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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1945-01, Collections de BAnQ.

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[" .I t;'\t\u2022 ) FACTION NATIONALE L'Action nationale\tAu seuil de l'an nouveau.\t3 Lionel Groulx\tL\u2019oeuvre d'Esdras Minville\t6 Guy Frégault\tLouis Riel, patriote persécuté\t\t15 Roger Duhamel\tUne heure avec Edouard Montpetit\t\t23 Robert Llewellyn\tLa France regarde le Canada\t30 John J Hugo\tDe i immoralité de la cons-' cription: principes généraux.et historique de la conscription\t\t40 Chroniques\t\u2022\t XXX\tEn deux mots\t53 Roger DUHAMEL\tCourrier des lettres\t61 VOL.XXV \u2014 No 1\tJANVIER 1945\t Procurez-vous GRATUITEMENT cel ouvrage NOTRE QUESTION NATIONALE 200 pages par Richard Arès, préface du chanoine Lionel Croulx.Cette étude connaît un remarquable succès de librairie.Les 5è et 6è mille sont actuellement en vente.Toute personne qui nous enverra J7)eux (Abonnement* cl un an a L\u2019ACTION NATIONALE recevra GRATUITEMENT un exemplaire de \"NOTRE QUESTION NATIONALE\" J^cAction jNationale REVUE MENSUELLE Comité de direction : F.-A.ANGERS, Arthur LAURENDEAU et Roger DUHAMEL.L'Action Nationale, publiée par la Ligue d\u2019Acfion Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle parait tous les mois, sauf en juillet et en août.DIRECTION et ADMINISTRATION C.P.1524\t-\t- Ploce d'Armes, Montréal \u2022 On communique avec l'administrateur de la revue.Jean Drapeau, à son bureau ¦ ch 803, 4 est.rue Notre-Dame.Montréal.Téléphone : MArquette 2337.L\u2019abonnement est de $2.00 par année Pour l\u2019étranger : S2.S0 par année Abonnement de soutien : $5 00 par année Tous droits réservés.Ottawa.1933. H 37 ANS de service consciencieux René DUPONT \u2014 président J.-H.DESCHENES \u2014 vice-président Jacques DUPONT \u2014 secrétaire-trésorier OUI/ ^ MEUBLEZ VOTRE MAISON CHEZ 4070 EST, STE-CATHf RINE \u2022 AM 2 COIN JfANNI D'ASC - SSCS BIVD SIC IX Téléphone: AMherst 2111 I COUVRETTE'SAURIOL Limitée EPICIERS EN GROS \u2022 50, rue de Bresolles HArbour 8151 \u2022 Président et gérant général Bernard Couvrette n Assurer l\u2019avenir de votre famille, c\u2019est bien.Penser aussi au vôtre, c\u2019est mieux.D\u2019où la nécessité de notre police à double protection.Elle vous fait rentier à vie.Si vous mourez, nous payons une annuité aux survivants.Quel est votre âge?Nos renseignements sont gratuits.* CAISSE «f NATIONALE D'ÉCONOMIE 41 ouest, rue S.-Jacques Montréal - HArbour 3291 La Sauvegarde de la Famille L\u2019économie est l'art d\u2019ordonner ses dépenses.Sans la pratique de cette vertu sociale, la famille ne connaît aucune sécurité, elle esit vouée, tôt ou tard, à la ruine.Protégez votre foyer, préparez l\u2019avenir des vôtres, assurez-vous une vieillesse heureuse et digne en vous constituant petit à petit les réserves nécessaires.Prenez dès aujourd\u2019hui l\u2019habitude de l\u2019épergne.\u2022 Banque Canadienne Nationale Actif, plus de $250,000,000 514 bureaux au Canada * 60 succursales à Montréal n.-c \u2019VIAIJ Marchand de meubles Confection pour hommes et femmes 4741, ave Verdun \u2022\t4270, St-Jacques O. Pour votre santé Mangez tous les jours 2 ou 3 carrés LEVURE LALLEMAND Fraîche Les médecins recommandent la levure fraîche.La Levure fraîche Lallemand est très riche en vitamines B, C et 0.Sa haute qualité et sa pureté sont assurées par les années d\u2019expérience de la maison Lallemand.En vente chez les épiciers et les pharmaciens.Voua trouvera* chas nous, ot k bon compte, tout ce qu\u2019il faut pour meubler votre résidence.Maison établie depuis 40 ans.\u2022 Fltzroy 4681\t\u2022 r \u2014« LAMARRE FRERES 3723 Notre-Dame ouest,\tMontréal v U P U I s Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 MONTREAL 'tozozo Magasin à rayon» : 8S5 est.rue S te-Catherine.Comptoir Postal : 780, rue Brewster.Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.VI L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Volume XXV Comité de Direction t F.-A.ANGERS, ROGER DUHAMEL, ARTHUR LAURENDEAU Ligue d\u2019Action Nationale 4 est, rue Notre-Dame MONTRÉAL Treizième année Premier semestre 1945 IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES Au seuil de l'an nouveau Au début d'une nouvelle année, il est traditionnel de transmettre à ses amis ses meilleurs souhaits pour les douze mois à venir.Sans connaître les plans divins sur chacun d'entre nous au cours de cette période, il est toutefois permis d'espérer qu'ils nous réservent des joies profondes et surtout la satisfaction du devoir accompli Cette dernière expression manque assurément de panache, mais à la réflexion, qui ne se rend compte quelle renferme l'essentiel d'une vie humaine, la condition du bonheur temporel véritable ?A ses lecteurs, à ses annonceurs, à tous ses amis, la Ligue d'Action Nationale offre donc, en toute sincérité, le courage nécessaire pour se montrer dignes de la tâche à accomplir, dans un monde où la hiérarchie des valeurs est de plus en plus faussée, où, pour reprendre le mot de Chesterton, trop souvent « les vérités chrétiennes sont devenues folles.» Pendant l'année écoulée, notre revue a poursuivi allègrement le bon combat.Elle l'a fait sans forfanterie, sans bravades, consciente de rendre un service public aux Canadiens français qui se refusent d'abdiquer et qui reconnaissent les exigences fondamentales de la liberté d'expression.Nos principes sont connus, inutile d\u2019y revenir ici.Nous nous efforçons de juger tous les événements, tous les problèmes quotidiens, sous l'angle d'une doctrine fortement ancrée dans l'histoire de notre peuple, dans ses principales lignes de force.Cette ligne de conduite, nous la maintiendrons inébranlablement, sans nous soucier des susceptibilités de personnes: Amicus Plato, sed magis arnica veritas.Il est dur, parfois, d'avoir à prononcer des jugements sévères à l'égard d'hommes dont nous admirons le caractère et la droiture, mais qui, à certains moments de leur carrière, nous paraissent errer ou s'éloigner temporairement des intérêts permanents de notre groupe ethnique.Nous ne nous excusons donc pas d'avoir à nous montrer à l'occasion rigoureux; tout ce qui nous importe, c'est de 4 l'action nationale ne pas manquer à la charité à leur endroit.Sur le plan politique, l'année 1944 nous a fourni le triste avantage de confirmer la justesse de nos vues Quand nous nous sommes opposés aux budgets militaires excessifs, quand nous avons lancé le cri d'alarme contre la participation canadienne à la guerre, quand nous avons dénoncé la loi de mobilisation, le plébiscite hypocrite, l'accélération effrénée de notre ffort de guerre, quand nous avons affirmé, à maintes reprises, que la conscription totale demeurait le seul aboutissant logique de notre politique, nous avions vu clair.Les événements lamentables de ces dernières semaines ont descillé les yeux des plus aveugles: pays indépendant, le Canada se conduit comme une simple colonie de la couronne.Après vingt-cinq ans d'émancipation et de luttes constitutionnelles, nous nous retrouvons à notre point de départ, dans un pays plus divisé qu'il ne l'a sans doute jamais été dans le passé.C'est là l'œuvre honteuse de nos politiciens.Nous ne les félicitons pas.Nous croyons toujours à l'union nationale, non pas comme à une espèce de talisman fallacieux, mais comme à une réalité qui s'imposera le jour où la justice aura remplacé l'arbitraire, où la charité aura banni la haine.D'ici là, il ne nous reste, Canadiens français qui sommes à peu près les seuls véritables Canadiens, qu'à travailler fermement à renforcer nos positions, à faire rayonner les idées de culture, de civilisation sociale, de grandeur chrétienne, dont nous voulons demeurer les impérissab es témoins.Avec le concours de ses sympathisants et de ses amis, c'est à cette tâche toujours urgente que l'Action Nationale entend continuer de se dépenser.Il est bon de procéder parfois à la revision de la toilette d'une revue C\u2019est ce à quoi nous avons songé cette année.Le premier numéro de 1945 se présente donc avec quelques légères modifications matérielles.Ce sera à nos lecteurs de nous faire part de leur sentiment à ce sujet.Nous vous AU SEUIL DE L\u2019AN NOUVEAU 5 offrirons également des textes aussi variés que possible; de nouvelles signatures s'ajouteront à celles qui ont déjà conquis votre estime.Avec la livraison de janvier, nous commençons une série d'entrevues qui feront connaître les grandes personnalités du Canada français.Un intérêt plus soutenu sera accordé aux questions de politique extérieure.En somme, notre revue pourra sans cesse s'améliorer, tant qu elle bénéficiera d'appuis précieux, tant chez ses abonnés que chez ses collaborateurs.A tous de mettre généreusement l épaule a la roue, et le reste sera donne par surcroît ! L'Action Nationale.Un philosophe démocrate M Jean-Louis Gagnon, journaliste nationaliste devenu, par la force des choses ( ?), propagandiste, donné prêté ou vendu, au gouvernement canadien, a prononcé une conference, le 4 décembre dernier, devant le Junior Board of Trade d Ottawa, pour « excuser i) les Canadiens français de n\u2019être ni impérialistes ni militaristes ni conscriptionnistes.Le bon apôtre ! Il s est montre très courtois pour ses compatriotes.Il a déclaré en somme aux anglophones qui l\u2019écoutaient : Faut pas en vouloir aux Canadiens français d etre ce qu\u2019ils sont.Ils ne connaissent pas mieux.Ils n\u2019ont pas le genie nécessaire pour comprendre que nous participons à une croisade Allez, soyez chic, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu ils iont .Il a ses idées à lui sur l\u2019unité nationale, Jean-Louis Oagnon.Lisez plutôt: «Je reste persuadé que l\u2019unité nationale ne sera un fait concret \u2014 un fait dont on ne parlera plus \u2014 que le jour ou tous les Canadiens accepteront, non pas de vivre tous de la meme taÇon> mais d\u2019être les fils d\u2019une même philosophie politique.» Cette philosophie doit être démocratique, ce qui nous agrée volontiers, mais démocratique dans le sens dénoncé par le Souverain Pontife dans son message de Noël.Il s agit d une démocratie propre a consolider les forces de gauche qui sont en train de conduire 1 burope et le monde à l\u2019anarchie et de saboter la victoire prochaine des Nations- ^niCes réserves faites, il faut reconnaître que M.Gagnon a fait un loyal effort pour traduire le sentiment profond des Canadiens français, qu\u2019il ne partage pas, parce que, lui, il est émancipé et il n\u2019a plus la naïveté juvénile de s'intéresser au petit peuple de trois millions d'âmes d'où il est sorti (dans les deux sens de 1 expression).Désormais, le monde est son aventure ! L\u2019oeuvre d\u2019Esdras Minville Un candidat à l'Académie française, homme modeste\u2014 il s\u2019en trouve \u2014 demandait à son directeur spirituel \u2014 il y en a qui en ont \u2014 s'il pouvait aspirer aux honneurs de la coupole.