L'action nationale, 1 janvier 1936, Janvier
[" VoL VII \u2014 No 1 JANVIER 1936 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur: Arthur LAURENDEAU SOMMAIRE L\u2019Action Nationale\tAction catholique et action nationale\t3 François Hertel\tEssai sur l\u2019inquiétude des jeunes.\t6 Eugène Lapœrre\tLes ancêtres de Lavallée.44 Georges L\u2019Oisel\tRégionalisme manitobain.54 Le Guet\tVoix auxiliaires.58 Étienne Robin\tVie de l\u2019Action nationale.61 LIGUE d\u2019ACTION NATIONALE 3472, RUE HUTCHISON MONTRÉAL Les produits de l\u2019érable CITADELLE sont les plus doux produits que la nature puisse donner à l\u2019homme.Si votre épicier n\u2019a pas en mains ces produits, écrivez à: \u2014 Les PRODUCTEURS de SUCRE d\u2019ÉRABLE DE QUÉBEC Bureau-chef \u2014 5 avenue BECIN, LEVIS Entrepôt \u2014 PLESSISVILLE, Cté Mégantic L\u2019Action nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.Esdras Min-ville, président: Hermas Bastien, secrétaire; Pierre Homier, l\u2019abbé Lionel Croulx, Eugène L\u2019Heureux, Olivier Maurault, p.s.s., Anatole Vanier, l\u2019abbé Albert Tessier, Arthur Laurendeau, René Chalout, Albert Rioux, Dr Philippe Hamel, Léopold Richer, Dominique Beaudin, André Laurendeau.Pour tout ce qui concerne et la rédaction et l'administration de la revue, s\u2019adresser à L\u2019ACTION NATIONALE 3472 rue Hutchison\t::\tMontréal Le directeur de la revue, M.Arthur Laurendeau, reçoit à cette adresse, le mercredi, de 3 à S heures L\u2019abonnement est de $2.00 par année.Tous droits réservés \u2014 Ottawa 1933. ARTICLES DE \u2014 BUREAU LE PLUS GRAND CHOIX SANS EXCEPTION Garnitures de Bureau, Sous-Malns-Buvards, Paniers, Classeurs, Système de Cartes-Fiches, Cahiers et Livres de Comptabilité à Feuillets Mobiles; Boites en métal pour argent, Lettres, Documents; Machines à écrire et Accessoires, Paniers Carbone; Certificats, Sceaux en métal et en caoutchouc.TRAVAUX D'IMPRIMERIE DE CRAVURE, DE RELIURE de tous genres.GRAINGER FRÈRES LibR&lRes.P^petieRs, lmpoRtateuas 54 NotRe-Dàme.0uest*KontRé2sl LAncaster 2171 La plus importante Librairie et Papeterie française au Canada Nos magasins ferment à 5 hres le samedi (Facilité de stationnement).I Pour votre santé ~~ Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent la levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, G et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.Fraîche LA COMPAGNIB r.-\\.DRCLET 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que publient les directeurs de la revue.Il se pénétrera davantage de sa doctrine salvatrice.Voici les deux derniers parus: Orientations Par l\u2019abbé Lionel GROULX Le Zodiaque 135 75 sous Conditions de notre destin national Par Hermas BASTIEN Éditions Albert Lévesque 75 sous IV Quatrième année 1er semestre 1936 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur: Arthur LAURENDEAU VOLUME VII LIGUE d\u2019ACTION NATIONALE 3472, RUE HUTCHISON MONTRÉAL L\u2019ACTION NATIONALE publiée par la Ligue d\u2019Action nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle parait tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.Esdras Minville, président, Hermas Bastien, secrétaire, Pierre Homier, l\u2019abbé Lionel Groulx, Eugène L\u2019Heureux, Olivier Maurault, P.S.S., Anatole Vanier, l\u2019abbé Albert Tessier, Arthur Laurendeau, René Chaloult, Albert Rioux, Dr Philippe Hamel, Léopold Richer, Dominique Beaudin, André Laurendeau.Directeur de la revue: Arthur Laurendeau Tous droits réservés \u2014 Ottawa 1933 Action catholique et action nationale Une divergence d\u2019opinion assez vive s\u2019est manifestée depuis quelque temps entre différents groupes au sujet des rapports de l\u2019Action catholique avec l\u2019action nationale.Nos lecteurs en ont eu l\u2019écho ici même dans nos dernières livraisons.Or ce débat qui menaçait de s\u2019envenimer, Son Eminence le cardinal archevêque de Québec vient de le trancher à sa manière habituelle: par une mise au point doctrinale, sobre et nuancée, qui sait tenir compte, dans Vapplication des principes, des contingences au milieu desquelles nous vivons.A la cloison étanche que certains théoriciens voulaient dresser entre l\u2019action catholique et l\u2019action nationale: \u201cL\u2019Action catholique ne peut pas faire d\u2019action nationale\u201d, Son Eminence substitue une collaboration limitée et subordonnée, il est vrai, mais bien reelle:\tAucune action sociale, nationale, économique, etc., ne peut être entreprise pour elle-même par les groupements en question (les mouvements spécialisés de jeunesse), mais seulement comme moyen par rapport aux fins de l\u2019Action catholique\u201d. 4 l\u2019action nationale En d\u2019autres termes, l\u2019Action catholique peut faire de l\u2019action nationale, lorsque cette action nationale est subordonnée à une fin religieuse.Ainsi, par exemple, là où la langue est considérée comme gardienne de la foi, là où elle oppose une barrière aux infiltrations protestantes et aux mariages mixtes, prêcher Vattachement à cette langue et veiller sur son maintien, c\u2019est une tâche que peut, que doit même accomplir, avec la modération requise, l\u2019Action catholique.Cette tâche, d\u2019ailleurs, comme toutes les autres qu\u2019accomplit l\u2019Action catholique, relève en dernier ressort de Vautorité épiscopale.A cette première directive, Son Eminence en ajoute une seconde, plus simple encore et non moins importante: \u201cLa formation familiale, sociale et nationale fait partie de la formation intégrale d\u2019une jeunesse catholique, le tout subordonnément aux principes de la Foi et aux prescriptions de l\u2019autorité religieuse\u201d.Voilà qui chasse les nuées que quelques-uns semblaient vouloir accumuler à plaisir sur nos têtes et élargit singulièrement l\u2019horizon.Nous sommes, quant à nous, profondément reconnaissants à Son Eminence le cardinal ACTION CATHOLIQUE ET ACTION NATIONALE 5 archevêque de Québec de ses lumineuses directives et nous souhaitons qu\u2019elles soient suivies par tous avec une joyeuse et loyale docilité.L\u2019ACTION NATIONALE .CE CANADA FRANÇAIS QUI SERA PLUS TARD UN DES ETONNEMENTS, U N DES EMERVEILLEMENTS DE L\u2019HUMANITE CONSCIENTE.Pierre TERM 1ER Essai sur l'inquiétude des jeunes.Il \u2014 Notes pour une histoire de Vinquiétude.En abordant cette seconde partie de mon plan, je me demande si je n\u2019ai pas présumé de mes forces.Ce n\u2019est point une mince affaire que de tracer une esquisse, si pâle soit-elle, de l\u2019histoire de l\u2019inquiétude.Restreignons tout de suite le sujet aux proportions que notre conception de l\u2019inquiétude humaine nous impose.Nous nous confinerons donc surtout à l\u2019inquiétude strictement et pleinement humaine des jeunes, négligeant les autres formes, quand elles ne seront pas à la base de la nôtre.Restreignons d\u2019une autre manière en n\u2019étudiant guère que l\u2019inquiétude des pays de culture française.Hélas, le champ demeure infiniment trop vaste pour que nous puissions même l\u2019embrasser du regard.Il faut le limiter encore.Cantonnons-nous pour le moment dans les seuls documents littéraires; chez les écrivains restons-en surtout aux romanciers et aux poètes qui, exprimant plus et mieux que les autres, parce que plus spontanément, leur âme et celle de leur époque sont de meilleurs témoins; les autobiographies nous serviront aussi.Occasionnellement enfin, notre enquête poussera une pointe chez les essayistes et les philosophes.Nous serons satisfaits pour le moment si nous avons donné une vue d\u2019ensemble juste, encore que nécessairement incomplète. ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 7 Nous n\u2019écrivons cette histoire à vol d\u2019oiseau que dans le but de préparer la voie à notre étude d\u2019une inquiétude spécifiquement contemporaine et spécifiquement canadienne-française.Deux parties donc dans le présent travail.Quelques notes sur la France; un très court appendice sur le Canada.Une autre mise au point s\u2019impose.Ce que nous allons étudier et voir évoluer sous nos yeux, ce ne sera pas l\u2019inquiétude littéraire en tant que littéraire, mais les œuvres des écrivains considérées comme documents d\u2019inquiétude humaine; ce qui nous intéressera touj\u2019ours au premier chef, ce sera l\u2019inquiétude de la jeunesse, éprouvée par les auteurs eux-mêmes quand ils étaient jeunes, ou, toute leur vie, (s\u2019ils furent comme Villon, Pascal ou Verlaine, des éternellement jeunes), ce sera aussi l\u2019inquiétude des héros qu\u2019ils mettent en scène.Les romanciers et les poètes nous apparaissent donc comme des archivistes de l\u2019humanité, des spécialistes du document humain.Cependant, les premiers documents de l\u2019inquiétude française se trouvent chez les philosophes.Cette première forme n\u2019est pas encore celle qui nous intéresse surtout; elle se concentre uniquement autour du problème de la destinée.Le début du Moyen Age, époque de foi aveuglément tenace, n\u2019a guère connu l\u2019inquiétude, même 8 l\u2019action nationale la religieuse.Le problème de la destinée ne s\u2019en pose pas moins dès ce moment.C\u2019est au temps de Charlemagne que le philosophe anglais Alcuin enseignait à l\u2019école palatine récemment fondée.Je cite cet extrait d\u2019un dialogue qu\u2019on lui attribue.Pepin \u2014 Qu\u2019est-ce que la vie ?Alcuin \u2014 Une jouissance pour les heureux, une douleur pour les misérables, l\u2019attente de la mort.Rien de plus simpliste, n\u2019est-ce pas ?Nous n\u2019en sommes pas encore au mot de Lamennais: \u201cLa vie est un mystère triste dont la foi seule a le secret\u201d.Cependant, on voit bien, que le problème de la vie s\u2019impose dès lors à l\u2019attention sous sa forme éternelle de tendance à l\u2019autre vie.C\u2019est un premier pas.Puis, la philosophie naît en France.Et M.Etienne Gilson a bien montré dans ses conférences de 1934, à Montréal même, que toute cette philosophie allait s\u2019orienter vers l\u2019introspection, vers la connaissance du moi.Ajoutons, vers le problème de la destinée.Le mystique saint Bernard, comme le dialecticien fougueux que fut Abélard ont prêché le yvcoOi asauTov des anciens, le xpousx6 °uv crsauxœ de saint Basile.Us ont mis l\u2019homme en face de lui-même; puis, chacun à sa manière, en face de Dieu.François Villon vint.Ame inquiète, certes; mais âme de primitif, où l\u2019on chercherait en vain les raffinements et même la culture.Son oeuvre est ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 9 un cri tourmenté de passion, (je ne parle que du Grand Testament), d\u2019une passion élémentaire, j\u2019allais dire, bestiale.Malgré tout son génie, Villon n\u2019a connu que l\u2019inquiétude physique du Coquillard en détresse, la peur bleue des représailles de Dieu et des hommes.Il a compris toutefois le sens de la mort avec une acuité singulière.Qui n\u2019a lu \u201cLa ballade des pendus\u201d, celle \u201cdes Dames du temps jadis\u201d, la ballade pour sa vieille mère, etc?.A travers l\u2019oeuvre du mauvais \u201ces-cholier\u201d, du voleur impénitent, l\u2019on sent passer dans la poésie française, et par suite dans l\u2019âme française, les premiers accents authentiques d\u2019inquiétude.Le Moyen Age est terminé.La Renaissance apporte, avec Rabelais d\u2019abord, avec La Pléiade ensuite, l\u2019humanisme gréco-romain qui ne saurait être, \u2014 quoi qu\u2019on en ait dit, \u2014 une tendance fondamentale de l\u2019esprit français.Ne combat-elle pas l\u2019individualisme au profit d\u2019un humanisme théorique qui se détache de la véritable personne humaine, l\u2019individu, pour étudier l\u2019humanité en général ?L\u2019esprit de la Renaissance est essentiellement païen et paganisant.Il va gâcher pour un temps l\u2019âme française, la diviser contre elle-même, l\u2019empêcher de parvenir aussi tôt qu\u2019elle l\u2019aurait dû à son plein épanouissement.Calvin s\u2019amène avec sa Réforme.Il est bien 10 l\u2019action nationale accueilli d\u2019abord, précisément parce qu\u2019il apporte une religion tout intérieure, dénuée d\u2019apparat; une religion inhumaine par ailleurs, et c\u2019est pourquoi, en France, au pays du véritable humanisme, la Réforme ne s\u2019enracinera jamais profondément.On pourrait épiloguer longtemps sur l\u2019inquiétude de Calvin, prodrome du mouvement janséniste, doctrine fondée