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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1941-02, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE L\u2019Action nationale Si notre patriotisme se basait sur les réalités quotidiennes.89 S.Arsenault, p.s.v.Les grandes vertus sociales.91 Gaston Lavoisier La mort du pilote (récit) .111 *\t* *\tPoint de vue du lecteur.120 \u2022 Nos enquêtes D\u2019UNE CULTURE CANADIENNE FRANÇAISE Marius Barbeau Déclin de la culture canadienne.125 Albert Pelletier A propos d'une culture cana- dienne-française .134 Clément Marchand Réponse à l\u2019enquête de f Action nationale .140 André L.\tCommentaires\t 143 Chroniques Dans la cité Frs-A.Anger\t\u201cLe Canada et le bloc anglo-saxon\" 147 Candide\tLettres amicales.151 *\t* *\tEn deux mots.157 Vie de l\u2019esprit Paul Dumas\t\u201cPeinture moderne\".160 Gh.L.\t\u201cHistoire des patriotes\".170 600 ABONNÉS NOUVEAUX.175 VOL.XVII, N° 2 \u2022 FÉVRIER 1941\t\u2022 MONTRÉAL L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur: André LAURENDEAU \u2022 L'Action nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.Esdras Minville, président; André Laurendeau, secrétaire; l\u2019abbé Lionel Croulx, Mgr Olivier Mau-rault, P.S.S., Pierre Homier, Eugène L\u2019Heureux, Anatole Vanier, Arthur Laurendeau, l\u2019abbé Albert Tessier, René Chaloult, Albert Rioux, Dr Philippe Hamel, Léopold Richer, Roger Duhamel, Maximilien Caron, François-Albert Angers, Gérard Filion.ADMINISTRATION: 3516, ave de Lorimier, case postale no 1524 Place d\u2019Armes, Montréal.DIRECTION: 3472, rue Hutchison, Montréal.Le directeur de la revue, M.André Laurendeau, reçoit sur rendez-vous.Téléphone: CR.2221.L\u2019abonnement est de $2.00 par année Pour l'étranger : $2.50 par année Abonnement de soutien $5.00 par année Tout droit* réttrvét, Ottmwm, 1933 I LA DOUBLE PROTECTION ?Nos certificats la donnent.A toute la famille : au chef nous payons une rente viagère; à la veuve et aux orphelins, des annuités.Le tout garanti.Quel est votre âge?Vous allez connaître le montant de votre chèque de pension annuelle.* CAISSE * NATIONALE D\u2019ECONOMIE \\ Montréal \u2014 HArbour 3291\t^ 41 ouest, rue St-Jacques\tP I Pour votre santé Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent la levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, C et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.Fraîche COUVRETTESAURIOL Limitée EPICIERS EN GROS \u2022 50, rue de Bresolles H Arbour 8151 \u2022 Président et gérant général Bernard Couvrette ii Les cafés et confitures de J-A.DESY LIMITEE SONT LES MEILLEURS EXIGEZ-LES COMPAGNIE DE BISCUIT STUART Ltée BISCUITS, GATEAUX et TARTES Alfred ALLARD Président et gérant général Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités: ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GENRES SOUDURES ÉLECTRIQUES ET AUTOGÈNES, ETC, 206, RUE DU PONT.QUÉBEC T.-X.CK C LET LA COMPAGNIE \u201cLE DEVOIR LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT Lisez ni QUESTIONS D\u2019ACTUALITE Réponses à retenir Q.\tQU'EST-CE QUE DUPUIS FRERES, LIMITEE?R.\tC'est un institution conadienne-française; fondée en 1868 par feu J.-Nazaire Dupuis, elle fait le commerce de détail à son magasin, 865 est, rue Ste-Catherine, à Montréal, et, par son Comptoir Postal, dans toutes les parties de la province de Québec et des environs.Q.\tEST-CE UNE INSTITUTION IMPORTANTE?R.\tOui.C'est la plus grosse maison canadienne-française en Amérique.Q.\tQUI EST SON PRESIDENT?R.\tM.Albert Dupuis, Chevalier de St-Grégoire-le-Grand et neveu du fondateur; avec la maison depuis 1924.Q.\tQUI EST SON VICE-PRESIDENT?R.\tM.A.-J.Dugal, qui est en même temps gérant-général.M.Dugal est né à Québec et est avec la Maison depuis 1911.Q.