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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1934-02, Collections de BAnQ.

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[" Pax! Et non erat Pax.La radio portera bientôt, à travers tout le pays, nous annonce-t-on, une propagande oratoire de nos chefs politiques en faveur de la paix.Le geste mérite admiration, pourvu qu\u2019il soit sincère.Et nous croyons qu\u2019il l'est.Mais Vexpérience nous a coûté trop cher dans le passé, pour qu\u2019il nous soit possible d\u2019ignorer qu\u2019en cette matière nos chefs d\u2019État ont des sincérités successives.Ceux de notre génération ont gardé souvenir, espérons-nous, de ces promesses solennelles faites à nos évêques, aux environs de 1916, au sujet de la conscription militaire, promesses impudemment reniées pas plus tard que le lendemain.Soyons-en persuadés: il suffira que demain le fameux \u201cempire\u201d soit en danger ou s\u2019imagine l\u2019être, pour que les fervents prédicants de paix d\u2019aujourd\u2019hui se rangent aussitôt parmi les plus fougueux FLAG WAVERS.Nous avertissons donc la jeunesse de se tenir sur ses gardes.Il y a, pour elle, un moyen de s'associer à la propagande de nos politiques et de travailler plus énergiquement qu\u2019eux en faveur de la paix.Et c\u2019est de dire carrément, non demain, mais tout de suite, qu\u2019elle n\u2019entend pas qu\u2019on recommence avec elle le jeu sanglant.Quiconque examine un tant soit peu les 66 l\u2019action nationale causes ou les buts de Querre qui seraient au principe d\u2019une nouvelle tuerie européenne, a le droit d\u2019écrire, de cette tuerie, qu\u2019elle serait une Querre abominablement criminelle.La jeunesse doit donc crier à nos hommes politiques qu\u2019elle n\u2019ira pas se battre pour permettre à V AllemaQne de soulaQer sa furie raciste, pour permettre à l\u2019Italie de pêcher les Qros morceaux aux bords de l\u2019Adriatique ou de la Méditerranée, pour fournir Voccasion à la Russie soviétique de propaQer la peste marxiste, pas plus d\u2019ailleurs que pour solder les frais des sottises diplomatiques et des insuffisances Qouvernementales de la France, défendre la zone de SinQapour, enrichir les fabricants d'armes et de munitions de la Grande-Bre-taQne et des États-Unis, offrir une chance à ces deux pays d\u2019écumer sur toutes les mers et de râfler l\u2019or du monde.Que la jeunesse dise ces vérités et sans y mettre trop de formes! Qu\u2019elle revendique le droit de parler de paix, elle aussi, à la radio.Elle n\u2019a de permission à demander à personne, en pays parlementaire, pour affirmer sa ferme détermination de ne pas marcher pour des buts de Querre insensés et criminels.Mais qu\u2019elle n\u2019attende pas trop tard pour déchirer les masques hypocrites et libérer la conscience publique.L\u2019ACTION NATIONALE. L Éducation nationale L'éducation nationale SON FONDEMENT: LE DROIT Des lors que l\u2019on parle d\u2019une éducation nationale spécifique pour les Canadiens français, la première question qui se pose, pour humiliant que soit le fait, est celle-ci; quel droit y ont-ils?Quel est le droit de leur nationalité ?Le présent article veut répondre à cette question fondamentale, esquisser une synthèse d\u2019histoire politique et juridique à 1 usage des maîtres de notre jeunesse.Ne sera-ce point appliquer à l\u2019éducation la doctrine du nationalisme?se demanderont les timorés.Les Canadiens français n\u2019ont-ils pas plutôt besoin, à l\u2019heure présente, d\u2019une éducation canadienne?A cette double objection, nous voulons essayer de répondre, en montrant que, dans l\u2019ordre naturel, le droit à l\u2019éducation nationale découle des droits de la personne humaine et des ressources du milieu national pour l\u2019enrichissement de la personnalité humaine et que, dans l\u2019ordre constitutionnel, ce même droit résulte de la situation officielle de notre nationalité dan» la Confédération canadienne. 68 l\u2019action nationale Dès 1760, achevait de se constituer le noyau créateur d\u2019une race nouvelle, avec les principales caractéristiques de l\u2019entite nationale : communauté de langue et de foi, institutions et législation, territoire aux vastes horizons, patrimoine spirituel de gloire, de rêves, de légendes et surtout vouloir-vivre collectif.Ses hérédités rattachaient la jeune nationalité au plus riche milieu sociologique et culturel.Capitulations et traités lui ont conservé l\u2019essentiel.Mis en demeure d\u2019opter pour une autre culture, nos tenaces ancêtres ont vu leur droit positif s\u2019accroître d\u2019une façon constante.Leur resistance aux injonctions de Murray leur valut l\u2019émancipation de 1774.L Acte de Quebec, c était la reconnaissance de l\u2019égalité de l\u2019ancien et du nouveau sujet dans l\u2019ordre civil et politique.C\u2019était aussi la consécration de notre ancien état social par le maintien des lois qui le régissaient.L Acte de 1791 vint parfaire l\u2019œuvre de la constitution de 1774; celui-ci avait reconnu notre existence civile; 1791 éleva le Canada français au rang d\u2019État, en lui fournissant les moyens de se gouverner.Cependant, la population s\u2019accroît.Les soixante mille colons de la capitulation avaient été les témoins d\u2019un grand rêve brisé; mais les suprêmes victoires leur défendaient d\u2019oublier leur dignité et la valeur de leur lignée.Au début du dix-neuvième siècle, l\u2019éducation nationale\t69 notre nationalité a complété ses cadres.Elle s\u2019est édifié un système éducationnel.1 Ses chefs religieux et civils dirigent des effectifs triplés.Sa grande force lui vient de son instinct de conservation nationale.Chacun de ses progrès est marqué par l\u2019influence de sa volonté de vivre.Après les heures d\u2019épopée de 1837, elle oppose au coup de force de 1841 un vigoureux geste de défense.La tempête enracine plus avant dans l\u2019humus l\u2019érable de nos plaines.De même, la ferme artitude de notre race lui vaut l\u2019émancipation de 1842, puis celle de 1848 qui prépare l\u2019autonomie de 1867.A travers les vicissitudes de ses divers régimes politiques, notre race a survécu.Graduellement, son droit de vivre a été reconnu.L\u2019Acte d\u2019Union a été la seule interruption dans la chaîne juridique.Arrêt de brève durée, en somme.Le régime de 1840 devait être, dans l\u2019intention de ses auteurs, un creuset où les particularités s\u2019aboliraient: un lit de Procuste où les inégalités et les différenciations ethniques se nivelleraient.De par la volonté de nos chefs, interprètes du vouloir-vivre collectif, ce régime fut pour notre race un tremplin, une arène d\u2019où elle sortit victorieuse.Dès 1842, sir Charles Bagot était obligé de faire appel à la collaboration politique des Canadiens français; et le gouverneur s\u2019adressait à Lafontaine, non comme 1 Abbé Groulx, Lionel \u2014 L\u2019Enseignement français au Canada, Tome I. 70 l\u2019action nationale à un chef de parti, mais as a race et and as a people, prenait-il la peine de préciser.L\u2019Acte fédératif de 1867 fut pour nous la grande charte de nos droits nationaux.Pactes et conventions politiques antérieurs avaient dû admettre la voix du sang.Le régime fédératif vit figurer notre groupe comme nationalité contractante; elle le fit en toute liberté, munie de droits égaux à ceux de son associé politique.1867 n\u2019a ni aboli ni atténué les provincialismes et les particularismes: il les a consacrés.C\u2019est même la raison d\u2019être du caractère fédéral de notre État.En outre, et il est bon de s\u2019en souvenir, son caractère bi-ethnique et bilingue \u2014 partant à double culture \u2014 le Canada ne le doit pas à un vote majoritaire, mais à l\u2019unanimité des constituants de 1864.\u201cLes délégués de toutes les provinces,\u201d a dit John A.Macdonald, en 1865, \u201cont consenti à ce que l\u2019usage de la langue française formât l\u2019un des principes sur lesquels serait fondée la Confédération\u201d.Plus tard, en 1890, le même homme politique ajoutait à sa déclaration ce nouveau commentaire:2 \u201cIl n\u2019y a ici ni vainqueurs, ni vaincus.Nous avons maintenant une constitution sous l\u2019égide de laquelle tous les sujets britanniques sont, à l\u2019heure actuelle, dans une condition d\u2019absolue égalité, jouissant de droits égaux en tout domaine, langue, religion, propriété, 2 Débats sur l\u2019abolition de la langue française dans le Nord-Ouest. l\u2019éducation nationale 71 droits personnels\u201d.L\u2019exacte portée de l\u2019article 133 se trouve définie par la déclaration suivante de M.Ernest Lapointe, si l\u2019on note bien qu\u2019en droit britannique, le parlement fédéral est la plus haute autorité du pays.\u201cCe parlement, a-t-il dit, est la plus grande institution bilingue de l\u2019Empire britannique\u201d.Ce caractère bi-ethnique et bilingue se révèle à beaucoup d\u2019autres indices.La loi de naturalisation exige de l\u2019aspirant à la citoyenneté canadienne une connaissance suffisante de l\u2019anglais et du français.Les deux langues sont officielles devant tous les tribunaux canadiens.Le discours du trône est prononcé dans les deux langues officielles.Il n est pas jusqu au timbre-poste qui ne constitue une proclamation aux quatre points cardinaux du caractère de notre constitution.Si nous n\u2019avons pas la monnaie bilingue, ce n\u2019est point faute de droit.C est que nous n\u2019avons pas su pousser jusqu\u2019au bout la logique de la constitution.La constitution de 1867 n\u2019a donc pas fondé un État unitaire, mais un État bi-national.En grande majorité, les Canadiens français se sont ralliés à ce pacte fédératif.Ils l\u2019ont fait, poussés par l\u2019instinct naturel qui incite l\u2019homme à vivre en société et les sociétés à rechercher la tutelle de l\u2019État, la vie en nation.L\u2019Acte de 1867 a fédéré deux nationalités en vue du bien commun supérieur reposant sur le bien particulier des 72 l\u2019action nationale associés.Le bien commun, en l\u2019occurrence l\u2019intérêt fédéral, se fonde sur le respect des droits des nationalités conjointes.Rien de plus normal puisque la nature de leur fin spécifie les sociétés politiques.Mais ce qu\u2019il faut retenir pour essentiel, c\u2019est que la confédération est une association de nationalités, égales devant le droit constitutionnel ou public.De même que la société civile a pour fin de suppléer les carences des individus et des familles, ainsi l\u2019État doit suppléer l\u2019insuffisance des nationalités et des provinces.La fin est pourtant ici la mesure des droits.L\u2019État fédéral ne peut se substituer aux provinces ni empiéter sur leurs prérogatives.Il ne peut non plus traiter 1 une ou l\u2019autre des nationalités comme une nationalité mineure, tolérée.Il n\u2019a de droits que la somme requise pour remplir ses devoirs qui se résument, en vertu de sa mission principale, à maintenir la paix du pays par la protection des droits des provinces contractantes.3 Ne l\u2019oublions donc pas.Quand notre nationalité défend ses droits par l\u2019agitation, elle n\u2019entre pas en lutte avec l\u2019État.Elle se dresse tout au plus contre une autre nationalité, contre un groupe nationalitaire en proie à un nationalisme effréne, et qui voudrait confisquer à son profit 1 État tout entier, pour en dénaturer le caractère et l\u2019élever 3 Hermas Bastien \u2014 Itinéraires philosophiques, pp.185 sq. l\u2019éducation nationale 73 au rang d\u2019État national.Lorsque notre nationalité veut développer son être, épanouir sa personnalité originale, intensifier son action culturelle, élargir les cadres de son influence civilisatrice, elle ne travaille pas contre la constitution.En toute rigueur, celle-ci postule au contraire que les Cana-nadiens français accentuent leur personnalité.Un État fondé sur l\u2019égalité juridique et