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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1933-11, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019Université de Montréal La métropole du Canada, ville en grande majorité française et catholique, a-t-elle les moyens de laisser faillir son Université?S\u2019il est un peuple au monde qui ne saurait se dispenser des foyers de pensée nationale et religieuse que doivent être les universités dignes de ce nom, c\u2019est bien le nôtre.Et s\u2019il est chez nous une population qui a besoin que le flambeau de la foi, du patriotisme, de la culture française et catholique ne défaille pas, mais soit tenu avec fermeté et de plus en plus haut, c\u2019est bien celle de la ville et de la région de Montréal, si tristement travaillée par les influences les plus dissolvantes.La question aujourd\u2019hui n\u2019est pas de savoir si Vimmeuble de la montagne sera tôt ou tard parachevé, mais bien si l\u2019Université, faute d\u2019un budget suffisant, faute de la modique somme annuelle de $200,000., quand les les plus humbles universités américaines et anglo-canadiennes comptent par millions, devra fermer ses portes.Non, en vérité, nous ne nous croyons pas mûrs pour une telle humiliation.Qu\u2019il y ait eu des erreurs, c\u2019est fort possible, 154 L ACTION NATIONALE encore qu\u2019il soit plus facile de les discerner après qu\u2019avant coup.Mais que les infaillibles et les impeccables lancent la première pierre, en cette heure de désarroi général où chacun expie ses fautes et ses erreurs passées.Les erreurs de l\u2019Université, s\u2019il en fut, nous serons appelés comme tous nos compatriotes canadiens-français à en porter les conséquences.Nous n\u2019appuyons pas moins de tout coeur ceux qui, pensant que l\u2019Université doit survivre, ont entrepris d\u2019éclairer le public sur Vétendue de la catastrophe qui la menace, et par elle, nous menace.Nous demandons donc à tous ceux qui ne se croient pas d\u2019une essence unique dans le monde, mais sentent leur vie intimement liée à celle de notre petite collectivité canadienne-française, de fermer l\u2019oreille pour un instant aux mille rumeurs, souvent odieuses et contradictoires, qui courent la rue, et de réfléchir sérieusement au problème de l\u2019Université, de l\u2019envisager sous tous ses aspects, d\u2019en peser soigneusement les conséquences prochaines et lointaines.Nous ne doutons pas qu\u2019une telle méditation les décidera à donner un appui loyal à une oeuvre éminemment nationale et religieuse, qui a reçu jusqu\u2019ici plus que sa part de critiques mesquines et malveillantes.L\u2019ACTION NATIONALE Problèmes de l\u2019heure Vers Tordre Le programme de restauration sociale paru dans le Devoir du 30 septembre dernier aura sans doute causé quelque étonnement.Des hommes, un peu partout, portent en eux, comme une lumière cachée, la conception, l\u2019image d\u2019un monde nouveau.Ils se font chaque jour plus nombreux.Il s\u2019en est trouvé dans notre province.Sur un passé de prospérité fausse et désordonnée, sur un présent de misère, sur un avenir d\u2019anéantissante incertitude, ces hommes se sont penchés: prêtres que la sainteté de leur vie prédestine à l\u2019apostolat; laïques heureusement soustraits par l\u2019élévation même de leur culture à l\u2019empire quasi universel des forces matérialistes.Leur mérite est multiple.Ils ont d\u2019abord osé dire ce que d\u2019autres n\u2019osent même pas penser.Ils ont considéré la situation présente comme incurable à moins de l\u2019envisager sous l\u2019angle d\u2019une reprise totale.Ils n\u2019ont d\u2019ailleurs pas boudé les devoirs que l\u2019ordre social impose aux intellectuels comme à ceux dont les services peuvent davantage pour le bien et l\u2019enrichissement communs.Dans la mesure de leurs forces, ils ont assumé ce rôle de maîtres^ qui, à l\u2019occasion, peut leur être propre, et dont notr#' peuple, comme les autres, ne peut se passer.Il faut une certaine fierté pour refuser d\u2019accepter le monde 156 l\u2019action nationale tel qu\u2019il va; et le geste de ces maîtres correspond trop à l\u2019universelle inquiétude de notre temps pour que les générations plus jeunes ou contemporaines de la leur en ce pays ne soient pas unanimes à approuver, sinon peut-être la totalité de leurs moyens, au moins leur attitude.L\u2019INQUIÉTUDE DU MONDE ET LA NÔTRE Pourquoi ces hommes tentent-ils une telle reconstruction ?Ils savent parfaitement bien que l\u2019espèce d\u2019angoisse qui étreint le monde n\u2019est pas nouvelle.D\u2019autres sociologues avant eux, plus autorisés peut-être, ont marqué l\u2019histoire (la nôtre et celle de tous les peuples) de leurs protestations contre tel ou tel état de choses mauvais.Les générations de tous les temps réagissent toujours dans le sens de leurs besoins.Mais jusqu\u2019ici, on était ramené à la perspective de certaines réformes par la seule vue d\u2019un principe à sauvegarder, sans que fût mise en jeu l\u2019existence même de toute une civilisation.Le mal aujourd\u2019hui, ce n\u2019est plus cette inquiétude d\u2019ordre psychologique, sans grande prise sur la masse, n\u2019ayant de répercussion qu\u2019en une sphère déterminée de l\u2019existence et dans quelques esprits spéculatifs, curieux de la misère du monde.C\u2019est au contraire une inquiétude unanime, spontanée, une inquiétude qui déborde les cadres d\u2019une chaire, d\u2019une académie, ou de rares cerveaux prophétiques.L\u2019angoisse du VERS L\u2019ORDRE 157 monde est universelle parce qu\u2019elle prend la masse, parce que le désordre qui l\u2019engendre se marque dans un domaine matériel où il atteint l\u2019homme dans sa vie charnelle, dans son confort et son désir de satisfactions.Cette évolution s\u2019est faite lentement Pendant le dernier siècle, on a peu à peu construit des systèmes et formé des hommes sans souci des valeurs spirituelles.Partout, dans tous les pays, on a plus ou moins travaillé à cette chose mauvaise entre toutes qu\u2019on a déjà nommée \u201cla déspiritualisation de l\u2019être\u201d.On a désappris au peuple à envisager son destin sur terre autrement qu\u2019en fonction du bonheur matériel, immédiat.On a oublié qu\u2019un régime social uniquement basé sur la machine et la rationalisation soumettait la personnalité humaine à un déterminisme sans morale et sans foi religieuse et devait fatalement aboutir aux deux pires ennemis de l\u2019ordre: le matérialisme et l\u2019individualisme.De quoi s\u2019agit-il maintenant sinon de reprendre tout cela et de revenir aux données d\u2019un sens mieux éclairé et plus élevé ?C\u2019est pour cette raison qu\u2019aucune mesure de reconstruction ne peut être efficace, à moins d\u2019admettre que le désarroi contemporain, provoqué sans doute par des souffrances d\u2019ordre matériel, est essentiellement d\u2019ordre moral et que les contradictions qui rendent inacceptable la situation présente se résolvent toutes en\u2019une décadence du spirituel et de la charité ? 