\tQUI EST SON SECRETAIRE-TRESORIER?R.\tM.Armand Dupuis, I.C., neveu du fondateur et frère du président; avec la Maison depuis 1916.Q.\tQUELS SONT LES AUTRES DIRECTEURS?R.\tM.Roland Préfontaine, I.C., fils de feu Raymond Préfontaine.M.Raymond Dupuis, avocat, assistant-secrétaire-trésorier, fils du président; avec la Maison depuis 1937.\t(Annonce) IV Si notre patriotisme se basait sur les réalités quotidiennes.Vous est-il arrivé de parcourir nos quartiers populaires et de songer à ce qu'ils recèlent de souffrances, de misères et de luttes sans espoir ?Là, des milliers de nos compatriotes, mal abrités dans des logis insalubres^ mènent une existence précaire, sont privés des besoins les plus vitaux.Ce qui constitue l'essentiel du développement physique normal, la nourriture, l'air, le soleil, leur est parcimonieusement mesuré.Si ion songe à la perte nationale qui résulte de ces milliers de vies diminuées, avilies par la sous-alimentation et l'ignorance des premières notions de l'hygiène, on ne peut que souhaiter ardemment la découverte et l'application des grands remèdes sociaux qui tueront le mal à sa racine.Peut-être pourtant ne nous soucions-nous pas assez des instruments de redressement que nous avons déjà en mains.Il y a neuf ans, une institution a été fondée chez nous, qui progresse d'année en année, et qui apporte sa part de solution au problème social; porter un secours immédiat à ceux qu étreignent trop durement les détresses physiques et morales.Pour que ce secours soit efficace, pour qu\u2019il fonctionne à plein rendement, les fondateurs de la Fédération des Oeuvres de Charité ont compris qu'il fallait amplifier l'assistance aux proportions du mal quelle combat.La misère faisant bloc, il a fallu qu'à son 90 l'action nationale tour la charité s'organisât, devînt collective.La Fédération des Oeuvres de Charité est un des plus beaux mouvements de la solidarité canadienne-française.Au nom de vingt et une oeuvres, embrassant tous les domaines de la bienfaisance, (protection de l'enfance, soins aux aveugles, aux malades et aux infirmes, soutien des individus ou des familles indigentes, services préventifs, etc) elle fait chaque année un grand appel au public montréalais.Cette année, la campagne aura lieu du io au iç mars.La solidarité nationale n\u2019est qu'une des raisons, -il y en a, au point de vue purement humain, de plus impérieuses - qui devront nous pousser, cette année plus que jamais, au geste charitable largement et généreusement consenti.L\u2019ACTiON NATiONALE Le notionolisme est-il un péché ?Parmi les questions que se posent certains pessimistes, surtout depuis le début de la guerre, on trouve celles-ci: Avons-nous une patrie, nous autres, canadiens-français ?Et qu'est-ce que la patrie?Où vont nos premiers devoirs J Le nationalisme est-il un péché ou une vertu ?\u2014 C est à ces questions et à d'autres que le P.Arsenault a entrepris de répondre dans l'article publié plus loin.On peut discuter certains de ses points de vue \u2014 affaires de vocabulaire , mais l'ensemble est cohérent, logique et alerte.Qu'on lise ces pages nourries de doctrines, mais vivantes et actuelles, ou la théologie prend le langage de l'honnête homme et qui remettent prestement à leur place les adorateurs de 1 Etat unitaire. Essai de synthèse Les grandes vertus sociales de l'homme L\u2019étude des grandes vertus sociales est à l'ordre du jour.C'est donc plus qu'une mode Ici comme en d\u2019autres domaines, c\u2019est le besoin, besoin d'en finir avec les anarchies nationales et le désordre international, qui aiguillonne et aiguise l\u2019esprit.Or, il règne, dit-on, dans cette étude, bien de la confusion, une confusion telle que des esprits avides de clarté et désireux de passer bientôt à l\u2019action