L'action nationale, 1 septembre 1933, Septembre
[" 971.405 Al88n v.2 812 Première année 2ème semestre 1933 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur : Harry BERNARD VOLUME II MAISON 4VR 5 1943 biblioth' que 1961 EST, RUE RACHEL, MONTRA.LIGUE d\u2019ACTION NATIONALE PALESTRE NATIONALE 840, RUE CHERRIER MONTRÉAL 812 L\u2019ACTION NATIONALE publiée par la Ligue d\u2019Action nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Les directeuis de la Ligue sont: MM.Esdras Minville, président, Hernias Bastien, secrétaire, Pierre Homier, l\u2019abbé Lionel Groulx, Eugène L\u2019Heureux, Olivier Maurault, P.S.S., Anatole Vanier, l\u2019abbé Albert Tessier, Harry Bernard, Arthur Laurendeau, René Chaloult, Wilfrid Guérin, Léopold Richer, Albert Rioux, Dr Philippe Hamel.Directeur de là revue: Harry Bernard.Tous droits réservés \u2014 Ottawa 1933 Pour nous grandir Le culte des saints est une des plus bienfaisantes disciplines de la religion II hausse les âmes vers des modèles faits, comme Vhomme d\u2019aujourd\u2019hui, de chair et d\u2019os, sollicités par les mêmes passions, exposés aux mêmes défaillances.Accessible aux plus humbles, pourvu qu\u2019ils s\u2019appuient sur la grâce, leur exemple peut nous entraîner vers les plus hauts sommets.Membres de la grande famille qu\u2019est l\u2019Eglise, honorés par tout Vunivers, les saints restent cependant de leur pays, de leur race.Ils conservent pour la patrie où ils ont vécu, travaillé, souffert, une affection particulière et ils reçoivent d\u2019elle un culte spécial.Témoins saint Patrice en Irlande, saint Georges en Angleterre, sainte Jeanne d\u2019Arc en France, saint Boniface en Allemagne, et combien d\u2019autres.Depuis deux ans, le Canada a ses saints.Ce sont huit de ses premiers missionnaires, valeureux jésuites qui, venus de France, peinèrent, prièrent, versèrent leur sang sur le sol canadien pour y faire fleurir la civilisation chrétienne. 4 l\u2019action nationale Les honorer est un devoir; les imiter, une force, une garantie de survivance nationale.En ces heures troubles où les puissances du mal s attaquent à Dieu lui-même et voudraient dresser contre lui l\u2019humanité tout entière dans un geste de révolte, l\u2019ardente existence de nos saints martyrs nous prêche une fidélité indéfectible à notre foi, un zèle sans limites pour la défendre et la propager.Que ce grand exemple ne soit pas vain! Le mois de septembre ramène la fête de ces héros.Ranimons notre dévotion envers eux.Leur image devrait orner tous nos foyers, leur souvenir se célébrer dans nos écoles et nos églises, leurs vertus stimuler nos énergies somnolentes.Etre de la même race que ces hommes aussi humbles que grands, c\u2019est déjà un honneur; les honorer, les imiter surtout, c\u2019est nous grandir encore davantage.L\u2019ACTION NATIONALE NOUS EN SOMMES.L\u2019Action nationale appuie de toutes ses forces les légitimes revendications des Canadiens français de Windsor.Leur langue a le droit de figurer sur le nouvel hôtel des Postes.C\u2019est leur devoir de l\u2019exiger, celui des autorités fédérales de se rendre à leur demande.Tous les Canadiens qui ont le souci de la justice penseront ainsi.Et si c\u2019est nécessaire, ils sauront le dire bien haut. Problèmes de l\u2019heure Les Juifs au Canada Par son nombre croissant, sa forte personnalité et l\u2019esprit qu\u2019il représente, l\u2019élément juif pose maintenant au Canada un grave problème.Kt les personnes averties le voyaient venir, hélas! avec anxiété depuis un quart de siècle.La nouvelle politique allemande, en stimulant la solidarité juive dans toutes les parties du monde, aggrave encore ce problème, dont nous limiterons nos considérations au Québec, dans cet article.En 1871, il y avait 549 Juifs dans notre province française.Le recensement de 1881 en relevait 989; celui de 1891, 2,703.Et, au commencement du siècle, en 1901, ils étaient 7,498.Depuis lors la croissance de leur groupe augmenta par bonds formidables: en 1911 ils sont 30,268; en 1921, 47,766; en 1931, 59,735.Et ce chiffre officiel est sans doute inférieur à la réalité.Comme le fait observer Paul Morand dans son livre New-York , en parlant des Juifs de la métropole américaine: \u201cIl y a bien quelques vrais Hongrois, Russes, Roumains ou Polonais en Amérique, mais en général, sous ces étiquettes européennes, se cachent surtout des Juifs\u2019\u2019.On peut dire la même chose de nos Hongrois, de nos Russes et de nos Roumains. 6 l\u2019action nationale L\u2019incurie de nos gouvernants du commencement de ce siècle, maîtres de nos destinées à cette époque, a permis à l\u2019un des pires virus de nos traditions religieuses et nationales de prendre racine chez nous.Rien ne justifiait l\u2019immigration juive de 1900 à 1910.Que les compagnies de chemin de fer voulussent alors transporter et établir ici des êtres humains tout court, et en quantité illimitée, on le comprend aisément.Mais l\u2019histoire demandera un compte sévère aux gouvernants sans vues générales qui les laissèrent drainer d\u2019Europe des peuples inassimilables, et les Juifs en particulier.On peut avoir beaucoup d\u2019admiration pour les Juifs.Leur histoire, leurs aptitudes personnelles et collectives, leurs épreuves en font, à la vérité, un peuple sympathique à maints égards.Mais, sur tous les points du globe, ils ne forment pas moins des minorités inassimilables pour les autres peuples.Bien plus, n\u2019ayant rien de commun avec ceux au milieu desquels ils vivent, ils sont pour eux des étrangers.Ils sont souvent pour ces peuples plus étrangers que les autres peuples vivant bien loin de leurs frontières.Leur solidarité internationale, une vertu en soi, et leur caractère plutôt nomade sont en opposition directe avec l\u2019amour de la patrie.Presque chaque peuple a quelque affinité avec un ou plusieurs autres peuples de la terre, soit par la foi, soit par le sang. LES JUIFS AU CANADA 7 Rien de tel avec le Juif qui nous avoisine aujourd\u2019hui, qui est né en Russie ou en Allemagne, et qui mourra peut-être aux États-Unis ou en Argentine.Ce concitoyen, ce voisin peut-être, dont la nation avait pourtant reçu les révélations divines, mais dont la vie surnaturelle s\u2019est atrophiée à partir du moment où les Gentils recueillaient la foi à son Messie promis, n\u2019a avec nous de vraie fraternité que par son humanité.Le problème que posent les Juifs chez nous est celui qu\u2019ils posent partout.Us sont un peuple au sein de chaque peuple et ils veulent être tel de toutes leurs forces.Us ont de la personnalité et ils veulent vivre à leur goût, ils ont de l\u2019ambition et ils désirent les premières places en Allemagne, aux États-Unis, au Canada, dans le Québec, partout.Et pour atteindre leurs buts ils s\u2019appuient, au besoin, sur les \u201cprincipes\u201d du libéralisme, dont se targuent quelques-uns des nôtres, naïfs et sans nationalisme, qu\u2019ils exploitent.Mais qui est responsable du conflit si les Allemands, si les Canadiens français veulent vivre à leur goût et demeurer les maîtres chez eux ?Les Juifs doivent-ils tant s\u2019étonner que les premiers occupants tiennent à garder leurs positions dans leur propre pays ?Au lieu d\u2019en vouloir alors à la force vive et agissante des peuples dont ils contrecarrent les convictions les plus sacrées, le caractère et les aspirations, que ne méditent-ils pas sur la lutte tragique, mais vou- 8 l\u2019action nationale lue du Créateur, que livrent instinctivement, et depuis le commencement du monde, pour la conservation de leur vie propre, les êtres vivants attaqués ou simplement bousculés par de nouveaux venus ?Que ne se rappellent-ils pas surtout le cri imprudent lancé par leurs pères il y a dix-neuf siècles, sur les mauvais conseils de leurs chefs responsables: \u201cQue le sang du Christ retombe sur nous et sur nos enfants\u201d ?Par leur dispersion générale et leur coutume persistante à jouer des coudes chez les autres, ils sont les artisans de leurs propres malheurs.C\u2019est à cause de cela qu\u2019ils connurent les ghettos et qu\u2019ils les connaîtront encore en Allemagne et ailleurs, car le sursaut actuel de l\u2019Allemagne nouvelle est en germe partout où les Juifs sont jugés envahissants ou encombrants.Et, où, on peut bien se le demander, sont-ils jugés autrement ?Ils sont chez nous des concurrents victorieux dans le commerce et l\u2019industrie, où ils apportent des méthodes et des coutumes nouvelles ordinairement si peu favorables à l\u2019équilibre social.Les dimanches et fêtes, les heures légales de travail et le salaire minimum ne sont guère respectés chez eux.Et, ce qui est plus grave encore, c\u2019est que les nôtres sont quelquefois victimes de tels abus dans la seule province canadienne dont nous avons la responsabilité administrative.Leur nombre dans les universités et les profes- LES JUIFS AU CANADA 9 sions libérales commence à dépasser les justes proportions.A l\u2019école de pharmacie de l\u2019Université de Montréal, on compte cette année 29 étrangers non catholiques, sur 63; et à la faculté de droit, 39 sur 144.Quelle est au juste la proportion des Juifs dans ces deux cas ?Nous en avons une idée assez exacte quand on nous dit que sur les 92 étudiants non catholiques de cette université, 82 sont Juifs.On peut lire dans \u201cLes Documents de la vie intellectuelle\u201d, numéro du 20 octobre 1931: \u201c10 à 15,000 étudiants juifs, de tous les pays de l\u2019Europe orientale, dans l\u2019impossibilité de faire des études dans leurs pays respectifs à cause du \u201cnumerus clausus\u201d, s\u2019en vont chaque année dans les Universités d Europe occidentale.A Paris, se trouvent des milliers d étudiants juifs: Polonais, Lithuaniens, Roumains, Lettons, Russes, Palestiniens, etc.\u201d Il découle de ce fait que le \u201cnumerus clausus\u201d existe en Europe, et bien avant l\u2019avènement d\u2019Hitler, dans un bon nombre d\u2019universités, comme il existe d\u2019ailleurs à la frontière politique des États-Unis d\u2019Amérique.Pour protéger notre atmosphère catholique et notre essor canadien-français, il nous faudra peut-être bientôt le pratiquer dans nos institutions d\u2019enseignement supérieur et ailleurs.La vague juive passe de l\u2019Université aux professions libérales.Le Palais de Justice de Montréal offre à certains moments un aspect fortement orien- 10 l\u2019action nationale tal par la présence des nombreux plaideurs juifs et des avocats de leur race qui s\u2019y pressent.Et la vague monte toujours; cette année, au mois de mai, sur 42 bacheliers et licenciés de l\u2019Université de Montréal, 12 étaient Juifs.Le caractère des quartiers juifs de Montréal se modifie rapidement sous la poussée des mœurs négligées des enfants d\u2019Israël.Et ce seul phénomène confirme l\u2019avancé de tout à l\u2019heure: il est, certes, bien difficile, avec la meilleure volonté du monde, de ne pas trouver encombrante la population juive.Les petits commerces installés à la diable dans les rues résidentielles où, à la faveur d un conseil municipal faible et sans vues d ensemble, il est devenu loisible de faire des affaires, rappellent malgré soi les observations relevées dans tous les pays où l\u2019élément israélite a apporté sa note personnelle.La transformation opérée à Montréal est la même qu\u2019à Varsovie.Après avoir visité le quartier palestinien de cette dernière ville, Jérôme et Jean Tha-raud écrivirent dans la Revue universelle: \u201cQue fait ici tout ce dorique, cet ionique et ce corinthien ?Qu\u2019y a-t-il de commun entre cette sordide Renaissance italienne, dont les ornements disparates s\u2019étalent sur toutes les façades, et cette foule juive, ces lévites, ces bottes, ces calottes noires à visière, ces barbes, ces cheveux en tire-bouchons sur les joues, toute cette humanité bizarre qui ne ressemble à aucune autre, et dont le flot s\u2019écoule sur le trot- LES JUIFS AU CANADA 11 toir et la chaussée ?\u201d Si des quartiers entiers de Montréal sont gâtés comme à Varsovie, des petites municipalités comme Plage Laval se plaignent aussi que les Juifs y ruinent la valeur immobilière.Dans le domaine politique, ils sont ici comme ailleurs des spécialistes.Cette spécialité les honorerait si les méthodes employées étaient elles-mêmes correctes.Quand le juge Martin présida en 1927 à la révision des votes donnés dans la division électorale de Saint-Laurent de Montréal, après l\u2019élection de M.Joseph Cohen, on fut réellement surpris des constatations du magistrat ?Un sous-officier rapporteur avait négligé d\u2019initialer un certain nombre de bulletins, et sur le nombre, coïncidence curieuse, un seul était favorable à M.Cohen, et trente et un allaient à son adversaire, M.Sayer ! Le juge Martin affirma que les officiers rapporteurs avaient été ou extrêmement négligents ou délibérément malhonnêtes en recevant dans plusieurs urnes plus de bulletins qu il n\u2019y avait d\u2019electeurs qualifiés pour y voter.Dans un bureau, on releva 18 votes de plus que le nombre d\u2019électeurs inscrits.Dans le même bureau, 83 votes avaient été donnés à M.Cohen et 10 à M.Sayer.Le succès du vainqueur serait brillant si la méthode n\u2019était pas visiblement répréhensible.L\u2019action politique des Juifs chez nous pose, hélas! plusieurs difficultés, mais il serait toutefois facile de les résoudre, si on le voulait sérieusement.C\u2019est 12 l\u2019action nationale le problème de l\u2019immigration, c\u2019est la naturalisation, et enfin la complaisance des politiciens intéressés, tolérant et admettant presque en principe les fiefs électoraux juifs au sein de notre \u201cdémocratie\u201d.Inclinons-nous devant ces ghettos dorés.L\u2019esprit responsable de ces concessions humiliantes, pour nous, est le même qui nous a conduits à un cheveu d\u2019un comité juif au Conseil de l\u2019instruction publique, en 1930.L\u2019immigration juive fut intense, avons-nous dit, au début de ce siècle.La poussée s\u2019est toutefois continuée bien après cette période.Durant l\u2019année se terminant au 30 avril 1922, 22 pour cent des Israélites qui s\u2019étaient présentés dans nos ports n\u2019avaient pu passer victorieusement l\u2019examen imposé par le service canadien d\u2019immigration.Mais la Jewish Immigrant Aid Society of Canada veillait.Et grâce à ses protestations, à ses interventions, 90 pour cent de ces \u201cindésirables\u201d furent ensuite admis au pays.En 1925, il parait que 5000 permis spéciaux ont fait entrer au Canada tout un contingent d\u2019Israélites en marge de la loi.Au mois de mai dernier, le secrétaire général de la Fédération sioniste de Belgique, M.Aisenbud, annonçait à Bruxelles qu\u2019un comité mondial était en voie de constitution à Paris et qu\u2019il aurait entre autres fonctions celle de recueillir des fonds pour transporter des Juifs allemands en Amérique du Sud et au Canada. les juifs au canada 13 Un câblogramme de Buenos-Ayres nous apprit bientôt que l\u2019Argentine refusait l\u2019entrée des groupements israélites chassés d\u2019Allemagne.Qu\u2019a dit, qu\u2019a fait Ottawa ?Quel est celui de nos ministres qui a donné au peuple canadien l\u2019assurance qu\u2019il combattrait au conseil des ministres toute complaisance qui pourrait y être manifestée à l\u2019endroit des Juifs allemands, désireux de se diriger de notre côté ?Abstraction faite des Juifs dont le caractère inassimilable en fait en tout temps des \u201cindésirables\u201d, par ce temps de chômage général, la frontière du pays doit être complètement fermée.L\u2019est-elle ?Quel usage ou quel abus fait-on de l\u2019article 4 de la loi de l\u2019immigration qui autorise le ministre à émettre arbitrairement des permis spéciaux ?Comme le ministre de l\u2019immigration doit faire rapport à la Chambre dans les 30 jours de chaque session, nous pourrions peut-être le savoir cette année.Et la naturalisation.Notre secrétaire d\u2019État, M.Cahan, a bien dit récemment qu\u2019il était nécessaire de faire preuve de prudence dans la distribution des certificats de naturalisation, vu le grand nombre d\u2019étrangers cherchant en ce moment à être admis au Canada, mais qu\u2019a-t-il été fait de précis et d\u2019énergique à ce sujet ?Nous l\u2019ignorons.Pourquoi le Canada ne suspendrait-il pas toute naturalisation jusqu a nouvel ordre ?Les aubains sont bien traités chez nous, ils jouissent de la plus grande liberté civile.Quel besoin ont-ils des droits politi- 14 l\u2019action nationale ques?L\u2019article 4 de la loi de la naturalisation donne un pouvoir absolu au Secrétaire d\u2019Etat.Pourquoi ne s\u2019en servirait-il pas pour suspendre de fait toutes les nouvelles demandes?Nous avons parlé plus haut des fiefs électoraux de nos Juifs de Montréal.Tout le monde sait qu\u2019ils ne servent que l\u2019intérêt de parti.Puisqu ils nous desservent par ailleurs et qu\u2019ils sont contraires à notre dignité, supprimons-les.Si on les tolère plus longtemps ils développeront bientôt chez nous, et plus tôt qu\u2019on ne pense, l\u2019esprit hitlérien.Des statistiques récentes ont démontré que les divisions électorales de Saint-Louis et de Saint-Laurent, représentées par deux Juifs, doivent être fusionnées.Qu\u2019on les fusionne.Et qu on supprime les organisations officielles juives des divisions actuellement organisées en fiefs israélites, où tout est cent pour cent\u201d juif, y compris l\u2019atelier où s\u2019impriment les listes électorales.De quelles idées générales les Juifs se font-ils les champions, non seulement ici, mais dans le monde ?Dans son admirable lettre du 21 janvier dernier, S.Exc.Monseigneur Gfœllner, évêque de Linz, en Autriche, dont toutes les paroles paraissent avoir été pesées, écrit après avoir blâmé la haine injuste contre le peuple juif: \u201cIl est incontestable que nombre de Juifs, étrangers à toute préoccupation religieuse, excercent une influence souverainement pernicieuse dans tous les domaines de la civilisation LES JUIFS AU CANADA 15 moderne.La vie économique, le commerce, les affaires, la concurrence, le barreau, la médecine, la vie sociale, la politique sont bien souvent pénétrés, minés ou bouleversés par des principes matérialistes et libéraux surtout professés dans les milieux juifs.La presse et les réclames, le théâtre et le cinéma font souvent preuve de tendances frivoles ou indécentes qui empoisonnent l\u2019âme des populations chrétiennes jusqu\u2019en ses plus intimes profondeurs, et c\u2019est encore le monde juif qui est le principal inspirateur et le plus zélé colporteur de ces manifestations.