L'action nationale, 1 février 1937, Février
[" L\u2019ACTION NATIONALE © L'Action nationale A nos abonnés.65 \u2022 Arthur Laurendeau Une politique nationale: la situation est-elle acceptable 68 Guy Frégault\tVoix de la jeunesse.Où est la révolution.81 Anatole Vanier\tPolitique extérieure.90 Roger Duhamel\tSe battre ?Contre quif.104 André Marois\tPour vivre.111 Étienne Robin\tVous pouvez le répéter.119 Théolocus\tEn marge d'un entretien.123 \t©\t REVUE MENSUELLE\tLigue\td\u2019Action Nationale Volume IX \u2022 Numéro 2\t3472,\true Hutchison \u2022 \u2022 FÉVRIER 1937 \u2022 \u2022\t\u2022 \u2022\tMontréal \u2022\u2022 Les produits de l\u2019érable CITADELLE sont les plus doux produits que la nature puisse donner à l\u2019homme.Si votre épicier n\u2019a pas en mains ces produits, écrivez à: \u2014 Les PRODUCTEURS de SUCRE d'ÉRABLE DE QUÉBEC Bureau-chef \u2014 5 avenue BECIN, LEVIS Entrepôt \u2014 PLESSISVILLE, Cté Mégantic L\u2019Action nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.Esdras Min-ville, président; Hermas Bastien, secrétaire; Pierre Homier, l'abbé Lionel Croulx, Eugène L\u2019Heureux, Olivier Maurault, p.s.s., Anatole Vanier, l\u2019abbé Albert Tessier, Arthur Laurendeau, René Chalout, Albert Rioux, Dr Philippe Hamel, Léopold Richer, Dominique Beaudin, André Laurendeau, Maximilien Caron, Dr Antonio Barbeau.Directeur de la Revue: Arthur Laurendeau.Pour tout ce qui concerne et la rédaction et l'administration de la revue, t'adreaser à L\u2019ACTION NATIONAL! 3472 rue Hutchison\tMontréal Le directeur de la revue, M.Arthur Laurendeau, reçoit à cette adresse, le mercredi, de 3 à 5 heures L\u2019abonnement est de $3.00 par année.Tous droite réservée \u2014 Ottawa 1033. SEMAINES SOCIALES DU CANADA SÉRIE COMPLÈTE Les cours et conférences de chaque Semaine Sociale tenue au Canada depuis la fondation de l\u2019oeuvre en 1920 ont été publiés en volume .En voici la liste : I\u2014Montréal, 1920, L\u2019Encyclique Rerum novarum $1.50 II\u2014Québec, 1921, Le Syndicalisme\t2.25 III\u2014\tOttawa, 1922, Le Capital et le Travail\t1.50 IV\u2014\tMontréal, 1923, La Famille\t1.50 V\u2014\tSherbrooke, 1924, La Ptopriété\t1.50 VI\u2014\tTrois-Rivières, 1925, La Justice\t1.50 VII\u2014Québec, 1927, L\u2019Autorité\t1.50 VIII\u2014St-Hyacinthe, 1928, Le Problème économique 1.50 IX\u2014Chicoutimi, 1929, La Cité\t1.50 X\u2014Ottawa, 1931, L\u2019État\t1.50 XI\u2014Montréal, 1932, L\u2019Ordre social chrétien\t1.50 XII\u2014Rimouski, 1933, Le Problème de la Terre 1.50 XIII\u2014\tJoliette, 1935, L\u2019Éducation sociale\t1.50 XIV\u2014\tTrois\u2014Rivières, 1936, L\u2019organisation professionnelle\t1.50 Comme quelques volumes \u2014 entre autres le IV, La Famille \u2014 sont presque épuisés, ils ne se vendent qu\u2019avec la série complète.On peut encore se procurer cette série à un prix de faveur: $18.00 (au lieu de $21.75) plus les frais de port.Les bibliothèques publiques, les maisons d'éducation, etc., devraient profiter de cette offre.Car bientôt, étant donnée la rareté de quelques sujets, la série complète se vendra au prix élevé des volumes rares.Secrétariat des Semaines Sociales 1961, Est rue Rachel -\t- Montréal i Pour votre santé Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent la levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, C et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.LA COMPAGNIE f.-X.DLCLET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Fraîche Spécialités : ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GENRES SOUDURES ÉLECTRIQUES ET AUTOGENES, ETC.206, RUE DU PONT.QUÉBEC D\u2019HIER à AUJOURD\u2019HUI ! Les goélettes furent en usage autrefois.mais les nouveaux moyens de transport les ont éliminées.Une banque moderne met à votre disposition des moyens modernes de voyager, tels que: chèques de voyageurs, lettres de crédit circulaires, etc., etc.CONSULTEZ NOTRE INSTITUTION AU SUJET DES DIVERS SERVICES D\u2019ORDRE BANCAIRE QUE NOUS MAINTENONS.La Banque Provinciale du Canada ii Lisez \u201c1E DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT Vient de paraître: XlVème Semaine sociale du Canada Trois-Rivières 1936 L'Organisation professionnelle Compte rendu des cours et conférences \u2022 Volume de 390 pages $1.50; franco, $1.65 \u2022 Secrétariat des Semaines sociales 1961, rue Rachel Est MONTREAL IU Pour mieux connaître les Encycliques PLANS D\u2019ÉTUDE Afin de faciliter la connaissance de la doctrine sociale de l'Eglise, T'Ordre nouveau\" publie en feuillets les plans d'étude qu'il donne depuis novembre dernier sur les encycliques.Ces feuillets se vendent 10 sous la douzaine, 70 sous le cent \u2022 \u2022 \u2022 Un spécimen sera envoyé gratuitement à tous ceux qui en feront la demande, accompagnée d'un timbre d'un sou.\u2022 \u2022 \u2022 Ecole Sociale Populaire 1961, rue Rachel Est, Montréal IV A nos abonnés Chaque année la nécessité nous contraint à la même tâche ingrate.Il nous faut reléguer les questions de haute actualité, les problèmes urgents qui appelleraient un mot d'ordre décisif et ramener l attention de nos lecteurs sur une question bien terre à terre, mais vitale pour nous: le réabonnement.Nous voici à la fin de février.Un appel a déjà été fait à nos abonnés dans la livraison de janvier.Trois cents environ ont répondu.Trois cents sur plus de deux mille.Et les autres?Les autres, ahl ils continuent à recevoir leur revue, ils la lisent avec intérêt, ils la critiquent parfois, plus souvent ils s'en inspirent pour leurs idées, leurs conversations, leurs discours même, mais à lui donner son dû, à la faire vivre, à empêcher que sa lumière ne s'éteigne comme tant d'autres faute d'huile pour alimenter sa flamme.ont-ils vraiment le temps de songer à cela ?Hélas ! nous, il faut bien y songer.Car l'imprimeur, et la poste, et nos autres créanciers, ne l'oublient pas, eux, et ils se permettent d'y attirer notre attention.Bref, si nous voulons non pas développer notre oeuvre, mais tout simplement la continuer, la faire servir les grands intérêts de notre nationalité, à une époque de plus en plus critique, nous avons besoin de nos abonnés.Vous comprendrez, ami lecteur, que nous ne mettons pas en doute votre attachement à la revue.Mais l'oubli, la négligence, les affaires pressantes vous 66 L ACTION NATIONALE ont fait remettre à plus tard le paiement de votre abonnement.N'attendez pas plus longtemps.Votre abstention pourrait avoir des conséquences que vous seriez le premier à regretter.L'ACTION NATIONALE NOTA.\u2014Consultez la bande de la revue, et si à droite de votre adresse il n'y pas le chiffre 37, vous êtes en retard.Aucun risque d'ailleurs à courir.Si vous payez un abonnement déjà soldé votre argent vous sera crédité pour l'année 1938.Il est urgent que la politique du Québec, affirme notre personnalité française et carholique; et cela sans hésitation, sans tergiversation.Nous sommes à la croisée des chemins: c'est le temps de choisir la voie qui nous mènera à la synthèse des aspirations éparpillées dans notre passé.Tous ces désirs confus, imprécis, commencent à prendre corps, à se régler dans une constante fixe.Tout le vieux fonds de notre peuple si proche et si lointain, se cherche une issue, et dans sa plasticité, travaille à s'incarner.La politique aura son rôle à jouer.Préparons-nous à cette tâche.\"La suprême erreur, comme le dit très bien Berdiæff, serait de croire qu'un régime social et politique appartient à l'éternité alors qu'il n'appartient qu'à l'histoire.Et le Christ, parlant des choses qui passent, a commandé dans un formule impérissable de laisser les morts enterrer les morts.\" (Emile Baas - Cahiers du cercle sainte Jehanne) Une politique nationale Schéma de notre enquête MM.Maximilien Caron \u2014 ier article: Fondement philosophique, historique et juridique.Arthur Laurendeau: 2e article: La situation actuelle est-elle acceptable ?Abbé Groulx\u2014 3e article: L'intérêt qu\u2019ont les Canadiens français, à tous points de vue, à rester eux-mêmes, à se développer dans le sens de leurs innéités.Léo Pelland\u20144e article: La politique canadien-ne-française et nos intérêts moraux; mariage, respect du dimanche, méthodes d\u2019affaires, etc.Abbé Tessier\u20145e article: La politique canadien-ne-française et nos intérêts culturels: presse, radio, cinéma, tourisme, etc.Hermas Bastien\u20146e article: La politique et notre culture: l\u2019enseignement.Léopold Richer\u20147e article: La politique au point de vue économique.Orientation à donner à cette politique, ressources naturelles; agriculture et industrie.Esdras Min ville\u20148e article: La politique au point de vue économique ; organisation corporative.Anatole Vanier\u20149e article: La politique cana-dienne-française et le fédéral.L.D.Durand\u2014La politique canadienne-fran-çaise et les minorités.Arthur Laurendeau\u2014Conclusions. Note enquête La situation actuelle est elle acceptable?Elle ne l\u2019est pas.Parce que depuis 70 ans, nous pataugeons dans la boue malaxée des luttes électorales.Toutes nos énergies se sont dépensées à nous dresser les uns contre les autres, armés, les uns du gourdin rouge, les autres du rondin bleu.Je crois pour ma part, que si les éducateurs et la famille ont tant baissé depuis 70 ans chez nous, si l'absence d\u2019éducation nationale a abouti à une vie intellectuelle pauvre, une vie sociale nulle, une vie individuelle stérile, c\u2019est surtout parce que le politicien, installé aux points stratégiques de notre organisme, nous a maintenus dans une sécurité fallacieuse, dans l'engourdissement par le ronron artificiel de la bonne entente.Un exemple illustre exceptionnellement cette affirmation.Une chaire d\u2019histoire fut-elle fondée à l'Université de Montréal qu\u2019aussitôt, un politicien bien en place, se charge de proposer au titulaire un engagement par lequel il ne devra rien écrire contre la Confédération.L\u2019esprit de parti s\u2019appuie sur le sentiment confédératif.En agissant ainsi, ce politicien ne manquait pas d'effronterie; mais il avait aussi la clairvoyance de ceux qui savent protéger leur propre derrière.Et en effet ce que M.Groulx apportait avec lui, avec une grande pureté d'intention et de principe, c\u2019était cette vérité nationale qui, ayant réussi autrefois à la communauté canadienne-française, LA SITUATION EST-ELLE ACCEPTABLE 60 lui ayant donné son originalité propre, sa personnalité, devait réussir encore dans un essor plus marqué, vers une originalité beaucoup plus créatrice, à la faveur d\u2019un rajeunissement accordé aux faits actuels, dans un environnement nouveau.Le bonhomme qui proposait un tel marché ne manquait pas de flair.Il voulait consolider sa position et celle des siens.Car nous étions victimes de cette forme d étatisme, qui est la pire, celle des irresponsables.L\u2019État, c'était le parti.Le bien commun pour le rouge ou le bleu, c\u2019était le bien du parti.La nation, c\u2019était M.X, chef du parti libéral ou du parti conservateur.Il fallait maintenir notre peuple dans une telle décadence patriotique pour mieux le tailler en pièces.Depuis que durait le règne des politiciens, nous avions perdu tout contact avec le passé! Depuis Ferland nous n\u2019avions plus d\u2019historien.Tous nos affaissements venaient de là.L\u2019histoire, c'est le remède à tous les maux.Un homme sain, c\u2019est quelqu\u2019un qui est fils, petit-fils de père et mère avouables et recommandables.C\u2019était comme si nous n\u2019avions plus eu de parents: et si un des termes les plus injurieux est celui de sans famille, comment qualifier les hommes que nous étions devenus, en cette grande carence de l'histoire, et qui allaient à la découverte d\u2019aïeux, moins exigeants, qui fussent un peu anglais ou iroquois, et surtout moins français; en tout cas, d\u2019une mixture telle qu\u2019il devint moins gênant de faire et de parler comme si plus rien de français ne devait 70 L ACTION NATIONALE survivre en nous.Pour affaiblir un peuple vigoureux et sain comme le nôtre, il fallait se méfier du national, lequel, en tranchant le nœud de vipère de 1 esprit de parti, de la caisse électorale, de la dictature économique, pouvait provoquer un réveil des énergies foncières.Où est le politique chez nous, qui ait lié ensemble la politique et la nation?