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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1941-03, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE André LAURENDEAU CE PEUPLE CHARGÉ DE CHAINES.177 S.Arsenault, P.S.V.Les grandes vertus sociales (fin).190 Rina Lasnier\t\u201cImages et proses\u201d.201 Jean-L.Langlois\tA ma mère (poème).203 *\t*\t*\tPoint de vue du lecteur.204 \u2022 Nos enquêtes D\u2019UNE CULTURE CANADIENNE-FRANÇAISE Cyrias Ouellet, Jean-C.Falardeau On «ne dirige» pas une culture.207 André L.\tNote.217 Mgr O.Maurault Notre culture demain.\t21S Chroniques Dans la cité Edmond Lemieux\tLes droits de la critique en temps de guerre.222 Léopold Richer\tDerrière le rempart du\tsilence.227 *\t* *\tEn deux mots.230 Vie de l\u2019esprit Arthur Laurendeau\tSur deux livres de Maritain \u2014 « Comme nous sommes heureux '» En sortant de chez Fridolin.236 Candide\tLettres amicales.247 « * *\tLes livres.255 QUELQUES TÉMOIGNAGES\t256 VOL.XVII, N» 3\t\u2022 MARS 1941\t\u2022 MONTRÉAL L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur: André LAURENDEAU L\u2019Action nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et \u201c®s institutions religieuses et nationales de_ I élément français en Amérique.Elle^ parait tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.Esdras Minville, président; André Laurendeau, secrétaire; l\u2019abbé Lionel Groulx, Mgr Olivier Mau-rault P.S.S., Pierre Homier, Eugène L Heureux\u2019 Anatole Vanier, Arthur Laurendeau, l\u2019abbé Albert Tessier, René Chaloult, Albert Rioux, Dr Philippe Hamel, Léopold Richer, Roger Duhamel, Maximilien Caron, François-Albert Angers, Gérard Filion.ADMINISTRATION: 3516, ave de Lorimler, CIH postale no 1524 Place d\u2019Armes, Montréal.DIRECTION: 3472, rue Hutchison, Montréal.Le directeur de la revue, M.André Laurendeau, reçoit sur rendez-vous.Téléphone.CR.2221.L\u2019abonnement est de $2.00 par annee Pour l\u2019étranger : $2.50 par année Abonnement de soutien $5.00 par année Tous droita riaarria, Ottawa, 1933 « BONHEUR > et SUCCÈS vous sont assurés si vous travaillez assidûment et économisez k avec méthode.V If Mil, LA BANQUE D'ÉPARGNE DE LA CITÉ ET DU DISTRICT DE MONTRÉAL FONDÉE EN 1846 COFFRETS DE SÛRETÉ A TOUS NOS BUREAUX SUCCURSALES DANS TOUTES LES PARTIES DE LA VILLE S52* I Pour votre santé *¦* Mandez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Les médecins recommandent la levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, G et D.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens- Fraîche COUVRETTE-SAURIOL Limitée EPICIERS EN GROS \u2022 50, rue de B resol les H Arbour 8151 \u2022 Président et gérant général Bernard Couvrette ii Lisez i \u201cLE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT \u2022 ALLEZ CHOISIR CHEZ LES TAILLEURS les nouveaux tissus et les modèles nouveaux 269 est, rue Ste-Catherine, BEIair 3126\tMontréal LA COMPAGNIE l.-Y.DECLET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : ASCENSEURS MODERNES DE TOUS GENRES SOUDURES ÉLECTRIQUES BT AUTOGÈNES, ETC.206, RUE DU PONT .QUÉBEC COMPAGNIE DE BISCUIT STUART Ltée BISCUITS, GATEAUX el TARTES \u2022 Alfred ALLARD Président et gérant général III QUESTIONS D\u2019ACTUALITE Réponses à retenir Q.\tQU'EST-CE QUE DUPUIS FRERES, LIMITEE?R.\tC'est un institution canadienne-française; fondée en 1868 par feu J.-Nazaire Dupuis, elle fait le commerce de détail à son magasin, 865 est, rue Ste-Catherine, à Montréal, et, par son Comptoir Postal, dans toutes les parties de la province de Québec et des environs.Q.\tEST-CE UNE INSTITUTION IMPORTANTE?R.\tOui.C'est la plus grosse maison canadienne-française en Amérique.Q.\tQUI EST SON PRESIDENT?R.\tM.Albert Dupuis, Chevalier de St-Grégoire-le-Grand et neveu du fondateur; avec la maison depuis 1924.Q.\tQUI EST SON VICE-PRESIDENT?R.\tM.A.-J.Dugal, qui est en même temps gérant-général.M.Dugal est né à Québec et est avec la Maison depuis 1911.Q.\tQUI EST SON SECRETAIRE-TRESORIER?R.\tM.Armand Dupuis, I.C., neveu du fondateur et frère du président; avec la Maison depuis 1916.Q.\tQUELS SONT LES AUTRES DIRECTEURS?R.\tM.Roland Préfontaine, I.C., fils de feu Raymond Préfontaine.M.Raymond Dupuis, avocat, assistant-secrétaire-trésorier, fils du président; avec la Maison depuis 1937.\t(Annonce) IV CE PEUPLE CHARGE DE CHAINES Il est entendu qu aucun parti n'a vraiment représente a Ottawa les idées et les intérêts cana-diens-français.Tel député surveillait les affaires de son village; mais nos conceptions d'ensemble, la façon dont les Canadiens français veulent que le pays soit gouverné, aucun groupe ne les a fait valoir.Ni les liberaux ni les conservateurs canadiens-français n ont essayé de conduire la politique extérieure selon notre manière de concevoir T intérêt canadien.Certains politiciens le prétendaient.Nationalistes dans 1 opposition \u2014 cf.les conférences de M.Lapointe sur le Statut de Westminster \u2014 ou dans les périodes relativement calmes \u2014 M.King et l'incident de Tchanak, \u2014 ils nous montrent, aujourd hui que la soupe est devenue chaude, que nous avions tort de prendre leurs conquêtes au serieux.Loin qu ils nous représentent a Ottawa, c est désormais Ottawa qui les délègue vers nous.Cessant d être nos interprètes auprès du pouvoir central, ils deviennent auprès de nous le truchement des vouloirs majoritaires.Ils ont fausse le jeu de la démocratie, et c est désormais contre nous que nous élisons nos députés.(Jn jour, cela est devenu trop clair, et ils ont changé de langage.« Élisez-nous, dirent-ils.Au moins, nous vous éviterons des maux plus cruels Rempart et muraille.Nous sommes le moindre mal )).Nous les avons élus.Peut-être en effet sont-ils le moindre mal.Voilà ce pour quoi ils ont opté. 178 l'action nationale Ils ont choisi de n\u2019être que cela: le moindre mal, au lieu de remplir un rôle historique et de créer une politique canadienne.Ni les conservateurs fédéraux ni les libéraux fédéraux n\u2019ont entrepris de résoudre équitablement le grand problème intérieur : celui des relations entre Ottawa et les États provinciaux.Si la conférence de janvier a échoué, ce n\u2019est pas leur faute.Nous sommes sauvés (pour un temps), parce qu ils ont perdu la partie.Nous respirons encore ?c\u2019est qu\u2019ils n\u2019ont pas réussi à nous étouffer.Car une fois de plus ils se sont faits les émissaires d\u2019Ottawa, les agents du chantage à la guerre et d une politique arbitraire d\u2019unification.Ni les libéraux ni les conservateurs n\u2019ont apporté de solution radicale aux difficultés économiques du Canada en général et du Canada français en particulier.Interrogez vos souvenirs et demandez-vous, par exemple, quelles suites 1 on a données aux révélations de l\u2019enquête Stevens, la très oubliée ?Quand et par quel parti la question du blé fut-elle envisagée comme une question nationale, et non comme un sacrifice perpétuel à consentir aux producteurs intéressés dont il fallait à tout prix maintenir le niveau de vie, fut-ce au risque de disloquer l'ensemble de notre économie ?Et les chemins de fer ?La canalisation du Saint-Laurent ?Quelles mesures, violentes comme 1 exigeait la violence des conjonctures, furent adoptées pour tuer le chômage ?Les partis trouvent des ressources pour financer la guerre, pour aider l\u2019Angleterre à gagner la guerre, mais ils ne surent pas mobiliser les énergies du pays pour entrepren- CE PEUPLE CHARGÉ DE CHAINES 179 dre une croisade contre les misères du temps de paix.Ni le parti libéral ni le parti conservateur n ont défendu efficacement l\u2019école française, le bilinguisme administratif, notre juste part dans le fonctionnarisme fédéral.Questions singulièrement irritantes qu'on voudrait rayer de toutes les discussions publiques, mais sur lesquelles nous nous lasserons de revenir seulement quand on se lassera d'être injuste.Les politiciens firent la sourde oreille tant que cela les gêna, c'est-à-dire tant qu'ils furent au pouvoir.Puis ils minimisèrent l'importance de ces réclamations.Ce faisant, ils minimisaient la cause française.Ayant dans le sang le respect de la majorité, eux qui au fond nous croient faibles et méprisent notre faiblesse, ils ont tenté et souvent réussi, à nous rendre amorphes, satisfaits des moindres miettes, heureux de nos chaînes et exaltant notre esclavage et faussant l'histoire pour exalter notre esclavage; ils nous ont voulus pareils à eux, c\u2019est-à-dire lâches et veules.