L'action nationale, 1 avril 1948, Avril
[" L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019Action Nationale\tLe Grand Soir de la croisade capitaliste.241 = François-Albert ANGERS - NATIONALISME ET INTERNATIONALISME .\t.\t243 Jean-Robert BONNIER La compétence: voie du salut 275 Jean-Paul ROBILLARD POUR UN HUMANISME OUVRIER:\tUn nationalisme social\t 284 Pierre VIGEANT\tUn siècle après la reconnais- sance officielle de la langue française.297 Jean DRAPEAU\tLe rideau tombe.306 Marc-A.PERRON\tL es livres et leurs auteurs.\t310 Ignace BROUILLET\tL\u2019É cole Polytechnique.317 / VOL XXX!, No 4 AVRIL 1948 MONTREAL L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE 0 Directeur: Dominique BEAUDIN 0 L'Action nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des Institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Die paraît tous les mois, sauf en lulllet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.Anatole Vanier, président; Dominique Beaudin, secrétaire; Jean Drapeau, trésorier,- A.le chanoine Lionel Groulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Mgr Olivier Maurault, P.S.S.; Arthur Laurendeau, André Laurendeau, François-Albert Angers, Gérard Fllian, Abbé Albert Tessier, Léopold Richer, Albert Rioux, L.-Athanase Fréchette, Guy Frégault, Jacques Perrault, Rodolphe Laplante, Clovis-Emile Couture, Paul-Emile Alin, Jean Deschamps.DIRECTION ET ADMINISTRATION 3878, rue Saint-Hubert, Montréal (24), P.Q.Téléphone : MArquette 2837 L'abonnement est de $3.00 par année Abonnement de soutien : $5.00 Le 24 mai sera vite venu .C'EST DONC MAINTENANT QU'IL FAUT PREPARER LE PROGRAMME DE LA FÊTE DE DOLLARD \u2022 PROCUREZ-VOUS sans retard, pour n\u2019être pas pris au dépourvu, l\u2019emblème traditionnel de cette fête : LA ROSE DE DOLLARD C\u2019est à la fois le souvenir du sacrifice des braves du Long-Sault, la fidélité à leur mémoire et à leur exemple, c\u2019est la promesse que le patriotisme saura encore, dans toute l\u2019Amérique française, susciter des héros.Soyez de la fête et montrez-le en portant la rose de Dollard à votre boutonnière.LA ROSE DE DOLLARD Case postale 19, Station N, Montréal, P.Q.UN SEUL PRIX : $2.00 le cent Ne tardez plus : placez votre commande sans retard ! i LES AMIS DE LA REVUE ATJBÉ, Philippe AVOCAT\t152 est, Notre-Dame \u2022\tHA 5877 CHAUSSÉ, Fernand\t AVOCAT\t152 est, Notre-Dame e\tHA 7235 DORAIS,\tJean-Louis AVOCAT\t 57 ouest, rue St-Jacques\t \u2022\tHA 1336 MASSE, Paul\t AVOCAT\t152 est, Notre-Dame \u2022\tBE 1971 MORIN,Louis-Phiiippe,C-A.Comptable Agréé 81, rue St-Pierre, Québec.©\tTél.2-6871 LUC BEAUREGARD Représ.de la Laurentienne 4052, rue Cartier \u2022 But.: PL 6700 Rés.: AM 7779 FOURNIER, Albert Procureur de brevets d\u2019invention 934 est, Ste-Catherine ©\tHA 4548 DUPUIS, Laurier 5600, boulevard Monk \u2022\tWE 0355 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest.St-Jacques ©\tHA 2841 FRÉCHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 ouest, Craig \u2022\tLA 9607 POULIN, J.-Aimé & Albert ARCHITECTES 71, Prospect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTÊL.1391 LAPORTE, René MÉDECIN 947, rue Cherrler, \u2022\tMontréal, P.Q.BEAUSOLEIL, E.BOUCHER-ÉPICIER 1251, Champlain \u2022\tCH 3712 Salaison MAISONNEUVE BACON marque \u2022'MORIN\u201d 1430, De Z^asalle \u2022\tCL 4086-7 SANSOUCY, Alb.ÉPICIER-BOUCHER 3963 est, Ste-Catherine, Montréal \u2022\tFA 3607 SANSOUCY, Arthur BOUCHER-ÉPICIER 3995, Hochelaga \u2022\tCL 2839 Le FOYER RURAL, Revue mensuelle agricole.515, avenue Viger, \u2022\tMontréal.AUG.BRUNETTE, Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville O\tPL 1946 Jean Drapeau DRAPEAU ET MELANÇON AVOCATS ET PROCUREURS 4 est, rue Notre-Dame, Montréal.Claude Melançon MA 5615 II LES AMIS DE LA REVUE DESCHÊNES & Fils Ltée | Matériaux de plomberie et chauf.I 1203 est, Notre-Dame I O\tFR 3176-7 I LATENDRESSE & Fils Enrg.Machinerie Delta.FERRONNERIE 12057est, N.-Dame.Pte-aux-Tr.\u2022\tCL.6731, Local 404 CYR, Édouard MODELEUR 1427, Maisonneuve \u2022\tAM 8984 LATULIPE, N.Cravates, écharpes et robes de chambre \u2022\t4360, rue Iberville, Montréal \u201cLES VARIÉTÉS\u201d PAUL DEJORDY, prop.800 est.Mont-Royal \u2022\tCH 9815 \u201cÀ LA MARMITE\u201d SALLE A MANGER 350 est.Craig \u2022\tMA 0730 Nous remercions les Amis de la revue qui manifestent leurs convictions et leurs sentiments par un geste pratique.Ils ont droit à notre gratitude comme à celle de nos abonnés.Sans eux, nous serions plus pauvres encore .mais, tout simplement, SERIONS-NOUS ?Votre alliée Au service du public depuis plus de soixante-dix ans, la Banque Canadienne Nationale se préoccupe d'assurer le succès de ses clients, auquel est lié son propre progrès.Désireuse de coopérer avec vous, elle vous réservera le meilleur accueil, quelle que soit l'importance de votre entreprise ou de votre compte.Banque Canadienne Nationale Actif, environ $380,000,000 531 bureaux au Canada 65 succursales à Montréal 111 TOUJOURS \u2022\tles plus nouveaux tissus \u2022\tles plus récents modèles CHEZ LES TAILLEURS JOLY 269 est, rue Sainte-Catherine, ^ Montréal.\tBEIair S126\t^ IV .LANGAGE DE CHIFFRES .Actif 1939 154,349 1942 456,584 1945 1,368,250 1946 1,817,099 1947 2,376,242 LA LAURENTIENNE FONDÉE EN 1938 Lorsqu\u2019il s\u2019agit des produits de l\u2019érable \u2014 Exigez toujours la meilleure qualité \u2014 La marque \u201cCitadelle\u201d est la meilleure.100% PURE Sirop d'érable \"Citadelle\" 0 Sucre d'érable granulé \"Citadelle\" 0 Sucre d'érable \"Citadelle\" 0 Beurre d'érable \"Citadelle\".Ces produits sont en vente chez tous les bons épiciers.Les Producteurs de Sucre d\u2019Erable du Québec, BUREAU CHEF : 5, Avenue Bégin, Lévis, Québec.POUR VOS FOURRURES\t si vous cherchez Qualité, Elégance\t n\u2019hésitez\tpas, voyez BLEAU &\tROUSSEAU J.-T.BLEAU\tANT.ROUSSEAU\tJ.-A.MASSON\t 3852, St-Denis\t5004, Sherbrooke O.HA.8433\tDE.4482 Vous trouverez cher nous, et à bon compte, tout ce qu'il faut pour meubler votre résidence.Maison établie depuis 40 ans.0 Fltzroy 4681\t\u2022 LAMARRE FRERES 3723, Notre-Dame ouest,\tMontréal VI jÇe* en [an tâ ptéferen t leâ confjituïeâ VILLA CONSERVERIE DORION LTÉE 1430, rue Everett, Montréal vu DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 JTSGZIZj /A Montréal Magasin à rayons : 865 est, rue Ste-Catherine, Comptoir Postal : 780, rue Brewster, Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.VIII L\u2019A CTIOIN NATIONALE VOL.XXXI, No.4 MONTREAL\tAVRIL 1948 Le Grand Soir de la croisade capitaliste La guerre totale commence par la mobilisation des esprits.Sur ce plan, on peut dire qu\u2019elle n\u2019a jamais cessé depuis les derniers gestes militaires de 19jô depuis l\u2019éclatement sinistre de la BOMBE sur Hiroshima et Nagasaki.Ce n\u2019était plus la guerre, mais ce n\u2019était pas la paix non plus.Les conscrits étaient rendus à la vie civile, les usines à la production du temps de paix; jamais cependant les propagandes ne se sont tout à fait éteintes.Voilà qu\u2019elles flambent de nouveau.La « doctrine Truman » a donné le signal de l\u2019incendie.Avec les premières semaines du plan Mar shad, on aurait cru que nous revenions vers l\u2019apaisement; mais dès le refus des Russes, l\u2019embrasement a pris des proportions menaçantes.Lors du coup d\u2019état communiste en Tchécoslovaquie, VAmérique s\u2019est crue à la veille de la guerre III, c\u2019est-à-dire de la guerre atomique.Et depuis, le langage belliciste s\u2019affirme à travers les États-Unis.A part le groupe Wallace \u2014 lequel n\u2019inspire pas précisément la sécurité \u2014 , tous les politiciens et tous les publicistes de la République voisine 242 l\u2019action nationale s\u2019en donnent à cœur joie.Les rumeurs et les statistiques, les cartes, les supputations et les calculs, tout est tourné vers la guerre.On explique à l\u2019Américain moyen dans quelles circonstances elle pourrait