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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1937-05, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019ACTION NATIONALE © L\u2019Action nationale Le scandale des drapeaux____ 257 Abbé Tessier\tPour une politique nationale 258 Un auditeur\tL'abbê Croulx à Québec.269 Drapeau national.273 Maurice Tremblay Régionalisme.274 Carmel Brouillard Nous définir.290 Etienne Robin\tVous pouvez le répéter.302 André Marois\tPour vivre.308 Laurent de Cour ville Notre-Dame du Canada.316 (à suivre) REVUE MENSUELLE\tDirection : 3472, rue Hutchison Volume IX \u2022 Numéro 5\tâatiôn'8' 3516, Av.de Lorimier \u2022 \u2022 \u2022\tMAI 1937\t\u2022 \u2022 \u2022\t\u2022 \u2022\u2022 Montréal \u2022\u2022\u2022 Les produits de l\u2019érable CITADELLE sont les plus doux produits que la nature puisse donner à l\u2019homme.Si votre épicier n\u2019a pas en mains ces produits, écrivez à: \u2014 Les PRODUCTEURS de SUCRE d\u2019ÉRABLE DE QUÉBEC Bureau-chef \u2014 5 avenue BECIN, LEVIS Entrepôt \u2014 PLESSISVILLE, Cté Mégantic L'Action nationale, publiée par la Ligue d\u2019Aetion nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle parait tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.Esdras Min-ville, président; Hermas Bastien, secrétaire; Pierre Homier, l\u2019abbé Lionel Croulx, Eugène L\u2019Heureux, Olivier Maurault, p.s.s., Anatole Vanier, l\u2019abbé Albert Tessier, Arthur Laurendeau, René CHalout, Albert Rioux, Dr Philippe Hamel, Léopold Richer, Dominique Beaudin, André Laurendeau, Maximilien Caron, Dr Antonio Barbeau.Directeur de la Revue: Arthur Laurendeau.3472 rue Hutchison\t::\tMontréal Le directeur de la revue.M.Arthur Laurendeau reçoit a cette adresse, le mercredi, de 3 à S heure» Administration: 3516 avenue de Lorimier, case postale no 1524 Place d\u2019Armes L'abonnement est de |3.00 par année.Tout droits réservés \u2014 Ottawa 1833. Contre le \u2018 TRACTS de propagande français L'activité des communistes qui répandent partout leurs publications: tracts, feuillets, journaux, brochures, nous fait un devoir d'opposer à cette diffusion organisée de l'erreur celle de la vérité.Nous avons fait venir de France plusieurs tracts que nous demandons à nos amis de répandre dans leurs milieux, ceux surtout qui sont travaillés par la propagande communiste.1 ) Les impressions d'un ouvrier mineur retour de Russie \u2014 5 sous la douzaine, 35 sous le cent.2)\tL'ouvrier est-il heureux en Russie?\u2014 5 sous la douzaine, 35 sous le cent.3)\tPour vous un communiste a osé (les impressions d'André Gide) \u2014 8 pour 10 sous, 75 sous le cent.4)\tLa vie en Russie (le témoignage de sir Walter Citrine) \u2014 8 pour 10 sous, 75 sous le cent.Tous ces prix sont franco L\u2019ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961 rue Rachel est, Montréal.I A32D Pour votre santé ~~ Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent la levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, G et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.DES CONSEILS POURRONT VOUS ÊTRE FOURNIS L\u2019homme et la femme, très occupés de nos jours, n\u2019ont pas le temps voulu pour poursuivre les recherches qui s\u2019imposent afin de procéder à un placement judicieux.Notre institution, par ses gérants locaux, vous fournira tous les renseignements d\u2019ordre bancaire dont vous pouvez avoir besoin.Transigez donc avec LA BANQUE PROVINCIALE DU CANADA Fraîche h Lisez \u201cLE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT LA COMPAGNIE l .-\\.DC \u20ac LET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités: ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GENRES SOUDURES ÉLECTRIQUES ET AUTOGÈNES, ETC.206, RUE DU PONT.QUÉBEC D.-C.BROSSEAU & CIE, Limitée EEFSJ\" Importateurs de thé, produits alimentaires, etc.405, rue St-Dizier, Montréal \u2014 Tél.HArbour 5225-5226-5227 XlVème Semaine sociale du Canada Trois-Rivières 1936 L\u2019Organisation.Volume de 390 pages $1.50; franco, $1.65 Secrétariat des Semaines sociales 1961, rue Rachel Est, Montréal III 52648029 LE TROISIÈME CENTENAIRE de la naissance du P.MARQUETTE Pèlerinage historique AU MANOIR DE LA BROQUERIE A BOUCHERVILLE organisé par \"l'Action Nationale\" LE 13 JUIN 1937 à 3 h.(heure avancée) \u2022 Causerie sur le grand missionnaire Allocutions \u2022 Tous les abonnés et amis de \"l'Action Nationale\" sont cordialement invités à cette manifestation patriotique.IV Le scandale des drapeaux Notre collaborateur, André Marois, fait des commentaires appropriés à ce sujet.Nous y joignons notre protestation.Est-il concevable que chez nous, on ne se soit pas encore entendu sur cette matière?Trêve de disputes, de discussions ! Les uns réclament la feuille d'érable, d'autres, le castor; d'autres enfin le Sacré-Coeur.Tout ce tumulte s'augmente de la confusion des esprits et de notre passion pour la controverse.A coups de résolutions intempestives, on se jette les uns sur les autres, on neutralise tout effort efficace.Répétons en un mot les raisons qui nous ont guidés.Un drapeau est un symbole.La France, avec son bleu-blanc-rouge, ne se croit pas tenue de multiplier les indications qui expriment telle ou telle particularité.Faisons de même.Entendons-nous d'abord sur l'essentiel.Le drapeau de Carillon est le plus populaire.Acceptons-le comme fond.Plus tard, quand les chefs nationaux auront mis de l'ordre en leurs esprits, ils pourront rajouter ou la feuille d'érable ou le castor ou le Sacré-Coeur.Pour l'instant, commençons par l'image la plus populaire.Mais entendons-nous d'abord.Finissons-en avec l'éternel esprit de chicane.L'ACTION NATIONALE Notre enquête Pour une politique nationale NOS INTÉRÊTS CULTURELS \"Nos gouvernants, déclarait un jour Mussolini, se bornent à vendre du tabac et à administrer des téléphones quand le vrai rôle de l\u2019État est de direction spirituelle\".Dépouillée de l\u2019exagération qu\u2019elle peut comporter dans l'esprit d\u2019un tenant de l'État totalitaire, cette formule incisive rappelle opportunément que l\u2019État n'a pas le droit, même si par là il semble le mieux servir ses intérêts et satisfaire les réclamations populaires, de se limiter à construire des routes, à édifier des ponts, à verser des octrois d'encouragement aux diverses formes de l'activité matérielle de la population.Sans doute l\u2019État ne peut pas négliger les problèmes matériels car le peuple a besoin de confort et de sécurité pour remplir sa mission terrestre.Mais il ne doit pas d\u2019autre part leur réserver toutes ses attentions.et tous ses subsides! L\u2019aménagement matériel d\u2019un pays, l\u2019exploitation de ses ressources, la mise en valeur de ses possibilités physiques doivent apparaître comme un moyen, non comme une fin.La mission de l\u2019État est d\u2019aider les individus vivant en collectivité à remplir facilement et pleinement leur rôle d\u2019homme dans un pays donné.Tout ce qu\u2019entreprend l\u2019État doit tendre à aider l'homme, à l\u2019améliorer, à faciliter POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 259 l'épanouissement de sa personnalité.Ceci implique évidemment un sens exact des valeurs et le souci constant de ne pas perdre de vue la primauté des problèmes d\u2019ordre spirituel ou moral dans le choix des mesures destinées à garantir la prospérité et le bonheur publics.Il serait vain de vouloir régénérer un peuple uniquement par de vastes entreprises matérielles.Dans l\u2019œuvre colossale réalisée par le Duce en Italie l\u2019importance du facteur humain garde partout sa prépondérance.Mussolini savait que les maux qui minaient son pays et le précipitaient, à un rythme accéléré, vers la décomposition, étaient surtout d'ordre psychologique.Aussi, lorsqu\u2019il prit, dans ses mains de lutteur impatient, les leviers de commande, il pensa tout de suite à redonner une âme à son peuple.Il voulut lui forger une personnalité puissante et originale, en lui rappelant par tous les moyens les grandeurs antiques et l\u2019impérieuse noblesse des devoirs présents.Fouettée par les souvenirs qui montaient en rafales du passé millénaire de Rome, tendue violemment vers un idéal prestigieux et précis, la nation, secouée jusque dans ses profondeurs, retrouva son unité d\u2019esprit; elle réapprit la fécondité de la discipline, de l\u2019effort enthousiaste, du sacrifice gaillardement fourni.Mussolini a transformé radicalement les cadres administratifs, il a remanié les institutions, réorganisé la vie économique; il a fait de la terre italienne un chef-d\u2019œuvre matériel.mais son grand œuvre est la rénovation de l\u2019âme même du peuple italien.C\u2019est par le réveil de sa volonté surtout 260 l\u2019action nationale que 1 ' Italie est redevenue une nation active, dynamique, puissante et respectée.On peut réprouver certains excès, des erreurs graves même et des empiétements injustifiables, dans les procédés extrêmes de Mussolini.La formule qu\u2019il a adoptée reste excellente: un peuple se refait par son âme! Le tout est d\u2019appliquer la recette avec mesure et en tenant compte des principes qui limitent les attributions de l\u2019État.Chez nous plus que partout ailleurs les gouvernants doivent se rappeler que \u2019\u2019le rôle de l\u2019État est de direction spirituelle\u201d.Nous sommes placés dans des conditions particulièrement difficiles et nous avons à remplir une mission élevée en terre d\u2019Amérique.Pour continuer l\u2019œuvre de civilisation catholique-française en pays saxon et protestant, il nous faut compter avant tout sur les ressources profondes de notre âme collective.Les problèmes de notre survivance, de notre rayonnement moral, de notre indépendance économique même, sont essentiellement des problèmes de force d\u2019âme, des problèmes de caractère.Nous serons un peuple sain, prospère, respecté, quand nous nous déciderons à mettre en action, comme de puissants faisceaux solidement soudés entre eux, nos énergies éparses ou endormies.Toutes nos faiblesses proviennent du fait que nous ne savons pas regarder la vie en face, que nous avons peur d oser, que nous aimons mieux laisser les autres accomplir nos besognes, courir des risques à notre place.Nous avons perdu l\u2019esprit d\u2019audace, l\u2019esprit d\u2019aventure.Au lieu d\u2019agir, nous POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 261 discutons, nous ergotons, nous critiquons ! Regrouper nos forces, les tendre vers un effort pénible, mais tonifiant et fécond, voilà le programme qui presse, qui presse beaucoup plus que toutes les entreprises de reconquête matérielle.Réveillons les esprits.le reste viendra par surcroît! Car, ainsi que l'écrit judicieusement Pierre Gaxotte, \"faire vivre et durer un peuple, cela ne consiste pas à conserver ni même à partager des profits: c'est poursuivre une histoire, c\u2019est préserver, enrichir un patrimoine spirituel.c\u2019est mettre au-dessus de tout une telle grandeur que les plus pauvres se sentent riches parce qu\u2019ils participent avec force à un capital national de prestige, de liberté et d\u2019honneur qui transforme leur vie\".Capital national de prestige.Voilà des mots qu\u2019il vaudrait la peine de peser à leur valeur et de placer à leur véritable rang.Et voilà un filon où les enquêteurs chargés de dresser l\u2019inventaire de nos ressources naturelles découvriront, s\u2019ils y regardent bien, des richesses sensationnelles.Un magnifique programme pour des gouvernants : exploiter intensivement notre capital national, imposer à notre peuple le sens de sa dignité et de ses responsabilités, lui donner le culte de l\u2019effort, imprimer dans le vif des cerveaux l\u2019idée fixe de développer à leur maximum les possibilités multiples que chaque individu porte en lui: nous forger enfin des âmes de conquérants, de créateurs! Cette mise en valeur de notre capital spirituel exige une action d'ensemble méthodique et concertée.L'Eglise et la famille doivent y prendre 262 l'action nationale la part principale, avec le concours actif de l'État.Mais le pouvoir civil ne doit pas se croire déchargé de ses obligations lorsqu'il a aidé financièrement les diverses catégories d'écoles qui se partagent la tâche de l\u2019enseignement et de l'éducation à leurs divers degrés.Il doit faire plus.Placé au sommet, disposant de moyens d'action exceptionnels, il a le devoir d\u2019orienter et d'unifier la vie de la nation, de créer un climat favorable à l'épanouissement des vertus et des qualités particulières de notre petit peuple, de nous bâtir un programme à la hauteur de nos destins.En certains milieux on affecte de redouter les excès d'une campagne de réveil national.Une incompréhension hostile, la méconnaissance des hautes aspirations d\u2019un groupe qui essaie de se ressaisir, la déformation systématique des faits et des doctrines prônées, voilà qui précipitera, plus que toutes les campagnes positives, les écarts et les exagérations dont on se fait un épouvantail.Au point où nous en sommes rendus, ce serait une imprudence, presque une trahison, de refuser à notre groupe les directives, les impulsions, la doctrine unifiante que les circonstances réclament.Il ne s'agit pas d\u2019exciter les passions, de soulever les préjugés mesquins, ni d'allumer les haines stériles, qu'elles soient politiques ou raciales.Il