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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1938-02, Collections de BAnQ.

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Un livre sur Y Action catholique écrit POUR les nôtres, PAR un des nôtres.L\u2019Action catholique d\u2019après les directives pontificales Par le R.P.Archambault, S.J.Tout ce que les prêtres et les laïcs doivent savoir sur l\u2019Action catholique.:: Lettres de S.Em.le cardinal Villeneuve, O.M.I., et de S.Exc.Mgr Gauthier 160 pages \u2014 50 sous, 55 sous franco \u2022 ÉCOLE SOCIALE POPULAIRE 1961, rue Rachel Est, Montréal IV Aux Canadiens français de la province de Québec On peut entretenir l\u2019opinion que l\u2019on voudra sur la nature ou le caractère de l\u2019union fédérative de 1867.Le moindre doute ne saurait exister sur le sentiment des associés d\u2019il y a soixante et onze ans et en particulier de ceux du Québec.Que la fédération pût devenir un instrument politique destiné à comprimer, puis à absorber graduellement les autonomies provinciales; qu\u2019en d\u2019autres termes, elle fût une simple étape vers un Etat unitaire, avoué ou déguisé, nous affirmons que telle chose n est jamais entrée dans la pensée de la majorité des Pères\u201d.Quelque vagues ou élastiques que puissent être les articles 91 et 92 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique, le préambule de l\u2019Acte subsiste, qui marque nettement la volonté des associés: \u201ccontracter une union fédérative\u201d, \u201cdévelopper la prospérité des provinces\u201d.Tel était en particulier le sentiment de ceux qui ont parlé et voté au nom de la province de Québec.Jamais les Canadiens français ne fussent entrés, pour leur part, dans un Etat qui eût avoué des intentions centralisatrices.Pas un chef politique, pas une puissance au monde, n'eût pu leur arracher cette sorte d\u2019adbidaction.Or il est temps de s\u2019ouvrir les yeux: l\u2019Etat fédéral, depuis quelques années, s\u2019achemine, et rapidement, vers le centralisme.Témoins: la centralisation administrative des ports nationaux, la Banque du Canada, la loi projetée destinée à soumettre à un organisme unique toutes les 90 L'ACTION NATIONALE entreprises canadiennes de transport.Et que manifestaient ces fameuses lois sociales de 1935, sinon une intention systématique de grignoter l\u2019autonomie provinciale?Le pouvoir d\u2019amendement que le gouvernement d\u2019Ottawa veut, à l\u2019heure actuelle, se faire attribuer sur la constitution fédérative, procède de la même volonté: arracher aux provinces, et notamment au Québec, un autre lambeau de leur autonomie.Il vaut mieux l\u2019affirmer tout de suite: le Québec ne peut adhérer à cette loi d\u2019assurance-chômage que le gouvernement central propose à son assentiment.De quoi s\u2019agit-il, en effet?On demande de modifier l\u2019Acte de 1867, d\u2019inclure dans l\u2019article 91, parmi les pouvoirs exclusivement assignés au parlement fédéral, 1 assurance-chômage.Mais ces deux mots ajoutés au texte ont une portée autrement plus considérable que celle que leur laconisme laisse entendre.En abandonnant le droit de légiférer en cette matière, les provinces s\u2019exposent à perdre le contrôle de la législation ouvrière.Comment?D\u2019aucuns voudront-ils nous objecter qu\u2019ici Ottawa ne demande que la faculté de légiférer sur l\u2019un des problèmes de la question sociale?Illusion 1 Le Conseil privé a jugé, plus d\u2019une fois, qu\u2019en réglementant l\u2019une ou l\u2019autre des institutions énumérées en l\u2019article 91, le parlement central pouvait, si nécessaire, empiéter sur le domaine législatif des provinces, en particulier écarter les dispositions de notre droit civil français' Or, une loi pratique d\u2019assurance-chômage suppose une certaine réglementation du contrat de travail, relevant actuellement de la seule compétence provinciale.Ainsi, lorsqu\u2019en 1935 M.Bennett fit voter sa législation sur AÜX CANADIENS FRANÇAIS DE LA PROVINCE 91 le sujet, il présenta, en même temps, au parlement, trois autres mesures se rapportant aux salaires minima des travailleurs, à la limitation de leurs heures de travail, à leur repos hebdomadaire.Qu\u2019Ottawa obtienne le pouvoir qu\u2019il sollicite et, dans un avenir rapproché, disparaîtra le privilège des provinces d\u2019organiser leur vie sociale, selon la conception que s en font leurs habitants.Cela, Québec ne le veut pas et ne doit pas le tolérer.Surtout au moment où, par divers moyens: loi des\u2019 conventions collectives, loi des salaires raisonnables, loi des unions de cultivateurs, il tente d\u2019introduire dans nos moeurs un peu de justice et de charité, un peu de la doctrine éminemment humaine de l\u2019Eglise catholique, qui groupe quatre-vingts pour cent de sa population.On voudra bien ne pas se méprendre toutefois sur la pensée ou les intentions de la province de Québec.Elle n\u2019entend point s\u2019opposer aux réformes sociales vraiment opportunes et saines.Mais elle soutient que ces réformes doivent s\u2019opérer dans le cadre et dans le respect des institutions fédératives telles que primitivement conçues.Si elle ne conteste point l\u2019opportunité de l\u2019assurance-chô-mage, elle n\u2019en soutient pas moins que des réformes plus urgentes s\u2019imposent, et qu\u2019aoant d\u2019instituer un système d assurance qui menace d\u2019être une continuation déguisée de 1 assistance actuelle aux chômeurs, il y a lieu d\u2019opérer le redressement d\u2019un régime économique oppresseur, cause de la plupart des maux dont souffrent les masses ouvrières et le pays.Elle soutient, en d\u2019autres termes, que l\u2019ère devrait être finie de ces législations où tous les contribuables sont contraints de se taxer pour réparer les maux 92 L\u2019ACTION NATIONALE infligés au corps social par les abus de quelques-uns, en l\u2019espèce les capitalistes exploiteurs des ouvriers et du public.Nous profitons de l\u2019occasion pour faire observer que les Canadiens français sont assez peu responsables du malaise financier où se débat le Canada.Autant qu\u2019il l\u2019a pu, le sentiment québécois a toujours combattu l\u2019extravagante politique ferroviaire et la non