politique de deux nationalités, expressions de deux mentalités, de deux cultures, de deux concepts de civilisation, ne tirera vraiment plein profit du pacte fédératif que si les deux nationalités contractantes se mettent en puissance plus prochaine de travailler au bien commun, que si chacune peut fournir au patrimoine collectif sa collaboration efficace et originale.Au point de vue constitutionnel, rien n\u2019empêche donc un groupe nationalitaire comme le nôtre de se donner une éducation nationale, de baser sa pédagogie sur une doctrine nationale conforme à toute son histoire et à sa situation juridique présente.Tout au contraire, l\u2019intérêt bien compris de notre pays et de l\u2019État canadien nous impose de rester nous-mêmes.Dépouillons-nous une bonne fois de nos vieilles timidités injustifiables.La constitution canadienne nous autorise à déclarer que le nationalisme canadien-français est le plus légitime qui soit.Il s\u2019appuie, non sur une formule égoïste, mais sur l\u2019esprit et la lettre de la charte de 1867.Il est aussi légitime pour la nationalité canadienne- 74 l\u2019action nationale française de vouloir vivre et de garder sa langue et sa culture, qu\u2019il l\u2019est, pour la nationalité anglo-canadienne, de vouloir vivre, elle aussi, et de garder sa langue et sa culture anglaises.Plus l\u2019une et l\u2019autre sauront fortifier leur âme, sauront accentuer leur personnalité, plus elles apporteront à l'État vigueur et santé.Voilà la seule condition politique et juridique que les Canadiens français peuvent légitimement accepter en ce pays, la seule doctrine nationale qui devrait présider à la formation des jeunes générations canadiennes-françaises.Cesserons-nous enfin de croire et de laisser croire que nous sommes dans un pays et dans un État anglais, quand l\u2019un et l\u2019autre sont uniquement et spécifiquement canadiens et qu\u2019ils sont à nous comme aux autres ?Rien de plus mais rien de moins.II Ce contrat bilatéral, charte de nos droits, a un caractère franchement spiritualiste.\u201cC\u2019est le christianisme,\u201d a écrit M.Antonio Perrault, \u201cqui a fourni et fournit encore les normes de notre moralité.C\u2019est son esprit et sa doctrine qui, dominant les vues étroites des partis et les querelles des individus, aident à corriger les événements, à diriger les faits humains, imposent certaines conceptions sociales, maintiennent au Canada un l\u2019éducation nationale\t75 niveau de vie supérieure ou, du moins, suscitent un effort persévérant pour s\u2019y élever.Nos données les plus claires, les plus certaines, les plus bienfaisantes au point de vue individuel et social, furent empruntées au christianisme4\u201d.Il ne sera donc pas surprenant que nous trouvions dans le droit naturel le fondement du nationalisme canadien-français.En l\u2019absence de tout droit constitutionnel, cette constatation serait déjà une justification de notre volonté de vivre.La concordance des deux fondements, constitutionnel et naturel, prouve l\u2019essence particulière du nationalisme canadien-français; il n\u2019entrave pas le rôle de l\u2019État fédéral, il en justifie la raison d\u2019être.Tel droit naturel découle des droits5 6 de la personne humaine et des ressources du milieu national pour son perfectionnement.La revendication des libertés nationales et des libertés culturelles est un fait trop constant pour ne pas répondre à un sentiment profond de l\u2019âme humaine.Elle n\u2019est pas un amusement de barbares.Elle signifie l\u2019impossibilité absolue, pour certains groupements, de sacrifier une portion de leur patrimoine.La part faite des sentiments et de la passion qui accompa- 4 Antonio Perrault \u2014- La participation des laïques à Vapostolat intellectuel de l\u2019Église, à la première séance de l\u2019Académie de St-Thomas d\u2019Aquin.6 J.Delos, O.P.\u2014 Le problème des minorités nationales, p.113.Les Grandes activités de la Société des Nations devant la pensée chrétienne (3e semaine de Genève 1931). 76 l\u2019action nationale gnent les luttes minoritaires, reste-t-il quelque chose de réel et d\u2019humain que la raison critique peut analyser?A cette question, la réponse doit être affirmative.Tous les hommes sont égaux et semblables, doués d\u2019une même intelligence, d\u2019une même volonté.L\u2019espèce humaine est une; les droits de la personne humaine sont donc universels, égaux et semblables.Voici pourtant que d\u2019évidentes différenciations groupent l\u2019humanité en races et en nations.L\u2019hérédité ethnique et le milieu séculaire impriment en nous des préformations à la fois psychologiques et psychiques, dont se préoccupent l\u2019embryologie et l\u2019éducation prénatale.Lignée et ambiance nous procurent un caractère propre, une orientation de la sensibilité que nous gardons notre vie entière.Le milieu historique qui nous façonne et nous éduque vient renforcer cette action initiale.Notre pensée, il la moule dans certaines catégories.Nos sentiments adoptent certains modes.Notre action suit certaines lignes.Notre vie individuelle, familiale et sociale préfère certaines attitudes.Mystérieuses préordinations que l\u2019éducation, par la greffe des habitudes, doit canaliser, utiliser, orienter, diriger.Sous la grande loi de l\u2019universalité, l\u2019individualité croît, fleur vivace, indestructible.Par l\u2019hérédité sociale et par l\u2019action du milieu, l\u2019individu devient national.Il devra donc, pour s\u2019épanouir à l\u2019aise, bénéficier d\u2019un cadre qui soit l\u2019éducation nationale\t77 accordé à son être particulier, s\u2019acheminer par certaines voies.Qui le guidera?Qui lui suggérera les modalités de son action ?\u2014C\u2019est le génie national.Réalité complexe, affectée d\u2019un coefficient psychologique de richesse variable, d\u2019individu à individu, de peuple à peuple, de siècle à siècle, mais dont l\u2019existence est indéniable et l\u2019importance primordiale.Le plus mystérieux de ses caractères, c\u2019est son dynamisme.Force accumulée, réserve, fonds d\u2019énergies, où un peuple trouve inspiration, impulsion, élan.Réalité dynamique qui anime une nation, la tourmente, l\u2019éveille et la pousse à la conquête de ses droits, comme à la préservation de sa personnalité.Une ambiance spéciale, des traditions familiales propres, des institutions sociales particulières, peuvent seules stabiliser notre équilibre psychique.Le génie national recèle, à cette fin, des ressources à nulle autre pareille.Les valeurs nationales-culturelles, qu\u2019est-ce, en somme, sinon ces dispositions enrichissantes, ce potentiel collectif inclus dans le milieu social ethnique et déversé par lui dans les individus qui y vivent ?Au point de vue individuel, la culture n\u2019est que la mise en acte de ce potentiel humain transmis en chacun de nous par l\u2019hérédité ethnique.Au point de vue collectif, la culture n\u2019est que l\u2019ensemble des moeurs, des institutions, des sentiments 78 L ACTION NATIONALE qui forment le patrimoine moral d\u2019un groupement humain particulier, l\u2019héritage différencié qu\u2019il transmet aux générations successives.Si les cultures varient selon que les individus et les milieux historiques varient eux-mêmes, toutes, pour rester des formes de culture humaine, doivent pourtant, dans leurs réalisations particulières, s\u2019inspirer d\u2019un même idéal de vérité et de moralité.L\u2019universel sous l\u2019individuel, le divers sous l\u2019unité, telle est la loi de notre nature.En définitive, l\u2019homme est un être national; et le milieu auquel il appartient est pour lui le fondement d\u2019un premier droit; celui de porter au maximum l\u2019épanouissement des ressources qu\u2019il tient de la nature.\u201cPar conséquent,6 écrit J.Delos, O.P., s\u2019il arrive que pour être pleinement homme, il me soit nécessaire de grandir au sein du milieu national et dans l\u2019ambiance de ses institutions, s\u2019il est utile à ma vie d\u2019être raisonnable et libre que je m\u2019enracine dans ce milieu historique et que je recueille le bénéfice de ses moeurs et de ses traditions, si enfin le développement intégral de ma personnalité implique la mise en valeur des ressources latentes du génie national, qui aurait le droit de contrecarrer cet épanouissement, et qui pourrait sans injustice me priver des institutions sociales dont il réclame le concours?\u2019\u2019 « Ibid., p.124. l\u2019éducation nationale\t79 Ces paroles ne sauraient surprendre quiconque a suivi la courbe du développement du droit naturel contemporain, à Genève, et même dans les écoles catholiques de philosophie et de droit.Ce qui frappe, c\u2019est la part croissante accordée au droit de la nationalité.\u201cMettre à profit\u201d7, dit Lucien Brun, S.J., \u201ctoutes les ressources vitales que nous offre le milieu au sein duquel nous a placés la naissance est donc, pour chacun de nous un droit naturel: le droit à la culture\u201d.Qu\u2019il y ait une conception philosophique des libertés natio-nales-culturelles qui sape l\u2019État et désaxe l\u2019ordre international, nous ne l\u2019ignorons pas.C\u2019est la nocivité de cette conception que les participants à l\u2019enquête 8 de Maurice Vaussard ont clairement démontrée.Mais il existe aussi une doctrine de l\u2019État qui nie les libertés culturelles et opprime les minorités.L\u2019histoire contemporaine l\u2019atteste.Les luttes autour de l\u2019école française dans les provinces canadiennes à majorité anglaise en sont une preuve.Le droit public moderne s\u2019est développé sous l\u2019influence d\u2019idées-forces qui l\u2019ont entraîné, d\u2019une part, vers l\u2019absolutisme d\u2019État et, d\u2019autre part, vers la réalisation de l\u2019État-National.Le rationalisme du XVIIIe siècle a voulu l\u2019absolutisme niveleur, impatient d\u2019effacer toute dif- 7 Les libertés culturelles (Archives de philosophie), p.65.* Maurice Vaussard \u2014 Enquête sur le nationalisme. 80 l\u2019action nationale férenciation.Le jacobinisme révolutionnaire a vu grandir plus tard l\u2019absolutisme allemand, d\u2019essence hégélienne, où l\u2019État divinisé ne respecte plus les libertés culturelles.Ces deux absolutismes, différents seulement en leur point de départ, enfantent une politique d\u2019assimilation qui exaspère l\u2019irrédentisme des groupes nationaux.Philosophie réaliste, la philosophie scolastique nous invite à distinguer État et groupes culturels, puis, à assigner à chacun sa fonction propre.La fin distingue les sociétés dont les buts limitent les zones de compétence.L\u2019Église et l\u2019État diffèrent selon leur objet, de même l\u2019État et les groupes nationaux.Ceux-ci sont d\u2019ordre culturel ; celui-là, d\u2019ordre politique.Le cadre national fournit à l\u2019individu un milieu et des institutions.L\u2019État procure la sécurité aux groupes et aux individus.Il protège les individus, mais aussi les sociétés professionnelles, religieuses, culturelles.Il hiérarchise les activités, assure l\u2019entr\u2019aide, contribue à l\u2019efficacité de leur action par ses lois.Ordre, sécurité, assistance, voilà la fin de l\u2019État.Fin qui mesure sa besogne et délimite ses droits.\u201cPourvoyeur du bien commun,9 haut protecteur, quoiqu\u2019il n\u2019en soit le dispensateur ni unique, ni indispensable, de la culture, il (l\u2019État) doit, en vertu de la justice distributive et de la justice légale, \u2022 Lucien Brun, S.J.