pas son caractère critique et novateur ! On le voit, dans les prochains mois, les défis ne manqueront pas aux membres de Québec solidaire.Ne sont-ils pas néanmoins à l\u2019image des promesses et espérances que la naissance d\u2019un tel parti n\u2019a pas manqué de susciter au Québec?1.Pierre Mouterde a publié récemment Repenser l\u2019action politique de gauche, essai sur l\u2019éthique, la politique et l\u2019histoire (Montréal, Éditions Écosociété, automne 2005) PROGRAMME D ÉTUDES SUR LE QUÉBEC DE L'UNIVERSITÉ McGill Un regard unique sur LA RÉALITÉ QUÉBÉCOISE ÆJS UNIVERSITÉ\tVJ PROGRAMME D'ÉTUDES V\tprfa SUR LE QUEBEC J-TJLV-VJlll\tv/^H UNIVERSITÉ McGill 3644, rue Peel, salle 514 | New Chancellor Day Hall Montréal (Québec) | H3A 1 W9 514.398.3960 | www.arts.mcgill.ca/qs/ \u2014 ¦ ' ?Étudier le Québec d une façon comparative et multidisciplinaire.?Partager la tradition d\u2019excellence et le rayonnement international de McGill.?Accéder à un réseau de chercheurs et d'institutions oeuvrant en études Québécoises.?L\u2019Université d'été en études québécoises de l'Université McGill.Pour découvrir le Québec en français.?Un centre de documentation sur le Québec. -_j\t.amufmma m «id o Chronologie 2005-2006 162 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Chronologie 2005-2006 Serge Laplante Recherchiste, Journal de Montréal VOICI LES PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS SURVENUS AU QUÉBEC ENTRE LE 1er AOÛT 2005 ET LE 31 JUILLET 2006.AOÛT 2005 Le 4 - Michaëlle Jean gouverneure général.Le premier ministre Paul Martin cause une surprise en annonçant que la journaliste québécoise d\u2019origine haïtienne deviendra la 27e gouverneur général du Canada.Le 13 - Patrick Drolet primé au festival de Locarno.Le comédien Patrick Drolet reçoit le Léopard d\u2019interprétation masculine pour son rôle dans le film québécois La Nenvaine.Le film québécois Les États nordiques l\u2019emporte dans la catégorie vidéo.Le 28 - Servia vainqueur du Molson Indy.Le Catalan Oriol Servia remporte sa première victoire en série Champ Car au Molson Indy de Montréal.Les favoris locaux Alexandre Tagliani et Andrew Ranger terminent respectivement 5e et 11e.En Formule Atlantique, le Québécois Antoine Bessette gagne devant les siens, sa deuxième victoire du Championnat Toyota Atlantique.Le 29 - Francis Fox au Sénat.Ancien secrétaire d\u2019État sous Pierre Elliott Trudeau et proche conseiller de Paul Martin, Francis Fox accède à la Chambre haute, en même temps que l\u2019avocat montréalais Yoine Goldstein.Au début du mois, M.Martin avait aussi ouvert les portes du Sénat à un autre de ses conseillers, l\u2019ancien député de Louis-Hébert Dennis Dawson.Le 30 - Décès du sergent d\u2019armes.Le major-général Maurice Gaston Cloutier Son Excellence Michaëlle Jean Chronologie 2005-2006 \u2022 163 était sergent d\u2019armes de la Chambre des communes et secrétaire canadien de la Reine.Il détient le record de celui qui a occupé le plus longtemps le poste de sergent d\u2019armes dans toute l\u2019histoire du Parlement canadien.Il avait été nommé à ce poste en 1978 après avoir connu une brillante carrière dans l\u2019aviation canadienne.SEPTEMBRE 2005 Le 1er - CHOI-FM: l\u2019appel de Genex rejeté.La Cour d\u2019appel fédérale confirme la décision du CRTC, en juillet 2004, de retirer la licence de la station de radio de Québec en raison de propos jugés offensants tenus par ses animateurs.L\u2019entreprise propriétaire, Genex, annonce son intention de porter sa cause jusqu\u2019en Cour suprême.CHOI-FM bénéficie d\u2019un sursis de 20 jours pour continuer à diffuser, après quoi Genex devra s\u2019adresser à nouveau au tribunal pour obtenir une prolongation de délai jusqu\u2019à une décision de la Cour suprême.Le 2 - L\u2019essence à 1,47$.Le litre d\u2019essence atteint un sommet de 1,47$ à Québec.Le 6 - Charles Dionne réalise son rêve.Le cycliste québécois signe une entente de deux ans avec l\u2019équipe espagnole Saunier Duval-Prodir, une formation membre du circuit ProTour.L\u2019athlète retrouvera en Europe ses compatriotes Michael Barry et Ryder Hesjedal, seuls Canadiens à rouler pour une formation du ProTour, Discovery Channel.L\u2019objectif du cycliste de 26 ans est maintenant de satisfaire à certains critères de sélection établis par son équipe pour participer au Tour de France.Le 9 - Charest ira en Chine.Jean Charest s\u2019entretient une vingtaine de minutes avec Hu Jintao, au Musée canadien des civilisations, à Gatineau.C\u2019est la première fois qu\u2019un premier ministre du Québec rencontre un président de la Chine.Cette rencontre s\u2019inscrit à la veille du départ de la mission québécoise en Chine, le 21 septembre, la plus grosse délégation de l\u2019histoire du Québec.M.Charest sera accompagné d\u2019environ 150 personnes des milieux d\u2019affaires, institutionnel et culturel.Le 11 - Marathon international de Montréal.17 000 personnes participent au Marathon de Montréal/Fêtes de la santé.5 500 sont au départ du Marathon. 164 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le 12 - Mulroney amer et trahi.En convalescence chez lui, l\u2019ancien premier ministre Brian Mulroney est profondément blessé que son ami et journaliste Peter C.Newman rapporte (dans son livre de 462 pages The Secret Mulroney Tapes: Unguarded Confessions of a Prime Minister) des propos très durs qu\u2019il aurait tenus à l\u2019égard de ses collègues et adversaires politiques.« This was my mistake and I\u2019m going to have to live with it», déclare-t-il à la presse anglophone.Le 14 - André Boulerice démissionne.Député péquiste de Sainte-Marie-Saint-Jacques depuis 1985, il fat, en 2004, le premier élu de l\u2019Assemblée nationale à se prévaloir de l\u2019union civile entre conjoints de même sexe.Le 13 - André Caillé démissionne.À la tête de l\u2019entreprise depuis 1996, le président du conseil d\u2019administration d\u2019Hydro-Québec annonce qu\u2019il quitte son poste le 16 septembre.Âgé de 61 ans, M.Caillé avait dû céder son poste (de PDG) à son bras droit, Thierry Vandal, en avril 2005, après avoir embarrassé le gouvernement en réclamant la déréglementation des tarifs d\u2019électricité.Le 14 - Politique de relations internationales du Québec.La ministre des Relations internationales du Québec, Monique Gagnon-Tremblay, publie un document intitulé Le Québec dans les forums internationaux.L\u2019exercice des compétences du Québec à l\u2019égard des organisations et des conférences internationales.Le 19 - Paul Coffin condamné avec sursis.L\u2019ancien patron de Coffin Communications, le seul témoin de la commission Gomery a avoir avoué ses torts, est condamné au Palais de justice de Montréal à deux ans moins un jour de prison à purger dans la communauté pour des fraudes de plus de 1,5 million de dollars commises dans le cadre du programme fédéral des commandites.André Boisclair Le 19 - Boisclair avoue avoir consommé de la cocaïne.Le candidat vedette à la direction du Parti québécois, André Boisclair, se confie au quotidien La Presse: «Alors que vous étiez ministre, est-ce que vous avez consommé de la cocaïne ?- J\u2019ai commis des erreurs, des choses que je regrette.Oui, il m\u2019est arrivé de consommer.» Chronologie 2005-2006 \u2022 165 Le 20 - Alouette Phase II.Inauguration de la phase II de raluminerie Alouette de Sept-îles, la plus grande aluminerie d\u2019Amérique.Le projet, qui représente un investissement de 1,45 milliard de dollars, constituait le plus gros projet de construction du Québec des dernières années.Alouette produit désormais 550 000 tonnes métriques d\u2019aluminium par année.Le 23 - Simon Marshall victime d\u2019une erreur judiciaire.Simon Marshall est officiellement déclaré non coupable par la Cour d\u2019appel du Québec.Ce citoyen de Sainte-Foy a donc purgé une peine de 62 mois de prison pour des crimes qu\u2019il n\u2019a pas commis, des tests d\u2019ADN l\u2019ayant récemment innocenté.Le jeune homme, qui souffre d\u2019un retard mental, avait été condamné en 1997 après avoir plaidé coupable à 13 chefs d\u2019accusation de voies de fait.La police de Québec ouvre une enquête interne sur la manière dont cette affaire a été bâclée.Le 25 - Deux faux pas.Dans la même semaine, deux commentateurs vedettes de la radio et de la télévision commettent des dérapages verbaux et sont mis au banc des médias.Le Doc Mailloux évoque des études censées prouver la supériorité de la race blanche sur la race noire.Dans le cadre de l\u2019émission L\u2019avocat et le diable sur TQS, émission à saveur polémique, Gilles Proulx qualifie la victime d\u2019un viol sordide de «petite vache», de «cochonne» et de « garce », s\u2019attirant les foudres des commentateurs et la réprobation de l\u2019opinion publique.Ses propos sont notamment stigmatisés dans le cadre de l\u2019émission Tout le monde en parle, diffusée à Radio-Canada.Le 27 - Michaëlle Jean.Cérémonie d\u2019installation de la Québécoise Michaëlle Jean à titre de 27e gouverneur général du Canada.Le 29 - Les provinces peuvent poursuivre les cigarettiers.La Cour suprême, dans une décision unanime, ouvre la porte à des poursuites civiles de dizaines de milliards de dollars contre l\u2019industrie du tabac.La Cour reconnaît la validité d\u2019une loi de la Colombie-Britannique adoptée en vue de réclamer des compensations pour couvrir le coût des traitements liés au tabagisme assumés par la province depuis 50 ans et les coûts prévisibles dans l\u2019avenir.Le 30 - Norbourg en liquidation.130 millions de dollars manquant à l\u2019appel, l\u2019Autorité des marchés financiers ordonne la liquidation de la société Norbourg. 166 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 OCTOBRE 2005 Le 13 - Développement économique.Le ministre Claude Béchard dévoile la nouvelle stratégie gouvernementale de développement économique.Le 18 - Rentrée parlementaire.Ajournés le 16 juin 2005, les travaux de la 1\u201c session de la 3T Législature, amorcée le 4 juin 2003, reprennent à Québec.Le 18 - Michaëlle Jean.L\u2019opposition officielle refuse de donner son accord à la présentation d\u2019une motion soulignant la nomination de la Québécoise Michaëlle Jean comme gouverneur général du Canada.Le 19 - Manifeste des lucides.Un groupe de personnalités de différents milieux, avec en tête l\u2019ancien premier ministre Lucien Bouchard, publie un manifeste intitulé Pour un Québec lucide.Le 20 - Congés parentaux - Québec débouté.La Cour suprême décide que les congés parentaux fédéraux n\u2019empiètent pas sur la compétence des provinces.Cette décision unanime annule un jugement rendu l\u2019année dernière par la Cour d\u2019appel du Québec.La décision n\u2019a toutefois pas d\u2019incidences sur la gestion du programme qui entre en vigueur le 1er janvier, Québec et Ottawa ayant conclu au printemps une entente transférant au Québec l\u2019administration du programme de congés parentaux, en même temps que les fonds qui y sont affectés.Ottawa tenait tout de même à faire préciser ses prérogatives constitutionnelles par la Cour suprême, étant donné les retombées possibles de cette question sur d\u2019autres programmes.Le 20 - Diversité culturelle.Par 148 voix contre 2, l\u2019UNESCO adopte, à Paris, la Convention internationale sur la diversité culturelle.Il s\u2019agit d\u2019une première grande victoire diplomatique du Québec sur la scène internationale.Le Québec était derrière les efforts déployés par le Canada et la France, depuis 1998, pour faire adopter la convention.Lucien Bouchard Chronologie 2005-2006 \u2022 167 Le 20 - Reconnaissance du microcrédit.Par une motion unanime, l\u2019Assemblée nationale du Québec reconnaît la contribution active des membres du Réseau québécois du crédit communautaire au développement social et économique de leur milieu.Qualifié d\u2019« essentiel au développement de la société et de l\u2019économie » par le ministre du Développement économique, de l\u2019Innovation et de l\u2019Exportation, Claude Béchard, le microcrédit est une pratique économique qui a fait ses preuves comme instalment de lutte contre la pauvreté et l\u2019exclusion sociale.Le 27 - Unanimité sur les garderies.Les parlementaires appuient une motion du député péquiste Jonathan Valois (Joliette) selon laquelle «l\u2019Assemblée nationale réitère la volonté du Québec de n\u2019accepter aucune condition dans le cadre des négociations avec Ottawa sur le financement du programme des garderies ».Le lendemain, les deux gouvernements annonçaient une entente sur le financement du programme des garderies.Le 28 - Entente sur les garderies.Jean Charest et Paul Martin signent une entente sur les garderies qui rapportera 1,125 milliard en cinq ans au Québec.Cette entente Québec-Ottawa découle d\u2019un engagement du budget fédéral de février 2005 visant l\u2019institution d\u2019un programme national de garderies de cinq milliards de dollars.Ottawa devait, dans ce contexte, négocier une entente avec chaque province.Le 30 - 96,8 % pour Duceppe.Soumis à un vote de confiance lors du congrès bisannuel de son parti tenu à Montréal, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, obtient un taux de confiance inégalé dans notre histoire politique récente.NOVEMBRE 2005 Le 1er - Publication du rapport Gomery.Le juge John Gomery publie la première partie de son rapport sur le scandale des commandites.Comme on s\u2019y attendait, le gouvernement Chrétien est blâmé.Le juge Gomery conclut qu\u2019il y a eu ingérence politique dans la gestion des commandites, et que le versement de dons au Parti libéral du Canada a permis à des agences d\u2019obtenir des contrats. 168 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le 3 - De Villepin s\u2019adresse à l\u2019Assemblée nationale.Le premier ministre de la France, Dominique de Villepin, prend la parole devant les membres de l\u2019Assemblée nationale, à l\u2019occasion d\u2019une visite de trois jours au Canada.L\u2019événement, toujours exceptionnel, s\u2019était produit la dernière fois en 1984, lors de la visite à Québec du premier ministre Laurent Fabius.Raymond Barre, en 1979, et Pierre Mauroy, en 1982, avaient fait de même avant lui.Le 3 - Unanimité sur Kyoto.L\u2019Assemblée nationale appuie les efforts du gouvernement québécois afin de forcer le déblocage des négociations avec Ottawa sur l\u2019application du plan fédéral destiné à atteindre les objectifs du Protocole de Kyoto.Une motion parrainée par le ministre de l\u2019Environnement, Thomas Mulcair, stipule que «l\u2019Assemblée nationale appuie le gouvernement dans ses demandes au gouvernement fédéral relativement à la mise en œuvre du Protocole de Kyoto et à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques afin que le Québec obtienne une entente bilatérale qui réponde aux préoccupations du Québec.» Le 6 - Chalenge Bell.L\u2019Américaine Amy Frazier devient la 13e championne du Challenge Bell de tennis, disputé à Québec, battant la Suédoise Sofia Arvidsson en deux manches de 6-1 et 7-5.Le 6 - Élections municipales.Les premières élections simultanées depuis les fusions municipales ont amené l\u2019élection de 142 mairesses (13%) et 956 maires (87%), pour un total de 1 098.De ce nombre, 604 avaient été élus sans opposition le 14 octobre et 494 l\u2019ont été lors du scrutin le 6 novembre.Par ailleurs, sept postes de maire restent vacants au lendemain de l\u2019élection.Le taux de participation, pour l\u2019ensemble du Québec, est de 45%.Le maire Gérald Tremblay est réélu à Montréal.L\u2019ancienne mairesse de Sainte-Foy, Andrée Boucher, est élue mairesse de Québec.Gérald Tremblay Chronologie 2005-2006 \u2022 169 Le 13 - Finale de Star Académie.Le dernier gala de Star Académie 2005 attire 2,6 millions de téléspectateurs le dimanche soir sur TVA, un sommet pour la saison.L\u2019émission marquait le couronnement du candidat Marc-André Fortin.Le 14 - Mini-budget fédéral.Le gouvernement Martin présente une mise à jour économique qui a tout d\u2019un mini-budget: réductions d\u2019impôt de 30 milliards sur cinq ans et cadeaux aux entreprises.Le 15 - Boisclair élu chef du PQ.Élection du nouveau chef du Parti québécois au scrutin téléphonique au terme d\u2019une campagne marathon de cinq mois, marquée par un débat qui renvoyait moins au programme du parti qu\u2019aux habitudes de consommation de cocaïne du candidat André Boisclair.Élu au premier tour (56 503 voix, 53,7 %), M.Boisclair devient le sixème chef du Parti québécois, après René Lévesque, Pierre Marc Johnson, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard, Bernard Landry.Il est le deuxième plus jeune.Le 16 - Unanimité autour de la place du privé en santé.Les députés appuient une motion du péquiste Jean-Pierre Charbonneau (Borduas) qui énonce: «Que l\u2019Assemblée nationale du Québec appuie les propos du ministre de la Santé et des Services sociaux selon lesquels un système de santé privé parallèle serait socialement inacceptable et fonctionnellement inefficace.» Le 16 - Inquiétudes concernant la gestion de l\u2019offre.Le même jour, les députés affirment unanimement: «Que l\u2019Assemblée nationale, dans le cadre des négociations à l\u2019Organisation mondiale du commerce, réitère son appui indéfectible à la gestion de l\u2019offre, un modèle de mise en marché des produits agricoles équitable pour les consommateurs, les contribuables, les transformateurs et les producteurs qui en vivent, qu\u2019elle s\u2019assure que le gouvernement fédéral maintienne son appui au système actuel de gestion de l\u2019offre et que l\u2019Assemblée nationale demande au gouvernement fédéral de confier à ses négociateurs le mandat d\u2019obtenir, aux termes de la présente ronde de négociations, des résultats qui permettront aux secteurs sous gestion de l\u2019offre d\u2019éviter une réduction des tarifs et un accroissement des contingents tarifaires.» 170 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le 17 - Fin du Bachelor.Le Bachelor Éric Limoges, vedette de la populaire émission de télé-réalité de TQS, choisit finalement comme gagnante une étudiante en médecine vétérinaire, Isabelle Poulin.Le 24 - Autobiographie de Dumont.À 35 ans, avec derrière lui 18 ans d\u2019action politique, le chef de l\u2019ADQ, Mario Dumont, lance son autobiographie intitulée : Avoir le courage de ses convictions.Le 27 - Coupe Grey.À Vancouver, victoire à l\u2019arraché (38-35) en prolongation (une première depuis 1961) des Eskimos d\u2019Edmonton sur les Alouettes de Montréal.Le match est qualifié d\u2019historique par les analystes.Le 28 - Changements climatiques.Quelque 8 000 délégués et observateurs en provenance de 191 pays se réunissent au Palais des congrès de Montréal à l\u2019occasion de la Onzième Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et de la toute première Rencontre des parties signataires du Protocole de Kyoto.Le 28 - Le gouvernement Martin défait.Le gouvernement minoritaire de Paul Martin est renversé sur une motion de non-confiance (171-133), une première en plus de 40 ans.Il faut en effet remonter à 1963 pour assister au renversement d\u2019un gouvernement par une motion non budgétaire.Les troupes de Paul Martin ont été au pouvoir du 29 juin 2004 au 28 novembre 2005, soit exactement 518 jours.La campagne électorale qui s\u2019amorce durera 56 jours, soit 8 semaines.Le 30 - Fermeture du zoo.Le gouvernement du Québec annonce la fermeture du zoo de Québec, le plus vieux au Canada, à compter du 3 février 2006.Désavouée par le public qui ne semblait pas priser le virage « floral» effectué ces dernières années et les prix d\u2019entrée exorbitants, l\u2019institution accumulait les déficits.4 715 animaux devront trouver refuge ailleurs.Le 30 - Assaut de pétitions.Le record du nombre de signatures appartient à une pétition présentée le 30 novembre par le péquiste Camil Bouchard.Signé Mario Dumont Chronologie 2005-2006 \u2022 171 par 200 470 citoyens, le document réclame la préservation de l\u2019intégrité des CPE.L\u2019Assemblée nationale a subi à l\u2019automne 2005 un barrage de 103 pétitions.La présentation de chaque pétition par un député prenant jusqu\u2019à trois minutes, le président Michel Bissonnet décréta le 23 novembre que le texte de présentation d\u2019une pétition ne pourrait plus dépasser 250 mots.Que ce peuple est lassant à la fin.DÉCEMBRE 2005 Le 9 - Andrée Ruffo devrait être destituée.La Cour d\u2019appel recommande la destitution de la juge Andrée Ruffo.La Cour conclut donc, à l\u2019instar du Conseil de la magistrature du Québec, que la conduite reprochée à Mme Ruffo, tout au long des vingt dernières années, porte si manifestement atteinte à l\u2019impartialité, à l\u2019intégrité et à l\u2019indépendance de la magistrature qu\u2019elle ébranle la confiance du justiciable et du public en son système de justice et la rend incapable de s\u2019acquitter des fonctions de sa charge.Le 12 - Montréal rappelle son budget.Fait unique dans les annales municipales, la ville de Montréal rappelle son budget.Le maire Gérald Tremblay s\u2019était engagé, en campagne électorale, à ne pas augmenter le fardeau fiscal des Montréalais.Devant le concert de protestations suscitées par les augmentations de 1 % et 2%, l\u2019administration Tremblay a décidé de suspendre l\u2019adoption du budget et d\u2019adopter un budget révisé en janvier.Le 12 - Élections partielles.Raymond Bachand permet aux libéraux de conserver leur château fort d\u2019Outremont (libéral depuis 1936), mais avec une majorité d\u2019à peine 1 000 votes ; Stéphane Bergeron permet au PQ de conserver Verchères avec une forte majorité.Autre contre-performance de l\u2019ADQ, qui se classe au 5e rang dans Outremont, derrière le Parti vert.Le 14 - Mort d\u2019une policière.Une policière de Laval est abattue par un forcené barricadé dans son logement, lors d\u2019une opération policière de routine.C\u2019est la troisième policière dans l\u2019histoire du Québec, la deuxième originaire de Québec, tuée en service.Valérie Gignac, 25 ans, était au service de la police de Laval depuis quatre ans.Le conjoint de la policière, un maître-chien, travaillait au sein de la même équipe de travail qu\u2019elle.C\u2019est également le premier agent de police de Laval, en 40 ans, à mourir en service et, semble- 172 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 t-il, le 100e agent de la paix (policiers, gardiens de prison et agents de la faune confondus) à perdre la vie dans l\u2019exercice de ses fonctions.Plus de 3 000 policiers, formant un cortège de près d\u2019un kilomètre de long, rendront un dernier hommage à la jeune policière lors de funérailles civiques qui se dérouleront le 20 décembre.Le 14 - Ajournement hâtif.Prenant les parlementaires et les syndiqués par surprise, le gouvernement ajourne les travaux de l\u2019Assemblée nationale après 29 jours seulement et convoque celle-ci en session extraordinaire le 15 décembre afin d\u2019adopter une loi d\u2019exception pour imposer les conditions de travail des syndiqués du secteur public et la loi 124 réorganisant le réseau des centres de la petite enfance (CPE).510 000 employés se font imposer une augmentation de 12,6 % sur sept ans.Le 21 - L\u2019échangisme est légal.La Cour suprême donne raison aux échangistes et statue, dans deux jugements majoritaires, qu\u2019elle n\u2019avait pas à s\u2019ériger en censeur, ni même à décider si la société canadienne était prête à accepter l\u2019échangisme.Le 21 - Assermentation de Bachand.Élu lors des élections partielles du 12 décembre, le nouveau député libéral d\u2019Outremont, Raymond Bachand, est assermenté à l\u2019Assemblée nationale.Le 22 - Feu vert à la 25.Le gouvernement autorise le prolongement de l\u2019autoroute 25 reliant Montréal et Laval.Le projet, qui sera réalisé en partenariat public privé (PPP), est décrié par les écologistes, les groupes sociaux et la ville de Montréal.JANVIER 2006 Le 5 - Victoire des juniors canadiens.Aux Championnat mondiaux de hockey junior, disputés à Vancouver, le Canada conserve son titre en défaisant la Russie 5 à 0.Il s\u2019agit d\u2019un douzième titre mondial pour Équipe Canada Junior.Le 18 - Geneviève Jeanson suspendue à vie.Le quotidien La Presse révèle que la cycliste a échoué un autre test antidopage.Trouvée coupable de dopage à l\u2019EPO, le Review Board, le comité indépendant de l\u2019Agence américaine antidopage, recommande sa suspension à vie. Chronologie 2005-2006 \u2022 173 Le 18 - Assermentation de Stéphane Bergeron.Le nouveau député péquiste de Verchères, Stéphane Bergeron, élu lui aussi lors des élections partielles du 12 décembre, est assermenté à l\u2019Assemblée nationale.Boursier de la Fondation Jean-Charles-Bonenfant, stagiaire parlementaire à l\u2019Assemblée nationale (1989-1990), Stéphane Bergeron était l\u2019ancien député bloquiste de la circonscription fédérale de Verchères, puis de Verchères-Les Patriotes (1993-2005).Le 20 - Nouveau budget à Montréal.Le maire de Montréal dépose un budget révisé de 3,855 milliards de dollars, sans hausse de taxes, contrairement à celui de décembre, grâce à de l\u2019argent en provenance du gouvernement du Québec.Le 20 - La prison pour sept des Mohawks.La juge Nicole Duval-Essler impose des sentences allant jusqu\u2019à quinze mois d\u2019emprisonnement aux émeutiers qui ont séquestré 67 policiers autochtones, en janvier 2004, dans la réserve de Kanesatake.Grossièrement chahutée par le public, la juge est notamment traitée de «racist bitch».Le 23 - 39e élection générale au Canada.Stephen Harper, 22e premier ministre élu du Canada, dirigera un gouvernement minoritaire.Les conservateurs, avec 124 députés élus, font un gain de 25 sièges, les libéraux à 103 en perdent 32 et les bloquâtes 3 à 51, tandis que le NPD progresse de 10 sièges et obtient 29 députés.L\u2019indépendant André Arthur est élu.Dix ministres libéraux sont défaits.Contre toute attente, le Parti conservateur du Canada fait élire 10 députés au Québec et arrache 7 comtés aux bloquâtes dans la région de Québec.Le taux Rallye conservateur\tde participation est de 64,9%.Le 24 - Retraite du «Magnifique».Ralenti par un malaise cardiaque, le célèbre numéro 66 annonce sa retraite après une carrière de 17 saisons dans la Ligne nationale de hockey (LNH).Mario Lemieux, 40 ans, n\u2019avait pas joué depuis le 16 décembre en raison d\u2019un rythme cardiaque anormal.À Pittsburgh, Lemieux a gagné à deux reprises la Coupe Stanley, en 1991 et en pourvu pour mi fm ^péV/zr m] rw 174 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 1992.Il a aussi remporté des médailles d\u2019or aux Jeux olympiques de Salt Lake City, à la Coupe du monde 2004 et à la Coupe Canada 1987.En 17 saisons dans la LNH, le grand joueur de centre a obtenu 690 buts et 1 033 aides pour un total de 1 723 points.Il occupe le septième rang des meilleurs pointeurs de l\u2019histoire de la LNH.Le 26 - Hommage à un pompier.À Montréal, 4 000 personnes rendent un dernier hommage au capitaine Marcel Marleau.L\u2019homme, qui comptait 28 années de service, a péri en combattant un incendie dans un immeuble à logements de Montréal-Nord, le 21 janvier.Le 26 - Première de Délirium.Première au Centre Bell de Montréal du nouveau spectacle du Cirque du Soleil, Délirium, un mégaspectacle musical de 100 millions de dollars.Ce spectacle multidi-mentionnel en 20 tableaux, sans dialogue, sur des morceaux du répertoire du Cirque remixés, a été conçu et mis en scène par Victor Pilon et Michel Lemieux.Le 27 - Coupable de suicide assisté.S\u2019étant reconnue coupable du suicide assisté de son fils, Charles Fariala, 36 ans, en septembre 2004, Marielle Houle est condamnée à trois ans de probation, une sentence clémente, le juge considérant qu\u2019elle avait agi par compassion.FÉVRIER 2006 Le 1er - Martin cède sa place.Dernière réunion du cabinet et du caucus libéraux à Ottawa.Paul Martin cède ses pouvoirs à Bill Graham qui devient chef de l\u2019opposition officielle.Le 5 - Un Québécois au Super Bowl.Le Québécois Jean-Philippe Darche, spécialiste des longues remises des Seahawks, participe au XLe Super Bowl disputé à Detroit.Les Steelers remportent un 5e Super Bowl par la marque de 21-10.Le 6 - Assermentation des conservateurs.Stephen Harper devient officiellement le 22e premier ministre du Canada.Son cabinet compte 26 ministres Délirium Chronologie 2005-2006 \u2022 175 (plus Harper), contre 39 pour le gouvernement Martin.Cinq Québécois, un transfuge et un non-élu deviennent ministres.C\u2019est le plus petit cabinet depuis les années 1960.L\u2019ex-libéral David Emerson (ministre de l\u2019Industrie dans le gouvernement Martin) devient ministre du Commerce international.L\u2019homme d\u2019affaires et organisateur conservateur montréalais Michael Fortier, frère de Margaret Delisle, ministre dans le cabinet de Jean Charest, est nommé sénateur et accède au cabinet comme ministre des Travaux publics pour représenter Montréal.Pour la première fois en 27 ans, le Canada est dirigé par un premier ministre qui n\u2019est pas québécois.Le 16 - Réponse au jugement Chaoulli.Le gouvernement Charest présente sa réponse au jugement Chaoulli sur la place du privé en santé.Le document, intitulé Garantir l\u2019accès: un défi d\u2019équité, d\u2019efficience et de qualité, sert de document de consultation lors d\u2019une vaste commission parlementaire.Le 17 - Carambolage.Un carambolage monstre, survenu sur l\u2019autoroute 40, entre L\u2019Assomption et Lavaltrie, implique entre 60 et 70 véhicules et fait un mort et 33 blessés.C\u2019est le plus important carambolage survenu au Québec.Le 26 - Bonne récolte du Canada à Turin.À l\u2019issue des Jeux olympiques de Turin, le Canada se classe au 3e rang des médailles avec 24, dont 7 d\u2019or.Le 27 - Un juge soumis à la question.Le candidat retenu par le premier ministre Stephen Harper pour combler le poste vacant à la Cour suprême du Canada, Marshall Rothstein, un juge à la Cour d\u2019appel fédérale du Manitoba, devient le premier candidat au plus haut tribunal du pays à être interrogé pendant trois heures par un comité de députés.Le juge Rothstein sera assermenté le 9 mars.MARS 2006 Le 2 - Oui au kirpan à l\u2019école.L\u2019orthodoxie sikhe triomphe en Cour suprême, qui renverse une décision de la Cour d\u2019appel du Québec et sanctionne le port du kirpan dans les écoles, au grand soulagement du jeune Gurbaj Singh Multani.Le 8 - Harper visite Charest.Événement rare, les deux premiers ministres ont un entretien à Québec au bureau du premier ministre Charest.La dernière 176 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 visite à Québec d\u2019un premier ministre canadien date du 6 décembre 1984, quand Brian Mulroney avait eu un tête-à-tête avec René Lévesque.Le 9 - Grippe aviaire.Québec publie son Plan québécois de lutte contre une pandémie d\u2019influenza aviaire.Le 13 - C.R.A.Z.Y aux Génie.Le film québécois C.R.A.Z.Y., du réalisateur Jean-Marc Vallée, triomphe dans 11 des 12 catégories dans lesquelles il était en compétition au gala des prix Génie qui récompensent le cinéma canadien.Le 14 - Discours inaugural Le 14 mars 2006, le premier ministre Jean Charest prononce le Discours inaugural de la 2e session de la 37e Législature.La première session qui s\u2019est achevée aura compté exactement 200 séances.Le 19 - C.R.A.Z.Yaux Jutra.Nouveau triomphe du film C.R.A.Z.Y., de Jean-Marc Vallée, qui remporte cette fois 13 trophées à la huitième soirée des Jutra, les oscars québécois.Le 19 - Martin démissionne.En démissionnant de son poste de chef du Parti libéral du Canada, Paul Martin lance officiellement la campagne au leadership de son parti.Le nouveau chef sera choisi à Montréal le 2 décembre 2006.Le 23 - Budget et crédits.Le ministre des Finances, Michel Audet, livre un deuxième Discours sur le budget.Les crédits (le budget des dépenses) sont déposés le même jour.Dans son budget sans surplus ni déficit, le ministre des Finances prévoit pour l\u2019année financière en cours des dépenses de 55,8 milliards de dollars, en hausse de 3,9 %.Le 31 - Mise en demeure du premier ministre.Le 31 mars, le premier ministre Jean Charest envoie une mise en demeure à la députée péquiste de Taschereau, Agnès Maltais.De mémoire d\u2019homme, c\u2019est la première fois qu\u2019un parlementaire signifie une mise en demeure de se rétracter à un autre parlementaire.Dans le cas présent, le premier ministre exige que la députée se rétracte pour des propos qu\u2019elle aurait tenus lors d\u2019un point de presse, alors Marc-André Grondin et Michel Côté Chronologie 2005-2006 \u2022 177 qu\u2019elle aurait «laissé entendre que M.Charest avait subi des pressions de M.Marc-Yvan Côté (ou y avait cédé), pour favoriser la vente de terrains du zoo de Québec à des tiers».Le 4 avril, l\u2019ex-député libéral de Charlesbourg, Marc-Yvan Côté, a également signifié une mise en demeure à Mme Maltais.Le 31 - Louise Fréchette quitte son poste.La Québécoise Louise Fréchette termine un mandat de huit ans comme secrétaire générale adjointe de l\u2019Organisation des Nations unies.Âgée de 59 ans, Mme Fréchette avait été nommée à ce poste qui n\u2019existait pas auparavant par le secrétaire général Kofi Annan, le 2 mars 1998.Louise Fréchette dirigera une chaire de recherche sur l\u2019énergie nucléaire à l\u2019Université de Waterloo, en Ontario.AVRIL 2006 Le 3 - Rentrée parlementaire à Ottawa.Le libéral Peter Milliken est réélu président de la Chambre des communes.Le 4 - Discours du trône à Ottawa.Début des travaux de la 1\" session de la 39e Législature canadienne.Le 8 - Nouvelle Curatrice publique.Diane Lavallée se voit confier par le gouvernement du Québec le poste de Curatrice publique.Elle était, depuis 1999, présidente du Conseil du statut de la femme.La nouvelle titulaire, qui entre en fonctions le 8 avril, remplace à ce poste une autre fonctionnaire de carrière, Nicole Malo.Le 12 - Autre pétition monstre.Les groupes partenaires de l\u2019initiative «Aux arbres citoyens ! » présentent à l\u2019Assemblée nationale une pétition pour la protection de la forêt boréale.Stéphane Bergeron, député péquiste de Verchères, dépose l\u2019extrait d\u2019une pétition, signée par 171 445 citoyens et citoyennes du Québec, concernant la protection des sites Pascagama et Vallée des montagnes blanches contre toute exploitation industrielle.Le 13 - Nouvelle Protectrice du citoyen.Raymonde Saint-Germain, sous-ministre des Services gouvernementaux, est nommée Protectrice du citoyen pour un mandat de cinq ans à compter du 27 avril 2006.Elle remplace Pauline Champoux-Lesage. 178 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le 22 - Manifestation monstre pour Orford.Une manifestation à Montréal des opposants au projet de privatisation partielle du parc du Mont-Orford attire 12 000 personnes, la plus importante manifestation sur une question environnementale tenue au Québec et peut-être au pays.Le 25 - Assermentation de Martin Lemay.Élu député de la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques aux élections partielles du 10 avril, Martin Lemay est assermenté comme député.Le 27 - Accord sur le bois d\u2019œuvre.Le Canada et les États-Unis annoncent qu\u2019ils sont parvenus à un accord portant sur un traité de paix d\u2019une durée de sept ans.Le 27 - Pacte fiscal.Le gouvernement du Québec signe un nouveau pacte fiscal avec les municipalités.Le gouvernement versera 3,8 milliards de dollars aux villes d\u2019ici 2013.Le remboursement progressif de la taxe de vente du Québec (TVQ), que les villes paient pour l\u2019achat de biens et services, représente le fait saillant de ce nouveau pacte.MAI 2006 Le 7 - Une 500e pour Céline.Céline Dion célèbre la 500e représentation de son spectacle A New Day à Las Vegas.Le 18 - La juge Ruffo démissionne.La Cour suprême refrisant d\u2019entendre l\u2019appel de la juge Andrée Ruffo, qui cherchait à faire renverser une décision de la Cour d\u2019appel du Québec recommandant sa destitution, celle-ci remet sa démission plutôt que de devenir le quatrième juge de l\u2019histoire du Québec à être démis de ses fonctions.Le 24 - Retraite de Lyne Bessette.La cycliste québécoise Lyne Bessette annonce qu\u2019elle se retire de la compétition.Le 24 - Nouvelle unanimité sur Kyoto.Les parlementaires votent à l\u2019unanimité une motion présentée par le ministre du Développement durable, de l\u2019Environnement et des Parcs Claude Béchard, réclamant qu\u2019Ottawa respecte son engagement de verser au Québec 328 millions de dollars pour son plan de lutte contre les changements climatiques.Par cette motion, l\u2019Assemblée nationale demande à Ottawa de respecter ses engagements internationaux et Chronologie 2005-2006 \u2022 179 l\u2019objectif de réduction de gaz à effet de serre tel qu\u2019établi par le Protocole de Kyoto.Le 28 - La Coupe Memorial aux Remparts.L\u2019équipe de hockey junior majeur Les Remparts de Québec, dirigée par Patrick Roy, remporte 6-2 la finale de la Coupe Memorial, à Moncton, devant les Wildcats qui étaient les hôtes du XXXVe tournoi de la Coupe Memorial.C\u2019est la deuxième fois depuis 1971 (du temps de Guy Lafleur) que l\u2019équipe remporte cet honneur.L\u2019attaquant Alexander Radulov est nommé meilleur joueur canadien.Le 31 - Dehors les fumeurs.Entrée en vigueur des nouvelles mesures renforçant la loi antitabac qui force maintenant les frimeurs à griller une cigarette à l\u2019extérieur de tous les lieux publics.JUIN 2006 Le 1er - Nicole Léger démissionne.La députée péquiste de Pointe-aux-Trembles informe l\u2019Assemblée nationale de sa démission comme députée.Le 9 - Yves Michaud débouté.La Cour d\u2019appel rejette le pourvoi d\u2019Yves Michaud et confirme que l\u2019Assemblée nationale et ses membres ont exercé leur liberté de parole en adoptant la motion qui dénonçait les propos tenus par M.Michaud, en 2000, lors de sa comparution devant le Commission des États généraux sur la situation et l\u2019avenir de la langue française au Québec.Les parlementaires avaient unaniment reproché à M.Michaud d\u2019avoir dit que le peuple juif n\u2019était pas le seul à avoir souffert dans l\u2019histoire de l\u2019humanité.La Cour supérieure, en première instance, avait rejeté les prétentions d\u2019Yves Michaud, le juge Jean Bouchard affirmant que la motion de blâme prononcée par les parlementaires était valide et qu\u2019elle avait été adoptée alors que l\u2019Assemblée nationale était dans l\u2019exercice de ses fonctions.Le 12 - À nouveau le bâillon.À dix jours de la fin réglementaire des travaux parlementaires, le gouvernement Charest impose le bâillon pour forcer Yves Michaud 180 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 l\u2019adoption de quatre projets de loi : les projets de loi 23 sur la privatisation partielle du parc national du Mont-Orford (après 14 heures d\u2019étude seulement), 9 sur les véhicules hors route (après 12 heures d\u2019étude), 31 sur la privatisation des hippodromes et 37 imposant la rémunération et les conditions de travail des médecins spécialistes.Ces quatre projets de loi sont adoptés sans débat.C\u2019est la troisième fois que l\u2019actuel gouvernement invoque « l\u2019urgence de la situation» pour suspendre les règles de procédure et imposer le bâillon; huit projets de loi ont ainsi été adoptés sous le bâillon en décembre 2003, cinq en décembre 2004, et deux en décembre 2005.Le 13 - Pierre Paradis sur la corde raide.Le 13 juin, le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, brise la discipline de parti en votant contre le projet de loi 23 privatisant une partie du parc national du Mont-Orford.Seul député libéral à voter contre le projet de loi 23, il avait, auparavant, appuyé les trois autres projets de loi adoptés sous le bâillon.Le 15 - Ajournement.À la 45e séance, les travaux de la 2e session de la 3T Législature de l\u2019Assemblée nationale, amorcée le 14 mars, sont ajournés au mardi 17 octobre 2006.Le 19 - Guité condamné.Figure principale de l\u2019enquête de la commission Gomery, Charles Guité est condamné à 42 mois de prison pour son rôle dans le scandale des commandites.Le 19 - La Coupe Stanley aux Américains.La Coupe Stanley échappe aux Oilers d\u2019Edmonton dans une défaite 3-1 contre les Hurricaines de la Caroline.Les 21-22 - Madonna à Montréal La fièvre Madonna s\u2019empare de Montréal.Deux spectacles, les seuls présentés au Canada dans le cadre de la présente tournée, Confession on a Dance Floor, font salle comble au Centre Bell.On aura rarement vu une telle excitation pour suivre l\u2019arrivée, les déplacements, les faits et gestes d\u2019une célébrité à Montréal.« Qu\u2019est-ce qui est le plus excitant ?Moi ou le Grand Prix?» a justement demandé en français la Madonne à ses fans.Le 25 - Alonso vainqueur du Grand Prix de Montréal.Parti de la position de tête, l\u2019Espagnol Fernando Alonso, de l\u2019écurie Renault, a remporté le Grand Charles Guité Chronologie 2005-2006 \u2022 181 Prix du Canada de Formule 1 disputé devant 119 000 personnes.Jacques Villeneuve a tapé le mur au 59e tour et n\u2019a pu rallier l\u2019arrivée pour une sixième fois en 10 participations.JUILLET 2006 Le 1er - Fin du conflit du bois d\u2019œuvre.Les autorités commerciales canadiennes et américaines mettent la dernière main à l\u2019entente sur le bois d\u2019œuvre, réglant ainsi un interminable conflit qui a symbolisé les relations parfois difficiles entre le Canada et les États-Unis.Selon les termes de cet accord d\u2019une durée de sept ans renouvelable pour deux années supplémentaires, les entreprises canadiennes pourront récupérer quatre des cinq milliards US que les États-Unis avaient perçus en pénalités.Le gouvernement et les entreprises concurrentes américains garderont un milliard.Le 16 - Omnium de volleyball de plage de Montréal.Plus de 25 000 personnes ont assisté au tournoi de volleyball de plage remporté par la paire brésilienne formée de Leila Barros et Ana Paula Connely.Le 19 - Canadiens évacués du Liban.Du port de Beyrouth vers Chypre s\u2019amorce la plus importante évacuation de citoyens canadiens d\u2019un autre pays de l\u2019histoire canadienne : 4 500 ressortissants canadiens, dont de nombreux Québécois, sont pris en charge à la suite des bombardements menés par Israël au Liban en riposte aux attaques du Hezbollah.Le 20 - Libération de Guy Cloutier.Après avoir passé 19 mois en prison pour agression sexuelle sur deux mineures, dont la chanteuse Nathalie Simard, Guy Cloutier obtient une libération conditionnelle totale.Le 29 - Ouverture des Outgames.La cérémonie d\u2019ouverture des premiers Outgames mondiaux Rendez-vous Montréal 2006, festival sportif et culturel gai, rassemble au Stade olympique plus de 40 000 personnes.K» Guy Cloutier 182 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Les grands disparus Serge Laplante Recherchiste, Journal de Montréal VOICI UN APERÇU DES GRANDS DISPARUS AU QUÉBEC DU 1er AOÛT 2005 AU 31 JUILLET 2006.Verreau, Richard ( 1926 - 6 juillet 2005).Ténor de renommée internationale, il s\u2019était produit dans les plus grandes maisons d\u2019opéra du monde.Francœur, Jacques (1925 - 24 juillet 2005).Journaliste, pionnier de l\u2019information et toute sa vie passionné de journaux, il fonda le Dimanche-Matin et fut propriétaire de la chaîne Unimédia, qui possédait le quotidien Le Soleil de Québec, notamment.Jennings, Peter (1938 - 7 août 2005).Fier de ses origines canadiennes, le célèbre chef d\u2019antenne du réseau ABC meurt d\u2019un cancer de la gorge.Klibansky, Raymond ( 1905 - 8 août 2005).Colonel dans l\u2019armée britannique durant la Seconde Guerre mondiale, universitaire, philosophe et historien de la culture de renommée mondiale, il s\u2019est éteint à Montréal à l\u2019âge de 99 ans.Mauch, Gene (1926 - 8 août 2005).Premier gérant de l\u2019histoire des Expos de Montréal, il a dirigé l\u2019équipe de 1969 à 1976.D\u2019Amour, Denis (1960 - 26 août 2005).Guitariste de la formation rock Voïvod, il fut l\u2019un des plus brillants guitaristes de la musique québécoise et de l\u2019univers métal-rock.Fortier, Marius (1926 - 26 août 2005).Personnalité connue de la scène sportive de la capitale, père des Nordiques de Québec qu\u2019il avait fondés en 1972, il a également participé à la fondation de l\u2019Océanic de Rimouski et du Drakkar de Baie-Comeau.Holden, Richard ( 1931-18 septembre 2005).Avocat, élu sous la bannière du Parti Égalité dans Westmount en 1989, il a choqué ses électeurs, en 1992, en Chronologie 2005-2006 \u2022 183 se joignant au Parti québécois.Il a été défait aux élections de 1994, alors qu\u2019il était candidat péquiste dans Verdun.Souffrant de maux de dos chroniques, il s\u2019est enlevé la vie en sautant du balcon de son appartement situé au 8e étage d\u2019un immeuble de Montréal.Il avait 74 ans.Langevin, Florian «Bob Legs» (1914-8 octobre 2005).Lutteur professionnel et promoteur, il s\u2019illustra durant l\u2019âge d\u2019or de la lutte au Québec.Créé, Myra (1937 - 13 octobre 2005).Journaliste et animatrice, elle a été la première femme à occuper le poste de chef d\u2019antenne au Téléjournal de Radio-Canada.Née à Kanesatake, fille et petite-fille de chef mohawk, elle était aussi très active dans le milieu autochtone.Côté-Lévesque, Corinne (1943 -19 octobre 2005).La veuve de l\u2019ancien premier ministre du Québec René Lévesque a succombé à un cancer de la gorge.Âgée de 61 ans, Mme Côté-Lévesque était atteinte du cancer depuis l\u2019été.Militante péquiste de la première heure, elle avait été secrétaire à la permanence du Parti québécois de 1971 à 1976, avant d\u2019être attachée politique au ministère du Conseil exécutif pendant les deux mandats de son mari, de 1976 à 1985.Serei, Édith (1924 - 24 octobre 2005).L\u2019esthéticienne de renommée internationale, qui a œuvré à démocratiser les soins de beauté, est morte à son domicile de Montréal à l\u2019âge de 81 ans.Gagnon, Charles (1939 -17 novembre 2005).Ancien felquiste et leader des communistes québécois, il désavouera l\u2019usage de la violence et soutiendra le camp du NON lors de la campagne référendaire de 1980.Tranquille, Henri (1916 -19 novembre 2005).Libraire montréalais, propriétaire pendant 40 ans de la mythique Librairie Tranquille, la première librairie francophone à vendre des ouvrages mis à l\u2019index par le clergé catholique.Le manifeste Refus global sera lancé à sa librairie en 1948.Renaud, Thérèse (1927 - 14 décembre 2005).Romancière et poète surréaliste, membre du groupe des automatistes, elle fut signataire du Refus global, le célèbre manifeste rédigé en 1948 par le peintre Paul-Émile Borduas et prônant une rupture avec le conservatisme du Québec traditionnel.Thérèse Renaud est décédée à Paris, à l\u2019âge de 78 ans. 184 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Favreau, Marc (1929 -17 décembre 2005 ).Le décès inattendu du comédien Marc Favreau a surpris le Québec.Interprète depuis une cinquantaine d\u2019années de Sol, le clown philosophe - le personnage de Sol avait fait ses débuts en 1958 dans La boîte à surprise, à Radio-Canada -, Marc Favreau est mort d\u2019un cancer du poumon diagnostiqué depuis peu.Layton, Irving (1912 - 4 janvier 2006).Poète, auteur de 40 ouvrages, figure incontournable du Montréal des années 1940 et 1950, sa mort est venue nous rappeler l\u2019existence d\u2019un âge d\u2019or des lettres anglophones à Montréal.Ses œuvres ont en effet profondément marqué la poésie canadienne.« Il y avait Irving Layton, et il y avait les autres », a affirmé Leonard Cohen, qui le considère comme son mentor, dans un courriel adressé au quotidien The Gazette.« Comme Gaston Miron au Québec, c\u2019est Irving Layton qui a donné un sens à la poésie canadienne.Il en a été la locomotive », soutient pour sa part son traducteur, Michel Albert.Lamontagne, Mary Schaeffer (1926 - 6 janvier 2006).Épouse de Gilles Lamontagne, ancien maire de Québec, ancien lieutenant-gouverneur du Québec, ancien ministre fédéral, elle s\u2019est engagée toute sa vie dans de nombreux organismes sociaux et communautaires.Atkinson, Gordon, (1922 - 13 janvier 2006).Vétéran de la seconde guerre mondiale, «broadcaster» à la CBS, conseiller du premier ministre Louis Saint-Laurent en 1956-1957, il est élu député du Parti Égalité dans Notre-Dame-de-Grâce en 1989 et siège comme député indépendant à compter du 29 mars 1994 jusqu\u2019à sa défaite en septembre de la même année.Grondin, Pierre (1926 - 17 janvier 2006).Médecin, il a été le premier cardiologue à réaliser une greffe cardiaque au Canada, en 1968.Il avait mené la délicate intervention à l\u2019Institut de cardiologie de Montréal (ICM), six mois à peine après la toute première greffe du genre réalisée en Afrique du Sud.Il s\u2019est éteint à l\u2019âge de 80 ans.Cristini, Gabriel (1927 - 19 février 2006).Ancien mineur, figure familière de la colline parlementaire à Québec, le piqueteur du parlement durant plus de 32 ans réclama en vain que le gouvernement révise une décision de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) et le reconnaisse Chronologie 2005-2006 \u2022 185 comme invalide en raison de de la silicose.Il est décédé d\u2019un cancer généralisé, à l\u2019Hôpital Saint-Sacrement de Québec.Adams, Richard (1911-3 mars 2006).Figure légendaire chez les saumon-niers, il avait appris les rudiments de la pêche au saumon à 12 ans, sur la Restigouche, en Gaspésie.Il aura été guide de pêche pendant 80 ans, le président Jimmy Carter étant le plus connu de ses célèbres clients.Geoffrion, Bernard «Boum Boum» (1931 - 11 mars 2006).Véritable légende du hockey, le célèbre n°5 du Canadien est décédé à l\u2019âge de 75 ans dans un hôpital d\u2019Atlanta des suites d\u2019un cancer de l\u2019estomac.Compagnon de Maurice Richard, Jean Béliveau, Dickie Moore et Doug Harvey, avec qui il gagna cinq coupes Stanley successives, de 1956 à 1960, Geoffrion avait introduit le lancer frappé dans la Ligue nationale de Hockey (LNH).Thibault, Marc (1922 -13 mars 2006).Journaliste, réalisateur, il fit carrière à Radio-Canada où il dirigea le Service de l\u2019information, de 1968 à 1981.Il était le père de Sophie Thibault, qui anime le bulletin de nouvelles de 22 heures au réseau TVA.Storey, Red (1918 -15 mars 2006).Ancien footballeur, arbitre légendaire de la LNH, il arbitra sept finales consécutives de la Coupe Stanley entre 1952 et 1958.Il s\u2019éteint à Montréal à l\u2019âge de 88 ans Palomino, Mercedes (1913 - 18 avril 2006).Comédienne, pionnière du monde du théâtre au Québec, cofondatrice du Théâtre du Rideau Vert, en 1948, avec Yvette Brindamour, elle s\u2019est éteinte à 93 ans.Fortier, D\u2019Iberville (1926 - 22 avril 2006).Diplomate de carrière, l\u2019ancien commissaire aux langues officielles du Canada pendant sept ans est décédé à l\u2019âge de 80 ans.Galbraith, John Kenneth (1908 - 29 avril 2006).Économiste, universitaire, diplomate né en Ontario mais devenu citoyen américain en 1937, il frit l\u2019un des économistes américains les plus influents de la deuxième moitié du XXe siècle.Il conseilla de nombreux présidents américains, de Franlin D.Roosevelt à John F.Kennedy.Il s\u2019est éteint à 97 ans. 186 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Bouchard, Jacques (1930 - 29 mai 2006).Publicitaire, fondateur en 1963 de l\u2019agence de publicité BPC, première agence de création française au Québec, il est mort à Montréal à 75 ans.Auteur de publicités célèbres et du livre Les 36 cordes sensibles des Québécois, il est considéré comme le père de la publicité francophone au Canada.Cormier, Paul (1922 - 6 juin 2006).Violoniste, surnommé «Pointu» par Willie Lamothe et «Monsieur Pointu» par Gilbert Bécaud, le célèbre mais peu loquace musicien est décédé à l\u2019âge de 84 ans.Desbiens, Jean-Paul, «Frère Untel» (1927 - 23 juillet 2006).Frère mariste, penseur, polémiste, Jean-Paul Desbiens, l\u2019auteur des Insolences du frère Untel, paru en 1960, avait vertement critiqué l\u2019état du français parlé au Québec, l\u2019omniprésence de la religion catholique et la qualité de l\u2019éducation, jugée archaïque, alors prodiguée dans les écoles.Pionnier de la réforme de l\u2019éducation, il a notamment contribué à la mise en place des cégeps.De 1970 à 1972, Jean-Paul Desbiens est éditorialiste en chef au quotidien montréalais La Presse.Par la suite, il y signe une chronique hebdomadaire, de 1984 à 1989. L » Les anniversaires en 2007 188 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 1837-1987 Le parcours d\u2019une petite nation Michel Venne Dircteur général, Institut du Nouveau Monde Plusieurs événements dont l\u2019anniversaire survient en 2007 ont été des moments charnières du parcours historique du Québec, celui d\u2019une petite nation du Nouveau Monde, à la recherche incessante de sa définition, des conditions de sa survie et de son progrès, dans un contexte culturel et politique souvent hostile.De 1837 à 1987, on peut ainsi retracer, grâce à nos collaborateurs - historiens ou témoins des événements - des jalons marquants de cette marche non linéaire, vécue sur fond de conflit interethnique, de refus du colonialisme, de volonté de reconnaissance et d\u2019ouverture sur le monde.Patriotes de 1837-1838, anti-conscriptionnistes de 1917, artisans d\u2019Expo 67, organisateurs des États généraux du Canada français, fondateurs de la Bibliothèque nationale, rédacteurs de la «loi 101 » ne partagent-ils pas ce désir d\u2019affirmation et cette volonté d\u2019être ?Entre la tentative d\u2019établir un pacte entre peuples fondateurs en 1867 et l\u2019Accord du lac Meech de 1987, se révèle également un désir de s\u2019entendre à condition d\u2019être reconnus.L\u2019épisode du rapatriement de la Constitution de 1982 apparaît comme un accroc dans cette trajectoire.Mais à travers ces épisodes, le Québec s\u2019est défini: société globale, démocratique, francophone ET pluraliste, BRANCHÉE SUR la planète, toujours en quête de la place qui lui convient au nord de l\u2019Amérique du Nord, sans SE désespérer, armée de patience et d\u2019une bonne dose de réalisme, mais toujours capable de rebondir. 1837 Les anniversaires en 2007 \u2022 189 LES RÉBELLIONS DE 1837-1838 Le printemps de l\u2019Amérique française?Louis-Georges Harvey Professeur, Université Bishop Marche pour célébrer la Fête des patriotes, mai 2006 MM Les rébellions de 1837-1838 ont profondément marqué l\u2019évolution politique du Québec et elles ont donné naissance à des mythes tenaces qui ont servi à banaliser un des grands moments de l'anticolonialisme québécois.Les événements de 1837-1838 représentent à la fois l\u2019apogée d\u2019un grand mouvement politique qui cherchait à préserver l\u2019intégrité territoriale du Bas-Canada (province britannique sise sur le territoire québécois actuel) et 190 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 à démocratiser ses institutions afin de les rendre plus conformes à la nature particulière de la société nord-américaine.En réaction à une première tentative impériale d\u2019unir le Haut et le Bas-Canada pour en faire une seule province anglaise (1822-1824), le Parti patriote est formé en 1826 et son discours politique prend des allures nettement anticoloniales au début des années 1830.Dans des journaux tels La Minerve, Le Canadien et Le Vindicator, les Patriotes font la critique des institutions européennes et du lien colonial tout en vantant la nature démocratique des gouvernements républicains établis aux États-Unis.En 1831, leur chef, Louis-Joseph Papineau, fait une profession publique de sa foi républicaine.Le Parti patriote gagne de fortes majorités lors des élections, mais ses efforts pour réformer les institutions politiques du Bas-Canada se heurtent à une puissante oligarchie qui contrôle les conseils législatifs et exécutifs dont les membres sont nommés par le gouverneur.En février 1834, les Patriotes font adopter à l\u2019Assemblée législative une pétition énumérant les griefs du peuple de la colonie qu\u2019ils comptent transmettre au gouvernement métropolitain.Les « 92 Résolutions » réclament la convocation d\u2019une convention constitutionnelle qui permettrait au peuple bas-canadien de se donner des institutions politiques républicaines.Les leaders patriotes dénoncent la corruption du gouvernement colonial et mettent en relief les abus de pouvoir de la clique de « bureaucrates » qui entoure le gouverneur.Le gouvernement impérial répond aux doléances des Patriotes en nommant un nouveau gouverneur dont le premier mandat est de faire enquête sur la situation politique canadienne.Quand il devient évident que le gouverneur n\u2019a aucune intention de donner suite à leurs revendications, les Patriotes décident de paralyser le gouvernement en refrisant de voter ses budgets.Le parti fait aussi la promotion d\u2019un boycottage des produits britanniques, met sur pied des comités de correspondance à Québec et à Montréal et organise des comités de vigilance dans plusieurs comtés de la province.Devant cette impasse, le gouvernement impérial adopte, au printemps de 1837, les Résolutions Russell qui enlèvent à l\u2019Assemblée législative son droit de regard sur les comptes publics.Or, dans la tradition britannique, cette fonction de la législature est fondamentale et ne saurait être abrogée sans porter atteinte au droit à la représentation des sujets bas-canadiens. Les anniversaires en 2007 \u2022 191 Protestations, répressions et résistance Au cours de l\u2019été de 1837, cette politique impériale provoque une vaste campagne de mobilisation et de contestation dans la province du Bas-Canada.De grandes assemblées patriotiques sont organisées dans plusieurs comtés où des milliers de citoyens endossent des résolutions condamnant les politiques du Colonial Office et encourageant le boycott des produits britanniques.Dans certains comtés, on organise des chapitres des Fils de la liberté, espèce de milice patriote, et le peuple élit ses propres officiers de milice.Le mouvement de protestation atteint un sommet avec la grande Assemblée de la Confédération des six-comtés tenue les 23 et 24 octobre à Saint-Charles, où Papineau et ses principaux lieutenants condamnent vertement le gouvernement impérial devant une foule de 10 000 personnes.