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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1933-04, Collections de BAnQ.

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[" Le régime capitaliste L\u2019une des formes naturelles de la propriété privée, agent normal de la production et de la prospérité, le capital est incontestablement légitime en son principe.Le capitalisme est aussi légitime qui fait réaliser à la propriété privée sa fonction sociale, laquelle est de faire servir au bien toutes les possessions personnelles.Dans la société moderne, il faut admettre, en de certaines limites et pour certaines entreprises, la concentration des capitaux.Le capitalisme est d\u2019autre part condamnable et réprouvé qui concentre entre quelques mains une trop grande somme de biens, jette \u201cdans un état de misère imméritée\u2019\u2019, la population ouvrière, constitue des monopoles oppresseurs, permet à quelques rares possédants sans mandat de dominer toute la vie économique d\u2019un pays, et, par une conséquence fatale, sa vie politique.Ce capitalisme existe-t-il dans la province de Québec?Hélas, chacun peut nommer les monopoles oppresseurs.Nous, Canadiens-français, savons, plus que personne, le petit nombre de profiteurs à qui seuls bénéficient les ressources naturelles de notre province, l\u2019héritage des ancêtres.Nous savons jusqu\u2019à quel point ce capitalisme mal freiné a développé jusqu\u2019au pire déséquilibre social le prolétariat, 194 l\u2019action nationale a trafiqué de l\u2019épargne populaire, est responsable, en nombre d\u2019industries, de la crise du chômage, impose, à l\u2019heure qu\u2019il est, à notre peuple, sa dure dictature économique.A l\u2019égard de ce capitalisme amoral et antisocial, Pie XI, en l\u2019encyclique Quadragesimo anno, a prescrit aux catholiques une attitude bien définie: \u201cIl faut donc tout mettre en oeuvre afin que, dans l\u2019avenir du moins, la part des biens qui s\u2019accumule aux mains des capitalistes soit réduite à une plus équitable mesure.\u201d Qu\u2019attendons-nous, Canadiens-français catholiques, pour nous mettre à l\u2019oeuvre, pour dégager notre province de l\u2019étreinte de fer?Qu\u2019attendons-nous pour obéir au Pape, pour préparer les indispensables conditions d\u2019un redressement économique, pour sauver avant qu\u2019il soit trop tard l\u2019ordre social, la légitime propriété?De grâce, ne laissons pas les esprits mal endoctrinés ou mal intentionnés mener seuls les campagnes de réformes.Car c\u2019est encore Pie XI qui nous en avertit: \u201cQu\u2019on en soit bien convaincu, si l\u2019on ne se décide enfin, chacun pour sa part, (à mettre à l\u2019ordre le capitalisme dictateur) on n\u2019arrivera pas à défendre efficacement l\u2019ordre public, la paix et la tranquillité de la société, contre l\u2019assaut des forces révolutionnaires\u201d.L\u2019ACTION NATIONALE Problèmes de Vheure Refrancisation de la province La mode étant aux casse-têtes (les Chinois n\u2019ont vraiment pas volé leur titre de spécialistes de la torture!), on m\u2019a demandé d\u2019assembler, sous les yeux des lecteurs de Y Action nationale, le casse-tête très intéressant mais très ardu qui s\u2019intitule: La refrancisation de la province.A vrai dire, la tâche est au-dessus de mes forces et de mes moyens.Je ne saurais même pas mettre les pièces à l\u2019endroit.Aussi, me contenterai-je de placer sur la table quelques pièces qui semblent avoir été oubliées au fond de la boîte.Ce qui revient à dire, en termes plus sobres, que j\u2019émettrai seulement une opinion, et que je laisserai à d\u2019autres le soin de coordonner les suggestions qui ont été faites.L\u2019honorable M.Perrault, dans une intéressante causerie qu\u2019il donnait récemment à Québec, sur la question, se demandait: \u201cDe quoi s\u2019agit-il?Les \u201cpartisans de ce mouvement disent parfois: Refran-\u201ccisons la province de Québec\u201d.Et un mot d\u2019ordre \u201ca été lancé: \u201cRefrancisation de la province de \u201cQuébec\u201d.Je n\u2019aime guère le mot en supposant 196 l\u2019action nationale \u201cqu\u2019il soit d\u2019une bonne langue.Ce terme laisse \u201centendre un oubli de notre part, qui pourrait être \u201cexagéré, un blâme qui ne paraît pas tout à fait \u201cmérité.Dans le dernier numéro de la Revue \u201cDominicaine, le R.Père A.Lamarche exprimait \u201cla crainte que la \u201crefrancisation des campagnes\u201d \u201cne leur fît perdre leur couleur locale et paraissait \u201cvouloir restreindre le mouvement à la \u201c refrancisa -\u201ction des routes\u201d.Il importe donc que chacun d\u2019en-\u201ctre nous sache exactement de quoi il s\u2019agit, ait \u201cune idée claire de ce mouvement, du but à atteindre et des moyens qui permettront d\u2019y atteindre.\u201cCe que tous veulent, c\u2019est garder à la province \u201cde Québec, \u2014 en réparant certaines négligences et \u201cen corrigeant certains abus \u2014 une physionomie \u201cfrançaise dont la conservation est justifiée par \u201cson passé et ses meilleurs intérêts\u201d.(Le Canada, 3 mars, 1933.) Il importe donc, devant ces restrictions que l\u2019on semble vouloir poser, de savoir s\u2019il s\u2019agit de rendre ou de conserver à la province sa physionomie particulière et si cette physionomie est française ou canadienne-française.Il importe aussi de savoir si le mouvement doit rayonner à travers toute la province, urbaine et rurale, physique et morale, ou simplement suivre nos routes.Ce sont là des distinctions qui s\u2019imposent.Maintenant que le mouvement d\u2019ensemble est lancé, il est temps de lui donner une orientation définitive. REFRANCISATION DE LA PROVINCE 197 Dans un article intitulé \u201cQuebec gives signs of going modern\u201d, publié dans le Mail and Empire du 29 août 1932, on pouvait lire ces lignes: \u201cWho \u201cdesires to travel 500 miles or more to view some-\u201cthing he can see any day in his own main street ?.\u201cQuebec cannot serve both tourists and Mammon.\u201cShe cannot become a tenth-rate American city and \u201cremain a first-rate tourist centre.At present the \u201csigns are against her\u201d.Et André Verbois, qui citait et commentait cet article dans Le Devoir du 30 août de la même année, ajoutait: \u201cCeux qui \u201cont connu le vieux Québec, dont les traits ressem-\u201cblaient étonnamment à ceux de cette ancienne \u201cville de France, Poitiers, capitale d\u2019une région \u201cdont vinrent plusieurs de nos ancêtres, regrettent \u201cses anciennes maisons, son délicieux air du XVIIIe \u201csiècle maintenant gâté par des constructions telles \u201cque la Price House, obélisque prétentieux à la \u201cmémoire de la dynastie des Price, en poussière \u201ccomme les Pharaons des temps antiques, la tour \u201ccentrale du Frontenac, dix ou vingt autres édifices peut-être à leur place dans une cité américaine surgie avant-hier de la prairie, mais qui \u201csont d\u2019énormes verrues sur la face d\u2019une belle \u201cvieille ville acharnée à s\u2019enlaidir sous prétexte \u201cde se moderniser\u201d.J\u2019ai connu le vieux Québec dont parle M.Ver-bois, le Québec d\u2019il y a bientôt vingt-cinq ans.Nous habitions à ce moment sur Les Remparts, à deux 198 l\u2019action nationale pas des grands murs séculaires qui entourent les jardins de l\u2019Hôtel-Dieu.Notre maison était celle qu\u2019avait occupée Montcalm, durant l\u2019été de 1759.Un jeune bouleau, svelte et droit comme un jouvenceau, en ombrageait l\u2019entrée.En face, la taille sévère des murailles de la ville s\u2019arrondissait coquettement en un bastion; des canons démodés semblaient y défendre jalousement, ainsi qu\u2019un trésor, le modeste banc de bois sur lequel tant d\u2019amoureux avaient gravé leurs initiales entrelacées.La vue que l\u2019on découvrait de cet endroit était ravissante à toute heure et en toute saison.Mais c\u2019était l\u2019automne surtout, dans la quiétude du crépuscule, qu\u2019il faisait bon s\u2019y asseoir.On n\u2019y dominait que la Basse-Ville et pourtant il nous semblait, à cette époque, que l\u2019on y dominait tout un monde.Toits en terrasse des maisons modernes aux briques roses, toits pointus des maisons anciennes de pierres grises ou fauves, silhouettes des voiliers tissant sur le ciel leur filet de cordages où s\u2019emprisonnaient nos rêves de folles aventures, fumées tourmentées des navires en partance, fumées paisibles montant des foyers, campagnes chatoyantes de Tile d\u2019Orléans et de la Côte de Beaupré enchâssées comme des joyaux dans l\u2019émail du fleuve et l\u2019émail de l\u2019horizon; cris et rires d\u2019enfants, fusant mollement dans l\u2019air fraîchissant, roulements de charrettes sur le pavé sonore de la côte de la Cano- REFRANCISATION DE LA PROVINCE 199 terie, bruits de sabots fringants s\u2019atténuant tout à coup sur le pavé de bois de la rue Hamel, gémissements nostalgiques des sirènes, notes d\u2019or des cloches dans le soir; tout un océan de couleurs et de nuances, d\u2019ombres et de lumière, de clameurs et de cris estompés par la distance, venait déferler à nos pieds, engloutissant sous ses vagues éblouissantes toutes les grisailles de nos vies d\u2019écoliers.J\u2019ai voulu revoir ce coin de Québec dont j\u2019avais conservé un si beau souvenir.J\u2019y suis retourné à deux reprises, l\u2019été dernier.Le pâté de vieilles maisons charmantes dont faisait partie notre demeure a échappé à la dent vorace du progrès.Mais la banalité l\u2019a recouvert de sa croûte insipide.Sur les façades, des bouts de planches qui ont la prétention d\u2019être des enseignes: \u201cTourists\u2019 Rest\u201d, \u201cBoard and Room\u201d; sur les pelouses transformées en \u201cparking spaces\u201d, des automobiles poussiéreuses.En face, le vieux banc a disparu, enlevé par des mains sacrilèges.Les remparts, qui avaient bravé tant de bombardements, résistent mal aux assauts sournois de la négligence et de l\u2019abandon.Sur les toits des maisons de la Basse-Ville, des panneaux-réclames.Près des gares, comme des troupeaux de petits monstres modernes, d\u2019autres panneaux-réclames, mobiles ceux-là; wagons de fret particuliers exaltant la gloire de certains produits américains.Ici et là, panneaux-réclames de briques et de fer-blanc annonçant l\u2019imprévoyance de l\u2019édilité 200 L ACTION NATIONALE québecquoise, quelques gratte-ciel.Le long des quais, écrasant le paysage sous la masse de leurs cubes de béton armé, des élévateurs à grain.De tous les pores de ses panneaux-réclames, de ses enseignes et de ses \u201cbuildings\u201d, ce coin de Québec sue maintenant l\u2019américanisme.Et cet exemple de déchéance nationale, on pourrait malheureusement le multiplier à l\u2019infini, en étudiant chaque rue de la vieille capitale.