L'action nationale, 1 octobre 1933, Octobre
[" Restauration sociale L\u2019Action nationale exprimait, il y a quelques mois, son entière adhésion au programme de Restauration sociale basé surïEncyclique Qua-dragesimo Anno que publiait rÉcole Sociale Populaire.Que ce programme élaboré par des moralistes ait été repris par des techniciens et appliqué aux réalités concrètes de notre vie; qu\u2019un groupe d\u2019hommes de haute valeur intellectuelle et morale aient adopté à leur tour ce manifeste politique et le présentent sous leur signature au public canadien, c\u2019est là un fait de grande portée et dont nous nous réjouissons vivement.Sans doute, entre l\u2019énoncé d\u2019un programme et son application,le chemin est souvent long.Mais enfin il faut bien commencer par le commencement, et c\u2019est la première fois, croyons-nous, qu\u2019un programme aussi soucieux des véritables intérêts publics est présenté en notre pays par des hommes de cette valeur.On y met, par exemple, au premier rang le problème de la Terre.Ainsi avait fait la 90 l\u2019action nationale récente Semaine sociale de Rimouski, et on sait quel succès elle a remporté, quels espoirs elle a fait naître.Nous permettra-t-on d\u2019ajouter que ce problème, notre revue l\u2019a traité dans les premières pages de sa première livraison.C\u2019était indiquer où allaient, à nous aussi, nos principales préoccupations.Le président de notre Ligue et quelques-uns de nos directeurs figurent d\u2019ailleurs parmi les signataires de ce programme.Us apporteront à son triomphe toutes leurs énergies.A côté de la restauration rurale, la lutte contre les trusts et les réformes financières occupent une large place.Il importe, en effet, de secouer au plus tôt le joug économique qui nous écrase.Nos épaulés meurtries ne peuvent plus le supporter.Mais il vaut mieux qu\u2019il disparaisse par de sages mesures législatives que par des coups de force.Bref, nous voyons en ce programme l\u2019avènement d\u2019une ère nouvelle.Que tous les hommes d\u2019ordre lui apportent leur appui, et il s\u2019imposera à notre pays.L\u2019ACTION NATIONALE Problèmes de l'heure Socialisme canadien LA C.C.F.Ces quelques pages sur la \u201cCo-operative Commonwealth Federation\u201d seront bien à leur place dans Y Action Nationale.Le mouvement Woods-worth \u2014 on ne s\u2019en rend pas assez compte \u2014 met en jeu l\u2019avenir même de tout le peuple canadien et, plus particulièrement, les intérêts religieux et nationaux de notre groupe canadien-français.Mouvement destiné à sauver le pays, prétendent ses partisans.\u2014Péril national, répliquent leurs adversaires.Qui a raison ?Que faut-il donc penser de la C.C.F.?Il est assez difficile de donner sur elle toutes les précisions qu\u2019on est en droit d\u2019attendre, pour la bonne raison que ses chefs eux-mêmes ne peuvent pas ou.ne veulent pas \u2014 ce serait peut-être trop compromettant \u2014 les fournir.Cependant nous en avons suffisamment pour affirmer, ainsi que nous l\u2019avons déjà fait ailleurs,1 que ce 1 Pour la Restauration Sociale au Canada.\u2014Publication de l\u2019École Sociale Populaire.Cette brochure contient trois études: Le capitalisme et ses abus, par M.E.Minville.La Co-operative Commonwealth Federation, par le R.P.G.- H.Lévesque, O.P.Directives sociales catholiques, par le R.P.L.Chagnon, S.J. 92 l\u2019action nationale nouveau parti politique est franchement socialiste.Socialisme \u201cCanadian type\u201d tant qu\u2019on voudra, c\u2019est le véritable socialisme qui fait son apparition chez nous.Et cela est triste.Car le vrai socialisme n\u2019est que du communisme larvé; il est toujours, quoique sans le vouloir la plupart du temps, le plus sûr précurseur du communisme.L\u2019expérience des autres pays le démontre assez.Avec ses manières aristocratiques, ses formules louvoyantes, ses quelques nobles illusions, il gagne facilement les âmes trop simples, ébranle petit à petit les convictions, insinue le virus marxiste et, grâce à ce travail, ceux qu\u2019un communisme échevelé et trop brutal n\u2019aurait pu atteindre tout d\u2019abord deviennent prêts à écouter les émissaires de Moscou.Sans l\u2019influence dissolvante du socialisme, le communisme n\u2019aurait guère été à craindre chez nous.Désormais, il faudra le redouter sérieusement.Nous n\u2019avons pas l\u2019intention de faire ici l\u2019histoire et d\u2019étudier l\u2019organisation du parti Woodsworth, ni d\u2019exposer son programme au long et au large.Nous supposons que les lecteurs ont ce programme sous les yeux, et ce que nous voulons, c\u2019est le juger.Précisons encore.Notre jugement ne portera pas sur ses aspects purement économiques, financiers et juridiques.Nous laissons à des autorités plus compétentes le soin de se prononcer sur ces points.Quant à nous, nous voulons nous borner à étudier la philosophie sociale qui fonde et inspire le pro- SOCIALISME CANADIEN 93 gramme en question.Car remarquez-le bien, les Cécé-efs sont les premiers à déclarer qu\u2019il y a toute une philosophie à la base de leur mouvement.Eh bien, dans cette philosophie on trouve des principes qu\u2019il faut admettre et d\u2019autres qu\u2019on doit absolument rejeter.I Il faut approuver les Co-Ops quand ils veulent: a) LA COOPÉRATION L\u2019idée de coopération est une des plus chères aux Co-Ops; leur nom ne l\u2019indique-t-il pas assez?Il faut les en louer.Oui, avec eux nous devons dire: mort à cet individualisme meurtrier qu\u2019a enfanté un libéralisme économique inhumain, qui a accumulé tant de ruines et nous a jetés dans le désarroi infini où nous nous débattons aujourd\u2019hui.Nous ne sommes pas, nous ne devons pas être des forces isolées, soumises uniquement à l\u2019implacable loi d\u2019une concurrence effrénée; des êtres naturellement ennemis, comme ces bêtes féroces de la forêt éternellement dressées l\u2019une contre l\u2019autre dans 1 âpre lutte pour la vie, la mort de l\u2019une conditionnant nécessairement le salut de l\u2019autre, homo ho mini lupus.Nous sommes des frères.La vie économique pour être vraiment humaine doit être menée fra- 94 l\u2019action nationale ternellement, socialement.Avec une certaine émulation sans doute, avec cette concurrence modérée qui est la condition nécessaire de tout progrès, mais encore une fois, fraternellement.Dans l\u2019immense effort économique qui courbe l\u2019humanité vers la terre, nous sommes tous attachés les uns aux autres par les liens d\u2019une étroite solidarité.Dans mon village, pour que ses affaires soient florissantes, le commerçant a besoin que le journalier ait un bon salaire.Si la ville veut vendre ses produits industriels, il faut que la campagne reçoive pour ses fruits un prix qui assure aux cultivateurs un bon pouvoir d\u2019achat.Ainsi mon village dépend des villages voisins, ma province des autres provinces, mon pays des autres pays.C\u2019est une loi de nature, nous avons naturellement besoin les uns des autres.Nous sommes faits pour nous secourir mutuellement, pour travailler ensemble au bien de tous et assurer ainsi le bien de chacun.Nous sommes faits pour collaborer, coopérer.Que l\u2019esprit de coopération inspire donc toute notre vie économique, et qu\u2019on incarne tout particulièrement cet esprit dans ce que nous appellerions une bonne technique cooperative, c est-à-dire dans de fortes entreprises coopératives à l\u2019instar de celles que préconisent les chefs du mouvement social catholique: coopératives de production, de consommation, etc.Les échecs subis chez nous jusqu\u2019ici sont dus à des causes étrangères et faciles SOCIALISME CANADIEN 95 à supprimer; ils ne doivent pas nous décourager.On le voit, il y a donc: esprit de coopération, puis technique coopérative.Et cette distinction nous permet de faire une restriction très importante.Quand nous nous disons d\u2019accord avec les Cécé-efs à propos de coopération, nous voulons parler uniquement de leur appel à l\u2019esprit de coopération et pas du tout de leur technique coopérative.Nous refusons d\u2019admettre celle-ci parce que, comme nous le verrons plus loin, elle prend trop la forme d\u2019une étatisation générale.b) UNE ÉCONOMIE DIRIGÉE Mais coopération appelle direction comme individualisme appelle anarchie.Des forces qui veulent collaborer requièrent absolument, au-dessus d\u2019elles, un principe directeur qui les organise et les oriente vers le bien de tous et de chacun.Les Cécé-efs ont eu le mérite de bien comprendre cela.D\u2019ou leur souci de dresser un plan économique et de constituer un organisme central, un conseil économique national, qui présidera à la réalisation de ce plan.Rien de plus naturel.Toute activité humaine suppose des normes, un plan, sous peine de ne pas aboutir ou de ne réaliser qu\u2019un demi-rendement.Des forces qui agissent sans idée directrice s\u2019éparpillent et, souvent, s\u2019annihilent mutuellement. 96 l\u2019action nationale Pourquoi l\u2019ordre économique ferait-il exception à cette loi générale de l\u2019activité humaine ?Les partisans du libéralisme economique l\u2019ont cru.Ils ont eu foi en une \u201corganisation économique spontanée se réalisant par la seule action des intérêts individuels\u201d qui, laissés libres, concourent naturellement au bien général.Ah! la belle harmonie spontanée! On peut la contempler aujourd\u2019hui.On les a laissés libres les intérêts individuels, et ils nous ont plongés dans une anarchie, dans un désordre sans précédent dans l\u2019histoire.Nous ne sortirons de ce chaos que par \u201cla restauration d\u2019un principe directeur de la vie économique\u201d.1 Nous aussi, comme M.Woodsworth, nous sommes donc pour le principe d\u2019une économie dirigée.Mais attention ! Ici encore l\u2019approbation du principe n\u2019entraîne pas celle de la technique.Nous ne pouvons admettre une technique de direction à la Woodsworth, parce qu alors il ne s\u2019agit plus vraiment d\u2019économie dirigée, mais bien d\u2019économie accaparée, et totalement, par 1 État, celui-ci assumant et accomplissant lui-même toutes les fonctions économiques.Ce que nous voulons, avec le Pape, c\u2019est une activité économique exercée directement, autant que possible, par les individus et les organismes privés, mais \u201cdirigée, surveillée, stimulée, conte- 1 Quadraé^simo anno. SOCIALISME CANADIEN 97 nue\u201d 1 par l\u2019État, ou, mieux encore, par un Conseil Economique National qui recevrait son autorité de l\u2019État.c) UNE ÉCONOMIE HUMAINE Mais la direction de l\u2019Economie selon un plan déterminé suppose une finalité qui unifie et oriente toutes les données de ce plan.Finalité qui ne saurait être autre que celle de l\u2019activité économique elle-même, puisque c\u2019est cette activité qu\u2019il s\u2019agit d\u2019organiser.Et quelle est donc la fin de celle-ci ?C\u2019est la satisfaction des besoins humains.Car l\u2019activité économique consiste essentiellement dans la production et l\u2019adaptation des biens matériels, en vue de les mettre au service de nos besoins.Voilà l\u2019ordre naturel.La véritable fin de l\u2019Économie, c\u2019est de servir l\u2019homme et non de produire et d\u2019accumuler biens et richesses.La production n\u2019est qu\u2019un moyen qui, comme tout moyen, doit être subordonné à sa fin, la consommation, \u2014 de même que les biens sont naturellement subordonnés à l\u2019homme.En dépit de tous nos préjugés, il faut donc dire que le principal personnage économique, c\u2019est le consommateur.Le producteur doit être à son service.C\u2019est pourquoi, dans nos manuels d\u2019Economie Politique, le traité de la consommation 1 Quadragesimo anno. 98 