\u2014 Op.cit.p.68. l\u2019éducation nationale 81 assurer à chaque citoyen le moyen le moins onéreux et le plus efficace d\u2019y participer, puis d\u2019y collaborer.Il doit donc permettre, voire même favoriser le développement des cultures particulières, dans toute la mesure où il ne trouble pas l\u2019ordre public\u201d.Et quoi de plus juste ?Une nationalité qui joint aux ressources du génie national une réelle richesse de traditions, de mœurs, d\u2019institutions, d instruments de culture transmis par la race ou 1 histoire, constitue un legs de prix pour les citoyens d\u2019un État.Aussi bien celui-ci doit-il aux institutions nationales, pour les aider à remplir leur fonction culturelle et éducatrice, non seulement protection, mais assistance effective.Et voilà comment l\u2019antinomie qui opposait État et groupes nationaux se trouve abolie dès que cesse 1 identification fautive des termes État et nationalité, puissance politique et puissance culturelle.10 Vivre en nationalité, c\u2019est donc vivre dans un cadre naturel et nécessaire.De ce fait découle le droit au maintien des particularités culturelles, à la satisfaction des tendances ancrées dans notre nature et bonnes en soi.Tout cela, c\u2019est un droit naturel.* l 11 Et l\u2019on appelle nationalisme la doctrine 10\tLouis Le Fur.\u2014 Le problème du nationalimse et de l internationalisme en regard de la morale et du droit naturel, p.275 sq.Semaine sociale, Le Havre 1926.Races, Nationalités, États, du même juriste.11\tY.de la Brière, S.J.\u2014 La communauté des puissances, p.52, sq.\t^ 82 l\u2019action nationale qui revendique les droits à l\u2019usage paisible des bienfaits du milieu culturel et l\u2019exercice des droits qui y trouvent leur fondement.Le terme nationalisme peut avoir une acception péjorative; il peut signifier \u201cl\u2019amour désordonné\u201d de son pays, rajeunissement de la maxime romaine: Salus civitatis, suprema /ex esto! reliquat de l\u2019individualisme libéral de Kant, transposant à l\u2019État ce que Hobbes avait jadis attribué à l\u2019individu.Autant ce nationalisme est à rejeter, autant le terme même en est-il à bannir au profit du mot patriotisme, autant en revanche, le nationalisme, restreint à ses véritables limites, répond-il à une réalité saine.Il est, a écrit Louis Le Fur, \u201cnon pas seulement une notion juste et utile, mais une nécessité sociale\u201d.* * * En résumé, le nationalisme canadien-français est conforme au droit constitutionnel comme au droit naturel.Cette certitude devrait calmer les scrupules de ceux qui hésitent à se prononcer sur la légitimité des aspirations nationales de leur race.Et c\u2019est le devoir des éducateurs de tout rang de pénétrer la jeunesse de cette vérité que si la vie en confédération nous commande de collaborer au bien commun de l\u2019État fédéral et de la patrie canadienne, elle n\u2019impose à nulle province, comme à nulle des deux nationalités composantes, le moindre renoncement à leurs particularismes corn- l\u2019éducation nationale\t83 me à leur avoir culturel.Bien au contraire, le bien commun de leur pays et de l\u2019État fédéral fait une obligation aux unes et aux autres de porter au plus haut point le développement de leur originalité, de leurs richesses intellectuelles et morales.Il y a donc loin de cette attitude d\u2019esprit à celle qui fut trop souvent la nôtre dans le passé: attitude de pusillanimes ou de cadets terrorisés, uniquement préoccupés de défensive, passant leur temps à réclamer une page d\u2019imprimé bilingue, un bout de français ici ou là.Certes, il faut continuer ces revendications, ne rien sacrifier de ce qu\u2019exige notre dignité, c\u2019est-à-dire l\u2019égalité pratique des deux races canadiennes, mais il faut aller plus outre, nous montrer plus fiers,nous rappeler que la justice ne s\u2019applique pas seulement à l\u2019échange et à la répartition des richesses matérielles.\u201cElle fait\u201d, dit fort bien Lucien Brun, S.J., commentant un principe cher à saint Thomas, \u201cune obligation grave à quiconque détient les biens culturels \u2014-États, particuliers, groupements intermédiaires \u2014 de les communiquer à ses semblables\u201d.Alors si les maîtres de notre jeunesse entendent pleinement leur devoir, ils enseigneront aux jeunes générations à ne pas seulement exiger de l\u2019État fédéral qu\u2019il prenne ou qu\u2019il garde, à l\u2019égard de la langue et de la culture françaises, une simple attitude de tolérance ou de respect désintéressé.Ils exigeront une protection efficace, une action positive, favorisant 84 l\u2019action nationale l\u2019essor de notre langue et de notre culture, et ceci pour deux raisons: premièrement, parce que cette culture fait partie du trésor commun de la patrie canadienne: deuxièmement, parce que nous, Canadiens français, nous sommes des sujets canadiens, d\u2019une espèce égale en droits et en prérogatives à nos compatriotes de langue anglaise, ayant droit comme eux par conséquent au plein développement de notre personnalité humaine et de notre personnalité nationale.Hermas BASTIEN LA LUTTE CONTRE LE TAUDIS Il se fait à Montréal, depuis quelques mois, un excellent travail pour la disparition des taudis.Un plan de reconstruction vise à remplacer par des logements salubres tout un quartier de l\u2019Est de la ville.D\u2019une part, la crise inspire ces démarches.Démolition et réfection de maisons occuperaient des milliers d\u2019hommes de métier et atténueraient l\u2019acuité du chômage.Le projet s\u2019appuie aussi, sans doute, sur cette vérité obvie: il faut un minimum de bien-être pour pratiquer la vertu.Inutile de dénoncer la malfaisance morale du taudis.La moralité familiale et sexuelle est en danger dans les promiscuités qu\u2019occasionnent certains logements.C\u2019est le cas de se rappeler le mot du poète anglais Francis Thompson: \u201cSi le Christ s\u2019en allait dans les taudis, pourrait-il encore nous conseiller de devenir semblables à ces petits enfants?\u201d La lutte contre le taudis est une lutte contre la dégénérescence de la race.Mais, comme le rappelle un article de La vie intellectuelle (25 déc.1933), un logement étroit est grouillant de mioches plus souvent qu\u2019une maison hygiénique et spacieuse.Pour relever ou maintenir la natalité, il faut donc plus qu un vaste programme de lutte contre le taudis.Il importe d avoir une politique et une législation familiales, dont doit cependant faire partie le logement convenable. L\u2019antisémitisme L\u2019antisémitisme! voilà un terme, à peu près centenaire, mais qui exprime des actions et des sentiments beaucoup plus anciens.Ce terme est en vogue.Nos yeux et nos oreilles le perçoivent de plus en plus souvent.Que les Juifs l\u2019emploient pour désigner actes et pensées de tous ceux qui, chez nous, ne se croient pas tenus à l\u2019observation d une neutralité \u2019bienveillante\u201d envers eux et envers leurs gestes maladroits, ni au respect d\u2019un libéralisme doctrinaire, dont la signification pratique est toujours: \u201claisser faire, laisser passer\u201d, il n\u2019y a en cela rien de bien étonnant.Encore faut-il que la solidarité française, qui commande par sa nature nos opinions individuelles, permette à tous ceux qui sont injustement qualifiés d\u2019antisémites par les Juifs de leur répondre en substance dans les formes qu\u2019il leur plaît: vous mentez.Cette solidarité ne commanderait-elle pas qu\u2019on allât même plus loin et qu\u2019on fît bloc autour des accusés, à la façon juive, quoi! Les Canadiens français auraient tort cependant de confondre antisémitisme et solidarité nationale, comme s\u2019ils avaient besoin de ces poussées artificielles et malsaines pour déclencher chez eux les gestes de défense instinctifs et naturels. 86 l\u2019action nationale Pas n\u2019est besoin d\u2019être prophète néanmoins pour prédire que l\u2019antisémitisme, le véritable, sera inévitable chez nous comme ailleurs, à moins que deux choses ne se produisent: à savoir que les Juifs eux-mêmes, déjà jugés par trop encombrants, se remettent à leur rang et à leur place, que ceux des nôtres, immédiatement intéressés à les ménager, dans les parlements et les conseils municipaux, cessent de faire des Juifs une caste privilégiée, se rappelant la recommandation de M.Laurier à M.Bourassa: \u201cTant que vous serez du Parlement, pensez aux gens qui n\u2019en sont pas\u2019\u2019.Personne n\u2019a oublié la division qui s\u2019est manifestée au sein du groupe canadien-français du conseil municipal de Montréal à l\u2019occasion de la résolution Auger sur l\u2019immigration.Personne n\u2019oublie, non plus, la situation privilégiée faite aux Juifs par le maintien des collèges électoraux de Saint-Louis et de Saint-Laurent, et le maintien d\u2019une loi du dimanche d\u2019exception.Et, quel que soit le sort du projet de loi de M.Cohen, concernant le \u201cBetter Business Bureau of Montreal\u201d, les \u201cgens qui ne sont pas du Parlement\u201d se souviendront, ne pourront pas oublier les actes et les attitudes que cette initiative aura occasionnés.Si, après avoir été invités, l\u2019an dernier, à étouffer la liberté de la presse, nos législateurs permettaient, cette année, à une compagnie juive de traîner des représentants de la majorité française devant l\u2019antisémitisme 87 les tribunaux criminels, bien loin de régler la question juive, Juifs et législateurs auraient provoqué violemment l\u2019antisémitisme.La question juive, conséquence de notre imprévoyante politique d\u2019immigration, est désormais posée aux Canadiens français, qui jusqu\u2019ici en avaient commodément repoussé et l\u2019étude et les solutions.Quelle sera au juste pour notre peuple la réaction curative qui commence à se manifester ?Personne, assurément, ne peut le dire.Mais l\u2019élément juif provoque visiblement dans l\u2019organisme de notre peuple une inflammation naturelle qui finira par la victoire du plus fort et la défaite du plus faible.Anatole VANIER LE THOMISME _ Je ne veux pas revenir sur une thèse que j\u2019ai livrée déjà à la presse, à savoir que et pourquoi, par philosophie c.retienne, j\u2019entends avant tout, quoique^sans exclusivisme, le thomisme.Or, il faut comprendre que le thomisme ne se présente point, on l\u2019a dit, comme une philosophie, de séminaire, mais comme la philosophie naturelle de 1 esprit humain.L\u2019heure est venue pour cette doctrine d Aristote et du Docteur Angélique de se ré-pandre dans tous les ordres de la pensée et de l\u2019activité rationnelle.Il y aurait incalculable profit, il y a nécessité de la faire imprégner les milieux laïques, de la diffuser au sein des Facultés que d\u2019aucuns voudraient appeler profanes.(Extrait de la conférence de S.E.le cardinal Villeneuve, au Cercle Universitaire, le 13 janvier, sur l'Université, école de haut savoir et source de directives sociales) Bulletin bibliographique Questions de langage 1 Les questions de langage font la deuxième série de Y Expression juste en traduction.Le but de l\u2019auteur \u2014 comme on veut bien nous le laisser entendre \u2014 est assez restreint.En effet, M.Daviault n\u2019a pas voulu faire un lexique, ni un dictionnaire.Il ne veut pas exposer de théorie linguistique, ni épurer la langue, ni faire la chasse à l\u2019anglicisme; il ne veut pas fournir aux écrivains de belles tournures toutes faites.Alors?.Alors, M.Daviault a voulu (enfin, il veut!) livrer au lecteur des notes où il s\u2019applique à donner l\u2019équivalence française (sinon élégante!) de certaines expressions anglaises qui ont cours surtout dans la langue des documents officiels, dans les compilations de statistiques et dans les journaux.C\u2019est donc, apparemment du moins, œuvre de froide technique, qui veut s\u2019abstraire de toute intention combative et de toute influence de clocher.Il y a là de quoi décourager un peu la sympathie.Heureusement, M.Daviault n\u2019a pas réussi son i Questions de langage, par Pierre Daviault.Editions Albert Lévesque, Montréal. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 89 dessein glacé: l\u2019homme encore une fois a dominé le savant.Et M.Daviault contredit dans son ouvrage la plupart des déclarations solennelles et raides de la préface.Ainsi donc, par l\u2019agencement des mots, leur ordre, leur définition, le livre de M.Daviault sent le lexique et le dictionnaire à plein nez (et ce n est pas si grand malheur!); il y a des théories linguistiques entre les lignes et parfois même sur les lignes: 1 auteur ne déteste pas discuter tel jugement.Il s\u2019efforce d\u2019épurer la langue en cherchant chicane à beaucoup de nos écrivains les plus huppés; et lorsqu il signale l\u2019horreur de tous les anglicismes qu\u2019il trouve, M.Daviault me paraît bien travailler contre la langue hybride et inélégante.Les moyens favoris de l\u2019auteur sont la déduction et la comparaison: procédés des plus humains, des plus subjectifs et qui ont sauvé le livre de M.Daviault de l\u2019erreur d\u2019un livre exclusivement et abominablement scientifique.Walt Withman * 1 Walt Withman est un poète américain de l\u2019époque jacksonienne.Il s\u2019est formé librement, au spectacle de la vie grouillante de Brooklyn et de New-York, des sites pittoresques de Long-Island.Assez souvent la rue lui a servi de collège.1 Walt Withman, ses meilleures pages, traduites de 1 anglais par Rosaire Dion-Lévesque.Les Editions Totem Montréal. 90 l\u2019action nationale Ecoutons-le: Je me célèbre moi-même.La joie d\u2019être seul ou celle d\u2019être perdu dans la foule des rues, ou dans les champs et sur les coteaux.(p.52) Ses lectures sont la Bible, Shakespeare, les Mille et une Nuits.Il avoue avoir été grand dévoreur de romans.Et il se révèle en intense communion avec tout ce qui peut enrichir son moi: Je suis de toutes les nuances et de toutes les castes, de toutes les classes et de toutes les religions Je suis.Un prisonnier, un aventurier, un voyou, un avocat, un médecin, un prêtre, (p.62) Au physique, c\u2019est un superbe animal, comme dirait Paul Bourget, animal qui aspire à Se libérer complètement des liens Et des entraves des autres.S\u2019enfuir, libre! Aimer librement, Courir, téméraire et dangereux.(p.137) Au moral, il jouit d\u2019une \u201cinsouciance primordiale\u201d pour toute notion de péché.Il a pour philosophie une sorte de vaste tolérance pour tous les systèmes qui font s\u2019épanouir l\u2019individu comme sa seule raison d\u2019être, fin unique de toute conception BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE 91 philosophico-religieuse.C\u2019est assez nébuleux, et d\u2019un naïf panthéisme.La route est équivoque, le résultat incertain, peut-être destructif.(A toi) Je suis celui qui n\u2019accomplit que quelques pas Et se retire dans ses ténèbres originelles Je suis l\u2019homme qui va Sur la route, Jette un regard léger vers vous Et vous retire son visage.L\u2019âme, le corps, le présent, l\u2019avenir, tout cela est égal: il n\u2019y a que le présent qui compte dans la mesure du plaisir.Rien de bien neuf! Walt Withman a adopté pour lancer son message, son évangile, la strophe libre, volontiers harmonieuse, faite d\u2019énumérations tintamaresques, de jargon prétentieux et de gros mots furieux, chargés d allusions effrontées et de cynisme sensuel.Il y a chez Withman du faune antique, du décadent, du visionnaire, du mystique en goguette.Il est au fond si chaotique qu\u2019il défie toute définitive analyse. 92 l\u2019action nationale Voilà l\u2019homme que M.Rosaire Dion-Lévesque nous présente, en termes apocalyptiques et dionysiaques, avec l\u2019adoration, le fanatisme d un hindou devant un fétiche ou quelque abominable déesse des plaisirs et de la mort.A quoi bon?Tant de fracas pour si maigre profit! On lira cependant la traduction de M.Dion.Elle fournira une preuve de plus que 1 homme se ressemble sous tous les climats et que les poètes ont toujours aimé se payer de mots et poser au mage.\u201cO poètes, sacrés, échevelés, sublimes!\u201d René LAURENCE PETITS SALARIÉS Toutes les classes sont affectées par la crise.Mais il n en est peut-être pas dont le sort soit plus triste que celle des \u201ccollets blancs\u201d.On désigne sous cette appellation les gens qui aspirent à gagner leur vie avec leur instruction, sans etre des techniciens, des \u201cprofessionnels\u201d ou des fonctionnaires, partant les commis, les comptables, les employes de bureau, etc.D\u2019aucuns sont sans emploi, sans travail.On n a pas prévu qu\u2019il y avait tout de même une limite à proposer à notre ieunesse le rôle de gratte-papier.Chaque annee sortent de l\u2019excessive demanc si le salaire s\u2019avilit quer avec les fils pour les villes ? Le National et le Religieux Mon jeune ami, Vous me demandez quels rapports lient effectivement le national et le religieux; s\u2019il est vrai que celui-ci prend aujourd\u2019hui à l\u2019égard de celui-là une attitude de méfiance; et enfin, quels profits votre action nationale peut tirer de votre foi religieuse.Voici quelques brèves réflexions que je vous jette à la course.Que la patrie, la nationalité ou le milieu national et culturel vous confèrent des droits et des devoirs, rien de plus sûr.Et il en est ainsi parce que patrie et milieu national sont pour nous, comme dirait saint Thomas, un principe d\u2019être.Entendez par là qu ils fournissent à votre personnalité un moyen de perfectionnement, le moyen d\u2019atteindre votre fin d homme.Par cela seul, la foi ne saurait ici se désintéresser.Bien loin de trouver à redire, elle ne trouve qu\u2019à ratifier.Elle vous commande seulement de regarder plus haut.Parce que votre milieu national est d\u2019atmosphère et d\u2019essence catholiques et qu\u2019il est en quelque sorte le cadre humain de l\u2019Église et de ses institutions, la foi vous impose d\u2019en parfaire constamment 94 l\u2019action nationale la structure interne pour que s\u2019y loge toujours plus à l\u2019aise le Spirituel et que vous-même et les vôtres y atteigniez non seulement votre fin temporelle, mais aussi votre fin supra-terrestre.La foi vous fournit donc une deuxième raison, transcendante celle-ci, de vous attacher au national.Elle s\u2019en fait comme une base, un auxiliaire pour le développement de votre personnalité surnaturelle; elle vous le présente comme le cadre, le terroir généreux où pourra éclore et s\u2019épanouir la vocation spirituelle du peuple dont vous êtes.La foi ne détruit donc pas le national, pas plus que le surnaturel ne détruit le naturel.En l\u2019associant à ses fins, elle le transpose à un plan supérieur ; elle le surélève et le transfigure.C\u2019est déjà quelque chose, vous l\u2019avouerez, que d\u2019avoir illuminé de cette grande clarté la notion du national.Et pourtant la foi ne s\u2019arrête pas là.A votre action patriotique, elle prétend bien fournir une loi, des directives infaillibles.Vous êtes las, dites-vous, du règne des bavards et des perpétuels essayistes.Vous voulez faire œuvre constructive et à cette fin ne jamais perdre de vue une certaine hiérarchie des valeurs.Vous êtes bien d\u2019avis qu\u2019une patrie et une nation ne se bâtissent pas au hasard, selon le déterminisme ou le laisser-faire géographique, à coup d\u2019aventures économiques et politiques.Elles se construisent selon un ordre, une haute technique.Il y faut l\u2019harmonisation de l\u2019élément LE NATIONAL ET LE RELIGIEUX 95 terrestre et de l\u2019élément humain, le respect des lois profondes de la personnalité de l\u2019homme et de la vie sociale.Or, cette hiérarchie des valeurs, qui en garde la définition et qui enseigne à la constituer mieux que l\u2019Église ou le catholicisme, \u201csynthèse qui a unifié l\u2019esprit humain, les aspirations humaines, l\u2019activité humaine\u201d ?Vous connaissez, sur ces graves sujets, l\u2019incohérence et l\u2019impuissance où se débattent la philosophie et la politique de notre temps.Qui, mieux que l\u2019Église, met à leur vraie place et à leur vraie dépendance l\u2019humain et le terrestre, l\u2019économique, l\u2019intellectuel, le moral et le social ?Voyez ce qui se passe sous vos yeux: aux régime économique actuel, à ce régime que vous dénoncez, pourquoi l\u2019Église s\u2019oppose-t-elle encore plus énergiquement que vous ne le faites, sinon tout d\u2019abord parce qu\u2019il se fonde sur un mépris souverain des droits de l\u2019homme et des plus nécessaires des lois sociales ?Beaucoup d\u2019hommes, aveugles ou lassés, pourront se résigner à ce régime.L\u2019Église réprouvera jusqu\u2019à la fin ce \u201cmonde sans âme\u201d où l\u2019économique prétend substituer ses lois de fer à la primauté du spirituel.Et pour vous-même, mon jeune ami, pour que votre action nationale soit robuste et persévérante, quelles ressources ne vient pas vous offrir votre foi, si elle est vivante ?Pour ne pas trahir votre idéal de jeune homme, pour persévérer dans un effort qui sera indubitablement long et laborieux et o 96 l\u2019action nationale des obstacles et des tentations de toute espèce seront à surmonter, vous avez besoin d\u2019une parfaite rectitude morale et d\u2019une grande force de volonté.Ce n\u2019est pas tout d\u2019apercevoir le désordre et de le dénoncer éloquemment.Ce n\u2019est pas même le principal.Ce qui importe, c\u2019est de posséder l\u2019intrépide vouloir de le supprimer, de se sentir déterminé à y mettre sa vie.Nous nous mourons, non parce que nous manquons d\u2019hommes de talent; mais parce que nous avons trop d\u2019hommes de talent qui n\u2019ont que du talent.Eh bien, la rectitude et la force reprises pour votre oeuvre de redressement, où les prendrez-vous, sinon toujours aux mêmes sources, sous l\u2019égide des mêmes lois transcendantes ?Vous ne sauriez nier qu\u2019en vous imposant de restaurer ou de sauvegarder, chez vous d\u2019abord, la hiérarchie des valeurs, en vous commandant d\u2019élever l\u2019esprit au-dessus de la chair, l\u2019intérêt public au-dessus de l\u2019égoïsme, le national au-dessus du politique, le religieux au-dessus du national, la foi ne vous apporte, en même temps qu\u2019une impeccable droiture d\u2019esprit, une garantie d\u2019hygiène et de rectitude morales.J\u2019ajoute que la foi est aussi, pour vous, une garantie de puissance, parce qu\u2019elle met à votre disposition tout l\u2019ensemble des énergies spirituelles: ce dynamisme divin, toujours gonflé, qui est au fond des sacrements.Et nous voici en présence de faits d\u2019une vérité en quelque sorte expérimentale. LE NATIONAL ET LE RELIGIEUX 97 Il peut arriver, et il arrive quelquefois qu\u2019on puisse être un patriote, voire un honnête homme au sens naturel du mot, sans beaucoup de foi ni beaucoup de pratique religieuse.Mais lorsqu\u2019il arrive que le catholicisme n\u2019est pas seulement quelque chose d\u2019extérieur à l\u2019homme, une tradition, une atmosphère environnante, mais une vraie règle de conscience et un principe de vie intérieure, l\u2019expérience prouve tous les jours qu\u2019il peut devenir une sorte de garantie infaillible de persévérance morale et qu\u2019il a pouvoir de rectifier et de grandir indéfiniment une vie humaine.Et, à la vérité, quoi de plus explicable ?Comment celui-là ne serait-il pas plus que les autres au-dessus des tentations de l\u2019intérêt et de l\u2019inconstance qu\u2019on trouverait en possession de la rectitude morale dont nous parlions tout à l\u2019heure, et qui, en outre, aurait appris à aimer son pays ou son milieu national dans la transfiguration du surnaturel ?Ce n\u2019est pas si peu de chose, à l\u2019heure des épreuves et des déboires, que de trouver en chacun de ses actes, en chacun de ses sacrifices à la cause publique une beauté intrinsèque et une valeur de rendement parce qu\u2019ils apparaissent transposés sur un plan où rien ne se perd ni ne reste infécond.Ainsi, mon jeune ami, le religieux ne boude pas le national, pas plus qu\u2019en le subordonnant à soi il ne l\u2019avilit.Ce n\u2019est rien avilir que de mettre chaque chose à sa place.Le suprême péril pour le 98 l\u2019action nationale national, c\u2019est de n\u2019accepter aucune règle, c\u2019est de se mettre au-dessus de tout.Pour vous-même le service n\u2019est pas mince qui vous vient de cet ordre.Rien n\u2019est si beau, mais aussi rien n\u2019est si rare qu\u2019une vie droite.Tant d\u2019hommes ont le culte de la ligne brisée.Gardez donc votre idéal d\u2019ordre.On vous dira peut-être que ce sont là des \u201cidées de jeunesse\u201d.Et on vous le dira avec un scepticisme, sinon avec un mépris non dénué de hauteur.Ne vous défendez point comme d\u2019un reproche.Je crois bien que ce sont moins les \u201cidées de jeunesse\u201d qui font mourir les peuples que les idées séniles.Cordialement vôtre, Lionel GROULX, ptre Comment elles disparaissent Le pronom \u201celles\u201d représente les publications françaises.Celles-ci s\u2019en vont grâce au zèle de certains fonctionnaires fédéraux et grâce à notre insouciance.Quelqu\u2019un a demandé au ministère fédéral du Travail la version française du \u201cMouvement syndical au Canada en 1932\u201d.On lui a répondu fort poliment que l\u2019édition anglaise était sous presse et qu\u2019à propos de la traduction française, rien n\u2019était décidé.Alors si l\u2019on veut qu\u2019une autre publication française disparaisse, il n\u2019y a qu\u2019à ne s\u2019en pas soucier: Laisser faire, laisser passer.LE GUET L\u2019Achat chez les nôtres De la solidarité économique \u201cLa solidarité économique, me disait-on récemment, devient une question de vie ou de mort.