\u201cDe concert avec la franc-maçonnerie, le judaïsme dégénéré fut également et surtout le propagateur du mammonisme \u2014 cet égoïsme capitaliste \u2014 en même temps que le fondateur et l\u2019apôtre du socialisme ou du communisme, l\u2019avant-coureur et le fourrier du bolchevisme.Combattre et briser cette pernicieuse influence du judaïsme est pour tout chrétien sincère non seulement un droit légitime, mais un impérieux devoir de conscience.\u201d Ce devoir, comment l\u2019avons-nous rempli ?Malgré certains rapports inquiétants, faits ici et là, nous n\u2019avons pas voulu voir le péril ni en 1910, ni en 1920, ni en 1930.Au cours d\u2019une causerie sur l\u2019assistance aux Chinois de Montréal, donnée au mois de juin 1923, Mme J.-C.Thompson, au courant de l\u2019activité des étrangers de la métropole, poussait un cri d\u2019alarme sur l\u2019action révolutionnaire 16 l\u2019action nationale des juifs.Soixante pour cent de la population juive de Montréal, affirmait-elle, est bolchevique.Qui en a été impressionné ?On préparait plutôt une législation, et suivant les beaux \u201cprincipes\u201d de la liberté, sans le dire d\u2019avance pour ne pas fatiguer sans doute inutilement l\u2019opinion, en vue de donner aux Juifs du Québec une organisation scolaire aussi \u201cparfaite\u201d, aussi indépendante que possible.Peu importait l\u2019influence juive en 1950 ou en 1975, pourvu que l\u2019on donnât en 1930 l\u2019exemple de la plus igrande largeur de vue qu\u2019il soit possible de concevoir! On se prend parfois à chercher dans notre catholique Québec les manifestations pratiques de nos convictions religieuses.Ainsi pourquoi les dimanches et les fêtes d\u2019obligations ne sont-ils pas respectés rigoureusement, et par tout le monde, sans exceptions pour les étrangers, dans le Québec ?Il y a pourtant deux excellentes raisons pour cela: les exigences de notre foi à nous et notre dignité de premiers occupants.Et après de brillants discours de la Saint-Jean-Baptiste, on se demande aussi pourquoi sont si légères les traces de notre nationalisme ?Le nationalisme élémentaire ne devrait-il pas tenir en respect certains éléments rongeurs, tel le manque de personnalité française ?On ne trouve sans effort que le libéralisme, ici jugé \u2018 superbe\u201d ou là, simplement commode, mais dissolvant toujours. LES JUIFS AU CANADA 17 Si, en 1930, les gardiens responsables de la conscience religieuse chez nous, nos évêques, n\u2019avaient pas élevé courageusement la voix, nous aurions dans le Québec un comité israélite du Conseil de l\u2019instruction publique et autres choses encore.C\u2019eût été beau au regard d\u2019une école, mais c\u2019eût été le contraire de l\u2019effort des premiers chrétiens qui renversaient les idoles afin de créer une atmosphère chrétienne jugée essentielle à la foi du peuple; c\u2019eût été le contraire de 1 effort des nations courageuses et perspicaces qui s\u2019organisent pour les années, pour les siècles à venir.Gouverner, n\u2019est-ce pas prévoir ?Non, ce n est plus cela, c\u2019est laisser faire, laisser passer , selon 1 aphorisme de Gournay, commentant la doctrine libérale d\u2019un grand maître de l\u2019école, Molinari.Au lieu de chercher à appliquer les principes plus ou moins justes, les formules plus ou moins boiteuses d\u2019un Adam Smith, d\u2019un J.-B.Say, d\u2019un Arthur Desjardins, tournant souvent contre nos véritables intérêts, pourquoi ne pas tendre plutôt à être fidèles à nos devoirs de chrétiens dans tous les actes delà vie, et fidèles à la solidarité qui doit unir les membres de notre famille ethnique, à l\u2019exemple des peuples en bonne santé.Le jour où nous aurons la dose minimum de nationalisme qui nous fait en ce moment défaut, sans tomber dans les exagérations d\u2019Hitler, nous serons moins enclins à nous départir au profit de l\u2019élément juif de nos graves 18 l\u2019action nationale responsabilités de maîtres du Québec, et en particulier dans l\u2019organisation et la surveillance de l\u2019enseignement primaire des enfants juifs.Et du même coup le rôle du conseil de 1 Instruction publique deviendra plus en honneur qu il ne 1 a été et qu\u2019il ne l\u2019est encore.Le Juif Franz Bernheim a récemment porté la cause des Juifs de la Haute-Silésie devant le Conseil de la Société des nations.Et, à ce propos, un représentant de la Tchécoslovaquie a parlé du problème des minorités.Il est difficile de prévoir les conclusions auxquelles en viendra la Société des nations, mais une distinction importante s\u2019impose quand on parle de la minorité juive.Les Juifs ont, certes, droit aux libertés civiles essentielles dans tous les pays du monde où ils se trouvent: droit de professer le judaïsme, de posséder, de faire des affaires, de tester, d\u2019ester en justice.Mais il ne faut pas confondre la minorité juive avec les autres minorités.La situation des Autrichiens du Tyrol méridional vis-à-vis de l\u2019Italie, celle des Italiens de Fiume sous l\u2019ancien régime, celle des Alsaciens allemands sous le nouveau régime, celle des minorités balkaniques où les frontières ont si souvent changé depuis la chute du pouvoir turc en Europe, la situation des Canadiens français vis-à-vis des provinces anglaises du Canada sont bien différentes de la situation des minorités qui ont traversé la frontière, comme celle des Franco-Américains en Nouvelle-Angleterre, ou LES JUIFS AU CANADA 19 celle des Roumains en Bessarabie avant la grande guerre.Dans le premier cas la minorité est là chez l\u2019ennemi, malgré elle; dans le second cas, la minorité a en quelque sorte glissé chez le voisin, mais elle pouvait s\u2019en empêcher.Le cas des minorités juives est tout différent des deux premiers.D\u2019abord les Juifs ne sont jamais arrivés les premiers dans les pays où ils se trouvent, pas même dans la Terre promise, et puis quand ils arrivent, c\u2019est en qualité d\u2019immigrants inassimilables, et pour faire de la concurrence, pour demeurer Juifs, en somme, au sein des peuples-hôtes.Ils ont certes droit à la liberté religieuse et à tous les privilèges des aubains, comme nous venons de le dire, mais les peuples qui les reçoivent ne sont pas obligés de leur accorder une liberté absolue dans le domaine civil et politique, surtout si une telle liberté met en péril leur propre indépendance civile ou économique.Ces derniers peuvent alors les considérer et les traiter comme des citoyens à part.Quand donc les Juifs revendiquent pour eux-mêmes les droits des minorités, ils jonglent avec une équivoque.Quel accueil ferait-on en Russie en Allemagne, en Angleterre ou ailleurs aux demandes d\u2019émigrés canadiens y revendiquant exactement ce que les Juifs demandent ici dans le Québec?Serions-nous justifiés de nous opposer au \u201cnumerus clausus\u201d fonctionnant contre nous comme groupe en pays étranger ?Serions-nous justifiés de réclamer 20 l\u2019action nationale contre les autorités de Moscou ou d\u2019ailleurs le \u201cdroit\u201d de maintenir deux divisions électorales là où notre nombre ne le justifierait nullement?Pourrions-nous même en revendiquer une seule?Nous laisserait-on, à l\u2019étranger, \u201corganiser\u201d comme groupe des campagnes électorales, laisserait-on à un journal canadien, et reconnu comme tel, le soin d\u2019imprimer les listes électorales de tout un quartier russe, allemand ou anglais?Toutes les fois que nous abordons chez nous la question juive, renversons les rôles par hypothèse, cela nous fera toucher du doigt la politique absurde que nous sommes toujours prêts à suivre au nom de la \u201cliberté\u201d, d\u2019un libéralisme à courte vue diamétralement opposé aux intérêts supérieurs de notre collectivité.Mais en renversant les rôles ne raisonnons pas ainsi : comment voudrions-nous être traités dans les provinces anglaises du Canada?Telle n\u2019est pas la question.Il faut dire : que serions-nous en droit de réclamer d\u2019essentiel en Russie, en tant que derniers venus, si nous y étions comme groupe, et comme groupe jugé encombrant par ce pays, actuellement gouverné par les Juifs ?Il est convenu de dire que notre pays est jeune, mais il ne suit pas de là que ceux qui le représentent, qui parlent en son nom, doivent éviter de faire preuve de maturité dans leurs actes officiels pour demeurer dans le ton du pays.L\u2019exiguïté des frontières a-t-elle enlevé quelque chose à la gravité des LES JUIFS AU CANADA 21 chefs responsables de l\u2019Andorre, de Monaco ou de Saint-Marin ?Il s\u2019est tenu, en avril dernier, une assemblée publique à l\u2019Arena de Montréal, assemblée convoquée par l\u2019élément israélite pour protester contre la politique du nouveau chancelier d\u2019Allemagne, Adolf Hitler.Il était naturel que l\u2019élément juif se dressât comme il l\u2019a fait après le violent coup de coude en pleine poitrine que leurs frères d\u2019Allemagne venaient de recevoir des Aryens.Mais il s\u2019agissait d\u2019une politique étrangère dont on connaissait mal les principaux aspects.Les Juifs étaient d\u2019ailleurs accusés de marxisme et de communisme.Il fallait attendre, se renseigner.Pour les représentants de notre \u201cjeune\u201d pays, rien de cela ne comptait.Les Juifs les avaient invités à protester et ils y allèrent avec tout leur cœur, l\u2019un au nom du gouvernement provincial et l\u2019autre au nom de la ville de Montréal.C\u2019était sans doute contre les règles élémentaires de la haute politique et de la prudente diplomatie.On ne songeait dans tout cela ni à l\u2019aspect religieux ni à l\u2019aspect canadien-français de cette participation; mais peu importait, la bonne volonté ne couvre-t-elle pas les fautes matérielles ?Heureusement, l\u2019opinion canadienne-française a été vengée par la contre-protestation des Jeune-Canada.Grâce à eux, nos enfants pourront moins facilement faire plus tard des gorges chaudes sur la naïveté de leurs chers pères, dont ils porteront le poids lourd de leurs imprévoyances, 22 l\u2019action nationale comme notre vieille politique d\u2019immigration sans contrôle efficace, notre participation sans limites à la guerre de 1914, notre législation juive, imprudente, et nos subventions aux organisations spéciales des Juifs.Le problème juif est certes complexe, mais ses solutions ne sont pas aussi difficiles que le pensent généralement nos chefs politiques d\u2019Ottawa ou de Québec.Ses solutions se présenteraient spontanément à leur esprit, s\u2019ils voulaient simplement être plus attentifs aux moindres appels de la conscience chrétienne, à ceux du nationalisme élémentaire, fort légitime, et s\u2019ils étaient moins pris par l\u2019intérêt de parti, dont même les larges principes libéraux cachent mal les laideurs naturelles.Ah! s\u2019il était possible, dans l\u2019intérêt collectif, que la fidélité religieuse et la solidarité nationale envahissent, saturent de plus en plus tous ceux qui gouvernent et tous ceux qui exercent quelque influence sur l\u2019opinion! Une triste expérience fut faite par notre Li^ue d\u2019Action Nationale au mois de juin dernier.Les journaux de Bruxelles avaient apporté au Canada les échos de la déclaration du secrétaire général de la Fédération sioniste de Belgique concernant le projet d\u2019émigration en masse des Juifs allemands en Amérique du Sud et au Canada.Notre ligue demanda aussitôt que la frontière canadienne demeurât fermée.Le Devoir publia notre texte sur deux colonnes.La Patrie LES JUIFS AU CANADA 23 le reproduisit en lettre ouverte, à l\u2019intérieur; mais elle communiquait le même jour une nouvelle de Genève en première page, sous ce titre, en caractères gras: \u201cL\u2019Allemagne rendra justice aux Juifs\u201d.La Presse publia notre communiqué le lendemain, à l\u2019intérieur, sous le titre de lettre ouverte, elle aussi; mais le jour même, elle nous servait la nouvelle de Genève en première page, sur deux colonnes: \u201cLes Juifs justifiés\u201d.Le Canada ne reproduisit que nos conclusions sous ce titre: Opposés à tout genre d\u2019immigration au pays.La leçon de tout cela ?C\u2019est que nos journalistes, sauf ceux du Devoir, se montrent faibles devant les annonceurs juifs, comme nos hommes politiques le sont devant les votes juifs.Nous l\u2019écrivons sans amertume, sans animosité pour les personnes, dont nous connaissons d\u2019ailleurs les nombreux soucis, mais nous voulons contribuer à faire et à fortifier l\u2019opinion publique.La solidarité juive est forte, la nôtre est gélatineuse, pour ne pas dire inexistante.Pourquoi faut-il qu\u2019il se trouve des nôtres, et des plus importants par les fonctions, toujours prêts à se séparer du bloc des leurs pour se souder aux blocs étrangers ?Il faut pourtant que cela change, si nous voulons vivre et demeurer maîtres chez nous et si nous voulons ne pas mériter non plus le blâme des générations à venir, dont nous compliquons l\u2019existence future 24 l\u2019action nationale toutes les fois que nous posons des actes d\u2019adultes sans penser à l\u2019avenir.Il y a pourtant un remède capable de guérir le mal, pouvant fermer toutes les plaies relevées et non relevées dans cette étude.Ce remède est un peu comme le premier commandement de la Loi puisqu\u2019il comprend tous les autres : c\u2019est, pour le Québec et ceux qui nous représentent à Ottawa, de légiférer et de gouverner dans un esprit catholique et français.Anatole VANIER L\u2019IGNORANCE ET LES ARTS DOMESTIQUES M.Georges Bouchard, député aux Communes, à la Semaine sociale de Rimouski: \u201cC\u2019est l\u2019ignorance, le manque d\u2019éducation et de culture, l\u2019absence de sens esthétique et la fausse appréciation des valeurs qui inclinent les partisans de l\u2019utilitarisme à préférer l\u2019article produit en série à l\u2019article portant la marque du talent et de la personnalité de son auteur.