l\u2019action nationale ne devrait pas avoir la dernière, mais la première place.In omnibus respice finem.Nous voilà bien loin des conceptions des gouvernants, des industriels et des financiers de ces derniers temps, où l\u2019on s\u2019est fait comme une \u201cmystique de la production\u201d.laissant l\u2019ascétisme à la consommation! où l\u2019on a produit pour produire sans se régler sur le pouvoir de consommation des masses.Et lorsque l\u2019on s\u2019est aperçu que les biens allaient devenir trop abondants pour les besoins à satisfaire, l\u2019on s\u2019est évertué, par une réclame criarde et pressante, à exciter ceux-ci et à en créer d\u2019autres, subordonnant ainsi l\u2019être humain aux marchandises à écouler, c\u2019est-à-dire la fin aux moyens.Mais un beau jour, il arriva que les besoins furent de nouveau sursaturés.chez quelques-uns, tandis que chez les autres, affamés ceux-là, le pouvoir d\u2019achat et de consommation se trouvait réduit presque à néant parce qu\u2019on ne s\u2019était pas soucié de le soutenir et de le protéger.Alors ce fut la prétendue surproduction, la crise! Désordre inévitable, faute de n\u2019avoir pas considéré la fin avant tout.M.Woodsworth et les siens ne veulent plus de cette économie désordonnée et matérialiste.Ils veulent un ordre économique au service de l\u2019homme, \u201cin which the principle regulating production, distribution and exchange will be the supplying of human needs\u201d.Humanity first! disent-ils.Sur ce point, nous sommes parfaitement d\u2019accord avec eux. SOCIALISME CANADIEN 99 d) UNE ÉCONOMIE AU SERVICE DE TOUS Economie au service de l\u2019homme.Mieux que cela: économie au service de tous les hommes.Autrement ce ne serait pas une économie vraiment humaine, si elle ne visait qu\u2019à combler les poches de quelques-uns en vidant celles des autres.Tous les citoyens, toutes les classes de la société ont un droit sacré à recevoir une part convenable du bien commun économique, à bénéficier de la prospérité générale du pays.Hélas! quel triste spectacle avons-nous sous les yeux aujourd\u2019hui.Ecoutons parler le Souverain Pontife : \u201cD\u2019un côté, une minorité de riches jouissant à peu près de toutes les commodités qu\u2019offrent en si grande abondance les inventions modernes; de l\u2019autre, une multitude immense de travailleurs réduits à une angoissante misère et s\u2019efforçant en vain d\u2019en sortir.\u201d 1 Il faut à tout prix que cela finisse.Et cela finira quand on aura le courage de briser la dictature économique actuelle qui ne travaille qu\u2019au profit de quelques-uns, pour la remplacer par une économie réformée corporativement et remise, ainsi, au service de tout le peuple.Quand donc M.Woodsworth réclame pour tous une plus grande participation aux richesses du pays, \u201ca much richer individual life for every 1 Quadragesima anno. 100 L ACTION NATIONALE citizen\u201d, et qu\u2019il appelle à grands cris une économie plus soucieuse des besoins de tous, il a raison.Nécessité de l\u2019esprit de coopération, d\u2019une direction, d\u2019une humanisation et, si l\u2019on peut dire, d\u2019une vulgarisation de l\u2019économie: sur tous ces points nous sommes d\u2019accord avec les Cécé-efs.Pardon, nous nous exprimons mal.Nous devrions plutôt dire que les Cécé-efs sont d\u2019accord avec nous.Car il ne faut pas avoir la naïveté de croire que tous les beaux principes dont nous venons de parler soient sortis des méninges fulgurantes de leur brain trust.Ces principes faisaient partie de la doctrine sociale catholique bien avant l\u2019apparition toute récente des Cécé-efs.II Par contre, nous devons combattre les partisans de la C.C.F.quand ils prêchent: a) UNE GUERRE INJUSTE A LA PROPRIÉTÉ PRIVÉE Tout en approuvant, il y a quelques instants, les principes de coopération et de direction prônés par les Co-Ops, nous refusions d\u2019admettre les applications qu\u2019ils voulaient en faire: leur technique, disions-nous.Il est temps maintenant de faire remarquer que si nous rejetons cette technique, ce n\u2019est pas au nom de raisons proprement techniques, elles aussi, mais en vertu de principes philosophiques SOCIALISME CANADIEN 101 directement et gravement atteints par les procédés socialistes.C\u2019est d\u2019abord le principe du droit de propriété privée.Pour réaliser leur \u201cplanned economy\u201d, les Cécé-efs veulent la socialisation (ou nationale, ou provinciale, ou municipale) de toutes les institutions financières et de la majorité des entreprises de production et de distribution.Nous soutenons qu\u2019il est impossible d\u2019accomplir une socialisation si générale sans attenter au droit de propriété privée.Ce sont surtout les articles 2 et 3 du programme qui pourvoient à cette socialisation.A première vue l\u2019art.3 peut paraître garder \u2014 et de fait quelques-uns le croient \u2014 un certain respect de la propriété.Il parle de ne socialiser que les \u201cindustries and services essential to social planning\u201d.De plus le commentaire officiel de l\u2019article s\u2019efforce de rassurer les propriétaires en leur disant que la socialisation ne se fera pas par mode de confiscation mais par mode de compensation.L\u2019art.4 enfin garantit au cultivateur la possession de sa terre.Mais prenons garde, il ne faut pas être dupe des mots, encore moins des formules toujours cauteleuses des programmes politiques.Il faut voir plus loin que le texte matériellement pris.Il faut le commenter par les conséquences qu\u2019il comporte et les principes qu\u2019il suppose, l\u2019interpréter en fonction des esprits qui l\u2019inspirent et le prêchent.Le 102 l\u2019action nationale vrai programme d\u2019un parti, son programme vivant, nous dirions, c\u2019est le document écrit plus l\u2019esprit de ses apôtres.Or qui ne connaît la mentalité nettement et profondément socialiste des principaux dirigeants de la C.C.F.?Si ces gens-là veulent rester fidèles à tout ce qu\u2019ils ont pensé et écrit jusqu\u2019ici, ils doivent avoir, en arrière de la tête, l\u2019idée bien arrêtée de tout socialiser chez nous.Et voyez maintenant la belle porte que leur ouvre l\u2019art.3: \u201csocialization of all other industries and services essential to social planning\u201d.mais est-ce qu\u2019il n\u2019y aura pas moyen un jour de trouver que toutes, absolument toutes les entreprises de production et de distribution sont \u201cessential to social planning\u201d?D\u2019autant que les grands théoriciens du socialisme ne cessent de proclamer que, pour réussir, une expérience socialiste doit être intégrale.D\u2019ailleurs même si l\u2019on ne voulait appliquer le régime de socialisation qu\u2019à la majorité des entreprises et aux plus importantes, les autres, plus faibles et moins nombreuses, seraient inévitablement entraînées dans le mouvement général et, la vie leur étant rendue impossible, elles s\u2019offriraient d\u2019elles-mêmes à la socialisation.Comme le disait quelqu\u2019un: Le socialisme est comme une voie ferrée; une fois lancé sur elle, il faut se rendre jusqu au bout.Et alors?Après cette socialisation générale inévitable, que restera-t-il donc pour la propriété SOCIALISME CANADIEN 103 privée ?A moins qu\u2019il suffise de laisser à chacun ses souliers et sa chemise pour sauvegarder le droit naturel de propriété privée! Quant à la compensation promise aux expropriés, a-t-on vraiment l\u2019intention de la donner?Le commentaire officiel du programme est par trop flottant et imprécis pour une question si importante: \u201cWe do not propose any policy of outright confiscation.What we desire is the most stable and equitable transition to the Co-operative Commonwealth.It is impossible to decide the policies to be followed in particular cases in an uncertain future.\u201d 1 Et même si l\u2019on était bien décidé à fournir les compensations légitimes, le pourrait-on ?Où prendre tout l\u2019argent, les milliards qu\u2019il faudrait à cet effet ?La caisse du trésor est vide depuis longtemps.Et emprunter, ce serait augmenter fabuleusement notre dette nationale déjà insensée.Pauvres propriétaires, nous avons bien peur que vous ne soyez déçus si vous écoutez les promesses des Co-Ops.Après toutes ces considérations, nous ne pouvons que réitérer le jugement que nous avons déjà porté ailleurs,2 à savoir que le socialisme prêché par la 1 A ce propos, il est bon de savoir qu\u2019au dernier congrès de Régina, la résolution suivante fut proposée: \u201cContrôle absolu des propriétés et confiscation, si nécessaire, sans compensation\u201d.Mais grâce à l\u2019intervention énergique de Miss Macphail et de ses Fermiers, on a rejeté cette résolution pour la remplacer par une promesse de compensation.Cela nous donne l\u2019occasion de remarquer une fois de plus le rôle de modérateur que joue toujours l\u2019élément agricole.2 Pour la Restauration sociale au Canada, p.29 et seq. 104 l\u2019action nationale C.C.F.va contre le principe de la propriété privée et donc contre la doctrine sociale catholique.Qu\u2019on nous permette de rappeler brièvement ce que nous disions alors pour motiver notre jugement.Quand les Co-Ops veulent une socialisation si générale des biens économiques, \u201cne vont-ils pas trop loin et ne risquent-ils pas, selon le mot du Pape, de réduire tellement le caractère individuel du droit de propriété qu\u2019ils en arrivent pratiquement à le lui enlever?En effet, ne semble-t-il pas impossible de limiter à si peu de choses le droit de propriété sans nuire en même temps à sa fonction individuelle et à sa fonction sociale?\u201d.Et, pour finir, nous en appelions à quelques-uns des grands principes de Rerum Novarum: \u201cCe n\u2019est pas des lois humaines, mais de la nature qu\u2019émane le droit de propriété individuelle.L\u2019autorité publique ne peut donc l\u2019abolir.Elle peut seulement en tempérer l\u2019usage et le concilier avec le bien commun.En premier lieu, il faut que les lois publiques soient pour les propriétés privées une protection et une sauvegarde.\u201d b\u2014 UNE FAUSSE CONCEPTION DU ROLE DE L\u2019ÉTAT Les mêmes raisons, qui poussent nos socialistes Cécé-efs à passer à l\u2019État la possession des entreprises (public ownership), les entraînent également à lui en confier l\u2019administration directe (public operation).Mais nous ne saurions pas plus admettre une socialisation générale de l\u2019administration SOCIALISME CANADIEN 105 que nous n\u2019avons admis la socialisation de la propriété.En effet demander à l\u2019État de gérer et de contrôler directement les manufactures, les magasins, les banques, les marchés, etc.c\u2019est lui demander d\u2019usurper des fonctions qui ne lui reviennent pas en propre et qu\u2019il doit laisser, autant que possible, aux citoyens, pris individuellement ou organisés; c\u2019est méconnaître le rôle véritable de l\u2019État et l\u2019accabler, comme dit le Pape, \u201csous une quantité à peu près infinie de charges et de responsabilités\u201d.