(Il y a quelques exceptions que tous connaissent et dont ce n'est pas le moment de relater les échecs, nous parlons de 1 ensemble).Qui a travaillé à faire de la politique, chez nous, une autorité dispensatrice de courage et de persévérance française ?Qui a proposé à notre peuple une vie intégralement, puissamment française, dans l'école, dans la famille, à l\u2019usine, aux champs ?Qui a jamais essayé de donner un sens réel au mot: État français ?Où est le politique, jusqu\u2019à ces dernières années, qui ait apporté une foi française, une espérance française, une joie française par-dessus les monts et les plaines de la Laurentie: un pouvoir organisateur, unificateur de l\u2019effort français ?Au contraire: la politique du Québec a presque toujours subi l\u2019élan national, quand elle ne l\u2019a pas asphyxié.Le moral de notre peuple a été constamment menacé par une ambiance hostile, une méfiance tenace ou une indifférence apathique.Dans ce duel tragique, qui nous a donné le coup de main libérateur et soutenu le vieil instinct français ?Notre résistance s\u2019est organisée jusqu'à présent en marge de la politique, et si le trop-plein de cellules de plus en plus nombreuses et de plus en plus virulentes commence à LA SITUATION EST-ELLE ACCEPTABLE ?\t71 déborder dans les cadres parlementaires, c\u2019est par le rayonnement de l'histoire.Sur quoi s\u2019appuient ces affirmations d\u2019une carence aussi générale ?Faisons parler les faits du domaine économique.Il y a une quarantaine d'années, nous possédions presque toute la grande industrie du Québec.Nous appartenaient: les tramways de Montréal, les compagnies électriques, le textile, le caoutchouc, le papier, la flotte fluviale.Sept ou huit banques, Ville-Marie, du Peuple, St-Hyacinthe, Cantons de l\u2019est, Nationale, Hochelaga, Provinciale, commençaient à drainer nos épargnes.Nous avions des cales de construction, des machines agricoles (naturellement ce brave monsieur Beauchemin de Sorel appelait du nom de \u2018\u2018Warrior\u2019\u2019 les batteuses, les faucheuses, les moissonneuses, les manèges, etc.qu\u2019il vendait à peu près exclusivement au paysan canadien-français).A Lévis, Carrier-Lainé fabriquait de gros engins, des bouilloires, toute la machinerie lourde.Nous avions toutes les grandes tanneries, la chaussure, etc., etc.Cette énumération pourrait se continuer: cette liste n\u2019est-elle pas suffisante pour prouver que notre armature économique était forte ?Quand commença l\u2019invasion du capital étranger 1 nul doute que si nous avions su nous servir des leviers de commande du politique, jamais cette richesse ne nous aurait été enlevée.Si l\u2019arc- 1 Nous n'oublions pas les culpabilités individuelles où 11 faut remonter jusqu'à l'éducation: nous nous bornons aujourd'hui à l'aspect politique. 72 l'action nationale boutant qui accote le reste n'eût fait défaut, si nous avions eu une politique canadienne-française qui eût travaillé tous les jours de l'année en notre faveur, jamais nous n'aurions été dépossédés de façon aussi brutale et aussi totale.Une politique basée sur l'intérêt primordial des Canadiens français n'aurait jamais laissé aller à la faillite, à la spoliation ou à l\u2019extinction, des organismes aussi pleins de vitalité et de promesses majeures.Pendant le temps où s'exécutait cette manoeuvre qui allait préparer notre asservissement, que faisaient les politiciens ?Ils nous invitaient à vivre dans une douce sécurité où les paroles de bonne entente rimaient à cette phrase: laissons-les mourir de leur belle mort.Tous les cercles juridiques, économiques et même géographiques (cette perte du Labrador, quelle coupure dans notre entité territoriale) dans lesquels on voudrait nous rétrécir et nous ligoter tendaient à nous étouffer.11 est possible d\u2019imaginer un peuple assez éduqué pour suppléer aux carences de l\u2019État.Le nôtre, déprimé dans l'ignorance de son histoire n'était pas prêt à offrir cette suppléance.L\u2019éducation nous fournissait ces hommes de paille qui accéléraient la dégringolade.Un peuple vit de son histoire et nous n'avions plus d'historien.Pour créer du neuf, il faut de l'ancien.Une nation qui veut du fort et du puissant doit avoir un centre, une idée puisée dans le passé, s'y serrer, s'y coller étroitement.La base historique manquant à notre formation, presque tout le reste tombait.Des hommes vides de tout concept national, sans direc- LA SITUATION EST-ELLE ACCEPTABLE ?\t73 tives, sont toujours prêts à subir le joug de 1 etranger.Nos hommes politiques n ayant aucun principe à défendre, il leur suffisait d etre souples, retors, pour rallier presque tout le monde à 1 entour d'une crèche, du moins, tant qu'il y eut de l'avoine à manger.L'exemple du Portugal est significatif.Salazar, pour refaire son peuple, s appuie sur 1 élément historique.Le grand siècle du Portugal, c est le quinzième, celui des Vasco de Gama, Henri le Navigateur, Albuquerque.Salazar est devenu ce qu'il est, une des plus fortes personnalités politiques du monde, créateur d un État catholique et national, en disciplinant le peuple portugais dans un ordre appuyé sur les leçons de ce quinzième siècle.Fécondité inouïe de 1 histoire.En quelques années, transformation radicale d un peuple gâté par toutes les déchéances, morales et physiques.La jeunesse chez nous sent cela très vivement.La jeunesse encore divisée, mais dans une dispersion que corrigera le type historique propose, postule, réclame déjà la solution du problème de notre destinée comme peuple français d Amérique, par la réintégration de ces qualités qui firent prospérer nos ancêtres et que nous avions oubliée.Entée sur le passé, y scrutant ses richesses, d\u2019un regard méditatif, contemplant cette gloire ancienne, elle refait sa fierté fondamentale.Après ces 70 ans de halte peureuse et démissionnaire, elle retrouve la vieille image féconde d'un pays français, d'un État français.Pour reprendre cette course du flambeau, elle se lie à ses grands-pères contre ses propres 74 l'action nationale pères pour mieux exorciser la décadence présente que 70 ans de saoulerie démagogique, verbale et alcoolique avaient préparée.Devant ces générations de légistes étroits, butés et quelquefois corrompus, travaillant contre le pays vivant, celui de la vraie famille canadienne-française, de la vraie paroisse canadienne-française, de la vraie profession canadienne-française, nourris grassement par \u2014 une dictature d'argent qui les alimentait de sa caisse hostile à toute forme de nationalisme même bénin; et n'offrant pour toute compensation que le spectacle de leurs disputail-leries, de leur gueulage intéressé et souvent vénal, la jeunesse est prise d'un haut-le-cœur violent dont l'évolution ne sera pas flatteuse pour les maîtres qui voudront continuer de nous asservir.On a fini de nous enfermer dans la décadence.Nous sommes à un départ: nous partons vers l'aventure d\u2019audace et de croisade.Du moins, y eut-il des domaines où l\u2019action des politiciens fut moins dangereuse que dans celui de l'économique?Réponse \u2014De 1870 à 1890, soit en vingt ans, un tiers de la population canadienne-française émigre aux États-Unis.Un \u201cgrand\" chef d'État en profite pour prononcer ces paroles effarantes, dignes du plus sinistre crétin: \"Laissons-les partir, c\u2019est la canaille qui s'en va\".\u2014 Plus près de nous, en 1923, et dans cette seule année, 72,000 habitants du Québec traversent la frontière.Supposez qu'en France, peuple de 40,000,000, de grande unité ethnique et de fort encadrement, un ministère ait à répondre à l\u2019accusation d\u2019avoir LA SITUATION EST-ELLE ACCEPTABLE ?\t75 laissé partir 72,000 Français en une seule année.Posons-nous cette question pour enlever toute passion à ce débat, comme si ça se passait en Europe.Et cette suite ininterrompue de suicides, de boucheries pour un petit peuple qui a besoin de ramasser toutes ses forces, de n'en laisser gaspiller aucune, pour mieux résister à l'environnement, se pratiquait dans le même temps où l\u2019on invitait avec insistance le capital étranger à venir se fixer en maître chez nous.Notre noyau central allait s\u2019affaiblissant en même temps que les puissances diviseuses pénétraient avec plus de liberté dans notre organisme affaibli.Je crois qu'on peut dire sans exagération que la bonne moitié de notre peuple s\u2019est expatriée dans une dispersion lamentable.Et le remède, on l\u2019avait sous la main.La colonisation restait la plus saine et la plus exploitable de nos richesses.Nous avons encore en notre province de 10 à 12,000,000 d\u2019acres de bonne terre arable; nous avons près de cent mille fils de cultivateurs à qui il faudrait procurer un établissement agricole.Nous ne manquons ni de courageux ni de forts.Mais depuis Mgr Bourget jusqu\u2019à ces toutes dernières années, la même apathie, la même insouciance a usé les efforts les plus grands.\u201cLa colonisation a subi depuis longtemps une éclipse dansnotre province\" (Mgr Georges Gauthier).\u201cOn a oublié trop longtemps de parler de colonisation à notre peuple\" (le cardinal Villeneuve).En ces dernières années, des sommes considérables, votées pour la colonisation, sont dépensées en pur gaspillage, pour la construction de ponts, de bouts de route, 76 L ACTION NATIONALE qui aboutissaient principalement à la caisse électorale.\u201cQu'il y ait de la misère dans les pays surpeuplés.c'est explicable; mais que dans de grands pays chrétiens, riches par leur sol et leurs ressources naturelles illimitées, des milliers de gens crèvent de faim et couchent dehors, ce n'est pas explicable par les seules causes matérielles\u2019' (l\u2019abbé Jean Bergeron, missionnaire colonisateur).Ces échecs sont traditionnels chez nous.Dès 1848, Mgr Bourget avait chargé l'abbé O\u2019Reilly de fonder une Association de Colonisation pour favoriser l\u2019établissement des nôtres dans les cantons de l\u2019est.Depuis cette époque reculée jusqu\u2019à nos jours, depuis Mgr Bourget jusqu'au cardinal Villeneuve, notre clergé a mené rudement et tenacement la lutte en faveur de la colonisation.Les mêmes obstacles, le même défaut d\u2019organisation, les mêmes entraves viennent des politiciens et de l\u2019État.Ceux qu\u2019on appelait avec mépris les Jarrets-Noirs (on désignait ainsi les colons des cantons de l\u2019est et de la Beauce qui se fixaient sur ces terres noires qui passaient alors pour impraticables) ne rencontrèrent jamais chez nos hommes publics que la superbe la plus dédaigneuse, dans la pratique, malgré les phrases ronflantes et sono-rement creuses des tribunes électorales.(Nous répétons qu\u2019un Mercier et quelques autres doivent être mis à part.) Et remarquez que tous les partis participaient à une politique aussi mesqu ne.Les batailles se faisaient toujours alentour de la crèche et non alentour d\u2019idées.Tous ces agités qui se donnaient LA SITUATION EST-ELLE ACCEPTABLE 77 des airs dévorants entre eux ne cherchaient à se supprimer mutuellement que pour continuer la même curée, inspirés des mêmes cupidités et du même nihilisme patriotique.Dans le domaine de l\u2019instruction, si nous examinons la liste des membres laïques du Conseil de l\u2019Instruction Publique, nommés par les Gouvernements successifs, nous y constatons qu a côté d un certain nombre d'hommes de valeur il y eut aussi des nominations qui avaient un caractère politique.Du reste, tous les Gouvernements qui se succédaient au pouvoir sentaient, confusément mais vivement, que d\u2019un grand et unanime mouvement national, organisé à l\u2019école d'abord et à toutes les hiérarchies de l'enseignement, les partis sortiraient affaiblis et boiteux; alors on se méfiait de l\u2019éducation nationale, dont on ignorait même le nom.Cependant, le nationalisme des petits peuples est sans doute le seul qui soit empêché par sa faiblesse même, par l\u2019infériorité numérique de ses participants, de devenir impérialiste.Pour lutter contre des forces matérielles accapareuses et absorbantes, le nationalisme des petits peuples, incapable de conquête, sur le terrain du nombre, des pondérables et de la force brutale, est tenu de refluer vers son centre moral.C\u2019est pour cela qu'il n'est jamais une mobilisation contre les autres.Les gouvernements de l'avenir devront donc chercher à fortifier le nationalisme canadien-français, dont l\u2019ordre général ne peut que profiter en notre province.Que dire du système de subventions, qui tient la dragée haute aux maisons 78 l'action nationale d enseignement supérieur et primaire et dose les faveurs selon les caprices ou les empiétements du pouvoir central ?Au début de cette renaissance nationale incontestable, où trouvons-nous dans le passé, et principalement, les éléments d une politique vraiment canadienne-française ?Il semble que jusqu'à présent nous avons eu deux fortes têtes politiques, d'un réalisme sain, où se trouve l\u2019essentiel de constructions reliées au passé et tournées vers l\u2019avenir.Mgr Bourget, en même temps qu'il multipliait ses fondations éducationnelles, qu'il organisait des sociétés de colonisation, fondait la Banque d\u2019Épar-gne, couvrant ainsi tous les domaines de nos ambitions légitimes.Un esprit appliqué avec une telle constance (toute une vie), à créer des organismes de défense et d'action, dans le domaine culturel, éducationnel, national, religieux, révèle sa puissance.Tout dans ce prêtre, hautement sacerdotal, indique le positivisme des grands mystiques, qui part du plus humble détail pour s\u2019élever aux plus hauts objets (tout, jusqu'à sa répugnance pour la confédération).Nul chez nous, parmi les morts, ne paraît avoir plongé dans l'avenir de notre peuple, d\u2019un œil lucide, éclairé des lumières surnaturelles, un regard aussi ferme et aussi divinateur.L'abbé Groulx aura montré, dans son œuvre, la ligne droite d\u2019une politique canadienne-française.On peut facilement l\u2019y déceler dans son évolution.Dans cette crise grave que vous sommes en train de résoudre et de vaincre, pourquoi voit-on venir LA SITUATION EST-ELLE ACCEPTABLE ?