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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1934-03, Collections de BAnQ.

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[" Pour la liberté de la presse Nos abonnés nous ayant ménagé une désagréable surprise, nous allons leur parler sans détours.Sur deux mille deux cents, à peine six cents ont acquitté leur dette à la Revue.A ces six cents nous disons merci très cordialement.Aux autres, nous tiendrons un dur langage, celui de la vérité sans fard.Puisque l\u2019heure n\u2019est plus aux ménagements, faisons des aveux impudents.Les directeurs de /\u2019Action nationale donnent leur temps, leur travail, leurs idées.Pas un salaire.Le service de la patrie est déjà une chose ingrate en soi: ce supplément d\u2019indifférence nous étonne et nous frappe au coeur.Etre libre, parler haut et ferme avec tous les risques que cela comporte: se mettre au-dessus de toutes les forces coalisées, de toutes les coteries conjuguées pour mieux défendre les intérêts les plus sacrés de notre survivance française et catholique, et ne récolter que ça, c est-à-dire V apathie : voilà quelque chose qui ressemble à une pilule amère.A notre petit peuple, trahi de tous les côtés, exproprié, extorqué, volé, pillé par l\u2019écume des aventuriers, des incompétents, des exploiteurs et des illusionnés, à la jeunesse surtout, fleur d\u2019un beau sang pur, nous répétons: n\u2019en avez- 130 l\u2019action nationale vous pas assez du rôle d\u2019esclaves qu\u2019on vous fait jouer en ce moment?N\u2019allez-vous pas vous remettre à vivre pleinement, sans crainte, avec audace, votre belle vie française et catholique?Mais pour briser ces chaînes qui nous tiennent prisonniers, il faut d\u2019abord un plan d\u2019ensemble, une méthode, une technique de cette renaissance essentielle.L\u2019Action nationale aspire à jouer son rôle dans cette oeuvre de réfection.Va-t-on se décider à s\u2019accrocher aux quelques rares organes de libre défense que nous possédons encore?Le plus étonnant, c\u2019est que les plus chaudes, les plus vivantes, les plus compréhensives des sympathies nous sont venues de l\u2019Ontario, des États-Unis, de l\u2019Alberta, du Manitoba, de la Saskatchewan, des Acadiens des provinces maritimes.Québec, (quelques rares et généreuses exceptions) dort encore d\u2019un morne sommeil.Les plus belles leçons de patriotisme nous viennent du dehors.Nous dédions ces lignes à nos éducateurs.A cette heure unique de détresse pour notre peuple, où véritablement se joue son destin, heure terrible, crise effroyable comme n\u2019en vit pas le passé, ne se trouvera-t-il pas deux mille hommes de notre sang pour vouloir haler à fond pour Dieu et la Patrie?L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019éducation nationale L\u2019éducation nationale LE DEVOIR NATIONAL On a déjà démontré à cette place qu\u2019une éducation nationale, chez les Canadiens français, est non seulement opportune, mais encore justifiée par le droit naturel et positif.Nous tenons de la nature même, en effet, le droit de transmettre intactes à nos enfants la langue et la culture héréditaires; ce droit, la fermeté de nos pères l\u2019a fait admettre sans équivoque dans la constitution de notre pays.Mais quel usage en avons-nous fait?Sa reconnaissance officielle nous facilitait singulièrement la tâche de rester fidèles à nous-mêmes, à notre passé, à nos légitimes aspirations.D\u2019où vient dès lors notre lamentable recul du dernier quart de siècle ?Les causes sont nombreuses.La plus grave nous paraît bien, chez beaucoup de nos compatriotes, une fausse conception ou l\u2019ignorance pure et simple du devoir national.Et pourtant, ce dernier repose sur un fondement moral solide; il commande des attitudes auxquelles aucun peuple qui veut vivre ne saurait se dérober. 132 l\u2019action nationale Toute dépendance implique des obligations.En d\u2019autres termes, nous sommes redevables de devoirs et de services envers quiconque nous est un principe d\u2019être ou un moyen de perfectionnement.C\u2019est l\u2019origine de nos devoirs envers Dieu, principe et fin de toutes choses, comme envers nos parents, de qui nous tenons la vie, un nom, un foyer, des ancêtres; c\u2019est aussi la base de nos devoirs envers la patrie.La famille isolée n\u2019est pas un milieu en puissance d\u2019assurer le parfait développement de la personnalité humaine.Pour remplir sa fin propre, il lui faut s\u2019incorporer à une société plus vaste, plus vigoureuse, capable d\u2019assurer sa sécurité, de lui fournir ce qui convient à sa conservation physique, à son progrès matériel et spirituel.Cette société plus vaste, ce n\u2019est pas uniquement ni peut-être principalement l\u2019Etat, c\u2019est la nation ou la nationalité, le milieu historique et naturel avec son atmosphère, l\u2019ensemble de ses institutions et de ses bienfaisances.On ne voudra pas nier, espérons-nous, 1 étendue des services que nous devons au milieu culturel.C\u2019est une lapalissade que d\u2019affirmer de l\u2019homme qu\u2019il est le fils d\u2019un sol.Les liens de sa filiation dépassent de beaucoup l\u2019immediate fraternité humaine.Tout son pays l\u2019a façonné par l\u2019ensemble de ses éléments physiques, mais plus encore l\u2019ac- l\u2019éducation nationale 133 tion spirituelle et morale de son milieu historique.Et nous voulons dire l\u2019ensemble des traditions et des mœurs collectives; les institutions de toute nature, juridiques, politiques, sociales; le passé des ancêtres se prolongeant, se survivant dans le temps présent; une langue, une culture littéraire, portant avec soi, non seulement des moyens d\u2019expression, des créations d\u2019art et de beauté, mais toute une philosophie de la vie; une religion enfin qui, avec ses institutions multiples, son travail en profondeur, a sculpté les consciences et les âmes.Voilà, en raccourci, ce que l\u2019homme doit véritablement à son milieu national.\u201cLe milieu national\u201d, écrit le Père Delos, \u201cremplit ainsi, à l\u2019égard de chaque individu, une mission dont l\u2019on ne saurait exagérer l\u2019importance; et l\u2019on peut dire, en toute rigueur et vérité, que toute fibre de notre être et toute puissance psychique de notre âme sont ainsi enrichies, par la race et le milieu générateur, de dispositions positives qui les arment pour l\u2019action et qui ont une valeur humaine évidente\u201d.1 Un devoir national existe donc, fondé en charité sinon toujours en justice, et qui comporte des exigences précises.Ce devoir n\u2019est pas une obligation plus ou moins vague, plus ou moins libre, facultative, intermittente, contraignante quelques jours seulement de l\u2019année ou de la vie, et pour un petit 1 Delos, La Société Internationale, p.23. 134 l\u2019action nationale nombre d\u2019individus, pour les petits, les humbles, quelques bons originaux qu\u2019on appelle avec dédain des patriotes.Chez un peuple catholique, cette obligation ne peut être que formelle.Nous pouvons par conséquent conclure avec M.Gonzague de Reynold: \u201cLa piété patriotique est.une vertu dont la pratique est obligatoire, elle est un ordre de Dieu.Nous ne sommes pas libres d\u2019être et d\u2019agir sans piété à l\u2019égard de notre patrie, pas plus que nous ne sommes libres d\u2019être et d\u2019agir sans piété à, l\u2019égard de nos parents, pas plus que nous ne sommes libres d\u2019être et d\u2019agir sans religion à l\u2019égard de Dieu\u201d.2 Indiquerons-nous quelles formes doit revêtir l\u2019accomplissement de ce devoir ?Il est sûr que nous devons d\u2019abord un culte au passé! Ne sommes-nous pas, pour une large part, redevables aux ancêtres de ce que nous possédons ?On a dit que la patrie et la nation sont faites de plus de morts que de vivants.Quoi de plus vrai?Nous sommes trois millions de Canadiens français à l\u2019heure actuelle.Combien de millions depuis 1608 ont travaillé pour nous, nous ont fait ce que nous sommes ?La nation\u201d, dit encore Delos, \u201cest une formation con- « Gonzague de Reynold, Les grands problèmes inter-nationaux de l\u2019heure présente.Conférences de la premiere semaine catholique internationale de Genève, 1929, p.108. l\u2019éducation nationale\t135 tinue dont l\u2019existence se déroule dans le temps.En ce sens, son présent est gros de tout son passé.Le culte de la patrie inclut un culte des morts, un honneur et une révérence marquée à leur souvenir, à leurs œuvres qui leur survivent, et d\u2019une telle dette de culte, les morts sont l\u2019objet très actuel\u201d.3 ÏTe devoir national implique surtout le devoir de servir.Si le milieu national est grandement utile, voire nécessaire à notre perfectionnement, nous avons la stricte obligation de ne pas saccager ni de laisser saccager cette richesse spirituelle.Nous devons non seulement défendre le milieu national, mais travailler à l\u2019enrichir, comme le veut l\u2019aspiration humaine vers le progrès constant, toujours plus élevé.La vie nationale nous impose en conséquence une attention particulière à ses besoins, et surtout, dans un pays comme le nôtre, à ses périls.Elle requiert du dévouement; elle peut même requérir parfois le sacrifice d\u2019intérêts personnels à l\u2019intérêt général et, toujours dans la mesure de nos forces, une contribution positive au bien de la nation.Ajouterons-nous que ce devoir suit les générations et s\u2019attache à elles ?Les générations futures ont le même droit que nous au bien commun, au patrimoine moral et matériel reçu des ancêtres.Nulle génération n\u2019a le droit de laisser la patrie moins grande, moins éducatrice qu\u2019elle ne l\u2019avait trouvée.3 Delos, Id., p.42. 136 l\u2019action nationale Au Canada, où deux races se trouvent en présence et où, en plus, l\u2019Etat fédéral se superpose aux Etats provinciaux, quelle attitude exige de nous le devoir national?Depuis quelques années, on a embrouillé comme à plaisir ce problème pourtant simple.Des politiciens arrivistes nous ont appris qu\u2019il nous suffisait désormais d\u2019être canadiens, sans tenir compte de la dualité des races, et que le provincialisme, sous toutes ses formes, constituait un obstacle au progrès de notre pays.Par quel singulier retour des choses ces lâcheurs professionnels purent-ils évoquer avec vraisemblance, à l\u2019appui de leurs prétentions, le témoignage d\u2019un ancien chef vieillissant?Mais la réalité reste la même, quoi qu\u2019en disent les apôtres intéressés de l\u2019abdication nationale.Aujourd\u2019hui comme hier, il s\u2019agit pour nous de concilier, dans une juste hiérarchie, nos devoirs et envers notre patrie et envers notre nationalité.Tâche difficile ?Il se peut.Nos faciles abandons, notre paresse d\u2019esprit et notre peu de fierté nous ont fait tant de mal que beaucoup de nos compatriotes ont perdu, au profit d\u2019un vague canadianisme, la claire notion de ce qu\u2019ils doivent aux hommes de leur sang.A ceux-là, rappelons une fois de plus, et crions, s\u2019il le faut, quelques faits essentiels. l\u2019éducation nationale 137 Nous sommes partie d\u2019un grand Etat librement accepté par le pacte fédératif.Nous devons donc assumer toutes les obligations qui découlent de ce pacte et de notre manque de personnalité politique absolue.L\u2019Etat fédéral étant tenu, dans les limites de 1 accord, d\u2019aider les provinces à se développer, il a le droit de compter sur une assistance positive de leur part, et par conséquent de la nôtre, pour s\u2019acquitter convenablement de sa tâche.Mais il n\u2019a nullement le droit d\u2019exiger d\u2019elles l\u2019abandon d\u2019un légitime provincialisme, puisque ce provincialisme, avec tout ce qu\u2019il comporte, est à la base même de la fédération canadienne.Pour nous faire mieux entendre, nous emprunterons une comparaison à 1 ordre international.Il est admis aujourd\u2019hui