ne s\u2019agit pas non plus d'intensifier le chauffage oratoire qui a créé chez nous un simili-patriotisme criailleur et vantard.Nous avons besoin surtout de nous recueillir, de nous replier, de nous retremper, pour être en état d'agir, de tirer parti de tous POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 263 nos dons, de fournir toute notre mesure, dans tous les domaines, à tous les degrés, sur tous les champs d'action! Cette volonté de jouer crânement et à pleine force le rôle que la Providence nous confie, le pouvoir civil a le devoir précis de la créer, de la nourrir, de l'orienter.Toutes les autres tâches s'effacent devant celle-là, parce que d\u2019elle dépend le succès réel et durable de toutes les autres entreprises d\u2019intérêt public.Les directeurs de l'Action nationale m\u2019ont donné comme sujet d\u2019article: La politique canadienne-française et nos intérêts culturels: presse, radio, cinéma, tourisme, etc.Malgré les apparences, je ne crois pas avoir dévié de mon sujet en m\u2019attardant à démontrer, dans un long préambule, la place que la culture humaine doit prendre dans les préoccupations des gouvernants.Des hommes publics qui auraient, de ces vérités fondamentales, une vision large et pénétrante et qui subordonneraient réellement les questions d\u2019intérêt secondaire aux œuvres de direction spirituelle nationale trouveraient d'instinct les formules et le programme que les circonstances d\u2019époque, de lieu, de milieu, réclameraient.Ici, nous représentons une culture et une civilisation que trois siècles de labeur pénible ont maintenues miraculeusement.Ces trois siècles d\u2019histoire ont marqué notre sol, créé des traditions, accumulé un patrimoine spirituel où nous devons puiser et que nous devons enrichir.Il y a là, comme dans les masses d'eau violentes qui dévalent des 264 l'action nationale haut monts, des puissances presque illimitées capables de fournir aux âmes lumière, chaleur et force motrice.Nous avons harnaché l'eau matérielle.pourquoi laisserions-nous inactifs les courants d'énergie spirituelle qui ne demandent qu'à jaillir du passé pour enrichir, illuminer, dynamiser le présent! La tâche dépasse les moyens de quelques individus, si compétents, si généreux, si entraînants soient-ils.On a créé des commissions d'eaux courantes, d'électricité, etc.pourquoi pas ne pas y ajouter une commission d'éducation nationale 1 Elle pourrait se composer d'historiens, de musiciens, d'artistes, dirigés par un animateur connaissant l'âme humaine et ayant le sens aigu des réalités.Car c\u2019est sur le présent qu'il faut travailler.Cette commission recevrait de l\u2019État tout l'appui financier requis pour mener largement une vaste campagne d'éducation nationale par la presse, la radio, le cinéma, les musées, les monuments historiques, etc.Une campagne méthodique, attirante, tenace, qui atteindrait la masse et lui façonnerait petit à petit une mentalité plus ouverte, plus éveillée, plus consciente.Le plus pressé serait peut-être d'aider nos gens à découvrir la valeur des simples choses qui les entourent.Le moyen le plus direct d\u2019éveiller l'amour de la Patrie, c'est d'abord de la montrer sous ses aspects les plus captivants.La Patrie n'est pas une abstraction.c'est quelque chose qui se voit, qui se palpe: de la terre, de l'eau, des plantes, des animaux, des travaux humains, des monuments, POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 265 et surtout des hommes, qui continuent les rêves et les œuvres de leurs prédécesseurs et qui travaillent pour ceux qui viendront après eux.Montrer au peuple le beau visage du pays qu\u2019il habite, c'est un excellent moyen d\u2019éveiller chez lui de l\u2019affection, de l\u2019attachement, de l'amour pour sa patrie.La simple beauté matérielle d\u2019un visage suffit déjà à éveiller l'amour.Pourquoi ne pas recourir à ce procédé facile: mettre systématiquement sous les yeux du public, par l\u2019illustration, la photographie, le cinéma, les multiples aspects du visage matériel de notre pays ?Jusqu'ici on s\u2019est borné à de la propagande destinée aux touristes étrangers.C\u2019est aux nôtres d\u2019abord qu'il faut s\u2019adresser! Un photographe, artiste et poète, pourrait fixer méthodiquement nos paysages, nos habitations, nos types humains, etc., en les montrant sous leurs aspects les plus révélateurs.On pourrait ainsi grouper une collection imposante d'images artistiques couvrant toutes les régions.Ces photographies seraient diffusées par les journaux, les revues, les brochures.Elles donneraient au peuple le sens de la beauté et elles l'attacheraient aux choses familières de son pays dont il n\u2019aperçoit pas lui-même le charme prenant.Cette documentation éloquente se compléterait opportunément par une collection aussi diversifiée que possible de pellicules cinématographiques tournées dans toutes les régions de la province.Mon expérience personnelle m\u2019a permis d\u2019apprécier l'influence extraordinaire de simples films documen- 266 l\u2019action nationale taires d\u2019amateurs sur les auditoires les plus divers.D\u2019une causerie à l'autre, les surprises agréables se renouvellent devant les réactions du public conquis par des images où rien apparemment ne peut flatter le goût populaire.Des films ne comportant aucune intrigue et n\u2019offrant en somme que des suites de belles images de nature: paysages, arbres, rivières, maisons ensoleillées, scènes de neige, etc.soulèvent des applaudissements spontanés ou font passer sur les têtes des murmures admiratifs.Prestige de la beauté présentée directement, sans artifice ni trucs de théâtre! Des films bien choisis, commentés par un conférencier ou au moyen du cinéma parlant, pourraient circuler continuellement à travers la province, dans les écoles, les salles publiques, etc.Ils serviraient à la fois de leçon d\u2019art, de géographie, d'histoire; ils prêcheraient d'eux-mêmes le respect de la vie à tous ses degrés, car l\u2019affection est la meilleure voie pour amener les gens à respecter les fleurs, les arbres, les oiseaux; à protéger la forêt, le gibier, etc.Après quelques années de ce régime d\u2019éducation populaire, il semble que nous aurions les yeux et l\u2019âme ouverts, que nous connaîtrions plus notre patrie et que nous en aimerions d\u2019amour véritable même le visage matériel.Mais une campagne d\u2019éducation populaire qui se limiterait à populariser les charmes physiques de la Patrie serait loin d\u2019atteindre son but.La terre que nous foulons recèle d\u2019autres beautés plus émouvantes.Aux yeux qui savent voir, elle montre les splendeurs spirituelles d'une histoire humaine POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 267 pleine de noblesse.Dans les traits physiques de la patrie, nous devons chercher partout les traces, les vestiges du lent travail de ceux qui ont humanisé notre terre, qui lui ont façonné une physionomie particulière, unique en terre américaine.Là encore, l'illustration photographique, l\u2019enregistrement animé, peuvent aider puissamment le peuple à discerner ce qu\u2019il y a de véritablement nôtre dans notre vie et dans le cadre qui l\u2019enveloppe.Nos sites historiques, les quelques édifices ou monuments anciens qui nous restent, les particularités de notre civilisation latine, etc.autant de choses qui font partie de notre héritage national et qu\u2019une campagne populaire d'éducation réhabiliterait, rendrait attachantes et éloquentes.Pour compléter le travail de presse et de cinéma, on organiserait des musées régionaux, conçus non comme des tombeaux pour reliques poussiéreuses offertes à la curiosité des seuls étrangers, mais disposés agréablement de façon à tirer l\u2019œil et à servir pour l'enseignement concret et pour l'évocation agréable de la vie d'autrefois.Ces musées pourraient utiliser les anciens manoirs ou maisons antiques qui survivent encore dans nos principaux centres et ainsi la leçon d\u2019histoire vivante serait complète.11 faudrait aller plus loin encore.Les manuels et les discours de Saint-Jean-Baptiste ont lancé dans le public un certain nombre de grands noms que l\u2019on débite un peu comme une litanie.Ces noms pourraient devenir des êtres vivants et parlants si le cinéma, même le simple cinéma amateur, voulait les ressusciter.Le théâtre et la radio pourraient 268 L ACTION NATIONALE également les amener à nous avec leur âme.Si on systématisait la célébration de nos grands anniversaires, si on profitait de toutes les circonstances pour amener le passé sous les yeux du peuple, avec sa couleur, son ton d'âme, sa saveur particulière, ses leçons multiples, on aurait vite fait de créer un climat salubre et tonifiant.Toute la vie publique en serait transformée.* * * Nous avons là quelques unes seulement des formes d\u2019action nationale auxquelles pourrait s'appliquer une commission chargée de revigorer et de retremper l'âme canadienne-française.Le sujet n'est qu'ébauché; il comporterait des développements et des précisions que je ne puis donner ici.Ce qu\u2019il y a à retenir, c'est la nécessité impérieuse d\u2019une campagne largement comprise, menée avec ampleur, traitée sans lésinerie et mise au tout premier rang des entreprises d'intérêt public.Les sommes consacrées à cette tâche ne paraîtront excessives qu'aux yeux des hommes à courte vue qui refusent au spirituel la primauté absolue sur tous les facteurs matériels.Abbé Albert TESSIER M.l'abbé Groulx à Québec On commençait à désespérer de nos sociétés St-Jean-Baptiste, comme de la race canadienne-fran-çaise elle-même.Trop souvent, nos sociétés nationales avaient pratiqué et prêché un patriotisme tout fait de paroles, de parade et de clinquant.Les esprits frondeurs voyaient même en elles une espèce de nuisance nationale.Dieu merci, ces institutions nécessaires reprennent de la vigueur un peu partout au Canada français.Si elles n'ont pas parfaitement rempli leur rôle, dans le passé, on peut, certes, attendre beaucoup plus d\u2019elles à l'avenir.En passant, pourquoi n'émettrions-nous pas ici le vœu que chaque lecteur de VAction nationale se fasse initiateur de la célébration d'une fête nationale vraiment éducative, dans sa paroisse, le 24 juin prochain, trois jours avant le Congrès de la Langue française ?* * La Société St-Jean-Baptiste de Québec est l'une de nos sociétés nationales qui participent le plus activement au réveil lent mais réel de notre cher petit peuple.Et franchement, le contraire serait peu édifiant, la capitale du Canada français n'ayant pas le droit de se laisser vaincre en initiative patriotique.Sous l'intelligente impulsion de son président, M.l'avocat Ernest Drolet, la Société St-Jean-Baptiste de Québec a voulu faire, cette année, de l'éducation nationale.Et, pour atteindre pleine- 270 l'action nationale ment son objectif, elle a eu recours au grand professeur d'éducation nationale chez nous, M.l'abbé Groulx.Elle peut être fière de son succès.Les six conférences de notre maître en éducation nationale ont attiré au Palais Montcalm une foule qui remplissait littéralement cette vaste salle.Il faut voir un signe des temps, c\u2019est incontestable, dans le nombre de ces auditeurs et dans l\u2019attention soutenue qu\u2019ils ont apportée à cet enseignement de notre histoire dépourvu, on doit en convenir, de cette sensation employée par tous ceux qui veulent grouper une foule autour d\u2019une tribune.Ce sont des représentants de toutes les classes qui ont ainsi écouté ce conférencier sérieux avec une sympathie et un intérêt croissants.Nous y avons vu un grand nombre d\u2019éducateurs, des prêtres et des religieux, quelques juges, des hommes de profession, des fonctionnaires, des commerçants, des ouvriers, etc.La politique était représentée par les quatre députés dissidents qui, ceux-là, ne croient pas en savoir trop long de l\u2019histoire de leur pays.Son Éminence le cardinal Villeneuve, celui que nous nous plaisons tous à considérer comme un chef religieux d\u2019abord, mais aussi comme un chef de peuple, a bien voulu honorer de sa présence le professeur et son auditoire.Au cours d\u2019une allocution qu\u2019il prononça à la suite de la dernière conférence, le Cardinal-Archevêque de Québec fit de M.l'abbé Groulx un éloge que les journaux ont l'abbé GROULX a QUÉBEC 271 rapporté ainsi: Je suis venu ici, ce soir, afin de manifester l'amitié que j'ai pour M.l'abbé Groulx, afin de lui apporter le sentiment de ma reconnaissance, au risque de scandaliser les faibles.M.l'abbé Groulx est l'un des maîtres de l'heure; il est un de ceux à qui notre race doit davantage.M.le chanoine Cyrille Gagnon, aumônier général de la Société St-Jean-Baptiste de Québec et supérieur du Petit Séminaire de Québec, un autre prêtre qui a conquis le cœur de ses compatriotes, présenta au conférencier des compliments qui furent vivement soulignés par l'auditoire.Bref, rien n a manqué, il nous semble, pour démontrer a 1 abbe Groulx que la population de Québec, son élite en tête, admire son œuvre et désire en assurer le rayonnement.* * * Comme il fallait s'y attendre, M.l\u2019abbé Groulx a traité son sujet avec une aisance et une abondance qui le dispensaient de recourir aux artifices de langage.En son style élégant, mais sobre, il a développe son sujet sans éclat de voix et sans beaucoup de gestes, se contentant de livrer très honnêtement a son auditoire les fruits d\u2019une érudition très riche et d une solide philosophie de l\u2019histoire.L\u2019auditoire n en fut pas moins, jusqu\u2019à la fin, suspendu à ses lèvres.