Émise le lendemain de l\u2019événement, une déclaration adoptée lors de l\u2019assemblée et publiée dans les journaux bas-canadiens expose les abus du régime colonial, annonce que le peuple n\u2019a plus rien à espérer des gouvernements européens et appelle à la solidarité des autres peuples des Amériques.La rébellion à son paroxysme Peu après, le gouverneur Gosford lance des mandats d\u2019arrestation.Louis-Joseph Papineau et les principaux chefs patriotes sont visés.Le conflit armé éclate quand les Patriotes du Richelieu tentent de protéger les chefs du mouvement qui avaient fui Montréal, et cela signale le début de la répression militaire du mouvement.À l\u2019automne de 1837, les Patriotes se défendent tant bien que mal et ils réussissent même à repousser l\u2019armée britannique le 23 novembre à Saint-Denis, mais ils n\u2019ont pas préparé un soulèvement armé.Les sympathisants à la cause fortifient quelques villages, mais ils manquent d\u2019armes et de munitions et il n\u2019y a que très peu de communication entre les divers camps.À Saint-Charles (25 novembre), les forces patriotes s\u2019effondrent devant les troupes gouvernementales.La résistance héroïque des Patriotes de Saint-Eustache (14 décembre) n\u2019empêche pas les soldats et les volontaires loyalistes de prendre le village et de mettre le comté à feu et à sang.L\u2019espoir d\u2019une assistance des Américains s\u2019estompe avec la proclamation de neutralité du président des États-Unis, émise le 4 janvier 1838.Plusieurs chefs patriotes sont déjà réfugiés aux États-Unis et la politique du président aggrave un schisme émergeant entre Papineau et les éléments les plus radicaux du mouvement, notamment Robert Nelson et C.H.O.Côté. 192 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 En dépit de l\u2019opposition de leur chef, les radicaux défient la politique de neutralité et foulent de nouveau le sol canadien le 28 février 1838.À la tête des forces patriotes, Robert Nelson proclame solennellement l\u2019indépendance de la colonie et annonce l\u2019abolition du régime seigneurial et du cens électoral.À peine la république proclamée, les rebelles doivent battre en retraite: le 1er mars, ils regagnent les États-Unis où les soldats américains confisquent leurs armes et font quelques prisonniers.Coupé de ses chefs réfugiés aux États-Unis, le mouvement rebelle entre dans la clandestinité au Bas-Canada.Malgré les défaites patriotes et la neutralité officielle des États-Unis, l\u2019organisation secrète des Frères-Chasseurs recrute et mobilise des sympathisants à la cause et son réseau s\u2019étend rapidement au cours de l\u2019été de 1838.De concert avec certains chefs patriotes, les loges secrètes préparent un nouveau soulèvement prévu pour novembre 1838.Du 3 au 10 novembre 1838, des Patriotes s\u2019assemblent dans des camps et attendent des ordres et des munitions qui ne viendront jamais des États-Unis.La plupart des camps patriotes se dispersent rapidement quand il est clair que les troupes gouvernementales arriveront avant des renforts.L\u2019armée britannique fait plusieurs prisonniers qui doivent faire face à la justice militaire.La cour condamne 99 prisonniers à la peine capitale, mais la majorité des sentences sont commuées.Certains prisonniers sont relâchés; par contre, 58 sont condamnés à l\u2019exil en Australie et la sentence de mort de 12 Patriotes est maintenue.Ils sont exécutés à la prison du Pied-du-Courant en février et mars 1839.Londres appuie sans réserve la politique de répression et le Colonial Office remplace la législature par un « Conseil spécial » dont les membres sont nommés par le gouverneur.À la suite du dépôt du rapport de Lord Durham, le gouverneur chargé d\u2019enquêter sur les rébellions, le gouvernement métropolitain révoque l\u2019Acte constitutionnel de 1791 et crée la Province of Canada en réunissant le Bas-Canada au Haut-Canada.L\u2019Acte d\u2019union (1840) marque la création d\u2019une province qui sera anglaise dans ses Les historiens n\u2019ont longtemps retenu que le caractère ethnique des Rébellions au Bas-Canada. Les anniversaires en 2007 \u2022 193 lois et sa langue.La nouvelle constitution assure que les francophones du Bas-Canada seront minoritaires dans la nouvelle législature en établissant une représentation égale entre les deux anciennes provinces, même si la population du Bas-Canada dépasse largement celle du Haut-Canada au moment de bunion.Conflit ethnique, conflit idéologique Malgré la clarté des revendications patriotes, les historiens n\u2019ont longtemps retenu que le caractère ethnique des Rébellions au Bas-Canada, s\u2019arrêtant sur le conflit entre francophones et anglophones comme la principale cause des événements de 1837.De fait, cette explication remonte à l\u2019époque même des Patriotes, alors que les adversaires politiques du mouvement l\u2019accusaient de vouloir renverser la constitution afin d\u2019établir une « république française ».Séduit par l\u2019interprétation des loyalistes, Durham nota dans son fameux rapport que la rébellion au Bas-Canada relevait moins d\u2019un conflit politique que d\u2019une guerre entre deux nations au sein d\u2019un même État.Cette vision des Rébellions et du mouvement patriote a eu une telle prise que même les interprétations historiques qui prétendent valoriser les analyses sociales n\u2019évacuent jamais la dimension ethnique.Longtemps marginalisée, une interprétation plus axée sur le discours politique des Patriotes a vu le jour depuis une vingtaine d\u2019années.Des historiens tels que Jean-Paul Bernard, Yvan Lamonde et moi-même ont cherché à replacer Papineau et sa génération dans le contexte des grands mouvements anticoloniaux et idéologiques du début du XIXe siècle.Pour sa part, Gérard Bouchard considère que les Rébellions auraient brutalement renversé une tendance vers la rupture avec les référents identitaires européens très marqués dans le discours des patriotes en créant un puissant mythe dépresseur qui aurait contribué à l\u2019éclosion d\u2019un nationalisme de survivance.À lire sur le sujet Louis-Georges Harvey, Le printemps de ïAmérique françaisey Montréal, Boréal, 2005.Allan Greer, Habitants et patriotes.Les rébellions de 1837 dans les campagnes du Bas-Canada, Montréal, Boréal, 1997.Gilles Laporte, Patriotes et byaux.Leadership régional et mobilisation politique en 1837 et 1838y Québec, Septentrion, 2004. Photos : CP/Irma Courcil 194 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 v£ 00 LA CONFÉDÉRATION Pour en finir avec la théorie du pacte Stéphane Paquin Professeur, Université de Sherbrooke J.A.Macdonald\tG-É Cartier 'jfh.L\u2019histoire de la Confédération de 1867 a été l\u2019objet de multiples manipulations.Et contrairement aux sciences pures, où les scientifiques se nourrissent de l\u2019espoir de faire progresser la science, les historiens, politologues et sociologues ne semblent guère apprendre de leurs erreurs et commettent périodiquement les mêmes interprétations de la naissance du Canada contemporain en 1867.Les interprétations historiques comme les modes.Dans les débats sur la nature de 1867, deux interprétations entrent invariablement en compétition.La première veut que le Canada soit le fruit d\u2019un pacte entre provinces pour certains et, pour d\u2019autres, entre deux peuples fondateurs.La seconde interprétation veut que le Canada soit le fruit d\u2019une connivence des élites, avec la complicité de Londres, dans le but de créer un gouvernement central fort.Les différentes interprétations sur les origines du Les anniversaires en 2007 \u2022 195 Canada contemporain prennent naissance dans le débat politique et découlent d\u2019une nécessité sur le plan pratique: déterminer une formule d\u2019amendement pour la Constitution de 1867 qui n\u2019en contient pas.Par ailleurs, de part et d\u2019autre, chaque interprétation s\u2019appuie sur les nombreuses déclarations de Pères fondateurs.Ces déclarations contradictoires permettent en effet des lectures antagoniques du British North America Act (BNAA).John A.Macdonald, par exemple, décrit le nouveau régime né le premier juillet 1867 en soutenant qu\u2019il possède « tous les avantages d\u2019une union législative (d\u2019un État unitaire) ».La Minerve, un journal contrôlé par George-Étienne Cartier, dépeint, pour sa part, la Confédération en ces termes: « (.) On y voit la reconnaissance de la nationalité canadienne-française.Comme nationalité distincte et séparée, nous formons un État dans l\u2019État, avec la pleine jouissance de nos droits, la reconnaissance formelle de notre indépendance nationale ».Si les Pères fondateurs du Canada proposent des lectures antagoniques de la Confédération de 1867, il ne faut pas confondre les antécédents du BNAA avec sa nature juridique.La nature juridique ou l\u2019esprit de 1867 est loin d\u2019accréditer la théorie du pacte entre provinces ou encore entre deux peuples fondateurs.La théorie du pacte entre provinces La théorie du pacte entre provinces veut que les provinces canadiennes, ou pour être plus précis, les colonies britanniques qui deviendront les provinces canadiennes aient créé le Canada contemporain.Le corollaire de cette théorie est que l\u2019autorité politique appartient ainsi aux provinces et qu\u2019elles seules détiennent le pouvoir nécessaire pour modifier la constitution canadienne.Le gouvernement fédéral est ainsi une création des provinces que ces dernières souhaitent transformer en entité à leur service.Les partisans de cette théorie négligent le fait que seul le Canada-Uni a adopté les Résolutions de Québec.Le Nouveau-Bamswick et la Nouvelle-Écosse n\u2019ont accepté d\u2019aller à Londres qu\u2019à la condition de renégocier l\u2019accord, mais sans succès.Lors des premières élections au Canada, en septembre 1867, quelques mois seulement après la Confédération, les anticonfédérationistes de la 196 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Nouvelle-Écosse remportent dix-huit sièges sur dix-neuf.Lors des élections provinciales suivantes, ils obtiendront trente-six sièges sur trente-huit.En février 1868, l\u2019Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse adopte à l\u2019unanimité une résolution exposant le point de vue de la province sur la Confédération.La partie la plus significative de la résolution se lit comme suit: « Que comme il n\u2019y a pas de statut de la législature provinciale qui confirme ou ratifie l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord, et que cet acte n\u2019a jamais été accepté ni autorisé par le peuple - et que le consentement de cette province n\u2019a jamais été donné en aucune autre manière - le préambule de l\u2019acte qui expose que cette province a exprimé le désir d\u2019être confédérée avec le Canada et le Nouveau-Brunswick est dénué de vérité, et lorsque l\u2019on a induit Votre Majesté à croire que cette province avait exprimé un pareil désir, l\u2019on a commis une fraude et une imposture envers Votre Majesté.» De plus, une motion présentée en 1869 à la Chambre des communes soutenant clairement la théorie du pacte interprovincial sera rejetée grâce, entre autres, aux votes de tous les Pères de la Confédération présents, y compris Cartier.Le 10 avril 1871, quatre ans seulement après l\u2019entrée en vigueur de la Confédération, le député David Mills propose une série de résolutions similaires qui exposent clairement la doctrine de l\u2019unanimité ou du pacte interprovincial.Elle sera rejetée par le gouvernement de Macdonald.Ce n\u2019est que plusieurs années après la Confédération que cette thèse sera popularisée au Canada.La théorie du pacte entre deux peuples fondateurs Au Québec, la théorie du pacte entre provinces sera revue et corrigée, par Henri Bourassa, pour devenir la théorie du pacte entre deux peuples fondateurs.Ce ne sont plus les provinces qui forment la source de l\u2019autorité politique au Canada mais les deux nations, soit la nation canadienne-française et la nation canadienne-anglaise.Un pacte entre deux peuples est pourtant une réalité impensable en 1867.Les anglophones de l\u2019Amérique du Nord britannique n\u2019ont absolument pas le sentiment de former une nation.Ils partagent certes un sentiment d\u2019appartenance à l\u2019empire britannique, mais ils sont également divisés, comme on vient de le constater, par de puissants régionalismes.De plus, si on doit à Bourassa l\u2019invention de cette théorie, il faudra attendre Maurice Duplessis et Les anniversaires en 2007 \u2022 197 la Commission Tremblay mais plus encore la Révolution tranquille pour que cette idée devienne dominante au Québec.Sur le plan symbolique, si la Confédération est le fruit d\u2019un pacte entre deux peuples fondateurs, il devient difficile d\u2019expliquer pourquoi seule la version anglaise du texte de 1867 a force de loi encore de nos jours.Comment peut-on expliquer que les dispositions à caractère dualiste soient si rares dans la constitution?Comment expliquer que la monnaie ne devienne bilingue qu\u2019en 1935; que le bilinguisme officiel ne soit institué au fédéral qu\u2019en 1968 ; que l\u2019Union Jack soit le drapeau du Canada jusqu\u2019en 1965; que l\u2019hymne national bilingue ne soit adopté qu\u2019en 1980, en remplacement du God Save the Queen?De plus, on ne retrouve nulle part l\u2019expression « deux peuples fondateurs » dans les débats sur la Confédération car cette théorie est utilisée pour la première fois en 1902, dans le cadre de luttes pour les droits scolaires, par Henri Bourassa.Cette théorie correspond ainsi aux aspirations ultérieures des francophones qui l\u2019ont façonnée pour fins de mobilisation politique.Comme le souligne le professeur Louis Massicotte : « Il est pour le moins curieux qu\u2019une caractéristique aussi fondamentale ait échappé à tous les contemporains, y compris aux promoteurs francophones du projet.» En effet.Un gouvernement central fort, très fort À ces deux théories des origines du Canada contemporain semble également échapper le fait que l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique institue un gouvernement central fort, très fort même.John A.Macdonald espérait que ce type assez clair de domination du gouvernement fédéral rendrait impossibles les conflits qui avaient paralysé le régime de 1840.Le lieutenant-gouverneur est le symbole de cette soumission des provinces à Ottawa.Les Pères de la Confédération ont fait en sorte que le lieutenant-gouverneur soit nommé par Ottawa et non plus par Londres.En somme, on donne au gouvernement fédéral, par l\u2019entremise du lieutenant-gouverneur, un droit de réserve sur les lois des provinces.De 1867 à 1937, ce pouvoir est utilisé plus de soixante-cinq fois.Les Pères de la Confédération avaient également prévu un mécanisme plus efficace encore pour assurer l\u2019emprise du gouvernement fédéral sur les gouvernements provinciaux : le pouvoir de désaveu, pouvoir de type colonial 198 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 que Londres détenait pour faire régner l\u2019ordre dans ses colonies.Ce pouvoir permettait l\u2019annulation pure et simple par le fédéral d\u2019une loi provinciale dans l\u2019année suivant son adoption.Entre 1867 et 1896, soixante-dix lois provinciales sont abrogées par le pouvoir central.Macdonald est également bien informé de ce qui se passe dans les provinces car, la double représentation aidant, ses principaux collaborateurs siègent aux législatures provinciales.Hormis ces prérogatives, il existe également d\u2019autres pouvoirs extraordinaires, comme le le pouvoir de redressement et le pouvoir déclaratoire qui sont parfaitement antidémocratiques et antifédéralistes.La suprématie du fédéral est également manifeste dans le mode de désignation des sénateurs et des juges des cours supérieures, le pouvoir résiduaire, etc.Le déséquilibre fiscal est également bien présent en 1867: plus de la moitié des revenus du Québec proviennent, dans les années qui suivent la Confédération, de subsides du fédéral.Sur le plan symbolique, la relation de pouvoir est encore plus évidente.Le vocabulaire politique de l\u2019époque est très représentatif de cette hiérarchie entre les ordres de gouvernement.Ainsi, le représentant de la reine à Ottawa est gouverneur général, mais seulement lieutenant-gouverneur dans les provinces.Le premier ministre fédéral est désigné en anglais par le titre de Prime Minister, alors que, dans les provinces, il est désigné par le titre de Premier; Parliament désigne la Chambre des communes et le Sénat, Legislative Assemblies est utilisé pour définir les institutions provinciales.Dans la même veine, les anglophones appellent le gouvernement fédéral le «senior government», les provinces sont les «junior governments».Les pouvoirs accordés au gouvernement fédéral dans la Constitution sont tellement importants que c\u2019est Macdonald qui avait raison: 1867 a tous les avantages d\u2019une union législative ! À lire sur le sujet Stéphane Paquin, L\u2019invention dun mythe.Le pacte entre les deux peuples fondateurs, Montréal, VLB, 1999.Janet Ajzenstat, Guy Laforest et Stéphane Kelly, Les débats sur la fondation du Canada, Québec, Presses de TUniversité Laval, 2004.Marcel Bellavance, Le Québec et la confédération: un choix libre?Le clergé et la constitution de 1867, Québec, Septentrion, 1992. Les anniversaires en 2007 \u2022 199 LA CRISE DE LA CONSCRIPTION Les Québécois, des pacifistes?Frédéric Bastien Historien En avril 2006, le quotidien Le Devoir rendait publique une ébauche de programme d\u2019histoire pour le secondaire qui, si elle avait été acceptée, aurait éliminé l\u2019étude des conflits qui ont ponctué certains épisodes de notre passé, dont la crise de la conscription de 1917.Cet événement a pourtant marqué toute une génération de Québécois, ses conséquences politiques se sont fait sentir longtemps et il est resté ancré dans la mémoire collective jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Si le début de la guerre de 1914 est marqué par un enthousiasme patriotique initial tant au Canada anglais qu\u2019au Québec, lequel se traduit par un recrutement aisé, les choses évoluent rapidement.La guerre des tranchées révèle bientôt ses horreurs et, dès 1915, les volontaires ne se bousculent plus au portillon.Ce phénomène est encore plus marqué au Canada français, qui est systématiquement montré du doigt dans le reste du pays au cours d\u2019une campagne de presse aux forts relents francophobes.Les raisons de ce phénomène sont nombreuses.Les Canadiens français n\u2019ont d\u2019abord que de faibles possibilités de servir dans des unités militaires francophones où officient des aumôniers catholiques.Et à l\u2019instar de plusieurs aux États-Unis, les nationalistes québécois perçoivent la menace allemande comme une forme de plus d\u2019impérialisme, comparable à celui pratiqué par une Grande-Bretagne dont ils se méfient et par une France envers laquelle ils ne ressentent plus d\u2019attachement particulier.Cette perception signifie qu\u2019il ne vaut nullement la peine de mourir pour les intérêts politiques tordus des grandes puissances. 200 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Mais le principal mobile du refus de la participation à la guerre a sa source en Ontario où, à partir de 1915, les écoles françaises sont menacées de fermeture par le Règlement 17, qui restreint de beaucoup l\u2019enseignement en français.Tandis que les campagnes d\u2019aide aux Franco-Ontariens suscitent une adhésion populaire immense, Henri Bourassa et ses disciples ont tôt fait de lier ce problème à l\u2019effort de guerre.Pourquoi irions-nous mourir pour l\u2019Empire alors que nos droits ne sont même pas respectés chez nous ?Le climat s\u2019échauffe Pendant ce temps, le carnage humain se poursuit sur le vieux continent.Au printemps de 1917, Borden revient sur une promesse faite auparavant en annonçant l\u2019instauration du service militaire obligatoire, tout en offrant à Wilfrid Laurier de le rejoindre dans un cabinet d\u2019unité nationale.Opposé par principe à la conscription, et pensant que l\u2019effort de guerre a atteint le maximum possible, le chef libéral refrise et réclame des élections.Et pendant que les politiques campent leur position, la rue s\u2019échauffe.Soir après soir au cours des mois de juillet et août 1917, des assemblées publiques réunissant des milliers de personnes ont lieu à Montréal.D\u2019anciens soldats y décrivent les horreurs du front tandis que de jeunes orateurs enflammés incitent la foule à la résistance armée.Des rixes ont lieu fréquemment et, à la suite de l\u2019adoption de la loi sur le service militaire, le 29 août, Montréal connaît deux nuits consécutives d\u2019émeutes qui font un mort et quatre blessés.Un attentat contre le propriétaire du journal conservateur Montreal Star est même déjoué par la police.C\u2019est dans ce climat qu\u2019a lieu l\u2019élection fédérale du 17 décembre 1917, certainement l\u2019une des plus violentes que n\u2019ait jamais connues le pays.Les journaux anglophones accusent le Québec de trahison: un vote pour Laurier est un vote pour le Kaiser, clame le Mail and Empire, c\u2019est-à-dire un appui au militarisme prussien et à Henri Bourassa, une façon de trahir nos soldats et l\u2019Empire britannique.Suivant le Daily News, qui a peinturé le Québec en noir sur la carte du pays, la province est « l\u2019infâme souillure du Canada ».Les tensions entre les deux peuples sont tellement grandes que le Parti libéral éclate, plusieurs de ses députés anglophones appuyant le premier ministre Borden.Les résultats du vote ne manquent pas de refléter cette polarité.Le Québec élit 62 députés libéraux contre 3 conservateurs.Dans le reste Les anniversaires en 2007 \u2022 201 du Canada, les conservateurs gagnent 150 des 170 sièges en jeu, ce qui leur assure une majorité absolue sans le Québec.La résistance dans la rue, dans la campagne Mais la résistance à la conscription se poursuit dans la province francophone, dont la vie quotidienne est marquée par cette affaire.Les contrôles d\u2019identité, barrages militaires et fouilles dans les maisons se multiplient, avec leur lot d\u2019humiliations.Les jeunes hommes se cachent par milliers.Des camps de fortune sont érigés dans les régions boisées du Québec rural, où vivent les récalcitrants dans des conditions difficiles.Ils bénéficient de la complicité de la population environnante, qui leur apporte du ravitaillement et guette les patrouilles militaires.Certains sont armés de fusils et ont juré de se défendre plutôt que de se faire capturer.La crise culmine à Québec, à la fin du mois de mars 1918, avec quatre journées d\u2019émeutes consécutives, lorsque qu\u2019un jeune Québécois est arrêté par la police pour avoir présumément manqué à ses obligations militaires.La foule se rassemble et bade le poste de police.On marche ensuite vers les bureaux des journaux conservateurs qui seront à leur tour incendiés au chant du « 0 Canada » et de « La Marseillaise» tandis que l\u2019armée, renforcée par des régiments de Toronto, reçoit l\u2019ordre de mater l\u2019émeute.Le 1er avril, soldats et manifestants échangent des coups de feu, lors d\u2019un affrontement qui fait quatre morts et cinq blessés.L\u2019épisode amène même la présentation à l\u2019Assemblée législative québécoise d\u2019une motion proposant que le Québec se retire de la confédération.Ce débat n\u2019aura pas de suite.Face à cette résistance québécoise, qui commence d\u2019ailleurs à se répandre dans certaines régions rurales du Canada anglais, le gouvernement Borden est amené à adoucir la loi sur la conscription.Cette nouvelle dynamique, jumelée à une crainte réelle d\u2019une victoire allemande au printemps de 1918, amène la crise à se résorber peu à peu, d\u2019autant plus que le sort des armes se renverse au cours de l\u2019été.Les victoires alliées et le rôle qu\u2019y jouent les troupes canadiennes ressoudent les esprits, même si les Québécois n\u2019oublient pas l\u2019épisode.À lire sur le sujet Elizabeth Armstrong, Le Québec et la crise de la conscription, Montréal, VLB, 1998.Jean-Yves Gravel, Le Québec et la guerre, Montréal, Boréal express, 1973. Photo : PC/Montreal Gazette, Roger Varley 202 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 v£ Os EXPO 67, TERRE DES HOMMES Un pari audacieux Laurent Laplante Observateur Jean Drapeau \u2018 '\\ri«r*r ~~ Pas plus que la Révolution tranquille n\u2019a éveillé le Québec au cours de la nuit succédant au 22 juin 1960, l\u2019Expo 67 n\u2019est responsable à elle seule de l\u2019afflux d\u2019air frais qu\u2019attendait l\u2019époque.L\u2019événement eut son importance, à n\u2019en pas douter, mais aussi ses accompagnateurs, ses signes avant-coureurs et même d\u2019indésirables corollaires.D\u2019où la nécessité de ne pas isoler l\u2019Expo 67 du contexte politique et social de l\u2019époque et d\u2019en évaluer aussi les amples retombées.À quarante ans de distance, la décantation nous dispense alors du dithyrambe autant que de l\u2019arrosage au vitriol.Drapeau et son temps Qu\u2019on avalise ou pas le bilan de constructeur mégalomane que laisse le maire de Montréal Jean Drapeau, qui régna pendant un total de 29 ans, force est de Les anniversaires en 2007 \u2022 203 reconnaître à l\u2019homme la paternité de l\u2019exploit.Quand il entama son offensive pour la venue à Montréal de l\u2019Exposition universelle de 1967, bien peu avaient une notion même sommaire du projet.Les obstacles étaient d\u2019autant plus nombreux et le scepticisme d\u2019autant plus lourd qu\u2019on ne savait pas trop à quoi pourrait ressembler l\u2019éventuel bébé.Jean Drapeau, à qui une campagne électorale à fort indice de moralité publique avait valu la mairie de Montréal en 1954, fut battu en 1957.En trois courtes années, il s\u2019était fait suffisamment d\u2019ennemis pour que la machine électorale de Maurice Duplessis lui oppose un candidat libéral, Sarto Fournier, et le fasse élire.La leçon remodela la pédagogie du candidat malheureux, car Drapeau n\u2019était pas de ceux qui répètent leurs erreurs.Quand il reconquit son poste de maire en 1960, il s\u2019intégra sans même avoir à le vouloir à une déferlante sociale et politique aux flots ambitieux.Les États-Unis relevaient les défis lancés par leur jeune et charismatique John F.Kennedy, tandis que l\u2019équipe du tonnerre de Jean Lesage mettait fin à seize ans de gouverne de l\u2019Union nationale et de duplessisme.Avec Jean Drapeau nouvelle mouture, Montréal se joignit à la danse.Échaudé par son échec de 1957, le maire de Montréal modifia radicalement son style de gouvernement.Il établit un contact direct avec la population, se fit un devoir de passer en souriant par-dessus la tête des journalistes et défendit lui-même sur la place publique sa vision d\u2019un Montréal rénové, vivant, modernisé dans son décor autant que dans ses visées.Nul n\u2019osait plus ridiculiser le poussiéreux projet d\u2019un métro, puisque Jean Drapeau y tenait et que le public prenait goût à sa monarchie.Quand l\u2019ambition d\u2019une exposition universelle à Montréal sortit «tout armée» de son cerveau, on inscrivit presque de confiance ce nébuleux projet parmi les réalités en gestation.Quitte à attendre les détails sur le genre de chat que contenait le sac présenté par le maire de Montréal.L\u2019heure était propice à un tel enfantement.Proclamée en grande pompe en 1960, friande jusqu\u2019à la frénésie de changements majeurs en éducation et dans la conception de l\u2019État, portée par des ténors comme René Lévesque, Georges-Émile Lapalme et Paul-Gérin Lajoie, la Révolution tranquille épuisa en trois ou quatre ans sa capacité de renouvellement et de créativité.La soif de réformes s\u2019était apaisée.C\u2019est dans ce contexte que l\u2019Expo 67 de Jean Drapeau prit le relais.Pendant que les divers partis politiques procédaient bon gré mal gré à des 204 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 réalignements, lui incarnait un leadership puissant, personnalisé, passablement monolithique.Il s\u2019adjoignit des gestionnaires d\u2019envergure, Lucien Saulnier en particulier, Gérard Niding à un moindre degré, mais il ne cessa jamais d\u2019exercer une emprise exclusive et directe sur le pouvoir.De leur côté, le Parti libéral assistait dans la myopie à la naissance du Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (RIN) et au départ de René Lévesque, tandis que l\u2019Union nationale s\u2019épuisait en duels meurtriers entre des générations successives de candidats à la chefferie (Loubier, Masse, Cardinal.).Face à cette fragmentation politique au palier provincial, Jean Drapeau, bien en selle, faisait parler Montréal d\u2019une seule voix.L\u2019Expo 67 devint dans l\u2019opinion publique le chantier apte à prendre le relais da la Révolution tranquille, à relancer le dynamisme québécois et à mobiliser les énergies autour d\u2019un axe précis.Commis-voyageur clair, volubile, conquérant, Jean Drapeau revenait de chacun de ses voyages avec de nouveaux appuis.Il s\u2019empressait, oubliant les conférences de presse qui l\u2019avaient mal servi de 1954 à 1957, d\u2019utiliser une télévision complaisante pour parler entre quatre-z-yeux à madame Tartempion de la aie Panet qui, elle, le comprenait mieux que les vilains intellectuels.L\u2019Expo 67 pénétra dans les chaumières avant de s\u2019imposer en haut lieu.Une fois acquis le choix de Montréal comme ville-hôte, tout restait quand même à faire: séduction des éventuels pays-exposants, aménagement des lieux, sensibilisation des publics nationaux et étrangers, financement de l\u2019aventure, etc.La réussite frit au rendez-vous.Puisqu\u2019il avait la foi et la force d\u2019affirmation nécessaires au déplacement des montagnes et à l\u2019enfantement d\u2019îles nouvelles, il modifia le décor pour en faire l\u2019écrin dont il avait besoin.Que la Voie maritime du Saint-Laurent se le tienne pour dit ! Le remplissage du site, aux allures de rêve pharaonique, requit des milliers de camions et des mois de fébrilité.D\u2019avance, le métro intégra l\u2019Expo 67 parmi ses stations et s\u2019offrit comme voie d\u2019accès à la fois audacieuse et sensée.Les hôtels, plutôt frileux au départ, sentirent tourner le vent et s\u2019allonger les listes de réservations; l\u2019espace risquait de manquer.Des pays sans liens traditionnels avec le Québec ou même le Canada garantirent leur présence et mirent en chantier des pavillons de plus en plus attirants.Leur concurrence servait Expo 67.Même les traditionnels conflits de compétences entre les deux principaux paliers de gouvernement empruntèrent le doux chemin de la diplomatie.La prudence avec Les anniversaires en 2007 \u2022 205 laquelle Jean Drapeau avait toujours concentré son travail sur sa ville et sur sa ville seulement lui valait la reconnaissante collaboration des gouvernants en place.Le cœur de l\u2019exploit La réussite ne fut pas seulement ni surtout quantitative.Certes, le seuil des cinquante millions de visiteurs fut franchi et Terre des hommes reçut les plus prestigieux appuis.Plus profondément, toutefois, ce sont les esprits et les cœurs qui frirent secoués, séduits, emportés, transformés.Touristes et délégations, sidérés dès le premier contact par un Montréal inattendu, se félicitaient d\u2019être admis à la découverte.Jamais plus on ne verrait la métropole québécoise comme le folklorique reflet d\u2019un priest-ridden country.À dire vrai, les Québécois eux-mêmes subirent alors des chocs multiples et bénéfiques.Devant leurs yeux surgissaient le cinéma de l\u2019Europe centrale, les danses rituelles ou exotiques, les mystères de l\u2019exploration spatiale états-unienne, le remplacement des tavernes misogynes par la brasserie à l\u2019autrichienne, les initiatives techniques ou industrielles des diverses composantes du Canada, l\u2019accueil souriant d\u2019hôtesses à l\u2019élégance et à la politesse souveraines, le bouillonnement de cultures millénaires et pourtant méconnues et quoi encore ! Brassage d\u2019idées, de couleurs, de langues.Rencontres déroutantes, sereines, révélatrices.Et cette aération massive engendrait presque magiquement la tolérance, la permissivité, la confiance.Le péché existait de moins en moins et le sida ne terrifiait encore personne: il était infiniment agréable de s\u2019insérer entre les deux peurs! Les jeunes générations, qui ne demandaient pas mieux, recevaient le fabuleux cadeau de la liberté de pensée, de circulation et d\u2019expression.Peut-être n\u2019avait-on pas prévu l\u2019étonnante rencontre entre un recours massif aux grands travaux et l\u2019éveil individuel et collectif aux diversités culturelles, mais, sans l\u2019ombre d\u2019un doute, elle eut lieu.Le métro, inauguré en 1966, mettait son modernisme et son confort au service de la curiosité interethnique et de l\u2019empathie la plus ouverte.Des cinquante millions d\u2019entrées, une étonnante proportion dépendit de l\u2019engouement des Québécois qui venaient et revenaient.Et le lendemain ?Le legs de l\u2019Exposition universelle de 1967 se révéla difficile à gérer.À la 206 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 manière d\u2019une trouée de blitzkrieg, l\u2019administration Drapeau avait accordé préséance à l\u2019audace, au mouvement, au dépassement des repères traditionnels.Une nouvelle ère pouvait s\u2019ouvrir, qui sollicitait la création, valorisait l\u2019esthétique (presque) autant que la technologie, l\u2019ouverture aux différences.Le Québec, atteint jusque dans ses mentalités, accédait à une maturité nouvelle.Aucune des critiques que recevra et méritera la suite des choses ne doit faire oublier ce choc salutaire.Si, malgré la détérioration des relations de «Monsieur Montréal» avec son peuple, le règne de Jean Drapeau totalisa vingt-neuf ans, la ferveur suscitée par Expo 67 y frit pour beaucoup.L\u2019euphorie ne dura pourtant qu\u2019un temps.Un exemple entre plusieurs: qu\u2019allait-on faire de Terre des hommes ?La question, pourtant prévisible et inéluctable, n\u2019avait guère préoccupé les bâtisseurs d\u2019Expo 67.Un peu comme ces générations d\u2019ingénieurs dont les chantiers engendrèrent la fierté et le mythe d\u2019Hydro-Québec et qui se sentent dévalorisées si l\u2019économie d\u2019énergie doit prendre le pas sur la construction de barrages, le Jean Drapeau de la consolidation ne frit pas à la hauteur du Jean Drapeau de l\u2019effervescence.La belle unanimité des années préparatoires fit place à l\u2019affrontement entre les tenants d\u2019une Terre des hommes transformée en un Éden permanent et ceux qui en redoutaient les coûts récurrents.Certains des pays participants compliquèrent les choses en cédant généreusement (?) des pavillons dont ils ne savaient que faire à une administration qui ne savait qu\u2019en faire.Peu à peu, d\u2019érosion en repli, de démission en distraction, la mission de Terre des hommes se recroquevilla.Ne resta que la solution étriquée d\u2019un parc d\u2019amusement libéré d\u2019obligations culturelles ou esthétiques.Quand survint la Crise d\u2019octobre, trois ans à peine après l\u2019engouement populaire d\u2019Expo 67, Jean Drapeau laissa sa réélection s\u2019effectuer sous la triste Loi sur les mesures de guerre.Un besoin avait pourtant survécu, à la manière d\u2019une fièvre incontrôlée : celui de nouveaux chantiers, moins mobilisateurs, moins porteurs d\u2019humanisme, mais aussi gigantesques et encore plus gourmands.Le Minotaure, avec qui on avait négocié une Exposition universelle porteuse d\u2019humanisme, avait retenu de l\u2019expérience un appétit sans limite.Les Jeux olympiques de 1976, dont Montréal hérita en bonne partie à cause de sa superbe Expo 67, débouchèrent sur un important boycott de pays africains et sur un déficit honteux.Triste et coûteux corollaire d\u2019une magnifique réussite. Photo : CP Les anniversaires en 2007 \u2022 207 Charles de Gaulle \u2014 _____ Vive le Québec libre ! «Du haut du balcon de l\u2019Hôtel de ville décoré à profusion aux couleurs tricolores et illuminé avec fracas par les projecteurs de la télévision, le général de Gaulle a lancé hier soir (le 24 juillet 1967) à une foule presque délirante : Vive le Québec libre.» Ainsi commençait le texte en manchette du quotidien Le Devoir, le mardi 25 juillet 1967.Ce Vive le Québec libre retentit encore et, 40 ans après, même ses proches de l\u2019époque ne s\u2019entendent pas sur les intentions du général.Le lendemain, le général annulait sa visite à Ottawa.Depuis, ce cri est diversement perçu : mauvaise ingérence, révélateur d\u2019aspirations, incitation à l\u2019action?Néanmoins, une icône de l\u2019époque. 208 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Faut-il se souvenir de la tenue v£ des États généraux du Canada trançai Marcel Martel Professeur, Université York L\u2019année 2007 marque le 40e anniversaire de la tenue des assises nationales des États généraux du Canada français en novembre 1967.Arrêtons-nous d\u2019abord sur les termes utilisés pour désigner cet événement, car ils semblent appartenir à un autre âge.L\u2019expression «États généraux» renvoie à une autre époque ou pire encore à une autre société, soit la France à la veille de la Révolution.Il en est de même de la notion de «Canada français», une référence identitaire qui a cessé d\u2019exister, sauf peut-être chez ses nostalgiques ou chez ceux qui ne reconnaissent pas les transformations survenues depuis les 40 dernières années.D\u2019ailleurs, l\u2019examen de la provenance des participants aux États généraux renforce l\u2019idée d\u2019un événement qui appartient à un passé bien ancien: outre les représentants du Québec, il y avait plus de 300 représentants des communautés francophones des autres provinces canadiennes.Peut-on imaginer un tel rassemblement qui, en 2007, inclurait les francophones des autres provinces canadiennes?Enfin, la lecture des résolutions et des interventions des participants démontre que cet événement appartient à une autre période historique, car les actuels partisans du néolibéralisme ne seraient pas du tout à l\u2019aise à l\u2019égard des résolutions adoptées, alors que ceux qui croient que l\u2019État doit intervenir dans la répartition de la richesse déploreraient que les résolutions n\u2019aient pas toujours guidé l\u2019action de l\u2019État québécois depuis les 40 dernières années.Rappelons que pendant les assises de 1967, les participants voient l\u2019État du Québec comme l\u2019instrument du redressement économique des francophones et l\u2019outil pour lutter contre leur infériorité économique. Les anniversaires en 2007 \u2022 209 Une idée mobilisatrice L\u2019idée d\u2019organiser des États généraux de la nation circule au Québec dès le début des années 1960.La Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec en fait son projet mobilisateur lors de ses assises conjointes avec sa consœur ontarienne en juin 1961.Ce rassemblement a pour but de réunir, selon la Fédération, les «chefs de file de tous les secteurs du Canada français».En 1965, l\u2019arrivée du professeur de droit Jacques-Yvan Morin et de Rosaire Morin, militant bien connu des milieux associatifs et futur responsable de la revue L\u2019Action nationale, facilite grandement la tenue de l\u2019événement.En effet, ces hommes permettent une démocratisation de la participation et suscitent une mobilisation qui aboutit à la tenue d\u2019assises préliminaires, en 1966, et nationales, en 1967 et 1969.Lieu de transformations et de ruptures Malgré le sentiment que cet événement appartient au passé, dont le rappel n\u2019intéresse que les historiens et autres nostalgiques des années 1960, les États généraux du Canada français offrent des pistes pour comprendre et surtout mesurer les changements survenus au cours des dernières décennies.D\u2019abord, les États généraux sont un lieu de transformation identitaire.Les propos des participants et les libellés des résolutions attestent de l\u2019émergence de nouvelles identités : celles de Québécois et de francophones hors Québec.Certes, les termes Canadien français et Québécois, Franco-Ontarien ou Franco-Albertain, etc., sont utilisés de manière quasi interchangeable, mais l\u2019apparition de nouveaux termes aux côtés de dénominations plus anciennes illustre le changement.Ce rassemblement national est aussi un lieu de rupture.Les nouvelles identités émergent dans la douleur et le ressentiment, puisque les solutions de l\u2019État du Québec, de l\u2019exercice du droit à l\u2019autodétermination de la nation canadienne-française et de l\u2019indépendance du territoire québécois en agacent plus d\u2019un.En fait, tout se joue au début des assises nationales lors du débat sur le droit à l\u2019autodétermination.François-Albert Angers présente la résolution affirmant que: « 1-Les Canadiens français constituent une nation.2-Le Québec constitue le territoire national et le milieu politique fondamental de cette nation.3-La nation canadienne-française a le droit de disposer d\u2019elle-même et de choisir librement le régime politique sous lequel elle entend vivre». 210 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Alors que les délégués du Québec insistent sur le fait que cette résolution dote la nation canadienne-française d\u2019un outil supplémentaire dans son arsenal de moyens lors des négociations constitutionnelles, les francophones des autres provinces se concentrent sur la finalité de la résolution: l\u2019exercice du droit à l\u2019autodétermination.Si ce droit est exercé, opinent les délégués de l\u2019extérieur Québec, il mènera nécessairement au démantèlement du Canada français comme véhicule identitaire et projet de société communs aux francophones du Canada, y compris les Acadiens.Les résultats du vote sur la résolution démontrent la brisure au sein de la nation.Les délégués québécois, du moins ceux qui votent puisque 35 % des délégués ne le font pas, l\u2019approuvent à 98 % ainsi que ceux de l\u2019Acadie mais dans une plus faible proportion, car seulement 52% d\u2019entre eux l\u2019approuvent; 55% des délégués de l\u2019Ontario votent contre tandis que ceux de l\u2019Ouest divisent également leur vote entre l\u2019acceptation, le rejet et l\u2019abstention.Pour les francophones des autres provinces, cette résolution met un terme à la notion que les minorités constituent «le prolongement naturel» de la nation canadienne-française à l\u2019extérieur du Québec et des «zones tampons» pour la «survie» et l\u2019épanouissement du Canada français.Les États généraux offrent un lieu pour saisir l\u2019émergence des revendications politiques du Québec depuis les 40 dernières années.Ce rassemblement débouche sur l\u2019élaboration d\u2019un projet de société auquel ne se rallient toutefois pas les délégués des autres provinces canadiennes.Il devient le point de départ pour comprendre les difficultés du dialogue entre les communautés francophones en milieu minoritaire et la société québécoise, surtout lorsqu\u2019il est question de l\u2019avenir politique du Québec au sein du Canada.À lire sur le sujet Marcel Martel, Le deuil d'un pays imaginé.Rêves, luttes et déroute du Canada français, Ottawa, Les Presses de TUniversité d\u2019Ottawa, 1997.Michel Bock, Quand la nation débordait les frontières.Les minorités françaises dans la.pensée de Lionel Groulx, Montréal, Hurtubise HMH, 2004.Yves Frenette, Brève histoire des Canadiens français, Montréal, Boréal, 1998. 1967 Les anniversaires en 2007 \u2022 211 FONDATION DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC Genèse de la gardienne du patrimoine québécois CÉLINE ROBITAILLE-CARTIER Directrice générale des bibliothèques, Université Laval (1978-1989) Membre du conseil d\u2019administration de l\u2019Institut du Nouveau Monde La Grande Bibliothèque > V La Bibliothèque nationale du Québec (BNQ) a 40 ans en 2007.Personne aujourd\u2019hui ne peut ignorer l\u2019existence et la mission de cette institution unique, mais sait-on pourquoi, quand et comment elle est née ?Il n\u2019est pas inutile, en ce début du XXIe siècle, alors qu\u2019elle « rayonne » dans ses nouveaux locaux, jouxtée à la Grande Bibliothèque, et qu\u2019elle est largement fréquentée, de retracer sa genèse semée d\u2019écueils, de rappeler son évolution constante malgré des problèmes d\u2019espaces récurrents, de reconnaître le dynamisme des pionniers qui l\u2019ont érigée et développée.Enfin, il est important de se souvenir, se souvenir des origines de cette gardienne du patrimoine qui recèle précisément la « mémoire » du Québec.Le 12 août 1967, l\u2019Assemblée législative du Québec adoptait le projet de loi n°91, dotant ainsi le Québec d\u2019une Bibliothèque nationale.Techniquement, 212 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 une bibliothèque nationale se définit par sa fonction qui est, selon les critères établis par l\u2019Unesco, de rassembler, communiquer et conserver pour les générations fritures, dans sa forme originale, la totalité de la production imprimée d\u2019un pays et la production étrangère relative à ce pays, ainsi que d\u2019assurer l\u2019unité du travail bibliographique.La fonction la plus caractéristique d\u2019une bibliothèque nationale, c\u2019est celle d\u2019obtenir gratuitement des éditeurs, imprimeurs, parfois des auteurs eux-mêmes, des exemplaires des documents qu\u2019ils produisent : c\u2019est le dépôt légal.Compte tenu de l\u2019existence, dans la capitale fédérale, de la Bibliothèque nationale du Canada (BNC) qui est chargée d\u2019assumer, depuis 1952, la fonction définie précédemment, quels sont les motifs qui ont incité le Québec à mettre sur pied une institution parallèle?La volonté ferme de quelques visionnaires, conscients des lacunes des mécanismes québécois de conservation du patrimoine documentaire et de l\u2019efficacité toute relative des services de la BNC appliqués au Québec, ne fut pas étrangère à la décision.Il faut aussi mentionner deux motifs importants: la conjoncture sociopolitique des années 1960 et l\u2019existence, à Montréal, de la très ancienne et très riche Bibliothèque Saint-Sulpice (BSS), propriété du gouvernement québécois depuis 1941.Pour donner suite à une promesse électorale, le gouvernement de Jean Lesage crée, en 1961, le ministère des Affaires culturelles.Une fois l\u2019inventaire des biens culturels terminé, sous l\u2019autorité de Georges-Émile Lapalme, la BSS, qui relevait du Secrétariat de la province, passe sous la responsabilité du nouveau ministère.Cette bibliothèque, créée par les Sulpiciens en 1844 et mise à la disposition des Montréalais comme bibliothèque de recherche et de lecture publique, avait connu, après son emménagement en 1915 dans un nouvel immeuble de la rue Saint-Denis, sous la direction d\u2019Aegidius Fauteux, une fréquentation considérable.Toute l\u2019élite intellectuelle s\u2019y rencontrait soit pour y effectuer des recherches, soit pour participer à des activités culturelles, littéraires, musicales ou artistiques.Les étudiants et chercheurs de la jeune université Laval à Montréal notamment y formaient une clientèle assidue.En 1930, à la suite de la crise économique qui affecta tragiquement les Sulpiciens, la bibliothèque fut fermée complètement jusqu\u2019en 1944.Elle contenait alors 170 000 volumes.En 1941, après de vifs démêlés entre la ville de Montréal, les Sulpiciens et le Conservatoire de musique qui font la une des Les anniversaires en 2007 \u2022 213 journaux, le gouvernement libéral d\u2019Adélard Godbout décide d\u2019acheter la propriété des Sulpiciens pour un montant équivalant aux arriérés des taxes municipales dont il s\u2019était porté garant, soit 742 000 dollars.Ouverte de nouveau vers la fin de la guerre, elle ne retrouva jamais le prestige des années 1920, n\u2019eut jamais de vocation précise et fut presque abandonnée par le gouvernement de Maurice Duplessis.Guy Frégault, historien et professeur, premier sous-ministre des Affaires culturelles, conscient de l\u2019état d\u2019incurie qui a régné jusque-là, mais conscient également de l\u2019immense richesse que contient la bibliothèque avec ses remarquables fonds anciens, convaincu aussi de la valeur architecturale de l\u2019immeuble et assuré de la présence de quelques bibliothécaires dévoués à l\u2019institution, prend le dossier en main en 1962.Il fait appel à Georges Cartier, bibliothécaire professionnel et écrivain, alors en poste à l\u2019Unesco où il dirigeait le Service de distribution de l\u2019information aux quelque cent pays membres et le Centre de documentation pour les correspondants étrangers qu\u2019il y avait créé.Georges Cartier connaissait la Bibliothèque Saint-Sulpice pour l\u2019avoir fréquentée comme étudiant à la faculté des Lettres de l\u2019Université de Montréal.Comme bibliothécaire, il était conscient de l\u2019énorme tâche qui attendait son éventuel directeur.À l\u2019époque, les journalistes parlaient de la BSS comme du « mausolée des Sulpiciens » et les professionnels des bibliothèques, du « sarcophage » de la aie Saint-Denis.« C\u2019est dans le bureau de l\u2019attaché culturel de la Délégation générale du Québec à Paris que s\u2019est tenue ma rencontre décisive avec le sous-ministre», affirme Cartier dans un document publié à l\u2019occasion du 25e anniversaire de la BNQ.« Là, d\u2019un commun accord, nous avons formé le projet de doter le Québec de sa propre bibliothèque nationale.La Bibliothèque Saint-Sulpice servirait d\u2019assise.» Comme le souligne Guy Frégault, « le ministre a conféré à la Bibliothèque Saint-Sulpice le statut d\u2019une Bibliothèque d\u2019État (on voulait dire Bibliothèque nationale, mais, par respect pour le fédéralisme, des juristes s\u2019opposaient à ce nom)».Dans un rapport présenté au ministre Pierre Laporte, Georges Cartier justifie ainsi le projet de «bibliothèque d\u2019État» : aucune bibliothèque au Québec n\u2019effectue ce travail d\u2019acquérir systématiquement la production québécoise, d\u2019où des lacunes considérables dans les collections (les journaux, par exemple, sont détruits après six mois) ; on ne peut compter sur la BNC qui n\u2019ob- 214 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 tient des éditeurs du Québec qu\u2019un dépôt légal très partiel, qui ne peut contrôler efficacement ce dépôt et qui n\u2019a jamais appliqué de sanctions ; plusieurs écrivains refrisent d\u2019ailleurs systématiquement de déposer leurs livres à la BNC ; d\u2019autre part, les ouvrages de langue française qui sont déposés à Ottawa sont « noyés » dans la production anglo-saxonne aussi bien dans les collections elles-mêmes que dans Canadiana, la bibliographie nationale qui les recense; l\u2019éloignement géographique de la BNC, sinon l\u2019éloignement psychologique, ne facilite pas les échanges avec le Québec qui éprouve de nombreuses difficultés lorsqu\u2019il exige un interlocuteur de langue française (la BNC n\u2019a à cette époque qu\u2019un nombre extrêmement restreint d\u2019employés francophones).Dans le premier rapport annuel de la BNQ, qui retrace les différentes étapes qui ont mené à l\u2019adoption de la loi 91, le conservateur fait état de la raison d\u2019être majeure d\u2019une bibliothèque nationale au Québec: « Entouré de 220 millions d\u2019anglophones en Amérique du Nord, le groupe de 6 millions de francophones conserve malgré tout sa vitalité.Par conséquent, il doit se donner les institutions indispensables à l\u2019épanouissement de sa culture.La loi fait de la BN la dépositaire de la culture française en Amérique et lui confie la responsabilité d\u2019en assurer la diffusion.» En 1965, après les représentations de l\u2019Association des bibliothécaires de langue française et de la Société Saint-Jean-Baptiste notamment, un projet de loi est préparé pour donner naissance à l\u2019institution.Le «bill» n\u2019est cependant pas présenté malgré l\u2019accord de principe du ministre Pierre Laporte.Peut-être ne se sentait-il pas suffisamment soutenu par ses collègues, un bon nombre d\u2019hommes politiques, à l\u2019époque, étant plutôt indifférents à la « chose intellectuelle».Les conseillers juridiques pour leur part achoppaient toujours sur le terme « nationale ».Georges Cartier, dans l\u2019une de ses nombreuses notes explicatives à l\u2019intention des avocats, revient à la charge en affirmant que ce mot a bien le sens que lui donne le dictionnaire, « qui appartient à une nation», et que le Larousse définit une nation comme étant «une communauté humaine le plus souvent installée sur un même territoire, et qui, du fait d\u2019une unité historique, linguistique, religieuse ou même économique, est animée d\u2019un vouloir de vivre en commun»; que de surcroît l\u2019expression «bibliothèque nationale» a le sens technique de type de «bibliothèque ayant une mission exclusive » selon la définition établie par l\u2019Unesco et n\u2019a aucune connotation politique. Les anniversaires en 2007 \u2022 215 Le sous-ministre et le conservateur en chef se rencontrèrent à de multiples reprises et leurs discussions tournaient invariablement autour d\u2019une stratégie que le contexte social semblait favoriser.« Il importe, écrit Georges Cartier, de situer les prémisses de la BNQ dans le contexte des années soixante, cette période d\u2019effervescence nationaliste qu\u2019on a qualifiée de Révolution tranquille.Le Québec sortait d\u2019une ère marquée par la stagnation sociale et politique et dominée par un clergé tout-puissant.L\u2019avènement au pouvoir des libéraux, dirigés par Jean Lesage, soulevait un espoir de renouveau dans tous les domaines et le Québec s\u2019appropriait les clés de sa destinée en se dotant d\u2019institutions propres à assurer son plein développement.» Aux élections de juin 1966, les libéraux perdent le pouvoir et le nouveau ministre des Affaires culturelles, Jean-Noël Tremblay, hérite du projet de loi n°91.Le 7 décembre 1966, le gouvernement annonce un projet de loi pour transformer la Bibliothèque Saint-Sulpice en bibliothèque nationale.La BNQ vient au monde dans une période effervescente.Rapidement, on constate qu\u2019elle est à l\u2019étroit rue Saint-Denis.Divers projets d\u2019agrandissement seront annoncés puis abandonnés.L\u2019Affaire des manuscrits, qui a entraîné la démission de son conservateur en chef, vient entacher les progrès de la BNQ pendant de longs mois à partir de 1973.