sur une hypocrite minimisation de l\u2019homme en face de Dieu.Le pire des orgueils se dérobant sous les apparences de l\u2019humilité et de l\u2019austérité.Angoisse réelle pourtant d\u2019une âme d\u2019illuminé en marche vers le désespoir.Cependant Robert Sibourd, le maître de Montaigne, et le faux bonhomme que fut Michel de Montaigne lui-même, prêchent la connaissance de soi-même; le dernier conclut, après s\u2019être longtemps scruté et avoir tout repensé, que, à part la Foi en qui il nous faut nous reposer, le reste a peu de valeur.Descartes reprend la succession de Montaigne; pour trouver ce qui dans l\u2019homme intéresse l\u2019homme, il s\u2019attache à l\u2019élément le plus simple: sa pensée qui prouve son être.Et il arrive à Dieu par l\u2019idée de perfection qui le conduit à la Cause de toute perfection.Malebranche s\u2019attache aux mêmes principes pour déclarer que, par l\u2019introspection, l\u2019homme se trouve lui-même et trouve Dieu au fond, à l\u2019intérieur de lui-même.Mais à quoi bon tant insister sur une tendance ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 11 philosophique qui n\u2019est pas à proprement parler notre inquiétude?C\u2019est que nous sommes en présence de son ancêtre en terre française.Cette introspection pour pénétrer le mystère de la destinée c\u2019est déjà l\u2019inquiétude d\u2019ordre religieux.C\u2019est aussi la base d\u2019une mentalité, la mentalité française.Par le goût de l\u2019analyse de soi-même, par le culte de la pensée et l\u2019horreur de la dialectique à vide, le Français acquiert peu à peu des soucis psychologiques qui, le jour venu, donneront naissance à toutes les inquiétudes.L\u2019inquiétude française reposera sur deux pôles, le moi à sonder, la destinée à connaître.Selon qu\u2019elle insistera plus sur l\u2019un que sur l\u2019autre, nous aurons les formes particulières de sa physionomie.C\u2019est l\u2019inquiétude du destin qui va former Pascal, le premier inquiet pleinement authentique.Pascal qui connut la position de Montaigne et la dépassa; attiré non seulement par une connaissance de Dieu puisée dans l\u2019introspection, mais aussi par le besoin intime du divin, par la nécessité de vivre une vie en conformité avec les enseignements de l\u2019Église.Pascal fut un inquiet isolé dans une époque plus curieuse d\u2019approfondir la nature humaine que les individus.Comme cet homme a dû souffrir de tous les conformismes du grand siècle! Dans son bas âge, il fut le premier enfant inquiet.Sa vie toute entière fut la proie de l\u2019inquiétude.Telle fut l\u2019incompréhension qui l\u2019en- 12 l\u2019action nationale toura que son oeuvre elle-même ne fut vraiment comprise qu\u2019au XIXième siècle.Pour avoir une idée de l\u2019anomalie de son cas, pour comprendre aussi l\u2019absence d\u2019inquiétude chez les jeunes de cette époque, écoutons ce que l\u2019un des représentants les plus autorisés du XVIIème siècle disait alors de la jeunesse.Bossuet, dans son panégyrique de saint Bernard, s\u2019exprime ainsi: \u201cMais la jeunesse qui ne songe pas que rien lui soit encore échappé, qui sent sa vigueur entière et présente, ne songe aussi qu\u2019au présent et y attache toutes ses pensées\u201d.Il ajoute plus loin: \u201cNous voyons toutes choses selon les dispositions où nous sommes: de sorte que la jeunesse qui semble n\u2019avoir été formée que pour la joie et les plaisirs, oh! elle ne trouve rien de fâcheux; tout lui rit, tout lui applaudit\u201d.Psychologie courte, nous écrierions-nous de nos jours.Pourtant nous venons d\u2019entendre le plus grand psychologue de son siècle, après Molière.Je crois qu\u2019il faut conclure de ce témoignage choisi entre plusieurs que la jeunesse du grand siècle n\u2019a pas connu l\u2019inquiétude d\u2019ensemble que nous avons tous plus ou moins vécue depuis le Romantisme.Et ceci expliquerait pour sa part l\u2019austère gravité des œuvres immortelles de cette époque, leur inaltérable sérénité qui les apparente aux sculptures impeccables de Polyclète et de Myron.Cependant, il faut admettre qu\u2019il y eut au XVIIe ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 13 siècle au moins une explosion d\u2019inquiétude: le Jansénisme.Et c\u2019est pourquoi l\u2019œuvre du plus illustre des anciens élèves de Port-Royal, Jean Racine, laisse échapper de vrais cris de passion, des sanglots de désespoir humain.Fénelon et le Quiétisme manifestent aussi des angoisses d\u2019ordre religieux qui n\u2019eurent pas, à vrai dire, de lendemains.Molière et La Fontaine furent à leur manière des inquiets, mais beaucoup trop apparentés à Villon; et, par ailleurs, le classicisme, la sévérité de leur oeuvre s\u2019en trouvent à peine altérés.Puis, c\u2019est le libidineux dix-huitième siècle qui commence.Le siècle du vide, du renouvellement à froid des inspirations desséchées.Mais voici que, tout à coup, surgit farouche celui qui devait être le père de l\u2019inquiétude moderne, le miteux Jean Jacques.Comment ce Suisse va-t-il bouleverser l\u2019âme française, renouveler la littérature, en y introduisant, avec plus de vraie poésie, cette flamme à la fois bienfaisante et morbide que nous recevons maintenant par droit d\u2019hérédité ?Il y a là un mystère que je n\u2019ai pas la prétention de résoudre en entier.Je crois néanmoins que l\u2019on peut fournir quelques explications.D\u2019abord, je retrouve en Rousseau à l\u2019état aigu le besoin français d\u2019introspection que le dix-septième siècle avait minimisé.Le vagabond de Genève, des Charmet- 14 l\u2019action nationale tes, de l\u2019Ermitage, le compagnon de Hume à Wotton n\u2019a jamais cessé, au cours de ses multiples aventures et randonnées, de songer, de se scruter.Il y était d\u2019ailleurs préparé par son éducation première de lecteur de romans.Ce qu\u2019il apporte de neuf, c\u2019est le rêve.Et ce rêve, il est ne en lui de ses prises de contacts répétées et singulièrement aiguës avec la nature.Je crois que nous tenons ici un important facteur de solution: le sentiment de la nature.Rousseau fut le premier en France à être hanté par les paysages, le premier à pénétrer l\u2019âme des choses.Il sera le premier à l\u2019exprimer.Et, comme ce sentiment atteint l\u2019homme à de grandes profondeurs, cela n\u2019expliquerait-il pas 1 influence immense, et qui dure encore, de Rousseau comme initiateur principal d\u2019une complexité d\u2019âme plus grande, du besoin de rêve qui a donne naissance dans le temps (en terre française) à l\u2019inquiétude au sens le plus complet du mot ?Ici il faut s\u2019arrêter davantage, pénétrer un peu dans le domaine psychologique.L\u2019homme, - ne l\u2019oublions jamais, \u2014 n\u2019est pas un pur esprit; il est corps aussi.C\u2019est même par son corps qu il est individué.Les écrivains et les lecteurs français d\u2019avant Rousseau (pour la plupart) ne s\u2019étaient guère attachés en l\u2019homme qu\u2019à la partie esprit, qu\u2019à l\u2019âme.Ils avaient aussi étudié l\u2019homme en tant qu\u2019homme, la nature humaine.D\u2019où tant d\u2019êtres de raison, tant d\u2019abstractions dans notre ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 15 théâtre classique.Ils avaient négligé d\u2019étudier l\u2019homme dans son milieu, dans un paysage qui ne fût pas uniquement un décor.La nature physique ne comptait pas pour eux.Les œuvres classiques de notre littérature me font penser à ces grands tableaux de Raphaël et de Poussin, où l\u2019idée surgit, lumineuse et puissante, d\u2019une scène qui se projette au hasard sur un fond d\u2019arbres en carton ou de fleurs artificielles.Rousseau, c\u2019est Watteau introduisant le paysage vrai dans son sujet.1 L\u2019élément plus concret qui acquiert, avec l\u2019auteur des Promenades du rêveur solitaire, son droit de cité en littérature va circuler dans les esprits, populariser le besoin de rêve qui n\u2019est que le déve- 1 Nous ne voudrions pas qu\u2019on nous accuse de diminuer les Classiques au profit de ce que l\u2019on appelle parfois le déséquilibre romantique ou contemporain.Nous traitons ici la question en historien; réservant pour plus tard notre jugement sur cette complexité plus grande introduite dans l\u2019âme française à la suite de Rousseau.Nul homme sérieux d\u2019ailleurs ne s\u2019avisera de diminuer Racine, Molière, Bossuet, La Fontaine, Pascal, en regard des modernes.Ces sommets de la Littérature française ne seront peut-être jamais égalés.Ce que nous aimons moins au XVIIième siècle, c\u2019est la tournure d'esprit, la civilisation d\u2019ensemble: l\u2019humanisme gréco-romain divinisé, la religion refoulée à l\u2019église, la satisfaction honteusement florissante dans les esprits et les coeurs.Les grands Classiques ont été les premiers à souffrir de l\u2019atmosphère poncive de leur siècle.N\u2019a-t-on pas préféré Pradon à Racine ?Celui-ci n\u2019a-t-il pas gémi bien des fois des restrictions qu\u2019on lui imposait ?Pourquoi Corneille n\u2019a-t-il pas donné sa pleine mesure ?Parce que son esprit puissant était sans cesse aux prises avec une rhétorique creuse qui l\u2019envoûtait sous le fatras de ses règles inopportunes, paralysait la spontanéité de son génie si profondément français. 16 L ACTION NATIONALE loppement intérieur et spontané d\u2019une imagerie qui s\u2019enrichit en l\u2019homme par ses contacts plus intimes avec le monde extérieur.Et le mal du siècle pourra naître.Ce sera d\u2019abord le mal de Jean Jacques, il se communiquera à Chateaubriand; à travers Bernardin de Saint-Pierre, si l\u2019on veut.On ne saisit peut-être pas bien la relation entre ce que l\u2019on a appelé le \u201cbain de la nature\u201d et le mal du siècle.Avançons d\u2019un autre pas.L\u2019homme qui s\u2019habitue à scruter la nature, à rêver à son contact, en vient bientôt à établir entre lui et les choses un courant d\u2019intimité.Ce courant tantôt sort l\u2019homme de lui-même pour le rendre participant de la vie extérieure qui frémit à ses côtés, tantôt lui fait imposer aux choses ses propres états d\u2019âme.Est-il triste ?La nature lui apparaît triste.La nature est-elle triste?Il le devient lui-même.Il faut admettre là un mimétisme puissant qui, à partir de Rousseau, conforme l\u2019âme française.Devant les grands phénomènes de la nature, la mer, la nuit, l\u2019orage, la voûte étoilée, l\u2019homme se sent petit, écrasé, inquiet.Il se compare implicitement et se trouve pygmée.Le rêveur habitudi-naire en arrive bientôt à se passer de ces termes de comparaison.Le chasseur d\u2019images qui vit en lui n\u2019a plus besoin d\u2019en sortir pour se forger des états d\u2019âme.Et ces états d\u2019âme sont d\u2019ordinaire morbides parce qu\u2019il ne peut jamais les réaliser ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 17 tels qu\u2019il les veut.Le rêve amène la mélancolie; la mélancolie, l\u2019inquiétude.Voilà donc comment Rousseau, le rêveur, Rousseau l\u2019inquiet, a intégré dans la mentalité française, par son sentiment intense de la nature, un \u201chabitus\u201d bien particulier, une manière de sentir qui rejoint d\u2019ailleurs au fond l\u2019inquiétude d\u2019ordre métaphysique.Mais là ne se borne pas l\u2019apport de Rousseau à l\u2019inquiétude contemporaine.Sa philosophie va de pair avec sa tournure d\u2019esprit.Le Contrat Social, autant que les Confessions, a engendré en France des inquiets.Ces deux tendances se fondaient chez Jean Jacques en un même déséquilibre.Son influence sera double.C\u2019est en son nom que les sensibles jeunes gens du café Procope ou des Cardelliers s\u2019émouvront jusqu\u2019aux larmes, en 89 et 91, sur le sort des \u201copprimés de la tyrannie\u201d et organiseront en même temps d\u2019un oeil sec les Massacres de Septembre ou les Noyades de Nantes.Un inquiet cet illuminé de génie, ce fou dangereux, Saint-Just, l\u2019âme du règne de la Terreur.Un autre l\u2019hésitant Camille Desmoulins.En outre, les bouleversements politiques et sociaux de la Révolution, ceux de l\u2019Empire plus tard, les influences étrangères qui ont commencé de circuler en France depuis Voltaire, et prendront plus d\u2019importance avec Madame de Staël, vont introduire, en même temps que le romantisme, 18 l\u2019action nationale l\u2019inquiétude au sens moderne, le premier mal du siècle.On sait qu\u2019il régnait en Allemagne avec Goethe, en Angleterre, chez les poètes lyriques surtout.Et, dans ces deux pays, il était né, comme chez Rousseau d\u2019une plus grande compréhension de la nature.L\u2019inquiétude française devient définitivement un phénomène social avec Chateaubriand.Elle est fouillée au scalpel, avec un peu trop d\u2019insistance peut-être, dans René, le père d\u2019Adolphe, d\u2019Ober-mann et de toute la famille des jeunes premiers du Romantisme.Chateaubriand la ressentit d\u2019une manière cruelle, l\u2019imposa définitivement à toute une génération par la force de son génie éblouissant.Elle envahit la religion, la politique, les arts, la littérature, la vie sociale, surtout l\u2019âme des jeunes gens qu\u2019elle commença de torturer.Si on l\u2019étudie chez Chateaubriand lui-même, elle est attachante l\u2019angoisse de l\u2019adolescent, du jeune homme de Combourg aux prises avec un milieu destructif et hallucinant à la fois; passant ensuite par les crises morales les plus affreuses pour en arriver, après la mort de sa mère, à cette solution de beauté: \u201cJ\u2019ai pleuré, j\u2019ai cru\u201d.Le jeune homme s\u2019est apaisé avec l\u2019âge; il a construit sa grande apologie du Christianisme.Malgré ses erreurs et ses défauts, il demeure un loyal serviteur de Dieu et de ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 19 la France.Il a renouvelé le Christianisme français; et peut-être l\u2019a-t-il efféminé un peu.