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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1937-10, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE 0 L\u2019Action Nationale Exigences d\u2019un mouvement 89 Fr.-Albert Angers Pour une politique nationale U économique.92 André Laurendeau\tPour nous grandir.108 Maximilien Caron\tL'Actualité.120 François Hertel\tL\u2019avenir de notre littérature 128 * * *\tNotes bibliographiques.144 0 REVUE MENSUELLE\tDirection : 3472, rue Hutchison Volume X\t\u2022\tNuméro 2\ttoaaôn:\u2019 3516, Av.de Lorimier \u2022 \u2022 OCTOBRE 1937\t\u2022 \u2022\t\u2022 \u2022\u2022 Montréal \u2022\u2022\u2022 Les produits de l'érable CITADELLE sont les plus doux produits que la nature puisse donner à l'homme.Si votre épicier n'a pas en mains ces produits, écrivez à:\u2014 Les PRODUCTEURS de SUCRE d\u2019ÉRABLE DE QUÉBEC Bureau-chef \u2014 5 avenue BECIN, LEVIS Entrepôt \u2014 PLESSISVILLE.Cté Mégantic L\u2019Action nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.Esdras Min-ville, président; Hermas Bastien, secrétaire; Pierre Homier, l\u2019abbé Lionel Groulx, Eugène L\u2019Heureux, Olivier Maurault, P.S.S., Anatole Vanier, l\u2019abbé Albert Tessier, Arthur Laurendeau, René Chalout, Albert Rioux, Dr Philippe Hamel, Léopold Richer, Dominique Beaudin, André Laurendeau, Maximilien Caron, Dr Antonio Barbeau.Directeur de la Revue: André Laurendeau.3472 rue Hutchison, Montréal Le directeur de la revue.M.André Laurendeau, reçoit sur rendez-vous.Téléphone: ELwood 6777.Administration: 3516 avenue de Lorimier, case postale no 1524 Place d\u2019Armes L'abonnement est de $2.00 par année.Tous droits réservés \u2014 Ottawa 1933. CARTES de SOUHAITS CARTES PERSONNELLES AVEC NOM ET ADRESSE \u2022 Nos catalogues sont maintenant à votre disposition.Venez tôt.pour choisir les plus jolies.Nous pouvons vous envoyer un représentant.\u2022 Choix exclusif de SUJETS CANADIENS par nos meilleurs artistes \u2014 reproductions de gravures et de peintures.\u2022 POUR LES JEUNES ARTISTES.Cartes doubles ou simples \u2014 couleur pastel tranche ébarbée \u2014 pour peinture à il\u2019eau.Cartes-parchemin dans toutes les jolies teintes \u2014 pour dessin à l\u2019encre de chine.\u2022 Nous avons aussi un grand choix d'ALMAN ACHS français et canadiens de CALENDRIERS religieux.GRANGER FRÈRES UbR&iRes.P&.pdteRS, lmpoRtateuRs 54 NotRe-Dàme,Ouest.*KontRé^ Nos magasins ferment à 5 heures le samedi (Facilité de stationnement) Pour votre santé ~~ Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent la levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, C et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.ELLE EPARGNE Parce qu\u2019elle est épouse et mère.Elle sait que l\u2019argent épargné sert lors de toute maladie et dans toute éventualité.Chaque semaine, elle met de côté une petite somme.Ce petit montant servira peut-être un jour à envoyer un fils ou une fille à l\u2019école.Il se peut aussi que cette somme patiemment accumulée permette à ces enfants de franchir une étape difficile, ou de profiter d\u2019une occasion favorable.Il se peut même que ce petit capital, mis à leur disposition au moment opportun, leur assure le fonds de lancement dont chacun a besoin à un moment donné.UTILISEZ NOTRE BANQUE À DOMICILE POUR RECUEIL-LIR LA MENUE MONNAIE QUI CRÉE LES DOLLARS LA BANQUE PROVINCIALE DU CANADA Fraîche ii Lisez «LE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT LA COMPAGNIE I.-Y.DR0LET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités: ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GENRES SOUDURES ÉLECTRIQUES ET AUTOGÈNES, ETC.206, RUE DU PONT.QUÉBEC \u2022\tLAIT & CRÈME pasteurisés \u2022\tLAIT & CRÈME acidulés \u2022\tLAIT & CRÈME homogénéisés \u2022\tYOGHOURT naturel ou cerise \u2022\tFROMAGES \u201cORBIS\u201d \u2022 LAIT CHOCOLAT \u201cMILACO\u201d LAITERIE CANADIENNE .\tLIMITÉE Groupe de laitiers indépendants 6740, rue de Gaspé\tTél.CR.7878 MONTRÉAL III LES ÉDITIONS DU ZODIAQUE annoncent leur deuxième série Le Zodiaque Deuxième comprenant DOUZE VOLUMES DE SURCHOIX \u2022\tEt d'abord, pour paraître fin octobre, un volume de l'abbé Groulx DIRECTIVES où l\u2019on trouvera le meilleur de la doctrine de notre professeur d\u2019énergie nationale \u2022\tEn décembre paraîtra CARNET CANADIEN par lady TWEEDSMUIR 0 Pour la première fois dans l\u2019Histoire canadienne, une châtelaine de Rideau Hall livre à la presse ses impressions.et ce livre est écrit expressément pour les Canadiens français.\u2022\tD'autres volumes suivront, jusqu'au douzième.0 Le Zodiaque ne publie que le meilleur de la production littéraire de chez nous.® Le Zodiaque est en vente chez Déom, 1247, rue St-Denis, Montréal et dans toutes les bonnes librairies.Edition ordinaire 75 sous; édition de luxe numérotée $1.00.0 On peut s\u2019abonner d\u2019avance et être sûr de recevoir les douze volumes au fur et à mesure de leur publication.Prix de l\u2019abonnement $12.00 payables sur réception de chaque volume ou $10.00 payables d\u2019avance.0 Pour abonnements et manuscrits, s'adresser à EUGENE ACHARD, 5608, ave Stirling, Montréal.IV Les exigences d\u2019un mouvement L'Action nationale n'est rien si elle n'est qu'une revue.Ses abonnés ne remplissent qu\u2019une partie de leur rôle s'ils restent de simples abonnés.La Revue demeure l'un des modes d'expression de notre mouvement, elle ne doit point l\u2019absorber.Et nos amis forment une petite communauté à l'intérieur de la patrie, une famille si ion veut dans la grande famille ethnique, mais une communauté, une famille qui ne se retranchent pas des autres, qui n'entendent pas vivre d'une vie \u201cen marge\"; juste l\u2019antithèse de ces chapelles surchauffées qui consolent traîtreusement de la route glacée et où l'on vient prendre, de temps à autre, l\u2019illusion qu'on existe.Nous nous sommes appelés iAction nationale pour marquer cette intention de nous maintenir au centre de la vie.Que ce mot d'action ne prête à aucune équivoque.Nous n avons jamais promis de nous jeter dans la mêlée politique, et c'est une aventure dont nous nous garderons bien: des hommes y jouent leur rôle, il serait déplorable que la nation y concentre toutes ses énergies.Nous n'avons jamais promis de devenir un périodique de combat, ni une réaction populaire, ni un bulletin où seraient recensées toutes les affiches anglaises de la province; cela existe ailleurs, et l\u2019action immédiate conserve aux yeux de tous un prestige trop disproportionné pour que nous ne réagissions contre une tendance qui risquerait de nous entraîner, nous aussi.Notre action voudrait être moins tapageuse.Sans pour cela se limiter au domaine de la pensée \u2014 champ 90 l\u2019action nationale très vaste, à peu près inexploré du reste \u2014 : ce serait une autre déviation.Nous entendons faire de la stratégie.Quand tous les esprits allaient se tourner vers la politique, nous avons rappelé que l'enjeu principal de la partie se joue sur les bancs de l'école.Quand l'arrivée au pouvoir d'un nouveau groupe a semé parmi plusieurs Villusion que le Québec possède enfin une politique nationale, nous avons souligné les exigences que celle-ci comporte, les réformes de structure que ne remplace pas une cascade de mesures plus ou moins opérantes.Voilà le rôle que nous continuerons de jouer.L'action, pour nous, c'est cette vigilance raisonnée qui ne se perd pas dans les hasards quotidiens, et qui, loin de s'écarter de l'actualité, veut rejoindre, à travers le mirage des apparences, l'actualité profonde.* * .Donc, f Action nationale n'est rien si elle n'est un mouvement.Si elle ne signifie l'action de tous.Nous refusons cette division des tâches: d'un côté ceux qui donnent, dans la brume, et d'un autre côté ceux qui se contentent de recevoir.Dans ce mouvement doivent être emportés non seulement l'équipe des collaborateurs mais aussi nos amis de l'extérieur, tous nos lecteurs.Cela suppose des échanges, des contacts.D'abord écrire.Nous sommes heureux de recevoir des éloges, mais nous demandons ici bien autre chose.Des suggestions.Un intérêt à l'occasion ombrageux.Des critiques, pourvu que ce soit en cordiale amitié.Nous sommes la Revue.Nous LES EXIGENCES D'UN MOUVEMENT 91 exprimons nos inquiétudes, nous mettons nos recherches en commun, et nos trouvailles ; nous nous accusons quand il le faut et, tous ensemble, nous affrontons la tâche commune.Mais vient un moment où la correspondance apparaît comme un palliatif.On sent confusément qu'il faudrait se voir, causer.Deux hommes en chair et en os.Nos abonnés de Montréal peuvent rencontrer le directeur de la Revue ou l'un de ses principaux collaborateurs.Nos amis de l'extérieur profiteront d'un voyage dans la Métropole pour nous exposer leurs désirs, leurs doléances.Possible qu'on ne s'entende pas toujours, que vous vous fassiez de l'Oeuvre une conception différente de la nôtre.Au moins, cela s'exprimera entre quatre-z-yeux .Il ne s'agit encore que d'échanges fort modestes.D'autres moyens existent, inutilisables pour l'instant, mais dont nous nous servirons bientôt.Nous reviendrons là-dessus en temps et lieu, avec plus de détails.D'ici là, vous vous poserez à vous-même le problème de la collaboration et vous nous suggérerez des modes de contact pratiques, tels qu'ils pourraient se réaliser chez vous.En attendant, que chacun s'interroge: dans la famille de Y Action nationale, suis-je un membre vivant, ou bien celui qui suit de très loin, le spectateur un peu sceptique dont on ne peut attendre qu'amertume ou insouciance ?.L'ACTION NATIONALE POUR UNE POLITIQUE NATIONALE L\u2019économique Politique nationale ?Avons-nous seulement le droit de poser le problème ?Si même 1 on admet le nationalisme en principe, les Canadiens français dans Québec peuvent-ils le définir: politique canadienne-française ?Voilà deux points contestes par tant de gens qu'ils méritent une brève explication préalable.L\u2019élaboration d'une politique comporte la recherche des principes directeurs et le choix des moyens ou modes d\u2019application.Sans doute, les principes sont-ils universels.Ils dérivent d'une connaissance générale de l\u2019homme; et l\u2019humanisme le plus complet, \u2018 1 humanisme intégral\" (voir Maritain), nous vient des profondeurs de la philosophie catholique.Mais ils ne sont pas susceptibles de s'incarner dans les memes formes chez tous les peuples.Tous les complets se fabriquent selon les mêmes règles; tous cependant n\u2019habillent pas, sans retouches, le même homme.Il en va des peuples comme des individus; ils ont des tempéraments, des aptitudes, des caractères différents.Et pour cela, toute politique \u2014 qui n\u2019est en somme que l'art d'appliquer des principes \u2014 est nationaliste.Dans Québec cependant, la politique a-t-elle le droit d\u2019être canadienne-française ?Nous sommes deux millions trois cent mille citoyens de langue ançaise sur une population totale de deux millions POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 93 neuf cent mille.L'unité de langue se complète de l'unité d origine, de 1 unité religieuse.Nous avons une conception de la vie et de 1 organisation sociale différente de celle des populations anglo-saxonnes qui nous entourent.Nous sommes une véritable nation ayant ses besoins propres.Or en régime démocratique, la majorité gouverne.Et quand cette majorité a des caractères aussi autonomes que la nôtre, elle a le droit d exiger une politique conforme à ses aspirations et de n'accorder aux autres groupes que le traitement juste et charitable dû à une minorité étrangère.Elle est vraiment le groupe en qui réside toute la nation.Les fédéralistes objecteront tout de suite: \"Les Canadiens français ne sont pas la majorité dans l'ensemble du Canada\".Évidemment! Mais si on voulait, en 1867, un pays unifié pourquoi a-t-on substitué à une Union, une Confederation ?Pourquoi sinon parce qu\u2019on se rendit compte \u2014 et c'est ce que nous apprend l'histoire \u2014 que des intérêts trop divergents rendaient impossible une entente constitutionnelle entre les diverses colonies du Canada à moins qu\u2019elle ne fût suffisamment souple pour permettre à chacun de poursuivre sa politique propre en tout ce qui concerne sa vie locale ?Et pourquoi, entre les deux provinces d\u2019aujourd'hui, de Québec et d'Ontario, dont les intérêts économiques se fussent assez bien mariés, a-t-on jugé à propos de délier l\u2019Union sinon \u2014 et c\u2019est encore ce que nous enseigne l'histoire \u2014 pour séparer Canadiens français et Canadiens anglais et leur assurer un domaine propre ? 94 l'action nationale Nationale, c\u2019est-à-dire canadienne-française, telle sera notre politique tout court.C\u2019est la seule qui convienne à l'État de Québec.Telle sera aussi notre politique économique.Or toute politique, nous l\u2019avons déjà signalé, se déduit, à partir de principes universels, du caractère d'un peuple.Dans le domaine économique, un second facteur entre enjeu: le milieu.Puisqu'il s'agit d\u2019ordonner les richesses en vue du bien commun, il est indispensable, c'est une vérité de la Palisse, de tenir compte des ressources que notre nature, origine de toute richesse matérielle, est capable de fournir.Caractère ou aptitudes du peuple canadien-français, milieu québecquois: tels seront donc les deux pivots de cet exposé.