À partir de 1975, avec à sa tête Jean-Rémi Brault, le personnel et le budget augmentent, les acquisitions de manuscrits reprennent et la coordination des bibliothèques devient un enjeu majeur.De nouveaux plans d\u2019agrandissement ou de relocalisation de la BNQ sont établis.L\u2019institution entre dans l\u2019ère de l\u2019automatisation des opérations et des réseaux informatisés de coopération.À la fin de 1985, Jean-Rémi Brault quitte la bibliothèque pour poursuivre sa carrière aux Archives nationales.Le ministère des Affaires culturelles demande à Georges Cartier de reprendre la direction de la BNQ et de préparer une loi qui fera d\u2019elle une corporation d\u2019État, lui conférant une plus grande autonomie.La loi n°43 est adoptée en novembre 1988 et entre en vigueur le 1er avril 1989.Georges Cartier prend sa retraite et Philippe Sauvageau, maître d\u2019œuvre de la Bibliothèque Gabrielle-Roy de Québec et spécialiste des bibliothèques de lecture publique, entre en fonction peu de temps après comme premier président-directeur général.La BNQ a atteint sa maturité et le nouveau responsable consacrera beaucoup d\u2019énergie à la recherche d\u2019espaces supplémentaires pour l\u2019institution. 216 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Philippe Sauvageau donna un nouveau souffle à la BNQ par, notamment, l\u2019élargissement du dépôt légal, la construction d\u2019un bâtiment de conservation adéquat, l\u2019informatisation de la chaîne documentaire, une réorganisation administrative et le rapatriement des manuscrits à la BNQ.Il faut mentionner aussi que, sous la gouverne de Philippe Sauvageau, l\u2019informatisation de la chaîne documentaire, amorcée 17 ans plus tôt, s\u2019est développée et raffinée par l\u2019utilisation des nouvelles technologies disponibles.La numérisation de milliers de documents, en particulier des ouvrages publiés avant le XXe siècle, est entreprise.La visibilité internationale de la BNQ s\u2019est sensiblement accrue au cours des années 1990 par des ententes de coopération avec plusieurs pays, des échanges de stagiaires, la participation à de nombreux colloques nationaux et internationaux.Le premier ministre Lucien Bouchard annonce, en 1997, le projet de cons-truction d\u2019une « grande bibliothèque ».Le gouvernement québécois adopte, en 1998, une loi créant la Grande Bibliothèque du Québec selon les recommandations exprimées dans le rapport Richard.Lise Bissonnette, directrice du journal Le Devoir, qui, à plusieurs reprises, avait ardemment préconisé la construction à Montréal d\u2019une bibliothèque de lecture publique d\u2019envergure, est nommée à la direction de l\u2019établissement.Philippe Sauvageau ayant démissionné de son poste à l\u2019automne 2000, la BNQ et la friture Grande Bibliothèque sont fusionnées sous une même autorité par la loi n° 160 et la nouvelle entité prend le nom de Bibliothèque nationale du Québec.L\u2019ambitieux projet de construction est réalisé en 2005.Désormais, la Bibliothèque nationale, tout en côtoyant la Grande Bibliothèque de lecture publique, dans des locaux appropriés, superbement aménagés et disposant des équipements les plus sophistiqués, peut assurer la diffusion plus efficace du patrimoine québécois.Les années récentes de l\u2019histoire de la BNQ, depuis le dépôt du rapport Richard jusqu\u2019en 2005, sont bien décrites dans un article signé par la présidente-directrice générale de la Bibliothèque et des Archives nationales, paru dans l\u2019Annuaire du Québec 2005 : « La Grande Bibliothèque, portrait d\u2019une institution».Depuis, les Archives nationales et la Bibliothèque nationale ont été regroupées sous une seule autorité. LLi Les anniversaires en 2007 \u2022 217 Les origines et les raisons de la Charte de la langue française Guy Rocher Professeur, Département de sociologie et chercheur au Centre de recherche en droit public, Université de Montréal Trente ans après l\u2019adoption de la Charte de la langue française en 1977 (loi 101), il convient de rappeler les origines de cette législation qui a modifié le cours de l\u2019histoire moderne du Québec, de redire les raisons qui l\u2019ont rendue nécessaire et qui font qu\u2019elle l\u2019est toujours.Les premières législations linguistiques L\u2019immigration fut à l\u2019origine de la série des politiques et législations linguistiques québécoises des années 1960 et 1970.Celles-ci ne frirent avant tout une réponse ni à la prédominance d\u2019une majorité anglophone canadienne et nord-américaine, ni et encore moins à la présence d\u2019une minorité anglophone au Québec.Cette prédominance et cette présence, ce frit le contexte.La cause première qui déclencha le mouvement en faveur d\u2019une législation destinée à protéger la langue française frit la prise de conscience, au tout début des années 1960, du fait que les familles immi- Camille Laurin en 1982 Photo : CP 218 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 grantes inscrivaient très majoritairement leurs enfants à l\u2019école anglaise, tant catholique que protestante.L\u2019école catholique de langue anglaise, qu\u2019on appelait depuis toujours «l\u2019école irlandaise», en était venue à compter en 1965 bien plus d\u2019enfants d\u2019origines allemande, polonaise, ukrainienne et autres qu\u2019irlandaise.Et le Protestant School Board of Greater Montreal imposait à sa minorité protestante de langue française l\u2019école anglaise, ainsi qu\u2019à la minorité juive sépharade d\u2019expression française.Comme le courant d\u2019immigration allait croissant depuis la fin de la Seconde Guerre, il apparut de plus en plus évident que la majorité francophone allait être bientôt minorisée, au moins dans la grande région montréalaise, entraînant le déclin de son pouvoir politique dans la seule province canadienne où elle pensait en avoir.La prise de conscience de ce fait fut à l\u2019origine de la «crise linguistique» que connut le Québec.Ce n\u2019est pas à l\u2019Assemblée nationale que l\u2019on doit la première législation linguistique, mais à une commission scolaire, celle de Saint-Léonard, ville-dortoir en banlieue nord-est de Montréal, habitée par une minorité d\u2019origine italienne en rapide croissance, dont les enfants étaient cependant en voie de rapide anglicisation par l\u2019école.En novembre 1967, la commission scolaire décida qu\u2019à partir de septembre 1968, tous les nouveaux venus seraient inscrits à l\u2019école française.Cette décision déclencha la «crise de Saint-Léonard», faite de manifestations de rue, de dénonciations de part et d\u2019autre et qui, de locale, devint générale.Le gouvernement du Québec se vit bien malgré lui dans l\u2019obligation d\u2019agir, tant par suite des pressions venant des italophones et des anglophones que des dénonciations et revendications de la part des francophones.Il le fit d\u2019abord suivant l\u2019image que le Québec s\u2019était depuis longtemps fait imposer, d\u2019être alors la seule province bilingue du Canada : il proposa d\u2019inscrire dans la loi le principe du libre accès à l\u2019école anglaise à qui le voulait.Cependant, la pression des mouvements francophones, nationalistes et autres, amena les gouvernements successifs du Québec, d\u2019un projet de loi à l\u2019autre, à renverser ce principe et, par petits pas, à élargir la perspective pour inscrire la législation linguistique scolaire dans une politique linguistique plus générale.Vers une politique linguistique globale En effet, les débats qui suivirent « l\u2019affaire Saint-Léonard » firent prendre con- Les anniversaires en 2007 \u2022 219 science qu\u2019il ne suffisait pas de régler la question linguistique à l\u2019école; l\u2019engouement des immigrants pour l\u2019école anglaise témoignait de la fragilité du statut de la langue française dans les milieux du travail et de l\u2019emploi, très largement dominés par l\u2019anglais, dans l\u2019administration et les services publics, dans les commerces où le français était trop souvent exclu même pour la clientèle de langue française.Cette manière globale d\u2019aborder la question linguistique québécoise a finalement commencé d\u2019apparaître - mais d\u2019une manière encore hésitante et partielle - dans la «Loi de la langue officielle» (loi 22) que le gouvernement libéral dirigé par Robert Bourassa fit adopter par l\u2019Assemblée nationale en 1974.Cette loi comportait d\u2019importantes nouveautés.Le premier article reconnaissait pour la première fois dans l\u2019histoire québécoise et canadienne que le français était désormais « la langue officielle du Québec ».De plus, cette loi invitait - mais sans les obliger - toutes les grandes entreprises du Québec à créer pour leur personnel des « programmes de francisation » et proposait à cette fin des procédures et mécanismes appropriés.Les entreprises voulant traiter avec l\u2019État québécois avaient, cependant, l\u2019obligation d\u2019appliquer un programme de francisation.Et puis, la loi 22, pour la première fois, imposait aux enfants dont l\u2019anglais n\u2019était pas la langue maternelle de fréquenter l\u2019école française, à moins de réussir un test linguistique prouvant qu\u2019ils possédaient assez l\u2019anglais pour être admis à l\u2019école anglaise.Ce fut, pour le gouvernement Bourassa, une manière qu\u2019il crut habile de ne pas fermer totalement la porte de l\u2019école anglaise aux enfants des familles immigrantes, de ne pas mécontenter outre mesure la minorité anglophone et de donner partiellement raison aux mouvements nationalistes qui demandaient de rendre l\u2019école française obligatoire pour tous.Mais vouloir satisfaire tout le monde engendre l\u2019insatisfaction chez tous.La communauté anglophone s\u2019opposa à cette loi, qui privait ses écoles de l\u2019apport important des enfants allophones.Mais ce frirent surtout les parents allophones et leurs communautés qui dénoncèrent les tests linguistiques comme étant discriminatoires à leur endroit et d\u2019application, à leurs, yeux, souvent arbitraire et peu fiable.Les dix années qui vont de 1967 à 1977 frirent celles que l\u2019on peut appeler de «la crise linguistique».Le Québec, pendant ces années, connut une période de divisions et de luttes de pouvoir entre francophones, anglophones et 220 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 allophones.Cette crise linguistique coïncidait évidemment avec la montée de l\u2019aspiration indépendantiste qui prit différentes voies, celle des moyens violents du Front de libération du Québec (FLQ), celle démocratique du Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale (RIN) et puis, du Parti québécois.Le projet de l\u2019indépendance du Québec, qui gagnait toujours davantage de terrain, appartient au contexte des luttes sociales de ces années au sujet du statut du français, de l\u2019anglais et des autres langues.L\u2019évolution des législations linguistiques successives ne peut être comprise que si elle est étroitement liée à l\u2019histoire du projet indépendantiste et, d\u2019une manière plus générale, à la vitalité du mouvement nationaliste québécois.La Charte de la langue française La défaite du Parti libéral de Robert Bourassa à l\u2019élection de novembre 1976 fut le résultat, pour une large part, de l\u2019insatisfaction généralisée engendrée par la législation linguistique, entraînant l\u2019arrivée inattendue au pouvoir du Parti québécois.Durant la campagne électorale, le chef du Parti québécois, René Lévesque, avait fait aux communautés ethniques la promesse d\u2019abolir les tests linguistiques.Dès sa première réunion, le nouveau Conseil des ministres confia au ministre d\u2019État au développement culturel, Camille Laurin, le mandat de revoir en profondeur la politique linguistique et de préparer un projet de loi pour remplacer la loi 22.Au printemps de 1977, le gouvernement rendait public un Livre blanc et un projet de loi, auquel il voulut, pour en marquer l\u2019importance historique, donner le nom de Charte de la langue française.Sur le modèle britannique de l\u2019époque, le gouvernement du Parti québécois publia, dans des matières ou sur des sujets d\u2019intérêt public général, des Livres verts, documents de consultation en vue d\u2019une politique à venir, et des Livres blancs par lesquels le gouvernement annonçait une politique qu\u2019il entendait mettre en application.En adoptant cette pratique, le gouvernement faisait clairement savoir, par le Livre blanc qui l\u2019accompagnait, que la Charte de la langue française était l\u2019expression d\u2019une large politique linguistique embrassant toutes les dimensions publiques de la société et de la vie québécoises.La Charte de la langue française avait d\u2019abord l\u2019originalité de définir dans ses premiers articles des «droits linguistiques fondamentaux»: droit aux Les anniversaires en 2007 \u2022 221 communications en français dans tous les services publics et parapublics, droit de tous les travailleurs « d\u2019exercer leurs activités en français », droit de s\u2019exprimer en français dans toute assemblée délibérante, droit des consommateurs d\u2019être informés et servis en français dans les services et les commerces, droit à l\u2019enseignement en français.En ce qui a trait à l\u2019enseignement, la Charte établissait trois principes clairs.Selon le premier, l\u2019école de langue française devenait officiellement l\u2019école commune, de la maternelle à la fin du secondaire.Le second principe réservait l\u2019accès à l\u2019école anglaise aux enfants dont un des parents (le père ou la mère) avait fait en anglais ses études primaires au Québec (les tribunaux étendirent par la suite ce droit au Canada tout entier).C\u2019était reconnaître à la communauté anglophone québécoise un «droit acquis» à ses écoles.Enfin, tous les autres enfants devaient fréquenter l\u2019école commune française, à moins d\u2019avoir un frère ou une sœur fréquentant déjà l\u2019école anglaise.Les enfants appartenant à l\u2019une ou l\u2019autre des communautés ethniques ou culturelles non anglophones étaient traités comme les enfants francophones et se retrouvaient tous à l\u2019école commune française.Le français devait aussi devenir la langue de travail, au moins dans les entreprises de 50 employés et plus.À cette fin, la Charte imposait à chacune d\u2019elles la mise en place et la réalisation d\u2019un programme de francisation en vue de généraliser le français dans les documents de travail, catalogues, manuels, dans les conventions de travail, dans les communications à l\u2019intérieur de l\u2019entreprise, avec la clientèle et dans la publicité.De plus, toute entreprise de 100 employés et plus devait créer un «comité de francisation» chargé de procéder à l\u2019analyse de sa situation linguistique, d\u2019établir le programme de francisation et d\u2019en surveiller l\u2019application.Pour réaliser ce que le Livre blanc avait appelé la «francisation du visage québécois», la Charte comportait une série de mesures pour imposer le français dans l\u2019affichage public, la publicité commerciale, les raisons sociales, les inscriptions sur les produits vendus au Québec et toutes les informations relatives à leur consommation.Enfin, la Charte créait quatre organismes responsables de différents aspects de sa mise en application : l\u2019Office de la langue française, principalement responsable de la francisation du milieu de travail; le Conseil de la 222 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 langue française, instance de recherche et de réflexion; la Commission de surveillance chargée de « traiter des questions se rapportant au défaut de respect de la présente loi » ; enfin, une Commission de toponymie avec autorité sur les noms de lieu dans la perspective de promouvoir la francisation du «visage» du Québec.De 1977 à nos jours, la Charte de la langue française a subi bien des amendements, à la suite de jugements des tribunaux et d\u2019interventions du législateur.Elle en a été écorchée en plusieurs de ses chapitres et la plupart du temps affaiblie.Malgré cela, la Charte de la langue française demeure le principal vecteur de la définition que s\u2019est donnée de lui-même le Québec contemporain et de l\u2019image qu\u2019il se fait de lui et qu\u2019il veut projeter.Elle témoigne en ses termes d\u2019une affirmation de l\u2019identité nationale, mais aussi de la vulnérabilité du statut du français au Canada et sur le continent nord-américain.Depuis l\u2019adoption de cette Charte, l\u2019attraction de l\u2019anglais n\u2019a pas diminué, elle n\u2019a fait que croître.Le statut du français dans les milieux de travail à tous les échelons, plus encore si on s\u2019élève dans la hiérarchie, demeure toujours problématique et requiert chaque jour d\u2019être réaffirmé.Il en résulte que l\u2019adoption du français par les immigrants et leur adhésion à la culture de la francophonie demeurent fragiles, dans le contexte d\u2019une langue dont le statut est toujours à reconquérir.L\u2019efficacité de la Charte de la langue française dépend donc tout à la fois d\u2019une volonté politique clairement affirmée, d\u2019une conscience collective soutenue et de l\u2019appui des citoyens. Photo : CP/Ryan Remirez Les anniversaires en 2007 \u2022 223 n RAPATRIEMENT CONSTITUTIONNEL 00 Pierre Elliott Trudeau a-t-il ^ trompé les Québécois?1 André Burelle Conseiller et rédacteur de discours du premier ministre Pierre Elliott Trudeau de 1977 à 1984 Pierre Eliott Trudeau signe la nouvelle constitution canadienne en présence de la Reine Élisabeth II Les promesses référendaires et le rapatriement de 1982 L\u2019ensemble des pièces d\u2019archives rendues publiques dans cet ouvrage montre clairement qu\u2019au lendemain du référendum de mai 1980, M.Trudeau s\u2019est cru obligé en conscience de briser le carcan de l\u2019unanimité qui bloquait tout changement constitutionnel et qu\u2019il a pensé, à tort ou à raison, pouvoir refonder sur une base individualiste et républicaine one nation les droits historiques des peuples fondateurs du Canada.Mais ce que ces documents mon- 224 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 trent également, c\u2019est que la refondation jacobine de la nation canadienne, que M.Trudeau a imposée au Québec, lors du rapatriement de la constitution en 1982, contredit clairement les réformes du fédéralisme «multinational» canadien qu\u2019il prêchait à l\u2019époque de Cité libre, et que les Québécois ont eu raison de se sentir floués par les promesses référendaires qu\u2019il leur a faites en mai 1980.À la défense de M.Trudeau, certains feront sans doute valoir que l\u2019homme a été toute sa vie un individualiste dans l\u2019âme et que les Québécois étaient bien naïfs d\u2019attendre de lui autre chose que la réforme one nation qu\u2019il leur a servie en 1982.Que Pierre Elliott Trudeau ait été un individualiste antinationaliste par passion et un fédéraliste multinationaliste par raison, je crois l\u2019avoir montré dans l\u2019introduction de ce livre.Mais ce que je crois aussi avoir démontré, c\u2019est qu\u2019avant septembre 1980, M.Trudeau a toujours prêché la voie du «multi-nationalisme canadien» pour combattre le «séparatisme» au Québec.Et j\u2019en conclus que les Québécois étaient justifiés d\u2019attendre qu\u2019il leur livre non pas la refonte one nation du Canada inscrite dans la Loi constitutionnelle de 1982, mais la réforme «multinationale» du fédéralisme canadien inspirée du Rapport Pepin-Robarts, du Livre beige de Ryan, voire de son propre projet de loi C-60, qu\u2019il leur avait promise à la Chambre des communes, le 21 mai 1980.À ceux qui contestent cette conclusion en citant un passage de « Fédéralisme, nationalisme et raison» où Trudeau a effectivement prôné la nécessité pour une fédération comme le Canada de pratiquer un « nationalisme fédéral», capable de «créer de la réalité nationale une image si attrayante qu\u2019elle rende celle du groupe séparatiste peu intéressante par comparaison», je ferai remarquer que, dans ce texte, le qualificatif « fédéral », que M.Trudeau inscrit en italiques, est crucial.Et pour voir quelle sorte de nation building méritait, à cette époque, le titre de fédéral dans ses écrits, je suggère qu\u2019on relise les dernières pages de son réquisitoire contre les souverainistes intitulé « La nouvelle trahison des clercs ».Ces pages, en voici des extraits.« Je l\u2019ai dit plus haut: il faut divorcer les concepts d\u2019État et de nation, et faire du Canada une société vraiment pluraliste et polyethnique.Or pour cela, il faut assurer aux différentes régions, à l\u2019intérieur de l\u2019État canadien, une large mesure d\u2019autonomie locale, de sorte que, par l\u2019expérience du self-government, Les anniversaires en 2007 \u2022 225 les nationaux puissent se donner les lois et les institutions indispensables à l\u2019épanouissement et au progrès de leurs valeurs nationales.En même temps, et dans un mouvement de retrait, il faut que le nationalisme canadien-anglais consente à changer l\u2019image qu\u2019il s\u2019est faite du Canada ; s\u2019il veut protéger et incarner ses valeurs ethniques spécifiques, il devra le faire par le truchement des autonomies locales et régionales, plutôt que par la voie de la souveraineté pan-canadienne.(.) Je ne cache pas certes que le nationalisme des Canadiens britanniques ait fort à faire - ou plutôt à défaire - avant que l\u2019État pluraliste ne puisse devenir une réalité au Canada.Mais je suis tenté d\u2019ajouter que cela, c\u2019est «leur» problème.Les jeux sont faits au Canada: il y a deux groupes ethniques et linguistiques, chacun est trop fort, trop bien enraciné dans le passé et trop bien appuyé sur une culture-mère, pour pouvoir écraser l\u2019autre.Si les deux collaborent au sein d\u2019un État vraiment pluraliste, le Canada peut devenir un lieu privilégié où se sera perfectionnée la forme fédéraliste de gouvernement, qui est celle du monde de demain.» Il suffit de relire ce texte pourvoir à quel point Pierre Elliott Taideau a mis au rancart, lors du rapatriement de la constitution et de son combat contre Meech, le fédéralisme multinational canadien qu\u2019il opposait aux souverainistes québécois, en 1962, et qu\u2019il leur opposait encore et toujours lors du référendum de 1980.Et, à mes yeux, M.Trudeau nous fournit lui-même une explication, au moins partielle, de cette mise au rancart lorsqu\u2019il écrit en conclusion: «Le fédéralisme canadien est une expérience formidable, il peut devenir un outil génial pour façonner la civilisation de demain.Si les Anglo-Canadiens ne voient pas cela, encore une fois tant pis pour eux.» Le virage idéologique et politique de septembre 1980 Ce «tant pis pour eux» ne pouvait être sérieux, car il s\u2019adressait à la majorité anglo-canadienne.Ce qui explique qu\u2019une fois au pouvoir, M.Trudeau a dû composer avec cette majorité.Et comme chacun peut le constater, lors du rapatriement constitutionnel, « le nationalisme canadien-anglais n\u2019a pas consenti à changer l\u2019image qu\u2019il s\u2019est faite du Canada et il a décidé de protéger et incarner ses valeurs ethniques spécifiques, non pas par le taichement des autonomies locales et régionales, mais par la voie de la souveraineté pancana-dienne.» Si bien qu\u2019au total, la refondation individualiste et républicaine de 226 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 «la nation» que Trudeau a proposée au pays en 1982 n\u2019a fait qu\u2019entériner ce choix du Canada anglais.Et tant pis pour le Québec.En toute justice, il importe encore une fois de rappeler que M.Trudeau a bel et bien tenté, lors de la Conférence constitutionnelle de septembre 1980, de livrer au pays une réforme plus conforme au fédéralisme multinational qu\u2019il prêchait du temps de sa jeunesse.Il importe aussi de souligner qu\u2019il garda ouverte, jusqu\u2019à la fin, la possibilité de recourir à un référendum à double majorité nationale et régionale (qui octroyait un droit de veto au Québec, à l\u2019Ontario, aux Maritimes et à l\u2019Ouest du pays) pour décider de l\u2019inscription d\u2019une charte des droits et d\u2019une formule de modification à la Victoria dans la constitution canadienne.Mais au bout du compte, nul ne peut nier: 1)\tqu\u2019il a bel et bien renoncé, en septembre 1980, à «doter le Canada d\u2019une constitution fédérale nouvelle, moderne et fonctionnelle» inspirée des « propositions les plus novatrices» faites par « Le temps d\u2019agir», le «Rapport Pepin-Robarts» et le « Livre beige » de Claude Ryan, tel que promis dans son discours du 21 mai 1980 devant le Parlement; 2)\tqu\u2019il a retiré de la table de négociation, à la suite de cette décision, son offre de « reconnaître le caractère distinct de la société québécoise qui, avec sa majorité francophone, constitue l\u2019une des assises de la dualité canadienne », tel que promis dans sa lettre ouverte aux Québécois du 11 juillet 1980; 3)\tqu\u2019il a annulé du même geste son offre de réformer en profondeur la Cour suprême, de transformer le Sénat en instalment de concertation de la fédération et de confier plus de pouvoirs aux provinces en matière de droit familial et de télécommunications ; 4)\tqu\u2019il a accepté, en novembre 1981, de sacrifier le droit de veto du Québec en renonçant à la formule de modification constitutionnelle de Victoria et en faisant adopter, sans le consentement du Québec, la Loi constitutionnelle de 1982; (.) La « chance » de négocier avec le vaincu En même temps, nul ne peut nier que dans sa refonte républicaine du multi-nationalisme originel canadien, M.Trudeau ne pouvait agir seul et qu\u2019il a bénéficié de l\u2019aide volontaire ou involontaire de tous les protagonistes lors du rapatriement de la constitution, y compris René Lévesque.(.) En s\u2019ac- Les anniversaires en 2007 \u2022 227 crochant au pouvoir après sa cuisante défaite référendaire et en acceptant de se présenter à la table de négociation sans mandat, sans stratégie et sans légitimité retrouvée, M.Lévesque a carrément fait le jeu de son adversaire.Si le premier ministre Lévesque avait annoncé un appel au peuple dès le lendemain du référendum, voire à l\u2019automne de 1980, M.Trudeau n\u2019aurait jamais pu forcer le jeu comme il l\u2019a fait.Il aurait été contraint d\u2019attendre le résultat d\u2019une élection qui l\u2019aurait forcé à négocier, ou bien avec un gouvernement dirigé par M.Ryan, ou bien avec un gouvernement péquiste réélu pour négocier en toute légitimité cette fois le renouveau fédéraliste promis lors du référendum.Cela dit, après avoir honnêtement pris en compte l\u2019ensemble des facteurs subjectifs et objectifs qui ont contribué au rendez-vous historique raté de 1982, c\u2019est indéniablement à M.Trudeau, l\u2019orchestrateur du rapatriement, que doit être attribuée, à mon avis, la plus lourde part de responsabilité dans cette affaire.D\u2019autant plus que M.Trudeau n\u2019a pas hésité à poursuivre sa politique d\u2019affrontement avec le Québec bien après que les circonstances eurent cessé de le commander.À la limite, il pouvait invoquer l\u2019argument du moindre mal, ou ce que Gérard Pelletier appelait l\u2019argument de force majeure, pour justifier son forcing de 1982 contre un gouvernement Lévesque prisonnier de ses positions souverainistes.Mais rien ne le justifiait d\u2019attaquer aussi injustement qu\u2019il l\u2019a fait l\u2019Accord du lac Meech: un accord dûment négocié entre fédéralistes bon teint et dont le seul tort était de reprendre, presque mot pour mot dans certains cas, les offres faites par M.Trudeau au Québec lors de la conférence constitutionnelle de septembre 1980.Telle était ma conviction à l\u2019époque de Meech.Et avec le temps, elle n\u2019a fait que s\u2019approfondir.1.Extraits du livre d\u2019André Burelle, Pierre Elliott Trudeau.U intellectuel et le politique, Montréal, Fides, 2005.À lire sur le sujet Eugénie Brouillet, La négation de la nation, Québec, Septentrion, 2005.Alain-G.Gagnon (dir.), Le fédéralisme canadien contemporain.Fondements, traditions, institutions, Montréal, Presses de l\u2019Université de Montréal, 2006. 228 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 (S 00 ON LA CHARTE CANADIENNE DES DROITS ET LIBERTÉS La révolution des droits Alain-Robert Nadeau Avocat, Correspondant à la Cour suprême du Canada Le 17 avril prochain marquera le 25e anniversaire de l\u2019adoption de la Charte canadienne des droits et libertés.Bien qu\u2019il puisse y avoir encore aujourd\u2019hui un débat relativement à l\u2019impact véritable qu\u2019elle a eu sur la société, nul ne saurait contester le fait que, si elle n\u2019a pas changé de façon radicale le cadre juridique québécois et canadien, elle a très certainement eu des répercussions importantes, voire cruciales, sur l\u2019équilibre entre les pouvoirs politique et juridique.Depuis son adoption et son enchâssement dans la Constitution en 1982, il ne fait aucun doute que le régime constitutionnel canadien, en rupture avec la tradition anglaise qui faisait de la souveraineté du Parlement un dogme quasi absolu, s\u2019est rapproché du modèle constitutionnel américain en ce que les tribunaux ont, depuis cette date, un mandat clair d\u2019appliquer et d\u2019interpréter les droits fondamentaux consacrés par la Charte.Désormais, à l\u2019instar du système politique américain, le système politique canadien repose sur la doctrine du constitutionnalisme, c\u2019est-à-dire sur le principe qui consacre la suprématie du droit et qui fait des tribunaux le gardien de la Constitution et le protecteur des droits fondamentaux.Ainsi, les actes émanant du pouvoir législatif (le Parlement et l\u2019Assemblée nationale) et du pouvoir exécutif (le gouvernement) sont dorénavant assujettis au contrôle du pouvoir judiciaire.En d\u2019autres termes, nous sommes passés du principe de la suprématie du Parlement à celui de la suprématie de la Constitution.D\u2019où l\u2019expression « révolution des droits ».Si la question de la légalité du pouvoir des tribunaux de contrôler la constitutionnalité des lois ne saurait faire aucun doute en raison de sa consécra- Les anniversaires en 2007 \u2022 229 tion explicite, son étendue et sa légitimité soulèvent plus que jamais de vives controverses.Poser la question de la légitimité du pouvoir des tribunaux de contrôler la constitutionnalité des lois, c\u2019est se demander qui doit décider des questions politiques controversées: les juges nommés à vie qui n\u2019ont de compte à rendre à personne ou les représentants élus de la population?Ne serait-il pas plus juste que les décisions concernant les grands enjeux de la société - comme l\u2019avortement, l\u2019euthanasie, les droits des homosexuels, la peine de mort, etc.- soient prises par la majorité de la population?Certains répondent à ces questions par l\u2019affirmative et dénoncent l\u2019étendue du pouvoir des tribunaux alors que d\u2019autres s\u2019accordent à dire que l\u2019interprétation des droits constitutionnels est inéluctable dans la mesure où la formulation des garanties constitutionnelles, bien que certaines d\u2019entre elles puissent être relativement «précises», est généralement «ouverte» de telle sorte que les tribunaux puissent adopter des «principes judiciaires» à la lumière de principes moraux contextuels.À titre d\u2019exemple, la formulation du droit d\u2019employer le français ou l\u2019anglais devant les tribunaux (art.19 de la Charte) est «précise» et laisse peu de place à l\u2019interprétation.En revanche, la question de savoir si le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité (art.7 de la Charte), dont la formulation est considérablement «ouverte», protège le droit des homosexuels de se marier laisse place à une plus grande interprétation.Plusieurs courants doctrinaux ont tenté de justifier la légitimité du contrôle judiciaire de la constitutionnalité des lois.Pour les fins de notre propos, on peut adopter une approche dualiste qui distingue les partisans de la retenue judiciaire de ceux qui, au contraire, préconisent la doctrine de l\u2019activisme judiciaire.La retenue judiciaire De façon générale, les partisans de la doctrine de la retenue judiciaire considèrent que les textes constitutionnels ne comportent pas d\u2019idéal moral et, en conséquence, les individus n\u2019ont pas de droits moraux à faire valoir contre l\u2019État.Ils estiment que les tribunaux doivent céder le pas aux décisions des autres branches du gouvernement, à moins que les décisions ne contreviennent directement à une garantie constitutionnelle et qu\u2019il ne peut y avoir d\u2019autres interprétations possibles.Inutile de préciser qu\u2019ils considèrent que la reconnaissance de certains droits innommés (c\u2019est-à-dire les droits que ne sont pas expressément mentionnés dans la Charte), comme le droit au respect de la vie 230 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 privée ou encore celui qui consacre l\u2019indépendance du système judiciaire, par les juges de la Cour suprême n\u2019est qu\u2019une usurpation des pouvoirs traditionnellement dévolus au Parlement.S\u2019arrêtent là cependant les traits communs des différentes doctrines regroupées, par simple souci de commodité, sous l\u2019appellation de partisans de la retenue judiciaire.Par exemple, les partisans de la méthode textuelle pensent que l\u2019interprétation de la Constitution doit se faire exclusivement en fonction du libellé précis des garanties constitutionnelles.Pour les « strict constructionists », les termes de la Constitution expriment l\u2019étendue du consentement de la population et le contrôle judiciaire de la constitutionnalité des lois n\u2019est légitime que pour autant qu\u2019il s\u2019en tient au sens littéral des garanties constitutionnelles et que les tribunaux n\u2019invalident qu\u2019uniquement les lois qui y contreviennent directement.La variante la plus populaire de cette méthode d\u2019interprétation est probablement la méthode qui vise la recherche de l\u2019intention originelle que la doctrine américaine a qualifiée d\u2019« originalism », suivant laquelle, pour demeurer légitimes, les tribunaux doivent donner au texte constitutionnel une interprétation qui reflète l\u2019intention particulière qu\u2019en avaient ses auteurs au moment de l\u2019adoption de la garantie constitutionnelle.L\u2019intention première des auteurs demeure donc la seule source légitime pour l\u2019interprétation judiciaire.On aura tout de suite remarqué l\u2019analogie entre cette méthode et celle de l\u2019interprétation des lois ordinaires selon laquelle l\u2019interprète doit rechercher l\u2019intention présumée du législateur.C\u2019est à cette méthode d\u2019interprétation qu\u2019il faut se référer pour comprendre le Renvoi sur la signification du mot personne (1928) dans lequel la Cour suprême a statué qu\u2019une femme n\u2019était pas une personne au sens de la Loi constitutionnelle de 1867 puisqu\u2019au moment de son adoption, il n\u2019était pas dans l\u2019intention des Pères de la Confédération d\u2019y inclure les femmes.L\u2019activisme judiciaire Les partisans de l\u2019activisme judiciaire, quant à eux, considèrent que les individus, détenteurs des droits résiduels, ont des droits moraux à faire valoir contre l\u2019État et que les tribunaux peuvent adopter des principes judiciaires à la lumière de principes moraux contextuels.En d\u2019autres termes, les valeurs de la société n\u2019étant pas les mêmes en 1950 qu\u2019en 2006, il est tout à fait normal que Les anniversaires en 2007 \u2022 231 Pinterprétation que Pon fait de la Charte évolue parallèlement à l\u2019évolution des valeurs sociales.Ainsi, Pinterprétation des droits constitutionnels est inéluctable dans la mesure où la formulation des garanties constitutionnelles est généralement « ouverte » et fait appel à des standards moraux contextuels.Selon eux, en choisissant de libeller les dispositions de la Charte avec des concepts, plutôt qu\u2019en adoptant une conception expressément déterminée, les auteurs de la Constitution ont affirmé leur volonté que les garanties constitutionnelles puissent s\u2019adapter à l\u2019évolution de la société.Ils réfutent donc les méthodes d\u2019interprétation favorisant la retenue judiciaire, en ce qu\u2019elles offrent une conception beaucoup trop étroite de la portée des droits constitutionnels en la cristallisant au texte ou à l\u2019intention présumée des auteurs de la Constitution.Bref, la formulation de ces garanties a été délibérément choisie et soigneusement libellée par les auteurs de la Constitution.Fruit de compromis entre différentes tendances politiques et philosophiques, certaines garanties constitutionnelles ont été volontairement adoptées en utilisant une formulation équivoque et imprécise.Accepter l\u2019idée que Pinterprétation des garanties constitutionnelles doive correspondre à l\u2019intention présumée de ses auteurs équivaudrait à fixer son interprétation à une époque révolue ou, en utilisant une métaphore, soutenir que les juges sont limités à la considération d\u2019une photographie, volontairement floue, prise il y a de cela, en ce qui à trait au Bill of Rights américain par exemple, plus de deux siècles ! Au contraire, les tribunaux doivent jouir d\u2019une marge de manœuvre afin de réaliser pleinement Pobjet des garanties constitutionnelles.Agissant sous la dictée de principes, plutôt que sous l\u2019impulsion de pressions populaires momentanées, les tribunaux et les juges qui les composent constituent le seul forum jouissant de Pindépendance essentielle à la protection et à la préservation des droits fondamentaux.C\u2019est à cette méthode que le comité judiciaire du Conseil privé de Londres, qui constituait le tribunal final d\u2019appel au Canada jusqu\u2019en 1949, se référait dans le célèbre arrêt Edwards (1930), lequel renversait le Renvoi sur la signification du mot personne (1928).Dans cet arrêt, le vicompte Sankey affirmait, formulation qui deviendra classique, que la Loi constitutionnelle de 1867 «a planté au Canada un arbre susceptible de croître et de se développer».Que Pon adopte la méthode de la retenue judiciaire ou encore celle de Pac-tivisme judiciaire, chose certaine, Padoption de la Charte et son enchâssement 232 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 dans la Constitution ont créé une véritable révolution des droits, qu\u2019on peut comparer, reprenant les mots de l\u2019ancien juge en chef du Canada, Antonio Lamer, aux « découvertes de Louis Pasteur ou à l\u2019invention de la pénicilline ou du laser».Cette révolution des droits découle, bien sûr, de l\u2019enchâssement de la Charte dans la Constitution (ce qui n\u2019est pas le cas de la Charte québécoise), mais aussi, et surtout peut-être, du leadership que les juges ont pris relativement à son interprétation.À titre d\u2019illustration, la Constitution suédoise contient une disposition qui permet aux tribunaux de déclarer inopérantes les lois qui lui sont incompatibles.Pourtant, la Cour suprême suédoise s\u2019est toujours refrisée à rendre une loi du Riksdag inopérante.Au Canada, à l\u2019exception d\u2019un seul cas (l\u2019arrêt Drybones rendu en 1969), la Cour suprême s\u2019était aussi toujours refrisée à déclarer une loi du Parlement inopérante, et ce, malgré l\u2019existence d\u2019une disposition législative de la Déclaration canadienne des droits (le Bill of Rights de Diefenbaker) le lui permettant expressément.De fait, bien qu\u2019ils se soient toujours refrisés à admettre qu\u2019ils aient pu faire preuve d\u2019«activisme judiciaire», tant l\u2019actuelle, Beverley McLachlin, que l\u2019ex-juge en chef du Canada, Antonio Lamer, ont tout de même reconnu que la Cour suprême avait fait preuve de « dynamisme judiciaire » en interprétant les garanties constitutionnelles.J\u2019ajouterais que ce « dynamisme judiciaire » tire principalement ses origines des motifs de l\u2019arrêt Hunter c.Southam ( 1984 ) et de ceux du Renvoi sur la Motor vehicle Act (1985) écrits respectivement par les juges en chef Dickson et Lamer.À vrai dire, ce sont eux qui ont véritablement consacré cette révolution des droits. Photo : CP/Jacques Boissinot Les anniversaires en 2007 \u2022 233 IN L\u2019accord du lac Meech -00 20 ans après as Gil Rêmillard Ministre responsable des Affaires intergouvemementales canadiennes, 1985 à 1994, et ministre de la Justice dans le gouvernement de Robert Bourassa, 1988 à 1994 Gil Rêmillard et Robert Bourassa Il est environ 18 h 20, ce 30 avril 1987, lorsque le téléphone sonne au Wilson House du lac Meech dans la salle où nous sommes tous réunis, les délégations des provinces, en attendant les premiers ministres en réunion à huis clos dans la salle attenante.Ian Scott, le procureur général de l\u2019Ontario, répond et me tend l\u2019appareil en me disant: «Ifs an emergency call for 234 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Premier Bourassa».Je prends l\u2019appel.C\u2019est le ministre des Finances, Gérard D.Levesque, qui me semble ne pas être de très bonne humeur.Il me dit qu\u2019il doit parler immédiatement au premier ministre.Bourassa.Je lui explique qu\u2019à moins d\u2019une extrême urgence, je ne peux pas le déranger.Depuis 16 h, les premiers ministres sont enfermés à huis clos sans leurs conseillers.Nous savons qu\u2019ils discutent surtout de la société distincte, et que les discussions sont très difficiles.M.Levesque me répond: «Je pense que c\u2019est une urgence, parce que je me prépare à démissionner.Mon budget va sortir aux nouvelles à CTV ce soir, il y a eu une fuite.» «Bon, un instant M.Levesque, lui dis-je, Ronald (Poupart) et Jean-Claude (Rivest) sont près de moi, ils vont vous parler.» Ronald, puis Jean-Claude, lui parlent et ce dernier dit finalement : « Si c\u2019est comme ça Gérard, je vais faire sortir le P.M.» M.Bourassa sort de la salle de réunion, parle quelques instants avec Jean Claude Rivest, son proche conseiller dans le dossier constitutionnel, s\u2019amène au téléphone et dit en blaguant à M.Levesque: «As tu acheté tes souliers, Gérard ?», faisant allusion à la vieille coutume qui demande au ministre des Finances de lire son budget avec des souliers neufs pour montrer la prospérité du gouvernement.« Tu n\u2019as qu\u2019une chose à faire, continue-t-il, fais convoquer la Chambre et lis ton budget ce soir à 8 h.» En retournant vers la salle de réunion, M.Bourassa me dit: «Le téléphone de Gérard est arrivé au bon moment, Brian (Mulroney) et David (Peterson) sont en train de faire une bonne job mais c\u2019est très difficile.Je préfère ne pas être là pour encore quelques minutes.Ils vont être plus à l\u2019aise pour discuter.On va parler un peu.» Ce qui me donne l\u2019occasion de lui expliquer de nouveau la relation que nous faisons entre la « société distincte québécoise» et la «dualité canadienne».Alors que la première permet au Québec de protéger et promouvoir sa distinction, la deuxième reconnaît seulement le principe de la protection des deux grandes cultures canadiennes, celle anglophone et celle francophone.Je lui explique qu\u2019ainsi le Québec pourra se fonder sur ce principe d\u2019interprétation pour soutenir et développer, entre autres, sa politique linguistique, bien qu\u2019il doive aussi protéger la langue anglaise, ce qui ne pose aucun problème puisque la promotion de la langue française ne peut pas vraiment mettre en danger la langue anglaise au Québec.Lorsqu\u2019il retourne dans la salle quelques minutes plus Les anniversaires en 2007 \u2022 235 tard, l\u2019atmosphère est meilleure et les premiers ministres, sans exception, acceptent finalement de reconnaître le Québec comme «société distincte».C\u2019est ainsi qu\u2019une pièce maîtresse des cinq conditions du Québec pour accepter la Constitution de 1982 a pu être acceptée par toutes les provinces avec la complicité d\u2019une coutume de l\u2019ère victorienne, le secret du budget.Cinq conditions La rencontre du lac Meech s\u2019est terminée vers 20h avec un communiqué confirmant la volonté des premiers ministres de respecter intégralement les cinq conditions du gouvernement québécois pour adhérer à la Constitution de 1982, soit : 1.\tLa reconnaissance du Québec comme société distincte; 2.\tUn droit de veto sur toute modification constitutionnelle susceptible d\u2019affecter les droits du Québec ; 3.\tLa confirmation constitutionnelle du rôle et des responsabilités du Québec en matière d\u2019immigration ; 4.\tL\u2019encadrement du pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral; 5.\tLa constitutionnalisation du principe que trois des neuf juges de la Cour suprême doivent venir du Barreau du Québec avec un droit de participation pour le Québec à leur nomination.Ces conditions avaient été élaborées par la commission politique du Parti libéral du Québec à la suite du célèbre discours du premier ministre Brian Mulroney, à Sept-îles, le 6 août 1984, où il avait exprimé son désir de voir le Québec signer la Constitution de 1982 « dans l\u2019honneur et l\u2019enthousiasme ».Le Parti libéral avait fait de ces conditions un élément important de son programme électoral aux élections du 2 décembre 1985, et le premier ministre Bourassa en avait fait une grande priorité de son gouvernement dans son discours inaugural, le 12 décembre suivant, en spécifiant qu\u2019il voulait en arriver à une entente dans les deux premières années de son mandat.Le 11 mai 1986, au nom du gouvernement, je les avais explicitées lors d\u2019un colloque tenu au mont Gabriel dans les Laurentides.Puis, une tournée des provinces et quelques rencontres à Ottawa nous avaient permis de franchir un pas déterminant le 12 août 1986, avec la « déclaration d\u2019Edmon- 236 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 ton» par laquelle les premiers ministres provinciaux, à leur réunion annuelle, s\u2019engageaient à participer à une ronde de négociations constitutionnelles dont l\u2019objectif était principalement de permettre au Québec d\u2019adhérer pleinement et à part entière à la Constitution de 1982.Il s\u2019agissait là pour nous d\u2019une étape cruciale : avoir l\u2019assurance que la priorité serait donnée au Québec dans une prochaine ronde de négociations, étant donné ce qui s\u2019était passé lors du rapatriement de 1982.Le premier ministre de l\u2019Alberta, Don Getty, et son ministre responsable du dossier constitutionnel, James Horseman, qui étaient les hôtes de cette rencontre annuelle des provinces, ont démontré une fois de plus qu\u2019il y avait entre l\u2019Alberta et le Québec une connivence bien spéciale dans le dossier constitutionnel, comme dans bien d\u2019autres d\u2019ailleurs.On se laissa en cette fin de soirée du 30 avril au lac Meech avec l\u2019assurance que l\u2019on travaillerait pendant les prochaines semaines en étroite collaboration pour rédiger les textes formels pour qu\u2019ils puissent être acceptés premièrement par les gouvernements, puis par les parlements au niveaux fédéral et provincial, pour faire ensuite partie de la Constitution.Nous venions ainsi avec cette entente du lac Meech compléter, avec la collaboration et les talents exceptionnels de médiateur du premier ministre Brian Mulroney et de son ministre responsable du dossier constitutionnel, le sénateur Lowell Murray, l\u2019une des opérations fédérales-provinciales les plus significatives pour le Québec depuis son entrée dans la fédération.Il fut convenu que nous nous retrouverions à Ottawa les 2 et 3 juin pour finaliser ces documents officiels.Nous avions donc un mois à peine pour effectuer ce travail très exigeant.L\u2019entente que venaient de signer les 11 premiers ministres respectait essentiellement les cinq conditions posées par le Québec, mais nous avions quand même dû tourner certains coins un peu rond pour profiter du moment et obtenir l\u2019unanimité nécessaire.C\u2019était donc, dans les faits, une entente de principe sous réserve que les textes officiels puissent satisfaire les Avec l\u2019entente du lac Meech, nous venions de compléter l\u2019une des opérations fédérales-provinciales les plus significatives pour le Québec depuis son entrée dans la fédération. Les anniversaires en 2007 \u2022 237 11 gouvernements.Il fallait aussi, de notre côté au Québec, tenir une commission parlementaire pour expliquer l\u2019entente.Nous savions que ce ne serait pas facile.Le chef de l\u2019opposition, Pierre Marc Johnson, avait décrit les cinq conditions comme étant une reddition en règle du gouvernement québécois.En fait, il reprenait l\u2019argument qui avait jusqu\u2019à ce jour été toujours celui du Québec : premièrement, il faut modifier le partage des compétences législatives pour donner au Québec tous les outils nécessaires à son développement, puis seulement dans un deuxième temps, modifier la formule d\u2019amendement et les règles d\u2019interprétation de la Constitution.Selon l\u2019image utilisée par plusieurs intervenants d\u2019alors, « on entre dans la maison et ensuite on barre la porte».C\u2019était cette stratégie qui avait amené le premier ministre Bourassa à finalement dire non, en 1971, à la Charte de Victoria.Le ministre de la Santé, Claude Castonguay, et celui des Communications, Jean-Paul L\u2019Allier, avaient alors réussi à convaincre le conseil des ministres et son premier ministre que le directeur du Devoir, Claude Ryan, et l\u2019éminent politologue de l\u2019Université Laval, Léon Dion, avaient raison d\u2019exiger en premier lieu un nouveau partage des compétences législatives, avant le rapatriement de la Constitution, qui était toujours à Londres - même si le Canada était un pays souverain depuis de Statut de Westminster de 1931.Notre approche était différente.Maintenant que le rapatriement avait été fait en 1982, il fallait changer de stratégie et prendre avantage d\u2019un certain momentum pour garantir au Québec le fondement d\u2019une réforme constitutionnelle qui reposait essentiellement sur nos cinq conditions, que l\u2019on pourrait par la suite compléter dans une deuxième étape.«Rentrer dans la mission» signifiait pour nous réaliser ces cinq conditions qui permettraient au Québec d\u2019être un partenaire à part entière de la fédération canadienne.« La vraie game commence.» Le premier ministre Bourassa savait bien que la commission parlementaire de l\u2019Assemblée nationale ne serait pas facile.Juste après les signatures et les photos officielles au lac Meech, il me dit : « La vraie game commence maintenant, Gil.- Il y a quand même un engagement important de fait ce soir, lui répondis-je. 238 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 - Oui, c\u2019est important.Mais Brian, c\u2019est tout un négociateur ! J\u2019ai peur qu\u2019il ait étiré un peu l\u2019élastique.Appelle ta gang demain matin.» Quand il employait ce mot «gang», j\u2019ai toujours compris que c\u2019était quelque peu sarcastique.Il faisait allusion à des gens avec qui j\u2019étais en bon rapport mais qui n\u2019étaient pas nécessairement ses meilleurs amis, tels Pierre Elliott Trudeau et Léon Dion.Léon était celui qui, avec Gérard D.Levesque, m\u2019avait persuadé de faire le saut en politique.Il avait accepté d\u2019écrire la préface de mes livres sur le fédéralisme canadien.Il avait été aussi mon conseiller après mon assermentation comme ministre délégué aux Affaires intergouvemementales.Il était un ami cher et nous avions essentiellement la même idée du fédéralisme canadien et de la place que le Québec devait y tenir.Conseiller auprès de la Commission Laurendeau Dunton sur le bilinguisme et le biculturalisme, dans les années 1960, il avait toujours refrisé le nationalisme ethnique pour s\u2019en tenir à un nationalisme civique.Mais entre les deux, la marge de manœuvre est très mince et elle nous amenait à des échanges très serrées, même difficiles, surtout lorsque l\u2019on discutait des moyens pour obtenir les changements constitutionnels, puisque Léon était partisan de l\u2019approche « couteau sur la gorge » alors que pour ma part, je préconisais la persuasion.Tout au long des négociations, je l\u2019avais informé des difficultés et aussi de nos progrès.C\u2019était toujours pour moi un grand plaisir que d\u2019être reçu chez lui à Sillery pour en discuter, installés bien confortablement dans ses fauteuils victoriens face à la grande fenêtre qui servaient de confessionnal à bien des politiciens québécois et canadiens.De retour à Montréal ce matin du 1er mai, après avoir donné quelques entrevues aux médias, je fais donc mon premier coup de téléphone à Léon Dion : « félicitations, me dit-il, c\u2019est bien réussi.Mais tu sais, je ne crois toujours pas que la \u201csociété distincte\u201d va changer bien des choses pour le Québec.Et les autres conditions s\u2019appliquent aussi bien aux autres provinces qu\u2019au Québec.Envoie-moi les documents pour que je les lise et on se verra pour en parler.» Je ne suis donc pas trop surpris quand le premier ministre Bourassa m\u2019appelle quelques minutes plus tard pour me dire que la manchette des médias était la déclaration de Léon Dion, qui considérait l\u2019Entente du lac Les anniversaires en 2007 \u2022 239 Meech comme une grave erreur de stratégie, puisque le partage des compétences législatives n\u2019était pas changé.« T\u2019en fais pas, ça sort quand même assez bien dans l\u2019ensemble.As-tu appelé Trudeau ?me demande-t-il.-\tOui, il m\u2019a félicité et m\u2019a dit qu\u2019il était surpris que l\u2019on ait réussi.Il veut que l\u2019on déjeune demain à son club pour en parler.-\tSi c\u2019est lui qui paie, profites-en.Ça n\u2019arrive pas souvent», me répond-il.J\u2019avais appris à comprendre que ce genre d\u2019humour chez Bourassa camouflait un malaise.Ses relations avec le père du rapatriement de la Constitution canadienne étaient assez difficiles depuis qu\u2019il avait refusé la «Charte de Victoria» de 1971 et fait ainsi avorter le rêve de Trudeau de rapatrier la Constitution avec une Charte des droits et une formule d\u2019amendement avec l\u2019unanimité des gouvernements canadiens.Pour ma part, je connaissais Pierre Elliott Trudeau depuis qu\u2019il avait présidé, comme ministre de la Justice dans le cabinet de Lester B.Pearson, notre bal des finissants à la faculté de droit, section de droit civil, de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Pour gagner mes études universitaires, je travaillais aussi comme journaliste à la télévision de Radio-Canada à Ottawa, et j\u2019avais eu l\u2019occasion de l\u2019interviewer à quelques reprises.Il était aussi venu en 1983 faire son testament politique en ce qui a trait à la constitution, à une conférence internationale sur le fédéralisme que j\u2019avais organisée à l\u2019Université Laval, où j\u2019étais devenu professeur de droit constitutionnel après mes études en Europe.Trudeau : « le jeu des séparatistes » Je ne partageais pas bien sûr toutes ses convictions concernant le fédéralisme canadien et le statut du Québec, mais fondamentalement on se rejoignait sur les grandes valeurs à promouvoir dans la Charte et sur bien d\u2019autres sujets, surtout de relations internationales.Quelques jours après l\u2019annonce de mon engagement en politique auprès de Robert Bourassa, il m\u2019avait invité à déjeuner au Ritz, à Montréal.Il m\u2019avait alors dit: «Je me doutais qu\u2019un jour vous feriez de la politique, mais je ne m\u2019imaginais pas que vous pourriez le faire avec Bourassa.» Manifestement, les relations entre les deux hommes ne s\u2019étaient pas améliorées depuis ce rejet par le Québec de la Charte de Victoria et l\u2019affaires des « hot dogs». 240 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 C\u2019est donc dire que lorsque j\u2019arrive au Club Mont Royal de la rue Sherbrooke à Montréal ce midi du 5 mai, je ne sais trop à quoi m\u2019attendre.Le maître d\u2019hôtel m\u2019amène immédiatement à sa table.Elle est située au fond de la salle à manger à la vue de tous.