\t79 de tous les côtés des hommes se grouper alentour de sa doctrine ?Parce qu'elle est la réponse la plus ample, la plus large qu\u2019on ait encore donnée au pourquoi mystérieux de notre histoire.Cette œuvre nous complète.Elle est jusqu\u2019à date, la charte la plus sûre de notre vie.Et à ceux qui seraient étonnés de voir invoquer le témoignage de deux ecclésiastiques en une matière qui semble exclusivement profane aux esprits superficiels, lisez ces paroles d\u2019un des bons esprits du monde européen, appliquées à Salazar, et qui conviennent à ces deux prêtres de chez nous, qui ont fait plus que de la grande politique, qui l'ont préparée et inspirée: \u201cA des moments comme ceux que nous sommes contraints de vivre, l\u2019homme le plus immédiatement nécessaire, c'est le grand homme d\u2019Etat.Or le grand homme d\u2019État est plus rare dans l'histoire que le grand savant, le grand artiste ou le grand penseur.Le grand homme d'État a ceci de particulier que, généralement, il ne vient pas de la politique, mais d'ailleurs.Parce qu\u2019il vient d\u2019ailleurs, il apporte avec soi des réserves intactes, des idées nouvelles, une autre atmosphère.Il est le contraire du politicien qui est déjà usé lorsqu\u2019il entre au pouvoir et qui a déjà pris des habitudes.Le politicien s'adapte aux événements, mais il est incapable de les faire.Il voit le moment, mais il est incapable de voir l\u2019époque.Il calcule d'après les nombres, jamais d'après des forces.En revanche, le grand homme d\u2019État commence par prendre conscience de sa force à lui.C'est d\u2019abord sur elle 80 l'action nationale qu'il s'appuie et qu'il compte; les autres, le nombre, ne viennent qu\u2019après.Comme le grand artiste auquel il s'apparente étroitement, il possède un génie créateur, un style qu\u2019il impose à tout ce qu'il construit.Il sculpte un type d\u2019homme qui servira de modèle à tout un peuple.Devant ce peuple et devant lui-même, il pose un but.Il unifie sa vie et celle de son peuple autour d'un idéal.Il est un être immuablement concentré; c'est ainsi qu'Emer-son définit le héros.Pour lui, l\u2019action est vraiment la sœur du rêve.Il réalise ainsi cet accord de l'action et de la pensée qui est plus exceptionnel qu'un miracle.Mais sa pensée n\u2019est jamais abstraite, jamais dans les nuages.Elle prend un peuple, une terre, une histoire dans leur totalité, dans leur essence, dans leurs constantes, à une heure où la nation doute de soi, risque de s\u2019abandonner, cherche sa route, exige une nouvelle raison d'être.Cette nouvelle raison d\u2019être, le grand homme d'Etat la fait surgir, il l'insuffle dans l'âme de son peuple que, soudain, il porte d'un élan unanime vers l'avenir.\" (Gonzague de Reynold, dans Portugal.) Arthur LAURENDEAU \".on n'est jamais vaincu que par les puissances spirituelles que l'on ne comprend pas.'' (H.de Man) Dans le numéro de mars, on trouvera une étude poussée de l'oeuvre dramatique du Père Gustave Lamarche, C.S.V., par notre critique, le père Brouillard. Où est la révolution?VOMITORIUM DE PSEUDO-RÉVOLUTIONS La jeunesse se réveille.On le dit, tout le monde le dit.Et c'est vrai.La jeunesse se révolte.Cela est aussi vrai.C'est même pour cela qu elle se réveille: crier son dégoût et son refus à un monde sordidement traître aux réalités humaines et pourri jusqu'au cœur.Nous avions toujours accoutumé de voir la scène occupée \u2014 encombrée \u2014 par un ramassis de gérontes grassouillets, égoïstes et abêtis.Aujourd\u2019hui un remous se dessine, une bousculade se produit.Les jeunes entrent.Ils apportent avec eux un grand courant d'air vif qui décroche les toiles d'araignées, et découvre dans toute sa hideur la crasse accumulée sur notre vie depuis trop longtemps.Traînée d'enthousiasme.Cependant.il y a un cependant.Non pas que je sois de l'avis de tels pleutres notoires, qui éprouvent un sadique plaisir à transir d'une douche froide nos idéals de jeunes, en étirant leurs lèvres dans un sourire de compassion méprisante \u2014 ces mêmes lèvres qui viennent sans doute de baiser le \u201cgras des reins'' à quelque britisher omnipotent.Mais il faut voir plus loin que cet enthousiasme.Par-delà cette fièvre, il faut chercher si vraiment pointent des réalités salvatrices.Si derrière ce sursaut sympathique d'une vie jusqu\u2019ici réprimée et niée, derrière ces \u201cmouvements\u201d surgis d'un jet, 82 l'action nationale ne se creuserait pas, peut-être, un vide décevant de mystique et de puissance spirituelle.Car des \u201cmouvements\" existent, qui canalisent à leurs propres fins le haut-le-cœur spontané de notre génération devant une civilisation(l) homicide.Mouvements qui clament à la jeunesse de notre pauvre pays qu'en eux est la Révolution.Toute la Révolution.Ils l'ont mis, ce mot, à la mode.Cent fois déba-goulé par des gueules plus ou moins \u201cjeunes\", il nous tombe dessus tous les jours à la façon d\u2019une brique sur l\u2019occiput.Les petits bourgeois livresques et gavés, les petits doctrinaires opiumés du stalinisme, les petits metteurs en scène de fascismes ridicules \u2014 brun ou noir \u2014 tous, depuis les déclamateurs constipés de Clarté, les comédiens ignares du P.N.S.C.,1 se croient et se disent révolutionnaires à fond de train.Naïveté ineffable.Toutes ces élucubrations de petits suiveurs d'idéologies européennes mal digérées seraient franchement hilarantes, si elles ne se révélaient le signe d'une erreur aussi grossière que fatale.Erreur archi-bébête en effet que celle qui consiste à identifier chambardement, coup d\u2019État, guerre civile à Révolution.Et erreur fatale, qui invite les jeunes à gaspiller le meilleur de leurs forces exaspérées au service de mythes alléchants, peut-être, mais pour sûr impuissants.1 Le Parti National Social Chrétien du Canada, fadasse décoction de nazisme, et de \"bonne entente\" pancanadienne. OU EST LA RÉVOLUTION ?83 On crie chez les uns: \"La race est tout.Vive la race \u201ccanadienne\u2019\u2019(sic) ! Mort aux Juifs! Le Juif, voilà l'ennemi!\" Chez d\u2019autres: \"Vive le Front Populaire! Hourra pour Staline et ses porte-verges ! Mort au capital! Que les riches payent!\u201d Ailleurs on braille à l\u2019unisson: \u201cTout pour l'État.Nous tenons pour le corporatisme d\u2019État.Merde à tout le reste!.Vive Mussolini!\" Au fond, qu'est-ce que tout ça ?Des \u201cseptem-brisades\" littéraires; un tas énorme de septem-brisades littéraires recouvrant un petit monstre hypocrite qui se terre de son mieux dans tout ce fatras de rhétorique.Car, romaine ou moscovite, la solution que l\u2019on propose s\u2019avère singulièrement fallacieuse.Fallacieuse, oui, parce que communisme et fascisme ne sont que les deux faces mal camouflées d\u2019un même janus: l\u2019ETATISME.La Révolution n\u2019est pas là qui doit dégager la personne humaine de la griffe des monstres qui la saignent.Ce n\u2019est certes pas en étouffant l\u2019homme avec le carcan de l\u2019État qu\u2019on le libérera.Et ce n\u2019est pas non plus avec des chemises (quelle que soit la couleur des chemises), des défilés, des poings tendus, des bras raidis, des vociférations à tous les diables.Et pas d'avantage en accrochant toutes ses espérances au profil d\u2019un chef, si photogénique soit-il.C\u2019est là de la foutaise toute crue, qui laissera toujours aussi tenaillante la faim au ventre de la jeunesse.Et celle, plus féroce encore, qui creuse son cœur rongé par des années d'une misère atroce.Les mouvements qui veulent asservir l\u2019homme à 84 L ACTION NATIONALE l'abstraction stérilisante de l'État s'en vont tous, dégobillage d'irréel, pourrir dans le vomitorium des révolutions manquées parce que inhumaines et dépourvues d'assises spirituelles.Qu'on ne m'accuse pas.ici, de nourrir de la tendresse à l'égard des ankylosés, des assis, qui persistent à moisir dans leur abjection, sous le falot prétexte que leur idéal (ô euphémisme!) se salirait au contact des réalités de l'action.Pas de pitié pour les jouisseurs, les profiteurs en rond, les carot-teurs qui demeurent, (cela va de soi), les plus farouches tenants du désordre établi.Les uns et les autres sont d'ignobles salauds; ils devraient être noyés dans le purin de leur hébétude et de leur veulerie.Ce ne serait que justice.Mais la vérité conserve ses droits.Que les bourgeois nous horripilent, que leurs vues nous écœurent, c'est tout simplement naturel.Et nous n\u2019avons pas tort de les détester.Toutefois, il ne faut pas nous laisser aller, pour autant, à une indulgence facile envers certains pseudo-réactionnaires, qui s\u2019imaginent nous en imposer parce qu\u2019ils lâchent de gros mots et se figent en des attitudes à la Mussolini.Pauvres cabotins qui ne sont pas loin de prendre leur nombril pour le centre de la terre.Poseurs dérisoires qui se croient personnages d'importance.Je conviens que leur agitation peut sembler plus sympathique que-l'ataraxie des bourgeois.N\u2019importe.11 faut se départir à leur endroit d'une bonasserie plutôt risible.La question est de savoir si, oui ou non, ils sont dans la vérité.C'est non ?Alors la bonhomie et le laisser-faire ne sont OU EST LA RÉVOLUTION ?85 plus de saison.Tapons à tour de bras.Les forces de la vraie Révolution sont trop belles pour les rap-petisser à l'échelle de \u201cmouvements\" qui n'en sont que la sale caricature.Elles sont trop pures pour les laisser gâcher par la bave de folliculaires ambitieux et bravaches.Sans attendre plus longtemps, réagissons.Réaction violente contre les accapareurs et les détourneurs des aspirations vers un Ordre nouveau \u2014 qu'ils trahissent \u2014 situé bien au delà des frontières barbelées du communisme et du fascisme.La vraie Révolution Où est-elle ?Sans doute dans l'instauration d'un ordre vrai \u2014 pas d'une discipline brutale \u2014 procédant de la revision active de toutes nos valeurs.Nous appuyons notre existence (pas notre vie; nous ne vivons pas) sur des valeurs qui n'en sont point.De là notre détresse.A part le christianisme, que nous vivons Dieu sait comment, nous ne réalisons aucune de ces idées-forces qui entraînent un peuple dans la voie héroïque de son accomplissement total.Au social, c'est entendu, nous roulons emportés par le flot pollué du libéralisme.Nous nous enlisons dans la plus sordide misère.Les méfaits de l'étatisme \u201clibéral'' (le paradoxe n'est que dans les mots; la chose est une réalité assise) ne se comptent plus.Nous en sommes abrutis.Au national, nous nous agrippons à des bobards inintelligents et désuets.Oh ! la revanche des berceaux, nos découvreurs, nos fondateurs!.Idiotes 86 L ACTION NATIONALE profanations de nos gloires passées, rhétorique avachissante de cuistres saboteurs de l'histoire.Pour le reste nous nous sommes presque toujours contentés des fétides lieux communs dégueulés par nos grosses bêtes de politiciens \u2014 ces abcès de notre race, ces saligauds qui spéculent sur notre naïveté et notre ignorance, pour se larder à nos dépens.Et c'est tout.Nous voilà ainsi devenus un pauvre petit peuple désaxé, désencadré, égaré par les mirages d'abstractions maudites.Un pauvre peuple brutalement arraché du cycle de ses traditions vitales.C'est là au fond le secret de notre misère, qui est avant tout spirituelle.De cette misère notre asservissement économique et notre ilotisme politique ne sont que l\u2019extériorisation brutale.Déficiences extérieures causées par des plaies internes.Le drame se joue d'abord dans notre conscience nationale; puis surgissent au dehors des événements en rapport avec lui.Les premières abdications, les premières reculades, se trament dans le plus profond des âmes.Nos lâchages ont été préparés dans les ténèbres d'âmes aveulies, saoulées d\u2019idéal à rebours \u2014 les âmes de ceux qui ont brisé avec notre vieux Passé, pour nous faire un récent passé de déviation et de lâcheté.De ce dernier, notre génération est née.Nous en portons l'inhumain fardeau.Notre tâche à nous, c\u2019est de ne pas nous laisser \"écrapoutir\" sous son poids.Et nous devons, par une Révolution vraie, casser avec les hontes qui nous précèdent, et rejoindre notre passé de beauté; en revivre la tension spirituelle. OU EST LA RÉVOLUTION ?