* * * Nous venons de France; et le sang français, dans la mesure où cette expression a un sens, coule dans nos veines à peu près pur.Sans doute, nous nous sommes britannisés, américanisés.Pourtant nous sommes restés Français; les Français eux-mêmes en témoignent.Nous sommes des Français d\u2019Amérique, expression qui marque toutes nos dissemblances, mais aussi toutes nos ressemblances.En véritables fils de la France, nous avons été et nous restons un peuple de paysans et d'artisans.La preuve en est que ce sont les seuls domaines dans lesquels nous ayions réussi.Cela ne signifie pas que nous sommes inaptes à la grande industrie.Mais d\u2019autres y sont au moins aussi forts que nous POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 95 et disposent, en plus, d atouts dont nous sommes démunis.Tandis que dans l'artisanat et surtout dans la culture paysanne, si l'on parvient à nous déraciner par la prolétarisation, on ne nous remplace pas.Et à cause de cela, nous sommes en Amérique quelque chose d'unique, qui est nécessaire à 1 Amérique et qui sera notre force si nous savons le voir.Essentiellement peuple de paysans, nous établirons notre politique économique sur l'agriculture, sur la colonisation, en évitant de nous acheminer vers le type des grandes cultures industrialisées qui caractérisent l'Amérique, sauf Québec, et que nous retrouvons notamment dans l'Ouest canadien.Une culture suffisamment diversifiée, une culture paysanne, voilà ce qui nous convient.je n'entends pas par là que nous allons nous ancrer dans les vieux procédés, dans les vieilles routines.Des paysans ayant des connaissances agricoles vastes et sures, utilisant l'outillage moderne sans exagération, capables de s'organiser, ouverts aux progrès de la science et de 1 art des cultures, des paysans modernes, quoi! voilà un idéal dont tous ceux qui s'occupent de questions agricoles savent que nous sommes bien loin et qui est pourtant indispensable à notre vie économique.Ici, comme sur bien d'autres points, l'éducation, une éducation nationale, a beaucoup de besogne sur les bras.Une telle politique offre des avantages évidents.Outre qu'elle est conforme à nos aptitudes et à nos traditions, elle répond aux impérieuses exigences de notre position minoritaire dans l'ensemble du 96 l'action nationale Canada.Elle nous transforme en une multitude de petits propriétaires terriens.Elle nous fixe à la substance charnelle du pays.Comme sur les colonies d'escargots agrippés aux rochers, la mer des invasions migratoires pourra passer sur nous sans que nous perdions le contact avec la patrie.Tandis qu\u2019en ville, sans autre attache que l'impossibilité de trouver ailleurs un emploi ou un meilleur salaire, la première vague d\u2019immigrants nous balaie.Colonisation! phénomène d'occupation d\u2019une extrême importance pour notre avenir national.Mais à condition qu'elle se développe d'une façon progressive et massive, c'est-à-dire par le débordement constant de nos frontières \u2014 non par îlots dispersés \u2014 et par le groupement systématique des individus autour d'un clocher \u2014 jamais dans l\u2019isolement.Peuple d'artisans, nous avons besoin d'une petite industrie locale, décentralisée, capable de fabriquer non seulement des articles de bonne qualité, mais aussi, selon la distinction subtile et ingénieuse de M.André Siegfried, des articles de qualité.Nos ancêtres nous ont apporté de France le goût de la chose bien faite.Ils l\u2019ont conservé longtemps.Nos plus vieilles églises, notamment celles de l'île d\u2019Orléans, en témoignent; et les Juifs en savent quelque chose qui courent nos campagnes et achètent à prix d'or les meubles de famille de nos paysans.Plutôt anesthésié aujourd'hui par des doses massives de produits en série, il pointe encore dans nos régions les mieux conservées; POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 97 et Montréal même se réveille, comme en fait foi notre École du Meuble.Qu'il s\u2019agisse d'une production artistique ou non, nous avons en tout cas besoin d'une petite industrie.D\u2019abord elle est seule à la portée de notre bourse.De plus, elle est la plus conforme à nos aptitudes.Et enfin, elle est le complément indispensable de notre agriculture pour laquelle elle crée des marchés semi-urbains locaux.Son établissement n\u2019ira cependant pas tout seul.Dans notre monde de concentration industrielle, il n'est pas facile pour le petit de tenir tête au gros.Il importe de savoir au plus vite si nous voulons qu\u2019une petite industrie s\u2019implante et progresse chez nous, de savoir aussi dans quelles productions particulières nous la préférons, pour quelles raisons elle est préférable dans tel domaine, pourquoi il vaut mieux ne pas insister dans d'autres.Une fois notre opinion faite et notre résolution prise, il est inutile de nous cacher qu\u2019il faudra braver de puissants intérêts.Nous ne vaincrons que si nous savons ce que nous voulons, pourquoi nous le voulons et comment nous le voulons.La petite industrie ne suffit cependant pas à tout.On ne conçoit pas, pour prendre l\u2019exemple le plus extrême, la fabrication artisanale des locomotives.Grande et petite industrie, série et qualité, auront chacun leur domaine propre, aux frontières assez imprécises, et pourtant bien distinct.Ramener toute production au type artisanal serait nous conduire vers une régression certaine.Quels sont les cas où la série l\u2019emporte définitivement sur 98 l\u2019action nationale la qualité ou vice versa ?Dans quelle mesure est-il possible, s'il y a lieu, pour telle production particulière, de laisser les deux cheminer côte à côte ?Autant de questions qui exigent à l'heure actuelle une réponse, non seulement de nous, mais du monde entier.Et alors, en face de la grande industrie, quelle sera notre attitude ?On a souvent dit que nous n'y étions pas aptes.C\u2019est peut-être vrai.Mais pourquoi le serait-ce ?Pourquoi des Français, qui en France sont au besoin de grands industriels, perdraient-ils la faculté de le devenir une fois transplantés dans un milieu qui s\u2019est révélé si fécond en génies industriels ?Pourquoi nous, qui avons été et qui sommes encore, bien qu'à un moindre degré, si aventureux en matière de colonisation, pourquoi manquerions-nous d'esprit d\u2019aventure lorsqu'il s\u2019agit des grandes affaires?Je le sais, on me citera quelques exemples de Canadiens français qui ont réussi dans les affaires et qui s\u2019en sont retiré en vendant à des étrangers.Mentalité de rentier, de bourgeois satisfait, dira-t-on avec mépris.Peut-être, mais en cela nous restons autenthiquement Français! La question n'est pas là.La vraie question c\u2019est: Pourquoi ces Canadiens français désireux de se retirer des affaires ont-ils dû vendre leur entreprise à des étrangers ?Tout simplement parce qu\u2019ils étaient des exceptions et que personne des nôtres ne pouvait racheter leur succession.Cela nous démontre une chose d\u2019importance: comme peuple nous n'étions pas et nous ne sommes POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 99 pas prêts pour la grande industrie.Nous ne le sommes pas parce que nous n'avons pas, comme la France, constitué, par la paysannerie et l'artisanat, un fonds d\u2019épargne suffisant.Nous n'avons pas les reins assez forts pour supporter une grande industrie nationale.Est-ce à dire que nous allons nous désintéresser de cette forme d'activité si importante dans la vie moderne.Non! Nous allons nous y préparer.D'abord en nous appuyant solidement sur la terre et la petite industrie; ensuite en ayant une politique nationale des capitaux, puisqu'il nous faut des capitaux, et une politique des compétences, puisque nous manquons également de compétences.En attendant, il faudra voir à ce que la grande industrie, actuellement entre les mains d'étrangers ou de Canadiens d'autres races, ne joue pas contre nous.Cela ne signifie pas que nous refuserons l'aide du capital étranger.Mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi jusqu\u2019ici nous n'avons pas su être, comme tant d'autres, des emprunteurs d'argent et des créateurs d'industrie ?pourquoi nous acceptons que des étrangers, qui sont souvent eux-mêmes des emprunteurs, parfois de notre propre argent, se forgent un droit d\u2019être les maîtres dans notre propre maison ?Cela dit sans xénophobie d\u2019aucune sorte, car le tort n'est pas à eux, mais à nous.Telles sont les grandes lignes d'une politique économique conçue selon nos aptitudes.Le milieu où nous vivons nous autorise-t-il à l\u2019envisager ? 100 l'action nationale Notre milieu est riche sans excès.Sol, forêts, chutes d\u2019eau, mines et pêcheries, voilà nos principales ressources.Détaillons-les.Notre domaine agricole est relativement petit.Nous ne l'occupons pas entièrement, mais une politique vigoureuse de colonisation agricole le couvrirait de paysans en relativement peu d\u2019années.Puisque nous sommes limités par les superficies cultivables, il serait bon de songer à améliorer les rendements.Nous faisons plutôt piètre figure sur ce point.Et la comparaison des rendements agricoles européens et des nôtres a de quoi nous couvrir de honte.Nous gaspillons la terre.Nous avons jusqu'ici cultivé au petit bonheur selon des traditions ancestrales respectables, mais souvent tristes de conséquences pour nos terres et pour nos fortunes.Développer les cultures intensives par une orientation conforme à notre climat, à notre sol et à nos marchés et par l'application de méthodes modernes, voilà la tâche qui s\u2019impose.Nous n'y arriverons que par le développement et l\u2019amélioration de notre enseignement agricole.Monsieur le géographe Blanchard déclarait récemment aux journalistes de Montréal sa conviction profonde que le salut nous viendrait des agronomes.Il est indiscutable qu\u2019ils ont réalisé un énorme travail jusqu'à ce jour et qu'ils sont appelés à nous rendre des services encore plus grands dans l'avenir.Pourtant, nous ne serons véritablement sauvés que le jour où nos écoles d\u2019agriculture ne POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 101 formeront pas seulement des agronomes, mais surtout des phalanges de jeunes cultivateurs instruits, de véritables artisans de la culture.Donc nécessité des écoles moyennes d'agriculture.Même si nos terres cultivables sont limitées, notre travail de colonisation est loin d'être terminé.A côté de la terre, nous avons les forêts.Jusqu\u2019aujourd\u2019hui, nous les avons concédées en réserves, pour la coupe du bois, à de grandes sociétés qui les ont exploitées comme on exploite une mine, sans tenir compte du reboisement possible.S'en fussent-elles même préoccupées, elles n'accaparent pas moins une richesse susceptible d'assurer l'existence de milliers de petits propriétaires.Coloniser la forêt, cultiver les arbres par petits domaines comme on cultive les herbes, voilà une idée excellente qu'on a lancée dans un des derniers numéros de l'Actualité Économique.Nos forêts sont immenses; elles sont susceptibles de fixer à titre de propriétaires une portion considérable de notre population, qui échappera ainsi à la servilité de la vie de chantiers.Pourquoi donc ne s'em-presse-t-on pas d'appliquer au plus tôt cette solution heureuse d\u2019un problème si complexe à tant d'égards ?Ce serait la possibilité de pousser davantage vers le nord, de nous assurer ce nord où, selon M.Siegfried, nous montrons notre vraie force et qui est appelé, des expériences récentes le démontrent avec plus de relief encore, à prendre une place importante dans notre pays et peut-être dans le monde.Notre relèvement économique, notre vie sociale et notre existence nationale y trouveront 102 l'action nationale leur compte sans que personne ne soit véritablement lésé.Nos chutes d'eau, génératrices d'électricité, sont d une importance extrême dans un pays dépourvu de charbon.Elles sont le fondement même de notre industrialisation et comme telles ne sauraient nous laisser indifférents.Il importe qu\u2019elles soient vraiment à notre service à des conditions pécuniaires raisonnables pour l'ensemble de la population.Les abus auxquels elles ont donné lieu jusqu'à nos jours ont créé un courant de pensée favorable à la nationalisation de nos centrales ou pour le moins des chutes non concédées.Bien! N'oublions pas toutefois que la socialisation d\u2019une industrie comporte des conséquences graves.D'autant plus que le prix n'est que l'aspect matériel d\u2019une question qui cache des principes.L'important ce n\u2019est pas que nous ayons le kilowatt-heure au prix le plus bas du monde ou à un prix aussi bas qu\u2019il l'est dans tel autre coin du pays: c'est là la conception libérale du problème.Ce qui compte, c'est que l\u2019énergie électrique nous soit distribuée à un prix juste, c\u2019est-à-dire à un prix raisonnable pour toutes les parties en cause: ouvriers, actionnaires ou autres capitalistes et consommateurs.Pourquoi ne concevrait-on pas, par exemple, que le consommateur des villes paie un peu plus cher afin de permettre l\u2019électrification rurale à des prix qui ne dépassent pas trop les tarifs urbains ?Les chutes d'eau sont la propriété de toute la province et non pas seulement des grandes agglomérations. POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 103 Où en sommes-nous actuellement dans la détermination de ce prix ?Personne ne le sait au juste.Toutes les enquêtes entreprises ces dernières années n'ont pas touché à ce qui semble la muraille de Chine du problème : la capitalisation des grandes sociétés électriques.Ne conviendrait-il pas d\u2019établir d'une manière non équivoque que les sociétés peuvent ou ne peuvent pas vendre meilleur marché étant donné les frais et une rémunération raisonnable du capital réellement engagé dans les entreprises ?Nous verrions ensuite.Serait-il possible d'envisager une formule d\u2019organisation coopérative, par exemple ?La question présente des aspects très divers sur lesquelles nous aimerions voir des techniciens se prononcer.Après étude et expériences nous choisirions la solution définitive la plus conforme au bien commun: entreprise privée contrôlée, coopérative ou éventuellement, toute autre solution paraissant impossible, la nationalisation.Notre sous-sol est à peine entamé.Et dans le peu qui est déjà rongé, nous avons eu une bien petite part.Depuis quelques années, l\u2019activité minière dans le nord de notre province s'accroît de jour en jour.Quelle part y prenons-nous ?Et qu\u2019attendons-nous ?Nous manquons de compétences ?Encore faudrait-il utiliser celles que nous avons déjà et en former d'autres au plus vite.Attendrons-nous que toutes les places soient prises ?Quant aux capitaux, les mines sont probablement la forme d\u2019activité qui a le plus, un temps, attiré 104 l'action nationale l'épargne canadienne-française.Les déceptions ont été nombreuses; les ruines également.Il fut un moment, encore bien près de nous, où notre loi de protection de l'épargne obligeait \u2014 selon l'interprétation du procureur général de l\u2019époque \u2014 l'épargnant frustré, désireux d\u2019être remboursé des sommes qu'on lui avait volées, à intenter un procès à