moins extravagante politique d\u2019impérialisme militaire, causes principales du désordre qui afflige notre pays.En principe, les Canadiens français de la province de Québec ne sont pas opposés davantage à une réforme de la constitution fédérative.Mais, conscients des exigences profondes de leur pays et de leur province, ils professent énergiquement que ces réformes ont à s\u2019effectuer, non dans le sens d\u2019une centralisation des pouvoirs à Ottawa, mais d\u2019une large et urgente DECENTRALISATION.Les Canadiens français ne sont pas entrés dans la Confédération pour y être étouffés, mais pour y vivre et y mieux vivre.Ils resteront dans la Confédération; mais la Confédération devra se concilier avec leur volonté de survie et d\u2019épanouissement français.Et la formule, à leur avis, exige bien autre chose que le respect du bilinguisme fédéral, bien plus qu\u2019une juste part dans le fonctionnarisme canadien.Province française, poursuivant un idéal de culture française, le Québec ne peut le rester sans une certaine autonomie législative et administrative, en particulier dans l\u2019ordre économique et social.Dira-t-on que ces exigences constituent un obstacle au bien commun de la Confédération?Les Canadiens français sont assurés de ne rien exiger qui ne soit essentiel au progrès de leur province de même qu\u2019à leur vie AUX CANADIENS FRANÇAIS DE LA PROVINCE 93 culturelle, rien qui ne soit contenu implicitement et explicitement dans les engagements réciproques de 1867.Il y a soixante et onze ans, l\u2019on a accepté, l\u2019on a voulu qu ils fussent de l\u2019union politique d\u2019alors.Ils ont droit d exiger le respect des conditions fondamentales du pacte.Les Canadiens français, présumons-nous, s\u2019en rendent compte: le moment est aussi sérieux, aussi grave qu en 1864-1867.Les mêmes principes sont en jeu.Une evolution est commencée, se poursuit, qui peut nous être fatale.Nous sommes assurés que tous voudront prendre l\u2019attitude qui est devenue urgente.Que d\u2019aucuns ne s\u2019en laissent pas imposer par les profits d\u2019ordre matériel que les centralisateurs pourraient faire miroiter à leurs yeux, fût-ce avec l\u2019appât de l\u2019assurance-chômage.L\u2019économique n est pas tout ni le principal dans la vie d\u2019une collectivite.L\u2019experience démontre, au reste, que les peuples qui poursuivent la prospérité économique au mépris de biens supérieurs: biens culturels, traditions historiques, sociales, fidélité aux ancêtres, n\u2019obtiennent pas même cette prospérité, ou ne l\u2019obtiennent qu\u2019éphémère.L\u2019essentiel, pour un peuple, n\u2019est pas non plus, comme le clament les centralisateurs, de former un grand pays, un puissant Etat, une vaste construction politique ou économique.L\u2019essentiel est de former un pays et un Etat où il fasse bon vivre, aptes à créer une civilisation vraie, fondée sur les legitimes aspirations de la personne humaine.Forts de ces principes et de ces convictions, nous invitons toutes les sociétés nationales, toutes les associations professionnelles, toute la presse, chacun de nos compa-trtotes, à faire savoir à qui de droit la pensée du Québec ^U°i qU,iI artive> «1 aussi que l\u2019on sache à Ottawa 94 L\u2019ACTION NATIONALE que nous repoussons d\u2019avance tout ce que des hommes politiques sans mandat pourraient entreprendre contre l\u2019esprit du pacte fédératif et contre les aspirations de notre province.Nous refusons d\u2019accepter les dérogations au pacte national, comme une prescription de notre droit et de notre avenir.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE A nos omis Nous avons fait tirer à part quelques milliers d\u2019exemplaires de ce manifeste, que nous demandons à nos amis de propager.Le feuillet se vend 15 sous la douzame et $1.00 le cent.Un adresse la commande à l'Action Nationale C.P.no 1524, Place qri b»»\t\"P™1™ »\" menter notre texte.Agonie de l\u2019esprit fédéraliste?Il semble que nous assistons à l\u2019agonie de l\u2019esprit fédéraliste.Quel était le sens de la confédération canadienne ?Le respect des diversités irréductibles.Or l\u2019union législative camouflée que semble amorcer la commission Rowell prépare de terribles chocs en retour.Les antiséparatistes font exactement ce qu\u2019il faut pour nourrir dans le Québec un esprit séparatiste. Recherches doctrinales Position du personnalisme Notre civilisation n\u2019a plus d\u2019âme.Affamée des seuls biens temporels, affairiste, charnelle, elle brime l\u2019homme dans ses aspirations les plus hautes.Aussi, de tous côtés, ceux qui voient clair en elle demandent à grands cris une revision des valeurs.On réclame un ordre nouveau.Les uns croient trouver les bases de cet ordre dans l\u2019idéologie dont se parent l\u2019une ou l\u2019autre des grandes dictatures de notre époque.Ceux qui réfléchissent davantage découvrent que l\u2019bitlérisme, le fascisme et le bolchevisme ne présentent guère qu\u2019une nouveauté d\u2019étiquette.Parties de l\u2019idée socialiste marxiste, ces trois tentatives révolutionnaires ont semblé d\u2019abord s\u2019éloigner les unes des autres.Leur excentricité est plus apparente que réelle.Nous sommes maintenant en présence de trois étatismes qui diffèrent certes d\u2019intensité, dont l\u2019un est bienfaisant en somme, mais qui demeurent loin de vérifier la définition d\u2019une civilisation au profit de l\u2019homme.Or, nous le verrons plus loin, une civilisation ne peut être qu au profit de 1 homme.Ce sont les hommes qui donnent leur raison d'être aux ordres.A gauche, chez les bolchevistes, on a rêvé d\u2019une dictature du prolétariat.Aspiration généreuse, peut-être?Historiquement, une néo-aristocratie s\u2019est édifiée sur les ruines de l\u2019ancienne.Issue du prolétariat, cette nouvelle classe privilégiée, ce nouveau parti n\u2019est plus le prolétariat réel.Les prolétaires nominaux sont l\u2019équivalent du 96 L\u2019ACTION NATIONALE bourgeois, du koulack, voire du barine d\u2019hier.A leurs côtés, des prolétaires authentiques continuent d'exister et de souffrir.L\u2019argent\u2014soyons brutaux\u2014a changé de mains.Les nouvelles sont plus sales que les anciennes.Pourtant le bolchevisme voulait