* * * C\u2019est le Romantisme proprement dit avec ses inquiétudes tapageuses, ses gilets flamboyants, ses coiffures mérovingiennes, ses angoisses trop éloquentes pour n\u2019avoir pas été cuisinées.Hugo qui trompette ses douleurs; Lamartine qui en vit et en meurt.Musset pleure d\u2019abord en longs sanglots poignants, puis il se renie.Vigny ronge son frein dans un chateau solitaire; il se tait comme le loup qui meurt stoïquement.La foule anonyme, la jeunesse surtout, s\u2019éprend de ces douleurs si bellement farouches.Les écrivains exploitent à qui mieux mieux cette veine providentielle.Les Hernani, les Rolla, les Raphaël, les Indiana, les Lelia, surgissent, une main sur le cœur, pâmés, souffrant sans doute, mais assez grotesques dans leur désarroi où l\u2019on distingue toujours sous le travesti un coin de manteau du Capitaine Fracasse.La même insatisfaction apparaît plus âpre avec le Julien Sorel de Stendhal; plus élémentaire, agitation plus que douleur, chez Balzac dans Birot-teau, Rastignac par exemple.Et il n\u2019est pas jusqu\u2019au Jérôme Paturot d\u2019Henri Bonnier et jusqu\u2019à ce bon Joseph Prud\u2019homme lui-même qui ne s\u2019en parent comme d\u2019une auréole de papier.Cette inquiétude le grand Lacordaire la vécut, la corn- 20 l\u2019action nationale prit, l\u2019aima peut-être un peu trop; Lamennais s\u2019en consuma toute sa vie.Louis Veuillot, jeune, y sacrifia.Elle grimace par moments sous le masque d\u2019impassibilité d\u2019un Leconte de L\u2019Isle et d\u2019un Flaubert.Elle s\u2019épanouit dans Michelet.Gérard de Nerval, Maupassant en subirent les atteintes cruelles.Sully Prud\u2019homme et Coppée en sont des témoins authentiques.On la retrouve enfin jusque chez Richepin, le poète des Gueux, et le dernier des Romantiques.Cependant, une autre inquiétude est née, plus profonde, plus moderne.Celle qui annonce déjà la nôtre.Comme tous les mouvements durables, elle se propage lentement.Baudelaire a écrit ses vers immortels.Méprisés du vivant de l\u2019auteur, ils vont après sa mort opérer un nouveau bouleversement dans l\u2019âme française.Les écrivains, les poètes surtout, s\u2019attacheront dorénavant à des douleurs autrement déchirantes.A leur suite, toute une jeunesse fiévreuse vivra des désespoirs moins superficiels.Le Romantisme n\u2019avait guère chanté, exalté que le moi.Les symbolistes replacent l\u2019homme en face de sa destinée, et ils chantent le péché, ses joies empoisonnées, ses remords sanglants.Ils cherchent leur voie, dans les ténèbres d\u2019une chair inassouvie, parmi les angoisses d\u2019une conscience qu\u2019ils ne parviendront point à faire taire.Et ce sera Rimbaud en marche, comme il l\u2019avoue ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 21 lui-même, vers r\u201challucination simple\u201d.Ce sera Verlaine le débauché, Verlaine le pénitent, Verlaine l\u2019impénitent, Verlaine la synthèse et le symbole du besoin maladif de jouissance brutale, en même temps que de l\u2019aspiration, souvent refoulée mais toujours renaissante, vers un Bien plus saturant que ceux d\u2019ici-bas.L\u2019inquiétude des symbolistes s\u2019est reflétée sur leur époque.Elle a été modifiée à son tour par le mouvement philosophique d\u2019alors (1880), le positivisme de Taine, Renan et consorts.La société, comme la littérature, s\u2019est trouvée divisée en plusieurs camps: ceux qui admettaient d\u2019une manière ou d\u2019une autre le surnaturel, ceux qui ne voulaient plus croire qu\u2019en la science et ceux qui tantôt admettaient et tantôt niaient l\u2019une et l\u2019autre position.C\u2019est Rimbaud qui s\u2019écriait dans Une saison en enfer: \u201cAh! la science ne va pas assez vite pour nous\u201d.D\u2019ailleurs ce culte de la science lui-même fut une inquiétude, une manifestation du besoin humain de s\u2019attacher fortement à quelque conviction.Il n\u2019y eut peut-être que Renan \u2014 cet esprit essentiellement faux, \u2014 à ne pas croire tout à fait au culte de la science dont il était le principal théoricien.Cet ancien clerc glissa peu à peu vers un scepticisme honteux.Et toute une jeunesse s\u2019enticha du doute renanien.Cependant les antinomies multiples d\u2019une épo- 22 l\u2019action nationale que troublée en outre par vingt mouvements intellectuels ou politiques contradictoires contribuèrent aussi à détourner pour un temps le mouvement d\u2019inquiétude au profit du dilettantisme.A la fin du XIXième siècle, (vers 1890), la science était en pleine faillite.Et il n\u2019y avait guère autre chose à mettre à la place, tant les esprits et les cœurs étaient dévastés, partagés entre des positions contradictoires qui se présentaient toutes comme des absolus et auxquelles personne ne croyait.Ce fut le mouvement d\u2019inquiétude (dans ce qu\u2019il comporte de salutaire), refoulé pour un temps, le recul de l\u2019esprit.L\u2019ennui pseudo-élégant, l\u2019intellectualisme froidement sensuel s\u2019érigèrent en système.Voltaire ressuscita.Le triste Anatole France acheva de tuer par le plaisir et un cynisme provocant l\u2019inquiet qui aurait pu éclore en lui.Il prétendit ériger en système sa position de faux épicurien.D\u2019autres l\u2019imitèrent.La jeunesse les suivit.Ici ou là, on entendit bien des voix dans la nuit: Huysmans, une âme pascalienne, aux angoisses démesurées, s\u2019engagea bravement sur la route de lumière et parvint à la plénitude de la foi, à une paix qu\u2019il n\u2019eût jamais crue possible.Léon Bloy rugit, et la frivolité de l\u2019heure couvrit la voix du pauvre lion.Samain sanglota, mais que de narcissisme stérile dans ses sanglots! Qu\u2019il eût été embêté celui-là de renoncer au don des larmes! ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 23 Edouard Estaunié publia, en 1896, L\u2019empreinte, une oeuvre de passion, de désespoir, d\u2019inquiétude.La vie d\u2019un adolescent qui, au cours d\u2019une terrible crise de foi, sombre dans l\u2019athéisme blasphématoire.1 Mais ne perdons pas de vue le jeune homme de ce temps.Dans la préface du Disciple, Paul Bourget l\u2019appelle un \u201cnihiliste délicat\u201d qui ne croit à rien sinon au jeu de son esprit.Bourget lui-méme ne fut-il pas un jour ce jeune homme ?Barrés venait de publier Le Culte du moi.Inquiétude bien française que la sienne: le problème de la connaissance du moi pour sa réalisation la plus complète.Inquiétude compliquée chez lui d\u2019un certain dilettantisme; partage voulu, aimé, qui empêchera toujours l\u2019auteur de Sous l\u2019oeil des barbares et de Un Jardin sur l\u2019Oronte d\u2019être considéré comme un inquiet pur.Ame toute moderne, âme sincère par ailleurs que celle de Barrés; et qui a tant contribué à façonner l\u2019âme française d\u2019aujourd\u2019hui.Cependant Proust s\u2019amuse avec une froideur cynique à disséquer sous nos yeux des inquiets.Dandyisme féroce.Un Byron au vitriol.Sur les entrefaites le dernier coup a été donné à la science par Bergson, fils spirituel et continua- 1 Qu\u2019il soit entendu une fois pour toutes, et à propos de cet ouvrage en particulier, que la plupart des auteurs et des oeuvres que nous mentionnons au cours de ces articles ne sont pas à mettre entre toutes les mains.Nous sommes loin de dresser ici une liste de lectures pour les jeunes. 24 L ACTION NATIONALE teur plus que disciple de Boutroux, qui avait, dès 1874, localisé dans l\u2019hymne de Renan les premières dissonances.La philosophie du devenir, renouvelée d\u2019Héraclite, gonllée d\u2019un spiritualisme provoquant, niant, avec son intuition intellectuelle, tout le positivisme et tout le rationalisme, souleva un grand mouvement d\u2019enthousiasme dans la jeunesse.* * * Et nous en sommes au début de ce que l\u2019on est convenu d\u2019appeler le Renouveau Catholique, (vers 1905).Une pléiade de jeunes, si semblables et si différents, Fournier, Gide, Rivière, Maritain, Péguy, Psichari, Claudel, Jammes, Baumann, pour nommer les plus illustres, sentent l\u2019imminence, la nécessité d\u2019un réveil de l\u2019esprit.L\u2019angoisse religieuse les amène peu à peu, quelques-uns à la foi, d\u2019autres à la ferveur, presque tous à un haut spiritualisme.Par ailleurs, issus d\u2019une époque littéralement pourrie de littérature, \u2014 Le Symbolisme agonisant était pour lors tombé dans le verbalisme de tous les Henri de Régnier du temps, \u2014 ils ne savent plus de quel côté se tourner; ils ont perdu tout équilibre, toute orientation intellectuelle.D\u2019ailleurs, la vie politique si troublée d\u2019alors divise les esprits outre mesure, c\u2019est le chaos dans l\u2019État, la nuit dans les âmes.Et de ce chaos sort ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 25 une explosion de Catholicisme, où l\u2019hétérodoxie et le mysticisme se frôlent dans les convulsions du Modernisme, cette grande vague d\u2019inquiétude dont plus d\u2019un contemporain porte encore les traces.Et le chaos des coeurs s\u2019est répandu dans les esprits.On n\u2019est déjà plus décadent, mais cubiste avec Max Jacob; futuriste avec Marinetti; dadaiste avec Breton et Soupault, Aragon, etc; unaministe avec Jules Romains et l\u2019Abbaye; on sera bientôt surréaliste à la suite du protéen Guillaume Apollinaire.qui, lui, a été de toutes les écoles.On découvre Les chants de Maldoror ; on admire U bu roi.Affolement plus qu\u2019inquiétude.La confusion est à son comble dans les esprits autant que dans les lettres.Cependant, malgré les tâtonnements, les erreurs, les bévues, la petite flamme spiritualiste, qui date de Baudelaire au fond, se conserve, s\u2019étend, s\u2019allume en un bel incendie qui constituera avant longtemps la littérature française catholique d\u2019aujourd\u2019hui, véhicule d\u2019un catholicisme rajeuni, d\u2019une mentalité rénovée.Survient la guerre, cette vaste oasis de recueillement au sein même des tempêtes.Le XXème siècle proprement dit est commencé.Il a son inquiétude spéciale, celle d aujourd\u2019hui, celle aussi dont nous avons fait la psychologie brève dans notre premier article, que le prochain chapitre explorera davantage. 