158 L ACTION NATIONALE Les auteurs du programme de restauration sociale ont compris qu\u2019il fallait d\u2019abord refuser d\u2019accepter le désordre actuel; et ils ont résolu d\u2019orienter vers un ordre meilleur les dirigeants et les masses.Pourquoi dès lors ajouter qu\u2019un tel programme était opportun, bien que le malaise dont souffre notre pays ne soit peut-être pas comparable à celui des autres nations ?Et si notre génération d\u2019âge mûr, en le proposant, entend ne pas s\u2019abandonner au doute qui est en elle, c\u2019est qu\u2019elle estime vital pour l\u2019avenir de notre peuple d\u2019opérer une réaction dans le sens des principes chrétiens, les seuls dont puisse venir le salut.Aussi bien, qu\u2019on ne s\u2019y méprenne pas.La restauration désirée ne va pas chercher son inspiration dans quelque philosophie poussiéreuse ou fraîchement dégainée.La doctrine catholique, renouvelée par les dernières encycliques des Papes, s\u2019offrait à servir de source.Les promoteurs de l\u2019ordre nouveau l\u2019ont utilisée à l\u2019exclusion de toute autre.On a même pu leur reprocher d\u2019avoir négligé de traiter la question au point de vue canadien-français.Ce grief est injustifié.Il se peut que leur souci premier ait été celui d\u2019une reprise de conscience strictement humaine, et non d\u2019abord celui d\u2019une renaissance nationale.Mais outre que le patriotisme procède de la morale sociale, et qu\u2019on pouvait avoir raison, pour assurer l\u2019épanouissement de celui-là, d\u2019envisager premièrement la VERS L ORDRE 159 restauration de celle-ci, il va de soi que la question nationale est trop intimement liée chez nous à la question religieuse et morale pour qu\u2019un tel programme puisse les séparer.La crise n\u2019est d\u2019ailleurs pas tant dans le patriote que dans l\u2019homme.C\u2019est primordialement un mal de conscience qu\u2019il faut guérir et le reste viendra par surcroît.Or, comment redresser efficacement la conscience de l\u2019homme, sinon par un retour aux principes chrétiens ?On sait trop, hélas, combien facilement monte le niveau de l\u2019anarchie lorsque grandit le règne de l\u2019athéisme.L\u2019ordre matériel ne se domestique pas uniquement par des théories rationalistes : la preuve en est faite par la faillite de l\u2019économie moderne.La suprématie du spirituel est un facteur nécessaire de l\u2019ordre, quel qu\u2019il soit, et c\u2019est au catholicisme, gardien du spirituel, qu\u2019il faut demander la lumière du monde.Si, depuis quarante ans surtout, on avait davantage écouté la voix des Souverains Pontifes; si, selon l\u2019expression de Léon XIII, l\u2019on avait admis \u201cqu\u2019à moins de faire appel à la religion et à l\u2019Église, il était impossible de jamais trouver à la question sociale une solution acceptable\u201d, on n\u2019en serait pas à retourner au point d\u2019où l\u2019on aurait dû partir et à reconnaître que l\u2019immense montée du progrès moderne constitue en fait un recul de ce que nous appelons civilisation.Le programme de restauration s\u2019appuie donc sur 160 L ACTION NATIONALE les enseignements de l\u2019Église adaptés à notre situation particulière.C\u2019est dire que, dans le domaine des principes, il n\u2019a pas la prétention d\u2019innover.Son originalité consiste surtout à présenter une synthèse à peu près complète des exigences de la justice en regard de nos besoins comme peuple et comme individus.Evidemment, tenter de régler notre situation à nous ne rétablira pas du même coup l\u2019équilibre mondial; car il est parfaitement clair qu\u2019au-dessus des problèmes locaux se pose à la conscience des nations un problème beaucoup plus étendu: celui de l\u2019humanité.Mais on admettra qu\u2019en travaillant à se guérir soi-même, chaque pays fournit au monde, en même temps qu\u2019un exemple, l\u2019élément d\u2019une transformation complète et finale.LA RESTAURATION DANS NOTRE PROVINCE Un tel programme exigeait la connaissance de nos besoins et des nécessités de l\u2019heure.Un seul coup d\u2019œil sur la matière traitée nous révèle que nos hommes d\u2019étude n\u2019en ont pas manqué.Au premier chef, le programme propose la restauration rurale.Ce chapitre groupe trois questions connexes, les plus importantes peut-être, en tout cas les plus fondamentales: l\u2019agriculture, la colonisation, la petite et la moyenne industrie.\u201cBase économique de la nation,\u201d l\u2019agriculture est en même temps dans notre province généra- VERS L\u2019ORDRE 161 trice et protectrice de capital humain.A ce triple titre, la politique qu\u2019il nous faut est celle qui saura la remettre en honneur.Parce qu\u2019elle est un rude métier, l\u2019agriculture exige de la part de l\u2019Église, de l\u2019État, des associations, une assistance matérielle et morale.Parce qu\u2019elle est une science, elle exige la compétence technique.Parce qu\u2019elle est une industrie essentielle, elle exige un développement au moins parallèle à celui des autres industries.Parce qu\u2019on l\u2019a plus ou moins négligée sous ces différents aspects, elle exige actuellement le traitement de faveur qui lui permettra de reprendre son rang et de remettre en équilibre toute notre organisation sociale.Pour la restauration de l\u2019agriculture existante, le programme parle de crédit agricole, d\u2019association professionnelle, d\u2019inventaire de la consommation, de la production et des territoires cultivés, de mise en valeur des terres par l\u2019enseignement des connaissances techniques et la fondation d\u2019écoles d\u2019agriculture.Il faut décongestionner les villes, ouvrir des centres neufs, même si l\u2019État doit pendant les trente années à venir consacrer à la colonisation les cent millions de dollars que, depuis trente années passées, il a employés à la création d\u2019une voirie d\u2019ailleurs magnifique.Il faut rapatrier les anciens cultivateurs que la ville a déracinés et qui demandent à fuir le chômage ou leur position de petits salariés pour redevenir les maîtres qu\u2019ils étaient autrefois.Il faut remettre en honneur les 162 l\u2019action nationale arts domestiques tués par la concurrence des produits manufacturés.Il faut enfin, en créant des centaines de petits centres, y développer la petite et la moyenne industrie qui compléteront l\u2019agriculture \u2018 en lui offrant un débouché pour ses produits et son surcroît de main-d\u2019œuvre\u201d.Le programme aborde ensuite la question ouvrière, les moyens de lutte contre les trusts, les réformes financières.Ce schéma, fort détaillé, s\u2019inspire des enseignements de l\u2019Église, particulièrement des encycliques Rerum Novarum et Quadragesimo Anno.Chaque énoncé mériterait d\u2019être séparément traité dans une étude spéciale (s\u2019il est vrai qu\u2019il reste encore en ces matières des choses qui n aient pas été dites et commentées cent fois).Notons seulement en passant que le plan de lutte contre les trusts vise surtout le monopole de l\u2019électricité, les cartels du lait, du pain, de la gazoline, du charbon.N\u2019osons pas prétendre au moins que ce ne soit là sujets d\u2019actualité! Enfin, les réformes politiques.La plus urgente est bien la création d\u2019un conseil économique provincial, conseil qui ne serait \u201cni un parlement, ni un rouage ministériel\u201d, mais un groupement de compétences techniques, renseignées sur la vie économique et nullement soumises aux tendances politiques.D\u2019un caractère consultatif, ce groupe est indispensable à une économie dirigée à cause des lumières qu\u2019il peut apporter au gouvernement tant sur les ques- VERS L\u2019ORDRE 163 tions d\u2019ordre général que sur les moyens d\u2019organiser l\u2019économie nationale.Il est nécessaire que les gouvernants ne méconnaissent pas les réalités de fait économique et sociale, et il faut quelqu\u2019un pour les leur dire, si l\u2019on veut éviter qu\u2019ils ne sacrifient trop souvent les principes à la tactique.Le programme est d\u2019ailleurs précédé et suivi d\u2019une espèce de credo politique qui révèle avec quel souci de l\u2019intérêt national ont procédé nos hommes d\u2019étude.Deux points entre autres: l\u2019opposition à toute immigration étrangère et la fondation de l\u2019ordre sur le respect total de la Constitution.En un temps où le seul remède efficace contre le chômage est de décongestionner les populations urbaines par la décentralisation de l\u2019industrie et le retour à la terre, il serait insensé, pour le seul profit de gouvernements lointains ou de grosses compagnies de transport, d\u2019ouvrir librement nos frontières à des gens souvent refusés par d\u2019autres pays, en tout cas ignares et pauvres, capables tout au plus de s\u2019entasser dans nos villes et d\u2019augmenter le nombre des miséreux.En un temps où l\u2019on conçoit très nettement l\u2019impossibilité d\u2019une amélioration sans la collaboration des différents éléments du pays, il serait imprudent de limiter ou de méconnaître tout à fait certains droits, de favoriser follement des facteurs de discorde qui sont une entrave, à l\u2019établissement de la paix et de la prospérité, et de faire perdre en revendications oiseuses le temps 164 l\u2019action nationale qu\u2019on pourrait employer à travailler au relèvement et au bien communs.On peut avoir de solides raisons de craindre que ce rappel à la logique et au respect du droit ne soit pas inutile.Ce sont là malheureusement des vérités qu\u2019il faut dire même après soixante-six ans de Confédération.LA COLLABORATION NÉCESSAIRE Mais il ne suffit pas de concevoir un ordre et de l\u2019adapter à ses besoins: il faut encore lui donner l\u2019appui d\u2019une volonté réalisatrice.L\u2019efficacité d\u2019une mesure dépend sans doute de sa valeur intrinsèque; elle dépend également d\u2019une adhésion totale et unanime.Ce devoir de collaboration, nous n\u2019avons pas la liberté de l\u2019accepter ou de le mépriser à volonté, parce qu\u2019il s\u2019impose avec la vigueur d\u2019une dernière mesure de salut.