\"La Nouvelle-France au temps de Champlain\", voilà le sujet traité par M.l\u2019abbé Groulx au cours de cette série de conférences.C\u2019était évidemment la premiere fois que les auditeurs entendaient 272 l'action nationale raconter avec une telle maîtrise cette page d'histoire reléguée bien loin dans l'oubli, derrière celle des guerres contre les sauvages et les Anglais ainsi que celle des grandes luttes constitutionnelles, pages d'ailleurs fort mal connues, même celles-la, de nos contemporains.Comme toute science, l'histoire a besoin de se renouveler.Ht c est d en haut que doit couler cette eau vivifiante vers les différentes couches de la société.Durant plusieurs années, un fâcheux concours de circonstances a empêché nos universitaires de poursuivre les travaux de recherches en histoire du Canada.11 s'en est suivi un appauvrissement fatal aux divers degrés de l'enseignement de cette science qui, chez tous les peuples organises pour vivre, sert de base à 1 édification du patriotisme.M.l'abbé Groulx reprend le travail de ses lointains devanciers dans le domaine de la grande histoire.Il y met sa droite conscience de prêtre, son âme de patriote et son envergure d'intellectuel.Et, non content d écrire l'histoire, M.1 abbé Groulx prêche éloquemment à ses contemporains leur fidélité à ce passé qu\u2019il exhume pour leur édification patriotique.Bien peu d'hommes de notre génération auront eu ce mérite de préparer l\u2019éveil et de le sonner eux-mêmes.Son Éminence avait bien raison de dire: M.l'abbé Groulx est un de ceux à qui notre race doit davantage\" UN AUDITEUR DRAPEAU NATIONAL 273 C'EST LE TEMPS DE PREPARER POUR LE DRAPEAU NATIONAL C\u2019est le temps de préparer la propagande du drapeau national pour les prochaines manifestations patriotiques.L\u2019adhésion de tous nos compatriotes à un même emblème, serait un commencement d\u2019unanimité.Le drapeau que nous proposons est familier à notre peuple.Il est simple, peu coûteux, peu chargé.Il est suffisamment évocateur de nos origines.Demander à un drapeau d\u2019être autre chose qu\u2019un symbole c\u2019est nous engager dans la voie des disputes.Un drapeau n\u2019est pas une définition philosophique: c\u2019est un emblème.Il ne s'agit pas tant d\u2019orner ou de suggérer par des images précises: il s\u2019agit simplement d\u2019un signe extérieur qui incarne notre nationalité.Serons-nous capables de mettre fin à nos stupides fantaisies de byzantins.Chacun se battant dans son coin pour le drapeau de son choix.Celui que nous proposons est le plus populaire: il s\u2019agit d\u2019en organiser la diffusion.5 La Ligue de Propagande du Drapeau National des Canadiens-français Comité consultatif: l\u2019Action Nationale Pour commandes Dupuis Frères Ltée - 865 Ste-Catherine Est - Montréal PROPAGANDE du DRAPEAU Régionalisme La patrie Laurentienne nous apparaît comme un immense bas-relief fouillé par le ciseau du plus fantasque des artistes.Quelques motifs fortement configurés, sculptés sans aucun souci de 1 ensemble et ressortant du fond en appendices monstrueux; le reste, indécis, à peine dégagé de la pierre, sombre dans le flou le moins heureux.Et ce n'est pas là qu'un effet de notre vue troublée par notre ignorance phénoménale de notre géographie; en toute objectivité le Canada français est un monstre.Montréal s\u2019y dresse comme une excroissance horrible qui en rompt 1 équilibre et l\u2019harmonie.A l\u2019exception de Québec, qui à certains points de vue, revêt un aspect aussi repoussant quelques centres ici et là affichent une certaine velléité d\u2019autonomie, mais, vasseaux sans prestige, ils se perdent dans l'ombre qui descend de la colossale métropole tandis que les villages lilliputiens et la campagne désertique estompent un maigre profil Et cette figure anarchique notre pauvre province la prend à peu près sous tous les angles qu\u2019on l'envisage: économique, politique ou culturel.Il ne s'agit pas de citer à la barre les coupables de ce congestionnement contre nature ; nous voulons croire qu'il est l\u2019effet des circonstances et de responsabilités inconscientes, mais il importe souverainement de nous en imprégner dans les yeux la triste RÉGIONALISME 275 réalité, d'en sentir intensément tout le tragique; les efforts des générations futures, et la nôtre a le devoir d ouvrir la marche des réalisations, devront être appliqués à corriger ce déséquilibre, à tailler dans le marbre si pur de notre patrie une œuvre toute de beauté et d\u2019harmonie.Le ciseau est là, à portée de la main, outil merveilleux pour 1 artiste que sollicite une forme lumineuse; je veux parler du régionalisme.Non pas la formule romantique faite de contemplation toute platonique et de sentimentalité stérile, mais un régionalisme avant tout idée, volonté, action; un régionalisme système, marqué au coin de l'intérêt, embrassant tous les domaines de notre activité et 1 orientant vers une information plus nationale et plus humaine de ce triste cahos.C est dans l'ordre économique surtout que le Canada français prend l'apparence désespérante d un monde à 1 envers.Ici le libéralisme économique a joué deux fois contre nous.En plus de cet ordre antisocial qu il a établi impitoyablement chez nous comme dans le reste de l\u2019univers il porte la lourde responsabilité de nous avoir jetés pieds et poings lies aux mains de financiers étrangers ou métèques complètement désintéressés de nos préoccupations nationales.Nos épargnes péniblement amassées, notre capital, le nerf même de notre vie économique et de notre vie tout court, a subi en grande partie l\u2019attraction redoutable de la république voisine.Combien versons-nous chaque année aux firmes américaines qui posent en toute liberté leurs tentacules 276 l'action nationale sur la province ?Le compte a été fait; il est tout simplement effarant.Il est vrai que cet argent dont s est gorgé et continue de se gaver notre opulente voisine nous est revenu d exil ; mais helas ! de façon à nous couvrir de ridicule et de honte.Prives de capitaux nous étions incapables de mettre en valeur nos immenses ressources naturelles; c est alors que les magnats américains, lourdement engraisses de nos deniers, sont venus nous offrir leur concours bénévole.Et, déchéance suprême, nous voilà réduits à l\u2019état humiliant de colonie économique de la république bâtarde d outre-quarante-cin-quième.La seule perspective qu il nous reste c'est la faculté de quémander un emploi de valet auprès d étrangers qui exploitent 1 heritage de nos pères avec notre propre argent: c est a s en mordre les poings de rage.Et puis.le reste est allé aux Juifs et aux Anglo-Saxons de la rue Saint Jacques.C'est depuis la conquête qu ils nous tiennent le pied sur la gorge, ceux-là.Que l'Université de Montréal agonise, que nos maisons d éducation mendient, que nos institutions patriotiques périclitent, que nos intellectuels vivotent misérablement : ils s en fichent souverainement, eux.Que nous ne soyons qu un peuple de bons manœuvres et de larbins dociles, tant mieux, si cela les sert.Telle est l'œuvre d'avilissement que la dictature économique a exécutée chez nous ; sans compter qu'en nous asservissant comme individus et comme peuple, elle façonnait monstrueusement notre province, pays jeune et essentiellement malléable, RÉGIONALISME 277 selon son caractère centralisateur à outrance.C'est ainsi que Montréal souffre aujourd'hui de gigantisme et que tout l\u2019équilibre démographique est chez nous si tragiquement rompu.On le voit; ça été la grand erreur, pour ne pas dire le grand péché, de nos politiciens de permettre cette rafle éhontée de notre épargne.Aussi, notre mal a été de tout laisser à la politique et de tout attendre d'elle.Puisque, telle qu'établie, elle s'avère honteusement inepte, commençons à reconstruire sans elle et contre elle s\u2019il le faut un ordre économique plus humain et plus national.La cause de notre déchéance industrielle et financière a été le drainage de nos capitaux en des mains étrangères; élevons-leur des digues et reconstruisons dans le cadre intime de la paroisse et de la région la matière même de notre édifice économique.A.vouloir jouer sur un trop grand théâtre nous nous sommes fait rouler ridiculeusement, revenons sur un terrain que nous n\u2019aurions jamais dû quitter.Le règne de la caisse populaire et de la mutuelle locale.Que l\u2019épargne s'accumule peu à peu et du coup, sous l'afflux de ce sang nouveau, naît et progresse la petite industrie d\u2019où sortira normalement, comme l\u2019adulte se dégage de l\u2019enfant, une moyenne industrie indépendante des puissances d\u2019argent étrangères, qui nous délivrera à la fois de la servitude nationale et des exactions de la dictature économique.En effet la grande industrie témérairement édifiée en un jour à grand renfort de capitaux anonymes et de réclame tapageuse ne pourra soutenir une 278 l\u2019action nationale concurrence victorieuse, avec la gloutonnerie de ses administrateurs et le coût élevé des redevances et des salaires que lui vaut son siège dans les grands centres, contre une entreprise établie à la campagne, où la cherté de la vie est moindre, et dirigée par des techniciens intelligents à la fois propriétaires et patrons de leur établissement.Ainsi reparaîtrait le sens de la responsabilité sabotée par le libéralisme économique et, avec elle, le souci de la perfection de l\u2019œuvre et de l\u2019honnêteté professionnelle.Malheureusement nous manquons de techniciens.Aussi doit-on saluer comme une aurore de délivrance l'humble mais prometteuse école technique qui vient de naître à l\u2019ombre du séminaire de Rimouski et qui, je l\u2019espère, trouvera bientôt des sœurs dans toute la province.Il va sans dire que cette évolution ascendante de notre industrie ne s'opérera qu\u2019appuyée sur l'encouragement des nôtres, que soutenue par une compréhension plus nationale de l\u2019achat chez nous.Une industrie sans débouchés est une industrie morte.Avec ces nouveaux établissements industriels comme pôles d'aimant un peu partout dans la province, les lignes de force de notre population se décongestionnent et s\u2019harmonisent.La grande ville où dans les miasmes de toute sorte s'opère la déchéance des peuples se dégorge peu à peu et rend son trop-plein d'habitants à une vie plus salubre et plus humaine. RÉGIONALISME 279 Et l'agriculture prospère: le problème agricole n'en est-il pas un de marchés avant tout ?Dans un pays organisé comme le nôtre la distance est deux fois l'ennemie des agriculteurs éloignés des villes; elle rogne sur la valeur de leurs produits et majore démesurément celle des effets manufacturés.La décentralisation remédierait à ce profond désordre en faisant disparaître ces transports doublement onéreux et cette tourbe d'intermédiaires trop souvent accapareurs.En rapprochant les marchés elle aiderait aussi la colonisation et le problème angoissant de l'établissement des jeunes de chez nous serait en partie résolu.L'agriculteur et le colon bénéficieraient les premiers du crédit des caisses populaires autrement mieux adapté à leurs besoins qu\u2019un prêt provincial ou fédéral dont ils devront toujours porter le coût en définitive.Je n\u2019oublie pas nonplus l'école d'agriculture régionale et même locale; un grand rôle lui est réservé dans notre relèvement agricole.Dieu me garde de prôner là un régionalisme économique fermé, mesquinement réfractaire aux échangés et s étouffant par son propre égoïsme; J entends plutôt qu\u2019il soit un élément, une cellule de notre vie économique toute entière, enrichissant le bien commun de son apport particulier et original.Voilà un plan qui peut paraître un peu trop logique, mais il semble bien que notre redressement économique ne s'opérera pas en dehors de ses grandes lignes.A nos économistes de déterminer les modalités pratiques de son application.Nous 280 L ACTION NATIONALE avons trop longtemps pensé que dans ce domaine il fallait laisser jouer les forces anarchiques des intérêts et des égoïsmes.Il est temps que l'homme se ressouvienne qu'il a été posé parmi les choses terrestres non pour les subir mais pour y établir l'ordre transcendant de son intelligence.Pour cette réorganisation de notre économique nous aurons bientôt la collaboration du politique avec l'avènement du corporatisme, qui ne semble être qu'une des formes du régionalisme tant les deux systèmes se compénètrent harmonieusement.Depuis que Rome en a lancé l'idée à travers le monde il gagne de jour en jour des prosélytes plus convaincus et plus nombreux; sa formule répond si bien aux besoins tragiques de notre temps.Lui seul est de taille à mater définitivement la dictature économique, en créant des organismes qui puissent traiter sur un pied d'égalité avec elle et surtout qui soient de poids à annuler son influence pernicieuse auprès de l'État.L'odieuse discipline de parti, sinon toujours la corruption, a fait de la plupart de nos représentants des chiens muets; il faut auprès des gouvernements pour faire échec aux menées occultes et antisociales des puissances d\u2019argent la voix énergique et expérimentée