« Nous sommes la minorité ».Tel était leur cri au moment des trahisons majeures.Tel est leur Évangile.Tel continue d'être leur alibi.Puisqu\u2019en effet la loi du nombre joue contre nous \u2014 cette loi aussi bête, aussi féroce et plus hypocrite que n'importe qu'elle agression, et qui prétend remplacer la justice par une arithmétique brutale, loi la plus aveugle et la plus irrationnelle si elle n'est corrigée par un sens exigeant du bien commun, loi qui est une agression continue, authentiquée, légalisée d\u2019un groupe de citoyens sur un autre parce qu\u2019ils sont cinquante et que nous sommes trente, \u2014 ces hom- 180 l'action nationale mes auraient dû multiplier leur présence, enflammer nos ressources de courage et de fidélité.Mais ils se sont faits souples, minuscules, introuvables, saufs2a nous prêcher la démission collective: « Faites-vous oublier.Ne criez pas trop fort.Vous êtes la minorité ».Dans ces conditions, comment les^conserva-teurs, comment les libéraux auraient-ils pu accepter franchement'la démocratie?Ils en ont fait une idole, mais le\\emple est envahi par les marchands.Qui croirait, après cela, que le peuple gouverne ?Assurément pas le peuple.Eux moins encore, qui célèbrent la démocratie mais ont pris leurs précautions contre elle ! A Québec Québec, oû nous étions pourtant la majorité, fut à la mesure d'Ottawa.Qui soutiendra sans sourire que la vie économique, sociale et même culturelle y ait été organisée aux fins d'asseoir la nationalité canadienne-française et de lui préparer une politique d\u2019expansion ?Le principal article de leur programme culturel est devenu le dérisoire « apprenez plus d'anglais » ! Nulle connaissance du milieu humain et géographique, nulle curiosité à son égard: quand entreprendra-t-on l'enquête jugée nécessaire par vingt techniciens, qui doit être préalable à toute réforme sérieuse ?après soixante-quatorze ans de régime fédératif, nous en sommes encore au point d\u2019ignorer quelles mesures amélioreraient la situation, faute de savoir au juste en quoi celle-ci consiste.Il en fut de l'agriculture, de la colonisation, du commerce et de l\u2019indus- CE PEUPLE CHARGÉ DE CHAINES 181 tr e comme de toutes les matières importantes; cela pousse comme cela peut, les gouvernements n\u2019y manifestent aucune initiative, ce qu\u2019ils accomplissent ils le font contraints par l\u2019opinion.En 1935-36, le peuple s\u2019est soulevé.Il crut se donner un nouveau régime.Hélas, le vieil état de choses se perpétua sous un nouveau nom.Les politiciens de l'Union Nationale porteront cette responsabilité terrible d\u2019avoir fauché les espoirs politiques d\u2019une génération.PETITESSE DES PARTIS Nous avons fait le procès des partis au point de vue national.Sur le plan humain, les forcer à déposer leur bilan, ce serait les forcer à déclarer une faillite frauduleuse.Nos formations politiques sont victimes d'un égocentrisme forcené.Il y a de la grandeur dans les errements socialistes; les buts de la C.C F.se situent hors d\u2019elle-même; elle inspire des dévouements.Mais les vieux partis sont servis pour ce qu'ils rapportent.On trouve de la petitesse jusque dans leurs vérités.Contre toutes les lois biologiques, ils vivent de leurs parasites; s\u2019ils réussissent cette gageure, c\u2019est qu'eux-mêmes parasitent le pouvoir.On les voit justifier le mot d\u2019Harpagon: qu\u2019il ne faut pas manger pour vivre, mais vivre pour manger.Ils avilissent ce qu\u2019ils touchent: courage, fidélité, pitié, reconnaissance, amour, sincérité, toutes leurs pièces sont fausses.Et c\u2019est une loi politique aussi bien qu\u2019économique, que la mauvaise monnaie chasse la bonne. 182 l'action nationale Non qu\u2019ils aient transformé leur armée en une troupe de scélérats: de braves gens logent à leur enseigne.Malheureusement les hommes honnêtes entrent de moins en moins dans la politique pour y servir l\u2019État: comprenant que l\u2019affiliation à l\u2019une quelconque des deux sectes servirait leurs affaires personnelles, c\u2019est pour avoir des causes, des contrats ou un titre qu'ils participent le plus souvent aux élections.Une fois dans la place, il leur arrivera d'empêcher un brigandage, de donner le coup d\u2019épaule à un projet raisonnable; le plus clair de leur temps passera en casuistique : « Dois-je ou ne dois-je pas ?Puis-je ou ne puis je pas ?» Ils se construisent une morale ad usum delphini: tragique et trop courant phénomène de la double conscience.Après cinq ans de ce régime, vous les verrez dégoûtés ou sceptiques.Les partis ont absorbé leur activité sans devenir plus sains.Ne nous étonnons point que le partisan de 1941 ait perdu ses solides croyances.Il ressemble, politiquement, au fidèle des époques de demi-foi, à ce bourgeois qui s\u2019imagine défendre l\u2019Église quand en fait il protège sa caisse.Petit à petit règne le vulgaire intérêt immédiat, l\u2019intérêt conscient, sordide, cynique.A mesure que baisse la Foi partisane, les espérances se déploient, accompagnant, dissolvant ou déterminant toute une gamme de sentiments complexes.Bref, l'état-major officieux du parti, c'est 1 argent.Qu\u2019espérer alors du système des deux grands partis ?Des élections permettront-elles un jour à la communauté canadienne-française d\u2019entrer en scène ?Instaureront-elles jamais le régime de CE PEUPLE CHARGÉ DE CHAINES 183 la justice ?Mirage.Nous sommes pris dans un étau.Nous portons des chaînes: ces lourdes chaînes et ces boulets dont nous a chargés la politique.Nous sommes victimes de l'éternel jeu de bascule: mal satisfaits du rouge, il nous sera loisible de hisser le bleu au faite; dégoûtés du bleu, nous réinstallerons le rouge.Hier bleu, aujourd'hui rouge, demain bleu (bleu plus ou moins pâle) : c'est notre avenir.Mais quant à influer sur la conduite des affaires, quant à porter nos idées et nos intérêts collectifs au pouvoir, il n y faut point rever tant que subsistera le régime des deux grands partis.S'introduire dans l\u2019un d'entre eux, le réformer, le restaurer ?Ces illusions étaient permises hier: bien fol qui entreprendait aujourd'hui de « relibéraliser » le parti libéral.On pourrait aller plus loin et mettre en cause le parlementarisme.Il n\u2019est pas temps encore de songer aux reformes structurelles.Examinons au moins de plus près les rouages des deux instruments de notre déchéance politique, qui donnent tout à la fois les raisons de leur force et les raisons de leurs incurables infirmités.UN PROBLÈME ALIMENTAIRE Comment justifier intellectuellement l'existence du parti liberal et du parti conservateur ?L'esprit discerne de vagues tendances qui pourraient caractériser chacun d entre eux et les opposer 1 un à 1 autre; puis il hésite.Tant de fois les situations furent renversées, un ministère bleu héritant d une politique rouge, que les rouges renient à 184 l'action nationale grand fracas quittes à la reprendre demain.Rappelez-vous les débats sur la Confédération, l'affaire Riel, les écoles françaises de l\u2019Ouest, la politique des chemins de fer, l'autonomie provinciale; songez à la politique extérieure.On ne fait pas un corps de doctrine avec des contradictions.Les deux grands partis se contentent de vivre: leur raison d'être, c\u2019est d\u2019exister.Si vous attaquez le problème par un autre côté, si vous vous demandez: pourquoi les partis subsistent-ils quand même, vous en viendrez a vous poser une dernière question, qui explique tout: Qui avait la liberté de les combattre ?Qui, s\u2019il s\u2019en prenait aux-rouges-et-aux-bleus, ne lésait pas du même coup un proche parent, un ami ou ses propres intérêts ?Vous comprendrez alors pour quelle raison la politique survit a la mystique, pourquoi les partis, vastes consortiums d\u2019intérêts, survivent chez nous à l'esprit de parti.C est un problème alimentaire.On a souvent décrit ces formidables machines.On nous a montré combien d hommes sont, directement ou indirectement, aux mains d un députe; et à l'inverse, puisque ces servitudes s\u2019articulent, on nous a laissé voir aux pattes de combien de loups dévorants le député est livre.Il y a 1 organisateur en titre et les organisateurs régionaux: infrangible solidarité.Autour des chefs de paroisse se groupe une clientèle \u2014 la clique au pouvoir distribue, l\u2019opposition promet: un emploi, une prime de colonisation, un contrat, le crédit agricole, le travail de voirie, un poste honorifique, les innombrables services dits sociaux, etc.Grimpez