\u201cEncore un programme!\u201d diront sans doute ceux que désespèrent notre séculaire complaisance pour les doctrines et notre répugnance à l\u2019action.C\u2019est naturel.Qu\u2019il y ait des sceptiques à convertir, ce n\u2019est là qu\u2019un apostolat de plus.Mais qu\u2019on écoute d\u2019une oreille trop attentive ces résignés qui crient à l\u2019inutilité d\u2019une reprise de conscience, voilà ce que la conscience elle-même ne peut admettre.Ah! si pour le développement de notre personnalité ethnique et l\u2019organisation de notre petite société, nous avions tenté tous les efforts et combattu, tous les combats; si nous avions épuisé la VERS L\u2019ORDRE 165 mesure de nos forces dans l\u2019élaboration d\u2019un ordre conforme à nos traditions religieuses et nationales; s\u2019il était bien prouvé qu\u2019aucune vie ne nous est plus possible comme groupement canadien-français et catholique, l\u2019on concevrait qu\u2019il parût ridicule de chercher le moyen de ressusciter un mort ; et le seul geste permis serait bien alors de tirer le linceul.Mais une double constatation nous empêche pour le moment de laisser la vie \u2014 qui nous reste abondante \u2014 s\u2019échapper par les blessures que nous nous sommes faites.C\u2019est d\u2019abord la certitude de n\u2019avoir jamais très sérieusement travaillé à l\u2019édification de notre vie par la mise en pratique de doctrines sociales depuis longtemps élaborées.C\u2019est ensuite la certitude d\u2019avoir maintenant en mains, par ce programme de restauration sociale, le plus efficace moyen d\u2019y parvenir.Comme conséquence, un accord des volontés est avant tout nécessaire.L\u2019État doit comprendre son rôle et ne pas s\u2019y dérober.Chaque individu doit fournir sa collaboration personnelle, même s\u2019il lui faut, pour remonter vers l\u2019ordre, s\u2019appliquer d\u2019abord au redressement de sa propre conscience.Et premièrement, l\u2019État.La réforme des institutions le met tout de suite en cause.Non pas que de ce nouvel Orient il faille tout attendre ! Mais on doit bien reconnaître que, depuis le jour où l\u2019individualisme moderne a brisé l\u2019intense mouvement de vie sociale qui s\u2019épanouissait jadis en groupe- 166 l\u2019action nationale ments divers, il ne reste maintenant plus guère en présence que les individus et l\u2019État, celui-ci étant accablé sous une quantité à peu près indéfinie de charges et de responsabilités, qui devraient être normalement abandonnées à des groupements de moindre importance.Quoi qu\u2019il en soit de cette déformation sociale et du remède qu\u2019y apporteraient les associations professionnelles, le point qui nous intéresse est de voir nos gouvernants rester fidèles au minimum d\u2019obligations qui leur sont propres.Dépositaires de l\u2019autorité émanant de Dieu, ce sont eux qui font les lois.Ce formidable pouvoir, personne ne le leur contestera, aussi longtemps qu\u2019ils se souviendront qu\u2019au-dessus d\u2019eux, dans le domaine des choses morales, il existe une société supérieure appelée l\u2019Église; aussi longtemps qu\u2019ils respecteront la doctrine qu\u2019elle enseigne et les principes qu\u2019elle sauvegarde depuis des siècles.Ils devront s\u2019attacher à poursuivre une politique respectueuse de la justice collective et distributive, de la famille, de la personnalité humaine, en un mot, de la morale publique.Toutes les vertus sont d\u2019ailleurs nécessaires aux gouvernants, même l\u2019humilité.Nous n\u2019osons pas croire que nos hommes d\u2019État, par exemple, aient jamais la tentation de se formaliser de ce que des \u201cphilosophes\u201d pénètrent dans le capharnaüm de la chose publique.Ils auraient tort de prendre pour VERS L\u2019ORDRE 167 une façon dégagée de leur donner des leçons l\u2019attitude désintéressée de nos hommes d\u2019étude.Ceux-ci croient essentiel que, dans la conduite d\u2019un pays, une opinion libre s\u2019élabore en dehors des Chambres.Pressé par les circonstances, l\u2019homme public non seulement ne philosophe pas, mais n\u2019arrive souvent qu\u2019à atténuer les problèmes à coup d\u2019expédients, sans pouvoir se préoccuper suffisamment des relations étroites entre la politique et la saine sociologie.Pourquoi dès lors refuserait-il le concours des intellectuels qui, s\u2019ils n\u2019ont pas toujours son expérience pratique et vécue, n\u2019ont pas non plus ses entraves et ses impuissances?Il importe d\u2019ailleurs que, dans l\u2019adaptation d\u2019une doctrine aux besoins d\u2019un peuple, une étroite collaboration s\u2019établisse entre ceux qui font les lois et ceux qui peuvent les inspirer.Evidemment, l\u2019État ne saurait pourvoir seul à la tâche.Rien ne se fera sans l\u2019action concertée des gouvernants et des individus.C\u2019est ici la part de la masse, notre part à tous.Est-il nécessaire de faire d\u2019abord appel à la génération d\u2019âge mûr?La chose paraît incroyable.La misère des temps présents est son œuvre, le fruit de ses labeurs, l\u2019aboutissant de ses systèmes.Il semble invraisemblable qu\u2019elle hésite à répudier d\u2019elle-même ses erreurs.Et pourtant, ne voit-on pas un grand nombre d\u2019hommes, encore trop près d\u2019un passé auquel ils ont donné toute leur vie, s\u2019ef- 168 L ACTION NATIONALE forcer de refaire jusqu\u2019à la fin ce qu\u2019ils ont si mal fait, tenter de remettre en équilibre cette roue d\u2019une organisation économique qui a si fatalement descendu la pente ?Malgré les terribles leçons que les événements leur ont données, ils essaient de rebâtir sur les ruines qui les ont écrasés, sans songer qu\u2019il manque à leur édifice cette base indispensable qu\u2019est l\u2019élément spirituel.Or, ce geste est condamnable, parce qu\u2019il méprise la lumière.Cet oubli de la saine politique, ce matérialisme déchu, il y a au moins des gens chez nous qui n\u2019en veulent plus: ce sont les jeunes.Devant ce monde qui, \u201cs\u2019il n\u2019a pas perdu son âme, l\u2019a du moins en partie oubliée,\u201d la seule attitude possible pour un jeune homme soucieux à la fois de son avenir et de ses responsabilités personnelles, est tout indiquée.Il ne l\u2019écrase pas seulement de ses protestations.Il le refuse.Quoi qu\u2019en pensent les hommes dits d\u2019expérience qui gémissent et perdent la tête, nos jeunes gens, neuf fois sur dix, ont matériellement souffert de la crise économique plus que tous les autres, n\u2019ayant même pas les moyens de consolider leur situation matérielle et sociale.Ce qu\u2019il en coûte pour assister à la faillite d\u2019une civilisation, ils le savent.Cette civilisation qui tente de remplacer l\u2019homme réel par l\u2019homme économique, la morale par la rationalisation, ne leur propose plus aucune chance de s\u2019échapper et d\u2019envisager quelque grand dessein VERS L\u2019ORDRE 169 d\u2019avenir, si ce n\u2019est peut-être la lutte qu\u2019ils auront à livrer pour se débarrasser d\u2019elle, pour se soustraire à l\u2019emprise des forces matérialistes et revenir aux doctrines qui les mèneront où ils veulent aller: vers la paix, vers l\u2019ordre.Ils se doivent à eux-mêmes et aux générations qui les suivront de prendre dès maintenant une attitude devant la vie.Non par plaisir de rompre en visière avec l\u2019ordre établi; non parce que la révolte leur paraît supérieure à la soumission, mais pour retrouver cette chose perdue qu\u2019est le sens d\u2019une doctrine intégralement juste et sociale, ils suivront nos hommes d\u2019étude