éclater, quels seraient les premiers revers, où la résistance se raidirait.On fait son deuil de l\u2019Europe, on avoue que la vague soviétique déferlerait au moins jusqu\u2019aux Pyrénées: il ne s\u2019agirait alors que de la reconquérir \u2014 c\u2019est-à-dire, sans aucun doute, de la détruire un peu mieux.Les contempteurs de Tchiang Kai-Shek lui votent néanmoins des subsides parce qu\u2019il faut par avance infliger aux Russes la lutte sur deux fronts.A Washington comme à Ottawa, l\u2019uniforme reprend sa royauté.Il se trouve au Québec beaucoup de braves gens pour donner tète baissée dans le piège.On leur parle de « croisade anticommuniste », \u2014 et devant ce grand soir à rebours, cette image du feu qui occirait l\u2019infidèle, les appels à la paix venus du Vatican restent eux-mêmes impuissants.Dans certains milieux, c\u2019est à qui perdra la tête plus vite et plus sûrement.Nous assistons à la surenchère de la folie par nos sages et nos preux.Vrai, c\u2019est le temps de se reprendre.A moins du geste d\u2019un fou furieux quelque part dans le monde, la guerre n\u2019est pas pour demain.Nous aurons en toute vraisemblance le loisir d\u2019éclairer notre lanterne, de reprendre notre sang-froid.La paix, elle aussi, commence par la mobilisation des esprits et des cœurs.Il est l\u2019heure de la décréter d\u2019urgence.L\u2019action Nationale Nationalisme et internationalisme La mode, depuis quelques années, est à l\u2019internationalisme.On aime à proclamer que les distances sont abolies, qu\u2019un monde devenu de plus en plus petit ne saurait se concevoir qu\u2019uni, que l\u2019heure est venue enfin de la grande fraternité des peuples si longtemps rêvée, que dans un moment de pareille exaltation il n\u2019y a plus de place pour des idées nationales.La jeunesse surtout qui, par tempérament, se laisse facilement entraîner vers les idées nouvelles, où elle croit sentir un vent de fraîcheur, mord à belles dents aux aspects les plus utopiques, précisément parce que les plus enthousiasmants, de ce courant d\u2019idée.Et comme elle est absolue, elle lève facilement le nez sur l\u2019idée nationale, qui lui paraît mesquine, arriérée, sans se rendre compte toujours suffisamment qu\u2019elle est la dupe d\u2019aînés qui moussent plus d\u2019intérêts qu\u2019ils ne brassent d\u2019idées, quand ce ne sont pas des rats du nationalisme le plus excessif d\u2019hier qui essaient aujourd\u2019hui de se placer du bon bord.Quand on s\u2019arrête à regarder la réalité avec sérénité, on ne peut pourtant s\u2019empêcher de se dire qu\u2019en dépit des techniques, le monde n\u2019a peut-être jamais été si loin qu\u2019aujourd\u2019hui d\u2019un véritable esprit inter- 244 l\u2019action nationale national.Les distances matérielles ont été abolies, mais les distances humaines l\u2019ont-elles vraiment été?Grâce aux transports rapides, aux bombes-fusées, aux miracles sans cesse plus émerveillants de l\u2019électricité, le monde entier est dans notre backyard, regarde par nos fenêtres, nous dépouille de toute intimité; mais le résultat est à peu près celui de parents que quelque conflagration a jetés tous ensemble, avec leurs familles, dans la même et unique maison disponible: après un mois, tous soupirent après les beaux jours où, jouissant chacun d\u2019une intimité, ils pouvaient choisir les heures de l\u2019amitié pour se rencontrer.Croirait-on en l\u2019occurrence que leur imposer de continuer indéfiniment l\u2019expérience puisse être de nature à constituer une solution de leurs difficultés ?Et pourtant n\u2019est-ce pas à la même chose que riment la plupart des solutions internationales d\u2019aujourd\u2019hui, où l\u2019on ne parle que d\u2019abandon de souverainetés, de soumission à des autorités centralisées, d\u2019abandon des personnalités au sein des collectivités, etc.?Les grands progrès techniques, j\u2019y insiste, qui ont techniquement rapetissé le monde, ne posent-ils pas au contraire et plus que jamais à l\u2019attention la nécessité d\u2019un nationalisme comme seule base solide à toute solution des problèmes mondiaux ?Exactement comme on estimerait que la solution la plus pressante à nos ménages en chicane consiste à leur reconstruire des maisons où chacun pourra, enfin, avoir sa vie?Il me paraît d\u2019autant plus opportun d\u2019attirer l\u2019attention de notre public sur ce point que la grande autorité morale de Notre Saint Père le Pape Pie XII, autant que la grande profondeur de sa pensée, viennent d\u2019apporter, à ce sujet, un témoignage qui nous est précieux, à NATIONALISME ET 1NTEUN AT10N ALISME 245 L'Action Nationale, où nous avons toujours, en dépit de toutes les modes, défendu la thèse qu\u2019un ordre international n\u2019est concevable et réalisable qu\u2019appuyé sur un sain nationalisme.C\u2019est sur le sujet particulier de l\u2019économie que le Saint-Père a exposé ses idées.Recevant les délégués du congrès national italien sur le commerce extérieur, il leur a rappelé, nous rapporte Le Devoir du 3 avril, que la vie économique est d\u2019abord l\u2019expression de la vie sociale.Qu\u2019elle doit donc viser à fournir toutes les conditions « matérielles requises au progrès de la vie spirituelle et culturelle », de sorte que le recours à « un automatisme magique est une chimère ».Or le problème étant envisagé sous cet angle, le Saint-Père affirme que l\u2019économie nationale constitue l\u2019unité naturelle « qui requiert le développement le plus harmonieux possible de tous les moyens de production dans l\u2019entier territoire habité par ce peuple », les rapports économiques internationaux n\u2019ayant qu\u2019une fonction « subsidiaire, quoique positive ».Et cela, montre-t-il, est ainsi parce qu\u2019une sage ordonnance de l\u2019économie implique la garantie aux individus et aux peuples d\u2019une liberté vraie et complète, qui « ne peut être ni la formule fascinante mais fausse d\u2019il y a cent ans, c\u2019est-à-dire une liberté purement négative de la volonté régulatrice de l\u2019État, ni de la pseudoliberté de nos jours de se soumettre au commandement de gigantesques organisations ».Voilà des paroles fort sérieuses, assez peu à la mode en nos temps d\u2019après-guerre, et qui doivent nous fournir l\u2019occasion de réfléchir un peu sur les routes que nous sommes en train de choisir.Elles ont d\u2019autant plus de portée que c\u2019est par le commerce 246 L\u2019ACTION NATIONALE international que la plupart des internationalistes comptent poser les premières pierres d\u2019un ordre international durable.Et d\u2019autant plus de valeur qu\u2019elles ne constituent pas une simple prise de position abstraite ou théorique de principes, mais sont au contraire en plein accord avec les enseignements de l\u2019histoire et d\u2019une science économique qui sait être humainement réaliste.Les possibilités réelles de réalisation d\u2019un ordre international par les forces économiques A qui réfléchit un peu, tout d\u2019abord, il ne peut pas faire autrement que d\u2019apparaître combien est utopique l\u2019idée d\u2019un ordre international bâti par l\u2019économique.Tant que l\u2019homme restera un homme, c\u2019est-à-dire un animal qui a des idées, qui croit ou qui pense, les intérêts économiques ne réussiront jamais à créer l\u2019unité nécessaire à un ordre international; l\u2019unité réelle ne peut venir que d\u2019un accord sur les mobiles fondamentaux de la fonction des sociétés.Et ces mobiles qui devront être unifiés ou apprendre à vivre côte à côte avant qu\u2019un ordre international devienne réalisable, c\u2019est le nationalisme qui les incarne, puisqu\u2019il constitue précisément la personnalité des nations.Où peut-on, en effet, trouver dans l\u2019histoire l\u2019exemple d\u2019une unité basée sur des intérêts qui ait pu être autre chose qu\u2019une liaison passagère, accidentelle et hasardeuse ?Même