des corporations.Ainsi la politique cessera d\u2019être une activité unilatérale pour devenir une vaste collaboration où les diverses régions apporteront leur concours par l'intermédiaire de leurs représentants professionnels.De plus les corporations, en arrachant au socialisme d'État les prérogatives qui leur re- RÉGIONALISME 281 viennent en propre, décentraliseront en faveur des différentes régions cette partie de l'administration qui ne doit relever que d'elles, accentuant ainsi un régionalisme politique qui, avec l'évolution corporative, se développera peu à peu, peut-être jusqu\u2019à 1 établissement d'un centre politique régional autonome, réglant chez lui les questions locales et ne laissant monter à l'État proprement dit que les problèmes d'ordre général.Mais pour que la démocratie prenne ainsi son véritable sens chaque région devra se couronner d\u2019un foyer de culture profonde et diffusive.Dans ce domaine aussi nous mourrons d\u2019un con-gestionnement monstrueux.Notre vie de l'esprit n'affiche une certaine vigueur que dans l'ambiance immédiate de centres trop peu nombreux.Sa pauvreté est d autant plus désespérante que ces foyers de culture manquant à la fois, à cause de leur isolement, d'une substructure proportionnée et enrichissante et d un terrain de rayonnement souffrent eux-mêmes d une anémie mortelle.Nous devons à notre vocation de secouer cette médiocrité avilissante ; nous le devons à la civilisation catholique et française dont nous sommes les représentants à la face de l\u2019Amérique.Voilà d\u2019ailleurs que la crise nous a déblayé le terrain des grandes reconstructions.Brutalement elle nous a arrachés à cette prospérité funeste, qui allait nous faire oublier qu'il y a d'autres valeurs que les valeurs matérielles, d'autres puissances que les puissances d\u2019argent, d'autres chefs-d'œuvre que les gratte-ciel Newyorkais; d'autres génies; 282 l\u2019action nationale d'autres héros et d'autres saints que les vingt milliardaires de la république voisine.Ça été un vomitif violent dont nous avons encore dans la bouche une amertume mais qui nous a singulièrement dégagé le cerveau et le cœur.Nous sommes maintenant mieux disposés à mettre en valeur les riches virtualités de notre génie.Ce génie greffé au cœur même de la France dont le patrimoine spirituel est le plus puissant tremplin qu'un peuple puisse souhaiter pour un élan vers les hauteurs sereines de la pensée.Jusqu'à la nature qui nous ouvre un port à la méditation.Les longs hivers feutrés de blanc.Les vastes campagnes que la neige simplifie comme une idée générale.Muettes et dépouillées comme pour mieux laisser parler la voix intérieure.Tout semble nous inviter aux plus hautes spéculations de l'esprit, aux pures extases de la mystique et de l\u2019art.Les professionnels régionaux s'offrent naturellement comme les pionniers de cette réorganisation intellectuelle.Jusqu'à présent ils ont failli honteusement à leur mission.Spécialistes incompé-tants ou mesquinement renfermés dans le cadre étroit de leur matière, ils n'ont été pour la plupart que des mercenaires de leur art.Ceux d\u2019entre eux qui se sont donné une culture assez vaste ont réincarné le type détestable de l'intellectuel improductif.Avec tout ce que cela comporte d'infériorité pour la culture elle-même.Que vaut une pensée qui n'a jamais fait l'effort de s'exprimer ?Quelle vigueur attendre d'une vie intellectuelle RÉGIONALISME 283 qui ne se groupe pas dans la convergence d'une œuvre à produire ?Ils ne se sont souvenus de leur devoir de dirigeants qu'aux époques troubles des élections où avec une impudence révoltante ils n\u2019ont pas craint de galvauder leur prestige à défendre sur les tribunes politiques avec de grandes protestations de désintéressement et d\u2019amour du peuple le parti dont ils attendaient un avancement personnel.Sans doute les responsabilités de cette démission collective débordent les limites des consciences individuelles.Mais le fait demeure irrémédiablement établi: l\u2019élite régionale à l\u2019exception de quelques vaillants a déchu et elle a beaucoup à réparer.Nous attendons d\u2019elle qu\u2019elle reprenne dans les diverses parties de la province sa noble fonction de classe dirigeante; qu\u2019amante de la haute culture elle s'occupe activement de relever le niveau intellectuel du peuple.Le clergé ne lui refusera pas sa coopération.Nos collèges régionaux semblent tout indiqués pour se transformer peu à peu en \u201cuniversités rurales\u201d avec bibliothèques publiques, cours du soir, conférences.Et gravitant autour de ce centre tout un foisonnement de sociétés littéraires, historiques, scientifiques, philosophiques, artistiques: que sais-je encore ?Enfin tout cet organisme trop complexe pour obéir à un plan défini par lequel une culture s'affirme et rayonne.Pour intensifier et généraliser cette noble émulation des esprits, partout, jusqu\u2019au fond des campagnes, les cercles d\u2019étude prometteurs des associations profession- 284 l'action nationale nelles et d'action catholique spécialisée.Une presse régionale bien dirigée sera la voix de toute cette activité, le lien de toutes ces initiatives heureuses, le canal de cette atmosphère indéfinissable qui constitue un milieu de culture.Une atmosphère, un milieu, un esprit, voilà ce qu\u2019il importe de créer.L'air de notre province en général et surtout celui des petites villes est irrespirable aux intelligences, empoisonné qu'il est de tous les relents de cet abrutissement systématique organisé contre les nôtres après la conquête et de l'immense vague pestilentienne du matérialisme américain qui nous submerge.Loin de prêter à un relèvement intellectuel de la masse et à l\u2019éclosion de talents originaux, il glace jusqu'aux enthousiasmes même les plus purs.Combien de couventines brillantes et de professionnels qui durant leurs études avaient goûté à l'ineffable ivresse de la science et de la culture et qui ont sombré dans la médiocrité parce qu'en dehors des écoles le milieu a paralysé leur élan ?Pas de cénacles fermés cependant où l\u2019on considère son entourage immédiat avec des yeux de myope satisfait ou de chauvin borgne; mais des foyers intellectuels sans cesse rajeunis aux grands courants d'idées modernes, fixés sur les horizons mêmes de l'humanisme chrétien.Mais si ce renouveau intellectuel doit se brancher au cœur même de la culture française, il devra lui ôter ce qu'elle a eu jusqu'ici de trop livresque et de déracinant pour nous. RÉGIONALISME 285 Pour avoir spéculé avec les penseurs français sur des données européennes nous avons été pour la plupart des théoriciens dans l'abstrait, incapables de se remettre au foyer en face de nos propres problèmes.C'est le grand inconvénient de vivre d'une pensée abstraite de réalités étrangères et provoquée par des situations qui diffèrent diamétralement de la nôtre.Ce mal profond conditionne toute notre vie intellectuelle.Le pire est que nous ne le réalisons guère.Que nous adoptions la discipline et les principes des maîtres de la pensée française; très bien; mais que nous essayions d'imposer les cadres de leurs points de vue et de leurs solutions à nos problèmes, voilà l\u2019anomalie funeste que notre renouveau intellectuel devra faire disparaître à tout prix.Nos foyers de culture régionaux seront donc tout appliqués à l'étude de nos problèmes intimes dans leur complexité concrète et à leur solution adéquate et respectueuse de nos exigences ethniques.Ils auront aussi la mission de nous arracher au mirage de cet exotisme maudit où nous plonge insidieusement la littérature française.Depuis nos plus tendres années que nous gaspillons notre sentimentalité à vibrer au diapason de l'âme d'un peuple dont l'histoire a cessé d'être la nôtre.Nos imaginations ont été nourries en exil.Les aventures des DuGueslin, des Bayart, des Napoléon et de combien de héros fictifs de la France, tel est le merveilleux qui a enchanté notre enfance.Sacrilège d'autant plus grand que l'épopée de nos pères, malgré la modestie de sa mise en scène et son inex- 286 L ACTION NATIONALE ploitation littéraire, a de quoi rivaliser avec les mythes fameux des peuples les plus fiers.Notre culture devra déchirer le voile desséchant des odieux manuels et nous faire tomber à genoux devant la vision exaltante de nos providentielles origines.Nous comptons sur les centres régionaux pour susciter des voix éclatantes à ce poème merveilleux encore latent et d'en faire communier ineffable-ment toute la nation.Les peuples sont grands par de grandes fiertés.Nous attendons aussi de nos écrivains qu'ils nous révèlent l'incomparable richesse plastique de la nature Laurentienne.L'importation en masse de nos aliments intellectuels nous a menés à une autre forme d'exotisme aussi désastreuse que la première: celle de ne concevoir un beau récit que dans le cadre idéalisé, falsifié de vagues contrées s'estompant derrière l'embrun des océans.Il est temps que nous prenions conscience de l\u2019austère majesté, de l\u2019indicible magnificence de notre patrie.Ce fleuve digne de l'antique paradis.Cette gemme somptueuse de lacs! La horde monstrueuse et bigarrée de ces forêts! Cette chevauchée titanesque de montagnes sur l'horizon.Un patrimoine que le Créateur semble avoir fignolé amoureusement tout exprès pour un peuple élu, un peuple de géants.La littérature qui exploiterait à fond l'inspiration formidable qui déborde de notre histoire primitive et des splendeurs de notre nature figurerait sans désavantage à côté des meilleures productions françaises.Ce même exotisme qui nous incite à préjuger nos littérateurs n'est-il pas appélé par un heureux retour de la RÉGIONALISME 287 même loi psychologique, à nous ouvrir tout grand le marché de la France.Maria Chapedelaine! Ces foyers intellectuels manqueraient cependant d\u2019intensité s'ils ne produisaient pas une attraction convergente à celle qui oriente tous les cœurs vers l\u2019Évêque diocésain.Notre culture sera incomplète si elle ne baigne toute dans le catholicisme le plus intégral, celui même qui se lève sur le monde avec l\u2019aurore resplendissante de l\u2019action catholique spécialisée.Notre génie ne pourra donner sa mesure dans tous les domaines que dans le jaillissement d\u2019une vie intérieure intense dégagée de l\u2019automatisme croupissant de vagues observances religieuses où règne le ver hideux de l\u2019habitude.Un bond par-dessus les siècles jusqu'à l'Église primitive.Quel art magnifique naîtrait de toute cette effervescence, s'il est vrai que les artistes ne produisent de véritables chefs-d'œuvre que portés par la communion des saints ou celle des enfants d'un même peuple dans une fierté et un idéal communs.Et voilà l\u2019autonomie régionale solidement établie par sa triple affirmation économique, politique et culturelle.Une petite patrie dans la grande patrie.Notre patriotisme n\u2019en sera pas affaibli; au contraire! L\u2019amour de la région natale lui donnera plutôt ces racines charnelles dont parlait Péguy, sans lesquelles il est condamné à n\u2019être plus qu\u2019une idéologie vide, un vague sentiment qui nous émeut la surface du cœur de façon intermittente.L\u2019idée de patrie n\u2019a de force que si elle réfère à l\u2019image concrète de la région, du coin de terre qui a cir- 288 l\u2019action nationale conscrit nos randonnées d'enfance.Et on ne conçoit pas un patriotisme agissant ne rayonnant pas d\u2019abord sur cette portion de la patrie qu\u2019il revient à chacun de faire progresser pour l\u2019équilibre même du bien commun.Le régionalisme servira surtout la cause nationale en renforçant nos positions contre l\u2019américanisation.Il lui coupera sa principale voie d\u2019invasion en délivrant notre vie économique du joug des monopoles tentaculaires d\u2019outre quarante-cinquième.La culture française qu\u2019il fera fleurir chez nous, en nous replaçant dans la ligne de la tradition catholique et latine nous immunisera contre la peste virulente de cette civilisation bêtement matérialiste.Le lien rompu qu\u2019il rétablira avec nos héroïques origines nous relèvera naturellement l\u2019échine devant ce peuple d'hybrides, résidu mal retapé de l'égrotante Europe.Les particularismes qu'il fera naître remplaceront par autant de châteaux forts la frontière mal fortifiée qui nous sépare de cette monstrueuse influence.Nous leur devrons surtout de nous préserver de l\u2019odieux type standard qui avec toutes les promiscuités du monde moderne parqué dans le même bouge par la presse, le cinéma et la radio tend à juguler la personne humaine en même temps qu\u2019il use chez nous nos caractères ethniques.Je n\u2019en finirais pas d\u2019exposer toute la richesse des potentialités dont déborde cette formule régiona- P ÉGION ALISME 289 liste.Sous son action patiente mais sûre je vois dans un lumineux avenir se dresser un Canada français, proportionné comme un beau corps d\u2019homme, fier de son histoire et des splendeurs de sa nature, couvrant toute l\u2019Amérique du rayonnement de sa culture et de sa foi.Alors s\u2019accomplira la prodigieuse prophétie de Pierre Termier: notre Laurentie sera \"un des étonnements, un des émerveillements de l\u2019humanité consciente\".Maurice TREMBLAY Mot d\u2019ordre pour le prochain 24 juin : arborer le drapeau national des Canadiens français. Chronique littéraire \u201dNous définir\u201d Dans l'œuvre importante de M.