Écoutez à ce propos les sages enseignements du Souverain Pontife: \u201cDe même qu\u2019on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s\u2019acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler d\u2019une manière très dommageable l\u2019ordre social que de retirer aux groupements d\u2019ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d\u2019un rang plus élevé, les fonctions qu\u2019ils sont en mesure de remplir eux-mêmes.L\u2019objet naturel de toute intervention en matière sociale est d\u2019aider les membres du corps social, et non pas de les détruire ni de les absorber.Que l\u2019autorité publique abandonne donc aux groupements de rang inférieur le soin des affaires de moindre importance où se disperserait à l\u2019excès son effort; elle pourra dès lors assurer plus librement, plus puissamment, plus efficacement les fonctions qui n\u2019appartiennent qu\u2019à elle, parce qu\u2019elle seule peut les remplir; diriger, surveiller, stimuler, contenir selon que le comportent les circonstances ou l\u2019exige la nécessité.Que les gouvernants en soient donc bien persuadés: plus parfaitement sera réalisé l\u2019ordre hiérarchique des divers groupements selon ce principe de la fonction supplétive de toute collectivité, plus grandes seront l\u2019autorité et la puis- 106 l\u2019action nationale sance sociale, plus heureux et plus prospère l\u2019état des affaires publiques.\u201d 1 Le rôle véritable de l\u2019État, c\u2019est donc la direction générale et supérieure de la société, la coordination des activités privées, et cela en fonction du bien commun, dont la sauvegarde est la fin propre de l\u2019autorité civile.Son devoir est de s\u2019occuper bien plus du gouvernement des hommes que de l\u2019administration des choses.Certes l\u2019activité économique des citoyens, comme toute autre activité, tombe sous son empire, n\u2019en déplaise au vieux libéralisme, et l\u2019État a le devoir de diriger cette activité.et non de se laisser diriger par elle comme cela arrive actuellement; mais il s\u2019agit d\u2019une direction par le sommet qui, dans les détails, ne se substituera pas aux initiatives privées, qui saura respecter ces initiatives tout en leur faisant respecter le bien commun.Socialiser l\u2019administration de toutes les entreprises, ce serait donc tout d\u2019abord surcharger l\u2019État; ce sciait encore diminuer leur rendement et compromettre ainsi la prospérité matérielle du pays.Le bon rendement des entreprises en effet est conditionné par la quantité et la qualité du travail fourni par leur personnel.Or, c\u2019est un fait d\u2019expérience séculaire que les hommes travaillent peu et mal, quand on ne leur laisse pas assez d\u2019initiative et qu\u2019on leur refuse l\u2019espoir d\u2019un gain personnel 1 Quadragesimo anno. SOCIALISME CANADIEN 107 proportionné à leurs efforts.La prospérité et le progrès de la civilisation ont toujours été et resteront toujours étroitement liés à la liberté de l\u2019initiative privée et à la possibilité d\u2019un profit individuel.Il s\u2019agit, bien entendu, d\u2019initiative soumise au Pouvoir et dirigée par lui, de profit limité par les exigences du Bien Commun.Ne plus rien laisser à l\u2019initiative privée, tout socialiser, tout fonctionnariser, tout bureaucratiser, ce serait donc à brève échéance la paralysie pour tout le corps social: surmenage de la tête et atrophie des membres.Le bien-être général serait compromis.Tandis que si on laisse aux citoyens le soin immédiat des entreprises économiques particulières, mais en demandant à l\u2019État de diriger et de contrôler l\u2019activité économique générale du pays, \u201cplus grandes alors seront l\u2019autorité et la puissance sociale, plus heureux et plus prospère l\u2019état des affaires publiques\u201d.(Quadragesimo anno.) D\u2019ailleurs les vétérans du socialisme eux-mêmes commencent à ouvrir les yeux sur les enserrements mortels de l\u2019étatisme tentaculaire.Ecoutez cette surprenante déclaration de M.Marcel Déat, celui qu\u2019on a appelé le philosophe du socialisme français contemporain : \u201cNous nous méfions de l\u2019étatisme comme de la peste, nous jugeons le socialisme perdu s\u2019il commet la faute de s\u2019engager dans cette voie, et jamais, à notre sens, un ordre viable ne sera engendré par un collectivisme d\u2019Êtat.L\u2019expérience russe est à cet égard décisive.\u2019\u20191 1 Perspectives socialistes.1931\u2014p.168. 108 l\u2019action nationale c) DES MESURES ATTENTOIRES A LA LIBERTÉ INDIVIDUELLE Sans doute, cette liberté est déjà passablement entravée par la dictature actuelle des grands financiers, dictature que, avec le Pape et autant que M.Woodsworth, nous condamnons et voulons faire disparaître; mais, de grâce, qu\u2019on ne nous tire pas d\u2019une servitude en nous en imposant une autre! Qu\u2019importe que les socialistes nous délivrent des capitalistes actuels, s\u2019ils n\u2019ont à nous offrir, eux aussi, que des chaînes?Et des chaînes, ils nous en imposeront nécessairement, s\u2019ils veulent parvenir à quelques succès avec leur système économique.De soi, le régime socialiste entraîne inévitablement le sacrifice de la liberté individuelle.En effet, pour atteindre une certaine prospérité matérielle, un bon rendement des entreprises, il faut absolument obtenir que les individus travaillent bien et beaucoup.Or il n\u2019y a que trois moyens de les amener à travailler ainsi : les faire marcher de bon gré, soit en leur offrant le stimulant de l\u2019intérêt personnel, soit en leur demandant d\u2019agir pour les motifs supérieurs et désintéressés du dévouement au bien commun, ou enfin les faire marcher de force.Mais on sait que le socialisme rejette le profit personnel en même temps que la propriété privée.Il ne lui reste donc que les deux autres moyens: faire SOCIALISME CANADIEN 109 appel au dévouement ou employer la force.Or, il est tout à fait utopique de demander à tous les hommes de marcher uniquement par dévouement au bien commun.Ce serait bien beau, mais trop beau.La plupart, nous l\u2019avons déjà dit \u2014 et qui n\u2019en a fait souvent la décevante expérience ?\u2014 n\u2019agissent qu\u2019en vue de leur intérêt personnel.Les hommes sont ainsi faits, ils ont toujours été comme ça, et le socialisme qui, certes, n\u2019est pas plus divin que le christianisme, ne réussira pas plus que lui à les transformer tous.Sans doute, ils peuvent bien fournir un effort désintéressé de temps en temps, mais, encore une fois, c\u2019est trop leur demander que de les engager à travailler continuellement pour le seul bien commun.On ne peut raisonnablement exiger cela que d\u2019un petit nombre d\u2019hommes, pleins de bonne volonté, particulièrement bien disposés et décidés à se sacrifier, comme cela se fait dans les couvents.Car c\u2019est bien vrai qu\u2019il se pratique un certain socialisme et même un certain communisme dans nos couvents.Et nous sommes d\u2019accord avec les socialistes et les communistes, quand ils proclament que l\u2019idéal collectiviste représente une forme supérieure de vie; mais nous disons aussi qu\u2019elle est tellement supérieure, si parfaite, qu\u2019il ne serait pas raisonnable de l\u2019imposer à tout le monde.On ne peut que la proposer (c\u2019est pour cela qu\u2019on l\u2019appelle la vie des conseils évangéliques) à une élite géné- 110 l\u2019action nationale reuse, et encore au nom de motifs transcendants, surnaturels.Et même avec cette élite, l\u2019idéal reste bien difficile à réaliser.Il suffit de lire l\u2019histoire humaine des ordres religieux pour s\u2019en rendre compte.Il est donc illusoire d\u2019espérer que la foule voudra bien travailler uniquement pour des motifs désintéressés; par conséquent, il ne restera plus, pour la stimuler, qu\u2019une dernière ressource: la force.C\u2019est d\u2019ailleurs à cette conclusion que, fatalement, on en est arrivé en Russie.Quelqu\u2019un a dit avec beaucoup de raison: si vous voulez être socialiste ou communiste, choisissez: ou le couvent, ou les travaux forcés.Mais les Russes ont pensé qu\u2019il valait mieux ne pas choisir le couvent et transformer leur pays en un immense monastère.C\u2019aurait été tout de même un peu gênant.Et alors?Alors, le travail forcé! Que voulez-vous?ils ont vite constaté, à l\u2019expérience, que leurs ouvriers, qu\u2019ils ne voulaient pas faire travailler pour un profit personnel comme dans les pays capitalistes, se montraient plutôt paresseux et peu soucieux du bien commun.Il a bien fallu se mettre à les pousser dans le dos, à les surveiller continuellement; d où cette organisation policière du travail, ces services d\u2019espionnage dans les usines, ces sanctions tracassières dont vous avez tous entendu parler et qui tiennent les travailleurs de Russie sous un joug de fer.Qu\u2019on y songe; c est là que M.Woodsworth et les siens nous conduiront, SOCIALISME CANADIEN 111 si nous leur donnons l\u2019occasion d\u2019appliquer leurs principes jusqu\u2019au bout.Tout naturellement, on pense à ces paroles du Pape: \u201cLes biens les plus élevés de l\u2019homme, sans en excepter la liberté, seront subordonnés, et même sacrifiés, aux exigences de la production la plus rationnelle.Cette atteinte portée à la dignité humaine dans l\u2019organisation socialisée de la production sera largement compensée, assurent-ils (les socialistes), par l\u2019abondance des biens qui, socialement produits, seront prodigués aux individus et que ceux-ci pourront, à leur gré, appliquer aux commodités et aux agréments de cette vie.La société donc, telle que la rêve le socialisme, d\u2019un côté ne peut exister, ni même se concevoir sans un emploi de la contrainte manifestement excessif, et de l\u2019autre jouit d\u2019une licence non moins fausse.\u201d (Quadragesimo anno).Cette licence dont parle le Souverain Pontife, viendrait de la disparition \u201cde toute vraie autorité sociale: celle-ci, en effet, ne peut se fonder sur les intérêts matériels et temporels, mais ne peut venir que de Dieu, Créateur et fin dernière de toutes choses\u201d.Mais il y a encore une autre licence non moins fausse que les Cécé-efs veulent établir chez nous et que nous devons combattre de toutes nos forces: c\u2019est une excessive liberté de parole.Peut-être veulent-ils en cela nous donner le change, et pensent-ils, par cet élargissement spécial accordé à la liberté, compenser les restrictions que, ainsi que nous venons de le voir, ils lui imposeront par ailleurs ?Mais élargir outre mesure la liberté, pour nous, ce n\u2019est qu\u2019une autre façon de la blesser.Liberté de parole, oui, tant qu\u2019on voudra! Mais 112 l\u2019action nationale à condition que ce soit une vraie liberté.Et la vraie liberté, ce n\u2019est pas le pouvoir de faire tout ce qu\u2019on voudra, le mal compris.C\u2019est essentiellement la propriété d\u2019une faculté foncièrement vouée au bien, la volonté; ses limites sont donc celles du bien.C\u2019est, en somme, la capacité de choisir entre deux biens.La liberté de parole, comme toute autre liberté, doit donc s\u2019exercer à l\u2019intérieur du champ du bien et du vrai.Si elle va jusqu\u2019à entraîner au mal et à prêcher l\u2019erreur, elle n\u2019est plus alors qu\u2019une liberté faussée, qu\u2019une licence condamnable que nul pays civilisé ne doit admettre.Or il suffit de lire le texte et le commentaire de l\u2019art.12 du programme des Cécé-efs et de parcourir les discours qu\u2019ils prononcent ici et là, pour être suffisamment édifié sur leur conception de la liberté de parole.Cette liberté, ils la réclament à grands cris pour des personnages tels que Tim Buck et ses compagnons, purs communistes qui n\u2019ont d\u2019autre but que de détruire le christianisme chez nous, de prêcher la guerre des classes, de renverser par des moyens violents l\u2019autorité établie.N\u2019est-ce pas là pousser la liberté jusqu\u2019au droit de faire et d\u2019enseigner le mal ?Quand les Co-ops amplifient ainsi démesurément la liberté, nous ne pouvons les suivre, pas plus que lorsqu\u2019ils risquent de l\u2019amoindrir par leur organisation économique. SOCIALISME CANADIEN 113 d) LA SUPRÉMATIE INDUE DES VALEURS ÉCONOMIQUES C\u2019est le dernier grief que nous ferons aux Co-Ops.Pour eux, la question sociale semble n\u2019être, selon