pour les blasés, les sceptiques ou les objectivistes, qui se refusent aux idées pour ne considérer que l\u2019insincérité des hommes devant les idées ou que les réalités matériellement connaissables, l\u2019utilisation des idées par les hommes reste une*donnée NATIONALISME ET INTERNATIONALISME 247 objective indéniable, dont on peut dire qu\u2019elle persistera vraisemblablement toujours et qu\u2019elle travaillera toujours contre l\u2019unification des intérêts, parce qu\u2019il est évidemment impossible de satisfaire tous les intérêts en même temps.Contrairement à ce qu\u2019affirment les communistes, par exemple, les guerres sont loin d\u2019avoir eu toutes des causes économiques surtout; et l\u2019histoire établit nettement que les guerres nationales ou internationales les plus affreuses, celles où l\u2019homme est descendu le plus bas dans la cruauté, ont précisément été celles-là où les intérêts en jeu n\u2019étaient pas exclusivement ou d\u2019abord économiques, où le sacré jouait le plus grand rôle.Et nous venons de faire l\u2019expérience que la réintroduction de concepts idéologiques dans les guerres d\u2019aujourd\u2019hui produira les mêmes effets après quelques siècles de ce que l\u2019on a cru être de véritables progrès humains; car s\u2019il est difficile de nier que les intérêts économiques ont été les mobiles les plus importants de la récente guerre, ce qu\u2019elle a connu de plus inhumain a résulté de l\u2019introduction de nouveaux fanatismes dans les relations internationales.Évidemment, on tire argument de ce fait pour blâmer les nationalismes, qui constituent le véhicule naturel d\u2019expression de ces fanatismes et pour exprimer combien il serait en somme désirable que l\u2019on oubliât toutes les querelles d\u2019idées pour n\u2019harmoniser que des intérêts.C\u2019est tellement plus facile, n\u2019est-ce pas, de s\u2019entendre pour se massacrer le moins possible quand il ne s\u2019agit que de partager l\u2019exploitation d\u2019un puits de pétrole, et non pas de décider si ce sont les partisans de Jésus ou ceux de Mahomet qui gouverneront le monde?En ce qui concerne les relations entre fana- 248 l\u2019action nationale tismes et nationalismes, l\u2019accusation est superficielle, parce que résultant d\u2019une dérivation du vrai problème vers une vue purement utopique; nous y reviendrons.Quant à la facilité apparente de l\u2019harmonisation des intérêts économiques, elle est du domaine de ce que les Anglais appellent le wishf ul thinking; et je n\u2019arrive pas à comprendre qu\u2019on trouve si concrets des gens qui, en raisonnant ainsi, nagent encore une fois dans l\u2019utopie.Car c\u2019est là mettre la charrue devant les bœufs.Les hommes ne peuvent arriver à s\u2019entendre sur une base d\u2019intérêt que dans la mesure où ils ont déjà suffisamment d\u2019unité de vues sur les problèmes les plus fondamentaux, ceux-ci fussent-ils, toujours poulies sceptiques ou les matérialistes, une simple projection de leurs intérêts particuliers.Les communistes, qui se rangent dans ce dernier camp et en forment la pointe extrême avec leur prétention que la solution des problèmes économiques réglera tous les autres, n\u2019en admettent pas moins implicitement l\u2019impossibilité d\u2019un pareil ordre si les gens ne commencent d\u2019abord par y croire assez pour le rechercher.En somme, cette prétention que les intérêts économiques mènent le monde et que la disparition des conflits économiques établirait l\u2019harmonie mondiale est déjà elle-même une idée à laquelle le monde devra d\u2019abord être converti pour que le communisme ou tout autre ordre du genre puisse se réaliser.Ce que les communistes savent d\u2019ailleurs très bien puisque dès leur arrivée au pouvoir, ils s\u2019empressent de liquider les réfractaires afin de réaliser plus vite l\u2019unité de vue recherchée.En fait, cette idée d\u2019ententes internationales durables réalisées par la bande économique résulte d\u2019une NATIONALISME ET INTERNATIONALISME 240 expérience historique au sujet de laquelle nous nous faisons illusion par trop de superficialité dans l\u2019observation.Si nous avons pu, depuis en somme le moyen-âge, nous amuser à des trafics d\u2019intérêts, c\u2019est précisément parce que, sauf quelques guerres de religion, le christianisme avait réussi à créer une unité de vue sur les concepts fondamentaux.Maintenant que le matérialisme et l\u2019athéisme ont saboté cette unité et dressé devant le christianisme l\u2019apogée communiste de la religion matérialiste, nous voyons bien que les choses ne se passeront plus ainsi dans les conflits apocalyptiques qui s\u2019annoncent.Où sont donc alors ces éléments puissants d\u2019un internationalisme vrai dont on nous parle avec enthousiasme comme d\u2019une réalité toute proche ?Les conditions économiques de succès d\u2019un ordre international libéral Les protagonistes d\u2019un ordre international pacifique assuré par la liberté du commerce international comptent, en somme, pour le soutenir, sur le désir béat des peuples de ne rien faire qui puisse entamer un bien-être matériel considérablement accru ainsi.Nous venons de voir combien cela en soi est illusoire.Mais il y a plus.Même les maîtres-artisans de la théorie, et à plus forte raison les disciples et les perroquets, oublient que les conditions de base dans le cadre desquelles ils l\u2019ont formulé ne permettent pas de telles conclusions.Certes, il n\u2019est pas contestable, et la démonstration arithmétique ou mathématique du fait est facile, que la division internationale du travail la plus absolue constitue l\u2019élément nécessaire 250 L ACTION NATIONALE l\u2019obtention du maximum possible de bien-être pour toutes les nations; encore que les imperfections de la nature humaine puissent, comme nous le verrons, rendre ce maximum plus idéal que réalisable et exiger d\u2019autres conditions impliquant un maximum théoriquement moins élevé, mais qui est peut-être le seul possible.A tout événement, pour arriver aux résultats annoncés, les libéraux ont toujours insisté sur le fait qu\u2019il fallait accepter, non seulement la liberté du commerce ou libre circulation des marchandises, mais aussi bien la libre circulation des hommes et des capitaux.Condition dont l\u2019évidence s\u2019impose d\u2019ailleurs, car si l\u2019on veut que chaque pays développe exclusivement ses spécialités, il lui faudra, s\u2019il en a peu, laisser partir la main-d\u2019œuvre et les capitaux inemployables; ceux-ci devront, à l\u2019inverse, pouvoir entrer librement dans les pays où plus de main d\u2019œuvre et de capitaux sont nécessaires pour poursuivre la mise en valeur des ressources les plus avantageuses à exploiter.Or, cette condition repose sur l\u2019existence nécessaire d\u2019une autre condition: une atmosphère pacifique dans le monde, sans laquelle la libre circulation des hommes comme des capitaux deviennent manifestement inconcevables, alors que par ailleurs la liberté du commerce elle-même est impraticable (qu\u2019on se rappelle les querelles sur les déchets de fer canadien vendus au Japon vers 1938-1940 et celles qui commencent sur les ventes d\u2019armement à la Russie).Le raisonnement du libéralisme économique international quant à la valeur pacifique d\u2019un commerce libre est donc entaché d\u2019une tautologie qu\u2019on ne met pas toujours assez en valeur: il doit, dit-on, assurer l\u2019avènement d\u2019un monde pacifique.Mais il ne peut par ailleurs fonc- NATIONALISME ET INTERNATIONALISME 251 tionner, donc se constituer et exister, que dans un monde pacifique.Alors quoi ?La réponse des internationalistes est naturellement toute trouvée: c\u2019est la faute aux nationalismes.Ce sont les sentiments nationalistes qui, en entretenant l\u2019idée de patrie, empêchent le passage facile, d\u2019une contrée à l\u2019autre, d\u2019apatrides qui