Édouard Mont-petit, il faudra classer son livre: Le front contre la vitre 1 au premier rang.Il présente un résumé des idées que cet écrivain de race n\u2019a cessé de prôner, depuis l'époque lointaine où il publiait Les Survivances françaises au Canada.Sa pensée s\u2019est harmonieusement développée jusqu\u2019à la clarté, aux précisions et aux adaptations définitives qui marquent cet ouvrage.M.Édouard Montpetit est une des figures les plus sympathiques et les plus complexes de notre littérature.En lui se rencontrent\u2014je ne dis pas: se combattent\u2014des personnages qui vivent sous le régime de la petite entente.Ils s\u2019accordent sur l'orientation fondamentale de leur activité qui est une sorte de moralisme constant basé sur la sociologie, l\u2019art et le patriotisme.A chacun de ces mots correspondent en lui des modalités intellectuelles dont l'apparition successive le diversifie et le nuance.Ses pages donnent l\u2019impression d'une richesse intérieure extrêmement féconde; elles témoignent d\u2019une culture qui s'est inlassablement élargie aux horizons de l\u2019étude et de l\u2019observation.L\u2019artiste l'a sauvé d\u2019une spécialisation asséchante et trop hâtive; le chercheur l\u2019a préservé d\u2019un idéalisme 1 Édouard Montpetit : Le front contre la vitre, éditions Albert Lévesque, Montréal, 1936, 178 pages, $1.00 NOUS DÉFINIR 291 évanescent, dédaigneux des réalités et des problèmes immédiats.Il s'est établi dans un équilibre qui n\u2019est autre que cette mesure française dont il est le si fervent admirateur.Son effort s\u2019est concentré autour de quelques idées dont il essaie de convaincre un peuple de plus en plus distrait, de plus en plus oublieux de ses origines et de ses obligations.Tout le long de son livre, il ne cesse de répéter que nous sommes des Français; il rejoint par délà l\u2019américanisation qui nous crétinise et l\u2019anglophilie qui nous égare la tradition de nos forces, de notre éducation et de notre loi naturelle.Le salut du Canada français ne peut venir que d\u2019une importation abondante de culture française.C\u2019est la pensée dominante de ce livre, la note tonique de cette symphonie multiple à la gloire et à l\u2019efficacité de la France civilisatrice.Il prend occasion du moindre incident pour nous prêcher cette doctrine.Ses voyages ne seront en définitive qu'une longue et bienfaisante méditation sur nos possibilités de survivance ethnique et culturelle.C'est ici qu\u2019il se révèle lui-même imprégné de cette vérité qu\u2019il sème à tout vent de parole.Des carnets d\u2019itinérants, mon Dieu, les bibliothèques modernes n'en manquent pas et les impressions qui s\u2019en dégagent ne sont pas tellement différentes! Voilà pourquoi certaines pages de M.Montpetit aux phrases elliptiques, incohérentes, qui rappellent le griffonnage fébrile à l'entrée des gares ou des débarcadères, risquaient de nous laisser indifférents, sinon de nous rendre hostiles.Mais aussitôt il trace sur 292 l\u2019action nationale la feuille semblable à tant d'autres le point de vue qui l\u2019informe\u2014au sens scolastique du mot\u2014, la pensée qui la spécifie et constitue pour nous ce contact nécessaire avec ce qui nous intéresse le plus, c\u2019est-à-dire nous-mêmes: \"Un voyage en France c\u2019est une longue réflexion sur nous-mêmes et nos impressions les plus vives sont, le plus souvent, canadiennes.Nous subissons mille réflexes Nous établissons, malgré nous, des comparaisons.Nous recommençons sans cesse la réponse aux mêmes questions.Tout cela nous aide à nous définir.\" Retenez bien ces derniers mots: nous définir.M.Montpetit n'a pas d\u2019autre ambition.Mais une définition est une tête de Janus à deux visages, l\u2019un regardant l'avenir, l\u2019autre le passé.L\u2019auteur du Front contre la vitre en ajoute un troisième qui analyse le présent.Sans amertume et sans débinage, il détaille notre caractère actuel.La vérité objective et sereine le guide: \"Pas de grands mots.Pas de vaines susceptibilités.Moins de rebuffades.Plus de langue de Louis XIV, plus d\u2019excessive sentimentalité.La vérité.Elle est suffisante et singulièrement féconde.La vérité par l\u2019esprit critique.\" Cet homme qui nous examine depuis tant d\u2019années, qui pèse et soupèse nos forces et nos faiblesses, reprend sans fatigue son enquête et ses conclusions.La vérité, qui ne vieillit pas, le veut ainsi.Il l\u2019accepte dans toute sa rigueur et en reçoit la récompense que d\u2019autres collectionneurs de dossiers n\u2019ont jamais atteinte: l'objectivité. NOUS DÉFINIR 293 De toute la force de son intelligence et de toute la pénétration de sa sympathie qui est vibrante, il tend vers une connaissance réelle de notre milieu.A 1 encontre de multiples réformateurs, pseudo-Hitler et Papineau de carton pâte qui pullulent chez nous, M.Montpetit cherche une raison véritable a son programme d action canadienne-fran-çaise.Connaître le pays d'abord, afin de le comprendre et de l'aimer.\" Cette formule, qui recevra de lui de nombreuses applications, explique son attitude.Elle le relie par delà les idées à cet autre maître de la jeune génération dont l\u2019œuvre est egalement construite sur des fondements solides, M.1 abbé Lionel Groulx.Mais alors que celui-ci demande ses disciplines à l\u2019histoire d\u2019abord, à notre maître, le passé, M.Édouard Montpetit interroge 1 éducation, 1 art, les sciences et la sociologie.C\u2019est là qu il extrait la matière si essentiellement humaine et si efficacement positive dont il rêve de cimenter notre vie nationale.Il écrit: \"Nous aurions le plus grand profit à utiliser les sciences naturelles et la géographie, le droit public ou civisme, 1 histoire et l\u2019économie politique, au renouvellement de nos forces qui s'anémient dans l'habitude ou l\u2019ignorance.\" Cette conviction si lumineuse et si belle l\u2019amène à nous reprocher\u2014oh! doucement, M.Montpetit déteste la violence verbale et lui préfère l\u2019idée vive\u2014 notre tendance à l\u2019irréalisme.Nous jouissons d\u2019une faculté surprenante d\u2019éthérification.Le monde objectif avec ses dynamismes infinis, son ordre splendide et ses richesses d\u2019art et de poésie 294 l\u2019action nationale nous échappe totalement.Nous nous laissons chloroformer par les mots et nous vivons dans des espèces de paradis artificiels où régnerait la béate satisfaction, définitivement triomphante, en dépit de nos élans transitoires de patriotisme et de reprise qui ressemblent plutôt à des hoquets de cacochyme.Ajoutez à cette infirmité collective que, français, nous sommes individualistes.Nous ne comprenons pas les exigences de la communauté, la nécessité des vertus civiques et la pratique de l'union.Ce faux individualisme qui se résume à une recherche d intérêts particuliers est peut-être la cause la plus efficace de nos malheurs.M.Montpetit le dénonce avec les accents les moins dubitatifs: \"On dit que nous sommes des individualistes, préoccupés surtout de notre intérêt personnel et fort peu des intérêts communs.C\u2019est la vérité.Je ne blâmerais pas que nous soyons des individualistes, comme les Anglais qui ont le culte de l'énergie personnelle.Je déplore seulement notre manque de sens social et d esprit public.\" Et plus loin: \"Malgré l\u2019unanimité que nous mettons encore, Dieu merci ! à reconnaître 1 efficacité des liens de l\u2019histoire, de la langue, du droit et de la religion, nous n\u2019avons pas acquis le sens de la solidarité dans la vie nationale.\" Nous connaissons si peu cette union puissante et vaste que lorsque nous nous décidons a un effort d ensemble nous tombons dans le grégarisme le plus détestable.Le groupe absorbe les énergies personnelles et ne laisse plus aux volontés et aux intelligences que la fonction d'adhérer.Il dépouille les unités de NOUS DÉFINIR 295 leur force principale: le sens critique.Nous continuons d'être superficiels, fantoches à la merci de tous les impéralismes: ceux de la pensée comme ceux de l\u2019entreprise financière.Avec une incroyable naïveté nous nous sommes abandonnés au fair-play britannique, oubliant \"qu\u2019il ne dépasse pas le groupe anglo-saxon.\" L\u2019américanisme dans ce qu\u2019il a de plus abominablement standardisé: radio, magazines, cinéma, etc.développe son virus parmi nous comme parmi des cobayes d\u2019élite.Climat de culture, un chapitre merveilleux que nul Canadien ne doit se dispenser de lire et de méditer, Anglais-Français où à la suite de Madariaga l\u2019auteur explique en nous l'adaptant notre psychologie et celle des autres, détaillent avec peut-être des arêtes moins vives les raisons de notre faillite.Cependant M.Montpetit n\u2019est pas un démolisseur.S\u2019il lui arrive de renverser certaines bicoques vermoulues de notre vau-de-Vire national, c'est afin d'éclaircir l\u2019horizon.Il les remplace aussitôt par d'harmonieuses constructions dans le goût de nos ancêtres et solidement assises sur la tradition et la réalité.La pierre d\u2019angle de ces édifices nouveaux, c\u2019est la refrancisation.Mais pour lui refranciser, ce n\u2019est pas d\u2019obtenir un timbre ni une monnaie bilingues, ce n\u2019est même pas de distribuer abondamment des pancartes en rouge et blanc qui rappellent aux murs de nos écoles et de nos universités un impérieux devoir.Ce verbe, si voracement consommé à la fête et durant l\u2019octave de la St-J ean-Baptiste, renferme une idée et une action\u2014eh oui! c\u2019est un verbe actif\u2014plus 296 l'action nationale fondamentales et plus nécessaires.\"Refranciser, c'est renaître à la civilisation française et en retrouver les traits profonds : c'est parler, bâtir, vivre, manger à la canadienne, c'est-à-dire à la française.\" Nous devons nous relier plus fermement à la France pour nous approprier ses qualités de mesure, d\u2019ordre et de clarté.Transporter chez nous ses critères collectifs qui sont le goût et la vie intellectuelle.C'est par la pratique de ses deux disciplines que se renouvelleront notre esprit et notre caractère grandement compromis par le chauvinisme et l'américanisme.Et l'on s'aperçoit que par son livre M.Montpetit veut nous persuader des vertus extraordinaires des sciences et de l\u2019art.Son plaidoyer est un des plus solides, des plus habiles et des mieux écrits qu'aient enregistré nos lettres.Sa défense de la culture française devient une illustration de son efficacité, du besoin qu'elle suscite de clarifier les idées et de tendre vers une forme parfaite.C'est pour M.Montpetit un précieux atout que d'être lui-même l'argument principal de sa doctrine.Il est acquis que \u201cnous ne nous plions aux hommes ni aux choses.\" Pour corriger nos psychologies aériennes et les doter d'un lest qui les empêche de quitter trop tôt la réalité, revenons à l'observation directe, à la connaissance immédiate des choses.\u201cPar les sciences naturelles: géologie, minéralogie, botanique, zoologie.Le sol, la flore, la faune.Non pas tant le détail que les traits de la figure terrestre.\" Cette étude strictement concrète nous permettra de \"lire le pays\" et de \"le NOUS DÉFINIR 297 traduire.\" Puis interviendra le géographie physique et humaine, qui \u201cse confond avec les exercices de langage.\" On appuiera l\u2019enseignement sur des faits quotidiens et ce sont eux, plutôt que les définitions du manuel, qui devront nourrir les réflexions de l\u2019enfant.On créera ainsi par cercles concentriques un rayonnement complet de l\u2019intelligence qui s\u2019élèvera du milieu natal à la province, au pays et au monde extérieur.Le civisme remplacera ce régionalisme à courtes vues qu'entretiennent avec tant de jalousie de pomponnants sous-Hémon et notre patriotisme d\u2019exclamation et d\u2019échauffement disparaîtra devant nos responsabilités finalement comprises de citoyens.Ce programme\u2014que j'explique avec la sensation de le réduire à sa plus simple expression\u2014exige des réformes.M.Montpetit les propose en se réclamant de sa seule expérience, qui est, à mon avis, l\u2019unique autorité en ces matières.Lisons-les ensemble : \u201cdes manuels qui gagneraient à être moins \u201cnourrices sèches\" et à s\u2019égayer au contact d\u2019un art plus affiné; des bibliothèques, où le maître, de qui on exige beaucoup, puiserait le surcroît de savoir que tout enseignement requiert; des pédagogues formés dans des Ecoles normales mieux averties, ou munies des facilités qu\u2019elles réclament à bon droit; un Bureau d\u2019examinateurs résolu à découvrir chez les francs-tireurs qui l\u2019assaillent la vision nette des intérêts nationaux; 298 l'action nationale enfin\u2014mais j\u2019aborde ce dernier point avec respect\u2014, un Conseil de l\u2019instruction publique revêtu de pouvoirs plus étendus et qui s\u2019occuperait davantage de pédagogie.\" Comme on peut s'en rendre compte, le mot science renferme ici une signification qui le rapproche de son origine latine.Il s'agit d\u2019une connaissance vivante et forte, s'élevant de l\u2019impression sensorielle aux activités philosophiques les plus universelles, mais ne se séparant jamais de ses conclusions économiques et sociales.C\u2019est avec la même ampleur d'esprit pratique que M.Montpetit entrevoit le rôle de l\u2019art.Tout comme la science, il doit contribuer à notre formation nationale, dégager les traits de notre vraie physionomie et nous imposer l\u2019orientation d\u2019une civilisation exclusive.