« Assurément », lui répondit 1 autre, « pourvu que les honneurs aspirent à vous ».Monsieur et cher collègue, que votre modestie se rassure: vous remplissez cette première condition d\u2019un parfait académicien.Vous en remplissez d'autres.Vous prendrez une place chez nous qui n'est pas encore dangereusement accaparée: la place des économistes.Et voilà qui vous met à la file d\u2019un Léon Gérin, d'un Edouard Montpetit: deux noms qui, dans notre monde des lettres et des idées, se portent assez bien.Et derrière vous, j'entends l'applau-dissement de toute une équipe de collègues et de disciples, équipe dont l\u2019apparition marque un palier intéressant, dans notre ascension intellectuelle.Comme d'autres incarnent, dans notre pays, la coopérative, d'autres, l\u2019école ménagère, d'autres, la bonne-entente, d\u2019autres, le manuel unique, vous incarnez l\u2019économie.Le problème économique, au Canada français, je me suis demandé parfois si vous n'étiez pas venu au monde avec lui.Vous êtes né à Grande-Vallée.Vous êtes un fils de la Gaspésie: terre de tous les contrastes et de tous les paradoxes: pays aussi célèbre que méconnu, aussi hospitalier à tous les passants qu'inhospitalier à ses enfants, pays cher au tourisme et foyer d\u2019émigration, pays de toutes les beautés et de toutes les pauvretés, aussi riche que miséreux, pays qu\u2019on ne cesse de vanter et qu\u2019on ne cesse d\u2019oublier, qui pousse aujourd'hui, qui poussait du moins hier,\u2014 je vous l\u2019ai montré \"Texte discours de M.le chanoine Groulx à la réception de M.Esdras Minville à la Société Royale. l'oeuvre d esdras minville 7 un jour \u2014 les mêmes cris de détresse qu\u2019il y a cent ans: preuve que le régime de l\u2019auto s\u2019accommode encore assez bien du char mérovingien A Grande-Vallée, vous fûtes le fils d'un père agriculteur, qui avait de la terre, mais comme beaucoup de son pays, trop peu pour vivre, et qui demandait à la pêche, un revenu supplémentaire, pas toujours suppléant Cependant, dans le voisinage, s'étalait la terre agricole, spacieuse et grasse, dans une forêt superbe, mais aussi fermée qu'une chasse gardée Ce sont ces images cruelles à votre enfance, c\u2019est le spectacle de cette gêne et de cette misère à côté de la richesse intouchable et dure qui sont cause qu\u2019avant de porter le problème économique dans votre esprit, vous l\u2019avez porté dans votre chair.Contraste offensant et symbolique qui vous a révélé non seulement la grande pitié de la petite terre natale, mais le sort immérité de tous les vôtres du Canada français Et voilà qui nous annonce, en même temps que l\u2019initiateur de l\u2019expérience agricole-forestière de Grande-Vallée et des environs, l\u2019organisateur de l\u2019inventaire des ressources naturelles de la province.De la première entreprise, vous avez fait un succès qui révolutionnera peut-être chez nous l'exploitation de la forêt.L\u2019autre pourra devenir vitale le jour où ceux qui sont chargés de la direction de notre vie économique ne prendront plus les sociologues et les économistes pour de simples rassembleurs de pièces d'archives.Mais savez-vous qu'avant de devenir économiste, vous avez failli devenir journaliste ?Et je ne parle pas de votre passage à la Ren e, journal de finance de la maison Versailles-Vidricaire-Boulais, où vous avez travaillé sous la direction d\u2019un excellent maître en journalisme et en langue française, Olivar Asselin.Je fais 8 l\u2019action nationale allusion à une autre aventure de votre ami Asselin.Chacun sait que l'ancien fondateur et directeur du Nationaliste et de Y Action, rêva un jour de s'asseoir dans le fauteuil d'un directeur de journal de parti.Je dois dire qu'étant resté mousquetaire, il n'entrait pas sans méfiance dans la galère Surtout il n\u2019était pas prêt à y entrer seul II désirait s\u2019attacher quelques gardes du corps, ou, si vous le préférez, des compagnons de chaînes.Il avait jeté son dévolu en particulier sur vous, qu\u2019à la Rente, il avait appris à estimer.Et Asselin était de ceux qui savent soupeser les hommes.Je ne sais trop pourquoi, il crut que je pourrais me constituer son recruteur de galériens.Je tentai, auprès de vous, une démarche énergique, très énergique, pour vous persuader, sans trop de peine, du reste, que vous n\u2019aviez pas une jambe à porter le boulet et qu'au surplus, dans un bateau où vous n\u2019aviez pas le choix de votre rame ! vous ne feriez jamais qu\u2019un mauvais rameur.A parler franc je ne vous voyais pas beaucoup, pas plus que je ne voyais le farouche Asselin, dans ce rôle de journaliste de parti où il faut plus de crédulité que de foi, le métier exigeant d\u2019ailleurs, pour en faire accroire un peu aux autres, de tant s\u2019en faire accroire à soi-même Vous étiez moins fait pour le journal que pour la revue.Votre esprit grave et méditatif préférera toujours à l'improvisation la patiente réflexion.J\u2019ai lu de vous, dans Y Action française, où, quoique petit maître de chapelle, je savais assez bien discerner les talents, puisque je vous y attirai, j'ai lu de vous une « méditation» en cinq articles, et sur un sujet très sérieux quoique peu religieux: une «Méditation pour jeunes politiques».Vous étiez jeune en 1926; et comme bien d\u2019autres et avec autant de succès, vous rêviez d\u2019améliorer la politique.N'importe, cette aptitude d'esprit, ce goût de la pensée patiemment travaillée, mûrie, puis exposée, déroulée l\u2019oeuvre d'esdras minville 9 en de larges paragraphes, en des pages savantes, profondes et parfois massives et qui est le propre de l\u2019écrivain de revue, devait vous conduire à la rédaction, puis à la direction de Y Actualité économique: instrument qui allait forger votre avenir, votre vie.Je ne crois pas trop exagérer en affirmant que la direction de Y Actualité économique, dont vous avez fait un organe d'information de premier ordre, vous a valu les fonctions de « Conseiller technique au ministère du Commerce de la province de Québec )) et de « Membre du Conseil d\u2019orientation économique » de la même province, fonctions décoratives et somptueuses qui, heureusement pour les timorés, n\u2019ont encore rien révolutionné.L'Actualité économique vous devait surtout conduire à la direction de l\u2019Ecole des Hautes Études commerciales de Montréal, le plus beau, le plus fécond de vos titres, le plus actif levier de commande que l'on pouvait mettre à la disposition d\u2019un esprit et d\u2019un éducateur de votre espèce.Et c\u2019est ainsi que s\u2019est réalisée l\u2019unité dans votre vie et que vous êtes devenu, au pays de Québec, l\u2019un de ces hommes rares et heureux à qui l\u2019on n\u2019a pas prêté des aptitudes universelles et qui, taillé pour une besogne, n\u2019a été ni forcé ni prié d'en faire une autre.Écrivain de revue, vous avez éparpillé généreusement votre production intellectuelle Vous ne vous êtes risqué jusqu\u2019ici qu\u2019à bâtir un seul livre: Invitation à l'étude1.Petit livre mais dense et précieux, comme si, dans notre production littéraire, vous aviez voulu jeter un œuf d\u2019abeille au milieu de tant d\u2019œufs d\u2019autruche.Pour la connaissance et la solution du problème canadien-français, vous avez voulu écrire votre petit Discours de la méthode.Et le rapprochement que je me permets 1.Dernièrement, M.Minville a publié un volume sur l\u2019homme d'affaires canadien-français, dont nous publierons sous peu une recension. 10 l'action nationale n\u2019est pas trop audacieux, tant votre pensée y paraît cartésienne par la rigueur de ses déductions, l'aisance de ses exposés, la ligne droite de sa logique.Nul ne pourra désormais aborder le problème de notre vie, sans se souvenir que vous êtes passé la et que, si l'on peut encore trouver à préciser et à dire, on pourra plus difficilement ne pas vous emprunter.Votre œuvre monumentale\u2014je dis bien monumentale, si Dieu vous permet de l\u2019achever \u2014 restera cette série d'études, dont nous avons déjà vu le quatrième volume: « Notre milieu », «l\u2019Agriculture », a Montréal économique », « La Forêt », études où vous avez démontré le profit que l'on peut tirer du travail en équipe et du travail sur le terrain ou sur le concret.Car vous êtes atteint d'une étrange manie: la manie de voir clair, toujours plus clair, de travailler dans le solide, dans le réel, et, par exemple, ce qui est fort original, de chercher et poser les données d\u2019un problème avant d'en chercher et d\u2019en présenter la solution.Et de là procède ce flot de lumière que vous projetez sur nos problèmes économiques et sociaux, lumière qui ne laisse plus aux responsables la faculté de les résoudre de travers, à moins que nos dirigeants, éblouis par tant de clarté inaccoutumée, n\u2019y voient pas plus clair qu\u2019auparavant.L\u2019un des signes de l'œuvre forte, a-t-on dit, est « qu'en toutes ses parties le fil directeur de la pensée est apparent et constant».Une doctrine homogène y est partout sous-jacente.Dans votre « Méditation pour jeunes politiques », n\u2019ai-je pas cru discerner les lignes essentielles de votre pensée d'aujourd'hui ?Trois idées me paraissent les idées directrices de tous vos écrits et discours.Vous croyez à l\u2019existence d'une sociologie _ OEUVRE D ESDRAS MÏNVÎLUE chrétienne Vous n'avez rien de commun avec ces catholiques qui se donnent l'air de penser que les encycliques pontificales, l'enseignement social de l'Eglise, sont bons tout au plus pour dissertations de Semaines sociales, et que, pour le reste, et chaque fois qu'il faut descendre sur le terrain pratique, on peut se mettre en coquetterie avec tous les systèmes qui portent une estampille étrangère à notre philosophie et à notre foi Vous croyez que la sociologie catholique est éminemment applicable à la réalité contemporaine et qu\u2019elle possède assez de sève et de vigueur créatrices pour enfanter l'ordre nouveau, nous refaire, aussi bien, à tout le moins, qu'une Charte de l'Atlantique, une société, un monde habitable Notre génération a eu le temps d'apprendre combien les « guerres du droit » réservent de singuliers lendemains au droit et à la justice.Dans le chaos d'où tant d'impuissants s'emploieront à nous tirer, sociologue catholique, vous restez l'un de nos espoirs.Vous croyez, en second lieu, à l'interdépendance des problèmes.Idée que vous tenez, sans doute, de votre sociologie, l'une des plus magnifiques synthèses de l'esprit humain et qui doit habituer aux vues synthétiques.Vous n'êtes pas de ces dangereux spécialistes qui n\u2019ont, au centre de leur esprit, que l'œil unique et morne du Cyclope et qui n'ont de suffisant, disait l'autre, que leur insuffisance.Vos études, vos observations sur le réel vous ont révélé cette vérité si simple mais si souvent oubliée, que, pour être complexe, la vie d'un peuple n'en est pas moins organique, c'est-à-dire que tous les problèmes s'imbriquent, que « la civilisation fait corps », et que vouloir résoudre, par exemple, le problème de l'agriculture, sans résoudre, du même coup, le problème de l'éducation rurale, le problème de la forêt, le problème de l\u2019industrie, le problème des échanges commerciaux, ou vice-versa, c'est se payer la naïveté 12 L ACTION NATIONAL* de l'horloger qui, pour faire repartir une pendule brisée, se contenterait de rajuster l'une ou l'autre des aiguilles.Votre même soumission au réel vous a fait formuler votre doctrine en fonction du pays auquel vous la destinez.Et c'est votre troisième idée directrice.A la différence de tant d\u2019autres qui n\u2019ont traversé les milieux nationalistes que pour en sortir ou s'en exorciser scrupuleusement, vous ne vous croyez pas tenu à la mue intellectuelle à chaque changement de gouvernement.Vérité en deçà, erreur au delà .des élections, n\u2019est pas un axiome qui vous impressionne, malgré son air pascalien Vous croyez à la dignité et à l\u2019objectivité de l'esprit, au respect de soi-même.Vous avez retenu qu\u2019il existe telles choses au Canada qu\u2019une nationalité canadienne-française et une province de Québec; que ces deux entités politiques et nationales, existant de fait et de droit, ont des problèmes et des problèmes angoissants et que la base scientifique où s'appuyer, pour résoudre ces problèmes, pourrait bien n\u2019être ni la lune ni la Terre de Feu.Il vous importe peu qu\u2019une pensée soit nationaliste ou qu'elle ne le soit point, pourvu qu\u2019elle soit juste.Nos problèmes sont petits, sans doute, en regard de ceux du monde universel; mais ils sont nos problèmes.Guenille si l\u2019on veut, notre guenille nous est chère.Et nous attendrons longtemps notre complet neuf, si nous attendons qu\u2019on nous l'envoie bénévolement et à crédit du magasin général.On aura beau faire et beau dire, on ne pourra empêcher que, peuple français et catholique, enclos dans le monde que chacun sait, nous ne soyons constamment et pour longtemps acculés à une réaction défensive et que cette réaction ne nous inspire, pour une grande part, nos règles de vie, ou, en d\u2019autres termes, ne soit le point de départ obligé pour une définition, chez nous, des conditions du salut public.Ce n'est pas là sortir de l'oeuvre d'esdras minville 13 l'objectivité; c'est nous y soumettre en toute loyauté et nécessité Ce n'est pas non plus, nous immobiliser « dans une contemplation statique du passé » ; comme si le na tionaliste avait nécessairement le visage dans le dos Ce n est pas même soutenir avec un penseur de quelque mérite que « par l'étude de l'histoire, par l'esprit d'observation et par l'analyse, on peut devenir prophète » ; c'est tout uniment nous ressouvenir qu un peuple ne se passe pas plus de son passé, qu'un arbre ne se passe de ses racines Et de même qu'un arbre ne grandit et ne pousse des branches, des feuilles, des fleurs et parfois des fruits que par sa plongée dans le sol, appuyé sur la vigueur de sa sève et de son tronc, ainsi une nation ne profite et ne prospère que nourrie et fortifiée par les traditions des ancêtres, fidèle aux lois profondes de sa vie, aspirant tout le suc de son histoire et de la terre natale Nier ces vérités de sens commun, c'est prouver une fois de plus que rien n'est plus facile, en ce bas monde que d écrire sentencieusement une naïveté.