le mot fameux, qu\u2019une \u201cquestion d\u2019estomac\u201d.D\u2019où l\u2019importance exclusive qu\u2019ils attachent aux remèdes économiques, la prépondérance indue qu\u2019ils donnent aux valeurs matérielles.Toutes les autres valeurs, culturelles, nationales, religieuses, leur semblent moins précieuses; ils n\u2019en parlent presque jamais; ils s\u2019en préoccupent si peu qu\u2019au besoin ils se montrent prêts à les subordonner à celles-là, tout comme ils le font pour la liberté.A les entendre, on dirait que la société n\u2019a d\u2019autre rôle que d\u2019assurer à chaque individu le sybaritisme le plus délicieux.Leur decent human standard of Jiving n\u2019exigerait que des tables bien garnies, des palais, des automobiles, etc.Comme si l\u2019homme vivait seulement de pain, comme si le plus important devoir de l\u2019État n\u2019était pas de travailler à la prospérité spirituelle du pays, de développer le plus possible la personnalité morale de chaque citoyen, sans négliger bien entendu la recherche d\u2019un certain bien-être matériel.Et quand des hommes se mettent en frais de renverser l\u2019édifice social existant pour en construire un autre, c\u2019est le moment plus que jamais de respecter cette loi sacrée de la hiérarchie des devoirs 114 l\u2019action nationale et des valeurs.C\u2019était le temps, au congrès de Régina, de nous faire connaître, clairement et dans le détail, le politique que la C.C.F.entendait suivre en matière d\u2019éducation et d\u2019instruction, sur les questions religieuses et nationales, etc.Il ne s\u2019agissait pas seulement de nous lancer une phrase vague: we stand for full economic, political and religious liberty for all ; il fallait nous dire comment on comprendrait et organiserait cette liberté.Mais non, une seule chose préoccupe les Cécé-efs: réaliser leur réforme économique.Soyons-en bien sûrs, tout le reste sera subordonné à ce but.Le reste, c\u2019est-à-dire nos intérêts religieux, nationaux ou simplement humains.Par exemple, un grand nombre de Co-Ops jugent que l\u2019établissement de leur Commonwealth exige la disparition des barrières provinciales; mais que deviendrait notre minorité canadienne-française dans le grand Tout canadien ?D\u2019ailleurs, si l\u2019on veut avoir une idée du respect que les Co-Ops ont pour les valeurs humaines quand leur plan économique est en jeu, il suffit de considérer les graves conséquences que comporte l\u2019art.8 de leur programme.Cet article réclame la socialisation des services médicaux, des hôpitaux, etc.: c\u2019est-à-dire la mort de nos admirables institutions chrétiennes de bienfaisance, l\u2019affaiblissement de la charité privée et du dévouement, la fonctionnarisation du médecin qui ne pourra vous soigner que SOCIALISME CANADIEN 115 de telle heure à telle heure et que vous ne pourrez choisir, etc.Jusqu\u2019où ne peut-on pas descendre quand on a rivé son idéal à la matière ?Evidemment, nous n\u2019avons pas la prétention d\u2019avoir relevé toutes les bonnes idées, ni aussi tous les mauvais principes de la philosophie cécéféiste.Nous n avons voulu examiner que ses données les plus importantes.Néanmoins, nous croyons en avoir dit suffisamment pour conclure que le programme de la C.C.F., malgré l\u2019excellence de certains principes qu\u2019on est heureux d\u2019y trouver, est par ailleurs trop profondément vicié pour être acceptable.Il contient des erreurs sociales très graves, dont quelques-unes même nous semblent assez caractérisées pour tomber sous les condamnations de Rerum Novarum et de Quadragesimo anno.C\u2019est pourquoi nous ne pouvons que reprendre ici la conclusion que nous avons déjà formulée ailleurs; nous croyons que le cécéféisme entre dans cette catégorie de socialisme \u201catténué et moins intransigeant\u201d, dont parle Pie XI, mais qui reste encore assez vrai socialisme pour ne pas mériter l\u2019adhésion des catholiques.La première fois que nous avons porté ce jugement, nous voulions qu\u2019il fût considéré comme provisoire, jusqu\u2019au congrès national de Régina, en juillet, 116 l\u2019action nationale où les Co-Ops devaient donner à leur programme sa teneur définitive.Mais ce congrès n\u2019ayant apporté aucune modification substantielle sur les points incriminés, nous n\u2019avons pas davantage à changer notre jugement.C\u2019est donc notre devoir de demander à tous les catholiques et à tous les citoyens qui veulent le vrai bien du pays, de s\u2019opposer à ce mouvement socialiste et de lutter énergiquement contre lui.1 Kt la meilleure façon de le combattre, ce ne sera pas tant de l\u2019attaquer avec des conférences et des articles.comme nous faisons, que de travailler à faire disparaître au plus tôt les abus criants du capitalisme.Car la grande force du cécéféisme réside moins dans ses vertus propres, que dans les fautes du capitalisme.Comme le disait dernièrement M.Jules Dorion, dans 1 Action Catholique : \u201cLes abus du capitalisme font le lit du communisme (et du socialisme).Et ceux qui se mettent à la solde du capitalisme pour tenir la masse du peuple dans un véritable esclavage et dissimuler les pratiques abusives qui agrandissent et enveniment la plaie du paupérisme arrosent et fument le champ où sont déjà enfouis les germes de la révolution de demain.Quand donc les intéressés ouvriront-ils les yeux ?Ce ne sera pas trop tard, espérons-le.Georges-Henri LÉVESQUE, O.P.Ottawa, septembre 1933.1 Cet appel veut faire écho à celui récemment lancé par S, E.Mgr Gauthier, archevêque coadjuteur de Montréal. Histoire Hinks et Morin A côté de prédécesseurs tels que Baldwin et La Fontaine, on a peine à ne pas trouver un peu courte la taille des deux chefs du cabinet de 1851.Une loi d\u2019histoire impitoyable ne veut-elle point d\u2019ailleurs que les hommes de premier plan aient rarement pour successeurs des égaux ?Hinks se peut prévaloir, il est vrai, d\u2019une brillante carrière de journaliste.Entre ses mains, Y Examiner de Toronto a pris, à certaine époque, l\u2019allure d\u2019une puissance politique.Le nouveau chef du Haut-Canada jouit, en outre, de la réputation d\u2019un maître financier.John A.MacDonald lui reconnaissait en affaires une habileté proche du génie.Grand financier, Hinks l\u2019était assez pour en avoir même les grands défauts et jusqu\u2019au respect défaillant pour l\u2019argent des autres.Ce défaut, on le chuchotait déjà dans le public; et il semble que l\u2019opinion se préparait ainsi à apprendre un jour, sans trop de surprise, la brusque fin de carrière de ce brasseur d\u2019affaires, Rien de ce soupçon n\u2019effleure, même légèrement, son collègue du Bas-Canada, Augustin-Norbert 1 Ces pages sont extraites du Cours d\u2019histoire inédit de l\u2019abbé Groulx sur l\u2019Union des Canadas. 118 l\u2019action nationale Morin, celui-ci tout en hauteur morale.Je ne sais si le plus singulier, en la vie de cet homme, n\u2019est point la sorte de séduction qu\u2019il paraît avoir exercée sur les gouvernants et les politiques anglais du pays.Il est encore tout jeune député que Gos-ford songe déjà à lui confier un haut poste pour l\u2019époque : le commissariat des terres de la couronne.Durham, qui connaissait le prix des bons instruments, eût voulu se l\u2019attacher.Charles Duller estimait Morin un homme \u201cd\u2019un grand savoir et d\u2019une grande habileté, d\u2019un caractère franc et loyal\u201d.Pour le talent et autres qualités naturelles, Bagot mettait Morin au-dessus de La Fontaine; il lui trouvait des principes élevés, l\u2019esprit et les sentiments d\u2019un gentilhomme.N\u2019y a-t-il point jusqu\u2019à l\u2019entourage de Metcalfe, jusqu\u2019à ce cénacle du plus pur torysme que Morin paraît avoir séduit ?En ce milieu dore et fermé, on se représente le jeune politique sous des traits qui \u201cconviendraient plutôt à un héros de romance , écrit John William Kaye.On lui reconnaît de rares aptitudes d\u2019administrateur, une vaste puissance de travail, un grand amour de l\u2019ordre, une conscience élevée, un noble dévouement, un patriotisme de l\u2019eau la plus pure.Le plus étonnant toutefois, ne serait-ce point qu\u2019au charme du jeune Morin, ses amis politiques canadiens-français n\u2019aient pas non plus résisté ?Dans la pléiade des disciples qui évolue autour de Papineau, vers 1830, HINKS ET MORIN H9 la figure du député de Bellechasse se détache avec le relief du favori.Malade, besogneux, sans argent, souvent même sans habits, il s\u2019impose par la vigueur enthousiaste de ses convictions, le tempérament exubérant de l\u2019apôtre.Chacun admire son esprit en ébullition.\u201cCe n\u2019est pas de la cervelle qu\u2019il a dans la tête\u201d, dit alors du camarade Morin, Etienne Parent, \u201cc\u2019est de la lave brûlante\u201d.Ardent parmi les ardents, il dénonce les modérés comme Neilson; il se fait le soutien des défaillants.Fondateur de la Minerve, avec Duvernay, ils en font à eux deux \u201cle papier du pays\u201d.Morin est la plume du parti national comme Papineau en est la parole.Persuadé de la haute vertu de l\u2019histoire, le jeune député s\u2019emploie à mettre au net, à terminer l\u2019Histoire du Canada du Dr Labrie.Toujours en disponibilité de dévouement, nulle besogne ne le rebute.Ses amis s\u2019inquiètent de cette ardeur dévorante où se consument prématurément tant d\u2019hommes jeunes.Un jour qu\u2019on le sait malade, et c\u2019est encore en 1833, Etienne Parent prend sur lui d\u2019intervenir auprès des amis: \u201cJe crains bien que nous le perdions jeune.Faites à Montréal tout ce que vous pourrez pour le conserver longtemps au pays; nous ne mettrons pas la main de sitôt sur son pareil\u201d.Morin, c\u2019est visible, s\u2019impose à ses jeunes camarades de la politique par quelques vertus de caractère, sans lesquelles les plus hautes qualités de l\u2019esprit prennent figure d\u2019impardonnables supériorités.Ses amis s\u2019inclinent en parti- 120 l\u2019action nationale culier devant sa probité intellectuelle qui est au-dessus de tout.Il parle peu en Chambre; à la parole il préfère le travail dans les comités; et s\u2019il se risque à parler, député original, il ne parle que de ce qu\u2019il sait.On célèbre aussi son désintéressement.En sa \u201cPetite revue parlementaire\u201d, galerie de portraits publiée dans le Fantasque en 1838, N.Aubin décernait à Morin cet éloge qui pourrait bien être, pour l\u2019homme politique, le prix d excellence\u201d: \u201cDe tous les membres, M.Morin était celui qui £a£nait le mieux son indemnité.Certes, il est bien peu d\u2019hommes, de tous ceux qui figurèrent dans la politique contemporaine du pays, qui aient si peu fait pour eux-mêmes que M.Morin\u201d.Pourquoi faut-il qu\u2019à ces grandes et rares qualités ne s\u2019en ajoutent point quelques autres, indispensables au chef de parti comme à 1 homme d\u2019État?Et de même pourquoi certaines qualités du jeune homme en sont-elles restées à la généreuse promesse de la trentième année?On pardonne tout au jeune talent, sauf de décevoir.Et Morin avait tant promis qu\u2019il ne put tout tenir.Il restera toute sa vie un homme de cabinet plus qu un homme de tribune.Le tison de feu de l\u2019éloquence n\u2019a pas touché ses lèvres.Quand il parle, il se donne 1 air de lire plus qu\u2019il ne parle; et il lui arrive de lire assez mal.Pour sympathique, intelligente, que soit chez lui la figure, le port manque d assurance, le geste est contraint, maladroit.Rien ou presque rien de l\u2019allure combative, chaleureuse, qui séduit HINKS ET MORIN 121 et subjugue les partisans.Parmi ses avantages, Morin compte aussi des qualités qui, pour l\u2019homme public, sont bien près d\u2019être des défauts.On a dit de lui qu\u2019il avait la suavité de manières d\u2019un ecclésiastique, (si tant est que la suavité soit le prope des ecclésiastiques).Son entourage parle, en effet, volontiers du \u201cRévérend M.Morin\u201d.Bagot lui trouvait même un petit air \u201cjésuitique\u201d.John William Kaye, biographe de lord Metcalfe, nous le peint \u201cd\u2019un cœur aussi tendre qu\u2019une femme et aussi simple qu\u2019un enfant\u201d.Et voilà qui n\u2019est déjà plus tout à fait rassurant.Il paraît bien qu\u2019en la vie publique, ce fort honnête homme manquait d\u2019énergie.