en sont déprimés.Personne ne nous contestera le droit d\u2019y tenter un éclaircissement.Puisqu\u2019on nous accuse d'avoir fait les ténèbres, il est juste que nous en publiions le secret de fabrication afin que les doctes puissent les dissiper aisément, si, toutefois, nos ténèbres n\u2019existent pas seulement pour les yeux qui ne veulent point voir.Plus que tout autre, saint Thomas a mis de l\u2019ordre dans l\u2019étude des vertus, de toutes les vertus.11 convient donc de le suivre.Mais il se peut fort bien que depuis le Docteur angélique le temps ait créé des termes nouveaux, qu\u2019il ait fait explorer des points jusque là restés obscurs dans la synthèse des vertus.Le thomisme vivant, mais non glouton, dont nous nous réclamons, ne réussirait-il pas à faire entrer dans les cadres tracés par 92 l\u2019action nationale VAquinate les inventions des modernes et des contemporains en matière d\u2019éthique sociale ?Il nous semble que la chose est possible.Cependant, pour imiter saint Thomas d'Aquin et nous rendre « informable » par son esprit, faisons une distinction capable de mettre fin à la logomachie dont nous souffrons tous.Les mots peuvent en général recevoir deux sens: le sens strict, qu\u2019on appelle aussi formel, et le sens large.Employés dans leur sens strict, les mots traduisent l'idée précise, aux contours bien tranchés, dont ils sont l\u2019expression.Quand on leur donne un sens large, ils signifient, pour l\u2019ordinaire, l'idée présentée par le sens strict, mais avec des additions et des rapports qu\u2019explique la réalité concrète dont le concept premier et formel n\u2019atteint qu\u2019une face.Ainsi, par exemple, le civisme est le dévouement du citoyen à la communauté politique.Tel quel, il est le devoir, et peut-être le fait, du dernier immigré comme du descendant de Louis Hébert.Mais le civisme d'un Hébert aura des nuances qu\u2019on ne soupçonnera jamais chez un Bercovitch quelconque, c\u2019est-à-dire qu\u2019il se teintera de patriotisme et de nationalisme.Si donc nous parlons du civisme de tous les Hébert et de tous les vrais Canadiens français, le mot civisme embrassera plus que le simple dévouement politique de ces braves gens dont la graine n\u2019est pas perdue; il embrassera beaucoup de leur culte pour la patrie et de leur zèle pour la nation.Mais alors on parlera de civisme dans un sens large.Or, chacun est libre de donner aux mots le sens qu\u2019il entend, pourvu qu\u2019il en prévienne ses LES GRANDES VERTUS SOCIALES 93 auditeurs et ses lecteurs.Pourvu encore qu'il ne veuille pas tout confondre afin de supprimer un mot, une idée, un mouvement qu\u2019il n'aime pas.Si, d\u2019ailleurs, quelqu\u2019un était tenté de se livrer à cette besogne idiote, il apprendrait à ses dépens que les mots ont la vie dure.Cette mise au point sur le langage qu\u2019on peut tenir au gré des circonstances nous force à dire de quel langage nous userons dans ce travail.A moins d\u2019avis contraire, nous parlerons comme le fait d'ordinaire un Thomiste en exercice, c\u2019est-à-dire rigoureusement, strictement.Pour que la clarté s\u2019ajoute à la rigueur de l\u2019expression, disons que nous recenserons d\u2019abord les grandes vertus sociales qu\u2019a connues saint Thomas, et que, après avoir exploré les enrichissements de la Morale sociale depuis le xme siècle, du moins en ce qui nous regarde, nous nous demanderons ce qu\u2019en ferait saint Thomas d\u2019Aquin.CELLES QU'A CONNUES SAINT THOMAS Ouvrons la Somme thêologique.Les initiés savent que c\u2019est dans la deuxième section de la seconde partie de cet ouvrage que le saint Docteur expose sa pensée sur les multiples vertus que l\u2019homme doit pratiquer pour arriver au bonheur.Rien que de classique dans ce chef-d\u2019œuvre du génie humain.Pas de division fantastique ou qui puiserait son principe dans le mouvant de l\u2019espace et du temps.Au tableau des vertus que nous offre la Somme, on ne voit pas non plus figurer la dichotomie moderne: vertus individuelles, vertus sociales. 