« Félicitations, me dit-il d\u2019une voix assez forte pour que les autres tables puissent entendre.Je suis très surpris de voir que les premiers ministres se soient écrasés pour accepter vos conditions».Et pendant près d\u2019une heure et demie, je tente de lui expliquer le contexte.Mais aucun élément de l\u2019Entente n\u2019est acceptable à ses yeux.C\u2019est selon lui par « chantage » que nous avions obtenu nos cinq conditions.«Vous jouez les cartes des séparatistes quand vous dites que j\u2019ai fait \u201cun coup de force\u201d (le rapatriement).Ça va se retourner contre vous, me dit-il.-\tMais M.Taideau, si vous n\u2019appuyez pas l\u2019Entente, vous aussi allez faire le jeu des séparatistes.-\tEux, me répond-il, ont au moins la franchise de dire ce qu\u2019ils veulent faire.» En le quittant sur ces mots très durs, je comprends qu\u2019il est clair que nous avons en Pierre Elliott Trudeau un adversaire de taille.C\u2019est ce que je m\u2019empresse de dire au premier ministre Bourassa immédiatement après le déjeuner, qui me rassure : «Ne t\u2019en fais pas, tu vas pouvoir dire en commission parlementaire à Pierre Marc Johnson qu\u2019il est du même bord que Trudeau ».Nous savions que Trudeau pouvait être une opposition redoutable, mais je dois dire que nous avons alors sous-estimé son impact dans la population canadienne, comme la suite des choses nous l\u2019a démontré.Cependant, le fait que Trudeau ait été contre l\u2019Entente du lac Meech nous a aidés considérablement en commission parlementaire à Québec, où j\u2019ai pu expliquer à la population, puisque c\u2019était télévisé, le sens de l\u2019entente en fonction des cinq conditions que nous avions mises de l\u2019avant comme gouvernement.Ronald Poupart, attaché de presse, et Jean-Claude Rivest, conseiller spécial du premier ministre, étaient là pour me conseiller afin que mes explications soient le plus claires possible pour la population malgré l\u2019absence de textes formels.À la fin des travaux de la Commission, un sondage nous indiquait que 68 % des Québécois étaient d\u2019accord avec l\u2019Entente du lac Meech.Des experts comme l\u2019éminent constitutionnaliste Gérard A.Beaudoin, de l\u2019Université d\u2019Ottawa, et des témoignages bien sentis comme celui fait par Les anniversaires en 2007 \u2022 241 Solange Chaput-Rolland, femme de lettres de grand renom qui avait été membre de la Commission Pépin-Robarts sur le fédéralisme canadien, contrebalançaient ceux de Léon Dion, plus nuancé, ou de Claude Morin, définitivement contre.Pendant ce temps, Benoît Morin, secrétaire général du gouvernement, et Diane Wilhelmy, sous-ministre aux Affaires intergouvemementales canadiennes, qui avaient fait avec André Tremblay, professeur de droit constitutionnel à l\u2019Université de Montréal et conseiller du gouvernement dans ce dossier, un travail remarquable de compétence et de diplomatie auprès des hauts fonctionnaires provinciaux pour préparer la réunion de Meech, étaient à l\u2019œuvre avec une équipe de juristes sous la direction du sous-ministre associé à la Justice, Jean K.Samson, pour finaliser les textes officiels.Une atmosphère lourde Dès le début des discussions à Ottawa à l\u2019Édifice Langevin, ce 2 juin 1987, nous constatons immédiatement qu\u2019il se dégage une atmosphère lourde et difficile.Pendant les dernières semaines, les premiers ministres et les ministres concernés ont eu le temps de consulter et aussi de recevoir des commentaires de leur appareil gouvernemental et de leurs électeurs.Dès les premières discussions, on s\u2019aperçoit par exemple, que la délégation du premier ministre du Manitoba, Howard Pawley (NPD), a de fortes réticences sur l\u2019ensemble de l\u2019Entente et en particulier en ce qui regarde le pouvoir de dépenser.Mais surtout, on réalise que nos précieux alliés de la rencontre du lac Meech, le premier ministre de l\u2019Ontario, David Peterson, et son procureur général, Ian Scott, sont devenus les plus sceptiques face à la clause de «la société distincte».Ian, qui est un éminent juriste spécialiste des droits fondamentaux, n\u2019apprécie pas les nuances de rédaction que nous avons dû utiliser pour inclure dans la clause de la société distincte une référence à la dualité canadienne.Nous avons dû accepter cette référence à la dualité sous la pression surtout du Nouveau-Brunswick, dirigé alors par le premier ministre Richard Hatfield, qui se montrait maintenant un important allié du Québec.Ce complément m\u2019apparaissait conforme à notre vision du fédéralisme et je l\u2019avais même évoqué dans mon discours du mont Gabriel.Nous devions aider les francophones de toutes les régions canadiennes.Cependant, la 242 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 dualité canadienne ne devait pas diluer le concept de « société distincte » québécoise.J\u2019avais dû utiliser toute ma capacité de convaincre tant à Ottawa que dans les autres provinces pour que la prépondérance de la spécificité québécoise par rapport à la dualité soit protégée comme je voulais qu\u2019elle le soit.J\u2019avais donc consulté beaucoup de gens pour m\u2019assurer de ne pas faire d\u2019erreurs.Je ne voulais pas qu\u2019on se retrouve quelques années plus tard avec une décision de la Cour suprême du Canada qui irait à l\u2019encontre de notre interprétation sur une clause si importante juridiquement et politiquement.À la suggestion du premier ministre Bourassa qui le connaissait bien, j\u2019avais même demandé son avis à l\u2019ancien secrétaire du gouvernement sous René Lévesque, Louis Bernard.J\u2019avais apprécié son opinion très claire qui me confirmait qu\u2019il n\u2019y avait pas de difficultés et même, à ma surprise, que l\u2019Entente du lac Meech était une très bonne entente.J\u2019en avais informé le premier ministre Bourassa en lui faisant remarquer qu\u2019il pourrait être intéressant, alors, que Louis Bernard se joigne à notre équipe pour la rencontre d\u2019Ottawa dans le but de finaliser les textes.René Lévesque : une bonne entente.Je ne croyais pas que ma suggestion d\u2019inviter Louis à se joindre à notre équipe avait vraiment intéressé le premier ministre et c\u2019est donc avec plaisir que je reçus, quelques jours plus tard, son appel « Cil, tu as raison, tu as besoin de quelqu\u2019un de solide qui a une bonne expérience de ces négociations pour la réunion d\u2019Ottawa.J\u2019ai téléphoné à Louis et il accepte de faire partie de notre équipe».J\u2019étais très heureux que Louis Bernard accepte de se joindre à nous.Il avait été, avec le ministre Claude Morin, au cœur des stratégies du gouvernement péquiste qui avait amené l\u2019idée de la souveraineté-association et le référendum de 1980.Il avait été directement engagé dans les événements qui avaient abouti à l\u2019échec pour le Québec des négociations du rapatriement de novembre 1981.Personne ne pouvait mieux que lui nous faire profiter d\u2019une telle expérience et d\u2019une telle compétence.Louis Bernard apportait aussi une caution morale exceptionnelle pour nous.Ce que Robert Bourassa me souligna en me disant : « Tu sais, Gil, si l\u2019Entente peut satisfaire Louis, dis-toi que tu vas avoir à peu près 80 % du Québec avec toi. Les anniversaires en 2007 \u2022 243 Même René (Lévesque) m\u2019a dit ce matin que c\u2019était une bonne Entente.Et puis, certains (.des autres délégations) qui étaient là en 1981, en voyant Louis, vont se rappeler plus facilement de ce qu\u2019ils ont fait au Québec.Ce n\u2019est pas mauvais.» Le premier ministre Bourassa faisait allusion évidemment à cette fameuse nuit du 4 au 5 novembre 1981, quand le gouvernement fédéral et ceux des provinces négocièrent toute la nuit sans en avertir la délégation du Québec qui dormait de l\u2019autre côté de l\u2019Outaouais, à Hull (maintenant Gatineau).À la reprise de la conférence le matin du 5 novembre à 10 h, le premier ministre du Québec, René Lévesque, et son ministre des Affaires canadiennes, Claude Morin, avaient vite réalisé dès les premières paroles de Pierre Elliott Trudeau, qu\u2019un compromis était intervenu sans que le Québec fasse partie de ces négociations de dernière chance.Ce que l\u2019on avait appelé au Québec « la nuit des longs couteaux » n\u2019est pas l\u2019épisode le plus glorieux de l\u2019histoire canadienne des relations fédérales-provinciales.J\u2019étais donc à l\u2019aise de pouvoir compter sur une équipe compétente et représentative de l\u2019opinion publique québécoise.Ce fut un élément déterminant de notre réussite à la rencontre d\u2019Ottawa dans un climat très difficile.En effet, dans la nuit du 3 juin, il y a encore beaucoup d\u2019action à l\u2019Édifice Langevin.Les discussions piétinent.Il devient de plus en plus évident que David Peterson, qui est à la tête d\u2019un gouvernement minoritaire en Ontario, craint d\u2019accepter un document qui serait mal perçu par ses électeurs.Son ministre de la Justice, Ian Scott, revient à la position qu\u2019il m\u2019avait expliquée lors de sa visite à Québec le dimanche précédant la rencontre du lac Meech : la reconnaissance du Québec comme société distincte doit être dans une déclaration de principe dans un préambule, mais pas une règle de droit dans la Constitution.C\u2019était la position de Trudeau, et je me suis dis qu\u2019ils s\u2019étaient probablement rencontrés.Pourtant, je croyais qu\u2019on avait réglé cette question lors de cette rencontre de Québec.Ian était arrivé à Québec le samedi et avec son équipe, il avait fait un dîner de travail dans un bon restaurant de la vieille ville.À la table voisine dînait un haut fonctionnaire du secrétariat québécois aux Affaires canadiennes.Celui-ci s\u2019empressa de communiquer le soir-même, à la sous-ministre Diane Wilhelmy, les principaux points de leur stratégie.Le lendemain, à notre réunion, j\u2019étais bien préparé pour répondre à leurs objections. 244 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Son attitude très positive à la réunion du lac Meech m\u2019avait laissé croire que mes réponses avaient été satisfaisantes.Je me trompais.L\u2019Entente est remise en question Voilà qu\u2019à cette réunion dans l\u2019Édifice Langevin, qui ne devait être qu\u2019une formalité, on revient à la case départ au sujet non seulement de la société distincte, mais aussi au sujet du pouvoir de dépenser d\u2019Ottawa.Cette fois, c\u2019est Howard Pawley, premier ministre du Manitoba, qui s\u2019objecte fortement.Pendant que nous sommes plongés dans ces intenses discussions, Louis Bernard travaille à compléter, avec les légistes fédéraux, l\u2019entente sur l\u2019immigration.Le droit de veto et la Cour suprême ne semblent pas, par contre, poser de problèmes majeurs, et André Tremblay de son côté s\u2019occupe d\u2019en terminer le libellé.Pour ma part, avec Diane Wilhelmy, je concentre mes efforts auprès de la délégation ontarienne toujours hésitante à accepter notre rédaction de la clause de «la société distincte».Finalement, après un nouveau sprint de discussion et les interventions efficaces du premier ministre de l\u2019Alberta, Don Getty, et aussi celui du Nouveau-Brunswick, Richard Hatfield, pour appuyer les arguments du premier ministre Bourassa, David Peterson accepte la clause de la société distincte telle que nous la voulons.Peterson craignait non pas la clause de la société distincte en elle même, mais bien celle sur la dualité qui l\u2019accompagnait.Il y voyait le danger que les électeurs ontariens voient cette dualité inscrite dans la Constitution canadienne comme un cadeau aux Franco-Ontariens en obligeant le gouvernement provincial à protéger le français.Restait donc l\u2019épineux problème du pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral que l\u2019on voulait encadrer en spécifiant qu\u2019une juste « compensation financière » devait être accordée à une province qui ne voudrait pas participer à un programme fédéral dans un domaine de compétence provinciale, à la condition que cette province applique un programme compatible avec les objectifs nationaux.Le premier ministre du Manitoba voulait que l\u2019on utilise les mots « normes nationales », ce qui pour nous était nettement inacceptable.Pour Pawley, c\u2019était reconnaître trop d\u2019autonomie aux provinces avec, selon lui, le danger d\u2019affaiblir le capacité d\u2019Ottawa d\u2019établir des services Les anniversaires en 2007 \u2022 245 publics de qualité semblable partout au Canada, ce qui pouvait, selon lui, mettre en cause l\u2019unité du pays.Les discussions étaient vraiment dans une impasse lorsque, vers les 4 h 20, Pawley reçut un appel du chef national du Nouveau Parti démocratique, Ed Broadbent, qui lui demanda d\u2019accepter la clause du pouvoir de dépenser telle quelle.La discussion se termina immédiatement.Au petit matin À 5 h 30, avec le soleil levant sur le Parlement, nous sortions de l\u2019Édifice Langevin.Lorsqu\u2019à 10 h on se présenta au Centre des conférences en face du Château Laurier pour les signatures officielles, l\u2019atmosphère était à la fête.Norman Spector, sous-ministre au Conseil privé, qui avait été pour nous d\u2019un appui exceptionnel comme responsable administratif des négociations pour le gouvernement fédéral, et le sénateur Lowell-Murray qui avait toujours su jouer un rôle d\u2019une rare efficacité surtout pendant cette nuit de discussions difficiles, viennent nous voir pour nous dire qu\u2019il reste un dernier problème à régler : le délai que l\u2019on voulait inscrire dans l\u2019Accord pour que tous les Parlements votent la résolution et que l\u2019Entente devienne partie de la Constitution le plus tôt possible.Conscients que bien des assemblées législatives provinciales devaient dans les jours suivants ajourner leurs travaux jusqu\u2019en septembre et même octobre alors que leur agenda législatif était complet, nous avons tout d\u2019abord proposé d\u2019inscrire un délai de six mois.Mais des provinces comme l\u2019Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Colombie-Britannique ne voulaient manifestement pas discuter de cette Entente avant leurs élections et nous en avaient informés.Le sénateur Murray, avec toute sa diplomatie, nous fit comprendre que nous étions coincés parce que nous avions obtenu des négociations tout ce que l\u2019on voulait.Il fallait maintenant, à notre tour, céder quelque chose pour ne pas nous montrer trop intransigeants.Même si un tel délai n\u2019était en fait que politique, sans contrainte juridique constitutionnelle, il risquait de tout faire éclater, selon le sénateur Murray et Norman Spector qui nous proposaient de s\u2019en tenir à l\u2019expression «.dans les meilleurs délais».Après discussion, nous en sommes arrivés à la conclusion qu\u2019ils avaient raison et nous avons accepté que le seul délai imposé soit celui de trois ans prévu dans la Constitution pour permettre la ratifitaion d\u2019une modification constitutionnelle.Comme l\u2019histoire le démontra, s\u2019en tenir aux seuls trois ans stipulés dans la Constitution, c\u2019était, en fait, signer l\u2019arrêt de mort de cette Entente historique.Devenue caduque en juin 1990 à cause du refus de certaines provinces de la ratifier dans ce délai, elle demeure toujours cependant une référence incontournable pour toute réforme constitutionnelle.En effet, il y avait dans cette Entente du lac Meech des modifications constitutionnelles qui répondaient aux demandes non seulement du Québec, qui se voyait reconnaître comme société distincte, mais aussi de toutes les provinces.Il y avait derrière cette Entente la philosophie d\u2019un fédéralisme coopératif qui établissait entre le gouvernement fédéral et celui des provinces un réel partenariat.D\u2019ailleurs, une disposition moins connue de l\u2019Entente du lac Meech établissant formellement la tenue d\u2019une conférence fédérale-provinciale sur l\u2019économie du pays ou un autre sujet au moins une fois l\u2019an, en témoigne d\u2019une façon éloquente.L\u2019esprit de l\u2019Entente du lac Meech est toujours d\u2019actualité, bien qu\u2019il doive se comprendre maintenant dans un contexte de mondialisation des économies qui n\u2019existait pas en 1987 et qui modifie beaucoup nos façons de penser et de faire.Mais le fédéralisme coopératif demeure, lui, le plus grand défi auquel nous sommes toujours confrontés.Dans ce nouveau contexte, l\u2019approche administrative cas par cas au lieu de l\u2019approche formelle constitutionnelle s\u2019impose, tant qu\u2019un autre momentum semblable à celui qui a donné lieu à Meech n\u2019apparaîtra pas.1.Gil Rémillard est aujourd\u2019hui professeur à.l\u2019École nationale d\u2019administration publique et avocat-conseil chez Fraser Milner Casgrain s.e.n.c.r.l.L\u2019auteur se réserve tous ses droits, incluant les droits de suite, sur cet article qui est un résumé d\u2019un chapitre d\u2019un livre qu\u2019il est en train de compléter. It, PtstÔU'V'B r OHHeWCOHS W' - âr '-tSi I ^¦\\\u2019rIHJ!U'tTaW 1 \u201e 'M Société 248 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le sens de l\u2019engagement chez les jeunes Analyse comparative des femmes et des hommes militant dans des partis politiques et des groupes alternatifs Anne Quéniart Professeure, Département de sociologie, Université du Québec à Montréal Manifestants anti-Harper » rr.POU» StkCl» oRfoun.\\w usvfxv XOnWEWLOHS .^7» \u2022 CE TEXTE PRÉSENTE CERTAINS DES RÉSULTATS D\u2019UNE RECHERCHE QUALITATIVE SUR L\u2019ENGAGEMENT DES JEUNES AU QUÉBEC-QUI S\u2019EST FAITE EN DEUX TEMPS: tout d\u2019abord, entre 2001 et 2004, nous avons réalisé un premier volet auprès de 30 jeunes femmes militant dans des groupes féministes, des partis politiques et des groupes alternatifs.Puis, entre 2004 et 2006, nous avons interrogé 20 jeunes hommes militant Société \u2022 249 dans des partis politiques et des groupes alternatifs.Cette recherche par entrevues visait à comprendre ce qui amène des jeunes à s\u2019engager dans divers collectifs dans un contexte où l\u2019on parle plutôt de dépolitisation, de non-participation de la jeunesse à la vie politique, tout au moins dans ses formes traditionnelles.Outre la compréhension des trajectoires menant à l\u2019engagement, l\u2019un des objectifs était de décrire les caractéristiques du militantisme des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui.Sans entrer dans les détails, mentionnons que les jeunes que nous avons rencontrés sont âgés de 18 à 30 ans, avec une moyenne de 23,8 ans pour les hommes et 22 ans pour les femmes, qu\u2019ils sont plutôt scolarisés, ayant tous fréquenté le cégep et la plupart poursuivant des études universitaires.Nous nous intéressons donc à 50 jeunes femmes et jeunes hommes militant soit au sein de partis politiques, soit au sein de groupes alternatifs.Nous nous concentrerons plus spécifiquement sur le sens accordé à l\u2019engagement.Les hommes et les femmes partagent-ils une même définition de l\u2019engagement?L\u2019engagement doit-il passer nécessairement par le groupe selon eux?Y a-t-il des différences dans la façon de concevoir l\u2019engagement selon le type de collectif où l\u2019on milite?Telles sont quelques-unes des questions auxquelles nous nous proposons de répondre ici.Être engagé, c\u2019est vouloir changer les choses Chez la plupart des jeunes que nous avons interrogés, être engagé, c\u2019est d\u2019abord avoir des idées, des convictions et les faire valoir, les défendre, poser des gestes concrets en lien avec ces idées : « Quelqu\u2019un qui est engagé croit en ce qu\u2019il fait, va dans sa région chercher des jeunes, s\u2019exprimer, s\u2019impliquer dans les comités exécutifs, s\u2019inscrire aux forums régionaux; il va écrire des propositions, inviter des gens à venir participer, établir une stratégie» (Francis, Parti libéral du Québec [PLQ] ).En effet, être engagé, c\u2019est d\u2019abord passer à l\u2019action.L\u2019engagement a une dimension active, il représente un pouvoir d\u2019agir pour un changement de société.En fait, chez tous, la finalité même de leur engagement est leur volonté d\u2019agir, leur désir de changer, de « faire avancer » ou « progresser » les choses dans la société.Certains jeunes hommes des partis politiques, mais aucune jeune femme, ajoutent qu\u2019une personne militante étant en «action», elle est donc 250 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 «physiquement» impliquée.L\u2019individu fait alors «corps» avec la cause qu\u2019il défend.Les jeunes hommes des groupes alternatifs partagent cette dimension « physique » du militantisme et l\u2019associent même à des termes comme « militaire », « combat », voire « désobéissance civile ».Être engagé, c\u2019est aussi et surtout défendre une cause S\u2019engager, c\u2019est aussi, et même surtout pour plusieurs, choisir ses combats.Plusieurs soulignent défendre une cause qui les révolte, les indigne ou les touche profondément.En ce sens, leur engagement en est un de type ciblé, correspondant à leurs valeurs et à leurs intérêts particuliers, il doit « venir (les) chercher très profondément» (Pascal, Institut du nouveau monde).Chez tous, la cause semble plus importante que le groupe, ce qui a deux conséquences: premièrement, aucun jeune ne militerait pour une cause à laquelle il ne croit pas, même si cette cause fait partie du programme général du groupe ou du parti auquel il adhère; deuxièmement, certains sont prêts à militer dans plus d\u2019un groupe à la fois pour défendre une même cause, leur loyauté allant d\u2019abord à la cause et non au groupe.Ceci est plus frappant chez les jeunes femmes: «Je ne milite pas présentement pour le PQ, je milite pour la souveraineté» (Caroline, 22 ans, Parti québécois [PQ] ), nous a dit l\u2019une d\u2019elles.Croire en une cause, avoir des convictions est pour elles le moteur de leur engagement; elles veulent donc pouvoir garder leurs propres opinions, avoir une certaine liberté de penser et une autonomie à l\u2019intérieur du parti ou du groupe.Elles le font en s\u2019autorisant, par exemple, à ne pas adhérer à tout, voire à quitter si ça ne convient pas.Pour toutes, il est important de rester soi-même, d\u2019être authentique, de dire ce que l\u2019on pense.Les jeunes hommes les rejoignent sur ce point quand ils soulignent la nécessité d\u2019affirmer leurs propres idées, de faire valoir leur vision de la société, de susciter des débats au sein de leur groupe.Être engagé, c\u2019est faire preuve de cohérence Chez la majorité des jeunes des groupes alternatifs et chez quelques jeunes femmes, l\u2019engagement se traduit également dans certains gestes intégrés à la vie quotidienne (recyclage, consommation responsable).Il est associé à une Être engagé, c\u2019est d\u2019abord passer à l\u2019action. Société \u2022 251 dimension personnelle qui consiste à vivre en accord avec ses valeurs dans l\u2019ensemble des sphères de sa vie, à atteindre une cohérence entre le discours politique et la vie quotidienne : « Je vais travailler à vélo six mois par année, je fais mon marché à pied et, en plus, j\u2019ai tout le temps le souci par rapport à mon alimentation, tout ça fait partie d\u2019une conception des choses.Tu ne peux pas être militant antimondialisation et manger chez McDo ou manger de la viande trois fois par jour » (Marc-André, Association pour la taxation des transactions financières pour l\u2019aide aux citoyens [ATTAC]-Québec).Certains vont plus loin et affirment même que chaque geste quotidien est une façon concrète d\u2019agir sur son environnement pour changer les choses, une forme d\u2019engagement, un acte politique.C\u2019est aussi dans cette perspective que trois jeunes hommes vont jusqu\u2019à dire que «faire des enfants représente un geste politique».Être engagé, c\u2019est aussi apprendre et conscientiser L\u2019ensemble des jeunes rencontrés considèrent l\u2019engagement comme un lieu d\u2019apprentissage leur permettant d\u2019acquérir des connaissances (intellectuelles, politiques) et de développer des compétences personnelles (capacité à tenir compte de l\u2019opinion du groupe, à s\u2019exprimer en public, etc.) et professionnelles (écrire des communiqués de presse, préparer des dossiers, etc.).On remarque aussi, chez les jeunes hommes des groupes alternatifs, la volonté de transmettre ce qu\u2019ils ont appris, de sensibiliser et de conscientiser l\u2019autre, qu\u2019on ne retrouve pas chez les autres jeunes : « Disons que j\u2019aime ça éveiller chez certaines personnes, chez les gens, éveiller des questions.Ça, c\u2019est quelque chose que j\u2019aimerais faire un moment donné, c\u2019est un peu ce que je considère faire avec Le Couac, ce n\u2019est pas nécessairement de l\u2019éducation populaire, mais c\u2019est de mettre de l\u2019information disponible, vulgariser» (Maxime, Union paysanne).Les jeunes des partis politiques affirment aussi que leur engagement permet d\u2019acquérir des connaissances et de l\u2019expérience qui seront utiles pour leur avenir professionnel.C\u2019est même, pour certains jeunes, un tremplin vers un travail à temps plein : « C\u2019est sûr que c\u2019est un très bon tremplin, la Commission Jeunesse, si jamais par la suite on veut s\u2019impliquer dans différentes structures, soit au niveau gouvernemental, soit au niveau du parti, 252 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 si on veut occuper d\u2019autres fonctions au sein des exécutifs ou quoi que ce soit d\u2019autre» (Martin, PLQ).Être engagé, c\u2019est être sur le terrain Par ailleurs, pour tous les jeunes rencontrés, l\u2019engagement renvoie, sur le plan concret, c\u2019est-à-dire au jour le jour, à ce qu\u2019ils appellent le travail de terrain, le côté pratique: faire du porte-à-porte, tenir des kiosques, parler aux jeunes, rédiger des propositions, participer à des manifestations, organiser des conférences, etc.Plusieurs soulignent d\u2019ailleurs que pour rejoindre les gens, pour avoir une réelle portée, il faut aller sur le terrain : « Le groupe SalAMI, c\u2019est pour sensibiliser les gens à la mondialisation, puis c\u2019est toujours dans le but d\u2019une action concrète.Donc, en parler, mais pour éventuellement qu\u2019on sensibilise les gens à dire vous êtes capables, vous aussi, de vous monopoliser, puis dire: on fait quelque chose ensemble» (Irène, 25 ans, SalAMI).«Je te dirais que même si le projet souverainiste, c\u2019était ce qui m\u2019a amené à être plus conscientisé à la politique, j\u2019aimais mieux être dans le mouvement étudiant, parce que j\u2019avais l\u2019impression d\u2019avoir un impact réel sur ce qui se passait dans mon milieu» (Olivier, PQ).Être engagé, c\u2019est mener une action collective Par ailleurs, si tous ont choisi d\u2019être militants au sein de collectifs, c\u2019est parce qu\u2019il leur importe d\u2019avoir des revendications politiques afin de faire bouger les choses.En effet, pour eux, si les actes quotidiens accomplis par chacun sont utiles et nécessaires, il reste qu\u2019ils ne suffisent pas au changement, d\u2019où la nécessité de mener une action collective.Il y a chez tous, mais plus explicitement chez les jeunes femmes, la certitude que si tout le monde se donnait la peine de s\u2019intéresser à l\u2019actualité, de prendre la parole publiquement au lieu que chacun dénonce les insatisfactions dans son salon, bref, si plus de gens participaient à la vie de la cité, un changement de société serait possible: « Si tout le monde prenait la peine de ne pas se décourager, de ne pas abandonner, si tout le monde se mettait ensemble, il y aurait moyen de faire quelque chose.J\u2019ai le sentiment personnel de me dire je critique la société, je ne suis pas d\u2019accord avec ce qui se passe et je fais des choses pour essayer de la changer» (Lydia, 22 ans, association étudiante). Société \u2022 253 Pour leur part, les militants des partis politiques, hommes et femmes, sont convaincus que la politique est un instrument efficace pour changer la société.De plus, selon eux, le fait d\u2019être en relation avec des individus qui détiennent le pouvoir politique (députés, ministres, premier ministre) semble accroître la possibilité réelle d\u2019agir, « d\u2019être plus proches du changement que quand tu es dans la population» (Antoine, PQ).On retrouve chez les jeunes hommes des groupes alternatifs, qui rejoignent à cet égard la plupart des militantes, l\u2019importance de militer avec les personnes concernées par la cause qu\u2019ils défendent, c\u2019est-à-dire de travailler avec les autres : « Pour moi c\u2019est important de faire quelque chose, de dénoncer.C\u2019est sûr que j\u2019aime mieux le faire avec des gens parce que ça correspond aussi à l\u2019objectif que je souhaite, c\u2019est-à-dire essayer de regrouper des gens autour de certains enjeux puis de créer des mouvements (.) on s\u2019attaque à des problèmes collectifs puis à ça je crois que les solutions doivent être collectives» (Thomas, Convergence des luttes anticapitalistes [CLAC]).«On est vraiment avec le monde, on va directement parler au monde, c\u2019est vraiment des contacts directs, ça c\u2019est toujours avec les jeunes, par les jeunes, c\u2019est beaucoup plus social.» (Marion, 23 ans, Jeunesse ouvrière catholique [JOC] ).L\u2019engagement comme lieu de socialité L\u2019engagement est aussi considéré par plusieurs des jeunes hommes et par toutes les jeunes femmes comme un lieu de socialité permettant de développer de nouvelles amitiés.De plus, les jeunes hommes des groupes alternatifs ont tous mentionné que l\u2019engagement permet de rencontrer des personnes qui ont les mêmes principes, convictions et modes de vie que soi.En conclusion, on constate que pour tous les jeunes que nous avons rencontrés, s\u2019engager répond au désir de changer les choses, d\u2019agir concrètement, bref, de jouer un rôle dans la société.Par ailleurs, pour la plupart d\u2019entre eux, leur militantisme ne cesse pas une fois arrivés à la maison, au contraire: être engagé est une sorte de philosophie de vie, qui consiste aussi à vivre en accord avec ses valeurs.C\u2019est d\u2019ailleurs cette absence d\u2019authenticité, de cohérence entre la vie publique et la vie privée que plusieurs de ces jeunes reprochent aux politiciens en place. 254 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Les représentations médiatiques des Arabes et des musulmans au Québec Rachad Antonius Professeur, Département de sociologie, Université du Québec à Montréal Manifestants pour la paix au Liban LES ARABES ET LES MUSULMANS AU QUÉBEC SONT PERÇUS ESSENTIELLEMENT À TRAVERS DEUX TYPES DE PRÉOCCUPATIONS : celles qui sont liées à l\u2019actualité internationale et aux inquiétudes qu\u2019elle suscite d\u2019abord, mais plus récemment celle du défi posé à la société québécoise par des revendications religieuses de plus en plus insistantes de la part de certains groupes musulmans, qui remettent en question des notions de laïcité que l\u2019on avait tenues pour acquises.Ces préoccupations auront mis l\u2019islam et les Arabes au centre du discours médiatique à quelques reprises en 2006.En plus des conflits déjà en cours au Moyen-Orient (Palestine, Irak, Afghanistan), le débat sur la publication des caricatures de Mahomet, l\u2019arrestation à Toronto de présumés comploteurs - tous musulmans «salafistes» engagés - qui souhaitaient, semble-t-il, commettre des attaques terroristes au Canada et une affaire d\u2019accommodement que plusieurs ont estimé être « non raisonable » dans Société \u2022 255 une école de la rive sud de Montréal auront étonné et inquiété bien des citoyens.La guerre au Liban, qui a ému par sa dimension humaine, n\u2019a cependant pas amené une remise en question radicale des schèmes de lecture dominants de l\u2019actualité proche-orientale dans les milieux politiques, et les médias ont donné beaucoup de place à la menace du « terrorisme islamique » que le Hezbollah était censé représenter.À travers tous ces événements, l\u2019islam et les Arabes n\u2019ont pas été présentés sous un jour très favorable dans les médias.La plupart des associations arabes et islamiques ont estimé que la couverture médiatique reflétait des préjugés et propageait des stéréotypes négatifs et qu\u2019elle incitait à des attitudes hostiles envers les Arabes, l\u2019islam et les musulmans.Elles estiment aussi que cette tendance existe depuis longtemps, mais qu\u2019elle s\u2019est accentuée depuis les événements du 11 septembre 2001, opinion appuyée par plusieurs recherches universitaires.Beaucoup de journalistes soulignent cependant que les médias n\u2019ont pas inventé les événements mentionnés plus haut.Ils soutiennent qu\u2019ils font un travail sérieux et professionnel et que cette couverture médiatique reflète un grand souci de l\u2019éthique journalistique ainsi qu\u2019un respect des communautés musulmanes, et une fidélité aux faits.Alors qu\u2019en est-il vraiment ?Les médias ont-ils fait leur travail correctement, concernant la couverture de ce qui a trait aux Arabes et aux musulmans ?Le fait de donner à ces événements une place centrale dans le paysage médiatique n\u2019est pas en soi un signe de biais.Nous croyons cependant que ces biais existent et résultent, d\u2019une part, du fonctionnement propre aux médias et, d\u2019autre part, du fait que les médias n\u2019existent pas dans le vide et qu\u2019ils sont, dans une large mesure, le reflet des tendances politiques dominantes dans notre société.Quand les phénomènes rapportés renvoient à des réalités sociologiques et politiques lointaines ou nouvelles, le sensationnalisme et la concision extrême des nouvelles se combinent et font qu\u2019il devient plus difficile de contextualiser les événements et de rendre compte de leur complexité.La couverture médiatique de l\u2019islam, des musulmans et des Arabes est particulièrement affectée par ces contraintes.Dès qu\u2019une voiture piégée saute en Irak, ou en Afghanistan, dès qu\u2019un attentat est perpétré en Palestine, l\u2019événement est abondamment rapporté. 256 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Et plus la violence est spectaculaire, plus l\u2019information est répétée : on la verra plusieurs fois dans les bulletins du matin, du midi et du soir, chacune étant une répétition de la précédente.Cela ne permet ni la contextualisation des événements ni leur explication en profondeur.Mais la répétition donne l\u2019impression d\u2019une couverture extensive des événements du Proche-Orient.La violence quotidienne de l\u2019occupation israélienne de la Palestine ne produit pas quant à elle des images accrocheuses : des permis de se rendre à l\u2019hôpital refusés, des oliviers détruits, des camions de fruits bloqués aux checkpoints jusqu\u2019à ce que la marchandise pourrisse, des humiliations quotidiennes et répétées ne font pas hausser les cotes d\u2019écoute.Mais ces violences détruisent des vies, ruinent une société, l\u2019amènent au désespoir et.à la révolte.Et cette révolte, par contre, est très spectaculaire et, parce qu\u2019elle se réclame de l\u2019islam politique, est trop souvent assimilée à l\u2019islam tout court.Mais lorsque la violence des dominants devient trop visible, elle sera à la fois minimisée et présentée comme une « légitime défense » quelle que soit sa puissance destructrice, comme on l\u2019a vu dans le cas du Liban et de Gaza.L\u2019orientalisme Edward Saïd a ainsi nommé le prisme à travers lequel l\u2019Europe coloniale a observé le monde « oriental » de l\u2019islam.Ce prisme fait percevoir les comportements politiques des peuples arabes et musulmans comme étant profondément déterminés par des caractéristiques immuables de leur culture, où l\u2019islam joue un rôle prépondérant, plutôt que par les rapports de pouvoir propres aux situations qu\u2019ils vivent.Ces caractéristiques incluent l\u2019irrationalité, le fanatisme, le machisme, la haine et la propension à l\u2019usage de la violence, avec des spécificités en ce qui concerne les femmes : la soumission et le manque d\u2019autonomie, par exemple.Les comportements politiques des peuples arabes et musulmans seront lus et interprétés à travers cette grille.Ainsi, le lien sur lequel il faut cliquer, dans le site Web de Radio-Canada, pour accéder à la section sur le conflit israélo-palestinien a pour titre « La spirale de la haine».On attribue aux Arabes des motivations irrationnelles quand les causes de leur colère sont occultées.Cette interprétation des motivations des uns et des autres ne découle ni de la prise en compte des faits, ni même d\u2019une analyse des déclarations des divers acteurs (incluant les dirigeants israéliens, qui répètent sur tous les Société \u2022 257 toits qu\u2019ils comptent bien intensifier la colonisation de la Cisjordanie et qui le font), mais bien d\u2019une vision orientaliste: les Arabes sont contre Israël parce qu\u2019ils sont violents.C\u2019est donc le récit israélien du conflit qui fournit la clé de l\u2019interprétation des événements internationaux, ce qui a permis de propager la prémisse de la supériorité morale de l\u2019occupation israélienne.Les pressions et intimidations Si cette vision se perpétue, en dépit des événements qui la contredisent, c\u2019est en partie à cause des pressions diverses qui s\u2019exercent pour qu\u2019elle soit maintenue.La remettre en question entraîne inévitablement des accusations d\u2019ignorance, d\u2019incompétence intellectuelle et souvent même d\u2019antisémitisme.Des pressions sont exercées quotidiennement, et sans répit, sur les journalistes et chroniqueurs qui apportent des points de vue qui tiennent compte du droit international, ce qui les met en position critique face à Israël, tant dans les médias écrits qu\u2019électroniques.Une analyse des éditoriaux des grands journaux francophones du Québec montre par exemple que la notion de « politique de prise de contrôle » du territoire palestinien, une réalité très tangible pour qui suit un tant soit peu les événements au Proche-Orient, est complètement absente des éditoriaux.De même la condition de victimes des Palestiniens est absente des prises de position éditoriales1.Ceux et celles parmi les éditorialistes qui adoptent des points de vue minimalement différents de ceux de la droite israélienne ont le faux sentiment d\u2019être « équilibrés » dans leur analyse, du seul fait qu\u2019ils se font critiquer par les deux côtés.Le Québec se démarque cependant du reste du Canada sur ce point, et les médias écrits francophones ont eu tendance à montrer plus de compréhension pour les questions du Proche-Orient que leurs contreparties dans le reste du Canada.L\u2019importance des questions internationales pour les communautés arabes et musulmanes est double.Au niveau des stéréotypes, le processus Si les causes de la colère arabe sont occultées, cette colère apparaît alors comme injustifiée et irrationnelle. 258 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 semble assez clair : si les causes de la colère arabe sont occultées, cette colère apparaît alors comme injustifiée et irrationnelle, renforçant ainsi l\u2019un des stéréotypes orientalistes.Par ailleurs, les représentations médiatiques dominantes renforcent le sentiment, chez les Arabes et les musulmans, que leurs opinions ne comptent pas vraiment.Mais ce sentiment est tempéré par l\u2019existence de médias alternatifs et d\u2019un mouvement social solidaire qui fait contrepoids au discours dominant.Ce processus a été assez bien mis en évidence à l\u2019occasion du débat sur les caricatures de Mahomet.La tendance dominante, dans les médias, a été d\u2019aborder le débat avant tout comme une question de liberté d\u2019expression plutôt que comme une question de respect envers un acteur social avec qui on cherche à établir un dialogue.Dans cette optique, la censure est le nécessaire contrepoids de la liberté d\u2019expression.Dans un tel contexte, impossible de parler en d\u2019autres termes, par exemple ceux du respect dans la façon dont on dit les choses.L\u2019islam comme menace à la laïcité Le deuxième type de préoccupation au sujet des musulmans est celui de la lutte pour l\u2019établissement d\u2019une société laïque et égalitaire.Ici, ce sont spécifiquement les musulmans, plutôt que les Arabes, qui sont la source des craintes, car les demandes d\u2019accommodements, raisonnables ou non, sont en lien avec les pratiques religieuses associées à l\u2019islam.Les réactions à ce sujet ont eu tendance à être fortes, car ces demandes soulèvent des enjeux de taille.Dans la presse anglophone du Québec, représentée par The Gazette, il y a une attitude de sympathie à l\u2019égard de ces demandes, attitude tout à fait à l\u2019inverse de l\u2019hostilité dont fait preuve cette presse lorsqu\u2019il s\u2019agit des droits des peuples musulmans sur la scène internationale.Dans la presse francophone, au contraire, l\u2019approche un peu plus ouverte par rapport aux questions internationales a été accompagnée de prises de position plutôt hostiles quant aux demandes reflétant une conception conservatrice, ou fondamentaliste, de l\u2019islam.Bien que cette méfiance par rapport à un certain conservatisme religieux ait ses justifications, elle a eu tendance à s\u2019exprimer de façon peu subtile, aggravant le sentiment d\u2019exclusion tant des musulmans conservateurs que de ceux, plutôt laïques, qui exigent qu\u2019on parle d\u2019eux avec un peu plus de Société \u2022 259 respect.Ainsi, quand l\u2019Assemblée nationale a adopté une motion unanime rejetant, non pas les tribunaux religieux, mais spécifiquement les tribunaux islamiques, la plupart des associations musulmanes ont protesté contre ce traitement de défaveur.Pour illustrer une nouvelle faisant état de ces protestations, Le Devoir du 15 septembre 2005 a représenté des musulmans dans une pose pour le moins peu favorable.Heureusement, cette illustration n\u2019est pas représentative de la couverture médiatique au Devoir, ni du traitement des musulmans en général.Mais elle est quand même révélatrice de ce qui peut être dit.Or, une illusion d\u2019optique marque les représentations médiatiques de ces demandes en provenance des communautés musulmanes.Quand on veut «couvrir» le sujet des demandes d\u2019accommodement, vers qui se tourne-t-on presque automatiquement ?Vers les mosquées ou les associations dont la première caractéristique est de s\u2019identifier comme musulmanes.Or, une majorité de musulmans au Québec se considèrent avant tout comme citoyens, et ne voient pas leur insertion au Québec comme se faisant à travers des associations islamiques.Beaucoup d\u2019entre eux ont immigré avant tout pour fuir un climat où l\u2019islam conservateur devenait dominant et voulait dicter les conduites.Une majorité de musulmans du Québec, croyons-nous, sont opposés à cet islam conservateur.Mais ce ne sont pas leurs voix que l\u2019on entend, car ce n\u2019est pas en tant que musulmans qu\u2019ils participent aux débats sociaux mais en tant que citoyens.Ils ont donc moins tendance à former des associations et à se donner une voix collective, car c\u2019est dans d\u2019autres collectivités que s\u2019épanouit leur action sociale.Ils sont donc absents de l\u2019image médiatique collective des musulmans, ce qui introduit une distorsion dans les représentations de ces communautés.Les représentations médiatiques discutées ici ont un impact énorme, généralement sous-estimé, sur le sentiment d\u2019appartenance et de dignité des citoyens et citoyennes issus des communautés musulmanes et arabes, toutes tendances confondues: conservateurs, pratiquants zélés ou tièdes, laïcs ou même athées.Corriger cette situation est un enjeu important dans la construction d\u2019une société ouverte et inclusive.1.Cette assertion découle d une analyse de contenu effectuée sur les grands quotidiens au Québec. 260 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Et dans les faits, où en est la modernisation de l\u2019État?Louis Côté et Benoît Rigaud Observatoire de l\u2019administration publique, École nationale d\u2019administration publique AU COURS DE LA PREMIÈRE ANNÉE DE MANDAT DU GOUVERNEMENT CHAREST, L\u2019ABANDON DU TERME «RÉINGÉNIERIE», technocratique et inusité, au profit de la « modernisation » plus consensuelle, a signé la fin des illusions néolibérales les plus radicales.Mais, mis à part le virage sémantique et les réalignements du marketing gouvernemental, avons-nous assisté à un aggiorna-mento réel du programme initial des réformes administratives voulues par ce gouvernement ?Sur la base d\u2019une revue des faits marquants de l\u2019année 2005-2006 en ce qui concerne les finances, l\u2019emploi et les institutions publiques1, quel objectif le gouvernement Charest privilégie-t-il vraiment pour sa réforme de l\u2019État: réduire avant tout sa taille ou le rendre plutôt plus efficace ?L'OBSERVATOIRE DE L'ADMINISTRATION PUBLIQUE Les finances publiques : vivre selon ses moyens Vivre selon ses moyens : les principaux événements de l\u2019administration québécoise en 2005-2006 peuvent être compris par le prisme de cette maxime.Déconcertant leitmotiv vieux de bientôt 12 ans2, le gouvernement Charest l\u2019a continûment répété, que ce soit lors des arbitrages budgétaires ou lors des négociations salariales dans le secteur public.En cela, il agit sur le créneau traditionnel des politiciens conservateurs de gérer l\u2019État et ses finances en «bon père de famille », ou du moins en gouvernement « responsable».Et si un seul message doit être retenu des communications des libéraux depuis trois années, ce serait celui de la nécessité de réaliser des choix difficiles aujourd\u2019hui pour faire face aux deux enjeux majeurs de Société \u2022 261 demain : l\u2019endettement de l\u2019État et le déclin démographique du Québec.La création du Fonds des générations en 2005-2006 en est sans conteste la concrétisation phare.Le Fonds des générations, institué par voie législative le 15 juin 2006, vise à réserver au remboursement de la dette des sommes issues de cinq sources : les redevances sur les forces hydrauliques, les profits générés par Hydro -Québec à l\u2019étranger, les droits sur le prélèvement de l\u2019eau, les produits de la vente d\u2019actifs du gouvernement et, potentiellement, un nouvel impôt consenti par l\u2019Assemblée nationale3.Selon les projections du ministère des Finances4, ce fonds géré par la Caisse de dépôt et placement du Québec devrait atteindre 30 milliards de dollars en 2026 et permettre à la part de la dette du gouvernement du Québec dans le PIB de passer de 42,7 % en 2006 à 25 %, soit le niveau d\u2019endettement moyen des entités fédérées du Canada.En raison de la conjoncture, les versements au Fonds frirent symboliques en 2006 et le solde devrait atteindre au 31 mars 2007 le montant modeste de 74 millions de dollars.La création d\u2019un tel instalment de réduction de la dette est a priori efficace.La débudgétisation permet d\u2019éviter que les dépenses courantes du gouvernement n\u2019égrènent les sommes accumulées pour la réduction de la dette.En effet, depuis les années 1980, plus des trois quarts de la dette ont été générés par des déficits accumulés.Malgré l\u2019interdiction du déficit budgétaire enchâssée dans la Loi sur l\u2019équilibre budgétaire de 2000, le service de la dette demeure le troisième poste budgétaire, après la santé et les services sociaux et l\u2019éducation, et représente 13% des dépenses totales du gouvernement du Québec en 2004-2005.Cette création est également pertinente, car en faisant de la réduction de sa dette une priorité, le gouvernement du Québec, qui ne respecte pas les critères de Maastricht5, accroît à terme sa marge de manœuvre pour améliorer les services aux citoyens.La seule annonce de la création du Fonds a d\u2019ailleurs contribué à améliorer la cote de crédit et les conditions de financement du gouvernement du Québec.En revanche, en ce qui concerne l\u2019objectif politique, garantir l\u2019équité intergénérationnelle, d\u2019une part, et les sources de financement du Fonds, d\u2019autre part, quelques réserves peuvent être émises.Pour les concepteurs de ce Fonds, les problématiques de l\u2019endettement et du vieillissement sont liées.La dégradation continue des finances publiques hypothéquerait le 262 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 potentiel de développement futur du Québec dans la mesure où les cotisants seront moins nombreux et la pression sur les services publics, la santé particulièrement, plus forte.Mais c\u2019est oublier que l\u2019absence actuelle d\u2019investissements dans les services publics porteurs de croissance, tels que l\u2019éducation, peut également être perçue comme un facteur discriminant pour les jeunes6.La faible croissance des dépenses de programmes, qui a été deux fois moindre pour le gouvernement du Québec que pour le gouvernement fédéral en 2004-2005 et qui se concentre dans la mission « santé et services sociaux», ne laisse pas entrevoir une revalorisation à court terme des programmes bénéficiant en premier lieu aux moins de 25 ans.De plus, plusieurs faits sociaux et mesures propres à l\u2019administration publique pourraient atténuer le déséquilibre financier provoqué par le vieillissement, entre autres : l\u2019accroissement du taux d\u2019activité des plus de 65 ans7 grâce à la mise en place de mesures de maintien à l\u2019emploi des seniors, à l\u2019amélioration de l\u2019état de santé des aînés, à une meilleure évaluation des dépenses budgétaires et à une prise en charge mieux ciblée de la perte d\u2019autonomie.En ce qui concerne les sources d\u2019alimentation du Fonds, l\u2019empreinte des « lucides » y est manifeste en raison de l\u2019importance accordée à la solution hydroélectrique.Le modèle du fonds québécois serait ainsi le Heritage Fund albertain, vieux de 30 ans et riche de plus de 15 milliards de dollars provenant en grande partie de la rente pétrolière.L\u2019hydroélectricité au Québec remplacerait le pétrole, une différence notable dans la mesure où le gouvernement du Québec contrôle, par l\u2019intermédiaire d\u2019Hydro-Québec, l\u2019intégralité de cette filière industrielle, de la production à la tarification.Sur ce dernier point, le gouvernement pourrait être tenté de mettre fin à l\u2019avantage que constituent les tarifs « patrimoniaux » d\u2019électricité pour les consommateurs québécois afin de financer la réduction de la dette et de progressivement réduire l\u2019écart entre le prix de l\u2019électricité au Québec et celui du marché en Amérique du Nord.Austérité et inflexibilité dans la gestion des ressources humaines Une des mesures clefs du Plan de modernisation de 20048 est la réduction de la fonction publique.Profitant de l\u2019importance des départs à la retraite prévus pour les prochaines années (près de 40% des fonctionnaires ont Société \u2022 263 plus de 50 ans), la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, table sur une diminution de 20 % de la taille de la fonction publique entre 2004 et 2014, ce qui représente à terme un fléchissement récurrent de l\u2019ordre de 700 millions de dollars par année des dépenses courantes du gouvernement.Au regard de l\u2019évolution de l\u2019effectif fonctionnaire entre 2004 et 2007, la suppression de 3 740 équivalents temps complet (ETC), soit une diminution de 5,2 % comparativement au nombre d\u2019ETC en 2003-2004, les prévisions du Conseil du trésor semblent réalistes.Le renouvellement d\u2019un départ à la retraite sur deux s\u2019est imposé comme standard, ce qui suppose toutefois que le gouvernement recrute près de 16 000 nouveaux fonctionnaires.Dans les réseaux de l\u2019éducation et dans celui de la santé et des services sociaux, la politique de diminution par attrition est moins vigoureuse.Bien que des départs massifs à la retraite y soient également prévus, ces réseaux dits parapublics bénéficient plus clairement de l\u2019approche clientèle prescrite par la Loi sur l\u2019administration publique de 2000.Le souvenir douloureux des compressions budgétaires de la fin des années 1990 milite également en faveur du maintien du niveau d\u2019emploi dans ces secteurs, voire au pis au redéploiement des effectifs à la suite d\u2019une réorganisation du travail.Du point de vue des ressources humaines, l\u2019année 2005-2006 aura surtout été marquée par des négociations des conditions de travail dans la quasi-totalité du secteur public.Deux dossiers majeurs ont été réglés, l\u2019un en suscitant l\u2019opprobre des partenaires syndicaux (le renouvellement des conventions collectives échues depuis juin 2003), l\u2019autre au contraire en ralliant un certain consensus (l\u2019équité salariale9).Les négociations sur les salaires et les conditions de travail dans le secteur public ont été closes unilatéralement par l\u2019adoption, sous la procédure du bâillon, du projet de loi 142 quelques jours avant Noël 2005.Les conditions salariales sont demeurées, jusqu\u2019au dernier moment, la pierre d\u2019achoppement majeure entre syndicats et représentants patronaux.Ayant pour priorité le remboursement de la dette publique, le gouvernement a été inflexible sur le respect du cadre financier déterminé en juin 2004, soit une augmentation des dépenses de rémunération de 3,2 milliards de dollars entre 2004 et 2010.Après soustraction des sommes pour l\u2019équité salariale telles qu\u2019elles ont été prévues dans l\u2019entente signée le 20 juin 2006 (737 millions 264 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 de dollars sur sept ans), les employés du secteur public bénéficieront d\u2019une faible augmentation salariale de l\u2019ordre de 8 % sur six ans, soit une augmentation inférieure au renchérissement du coût de la vie.Le règlement de l\u2019équité salariale vient, quant à lui, clore une décennie de négociations tumultueuses sur le sujet dans le secteur public.Plus de 327 000 employées de l\u2019État québécois profiteront d\u2019une revalorisation moyenne de 6 % de leur salaire.Recentrer le débat sur la gestion de la performance Autre volet du plan de modernisation, l\u2019allégement des structures administratives poursuit l\u2019objectif politique de rendre manifeste la défense de l\u2019intérêt général par le gouvernement, et non celui de la bureaucratie.Pour concrétiser ces intentions, deux leviers ont été choisis : la modernisation (pour ne pas dire la réingénierie) des organismes gouvernementaux et la rationalisation des services de soutien administratif et de la prestation de services au citoyen.Mettre sur la sellette les organismes gouvernementaux pour appliquer de façon prioritaire des modernisations structurelles constitue un choix politique facile.Les organismes gouvernementaux, dont il est difficile de connaître le nombre exact tant cette expression couvre des institutions fort dissemblables, variant selon les calculs entre 188 et 197, constituent un symbole commode de l\u2019hypertrophie administrative dont souffrirait le Québec.L\u2019information statistique sur ce sujet, comme sur bien d\u2019autres en administration publique, occulte partiellement les questions décisives.Si les 27 abolitions décidées à la suite des rapports Boudreau et Geoffrion (qui en recommandaient 35) peuvent apparaître comme une évolution significative, il faut plutôt s\u2019intéresser au rôle que remplissaient ces organismes et aux économies que leur abolition engendrera.Or, on remarque que les organismes abolis sont généralement de taille réduite et qu\u2019ils avaient des fonctions de consultation des corporations et de gestion interne.Ces fonctions pourront être facilement recentralisées au sein des ministères ou d\u2019une structure ad hoc et temporaire.De plus, le gouvernement a épargné dans son suivi des recommandations du rapport Geoffrion les organismes ayant l\u2019effectif et les budgets les plus importants10.L\u2019application faite par le Société \u2022 265 gouvernement des deux rapports est loin de réformer en profondeur les structures, cela pour deux raisons.D\u2019une part, se concentrer sur ces seules structures est un leurre tant que les ministères seront soustraits de l\u2019application des réformes et, d\u2019autre part, le gouvernement a vraisemblablement sous-estimé les sentiers de dépendance que créent les institutions, ou du moins avait peu de solutions pour les remplacer plus efficacement.Si toutes les mesures de 2005-2006 précédemment évoquées participent clairement d\u2019une stratégie de réduction de la taille de l\u2019État, il en est une dernière qui contraste avec celles-ci puisqu\u2019elle s\u2019intégre dans une stratégie d\u2019optimisation de la place de l\u2019État dans la société.Partant du principe que le marché peut se substituer à l\u2019État sous certaines conditions, le gouvernement Charest a mis en place, au sein du ministère des Services gouvernementaux créé en février 2005, un système bicéphale composé du Centre de services partagés du Québec dirigé, dont l\u2019objectif est d\u2019accroître l\u2019efficacité des services de soutien administratif, et de Services Québec qui a pour mission d\u2019améliorer la prestation publique de services.Bien qu\u2019il soit trop tôt pour en évaluer l\u2019impact, et malgré les difficultés administratives de leur mise en œuvre, ces créations participent d\u2019une stratégie qui a démontré son bien-fondé ailleurs, notamment au Nouveau-Brunswick et au Royaume-Uni.De ces faits, il ressort que l\u2019application du Plan de modernisation est moins manichéenne que ce que le discours inaugural de juin 2003 annonçait.Le gouvernement libéral, après ses mises en garde antiétatiques du début de mandat, a progressivement nuancé son propos, allant parfois s\u2019alimenter dans une boîte à outils permettant de mieux gérer les administrations publiques et non plus simplement de les affaiblir ou de les supprimer.Deux attitudes des libéraux demeurent toutefois depuis 2003 : leur économisme, au détriment d\u2019une politisation des problèmes, notamment intergouvemementaux, et leur désintérêt pour les pratiques de concertation avec la société civile11.1.