26 l\u2019action nationale Pour compléter notre synthèse historique, traçons tout de même dès maintenant un schéma bref des grands courants intellectuels où se manifeste l\u2019inquiétude contemporaine.Les témoins actuels de l\u2019inquiétude sont avant tout, les écrivains catholiques de l\u2019heure, Mauriac, Daniel-Rops, Baumann, André Obey, Blondel, Paul Archambault, etc.Mauriac nous a présenté dans une bonne dizaine de ses ouvrages tous les aspects de l\u2019adolescent inquiet qu\u2019il fut lui-même.Et quel lecteur n\u2019y a reconnu traits pour traits des lambeaux de son enfance, de son adolescence, de sa jeunesse ?Dans Adieu à l\u2019adolescence, L\u2019enfant chargé de chaînes, Le Baiser au lépreux, Le fleuve de feu; et aussi dans ce livre sombre et fataliste Le Désert de l\u2019amour, toujours cet adolescent ou ce jeune homme qui nous ressemble comme un frère.Mais c\u2019est surtout dans La robe prétexte, Le mystère Frontenac, \u2014 et je crois que ces deux ouvrages ont plus que les autres du grand romancier un caractère autobiographique, \u2014 que l\u2019on trouve la tragique beauté de l\u2019adolescent triste dans une atmosphère grise, celle du vieux Bordeaux natal, atmosphère que l\u2019on reconnaît dans Commencements d\u2019une vie, l\u2019autobiographie proprement dite.Avec sa manière aiguë toujours, amère souvent, Mauriac vivisectionne sous nos yeux le coeur sanglant de l\u2019adolescent éternel, de ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 27 l\u2019adolescent moderne surtout.Dans ce domaine, il n\u2019a pas été surpassé; et, quoique ses grands romans humains soient plus forts et plus justement célèbres, il n\u2019en demeure pas moins pour moi l\u2019analyste éternellement jeune de l\u2019adolescence.Après lui, Daniel-Rops, essayiste surtout dont l\u2019activité intellectuelle a été jusqu\u2019ici orientée presque toute vers le soulagement, la \u201cguérison\u201d de l\u2019inquiétude de sa génération.Daniel-Rops est par-dessus tout un homme équilibré, un penseur lucide qui a l\u2019horreur des lamentations stériles.C\u2019est ainsi qu\u2019il en est venu à combattre le néo-Romantisme sous toutes ses formes.Il ne veut plus entendre parler de mal du siècle.Cette tendance s\u2019est affirmée chez lui surtout dans Notre inquiétude; plus récemment dans le Monde sans âme.Même attitude dans son roman L\u2019âme obscure où il nous montre en Biaise Orlier les désastres auxquels aboutit une inquiétude non réfrénée.Son œuvre en ce sens demeure une mise en garde contre les dangers d\u2019une inquiétude qui cède trop volontiers à sa pente, qui se satisfait de son insatisfaction même.Il faut bien admettre cependant que si l\u2019inquiétude peut devenir un passe-temps stérile, une cause de complaisances envers soi-même qui perdent toute grâce avec la maturité et la vieillesse, elle n\u2019en est pas moins le mal désormais fréquent de l\u2019adolescence et de la jeunesse; 28 l\u2019action nationale souvent aussi une source féconde de vie intérieure.Nous avons vu dans notre premier article qu\u2019une certaine forme d\u2019inquiétude est d\u2019ailleurs inséparable de la condition humaine.Baumann a présenté, avec moins d\u2019originalité sans doute, des types d\u2019inquiets.André Ohey a écrit ses curieux ouvrages L\u2019enfant inquiet, Le joueur de triangle.Paul Archambault a été un théoricien, un historien de l\u2019inquiétude; sa psychologie avertie, ennemie des simplifications n\u2019admettrait peut-être pas tout ce que nous écrivons en ce moment.Blondel est le père d\u2019une philosophie que l\u2019on appelle parfois la philosophie de l\u2019inquiétude.Il replace le monde dans sa fini-tude, l\u2019homme dans son incomplétude, le jette pantelant aux pieds d\u2019un Dieu qui le transcende de si haut que la pauvre créature n\u2019a plus qu\u2019à s\u2019agenouiller, tremblante et humiliée, devant l\u2019Eternel.Maurice Blondel offre aux âmes inquiètes de sa génération une philosophie catholique fort discutée qui n\u2019est peut-être pas absolument incompatible avec un thomisme largement aéré.Passons sous silence les théologiens plus ou moins entachés de Modernisme, Laberthonnière, Le Roy etc.Négligeons aussi les prédicateurs, comme le P.Sanson, qui ont étudié surtout l\u2019inquiétude purement religieuse.Chez les non-catholiques plusieurs tendances s\u2019affrontent vis-à-vis de l\u2019inquiétude.Quelques- ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 29 uns l\u2019analysent dans ce qu\u2019elle comporte de moins sain.Plusieurs la repoussent et s\u2019en moquent.Il en est qui l\u2019étudient avec sympathie.Voyons d\u2019abord les principaux écrivains plus ou moins actuels qui s\u2019attachent de préférence à la grande inquiétude d\u2019ensemble du monde d\u2019aujour-d\u2019hui.Ceux qui étudient plus spécialement l\u2019adolescence viendront ensuite.André Gide atteint le paroxysme de l\u2019inquiétude par l\u2019horreur de tout dogme, de toute contrainte.Il s\u2019est aussi appliqué, dans Y Immoraliste en particulier, à la systématisation d\u2019un vague latitudinarisme moral.D\u2019ailleurs, il n\u2019est pas très sûr de ses positions.De position stable, définitive, il n\u2019en connut jamais.Protestant par son éducation, il a une mentalité d\u2019apostat du Catholicisme; mystique tour à tour et inverti; internationaliste en politique, il est classique en littérature.Gide, c\u2019est l\u2019inquiet qui prostitue son inquiétude.Son œuvre, une charogne parfumée.Sa jeunesse annonçait mieux.Les Cahiers d\u2019André Walter indiquaient une inquiétude normale qui eût pu se développer en une sincère recherche de Dieu.La suite n\u2019a pas répondu à cette promesse.Non, l\u2019auteur de La porte étroite ne cherche plus Dieu.Nous récusons son témoignage.Il n\u2019a jamais au fond cherché que lui-même.Et il le prouve bien dans son dernier ouvrage, Les Nouvelles Nourritures.Sa position en face de Dieu n\u2019a changé que pour le pire 30 l\u2019action nationale depuis Les Nourritures Terrestres.Il en est toujours à l\u2019admiration devant Dieu, le Christ, l\u2019Évangile; admiration stérile, car il abandonne tout cela qu\u2019il trouve si beau pour se tourner vers Moscou, ou vers lui-même tout simplement.Phénomène curieux, son œuvre accomplit la synthèse du Romantisme et du Classicisme.Et c\u2019est peut-être la cause de son influence considérable sur l\u2019orientation de l\u2019inquiétude contemporaine de son prestige aussi sur la jeunesse de France.Que Dieu préserve notre jeunesse de ce mauvais maître! Mais Gide est un ancêtre.Parlons des témoins plus jeunes.Roger Martin-du-Gard a écrit Jean Barrois, véritable épopée de la vie morale de notre époque.Le héros de ce roman (qui date d\u2019ailleurs de 1913) est une âme tourmentée qui annonce déjà le Salavin de Georges Duhamel.Puisque nous en sommes à Salavin, parlons-en de suite.C\u2019est en 1924, avec Confession de minuit, que nous faisons connaissance avec ce Folantin moderne, plus ulcéré, moins ridicule, plus pathétique aussi; drapé dans son incurable neurasthénie; et qui représente au mieux certains aspects de l\u2019homme actuel.Ces dernières années, Duhamel, spiritualiste raffiné qui mériterait d\u2019être catholique, a étudié d\u2019une touche discrète, dans La chronique des Pasquier, à travers les embarras d\u2019une famille désorganisée par les avatars de son chef, une figure ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 31 très belle d\u2019enfant, d\u2019adolescent, de jeune homme timidement inquiet.Drieu-Larochelle étudie l\u2019inquiétude d\u2019une autre manière.Il prêche une régénération de l\u2019Europe en regard d\u2019une Amérique de rêve.Déséquilibre plus qu\u2019inquiétude qui circule dans Le jeune Européen par exemple.N\u2019oublions pas les romanciers de l\u2019exotisme qui, depuis Loti, expriment le besoin d\u2019évasion qui caractérise notre époque: le superficiel Farrère; Dorgelès dans Partir; Paul Morand, (embourgeoisé et mort pour toujours à l\u2019heure actuelle) qui a esquissé assez sommairement ce point de vue de l\u2019inquiétude contemporaine dans Rien que la terre en particulier.Mentionnons dans le même sens, Le Pot au noir de Louis Chadourne, etc, etc.On trouve de l\u2019inquiétude à d\u2019autres point de vue chez Joseph Kessel, chez Jacques Chardonne, chez Julien Green.Et je ne finirais plus.Il y en a, malgré le parti pris de nihilisme verbal, chez Henri Fauconnier (dans Malaisie).Chez André Malraux aussi: Garine, Tchen, Kyo sont des inquiets sous leurs masques de terroristes apparemment impassibles.Et j\u2019allais oublier Le voya&e au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline, un document récent, dépouillé de toute littérature où l\u2019insatisfaction contemporaine prend les allures tragiques d\u2019un désenchantement complet.Men- 32 l\u2019action nationale tionnons enfin le désabusement hautain du poète philosophe Paul Valéry.1 L\u2019inquiétude de l\u2019adolescence a été traitée par Valery-Larbaud, un Gidien spécialisé dans les études d\u2019âmes d\u2019enfants et d\u2019adolescents (Fer-mina Marquez, Beauté, mon beau souci, etc.).Il fut certes un grand artiste.Il s\u2019est malheureusement complu à prêter aux enfants les vices des hommes faits.Montherlant s\u2019est engagé lui aussi à la suite de Gide (malgré le Catholicisme velléitaire et caricatural de ses premiers ouvrages).Son cynisme, son culte du moi, infiniment moins élégant que celui de Barrés, les prétentions qu\u2019il affiche jusque dans sa manière d\u2019écrire, l\u2019ont conduit peu à peu à une demi-satisfaction.Il s\u2019est dévoré lui-même en voulant se réaliser.Prenons note cependant des déclarations toutes récentes où il annonce une volte-face déjà vaguement esquissée dans Service inutile.Marcel Arland un autre inquiet doublé d\u2019un artiste délicat qui cherche Dieu, hélas! à travers André Gide.Il a écrit Etienne, La route obscure, Où le coeur se partage; documents inté- 1 Chez les dramaturges, citons quelques noms et quelques œuvres.Jean Sarment (Le pêcheur d'ombres) avec plus de fantaisie.On rencontre des accents plus profonds chez Gabriel Marcel (Le monde cassé), Vildrac (Le Paquebot Tenacity), Pagnol (Topaze, Marius, etc.), Porché (La race errante). ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 33 ressants sur l\u2019inquiétude des jeunes d\u2019aujourd\u2019hui.1 Terminons par Romain Rolland avec Jean Christophe jeune, (Le matin, L\u2019adolescent), ouvrages déjà anciens, mais où l\u2019on trouve le jeune homme de 1936 en germe dans celui de 1905.Mentionnons dans le même sens Le Grand Meaul-nes d\u2019Alain Fournier, un livre qui n\u2019a pas vieilli; la physionomie d\u2019une âme généreuse et tourmentée.Si nous n\u2019avons guère donné dans cette dernière partie qu\u2019une sèche nomenclature où il aurait fallu des explications nuancées, nous nous en excusons sur la nécessité de ne pas déborder le cadre d\u2019un article de revue.Nous aurons d\u2019ailleurs l\u2019occasion de revenir sur la position de tel ou tel de ces auteurs au cours de l\u2019article qui suivra.* * * Ne serait-il pas temps d\u2019en arriver à l\u2019histoire de l\u2019inquiétude au Canada ?La fera-t-on remonter aux coureurs de bois, aux \u201cvoyageurs\u201d impénitents que furent nos grands-pères et arrière-grands-pères ?Si l\u2019on veut.Je n\u2019y tiens pas.Elle apparaît à vrai dire pour la première fois 1 L\u2019inquiétude de l\u2019adolescence et de la jeunesse a été étudiée par Raymond Radiguet (Le diable au corps); par Jean Cocteau (Le grand écart)-, par Albert Thierry (Le sourire blessé); par Marc Chadoume, (Vasco); par Jacques de Lacretelle, (La vie inquiète de Jean Hermelin, Sil-bermann); par Louis Chadoume, (L\u2019inquiète adolescence).etc. 34 l\u2019action nationale dans nos milieux peu raffinés avec l\u2019éclosion de ce qu\u2019on a appelé l\u2019Ecole de Montréal.Nos romantiques \u2014 si j\u2019excepte Crémazie, qui a vraiment souffert \u2014 ne furent guère que des rhéteurs assez vides.Nos premiers inquiets se recrutent donc chez les jeunes gens qui se réunissaient vers la fin du XIXième siècle chez Louvigny de Montigny d\u2019abord, au Château Ramezay ensuite.Ils étaient fortement teintés de Romantisme.Ils découvraient les Symbolistes.Et ils voulaient à tout prix échapper pour un moment au moins à l\u2019atmosphère banale et terre à terre que constituait alors la vie sociale montréalaise.Ils souffraient d\u2019angoisses intellectuelles surtout.Ils se donnaient une culture supérieure à celle du milieu ambiant; ils se sentaient incompris, envoûtés, dans une prison lourde et, hélas! qu\u2019ils jugeaient assez justement perpétuelle.Leur angoisse certes fut souvent douloureuse, leur mal du siècle réel, il ne faudrait peut-être pas leur attribuer une inquiétude très profonde.Chez quelques-uns elle s\u2019est tout bonnement perdue dans l\u2019indifférence religieuse; D\u2019autres sont devenus et demeurent encore de froids poètes parnassiens.d\u2019autres sont notaires ou que sais-je?.Charles Gill, Lozeau, Nelligan surtout ont été plus fortement ébranlés.Ils ont souffert, et leurs vers conservent