\u201cLa preuve de cette fausse appréciation des valeurs, c\u2019est l\u2019engouement avec lequel plusieurs de nos campagnards échangent contre des petits carrés de prélarts ou d\u2019autres colifichets de peu de valeur des tapis crochetés et tressés qui sont d\u2019une valeur artistique telle que nos voisins du Sud en copient des modèles pour les multiplier à la manufacture.Dans une société normalement organisée, les arts domestiques devraient inspirer les arts industriels comme la musique populaire a inspiré les grands compositeurs dans leurs œuvres géniales.\u201cC\u2019est par conséquent le devoir de tout éducateur conscient de ses responsabilités d\u2019éviter d\u2019asservir les talents dans un cadre trop restreint; il doit, au contraire, les stimuler et les encourager à la production de l\u2019article original de leur propre cru.\u201d Portrait S.E.Mgr Emile Yelle, p.s.s.Archevêque coadjuteur de Saint-Boni face La nomination de Mgr Yelle à Saint-Boni -face a surpris le grand public.Qui aurait pu dire en voyant ce prêtre modeste, essayant toujours de se faire oublier par la simplicité de sa tenue, son souci de ne rien faire d\u2019extraordinaire, qu\u2019il avait devant lui le successeur des Taché et des Langevin?Mgr Yelle est encore de la génération des jeunes.Il appartient à une compagnie qui demande à ses membres de ne pas rechercher les dignités ecclésiastiques.Le nouvel élu n\u2019eut-il pas comme directeur à La Solitude, \u2014 Je noviciat de sa Compagnie, \u2014 un prêtre qui consacrait la lecture spirituelle du soir des ordinations à mettreen garde contre tout désir des honneurs.Pauvre M.Berrué! Que dirait-il aujourd\u2019hui?Le supérieur général de sa Compagnie est archevêque de Paris, et son jeune disciple devient coadjuteur de Saint-Boniface.Mais si la nomination de Mgr Yelle n\u2019était pas attendue de ses intimes, de ses confrères, de tous ceux qui l\u2019ont connu au grand séminaire, elle n a pourtant surpris personne. 26 l\u2019action nationale Comme son prédécesseur, le grand Mgr Taché, sacré évêque avant la trentaine, Mgr Yelle a les qualités que l\u2019Église exige des candidats à l\u2019épiscopat.Nous ne redirons pas ici le curriculum vitae de Son Excellence; nos lecteurs le connaissent depuis longtemps.Nous nous contenterons de rappeler quelques souvenirs de son existence cachée, de dévoiler un peu les trésors de vie intérieure que cache son âme de prêtre.Mgr Yelle a pris comme devise cette parole de Notre-Seigneur, parlant de son Père: Pater meus agricola, Mon père est un agriculteur.Il veut par ce choix dire bien haut quelle est son origine.Il se fait gloire d\u2019appartenir à une famille terrienne, et l\u2019on voit dans son blason, au côté du Maria de Saint-Sulpice, une gerbe de blé.Ce sont là ses quartiers de noblesse.C\u2019est dans ce catéchuménat qu\u2019est la famille chrétienne qu\u2019il a appris à aimer l\u2019Église.C\u2019est dans cette ruche active qu\u2019est la famille du cultivateur qu\u2019il connut l\u2019amour du travail obscur et quotidien.Aimer l\u2019Église et s\u2019user à son service, voilà toute la vie de cette forte personnalité qu\u2019est Mgr Yelle.A Saint-Sulpice, quinze ans durant, il s\u2019est révélé professeur éminent, supérieur prudent.Du professeur, il possédait les nombreuses S.E.MGR EMILE YELLE, P.S.S.27 qualités, et au premier chef la clarté.Il enseigna le dogme pendant huit ans, et sa classe était toujours accueillie avec joie.Le silence le plus profond régnait alors; jamais le professeur n\u2019eut à rappeler à l\u2019ordre.L\u2019atmos-phere était celle des vieilles églises gothiques, où l\u2019on prie en écoutant et en regardant.Le professeur était simple, Aucune affectation dans l\u2019exposé, aucune recherche dans la forme ou dans le geste.Comme son maître saint Thomas, il savait que T intelligence est ordonnée à la vérité, et que la vérité n\u2019a pas besoin d\u2019accessoires pour être perçue et pour être aimée.Parfois les schemas qu\u2019il donnait a ses élèves semblaient compliqués, tant on y trouvait de flèches et de crochets, Mais les flèches, pour les initiés, indiquaient les chemins de la vérité, et les crochets réalisaient la grande synthèse! Si Mgr Yelle proposait si clairement la vérité aux intelligences, c\u2019était pour la faire mieux aimer, en faire vivre les âmes.Chez lui, rien du dilettante.Aussi, en fermant un traité dogmatique, il ouvrait une longue parenthèse pour signaler à ses élèves les richesses de vie divine, cachées sous le texte parfois si froid du manuel, et les convier à monter vers les sommets de l\u2019union complète avec Dieu, terme normal de la vie chrétienne. 28 l\u2019action nationale Avec quel saint enthousiasme, par exemple, il commentait ce s simples mots du Docteur Angélique: Uti et frui Deo.\u201cL\u2019âme chrétienne veut jouir des personnes divines, elle peut les utiliser.Quand Mgr Yelle parlait, la cloche sonnait trop tôt.Le nouvel évêque aime profondément l\u2019Eglise.En classe, il était discret envers ces auteurs qui soutiennent une opinion contraire à la sienne.Jamais de sorties contre telle ou telle école.Il perdait seulement sa sérénité quand il voyait un théologien, ou un historien, se complaisant à dévoiler ce qu\u2019il appelait le petit côté des choses.On ne parle jamais ainsi de sa mère, disait-il.En manière de protestation contre cet esprit morbide, il s\u2019attardait à faire resplendir la vraie vie de l\u2019Église, telle que manifestée dans ses saints: la mission d\u2019un saint Bernard, d\u2019une sainte Catherine de Sienne, d\u2019un saint Thomas.Mais ce formateur d\u2019intelligences et de coeurs avait-il les qualités qui font les dirigeants?Ce professeur, à l\u2019aise dans le monde de la métaphysique, avait-il le sens pratique du commandement?Pendant six années, Mgr Yelle allia aux lumières du docteur la prudence du chef.Dans un domaine nouveau, il demeura ce qu\u2019il avait toujours été: un maître.Ses lectures spirituelles apportaient S.E.MGR EMILE YELLE, P.S.S.29 la demi-heure lumineuse de la journée.La vocation, la vie chrétienne, la vie sacerdotale, chacun de ces sujets était traité à fond, et avec clarté.L\u2019homme avait le don de dire de façon neuve les choses les plus banales.L\u2019explication d\u2019un règlement, qu\u2019il devait faire à huit générations de prêtres, offrait toujours quelque chose d\u2019original.Cherchant sans cesse la formation du coeur de ses enfants, il leur livrait la plus pure doctrine de l\u2019Évangile et des maîtres de la spiritualité.Avec quel coeur il commentait le Jésus devant les yeux Jésus dans le coeur, Jésus dans les mains, qui résume toute la méthode d\u2019oraison de Saint-Sulpice! Cela sans étroitesse d\u2019esprit.Le principal, disait-il, est de trouver Dieu et de s\u2019unir à lui.Et, comme exemple, il nous racontait que lui, Sulpicien, il était monté un jour au sommet du Mont Cassin, pour faire sa retraite dans les exercices de saint Ignace.Aimé, respecté de ses collaborateurs, Mgr Yelle obtenait d\u2019eux un dévouement entier à la grande oeuvre de la formation des clercs.Sous sa forte et douce impulsion, le grand séminaire de Montréal demeurait, comme auparavant, une maison de sainteté et de science.Déjà la lumière qu\u2019épandait cet homme brillait au dehors.A la Semaine sociale de Montréal, en 1932, il définissait 30 l\u2019action nationale l\u2019ordre social chrétien, résumant en vingt pages les enseignements de l\u2019Eglise sur une question actuelle et si délicate.Il était un membre précieux du comité Saint-Thomas, qui groupe les prêtres les plus savants de notre pays.Le chef de l\u2019Église, le grand agriculteur du champ des âmes, jugea qu\u2019il était temps de confier à cet homme une mission plus sublime.Pater meus agricola! Le Souverain Pontife vient de faire un évêque de M.Yelle.Ce saint prêtre va nous quitter.Il ne partira pas sans regrets.Il aimait la Compagnie où, jeune, il était entré; il aimait son séminaire, il aimait aussi sa province de Québec.Il n\u2019oubliera point Vheureux temps passé dans le pays natal, et que symbolise la première partie de son blason: Saint-Sulpice.Après avoir expliqué longuement le Pontifical, il l\u2019exercera.Après avoir formé des âmes de pretres, il consacrera des prêtres.Et dans cette pensée que T évêque, c\u2019est Jésus-Christ tout entier, il se réconfortera.Ceci correspond à la seconde partie de son blason: la gerbe de blé, la moisson.Il part et nous le regretterons.Saint-Sulpice attendait beaucoup de lui; Montréal sentira le vide qu\u2019il laisse.Ses enfants eurent un serrement de coeur en apprenant la nouvelle qui désignait un champ nouveau à son action.Tous, nous S.E.MGR EMILE YELLE, P.S.S.31 nous inclinons cependant, car Saint-Boniface recevra en lui un archevêque d\u2019envergure.Ses épaules sont déjà voûtées, détail que l\u2019on attribue aux pensées profondes, plus qu\u2019au faix de l\u2019âge.Son coeur est resté jeune, et ceux qui iront à lui seront éclairés dans leurs difficultés, réchauffés dans leur zèle, stimulés pour l\u2019action sacerdotale.Ils ne manqueront pas, en le quittant, de formuler dans leur coeur le voeu que nous adressons aujourd\u2019hui au nouvel archevêque-coadjuteur de Saint-Boniface : AD MULTOS ET FAUSTISSIMOS ANNOS.* * * DU BILINGUISME INTÉGRAL M.l\u2019abbé Lionel Groulx, à la Semaine sociale de Rimouski : \u201cLe bilinguisme intégral! Triste nécessité pour les Canadiens français vivant en provinces anglo-canadiennes, système tolérable pour les elites intellectuelles, pure absurdité pour les enfants et pour la masse populaire.Car si véritablement le mot est le signe et la mesure de l\u2019idée, et si la langue parlée par chacun est l\u2019exacte expression de son système d\u2019idées et de la qualité même de son esprit, quelle terrible signification ne pas dès lors attribuer au français dégénéré, parlé presque universellement par les victimes du bilinguisme scolaire et intégral ?Et est-ce bien outrer la vérité que d\u2019oser dire d\u2019un pareil régime qu\u2019il conduit à deux résultats infaillibles: la dénationalisation de nos enfants et leur abâtardissement intellectuel?Le jugement vous paraît-il trop sévère?Et comment ne le serait-il point quand, dans une École supérieure d\u2019une grande ville, qui pourrait bien être Montréal, l\u2019on voit de grands élèves canadiens-français ne trouver rien de mieux à se proposer pour sujet de discussion académique que le suivant: Faut-il supprimer nos heures de classe de français pour faire place à l\u2019enseignement de l'anglais?\u201d Chez les Franco-Américains Le Français aux Etats-Unis Il semble admis, même dans les milieux optimistes, que sur environ trois millions de Franco-Américains aux États-Unis, un million et demi à peine parlent le français.C\u2019est dire que la moitié de nos gens se laissèrent angliciser dans un temps relativement court.Au premier abord, un tel énoncé paraît donner raison aux défaitistes, décourager les timides.Dans quelques années, se croient-ils en droit de prétendre, c\u2019en sera fait de la langue française en terre américaine.Ce raisonnement simpliste a le tort de négliger certains facteurs importants, visibles pour qui sait regarder les choses d\u2019un peu haut.On voudra bien nous permettre de les soumettre à un examen.Sait-on bien au Canada, et se le rappelle-t-on suffisamment, que nos premiers immigrants, le noyau d\u2019où sortirent de nombreuses générations de Franco-Américains, étaient pauvres et peu instruits ?Dispersés par groupe dans de larges centres industriels, sevrés de tout contact avec leurs compatriotes, la nécessité où ils étaient de se faire comprendre par leurs patrons, leurs compagnons de travail, leurs amis de chaque jour, les obligeait à acquérir au plus tôt les rudiments d\u2019anglais qu\u2019of- LE FRANÇAIS AUX ÉTATS-UNIS 33 fraient la rue et l\u2019usine.Ils ressentaient leur situation désavantageuse, due à leur ignorance de la langue, et ils s\u2019efforçaient d\u2019y remédier.Leurs noms étaient mal compris, mal prononcés mal écrits.En désespoir de cause, ils se résignaient à adopter une nouvelle épellation, d\u2019après les sons, ou, pis encore, une traduction dont la cocasserie serait amusante si elle n\u2019était pas si triste.De retour au foyer, l\u2019immigré retrouvait avec joie les syllabes familières sur les lèvres de sa femme et de ses enfants.Pouvait-il s\u2019empêcher, cependant, de songer à l\u2019avenir de ces derniers ?Allait-il, de propos délibéré, les condamner aux difficultés et aux humiliations qu\u2019il devait lui-même affronter, en dehors du milieu familial ?Devait-il, de plein gré, éloigner d\u2019eux toute perspective d\u2019avancement, leur défendre l\u2019accès à des situations plus avantageuses que la sienne, en leur interdisant la voie qui pouvait y conduire : l\u2019école anglaise ?Il eût fallu plus d\u2019héroïsme que de calcul, plus de renoncement que de sagacité, pour agir ainsi.A ces considérations d\u2019ordre moral s\u2019ajoutaient d\u2019insurmontables difficultés matérielles.Les groupements paroissiaux étaient inexistants ou insuffisamment organisés.La seule école accessible était l\u2019école publique et neutre.On y enseignait parfois le français, mais en tant que langue étrangère et facultative, au même titre que l\u2019italien, l\u2019espagnol ou l\u2019allemand.Quant au foyer, le manque d\u2019ins- 34 l\u2019action nationale truction des parents y rendait impossible toute tentative de sérieuse formation française.Dans ces conditions grandit, malheureusement, une génération dont les fils nombreux sont incapables de parler la langue de leurs pères.Vinrent les écoles paroissiales, et la face des choses changea.Dès leur fondation, et jusqu\u2019à ce jour, elles furent une digue puissante contre le flot d\u2019anglicisation de plus en plus menaçant.Ceux qui refusent de croire à la survivance franco-américaine émettent des doutes sur l\u2019efficacité de cet endiguement.Ils sont des porte-malheur, qui préféreraient voir les nôtres disparaître, pour avoir raison, plutôt que de les regarder survivre et grandir.Que de fois ne les avons-nous pas entendu tenir le langage suivant: \u201cLe principe est généralement admis qu\u2019il est \u201cimpossible pour l\u2019homme moyen de posséder pa-\u201cfaitement deux ou plusieurs langues.L\u2019une prime-\u201cra toujours l\u2019autre.Aux États-Unis, ce sera, de \u201ctoute nécessité, l\u2019anglaise.Pour mieux nous rendre \u201ccompte de cette vérité, prenons un exemple con-\u201ccret et suivons nos jeunes gens au sortir de l\u2019école \u201cparoissiale.Il faut les diviser en deux catégories.\u201cCeux de la première, composée des élèves qui se \u201cdirigent vers les écoles supérieures, auront l'avantage de se perfectionner en français et d\u2019en reconnaître la valeur culturelle.La plupart, nous le \u201cconcédons, auront à cœur de conserver leur langue, LE FRANÇAIS AUX ÉTATS-UNIS 35 \u201cne fût-ce que pour leur avantage et leur agrément \u201cpersonnel.\u201cL\u2019autre catégorie, de beaucoup la plus nombreuse, comprend tous ceux qui abandonnent l\u2019école \u201cvers l\u2019âge de 15 ans.Les unités de cette grande \u201carmée traîneront bien pendant un certain temps \u201cles quelques rudiments de syntaxe française que \u201cleurs maîtres et maîtresses auront pu entasser \u201cdans le mince bagage linguistique qui devra leur \u201csuffire à travers la vie, mais auront-ils une con-\u201cnaissance et un amour suffisants de leur langue \u201cmaternelle pour la conserver malgré les difficultés \u201cnombreuses qui ne peuvent manquer de surgir?\u201cDans les positions moins intellectuelles qu\u2019ils \u201coccuperont, trouveront-ils de quoi les encourager \u201cà garder précieusement cet instrument d\u2019aucune \u201cutilité apparente dans leurs labeurs quotidiens ?\u201cNe seront-ils pas plutôt enclins à le laisser tomber \u201cen cours de route ?