\tLa.collecte des données présentées dans cet article a.été réalisée par l\u2019Observatoire de radministra-tion publique de LENA?et ses collaborateurs dans le cadre de la.publication en ligne L\u2019Êtat québécois en perspective, accessible à.mmetatquebecois.enap.ca 2.\tJacques Bourgault et Stéphane Dion, évoquant le dépôt du document Vivre selon nos moyens en janvier 1993 par Daniel Johnson, dans L'année politique du Québec 1993-1994, commencèrent ainsi leur 266 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 revue de Tannée : « Il serait inutile de rechercher un autre dénominateur commun que la contrainte budgétaire aux événements qui ont marqué Tadministration québécoise en 1993-1994.» 3.\tCette dernière avenue est une possibilité qui n est pas privilégiée par le gouvernement qui avait fait la.promesse en 2003 de diminuer « le fardeau fiscal ».4.\tMinistère des Finances, Le Fonds des générations, 2006, p.34.5.\tAvec une dette publique (toutes administrations confondues, y compris le fédéral) représentant 84,6 % de son PIB, le Québec est plus endetté que la moyenne des pays de l\u2019OCDE (76,3 %) et trop endetté pour respecter le critère relatif à.l\u2019endettement public (60 %) établi par le traité sur l\u2019Union européenne entré en vigueur le 1er novembre 1993.6.\tLire Michel Venne dans Le Devoir, 15 mai 2006, p.A9.7.\tSelon Statistique Canada, en 2005, le taux d\u2019activité des hommes et des femmes de plus de 65 ans au Québec est respectivement inférieur de 3,5 % et 1,5 % à.la.moyenne au Canada.8.\tSecrétariat du Conseil du trésor, Moderniser l'État : pour des services de qualité aux citoyens.Plan de modernisation 2004-2007.9.\tL\u2019équité salariale, selon la Commission du même nom, vise à.attribuer un salaire égal pour un travail équivalent.Elle consiste à.lutter contre la.discrimination systématique fondée sur le sexe qui induit une rémunération supérieure aux emplois traditionnellement masculins, même s\u2019ils sont d\u2019importance équivalente aux emplois traditionnellement féminins.10.\tLe rapport Geoffrion diffusé en mai 2006 prônait l\u2019abolition de 13 organismes.Le gouvernement a suivi cette recommandation pour huit d\u2019entre eux.11.\tLors, parmi bien d\u2019autres exemples, de la.réforme du réseau des centres de la petite enfance ou de la.privatisation d\u2019une partie du parc naturel du Mont-Orford.Sur ce sujet, lire L.Côté, B.Lévesque et G.Morneau, La gouvernance au Québec : rôle de l'État et participation citoyenne.Références Côté, L., B.Lévesque et G.Morneau, La gouvernance au Québec: rôle de l'État et participation citoyenney L\u2019Observatoire de Tadministration publique, Études sur la.gouvernance, 17 p., 2005.En ligne: www.observatoire.enap.ca L\u2019Observatoire de Tadministration publique (École nationale d\u2019admistration publique [ENAP]), Vigie, vol.8, n° 4,2005,12 p.L\u2019Observatoire de Tadministration publique (ENAP), L'État québécois en perspective.En ligne: www.etatquebecois.enap.ca Québec, Ministère des Finances, Le Fonds des générationsy 2006,41 p.Québec, Secrétariat du Conseil du trésor, Rapport du Groupe de travail sur l'examen des organismes du gouvernement : les 58 organismes désignés par le gouvernement pour2005~2006y 2006,101 p.Québec, Secrétariat du Conseil du trésor, Moderniser l'État: pour des services de qualité aux citoyens.Plan de modernisation 2004-2007,2004,34 p. Photo : Jacqueline de Bruycker Société \u2022 267 Vieillissement de la main-d\u2019œuvre Crier à la catastrophe ou agir pour que les milieux de travail s\u2019adaptent?Jacqueline de Bruycker Chargée de projet, CSD Transfert du patrimoine en entreprise PLUS DE LA MOITIÉ DES TRAVAILLEURS DE 45 ANS ET PLUS SERAIENT PRÊTS À DEMEURER PLUS LONGTEMPS EN EMPLOI, mais à certaines conditions cependant.Pour la majorité d\u2019entre eux, la condition, c\u2019est la réduction ou le réaménagement de leur temps de travail.C\u2019est ce qui ressort de la recherche-action « Vieillissement de la main-d\u2019œuvre et perspective intergénérationnelle »', menée par la Centrale des 268 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 syndicats démocratiques (CSD) au cours des trois dernières années.Le projet s\u2019est déroulé dans neuf milieux de travail, de régions et de secteurs économiques différents, représentant plus de 1330 travailleurs.Une préoccupation de longue date La recherche-action s\u2019inscrit dans une réflexion que la CSD a amorcée dès 1998 avec les membres de ses syndicats affiliés, alors que le débat sur le vieillissement de la main-d\u2019œuvre ainsi que sur les répercussions qu\u2019il pourrait avoir sur les milieux de travail s\u2019engageait à peine au Québec.Un débat qui de surcroît tenait très peu compte de la perspective des travailleurs.La nouvelle réalité démographique du Québec, avec l\u2019allongement de l\u2019espérance de vie et la chute du taux de natalité, s\u2019est dessinée dès les années 1960.Le vieillissement de la population, qui se produira au Québec de façon plus rapide et plus accélérée que partout ailleurs au Canada, commence à frapper les milieux de travail.Déjà des pénuries de main-d\u2019œuvre sont constatées dans plusieurs secteurs de l\u2019activité économique.Mais craindre une pénurie généralisée de main-d\u2019œuvre, doublée d\u2019un cataclysme économique et fiscal, c\u2019est soutenir un discours alarmiste, cautionner des hypothèses qui mériteraient d\u2019être nuancées.Aussi, pour assurer l\u2019équilibre entre l\u2019offre et la demande de main-d\u2019œuvre, pour disposer d\u2019une population active suffisamment importante pour maintenir la croissance de l\u2019économie et son corollaire, la qualité de vie, plusieurs préconisent une approche essentiellement économiste, n\u2019hésitant pas à recommander un report de l\u2019âge de la retraite.Loin de souscrire à cette voie, la CSD a, dans la continuité de sa réflexion, élaboré un projet qui, d\u2019une part, associerait les milieux de travail à la recherche de solutions vraiment adaptées à leurs besoins et qui, d\u2019autre part, laisserait aux travailleurs âgés toute liberté de choix, que ce soit de rester au travail, de prendre leur retraite de manière soudaine ou progressive ou encore de réintégrer le marché du travail.Un diagnostic posé par les travailleurs Plusieurs questionnaires, auxquels les travailleurs ont été invités à répondre à différents moments de la réalisation du projet, ont permis de documenter les diverses problématiques reliées au vieillissement de la main-d\u2019œuvre.Ce Société \u2022 269 sont les travailleurs eux-mêmes qui ont été appelés à cerner les problèmes auxquels ils se heurtaient et à proposer les pistes de solutions leur apparaissant les mieux adaptées à leur milieu de travail.De tous les éléments caractérisant la vie au travail, ce sont les conditions de travail en général (salaire, congés, etc.) qui sont considérés par les travailleurs comme étant l\u2019élément le plus satisfaisant.À l\u2019inverse, l\u2019ambiance physique du lieu de travail, le peu de considération que l\u2019employeur leur témoigne, la possibilité qui ne leur est pas offerte de participer aux décisions ayant un impact sur leur travail sont parmi les éléments les moins satisfaisants.Au point de départ, 44 % des 45 ans et plus ont indiqué qu\u2019ils prévoyaient prendre leur retraite à l\u2019âge de 61 ans.Par contre, les salariés du réseau de la santé et des services sociaux pensaient partir quelques années plus tôt.Peu importe le secteur d\u2019activité, le moment de la prise de la retraite est perçu par près d\u2019un travailleur sur trois comme un moment très ou assez difficile à cause de sa situation familiale, financière, de la pénibilité du travail et de l\u2019évolution de son état de santé.Une autre donnée qui interpelle: 70% des répondants ont souligné qu\u2019il existait des tensions et des problèmes intergénérationnels dans leur milieu de travail.Oui au maintien, mais.À la fin du projet, le tableau s\u2019était quelque peu modifié.En effet, 63 % des répondants se disaient prêts à rester en emploi plus longtemps qu\u2019ils ne le prévoyaient initialement, posant néanmoins certaines conditions au prolongement de leur vie professionnelle.La réduction du temps de travail s\u2019impose vraiment comme le principal facteur qui pourrait inciter les travailleurs d\u2019expérience à demeurer plus longtemps en emploi.Si certains considèrent que la perte de rémunération qu\u2019ils auraient à subir avec une semaine de travail écourtée serait acceptable compte tenu des gains qu\u2019ils réaliseraient surtout en qualité de vie en temps 70% des répondants ont souligné qu'il existait des tensions et des problèmes intergénérationnels dans leur milieu de travail. 270 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 libre, d\u2019autres souhaiteraient que le manque à gagner soit comblé, que ce soit par des programmes de type ARTT2 amélioré, par des incitatifs financiers visant le maintien en emploi ou par une plus grande souplesse des règles d\u2019accès aux régimes de retraite existants.Loin derrière, les autres facteurs susceptibles de retarder le moment de la retraite sont la réduction de la charge physique attachée à l\u2019emploi, la possibilité d\u2019avoir des défis plus intéressants à relever au travail et l\u2019amélioration de l\u2019ambiance physique (bruit, température, poussière, etc.) de leur lieu de travail.En toute fin de liste, les travailleurs ont mentionné la réduction de la charge mentale attachée à l\u2019emploi, une formation adaptée à leurs besoins et plus de responsabilités pour assurer la formation du personnel.La voie privilégiée C\u2019est surtout la négociation de clauses sur la retraite progressive et leur insertion dans les conventions collectives qui a été au cœur des échanges patronaux-syndicaux.La retraite progressive est un moyen qui donne de l\u2019espace pour les rapports intergénérationnels, en incitant les travailleurs d\u2019expérience à retarder leur départ définitif en leur permettant de réduire leurs horaires de travail tout en leur donnant l\u2019occasion de transmettre leurs connaissances et compétences aux plus jeunes.Cette mesure, si elle s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019une augmentation des taux d\u2019emploi et d\u2019une prolongation de la vie active, vise également à assurer la promotion du vieillissement actif et la lutte contre la discrimination par l\u2019âge dans l\u2019emploi.La retraite progressive peimet donc de concilier plusieurs objectifs, dont celui d\u2019assurer une égalité des chances en emploi pour les travailleurs d\u2019expérience.Peu d\u2019intérêt Encore peu d\u2019entreprises encouragent leurs travailleurs âgés à retarder leur retraite, ou encore à réintégrer le marché du travail après leur retraite.Elles se soucient peu d\u2019adapter les milieux de travail aux travailleurs âgés, elles tiennent peu compte de leurs facultés physiques ou physiologiques, soit en ce qui concerne les postes de travail, les horaires de travail ou les contraintes temporelles, ce qui contribue à accentuer l\u2019usure professionnelle et à générer de la souffrance au travail. Société \u2022 271 Et que dire du transfert de compétences, qui est un des objectifs que devraient viser les mesures relatives à la retraite progressive, du moins dans un contexte de pénurie appréhendée de main-d\u2019œuvre ?Notre recherche-action a mis en évidence le fait qu\u2019il n\u2019y a pas ou qu\u2019il y a peu de transfert de compétences dans les milieux de travail que nous avons sondés; on y constate plutôt une rupture de plusieurs lignes de transmission institutionnelles, professionnelles ou autres, ce qui a comme conséquence dévastatrice la perte du savoir non codifié, tacite : compétences, expérience, trucs de métier, mécanismes de protection, talents, savoir-faire, etc.Ce rétrécissement de l\u2019expertise collective disponible s\u2019explique, selon les réponses fournies par les travailleurs, de plusieurs façons: absence d\u2019incitation de la part de l\u2019employeur, aucune condition favorisant le transfert de mise en place, aucune formation disponible pour ceux qui voudraient devenir formateurs, réticences des travailleurs à cause des préjugés entre les groupes d\u2019âge comme à cause du surplus de travail que cela pourrait entraîner.La culture de l\u2019improvisation encore bien implantée dans les entreprises du Québec, qui a aux yeux des entreprises le mérite de répondre à leurs impératifs immédiats de production, nuit également à toute démarche structurée de transfert des compétences.Cette donnée nous a amenés à scruter les conventions collectives de l\u2019ensemble des syndicats affiliés à la CSD et à conclure qu\u2019à l\u2019heure actuelle, il n\u2019existe que très peu de clauses portant sur des mesures de transfert de compétences comme d\u2019ailleurs sur toute autre mesure particulière pour les travailleurs d\u2019expérience.Si le transfert de compétences se fait dans certains milieux de travail, si des travailleurs ont accès à une retraite progressive, à des allégements de la charge de travail ou à des programmes de compagnonnage, de mentorat, ce sont trop souvent des initiatives isolées, menées sous le signe de l\u2019improvisation.Les coopérations intergénérationnelles sont encore couramment le fait d\u2019individus et non l\u2019expression d\u2019une culture d\u2019entreprise.L\u2019organisation du travail sur la sellette La problématique du vieillissement s\u2019inscrit dans une perspective à long terme de développement de l\u2019emploi décent.Elle met en cause toute l\u2019or- 272 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 ganisation du travail, ouvre toute grande le porte à des approches innovatrices qui concilient dans une nouvelle dynamique les besoins des entreprises, des organisations et les attentes et valeurs des baby-boomers et celles des nouvelles générations.Les pistes de solutions ne manquent pas: réduire la semaine de travail, développer une approche ergonomique de l\u2019organisation du travail, développer des postes allégés, élaborer des programmes de tutorat, assurer un meilleur partage des connaissances, valoriser les savoirs des travailleurs d\u2019expérience, cultiver les points de convergence entre les travailleurs de différents groupes d\u2019âge, etc.Pendant des années, sociologues et démographes ont débattu à l\u2019échelle macroéconomique du vieillissement de la main-d\u2019œuvre, tenant peu compte de la perspective des travailleurs.La réalisation de ce projet a conduit les syndicats et les employeurs, qui ont participé au projet, à s\u2019approprier la dynamique du vieillissement de la main-d\u2019œuvre et les défis qu\u2019elle commande.La volonté des milieux de travail d\u2019agir face au vieillissement de la main-d\u2019œuvre, c\u2019est le point de départ d\u2019une démarche qui va enfin permettre aux femmes et aux hommes d\u2019aujourd\u2019hui comme à celles et à ceux de demain de prolonger leur vie professionnelle, pour autant qu\u2019ils le désirent, qu\u2019ils le veulent.1.\tLe projet a bénéficié d un soutien financier d\u2019Emploi-Québec.2.\tProgramme d\u2019aménagement et de réduction du temps de travail, d\u2019Emploi-Québec.Plusieurs modalités d\u2019ARTT sont admissibles, notamment la retraite progressive. Société \u2022 273 Prendre en compte la diversité des familles Dans l\u2019avis Prendre en compte la diversité des familles, le Conseil de la famille et de l\u2019enfance poursuit sa réflexion prospective sur les familles et leurs besoins d\u2019accompagnement et de soutien collectif.Publié au début de l\u2019année 2006, l\u2019avis du Conseil a fait l\u2019objet d\u2019une démarche évolutive.Le mandat Le ministre responsable de la famille confiait au Conseil de la famille et de l\u2019enfance, le 6 avril 2004, la tâche d\u2019examiner les nouveaux modèles familiaux en regard des rôles de chacun des membres de la famille.Quelques semaines plus tard, le ministre apportait quelques précisions sur le mandat, notamment : « Je vous invite donc à dresser un portrait plus complet des principaux types de familles et des principales relations enfants-parents en vous attardant plus spécifiquement aux familles québécoises.» Le colloque À la lumière du mandat reçu et de ses précédents travaux, le Conseil de la famille et de l\u2019enfance considérait qu\u2019il était important de mieux connaître la diversité des familles.Le colloque de mai 2005, Regards sur la diversité des familles: mieux comprendre pour mieux soutenir, a été un premier lieu de réflexion et d\u2019échanges permettant de débattre de cette question.Les exposés et les discussions ont fait apparaître diverses & diversité ^ Pteiv 274 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 tendances et orientations quant à notre conception de la parentalité, de la maternité, de la paternité et quant aux enjeux auxquels nous ferons face dans les prochaines années.La consultation Afin de connaître les préoccupations des acteurs sociaux, le Conseil de la famille et de l\u2019enfance a planifié une consultation publique qui a eu lieu lors du colloque et qui s\u2019est poursuivie jusqu\u2019au début de l\u2019été 2005.Comme les effets observables des changements familiaux sont nombreux - notamment le manque de repères pour bien comprendre les familles, le manque de mots pour exprimer les nouveaux liens familiaux, le décalage entre besoins et services disponibles pour les familles et le sens du lien parent-enfant, - la consultation s\u2019est concentrée sur les deux derniers thèmes.L\u2019avis Prendre en compte la diversité des familles: c\u2019est le défi auquel l\u2019ensemble des acteurs sociaux est convié par le Conseil de la famille et de l\u2019enfance dans son avis.La tâche n\u2019est pas simple, mais elle est essentielle afin d\u2019assurer le bien-être des familles d\u2019aujourd\u2019hui et celles de demain.L\u2019avis, qui a été transmis à la ministre de la Famille, des Aînés et de la Condition féminine, Carole Théberge, le 15 décembre 2005, intègre les thèmes présentés par des experts et des praticiens lors du colloque ainsi que les commentaires recueillis lors de la consultation.Il examine les facteurs de diversité des familles tels qu\u2019on les observe à travers les structures familiales actuelles, les conditions de vie des familles et la diversité des valeurs, des normes et des cultures. Société \u2022 275 À sa lecture, les lecteurs saisissent toute la complexité de la tâche.Le défi à relever dans ce document était de proposer, de façon claire et précise, des éléments essentiels à l\u2019analyse de la réalité de la famille contemporaine.Au cours de l\u2019élaboration de l\u2019avis, le Conseil de la famille et de l\u2019enfance a davantage cherché à centrer sa réflexion sur la compréhension collective que nous avons de la famille.Il a choisi de porter une attention particulière au sens du lien qui unit parents et enfants et à son évolution.Dans la mouvance actuelle des familles, les contours familiaux deviennent plus difficiles à tracer et peut-être devrions-nous davantage parler de l\u2019environnement familial qui s\u2019organise autour de l\u2019enfant plutôt que de sa famille au sens unique et singulier de ce terme.La prise en considération de l\u2019environnement familial de l\u2019enfant favorise la compréhension de la pluralité des situations familiales et, en conséquence, la conception de politiques et de programmes mieux adaptés à cette réalité.et après l\u2019avis Dans le but de porter la réflexion plus avant, un groupe de lecteurs a été invité à réagir à l\u2019avis.Lors d\u2019une journée de réflexion qui a eu lieu au mois de mai 2006, le Conseil de la famille et de l\u2019enfance a recueilli des propos qui enrichiront les futurs travaux.Le but ultime de la démarche est de développer une vision prospective qui permettra de mieux appréhender les enjeux qui concernent la famille et les enfants.Pour consulter l\u2019avis : www.cfe.gouv.qc.ca/publications/pdf/Avis_Diversite- Familles.pdf 276 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Les publications récentes du Conseil -\tÉtude : Les familles, l\u2019école et son service de garde : un projet éducatif partagé ?-\tAvis : Créer des environnements propices avec les familles -Le défi des politiques municipales -\tActes du colloque des 10 et 11 mai 2005 : Regards sur la diversité des familles - Mieux comprendre pour mieux soutenir et Compte rendu de la journée de réflexion du 25 mai 2006 sur l\u2019avis Prendre en compte la diversité des familles -\tRapport 2004-2005 sur la situation et les besoins des familles et des enfants - 5 bilans et perspectives Mémoires : -\tMémoire sur le projet de loi n°125, Loi modifiant la Loi sur la protection de la jeunesse et d\u2019autres dispositions législatives -\tMémoire sur le projet de loi n°124, Loi sur les services de garde éducatifs à l\u2019enfance Venez visiter notre site Internet : www.cfe.gouv.qc.ca Faites-nous part de vos commentaires : www.cfe.gouv.qc.ca/commentaires/index.asp Pour nous joindre : Conseil de la famille et de l\u2019enfance 900, boulevard René-Lévesque Est Place Québec, 8e étage, bureau 800 Québec(Québec) GIR 6B5 Québec : (418) 646-7678 Sans frais: 1-877-221-7024 Télécopieur: (418) 643-9832 Conseil de la famille et de l'enfance Québec h h 3^» r- ' \\ \\\\ \\ \\\\\\ Panorama de la recherche sociale au Québec 278 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Les sciences sociales et humaines, les arts et les lettres : une contribution essentielle Louise Dandurand Présidente-directrice générale Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC) LE QUÉBEC EST SANS CONTESTE UNE SOCIÉTÉ DU SAVOIR DONT LA PROSPÉRITÉ ÉCONOMIQUE, LE DYNAMISME SOCIAL ET L\u2019AFFIRMATION IDENTITAIRE PASSENT DE PLUS EN PLUS PAR LA CONNAISSANCE.Un choix imposé par la géographie et par l\u2019histoire, répondant aux besoins d\u2019une économie avancée et à la complexité croissante de l\u2019organisation sociale.Mais aussi un choix pleinement assumé, reflet d\u2019une volonté collective, fruit de moyens et de ressources consentis et résultat de décennies d\u2019efforts de formation et de recherche.Une capacité de recherche remarquable Les sciences sociales et humaines, les arts et les lettres représentent une large part du patrimoine de la connaissance.Quantitativement, par le nombre important de disciplines qu\u2019elles accueillent et par la forte proportion de professeurs-chercheurs et d\u2019étudiants qu\u2019elles mobilisent.Qualitativement, parce que de toutes les disciplines scientifiques, ce sont celles qui s\u2019intéressent de plus près aux grands défis d\u2019ordre social, économique, géopolitique et identitaire qui marquent le développement des sociétés contemporaines.Une véritable société du savoir ne saurait donc exister sans que soient reconnus les apports essentiels de la recherche en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres.Par leurs travaux de recherche, par l\u2019enseignement qu\u2019ils dispensent et par leurs interventions au sein de la collectivité, les chercheurs et créateurs en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres participent pleinement aux débats de notre société.Lorsqu\u2019ils sont sociologues, démographes, poli- Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 279 tologues, historiens, juristes, psychologues., ils font partie de nos penseurs.En réfléchissant aux enjeux de société, en communiquant leurs idées, en mettant en perspective les événements, en alimentant la réflexion des décideurs, en conditionnant les actions et les interventions des milieux de pratique, ils nous aident à mieux comprendre les événements, à mieux déchiffrer un monde en perpétuelle mutation et à nous définir, collectivement, face à notre environnement.Lorsqu\u2019ils sont à la fois artistes et chercheurs, ils analysent les phénomènes propres à l\u2019expression artistique, suscitent de nouvelles formes de création, interviennent en faveur de la conservation et de la promotion de notre patrimoine, ils nous aident à nous inscrire dans le temps.Les travaux de ces chercheurs et créateurs apportent une contribution unique et essentielle à notre mieux-être.Dans plusieurs créneaux, ils placent le Québec au premier plan de la découverte scientifique et à l\u2019avant-scène de la création artistique.Le paradoxe.Les chercheurs en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres travaillent sur des enjeux visibles au quotidien et sont présents partout pour soutenir le travail d\u2019analyse des médias, pour commenter et expliquer les phénomènes sociaux et les événements.Il existe toutefois un paradoxe entre l\u2019omniprésence des connaissances issues de la recherche en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres et la faible reconnaissance de leur apport au diagnostic et au développement social, organisationnel, économique ou identitaire.Alors que la contribution des chercheurs aux débats publics et à l\u2019analyse de l\u2019actualité politique et économique, locale ou internationale, repose sur une expérience solide de recherche, elle est trop souvent perçue comme une opinion, un intérêt ou une réalisation artistique dans le cas des chercheurs-créateurs.Dans le domaine psychosocial par exemple, la proximité des objets de recherche par rapport à la réalité quotidienne des gens occulte bien souvent la démarche scientifique, les analyses approfondies et les données empiriques au profit d\u2019un discours de sens commun.Ce paradoxe entraîne inévitablement une contradiction entre la richesse du bassin de connaissances et l\u2019insuffisance des moyens disponibles pour en exploiter les retombées.Or, la valeur ajoutée de la recherche dans 280 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 ces secteurs passe nécessairement par la traduction des résultats en référentiels, en façons de faire, en pratiques, en outils, en politiques publiques.Ainsi, le besoin de développer des outils et mécanismes formels de transfert de connaissances, de structurer davantage la valorisation des innovations sociales, de bâtir des relais et de créer des lieux d\u2019interface entre producteurs et utilisateurs de connaissances demeure patent.Si ces mécanismes sont relativement bien établis pour la valorisation commerciale et le transfert des innovations technologiques par exemple, les relais sont moins bien circonscrits pour les innovations sociales, organisationnelles ou culturelles.Dans ces domaines, le rapprochement recherche-société commande non seulement le développement de compétences et de dispositifs de transfert de connaissances, mais également la juste appréciation de la valeur des fonctions de transfert et de valorisation par les pairs, les universités, les collèges et les bailleurs de fonds.Les retombées de la recherche en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres sont multiples, revêtent plusieurs formes et empruntent plusieurs canaux.Elles s\u2019observent sur les plans individuel et collectif, touchent les personnes, les familles, les communautés, les entreprises et les institutions.Leur impact est parfois visible, souvent diffus, néanmoins toujours essentiel.Si la reconnaissance de l\u2019apport des sciences sociales et humaines, des arts et des lettres va s\u2019accroissant, le plein potentiel de leur contribution à une économie basée sur l\u2019innovation et à une société fondée sur le savoir doit s\u2019affirmer avec force et se traduire pleinement dans le système de recherche et d\u2019innovation.Des acquis à préserver, des efforts à poursuivre C\u2019est par la durée et la continuité de ses efforts que le Québec est parvenu à se doter d\u2019un système de recherche et d\u2019innovation performant.C\u2019est en continuant de miser sur ceux et celles qui construisent, acquièrent, partagent et utilisent le savoir qu\u2019il en tirera pleinement bénéfice.Investir dans la recherche en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres est un choix en faveur d\u2019un environnement de recherche et de formation stimulant, d\u2019une main-d\u2019œuvre polyvalente et qualifiée, de créneaux d\u2019excellence reconnus.Un choix que la structure de notre économie et l\u2019évolution de notre société imposent naturellement. Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 281 Héritier d\u2019une riche tradition d\u2019investissements et d\u2019appui à la recherche, le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC) est un acteur de premier plan du système de recherche en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres.Il appuie la construction et l\u2019acquisition du savoir à travers ses programmes de bourses et de subventions.Il soutient des dizaines d\u2019infrastructures de recherche, des centaines de projets, des milliers d\u2019étudiants.En matière de structuration, de soutien au démarrage de carrières, de formation à la recherche et d\u2019initiatives concertées dans des domaines d\u2019importance stratégique, les interventions du Fonds sont uniques.Son rôle est d\u2019autant plus significatif qu\u2019il constitue la principale source de financement pour la communauté québécoise de la recherche en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres.Sa responsabilité est d\u2019autant plus grande qu\u2019il se doit d\u2019atteindre le meilleur équilibre possible dans ses interventions visant la capacité de recherche, l\u2019appui à la relève et le renforcement des créneaux d\u2019excellence établis ou émergents.Les textes qui suivent ne sont que quelques exemples de la richesse des idées et de la diversité des recherches soutenues par le FQRSC dans les treize grands domaines qui composent la mosaïque des sciences sociales et humaines, des arts et des lettres.Ce texte a été rédigé en octobre 2006, alors que Madame Dandurand complétait son mandat à la présidence du FQRSC. 282 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 ART, LITTÉRATURE ET SOCIÉTÉ Les écritures transmigrantes: l\u2019impact des écritures migrantes sur la littérature québécoise contemporaine Gilles Dupuis Université du Québec à Montréal La « querelle des arbres et des branches », qui a opposé deux conceptions bien françaises de la littérature canadienne autour de 1945, avait préparé le terrain pour le passage de la littérature canadienne-française à la littérature québécoise, passage qui s\u2019est réalisé au cours des années 1960 et qui a dominé la production littéraire pour les deux décennies à venir.Les années 1980 ont vu apparaître une autre querelle littéraire, cette fois spécifique au Québec, celle des « souches et des branches » polarisée par les tensions qui se sont manifestées entre les partisans de la tradition nationaliste de la littérature et les défenseurs d\u2019un nouveau courant littéraire qui devait prendre le nom d\u2019écritures migrantes.Après ce virage historique, nous avons assisté au cours des années 1990 à une nouvelle tendance qui semblait vouloir surmonter la division survenue entre les deux courants, national et migrant, de la littérature québécoise contemporaine.Au moment même où certains écrivains migrants aspiraient à entrer dans le canon littéraire, en s\u2019inspirant d\u2019œuvres classiques de la littérature québécoise ou canadienne-française, des écrivains natifs du Québec cherchaient à renouveler leur pratique de la littérature au contact des écritures migrantes.Le jeu interactif qui s\u2019est développé de part et d\u2019autre de la frontière imaginaire qui séparait jadis les auteurs québécois des écrivains néoquébécois nous a permis d\u2019envisager l\u2019existence d\u2019une nouvelle tendance au sein des lettres québécoises : les écritures transmigrantes.L\u2019impact de ce nouveau corpus sur la redéfinition du champ de la littérature québécoise restait encore à Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 283 explorer.Au terme de notre recherche, il nous est apparu que, loin de recréer le mythe des deux solitudes, comme c\u2019était le cas à l\u2019époque où la barrière linguistique imposait une distinction nette entre littératures canadienne-française et canadienne-anglaise, ou d\u2019introduire une «troisième solitude» dans le panorama de la littérature contemporaine, la transmigrance permettait d\u2019envisager une forme nouvelle de solidarité dans l\u2019altérité.Le fait que les écrivains migrants aient adopté majoritairement le français comme langue d\u2019expression et le Québec comme lieu principal de diffusion de leurs œuvres, indique plutôt une volonté de s\u2019inscrire dans l\u2019institution littéraire québécoise ; en contrepartie, la réceptivité de certains écrivains québécois à des traditions littéraires venues d\u2019ailleurs atteste un désir de s\u2019ouvrir à l\u2019autre.Si la tendance «transmigrante» reste encore relativement marginale au sein des lettres québécoises, elle tend à s\u2019enrichir depuis les années 2000 avec l\u2019apparition de nouveaux cas intéressants.CRÉATION ARTISTIQUE ET LITTÉRAIRE Le projet Darwin Michel Fleury Université du Québec à Montréal Les logiciels d\u2019animation 3D ont évolué depuis les 15 dernières années vers la complexité et non la simplicité.Les artistes en image de synthèse sont devenus des artisans modernes et la maîtrise de leurs techniques exige non seulement des années d\u2019apprentissage mais des habiletés qui ne sont pas l\u2019apanage de tous.Les manuels d\u2019utilisation des logiciels 3D professionnels (Maya, Softimage, 3dsmax, etc.) ressemblent à de véritables encyclopédies, et 284 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 rares sont les artistes qui peuvent maîtriser tous les savoir-faire requis pour créer l\u2019illusion du réalisme.Le projet Darwin vise à développer une approche d\u2019une simplicité sans précédent pour produire des humains virtuels ou, plus généralement, des créatures de type humanoïde.Il y a des coûts énormes reliés au processus de production derrière les techniques de cette pratique professionnelle.Le projet Darwin a exploré les bénéfices d\u2019avoir une seule topologie pour des personnages extrêmement variés, tout en gardant une très grande qualité de niveau professionnel.Le désir de simplicité extrême nous a amenés à adopter la notion d\u2019arbre généalogique - d\u2019où le nom Darwin - pour construire de nouveaux personnages virtuels.Il s\u2019agit d\u2019une métaphore, mais l\u2019interface permet de combiner pour chacun des attributs principaux du visage (les yeux, le nez, la bouche, les oreilles, le crâne) des ancêtres distincts qui jouent en quelque sorte le rôle d\u2019arrière-grands-parents.En bref, 24 ancêtres peuvent contribuer à la synthèse d\u2019un nouveau personnage virtuel (visage et corps).Le logiciel est tellement simple que ses usagers ont peine à croire qu\u2019ils auront au bout du processus un personnage 3D de très haute qualité prêt à être animé dans un logiciel professionnel tel que Maya, 3dsmax ou Softimage.Ce qui prend normalement autour de 150 heures de travail se fait ici en quelques minutes mais le prix à payer est de jouer avec la librairie Darwin.Le projet Darwin a conduit à la mise en marché du logiciel quand l\u2019homme d\u2019affaires David Chamandy s\u2019est joint à l\u2019équipe Darwin.Le site commercial www.darwindimension.com donne de plus amples informations sur cette phase de commercialisation.La recherche se poursuit et déjà de nouvelles avenues de contrôle encore plus fines se dessinent. Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 285 CULTURES, RELIGIONS ET CIVILISATIONS Extrémisme religieux et violence Jean-Guy Vaillancourt Université de Montréal La présente recherche vise à explorer les liens qui existeraient entre violence et religion que des événements récents ont mis en lumière.Cependant la littérature académique sur le sujet est partielle et dispersée car les écrits ne concernent, dans la plupart des cas, qu\u2019une partie du champ d\u2019études (nouveaux groupes religieux, groupes intégristes ou fondamentalistes) ou certains mouvements particuliers.Il manque donc une réflexion plus générale sur les liens qui peuvent exister entre violence et religion, sous-tendus par un corpus théorique susceptible d\u2019expliquer, de prendre en compte les différents aspects de cette problématique et de pouvoir être utilisé dans la pratique.L\u2019objectif général de la recherche vise à développer des connaissances sur un sujet en émergence et d\u2019élaborer un cadre théorique à partir de ces cas concrets diversifiés.Le thème de la violence dans les mouvements religieux a émergé ces dernières années sur la scène internationale à la suite de la multiplication d\u2019actes violents.Si ces événements passés montrent l\u2019ancienneté des interrogations concernant ce sujet, on peut relever qu\u2019elles sont devenues plus cruciales après les attentats du 11 septembre 2001.Depuis cette date, le couple violence et religion semble indissociable, notamment dans la presse et dans l\u2019esprit du public.De nouvelles formes d\u2019organisation ont également émergé où le politique et le religieux sont étroitement reliés et qui ne correspondent plus aux groupes activistes, laïcs, des années 60 et 70.C\u2019est un changement important dans la composition de ces groupes et des auteurs y ont vu la résurgence du facteur religieux dans les revendications culturelles ou identitaires.Cette recherche est d\u2019autant plus pertinente qu\u2019elle est unique au Québec et explore une problématique en émergence. 286 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Les épisodes de violence qui ont eu lieu permettent de dégager, avec prudence, un certain nombre d\u2019éléments communs, endogènes et exogènes.Ces théories ont surtout été utilisées pour l\u2019étude des groupes religieux minoritaires, mais elles semblent précieuses pour examiner le fonctionnement d\u2019autres groupes, intégristes et fondamentalistes issus des grandes traditions religieuses.Trois points seront abordés ici: le rôle du leader charismatique, le rôle de la justification doctrinale, les relations des groupes avec la société.La méthodologie repose sur l\u2019utilisation de diverses méthodes qualitatives.Celles-ci consistent à analyser les discours, étudier les positions de chaque catégorie d\u2019acteurs (adeptes, leaders, organes de la réaction sociale), et à appréhender ainsi la problématique dans toute sa diversité.Pour recueillir les données, nous aurons recours à des méthodes directes (entrevues semi-directives, observation en situation) et des méthodes indirectes (études de cas, analyse documentaire).Le programme produira connaissances qui bénéficieront au milieu académique et au milieu de pratique.Il aura de nombreuses retombées sociales sur les milieux en relation avec la problématique et elles profiteront, en outre, à différents secteurs: intervenants sociaux, protection de la jeunesse, écoles.DÉVELOPPEMENT ET FONCTIONNEMENT DES PERSONNES, DES COMMUNAUTÉS Lien entre suicide et jeu excessif: les problèmes associés au jeu excessif contribuent-ils au passage à l\u2019acte suicidaire ?Monique Séguin, PhD1'2 Richard Boyer, PhD3 Amnon J.Suissa, PhD1 1.\tUniversité du Québec en Outaouais, Département de psychologie 2.\tGroupe McGill d\u2019étude sur le suicide, Hôpital Douglas, Université McGill 3.\tCentre de recherche Fernand-Seguin, Hôpital Louis-H.Lafontaine, Université de Montréal Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 287 Plusieurs auteurs observent que les joueurs compulsifs ayant des problèmes d\u2019alcoolisme ou de toxicomanie sont plus à risque d\u2019avoir des troubles psychiatriques sérieux et de faire des tentatives de suicide.L\u2019objectif de cette étude est de documenter et de mettre en relation le développement des difficultés personnelles, familiales et sociales par rapport à celles du jeu pathologique et des comportements suicidaires.L\u2019étude a permis de comparer deux groupes de personnes décédées par suicide.Le premier groupe est composé de 70 personnes décédées par suicide sans problème de jeu et le deuxième groupe, de 48 personnes décédées par suicide qui correspondaient au profil du joueur pathologique.La présence de troubles affectifs est observée chez près de 65 % des personnes au moment de leur décès.Les problèmes d\u2019abus et de dépendance aux substances sont importants, plus de 58 % des joueurs pathologiques et près de 61% des personnes décédées sans jeu ayant souffert de ces problèmes au cours de leur vie.Quant aux troubles de la personnalité, ils sont observés chez 56 % des personnes du groupe avec jeu, contre 47 % pour le groupe sans jeu.Au niveau de la trajectoire de vie, les deux groupes se ressemblent plus qu\u2019ils ne se distinguent l\u2019un de l\u2019autre.Cependant, dans la dernière année de vie, une série d\u2019événements (dont les dettes, l\u2019instigation d\u2019actes criminels, les poursuites en justice) s\u2019ajoutent au fardeau de difficultés psychologiques chez les joueurs pathologiques.Les personnes sans problème de jeu ont en grande majorité été en contact, à un moment de leur vie, avec les services spécialisés en santé mentale, tandis que les personnes avec un problème de jeu pathologique consultent peu ou pas en santé mentale.En conclusion, nous observons que (1) le jeu apporte une kyrielle de complications dont les dettes, les poursuites, les craintes de violence ; (2) le jeu s\u2019associe à d\u2019autres comportements d\u2019impulsivité comme l\u2019instigation d\u2019actes criminels; (3) le jeu s\u2019associe souvent à d\u2019autres dépendances, à l\u2019alcool et aux drogues notamment; (4) le jeu s\u2019associe souvent à d\u2019autres difficultés dont la dépression, des troubles de la personnalité ; et enfin (5) nous observons une escalade de difficultés dans la dernière année de vie avec peu 288 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 de consultation auprès des services spécialisés en santé mentale.Les résultats indiquent que les deux groupes ont beaucoup plus de similitudes que de différences, particulièrement en ce qui a trait aux profils de dépendance.ÉCONOMIE, EMPLOI ET MARCHÉS Quelques faits saillants tirés du programme de recherche : « Politique publique et évolution de la distribution des revenus au Canada1 » Paul Makdissi Université de Sherbrooke Des gens affirment souvent qu\u2019il y a de plus en plus de pauvreté au Canada.Cette affirmation relève-t-elle de la simple impression ou est-elle basée sur des faits?L\u2019analyse méticuleuse des bases de données statistiques sur les revenus des consommateurs au Canada nous révèle que la pauvreté a en effet augmenté durant les années 1990 et cette conclusion demeure valide, quelle que soit la méthode d\u2019analyse utilisée2.L\u2019analyse fine des données statistiques vient donc corroborer l\u2019affirmation populaire.Nous avons comparé la situation au Canada à celle des États-Unis3.Deux constats intéressants ressortent de ces analyses.Le premier est qu\u2019il y a initialement toujours moins de pauvreté aux États-Unis qu\u2019au Canada si on ne considère que les revenus générés par le marché en oubliant l\u2019impact des politiques publiques en matière de fiscalité et de redistribution du revenu.Par contre, une fois l\u2019impact de ces politiques pris en compte, les ménages canadiens se retrouvent moins pauvres que les ménages américains.Deuxièmement, on peut aussi remarquer que près de 80 % de la réduction de la pau- Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 289 vreté se fait à travers les politiques de pensions de vieillesse.Nous avons aussi analysé l\u2019impact des changements historiques sur les politiques de soutien du revenu au Canada1 2 3 4.Durant les années 1990, des politiques d\u2019assainissement des finances publiques ont été mises en place afin de contrer un problème de déficit public récurrent.Des mesures restreignant l\u2019accès à l\u2019assurance-chômage ainsi qu\u2019une baisse du taux de remplacement de revenu ont été mises en place.En même temps, les prestations de sécurité de revenu n\u2019ont pas été indexées au rythme de l\u2019inflation.Ces choix ont eu pour effet de diminuer l\u2019efficacité des politiques de lutte contre la pauvreté.À titre d\u2019exemple, l\u2019incidence de la pauvreté était de 8% supérieure en 2002 à ce qu\u2019elle aurait été si les prestations de sécurité de revenu avaient tout simplement été indexées.Si on considère l\u2019impact de cette non-indexation sur les enfants, on constate que l\u2019incidence de la pauvreté est de 16% supérieure pour ceux-ci.Chez les mères monoparentales, cette décision politique entraîne une incidence de la pauvreté de plus de 21 % supérieure.Bien que la pauvreté semble diminuer depuis la fin des années 1990, cette diminution peut donc être exclusivement attribuée à la conjoncture économique favorable puisque notre système public de redistribution est maintenant moins généreux.Dans un tel contexte, l\u2019augmentation de la pauvreté lors d\u2019une prochaine récession risque donc d\u2019être encore plus marquée que durant les années 1990, et cette situation de fait sera la conséquence des décisions que nous avons prises et que nous prendrons collectivement à travers nos représentants élus.1.\tPlus de détails sont disponibles sur http://caListo.si.usherb.ca:8080/makdissi/makdissi.html 2.\tVoir Paul Makdissi et Yves Groleau, « Que pouvons-nous apprendre des profils de pauvreté canadiens ?», L'Actualité économique - Revue d'analyse économiquey 78, 2002, p.257-286.3.\tVoir Paul Makdissi, Yannick Therrien et Quentin Wodon, «L\u2019impact des transferts publics et des taxes sur la.pauvreté au Canada, et aux États-Unis», à.paraître dans L'Actualité économique - Revue d'analyse économiquey 2006.4.\tVoir M.Audet et P.Makdissi, Assessing the Impact of Historical Changes in Scocial Protection on Poverty in Canada, Cahier de recherché 0611, GRÊDI, Université de Sherbrooke, 2006. 290 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 ÉDUCATION, SAVOIRS ET COMPÉTENCES Le rôle des programmes communautaires dans l\u2019apprentissage des sciences chez les jeunes Jrène Rahm et Itzel Vazquez Université de Montréal Marie-Paule Martel-Reny Université Concordia Il est généralement reconnu que l\u2019école ne suffit plus à combler la diversité des besoins des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui, qui n\u2019y passent que 40% de leur temps.Les programmes parascolaires et communautaires peuvent jouer un rôle primordial dans le développement et les apprentissages des jeunes, en particulier de ceux et celles provenant de milieux défavorisés.Souvent, ces programmes constituent d\u2019importantes ressources pour favoriser non seulement le développement de compétences intellectuelles, mais aussi l\u2019estime de soi et une perception positive du futur.Ces lieux peuvent fournir des apprentissages lucides, concrets et pris en charge par les jeunes, dans un environnement sécuritaire qui répond aux besoins spécifiques de chaque jeune.L\u2019apprentissage des sciences en milieu informel pour ces jeunes a fait l\u2019objet de relativement peu de recherche systématique, et l\u2019impact d\u2019un tel apprentissage sur l\u2019évolution de leur perception de la science et sur eux-mêmes demeure essentiellement inexploré.Nous avons donc inventorié les programmes parascolaires et communautaires en sciences accessibles aux jeunes grandissant en milieu défavorisé.À l\u2019aide de quatre études de cas, nous avons ensuite évalué l\u2019impact Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 291 de ces programmes sur le développement des compétences, surtout en sciences, ainsi que le rôle que jouent ces programmes dans la vie de ces jeunes.Malgré un besoin marqué, nous avons constaté qu\u2019à Montréal, il n\u2019existe qu\u2019un seul programme en sciences visant spécifiquement les jeunes de milieux défavorisés.Depuis 1986, le programme Les Scientifînes offre des activités scientifiques parascolaires à des jeunes filles de deux écoles primaires dans le quartier Petite-Bourgogne.Notre étude de cas et nos suivis, s\u2019étalant sur deux ans, montrent que ce programme rend les sciences accessibles aux filles en restant relié à leur réalité, leurs intérêts et leur rythme d\u2019apprentissage.Plusieurs de ces filles perçoivent le programme comme une clé pour le futur, une occasion unique de prendre de l\u2019avance en sciences et de leur permettre de poursuivre des carrières scientifiques.Nos recherches montrent aussi que d\u2019autres programmes offrant des activités moins centrées sur les sciences, tels que le programme SEUR (Sensibilisation aux études universitaires et à la recherche) et les Jardins-jeunes, au Jardin botanique, jouent un rôle important dans la vie des jeunes.En résumé, nous avons constaté une grande conscience dans les écoles, les musées et les communautés quant au besoin de créer d\u2019autres occasions d\u2019ouverture à la science dans un contexte non scolaire.Les jeunes valorisent leur participation dans ces programmes communautaires, qui leur offrent des apprentissages uniques.Il faut miser sur cet intérêt envers les sciences.Nos recherches portent à croire que l\u2019intérêt, les idées et l\u2019infrastructure pour de tels programmes existent.Il faut maintenant trouver comment les mettre en place et assurer leur qualité. 