son voleur, même après que celui-ci avait été condamné en cour sur poursuite du procureur général en vertu de la dite loi.Ce n'était pas la peine de faire une loi spéciale si celle-ci ne change rien au régime de droit commun.Le résultat était clair: devant l\u2019énormité des procédures à entreprendre et des frais à encourir, le plaignant en restait là; le gouvernement encaissait une amende minime, le condamné gardait le bien mal acquis.et j'imagine, recommençait à la première occasion! En est-il encore ainsi ?Si oui, il serait urgent d\u2019assurer à l'épargne une protection plus effective contre les escroqueries.Il importerait d'ailleurs d'accroître d'abord la protection préventive.N'exagérons cependant pas l\u2019importance de notre domaine minier.Il ne saurait servir qu\u2019à des exploitations assez précaires, d'autant plus que nous possédons surtout des minéraux plus ou moins précieux et pour cela plus ou moins rares.Nous n'avons pas \u2014 du moins à notre portée immédiate \u2014 de ces masses énormes de minerais industriels \u2014 fer et charbon \u2014 qui assurent la vie d'une population pendant des siècles.Ces importantes lacunes fixent la limite de notre vocation industrielle.Nous réussirons dans POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 105 les industries transformatrices de nos propres matières premières limitées par certaines conditions géologiques et climatériques.Nous réussirons aussi dans certaines industries ou la force motrice électrique est d\u2019une telle importance qu\u2019il est économique d importer des matières premières même de très loin.Dans tous les autres domaines nos créations industrielles seront artificielles.N ayant ni fer \u2014 du moins économiquement exploitable \u2014 ni charbon, nous ne disposons pas des éléments qui permettent la formation d\u2019une industrie lourde, véritable base de la puissance industrielle.Cela nous confirme davantage dans notre vocation paysanne et artisanale.Le milieu lui-même est conforme à nos aptitudes.Quant aux pêcheries, elles n occuperont toujours qu'une portion très limitée de notre population.Pour leur donner la place qui leur revient, bien des problèmes restent à régler cependant.Ils sont de nature plutôt scientifique, quoiqu'il y ait aussi un gros problème de distribution et un problème d\u2019éducation du public.Nous ne sommes pas des mangeurs de poisson, peut-être parce que nous ne concevons le poisson que comme un mets principal susceptible de constituer tout le repas.Une habile propagande qui développerait chez nous 1 habitude française du poisson à chaque repas, comme entrée, pourrait avoir des répercussions considérables sur la consommation du poisson.Dans une observation plus générale sur le repas français, signalons qu\u2019il est vraiment un repas 106 l\u2019action nationale national, en ce sens qu'à chaque repas tous les producteurs nationaux reçoivent leur part depuis l\u2019agriculteur jusqu'au viticulteur, en passant par le pêcheur, l'éleveur de bétail, l\u2019éleveur de porc, le producteur laitier, et l\u2019horticulteur, sans compter les nombreux producteurs secondaires (pâtissier, charcutier, fromagier, beurrier, etc.) et intermédiaires.Avec notre plat quasi-unique, nous sommes loin d\u2019une répartition aussi balancée.Le pêcheur, en particulier, est relégué au rang du parent pauvre, et son produit ne nous rappelle qu\u2019une pénitence hebdomadaire que nous nous gardons bien de recommencer avant le vendredi suivant.* * * Voilà un programme.Comment le réaliserons-nous ?Son mode d'application suppose la connaissance de notre caractère.Si nous étions Anglais, donc naturellement disposés au travail d\u2019équipe, il pourrait suffire de laisser les individus se débrouiller avec l'espoir d\u2019une réalisation collective spontanée.Mais nous sommes Français, c\u2019est-à-dire individualistes.L\u2019action collective n\u2019est pas notre fait.Nous ne nous y mettrons que si nos esprits ont su créer un système logique capable d\u2019encadrer nos énergies individuelles sans les comprimer.Ce que nous ne faisons pas spontanément dans notre vie individuelle, il faut qu'on nous en montre la nécessité et qu'on nous indique le moyen d\u2019y arriver.Aussi est-ce avec beaucoup de justesse de POUR UNE POLITIQUE NATIONALE 107 vue que M.Esdras Minville a dit de la doctrine sociale catholique qu'elle semblait faite spécialement pour nous, car elle cherche précisément l'organisation dans la liberté selon un plan logique.Aussi, sans nous avancer sur un terrain qui fera l\u2019objet d\u2019une prochaine enquête, disons en terminant que l\u2019organisation corporative bien comprise nous paraît la plus rationnelle de toutes les solutions proposées pour restaurer l'ordre chez nous.Entre les deux solutions faciles du libéralisme qui laisse faire ou des dictatures facistes et communiste qui veulent tout faire, celle qui cherche à concilier l\u2019autorité et la liberté dans l'ordre nous paraît la plus conforme à la dignité de la personne humaine et aux nécessités de la vie sociale, donc la seule capable d'assurer à des chrétiens une maîtrise économique qui soit autre chose qu\u2019une exploitation matérialiste de l'homme et des ressources de la nature.En attendant l\u2019avènement de l\u2019ordre nouveau, demandons à nos gouvernements d\u2019orienter dans le sens indiqué ci-dessus la politique de la province de Québec.François-Albert Angers TOUS NOS AMIS Le directeur de Y Action nationale remercie ses amis de la presse et d'ailleurs qui l'ont félicité de sa nomination récente et qui, à cette occasion, ont fait l\u2019éloge de celui qu\u2019il remplace.11 connaît les difficultés du rôle nouveau qu\u2019on lui confie, et ces témoignages lui expriment une sympathie dont il mesure toute la promesse. Un MAITRE LIVRE Pour nous grandir Ce sera le procès de nous.Barbeau en a assez, comme plusieurs autres, des confessions qui commencent sur ce ton: \"Mon père, j'accuse mon prochain.Nos responsabilités plutôt que celles de l'adversaire.Voyez-vous le général qui excuserait à l\u2019avance ses défaites en décrivant la stratégie de l'ennemi ?et la tienne, mon brave ?Rien dans ce livre ne sera plus tonifiant que la courageuse fierté dont il s\u2019inspire et qu\u2019on éprouve à chaque paragraphe (y compris les plus cinglants, les plus ironiques).On vous regarde en face, on vous fait l\u2019hommage d\u2019un droit regard.On envisage les périls sans cette fausse ingénuité qui n'est qu\u2019ignorance et qui affronte ce qu\u2019elle ignore (alors que la vraie est l'arme par excellence, celle qui voit et ne s\u2019en fait pas).Voilà que résonne le pas d'un homme en marche.Il sera terrible de vivre, dit-il; aucun espoir, sinon en notre volonté.Mince espoir.Et pourtant: démissionnez si le cœur vous en dit.Pour ma part, je ne démissionnerai pas.Résolution de désespéré ?Mais non.Plusieurs pages \u2014 et c'est une victoire: nous avions connu un autre Victor Barbeau \u2014 ont un accent d\u2019allégresse.Tout simplement, l'auteur est de ceux qui, à la ligne sinueuse, celle qui contourne hypocritement les difficultés., substituent la ligne droite.Par Victor Barbeau.Imprimé au Devoir, Montréal, 1937 POUR NOUS GRANDIR 109 Nous portons en nos cœurs la victoire aussi bien que la défaite: il suffira de toute notre clairvoyance et de toute notre volonté.En un sens, Barbeau récuse les explications de l'histoire.11 en a le droit parce qu'il les connaît.Quand on se met à expliquer des défaites, on risque d en préparer de nouvelles.J ai beau trouver cent explications à notre déchéance, je ne saurais endurer davantage la déchéance des miens.\u2014 Ces excuses existent.Esdras Minville les rappelait l'an dernier lors d'une excellente conférence qu'il développera, nous l'espérons, et qu\u2019il publiera: car, en somme, l'histoire fournit la clef du présent, ces raisons dernières qu'on ne saurait dépasser sans interroger le mystère de la liberté, le secret du génie: (pourquoi donc un homme n'a-t-il pas vu ?pourquoi nos ancêtres n'ont-ils pas senti la lourdeur du milieu, deviné les causes de leurs petitesses ?.).Donc, il serait excellent que Minville rappelât ces causes et il est excellent que Barbeau les ignore.Qu'il leur tourne le dos.Si l'on préfère, il est excellent qu'il parte de là, de ce fait acquis.C\u2019est la non-mémoire de Péguy appliquée à un cas historique, et qu'il ne faudrait pas grossièrement confondre avec l'ignorance: l'homme sait, mais il se refuse aux survivances onéreuses de l'histoire.* * .On trouvera dans Pour nous grandir le procès des individus avec le procès des institutions (politique et éducation).Celles-ci traversent une crise, de par le monde, mais à côté de la crise du régime. 110 l'action nationale prend place la crise des hommes.L'une et l\u2019autre se chevauchent, se compênèlrent.Les hommes créent les institutions et, à leur tour, ces dernières façonnent les hommes.Nous en arriverons cependant à un partage approximatif des responsabilités.En soi, cette vue n'a rien de bien original.C'est un cadre.On y versera ce qu'on voudra.Grâce à lui, on pourra excuser les hommes par le jeu d'institutions faussées, ou les institutions par la rouerie des hommes; et puis on appellera l'ensemble une \u201ccritique du juste milieu\".De sorte que nous trouverons partout des victimes, des coupables nulle part.Jeu stérile pratiqué par les \"modérés\u201d de tous les pays.La pensée de Victor Barbeau comporte d'autres exigences.Quand il analyse les défaillances de l'individu, on pourrait croire qu\u2019il oublie celles du régime; et sa critique du régime semble ne pas tenir compte des faillites individuelles.Ce qui vous apparaîtrait contradictoire me semble particulièrement efficace.Tension au lieu de juxtaposition.Tension créatrice.Nous aurions aimé que l\u2019examen fût poussé plus en profondeur.Un esprit aussi pénétrant que Barbeau pouvait renouveler la question.Acceptons qu'il en ait rafraîchi plusieurs aspects.Un souci de perfection trop formelle arrête parfois les bondissements de la pensée, comme un souci de pureté grammaticale coupe, ici et là, l'élan d\u2019une phase pourtant dynamique.(On hésite à signaler la médiocrité d'une certaine \"perfection\u201d dans un pays qui prend ses négligences pour de la spon- POUR NOUS GRANDIR 111 tanéité.Il faut quand même dénoncer les écueils de ce qui, à la longue, risquerait de devenir du \u201cbon parler français\" au second degré, comme on doit s\u2019attaquer (ici je ne pense pas à Barbeau) au vague de plusieurs méditations patriotiques qui ne sont plus que du saint-jean-baptisme pour esprits cultivés).Le procès des individus fera le chapitre le plus neuf et le plus fort de Pour nous grandir.J'aime que ce soit l\u2019auteur de Mesure de notre taille, l\u2019historien le plus impitoyable de nos misères matérielles, qui écrive: Alors que nous nous croyons atteints à l'estomac, cest par la tête que nous dépérissons .Bien plus qu\u2019une crise économique, nous traversons une crise de spiritualité, une crise de nationalité.Notre pauvreté n\u2019est rien auprès de notre indicible misère morale.De notre indicible misère humaine.Donc, nous ne sommes pas une création spontanée du milieu.Dans ce milieu, il entre une partie de nous-mêmes.Que sont les Canadiens français, individuellement, quelles richesses ou quelles infériorités feront-ils partager à leur milieu ?\u2014 Barbeau entreprend ici une classification utile, encore qu\u2019arbitraire.Je ramène à trois les types représentatifs du peuple français d'Amérique.Il y a premièrement les non vivants, qui n\u2019ont jamais cru ou qui ne croient plus à l\u2019affirmation et à l\u2019extension de la civilisation française en Amérique.Deuxièmement, il y a ceux qui n\u2019ont qu\u2019une foi de surface, sans les œuvres, outre les bonnententistes et les satisfaits: les vivants non animés.Enfin, il y a les vivants 112 l\u2019action nationale animés, ceux qui, atterrés devant le spectacle de notre débandade ou simplement par instinct, par nécessité vitale, sont résolus à se prolonger, à se continuer sur un plan physique et moral qui n'est pas de leur choix, dans lequel ils ont été intégrés en naissant et qu'il ne leur appartient pas de détruire ou de laisser détruire pas plus qu\u2019il ne leur appartient de s\u2019enlever la vie (pp.34-35 et 83).L\u2019enquête se développera à partir de ce schéma.Chacun pourrait reprendre la méditation pour son compte, d\u2019abord contre soi, puis sur les contemporains, sans craindre d\u2019y traîner des noms propres.Chemin faisant, notre auteur rencontre le problème de notre définition.Que sommes-nous, Canadiens français ?Il crève d\u2019un trait de plume la chimère du canadianisme (AL Henri Bourassa affirme que nous devons être Canadiens d'abord et Français et Anglais ensuite.Je n'y arrive pas; et vous?.).Pour lui nous sommes des Français d\u2019Amérique.Ces termes sont expliqués de telle sorte qu\u2019on ne saurait prendre Barbeau pour un \u201ccolonial français\" (cf.pp.54-55).On peut cependant deviner derrière plusieurs phrases un reste de nostalgie française; forçons la note: le Canada y apparaîtrait comme une contrainte de fait, ce serait une sorte de pis-aller que la fatalité nous force d\u2019accepter.Depuis que nous ne sommes plus seuls à nous appeler canadiens, depuis que pour nous différencier il a fallu nous servir d\u2019un vocable double, les sociologues éprouvent à nous définir le même em- POUR NOUS GRANDIR 113 barras, et l'ambiguïté de la terminologie se reflète jusque dans leur pensée.Qu\u2019est-ce qu\u2019un Canadien français ?La réponse de Barbeau est une réponse par les origines.Je la préfère à la réponse par les institutions.Peut-être laisse-t-elle dans l'ombre le facteur géographique 1 et néglige-t-elle par trop l\u2019avenir.Je souscris à toutes les affirmations de Barbeau; mais je poserais le problème en termes un peu différents.Comment admettre qu\u2019on dissocie, compte tenu des nécessités de l\u2019analyse, ce qu\u2019il y a en nous de français et ce qu'il y a de canadien ?Ni l\u2019histoire ni la vie n\u2019agissent par superposition.C\u2019est pourquoi je préférais jadis Laurentie à Canada français, malgré toutes les faiblesses du premier terme.Il a du moins le mérite d\u2019exprimer en un mot ce qui, dans la réalité, est un.Ces observations paraîtront disproportionnées: on s\u2019y attarde malgré soi, sans d'ailleurs attacher beaucoup d\u2019importance à une discussion qui reste à cheval sur du formel pur.Pour nous définir, Barbeau l'accordera, il y a plus à attendre d\u2019un art original que de l\u2019analyse du meilleur sociologue.Résumons-nous.L\u2019attitude de Victor Barbeau est voisine de la nôtre, nous lui demanderions seulement de pousser l\u2019investigation plus avant.