(M.Marius Barbeau déplorait justement, dans La Presse du 18 mars, la disparition \u201cdes deux vieilles maisons de la rue Buade, autrefois adossées au rond-point de la Basilique \u2014 le presbytère Notre-Dame et la maison du notaire\u201d.) L\u2019auteur de l\u2019article du Mail and Empire avait bien raison, hélas, d\u2019écrire: \u201cQuébec qui préfère ne \u201cplus être elle-même, se comporter selon son âge, \u201cse contente plutôt d\u2019être une ville à la Flapper \u201cévaporée, dépouillée de dignité, de traditions et \u201cde culture natives\u201d.Mais l\u2019infection n\u2019est pas localisée qu\u2019à Québec; circulant le long des routes et des voies de chemins de fer qui sont les veines de notre organisme ethnique, elle s\u2019est infiltrée jusque dans nos campagnes et même, pour employer le mot de M.Armand Lavergne, dans nos cœurs et dans nos esprits.Partout, sauf dans quelques régions isolées comme l\u2019Ile d\u2019Orléans qui jusqu\u2019ici sont demeurées des sanctuaires de survivance pour nos traditions, on retrouve le panneau-réclame cosmopolite, l\u2019enseigne REFRANCISATION DE LA PROVINCE 201 banale, l\u2019architecture \u201cboîte-d\u2019allumettes\u201d, l\u2019ameublement \u201cespéranto\u201d, le goût du clinquant et du truqué, le \u201chot dog\u201d, le \u201cice-cream cone\u201d et le \u201cchicken-dinner\u201d.Et cet état de choses déplorable ne peut être que la manifestation extérieure d\u2019une déformation de notre esprit.Car, s\u2019il est vrai qu\u2019il nous a été imposé jusqu\u2019à un certain point par la force des circonstances, il n\u2019en reste pas moins vrai que nous nous sommes faits les complices de ces circonstances.En tout cas, ces déficiences, jointes à l\u2019emploi des noms géographiques grotesques, à la prononciation défectueuse, à la pauvreté et à l\u2019abâtardissement du vocabulaire, sont des signes évidents qu\u2019il s\u2019agit non pas seulement de conserver mais aussi, dans certains cas, de reconstituer, mais aussi, sur certains points, d\u2019accentuer la physionomie particulière de toute la province, urbaine et rurale, physique et morale.\u201cPays français, visage anglais\u201d, écrivait M.l\u2019abbé Lionel Groulx dans Le Devoir du 2 décembre dernier! Si nous n\u2019avions pas une foi inébranlable dans le pouvoir de réaction et de résistance dont notre peuple a donné, dans le passé, tant de preuves éclatantes, nous serions tenté de prédire que dans cinquante ans, au train où vont les choses, avec les facilités sans cesse grandissantes de communications et d\u2019échanges, (radio, auto, magazine, cinéma, train, etc.), on pourrait écrire de notre province: \u201cPays anonyme, visage anonyme\u201d. 202 l\u2019action nationale Et cette physionomie particulière de notre province, qu\u2019il s\u2019agit tout à la fois de conserver, de reconstituer et d\u2019accentuer, est-elle française ou canadienne-française ?Voilà une question délicate mais nécessaire.Elle est délicate parce qu\u2019il ne faut pas que la réponse puisse froisser les prétentions légitimes des partisans du terroir ou celles, non moins légitimes, des francophiles ; elle est nécessaire parce que, comme je l\u2019écrivais au début de cet article, il est temps d\u2019orienter dans un sens ou dans l\u2019autre la campagne que l\u2019on vient d\u2019entreprendre.Pour notre part, nous nous faisons un point d\u2019orgueil national d\u2019affirmer que la physionomie particulière de notre province, dans son ensemble, est canadienne-française.Certes, et il convient d\u2019en être fier, nous portons en nous les caractéristiques de notre ascendance française; le géographe français Raoul Blanchard nous le rappelait, en novembre dernier, dans sa causerie au Ritz-Carlton.Mais le rude climat de notre pays, l\u2019attachement à la foi de nos pères, la conservation de nos mœurs patriarcales, l\u2019assimilation par le mariage de groupes importants d\u2019Écossais, d\u2019Irlandais et d Allemands, le contact de nos compatriotes de langue anglaise, le voisinage de la civilisation américaine dont l\u2019influence nous a été utile à bien des points de vue (hygiène, vulgarisation des inventions modernes, etc.), ont façonné en nous un type ethnique bien distinct dont nous n\u2019avons pas à rougir.Nous REFRANCISATION DE LA PROVINCE 203 avons, ou tout au moins nous avions, une architecture, des arts paysans, des us et coutumes, un costume national, des traditions, des mœurs et des expressions de langage pleines de saveur qui sont ou étaient la juste expression \u201cdes particularités de la race canadienne-française\u201d.Il faut donc, tout en continuant à emprunter afin de l\u2019assimiler ce qu\u2019il y a de meilleur chez les Français, les Anglais et les Américains, cesser d\u2019emprunter leurs noms.N\u2019ayons pas peur d\u2019être ce que nous devons être: des Canadiens français.N\u2019ayons pas peur de donner, à notre pays canadien-français, un visage canadien-français.Cette physionomie canadienne-française de la province, comment la conserver, la reconstituer, l\u2019accentuer ?Des suggestions très intéressantes ont été faites: lutte contre le \u201cjargon du Palais\u201d, épuration de la langue judiciaire, enseignes françaises, mets du pays et ameublement du terroir pour les hôtelleries, formation de syndicats d\u2019initiative, création d\u2019un Conseil du Tourisme, exercices de vocabulaire et de diction dans les écoles, les couvents et les collèges, \u201cgrand ménage national\u201d dans nos campagnes à l\u2019occasion de la Saint-Jean-Baptiste, refrancisation de notre carte géographique, institution d\u2019une Ecole Provinciale de Tourisme pour la formation de guides historiques, fondation d\u2019une Ecole de Cours d\u2019hôtellerie, concours pour arrêter un type d\u2019architecture canadienne-fran- 204 l\u2019action nationale çaise adapté aux besoins d\u2019aujourd\u2019hui et aux différents genres d\u2019édifices, particuliers et publics, ruraux et urbains, concours locaux, régionaux et provinciaux pour améliorer l\u2019esthétique de l\u2019habitation, l\u2019architecture et l\u2019ordonnance des bâtiments de ferme, etc.Des mouvements excellents ont été déclanchés: campagne de l\u2019Association des Hôteliers, campagne de la Société des Arts, Lettres et Sciences de Québec, campagne de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, semaines de bon parler français dans les collèges, projet de reconstitution d\u2019un village canadien-français du XVIIIième siècle pour célébrer le troisième centenaire de la ville des Trois-Rivières, création de l\u2019Ecole des Arts domestiques, etc.Mais, il faudrait recueillir toutes ces suggestions, en provoquer d\u2019autres, les trier et les mettre à exécution; il faudrait coordonner le travail de ces mouvements de propagande, le stimuler et l\u2019orienter dans la direction que nous avons indiquée.Ce sont là les pièces du casse-tête qu\u2019il faut mettre à l\u2019endroit et assembler.La tâche n\u2019est pas facile.Pour la mener à bonne fin, il faudra peut-être avoir recours au plan suggéré, dans Le Canada du 7 décembre 1932, par M.Olivar Asselin: la nomination d\u2019un directeur général du tourisme qui, assisté d\u2019un conseil bénévole ayant droit à des frais de déplacement d\u2019un minimum déterminé, et utilisant les organismes officiels ou semi-officiels existants et REFRANCISATION DE LA PROVINCE 205 les syndicats d\u2019initiative à créer, saurait imprimer au mouvement une direction unique.C\u2019est à ce prix seul que le casse-tête deviendra une belle image où apparaîtra, dans toute sa pureté, le véritable visage, le visage canadien-français de la province de Québec.Paul GOUIN L\u2019ENQUÊTE SUR LE PRIX DU CHARBON Il paraît que le rapport viendra.Il viendra avec la brise parfumée du printemps ou de l\u2019été, alors que le chauffage gratuit du soleil du Bon Dieu fera oublier le prix d\u2019un autre chauffage.Il viendra en même temps qu\u2019un certain monsieur parti en croisière vers les pays chauds, posera son illustre pied sur notre sol enfin dégelé.Il viendra pour apprendre à ce monsieur qu\u2019un peuple de pauvres diables qui pendant six mois s\u2019est serré la ceinture pour payer une dîme de 3 à 4 piastres par tonne de charbon n\u2019est, en somme, qu'un peuple de mauvais grognons et que lui, le grand charbonnier, est aussi innocent que l\u2019agneau qui, pour lors, bêlera à travers les prés fleuris.Nous souhaitons aux producteurs de lait un meilleur succès avec leur enquête de ces jours-ci.Dans un certain monde d\u2019Ottawa, où l\u2019on ne sait pas grand\u2019chose, on sait pourtant, à ce qu\u2019il paraît, qu\u2019autrefois, dans un ancien empire, pour amuser et contenir un peuple de mauvaises têtes, ses maîtres lui fournissaient du pain et des cirques.Que l\u2019on prenne garde cependant de ne prodiguer que du mauvais cirque et de la féroce comédie à un peuple qui manque de pain. L\u2019histoire Arrière-plans d'histoire américaine Si l\u2019on néglige pour le moment ce que l\u2019on sait de l\u2019histoire des Indiens de l\u2019Amérique, trois grandes nations apparaissent aux origines des Etats-Unis: l\u2019Espagne, la France et l\u2019Angleterre.L\u2019Espagne a découvert, évangélisé et colonisé le sud-ouest, la France, à qui il faut joindre le Canada français, a joué le même rôle dans le centre (du nord au sud), et dans le nord-ouest; l\u2019Angleterre, s\u2019est établie dans l\u2019est, sur les côtes de l\u2019Atlantique.Des trois, seule l\u2019Angleterre est restée, si l\u2019on peut dire que les Américains d\u2019aujourd\u2019hui sont encore de la famille anglo-saxonne.Les deux autres, éliminées par les armes ou par les traités, avaient eu cependant le temps de fonder des villes et des villages sur leurs territoires respectifs et d\u2019en dresser les premiers cartes.Les vestiges de l\u2019occupation espagnole ou française sont nombreux aux Etats-Unis.Les Américains de nos jours en sont très curieux.L\u2019administration des divers Etats se préoccupe de relever, parfois à grands frais, les ruines des forts ou des missions d\u2019autrefois; les Sociétés historiques ne cessent de faire des recherches sur les hommes et les choses d\u2019alors: ARRIÈRE-PLANS D\u2019HISTOIRE AMERICAINE 207 leurs volumineux rapports en font foi.Des revues universitaires portent aussi leur attention de ce côté.Nous tombions récemment sur un fascicule de Mid-America, organe de l\u2019Université Loyola de Chicago, qui contenait une liste des monuments élevés dans le seul Michigan à la mémoire des découvreurs et missionnaires français.D\u2019ailleurs une large part de la littérature historique aux Etats-Unis porte sur ces origines.Les missions espagnoles de la Californie ont trouvé leur historien en un Père Franciscain de Santa-Barbara (Father Z.Engelhardt), et l\u2019œuvre de la France fait le sujet de France in America de Thwaites et de America and French Culture de Jones, pour ne signaler que ces deux livres, Le roman même y a trouvé matière et le volume de Willa Gather: Death comes for the Archi-bishop, montre quel admirable parti on peut tirer de la présence, sur un même point du pays, des trois civilisations affrontées.1 Au surplus, c\u2019est un des charmes du voyage dans le centre et l\u2019ouest des Etats-Unis, que ce souvenir des deux grandes nations catholiques, qui plane partout malgré le protestantisme ou l\u2019indifférence religieuse des populations.Le Cana- 1 Le Travailleur, Worcester, Mass, a publié, l\u2019an dernier, une suite nombreuse de recensions d\u2019ouvrages parus aux Etats-Unis, sur les exploits des Français en Amérique: ce sont des livres d\u2019histoire proprement dite ou des romans. 