\t87 Ne sera complète, donc, que la révolution qui arrachera la racine du mal.Celle qui s\u2019enfonce au vif des cœurs.Elle travaille en profondeur, elle est la seule réelle.La seule, en tout cas, pour laquelle il vaille la peine d'attraper des prunes et de rendre les coups.D'autres solutions( ?) peuvent paraître plus réalistes, qui s'en prennent uniquement à la manifestation sensible de nos faiblesses intérieures.Réalisme ?Non pas.Improvisation à courte vue, incapacité inavouée de cautériser nos plaies, vertige devant les réalités constituantes de notre être: grandes blessées qu\u2019il faudra tout d'abord guérir.Où est la Révolution ?Dans la mystique qui insérera de nouveau notre âme dans l'orbite de nos réalités vitales ressaisies, revécues avant qu\u2019il ne soit trop tard.Une inquiétude confuse, informulée nous travaille.Elle mord sans lâcher prise, en pleine chair de notre cœur oublieux.Nous nous sentons toujours insatisfaits, quoi qu\u2019en jabotent certains traîtres \u2014 sénateurs gâteux, politiciens rampants, cuistres pourris de crétinisme.Nous nous savons à mi-chemin, n\u2019ayant pas encore atteint l'expression parfaite du type canadien-français.Cependant une mystique se formule, plus précise toujours et plus passionnément belle.L'idéal \u2014 la réalité \u2014 d'une Laurentie rédimée, où se consommera notre accomplissement intégral, empoigne notre âme par ses sommets éternels et s'avère le seul aboutissement logique d\u2019une révolution nationale.Par la force même des choses, la Révolution de 88 L ACTION NATIONALE l'Ordre Laurentien, après avoir pris corps dans les consciences, se cristallisera dans les faits en des \"institutions à hauteur d\u2019homme\".Le jour où elle s\u2019instaurera, notre vie aura commencé de s'épanouir.* * * Est-ce assez ?Peut-être pas.Pour ceux qui, peu accoutumés à une telle attitude, n en saisiraient pas encore le sens, j'ajouterai ceci: La Révolution ainsi proposée n'est pas \u2014 quoi qu'en pensent certains plumitifs \"dynamiques \u2014 une position où l'on se réfugie par peur des coups.Loin de là.La preuve en est qu elle se situe en dehors du communisme, du fascisme et du libéralisme, c\u2019est-à-dire exposée aux crocs acérés de trois meutes.Cependant si elle ne s\u2019accomplit pas avec la rondeur du coup d État fasciste et du chambardement communiste, elle a, par ailleurs, 1 immense avantage de s'enraciner en pleine réalité de 1 homme.A ce dernier une mystique est d'abord inculquée.Son âme est prise.Elle commence par mener contre elle-même la Révolution.Puis elle s attaque au mal extérieur.Ce qui différencie cette attitude du fascisme et du communisme, \"réactions\u2019 bâtardes où il n'est que de s'embrigader, adhérer, défiler, boxer.La belle affaire en vérité! Nos positions sont plus austères sans doute, mais aussi bougrement plus humaines.Voici d\u2019ailleurs quatre textes de Daniel-Rops qui les justifient à merveille: OU EST LA RÉVOLUTION ?89 \"A l'aveulissement où nous entraîne le goût de la facilité, nous opposons, (rendant à ce mot toute sa signification de risque et de liberté), cette formule où nous voulons exprimer notre loi spirituelle: vivre difficilement.\u2014 Prôner une \u201crévolution tactique qui mettrait en jeu des forces de haine, de peur, de stupre, de lucre n'est point notre fait.\u2014 On n'a pas fait la Révolution quand on a instauré la dictature d'un parti ou d'une classe.\u2014Il faut revenir aux hiérarchies véritables: spirituel d'abord, économique ensuite, politique à leur service.Tout le reste est mensonge.Guy FRÉGAULT Un abonné qui oublie de signer sa lettre, nous adresse le prix de son réabonnement en n'indiquant que son adresse, 5494 rue Lafond.Cet abonné voudra bien le plus tôt possible nous indiquer son nom.Nous allons demander à tous les professionnels de la pédagogie de lire attentivement dans l'article d'Etienne Robin, le passage relatif à l'enquête menée par des savants dans le monde presqu'entier, quand à la valeur intellectuelle du bilinguisme.Sous prétexte d'utilitarisme, veut-on tuer les intelligences chez nous. Politique extérieure Quelles que soient les opinions qui divisent entre eux les citoyens d'une même patrie dans le domaine intérieur, les mêmes hommes sont généralement d\u2019accord sur la politique extérieure de leur pays.La France, l'Angleterre, l'Italie, l'Allemagne ont dans le monde des intérêts dont la défense commande presque toujours 1 adhésion de tous les partis, de toutes les factions.En Suisse, en Belgique, en Hollande, dans les pays Scandinaves, pays pacifiques, sans colonies ou impuissants à défendre les leurs, sans comptoirs dispersés dans tous les coins du monde, les partis sont encore d'accord dans le domaine extérieur ; mais, chez ces derniers, 1 union se fait autour du principe de la neutralité.Normalement, n\u2019ayant pas d intérêt propre à défendre dans le monde, le Canada devrait appartenir à cette seconde catégorie.Mais, hélas! le nationalisme canadien est si faible qu il ne peut rallier l'ensemble de nos compatriotes à une politique pourtant toute naturelle de neutralité.Nous avons l\u2019exceptionnel malheur, nous Canadiens, de nous diviser profondément la où les autres peuples trouvent un terrain d entente.C est 1 impérialisme britannique qui nous vaut ce grave désordre.Il fausse chez un bon nombre l'idée de patrie, qu\u2019il étend aveuglément à l\u2019Empire bri- POLITIQUE EXTÉRIEURE 91 tannique, dont les parties ont pourtant des intérêts souvent opposés.11 va jusqu\u2019à étouffer chez certains jusqu\u2019à l'instinct même de conservation.Trois faits capitaux devraient pourtant rallier tous les Canadiens à une politique de neutralité: les conséquences de notre participation à la guerre de 1914, l\u2019inutilité de cet effort et le Statut de Westminster.Commentant une enquête faite l\u2019an dernier par la Free Press de Winnipeg sur les conséquences de la guerre de 1914, M.Georges Pelletier démontra aux lecteurs du Devoir que le coût de notre participation à ce grand conflit européen s'élevait, à la fin de 1935, à la somme vertigineuse de $4,341,488,904.C\u2019est douze fois notre dette fédérale au mois de juillet 1914, faisait encore remarquer M.Pelletier.Et à cela il faut ajouter 50,000 morts et combien d\u2019invalides! L\u2019Allemagne hitlérienne vient de détruire le peu qui restait du traité de Versailles en réclamant ses anciennes colonies.La Société des Nations avait déjà perdu son prestige et son autorité par son impuissance à empêcher la conquête de l\u2019Ethiopie.La coopération canadienne à la guerre de 1914 a été pour nous un inutile affaiblissement et cela ne comporterait aucune leçon ?Le Statut de Westminster, sanctionné le 11 décembre 1931, devrait unir tous les Canadiens sans distinction d\u2019origine.Pourquoi en effet un tel certificat de majorité, qui fait d\u2019Ottawa l\u2019égal de Londres, ne serait-il pas pris au sérieux par la Colonie d\u2019hier ?Le vieux fond colonial n'est donc 92 l'action nationale pas mort.L'esclave ne peut-il pas croire à son affranchissement ?Heureusement des bouffées d\u2019air frais se font sentir ici et là.En voici quelques exemples.Sans parler des précurseurs de notre nationalisme, les Bourassa et les Ewart, sans parler des agents mêmes qui ont fait évoluer les Dominions dans le sens de la personnalité internationale, MM.King et Lapointe, à Ottawa, à Londres et à Washington, M.Dandurand à Genève, et même M.Borden, à Versailles, en 1919 \u2014 mais n'oublions pas que celui-là avait fait tout le contraire à Ottawa en 1914 et en 1917 \u2014 sans parler de notre infatigable sentinelle, M.Héroux, qui a peut-être fait entendre chez nous le plus perçant cri de ralliement avec son \"Va pour l'indépendance, et va pour la république!\" en réponse, un jour, à 1'Evening Journal, sans parler de ces noms connus, il n'est pas mauvais d\u2019en souligner quelques autres.Ainsi le général McRae a déjà affirmé \u201cêtre prêt à organiser une armée pour empêcher le Canada de participer à une nouvelle guerre\".On se rappelle la demande enflammée du P.Bryan, S J., au Queens, devant un groupe de vétérans: \"Allons-nous nous laisser de nouveau entraîner dans la bagarre européenne ?\u201d Et, tout récemment, des ministres de la \u201cUnited Church\" de Toronto qui se sont élevés contre la fabrication de munitions de guerre dans les usines canadiennes.Et, presque en même temps, les \"United Farmers of Ontario\" POLITIQUE EXTÉRIEURE 93 réunis en congrès, encore à Toronto, demandent à leur tour à M.King de faire reconnaître l\u2019indépendance absolue du Canada à la prochaine conférence impériale.Ici la question deviendra plus délicate que les membres du congrès ne le supposent s'il est vrai que les premiers ministres des Dominions seront logés cet été au palais même de Buckingham, au couronnement du roi, et que des soldats en faction seront placés sous la fenêtre de chacun d\u2019eux! Commentant le discours de M.Roosevelt à Rio de Janeiro, M.Hepburn n'a-t-il pas dit, de son côté: \"J\u2019approuve complètement son attitude.Si une autre guerre se prépare en Europe, l\u2019Europe mérite ce quelle attrapera et je ne crois pas que les peuples de ce continent doivent s\u2019en mêler''.Enfin, le Rév.Scott, de United Theological College \", prenant la parole devant les membres du \"Montreal Youth Congress\", aux quartiers généraux de la \"Young Men\u2019s Christian Association\", a insisté sur la nécessité \"d'empêcher notre pays et notre gouvernement de s\u2019engager au point qu\u2019il ne nous soit plus possible de nous dégager\" dans la voie de la guerre.Varsity, l'organe des étudiants de l\u2019Université de Toronto, s\u2019est vigoureusement opposé à nos préparatifs actuels de guerre.A ces manifestations de bon sens autant que de nationalisme canadien, on peut rapprocher d\u2019autres manifestations illustrant l\u2019état d\u2019esprit des autres Dominions.L'Irlande se classe ici au premier rang.Toute sa politique révèle cette maturité d\u2019esprit qui anime les États majeurs.L\u2019attitude 94 l\u2019action nationale de M.de Valera, à l'heure imprévue de l\u2019abdication du roi Edouard VIII, souligna une fois de plus les fortes qualités de ce politique fier, avisé et clairvoyant.L\u2019Afrique-Sud donne aussi de beaux exemples de dignité humaine et de dignité nationale.Il n\u2019y a pas si longtemps M.Pirow, ministre de la Défense de l\u2019Afrique-Sud, disait aux membres de la conférence impériale de la presse réunis au Cap de Bonne-Espérance: \"Notre expérience du passé nous enseigne que, si la guerre éclatait et que le gouvernement entreprenait imprudemment de nous engager dans une autre guerre au delà des mers, il y aurait des désordres considérables, peut-être même une guerre civile.C\u2019est pourquoi, bien que nous vivions dans la plus grande harmonie, le gouvernement ne participera à aucun plan général de Défense impériale\".Le chef de l\u2019opposition parlementaire de l\u2019Afrique-Sud, M.Malan, disait à propos des sanctions contre l\u2019Italie: \"L\u2019Afrique-Sud doit exercer son droit de demeurer neutre.Si le gouvernement s\u2019écarte de cette voie, l\u2019opposition le combattra de toutes ses forces\".A la fin de décembre dernier les membres du parti national indien, réunis en congrès à Faizbur, votaient une résolution s\u2019opposant à la participation de l\u2019Inde aux guerres de l\u2019Empire britannique.Au Canada que voyons-nous à côté et contre nos manifestations nationalistes, auxquelles, remar-quons-le, les vieux partis qui se succèdent au pouvoir sont généralement étrangers ?Notons ici que le parti libéral agit, par intermittence et discrètement, dans le sens nationaliste, mais tout en POLITIQUE EXTÉRIEURE 95 ménageant le plus possible le sentiment impérialiste et que le parti conservateur se fait, lui, le champion de ce même impérialisme.Nous sommes en ce moment les témoins d\u2019une profonde agitation impérialiste.M.Norman MacKenzie, de l'Université de Toronto, un vrai croque-mitaine, cherche sans cesse à effrayer ses compatriotes.Il imagine des hypothèses dont la conclusion, toujours la même, se résume à ceci: demeurons liés, tout transis, à la fortune de l'Angleterre.Un autre jour c'est M.W.-A.Bishop, vice-amiral d'aviation, qui soutient que l\u2019isolement du Canada est une politique à courte vue.M.Howard Furguson, ancien haut-commissaire à Londres, a fait entendre la même note.A peine arrivé d'Angleterre, où il a préconisé 1 immigration du point de vue britannique, M.Bennett s'empresse de féliciter M.King d'avoir suivi M.Baldwin dans tous les détails des procédures qui ont ratifié l'abdication du roi Edouard VIII et la succession du roi George VI; et l'on peut être sûr qu'il ne critiquera pas le présent budget de guerre, à moins qu'il ne le trouve trop mesquin.M.Meighen s\u2019est appliqué, au sénat, à démontrer aux Canadiens qu'il ne faut pas tirer parti de notre situation d'Américains.