* * * Les réflexions que propose Pour nous grandir sur l\u2019école, non seulement se rattachent au mou- 1 Lire cependant p.42.Pour mieux expliquer notre inquiétude, nous simplifions l'exposé très complexe de Barbeau. 114 l'action nationale vement universel en faveur d\u2019une \u201céducation nouvelle\"\u2014 mouvement en marge duquel nous vivons avec entêtement \u2014, mais s inspirent du milieu indigène, fourmillent d\u2019idées pratiques et de suggestions concrètes.Il nous arrive des bouffées d\u2019air frais après toute cette stagnation ; nous croyons enfin accéder à notre époque.Cela nous est cingle à la figure, lancé avec une verve railleuse qui prend sa source dans un amour viril de la nation.Barbeau ne nous traite pas comme de la porcelaine chinoise.C\u2019est donc qu'il croit en nous.Il s\u2019élève en particulier contre cette \"vertu de passivité que développe notre education.Contre ce ridicule idéal: réduire tous les enfants à de bons sujets\", les dépouiller de leurs réactions vives, les niveler, faire d\u2019un tempérament personnel un numéro d'ordre.Or rien ne ressemble autant à un bon sujet qu'un deuxième, qu\u2019un troisième bon sujet.Formation pour fonctionnaires, pour domestiques.Bien sûr, le maître y trouve son bénéfice; i'elève, lui, y perd le meilleur de soi-même: sa vitalité.et sa virilité.Cela ne va pas contre toute discipline mais contre une discipline mécanisée, sans signification, sans âme.Cela explique que, dans les affaires, nous demeurions des subalternes.Aucune imagination créatrice, c\u2019eût été trop dangereux; sus aux gaillards remuants et donnez-nous, Seigneur, des premiers de classe ! Cela explique qu au lieu de promotions d'hommes, l\u2019école déverse en notre milieu des fournées de bon \u201cyables ,de rates et \"d'enfants de chœur\", suivant la cruelle expression de Mgr d\u2019Hulst, que cite Barbeau.\u2014Un paragraphe POUR NOUS GRANDIR 115 plus développé sur la formation donnée au couvent eût été ici le bienvenu.Notre auteur s\u2019en prend aussi à l'irréalisme des méthodes scolaires: au Lieu que ce soit l'école qui s'adapte à lui [l'enfant], c'est lui qui se fait violence pour ne pas se sentir trop dépaysé à l'école.Immobilité douloureuse, silence, pensums et férule, surmenage (ô l\u2019idolâtrie des programmes et des examens!), confusion entre enseignement et éducation.Quelles réactions peuvent éveiller chez l'enfant les phrases de tel manuel désincarné ?et comment le fétichisme du livre \u2014 abstrait et inadapté \u2014 ne développerait-il pas chez lui l'horreur du livre ?\u2014 La littérature ne stimule pas notre goût de la beauté ni notre faculté d\u2019observation; c\u2019est une évasion, un jeu ou unéteignoir.\u2014 Les sciences naturelles encombrent nos mémoires d\u2019une lourde terminologie, elles n\u2019aiguiseront pas notre sens du réel.\u2014Le premier commandement de notre morale commence par: ne pas.Pourtant, le problème moral n'est pas un problème de police.Les maisons d'enseignement ne sont pas des maisons de correction.Et l'honneur n'est pas une vertu négative.Propos amers, légèretés d\u2019amateur ?Barbeau a quelque titre à s\u2019occuper du problème scolaire.Voilà douze ans qu\u2019il est en contact quotidien avec les diplômés de l\u2019enseignement primaire (à l\u2019École des Hautes Études commerciales).Des centaines de jeunes gens lui sont passés par les mains.De cet excellent poste d\u2019observation, il a pu jauger les fruits de notre système éducationnel. 116 l'action nationale Un grand principe s'imposait, dont on n a tenu aucun compte: adapter 1 education au milieu et à l\u2019époque.De là découleront des programmes divers.Que des techniciens, animés d'un esprit nouveau, en reprennent le dessein, en règlent le détail.Que chacun, dans son ordre, fasse sa part.1 S'agit-il de l'école urbaine ?jusqu\u2019ici on n assignait à l'instruction qu'un but: l'économique, et même sur ce plan l\u2019on a fait faillite.On devra fixer à l'enseignement d autres buts, Barbeau indique lesquels.L\u2019école rurale a besoin d une réfection totale.Un chapitre entier souligne ses besoins primordiaux, ses fautes les plus graves, de même qu\u2019il aborde l\u2019ensemble du problème rural.Barbeau se rappelle toute l\u2019importance de la paysannerie dans notre vie nationale:2 Au commencement de la Nouvelle-France était la terre.1\tJ'ai demandé à M.l\u2019abbé Tessier \u2014 que nous félicitons à l\u2019occasion de ses nominations récentes \u2014 de raconter a nos lecteurs l\u2019expérience des Trois-Rivières.^ Combien d excellentes gens admirent cette renaissance régionale, qui pour-raient devenir chez eux l'instrument d\u2019un renouveau analogue! Professeurs de collèges, instituteurs, prêtres, professionnels des campagnes et des petits centres urbains, etc., tous joueraient le rôle d\u2019animateurs s\u2019ils consentaient à ouvrir les yeux, à voir et étudier leur milieu.Monsieur l'abbé Tessier, absorbé par ses nombreuses fonctions n'écrira pas l'article cette année mais nous le promet pour\u2019 1038.Il nous dira la genèse de son action, les moyens qui lui ont réussi, ses échecs, de quel élan, de quelle perseverance il faut s\u2019armer, et comment le régionalisme peut n etre point une formule étroite.2\tPour ce qui regarde l\u2019avenir, peut-être en exagère-t-il le rôle. POUR NOUS GRANDIR 117 Peut-on dénoncer le libéralisme économique, le parlementarisme, la \"démocratie inorganique\" sans se jeter dans la réaction totalitaire ?Barbeau déjoue ce simplisme.Nous lui abandonnons le parlementarisme, à quoi nous ne tenons pas plus que lui.Contre les abus du capitalisme, nous nous serions montré encore plus radical.Mais nous admirons le courage de ses formules mesurées sur la démocratie.Rendre, écrit-il, la démocratie opérante; régénérer la démocratie, non l'abattre.C'est moins gros que les clichés en cours, mais c\u2019est plus vrai.A la chambre des députés, Barbeau propose qu'on substitue une chambre professionnelle (ou tout au moins un parlement composite, c'est-à-dire mi-économique, mi-politique).Bien qu\u2019il soit adversaire de la corporation d\u2019État, peut-être croit-il un peu aveuglément à la formule du corporatisme \u2014 laquelle, comme toutes les formules, peut véhiculer le meilleur et le pire.\u2014 Il aurait pu ajouter que le corporatisme, pour être effectif, doit précéder ou accomplir une série de réformes dont il ne s'accompagne pas fatalement.Mais il n'écrivait pas un traité d'économie sociale, et nous nous sommes probablement montré trop sévère.0 Sévère, au reste, nous l'avons été tout au long de ces pages.Pour nous grandir est l\u2019un des rares 118 l'action nationale livres canadiens-français qu\u2019on puisse analyser sans utiliser des normes réduites.Je voudrais signaler encore chez Barbeau le don de la formule.A propos de notre paresse intellectuelle, il écrira vigoureusement: Nous croyons encore trop par hérédité.Il accusera les vivants non animés d'avoir institué dans nos mœurs à l\u2019état de permanence la retraite stratégique, ces mouvements de repli où tout est sauf fors l\u2019honneur.Aux chrétiens riches: C'est vous et vos semblables qui avez allumé le communisme; pourquoi vous épargnerait-il ?\u2014 Ces ramassés pleins de verve témoignent d\u2019une volonté, d'une réflexion qui prennent leur source dans la vie.L\u2019artifice sait avoir autant de brio, mais aux dépens de la force.La phrase de Barbeau, très surveillée avons-nous dit, ou parfois trop facile (quand on a le génie de l\u2019invention verbale, pourquoi accueillir \u2014 comme il arrive à Barbeau \u2014 l\u2019épithète lourde et pâteuse de nos maniaques de la polémique: optimisme crasseux, économistes de carton, prédicants émasculés, au scandale des pieds-plats.) la phrase de Barbeau, avec son élégance, pourrait donner le change: ne nous y trompons pas, elle est musclée autant que nerveuse.Sa pureté repose des charabias indigènes.Plusieurs pages scandaliseront.J\u2019ensuis fort aise.La vérité prend souvent ce chemin.Ce qui nous aurait glissé sur la peau, nous le sentons aujourd\u2019hui dans notre chair parce qu\u2019un homme nous a dit rudement nos vérités. POUR NOUS GRANDIR 119 Victor Barbeau n\u2019a pas craint de se mettre au blanc.Voilà de quoi, en définitive, nous lui sommes le plus reconnaissant.11 n'est point seul à porter des condamnations.Mais combien de nos compatriotes, intransigeants dans le privé, deviennent tout sucre et tout miel dès qu'ils prennent la plume! Combien d'aigreurs dissimulées, de mépris rentrés ! Pour nous grandir exprime ces propos secrets, ces jugements dont on fait part à tous, sauf à ceux qui devraient les entendre.(Si nos éducateurs savaient ce qui se répète couramment sous le manteau, ils prendraient peur).Barbeau donne aux justes reproches une expression dure; sans pitié comme sans mauvaise colère.Il a quitté ce terrain stérile de la critique négative, il ose remplacer ce qu'il détruit.Il explique, il discute, et plus encore, il nous donne le spectacle d'un vivant.Ecoutera-t-on cet homme de bonne foi ?Il est temps encore ; qui sait si le moment reviendra ?si demain ce ne sera pas au tour des hommes de mauvaise foi ?André LAURENDEAU .ET L'ESPRIT?L'usage que nous faisonsde l'existence contredit à nos croyances.Je vois bien en quoi nous sommes composés d'un corps, ou plutôt en quoi nous sommes esclaves de notre corps; je ne distingue que faiblement, en revanche, par quoi nous satisfaisons aux besoins de notre âme.Il y a une partie de nous-mêmes qui respire à peine.Celle-là justement grâce à laquelle l'homme se distingue de la bête.Victor Barbeau (Pour nous grandir) L'actualité M.Aberhort, le gouvernement fédéral et le désaveu Le 17 août dernier, Ottawa désavouait trois lois qu\u2019avait votées, douze jours auparavant, le parlement de l'Alberta.Cette mesure énergique suscita, dans le pays, des expressions d\u2019opinion diverses.Loué par la presse anglaise, sévèrement critiqué par les partisans du Crédit social, l\u2019acte du gouvernement fédéral mérite qu'on l'examine.Il revêt une importance singulière au moment où une Commission s'apprête à enquêter sur l'application de notre Constitution.Jusqu\u2019à maintenant, M.Aberhart n\u2019a pu racheter ses promesses électorales.Des difficultés qu il ne paraît pas avoir prévues, avant son avènement au pouvoir, l\u2019en ont empêché.Un groupe de ses suivants, il y a quelques mois, le mirent en demeure d'agir; leurs commettants se lassaient sans doute d'attendre leur rente mensuelle.Des tractations eurent lieu.Le premier ministre dut se réconcilier avec le fondateur de la doctrine créditiste; il fit appel à son concours.M.Douglas dépêcha auprès de lui deux de ses collaborateurs qui reçurent mission de trouver les moyens de \u2018\u2018monétiser\" le crédit de la province.Ils eurent vite fait de découvrir, sur leur route, un gros obstacle: les banques.La principale et la l'actualité 121 plus fructueuse opération de ces institutions, en effet, consiste précisément à vendre au public du crédit.Sans rien débourser, elles font, dans leurs livres, des avances à leurs clients, qui acquièrent ainsi le droit de tirer, sur elles, des chèques.Ces crédits, elles ne les créent pas.Ce sont les besoins de l'agriculture, du commerce et de l'industrie qui les provoquent.Les banquiers agissent simplement comme \u201crégulateurs\".Or, les adhérents du Crédit social leur reprochent d\u2019exercer cette fonction au détriment du peuple, de n'y rechercher que leur intérêt.Aussi bien, les conseillers de M.Aberhart lui ont-ils suggéré de limiter la liberté d\u2019action des banques.Dans ce but, à sa session spéciale du mois d'août, la Législature d'Edmonton édicte trois lois.Nous les résumons: tout banquier et chacun de ses employés, pour pouvoir faire affaires dans la province, doivent, sous peine de perdre leur faculté d'ester en justice, obtenir un permis de la Commission provinciale du Crédit.Cette dernière ne l'émettra que si le requérant prend, par écrit, l'engagement de ne pas entraver le libre exercice des droits civils des citoyens albertains.Pour assurer l'exécution de cette promesse, des organismes appelés \u201cdirectorats locaux\" surveilleront et contrôleront les agissements du banquier.La Commission a le pouvoir de révoquer le permis de celui qui manque à respecter sa signature.Nul ne pourra contester, devant les tribunaux, la constitutionnalité de cette législation sans la permission du Conseil des ministres. 