* * * Monsieur et cher collègue, Vous pouvez entrer maintenant dans notre société, sans trop protester, selon l'usage antique et solennel, de votre très profonde indignité, La Société qui vous accueille et qui a de royale au moins le nom, s'est imposé de conscrire tous les talents; et elle le fait avec d'autant plus de conscience, qu'à l imitation de quelques autres, elle conscrit sans le dire et sans le savoir.Vous y représenterez, outre les économistes, une espèce d'hommes assez intéressants qui ne doivent qu'à eux-mêmes ce qu'ils sont, qui ont monté, mais de leur seul effort, de leur seul travail, sans être portés sous les bras, sans 14 L ACTION NA1IONALE l'appui de béquilles, sans escalateur.Et puisque je me rappelle le jour où vous, simple ancien élève d'école primaire, vous cherchiez un professeur de philosophie, vous représenterez encore, dans notre société, une famille d'esprits fort respectable; ceux-là qui, partis d'un point modeste, ne s'y résignent point, mais assoiffés et passionnés de vérité, entreprennent de gravir l\u2019un après l'autre les degrés du savoir, et, s\u2019il le faut, pour atteindre aux plus élevés, se font hardiment pousser des ailes.C'est un peu là votre itinéraire intellectuel.Il nous rappellera, pour reprendre une autre image, ces feux modestes qu\u2019on aperçoit, au loin, dans la nuit, et qu\u2019on prendrait pour la flamme d\u2019une bougie, mais qui brillent et grossissent à mesure qu\u2019on en approche, puis enfin nous apparaissent sous l'espèce d\u2019un flambeau vigoureux et planté haut pour éclairer la route.Lionel Groulx, ptre.A l'Association franco-ontarienne Le R.P.Gustave Sauvé, o.m.i.succède au R.P.Arthur Joyal, o.m.i.comme chef de secrétariat à l'Association canadienne-française d Education de l'Ontario.Depuis déjà plusieurs années, le renom de l'apostolat social du Père Sauvé a dépassé les frontières de la capitale canadienne.Ses conférences, ses cours et ses publications ont démontré à la fois sa puissance de travail et la rectitude et la fécondité de sa pensée, puisée aux sources pures de la doctrine sociale catholique.Il assume aujourd'hui de nouvelles fonctions où il sera en mesure, sur le plan national, de rendre de précieux services à l'importante minorité franco-ontarienne.Nos meilleurs vœux l'accompagnent.Comment ne pas également souligner le dévouement déployé par le Père Joyal, démissionnaire pour causes de santé ?Tant que ses forces ne l'ont pas trahi, il a voulu demeurer sur la brèche.Nous nous consolons de son départ en songeant qu\u2019il continuera d\u2019apporter le fruit de son expérience à son successeur. Louis Riel, patriote persécuté.Louis Riel naquit à Saint-Boniface, il y a cent ans, le 28 octobre 1844 Ce centenaire n'est pas celui d'un chef de tribu sauvage; c'est la fête d\u2019un grand Canadien français Puisque la nation se définit en fonction d'une « vibration spirituelle )) qui transcende l\u2019élément racial; puisqu\u2019elle repose sur des réalités plus hautes encore que celles de la chair et du sang, nous pouvons affirmer que tout Canadien \u2014 de naissance ou par adoption, \u2014 quelle que soit sa race, pourvu que sa culture soit française, est un véritable fils du Canada français et appartient incontestablement à notre nation.Tel fut le cas de Louis Riel.Il avait treize ans, en 1858, lorsqu\u2019il quitta sa petite patrie pour venir faire ses classes au collège de Montréal.Rappelé chez lui au bout de quelques années par la mort de son père, le jeune homme reprit contact avec ses quatre coins de terre un peu avant que le gouvernement canadien se portât acquéreur du Nord-Ouest.En avril 1869, rentrant de Londres, sir Georges-Étienne Cartier, baronnet, déclarait en effet à Montréal: « Dans quelques mois, le Canada s'étendra de l\u2019Atlantique au Pacifique ! )) C'était un projet grandiose, mais qui allait susciter des injustices et faire couler du sang.Le Dominion n\u2019avait pas encore légalement annexé la Terre de Rupert et les Territoires du Nord-Ouest que déjà des arpenteurs de langue anglaise y faisaient irruption et s\u2019y conduisaient comme en pays occupé, bousculant les Métis de la Rivière-Rouge, ralliant les fanfarons et les exploiteurs du « parti canadien», faisant mine de se réserver les meilleures terres -pour eux et leurs amis Les Métis étaient de grands gaillards ardents et impulsifs, soumis à l\u2019autorité mais forts de leurs droits.C'est à tort que la presse ontarienne, animée d\u2019un racisme qui la dispen- l\u2019action nationale sait d'être spirituelle, comparait ces hommes à des troupeaux de bufi'es: ils formaient au contraire une société civilisée, douée de solides institutions religieuses, politiques et judiciaires Et surtout ils n'entendaient pas que l'on disposât d'eux comme on eût fait d'un vil bétail.Ils se dressèrent devant les arpenteurs et firent même rebrousser chemin au lieutenant-gouverneur nommé en septembre 1869 par le gouvernement fédéral, soit dix mois avant la date où Ottawa devait avoir juridiction sur les Territoires Riel, alors âgé de 25 ans, était la cheville ouvrière de la résistance II fonda avec ses amis un Comité National de Défense, s'empara de Fort-Garry (plus tard Winnipeg) et prit la tête d'un Gouvernement Provisoire légitimement constitué, auquel 12 000 Métis confiaient leurs destinées.Le gouvernement d'Ottawa noua bientôt des négociations avec celui de Fort-Garry, qui se trouvait, de la sorte, reconnu.A la mi-février 1870, une bande de 600 Anglo-Canadiens tenta d'enlever la petite capitale et laissa 48 prisonniers aux mains des Métis.L\u2019orangiste Thomas Scott, qui s'était vanté d'assassiner Riel, était au nombre des prisonniers; il passa au conseil de guerre, fut condamné et fusillé.Cet incident souleva une violente indignation en Ontario; on cria au meurtre; on demanda la tête de Riel Le gouvernement fédéral expédia 1,150 soldats dans le Nord-Ou st et l'on promit formellement è Mgr Taché que Riel et ses partisans jouiraient d'une amnistie.Le Gouvernement Provisoire s'inclina, cessa toute résistance; mais devant les brutalités que les troupes du colonel Wolseley inGgeaient à ses compatriotes, le chef des Métis comprit quelle valeur il convenait d'attacher aux promesses des politiciens et il se réfugia aux Etats-Unis Les politiciens, c'étaient, à Ottawa, le gouvernement Macdonald-Cartier et, à Québec, le gouvernement LOUIS RIEL, PATRIOTE PERSÉCUTé 17 Chauveau, tous deux conservateurs On en était à la belle époque où l'esprit de parti régnait glorieusement: n\u2019avait-on pas vu, en 1867, le président de l'élection dans Kamouraska promener fièrement une vache ornée de rubans rouges aux cornes et d'un ruban bleu au bout de la queue, sans se douter qu'il était permis de se demander lequel des deux promeneurs était le plus sensé ?Aussi ne faut-il pas s'étonner que les politiciens n'aient pas bougé lorsque, le 31 décembre 1870, la tête de Riel fut mise à prix par un juge de paix Cependant, deux mois auparavant, le chef des Métis, en prenant parti contre les Féniens, avait empêché ceux-ci de s'emparer des deux tiers du Canada actuel, ce qui ne désarma pas l'Ontario puisque cette province offrait, en 1872, une prime de $5,000 00 à quiconque mettrait la main sur Riel.Pendant toute l'affaire de la Rivière-Rouge malgré l'étroite discipline des partis, le peuple du Québec qui n\u2019avait rien à gagner à l'injustice ni à la persécution, éprouva une instinctive sympathie à l'égard du héros du Nord-Ouest C'est à cette époque que se forma le premier mouvement nationaliste canadien-français sous la Confédération, avec un chef de trente ans, Honoré Mercier; à cette époque également que se produisit l'affaire des écoles du Nouveau-Brunswick: les Acadiens furent spoliés et insultés, le gouvernement fédéral, protecteur des minorités, recula devant le fanatisme, Cartier fit avaler la couleuvre à ses partisans et les patriotes furent partagés entre la honte, la colère et la déception Aux élections qui suivirent, le comté de Montréal-Est inspiré par Mercier, imprima le retentissant sou et d'une défaite personnelle sur la joue parcheminée de Sir Georges-Etienne On eut alors la surprise de voir le proscrit Riel qui s était fa;t élire da ;s Proveneher, céder son siège à l'honorable baronnet 18 l'action nationale Mgr Taché avait imaginé cette audacieuse manœuvre pour mettre Cartier dans l'obligation morale de faire accorder enfin l'amnistie au chef des Métis Mais le chef conservateur, malade, passa en Europe et mourut à Londres le 23 mai 1873.Il vivait encore au moment où le scandale du Pacifique éclata comme une bombe sur les châteaux de cartes des partis.\u2018Les oppositionnistes se lancèrent rageu-ment a 1 assaut du gouvernement; l'administration fut renversée et remplacée par le ministère libéral d'Alexander Mackenzie.Peu de temps auparavant, l\u2019affaire Riel avait rebondi avec 1 affaire Lépine.Ambroise Lépine avait été l'un des principaux lieutenants de Riel en 1870.Arrêté le 27 décembre 1873, il vit se dresser contre lui la meute orangiste qui exigeait sa tête.Au temps du gouvernement conservateur, les libéraux avaient été ardents à réclamer l'amnistie; que feraient-ils maintenant qu'ils avaient le pouvoir ?Ils firent d'abord des promesses, puis ils distribuèrent de bons conseils où il était question de sagesse et de prudence, puis ils finirent par effectuer une retraite stratégique.De leur côté, les conservateurs, qui avaient battu en retraite aussi longtemps que leurs grands hommes avaient détenu le pouvoir, se prirent à éprouver des sentiments de justice et de patriotisme outragé.Les acteurs avaient simplement échangé leurs rôles.La comédie continua.Chapleau, qui n\u2019était plus ministre, fut prié d\u2019aller défendre au Manitoba la cause de Lépine II partit sans demander d\u2019honoraires, sans même se faire payer ses frais de voyage.A Winnipeg, il mit au service des Métis son talent de criminaliste, sa voix claironnante, ses gestes entraînants et sa rhétorique brillante; il fut plus beau que jamais Lépine n'en fut pas moins condamné à mort.Quand le prestigieux orateur rentra à Montréal, a la mi-novembre 1874, il reçut des cadeaux et des ova- LOUIS RIEL, PATRIOTE PERSÉCUTÉ 19 tions; on le choyait, on le fêtait, on le portait sur le pavois.Mais on n\u2019oubliait pas que le Métis était sacrifié et l'on accusait les ministres libéraux d\u2019avoir trahi.Ces accusations se maintinrent lorsque le gouverneur général commua la sentence de mort en deux années de détention.Ce n\u2019est pas de la générosité, c\u2019est une honte, clamaient les conservateurs, qui oubliaient aisément les tergiversations de Macdonald et de Cartier.Leurs protestations reprirent avec une recrudescence d\u2019indignation lorsqu'ils apprirent que le gouvernement rouge d\u2019Ottawa accordait aux Métis une amnistie partielle, excluant Riel et Lépine, et que les députés libéraux du Québec appuyaient le ministère: « Ce vote, écrivait un journaliste conservateur, restera comme une tache éternelle dans l\u2019histoire du troisième parlement fédéral, et sur le nom des députés de notre province qui ont sanctionné cet acte d\u2019iniquité.)) Pendant que l'on goûtait cette mâle éloquence, Riel, expulsé des Communes, devait entrer dans une maison de santé, puis s'enfuir aux États-Unis, loin des Oran-gistes.C\u2019est dans le Montana, où il était instituteur, qu'une délégation de Métis, en juin 1884, vint le chercher pour prendre la tête d\u2019un mouvement de protestation.Le flot montant de l\u2019immigration submergeait déjà les droits essentiels des premiers occupants du Manitoba.Les vexations, les sévices et les humiliations s\u2019accumulaient Dès 1878, les Métis avaient signé des pétitions pour exposer leurs griefs.Ottawa se contentait d\u2019expédier aux pétitionnaires l'assurance de ses sentiments distingués, tout en leur renvoyant leurs dossiers.Et la situation empirait.Riel la prit en main, d\u2019abord avec beaucoup de modération Puis, devant les rebuffades que les siens essuyaient, il fut pris de vertige et sentit la colère, colère d\u2019halluciné qui montait en lui comme une eau.Il forma un Gouvernement Provisoire en mars 20 l\u2019action nationale 1885.A Ottawa, les conservateurs avaient repris le pouvoir avec l\u2019éternel sir John Macdonald.Un premier engagement entre Métis et soldats réguliers se produisit près du Lac-au-Canard ; les soldats de Sa Majesté durent tourner les talons.Le gouvernement leva un peu plus de 4,000 hommes pour aller combattre les insurgés du Nord-Ouest.La cause était sainte et l\u2019enthousiasme, délirant.On se battit à l\u2019Anse-au-Poisson le 24 avril et au Couteau-Coupé le 2 mai.Le 13, après quatre jours de siège, les troupes entrèrent dans Batoche, où Riel avait