que nul Etat ne saurait prétendre à une indépendance absolue.Et la raison en est que chaque Etat est impuissant à remplir sa fonction à l\u2019égard de ses citoyens, sans l\u2019aide de la société internationale.De même, dans une confédération, chaque province et chaque citoyen sont tenus à des devoirs envers 1 Etat fédéral, pourvoyeur du bien commun des provinces fédérées.Mais de même également que, dans l\u2019ordre international, il ne s\u2019ensuit point que les Etats particuliers soient tenus de tout sacrifier à la Société internationale, ainsi dans notre confédération, est-il évident que provinces et nationalités gardent le droit et le devoir de s\u2019occuper de leur bien particulier.Nous dirions même, en accord 138 l\u2019action nationale avec les principes plus haut posés, que chacun est tout d\u2019abord obligé envers le milieu culturel d\u2019où il tire le plus de profit pour le perfectionnement de sa personnalité.Et ce n\u2019est qu\u2019en second lieu que l\u2019obligation s\u2019impose de collaborer au bien des collectivités et des institutions plus hautes qui ont pour fin de sauvegarder et de favoriser le bien de leurs subordonnés.N\u2019ayons pas peur de l\u2019affirmer: c\u2019est d\u2019abord en servant la petite patrie qu\u2019on sert la grande.Coordination de sentiments et de devoirs qui ont fait écrire à Louis Le Fur: \u201cComme les familles fortes font les nations fortes, ce sont les provinces ou régions dotées d\u2019une personnalité vigoureuse qui forment les Etats forts\u201d.L\u2019acceptation du devoir envers notre pays n\u2019implique donc nullement pour nous l\u2019abandon du devoir envers notre peuple.Bien au contraire.Le développement du nationalisme canadien-français, d\u2019un nationalisme légitime, bien entendu, reste conforme à l\u2019esprit du pacte fédératif qui suppose, au Canada, l\u2019union politique de deux races, mais nullement leur fusion.D\u2019un nationalisme légitime, ai-je écrit.Il existe, en effet, un nationalisme exagéré, que Pie XI dénonçait jadis et que nos pêcheurs en eau trouble n\u2019ont pas manqué de découvrir chez nous.Trouvaille réjouissante, s\u2019il en fût.Car en quoi notre volonté nationale de vivre et de grandir, fondée sur la nature et reconnue par la Constitution, pourrait- l\u2019éducation nationale 139 elle s\u2019identifier à l\u2019impérialisme des puissances, fondé sur les orgueils raciques et les appétits de conquête, ou au séparatisme des petites nationalités voulant se libérer de leurs obligations de justice à l\u2019égard de l\u2019Etat dont elles relèvent ?Qu\u2019on nous permette d\u2019apporter ici, pour justifier ce nationalisme non seulement acceptable mais nécessaire, quelques témoignages autorisés.\u201cSi l\u2019on entend par nationalisme\u201d, enseignait en 1929 M.Gonzague de Reynold, \u201csimplement un patriotisme actif, vigilant, destiné à galvaniser une nation, à une heure de danger extérieur, de relâchement, de crise, et à lui donner conscience de ce qu\u2019elle est, tout patriote devrait être nationaliste\u201d.4 De son côté, Delos précise, dans l\u2019ouvrage déjà cité: \u201cLe nom du nationalisme doit être réservé à un acte vraiment humain, à la conscience spirituelle des apports nationaux dont nous bénéficions, à l\u2019acceptation volontaire de ces formes.De tels sentiments incluent l\u2019engagement de conserver ces formes, d\u2019en perpétuer les valeurs, de les accroître.Sur ce plan.le nationalisme peut devenir une doctrine et fournir des règles de vie\u201d.5 6 Quant aux timorés qu\u2019affole le mot nationalisme lui-même, M.Louis Le Fur déclarait à leur intention, dès 1926: \u201cPour en finir avec le nationalisme, 4 Gonzague de Reynold, Les grands problèmes inter- nationaux, pp.122-23.6 Delos, op.cit., p.27. 140 l\u2019action nationale considéré désormais comme un patriotisme local en comparaison du bien commun de l\u2019humanité, il est nécessaire de voir dans quelles limites ce nationalisme parfois décrié, et excessif en effet, voire même coupable quand il dépasse un certain degré, constitue au contraire, restreint à ses vraies limites, non pas seulement une notion utile et juste mais une nécessité sociale\u201d.6 S.E.le cardinal Villeneuve n\u2019avait-il pas dès lors raison d\u2019affirmer à Québec, le 26 février dernier, \u2018\u2018que, dans la plus fidèle allégeance à la couronne de Georges V et dans la plus stricte observance du pacte confédératif de 1867, il y a place pour notre langue et nos traditions propres, place pour le rameau français à travers tout le Dominion\u201d ?7 Le nationalisme ainsi entendu ne présente donc en aucune manière, chez notre peuple, un caractère absolu ou de séparatisme dangereux.La volonté de vivre et de se développer de la nationalité canadienne-française dans le cadre de ses droits naturels et constitutionnels: voilà ce qu\u2019il est et ce qu\u2019il suffit qu\u2019il soit pour nous sauver des périls de l\u2019heure.* * * Mais on voit où doit porter l\u2019effort de nos éducateurs.Le devoir national se fonde en définitive sur 6\tLouis Le Fur, Semaine Sociale, Le Havre, 1926, p.285.7\tL'Action Catholique, 27 février 1934. l\u2019éducation nationale\t141 les valeurs humaines du milieu national.C\u2019est donc à démontrer ces valeurs de culture et de civilisation qu\u2019ils mettront le meilleur de leur âme.Ici le champ est vaste.Nous ne pouvons fournir que de rapides indications que nous empruntons d\u2019ailleurs à l\u2019abbé Groulx.\u201cDu milieu national\u201d, disait-il à Québec, le printemps dernier, \u201con montrerait tout d\u2019abord à la jeunesse inquiète et trop souvent indécise l\u2019apport physique ou géographique, c\u2019est-à-dire les grandeurs et les richesses splendides de son pays.On lui en ferait voir, en second lieu, l\u2019apport historique; et ce serait, avec la pureté de la race originelle, l\u2019humanisation de la terre par les aïeux, le revêtement d\u2019épopée et d\u2019histoire, le visage de gloire fait par une race magnifique au pays canadien: passé inspirateur d\u2019énergie qui jusqu\u2019en d\u2019immenses portions de la terre américaine, fait aujourd\u2019hui se lever dans le bronze tant de héros au costume et au visage français.Ce serait ensuite l\u2019apport intellectuel du milieu national: le privilège pour un peuple de parler la langue de la clarté, puis de participer, par cette langue, à tout le trésor de la culture française, l\u2019une des parures de l\u2019humanité.Ce serait encore l\u2019apport du milieu social : apport de l\u2019école confessionnelle ou catholique, le plus haut type d\u2019école, le plus efficace, qui ne s\u2019adresse pas à la seule intelligence, mais qui s\u2019adresse à tout l\u2019enfant pour y développer tout l\u2019homme; apport de la famille catholique, la mieux 142 l\u2019action nationale faite, quand elle est fidèle à sa dignité, pour enfanter de la vie et la discipliner; apport de la paroisse catholique, formation civile et sociale dont le principe constitutif est tout d\u2019abord de qualité spirituelle et qui fonde une fraternité humaine, non pas autour d\u2019un froid hôtel de ville, mais autour d\u2019un vivant clocher.Viendrait enfin et plus expressément l\u2019apport religieux du milieu national.Et alors quelles vastes perspectives s\u2019offriraient à l\u2019esprit de l\u2019enfance et de la jeunesse! Ce seraient toutes les grandeurs du surnaturel mises à sa portée par le catholicisme.A des jeunes hommes et à des jeunes filles épris d\u2019un idéal absolu, ambitieux de pousser jusqu\u2019à son ultime développement leur personnalité, il serait montré que leur naissance dans un milieu et dans la foi catholiques leur vaut cet incomparable privilège d\u2019avoir devant les yeux, pour idéal moral, l\u2019infinie perfection du Christ, et pour terme de leur développement humain, cette élévation de personnalité qui, proprement, pourraient faire d\u2019eux, s\u2019ils le voulaient, des surhommes et des dieux\u201d.\u201cMais alors que manquerait-il donc aux petits Canadiens français et aux petites Canadiennes françaises qui les justifiât de se tourner vers une autre culture, ou vers une autre civilisation ?Que pourraient-ils ambitionner, pour l\u2019essor de leur personnalité humaine, que ne pût leur fournir aussi bien que tout autre leur milieu national et culturel? l\u2019éducation nationale\t143 Car enfin, quand on a l\u2019honneur privilégié d\u2019être un fils intellectuel du pays de Racine et de Pascal et que l\u2019on est, par surcroît, le fils d\u2019un milieu catholique, l\u2019on n\u2019a peut-être pas le droit de se croire supérieur à tout autre, mais n\u2019a-t-on pas le devoir de ne se croire inférieur à personne ?\u201d * * * Un dernier mot.Barrés disait un jour que le culte du moi, évidemment incapable de retenir un esprit de cette qualité, l\u2019avait conduit peu à peu, à travers les couches mouvantes de son être, jusqu\u2019au roc solide de la collectivité.Cette révélation fut le principe de sa vie militante.Ayant compris que nous ne constituons qu\u2019un modeste anneau dans la chaîne des générations, il accepta le devoir de transmettre à ses descendants, en y ajoutant son apport personnel, les trésors de civilisation et de culture reçus en dépôt de ceux de sa race.Le devoir national, voilà à quoi, au fond, il se résume pour nous.Et nous n\u2019aurons de chance de survivre que dans la mesure où nous recommencerons enfin d\u2019exiger qu\u2019on l\u2019apprenne à nos enfants.René CHALOULT. Pardon, M.de Roquebrune! J\u2019ai rouvert ce matin les \u201cMille Têtes\u201d de J.-A.Lemay.A parcourir cette galerie des fils les plus glorieux de notre pays, on se trouve en pleine atmosphère nationale.J\u2019eus le malheur de lire la préface, que j\u2019avais jadis escamotée comme d\u2019habitude.L\u2019affreuse déconvenue! Quelques phrases me poursuivent comme des mégères.\u201cAvons-nous assez rebattu les oreilles des gens avec la fameuse fécondité de la race canadienne!.La seule supériorité que l\u2019on nous ait accordée, c\u2019est notre faculté de reproduction, et nous avons accepté d\u2019être connus dans l\u2019univers par ce qui fait aussi la gloire des lapins.\u201d C\u2019est signé: Robert de Roquebrune.L\u2019auteur des \u201cHabits rouges\u201d, que nous avions compté parmi nos bons ouvriers! M.de Roquebrune vit à Paris, c\u2019est entendu.Mais quel besoin de se faire l\u2019écho des boulevards et des petits théâtres, lesquels ont toujours tiré à bout portant sur le monsieur qui a beaucoup d\u2019enfants ?Ce ne sont là ni la vraie France ni la bonne philosophie. PARDON.M.DE ROQUEBRUNe! 145 Nous avions lu dans la Bible que les pasteurs d\u2019Orient se réjouissaient du nombre de leurs fils comme de leurs plants d\u2019oliviers, et que pareille bénédiction accordée au peuple d\u2019Israël avait servi à mieux conserver le dépôt de la foi ancienne.Parmi les signes de décadence qui hâtèrent la chute de l\u2019empire romain, Godefroi Kurth et d\u2019autres historiens nous avaient toujours indiqué l\u2019absence de Romains: plus d\u2019enfants pour revêtir la robe prétexte; des clients plein l\u2019atrium; les Barbares aux frontières.N\u2019allons pas si loin! La force vitale de la France n\u2019a-t-elle pas commencé de s\u2019affaiblir, depuis que des lois égoïstes ont émietté la propriété, enchaîné les droits du père de famille, incliné l\u2019opinion publique à craindre de peupler le foyer ?Je résume Frédéric Le Play.L\u2019amour des berceaux était vraiment un don de Dieu, pour notre race qui allait fournir un tel effort d\u2019expansion et soutenir le miracle d\u2019une survivance héroïque.Cela nous vient de fort loin.N\u2019a-t-on pas noté l\u2019émerveillement de Montcalm, auquel, dans une de nos campagnes, l\u2019on présentait un vétéran du régiment de Carignan, entouré de 225 de ses descendants ?Encore, si l\u2019on pouvait nous prouver que la France moderne trouve plus élégant de ne plus parler de \u201cfamilles nombreuses\u2019\u2019.Bien au contraire.Même la France laïque a tenu des congrès de natalité, 146 l\u2019action nationale donné des primes aux familles exemplaires.L\u2019opinion catholique, moins confiante dans les congrès que dans la grâce du Christ, a continué, dans les provinces demeurées croyantes, d\u2019entretenir des réservoirs de bons Français de haute lignée.La boutade de Monsieur de Roquebrune me rappelle un souvenir de voyage.L\u2019un de nos amis dînait avec ses compagnons, quelques abbés, dans un restaurant de Marseille.A la table du fond, un monsieur barbu, doué d\u2019un fort accent, se répandait en propos malveillants; il visait du coin de l\u2019œil ces clergymen étrangers.A l\u2019entendre, les ministres de toute religion étaient des hypocrites, ils faisaient fortune à prêcher la vertu pour les autres; dans ce monde égoïste, mieux valait rester seul et s\u2019amuser.Il termina ainsi, en montrant un caniche qui avait été servi avec soin avant son maître: \u201cQuant à moi, je n\u2019aurai pas d\u2019autre enfant que.Robespierre\u201d.