292 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 ENJEUX FONDAMENTAUX ET FINALITÉS DE LA VIE HUMAINE Les nanotechnologies : de Limaginaire scientifique aux transformations culturelles Céline Lafontaine Université de Montréal Présentées comme la « conquête de l\u2019infiniment petit », les nanotechnologies sont issues d\u2019une convergence technoscientifique recoupant la physique quantique, la microélectronique, l\u2019informatique, la biologie moléculaire et le génie génétique.Opérant un changement de perspective dans le domaine technoscientifique, elles visent à transformer la matière inerte ou vivante au niveau de l\u2019assemblage moléculaire, en créant de nouveaux matériaux dont les propriétés physiques, chimiques ou biologiques sont encore inconnues.Par exemple, on peut créer des plastiques ininflammables, des textiles intelligents, des médicaments pouvant cibler des endroits très précis du corps, etc.En fait, les nanotechnologies permettent de manipuler la matière au niveau atomique.Cette conquête de l\u2019in-finiment petit est à peine entamée que déjà certains scientifiques et observateurs parlent de « nanomonde » et de « nanocosme » pour caractériser ce changement d\u2019échelle dans la façon de concevoir et de manipuler la matière.Tant au niveau de leur conceptualisation que de leur potentiel d\u2019application, les nanotechnologies participent en fait d\u2019une logique d\u2019hybridation qui remet en cause les frontières culturellement établies entre vivant et non-vivant, entre nature et artifice et entre humain et machine.En tenant compte de la diversité empirique des applications possibles des nanotechnologies, ce projet de recherche vise à analyser les représentations portées par la conquête de l\u2019infiniment petit afin de mieux comprendre ses enjeux éthiques, culturels et symboliques.Un des objectifs poursuivis par cette recherche est d\u2019éclairer les débats publics sur les conséquences à long terme de l\u2019application des nano- m-m* W Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 293 technologies.S\u2019agissant d\u2019un domaine de recherche dont les retombées technologiques sont encore à l\u2019état expérimental, les nanotechnologies offrent un terrain privilégié pour l\u2019étude de l\u2019imaginaire et des représentations de la technoscience.En effet, les énormes possibilités ouvertes par la conquête de l\u2019infiniment petit laissent libre cours à l\u2019imagination des chercheurs dans ce domaine.Le couplage entre organismes vivants et matières inertes au niveau moléculaire permet, par exemple, de concevoir l\u2019élargissement des frontières du corps humain par le biais de puces électroniques et de nanorobots.D\u2019ailleurs, certains chercheurs parlent déjà d\u2019une nouvelle espèce améliorée par le biais du génie génétique et des nanotechnologies.Ainsi, les potentialités inégalées des nanotechnologies nourrissent chez certains scientifiques l\u2019espoir de transformer et d\u2019améliorer radicalement la nature humaine par le biais d\u2019une fusion humain/machine.GESTION DES ORGANISATIONS Le harcèlement psychologique : une violence (in)visible au travail Angelo Soares Université du Québec à Montréal Depuis le premier juin 2004, nous avons au Québec une loi qui assure à tout salarié le droit à un milieu de travail exempt de harcèlement psychologique.Cette forme sournoise de violence dégrade les conditions de travail, la santé mentale des individus et envenime les rapports sociaux au travail.C\u2019est un processus 294 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 destructif, constitué d\u2019un enchaînement de propos et d\u2019agissements hostiles qui, pris isolément, pourraient sembler anodins, mais dont la répétition et le caractère synergique produisent des effets destructeurs qui finissent par casser psychologiquement la personne qui a été la cible du harcèlement.Le harcèlement psychologique fait perdre énormément d\u2019argent aux organisations.D\u2019abord, avec la perte de temps, car pendant qu\u2019on se harcèle, on ne travaille pas.Ensuite, avec tous les dépenses associées aux conséquences du harcèlement, notamment : l\u2019absentéisme élevé, la baisse de la performance et de l\u2019efficacité (productivité), le taux de roulement du personnel élevé, la hausse des primes d\u2019assurances, les frais d\u2019avocats et de dotation et remplacement du personnel, etc.Finalement, d\u2019une manière plus intangible, mais peut-être encore plus importante, on doit craindre les effets pour l\u2019image de l\u2019organisation.Du point de vue de l\u2019individu, le harcèlement psychologique fait des ravages.Les possibilités de carrière sont brisées.La santé mentale est fortement atteinte : détresse psychologique élevée, dépression, stress post-traumatique, pouvant même aller dans certains cas jusqu\u2019au suicide.Non seulement l\u2019individu ciblé par cette forme de violence sera-t-il affecté, mais ses rapports familiaux seront aussi atteints.Compte tenu des effets destructeurs tant au niveau individuel qu\u2019au niveau organisationnel, la prévention nous semble fondamentale.Pour prévenir le harcèlement psychologique, un ensemble de mesures doivent être adoptées.D\u2019abord, il faut conscientiser tous les membres de l\u2019organisation, car tous en sont (in)directement affectés.Cette conscientisation peut prendre la forme de campagnes de sensibilisation et de séances de formation pour éviter la banalisation du problème, ainsi que pour outiller les individus quant aux procédures à suivre pour prévenir le harcèlement ou, le cas échéant, les procédures permettant de savoir comment (ré)agir face au harcèlement psychologique au travail.Nos recherches nous montrent que le fait d\u2019informer et de former une population a un effet dissuasif sur cette forme de violence.Jusqu\u2019à maintenant, aucun trait de personnalité n\u2019a pu être associé aux personnes qui ont vécu le harcèlement psychologique.Au contraire, les causes se trouvent dans le contexte social, dans l\u2019organisation du travail, dans les modèles de gestion et dans les structures du pouvoir des organisations.Nos recherches nous indiquent que dans les organisations où on constate la pré- Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 295 carisation, l\u2019insécurité, la mauvaise communication, le sentiment d\u2019injustice et d\u2019iniquité, ainsi que la non-reconnaissance de l\u2019existence du harcèlement psychologique (« ici, nous n\u2019avons pas ça! »), ce sont des indicateurs de l\u2019existence du problème.Pour conclure, nous croyons que le déni du problème (et plusieurs mécanismes cognitifs ou inconscients agissent en ce sens) ou le fait de minimiser le problème nous amènent à une position plus vulnérable face à la violence.Ce qui peut expliquer, au moins partiellement, pourquoi la négation ou la minimisation du harcèlement est un indicateur important de sa présence.LANGUES ET LANGAGE Le bilinguisme précoce Le langage joue un rôle central dans presque toutes les activités humaines.Un bon développement du langage est donc d\u2019une immense importance pour les enfants, tant pour leur rendement scolaire que leurs interactions sociales.Notre étude vise à mieux comprendre le développement des enfants bilingues afin de développer des méthodes plus précises et efficaces d\u2019évaluation et d\u2019intervention orthophoniques pour cette population croissante.L\u2019évaluation clinique visant à identifier les troubles du langage se fait à partir de tests normalisés qui permettent de comparer la performance d\u2019un enfant dans les divers domaines du langage à celle d\u2019autres enfants du même âge.Bien que plusieurs études se soient penchées sur le bilinguisme, il existe à ce jour très peu d\u2019informations normatives sur le développement bilingue.Elin Thordardottir Université McGill 296 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Or, le développement de normes pour les enfants bilingues est compliqué par le fait que la population bilingue est très hétérogène.En effet, les enfants bilingues diffèrent entre eux quant à l\u2019âge auquel ils commencent à apprendre deux langues, à la quantité d\u2019exposition qu\u2019ils reçoivent pour chacune des langues et dans quelles sortes d\u2019environnements.Dans une étude publiée récemment, nous avons comparé la performance d\u2019un groupe d\u2019enfants bilingues d\u2019âge préscolaire francophones-anglophones à des groupes d\u2019enfants unilingues parlant chacune des deux langues.L\u2019étude a constaté que les enfants bilingues, bien qu\u2019ils se développaient normalement, obtenaient des scores significativement plus bas que les enfants unilingues dans le langage réceptif et expressif en vocabulaire et en grammaire dans chacune des deux langues mesurées séparément.L\u2019étude a également exploré le développement de mesures de vocabulaire et de syntaxe tentant de combiner les connaissances lexiques et syntaxiques de l\u2019enfant dans les deux langues dans le but de développer des outils d\u2019évaluation plus appropriés pour le développement bilingue.D\u2019autres études que nous menons actuellement explorent la relation entre le langage, et la quantité d\u2019exposition, le développement cognitif nonverbal et la mémoire de travail des enfants unilingues et bilingues de 2 ans à 5 ans (CRSH) et la langue à utiliser dans l\u2019intervention orthophonique avec les enfants bilingues (CLLRNet).MÉDIAS, COMMUNICATIONS ET INFORMATION La culture jeune des nouvelles technologies Jean-Paul Lafrance Université du Québec à Montréal Dans le cadre d\u2019une recherche quantitative effectuée auprès de 350 internautes âgés de 15 à 25 ans, nous avons étudié l\u2019usage des technologies d\u2019infor- Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 297 mation et de communication (TIC) dans la vie quotidienne2.Nous entendons par TIC l\u2019ensemble des outils de communication présents dans l\u2019environnement immédiat de la plupart des adolescents montréalais.Les TIC, tels la télévision, l\u2019ordinateur personnel, les consoles de jeux vidéo, les graveurs de CD ou de DVD, les imprimantes, les appareils d\u2019écoute et d\u2019enregistrement de son, Internet (bas et haut débit), remplissent diverses fonctions dans le refuge familial.Plusieurs de ces fonctions s\u2019entrechoquent, elles peuvent aussi se substituer les unes aux autres ou encore s\u2019amalgamer.Dans le monde des communications, la convergence entre les médias est une idée bien à la mode.Il faut cependant distinguer entre la convergence technologique (mise en œuvre par la numérisation des matériels, des contenus et des réseaux qui les transportent) et l\u2019intégration économique (c\u2019est-à-dire la création de conglomérats multimédias).L\u2019industrie des médias dépense beaucoup d\u2019argent pour mieux connaître sa clientèle, c\u2019est le secret de sa réussite.Mais chaque marché analyse sa propre clientèle et très peu de recherches portent sur les médias.Des études montrent que la moyenne d\u2019écoute de la télévision par les individus est de 23 à 24 heures par semaine ; chez les jeunes, on pratique les jeux vidéo en moyenne une heure par jour.Et combien de temps par semaine utilise-t-on l\u2019ordinateur?Combien de courriels envoie-t-on par jour?La majorité des jeunes clavardent et utilisent leur portable pour rejoindre leurs amis.Pourtant la journée n\u2019a que 24 heures et plusieurs enquêtes montrent que le nombre d\u2019heures que les gens consacrent aux loisirs n\u2019augmente pas significativement par rapport au temps passé à dormir, à travailler, à étudier, à manger, etc., car il existe toutes sortes de phénomènes d\u2019hybridation des usages entre la télévision et l\u2019ordinateur, entre les diverses formes de communications électroniques, sonores ou écrites; on joue en réseau maintenant et la fonction communication est aussi importante que le jeu lui-même.Pourtant, on continue de vendre à l\u2019usager des outils qui s\u2019additionnent les uns aux autres plutôt qu\u2019ils ne s\u2019intégrent dans un ensemble et on l\u2019abonne à des réseaux autonomes et souvent incompatibles (câble, téléphone, satellite).Mais l\u2019usager, dont les ressources financières et temporelles sont limitées (il 298 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 garde ses vieux appareils et en achète de nouveaux, il fait des choix entre ses désirs et ses ressources), est un habile consommateur.Comme disait de Certeau3, « il ruse, il bricole, il s\u2019invente des tactiques de consommation pour contrer les stratégies des entreprises de communication qui veulent lui imposer leur loi et leur logique économique».Au cours de cette opération d\u2019analyse, nous avons défini six types d\u2019usagers, pour former une typologie des socio-types d\u2019internautes : l\u2019informateur, le communicateur, le joueur, l\u2019échangiste, le créatif et l\u2019acheteur.Aucun de ces usages d\u2019Internet n\u2019est exclusif aux individus parce que la grande majorité des adolescents font tout sur Internet (bien entendu, la proportion varie selon les caractéristiques de l\u2019individu : sexe, âge, personnalité, intérêts, etc ).MILIEU DEVIE, AMÉNAGEMENT ET APPROBATION DE L\u2019ESPACE HUMAIN Recherche évaluative du dispositif du Pacte rural et de ses retombées Patrice LeBlanc Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue Une équipe interuniversitaire de chercheurs1 du réseau de l\u2019Université du Québec a obtenu en septembre 2003 le mandat de réaliser une évaluation du dispositif du Pacte rural et de ses retombées.Rédigé sous la forme d\u2019une entente entre le gouvernement et chacune des MRC desservant un territoire rural, le Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 299 Pacte rural propose une approche flexible devant favoriser les initiatives locales et stimuler l\u2019innovation.Il constitue la pièce maîtresse de la Politique nationale de la ruralité adoptée en décembre 2001 par le gouvernement du Québec afin de soutenir le développement des communautés rurales de son territoire.Prenant appui sur une Déclaration en faveur du monde rural signée par le gouvernement et quatre grands Partenaires nationaux de la ruralité, la Politique et le Pacte s\u2019appliquent dans tous les milieux ruraux situés à l\u2019extérieur des agglomérations urbaines du Québec, soit plus de 1000 municipalités regroupant 1,6 million de personnes - soit 22 % de la population totale - réparties dans 91 municipalités régionales de comté (MRC) occupant 80 % du territoire habité.Cette recherche vise la conception d\u2019un modèle d\u2019évaluation du dispositif du Pacte rural, en y incluant des indicateurs de suivi et de résultats, ainsi que son expérimentation auprès d\u2019un échantillon de douze MRC.Les chercheurs ont ainsi élaboré un modèle de la problématique du développement rural mettant en relation quatre grands ensembles de variables : les capitaux (économique, social, naturel, etc.) propres aux communautés, la mobilisation des acteurs locaux, le développement des communautés en matière de capacités locales et d\u2019actions et la durabilité des communautés.Dans ce modèle, le dispositif du Pacte rural vise plus directement la mobilisation.Les premiers résultats indiquent une grande satisfaction des répondants à l\u2019égard du dispositif, notamment quant à son caractère non contraignant et à la démarche participative sur laquelle il repose, tandis que trois modèles de mise en oeuvre se dégagent : un modèle participatif axé sur la mobilisation des acteurs, un modèle orienté vers la distribution d\u2019allocations selon lequel on se concentre sur la répartition des sommes obtenues par la MRC et un modèle hybride.L\u2019équipe doit terminer l\u2019analyse et rédiger son rapport final à l\u2019automne 2006.1.Il s agit de Patrice LeBlanc (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, responsable), Serge Belley (École nationale d\u2019administration publique [ÊNAP] ), Johanne Boisjoly (Université du Québec à.Rimouski [UQAR]), Guy Chiasson (Université du Québec en Outaouais [UQO]), Bruno Jean (UQAR), André Joyal (Université du Québec à.Trois-Rivières), Danielle Lafontaine (UQAR), Richard Marceau (ÊNAP), Steve Plante (UQAR), Martin Robitaille (UQO). 300 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 NATURE, TRANSFORMATION ET GOUVERNANCE DE LA SOCIÉTÉ ET DE SES INSTITUTIONS Les scandales peuvent être source de développement1 Yves Boisvert École nationale d\u2019administration publique (ENAP) Les nombreux scandales qui ont secoué la classe politique durant la dernière décennie sont-ils à la source du développement effréné des dispositifs gouvernementaux de gestion des comportements?Oui, et nous pensons que les scandales politico-administratifs sont des moments privilégiés servant à cerner les attentes sociales, politiques et administratives à l\u2019égard de la conduite de nos élus.Les infrastructures et dispositifs d\u2019intervention en matière de régulation des comportements de deux paliers gouvernementaux, les paliers québécois et canadien, et celui de l\u2019OCDE sont à l\u2019étude.Plus particulièrement, notre équipe de recherche réalise présentement un répertoire des méthodes et dispositifs de régulation mis en œuvre dans 16 organisations publiques.Le second volet empirique de la recherche est l\u2019étude de six scandales politico-administratifs.Trois scandales ont eu lieu en lien avec le gouvernement québécois, soit le scandale M3i (impliquant des administrateurs de cette filiale d\u2019Hydro-Québec), le cas Gaétan Frigon (administrateur à la SAQ) et l\u2019affaire Oxygène 9 (lobbyisme).Au fédéral, les trois scandales ont frappé l\u2019imaginaire collectif: le scandale du commissaire à la protection de la vie privée (Georges Radwanski et ses comptes de dépenses), le Shawinigate (qui impliquait le premier ministre Jean Chrétien) et, enfin, le scandale des commandites.Une grille d\u2019analyse Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 301 originale a été créée et elle permet l\u2019analyse serrée des événements se déroulant au centre et autour du scandale, ainsi que celle du discours et des actions des acteurs en cause.Contrairement à l\u2019analyse médiatique des scandales, la grille propose quatre types de lectures : politique, administrative, des affaires et professionnelle.La grille catégorise les fautes comportementales et permet aussi de cerner les impacts de chaque scandale sur les politiques gouvernementales, sur les lois, sur les infrastructures de régulation des comportements et sur la stabilité des gouvernements.Finalement, le troisième volet de la recherche a permis d\u2019interroger plus d\u2019une trentaine de ministres, députés, ex-ministres et ex-députés de l\u2019Assemblée nationale sur la place de la corruption et des conflits d\u2019intérêts dans les mœurs politiques québécoises et sur leur définition de l\u2019éthique.Ce volet permet aussi de connaître leur point de vue sur la place que devrait prendre l\u2019éthique dans nos mœurs politiques.Un quatrième volet réunit une équipe de philosophes qui testera la qualité théorique et philosophique de ce modèle.1 2 1.\tC\u2019est ce que tente de démontrer une équipe de recherche subventionnée par le Fonds de recherche sur la société et la culture.Entrepris en 2003, le projet s\u2019intitule «Vers un nouveau cadre d\u2019analyse en éthique appliquée : consolidation théorique et évaluation de sa valeur heuristique à.partir de l\u2019éthique appliquée en contexte gouvernemental».L\u2019équipe comprend Luc Bégin (Université La.va.1), André Lacroix et Georges-A.Legault (Université de Sherbrooke) et moi-même, Yves Boisvert (ENAP).2.\tQuelques notes de recherche en lien avec ce projet ont déjà, été publiées et se retrouvent sur le site du Centre interuniversitaire de recherche en éthique appliquée (CIRÊA) et d\u2019autres viendront au début de l\u2019année 2007.Des articles ont aussi été publiés dans des revues et des publications en administration publique. 302 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 RELATIONS INTERNATIONALES ET DÉVELOPPEMENT Droit international de Tenviron-nement et droit commercial international: une mondialisation bancale?Corinne Gendron Université du Québec à Montréal Au tournant des années 2000 se sont consolidés deux phénomènes qui structurent désormais les enjeux de la régulation et les ambitions de la gouvernance à l\u2019échelle planétaire : la mondialisation économique et les problèmes environnementaux globaux.Après la dégradation de la couche d\u2019ozone qui a retenu l\u2019attention pendant les décennies 1970 et 1980, les changements climatiques et l\u2019appauvrissement de la biodiversité inquiètent ; globaux par nature, à travers notamment la portée planétaire de leurs impacts, avant de l\u2019être par leurs causes liées à la généralisation d\u2019un certain mode de vie, ils appellent une coordination inédite entre des États porteurs d\u2019intérêts divergents, et dont les populations n\u2019ont pas la même sensibilité à la question environnementale.Petit à petit, comme si l\u2019environnement était un enjeu à la pièce, on échafaude des ententes, des conventions, des protocoles qui menacent à tout moment de sombrer dans l\u2019oubli en raison de la défection d\u2019acteurs majeurs sans l\u2019appui desquels l\u2019enjeu semble insurmontable, et qui pourtant se sont consolidés, au cours des dernières années, en un véritable corpus juridique à l\u2019échelle internationale.Du côté de l\u2019économie, la logique est tout autre.Au GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) a succédé une OMC (Organisation mondiale du commerce) à l\u2019ambition régulatoire universelle, qui prétend régie- Panorama de la recherche sociale au Québec \u2022 303 menter l\u2019activité économique planétaire en imposant des règles au commerce international.Ainsi se configure une articulation problématique entre droit international de l\u2019environnement et droit commercial international.En effet, plusieurs traités environnementaux ont des incidences commerciales et touchent même parfois directement le commerce (Convention sur le commerce international des espèces animales et végétales en péril, 1973 ; Conventions de Bâle et de Bamako sur le transport et l\u2019importation de déchets dangereux).D\u2019un autre côté, les modalités du commerce international ont un impact potentiellement déterminant sur la protection de l\u2019environnement dans certains pays (par exemple en incitant à développer des monocultures au détriment d\u2019une agriculture vivrière).Pourtant, les deux corpus juridiques internationaux du commerce et de l\u2019environnement demeurent indépendants, jusqu\u2019à ce qu\u2019ils viennent à se rencontrer à l\u2019occasion de contentieux entre les pays.Se pose alors la question de leur articulation, et donc de l\u2019effectivité de chacun des deux droits : quels principes, quelles conventions, quelles obligations, de l\u2019environnement ou du commerce, doivent prévaloir en cas de contradiction ?La jurisprudence actuelle témoigne d\u2019une certaine fragilité des accords environnementaux par rapport aux règles de libéralisation économique qui n\u2019est pas étrangère au fait que les différends entre les deux types d\u2019accords sont souvent interprétés par des instances et des juristes commerciaux plutôt qu\u2019environnementaux : il n\u2019existe pas d\u2019OME, c\u2019est-à-dire d\u2019Organisation mondiale de l\u2019environnement, susceptible de juger des mesures de régulation économiques qui entreraient en conflit avec les principes dont elle serait la garante.Par conséquent, et compte tenu des défis environnementaux qui se posent à l\u2019échelle globale, n\u2019est-il pas temps de se pencher de façon formelle sur l\u2019articulation entre les droits de l\u2019environnement et du commerce, pour donner préséance, selon une logique négociée et réfléchie, plutôt qu\u2019automatique et imposée, au droit le plus fondamental en regard de l\u2019intérêt commun de l\u2019humanité ? m/' Saguenj Abltlbi-Témlscamlngue Nes-de-la- Madeleii -Laurent Mauricie Chaudière- Les régions du Québec 306 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Budget participatif et démocratie locale : l\u2019exemple du Plateau Laurence Bherer et Luc Rabouin1 Groupe de travail sur la démocratie municipale et la citoyenneté, Centre d\u2019écologie urbaine DES EXPÉRIENCES TRÈS DIVERSIFIÉES DE DÉMOCRATIE PARTICIPATIVE ÉMERGENT DANS LA PLUPART DES PAYS OCCIDENTAUX.Ces projets de démocratie participative sont concentrés à l\u2019échelle municipale.Considérée comme un échelon de proximité, la municipalité semble un endroit idéal pour promouvoir la reconstruction de la démocratie « par le bas».Au Québec, les expériences de participation à l\u2019échelle locale sont marginales et peu pérennes.Depuis la fin des années 1970, les lois québécoises obligent les municipalités à prévoir des formes modestes de participation en matière d\u2019urbanisme et de règlements d\u2019emprunt.Non soumises à ces lois, Montréal et Québec ont développé leurs propres instruments qui ont dépassé les principes de la législation, grâce à la volonté de deux partis politiques municipaux de centre-gauche.Montréal s\u2019est inspiré de l\u2019expérience du Bureau d\u2019audiences publiques en environnement en créant le Bureau de consultation de Montréal (Hamel, 1999).À Québec, le pari participatif a plutôt pris la forme de conseils de quartier, organismes indépendants chargés de faire des recommandations aux autorités municipales et d\u2019initier des projets dans les quartiers (Bherer, 2006).L\u2019expérience de Montréal a été édulcorée par le passage de Pierre Bourque à la mairie de 1994 à 2002, alors qu\u2019à Québec, les conseils de quartier sont relativement bien intégrés à la vie politique municipale.Au lendemain des regroupements municipaux, un nouveau contexte politique favorise le développement de pratiques de démocratie participative.La nécessité de penser l\u2019avenir de la ville élargie a amené plusieurs autorités municipales à organiser des sommets stratégiques faisant appel aux « forces vives » et aux citoyens.À Québec, les conseils de quartier ont été Les régions du Québec \u2022 307 élargis aux nouveaux quartiers de la ville.À Montréal, le Sommet de Montréal de 2002 et la mise sur pied, dans la foulée, du Chantier sur la démocratie, ont permis le développement de certaines innovations telle l\u2019adoption de la Politique de consultation et de participation publiques et de la Charte montréalaise des droits et responsabilités.De plus, la décentralisation vers les arrondissements permet des initiatives à cette échelle.Le pouvoir d\u2019élaborer leur propre budget de fonctionnement et d\u2019investissement rend possible l\u2019avènement de budgets participatifs à ce palier.Si ce contexte permet d\u2019envisager l\u2019émergence de nouvelles pratiques de démocratie participative, l\u2019histoire démontre que cette expérimentation est fragile et soumise aux aléas politiques.Les regroupements municipaux constituent-ils un tournant en matière de démocratisation locale ?Outre l\u2019expérience pérenne des conseils de quartier à Québec, le Québec verra-t-il fleurir d\u2019autres instances participatives ?En 2006, l\u2019arrondissement du Plateau-Mont-Royal a lancé un premier processus de budget participatif (BP) en sol québécois.Suivre les origines de cette innovation permet de comprendre le cheminement sinueux de la démocratie participative locale.Trois conditions sont particulièrement importantes pour développer et consolider la démocratie participative : 1 ) la mobilisation continue des citoyens; 2) une ouverture politique; 3) un apprentissage collectif de la participation, partagé par l\u2019ensemble des acteurs (élus, fonctionnaires, citoyens).Qu\u2019en est-il à l\u2019échelle du Plateau-Mont-Royal?Ce texte dresse un premier bilan à chaud alors que le cycle de la première année du BP n\u2019est pas encore complété.Une évaluation des procédures et des retombées du BP doit être complétée dans la prochaine année2.Le BP : de quoi s\u2019agit-il ?Le BP est un processus de participation directe des citoyens visant à leur permettre de discuter et de co-décider des priorités d\u2019investissements de la Le BP est un processus de participation directe des citoyens visant à leur permettre de discuter et de co-décider des priorités d\u2019investissements de la municipalité. 308 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 municipalité.Le BP a été inventé à Porto Alegre au Brésil où il est en vigueur depuis une quinzaine d\u2019années.Plus de 250 villes dans le monde ont développé une forme de BP, dont 55 en Europe (Rabouin, 2006).Pour le Plateau, il s\u2019agit d\u2019un processus de participation publique au choix des priorités d\u2019investissement (4,7 millions de dollars).Le budget de fonctionnement (53 millions de dollars) n\u2019est pas soumis à la participation citoyenne.Chronologie du BP sur le Plateau Septembre 2004 Octobre 2004 Janvier 2005 Février 2005 Mars 2005 Mai 2005 Septembre 2005 Novembre 2005 Décembre 2005 Tenue du 3e Sommet citoyen sur l\u2019avenir de Montréal.Résolution du conseil d\u2019arrondissement en faveur d\u2019un processus de participation publique au budget.Voyage de la mairesse du Plateau, Helen Fotopulos, à Porto Alegre.Annonce publique par la mairesse d\u2019un projet de BP pour le Plateau.Le Centre d\u2019écologie urbaine met sur pied un Comité d\u2019organismes communautaires sur le BP du Plateau.Embauche d\u2019un consultant par l\u2019arrondissement.Le Comité d\u2019organismes communautaires et la mairesse conviennent de lancer une première expérience de BP, même limitée, dès le budget 2006.Tentative avortée.Le conseil d\u2019arrondissement demande au comité exécutif (CE) de la ville de Montréal de mandater l\u2019Office de consultation publique de Montréal (OPCM) afin de mener une consultation sur le processus de BP du Plateau.Le CE accepte de mandater l\u2019OCPM si l\u2019arrondissement paie les frais.L\u2019arrondissement refuse cette condition.Dépôt du rapport du consultant3.Élections municipales.Hélène Fotopulos est réélue à la mairie de l\u2019arrondissement et 5 membres de son équipe sur 6 sont élus à titre de conseillers.Adoption du budget 2006 du Plateau.À la suite de questions des citoyens, la mairesse réitère son engagement à mettre en place un BP pour le budget 2007. Les régions du Québec \u2022 309 Avril 2006\tLa mairesse rencontre le Comité d\u2019organismes communau- taires afin d\u2019échanger sur une proposition de processus de BP.Annonce publique de la mise en place d\u2019un BP.Mai 2006\tAssemblée publique d\u2019information sur le budget et le proces- sus de BP.Plus de 150 citoyens sont présents.Juin 2006\tTenue de la 2e assemblée publique prévue pour l\u2019expression des suggestions des citoyens concernant les priorité du budget d\u2019investissement.Plus de 200 citoyens sont présents.L\u2019arrondissement doit ajouter une autre assemblée vu le nombre important de citoyens souhaitant s\u2019exprimer.Septembre 2006 Près de 150 personnes participent à une assemblée d\u2019échanges sur les priorités d\u2019investissement.L\u2019assemblée est consultative et non décisionnelle, ce que plusieurs ont déploré.À la suite de l\u2019assemblée, les résidants du Plateau recevront un coupon-réponse qu\u2019ils pourront remplir à la maison.Novembre 2006 Assemblée publique d\u2019évaluation du processus en vue de son perfectionnement.Pourquoi le Plateau ?Mobilisation et ouverture politique Tout d\u2019abord, l\u2019idée d\u2019un BP à Montréal a fait son chemin grâce au travail de citoyens réunis non seulement sur la base d\u2019un arrondissement, mais aussi à l\u2019échelle métropolitaine.L\u2019ONG Alternative et le Centre d\u2019écologie urbaine ont en effet uni leurs forces pour organiser entre 1999 et 2004 un ensemble d\u2019événements faisant la promotion de la démocratie participative.Les activités de même que les publics visés étaient diversifiés : 1 ) l\u2019invitation en 1999 du maire de Porto Alegre, Raul Pont, afin de faire connaître le BP de cette municipalité brésilienne; 2) l\u2019organisation entre 2001 et 2004 de trois Sommets citoyens dont le principal objectif était une réflexion sur la démocratisation locale (voir par exemple l\u2019Agenda citoyen pour la démocratie participative à Montréal4); 3) la programmation d\u2019une trentaine d\u2019ateliers sur l\u2019expérience de Porto Alegre à Montréal et ailleurs au Québec.D\u2019autres groupes ont également tenu des activités publiques faisant une large place aux enjeux de démocratie participative et au projet de BP.Pensons notamment au collectif D\u2019abord Solidaires qui a tenu en juin 2006, à Montréal, un Forum national sur la démocratie municipale.Or, l\u2019intérêt des 310 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 élus du Plateau pour le BP n\u2019est pas un hasard.Certains d\u2019entre eux, dont la mairesse de l\u2019arrondissement, Helen Fotopulos, ont appartenu au RCM, un parti politique municipal ouvert aux idées de participation.Par ailleurs, le Plateau est aussi un quartier singulier dans la mosaïque montréalaise : il combine en effet une population scolarisée, une sensibilité politique progressiste et la prévalence d\u2019enjeux sociaux sensibles, comme la pauvreté urbaine et l\u2019environnement.Un apprentissage collectif.inachevé Notons que les citoyens organisés du Plateau ont non seulement obtenu un engagement politique, mais aussi participé à la définition du processus en concertation avec les élus locaux.Le Comité des organismes communautaires a contribué à définir un modèle de BP intéressant du point de vue des citoyens et adapté à la réalité de l\u2019arrondissement.Ce comité a insisté auprès des élus sur quatre principes : 1 ) mettre en place les moyens adéquats pour informer les citoyens; 2) utiliser des pratiques d\u2019éducation populaire dans l\u2019animation des séances du BP, de manière à encourager les échanges entre les participants; 3) donner au processus un caractère décisionnel et non consultatif; et 4) constituer un comité de suivi du BP incluant des citoyens.Malgré l\u2019acceptation initiale du principe décisionnel, l\u2019assemblée de septembre a démontré que celui-ci n\u2019était pas encore acquis.Au départ, afin d\u2019éviter d\u2019attendre une année de plus avant la mise en place du BP, il a été décidé d\u2019un commun accord (élus et Comité des organismes) de lancer le processus même si les procédures n\u2019étaient pas encore claires.Les règles sont donc définies progressivement et s\u2019inscrivent dans une dynamique d\u2019amélioration continue.Cet enjeu sera particulièrement important dans la prochaine année, car la rigueur de la réflexion est souvent indicatrice des chances de survie d\u2019une nouvelle institution.Une procédure bien pensée donne en effet des éléments de prévisibilité qui permettent à tous de s\u2019approprier la logique participative.Être capable d\u2019apporter des ajustements découlant de l\u2019expérience pratique constitue un facteur clé expliquant le succès de l\u2019expérience de Porto Alegre dont le Plateau s\u2019inspire.Or, les premières réunions publiques du BP du Plateau tenues en mai et juin 2006 démontrent que l\u2019apprentissage du dialogue demeure un exerci- Les régions du Québec \u2022 311 ce exigeant.Une « petite révolution » est nécessaire pour modifier certaines habitudes, autant de la part des élus, des fonctionnaires que des citoyens.La première rencontre, qui informait les citoyens sur le processus budgétaire de l\u2019arrondissement, s\u2019est déroulée de manière traditionnelle sous la forme de questions-réponses, avec au préalable une présentation.Si un effort de vulgarisation sur un sujet aussi difficile que celui du budget a été nettement perceptible, les fonctionnaires n\u2019ont pas eu l\u2019occasion d\u2019exprimer leur point de vue sur les enjeux prioritaires, ce qui a affecte la qualité des échanges avec les citoyens et des décisions à venir.La seconde rencontre, où les citoyens étaient invités à proposer des priorités d\u2019investissement, ressemblait par moments à une assemblée régulière du conseil d\u2019arrondissement, la mairesse répondant parfois aux présentations plutôt que de simplement les accueillir et poser des questions d\u2019éclaircissement comme c\u2019est habituellement le cas dans une consultation publique.Lors de la troisième rencontre (ajoutée en raison du nombre élevé de citoyens désirant faire des propositions), la mairesse a toutefois rectifié le tir et cédé le rôle d\u2019animation à une personne externe comme le proposaient des participants et le Comité des organismes communautaires.Il est également difficile pour les citoyens et les organisations locales de sortir de la logique de la liste de doléances adressée aux élus et d\u2019intervenir dans un esprit de délibération collective sur les enjeux prioritaires du territoire.Par exemple, certains ont quitté immédiatement l\u2019assemblée après avoir fait leurs propositions, sans écouter celles des autres citoyens.Dans l\u2019ensemble, toutefois, les participants tentaient d\u2019articuler leurs propositions en fonction de l\u2019intérêt général et non selon des intérêts individuels et demeuraient présents afin d\u2019entendre celles des autres.L\u2019assemblée qui devait être délibérative et décisionnelle, initialement prévue en août, a été reportée en septembre.Les citoyens qui avaient participé aux étapes précédentes ont été surpris (certains choqués) d\u2019apprendre que celle-ci était purement consultative.Des échanges constructifs ont toutefois eu lieu entre citoyens (des petits groupes de six à huit personnes avaient été formés).La qualité de l\u2019information et des outils d\u2019animation est à souligner.Cette brève analyse de la dynamique des premières étapes du BP du Plateau laisse entrevoir l\u2019ampleur des défis qui attendent les acteurs engagés dans cette expérimentation. 312 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Conclusion Il faut bien admettre que le label de démocratie participative recouvre une variété de dispositifs, dont certains ont la couleur sans avoir la saveur.Les exercices de démocratie participative demeurent dans beaucoup de cas à l\u2019étape de l\u2019expérimentation et il faut rester prudent quant à la portée politique et à la pérennité d\u2019un tel projet.L\u2019expérience du Plateau sera-t-elle consolidée et déployée dans d\u2019autres arrondissements ainsi qu\u2019aux échelles de la ville, de l\u2019agglomération ou de la région métropolitaine ?La prochaine année sera cruciale pour déterminer le destin du BP du Plateau, destin important non seulement pour la démocratie montréalaise mais aussi pour les autres municipalités québécoises, dont les groupes et les élus les plus progressistes pourraient être tentés de s\u2019inspirer de l\u2019expérience du Plateau.Jusqu\u2019à maintenant, cette dernière est positive et suscite l\u2019intérêt.Il faudra suivre de près son évolution afin de vérifier si elle demeurera de nature purement consultative ou si elle ouvrira la voie à la création d\u2019un processus de cogestion impliquant citoyens, élus et fonctionnaires.De notre côté, nous pensons que le BP représente une piste intéressante à suivre pour ceux et celles qui veulent réinventer la démocratie dans le monde.une ville (ou un arrondissement) à la fois ! 1.\tLuc Rabouin a participé de près à.la mise en place de l'expérience du Plateau.2.\tLe Groupe de travail sur la.démocratie municipale et la citoyenneté (GTDMC) du Centre d'écologie urbaine assure un suivi systématique de l'expérience.3.\tDisponible en ligne: ville.montreaLqc.ca/pk/portal/docs/page/arr_pla_fr/media/documents/budg-et_participatif.pdf >.4.\tGTDMC, Un agenda citoyen pour la démocratie participative à Montréal Montréal., 2005.Voir le site www.ecologieurbaine.net Références P.Hamel, « Le tournant communicationnel dans la.gestion publique à.la lumière des enjeux démocratiques», Espaces et sociétés, 97-98,1999, p.122-219.L.Bherer, « Le cheminement du projet de conseil de quartier à.Québec (1965-2003) : un outil pour contrer Papolitisme municipal?», Politiques et sociétés, 25,1,2006, p.31-56.L.Rabouin, Réinventer la démocratie.Le Budget Participatif: de Porto Alegre à Montréal mémoire de maîtrise déposé pour évaluation le 30 août 2006 au Département de science politique de lTJniversité de Montréal. Photo : Alex Legault Les régions du Québec \u2022 313 Un quartier qui veut s\u2019en sortir: l\u2019histoire de la mobilisation dans Saint-Michel Lyse Brunet Vice-présidente, Développement social, Centraide du Grand Montréal Pierre Durocher Responsable du Chantier de revitalisation sociale et urbaine du quartier Saint-Michel mCTaaiHETjHin La Tohu L\u2019HISTOIRE DE LA MOBILISATION CITOYENNE DANS LE QUARTIER SAINT-MICHEL NOUS APPREND BEAUCOUP SUR LA FAÇON DONT LES CHOSES PEUVENT CHANGER quand les institutions, les groupes communautaires et les citoyens décident de s\u2019engager pour le mieux.Au 314 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 cours des trois dernières années, un vaste Chantier de revitalisation urbaine et sociale a été mis en place, un effort collectif qui est le fruit de plusieurs années de travail pour bâtir une vision, un plan d\u2019action et surtout la confiance dans la capacité d\u2019agir.Du dépotoir au Cirque du Soleil Saint-Michel, un quartier situé dans le centre nord de l\u2019île de Montréal, est un des quartiers où la population est la plus pauvre au Canada : 60 000 personnes dont 42 % qui vivent sous le seuil de la pauvreté, bien que 67 % des revenus proviennent d\u2019emplois.Au début des années 1980, la perception du quartier tant par ses habitants que par les autres Montréalais n\u2019était pas très reluisante.Identifié à la carrière Miron devenue un site d\u2019enfouissement des déchets, le quartier avait une image de déclin due aux transformations importantes qu\u2019il avait subies au cours des années d\u2019après-guerre : la fin de l\u2019activité de ses deux carrières, Miron et Francon, qui avaient fait vivre des générations d\u2019ouvriers et accueilli des immigrants italiens, puis l\u2019exode de ces gens qui se sont installés en banlieue, le peu d\u2019investissements des pouvoirs publics, la construction de l\u2019autoroute métropolitaine qui est venue « couper » le quartier en deux, l\u2019absence de plan d\u2019aménagement.Pendant ce temps, la population était passée de 6 000 à 60 000, accueillant une nouvelle vague d\u2019immigration provenant d\u2019Haïti, d\u2019Algérie, du Maroc et d\u2019Amérique du Sud.Les problématiques liées à la pauvreté et l\u2019exclusion se sont dès lors s\u2019installées, doublées des enjeux environnementaux et structurels du quartier.Le site d\u2019enfouissement a représenté de plus en plus une nuisance pour les citoyens qui commencèrent à se mobiliser pour faire fermer la carrière.C\u2019est dans ce contexte que naît une des premières tables de quartier de Montréal dont l\u2019objectif est de réunir tous les intervenants concernés: les services sociaux, les écoles, les organismes communautaires, le journal local, la police et d\u2019autres pour se saisir de la situation et se concerter pour apporter des solutions.La table prend le nom de Vivre Saint-Michel en santé (VSMS), se joignant au mouvement international Villes et villages en santé à l\u2019invitation de la ville de Montréal.Entre-temps, le Cirque du Soleil prend la décision d\u2019établir son siège social dans le quartier, une présence symboliquement très forte puisque les Les régions du Québec \u2022 315 créateurs du Cirque, des saltimbanques à l\u2019origine, se reconnaissent une identité avec ce quartier qui veut renaître et se donner une vision de développement.Avec le Cirque vient quelques années plus tard la TOHU, la cité des arts du cirque, qui se donnera une vocation locale d\u2019intégration des jeunes et de diffusion culturelle.Les années 1980 verront la création de plusieurs organismes communautaires qui prendront en charge ces problématiques en offrant aux citoyens non seulement des services, mais aussi des lieux de participation et d\u2019empowerment face à leur propre vie.Grâce à la Société d\u2019habitation du Québec, un complexe de 125 logements sociaux voit le jour qui est un modèle de gestion de la diversité.Un deuxième souffle Malgré ces réalisations, la pauvreté était toujours existante au tournant de l\u2019an 2000 et les partenaires de la table de quartier avaient besoin d\u2019un deuxième souffle.Une occasion s\u2019est présentée lorsqu\u2019une offre a été faite à Centraide du Grand Montréal d\u2019associer un quartier à un projet canadien « Collectivités dynamiques », dont le but était de réunir 15 villes ou quartiers où de telles dynamiques de rassemblement autour des enjeux de pauvreté et d\u2019exclusion étaient à l\u2019œuvre.C\u2019est ainsi que commença une nouvelle aventure pour la table de quartier et pour Centraide du Grand Montréal qui apportait déjà un soutien financier à un réseau de 30 tables de quartier, conjointement avec la ville de Montréal et la Direction de la santé publique.Pour que ces coalitions locales formées principalement d\u2019institutions, d\u2019organismes communautaires et de citoyens puissent avoir un impact et contribuer vraiment au développement social du quartier, il fallait faire plus que du financement.La table de quartier décida, après avoir mené des consultations, de s\u2019associer au projet des «Collectivités dynamiques», de lancer le Chantier de revitalisation sociale et urbaine et de se donner un nouveau plan d\u2019action centré sur la lutte contre la pauvreté, l\u2019habitation, les infrastructures de culture, sport et loisirs, et les services commerciaux.De plus, comme il a été découvert par un sondage que le sentiment d\u2019insécurité était l\u2019une des incitations principales à quitter le quartier, les partenaires de VSMS mettent en branle plusieurs actions : marches exploratoires 316 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 de lieux insécurisants, études sur le sentiment de sécurité, embauche de travailleurs de aie pour réduire l\u2019effet des gangs et de la prostitution.Depuis deux ans, un comité de travail se penche sur la sécurité et la prévention.Tout a été mis en œuvre autour d\u2019une vision : « Saint-Michel, un quartier agréable à vivre, propice à la vie familiale et aux échanges multiculturels, une communauté active et solidaire, qui se prend en main et qui contribue à l\u2019essor de Montréal.» Les citoyens ont été partie prenante de ces discussions qui se sont déroulées à plusieurs reprises, sous la tente de la TOHU, dans les locaux de la polyvalente, à la Maison du Citoyen.De plus, par le biais du volet de Participation citoyenne, des citoyens du quartier, dans cinq voisinages différents, s\u2019impliquent et développent des projets qui visent l\u2019amélioration de la qualité de vie de leur quartier.En tout, 42 projets ont été définis par un comité formé de partenaires provenant du quartier et de l\u2019extérieur du quartier.À ce jour, près de 25 projets sont en cours de réalisation.Dans une perspective de dix ans, les partenaires du milieu souhaitent que le quartier réponde à la vision qu\u2019ils s\u2019en sont donnée.Ce sont tous des projets très concrets qui mettent ensemble plusieurs partenaires.La table de quartier a revu son mode de gouvernance et un formidable exercice de démocratie et de citoyenneté responsable est constamment à l\u2019œuvre dans tout ce qui est entrepris.Le quartier peut également compter sur le soutien financier de ses projets par le biais du ministère de l\u2019Immigration et des Communautés culturelles, de Service Canada, du Centre 1,2,3 Go !, de plusieurs directions de la ville de Montréal, de l\u2019arrondissement Villeray/Saint-Michel/Parc-Exten-sion, de la Caisse de solidarité des travailleurs, de Fil Action, du Groupe conseil en développement de l\u2019habitation, de la Direction de la santé publique de l\u2019Agence de santé et de services sociaux de Montréal, de la Fondation du Grand Montréal et de la Fondation Stephen R.Bronfman qui réalise dans le quartier un projet en faveur des jeunes.La mobilisation a attiré les ressources.La contribution spécifique de Centraide du Grand Montréal a été, au-delà des sommes d\u2019argent allouées à des actions du Chantier, de mettre en Les citoyens ont été partie prenante des discussions. Les régions du Québec \u2022 317 réseau les partenaires locaux avec des partenaires ayant une vision d\u2019ensemble du grand Montréal et même plus large.De grandes fondations privées, la direction des instances gouvernementales associées au plan local, des universitaires, des gens d\u2019affaires avisés, bref, des réseaux auxquels souvent ceux qui travaillent au plan local n\u2019ont pas accès.À travers ces réseaux, des complicités se tissent, des ressources sont canalisées, non seulement financières, mais aussi des savoirs, des expertises qui viennent compléter celles qui agissent dans le quartier.Bâtir une culture de collaboration L\u2019expérience nous a appris que face aux énormes défis sociaux auxquels font face des quartiers comme celui de Saint-Michel, personne n\u2019a toute la solution et qu\u2019il faut nécessairement travailler ensemble et faire converger les stratégies et les ressources.Cela veut dire que chacun doit travailler consciemment à bâtir une culture de collaboration basée sur la confiance et le respect mutuels.Travailler sur le rythme de développement et le climat d\u2019enthousiasme sont des ingrédients essentiels à la bonne conduite des efforts collectifs.À Saint-Michel, les gens disent que ça se sent et que ça commence à se voir.C\u2019est un indicateur que les actions portent, mais il faut du temps et de la patience pour en mesurer véritablement les impacts tant les défis sont complexes et qu\u2019un quartier, malgré la bonne volonté de ceux qui l\u2019animent, n\u2019a pas à lui seul tous les leviers du changement social désiré. 318 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Une crise sans précédent dans l\u2019industrie forestière Vicky Boutin Journaliste DEUX ANS APRÈS LA FERMETURE DÉFINITIVE DE L\u2019USINE DE PAPIER JOURNAL D\u2019ABITIBI-CONSOLIDATED, à La Baie, la petite communauté tente toujours de se relever.Ce sont tout près de 700 travailleurs qui ont perdu leur emploi.L\u2019usine de La Baie a été l\u2019un des premiers fleurons de l\u2019industrie forestière à perdre pied au Québec devant l\u2019ampleur de la crise forestière qui s\u2019amorçait.Une catastrophe pour la population.Lorsque la compagnie avait fermé temporairement l\u2019usine en 2003, la direction s\u2019était expliquée en citant la baisse de la demande et des prix du papier journal.Depuis la fermeture, La Baie perd 32 millions de dollars par année, uniquement en masse salariale.Le président de la Chambre de commerce et d\u2019industrie, Éric Marquis, avoue franchement: «Ce serait faire l\u2019autruche que de dire que tout va bien à La Baie.On est dans le creux de la vague, mais on travaille à remonter.» Les gens d\u2019affaires du milieu n\u2019en peuvent plus du marasme économique qui persiste.Ils tentent par tous les moyens de relancer l\u2019économie, mais ce n\u2019est pas chose facile.Plusieurs employés de la Consol y travaillaient depuis leur arrivée sur le marché de travail.Retourner à la case départ en a découragé plus d\u2019un.La gifle infligée par la compagnie mine encore aujourd\u2019hui le moral des troupes.Les Baieriverains assistent impuissants au démantèlement de l\u2019usine, en plein cœur de la ville.Lebel-sur-Quévillon vit sensiblement la même situation.La communauté tente péniblement de se remettre sur les rails, un an après que Dom-tar a fermé subitement ses usines de pâte et de sciage.Là aussi, c\u2019est près de 700 emplois qui se sont volatilisés.Un cauchemar pour cette municipalité d\u2019environ 3 000 habitants.Domtar embauchait 58 % de la main-d\u2019œuvre.Peu de temps après l\u2019annonce, le ministre des Ressources naturelles Pierre Les régions du Québec \u2022 319 Corbeil a même dû lancer un appel au calme pour contenir les tensions et la colère de la population.Un an plus tard, le maire Gérald Lemoyne garde espoir que Domtar rouvrira son usine d\u2019ici peu.Partout au Québec, dans presque toutes les régions, de petites municipalités comme Lebel-sur-Quévillon et La Baie connaissent des jours sombres en raison de la crise qui assaille l\u2019industrie forestière.Le pire, c\u2019est que les hommes et les femmes qui vivent de la forêt ne sont probablement pas au bout de leurs peines.Il est difficile de déterminer une seule cause responsable de cette crise sans précédent.Les éléments déclencheurs sont nombreux.Celui qui a défrayé les manchettes le plus fréquemment au cours des derniers mois est sans contredit le conflit sur le bois d\u2019œuvre qui oppose le géant américain au Canada.Conflit du bois d\u2019œuvre Washington accuse les gouvernements de subventionner l\u2019industrie forestière canadienne et soutient que les entreprises de bois d\u2019œuvre vendent leurs produits moins cher que leur valeur réelle.C\u2019est pour cette raison que les États-Unis ont imposé, depuis 2002, des droits de 27 % sur les importations de bois d\u2019œuvre canadien.Cette mesure a grandement affaibli l\u2019industrie forestière canadienne, entraînant plusieurs fermetures d\u2019usines et pertes d\u2019emplois.Le Canada a toujours contesté la version américaine dans ce litige, soutenant que son industrie forestière était tout simplement plus compétitive, notamment en raison de l\u2019abondance des forêts et, en conséquence, de droits de coupe peu élevés.Ce que les États-Unis considèrent comme une subvention déguisée.Les États-Unis ont plaidé leur cause devant les tribunaux de l\u2019ALENA et de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC), mais c\u2019est le Canada qui a remporté la majorité des batailles.La plupart des jugements enjoignaient aux États-Unis de revoir leur façon de faire.L\u2019entêtement de Washington dans ce dossier a été perçu par plusieurs comme une démonstration d\u2019arrogance et de mauvaise foi.Le 27 avril 2006, après d\u2019intenses négociations, les deux parties en sont venues à un accord.Celui-ci prévoit qu\u2019Ottawa récupérera 4 des 5,3 milliards de dollars perçus par les États-Unis en droits compensateurs et antidumping depuis 2002.L\u2019entente a été difficile à avaler 320 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 pour l\u2019industrie canadienne, mais, mise au pied du mur, elle n\u2019avait d\u2019autre choix que d\u2019acheter la paix.L\u2019accord permettra à certaines entreprises de reprendre leur souffle, et peut-être d\u2019éviter la fermeture.Mais la mise en œuvre de l\u2019entente ne réglera qu\u2019en partie la crise actuelle.Valeur du dollar canadien Cette crise est également due à une autre réalité : l\u2019appréciation du dollar canadien par rapport à la devise américaine.Une situation qui réduit la compétitivité des entreprises canadiennes sur le marché américain.En bref, elles reçoivent moins d\u2019argent canadien pour chaque somme versée par les Américains.Commission Coulombe Les recommandations de la Commission d\u2019étude sur la gestion de la forêt publique québécoise, mieux connue sous le nom de Commission Coulombe, publiées en décembre 2004, ont aussi fréquemment servi de bouc émissaire pour expliquer la crise forestière.Dans la foulée du débat lancé par le film L\u2019erreur boréale, la commission s\u2019est penchée sur les modes de gestion de la forêt publique au Québec.Le gouvernement a par la suite décidé de réduire de 20 % la possibilité forestière de façon à protéger la forêt québécoise.Cette mesure a eu l\u2019effet d\u2019une onde de choc partout en province.Du point de vue de l\u2019industrie forestière, Québec est allé trop loin, puisque cette mesure menace directement des milliers d\u2019emplois.Diminution de la demande Pour comprendre la crise, il faut également rappeler la diminution de la demande pour les produits papetiers.Au cours des dernières années, plusieurs journaux ont décidé de réduire leur tirage de même que leur nombre de pages.D\u2019autres ont voulu miser sur le Web.Selon le Center for Paper Business and Industries Studies, la demande de papier journal en Amérique du Nord est passée de 14 millions de tonnes par année à 11 millions entre 2000 et 20051.Des entreprises moins concurrentielles Le Conseil de l\u2019industrie forestière du Québec (CIFQ) explique que les Les régions du Québec \u2022 321 entreprises du secteur ne sont plus concurrentielles.Il en coûte de plus en plus cher pour produire une même quantité.« Le coût de la fibre et des copeaux est le plus cher en Amérique du Nord, et même au monde», souligne Guy Chevrette, le président du CIFQ.« De plus, les usines sont de plus en plus loin de la forêt.Le prix du pétrole a augmenté à un rythme effarant, et l\u2019énergie a subi quatre hausses consécutives, alors que c\u2019était l\u2019un de nos avantages concurrentiels jadis.» Comme les forêts de la province sont devenues trop chères à exploiter, des entreprises québécoises ont même décidé de s\u2019approvisionner à l\u2019étranger, notamment en utilisant du bois qui vient de Chine.Impacts en régions Tous ces facteurs combinés ont mené au marasme que connaît actuellement l\u2019industrie.Le gouvernement du Québec le reconnaît lui aussi : il s\u2019agit de la pire crise de l\u2019histoire du secteur forestier.Le budget 2006-2007 annonçait l\u2019octroi de prêts de 350 millions de dollars aux exportateurs de bois d\u2019œuvre.L\u2019aide de Québec a toutefois raté la cible, si bien que les fermetures d\u2019usines se sont poursuivies.Les plus touchées par cette crise sont les régions-ressources.Tant en Abitibi-Témiscamingue, sur la Côte-Nord, en Gaspésie, qu\u2019au Saguenay-Lac-Saint-Jean, de petites communautés regardent avec impuissance la débâcle de l\u2019industrie forestière.Pour plusieurs d\u2019entre elles, la forêt est le principal, sinon le seul, moyen de subsistance.Depuis plusieurs mois, les journaux locaux annoncent fermeture après fermeture, dans ce secteur qui était jadis florissant.Domtar a fermé ses usines de pâte et de sciage de Lebel-sur-Quévillon, Smurfit-Stone a cessé la production de boîtes de carton à son usine de New Richmond, Tembec a fermé son usine de Saint-Léonard-de-Portneuf.Et avant celles-ci, il y a eu les fermetures des usines d\u2019Abitibi-Consolidated de La Baie et de Chandler.Sans compter toutes les petites scieries qui ont dû fermer leurs portes un peu partout au Québec.Chaque fois, ce sont des familles entières qui écopent.De nombreux travailleurs forestiers qui se retrouvent sans emploi ont peu de scolarité.Trouver un nouveau boulot devient alors un véritable défi.Décrocher un emploi dans le même secteur, avec un aussi bon salaire, est souvent un souhait irréalisable.Plusieurs décident de retourner sur les bancs d\u2019écoles, en essayant d\u2019améliorer leur situation. 