et adhéreront franchement au programme de restauration.Pour un adolescent, il n\u2019y a qu\u2019un genre de problème qui passionne: celui qui touche à son rôle parmi les hommes.Et c\u2019est pourquoi la jeune génération chez nous manifeste de l\u2019inquiétude.Elle a conscience d\u2019un péril.Elle bouge.Elle suscite sous nos yeux des mouvements; elle crée des expressions d\u2019opinion nouvelles.Cela devrait être un avertissement à ceux qui croient qu\u2019elle acceptera, avec l\u2019atavique placidité héritée d\u2019aïeux paysans, une soumission indéfinie au roulis des événements.Elle veut sortir de \u201ccette pire forme de dilettantisme qu\u2019est le refus de toute discussion\u201d.Elle veut savoir où on la mène et ce qu\u2019on attend d\u2019elle.Jeunesse ouvrière en butte au chômage, aux misères, aux propagandes et aux déformations 170 l\u2019action nationale morales; jeunesse étudiante qu\u2019obsèdent la question de l\u2019enseignement et le choix d\u2019une carrière en état de mener au succès et à l\u2019exercice d\u2019un rôle social; jeunesse professionnelle aux prises avec les nécessités et les responsabilités de la vie quotidienne, dont le poids constitue pour l\u2019esprit un si évident péril d\u2019engourdissement et menace de transformer bien vite les plus fougueux et les plus enthousiastes en de calmes bourgeois, soucieux seulement de confort et de valeurs boursières; c\u2019est à toute cette jeunesse que s\u2019adresse surtout le programme de restauration sociale, parce qu\u2019elle a encore assez de temps devant elle pour voir, s\u2019il le faut, crouler un monde, en naître un autre, et pour s\u2019adapter à de nouvelles conditions d\u2019existence.En somme, c\u2019est au prix d\u2019une collaboration générale que s\u2019opérera le retour à la vie normale.Sans doute, tout n\u2019est pas mal chez nous, et ce n\u2019est pas pour des abus qu\u2019il faut condamner l\u2019ensemble d\u2019un régime.Mais il y a des mesures et des attitudes qui s\u2019imposent.Nos hommes d\u2019études ont fait leur part.Que chacun maintenant fasse la sienne, surtout l\u2019État, surtout les jeunes.Jean-Paul VERSCHELDEN Portrait Maurice Duplessis Chef de VOpposition provinciale Physique exubérant, dynamique.Le teint, la prestance, la démarche expriment la joie de vivre, la confiance en soi et dans la vie.Le pas est souple, décidé.Dans le masque plein, taillé en force, les yeux mettent une flamme mobile, narquoise.Il aime la bataille joyeuse.Peut-être trop.On a Vimpression qu\u2019il cherche la lutte pour le plaisir d\u2019attaquer, de croiser le fer, de lancer des traits.Conviction ou jeu?Qu\u2019il aborde un ami ou un adversaire, le premier contact est ordinairement offensif.Il taquine, blague, fait des mots ordinairement réussis.Il blesse parfois, mais il a tant de rondeur, d'allant, que la victime encaisse les coups avec bonne grâce.Tournure d\u2019esprit précieuse pour un chef d\u2019opposition.A cette escrime continuelle, l\u2019esprit s\u2019avive, s\u2019aiguise, découvre rapidement le point faible d\u2019un argument ou d\u2019une situation et en tire parti sur-le-champ.Sur le parquet de la chambre, il est dans son élément.Peu de députés pratiquent autant que lui la vertu de présence.Il est assidu à toutes les séances et il ne siège que pour le 172 l\u2019action nationale débat.Même si un député traite banalement un sujet insignifiant \u2014 ce qui arrive parfois!\u2014 il l\u2019écoute avec une attention soutenue, guettant le moment opportun d\u2019intervenir.Un sourire malicieux laisse prévoir ïattaque, le trait toujours lancé à point, de façon à produire son plein effet sur Vadversaire.et sur la galerie.Il ne se passe guère de séance où il n\u2019élève la voix à plusieurs reprises.Ses interventions sont attendues avec curiosité.Elles offrent toujours du piquant, de l\u2019imprévu.Elles mettent une note vivante dans la grisaille des déba ts.Le député des Trois-Rivières a introduit au Parlement un ton de polémique où l\u2019esprit, la bonne tenue et la gentilhommerie conservent leurs droits.Il sait être mordant à ï occasion mais sans dépasser certaines limites.Il se targue de \u201cne jamais frapper son adversaire en bas de la ceinture\u2019\u2019.L\u2019usage de certaines armes lui répugne et quelques-uns de ses partisans moins délicats lui font grief de cette retenue.Maurice Duplessis n\u2019a rien du grand orateur populaire.Il parle sans recherche, avec des négligences de forme et de prononciation qui étonnent.On l\u2019écoute avec intérêt parce qu\u2019il est clair, précis, et qu\u2019il va droit au but sans MAURICE DUPLESSIS 173 détours inutiles.Il cherche à convaincre moins par Véloquence que par la raison.Son action oratoire est modérée.Peu de gestes.Quand il argumente de façon serrée, l\u2019index pointé ponctue le raisonnement.Lorsqu\u2019il veut lancer une boutade ou décocher une malice spirituelle, les mains se croisent derrière le dos et la taille se cambre avec un air de défi confiant.Mais c\u2019est surtout dans le travail d\u2019organisation qu\u2019il est passé maître.Il connaît les hommes et son flair lui indique de façon certaine dans quel sens il doit orienter ses efforts.Prudent et maître de lui-même, il ne laisse rien au hasard, car il sait que la chance pure n\u2019est pas un gage stable de succès! Jusqu\u2019ici, c\u2019est surtout par les qualités secondaires de l\u2019homme d\u2019État que Duplessis s\u2019est assuré les succès qu\u2019il a connus: talent d\u2019organisation, facilité d\u2019élocution, souplesse d\u2019esprit, subtilité de jugement, sens juridique acquis par tradition familiale et par son expérience personnelle d\u2019avocat.Il lui a manqua une culture générale suffisamment approfondie, une ampleur de vision capable d\u2019envisager les problèmes sous tous leurs aspects, et, peut-être, le feu sacré des grands convaincus.C\u2019est ce qui explique pourquoi il n\u2019a pu créer encore de programme strictement ori- 174 L ACTION NATIONALE ginal, ni attacher son nom et son talent à aucune grande question nationale.Mais il serait imprudent de tirer trop vite des conclusions.Duplessis est jeune.Il a du cran, de Vambition, de la volonté.Ses responsabilités de chef donnent déjà un autre ton à ses attitudes.Son passé porte assez de promesses pour autoriser bien des espoirs.Ses amis lui reprochent de trop \u201cfaire à sa tête\u2019\u2019.C\u2019est là une qualité de chef: à condition de ne pas la pousser trop loin, ni de vouloir tout régler sans prendre conseil de personne.Jusqu\u2019ici la formule du jeune chef de l\u2019opposition s\u2019est avérée efficace.Qu\u2019il continue de l\u2019appliquer avec sagesse et avec force.Il y a trop d\u2019inquiétude et de dégoût dans l\u2019air pour que les problèmes actuels puissent se régler sans rompre avec les vieux cadres et les anciennes méthodes.Le peuple souhaite confusément un Chef qui lui apporte du nouveau.Maurice Duplessis pourra-t-il être ce Chef?Le voudra-t-il? La vie féminine De l'influence des femmes L\u2019influence.ce pouvoir mystérieux que nous exerçons les uns sur les autres est inséparable de notre personnalité: il nous accompagne comme notre ombre; comme elle, il s\u2019étend ou se contracte suivant la lumière qui nous éclaire.Rien de ce que nous disons, rien de ce que nous faisons n\u2019est indifférent.Et ce n\u2019est pas seulement par des expressions voulues de nos pensées que nous communiquons avec les autres: il y a comme un reflet de notre vie intérieure qui palpite hors de nous, dont l\u2019âme d\u2019autrui perçoit le souffle et qui inspire la confiance ou la défiance, le bien ou le mal.Parmi toutes les influences actives dans le monde, celle de la femme, si subtile, si instinctive, et parfois si involontaire, est l\u2019une des plus considérables.Les hommes sérieux, en étudiant les problèmes sociaux pour en chercher la solution, comptent-ils suffisamment avec cette force qui peut faire ou défaire les usages, les mœurs, la famille et la société ?C\u2019est cependant une vérité indéniable que la femme comme mère, éducatrice et facteur social, crée la nation. 