(C\u2019était le nom de cette bête orthodoxe).\u2014 Notre ami perdit son calme: \u201cSavez-vous, Monsieur, que si votre père avait eu ces heureuses convictions, nous aurions dîné tranquilles.\u201d \u2014 La tâche de nos intellectuels est plus magnanime.Ces jours-ci, je causais avec un brillant avocat sur les traditions de Noël.On en vint au \u201cMinuit, chrétiens\u201d.\u2014 \u201cVous avez tort, proclama-t-il, de toucher à ces traditions vénérées par le peuple : pour un grand nombre, c\u2019est le dernier fil qui les rattache à la croyance\u201d. PARDON.M.DE ROQUEBRUNEÎ 147 \u2014\tJ\u2019étais sceptique.\u201cSi nous en sommes déjà là, lui dis-je, à quoi attribuer une telle faiblesse de la vie religieuse ?\u201d \u2014\t\u201cA deux causes, fit-il: l\u2019excessive prospérité que nous avons connue pendant dix ans a énervé le sens de l\u2019Evangile; certaines faiblesses du clergé ont achevé cette brisure.\u201d J\u2019aurais pu ajouter: et la trahison de notre élite catholique, n\u2019est-ce rien?Vous-même, avez-vous communié plus qu\u2019une fois, cette année ?Méditez-vous un peu chaque jour?\u201cSavez-vous prier?\u201d comme demande l\u2019exquis vieux châtelain de Mau-vert, dans la \u201cRéponse du Seigneur\u201d d\u2019Alphonse de Chateaubriand.\u2014 Avez-vous pensé que le peuple suivrait toujours des chefs, dont la religion ne serait qu\u2019un théorème de géométrie ?Prenons garde! Les vrais chefs de la jeune génération devront être des croyants intrépides.Sinon, peu importe le dernier roman, le \u201cMinuit, Chrétiens\u201d ! Quant à l\u2019esprit des boulevards, il tient bon autour des coupes de champagne; à l\u2019heure des colères sociales, on éventre le boulevard pour dresser des barricades, sur lesquelles on fusille les archevêques et les meilleurs citoyens! Lionel DEGUIRE L'actualité littéraire L\u2019Enseignement français au Canada.Tome II: les Ecoles des minorités.1 Voici, avec le tome II de l\u2019Enseignement français au Canada, une histoire intégrale des luttes scolaires soutenues contre l\u2019ennemi divers et peu changeant, d\u2019un bout à l\u2019autre de la terre canadienne.On se souvient des combats épiques livrés ici dans le Québec; il s\u2019agissait toujours, contre l\u2019adversaire, de garder la langue et la religion d\u2019abord, et de pouvoir ensuite enseigner langue et doctrine, vivre sa foi, dans la sécurité au moins morale d\u2019un droit naturel incontesté.Le tome I rafraîchira là-dessus votre mémoire.Le tome II raconte les guerres identiques faites aux minorités en Acadie, au Manitoba, au Kéwatin, dans le Nord-Ouest et dans l\u2019Ontario, en escarmouches multipliées, sans cesse renaissantes; et la défense héroïque renouvelée partout elle aussi où se faisait l\u2019attaque: défense interminable, jamais découragée en dépit des revers, plus glorieuse, par l\u2019enjeu, que les gestes immortelles chantées autrefois, aux temps très lointains, sur les harpes des troubadours et des ménestrels.1 Abbé Lionel Groulx.L\u2019Enseignement du Français au Canada.Tome II.Les Ecoles des Minorités.Librairie Granger Frères, Limitée, Montréal 1933. l\u2019actualité littéraire 149 * * * M.l\u2019abbé Groulx nous transporte d\u2019abord en Acadie, la terre tragique.Avant la dispersion, l\u2019école grandit là-bas, modestement comme toutes les institutions de l\u2019endroit.On voit Maître Lescarbot enseigner le catéchisme.Les missionnaires envoyés, prêtres et soeurs, par les évêques de Québec, les rares prêtres résidents, elevent avec le concours du dévouement commun la maison d\u2019école.Les guerres commencent.Français et Anglais se disputent Port-Royal et Louisbourg, tout le littoral.Dans les trêves, la vie reprend, l\u2019école ouvre sa porte et vivote \u201centre deux excursions de corsaires\u2019\u2019.Et c\u2019est le drame douloureux de la dispersion.Puis, timidement, commence une sorte de renaissance acadienne, pressurée, traquée, écrasée.L\u2019enseignement se donne au pauvre foyer, le soir, jusqu\u2019au jour de l\u2019arrivée des Loyalistes.Le groupe des revenants de la dispersion se fait cependant plus dense.Dès lors la lutte va grandir entre les revenus et les deux gouvernements, provincial et fédéral.C\u2019est l\u2019agression de 1871, les longs et disgracieux débats de 1872 et 1873, les atermoiements de 1875.Chacun leur tour, les Acadiens de Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick, de Prince-Edouard, iront \u201cporter leur cause devant les tribunaux et devant le gouvernement 150 l\u2019action nationale fédéral: \u201ccalvaires jumeaux où vont s\u2019user les genoux de tant d\u2019autres opprimés\u201d, (p.32) L\u2019auteur nous dit les luttes de tous les instants, les calculs mesquins de la politique, les vues bornées et vite satisfaites des pasteurs étrangers qui ne savent rien du passé: ils parlent d\u2019ailleurs la langue et inconsciemment peut-être le langage de l\u2019oppresseur.Aujourd\u2019hui! \u201cAujourd\u2019hui, outre les cinquante couvents et les trois collèges-universités fondés par eux, les Acadiens ne possèdent pas moins de cent vingt-cinq à cent trente écoles françaises ou bilingues en Nouvelle-Ecosse; quarante-quatre à l\u2019Ile du Prince-Edouard, près de cinq cents au Nouveau-Brunswick\u201d (p.69).Tout ce magnifique effort peut durer, doubler son succès, si les Acadiens savent \u201cveiller sur la moisson de leurs berceaux\u201d et arrêter l\u2019émigration des leurs, lente si l\u2019on veut, mais constante, aux États-Unis.Premier tableau, assez chargé, sombre, aux défaillances humaines innombrables.Il s\u2019éclaire heureusement de scènes merveilleuses, qui honorent la race de l\u2019homme et font augurer, pour le pays tant ballotté, la destinée éblouissante \u201cde ces peuples à qui on ne marchande plus la liberté\u201d (p.70).L\u2019auteur l\u2019a peint ce tableau avec amour, avec la sympathie intelligente illustrée déjà par le \u201cCap Blomidon\u201d, pour les frères qu\u2019il connaît si bien, l\u2019actualité littéraire 151 et dont il sait si délicatement ménager les excessives et trop justes sensibilités.* * * Nous voici au Manitoba.Le décor change et quelques personnages: le drame, avec des variantes, reproduit des iniquités identiques.Comme en Acadie, il s\u2019ouvre sur des scènes quasi pastorales.Français et Métis ont déjà organisé toute leur vie de groupements civilisés, en dehors de toute juridiction fédérale.Mais voici \u201cle parti canadien\u2019\u2019, le parti de l\u2019annexion qui \u201cse livre à l\u2019accaparement du sol comme à une orgie\u201d (p.73).Contre la justice, et avec violences, on annexe les Territoires du Nord-Ouest au Canada.La lutte commence, avec la tragédie sanglante du soulèvement des Métis, la mort de leur chef Louis Riel, terminée, semble-t-il, par l\u2019érection de la province du Manitoba, et l\u2019assurance officielle que les droits de la population catholique et française ne seront pas violés.Mais les violations ne tardent pas à venir, ni les agressions multiformes contre la minorité.Ce sont, dès lors, les grandes batailles, les recours inutiles au parlement fédéral et à la Cour Suprême; c\u2019est le projet de loi réparatrice de 1896, tué par les intérêts politiques des deux partis qui se disputent le pouvoir à Ottawa; c\u2019est l\u2019élection de 1896 et ses 152 l\u2019action nationale vastes espoirs, déçus par le règlement Laurier-Greenway; c\u2019est l\u2019intervention plus ou moins circonvenue du Saint-Siège.Les Canadiens français du Manitoba, soutenus par leurs évêques, et désespérant de se faire rendre justice, prennent prudemment et énergiquement ce qu\u2019on ne leur donne pas.Ils organisent et construisent avec l\u2019énergie des abandonnés de 1760.Deuxième tableau donc, vaste et terrible comme un coin d\u2019enfer.Il fallait du courage pour le commencer, le continuer et le parfaire, du courage, et l\u2019indépendance d\u2019esprit d\u2019un homme épris de justice et de vérité totales, incapable de reculer devant la lumière peu favorable aux mesquineries des politiciens.M.l\u2019abbé Groulx les a eus, ce courage et cette indépendance.Et les formules humaines s\u2019épuiseraient vite à l\u2019en louer comme il convient.* * * Ces scènes, dignes d\u2019un autre âge et de pays à peine civilisés, vont-elles s\u2019adoucir avec le temps, s\u2019effrayer de leur propre horreur et se corriger, selon la loi normale du progrès continu des nations ?Il n\u2019y paraît pas.Elles se renouvellent au Kéwatin annexé en partie au Manitoba, dans la grande pitié des débats de 1912.Elles revivent comme aux pires heures manitobaines, dans les territoires du Nord-Ouest et dans la Colombie canadienne, où pourtant les l\u2019actualité littéraire 153 fils de La Verendrye, les missionnaires, et l\u2019Eglise avaient acquis des droits incontestables.C\u2019est toujours l\u2019expansion de la Confédération et l\u2019installation des gouvernements provinciaux qui motivent la guerre.On commence toujours par reconnaître les droits incontestables de la minorité, puis on les viole, ces droits, sans vergogne, au profit de la politique, au profit sectaire de l\u2019Orangisme aux abois.Courageusement, les minorités se défendent.Avec sa sérénité accoutumée, l\u2019historien reprend le récit de cette défense.Il analyse avec un sang-froid de chirurgien l\u2019Ordonnance spoliatrice de 1892, le déplorable état de l\u2019opinion publique dans la province de Québec, assouvie ou ivre de luttes parlementaires.Il nous dit le débat de 1890, plus triste que tous les autres, et l\u2019abolition des droits de la langue française dans l\u2019Ouest.Et c\u2019est la persécution en Saskatchewan, en plein milieu du siècle éclairé, dans la terre de liberté, dans ce morcellement du pays, légalisé par les \u201cPères\u201d de la Confédération! Ottawa prend bien garde d\u2019intervenir énergiquement.Les partis, d\u2019une année à l\u2019autre, ont juste assez de temps pour préparer l\u2019élection à venir.* * * Et l\u2019Ontario ?C\u2019est aussi une terre officiellement française! 