n\u2019auraient d\u2019autres attaches aux lieux, que celles du revenu maximum.Ce sont les sentiments nationalistes encore qui s\u2019opposent à l\u2019entrée d\u2019hommes de race étrangère dans une nation et, même, parfois des capitaux.Ce sont les sentiments nationalistes toujours qui poussent les nations à susciter sur leur territoire des industries qui ne seraient pas naturellement viables et imposent à leurs citoyens un standard de vie moins élevé par les hauts prix des industries protégées.Enfin, c\u2019est, parce que les guerres se font entre les nations qu\u2019il est devenu nécessaire à chaque pays d\u2019avoir ses industries-clefs afin de pouvoir éventuellement assurer sa défense nationale.Et je ne chercherai pas querelle aux internationalistes sur ces points: il est clair que si le sentiment nationaliste pouvait disparaître nous n\u2019aurions rien de tout cela, du moins pas sous ces formes précises; il resterait à examiner avec un peu de perspicacité et de sens du réel ce que nous aurions à la place et si cela vaudrait beaucoup mieux.Le caractère inhumain de Vinternationalisme moderne C\u2019est ici que le pape intervient pour opposer les principes d\u2019un ordre humain à ceux d\u2019un ordre mécanique dont les partisans, éblouis par les perspectives d\u2019abondance matérielle que leur révèlent des calculs 252 1/ACTION NATIONALE arithmétiques à la portée d\u2019un élève de 8e année, voudraient voir la réalisation rapide et font pour cela fi, dans leur impatience, des données humaines concrètes sur lesquelles ils passent comme les chars d\u2019assauts sur les pauvres humains ordinaires.Le pape rappelle alors que la nation est une donnée antérieure à la communauté internationale, comme la famille est antérieure à la nation, et qu\u2019elle est faite pour satisfaire à des aspirations humaines, spirituelles et culturelles, au service desquelles il faut mettre la machine.Et non pas l\u2019inverse, même s\u2019il pouvait être théoriquement vrai qu\u2019en mettant de côté les données spirituelles et culturelles, la machine pourrait donner de plus beaux résultats matériels.L\u2019expérience et le bon sens suffisent à nous montrer en effet qu\u2019un internationalisme qui fait abstraction du nationalisme ou le combat, au moins dans l\u2019état actuel de l\u2019humanité, est absolument inhumain.Et, du point de vue économique, ce n\u2019est pas tellement ici la libre circulation des capitaux et des marchandises qui est en cause, mais bien la libre circulation des hommes.Ce serait, en effet, se montrer ignorant de la psychologie humaine la plus élémentaire que de voir dans le nationalisme la cause du fait que les hommes s\u2019attachent à une patrie.Sans doute, il y a des hommes aventureux qui aiment les voyages, les changements, les déplacements, mais ils ne sont guère que la minorité.Et en incluant ceux qui, peut-être, ont pu effectivement être transformés par les cadres nationaux (car il y a toujours plus ou moins des actions réciproques en pareille matière), on peut compter une bonne moitié des hommes qui préfèrent un moindre niveau de vie à l\u2019idée de se déplacer avec NATIONALISME ET INTERNATIONALISME 253 ou sans leur famille, d\u2019abandonner leur coin de terre, leur entourage, leur amis, etc.Ce sont ces sentiments d\u2019hommes qui constituent le fondement de l\u2019idée de patrie; il n\u2019est pas nécessaire de faire intervenir le nationalisme ou quelque autre grande machine du genre pour les expliquer.Et ce sont ces hommes-là, en somme, qui ont fait les nations.C\u2019est pour eux qu\u2019elles existent surtout.C\u2019est pour pouvoir se protéger entre eux, s\u2019assurer par l\u2019union et l\u2019organisation les moyens de vivre sur place, qu\u2019ils les ont constituées et qu\u2019ils y donnent leur allégeance.Et les nationalismes ne sont que l\u2019expression de ces faits dans certaines conditions particulières.Comment faire autrement alors que de proclamer inhumaine une doctrine économique qui supprime tout cela et prétend précisément défendre aux hommes de s\u2019organiser pour pouvoir vivre ensemble, là où ils aiment à vivre ?qui veut les obliger en somme à émigrer constamment vers des points éloignés du monde sous prétexte qu\u2019ils y seront plus riches, que l\u2019humanité tout entière pourra par le fait même disposer d\u2019une somme plus grande de richesse?C\u2019est sans aucun doute à cela que pense le Pape quand il parle des vertus chimériques de l\u2019automatisme du commerce international libre: non pas à une négation du fait objectif d\u2019un accroissement théorique (donc d\u2019une tendance concrète à un tel accroissement) dans la somme des richesses; mais à une contestation de la valeur d\u2019une telle réalisation comme solution aux problèmes de l\u2019homme, à cause du prix d\u2019inhumanité qui est attaché aux avantages matériels escomptés. 254 I,\u2019ACTION NATIONALS Les leçons de l'histoire Le fait est qu\u2019il n\u2019y eut guère toujours que les spécialistes (qui disent alors franchement qu\u2019ils n\u2019envisagent qu\u2019un point de vue et n\u2019en veulent pas voir d\u2019autres) et de vagues idéologues de toutes les couleurs pour prêcher sérieusement la liberté du commerce international.Quand les choses ont pu aller plus loin, jusqu\u2019à la mise en pratique pour soi de ce qu\u2019on demande aux autres, il s\u2019est toujours agi de cas où l\u2019intérêt personnel coïncidait avec les discours de principes; de cas où, comme disent les Anglais, it pays to be honest et où l\u2019honnêteté des autres est une bonne occasion pour soi de tirer les marrons du feu parce qu\u2019on est placé exactement pour cela.En réalité, le seul cas de libéralisme pur fut précisément celui de l\u2019Angleterre qui, vers le milieu du XIXe siècle, tenta la première, dans toute l\u2019histoire du monde, je crois bien, d\u2019ouvrir ses frontières sans restriction aux produits étrangers; et cela sans s\u2019occuper de savoir si on lui donnait oui ou non réciprocité.Elle s\u2019érigea ensuite en exemple au monde et se fit le prédicant éloquent de la formule, qui paraissait en effet bien lui réussir puisque la seconde moitié du siècle la vit s\u2019élever au permier rang des nations du monde par sa puissance économique et financière.Seulement, il ne faut jamais oublier que l\u2019Anglais a plus l\u2019instinct de ses intérêts que le génie du bien commun; et que dans ses campagnes idéologiques, il excelle à identifier ses intérêts avec ceux de l\u2019humanité.(Ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas moi qui invente l\u2019affirmation puisque d\u2019authentiques Anglais non saxons, comme Hilaire Belloc \u2014 Français \u2014Bernard Shaw \u2014 NATIONALISME ET INTERNATIONALISME 255 irlandais, l\u2019ont bien souvent affirmé et montré: c\u2019est même presque un lieu commun que de le dire).L\u2019affaire du libéralisme a été un exemple de plus de ce tempérament britannique, car ce qui s\u2019est passé, c\u2019est que l\u2019Angleterre ayant été la première puissance industrielle moderne et se trouvant de ce fait fortement en avance sur les autres, était tout à fait placée pour que le libéralisme, même unilatéral, lui fût profitable.En permettant à l\u2019humanité de vendre à l\u2019Angleterre des produits élémentaires et des matières premières, et d\u2019acheter en retour les manufacturés anglais, la liberté du commerce offrait à l\u2019industrie anglaise des possibilités illimitées de développement.Le plan était génial; et sa réalisation constitue vraiment un triomphe de l\u2019instinct britannique, car il n\u2019allait pas de soi que cela fut fait: moins de 100 ans après, les États-Unis se trouveront en position de tenter le même coup à leur avantage et ils le laisseront passer; ils s\u2019enfonceront même au contraire dans plus de protectionnisme (après la guerre 1914-1918).Pour ce qui est de