176 l\u2019action nationale Mais alors, quand tout va moins bien dans le pays, que le luxe est déraisonnable, que le sens religieux et moral s\u2019affaiblit, que l\u2019esprit de famille diminue, faudrait-il en rendre la femme responsable ?Oui, hélas, au moins en grande partie.Et c\u2019est parce que toutes les femmes ont leur part de responsabilité dans les dangers nouveaux qui menacent la famille et la société, que chacune est tenue de travailler à la réaction qui s\u2019impose.Les femmes qui voient clairement l\u2019importance de leur rôle savent que, lorsqu\u2019il est bien compris et bien rempli, il suffit à combler une vie de femme et à l\u2019élever très haut.Mais ce rôle n\u2019est pas toujours accepté.Les unes ferment volontairement les yeux afin de ne pas le voir; d\u2019autres, par ignorance, ne le connaissent pas assez; il y en a qui sont bien renseignées et le mettent de côté par lâcheté; et peut-être, les plus nombreuses sont-elles celles qui se laissent envahir par la lassitude exprimée par \u201cl\u2019à quoi bon ?\u201d des âmes paresseuses dont nous faisons toutes partie à nos heures grises.Et quand nous voyons les résultats de notre inertie et de notre imprudence, nous sommes tentées de nous décourager! N\u2019ajoutons pas cette dernière lâcheté à toutes les autres! Puisque, sans le vouloir, nous influençons DE L\u2019INFLUENCE DES FEMMES 177 notre entourage, pensez à ce que nous obtiendrions, par une action réfléchie et voulue! Trop de femmes sont complètement absorbées par les occupations et les soucis ménagers.Elles se laissent vivre: ballottées par la bonne ou la mauvaise fortune, travaillant beaucoup, endurant avec patience, mais, ne pensant pas assez.Elles n\u2019ont pas conscience de la valeur de tous leurs devoirs, et elles négligent parfois les plus importants, bonheur du mari, éducation des enfants, pour se donner trop à la partie matérielle de leur tâche, et leur bonne influence est amoindrie par leur infériorité intellectuelle.On peut être bonne ménagère et savoir tout de même évoluer à l\u2019aise dans le domaine des idées.Même si son instruction est sommaire, une femme intelligente arrive à cultiver son esprit par un choix judicieux de lectures et la fréquentation de gens instruits.Une mère qui a des connaissances variées, du jugement, des principes clairs et solides, fait plus pour la formation morale de ses enfants que tous les éducateurs du monde ?N\u2019ayons donc pas peur de généraliser la culture intellectuelle des femmes, et n\u2019allons pas croire à cette absurdité, que le goût de l\u2019étude éloigne la femme de sa vocation de femme.Il y a maintenant, au Canada, un mouvement 178 l\u2019action nationale général vers une plus grande culture féminine : une élite de femmes et d\u2019hommes supérieurs a compris, bien mieux que je ne puis le dire, ce que la femme instruite peut réaliser de bien dans l\u2019éducation, la charité bien entendue, et l\u2019action sociale.La culture de l\u2019esprit est nécessaire parce que les femmes ont charge d\u2019âmes.Leur instruction religieuse doit être forte et large; il faut qu\u2019elles soient renseignées sur tout ce qu\u2019il importe de croire, de savoir et de comprendre.On ne doit pas oublier que si la volonté est le moteur de toute action humaine, elle n\u2019est jamais que la servante de notre intelligence qui la conseille et la dirige, et l\u2019Idée est donc la grande éducatrice de la Volonté.En élevant le niveau intellectuel de la femme, les enfants seront mieux élevés, les maris plus heureux, la famille organisée avec plus d\u2019intelligence.J\u2019ai déjà entendu objecter à cela qu\u2019autre-fois les femmes canadiennes, peu instruites, étaient d\u2019excellentes éducatrices.Nos mères avaient une solide formation religieuse et morale, très rare de nos jours, et une autorité indiscutée; elles s\u2019occupaient personnellement de leurs enfants plus que les mères actuelles ne le font; d\u2019ailleurs on constate, par les correspondances anciennes, qu\u2019elles étaient parfaitement renseignées sur toutes les choses du pays, que DE L\u2019INFLUENCE DES FEMMES 179 les hommes les consultaient habituellement et qu\u2019un grand nombre écrivaient mieux le français que la majorité des femmes d\u2019aujourd\u2019hui.Les parents ont laissé entamer leur autorité et ils n\u2019auront du prestige et de l\u2019influence que par la supériorité intellectuelle, toujours si attirante pour la jeunesse.L\u2019influence de la femme est très malfaisante quand elle est au service du diable, et depuis la triste histoire du paradis terrestre, il ne cesse de l\u2019attirer vers les fruits défendus.Son ignorance et sa légèreté ont bien plus de part que la malice dans le mal qu\u2019elle commet et celui qu\u2019elle fait commettre.Les femmes excellent donc à propager le mal et le bien.A mon avis, rien ne devrait être négligé pour les intéresser aux bonnes causes et les leur confier: économie, simplification de la vie, rétablissement de l\u2019autorité familiale, retour à la terre, autant de questions qui les touchent directement, et où leur influence serait toute puissante, si l\u2019on s\u2019adressait à elles dans des conférences, et si l\u2019on faisait d\u2019elles des apôtres qui sauraient convaincre leurs soeurs.Au sujet du retour à la terre, je l\u2019ai dit, écrit, et je le répète avec une conviction absolue: l\u2019amour de la terre ne sera ressuscité que par l\u2019influence des femmes, et le retour à la terre 180 l\u2019action nationale s\u2019effectuera quand les femmes consentiront à y chercher leur bonheur.Lentement les campagnes se sont dépeuplées: exode aux Etats-Unis ou établissement dans les villes; croyez-moi, les femmes ont eu leur mot à dire dans ces décisions déplorables! Si les femmes l\u2019avaient voulu, les hommes n\u2019auraient pas abandonné leurs terres, et quand les femmes le voudront, ils y reviendront.C\u2019est la jeunesse qui ne veut plus se résigner à vivre à la campagne ?Pourquoi, sinon que rien n\u2019a préparé les enfants à aimer la vie de l\u2019agriculteur ?Ne m\u2019occupant que des femmes dans ce court article, je vous demande s\u2019il est possible, quand les jeunes filles sortent de nos couvents, qu\u2019elles n\u2019aient pas les goûts et les ambitions des citadines, puisqu\u2019elles ont été formées absolument de la même manière ?Qu\u2019on leur donne autant d\u2019instruction générale, mais que la vie et les travaux agricoles soient mis à l\u2019honneur et enseignés comme ils doivent l\u2019être.Que quelques couvents se spécialisent et deviennent des couvents agricoles, où les religieuses auront été préalablement préparées pour ce genre d\u2019éducation.Les jeunes filles apprendraient là la noblesse de leur vocation ; on leur en donnerait la fierté.On leur démontrerait que l\u2019aisance est le DE L\u2019INFLUENCE DES FEMMES 181 résultat de labeurs éclairés, constants et intelligents.On leur persuaderait que, pour être heureux à la campagne, il faut aimer la terre absolument, pour toujours, et lui faire confiance malgré tout.Les femmes devront accepter, avec leurs hommes, les travaux parfois pénibles, les traîtrises de la température, la monotonie du cycle recommençant des mêmes travaux: inlassablement, il faudra labourer, semer, moissonner, et l\u2019année suivante, recommencer, la femme aidant l\u2019homme, lui faisant un bon intérieur confortable, dans la joie confiante et paisible d\u2019enfants de la terre qui savent que leur mère généreuse leur rendra largement ce qu\u2019ils font pour elle.Et parce qu\u2019elle sera intelligente et instruite, la femme du cultivateur saura entretenir chez elle l\u2019activité de l\u2019esprit: les journaux, les livres, les revues auront leur place dans la grand\u2019salle où le poêle jette ses lueurs Elle élèvera ses enfants dans l\u2019amour de la terre qui la possède, et par ses soins, peu à peu, le côté matériel de leur vie se transformera, la maison sera plus attrayante, la nourriture plus variée, l\u2019existence plus agréable.Il y aurait tant à dire sur ce sujet, sur les possibilités de l\u2019avenir, se servant de l\u2019expérience du passé lointain, où les ancêtres, tout en cultivant la terre, s\u2019intéressaient aux choses de l\u2019es- 182 