94 L ACTION NATIONALE Saint Thomas jugeait sans doute trop délicate pour lui cette bissection.Il avait d\u2019ailleurs appris de son maître Aristote que l'homme est un animal politique et qu\u2019à séparer le qualificatif de l'autre terme on jouerait un jeu peu honorable pour l\u2019humanité.Si donc nous voulons connaître sa pensée sur nos grandes vertus sociales, il faut la rechercher dans l\u2019étude qu\u2019il fait des grandes vertus humaines, au point précis où l\u2019homme est mis en contact avec les hommes.C\u2019est dans son traité de la charité que saint Thomas nous parle de la première des grandes vertus sociales: l'amour de la patrie.Ce qu\u2019il en dit est d\u2019ailleurs enveloppé dans des considérations générales sur l\u2019objet de la charité (question vingt-cinquième) et sur l\u2019ordre de la charité (question vingt-sixième).Nous devons aimer notre prochain, premièrement parce qu\u2019il est lié à Dieu, notre premier amour, mais aussi parce qu\u2019il a avec nous de la ressemblance et des rapprochements nombreux.Et ce qui est la raison d'aimer devient, on le comprend, la mesure de l\u2019amour.C\u2019est pourquoi les compatriotes doivent s\u2019aimer, et, pour ce qui est du bien public, ils s\u2019aiment même plus qu'ils n\u2019aiment leur propres parents.« En ce qui regarde la communauté civile, il faut aimer ses concitoyens plus que les autres )), quoique l\u2019amour des siens soit plus stable que l'amour de ses concitoyens.1 Peut-être contestera-t-on qu\u2019il soit ici question de l\u2019amour de la patrie.Saint Thomas ne parlant 1 Somme théologique, Ile section de la Ile partie, question 26, art.8. LES GRANDES VERTUS SOCIALES 95 que de l\u2019amour des concitoyens.Pour faire droit à cette objection, remarquons que les raisons apportées par le saint Docteur ne supposent nullement que les concitoyens soient considérés isolément; tout persuade même le contraire.Mais nous avons mieux pour résoudre cette difficulté.Quand saint Thomas se demande si le père doit être plus aimé que la mère, il affirme que (( c'est comme principes d'origine naturelle » que tous deux sont aimés.1 Par ailleurs, traitant de la piété filiale, il associe la patrie aux parents dans cette raison commune de principes conna-turels d\u2019existence.A la patrie, considérée comme telle, est donc bien dû l\u2019amour de tous ses fils.Cet amour du reste, est quelque chose de spécifiquement distinct du patriotisme, quoiqu\u2019il en soit la source première.Qu\u2019il suffise de reproduire le texte du Docteur angélique: (( De même que la religion est une certaine protestation de foi, d\u2019espérance et de charité qui sont les liens primordiaux rattachant l\u2019homme à Dieu, ainsi la piété est une certaine expression de l\u2019amour envers les parents et la patrie.» 2 Notons seulement que cette réponse est adressée à un adversaire qui soutient l\u2019identité des deux vertus.Il y a donc lieu de parler de l\u2019amour de la patrie antérieurement à toute considération sur le patriotisme.Cependant, il reste vrai que le patriotisme naît de l\u2019amour de la patrie et doit toujours marcher au souffle de ses origines.Redisons que, si nous séparons ces idées et ces sentiments, c\u2019est pour 1\tAu même endroit, art.io.2\tAu même endroit, question ioi, art.3, première réponse- 96 l'action nationale les mieux saisir.La réalité est moins diviseuse.Plus nous aimerons notre Patrie, plus nous l'honorerons et plus nous la servirons.La pensée de saint Thomas