quelque chose de leurs douleurs.Depuis eux, nos poètes n\u2019ont guère fait de progrès en ce sens.MM.Choquette et Desrochers pour- ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 35 raient être de 1900.Nos romanciers anciens ou actuels (à l\u2019exception de Grignon et du Harry Bernard de Juana mon aimée) sont d\u2019une sérénité surprenante.On pourrait peut-être leur concéder qu\u2019ils rejoignent l\u2019inquiétude à force de manquer d\u2019inspiration.Mais voici que la jeunesse bouge.On trouve la véritable inquiétude moderne, avec l\u2019acuité du problème moral, le besoin de Dieu, chez deux jeunes romanciers.M.Claude Robillard, M.Rex Desmarchais.Les deux manquent de métier ; le second ne sait guère le français, le premier a une conception assez cocasse de la vie; il y a tout de même infiniment plus de vraie humanité, de psychologie authentique dans VInitiatrice et dans Dilettante que dans Marcel Faure et Le Centurion.Nos deux jeunes écrivains ont étudié la jeunesse de leur temps, la jeunesse inquiète de leur pays.Si leurs héros sont assez pâles, et pas très naturels, je ne les aime pas moins; c\u2019est en eux que j\u2019ai trouvé enfin dans notre littérature romanesque les premiers frémissements authentiques.Pour être juste, il faudrait mentionner aussi un ouvrage qui a précédé ceux-ci de quelques années, André Laurence de M.Pierre Dupuy.L\u2019auteur, qui n\u2019est déjà plus un jeune, nous présente son héros, lui-même, à n\u2019en pas douter, se débattant dans sa jeunesse entre un haut idéal intellectuel et les préjugés commercialistes et terre à terre de la 36 l\u2019action nationale société montréalaise.Il nous dit avec une certaine chaleur et dans un style lisible l\u2019amer désenchantement d\u2019une jeunesse vécue dans l\u2019incompréhension sous toutes ses formes.S\u2019il revenait au pays, il verrait que ça n\u2019a guère changé.Disons un mot des vers de mon ami Clément Marchand dont le jeune génie ne sombrera pas tout entier, je l\u2019espère, dans le journalisme.Ils expriment souvent, avec leurs négligences voulues, leurs audaces de tout poil, l\u2019inquiétude sincère d\u2019un ennemi né du conformisme et de l\u2019hypocrisie.Leur auteur, maintenant en pleine possession de lui-même, devrait nous donner un jour le fruit mûr que nous attendons de lui.Un autre, un plus jeune encore, Roger Brien, exprime souvent les tourments de notre époque et de notre pays; surtout la grande détresse de l\u2019humanité en marche vers la mort.Il est temps de nous résumer et de conclure.L\u2019inquiétude française remonte dans le temps au besoin d\u2019introspection et de certitude qui caractérise l\u2019âme française.Elle est devenue plus complète, plus concrète depuis Rousseau.Le Romantisme l\u2019a connue, aimée, courtisée, verbalisée aussi, sous le nom de mal du siècle.A la suite de Baudelaire, le Symbolisme l\u2019a élargie; la peur du péché, la honte du moins d\u2019avoir failli en sont devenus un élément important.A partir de ce jour aussi elle a été une douleur vraie.Le Positivisme l\u2019a combattue; elle s\u2019est perdue vers 1900 dans le ESSAI SUR L\u2019INQUIÉTUDE DES JEUNES 37 dilettantisme.Le Renouveau catholique est venu poser le problème de la destinée avec une précision et une acuité inconnues jusque là.En même temps le désarroi politique et la multiplicité des écoles littéraires fugitives ont jeté dans les esprits des germes de confusion.De ces orientations en apparence contradictoires est née l\u2019inquiétude contemporaine (celle de 1914 à nos jours) si bellement analysée par les grands écrivains catholiques de l\u2019heure.Inquiétude plus déchirante que toutes les autres, singulièrement dépouillée de littérature, plaie qui se cache et saigne en silence, tendance aussi, chez ceux qui n\u2019ont pas la foi, vers le désespoir plus que vers l\u2019espérance, nihilisme féroce chez quelques-uns; et c\u2019est dans ce nihilisme même d\u2019une position fausse mais logique qu\u2019ils sont bien près de rejoindre la véritable inquiétude, l\u2019ordre essentiel, Dieu.Au Canada français, en Laurentie, l\u2019inquiétude s\u2019est modernisée depuis 1930.Elle n\u2019a pas encore produit de documents particulièrement caractéristiques.Nous avons maintenant en mains une partie des matériaux qui nous permettront de préciser davantage les caractéristiques d\u2019une inquiétude spécifiquement contemporaine et spécifiquement cana-dienne-française.François HERTEL L\u2019âme franco-américaine En marge du livre de M.Josaphat Benoit.Depuis quelques années les Franco-Américains ont essayé de se faire connaître en France.Tout récemment M.Alexandre Goulet et M.Josaphat Benoit choisissaient comme thèses de doctorat à l\u2019Université de Paris la merveille de la survivance française aux États-Unis.Le livre de M.Benoit, imprimé en septembre dernier, éveillera un intérêt particulier en faveur des Franco-Américains, et campera mieux dans nos esprits leur position aux États-Unis.Grâce aux divisions précises du volume, il est facile de se former une idée d\u2019ensemble sur le progrès de nos amis de là-bas.Les grandes lignes du livre de M.Benoit s\u2019établiraient ainsi: les \u201cfaits\u201d, les \u201ccauses et les \u201cobstacles\u201d caractéristiques de la survivance de ses compatriotes.Dans un de ses chapitres sur les \u201ccauses\u201d, l\u2019auteur exalte la famille franco-américaine: \u201cpar son organisation, sa fécondité, sa permanence, la famille franco-américaine est sans contredit l\u2019une des bases de la survivance française aux États-Unis\u201d.Ceci démontre avec justesse que le secret de la l\u2019ame franco-américaine 39 survie nationale se trouve dans le foyer et plus précisément dans le courage et la fécondité des mères.Il semble que l\u2019ancien adage, \u201ctel père tel fils\u201d devrait être changé, \u201ctelle mère tel fils\u201d, car le père n\u2019exerce pas un rôle efficace dans l\u2019éducation des jeunes aux États-Unis.Le père, travaillant souvent loin du foyer, laisse tomber le fardeau de la formation des enfants entièrement sur les épaules de la mère.Tant que les écoles paroissiales et les académies des religieuses continueront à former d\u2019excellentes mères de famille, l\u2019esprit de foi et de fierté nationale n\u2019aura rien à craindre.Par malheur nombre de jeunes filles fuient l\u2019influence de ces excellentes éducatrices.Les conséquences deviennent inévitables: c\u2019est l\u2019école des religieuses ou l\u2019école neutre.Mais ces écoles neutres préparent les mariages mixtes et les apostasies nationales et religieuses.Ceux qui fréquentent ces maisons d\u2019éducation, c\u2019est un fait, ne font jamais partie de l\u2019élite et ne pratiquent leurs devoirs religieux qu\u2019avec peu de ferveur.D\u2019où provient la force morale nécessaire à la permanence de la race?M.Benoit affirme avec énergie que les Franco-Américains la puisent dans l\u2019organisation paroissiale, qui est la belle manifestation de leur âme collective et la pierre angulaire de l\u2019édifice franco-américain\u201d.Ce progrès de l\u2019Église, notons-le, s\u2019est accompli en cinquante ans environ.Preuve bien caractéris- 40 L ACTION NATIONALE tique de l\u2019esprit courageux des Canadiens émigrés.Le nombre de paroisses françaises est considérable: cinq cents au moins.Dans plusieurs diocèses de l\u2019Est, les Nôtres composent la majorité des catholiques.Sauf quelques exceptions leurs paroisses sont purement de langue française.Comme au Canada, l\u2019église est le noyau qui groupe les individus; et si la foi a préservé la langue, la langue a préservé la foi.A l\u2019heure actuelle la pratique fidèle des devoirs religieux dans la langue maternelle demeure un des plus puissants facteurs de survivance.Il est tout à fait regrettable qu\u2019en certains endroits l\u2019église ne soit point restée le centre d\u2019activité des Francos.Il devient de plus en plus nécessaire de maintenir l\u2019esprit religieux par de fréquentes instructions, et, l\u2019esprit canadien-français par les associations d\u2019Action Catholique.Quels beaux exemples la Belgique et la France ne nous offrent-elles pas par leurs organisations de jeunesse ?Pourquoi nos dévoués pasteurs ne ressusciteraient-ils pas l\u2019A.C.J.F.A.d\u2019avant-guerre?Les Francos en ont besoin plus que jamais.Sinon, la jeunesse joindra d\u2019autres organisations moins en accord avec notre esprit.L\u2019auteur aurait pu peut-être insister davantage sur la forte influence et le courage de certains prêtres.Si au Canada les 60,000 Canadiens de 1763 ont pu survivre et repousser vaillamment les l\u2019ame franco-américaine 41 assimilateurs, n\u2019est-ce pas au clergé qu\u2019ils doivent reconnaissance ?Il n\u2019en va pas autrement de l\u2019autre côté de la frontière.Le salut temporel aussi bien qu\u2019éternel repose sur les pasteurs.Jusqu\u2019ici ils ont fait beaucoup.A eux revient l\u2019honneur de l\u2019organisation des paroisses et des institutions paroissiales.Et les évêques ont reconnu le magnifique dévouement de certains curés.Depuis 1932, sept d\u2019entre eux sont devenus Prélats du Saint-Siège.A l\u2019occasion des fêtes de la St-Jean-Baptiste à Manchester, en juin dernier, Mgr Peterson, l\u2019évêque du New-Hampshire, fit l\u2019éloge des Francos; il terminait ainsi: \u201cAvec révérence, par conséquent, je vous demande ce soir de choyer vos riches trésors ancestraux.Honorez avec vénération chacun d\u2019eux et aussi l\u2019écrin dans lequel chacun a survécu\u201d.Arrêtons-nous à quelques statistiques.A Manchester, nous comptons 35,000 Francos, distribués en huit paroisses desservies par vingt et un prêtres ; chaque paroisse possède son école; le tout, dirigé par cent-quarante et une Religieuses et dix-huit Frères; on enseigne à 5,549 enfants.A New-Bedford, sept paroisses, dix-huit prêtres, cent-une religieuses; 3,056 enfants vont aux écoles paroissiales.Ces chiffres sont une esquisse bien imparfaite.Si vous divisez par six ou sept vous aurez en proportion les petits centres.Dans son chapitre sur l\u2019école, l\u2019auteur semble 42 l\u2019action nationale passer trop rapidement sur le progrès de l\u2019éducation depuis un quart de siècle.Un réveil national s\u2019est opéré, depuis que la situation des Francos repose sur des bases plus solides.Sans doute, de nombreux projets sont encore à réaliser.L\u2019éducation féminine seule a trouvé presque partout sa formule.De nombreuses paroisses possèdent un cours supérieur pour les jeunes filles.De plus, des pensionnats ont été ouverts en beaucoup d\u2019endroits.Citons Putnam Conn., Malboro Mass., Lewiston Me.et Hudson N.H.; une vingtaine d\u2019autres aussi sont bien connus.Par contre les garçons manquent d\u2019académies après le cours primaire.Depuis dix ans les jeunes filles peuvent suivre les cours supérieurs, tandis que les garçons désirant être externes se voient obligés d\u2019aller aux High Schools publics.L\u2019internat devient de moins en moins en faveur.On ne voit qu\u2019un moyen de résoudre ce problème.Dans les villes populeuses, ouvrir des écoles supérieures dirigées par des Frères.Et voilà ce qui fait presque défaut.Une ville de dix ou quinze mille Franco-Américains ne peut-elle pas facilement entretenir son instruction supérieure pour les jeunes gens ?Les filles ont la leur, pourquoi pas les jeunes garçons ?Des réunions comme celles de Manchester, le 24 juin dernier, stimulent les Francos.M.l\u2019abbé Groulx, le Père Champagne, P.B., et M.Houde l\u2019ame franco-américaine 43 rehaussèrent l\u2019éclat de la fête.La conférence de M.Groulx et le sermon du Père Champagne ont fait une grande impression dans les âmes.Si l\u2019on pouvait multiplier les occasions de se rendre visite ainsi, même dans les petits centres, ce serait une source féconde de réconfort et d\u2019encouragement.M.Benoit semble appuyer un peu trop sur l\u2019élément Huguenot aux États-Unis.Leur présence dans la vie franco-américaine n\u2019a jamais joué un grand rôle.Ces hérétiques n\u2019ont eu aucune influence sur les Francos.Si on en excepte quelques-uns à New-York, tous les Huguenots ont été assimilés dans le creuset américain.Que Nemours, Lorillard et Canon aient été Français, cela n\u2019est de nature ni à amoindrir ni à augmenter la fierté nationale des Francos.L\u2019auteur a droit