l\u2019Angleterre, son atittude au moment de son passage au libéralisme a d\u2019ailleurs servi matériellement autant l\u2019humanité que l\u2019Angleterre, puisqu\u2019elle permît à celle-là, exactement selon le principe de la division internationale du travail, de tirer avantage de la bonne fortune anglaise dans le domaine des ressources et des nouvelles inventions, grâce à la liberté qui lui était laissée de détruire l\u2019agriculture anglaise (toujours fortement protégée jusque-là) et de s\u2019assurer ainsi un pouvoir d\u2019achat sur le marché britannique.Si l\u2019on suppose que l\u2019Angleterre eût voulu rester protectionniste alors, ou bien le monde aurait dû se passer des richesses qu\u2019elle 256 l\u2019action nationale pouvait lui fournir, ou bien l\u2019Angleterre aurait dû prêter à fonds perdu comme l\u2019ont fait les États-Unis pour s\u2019assurer des marchés extérieurs (je ne parle pas de nous, parce que nous ne faisons que singer les grands et sans nous apercevoir que nous nous préparons le sort de la grenouille).Il \"aurait toutefois été moins « génial » pour les autres pays d\u2019accepter le point de vue anglais et de croire que si, effectivement, la disparition des barrières tarifaires britanniques avait constitué un bienfait poulie monde, il devait s\u2019ensuivre la même chose de la disparition des autres barrières tarifaires.Cette fois le bienfait aurait été d\u2019abord pour l\u2019Angleterre, qui se fût ainsi assurée une prédominance quasi définitive sur l\u2019économie mondiale.C\u2019est ce que ne tardèrent pas à comprendre les États-Unis, la France, l\u2019Allemagne et le Japon, au fur et à mesure que ces pays furent en mesure de mettre leurs ressources en valeur et de s\u2019assurer un développement industriel sur leur propre territoire.Or le cas des États-Unis a montré d\u2019une façon patente que le protectionnisme n\u2019est pas simple mesure idéologique nationaliste et que, sans lui, un pays fort bien doté peut être arrêté dans son développement normal, par le libre échange international dans un monde où certains territoires sont déjà plus avancés que d\u2019autres dans leur développement.C\u2019est à la suite d\u2019une concurrence de l\u2019industrie anglaise visant à ruiner la naissance de tout industrialisme adversaire sur le territoire américain que les États-Unis ont tourné au protectionnisme.Personne n\u2019oserait affirmer aujourd\u2019hui qu\u2019ils n\u2019avaient pas une vocation industrielle aussi caractérisée que l\u2019Angle- NATIONALISME ET INTERNATIONALISME 257 terre.Et devant l\u2019évidence des faits, les libéraux eux-mêmes durent admettre à leur théorie l\u2019accroc du protectionnisme éducateur, c\u2019est-à-dire limité aux industries viables selon le principe de la division internationale du travail, afin de leur donner une chance de montrer la tête sans être tout de suite assommées par les gros.Du même coup, était établie la démonstration du fait que nous avons signalé précédemment, à savoir que la division internationale automatique du travail ne donnerait pas, en pratique, le résultat maximum qu\u2019il est possible d\u2019en tirer par les calculs mathématiques.Quand on voit, en effet (lire en particulier André Siegfried, dans La crise britannique au XXe siècle), dans quelle routine s\u2019est enlisée l\u2019industrie anglaise à la faveur de son privilège dominateur et qu\u2019on connaît par ailleurs les merveilles accomplies ensuite dans les industries américaines, allemandes et même japonaises, à la faveur de la protection, on est de bon droit amené à se demander si la véritable concurrence génératrice du progrès n\u2019a pas besoin, pour exister concrètement, de conditions bien différentes de celles que postule le laissez-faire absolu.Ce ne devait d\u2019ailleurs pas être la seule retraite du libéralisme sur ces positions absolues du début.Sans même qu\u2019il soit nécessaire d\u2019admettre l\u2019existence de groupes nationaux distincts, il est inévitable que les divers groupes économiques qui s\u2019affronteront sur un marché international libre recourre, à un moment ou à un autre, à des manœuvres déloyales pour s\u2019emparer des marchés, comme par exemple les ventes à rabais auxquelles on a donné en matière de commerce international le nom de dumping.Le fait n\u2019a pas 1.\u2019ACTION NATIONALS 2ô8 manqué de se produire et les libéraux ont été forcés d\u2019admettre le droit des nations d\u2019user de la protection pour protéger les groupes économiques tombant dans leur territoire contre de telles manœuvres, du moins sur leur marché naturel, sur le marché situé autour de leurs établissements.Et puis, ce dumping peut éventuellement n\u2019être pas le résultat de manœuvres déloyales, mais de différences de civilisation.Le fait est apparu net avec l\u2019avènement industriel du Japon, dont les bas salaires ne résultent pas toujours d\u2019une oppression de la main-d\u2019œuvre au sens que nous donnons à de telles pratiques dans notre monde occidental, mais d\u2019une conception complètement différente de la vie.Les libéraux furent amenés ainsi à admettre que le libre échange international ne peut fonctionner, même à leur point de vue, qu\u2019entre des nations adhérant au même type de civilisation.Ils admirent donc explicitement ou implicitement les douanes pour protéger le standard de vie occidental, reconnaissant par le fait même dans le domaine économique la nécessité de l\u2019unité de vue de civilisation pour que soit possible un équilibre international libre de barrières du type national.Enfin, il est bien peu de partisans de la liberté du commerce qui, dans la pratique, n\u2019admettaient pas, au moins par l\u2019absence de vigueur dans leurs protestations, la nécessité pour les groupes nationaux de s\u2019assurer les moyens économiques de se défendre en cas d\u2019attaque.Quel Français libéral du 19e et du début du 20e siècle aurait compté sur ses vins pour se défendre contre une Allemagne qui l\u2019aurait ravitaillé dans les produits de l\u2019acier ! Et ainsi pour NATIONALISME ET INTERNATIONALISME 259 chacun des pays à qui l\u2019histoire avait donné le sens de ce qu\u2019est une frontière, en particulier une frontière européenne.D\u2019où la théorie des industries-clefs, dont la protection était admise.Tout bien compté \u2014 protection éducative, antidumping, garantie du standard de vie, industries-clefs \u2014 cela faisait tellement de restrictions qu\u2019on pouvait bien se demander où et quand il y aurait de la place pour des échanges vraiment libres.Les libéraux n\u2019en continuaient pas moins à réclamer la liberté internationale du commerce.Mais comme ils ne rappelaient pas à chacune de leurs déclarations les conditions dans lesquelles ils plaçaient le problème et les restrictions qu\u2019ils étaient prêts à admettre à la règle générale, les profanes se laissaient prendre à en imaginer beaucoup plus qu\u2019il n\u2019y en avait; et sur un tel sujet, j\u2019inclus dans les profanes tous ces intellectuels \u2014 littérateurs et parfois savants dans divers domaines \u2014 qui vident dans le courant des idées internationales les flots d\u2019une sentimentalité exacerbée soit par l\u2019habitude de la littérature, soit par un besoin inassouvi dans la sécheresse des disciplines scientifiques positives.Pourtant, pendant que toutes ces campagnes se poursuivaient sous le coup de baguette de l\u2019Angleterre, le chef d\u2019orchestre lui-même se mettait progressivement à pratiquer le contraire de ce qu\u2019il prêchait.A partir du 20e siècle, en effet, il apparut que ce sont les nations protectionnistes qui prenaient le dessus et l\u2019Angleterre, tout en continuant à parler le langage d\u2019or de la liberté du commerce parce que c\u2019était encore la solution qui aurait le mieux fait son affaire, n\u2019en commença pas moins à sentir elle-même le besoin de 260 l\u2019action nationale protéger ses intérêts.Le retour de l\u2019Angleterre à la protection commence donc avant 1914, et aujourd\u2019hui elle pratique les méthodes économiques et financières de l\u2019Allemagne \u2014 obtention de prêts qu\u2019elle ne remboursera pas, monnaies bloquées, chantage légitime en soi ( mais indigne d\u2019une doctrine libérale) auprès de ceux qu\u2019elle favorise de ses achats, etc.