détruire la propriété.Il ne se rendait pas compte de la contradiction interne de sa position.Le prolétaire n\u2019existe qu\u2019en fonction du propriétaire.Supprimant l\u2019un, on détruit la raison d\u2019être de l\u2019autre.Par ailleurs, exproprier les biens de production ne peut conduire qu\u2019à l\u2019étatisme.Sous peine d\u2019entraver tout fonctionnement de la communauté, il faut tout de même un organisme responsable.Toujours est-il qu\u2019en Russie un parti est devenu roi et dieu.De l\u2019internationalisme théorique, l\u2019on a évolué vers le capitalisme d\u2019Etat, vers le totalitarisme russe.Ce fut le triomphe de Staline.Nous voici bien loin de l'égalité marxiste.Un seul homme, appuyé sur un seul parti, sur une minorité, comme du temps des tsars, possède tout, contrôle tout.Théoriquement, l\u2019Etat est possesseur.Mais l\u2019Etat, ce sont eux.Vint Mussolini.Lui aussi, il est socialiste au début.Son socialisme s\u2019accommode pourtant d\u2019un sincère patriotisme italien.Il ne nie point la patrie; il va la conquérir.Tentative de révolution nationale.Etablissement de la dictature.Mussolini a dépassé le socialisme et l'a remplacé par la collaboration des classes, de toutes les classes à la socialité italienne.Il est rendu au capitalisme d\u2019Etat.Il essaie de le tempérer par un corporatisme politique en tendance vers le social.Révolution au profit des travailleurs, de tous les travailleurs.Surtout au profit du parti fasciste, roi et maître de l\u2019Italie actuelle.Malgré POSITION DU PERSONNALISME 97 son influence bienfaisante, en dépit des grandes réalisations fascistes, le duce n\u2019a pu se libérer du parti et, par suite, de l\u2019esprit de parti.Il est captif de son triomphe.Hitler enfin s\u2019est engagé à son gré dans les pas de Mussolini, à son insu dans ceux de Staline.Son national-socialisme est une dictature brutale, sans phrases, sans idéologie préalable, voulue pour elle-même.L\u2019Etat totalitaire.Le führer a fait la révolution au profit des Allemands.Pardon, au profit des Aryens de nationalité allemande.En pratique, la liberté vraie, la révolution véritable n\u2019existent pas du tout en Allemagne hitlérienne.La vie n\u2019est pas plus humaine que sous la république de Weimar.Elle l\u2019est même beaucoup moins.Et voilà les trois panacées que brandissent les pseudonovateurs de notre époque! Au fond rien de bien neuf, rien de profondément original dans tout cela.La dictature règne sur le monde depuis toujours.Elle alterne avec la démocratie.Et c\u2019est pourquoi il convient de mentionner la position de ceux qui rêvent de ne rien changer.De nos jours, ils font corps autour du libéralisme agonisant.Politiciens, financiers, bourgeois gros et petits, tous ceux qui ont intérêt au maintien intégral d\u2019un ordre essentiellement déloyal à la vie humaine, tous ceux aussi qui ne savent que suivre, parce qu\u2019ils sont incapables de penser par eux-mêmes, s\u2019accrochent puérilement à l\u2019étoile des partis soi-disant politiques: organisme fallacieux d\u2019un opportunisme inavoué.La chimère démocratie n\u2019est point morte, loin de là, dans tous les esprits.Pourtant, n\u2019y aurait-il pas mieux que la dictature d une part (à la russe, à l\u2019allemande ou à l\u2019italienne) 08 L'ACTION NATIONALE que le libéralisme d\u2019autre part?Existe-t-il un milieu, un centre?On ne le croirait point à première vue tant les partis dits centristes sont décriés à l'heure présente.Le centre que nous voulons proposer n\u2019a rien à voir avec les partis centristes.Il s\u2019agit d\u2019un centre spirituel, d\u2019un centre humain.On a trop morcelé l\u2019homme.Il faut revenir à l\u2019homme tout entier.Le libéralisme ne considère que le citoyen \u2014réalité fugace, transitoire.Le citoyen, en pratique, c\u2019est l\u2019électeur.Et on ne vote pas tous les jours.Le marxisme se restreint au seul prolétaire, le fascisme se confine au travailleur, l\u2019hitlérisme au reproducteur aryen.Ne peut-on concevoir un régime qui s\u2019occuperait de l\u2019homme en tant qu\u2019homme?Ce régime est pensable: nous le verrons aujourd\u2019hui.Est-il viable?Nous essaierons de répondre à cette question dans un article ultérieur.Etablissons quelques définitions et quelques principes.Nous sommes à la recherche d\u2019une forme de civilisation.Demandons-nous ce qu\u2019est la civilisation.M.Jacques Maritain (1) décrit ainsi cette notion indéfinissable comme toutes les notions fortement compréhensives: \u201cl\u2019épanouissement de la vie proprement humaine, concernant non seulement le développement matériel nécessaire et suffisant pour nous permettre de mener une droite vie ici-bas, mais aussi et avant tout le développement moral, le développement des activités spéculatives et des activités pratiques (artistiques et éthiques), qui mérite d\u2019être appelé en propre un développement humain\u201d.Cette définition de la civilisation est en même (1) Humanisme intégral, pp.105-6. POSITION DU PERSONNALISME 99 temps, selon M.Maritain, celle de la culture au sens le plus haut et le plus large du mot.L\u2019autorité de l\u2019illustre commentateur de saint Thomas \u2014quelque grande qu\u2019elle soit\u2014ne saurait forcer à elle seule notre assentiment.C\u2019est pourquoi nous allons analyser brièvement cette notion de civilisation pour l\u2019homme.Nous dirons dès maintenant qu\u2019il faut l\u2019appeler personnalisme.Qu\u2019est-ce à dire?POSITION PHILOSOPHIQUE DU PERSONNALISME Posons d\u2019abord qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019humanité; il n\u2019y a que des hommes.Quand un sociologue parle d\u2019humanité, d\u2019humanisme, s\u2019il ne pense pas aux hommes, il s\u2019égare dans l\u2019abstraction pure, il croule vers l\u2019utopie.Des hommes de chair et d\u2019os, des hommes qui sont corps et âme existent.L\u2019humanité est une idée, un universel.De même l\u2019Etat, la socialité, la communauté n\u2019existent comme corps que parce que des individus concrets vivent ensemble.Je dis que ces entités n'ont d\u2019autre fondement ontologique que la totalité organisée, la somme hiérarchisée des individus.Ici, nous touchons du doigt le plus grand péché sociologique, le plus fréquent, le péché d\u2019abstraction.Nous nous efforcerons de l\u2019éviter dans cette étude d\u2019une civilisation personnaliste.Saint Thomas nous enseigne que l\u2019homme est un animal raisonnable.D\u2019ailleurs l\u2019expérience quotidienne nous le prouve mieux que toute autorité.Simplifions pourtant, épurons cette notion encore trop abstraite.Pas plus que l\u2019humanité l\u2019animal raisonnable n\u2019existe à l\u2019état pur.H n\u2019y a pas d\u2019homme, il n'y a que des hommes. 