\u201d Voilà un sujet sur lequel on disserte depuis vingt ans au moins.Nos journaux libres, nos revues militantes, nos hommes d\u2019œuvres, tous ceux enfin qui ont une vision exacte des besoins de notre groupe ethnique ont insisté sur ce truisme: Achetons chez les nôtres.Quel argument nouveau apporter qui pourrait pousser à l\u2019action pratique une minorité à qui il ne manque que l\u2019esprit de suite ?Depuis vingt ans, sur toutes les tribunes retentit ce mot d\u2019ordre: encouragement aux nôtres.A regret, il nous faut constater que ces efforts conjugués n\u2019ont abouti apparemment à rien.La glissade des nôtres sur le terrain économique s\u2019est continuée, s\u2019est accentuée.Les causes de cette reculade?D\u2019aucuns les ont maintes fois énoncées.Ce qui importe plutôt, n\u2019est-ce pas d\u2019oser dire comment, malgré tous les efforts déployés, les mots d\u2019ordre transmis, la ténacité d\u2019un grand nombre, il se fait enfin qu\u2019il ne nous reste économiquement rien ou presque rien aux postes de l\u2019actif: deux banques françaises, une compagnie d\u2019assurance-vie, quelques mutualités, 100 l\u2019action nationale quelques fiducies, quelques grands magasins et puis.Avouons-le ici franchement, au risque de blesser: cet éveil du sens national n\u2019a pas été parallèle chez l\u2019élément féminin à ce qu\u2019il fut chez l\u2019élément masculin.On ne pratique que ce que l\u2019on a appris.L\u2019action suit la conviction.Voyons un peu: l\u2019A.C.J.C.enrôle les jeunes gens en 1904; puis, les Voyageurs Catholiques apparaissent, les Syndicats, Cercles de J.O.C.Y a-t-il eu réaction correspondante chez l\u2019élément féminin?Je n\u2019hésite pas à répondre par la négative, sans pourtant oublier les cercles d\u2019étude qui, de-ci de-là, se sont fondés pour la diffusion d\u2019un credo national identique à celui qu\u2019on prêche aux jeunes gens.Je me garde d\u2019oublier la fondation relativement récente d\u2019amicales d\u2019Anciennes Elèves des couvents et la Fédération Nationale St-Jean-Baptiste qui groupe des oeuvres admirables.Quoi qu\u2019il en soit, plusieurs d\u2019entre ceux qui pratiquent la solidarité économique dans le domaine national en achetant chez les nôtres à valeur et à services égaux, ont cru que leurs efforts apporteraient quelques résultats parce qu\u2019ils posaient des actes conformes à leurs convictions.On avait cependant oublié que, chez nous, le foyer est ainsi constitué que la femme est le ministre des finances de la famille et, qu\u2019à ce titre, tout le revenu ou quasi tout le revenu lui est confié.C\u2019est elle la dispensa- DE LA SOLIDARITÉ ÉCONOMIQUE 101 trice du \u201cpatronage\u201d.Pour équilibrer le budget (rappelons-nous que nous sommes une race de petits salariés) l\u2019épouse vise généralement à obtenir le plus pour le moins d\u2019argent possible.Or, ce rôle pose un problème d\u2019éducation féminine.A-t-on suffisamment enseigné à la femme qu\u2019elle doit préférer la qualité et ne pas se laisser tromper par des marchandises ou services à bas prix ?L\u2019a-t-on dirigée vers nos marchands les plus agressifs, ceux qui offrent une marchandise à des prix pouvant souffrir la concurrence?Lui a-t-on assez dit que le \u201csnobisme\u201d avait été une des causes de la reculade enregistrée depuis vingt ans ?Lui a-t-on dit que, s\u2019il est impossible à nos mères et à nos épouses de se procurer de la confection chez les nôtres, les acheteuses ont les premières contribué à détruire un commerce qui avait été péniblement édifié pendant cinquante ans ?On a prêché aux pères et aux fils mais les épouses et les mères ont amoindri les résultats possibles de la doctrine de la solidarité.Entre mille, voici un exemple.Regardez les portraits de nos débutantes dans les grands journaux et cherchez le nom du photographe.Sont-ce des artistes-photographes cana-diens-français ?.Pourtant il existe encore des photographes canadiens-français dont le talent d\u2019exécution se compare avantageusement à celui des étrangers.Que l\u2019on continue d\u2019agir avec une 102 l\u2019action nationale telle indifférence envers ces compatriotes pendant trois ans et alors, nos épouses et nos filles nous diront que pour être à la page, il faut se faire photographier chez tel artiste (!) d\u2019origine anglo-saxonne ou juive.Ce sera alors vrai malheureusement: les nôtres auront été, en vertu de notre indifférence, éliminés d\u2019une sphère de l\u2019activité économique.On a répété: \u201cSoutenez le marchand de votre district pourvu que ses prix se comparent aux autres et que le service soit adéquat\u201d.A cette doctrine, ceux qui devaient en bénéficier n\u2019ont opposé aucune objection, loin de là.Que de fois n\u2019ai-je pas vu de ces marchands, de ces hommes d\u2019affaires, de ces petits industriels, faire appel à la solidarité nationale quand, en retour, ils pratiquaient l\u2019indifférence envers leurs propres fournisseurs.Logique, où es-tu ?La solidarité doit s\u2019entendre du client au marchand, mais aussi du marchand au fournisseur en gros.S\u2019il en est autrement, cette vertu perd sa valeur nationale.A valeur et à services égaux, il faut se faire un devoir, une obligation de conscience nationale d\u2019aider les siens.Pour ce faire, il faut aller voir les nôtres, demander ce qu\u2019ils ont à offrir, les astreindre autant que possible à rivaliser avec les concurrents, exiger services adéquats.Si les nôtres, isolés, n\u2019obtiennent pas les prix d\u2019achat de leurs concurrents, il faut accentuer le mouvement commencé de l\u2019achat en masse par la réunion des achats individuels des petits marchands. DE LA SOLIDARITÉ ÉCONOMIQUE 103 Je connais un district où, de ce temps-ci, les jeunes filles travaillent sans perdre une heure d\u2019ouvrage.Cependant, les marchands locaux rapportent qu\u2019il n\u2019y a pas plus d\u2019argent en circulation qu\u2019il y a quelques mois.La cause ?Ces jeunes filles, chez qui la notion de la solidarité familiale n\u2019est pas très vive, paient peu ou pas de pension (j\u2019insiste pour dire qu\u2019elles ne représentent pas l\u2019élite et que le cas n\u2019est pas général); leurs toilettes, elles les achètent dans le centre de la ville, chez les mer-cantis d\u2019origine exotique; leur monnaie de poche, elles le dilapident dans des cinémas, des salles de danse tenues par des propriétaires du même acabit.Le revenu de quelques centaines de milliers des nôtres est dépensé au seul profit des étrangers.Il n\u2019y a pas chez une masse de jeunes filles le moindre soupçon qu\u2019elles doivent quelque chose à leur famille, à leurs compatriotes.Elles n\u2019ont jamais songé un moment que leurs achats peuvent servir leur race.Ce qu\u2019il y a de pénible chez nous, c\u2019est qu\u2019il faut inculquer des principes que d\u2019autres groupes ethniques pratiquent d\u2019instinct.En dépit de toutes nos faiblesses, de toutes nos carences, il nous reste un facteur pour la reconquête éventuelle; c\u2019est le nombre.Dans le grand Montréal seulement, il y a 607,961 personnes de langue française.Si le pouvoir d\u2019achat de cette masse était canalisé vers nos firmes, quel changement il 104 l\u2019action nationale y aurait dans notre vie économique d\u2019ici cinq ans! Si les maîtres qui ont en mains la formation des nôtres étaient pénétrés de ces idées, ils les transmettraient à ceux dont on leur a confié la garde; si les mères, les jeunes filles, les pères de famille, parfois même certaines communautés, si les acheteurs, partout enfin, pratiquaient la solidarité, on n\u2019aurait plus à revenir sur ce vieux thème.Il en coûte à une minorité pour survivre.Il y a des sacrifices qui sont possibles et d\u2019autres, impossibles.Si chaque Canadien français pose l\u2019acte sauveur, peu de sacrifices seront exigés.Mais, si toute la tâche de la reconquête, si toute la tâche de l\u2019encouragement aux nôtres reste aux mêmes, l\u2019ensemble des efforts de ces quelques unités isolées vaudra peu de chose pour la minorité, mais coûtera à ceux qui consentiront les sacrifices bien des peines et bien des ennuis pour un résultat, en somme, très aléatoire.Ne demandons pas à quelques travailleurs logiques et dévoués de faire seuls leur devoir.Ce serait inhumain.Mais si, sur tous les points du territoire canadien, une âme nationale individuelle surgit, une conscience collective s\u2019avive, il y aura lieu alors d\u2019espérer.Songeons donc un instant à la puissance et à l\u2019impulsion que prendraient nos banques canadiennes-françaises si toutes nos épargnes y étaient dirigées, si notre seule compagnie d\u2019assurance, nos mutualités, nos fiducies recevaient la pré- DE LA SOLIDARITÉ ÉCONOMIQUE 105 férence! Combien des nôtres n\u2019emploiraient-elles pas! Pouvant accroître leurs revenus, sans accroître correspondamment leurs débours, certains salaires augmenteraient et ce seraient des Canadiens français qui en bénéficieraienC*A.-t-on songé à ce que signifiera, au point cïe^vaeintellectuel, demain, la mise en vassalité d\u2019un plus grand nombre des nôtres, la répercussion de cette déchéance accentuée sur la vie paroissiale et nationale, si les quelques marchands du coin disparaissent ?Jusqu\u2019ici, cet épicier, ce boucher ou ce marchand était le marguillier, pilier de sa paroisse.Si des marchands étrangers le remplacent, que seront-ils vis-à-vis nos églises; que seront-ils par rapport aux taxes à payer à nos écoles, si tous les nôtres, demain, sont commis au service des autres, .