un CE PEUPLE CHARGÉ DE CHAINES 185 palier et vous trouverez les clubs politiques, redoutables centres d\u2019action où fleurit la combinazione.Les régiments du fonctionnarisme, soit plusieurs milliers d\u2019hommes et de femmes pour qui la liberté démocratique est le mythe le plus délicieux qu\u2019ait enfanté la folle du logis.Les commissions d\u2019enquête ou de régie (perspectives d'emplois, de contrats, etc.).Les causes aux avocats du parti.Postes d\u2019instituteurs (il faut toujours chiffrer par milliers), de directeurs, d\u2019administrateurs; sans compter les sommets lointains et lumineux qui brillent aux yeux du débutant ou que voudrait saisir le routier fatigué: devenir magistrat ou juge, conseiller législatif ou sénateur.Tous messieurs très honorables.Le tableau commence d\u2019être impressionnant.Pourtant l'influence de la camarilla s\u2019étend beaucoup plus loin.Par exemple, il y a les banques avec qui tel parti fait affaire, et qui tiennent sous leur ombre tutélaire quelques brigades d'employés.Tout à côté campent de puissantes corporations dont le gouvernement est parfois l\u2019ange gardien (bills privés et bills qui n\u2019ont rien de privé),dont l\u2019action s\u2019étend sur combien d\u2019ingénieurs, d'ouvriers, de médecins, d\u2019actionnaires et d\u2019obliga-gataires ?Sans oublier les corporations à naître, qui ne sont pas les moins voraces.Dans un autre secteur les intellectuels attendent, en louchant du côté du Secrétariat de la Province\u2014 avec tous ceux, institutions ou individus, â qui l\u2019on sert ou â qui l\u2019on promet une allocation.Je ne m\u2019excuse pas de cette pesante énumération.Elle montre pourquoi vous et moi, qui sommes 186 l'action nationale d'honnêtes citoyens, observons, ici et là, des discrétions bien étranges, ou débordons d\u2019un enthousiasme inexpliqué.Et je m\u2019en voudrais de ne pas jeter un coup de sonde dans les bas-fonds, là où s\u2019agitent la pègre, les exécuteurs de basses œuvres, inavouées et inavouables, mais aussi nécessaires au parti que les ministres.Agents de liaison, manœuvriers professionnels, coupe-jarrets en smoking ou brigands en uniforme, que certains procès louches font remonter à la surface.Schemers (l\u2019honorabilité y commence à $10,000).Les hauts coulis-siers, les moyens coulissiers et les minuscules coulissiers.Les industries crapuleuses.Et les cadavres dans les tiroirs: est-ce qu'en politique la charogne n\u2019a pas plus de prix que la chair vive ?Par dessus tout, la Peur, ciment du système.Car ces personnages s\u2019épouvantent les uns les autres.Les députés tremblent devant le ministre, qui tremble devant les députés, lesquels terrifient la foule des quémandeurs et sont terrifiés par elle, qui les élit, étant le peuple.Tous sont au service de l\u2019argent, le plus affolé peut-être, parce qu'il croit entendre gronder la révolution aux carrefours.\u2014 Nous avons trouvé le secret du mouvement perpétuel ! (Mais si un groupe d\u2019hommes se mettait, résolument, à n\u2019avoir plus peur .?) \u2022 La démocratie parlementaire eut une ancêtre puritaine: aussi préfère-t-elle la pudeur à la vertu.Ses tyrannies s\u2019exercent doucettement, quand on s\u2019en plaint on a toujours l\u2019air de partir en guerre CE PEUPLE CHARGÉ DE CHAINES 187 contre des ombres.D\u2019ailleurs, personne n'aime étaler ses chaînes d\u2019or, et l\u2019on ne tente pas un honnête homme de la façon qu\u2019on achète une crapule: il y a des formes à observer, comme au Palais.Qui dira la facilité avec laquelle nous nous dupons nous-mêmes ?Nous nous croyons inaccessibles à la vénalité, mais quand une occasion se présente, comme nous y succombons vite! La diplomatie, ce vice qui s\u2019acquiert avec les années, sait bien nous suggérer le silence ou la flatterie compatibles avec la réalisation de tel désir.Un journaliste deviendra soudain moins agressif, un avocat moins scrupuleux, un ingénieur plus taciturne, un professeur fort admiratif des positions officielles: le tour est joué, nous deviendrons fonctionnaire ou directeur sans avoir chargé nos consciences d\u2019un péché mortel h Nous serions bien étonnés d\u2019apprendre que la somme de ces complaisances a causé plus de mal que l\u2019escroquerie des fonctionnaires infidèles! Nous pesons des intérêts individuels ou familiaux si clairs, si évidents, au regard d\u2019un devoir problématique.Ou nous faisons les désenchantés: le monde n\u2019a-t-il pas toujours roulé ainsi ?à quoi bon se révolter contre les choses, et risquer des avantages immédiats contre le service d\u2019un Bien Commun dont personne ne nous a montré que nous sommes solidaires ?A quoi bon faire les généreux ?le courage nous \u2018 Par exemple, combien d'autonomistes sont restés cois, en décembre et en janvier dernier, parce que défendre leurs idées aurait équivalu â se mettre à dos les gouvernements de Québec et d'Ottawa ?Combien de Canadiens français palabrent à la radio en faveur d une politique de guerre qu'au fond ils exècrent, et cela pour des raisons que la raison connaît trop ? 188 l'action nationale isolerait.Tremblons avec les trembleurs et passons à la caisse toucher le prix de notre imperceptible lâcheté.La presse nous y encourage, elle qui fait les renommées.Aussi la presse est-elle, avec la radio, l'un des artisans de notre servage.Elle fournirait matière à de jolies monographies scandaleuses qu\u2019il faudrait entreprendre un jour, quelque dégoût qu\u2019on éprouve pour ce genre littéraire On trouverait à ces diverses activités, reliées par d\u2019invisibles ficelles, un principe d\u2019unification: la caisse électorale, cette fameuse C.E.qui connut la célébrité il y a cinq ou six ans, mais qui, pour faire moins de bruit, n\u2019en continue pas moins de veiller sur notre destin.DÉSESPÉRER DES VIEUX PARTIS Il en sera toujours ainsi des deux grands partis.C\u2019est leur loi interne.Leur pesanteur les tient en place, et elle les paralyse.Ils feront semblant d\u2019évoluer, leur vocabulaire consentira des sacrifices à la mode: ces mots insolites ne veulent rien dire.Accueillir des idées vraiment jeunes, ce serait signer leur arrêt de mort.Au moins, s\u2019il leur avait suffi de s'abstenir: mais ils ont empêché.Toute initiative nouvelle s'est heurtée à ce dur tissu d'intérêts, à ces mailles serrées que la moindre création pouvait entamer.Ils ont pratiqué l\u2019obstruction systématique.A cause d'eux nous n\u2019avons ni politique canadienne ni politique canadienne-française.A cause d\u2019eux nous sommes un peuple chargé de chaînes. CE PEUPLE CHARGÉ DE CHAINES 189 S'ils s'étaient contenté d\u2019empêcher: mais ils ont avili.Quand vous entrez chez eux, vous savez ce que vous êtes: qu'auront-ils fait de vous quand ils vous lâcheront ?Même leurs faveurs sont gluantes.Nos pères auraient pu les refaire.Nous-mêmes avons laissé échapper, en septembre 1939, la dernière occasion.Désormais ils recruteront les médiocres et les arrivistes: leurs préférés d'ailleurs, parce qu\u2019ils ont besoin d\u2019échines souples.Il faut désespérer des vieux partis.Il faut avoir le courage de constater et de dire que rien de jeune, de vivant et de fort ne sortira plus d'eux.Leur fin arriverait sans nous: l\u2019après-guerre va les liquider.Ii est grand temps de nous compter et d'empêcher que des courants troubles ne fassent dévier notre avenir.Sachons nous détourner à temps de ce qui va disparaître: laissons les morts ensevelir leurs morts.Avec les partis tels qu'ils sont et ne peuvent plus cesser d\u2019être, on ne doit rien faire, que les aider à mourir.André Laurendeau Prochain article : « L\u2019impossible » troisième parti. Essai de synthèse Les grandes vertus sociales de l\u2019homme1 (suite et fin) CE QUE S'ASSIMILERAIT SAINT THOMAS Il n'échappe à personne que la tâche est délicate.Le danger est grand de faire absorber aux auteurs disparus plus qu ils n en voudraient porter.Saint Thomas, pour sa part, a déjà patronné bien des causes mauvaises.Qu'il s'en console.Il a cela de commun avec l\u2019Évangile du Christ, avec l'apôtre saint Paul.Tout de même, nous / ne voudrions pas lui infliger le tourment d un nouveau patronage infamant.C\u2019est pourquoi nous ne proposons qu\u2019un essai de synthèse thomiste dans le champ aujourd'hui si exploré des vertus sociales.Pouvons-nous conjecturer ce que ferait saint Thomas du civisme ?Lui qui a si bien exorcise et baptisé Aristote, refuserait-il d\u2019envisager ce