\u201cJe ne connais qu\u2019un défaut à Morin, c\u2019est la faiblesse\u201d, a écrit Cauchon, résumant le sentiment des contemporains.Fort, énergique, comment l\u2019aurait-il pu rester avec une conscience timorée jusqu\u2019à en être méticuleuse: penchant qui s\u2019accroîtra avec les années?Cauchon qui, vers 1860, avait eu recours au témoignage de Morin dans une dispute politique, raconte comment l\u2019ancien ministre, alors juge de la cour supérieure du Bas-Canada, avait failli en perdre le sommeil.Tourmenté de scrupules, Son Honneur s\u2019était rendu quatre fois au Journal de Québec pour modifier, rectifier sa déposition.Nobles inquiétudes, mais signe d\u2019une instabilité d\u2019esprit assez impropre à la vigueur du caractère.Ainsi, et quoi qu\u2019en pense lord Elgin, ni Morin ni Hinks ne nous semblent de taille à faire oublier 122 l\u2019action nationale ni La Fontaine ni Baldwin.Sans évoquer ici le manteau d\u2019Elie tombant trop ample sur des épaules trop étroites, disons qu\u2019en face des chefs disparus, les hommes nouveaux sont encore à belle place parmi les dii minores.Lionel GROULX, Ptre CONTRE L\u2019IMMIGRATION A l\u2019instar d\u2019un bon nombre d\u2019associations de Montréal, VAction nationale s\u2019est empressée d\u2019assurer l\u2019échevin Auger qu\u2019elle l\u2019appuyait dans sa vigoureuse protestation contre l\u2019immigration dont notre pays est menacé.Voici la lettre que lui a adressée notre président: Le 2 octobre, 1S33.Monsieur H.-L.Auger Représentant du quartier Saint-Jacques à l\u2019Hôtel de Ville Montréal Monsieur le Conseiller, La Ligue d'Action Nationale tient à vous féliciter, ainsi que votre collègue le docteur Quintal, de l\u2019attitude courageuse que vous avez prise à l\u2019hôtel de ville au sujet de l\u2019immigration.Il va sans dire qu\u2019elle partage entièrement vos vues et qu\u2019elle s\u2019oppose à toutes formes d\u2019immigration.Ce n\u2019est pas au moment où des milliers de no3 gens doivent mendier leur pain des pouvoirs publics qu\u2019il convient d\u2019ouvrir nos portes à des étrangers qui ne pourront qu\u2019ajouter leur misère à la nôtre, et même aggraver la situation par leurs idées antisociales et antireligieuses.Nous espérons que tous vos collègues canadiens du Conseil feront bloc sur votre motion.Nous comptons pour cela sur leur esprit chrétien et leur esprit national.Veuillez agréer, Monsieur le Conseiller, l\u2019expression de nos sentiments les plus distingués.E.MINVILLE Morale Le cinéma français Une conférence du R.P.Martin, O.P., donnée à Québec le mois dernier, une lettre parue récemment dans le Devoir sous la signature de Verax, attirent l\u2019attention sur le même danger: la perversion du cinéma français.On fait actuellement une grosse réclame au film parlant français.C\u2019est de bonne politique.Le vent est à la refrancisation.Or qui peut mieux aider cette cause que le film sonore venant de Paris.Il parle français, il étale des mœurs françaises, il se déroule dans des paysages français.Nous l\u2019admettons volontiers: c\u2019est là un merveilleux instrument de propagande pour la langue.Mais, comme le remarque justement le correspondant du Devoir, encore faut-il qu\u2019en accomplissant cette propagande, le cinéma n\u2019en exerce pas une autre, funeste celle-là, contraire à toutes nos traditions, subversive de la famille.Or, ce danger est loin d\u2019être chimérique.Journaux et revues de France ne le cachent pas.C\u2019est même un des sujets les plus fréquents de leurs doléances.Le cinéma, non moins que le théâtre, se complaît dans l\u2019immoralité.\u201cPas plus que le théâtre, écrit un publiciste français, le cinéma n\u2019a reculé devant l\u2019exhibition de la nudité.N\u2019a-t-on pas vu une œuvre d\u2019appa- 124 l\u2019action nationale rence innocente (l\u2019Oiseau bleu), que Pathé louait pour séances de patronages, rendue scandaleuse par l\u2019apparition impudique d\u2019une femme nue ?Sans aller jusque-là, à quelles provocations n\u2019aura-t-on pas condamné Stacia Napierkowska, l\u2019actrice chargée de tenir, dans l\u2019Atlantide, le personnage d\u2019Antinea, pour faire ressentir au public \u201cl\u2019attirance presque animale\u201d qui se dégageait de cette femme.\u201cDrame, roman, comédie sentimentale, la pièce cinématographique ne connaît qu\u2019un unique ressort; des vieilles passions aristotéliciennes, elle n\u2019a retenu que la plus élémentaire à la fois et la plus riche de ressources dramatiques, l\u2019amour.\u201cRepassez tout le répertoire prétendu honnête: pour un amour avouable, vous en rencontrerez dix ou vingt qui narguent lois, convenances et morale.Sur l\u2019écran, hélas! comme au théâtre, il n\u2019y a que deux acteurs: la femme et l\u2019amant.Ajoutez à ce thème uniforme de l\u2019adultère tout ce que la vie irrégulière comporte de honteux marchandages et de douloureuses hypocrisies; pour mettre un peu de variété dans cette triste monotonie, ramenez les thèses, chères au romantisme, du droit sacré à l\u2019amour et de la passion qui rachète et purifie, et vous aurez tout le répertoire dramatique du cinéma.\u201d Contre de tels spectacles nous ne pouvons nous empêcher de protester.Ils tendent à l\u2019avilissement LE CINÉMA FRANÇAIS 125 des âmes.Et une refrancisation qui se paierait de ce prix nous paraît inacceptable.Heureusement, d\u2019autres moyens que le cinéma s\u2019offrent pour l\u2019obtenir.Heureusement aussi, la qualité du film français peut être améliorée.Les catholiques de France ont remporté d\u2019importantes victoires sur ce terrain.Pourquoi ceux du Canada ne marcheraient-ils pas sur leurs traces?Qu\u2019on exige de la censure plus de vigilance, plus de sévérité.C\u2019est son devoir de bannir l\u2019immoralité.Les propriétaires de films eux-mêmes devraient se plier à nos justes exigences.Sans doute ils trouveront toujours des auditeurs en quête d\u2019émotions sensuelles.Mais la masse préfère des spectacles sains.Les mères de famille surtout, qui voient leurs grands garçons et leurs jeunes filles s\u2019empresser à ces représentations, ont trop souci de leurs âmes pour ne pas s\u2019en inquiéter.Des associations, comme la Ligue catholique féminine et les Amicales d\u2019anciennes élèves des Couvents, ont résolu de veiller spécialement sur ce danger.Elles ne nourrissent aucune animosité contre le cinéma.Elles s\u2019opposent simplement à ce qu\u2019il soit un foyer de corruption.Que tous les honnêtes gens nous secondent dans cette défense de notre patrimoine moral, et ses ennemis seront vite repoussés.Camille FOREST La musique Un musicien oublié (CHARLES WAUGH SABATIER) Dans nos fêtes patriotiques, au cours des cortèges, il subsiste un chant toujours familier à nos oreilles: le Drapeau de Carillon.La mélodie, dans le goût de l\u2019époque, nous berce encore agréablement.Après un début plaintif dans le mode mineur, le refrain, en majeur, apporte comme un rayon lumineux et projette avec enthousiasme la noble résignation du vieux soldat: \u201cPour mon drapeau, je viens ici mourir!\u201d Les strophes de Crémazie, qui datent de 1858, étaient déjà dans toutes les bouches, et surtout dans tous les cœurs, lorsqu\u2019un musicien français, du nom de Sabatier, eut, quelques années plus tard, l\u2019idée de les traduire en musique.Qui était donc Sabatier, dont nous savons si peu de chose aujourd\u2019hui ?Personnage assez mystérieux, échoué sur nos bords.Venu de France, peut-être originaire d\u2019Allemagne, Sabatier paraît avoir joué un rôle considérable dans le monde musical à Montréal, entre 1850 et 1860.Pianiste admiré, compositeur adroit, Sabatier a laissé une réputation légendaire de bohème, réputation peu envia- UN MUSICIEN OUBLIÉ 12/ ble certes, mais qui ne semble pas avoir nui au musicien autant qu\u2019à l\u2019homme.Je transcris du Bulletin des Recherches historiques, publié par M.Pierre-Georges Roy (vol.26, 1920) la reproduction d\u2019un article du Journal de VInstruction publique, du 18 septembre 1862, écrit à l\u2019occasion de la mort du musicien.\u201cCharles Waugh, connu sous le nom de Charles Sabatier, compositeur et pianiste distingué, vient de mourir à Montréal le 22 août 1862.Né en Allemagne, il avait été élevé en France, où il s\u2019était fait une certaine réputation.Des excès et une inconstance naturelle l\u2019ont empêché d\u2019atteindre au premier rang et l\u2019ont poussé à voyager de pays en pays.Il vint au Canada il y a une dizaine d\u2019années, et tandis que son génie et son éducation musicale auraient pu lui assurer d\u2019excellentes, sinon de brillantes positions, son intempérance l\u2019avait réduit à la misère.On a de lui plusieurs compositions, en outre la cantate en l\u2019honneur du Prince de Galles, (1860).Des amis charitables et dévoués ont essayé, à plusieurs reprises, de le remettre dans la bonne voie, et ils espéraient presque avoir réussi, car Sabatier était à l\u2019Hôtel-Dieu plutôt en réclusion réparatrice (sic) qu\u2019à titre d\u2019invalide.Malheureusement une fatale occasion se présenta pour lui de manquer à ses bonnes résolutions; il s\u2019échappa de sa retraite et on le ramena dans un état pénible à voir, et il mourut d\u2019apoplexie peu d\u2019heures après son 128 l\u2019action nationale retour.Exemple terrible d\u2019une belle carrière brisée par une passion brutale et tyrannique.\u201d Ce n\u2019est pas une nécrologie, c\u2019est un sermon.La Minerve du 26 août de la même année contient un article, non signé, sur le même ton, que je me garderai bien de reproduire ici parce que vraiment, dans toutes ces élucubrations, vertueuses sans doute, il n\u2019y a rien d\u2019intéressant pour notre curiosité.1 Des contemporains de Sabatier, aujourd\u2019hui disparus, m\u2019ont dit que ce musicien, d\u2019origine française, était réellement établi à demeure parmi nous et s\u2019était identifié à notre vie.Il ne manquait pas d\u2019ambition, témoin ce mot qu\u2019il adressait à Ernest Gagnon (l\u2019auteur des Chansons populaires du Canada) partant pour l\u2019Europe: \u2014\u201cAllez, jeune homme, étudiez bien, et revenez \u201cbon second\u201d.Que faut-il penser de l\u2019expression naïve d\u2019une telle confiance de supériorité ?La musique de circonstance qu\u2019il avait écrite et fait exécuter pour célébrer la visite du Prince de Galles (plus tard Edouard VII) l\u2019avait sans doute un peu monté dans l\u2019opinion du public, et surtout dans la sienne.Il a été conservé de cette cantate un chœur: \u201cSalut, espoir de l\u2019Angleterre,\u201d que l\u2019on pourra consulter à la 1 Au surplus, deux calembours au sujet de Sabatier sont restés célèbres.\u201cPour lui, disait-on, Chopin n\u2019est qu\u2019une chopine, et l\u2019Art n\u2019est qu\u2019un demi-art.