122 l'action nationale Le lieutenant-gouverneur, le io août, moins d\u2019une semaine après les avoir sanctionnées, transmet ces lois à Ottawa.Le même jour, le ministre de la justice recommande à ses collègues de les désavouer.Avant de prendre une décision définitive, M.King propose à M.Aberhart de soumettre le tout à la Cour Suprême.Hautain, M.Aberhart refuse.Le cabinet fédéral, le 17 août, donne effet à l'avis de M.Lapointe.Rude coup pour le gouvernement de l\u2019Alberta! S'y attendait-il ?Il faut le croire.De mauvaises langues ont même prétendu qu'il l'espérait.Histoire de faire porter par autrui la responsabilité d'un échec! A tout événement, il n\u2019a pas manqué de poser en victime du pouvoir central et des capitalistes.11 a formulé deux griefs: les ministres fédéraux ont agi illégalement; ils ont violé, une fois de plus, l'autonomie d\u2019une province.Que valent ces accusations ?L\u2019article 90 de l\u2019Acte de 1867 accorde au gouverneur général le droit d\u2019abroger toute loi provinciale, dans l\u2019année qui suit le jour de sa mise en vigueur.Ce texte laconique, quoique clair, n\u2019a subi aucun changement depuis soixante-dix ans.Ottawa s'en est prévalu, durant cette période, à diverses reprises, notamment en 1922 et 1924.Les Créditistes ne nient pas l'évidence; ils admettent ces faits.Mais, ajoutent-ils, depuis treize ans, de graves événements ont surgi, à savoir trois Conférences impériales et le Statut de Westminster, qui ont éteint la prérogative du gouvernement fédéral.L'affirmation se trouve dans un discours prononcé l\u2019actualité 123 le 27 août par M.Maynard, l'un des plus influents ministres de M.Aberhart.Comment-a-til pu atteindre à cette conclusion ?Par ce raisonnement, apparemment: le roi ne désavoue plus les lois fédérales.L'article 56 de la Constitution qui lui reconnaissait cette initiative devient lettre morte.Son pendant, l'article 90, se trouve, par conséquent, lui aussi, implicitement annulé.La Conférence de 1930, c\u2019est vrai, a exprimé l'opinion que \"dans la situation constitutionnelle présente, le pouvoir du désaveu ne peut être exercé à l'endroit des lois des Dominions\u201d.Toutefois, le Statut de Westminster ne contient rien à ce sujet.Bien plus, son article 7 décrète que le Statut n'abroge ni ne modifie \"aucune des lois de l'Amérique britannique du Nord, de 1867 à 1930, ou aucun arrêté ou règlement édictés en vertu des dites lois\".Théoriquement, le roi conserve donc toujours la liberté, constatée par la Constitution, de nullifier une loi du Parlement fédéral.Par voie de conséquence, la faculté que l\u2019article 90 confère au gouverneur général subsiste telle qu'elle était avant 1926.Pour apprécier parfaitement la décision du cabinet d\u2019Ottawa, il importe, de plus, de rechercher si les lois désavouées relevaient de la compétence de la législature albertaine et quelle est la portée exacte de l'article 90 précité.L'Acte de 1867 répartit l'autorité législative entre le fédéral et les provinces.Celles-ci possèdent la faculté exclusive de légiférer en matière de droits civils (Art.92).Celui-là a le droit, aussi 124 L ACTION NATIONALE exclusif, de réglementer le commerce bancaire et de constituer les sociétés qui se proposent de l'exercer (Art.91).Ces deux pouvoirs nécessairement chevauchent.Lequel doit l\u2019emporter ?Les tribunaux se sont prononcés.La législation fédérale prime les lois provinciales.Une province ne peut \"enlever à une compagnie fédérale son status et ses pouvoirs\", ni l'obliger à se munir d'un permis avant de transiger des affaires sur son territoire.A la lumière de cette jurisprudence unanime, les lois du gouvernement créditiste sont ultra vires, excèdent sa juridiction.M.Aberhart ne pouvait pas sérieusement accepter l'offre de M.King de les faire juger par les tribunaux: on comprend aisément son refus.Appartenait-il, cependant, au gouvernement fédéral de décréter la nullité ?Nous posons, là, tout le problème du désaveu.La Constitution contient plusieurs clauses surprenantes.Il y a déjà longtemps que les Canadiens français se demandent pourquoi, par exemple, les articles 93 et 133 ont été si étrangement rédigés.Mais l\u2019article 90 ajoute encore à notre étonnement.Sauf erreur, on n\u2019a pu, sûrement, expliquer sa raison d\u2019être, ni en attribuer la paternité à l'un ou l'autre des Pères de la Confédération.L\u2019article 90 fait du désaveu, pour le gouvernement fédéral, un droit absolu qu'il peut exercer comme il l'entend et pour les motifs qu\u2019il estime bons.Aucune règle ne le lie.Il lui est loisible ou non d'intervenir.On aurait voulu, en 1866, transformer indirectement la fédération canadienne en union l'actualité 125 législative, ce qui répugnait à nos compatriotes, que l'on ne s\u2019y serait pas pris autrement.Ottawa se voyait offrir le moyen de museler les parlements provinciaux, de les réduire au rang de simples municipes.On laissait au caprice d'un groupe de politiciens, sensibles aux courants de l\u2019opinion publique, le soin de juger de la sagacité de la législation des provinces.Sir Georges-Étienne Cartier ne déclarait-il pas, en 1864, que deux raisons pourraient justifier les ministres fédéraux d\u2019abroger une loi provinciale: l\u2019injustice et le manque de sagesse ?Le désaveu était-il, dans la pensée de quelques-uns, une arme pour empêcher Québec de légiférer sur certaines questions ?Ou bien, pour d\u2019autres, une sauvegarde utile à nos frères des provinces anglaises ?Pures hypothèses.Le désaveu est une anomalie.La Constitution met le fédéral et les provinces, dans leur sphère d\u2019activité respective, sur un pied d\u2019égalité.Nos cours et le Conseil privé ont reconnu que les parlements locaux jouissent de la même souveraineté que le parlement central.Comment, alors, comprendre qu\u2019une autorité puisse restreindre les pouvoirs d\u2019une autorité égale ?D\u2019autant plus que des décisions, plus ou moins arbitraires, du gouvernement fédéral, il n\u2019y a pas d\u2019appel.L'histoire révèle qu\u2019elles ont surtout bénéficié à certains intérêts particuliers.Sous prétexte de maintenir la bonne réputation financière du pays, Ottawa venait au secours d\u2019une compagnie ou de citoyens qu\u2019une législature dépouillait pécuniairement.Ou encore, il anéantissait une loi destinée 126 l\u2019action nationale à écarter les effets d'un jugement.De ce domaine purement économique, il n'a jamais voulu sortir.En 1891, il évitait de désavouer les lois manito-baines anti-françaises, franchement inconstitutionnelles et iniques.En 1916, il refusait encore d'abroger une loi ontarienne, préjudiciable aux Franco-ontariens et déclarée, peu après, ultra vires par le Conseil privé.Le droit de désaveu, tombé en désuétude en ce qui concerne les lois fédérales, n'a pas sa raison d'être quant aux lois provinciales.L'article 90 de l'Acte de 1867 devrait disparaître et faire place à autre chose.Il y aurait d'abord lieu de restreindre la fantaisie législative de nos parlements.D\u2019après le droit constitutionnel anglais, les législateurs ont tous les pouvoirs, sauf celui de changer un homme en femme.Un magistrat canadien a appliqué ce principe dans une cause célèbre.Dans son jugement, il a prétendu que, dans les limites de sa juridiction, une législature peut faire tout ce qui n\u2019est pas plysiquement impossible, qu\u2019elle n\u2019est soumise à aucune norme divine ou humaine.Il ajoutait que le commandement qui défend de voler ne l'oblige en aucune façon et qu'il lui est possible de spolier n'importe lequel de ses sujets.Pourquoi n'insérerait-on pas, dans notre charte, une disposition qui interdirait aux dix parlements canadiens l'adoption de certaines lois injustes ?La Constitution américaine ne défend-elle pas aux États de voter \"aucune loi ex post facto ou annulant les obligations découlant des contrats\u201d ?Quant l'actualité 127 au reste, les législatures devraient demeurer juges souverains de l\u2019opportunité de légiférer sur tel ou tel sujet de leur compétence.Mais il arrivera, comme autrefois, qu'un parlement local, de bonne ou de mauvaise foi, outrepassera ses pouvoirs.Alors ?le gouvernement fédé-ral, proprio motu ou à la demande d un gouvernement provincial, aurait le droit de porter la loi soi-disant inconstitutionnelle à la Cour suprême qui trancherait définitivement le litige.Nous estimons qu'il faudrait rendre obligatoire la procédure très sage proposée par le premier ministre King à M.Aberhart.On n accuserait plus le cabinet fédéral d\u2019agir illégalement ou d\u2019une manière intempestive.On ne lui reprocherait plus son inaction.On écarterait surtout la menace que comporte, pour les provinces, 1 article 90 de F Acte confédératif.Si la Commission Rowell faisait une recommandation en ce sens.Maximilien Caron L'école de la défaite A la campagne, l'école a trahi la terre; à la ville elle a trahi le commerce, l'industrie.Partout elle a travaillé contre nous.tLlIe nous a prolétarisés, elle nous a dénationalisés.Loin de nous libérer de nos servitudes, elle les a multipliées.Loin de nous faciliter 1 accès à la fortune, elle nous a appauvris.Loin de nous retremper moralement, elle nous a dilués Et dernière abjection, elle nous a confits dans une telle suffisance\u2019que nous ne savons plus battre notre coulpe que sur la poitrine de notre prochain.Elle restera dans l'histoire sous le nom de l'école de la défaite.Victor Barbeau (Pour nous grandir) L'avenir de notre littérature Dans La maison et le monde, Rabindranath Tagore, grand poète et psychologue raffiné, attaque certaines thèses nationalistes du \"Swadeshi\" hindou.Il se montre opposé au boycottage systématique, à toute propagande nationaliste verbale, abstraite.Implicitement, il propose du concret, du positif: la reconquête de l'âme, par une reprise de contact avec le passé, par un retour intelligent et conscient aux coutumes ancestrales, par une vie spécifiquement hindoue.Il y a là une leçon pour nous.Un nationalisme purement politique ne nous a conduits à rien.La conquête économique que nous entreprenons actuellement sera stérile, elle aussi, si elle ne se greffe sur un renouveau spirituel.Les hommes passent; les idées sont étemelles.La race française est la plus difficile à assimiler précisément parce qu elle est de toutes la plus spiritualiste h Pour conserver efficacement notre héritage français, nous devons créer ici un véritable îlot culturel.Et ceci ne saurait se réaliser si une littérature forte et neuve, si une littérature originale ne vient 1 On pourrait en dire autant, et plus encore, du spirituel proprement dit, du religieux.Pourquoi des hommes sur lesquels nous comptions ont-ils trahi les intérêts de notre groupe ?Presque toujours c'est que leurs convictions nationales manquaient de solidité; et la débilité des convictions nationales provenait elle-même d'une absence de vie religieuse profonde.Dès qu'un homme s'est vendu ou qu\u2019il a sombré dans l'alcoolisme, peu lui chaut le devoir patriotique. l'avenir de notre littérature 129 à naître au pays laurentien.Ce qui fait la France, c\u2019est l\u2019esprit français; et l\u2019esprit français, la mentalité française, ce qui les conserve et les enrichit, c\u2019est la littérature française.Nous ne saurions pourtant demeurer indéfiniment des coloniaux intellectuels.Le conflit entre l\u2019allégeance politique et l'allégeance culturelle finirait par nous abâtardir à tout jamais.S\u2019agit-il, comme on l'a voulu, de rompre un jour avec la France pour former un idiome laurentien ?Pas du tout.11 faut songer à la Belgique.Depuis trente ans, elle a ses grands poètes, ses penseurs originaux.Ils sont bien français; mais, de plus en plus, ils deviennent spécifiquement belges.Nous devons donc travailler à implanter en notre pays une forme de culture qui soit spécifiquement nôtre, tout en demeurant française dans son fondement linguistique et spirituel.La recherche d\u2019une telle formule me semble le devoir patriotique de l\u2019heure.On ne se bat ni bien ni longtemps pour conserver et accroître ce qui est faiblement caractérisé.Pour nous imprégner à fond de notre idéal, jusqu\u2019ici trop verbal, de survivance française, pour nous préparer à tenir comme peuple un rang digne de la race française, il nous faut au plus tôt un climat de culture qui soit nôtre.Or, cette conquête culturelle, je le répète, seule une littérature originale peut la mener à bon terme; parce que, seule, une telle littérature peut nous imposer une manière bien nôtre de penser, de sentir et d\u2019exister comme groupe distinct. 130 l'action nationale On l'a assez dit, et sur tous les tons, notre littérature est pauvre.Des talents sont nés, ont tenté de percer chez nous.Ils ont donné quelques pâles fleurs, quelques fruits maigres.Ils se sont desséchés, racornis.Et les voix les mieux douées se sont tues.On a assigné bien des causes à cette prompte décrépitude du talent littéraire de nos écrivains.Sans doute, l'enseignement à tous ses degrés, le milieu familial à toutes ses couches, la nécessité du gagne-pain, l\u2019absence de lecteurs, la pénurie de carrières dites intellectuelles, la pénétration américaine, et le snobisme en direction de Londres ou de Paris sont des facteurs plus ou moins importants d\u2019un aussi triste état de choses.Un fait certain, résultante plus que cause, c'est notre ignorance du français.Comment créer des œuvres solides en une langue que l\u2019on connaît imparfaitement ?Le remède principal à la vieillesse prématurée de nos lettres est certes, avant toute autre inquisition, l\u2019étude du français, une étude vivante, rajeunie.