\u201cAu foyer, qui est à la fois son château fort \u201cet son dernier refuge, la langue française occupera-t-elle au moins la place d\u2019honneur ?Malheureuse-\u201cment, pas toujours.Il faudra y faire des conces-\u201ccessions, à cause des visiteurs de langue différente.\u201cPuis ce sont les enfants, qui, rentrant le soir après \u201cavoir parlé l\u2019anglais toute la journée, qui continuent \u201ctout bonnement sans y penser.Il faut faire un \u201ceffort pour les rappeler à l\u2019ordre et l\u2019effort est \u201ctoujours si coûteux! 36 l\u2019action nationale \u201cD\u2019ailleurs, ajoutent-ils, et c\u2019est un trait douloureux, le français qu\u2019on parle généralement dans \u201cles foyers franco-américains est un langage souvent \u201cméconnaissable, entremêlé de termes anglais, \u201cbariolé de tournures anglaises, et assaisonné \u201cd\u2019accent anglais.\u201d Il faut admettre qu\u2019on entend un tel accent, propre à déchirer les oreilles délicates, et des locutions qui choqueraient un académicien.Pourtant, même imparfaite, la phrase française se reconnaît.Certes nous la préférons sous des dehors plus attrayants, mais pourquoi lui faire grise mine et refuser de la reconnaître, si elle n\u2019est point parée de beaux atours ?On ne devrait pas oublier que, si elle nous arrive plus altérée qu\u2019il ne se doit, c\u2019est qu\u2019elle vient de loin et qu\u2019il lui a fallu livrer maints combats avant de nous parvenir.On devrait se rappeler aussi que les Franco-Américains n\u2019ont pas le monopole du mauvais langage.Nous ne sommes pas les seuls à ne pas traiter la langue maternelle avec la déférence et le respect qui lui sont dus.S\u2019il faut en juger par les journaux de Montréal, de Québec, et même de Paris, Canadiens français et Parisiens ne sont pas toujours en mesure de nous jeter la pierre.Ils n\u2019ont pas, eux, l\u2019excuse que nous avons de vivre en milieu exclusivement anglais.Et si la faute des uns n\u2019excuse pas celle des autres, elle donne tout de même à ceux-ci droit à quelque mansuétude. LE FRANÇAIS AUX ÉTATS-UNIS 37 Nous avons aux États-Unis la conviction que notre verbe français, même appauvri, dénaturé dans une certaine mesure, contribue malgré tout à créer autour de nous l\u2019atmosphère qui nous est propre et dans laquelle nous respirons le mieux.C\u2019est l\u2019abbé Dimnet, si ma mémoire ne fait pas défaut, qui dit que les pensées nous viennent différemment, selon la langue que nous employons.N\u2019est-ce pas en somme le but de la langue que de créer un état d\u2019esprit distinct?L\u2019ouvrier franco-américain, comme l\u2019homme de profession, préfère naturellement le français à l\u2019anglais pour raconter à ses enfants les faits et gestes des aïeux, pour leur signaler les empreintes glorieuses que ceux de sa race laissèrent sur ce continent nord-américain.Les mariages mixtes sont l\u2019objet d\u2019un chapitre douloureux, et qui n\u2019est pas encore clos, dans l\u2019histoire des groupements franco-américains.Au seul point de vue de la langue, chacun d\u2019eux signifie la perte certaine de l\u2019un des nôtres, perte qui se multiplie par le nombre des enfants.La proportion des mariages mixtes n\u2019est pas loin de devenir alarmante.Notre clergé et nos journaux en proclament chaque jour le danger.Ils ne les empêchent pas tous, ils en diminuent néanmoins le nombre.Un autre rempart efficace contre l\u2019envahissement étranger est constitué par nos sociétés nationales.Elles s\u2019efforcent, par leurs diverses activités, de grouper entre eux les jeunes et de les retenir dans 38 l\u2019action nationale leur milieu naturel.Leurs salles de réunion sont, pour qui a dû quitter l\u2019école tôt, comme une prolongation de celle-ci.On y donne des causeries, des représentations en français.On y chante les mêmes vieux airs qui, il y a trois cents ans, éveillaient les échos du Saint-Laurent.Notons en passant, \u2014 et cela imposera silence à ceux qui prétendent que le peuple surtout se désintéresse du français, \u2014 que les plus assidus aux réunions de nos sociétés ne sont pas les hommes de profession, ceux qui ont atteint le haut de l\u2019échelle sociale, mais bien plutôt les humbles et les petits, les ouvriers et les ouvrières, tous ceux-là qui forment les couches profondes du peuple.Par l\u2019assurance-vie que la plupart offrent à leurs membres, nos sociétés contribuent à conserver et à accroître des capitaux qui, autrement, seraient dispersés.Les fonds accumulés grâce à elles viennent à point quand il s\u2019agit de patronner une œuvre ou d\u2019appuyer financièrement un mouvement.Dans une causerie récente à la radio, M.Ph.-A.Lajoie disait que \u201cla presse franco-américaine est \u201cen quelque sorte le baromètre de la survivance de \u201cnotre race, comme elle en fut et reste le plus actif \u201cartisan.Elle a été la garde vigilante de nos institutions paroissiales, de nos sociétés, en un mot \u201cde tout ce qui nous touche de près.\u201d Depuis la fondation du premier Travailleur, en 1874, cette presse n\u2019a cessé d\u2019être sur la brèche. LE FRANÇAIS AUX ÉTATS-UNIS 39 Me serait-il permis de risquer ici quelques considérations, d\u2019avancer une idée ?Je me demande si vraiment le temps n\u2019est pas venu de transformer le journal franco-américain ?Nous ne sommes plus en 1874, ni en 1900.Ce que les lecteurs attendent aujourd\u2019hui du journal n\u2019est pas ce que ses abonnés d\u2019il y a vingt ou quarante ans lui demandaient.Le journal français étant alors le seul que la majorité des nôtres pouvaient lire, il lui fallait se présenter sous la forme habituelle de feuille d\u2019information, avec ses colonnes innombrables de nouvelles, sa chronique locale, son inévitable feuilleton.Le Franco-Américain était ainsi tenu au courant des faits et gestes qui le pouvaient intéresser.Mais à mesure qu\u2019il apprenait l\u2019anglais, il se tourna vers les journaux rédigés dans cette langue, plus importants et disposant de services plus étendus.On continua pendant quelque temps de s\u2019abonner au journal français, parce que père et mère y tenaient, mais déjà les jeunes ne le lisaient guère.Une enquête sur l\u2019âge des abonnés prouverait le bien-fondé d\u2019une assertion de cette sorte.Les événements semblent avoir démontré l\u2019impossibilité matérielle qu\u2019il y a, pour le journal français aux États-Unis, de lutter avec quelque chance de succès contre le journal de langue anglaise, tant au point de vue de la nouvelle locale que de l\u2019information générale.La crise économique n\u2019est pas seule responsable de la disparition successive de plusieurs de nos jour- 40 l\u2019action nationale naux.Elle n\u2019a que terminé brusquement des agonies commencées il y a longtemps.Y a-t-il quelque remède à suggérer ?Peut-être le trouverait-on dans la spécialisation.Ne pourrions-nous pas offrir à nos gens quelque chose qu\u2019ils ne sauraient trouver ailleurs que chez nous ?Pourquoi, par exemple, ne pas négliger la nouvelle, qui arrive plus vite et plus complète par l\u2019entremise du journal anglais, quand on sait, et que l\u2019on admet que celui-ci pénètre dans tous les foyers ?Pourquoi ne pas se limiter à l\u2019information d\u2019intérêt général pour tous les Franco-Américains, quels que soient le village, la ville, l\u2019État où ils demeurent ?Les questions susceptibles d\u2019intéresser les divers groupes franco-américains ne manquent pas.C\u2019est tantôt les entreprises, les initiatives, les espoirs, tantôt les rêves de nos populations.Il y a aussi la langue et les problèmes qui s\u2019y rattachent.Il y a l\u2019histoire, l\u2019histoire de la race française en Europe, au Canada aux États-Unis.N\u2019y aurait-il pas là un excellent moyen, et pratique, de suppléer à certaines déficiences de nos programmes scolaires ?Un journal conçu selon ces idées cesserait d\u2019être purement local.Il ne serait plus confiné aux limites d\u2019une ville ou d\u2019une région.Rien ne l\u2019empêcherait de déborder et de s\u2019étendre à l\u2019infini, exerçant partout son action.Deux ou trois organes puissants ne seraient-ils pas préférables à une vingtaine de feuilles qui périclitent?Nous le croyons LE FRANÇAIS AUX ÉTATS-UNIS 41 franchement.Quand il s\u2019agit de concerter un mouvement d\u2019ensemble, le mot d\u2019ordre qui atteint d\u2019un coup trente mille lecteurs a autrement d\u2019efficacité que celui qui, à grand\u2019peine, pénètre dans deux ou trois mille foyers.Utopie! dira-t-on.Est-ce si sûr ?N\u2019a-t-on pas vu naître, grandir, se développer en pleine crise économique, alors que d\u2019autres journaux disparaissaient autour de lui, un organe fondé sur l\u2019idée que nous venons d\u2019exposer.Je veux parler ici du Travailleur de Wilfrid Beaulieu, le vaillant hebdomadaire de Worcester, (Mass.).Ceux qui connurent la pauvreté évangélique de ses débuts s\u2019étonnent encore de le voir survivre.Il n\u2019empêche que, malgré la dureté des temps, le nombre de ses abonnés augmente sans cesse.N\u2019est-ce pas la preuve qu\u2019il est venu à son heure, qu\u2019il répond à un besoin ?L\u2019arrêt complet de l\u2019immigration nous venant de la province de Québec est considéré comme de mauvais augure par quelques-uns.On tarirait à sa source la sève nécessaire à la nutrition du rameau franco-américain; sans l\u2019apport du Québec, il s\u2019étiolera lentement en attendant de se dessécher.Il y aurait ici matière à discussion.Il y a longtemps que les nouveaux arrivés ont cessé d\u2019agir comme tampons entre l\u2019anglicisation et nous.Ce n\u2019est pas eux que l\u2019on voit d\u2019ordinaire au premier rang de nos phalanges belliqueuses, mais bien plutôt des 42 l\u2019action nationale Francos implantés au pays depuis une ou deux générations.Beaucoup plus important que l\u2019échange des individus, et plus fécond, est celui des idées.L\u2019automobile et la radio, abolissant les distances, facilitent au point de les rendre quotidiennes les relations avec la province de Québec.Un voyage, avec pour but une visite aux parents de là-bas, \u2014 autrefois l\u2019événement d\u2019une vie \u2014 se fait en fin de semaine.Une simple mise au point de l\u2019appareil récepteur de T.S.F.et les programmes français de Montréal emplissent nos demeures.Il serait difficile d\u2019estimer le nombre de journaux, quotidiens et hebdomadaires, de revues, de livres, qui nous arrivent chaque jour du Canada, apportant, avec un peu de l\u2019air du pays, les nouvelles et le dernier mouvement des idées.Mentionnons encore, pour compléter le dossier, les derniers rapprochements, si désirables et si prometteurs, entre nos sociétés nationales et celles de la vieille province.Un autre sujet d\u2019encouragement est bien l\u2019esprit combatif que l\u2019on remarque chez les Franco-Américains, tout particulièrement dans la Nouvelle-Angleterre.Le bon-garçonnisme légendaire, apporté du Canada, s\u2019est transformé au contact des éléments étrangers.Heurts et frottements ont eu en ce sens des effets salutaires.Chez nous comme chez les groupes minoritaires de l\u2019Ontario et des provinces de l\u2019Ouest canadien, les persécutions et LE FRANÇAIS AUX ÉTATS-UNIS 43 les injustices auront été la raison amère, mais toujours féconde, de la survivance.Il semble que certaines qualités des Canadiens français, comme ces fleurs qui ne percent qu\u2019à travers la neige, ne sauraient s\u2019épanouir qu\u2019au milieu des difficultés.Plus que d\u2019autres avons-nous donc raison de prier pour nos ennemis; ils nous rendent service en nous faisant prendre conscience de nous-mêmes.Les actes suivent de près les mots.Clubs et cercles, d\u2019hommes et de jeunes gens, de jeunes filles, organisent des manifestations, donnent des cours de français, mettent à l\u2019affiche des pièces françaises.N\u2019avons-nous pas eu depuis deux ans, à l\u2019occasion de la Saint-Jean-Baptiste, nos heures françaises à la radio ?C\u2019est partout le retour du français, la vie qui renaît, l\u2019orgueil d\u2019appartenir par le cœur à la race française.Quelles conclusions tirer de toutes ces idées jetées pêle-mêle sur le papier?Faut-il nous décourager devant le bilan de nos pertes réelles, ou concevoir des ambitions démesurées à cause d\u2019avantages partiels ?La première attitude serait aussi fausse que la seconde, et aussi dangereuse.Gardons-nous de verser dans le découragement des défaitistes, ou de donner dans l\u2019aveuglement optimiste des imprévoyants.Sachons envisager froidement les faits, mesurer nos forces, bien délimiter le terrain sur lequel nous évoluons, et où nous entendons rester en hommes libres, non en esclaves, pas même en 44 l\u2019action nationale hommes contents d\u2019être conquis, heureux et fiers du joug doré que présente le conquérant.S\u2019il faut admettre qu\u2019un nombre trop grand de Franco-Américains ont perdu leur langue maternelle, rappelons-nous que le fait est dû au manque d\u2019organisation, à l\u2019isolement, à la pauvreté, au mariage mixte, à l\u2019ignorance et à la négligence, voire au snobisme.Heureusement que nous avons su, depuis quelques années, nous reconnaître.Nous nous sommes ressaisis, nous avons plus conscience de nos forces, nous sommes désormais retranchés derrière plusieurs ceintures de fortifications.S\u2019il est encore parmi nous des défaillances, on n\u2019y remarque pas de retraite en masse.Il peut tomber ça et là des victimes isolées, nous n\u2019avons plus à craindre d\u2019hécatombe.Plus nombreux et plus riches qu\u2019autrefois, plus instruits et plus forts; guidés par un clergé vigilant, des laïques aux qualités de vrais chefs; éclairés par nos journaux, soutenus par de puissantes associations, encouragés par des relations plus étroites avec nos frères du Canada, nous pouvons, sans crainte, envisager l\u2019avenir.Paul DUFAULT, M.D. L\u2019Association professionnelle Un jour, toutes nos professions devront être disciplinées dans les cadres de 1\u2019association professionnelle.Le plus tôt ce jour viendra au Canada français, le mieux ce sera pour notre peupla.La Semaine sociale de Rimouski a inscrit, a l\u2019ordre du jour des délibérations de la race canadienne-française, l\u2019association professionnelle des agriculteurs; dans les circonstances où s\u2019est déroulé cet événement, il revêt un caractère historique dont il faut se réjouir.Ce sont nos chefs religieux qui ont rendu ce nouveau service à notre peuple.Avec le sens apostolique et la bienveillance paternelle qui les caractérisent, ils ont décidé d\u2019arracher leurs compatriotes à l\u2019individualisme professionnel qui les ronge.< * * * Le progrès de l\u2019association professionnelle est entravé, principalement chez nous, par le fanatisme politique, cet ennemi qui nous a fait tant de mal dans divers domaines, et qu\u2019il faut haïr. Ab l\u2019action nationale Oui, celui-là, il est permis, il est même chrétien de le hair, car il sème partout la haine, la médisance, la calomnie.Dès qu\u2019il aura été chassé du Canada français, nous saurons nous aimer davantage, nous aurons confiance les uns aux autres, nous pourrons enfin nous associer et édifier des oeuvres utiles, dont l\u2019organisation professionnelle ne sera pas la moindre.Quand, durant la Semaine sociale, l\u2019éminent évêque de Rimouski a dit qu\u2019il faut mettre fin au \u201cterrorisme électoral\u2019\u2019, il a provoqué une salve d\u2019applaudissements aussi mérités qu\u2019enthousiastes.Si nous avons pour notre peuple l\u2019ambition vraie, moteur de toutes les nations de la terre, travaillons à extirper de l\u2019âme canadienne-française ce chauvinisme politique qui n\u2019a jamais eu de résultats plus appréciables que celui de procurer des places aux cabaleurs, des profits aux souscripteurs électoraux.Ce qu\u2019il faut à notre peuple, ce ne sont pas des luttes électorales, passionnantes comme des spectacles de cirque, ni le contrôle des places par un parti ou par un autre, mais de la compétence, de l\u2019union, du bien-être, de la vie et de l\u2019idéal.E.L. Les livres Canadien Il faudrait tout un livre pour commenter comme il le mérité, le Canadien de M.Wilfrid Bovey.Notre ambition est beaucoup moins vaste.Nous nous contenterons, \u2014 en attendant l\u2019étude critique qui ne saurait tarder de paraître dans quelque grande revue du pays, \u2014 de relever quelques phrases de 1 auteur, que nous avons soulignées dans notre propre exemplaire.M.Bovey est un Montréaliste de vieille souche: il rappelle quelque part que son grand-père, John Redpath, a construit les tours de Notre-Dame.Quoiqu\u2019il ait toujours vécu outre-rue-Bleury, une chère amitié de guerre et l\u2019intérêt qu\u2019il porte aux métiers du terroir québécois l\u2019ont rapproché de nous.Depuis qu\u2019il est directeur des relations extérieures de l\u2019Université McGill, rien ne lui est indifférent de nos manifestations intellectuelles, patriotiques ou religieuses.Il nous regarde vivre avec sympathie et son livre est, pour nous, un tonique contre le pessimisme.Pour les autres, il est un bel exemple d\u2019absence de préjugés et d\u2019indépendance d\u2019esprit.Cette Etude sur les Canadiens français se divise en dix-huit chapitres, y compris une remar- 4* l\u2019action nationale quable Introduction.L\u2019auteur étudie successivement notre arrière-plan géographique, notre arrière-plan historique, notre survivance (qu\u2019il nomme Persistance), l\u2019éducation, le gouvernement civil, nos progrès, le fermier et le citadin, notre expansion en Amérique, notre littérature, nos arts, notre situation économique, et pour finir il essaie de deviner quel sera l\u2019avenir de notre groupe ethnique.