sur le patriotisme est connue depuis longtemps et généralement avec exactitude.Nous n'en donnons ici que l'essentiel avec quelques distinctions opportunes.Pour le maître, la piété patriotique va à tous ceux qui, avec Dieu et nos parents, sont les auteurs de nos jours et notre providence particulière ou qui partagent avec nous ce même bonheur, ou encore qui sont les amis de la patrie.1 Car c\u2019est dans la patrie que sont encadrés tous les objets de notre patriotisme.Notons en passant comment saint Thomas définit la patrie: le lieu où nous sommes nés et où nous avons été nourris,2 un principe connaturel d'être et de gouvernement,3 quelque chose de paternel.4 Tout y est de ce qui intègre l'idée de patrie: l'élément territorial, l'élément social, l'élément ancestral, l\u2019élément politique même, mais tout y est parfaitement harmonisé.La patrie est premièrement et principalement principe de vie; normalement elle sera aussi principe de gouvernement.Elle est la terre qui nous a vus naître, qui nous a nourris.Elle est les ancêtres qui, par l\u2019héritage qu'ils nous ont 1 Lieu cité, q.ioi, art.i.*\tLieu cité, q.ioi, art.i.\u2022\tLieu cité, q.ioi, art.i et je réponse, art.3 et 3e réponse.4 Lieu cité, q.101, art.2. LES GRANDES VERTUS SOCIALES 97 légué, nous ont grandis à leur taille et toujours plus haut.Elle est l\u2019ensemble des compatriotes, conférant même ce doux nom aux amis de la patrie.Elle est encore, comme le suggère l'analogie avec le chef de famille, principe de gouvernement, ses bienfaits ne pouvant être canalisés et répartis que si l\u2019ordre règne entre tous ses fils.Remarquons toutefois que l\u2019idée de gouvernement ne constitue pas à elle seule l\u2019idée de patrie.On peut être sans patrie tout en étant soumis à un gouvernement: n\u2019est-ce pas le cas des Juifs ?Et maintenant, â quels actes serons-nous enclins de par la piété patriotique ?Saint Thomas nous le déclare en s'appropriant une pensée de Cicéron: Pietas est per quam sanguine junctis, patriaeque benevolis, officium et diligens tribuitur cultus.« La piété est l\u2019exact accomplissement des devoirs envers les parents et les bienfaiteurs de la patrie ».Quelle que fût au juste l\u2019idée de Cicéron, voici comment l\u2019interprète le saint Docteur.Au père, comme tel, est dû l'honneur ou le respect.N\u2019est-il pas en effet le supérieur et, en quelque sorte, le principe du fils, ce qui implique excellence et puissance ?En vertu de l\u2019étroite analogie qui relie les deux idées de paternité et de patrie, il faudra donc dire qu\u2019à la patrie, comme telle, est dû le culte.Mais un père peut être infirme et pauvre.En le secourant, le fils fera encore acte de piété; cependant, ce sera de la piété de seconde zone.De même pour la patrie et le patriotisme.1 L\u2019acte essentiel de la piété patriotique est donc le culte, l\u2019acte secondaire le secours.1 Lieu cité, q.ioi, arts i et i. 98 l'action nationale Du reste, le patriotisme est une vertu qui a sa marque propre, sa forme spéciale qui la distingue et de l'amour de la patrie, comme nous l\u2019avons déjà noté, et de la justice légale, ainsi qu'on le verra bientôt.La raison en est que le patriotisme s'emploie à solder une dette particulière, celle que tout homme contracte par le fait même de sa naissance et de son éducation à l'égard de ses « principes conruaturels d'existence et de providence )).1 Cette même dette est aussi, selon saint Thomas, ce qui rend nécessaire le patriotisme.Car la justice exige qu\u2019on rende à chacun son dû.Or, il y a une redevance incontestable de la part du citoyen à l'endroit de la cité ou de la patrie qui est sa seconde et, jusqu\u2019à un certain point, sa meilleure mère.2 Aussi bien le patriotisme a-t-il toujours été un des sentiments les plus à l\u2019honneur chez tous les peuples de tous les temps.L'Histoire confirme ainsi ce que la Philosophie a produit de plus pur sur ce sujet par la plume du Docteur angélique.