à moins d\u2019être chômeurs ?Auront-ils les ressources pour donner à leurs enfants l\u2019éducation supérieure que les nécessités modernes exigent ?Sinon, comment pourrons-nous fournir à notre jeunesse la formation complémentaire dont elle a besoin ?Si demain, parce que nous serons tous de petits salariés, nous n\u2019avons plus de pouvoir d\u2019achat, quelle sera la situation de nos \u201cprofessionnels\u201d, n\u2019ayant plus qu\u2019à transiger avec de petites gens aux minces revenus?Il nous reste le nombre, nous le répétons.Aux quelques journaux dont c\u2019est la mission, aux quelques revues qu\u2019il nous reste et qui survivent, à l\u2019Action Nationale, à nos associations militantes 106 l\u2019action nationale de continuer inlassablement le réveil de la conscience patriotique.Aux maîtres, formateurs par profession, d\u2019enseigner les vérités qui nous sauveront.Sinon, inutile de nous gargariser avec des mots: c\u2019est l\u2019enlisement, c\u2019est l\u2019asservissement, c\u2019est l\u2019infériorité économique bientôt suivie de toutes les autres déchéances.Je ne veux pas dire que le matériel prime le spirituel, mais il est un minimum de confort, un minimum de jouissances auquel on doit prétendre, dans une société normalement constituée.Attendre de grands actes sauveurs serait puéril.Ce sont les petits actes souventes fois répétés, vaillamment mais logiquement posés les uns après les autres qui nous sauveront.Nous avons le nombre dans la partie Est du Canada; sachons en profiter.Ne parlons jamais contre les autres races qui nous entourent, mais défendons toujours les nôtres.Si leurs méthodes sont désuètes, si certains marchands se refusent à moderniser leurs magasins, ce sont ceux-là seuls que vous devez blâmer.Dites-leur ce que vous pensez; dites-leur comme vous tenez à eux et dites-leur que c\u2019est leur succès et non leur défaite que vous ambitionnez.Pourvu qu\u2019ils soient intelligents, et ils le sont habituellement, ils comprendront l\u2019à-propos de vos remarques et lorsqu\u2019enfin : méthodes, prix, services se compareront partout avec ceux des concurrents, il sera encore plus DE LA SOLIDARITÉ ÉCONOMIQUE 107 facile de demander aux Canadiens français d\u2019aider les leurs, en vertu du principe de la solidarité économique.Nous survivrons, si nous le voulons, mais nous ne survivrons pas si nous n\u2019avons pas le courage de nous placer en face des faits et de poser les actes régénérateurs propres à nous redonner figure de maîtres dans la maison de nos pères.Rodolphe LAPLANTE Il faudra répéter jusqu\u2019au moment où tombera l\u2019apathie et viendra la conviction, la phrase de Son Excellence Monseigneur Béliveau: \u201cSi nous voulons du français au Canada, c\u2019est à nous d\u2019en mettre\u201d.Il appert que nous y passerons bien des années.Voyez plutôt: au début de l\u2019an neuf, un directeur de Y Action nationale recevait d\u2019un hôtel québécois les vœux suivants: \u201cWith Christmas greetings.\u201d C\u2019est signé d\u2019un nom excessivement français.De grâce, M.le gérant, traduisez donc votre nom! Le vieux préjugé est là.Pour réussir en affaires, il faut se servir de l\u2019anglais et, si l\u2019on veut devenir millionnaire, de 1 anglais seulement.Il tiendra aussi longtemps que les nôtres, par leur fierté, n\u2019auront pas démontré le contraire.Sans doute, c\u2019est déjà fait, mais c\u2019est l\u2019exception et alors la règle persiste.Justement un ingénieur d\u2019Ottawa nous signale dans les milieux anglo-saxons la popularité du fromage d'Oka, produit à etiquette française.Il y a d\u2019autres cas analogues.Exceptions toujours! La règle persiste.O snobisme, tu es bien autre chose qu\u2019un mot! Un vievx préjugé Le rôle des universités catholiques En dépit de la superstition du chiffre treize, le treize janvier 1934 aura été, dans l\u2019histoire de la pensée canadienne-française, un jour lumineux, un jour qu\u2019il faut marquer d\u2019un caillou blanc.A notre époque de troubles et d\u2019incertitude où il semble bien que nous soyons, selon l\u2019expression pittoresque de Daniel Rops, en des années tournantes, l\u2019énonciation d\u2019une doctrine salutaire, étayée sur l\u2019observation, la science, la franchise et le souci de nos intérêts nationaux supérieurs, est un phénomène trop peu commun pour que nous manquions l\u2019occasion de souligner à nos lecteurs quelques directives, dignes de méditation, tombées des lèvres de son éminence le Cardinal Villeneuve, lors de sa conférence au Cercle Universitaire, sur Y Université, école de haut savoir et source de directives sociales.Ce titre est, en même temps, la définition d\u2019une université.L\u2019éminent conférencier note d\u2019abord qu\u2019il est des degrés dans le savoir humain, comme l\u2019a décrit Jacques Maritain, dans un ouvrage célèbre.L\u2019école primaire attire l\u2019attention de l\u2019intelligence sur des faits que, plus tard, le jeune homme rattache à des lois abstraites.Mais c\u2019est à l\u2019université que le savoir prend son sens formel et LE RÔLE DES UNIVERSITÉS.109 vrai.C\u2019est là que l\u2019esprit apprend à cheminer à travers les vastes synthèses, se servant des mathématiques et des sciences qui lui fournissent la materia intelligibilis pour dégager le concept universel d\u2019une matière dépouillée de ses contingences.De cette conception du savoir, courante au XlIIe siècle, on s\u2019est fort éloigné, surtout en Amérique.On a enrichi les collections d\u2019observation d\u2019une façon prodigieuse.On a multiplié les expériences.On a allongé le catalogue des hypothèses, mais on n\u2019a presque pas exploité le dépôt déjà acquis des certitudes humaines.Bien plus, sur quelques points, on a obscurci la lumière de certaines vérités rationnelles, fortement racinées.La progression dans le savoir humain, l\u2019Eglise la souhaite et la désire pour ses universités catholiques.Elle n\u2019est pas hostile au progrès scientifique.L article 1364 du Codex et la Constitution Deus scientiarum Dominus sont explicites.Mais, 1 Église sait que le matériel universitaire le plus complet \u2014 utile, voire indispensable \u2014 ne saurait suffire.A ce corps, il faut un principe animateur, une âme.Cette âme, c\u2019est la science abstraite, ce sont les théories pures, ce sont les principes repensés et examinés dans toute l\u2019ampleur de leurs dimensions spirituelles, c\u2019est la hiérarchie des essences, c\u2019est l\u2019être compris dans toutes ses modalités.Or, déclare S.E.le Cardinal, nous n\u2019avons pas encore ces universités.Les facultés de Laval et de 110 l\u2019action nationale Montréal ont à peine commencé leur œuvre.Il faut en relever l\u2019idéal.Des circonstances existent qui expliquent nos retards, mais le fait crucial demeure: nos universités ont produit trop peu de maîtres dont le métier est de penser et d\u2019entraîner dans leur sillage.On peut citer un théologien, un historien, un économiste, un savant.Témoignages en faveur de nos universités, voilà quelques noms qui en assurent le rayonnement.Dans les autres branches du savoir, avons-nous fait avancer la science ?En philosophie, même carence.Le R.P.Van Becelaere, O.P., a enregistré qu\u2019il y avait au Canada français de belles espérances.C\u2019est trop peu.Le R.P.Forest, O.P., disait un soir que nous défrichons encore.Depuis cent ans de défrichement philosophique, nous n\u2019avons, hélas ! rien édifié.A peine l\u2019esquisse d\u2019un renouveau s\u2019annonce-t-elle.On a vécu à répéter les docteurs mais on s\u2019est peu soucié de les assimiler d\u2019une façon active et créatrice.Nous avons conservé l\u2019acquis.Est-ce bien sûr ?Notre jeunesse serait-elle capable de discuter les théories qui agitent le monde et s\u2019insinuent jusque chez nous ?Qui pourrait se défendre victorieusement contre le pragmatisme, le phénoménisme, le relativisme, le déterminisme, l\u2019eugénisme, le fascisme ?Il importe donc que nos universités rehaussent le concept de leur rôle.L heure est venue de se convaincre qu\u2019une université n est pas qu\u2019une réunion de facultés professionnelles. LE RÔLE DES UNIVERSITÉS.111 Au-dessus de celles-ci, il y a les facultés de haute culture, lettres, sciences, sociologie, philosophie, théologie.Voilà les lobes du cerveau universitaire.C\u2019est par ces facultés d\u2019abord qu\u2019une université remplit son second rôle ; source de directives sociales.On s\u2019inquiète du sens religieux de nos classes instruites.L\u2019on enquête.L\u2019on découvrira sans doute que si elles manquent de connaissances approfondies, les notions élémentaires, nettes, fermes et claires, lui font peut-être encore plus défaut.Relever le niveau de leur enseignement religieux, devoir pressant pour les universités catholiques, dont la tâche est de produire des juristes et des physiciens qui se différencient de ceux qui sortent d\u2019ailleurs.Le tableau d\u2019une université catholique fut jadis dessiné par le cardinal Rouleau, en une page que le conférencier a citée.Elle doit être animée par la doctrine catholique, avec la théologie et la philosophie comme centres et sommets.C\u2019est cette doctrine qui informe toutes les facultés, celles dont l\u2019objet est la matière comme celles dont la fin est d\u2019ordre moral, toutes formant un echelon ascendant de la connaissance sensible à la connaissance rationnelle, puis à la foi.Son Eminence le cardinal Villeneuve a rappelé le rôle que doit jouer la philosophie thomiste dans une université catholique.Le conférencier y a condensé sa pensée énoncée jadis, à l\u2019Académie canadienne saint Thomas.Le thomisme y trouve 112 l\u2019action nationale une fonction rectrice.Les universités catholiques évoluent dans un milieu spécial.Il leur appartient donc de donner à notre peuple une physionomie propre.Physionomie catholique et française; catholique, par la diffusion plus généreuse des théories sociales catholiques,résumées dans les encycliques Quadragesimo Anno et Rerum novarum; française, par la restauration dans les intelligences, au moyen de l\u2019exemple et de l\u2019enseignement, des notions de nationalité, de culture, de biens culturels.Puisque la Charte de 1867 a admis notre groupe à signer un contrat bilatéral, nos universités, pour notre marche assurée et progressive, dans le vaste domaine de la politique canadienne, devraient tracer des trajectoires et projeter des directives.Directive du sens religieux, directive du sens intellectuel chrétien, orientation vers le thomisme, vers la sociologie catholique, orientation de la pensée canadienne, nos universités canadiennes-françaises possèdent ici le roc d\u2019une doctrine sur lequel elles doivent poser le flambeau de leurs certitudes.C\u2019est ainsi qu\u2019elles éclaireront les activités diverses qui intéressent, au plus haut degré, notre nationalité.C\u2019est également ainsi qu\u2019elles atteindront une originalité de bon aloi.Au lieu de copier les méthodes faites pour d\u2019autres états d\u2019esprit, qu\u2019elles s\u2019appliquent à développer au maximum le trésor de pensée inclus dans le milieu LE RÔLE DES UNIVERSITES.\t113 sociologique auquel elles se rattachent.Leurs traditions intellectuelles, la formation de leur personnel, la nationalité de leurs étudiants, leur commandent d\u2019accroître le patrimoine de leur race au service de celle-ci d\u2019abord, puis au bénéfice du milieu canadien.L université est la clef de voûte d\u2019un système éducationnel.Son orientation influe dans toutes les sphères de la pensée.Au nom de nos meilleurs intérêts nationaux, ce n\u2019est pas trop lui demander que d être un bastion de vie catholique et française.Etienne ROBIN LA RADIO Il arrive que l\u2019on se plaigne avec raison de la médiocrité des programmes radiophoniques.La part faite à la langue française est insuffisante.Cette langue y est trop souvent de qualité inférieure.Les auditeurs ont sans doute l\u2019alternative de fermer leur appareil.Il y a une action plus positive et plus efficace.Les postes émetteurs reçoivent des approbations en masse lorsqu\u2019il s\u2019agit de programmes qui plaisent souvent par leur mauvais goût.Pourquoi les lettres n\u2019affluent-elles pas aussi nombreuses quand un programme en vaut la peine ?Nous estimons qu\u2019il y a ici un mode d\u2019action trop négligé par les gens bien pensants.Avez-vous songé à renouveler votre abonnement?C\u2019est le seul concours que nous sollicitons. Le fonctionariszne Le Français et l\u2019asriculture La traduction française du rapport de l\u2019enquête fédérale sur le lait et les produits laitiers vient de paraître, avec cinq mois de retard sur l\u2019édition anglaise.Cette anomalie n\u2019est pas unique.Durant des années, les rapports français sur le commerce des bestiaux, des produits laitiers, des œufs, des fruits et légumes, furent envoyés aux journaux de notre langue quelques jours après les rapports anglais.Ainsi, les cultivateurs canadiens-français ne tiraient aucun avantage de ces publications hebdomadaires sur les marchés.Cette injustice n est corrigée que depuis quelques mois.Il reste une autre anomalie aussi intolérable.Nous avons, dans la province de Québec, cinq grandes divisions agricoles relevant du gouvernement fédérales.Or, trois des chefs de ces divisions sont des parfaits unilingues: M.T.