* * * Une des affirmations les plus caractéristiques de l\u2019Introduction me semble bien celle-ci.A propos de M.Siegfried, l\u2019auteur écrit: \u201cIl ne paraît pas s\u2019être rendu compte que le Canadien n\u2019a jamais voulu être victorieux \u2014 il a seulement voulu survivre \u2014 que le Canadien n\u2019a jamais eu la démangeaison (je traduis ainsi the urge) de rendre les autres peuples semblables à lui : ce qui est la marque de l\u2019Anglais et du Français.Il n a pas eu la volonté consciente de changer la \u201cmentalité\u201d de qui que ce soit, il a seulement voulu rester lui-même et ne pas être ennuyé (bothered).\u201d 1 Ces remarques contiennent beaucoup de vrai.Et c\u2019est pour n\u2019avoir pas aperçu ce trait de notre tempérament que d\u2019autres groupes ethniques, d\u2019un naturel plus remuant, nous ont considéré comme des adversaires.M.Bovey ne croit pas, \u2014 et il a sans doute raison, \u2014 que notre invasion paci- 1 Gêné vaudrait peut-être mieux. CANADIEN 49 fique des Cantons de l\u2019Est, notre essaimage dans les provinces de l\u2019Ouest et dans la Nouvelle-Angleterre aient été autre chose que l\u2019exercice d\u2019un droit ou l\u2019effet d\u2019une nécessité.Je passe sur les deux chapitres de géographie, qui sont une description enthousiaste de la province de Québec, campagnes et villes, et le résumé des exploits de nos explorateurs; et j\u2019aborde l\u2019histoire.Il y aurait à glaner ici bien des idées, qui nous frappent d autant plus qu\u2019elles sont exprimées par un Canadien anglais.Il écrit, par exemple: \u201cCe patriotisme, cet amour du sol même du Canada, inspire l\u2019écrivain, l\u2019homme d\u2019affaires, le publiciste, l\u2019homme d\u2019État, à un degré qu\u2019on peut à peine exagérer.Il se lie assez naturellement à une autre force \u2014 la loyauté de race.Le Canada \u2014 le Québec en tout cas, \u2014 et les Canadiens, sont inséparables dans l\u2019esprit du Canadien: ils forment un seul tout indivisible.Quelquefois, nous, Canadiens anglais, qui avons bien quelque droit sur le Québec, qui aimons nous aussi son grand fleuve et ses vertes montagnes, ses longs chemins gris, ses villes et ses fermes, nous avons 1 impression qu\u2019on nous laisse hors du tableau.\u2019\u2019 Ailleurs M.Bovey touche en passant la question économique, à laquelle il consacrera plus tard un chapitre entier; il nous montre la population anglaise du pays, après la Cession, augmentant rapidement sa fortune et prenant la direction presque 50 l\u2019action nationale exclusive du développement économique.\u201cDe ce temps-là, dit-il, le Canadien a hérité une sorte de complexe : il a le sentiment que l\u2019Anglais 1 a emporté sur lui (that the English somehow or other have got the best of him), qu\u2019il est en danger d\u2019être submergé, qu\u2019il lui faut résister, et qu\u2019il doit s\u2019efforcer de rester inchangé\u201d.On voit par ces deux citations, et il y en a beaucoup de ce genre dans le livre de M.Bovey, ce que j\u2019entends quand je dis qu\u2019il faudrait de nombreuses pages pour le commenter dignement.L\u2019idée de l\u2019auteur sur la responsabilité du Grand Dérangement des Acadiens est à retenir: il la rejette en grande partie sur le Massachusetts.Non moins remarquable, le jugement qu\u2019il porte sur le régime qui suivit l\u2019Acte de Québec de 1774.\u201cCanada became the prey of a pack of greedy officials and unscrupulous adventurers, whose efforts to exploit the conquered province for their private ends which were mostly successful, seem almost incredible\u201d.Les pages qu\u2019il consacre à la Rébellion de 1837 sont du plus vif intérêt.\u201cLa révolte armée, dit-il, n\u2019accomplit rien par elle-même.Mais 1 intrépide courage des révoltés, leur évidente sincérité, l\u2019inutilité même de leur effort, ainsi que l\u2019impitoyable rigueur de la répression, \u2014 une folie de vengeance qui racheta le meurtre d\u2019un seul lieutenant par la mort de beaucoup de paysans, \u2014 ouvrit les yeux CANADIEN 51 du Gouvernement anglais et du monde en général sur ce qui s\u2019était passé au Canada\u201d.L\u2019auteur termine son chapitre par un paragraphe sur Papineau.Que ce dernier et ses adeptes aient ou n\u2019aient pas visé à l\u2019établissement de la responsabilité ministérielle, on peut le discuter; mais c\u2019est à l\u2019agitation populaire qu ils ont produite que nous devons cette responsabilité gouvernementale au Canada.\u201cAnd responsible government in Canada has led to the Statute of Westminster and the reconstitution of the British Empire\u201d.Au chapitre suivant, M.Bovey étudie la \u201cpersistance\u201d du Canada français au sein de l\u2019Empire Britannique: \u201cone of the strangest phenomena of modern days\u201d.On trouvera dans les pages qui suivent des remarques instructives, \u2014 instructives pour tout le monde mais surtout pour le lecteur anglais, \u2014 sur la langue française et sur l\u2019influence de Duvernay et de la Société Saint-Jean-Baptiste.Les deux chapitres sur l\u2019éducation et renseignement sont parmi les plus remarquables de l\u2019ouvrage.L\u2019auteur, s\u2019adressant surtout à des lecteurs anglo-protestants, sent le besoin de mettre en vive lumière les deux principes sur lesquels se fonde notre système,^ le premier: que l\u2019éducation et la religion sont inséparables; le second: que pour un Catholique romain la vraie religion ne peut pas exister en dehors de l\u2019Église catholique, et que l\u2019Église est la seule gardienne des principes religieux.Il se 52 l\u2019action nationale peut que vous ne partagiez pas les convictions des Canadiens français, dit-il en résumé à ses lecteurs, mais si vous perdez de vue ces principes, vous ne comprendrez rien au système d\u2019éducation du Québec.Et il l\u2019analyse ensuite dans les détails, comme un homme que les questions d\u2019éducation intéressent et qui s\u2019y entend.Pour lui, le nœud de toute notre organisation est le système des collèges classiques.\u201cLe contenu du cours classique, dit-il, et l\u2019esprit qui l\u2019anime, sont complètement différents du contenu et de l\u2019esprit du cours chez les Anglais .Il conclut qu\u2019il n\u2019y a aucune équivalence entre les deux systèmes et qu\u2019il est inutile de chercher à en trouver.A certains, cette affirmation paraîtra surprenante, de même que d\u2019autres idées de 1 écrivain, notamment au sujet de la scholastique.Mais tous approuveront absolument ce qu il pense de la nécessité de la philosophie; et ses vues sur l\u2019organisation d\u2019une puissante Faculté de philosophie à l\u2019Université de Montréal, Faculté dont le rayonnement pourrait être immense, leur donneront à réfléchir.Son chapitre sur le Gouvernement ne pourra pas déplaire à nos hommes politiques.Le portrait qu\u2019il fait de notre Honorable Premier Ministre est vivant.Vivants aussi, les portraits du colon, de Inhabitant\u2019 , de la famille Martin, prise comme type.Dans East, North and West, l\u2019auteur examine les essaims canadiens-français en dehors du Québec. CANADIEN 53 Les Albertains seront sans doute satisfaits, mais les Canado-Américains le seront moins: ils sauront se défendre.Les chapitres sur notre littérature et nos arts sont de bons résumés à l\u2019usage du lecteur anglais.Les pages sur l\u2019Economique reprennent et complètent la belle étude de M.Charlemagne Brack dans \u201cThe Evolution of French Canada\u201d.Il y a là quelques points de vue piquants.* * * On a prédit à cet ouvrage le succès de \u201cThe Clash\u201d et de \u201cBridging the Chasm\u201d; il le mérite sans aucun doute.On l\u2019accuse, en certains milieux, d\u2019un excès de louanges.Nous croyons qu\u2019il suffit de lire le livre attentivement, et un peu entre les lignes, pour faire les réserves nécessaires.Nous savons, nous, que nous ne sommes pas sans défauts.M.Bovey les connaît lui aussi.Mais il n\u2019est pas un \u201cchercheur de petite bête\u201d, ni même de grosse.Il sait que nos concitoyens de langue anglaise nous comprennent mal (la réciproque est peut-être aussi vraie); il a seulement voulu les éclairer; et il s\u2019acquitte de sa tâche avec une sympathie qui fait honneur à son intelligence et à son cœur.Olivier MAURAULT, p.s.s. La sociologie La Semaine sociale de Rimouski Ce fut un succès, le plus beau, le plus magnifique succès remporté jusqu\u2019ici par les Semaines Sociales du Canada.Tout y a contribué: organisation parfaite; accueil chaleureux des autorités civiles et religieuses, de la population tout entière; présence, à la séance d\u2019ouverture, de Son Excellence le Délégué Apostolique et, tout au long de la semaine, d\u2019évêques des diverses parties de la province, d\u2019hommes d\u2019État, d\u2019un clergé nombreux; auditoires assidus, intelligents, sympathiques; sujet d\u2019actualité, d\u2019importance vitale pour la région, la province, le pays; travaux de remarquable valeur; et par-dessus tout, comme pour tout éclairer et ordonner, la haute et attachante personnalité d\u2019un évêque rural qui avait voulu que la première Semaine sociale tenue dans sa ville épiscopale fût une belle semaine.Le R.P.Archambault, président-initiateur et animateur de nos Semaines sociales, avait bien raison, au soir de la clôture, de dire sa joie, et Son Excellence Monseigneur Courchesne, sa fierté de ses Rimouskois et de leur manière de faire les choses.Ce fut donc un grand succès.Mais ce succès serait bien incomplet, même bien vain si l\u2019on devait en rester là. LA SEMAINE SOCIALE DE RIMOUSKI 55 Il s\u2019est agité à Rimouski des idées trop importantes, il s\u2019y est énoncé des vérités trop salutaires, donné des directives trop précieuses pour qu\u2019une part au moins de ces idées, de ces vérités, de ces directives ne se traduise pas en action, ne s\u2019exprime pas bientôt dans les faits.Il faut que ceux à qui elles s\u2019adressaient, les chefs et la foule, les ruraux et les citadins, songent à en faire leur profit.Le retour à la terre se présente comme la solution la plus aisée et la plus heureuse aux problèmes que la crise suscite en les multipliant.Il se présente, en particulier, pour nous Canadiens français, comme l\u2019unique solution au problème si inquiétant, antérieur à la crise et qui subsistera après la tourmente, de la restauration économique de notre peuple.Le désarroi actuel et les misères de toutes sortes qu\u2019il engendre nous ouvriront-ils les yeux ?Combien de fois n\u2019a-t-on pas répété que, avec l\u2019attachement à la foi religieuse et aux traditions ancestrales, c\u2019est la fidélité à la terre \u2014 à la \u201cterre nourricière\u201d, à la \u201cterre éducatrice\u201d \u2014 qui a assuré le salut de notre peuple ?Vérité historique dont une creuse éloquence avait fini par faire un cliché banal, mais que les faits aujourd\u2019hui nous renvoient pour ainsi dire en pleine figure avec toute sa brutale et salvatrice évidence.Laisserons-nous échapper l\u2019occasion où, sous le coup de la misère vécue ou redoutée, tant des nôtres, déserteurs d\u2019hier, se sont arrachés à la 56 l\u2019action nationale funeste illusion qui les a attirés vers les villes, vers la vie ouvrière, et ont recouvré le sens de la terre; où notre population a acquis ou renforcé en elle la conviction que, dans un monde ruine par ses orgies de spéculation, la terre demeure la grande ressource qui, à défaut d\u2019aléatoires millions de papiers, donne au moins la certitude modeste et apaisante du pain quotidien \u2014 laisserons-nous échapper cette occasion providentielle de rendre notre peuple à sa vocation historique, de repeupler nos campagnes, d\u2019asseoir enfin sur sa base véritable notre organisme économique ?Une telle attitude tiendrait à la fois de la folie et du crime.Non! Nous le demandons aux autorités civiles: politiques, économiques, sociales.Il y a quelque chose qui doit changer chez nous, et c\u2019est notre conception de la matière selon laquelle notre vie collective doit s\u2019organiser ou se réorganiser: en fonction de nos forces humaines plutôt qu\u2019en fonction de phénomènes extérieurs à nous-mêmes sur lesquels nous n\u2019exerçons et ne saurions exercer aucun contrôle.Sauver nos hommes, sauver nos femmes, sauver nos enfants de la decheance physique à laquelle les expose le régime d\u2019industrialisation excessive qui les entasse dans les villes; les sauver de l\u2019amoindrissement moral auquel les vouent le désoeuvrement, l\u2019oisiveté forcée, 1 état de pensionnaires perpétuels des sociétés d assistance et des pouvoirs publics.Et pour cela les mettre en état LA SEMAINE SOCIALE DE RIMOUSKI 57 de s\u2019établir \u2014 de s\u2019établir, en particulier, sur les bonnes terres dont la Providence a pourvu notre province si généreusement, qu\u2019après trois siècles d\u2019occupation, la moitié seulement est en culture.Mais pour en arriver là, il y a quelque chose d\u2019autre qui doit changer \u2014 et qui changera de gré ou de force, car la misère en soi n\u2019est pas une école de vertu; trop générale et trop profonde, elle lasse toutes les patiences, y comprises les plus béates.Et ce quelque chose d\u2019autre, c\u2019est l\u2019armature même de notre organisme économique.Trop de trusts de toute taille exploitent effrontément la multitude; trop de compagnies puissantes détiennent nos ressources, immobilisent les bonnes terres dont nous venons de parler, et vont jusqu\u2019à affamer la population, à défier son exaspération plutôt que de céder une parcelle des droits qu\u2019une loi asociale leur confère.Il serait opportun, il est urgent de reviser le statut de ces compagnies, en tenant compte cette fois non seulement du fait économique brutal, mais aussi de sa portée sociale, c\u2019est-à-dire, en définitive, du bien commun.Et à cette réforme urgente, non seulement les pouvoirs publics doivent participèr, mais aussi les autorités sociales de toutes catégories, en un mot, l\u2019élite.Messieurs les hommes de profession libérale, messieurs les hommes d\u2019affaires, messieurs les chefs de file de toute classe ont tort, en vérité, de croire leur siège fait à demeure, que rien ne saurait troubler leur 58 l\u2019action nationale quiétude.Et si pour le moment, l\u2019intérêt personnel reste encore le seul motif capable de les faire bouger, prévenons-les que dès maintenant cet intérêt est en jeu et que, pour en bénéficier demain, ils doivent agir, même au prix de durs sacrifices, dès aujourd\u2019hui.Nous le demandons aussi aux autorités religieuses.Que le clergé nous ait sauvés comme peuple, cela aussi est devenu un cliché banal.Pourtant quelle