154 l\u2019action nationale Champlain y pousse ses premières randonnées.Talon y fait dresser la croix et l\u2019écu de France devant les délégués des quatorze nations indiennes.Ses gouverneurs y établissent des forts militaires.Et entre temps, les Pères Jésuites ont consacré le sol ontarien avec le sang de leurs premiers martyrs.Le recensement de 1921 révèle en Ontario la présence de 250,000 Canadiens français, résolus eux aussi à ne pas vivre en ilotes.En principe, le régime scolaire ontarien permet les écoles publiques, les écoles séparées et les écoles bilingues.Mais Ontario est devenu le château fort de l\u2019Anglo-Saxon, la terre d\u2019élection des orangistes.Aussi les crises de gallophobie commencent-elles de bonne heure.Dès 1885, on s\u2019en prend à l\u2019enseignement bilingue, de toutes façons.Certains évêques de langue anglaise se font les plus aveugles persécuteurs du français! L\u2019auteur reprend encore une fois son courage, soutenu de la plus pure foi patriotique, et peint à larges fresques les luttes des \u201cblessés de l\u2019Ontario\u201d.Il décrit les étrangetés vexatcires du règlement XVII, les grèves scolaires qui mêlent le comique au tragique, le recours des minoritaires aux suprêmes autorités ecclésiastiques et civiles.Les journaux du Québec alertent l\u2019opinion canadienne.Il y a partout comme une sorte d\u2019\u201célan mystique\u201d (p.229) qui soutient les forces et décuple les espoirs.Les écoles libres surgissent, l\u2019actualité littéraire 155 héroïquement appuyées par mille sacrifices industrieux.La guerre mondiale de 1914 apporte un nouvel élément de trouble et de confusion.Les Canadiens français dont on combat sauvagement les droits, on les veut maintenant enregistrer au service de ce qu\u2019on appelle sans pudeur la seconde mère-patrie Des échecs successifs du parti persécuteur, à Ottawa, finissent par ouvrir les yeux des moins fanatisés parmi les hommes politiques.Et enfin, en 1927, les Canadiens français obtiennent l\u2019abrogation du règlement draconien.* * * Le dernier chapitre du livre de M.Groulx, chapitre intitulé Conclusion, résume l\u2019impression générale laissée par le spectacle de toutes ces luttes autour des écoles françaises, et tire les leçons congrues.L\u2019impression est triste et glorieuse à la fois.La leçon pour l\u2019avenir: \u201cRester ce que la Providence et la nature nous ont faits.\u201d M.l\u2019abbé Groulx développe ces deux points, largement, avec une fierté indicible, une énergie incomparable.Je ne veux rien affaiblir des pages magnifiques où l\u2019abbé Groulx nous trace nos devoirs actuels et futurs : tout le chapitre est à méditer longtemps, à relire, à apprendre pour jamais.Je ne vous donne que les six dernières lignes de l\u2019épilogue magnifique et réconfortant: 156 l\u2019action nationale \u201cEn somme, être fort.Et, pour être fort, croire d\u2019abord au génie de la race, puis le magnifier, l\u2019illustrer, voilà, à certains égards, pour les Canadiens français, l\u2019essentielle besogne.Oeuvre ardue, longue, austère! Il faut l\u2019accomplir en se souvenant qu\u2019il y a des forces dont la vigueur ôte l\u2019envie de les capter ou de les dompter.Et il y a des peuples à qui leur foi ôte le droit de ne pas rêver grand.\u201d * * * Convient-il maintenant de dire un mot de l\u2019information de M.l\u2019abbé Groulx et de sa manière d\u2019écrire ?Un instant, si l\u2019on veut.Je serai bref.L\u2019abbé Groulx ne néglige rien pour connaître et exprimer la vérité historique.Son activité fureteuse a tout dépouillé: archives fédérales, archives provinciales, documents privés, pour autant qu\u2019ils lui ont été accessibles, correspondances officielles ou intimes, tout ce qui s\u2019est écrit sur les écoles des minorités, depuis le commencement.Grâce à sa fine entente des textes, il a su faire la part du feu, comme on dit, et ne garder que la documentation nécessaire à son œuvre.Il a conduit son ouvrage vigoureusement, avec toute l\u2019impartialité désirable: deux vagues plumitifs lui ont reproché de faire trop belle la part des évêques et de l\u2019Église.Est-ce la faute de M.Groulx si les évêques français ont toujours été sur la brèche?D\u2019ailleurs, l\u2019historien ne manque ja- l\u2019actualité littéraire 157 mais de souligner les gestes honnêtes, les démarches héroïques des laïcs.Une lecture sans parti pris démontre vite l\u2019inanité du reproche qu\u2019on a fait à M.Groulx.D\u2019autre part, l\u2019historien se montre sans pitié pour les lâcheurs, qu\u2019ils appartinssent à un parti ou à l\u2019autre.Il se peut que sa plume sans peur ait démoli quelques idoles: tant mieux! Nous n\u2019en saurons jamais trop long sur \u201cles grandeurs et les misères\u201d de ceux qui ont façonné notre pays; nous n\u2019exigerons jamais trop d\u2019honnêteté simplement humaine de ceux que nous avons commis aux destinées de la race.Il va sans dire que M.Groulx se moque résolument des procédés de style, surtout du style soi-disant moderne qui n\u2019est autre chose que pure anarchie ou paresse de composition.L\u2019historien a créé sa langue pour ainsi dire.Il l\u2019a chargée du plus de substance possible: dût la phrase s\u2019écraser par endroits.Elle se relève très vite d\u2019ailleurs, portée par le grand souffle oratoire qui l\u2019anime volontiers.J\u2019ai fini.Je m\u2019excuse d\u2019avoir été si long et d\u2019avoir donné du livre de l\u2019abbé Groulx une idée bien imparfaite.L\u2019important restera de lire 1\u2019\u201cEnseignement du Français au Canada\u201d, de le méditer, d\u2019en enrichir son moi: cela vaut bien toutes les appréciations et toutes les critiques.René LAURENCE La leçon de M.Traquair M.Ramsay Traquair, directeur de l\u2019École d\u2019Ar-chitecture de l\u2019Université McGill, a donné récemment une conférence sur les Maîtres sculpteurs du Canada français, dans le grand amphithéâtre de l\u2019Université de Montréal.A l\u2019aide de projections lumineuses, le professeur a fait voir d\u2019excellents exemples de sculptures sur bois, des XVII, XVIII et XIXe siècles, recueillis dans nos vieilles églises et nos vieux couvents.Il a montré que la Renaissance s\u2019est prolongée chez nous.Il a dit quels artistes nous ont laissé ces œuvres admirables et par quelles écoles ils avaient été formés.M.Traquair est un spécialiste en la matière.J\u2019ai sous les yeux les monographies que, depuis 1925, il a publiées, sous les auspices de son Université, seul ou avec la collaboration de M.Adair, M.Marius Barbeau ou M.Antoine Neilson: études illustrées sur les églises de la Sainte-Famille, de Saint-François, de Saint-Pierre, de Saint-Jean, dans l\u2019île d\u2019Orléans; sur l\u2019église Sainte-Jeanne à l\u2019île Perrot, sur l\u2019église du Sault-au-Récollet ou celle de Lorette; sur l\u2019hôpital général de Québec, les anciens presbytères de la basilique de Québec et de Batis-can ; sur la chapelle de Mgr Briand au Séminaire de Québec, ou sur une maison du XVIIIe siècle.Si LA LEÇON DE M.TRAQUAIR 159 je ne me trompe, M.Traquair se fait accompagner de ses élèves, au cours de l\u2019examen des monuments, et ce sont eux qui dessinent les \u201crelevés\u201d et les \u201ccoupes\u201d.Cette collection fait grand honneur au Département d\u2019architecture de l\u2019Université Mc Gill: elle finira par former un album indispensable et d\u2019ailleurs charmant.Sans doute, nous n\u2019ignorions pas l\u2019existence de ces trésors d\u2019un art délicat et exceptionnel en Amérique.Mgr Gosselin a dès longtemps raconté, dans son livre sur l\u2019Enseignement sous le Régime français, l\u2019histoire de l\u2019École des Arts et Métiers fondée par Mgr de Laval au cap Tourmente.En 1920, M.Emile Vaillancourt (qui à bon droit présidait la conférence de M.Traquair) nous a révélé une maîtrise d\u2019art au Canada, l\u2019école de Quévillon aux Ecorres.En 1925, M.Pierre-Georges Roy publiait Les Vieilles Eglises de la province de Québec, un gros volume de 324 pages, abondamment illustré.Et M.Gustave Beaudoin, dans la Revue Nationale, dénonçait la grande pitié de nos vieilles églises.Et je ne parle pas d\u2019autres articles parus dans les almanachs, au sujet de telle ou telle église du régime français ou du commencement du régime anglais.Mais l\u2019intérêt que porte à nos vieux monuments un architecte écossais et non catholique est un stimulant pour nous tous; et la méthode qu\u2019il suit dans ses études est un magnifique exemple.Au 160 l\u2019action nationale surplus, M.Traquair ne s\u2019est pas borné à la décoration et à l\u2019architecture des vieilles églises, il s\u2019est occupé aussi des accessoires du culte; et il a sauvé du naufrage \u2014 je veux dire de la vente aux amateurs américains, \u2014 de fort belles argenteries.Les marques de fabrique qu\u2019il y a relevées \u2014 et photographiées \u2014 lui ont démontré que beaucoup de ces pièces ne venaient pas de France, mais de maisons proprement canadiennes.Nul doute qu\u2019avant longtemps il nous livrera le résultat de ses recherches.En tout cas, et dès maintenant, le témoignage de cet homme de goût, de ce connaisseur, vient renforcer les prescriptions du Droit Canonique, qui nous font un devoir de conserver avec soin les oeuvres d\u2019art de nos églises et nous défendent d\u2019en modifier l\u2019architecture sans consulter les experts.Il nous reste quelques monuments \u2014 modestes il est vrai, mais exquis \u2014 du XVIIIe siècle; Dieu veuille que le vandalisme inconscient ou l\u2019incendie ne les fassent pas disparaître tous! Louis DELIGNY Aidez-nous pour que nous vous aidions: payez votre abonnement sans tarder.Réabonnez-vous et abonnez vos amis; l\u2019\u201cAction nationale\u201d n\u2019aura jamais trop de lecteurs. L esprit estudiantin A M.Jean-Claude Martin, Le Quartier Latin, Montréal.Vous m\u2019avez fait l\u2019honneur de solliciter ma collaboration à votre enquête sur \u201cl\u2019esprit estudiantin\u201d.\u2014Et vous avez accepté que je vous reponde carrément à côté de la question.Vous desirez savoir si l\u2019esprit des étudiants a évolué depuis vingt-cinq ans.Il a été convenu que je vous dirais ce qu\u2019à mon sens il doit être.Assurément, vous n\u2019attendez pas de moi que je vous dise s\u2019il convient de faire, chaque année, une ou deux de vos étincelantes Revue bleu et or, s il est opportun de ressusciter les funérailles du béret; combien de douzaines de carreaux et de mâchoires les marathons de danse ou autres sottises vous justifieraient de briser, chaque semaine et chaque mois.Tous ces graves problèmes regardent d\u2019abord les autorités universitaires.our ma part, je n\u2019en fais point cachette: j\u2019ai toujours pensé qu\u2019en ce domaine de vos amusements et de vos manifestations, vous aviez droit a une généreuse et légitime liberté et qu\u2019il faut 162 l\u2019action nationale souhaiter et préparer un état de choses et un état d\u2019esprit où les minutieux et formidables appareils de garde-fous disciplinaires seraient remplacés^ par votre sens de la gentilhommerie, de la dignité, de la responsabilité morale.Mon intention est toute simple: vous apporter sur l\u2019orientation de votre vie quelques réflexions dont vous ferez ce que vous voudrez.Et, puisque je me suis promis de vous dire quel devrait être, à l\u2019Université de Montréal, l\u2019esprit estudiantin, je demande d\u2019abord la permission de vous rappeler qui vous êtes.