208 l\u2019action nationale dien n\u2019a avec l\u2019Espagnol que la communauté de la foi; avec la France, il a de plus celle du sang.Aussi ne peut-il pas séjourner dans le Missouri ou l\u2019Orégon, à plus forte raison en Louisiane, sans se sentir ému: ses ancêtres ont passé par là et y ont vécu, parfois bien avant ceux des américains d\u2019aujourd\u2019hui.Il suffit de porter un œil attentif sur une carte des Etats-Unis, pour lire, au centre et à l\u2019ouest, des noms français que les Américains d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019y ont pas mis d\u2019eux-mêmes.De la Nouvelle-Orléans à Boisé ou Duluth, et de Vincennes à Lamy, ce sont des Français du XVIIe, du XVIIe et du XIXe siècle que ces noms rappellent: je me suis laissé dire qu\u2019il y en a 1,800 sur la carte des Etats-Unis, jusque dans la lointaine Californie.Si l\u2019on excepte la Nouvelle-Angleterre, où les Canadiens se sont groupés,2 et l\u2019Acadie loui-sianaise, où la langue française survit, elle a presque totalement disparu des autres points du territoire où il y avait autrefois des Français: elle n\u2019a pu résister à la marée de l\u2019immigration.Mais il est touchant de voir combien l\u2019élite des divers Etats, où des Français ont jadis vécu, s\u2019intéresse à ces pionniers et recherche avidement les traces qu\u2019ils ont laissées.Dubuque, la Prairie du Chien, Trempealeau, 2 II faudrait y joindre quelques villes des alentours de Chicago: Bourbonnais, Kankakee, etc. ARRIÈRE-PLANS D\u2019HISTOIRE AMERICAINE 209 Pépin, sur le haut Mississipi; les lacs Cœur d\u2019Alêne et Pend d\u2019oreille, la Grande Coulée et les Dalles du fleuve Colombia, la ville de Boisé trahissent par leurs noms la nationalité de leurs découvreurs ou fondateurs.L\u2019ancien territoire de l\u2019Orégon, qui comprenait les deux Etats d\u2019Orégon et de Washington et la moitié de la Colombie anglaise, se rappelle ses premiers évêques\u2014tous les trois Canadiens\u2014Mgr Magloire Blanchet, Mgr Norbert Blanchet, Mgr Demers\u2014et ses premiers missionnaires Oblats, établis à Yakima dès 1848.En Californie, on me dit que la petite ville de Woodland, près de Sacramento, est peuplée de descendants de Canadiens, qu\u2019un abbé Brouillet venait visiter autrefois, de temps en temps.Pendant de longues années, il y eut une colonie canadienne à San-Francisco3 et à Los Angeles.Et ce n\u2019est que le mois dernier que s\u2019éteignait à El Cajon, parmi les Indiens du sud de la Californie, un prêtre canadien, M.Eugène Lapointe, qui avait vécu 38 ans parmi eux.4 3\tA San-Francisco, dans le vieux cimetière de la mission Dolorès, sur une pierre tombale, je lis l\u2019épitaphe d\u2019Henry Valley, (Henri Vallée, évidemment), né en 1813, à Verchère, Lower-Canada, et mort à San-Francisco en 1884.4\tQue dire des innombrables couvents ou hôpitaux confiés à des communautés de fondation canadienne.Tout le long du littoral du Pacifique, on trouve les soeurs de la Providence, des Sœurs des SS.NN.de Jésus et de Marie, pour ne parlerjque d\u2019elles. 210 l\u2019action nationale Passons maintenant au Nouveau-Mexique et au Colorado.Le premier évêque de Santa Fe et le premier évêque de Denver furent deux Français venus d\u2019Auvergne, qui attirèrent dans leurs diocèses toute une pléiade de prêtres de leur patrie.Saint-Louis est une ville de fondation française et canadienne: la façade de l\u2019ancienne cathédrale montre encore des inscriptions françaises gravées dans la pierre.A quelques lieues plus bas, sur le Mississipi, la petite ville de Ste-Geneviève compte de nombreux descendants des Vallée, des Pratte, des Moreau.Presque en face, sur l\u2019autre rive, Kaskaskia, la Prairie du Rocher, le fort de Chartres rappellent l\u2019époque française.L\u2019Etat de l\u2019Illinois a restauré autant qu\u2019il était possible le vieux fort, construit par le montréalais Duguay de Bois-briant, qui s\u2019y maintint jusqu\u2019en 1765.Et puis voici, dans le Kentucky, Louisville, ainsi nommée en l\u2019honneur de Louis XVI, et où Mgr Flaget, sulpicien français, transporta le siège épiscopal qu\u2019il avait fondé à Bardstown, au début du XIXe siècle.Plus au nord, Vincennes, dans l\u2019Indiana, a eu comme premier évêque un autre Français, Mgr Bruté de Rémur.Nous n\u2019en finirions pas, si nous voulions tout dire.Mais nous ne pouvons passer sous silence l\u2019œuvre des sulpiciens français de Baltimore.Ils y arrivèrent à la fin du XVIIIe siècle.Leur influence a été incalculable sur la formation du clergé ARRIÈRE-PLANS D\u2019HISTOIRE AMERICAINE 211 américain.Et encore une fois, nous avons à peine effleuré le sujet, et nous avons de propos délibéré laissé de côté la Nouvelle-Angleterre, l\u2019Ohio, la Louisiane, le Texas.* * * Pour finir, disons un mot de quelques héros français chers aux Américains: Saint Louis, Jeanne d\u2019Arc, Thérèse.Saint Louis a sa statue équestre, en face du musée d\u2019art, sur une élévation qui domine toute la ville qui porte son nom.On ressent un choc et une vive émotion de l\u2019apercevoir là, lui, un roi, un saint du moyen-âge, au centre de la grande république moderne.Jeanne d\u2019Arc est encore mieux connue.Ses statues se dressent à New-York, comme à Portland en Orégon, comme à San-Francisco.Ici, elle est à cheval et semble surveiller la Porte d\u2019Or.Elle se profile sur un palais de marbre blanc, réplique du palais de la Légion d\u2019honneur à Paris, et qui sert de musée d\u2019art.Le paysage est incomparable.Les bâtiments sont un mémorial de la Grande Guerre, offert à San-Francisco par une riche famille française.Il y a encore une Jeanne d\u2019Arc dans la splendide cathédrale de Saint-Louis, il y a une Jeanne d\u2019Arc dans un des grands vitraux de la chapelle du collège naval d\u2019Annapolis.Et Thérèse de Lisieux, me demandez-vous ?Elle est partout.Impossible d\u2019entrer dans la moindre église sans l\u2019y trouver.Même à Isleta, 212 l\u2019action nationale petit bourg indien du Nouveau-Mexique, nous l\u2019avons vue voisinant avec des saints des âges apostoliques, habillés d\u2019étoffes voyantes.Elle seule gardait un austère costume, mais sa popularité ne semblait pas en souffrir.5 Ainsi la France, par ses saints, continue la tâche de sanctification commencée, il y a plus de trois siècles, par ses fondateurs et ses missionnaires, sur l\u2019immense terre d\u2019Amérique.Olivier MAURAULT, p.s.s.6 Il faudrait ajouter Lafayette, mais en le mettant dans une autre catégorie.DU BON TRAVAIL L\u2019œuvre de la Ligue d\u2019Action nationale est avant tout la publication de la revue.Mais nos directeurs sont prêts aussi à payer de leur personne.Plusieurs d\u2019entre eux l\u2019ont déjà fait.Voilà deux fois au moins, depuis quelques mois, que M.Esdras Minville, président de la Ligue, prend part à des manifestations de jeunes patriotes; à chaque occasion, il a apporté aux jeunes l\u2019appui de sa chaude parole.A une demi-heure radiophonique de la Société Saint-Jean-Baptiste, M.Arthur Laurendeau a donné une brillante causerie.M.l\u2019abbé Lionel Groulx s\u2019est aussi fait l\u2019interprète de notre groupe au poste CKAC et a parlé en faveur de la revue.Nos directeurs, débordés de travail, pris par mille et une besognes, trouvent cependant le temps de donner un coup de main à droite et à gauche.Quand il s\u2019agit du bien de la collectivité, ils n\u2019hésitent pas. Le monde fédéral Presse de langue française et services de traduction Le mardi, 21 mars 1933, le ministre des Finances, M.E.N.Rhodes, prononçait son second discours du budget.Le texte contenait près de 80 pages, grand format.Les journaux en reçurent la première partie \u2014 l\u2019exposé de la situation financière \u2014 pendant la matinée du même jour.Et dans l\u2019après-midi on remit aux courriéristes parlementaires les changements aux impôts et les modifications tarifaires.Le tout, est-il besoin de le dire, en anglais.Document formidable au triple point de vue de son importance intrinsèque, de son caractère technique et de sa longueur.Le fait remet d\u2019actualité le problème toujours en souffrance de la presse de langue française en face des services officiels de traduction.Le public ignore trop les difficultés que nos journaux doivent surmonter pour donner à leurs lecteurs le même service de renseignements que les journaux de langue anglaise.A certaines heures, les journalistes ne parviennent à publier la nouvelle qu\u2019à force de travail, de rapidité, d\u2019endurance, d\u2019ingéniosité et d\u2019entr\u2019aide entre correspondants de 214 l\u2019action nationale différents journaux.Combien d\u2019exemples ne pourrions-nous pas donner pour illustrer la situation inférieure et parfois humiliante faite aux journalistes de langue française lorsqu\u2019il s\u2019agit de la nouvelle politique et de l\u2019information parlementaire.Chaque jour, nous avons des preuves de plus en plus convaincantes que le Canada est en voie de devenir un pays unilingue.S\u2019agit-il d\u2019une déclaration officielle, on la remet en anglais aux journalistes.Un ministre veut-il annoncer une nomination, il ne manque pas de se servir uniquement de l\u2019anglais.Tient-on une conférence impériale à Ottawa, on improvise hâtivement un service de traduction qui, forcément, ne peut pas fournir à nos journaux tout le matériel dévolu à la presse anglaise.Y a-t-il une conférence interprovinciale, les communiqués arrivent en anglais.Pendant ce temps, les journaux de langue anglaise reçoivent des textes au point.Ils ont donc de bonne heure une copie complète, tandis que nos journaux ont des traductions tardives et forcément imparfaites.La presse est aujourd\u2019hui le principal point de contact entre l\u2019élu et l\u2019électeur.Lorsqu\u2019un ministre fait une déclaration à la presse, il s\u2019adresse au lecteur.Donc au peuple.Et l\u2019homme d\u2019Etat doit avoir pour la presse les égards qu\u2019il a pour le peuple.La presse qui a conscience des services qu\u2019elle rend, et souci de conserver ses droits, doit donc réclamer sans cesse des textes bilingues.Autrement elle se PRESSE DE LANGUE FRANÇAISE ET SERVICES 215 trouve, vis-à-vis de la presse de langue anglaise, dans un état d\u2019infériorité notoire.Elle subit une injuste concurrence.Ils sont nombreux ceux qui, à l\u2019heure actuelle, parlent facilement au parlement fédéral de juste et d\u2019injuste concurrence: fair and unfair competition.Pourquoi ne s\u2019occupent-ils pas de nos journaux ?Ce qui manque chez nos hommes publics de langue anglaise, c\u2019est une éducation vraiment canadienne.Le bilinguisme, pour eux, c\u2019est l\u2019affaire des Canadiens français.Les journaux comptent aussi, pour leur information, sur une foule de rapports ministriels.Ils ont pareillement besoin des rapports des commissions et des services techniques.Surtout ils veulent avoir, au jour le jour, de bons renseignements statistiques.Le gouvernement met à leur disposition, ainsi qu\u2019aux personnes qui en font la demande, une longue liste de publications.Bon nombre d\u2019entre elles ne paraissent qu\u2019en anglais.D\u2019autres sont publiées dans les deux langues officielles, il est vrai, mais la version française est tellement en retard sur l\u2019anglaise qu\u2019elle perd de son utilité et de sa valeur d\u2019actualité.Dans cette dernière catégorie mentionnons: les rapports du bureau fédéral de la statistique, le journal des débats, les publications du ministère de l\u2019Agriculture.De tout temps, on s\u2019est plaint de l\u2019insuffisance des services de traduction.Mais, depuis deux ans, les griefs se sont accrus, et avec raison.On a aboli 216 l\u2019action nationale les services de traduction au ministère des Finances et à la Commission des Chemins de Fer; on a réduit le nombre des traducteurs au ministère de la Marine au ministère de l\u2019Intérieur, aux Communes.Il est étrange que l\u2019on ait voulu économiser sur les frais de la traduction alors que maints rapports, documents, déclarations et communiqués, qui devaient être traduits, ne le sont pas.Le gouvernement devrait comprendre qu\u2019il ne peut pas économiser dans le coût des services de traduction tant que pleine justice ne nous sera pas rendue.Pour remédier à cet état de choses, on voudrait centraliser tous les services de traduction.Le projet est à l\u2019étude depuis deux ans.Mais il faut bien se demander si la centralisation fera disparaître les causes de mécontentement.C\u2019est à la presse d\u2019exiger plus d\u2019égards de la part des autorités fédérales.Qu\u2019elle parle! On la craint.Léopold RICHER L\u2019EXPÉDITION DE LA REVUE Plusieurs abonnés se plaignent que les numéros de la revue ne leur parviennent pas régulièrement.Nous nous excusons de ces ennuis.Des instructions ont été données aux expéditeurs et au bureau de poste pour que la livraison se fasse avec le plus d\u2019attention possible.Ceux qui auraient de nouveaux sujets de plainte sont priés de s\u2019adresser directement au secrétariat de la Ligue, à la Palestre Nationale, 840, rue Cherrier, Montréal. Science sociale Regard d\u2019ensemble sur deux encycliques (Deuxième partie) Néanmoins, dans l\u2019encyclique Quadragesimo anno, il est certains points où le Pape actuel, en face de l\u2019évolution profonde de l\u2019ordre économique, développe et précise avec un soin tout particulier la pensée reconnue de l\u2019Eglise.