établi son quartier général.Suivi de quelques partisans, le chef des Métis s'enfonça dans la forêt.Le général Middleton leur promit qu\u2019ils ne seraient pas molestés s\u2019ils se livraient.Riel se rendit.Middleton annonça qu\u2019il l'avait capturé, ce qui était tout autre chose.Le héros du Nord-Ouest était un soldat et c'est en cette qualité qu'il s\u2019était remis à un autre soldat.11 fut néanmoins traité en criminel.Il comparut à Régina devant le juge Richardson et un demi-jury anglais, fut condamné à mort le 1er août et pendu le 16 novembre 1885.Cette série de coups de théâtre devait avoir une profonde répercussion dans le Québec.Au début, conser-teurs comme libéraux reconnaissaient des griefs aux Métis, mais les premiers n\u2019étaient plus dans l\u2019opposition, inspiratrice de beaux sentiments, et ils ne tardèrent pas à changer de disque.A Québec, Mercier, toujours plus nationaliste que libéral, entreprit tout de suite une campagne d\u2019opinion\u2014 pendant que les conservateurs se dérobaient.Petit à petit, la situation s'éclaircit.La nation canadienne-française sympathisait en bloc avec les persécutés ; Mercier et les nationaux exprimaient les instincts profonds de leur peuple; les libéraux, si tièdes dix ans plus tôt, devenaient riellistes; et les conservateurs, si riellistes dix ans plus tôt, devenaient tièdes. LOUIS RIEL, PATRIOTE PERSÉCUTÉ 21 C'est vers Chapleau, qui avait tout fait pour arracher Lépine au bourreau, c\u2019est vers !e beau, le noble Chapleau, que se dirigèrent tous les espoirs.Les Canadiens français le suppliaient de sauver Riel.On attendait au moins de lui qu'il résignât ses fonctions de ministre, ce qui eût déterminé une crise d'où sortirait, croyait-on, le salut du Métis.Dans un beau mouvement d'abnégation, Mercier lui écrivait ce billet émouvant: «J\u2019ai tout à gagner comme chef de parti si tu restes Tu as tout à gagner si tu résignes.Résigne, Chapleau, et mets-toi à la tête de la province.Je serai à tes côtés pour t'aider de mes modestes efforts, et bénir ton nom avec notre frère Riel sauvé de l'échafaud.)) (Rumilly, V, 102) Chapleau sentait baisser sa popularité.Mais il eut peur.11 ne bougea pas.C'est alors que Mercier se leva Il fut magnifique.Toute la douleur, toute la honte, toute l'humiliation de son peuple passèrent sur ses lèvres, lorsqu'il cria: « Riel, notre frère, est mort, victime du fanatisme et de la trahison.» Ce fut une grande journée.Cinquante mille Canadiens français, réunis au Champ-de-Mars, crièrent vengeance.Laurier, alors nationaliste comme pas un, déclarait dans une tempête d'applaudissements.« Si j\u2019avais été sur les bords de la Saskatchewan, j'aurais, moi aussi, épaulé mon fusil.)) Le Québec était en feu Feu de paille, disait avec un petit sourire en coin, sir John Macdonald Mais le vieux renard se trompait.L'incendie courut de la vallée de l Outaouais à la péninsule de Gaspé Le sentiment national faisait voler en éclats les cadres les plus solides, extirpait les habitudes les mieux enracinées; le sentiment national s\u2019affirmait avec une violence qui emportait comme un torrent l'adhésion du peuple tout entier.Certains le servaient de toutes leurs forces, tandis que d'autres, hélas ! l'exploitaient.Par la faute des derniers, au lieu d'être arrivés 22 l'action nationale à un tournant de notre histoire nationale, nous n'étions qu\u2019à un tournant de notre histoire politique.Deux étoiles montaient à notre horizon; celle, plus pure, de Mercier, et celle, plus brillante, de Laurier.En 1886, Mercier remportaient la première victoire, la victoire éphémère du nationalisme canadien français.Dix ans plus tard, Laurier enregistrait un important succès libéral.De tous ces faits, il se dégage une triple conclusion.La première, c\u2019est que la nation canadienne-française possède un formidable réservoir d\u2019énergies et une merveilleuse faculté de rejaillissement.La deuxième, c\u2019est que la nation canadienne-française a l\u2019impérieux devoir d\u2019être toujours aussi lucide que généreuse.Ces faits nous enseignent enfin que l\u2019unanimité nationale est possible chez nous et qu'elle demeure, aujourd\u2019hui plus encore qu\u2019hier, une condition de force et de grandeur.Guy Frégault.Le Canada demeure une colonie C'est du moins l'opinion émise par M.Leon-Harry Gavin, représentant républicain de la Pennsylvanie au Congrès.Au cours d'un débat où il a reproché aux « colonies britanniques » de ne pas imposer la conscription, il n'a pas fait de distinction entre Dominion et colonie.Un représentant de la Canadian Press a essayé de lui faire comprendre notre évolution constitutionnelle.Peine perdue.M.Gavin est convaincu que le Canada demeure toujours une colonie.Faut-il tant l'en blâmer ?A voir les événements de ces dernières années et le^ mimétisme de notre politique sur celle de Londres, comment s'étonner qu'un étranger se refuse à faire certaines distinctions.Quiconque se conduit en colonie doit être une colonie.C'est d'une logique assez simpliste, mais qui se révèle néanmoins parfois irréfutable. Une heure avec.Edouard Montpetit Par un clair après-midi d\u2019hiver, le soleil entre à plein dans l'Université solidement installée sur son promontoire.Des étudiants montent les escaliers qui n'en finissent plus, courbant la tête sous le vent.Au loin, à perte de vue, la ville teintée d\u2019un bleu d'acier, frangé de rose C\u2019est le grand silence, ponctué de loin en loin, derrière les portes closes, du tapotement nerveux des clavigraphes.Le travail s'accomplit dans la sérénité, le travail des esprits en éveil, à la poursuite du savoir.La chaleur berce agréablement ma rêverie dans la salle d'attente où je flâne depuis quelques minutes.Et je songe à ce site merveilleux où nous avons affirmé notre volonté d'une pensée catholique et française.J'évoque Barrés, si sensible aux providentielles coincidences des lieux: comme il eût aimé ce sommet où souffle l'esprit, cette colline inspirée ! Il y eût découvert d\u2019emblée une prédestination, un engagement, une raison de croire.Ils sont là, des milliers de jeunes gens, venus de partout, aboutissant à ce confluent pour puiser à des disciplines éprouvées la connaissance d'un métier, l'acquisition d'un esprit.Tout cela, le plus souvent, n'est encore qu'en germe, je le sais bien.Est-ce une raison pour refuser l'espoir, pour ne pas entendre, plus haute que les balbutiements d\u2019aujourd'hui, la voix de l'avenir ?J\u2019en suis là de mes réflexions, quand j'entends se rapprocher un pas lent, encore mal assuré.Appuyé sur une canne, le sourire bienveillant, M.Edouard Mont-petit m'accueille déjà.Sous le béret basque, cette tête à l'opulente chevelure blanche, aux traits fortement accusés qu'on dirait frappés en médaille, conserve une allure étonnamment jeune.Impression de juvénilité 24 L ACTION NATIONALE conquise que dément à peine une claudication passagère à la suite d\u2019un pénible accident.La lumière pénètre généreusement dans le bureau moderne, d'un luxe de bon goût, du secrétaire général et du directeur des relations extérieures de l\u2019Université.Des fauteuils de cuir rouge égaient la pièce et la rendent plus familière par le jeu des tons chauds.Je suis venu m\u2019entretenir avec M.Montpetit de sa Faculté et de ses livres, mais j\u2019ai peine à l\u2019aiguiller dans cette direction.Son intérêt pour les plus jeunes l\u2019emporte volontiers, il pose des questions, il se révèle très au fait de tout le mouvement intellectuel qu\u2019il suit de près, de l\u2019oeil sympathique du frère aîné.\u2014\t«J\u2019apprends par les journaux que la Faculté des sciences sociales, économiques et politiques, qui a fait d'énormes progrès depuis deux ou trois ans, vient de créer une section de diplomatie.Cette nouvelle étape me paraît extrêmement importante dans l\u2019enseignement des sciences morales au Canada français.Quel motif vous a poussé à cette initiative ?)) \u2014\t« L\u2019évolution générale des études vers la spécialisation, sans doute, sans négliger pour autant les éléments permanents de la culture.Quand nous avons fondé l\u2019École, il y a plus de vingt ans, nous sommes allé au plus pressé, nous avons posé les bases de l'édifice.Le temps est venu de le parfaire, de lui donner plus d\u2019envergure.Nous avons voulu assurer à nos élèves une préparation plus adéquate, qui les rendît davantage en mesure de s'assurer des situations brillantes dans l\u2019administration publique, dans la carrière diplomatique, etc.» M.Montpetit feuillette devant moi l\u2019annuaire de la Faculté, énumère les cours nombreux.Sa voix est lente, tout un monde de souvenirs remonte à sa mémoire à parcourir ainsi un passé encore récent, où les difficultés ne furent pas médiocres, quand il s\u2019agissait de bâtir ici, UNE HEURE AVEC ÉDOUARD MONTPETIT 25 souvent avec des instruments de fortune, une réplique qui ne fût pas trop indigne de l'École des Sciences politiques de Paris, où le secrétaire général a vécu les années studieuses de sa jeunesse.Après tout, semble-t-il se dire à lui-même, nous avons œuvré avec les matériaux dont nous disposions et peut-être n avons-nous pas fait trop mal .\u2014\t« Toutes les sections de la Faculté sont importantes, c\u2019est entendu, poursuit M.Montpetit, mais deux m\u2019attirent particulièrement, car je crois qu elles correspondent à une exigence pressante.La sociologie, d abord, qui est essentielle et le sera encore davantage dans l\u2019après-guerre.On y acquiert une formation profonde qui facilite la compréhension des grands problèmes contemporains, des courants économiques et sociaux dont les répercussions politiques sont inévitables.Il y a ensuite la diplomatie.C'est une voie dans laquelle notre pays s'engage rapidement.Dans quelques années, nous aurons des représentants dans la plupart des pays du monde.Plusieurs de ces pays sont de tradition latine et de culture française.Quel magnifique débouché pour nos jeunes gens ! » Je m'inquiète de savoir si ces jeunes gens parviendront à obtenir ces postes qu'ils convoitent légitimement.Car, au Canada, pour les Canadiens français, le savoir n\u2019est pas tout.\u2014\t« La difficulté est réelle, reprend mon interlocuteur.Malgré certaines démarches tentées auprès des autorités fédérales, nos élèves demeurent soumis à la loi générale du service civil; plusieurs cependant ont passé l\u2019examen et sont aujourd\u2019hui dans la carrière.Quand notre Faculté remaniée et complétée aura fonctionne durant une couple d\u2019années, il faudra une tentative nouvelle à Ottawa pour que nos étudiants bénéficient pleinement des études faites. 26 l'action nationale Le problème est simple à exposer, même si sa solution est complexe.Il nous faut un concours général de caractère nettement canadien-français.Notre enseignement est différent, il vise à une culture historique générale, a une philosophie et à une logique des événements plus qua la connaissance analytique des faits, au savoir purement encyclopédique.Comment voulez-vous, dans ces conditions, que 1 étudiant canadien-français ne soit pas, au départ, mis en état d'infériorité vis-à-vis ses camarades de langue anglaise, au cours d'un examen conçu selon des normes anglo-saxonnes ?)) M.Montpetit élève ici le débat: « Je crois que le melting pot est impossible.Chacun de nos deux groupes ethniques possède sa formation, qui n\u2019est pas celle de 1 autre.Pourquoi ne pas le reconnaître franchement ?Personne n a 1 intention d\u2019abdiquer, personne ne méprise les richesses de son voisin, même s\u2019il sait qu\u2019elles ne sont pas et ne peuvent être les siennes.Pour revenir à notre propos, en admettant cette nécessaire distinction dans le domaine qui nous intéresse, nous pourrons avoir des diplomates de culture française et des diplomates de culture anglaise, des diplomates qui seront tous d'excellents Canadiens, parce qu'ils auront respecté les valeurs profondes de leurs origines.» La voix s\u2019est affermie, la phrase s\u2019est faite plus pressante.L universitaire énonce ici des idées qui lui sont chères, dont il a reconnu la justesse à l\u2019école de la vie.En l\u2019écoutant, je songe aux conclusions auxquelles il en était arrivé, il y a une dizaine d\u2019années, quand il projetait au loin son regard, « le front contre la vitre )) : « Il faut d abord préparer nos équipes en les pourvoyant de bons joueurs, bons non pas dans le sens anglais puisque ce serait les assimiler, mais dans la plénitude résolument recherchée, de notre innéité.L\u2019individua-lisme, source sans cesse ravivée d\u2019invention chez le UNE HEURE AVEC ÉDOUARD MONTPETIT 27 Français, s'est dénudé chez nous de ses qualités créatrices pour ne garder que sa révolte à l'endroit des contraintes et a dévié dans une sorte de passivité.La France, préoccupée de liberté, s\u2019est unifiée, ne l'oublions pas, par les lettres et les arts mis au service du groupe.L'intelligence, l'instruction, une classe paysanne solide offerte à la bourgeoisie comme la terre à la moisson, une fortune modeste mais répandue, un goût plus sûr et plus actif, une connaissance beaucoup plus vivifiante de la civilisation où nous prétendons survivre: autant de plaques indicatrices sur le chemin qui part de l'école.Fierté, refrancisation, réveil, rien ne s\u2019accomplira sans le cœur inspiré par l\u2019esprit, sans l\u2019école éclairant le sol et les êtres des splendeurs de notre culture.L\u2019homme ainsi formé selon sa vitalité, à l'aise désormais dans des mouvements où s'assouplit sa nature, et voilà l'équipe prête car elle a su acquérir une des formes d\u2019organisation propres à son génie.» Et dans le même exposé riche d'observations pénétrantes, l'écrivain ajoutait: «Nous n\u2019avons pas acquis le sens de la solidarité dans la vie nationale.)) Tout cela nous entraînerait très loin, hors de notre propos; ce sera pour un autre jour, peut-être .J\u2019ai hâte de ramener M.Montpetit à ses livres.Je lui dis tout le plaisir que j\u2019ai éprouvé à lire son premier volume de Souvenirsl.