vérité! Eh bien, aujourd\u2019hui encore le clergé peut nous sauver.Nous dirions même qu\u2019il est la seule puissance organisée, disciplinée, en possession d\u2019une doctrine et d\u2019un idéal capables de nous sortir du chaos où la crise, conséquence d\u2019un demi-siècle d\u2019imprévoyances et de folies, nous a jetés.Mgr Courchesne le rappelait l\u2019autre jour à Rimouski: le problème économique, le problème agricole en particulier met en cause un principe spirituel.C\u2019est sur ce terrain-là, abstraction faite, s\u2019il le faut, de toutes autres considérations, que notre clergé appuiera son action.La religion ne saurait progresser, même simplement subsister, sans l\u2019homme qui en est le support, donc sans le minimum d\u2019activité économique, indispensable à la vie humaine.Et puisque la situation économique est aujourd\u2019hui telle qu\u2019elle compromet le progrès normal, davantage, la conservation d\u2019un peuple catholique, nous ne voyons pas que le clergé puisse s\u2019en désintéresser. LA SEMAINE SOCIALE DE RIMOUSKI 59 D\u2019autant moins que nous ne saurions tout attendre de l\u2019État et de la politique.Il faut que la société comme corps y aille de son propre effort.Et nul n\u2019est mieux placé pour inspirer et guider cet effort que le clergé, sous la conduite de l\u2019épiscopat.Notre peuple a encore assez de foi véritable, assez de confiance en ses chefs religieux, pour marcher à leur suite partout où ils voudront le conduire; il lui reste encore assez de ressources physiques et morales, assez d\u2019énergies internes pour effectuer de lui-même et dans l\u2019ordre le redressement qui s\u2019impose.Ce qui lui a manqué jusqu\u2019ici en matière économique et sociale, c\u2019est une direction nette, bien définie.Nous souhaitons donc que la Semaine sociale de Rimouski n\u2019ait pas seulement contribué à éclairer le public sur les données véritables du problème de la terre, mais qu\u2019elle marque, de la part de l\u2019État, le commencement d\u2019une vaste et conquérante politique agricole; de la part du clergé, des autorités religieuses et de l\u2019élite en général, le point de départ d\u2019une action sociale qui, inspirée des plus hauts motifs humains, tende à reconstituer notre peuple dans le cadre le plus conforme à son esprit, le mieux adapté à sa vocation historique, le plus propre à favoriser, en même temps que son bien-être matériel, son ascension morale et spirituelle.Jacques DUMONT La musique Cal ixa Lavall éc Il appartenait à Y Action nationale de fixer d\u2019une manière particulière le souvenir de cet homme génial que fut l\u2019auteur de l\u2019hymne national du Canada.Tout a été dit sur Calixa Lavallée et sur ses oeuvres.Notre ambition n\u2019est pas de les révéler au lecteur.Démontrer le droit de Lavallée à notre profonde admiration; éveiller, par l\u2019exemple de ce compatriote, militant de l\u2019action nationale avant la lettre, notre patriotisme languissant, étiolé ou mal éclairé, tel est seulement notre double but.Courte, mouvementée, la carrière de Calixa Lavallée fut remplie de telle sorte qu\u2019elle étonne qui lit sa biographie.Sa vie musicale ne dure que trente-deux ans.Né à Verchères en 1842, le 28 décembre, dans le comté déjà illustré par Albani, le fils de Jean-Baptiste Paquet, dit Lavallée, prend vite figure de petit prodige.Son père exerce le métier de luthier.Appelé par les circonstances à Saint-Hyacinthe, il y entre dans l\u2019atelier de Pierre Casavant, facteur d\u2019orgues, fondateur de la maison bientôt connue dans le monde entier.Le jeune Calixa suit son père et Saint-Hyacinthe a l\u2019honneur de le voir débuter comme organiste.C\u2019est en 1853.Calixa Lavallée n\u2019a que onze ans. CALIXA LAVALLÉE 61 Après trois ans d\u2019études au Séminaire de Saint-Hyacinthe, Lavallée se retrouve à Montréal, où son père vient d\u2019ouvrir un atelier.Grâce à l\u2019influence de quelques amis, l\u2019enfant reçoit des leçons de piano et d\u2019orgue de deux grands musiciens du temps, Ch.W.Sabattier et Paul Letondal, ce dernier fondateur de Nazareth.Puis soudain, en 1859.n\u2019ayant encore que dix-sept ans, Lavallée entreprend une tournée de concerts aux États-Unis.Il se rend notamment dans la Nouvelle-Orléans, où il remporte de grands succès.La guerre de Sécession éclate en 1861.Epris d\u2019aventures autant que de musique, Lavallée s\u2019engage dans l\u2019armée du Nord et il tombe à Antietam, blessé à la jambe.Revenu au pays l\u2019année suivante, fier de ses galons de lieutenant, il se remet au concert et à l\u2019enseignement.Il n\u2019aime pas ce dernier aspect de la musique, mais force lui est d\u2019en attendre sa subsistance.Retourné aux États-Unis en 1864, Lavallée se voit confier par James Fisk la direction artistique du Grand Opera House de New-York, prédécesseur du Metropolitan.Seulement, il joue de malheur, et cela n\u2019est pas un mauvais calembour.Le 6 janvier 1872, Fisk est assassiné dans la rue et son théâtre se trouve fermé au moment où Calixa va donner Lou-Lou, opéra-bouffe en trois actes, de sa composition.Et voilà Lavallée, encore une fois, revenu au Canada.Il n\u2019y reste pas longtemps.La fortune lui 62 l\u2019action nationale sourit sous les traits de Léon Derome, boucher, qui lui facilite un voyage d\u2019études en Europe.Le jeune musicien réalise son rêve le plus cher.Il passe trois ans au Conservatoire National de Paris, avec Marmontel comme professeur de piano, Bazin et Boie'dieu1 comme maîtres d\u2019harmonie.Les trois lui prédisent une carrière brillante.Marmontel l\u2019a en telle estime qu\u2019il lui dédie sa XVIIe étude pour piano et met au programme du Conservatoire, classe de piano, l\u2019étude en si mineur de Lavallée, mieux connue sous le titre du Papillon.En 1875, Calixa Lavallée, suivant le conseil de ses maîtres européens, tente en vain de fonder à Montréal un Conservatoire de Musique.Il monte en 1878 le premier opéra représenté au pays: La Dame blanche, de Boieldieu.Etabli peu après à Québec, il est chargé par le gouvernement provincial de composer une cantate en l\u2019honneur du marquis de Lome et de la princesse Louise, alors en visite au Canada.La réception est magnifique.Chantée par cinq cents voix que soutiennent quatre-vingts instrumentistes, la cantate crée une inoubliable impression.Mais Lavallée accuse un déficit de quatre cents dollars, que le gouvernement refuse de lui rembourser.Découragé, désabusé, meurtri par l\u2019apathie des siens, Calixa Lavallée s\u2019enfuit à 1 Ce Boieldieu n\u2019est pas François-Adrien Boieldieu, (1775-1834), auteur de la Dame Blanche et du Calife de Bagdad, dont il est question plus loin, mais son fils. CALIXA LAVALLÉE 63 Boston, où il devient, par la grâce de Mgr Williams, après avoir été pianiste sur un traversier, organiste de la cathédrale et professeur au New England Conservatory.Il meurt là-bas, en exil, le 21 janvier 1891.Il n\u2019avait que quarante-neuf ans.Ce musicien de génie, le plus grand que le Canada ait connu, laisse une œuvre considérable.Une grande partie est perdue à jamais, car Lavallée, comme tant de marcheurs à l\u2019étoile, n\u2019est jamais content de son travail; il déchire les partitions à mesure qu\u2019elles sont écrites.Grâce à l\u2019activité intelligente de M.Eugène Lapierre, directeur du Conservatoire National de Montréal, et des membres du Comité National du Canada, un certain nombre d\u2019œuvres de Lavallée ont pu être retracées.Toutes portent l\u2019empreinte du maître.Les voici, dans l\u2019ordre où elles ont été retrouvées: La Veuve; opéra-comique; L\u2019Absence: romance; Souvenirs de Tolède: morceau de salon; Grande Valse: de concert; L\u2019Oiseau-Mouche: pour piano; Marche Funèbre de Pie IX: dédiée à Mgr Bourget; Harmonie; Grande Marche; Le Papillon: étude en Si Mineur pour piano; Berceuse; Marche Indienne; Rhapsodie sur des airs irlandais: fanfare; Concerto pour piano et violon (perdu); Hymne, à la Paix: dédié à toutes les nations du monde; Chant de ralliement des Canado-Américains; Tues Petrus, oratorio; Oeuvres symphoniques et de fanfare (perdues); Une Opérette en opéra- 04 l\u2019action nationale comique; Violette: cantilène; Restons Français: chant patriotique; Rose Nuptiale; Mouvement à la Pavane: ouverture; Le Roi de Carreau: ouverture; Nuit d\u2019été; Lou-Lou: opéra-bouffe.C\u2019est avec O Canada! que Lavallée atteint l\u2019apogée de sa renommée.Pour quelque temps, cet hymne à la gloire de son pays lui attire la faveur du public, qu\u2019il sert pourtant si bien, et depuis si longtemps.\u201cPour le peuple canadien, écrivait jadis M.Arthur Letondal, Lavallée reste par-dessus tout l\u2019auteur de notre hymne national: O Canada! et ce mérite, que les musiciens ne sont peut-être pas enclins à exagérer, n\u2019en constitue pas moins une auréole de gloire à jamais attachée à son nom\u201d.1 Saint-Hyacinthe semble être la ville où Lavallée, de préférence, trouve son inspiration.La rivière Yamaska est sa muse, elle qui murmure si joyeusement à travers un pays à nul autre pareil.La Cascade lui chante les premières mesures de ce qui devait être, pour toujours, l\u2019hymne national du Canada.Le mémorialiste de Saint-Hyacinthe, Mgr C.-P.Choquette, connut Lavallée vers ce temps-là.Aussi écrit-il dans son Histoire de Saint-Hyacinthe: 1 1 L\u2019Action française, octobre 1919.1 Publiée en 1927.Mgr Choquette est avec M.Claver Casavant, président des célèbres ateliers Casavant Frères, l\u2019un des rares survivants qui entendirent Lavallée en concert à Saint-Hyacinthe, vers 1880.Tous deux étaient alors élèves au Séminaire de Saint-Hyacinthe. CALIXA LAVALLÉE 65 \u201cIl ne nous est pas permis d\u2019ignorer que l\u2019auteur \u201cde la musique de l\u2019hymne national O Canada est \u201cun enfant de Saint-Hyacinthe, entré au collège en \u201c1852.En entendant ce chant qui résonne aujour-\u201cd\u2019hui de l\u2019Atlantique au Pacifique, il conviendrait \u201cd\u2019y rechercher l\u2019écho des murmures de YYannaska \u201cjoints au timbre retentissant de sa Cascade.\u201cVous souriez, ai-je écrit ailleurs, mais apprenez \u201ccomment les circonstances s\u2019arrangèrent pour \u201cdonner créance à la vertu inspiratrice des cataractes de YYamaska.Calixa Lavallée composa \u201cson chef-d\u2019œuvre à l\u2019occasion de la fête de Saint-\u201cJean-Baptiste, célébrée solennellement à Québec \u201cen 1880.Il était alors organiste à l\u2019église Saint-\u201cPatrice de la capitale.Quelque temps avant la \u201cfête, nous le vîmes dans les rues de notre ville, musardant, pensif comme à la poursuite d\u2019un accord \u201crebelle.La musique le hantait, et, pour éveiller \u201cdes réminiscences, il donna dans la ville, au Séminaire, des concerts dont le souvenir fait revivre à \u201cmerveille la figure souverainement inspirée, le jeu \u201ctumultueux de l\u2019illustre Calixa\u201d.Et c\u2019est ainsi que, pour les Maskoutains, le chant de YO Canada n\u2019est pas que l\u2019expression, en quelque sorte concrétisée, de l\u2019âme de la patrie.Il est pour eux une œuvre d\u2019inspiration profondément régionale.Saint-Hyacinthe fut-elle, aux yeux de Lavallée, la forteresse du patriotisme en notre pays ?Nous posons la question. 66 l\u2019action nationale La musique d\u2019O Canada! était digne de son auteur.Notre hymne national prend immédiatement, parmi les chefs-d\u2019œuvre, un rang qu\u2019il ne quittera plus.Pour qui sait le comprendre, l\u2019O Canada! présente le résumé de notre histoire et de nos aspirations nationales.Il n\u2019a rien de militaire.Religieux et patriotique, ses accents évoquent la foi transmise par les ancêtres, la langue pour laquelle ils ont lutté.Plus que la Marseillaise il exprime l\u2019âme même du peuple qu\u2019il exalte.Il serait oiseux de comparer entre eux les divers hymnes nationaux, chaque peuple d\u2019ailleurs penchant pour le sien.Mais leurs auteurs, s\u2019effaçant derrière leurs œuvres, accusent à merveille les particularités qui caractérisent celles-ci, mettant en lumière la formation qui fut la leur et l\u2019inspiration qui les guida.Hector Berlioz divisait en deux classes les musiciens: ceux qui sentent et ne savent pas, et ceux qui, connaissant à fond la technique musicale, manquent du feu sacré d\u2019où vient la flamme du génie.\u201cOn a vu, écrit-il, quelques hommes parfaite-\u201cment étrangers à la science produire d\u2019instinct \u201cdes airs gracieux et même sublimes, témoin \u201cRouget de l\u2019Isle et son immortelle Marseillaise, \u201cmais ces rares éclairs d\u2019inspiration n\u2019illuminant \u201cqu\u2019une partie de l\u2019art, pendant que les autres, \u201cnon moins importantes, demeurent obscures, il \u201cs\u2019ensuit, eu égard à la nature complexe de notre CALIXA LAVALLÉE 67 \u201cmusique, que ces hommes en définitive ne peuvent \u201cêtre rangés parmi les musiciens.\u201d 1 On ne dirait rien de tel de Calixa Lavallée, musicien de race, alliant la science à l\u2019inspiration du génie, qui couronne par le chant national des siens une longue suite de compositions.Quelques-unes sacrifient peut-être au goût mal formé de son époque, mais l\u2019ensemble suffit à consacrer la gloire d\u2019un artiste.Aimant son pays de toutes ses forces, Calixa Lavallée rêvait de le voir grand et richement partagé au point de vue artistique.L\u2019avenir musical de sa race le préoccupait plus que sa propre vie.Et cela malgré l\u2019indifférence de ses compatriotes, auprès desquels il ne lui était pas possible de trouver sa subsistance.Si son exil aux États-Unis lui fit au cœur une blessure qui ne se guérit jamais, il n\u2019en garda point rancune au Canada, qu\u2019il avait si bien chanté.Le patriotisme exprimé dans l\u2019hymne national n\u2019en resta pas là.Lavallée tenait à collaborer, malgré tout, au développement national du peuple dont il était issu.Du fond de sa patrie d\u2019adoption, il adressait aux revues canadiennes du temps des chroniques musicales tout imprégnées de l\u2019ardeur qui l\u2019animait.Le 14 mars 1890, il écrivait en ces termes à M.A.Filiatrault, directeur de Canada-Revue (Montréal): 1 Hector Berlioz: A travers chants. 68 L ACTION NATIONALE \u201cMon cher Filiatrault, \u201cJe vous envoie l\u2019article en question.Mon but \u201cdans tout ceci est de tâcher de réveiller notre cher \u201cpeuple, et par petites doses de temps à autre; peut-\u201cêtre arriverons-nous à lui faire comprendre qu\u2019il \u201cfaut apprendre à marcher avant de pouvoir \u201ccourir.\u201cComme vous le dites, je suis occupé à travailler \u201cpar moment de 16 à 17 heures par jour.Cependant, comme j\u2019envoie une quarantaine d\u2019articles \u201cpar année aux journaux américains, je pourrais \u201cbien en ajouter quatre ou cinq autres pour vous.\u201cJe m\u2019occuperai plus tard à faire des articles instructifs pour tout étudiant en musique, mais \u201cd\u2019abord il faut taper sur les mauvais maîtres et les \u201cmusiciens qui deviennent savants par leur silence.\u201d Calixa Lavallée, comme on voit, comprenait à merveille l\u2019action nationale et s\u2019y dépensait de tout son pouvoir, dans la sphère particulière où il excellait.Tout homme a bien mérité de sa patrie, qui réussit à l\u2019exprimer en beauté.Lavallée eût pu se contenter de ce mérite.Les lauriers de gloire cueillis à l\u2019étranger ne lui firent pas oublier le bourbier d\u2019ignorance et d\u2019apathie où semblaient se complaire les siens.Il se donna comme tâche de les tirer de leur léthargie.Eveilleur d\u2019énergies toujours sur la brèche, il commence par donner l\u2019exemple.Il veut ensuite attirer à sa suite.Il devient en quelque sorte, à l\u2019étranger, l\u2019ambassadeur d\u2019un pays à qui les gloires semblent peser. CALIXA LAVALLÉE 69 A deux reprises, il accompagne dans des tournées les plus grandes célébrités musicales de son époque.En 1860, c\u2019est Olivera, le grand violoniste espagnol, qui l\u2019emmène au Brésil et aux Antilles.C\u2019était la consécration non équivoque de son talent.Un même honneur lui échoit en 1883, aux États-Unis, alors qu\u2019il entreprend une série de concerts avec Mme Zetelka Gerster, soprano de renommée mondiale.Les foules se pressent aux auditions.En 1884, à un récital donné en compagnie de Jéhim-Prume, à la Horticultural Hall de Worcester, (Mass.), le contrôle est dans l\u2019obligation de refuser l\u2019entrée, faute de place, à de nombreux admirateurs, accourus à la seule mention du nom de Lavallée.De nombreuses charges honorifiques, toutes à l\u2019honneur et à la gloire du Canada, commencent de s\u2019accumuler sur Lavallée.Beau sujet d\u2019orgueil patriotique pour un homme de la trempe du musicien.Tantôt, en 1881, on l\u2019élit président de l\u2019Association des professeurs de musique américains; tantôt, en 1885, il devient membre de l\u2019Académie de Musique Carlysle Petersilia, \u201cà titre de professeur de piano, d\u2019harmonie, de composition et d\u2019instrumentation\u201d.1 Les concerts donnés à partir de ce moment, \u2014 on le comprend aujourd\u2019hui, \u2014 sont l\u2019occasion de véritables triomphes.Aussi l\u2019enthousiasme américain, en 1887, conduit Lavallée Le Passe-Temps, août 1933. 