100 L\u2019ACTION NATIONALE Quand il s\u2019agit d\u2019étudier le milieu culturel, le climat humain où doivent vivre des hommes, ne devrait-on point envisager bien plus la nature concrète et individuée que la nature abstraite et que la nature commune?Je me permets de croire que l\u2019erreur fondamentale des sociologues dévoyés réside en ce point précis.Ils méprisent la métaphysique et ne considèrent du réel que son aspect éthique.Si l\u2019on pousse un peu plus avant cette investigation commencée, l\u2019on arrive à constater que radicalement l\u2019homme est tel homme, tel individu par son corps.La philosophie thomiste n\u2019est pas la seule à tenir cette position.M.Bergson, parti d\u2019un point diamétralement antinomique à la théorie de l\u2019acte et de la puissance, arrive à la même conclusion.De nos jours, la thèse thomiste s\u2019énonce ainsi: le principe radical et fondamental de l'individuation est la matière affectée de telle quantité.(1) Notre expérience quotidienne nous montre des individus humains parfaitement distincts entre eux.Nous sommes nous-mêmes de ces individus.Nous admettons \u2014si nous sommes le moins du monde spiritualistes\u2014 que ces individus sont corps et âme.D\u2019où vient qu\u2019ils soient individus?Leur âme, sans doute, en informant leur corps, les pose formellement tels.L\u2019âme, la forme est le principe prochain, l\u2019épanouissement dans l\u2019existence de l\u2019individu.C'est par la forme que tel homme est posé hors de ses causes au moment de la conception.(1) Il est très utile d\u2019analyser en bref ce principe si l\u2019on songe que l\u2019homme n\u2019est pas un pur esprit, qu\u2019il est aussi essentiellement corps qu\u2019il est âme. POSITION DU PERSONNALISME 101 C\u2019est elle qui le maintient dans l\u2019être, c\u2019est son départ qui amène à la mort la dissociation du composé humain.Mais, si l\u2019on creuse davantage, si l\u2019on recherche la source ultime de l\u2019individuation, c\u2019est vers la matière que l\u2019on doit se tourner.La forme en effet est un principe de généralisation; elle demeure ce par quoi des individus concrets participent d\u2019une même essence (ou nature) abstraite et commune.Si elle était en même temps la cause ultime de ce par quoi les êtres sont tels, sont différents les uns des autres, il se trouverait qu\u2019un même principe engendrerait l\u2019unité et la diversité du même point de vue.Ce qui répugne au bon sens humain qu\u2019on appelle dans [ l'Ecole principe de contradiction.Il faut donc avoir recours au corps, à la matière.Non pas à la matière commune, immense masse infra-atomique, indéterminée, à : peine pensable comme telle, et n\u2019existant pas, si j\u2019ose dire, à l\u2019état libre; mais à la matière déterminée par telle quantité.Nous voici donc en présence d\u2019hommes qui sont tels j hommes parce qu\u2019ils se composent de tel corps et d\u2019une ame.On aura tôt fait de dire que nous voici bien loin de notre sujet, égarés dans l\u2019abstraction.Pourtant nous ; touchons le coeur du réel tangible.Nous tenons la clef ; de l\u2019individu humain.Or l\u2019individu devient personne dans le cas de l\u2019hom-; me.L\u2019homme est individu par son corps, mais il est : personne par son âme.L\u2019esprit qui l\u2019anime introduit dans la masse confuse de ses appétits inférieurs la flam-I me spirituelle qui le spécifie.Pour notre part nous en-s tendons esprit au sens thomiste: l\u2019esprit, c\u2019est l\u2019âme immortelle, source de la vie unique de l\u2019homme. 102 L'ACTION NATIONALE Aron-Dandieu, dans La Révolution nécessaire, définit ainsi l\u2019esprit.\u201cIl est à la fois ce qui anime et ce qui rassemble l\u2019homme.Mouvement, amour, création, tous les actes d\u2019expansion et de conquête, sont de ses émanations directes.Il repose donc sur le corps, comme sur tous les autres éléments de la personnalité humaine; et tout ce qui veut le limiter le fausse et le stérilise.Il est le dynamisme spécifique de la personne humaine considérée en tant que telle, c\u2019est-à-dire comme une totalité irréductible à toute analyse scientifique ou religieuse.\u201d (p.152.) Malgré son intransigeance, cette définition contient beaucoup de vérité.Elle a l\u2019avantage d\u2019insister sur l'aspect dynamique, totalitaire, de l\u2019esprit en fonction de la personne.Elle nous montre du même coup que la doctrine du personnalisme, reposant sur le corps, n\u2019en demeure pas moins éminemment la doctrine de primauté du spirituel, puisqu\u2019elle rattache à l\u2019esprit toute l\u2019activité de la personne.Les mots individu, suppôt, ne sont points dignes de l\u2019homme parce que l\u2019homme est esprit.C'est pourquoi nous les remplaçons par celui de personne.Nous conservons le terme individualisme et ses dérivés pour signifier dandyisme jouisseur, culte égoïste du moi.Faisons le point: l\u2019homme, corps et âme, est telle personne parce que son âme informe tel corps.D\u2019où nécessité immédiate de conclure à un réalisme intransigeant dans une étude de la personne.L\u2019élaboration d\u2019un plan de civilisation (qui ne peut avoir en vue que les personnes, sous peine de s\u2019égarer dans le surréalisme) ne pourra s\u2019accomplir en dehors de l\u2019essence même de la personne: son caractère d\u2019individu quantitatif élevé à la dignité POSITION DU PERSONNALISME 103 humaine, son opposition aux autres personnes dont elle diffère radicalement par son fondement individualiste ultime, le corps.Une civilisation personnaliste s\u2019efforcera de concilier les intérêts spirituels et corporels des diverses personnes, fournissant à chacune et à toutes, dans les limites des possibilités humaines, les moyens de se réaliser