\"La doctrine Monroe ne s'applique pas au Canada\" a-t-il dit et il a ajouté que \u201cla première ligne de défense du Canada et pour tout le continent de l'Amérique du Nord, c'est l'Empire britannique\".Et l'on sait la propagande intense d'un certain nombre de journaux anglo-canadiens. 96 L ACTION NATIONALE Toute cette campagne est appuyée à certains moments par des agents d'Angleterre.Un lord Elibank nous donne des conseils, un lord Thanker-ton lui succède.L\u2019année 1936 a connu sous ce rapport une intervention d'un genre nouveau.Notre gouverneur général lui-même, lord Tweeds-muir, fit une petite incursion dans le domaine politique, qui lui est pourtant interdit.Après ses discours de Vancouver et de Calgary, l'été dernier, il paraît être revenu au parti du silence.M.King lui aurait-il conseillé de ne pas aller trop loin dans la voie périlleuse de la politique ?C'est possible.Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas, au Canada, le bonheur de connaître l'accord des esprits et des cœurs en politique extérieure.Aussi y eut-il vraiment lieu de nous étonner quand nous apprîmes successivement l'achat d'avions militaires par Ottawa, pour un demi-million de dollars; puis l'achat de deux destroyers \u201cpour remplacer le Champlain et le Vancouver\" ; puis la réorganisation de la milice; puis la fabrication des armements pour l\u2019exécution du programme de défense du gouvernement canadien \"ou qui seraient destinés à la Grande-Bretagne\u2019\u2019! Puis ce fut, en octobre dernier, la \u201cdéclaration\" de notre ministre de la défense, M.Mackenzie, prélude de notre budget de guerre de 1937! Oui, ce M.Mackenzie, qui avait répliqué si crânement à lord Elibank, nous préparait dès lors à accepter les réformes prêchées POLITIQUE EXTÉRIEURE 97 par le même lord Elibank! C\u2019est à se demander dans que! esprit avait été donnée la réplique.Quelques jours après cette \"déclaration'' de M.Mackenzie, M.Héroux a mis en lumière, sous le titre de \".Except Canada\", un extrait de la revue londonienne Round Table, où il était écrit: \".si le Commonwealth était attaqué, ce serait par une ou plusieurs des puissantes dictatures, et si cette dictature l\u2019emportait, la sécurité de toutes les parties du Commonwealth, le Canada excepté, serait un grave danger.\u2019\u2019 La justesse de ce point de vue fut confirmée, quelques semaines plus tard, par l\u2019assurance Lloyds, de Londres, qui suspendait l\u2019assurance des risques de guerre partout dans le monde, excepté au Canada et aux Etats-Unis.Le discours de M.King à Genève avait fait une bonne impression dans les milieux nationalistes du Canada.S\u2019en remettre au parlement du Canada avant de décider si notre pays doit participer à un conflit dans lequel les autres nations du Commonwealth sont entraînées et pour savoir dans quelle mesure il doit y participer, cela a paru acceptable à tout esprit nationaliste, tout en étant loin de l\u2019idéal.Faisons ici le silence sur sa foi persistante dans la Société des Nations.Meilleure a été la déclaration de M.King en réponse au discours du président Roosevelt prononcé à Rio de Janeiro en novembre dernier.Il 98 l\u2019action nationale a relevé en homme d'Etat l\u2019allusion faite au Canada par M.Roosevelt.Passons par-dessus sa seconde déclaration sur le congrès même de Buenos-Ayres et sur l\u2019Union panaméricaine de Washington.Pourquoi le même M.King a-t-il, dans la pratique, prêté une oreille si favorable aux \u2018\u2018prédicants\u2019\u2019 de l\u2019impérialisme britannique ?Car ni lui dans sa déclaration de la fin de janvier, et encore moins M.Lapointe, dans son discours du 4 février, n\u2019ont convaincu les nationalistes canadiens de la nécessité de nos préparatifs militaires.Ces messieurs se font illusion s\u2019ils croient que le public n\u2019a que des idées confuses sur la qualité et l\u2019inspiration du patriotisme des chefs de gouvernements.Bon nombre de Canadiens, qui voteraient les yeux fermés tous les \u201cdestroyers\" que le pays pourrait payer à la demande d\u2019un premier ministre genre de Valera s'inquiètent à la pensée que M.King nous fait construire une simple chaloupe à moteur.Le Montreal Star du 5, qui s\u2019est montré satisfait de M.Lapointe, pour la plus grande punition de ce dernier, a écrit que son discours fera époque.Oui, il fera époque, mais comme coup d\u2019aviron à gauche, vers l\u2019impérialisme.M.Woodsworth avait proposé que le Canada oriente sa politique extérieure suivant ces trois données: 1 0 Le Canada, étant donné la situation internationale actuelle, devrait, dans le cas de guerre, demeurer strictement neutre quels que soient les belligérants.20 L\u2019on ne devrait en aucun temps permettre POLITIQUE EXTÉRIEURE 99 à des citoyens canadiens de réaliser des profits à même les fournitures de munitions ou de matériaux de guerre.3° Le gouvernement du Canada devrait employer tous les moyens pour découvrir et faire disparaître les causes de conflits internationaux et d'injustice sociale.A moins que les mots et les idées qu\u2019ils expriment n aient plus aucun sens objectif, tout patriote devait voter une telle résolution.Connaissant M.Woodsworth, il est clair que plusieurs peuvent et doivent contester l\u2019à-propos des remèdes sociaux qu\u2019il a déjà préconisés.Mais, dans sa resolution, il n\u2019en proposait aucun.Et 1 intérêt du pays, en particulier celui de nos enfants, réclamait le vote unanime de cette résolution.L\u2019on comprend, après le rejet de cette proposition, cette réflexion de M.Salazar dans la préface du livre de M.Ferro: \"L\u2019esprit de groupe est tellement enraciné en nous et celui de nation 1 est si peu que des solutions politiques, absolument logiques dans l'orientation nationaliste, n\u2019arrivent pas à être comprises et sont souvent critiquées par ceux-là mêmes dont la mentalité est au-dessus de tout soupçon \".En parlant de la sorte le grand chef portugais voyait dans son pays un mal, qui, hélas! existe chez nous.Les intérêts personnels et les intérêts de partis empêchent une foule d honnêtes gens de comprendre qu'en se refusant à etre franchement nationalistes dans leur patrie ils servent le nationalisme d\u2019une autre patrie.L\u2019impérialisme britannique, le grand obstacle au nationalisme cana- 100 L ACTION NATIONALE dien, est-il autre chose que le nationalisme de 1\u2018Angleterre ?M.Lapointe vient de dire à la Chambre: \u201cMon ami (M.Woodsworth) a-t-il songé que si sa résolution était adoptée, cela entraînerait notre sécession de l\u2019Empire britannique?A cause de notre status constitutionnel, une déclaration de neutralité signifierait qu'un ennemi de notre roi pourrait être notre ami, que nous pourrions commercer avec cet ennemi de notre roi, que nous pourrions lui vendre du matériel de guerre.\" Et plus loin il a ajouté: \"Il y a toute la différence du monde entre la neutralité et la belligérance passive \".Pourquoi M.Lapointe n'a-t-il pas alors proposé la belligérance passive comme politique extérieure du Canada, puisqu'il ne voulait pas de la neutralité ?Quelle qu'ait été l\u2019éminence de son rôle dans l'évolution constitutionnelle et nationaliste de notre pays, le Star 1 a dit, ce discours fera époque, car c'est faire de l'impérialisme et du bel impérialisme que de dire que la neutralité entraînerait la sécession de l'Empire britannique.S\u2019il en était ainsi on aurait pu en dire autant de l'incident de Chanak, de notre refus de signer le pacte de Locarno et de notre refus de nous aventurer trop loin dans l'affaire d\u2019Ethiopie.* * Comme M.Héroux l'a écrit bien des fois, comme M.Siegfried l'a récemment fait remarquer, comme M.Bourassa vient de le redire encore au Twentieth POLITIQUE EXTÉRIEURE 101 Century Institute, le Canada est d'Amérique et nous devons en profiter.La politique extérieure naturelle du Canada est celle des petits pays pacifiques d'Europe: la neutralité.Et pourquoi ne pas tirer parti des avantages géographiques de notre pays pour la proclamer et l'appliquer ?La récente attitude de la Belgique aurait dû nous servir de leçon concluante.Après avoir connu la gloire de l'indépendance absolue à 1 issue de la grande guerre et avoir participé au pacte de Locarno, la Belgique, sur le sage conseil de son sympathique roi Léopold 111, a annoncé au monde en octobre dernier sa nouvelle politique étrangère: la neutralité.Les deux motifs déterminants de cette décision valent pour le Canada : 1 effondrement du prestige de la Société des Nations apres la conquête éthiopienne et la rupture du pacte de Locarno par le réarmement de l'Europe.Quoi qu\u2019en pensent MM.King, Lapointe et M.Bennett, la longue série de leurs partisans, lord Tweedsmuir et tous les autres lords d Angleterre qui n\u2019ont rien à voir dans nos destinées, la neutralité devra être un jour la formule de notre politique extérieure.Célébrant le 645e anniversaire de sa patrie, M.Jaccard, consul général de la Suisse, disait à Montréal, en août dernier: \"La neutralité est un véritable dogme.Sur ce point, tous les hommes d'État suisses sont d\u2019accord\".Vu la pauvreté des convictions nationalistes des Canadiens tenons sous les yeux de nos hommes de bonne volonté le fruit de l'expérience, vieille de six siècles et demi, 102 l'action nationale de ce vaillant pays, composé comme le nôtre de civilisations différentes.Parlant ensuite de la politique intérieure de son pays, M.Jaccard nous a fourni une autre formule précieuse: \u201cTous les politiques de mon pays, a-t-il ajouté, évitent tout ce qui pourrait mettre en danger la solidarité nationale\".Souhaitons tous que ce qu\u2019ont accompli dans les Alpes, près de leurs sources respectives, des hommes issus de trois civilisations aussi dissemblables que l'allemande, la française et l'italienne, se réalise chez nous, avec l\u2019aide du temps, par les rameaux français et anglais qui ont bâti la confédération canadienne.Anatole VANIER Parmi les laïques du Conseil de l\u2019Instruction Publique, nous connaissons au moins un homme cultivé et qui, pour l\u2019instant, représente vraiment les intérêts supérieurs de la culture française.Et nous sommes forcés de le nommer: c\u2019est M.Antonio Perrault.Sans cela, quelqu\u2019Abénaki pourrait s\u2019y tromper et désigner à ce poste d\u2019honneur un certain auteur de mémoire secret contre le patriotisme et même contre l\u2019influence indue.Et ce bonhomme qui est politicien dans l\u2019âme, serait capable d\u2019aller raconter cela à ses amis du club de la Réforme des dieux tombés, ou de se jeter dans les bras de son frère, son complice, qui partage son manteau couleur de muraille. Le révérend Père Louis-Marie, O.C.R., professeur à l'Institut Agricole d'Oka, qui a déjà publié un bon Manuel de Botanique, livre maintenant au public un volume élémentaire de Génétique.On entend par Génétique l\u2019étude expérimentale de l'hérédité.Il n\u2019y a guère à l'heure actuelle de problème\u2014plus complexe et plus important.Un nombre considérable de chercheurs travaillent sur cette question ; les législateurs de plusieurs pays, aux aguets, se hâtent de codifier pour ce qu'ils prétendent être le bien du peuple les notions à peine sorties du laboratoire.Les scientifiques de toute dénomination, voire le grand public, ont donc besoin d'être renseignés autrement que par les romanciers ou les philosophes.On reprochera sans doute, \u2014 dans ce pays où tout est mal qui est fait par d\u2019autres que soi, surtout si cet autre est Canadien français \u2014 au Révérend Père Marie certaines inexactitudes et certaines insuffisances de son Traité.On oubliera de signaler, comme il serait juste, l\u2019effort énorme, soutenu, original qu'a fourni, pour rédiger un tel volume, le distingué professeur de Botanique.Nous estimons pour notre part que le Manuel de Génétique du Révérend Père Louis-Marie témoigne, une fois nouvelle, de l\u2019excellente besogne accomplie à l'École d\u2019Agriculture d\u2019Oka.Joseph BOISDORÉ Se battre?.contre qui?\"La voix du Parlement sera la voix de la nation.