\u2014; en 1939, quand Hitler les pratiquait, c\u2019était là des méthodes barbares et c\u2019est pour les faire disparaître de la face du monde que nous nous sommes officiellement battus! Mais qu\u2019importe!! La nouvelle puissance qui orchestre les campagnes de libre-échange, qui ne l\u2019a jamais pratiqué mais qui le prêche au monde maintenant que le Japon, l\u2019Allemagne, l\u2019Angleterre et la France sont minés, ce sont les États-Unis, parce qu\u2019ils sont en quelque sorte dans la même position que l\u2019Angleterre de 1830.D\u2019une façon qui est plus artificielle, parce que résultant de destructions de guerre et non d\u2019une étape normale dans le développement économique et technique mondial, mais qui présenterait en somme les mêmes possibilités si les autres nations devaient s\u2019y laisser prendre: faire des États-Unis le pays fournisseur de produits industriels du monde entier, avec possibilité d\u2019écraser dans l\u2019œuf tout développement concurrentiel qui se produirait dans quelque autre coin du monde.Aux Américains manque toutefois le doigté génial de l\u2019instinct britannique: au lieu de prendre la position militante d\u2019un libéralisme unilatéral dont ils donneraient l\u2019exemple, ils exigent des abaissements réciproques de tarifs: Ce qui pourra sans doute leur éviter de connaître plus tard certains déboires de l\u2019Angleterre actuelle, mais va vraisemblablement leur enlever NATIONALISME ET INTERNATIONALISME\t261 une bonne partie des avantages que leur vaudrait une politique plus libérale: il est à peu près certain que ce marchandage n\u2019aboutira pas, du moins pas pour longtemps, à un libre échange international contre lequel jouent tant de forces vitales.Les 'positions libres-échangistes actuelles L\u2019histoire nous fournit donc la preuve indiscutable que le libre-échange international était contraire aux données concrètes de l\u2019évolution des groupes humains.Si l\u2019idéologie en persiste aujourd\u2019hui, c\u2019est à la fois parce que les intérêts d\u2019une grande puissance se trouvent encore à en alimenter la propagande et parce que les esprits à tendance libérale trouvent argument, soit dans la nostalgie du régime automatique qui a présidé avec assez de succès aux affaires économiques internationales pendant un siècle, soit dans les données nouvelles du problème mondial qui leur paraissent, techniquement, rendre indispensable la mise en pratique d\u2019une telle solution.C\u2019est cependant simplifier la réalité à l\u2019extrême que d\u2019attribuer à la liberté du commerce international les résultats d\u2019une période où un certain automatisme, c\u2019est-à-dire en fait l\u2019étalon-or, a pu régulariser les échanges internationaux d\u2019une façon satisfaisante.Il n\u2019y eut pas liberté du commerce international pendant cette période, mais une évolution normale, inspirée par des idées nationalistes, chaque pays cherchant à se développer en fonction des intérêts sociaux et culturels qu\u2019il représentait et utilisant graduellement la protection pour corriger les inconvénients du libre-échange au fur et à mesure qu\u2019ils se présentaient. 262 l\u2019action nationale Grâce à sa politique douanière, chaque pays équilibrait ainsi sa balance des comptes et les mouvements d\u2019or suffisaient à pourvoir aux anomalies temporaires.Il serait en effet facile de démontrer que sans ces protections assurées aux économies nationales qui en avaient besoin, le régime de l\u2019étalon-or n\u2019aurait pas pu tenir aussi longtemps, à la fois pour des raisons politiques, comme pour des raisons démographiques (l\u2019Angleterre n\u2019aurait pas pu recevoir un afflux de population du continent) et économiques.Or les libéraux ont pris l\u2019habitude de rendre le nationalisme économique responsable de la faillite de l\u2019étalon-or.La tâche leur est d\u2019abord rendue facile par cet abus de simplification, qui attribue à la liberté du commerce international les vertus d\u2019un régime qui ne l\u2019a pas connue ailleurs qu\u2019en Angleterre.Elle leur est encore rendue facile par des généralisations, là au contraire où les distinctions sont nécessaires.Comme nous l\u2019avons vu, il est incontestable que le passage de l\u2019Angleterre au libre-échangisme a été une condition nécessaire du fonctionnement du mécanisme de l\u2019étalon-or; ce qui ne s\u2019ensuivait pas, nous venons de le voir, c\u2019est qu\u2019il eût encore mieux fonctionné ou duré plus longtemps si toutes les autres puissances avaient imité l\u2019Angleterre.De même, il est clair qu\u2019à partir du début du 20ème siècle et surtout depuis la guerre de 1914, le protectionnisme américain a été en très grande partie responsable du désordre économique mondial.A partir de ce moment, comme pour l\u2019Angleterre de 1830, le monde avait besoin des Américains, de leurs ressources et de leur puissance industrielle pour s\u2019organiser.A cause du protectionnisme américain, NATIONALISME ET INTERNATIONALISME 203 à peu près tous les pays ont été forcés de se ruiner à force d\u2019acheter aux États-Unis sans pouvoir y vendre suffisamment, et ce sont les mêmes erreurs que les États-Unis répètent aujourd\u2019hui en ne consentant pas des baisses de tarifs unilatérales.Mais du fait que le protectionnisme américain doive être condamné, il ne s\u2019ensuit pas que le protectionnisme en bloc porte la responsabilité et que seule une orientation générale vers le libre-échange peut ramener les beaux jours de l\u2019étalon-or.Le protectionnisme américain est condamnable parce qu\u2019il n\u2019était plus nécessaire aux Américains pour assurer leur expansion, qu\u2019il empêchait au contraire le monde de participer à leur richesse dans l\u2019intérêt commun.Mais le protectionnisme de la nation qui n\u2019est pas aussi avantagée est au contraire nécessaire à un équilibre mondial humain, parce que sans lui le pays ne peut pas vivre sans déséquilibre permanent à sa balance des comptes de sorte qu\u2019il ne lui reste plus qu\u2019à se mettre sous le secours direct des nations riches ou à laisser émigrer sa population à force de lui laisser manger de la misère chez elle.D\u2019ailleurs, pendant qu\u2019on fait ainsi le prétendu procès du nationalisme économique, on oublie de faire celui du prétendu internationalisme de l\u2019Angleterre.Il a contribué, avec le protectionnisme américain, l\u2019autre facteur important du désordre économique mondial.Naturellement, si l\u2019on veut partir de l\u2019idée que les autres pays auraient dû laisser le champ libre à l\u2019Angleterre comme fournisseur mondial de manufacturés et ne se développer que dans la mesure où celle-ci était incapable d\u2019approvisionner le marché mondial, un équilibre stable est concevable; mais nous avons 264 L ACTION NATIONALE vu que, même au delà des points de vue nationalistes, cela n\u2019eût pas été nécessairement conforme au principe même de la division internationale du travail.I) serait d\u2019ailleurs plutôt extraordinaire que les ressources mondiales fussent distribuées de telle façon dans le monde que le respect de ce principe corresponde toujours avec les intérêts britanniques ! Or l\u2019Angleterre a toujours raisonné comme s\u2019il en était ainsi.Systématiquement, elle a refusé de s\u2019adapter aux conditions nouvelles de l\u2019économie mondiale.Par ses campagnes libres-échangistes appuyées sur la puissance des influences déjà acquises, elle a