dans la chair et dans l'esprit en cette vie transitoire, et conséquemment en l\u2019autre vie.Nous voici de nouveau en présence de la définition de M.Maritain, avec un léger déplacement d\u2019accent au profit du personnalisme.En d\u2019autres termes, par civilisation personnaliste nous entendons une civilisation de vie, d'épanouissement des personnalités.Si le monde actuel se détourne de plus en plus de la vie, au profit d\u2019une action qui n\u2019est souvent qu\u2019agitation, ne serait-ce pas beaucoup parce que l\u2019on a perdu la véritable notion de la personne, cette notion que le moyen âge sentait si bien, que la civilisation dite renaissante a laissée peu à peu s\u2019obnubiler?Un véritable ordre de vie place au premier plan les personnes.Tout doit converger vers elles.La société, l\u2019Etat, la communauté redeviennent servantes.La personne n\u2019est plus un rouage inorganique au service de l\u2019idée collective.Elle est le centre du monde, elle est le monde.Qu\u2019on nous comprenne bien toutefois: notre souci de revenir à l\u2019homme, corps et âme, à l\u2019homme personne, est à cent lieues d\u2019une conception matérialiste ou individualiste.La personne humaine est sans doute engagée dans l\u2019espace et le temps, par l\u2019aspect corporel fondamental qui l\u2019individualise.Cependant, si on la considère for- 104 L'ACTION NATIONALE mellement, en tant que personne, elle dépasse le temps et ressortit à l\u2019éternité, par cette âme immortelle qui la pose véritablement personne.Et ceci, nous mettant en présence des deux aspects fondamentaux du personnalisme, nous entraîne bien loin des individualismes jouisseurs.Il y a une oeuvre commune à réaliser par toutes les personnes considérées comme individus d\u2019une même espèce; il y a aussi une oeuvre personnelle de salut qui n\u2019intéresse qu\u2019une personne à la fois; mais nous verrons plus loin qu\u2019à l\u2019oeuvre même du salut le plan historique de la Providence veut associer tous les hommes.Ces deux points de vue de la personne ne sont point séparables.Dans une étude d\u2019un régime personnaliste, nous devrons les garder constamment en mémoire.L\u2019homme appartient à la société parce qu\u2019il est corps; à Dieu par tout son être, mais surtout par son âme.Il est à la fois charnel et spirituel.Cependant l\u2019individu, partie temporelle, n\u2019est point séparable de la personne, partie éternelle.Il n\u2019y a qu\u2019une vie en l\u2019homme, celle de la personne.Cette vie transforme et élève les activités de l\u2019individu.Par ailleurs, la personne, comme l\u2019individu, \u2014puisqu\u2019elle ne fait qu\u2019un avec lui\u2014n\u2019existe pas à l\u2019état indépendant.Par son élément individuant, fondamental elle s\u2019inscrit dans l\u2019ordre social: la matière en effet est commune à tous les hommes.En somme, quand nous disons que l\u2019homme appartient à la société par son corps, nous entendons que la cause matérielle de la société (comme celle de la personne) est le corps, ou plutôt les corps.L\u2019aspect formel de la société, aussi bien que celui de la personne, c\u2019est à l\u2019âme qu\u2019il ressortit.Il est vrai de dire que si l\u2019homme était un pur esprit, il n\u2019aurait nul POSITION DU PERSONNALISME 105 besoin de vivre en société.C\u2019est notre état d\u2019esprits limités par la matière qui requiert au fond la vie en commun.Enfin, la cellule sociale qu\u2019on appelle Etat, l\u2019ensemble même de ces cellules, le monde, la civilisation, ont une personnalité morale réelle.Cette personnalité repose fondamentalement sur la personne humaine; la personnalité sociale est un analogue de la personnalité individuelle.Elle est constituée formellement par l\u2019ensemble des relations qui régissent les rapports des personnes entre elles.PREMIERES APPLICATIONS La première illusion que nous répudierons au nom d\u2019un réalisme aussi radical est ce que nous appellerons \u2019angélisme\u201d.Combien de réformateurs du social se sont égarés pour avoir oublié que l\u2019homme abstrait n\u2019existe pas! Depuis Jean-Jacques Rousseau, avec son homme né bon et corrompu par la société, jusqu\u2019à Karl Marx et son prolétaire incorruptible et désincarné.Dans notre point de vue, ces fictions tombent d\u2019elles-mêmes.L\u2019homme concret, composé de tel corps et d\u2019une âme, porte avec soi les tares inhérentes à la condition corporelle qu\u2019il assume en venant au monde.Son âme, créée par Dieu, s\u2019ajuste parfaitement à l\u2019embryon qu\u2019elle informe; mais cet embryon la modifie aussitôt.L\u2019homme cesse d\u2019être bon en commençant d\u2019être, empêtré aussitôt dans la matière, corrompu par les atavismes et les tares inhérentes à son état.Parmi ces misères initiales, il ne faut pas négliger les suites du péché originel; n'oublions pas que nous ne vivons pas en nature pure, mais en nature déchue, de par la faute du premier homme. 106 L\u2019ACTION NATIONALE Dès la conception commence donc le désaccord, le déséquilibre inévitable (même en nature pure) entre les puissances du corps et celles de l\u2019esprit.L\u2019homme, hélas! bien loin de naître bon, arrive en ce monde en état de péché, en état de fragilité charnelle.Il ne devient bon que peu à peu et grâce à un acharnement continuel contre l\u2019ennemi intérieur qui est lui-même.Bon, il l\u2019est ontologiquement, en tant qu\u2019être.Ethiquement, il est plus ou moins mauvais, plus ou moins esclave de son corps.Il arrive à la vie chargé, en plus du péché, du fardeau singulièrement loürd des centaines de générations charnelles et vicieuses qui l\u2019ont amené à l\u2019existence.Et n\u2019oublions pas les inévitables antinomies intimes d\u2019un composé substantiel de matière et d\u2019esprit.Un ordre, une conception de la culture qui négligent cette donnée primaire tombent dans l\u2019angélisme signalé.On en viendra, par exemple, à soutenir que tous les hommes sont égaux.Nous répondrons qu\u2019ils sont tous égaux par leur âme, si on la considère dans l\u2019abstrait et non point dans tel corps; nous dirons qu\u2019ils sont tous également hommes.Egalité spécifique.Nous nierons que les hommes considérés numériquement, c\u2019est-à-dire comme