Étudiants de foi catholique et de race française! Il me semble que voilà votre définition; c\u2019est votre originalité; vous n\u2019en avez point d\u2019autre.Or, comme l\u2019on n\u2019a chance d exceller que dans le sens de son être ou de soi-même, c\u2019est dire qu\u2019en toute votre vie collective et en toutes vos manifestations: en vos sociétés d\u2019étude et de sport, en vos façons de vous amuser et de parader, en votre conception de l\u2019étude et de l\u2019action, en votre participation à la vie publique de votre province et de votre pays, en votre tenue, en votre costume et jusqu\u2019en vos cris d\u2019étudiants, l\u2019on ne devrait pas manquer de s\u2019apercevoir que vous êtes des étudiants, non de Washington, de Mexico ou de Tokio, mais d\u2019une université catholique et française de la province de Québec.Vous rappeler qui vous êtes et vous comporter en conséquence! C\u2019est par là seulement que vous l\u2019esprit ESTUDIANTIN 163 avez chance d\u2019atteindre à une figure qui soit vôtre et qui soit digne de vous.Le Cardinal nous 1 a rappelé; un Anglo-Canadien comme M.Bovey est venu nous le dire: nos universités n\u2019existent point que pour s\u2019appliquer le plus possible à nous servir de mauvaises répliques des universités américaines ou anglo-canadiennes.Il faut être ce que l\u2019on doit être.Il n\u2019y a ni justice, ni profit, ni gloire, à être autre chose.Mais par quelles oeuvres, quelles façons d\u2019agir, me direz-vous, obtiendrons-nous le plus efficacement l\u2019affirmation de notre être, la manifestation d\u2019une vie originale?Ne me demandez pas de recette.Je confesse que je n\u2019en ai point et que, pour se comporter en Français et en catholique, il n a pas encore été trouvé de meilleur moyen, ni de formule mieux appropriée que d\u2019être catholique et français.L\u2019êtes-vous suffisamment ?Vous appliquez-vous à l\u2019être ?Là est toute la question.Et il me semble que si vous l\u2019êtes, on s\u2019en aperce-cevra, tout d\u2019abord, à certaine ordonnance dans les manifestations de votre vie collective.L\u2019on n admettrait point, sans doute, que pour des étudiants de raison française, la passion des sports 1 emportât sur celle des livres ou le souci de la culture et qu\u2019un championnat de hockey fût prisé, dans les fastes de l\u2019université et pour 164 l\u2019action nationale la gloire de la maison, à l\u2019égal d\u2019une découverte scientifique.\t, Mais l\u2019on n\u2019admettrait point davantage qu au-dessus de vos amusements et de vos études n apparussent aussi quelques préoccupations d\u2019un ordre supérieur.Supposons, par exemple, que des etudiants catholiques qui ont à porter la responsabilité de leur foi devant un pays aux deux tiers protestant ou agnostique, se comporteraient de telle façon, dans leur vie collective, que rien ou presque rien ne parût de leur âme religieuse, comme si leur catholicisme n\u2019était qu\u2019une religion de chambrette; que, dans un milieu où nous n\u2019avons pas à jouer avec la foi, des étudiants catholiques n\u2019assisteraient point ou si peu à leur messe dominicale, ne figureraient que pour une infime minorité à leur retraite pascale ou à leurs retraites fermées; supposons encore qu\u2019ils ne causeraient jamais ou si rarement des problèmes de leur foi, de la vie, des hauts intérêts de l\u2019Eglise; qu\u2019ils ne sauraient se passionner ni pour son œuvre, ni pour ses luttes, ni pour son avenir; que, pour les études religieuses, ils n\u2019éprouveraient qu une superbe indifférence ou qu\u2019un souverain dégoût: supposons enfin.-mais non, ici je ne suppose plus; c\u2019est le Quartier latin (22 février 1934) qui l\u2019affirme\u2014 que les catholiques dilettantes, routiniers, feraient nombre, parmi nos étudiants; que se faufileraient même, dans leurs rangs, de l\u2019esprit estudiantin 165 \u201cpetits athées\u201d ou de \u201cpetits Voltaires de carton pâte\u201d; et qu\u2019un camarade, ne saurait, sans s\u2019exposer à des sourires ou à des sarcasmes, aborder les questions religieuses, qu\u2019est-ce que tout cela voudrait dire ?Et s\u2019il faut qu\u2019à l\u2019université s\u2019arrête subitement chez vous la croissance de l\u2019homme surnaturel; et si, étudiants catholiques, vous ne 1 êtes, en votre vie de groupe, que par la grâce d un adjectif, j\u2019en appelle à votre loyauté: êtes-vous vraiment vous-mêmes ?Que devient en cette aventure votre originalité?Et si, hélas! vous vous apprêtiez à ne jeter, dans la vie de votre province et de votre nationalité, que cette forme de catholicisme, serait-ce la peine de tenir debout des universités catholiques?Qu après cela, du domaine religieux, nous passions au national, y aurait-il lieu de faire des constatations sensiblement differentes ?Vous admettrez avec moi que s\u2019il est des institutions d\u2019où devraient jaillir, en faveur de notre culture, l\u2019acte de foi le plus viril et le plus enthousiaste, et aussi la plus décisive impulsion vers la survivance nationale, ce sont bien nos universités françaises de la Province de Québec.Si le peuple ne peut se tourner vers ces maisons comme vers le bastion ou la tour où veillent le canon et la sentinelle, vers qui ou vers quoi se pourra-t-il tourner?Car, vous me concéderez que nous ne vivons point en une telle situation et en une atmosphère d\u2019une si parfaite 166 l\u2019action nationale sérénité que les Canadiens français des classes d\u2019élite puissent se payer le luxe de l\u2019indifférence ou de la neutralité patriotique.Mais supposez encore qu\u2019entre tant de manifestations de leur vie collective, les étudiants de nos universités oublieraient d\u2019en avoir de nationales, ou n\u2019en auraient que de si discrètes que la plus humble de nos sections de la Saint-Jean-Baptiste n\u2019aurait pas lieu d\u2019en être jalouse; encore cette fois qu\u2019affirmeraient-ils d\u2019eux-mêmes et quoi de fortement \u2014 original apparaîtrait en leur vie ?Pour ma part, et qui de vous pourrait me le reprocher ?je conçois d\u2019autre façon le rôle des étudiants de nos universités.Je soutiens qu\u2019il ne peut leur suffire de fournir aux œuvres de jeunes hommes, quelques-uns des leurs ou quelques adhésions individuelles, mais que, pour l\u2019apostolat catholique et l\u2019action nationale, et sous peine d\u2019être au-dessous d\u2019eux-mêmes et de leur rôle naturel, ils doivent être, comme groupe, les leaders des autres jeunesses.\u201cAvant toute chose., par delà, toute misère et toute détresse\u201d, écrit Daniel-Rops, en son beau livre: Eléments de notre Destin, \u201cnotre mission d\u2019homme est de combattre, de vouloir et d\u2019espérer.\u201d Cette mission, \u201cdans l\u2019immense inquiétude qui serre le cœur de nos contemporains\u201d, je me demande qui, parmi les jeunes, est plus impérieusement obligé de l\u2019assumer que les plus instruits, les plus favorisés de L ESPRIT ESTUDIANTIN 167 nos jeunes gens?J\u2019attends en tout cas qu\u2019on m\u2019énonce l\u2019argument qui, dans la mêlée actuelle, impose à la jeunesse des collèges, à celle des grandes écoles primaires, à la jeunesse des collèges commerciaux, à la jeunesse ouvrière, à la jeunesse agricole, l\u2019action nationale et religieuse, la préparation au rôle social, la défense de la langue, de l\u2019ordre, et qui autorise la jeunesse de nos universités catholiques et françaises à se désintéresser comme telle des intérêts de sa foi et de sa race, à vivre comme en marge de la collectivité.Je sais bien que vous avez le droit de dire: nos études d abord.Rien de cet apostolat ne doit passer à un plan désordonné où votre devoir d\u2019état d\u2019étudiant ne serait plus le premier.Mais qu\u2019une certaine action, une action \u201cdirigée\u201d, comme on dirait aujourd\u2019hui, n\u2019oblige pas perpétuellement le catholique et que, dans la vie du jeune homme, puisse s\u2019insérer légitimement une période d\u2019égoïsme sacré, c\u2019est là une aberration de papas bourgeois.Vous ne voudrez pas, non plus, pour justifier je ne sais quel mauvais désintéressement, prétexter qu après tout vous n\u2019êtes ni des sacristains ni des curés.Vous laissez ces misérables excuses à un anticléricalisme boulevardier qui n est pas de chez nous.Un jeune catholique de 1934 n a plus le droit de l\u2019ignorer: le catholicisme comporte essentiellement un devoir d\u2019apostolat.L on n\u2019est pas de sa foi que pour en rougir, ou la 168 l\u2019action nationale porter dans sa poche.Et, où serait l\u2019inconvénient grave à diminuer chez nous le nombre des catholiques qui vivent à l\u2019intérieur du catholicisme sans en être?D\u2019ailleurs vous ne pouvez oublier qu\u2019aujourd\u2019hui, dans tous les pays du monde, la jeunesse se reconnaît et s\u2019impose une action publique.Il ne peut vous échapper, non plus, qu\u2019il est de la puissance de la jeunesse, pourvu qu\u2019elle obéisse aux impératifs de sa raison française et de sa foi, de tenir un rôle considérable pour le redressement des idées, pour le réveil des dirigeants embourgeoisés, pour la remise sur pied d\u2019un pauvre peuple frappé d\u2019asthénie.* * * Rester vous-mêmes, agir dans le sens de votre être et de votre originalité, les développer, les pousser à leur plus haut point de puissance, voilà donc un haut souci dont ne peuvent se libérer nos étudiants.Et n\u2019allez pas croire, je vous prie, que la chose soit de peu d\u2019importance.Je vous entends vous plaindre parfois que nous n\u2019avons ni littérature, ni art qui vaillent.Et je suis loin de vous donner absolument tort.Mais tous les gémissements du monde ne nous donneront jamais ce qui nous manque, si nous ne décidons enfin d établir chez nous la condition première de tout art ou de toute littérature de valeur et qui serait d etre nous-mêmes, intensément nous-mêmes.Il n\u2019y a que l\u2019esprit estudiantin 169 les artistes et les littérateurs de forte personnalité à créer des œuvres originales et puissantes.Il en est de même des peuples.Nous n\u2019aurons jamais ni art, ni littérature qui vaillent et qui soient à nous, aussi longtemps que nous serons un peuple n\u2019importe qui et n\u2019importe quoi, n\u2019ayant que le goût des serviles plagiats, parce que d\u2019une mentalité d\u2019impuissant.Voulez-vous suivre, dans un autre domaine, une abdication de votre souci d\u2019originalité ou de votre rôle de leader ?Ceux qu\u2019on appelle les \u201cprofessionnels\u201d se plaignent que le mépris du peuple aille grandissant contre eux.Ne pourraient-ils se demander si les premiers responsables d\u2019un pareil état de choses ne seraient point les professionnels eux-mêmes ?C\u2019est un fait d\u2019observation, un fait d\u2019histoire que nul privilège ne dure longtemps ni n\u2019est tolérable à la foule, qui ne se justifie par des services sociaux.Si les \u201cprofessionnels\u201d s\u2019enfoncent de plus en plus dans le mépris ou la méfiance populaire, tenez-le pour certain: c\u2019est qu\u2019ils n\u2019ont pas ou ont trop peu accompli leur devoir de dirigeants.Leur supériorité sociale, ils ne l\u2019ont pas assez justifiée par des services à la collectivité, préférant pratiquer avec une sorte de frénésie ce que l\u2019un de vos professeurs, M.Antonio Perrault, appelait un jour, si justement: \u201cla démission de la tête\u201d.De même, au fond de l\u2019impuissance de notre 170 L ACTION NATIONALE peuple à comprendre le rôle de nos universités, ne croyez-vous point qu\u2019il faille faire entrer pour beaucoup cet état d\u2019esprit ou cette abdication des dirigeants qui fait qu\u2019au populaire, l\u2019utilité apparaît mal d\u2019institutions aptes à ne former, présume-t-il, qu\u2019une pareille race d\u2019hommes ?* * * N\u2019y a-t-il point là, pour vous, de quoi faire réfléchir?Car, ne nous faisons pas illusion: des étudiants qui auraient traversé l\u2019université sans avoir jamais donné une once de dévouement à une œuvre nationale ou religieuse, ni même nourri le moindre rêve d\u2019action sociale, feront demain des \u201cprofessionnels\u201d de l\u2019espèce que l\u2019on sait: des exploiteurs de leur profession, des machines à empocher des piastres.Ils nous feront de ces dirigeants, dépourvus de vraie foi et de sens social, qui, à l\u2019heure où les révolutionnaires de tout poil, socialistes, communistes et \u201ctrustards\u201d, tirent sur la société à boulets rouges, ne savent nous défendre qu\u2019en se jetant du côté des pires révolutionnaires: les \u201ctrustards\u201d.Et pareillement encore, des étudiants d\u2019universités catholiques et françaises qui n\u2019auraient ni esprit, ni vie personnels, mais qui seraient satisfaits de copier autour d\u2019eux les mœurs, les façons de s\u2019amuser et de vivre des jeunesses anglo-canadiennes ou américaines, nous donneront demain L ESPRIT ESTUDIANTIN 171 de ces \u201cprofessionnels\u201d, ou de ces hommes d\u2019affaires, comme nous en avons tant, absolument indifférents à la vie de leur nationalité et de leur Eglise, parfaitement incapables de se créer des cercles, des clubs, des sociétés sportives ou autres où il leur serait loisible de s\u2019amuser et de vivre d\u2019une façon qui fût la leur, qui leur permît d\u2019affirmer en leur pays '.