\u2018\u2018L\u2019art, dit-il, manifeste la personnalité d\u2019un peuple.\u201d Hélas! nous avons oublié qu\u2019il était \"une valeur d'expression aussi nette, aussi impérative que la langue.\" Nous avons rejeté le type architectural qui nous vint de France et que nos ancêtres, avec leur sens du concret, avait adapté à notre climat et à nos mœurs.La médiocrité, l\u2019anonymat et le mauvais goût, conséquences directes des produits en série, dominent nos villes dont certains quartiers sont d\u2019une laideur hideuse et envahissent graduellement nos villages, où résiste encore un peu de distinction française.\u201cLa disparition des combles a donné place à des frontons, des poivrières, des bulbes, des épis, des tourelles, des créneaux de bois, des soleils de tôle et des rayons d'acier.On a orné (vous êtes bien bon, M.Mont- NOUS DÉFINIR 299 petit!) les façades d\u2019appareils cocasses: balcons jumelés, vérandas grillagées, escaliers extérieurs sur lesquels on photographie volontiers nos familles nombreuses.\u201d C\u2019est la reculade parfaite.Tandis que d\u2019autres pays du Nord, comme le Danemark, se sont créé un art qui exprime un caractère et une tradition, nous avons dévié vers des formes contradictoires.Ces réflexions assaillent M.Montpetit alors qu'il visite Copenhague.Il rêve pour nous d'un type national de construction qui loin de nuire à l'invention la dirige vers un modernisme qui se souvient du passé.Lentement dans nos écoles primaires et secondaires s\u2019accomplit un travail de retour.Il reste à persuader la masse que l\u2019art raconte sa survivance et affirme sa volonté de tenir.Il devra par conséquent s\u2019alimenter à la \u201cvie de l\u2019esprit \", formule que M.Montpetit reprend à la suite de M.Albert Pelletier et qui dans le temps n'a pas manqué de scandaliser nos surhommes de pacotille.La difficulté est de saisir le peuple de la profonde vérité de ce programme, de l\u2019entraîner à l\u2019action et à la lutte.Aux idéologies esthétiques qui ne seront jamais comprises que d'une élite l\u2019auteur du Front contre la vitre substitue des pensées plus accessibles.Il montre que l'art, pratiqué nationalement, renferme une valeur économique dont la principale mise en œuvre est le tourisme.Celui-ci \"n\u2019est pas la proie des gros capitaux et il alimente beaucoup d\u2019entreprises modestes où les nôtres trouvent leur subsistance.Il peut nous enrichir, à condition que nous gardions nos attraits\". 300 l'action nationale N'importe qui sera sympathique à de tels arguments, parce qu'ils sonnent.M.Montpetit les présente avec cet enthousiasme contenu qui participe du reproche et du regret, cette froide ironie dont, parmi nos écrivains, il possède le mieux la recette.Telles sont les lignes maîtresses de ce livre bâti en profondeur et en hauteur.Malgré toute mon admiration qui s\u2019est exprimée lentement, j\u2019ai conscience d'en avoir peut-être trop schématisé les idées, qui sont touffues et substantielles, qui se rattachent directement à la vie et qui, à son instar, prolifient en de multiples ramifications.Que de commentaires suggérerait encore ce triptyque d'éducation nationale: In hymnis et canticis, Lumière du Nord, Climat de Culture.Il faudrait s\u2019arrêter longuement A la maison de l'ancêtre.C'est la meilleure étude qu'on ait jusqu'ici écrite en marge de l\u2019œuvre d'Antoine Gérin-Lajoie.En un raccourci de forte encolure, M.Montpetit reprend les raisons ultimes de notre survivance et de notre progrès: le travail et l'épargne dont Jean Rivard a prodigué l'exemple inlassable, l\u2019étude dès la petite école de l\u2019art et des sciences dont le défricheur entrevoit la puissance de maintien et de rénovation.Ces pages sont étroitement liées à ce que nous avons de plus stable et de plus dynamique dans notre vie actuelle.Elles soutiendront l\u2019effort d\u2019un groupe qui ne veut pas capituler ni devant le juif, ni devant le soviet, ni devant le britannique\u2014 celui qui a faim au-dessous du 45e comme celui qui collectionne les continents au delà des mers. NOUS DÉFINIR 301 Quand le désordre règne en dictateur chez nous, quand nos chefs se livrent au puffisme le plus enfantin, pratiquent de façon éhontée une politique de prestige électoral et d'assiettes au beurre, c\u2019est une espèce de bénédiction qu'un homme\u2014je dis un homme\u2014, analyse, le front contre la vitre, cette tragi-comédie et nous avertisse des mesures qui nous sauveront.Que cet homme mûri par l'expérience et la méditation serait récompensé de sa parole si enfin nous posions des actes ! Carmel BROUILLARD, o.f.m.Mot d\u2019ordre pour le prochain 24 juin : arborer le drapeau national des Canadiens français. Vous pouvez le répéter.Le temps est aux enquêtes.L'on paraît préférer les faits concrets aux affirmations gratuites.Dans l'ordre économique, Victor Barbeau a pris de notre taille une mesure qui ne nous laisse pas l'illusion d'être bien grands.L'on disait de nos ancêtres qu'ils étaient grands et beaux.Nous ne sommes pas restés grands, mais nous sommes encore beaux.Allusion à un jugement historique qui contentera ceux qui trouvent que tout va très bien madame la Marquise.Le Père M.-A.Lamarche, o.p., a comparé L Enseignement de la philosophie au Canada français, par Hermas Bastien, à une recherche de notre taille au point de vue philosophique.Ici, nous ne projetons pas l\u2019ombre du moindre de nos clochers de fer-blanc.\"Le maître est encore à venir\", a dit son Éminence le Cardinal Villeneuve, O.M.I.Nous voulons aujourd\u2019hui rappeler quelques chiffres sur la situation des Canadiens français au Canada Chiffres et faits Rappelons en préambule que les neuf provinces, au dernier recensement, comptaient 1,927,990 personnes d'origine française.Les quatre cinquièmes s'en trouvaient dans le Québec, soit 77.7 pour cent, 10 p.c.dans l'Ontario, 5 p.c.dans le Nouveau-Brunswick, 2 p.c.dans la Nouvelle-Écosse, \\}4 p.c.dans les provinces du Manitoba, de la Saskatchewan et l'Alberta, 1 p.c.dans L1 le du Prince-Édouard et la Colombie Britannique.Nous formons 28 p.c.de la population globale du pays.Les rapports s'établissent comme suit en chaque province.Québec, 79%; Nouveau-Brunswick,\tIle-du-Prince- Édouard, 15%, Nouvelle-Écosse, 11%; Ontario, 9%; Manitoba, 7%; Saskatchewan et Alberta, 5%; Colombie-Britannique, 2%.97.3% des personnes d'origine française au Canada appartiennent à la religion catholique comparativement à 31.3% VOUS POUVEZ LE RÉPÉTER 303 de la population d'origine irlandaise et 85% de la population d'origine polonaise.Savez-vous, que les deux tiers (66.4%) des catholiques du Canada sont d'origine française, comparativement à 8.9% d'origine irlandaise et 16.1% d'origines britanniques (c'est-à-dire d\u2019origine anglaise, irlandaise et écossaise) ?Savez-vous que dans toutes les provinces du Canada sauf l'Ile-du-Prince-Édouard et la Colombie-Britannique les catholiques d'origine française sont plus nombreux que ceux d\u2019origine irlandaise et que dans l\u2019Ontario le nombre de catholiques canadiens-français dépssse le nombre de catholiques irlandais par 89,500 ?Savez-vous aussi que dans toutes les provinces sauf l'Ile-du-Prince-Édouard, la Colombie-Britannique et l'Ontario les catholiques de langue française sont plus nombreux que les catholiques de langue anglaise et que dans l'Ontario le nombre de catholiques de langue anglaise dépasse le nombre de catholiques de langue française de 6,700 seulement ?Il y a au Canada 4,285,388 catholiques dont 2,849,096 de langue française, 691,459 de langue anglaise, dont 384,748 irlandais, et 744,833 de langue étrangère.Au Canada 5 archevêques de langue française et 7 archevêques de langue anglaise.Savez-vous que sur chaque 10,000 personnes d'origine française au Canada, personnes âgées de 10 ans et plus, il y en a 618 qui sont illettrées, c'est-à-dire qui ne savent ni lire ni écrire, comparativement à 83 pour les personnes d'origine irlandaise, 257 d'origine allemande, 1,175 d\u2019origine polonaise et 1,375 d'origine ukranienne ?Ici nous faisons bonne figure quand on nous compare aux Polonais et aux Ukraniens seulement.Savez-vous aussi que sur 10,000 personnes d\u2019origine française au Canada, cette fois des jeunes personnes entre les âges de 10 et 20 ans, il y en a 200 qui sont illettrées, comparativement à 44 d'origine anglaise ou irlandaise, 71 d'origine allemande, 216 d\u2019origine polonaise et 129 d'origine ukranienne ?Cette fois-ci les Ukraniens nous ont dépassé et nous nous battons avec les Polonais pour la queue, 200 et 216.Maintenant, savez-vous ce que fait la population d'origine française du Canada?Je veux parler d'occupations.23% des fermes du Canada sont cultivées\u2019par des fermiers d'origine 304 l'action nationale française, ce qui veut dire que les familles des cultivateurs sont plus grosses que les autres.Les autres 69% de la population demeurent dans les villes et villages, ou, s ils résident dans les campagnes, ils ont des occupations autres que 1 agriculture.Que font-ils ?Enlevons d'abord du total de la population la population de moins de dix ans qui va à la classe ou devrait y aller.Il reste 2, 157,760 personnes.De ce nombre 991,487, soit 46%, sont actifs, le reste se compose d'étudiants, de ménagères, de rentiers, etc.qu'on n'inclut pas dans la population active.Avez-vous déjà entendu dire que le peuple canadien-français est un peuple de cultivateurs ?Voici les faits.z8% de la population active d'origine française est employée dans l'agriculture, comparativement à 23.4% de la population active d'origine anglaise, 30.5% de celle d origine irlandaise, et 27.1% de celle d'origine écossaise.Quant aux autres races qui forment la population canadienne, le pourcentage de leur population active employée dans l'agriculture dépasse 50%, excepté toutefois les races juive, italienne, chinoise et japonaise.Donc, la population d origine française a proportionnellement moins de cultivateurs que les autres excepté, les Anglais et les Écossais.Il y a proportionnellement plus de personnes d'origine française qui s'occupent de chasse et de pêche (excepté les Indiens) et de l'abattage du bois; les pourcentages sont respectivement 1.2 et 2.3%.Ici, il faut ajouter que 42% de toutes les personnes employées dans 1 abattage du bois sont d origine française mais que seulement 32% des propriétaires et gérants le sont.Très peu des nôtres s'occupent de mines, carrières, puits d'huile, etc.Environ 12% de la population active d'origine française, employée dans les manufactures, forme 27% de toute la population employée dans les manufactures.Toutefois, seulement 22% des propriétaires, gérants, contremaîtres et surveillants sont d'origine française, et ceux-ci exercent leur autorité dans les manufactures de moindre importance.Pour les manufactures comme pour le commerce que nous mentionnerons dans un instant, les statistiques sont \"délicieusement vagues\" et ne révèlent pas la vraie situation.Pour le statis- VOUS POUVEZ LE RÉPÉTER 305 ticien, l'homme qui par son propre travail, sans employés autres que lui-même, manufacture des boutons de culotte est un manufacturier tout aussi bien que l'homme qui emploie ioo.ooo personnes à manufacturer des automobiles et autres dans la même classification.Voilà, pourquoi heureusement pour nous, les statistiques des manufactures et du commerce ne révèlent qu'une bien petite partie de la situation humiliante et ridicule dans laquelle nous nous trouvons.24% des personnes employées dans l'industrie qu'on appelle \"transports et communications\" sont d'origine française et seulement 19% des officiers, gérants, hauts fonctionnaires, contremaîtres et inspecteurs le sont, et je vous laisse à deviner si ce sont les positions les plus importantes qu'ils occupent.Dans le commerce, 22% des personnes employées sont d'origine française de même que 22% des propriétaires et gérants de magasins de détail; mais seulement 12% des propriétaires, gérants, et négociants en gros, importateurs et exportateurs, sont d'origine française.36% de la population active juive est dans le commerce, comparativement à 7% de la population d\u2019origine française et 9% de la population d'origine britannique.Dernier fait, sur lequel je veux insister.C'est, à mon point de vue, de beaucoup le plus pitoyable.Je veux parler des ouvriers sans métiers ou autrement dit, des journaliers.Sur 991,487 personnes actives d'origine française, 139,827, soit 14%, sont sans métiers.Avec 26% de la population, nous avons 32% de tous les sans-métiers, c'est-à-dire, des journaliers du pays.Comparons avec les autres races: sont sans métiers 8% des populations actives anglaise et irlandaise, 2-K% de la population active écossaise, 8% de la population active allemande et autrichienne et 3% de la population active italienne.La seule population à nous dépasser est celle qui nous vient d'Europe centrale avec 20% de sa population active sans métiers.Conclusion Il y a quelques ombres assez opaques au tableau que nous fournissent les statistiques.Les chiffres ont un langage brutal 306 l'action nationale comme la vérité.Les influences hostiles, juiverie, dans les grands centres, francophobie, dans les provinces où domine la race soi-disant supérieure, empêchent notre peuple de prendre sa place dans un pays colonisé par ses pères mais que de nouveaux venus exploitent.Disons cependant que les causes dominantes de notre état national sont en nous.Le plus grand ennemi des Canadiens français, c'est nous-mêmes.La preuve en est que, même en notre province, nous servons.On disait autrefois de nos ancêtres: \"ils font de mauvais serviteurs; ils ont l'âme trop haute\".Les temps sont bien changés.Il n'est cependant pas trop tard pour commencer à vouloir, puisque la vie des peuples se compte au calendrier des siècles.La carence des chefs Voilà un slogan que d'aucuns diront sentir le pessimisme et le mécontentement.