l\u2019action nationale prit, à la politique, aux problèmes graves du pauvre Canada français, abandonné, et dont ils se faisaient les gardiens! Les cercles de fermières, si bien organisés en bas de Québec, devraient être multipliés partout.Ce sont d\u2019excellents foyers d\u2019instruction, d\u2019initiative, d\u2019émulation et de saine ambition.Enfin, si l\u2019on consent à se servir de l\u2019influence des femmes, qu\u2019on les intéresse à toutes les questions sociales, qu\u2019on s\u2019adresse à elles, qu\u2019on les associe au travail de propagande, et le succès des bonnes causes répondra bientôt aux espérances de ceux qui en parlent si bien! FADETTE A SHERBROOKE, ON EST INQUIET Parlant de français, les gens de Sherbrooke sont inquiets.Auront-ils, ou n\u2019auront-ils pas un chef de Douanes de langue française, ou du moins honnêtement bilingue ?Il parait, dit le Messager de Saint-Michel, (Sherbrooke), qu\u2019il se trame dans l'ombre un complot pour faire nommer bientôt, en décembre, un nouveau chef des Douanes qui parle et comprend le français comme un Iroquois parle l\u2019hébreu et comprend la poésie pure.Si le complot réussit, le journal se propose de dénoncer publiquement ceux qui en auront été responsables.Us ne l\u2019auront pas volé.La population de Sherbrooke, aux trois quarts bilingue, se laissera-t-elle imposer sans rien dire un fonctionnaire incapable de la servir comme il se doit ?H.B. Après cent ans Le curé Lâbelle L\u2019HOMME D\u2019UNE IDÉE \u201cLe curé Labelle est peut-être l\u2019homme le plus étonnant qu\u2019on ait vu au Canada.\u201d En étudiant la vie du légendaire \u201croi du nord\u201d, les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui ne peuvent s\u2019empêcher de souscrire à ce jugement d\u2019Arthur Buies.Le curé Labelle fut l\u2019incarnation d\u2019une idée, d\u2019une conviction, d\u2019un principe.C\u2019est ce qui fit sa force, l\u2019influence et la fascination qu\u2019il exerça pendant sa vie comme après sa mort.Il fut nommé curé de Saint-Jérôme en 1868, aux pires jours de l\u2019émigration de nos compatriotes vers les États-Unis.L\u2019indifférence avec laquelle les autorités d\u2019alors assistèrent à ce coulage de notre race, n\u2019a d\u2019égale que l\u2019apathie de nos dirigeants d\u2019aujourd\u2019hui en face du problème des problèmes actuels: l\u2019établissement de nos jeunes gens.\u201cSi une épidémie ravageait notre population, disait le grand colonisateur, au point de conduire trente ou quarante mille personnes chaque année au cimetière, que de sacrifices ne ferions-nous pas pour enrayer le fléau! S\u2019il ne manquait que de l\u2019or ou de l\u2019argent pour nous procurer le remède à ce mal, que de trésors nous épuiserions pour nous 184 l\u2019action nationale l\u2019assurer.Eh bien! l\u2019émigration aux États-Unis, c\u2019est, pourrait-on dire, comme un cimetière pour notre race.Que de bras, que d\u2019intelligences, que de travail et de profit sont, par elle, perdus pour nous, comme si nous les portions au cimetière!.\u201d Pendant ce lugubre défilé des nôtres vers l\u2019exil, on commençait à parler de noyer les débris de notre race au Canada sous des flots d\u2019immigrants.D\u2019autre part, le curé Labelle savait bien que, dans les villes canadiennes ou américaines, nos compatriotes ne seraient toujours, à peu d\u2019exceptions près, que des serviteurs de maîtres étrangers.Qu\u2019allions-nous devenir en délaissant la terre qui avait fait notre force de résistance sous la domination française et notre salut après la conquête?Alors, dans l\u2019intelligence de ce grand patriote qui avait autant de cœur que de génie, une idée s\u2019ancra si profondément qu\u2019elle fut le mobile, le ressort de sa carrière si féconde.C\u2019est que pour nous, Canadiens français, un dilemme se pose: nous devons nous emparer du sol, nous enraciner à la terre par l\u2019agriculture et la colonisation ou.disparaître comme entité ethnique.Dès lors, dit un de ses biographes, \u201cles facultés de son âme, les forces de son corps, sa position, son influence sont au service de cette idée.Il ne pense qu\u2019à sa colonisation, il n\u2019aime qu\u2019elle, elle l\u2019absorbe, le tourmente, le dévore\u201d. LE CURE LABELLE 185 Le curé Labelle n\u2019était pas un rêveur et un illuminé.Pour lui, la pensée, c\u2019est l\u2019action! Les grands discours pour jeter de la poudre aux yeux ne sont pas son fait.Ses méthodes de colonisation sont pratiques parce qu\u2019elles sont basées sur une profonde connaissance de ses compatriotes, de l\u2019histoire et de la géographie de son pays.\u201cConstruisez une chapelle, installez un prêtre, disait-il, et la colonisation se fait comme par enchantement\u201d.Il parcourt toutes les vallées arrosées par les rivières Petite Nation, Maskinongé, Magoza, la Nord, la Rouge, la Diable.Il plante des croix pour indiquer l\u2019emplacement des futures églises, car c\u2019est tout un diocèse qu\u2019il rêve de fonder dans le nord.On ne peut s\u2019imaginer la montagne de préjugés qu\u2019il dut renverser.Tout autre qui eût parlé de coloniser le nord eût été enfermé dans un asile d\u2019aliénés.Mais le curé Labelle avait une foi inébranlable.Il tenait à préparer des chemins avant l\u2019arrivée des colons.Mais il fallait d\u2019abord une vo'e ferrée pour relier Saint-Jérôme à Montréal.C\u2019est ce chemin de fer qu\u2019il rêvait de continuer jusqu\u2019à Winnipeg pour établir une zone ininterrompue de Canadiens français entre la province de Québec et l\u2019Ouest canadien.Il voyait loin et haut: son programme 186 l\u2019action nationale n\u2019est-il pas en voie de réalisation par l\u2019ouverture du Témiscamingue, de l\u2019Abitibi et du Nord-Ontario?Ce colosse, \u2014 il pesait 333 livres \u2014 dont \u201cle large et puissant rire retentissait comme un éboulis dans les montagnes\u2019\u2019, faisait des colères noires contre ceux qui, par intérêt ou mauvaise volonté, arrêtaient le développement de la colonisation.Il harcela les gouvernants pendant un quart de siècle et, aux députés qui le trouvaient encombrant, Chapleau répondit: \u201cDonnez-lui ce qu\u2019il demande; c\u2019est le seul moyen de vous en débarrasser\u201d.Il planait au-dessus des mesquineries partisanes.\u201cQue m\u2019importe d\u2019être traîné par un cheval bleu ou rouge, pourvu que la colonisation marche!\u201d rétorquait-il à ceux qui lui reprochaient d\u2019être devenu sous-ministre de l\u2019agriculture et de la colonisation dans un gouvernement libéral, après avoir reçu tant d\u2019aide du régime conservateur.Nous fêtons cette année le centenaire de ce grand Canadien, né le 24 novembre 1833.Pour honorer sa mémoire, nous avons parcouru le livre dans lequel un de nos écrivains, M.l\u2019abbé Elie-J.Auclair, a fixé la physionomie attachante et originale de ce prêtre patriote.Si nous avions eu dix curés Labelle! Albert RIOUX Pour qu'on vive.A propos d\u2019immigration.\u2014Voici qu\u2019on se remet à parler d\u2019immigration.Il faut, à ce que l\u2019on dit, accroître le chiffre de la population canadienne, accroître du même coup les producteurs de richesses et les payeurs d\u2019impôts, et, par là, venir au secours d\u2019un État qui porte un lourd fardeau au bout des bras sans avoir la force d\u2019Atlas.Ces payeurs d\u2019impôts et ces producteurs de richesses, il faut aller les chercher néanmoins, à grands frais, de l\u2019autre côté de la \u201cgrande eau\u201d.Ainsi, d\u2019ailleurs, l\u2019a toujours voulu la routine, sinon la déroute du bon sens.Car, pendant ce temps-là, dans la seule province de Québec, 20 à 25,000 jeunes gens, fils de paysans, ne demanderaient pas mieux que de se faire, sur quelque coin de la terre canadienne, producteurs de richesses et payeurs de taxes.Ils sont les fils du pays; ils auraient quelque droit de prétendre à une part du sol autant, à tout le moins, que le grignoteur de la \u201cdole\u201d bri-tanique.On sait de quel bois ces fils de paysans se chauffent; ils n\u2019iraient pas semer, dans l\u2019Ouest ni ailleurs, de la graine de communistes.Si leur transport ne doit rien mettre dans la poche des grosses compagnies, il coûtera peu cher au pays.En somme, la seule mauvaise note pour ces fils de 188 l\u2019action nationale paysans, c\u2019est d\u2019être nés au Canada et d\u2019être d\u2019origine française.Voilà pourquoi ils seront condamnés à mourir de faim ou à prendre le chemin des chantiers ou des faubourgs des villes, puis à se faire arracher leurs sous de pauvres diables pour mettre à leur place, sur les terres de leur pays, de la mauvaise graine d\u2019outre-mer.Et voilà 30, 50, 100 ans, que ce régime dure.Et nous avons, paraît-il, à Ottawa, une soixantaine de députés, une vingtaine de sénateurs, pour défendre les intérêts canadiens-français.Non, mais pour qu\u2019un peuple, armé du bulletin de vote, tolère indéfiniment une comédie de ce cynisme, faut-il tout de même que le régime parlementaire et la petite politique dont il vit, nous aient abrutis?L\u2019Université de Montréal.