\u2019existence et l\u2019originalité de la race dont ils sont, mais qui ne savent, et dans cette province aux quatre cinquièmes française, que fonder des sections ou des sous-sections de Rotaries, de Kiwanis, de Knights of Columbus, de Quebec Library Association, et que sais-je encore?Vraiment, si ce n\u2019est pas là ce qu\u2019un haut personnage appelait récemment \u201cse résigner au rôle de caudataire, perdre en sa propre province la direction de sa vie sociale\u201d, je veux savoir kavoii ce que c\u2019est.On se plaint encore que notre peuple, le peuple des campagnes comme l\u2019autre, soit en train de vicier profondément ses institutions démocratiques ou parlementaires.On l\u2019accuse de sacrifier à une crapuleuse vénalité, à d\u2019insanes passions électorales ses plus chers intérêts professionnels, économiques et nationaux.A qui la faute ?Nos classes libérales sont-elles bien assurées de ne lui avoir donné que de bons exemples?Et la jeunesse de nos universités n\u2019aurait-elle elle-même rien, absolument rien à se reprocher?Si l\u2019élite de notre 172 l\u2019action nationale jeunesse apparaissait, par exemple, moins indifférente à l\u2019action politique qu\u2019à l\u2019action nationale et religieuse; si la jeune génération, foyer de culture, point de départ, en tous pays, des saines réformes et des évolutions nouvelles, ne savait que s\u2019agréger aux partis et aux clubs politiques, que continuer en somme les vieilles et mortelles routines, sans autre motif déterminant de son choix que l\u2019appartenance de sa famille à tel parti plutôt qu\u2019à tel autre; et que ceci se passât en une province où, de l\u2019aveu de tous les hommes de jugement libre et froid, l\u2019esprit de parti est plus que partout ailleurs une insigne sottise, la jeunesse qui ferait montre de si peu de sens critique, pourrait-elle bien reprocher aux masses populaires leur inconscience ou leur fanatisme électoral ?* ' * * Que la jeunesse me pardonne de lui écrire sur ce ton.Il se peut que je sois trop grave ou sévère.Je n\u2019ai pas cru que cela valût la peine de prendre la plume pour lui servir des poncifs sucrés dont elle n\u2019a que faire et qui sont d\u2019abord une insulte à sa volonté de franchise.S\u2019il faut tenir pour vrai ce que les étudiants écrivent d\u2019eux-mêmes, il faudra bien qu\u2019un de ces jours, et en dépit de leur attachement à leurs anciens maîtres et à leur université, ils s\u2019arrêtent à se demander, si leur l\u2019esprit estudiantin 173 vie ne tendrait pas à démontrer l\u2019une ou l\u2019autre de ces trois choses: ou que, pour eux, l\u2019atmosphère de l\u2019université n\u2019est pas saine, ou que leur formation de collège ne valait pas grand\u2019chose, ou qu\u2019ils ont une singulière façon de jeter aux orties leur robe prétexte.Quant à moi, je vous le dis de nouveau: j\u2019accorde assez d\u2019honneur à nos étudiants et je porte assez haut leur dignité pour prétendre que leur rôle, dans notre vie publique, doit être celui d\u2019une élite, d\u2019une jeunesse dirigeante, et qu\u2019ils ne peuvent rien accepter en deçà, ni au-dessous de ce rôle, sans commettre une trahison.Et je suis également de ceux qui, en dépit de la gravité des heures, attendent beaucoup de la jeunesse, croient en elle d une foi invincible.Que la jeunesse médite le mot recent et si juste de Lucien Romier: \u201cLe bien ou le mal n\u2019est pas dans les choses.Il est dans les hommes\u201d.Il n\u2019y a pas, il n\u2019y a pas eu contre nous d\u2019invincibles fatalités.Il y a eu et il y a encore 1 insuffisance ou la sottise des hommes.Tout, dans notre vie, peut encore espérer le redressement, à condition pourtant que ceux qui ont qualité pour le faire, s\u2019en mêlent.Lionel GROULX, ptre. Le livre qui nous manquait \u201cLe livre qui nous manquait\u201d.Voilà un titre fort ambitieux.Plût au ciel qu\u2019il fût conforme à la vérité.Ne suppose-t-il pas, en effet, qu\u2019à notre littérature, un seul livre manquait, qui lui est né ?La réalité est moins glorieuse et il faut s\u2019en tenir à de plus justes proportions.Parmi les livres qui nous manquaient, aurais-je dû écrire, ou encore: parmi cette carence prodigieuse d\u2019œuvres de toutes sortes, \u2014 critique, roman, poésie, histoire, \u2014 on vient de combler un vide.Je fais allusion à la Petite Histoire du Canada que M.l\u2019abbé Adélard Desrosiers, principal de l\u2019École normale Jacques-Cartier, vient de publier à la librairie Garneau de Québec.Ce livre s\u2019adresse aux enfants.Il fut écrit pour eux, mais nous y apprendrons tous quelque chose, l\u2019histoire étant restée pour nous ce qu\u2019elle fut le plus souvent à l\u2019école, au couvent ou au collège: un amas de parchemins jaunis, où s\u2019accumulent des faits empilés à tout hasard, dépourvus de vie, d\u2019intérêt, et si loin de nous qu\u2019ils semblent résumer l\u2019existence d\u2019un peuple dont nous ne descendons pas.L\u2019enseignement de l\u2019histoire, même bien fait, parce que dépourvu de l\u2019appui d\u2019une éducation nationale dont s\u2019alimenteraient notre cœur et notre LE LIVRE QUI NOUS MANQUAIT 175 esprit, revêt, au Canada français, je ne sais quelle forme artificielle, affecte un byzantisme intellectuel qui n aurait rien, hélas! d\u2019élégant ni de subtil.Sans compter que cet enseignement commence tard et que nos manuels scolaires élémentaires ne sont pas toujours réjouissants.A 1 âge de 7 ou 10 ans, un petit Canadien français lira passionnément l\u2019\u201cHistoire d\u2019Alsace\u201d, par exemple, de l\u2019oncle Hansi, ou celle de Jean Sobieski, le héros polonais du 17e siècle.Quant aux héros de son pays, sauf Dollard, grâce au Dollard de Joyberte Soulanges, \u2014 motus! A moins que des parents \u201ccultivés\u201d ne se soient appliqués à les lui \u201cbonhommiser\u201d, suivant l\u2019expression d\u2019un maître.Aux enfants \u2014 et aux parents \u2014 je conseille la lecture de cette \u201cPetite histoire du Canada\u201d de l\u2019abbé Desrosiers.Ecrit dans un style clair, concis, objectif, parfois impersonnel, ce livre ne manque ni de vie ni d\u2019allant.M.Georges-Henri Duquet l\u2019a imagé; idée excellente, puisque c\u2019est surtout par le concret qu\u2019on agit sur les jeunes imaginations.Ces illustrations sont un peu naïves, elles marquent plus de bonne volonté que de talent; mais elles amusent et reposent le regard.L histoire de M.l\u2019abbé Desrosiers y eût peut-être gagné à négliger les aspects généraux, pour se faire surtout anecdotique, se pencher plus près de l\u2019enfant, s attacher à lui raconter ce qu\u2019avant tout il cherche: beaucoup d\u2019aventures, des coups d\u2019épée, 176 l\u2019action nationale des héros jeunes au panache glorieux.Un effort généreux a été fait en ce sens.Ainsi les chaudes réflexions qui terminent l\u2019étude du régime français, où il semble qu\u2019on exhorte déjà le petit Canadien à demeurer français et catholique indéfectiblement, où l\u2019on ne craint pas de s\u2019adresser directement à lui, nous consolent des batailles racontées en trop peu de mots, des notes hâtives sur la vie de nos ancêtres.Les jugements historiques de M.Desrosiers sont empreints de prudence, et parfois de courage.Il nous permettra les quelques remarques suivantes.La part faite à Sir G.-E.Cartier nous semble trop belle.L\u2019auteur a, sur la Confédération, des pages d\u2019un optimisme que rien ne justifie.Et ne prend-il pas trop à la légère notre participation à la grande guerre et les sacrifices d\u2019hommes et d\u2019argent qu\u2019elle nous a coûtés ?Nous aurions aimé lire le récit des luttes épiques, livrées alors par M.Bourassa contre l\u2019impérialisme renaissant, et aussi un jugement sur le rôle décisif joué par cet homme dans notre vie de peuple adolescent.Ces réserves, nous les faisons avec la meilleure foi possible.D\u2019autre part, lorsqu\u2019il répète, avec les historiens sérieux, que le découvreur du Canada, c est Jacques Cartier et non je ne sais quel cabotin d\u2019aventurier; lorsqu\u2019il rapporte dans quelles conditions pénibles nous fûmes livrés au vainqueur et quelle somme d\u2019énergie laborieuse il nous a fallu dépenser pour LE LIVRE QUI NOUS MANQUAIT 177 faire reconnaître notre existence et triompher nos droits; lorsqu\u2019il raconte, sans amertume mais sans faiblesse, les injustices dont nous fûmes victimes ou qu\u2019il déplore courageusement la fuite de notre capital humain vers les Etats-Unis, nous sommes pleinement d\u2019accord avec lui.Aussi n\u2019hésitons-nous pas à recommander la lecture de cette \u201cPetite Histoire du Canada\u201d.M.l\u2019abbé Desrosiers a fait œuvre d\u2019historien consciencieux et de nationaliste sincère.Les petits Canadiens français qui liront son livre y apprendront a ne pas rougir de leur nom.En considérant ce que fut notre passé, ils auront moins peur de l\u2019avenir; ils le regarderont avec des yeux lucides.Us se diront peut-être que les fils des conquérants qui, d\u2019un regard altier et dominateur, ont considéré l\u2019Amérique du Nord presque tout entière comme le champ de leur prodigieuse activité, et voire comme le siège d\u2019un empire français dont nous serions les maîtres, ils se diront que les fils de ces conquérants ne doivent pas se confiner à des attitudes purement défensives, non plus que se laisser parquer dans la \u201créserve\u201d québécoise.Leurs rêves d\u2019avenir seront moins timides que les nôtres.André LAURENDEAU Pour qu\u2019on vive.Par le commencement Si nous tenons tant à l\u2019éducation nationale, c\u2019est qu\u2019à notre avis, en ce domaine, nulle sagesse ne vaut celle de commencer par le commencement.Que de temps nous aurons gaspillé, que d\u2019efforts nous aurons perdus à travailler à rebours, à cultiver les allées au lieu de la plate-bande.Après tout, quand nous demandons à nos députés, à nos sénateurs, de se conduire à Ottawa comme des hommes et comme des patriotes, à parler vrai, nous n\u2019oublions qu\u2019une chose: c\u2019est que, pour la plupart, ces pauvres hommes ne sont ni des hommes ni des patriotes.Quand nous supplions nos financiers, nos industriels, nos commerçants de s afficher en français, d\u2019écrire en français à Ottawa, de poser, en toute leur vie publique, des actes à la française, ici encore nous n\u2019oublions qu une chose.et c est que ces gens, pour le grand nombre, n\u2019ont pas une âme française.Ainsi en est-il de 1 ensemble de notre peuple; quand nous l\u2019exhortons à fêter sa fête nationale, à se souvenir, dans sa vie économique, de quelque solidarité, à marquer sa terre de son empreinte française, nous n\u2019oublions toujours qu\u2019une chose: et c\u2019est que ce pauvre peuple n\u2019a point d\u2019esprit national.Mais si pareil état d\u2019âme existe, et de haut en bas, à qui la faute ?Et par où faut-il commencer ?Nous estimons, pour notre part, qu\u2019avant de demander des actes, il faut for- POUR qu\u2019on vive! 179 mer 1 âme et la faculté qui les pourront produire.C\u2019est pourquoi toute campagne de presse ou de société nationale qui prêche à notre peuple le respect du français, la solidarité économique ou l\u2019attachement à sa culture, sans se soucier en même temps de donner à ce peuple l\u2019aliment moral et intellectuel qui lui restituerait son âme française, qui restaurerait chez lui l\u2019idée et le sentiment patriotiques, toutes ces campagnes peuvent ne pas être des œuvres entièrement vaines, mais ressemblent fort à de grands coups à côté de la tête du clou.Aussi journaux et sociétés patriotiques nous permettront-ils de leur faire observer