rejeton du paganisme, né par surcroît au cours d\u2019une révolution célèbre et grandi plus ou moins en marge de l\u2019ordre social chrétien ?Rappelons sommairement les données du problème.Le civisme, malgré ses origines païennes et son histoire peu chrétienne, a reçu, en définitive, un sens acceptable.Le progrès des sciences sociales, basé sur l'évolution de la vie politique, 1 Voir 1\u2019Action Nationale de février. LES GRANDES VERTUS SOCIALES 191 a fait voir que, puisqu'il y a une distinction réelle entre nation, patrie et cité (ou État), une attitude différente s'impose aux membres de ces diverses communautés.Depuis toujours le patriotisme qualifie le sentiment du patriote.Pour nommer le dévouement du citoyen, ne pourrait-on pas prendre un mot qui a cours, qui se rapproche étymologiquement de cité, conçue comme entité politique ?Sans doute, le passé du mot est peu propre.Mais, ne peut-on pas l'épurer ?Le temps semble y avoir réussi.Aujourd'hui, civisme qualifie le dévouement du citoyen à son pays, c'est-à-dire à la société politique dont il est membre.De son côté, saint Thomas, nous l'avons vu, entend la justice générale comme la vertu qui nous incline à travailler au bien commun de la société politique.Ce n'est pas un sentiment naturel de vénération ou de bienfaisance, c\u2019est une situation juridique que la justice générale du saint Docteur ordonne et moralise.Nul doute que saint Thomas n\u2019a pas autant insisté que nous devons le faire de nos jours sur la distinction de patrie et de cité: 1 observation ne lui suggérait guère la chose.Mais, habitué comme il l\u2019était aux distinctions de formalités, il a bien vu qu'entre le consortium politique et cette famille qu'est la patrie il y a plus qu'une nuance.Pour régler nos actes en rapport avec le bien commun de la société politique, il n'a pas connu d\u2019autre vertu que la justice générale.Quant aux devoirs à rendre à la patrie, il a admis, avec toute l'antiquité, qu'ils étaient la matière du patriotisme.Ainsi donc, pour le Docteur angélique, la justice générale est la vertu 192 L ACTION NATIONALE qui nous pousse à prendre notre part des charges de la collectivité politique et à collaborer dans le sens du bien commun de cette société.Sommes-nous, avec cette idée, bien loin du civisme ?Dévouement du citoyen à son pays, à sa cité, collaboration du membre au bien commun de la société politique: le rapprochement n'est-il pas permis ?Si ces deux activités se ressemblent si fort, ne peut-on pais en dire autant des vertus qui les disciplinent: civisme et justice générale?Nous ne voyons pas pourquoi on ne tracerait pas le signe d\u2019équation.Pourtant, il nous reste un scrupule.Chez saint Thomas, la justice générale fait seulement abstraction du patriotisme; dans la réalité, elle l\u2019appelle et se le subordonne.Pour nos modernes sociologues démocrates, le civisme a une tendance à nier le véritable patriotisme, ou, si l\u2019on veut, il l'embrasse, «mais c\u2019est pour l\u2019étouffer».Libre à nous de secouer toute équivoque et de concilier dans nos esprits et dans nos vies civisme et patriotisme.Ce faisant, nous aurons et nous réaliserons à propos de civisme l\u2019idée qu\u2019avait saint Thomas de la justice générale.Nous proposons donc l\u2019identification du civisme tel que nous l\u2019avons défini conformément à l\u2019usage et de la justice générale telle que 1 a conçue 1 Aqui-nate.Puisse saint Thomas ne pas nous en vouloir, et les thomistes non plus.Doit-on poursuivre l\u2019opération et faire admettre, voire même assimiler par saint Thomas la justice LES CRANDES VERTUS SOCIALES 193 sociale 1 II nous vient à la mémoire plus d'un nom dont la seule évocation rappelle une opposition acharnée au mot démagogique.Serons-nous admis à discuter l'acceptation thomiste du vocable: justice sociale, ou devrons-nous prendre des airs de frondeur ?Nous préférons croire que le temps a fait ici encore son œuvre d\u2019émondation et qu'un modeste raisonnement réussira à convaincre qu'un rapprochement est possible entre la justice sociale des modernes et la justice générale des anciens.Mettons en regard les définitions longuement élaborées dans le chapitre précédent.La justice sociale, disions-nous, est la vertu qui nous fait coordonner nos activités économiques avec les exigences du bien commun.Faisons seulement remarquer qu il ne s\u2019agit pas seulement du bien professionnel, ni même du bien économique total, mais du bien commun de la société politique, quoique en fonction de l'aisance collective.D autre part la justice générale telle que formulée par saint Thomas est la vertu qui coordonne les actions individuelles des citoyens avec les nécessités du bien général.La ressemblance est frappante.Dans l'une comme dans 1 autre vertu, il y a le souci d\u2019ordonner au bien commun.Il y a encore une coïncidence matérielle: les actions individuelles.Ordonner les actions individuelles au bien commun semble être le rôle des deux vertus qui ne se distingueraient dès lors que par leur apparition dans le temps [et leur formule linguistique.Notons toutefois les différences.Il est exact que la justice sociale modère les activités person- 194 L ACTION NATIONALE nelles dans le sens du bien commun.Mais ce bien commun est atteint seulement par le ricochet du bien professionnel et du bien-être collectif.De plus, les actions individuelles que discipline la justice sociale sont des actions économiques, du moins à portée économique II y a donc une modification réelle apportée à la justice générale par la justice sociale.Cette modification va-t-elle jusqu\u2019à introduire une distinction spécifique entre les deux vertus ?Il ne semble pas.Car la dette, qui est la raison formelle de toute justice, est de même nature pour la justice sociale et pour la justice générale.Il s'agit en effet, dans l'un et l'autre cas, de rendre à la société en concourant au bien général ce qu'on en reçoit par la voie du même bien commun.La façon de concourir n'est pas suffisante à elle seule pour opérer un changement d'espèce.Pas plus d\u2019ailleurs que la matière particulière de la justice sociale, c'est-à-dire les actions économiques, la vertu étant spécifiée par son objet formel.Et voilà comment, à ce qui nous paraît, saint Thomas rattacherait la justice sociale à son système de vertus.Elle serait la justice générale même, avec cette nuance, pourtant, qu'elle modérerait l\u2019activité économique des citoyens en rapport avec le bien-être collectif et, par là, avec le bien commun.Saint Thomas serait-il également nationaliste ?Plaisante question, penseront quelques-uns, et qui confine au paradoxe! Mieux vaudrait se demander si modération est synonyme d'exal- LES GRANDES VERTUS SOCIALES 195 tation! N'ayons pas peur des mots, bravons même les sourires, et allons-y d'une réponse .affirmative.Nous croyons avoir démontré que le nationalisme incline l'homme à défendre et à grandir sa nation.Rien en cela de contraire à la charité ou à la justice.Le conflit du nationalisme avec la prudence peut certes exister, comme il peut exister à propos de toute vertu; mais le nationalisme n\u2019est pas en soi contraire à la prudence.Ce n'est donc pas charger la conscience de saint Thomas que de lui attribuer un sentiment nationaliste.Loin de là.Le Docteur angélique s\u2019est montré si accueillant pour toutes les vertus que, s'il avait eu vent du nationalisme, il l'eût à coup sûr embrassé.Disons plus: il l\u2019a embrassé.Car le patriotisme de saint Thomas contient virtuellement et peut-être implicitement notre nationalisme.Rappelons-en seulement la définition.Ce qu'est la piété filiale dans le cercle familial, le patriotisme l'est dans la communauté sociale appelée patrie: essentiellement un culte pour le principe connaturel d'existence et de providence, secondairement un secours à la même adresse quand le malheur s'attaque aux auteurs de nos jours.Saint Thomas ne mentionne guère comme malheur public auquel remédierait le patriotisme que l'agression du territoire, de la terra patria.De fait, il y a bien autre chose qui peut être convoité et assailli de ce qui constitue une patrie.Car, si la patrie est explicitement le sol qui nous a vus naître, qu\u2019ont fait et cultivé les ancêtres, qui est pénétré des 196 L ACTION NATIONALE souvenirs de famille, elle est aussi la terre que des générations provenant des mêmes souches ont transformée, que des institutions et des traditions séculaires ont