\u2014On ferait bien de ne pas oublier, en toute cette affaire, que si les catholiques de la région montréalaise se débattent aujourd\u2019hui en de si graves ennuis, ce n\u2019est pas tout à fait leur faute.Dès 1790, les Messieurs de Saint-Sulpice offraient de doter la région de son enseignement universitaire; et ils le faisaient sans demander un sou à l\u2019État, c\u2019est-à-dire aux autorités coloniales de l\u2019époque.On n\u2019aura qu\u2019à consulter, sur ce point d\u2019histoire, le tome 1er de l\u2019Ensei^ne-gnement français au Canada de l\u2019Abbé Groulx, aux pages 118-120.Se figure-t-on ce que serait aujourd\u2019hui cette université, fondée à une date POUR qu\u2019on vive 189 aussi éloignée que 1790?Mais les autorités politiques de ce temps-là avaient bien autre chose à faire que de laisser s\u2019organiser l\u2019enseignement supérieur chez les French colonials.Et ce n\u2019est pas la seule malchance, hélas! qu\u2019aient essuyée ces pauvres Montréalais.Se figure-t-on également ce que serait aujourd\u2019hui, dans la région, l\u2019œuvre universitaire, si un organisateur de génie comme l\u2019était Mgr Bourget avait eu le bonheur de mener à bout ses entreprises ?\u2014 Mais enfin rien ne sert de récriminer.Ce passé est perdu et pour toujours.Il y a l\u2019avenir qui peut être et qui doit être sauvé.Que les Canadiens français, incapables de se passer de querelles chaque fois qu\u2019il y a lieu de fixer le site d\u2019une église, d\u2019un presbytère ou d\u2019une école, se chamaillent tant qu\u2019il leur plaira autour du site et des édifices de l\u2019Université de Montréal.Mais ne peut-on demander à ces éternels disputeurs de se mettre au moins d\u2019accord sur l\u2019opportunité d\u2019un enseignement supérieur dans la métropole, et d\u2019un budget pour cet enseignement ?Que l\u2019université se loge où elle pourra, si elle ne peut se loger où elle voudrait.Mais il ne saurait être question, nous semble-t-il, que la région de Montréal se passe d\u2019enseignement universitaire; et cet enseignement on n\u2019a pas le droit de l\u2019espérer gratuit.Le plus tôt nous aurons fini de laisser traîner devant le public ce spectacle d\u2019université mendiante ou banquerou-tière, le mieux ce sera pour la dignité de chacun. 190 l\u2019action nationale Sur un discours de M.Maurice Duplessis.\u2014 \u201cIl faudra aussi maintenir l\u2019harmonie entre les deux races qui ont fait la grandeur et le progrès de notre pays.Nos compatriotes anglais de la province de Québec ont apporté un bel appoint agricole et économique et nous voulons tous qu\u2019ils reçoivent leur part de justice\u201d (M.Maurice Duplessis aux Trois-Rivières, 7 octobre 1933).Les Anglo-Canadiens (Anglais et Ecossais) comptent pour environ 300,000 dans la province de Québec, sur une population de 2,874,255.Cependant ils sont maîtres de presque toutes les ressources naturelles, du haut commerce, de la haute industrie, de la haute banque; ils \u201ccontrôlent\u201d, comme on dit, la plupart des monopoles qui rançonnent le public et qui font peser sur la province une dictature économique, lourde à faire ployer.Dans les services de transport, nous leur avons laissé prendre la haute main; sur les chemins de fer de l\u2019État qui circulent chez nous, ils nous traitent comme en pays conquis et daignent à peine nous parler notre langue; ils sont les maîtres de la plupart des grandes compagnies d\u2019utilité publique où ils veulent bien toutefois nous réserver les fonctions subalternes; dans les services fédéraux, installés dans la province de Québec, ils se sont aussi réservé les premières places, quand notre naïve sottise ne les a pas laissés s\u2019en emparer.Oui, c\u2019est ainsi.Et il paraît que ce n\u2019est pas assez.Nous n\u2019avons pas suffisamment prouvé notre POUR qu\u2019on vive 191 condescendance, notre bonne volonté.Il faut encore prodiguer à ces Messieurs les assurances les plus formelles sur nos intentions pacifiques, sur notre tempérament de doux agnelets! Il y eut une époque, qui n\u2019est pas encore très éloignée, où, comme chacun se le rappelle, nul discours de la Saint-Jean-Baptiste qui voulait être orthodoxe, ne devait se terminer sans l\u2019immanquable couplet sur la loyauté des Canadiens français à la Grande-Bretagne.Le statut de Westminster est venu hélas! arracher à nos parterres oratoires ces fleurs de rhétorique et de servitude où se complaisait l\u2019abrutissement colonial.L\u2019entente entre les races, ou la nécessité d\u2019apprendre l\u2019anglais, seront-ce les thèmes oratoire et nationaux qui remplaceront l\u2019ancien ?Certes, l\u2019entente entre les races, nous en sommes.Mais, après la façon dont nous l\u2019avons pratiquée, et dans tout le pays et surtout dans la province de Québec, qu\u2019on se croie encore obligé d\u2019en donner sa parole et d\u2019éructer de solennels engagements; et que de pareils propos sortent de la bouche d\u2019un homme intelligent comme M.Duplessis! Voilà vraiment qui n\u2019est pas très rassurant.Quand donc nos chefs politiques se décideront-ils à traiter leurs compatriotes autrement que comme un peuple de quality niggers?Education nationale.\u2014 Nous entendons nous ymettredès janvier prochain.L\u2019Action nationale fera, de cette question passionnante, le sujet de 192 l\u2019action nationale son enquête pour 1934.Singulier sujet et plus singulier symptôme pour un peuple qui va fêter le quatrième centenaire de sa naissance! Si encore nous étions tous d\u2019avis sur l\u2019opportunité d\u2019une pareille réforme.Mais que de préjugés il nous faudra culbuter.Il y a tant de gens, et non les moins endormis ni les moins endormeurs, qui se croient des surpatriotes et qui déjà s\u2019en vont répétant: \u201cA quoi bon parler d\u2019éducation nationale ?Est-ce que pareille éducation serait en souffrance chez nous?\u201d D\u2019autres disent: \u201cLe sujet est difficile à traiter; nous donnerez-vous tout d\u2019abord une définition nette de la patrie ?\u201d Eh oui, et qu\u2019on se tranquillise.C\u2019est bien notre volonté et c\u2019est aussi notre certitude de réussir à nous appuyer sur des notions solides, nettes, décisives.Si les notions de \u201cpatrie\u201d et de \u201cnation\u201d ou de \u201cnationalité\u201d s\u2019offrent complexes au Canada, elles ne sont point pour autant indéfinissables.Et nous espérons bien sortir une bonne fois ces notions des brumes épaisses où s\u2019est complu jusqu\u2019ici notre patriotisme d\u2019à peu près.Un autre nous écrit: \u201cOccupons-nous de formation religieuse auprès de la jeunesse.Cette formation comprend tout.Quant au national, prenons-y garde.Le mot et la chose sont mal vus aujourd\u2019hui de l\u2019Église\u201d.Eh non, cher monsieur, l\u2019Église ne cultive pas ces sortes de sottises.Elle voit d\u2019un mauvais œil le national qui ne se mêle pas de ses affaires, qui veut POUR qu\u2019on vive 193 quelquefois prendre la place du religieux; et elle a parfaitement raison.L\u2019Église ne nourrit nul mauvais dessein contre le national qui reste à son rang d\u2019importance, puisqu\u2019elle enseigne le devoir envers la patrie et que, dans ses chaires de droit ou de philosophie, elle enseigne aussi le droit strict des nationalités à leur culture.Et vous dites encore, cher Monsieur, que \u201cla formation religieuse comprend tout\u201d.Et certes oui, mais à la condition qu\u2019on y mette ce tout, et qu\u2019en formant des chrétiens, on se préoccupe d\u2019abord et aussi de former des hommes.Le catholique canadien n\u2019est pas un être abstrait; il est d\u2019un pays et d\u2019une race.Et ne croyez-vous pas que la formation surnaturelle vaudrait peut-être mieux, si on commençait par l\u2019asseoir sur de solides vertus naturelles?Et pensez-vous que vos catholiques seront bien aptes à défendre leur foi si, devant les impératifs du devoir national, ils ne savent jamais être que des apathiques ou des flanchards?Jacques BRASSIER A QUOI ÇA SERT?On se demande de plus en plus, chez les profanes, à quoi peut servir la Commission Canadienne de la Radio ?Dieu sait que les programmes qui nous sont chaque jour servis ne se sont guère améliorés.Même musique ahurissante, même massacre effronté de la langue française, mêmes annonceurs bredouilleurs, braillards et nasillards.Aux prix payés pour la Commission et les commissaires, on aurait le droit d\u2019espérer mieux.Si la Commission n\u2019a aucun rôle, aucune autorité, aucune responsabilité, pourquoi l\u2019avoir créée et mise au monde ?