quelle économie de temps et de labeur s\u2019offrirait à eux si la moitié de l\u2019effort dépensé dans leurs propagandes actuelles, ils voulaient l\u2019employer à obtenir des maîtres de notre jeunesse une éducation plus nationale.Ces maîtres sont, en définitive, pour le redressement de l\u2019âme populaire, la puissance sans laquelle rien de valable ne se peut accomplir.Un peu d\u2019ordre dans la maison Nous constatons avec plaisir que, depuis quelque temps, les relations se renouent et se multiplient entre les étudiants de nos trois universités catholiques et françaises d\u2019Ottawa, de Laval et de Montréal.Excellent symptôme.Il y eut un temps où, nous ne savons sous quelle néfaste influence, la mode et l\u2019engouement portaient ailleurs, et où 180 l\u2019action nationale l\u2019on considérait comme le suprême honneur et presque à l\u2019égal d\u2019une victoire toute rencontre de nos étudiants avec ceux des universités anglo-canadiennes.Certes, nous ne sommes pas opposés ici à ces sortes de rencontres.Mais nous ne les croyons saines et profitables qu\u2019à la condition que, de part et autre, l\u2019on s\u2019aborde avec une égale fierté et que les nôtres ne se donnent pas la mine réjouie et naïve du bambin admis dans la société de son grand frère.Nous sommes surtout pour l\u2019ordre dans la maison, et non pour la maison à l\u2019envers.Et partant nous croyons que les relations de camaraderie et de fraternité doivent s\u2019établir d\u2019abord entre gens de même sang et de même foi, et qu\u2019ainsi le veut la loi du bon sens et de la charité.Collaborons à la grandeur de la patrie canadienne, sans oublier pourtant que le moyen de collaborer efficacement, c\u2019est d\u2019abord, pour chaque collaborateur, d\u2019être puissamment soi-même, de représenter une haute valeur originale.C\u2019est pourquoi il faut applaudir à l\u2019heureux mouvement qui rapproche les étudiants de nos universités françaises et catholiques.Puissent-ils s\u2019aviser qu\u2019ils ont de grands devoirs envers leur culture et leur foi et que le premier devoir dont ils sont redevables envers leurs compatriotes, leur pays et leur Eglise, c\u2019est de s\u2019entr\u2019aider à devenir, avant toute chose, des fils de leur culture et de leur foi, et non d\u2019une façon quelconque, mais grandement. POUR qu\u2019on vive! 181 Les Canadiens de Naissance Ils ont l\u2019habitude de parler bon sens.Et il faut tenir pour admirable que les Anglo-Canadiens qui font partie de cette Association se soient aperçus que le Canada ne finissait ni à Winnipeg, ni à Ottawa, voire qu\u2019il existe une espèce de Canadiens appelés Canadiens français, dont la présence en ce pays remonterait à quelques années.Ils feraient pourtant bien de surveiller quelques-uns de leurs conférenciers de chaque semaine à la radio.Et disons-le tout de suite: ceux pour qui la surveillance s\u2019impose davantage, ce sont les conférenciers de langue française.Parmi ces derniers encore, tous non plus n\u2019ont pas rompu avec le bon sens et la dignité.Il s\u2019en faut.Il se dit là d\u2019excellentes choses.Mais il nous vient des plaintes et d\u2019étranges échos; et nous confesserons que certains appels à la largeur d esprit, à la tolérance, adressés aux Canadiens français; certains souhaits sur la \u201ccréa- tion d une seule nationalité\u201d, sans qu\u2019on dise exactement ce qu on veut dire, ont le don d\u2019agacer singulièrement les nerfs.Parler de tolérance, de largeur d esprit à l\u2019agneau canadien-français perpétuellement tondu, et content de l\u2019être, et cela en 1 an 1934, nous paraît aussi opportun que recom- mander au sucre d\u2019être sucré, à la pâte d\u2019être pâteuse, au caoutchouc d\u2019être caoutchouteux.Quand donc nos compatriotes de langue française, 182 l\u2019action nationale membres de sociétés mixtes, sauront-ils tout simplement s\u2019y tenir debout et y parler un autre langage que celui d\u2019eunuques ?Car enfin nous sommes des Canadiens français et ce n\u2019est pas une ignominie que de l\u2019avouer.Nous sommes entrés dans la Confédération, non pour cesser de l\u2019être, mais pour 1 être davantage et mieux.Et ce n est point en incarnant une race abâtardie, un type d\u2019homme raboté, var-lopé, passé à l\u2019épreuve du lit de Procuste, que nous fournirons à notre pays les meilleurs et les plus utiles citoyens, mais en incarnant, et à leur plus haute puissance, les deux richesses spirituelles que nous ont léguées les ancêtres: notre foi catholique et la culture française.En d\u2019autres termes, être cana-diens-français, l\u2019être superlativement, c\u2019est pour nous la meilleure façon d\u2019être canadiens.Voilà qui est la vérité, et qui n\u2019est ni si difficile à entendre, ni si terrifiant pour nos partenaires.En tout cas, c\u2019est bien la seule façon dont il plaît à la jeune génération de comprendre le pacte fédéral et les relations entre les races.Et ces messieurs des Canadiens de naissance feront bien d\u2019en prendre note, il faudra que leurs collègues de langue anglaise et tous les anglophones du Canada nous prennent comme nous sommes et comme nous entendons res ter, ou le mariage se rompra; et nul politicien ni nul opportuniste ne pourra empêcher ce dénouement.Jacques BRASSIER Poignée de grain.ou de paille HISTOIRE DE LA PAROISSE SAINT-CHARLES-BOR-ROMÉE, Dover, New Hampshire (2 vols).Infatigable historien, M.l\u2019abbé Adrien Verrette, de New-market, N.H., multiplie les monographies franco-américaines.Que d\u2019œuvres cachées, fondées et grandies dans l\u2019ombre, il a mises dans la lumière qui leur convenait: une lumière de gloire.En chacune de ces monographies, nous retrouvons le travail patient, le travail de fourmi de nos compatriotes, créant, partout où le destin les projette, leur petit coin de civilisation.Cette fois, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une paroisse du New-Hampshire et un peu même de l\u2019histoire religieuse de l\u2019Etat que nous raconte l\u2019abbé Venette.Saint-Charles-Borromée, comme tant d\u2019autres paroisses franco-américaines, nous révèle un de ces petits territoires où la foi catholique et la fidélité française ont fait croître de grandes fleurs d\u2019héroïsme.L\u2019auteur, écrit le monographiste, en sa préface, \u201csera amplement récompensé si, de la lecture de ces modestes pages, quelques compatriotes ressentaient un plus grand amour pour I\tEglise et un plus grand attachement pour nos institutions\u201d.II\tnous semble que l\u2019attente de l\u2019abbé Verrette ne sera pas trompée.Il poursuit son œuvre avec une rare modestie.Il ne peut empêcher que les fruits en soient puissants.Si les Franco-Américains restent fidèles à leur foi et à leur passé, ils le devront, pour une bonne part, au prêtre laborieux et croyant qui leur aura révélé tant de motifs de fierté.FILS DE QUÉBEC, par Pierre-Georges Roy, (4 vols.), Lévis 1933.Peu de chercheurs ou de travailleurs auront amassé autant de matériaux pour notre histoire que M.Pierre-Georges Roy. 184 l\u2019action nationale Il ne se passe guère d\u2019années qu\u2019il ne publie deux, trois, quatre volumes, sans compter ses répertoires analytico-des-criptifs et son superbe Rapport de l\u2019Archiviste qui font la joie des historiens ou des simples curieux d\u2019histoire.Travail de bénédictin qui atteste en même temps une assez rare générosité: celle de ne pas garder ses fiches en tiroir pour épater les quémandeurs de passage, mais de faire profiter le plus grand nombre possible de ses recherches et de ses trouvailles.Les Fils de Québec sont de courtes biographies d\u2019une quantité de personnages historiques qui sont nés ou qui ont vécu dans la vieille capitale.Les amateurs de généalogie feront leurs délices de ces recueils.Les professionnels de la grande histoire y trouveront eux mêmes une mine de renseignements.LES FAUCILLEURS L\u2019AVENTURE DE SAM.GOBEIL Il nous est arrivé de voir des gens mettre les pieds dans les plats; on en voit rarement qui chaussent sabots ou raquettes pour être bien assurés de ne pas manquer leur coup.C\u2019est l\u2019aventure du député conservateur de Compton, On sait les faits.Sam.Gobeil accepte d etre le secondeur de la motion d\u2019un collègue en faveur de la monnaie bilingue De par la constitution, la monnaie bilingue se fonde sur u droit A titre de secondeur, le député doit appuyer, insister, argumenter, démontrer.Il doit, c\u2019est son premier devoir, parler dans le sens de la motion.Avec doigte, il aura soin de rallier le plus de votes possible.Or, Sam.Gobeil a une tou autre conception des choses.Et nous indiquons ce cas intéressant aux psychiatres.Le députe de Compton ne peut supporter qu\u2019une mesure dépasse les étroites lnmtesd un horizon bleu.Il sort de ses gonds, envenime le débat, infirme les preuves, exhibe un état d\u2019esprit ou il ne manque que l\u2019à-propos, le discernement et le jugement.Ce n est: P fanatisme de partisan; c\u2019est de la frenesie.Il eut ete si simple de se taire.Quel dommage que tant de deputes ne soient point muets! Il n\u2019y a pas que l\u2019éloquence qui y gagnerait. La Vie courante Au\tA Montréal, vous entrez au restaurant.Ob- ?'CStüUyQYll\tservez- Oh! pas longtemps?Deux minutes suffisent.Et voici la facile constatation: le nom du restaurant est anglais; les annonces, anglaises; le menu, anglais.Les conversations?Elles sont françaises.Il peut y avoir là vingt clients.Si vous êtes dans l\u2019est de la ville, il y a chance qu\u2019il n\u2019y ait pas un \u201cBritannique\u201d.Maintenant, comptez les clients qui tiendront au propriétaire ce langage: Le Canada est un pays bilingue; la population du Québec, dans sa grande majorité, est française; c\u2019est une clientèle française qui vous soutient.Pourquoi ne pas mettre quelques mots de français dans votre établissement ?Ce n\u2019est que stricte justice.Quinze clients sortent.Nul d\u2019entre eux ne se préoccupe de ce détail.A votre tour, vous gagnez la porte.Au passage, vous croyez devoir faire une admonestation au patron sur le bilinguisme.Il restera dans l\u2019établissement quatre clients pour hausser les épaules et un autre pour murmurer: \u201cEst-il fanatique\u201d! Lé travail Le récit qui précède ne doit rien à l\u2019imagina-de VUnité t\u2019on> mais tout à l\u2019observation.La fierté française, \u2014 car il doit exister une fierté française, \u2014 sommeille, et de quel sommeil! On a voulu confiner notre nationalité au Québec; il semble qu\u2019on veuille confiner notre langue au foyer, et encore! Mais aussi où sont donc ceux qui réagissent?Où sont-ils, ceux qui protestent lorsqu\u2019ils reçoivent une lettre anglaise ?Où sont ceux qui, dans les entreprises commerciales, réclament du français ?Où sont ceux qui favorisent, dans leurs achats, les établissements canadiens-français ?Qui osera faire remontrance aux ministres ou aux fonctionnaires fédéraux ?Ah! les maigres statistiques! 