\u201d Et ceci encore ne ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà, sinon qu\u2019en ces temps lointains on aimait à faire de l\u2019esprit en jouant sur les mots. UN MUSICIEN OUBLIÉ 129 Bibliothèque Saint-Sulpice à Montréal.Il fait partie d\u2019une collection d\u2019anciennes compositions canadiennes léguées à cette bibliothèque par feu Adélard Boucher, autrefois éditeur de musique.Le texte, écrit par un homme de lettres de l\u2019époque, Edouard Sempé, est assez mal prosodié par le compositeur.En effet, après \u201cSalut, espoir\u201d le mouvement mélodique s\u2019arrête pour reprendre plus loin \u201cde l\u2019Angleterre\u201d.N\u2019en soyons pas surpris.A cette époque on était moins que de nos jours sévère sur les questions de prosodie, et l\u2019on bâtissait des airs comme on l\u2019entendait, sans autrement se soucier du texte.Quoi qu\u2019il en soit, la Cantate de Sabatier fut exécutée le mardi soir, 28 août 1860, dans une Salle de bal érigée par le \u201cComité exécutif et les souscripteurs au fonds de réception\u201d.Cette salle, construction improvisée, démolie quelques jours plus tard, était située, disent les uns, rue Sherbrooke (La Minerve, 28 août 1860), tandis que les autres lui assignaient la rue Sainte-Catherine.A la vérité, les deux assertions se peuvent concilier, car la Montreal Gazette du même jour, dans un avis de réglementation, indique, pour les voitures, la rue Sherbrooke comme entrée et la rue Sainte-Catherine comme sortie.1 1 \u201cCarriages conveying parties to and from the Ball-room must enter the grounds by the gate on Sherbrooke St., and leave by that on St.Catherine St.\u201d\u2014The Montreal Gazette, Aug.28, 1860. l\u2019action nationale uo Cette salle de bal, toute voisine du Palais de Cristal, fut, d\u2019après Alfred Sandham, (Sketches of Montreal past and present), érigée sur un vaste terrain, côté nord de la rue Sainte-Catherine, traversé aujourd\u2019hui par la rue Peel.1 C\u2019était une immense rotonde avec un orchestre au centre, et pouvant contenir dans l\u2019ensemble cinq mille personnes.Il est donc vraisemblable qu\u2019on y ait pu loger convenablement un choeur nombreux, \u2014 et un orchestre, s\u2019il y en eut un, ce qui n\u2019est pas mentionné au programme des journaux.La première partie du programme fit entendre, par la Société oratorio de Montréal, un choix de choeurs tirés de la Création, de Haydn, et des fragments de la douzième messe de Mozart.La seconde partie est consacrée à la grande cantate, musique de C.W.Sabatier, chantée par les membres de Y Union Musicale de Montréal, au nombre de 250, sous la direction de l\u2019auteur.Dans la troisième partie se firent entendre: Mademoiselle Adelina Patti (qui devait atteindre par la suite à une si grande célébrité), Madame Strakosh, MM.Bri-gnoli et Amodi.Le Prince arriva au moment de la cantate, qu\u2019il écouta avec intérêt, mais se retira sitôt après, fatigué vraisemblablement par toutes les réceptions et fêtes dont il était l\u2019objet.Il y eut en effet nombre de fêtes, bals et réceptions en cet 1 Je dois ces informations à mon ami Oswald Soulière, bibliothécaire à Ottawa, qui m\u2019a aidé dans mes recherches. UN MUSICIEN OUBLIÉ 131 été de 1860.Le prince charmant, on le conçoit, était l\u2019idole de la société montréalaise; et les jeunes beautés d\u2019alors durent chanter, n\u2019en doutons pas, avec une conviction émue: \u201cSalut! espoir de l\u2019Angleterre.\u201d Quant à Sabatier, reconnaissons que les circonstances l\u2019avaient amplement servi, désigné à l\u2019attention publique, rendu presque célèbre.Il n\u2019est pas étonnant dès lors qu\u2019il ait participé à la fondation d\u2019une revue de musique en cette même année (1860), en collaboration avec Paul Stevens et Edouard Sempé (son librettiste).Cette feuille, qui s\u2019appelait l\u2019Artiste n\u2019a duré, il est vrai, que l\u2019espace d\u2019un matin.Elle mérite néanmoins d\u2019être signalée comme la première du genre parue à Montréal.Il est indéniable que Sabatier jouissait de l\u2019estime des musiciens de son époque.Cela, je l\u2019ai entendu dire souvent dans mon enfance.En jetant du reste un coup d\u2019œil sur les quelques compositions qu\u2019il a laissées, on peut se rendre compte qu\u2019il savait écrire, et que son métier s\u2019appuyait sur un fonds de connaissances sinon profondes, du moins suffisantes pour le genre qu\u2019il cultivait.Sabatier se prodiguait volontiers et jouait dans les salons ses compositions inédites.Il advint un soir qu\u2019il entendit une de ses propres œuvres (celle-ci encore inédite) jouée par l\u2019un de ses collègues.Ce dernier avait la mémoire heureuse. 132 l\u2019action nationale \u2014\u201cVoyez le misérable\u201d, s\u2019écria Sabatier, \u201cil pourrait bien publier cela et dire que c\u2019est de lui!\u201d Je ne crois pas que pareille mésaventure lui soit arrivée; mais ce qui est à peu près sûr, c\u2019est que ce bohème incorrigible n\u2019a pas dû prendre grand soin de ses manuscrits et que beaucoup de ses inspirations (qu\u2019on me pardonne ce terme solennel), sont restées à l\u2019état d\u2019esquisses.Avec tout cela, Sabatier fit aussi du professorat, et nous savons que Calixa Lavallée et Dominique Ducharme, qui firent leurs études avec Paul Letondal, prirent aussi des leçons de Sabatier.Un jour Sabatier, assez peu porté d\u2019habitude aux confidences, parla à Ernest Gagnon, dont je tiens ce détail, de ses deux jeunes enfants, deux filles qu\u2019il avait laissées en France.Au souvenir de ses enfants, son émotion était visible.Ne peut-on pas se demander, dès lors, si Charles Sabatier n\u2019est pas venu en notre pays chercher l\u2019oubli aussi bien que la gloire ?Cela est fort possible.Et alors les libations s\u2019expliquent.Elles s\u2019expliquent encore par les coutumes du temps, qui n\u2019étaient rien de moins que tempérantes.Elles donnent aussi bien l\u2019explication de ces articles, cités plus haut, qui fulminent avec tant de véhémence contre les excès dans le boire.Il me reste en terminant à définir la nationalité de Sabatier, que d\u2019aucuns se plaisent à dire allemande.Quant à nous, nous serions porté à croire UN MUSICIEN OUBLIÉ 133 qu il était français.Nous nous appuierions sur ce que nous avons fait relever dans le registre des actes mortuaires de l\u2019Hôtel-Dieu de Montréal: le 22 août 1862, M.Charles Sabatier, âgé de 42 ans, musicien, natif de France, département du Nord, résidant à Montréal.Cause de la mort: Apoplexie\u201d.Le nécrologue de la paroisse Notre-Dame mentionne que le service funèbre a été chanté gratuitement.Peu de monde à l\u2019église et dans le cortège.L\u2019acte de sépulture1 se lit comme suit: \u2018\u2018Le 25 août, 1862, je prêtre soussigné, ai inhumé le corps de Charles Sabatier, musicien, décédé à l\u2019Hôtel-Dieu de cette ville le 22 du courant, âgé de 42 ans.Témoins: Benjamin Desrochers et Xavier Lapierre, qui n\u2019ont su signer.Bardey, prêtre\u201d.Qui étaient ces inconnus qui ne savaient signer leur nom?Des employés du cimetière, des fossoyeurs peut-être.Celà indique à n\u2019en pas douter que les funérailles furent plus que modestes.On ne peut s\u2019empêcher d\u2019observer, en terminant cette courte et incomplète esquisse, que les deux auteurs du Drapeau de Carillon, le poète et le musicien, ont eu, par une coïncidence singulière, un sort en quelque sorte identique.Les orages de la vie les ont l\u2019un et l\u2019autre jetés, épaves malheureuses, sur des rives opposées.Crémazie est allé mourir en Du 'r-on,,^'5 à l'obliSeance de M.E.-Z.Massicotte d\u2019avoir pu consulter cette pièce. 134 l\u2019action nationale France; il est inhumé dans le cimetière du Havre, où un modeste mausolée marque l\u2019endroit de sa sépulture.Sabatier, qui est venu s\u2019échouer au Canada, dort de son dernier sommeil au cimetière de la Côte-des-Neiges, à Montréal.Ici finit le parallèle, car les deux hommes ne peuvent être comparés l\u2019un à l\u2019autre.Crémazie, esprit cultivé, âme haute, représente le patriotisme et l\u2019effort intellectuel de son temps.Sabatier, pauvre bougre, n\u2019eut peut-être que de l\u2019instinct.Mais en art, l\u2019instinct n\u2019est-il pas quelque chose ?Regrettons toutefois que les chroniques du temps, que j\u2019ai citées, n\u2019aient pas révélé les qualités de cœur de l\u2019homme aussi bien que celles du musicien.Sabatier devait posséder une nature généreuse et sensible; la sympathie et le dévouement qu\u2019il inspira autour de lui en font foi.L\u2019abbé Arsène Barbarin, maître de chapelle à Notre-Dame, eut pour Sabatier, dit-on, une sympathie réelle, et fut du nombre des amis qui s\u2019intéressèrent particulièrement à son sort.Quant à l\u2019endroit de sa sépulture, s\u2019il n\u2019est pas retrouvable aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas tant que Sabatier ait été inhumé dans la partie du cimetière réservée aux pauvres.C\u2019est que personne, aucune main pieuse, n\u2019en a marqué la place de façon durable par le moindre signe, la plus modeste croix de bois.Mais il est dans l\u2019ordre des choses, (et c\u2019est là un bienfait de l\u2019histoire), que les hommes du passé UN MUSICIEN OUBLIÉ 135 prennent à nos yeux une signification que ne lui prêtaient peut-être pas leurs contemporains.La survivance d\u2019un chant, simple fait en soi, devient alors le signe d\u2019une valeur, remet en sa vraie place un artiste malheureux qui a tout de même laissé une trace harmonieuse de son passage ici-bas.Que l\u2019auteur du Drapeau de Carillon dorme en paix en terre canadienne, et que son nom ne soit pas tout à fait oublié! Arthur LETONDAL.L\u2019OSTRACISME D'OTTAWA De nouvelles plaintes s\u2019élèvent contre l\u2019ostracisme dont souffrent les nôtres à Ottawa.Le nombre des fonctionnaires de langue française diminue rapidement.Tout est prétexte à les évincer.Le moindre remaniement dans les divers services publics se solde invariablement par une diminution de l\u2019élément français.Il est temps de réagir si nous ne voulons perdre toute influence.A nos corps publics, à nos sociétés nationales de joindre leurs forces et d\u2019imposer aux autorités qui les mé-connaissent le respect de nos droite. Visage ou coeur anglais?L\u2019un de nos amis, qui nous demande de taire son nom, nous écrit cette lettre assez navrante, mais d\u2019une valeur documentaire hors de conteste.Le document fera peut-être réfléchir ceux qui croient que notre malheur est encore de ne pas savoir assez d anglais.Cher monsieur, J\u2019admire la très opportune campagne qui se fait actuellement pour la refrancisation de notre province et je trouve que votre expression pays français, visage anglais\u201d résume bien 1 état de choses présent.Au cours d\u2019un petit voyage que j\u2019ai fait récemment, je n\u2019ai cessé de penser à votre expression \u201cvisage anglais\u201d.Voici les faits.Je partais de Victoriaville, le 8 avril au matin, en route pour Sherbrooke.Or le conducteur du train ne parlait pas français.A des passagers bien canadiens-français il a toujours répondu en anglais, à ma connaissance du moins.Moi-même, je me suis adressé à lui en français et je n\u2019ai pas pu me faire comprendre.Sa réponse m\u2019indiquait qu il VISAGE OU COEUR ANGLAIS 137 devinait plutôt qu\u2019il ne comprenait.Il faut avouer que je lui ai entendu dire billet, mais c\u2019est tout.Ce mot excepté, tout ce que j\u2019ai entendu de la part du conducteur et des employés a été de l\u2019anglais exclusivement.Visage anglais en pleins centres français comme Plessisville, Princeville, Victoriaville, etc.Le 12 avril, je faisais le trajet de Sherbrooke à Foster.Pas un seul mot français pendant tout le trajet.Avant le départ, un avertissement solennel a été donné; This train goes to Magog, Foster and Montreal.L\u2019anglais seul a été parlé par les employés tout le long du voyage.Cependant les quatre cinquièmes