322 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le ministère des Ressources naturelles du Québec a avoué avoir cessé de comptabiliser les pertes d\u2019emplois dans le secteur de la foresterie depuis quelques mois déjà.Du côté du Conseil de l\u2019industrie forestière du Québec, on affirme qu\u2019un total de 3000 emplois ont disparu en raison de la fermeture définitive de 36 usines dans la province entre le 1er avril 2005 et octobre 2006.De surcroît, plus de 4000 travailleurs ont été mis en disponibilité pendant la même période, suite à la fermeture temporaire de leur usine.Dans les deux premières semaines du mois d\u2019octobre seulement, Abitibi-Consoli-dated a fermé 4 scieries, mettant à pied 700 travailleurs au Québec.Au même moment, Domtar envoyait au chômage 950 autres travailleurs.Chaque fermeture d\u2019usine provoque une onde de choc dans les communautés touchées.Pour les villes et les villages, cette situation signifie souvent la perte d\u2019importants revenus prélevés en taxes, ce qui les force à revoir à la baisse leur budget, déjà très serré.Les commerces souffrent également de la crise puisque les travailleurs et leurs familles préfèrent se serrer la ceinture en espérant des jours meilleurs.La crise frappe aussi de nombreux sous-traitants.Plusieurs camionneurs, par exemple, décident tout simplement de retirer leur camion de la route.Devant la multiplication des mauvaises nouvelles, de nombreux jeunes préfèrent quitter leur région natale, une migration qui ne fait rien pour arranger les choses.Dans les établissements collégiaux, les programmes liés à la forêt sont en perte de vitesse.Au Cégep de Saint-Félicien, par exemple, le programme de Technologie de la transformation des produits forestiers a dû être suspendu en septembre à cause d\u2019un nombre insuffisant d\u2019inscriptions.Solutions Il n\u2019y a malheureusement pas de solution unique et incontournable pour améliorer le sort de l\u2019industrie forestière.Les pistes pour y parvenir sont nombreuses.Pour le président du CIFQ, Guy Chevrette, la situation nécessite une plus grande implication de l\u2019État.Il estime que les mesures d\u2019aide annoncées par Québec sont loin d\u2019être suffisantes.Il refrise de dire que le pire est derrière, et soutient qu\u2019il y a encore de durs moments à passer : « L\u2019industrie va sans doute vouloir rentabiliser ses équipements en fonctionnant même sept jours sur sept.Il va y avoir de grosses restructurations.» Si la possibilité Les régions du Québec \u2022 323 forestière est de nouveau réduite, Guy Chevrette assure que la consolidation sera plus forte et fera encore plus mal.D\u2019autres affirment plutôt que la formule de distribution des contrats d\u2019approvisionnement et d\u2019aménagement forestier (CAAF) doit être revue.Cette option a d\u2019ailleurs fait l\u2019objet d\u2019un débat public cet automne, organisé par la Commission forestière régionale de l\u2019Abitibi-Témiscamingue, une commission indépendante dont la mission est de faire des recommandations aux élus.Son président, Jules Arsenault, est d\u2019ailleurs un ex-membre de la Commission Coulombe.Il explique que l\u2019industrie veut chambouler la méthode d\u2019attribution des CAAF, normalement rattachés à des usines, et non à des entreprises.« L\u2019entreprise souhaite présentement que le lien entre le bois et l\u2019usine soit coupé et que ce soit plutôt un lien entre le bois et l\u2019entreprise, explique-t-il.De cette façon, l\u2019entreprise pourrait consolider le secteur industriel en prenant le bois attribué à une usine et en le donnant à une autre usine.» Une façon de faire qui ne plaît pas aux petites communautés souvent dépendantes de la forêt.« Les gens souhaitent que le bois soit lié au territoire.C\u2019est leur seule emprise pour garder des emplois dans leur communauté », renchérit Jules Arsenault.Il croit que les régions pourraient émettre elles-mêmes de nouveaux critères de distribution, de façon à maintenir les emplois liés à la forêt.Il y a fort à parier que l\u2019industrie forestière sortira transformée de cette crise.Les usines ne pouvant faire face aux lois du marché disparaîtront, ce qui est déjà commencé.Le portrait de l\u2019industrie changera.Certaines entreprises devront se tourner vers d\u2019autres créneaux de développement pour continuer.Plusieurs en sont déjà à cette étape et pensent à l\u2019avenir, mais d\u2019autres luttent encore pour leur survie.1.Center for Paper Business and Industries Studies, «State of the North American Pulp and Paper Industry», 16 juin 2006.mvw.cpbis.gatech.edu 324 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 BILAN RÉGIONAL: LA RÉGION MÉTROPOLITAINE Montréal 2006, ville ouverte et politisée Jacques Keable Journaliste Kent Nagano 2006 s\u2019annonçait prometteuse : la venue du spectaculaire et réputé chef Kent Nagano allait constituer un moment réconfortant de joie et d\u2019espoir dans la vie socioculturelle de la métropole québécoise.Polyglotte à la chevelure romantique, Kent Nagano allait redonner à la ville et à son orchestre symphonique un lustre international dont l\u2019une et l\u2019autre étaient nostalgiques depuis le départ de Charles Dutoit.Il y avait aussi, à l\u2019horizon, des projets qui se voulaient porteurs, à commencer par le déménagement du casino de Montréal de ITle Notre-Dame au bassin Peel, quartier Pointe-Saint-Charles.Retapé, le casino serait intégré dans un ensemble irrésistible, dominé par le Cirque du Soleil: vaste salle de spectacles, spa, hôtel, restaurants, bars et plus encore! Bref, une grosse affaire dépassant le milliard de dollars, préférablement exempt des taxes municipales pour des raisons de compétitivité, demandait le patron du casino.Pour faire accepter ce projet somptuaire dans un quartier plutôt démuni et dans une ville où 40% des travailleurs gagnaient Les régions du Québec \u2022 325 moins de 20 000 dollars par année, on mit le paquet.Dans une mise en scène songée, on vit apparaître sur les écrans de télévision, chacun sur son petit tabouret, le président de Loto-Québec propriétaire du casino, cravaté comme il convient, et le grand patron et fondateur du Cirque du Soleil, vêtu genre richement négligé.Le ballon flotta dans l\u2019air un petit moment mais bientôt, analysé, pesé et mesuré, il fut jugé dangereusement inadapté par tous les organismes soucieux d\u2019un développement socioéconomique harmonieux, au surplus dans un quartier populaire fragile à plusieurs égards, et il se dégonfla avec la fonte du printemps.Le Cirque du Soleil plia aussitôt bagage en laissant savoir, flegmatique, que Singapour était plus accueillant, et tant pis pour Montréal! Fin du projet.Peu avant, le projet de centrale hydroélectrique sur le Saint-Laurent, en face de Montréal, mis de l\u2019avant par la Société du Flavre, entreprise sans but lucratif coprésidée par l\u2019ex-premier ministre Lucien Bouchard et vouée au développement de la partie sud-ouest de la ville, avait échoué, pour des raisons écologiques.L\u2019année précédente, devant la grogne populaire, le projet de centrale au gaz dit du Sûroit avait été écarté par le gouvernement.Et à l\u2019horizon, se profilait le débat sur la privatisation partielle du mont Orford, etc.Bref, la mise définitive à l\u2019écart du projet de déménagement du casino fut la goutte d\u2019eau amère qui enclencha un vaste exercice de défoulement public de la part des milieux d\u2019affaires.Lucien Bouchard passa à l\u2019attaque, suivi par diverses personnalités du monde des affaires, et notamment par le porte-parole du Conseil du patronat.Il n\u2019y a plus moyen de réaliser de grands projets au Québec : il y a toujours, se plaignirent-ils les uns après les autres, des organismes communautaires, subventionnés en plus, pour tout bloquer! En conséquence, Montréal est incapable d\u2019envisager autre chose que la p\u2019tite vie ! Cette mauvaise querelle s\u2019envenima pendant quelque temps avant de s\u2019éteindre.Et comme s\u2019il allait de soi que la route du paradis passe par des centrales au gaz ou alors par le casino et ses annexes, les chantres du progrès par grands projets refusèrent un seul instant d\u2019envisager l\u2019hypothèse d\u2019une erreur de vision et de stratégie de leur part ! Montréal la politisée Mais peut-être est-ce le 6 août que la Cité aura été à son meilleur en 2006.Ce dimanche ensoleillé du cœur chaud de l\u2019été, plus de 15 000 personnes, en un défilé multicolore, marchèrent pacifiquement pendant plus de trois heures dans les rues de la ville pour réclamer, avec une ferveur peu commune dans le monde, la fin des violences au Liban et exiger, du même coup, que le premier ministre Harper se dissocie des politiques agressives des gouvernements Bush et Olmert.La population montréalaise, notons-le, avait de bonnes raisons de manifester puisqu\u2019elle compte, dans ses rangs, une importante colonie libanaise dont des membres alors en voyage au Liban y laissaient leur vie.Ce jour-là, Montréal aura laissé voir une nouvelle fois son ouverture au monde, son pouvoir de mobilisation pour des causes qui dépassent ses intérêts immédiats et la vigueur de sa solidarité populaire avec les victimes innocentes au Liban, en Palestine, en Irak et en Israël des agressions menées par les pays les plus puissants de la planète. 326 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Ces dernières années, la population montréalaise avait massivement montré, y compris à 25 degrés sous zéro, son opposition au carnage (toujours actuel) en Irak.Son appui du mois d\u2019août au peuple libanais sous les bombes n\u2019aurait donc pas dû surprendre.Pourtant, il attira sur Montréal, plus particulièrement sur les Franco-Québécois, une pluie d\u2019accusations plus perverses et méchantes les unes que les autres: antisémitisme, terrorisme, fascisme.Cela, même si on retrouvait, en tête du défilé, des politiciens fédéraux d\u2019obédience libérale et bloquiste, les chefs du Parti québécois et de Québec solidaire, les leaders des centrales syndicales et d\u2019un grand nombre de regroupements populaires, des personnalités diverses, dont des Juifs.Rien ni personne n\u2019y fit : le Québec était devenu le Quebecis-tan, écrivait, sérieuse comme un pape soufflant une bulle, une chroniqueuse montréalaise du National Post.Cela dit, la Montréal politisée, populaire et non violente, au nord de l\u2019Amérique guerrière, aura eu beau susciter la hargne des croisés de la droite mondiale militariste, elle n\u2019en aura pas moins affirmé ainsi une singularité qui demeure sans doute la plus belle et la plus honorable des plumes à son chapeau.Hors placard ! Peut-être aussi que la tenue à Montréal, à la même période estivale, des premiers Out-games de l\u2019histoire doit également s\u2019inscrire comme l\u2019un des (rares!) faits marquants à signaler dans la Montréal de 2006.Cela, moins en raison de son succès populaire, bien relatif, qu\u2019en raison de la sérénité qui a caractérisé son existence même : une pleine semaine de manifestations et d\u2019événements gais auxquels participèrent des délégations sportives et médiatiques des quatre coins de la planète, sans qu\u2019un seul fait déplorable n\u2019ait été noté.Dans l\u2019apparente indifférence populaire, aucune manifestation d\u2019agressivité si ce n\u2019est, verbalement, contre la curieuse dominante anglaise de l\u2019événement, à commencer par son nom.Acceptation réelle, ou simple tolérance?À voir.Montréal ville ouverte, ville des plaisirs inédits (dit-on) et interdits (ailleurs!): «Les bars de danseurs pour gais sont, au même titre que les smoked meats de Schwartz, une grande spécialité montréalaise.(.) Les Américains n\u2019en reviennent tout simplement pas.(.) On apprécie, poursuit La Presse (5 août), leur danse en nu intégral et on salue l\u2019ouverture des juges de la Cour suprême qui ont permis un jour les fameuses danses à 10$.» Bon! La p\u2019tite vie ! Pour le reste et sauf erreur, l\u2019année 2006 se sera déployée sur Montréal dans le style business as usual.Une année vécue à la petite semaine.La p\u2019tite vie, quoi! Vieux dossiers qui traînent, interminables, vieux bobos que l\u2019on ne cesse de gratter encore et encore.Les nids-de-poule, par exemple! Grosse nouvelle d\u2019été, on les comblera, on pavera rues et trottoirs : on a un gros budget pour !.Ou alors le prolongement de la 25 et la modernisation (sic) de la rue Notre-Dame, dont on débat depuis une trentaine d\u2019années à ce jour et ça n\u2019est pas fini !.Puis, (à la surprise de qui?.) on nous aura annoncé la hausse des coûts prévus pour la construction du Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM) et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), ces deux superhôpitaux milliardaires destinés, par le Les régions du Québec \u2022 327 truchement de PPP, à couler à grands frais les deux solitudes dans le béton armé.Quoi encore?.les fusions municipales forcées! Encore?Oui, encore! Mais plus exactement, en 2006, on se sera attardé sur les défusions partielles.Questionnement angoissant: comment et au profit de qui répartir les taxes au sein desdites agglomérations municipales?En maints endroits, sur la rive sud de Montréal notamment, la chicane a poigné, puis s\u2019est approfondie avant d\u2019être finalement refilée, sous forme de patate chaude, à la ministre des Affaires municipales qui n\u2019en peut mais.Autre pérenne actualité aussi prévisible que le changement des saisons : la saga traditionnelle des cols bleus ! Accusés par habitude de tous les crimes de la planète (leurs adversaires n\u2019ont de cesse de leur chercher des puces.), ils n\u2019en continuèrent pas moins, forts d\u2019une étude d\u2019un professeur de l\u2019UQAM établissant que leur situation est particulièrement stressante, de réclamer avec ténacité de meilleures conditions de travail dans une ville accordéon qui, après avoir été agrandie, a été rapetissée.Autre lieu où des inquisiteurs cherchent des puces sans apparemment en trouver : le Festival des films du monde (FFM) de Serge Losique.Pour la deuxième année d\u2019affilée, le FFM, qui fêtait pourtant ses trente ans, était privé de toute subvention.Amaigri mais fier, il se tint debout dans la tempête, jetant un œil méprisant sur le navire naufragé de son concurrent, pourtant grassement subventionné par les gouvernements et qui est disparu dans les dettes, la honte et les odeurs de scandale dès sa première saison, en 2005, au lendemain même de sa naissance.Le maire à Paris Peut-être en quête d\u2019inspiration, le maire de Montréal, Gérald Tremblay, choisissait pour sa part de délaisser momentanément les questions estivales d\u2019intendance pour aller rencontrer son homologue à Paris.Il y fut séduit par les tramways qu\u2019il promit d\u2019implanter à Montréal un de ces jours, puis, porté par un enthousiasme généralisé, il tomba en admiration devant les petites clôtures métalliques qui entourent, assez banalement, les arbres parisiens.Les montrant du doigt sous le regard des micros-caméras de Radio-Canada, il déclara, littéralement transporté, «c\u2019est ça qu\u2019on a de besoin, à Montréal.» (sic).On verra ! On verra.parce que ce maire a parfois la mémoire courte! Ainsi, ayant oublié, début 2006, ses toutes fraîches promesses électorales, il annonça benoîtement une hausse des taxes ! Tollé chez le peuple floué! Le maire, de peu de mémoire mais bon prince, raya toutes les hausses annoncées! « S\u2019cusez-moi, sembla-t-il dire, j\u2019avais oublié.» Un certain surréalisme.Pendant ce temps, Laval la catholique, ville sainte logée comme il sied dans lîle Jésus, se payait des avocats pour défendre contre vents et marées le maintien de la prière avant les séances publiques du conseil de ville, pratique que contestaient des citoyens dont l\u2019un, excédé, se sera écrié, prosaïque: « Les gens qui s\u2019y présentent ne vont pas là pour prier, ils vont là pour se plaindre que les vidanges ne sont pas ramassées.» (Le Devoir, 25 et 26 mars).Une autre originalité singulière jaillit, en 2006, cette fois de l\u2019Institut économique de Montréal (IEM), institut pince-sans-rire dont le sens de l\u2019humour est 328 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 notoire.Une étude (sic), commandée à un consultant états-unien, prouvait, selon l\u2019IEM, les bienfaits de l\u2019étalement urbain dans la région de Montréal! L\u2019IEM eut beau préciser que les études de ce genre «visent principalement à soulever des débats », le débat tourna court, le chef du parti Projet Montréal, Richard Bergeron, notant que cette étude reprenait « point par point les idées qui font consensus en urbanisme, mais en les revirant à l\u2019envers.» (Le Devoir, 21 juin).Autrement dit, l\u2019étude était du genre sens dessus dessous ! Ce qui l\u2019enterra définitivement.Avec le débat annoncé.Plus surréaliste?La Grande Bibliothèque, de son vrai nom la Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), dont le succès est fulgurant, est malheureusement aux prises avec un durable problème technique : certaines des lamelles de verre trempé qui recouvrent ses murs extérieurs ont une fâcheuse tendance à tomber et voler en éclats au sol.Ce qui est assez ennuyeux.Invité à commenter la chose, le président-directeur général de la firme Pomerleau, constructeur du bâtiment, s\u2019expliqua en des termes (ou aveux?) surprenants qui plongèrent probablement le peuple dans une grande perplexité : «.tous les professionnels savaient que des lamelles allaient tomber.On avait même prévu des pièces de rechange en quantité.Tout le monde savait qu\u2019il en tomberait, on se comprend.Mais personne, personne n\u2019a pensé qu\u2019en chutant elles poseraient un problème de sécurité publique.Les experts attendaient une pluie fine de petits morceaux de verre trempé.La première chute de morceaux tombant de cent pieds a provoqué un réveil brutal.» (Le Devoir, 7 juillet).Faut-il ici préciser que la direction de la Bibliothèque a tenu à signifier son désaccord formel avec la troublante interprétation de la maison Pomerleau?Et les entrées du bâtiment continueront donc d\u2019être couvertes, pour protéger la clientèle lectrice de cette pluie originale.L\u2019avenir est prometteur 2006 aura été plutôt morose, mais 2007 s\u2019annonce peut-être sous de meilleurs auspices, du moins côté béton : les conservatoires québécois de musique et de théâtre seront enfin logés de manière permanente dans de vastes locaux existants que l\u2019on réaménagera, dans le quartier Plateau-Mont-Royal.De même, l\u2019Université du Québec à Montréal poursuivra la construction, entreprise dans la controverse, d\u2019un imposant pavillon, face à la BAnQ, au coût de 325 millions de dollars.De même aussi, les travaux préparatoires se poursuivront en vue de l\u2019érection d\u2019une maison de la musique consacrée à l\u2019Orchestre symphonique de Montréal.Mais ici, les sceptiques sont nombreux, la construction d\u2019une salle de concert ayant déjà été annoncée, mais sans lendemain, dans le passé.Les plans, inexistants pour l\u2019heure, devraient être connus en 2008.Quant aux portes de la salle, elles devraient être ouvertes au plus tard en 2011.Sauf retards imprévus.Inutile d\u2019ajouter que, d\u2019ici là, beaucoup de concerts seront donnés ailleurs et beaucoup d\u2019eau aura coulé sous les divers ponts de llle.Enfin, comment ne pas parler du Stade olympique, en parlant de Montréal, l\u2019année même où les taxes sur le tabac ont enfin permis de le payer entièrement, après trente ans d\u2019efforts dangereux de la part des adeptes de la cigarette! Or, au printemps 2006, voilà que le gouvernement, peu reconnaissant, expulsait à toutes fins utiles les fumeurs des endroits publics, sous peine d\u2019amendes! Mais cette fols, le gouvernement y est peut-être allé un peu vite : le stade est payé, Les régions du Québec \u2022 329 mais il faut maintenant installer un nouveau toit ! Ce sera le.quatrième! Et qui donc va le payer?BILAN RÉGIONAL: LA COURONNE DES VILLES INTERMÉDIAIRES À l\u2019épreuve de la mondialisation Paule Vermot-Desroches Journaliste, Le Nouvelliste Les liens avec la métropole favorisent la croissance des régions situées dans la couronne des villes intermédiaires, formant un croissant de l\u2019Outaouais à l\u2019Estrie en passant par les Laurentides, Lanaudière, la Mauricie et le Cœur-du-Québec.Les rapports entre Montréal et ces régions créent l\u2019effet d\u2019une spirale de croissance mutuelle.Cependant, l\u2019environnement régional n\u2019est plus lié qu\u2019à la seule proximité des régions voisines.L\u2019activité économique dépend de plus en plus de l\u2019effet de la mondialisation, non seulement l\u2019effet du libre-échange et des règles du commerce mondial, mais aussi celui créé par des phénomènes politiques et culturels, comme la «guerre contre le terrorisme», qui ont un impact sur l\u2019économie.Les prix du pétrole, les contacts et les liens économiques avec le Moyen-Orient, l\u2019Afrique et le reste du monde sont en toile de fond autant à Trois-Rivières, à Gatineau qu\u2019au Témiscamingue ou en Gaspésie.La Chine et l\u2019Inde entrent dans le décor pour offrir de l\u2019emploi et des marchés.L\u2019industrie du bois d\u2019œuvre vit depuis peu un danger beaucoup plus grand que celui qui était généré par la réglementation américaine: le déferlement soudain de la concurrence chinoise surprend beaucoup, mais il s\u2019amplifie de jour en jour.La Mauricie En 2006, la Mauricie confirme un virage entrepris il y a quelques années en faveur de 330 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 l\u2019entrepreneuriat des jeunes générations.La grande page du papier et du textile de l\u2019immédiat après-guerre peut être tournée.Tranquillement, de nouveaux et jeunes entrepreneurs s\u2019imposent dans la micro-entreprise ou l\u2019artisanat.La culture selon laquelle « les boss» viennent de l\u2019extérieur est de plus en plus lointaine.Ces jeunes entrepreneurs ne peuvent en avoir le souvenir et des occasions s\u2019offrent à eux.Le taux de chômage régional passe de 12 % en mai 2005 à 9,6 % en mai 2006 (contre 8,5% pour l\u2019ensemble du Québec).Par contre, le taux d\u2019activité diminue, de 52,2% en 2005 à 51,3 % en 2006.On note donc un recul de l\u2019emploi par rapport à l\u2019année précédente.Un recul de 1400 travailleurs.Si les emplois augmentent dans le secteur primaire (500 nouveaux postes, soit une hausse de 14,3%) et dans celui de la construction (800 emplois de plus, une augmentation de 18,2%), le nombre d\u2019emplois demeure stable dans le secteur tertiaire et diminue sensiblement dans le secteur manufacturier.Ce dernier secteur fut marqué par plusieurs controverses au cours de l\u2019année 2006.La papetière Kruger a remporté une victoire contestée aux dépens des Innus, en avril 2006, alors que la Cour d\u2019appel redonne le feu vert aux coupes forestières dans l\u2019île René-Levasseur.Près de 300 emplois étaient directement menacés à la division Wayagamac de Kruger.Si la décision du tribunal représente une bonne nouvelle pour les travailleurs, Kruger annonce presque au même moment la suppression de 140 postes par attrition à son usine de Trois-Rivières.Hydro-Québec se voit, pour sa part, forcée de fermer temporairement ses chantiers de Rapide-des-Cœurs et Chute-Allard en Haute-Mauricie en raison de l\u2019insalubrité des campements.Plusieurs travailleurs craignent pour leur santé et refusent de reprendre le travail.Les activités en Haute-Mauricie sont considérablement ralenties durant l\u2019été 2006.À Shawinigan, on craint le pire pour l\u2019usine Bandag, spécialisée dans la conception de bandes de roulement de caoutchouc.Les 50 employés de l\u2019entreprise n\u2019ont d\u2019autre choix que d\u2019accepter la fermeture de l\u2019entreprise à la fin de juin 2006, justifiée par une vaste restructuration de la multinationale.À l\u2019opposé, la compagnie Marmen, de Trois-Rivières, a connu un développement remarquable en misant sur le boom éolien.L\u2019entreprise fabrique la quasi-totalité des appareils qui sont ensuite érigés en Gaspésie.Quelques annonces redonnent confiance.L\u2019arrivée de Arix à Trois-Rivières, une compagnie italienne spécialisée dans la confection de produits d\u2019entretien ménager, créera tout près de 100 emplois.L\u2019usine sera construite en 2007, c\u2019est un résultat qui découle directement de plusieurs missions économiques menées par la Ville dans la province de Mantoue en Italie.La mondialisation n\u2019a pas que de mauvais côtés.L\u2019an dernier, l\u2019arrivée de Dayco à Trois-Rivières, avec quelque 600 emplois, était également reliée à un partenariat international.L\u2019Outaouais L\u2019Outaouais est une région qui s\u2019est globalement bien comportée en 2006.Au premier trimestre de 2006, le taux de chômage se situe à 6,5%, par rapport à 8,4% pour la même période l\u2019année précédente.Une situation meilleure que la moyenne québécoise.D\u2019autre part le taux d\u2019emploi passe de Les régions du Québec \u2022 331 60,4% l\u2019année précédente à 65,3%.Selon Emploi-Québec, pour le premier trimestre de 2006, les comparaisons interrégionales portant sur les résultats des trois principaux indicateurs du marché du travail, situent l\u2019Outaouais en première position pour le taux d\u2019activité (69,8%), le taux d\u2019emploi (65,3 %) et le taux de chômage (6,5 %).En août, Hydro-Québec prévoit investir 400 millions de dollars pour la construction d\u2019un poste permanent de conversion électrique et d\u2019interconnexion à L\u2019Ange-Gardien.Le projet, mis de côté depuis la crise du verglas, est relancé pour répondre aux besoins de commercialisation de l\u2019électricité sur le marché domestique ainsi qu\u2019à l\u2019extérieur du Québec.La région souffre toutefois de la crise de la forêt (voir l\u2019article de Vicky Boutin).La scierie Lauzon, de Thurso, ferme ses portes le 15 juillet.pour les rouvrir le 10 août 2006.Cette réouverture du 10 août devait au départ se faire pour deux semaines, mais une entente semble intervenir entre le ministère du Développement économique et la scierie.Cette entente peut maintenir l\u2019usine et près de 70 des 164 emplois qu\u2019elle comptait au début de l\u2019été.D\u2019après le quotidien Le Droit, une reconversion au niveau technologique pourrait sauver l\u2019entreprise.Cette brève fermeture a eu des répercussions sur toute l\u2019industrie, notamment pour la papetière Fraser qui achète 25% de ses copeaux de bois chez Lauzon.D\u2019autres scieries ferment aussi au cours de l\u2019année.La papetière Domtar ferme sa scierie de Grand-Remous le 12 mai 2006.Une autre scierie Lauzon de Maniwaki ferme également au printemps 2006.Les syndiqués de l\u2019usine Domtar de Gatineau craignent une fermeture après celle d\u2019Ottawa.La force du dollar canadien et le coût de l\u2019énergie sont les deux facteurs principaux de la fermeture des papetières, indique le syndicat canadien des communications, de l\u2019énergie et du papier.À l\u2019été, Domtar devient finalement une société américaine et espère ainsi pouvoir élargir ses horizons.Dans un autre secteur, la chaîne de magasins Marché Frais et ses quatre succursales de l\u2019Outaouais évitent de peu la faillite.Les derniers acceptent toutefois une offre du syndic qui permet de conserver les 200 emplois.L\u2019Estrie Cette région se maintient dans une moyenne confortable au niveau de l\u2019emploi par rapport à l\u2019ensemble du Québec malgré une légère hausse de 1% de son taux de chômage par rapport à l\u2019année précédente (7,6% contre 6,7%).Cette hausse s\u2019explique principalement par une augmentation importante de la population active (5400 personnes de plus).En fait, le taux d\u2019emploi passe de 59,5 % à 60%.Tout comme 2005, 2006 est une autre année noire pour le textile.La région ne semble pas pouvoir juguler l\u2019hémorragie.Seulement en 2005, on sait que les usines Cookshiretex (80 emplois), Tissages Sherbrooke (160 emplois), et Belding Corticelli à Coaticook (48 emplois) ont fermé leurs portes.Il y a aussi eu d\u2019importantes mises à pied chez CS Brooks de Magog.En mars 2006, l\u2019usine de chaussures et de bottes Santana déclare faillite et 130 personnes perdent leur emploi.Le centre de distribution de produits textiles Springs Canada ferme ses portes à Sherbrooke le 30 juin et 40 travailleuses doivent chercher du travail ailleurs. 332 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le secteur manufacturier connaît lui aussi un dur choc dans la MRC de Memphrémagog en 2005.On enregistre une perte de 1007 emplois dans ce secteur seulement pour cette MRC.On parle de l\u2019année la plus difficile depuis dix ans.Il faut dire que la seule fermeture de l\u2019usine Olymel à Magog a coûté 500 emplois d\u2019un coup.Le dossier qui retient le plus l\u2019attention durant toute l\u2019année est certainement la tentative de privatisation du parc du Mont-Orford.Ce dossier politique a fait couler beaucoup d\u2019encre, alors que le gouvernement Charest souhaite privatiser une partie du parc du Mont-Orford afin de permettre à un promoteur privé de construire jusqu\u2019à 700 condos au pied des pentes.En mars 2006, près de 3000 personnes manifestent leur mécontentement.Les manifestations se poursuivront jusqu\u2019en juin.Le 13 juin, le projet de loi 23 est adopté sous le bâillon par l\u2019Assemblée nationale.À l\u2019automne, un accord se dessine (voir l\u2019article d\u2019Alexandre Shields).Les Laurentides L\u2019emploi a diminué dans les Laurentides en 2006.Au printemps, le taux de chômage était de 10 %, contre 7 % un an auparavant.Le taux d\u2019activité (65% contre 68,9%) et le taux d\u2019emploi (58,5% contre 64,1%) étaient aussi en baisse.Le conflit de travail de Mont-Tremblant, la première station de ski du Québec, a perturbé grandement la saison touristique hivernale dans la région.La grève générale illimitée des 1500 employés syndiqués de la station de villégiature s\u2019est déclenchée le 17 décembre 2005.Les employés souhaitaient obtenir le même règlement que l\u2019ensemble du secteur de l\u2019hôtellerie de la CSN, à laquelle ils sont affiliés.Le 3 janvier, les employés acceptent dans une proportion mais doivent faire plusieurs concessions.Mont-Tremblant change finalement de mains au mois d\u2019août 2006, la compagnie Intrawest, qui possédait ce centre de villégiature, passe aux mains de Fortress Investment Group LLC, de New York.Il s\u2019agit d\u2019une transaction de 2,8 milliards de dollars.Intrawest possède toujours les installations de Whistler-Blackcomb dans l\u2019Ouest canadien.Un nouveau projet de près de 300 millions de dollars a été proposé au sud de la région, à Mirabel.Le consortium français I-Park-Oger International propose de transformer l\u2019aérogare de Mirabel en immense parc thématique où l\u2019on retrouverait notamment un aquarium géant, une plage intérieure, des salles de mise en forme, un gymnase, des restaurants et des discothèques en plus de bien d\u2019autres choses.Le tourisme n\u2019est pas le seul secteur d\u2019activité de la région.La compagnie torontoise Feel Good Cars construisit une usine de montage de voitures électriques à l\u2019été 2006 à Saint-Jérôme.Environ 2000 véhicules devraient être construits chaque année dans cette usine, qui emploiera finalement plus d\u2019une centaine de personnes.Lanaudière Au premier trimestre de 2006, le taux de chômage est à 7,1 %, tout comme à la même période en 2005.Le taux d\u2019activité a cependant chuté.Il est passé de 67,4% en 2005 à 64,4% en 2006 et le taux d\u2019emploi a également chuté de 62,8% en 2005 à 59,8% en 2006.La baisse du nombre de personnes occupées a été accompagnée d\u2019une réduction similaire de la population active, ce qui explique pour Emploi-Québec le maintien d\u2019un taux de chômage identique. Les régions du Québec \u2022 333 Un projet de centre de villégiature est sur la table dans cette région.Le promoteur prévoit développer, dans un domaine de 400 acres au lac Clermoutier près de Chert-sey, 200 petits chalets, un pavillon avec bistro-bar, une auberge santé de 48 chambres, piscine et tennis.En mai 2006, plusieurs chalets avaient déjà trouvé preneur dans ce méga projet de 25 millions de dollars.Bridgestone-Firestone investit 53,3 millions dans son usine de pneus de Joliette, en novembre 2005.La position de l\u2019usine au sein du groupe et les 1250 emplois de l\u2019usine sont ainsi consolidés.Quelque 16 000 pneus sont construits par jour dans cette usine qui se trouve ainsi renforcée pour les années à venir.Si la restructuration de l\u2019usine Olymel fait mal à bien des régions au Québec (perte de 265 emplois au total), Lanaudière en profite, au contraire.En effet, l\u2019entreprise investit 12 millions de dollars dans son usine de Saint-Esprit pour créer 150 emplois.Plusieurs de ces emplois seront occupés par les travailleurs de l\u2019usine de Saint-Jacques de Montcalm, qui doit fermer ses portes dans les prochains mois.Le Centre-du-Québec La région numéro 17, soit la dernière région administrative créée par le gouvernement du Québec, va bientôt fêter ses dix ans d\u2019existence.Elle s\u2019affirme avec ses caractéristiques particulières sur le plan agro-alimentaire ou industriel.En juin 2006, le taux de chômage au Cen-tre-du-Québec est à 8,3 % comparativement à 7,8 % un an plus tôt.Selon Emploi-Québec, il y a 10 200 personnes en chômage pour 112 100 personnes en emploi contre 9200 personnes en chômage et 109 400 en emploi en juin 2005.Sans être alarmante, la baisse du nombre d\u2019emplois effectifs est non négligeable.À Drummondville, la compagnie Thiro obtient des contrats avec Hydro-Québec et Expertech totalisant 21 millions de dollars.Thiro devient donc en charge de réaliser les travaux pour l\u2019installation de poteaux et d\u2019ancrages pour le territoire Richelieu.Des retombées de près de 15 millions de dollars pour l\u2019entreprise qui créera ainsi 40 nouveaux emplois.Home Depot a ouvert des installations à VictoriaviUe en décembre 2005.Un investissement de 10 millions de dollars et cent emplois furent alors créés (temps plein et temps partiel).Il s\u2019agissait d\u2019un investissement majeur pour une municipalité telle que celle de VictoriaviUe.La réfection de la Centrale nucléaire Gen-tilly-2 continue toujours de faire couler beaucoup d\u2019encre.En août 2006, même si elle n\u2019a pas encore approuvé le projet, Hydro-Québec demande aux autorités fédérales de donner le feu vert à la réfection de cette centrale nucléaire pour prolonger sa vie utile de 2010 à 2035.Par ailleurs, on apprend qu\u2019il en coûterait jusqu\u2019à 1,6 milliard de dollars pour démanteler la centrale elle-même.La compagnie Norsk Hydro annonce en juillet 2006 que son usine de magnésium du parc industriel de Bécancour est à vendre.Les 380 employés de l\u2019usine risquent de perdre leur emploi si un bon acheteur n\u2019est pas trouvé rapidement.La compagnie justifie cette décision par le fait qu\u2019elle cesse toutes ses activités de production du magnésium.Quelques acheteurs potentiels se seraient mani- 334 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 festés, mais rien n\u2019est encore officiel en septembre 2006.Dans la MRC d\u2019Arthabaska, le secteur manufacturier se porte bien.En 2005, ce secteur a permis de créer 877 emplois et généré des investissements de 57,9 millions de dollars.BILAN RÉGIONAL: LA CAPITALE NATIONALE Une année avec la mairesse Boucher Isabelle Porter Collaboratrice du Devoir à Québec On craignait le pire : une saignée de fonctionnaires municipaux, des querelles persistantes au sein du conseil municipal et des nouvelles instances de la ville fusionnée, une mairesse incapable de bien se tenir devant ses homologues étrangers, un ralentissement économique, une ville paralysée.Aux craintifs, la première année du régime Boucher aura donné en partie raison.D\u2019abord, la mairesse s\u2019est querellée avec presque tout le monde, dénonçant la lenteur des gouvernements provincial et fédéral à agir, reprochant aux uns de ne pas l\u2019avoir consultée, aux autres de ne pas faire leur travail.Opposée au lobbying et à la politique de corridors, la mairesse a privilégié les prises de becs publiques aux négociations en coulisses.Or, dans le contexte d\u2019une ville nouvellement fusionnée avec de nou- veaux partenaires fédéraux, cette attitude n\u2019a pas facilité le règlement de dossiers régionaux comme celui du jardin zoologique ou des Fêtes de 2008.Avec les blocages au conseil d\u2019agglomération, ces deux dossiers ont mobilisé le plus d\u2019énergie de la part des élus, et d\u2019attention de la part des médias.Et dans un cas comme dans l\u2019autre, la polémique s\u2019est nourrie des désaccords entre politiciens au détriment de solutions rapides.Les prises de becs ont souvent eu le dessus lors des séances du conseil municipal, où l\u2019opposition détient la majorité.Mais c\u2019est au conseil d\u2019agglomération que les blocages ont été les plus dommageables, les maires des villes défusionnées de l\u2019Ancienne-Lorette et de Saint-Augustin usant sans retenue de leurs droits d\u2019opposi- Les régions du Québec \u2022 335 tion afin de bloquer les décisions de la ville-centre et la réalisation de projets tels que la réfection de grandes artères.Or, ici, il faut reconnaître que la mairesse est davantage la dépositaire que la responsable de cette situation héritée des défusions pilotées par le gouvernement du Québec.Le zoo L\u2019entêtement du gouvernement Charest à fermer les portes du jardin zoologique demeure à ce jour une énigme au même titre que la décision de privatiser une partie du mont Orford.À Québec comme en Estrîe, on a soupçonné les libéraux de répondre aux pressions de groupes immobiliers (dans ce cas-ci, le projet récréotouristique Le Marigot situé en bordure du zoo), mais personne n\u2019a jamais pu en faire la preuve.Quoi qu\u2019il en soit, cette dérision a beaucoup nui aux libéraux et tout laisse croire qu\u2019elle les poursuivra lors du prochain scrutin.Lorsqu\u2019il a annoncé la fermeture du zoo en décembre 2005, le ministre responsable de la Capitale Nationale, Michel Després, ne se doutait probablement pas qu\u2019il aurait à justifier ce choix quotidiennement pendant cinq mois.Étonnamment, la fermeture de ce vieil équipement, dont une bonne partie de la population avait même oublié l\u2019existence, a déclenché un tollé de protestations.Alimentée par les médias et par la Chambre de commerce des entrepreneurs, la croisade en faveur du jardin zoologique s\u2019est transformée en un prodigieux casse-tête politique mettant en évidence l\u2019absence de leader dans la région.Pris de court par la colère populaire, un Michel Després maladroit a ouvert la porte au maintien du zoo.à condition que d\u2019autres allongent les fonds nécessaires à sa relance, nommément la ville, le gouvernement fédéral, les gens d\u2019affaires, les autres villes membres de la communauté métropolitaine (Lévis, les MRC voisines) et la population qui hériterait de nouvelles taxes.Mal défendue par la mairesse, cette entente condamnée d\u2019avance a néanmoins alimenté l\u2019espoir des défenseurs du zoo tout l\u2019hiver, jusqu\u2019à ce que le gouvernement confirme sa dérision de le fermer à la fin mars.Le 400* Les préparatifs entourant les Fêtes du 400* ont souffert de la même dynamique malsaine.Créée à l\u2019époque de Jean-Paul L\u2019Allier et de Lucien Bouchard, la Société du 400*, qui organise les célébrations de la fondation de Québec en 2008, est chapeautée par un conseil d\u2019administration composé de représentants de chacun des paliers de gouvernement.Or, aucun des acteurs en présence aujourd\u2019hui n\u2019est là depuis le début, ce qui permet sûrement d\u2019expliquer que, six ans après la naissance de l\u2019organisme et un an et demi avant les Fêtes, le programme de l\u2019événement demeure flou.«On nage en plein brouillard», déclarait la mairesse à propos des Fêtes l\u2019été dernier alors que le gouvernement conservateur tardait à préciser ses intentions et à consentir sa part de financement.Encore une fois, les communications entre élus ont été très mauvaises.La saga du 400* a atteint son paroxysme quand la ministre Josée Verner a laissé entendre qu\u2019il fallait mettre fin au cumul par Pierre Boulanger des postes de directeur général et de président du conseil d\u2019administration.Après Roland Arpin, Raymond Gar-neau et Pierre Boulanger, c\u2019est donc maintenant au tour de l\u2019homme d\u2019affaires et ancien 336 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 député libéral Jean Leclerc de présider la Société du 400e.Une mairesse de plus en plus populaire L\u2019incapacité de la mairesse à exercer un véritable leadership dans la région - voire son refus de le faire - est sans contredit sa grande faiblesse.Mais cela n\u2019a pas été coûteux pour elle dans les sondages.Sa cote est même en hausse.Les gens de Québec connaissaient déjà les défauts de l\u2019ancienne mairesse de Sainte-Foy.Dès lors, personne n\u2019a été déçu.De nombreux sceptiques ont même été en partie soulagés.D\u2019abord, la mairesse a, comme promis, fait preuve d\u2019une grande prudence dans sa gestion des affaires municipales.La saignée de fonctionnaires n\u2019a pas eu lieu et aucun programme ou projet majeur de l\u2019équipe L\u2019Allier n\u2019a été aboli, à l\u2019exception de celui de la maison de l\u2019immigration qui battait de l\u2019aile et était contesté par les groupes mêmes qu\u2019il devait aider.Andrée Boucher a par ailleurs annoncé la destruction du reste du toit du Mail Saint-Roch, décision hautement symbolique qui permettra de compléter la revitalisation du quartier amorcée parson prédécesseur.Cet esprit de continuité s\u2019est aussi manifesté dans le dossier du Palais Montcalm et dans son appui au projet de Robert Lepage, dans les souterrains du boulevard Dufferin-Montmorency.On a par ailleurs découvert cette année qu\u2019Andrée Boucher était capable de changer d\u2019idée.Plus d\u2019une fois, l\u2019ex-maîtresse d\u2019école s\u2019est montrée ouverte à de nouveaux apprentissages.Ainsi, après avoir affiché son scepticisme quant à la pertinence des missions à l\u2019étranger, on l\u2019a retrouvée candide sur les routes de France, découvrant les joies de la coopération internationale.Enfin, même dans le dossier de l\u2019immigration auquel elle se montrait indifférente au départ, elle a reconnu en cours d\u2019année qu\u2019il fallait y réfléchir pour répondre aux besoins de main-d\u2019œuvre dans la région.C\u2019est au cours de 2006-2007 qu\u2019on saura vraiment à quoi s\u2019en tenir.Forte de son expérience d\u2019une année et possédant un meilleur contrôle de l\u2019appareil, Andrée Boucher pourrait se permettre d\u2019oser davantage au cours de sa deuxième année.Une économie en santé Même si elle a été beaucoup critiquée pour son inactivité en matière de développement économique, les reproches qu\u2019on lui a faits ont une portée limitée tant la région semble en bonne santé sur ce plan.Le taux de chômage de la capitale est le plus bas au Québec (6%) et, à l\u2019approche de 2008, les investissements pleuvent : plus de 250 millions de dollars en infrastructures pour le 400e, 230 millions de dollars au Massif de la Petite-Rivière-Saint-François, 65 millions dans la modernisation de l\u2019aéroport.S\u2019ajoutent des investissements privés majeurs, notamment du côté de Lévis avec 700 millions chez Ultramar et 840 millions chez Rabaska, si le projet se réalise.Les experts invitent néanmoins à la prudence: l\u2019économie de Québec demeure dépendante de l\u2019administration publique, les entreprises de la région exportent peu et le manque de main-d\u2019œuvre et d\u2019immigrants demeure problématique pour les entreprises.Une ville morose?Enfin, le «style Boucher » n\u2019est pas venu rassurer ceux qui craignaient une période de paralysie pour la région.La mairesse n\u2019a jamais caché sa méfiance envers toute Les régions du Québec \u2022 337 forme de grands projets et ne s\u2019en est donné aucun depuis son arrivée, si ce n\u2019est celui du centre de soccer intérieur dans lequel elle s\u2019est embourbée1 et celui de l\u2019Ilôt des Palais2 pour lequel elle n\u2019a pas encore réussi à susciter beaucoup d\u2019intérêt.D\u2019où cette impression de stagnation dans une capitale pourtant sur une belle lancée.Le manque de vigueur des préparatifs entourant les Fêtes du 400e en est le signe patent.Pour cela comme pour ses voyages en France, la mairesse s\u2019est limitée à ses obligations, sans faire preuve du leadership que commande un tel événement.On peut sans doute attribuer une partie de la « morosité » dont il fut beaucoup question cette année dans la capitale au manque de leadership de la mairesse.Signe de l\u2019ennui des journalistes ou symptôme d\u2019une crise plus profonde, le discours de la morosité a pris beaucoup de place au cours de l\u2019année, servant de prétexte à la relance des projets les plus téméraires, tel que celui de ramener une équipe de la Ligue nationale de hockey à Québec (proposition vite écartée par la LNH).Il va sans dire que le discours sur la morosité aurait eu moins d\u2019impact s\u2019il n\u2019avait pas été doublé de fermetures diverses dans la région, qu\u2019on pense à celle du zoo de Québec ou à celle du centre fédéral de tri postal.Or, à ce titre, les gouvernements du Québec et d\u2019Ottawa portent le gros de la responsabilité.C\u2019est le gouvernement Charest qui a tenu à fermer le zoo et c\u2019est le gouvernement Harper qui n\u2019a pas rouvert le centre de Postes Canada, après l\u2019avoir pourtant promis en campagne électorale.L\u2019arrivée des conservateurs à Ottawa aura eu des conséquences paradoxales dans la région de Québec.L\u2019appui massif de la capitale à l\u2019équipe Harper, qu\u2019on a souvent qualifié de «mystère de Québec», n\u2019a pas été particulièrement payant en termes d\u2019investissements.Même si cela ne s\u2019est pas traduit dans les sondages qui semblaient indiquer, à la fin de l\u2019été, que l\u2019appui aux conservateurs demeurait important dans la région de Québec.De toute évidence, la capitale a entamé un cycle conservateur dans son histoire où l\u2019idée du développement, qu\u2019il soit économique, culturel ou social, est dévalorisée au profit d\u2019une gestion serrée des fonds publics et d\u2019une absence de vision à long terme.Confortables, les gens de Québec seraient davantage préoccupés par ce qu\u2019ils ont peur de perdre que par ce qu\u2019ils pourraient gagner dans le changement.Une optique incarnée à la perfection par la mairesse Boucher qui, en réponse à une question sur la morosité posée au conseil municipal, déclarait ceci : « Je déplore tous les articles où il est question d\u2019une supposée morosité.Mais de quoi on parle?On vit dans une ville extraordinairement belle avec des services plus qu\u2019adéquats, des gens affables et extraordinaires.» Bref, écrivions-nous dans Le Devoir, Marcel Duchamp avait peut-être raison : peut-être n\u2019y a-t-il pas de solution parce qu\u2019il n\u2019y a pas de problème.1.\tOn n est pas parvenu à s\u2019entendre sur l\u2019emplacement du centre, avec cette conséquence que trois centres pourraient voir le jour au lieu d\u2019un seul comme prévu.2.\tInitiative de la ville pour le 400', ce projet de 40 millions de dollars vise à reconstituer en partie les palais des intendants de la colonie dans la vieille ville. L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Régions administratives du Québec, 1997 Sept-lles Nord-du-Québec Chibougamaii Côte-Nord Saguenay- Lac-Saint-Jean Abitibi-Té i amingue Rouyn-Noranüa (08) i-Saint-Lai Gaspésie- a- Madeleine Capitale- Nationale, Wl2 Mauricie NOUVEAU- Ootaouais Laurentide: inaudieri Chaudière- lentre-du-Québec/ rerrebonni .Saint- 'Jérôme Tracé de 192 du Conseil privé sfnon définitif Nord-du- Québec ONTARIO itérégieC :e Montréal ÉTATS-UNIS Villes de 100 000 habitants et plus en 200518 (1) Montréal\t(3) Laval\t5 Longueuil\t(j) Saguenay @ Québec\t® Gatineau\t(g) Sherbrooke\t(s) Lévis 9 Trois-Rivières Source : Institut de la statistique du Québec Les régions du Québec \u2022 339 BILAN RÉGIONAL: LES RÉGIONS PÉRIPHÉRIQUES Une éclaircie Clermont Dugas Géographe, Université du Québec à Rimouski Les régions périphériques de la Gaspé-sie-îles-de-la-Madeleine, du Bas-Saint-Laurent, de la Côte-Nord, du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de l\u2019Abitibi-Témiscamingue affichent en 2006 un bilan économique relativement bon par rapport aux dernières années.Leurs problèmes structurels liés à la nature de leur économie et à leurs caractéristiques géographiques sont, cependant, toujours là.Leurs perspectives démographiques à long terme prévoyant d\u2019autres diminutions de populations n\u2019ont pas non plus changé.En référence aux principaux indicateurs socio-économiques, elles continuent de manifester leurs différences en regard des régions centrales.Ainsi les taux d\u2019activité demeurent encore largement inférieurs à ceux de la moyenne québécoise, alors que les revenus provenant des transferts gouvernementaux figurent toujours parmi les plus élevés.Mais en général, la situation ne s\u2019est pas détériorée et à certains égards il y a même eu amélioration.Les pertes d\u2019emplois et les fermetures temporaires s\u2019inscrivent dans la continuité et s\u2019accompagnent aussi de la création de nouveaux emplois et services et de l\u2019émergence de nouvelles initiatives de développement.La mise en valeur du potentiel énergétique et l\u2019activité minière ont fait contrepoids au ralentissement dans le secteur forestier.De façon globale, il y eu augmentation de près de 8000 emplois entre août 2005 et août 2006 et dans quatre régions sur cinq, les taux d\u2019activité ont évolué de façon positive.Entre 2001 et 2005, le revenu personnel moyen a connu un taux de croissance supérieur à celui du Québec pour toutes les régions périphériques à l\u2019exception de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine.Cela a entraîné une réduction sensible des disparités de revenus entre la moyenne provinciale et quatre des cinq territoires.Ces derniers ont également eu un taux de croissance de leur produit intérieur brut nettement supérieur à celui du Québec.La nature de l\u2019économie et sa forte dépendance de l\u2019évolution de la conjoncture nationale et internationale créent partout de fortes fluctuations au niveau de l\u2019emploi.Les taux de chômage ont été conséquents à ceux de l\u2019emploi.Sauf pour la Côte-Nord, ils sont aussi supérieurs à la moyenne provinciale.Conformément à la tradition, la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine affiche un taux qui est à plus du double de celui de la province.L\u2019évolution démographique des cinq dernières années s\u2019inscrit dans la même tendance que les cinq précédentes, ce qui fait que les déficits démographiques vont en s\u2019alourdissant pour toutes les régions.De 1996 à 2005, elles ont perdu plus de 51000 340 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 personnes.En 2005, le nombre de personnes qui sont parties est plus important partout que celui des nouveaux arrivants.Cependant, si on fait exception du Sague-nay-Lac-Saint-Jean, le déclin semble ralentir.La diminution de population n\u2019a toutefois pas empêché les investissements tant dans le secteur public que privé.Mais à deux exceptions près, la part de chacune des régions dans l\u2019ensemble québécois demeure inférieure à son poids démographique, ce qui témoigne de la faiblesse relative de l\u2019économie.Les deux dépassements sont l\u2019Abitibi-Témiscamingue pour le secteur privé et la Côte-Nord pour le secteur public.De 2002 à 2006, les investissements non résidentiels ont connu des taux d\u2019évolution très différents selon les régions.Après le Nord-du-Québec, la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine atteint le plus haut taux de la province avec 15,8%.L\u2019éolien est sans doute largement responsable de cette performance.L\u2019Abitibi-Témiscamingue s\u2019est aussi très bien comporté avec 14,4%.Le Saguenay-Lac-Saint-Jean et le Bas-Saint-Laurent dépassent de peu la moyenne provinciale qui s\u2019établit à 5% alors que la Côte-Nord accuse un recul de 2,2 %.Pour les cinq régions les investissements dans la construction résidentielle devraient être de l\u2019ordre de 807 millions en 2006.Ça représente 4,8% du total québécois pour 10,8% de la population.La pire situation est au Saguenay-Lac-Saint-Jean et la meilleure en Gaspésie-îles-de-la-Madelei-ne.De toutes les régions périphériques, cette dernière est aussi celle qui a bénéficié du plus fort taux de croissance par rapport à 2002 dépassant la moyenne provinciale.Ces chiffres évoquent d\u2019une part un dynamisme plus faible que dans l\u2019ensemble provincial mais aussi un processus de développement toujours en cours.Les questions environnementales ont été objets de préoccupations dans toutes les régions.Mais c\u2019est la crise sans précédent qui affecte l\u2019industrie forestière du Québec qui a mobilisé le plus d\u2019attention.Les problèmes ne sont pas nouveaux dans ce secteur d\u2019activité qui occupe une place névralgique dans l\u2019économie de toutes les régions périphériques (Voir l\u2019article de Vicky Boutin).La Gaspésie Le nombre d\u2019emplois dans la région Gaspé-sie-îles-de-la-Madeleine a passé de 33 900 à 35 200 d\u2019août 2005 au mois d\u2019août 2006.La part des employés à temps plein a aussi augmenté, s\u2019établissant à 28 900 comparativement à 27 200 un an auparavant.Cette amélioration s\u2019est produite malgré les mises à pied effectuées dans le secteur du bois.Par contre, les employés à temps partiel ont connu une légère diminution, ce qui est à l\u2019opposé des autres régions périphériques.Les démarches en vue de la réouverture de la Gaspésia de Chandler et de la Smurfit Stone de New-Richmond n\u2019ont pas encore abouti, au moment d\u2019écrire ces lignes en septembre 2006.Même si des intervenants locaux gardent toujours confiance de trouver des repreneurs, il semble bien que les perspectives sont plutôt faibles à cet égard.Mais tout n\u2019est pas négatif et différentes perspectives de développement se dessinent.La création d\u2019une cinquantaine d\u2019emplois est annoncée dans un nouveau centre d\u2019appels à Caplan pour 2007.La compagnie BSL, qui fabrique notamment des planchers de bois franc et des moulures, projette d\u2019in- Les régions du Québec \u2022 341 vestir huit millions de dollars dans un complexe de transformation de bois feuillus à Chandler qui créerait une centaine d\u2019emplois en usine et en forêt.Le rendement du puits de pétrole Haldimand #1 près de Gaspé suscite aussi beaucoup d\u2019espoir.On connaît depuis des décennies la présence de pétrole en Gaspésie, mais c\u2019est la première fois que l\u2019on fore un puits dont l\u2019exploitation serait rentable.Les mesures prises par le gouvernement québécois pour faire bénéficier les Gaspésiens des retombées de la mise en valeur de leur important potentiel éolien apportent une contribution significative à l\u2019économie régionale.L\u2019aménagement de parcs d\u2019éoliennes à différents endroits a créé de nombreux emplois temporaires.Ce type d\u2019activités va se maintenir au moins jusqu\u2019à 2012 pour la réalisation des parcs déjà planifiés qui ont fait l\u2019objet d\u2019ententes avec l\u2019Hydro-Québec.L\u2019obligation de fournir un contenu gaspésien dans la fabrication des éoliennes à entraîné la construction d\u2019une usines de pales à Gaspé qui fonctionne à pleine capacité, donnant du travail à quelque 200 personnes.Compte tenu de l\u2019ampleur rapide qu\u2019il prend, le développement de l\u2019éolien n\u2019est pas sans susciter d\u2019inquiétudes.En 2012, en ne tenant compte que des ententes conclues jusqu\u2019à présent avec Hydro-Québec, la Gaspésie comptera 11 parcs rassemblant 644 éoliennes.En certains milieux on craint que leur multiplication ait un impact négatif sur le paysage et la qualité de vie des résidents.Sans remettre en cause leur implantation, on souhaite que cette dernière soit mieux encadrée et qu\u2019on éloigne le plus possible les éoliennes des habitations et des routes principales.On veut éviter que l\u2019industrie touristique soit affectée.On aimerait aussi que les redevances aux municipalités et aux propriétaires de terrain soient majorées.Des MRC ont déjà établi des règlements en vue de mieux contrôler leur implantation et d\u2019autres sont en voie de le faire.La gestion des matières résiduelles a été un important sujet de préoccupations et de débats souvent très vifs dans toutes les municipalités et MRC de la région durant la dernière année.Des sites d\u2019enfouissement sanitaire remplis à pleine capacité et des dépôts en tranchées qui devront être bientôt fermés obligent les municipalités à trouver d\u2019autres solutions de rechange.Le nouveau lieu d\u2019enfouissement technique de Gaspé et celui prévu pour Saint-Alphonse semblent finalement offrir les pistes de solution.Le Bas-Saint-Laurent Le nombre d\u2019emplois au Bas-Saint-Laurent s\u2019établissait à 90 600 personnes en août 2006, soit 500 de moins qu\u2019un an plus tôt.Compte tenu du fait que ces chiffres proviennent d\u2019un échantillonnage, on peut parler d\u2019une relative stabilité.Les fluctuations mensuelles qui ont prévalu en 2006 sont aussi les plus faibles de toutes les régions périphériques.Le tauxde chômage continue à être supérieur à celui du Québec le dépassant de 1.3 points, mais demeure inférieur à celui de trois autres régions périphériques.L\u2019économie n\u2019a connu aucune fluctuation majeure durant la dernière année et à plusieurs égards présente même une situation plus intéressante que l\u2019année précédente.L\u2019usine Panval de Sayabec, qui avait fait d\u2019importantes coupures d\u2019emplois l\u2019an passé, a pu signer de nouveaux contrats et procéder à l\u2019embauche d\u2019une centaine d\u2019em- 342 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 ployés.C\u2019est pour la Matapédia un retournement de situation majeur, car certains craignaient la fermeture de cette entreprise, l\u2019une des plus Importantes de la région.Les nouvelles usines de fabrications de composantes d\u2019éoliennes de Matane qui devraient fonctionner jusqu\u2019à au moins 2013 constituent aussi un apport économique Important.Les sombres perspectives concernant des pertes d\u2019emplois chez Bombardier à La Pocatlère se sont estompées à la suite de la signature de contrats pour la fabrication de voitures pour les métros de Chicago et Montréal.Des possibilités se dessinent aussi pour le métro de Toronto.Le contrat au sujet du métro de Montréal devrait créer plus de 200 emplois en usine pendant six ans.Tout comme en Gaspésle, la mise en valeur de l\u2019énergie éolienne retient beaucoup d\u2019attention dans la région.Un nouveau parc de 73 éoliennes devrait entrer en production à la fin de 2006 à Baie-des-Sables et trois autres seront aménagés à Saint-Ulric, Les Méchins et dans la région de Rivière-du-Loup pour être opérationnels en 2007 et 2009.Ces trois parcs compteront un total de 334 éoliennes.D\u2019autres parcs pourraient s\u2019ajouter après le deuxième appel d\u2019offres de 2000 mégawatts d\u2019Hydro-Québec puisque plusieurs promoteurs ont fait part de leurs intentions de soumettre des propositions pour différents endroits de la région.Les mêmes craintes qu\u2019en Gas-pésie se sont manifestées concernant la dégradation des milieux de vie.Dans la MRC de Rivière-du-Loup il y a même un conflit entre la MRC et le promoteur, puisque le projet de ce dernier n\u2019est pas conforme au schéma d\u2019aménagement.Par ailleurs, des élus locaux cherchent à maxi- miser les retombées pour leur localité ou région en réclamant de meilleures redevances ou en devenant producteur en partenariat avec l\u2019entreprise privée.Plusieurs communautés ont commandé des études de vent et entendent présenter des soumissions à Hydro-Québec en décembre 2006 dans le cadre du deuxième appel d\u2019offre.Le projet d\u2019implantation d\u2019un port méthanier à Cacouna a suscité des réactions divergentes.Les organismes à caractère économique et des institutions politiques locales et régionales se sont montrées favorables en raison des retombées économiques appréhendées, alors que des groupes de citoyens et des résidents près du site le voient comme une menace à l\u2019environnement.La Côte-Nord La situation économique de la Côte-Nord s\u2019est beaucoup améliorée durant les dernières années, du moins par rapport aux indicateurs officiels.Le revenu personnel par habitant a passé de 98,1 % à 102,4 % de la moyenne québécoise entre 2001 et 2005 pour atteindre 30 219$.Le taux de croissance du revenu personnel durant les cinq dernières années est l\u2019un des meilleurs des régions périphériques.Le résident de la Côte-Nord a fait un gain moyen de 4423$ comparativement à 3205$ pour celui du Québec.Le revenu moyen d\u2019emploi est aussi l\u2019un des meilleurs de la province dépassant celui de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine par plus de 9 500 $.Le produit intérieur brut par habitant témoigne aussi de la valeur de la production et de son importante contribution à l\u2019économie québécoise.Il a connu un taux de croissance remarquable de 6,5 % entre 2001 et 2005, près du double de celui du Les régions du Québec \u2022 343 Québec.