\" Mackenzie King Ceux qui regardent avec attention la carte de l'Europe d'après-guerre ressentent, comme une blessure, la profonde atteinte au bon sens des nouveaux regroupements territoriaux.Ce malaise s'accroît chez ceux qui n'oublient pas la situation respective des pays européens, en 1914.On semble avoir voulu éprouver cette maxime, doublement fausse: la raison du plus fort est toujours la meilleure.Momentanément, peut-être.Mais dans la vie des peuples, le refoulement des ambitions légitimes forme un levain de haines et de perturbations.Si bien que nous en sommes arrivés, moins de vingt ans après l'armistice, à redouter le fléau d'un conflit.Les chancelleries s'émeuvent et surveillent minutieusement les moindres incidents, les déclarations officielles se font grosses de menaces, les opinions divisées s'entrechoquent dans une même appréhension: la guerre.Cette tension énerve jusqu'à notre continent, pourtant si éloigné de ce que Wladimir d'Ormesson se plaît à nommer la bouilloire européenne.De nombreuses années, la Grande-Bretagne a cru en Genève; le désarmement universel lui paraissait un rêve bien séduisant.Depuis, elle a dû déchanter. SE BATTRE ?.CONTRE QUI ?105 Par tous les moyens, elle tend à reprendre le terrain perdu.Un journaliste anglais parle même de conscription.Il est certains faits dont la simultanéité ne peut laisser indifférent.Cette nouvelle orientation de la politique militaire de l'Angleterre, la croisade impérialiste de personnages de qualité, l'accroissement des budgets d'armements dans les différents pays du Commonwealth, tout cela n\u2019est-il pas dangereux ?Tout cela surtout ne procède-t-il pas d'une pensée commune, d\u2019une pensée qui n\u2019est pas canadienne dans ses origines ?* * Les journaux ont signalé quelques faits éloquents au sujet des perfectionnements apportés à notre ministère de la Défense nationale.Il n\u2019est pas sans intérêt de se les rappeler.Nos crédits militaires atteindront, pour l'exercice 1937-38, la somme de $34,999,871, soit une augmentation nette de $15,820,786, si on se reporte à l\u2019exercice précédent, complété par des mandats spéciaux et par les crédits supplémentaires de l\u2019année.Cette majoration devient encore plus effarante, si l\u2019on tient compte du fait que deux item importants n\u2019apparaissent plus à l\u2019addition: le contrôle de l\u2019aviation civile ($1,638,957) et les camps de chômeurs ($2,770,687).Nous n\u2019exagérons donc pas en affirmant que l\u2019augmentation dépasse les vingt millions. 106 L ACTION NATIONALE C'est surtout le service aérien qui en tire profit' de $4,685,028 à $11,319,650.On en juge mieux par les plus récentes acquisitions: 15 avions de combat; 3 avions de coopération; 7 hydroplans; 24 avions de bombardement ; 11 avions lance-torpilles; 18 avions de reconnaissance côtière; 27 avions d'entraînement.On avouera que c\u2019est là un bel effort! A même les subsides présentés à l\u2019approbation des Communes, on construira aussi divers édifices à destination militaire, notamment en Nouvelle-Écosse, à Ottawa, à Trenton, à Vancouver.Toutes ces dépenses nouvelles prennent un sens particulier, quand l\u2019on s\u2019arrête à penser que l'an dernier les pensions militaires nous ont coûté exactement $41,500,000, et l\u2019assistance aux soldats, $4,200,000.Pourquoi d\u2019ailleurs s\u2019arrêter à ces infimes détails, quand nous savons que notre participation de 1914 et ses suites nous ont appauvris de plus de 4 milliards de dollars ?Pour un pays de 10 millions d\u2019habitants.Il n'y a pas lieu d\u2019insister.Tout accroissement de crédits militaires équivaut à nous rapprocher de l\u2019échéance.Et l\u2019échéance pourrait se marquer par la faillite.Mais il y a peut-être plus grave.Un de nos représentants les plus vigilants, M.Jean-François Pouliot, député de Témiscouata, a obtenu d\u2019intéressantes précisions.Il appert que depuis 1935 10 officiers de l\u2019armée anglaise sont à notre service, en échange d\u2019un nombre égal des nôtres, partis en Angleterre se rompre aux méthodes britanniques. SE BATTRE ?.CONTRE QUI ?107 Deux relèvent du service naval, six du service de la milice, deux du service aérien.A quoi veut-on en venir ?Ces mutations ne peuvent avoir qu'un but: favoriser l\u2019entente entre les autorités militaires et travailler dans une pensée commune, en vue d'un objet identique.Le moins que l'on puisse dire, c\u2019est qu'il existe une collaboration très étroite.* Voilà quelques faits, choisis entre mille.Nous assistons, on le sent bien, à un vaste mouvement d'ensemble, savamment calculé.Saurons-nous le déjouer ?Quelle est à ce sujet l\u2019attitude de nos partis, exprimée par la voix de leurs chefs ?Le sentiment du gouvernement libéral s'éclaircit davantage.Pendant longtemps, par un jeu d\u2019une simplification excessive, on a feint d'attribuer aux conservateurs tout l\u2019odieux de notre douloureuse équipée, comme si Laurier lui-même n\u2019y avait pas consenti.Aujourd'hui, les deux \u201cgrands\" partis renferment tous deux des impérialistes.Si le parti libéral se montre en général plus réfractaire à joindre la politique militaire de Londres, c\u2019est qu\u2019il compte de nombreux Canadiens français.Les déclarations de Mackenzie King ne sont pas rassurantes.Le chef libéral a beau se réclamer de l\u2019école du juste milieu (Ah! la grande pitié des modérés!), les Canadiens ont raison de craindre qu\u2019il n'obéisse avec trop d\u2019empressement à l'appel du cabinet anglais, du moins à ses suggestions, 108 L ACTION NATIONALE lors de la prochaine conférence impériale, le printemps prochain Car, à y regarder de près, la thèse de M.King n'est qu'un trompe-l\u2019œil.\"Le parlement canadien se réserve le droit de déclarer, d après les circonstances du moment, si, et dans quelle mesure, le Canada participera aux conflits où peuvent se trouver engagés d'autres membres du Commonwealth \".Or, qu\u2019est-ce que le parlement, sinon une réunion d'hommes, élus souvent arbitrairement, et qui ne peuvent prétendre représenter adéquatement l'opinion du pays.Serrons la question davantage.Le parlement, c'est le parti au pouvoir, surtout s\u2019il est assuré d'une forte majorité.Dans cette majorité, ce sont les ministres qui imposent leurs volontés.Si bien qu\u2019en définitive, le sort de la paix et de la guerre appartient à un groupe peu nombreux, lui-même accessible à la pression des grands commanditaires.C\u2019est dire que notre sécurité, assurée par l\u2019argumentation de M.King, est tout simplement chimérique.Le discours de M.Ernest Lapointe ne modifie pas cette impression.Nourries de poncifs démocratiques, qui sentent le fagot, ses remarques habiles ont ébranlé les velléités de résistance des députés canadiens-français.Ce discours, qui n\u2019apporte aucun argument original, n'en aura pas moins eu une profonde répercussion.Du côté conservateur, aucun appui à attendre.On ne renie pas si vite une tradition, que diable! Il y aura certes des \"Je vous l'avais bien dit, quand j etais au pouvoir \", mais enfin, l'approbation, spontanée ou boudeuse, viendra. SE BATTRE ?.CONTRE QUI ?109 Reste M.Woodswortb.Je l'écris sans hésitation: cet homme-là fait honneur au Parlement canadien.Ses idées sociales ne sont pas les nôtres.On n'éprouve que plus de joie à le rencontrer sur un terrain d'entente.M.Woodsworth est l'un de nos rares parlementaires qui aient compris que le Canada est pays d'Amérique.Il le dit sans ambages, il bataille ferme pour faire admettre les conséquences de cette réalité.Qui ne reconnaîtrait la noblesse de cette phrase, prononcée l'autre jour à la Chambre: \"Si je puis l'éviter de quelque façon, je n'ai pas l'intention de sacrifier mes-fils et les fils de mes voisins, dans le but d'aider à supprimer les races indigènes, à permettre à quelques capitalistes d amasser des fortunes, tout cela au nom du patriotisme\".Il y a des gens qui ont dû se croire visés.M.Woodsworth se rend au bout de son raisonnement.Si l'Empire est un facteur de guerre, rompons.Il ne sert de rien de suivre aveuglément la politique de Londres, quand il est prouvé que nous n'en retirons guère de bénéfices.A cette impitoyable logique, quels sont nos représentants qui auront le courage de se rallier ?S'adressant à M.Woodsworth, M.Lapointe lui disait: \"Mon ami a-t-il songé que si sa résolution était adoptée, cela entraînerait notre sécession de l'Empire britannique ?\" Voilà le grand mot lâché.Pour éviter pareille calamité, nos gouvernants sont prêts à sacrifier notre neutralité.Pour l'amour de George VI, nous irions nous faire trouer la peau à 110 L ACTION NATIONALE Chypre, au Sierra Léone ou aux îles Fidji ?.Allons donc! Cette session-ci, on ne saurait trop le répéter, est d'une importance vitale pour notre pays.Il est temps d'établir nettement nos positions.Si le bien paix exige notre sécession de l\u2019Empire, n'hésitons pas.Plus tard, il sera trop tard.Quand nous aurons vainement offert le sang de nos jeunes hommes et acculé le Canada à la banqueroute, non, vraiment, il ne sera plus temps! Que nos gouvernants, que nos représentants le sachent bien: ceux qui n'ont pas trente ans ne consentiront pas de gaîté de cœur à mourir mesquinement.Avant de combattre en mercenaires, dans les armées européennes, ils lutteront ici-même, sur leur sol.La désagrégation, tant redoutée, du corps fédératif, ne sera pas loin, quand la conscription sera proclamée.Il vit sans doute au Canada, il vit sûrement dans Québec, une génération qui n'acceptera pas la servitude, \u2014 une jeunesse qui ne consentira pas à tuer, pour le bénéfice de quelques exploiteurs.Des ennemis ?Les Canadiens n\u2019en ont pas ! Roger DUHAMEL, des Jeune-Canada Montréal, février 1937. Pour vivre L'impérialisme militaire Nous y revenons.Nous y serons dans quelques semaines.Il n'y a qu\u2019à lire les déclarations fuyantes de nos cheufs à Ottawa, pour en être persuadé.Ce sont les mêmes topos, les mêmes bobards, les mêmes discours gluants qu'en 1914.Ceux qui se flattent d'une réaction énergique de notre députation canadienne-française, décidément, n\u2019ont rien appris.Que l\u2019esprit de courage triomphe en quelques nobles unités, possible.Mais l\u2019histoire de nos soixante-dix ans de Confédération est là: à quelle heure, à quel moment tragique de notre vie, députés, sénateurs, ministres canadiens-français, si ce n'est à l\u2019état d\u2019infime exception, ont-ils sacrifié le parti à leur conscience, à leur province, à leur pays ?Pour espérer, en l\u2019an 1937, cet inespéré sursaut, il faudrait que le \u201cbeau grand parti\u2019\u2019 ne fût plus \u201cle beau grand parti\", que les cheufs ne fussent plus les \"grands cheufs\", que la discipline du troupeau parlementaire fût tenue pour chose méprisable.Or, on est bien prié de nous le dire: qu\u2019y a-t-il de changé en l\u2019idéologie de ces politiciens primaires pour les trois quarts, équipe usée, vieillie dans le sérail, et qui n'en a jamais eu que les horizons ?L\u2019effarant, n'est-ce pas d\u2019entendre pérorer, à la radio, ou sur les hustings, la plupart de nos politiciens de l'heure : fédéraux, provinciaux, municipaux ?On dirait des revenants de 1880, des esprits sans la 112 l'action nationale moindre antenne.Entre eux et 1 état d'esprit actuel de leur province, entre eux et la jeune génération, il ne se peut manque de contact plus absolu, écart plus énorme.Écoutez, par exemple, leurs palabres de ce temps-ci sur la bonne-entente, les deux Grandes Races \u201d, palabres qui se répondent comme un écho et qui, sans doute, répondent à un mot d ordre.Et c\u2019est de pareilles gens que l'on voudrait attendre le miracle d'un sursaut fier et général, d'une magnifique rébellion contre le grégarisme partisan! Certes, nous ne l'oublions pas: cette nouvelle campagne d\u2019impérialisme militaire se présente avec des aspects d'un odieux tout particulier: nous ployons encore sous le fardeau d impôts que nous a valus une première et sinistre folie; nous allons jeter des millions dans la caisse des marchands de canons étrangers quand, petit peuple de dix millions, nous avons à nourrir un million de crève-faim; la guerre, la préparation à la guerre, prennent, en ces conditions, le caractère d une course au suicide, et peut-être d'une provocation à la guerre civile.On s'insurge contre ce budget militaire au nom du nationalisme canadien ; c\u2019est pour l\u2019ordre public, pour la vie même du pays qu'il est surtout menaçant.Nous savons tout cela.Mais nous savons aussi que les milieux parlementaires sont, en tous pays du monde, les moins sensibles au sentiment de l'intérêt public et qu'à l'heure actuelle tous les peuples qui ont le bonheur de vivre en démocratie, ont à se protéger contre leurs parlements.Mais alors, nous dira-t-on, mal sans remède que le nôtre ?Non pas.Les gens sans POUR VIVRE 113 courage, c\u2019est assez naturel, sont fort accessibles à un sentiment de moyenne noblesse qui s\u2019appelle la peur.Eh bien, l'opinion publique, la jeunesse veulent-elles sauver leur pays, sauver l'actuelle génération ?Qu\u2019elles injectent à nos froussards de parlementaires le sentiment de la peur, la peur de l\u2019électeur; qu'elles le développent, ce sentiment, jusqu'aux proportions du cauchemar, de la psychose.Et qu\u2019on ne se contente pas de paroles.Qu\u2019on prenne d\u2019honnêtes et solides moyens.Il n'y a pas de temps à perdre.Quelques esprits plus généreux esquissent des velléités d\u2019indépendance.Aidons-les.Un député est essentiellement un être faible qui a besoin de tonique.Et l'immigration Encore une manifestation de la psychose impérialiste.La Grande-Bretagne (la \u201cmétropole\", comme dit la presse imbécile qui date d\u2019avant le Statut de Westminster), se prépare à une grande et fort belle guerre, une guerre d\u2019envergure et de grand style.En bonne logique, il semblerait que le \"Titan fatigué\", qui manque d\u2019hommes, qui lance les s.o.s.