de la population de Sherbrooke sont des Canadiens français.Si le conducteur était capable de parler français, il ne l\u2019a pas laissé soupçonner.Là où le bilinguisme devrait exister, je me suis trouvé en face d\u2019un visage exclusivement anglais.La même journée, j\u2019ai fait le trajet de Foster à Drummond ville.Encore là, je n\u2019ai pas entendu le conducteur parler français.Les voyageurs ont été continuellement en présence d\u2019un visage anglais.Ceux qui desservent le public ne sont-ils pas obligés de parler les deux langues officielles du pays?Témoin de ces faits, je me faisais la réflexion suivante; Je suppose qu\u2019un conducteur canadien-français dirige un train dans la province d\u2019Ontario, 138 l\u2019action nationale et que, par incompétence, n\u2019étant pas capable de parler l\u2019anglais, il réponde aux voyageurs anglais toujours en français, même quand il ne comprend pas ce qu\u2019on lui demande.Etes-vous capable d\u2019imaginer ce qui arriverait ?Et nous, nous acceptons béatement notre sort, nous consentons patiemment à ne voir que visage anglais dans nos milieux français.Un étranger faisant le même voyage que moi ne verrait que \u201cvisage anglais\u2019\u2019 dans notre province française.Une légitime fierté nationale peut-elle laisser subsister cet état de choses ?Ne convient-il pas de signaler, au cours de la campagne de refrancisation, le manque de respect pour les droits du français ?Je me permets d\u2019ajouter une autre réflexion.Hier, j\u2019assistais à une soirée dramatique donnée par les jeunes filles de notre ville.Le drame nous transporte loin du Canada, en Bretagne.La manière de parler n\u2019est pas la nôtre, les scènes que l\u2019on décrit ne sont pas celles de nos payasages, les coutumes avec lesquelles se fond l\u2019action du drame nous sont presque inconnues.La Marquise chante ces jolis vers: France, ma patrie\\ Quand nous reviendrons, Ta rive chérie Nous la baiserons. VISACE OU COEUR ANGLAIS 139 Tout cela ne parlait pas à l\u2019âme du peuple qui assistait à la représentation, et je me disais.: Qui donc nous donnera des pièces de chez nous, où l\u2019on puisse sentir vibrer l\u2019âme canadienne au milieu des paysages de chez nous, et où nos coutumes et nos aspirations soutenant l\u2019action du drame pourront contribuer à développer notre fierté religieuse et nationale.Je vous livre ces réflexions dans l\u2019intimité.Mes amitiés, etc.L\u2019ACHAT DES PRODUITS DE QUÉBEC On a donné à la Semaine sociale de Rimouski des chiffres renversants sur la quantité énorme de produits étrangers que consomme notre province.Et cette importation ne s\u2019appuie, dans la plupart des cas, sur aucune raison sérieuse.\"La production de la région de Québec, vient de déclarer le ministre de l\u2019Agriculture, M.Gobdout, est variée.Et la qualité des produits, surtout les fruits et les légumes, est probablement supérieure à la qualité des produits de même nature venus d\u2019ailleurs.Je fais un appel pour que l\u2019on achète les produits domestiques.Et vous n\u2019aure* pas besoin pour cela de faire de sacrifices\u201d.C\u2019est le même mot d\u2019ordre que font entendre tau» nos chefs.Ayons la fierté de le suivre. Bulletin bibliographique POÉSIES NOUVELLES1 Les poètes donnent bien du mal aux profanes, leurs pauvres frères sans ailes, obligés de les lire.La prose est si commode, et il faut tant d\u2019attention, par le temps qui va si vite, pour entrer dans \u201cles lignes inégales\u201d de la poésie, et en dire un peu pertinemment des sottises ou du bien.I Les poèmes de Robert Choquette sont généralement écrits en langue chrétienne; mais l\u2019air y circule avec difficulté.C\u2019est le bocage très dense, à la ramure touffue, ou, encore, la suite pressée des monuments qui s\u2019écrasent et mêlent leurs perspectives flamboyantes.Metropolitan Museum donne aux premiers regards cette impression d\u2019entassement dont je viens de parler.Il règne dans le musée une sorte de malaise irritant.Pas assez d\u2019air ni de lumière.Toutes les fissures sont soudées par des car, des et, des voici que, des maintenant que: Victor Hugo 1 Poésies nouvelles, par Robert Choquette.Editions Albert Lévesque, Montréal, 1933. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 141 n\u2019aurait pas mieux fait dans les Stances à Ville-quier.Et malgré la longueur du poème, on sent s\u2019agiter dans la somptuosité des vocables, une hâte asthmatique d\u2019en finir.Non que Metropolitan Museum sente le moisi! Sans doute, le poète ici remue de la cendre, et de la cendre vieille.Mais, un peu comme le prophète dans la vallée des morts, il a cette puissance de donner aux hommes disparus de la chair et des os, et aux briques de l\u2019Egypte, de Ninive et de Babylone, aux marbres des Hellènes et des fils de la Louve, une chaleur qui les ressuscite et les fait se lever devant nous, dans une splendeur avérée.On a ici parlé d\u2019épopée, de poème philosophique : je ne vois que du lyrisme aux grands appels, aux-évocations de mage chaldéen, comme les Orientales du père de la Légende des siècles nous en ont laissé des modèles.Il y a bien dans tels coins un peu de verroterie, des vieilleries bazardées: ce sont les boutiques roulantes qui veulent s\u2019accrocher aux flancs de la cathédrale.L\u2019Idéalest, de l\u2019aveu de tous, un chant fort délicat et si résolument travaillé que le poète finit par y perdre ses moyens.L\u2019idéal doit monter, c\u2019est sûr.Il sera donc oiseau, un rossignol, encore que nos climats n\u2019en connaissent point.Mais, en montant, \u201cle gentil rossignolet\u201d, comme disait Ronsard, perd ses ailes, ses plumes et son duvet pour devenir une \u201curne qui penche\u2019\u2019, \u201cun ciseleur\u201d, un aigle, une 142 l\u2019action nationale fleur fraîchement éclose, un pèlerin, un ménestrel: incohérence! Mais à qui lit rapidement, les métamorphoses de l\u2019Idéal échappent, et l\u2019impression demeure d\u2019un envol qui monte et qui monte, hugolien comme la flèche de Nemrod, .jusqu\u2019au cœur de Dieu (p.45).A la maison de pierre forme une suite symphonique, une suite d\u2019odes plutôt, où domine l\u2019accent arcadien de la flûte pastorale.Les vocables, ici, me semblent moins ambitieux, plus attendris.La nature entière associe son existence aux cent voix, à la vie de la maison.Régionalisme virgilien, qui nous repose enfin du terroir forcené, canonisé en contrebande dans Maria Chapdelaine.Enfin, ceux que les demi-teintes ont conquis, soit en peinture, soit en musique, soit en poésie, goûteront les souples linéaments, les harmonieuses courbes, les grisailles estompées du Printemps, du Trois-mâts échoué, de la Locomotive, des feuilles d\u2019album d\u2019Albert Dürer.On découvre dans ces dernières compositions assez de maniérisme, comme un peu partout dans Choquette.Mais ce maniérisme a quasi la grâce du spontané.III J\u2019ai parcouru, à la hâte, dans un cahier noir qui m\u2019a passé par les mains, cet été, la Suite Maritime que l\u2019éditeur assure être en préparation.La BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 143 Suite Maritime marquera dans l\u2019œuvre de Robert Choquette une étape impressionnante.Déjà les Poésies nouvelles sortent de la banalité assez ordinaire à nos \u201cmâche-lauriers\u201d impénitents.Et le barde qui a su si bien chanter \u201cà travers les vents\u201d, qui a failli prendre des puces à la Pension Leblanc, dégagé des mousses de la savane et des flaques des ornières, du touffu qui retient encore trop son élan, méritera qu\u2019on se fatigue un peu à le suivre dans son ascension constante, vers le soleil et l\u2019air sans microbes des sommets.LES MÉDECINS AU CANADA-FRANÇAIS1 On ne se fait pas médecin pour le seul idéal de gagner de 1 argent.La medecine comporte une vocation, une sorte d\u2019appel vers un véritable sacerdoce.La médecine se prépare donc, et de bonne heure, au collège, par la mise en exercice perpétuel des facultés, par la curiosité scientifique, voire par une direction, extérieure si l\u2019on veut, où ne doit point entrer le hasard aux déconcertantes fantaisies.Il faut savoir dégager de l\u2019utilitarisme contemporain l\u2019âme médicale, c\u2019est-à-dire l\u2019âme d\u2019un homme \u201cqui se donne par amour, pour les souffrances d\u2019autrui\u201d.Et cette âme doit revêtir des apparences extérieures qui ne sentent pas la maladie.1 Les Médecins au Canada français, par le Docteur Joseph Gauvreau, registraire du Collège des Médecins et Chirurgiens.\u201cLe Devoir\u201d, Montréal 1933. 144 l\u2019action nationale Car, \u201cpour devenir médecin, il faut être robuste de corps et cultivé d\u2019esprit\u201d.Le médecin doit être un civilisé et non une bourrique.On est en droit d\u2019exiger de lui la bonne tenue, la distinction des manières, la dignité, la maîtrise de soi, la réserve, le tact, et la fierté (p.9).Le médecin de ville comme le médecin de campagne est obligé de se développer dans le sens de sa vocation.Ici comme là, il lui faut savoir sortir de ses fioles et de la routine, se consacrer, ou consacrer son temps libre aux œuvres sociales qui ont besoin de lui.Le médecin doit à tout prix, pour l\u2019honneur de son titre, pour l\u2019honneur du corps medical, éviter de devenir un mauvais médecin, le rêveur qui se perd en pipes, le louche agent des lâchetés complaisantes au vice, la victime des passions dégradantes de l\u2019ivrognerie, de l\u2019érotisme et des stupéfiants.L\u2019étude est là, pour le protéger.Car un médecin ne doit jamais mettre ses livres au rancart et se contenter des méthodes élémentaires.Il lui est nécessaire de devenir ou de rester homme de science.La science l\u2019aidera d\u2019ailleurs à demeurer homme de principes.L\u2019on comprend très mal un médecin canadien-français areligieux.Voilà, résumées rapidement, les idées du livre de M.Gauvreau.M.Gauvreau n\u2019a pas eu la pré- BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 145 tention d\u2019inventer quoi que ce soit.Il a fait, pour les jeunes gens surtout, la synthèse des qualités qui sont le lot du médecin de chez nous.Ces qualités n\u2019ont rien qui fasse crier.Elles sont toutes vivantes, autour de nous, dans ces médecins que la Providence a mis près de nous pour secourir les corporelles misères.L\u2019auteur s\u2019est ému de voir l\u2019insouciance que l\u2019étudiant apporte aujourd\u2019hui à la vocation médicale, le manque d\u2019idéal causé chez lui par la fièvre de la vie sportive et mondaine.Il a voulu prévenir d\u2019irréparables malheurs, et il faut le louer grandement de son attitude.M.Gauvreau a donné à son \u201cmessage\u201d l\u2019accent qui convenait.Pas de pédantisme dans les formules, aucune grandiloquence, mais la simple clarté de l\u2019écrivain qui tient à être compris de tout de monde.Le livre de M.Gauvreau se présente comme le vade-mecum de l\u2019étudiant en médecine et du jeune médecin.Il apporte donc en appendices des pages précieuses qu\u2019on aura sûr profit à consulter: programme des examens préliminaires, notes concernant l\u2019admission des bacheliers à l\u2019étude de la médecine, les droits et devoirs du médecin, les actes dérogatoires à l\u2019honneur professionnel et une fine conférence du \u201cdocteur Télesphore Parizeau\u201d.On a fait grief en certains coins du \u201ccatholicisme\u201d 146 l\u2019action nationale exagéré de M.Gauvreau.Cher M.Gauvreau, on ne pouvait, en voulant vous croquer, vous faire plus d\u2019honneur.On a aussi reproché à M.Gauvreau de n\u2019avoir pas suffisamment recommandé aux étudiants l\u2019étude de l\u2019anglais.Puérilité d\u2019une naïveté délicieuse! L\u2019auteur