À 44 131$ par habitant il dépasse de plus de 10 000$ la moyenne québécoise et correspond à plus du double de celui de la Gaspésie-îles-de-la-Madeleine.Les disparités demeurent toutefois très grandes dans cette immense région comme en témoignent les revenus de transfert qui se situent largement au-dessus de la moyenne provinciale.En août 2006, la région, comptait 53 400 emplois.C\u2019est près de 2000 emplois de plus qu\u2019à la même date l\u2019an dernier.Les fluctuations ont toutefois été fortes d\u2019un mois à l\u2019autre.Le mois d\u2019avril a été la période la plus creuse avec 4 300 emplois de moins qu\u2019à l\u2019été.Après avoir atteint 9,8% en avril, le taux de chômage a diminué graduellement pour se situer à 6,5% en août, soit 1,5 % de moins que la moyenne québécoise.Même s\u2019il ne bénéficie pas d\u2019avantages fiscaux spécifiques, le développement de l\u2019énergie éolienne suscite aussi de l\u2019intérêt dans la région.Un projet de 200 mégawatts pourrait voir le jour dans le secteur de Betsiamites.Mais l\u2019hydroélectricité garde toujours de l\u2019intérêt.On procède actuellement à la construction d\u2019une minicentrale de 40 mégawatts sur la rivière Magpie.Ce projet qui avait été contesté par les écologistes fournit des retombées économiques fort appréciées par les résidents du secteur.Par ailleurs, la petite municipalité de Franklin poursuit ses démarches en vue de construire en partenariat avec l\u2019entreprise privée une minicentrale de l\u2019ordre de 6 à 8 mégawatts sur la rivière Franklin.L\u2019érosion des berges constitue un important sujet de préoccupation dans la région.Le phénomène se manifeste avec des intensités variables selon les endroits et affecte une longue partie du littoral.Sous l\u2019action des vagues, les falaises peuvent reculer de quelques centimètres à plusieurs mètres dans l\u2019espace d\u2019un an.Des centaines de maisons et des kilomètres de route sont menacés.Certains propriétaires riverains doivent déménager alors que d\u2019autres réclament l\u2019intervention des autorités publiques afin de contrer ou ralentir le processus érosif.Entre-temps, ils ne sont pas autorisés à effectuer eux-mêmes des travaux de protection sur le littoral.Des résidents considèrent que l\u2019interdiction complète de construire ou d\u2019agrandir dans certaines zones n\u2019est pas justifiée.Les questions financières font aussi partie du débat tant en regard des compensations à payer aux propriétaires qui doivent déménager que pour la réalisation des travaux de protection.L\u2019Abitibi-Témiscamingue Le nombre d\u2019emplois en Abitibi-Témis-camingue s\u2019établissait à 65 600 au mois d\u2019août, ce qui représente quelques centaines de plus que l\u2019an dernier à pareille date.C\u2019est une légère reprise par rapport au début de l\u2019été, mais un peu plus de 2000 de moins que la situation qui prévalait en janvier.Les problèmes dans les usines de sciage se font ainsi sentir.Par ailleurs, le prix élevé des métaux a contribué à maintenir l\u2019activité dans le secteur minier, qui est la principale base économique de la région.Le taux de chômage a augmenté constamment de mois en mois pour s\u2019établir à 10,6 au début de le l\u2019été à 2,6 points de la moyenne québécoise.Le produit intérieur brut par habitant a connu un taux de croissance dépassant de 1,4% celui du Québec entre 2001 et 2005.C\u2019est le deuxième meilleur taux des régions périphériques après la Côte-Nord.Le revenu personnel par habitant s\u2019établit à 27 062$ en 2005, se situant à 91,7 % de la moyenne 344 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 québécoise, ce qui représente une légère amélioration par rapport à 2001.Malgré les hauts salaires payés dans l\u2019industrie minière, le revenu d\u2019emploi ne représente que 91% de celui du Québec.La part des revenus de transfert demeure élevée, dépassant de cinq points la moyenne québécoise.D\u2019intenses travaux de prospection minière ont porté fruit.On prévoit l\u2019ouverture de plusieurs mines à moyen terme.La mise en production du gisement Goldex près de Val-d\u2019Or prévue pour 2008 devrait donner du travail à 400 personnes dans la construction et à une centaine pour l\u2019exploitation.Les conditions favorables qui prévalent dans le secteur minier ont aussi favorisé l\u2019émergence de nouvelles entreprises.Le conflit syndical qui a provoqué en novembre 2005 la mise à pied des 425 employés de l\u2019usine de pâte de Lebel-sur-Quévillon constitue un objet majeur de préoccupation dans la région.On craint sérieusement que la fermeture temporaire devienne définitive.Ce serait une catastrophe économique pour la localité, compte tenu de sa taille démographique et de sa situation enclavée.Des entreprises ont déjà commencé à souffrir de l\u2019arrêt des activités.Dans le but de faire évoluer la situation, le ministre des Ressources naturelles et de la faune a commandé une étude afin de mieux connaître les coûts de production et les perspectives du marché.Saguenay-Lac-Saint-Jean Selon les données de l\u2019Iinstitut de la Statistique du Québec le Saguenay-Lac-Saint-Jean est la région périphérique qui a perdu le plus de population durant la dernière décennie.Plus de 15 000 personnes ont quitté le territoire entre 1996 et 2005.Le processus de dépeuplement se serait même accentué depuis 2001 avec un déficit migratoire en 2005 qui surpasse celui de l\u2019ensemble des quatre autres régions.Mais c\u2019est aussi la région qui a connu le meilleur redressement du marché de l\u2019emploi entre l\u2019été 2005 et 2006.On compte 123 600 emplois en août 2006, soit 4600 de plus qu\u2019un an plus tôt.Il y a même eu une pointe de 127 000 en avril et mai.Les augmentations se sont produites tout autant dans les emplois à temps plein qu\u2019à temps partiel.Le revenu personnel par habitant a connu la plus forte augmentation de toutes les régions du Québec avec un taux de croissance deux fois plus rapide que celui de la province entre 2001 et 2005.S\u2019établissant à 27 524$, il s\u2019est considérablement rapproché de la moyenne québécoise.La région a quitté ainsi le groupe des régions les plus pauvres pour venir se situer au 10e rang provincial.Le climat a particulièrement favorisé les cultures maraîchères, provoquant une récolte abondante.Cela a créé une pénurie de main-d\u2019œuvre et des problèmes de mise en marché.Deux grands chantiers en voie de réalisation ont favorisé l\u2019activité économique durant les derniers mois et devraient continuer à le faire pour quelques années.Il s\u2019agit de la construction d\u2019un barrage de l\u2019Hydro-Québec sur la rivière Péribonka et de l\u2019élargissement à quatre voies de l\u2019axe routier 73/175 entre Québec et Saguenay.On estime à plus de 1200 le nombre d\u2019emplois créés.Ce sont aussi deux projets structurants pour l\u2019économie régionale et tout particulièrement l\u2019axe routier qui va faciliter l\u2019intégration au Québec urbain. ! } a.What Does Canada Want? 346 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 West Feels \u201cIn\u201d Roger Gibbins Président, Canada West Foundation1 Stephen Harper À sa création, en 1986, le Parti réformiste du Canada clamait son slogan « L\u2019Ouest veut sa part! » Ce mantra illustrait parfaitement des générations de mécontentement politique dans l\u2019Ouest canadien, un mécontentement alimenté à la fois par des revendications économiques fondées et la perception que la région avait un pouvoir de choc dans les politiques nationales bien en deçà de son poids démographique et économique.Le rêve de la région d\u2019émerger de ce froid politique ne s\u2019est pas réalisé du jour au lendemain.Il a plutôt fallu attendre la mort du Parti réformiste et la naissance du nouveau Parti conservateur dirigé par l\u2019Albertain Stephen Harper.Ce n\u2019est qu\u2019en janvier 2006 que changea considérablement le What Does Canada Want ?\u2022 347 paysage politique à la suite de l\u2019élection d\u2019un parti de l\u2019Ouest à la tête du gouvernement national, quoique minoritaire.L\u2019issue des élections de 2006 soulève deux questions.Premièrement, les Canadiens de l\u2019Ouest sont-ils satisfaits du nouveau gouvernement Harper ?Deuxièmement, quelles répercussions aura vraisemblablement le nouveau gouvernement sur le mécontentement régional profondément ancré et sur l\u2019aliénation de l\u2019Ouest ?Difficile de répondre à ces questions.En règle générale, le gouvernement Harper semble avoir la cote auprès des électeurs de l\u2019Ouest canadien.Il y a toutefois lieu de croire qu\u2019on ne peut attribuer ce succès à un programme politique pour l\u2019Ouest canadien puisqu\u2019on trouve peu d\u2019indices de l\u2019existence d\u2019un tel programme.L\u2019appui des électeurs de l\u2019Ouest au gouvernement conservateur repose principalement sur les initiatives présentées à l\u2019électorat national (imputabilité du gouvernement, réduction de la TPS, augmentation du budget des forces armées, resserrement des autres dépenses du gouvernement).Il faut reconnaître que certaines de ces initiatives pourraient permettre d\u2019obtenir un appui des électeurs plus grand dans l\u2019Ouest que dans toute autre région ; à titre d\u2019exemple, l\u2019Ouest appuie davantage le rôle de l\u2019armée canadienne en Afghanistan que le Québec.Tout compte fait, le gouvernement Harper ne poursuit pas un programme politique particulièrement orienté dans le sens des intérêts et des aspirations de l\u2019Ouest canadien.On doit en outre reconnaître que les électeurs de l\u2019Ouest canadien, majoritairement pro-conservateurs, sont simplement heureux de voir leur parti au pouvoir et d\u2019avoir finalement remporté une victoire plutôt que d\u2019essuyer une autre défaite.Cela n\u2019a rien d\u2019étrange et les électeurs québécois qui ont vu défiler l\u2019un après l\u2019autre des premiers ministres québécois (Pierre Trudeau, Brian Mulroney, Jean Chrétien et finalement Paul Martin) en savent quelque chose.Tout le monde comprend l\u2019attrait intrinsèque d\u2019être du côté des gagnants et, dans l\u2019Ouest, la rareté fait que cette victoire est encore plus appréciée.Rien de tout cela ne permet bien sûr de croire que le gouvernement Harper jouit d\u2019un appui général ou d\u2019un appui massif dans l\u2019Ouest.Les partisans libéraux et ceux du Nouveau Parti démocratique (NPD) ont du poids.De nombreux électeurs s\u2019inquiètent de la participation militaire du Canada en Afghanistan, et sont peut-être encore plus préoccupés par l\u2019abandon des objectifs de Kyoto et par la recherche de relations étroites avec 348 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 les États-Unis qui se heurte à l\u2019antipathie généralisée des Canadiens d\u2019un océan à l\u2019autre à l\u2019égard du président Bush.Bref, aucun gouvernement, et surtout ce gouvernement, ne peut plaire à tout le monde, même si l\u2019attrait politique de Harper vient en partie du fait qu\u2019il reconnaît cette réalité.Peu importe ce qu\u2019il en est, le gouvernement Harper est en général bien apprécié dans l\u2019Ouest.Passons maintenant à la deuxième question.Les Canadiens de l\u2019Ouest se sentent-ils maintenant inclus plutôt qu\u2019exclus ?L\u2019aliénation de l\u2019Ouest s\u2019est-elle effondrée et si oui, est-elle K.-0.?Je commencerai par dire qu\u2019aujourd\u2019hui, l\u2019Ouest jouit d\u2019un climat favorable.L\u2019économie régionale axée sur les ressources naturelles est prospère au moment où l\u2019économie de transformation du centre du Canada fait face à une intensification de la concurrence mondiale et un affaiblissement des marchés américains.Dans l\u2019Ouest, le chômage est bien en dessous de la moyenne nationale et les taux de migration d\u2019entrée sont élevés.L\u2019Alberta et la Colombie-Britannique sont les provinces qui ont connu la plus forte croissance démographique.Durant les vingt-cinq dernières années, la population albertaine a connu une hausse de 48 % et celle de la Colombie-Britannique de 55%, alors que celle du Québec n\u2019a augmenté que de 17%.Aujourd\u2019hui, la population de l\u2019Alberta combinée à celle de la Colombie-Britannique surpasse celle du Québec.Soulignons que les finances publiques sont en excellente santé dans l\u2019ensemble de la région.Les quatre gouvernements provinciaux disposent de surplus et leur dette s\u2019amenuise ou, dans le cas de l\u2019Alberta, est inexistante.Ajoutons que le premier ministre est originaire de l\u2019Ouest! On peut donc comprendre pourquoi les Canadiens de l\u2019Ouest se pètent les bretelles.Le pays a basculé de l\u2019Est vers l\u2019Ouest et les Canadiens, les possibilités économiques et maintenant le pouvoir politique convergent vers la région.Parallèlement, on s\u2019inquiète de la précarité de ce nouveau poids politique national de l\u2019Ouest et de sa possibilité de disparaître.Le récent boom économique pourrait se dégonfler ou du moins revenir à la normale si le cours des produits de base chutait.Il est intéressant de noter que l\u2019afflux de personnes vers l\u2019Ouest ne s\u2019exprime pas en une augmentation du nombre de sièges à la Chambre des communes.Même si la population de la Colombie-Britannique combinée à celle de l\u2019Alberta est What Does Canada Want ?\u2022 349 supérieure à celle du Québec, les deux provinces disposent de 64 sièges à la Chambre des communes, tandis que le Québec en a 75.Au Canada, les roues de la répartition des sièges tournent extrêmement lentement.Parlant de lenteur, la quête de l\u2019Ouest pour une réforme du Sénat fait de petits progrès malgré tout.Désormais, la principale inquiétude de l\u2019Ouest, soit d\u2019avoir sa part, repose sur la survie d\u2019un gouvernement minoritaire.Les Canadiens de l\u2019Ouest sont conscients que les derniers premiers ministres de l\u2019Ouest ont été à peine plus que des signes de ponctuation négligeables entre les longs mandats de premiers ministres québécois: Joe Clark entre Trudeau et Trudeau, John Turner entre Trudeau et Mulroney et Kim Campbell entre Mulroney et Chrétien.Même si l\u2019endurance de Stephen Harper semble plus forte, les antécédents politiques sont de mauvais augure.Voilà pourquoi bon nombre de Canadiens de l\u2019Ouest demandent des réformes institutionnelles pour assurer le maintien d\u2019une voix régionale efficace dans les affaires nationales malgré les changements de dirigeants et de partis.À ce jour, on ne perçoit aucune réforme institutionnelle de cette nature.Tout cela se résume à un climat politique incertain dans l\u2019Ouest canadien.Le présent gouvernement fédéral jouit d\u2019une bonne popularité dans la région, mais son pouvoir ne tient qu\u2019à un fil.La perte de seulement quinze sièges aux prochaines élections pourrait ramener au pouvoir un gouvernement libéral minoritaire marqué vraisemblablement par un appui majoritaire de l\u2019Ontario et une faible présence de l\u2019Ouest canadien.De nombreux Canadiens de l\u2019Ouest ne peuvent faire autrement que d\u2019être nerveux.Il convient de souligner que la stratégie du premier ministre Harper de former un gouvernement majoritaire en faisant la cour à l\u2019électorat québécois n\u2019a pas causé de contrecoup dans l\u2019Ouest.La stratégie est perçue un peu plus comme une politique intelligente que comme une trahison des intérêts de l\u2019Ouest.Au moins pour le moment, il y a lieu de croire que les électeurs de l\u2019Ouest canadien donneront du mou au premier ministre puisqu\u2019il cherche à obtenir des sièges supplémentaires au Québec.On peut établir une comparaison entre Stephen Harper et John Diefenbaker, le dernier véritable premier ministre originaire de l\u2019Ouest canadien.En 1958, Diefenbaker a battu le record de la plus grande proportion de 350 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 sièges remportés par un premier ministre canadien, y compris les 50 sièges remportés au Québec.Cependant, le triomphe de Diefenbaker à la fin des années 1950 était une anomalie de la scène nationale.La province qui l\u2019a vu naître, la Saskatchewan, était alors une petite province encore ébranlée par la Crise de 1929.Dans l\u2019ensemble, la population était en déclin dans l\u2019Ouest.Un nouveau Canada voyait le jour dans les centres urbains de l\u2019Ontario et du Québec.L\u2019avenir du pays se profilait dans l\u2019horizon de Toronto et de Montréal.En réalité, John Diefenbaker nageait contre les marées démographiques, économiques, et sociales du jour qui l\u2019ont rapidement renversé.Stephen Harper, de son côté, nage dans le sens des marées.De là sa force et son potentiel.C\u2019est donc dire que la force économique et démographique en croissance survivra à un changement de gouvernement même si, dans ces conditions, un changement de gouvernement semble moins probable.Stephen Harper risque moins de devenir un nouveau Joe Clark ou Kim Campbell qu\u2019un nouveau Pierre Taideau ou Jean Chrétien.L\u2019Ouest a maintenant sa part et, au moins à court terme, il ne la perdra pas. Photos : CP/Tom Hanson What Does Canada Want ?\u2022 351 Paris vaut bien une messe.L\u2019ascension de Stephen Harper au pouvoir Tom Flanagan Professeur, Département de sciences politiques, University of Calgary Stephen Harper avec les troupes canadiennes en Afghanistan, mars 2006 IL Y A DIX ANS, LE 26 MAI 1996, STEPHEN HARPER A PRONONCÉ UN DISCOURS À CALGARY LORS DU CONGRÈS «WINDS OF CHANGE » où il prévoyait l\u2019éventualité de la fusion du Parti de la réforme et du Parti conservateur.Il y dévoilait son plan pour accéder au pouvoir.Les paroles de Harper étaient pleines de bon sens, même si elles contenaient un nouveau message à une époque où les analystes politiques cherchaient encore à expliquer les résultats de l\u2019élection de 1993.Lors de cette 352 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 élection, deux nouveaux partis, le Parti de la réforme et le Bloc québécois, se sont emparés de la plupart des sièges qui, auparavant, étaient détenus par les conservateurs de Mulroney.Le congrès «Winds of Change», organisé par David Frum et Erza Levant, fut un échec à court terme.Les réformistes et les conservateurs provinciaux de l\u2019Ontario et de l\u2019Alberta vinrent en grand nombre, mais les conservateurs importants au palier fédéral restèrent chez eux.À cette époque, ces derniers espéraient encore que leur nouveau chef, Jean Charest, pourrait sauver le parti.Le fait que Charest avait refusé une double nomination réformiste/conservateur dans la circonscription ontarienne de Brant était la preuve qu\u2019une telle coopération soulevait peu d\u2019intérêt.À moyen terme, « Winds of Change » fut un demi-succès puisque les discussions aboutirent à la formation de l\u2019Alliance canadienne six ans après, en 2002.Ce nouveau parti faisait un pas vers l\u2019unité de la droite, mais un pas plein d\u2019hésitation.Le Parti conservateur fédéral, maintenant dirigé par Joe Clark, refusait encore de coopérer.À long terme, la stratégie de Harper telle qu\u2019annoncée dans son discours à «Winds of Change» aboutit à l\u2019unification de la droite et à un changement de gouvernement au Canada.Harper y soulignait que, historiquement, toutes les coalitions du Parti conservateur qui avaient réussi au XXe siècle comprenaient trois composantes : un élément populiste, particulièrement fort à l\u2019ouest mais aussi présent dans l\u2019Ontario rural ; des conservateurs traditionnels, surtout en Ontario et dans le Canada atlantique ; et les francophones au Québec.Le résultat désastreux de l\u2019élection de 1993 n\u2019était pas un pur hasard : il provenait de la fragmentation de la grande coalition de Mulroney le long des failles anciennes.Selon Harper, les conservateurs ne pourraient jamais gagner une autre élection nationale, à moins de rassembler ces factions.J\u2019ai été très impressionné par ce discours et, peu après, je téléphonais à Laureen, la femme d\u2019Harper et lui dis : « Stephen a parlé comme un premier ministre aujourd\u2019hui! ».Dix ans plus tard, il est premier ministre.Je voudrais bien que mes prédictions soient toujours aussi justes.Plus tard, lorsque j\u2019aidais Harper à composer son plan stratégique, je l\u2019ai intitulé : « Les trois sœurs », d\u2019après le mont Three Sisters, entre Banff et Canmore.Au début, il semblait impossible de ramener les trois sœurs au sein d\u2019un seul parti.Nous avons concocté toutes sortes de stratégies pour ramener les sœurs au bercail, mais cela ne fut pas tâche facile. What Does Canada Want ?\u2022 353 En 2001, Harper commençait à mettre son plan en application en se présentant à la chefferie de l\u2019Alliance canadienne.Sa victoire dans cette course lui apporta l\u2019appui de la sœur populiste de l\u2019ouest.Les analystes politiques se souviendront que sa première action après sa victoire comme chef de l\u2019Alliance a été de chercher à rencontrer Joe Clark afin de discuter d\u2019une coopération éventuelle avec les conservateurs progressistes, mais ce fut en vain.Cependant, pour Harper, ce n\u2019était qu\u2019un détour.Il a réussi à attirer la deuxième sœur, les conservateurs traditionnels, au cours de l\u2019automne 2003, lorsque, avec Peter Mackay, il a négocié une unification de l\u2019Alliance et des conservateurs.Les résultats de l\u2019élection de 2004 ont fait la preuve que la stratégie des trois soeurs était la bonne.Le nouveau Parti conservateur a obtenu plus de sièges que n\u2019en avaient reçus l\u2019Alliance et les conservateurs ensemble en 2000 mais, n\u2019ayant pas obtenu de sièges au Québec, il lui était impossible de battre les libéraux.Immédiatement après l\u2019élection de 2004, Harper s\u2019est mis à courtiser la troisième sœur.Il a décrété que le congrès conservateur se tiendrait à Montréal, a nommé Josée Verner au caucus comme représentante québécoise, a embauché un nouveau personnel francophone dans son parti et dans le bureau du chef et s\u2019est rendu au Québec aussi souvent que possible.Plus tard, il a recruté des candidats ministra-bles tels que Lawrence Cannon, Jean-Pierre Blackburn et Maxime Bernier afin de revigorer le Parti conservateur dans toute la province.Pendant une longue période, les francophones du Québec dressèrent un barrage, mais, en décembre 2005, grâce au discours particulièrement inspiré qu\u2019il a prononcé à Québec, Harper y a percé une brèche.Cette percée n\u2019était pas le résultat d\u2019un seul discours.Ce n\u2019était que le point culminant des efforts patients, laborieux et souvent frustrants de Harper qui cherchait à ressusciter le parti au Québec.Bien sûr, il reste beaucoup à faire.Dix sièges au Québec, ce n\u2019est qu\u2019une proposition de mariage, pas une noce.Il est difficile d\u2019imaginer un gouvernement conservateur majoritaire à moins que la troisième sœur ne Nous avons concocté toutes sortes de stratégies pour ramener les sœurs au bercail, mais cela ne fut pas tâche facile. 354 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 regagne les pénates, ce qui veut dire un minimum de 20 ou 30 sièges pour les conservateurs au Québec.Ceux qui se demandent comment Harper va gouverner ne devraient pas s\u2019attendre à des surprises.Il suffit de constater comment il est arrivé au pouvoir : il a élaboré un plan et l\u2019a suivi.Le programme de sa campagne de 2006 - qu\u2019il est en train de mettre en œuvre - a pour but de faire du Parti conservateur une coalition majoritaire au pouvoir.Il n\u2019en déviera pas.Ce qui est nouveau, ici, c\u2019est qu\u2019il soit possible de prédire le comportement d\u2019un gouvernement à partir d\u2019un programme électoral.En forgeant un parti national capable de gouverner, Harper cherche non seulement l\u2019élargissement de l\u2019appui populaire mais aussi un changement qualitatif au sein du parti lui-même.Le Parti de la réforme attirait une tranche relativement mince de l\u2019électorat canadien - les conservateurs populistes dans le Canada de l\u2019ouest et dans l\u2019Ontario rural - et il prenait des positions idéologiques claires qui étaient populaires auprès de ces électeurs.En tant que telle, cette base était trop étroite pour gouverner et, de ce fait, ce parti a été réduit à exercer de l\u2019influence politique plutôt que de posséder un vrai pouvoir.Les réformistes ont accompli beaucoup de choses : ils ont bloqué l\u2019accord de Charlottetown, fait dévier les idées conventionnelles sur le financement de la dette et forcé les libéraux à diminuer les impôts.Mais ils étaient irrémédiablement limités dans leur marge de manœuvre.Il y a des limites à ce qu\u2019un parti peut faire s\u2019il ne détient pas les rênes du pouvoir, s\u2019il n\u2019a jamais à préparer un budget, légiférer, nommer des juges et des membres des corps régulateurs.L\u2019Alliance canadienne espérait être un parti au pouvoir, mais elle ne s\u2019est jamais éloignée des modèles des réformistes, qui formaient un parti d\u2019influence et non un parti de gouvernement.Gouverner n\u2019est pas un droit, c\u2019est un privilège que l\u2019on doit mériter en formant une grande coalition d\u2019électeurs, de donateurs et de militants.Pour y arriver, il faut réviser l\u2019idéologie et faire des compromis.Le Parti conservateur a fait de nombreux compromis lors de son congrès en mars 2005 alors que les délégués ont voté pour le bilinguisme et en faveur de la Société Radio-Canada, ont rejeté la démocratie directe, ont défendu la gestion de l\u2019offre dans les marchés agricoles et ont donné leur appui à la Loi canadienne sur la santé.Ces décisions, il faut le souligner, étaient volontaires.Même si elles n\u2019étaient pas unanimes, elles ont été acceptées par des What Does Canada Want ?\u2022 355 majorités solides.Ce n\u2019est pas seulement Harper qui désire construire un parti capable de gouverner, ce sont aussi les militants du Parti conservateur.Dans le jargon de la science politique, cela implique qu\u2019il faut adopter la position de l\u2019électeur médian - la seule position par laquelle, au moins en temps normal, il est possible d\u2019obtenir le contrôle du gouvernement avec une configuration de deux partis ou de deux grands partis avec d\u2019autres plus petits.Les réformistes avaient réussi en tant que parti d\u2019influence en se positionnant à droite du Parti conservateur; de la même manière, les néodémocrates avaient gagné de l\u2019influence, pendant des années, en se plaçant à gauche des libéraux.Mais une telle stratégie ne mènera jamais au pouvoir à moins que l\u2019on soit dans une période de crise ; et le Canada d\u2019aujourd\u2019hui, bien qu\u2019il doive affronter de nombreux problèmes, n\u2019est pas un pays en crise.En science politique, il y a une proposition bien connue d\u2019après laquelle, à mesure que les partis convergent idéologiquement, ils doivent souligner leurs divergences non idéologiques.Le scandale des commandites est arrivé juste au bon moment pour permettre à Harper de décrire le Parti conservateur comme le parti de l\u2019imputabilité et de l\u2019intégrité.Harper s\u2019est aussi efforcé de se différencier du style de gouvernance de M.Martin que l\u2019on a surnommé, peut-être injustement, Mr.Dithers (M.L\u2019indécis).Avec ses «cinq priorités», M.Harper projette l\u2019image d\u2019un chef capable d\u2019agir et de gouverner.En insistant pour que son gouvernement soit intègre et efficace, il se peut qu\u2019il attire des électeurs qui, quoiqu\u2019ils soient plus enclins à voter pour les libéraux (ou au Québec pour le Bloc), souhaitent, cependant, un gouvernement compétent.Être un parti au pouvoir plutôt qu\u2019un parti d\u2019influence signifie aussi un changement de style.Les réformistes et les néo-démocrates ont eu des membres qui n\u2019hésitaient pas à exprimer leurs opinions, à contester les idées reçues, les politiques officielles de leur parti et même celles de leur chef.Depuis le début, Harper a compris que ce style à lui seul ne serait jamais suffisant pour un gouvernement au pouvoir, alors il s\u2019est efforcé d\u2019imposer de la discipline - à l\u2019intérieur avec le personnel, le caucus et le cabinet; à l\u2019extérieur avec les médias.En tant que réformiste de la première heure, j\u2019éprouve de la nostalgie pour une époque où je pouvais exprimer mes idées avec clarté dans un parti qui s\u2019en prenait à toutes les vaches sacrées de la politique canadienne.Je suis 356 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 fier de ce que les réformistes ont accompli.Sans le Parti de la réforme ou quelque chose du même genre, le Canada n\u2019aurait peut-être jamais pu échapper au cercle vicieux des déficits ininterrompus, des impôts élevés et de l\u2019apaisement du séparatisme.Mais, en même temps, il était évident que les réformistes n\u2019allaient jamais gouverner.« Paris vaut bien une messe », avait déclaré Henri de Navarre lorsqu\u2019il abandonna son protestantisme huguenot et se convertit au catholicisme afin de devenir Henri IV, roi de France.Cette conversion n\u2019était pas seulement un changement opportuniste de « marque », comme on pourrait le décrire aujourd\u2019hui.En tant que roi, il établit la liberté religieuse avec l\u2019Édit de Nantes et mit fin aux guerres de religion en France.Si Paris valait bien une messe, Ottawa vaut bien des compromis idéologiques - si c\u2019est la condition nécessaire pour faire accepter des changements valables.Voici le défi personnel et politique de Harper : faire avancer le pays par petites étapes dans une direction conservatrice, former une large coalition basée sur un consensus conservateur modéré. What Does Canada Want ?\u2022 357 Stephen Harper est-il l\u2019ami du Québec?1 Pierre Dubuc Directeur, L\u2019aut\u2019journal et secrétaire, Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre MON ÉDITEUR, VICTOR-LÉVY BEAULIEU, A FAIT PARVENIR UNE LETTRE D\u2019INVITATION À STEPHEN HARPER POUR LE LANCEMENT DE MON LIVRE Le vrai visage de Stephen Harper.À notre grande surprise, le bureau du premier ministre a téléphoné pour excuser son absence.De toute évidence, on n\u2019y avait pas pris connaissance du contenu du livre.De la même façon, on peut penser que le 25% de l\u2019électorat québécois qui a accordé sa confiance au Parti conservateur lors des dernières élections fédérales avait une idée bien sommaire du parcours et des idées politiques de son chef.M.Harper a séduit en s\u2019adressant aux Québécoises et aux Québécois dans un français fort respectable.Un français appris en Ontario à la fin des années 1960 dans un cours d\u2019immersion estival auquel ses parents, envoûtés par la trudeaumanie, l\u2019avaient inscrit.Plus tard, sous l\u2019influence de son grand ami montréalais lohn Weis-senberger, qui frit traumatisé par la Crise d\u2019octobre et l\u2019exode des anglophones au lendemain de la victoire en 1976 du Parti québécois, Stephen Harper, maintenant installé en Alberta, change son fusil d\u2019épaule.Il combat désormais les politiques du bilinguisme du gouvernement fédéral et la Charte de la langue française.Président de la National Citizens Coalition, un groupe de pression de droite, il organise des cueillettes de fonds pour financer les contestations juridiciaires de la loi 101 par Alliance Quebec.Aujourd\u2019hui, tout en affirmant que le français n\u2019est pas menacé, il reconnaît au Québec le droit de légiférer en matière linguistique.Mais, du même souffle, il ajoute : « Cela étant dit, je soutiens également la liberté d\u2019expression et le libre choix dans le domaine linguistique contenu dans la Charte 358 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 des droits», soit les deux «principes» que les juges ont invoqués pour invalider les dispositions de la loi 101.Belle pirouette pour un politicien qui a fait carrière dans un parti qui a toujours stigmatisé « le gouvernement par les juges » ! En visite à Québec lors de la Fête nationale, Stephen Harper a surpris son électorat québécois en refusant de reconnaître au Québec le statut de nation.C\u2019est qu\u2019il en connaît trop bien les implications.Déjà, il s\u2019était opposé à la notion de « société distincte » inscrite dans les accords du lac Meech et de Charlottetown.Ce désaccord est un élément important de sa rupture avec le Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney.Disciple de l\u2019économiste Friedrich Hayek - le gourou des néolibéraux -, admirateur de Margaret Thatcher et Ronald Reagan, Stephen Harper veut alors faire du Reform Party, dont il est un des membres fondateurs, un parti de droite calqué sur le modèle de ses idoles.La question du Québec lui apparaît comme le principal obstacle à la transformation du Canada en société néolibérale.Partisan de l\u2019État minimal, il reproche aux libéraux et aux conservateurs de céder devant les demandes du Québec, ce qui entraîne une hypertrophie de l\u2019appareil d\u2019État fédéral.Vue dans cette perspective, la notion de « société distincte » ne signifie pour Harper que « plus d\u2019étatisme, plus de dirigisme et plus de socialisme ».Cela l\u2019amène tout naturellement à s\u2019opposer à la « théorie des deux peuples fondateurs».Il est ridicule, selon lui, de définir un pays sur la base de l\u2019union de deux peuples.Les questions de race, de culture et de langue doivent être des concepts neutres de l\u2019identité canadienne.On ne se surprendra pas d\u2019apprendre que Stephen Harper a toujours été un des plus farouches opposants à toute reconnaissance de la légitimité d\u2019un référendum sur l\u2019indépendance du Québec.Bien avant que Stéphane Dion fasse le saut en politique, que la Cour suprême se prononce sur la sécession d\u2019une province, que la Loi sur la clarté soit promulguée, Stephen Harper développe tout l\u2019argumentaire de ce qu\u2019on appellera le «plan B».Pour Harper, nul besoin de ramener le Québec dans le giron constitutionnel canadien.La Constitution de 1982 s\u2019applique au Québec et elle ne permet pas de déclaration unilatérale d\u2019indépendance.Dès 1992, il se dissocie de son chef d\u2019alors, Preston Manning, sur cette question.En 1994, à la veille du référendum, il dépose un projet de loi qui nie le droit à l\u2019au- What Does Canada Want ?\u2022 359 todétermination du Québec et réclame du gouvernement fédéral qu\u2019il invoque la primauté de la Constitution canadienne.La sécession requiert, selon lui, un amendement constitutionnel et le consentement unanime des provinces.Au lendemain du référendum de 1995, il déclare: «La prochaine fois, un référendum sur la sécession ne devrait plus dépendre de l\u2019improvisation d\u2019un premier ministre et des prétentions d\u2019un gouvernement sécessionniste».Il dépose un projet de loi qui nie au Québec le droit de «modifier unilatéralement la Constitution du Canada» s\u2019il le gagne.Le projet de loi prévoit aussi la tenue d\u2019un référendum fédéral le même jour que le référendum québécois avec un bulletin de vote comprenant deux questions, dont la deuxième pose carrément la question de la partition : « Si le Québec se sépare du Canada, ma municipalité devrait-elle se séparer du Québec et continuer de faire partie du Canada.OUI ou NON?» Évoquant des références historiques lourdes de sens, Stephen Harper dénonce la politique « d\u2019apaisement » à l\u2019égard du Québec.Selon lui, les souverainistes « bluffent » et capituleront si on menace de charcuter le territoire québécois.Élevé au sein d\u2019une famille aux valeurs militaristes - son père a publié deux livres sur l\u2019armée canadienne et a été consultant pour le ministère de la Défense -, Stephen Harper veut redéfinir l\u2019identité canadienne autour des pouvoirs spécifiques du gouvernement central, principalement la politique étrangère, la défense et l\u2019armée.Nostalgique de l\u2019empire britannique, il a déclaré lors d\u2019un récent périple en Grande-Bretagne que la « petite île » et le « grand Dominion » étaient éternellement liés par la langue, la culture, l\u2019économie et les mêmes valeurs.Aujourd\u2019hui, Stephen Harper veut voir le Canada réintégrer sa place historique dans la grande coalition impérialiste anglo-saxonne, à la seule différence qu\u2019il se placera désormais sous les ordres de Washington plutôt que de Londres.Le Québec peut-il imaginer meilleur ami ?1.Ce texte reprend les principaux arguments contenus dans le livre Le vrai visage de Stephen Harpery Trois-Pistoles, Les Éditions Trois-Pistoles, 2006. B, 360 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 LES ÉLECTIONS DU 23 JANVIER 2006 Au Québec, le Bloc reste solide, les gains conservateurs sont fragiles et les libéraux sont au fond du baril Pierre Drouilly Professeur, Département de sociologie, Université du Québec à Montréal Gilles Duceppe Paul Martin Stephen Harper Jack Layton What Does Canada Want ?\u2022 361 À EN CROIRE LES ANALYSTES ET CHRONIQUEURS POLITIQUES AU SOIR DE L\u2019ÉLECTION FÉDÉRALE DU 23 JANVIER 2006, le Bloc québécois venait de subir une défaite, le Parti conservateur lui ayant arraché huit circonscriptions dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches et deux au Parti libéral.Ces analyses frirent produites au prix de quelques oublis majeurs : la déroute totale du Parti libéral au Québec qui obtient son plus mauvais résultat depuis le début de la fédération ; les six gains du Bloc québécois aux dépens du Parti libéral dans la région de Montréal et en Outaouais ; et aussi l\u2019ambiguïté et la fragilité de la percée conservatrice.L\u2019évolution de l\u2019opinion publique Les sondages quotidiens réalisés par SES Research durant la campagne électorale (graphique 1) nous apprennent que du déclenchement de l\u2019élection jusqu\u2019à Noël environ, les intentions de vote correspondaient, aux marges d\u2019erreur près, exactement aux résultats des élections de 2004 : le Bloc québécois autour de 50 %, le Parti libéral autour de 30 %, enfin le Parti conservateur et le Nouveau Parti démocratique autour de 10%.Dès la fin décembre 2005 et le début janvier 2006, on voit une progression continue des intentions de vote pour le Parti conservateur et une baisse concomitante des intentions de vote pour le Parti libéral : à partir de la mi-janvier, le Parti conservateur, avec 20 % des intentions de vote, dépasse le Parti libéral qui se retrouve à 20 %, dont il ne bougera plus jusqu\u2019au jour du vote.Mais durant la seconde moitié de janvier, le Parti conservateur continue de progresser, mais cette fois-ci aux dépens semble-t-il du Bloc québé- GRAPHIQUE 1 SONDAGES QUEBEC (moniteur SES) 362 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 cois, pour finir à 25 %, le Bloc québécois ayant apparemment freiné sa chute et même ayant repris quelques points dans les derniers jours de la campagne.Les gains conservateurs se sont faits d\u2019abord aux dépens du Parti libéral et, dans une moindre mesure, aux dépens du Bloc québécois : le moment tournant de ce mouvement est clairement la période de Noël, à la suite des déclarations d\u2019ouverture de Stephen Harper, concernant notamment le déséquilibre fiscal, faites les jours précédant Noël, et fortement médiatisées, mais aussi à une campagne publicitaire à la télévision assez habile (en particulier la publicité montrant un cycliste «travaillant fort pour le Québec», mais dont les roues ont été remplacées par deux «blocs» de ciment).La sanction de 2006 Aux élections fédérales de 2004, le Bloc québécois avait fait élire 54 députés et le Parti libéral 21 : en 2006, le Parti libéral se retrouve avec seulement 13 députés, le Bloc québécois en conserve 51, le Parti conservateur en fait élire 10 et un indépendant (André Arthur) se fait élire (tableau 1).Mais cette image cache un mouvement plus important: en fait 17 circonscriptions ont changé d\u2019allégeance politique.Le Parti libéral a perdu huit circonscriptions : six aux mains du Bloc québécois (Ahuntsic, Brome-Missisquoi, Brossard-Laprairie, Gatineau, Jeanne-Le-Ber et Papineau), deux aux mains du Parti conservateur (Beauce et Pontiac) ; le Bloc québécois, pour sa part, a perdu neuf circonscriptions: huit aux mains du Parti conservateur (Beauport-Limoilou, Charlesbourg-Haut-Saint-Charles, Jonquière-Alma, Louis-Hébert, Louis-Saint-Laurent, Lévis-Bellechasse, Lotbinière-Chutes-de-la-Chaudière et Mégantic-L\u2019Érable) et une aux mains d\u2019un indépendant (Port-neuf-Jacques-Cartier).En termes de votes valides (tableau 2), le Parti libéral en perd 13,1 % et le Bloc québécois 6,8 %, tandis que tous les autres partis progressent, le Parti conservateur de 15,8 %, le Nouveau Parti démocratique de 2,9 % et le Parti vert de 0,8%.Avec 20,8 % du vote, le Parti libéral réalise son plus mauvais résultat depuis 1867.Avec 24,6% des voix, le Parti conservateur dépasse à peine son niveau de 1997 (22,2%) alors qu\u2019il était dirigé par Jean Charest, très loin de son niveau atteint sous la direction de Brian Mulroney (plus de 50% des voix).Enfin, avec 7,5% des voix, le Nouveau Parti démocratique What Does Canada Want ?\u2022 363 semble être sorti des années noires de la décennie 1990 (2% ou moins en 1993,1997 et 2000), et avoir retrouvé son niveau des années 1960-1970.La comparaison des résultats bruts en nombre de voix (tableau 3) révèle que le nombre de votants a augmenté de 231 000 entre 2004 et 2006, ce qui représente 178 000 abstentions de moins puisque le nombre d\u2019électeurs a augmenté de 52 000.On constate dans ce tableau que les gains conservateurs (+ 606 000 voix) sont sans commune mesure avec les pertes du Bloc québécois (- 127 000 voix), ce qui montre qu\u2019on ne peut expliquer la progression du vote conservateur uniquement par la baisse du Bloc québécois; l\u2019augmentation du nombre de votants et la baisse du vote libéral (- 399 000 voix) doivent avoir joué davantage dans la progression du vote conservateur que la baisse du vote bloquiste.Malgré l\u2019ampleur de ses effets (perte de 9 circonscriptions), l\u2019érosion du vote bloquiste demeure malgré tout relativement minime, 7,5 % de son vote, 6,8 % du total de voix valides, mais seulement 2,4 % des électeurs inscrits.La participation électorale Alors qu\u2019au début des années 1990, le taux de participation au Québec était de presque 10 % plus élevé que dans le reste du Canada, cet écart s\u2019est rétréci au fil des élections pour disparaître complètement en 2004 : aux dernières TABLEAU 1 Résultats des élections de 2004 et de 2006 (en pourcentages des votes valides) \t2004\t2006\tDifférence Taux de participation\t60,5\t63,9\t+ 3,4 Parti libéral\t33,9\t20,8\t-13,1 Bloc québécois\t48,9\t42,1\t-6,8 Parti conservateur\t8,8\t24,6\t+ 15,8 Nouveau Parti démocratique\t4,6\t7,5\t+ 2,9 Parti vert\t3,2\t4,0\t+ 0,8 Autres\t0,7\t1,1\t+ 0 364 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 TABLEAU 2 Résultats des élections de 2004 et de 2006 (en nombres) \t2004\t2006\tDifférence Électeurs inscrits\t5 800 109\t5 852 528\t+ 52 419 Votes déposés\t3 507 100\t3 737 849\t+ 230 749 Bulletins rejetés\t68 845\t46 691\t-22154 Parti libéral\t1 165 645\t766 228\t- 399 417 Bloc québécois\t1 680 109\t1 553 201\t- 1 26 908 Parti conservateur\t301 539\t907 972\t+ 606 433 Nouveau Parti démocratique\t158 427\t276 401\t+ 1 17 974 Parti vert\t108 660\t146 576\t+ 37 916 Autres\t23 875\t40 780\t+ 16 905 élections, tout comme en 2004, le taux de participation au Québec (63,9 %) a été inférieur à celui du reste du Canada (65,8 %), en légère progression par rapport à 2004, tout comme dans l\u2019ensemble du Canada.Le taux de participation varie bien entendu d\u2019une circonscription à l\u2019autre, selon la composition sociale de la population.En 2006, les régions périphériques votent toujours moins (le Bas-Saint-Laurent, Gaspésie et Côte-Nord à 60,1%; l\u2019Abitibi-Témiscamingue à 57,4%), tout comme les zones défavorisés telles que le centre-sud de Montréal (Hochelaga à 58,3%; Laurier-Sainte-Marie à 61,3%), alors que les banlieues participent davantage (Laval à 65,6 %, la couronne nord de Montréal à 66,3 %, la Montérégie à 67,6%).Mais à ce fait habituel s\u2019ajoute un phénomène déjà présent en 2004 : parmi les circonscriptions les moins participantes, on trouve les circonscriptions de l\u2019ouest de Montréal à forte composante anglophone (participation de 52,8 % dans Mont-Royal, de 53,7 % dans Westmount-Ville-Marie, de 55,3 % dans Saint-Laurent-Cartierville, de 58,9 % dans Jeanne-Le-Ber, de 59,9 % dans Pierrefonds-Dollard ; de 60,8 % dans Outremont, de 60,0 % dans Notre-Dame-de-Grâce-Lachine, par exemple) ou les circonscriptions What Does Canada Want ?\u2022 365 du nord-est de Montréal à forte composante allophone (participation de 57,0 % dans Saint-Léonard-Saint-Michel, de 59,7 % dans Bourassa, de 61,1 % dans Papineau).Comme en 2004, les électeurs non francophones, habituellement presque entièrement acquis au Parti libéral, ont moins participé que les électeurs francophones : le taux de participation décroît, passant de 65,0 % dans les circonscriptions les plus francophones à 58,7 % dans les circonscriptions comprenant une majorité de non-francophones.Le second fait remarquable dans la participation à l\u2019élection de 2006, est qu\u2019un grand nombre de circonscriptions essentiellement rurales se retrouvent parmi le groupe des circonscriptions les plus participantes (participation de 69,4% dans Portneuf-Jacques-Cartier, de 68,6% dans Mégantic -L\u2019Érable ; de 68,4 % dans Lotbinière-Chutes-de-la-Chaudière, de 67,6 % dans Beauce, de 66,6% dans Compton-Stanstead, par exemple): ce sont aussi pour la plupart des circonscriptions gagnées par le Parti conservateur.En fait, la relation entre vote conservateur et taux de participation est statistiquement significative.Plus significatif encore : parmi les circonscriptions dans lesquelles le taux de participation a le plus augmenté entre 2004 et 2006, on trouve la plupart des circonscriptions remportées par le Parti conservateur.En fait, dans les 13 circonscriptions qui ont été remportées par le Parti libéral, le taux de participation global est de 60,2 % ; dans les 51 circonscriptions remportées par le Bloc québécois, il a été de 64,3% (près de la moyenne québécoise) et enfin dans les 10 circonscriptions remportées par le Parti conservateur, le taux de participation global a été de 66 % : cela indique qu\u2019il y a eu une certaine mobilisation électorale en faveur du Parti conservateur.Le vote linguistique De toutes les caractéristiques sociales des circonscriptions, c\u2019est la langue maternelle qui, dans la plupart des cas, explique le mieux les résultats électoraux au Québec.Depuis plus de trente ans (et à bien des égards depuis toujours), les électeurs non francophones se sont massivement opposés aux partis nationalistes dans les élections et aux options souverainistes dans les référendums.L\u2019attitude des électeurs à l\u2019égard du Bloc québécois en 2006 est conforme à cette tendance, les non-francophones étant plus enclins, généralement, à voter libéral. 366 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 Le tableau 9 illustre bien le phénomène : on voit bien le vote libéral passer progressivement de 11,3 % dans les circonscriptions ayant plus de 90 % de francophones à 49,2 % dans les circonscriptions ayant une majorité de non-francophones.Inversement, le vote bloquiste passe de plus de 45 % dans les circonscriptions les plus francophones (il est légèrement moins élevé dans les circonscriptions les plus francophones qui sont plus rurales) à seulement 17,8% dans les circonscriptions les moins francophones.Le vote conservateur suit le même mouvement, passant de 30,9 % dans les circonscriptions les plus francophones à 17,2% dans les circonscriptions les moins francophones.Enfin, alors que les circonscriptions remportées par le Bloc québécois sont globalement francophones à 88,1 % et celles remportées par le Parti conservateur, à 95,6% (étant pour la plupart à Québec ou en régions rurales), l\u2019ensemble des circonscriptions remportées par le Parti libéral n\u2019est francophone qu\u2019à 45,2 %.À Montréal, le pourcentage obtenu par le Bloc québécois est pratiquement proportionnel au pourcentage de francophones dans les circonscriptions.Comme le Bloc québécois a remporté plusieurs circonscriptions montréalaises à forte composante non francophone (il n\u2019y a que 46,1 % de francophones dans Papineau, 59,% dans Ahuntsic, 64,4% dans Jeanne-Le-Ber et 67,8% dans Brossard-Laprairie), la question qui se pose est évidemment de savoir s\u2019il y a eu, en 2004 comme en 2006, une certaine percée du vote souverainiste parmi les électeurs anglophones ou allophones.Nous avons effectué une analyse spectrale par régression du vote linguistique dans les 26 circonscriptions de Montréal (voir la version intégrale de cette étude à www.inm.qc.ca).La méthode statistique utilisée ne permet pas de discerner un vote anglophone ou allophone pour le Bloc québécois ni en 2004 ni en 2006.Dans les deux cas le vote non francophone bloquiste est estimé au mieux à moins de 10 %, comme c\u2019est le cas depuis plusieurs élections tant fédérales que provinciales.C\u2019est le taux de participation plus faible des anglophones et des allophones qui explique les victoires bloquâtes dans ces circonscriptions moins francophones.Le Parti conservateur, par contre, a fait une réelle percée auprès des anglophones de Montréal avec environ le tiers de leurs appuis, mais n\u2019a pas connu un tel succès auprès des allophones (avec moins de 5 % de leur appui en 2004 comme en 2006).Quant au Parti libéral, il a obtenu en 2006 un fort soutien des électeurs allô- What Does Canada Want ?\u2022 367 phones de Montréal (environ 85%), l\u2019appui d\u2019un peu plus de la moitié des électeurs anglophones, alors que chez les francophones il est devenu un tiers parti, avec environ 10%.Le mouvement des votes Le vote libéral est inférieur à 20 % dans les deux tiers des circonscriptions, 20,8 % étant le résultat du Parti libéral pour l\u2019ensemble du Québec.Par rapport à 2004, le Parti libéral recule dans toutes les circonscriptions.À part l\u2019ouest de Montréal, où le Parti libéral obtient 47,6 % des voix et le nord-est de Montréal, où il en obtient 42,5 %, dans presque toutes les régions le Parti libéral se situe sous les 20%, à l\u2019exception de l\u2019île de Montréal (38,4%), de Laval (27,0%) et de l\u2019Outaouais (29,6%).Le caractère urbain (et francophone) du vote bloquiste est très apparent lorsque l\u2019on considère le seul vote francophone.Et c\u2019est dans les régions rurales que ce vote bloquiste francophone est le plus faible.Parmi les 19 circonscriptions dans lesquelles l\u2019appui francophone au Bloc québécois a TABLEAU 3 Résultats des élections de 2006 selon le pourcentage de francophones Circonscriptions avec.\t« O ¦J3\tœ\tm o- =\t.o \tC_>\teu LJ-\teu O-\tP LC\tBQ\tPC\tNPD\tC3 QQ .90% de francophones et plus\t37\t96,9\t65,0\t11,3\t45,9\t30,9\t6,5\t47,3 .entre 80 et 90% de francophones\t13\t86,3\t64,5\t18,4\t48,9\t20,9\t7,3\t56,7 .entre 70 et 80% de francophones\t8\t76,9\t64,5\t24,0\t43,0\t17,8\t10,1\t55,9 .entre 60 et 70% de francophones\t6\t64,5\t61,8\t36,2\t36,7\t16,4\t7,0\t56,9 .entre 50 et 60% de francophones\t2\t55,6\t64,7\t42,7\t34,0\t12,5\t7,0\t61,1 .moins de 50% de francophones\t9\t35,7\t58,7\t49,2\t17,8\t17,2\t10,2\t49,9 Total Québec\t75\t81,5\t63,9\t20,8\t42,1\t24,6\t12,6\t51,6 368 \u2022 L\u2019ANNUAIRE DU QUÉBEC 2007 reculé de plus de 10% par rapport à son vote francophone de 2004, sept sont des circonscriptions essentiellement rurales.Le Parti conservateur a fait élire 10 députés en 2006, dont huit dans les régions de Québec métropolitain et Chaudière-Appalaches : cette concentration des élus dans et autour de la Capitale nationale est spectaculaire, d\u2019autant plus qu\u2019elle s\u2019est faite aux dépens du Bloc québécois.Elle l\u2019est tellement qu\u2019elle finit par masquer la réalité du vote conservateur.Par exemple, seulement quatre élus conservateurs ont obtenu plus de 50% des voix TABLEAU 4 Résultats des élections de 2006 selon les régions Circonscriptions avec.\tV) c O\tV) (U\tc\t\t\t\t\t(U c O \to_ O V) c O\tc O IL O O\tO eu Q_ O\t\t\t\t\tO.O O c eu Li- \tO
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