* * * Le capitalisme tient de nos jours, dans la société, une place à la fois prépondérante et discutée.Comment, d\u2019après les principes d\u2019une saine philosophie, faut-il apprécier pareil régime ?Citons les paroles mêmes de Pie XI: \u201cCe régime, Léon XIII consacre tous ses efforts à l\u2019organiser selon la justice; il est donc évident qu\u2019il n\u2019est pas à condamner en lui-même.Et, de fait, ce n\u2019est pas sa constitution qui est mauvaise; mais il y a violation de l\u2019ordre quand le capital n\u2019engage les ouvriers ou les prolétaires qu\u2019en vue d\u2019exploiter à son gré et à son profit personnel l\u2019industrie et l\u2019organisme économique tout entier, sans tenir 218 l\u2019action nationale compte ni de la dignité humaine des travailleurs, ni du caractère social de l\u2019activité économique, ni même de la justice sociale et du bien commun.1\u201d Le Pape dénonce, dans son encyclique, trois abus principaux du capitalisme, déjà condamnés par la Reruzn Novarum, mais en accentuant cette condamnation; c\u2019est-à-dire, le mépris des intérêts moraux et des droits supérieurs des employés; l\u2019insuffisance fréquente des salaires et la méconnaissance de l\u2019un des buts de l\u2019activité économique qui est d\u2019aider les familles ouvrières et, par elles, la société entière; la dictature financière et même politique qu\u2019engendre, au détriment de l\u2019ordre et du bien général, une concentration monstrueuse des richesses.Nous nous abstenons d\u2019en dire davantage sur cette matière d\u2019une extrême gravité, qui a fait récemment, de la part d\u2019écrivains et d\u2019économistes distingués, l\u2019objet de conférences et d\u2019études élaborées.Rappelons seulement en trois mots ce que nous avons déjà écrit ailleurs:2 à savoir, que l\u2019Eglise ne condamne pas, qu\u2019elle n\u2019a jamais condamné la richesse honnêtement obtenue; que par ses vues sur le travail, le renoncement, l\u2019épargne, elle en 1\tVoir l\u2019encyclique Caritate Christi du même Pape, (3 mai 1932).2\tNouveaux Thèmes sociaux: \u201cl\u2019Eglise et le Progrès économique\u201d REGARD D\u2019ENSEMBLE SUR DEUX ENCYCLIQUES 219 favorise plutôt, et d\u2019une manière très efficace, l\u2019acquisition; que les classes riches ont leur place naturelle et leur fonction indispensable dans la société.Mais, ce que les Papes réprouvent très fortement, et ce qu\u2019il faut réprouver énergiquement avec eux, c\u2019est une sorte de drainage des biens terrestres fait, en quelques mains, par des moyens injustes ou malhonnêtes: drainage qui accuse un odieux mépris de la loi morale et du bien commun ; qui rompt l\u2019équilibre des forces et de l\u2019armature sociales; et qui prépare la voie aux pires infortunes privées et publiques.* * * Les remèdes nécessaires à de si grands maux, nous ne pouvons les attendre ni de l\u2019individualisme égoïste et accapareur d\u2019où précisément ils sont sortis, ni des théories socialistes trop répandues de nos jours et inconciliables, même sous leur forme modérée, avec les principes catholiques.Pie XI, dans son encyclique, fait une étude très nette, quoique sommaire, de ces théories.Distinguant le parti socialiste avancé, appelé communisme, du parti modéré qui a gardé le nom de socialisme, il montre combien le parti communiste est radical: radical dans son but qui est \u201cune lutte des classes implacable et la disparition complète de la propriété privée\u201d; radical dans ses méthodes faites de violences, de subver- 220 l\u2019action nationale sions et de massacres.Puis le Pape déplore, avec une douleur profonde, l\u2019insouciance et l\u2019aveuglement de la plupart des pouvoirs publics qui semblent fermer les yeux sur un tel fléau, au lieu d\u2019en empêcher la propagation et de chercher à en supprimer les causes.Quant au parti socialiste modéré, lequel en général \u201cne rejette ni la lutte des classes ni la suppression de la propriété, mais se contente d\u2019apporter quelques tempéraments\u201d, Pie XI déclare qu\u2019on ne peut faire de compromis avec lui; que sa conception de la société, basée sur les seuls intérêts d\u2019ici-bas et sur le sacrifice de la liberté et de la dignité de l\u2019homme créé pour Dieu, est contraire à la vérité chrétienne; qu\u2019on \u201cne peut être en même temps bon catholique et vrai socialiste.\u201d * * * Ce qui s\u2019impose donc, c\u2019est une restauration de l\u2019ordre social où l\u2019esprit chrétien atteigne et pénètre tous les facteurs du mouvement économique.Et pour commencer par l\u2019Êtat, Pie XI (comme Léon XIII), tout en repoussant l\u2019idée socialiste et collectiviste, reconnaît, certes, au pouvoir civil, à l\u2019encontre du système individualiste, le droit et même le devoir d\u2019intervenir dans le domaine social.C\u2019est, pour lui, un rôle de haute politique chrétienne.Mais cette intervention, aux yeux du Chef de l\u2019Eglise, est \u201csupplétive\u201d, et elle ne se REGARD D\u2019ENSEMBLE SUR DEUX ENCYCLIQUES 221 justifie que par l\u2019insuffisance des initiatives privées.\u201cL\u2019objet naturel, dit Pie XI, de toute intervention de l\u2019Etat en matière sociale est d\u2019aider les membres de la société, et non pas de les détruire ni de les absorber.Que l\u2019autorité publique abandonne donc aux groupements de rang inférieur le soin des affaires de moindre importance; elle pourra dès lors s\u2019acquitter plus efficacement des fonctions qui n\u2019appartiennent qu\u2019à elle seule, parce qu\u2019elle seule peut les remplir: diriger, surveiller, stimuler, contenir, selon que le comportent les circonstances ou l\u2019exige la nécessité.\u201d Dans l\u2019accomplissement de cette tâche, c\u2019est, pour les pouvoirs politiques, une obligation grave de s\u2019employer, par des lois sages et des mesures appropriées, à établir tout l\u2019ordre social et économique sur des fondements de justice et d\u2019équité; à prévenir cette lamentable rupture d\u2019équilibre qui étale sous nos yeux, au milieu de la misère des foules, une accumulation scandaleuse des biens de la fortune dans les coffres de quelques profiteurs.Or, l\u2019équitable répartition de ces biens demande que des gages raisonnables soient payés par les employeurs à leurs employés.Il arrive, fait observer Pie XI, que, dans le monde du travail, on se rende coupable, de part et d\u2019autre, de prétentions injustifiées.Du côté des ouvriers, le cas n\u2019est pas rare de revendications outrancières dictées par des théories socialisantes 222 l\u2019action nationale et traduites dans un langage de passion et de haine.Du côté des patrons, le capital s\u2019est fait, de sa puissance démesurée, un moyen trop souvent injuste d\u2019entasser des profits énormes au détriment de la classe des travailleurs.Abordant la question du juste salaire, déjà Léon XIII avait attiré l\u2019attention publique sur deux vérités primordiales, savoir: que, dans toute convention, entre patrons et ouvriers, c\u2019est la justice qui doit régler la rémunération du travail; et que, pour être juste, cette rémunération doit être telle qu\u2019\u201celle suffise à procurer la subsistance d\u2019un ouvrier sobre et honnête.\u201d Pie XI fait un pas de plus, et, développant la pensée de son prédécesseur, il ajoute \u201cqu\u2019on ne devrait épargner aucun effort en vue d\u2019obtenir, pour les pères de famille, une rétribution qui leur permette de faire face aux charges normales du ménage.\u201d C\u2019est donc le salaire familial qui est ici demandé.L\u2019est-il au nom de la justice commutative, de laquelle relève sûrement le salaire dû à l\u2019ouvrier-individu; ou plutôt simplement en conséquence d\u2019une autre justice liée immédiatement à la prospérité générale et dont les termes impliquent l\u2019idée d\u2019une législation et d\u2019une administration propres, en définitive, à assurer, au moins par devoir d\u2019équité1 et par fonction d\u2019une certaine 1 L\u2019équité, enseigne saint Thomas, Som.Théol.(II-11, Q.LXXX), est une vertu annexée à la justice ou l\u2019une de ses formes secondaires. REGARD D\u2019ENSEMBLE SUR DEUX ENCYCLIQUES 223 justice distributive1 dans le partage des biens économiques, une proportion convenable P Avant la dernière encyclique, des hommes de doctrine très réputés tels que l\u2019Eminentissime Zigliara, auteur d\u2019un ouvrage célèbre de philosophie, et le Très Révérend Père Janvier, illustre Conférencier de Notre-Dame de Paris, exprimèrent une opinion conforme à ce dernier avis.Depuis l\u2019intervention de Pie XI, des théologiens et des sociologues également distingués, en grand nombre, inclinent décidément vers l\u2019avis contraire.Il en est même qui considèrent la question comme finalement résolue.Et ils s\u2019appuient sur ces paroles du Pape2 \u201cOn doit payer à l\u2019ouvrier un salaire qui lai permette de pourvoir à sa subsistance et à celle des siens, une rétribution assez ample pour répondre décemment aux charges communes du foyer.Que si ce résultat, dans les circonstances présentes, n\u2019est pas toujours réalisable, la justice sociale demande l\u2019introduire le plus rapidement possible les changements qui assureront ce salaire à chaque ouvrier adulte.\u201d Tout en épousant la cause d\u2019un salaire familial 1 S.Thomas (Ibid.Q.LXI, art.1 ad 3), reconnaît que la justice distributive, attribut du pouvoir politique, peut s\u2019excercer secondairement par l\u2019autorité d\u2019une personne privée, donc, par exemple, d'un patron en faveur de sa famille industrielle.2 Encyclique Quadragesimo anno. 224 L ACTION NATIONALE dû en justice stricte, le Révérend Père Du Passage1, directeur des Etudes des Pères Jésuites, mentionne une objection que l\u2019on peut faire à cette doctrine.Et lui-même semble concéder que le terrain où se place l\u2019opinion de la justice commutative en faveur d\u2019un tel salaire n\u2019est pas regardé par tous comme absolument fixe et sûr, et que la porte, au regard de plusieurs, reste ouverte à la question d\u2019un supplément ajouté à la rétribution personnelle.Ce qui paraît hors de tout doute, c\u2019est que refuser de payer le salaire familial lorsque l\u2019état de l\u2019industrie permet de le faire, est abusif, illicite.Et nous estimons pleinement conforme aux dispositions de la divine Providence que l\u2019ouvrier, par son travail, puisse subvenir aux besoins de sa famille.Or, l\u2019un des moyens d\u2019amener ce résultat d\u2019importance capitale, c\u2019est une base d\u2019entente et une collaboration pacifique entre employeurs et travailleurs, entre syndicats patronaux et syndicats ouvriers.