70 l\u2019action nationale à la présidence de l\u2019Association nationale des Maîtres de Musique des États-Unis.Et cette association, en 1889, le choisit, à l\u2019unanimité, comme délégué au congrès international de la musique, tenu à Londres.Un concours de composition s\u2019ouvre aux musiciens du monde entier et le Canadien français, le petit garçon de Saint-Hyacinthe, y soumet une Marche américaine qui le place d\u2019emblée au premier rang.Honneur incomparable, le lord-maire de Londres offre à Lavallée un banquet où il est acclamé comme un triomphateur.Cet homme ainsi glorifié, reconnu comme un grand artiste aux États-Unis, porté aux nues à l\u2019étranger, tant en Amérique du Sud qu\u2019en Europe, accepté partout comme une sommité musicale, également puissant dans la composition et l\u2019interprétation, l\u2019harmonie, l\u2019instrumentation, était un Canadien français.Honte à nous, mais il a fallu que cet homme s\u2019exilât pour gagner le pain de sa famille.Il lui a fallu demander à l\u2019étranger le droit et les moyens de vivre parmi les hommes.Chez lui, dans son Canada qu\u2019il aimait tant, qu\u2019il n\u2019a jamais cessé de regretter, son nom était à peine connu.Ses succès ne rencontraient qu\u2019indifîérences.Ses compatriotes, passionnément occupés de luttes politiques, avaient mieux à faire qu\u2019à s\u2019inquiéter de l\u2019art et des artistes! Lavallée devait mourir dans son exil, avant d\u2019atteindre la cinquantaine.Calixa Lavallée fut donc, de toutes les façons, CALIXA LAVALLÉE 71 un grand serviteur de la terre qui l\u2019avait vu naître.Il fut quarante-deux ans, cependant, sans y pouvoir dormir.Ses restes mortels furent déposés dans un cimetière de Boston, où sans doute ils seraient encore, n\u2019eût été l\u2019admiration rétrospective d\u2019un groupe de Canadiens éclairés et reconnaissants à son endroit.La translation de sa dépouille au Canada, les manifestations grandioses dont elle fut l\u2019occasion, réparent dans une certaine mesure l\u2019ingratitude et l\u2019oubli du passé.Lavallée repose aujourd\u2019hui en terre canadienne.Puisse-t-il, dans son cercueil, pardonner à ceux qui le méconnurent.Ferrier CHARTIER MÊLEZ-VOUS DE VOS AFFAIRES! D\u2019un article au Devoir, (29-8-33), de M.Albert Rioux, en marge de la Semaine sociale de Rimouski: \u201cLes cultivateurs ne doivent pas attendre le relèvement de leur profession des seuls gouvernants.Ecoutons S.E.Mgr Courchesne: Entretenir naïvement chez nos agriculteurs une sorte de terrorisme électoral au bénéfice des partis politiques et de leurs bailleurs de fonds peut suffire à se donner l\u2019illusion que l\u2019on entretient l\u2019ordre établi.Mais si l\u2019on empêche par là les agriculteurs de s\u2019associer au meilleur de leurs intérêts, on les empêche pour autant de s\u2019adapter à leur profession; on continue de leur faire attendre leur salut de quelque panacée politique, alors qu\u2019il doit venir de leur travail convenablement organisé.Puis, ramassant sa pensée dans une de ces formules pittoresques dont il a le secret, l\u2019évêque de Rimouski dit aux cultivateurs: Mêlez-vous de vos affaires! Mais mêlez -vous-en! \u201cMêlez-vous de vos affaires! C\u2019est-à-dire approfondissez tout d\u2019abord la science de votre profession.L\u2019État est dans son rôle en favorisant de toutes manières l\u2019instruction agricole.Pour que son travail éducateur soit efficace, il lui faut la collaboration des premiers intéressés. Bulletin bibliographique EGRAPPAGES1 On sait que Pelletier est né au monde littéraire dans un Carquois.Son carquois n\u2019était pas meurtrier.Peu de flèches nocives semant la mort comme les effroyables \u201ctoxa\u201d d\u2019Apollon.On avait bien voulu empoisonner quelques pointes: mais le sirop remplaça le curare.Et les fléchés lourdes ne sont pas allées très loin.Or le terrestre archer a laissé pour le moment son arc, comme le petit garçon, qui de la corde bandée et du jet tiré avec art, n\u2019a pu même atteindre une poule.Il a pris la cognée, et il s\u2019est élancé avec le \u201cahan\u201d du bûcheron qui veut renverser la forêt.S\u2019il a réussi à s\u2019administrer de grands coups sur les pieds, il n\u2019a pas \u2014 dans Egrappages manqué tel ou tel but, et d\u2019un ébranlement qu\u2019il faudrait souhaiter salutaire.I En premier lieu, Pelletier s\u2019attaque à Y Académisme.Notre homme n\u2019aime pas la cuisine des linguistes du Glossaire, ni la popote savante de M.Daviault.Tout comme le très vieux Malherbe il convie le peuple à la formation de la langue, et ~'~Égrappages \u2014 Albert Pelletier.Les Éditions Lévesque, Montréal, 1933. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 73 il a bien raison.Ce ne sont pas les sociétés de savants qui font la langue.Et, en bonne vérité, pourquoi refuserions-nous à notre peuple le droit de se créer des mots, d\u2019enrichir son vocabulaire à même l\u2019imagination et les sources du pays ?Cependant, l\u2019académisme n\u2019est pas notre pire ennemi.Il y a peut-être lieu de lui reprocher son optimisme béat, de lui contester ses vues mesquines, ses ratiocinations massives, mais en termes moins grossiers que dans Egrappages.A moins de confondre pittoresque et truculence, pudibonderie et réserve, politesse et fadeur à fuir.Sa hache se dresse ensuite contre deux hommes que leurs mérites et leurs œuvres ont mis singulièrement en relief: l\u2019abbé Lionel Groulx et Mgr Camille Roy.Contre l\u2019abbé Groulx, le critique ne trouve guère de documents sérieux.Il le sent bien.Il vaticine alors, à tort et à travers, avec le pédantisme qu\u2019il vient de reprocher aux académistes.Contre Mgr Roy, même pauvreté d\u2019arguments, mais large abondance d\u2019injures, avec une telle rancœur qu\u2019on soupçonne chez Pelletier des haines personnelles.De pareils sentiments exhibés en public sentent le cuistre à plein nez, et manquent totalement d\u2019élégance.Les chênes solides renversés ( ?), la cognée ménage ou veut bien ménager les frêles arbres, quitte à gratifier l\u2019alentour d\u2019une volée de manœuvres maladroites et amusantes.On épargne donc, har- 74 l\u2019action nationale gneusement, les Immortels de Germain Beaulieu, Nord-Sud de DesRosiers, les Paragraphes de DesRochers, les romans de Bernard et les derniers recueils de Versification canadienne.Je remarque avec satisfaction qu\u2019on loue hautement la couleur des fresques de Nantel et les pastels délicats de Louis Dantin.Mais je regrette que les deux bouquins de l\u2019abbé Lapalme aient remis Pelletier en colère et l\u2019aient fait derechef sortir de ses gonds; il n\u2019y est que trop porté, hélas! Grosse et peut-être assez grasse littérature, intéressante malgré ses injustices et son style filandreux Albert Pelletier appréhendait autour de son ouvrage la conspiration du silence.Il n\u2019y avait pas lieu de craindre le silence.La critique, au pays, s\u2019universalise et se fait volontiers bavarde.Pourquoi aurait-elle clos son bec sur les Egrappages?Il est arrivé au contraire que le livre de Pelletier a rencontré un succès de curiosité.On ne déteste pas voir le roussin ruer dans ses brancards, le bachelier mal guéri de ses fiches tarabiscoter des jugements, le paysan d\u2019Attique ostraciser Aristide, avec des chances de succès et de revers excessivement inégales et diverses.LEURS PROFILS ET LEURS GESTES2 N\u2019attendez pas ici la galerie traditionnelle des 2 Leurs profils et leurs gestes \u2014 Louis Lalande, S.J.Imprimerie du Messager, 4260, rue de Bordeaux, Montréal, 1932. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 75 ancêtres vêtus de grosse toile et prolongeant à l\u2019infini \u201cle geste auguste du semeur\u201d; ni leur caricature injuste, plus facile qu\u2019amusante, les défigurant encore plus que ne l\u2019a fait certaine littérature soi-disant du terroir.Les profils et les gestes ont été croqués partout où s\u2019est transporté le zèle de l\u2019apôtre, grâce à la vision indirecte des livres ou au spectacle immédiat de la réalité vibrante.I Profils français, profils américains, profils canadiens et surtout montréalais.Profils français.C\u2019est la figure de Louis Veuillot, le converti, le grand catholique, le journaliste inimitable, l\u2019écrivain merveilleux.Le P.Lalande a su la faire revivre en ses traits les plus saillants.Ce n\u2019est pas le Louis Veuillot fade, édulcoré par les admirations platoniques de stagnantes sociétés juvéniles, mais 1 homme campé dans sa gloire de lutteur infatigable, de fils très peu ratatiné de l\u2019Église, dans la majesté de son cœur et de son esprit flamboyants.Les rayons et les ombres y sont, sans dissimulation couarde.C\u2019est encore la belle physionomie du comte Albert de Mun, un autre combatif, burinée puissamment sur le fond catastrophique de la Commune, de 1 expulsion des religieux, du boulangisme, de l\u2019affaire Dreyfus; de l\u2019orateur qui était, selon le mot 76 l\u2019action nationale de Brunetière, l\u2019éloquence même, au service de la foi militante.C\u2019est enfin le profil émacié, très lointain, d\u2019un saint tout juste un instant français, le poverello, François d\u2019Assise.Magnifique triptyque, ouvré à peu près sans négligences.03 Profils américains.B?'Oh! ni du Morand, ni du Georges Duhamel: le p.Lalande ne cherche pas les verrues! Ici, l\u2019on esquisse délicatement les traits de Mgr Dauray, le prélat parti avec nos premiers émigrés dans l\u2019est des États-Unis, au Rhode-Island, et en même temps les linéaments caractéristiques de l\u2019âme franco-américaine.Il y a là une belle page d\u2019histoire.La souffrance et les luttes pour la vie ont effacé ce que l\u2019exode de nos frères avait eu de lamentable.La générosité des exilés à garder leur sang français n\u2019a que mieux révélé l\u2019incurie inqualifiable de ceux qui les avaient laissés partir.Profils montréalais.Ils apparaissent surtout dans le tableau que brosse le P.Lalande de l\u2019Union catholique, une des plus anciennes et des plus vénérables sociétés littéraires et religieuses de Montréal\u201d.Lisez le paragraphe intitulé quelques silhouettes.Voici M.Duverger qui avait dans sa dignité raide juste assez \u201cde sourire pour n\u2019avoir pas l\u2019air de présider à un perpétuel enterrement\u201d; le P.Fleck, à la BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 77 volonté ferrugineuse; Louis Beaubien, le finaud, à la voix nasillarde et traînante; M.Rodier, maire de Montréal et \u201cmaître des novices\u201d (les choses ont suffisamment changé depuis!); et le juge B.-A.Testard de Montigny, le sénateur Trudel, M.de Bonpart \u201cserré dans son prince-Albert de toujours, un prince-Albert qui avait refusé de s\u2019élargir avec lui.Et la série continue.Le P.Lalande finit son livre en crayonnant les têtes camuses de nos réformateurs, de nos révolutionnaires en fait d\u2019enseignement et d\u2019éducation.On croirait, à le lire, l\u2019entendre s\u2019adresser à Messieurs les Fils natifs du Canada, qui viennent justement de mettre leur nez autochtone dans une question où ils se débrouillent comme des tortues dans l\u2019air, portées par des canards malfaisants.II Vous dirai-je un mot de la manière du P.Lalande ?C\u2019est la manière vivante.Il écrit toujours comme on s\u2019est plu à le souligner \u2014 \u201cune langue rapide, vive, où il se plaît à opposer les contrastes de la pensée et de la vie\u201d.Leurs Profils et leurs Gestes est en outre baigné de soleil, de cette sorte de joie lumineuse qu on éprouvé a faire le bien, et que devraient lui emprunter les barbouilleurs inutiles malgré leurs prétentions, dont la plume s\u2019est trempée de fiel et de vinaigre.René LAURENCE La Vie courante Enseignes anglaises Le fait n\u2019a échappé à aucun de ceux qui ont visité l\u2019exposition des \u201cproduits de chez nous\u201d, tenue à Montréal en juin dernier: plusieurs maisons portaient un nom anglais: Eagle Leather Works, Acme Glove, National Mint Co., Comfort Hosiery, etc., etc.Ces maisons appartiennent à des Canadiens français.Nous étonner du fait, non; nous l\u2019avons dénoncé trop souvent pour en être surpris.Mais le regretter, le déplorer, oui certes.Manie d\u2019un petit nombre, il ne nous effraierait pas trop ; attitude délibérée, raisonnée, de plusieurs, il nous inquiète.Car cette attitude manifeste une mentalité de défaitistes, une politique de vaincus.Est-il vrai que les Anglais se refusent à acheter des produits canadiens-français?qu\u2019ils préféreront, par exem- Faux raisonnement pie, une marchandise de qualité inférieure, mais fabriquée par un des leurs, à un produit excellent venant des nôtres?Nous ne le croyons pas.Mais c\u2019est ainsi que raisonnent les industriels canadiens-français qui se couvrent d\u2019un nom anglais.Et le raisonnement lui-même abaisse, humilie, pousse à la trahison.Combien, au contraire, cela stimule et fouette le sang de se dire: j\u2019affiche bien haut mon nom, mais je mets dessous un si bon produit que même ceux qui ne sont pas de ma race devront l\u2019acheter et rendront témoignage à ses qualités.Nous pouvons prouver, je crois, que, sauf de très rares cas, un bon produit, quelque nom qu\u2019il porte, et en quelque pays que ce soit, finit toujours par s\u2019imposer.Le Canada ne fait pas exception à cette règle.Il serait facile de citer des exemples cana-diens-français bien connus. la vie courante 79 La clientèle\tEn outre, n\u2019oublie-t-on pas canadienne-française tr°p>dans toute cette affaire, la clientèle des nôtres?Elle n\u2019est pas quantité négligeable, surtout dans le Québec.Or, n est-ce pas s\u2019exposer à en perdre une bonne partie que de s adresser à elle sous un nom anglais ?Une enquête faite dans les communautés religieuses \u2014 nous y reviendrons \u2014 nous a révélé maints faits probants à ce sujet.J ai reçu aussi la correspondance échangée entre un de nos abonnés et le président canadien-français d\u2019une grosse compagnie, récemment amalgamée avec plusieurs autres sous le nom de Champlain OU Products.Notre ami proteste avec raison contre le nom anglais adopté par ces firmes, presque toutes canadiennes-françaises.Qu\u2019est-ce qu\u2019on lui répond?\u2014 \u201cVous oubliez que nous avons des clients anglais\u201d.Toujours le même faux raisonnement qui oblige nos compatriotes à se travestir pour réussir en affaires.( *) Lü langue Qu\u2019on parle à des clients anglais leur lan-des clients gue: qu\u2019une maison canadienne-française, sans changer son nom, leur annonce ses produits et leur indique, dans leur langue, comment s\u2019en servir, c est une autre question et nous en sommes, tout comme nous voulons que les maisons anglaises adoptent la même attitude.Mais allez voir combien parmi celles-ci agissent ainsi.Prenons un exemple: ces fameux arrosoirs automatiques dont toutes nos églises seront bientôt dotées.Je viens d\u2019examiner une installation récente.Ce n\u2019est pas la première qui se fait à Montréal, chez des Canadiens français.Et cependant toutes les indications, en particulier la fameuse carte où elles sont résumées, sont rédigées uniquement en anglais.Incon-vénient grave et qui peut avoir des conséquences fâcheuses.