\u201cCe qu'il faudrait, écrivait quelque part M.Victor Barbeau, c\u2019est un enseignement \"dialogué\" de la langue française\".Nos bacheliers, voire ceux qui les forment, écrivent assez honnêtement une phrase; quand il s\u2019agit de parler, ils n\u2019y sont plus du tout.Ils ignorent ce qui fait la richesse fondamentale d'une langue : le mot avec toutes ses nuances, le substantif qu\u2019il est si facile d\u2019escamoter à coup de périphrases quand on a la plume en mains.Etablissons en deux mots le bilan de notre avoir littéraire actuel.Des écrivains qui, dans l\u2019ensem- l\u2019avenir de notre littérature 131 ble, manient un français moyen, peu ou point de penseurs, quelques poètes, de bons historiens et des journalistes de mérite, soit! Pas de public.Et sur cette désolation, planant comme un sinistre vol de grues, l'esprit de satisfaction.Celui-ci s'exprime chez les auteurs et chez les critiques.Les premiers croient à leur étoile au point de négliger le travail.Bon an mal an, ils bâclent quelque volume invendable.Les critiques, facilement éblouis des moindres trouvailles \u2014 ils s'attendaient peut-être à ne trouver rien du tout \u2014 s\u2019emballent à tout propos pour les plus authentiques bavures.Ces dernières années, il se trouve toutefois de courageux démolisseurs qui ne se gênent pas pour ébranler de temps à autre l\u2019échafaudage publicitaire de nos illustres renommées.Mais il est temps de nous demander comment nous pouvons encore sauver l'avenir de nos lettres et celui de notre mentalité.Avant de répondre à cette question, il faudrait peut-être signaler une autre plaie (la plus récente) qui ronge les dernières moelles de notre inspiration.Laissons la parole à un des rédacteurs du Toronto University Quarterly.Dans le dernier numéro de cette revue, M.Walters faisait la recension ou plutôt, à la manière anglaise, le dénombrement des écrits canadiens-français de l\u2019an de grâce 1936.Il notait avec une grande justesse la pénurie alarmante de poésie et de roman qui caractérise cette année par ailleurs féconde en histoire, essais et œuvres de propagande.Et il se demandait si le mouvement néonationaliste ne détournait pas trop nos écrivains 132 l'action nationale de la création.Il nous accusait d'une trahison des clercs.Ce brave homme d'universitaire se trompait certes sur la cause de notre stérilité présente.Il avait raison sur le fait.Nous ne produisons plus guère que des thèses glaciales, des essais vingt fois repris, des critiques d'auteurs cent fois recensés et qui n\u2019en demeurent pas moins morts.Nous publions et lisons de la politique, des études sociales, des documents économiques, etc.Tous travaux très utiles, mais qui n'ont rien de particulièrement littéraire.Partons donc de ce point extrême de notre déchéance créatrice à la recherche des moyens de promouvoir une littérature vraiment originale.Deux champs d'activité, d'importance et de signification inégales, s\u2019offrent aux lutteurs qui voudront entrer en lice.Celui de la littérature pure, celui de la littérature d'action.Seuls les écrivains qui s'engageront dans le premier feront oeuvre proprement créatrice.Les autres seront utiles aussi.Ils sonneront le réveil de la vie; ils contribueront à fournir à nos écrivains ce qui leur manque plus encore que l\u2019inspiration : des lecteurs.Des écrivains qui n'ont point de public sont condamnés à mort.Nous manquons de public.Les livres de poésies et les romans venus de France écrasent les nôtres de leur supériorité trop évidente.Fussions-nous d'ailleurs d\u2019authentiques génies de la création artistique, nous ne trouverions pas plus de sympathie chez les nôtres, qui ne sont pas préparés à discerner la véritable valeur de la médiocrité reluisante.Nos pseudo-cultivés n\u2019accordent leur con- l\u2019avenir de notre littérature 133 fiance qu'aux réputations étrangères et établies.Peuple dont l\u2019élite succombe sous les snobismes les plus divers, nous ne savons pas penser.Voyons d\u2019abord comment nos littérateurs purs pourront promouvoir efficacement la naissance d'une littérature originale en terre canadienne.Le problème du public et le rôle des écrivains d'action viendront en second lieu, comme corollaire.Est-il nécessaire de rappeler que l\u2019écrivain est par définition un créateur ?Son domaine propre est la fiction, la poésie.Seuls méritent à vrai dire le titre d'écrivain ceux qui font oeuvre de création artistique.La littérature pure seule demeure.L\u2019essai polémique ou critique meurt; l'essai pur survit aux siècles.On lit toujours Les Pensées de Pascal.Qui revient aux Provinciales ?Quelques Jésuites amusés.La poésie lyrique, l\u2019épopée et son succédané moderne, le roman, sont aussi par nature immortels.Toute œuvre littéraire née des événements périt avec eux.Les créations désintéressées vivent.Si le fond de toute littérature est la création, c'est à la création que nous devons revenir.Cependant la création artistique peut s'orienter soit vers l\u2019imitation des anciens, soit vers l'exploitation des terres vierges.Les plus grandes littératures, la grecque, la française (malgré le XVIIième siècle où l\u2019imitation fut toute extérieure et qui reste profondément française par son fond) sont appelées originales; parce qu'elles doivent beaucoup au pays qui les vit naître, aux légendes populaires, aux coutumes locales.L'Iliade, L'Odyssée sont des 134 l'action nationale fruits naturels du sol de l'Hellade.Les chansons de geste, les fabliaux, les romans médiévaux et une très grande partie de la littérature française du XIXième siècle et du XXième siècle puisent leur inspiration au vieux fonds historique ou légen-faire de la France d'hier et d'aujourd\u2019hui.Par contre, les littératures d\u2019imitation, la littérature latine par exemple, empruntent leurs sujets à d'autres pays, reprennent les thèmes déjà traités et répètent sur un mode nouveau des pensers antiques.C'est une littérature originale que nous voudrions voir naître en ce pays; précisément parce que l'imitation est une sorte de paralysie infantile qui a tué l\u2019originalité de bien des peuples adolescents.Qu'on songe à la pauvreté des lettres latines en regard de la splendeur grecque! Ici, nous nous heurtons à l'objection classique.On nous accuse de tomber dans le régionalisme.Si l\u2019on entend par régionalisme l\u2019étroite description d'un coin de terre particulier sur lequel se meuvent des héros qui ne manifestent d autre originalité que celle des coutumes et des travers locaux, je me range volontiers parmi les adversaires du régionalisme; et je reconnais qu'une formule aussi étriquée n'a qu'une valeur temporelle, publicitaire.Il est pourtant un autre régionalisme: celui qui, situé dans un temps et dans un lieu déterminés, cherche à se réaliser sur le mode éternel.Le décor spatial et temporel demeure comme fond de scène à des créations où s'expriment les tendances profondes de l'homme éternel Ce dernier l'avenir de notre littérature 135 régionalisme n\u2019est rien autre chose que la littérature originale dont nous parlions il y a un instant.Dans VIliade, tout est grec.Cependant c\u2019est l\u2019homme, c\u2019est l'humanité qui vit et nous intéresse à chaque page, au long des scènes héroïques ou gracieuses qui se découpent sur le fond de marbre des Propylées, au pied des hautes frondaisons de l\u2019Attique.Mais prenons des termes de comparaison plus près de nous.Les romans d\u2019Ernest Pérochon, très souvent ceux de Maurice Génevoix, La Brière, d Alphonse de Châteaubriant, une partie de l'œuvre de Louis Mercier, toute celle de Brizeux, de Ver-menouze, etc., décrivent et chantent des provinces de France, des coins de pays bien déterminés.Ces auteurs s\u2019expriment presque toujours sur le mode mineur; ils restent tout près des lieux, mettent en scène des personnages dont la vie est fortement marquée d\u2019une empreinte presque uniquement locale.Face à ce type estimable, mais secondaire, de littérature, évoquons simplement les œuvres provençales d'Alphonse Daudet.Le contraste est frappant.Différence de manière.Qui soutiendra que Tartarin de Tarascon est une œuvre régionale ?Il y a là des types trop universels, trop caractérisés pour qu\u2019ils demeurent empêtrés dans le temps.On pourrait en dire plus encore des romans de Mauriac qui se projettent presque tous sur le fond en grisaille du vieux Bordeaux natal, mais qui ne cherchent point tant à évoquer une region definie qu a nous offrir le décor nécessairement lourd ou se meuvent des héros artistes.Le même phénomène d\u2019universalisation du particu- 136 l'action nationale lier se retrouve dans certains ouvrages du Savoyard Ramuz, dans l'oeuvre de Claudel, de Jammes, etc.En somme, c'est la manière qui classe les œuvres, bien plus que les systématisations critiques arbitraires.C\u2019est aussi le génie ou le talent des auteurs.Quand nous parlons de littérature nationale originale, nous n\u2019entendons pas préconiser une littérature à thèse nationale, une littérature d'action nationale.La thèse et l'utilitarisme sont de notoires assassins de l'inspiration.La littérature nationale dont nous rêvons est celle qui puiserait dans l\u2019âme des choses et aussi dans celle des hommes ses sujets et ses ornements, mais qui élèverait les uns et les autres à un plan supérieur, en les traitant sur le mode majeur, éternel.Une telle littérature seule est durable et se dégage du régionalisme étroit.Nous devons faire la guerre au roman à thèse \u2014 si justement répudié par Paul Bourget; quoique ce romancier soit le plus grand coupable de la propagation de ce genre détestable.Nous répudierons aussi les poèmes purement philosophiques ou didactiques, qui deviennent si facilement une plaie; d\u2019autant plus que notre bagage élémentaire d\u2019idées nous pousse infailliblement ici à l'apothéose du truisme tintamaresque.Où puiserons-nous donc nos sujets ?Dans notre passé historique ou légendaire.Je sais bien que tout un groupe réprouve le sujet canadien parce que trop peu universel, trop étroitement régional.Mais nous avons répondu plus haut à cette objection.D\u2019autres nous conseillent le grand sujet classique.J'ai déjà dit pourquoi nous nous dimi- l'avenir de notre littérature 137 nuerions au lieu de nous grandir, en imitant les littératures étrangères.Créer une littérature originale ne vaut-il pas beaucoup mieux ?De plus, sommes-nous préparés à faire vivre ici des Achille et des Agamemnon ?Non certes.Notre culture n est pas assez vieille, assez héréditaire.Nous ne sommes pas suffisamment adultes pour aborder la grande tragédie classique, le lyrisme pindari-que, et que sais-je ?Nous sommes tout au plus à l'âge d'adolescence.Notre devoir est de griffonner des brouillons pour les grandes oeuvres à venir.Et pourquoi ces oeuvres devraient-elles s'inspirer du folklore grec de l\u2019époque mycénienne, quand elles pourraient être la chair de notre chair, l'évocation d'un passé noble et nôtre ?L\u2019exemple des écrivains canadiens de langue anglaise est concluant.Ils ont imité la littérature anglaise, grande imitatrice elle-même.Ils ont abouti à de froids pastiches.Ils avouent que notre littérature, du moins dans sa partie folklore, est plus originale, plus vivante que la leur.D\u2019ailleurs, les sujets que nous pourrions traiter sont grandioses et multiples.Fouillons notre histoire primitive, nos légendes.Remontons aux sources perdues de notre folklore.Pourquoi ne tenterions-nous pas d'élever au rang de héros éternels certains de nos héros nationaux ?La France, l'Allemagne, l'Italie, le Portugal et bien d'autres pays nous en donnent l\u2019exemple.Dollard des Ormeaux, ce bel aventurier sans peur (malgré quelques reproches) n\u2019est-il point digne de prendre place dans la grande littérature aux côtés du fan- 138 l\u2019action nationale faron Achille, d'Ulysse le rusé, d'Hector et d\u2019Andro-maque ?Les héros grecs ne furent-ils point au début des héros nationaux ?De grands poètes les ont éternisés en les chantant sur le mode majeur.Sans doute, nos poètes et nos romanciers actuels ne réussiront point du premier coup des chefs-d\u2019œuvre.De leurs essais médiocres, ou même avortés, les génies de l'avenir s'inspireront.Dès maintenant nos écrivains devraient comprendre qu\u2019il y va de leur intérêt temporel tout autant que de l\u2019intérêt éternel de notre littérature.Plus ils seront canadiens, plus ils retiendront l'attention de leurs compatriotes.Quand les lecteurs de chez nous voudront lire des Iphigénie, ils se tourneront infailliblement d'un autre côté, même si nos Iphigénie étaient les plus belles qui soient.Autant que notre histoire primitive, notre folklore peut et doit contribuer à l'avènement de cette culture autochtone qui sauvera notre mentalité en la créant.Notre folklore \u2014 j'entends par ce terme l\u2019ensemble des œuvres dites primitives dans une littérature; tout ce qui sourd des institutions et des légendes populaires d une race en formation \u2014 notre folklore est riche.Le combinant avec l\u2019histoire primitive, nous en tirerons des œuvres qui seront à la fois neuves et nôtres.C\u2019est au fond de l'âme populaire que nous devons aller puiser une grande part de nos inspirations.Hélas! Notre peuple n\u2019a plus d\u2019âme.Heureusement pour nous, les morts ont vécu.Un jour, nos pères ont connu une vie bien à eux, fortement colorée.C'est à cette vie d\u2019autrefois, dont la source ne saurait être à l'avenir de notre littérature 139 jamais tarie, que nous devons demander les ferments qui rajeuniront la vie débile que nous traînons aujourd'hui.De grandes œuvres littéraires seraient la plus utile contribution à notre retour en vitalité.Quel est celui de nos romanciers ou de nos poètes qui nous donnera, sur le mode clau-délien par exemple, Le Livre de Jacques Cartier, La haute aventure de Madeleine de Verchères ?j Cependant, le passé n'est pas la seule .source d'inspiration où nos créateurs de fables peuvent et doivent puiser.Qui nous donnera un %qlide roman de mœurs canadiennes, sur fond canadien ?Grignon s'est approché de la grande formule dans Un homme et son péché.Son livre, malgré des défauts réels, sort de l'ornière du régionalisme étroit pour s'élever à l\u2019étude de l'homme.Certes Poudrier est un prodigue à côté du père Grandet; il est incolore en comparaison de Shylock.Tout de même un romancier de chez nous a réussi ce tour de force: créer un type dont on n'oublie point le nom.Qu\u2019on ne reproche point à cet ouvrage ses descriptions précises des Laurentides, les manies particulières au paysan de chez nous, les traits de mœurs exclusivement locales ! Ceci ne suffit point à le reléguer dans le régionalisme étroit.Eugénie Grandet et Le marchand de Venise sont situés dans un temps et dans un lieu bien déterminés; ils contiennent, à côté des traits étemels, des particularités de caractères qui tiennent aux us et coutumes du milieu et de l'époque. 