\u2014 « Le second sera plus austère.Il couvrira de 1910 à 1920.J\u2019étais alors professeur a l\u2019École des Hautes Études Commerciales et à la Faculté de Droit.Je suis à rédiger ces pages et je compte avoir terminé en juin prochain.Il faudra ensuite s\u2019attaquer à cette période qui commence avec mon entrée à l'Université comme secrétaire général; deux volumes seront peut-être nécessaires, car il s\u2019est passé des choses depuis un quart de siècle.1.Cf.L'Action nationale, livraison de novembre 1944. 28 L ACTION NATIONALE Parfois, j\u2019ai bien envie de tout abandonner, de ne pas reprendre ce récit.En relisant le premier volume, je me rends compte de tout ce que j'ai oublié, de ce que j\u2019aurais voulu y mettre .» M.Montpetit esquisse un geste de lassitude.Je sais toutefois qu'il pousuivra l'œuvre commencée, car il ne peut s\u2019interdire de penser, sans vanité, que sa vie, mêlée de si près à celle de notre Université, demeure un document précieux pour ceux qui le suivront.\u2014\t« Plus j\u2019avance,plus le sujet devient embarrassant.Il y a les susceptibilités légitimes à ménager.Et puis, un homme politique, un financier, a sa politique, ses idées économiques sur lesquelles il peut être jugé.Ici, il ne s'agit que d\u2019enseignement, d'une action assez curieuse et multiforme, participation à des mouvements d\u2019idées, à des œuvres diverses.Ainsi, la Providence a voulu que je devienne orateur de circonstance .» \u2014\t« Avez-vous d\u2019autres ouvrages sur le métier ?» \u2014\t« Oui, je réunirai en volume dans quelques semaines cinq études, dont deux sont inédites.En me reportant en arrière, je me rends compte que j\u2019ai affirmé, avec d'autres, certaines idées qui trouvent aujourd\u2019hui leur confirmation.Des idées sur la valeur théorique et pratique de la doctrine sociale catholique, sur la conception véritable du capitalisme, sur la double culture au Canada, etc.Je tiens à reprendre ces essais et à les remettre sous les yeux du public.» L'entretien doit bientôt prendre fin.M.Montpetit regarde le soleil oblique jouer sur la neige.« Et puis, reprenant un titre de Georges Duhamel, je songe à faire une Géographie cordiale du Canada.Ce serait, si vous voulez, une reprise lyrique de l\u2019enseignement du civisme.Deux chapitres sont déjà écrits.Les autres ?.» Je prends congé de M.Montpetit.Je parcours de nouveau les grands corridors, je redescends vers la MES ENFANTS, JE VOUS LAISSE UN BON NOM Parole du père de [amille canadien-lrançaià depuii huit générationA Peu ou pas de richesse, mais un bon nom Nos ancêtres furent généralement peu riches.Ils étaient peu cultivés .en apparence.Ils ne connaissaient pas les formules savantes pour exprimer les beaux principes .mais ils savaient bien les pratiquer.Un bon nom : Ce mot résume toute leur vie : vie droite, vie de devoir, vie sans peur et sans reproche.Soyons fiers de notre nom, soyons fiers de nos ancêtres.Inscrivons leurs noms et leurs gestes dans un livre d'or, le livre d'or de la famille.Trente et un ans de recherches patientes et une immense documentation méthodiquement accumulée nous mettent en état de faire pour vous ce \"Livre d'or\" complet, admirable de fond et de forme.Et avec documents authentiques à l'appui.INSTITUT GÉNÉALOGIQUE DPsOUIN \"Une oeuvre nationale digne de votre encouragement\u201d 4184, rue St-Denis -\t-\t- Montréal Immerse documentation méthodiquement accumulée.31 ans de recherches patientes.Généalogie de tout Canadien français, Franco-Américain ou Acadien.Ecrivei-nous pour renseignements et honoraires. VOLUMES INDISPENSABLES PRESENTE deux collections dirigées par Esdras MINVILLE directeur de l\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales I\t\u2014BIBLIOTHEQUE ECONOMIQUE ET SOCIALE 1\t\u2014 INVITATION A L\u2019ETUDE par Esdras MINVILLE Essai de sociologie appliquée à la nation canadienne-française.La notion la plus juste du véritable nationalisme.(2e édition.7e mille) 170 pages: $0.75 franco : $0.85 2\u2014L\u2019HOMME D\u2019AFFAIRES par Esdras MINVILLE Un étudiant doit le lire avant de s\u2019orienter dans la vie.Indispensable aux commerçants et industriels.II\t\u2014ETUDES SUR NOTRE MILIEU Directeur : Esdras MINVILLE 1\t' Notre milieu (relié seulement) 443 pages 2\t\u2014 L\u2019Agriculture (2e édition, 6e mille) 556 pages 3\t\u2014 Montréal économique -\t.\t_ A\t(8e mille) 430 pages \u2018 La Foret\t(5e mille) 414 pages Nécessaies à qui veut être bien renseigné sur son milieu de vie.Les 4 volumes reliés : $12.00 (franco : $12.50) Chacun :\t$1.50 (franco :\t$1.65) EN VENTE PARTOUT 3425, rue Saint-Denis Montréal, 18 - *HA 7228 Fl DCS UNE HEURE AVEC ÉDOUARD MONTPETIT 29 plaine où s'agitent les hommes.Comment ne pas songer que la grande fierté de notre enracinement français en Amérique, notre seul motif d'espoir aussi sans doute, repose dans quelques humanistes, qui sans peut-être le rechercher expressément, se posent sans conteste comme les guides autorisés de notre nationalité ?Roger Duhamel M.Eugène L'Heureux ou le tartuffe inconscient Avec sa plume trempée dans l'eau de vaisselle M.Eugène L'Heureux continue à barbouiller un papier qui souffre tout.Il joue sur deux tableaux, celui de la pieuserie et celui de l'opportunisme.Il vient d'appliquer à King un texte de Tertullien: « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens.» King, sacré martyr par M.Eugène L'Heureux, cela semble assez dérisoire.Cette inscription au calendrier des saints du premier ministre libéral venait à peine de recevoir sa réponse par la nouvelle abdication de King que M.Eugène L'Heureux éberlué, écrivait un article limoneux, où il affirmait que la participation à la guerre est beaucoup moins grave que la tuberculose.Vous voyez le personnage.Il n'a qu\u2019une passion: se soumettre aux puissants.Il ne sait rien refuser aux hommes en place.Il s'emberlificote à cœur d'articles dans des explications qui sont toujours des reculades.Là où il devient dégoûtant, c'est quand il joue sur le tableau des choses saintes, sacrées, pour mieux s'excuser de trahir l'intérêt temporel des Canadiens français.Il s\u2019enveloppe alors dans la robe de quelqu'un d\u2019autre et multiplie les génuflexions Qu'il fasse comme nous: qu'il défende le temporel avec des arguments temporels et qu'il n'invoque pas la Sainte Vierge et Notre-Seigneur pour justifier ses canards politiques.Les gens nous répètent : ne touchez pas à cette créature invertébrée, dont le jargon pieusard n'a que l'apparence du français.Car, si vous lui serrez le col, ajoute-t-on, la peau vous restera entre les mains.Ce morose journaliste n'a qu'une passion: courtiser les puissants.Dans l'esprit de M.L'Heureux, il est interdit de revendiquer contre les chefs politiques.Avec le règne d'aujourd'hui cela veut dire, les gros politiciens, les gros fonctionnaires, les gros cachés derrière; c'est-à-dire le règne de l'argent.Jamais on n'aura vu un régime plus anti-chrétien, où le pauvre et le faible sont à la merci du riche, recevoir les salamalecs aussi aplatis d'un journaliste prétendûment catholique.Il y a aussi un autre sentiment qui entre dans les manifestations impérialistes du malheureux: au niveau des viscères se reconnaît la peur.(Le courage se tient au niveau de la tête).Dans un autre temps, cela pourrait être comique.Aujourd'hui, cela devient intolérable malgré l'extrême insignifiance du personnage. La France regarde le Canada Lorsque la fin du Vème siècle vit la fin de l\u2019Empire romain, l'Europe était une juxtaposition de tribus barbares.D\u2019un seul coup, le vieux cadre millénaire de l\u2019administration romaine était détruit, et avec lui tombait la sécurité \u2014 relative d'ailleurs \u2014 des frontières, du commerce, des échanges de tous genres.Mais la culture romaine, par des siècles de contacts parfois brutaux et d influence incessante, s\u2019était déposée dans les races nouvelles qui montaient de la barbarie Cette culture latine, où l\u2019héllénisme, « source merveilleuse de sagesse, de lumière et de beauté )), s'était allié à la gravité et à la persévérance romaines, travailla comme un ferment dans cette masse hétérogène et neuve La langue, le droit, les sciences et les arts assurèrent la transition entre la civilisation qui s\u2019éteignait et celle qui montait à l\u2019horizon de l\u2019Histoire.Plus encore qu\u2019aucun de ces éléments un organisme vivant, le seul stable dans cette époque de chaos, l\u2019Église chrétienne, conserva à l'Europe ce trésor des siècles passés, 1 animant et le vivifiant par tout ce que comporte d\u2019humain et de divin, de naturel et de surnaturel la doctrine du Christ Évêques et moines prirent le relais, sauvèrent l\u2019ordre, s'y habituèrent parfois même si bien que des conflits éclatèrent entre les divers pouvoirs temporels qui naissaient par droit d\u2019acquisition, de conquête, de mariage, les trois grandes sources de la richesse et du pouvoir à toutes les époques Cette culture à la fois gréco-latine et chrétienne s\u2019enrichit de 1 apport incessant des vagues d\u2019invasion qui venaient mourir sur cette grève du vieux monde qu\u2019était la Gaule.Elle assimila hardiment toutes les données nouvelles de l\u2019esprit humain, elle devint la culture française, d origine latine, de terre européenne, de foi chrétienne Dix siècles de labeur acharné, où l\u2019esprit arriva peu à peu à informer ce grand corps matériel, ont conduit LA FRANCE REGARDE LE CANADA 31 cette culture à devenir la source de toute richesse spirituelle pour le monde Vous vous rappelez le cri d\u2019amour bien émouvant que lançait Gabriele d'Annunzio: « France .Sans toi, le monde serait seul ! » Quelles sont les caractéristiques de cette civilisation française ?Il m\u2019a semblé qu\u2019on pouvait les ramener à trois: le sens de la personnalité, le sens de la famille, le sens de la gratuité, aucune d\u2019elle n\u2019étant exclusivement propre à la culture française, mais l'ensemble constituant un tout proprement original.Chacune de ces trois qualités est d\u2019ailleurs informée par les deux autres, et va volontiers jusqu'au défaut correspondant: vous connaissez fort bien les unes et les autres: nous nous les reprochons mutuellement, et ils sont notre héritage commun.Sens de la personnalité, respect de la dignité humaine; de là est né cet esprit de liberté qui rend le Français ingouvernable, paraît-il, en tous cas ingouvernable par un régime dictatorial et despotique: il a toujours été nécessaire d\u2019avoir une soupape de sûreté, et l\u2019esprit critique se l\u2019est toujours assuré C\u2019est cette conviction que chaque Français ne travaille pas à la grandeur de son pays, mais la constitue par sa valeur personnelle qui rend l\u2019unité si difficile, mais qui a valu à ce pays le plus grand nombre d'hommes de valeur, de personnalités originales dans tous les domaines Le Français travaille à son propre développement, persuadé qu\u2019il est que le meilleur moyen d'enrichir la France, c\u2019est de lui donner un grand Français de plus.Il se battra contre ses voisins avec ce but apparemment égoïste, et ces disputes continuelles ont leurs inconvénients: s\u2019il est vrai que certains Saints auraient pu faire canoniser leur entourage, la France serait un peuple de Saints.Le sens de la famille n'est qu\u2019une