* * * Nous venons de mentionner les syndicats.Depuis que Léon XIII formula sur ce sujet sa pensée, la Sacrée Congrégation du Concile, ayant à juger un différend survenu dans le monde industriel du Nord de la France, a déclaré les Syndicats 1 Notions de Sociologie, pp.78-80. REGARD D\u2019ENSEMBLE SUR DEUX ENCYCLIQUES 225 catholiques \u201cmoralement nécessaires\u201d.De son côté, Pie XI, envisageant cette question dans toute l\u2019ampleur des principes qui la gouvernent, enseigne que les unions ouvrières sont très désirables, que la nature elle-même invite à les fonder, mais qu\u2019elles sont libres.\u201cComme les habitants d\u2019une cité ont coutume de créer, aux fins les plus diverses, des associations auxquelles il est loisible à chacun de donner ou de refuser son nom, ainsi, dit le Pape, les personnes qui exercent la même profession gardent la faculté de s\u2019associer librement, en vue de certains objets qui, d\u2019une manière quelconque, se rapportent à cette profession\u201d.\u201cL\u2019homme, poursuit le Saint Père, est libre de créer pareilles sociétés d\u2019ordre et de droit privé.\u201d A ce propos, voici ce qu\u2019écrit le Père Du Passage que nous avons déjà cité: \u201cBeaucoup voudraient contraindre les ouvriers à entrer dans une formation unique, rendre en tout cas l\u2019adhésion à un syndicat obligatoire pour quiconque exerce un métier.Ce serait retourner aux disciplines bien rigides des corporations anciennes .Aussi la doctrine catholique sociale, soucieuse pourtant d\u2019organiser les professions, n\u2019a-t-elle point voulu de cette obligation universelle, et sa devise est plutôt: l\u2019association libre dans la profession organisée.\u201d Pie XI, en effet, souhaite vivement que s\u2019organisent, en vue de la restauration sociale désirée, 226 l\u2019action nationale des corps professionnels guidés, non par l\u2019égoïsme des intérêts, mais par les normes régulatrices du bien commun.Nous ne faisons que signaler en passant ce point très grave sur lequel appuie le Souverain Pontife.Et, sans contredire la doctrine de la liberté individuelle établie plus haut, nous tenons tout particulièrement, surtout en présence des organisations ouvrières neutres, à souligner l\u2019importance grandissante, la nécessité morale même des syndicats catholiques.En quelques milieux, le danger de la neutralité religieuse professionnelle n\u2019est peut-être qu\u2019éloigné.Ailleurs, et en réalité dans presque tous les pays, il est prochain, imminent.D\u2019autre part, nous savons quels considérables avantages, matériels et moraux, peuvent retirer de la coopération, bien concertée, le capital et le travail industriel, ainsi que les diverses formes d\u2019exploitation agricole.C\u2019est donc partout, spécialement chez nous, une chose très sage, et qui répond incontestablemet aux vues précises et aux directions formelles de l\u2019Eglise, que de louer, d\u2019encourager, de favoriser effectivement et \u201cde toute manière\u201d, dit Pie XI1 le syndicalisme catholique.Et ces groupements syndicaux où les membres Encyclique Singulari quadam (24 sept.1912). REGARD D\u2019ENSEMBLE SUR DEUX ENCYCLIQUES 227 forment leurs cadres, alignent leurs rangs, discutent leurs intérêts, se garderont d\u2019autant mieux des périls auxquels pareille concentration de forces les expose, qu\u2019on aura, davantage, soin de cultiver en eux, avec l\u2019esprit de solidarité professionnelle, le souci élevé des biens d\u2019ordre moral sans lequel les hauts salaires ou les forts revenus n\u2019engendrent que de basses convoitises.Léon XIII l\u2019avait déjà noté.Pie XI y insiste à son tour en proclamant, pour tous, la nécessité de solides convictions religieuses, d\u2019une rénovation efficace de l\u2019esprit chrétien qui fasse pénétrer dans toutes les classes sociales les principes essentiels et indispensables non seulement de la justice, mais aussi de la charité.\u201cLa justice seule, même scrupuleusement pratiquée, peut bien faire disparaître les causes des conflits sociaux; elle n\u2019opère pas, par sa propre vertu, le rapprochement des volontés et l\u2019union des cœurs.\u201d1 C\u2019est à la charité qu\u2019il faut demander cette œuvre, tant souhaitée, de concorde et de paix.* * * Animés d\u2019un tel esprit, patrons et ouvriers se montrent disposés à se rencontrer, par leurs représentants, dans des commissions mixtes où se font l\u2019échange des vues, l\u2019examen des difficultés, et 1 Pie XI, encyclique Quadragesimo anno (après saint Thomas.) 228 l\u2019action nationale où s\u2019accomplit un travail très bienfaisant de compréhension mutuelle, de collaboration, et de bonne entente.Il ne s\u2019agit pas, dans ces pourparlers, de supprimer le salariat, lequel (déclare Pie XI après Léon XIII) est légitime, mais \u201cde le régler selon les normes de la justice\u2019\u2019; le Pape ajoute: \u201cde tempérer aussi quelque peu, dans la mesure du possible, selon les conditions présentes de la vie sociale, le contrat de travail par des éléments empruntés au contrat de société!1 C\u2019est ce que l\u2019on a déjà commencé à faire sous des formes variées, non sans utilité réelle pour les travailleurs et les possesseurs du capital.Ainsi les ouvriers et employés ont été appelés à participer en quelque manière à la propriété de l\u2019entreprise, à sa gestion ou aux profits qu\u2019elle apporte.\u201d Cette expérience sans doute,\u2014les paroles mêmes de Pie XI le supposent,\u2014requiert certaines conditions particulières, certaines circonstances avantageuses qui puissent la rendre praticable et profitable.2 III Nous n\u2019avons pu, ici, on le comprend, qu\u2019effleurer du regard le sujet très vaste (où se posent 1\tCf.S.Th.Som.Théol.11-11, Q.LXXVIII, art.2 ad 5.2\tVoir dans nos Thèmes sociaux, \u201cla Participation ouvrière\u201d. REGARD D\u2019ENSEMBLE SUR DEUX ENCYCLIQUES 229 tant de questions angoissantes) traité magistralement, tour à tour, par Léon XIII et par Pie XI.Les deux encycliques sociales de ces grands Papes, dont l\u2019une prolonge, commente et complète l\u2019autre, ont déjà eu, dans toutes les parties de l\u2019univers civilisé, un immense retentissement.Leur influence ne fera que grandir avec la marche des idées, la complexité des situations, et l\u2019évolution des besoins.Elles s\u2019imposent toutes deux à l\u2019attention du monde, non seulement par l\u2019autorité exceptionnelle de leurs auteurs, mais par la gravité croissante des problèmes qui en sont l\u2019objet, par la justesse des pensées et la puissance des raisonnements qui éclatent en chacune d\u2019elles, par l\u2019opportunité et la sagesse des méthodes qu\u2019elles proposent comme les plus sûrs moyens de faciliter la réalisation de certaines réformes nécessaires et le rajustement de plusieurs rouages très importants du régime économique.Trois choses sont recommandées, en conclusion de ses enseignements, par Pie XI : l\u2019action dévouée d\u2019une élite de laïques qui se fassent, au milieu des conflits sociaux, les soldats et les auxiliaires de l\u2019Eglise; un choix de prêtres spécialement voués aux études et aux œuvres sociales; et, parmi ces œuvres, celle de former, par des associations, des cercles d\u2019études, des exercices spirituels, les apôtres laïques désirés.D\u2019admirables organisations, notamment l\u2019As- 230 l\u2019action nationale sociation catholique de la jeunesse, s\u2019appliquent déjà, avec succès, à cette noble tâche.Notre Ecole de Sciences sociales de l\u2019Université Laval ne vient-elle pas, de son côté, bien à point pour faire sa part de travail, et pour contribuer, sous la forme qui lui est propre, et selon les exigences de l\u2019un des rôles des Universités catholiques, à accomplir l\u2019une des intentions les plus chères de l\u2019Auguste Pontife régnant ?Son programme, très varié, n\u2019a pas seulement pour but de communiquer des connaissances.Il tend aussi, par plusieurs des cours établis, à éveiller le sens altruiste, à susciter des vocations sociales, à allumer dans les âmes généreuses le feu sacré de 1 apostolat.Il ouvre, devant notre jeunesse avide de dévouement, les avenues d\u2019un zèle particulièrement soucieux de prêter son concours à la hiérarchie, de plaider les causes qu\u2019elle patronne, de soutenir les œuvres qu\u2019elle favorise, et d\u2019aider partout à faire triompher l\u2019idée de la pacification des classes et de la coordination judicieuse des divers éléments dont se compose la société.Dans une région comme la nôtre où la foi est encore si vive, et où nos maisons d\u2019éducation versent chaque année, à l\u2019armée des bons, tant de jeunes recrues, toutes débordantes de sève, d aspirations et d\u2019espoirs, les semences jetées en terre par l\u2019Ecole nouvelle ne sauraient rester infécondes.Elles germeront, j\u2019en ai l\u2019intime confiance, REGARD D\u2019ENSEMBLE SUR DEUX ENCYCLIQUES 231 elles grandiront et s\u2019épanouiront en riches moissons d\u2019apôtres, de chrétiens résolus qui, par la prière, l\u2019étude, la parole, la plume, le groupement, par l\u2019influence déclarée ou discrète, se feront une joie de traduire en formules d\u2019action et de salut commun le mot d\u2019ordre lancé aux générations actuelles par Pie XI.Le Pape veut que, du sein de tous les rangs, de tous les groupes, de toutes les professions, sortent de zélés missionnaires du vrai, de vaillants réalisateurs du bien.Nous lisions l\u2019an dernier, dans un journal de France ', la description d\u2019une scène historique peu banale dont Rouen fut le théâtre: scène au cours de laquelle une pensée de foi et de réconciliation fit jaillir soudain, devant le peuple ému, une flamme d\u2019amour là même où, il y a cinq siècles, une flamme de haine mettait le feu au bûcher qui supplicia Jeanne d\u2019Arc.A une époque où de violents incendies de haine antireligieuse et antisociale ont ravagé, en des miliers d\u2019âmes, les plus purs sentiments et les plus essentielles croyances, c\u2019est pour nous un légitime sujet d\u2019orgueil et une satisfaction profonde de pouvoir dire comment deux Pontifes vénérés, obéissant à une même sagesse immortelle, à un même esprit éminemment apostolique, ont su 1 La Croix, 1 juin 1931. 232 l\u2019action nationale par leur parole ardente, raviver les cendre éteintes ou refroidies de la charité évangélique, ranimer la flamme des doctrines justes, des vertus courageuses, des inspirations héroïques, qui seules peuvent éclairer les consciences, régénérer les peuples et sauver le monde.L\u2019Eglise est, dans tous les temps et pour tous les besoins, maîtresse souveraine de vérité, semeuse empressée et infatigable des germes de -bien, des principes d\u2019espérance et de vie.L.