modelée, qui est, en un mot, étroitement lié à la nation.Patrie et nation s'étreignent fortement, au point qu'elles se confondent presque, là du moins où elles existent toutes deux, une nation pouvant être sans patrie.Si donc la nation, partie intégrante de la patrie, est attaquée, le patriotisme inclinera à la défendre, et deviendra au même moment du nationalisme.Saint Thomas repousserait-il ce développement logique de ses propres idées ?Personne ne lui infligera cette injure.Toutefois, il faut revenir sur la démonstration qui précède, non certes pour l'infirmer, mais pour empêcher qu'on la rende trop féconde.Elle prouve, ce nous semble, que saint Thomas ne rejetterait pas le nationalisme.Conduit-elle également à cette conclusion que saint Thomas identifierait nationalisme et patriotisme ?Nous ne le pensons pas.Voici pourquoi.Sans doute il existe une grande compénétration de l'idée de patrie et de l'idée de nation.Pourtant, dans la définition de l'une et de 1 autre, on ne met pas l\u2019accent à la même place.Ce qui est principalement souligné dans l\u2019idée de patrie, c\u2019est le sol des ancêtres.Par contre, dans 1 idée de nation on fait ressortir davantage le souvenir des ancêtres, leur héritage culturel, les institutions qu'ils ont créées et nous ont transmises.La nation est incluse dans la patrie et elle y est quelque chose de bien notable; mais est-elle assez LES GRANDES VERTUS SOCIALES 197 notée, nous voulons dire signifiée, mise en lumière ?Cela a son importance, car si dans le langage, patrie n évoque pas suffisamment nation, il s\u2019ensuivra que, dans la vie, le patriotisme restera froid pour ce que représente l'idée nationale.Or, il faut bien avouer que, de fait, lorsqu\u2019on parle de patrie, on ne se reporte guère à l\u2019élément national qui l'intègre.Pour autant, le patriotisme est uniquement un culte et, le cas échéant, l\u2019héroïsme du soldat qui se sacrifie pour sauver le sol de la patrie.De même donc que les deux concepts: patrie et nation, pour n'être pas étrangers l\u2019un à l\u2019autre, restent cependant distincts inadéquatement, mais réellement, et comportent des nuances très marquées, ainsi convient-il de maintenir, en même temps que la subordination du nationalisme au patriotisme, la physionomie particulière à chacun d'eux, leur champ propre et, bien entendu, leurs noms et leurs prénoms.Pour être une seule et même vertu, patriotisme et nationalisme ne disent cependant pas la même chose, ne portent pas aux mêmes actes concrets.Le patriotisme incline au culte et à la sauvegarde héroïque de la patrie; le nationalisme dispose à la défense, mais aussi au développement de la nation.Raison de plus pour le distinguer du patriotisme qui, dans son acception traditionnelle, ne patronne aucune ambition Quelle élucubration, grand Dieu! diront les profanes.Eh! oui.Mais ne s'impose-t-elle pas quand des idéologues ne veulent plus tenir compte ni du langage courant ni de l\u2019Histoire, deux maîtres 198 l'action nationale excellents pourtant dans la formation des idées justes ?Puissions-nous, du moins, avoir suffisamment montré que le nationalisme n'est pas indigne de saint Thomas, qu\u2019il n\u2019est qu\u2019une extension de son patriotisme, extension qui, par ses caractéristiques, mérite une dénomination particulière et aussi .un coup de chapeau.CONCLUSION Le moment est venu de conclure.Honneur tout d\u2019abord à saint Thomas! Une constatation générale, en effet, se dégage des pages qui précèdent: la vigueur et la jeunesse du thomisme.De quelle force, de quelle plénitude ne témoigne pas le système qui a dit l\u2019essentiel presque en toutes choses! Quelle souplesse aussi, quelle élasticité devant les inventions qui ne peuvent manquer de se produire! Loin de nous la pensée que saint Thomas ait tout dit ou qu on puisse lui faire dire tout.Comment, toutefois, ne pas reconnaître qu\u2019il a dit beaucoup de choses et qu\u2019il a laissé des principes et des cadres pour trouver ou synthétiser le reste ?Nous le touchons du doigt dans un domaine où l\u2019évolution a été grande depuis le moyen âge.A l\u2019aide de son schéma des grandes vertus sociales, nous avons vu clair, ce nous semble, dans l\u2019imbroglio que les passions et les esprits modernes ont créé autour de nos devoirs sociaux.Remettons encore une fois en lumière ce que nous croyons être la synthèse thomiste en ce domaine. LES GRANDES VERTUS SOCIALES 199 Rien n est venu s\u2019ajouter à la première des vertus sociales mentionnées par saint Thomas.L amour de la patrie occupe un rang à part, il a sa ligne à lui seul.Vient ensuite la justice générale.On se souvient que saint Thomas en fait la vertu spécifiquement consacrée au service du bien commun de la société politique en tant que telle.C'est ce qui nous a amene à lui assimiler le civisme, moyennant certaines restrictions.Quant à la justice sociale, elle accuse une grande similitude de traits avec la justice générale.Elle semble bien de la famille, c est-à-dire de l\u2019espèce, où cependant elle marque une nuance: orientation des activités économiques individuelles vers le bien général.Mais la société dont le bien commun exige la mise en exercice de la justice générale et de ses succédanés n est pas toujours un simple consortium.Elle est même ordinairement une famille, une patrie.Le patriotisme est la vertu qui rend à la patrie les devoirs de respect et de serviabilité qui conviennent.Or, l\u2019obligation de servir la patrie a crû avec le temps, en raison surtout de la prise de conscience nationale chez les patriotes et des attaques répétées dont la nation est l\u2019objet.C est pourquoi, le patriotisme se prolonge en nationalisme voué à la défense et au développement de la nation.Trois vertus spéciales, dont les deux dernières reçoivent des modifications réelles dont il faut tenir compte: telle est, semble-t-il, la synthèse thomiste des grandes vertus sociales de l\u2019homme. 200 l'action nationale Puissions-nous avoir contribué à jeter un peu de lumière dans un domaine où il y a trop de discussions quand il serait temps de passer à l'action.Simon Arsenault, P.S.V.Il y g des jours.Nous avons déjà signalé la « grandeur de la vie privée ».Nous continuons de ne pas croire à la toute-puissance de la politique \u2014 même celle des «tout-puissants».L'action politique n'est pas la plus profonde.Elle agit, du moins au début, à la surface des êtres.Veut-elle brûler les étapes ?elle se fait alors totalitaire, c'est-à-dire qu'elle pénètre en territoire défendu et menace 1 intégrité de la personne humaine.Mais il reste que les fonctions de 1 Etat sont eminentes; elles se font envahissantes.Et si la politique ne saurait tout sauver, il y a des jours où elle compromet tout.Voilà pourquoi l'un des nôtres examine aujourd'hui le problème des partis.Qu'on ne le taxe pas de pessimisme avant d avoir lu 1 ensemble de son exposé.Notes de gérance On est prié d\u2019adresser le plus tôt possible et directement le prix de son réabonnement.On évitera ainsi à la revue des frais de correspondance ou de perception.Le numéro de janvier 1935 manque à une collection, et celui de novembre 1940 est devenu introuvable.Si vous possédez un exemplaire de ces deux livraisons et si vous n y tenez pas particulièrement, auriez-vous l\u2019obligeance de nous les adresser ? « Images et proses » Ces images fixées par Tavi contiennent La beauté qui nous environne, le mystère des choses que nous n avons pas le temps d'atteindre et de dégager.L image nous forçait à nous arrêter, le poème nous invite à écouter, car tout est musique après un long silence.J'ai longtemps regardé ce que d'autres ont vu tant de fois pour le renouveler.Je n'ai pas la prétention d'épuiser l'image d'un seul poème; j'ai simplement tenté d'en tirer un reflet (spirituel) comme on en tire d'une pierre à mille facettes.J'ai ouvert mon coeur sous ces horizons comme le champ ouvre ses sillons.Quel grain volera ?Quelle fleur montera ?Qu'importe! La joie de créer, la joie de la fécondité, la joie de la pluie et du soleil emmêlées au-dessus de la terre, la joie viendrait.La joie d'approfondir encore cet azur lointain, d'ajouter à la hauteur de cet arbre, de délier cette maison de son mutisme, de prêter au sol des mots tombés sur lui en sueurs et que je retrouvais en syllabes, de faire danser la neige, la joie enfin de passer et de laisser la vie derrière soi .Donner la vie, n'est-ce pas l'instinct profond de iamour ?Pour chanter