-J.Hicks, chef de la division de l\u2019Industrie laitière; M.A.-R.Hedgecoe, chef de la division des Oeufs et Volailles; M.R.-E.Robinson, chef de la division des Fruits et Légumes; LE FRANÇAIS ET L\u2019AGRICULTURE 115 M.Eric-A.Eardley est préposé au service des marchés des fruits et légumes; MM.S.Boily et Jules Simard, deux bilingues, sont chefs des divisions de l\u2019Industrie animale et des Semences.Un unilingue, M.S.-N.Chipman, est chargé du service des marchés à la division de l\u2019Industrie animale.Au service des semences, il y a deux positions permanentes d\u2019analystes féminines.L\u2019un de ces postes est rempli par une demoiselle Edwards, qui fut autrefois jeune, mais qui reste unilingue.Dans les trois divisions dirigées par des chefs unilingues, la grande majorité du personnel et surtout les employés supérieurs ne comprennent pas notre langue.Nous voudrions savoir si on tolérerait longtemps, à Toronto, un groupe de fonctionnaires fédéraux ne sachant pas un mot d\u2019anglais ?Certaines monstruosités ne s\u2019endurent que dans la réserve québécoise.Albert RIOUX APPEL À NOS LECTEURS.Libre de toute coterie, notre revue ne compte que sur ses abonnés.Réabonnez-vous au plus tôt: c\u2019est là notre seule source de revenus. Pour qu\u2019on vive.Le culte des héros Notre critique littéraire parlera ici, comme il convient, du Pierre Radisson, roi des Coureurs des Bois, de M.Donatien Frémont.C\u2019est un livre captivant et fort dont l\u2019apparition prend la valeur d\u2019un symptôme.Une revue française parlait récemment de la \u201crenaissance du culte des héros\u201d, du besoin qu\u2019éprouve la jeunesse actuelle d\u2019exemples et de guides qui aient su vivre leur vie et diriger les autres dans la vie.Elle attribuait à ces aspirations la vogue des saints, le succès de librairie des publications hagiographiques.Notre jeune génération n\u2019échappe pas à ce besoin ou à cette disposition d\u2019esprit.Sa recherche inquiète le fait voir, recherche d\u2019un chef, d\u2019un homme de premier plan, qui tirerait son pays du désordre et l\u2019arracherait elle-même à ce chaos ou à cette médiocrité de vie où elle se refuse à vivre.Nos écrivains ont-ils entendu cet appel profond ?Ont-ils deviné cette impatience des âmes jeunes ?On le dirait.M.Robert Rumilly nous a donné un La Vérendrye qui vaut mieux que son sir Wilfrid Laurier.Le Louis-Joseph Papineau qu\u2019il nous promet vaudra-t-il mieux que son La Vérendrye?Tout ré- POUR qu\u2019on vive 117 cemment, Alain Grandbois nous envoyait de Paris son Louis Jolliet, évocation de notre première gloire canadienne.Voici maintenant le Pierre Radisson de M.Frémont.Il faut applaudir cet effort qui fera peut-être f'apercevoii^nos snobs et ^nos déracinés que nous avons tout de même un passé en ce pays.Nos découragés et nos capitulards y pourront aussi apprendre, pour leur confusion et pour leur instruction, s\u2019ils en sont encore capables, qu\u2019il a existé sur ce continent une autre race française que la leur et que s\u2019ils sont devenus les pygmées qu\u2019ils sont, ce n\u2019est que par suite d\u2019une dégénérescence morale, d\u2019un effroyable appauvrissement de leur sang français.Mais il en est d\u2019autres Nos écrivains d\u2019histoire, espérons-le, ne voudront pas s\u2019arrêter en si beau chemin.Il s\u2019en faut que la mine de gloire soit épuisée.Qu\u2019on relise simplement, si l\u2019on ne peut aborder les archives ou d\u2019autres ouvrages, les six volumes de Pierre Margry: Origines françaises des Pays d\u2019Outre-Mer; et c est toute la légion ailée des explorateurs, des coureurs de bois et de fleuves qu\u2019on verra défiler, tous ces Français de jadis, d\u2019une renommée pas toujours irréprochable, mais, à coup sûr, hantés de rêves splendides, et surtout exemplaires magnifiques d\u2019énergie et d\u2019audace.Il y a Jean Nicolet, Etienne Brulé, qui attendent leurs évocateurs. 118 l\u2019action nationale Il y a ces autres \u201crois des coureurs des bois\u201d qui s\u2019appelaient Nicolas Perrot, Greysolon du Lhut, La Tourette et, le plus grand de tous, Cavelier de la Salle: celui-ci célébré sur tous les tons par des historiens de France et des historiens américains, et qui, cependant, attend encore son biographe canadien.Il y a, type de gloire humaine et surhumaine, le missionnaire jésuite, qui, avec d\u2019autres, n\u2019a trouvé pour revivre, de véritable histoire\u2014j\u2019entends comme évocation et synthèse puissantes que l\u2019ouvrage d\u2019un Américain: Francis Parkman.Il y a enfin, d\u2019une énergie plus douce et pourtant si prenante et fortifiante, la légion des femmes, des héroïnes, dont pas une seule, je crois bien, n\u2019a encore connu l\u2019éblouissante résurrection.Voilà notre richesse, que nous ne connaissons pas, que nous soupçonnons à peine.Et voilà aussi pourquoi nous sommes d\u2019une âme si pauvre.Car il n\u2019y a pire pauvreté pour un peuple que l\u2019ignorance de son passé.Y a-t-il des Canadiens français?Aussi arrive-t-il parfois à l\u2019un de nos amis, qui ne fait pas toujours de l\u2019hâmeur, de soutenir que cette race ou cette variété humains qu\u2019on appelle des \u201cCanadiens français\u201d n\u2019existe pas.Cette conviction lui vient, affirme-t-il, chaque fois qu\u2019il lui est donné d\u2019assister à une assemblée, quelque réunion convoquée d\u2019urgence pour venir en aide à une POUR qu\u2019on vive 119 œuvre nationale.Invariablement, vous apercevrez dans la salle les mêmes figures connues: des voyageurs de commerce, des membres de l\u2019A.C.J.C., des Jeunes-Canada, quelques commis ou petits employés, de rares \u201cprofessionnels\u201d, trois ou quatre au plus, environ 200 personnes.Dans une grande ville comme Montréal, par exemple, où vit une population de plus de 600,000 âmes présumées d\u2019origine française, voilà tout ce que pourra remuer et reunir 1 appel de détresse d\u2019une œuvre vitale.L\u2019inexistence des Canadiens français, poursuit notre ami, on la pourrait démontrer par bien d\u2019autres constatations aussi navrantes que concluantes, et, par exemple, par le genre de presse le plus en vogue parmi nous.Notre pauvre peuple, en butte à tant de menaces et à tant de périls, et qui aurait tant besoin de se faire une âme forte et d être bien défendu, que lit-il ?Pour la grande masse, un journal épais, incolore, sans caractère ni nationalité définis, qui pourrait aussi bien convenir au Cafre qu\u2019à l\u2019Ksquimau, rédigé par surcroît en langues primitives et inconnues, où l\u2019algonquin, à ce que l\u2019on croit, est dominant.Mais alors que conclure?Si l\u2019on peut dire: tel journal, tel peuple, le peuple qui lit le journal n\u2019importe quoi n\u2019est-il pas le peuple n\u2019importe qui ?\u2014 Autre démonstration (c\u2019est toujours notre ami qui parle) \u2014Beaucoup qui ont gardé quelque grain de naïveté, ne peuvent taire leur stupéfaction devant le trai- 120 l\u2019action nationale tement infligé à la langue française dans les services fédéraux, quand nous avons sur place, se récrient-ils, des ministres, des sénateurs, une soixantaine de députés, chargés spécialement de la garde de nos intérêts et, Dieu merci, assez grassement rémunérés pour ce faire.\u201cIllusion! Equivoque que tout cela!\u201d prétend hautement notre ami.\u201cAllez à la Chambre des Communes; penchez-vous au bord des tribunes.Peut-être apercevrez-vous une demi-douzaine d\u2019hommes politiques dont l\u2019origine française ne fait point de doute.Mais les autres ?Observez les figures, les gestes, le langage.Des Indigènes de Race Rouge; des Indigènes de Race Bleue, soit! Mais des parlementaires canadiens-français?Allons donc!\u201d Le témoignage du Cardinal Sans doute, en ce langage, faut-il faire la part de la boutade.Mais n\u2019y a-t-il que de la boutade ?Ces lamentables observations sont-elles si éloignées de celles que faisait récemment le Cardinal Ville-neuve en son terrible et courageux discours au Cercle Universitaire de Montréal ?Quand il parle de \u201cl\u2019absence, chez la plupart, d\u2019un tempérament vigoureux, capable de nous créer une vie sociale, une littérature, un art, une armature économique de quelque consistance\u201d; quand il fait défiler ces \u201chommes-fantômes, sans caractère défini, sans épine dorsale et sans reins, bien incapables, en tout POUR qu\u2019on vive 121 cas, de représenter devant leurs collègues d\u2019origine ou de croyances étrangères le type d\u2019humanité supérieure qu\u2019on devrait attendre d\u2019une éducation catholique et française\u201d; quand, poussant plus loin l\u2019impitoyable analyse, le Cardinal nous décrit \u201cun peuple sans ressorts, accueillant avec une funeste inconscience modes, moeurs, théâtres, idées, tout ce qui passe à sa portée; en train de perdre chez lui la direction de sa propre vie sociale,\u201d ce peuple est-il si loin de celui de notre ami, l\u2019homme aux boutades ?Comme entité nationale, est-il si éloigné de l\u2019inexistence ?Education nationale On voudra bien croire qu\u2019en ces funèbres observations, nous ne mettons ni amertume, ni surtout plaisir.On sait assez que nous ne sommes point des défaitistes.Si nous allons jusqu\u2019à l\u2019âpre vérité, c\u2019est que nous estimons le franc diagnostic de notre mal moins dangereux que la folle insécurité où tant d\u2019optimistes irréfléchis et paresseux voudraient nous endormir.Le pire ce n\u2019est pas d\u2019être phtisique; c est de s\u2019acharner à ne pas le savoir.Quelque grand que soit notre malheur, nous estimons que tout peut être encore racheté et qu\u2019il n\u2019y a point de défaites irréparables pour un peuple catholique, aussi longtemps qu\u2019il n\u2019a pas perdu la volonté de se retremper dans sa foi.Après des paroles comme celles de Son Eminence, nul, espérons-nous, ne 122 l\u2019action nationale voudra prétendre qu\u2019il n\u2019y a rien à faire.Ah! si seulement ceux qui ont la puissance de tout refaire voulaient s\u2019en mêler un peu! Car enfin pour nous rebâtir, en moins d\u2019une génération, un peuple nouveau, digne de sa culture et de son sang, il suffirait à nos éducateurs de se rappeler, comme on le leur disait ici-même en janvier, qu\u2019ils sont, dans la province, la première puissance de redressement, et qu\u2019ils sont tels, par leur nombre sans doute, et par leurs moyens d\u2019action sur la jeunesse, mais d\u2019abord parce qu\u2019ils sont ce personnage dont ils ne savent peut-être pas assez la grandeur et la puissance: l\u2019éducateur catholique.Jacques BRASSIER RÉABONNEMENTS Nous prions instamment nos abonnés de 1933 de vouloir bien solder le plus tôt possible leur abonnement de 1934.C\u2019est une question de vie ou de mort pour la revue.Nous n\u2019envoyons pas de reçus, mais nous inscrivons sur la bande de la revue, à la droite du nom, la date d\u2019échéance: janvier ou septembre 1935.Ceux-là seuls sont en règle qui ont cette inscription.Ceux qui n\u2019en ont pas, ou qui ont 1934, voudront bien nous adresser aussitôt le prix de leur réabonnement ($2.00).On est prié de ne pas envoyer seulement son nom, mais aussi son adresse, et de dire s\u2019il s\u2019agit d\u2019un réabonnement. Vie de l\u2019Action nationale Dans la tranchée Vous avez, sur la toile, vu cette scène touchante: le troupier, dans un recoin de la tranchée, lit avec attention la lettre venue de son village et qui lui parle des siens.Autour de lui, les obus pleuvent et les balles sifflent.Il n\u2019entend plus.Recueilli, le soldat parcourt les feuillets qu\u2019ont pressés des mains amies et, en même temps qu\u2019il comprend mieux alors son rôle de défenseur, le courage s'affirme en lui.Ainsi des vieux troupiers de l\u2019Action nationale.Dans leur tranchée, ils luttent pour que la nationalité canadienne-française survive dans l\u2019intégrité de sa foi, de ses saines traditions et de sa langue.Lorsqu\u2019autour d\u2019eux ils voient prêts à tous les compromis ceux qu\u2019en politique on appelle des chefs et qu\u2019un peuple, jadis fier, achève d\u2019accepter toutes les formes d\u2019asservissement, le \u201ccafard\u201d n\u2019est pas loin de les prendre.Il fait bon alors de lire quelques lettres qui contiennent des paroles de réconfort; le poids du jour et de la chaleur\u201d devient moins lourd à porter.Quelques témoignages De ces lettres nous citons quelques témoignages spontanés d\u2019approbation.Ainsi un professeur nous écrit: \u201cSans plus tarder, je vous adresse ma maigre contribution.Si vous saviez avec quel intérêt et quel amour je lis votre revue \u2014 et la fais lire \u2014, si vous saviez quelles sympathies vous comptez parmi les étudiants d\u2019ici, cela vous réconforterait et suppléerait, pour une part, à d\u2019autres preuves plus tangibles qui viendront.