à nos félicitations.Son \u201cAme Franco-Américaine\u201d montre un notable progrès sur son volume, \u201cRois ou Esclaves de la Machine\u201d Nous sommes heureux qu\u2019il ait donné sa thèse à l\u2019impression.Un bien immense découlera de la publication de ce livre.François CHENARD, F rance-Américain Les ancêtres de Lavallée1 Les chants patriotiques ont pour auteurs des musiciens issus des classes populaires.Bardes, trouvères ou chansonniers traduisent mieux, semble-t-il, les aspirations collectives que les compositeurs occupés de musique pure, mêlés aux élites ou choyés par les grands.Il y a bien peu d\u2019exemples aussi d\u2019hymnes nationaux écrits par des musiciens qui fussent étrangers au pays chanté.Le souffle, l\u2019élan, l\u2019enthousiasme essentiels à ces espèces d\u2019odes martiales, tout cela vient du coeur et ne s\u2019achète pas à tant la page.Lavallée était tout désigné pour écrire notre chant national.Dix générations le séparent de ses premiers ancêtres canadiens, générations de défricheurs, générations d\u2019artisans.Le registre des mariages de Ville Marie s\u2019ouvre le 3 novembre 1647 avec l\u2019union de Mathurin Meunier et de Françoise Fafart.Monsieur de Maisonneuve était témoin au mariage.Ce Mathurin Meunier \u2014 qui peut déjà revendiquer pour sa famille \u201cle premier baptême de Français enregistré à Montréal\u201d \u2014 donnera une de ses filles, Elisabeth, au premier Pasquier ou Pasquet dit Lavallée émigré en nouvelle 1 Cet article constitue le premier chapitre d\u2019une biographie de Calixa Lavallée que publiera incessamment la librairie Albert Lévesque. LES ANCETRES DE LAVALLÉE 45 France.Le compositeur de l\u2019hymne national du Canada appartient à une lignée qui valut à notre métropole son premier berceau.Trois ans après avoir épousé Elizabeth Meunier, Isaac Pasquier s\u2019établit à Ste-Famille de l\u2019île d\u2019Orléans.Un siècle durant, ce sera dans l\u2019une ou l\u2019autre paroisse de l\u2019île que se succéderont les Pâquet dits Lavallée \u2014 dans la région la plus pastorale, la plus profondément originale et traditionnelle de notre province.Quand on veut étudier chez nous quelque coutume du temps jadis, s\u2019il y a terre où l\u2019on puisse compter la retrouver, c\u2019est bien l\u2019île d\u2019Orléans.Peintres et poètes du terroir y sont venus constamment \u2014 comme, en France, l\u2019on va à la Bretagne.Les habitants de l\u2019île constituaient un petit peuple à part.Us avaient un caractère très marqué, bien à eux.Plus que d\u2019autres ils possédaient les traits distinctifs de \u201cnos gens\u201d de l\u2019ancien régime: un esprit de solidarité remarquable, une urbanité délicieuse, une tendance au respect mutuel que tous les historiens se sont plu à signaler.Après deux siècles d\u2019isolement supporté en commun, ils \u201cavaient fini par se considérer comme les membres d\u2019une même famille\u201d.Leur vie était une vie de groupement.A la suite de l\u2019occupation de l\u2019île par les soldats de Wolfe \u2014 et peu après la Cession -\u2014 les Orléanais les plus dépossédés se rassemblent, se groupent 46 l\u2019action nationale en caravanes, comme les Acadiens et, chose curieuse, se dirigent, comme eux, vers la vallée du Richelieu.La paroisse de St-Antoine reçut, \u201cpeu de temps après la conquête\u201d, un de ces contingents de l\u2019île d\u2019Orléans constitué \u201cd\u2019un bon nombre de familles qui y émigrèrent en même temps\u201d.1 C\u2019est à cette époque qu\u2019on rencontre pour la première fois des Pâquet dits Lavallée dans la région du Richelieu.Ces colons \u201cdérangés\u201d sont bien intéressants à observer dans leur choix d\u2019une nouvelle patrie.Inconsciemment, ils témoignent de l\u2019amour profond qu\u2019ils portaient à la terre ancestrale.Le coin de pays qui les arrête rappelle singulièrement le pays d\u2019origine.Ils se fixent dans la pointe du triangle richelois, dans cette espèce de presqu\u2019île formée par le St-Laurent et le Richelieu, double vallée où tout est disposé comme chez eux, entre deux fleuves.\u2014Le décor peut rester le même, bonne gens! Votre vie sera combien différente! L\u2019histoire ici n\u2019est plus faite de bucoliques.Les moissons parfois n\u2019ont pas le temps de mûrir entre deux invasions! Le premier coup de feu de l\u2019histoire fut tiré ici, par Champlain, et les représailles durent encore.La vallée du Richelieu, c\u2019est un champ de bataille.Qui reste ici doit se défendre.Mais en quelques 1 Abbé L.-N.Bois \u2014 L\u2019Ile d\u2019Orléans \u2014 Québec, Augustin Côté. LES ANCETRES DE LAVALLÉE 47 générations, il vient aux familles d\u2019excellents miliciens, des politiques habiles, des patriotes ardents.Lavallée résumait bien ses ancêtres.Même sans connaître 1 histoire de sa famille, on retrace en lui deux tendances de prime abord contradictoires qui, à l\u2019occasion, se conjuguent pour commander en lui: la douceur méditative et le besoin de se dévouer au collectif.Il sera toute sa vie d\u2019une activité prodigieuse tout en restant un être extrêmement doux, mélancolique, rêveur, surtout incapable de vengeance.La région du Richelieu a toujours été féconde en grands hommes.Québec et Montréal ont produit des hommes remarquables, mais cela semble plutôt normal à cause de la concentration de la population, a cause du choix et de la sélection que permet l\u2019affluence.Au contraire, cette vallée tourmentée et périlleuse du Richelieu ne fut peuplée que lentement, difficilement.Pourquoi alors trouver ici plus qu\u2019ailleurs les politiques qui ont joué un rôle de premier plan dans l\u2019histoire de nos destinées?Pourquoi ici un LaFontaine, et aussi un George-Etienne Cartier ?Pourquoi, après trente ans de régime fédératif, est-ce encore ici que naît Honoré Mercier?Pourquoi cette région est-elle assez riche en hommes d\u2019État pour en fournir à 48 l\u2019action nationale l\u2019étranger, comme ce gouverneur de l\u2019Illinois, qui a sa statue à Chicago, Pierre Ménard?Pourquoi ici les \u201cquatre vingt-douze résolutions\u201d, la révolte de 37, les Bourdages, la mère de Papineau et jusqu\u2019à Chénier, chef des patriotes de 1838 ?Pourquoi Eulalie Durocher, fondatrice d\u2019ordre ?Pourquoi enfin nos artistes les plus connus: Emma Lajeunesse, Calixa Lavallée, Béatrice Lapalme?Pourquoi toujours ici, des luthiers, des facteurs d\u2019orgues, certains connus du monde entier, comme les Casavant ?Qui dira \u2014 pour tout résumer \u2014 comment une petite localité comme Verchères peut avoir donné le jour tout à la fois à Ludger Duvernay, l\u2019un des chefs populaires de notre nationalité, et à Calixa Lavallée, l\u2019auteur de l\u2019O Canada ?La question se pose, on nous le concédera.Le phénomène est d\u2019ordre sociologique.Chez les Richelois, les périls incessants, les luttes séculaires, avaient fini par développer une combativité superbe.Ceux qui ont choisi librement de bâtir leur maison dans cette région vulnérable; qui, de génération en génération, ont habite ces terres découvertes \u2014 et même la vallée de la Yamaska ont fait leur large part dans la fondation du pays.Plus que d\u2019autres, ils en ont de leur sang payé la façon.Ils ne souffriront jamais qu\u2019on fasse mine de le leur prendre.Ils auront l\u2019esprit de patrimoine, l\u2019esprit de famille.Ils seront mus par ce que nous appellerions volontiers la mystique du collectif LES ANCETRES DE LAVALLEE 49 pour protester, jusque dans les termes, contre l\u2019égoïsme féroce qui nous anime aujourd\u2019hui.En ce temps-là, les témérités individuelles servaient l\u2019intérêt général!.L\u2019individu, lui, ne s\u2019en portait pas plus mal: il devenait une force, un être vigoureux, une valeur.A la moindre occasion, il se révélait un chef.Les occasions ne manquèrent pas.Durant tout le XVIIe siècle, le triangle creusé par le Richelieu dans la Vallée du St-Laurent faisait moins partie de la Colonie, qu\u2019il ne servait de parvis naturel aux Cantons Iroquois.Malgré sa prodigieuse fertilité, cette région n\u2019avait jamais été habitable.Cette langue de terre entre les deux fleuves ouvrait tel un coin de bûcheron \u2014 une brèche permanente dans le territoire de la Nouvelle-France.Il fallut l\u2019intervention de soldats rompus, en Europe, à la guerre contre les Turcs pour rendre possible l\u2019établissement d\u2019un seul colon dans cette terre disputée.Et même après l\u2019expédition Tracy, les sauvages ne se comptent pas pour vaincus.Ils reviennent à la charge pendant près d\u2019un demi-siècle.Le Richelieu, mouvant corridor percé dans la forêt séculaire, leur offrait trop d\u2019avantages stratégiques pour qu\u2019ils n\u2019essayassent point d\u2019y maintenir leur mainmise.Au moindre caprice de leur belliqueuse humeur, au moindre reproche d\u2019un vieux chef perclus, ils abandonnent de nouveau leurs canots au cours rapide de la rivière et 50 l\u2019action nationale parviennent en quelques jours, sans aucune fatigue, sur un champ de bataille éloigné de deux cents lieues de leurs bourgades.Ordinairement, ils suivaient le cours du fleuve jusqu\u2019à huit ou dix lieues de Sorel.Là, pour ne pas s\u2019aventurer près des forts de l\u2019embouchure, ils prenaient par les bois de la rive gauche et gagnaient, sous couvert, les bords du St-Laurent.Ils se trouvaient bientôt près de Contrecoeur, près de Varen-nes, surtout près de Verchères.Que de fois le canon de Verchères, tonnant d\u2019heure en heure, fut entendu jusque de Longue-Pointe appelant les laboureurs au dedans des palissades, avertissant tous les forts que les Iroquois étaient signalés! C\u2019est l\u2019âge héroïque primitif, l\u2019âge où jusqu\u2019aux femmes de chez nous ont en partage la crânerie, le courage guerrier: Marie Perrot, Madeleine de Verchères, Marie-Anne de St-Ours.Après le traité qui met fin à la guerre avec les sauvages (1701), le Richelieu reste un déversoir d\u2019invasions.Ses rives se couvrent maintenant des armées compactes des colonies américaines.Toutes les attaques dirigées sur Québec, par mer, comportent une armée d\u2019invasion par le Richelieu: alertes continuelles, combats légendaires, lutte inégale, déboires indicibles.Les titres de noblesse ont souvent récompensé, dans les royaumes de 1 ancien monde, de moindres dévouements que ceux-là.Lors de la Cession, les Richelois ne signent pas LES ANCETRES DE LAVALLEE 51 la capitulation de Montreal.Us se retirent sur leurs terres avec l\u2019espoir d\u2019un retour de fortune, retour qui se fera trop attendre et qu\u2019ils tenteront de provoquer.Us étaient entretenus dans leurs ressentiments, dans les premières années du régime anglais, par tous ces Acadiens qui, de mois en mois, leur revenaient d\u2019exil, familles en haillons, traînant, comme elles pouvaient, des enfants nés sur les plages des États-Unis.Quand Montgomery paraît en 1774, ils l\u2019accueillent presque en libérateur; puis subissent des représailles.Un demi-siècle plus tard, ils prennent à leur tour les armes et avec assez d\u2019autorité pour tenir en échec un vétéran de Waterloo.Enfin c\u2019est désarmés pour toujours qu\u2019ils trouvent moyen de triompher efficacement, sur le terrain politique et constitutionnel cette fois.Ici, ils déploient du génie de l\u2019avis même des politiques anglais qui les ont jugés.Ne cherchons pas d\u2019où vient ce talent subit, ce génie nouveau concédé à une population d\u2019illettrés! U est tout simple que l\u2019habitude des faits d\u2019armes, la pratique des combats, la mystique militaire ait mieux enseigné le civisme à ces gens que nos programmes d\u2019études, chargés, farcis d\u2019inutilités pédantes.Cette intrépidité, ces forces vives depuis toujours conscrites au service de la patrie, et tout à coup inemployées s\u2019étaient transmutées en combativité parlementaire, en véhémence oratoire, en compétence juridique.Le patriotisme 52 l\u2019action nationale véritable est la première culture d\u2019un peuple.Un Tite-Live raconterait tout cela avec âpreté aux Canadiens de la décadence insensible et de l\u2019avarice éclairée! Ces forces vives nous ont valu aussi des talents artistiques transcendants.L\u2019art musical, la vie de Lavallée en témoigne, peut comme l\u2019éloquence aider au civisme, concourir au maintien de la vertu de civilité que Montpetit a