juste, il faut aimer.Dans ((Voisinage)) j'ai écrit: (( Tandis qu'il déchirait la soie de l'onde, je cherchais dans la claire entaille le secret de la profondeur ».Eh bien (.tandis que (( Tavi)) harcelait le paysage pour 202 l'action nationale en tirer un souvenir de beauté ou d'humour, je cherchais dans cette petite part offerte la gloire ou l'émoi du monde.De même que la forêt qui ne semble qu'une masse noire nous regarde pourtant avec ses lacs clairs comme des yeux bleus, de même la nature et les choses immobiles ont une façon discrète de se proposer à nous pour nous sourire et nous enrichir.Il s'agit seulement de conquérir doucement et d'apporter aux autres de la lumière car on ne referme pas ses mains sur l'or du soleil, mais on les tend chaudes et brillantes vers d'autres mains plus rudes ou plus aveugles.Rina Lasnier Note \u2014 Images et proses, livre de Rina Lasnier illustré par Tavi, que son auteur vient de présenter aux lecteurs de 1'Action nationale, est en vente au prix de $ i.3 5 l'exemplaire. A MA MERE Je ne sais plus t'offrir mes silences amers.Comme aux pâles matins des premières vacances, Où tu me demandais de dessiner la mer .Sur des papiers anciens, j'ai laissé mon enfance.Tu reconnais toujours le tapis du salon Où savamment j'ai fait de grands châteaux en cubes.Et quand tu regardais je soufflais l'aquilon, Pour que tombe la pluie et que les toits titubent .Mais si je ne peux plus te refaire mes songes, Ni mêler mon sourire aux rires des pantins; Si mon coeur est usé quand iamour se prolonge, Je sais encor t'offrir mes châteaux enfantins.Jean-Louis Langlois Point de vue du lecteur Nous laissons aujourd\u2019hui la parole à deux professeurs de collège.Le premier dénonce un projet que nous ne pouvons commenter, faute d'en connaître la teneur.Sa lettre est datée de « quelque part en bas de Québec».En voici le texte: « Un bruit assez étrange est venu jusqu'à moi : on dit, et je le répète avec déception sinon avec horreur, que l'anglomanie s'attaque aux collèges classiques, et ce dans la région la plus française du Canada français, celle qui est soumise à l'influence de Laval.L'ensemble du projet, que je ne saurais dévoiler pour le moment, tend à transformer l'enseignement des quatre premières années en celui d'une sorte de high school, avec spécialisation dès les Belles-Lettres.Réforme considérable qui appellerait déjà des réserves: est-ce que l'on ne va pas un peu vite en affaires ?est-il permis de donner à la légère un pareil coup de barre ?Mais il y a quelque chose de plus inexplicable : on voudrait consacrer à l'étude de la langue anglaise un nombre d'heures exorbitant, presque aussi élevé que celui consacré à l'étude de la langue maternelle.Le projet soulève des protestations.Les supérieurs de collège ne donnent pas si facilement dans le piège ! Un petit groupe remuant multiplie ses interventions, mais la majorité paraît garder son bon sens.11 semble même que l'on doive mettre l'affaire au rancart pour l'instant.Mais l'alerte est donnée et j'ai tenu à en prévenir I\u2019Action nationale.Ayons l'œil ouvert, et le bon.Il y a assez d'agents d'anglicisation dans la province! Nous reviendrons bientôt là-dessus.Seconde lettre: Je suis professeur.J'essaye de réaliser dans ma classe les principes d'éducation nationale élaborés par votre revue.Mais j'observe le monde tel qu'il va.Et depuis quelques années, un fait me saute aux yeux: le manque de caractère POINT DE VUE DU LECTEUR 205 de nos chefs, politiques ou autres.Certains d'entre eux ont une formation nationale, civique, sociale; et ils flanchent comme les plus ignorants de leurs confrères.On dirait que leurs idées nourrissent leurs portefeuilles plus que leurs actes.Ils mettent leur drapeau dans leur poche avec une aisance que ne possèdent pas les autres.Ils ont du bagout, un minimum de science, de la bonne volonté: mais pas de volonté.Chacun cède à son tour.Chacun est pris, qui par la vanité, qui par l'argent, qui par la timidité d'esprit; l'un succombe à la fausse prudence (qu'il y a de faux prudents, dans toutes les sphères de la vie québécoise), l\u2019autre n'a pas à céder, car il n'est rien, sinon sceptique.Si je reviens maintenant aux jeunes à qui j'enseigne les rudiments du latin et du grec, je les trouve ressemblants à leurs aînés.Ni la générosité ni le talent ne leur font défaut.Mais ils manquent d'épine dorsale.Rares sont ceux qui ont le goût du travail achevé; leurs enthousiasmes flambent vite, ils n\u2019ont aucune persévérance.Ils acceptent la morale du troupeau: aujourd\u2019hui agneau avec les agneaux, demain, si nous ne leur durcissons le caractère, loup avec les loups .L\u2019éducation de famille, dans sept cas sur dix, est lamentablement déficitaire.N'allez pas me croire défaitiste! J\u2019aime mon métier, et j\u2019ai foi en l\u2019éducation.Mais je me demande si l\u2019article premier d\u2019un éducateur catholique et canadien-français ne doit pas être: former des caractères.S\u2019ils ont l\u2019âme forte, leur vie professionnelle, religieuse, nationale sera cent fois plus féconde.Un homme d'énergie réussit dans son métier, s\u2019affirme en toute circonstance, résiste victorieusement à ce que vous appelez « la dictature de la peur ».« Former des caractères », la chose est vite dite, mais le problème n\u2019est pas résolu.Comment forger une volonté ?Les méthodes y suffisent-elles, si modernes qu\u2019elles soient ?On ne donne que ce que l\u2019on a, et éduquer les autres, c\u2019est d\u2019abord exiger de soi un dépassement continu, un don total .Puissent tous les éducateurs \u2014 pères et mères de famille compris \u2014 se faire une idée aussi haute de leur mission.On influence les hommes bien plus par ce qu\u2019on est que par ce que l\u2019on dit.Olivar Asselin, un jour de mauvaise humeur, composait pour ses compatriotes l\u2019épitaphe suivante : « Ci-gît une race morte de bêtise ».Au train où vont les choses, il faudrait y substituer une formule nouvelle: ci-gtt une race morte de 206 l'action nationale peur \u2014 une race qui est morte par la faiblesse de ses chefs.Ci-gisent de braves gens qui auraient pu, comme leurs ancêtres, résister au froid et à la faim, mais qui succombèrent au demi-luxe, à la fadeur d'une existence médiocre, aux narcotiques que leur servaient de mauvais bergers.Mais nous n\u2019avons pas à composer d'épitaphe.Le patient a la vie dure, il résiste admirablement à ses médecins.Nous n'avons pas à enterrer un mort, mais à réveiller un endormi, à chasser les anesthésistes.Besogne qui exige du caractère.L\u2019éducation nous donnera-t-elle des hommes de caractère ?* * * « La confiance en nous-mêmes » Je lisais hier, dans la Revue de l'Université d\u2019Ottawa, un article qui contredit, pour sa part, aux malices de Candide.« La confiance en nous-mêmes », du P.Laurent Tremblay, O.M.I., appuie parfois nos raisons d'avoir confiance sur des bases un peu fragiles, et si j'ose dire, trop exclusivement « morales »: sur le plan économique ou politique, il ne suffit pas d'avoir raison pour l'emporter sur un concurrent, et la vie n'est pas un roman de Chantepleure.Mais ses analyses des époques tragiques de notre passé \u2014 lendemains de 1760 et de 1838 \u2014 montrent chez notre peuple de singulières facultés de rebondissement.Par-dessus tout, son attitude de bonhomie et de confiance « quand même », mélange d'espoir et de lucidité où ni l'espoir ne tue la clairvoyance et ni le discernement ne ronge le courage, renferme plus de sagesse au fond que le sombre diagnostic d'un esprit accablé.Sans souscrire nécessairement à toutes ses déductions, on peut le féliciter de garder son âme.« Le découragement .(est) un acte sot ». Nos enquêtes D\u2019UNE CULTURE CANADIENNE-FRANÇAISE * 1 On ne \u201cdirige\u201d pas une culture La définition du mot culture que vous nous demandez d'adopter provisoirement pour les fins de cette discussion est vraiment très large et ne permet à personne de douter de l\u2019existence d'une culture canadienne-française.Il s\u2019agit d\u2019un ensemble de caractères nationaux qui se retrouvent chez tout peuple ayant atteint, ou n\u2019ayant pas perdu, un certain degré de civilisation.Savoir à quel degré commence la culture est, et reste encore, tout le problème.Mais quel que soit le niveau que nous ayons atteint, il convient, comme vous le dites, de nous demander si nous sommes distincts des autres.Pour ma part, je n\u2019en doute point.Il me semble que nous avons une façon bien â nous de vivre et de penser.Comme dans tous les cas, on en retrouve les éléments dans des cultures antérieures ou simplement étrangères ; en l\u2019espèce, dans les cultures française, anglaise et américaine.Il s'agit surtout de voir ce que nous avons fait de ces éléments.Leur sélection nous a été imposée dans une large 1 En résumé, voici le questionnaire adressé à une quarantaine d'intellectuels: i.A votre avis, existe-t-il une culture canadienne-française, distincte de l'étatsunienne, de l'anglo-canadienne et de la française, ou, plus humblement, cette culture est-elle en voie de formation ?i.Dans quel sens devons-nous orienter cette culture ? 