\u2022 Nous ne sommes pas encore au bout de ce que saint Thomas enseigne concernant nos grandes vertus sociales, celles qui nous disposent à mieux vivre notre vie publique.Dans son traité de la justice, il veut d\u2019abord nous ajuster à la communauté politique dont nous sommes les membres et les bénéficiaires.Ce qu\u2019il fait en exposant la 1 Lieu cité, q.ioi, art.¦).* Lieu cité, q.ioi, a.i. LES GRANDES VERTUS SOCIALES 99 nécessité, la nature et la spécification de la justice générale ou légale.La justice est la vertu de coordination des personnes et de leurs biens.A ce titre, elle n est pas moins nécessaire que les autres vertus, parce que le bien social qu'elle a mission de modérer n'est pas le moindre des biens humains ni le moins sujet au désordre.Or, non seulement les individus doivent être adaptés les uns aux autres, mais chacun d'entre eux doit être mis en harmonie avec l'ensemble, doit prendre position à l'égard du bien public, du bien général.Notre système de vertus comporte donc nécessairement une disposition qui nous rend plus facile l'agencement de nos activités aux exigences du bien commun.Cette vertu est nommée par saint Thomas: justice générale.Sa nature ne nous est pas complètement étrangère maintenant que nous connaissons sa raison d\u2019être.La justice générale a donc pour objet de nous faire jouer convenablement notre rôle de parties dans le tout politique qui nous englobe.Elle doit assurer une suffisante orientation de nos actions singulières vers le bien de la communauté politique et leur arrangement aussi complet que possible avec les visées et les exigences publiques.Elle n\u2019a donc pas à régenter un domaine particulier, un point de la vie intégrale de l\u2019homme.Les théologiens disent qu'elle n'a pas de matière spéciale.Sa fonction est de commander aux autres vertus pour que, daps leur exercice, elles ne contrarient pas, mais qu\u2019elles servent plutôt le bien commun.C\u2019est pourquoi, on l'appelle justice 100 l'action nationale générale.De plus, comme cette subordination des actions individuelles aux nécessités publiques est ordinairement fixée par la loi, la justice générale porte encore le nom de justice légale.1 Il ne faut pourtant pas croire qu'elle se confond avec les autres vertus.2 Rien ne lui manque pour qu\u2019elle soit une vertu spéciale et rien ne s'y oppose.Elle a pour la caractériser l\u2019ordre bien déterminé qu\u2019elle introduit dans la recherche du bien humain.Par ailleurs, la coïncidence presque totale de son objet matériel avec la matière d\u2019autres vertus ne lui enlève pas sa spécification qui est le fait de l\u2019objet formel.Maintenons surtout sa distinction d\u2019avec le patriotisme, distinction formulée en ces termes par saint Thomas: « La piété va à la patrie en tant que celle-ci est pour nous un certain principe d'être, tandis que la justice légale se rapporte au bien de la patrie en autant qu'il est le bien commun.» 3 Telle est nettement définie par le Docteur angélique cette excellente vertu sociale qu\u2019est la justice générale, connue seulement des théologiens dont plusieurs même ne parlent que pour mémoire.Négligence d\u2019autant plus regrettable qu'elle a tronqué la morale catholique et l\u2019a privée d'une grande part d\u2019influence sur le monde politique moderne.Pour combler cette lapune, des hommes nouveaux ont imposé des noms nouveaux à des sentiments qui ne souffraient plus d\u2019être baptisés ou qui ne pouvaient l\u2019être alors.1\tLieu cité, q.58, art.5.2\tLieu cité, q.58, art.6.