si bien appelée \u201cle déterminant de la volonté altruiste\u201d.Mais combien n\u2019avons-nous pas empêché que l\u2019art aidât à notre évolution! Quand donc comprendrons-nous que la musique est autre chose qu\u2019un passe-temps futile, une mièvrerie de fillettes, une simple distraction d\u2019efféminés.La musique est plus que cela.L\u2019âme humaine a la faculté de traduire autrement que par des mots conventionnels ce qui l\u2019agite, ce qui l\u2019émeut.Le visage expressif de l\u2019acteur sait rendre les moindres nuances intérieures avec plus de bonheur que ses vocables.Mais, à la musique est départie une plus exquise faculté d\u2019expression intime.Son pouvoir commence au point précis où la mimique devient impuissante.On le dit couramment: il y a des sentiments si délicats qu\u2019ils ne peuvent que se chanter.Et cette traduction mélodique des émotions est si véhémente qu\u2019elle se propage sans obstacle sans qu\u2019il soit besoin du raisonnement pour persuader.Voilà pourquoi les croisades, les religions, les peuples LES ANCETRES DE LAVALLEE\t53 ont toujours utilisé la musique.Voilà pourquoi l\u2019on chante aux églises.Voilà pourquoi, les chants nationaux! C\u2019est parce que nous n\u2019avons pas encore vu tout cela \u2014 nous pourtant qui sommes restés français \u2014 que l\u2019art musical a eu chez nous des victimes, voire des martyrs, comme Calixa Lavallée.Eugène LAPIERRE LES CAHIERS FRANCISCAINS Les Cahiers Franciscains sortent enfin de l\u2019obscurité.Ils se présentent au public dans leur toilette artistique impeccable.Cette revue \u2014 unique en son genre au pays \u2014- est appelée à faire beaucoup de bien, à contribuer pour sa part au relèvement du niveau intellectuel artistique, moral, de notre province.Nous ne saurions trop encourager à la lire, à s\u2019y abonner, ceux qui ont soif d\u2019une vie intellectuelle et religieuse plus haute.Le numéro actuel se présente tout particulièrement \u201csous le signe des Muses\u201d.Deux articles sont consacrés à des poètes catholiques.Le premier, en français, par le frère Odoric Bouffard, nous entretient de Marie Noël et de Louis Mercier.Le second, en anglais, du frère Cuthbert Seward, est consacré surtout à Francis Thompson.Les deux sont d\u2019une lecture agréable.Puis, ce sont des articles de théologie, un poème, une légende, une revue des livres, etc.Le tout, en bon français et très intéressant.Bref, en s\u2019abonnant aux Cahiers Franciscains, on se paiera à la fois le luxe d\u2019une bonne œuvre et d\u2019une lecture excellente en tous points.L\u2019abonnement, ($1.00, pour quatre cahiers de quatre-\u2019vingt pages, chaque année) se retient au Studium Franciscain, Boulevard Rosemont, Montréal.LECTOR Régionalisme manitobain Depuis le début de l\u2019enquête sur le Régionalisme, on a exposé la théorie de la petite patrie, de la \u201cPatrie intime\u201d qui concrétise et asseoit dans le réel l\u2019idée de la grande patrie pour laquelle on meurt.On en a présenté des exemples vivants.Le lecteur y a vu au concret les résultats enviables de fraternité, de zèle qui emportent toutes les volontés dans le même sens.Trois-Rivières, grâce à la coordination des efforts qu\u2019a suscités l\u2019abbé Tessier, voit s\u2019intensifier, chaque année, sa vie régionale.Puis Edmonton, où travaille une élite disciplinée, confiante dans la survivance canadienne-fran-çaise, pour l\u2019honneur même de l\u2019Alberta.A mon tour d\u2019évoquer le mouvement régionaliste de Saint-Boniface, au Manitoba.Une remarque: il ne peut être question là-bas de chauvinisme, puisqu\u2019il n\u2019y a pratiquement qu\u2019un centre et que notre régionalisme est nécessaire, vital.L\u2019intensifier c\u2019est entretenir le patriotisme tout court.Un peu d\u2019histoire situera ces quelques pages, d\u2019autant qu\u2019on ne saurait trop rappeler les débuts apostoliques de l\u2019Ouest canadien.L\u2019âme missionnaire de l\u2019Eglise s\u2019y est révélée héroïque.Ce n\u2019est pas d\u2019aujourd\u2019hui que l\u2019histoire du Manitoba intéresse le Canada tout entier.Les problèmes vitaux qu\u2019elle a posés dès son origine, les intérêts qui se sont entrechoqués dans l\u2019exploitation de ses richesses naturelles, les troubles mémorables qui ont accompagné son entrée dans la Confé- RÉGIONALISME MANITOBAIN 55 dération et, encore, la question des écoles minoritaires qu\u2019elle a lancée jusqu\u2019à la cour de Londres; tels sont les traits principaux qui l\u2019ont marquée dans la mémoire des Canadiens français avertis.Saint-Boniface fut le centre de ces démêlés.C\u2019est de son évêché que sont parties ces directives sages et tenaces pour la christianisation du Nord-Ouest; c\u2019est de là que s\u2019élancèrent à l\u2019Ouest, jusqu\u2019à l\u2019océan Pacifique, au nord, jusqu\u2019à la rivière de la Paix, territoires plus vastes que l\u2019Europe, Mgr Demers, Mgr Grandin, le Père Lacombe, l\u2019abbé Thibaut, Mgr Grouard.tant de vaillants Oblats et prêtres séculiers, à qui l\u2019Ouest canadien doit avec la connaissance du Christ les premiers éléments de civilisation.En 1743, La Vérandrye, le grand découvreur de l\u2019Ouest, fondait le Fort-Rouge au confluent des rivières Rouge et Assiniboine.Il était accompagné d\u2019un Jésuite, le Père Coquart.Malgré ses succès, il fut démis de l\u2019administration des postes français dans l\u2019Ouest.Ceux qui lui succédèrent n\u2019eurent ni son génie d\u2019organisation ni autant d\u2019ambition.Aussi les forts tombèrent-ils dans l\u2019abandon.Les Indiens mieux servis par les Anglais échangeaient leurs fourrures au nord, avec la compagnie de la Baie d\u2019Hudson.Les profits étaient alléchants.A Montréal, de riches marchands fondèrent une autre compagnie pour la traite des pelleteries, dans l\u2019Ouest.Vers 1784, sur le territoire de l\u2019ancien Fort Rouge, on bâtit le Fort Gibraltar.Le but 56 L ACTION NATIONALE était d\u2019attirer le plus de sauvages possible pour ruiner la Cie de la Baie d\u2019Hudson qui monopolisait la traite depuis près d\u2019un siècle.Ce qui arriva en effet.Mais, au lieu de se laisser mourir dans le Nord, la Cie de la Baie d\u2019Hudson décida de descendre dans la Prairie.Edward Ellice disait à cette époque: \u201cIl n\u2019est personne que la traite des pelleteries du Canada n\u2019intéresse\u201d.Donc en 1811, lord Selkirk, principal actionnaire de la Cie de la Baie d\u2019Hudson se fit concéder une région de 60 milles carrés autour de la jonction des rivières Rouge et Assiniboine.La même année il partit d\u2019Angleterre avec quelques centaines de colons pour la Rivière Rouge.Aussitôt arrivé, il établit le Fort Douglas (Saint-Boniface) non loin du Fort Gibraltar, sur la rive est de la rivière Rouge.Les hostilités commencèrent.Les deux forts furent tour à tour attaqués, saccagés, les colons dispersés.Si bien qu\u2019en 1817, le lord écossais réclamait comme agents de paix des prêtres de Mgr Plessis.Ce protestant méritait bien plus son nom de \u201cPère du Manitoba\u201d par ce geste, que par la fondation de la colonie.Dès 1818 deux missionnaires arrivaient à la rivière Rouge, MM.les abbés Provencher et Dumoulin.Leur venue suscita, en effet, un grand désir de paix.Les enfants nomades de la Prairie, Blancs, Métis, Indiens accoururent de partout pour entendre la parole de Dieu.Ainsi se forma la première paroisse de l\u2019Ouest, la mère de toutes ses églises, Saint-Boniface.La Cie RÉGIONALISME MANITOBAIN 57 de la Baie d\u2019Hudson absorba sa rivale, en 1822, pour devenir seule maîtresse des Prairies.Sous son autorité bienveillante les missionnaires fondèrent paroisses et écoles tout le long des deux voies d\u2019eau qui traversent le pays du sud au nord, de l\u2019est à l\u2019ouest: la rivière Rouge qui par le lac Winnipeg conduit jusqu\u2019à la Baie d\u2019Hudson, les rivières Assiniboine et Saskatchewan jusqu\u2019aux Rocheuses.Pendant cette période antérieure à l\u2019organisation du gouvernement de l\u2019Assiniboia les missionnaires exercèrent la justice et maintinrent l\u2019ordre avec l\u2019aide des Métis.Expliquons comment fut peuplé d\u2019éléments étrangers ce pays dont nous aurions pu devenir les maîtres.Au début, Canadiens anglais et Canadiens français engagés dans les forts des Cies s\u2019unirent avec des Indiennes.De leur union est sorti ce type particulier qu\u2019on a nommé Bois-Brûlé ou Métis.Ces Métis se multiplieront au point d\u2019être 15,000 lors de la Confédération, de moitié seulement moins nombreux que les Indiens.Dans ses romans, M.Constantin Weyer, journaliste français, nous les a présentés comme des abrutis.M.Donatien Frémont, mieux au courant de notre histoire, a rétabli les faits et donné une réponse définitive.1 (à suivre) Georges L\u2019Oisel 1 Après nous avoir donné son aventureux \u201cRadisson\u201d, M.Frémont publie la vie de Mgr Provencher.Ces travaux montrent bien l\u2019intérêt qu\u2019il porte à l\u2019histoire manitobaine. Voix auxiliaires Les lecteurs d\u2019une revue d\u2019opinion doivent se considérer un peu comme des antennes qui transmettent dans tous les sens les mots d\u2019ordre, les directives, et qui captent, pour les renvoyer au foyer central, les courants d\u2019idées, les observations, les suggestions susceptibles d\u2019intensifier 1 action de la revue.L'Action nationale reçoit beaucoup de lettres.Tellement qu\u2019il a semblé opportun de rétablir la rubrique: Nos amis nous écrivent.Nous ne reproduirons que les extraits les plus significatifs.Il est bien entendu que ce ne sont pas tant des commentaires flatteurs, des marques d\u2019approbation que nous désirons obtenir, que des renseignements, des constatations sur tel ou tel aspect concret des problèmes auxquels nous nous intéressons.Notre revue pénètre presque dans toutes les régions.Ses rédacteurs et ses collaborateurs ne peuvent être partout ni voir à tout.Songez à l\u2019enrichissement de son influence si on lui transmettait, des divers secteurs français de l\u2019Amérique, des lettres la renseignant, l\u2019orientant, dans son travail.Cette documentation complémentaire ne serait pas la partie la moins riche de nos pages! D\u2019un théologien prudent et clairvoyant de notre province, ces lignes opportunes: Je trouve vos succès éclatants dans les circonstances.Il y a quelque chose de changé.Il y a tout de même à prêcher à nos gens que /\u2019Action catholique doit se mêler de la politique, non pas de la politique de parti, mais de la politique générale dans laquelle le bien commun tient la première place.Le Pape Pie XI, tout en condamnant la politique de parti, est VOIX AUXILIAIRES 59 revenu au moins dix fois sur la nécessité de mettre l\u2019Action catholique dans la politique, c\u2019est-à-dire de mettre Dieu là comme dans l\u2019individu, dans la famille, dans la profession.Je crois que plusieurs, et que même beaucoup s\u2019imaginent chez nous que VAction catholique ne doit pas se mêler de politique, d\u2019action nationa-le, et que sais-je encore?Mais précisément l\u2019Action catholique doit mettre Dieu partout, là même où on n\u2019en veut pas, mais sans rien absorber ni détruire, si ce n\u2019est le mal.\" (19 décembre 1935).Des extrémités orientales du pays, une voix acadienne nous dit la gratitude et les besoins de nos frères: Je me fais un devoir de m\u2019acquitter dès la première heure d\u2019un abonnement qui m\u2019est si précieux pour ma famille dans un coin du pays où l\u2019éducation nationale est tant en souffrance.L\u2019école, la proximité des États-Unis, l\u2019ambiance anglaise qui nous encercle et nous étreint, la presse et la radio exclusivement anglaises, intoxiquent fatalement la famille qui réagit à peine; c\u2019est vous dire le travail immense qui s\u2019impose si nous ne voulons disparaître.De l\u2019Alberta enfin, une lettre officielle de l\u2019A.C.F.A.nous apporte un merci et un appel: Nous ignorons vos sources de renseignements, mais elles sont exactes en ce qui nous touche.Soyez certain que cet article a fait du bien en Alberta.Nous aimons croire, cher monsieur, que nous accomplissons une oeuvre en Alberta.Malheureusement les distances qui nous séparent des autres groupes nous empêchent souvent de discuter nos problèmes avec d\u2019autres compatriotes et nous nous demandons quelquefois si nous poursuivons notre but dans la bonne direction.Cependant quand il nous est donné de lire 60 l\u2019action nationale un article comme le vôtre, traitent de notre travail et de nos aspirations, écrit par quelqu\u2019un en dehors de la province, il nous semble que c\u2019est une révélation et ceci nous fait voir le beau côté de notre travail.Soyez-en remercié et veuillez croire que nous apprécions hautement le coup d\u2019épaule que vous nous avez donné.LE GUET * * * Au cours de notre enquête sur l\u2019éducation nationale, nous avions formulé le voeu que des relations plus intimes se nouent entre collégiens des diverses provinces et des Etats-Unis.Des correspondances amorcées et suivies produiraient d excellents résultats.On se connaîtrait mieux.