-A.PAQUET, pire.M.ALBERT RIOUX M.Albert Rioux, président de l\u2019Union Catholique des Cultivateurs de la province de Québec, a bien voulu accepter de faire partie du comité de direction de Y Action nationale.Le sens patriotique de M.Rioux, ses connaissances sociales, son dévouement intelligent à la chose publique, en font une précieuse recrue pour notre œuvre.Nous nous réjouissons de son adhésion et l\u2019en remercions vivement. Dans l\u2019Ontario Les Franco-Ontariens perdront le comté de Russell Ainsi en ont décidé les membres du comité auquel la Chambre des Communes a confié la tâche de remanier la carte électorale.La population de langue française de l\u2019Ontario comp.te environ 300,000 âmes, soit un neuvième de la population totale de la province.Comme le tableau suivant le révèle, elle élit actuellement six députés au parlement fédéral, alors qu\u2019elle pourrait en élire huit, si nous avions la représentation proportionnelle: Comtés\tPopulation totale\tPopulation française Algoma\t46,444\t6,716 Essex est\t42,676\t13,870 (Hon.R.Morand) Essex sud\t35,044\t4,516 Essex ouest\t83,808\t15,336 Kent\t54,715\t6,529 Nipissing\t70,204\t32,085 (Dr Hurtubise) Simcoe est\t36,572\t7,577 Témiscamingue nord\t58,284\t22,750 (J.-A.Bradette) Ottawa\t106,077\t33,500 (E.R.E.Chevrier) Stormont\t32,524\t13,114 Russell\t43,831\t24,803 (A.Goulet) Prescott\t24,596\t19,429 (Elis Bertrand) Glengarry\t18,666\t9,209 Aux yeux de la majorité anglo-protestante, la minorité franco-ontarienne a plusieurs torts.Elle 234 l\u2019action nationale est éveillée et agissante.Elle se cramponne à un irréductible désir de survivance.Elle sort victorieuse d\u2019une lutte scolaire qui durait depuis plus de vingt ans.Elle est tenace, vaillante, forte de toutes les persécutions subies.Cela est plus que suffisant pour que, d\u2019un geste, sans plus de souci de la justice que de la délicatesse, on lui arrache un comté avoisinant la capitale, où il y a évidemment une vie française trop intense.De ce temps-ci, on parle beaucoup du comté de Russell dans les coulisses parlementaires.Pour aujourd\u2019hui, contentons-nous de rapporter de brefs commentaires que nous avons obtenus de deux députés conservateurs de la province de Québec.On voudra bien remarquer que ce n\u2019est pas notre faute s\u2019ils sont tous deux conservateurs, députés et canadiens-français.Le premier nous a dit: \u201cVous nous accusez de permettre que l\u2019on fasse disparaître le comté de Russell.Vous ne connaissez pas le travail considérable qui s\u2019accomplit dans l\u2019ombre.Et vous sem-blez ignorer que les députés conservateurs de langue française sont aussi désireux que vous de sauvegarder les intérêts de la minorité franco-ontarienne.Aussi, si on vous enlève le comté de Russell, on vous donnera, dans le nord de la province, un comté à majorité canadienne-française.Vous verrez!\u201d A cela, il est facile de répondre.Si les députés LES FRANCO-ONTARIENS PERDRONT LE COMTÉ 235 conservateurs de la province de Québec sont aussi vigilants qu\u2019ils veulent le faire croire, qu\u2019ils veillent donc à fortifier notre influence en Ontario.Ce n\u2019est pas en nous enlevant le comté de Russell pour nous en donner un autre dans le nord de la province, qu\u2019ils travailleront efficacement à consolider nos positions.Ils ne feront que déplacer un comté canadien-français.Ils nous aideraient beaucoup plus sûrement si, tout en nous conservant le comté de Russell, ils nous obtenaient un nouveau comté dans l\u2019Ontario-Nord.Le chiffre de notre population, d\u2019ailleurs, nous y donne droit.Le second a été encore plus heureux que le premier dans le choix de ses termes: \u201cOn pourra critiquer tant qu\u2019on voudra, dit-il, le bill de la redistribution électorale.Nous répondrons qu'il n\u2019est pas plus cochon que la loi Dillon de Québec\u201d.Ce n\u2019est pas le lieu d\u2019étudier la loi Dillon.Nous sommes certain toutefois qu\u2019elle n\u2019a pas amoindri l\u2019influence électorale de nos compatriotes de la province de Québec.Tandis que le bill de la redistribution, s\u2019il fait disparaître le comté de Russell, portera un terrible coup à la minorité franco-ontarienne.Et puis, a-t-on jamais organisé un concours entre les deux partis politiques du pays, pour savoir lequel des deux peut être le plus malpropre ?Léopold RICHER Vie catholique Le respect du dimanche L\u2019Action Nationale ne peut rester indifférente à la grande cause du dimanche.Comme catholique, comme patriote, comme citoyen, chacun de ses membres doit s\u2019y intéresser.Ce sont d\u2019abord les droits mêmes de Dieu qui sont en jeu.Le décalogue est explicite: \u201cLes dimanches tu garderas en servant Dieu dévotement\u201d.Qui rejette ce précepte sape la religion à sa base.Il ruine aussi notre nationalité.Le peuple cana-dien-français a grandi appuyé sur la foi catholique.La fidélité à nos devoirs religieux fut notre principale force.Elle nous a préservés de l\u2019assimilation, du matérialisme avilissant, des haines de classe.Le dimanche disparu, tout l\u2019édifice de nos croyances et de nos traditions s\u2019écroule.L\u2019ordre social lui-même en sera ébranlé.Il ne peut reposer que sur une morale ferme.Mais pas de morale sans religion.Et pas de religion sans dimanche.Hélas, ce n\u2019est pas contre de vains fantômes que la Ligue du Dimanche manifeste.Et s\u2019il paraissait équitable, voici dix ans, de s\u2019attaquer surtout aux étrangers, fauteurs de ce désordre naissant, il n\u2019en est plus ainsi aujourd\u2019hui.Le mal a gagné notre population.Il est passé des villes dans les campagnes.Les cultivateurs, maîtres de leurs gestes, violent le précepte aussi fré- LE RESPECT DU DIMANCHE 237 quemment que les ouvriers.Ils le font même de façon plus délibérée.Une réaction vigoureuse et immédiate s impose.Sinon la transformation morale vers laquelle nous marchons fera d\u2019un peuple, qu on se plaisait à citer comme un des plus catholiques de 1 univers, une nation courbée vers la terre, tout enlisée dans les mesquines préoccupations d ordre matériel.Heureusement, il n\u2019est pas trop tard.Notre avenir est encore entre nos mains.Les forces spirituelles dominent encore chez nous.Qu\u2019elles ne s\u2019endorment pas dans un fol optimisme.Qu elles défendent leur suprématie menacée.Qu\u2019elles descendent dans l\u2019arène et fassent front contre les forces de destruction.La Ligue du Dimanche sonne le ralliement.Elle invite toutes les associations catholiques à une campagne intense du 30 avril au 7 mai.Elle leur demande, durant cette semaine, un concours actif qui devra se prolonger le long des mois suivants, variant selon les modalités et les ressources de chacune, mais ne cédant pas tant que 1 ennemi n\u2019aura pas rendu gorge.Toutes nos œuvres canadiennes-françaises devraient entendre cet appel.La petite mais vaillante phalange de VAction nationale, fidèle à son programme, s\u2019empresse de s\u2019enrôler.Joseph-Papin ARCHAMBAULT, s.j. L\u2019actualité Pour qu\u2019on vive.Congrès d\u2019éducation nationale Le mois dernier, l\u2019un de nos collaborateurs lançait ici même l\u2019idée de \u201ccongrès d\u2019enseignement pour la formation nationale de la jeunesse\u201d.Nous y revenons, le projet nous paraissant d\u2019importance capitale.De toute part les yeux s\u2019ouvrent à la douloureuse réalité de la débâcle canadienne-française.Les esprits sont désemparés; la jeunesse, inquiète, s interroge, cherche ce qui lui manque, ce qui a manqué à ses aînés, plus ou moins responsables du gâchis.Et, de l\u2019ensemble, il résulte en définitive que si nous sommes en pareille aventure, c\u2019est que, il faut bien en convenir, l\u2019idée nationale n\u2019a pas été efficacement chez nous une idée directrice, l\u2019idée-force qu elle devrait être dans la vie d\u2019un petit peuple tel que le nôtre.Et comment l\u2019aurait-elle pu être ?Celui qui écrit ces lignes, a posé un jour, à un supérieur de collège d\u2019enseignement secondaire, cette question: \u201cSi je disais à vos B.A.: \u201cVous entendez rester Canadiens français?Pourquoi?\u201d seraient-ils en état de justifier leur réponse affirmative par d\u2019autres raisons que des raisons sentimentales, imprécises, vagues ?\u201d Et le supérieur a répondu, en toute franchise: \u201cNon!\u201d Cette même question, posez-la aux quatre cinquièmes de nos professionnels, et il y a tout à POUR qu\u2019on vive.239 parier que la réponse ne différera pas sensiblement.Mais alors la cause n\u2019est-elle pas entendue ?Si des jeunes gens, si des hommes de culture classique sont en général incapables d\u2019une donnée précise sur une point de cette nature, sur le fondement même du patriotisme conscient, réfléchi, que pourrait répondre la masse du peuple, et, pour animer et diriger la vie nationale, que possédons-nous d\u2019autre que ce sentiment impuissant et flottant qui s\u2019appelle le patriotisme d\u2019instinct ?Nous ne sommes point de ceux qui tiennent l\u2019éducation ou l\u2019enseignement public responsables de tous les déficits nationaux.Nous croyons toutefois que l\u2019éducation et l\u2019enseignement tiennent un rôle de premier plan dans la vie d\u2019un peuple, que l\u2019une et l\u2019autre peuvent être le principe de toutes les réformes.Nous ne sommes pas de ceux, non plus, qui ne voient chez nos éducateurs qu\u2019inertie et mauvaise volonté.Nous sommes d\u2019avis, tout au plus, que nos éducateurs sont de leur temps et de leur race et que rien, dans leur formation, ne les prédestine à jouer, eux seuls, le rôle d\u2019initiateurs ou d\u2019éclaireurs.Quand un si grand nombre de nos publicistes ou de nos dirigeants, endormis eux-mêmes ou plus ou moins encanaillés par la partisannerie politique, n\u2019ont su prodiguer à tout notre peuple que le pire des chloroformes, il faut reconnaître, en toute justice, que la tâche des maîtres de notre enseignement n\u2019en a pas été pour autant facilitée. 240 l\u2019action nationale L\u2019heure est venue cependant où les yeux se dessillent, où de terribles réalités nous imposent la révision des idées et des valeurs qui sont à la base même de notre vie comme nationalité.Avons-nous suffisamment, efficacement enseigné le patriotisme, le devoir national ?Non, a dit carrément l\u2019autre soir M.Edouard Montpetit, à la salle du Gesù, lors de la deuxième manifestation des Jeune-Canada.Et l\u2019auditoire a donné raison à l\u2019orateur.Et, sans doute, l\u2019auditoire eût applaudi encore plus unanimement si, au lieu d\u2019avoir l\u2019air de s\u2019en prendre aux seuls collèges, l\u2019orateur eût fait le procès de notre enseignement à tous ses degrés, et de l\u2019enseignement féminin aussi bien que masculin.Les jeunes Canadiennes françaises et les jeunes Canadiens français connaissent-ils en effet l\u2019existence d\u2019un devoir national ?Sont-ils en état d\u2019en démontrer le fondement moral, le caractère contraignant ?Savent-ils exactement ce qu\u2019ils doivent à la patrie canadienne, à leur province, à leur nationalité?Et, pour rester de leur culture et de leur race, en dépit des sollicitations d\u2019autres milieux et d\u2019autres cultures, sont-ils en état de se donner des raisons satisfaisantes, décisives ?Autant de questions qui doivent être éclaircies, résolues et le plus tôt possible.Car nous n\u2019avons pas le temps d\u2019attendre.La réponse à ces questios ne figurera pas nécessairement demain comme une nouvelle matière aux programmes.Peut-être y POUR qu\u2019on vive.241 aura-t-il lieu de préparer, à l\u2019usage des maîtres, quelque exposé doctrinal destiné à enrichir la substance de certains enseignements, à tonifier surtout