Éloge que nous acceptons volontiers.Mécontents, nous le sommes devant l'optimisme béat de tant de nos guides.Optimisme qui contribue à faire croire à notre peuple que tout ne va pas si mal, qui nous avertit que nous avons des chefs épatants dans tous les domaines, que nous avons des destinées providentielles inéluctables, que notre système d\u2019éducation est le plus merveilleux du monde, que nous sommes le peuple le plus catholique de 1 univers.Bref, tous les lieux communs d'une rhétorique de décadence.Or, un examen objectif nous enseigne que nous rétrogradons dans les divers domaines: économique, où nous sommes des serfs; social, où nous laissons aux autres le soin des réalisations; éducationnel, où notre pédagogie de cul-de-jatte et de rhumatisants nous fait piétiner; intellectuel, où nous perdons la direction des idées.Et cependant, à tour de rôle, on vient nous dire que tel mouvement a rénové, changé, sublimé notre vie.Chose curieuse, malgré tant de mouvements sauveurs, nous voilà acculés à toujours tenter de sauver notre peuple.Si tous les efforts passés avaient porté sur le point névralgique du malaise de notre groupe, se pourrait-il que nous en soyons à toujours mettre en question l'orientation de notre vie nationale ?Ce qui nous a nui, c'est l'optimisme et la satis- VOUS POUVEZ LE RÉPÉTER 307 faction à rabais de trop des nôtres.Une seule chose aurait pu nous épargner la nécessité de rattraper le temps perdu: la vérité.Mais nous avons peur de la vérité comme nous avons la frousse de ceux qui la disent.Notre optimisme calfeutré, comme le vivoir d'un bourgeois bien renté, nous empêche d'apprécier la valeur de la critique constructive.Et pour ne pas nuire à de petits intérêts qui sont parfois démesurés, il ne faut pas parler de réforme.Aux audacieux qui osent, vite accolons l'épithète de mécontents et de pessimistes, comme on affublait jadis du qualificatif de francs-maçons ceux qui parlaient d'instruction obligatoire et de gratuité de l'école.Heureusement, il est certains des nôtres que tels épouvantails ne terrorisent plus.Etienne ROBIN Mot d\u2019ordre pour le prochain 24 juin : arborer le drapeau national des Canadiens français. Pour vivre Drapeau Toute fête nationale, toute célébration publique qui occasionne un pavoisement, ne manque pas de nous jeter à la figure le plus désolant témoignage.Quiconque veut sonder l'inexistence, 1 incohérence ou l\u2019anarchie de l'idéologie patriotique chez nous, n'a qu\u2019à parcourir, ces jours-là, les rues de nos villes ou de nos villages.Le 12 mai dernier, jour du couronnement de Georges VI, nous a fourni une de ces funèbres démonstrations.Dans Montréal particulièrement, un souci 1 a emporte sans conteste, dans l'esprit des Canadiens français: éviter à tout prix de s afficher ou de pavoiser selon leur qualité de Canadiens français.On pouvait voir, à leurs fenêtres ou à leurs balcons, une multiplicité de drapeaux ou de couleurs, excepté les leurs: l'Union Jack \u2014 surtout l'Union Jack \u2014 le drapeau de la marine canadienne, le drapeau américain, le tricolore français.Presque partout 1 Union Jack occupait la place d honneur.Nous avons pris la peine de parcourir d un bout a 1 autre, vers 1 heure de midi de ce 12 mai, la rue Cherrier, rue de professionnels et de bons bourgeois canadiens-français.Le pavoisement ne différait pas de celui des autres quartiers de 1 est ou du nord.A la Palestre Nationale, siège social de l\u2019A.C.J.C., un fleurdelisé à croix blanche flottait dûment a 1 une des hautes fenêtres de l'édifice; plus bas quelques petits dra- POUR VIVRE 309 peaux, si faussement appelés \u201cCarillons Sacré-Cœur\", se perdaient dans une foule d'autres.Un seul des occupants de la rue Cherrier avait arboré, au haut de son mât, un large bleu-royal à croix blanche et n'avait arboré que celui-là: le Dr J.-A.Saint-Denis.Voilà bien, étalée au grand jour, l'immensité de notre sottise! Nous nous plaignons incessamment, en enfants pleurnicheurs, de ne compter pour rien, ni à Ottawa, ni à Rome, ni même chez nous.Mais quand les occasions se présentent d\u2019afficher notre entité nationale, de proclamer notre existence, fût-ce en notre province, en notre château fort, en la deuxième ou troisième ville française du monde, personne ne sait mieux s\u2019y prendre que nous pour rater le coup.L\u2019inconcevable est bien qu\u2019en cette fête du couronnement, nous ayons arboré à profusion, mis à la place d\u2019honneur l'Union Jack, même sur nos édifices publics.A Montréal, on pouvait le voir flotter, par exemple, au-dessus de la grande porte de la Bibliothèque Municipale, rue Sherbrooke.Quelle casuistique politique ou nationale, quelle casuistique à rebours nous a fait y attribuer cette importance ?Car enfin l'Union Jack, c'est le drapeau de la Grande-Bretagne.Et si le Statut de Westminster n\u2019est pas rien qu\u2019une comédie pour jobards de notre espèce, le roi que nous acclamions ce 12 mai, ce n\u2019était pas le roi de la Grande-Bretagne, mais le roi du Canada.Tout aussi stupide, pour le dire en passant, l\u2019usage immodéré que nous faisons du tricolore.Les Canadiens français ne manquent point qui reprochent amèrement aux Anglo- 310 l'action nationale Canadiens leur attachement têtu à 1 Union Jack.Mais eux-mêmes, qu'arborent-ils le plus souvent, sinon le drapeau de la France ?Au comité montréalais du pavoisement, à quelqu un qui proposait d'arborer le plus possible, pour le jour du couronnement, le bleu-royal à croix blanche, un imbécile encombrant et solennel aurait même répondu, à ce que l\u2019on raconte: \u201cNous avons déjà le tricolore.Qu'avons-nous besoin de cet autre chiffon ?\" Encore une parole qui donne la mesure de notre stupidité.Décidément, si les Canadiens français veulent être pris au sérieux en leur pays, ils ne feraient pas mal de \"reviser\u201d, à propos de patriotisme, quelques-unes de leurs idées et quelques-uns de leurs gestes.Et il est temps, grandement temps, qu\u2019ils arrachent la direction de leur vie aux snobs et aux gâteux du bonne-ententisme.Autre constatation peu réjouissante.Nul ne saurait nier, par le temps qui court, l'urgente, l'extrême opportunité de confesser très haut notre existence, notre volonté nationale; nul non plus ne saurait ignorer le prestige de l\u2019image ou du symbole sur l\u2019esprit populaire; et par conséquent chacun aperçoit la valeur d'enseignement que vaudrait à notre peuple une affirmation péremptoire de sa distinction, de son existence comme nationalité.Comment, dès lors, ne pas s'étonner du peu d'importance que sociétés nationales et journaux patriotes ont accordé jusqu'ici à l'essentielle question d\u2019un drapeau national canadien-français ?Hélas, entre tant d'arts que nous avons délaissés, comme nous avons gardé celui de nous perdre dans les détails, les questions secondaires, accessoires! POUR VIVRE 311 Comme nous savons l'art de piétiner, de tourner en rond ! Une occasion unique se présentera bientôt d en finir avec cet individualisme prétentieux et fou qui veut que chacun ait son projet de drapeau, ou ne le veuille que chargé de trois ou quatre emblèmes et de quatre ou cinq couleurs, pas un de moins et pas une de moins.Avec un peu de bon sens, il y aurait moyen de s\u2019entendre, ce semble sur le fleurdelisé bleu-royal à croix blanche, au moins comme dessin de fond.Parions que le Congrès de la langue française laissera passer l\u2019occasion suprême, par crainte de scènes hystériques et par crainte surtout d\u2019une marée de salive à faire déborder le Saint-Laurent.Education nationale Les esprits faibles qui croient à la démocratie comme ils ne croient ni à l\u2019Église ni au Christ, n éprouvent qu\u2019horreur pour le fascisme, quelque forme qu il revête.Il n\u2019empêche que certains peuples sont bien heureux qui, à cette heure, retrouvent, par cette forme politique, la plus magnifique renaissance.Sur les moyens de relever un peuple de sa misère, de son anarchie morale, nos bavards de parlementaires pourraient avec profit aller prendre des leçons en Italie, en Autriche, au Portugal.Au pays de Mussolini, pour ne parler que de celui-là, ils verraient comme un vrai chef d État s\u2019y prend pour inculquer à une nation mourante, décadente, le goût, la passion de la grandeur, de la résurrection.Dans les plus petits bourgs, sur les murs d\u2019une humble maison, le touriste peut lire 312 l\u2019action nationale des consignes, des sonneries de fanfare comme celles-ci, mots du maître jetés à la volée, comme le blé de la main d'un semeur: Croire.Obéir.Combattre.Celui qui n'est pas prêt à mourir pour sa foi n est pas digne de la professer.Le long d\u2019une muraille de Gênes: \"Nous irons toujours tout droit\".En Ombrie, à la sortie d\u2019un tunnel : Saluez tous la longue attente du peuple italien, qui, au bout de quinze siècles, retrouve enfin son Empire ! Dans une petite ville, cette fière inscription: Jamais plus l Italie ne fera la politique du lâche renoncement ! Encore dans un village de rien, sur la plus dénuée des maisons, ces autres lignes, cet appel au travail, au triomphe: Notre grande Italie, nous tous l'aurons construite jour par jour, pierre par pierre.Et nous la servirons, quoi qu'il en coûte, avec l'amour, avec la force, avec l'olive, avec l'épéel\" D\u2019un bout à l'autre de son territoire, l'Italie est obsédée, soulevée par cette prédication cornélienne.A Rome, le long de la somptueuse Via del Impero qui, de la place de Venise, se dirige, à travers les Forums, vers le Colisée, quatre cartes géographiques, cartes gigantesques gravées sur le marbre, montrent au peuple les étapes successives de l\u2019empire sous la république et les Césars.Sur l\u2019espace en noir, le blanc indique les conquêtes.Ainsi s\u2019achemine-t-on, de carte en carte, depuis Rome, simple rond blanc, au milieu d\u2019un monde encore dans la nuit, à la Rome du lendemain des guerres puniques, à celle de César et d'Auguste, à celle de Trajan.D'une époque à l\u2019autre, le noir diminue, se rétrécit, libère l'Europe; le monde devient blanc, resplendit comme une POUR VIVRE 313 lumière.Dans les écoles d'Italie, au-dessus de la porte de chaque classe, on peut lire le nom d'un héros national.Le Duce, qui sait le rôle souverain de la femme, a fondé cette chose originale: l\u2019Académie d'Orvieto.Destinée à une élite, cette Académie a pour but d'entraîner, pendant deux ans, le physique et le moral des jeunes filles qui se sentent le goût de devenir des entraîneuses.Voici d\u2019ailleurs le programme de l'école: donner à ces jeunes filles l'esprit patriotique, l\u2019esprit national, l\u2019esprit de sacrifice, le goût raffiné de la beauté, le sens délicat de ce que peut être une Italienne accomplie.Au reste, cette pédagogie s'inspire de ces superbes directives de Mussolini aux femmes de son pays: \"Femmes d'Italie, je vous confie l'enfance et les mères.Que la nativité vous soit sacrée!.Donnez à 1 enfant du soleil, du mouvement, de la joie.Il n y a que d'une enfance saine que peuvent éclore des hommes bons, capables de bien agir pour la patrie.N'américanisez pas les jeunes filles.Gardez-les simplement dans la règle d\u2019une honnête vie, active et sportive, en leur donnant le plus qu\u2019il se peut de bonheur dans leurs études et en les acheminant au devoir sacré de la famille.