* Lieu cité, q.101, art.3, 3e réponse. LES GRANDES VERTUS SOCIALES 101 Gloire à saint Thomas dont la doctrine précise nous dirige si justement dans l'accomplissement de nos devoirs sociaux en nous rappelant l'amour, le respect et le secours dus à la patrie, ainsi que la soumission et le dévouement politiques exigés par notre position de membre d\u2019un état, d'une cité.Gardons ces puissantes lumières en nos esprits.Elles nous aideront à mettre de l'ordre dans les inventions des modernels eti matière d\u2019éthique sociale.Mais il faut d'abord connaître ces inventions.CE QUE N'A PAS CONNU SAINT THOMAS Les enrichissements modernes de l\u2019éthique sociale sont le civisme, la justice sociale et le nationalisme.Vidons ces coffrets et supputons la valeur de leur contenu.Le civisme est une expression à la mode.Que recouvre-t-elle ?Ce n\u2019est pas chose facile que de le dire.Le mot appartient à un monde d\u2019idées d\u2019où la clarté et la franchise semblent bannies, où, du moins, elles ne régnent pas.On l\u2019emploie le plus souvent pour déguiser la morale catholique ou ne pas user de ces mots terribles que sont patriotisme et nationalisme.Voudra-t-on réagir contre ces violences et ces hypocrisies, dans le langage et dans la vie spirituelle, qu\u2019il traduit ?Il est permis d\u2019en douter.Allons-y tout de même de notre modeste contribution.Civisme vient du latin civis, qui veut dire citoyen.Les Romains décernaient des couronnes civiques aux soldats et aux chefs subalternes qui s\u2019étaient illustrés à la guerre.L\u2019acte de bravoure 102 L ACTION NATIONALE ainsi récompensé pouvait être appelé action civique; il était, en tout cas, un service rendu à la Cité, comme les Romains appelaient orgueilleusement leur ville.Ne peut-on pas dire que l\u2019adjectif civique était une expression locale, particulière aux Romains ?Or, c\u2019est de ce qualificatif que les Jacobins \u2014 les premiers, que je sache,\u2014 férus d'antiquité, ont forgé le substantif civisme pour définir l\u2019état d\u2019âme du sans-culotte dévoué à la Révolution.Faire acte de civisme, faire preuve de civisme était, en ce temps-là, soutenir le régime nouveau à cor et à cri, contribuer à la réalisation de la cité des Philosophes.Sens politique, s'il en est un.De patrie, de nation, il n\u2019est nullement question, ces choses n\u2019existant pas pour les constructeurs de la Cité universelle.Plus tard, le mot civisme reçut une extension qui le rendait apte à qualifier une bonne partie de la morale politique dans un pays où les auteurs de programmes scolaires ne voulaient pas retenir le langage catholique.L\u2019usage a prévalu.Mais il reste que le civisme qualifie la conduite à tenir dans les rapports des individus avec l\u2019Etat ou avec la communauté politique.Ici encore, si les mots patrie et nation échappent à la langue ou à la plume, ce n\u2019est pas dans le sens sociologique que nous leur connaissons et qui est leur sens formel, mais dans un sens purement politique.Chez nous, la fortune du mot en question a été inespérée et elle reste désespérante.11 qualifie les plus hauts faits de la politique aussi bien que le coup de semelle qui efface les expectorations; LES GRANDES VERTUS SOCIALES 103 et il est devenu pour certains synonyme de morale naturelle (individuelle et sociale), équivalent ou succédané de patriotisme et de nationalisme.11 n\u2019y a pas que les Allemands qui s'adonnent au synthétique ! Que faire alors de ce mot qui semble bien être un brandon de discorde ?Le proscrire ?Essayez-vous-y, si le jeu vous plaît.Pour ma part, j\u2019y renonce.L\u2019épurer ?Certes, si la chose est possible.Il faut, en tous cas, le préciser.Pour ce faire, arrêtons-nous au sens politique que les Français lui ont toujours donné, abstraction faite