l\u2019atmosphère de toutes les écoles canadiennes-françaises, grandes écoles supérieures et universités comprises.Donc, il nous semble que, sans froisser personne, nous pouvons demander aux autorités dirigeantes de notre enseignement la mise à l\u2019étude de la formation nationale de la jeunesse.Le Canada vient d\u2019accéder à l\u2019indépendance.Les problèmes de la vie nationale se posent sous un angle plus précis.Les Canadiens français traversent une crise, l\u2019une des plus angoissantes de leur histoire.S\u2019il ne s\u2019agit pas, chez nous, d\u2019un enseignement à créer de toutes pièces, l\u2019on n\u2019échappe point, à ce qu\u2019il paraît bien, à la nécessité de s\u2019interroger, de perfectionner, de s\u2019adapter.Le problème juif A l\u2019heure où nous écrivons ces lignes, nous ne savons encore \u2014 c\u2019est l\u2019un des inconvénients de la revue mensuelle \u2014 quel sort daignera faire la législature québécoise à certain amendement à notre loi de presse.On sait que cet amendement a pour fin expresse de venir à la rescousse d\u2019un groupe ethnique dans la province de Québec: le groupe juif.Il s\u2019agit, en l\u2019espèce, de mettre les Juifs à l\u2019abri de campagnes de journaux menées contre eux 242 l\u2019action nationale depuis quelque temps.Laissons de côté, si l\u2019on veut, une grave question: celle de la liberté de la presse que l\u2019amendement projeté paraît singulièrement mettre en danger.Nous nous plaçons à un autre point de vue.On se propose, paraît-il, d\u2019enrayer de cette façon un certain mouvement d\u2019antisémitisme.A-t-on réfléchi qu\u2019on prend justement le moyen de déchaîner chez nous ce que l\u2019on prétend réprimer ?Le moyen le plus sûr de rendre le Juif suspect, objet d\u2019envie pour le reste de notre population, c\u2019est de faire, du groupe juif, \u2014 ce qu\u2019il est déjà trop \u2014 une tribu de privilégiés, une caste d\u2019\u201cintouchables\u201d.Qu\u2019on tente l\u2019aventure et l\u2019on verra.Nous sommes même étonné de voir les Juifs, qui d\u2019ordinaire ne manquent pas d\u2019esprit, s\u2019embarquer ou se laisser embarquer en cette galère.A ceux de nos compatriotes toujours plus ou moins en velléité d\u2019antisémitisme, nous dirons, en toute franchise, pour calmer leurs ardeurs belliqueuses, qu\u2019il n\u2019y a de problème juif en ce pays que parce que nous l\u2019avons voulu et ne cessons de le vouloir.L\u2019antisémitisme, non seulement n\u2019est pas une solution chrétienne; c\u2019est une solution négative et niaise.Pour résoudre le problème juif, il suffirait aux Canadiens français de recouvrer le sens commun.Nul besoin d\u2019appareils législatifs extraordinaires, nul besoin de violence d\u2019aucune sorte.Nous ne donnerions même pas aux nôtres ce POUR qu\u2019on vive.243 mot d\u2019ordre: \u201cN\u2019achetez pas chez les Juifs!\u201d Nous dirions simplement aux clients canadiens français: \u201cFaites comme tout le monde, faites comme tous les autres groupes ethniques: achetez chez vous!\u201d Nous dirions ensuite aux commerçants canadiens-français: \u201cAyez un certain sens des affaires; ne laissez pas les Juifs accaparer tout le commerce de gros; améliorez vos méthodes; ayez une certaine volonté d\u2019attirer et de satisfaire le client.\u201d Eh, oui, voilà à peu près tout ce que nous dirions.Et que, par miracle, notre mot d\u2019ordre fût compris et exécuté, et, dans six mois, un an, le problème juif serait résolu, non seulement dans Montréal, mais d\u2019un bout à l\u2019autre de la province.De Juifs, il ne resterait plus que ce qui pourrait subsister entre soi.Le reste aurait déguerpi, se serait forcément dispersé, pour chercher sa vie en d\u2019autres occupations que le commerce.Mais voilà! Cela supposerait chez le commerçant et le client canadiens-français une certaine dose de sens commun et d\u2019esprit d\u2019initiative et aussi le sentiment de l\u2019élémentaire solidarité nationale.Ce sentiment qui ne manque pas d\u2019ordinaire aux peuplades sauvages, nos gens le possèdent-ils?L\u2019éducation de famille, l\u2019école songent-elles à le développer?Dans la formation que donnent nos petites et nos grandes écoles commerciales, le national entre-t-il pour quelque chose? 244 l\u2019action nationale La monnaie bilingue Il faut y revenir pour la haute signification qui s\u2019attache à cette conquête.Le dernier débat à la Chambre des Communes a été lamentable, ainsi qu\u2019il fallait s\u2019y attendre avec le mesquin esprit de parti qui domine encore un trop grand nombre de députés canadiens-français.Un conservateur, dégoûté du spectacle, disait à l\u2019un de nos amis: \u201cM.Bennett, j\u2019ai raison d\u2019en être persuadé, est gagné à l\u2019idée d\u2019une monnaie bilingue; mais vraiment il ne faudrait pas que les nôtres lui servissent une couple de débats comme celui de l\u2019autre jour pour qu\u2019il les envoyât promener\u201d.Ce fut simplement désolant.On se serait cru aux beaux jours de 1905, alors que, les députés anglo-canadiens gardant un digne silence, les Canadiens français de la Chambre se levaient l\u2019un après l\u2019autre pour nier, démolir avec véhémence tout droit du français dans l\u2019Ouest canadien.L\u2019autre jour, l\u2019on n\u2019est pas allé jusqu\u2019à cette abjection.Mais quand il aurait fallu se mettre d\u2019accord, faire front uni pour une suprême victoire, ou plus simplement se taire, il s\u2019est trouvé encore quelques députés canadiens-français qui, sous le regard amusé et probablement dégoûté de leurs collègues anglophones, ont passé leur temps à se chamailler, à débiter des palabres de hustings, à se chercher de vulgaires querelles de partisans.C\u2019est ainsi que ces gens-là, que nous payons 3 à 4 mille POUR qu\u2019on vive.245 piastres par session, entendent le service des intérêts nationaux.Politiciens bavards et inféconds qui n\u2019ont pas l\u2019air de s\u2019apercevoir de ce qui se passe chez eux.Et pourtant de simples borgnes pourraient se rendre compte qu\u2019une opinion, qu\u2019une génération grandit qui veut de l\u2019action, de l\u2019action positive et qui est lasse, profondément lasse de tous ces verbaux-mécaniques plus vides que le néant.Libre à ceux qui ont ce goût-là de fleureter avec le suicide politique.Mais le temps vient où l\u2019on ne tolérera plus cette sotte logomachie, pas même pour fournir à ces messieurs l\u2019occasion d\u2019être stupides.La fête de Dollard Qu\u2019est-elle devenue ?Sauf en quelques villes et en quelques écoles, qui songe encore à la fêter ?Où en est le bel enthousiasme, le magnifique mouvement d\u2019ensemble qui naguère soulevait toute notre jeunesse française ce jour du 24 mai?Hélas! la fête a fait comme tout le reste; elle a suivi la courbe descendante; elle a imité la vie d\u2019un peuple assez étranger à la persévérance et qui, depuis une dizaine d\u2019années, n\u2019a su que se laisser aller.Il ne faut plus, paraît-il, de ces vaines manifestations populaires.Fini le règne du patriotisme verbal! Et l\u2019on parle ainsi comme s\u2019il n\u2019y avait pas une psychologie de la foule et comme si le mal n\u2019était pas tout simplement de s\u2019arrêter à la mani- 246 L ACTION NATIONALE festation populaire, de la laisser sans lendemain, ou de ne faire, ce jour-là, que du patriotisme bavard quand il est toujours possible de faire autre chose.De grâce, en des jours inquiétants comme ceux que nous traversons, ne perdons pas une superbe occasion de dire quelque chose de fécond à notre jeunesse, de faire passer sous ses yeux une page d\u2019histoire virile.Et d\u2019abord, ne nous en laissons pas imposer par le souvenir de quelques polémiques.En dépit des efforts de quelques pseudo-critiques, débou-lonneurs de statues, Dollard et les Seize restent bien de grands, d\u2019authentiques héros.Puis, pour ce 24 mai, manquerait-on de thèmes à développer ?Pour la jeunesse des collèges ou des universités et en général pour la jeunesse lettrée, que l\u2019on utilise le \u201cManifeste de la jeune génération\u201d, cet appel chaleureux à l\u2019effort collectif, à la collaboration unanime des jeunes pour le grand labeur de demain.A la jeunesse agricole, notre meilleur espoir, mais si peu préparée à son rôle, que l\u2019on dise la nécessité de se grouper en cercles de jeunes agriculteurs, de jeunes fermières; qu\u2019on lui prêche aussi la nécessité de s\u2019instruire après l\u2019école, d\u2019apprendre son noble mais difficile métier, pour sauver du désastre la classe sociale dont elle est, pour apporter à notre avenir sa riche, son indispensable contribution.A la jeunesse des villes trop dépourvue de fierté, trop résignée, par tradition familiale, aux rôles subal- POUR qu\u2019on vive.247 ternes, à cette jeunesse qu\u2019on gorge d\u2019anglais et à qui, par voie de conséquence, l\u2019on enseigne un culte excessif de l\u2019autre race, que des voix courageuses sachent exposer le thème d\u2019Esdras Minville: Serviteurs ou Maîtres?Veut-on un thème encore plus général et d\u2019une non moindre opportunité?Qu\u2019on profite de la leçon de 1660 pour révéler à la jeunesse canadienne-française ce dont elle est redevable à son milieu culturel ou national.Par cela qu\u2019elle naît de race française et catholique, qu\u2019elle sache le prix des richesses spirituelles mises à sa portée par son catholicisme et par la culture de France; qu\u2019elle sache ce que lui apportent de moyens de culture, de grandeur, de titres de noblesse, son histoire, les institutions héritées des ancêtres.Oh! nous le savons bien, cet héritage, cette histoire n\u2019obtiennent que le profond mépris de nos muscadins, de nos snobs littéraires qui en savent, du reste, à peu près ce qu\u2019ils savent du pôle antarctique.Mais puisqu\u2019elle a ému tous les historiens anglo-canadiens ou américains qui l\u2019ont abordée, il serait bien étrange que, dûment présentée ou racontée, cette histoire ne parvînt pas à toucher ceux-là seuls qui en sont les fils ou les héritiers.Jacques BRASSIER Si l\u2019on voyait clair! La ville de Montréal compte, en nombre rond, un million d\u2019habitants.Là-dessus, les trois quarts sont canadiens-français et le reste, anglais, juifs, etc.Or la ville de Montréal renferme quatre grands magasins appartenant à des Anglo-Saxons et un seul, appartenant à des Canadiens français.Si nos compatriotes avaient assez de patriotisme intelligent et pratique pour accorder toujours, à avantages égaux de prix et de qualité, la préférence aux maisons d\u2019affaires canadiennes-françaises, l\u2019inverse devrait être le cas, c\u2019est-à-dire que Montréal devrait compter trois ou quatre grands magasins français, et un seul grand magasin anglais.Or, le magasin Dupuis Frères emploie, bon an mal an, un millier de personnes.Si nous possédions quatre grands magasins à rayons au lieu d\u2019un, ce serait au moins 4,000 personnes qui auraient de l\u2019emploi au lieu d\u2019un millier.Cela veut dire qu\u2019à l\u2019heure actuelle il y aurait quelque chose comme 3,000 chômeurs de moins parmi les Canadiens français, car les entreprises anglaises \u2014 et personne ne saurait les en blâmer \u2014 emploient les leurs, avant d\u2019employer les étrangers.Et si, au cas des magasins à rayons, nous ajoutons celui des établissements qui existent mais vivo- SI L ON VOYAIT CLAIR 249 tent parce que nous portons notre argent aux maisons anglaises, et celui des établissements qui n\u2019existent pas mais surgiraient