\" Il y aurait bien autre chose à dire sur l'éducation nationale en Italie.Ancien instituteur, le Duce sait comme l'on pétrit la grande pâte humaine.Heureux pays où 1 école a une âme ! Heureux pays à qui la Providence a donné un chef! Certes, loin de nous de tout admirer en l\u2019œuvre mussolinienne comme en la pédagogie italienne.Mais quand l'on observe la médiocrité de la vie en nos misérables 314 l\u2019action nationale petites démocraties, le peu de hauteur dans les discours publics, comment se persuader qu'il suffit à un peuple, pour être heureux et grand, d\u2019être gouverné par quelques centaines de parlementaires creux et bavards ?Prière à l'Acropole Salazar, le \u201cdictateur caché\", prépare, pour 1937, un pèlerinage national du peuple portugais à Batalha.Batalha \u2014 bataille \u2014 rappelle, par son monument de Notre-Dame-de-la-Victoire, le combat livré le 14 août 1385 aux Castillans, en la plaine avoisinante, et qui fonda l\u2019indépendance et la nationalité portugaises.Batalha, c\u2019est encore le mausolée de la vieille dynastie nationale, celle qui fit, au quinzième siècle, l\u2019étonnante grandeur de ce petit peuple et de ce petit pays.Batalha, c\u2019est aussi, par ses monuments de l\u2019art manuélin, le triomphe du plus grand art portugais.Voilà qui fait, de ce point du Portugal, un lieu sacré.En lisant ces choses, dans le beau livre de Gonzague de Reynold, Portugal, nous ne pouvions songer sans mélancolie au projet de Salazar.Nous aussi, Canadiens français, nous ferons, à l\u2019été de 1937, une sorte de pèlerinage national.Irons-nous vers un lieu sacré, un haut lieu, sanctuaire intouché et intouchable de notre passé, de notre gloire ancienne ?Québec, émouvante image française, hissée au sommet de son Cap, comme pour échapper à l\u2019on ne sait quelle étreinte ou quelle menace d\u2019impureté! Québec, esprit, cœur de la Nouvelle-France! Point dynamique d\u2019où bondit jadis l\u2019élan POUR VIVRE 315 merveilleux des conquistadors français, chercheurs d'âmes, chercheurs d'espaces! Québec, riche en souvenirs, en tombeaux illustres, qui garde, en son sol les ossements d'un Champlain, d\u2019un Frontenac, d un Montcalm; qui garde, ainsi qu'un reliquaire, de la poussière de saints: poussière de martyrs, de grands évêques, de grandes mystiques: Brébeuf, Laval, Marie de l'Incarnation, Catherine de Saint-Augustin! Québec, avec toutes ses richesses historiques et morales, est-il bien, pour notre petite race dispersée, le haut foyer spirituel ?Quand, venus de tous les coins de l'Amérique, nous nous retrouverons, sur le Cap, en cette fin de juin 1937, aurons-nous l'impression de fouler la terre la plus française de ce continent, celle où l'esprit de notre race a le moins cédé, se défend le mieux, est resté le plus intact ?Sur le front du Champlain de la \u201cTerrasse\", ne verrons-nous pas errer quelque ombre, l'angoisse d'un retour prochain des Kirke ?Vieille cité, nous t'en prions, de ton passé, de ta vie profonde, refais-nous le paysage virginal.Beaucoup te reviendront avec une foi ébranlée, inquiète.Enlève ou cache-leur ton maquillage.Estompe, si possible, ces monuments dominateurs qui dénoncent ta sujétion, l\u2019envahissement étranger.Tant parmi nous ont besoin de croire que le pays n\u2019est pas atteint, blessé jusqu'au cœur.On parlera beaucoup pendant ce congrès.Laisse surtout parler tes grands morts.Il n y a rien de tel pour faire des vivants.André MAROIS Notre-Dame du Canada Il y a quelques années, un philosophe français exhortait la jeunesse à écouter \u201cl\u2019appel du héros , la voix d'un chef assez prodigieux pour incarner l\u2019idéal d'un peuple.L\u2019appel du héros!.Mais, c\u2019est à chaque page d\u2019une incomparable \u201cépopée mystique qu il nous est lancé à nous, Canadiens français, par \u201cNotre Maître, le Passé\"! Cet appel de nos origines religieuses, claironnant le réveil de toutes les énergies morales, sera-t-il entendu ?Ces \u201cbrillants exploits\u201d de notre histoire religieuse auront-ils le même sort que les hauts faits de nos annales militaires ?Seront-ils relégués au fond du tiroir dans 1\u201c ecrin de perles ignorées\u201d ?.Perles.ignorées, ces faveurs miraculeuses, accordées avec un sourire d\u2019amour par la Mère du Canada.Notre-Dame de Rocamadour, Notre-Dame de Recouvrance, Ville-Marie, Notre-Dame des Victoires.Petite litanie de quatre prodiges historiques, évocateurs de gloire et de bienfaits.aujourd'hui presque oubliés! Ah! jeunesse canadienne, si tu connaissais le don de ton histoire religieuse, le fil merveilleux de sa trame et Celle qui l'a filée; si tu connaissais le rôle providentiel de la Vierge pour la survivance NOTRE-DAME DU CANADA 317 de ton âme nationale, tu aimerais plus ardemment cette histoire, la tienne; tu étudierais passionnément cette splendide épopée mariale.Etude urgente, à cette époque de fièvre, pour raviver ta fierté chrétienne, te faire scruter d un œil moins sombre les horizons nouveaux, t'enthousiasmer pour les belles œuvres, ensoleiller ton avenir.Car, \u201cl'avenir ne s éclairé que dans la mesure où le présent demande au passe ses leçons éprouvées\u201d.Pendant son deuxieme voyage de découverte, Jacques Cartier est contraint d hiverner près d une bourgade qui deviendra Québec.Elans cette atmosphère de neige, Cartier souffre avec son équipage.Le froid, la nostalgie, la peur d'une attaque; pour toute nourriture, des conserves.C'est la maladie, 1 horrible scorbut qui surgit et, un à un, abat les hommes.Vingt-cinq meurent, et plusieurs portent sur le corps des symptômes affreux.Les jambes enflées, les nerfz noirciz comme charbon; des gouttes de sang comme pourpre aux hanches, cuysses, es-paulles, braz et col ; la bouche infecte, les gensivez si pourryes que toute la chair en tumboyt; les dentz tumboyent presque toutes \".Et le printemps qui ne vient pas, le printemps qui arrêterait les visites de la mort et qui devait ouvrir à ses pas des terres nouvelles, à sa parole, l'âme des barbares.Pourtant, là-bas, en son pays de France, à la Vierge de Rocamadour l'énergique Malouin a recommandé tous ses marins, confié tous ses espoirs. 318 l'action nationale Il ne faiblira point.Et pour lui rappeler sa confiance, inflexible même dans l'épreuve, il fera avec ses hommes un pèlerinage dans la forêt voisine.A un trait d'arc du fort, on fixe à un arbre une image de Notre-Dame.Vers elle, le cortège lugubre d'anémiques et de scorbutiques se traîne, péniblement, au chant des psaumes et des litanies.Dans un décor de blancheur, il y a \"messe dicte et chantée\".Admirable tableau chrétien: ¦\u2018Nostre Cappitaine, voyant la pitié et maladie ainsi esmue, fist mettre le monde en prières et oraisons et fist porter ung ymaige en remembrance de la Vierge Marie contre ung arbre, distant de nostre fort dung treict d'arc, à travers les neiges et glaces; et ordonna que, le dimanche ensuyant, l'on diroyt audict lieu la messe; et que tous ceulx qui pou-roient chemyner, tant sains que malades, yroient à la procession chantant les sept pseaulmes de David, avecq la Letanye en priant la dicte Vierge qu'il luy pleust pryer son cher enffan qu'il eust pitié de nous.Et la messe dicte et chantée devant ladicte ymaige, se fist le cappitaine pellerin à Nostre Dame qui se faict prier à Rocquemado, proumectant y aller, si Dieu luy donnoyt grâce de retourner en France.\u201d Cette promesse d'un pèlerinage au plus célèbre sanctuaire de France plut à la Vierge de Roca-madour.Quelque temps après, Cartier trouve providentiellement le remède tant cherché.Deux sauvages lui montrent comment préparer une tisane.C\u2019est une décoction de feuilles et d'écorce d'un arbre appelé ameda ou anneda \u2014 épinette blanche, peut-être.L'effet est merveilleux.En une semaine, les grabataires sont sur pied.C\u2019était la réponse de Notre-Dame de Rocama-dour. NOTRE-DAME DU CANADA 319 La grande aventure de l'immortel découvreur du Canada se termina heureusement.Si le vaillant capitaine avait péri, la France découragée eût, peut-être, abandonné ses vastes projets de conquête territoriale et l'Angleterre aurait eu le champ libre pour envahir la Nouvelle-France.Dans cette hypothèse, jamais le XVile siècle canadien n'aurait vécu la splendeur d\u2019une épopée mariale.Grâce à Marie, ce pays resta la possession d'une nation catholique.Voilà le miracle de la découverte.\u2022 .Voici le miracle de la colonisation.1629.La petite colonie française, fondée depuis plus d'une vingtaine d'années, est aux abois.Dans la citadelle, la misère noire; dans le golfe, l'ennemi.Malgré l'abattement de ses hommes, l\u2019énergique gouverneur, Samuel de Champlain, reste confiant.Il pense au secours annoncé: des vivres et un contingent de 400 colons.Il surveille l horizon du fleuve; si les vaisseaux de Roquemont venaient à paraître!.Brusquement, une bande de corsaires anglais s abat sur le rocher de Québec.Cette bourrasque venait ravager l'œuvre de Champlain.Vingt ans d efforts brisés en un instant.C\u2019est la ruine.Ruine de son oeuvre de colonisation, abandon de cet empire qu'il avait exploré jusqu'aux Grands Lacs mystérieux, perte surtout des âmes qu'avaient rêvé de gagner à Jésus-Christ Récol- 320 l\u2019action nationale lets et Jésuites, premiers conquérants-apôtres en terre canadienne.Pour ces cœurs ardents, quelle douleur d'abandonner la première chapelle élevée sur cette terre d\u2019idolâtrie, de laisser s\u2019éteindre le phare spirituel qui devait éclairer et tourner vers Dieu les tribus errantes ! Est-ce la faillite de la fameuse entreprise coloniale de Champlain ?.Pas encore.Tout n\u2019est pas perdu.Les Kirke ont attaqué Québec en temps de paix.Depuis quelques mois, le traité de Suse est ratifié par la France et l'Angleterre.Voilà ce qu'il apprend, rapatrié.Vive Dieu! Ni son rêve d\u2019apostolat n\u2019est éteint, ni son œuvre de colonisation détruite.Il supplie Richelieu d\u2019intervenir.Nommé négociateur à Londres, il proteste contre la prise injuste de Québec, il stimule l'ambassadeur de France, M.Château-neuf, il appelle surtout à son aide la puissance du ciel pour mieux déjouer les intrigues des puissances de la terre.L\u2019ardeur de sa prière, son vœu d'ériger, s\u2019il est exaucé, un sanctuaire à Marie sous le vocable de Notre-Dame de Recouvrance touchent le cœur de cette bonne Mère.Du coup, la politique européenne prend une nouvelle direction, roule dans l\u2019orbite de la politique mariale.Le Canada est restitué à la France.Et Champlain à la Nouvelle-France.Laurent de COURVILLE (à suivre) S.E.le Cardinal VERDIER Archevêque de Paris PETIT MANUEL DES QUESTIONS CONTEMPORAINES La Question Familiale La Question Sociale La Question Civique o 70 pages 20 sous l'exemplaire, $2.00 la douzaine, franco e École Sociale Populaire 1961, rue Rachel Est, Montréal V LISEZ L\u2019Ordre nouveau \u2014pour connaître la doctrine sociale catholique et ses applications pratiques au Canada.$1.00 par année Un numéro specimen est envoyé sur demande accompagnée d\u2019un timbre de 2 sous.SECRÉTARIAT DES SEMAINES SOCIALES 1961- rue Rachel Est, Montréal LAIT & CRÈME pasteurisés LAIT & CRÈME acidulés LAIT & CRÈME homogénéisés YOGHOURT naturel ou cerise FROMAGES \u201cORBIS\u201d LAIT CHOCOLAT \u201cMILACO\u201d LAITERIE CANADIENNE Groupe de laitiers indépendants LIMITÉE 6740, rue de Gaspé MONTRÉAL Tél.CR.7878 VI Inferiority Complex** \u2022\tLe point faible du Canada français, c'est les affaires: il y a bien quelques exceptions mais nous n'avons pratiquement aucune firme à renommée nationale a mari usque ad mare.\u2022\tMoins d'inferiority complex et plus d'audace basée sur une meilleure connaissance des méthodes modernes de vente, nous aideraient à reconquérir d'abord notre propre marché, puis notre juste part du marché national canadien.\u2022\tComment savons-nous qu'un nom canadien-français ne serait pas aussi populaire que tout autre?Nous n'avons jamais dépensé l'argent nécessaire pour l'apprendre.VICTOR-C.SOUCISSE & CIE Techniciens de la vente par l'annonce Agence publicitaire HOTEL WINDSOR \u2014 MONTREAL vu Ecole Polytechnique de Montréal Fondée en 1873 TRAVAUX PUBLICS\t\u2014\tINDUSTRIE TOUTES LES BRANCHES DU GENIE PRINCIPAUX COURS: Mathématiques Chimie Dessin Electricité Minéralogie Arpentage Mines Machines thermiques Constructions civiles Génie sanitaire Résistance des Physique Descriptive Mécanique Hydraulique Géologie Géodésie Métallurgie Voirie Ponts Chimie Industrielle Matériaux.Laboratoires de Recherches 1430.rue Saint-Denis, Téléphones : Administration Laboratoire provincial des Mines et d'Essals MONTREAL LAncaster 9201 - LAncaster 1880 PROSPECTUS SUR DEMANDE Deuxième Congrès DE LA LANGUE FRANÇAISE à Québec LES 28, 29, 30 JUIN ET 1er JUILLET Faisons-nous un devoir d'assister à ces importantes assises VIII ÉCOLE .: DE QUÉBEC 185, Boulevard Langelier, Québec Fondée en 1910\tTéléphone: 2-6864 COURS DU JOUR \u2014 COURS DU SOIR Enseignement théorique \u2014 Entrainement manuel \u201cL\u2019Instruction n\u2019est pas un outil qu\u2019on peut vous reprendre.On l\u2019emporte avec soi, richesse permanente.L\u2019instruction professionnelle transforme les travailleurs, elle en fait d\u2019autres hommes.Il n\u2019est personne qui, à mesure qu\u2019il apprend, ne sente en soi cette évolution profonde, cet enrichissement.Accroissement de pouvoir, mais aussi accroissement de dignité.On tient, avec l\u2019instruction, le moyen de s\u2019élever dans l\u2019échelle économique et sociale, de participer à l\u2019organisation, au commandement.On tient aussi, on tient surtout le moyen de GAGNER EN VALEUR HUMAINE\u201d.\u2014Edmond Labbé, Directeur Général Honoraire de l\u2019Enseignement Technique de France.Notre outillage moderne et nos machines-outils perfectionnées font que nos ateliers présentent l\u2019aspect de véritables établissements industriels.PROSPECTUS SUR DEMANDE.Philippe Méthé, I.C., Directeur.SOLIDARITÉ Pratiquons l'économie, qui consiste à tirer le meilleur parti de toutes choses.Déposons nos épargnes dans une grande institution de crédit, qui prête une large part de ses ressources à l'agriculture, au commerce et à l'industrie.Ainsi, nous ferons d'une pierre deux coups: notre capital d'épargne sera en sûreté et nous rapportera des intérêts, et il alimentera l'activité économique dont tout le monde profite.Banque Canadienne Nationale 550 bureaux au Canada ^ .VIe Consulte^ notre v\\ représentant 4©j Üa|Mutic0arbe assurances sur {a vie Si Hl2 f/V\u2019, ,(,- aS* L'IMPRIMEKIB POPULAIRE (Lcé«) Monrrml 9«tSS£»- "]
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