140 l'action nationale Un dernier mot sur cette question précise du décor, de la couleur locale.Nos romanciers et nos poètes ne seraient-ils pas plus savoureux s'ils mettaient plus de précision technique, plus de pittoresque observé et moins de fausse couleur verbale, dans leurs descriptions des choses de chez nous ?Citons à l'honneur les efforts intelligents de M.Harry Bernard.Nos meilleurs romans sont ceux où le souci de faire canadien, vrai par conséquent, est plus accusé.Ceci n'enlève rien à la valeur objective qu\u2019ils peuvent avoir par ailleurs.Qu\u2019on songe à La colline inspirée ! Mais il est temps d\u2019en venir au rôle des écrivains d\u2019action.Que peuvent-ils pour promouvoir l\u2019avènement d'une littérature originale, pour élever notre milieu culturel au-dessus de la banalité actuelle ?Quelle doit être leur contribution à cette culture spéciale qui doit venir ?Ils ont le devoir austère de sonner le clairon de l\u2019éveil.Notre peuple ne sait point penser.C\u2019est aux écrivains d\u2019action de le lui apprendre.Notre peuple ne sait point lire; surtout il méprise \u201ca priori\" tout ce qui est sien.Il ne veut pas lire de livres canadiens.Tout l\u2019intéresse superficiellement; excepté lui-même.Notre peuple \u2014 ô dérision! \u2014 est satisfait d etre ce qu\u2019il est actuellement.L\u2019oeuvre d\u2019éducation à accomplir est immense.De courageux polémistes ont déjà commence d'attirer notre attention sur nos tares.Ils ne devront point se lasser d\u2019égrapper, de fustiger, de mettre en garde contre tous les crétinismes.Jérémie finit toujours par se faire entendre, puis écouter. l'avenir de notre littérature 141 La mission la plus haute, après celle de créateur de mythes et de créateur de pensée pure, est celle d\u2019éveilleur, de redresseur de torts.Tant pis si l'on en contracte parfois des airs donquichottesques! Tout un peuple se meurt en douce dans le prima-risme et le conformisme.Maîtres incomplets, si l'on veut, mais maîtres tout de même.Il faut absolument réveiller les morts.Chaque jour, Dieu merci! il s'en éveille quelques-uns.Les efforts gauches des maîtres d'aujourd'hui prépareront l\u2019avènement des vrais maîtres.Que dis-je ?Des vrais maîtres nous en avons déjà.Je ne mentionnerai que l\u2019abbé Groulx.Sa vie est à la fois grande et triste.Songeons qu'un homme de cette puissance d\u2019esprit, de cette maturité de jugement s'est levé chez nous il y a déjà longtemps; et qu\u2019on ne l\u2019a écouté, compris, aimé que lorsqu\u2019il eut parlé vingt ans dans le désert.Voilà un signe assez caractéristique de notre dégénérescence culturelle.Nous avons rejeté pendant des années un message de cette valeur au nom de je ne sais quel loyalisme gâteux.Ce fut une mentalité proprement infâme.Le premier devoir de tous nos écrivains d'action est donc d'apprendre à notre peuple à penser.Et c'est pourquoi nous devons produire encore des essais qui seront autant de généreux efforts pour nous grandir.Au moment où une jeunesse ardente, la jeunesse la plus fière et la plus forte que notre sang ait jamais produite (n'en déplaise à ceux qui, la connaissant mal, professent à son égard un mépris olympien) au moment où une telle jeunesse attend de nous des directives, nous récuserons-nous ? 142 l\u2019action nationale Nous retirerons-nous dans notre tour d\u2019ivoire sous prétexte que l\u2019on a parfois manqué de respect à l'illustre Monsieur que nous sommes ?Nous cantonnerons-nous dans un dilettantisme dédaigneux laissant les nôtres s\u2019angliciser en douce ou se pari-sianiser à outrance, ce qui ne vaut guère mieux ?Je crois que nous devons tous travailler à cana-dianiser notre pays, à le caractériser.C\u2019est ainsi que naîtra et se développera la vie pleine de l\u2019âme de chez nous.Notre rôle est obscur.Il est beau.Dans cent ans, nous serons pour la plupart parfaitement oubliés, notre œuvre écrite sera morte.Mais notre œuvre de chair vivra.Sur les ruines, un humus se sera développé, une culture se sera enracinée qui plongera au cœur même de notre sacrifice.Et nos descendants ne rougiront point de nous qui les aurons dirigés dans la voie des grandes réalisations.Le meilleur exemple à laisser derrière soi, n\u2019est-ce pas celui d'une vie de travail intellectuel acharné ?Les meilleurs talents actuels se seront sacrifiés, auront sombré dans cette aventure qui comporte une trop grande part d\u2019action pour ne pas nuire à la qualité même de la pensée.Qu\u2019importe! L'œuvre accomplie sera grande dans ses effets.Ceux qui nous apprendront à penser, à lire, à écrire, nous auront en même temps enseigné à vivre.A vivre une vie pleine, originale, autonome.En même temps que l\u2019avancement de nos lettres, nos écrivains d\u2019action peuvent et doivent promouvoir celui de cette culture vraiment nôtre qui naîtra l\u2019avenir de notre littérature 143 chez nous quand nous nous serons décidés à survivre en beauté1.Je crois avoir assez expliqué la forme de littérature qui nous convient, celle qui, seule, peut sauver l'avenir de notre mentalité encore vagissante.Soyons ambitieux.Rêvons d\u2019accomplir grand.Ne serons-nous pas un peuple grand par le nombre dans cent ans ?Il faut aussi que nous soyons grands par la culture, grands par les valeurs spirituelles.Que notre littérature rêve de devenir autre chose que le décalque froid de celle d\u2019ailleurs, qu\u2019elle s\u2019avise de créer des œuvres jeunes, fortes! C\u2019est ainsi que, dans moins d\u2019un siècle, une nation que nous aurons contribué à viriliser, en la cultivant à son berceau, commencera de porter au monde le message bien français et bien laurentien d'une culture autochtone qui sera peut-être née de notre mort.François Hertel \"MON PÈRE, J'ACCUSE MON PROCHAIN.\" Si chacun, nous apprennent les \u201cEssais\", regardait par où une juste sentence lui appartient en propre, chacun trouverait que celle-ci est un bon coup de fouet à la bêtise ordinaire de son jugement.Mais on reçoit les avis de la vérité comme adressés aux autres, non à soi.Au lieu de les coucher sur ses mœurs, chacun les couche en sa mémoire très sottement et très inutilement.Victor Barbeau (Pour nous grandir) 1 Cependant la littérature d'action demeure bien moindre que celle de la littérature pure.Un ouvrage comme Maria Chapdelaine sera toujours plus utile à notre avancement culturel, à l'avènement d'un patriotisme positif, que dix essais polémiques ou critiques de même valeur littéraire. Notes bibliographiques Colixa Lavallée 1 Le dernier livre de M.Eugène Lapierre est plein de la saveur qui s\u2019attache aux artistes dont la vie fut une aventure.On ne peut nier ce privilège à son héros, lequel, né à Verchères en 1842 et mort à Cleveland à 49 ans, a connu les déplacements les plus fantastiques.A quinze ans, s enfuit aux États-Unis, avec une troupe de Minstrels.La bohème, la fugue.Un fameux hérédo, toujours inquiet, toujours hante par la route.Son père, forgeron doublé d un luthier amateur, lui donne une instruction élémentaire.Son autodidactisme fut extrêmement fécond.Compositeur, chef d orchestre, chef de choeurs, président de la première société des musiciens américains, il semble avoir eu le génie de la débrouillardise, de 1 entreprise.Accompagnateur de vedettes en tournées, il jouait de tous les instruments avec une désinvolture remarquable.De 25 à 27 ans, étudie à Paris avec Marmontel.Il fut certes un authentique et réel artiste.L esprit de suite lui manqua pour mettre au point ses facultés remarquables.Milieu artistique trop pauvre.L ignorance de nos éducateurs plus que leur mauvaise volonté explique pourquoi les artistes qui vivent ici ne le font qu\u2019au prix des plus grands sacrifices.Les autres émigrent.Une belle monographie.Peut-être M.Lapierre a-t-il trop pathétisé.Je soupçonne Lavallée\u2014et en cela il est de la race des coureurs de bois\u2014d\u2019avoir passionnément aimé l\u2019aventure.Il semble n\u2019avoir pas eu le moindre goût pour la réussite lente.Cette vie trépidante satisfaisait son goût de l\u2019évasion.S'en aller par des chemins toujours neufs! Ne tenir à rien d autre! C\u2019est bien de chez nous.J\u2019aurais aimé plus de sérénité dans ce livre par ailleurs si vivant.Il y a avantage à tout dire, même les mots les plus 1 Aux Éditions de l\u2019A.C.F.Montréal, 1937. NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 145 durs, mais avec une humeur joyeuse.River de bons clous, mais au son d'une chanson allègre.Il se trouve que Lavallée est assuré de l'immortalité par l'hymne national qu'il composa.C\u2019est une récompense qui vaut la gratuité de son effort.Félicitons M.Lapierre d'avoir eu le courage d'entreprendre un pareil travail dans un pays où les gens ont la passion de détruire les souvenirs et d'effacer les pas des vivants.Arthur Laurendeau Traité de droit commercial 1 Il y a près d'un an, M.Antonio Perrault faisait paraître aux Editions Albert Lévesque, de Montréal, un Traité de Droit Commercial.La critique l a élogieusement apprécié.Notre revue se devait de le signaler à l'attention de ses lecteurs.Cet ouvrage s'adresse, sans doute, d'abord aux spécialistes, juges et avocats, beaucoup aussi aux commerçants.Mais tous ceux qu\u2019intéressent les questions nationales y trouveront des vues claires et justes sur plusieurs de nos plus importants problèmes.Nous en voulons indiquer, ici, deux en particulier.L'on discute ardemment, depuis quelques années, le status juridique des provinces canadiennes.Les uns affirment qu'elles forment de simples succursales du pouvoir central.D'autres, au contraire, en s'appuyant sur notre charte constitutionnelle, revendiquent leur autonomie.Ceux-ci, en parlant du Québec, emploient le mot \"Etat\".Le vocable, on le sait, a scandalisé les partisans du canadianisme intégral.Ils l'ont même réputé synonyme de séparatisme.Ont-ils raison ?En loi, s'entend.Dans une fédération, une province peut-elle être un Etat ?Oui, répondent les commentateurs du droit international, si, sur son territoire, elle groupe des sujets qu'elle soumet à une même autorité.N'est-ce pas là la définition de la province que l'on peut extraire des divers articles de l'Acte de l'Amérique britannique du Nord ?Aussi bien, M.Perrault, excellent 1 Aux Éditions de l'A.C.F., Montréal, 1936. 146 l'action nationale juriste, enseigne-t-il que \"les provinces ne font pas figures de simples départements administratifs.Elles constituent, dans le domaine qui leur est réservé, de véritables Etats jouissant, à certains égards, d une réelle autonomie (Tome I, no.157).M.Perrault a attaqué une autre légende.Pour beaucoup, le droit commercial québécois est anglais et relève presque totalement de la compétence d Ottawa.Un examen rapide des attributions du parlement fédéral, la méconnaissance de notre histoire peuvent seuls autoriser pareille proposition.C'est lavis contraire qu'exprime M.Perrault.\u201cLe droit commercial tombe sous la juridiction exclusive de la législature de Québec.Le parlement fédéral ne peut intervenir en ce domaine qu exceptionnellement (Ibid., no.177).L auteur invoque à l'appui l'article 91 de l'Acte de 1867 qui accorde au Québec la faculté exclusive de légiférer en matière de droits civils (contrats, obligations, etc.).Or, 1 objet principal du droit commercial, c'est justement le contrat, conclu par deux ou plusieurs personnes à 1 occasion de la circulation de biens mobiliers.Ottawa, il est vrai, a émis, à ce sujet, des prétentions.11 a même fait incursion sur le domaine législatif des provinces, sous prétexte de réglementer certaines institutions, par exemple les lettres de change, les compagnies, etc.Où et quand s\u2019arrêtera-t-il ?Sérieux péril pour nous; notre droit est 1 une des conditions de notre survie.M.Perrault ne craint pas de sonner l'alarme et de donner à nos partenaires ce grave avertissement; \"Si I on veut que la Confédération se maintienne, si l\u2019on veut que l'esprit de l'Acte de 1867 soit sauvegardé, deux attitudes doivent être maintenues: empecher le Parlement fédéral de sortir des limites de l'art.91 ; le forcer, même s il légifère dans les limites de l'art.91, à rédiger sa loi de telle sorte que, dans son application, elle ne vienne pas, par voie indirecte, mettre à néant des dispositions de droit civil ou de droit commercial relevant des provinces\" (Ibid., no.164 bis.).\\L Perrault demeure 1 un des plus éclairés défenseurs de nos lois françaises, 1 un des maîtres de notre doctrine nationale.Maximilien Caron NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 147 La découverte de soi-même 1 \"Science jeune aux résultats incertains\".Jugement d'un pédagogue connu de chez nous sur la psychologie expérimentale.Science jeune ?Oui et non.En droit, elle remonte pour le moins à saint Thomas et à Aristote.En fait, elle naît des travaux de Wundt aux environs de 1875.Et depuis dans le monde entier, les chercheurs en cette matière se multiplient, les publications s'amoncellent, les congrès abondamment féconds succèdent aux congrès.Science aux résultats incertains ?Allons donc! Incertains en regard de quels critères ?Philosophiques ?C\u2019est à voir.Il y a des textes de saint Thomas assez nets sur ce chapitre.Scientifiques ?Distinguons.La psychologie expérimentale, comme toute science, présente sur tel point particulier des résultats incertains; la première elle le reconnaît et le proclame.Est-ce à dire que, par nature, tous ses résultats sont incertains.Hélas, la Logique n'aboutit pas toujours à la logique.Nonobstant tel pédagogue et ses semblables, la Psychologie expérimentale existe.Elle possède un but défini, une technique particulière, un \"penser\" spécifique.Et un domaine immense.Tellement immense qu'il touche, par ses franges, à la physiologie, à la pathologie, à la psychiâtrie, à l'industrie, à la médecine légale, à la psychologie rationnelle, etc.La psychologie expérimentale n\u2019est pas science d'amateurs.Elle sollicite l'effort soutenu de professionnels spécialisés.Ce qui explique \u2014 et parfois excuse \u2014 l'ignorance des profanes à son sujet et l'extrême difficulté d'en vulgariser convenablement les notions principales.Sous le titre La découverte de soi-même, M.J.S.Anselme Bois vient de publier chez Arbour et Dupont une introduction sommaire à cette difficile science.L'auteur est un psychologue de métier, formé, par de longues et intelligentes années d'étude à la carrière qu'il a choisie.Son œuvre porte donc \u2014 dans les limites possibles de la vulgarisation\u2014le cachet de la science et de la vérité.Pour sûr, nous le taquinerions bien un peu sur 1 Par J.S.Anselme Bois - Editions Arbour & Dupont, Montréal, 1937. 