\u201d 124 l\u2019action nationale De Marieville, l\u2019un de nos abonnés nous adresse cet élo-gieux témoignage: \u201cVous pouvez être assuré que VAction nationale n\u2019a pas déçu ses abonnés qui en attendaient depuis longtemps la venue.Elle s\u2019est montrée à la hauteur de la tâche qu\u2019elle a entreprise.Et c\u2019est tout à l\u2019honneur de ceux qui ont bien voulu prendre la lourde charge de sa direction.\u201d Et d\u2019autres.Un collégien parle à son tour: \u201cJe dois vous dire que votre revue m\u2019intéresse beaucoup et m\u2019est aussi très utile.Grâce à elle, nous pouvons approfondir beaucoup de questions de première importance pour tout citoyen.\u201d Le pasteur d\u2019une paroisse rurale résume ainsi sa pensée: \u201cChaque article (de l\u2019Action nationale) constitue une bonne poussée, pour les Canadiens, vers l\u2019idéal que chacun devrait avoir.\u201d Dans une lettre où la langue n\u2019est peut-être pas académique, mais qui révèle un cœur français, un jeune homme nous écrit ces lignes bien simples qui peuvent sembler prosaïques, mais que nous trouvons admirables: \u201cVous trouverez ci-inclus un mandat d\u2019une piastre pour payer six mois d\u2019arrérages d\u2019abonnement.Ce que je vous envoyé, ce sont mes économies.\u201d Ces lettres d\u2019approbation réconfortent; elles poussent à poursuivre l\u2019oeuvre commencée et les directeurs de la revue, étant hommes, n\u2019y sont pas insensibles.Voix lointaines Entendez ces voix lointaines; elles viennent de la Nouvelle-Angleterre et de la Saskatchewan.D\u2019outre-quarante-cinquième, une religieuse écrit: \u201cTous les jours, je prie les saints Martyrs d\u2019obtenir du Dieu des Francs le succès plénier de l\u2019Action nationale.Etant LA VIE DE l\u2019action NATIONALE 125 Franco-Américaine, j\u2019apprécie hautement les articles qui ont trait aux Franco-Américains.\u201d Des lointaines prairies, un fermier nous adresse ces lignes: \u201cJe fais lire la revue à tous ceux que la question de notre race intéresse et Dieu sait si nous avons besoin d\u2019une telle revue ici dans l\u2019Ouest.Soyez assurés que nous sommes avec vous de tout coeur et, bien que nous soyons loin, nous vous disons: continuez et bon courage!.\u201d L\u2019éducation nationale Maints journaux ont commenté l\u2019article par lequel M.l\u2019abbé Lionel Groulx a ouvert l\u2019enquête de notre revue sur l\u2019éducation nationale\u201d.Ainsi M.Eug.L\u2019Heureux, après avoir analysé cet article, ajoute dans l'Action Catholique: \u201cLe dévouement, l\u2019intelligence et la compétence pédagogique des éducateurs ne sont ici nullement en cause.Ce qui manque, c\u2019est une doctrine capable d\u2019orienter le patriotisme des Canadiens français.Cette doctrine précise, nous ne l\u2019avons pas, c\u2019est évident; et il nous la faut.Or, c\u2019est une enquête comme celle de l\u2019Action nationale qui nous aidera le plus à la trouver d\u2019abord, puis à l\u2019imposer.Et ce n\u2019est pas seulement à l\u2019école primaire, secondaire ou universitaire non plus qu\u2019aux écoles spéciales que le Canadien français puisera son éducation nationale.Puisque l\u2019éducation nationale est, chez un peuple, la formation d\u2019un sens national en harmonie avec son origine et son destin, il faut compter comme facteurs d\u2019éducation nationale tous les éléments susceptibles d\u2019exercer quelque influence sur ce sens national\u201d.Commentant également l\u2019article de M.l\u2019abbé Groulx, le Progrès du Golfe insiste sur une définition précise du patriotisme canadien : \u201cSous quelle forme doit se présenter ce patriotisme pour nous, Canadiens français? 126 L ACTION NATIONALE Il ne peut être identique à celui du Canadien anglais, cela se conçoit spontanément.Car nous avons des origines, un atavisme, une tradition, un génie particulier et une manière de concevoir l\u2019évolution de notre civilisation qui ne sont pas ceux de l\u2019Anglo-Canadien.Il serait donc à désirer qu\u2019au premier article de son programme Y Action nationale nous donnât une définition enfin précise de ce que doit être le patriotisme canadien-français\u201d.L\u2019enquête de VAction nationale, une fois complétée, répondra sûrement au désir qu\u2019exprime Laurent du Golfe.Restauration sociale On sait déjà que les directeurs de Y Action nationale ne sont pas des inactifs.Trois d\u2019entre eux nous en fournissent une preuve nouvelle.Ils ont collaboré au \u201cProgramme de restauration sociale expliqué et commenté\u201d qui vient d\u2019être publié par l'École Sociale Populaire.M.Albert Rioux a traité de la restauration rurale; M.le docteur Philippe Hamel a repris le thème des \u201cTrusts et Finances\u201d et M.Wilfrid Guérin a exposé les \u201créformes politiques\u201d.Signalons en passant que cette nécessaire brochure est en vente au prix de 25 sous l\u2019unité à l\u2019École Sociale Populaire et au Devoir.Du programme lui-même, tel que développé, YAxtion nationale reparlera.Sympathies agissantes Il a été question de patriotisme; signalons tout de suite un trait du vrai patriote; il paye sans tarder son abonnement à Y Action nationale.Nous avons parlé de sympathies; à celles-ci s\u2019applique souvent l\u2019épithète \u201cagissantes\u201d.Mais à toutes?Peut-être non.Comme c\u2019est le temps du renouvellement des abonnements, nous avons en mains quelques preuves. LA VIE DE L\u2019ACTION NATIONALE 127 Sans doute, \u2014 et on l\u2019a assez dit! \u2014 la crise dure encore.Mais qu\u2019on veuille bien songer à ceci: Y Action nationale vit de ses abonnements.Elle n\u2019a pas d\u2019autre source de revenus.Là-dessus, nous n\u2019insistons pas, convaincu que le simple rappel de cette vérité amènera nos abonnés retardataires à se souvenir de leur générosité.Dominique BEAUDIN L\u2019ÉDUCATION NATIONALE Parmi les sciences que l\u2019art de l\u2019éducation peut utiliser,'la psychologie positive figure en première place.Quelle riche moisson à recueillir dans les œuvres de Wundt, de James, de Dwelshauvers, de Michotte, de Gamelli! De ces savants, les uns ont, par accident, confirmé certaines lois, énoncées jadis par saint Thomas: les autres ont mis au service de la pédagogie traditionnelle des synthèses d\u2019observation et des mises au point scientifiques qui la rajeunissent et la modernisent.Seule la routine se peut priver de tels apports.Quels que soient les problèmes discutés dans les congrès internationaux d\u2019éducation (Paris, Londres, Louvain), il reste que le but suprême de l\u2019éducateur est l\u2019épanouissement d\u2019une âme.Pour cette fin, il doit munir la connaissance intellectuelle d'idéals élevés et exercer la volonté à s\u2019y attacher fermement.Hormis l\u2019idée religieuse, rien n\u2019égale, comme puissance d\u2019entraînement, comme dynamisme créateur, l\u2019idée patriotique.La pédagogie n a pas oublié ce postulat.Dewey, le père de l\u2019instrumenta-lisme, qui s\u2019est fort occupé d\u2019éducation, comme la plupart des philosophes américains, a démontré dans Democracy and Education la valeur éducative de l\u2019idée nationale.A ce sujet, on pourrait citer maints textes du De magistro, de saint Thomas.Que de fines anaylses du patriotisme on trouve dans la Somme du Docteur Angélique! La patrie, dit-il, a une maternité et une paternité réelles à notre égard.Elle est pour nous un principe d\u2019existence.Elle parfait en nous 1 être humain.SM en est ainsi, le sentiment national ne doit-il pas infor-mer 1 éducation, la spécifier, la particulariser, attendu que le maître a pour devoir de former des hommes, conformément à leur innéité propre et aux besoins de leur milieu ? CHEZ LES FRANCO-AMÉRICAINS Récemment encore, M.l\u2019abbé J.-L.Vermette, curé de Lynn, Mass., donnait à la radio une instructive causerie sur \u201cl\u2019école paroissiale et la conservation de la langue maternelle aux États-Unis\u201d.Evidemment le problème scolaire se pose chez nos voisins sous un angle tout autre qu\u2019au Canada.A cause des liens qui nous rattachent aux Franco-Américains, nous avons tout intérêt à connaître leurs difficultés, leurs modes de penser, leurs résistances à une formidable puissance d\u2019assimilation.A ce point de vue, il faudrait au complet publier la conférence de M.le curé de Lynn.Malheureusement, dans une revue comme la nôtre, l\u2019espace est bien restreint.Il nous faut, contre notre gré, résumer l\u2019exposé de M.l\u2019abbé Vermette et n\u2019en citer que quelques passages.Le pasteur de Lynn base sur les droits des parents celui d\u2019enseigner leur langue maternelle aux Franco-Américains; d\u2019autre part, l\u2019Eglise admet et recommande que le religion soit enseignée dans l\u2019idiome des fidèles; enfin, la Cour Suprême de Washington a déclaré \"anticonstitutionnelle la prétention des États qui voulaient enlever aux écoles privées le droit d\u2019enseigner les langues étrangères\u201d.M.l\u2019abbé Vermette résout ensuite les objections courantes, puis il pose cette question: Pour les Franco-Américains, que reste-t-il à faire ?Il y répond comme suit et c\u2019est par là qu\u2019il conclut : \u201cPour nous, le salut, c\u2019est la reconstitution de la famille avec ses traditions chrétiennes, le retour à l\u2019église paroissiale désertée par un grand nombre, le renouveau de nos foyers par l\u2019agréable et saine vie sociale des ancêtres.\u201d Il faut dans la vie moderne conserver \u201cl\u2019esprit de nos pères: esprit fait d\u2019ordre et de droiture, de religion mêlée de belle gaîté, de conscience des responsabilités.Puisque nos foyers, nos écoles et nos églises sont les châteaux forts de notre langue, il faudrait davantage en connaître la vie et la valeur afin de les aimer assez pour en parler et d\u2019en parler assez pour les aimer et les faire aimer.\u201cY a-t-il encore pour nous espoir de survivance?La question fait trembler les peureux, elle fait sourire les braves.Si une colonie française de soixante mille, abandonnée de ses chefs civils, mais guidée par un clergé de premier ordre, a pu constituer des groupes français et catholiques dont le chiffre global dépasse plusieurs millions, qu\u2019est-ce que ces millions de descendants pourraient faire à condition qu\u2019ils fussent du même type ?Je laisse à la jeune génération et surtout à ses chefs le soin de résoudre ce problème.Les anciens, eux, l\u2019ont résolue.\u201d "]
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