208 l'action nationale mesure par des circonstances extérieures.Elle est aussi, en partie, le résultat d\u2019un choix plus ou moins conscient, dicté par un principe d\u2019unification: tempérament national, traditions religieuses, etc .Par la combinaison même que nous avons réalisée, nous sommes devenus différents de ceux dont nous procédons.Admettons qu\u2019il doit y avoir dans notre manière d\u2019être quelque chose de choquant pour un étranger et ne cherchons pas d\u2019autres preuves de l\u2019existence de notre caractère national.Reste à savoir si les caractères ainsi hérités ou empruntés sont restés à l\u2019état d\u2019un simple agrégat ou se sont intégrés en un tout suffisamment cohérent.Avons-nous laissé se juxtaposer dans notre personnalité des traits incompatibles, qui pourraient être, pour longtemps encore, une source de tiraillements internes et feraient que nous n\u2019arrivons pas à savoir exactement ce que nous voulons, tout en y dépensant beaucoup d\u2019énergie ?Une fois cette harmonie interne réalisée il faut encore, pour avoir une culture, créer quelque chose par soi-même.Notre production nous permet-elle de penser que nous en sommes rendus là ?C\u2019est le nœud de toute la question.On ne peut le trancher qu\u2019en fixant une limite arbitraire, basée sur des points de comparaison également arbitraires.Toutes les opinions étant également plausibles, je préfère n\u2019en avoir aucune.Pour ce qui est de l\u2019orientation que nous devrions donner à notre culture, je vous avoue que cette idée même a pour moi quelque chose de profondément irritant.Je veux bien que l\u2019on NOS ENQUETES 209 fasse de l'économie dirigée, mais il me semble que la culture dirigée serait la négation même de la culture.Cela ne se construit pas, il faut que cela pousse.On ne peut pas plus fabriquer une culture qu'on ne fabrique une langue, qui en est l'expression.Personne n'ose songer, par exemple, à ce que serait devenue la langue française, si l\u2019Académie avait réussi à l'orieryter.A mon avis, une culture vaut Rgr ce qu'elle introduit de nouveau dans le monde.Son essence est d'être imprévisible.Tout le reste n\u2019est qu'une répétition, sans enrichissement, de ce qui est déjà donné.Inutile donc de chercher à prévoir ce que sera la culture canadienne-française, encore plus de lui assigner des voies à suivre.Elle sera faite, comme les autres, de belles surprises, ou elle ne sera pas.Cyrias Ouellet I.\u2014 EXISTE-IL UNE CULTURE CANADIENNE-FRANÇAISE, DÉFINITIVE OU EN VOIE DE FORMATION ?Une telle question signifie une incertitude, une susceptibilité, une angoisse.Une approche concrète de sa réponse exigerait, pour que nous ayons quelque chance de nous entendre sur le sens que nous lui donnons et sur la portée de nos conclusions, qu\u2019on précise en premier lieu, en procédant du général au particulier, l'analyse du concept de culture ou de civilisation et qu'ensuite on élucide quelles sont ou quelles seraient les dominantes ca- 210 l'action nationale ractéristiques d'une culture américaine, et plus exactement, d\u2019une culture canadienne.On dit indifféremment en français: une culture, une civilisation1, référant par la soit a un certain style de vie humaine confirmé par une longue habitude collective, soit au processus lui-même de développement rationnel \u2014 spirituel, intellectuel et moral \u2014 d'un groupement humain.Ramuz dans une étude récente nous suggère une définition doublement opportune qui nous aidera a etayer les prémisses de notre examen de conscience: « Toute civilisation .est une lente élaboration de valeurs dont l\u2019expression collective n\u2019est que le résultat de nombreuses réussites individuelles, (lesquelles) aussi supposent beaucoup de temps, des loisirs, des reserves, une accumulation laborieuse d experiences en tout genre.» 2\u2014Culture: œuvre de maturation originale, maturation multiforme, stimulée et exprimée d'abord par des voix personnelles, puissantes, significatives.Existe-t-il, en ce sens, une culture simplement canadienne ?Il faudrait ici décrire les modalités de ce qu'on appelle la civilisation américaine \u2014 style de vie utilitaire, conquérant, tendu vers le futur, le succès matériel, le transitoire, l\u2019immédiat, d\u2019esprit formé aux cultures européennes mais farouchement affranchi \u2014 dont la vie canadienne, comme telle, subit une influence incoercible mais à laquelle en même temps elle s\u2019oppose historiquement et culturellement par des contrastes distinctifs.Il suffit d\u2019indiquer ce qui en est une formalité essentielle, et 1 on ne peut, je crois bien, 1\tvid.Maritain, Religion et Culture, pp.13» io9- 2\tPages d'un neutre, N.R.F.1er mars 1940, p.300. NOS ENQUETES 211 exprimer celle-ci avec plus de justesse qu'en répétant les termes memes d une analyse méconnue et d'une rare perspicacité, publiée il y a quelques années par M.E.-C.Hughes Ph D., de l université McGill : (( Canada as a whole is somewhat culturally self-conscious .C est un fait qu il existe en notre pays, avec une exceptionnelle intensité, une culture consciousness, faite à la fois d'une opposition intestine entre les conceptions que se font de la culture en général et de leur culture les deux nationalités constituantes du pays, et à la fois d un tiraillement entre l'influence des États-Unis adjacents et celle de l\u2019Europe (Angleterre, France) ».1 Ce qui caractériserait le Canada sur le plan culturel est en meme temps unifié par cet effort de défensive ou de sympathie vis-à-vis des influences américaines et européennes, et dissocié par une faille intime entre les deux éléments ethniques qui en sont les protagonistes.Avec quelle originalité, dans ce complexe, se dessinerait une culture canadienne-française ?Sans consentir a des rétrospectives historiques pourtant fondamentales considérons les notes typiques qui définissent, soit notre personnalité, soit nos œuvres, par opposition à nos compatriotes anglais \u2014 ce qui fait de nous something different \u2014 et c'est à 1 aide de ces jalons confus qu il faudra tâcher de discerner plus profondément les possibilités de notre individualité culturelle.11 y a d abord la religion catholique qui accentue non seulement la vie individuelle de la plupart des The French-English margin in Canada.The American Journal of Sociology.Juillet 1933.vol xxxix.n.i. 212 l'action nationale Canadiens français mais jusqu à notre conscience collective passée et actuelle.Notre vie sociale et politique même, par son organisation paroissiale, ses mœurs patriarcales et ses hierarchies civiles déférentes et obéissantes vis-à-vis le pouvoir officiel de l\u2019Église, s'en trouve imprégnée, colorée, et se manifeste en définitive en une sorte de traditionalisme d'esprit théocratique.Mais la religion, comme telle, ne peut être identifiée formellement comme un élément de culture: elle transcende et peut informer, théoriquement, toutes les cultures: ainsi pourrait-elle contribuer a vivifier celle que nous voulons ou que nous devrions avoir, a la condition toutefois que nous en prenions, une bonne fois, une conscience intelligente et non timorée.Le second élément primordial qui nous différencie est notre langue, perpétuée malgré le temps et le milieu, lentement émoussée chez les ruraux et les masses citadines, conservée pure et souple parmi les classes ( ?) ou les individus instruits et cultivés, mais qui reste le seul trait d'union avec une France rétrospective (celle du xvne siècle).Les événements historiques, par ailleurs, (conquête, oppression, solitude, misère involontaire et ensuite incurablement consciente) ont fait à notre groupe ethnique et ont inspiré à ses premières activités intellectuelles, cette lucidité d'un complexe de vassalité et de jeunesse à retardement: xénophobie latente, colonialisme, une sorte d\u2019avarice, de mesquinerie intellectuelle, une tendance à un insularisme parfois intransigeant, toutes ces dispositions alliées à un impétueux désir de vivre, un courage jamais lassé de reprendre le NOS ENQUETES 213 temps perdu et de faire consacrer un droit de cité injustement méconnu.Nous étions nés, comme groupe américain, de marcottages, de boutures: en outre d'être privés de tuteurs il nous a fallu lutter contre celui qui s\u2019est imposé.Comment maintenant trouver là les éléments d une culture canadienne-française ?Nos premières œuvres littéraires, par nécessité, et nous continuons de vivre de cette prédisposition aujourd'hui héréditaire, sont nées d un dessein polémique, défensif: ce sont des œuvres, le très grand nombre de nos essais sont encore, des actes de lutte, des tentatives d\u2019affranchissement soit des dangers d\u2019assimi-tion anglaise, soit de ce que les Canadiens français considéraient comme les périls spirituels d\u2019une osmose intellectuelle avec la France d\u2019après la Révolution.