de l'idée de patrie ou de nation.Un Canadien français de Québec fera preuve de civisme en collaborant avec Ottavaa ou même avec Québec et avec tous les concitoyens de sa province et de tout le pays en vue du bien commun qui est le ciment de ces constructions et de ces entités politiques, dût son patriotisme et son nationalisme en gémir quelque peu.Mais en dehors de l\u2019ordre politique, du moins pour un temps, ou à l\u2019intérieur de l\u2019ordre politique en autant qu'il le pourra, le Canadien français se livrera au patriotisme et au nationalisme.Comprenons enfin que, en soi, pays, patrie et nation sont choses différentes, et que, dans la même mesure, les trois dévouements qu\u2019exigent ces trois communautés ne sont pas interchangeables.Remarque essentielle particulièrement pour la sociologie canadienne.Bref, le civisme est, au sens strict, le dévouement à la cité, c'est-â-dire à la communauté politique dont on est membre, que cette communauté s\u2019identifie ou non avec la patrie et la nation 104 l'action nationale Dans une acception plus large, le civisme pourra s\u2019annexer ce qui, de fait, lui est apparenté dans la réalité: les orientations patriotiques et nationales que doit imprimer à ses actions tout citoyen qui vit sur le sol et dans les traditions de ses ancêtres.Moins laborieuse est l\u2019analyse de la justice sociale, nouvelle création éthique.Tout de même, l\u2019enfantement a été bien douloureux et n'étant pas prophète, j\u2019ignore si le rejeton vivra.Il est notoire chez les sociologues que l\u2019expression justice sociale a eu du mal à partir.De fait, elle s\u2019annonçait mal.Quand, pour résoudre la question sociale, dont on sait qu\u2019elle est identique à la question ouvrière, on eut épuisé les arguments tirés de la justice commutative, puis de la charité, il fallut trouver autre chose.Une vague de solida-risme déferlait alors sur le monde (début du XXe siècle).Le nouveau système postulait un devoir nouveau, une nouvelle vertu: la justice, qu\u2019on appela sociale, et qui incline, paraît-il, chacun à donner aux autres ce qu\u2019il a acquis grâce aux autres.Des journaux furent fondés pour propager ces idées, sans qu\u2019elles eussent peut-être cette physionomie précise.L\u2019imprécision, du reste, fut longtemps la caractéristique de la justice sociale, et je ne suis pas bien sûr qu\u2019elle ait disparu totalement.Soupçonnant qu\u2019il y avait dans l\u2019âme et dans l\u2019activité humaines une place libre pour quelque vertu de son genre, on étudiait la justice sociale, la rejetant et l\u2019admettant tour à tour, selon la couleur qu\u2019on LES GRANDES VERTUS SOCIALES 105 lui avait imprimée.On l\u2019a définie, en termes plus ou moins approchants, l'ordre qui doit informer la société, (( la vertu qui nous incline à rendre à la communauté ce qui lui est dû en vertu du droit spécial qu'elle possède sur la coopération de ses membres », la justice légale des anciens scolastiques (que l'on comprenait mal d\u2019ailleurs), et, enfin, une sorte de complexe englobant toutes les justices particulières et les soumettant aux exigences du bien commun.On a cru que cette dernière conception avait été adoptée par Pie XI dans l\u2019encyclique Quadragesimo anno.Où en est l\u2019usage présentement ?L\u2019expression n'a cours apparemment que dans les discussions relatives aux problèmes économiques et sociaux: question de salaire, question du syndicalisme, question du corporatisme, et le reste.Toujours, par ailleurs, c\u2019est l\u2019appel au bien commun qui justifie le devoir de justice sociale que l\u2019on veut inculquer.Ces deux notes sont bien mises en lumière par Pie XI dans l\u2019encyclique Divini Redemptoris:
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