à ses chers et populeux Dominions, dût garder chez lui, jusqu\u2019à la dernière once, sa chair à soldat.Un pays de quelque décence commence par enrôler jusqu\u2019à son dernier homme, avant d\u2019aller en quêter chez le voisin.C\u2019est juste le moment où l\u2019Angleterre se prépare à inonder les Dominions de ses chômeurs et autres rastaquouères.Ce qu\u2019elle se propose de faire, elle le fera, on peut en être sûr. 114 l\u2019action nationale Préparons-nous à une inondation de Britanniques.Ils n'entreront pas par la porte; mais tous les soupiraux leur resteront complaisamment ouverts.Il n\u2019y a pas de lois qui souffrent autant d\u2019ingénieux accommodements que nos lois d'immigration.Nous en savons quelque chose par l\u2019immigration juive.Il est entendu qu\u2019officiellement elle n'existe pas.Il n'empêche qu\u2019elle fonctionne avec une régularité mécanique.Comme à la veille de 1914, nous aurons donc une invasion de Britanniques.Comme en 1914 encore, grâce à notre naïveté de coloniaux mal dégrossis, beaucoup de ces nouveaux venus pourront s\u2019installer confortablement à la place des autochtones, dans les hauts postes de l\u2019administration.Et demain, bien casés, bien rentés, et bien décidés à ne pas lâcher leur rond-de-cuir, ils s'afficheront parmi les plus fougueux flag-wavers, prêts à pousser vers les champs de bataille de 1 Europe et de l\u2019Asie, la baïonnette dans le dos, les lâches coloniaux du Canada.Des naïfs comptent-ils sur notre députation canadienne-française pour barrer la route à cette immigration ?Ces pauvres gens oublient-ils que nul chapitre de la politique n accuse, plus que celui de l'immigration, l'insouciance, le gâtisme de notre députation canadienne-française à Ottawa ?Depuis la Confédération nous avons enduré que l\u2019on fît à l'immigrant britannique et \u2014 même à l\u2019immigrant du centre de l'Europe\u2014, pour leur établissement en ce pays, des faveurs et des conditions que I on a toujours refusees aux fils du sol, aux plus authentiques nationaux.Pendant que les Canadiens français de la province de Québec POUR VIVRE 115 se taxaient comme tout le monde, pour importer à pleins bateaux et pour établir, sur les homesteads de l'Ouest, ces colons privilégiés, ici-même, les fils des découvreurs, manquant de terres, se voyaient marchander la petite moitié des faveurs prodiguées à de purs étrangers et n'avaient d'autre choix que l'exil au delà la frontière américaine.Quand le colon était tout proche et de la meilleure qualité, on se payait le luxe d\u2019aller le chercher outre-mer et, trop souvent, sans même regarder à la qualité.\u2014 \"Mais n\u2019avez-vous pas une députation québécoise au parlement fédéral ?\" nous disait un jour un Anglo-Canadien devant qui nous dénoncions cette abomination politique.Hélas, il nous fallait songer, en courbant la tête, qu à trois ou quatre exceptions près, non seulement nos représentants n'avaient pas dénoncé l'iniquité, mais n'avaient pas même songé à le faire.L immigration et cet établissement du pays contre tout bon sens, un autre chapitre qui illustre le manque de courage et la superbe inconscience de notre représentation parlementaire à Ottawa.Et comme l'on comprend, après cela, la volonté bien arrêtée de la jeunesse, de tuer, non seulement le malfaisant esprit de parti, mais les partis coupables d\u2019aussi mortelles anomalies.Le bilinguisme scolaire On sait avec quelle légèreté certains messieurs du Conseil de l'Instruction publique ont disserté récemment autour de ce grave problème.Deux principes sont ici en présence: l\u2019utilité pratique de 110 l'action nationale l'anglais et la formation de l'esprit.Qu'une certaine dose d\u2019anglais soit nécessaire à certaines catégories de jeunes Canadiens français pour gagner leur vie, le fait ne paraît point douteux.D'autre part, qu\u2019un enseignement prématuré de l'anglais soit fatal à la formation intellectuelle du jeune Canadien français, le fait, non plus, hélas, n\u2019est pas discutable.Ainsi pensent du moins tous ceux qui ont étudié le bilinguisme scolaire à travers le monde.Donc des gens de logique ou de simple bon sens essaieraient de concilier les deux principes, en s\u2019efforçant toutefois de sauvegarder le plus vital des deux, le plus essentiel en pédagogie: la formation de l\u2019esprit.Les petits Canadiens français seront-ils plus avancés d'être apparemment en état de gagner leur vie, s\u2019ils y arrivent, au détriment de leur intelligence ?Que les parents, l'esprit déformé, pourri par des politiciens et des pédagogues illettrés, penchent plutôt pour le principe utilitaire, n'impressionnerait pas outre mesure des hommes clairvoyants et courageux.Aux parents mal informés, ils en appelleraient aux parents mieux informés.C\u2019est le rôle des chefs de crier au peuple, quand il le faut: casse-cou! et de l'empêcher de se suicider.Est-ce ainsi qu'ont raisonné et qu\u2019ont agi, l\u2019autre jour, certains membres du Conseil de l\u2019Instruction publique?Sans plus de cérémonies ni de distinctions, ils ont pris parti pour le principe utilitaire, sans même s\u2019occuper de l\u2019autre; et ils ont flatté le préjugé de pauvres parents bernés depuis cinquante ans par un tas de faiseurs et de défaitistes.Et voilà.L\u2019on se plaît à déplorer POUR VIVRE 117 l'insouciance des ruraux dans le choix de leurs commissaires d\u2019école.Le mal n\u2019existe-t-il qu\u2019à la campagne ?L\u2019une des pires menaces contre la culture française en notre pays et contre l\u2019avenir même des Canadiens français, c'est l\u2019incroyable légèreté avec laquelle ils abandonnent à des pédagogues sans mandat ou d\u2019un mandat douteux, la gouverne absolue de leur enseignement, laissant ces messieurs saccager à leur fantaisie, s'il leur plaît, l\u2019avenir intellectuel de générations d\u2019enfants.Décidément, la façon dont l'on aborde cette grave, cette suprême question du bilinguisme scolaire fait penser plus que jamais à l\u2019à-propos de nécessaires désinfections.Il est temps qu\u2019au Conseil de l\u2019Instruction publique et que dans nos commissions scolaires, l\u2019on fasse place, soit à la haute culture, soit à la véritable compétence pédagogique.Et, par compétence pédagogique, nous entendons la compétence du professeur et de l'éducateur.Il est temps qu\u2019un gouvernement à poigne s\u2019avise de mettre de l\u2019ordre où il en faut plus qu\u2019ailleurs.Notre enseignement culturel, c\u2019est la prunelle de notre œil.Ceux qui sont appelés à le diriger et à l\u2019orienter, doivent être choisis, non pour les services qu\u2019ils peuvent rendre à leur parti politique ou aux entrepreneurs en construction du parti, mais pour les services que leur compétence leur permet de rendre à l'enseignement.Et cette compétence, ce nous est avis qu'il ne suffit point de l\u2019aller chercher au Reform club, au Club Confédération ou à quelque Normale du même genre.André MAROIS (Lu dans Le Canada de Montréal, le 17 février 1937) \"SIR E.BEATTY ET L'HYGIÈNE MENTALE\" Il devient président du Comité national d\u2019hygiène mentale.?* * Sir Edward Beatty, président du Pacifique Canadien et chancelier de l'Université McGill, vient d'être élu président du Comité national d'hygiène mentale, après avoir été, pendant de nombreuses années, président du conseil d'administration de cette institution.Le Comité national fera cette année une enquête sur les soins médicaux et hygiéniques au Canada, dans le but de savoir à quel point les citoyens du Canada bénéficient de la science médicale.Cette enquête sera sous la direction du Dr Georges Hoad-ley, ancien ministre de la Santé d'Alberta.Le Dr Grant Fleming, doyen de la Faculté de médecine de l'Université McGill, et le Dr C.M.Hincks, directeur général du Comité national d'hygiène, collaboreront avec le Dr Hoadley.Ce comité donnera aux instituteurs de nos écoles canadiennes des cours sur l'hygiène mentale et l'organisation des services scolaires destinés à amplifier l'enseignement de l'hygiène.Il y a 19 ans, a déclaré le Dr Hincks, que le Comité national d'hygiène mentale étudie à ce point de vue la situation de toutes les provinces du Canada.11 est temps d'appliquer les conclusions de cette étude.Le Dr Hincks a aussi affirmé que si les autorités ne prennent pas les moyens nécessaires pour prévenir les maladies mentales, il arrivera un moment où quatre enfants sur cent devront être internés dans des asiles d'aliénés\".Le Comité national d'Hygiène mentale est de formation relativement ancienne.Il comprend une section de la province de Québec, dont les officiers étaient, et sont probablement encore messieurs A.H Desloges, Victor Doré, D.C.Logan, J.E.Dubé, S.Boucher L'enquête que le Comité national se propose de faire cette année est d'importance.L'œuvre d'enseignement dans les écoles qu'il met à son programme touche à une matière, l'hygiène mentale, où les points de vue des psychiatres français et catholiques ne convergent pas toujours avec ceux de leurs collègues anglo-saxons.Enquête et enseignement doivent atteindre nos milieux canadiens-français tout autant que les autres.N'est-il pas étrange de constater qu'aucun des nôtres ne figure sur le sous-comité récemment constitué ?Tel au'il est, pouvons-nous en attendre une appréciation juste de notre situation et des directives conformes à nos caractères ethniques?.Que ces messieurs du Comité enquêtent et enseignent chez eux, soit; mais s'ils veulent venir chez nous, qu'ils aient au moins la décence de s'adjoindre quelqu'un qui puisse les éclairer, et par le fait même nous protéger. Vous pouvez le répéter.Le congrès des instituteurs de Montréal Nos lecteurs ont entendu parler de ce congrès désormais fameux.11 existe depuis nombre d\u2019années une association des instituteurs catholiques de la métropole.Cette alliance comprend maîtres et maîtresses laïques, à l\u2019emploi de la Commission scolaire.Chaque année , en mai ordinairement, elle tient une ou deux journées d\u2019études.Il appert aux rapports de l\u2019alliance que l'on y traitait jadis, d\u2019orthographe, de lecture, de rédaction, bref de divers sujets relevant de la pédagogie appliquée.Il nous souvient que jadis ces journées d\u2019études ne faisaient ni grand bruit ni grand bien, dans une atmosphère dont l\u2019enthousiasme ne dépassait pas le zéro degré centigrade.Ce congrès, tenu cette année au début de décembre, a été une révélation.Changement d\u2019équipe, changement de sujets d\u2019études.Si les vieux qui dorment dans l\u2019ombre et dans la nuit trouvent que ce congrès a fait quelque bruit, ils doivent aussi admettre qu\u2019il fera un bien très grand.Il y fut question d\u2019action catholique, d\u2019action sociale, d'action nationale.Ces têtes de chapitres indiquent l\u2019altitude à laquelle, sous de mystérieuses influences de l'Esprit qui souffle où il veut et à l\u2019heure qu\u2019il veut, les instituteurs catholiques se sont élevés.L'Action nationale qui a participé à ce congrès par la présence de ses directeurs s'en réjouit et félicite les maîtres d\u2019écoles.Ses résultats Le premier résultat de ce congrès, c\u2019est bien qu\u2019à l\u2019avenir on continuera dans cette voie; l'étude des grands problèmes d\u2019éducation.L\u2019éducation humaine et l\u2019éducation nationale, voilà la grande déficience de nos écoles.Le deuxième résultat, c\u2019est que l\u2019opinion publique est maintenant au fait que nos 120 L ACTION NATIONALE maîtres donnent dans le mouvement national, que le personnel enseignant de nos écoles entend travailler à la rénovation nationale, qu'il se rend compte que le redressement attendu est moins une question d'instruction qu'une question d'éducation.Il faut changer le climat de nos écoles.Le congrès a adopté maintes résolutions.La plus importante a trait à l'enseignement de l'anglais.Alors que des pédagogues tiennent absolument à nous abrutir avec le bilinguisme scolaire, voici que des praticiens de l'enseignement protestent.Ils voient tous les jours les méfaits de cette théorie.Des angli-cisateurs veulent hâter l'étude de l'anglais, voici que tout le personnel enseignant se prononce à l'unanimité en faveur du recul de l'étude de l\u2019anglais.Remarquez bien que les tenants de cette opinion sont des gens au courant de la question bien plus que les pédagogues de bureau et de club Comme il s\u2019agit, selon nous, d'une question de l'ordre du sens commun, nous préférons la résolution unanime des instituteurs à l'opinion défaitiste de pédagogues en redingotes ou en.Les méfaits du bilinguisme pédagogique Leur évidence est cruciale, chez nous.Si l'on ne met pas frein à sa vogue insensée, ce bilinguisme nous acculera irrémédiablement à la déchéance nationale.Ennemi de notre esprit français, ce bilinguisme nous abâtardit.11 nous enlève la maîtrise de notre langue et nous empêche de participer aux bienfaits que recèle la culture française.Au point de vue moral, il fait de notre peuple un peuple de serviteurs.Notre jeunesse n'a plus d'ambition que pour travailler au service des firmes anglaises.Si l'anglais est la clef du succès, pourquoi s'attarderait-elle à édifier quelque chose de neuf ?Méfaits intellectuels et moraux qui tiennent au fait que le bilinguisme généralisé crée une infériorité psychologique.Maintes fois, les directeurs de la ligue ont répété cette vérité, dans leur hardiesse à rattacher notre infériorité à quelque cause.Cette affirmation, on la trouve sous la plume de l'abbé Groulx, d'Esdras Minville, d'Hermas Bastien qui déclare dans Conditions de notre destin national, que le bilinguisme est le VOUS POUVEZ LE RÉPÉTER 121 symptôme d'une race qui va disparaître.On croyait tout cela de l'apriori, des aveux d'anglophobie.Voici que des tests, effectués en divers pays affligés du bilinguisme scolaire, que des observations menées en maints pays d\u2019Europe par des pédagogues habitués à l\u2019expérimentation, bref voici une déclaration qui devra faire taire tous nos anglomanes.Elle est extraite d\u2019un ouvrage d\u2019Edouard Pichon.Développement psychique de l'enfant et de l'adolescent\".