amplification de la personnalité.Je n'en parle que pour mémoire: vous savez encore mieux que nous, même actuellement, ce 32 l'action nationale qu\u2019est la famille, et j'ai souvent retrouvé ici ce sens, plus aigu que jamais Sens de la gratuité, du travail désintéressé, de la «belle ouvrage», comme disaient nos pères On travaille pour faire quelque chose de beau, de grand, de durable, d\u2019éternel.Et ce sens du beau en soi contrebalance ce qui pourrait être égoïste dans le développement de l\u2019individu.Il y a trois cents ans, un groupe de Français, de ces Français que nous venons de définir, a quitté hardiment la route tracée par la mère-patrie; il a entrepris, à un tournant, d\u2019ouvrir une route nouvelle, il s\u2019est lancé dans un domaine vierge.Riches de tout le passé, appuyés sur cette civilisation millénaire, ils ont continué de tracer dans l\u2019Histoire du Monde une route dont le commencement se perd dans la nuit des temps: ils ont écrit les premiers chapitres de l\u2019Histoire du Canada J\u2019ai vu de près cet été, pour la première fois, la greffe d\u2019un magnifique bougainvillier aux fleurs pourpres.Un rameau, détaché du tronc principal, a été rattaché par quelque chirurgie botanique, à un sauvageon.Pendant trois semaines, ce rameau s\u2019est comme replié sur soi-même; il s\u2019est pour ainsi dire recueilli pour concentrer toutes les forces vitales qu\u2019il contenait en lui, pour prendre conscience de la tâche à accomplir Puis, doucement, fibre par fibre, la communication s\u2019est établie entre le sauvageon et lui II a apporté toute sa race, toute sa sève de plant d\u2019Exposition Agricole, et ce don s\u2019est peu à peu répandu dans l\u2019arbre tout entier En échange, l\u2019arbre lui a apporté une sève riche, une matière brute qu\u2019il s\u2019est assimilé, et de cette greffe est née une espèce nouvelle, originale, splendide, appa- LA FRANCE REGARDE LE CANADA 33 rentée à la précédente et différente, plus belle encore, peut-être.Canadiens, il vous a fallu utiliser pour ce défrichage les hommes et les outils de la mère-patrie.Vous apportiez avec vous les qualités \u2014 et les défauts \u2014 de la race, mais il a fallu prendre là-bas tout ce qui vous manquait, que vous ne pouviez encore vous fournir à vous-mêmes, les Maîtres, les manuels; et ce contact, interrompu par notre faute, s'est ralenti, puis a repris avec intensité et est suivi avec passion de part et d'autre de l'Océan, quelles que soient les apparentes incompréhensions.Et pourtant, comme la greffe, vous vous êtes un temps repliés sur vous-mêmes.Ces deux cents ans de travail mystérieux et caché vous a servi à prendre conscience de vous-mêmes et à restaurer la race.Restaurer la race vieille de bien des siècles, vous l'avez fait en vous remettant à la source de toute jeunesse, au travail de la découverte, du défrichage, de l'aventure, au travail de la terre, le seul qui soit éternellement jeune et vivifiant.Vous en avez fait le Canada, avec toutes ses promesses d'avenir.Prendre conscience de vous-mêmes, vous l'avez fait dans cette concentration imposée par l'isolement, et par la conscience que vous aviez quelque chose de grand à protéger, à défendre et à développer.Deux cents ans pour devenir ce que vous êtes, pour conquérir votre place au soleil, pour vous imposer, minorité infime que vous êtes sur cet immense continent américain; deux cents ans pour vous préparer à votre mission dans cette civilisation nord-américaine qui monte à son tour à l\u2019horizon, c'est bien peu.Il me semble que vous l'avez fait, que vous êtes prêts.* * * Il y a un an, à un dîner-causerie, j'ai eu l\u2019honneur 34 L ACTION NATIONALE d'être présenté à un éminent conférencier canadien.Il a eu la gentillesse de me dire: « Je suis heureux de vous rencontrer: je suis moi-même un Français installé ici depuis trois cents ans )) Je confesse sans aucune contrition que j\u2019eus l\u2019impertinence de lui répondre: « La rencontre est en effet curieuse: je suis moi-même un Canadien installé ici depuis trois ans.)) La conversation s\u2019en est tenue là.Ma seule excuse est que je suis sincère, et que je déplore chez quelques-uns cette attitude qui consiste à regarder exclusivement en arrière, quand l\u2019avenir est devant.Et je fais bien plus volontiers mienne cette définition donnée par un Maître : « Nous sommes Canadiens, c\u2019est-à-dire des hommes de race française, de terre américaine, de foi chrétienne.)) Comme le rameau du bougainvillier continuant l\u2019arbre dont il était le rejeton en faisant quelque chose de nouveau pourtant et d\u2019original, vous avez quelque chose de plus, de mieux à faire que de rester Français De même que de la civilisation gréco-latine et chrétienne nous avons fait la civilisation française, de même vous avez à faire, de l\u2019héritage que vous avez apporté, une civilisation canadienne.Si nous reprenons la comparaison de cette Route que vos prédécesseurs ont commencé à ouvrir en terre d\u2019Amérique, il est bien évident que tout ce qui va jusqu\u2019à la croisée des chemins se partage entre la route-France et la route-Canada.Notre héritage est le même.Vous le savez, vous y avez les mêmes droits que nous.Nos hommes de science, de lettres, d\u2019art, de droit nous sont communs.De l\u2019une à l\u2019autre route, les échanges se font, le travail et les résultats sont communs, nous devons mettre ensemble tout notre bien, sans comptes et sans mesure.Mais n\u2019oubliez pas, vous, que votre route est originale.N\u2019oubliez pas que vous avez la mission de continuer et LA FRANCE REGARDE LE CANADA\t3Î de développer le travail des siècles sur le patrimoine antique.Tout ce qui vous entoure, influences américaine, « étatsunienne », anglo-saxonne, est vôtre C'est l'arbre sur lequel vous avez été greffés.Vous devez l'assimiler; vous en êtes capables après ces deux cents ans de prise de conscience; vous devez en retenir le meilleur, l'imprégner, pour que cette unique culture, de gréco-latine devenue française, devienne maintenant canadienne.* * * Car vous avez une mission à remplir.Ce que la France a donné à l'Europe, c'est votre devoir spécial de le donner à l\u2019Amérique dont vous êtes Car il faut de tout pour faire un monde, mais l'esprit l\u2019emporte sur la matière, Dieu domine l'esprit, et c'est là votre part à vous.11 faut bien reconnaître que dans le domaine économique, nous ne sommes pas les plus forts.Mais depuis quand les pays les plus riches ont-ils été les plus grands ?Ceux qui ont laissé une trace dans l'Histoire, une oeuvre éternelle dans le monde, ce sont les pays qui avaient une âme; l'âme française, la nôtre, la vôtre, demeure éternellement.En regard de ce qui est votre bien inaliénable, de ces trois vertus qui constituent l\u2019âme française (sens de la personnalité, de la famille, de la gratuité), que trouvons-nous sur ce continent ?Un immense bloc hétérogène, en fermentation, une cuve énorme où des dizaines de millions d'êtres humains ont apporté leur héritage, où des qualités et des défauts surnagent, sombrent pour apparaître ailleurs, sans qu on puisse encore prévoir quel en sera le résultat final.Les notes marquantes de ce tout américain me semblent se ramener à trois : 36 l'action nationale La disparition de la personnalité: tout se fait en série en vertu de lois économiques de la production dont je ne suis pas juge qualifié.La maison est faite en série; le meuble est fait en série; l\u2019auto est faite en série, le magazine de série tire à plusieurs millions, le journal en série aussi.Et en corollaire, la perte de la solitude, du silence, de la concentration, de la pensée.L\u2019homme moyen d\u2019Amérique semble mort à partir des oreilles, « dead above the ears ».Et vous avouerez avec moi que la personnalité qui émerge est une chose rare, que l\u2019élite intellectuelle est rare, que la proportion en tous cas en est minime au regard de la destinée humaine de chaque individu dans cette immense agglomération.La disparition de la vie de famille au profit d\u2019une vie grégaire, d\u2019une vie de collectivité.Chaque membre de la famille a son groupe, ses activités économiques et sociales, son restaurant; le foyer lui-même est miné, peut-être plus gravement atteint qu\u2019on ne le suppose; les campagnes contre la dénatalité le prouvent; et si certains vous redoutent, c\u2019est parce qu\u2019ils n\u2019ont plus cette force que vous avez encore et qui fait une partie de votre force, à vous, Canadiens.La disparition surtout du sens de la gratuité, du désintéressement.Nous sommes en plein matérialisme; il faut qu\u2019une idée se traduise en dollars pour être bonne.Tout se fait vite et en série, parce que ça paye; l\u2019art, la qualité ont presque disparu; si vous les retrouvez, soyez certains que vous saurez ce que cela coûte, car l'art et la qualité aussi sont monnayés.En échange, comme prime de consolation, nous trouvons une philosophie de l\u2019homme économique dérivée en droite ligne du libéralisme, et se dirigeant en droite ligne vers le socialisme.Et je ne crois pas que par les temps qui courent, il y ait dans le monde assez de générosité, de désintéressement, d\u2019oubli de soi, pour que le UNE HEURE AVEC ÉDOUARD MONTPETIT 37 socialisme, en pratique, puisse ne pas arriver nécessairement, de par sa logique interne, au communisme, à la dictature, à la suppression de cette liberté humaine qu'il exalte et défend II n\u2019y a qu'à regarder.Jean-Jacques Rousseau a cet aveu impressionnant à la fin du Contrat Social: « S'il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement.Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes.» A cette civilisation, à cet embryon de civilisation à peine humaine, en tous cas decapitee, vous, Canadiens, devez apporter le témoignage et la richesse de la civilisation dont vous êtes les héritiers, et qui doit être adaptée par vous aux besoins d'un continent et d'un siècle nouveau, qui doit être faite canadienne.Vous avez ce qui lui manque, et vous avez le devoir de le lui donner; c\u2019est proprement votre mission, c'est ce qui fera votre grandeur .ou votre condamnation.Et si vous y croyez fort, si vous en êtes persuadés, si vous en vivez; si les deux cents ans passes ont vraiment servi à créer une race nouvelle avec l'ancienne, à en prendre conscience, et à lui donner toute sa personnalité, vous êtes assez forts, vous êtes prêts à vous lancer.C est commencé, c est en route; 1 avenir demeure devant Mais dès à présent, dans toutes les Universités anglo-saxonnes où vont des Canadiens, ils prennent de haute lutte la première place et la conservent, au Canada comme aux États-Unis: j ai eu de cela bien des témoignages, vous en avez plus que moi.Dès qu il y a besoin d\u2019un cerveau qui puisse penser lentement, longuement, mûrir et faire éclore des pensées, et non des résultats d expériences, dans tous les bureaux de recherches de ce continent, les Canadiens prennent les places que les Européens abandonnent par la nécessite: c est normal, elles vous appartiennent.Dès qu il y a besoin et on commence à le sentir, heureusement,\u2014 de ces arts, de 38 l'action nationale ces industries qui relèvent de la personnalité humaine, on se retourne vers vous: de plusieurs colonies anglaises on est venu visiter vos Écoles Ménagères, formule canadienne la plus au point actuellement pour former des épouses, des femmes canadiennes, et non des hommes d'un sexe différent; du Mexique, d\u2019autre pays latins, on est venu demander à votre École du Meuble, à vos institutions artisanales des leçons de personnalité, de désintéressement, d\u2019art.De partout, depuis la chute de la France, de France même depuis quelle a relevé enfin la tête on vient se renseigner sur vos mouvements de Jeunesse, sur l'organisation de votre Action Catholique.Des délégations de scouts venues de plusieurs pays d\u2019Amérique cette année ont fait de pareilles déclarations.Je crois entendre le P.Garcia, du San Salvador, disant il y a quelques mois à peine: « Vous, les Canadiens, tout en haut de la carte de notre continent, vous êtes comme la cabine du pilote, la passerelle du commandant: nous regardons vers vous pour recevoir les directives, parce que vous êtes la relève en Amérique du génie français.)) Vous avez le droit maintenant de me reprocher ces proros, de n\u2019être pas de mon avis, de me renvoyer à ce qui me regarde; mais j'avais cette conviction sur le cœur, et je voulais vous le dire Au contact de votre jeunesse canadienne, et vous la connaissez \u2014 ce sont vos enfants!