186 l\u2019action nationale Pourtant, tout est là.Qu\u2019il soit connu qu\u2019une importante minorité canadienne-française n\u2019encourage pas les établissements à annonces unilingues et la physionomie de cette province changera du jour au lendemain.Cette refrancisation effective, exige le travail de chacun.Que notre individualisme aille donc jusque-là! Lé bon Nous l\u2019attendons de tous les dirigeants, nous.exemple l\u2019attendons de l\u2019élite, si elle existe.Il est manifeste que la conduite de l\u2019homme constitué dans une certaine dignité, de même que sa parole, influe davantage sur la vie de la nation.A lui s\u2019impose rigoureusement un devoir national dont il doit prendre conscience.Est-ce déjà fait?Qu\u2019on nous permette un doute.Ce doute s\u2019appuie sur des faits dont la répétition est en passe de devenir une règle.De ces faits, nous en citons un récent qui, le premier, se présente à nous.Quelqu\u2019un a reçu le rapport général du Ministère des Travaux publics pour l'année 1933.Une carte l\u2019accompagne: \u201cMinister of public Works, Province of Quebec\u201d.Vous le dites tout de suite et nous l\u2019admettons: c\u2019est une distraction.Nous admettons même que la distraction est d\u2019autant plus grave que le rapport s\u2019adresse à un directeur de l\u2019Action nationale.Mais, hélas! les distractions de ce genre et d\u2019autres, plus graves, sont si nombreuses qu\u2019elles révèlent un état d\u2019esprit difficile à qualifier.Si vous voulez des preuves.Des preuves, tout autour de vous, il s\u2019en trouve.Ouvrir les yeux suffit.D\u2019une région bien française du Québec, un véritable Canadien français nous en fait parvenir un lamentable faisceau.Il signale que, dans son comté, il existe cinq manufactures, toutes fondées et dirigées par des Canadiens français.Trois ont des raisons sociales anglaises.Comme, dans sa ville, une entreprise était en formation, il est LA VIE COURANTE 187 allé prier le principal organisateur de choisir une raison sociale française.Peine perdue! Relatant ces faits, notre informateur les commente ainsi: \u201cCombien d\u2019autres Canadiens français font des affaires sous un nom anglais tandis que la direction, la clientèle, les ouvriers et le capital sont canadiens-français ?J\u2019en conclus que ce ne sont pas les Anglais qui nous anglicisent, mais bien les Canadiens français.\u201cD\u2019où vient cette manie de toujours prendre un nom anglais pour faire des affaires ?Il y a là, je crois, un manque de réflexion et de fierté déplorable, un avachissement honteux qui ne peut attirer rien autre chose que le mépris des autres races et de la nôtre même\u201d.En temps de guerre, on désigne du nom de traîtres ceux qui passent à l\u2019ennemi.Sur les champs de bataille où se jouent les destinées et la survivance de notre nationalité, comment donc faut-il les appeler?D'un nom plus doux évidemment; nous laissons la tâche aux rédacteurs de lexiques et de dictionnaires.D(inS nOS Nos compatriotes anglais ont fait preuve bonnCS villes de *eur conna\u2018ssance du français en traduisant les noms géographiques.Il n\u2019y a pas de plus charmant exemple que \u201cThe Pas\u201d, traduction libre de Le Pas, petite ville du Manitoba.Et dans le Québec ?Il y a longtemps évidemment que la besogne est entreprise.Et nous, bilingues parfaits, nous mettons l\u2019épaule à la roue.Ainsi le Bien Public des Trois-Rivières signale qu\u2019un rapport de la ville porte l\u2019inscription; \u201cCity of Three Rivers\u201d.Pourquoi, demande ce journal, \u201cfaut-il que ce soit dans un rapport officiel de l\u2019hôtel de ville qu\u2019on donne l\u2019exemple d\u2019un avachissement complet?\u201d Si \u201cThree Rivers\u201d avait été fondée par un loyaliste, jamais, non, jamais la ville n\u2019aurait porté d\u2019autre nom! Il est vrai que l\u2019administration des Trois-Rivières peut dire à celle de Montréal: Poutre et paille! Car, un journal local 188 l\u2019action nationale publie un contrat de la métropole avec la \u201cQuebec Paving Company\u201d et nous constatons que le document est totalement anglais.Après tout, les minorités ont des droits en ce pays! Pour nous consoler, prenons le cas de Saint-Jean.L\u2019on nous apprend que le conseil de cette ville, las de \u201cSaint John\u2019s\u201d, l\u2019a balancé.Triples félicitations! Il n\u2019empêche que si vous voulez vous rendre à Saint-Jean par les voitures de la Compagnie de Transport provinciale, vous devrez prendre l\u2019autobus de \u201cSt.John\u2019s.\u201d C\u2019est le seul qui y conduit.De Paris OU Nous finirons bien par apprendre ce de Toronto \u201cfrançais de Paris\u201d ou de Toronto que nous ne possédons pas encore.Le Bureau des Examinateurs électriciens de la province de Québec nous y aidera, s\u2019il faut en juger par la formule C-I dont il se sert quelquefois.C\u2019est un véritable cours de ce \u201cParisian French\u201d si goûté à Toronto et qui améliorera sans doute notre patois.Tout d\u2019abord, formule se dit \u201cforme\u201d.Ce dernier mot est plus concis et, comme il se rapproche davantage de l\u2019anglais \u201cform\u201d, il favorise la bonne entente entre races.Au lieu d\u2019inspection annuelle, il faudra dire désormais \u201cinspection annuel\u201d.Enfin voici un exemple rare de ce \u201cParisian French\u201d où tous les mots portent: \u201cUn avis de immédiat jours est donné par la présente afin de permettre de corriger les défectuosités signalées et de filer, à cet effet, un avis en écrit au bureau des Examinateurs électriciens\u201d.Pour rendre justice à qui de droit, il convient de dire que cette phrase appartient au texte de la formule même.Cherchez là-dessous la langue de Bossuet! Pour employer un euphémisme, c\u2019est tout simplement dégoûtant! LE GUET Vie de l\u2019Action nationale Notre directeur M.Harry Bernard se remet assez vite, nous apprend-on, de la maladie qui a failli l\u2019emporter.C\u2019est une excellente nouvelle et nos lecteurs ne manqueront pas de s\u2019en réjouir avec nous.On a pu lire ici même les remarquables articles que notre directeur a consacrés à la revue.On sait, d\u2019autre part, le rang enviable qu\u2019il s\u2019est acquis dans notre littérature.L\u2019on comprendra que son inaction forcée se fasse sentir à VAction nationale.Et c\u2019est une raison de plus de souhaiter que la convalescence de M.Bernard soit rapide et qu\u2019il puisse tôt retrouver sa grande capacité de travail.Exemple louable Ceux qui éprouvent de la sympathie pour les mouvements nationaux sont assez nombreux; ceux qui leur en manifestent sont déjà rares; ceux qui passent des paroles aux actes constituent la minorité d\u2019une minorité.Or, voici un exemple, et ce n\u2019est pas par intérêt que nous le trouvons louable.Un imprimeur connu nous écrit; il approuve entièrement les campagnes de l'Action nationale; immédiatement il le prouve et cette preuve se présente sous forme d\u2019un chèque.D\u2019autre part, cette preuve n\u2019est pas la première et nous savons que d\u2019autres associations nationales l\u2019ont reçue.Aussi le cas vaut-il d\u2019être cité.L\u2019imprimeur dont il est ici fait mention donne un magnifique exemple de cette solidarité si nécessaire aux Canadiens français. 190 l\u2019action nationale Le facteur passe Le facteur passe.Voici des lettres.Celle-ci vient d\u2019un missionnaire-colonisateur.Entre deux courses, il écrit: \u201cVous trouverez ici même le prix convenu, \u2014 et non pas convenable, puisque vraiment insuffisant, \u2014 de mon réabonnement à votre excellente revue, VAction nationale.\u201cJe suis en retard, vous le constatez, et j\u2019en suis fort marri.Des absences prolongées et de courtes présences dans un bureau encombré ne m\u2019ont pas permis de vous écrire.Car, je voulais à tout prix, en vous envoyant ma maigre contribution, vous dire un peu ce que je pense de votre oeuvre.\u201cIl m\u2019est encore impossible de le faire et je ne saurais retarder davantage.Sachez toutefois que j\u2019apprécie,les inestimables services que vous rendez à notre race et le travail que vous vous imposez pour rendre plus belle et plus grande la patrie \u201cSi, au moins, tous les chefs de notre peuple s\u2019imprégnaient l\u2019esprit de vos idées, pour les diffuser ensuite, comme votre action aurait vite fait d\u2019atteindre son plein épanouissement et de devenir nationale à tous égards.\u201cEn elle-même, l\u2019Action nationale a tout ce qu\u2019il faut pour cela; il reste à ceux qui doivent répondre à votre appel de secouer leur triste apathie et de vous tendre la main.\u201d Qui vive?On l\u2019aura peut-être remarqué avec nous.Ceux qui écrivent à l\u2019Action nationale, qui l\u2019encouragent, qui disent: \u201cContinuez\u201d, sont presque toujours de l\u2019Ouest, de l\u2019Ontario, de l\u2019Acadie, de la Nouvelle-Angleterre.Ils sont aux postes avancés; en sentinelles, ils montent la garde.Dans le Québec, quelques bataillons veillent aussi; mais où sont donc les autres troupes ?Elles reposent ?Ce n\u2019est pourtant pas toujours la nuitl VIE DE L ACTION NATIONALE 191 Qui vive?Un Canadien français du Manitoba: \u201cC\u2019est une véritable joie pour moilde voir arriver chaque numéro de votre revue.Je ne puis que vous féliciter de votre courage et je souhaiterais pouvoir rne débarrasser de mes 25 dernières années pour prendre le harnais et me joindre à vos collaborateurs.\u201d Qui vive ?L\u2019Ontario.C\u2019est de Kapuskasing que s\u2019élève cette voix: \u201cNous avons constaté avec plaisir que l\u2019enquête promise sur l\u2019éducation nationale dépassera les limites du Québec.Nous sommes bien heureux d\u2019apprendre que les directeurs s\u2019appliqueront à nous donner, à la suite de l\u2019enquête, les mots d\u2019ordre requis pour conserver et cultiver chez nous le sentiment national\u201d.Un nouvel ouvrage de l\u2019abbé Croulx Nous pouvons annoncer, dès aujourd\u2019hui, que cédant aux instances de nombreux amis et en particulier de ses auditeurs de l\u2019Université de Montréal, l\u2019abbé Groulx publiera dans quelques semaines son Cours d\u2019Histoire de cette année.Il s\u2019agit, comme l\u2019on sait, de la Découverte du Canada et de Jacques Cartier.L\u2019abbé Groulx n\u2019aime guère livrer si hâtivement à l\u2019imprimeur ses manuscrits d\u2019histoire.On a fait valoir à ses yeux l\u2019opportunité d\u2019offiir sa contribution aux fêtes du grand centenaire de 1934.L\u2019ouvrage paraîtra donc, dès les premiers jours de juin, chez Granger Frères qui en sont les éditeurs.Les éducateurs qui désirent offrir cet ouvrage aux distributions de prix peuvent s\u2019entendre dès maintenant avec la librairie Granger.L\u2019éducation nationale Sur l\u2019enquête que poursuit la revue, les commentaires vont leur train.En même temps qu\u2019il recommande aux jeunes de s\u2019abonner à l\u2019Action nationale, un membre du Comité régional de l\u2019A.C.J.C.écrit dans le Progrès du Saguenay: 192 l\u2019action nationale \u201cNous voulons refranciser notre région, l\u2019éducation nationale servira de base à cette initiative\u201d.Dans un article bien au point, M.Donatien Frémont dit à son tour, dans la Liberté de Winnipeg, l\u2019opportunité de l\u2019enquête sur l\u2019éducation nationale.De cet article nous extrayons ces paragraphes essentiels: \u201cDans son numéro de janvier, VAction nationale commence une enquête sur l\u2019éducation nationale par un premier article, clair et vigoureux, de l\u2019abbé Lionel Groulx.L\u2019auteur de \u201cL\u2019Enseignement français au Canada\u201d a pris depuis longtemps position sur ce terrain et il a fait école.Il était tout indiqué pour donner l\u2019orientation voulue^ cette grande étude dont on espère de bienfaisants résultats.\u201cNotre pleine et entière adhésion est d\u2019autant mieux acquise à l\u2019oeuvre qu\u2019au Manitoba et dans l\u2019Ouest, la presse et les différentes associations françaises n\u2019ont pour ainsi dire pas d\u2019autre but.Par nos faibles moyens et dans les limites imposées par des lois hostiles, nous nous efforçons de donner à nos enfants une éducation nationale.C\u2019est la condition même de notre survivance.Mais de quel appui nous serait un grand mouvement en ce sens,parti de la vieille province et embrassant tout le pays! \u201cL\u2019opportunité de cette enquête ne se discute même pas.Trop de faits.mettent en un fâcheux relief le peu de consistance de notre patriotisme, notre manque de fierté, notre insouciance devant le danger qui nous menace de toutes parts.\u201cNous ne pouvons pas continuer de vivre ainsi.Mais il faut commencer par le commencement et obtenir que soit enfin donnée aux petits Canadiens français (une éducation vraiment nationale.\u201d Dominique BEAUDIN "]
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