^ On verrait les difficultés propres à chaque groupe.On échangerait des renseignements portant sur la lutte particulière faite par chaque unité.On sortirait de son isolement egoiste.On verrait concrètement le problème national dans une synthèse qui ne le limiterait pas aux intérêts locaux.Nous revenons à la charge.Nous demandons à tous les jeunes qui nous lisent d\u2019entrer dans cette voie En s\u2019adressant aux préfets des etudes de chaque collège on trouverait vite à qui parler et si efficacement Quelques-uns ont commencé.Mais il faudrait généraliser ce mouvement.Au lieu d\u2019entreprendre des échanges d\u2019idées aussi vides qu\u2019imprécis, aussi vagues qu utopiques entre citoyens de la terre et du monde, ne pourrait-on commencer par chercher des contacts avec les siens, avec les membres de sa famille ethnique.Allons, jeunes gens des collèges, mettez-vous à l\u2019oeuvre, l\u2019heure presse, ne remettez pas à demain. Vie de l\u2019Action nationale Entre nous La revue reprend cette chronique mensuelle que des circonstances avaient fait discontinuer.Plusieurs de nos lecteurs, ayant été des abonnés de VAction française, savent le sens que nous lui voulons donner: La Vie de Vaction nationale nous fournira l\u2019occasion de parler de notre oeuvr e et de sa vie, des ambitions de la Ligue et de ses initiatives.En somme, une conversation empreinte d\u2019amitié intellectuelle avec nos abonnés sur des faits qui intéressent et nos lecteurs et nos directeurs.Comme toute la revue qui veut, au nom d une doctrine cohérente, entraîner à l\u2019action nationale, cette rubrique n\u2019omettra pas de revenir sur des idées qui nous sont chères.La circulation de notre revue L intensité de la vie d\u2019une revue se mesure à la qualité de ses lecteurs mais aussi à la quantité de ses abonnés.En dépit de la dureté des temps, nous pouvons affirmer que la fidélité de nos amis nous réconforte.Les abonnés de la première heure nous restent fidèles.Le nombre de nos lecteurs s accroît graduellement.Cette progression est sans doute due à la propagande que l\u2019on fait autour de notre oeuvre.Nous savons que beaucoup de gens auraient avantage à nous lire, que beaucoup seraient disposés à s\u2019abonner à Y Action nationale.Nous ne pouvons malheureusement les découvrir.Pour ce faire, nous comptons sur le zèle de nos abonnés actuels.Quel ne serait pas l\u2019accroissement de notre influence si 62 l\u2019action nationale chacun de nos lecteurs prenait la résolution de nous recruter un abonné?Nos listes compteraient alors au delà de cinq raille lecteurs.Ce travail individuel de nos amis, nous le suggérons avec ce numéro initial de 1936.Cela compensera la perte que nous imposent les retardataires à payer leur abonnement.Les amendements à la constitution La revue entend étudier cette brûlante question, dans un numéro spécial de Y Action nationale, en mars.Ce numéro sera plus volumineux que les numéros ordinaires et nos abonnés en bénéficieront, sans frais supplémentaires.La Ligue d\u2019Action nationale veut aborder cette question des amendements à la constitution sous tous ses aspects.Elle confiera la rédaction de cette série d\u2019articles de haute actualité à des spécialistes: juristes, philosophes, sociologues, historiens, économistes.Nous pouvons avouer à nos amis que nous ne voyons pas bien la compétence spéciale de tous les politiques qui prendront part à ce travail d\u2019amendement.D\u2019aucuns n\u2019ont même pas de mandat.La charte de 1867 est le resume de nos droits.Les changements que l\u2019on projette tendront-ils dans le sens de la centralisation ou dans le sens de la décentralisation?Des indices permettent de soupçonner que, a la faveur des conditions économiques et industrielles, les politiques opteront en faveur de la centralisation.Cette orientation, justifiable pour certains aspects de la question, ne laisse pas de mettre en danger l\u2019autonomie provinciale et, en même temps, les droits et prérogatives de la minorité française.Les Canadiens français ont quelques raisons de s\u2019inquiéter des résultats de la prochaine conférence interprovinciale.Si quelques uns des nôtres ne soupçonnent pas la délicatesse du problème, ils en verront, à la lecture du numéro spécial de mars, toute la complexité. VIE DE l\u2019action NATIONALE 63 L\u2019éducation nationale Nos lecteurs savent l\u2019importance que nous y attachons, C\u2019est même une idée que notre revue a jetée dans le public.Elle y fait son chemin.Grâce à notre enquête, publiée en volume, il ne sera plus permis de parler de la formation de la jeunesse sans penser à son aspect national.Nous invitons nos lecteurs à se faire les propagandistes de cette idée.Que tous ceux qui disposent de quelque influence dans les sociétés nationales en profitent pour insister sur cette idée-force: nos écoles doivent former des catholiques destinés à vivre dans un milieu spécial, et partant, l\u2019éducation de notre jeunesse doit être nationale.La jeunesse est naturellement inquiète.Qu'elle ait l\u2019inquiétude nationale.La question économique Une éducation plus nationale aidera à résoudre ce problème angoissant de notre vie ethnique.Parce que nous sommes convaincus de cette idée, il va sans dire que nous admirons et approuvons le travail efficace de La ligue de l\u2019achat chez nous.Tous nos lecteurs sont invités à collaborer dans la mesure de leurs moyens au relèvement des nôtres, en donnant la préférence, à égalité de service, de qualité et de prix, aux fournisseurs canadiens-français.Des journaux à lire Le patriotisme, comme la foi, doit s\u2019alimenter.L\u2019esprit national peut se roborifier à la lecture de certains journaux et de certains livres.Avons-nous besoin de dire combien nous voudrions savoir que tous nos abonnés, selon la région qu\u2019ils habitent, lisent ces journaux d\u2019inspiration catholique et nationale: L\u2019Action Catholique, de Québec, Le Devoir, de Montréal, Le Droit, d\u2019Ottawa, L\u2019Action populaire, de 64 l\u2019action nationale Joliette, Le Richelieu, de Saint-Jean, etc.et tous les journaux indépendants dont l\u2019influence vient de s\u2019avérer prépondérante.Et trois livres Nous attirons l\u2019attention des lecteurs de cette chronique sur quelques ouvrages récemment publiés par nos directeurs.L\u2019on sait le succès du dernier livre de M.l\u2019abbé Groulx, Orientations, titre qui indique assez la doctrine qu\u2019il contient.M.Léopold Richer, de la rédaction du Droit, a publié Nos Chefs à Ottawa, dont la revue a déjà parlé.Ne pas oublier le dernier ouvrage de M.Hermas Bastien, Conditions de notre destin national.C\u2019est une étude sur le nationalisme canadien-français, dans ses fondements et ses conséquences, dont l\u2019abbé Groulx a écrit dans Le Devoir: \u201cLivre excellent, livre opportun\u201d.Étienne ROBIN * Nous tenons à expliquer que si la revue ne paraît qu\u2019aux derniers jours de janvier, c\u2019est à cause de la tâche difficile que nous impose l\u2019organisation de l\u2019enquête sur la constitution.Elle paraîtra probablement en mars.Il faut nous hâter si nous ne voulons pas être dépassés par la vitesse où s\u2019accélèrent les officiels à bâcler une affaire qui est une grande affaire pour nous.Ont-ils conscience des graves responsabilités qui leur incombent ?En tout cas, ici, nous avons à offrir un programme de redressement constitutionnel qui compte et qui soit mûr et réfléchi.Qu\u2019on fasse une large réclame à cet effort.Qu\u2019on se prépare à la faire lire dans tous les milieux.A.L. LES MAGASINS EftSHION-PRAFT JfechaMeiM, limitée MAISON ESSENTIELLEMENT CANADIENNE-FRANÇAISE 151 CONCESSIONNAIRES DES CÉLÈBRES VÊTEMENTS \u201cFashion- Craft99 DE FABRICATION CANADIENNE-FRANÇAISE Tous nos ouvriers sont syndiqués V J-V Le magasin de MUSIQUE le plus complet au Canada ¦\tARTICLES RELIGIEUX ¦\tINSTRUMENTS DE MUSIQUE ET ACCESSOIRES ¦\tLES CHEFS-D\u2019OEUVRE DE LA MUSIQUE SUR DISQUES COLUMBIA ET PATHÉ ¦\tMUSIQUE EN FEUILLES ¦\tPETITS PIANOS MODERNES POUR APPARTEMENTS 500 Est, rue Ste-Catherine Montréal S\t\u2014r Notre grande vente semestrielle \u2014 de \u2014 HflIIES BAT SON PLEIN Conditions de paiement pins faciles que jamais 10% Comptant jusqu'à 24 moi, de crédit MONTRÉAL VI sont les facteurs essentiels de tout retour de prospérité.j La Coopération ^ / Le Travail / / L\u2019Economie m la banque d\u2019épargne DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL FONDÉE EN IM Coffrets de sûreté à tous noj bureaux.Service de \"La garde des titres** au Bureau Prinfiba!.s«l SUCCURSALES DANS TOUTES LES PARTIES DE LA VILLE.VII Lisez LE DEVOIR LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT D.-C.BROSSEAU & Cie, Limitée 5*2 Ismael Lefebvre, Prop.IMPORTATEURS DE THÉ, PRODUITS ALIMENTAIRES, Etc.405 RUE ST-DIZIER - - - - MONTRÉAL Tél.HArbour 5225-5226-5227 Vous désirez quelque chose.allez chez L.-N.MESSIER MARCHAND DE NOUVEAUTÉS Cette maison essentiellement canadienne-française se recommande aux nôtres par son personnel courtois, la qualité et le choix de ses marchandises, sa politique de bas prix.\u2014 Encouragez-la.1551 à 1565 Est, Ave Mont-Royal\tMontréal Téléphone: AMheret 2143 VIII ÉCOLE TECHNIQUE 185 Boulevard Langelier, Québec Fondation du Gouvernement Provincial ENSEIGNEMENT THÉORIQUE Dessin \u2014 Mathématiques \u2014 Sciences ENTRAINEMENT MANUEL Mécanique d\u2019automobile et d\u2019ajustage \u2014 Forge \u2014 Fonderie \u2014 Menuiserie \u2014 Modèlerie Electricité DIPLÔME OFFICIEL Des bourses sont accordées aux élèves méritants Prospectus sur demande SOLIDARITE Pratiquons l\u2019économie, qui consiste à tirer le meilleur parti de toutes choses.Déposons nos épargnes dans une grande institution de crédit, qui prête une large part de ses ressources à l\u2019agriculture, au commerce et à l\u2019industrie.Ainsi, nous ferons d\u2019une pierre deux coups: notre capital d\u2019épargne sera en sûreté et nous rap-portera des intérêts, et il alimentera l\u2019activité économique dont tout le monde profite.Banque Canadienne Nationale 550 bureaux au Canada \u201cTravaillons pour le maintien de nos institutions** (SIR QRO.-ETIBNNB CARTIER) .Ainsi, en tenant compte de l\u2019augmentation qui a eu lieu depuis cinq ans (dans l\u2019assurance sur la vie), nous pouvons évaluer à une cinquantaine de millions de dollars le montant que les nôtres versent ailleurs chaque année.Clarence HOGUE {Reproduit du \"Devoir\u201d) .Que l'on se donne la peine de regarder autour de soi et l'on verra malheureusement oû nous a conduits notre manque de solidarité et de coopération dans tous les domaines économiques.C'est pourquoi, il importe plus que jamais en ces temps de crise d\u2019encourager nos institutions.Marcel CLEMENT (Reproduit de \"Le Patrie\u201d) .Nous avons toutes les raisons du monde d'avoir confiance en nos compagnies d\u2019assurance et de les encourager.Mais nous passons devant elles, nous les saluons chapeau bas, nous chantons leurs louanges (ce qui ne coûte pas cher) et allons porter notre argent ailleurs (ce qui est désastreux); est-ce là du patriotisme pratique?Charles GAUTIER (Reproduit du \"Droit\u201d) .Hélas, par manque de patriotisme, par cette stupide manie que nous avons de préférer une assurance étrangère, quand nous avons cher nous, gérée par les nôtres, une institution de tout premier ordre, nous éparpillons notre influence, notre argent et notre force.(Reproduit du Bulletin de la Chambre de Commerce) \u201cï.a â>aubegarbe\u201d Compagnie d'assurance sur la vie Siè£e Social, Montréal L\u2019IMPRIMERIE POPULAIRE (Ltée) Montréal "]
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