\u2014j\u2019ai découvert une raison de plus d'aimer mon pays \u2014 comme si on avait besoin de raisons ! Une fierté plus grande encore d\u2019appartenir à une race qui a donné naissance à de si grandes et belles choses, à un pays dont on sent, en vous regardant, qu\u2019il ne pouvait pas mourir ! Et j\u2019ai trouvé une raison de plus d\u2019aimer le vôtre, celle du grand-père qui considère ses descendants en face de la vie, qui les contemple avec fierté, UNE HEURE AVEC ÉDOUARD MONTPETIT 39 et qui se dit: « Et si la tâche qui les attend est rude, tant mieux: ils sont capables de faire de grandes choses.» Telle est votre mission: être pour l'Amérique ce que la France a été pour le monde: flambeau de civilisation.L'Amérique vous y attend.Peut-être vous êtes les seuls à ne pas croire assez à tout ce que vous portez en vous.Robert Llewellyn.Quand le pasteur Shields explose.Nous savons bien que ce fou enragé ne représente pas l'opinion moyenne de nos concitoyens de langue anglaise.Plusieurs d entre eux, dans leur subconscient, éprouvent peut-être une tendresse inavouée pour ces explosions de fanatisme anti-catholique et antifrançais, mais les plus équilibrés d'entre eux se rendent compte qu'il est bien tard pour essayer de tuer un peuple qui a survécu à de si longues années de brimades systématiques.Les propos de Shields à Victoria sont désopilants par leur outrance même Ce malade voit le pape à tous les coins de rues.« Le Canada, affirme-t-il, ne peut fonder ses espoirs de liberté sur e parti libéral, parce que ce parti est catholique romain; ni sur le parti conservateur, car il désire devenir catholique romain.Quant à la CCF., elle vendrait son âme au diable.» Voilà une analyse politique aussi brève que lumineuse.M.Mackenzie King sera-t-il bientôt comte romain ?Quant à M.Bracken^ dont les chances électorales sont fort minces, nous le verrions très bien camerier du pape, à moins qu'il ne se contente de la médaillé Bern Merenli.Shields s'en est pris sauvagement au cardinal Villeneuve et au général McNaughton, qui ne doivent pas s'en porter plus mal.Mais le remède est tout trouvé : Shields a annonce qu ü fonderait un parti.Dans une belle envolée, il s est écrié: « Il faut reveiller les femmes canadiennes pour chasser King; il a fui les femmes toute sa vie.» Madame Shields va-t-elle participer a cette croisade, à ce chassé-croisé des femmes chassant King qui a chasse les femmes de sa vie ?Comme troupe d'assaut, nous consentons humblement au fondateur du nouveau parti de mobiliser les Filles de 1 Empire.Ce ne sera peut-être pas un bataillon très, très jeune, mais enfin, entre deux tasses de thé, elles peuvent sûrement mettre 1 épaulé à la roue. De l'immorolité de la conscription Avant-propos Au cours des années tragiques que nous vivons, L'Action Nationale peut se dire avec fierté, tqu'elle a été, avec d'autres bien entendu, aux postes d'avant-garde dans la lutte contre la conscription Grâce au refus quelle a toujours opposé a toutes les tentations et à toutes les suggestions de compromission, bien intentionnées ou non, elle a pu garder une vue droite, juste, sage des événements et malgré ce qu'on se plaît à appeler l'inexpérience politique de la plupart de ses collaborateurs et directeurs, elle a su voir plus clair dans les conséquences politiques de tels ou tels gestes de nos politiciens, que ceux-ci mêmes qui se prétendaient nos protecteurs par excellence et qui nous ont lâchement ou niaisement perdus, selon le cas.Il ne faudrait pas croire toutefois que dans toute l'Amérique, même si l on s en tient à l'Amérique anglo-saxonne, les Canadiens français ont été les seuls à combattre la conscription.Aux États-Unis, tout un groupe de catholiques, dont la pensée s'exprime dans un petit journal de grande valeur intellectuelle et morale, The Catholic Worker, a conduit lui aussi sans rémission la lutte contre la politique de conscription; a même accepté de subir la prison pour la défense de ses convictions.Et cette lutte contre la conscription, il la poursuit sur un terrain encore plus éleve que nous ne l avons placé \u2014 du moins dans le cas des hommes, car pour les femmes nos positions sont identiques\u2014 ; celui de la morale.Sans doute, nous en sommes-nous fort approchés.Nos lecteurs se rappelleront que dans l'article, ensuite publie en brochure, que publiait ici l un de nos directeurs, François-Albert Angers, sous le titre Pourquoi nous n accepterons jamais la conscription, toute une partie de l argumentation reposait sur des raisons ayant étrail à l anti-impérialisme des Canadiens français et à leur * DE L IMMORALITÉ DE LA CONSCRIPTION\t41 conception intime du rôle des petites puissances dans l'ordre international.C était là des raisons de haute politique, ainsi que le disait le même directeur dans un autre article sur la question de la conscription des femmes (Est-ce ainsi qu on fait la guerre sainte ?), de si haute politique que des considérations morales s y trouvaient impliquées Les catholiques américains du groupe dont nous venons de parler, eux, y vont directement: ils s'attaquent de front à la conscription comme immorale en soi et proclament leur droit à l objection de conscience au nom de la morale chrétienne dans le cas des hommes comme, bien entendu, dans le cas des femmes.Dans les numéros qui vont suivre, nous voulons mettre nos lecteurs au courant de cette prise de position, les induire a y réfléchir et a étudier ce grand problème.Les articles que nous publierons sont tous du même auteur, un prêtre ou unpere, Father John J.Hugo, du diocèse de Pittsburgh Ils sont une traduction des textes parus dans The Catholic Worker, 115, rue Mott, New York, 13, et que nous reproduisons ici avec l autorisation des intéressés.Nous encourageons d ailleurs fortement nos lecteurs à devenir, pour 30 cents par annee, les lecteurs de ce petit journal mensuel, ou ils trouveront de quoi stimuler leur pensée chrétienne sur tous les problèmes contemporains Principes généraux et historique de la conscription 1.De l'urgence de discuter le problème de la conscription Le service militaire obligatoire et universel dit conscription est fondamentalement ce qui rend possible les guerres modernes.Cette levée massive de troupes est en effet plus importante que les progrès technologiques eux-mêmes pour que puisse se poursuivre la tuerie en grand qui caractérise les guerres de notre temps.Arri- 42 l'action nationale verait-on à faire disparaître cette pratique que la guerre, telle que nous la connaissons au vingtième siècle, ne pourrait absolument plus se produire.Par conséquent, il n'est pas d'aspect plus important de la question, quand on examine le fondement moral des guerres modernes, que celui de la moralité de la conscription.Malgré son importance évidente, le sujet a pourtant été peu discuté, de sorte que la moralité du service militaire obligatoire et universel est considérée comme chose entendue Même les théologiens moraux ont laissé la conscription s'installer sans y opposer d\u2019objections.Il peut sembler un peu tard, à cause de cela, pour se mettre à s'interroger sur une institution qui existe depuis un siècle et demi sans discussion sérieuse.Mais il y a des raisons à ce silence, qui expliquent que l'on puisse mieux aujourd'hui examiner la question.Les théologiens des siècles anciens, comme saint Augustin et saint Thomas, n'ont pas connu la conscription, qui n'existe que depuis 1793; pas plus, par suite, que de Vittoria (1546) ou Suarez (1617), qui sont les théologiens modernes les plus en autorité sur la moralité de la guerre.C'est là un fait très significatif.Il montre que les théologiens vers lesquels les catholiques se retournent quand il s'agit des principes relatifs aux guerres, ont formé leur opinion à un moment où le facteur le plus important dans les guerres modernes était inconnu.Quelle que soit l'autorité des anciens écrivains, le besoin se fait sentir d une appréciation des guerres qui tienne compte du service militaire obligatoire.Le besoin d\u2019une étude morale soigneuse de la question de conscription Rares sont les moralistes qui, ayant écrit depuis que la conscription est devenue une politique générale, 1 ont condamnée.Ce fait ne peut toutefois pas être pris comme un argument en sa faveur.D\u2019abord parce que ceux qui ont envisagé spécifiquement le problème ont généralement conclu à une condamnation.1 Quant aux auteurs modernes ordinairement admis en théologie morale, ils ne se sont généralement occupés du sujet que d une façon sommaire 1.Cf.Mgr George-Barry O Toole.War and conscription at the bar oj Christian morals, Catholic Worker Press, New York ¦ Aussi les opinions résumées de plusieurs auteurs dans National Patriotism in Papal Teaching, par John J Wright, p 180etss\u201e Newman 1943 Egalement, John Eppstein, The Catholic Tradition of the Law o] Nations, pp.133-134, Bûmes, Oates and Washbourne, Londres 1935 DE L IMMORALITÉ DE LA CONSCRIPTION 43 et en passant II faut malgré tout admettre avec regret que les penseurs de 1 école catholique moderne n'ont pas donné à l\u2019ensemble du problème de la guerre l'attention qu'il mérite et qu\u2019il demande.Quelques pages dans les manuels de philosophie et de théologie morale consistant en une simple énumération des conditions nécessaires pour qu\u2019une guerre soit juste: voilà à peu près tout.On se donne trop peu de peine pour appliquer ces conditions aux circonstances de la guerre moderne ou pour étudier sérieusement ce plus grand mal de l\u2019ensemble du monde contemporain.Dans les classes de philosophie et de théologie morale, on n'accorde pas plus d\u2019une heure à toute la question.En un mot, la guerre et la conscription sont acceptées comme une chose normale.Nous avons laissé les décisions qu\u2019ils comportent pour la conscience aux hommes d\u2019État de la vieille école libérale, c'est-à-dire à des gens profondément irréligieux, qui ont endormi nos consciences en camouflant des expéditions militaires sordides, inspirées par les intérêts du capitalisme et du nationalisme impérialiste, sous le couvert de professions de foi à un idéal moral élevé.A notre époque, toutefois, la guerre et la conscription ont atteint à une telle intensité dans leur puissance créatrice de mal qu il n\u2019est plus possible de les accepter comme chose normale.Quelles que soient les raisons qui expliquent le retard à prendre conscience de la gravité du problème (et il y en a plusieurs que nous ne considérerons pas toutes parce qu\u2019une seule concerne la conscription), il semble que l\u2019époque actuelle soit la meilleure pour entreprendre une etude complète de la conscription.Car la conscription, bien quelle existe depuis déjà un siècle et demi, a atteint à son plein développement avec notre génération.Pour la première fois, on peut, aujourd hui, la voir en action dans sa forme la plus évoluée.Ce fait explique en grande partie que les moralistes se soient abstenus, dans le passé, de prononcer un jugement définitif.Ils n\u2019avaient pas tous les faits devant eux; et il faut leur concéder, en justification d'un silence autrement inexplicable sur une matière aussi grave, que les faits qu'ils ne connaissaient pas sont les plus décisifs.Un mal caché Jusqu'à nos jours, la conscription est restée difficile à juger pour la même raison que le caractère d\u2019un enfant est difficile à juger.L enfant nest pas mûri; les traits de son caractère ne se sont pas encore complètement révélés.Tous les enfants ont l\u2019air, extérieurement, doux et innocents; pourtant cette bonté naturelle, outre 44 l'action nationale d'être instable et fuyante, cache une puissance de mal faire qui ne se manifestera que progressivement et qui aboutira à des défauts sérieux si on n'y met ordre.Un mauvais arbre porte de mauvais fruits.Mais il faut le temps pour s'en apercevoir.Vous ne mettez pas une graine en terre une journée en vous attendant de sortir le jour suivant avec votre panier afin d'en récolter les fruits.La malfaisance de la conscription, de la même façon, ne se voit clairement qu'au moment ou elle atteint à sa maturité et ou nous sommes capables de la considérer dans toute son ampleur.Ce n'est pas que le mal se trouve dans les effets seuls; ils y sont depuis le commencement de la cause \\ mais nous ne pouvions nous en rendre pleinement compte \u2014 et surtout, nous ne pouvions être parfaitement assurés de voir juste \u2014 tant que nous n'avions pas vu les effets.Chez un homme méchant, l'origine du mal se trouve déjà présente sous les dehors innocents de son enfance; sa croissance était nécessaire pour la mettre au jour.Ou, si l'on veut prendre l'exemple du mauvais arbre, le poison est déjà dans la graine, mais l'homme ne le détecte qu'en en mangeant les fruits.2.Un para Hèle instructif