\"Le bilinguisme est une infériorité psychologique Cette conclusion pessimiste est celle de tous les auteurs qui ont, sur du matériel concret, étudié réellement la question: M.Epstein, en France, M.Braunhausen et M.Decroley en Belgique, M Wagener et M.Ries en Luxembourg, M.Meyhoffer et M.Mockli en Suisse, M.Jespersen en Angleterre et en Scandinavie, Mlle Saes au pays de Galles, M.Smith aux États-Unis, M.Gali en Catalogne, M.Couka en Tchécoslovaquie, M.Henns et M.Yoshioka par la comparaison respective des Allemands et des Japonais vivant dans leur pays et de ceux résidant à l\u2019étranger.\" \"Cette nocivité du bilinguisme, continue M.Pichon, est explicable; car, d\u2019une part, l'effort demandé pour l'acquisition de la seconde langue semble diminuer la quantité disponible d'énergie intellectuelle pour l\u2019acquisition d\u2019autres connaissances; d\u2019autre part et surtout, l\u2019enfant se trouve ballotté entre des sysrèmes de pensée différents l'un de l\u2019autre; son esprit ne trouve d\u2019assiette ni dans l\u2019un ni dans l'autre, et il les adultère tous les deux, en les privant de leurs originalités et en se privant par là lui-même des ressources accumulées depuis des siècles par ses précédesseurs dans chaque idiome.Comme le dit fort bien M.Laurie, sa croissance intellectuelle n\u2019est pas doublée, mais diminuée de moitié; son unité d'esprit et de caractère a beaucoup de peine à s\u2019affirmer\".Le congrès de la langue française Il aura lieu en juin, vingt-cinq ans après celui de 1912.Les organisateurs convient tous les groupes à assister à ces agapes de l\u2019esprit français.A des agapes de ce genre, on peut 122 - l'action nationale servir toutes sortes de mets.Il faudrait qu'ils ne soient pas uniquement assaisonnés à l'académisme.L'académisme, c'est le sport des verbo-moteurs qui parlent pour le plaisir de s'entendre dire des vérités très générales sans se soucier que le programme d'un congrès de ce genre doit sa valeur au redressement qu'il permettra d'effectuer en notre vie française.Ce devrait être une rétrospective.Par des expositions d'oeuvres, des statistiques, des graphiques il faudrait montrer ce que nous avons réalisé de concret quand nous n\u2019éprouvions pas le besoin de prouver que nous sommes d'esprit français mais que nous nous contentions de l'être, simplement.Le visage de notre pays ne semble pas indiquer que nous ayons tant que cela préservé notre esprit français.Nous avons maquillé 1 esprit, parce que nous avons laissé s'altérer nos âmes.Ayant perdu quelques-unes de nos qualités d'âmes, nous en sommes à demander à nos concitoyens des actes correspondant à une originalité qui s'émousse.L'esprit étant conservé par l\u2019école, laquelle, en façonnant les esprits, façonne l'ambiance, il faudra accentuer crânement le mouvement de nationalisation de notre éducation.Notre peuple, qui croit que la lumière vient d'en haut, s'attend à des directives précises et nettes.Etienne ROBIN .Il est de plus en plus généralement reconnu que c\u2019est, en principe, pécher contre toute saine pédagogie que de donner a un enfant l'enseignement primaire dans une langue autre que sa langue maternelle.FRANCK L.SCHOELL Agrègi de l'Universiti de Paris (La langue française dans le monde, 1936) En marge d'un entretien Une heure avec M.Emmanuel Mounier, directeur de la revue Esprit, n\u2019est certes pas stérile: M.André Laurendeau nous l\u2019a largement montré ici même dans la livraison de janvier.L\u2019entretien d\u2019allure doctrinale, décidée, audacieuse même, nous apportait une pensée riche, encore vibrante sous le schématisme inévitable de tout reportage, fût-il de qualité supérieure.C\u2019est tout le \"mécanisme infernal\u2019' de l\u2019économie moderne qui devant nous était démonté, analysé en ses rouages obscurs, dénoncé en son principe contre nature, la fécondité de l'argent.A titre documentaire, cette vigoureuse démonstration valait la peine d\u2019être connue chez nous.C'est toujours un tonifiant que la pensée d'un homme d'étude et de réflexion personnelle s'attaquant aux problèmes les plus complexes et les plus actuels.Même si, dans son ambition louable de rénover, d\u2019assainir, elle se pare de formules aux arêtes trop vives, au contenu discutable, voire inacceptable en bloc.A titre documentaire également (et à tout le moins, car Y Action Nationale ne peut se désintéresser de l\u2019aspect doctrinal), quelques remarques hâtives en marge de cet entretien.Et d\u2019abord, d\u2019une manière générale, dans une question aussi touffue d\u2019ordre à la fois économique et moral, il y a toujours grand risque à énoncer 124 l'action nationale un principe de solution péremptoire en des formules à l'emporte-pièce, même si on les puise dans les ouvrages de saint Thomas.La cause de tous nos maux, selon M.Mounier, est une notion contre nature de l'argent, sa fécondité propre : ce qui est immoral au premier chef.De là l'immoralité foncière du prêt à intérêt, fixe et perpétuel, celui qui se pratique couramment de nos jours, qui est en somme érigé en institution sociale et juridique.Et tout cela est la tradition chrétienne dans \"son expression la plus pure\".\u201cRares, nous dit M.André Laurendeau, sont chez M.Mounier les formules de tout repos, auxquelles on aime doucement à se reporter\".Que ce soit ici parfaitement exact, les théologiens n'y contrediront point.Ils trouveront à bon droit que la condamnation radicale du prêt à intérêt, même comme institution, est en opposition réelle avec leur enseignement.En effet, ils sont loin de jeter l'anathème au prêt à intérêt; en pratique ils ne le peuvent pas, car l'Église elle-même ne le condamne pas d'une manière générale, puisqu'elle permet aux fidèles de considérer en toute sûreté de conscience le taux légal comme un titre légitimant par lui seul une rémunération en argent pour une somme prêtée.De nombreuses réponses de la Sacrée Pénitencerie, et surtout le canon 1543 du nouveau Code de droit ecclésiastique ne laissent aucun doute pratique à ce sujet.Cependant l'explication théorique de cette règle sûre de conduite morale reste ouverte à la discussion.Le législateur ecclésiastique n'avait pas à EN MARGE D'UN ENTRETIEN 125 prouver le bien-fondé de sa loi; mais il est de toute évidence qu'on ne peut la taxer d'immoralité ou d'injustice.Pour la grande majorité des théologiens ce n'est là que l'aboutissement normal du labeur incessant des docteurs catholiques aux prises avec la réalité mouvante et les principes immuables.11 n'y a là nul \"relâchement\" dans la doctrine, nul jeu d\"\u2018équilibriste\".Pas de relâchement dans la doctrine.M.Mou-nier en appelle vigoureusement à son expression chrétienne la plus pure, traditionnelle, celle de saint Thomas.Précisément, les théologiens de notre génération et les plus célèbres (sans en mentionner d'autres aux siècles passés) légitiment le prêt à intérêt par les principes mêmes du docteur Angélique! 11 suffit de lire le clair exposé du regretté P.Vermeersch, S.J., du P.Merkelbach, O.P., ou du P.Spicq, O.P.Ces maîtres ne croient pas pour autant diluer l'enseignement du Maître.Ils l'ont, au contraire, plus parfaitement assimilé, et ne se sont pas cru interdit de l'assouplir.Il serait, de fait, étrange que saint Thomas avec tout son génie et celui de ses contemporains ait tout prévu, tout solutionné.Une doctrine évoluant en vertu de son dynamisme interne ne se relâche pas; elle s'enrichit en se perfectionnant elle-même.Au reste, pourquoi au besoin ne pas la vivifier de l'extérieur ?Que l\u2019argent ne \"fasse pas de petits\", qu'il soit stérile de sa nature, qu\u2019il se consume par l'usage, on 1 admet volontiers ; et la première partie du canon 1543 va dans ce sens.En toute rigueur, nous croyons pourtant qu'une telle notion n'est 126 l'action nationale pas nécessairement immuable, puisqu'on l'a tirée en somme de la destination habituelle de l'argent à telle époque.Et de plus, comme l'a très justement remarqué M.Defourny dans son étude sur Aristote, le moraliste ne légifère pas pour des cas possibles ou imaginés, ou très rarement réalisés.Mais soit ! En ce cas on doit admettre avec saint Thomas qu'en plus de son usage premier, qui est de se consumer, il y a place pour un usage second de l\u2019argent, qui, lui, est susceptible d évaluation (ia, zae, q.78, a.1, ad 6um) ; également que des titres extrinsèques, et spécialement le manque à gagner, permet une compensation équitable.Et pourquoi d'autres titres, non prévus explicitement par le Maître, ne trouveraient-ils pas à se loger commodément, tel le seul fait du législateur civil, qui pour encourager les échanges et donc la circulation des biens, accorde une légère compensation, ou plus exactement intervient dans le contrat pour y ajouter une obligation nouvelle, en vertu de l\"\u2018altum dominium\" sur les biens des particuliers ?Et il arrive aussi que par la plus grande facilité des échanges à notre époque, l\u2019usage second de l'argent prime habituellement le premier, qu\u2019il y a toujours présomption en sa faveur.Jeu d\u2019équilibriste, alors, entre des principes qu'on ne veut pas lâcher et la réalité concrète ?En ce cas, le canon 1543 en serait un exemple officiel ! Disons plutôt adaptation intelligente d'un principe fécond, application judicieuse d'une norme objective dans le cadre de la production actuelle.Bref, acceptation loyale, quoi qu\u2019on dise, du droit naturel, sou- EN MARGE D'UN ENTRETIEN 127 vent violé hélas ! par une surenchère de la compensation, mais acceptation qui n'exclut pas une compréhension profonde de l'échange, de ses facilités contemporaines, de l\u2019universalité du manque à gagner et surtout de ces virtualités de l\u2019argent, dont parlait déjà saint Thomas (q.78, a.1).De ces brèves remarques, qui laissent soupçonner une riche élaboration théologique au sein de la tradition, on voit aisément que si l\u2019on veut s\u2019en tenir avec une trop grande rigidité à un principe statique, on simplifie hâtivement un problème complexe à l\u2019extrême.M.Mounier n\u2019y a pas échappé, malgré d\u2019excellentes charges contre le capitalisme-profit et l\u2019usure sous toutes ses formes.11 part d\u2019un principe communément admis aujourd\u2019hui encore, mais il laisse de côté trop tôt certains développements de saint Thomas lui-même.Si bien qu'aussitôt la première conséquence qu\u2019il énonce est par là-même incomplète, puisqu'elle ne tient aucun compte de l\u2019usage second de l'argent.Et la deuxième est franchement inexacte, contraire à l\u2019enseignement du Docteur Angélique dont il se réclame, à savoir que le travail est la seule source légitime de profit.On peut lire, en effet, dans la Somme Théologique à la question du négoce, qu'on peut vendre plus cher un objet qu'on a acheté, soit parce qu\u2019on l\u2019a amélioré (cas du travail), soit parce que le prix en a monté (2a 2ae, q.77, a.4, ad 2).Où est ici le travail ?Ce n'est plus que la variation de valeur d\u2019un bien fongible, suivant l\u2019estimation commune, fruit normal de l\u2019offre et la demande.C'est donc que le mécanisme naturel 128 l'action nationale des échanges a fait varier la valeur que l'argent représente, et partant qu'un profit est acquis au vendeur sans aucun travail de sa part.Vraiment oui, M.Laurendeau a raison: de telles formules ne sont pas de tout repos ! 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