148 l\u2019action nationale sa conception des tempéraments et types psychologiques, sur son appréciation de la psychanalyse et de la psychologie des délinquants.Affaire d'opinions et discussions byzantines.Au demeurant, il est exceptionnel de trouver sous un seul couvert de volume, qu\u2019il soit français ou etranger, des exposés aussi clairs, exacts et faciles de problèmes extrêmement divers et complexes même pour les gens du métier.Monsieur Bois traite avec un égal bonheur la question des instincts, des habitudes, de l'intelligence générale, des aptitudes spéciales, de la volonté.Il fournit une directive lucide en psychologie infantile, en orientation professionnelle, en psychologie industrielle et commerciale.Son livre connaîtra le succès.11 le mérite.Dans 1 œuvre de régénération que notre peuple vit présentement, les bonnes volontés, laissées à elles-mêmes, ne suffisent pas.Les sciences, singulièrement la psychologie expérimentale, doivent être appelées à la rescousse.La crise économique, comme la crise morale comme la crise nationale, sont dans 1 homme, a-t-on dit.Sans doute.Mais les forces de salut s'y trouvent aussi, sous tension.Il importe de les connaître afin de les mieux diriger.Pour plusieurs, La découverte de soi-même sera dans cette voie, nous le souhaitons ardemment, une première et fort agréable étape.Joseph Boisdore Le Conodo Eucharistique 1 Cet ouvrage est une loyale contribution à la pieté eucharistique Pas de phrases, de la simplicité, du naturel \u2014 avec quelque préciosité ici ou là \u2014, du zèle apostolique véritable et pratique.On reconnaît l'apôtre infatigable de 1 Eucharistie qu'est le Père Boismenu.Le volume se divise en deux parties: l une doctrinale, l'autre historique.Qu on ne cherche point à établir un lien logique entre les diverses parties.L'auteur nous avertit dans sa préface que son livre est composé d'articles déjà publiés; et qui se rattachent, de loin ou de près, à la dévotion eucharistique.i Par Léo Boismenu, P.S.S., A.C.F., Montréal, 1937 NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 149 La partie doctrinale est plus achevée, plus fouillée.Un théologien de métier lui reprocherait peut-être de s'avancer plus en étendue qu'en profondeur.Mais il faut admettre dans une oeuvre de vulgarisation les nécessaires adaptations.La partie historique est surtout intéressante au point de vue documentaire.\tFr.H.Vie des Saints 1 La Vie des Saints pour l'école et le foyer est une oeuvre parfaitement adaptée au but qu elle poursuit: l'initiation des jeunes enfants à la vie des saints.C'est un grand album attrayant et illustré; le langage est simple sans tomber dans le simplisme.L'auteur s'est efforcé intelligemment de varier la présentation de ses personnages.Certaines monographies prennent la forme du récit, d'autres du dialogue, de la lettre, voire de la saynète.Les enfants de neuf, dix et onze ans profiteront beaucoup de la lecture de cet ouvrage que l'on devrait répandre à profusion dans les écoles primaires.Il est de nature à faire beaucoup de bien aux jeunes âmes.Ajoutons que la traduction est d une langue souple et claire, d'expression bien authentiquement française.\tFr.H.Problèmes de lo sexualité 2 \"Ce n'est plus aujourd'hui un sujet interdit\", affirme la bande publicitaire.On voudrait le croire.Les désastres que nous a valus une pudibonderie de mauvais aloi sont innombrables.Aux camouflages et aux mystifications troublantes, nous préférons la franchise, la vérité, la santé.C'est d'un pareil effort que témoigne ce cahier.Les esprits les plus divers y ont collaboré.Chacun dans son domaine a atteint une précision suffisante sans choquer et sans user de subterfuges.Quelques essais retiennent da- 1 Par T.S.Melady, traduction de Louis Charbonneau, A.C.F., Montréal, 1937.* Rédigé en collaboration, collection Présences, Plon, Paris, 1937- 150 l'action nationale vantage l'attention, par la profondeur de la pensée ou l'à-pro-pos des réflexions.Signalons notamment : Hygiène sexuelle ou morale sexuelle, par le R.P.Benoît Lavaud, o.p., 1 auteur de ce solide bouquin de la collection Moralia sur le mariage; Les sens et l\u2019esprit, où Gustave Thibon étudie lumineusement les relations entre les éléments intellectuels et sensibles dont la synthèse harmonieuse aboutit à la sublimation; les très belles pages de Peter Wurst sur la mission métaphysique de la femme, dont le rôle est ici-bas de se faire rédemptrice par amour' ; les observations justes et concrètes de Pierre-Henri Simon sur la nécessité sociale du mariage.Il serait faux de limiter à ces remarques l'intérêt des Problèmes de la sexualité.Que ce livre humain éclaire des consciences indécises, et il aura bien mérité de ceux qui y mirent le meilleur de leur pensée.En notre pays d'une religiosité à fleur d'épiderme, il est appelé à arracher des voiles poussiéreux.Pourvu qu'il soit lu!\tRoger Duhamel Le communisme et les chrétiens1 11 y a deux manières partisanes de voir le communisme: celle du propagandiste à gages de 1 impérialisme moscoutaire et celle du valet des fascismes de toutes couleurs.Il en est une troisième, plus juste, que les chrétiens devraient tous adopter, mais que trop souvent ils dédaignent par goût de la facilité.C'est celle dont Le communisme et les chrétiens pourrait bien servir de prototype.Le communisme constitue un problème \u2014le plus grave sans doute de notre époque si féconde en dilemmes \u2014 dont les répercussions se prolongent dans les recoins les plus secrets de nos consciences.Il trouble certaines quiétudes qui frisent la démission; il dérange certaines habitudes (6 Péguy!) qui sont de véritables \"péchés contre l'esprit \".Devant un tel problème on peut bien hausser les épaules.Mais alors, on n y 1 Par François Mauriac, R.P.Ducattillon, Alexandre Marc, Nicolas Berdiaeff, Denis de Rougemont, Daniel-Rops.\u2014 Plon (Collection Présences), Paris, 1937- NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 151 répond pas, affirme Mauriac; et il faut bien se dire qu'on est un lâche, que l'on manque à sa mission de chrétien.Toutefois, pour prendre position en face du communisme il est élémentaire que les chrétiens le connaissent.Or il n'est pas paradoxal d'affirmer que, du communisme, la plupart ont une conception puérilement romantique et, par suite, ne lui adressent, en guise de réponse, qu'un vieux stock de slogans.C'est un fait.La pénétrante étude du Père Ducattillon, confrontant avec une lucidité, une justice merveilleuses, la doctrine communiste et la doctrine catholique, remédie pour sa part à cette carence.\"On a trop réfuté, dit le Père, le communisme sans le connaître.Le christianisme ne peut, ne doit être défendu qu'avec les armes de la loyauté'.C'est ce qu'il a su faire.A ceux qui veulent connaître la situation des chrétiens en U R.S.S.autrement qu'à travers la prose \"inspirée\" de certains rhéteurs improvisés historiens il faut signaler la remarquable étude d'Alexandre Marc: \"La main tendue.en U.R.S.S.Étude menée avec un constant souci d'exactitude et d'objectivité, qualités auxquelles on est peu habitué chez nous.Dans \"Personne humaine et marxisme\", Nicolas Berdiaeff aborde le problème capital des relations entre le personnalisme et le marxisme.Il faut lire les quelques pages où Berdiaeff définit le personnalisme.On y voit que celui-ci n'est pas pure théorie: qu il appelle essentiellement une projection sociale, laquelle \"suppose une réévaluation radicale et révolutionnaire des valeurs\".1 Faisant pendant à ce témoignage, celui de Denis de Rougemont pose le dilemme de base: \"changer la vie ou changer l'homme\u201d.Au matérialisme marxiste qui considère l'homme comme un produit de la collectivité, et par suite, croit qu'il suffit de changer les conditions de vie pour rendre à l'homme sa dignité perdue ou compromise, Rougemont oppose le message chrétien selon lequel toute transformation valable doit d'abord s'opérer en l'homme \u2014 et non lui être imposée de 1 P.184. 152 l'action nationale l'extérieur.Il conclut : \"La seule lutte efficace contre le matérialisme, c'est la lutte qu'il nous faut mener contre la tentation spiritualiste\".1 Tels primaires mal dégrossis seront sans doute estomaqués par cette affirmation, qui ne savent pas poser la distinction nécessaire entre spirituel et spiritualisme.Qu'y pouvons-nous ?Et le livre se clôt par une étude de Daniel-Rops.Celui-ci rappelle aux chrétiens certaines vérités qu ils trouvent parfois commode d'oublier.Telle celle-ci : \"Toute critique du communisme faite par un chrétien aura donc deux pointes, lune tournée contre l'adversaire; l'autre tournée contre soi.Et la première ne sera tout à fait légitime que lorsque la seconde aura pénétré jusqu\u2019à la chair vive, à travers ces pourritures, ces connivences, ces routines et ces trahisons, tout cet amas de mort et de péché sous lequel s'abritent nos complicités les plus secrètes\".Ce livre plaît par la profonde liberté intérieure avec laquelle il est fait \u2014 la \"liberté des enfants de Dieu dont parle saint Paul, et qui est pour le chrétien plus qu'un droit: un devoir.Mais il comporte aussi une valeur plus haute : une valeur d acte 11 est un appel à l'action chrétienne qui, mieux que toutes les dictatures réactionnaires \u2014 mieux que tout leur bazar de défilés, de chemises et de tirades haineuses\u2014saura empêcher le communisme de passer \"plus outre , parce quelle appose le sceau divin aux exigences imprescriptibles de la personne, \u2014 parce que surtout elle est à base de justice et de charité.Guy Frégault \"En principe comme en pratique, une nation ne peut jamais être entièrement satisfaite d'elle-même.Quels que soient nos mérites, et nous en avons, quelle que soit notre valeur, et elle existe, ils ne sont qu'un échelon.Il en reste d autres, une multitude d\u2019autres à gravir.Victor Barbeau (Pour nous grandir) P.232. L'Ord re nouveau entre dans sa deuxième année Organe de doctrine et d\u2019action sociale catholique il fait connaître les enseignements pontificaux et leurs applications pratiques au Canada A l'occasion de la Semaine syndicale L\u2019Ord re nouveau publiera le 5 novembre UN NUMÉRO ILLUSTRÉ SUR LE SYNDICALISME Abonnement: $1.00 par année Secrétariat des Semaines sociales 1961, rue Rachel Est, Montréal V Pour préparer la Semaine syndicale Archambault (S.J.) \u2014 Le Syndicalisme catholique au Canada, 1936; 32 pages.En appendice: Quinze ans de syndicalisme catholique, par Léonce Girard, Ecole Sociale Populaire, No 267, 15 sous.Charpentier (Alf.) \u2014 De l\u2019internationalisme au nationalisme, 1920, 32 pages.E.S.P., Nos 88-89, 25 sous.E.S.P.\u2014 Le Syndicalisme national catholique, 1937; 32 pages.E.S.P., No 285, 15 sous.Fortin (abbé M.) \u2014 L\u2019Association professionnelle, 1927; 48 pages.E.S.P., No 161, 15 sous.Gauthier (Mgr).\u2014 La préférence aux syndicats catholiques, 1931, 16 pages.E.S.P., No 199, 15 sous.(Lettre de S.Exc.Mgr Gauthier et autres documents.) Hébert (abbé) \u2014 Les Trois Etapes de la question ouvrière, 1923, 16 pages.E.S.P., No 1 15, 15 sous.O.T.\u2014 Charte officielle du syndicalisme catholique, 1929; 16 pages.Oeuvre des Tracts, No 123, 10 sous.(Texte et commentaire de la lettre de la Sacrée Congrégation du Concile à Mgr Liénart.) Paquet (Mgr) \u2014 L\u2019Organisation professionnelle, 1921; 32 pages.E.S.P., No 96, 15 sous.ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel est, Montréal VI ^Inferiority Complex1\u2019 \u2022\tLe point faible du Canada français, c'est les affaires: il y a bien quelques exceptions mais nous n'avons pratiquement aucune firme à renommée nationale a mari usque ad mare.\u2022\tMoins d'inferiority complex et plus d'audace basée sur une meilleure connaissance des méthodes modernes de vente, nous aideraient à reconquérir d'abord notre propre marché, puis notre juste part du marché national canadien.\u2022\tComment savons-nous qu'un nom canadien-français ne serait pas aussi populaire que tout autre?Nous n'avons jamais dépensé l'argent nécessaire pour l'apprendre.VICTOR-C.SOUCISSE « CIE Techniciens de la vente par l'annonce Agence publicitaire HOTEL WINDSOR \u2014 MONTREAL VII Ecole Polytechnique de Montréal Fondée en 1873 TRAVAUX PUBLICS\t\u2014\tINDUSTRIE TOUTES LES BRANCHES DU GENIE PRINCIPAUX COURS: Mathématiques Chimie Dessin Electricité Minéralogie Arpentage Mines Machines thermiques Constructions civiles Génie sanitaire Résistance Physique Descriptive Mécanique Hydraulique Géologie Géodésie Métallurgie Voirie Ponts Chimie Industrielle Matériaux.Laboratoires de Recherches et d\u2019Essais 1430, rue Saint-Denis, Téléphones : Administration Laboratoire provincial des Mines MONTREAL LAncaster 9207 LAncaster 7880 PROSPECTUS SUR DEMANDE Les droits de la personne humaine d'après la doctrine sociale catholique DROITS INDIVIDUELS \u2014 DROITS FAMILIAUX \u2014 DROITS SOCIAUX Tract-affiche de 18 pouces sur 23 pour affichage dans les oeuvres, les cercles, etc.1 exemplaire: 5 sous; 10 exemplaires: 35 sous; 100 exemplaires: $3.00 franco.\u2022 ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel est, Montréal.VIII ÉCOLE TECHNIQUE DE QUÉBEC 185, Boulevard Langelier, Québec Fondée en 1910\tTéléphone: 2-6864 COURS DU JOUR \u2014 COURS DU SOIR Enseignement théorique \u2014 Entrainement manuel ¦'L'instruction n'est pas un outil qu\u2019on peut vous reprendre.On l\u2019emporte avec sol, richesse permanente L'instruction professionnelle transforme les travailleurs, elle en fait d\u2019autres hommes.Il n'est personne qui, à mesure qu\u2019il apprend, ne sente en sol cette évolution profonde, cet enrichissement.Accroissement de pouvoir, mais aussi accroissement de dignité.On tient, avec l'instruction, le moyen de s\u2019élever dans l'échelle économique et sociale, de participer à l\u2019organisation, au commandement.On tient aussi, on tient surtout le moyen de GAGNER EN VALEUR HUMAINE\".\u2014Edmond Labbé, Directeur Général Honoraire de l\u2019Enseignement Technique de France.Notre outillage moderne et nos machlnes-outU» perfectionnées font que nos ateliers présentent l\u2019aspect de véritables établissements Industriels.PROSPECTUS SUR DEMANDE.Philippe Méthé, I.C., Directeur.SOLIDARITÉ Pratiquons l'économie, qui consiste à tirer le meilleur parti de toutes choses.Déposons nos épargnes dans une grande institution de crédit, qui prête une large part de ses ressources à l'agriculture, au commerce et à l'industrie.Ainsi, nous ferons d'une pierre deux coups: notre capital d'épargne sera en sûreté et nous rapportera des intérêts, et il alimentera l'activité économique dont tout le monde profite.Banque Canadienne Nationale 550 bureaux au Canada % Vs \u2022 -v AUX JOURS D\u2019ORAGE ET DE TOURMENTE Alors que la pluie glace et que le vent souffle en rafale, la maison se dresse, immuable, qui protège et réchauffe.Ainsi, aux heures sombres de la vie, quand tout fléchit et semble près de s\u2019écrouler, l\u2019assurance-vie apparaît comme une tour inébranlable devant la misère et la ruine.L\u2019IMPRIMERIE POPULAIRE (Liée), Montréal "]
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