personnes, soient égaux.Leurs atavismes sont loin d\u2019être les mêmes, dès le moment de leur conception.La quantité qui constitue fondamentalement leur individu ne saurait être la même.Nier cette dernière assertion serait admettre un monisme aussi intransigeant que celui de Parménide.Non, les hommes ne naissent ni bons, ni égaux, ni anges.Ils naissent hommes, hommes déchus de l\u2019état de surnature. POSITION DU PERSONNALISME 107 Passons à une étude des classes.Si on y regarde d\u2019un peu près, on s\u2019aperçoit que celles-ci n\u2019existent point indépendamment des hommes.On n\u2019appartient pas à telle classe par droit de naissance et d\u2019une manière irrémédiable.De nos jours l\u2019expérience nous apprend que l'on passe d\u2019une classe à l\u2019autre souvent et rapidement.Les classes ne sont qu\u2019une cristallisation héréditaire susceptible de mouvements.La personnalité héréditaire (analogique) qui les constitue les fonde en nature humaine, mais elle ne les oppose pas d\u2019une façon aussi radicale qu\u2019on veut nous le faire croire.Chaque individu est une personne avant d\u2019être le membre d\u2019une famille, d une classe ou d\u2019un Etat.Ce même corps qui fondale-ment le constitue un l\u2019établit, par une communion à la même matière, dans une fraternité réelle plus ou moins éloignée, toujours vraie.Est-ce à dire que nous serons bumanitaristes?Non.De ce principe, découle un amour de chacun pour tous; mais un amour éclairé.La parenté des corps devra souvent céder le pas aux intérêts supérieurs des âmes, aux intérêts des personnes.Nous repoussons donc les formules grégaires abstraites de civilisation.Ce n\u2019est ni pour les classes, ni pour l\u2019humanité que l\u2019on doit travailler, c\u2019est pour les hommes de l\u2019humanité.Un ordre vraiment humaniste, un ordre personnaliste sera un ordre d'équilibre.Il tentera de concilier, en les neutralisant par les extrêmes, les ambitions légitimes et les ambitions désordonnées des hommes d\u2019une même collectivité, si possible de tous les hommes.Au nom du même personnalisme concret ajoutons un mot à ce que nous venons de dire des formules humani-taristes.Nous repoussons toutes les conceptions chimé- 108 L\u2019ACTION NATIONALE riques qui posent l\u2019humanité comme une pacifique fraternité, la civilisation comme une embrassade perpétuelle par-dessus les frontières nivelées.L'homme théorique que ces systèmes divinisent n\u2019a jamais existé.Ne peut-on rêver toutefois d\u2019un humanitarisme épuré, d\u2019un humanitarisme personnaliste?Ce que nous avons dit plus haut semble à première vue favoriser cette position.Sans doute, un humanitarisme humain est pensable.Cependant, un tel mythe est inacceptable en pratique à cause de sa transcendance.Vouloir engloutir toute l\u2019humanité, tous les hommes dans un état unique est la pire des utopies.Inutile d\u2019exorciser ces vocables plus sonores que réalistes quand l\u2019on songe que dans les limites d\u2019un même Etat restreint la paix demeure presque toujours précaire, quand l\u2019on médite, ne fût-ce qu\u2019un instant, sur les exigences monstrueuses des multiples égoïsmes humains.Et ceci nous amène à parler des nationalismes.Ils sont absolument légitimes et nécessaires.Si nous rejetons le mythe d\u2019une seule collectivité humaine, nous n\u2019avons pas le droit de nous insurger contre le fait historique des collectivités particulières ou nations.Toutes sortes de causes concourent à l\u2019établissement de ce vouloir-vivre collectif, qui constitue essentiellement le nationalisme ou le patriotisme.Le pays, la race, la langue, la religion, les coutumes locales: autant de facteurs existants avec lesquels la civilisation doit compter.D\u2019ailleurs, le patriotisme est fondé en personnalité humaine.La parenté du sang, proche ou lointaine, l\u2019unité de la langue et parfois de la religion, la communion aux mêmes coutumes, la cohabitation sur un même sol établissent des liens si forts entre les personnes que les idéologies contraires ne peuvent POSITION DU PERSONNALISME 109 que les ébranler superficiellement.Qu\u2019on songe à la France, perpétuellement divisée en temps de paix, une comme un poing sur les champs de bataille.Enfin, la personne, vivant dans un milieu concret, et non point dans l\u2019air, porte en elle-même, de par son fondement individualiste corporel, des parentés, un besoin de coopérer, de collaborer, une telle impuissance à se suffire à elle-même qu\u2019elle doit vivre en société.Cepandant la même horreur de l\u2019abscons, en un domaine où l\u2019homme concret est en cause, nous poussera à répudier le nationalisme raciste, culte abstrait de la race qui incite les personnes à se sacrifier impitoyablement pour promouvoir l\u2019expansion, la domination, voire l\u2019hégémonie mondiale d\u2019une entité unique.Le racisme et l\u2019impérialisme outrancier: double bêtise, l\u2019allemande et l\u2019anglaise.Nous nous prononcerons pour le patriotisme: amour concret du sol natal, amour préférentiel que se doivent entre eux les hommes d\u2019une même origine et d\u2019une même langue, unis dans les limites d\u2019un même territoire et rapprochés plus intimement encore par une vie en communauté de coutumes et d\u2019idéal.(1) (1) D importe de bien distinguer entre nationalisme et patriotisme.Assez souvent, le nationalisme met davantage l\u2019accent sur l\u2019idée raciste, et ne va point sans inconvénients graves.Chez nous, en Laurentie, ce vocable a reçu de l\u2019usage un sens particulier.Dans un même pays, deux races; mais point deux races fondues en une même nation.Deux races dont l\u2019une veut écraser l\u2019autre.Pour les Canadiens anglais, un patriotisme: le pan-canadien anglicisateur.Voilà la difficulté d\u2019ordre historique qui nous a poussés vers le mot nationalisme.Parler de patriotisme canadien serait pour nous affirmer une identification avec la majorité anglicisatrice.Pour exprimer notre vouloir-vivre nous avons eu recours au mot nationalisme. 