\tH.B. Bulletin bibliographique La Musique au Sanctuaire1 Il y a peu de livres, parmi la production touffue de l\u2019année, qui aient pris une allure aussi militante et un sens social plus profond.Nos auteurs se perdent encore dans l\u2019imitation nébuleuse des genres que nos cousins de France ont poussés à la perfection: ils s\u2019attardent avec trop de complaisance dans la critique de la critique, perpétuant par là, d\u2019un livre à l\u2019autre, la galerie grimaçante de nos écrivains à la mode, et pour quelle utilité ?Monsieur Lapierre n\u2019est pas de ceux-là.Son récent ouvrage sur la musique à l\u2019église a laissé de côté les chimères.Et l\u2019enseignement courageux de ce livre, tout à fait dans le sens de nos besoins nationaux, nous encourage à le célébrer ici en toute liberté d\u2019attitude.La Musique au Sanctuaire s\u2019ouvre tout de suite sur un chapitre vigoureux, où l\u2019on fouette congrument l\u2019empirisme qui règne dans les habitudes et la tradition des musiciens d\u2019église, des 1 Eugène Lapierre: La Musique au Sanctuaire, éditions Albert Lévesque, Montréal, 1933. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 195 chantres et des maîtres de chapelle.A l\u2019église comme partout ailleurs et peut-être plus qu\u2019ail-leurs, nous avons laissé trop longtemps s\u2019étaler l\u2019à-peu-près, l\u2019infâme médiocre quand il s\u2019agissait de tout mettre en œuvre pour honorer, pauvrement encore, \u201cle grand Dieu, roi des rois\u201d.Les conséquences: débraillé dans la musique, débraillé dans le chant, débraillé dans la tenue, surtout dans cette zone de nos églises qu\u2019on appelle le lutrin.Il est temps de réagir, et sans mollesse.Car dans beaucoup de nos églises, le lutrin est devenu une sorte de parloir, le refuge complaisant de toutes les vanités du quartier ou du canton.Pourtant l\u2019église tout entière, même le lutrin, est une maison de prières et non une caverne de voleurs, fût-on simplement voleur de cœurs comme certains croquants de Molière.Pour faire ressortir la honte de l\u2019empirisme dont il fait le procès, M.Lapierre essaye d\u2019élucider le sens de notre Sacrifice, la grandeur sublime de la Messe où la musique, au point de vue liturgique, joue un rôle d\u2019une extrême importance.Sans prêcher, sans affecter la pose d\u2019un Père de l\u2019Eglise, il atteint son but avec l\u2019aise d\u2019un scolastique rompu aux procédés de la dialectique.Rien ne l\u2019empêche plus, dès lors, d\u2019affirmer avec dom Gréa que \u201ctout ce qui diminue la splendeur des offices à l\u2019église est un malheur public\u201d.Oui, malheur public, qui vide peu à peu nos temples. 196 l\u2019action nationale Chez nous, trop souvent, le dimanche qui suit est fatalement pareil au précédent, pour le chant, la musique, voire pour la prédication! Le fond varie sans doute, mais les formes et les moyens reviennent, lamentablement les mêmes, et produisent l\u2019ennui de serinettes identiques.Et qui plus est, la négligence dans l\u2019office liturgique est une grave offense au Dieu de la Beauté, de l\u2019Ordre, de l\u2019Eurythmie.C\u2019est pécher contre Dieu que de lui offrir des hymnes d\u2019hystériques, des messes en falbalas, des saluts où l\u2019on glousse des motets édulcorés, des Tantum Ergo de contrebande protestante.On est alors \u201cau sommet de la hideur\u201d, selon le mot expressif de M.Lapierre, parce qu\u2019on a oublié la dignité du rôle de la musique sacrée et du chant dans nos églises.Le chant est une prière, une prière collective qui proscrit la vanité du solo ridicule et forcené.Nos négligences dans la partie musicale de notre culte ont accrédité sur la musique d\u2019église les plus tenaces préjugés.M.Lapierre prend à partie ces préjugés et les combat énergiquement en montrant \u201cla valeur esthétique de la véritable musique religieuse\u201d.Le doux pape Pie X a fait pour nous ce miracle d\u2019avoir ressuscité les mélodies grégoriennes, la musique divine qui remonte en lignée majestueuse aux grands psaumes chantés sur le Moriat et s\u2019est codifiée à l\u2019époque des BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 197 Ambroise et des Grégoire.L\u2019histoire de cette musique, révélée, je dirais, M.Lapierre la fait largement, dans ce style nerveux et gai qu\u2019on lui connaît et qui rend intéressantes les pages les plus techniques, les plus hérissées \u201cde noms étrangers, de dates et de citations\u201d de toutes espèces.On a dit du grégorien que c\u2019était une sorte de \u201cp\u2019tit trot\u201d, de demi-galop favorable à la brièveté des offices mais inapte à exprimer les sentiments puissants.On a entendu du mauvais grégorien, tout simplement, pour hasarder pareille affirmation.Les notations grégoriennes sont d\u2019une richesse infinie: encore faut-il leur rendre justice dans l\u2019interprétation qu\u2019on en fait.D\u2019ailleurs, leur délicatesse native échappera toujours à certaine catégorie d\u2019âmes terre à terre ou irrémédiablement gâtées par les immondes ritournelles du dancing ou du théâtre \u2014 Un mot de l\u2019orgue \u2014 L\u2019instrument royal lui aussi a passé chez nous par l\u2019épreuve.Des organistes de fortune l\u2019ont déshonoré dans les flons-flons de la musique sentimentale, venue des confins troubles de l\u2019opéra.M.Lapierre, organiste lui-même à Saint-Jacques de Montréal, se croit autorisé, dans son ouvrage, à consacrer un bon chapitre aux organistes et au style d\u2019église.Il ne prend pas de temps à démontrer qu\u2019on ne s\u2019improvise pas musicien 198 l\u2019action nationale d\u2019église.Il faut de l\u2019étude, le sens de la liturgie et .la foi.Enfin, l\u2019auteur ferme son livre sur un aperçu assez amusant des querelles ecclésiastiques autour des signes rythmiques.Il n\u2019en fallait pas tant pour réveiller l\u2019ire assoupie des chanoines et des bons pères! La chicane a recommencé de plus belle.* * * Il apparaît donc que la Musique au Sanctuaire est à la fois livre d\u2019action intellectuelle et spirituelle.L\u2019auteur a dû heurter plusieurs fois des conceptions déjà établies: il y a mis des formes, il aurait pu se montrer \u201cplus cruel d\u2019une cruauté bienfaisante \u2014 pour ceux qui ne dédaignent pas de présenter au bon Dieu des ragots\u201d.Il pourra allumer le feu sacré de la liturgie véritable, celle qui se respecte et va s\u2019abreuver aux seules sources de ses glorieuses origines.Il signale des déficiences canadiennes \u2014 universelles d\u2019ailleurs:\u2014il préconise des remèdes qu\u2019il n\u2019est pas besoin d\u2019aller chercher à l\u2019étranger.Quand, en effet, musiciens, chorales et maîtres de chapelle auront mis le meilleur de leur volonté dans leur devoir d\u2019état, notre liturgie laissera les sommets de la hideur pour arriver aux sommets de la beauté éternelle.René LAURENCE La Vie courante Langlicisation Que ie commerce canadien contri- par le commerce bue\u2019 plus
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