spontanément le jour où nous aurions décidé de nous soutenir, ce n\u2019est plus 3,000 mais c\u2019est 8,000 ou 10,000 chômeurs canadiens-français qui trouveraient à l\u2019heure actuelle à gagner leur subsistance.Et voilà comment les problèmes nationaux finissent tout de même par atteindre les individus.La crise actuelle passera, mais cela ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019y en aura jamais d\u2019autres.Ceux qui voient plus loin que le bout de leur nez voudront donc dès aujourd\u2019hui, sinon par patriotisme, du moins par simple instinct de conservation individuelle, contribuer, en leur accordant leur clientèle, au succès des maisons d\u2019affaires canadiennes-françaises, leurs employeurs de demain peut- tre.Car, quel employé d\u2019aujourd\u2019hui pourrait assurer qu\u2019il ne sera pas le chômeur de la prochaine crise, ou que l\u2019un des siens, frère ou fils, n\u2019aura pas, dans 8 ou 10 ans d\u2019ici, à mendier son pain, parce que son frère aîné ou son père n\u2019aura pas eu assez de patriotisme pratique et prévoyant ?E.M. La Vie courante S\u2019il est un domaine où nous devons être intransigeants dans nos justes exigences, c\u2019est bien celui des services fédéraux.La loi reconnaît officiellement les deux langues.Elle les place sur un pied d\u2019égalité.A nous de faire respecter ce droit.Trop souvent, on le sait, il est violé.S us le moindre prétexte, on ne publie que des documents unilingues.Et il faut d\u2019énergiques protestations pour que l\u2019injustice soit réparée.Attitude De cet état de choses nous sommes en grande humiliante Part'e responsables.Combien se servent, dans leurs rapports avec le gouvernement fédéral, de la langue française ?S\u2019il ne s\u2019agit que de renseignements à demander, le grand nombre écrivent, je crois bien, en français.Et encore ?N\u2019y a-t-il pas d\u2019importantes industries, de grosses maisons de commerce ou de finance qui font habituellement leur correspondance en anglais?Déplorable attitude dont souffre toute la race.Mais ce qui se produit plus souvent, ce qui est presque général, c\u2019est l\u2019emploi de formules anglaises.On n\u2019en a pas d\u2019autres sous la main.Il faudrait faire une démarche spéciale.On est pressé.On se résigne, puis on s\u2019habitue à cette lâcheté.La loi du moindre effort.Services fédéraux Graves\tEn soi remplir une formule rédigée en Conséquences\tfrançais ou en anglais, c\u2019est un détail.En fait, dans notre cas particulier, étant donné la difficulté que nous éprouvons à sauvegarder notre caractère ethnique, à obtenir le respect de nos droits, la chose a son importance.Aussi faut-il féliciter ceux, par exemple, qui exigent avec LA VIE COURANTE 251 une fière ténacité du Bureau du Revenu fédéral des feuilles d\u2019impôt françaises.J\u2019ai sous les yeux toute une correspondance échangée entre un notaire de Montréal et le Commissaire de l\u2019Impôt sur le Revenu.\u201cPuisque les formules françaises sont toujours en retard, conclut notre concitoyen après une pre-miè e réponse à ses plaintes, adoptez donc des formules bi- C\u2019est le bon sens même.Si tous les document8 de cette espèce, émanant du gouvernement fédéral, étaient bilingues, aucune des deux langues officielles ne courrait le risque d\u2019être lésée.Plus de sujet de plainte.Il faudrait sans doute agrandir quelque peu le format de ces documents.Concédons que ce serait moins commode.On pourrait peut-être signaler aussi quelques autres inconvénients.Petits détails cependant devant l\u2019importance des résultats.lingues .Formules bilingues DeVOir QUI Mais en attendant cette réforme, chacun s'impOSe devrait se faire un devoir \u2014 dût cela demander démarches et sacrifices \u2014 de ne traiter avec le gouvernement fédéral qu'en français et d\u2019exiger de tous ses services l\u2019emploi de cette langue.Devoir des individus, des petites gens: car le moindre effort compte dans ce mouvement.Devoir, à plus forte raison, des hommes influents, des grosses compagnies.Nos maisons canadiennes-françaises sollicitent à bon droit l\u2019appui de leurs compatriotes.Mais qu\u2019elles n\u2019aillent pas les trahir au coeur même du combat.Autrement, leur aider ce serait édifier notre propre ruine.Le front Cette attitude, elle ne s\u2019impose pas seulement Hyii\taux Canadiens-français de la province de Québec.La langue française est officielle dans tout le pays, de l\u2019Atlantique au Pacifique.Ses droits, d\u2019ailleurs, 252 l\u2019action nationale ne seront sûrement respectés que si les mêmes exigences se manifestent dans chacune de nos provinces.A nos groupes, presque partout organisés, de prendre cette cause en mains, d\u2019y rallier leurs membres.Déjà on s\u2019en occupe.Ainsi la Liberté, de Winnipeg, est revenue plus d\u2019une fois sur ce sujet.Et dans son numéro du 15 mars, un correspondant réclame la nomination aux bureaux de l\u2019impôt sur le revenu, en cette ville, d\u2019un employé canadien-français.Les mêmes préoccupations se font jour dans les journaux français des autres provinces: l'Evangêline de Moncton, le Patriote de Prince Albert, la Survivance d\u2019Edmonton, etc.C\u2019est le front uni.Là est le gage de la victoire.Pierre HOMIER P S.\u2014Un lecteur m\u2019adresse une découpure de journal, en soulignant les carried, carried, qui tombaient récemment des lèvres de plusieurs députés dans l\u2019enceinte de la seule législature française du Canada.Hélas! que de fois l\u2019attention de nos représentants a été attirée sur cette dép\u2019orable manie! Notre chronique récente de février la dénonçait.Il est si facile de dire, au lieu de carried, adopté, et rejeté au lieu de dropped, et ajourné au lieu de next meeting.Ne se trouvera-t-il pas dans nos parlements et nos conseils municipaux quelque homme intelligent pour mettre en honneur ces mots français ?L\u2019Action nationale le couronnera, s\u2019il le faut! P.H.LA MÉDAILLE DE LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE DE MONTRÉAL La médaille de la Société Historique de Montréal, destinée à récompenser l\u2019auteur du meilleur ouvrage historique paru dans l\u2019année, vient d\u2019être décernée à M.l\u2019abbé Lionel Groulx, pour son livre sur Y Enseignement du français au Canada (1932).Cette médaille sera remise au titulaire, en avril, à l\u2019occasion du 75e anniversaire de la Société. Vie de l\u2019Action nationale La revue bien portante On nous demande des nouvelles de la revue?Elle se porte bien, même très bien.Elle vit, elle devient chaque jour plus robuste, et nous avons l\u2019espoir de lui voir atteindre une belle maturité.Les abonnements nous sont venus nombreux, et de tous les milieux.Nous en comptons dans toutes les parties du Canada, un grand nombre dans la Nouvelle-Angleterre, jusqu\u2019en Europe et en Afrique.Le courrier de chaque jour est étonnant par sa diversité, et par les témoignages qu\u2019il apporte.Dans l\u2019ensemble, le résultat est excellent.Il dépasse les plus enthousiastes de nos espérances.N\u2019est-ce pas là merveilleux, si l\u2019on considère l\u2019époque, le manque d\u2019argent, les difficultés multiples des temps ?A son heure Evidemment, la revue vient à son heure.On sentait partout le besoin d\u2019un organe comme VAction nationale, sans attaches d\u2019aucune sorte, capable de traiter de toutes les questions, et dans une liberté d\u2019esprit absolue.Les livraisons parues indiquent les préoccupations générales de nos directeurs, et de quelle façon ils entendent étudier les problèmes 254 l\u2019action nationale pressants de l\u2019heure.La revue n\u2019est pas parfaite; nous le savons mieux que personne.Nous pouvons dire aussi que la revue ne sera jamais parfaite, la perfection n\u2019étant pas de ce monde.Cela ne signifie pas qu\u2019il n\u2019y aura point chez nous progrès.Au contraire.La revue s\u2019améliorera de jour en jour, deviendra plus alerte et plus vivante.Qu\u2019on lui fasse confiance.Si l\u2019on met en ligne de compte qu\u2019elle fut lancée du jour au lendemain, sans capitaux, sans collaboration organisée, ne comptant que sur la bonne volonté et les sacrifices de ses amis, admettons qu\u2019elle ne fait pas trop mauvaise figure.Tout le monde à la roue Rendons ici témoignage à ces amis.Ils se trouvèrent partout et, débordés de besognes pour la plupart, ils acceptèrent de se charger davantage.Non seulement ils souscrivirent à notre oeuvre, mais ils se firent solliciteurs, propagandistes, collaborateurs.Ils ont entrepris de répandre et de faire lire l\u2019Action nationale, et ils n\u2019auront de cesse qu\u2019ils n\u2019aient réussi à la faire entrer partout.Leur travail porte fruit, si nous en jugeons par les adhésions nombreuses, souvent inattendues, qui nous arrivent.La revue est lue.Elle ne va pas que chez les convertis, ceux-là qui pensent comme nous et sont d\u2019avance acquis à nos idées.Nous pourrions nommer tel et tel qui sont à cent lieues VIE DE L\u2019ACTION NATIONALE 255 de nous, et qui lisent VAction nationale, et qui nous ont dit déjà, à cause de certains articles, que d\u2019autres n\u2019auraient pas osé publier, \u2014 leur satisfaction.Bonheur d\u2019être libre Mais tel est le rôle d\u2019une revue comme la nôtre: dire ce que les autres ne veulent pas dire, ou ne peuvent pas dire, à cause des ficelles, plus ou moins dissimulées, qu\u2019ils ont à la patte.Ici encore apparaît l\u2019utilité de la presse indépendante, de la pensée libre.Et l\u2019on peut être assuré que la revue étudiera toujours à la lumière du simple bon sens, de la logique, n\u2019envisageant que le plus grand bien de la communauté, les problèmes qui se présentent.Nos amis de la presse Les journaux et revues furent plus qu\u2019aimables pour l\u2019Action nationale.Plusieurs, à l\u2019occasion de sa première livraison, lui consacrèrent des articles spéciaux.Mentionnons seulement, pour mémoire, Le Devoir, Le Canada, Y Illustration, Montréal; L\u2019Action catholique, Québec; Le Droit, Ottawa; Le Progrès du Saguenay, Chicoutimi; Le Patriote de l\u2019Ouest, Prince-Albert, Sask.; Le Courrier de Saint-Hyacinthe-, La Survivance, Edmonton; Le Travailleur, de Worcester, Mass.; Le Saint-Laurent, Rivière-du-Loup; La Liberté, 256 l\u2019action nationale Winnipeg; La Revue dominicaine, etc., Nous en passons, et pour cause.Il y en a trop.Mais nous apprécions l\u2019amabilité et le coup de main de chacun, et à tous nous disons merci.Et les annonceurs N\u2019oublions pas nos annonceurs.Ils ont un droit particulier à notre reconnaissance.Les annonces apportent à une revue, de concert avec les abonnements, le nerf de la guerre: l\u2019argent sans lequel l\u2019œuvre n\u2019est pas viable, ou se voit compromise avant que d\u2019exercer son action.Disons que les annonceurs accueillirent avec une générosité d\u2019a-vant-crise nos solliciteurs.Beaucoup avaient rogné leur budget de publicité, ou avaient décidé de le réduire à zéro,\u2014jusqu\u2019à des temps meilleurs.Pour VAction nationale, ils firent une exception.Cette revue était d\u2019un caractère si particulier et sus ceptible de rendre de tels services à nos compatriotes, qu\u2019ils n\u2019hésitèrent point.Ils brisèrent les consignes, ouvrirent leur portefeuille.Avec l'Action nationale, il n\u2019y avait pas à lésiner.Et la revue, dès son entrée dans le monde, se présenta escortée d\u2019un groupe d\u2019annonceurs qui evt fait envie à de vieux périodiques.Harry BERNARD "]
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