( ') Les observations présentées ont dû produire leur effet, car la nouvelle compagnie s\u2019annonce maintenant sous une formule bilingue : Produits Champlain Products. 80 l\u2019action nationale On s\u2019est même permis de fixer sur le mur extérieur du presbytère, à un endroit des plus fréquentés, une large pancarte totalement anglaise.Et cela, la veille même de la St-Jean-Baptiste.Elle a dû disparaître et être remplacée par une autre en français.Mais comment se fait-il qu\u2019après tant d\u2019installations chez les nôtres, on en soit encore au système anglais et qu\u2019une intervention spéciale soit nécessaire pour obtenir le respect de notre langue ?Toujours la même histoire: notre mentalité de vaincus, notre manque de fierté nous font accepter, presque inconsciemment, ces humiliations.Et les autres en profitent! M.Héroux ne vient-il pas de révéler, dans le Devoir, que le ministère du Revenu fait circuler, à Montréal, 1,900,000 formules rédigées en anglais, contre 250,000 en français.Les nôtres se servent de ces formules dans la proportion de trois sur quatre! LCS chemins Nous pourrions multiplier les exemples.de fpT\t°n nous adresse un horaire du \u201cQuebec ¦'\tRailway \u2014- Montmorency Division\u201d, la compagnie électrique qui va de Québec à Ste-Anne-de-Beau-pré.Tous les arrêts portent des noms français: Limoilou, Maizerets, de Salaberry, Frontenac, Montmorency, Orléans, Laverdière, etc., etc.C\u2019est en effet une région profondément française.L\u2019horaire est cependant rédigé en anglais.Il conduit les voyageurs à \u201cSte-Anne\u2019s Church .Y a-t-il une édition française?Nous le voudrions bien.Mais alors pourquoi donner à des Canadiens français l\u2019édition anglaise?Et puisqu\u2019il s\u2019agit de chemin de fer, signalons les carnets de billets émis par la \u201cCanadian Passenger Association\u201d.Ils servent aux prêtres, aux religieux, etc.Or ici, aucun doute: il n\u2019y a qu\u2019une édition.Et elle est uniquement anglaise.Le clergé canadien-français n\u2019est-il pas assez influent auprès de cette association pour obtenir qu\u2019on respecte sa langue ?Et nos missionnaires n\u2019ont-ils pas assez contribué à 1 expansion des chemins de fer pour qu\u2019on ait quelque égard envers eux?Manque de fierté LA VIE COURANTE 81 Si le grand patriote qu'était le P.Lacombe redevenait pour une journée président du Pacifique, je crois bien que son premier acte serait de décréter le respect de la langue française dans tous les services de la puissante Compagnie.Intervention Le P.Lacombe ne ressuscitera pas et qui s\u2019impose aucun prêtre, je crois bien, n\u2019occupera, ne fût-ce que pour une journée, le fauteuil de M.Beatty.Mais pas n\u2019est besoin d\u2019être président du Pacifique pour reclamer ses droits.Il suffit d\u2019être simple voyageur.Que quelques membres du clergé se souviennent du patriotisme du grand missionnaire et son exemple les fera agir.Noms\tL\u2019expérience nous apprend d\u2019ailleurs géographiques\tûueIs magnifiques résultats une énergie tenace peut obtenir.Nous en lisions dernièrement une nouvelle preuve à propos des noms géographiques.Plusieurs bureaux de poste de la Côte Nord défiguraient nos vieux noms français.Le ministre renseigné, puis sollicite, puis houspillé, a finalement mis ordre à ce vandalisme.Qu\u2019on ne s\u2019arrête pas en si beau chemin! Que de toutes les régions, où le même mal existe, les protestations pleuvent au ministère.Que dans la Gaspésie, par exemple, Grand River redevienne la Grande-Rivière, et Cape Cove l\u2019Anse-du-Cap.Et qu on fasse disparaître au plus tôt des horreurs comme Cacouna South! Ce sont ces appellations qui, semées sur les cartes de la province étalées dans nos bureaux de Paris, nous font prendre pour des Anglais et incitent les négociants parisiens à nous écrire en langue anglaise.ReperCUSSlOn Le Saint-Laurent, de la Rivière-du-à l\u2019étranger Loup, racontait récemment l\u2019indignation d\u2019un des curés de cette ville, qui venait de recevoir d\u2019une grande maison de Paris un catalogue d\u2019orne- 82 l\u2019action nationale ments d\u2019église complètement anglais.Hélas! il n est pas le seul à qui pareille aventure soit arrivée.Une lettre de protestation, le renvoi du catalogue, cela peut produire quelques résultats.Mais combien plus convaincante, combien plus efficace, serait une carte géographique nettoyée de tous ses noms anglais et donnant à notre province sa vraie physionomie française.Le même argument vaut pour les timbres et la monnaie.Ce sont eux qui nous font réellement connaître à 1 étranger, qui disent si le Canada est anglais ou français, ou bilingue.Mais nos lecteurs ont des convictions bien arrêtées sur ce sujet.En voilà assez pour aujourd\u2019hui.Pierre HOMIER LA LIVRAISON DE FÉVRIER Ceux de nos lecteurs qui ne font pas la collection de l'Action nationale seraient bien aimables de penser à nous dans leurs charités.Notre livraison de février est totalement épuisée, à tel point que nous ne pouvons servir ceux qui s\u2019abonnent à partir de janvier 1933.La direction de la revue serait reconnaissante à ceux qui le peuvent, de lui envoyer les livraisons de février disponibles.On est prie d adresser au secretaire, M.Hermas Bastien. Vic de l\u2019Action nationale Les vacances finies Les vacances à leur fin, l\u2019été n\u2019étant qu\u2019un souvenir, l\u2019Action nationale reprend contact avec ses amis.La présente livraison, bourrée d\u2019idées et de faits, plus volumineuse que les précédentes, prouve encore une fois son esprit en éveil et sa volonté de vivre.S\u2019ils ont joui d\u2019un repos relatif et bien mérité, ses directeurs n\u2019ont pas chômé.Leur activité coutumière s\u2019est manifestée de cent façons.Entre les plaisirs légitimes de la belle saison, ils ont trouvé le moyen de travailler.Histoire de ne pas perdre l\u2019habitude.Aucun mouvement d\u2019idées sérieux ne leur est étranger, et l\u2019on chercherait en vain une initiative d\u2019ordre national, petite ou grande, où ils ne sont pas pour quelque chose.Cela durant les vacances comme pendant les périodes les plus remplies.En quoi ils se sont montrés fidèles à eux-mêmes, et tels que l\u2019on désire qu\u2019ils soient.Encore une fois, ils restent dignes de la confiance mise en eux.Tâche difficile Quelques-uns se sont occupés de la revue.Ils ont travaillé comme dix, chacun.La préparation d\u2019une livraison, difficile en temps ordinaire, devient plus que compliquée pendant les mois de l\u2019été.Les collaborateurs sont dispersés, ils fuient sous la main.D\u2019aucuns promettent, mais ne peuvent tenir à la dernière minute; d\u2019autres sont insaisissables.Ceux qui ont eu à diriger une revue, en tout ou en partie, savent ce que nous voulons dire.Les autres ne l\u2019entendront jamais qu\u2019imparfai-tement.Quoi qu\u2019il en soit, la livraison de septembre est presque sous presse au moment où nous écrivons ces lignes, les dernières, celles que le prote attend avec impatience et ner- 84 l\u2019action nationale vosité.Elle volera demain vers les points les plus reculés de la province et du pays, rappelant à tous les besognes à entreprendre, les motifs d\u2019espoir, les raisons de nous défier de nous-mêmes.Nouveaux collaborateurs Le sommaire de la revue est chargé.Il est une preuve, par lui-même, que les Canadiens français ne sauraient dormir impunément, en tout temps, sur leurs deux oreilles.Nous signalons particulièrement à l\u2019attention l\u2019étude de Me Anatole Vanier sur le problème juif au Canada.La question juive, si agitée chez nous, traitée parfois avec une passion malheureuse, intéresse tout le monde.On saura gré à M.Vanier de la présenter avec justice et clarté, et de suggérer pour elle des solutions saines.Nous présentons aussi à nos lecteurs, avec ce mois de septembre, de nouveaux collaborateurs.L\u2019un, le docteur Paul Dufault, est de ceux qui nous font honneur aux États-Unis.Spécialisé en tuberculose pulmonaire, le docteur Dufault est directeur-adjoint du sanatorium d\u2019Êtat de Rutland, dans le Massachussetts.La médecine n\u2019est pas pour lui une tour d\u2019ivoire, et son article sur la langue française souligne les préoccupations supérieures de l\u2019élite franco-américaine.M.Ferrier Chartier, qui nous donne un article sur Calixa Lavallée, est de Saint-Hyacinthe, où il a fait ses études.Musicien, il est actuellement élève du Conservatoire national de Musique, Montréal.L\u2019A.N.et les Juifs Une autre initiative au crédit de la Ligue d\u2019A.N., par le ministère de Me Anatole Vanier.En marge des préparatifs qui se seraient faits récemment dans certains pays d\u2019Europe pour engager les Juifs d\u2019Allemagne à émigrer en nombre au Canada, M.Vanier a adressé à sir George Perley, premier ministre intérimaire du Canada, en l\u2019absence de l\u2019hon.R.B.Bennett, la lettre suivante: VIE DE L ACTION NATIONALE 85 Montréal, le 5 juin 1933 Sir George Perley, Premier ministre intérimaire, Ottawa.Monsieur, La Ligue d\u2019Action Nationale porte à votre connaissance que M.Aisenbud, secrétaire général de la Fédération sioniste de Belgique, vient de faire entre autres les trois déclarations suivantes, selon les journaux belges du 21 mai dernier: a)\tLe judaïsme est ruiné en Allemagne et 700,000 Juifs sont appelés à disparaître du territoire allemand.b)\tUn comité mondial est en voie de constitution à Paris en vue de recueillir un premier capital (dix millions de livres) qui permettrait de transporter les Juifs en Amérique du Sud et au Canada.c)\tNe resteront en Belgique que les Juifs allemands qui apporteront, par leurs inventions, leurs procédés industriels inédits, une contribution importante à la prospérité du pays.Préoccupés des intérêts supérieurs du Canada, les directeurs de la Ligue d\u2019Action Nationale, réunis samedi en assemblée, ont voté la résolution suivante: Que la frontière du Canada soit tenue complètement fermée sine die en ce temps de chômage général qui pèse si lourdement sur le budget de la nation; que le gouvernement du Canada demeure de la plus parfaite inflexibilité devant n\u2019importe quelle pression juive, nationale ou mondiale, pour qu\u2019aucune complaisance ne soit manifestée en faveur d\u2019un élément accusé par l\u2019Allemagne de marxisme et de communisme, et qui en soi ne peut être au surplus nullement un actif pour le Canada, étant par sa foi, ses coutumes et son caractère inassimilable une source de division et de dispute, et donc de faiblesse pour le peuple canadien.Votre sincèrement dévouée, LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE, Par A.Vanier.La lettre se passe de commentaires. 86 l\u2019action nationale M.Eugène L\u2019Heureux A Québec, à l\u2019occasion de la remise qui lui a été faite de la médaille papale Pro Ecclesia et Pontifice, les amis de l\u2019Action nationale ont offert un banquet à M.Eugène L\u2019Heureux, rédacteur à l\u2019Action catholique et directeur de notre œuvre.Cela se passait le 11 juin.Le docteur Arthur Rousseau, doyen de la Faculté de médecine de l\u2019Université Laval, présidait.Parmi les convives: MM.Esdras Minville et Albert Rioux, de Montréal; le docteur Philippe Hamel et René Chaloult, avocat de Québec, tous de VA.N.Trois sur quatre adressèrent la parole.L\u2019homme qu\u2019on trouve partout Le R.P.J.-Papin Archambault, S.J., a eu encore sa grosse part d\u2019activités.Pour entrer en vacances, il publie d\u2019abord un livre: Pour un catholicisme conquérant.Il organise ensuite à Montréal, de concert avec quelques autres hommes d\u2019œuvres, des cours pour conférenciers populaires.On le retrouve aux Trois-Rivières, où il participe à la semaine d\u2019Education Nationale, puis à Lévis, où il préside la journée catholique des Anciens Retraitants de la province.Il est enfin à Rimouski, du 13 au 18 août, présidant, dirigeant, mettant tout en œuvre pour assurer le succès, et y réussissant, de la douzième Semaine sociale du Canada.Quant à i\u2019abbé Croulx.L\u2019abbé Lionel Groulx ne se repose guère plus que le P.Archambault.Il n\u2019a de loisirs, semble-t-il, que pour travailler.Ses cours d\u2019histoire du Canada terminés à l\u2019Université de Montréal, il prononce à Québec, dès le 7 juin, une conférence: Problèmes nationaux, éducation nationale.C\u2019est à l\u2019occasion d'un grand ralliement, organisé sous les auspices conjoints de la Ligue d\u2019Action nationale et des Jeune- VIE DE L\u2019ACTION NATIONALE 87 Canada.Plusieurs des nôtres, le docteur Philippe Hamel, MM, Eugène L\u2019Heureux, René Chaloult, de Québec, sont parmi les organisateurs et les orateurs.L\u2019abbé Groulx donne aussi un cours à la Semaine sociale, le 18 août, sur La survivance française et la terre.Avec PA.C.J.C.Le congrès annuel de VA.C.J.C., tenu à Montréal du 30 juin au 2 juillet, voit également à l\u2019oeuvre des gens de VA.N.C est d\u2019abord M.Eugène L\u2019Heureux, de Québec, qui donne une conférence sur La restauration régionale au point de vue économique et industriel; puis M.Albert Rioux, Montréal, président de l\u2019U.C.C., qui traite de La restauration régionale au point de vue agricole.M.Paul Gouin, 1 un de nos collaborateurs et l\u2019un de nos meilleurs amis, y va aussi de sa contribution avec Le rôle de la petite industrie dans le Québec.Inutile de dire que nos directeurs ont été heureux de collaborer quelque peu aux travaux de VA.C.J.C., manifestant ainsi leur reconnaissance pour son hospitalité de la Palestre nationale.A rappeler, en passant, que les congressistes de l\u2019A.C.J.C., ont émis le voeu suivant: 4-\u2014qu\u2019un concours persévérant soit apporté à la campagne d\u2019action nationale qui s\u2019impose et, pour en venir à la pratique immédiate, qu\u2019on s\u2019efforce de répandre l\u2019excellente revue qu\u2019est 1\u2019\u201cAction nationale\u201d.Aux Trois-Rivières Dans d\u2019autres domaines, nos gens sont également de l\u2019avant.On sait que l\u2019abbé Albert Tessier fut l\u2019animateur et l\u2019âme de la semaine d\u2019Education Nationale des Trois-Rivières, du 4 au 11 juin.Le même M.Tessier prononce une causerie à la radio, le 8 juillet, à l\u2019émission de VHeure provinciale; il 88 l\u2019action nationale développe ce thème: Régionalisme et éducation nationale.Infatigable, l'abbé Tessier donne aussi trois ou quatre articles au Bien public, des Trois-Rivières, sur la refrancisation qui s'impose dans la province.Et nous sommes en vacances! Notre président Gardons-nous d'oublier M.Esdras Minville, le dévoué président de la Ligue d\u2019A.N.l\u2019homme à qui l\u2019on propose toutes les besognes et qui n\u2019a jamais la tentation de se dérober.M.Minville prononce à Montréal une conférence sur Le pourquoi de la petite industrie, le 8 juin, sous les auspices de VA.C.J.C.Il adresse aussi la parole à toute la province, par voie de la radio, à l\u2019occasion de la fête nationale.Il donne encore un cours à la Semaine Sociale, sur l\u2019Oeuvre de la Colonisation, cependant que M.Albert Rioux en donne un sur l\u2019Agriculture familiale et VAgriculture industrielle.A Rimouski Terminons en disant que les directeurs de Y Action nationale, et quelques-uns de leurs amis, réunis à Rimouski à l\u2019occasion de la dernière Semaine sociale, en ont profité pour s\u2019y entretenir des problèmes qui les occupent.En dehors des questions de régie interne, ils étudièrent assez longuement le programme d\u2019éducation nationale, déjà mis de 1 avant aux Trois-Rivières, en mai dernier.La réunion se tint au Séminaire de Rimouski.Etaient présents, sous la présidence de M.Esdras Minville: Mgr J.-C.-Wilfrid Lebon, de Sainte-Anne-de-la-Pocatière; le R.P.J.-P.Archambault, S.J., M.l\u2019abbé Lionel Groulx, M.Olivier Maurault, P.S.S., MM.Albert Rioux, Jean-Marie Gauvreau, Paul Gouin, de Montréal; Eugène L\u2019Heureux, de Québec; Léopold Richer, d\u2019Ottawa, ainsi que le signataire de la présente chronique, Harry BERNARD "]
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