Œuvres apologétiques, esprit colonial, esprit hermétique, introverti.Nos œuvres de pensée et celles qui sont données comme telles sont, elles aussi, encore à la remorque des systèmes et des penseurs européens: l\u2019enseignement universitaire commence à peine de pouvoir favoriser un milieu canadien-français propre aux essors dynamiques.La poésie, le roman ont été honorés par très, très peu d\u2019œuvres gratuites qui ne fussent pas des copies livresques, des transpositions régionales d\u2019esthétiques françaises ou des brouillon^ de pamphlets oratoires.Il y aurait, comme substratum fécond, originel et original, à une littérature et à des manifestations de culture canadienne-française, 1 e folklore indien préhistorique ou typiquement canadien; cet élément substantiel reste potentiel et n\u2019a pas été suffisamment connu, exploité ni élaboré de 214 l'action nationale manière à créer un « climat )) spécifiquement cana-dien-français ni à inspirer nos œuvres artistiques.Seules la musique et la peinture y rejoignent petit à petit, de même qu'à l\u2019expression de nos décors naturels.Enfin, nos arts techniques ou domestiques pourraient \u2014 et ils recommencent de le faire discrètement, admirablement \u2014 retrouver la tradition coloniale de nos xvne et xvme siècles, la tradition des artisans, orfèvres, potiers, architectes et maçons français, qui nous ont laissé des œuvres qui nous appartiennent.1 Est-ce à dire que, d'ores et déjà, nous pouvons nous réclamer d une culture qui est notre ?Je ne crois pas.Il y a, et à des titres divers, dans l\u2019un ou l'autre des éléments que je viens d esquisser, des possibilités, des incohations, une matière première si l'on veut, d'une culture personnelle.Mais notre vie intellectuelle, maigre nos particularismes accidentels, est malheureusement encore trop imbibée sinon compromise par la promiscuité étatsunienne, trop latente, trop amorphe ou autointoxiquée, trop soudee aux disciplines et aux imitations étrangères, pour que nous ayons raison de nous installer sur un socle définitif et consacré.En outre, et je reviens ici a la definition de Ramuz citée au\u2019début, toute culture, toute civilisation se manifeste, dès qu\u2019elle est devenue vivante et réelle, par des « réussites individuelles».Or nous n'en connaissons pas encore chez nous ou si peu .C'est aux fruits qu'on reconnaît l\u2019arbre: nous n\u2019avons jusqu'ici récolté que des raisins verts, Wid.Les révélations imposantes et inépuisables que nous en a faites toute l'œuvre de M.Marius Barbeau. NOS ENQUETES 215 des fagots ou des fruits postiches, bibelots artificiels importes, jolis comme décorations aux grandes fetes, mais qu on abandonne au rebut dès que la (( visite » est repartie .II \u2014 DANS QUEL SENS DEVONS-NOUS ORIENTER CETTE CULTURE?Cette deuxième question pose un faux problème ou pose faussement un problème urgent.Je refuse et je nie qu'on puisse parler de culture dirigée comme on parle d économie dirigée.La culture, ou la civilisation, telle qu'on vient d'en parler, la culture humaine, se dit par analogie de l'acte matériel de cultiver la terre.Or, pas plus qu on ne peut hâter ou accélérer sans préjudice une culture naturelle, on ne peut diriger, orienter délibérément une Culture à tel ou tel rythme, en tel ou tel sens déterminé.Tout au plus, et cette œuvre reste éminemment féconde sinon nécessaire, peut-on essayer de modifier le climat ambiant dans lequel doit un jour s\u2019épanouir une culture, rénover et stimuler la glèbe humaine d'où elle jaillira, favoriser la lumière, la chaleur, le soleil, preparer des tuteurs, des engrais, des arrosoirs Œuvre de discernement et de discrétion, de patience persévérante.De patience surtout, car il faudra attendre que le milieu soit déjà tel qu'il aide à produire de nombreuses œuvres individuelles originales, sur plusieurs plans simultanés, et que, réciproquement, ces « réussites individuelles » fassent prendre conscience au milieu de son âme et de son esprit.De telles réussites ne peuvent jamais être provoquées rapidement ni artificielle- 216 l\u2019action nationale ment.Elles sont expression d'une vie, d\u2019un développement organique, et comme telles, participent à la genèse obscure des mystères de la vie.\u2014 En quel sens ainsi peut-on aider le milieu canadien-français à devenir ce qu'il est et ce qu'il doit être pour, un jour, voir fructifier une culture personnelle ?Est-il légitime ou opportun seulement de se préoccuper à transformer ou à créer un climat culturel canadien-français ?Je réponds oui à cette dernière question, à condition que l'on entende par là un effort intelligent et d\u2019ordre uniquement intellectuel en vue de développer ce qui, en nous, est héréditairement original et différent des autres Canadiens: une affirmation totale de ce que nous sommes, laquelle d\u2019ailleurs doit rester parfaitement conciliable avec une déférence pour la personnalité de nos compatriotes et la co-existence de leur culture.Pour cela, nous devrons, sous peine de nous enliser ou de nous momifier, reprendre un contact total avec la source historique et culturelle de notre vie: la culture française.Nous serons nous-mêmes en intensifiant l'osmose avec le génie français, non seulement avec le génie français du xvne siècle ou le Paris de Saint-Sulpice, mais le génie français de tous les âges dans toutes ses manifestations.Ringuet jadis concluait en ce sens une analyse des tendances et des possibilités de la littérature canadienne-française : « Nous nous estimerions heureux si, mettant en commun avec nos frères de France ce que nous pouvons avoir de personnel, nous parvenions à faire reconnaître, sans autre plébiscite, la littérature canadienne-française comme une province intellectuelle NOS ENQUETES 217 de la littérature française.» 1 Et c'est juste.Cette révocation de nous-mêmes devra être l\u2019œuvre d un enseignement lui-même rénové et pertinent, conscient des multiples réalités où nous sommes immergés: périls de l'américanisme, nécessaire cohabitation avec les Canadiens anglais, postulats et exigences d\u2019une ascendance française et spirituelle.Tout ceci récapitule peut-être des truismes et des vérités de La Palisse.On est porté à en oublier ou en mésestimer trop souvent quelques-unes.Jean-Charles Falardeau Note Revenons sur une idée exprimée par nous en novembre: « on ne dirige pas une culture; mais il il est possible d influer sur les éléments qui la soutiennent et qui, à la longue, déteignent sur elle: education, conceptions juridiques et économiques, politiques et sociales.Celles-ci seront orientées différemment, selon que l'idée adoptée sur notre culture sera telle ou telle.)) Toute création demeure (( imprévisible », participe « à la genèse obscure des mystères de la vie)).Mais il reste, à l\u2019origine, la possibilité d'un choix \u2014 de ce (( choix plus ou moins conscient, dicté par un principe d'unification », dont parle M.Cyrias Ouellet \u2014; il reste que par un acte de la volonté, ion peut s'affranchir de certaines servitudes culturelles, au moins du colonialisme désespéré où s immobilisent les 1 Les Nouvelles Littéraires, 31 déc.1938. 218 l'action nationale délectations moroses de plusieurs intellectuels.Voilà le sens assez modeste, mais chargé de conséquences dans l'ordre pratique, que nous avons donné au mot
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