maintenu son attitude de vouloir que le monde économique tourne indéfiniment autour d\u2019elle.Elle a voulu perpétuer indéfiniment le privilège que lui avaient valu les circonstances d\u2019être la première installée.D\u2019où des efforts sur tous les terrains pour empêcher le développement de ses concurrents nouveaux et un entêtement de bulldog à maintenir une économie purement exportatrice dans un monde qui évolue vers des autonomies économiques régionales de plus en plus caractérisées.Les résultats de cette attitude furent des guerres avec ceux des concurrents qui avaient eux aussi besoin du marché d\u2019exportation pour se développer et qui demandaient le partage: guerres qui pèsent si lourdement sur le monde actuel.Une Angleterre plus nationaliste au point de vue économique, des États-Unis plus internationalistes pour eux-mêmes, telles sont les conditions qui auraient pu sauvegarder l\u2019économie dite automatique d\u2019avant-1914 et qui pourraient encore en permettre la remise sur pied dans un temps relativement rapide à l\u2019heure actuelle. NATION ALISME BT INTERNATIONALISME\t265 Quant aux arguments libéraux relativement aux exigences économiques et techniques d\u2019un monde de plus en plus rapetissé, ils me paraissent une sorte de triomphe dans le néant, un triomphe quelque peu sinistre dans les perspectives actuelles.Ces techniques, quant à l\u2019homme, jouent un peu le rôle de puissantes mains qui obligeraient des chats enragés à se frotter le nez les uns aux autres.Tout ce qui rapproche ainsi des hommes spirituellement désunis n\u2019a pas lieu de nous réjouir; il ne fait que nous plonger dans un véritable enfer sartrien, dont sortira la destruction de notre civilisation, à moins précisément (pie la technique nationaliste ne réussisse à établir, même au prix de certains avantages économiques, des barrières morales que chacun acceptera et qui restaureront, dans la vie des peuples, des domaines suffisamment clos pour assurer à chacun une vie privée.Le véritable internationalisme C\u2019est donc dans la pleine lumière positive des enseignements de l\u2019histoire et d\u2019une théorie convenable de politique économique, que le Saint-Père a pu affirmer le primat des économies nationales sur une économie internationale dont le rôle ne serait que complémentaire.Même pour les partisans d\u2019un internationalisme plus vaste (et celui de l\u2019Église, comme nous le verrons, n\u2019est moins vaste qu\u2019en apparence; il est surtout plus réaliste), le primat de l\u2019économie nationale s\u2019impose à tout le moins, ù.l\u2019heure actuelle, comme une étape nécessaire dans la voie vers un retour à l\u2019automatisme antérieur. L' ACTION NATIONALE 366 Or ce qui est vrai de l\u2019internationalisme économique ne le serait-il pas de l\u2019internationalisme en général ?Est-ce en lançant en l\u2019air des grands principes, en dressant des tableaux idylliques de ce que serait un monde d\u2019où les nations auraient été supplantées par une souveraineté universelle, qu\u2019on va aboutir à un ordre international véritable ?Ces grandes machines, en dépit de l\u2019encens qu\u2019à peu près tout le monde consent officiellement à brûler sur leurs autels, ne sont-elles pas au contraire de nature à éveiller des méfiances qui retarderont l\u2019avènement d\u2019un ordre international véritable?Tout ceux qui ont un tien ne sentent-ils pas qu\u2019il vaut mieux que les deux tu l\u2019auras ?Et ce grand prosélytisme de l\u2019internationalisme vague, éperdu, tous les petits ne sentent-ils pas au fond que, comme pour le libéralisme économique, il fera surtout l\u2019affaire d\u2019un ou de quelques gros; de sorte qu\u2019y consentir serait favoriser l\u2019avènement, non pas d\u2019une fraternité universelle, mais d\u2019une tyrannie universelle.Le Pape a, à ce sujet, des mots qui portent: la vraie liberté ne peut être cette « pseudo-liberté de l\u2019époque présente de se soumettre à de gigantesques organisations ».L\u2019on ne saurait manquer d\u2019être frappé de l\u2019insistance que met Pie XII à souligner toujours la nécessité d\u2019une décentralisation, d\u2019une multiplication des autonomies, et à s\u2019opposer de nouveau ici, comme il y a quelque temps sur la question des nationalisations, à tout ce qui concentre, à tout ce qui éloigne encore davantage de la résponsabilité personnelle pour rejoindre la fonctionnarisation, à tout ce qui « mécanise», le mot est de lui.Cela d\u2019ailleurs n\u2019est que variation appliquée sur le thème bien connu de Pie XI (Quadra- NATIONALISME ET INTERNATIONALISME 267 gesimo Anno) qu\u2019il y a désordre grave à confier à des administrations supérieures ce qui peut être accompli par des unités inférieures \u2014 et cela sur toute la ligne, depuis l\u2019individu jusqu\u2019à l\u2019État.On ne voit pas pourquoi le même principe, selon le même esprit et la même logique, ne vaudrait pas exactement sur le plan des relations internationales.Et c\u2019est bien ce qu\u2019indiquerait la récente déclaration de Pie XII, comme d\u2019ailleurs celles qu\u2019il a faites pendant la guerre sur ce que devrait être un ordre international stable (droit des minorités, droit des nations à la neutralité, etc.) Sans doute ne manquerons-nous pas de rencontrer ici des internationalistes qui conçoivent comme possibles des autonomies sans nations, ou en tout cas des nations sans nationalisme.On donnera alors avantageusement en exemple cette période de l\u2019internationalisme chrétien du moyen âge, alors que les nations n\u2019étaient pas encore formées et que la politique n\u2019était que l\u2019histoire de grandes familles royales ou ducales se chicanant pour régner sur des territoires plus ou moins étendus et constitués d\u2019unités administratives plus ou moins autonomes.Donc, diront-ils, un internationalisme est possible sans nations et sans nationalisme, tout en respectant des autonomies.C\u2019est tout ce que nous demandons, sauf que nous ne voulons plus d\u2019un internationalisme théocratique.Fort bien ! Mais alors soyons réalistes.Cet internationalisme moyenâgeux ne fut possible précisément que dans une unité de vue: l\u2019unité théocratique, si l\u2019on veut, du catholicisme au moyen-âge.Il était né d\u2019une période nationaliste (en somme, la période des tribus barbares combattant les unes contre les 268 l\u2019action nationale autres après la destruction de l\u2019Empire Romain) succédant à la décadence d\u2019un grand Empire, succession qui n\u2019était d\u2019ailleurs que territoriale puisque les tribus existaient en dehors de l\u2019Empire avant sa destruction.De plus, même dans ces cadres internationalistes, il y avait une large autonomie politique et surtout économique, car au point de vue économique c\u2019était le régime des régions fermées, même à l\u2019intérieur de chaque pays.Sans doute, les conditions de la production étaient-elles fort différentes de ce qu\u2019elles sont de nos jours; mais le problème n\u2019est pas pour cela résolu, quoiqu\u2019on en dise, si aujourd\u2019hui, les conditions techniques sont en opposition avec les exigences culturelles.Les nations comme le nationalisme sont nées, comme par nécessité, de la rupture de cette unité de vue.Tant, en effet, que les groupes culturels ne se sentent pas menacés dans leurs concepts fondamentaux, il est compréhensible qu\u2019ils vivent tout uniment leur vie sans songer à se protéger derrière des frontières ou des doctrines aussi rigides; ils se suffisent de protections moins élaborées, parce que les dangers sont plus ordinaires.Quand l\u2019unité de vue est rompue, le nationalisme, comme l\u2019exprime en somme le Saint-Père, devient alors l\u2019instrument par excellence de la liberté, puisque son objet est précisément celui que le pape dit constituer l\u2019essence « d\u2019une liberté authentique et saine » (je souligne): (( une