Le cas peut se comparer à celui du féminisme exagéré, c est-à-dire de l'effort de tant de femmes modernes en vue de s émanciper complètement des devoirs et des responsabilités qui leur sont propres.Et parce que ce cas, en plus de fournir un parallèle instructif, nous fournira des matériaux utiles à une partie ultérieure de 1 argumentation, nous ferions bien de nous arrêter un peu ici pour considérer brièvement ce point.Il était difficile, au moment où les femmes commencèrent à réclamer plus de liberté, que les catholiques affirmassent et expliquassent leur opposition au féminisme, bien que le 1.Nous n'entendons pas par là \u2014 il faut le noter soigneusement \u2014 que l'appel de soldats soit un mal en soi.Ce que nous entendons, c\u2019est qu'en fait, les circonstances réelles de la conscription et de la guerre moderne tendent invariablement à en faire extrinsèquement un mal.Et bien entendu, le soldat en tant que tel est une abstraction qui n'existe que dans l'esprit du philosophe.C est une sorte d\u2019« homme de laboratoire », comme 1 'homo oeconomicus ou 1 homme « à l'état de nature pure »; un homme sans passions et sans intentions morales déterminantes, par conséquent très éloignés des circonstances réelles de l'existence humaine.Le soldat dans la réalité, a, lui, des passions et des faiblesses; il est mû par des objets qui ont une portée morale; il accomplit des actes qui sont bons ou mauvais, se sert de moyens qui sont justes ou injustes: il est moins difficile pour lui de s'écarter de la voie droite. DE L IMMORALITÉ DE LA CONSCRIPTION 4S mouvement fût certainement mauvais et que l'Église l'ait effectivement condamné à la fin.Au début, en effet, le mélange d'erreurs avec des éléments vraiment sains que l'on y rencontrait, empêchait celles-là d'apparaître évidentes.Nous, catholiques, n'avons pas besoin des féministes pour nous signaler la dignité de la femme.Nous croyons et avons cru depuis toujours, que les femmes ont une âme immortelle et sont égales à l'homme en dignité et en valeur: dans le royaume du ciel, il n'y a « ni homme ni femme3 ».En vérité, à cause de la Vierge et de sa situation si uniquement privilégiée entre les humains, nous avons accordé à la femme plus de respect, plus de vénération qu'à l'homme.Ainsi que Chesterton l\u2019a souligné, les soi-disant incapacités de la femme sont une marque non de mépris mais de respect; elles sont de la nature des exemptions accordées aux prêtres relativement à l'activité profane.Nous n\u2019avons pas eu non plus besoin des féministes pour nous dire que les femmes sont douées d'intelligence et ont par conséquent le droit à l'éducation.Si, dans des siècles antérieurs, les femmes n'ont pas joui de plus grandes chances de se cultiver, il faut l'attribuer à des circonstances historiques et sociales jointes à la profondeur de certains préjugés masculins, et non à une doctrine chrétienne qui aurait interdit aux femmes les avantages de l'instruction.L\u2019ignorance des différences de fonctions Les catholiques, naturellement, croient que la fonction de la femme, tant dans la société humaine que dans le Corps Mystique du Christ, est différente de celle de l'homme.C'est la seule réserve qui soit faite.Pourtant, tout catholique est presque instinctivement anti-féministe.Il ne sait peut-être pas exactement pourquoi, et il se peut même qu'il défende son opinion à l'aide des faibles arguments qu'il aura reçus de la coutume et de la tradition plutôt qu'il ne les aura puisés dans un principe moral.N'empêche qu'en dernière analyse, son opposition se révèle morale.Il ne s'en rend compte, parfois, que devant les résultats du féminisme: la famille brisée, la moralité dans le mariage mise au rancart, le divorce, les progrès flagrants de l'impureté et la disparition du sens de la pudeur, le tout accompagné de bien d'autres maux, tels les progrès de la criminalité juvénile, que les sociologues laïques en viennent eux-mêmes à considérer comme une conséquence des revendications de la femme en faveur d'une émancipation des responsabilités 3.Gai.3, 28. 46 l'action nationale propres à son sexe.Devant ces faits, les catholiques ne peuvent faire autrement que de conclure à la malfaisance du féminisme.Mais la malfaisance n'est pas seulement dans ses effets.Elle était présente à l'origine, dans la semence; elle a seulement pris du temps à se manifester.Elle réside précisément dans cette négation des différences de fonction entre les hommes et les femmes, dans la decision prise d'obtenir pour les femmes le même traitement que pour les hommes.Par une pareille attitude, le féminisme contrecarre directement le plan divin, qui a conçu la société humaine (et la société surnaturelle du Corps Mystique) organiquement, assignant à chaque groupe, à chaque individu même, une fin et une fonction particulières, exactement comme il a conçu le corps humain avec ses membres et ses organes.Quels que soient la dignité, la capacité intellectuelle et les droits politiques de la femme, son rôle propre, les tâches et les responsabilités qui lui incombent sont entièrement différents de ceux des hommes.La dégradation de la femme en est le prix L'erreur du féminisme, la faute des femmes vêtues comme des hommes et occupées à des besognes d'hommes tiennent dans le rejet qui s\"y trouve de la doctrine du Corps Mystique du Christ.Leur péché est un péché contre le Corps Mystique.Et elles en sont punies rapidement et d'une façon appropriée.Quand elles essayent de rivaliser avec les hommes dans des tâches qui sent proprement masculines, elles sont invariablement inférieures.C est seulement dans leur propre champ d'activité quelles sont suprêmes, inimitables.Des jeunes filles esclaves dans nos usines, des commis travaillant toute la journée au magasin pour une pitance, quel merveilleux avantage de « liberté et d « indépendance » cela représente ! Ces femmes en vêtements d hommes s affairant dans les fabriques et les cours de chemins de fer, battant leurs compagnons masculins à l'abjection de leurs conversations, engagées dans les besognes les plus sales et les moins qualifiées, quel merveilleux progrès cela fait faire à la dignité de la femme, quelle addition les femmes ont ainsi apportée à leurs privilèges en échappant « aux corvées du foyer » ! Le résultat du féminisme s'établit par un avilissement du statut de la femme.De la même façon, la conscription vue en surface peut paraître satisfaisante à la conscience et peut-être est-ce pour cela qu on la prend si facilement pour une chose entendue.Du point de vue moral, elle peut même paraître nécessaire en vertu du droit de 1 État de DE L IMMORALITÉ DE LA CONSCRIPTION 47 se défendre.A ce droit de l'État correspond un devoir des citoyens de défendre leur pays.Ainsi il semblerait exister (et c'est là un argument des défenseurs de la conscription) une obligation de conscience d accepter la conscription; si bien que celui qui s'y refuse est généralement considéré non seulement comme un lâche du point de vue patriotique, mais aussi comme coupable d'un manquement à ses devoirs moraux et religieux.Néanmoins, un grand mal reste caché sous cette apparente inoffensivité des caractères extérieurs de la conscription.Un de ces maux dont la logique interne exige du temps pour se révéler clairement, mais qui ne laisse pas de doute, quand il apparaît, sur l'opposition qui existe entre le service militaire universel et les règles de la justice naturelle autant que les enseignements de l\u2019Évangile.3.L'histoire de lo conscription4 L\u2019historique de la conscription nous montre nettement la logique de son développement.Bien que nous semblions croire aujourd'hui que la conscription a toujours existé, le fait est que, dans sa forme moderne tout au moins, elle ne remonte pas plus loin que la Révolution Française.Bien entendu, les anciennes nations païennes ont connu quelque chose d'approchant; leur tendance à déifier l'État, ajoutée à leur état de barbarie ou de semi-barbarie, les conduisait tout naturellement à la conception de « la nation sous les armes ».Sparte, où chaque enfant masculin était élevé en soldat, ou abandonné pour mourir s\u2019il n'en devait pas être capable, constitue l'exemple typique de l'ancien service militaire obligatoire de la nation sous les armes.Toutefois, un pareil service, même à cette époque, tendait à disparaître avec les progrès de la civilisation; si bien que la Grèce et Rome, au sommet de leurs réalisations culturelles, furent submergées par des peuples encore plus barbares, qui voyaient dans la force, et non dans la connaissance, la mesure de la grandeur.Avec l'ère chrétienne, la conscription disparaît complètement et, sauf certaines exceptions isolées, reste inconnue pendant le millier d'années qui précèdent la Révolution Française.Les limites du service \u201cuniversel\u201d La théorie de l'égalité, qui constituait l'un des idéals de la Révolution, conduisit logiquement à des réclamations pour que tous les 4.Cf.Les articles au mot « conscription » dans Encyclopedia Britannica et The Americana. 48 L ACTION NATIONALE citoyens soient soumis au service militaire, « et comme la plupart des gens sont naturellement peu enclins à risquer leur peau, la demande d'un service universel équivalait à l'enrôlement obligatoire ».En dépit de l'acceptation du principe de la conscription et de son adoption par le gouvernement révolutionnaire, il ne fut pas immédiatement mis en pratique : à l'inefficacité administrative s'ajoutèrent des moyens nombreux pour les particuliers de s\u2019en éviter l'application et même la révolte ouverte.Carnot la rendit praticable en limitant le service aux hommes de 18 à 25 ans d'âge.Et déjà les idéals révolutionnaires de fraternité et d'égalité se trouvaient compromis ! La conscription ne put être mise en vigueur qu'en l'imposant à une section de la population politiquement incapable d'action.Ce qui est aussi vrai aujourd'hui que ce le fut alors: tous les groupes capables d'exercer une pression politique sur les gouvernements esquivent habilement le « devoir » de porter les armes.S'il a été possible, dans les années qui ont suivi la Révolution, d étendre la limite d'âge de ceux qui sont requis de faire du service militaire, c'est dû surtout au fait qu'avec les progrès de la Révolution Industrielle une partie importante de la population masculine, le prolétariat, est devenue politiquement incapable.En 1798, le général Jourdain améliora la loi de conscription, et plus tard Napoléon la rendit plus efficace encore.La conscription fournit à Napoléon, de 1800 à 1813, plus de deux millions et demi d'hommes.Ce fut donc la conscription qui rendit possibles les victoires de Napoléon et sa contribution fondamentale à la stratégie militaire repose dans l'emploi des armées de masse.1 Ainsi les conquêtes de Napoléon comptent au nombre des premiers grands résultats de la conscription universelle.Le militarisme prussien devait être le suivant.Les imitateurs de Napoléon Imitant Napoléon, la Prusse adopta la conscription en 1808, après l'humiliation qu elle subit à Iéna.Après la chute de Napoléon en 1815, le système continua de se développer d'une façon scientifique jusqu'à ce qu'il eût atteint à sa perfection sous Guillaume 1er et Bismarck.Son haut degré d'efficacité se révéla dans les victoires rapides et faciles de la Prusse contre l'Autriche en 1866 et la France en 1871.Le succès de leur puissante machine militaire « convainquit 1.Cf.Makers oj Modem Strategy, Edward-Mead Earle, pp.73-74 Princeton, 1944. DE L'IMMORALITÉ DE LA CONSCRIPTION 49 les Allemands que la préservation de leur unité nationale reposait sur le maintien du principe de l'entraînement militaire obligatoire 1 ».Par suite, la Prusse força tous les autres États allemands, qu'elle dominait, d'adopter la même politique; elle-même se surchargea d'un armement toujours plus intense.Bien entendu, les victoires de 1866 et de 1871 apparaissent comme des triomphes mineurs pour le régime de la conscription, par comparaison avec ce qui devait survenir ensuite; elles ne furent que le début de développements plus considérables.Impressionnés par l'exemple prussien, d'autres États européens s'engagèrent sur la voie de la conscription, qui devint universelle.En 1868, l\u2019Autriche-Hongrie l'adoptait ; la France, où elle avait c isparu depuis la chute de Napoléon, y revenait en 1872; le Japon, en 1873; la Russie, en 1874; l'Italie, en 1875 De son côté, la Grande-Bretagne, tout en restant en arrière quant au service obligatoire, lançait un mouvement complémentaire en faisant pour la marine ce que la Prusse avait fait pour l'armée de terre
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