avait compris que c\u2019était là affaire de pédagogue, et que, pour le français que nos étudiants connaissent, leur bagage d\u2019anglais est tout à fait normal.Tel quel, l\u2019ouvrage de M.Gauvreau pourrait être, comme on l\u2019espère, le vade-mecum de tous nos bacheliers canadiens que tente l\u2019étude de la médecine.Il ne leur nuira certainement pas, et leur fournira souvent des directives d\u2019une incontestable autorité.René LAURENCE LIVRAISONS ÉPUISÉES Nos livraisons de février, de mars et d\u2019avril sont épuisées.Et il nous faut faire partir les abonnements nouveaux de septembre, bien qu\u2019on nous demande presque toujours tous les numéros parus.Nous faisons donc un nouvel appel à nos amis.Ceux qui ne conserveraient pas les numéros de la revue nous rendraient service en nous les adressant.Quelques-uns -\u2014 et nous les en remercions cordialement \u2014 nous ont envoyé leur livraison de février.Mais il nous en faudrait encore plusieurs. La Vie courante A lü jJQTë\tLes voyageurs qui passent par la gare Jean Talon\tJean-Talon, à Montréal, sont agréable- ment surpris de se trouver en face d\u2019étalages où domine, quand elle n\u2019y règne pas exclusivement, la langue française.Ce sont, il est vrai, des maisons canadiennes-françaises qui annoncent leurs produits: Dupuis Frères, la Corporation de Biscuits Viau, Bonin Frères.Mais nos manufacturiers et nos marchands se conduisent si souvent de tout autre façon que ce fait mérite d\u2019être signalé.Nous sommes certain qu\u2019aucune de ces trois maisons n\u2019a souffert de cette politique de bon sens.Elles s\u2019adressent à la majorité de leurs clients dans leur langue.N\u2019est-ce pas agir en négociants avertis ?Impression Quant aux touristes de langue étrangère, des touristes '*s ne saura'ent être offusqués par cette publicité.Elle doit leur plaire.Elle doit les attirer vers ces maisons vraiment canadiennes où ils trouveront des produits du pays, de la région.N\u2019est-ce pas ce qu\u2019ils cherchent lorsqu\u2019ils viennent magasiner chez nous: des objets qu\u2019ils ne trouvent pas dans leurs \u201c5 and 10 cents stores\u201d ?Ajoutons que cette publicité dans les gares a une importance particulière.C\u2019est le premier contact que les étrangers prennent avec nos villes.Il importe qu\u2019ils se sentent aussitôt dans une atmosphère française, au milieu d\u2019un peuple de langue française.Quelques Hélas, pour un fait de cette nature que nou! pièces relevons, combien de caractère tout opposés J\u2019ai sur ma table une vingtaine de pièces que je pourrais étaler, venues de tous côtés et témoignant, chacune à sa façon, de l\u2019anglicisation de notre vie, de ce vernis étranger dont les préjugés et le snobisme recouvrent les mani- 148 l\u2019action nationale festations de notre activité commerciale et industrielle.Ali-gnons-en quelques-unes.Montréal se pare de son titre de ville française.Elle s\u2019enorgueillit de quelques endroits historiques où planent d\u2019héroïques souvenirs des premiers temps de la colonie.Telle la place d\u2019Armes, bruyant carrefour où se croisent chaque jour des milliers d\u2019individus.L\u2019église Notre-Dame élève en face ses deux tours vénérables.Au centre, le monument du fondateur de la métropole dresse sa fière silhouette.L\u2019étranger qui l\u2019admire rencontre, en abaissant son regard, une affiche, une seule.Elle porte quatre mots, en gros caractères: SHOE SHINE\u2014CIGAR STAND.Même en ce lieu sacré le mercantilisme saxon.ou juif affirme sa main-mise sur la terre de Ville-Marie.en pis De W,al Vous voulez fuir ces laideurs, vous purifier le cerveau.Vous descendez vers le fleuve.A l\u2019extrémité du quai Victoria, une firme canadien-ne-française vous offre une promenade sur le Saint-Laurent.Prenez garde! Elle étale un nom qui ne vous remettra pas sur pied: VENISE CRUISING COMPANY.Nous pourrions continuer à citer des faits de ce genre.Mais Montréal n\u2019est pas la seule coupable.Un ami me raconte qu\u2019à Mégantic, petite ville des Cantons de l\u2019Est, absolument canadienne-française, il a vu une grande affiche annonçant l\u2019exposition de Sherbrooke.Elle était rédigée, du premier au dernier mot, en anglais.Qui donc veut-on gagner par de tels procédés ?Combien se montrent plus hommes d\u2019affaires les directeurs de l\u2019exposition de Toronto, qui ont fait installer dans la même ville une affiche française.Intervention Au tour de Québec, maintenant.Voici Opportune\tce ^ue -ie ^1S dans l\u2019Action catholique du 1er septembre: \u201cDes protestations ont été formulées hier après-midi à l\u2019exécutif par l\u2019échevin Emile Gosselin, contre le fait que très fréquemment des plans LA VIE COURANTE 149 soumis par les ingénieurs de la ville portent des explications rédigées exclusivement en anglais.Encore hier après-midi, des plans du viaduc de l\u2019Avenue Parent avaient été déposés sur la table de l\u2019exécutif, et ils ne portaient aucune explication française.Ce document portait cependant la signature de deux ingénieurs canadiens-français à l\u2019emploi de la ville.De \u201cA à Z\u201d il ne comportait que des explications en anglais\u201d.Il faut féliciter l\u2019échevin Gosselin de son intervention.Le nombre croît de jour en jour, nous semble-t-il, des Canadiens français qui ressentent les injustices dont souffre leur langue, qu\u2019elles viennent de leurs compatriotes ou d\u2019autres.Mais combien extériorisent leurs sentiments ?Combien protestent avec vigueur ?Combien tentent quelque redressement ?DeS paroles\tLà est la source de notre infériorité.Là aUX actes\test no,:re faiblesse.Des paroles, peu d\u2019actes.Si nous n\u2019encouragions que les marchands qui traitent équitablement notre langue, si nous n\u2019achetions que des produits étiquetés en français, si nous ne soutenions que les journaux qui défendent nos droits, si nous ne votions que pour les députés vraiment attachés à leur nationalité.bref, si l\u2019amour de notre langue inspirait notre conduite, l\u2019heure sonnerait vite de son respect, de son triomphe.Mettons-nous y donc, une bonne fois! Des actes, non isolés, intermittents, timides, mais crânes, répétés, en commun.A ce prix, à ce prix seulement, nous obtiendrons quelque résultat.Pierre HOMIER P.S.\u2014Plusieurs lecteurs nous ont signalé les nouvelles cigarettes \u201cDuchesse\u201d, fabriquées par la maison L.-O.Grothé.Ce sont les premières, semble-t-il, au pays dont les boites portent des inscriptions bilingues.Et d'après les informations qui nous sont parvenues, cela ne nuit pas à leur succès.Il faut féliciter la maison Grothé et lui souhaiter de continuer dans cette bonne voie.\tP.H. Vic de l\u2019Action nationale 2,000 abonnés bientôt Qu\u2019on le croie ou non, VAction nationale aura ses 2000 abonnés avant la fin de 1933.Nous ignorons quel est à date le nombre de ces braves qui ne craignirent pas de risquer $2.pour recevoir la revue, pour cette raison que ce nombre change chaque jour.Nous savons néanmoins que, vers la mi-septembre, nous comptions 1983 abonnés, et que la liste s\u2019est allongée depuis.Le chiffre de 2000, objectif premier de nos directeurs, longtemps considéré comme prétentieux, sera sûrement dépassé avant 1934.Un succès si complet nous réjouit, et nous sommes fiers d\u2019en faire part au lecteur.Réussite rapide Ne perdons pas de vue que \\'Action nationale eut des débuts modestes.On lança l\u2019idée de la revue sans un sou de capital, sans l\u2019assurance d\u2019un seul abonné.Quelques lettres circulaires furent envoyées, aux personnes susceptibles de s\u2019intéresser.Des annonces dans les journaux, auxquelles se joignirent les commentaires favorables des rédacteurs, dirent que VAction nationale allait naître.Ce fut là tout le travail de propagande.Le reste se fit de bouche à bouche.Dès la première livraison, celle de janvier dernier, 1000 personnes avaient adressé au secrétaire le prix de leur abonnement.Trois mois plus tard, le nombre des abonnés passait à 1500.Depuis, le mouvement s\u2019est continué.A tel point que, s\u2019il n\u2019y a pas arrêt subit, l\u2019objectif de 2000 sera atteint plus vite que nous n\u2019avons jamais espéré.Il va sans dire que nous remercions tous coux qui, de près ou de loin, ont contribué à cette réussite. VIE DE L\u2019ACTION NATIONALE 151 La revue d\u2019idées est nécessaire Evidemment, il y a chez nous de la place pour une revue d\u2019idées comme Y Action nationale.L\u2019accueil qu\u2019elle a reçu partout indique aussi qu\u2019elle venait à son heure.Il convient maintenant de ne pas s\u2019arrêter en route.Fixons un nouvel objectif, disons de 3000 abonnés, d\u2019ici la fin de 1934.Il est important que la revue rayonne davantage chaque jour.Un journal, une revue, un périodique quelconque n\u2019a d\u2019influence qu\u2019en raison de son tirage.Plus il a de lecteurs, plus ses idées sont susceptibles d\u2019avoir des échos dans les sphères diverses de l\u2019activité nationale.A quand donc les 3000 abonnés ?Soyons discrets Nous ne suivrons pas, ce mois-ci, nos directeurs et collaborateurs dans leurs allées et venues.Cela devient presque indiscret.Sans compter que nos gens sont tellement remuants que le chroniqueur a toutes les peines du monde à ne les point perdre de vue.Il faut aussi, de temps à autre, paraître les oublier.Ne serait-ce que pour ne pas les gêner dans leur modestie, et ne pas leur inspirer un orgueil qui leur serait préjudiciable.Pour compléter des collections Il y a probablement, parmi nos abonnés, des gens qui ne font pas la collection de la revue, qui ne tiennent pas à garder chacune des livraisons parues.Ceux-la nous rendraient un réel service en nous faisant tenir celles dont ils peuvent disposer.Nous demandions récemment la revue de février; nous demandons aujourd'hui toutes celles de janvier à juin.Elles permettront de compléter des collections.Nos réserves sont presque épuisées, et nous avons à tout propos des demandes 152 l\u2019action nationale d\u2019abonnement à partir de janvier.Mesdames et messieurs, si vous avez de vieilles Action nationale.Prière d\u2019adresser au secrétaire, a|s Palestre nationale, 840, rue Cherrier, Montréal.Et puis, remerciements anticipés, comme disent les ministres.Qu\u2019on fasse lire.L\u2019article de M.Anatole Vanier, sur Les Juifs au Canada, dans l'Action nationale de septembre, a été fort apprécié.Il était long, mais il n\u2019a ennuyé personne.Au contraire.Les échos que nous en avons eus disent combien il était opportun et comme il est en mesure de rendre service.Il s\u2019attaquait à l\u2019un des problèmes brûlants d\u2019aujourd\u2019hui; il aura certainement éclairé.Nous donnons ce mois-ci une étude élaborée du P.G.-H.Lévesque, O.P., sur le mouvement C.C.F.Qu\u2019on la parcoure avec attention, et surtout qu\u2019on ne manque pas de la faire lire autour de soi.Un témoignage Si l\u2019on veut maintenant un témoignage en faveur de l'Action nationale, qu\u2019on prenne connaissance de celui-ci, extrait d\u2019une lettre récente du supérieur du Collège Pontifical Canadien à Rome, M.J.-G.Bastien, P.S.S.: \u201cNos jeunes prêtres étudiants apprécient et estiment votre revue.Espérons que, de retour au pays, ils auront à cœur de la recevoir et d\u2019en bénéficier\u201d.Chaque courrier nous apporte des appréciations de ce genre.Notre humilité nous empêche de les livrer toutes à la connaissance du lecteur.Nous avouons cependant qu\u2019elles nous font plaisir, en ce sens qu\u2019elles nous rassurent sur l\u2019efficacité de notre travail.Et voilà.Au mois prochain.Harry BERNARD "]
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