110 L\u2019ACTION NATIONALE Nous retrouvons ici la même distinction plus haut mentionnée, la même hiérarchie des valeurs.Nous ne saurions admettre la démission de l'homme concret au profit du mythe nation ou du mythe race.Les hommes d\u2019une nation ne sont pas pour la nation.Ils sont la nation.L\u2019Etat, la nation, entités qui meurent ou qui mourront, n\u2019ont pas le droit de se constituer fin ultime d\u2019êtres dont la destinée ne se limite pas à cette vie.Ces organismes sont des fonctions des personnes: ils doivent procurer à celles-ci une paix et une aisance relatives dans la poursuite de leur accomplissement à la fois temporel et éternel.Par ailleurs, nous répudions le statisme, le dilettantisme et l\u2019égoïsme: toutes les positions de fausse sécurité.Parce que la socialité est temporelle, il ne suit pas que travailler à son maintien, à son bon ordre, à son meilleur fonctionnement soit une oeuvre stérile et servile.Au contraire, toutes les personnes (incrustées dans le social par leur fondement personnaliste ultime, le corps) ont en même temps que des droits, en face de la socialité, des devoirs corrélatifs.Pour assurer le succès humain et le succès social de chacune des personnes, il faut que toutes concourent dans la mesure de leurs forces au bon fonctionnement de la cité et de la chose publique en général.Ici, il s\u2019agit évidemment d\u2019un concours plus ou moins médiat, adapté à la forme de gouvernement qui préside aux destinées de tel ou tel pays où l\u2019on rêve de voir s\u2019établir un ordre personnaliste. POSITION DO PERSONNALISME 111 CONCLUSIONS Résumons et précisons ces données élémentaires d\u2019une métaphysique du personnalisme.Ce qui existe dans l\u2019espèce humaine, ce sont les hommes.Ces hommes sont tels individus par leur corps.Mais l\u2019homme est plus qu\u2019un individu, il est une personne.Et ceci, par son âme.La forme spirituelle et immortelle qui pose dans l\u2019être, qui conserve et qui anime chacun des corps unifie toutes les activités de l\u2019individu, l\u2019élève en même temps à la dignité de personne.D\u2019où le double aspect déjà signalé dans l\u2019homme.Par un côté de lui-même\u2014le côte individu\u2014il est soumis à la société, à un Etat déterminé, auquel il se rattache par la parenté plus ou moins lointaine du corps.C\u2019est l\u2019aspect social, commun, de la personne humaine.Ce point de vue, étroit en somme, est le fondement de l\u2019ordre social personnaliste, il n\u2019en est point l\u2019aspect formel.Cependant, nous ne divisons que pour réunir aussitôt.Ce premier aspect d\u2019une réalité unique (la personne) n'est point séparable en fait du second: l\u2019aspect formellement personnaliste.Si l\u2019on considère la société comme telle, on s\u2019aperçoit qu\u2019elle est composée de personnes et non d\u2019individus.L\u2019intelligence et le vouloir sont les deux facultés qui lui permettent d\u2019exister d\u2019une manière stable.Cependant, si la société s\u2019épanouit dans le personnalisme, il ne faut pas oublier qu\u2019elle repose en somme sur les nécessités de la matière.Un réalisme complet n\u2019a pas le droit de nier le corps sous couleur de spiritualisme.Insistons un peu plus sur la richesse intime du point de vue formellement personnaliste.La personne humaine, si on la considère comme telle, ne dépend que de Dieu, 112 L'ACTION NATIONALE créateur de la forme.Elle n\u2019est soumise qu\u2019accidentelle-ment (ratione corporis et individui) au temps et à l\u2019espace.Elle transcende la société temporelle par sa fin qui est d\u2019ordre éternel; encore qu\u2019elle ait besoin en fait d\u2019utiliser les contingences, les autres personnes, comme moyens de salut.Dieu sauve l\u2019homme par l\u2019bomme.Mais ceci dépend du fait que l\u2019homme est aussi essentiellement corps qu\u2019il est âme.Emprisonnée dans les limites étroites du corps, la personne tend irrésistiblemnet à se dépasser.L\u2019esprit cherche constamment à faire éclater la matière.Quoi d\u2019étonnant?L\u2019état du spirituel enfermé dans le corporel peut-il être autre chose qu\u2019un état de tension?La personne en tant que personne a donc pour caractéristique, pour opération spécifique, qu\u2019elle tend sans cesse à se dépasser pour se réaliser.Son malheur et sa gloire sont qu\u2019elle ne le peut pas.Certes, l\u2019homme n\u2019est pas un ange.Cependant, il est en un sens un être en tendance vers l\u2019angélisme.Qu\u2019il le veuille ou non, l\u2019homme, orienté vers la plénitude de la vie, vers Dieu connu et aimé, s\u2019en va vers la mort, angélisme irrémédiable.L\u2019âme cherche sans cesse à s\u2019évader du corps.Elle ne veut pourtant pas consciemment cette rupture.C\u2019est l\u2019homme qui vit et non point l\u2019âme seulement; et l\u2019homme a peur de la mort.Implicitement toutefois, son âme tend à franchir les limites de l\u2019espèce où elle est embourbée dans la matière, loin des pleines lumières de l\u2019être.L\u2019homme ne se rend pas compte que se réaliser, c\u2019est se détruire.Pourtant, cela est.Vérité beaucoup plus facile à comprendre quand on se met en face de l\u2019homme en état de grâce.Celui-ci s\u2019achemine vers une vie d\u2019ange de POSITION DO PERSONNALISME 113 lumière; tandis que le pécheur croule vers les abîmes démoniaques.L\u2019âme en état de grâce reçoit de ce chef, en même temps qu\u2019un \u201cagrandissement ontologique\u201d de la personne, un désir formel, sinon explicite, de s\u2019unir à Dieu intuitivement à la manière des anges.C\u2019est là l\u2019achèvement définitif de la personne.Voilà donc en quel sens bien précis la personne (qui est soumise à la société par une partie d\u2019elle-même) la transcende par ailleurs.Voilà pourquoi la personne doit nécessairement vivre en société, mais en même temps demeurer pour la société plus qu\u2019un moyen, une fin.Socialement, la personne humaine est un transcendental tout autant que l\u2019être et le vrai le sont ontologiquement.Nul inférieur de l\u2019être ne peut confisquer l\u2019être.Ainsi nulle société n\u2019a le droit de toucher aux droits inaliénables de la personne.Les grandes lignes d\u2019une civilisation personnaliste découlent des principes que nous venons d\u2019énoncer.Une civilisation de vie.Une civilisation qui s\u2019adapte à la vie des personnes, qui respecte les vivants.C\u2019est la personne qui vit, c\u2019est elle qui transmet la vie.Au cours des derniers siècles nous avons perdu (dans le monde occidental) le sens de la vie, la joie de vivre.Nous avons perdu la joie et nous nous complaisons dans les plaisirs.Or la vie de la personne est par sa nature une vie montante, une vie insatiable, insatisfaite, une vie qui aspire à se dépasser, une vie toute tournée vers l\u2019au-delà.Les hommes sont des pèlerins de l\u2019infini, sans cesse sur la voie de leur achèvement définitif en Dieu.Ce besoin de Dieu, pressenti dans la gangue des instincts élémen- 114 L'ACTION NATIONALE taires, comment veut-on le concilier avec les aspirations matérialistes que des hommes dévoyés, affolés, ont assignées comme normes du bonheur humain?Pour que la vie soit respectée, pour que la vie soit vécue, il faut que certaines vertus bannies renaissent.C\u2019est ici que nous rejoignons les merveilleuses encycliques des papes modernes.Une civilisation personnaliste est une civilisation de justice et de charité.Justice pour toutes les personnes, parce que toutes ont le droit non seulement d\u2019être mais de vivre.Justice non point stricte, non point mathématique, comme la justice d\u2019aujourd\u2019hui, mais justice imprégnée de charité.La charité est la vertu personnaliste par excellence.Qu'est-ce que la charité sinon l'épanouissement extérieur de la bonté?La charité, la bonté ne sont pas uniquement des vertus divines; elles sont aussi rudement fondées en nature humaine.Sans elles pas d\u2019humanité possible, pas de transmission de la vie, pas de famille, pas de société stable.Nous avons vu plus haut que la bonté n\u2019est pas innée en l\u2019homme, qu\u2019elle est durement combattue.Elle demeure l\u2019idéal, la tendance irrésistible de la personne humaine.L\u2019âme de l\u2019homme tend au bien, au bon.Elle s\u2019égare souvent sur les objets.Son instinct profond ne saurait dévier parce que la nature humaine, même déchue, ne peut abolir en elle l\u2019intelligence et le vouloir: ces deux facultés qui cherchent conjointement à découvrir et à étreindre dans l\u2019être h bonté.Bien plus, ce besoin de la personne de se dépasser sans cesse est une soif de bonté.Plus la personne est affinée, plus elle tend lucidement au bien, plus elle comprend POSITION DD PERSONNALISME 115 que le bien véritable n\u2019est pas un égoïsme, un individualisme implacable.Elle comprend le mot de saint Thomas: bonum sui diffusivum.Elle veut faire rayonner le bien; elle sent qu\u2019elle se dépasse déjà beaucoup dèsjcette vie en imitant l\u2019acte essentiellement divin de la diffusipn gratuite de la bonté.Pourquoi le bonheur s\u2019enfùit>il de notre monde pour laisser place à l\u2019inquiétud«?iParce que l\u2019homme a renoncé à faire du bien aux aütfeS hommes, parce qu\u2019il veut cette chose horrible et naïve: s'approprier tout le bien.Nous rêvons d\u2019une civilisation qui reviendrait à une charité diffusive.Comme l\u2019on comprend mieux encore cette charité vraiment personnaliste quand on s\u2019élève au personnalisme transcendant que l\u2019élévation de l\u2019homme à l\u2019ordre de surnature impose au monde pour le scandale des orgueilleux et la glorification des simples.Le chrétien qui prendrait vraiment conscience (comme celui des premiers siècles) de cette suprême parenté personnaliste des âmes: l\u2019état de grâce, pourrait-il oublier le fait réel (bien que mystique) du Christ dans ses frères?Toutes les personnes en grâce sont liées entre elles dans le même corps mystique du Christ.En chacune d\u2019elles une \u201csuperindividualisation entitative\u201d s\u2019est inscrite qui les pose à la lettre membres d\u2019un même organisme spirituel dont le Christ est la tête.Et c\u2019est la charité surnaturelle.( 1 ) C\u2019est aussi pourquoi un Maritain, parlant de la réalisation d\u2019un ordre personnaliste, l\u2019appelle \u201cune nouvelle (1) Il ne s\u2019agit évidemment pas dans ce développement de la charité vertu théologale. 116 L\u2019ACTION NATIONALE chrétienté\u201d.En pays chrétien n\u2019est-ce pas une sorte de blasphème: prêcher un ordre purement temporel, fondé sur les seules valeurs d\u2019ici-bas?N\u2019est-ce pas surtout une nouvelle forme de mutilation de la personne dont l\u2019aspect essentiel est mis de côté?Enfin, un ordre personnaliste adéquatement entendu, envisagé sous son aspect philosophique et théologique, est peut-être inconcevable sur terre dans sa plénitude.Nous verrons bientôt qu\u2019essayer de réaliser une partie d\u2019un tel programme est non seulement un besoin de la personne, mais aussi un gage de plus grand bonheur et sécurité sociaux.François HERTEL 1 Talon en Face de son oeuvre Talon venait d\u2019élaborer un programme à vues immenses, autant que solidement unifiées.Qu\u2019en ferait-il?D ores et déjà la Nouvelle-France détient cette fortune assez rare ici-bas, pour tout pays, d\u2019avoir à son service un homme et une politique.Car il se fait dans le monde, comme l'on sait, deux sortes de politiques: une grande et une petite.La première, celle des esprits routiniers, sans envergure ni puissance, qui se laissent devancer, bousculer par les problèmes, incapables de les prévoir et de les maîtriser; incapables surtout de les embrasser dans leur hiérarchie, dans une vue ordonnée, ne sachant les résoudre, pour cela même, que mal ou à demi, sans s\u2019apercevoir de leur dépendance, sans même la soupçonner.Politique morcelée, fragmentaire; politique éparpillée, toujours perdue dans la forêt des futilités, politique de tâtonnements, de hasard, où l\u2019on corrige les essais avortés par d\u2019autres essais de même venue.Partie d\u2019échecs où il ne manque aux joueurs que de savoir ce que c\u2019est qu\u2019un échiquier.Et il y a l\u2019autre, celle des esprits ordonnés, synthétiques, celle des vrais gouvernants qui voient de haut et dans une vue d\u2019ordre la vie d\u2019une nation, d\u2019un pays.Non qu\u2019ils se représentent la politique comme le jeu dune mécanique rigide; ni qu\u2019ils ignorent la part des ( Conclusion d\u2019un cours d\u2019Histoire du Canada professé ette année par l\u2019abbé Groulx à l\u2019université de Montréal.mque\u2019\u2019UrS aVmt P°Ur titre:
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