liberté d\u2019hommes qui, se sentant solidement liés au but objectif de l\u2019économie sociale, sont en droit d\u2019exiger que l\u2019organisation sociale de l\u2019économie loin de porter atteinte à leur liberté dans le choix des moyens ordonnés à cette fin, le garantit et le protège ».Il est d\u2019ailleurs amusant de NATIONALISME ET INTERNATIONALISME 269 constater que les artisans du nationalisme dans le monde furent précisément les ancêtres spirituels de ceux qui prétendent en être aujourd\u2019hui les contempteurs.C\u2019est en effet, de la Réforme, de l\u2019anti-catholicisme qu\u2019est né le nationalisme, c\u2019est-à-dire tout d\u2019abord en Angleterre, et que par réaction successive se sont développés les autres nationalismes.Et à partir du moment, en effet, où des vues profondes séparent des groupes d\u2019hommes occupant des territoires séparés, il est inévitable qu\u2019un nationalisme d\u2019une forme quelconque apparaisse.Ce n\u2019est pas le nationalisme qui est blâmable, car il n\u2019est qu\u2019un mode de défense légitime approprié à une situation particulière; ce qui peut être blâmable, c\u2019est le manque d\u2019unité dans les vues et c\u2019est cette unité qu\u2019il faut d\u2019abord réaliser.Vitupérer contre le nationalisme ne peut faire qu\u2019envenimer la situation et rendre encore plus difficile la réalisation d\u2019un ordre international.Dans l\u2019ordre général, comme dans l\u2019ordre économique par suite, j\u2019ai l\u2019impression que les plus grands pas vers l\u2019internationalisme à notre époque s\u2019accompliront à partir du jour où on cessera de dresser l\u2019internationalisme contre les nationalismes; où, au contraire, l\u2019on acceptera d\u2019une façon réaliste la donnée concrète du nationalisme (qui n\u2019est pas quoi qu\u2019on en dise à la baisse, mais à la hausse \u2014 cf.à ce sujet les études de la revue International Conciliation, d\u2019avril 1941) comme partie intégrante nécessaire des conditions actuelles.Ainsi ramenés aux réalités terrestres, il nous sera possible d\u2019imaginer des gens s\u2019asseyant autour d\u2019une table, non pas pour faire disparaître les souverainetés par quelque tour de magie spirite \u2014 270 l\u2019action NATIONAL» ce qui inspirera toujours de la méfiance à tout le monde \u2014, mais pour s\u2019accepter chacun tels qu\u2019ils sont, se garantir le respect mutuel de leurs droits respectifs sur la base minimum du « ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas que l\u2019on te fasse à toi-même; pour apprendre que la fidélité à cette garantie est dans le meilleur intérêt de tous; pour établir en somme une véritable fraternité entre nations, seule condition possible d\u2019un dialogue qui puisse aboutir à la restauration d\u2019un internationalisme plus poussé par l\u2019unification des points de vue.Cela n\u2019est pas possible dans l\u2019état actuel du monde, crieront les prétendus réalistes de l\u2019ordre international intégral.et compresseur ! Vous avez peut-être raison et j\u2019en ai aussi peur que vous ! Là n\u2019est pas la question.La question, c\u2019est qu\u2019en dehors de cela, il n\u2019y a pas de solutions, et que c\u2019est vers cela qu\u2019il faut s\u2019orienter.autrement on ne va nulle part qu\u2019au désordre.Autrement dit, des perspectives internationalistes ne sont concrètement entrevisibles qu\u2019à travers les perspectives nationalistes; en dehors de cela, on ne peut apercevoir que des variantes d\u2019une forme quelconque de tyrannie universelle.En face de ce problème l\u2019internationalisme qu\u2019on pourrait appeler bourgeois, l\u2019internationalisme des gens qui veulent unifier le monde dans la prospérité universelle du libre-échangisme, n\u2019est plus et ne peut plus être aujourd\u2019hui qu\u2019un tissu d\u2019incohérences, de contradictions, résultant d\u2019ailleurs d\u2019un salmigondis d\u2019idées humanitaristes prêchées ici et là et correspondant à un vernis d\u2019idéologie au service d\u2019intérêts généralement mesquins (pas toujours, naturellement, au .vu et au su des esprits brumeux qui s\u2019en font les NATIONALISME ET INTERNATIONALISME 271 protagonistes).Il n\u2019y a plus aujourd\u2019hui, dans le domaine de l\u2019internationalisme comme dans bien d\u2019autres, que deux internationalismes qui tiennent: celui de la tyrannie franche et celui d\u2019une liberté humaine, c\u2019est-à-dire le communisme et le catholicisme.Toutes les solutions intermédiaires sont en train de sombrer dans l\u2019insignifiance, et leurs succès plus ou moins immédiats ou plus ou moins prolongés ne feront que faire durer le problème.Pour ceux, en effet, qui prétendent que l\u2019homme n\u2019est qu\u2019un animal économique, que tout doit être résolu et sacrifié au maximum de rendement économique, le nationalisme semble évidemment un obstacle.Mais ce n\u2019est pas lui le véritable obstacle: ce sont les nations, car tant qu\u2019il y aura des nations ou des nationalités menacées il y aura des nationalismes.Et avant les nations, parce que celles-ci ne sont qu\u2019un résultat, sont en cause les idées humaines qui s\u2019opposent au concept d\u2019une humanité globale, relativement uniforme et anonyme quoi qu\u2019on dise.Les communistes sont en somme logiques.Ils ne cherchent pas la liberté du commerce international : ils veulent détruire les nations et c\u2019est indiscutablement le seul moyen de réaliser une liberté du commerce qui produise les effets qu\u2019ont recherchés les libéraux, c\u2019est-à-dire un état de productivité maximum.Encore qu\u2019en pratique, nous l\u2019avons vu, on fait ainsi trop confiance à l\u2019homme et qu\u2019il semble plutôt que les rivalités nationales soient favorables au progrès économique Ici on touche, plus profondément, à la conception utopique de l\u2019homme naturellement bon ou capable de devenir parfaitement bon en ce monde que les 272 X/\u2019 ACTION NATIONAL» libéraux ont mis les premiers à la mode et dont le communisme nous apporte le couronnement.Pour ceux qui voient dans l\u2019homme autre chose qu\u2019un animal économique, qui croient à des autonomies nécessaires (et qu\u2019on ne me rétorque pas ici les autonomies admises dans le communisme, qui ne peuvent être que des concessions temporaires d\u2019une économie en voie vers le communisme); pour ceux qui croient à la personne humaine, il reste l\u2019internationalisme catholique.Internationalisme réaliste, fondé sur le salut de l\u2019homme, de l\u2019homme individuel d\u2019abord et non de l\u2019humanité prise en bloc, ce concept qui ouvre la porte aux pires tyrannies individuelles.Internationalisme qui cherche à s\u2019établir par la propagande des idées de charité, de fraternité et de tolérance entre les hommes, par le régime de la justice et de la charité.Internationalisme qui admet nécessairement les nations et les nationalismes, parce qu\u2019il admet d\u2019abord le droit de la personne à son intimité, puis le droit des familles à leur intimité dans et par la propriété et, successivement, le droit des groupes de familles unies par des liens culturels particuliers, c\u2019est-à-dire les nations, à leur intimité propre; internationalisme qui, dans les données concrètes du monde actuel, s\u2019appuie, en somme, sur les nationalismes en opposant à leurs débordements respectifs le droit de l\u2019autre à la justice, à la charité et à la tolérance.Sans doute, il serait faux de dire que Je nationalisme est essentiel à un internationalisme catholique.Nous savons tous que le catholicisme tend en fait vers une fraternité universelle, une communion totale qui se conçoit assez facilement comme une humanité globale, en ce que la vérité totale étant nécessairement NATIONALISME ET INTERNATIONALISME 273 une, l\u2019humanité qui la connaîtrait ne saurait être elle-même qu\u2019une.Mais différence profonde entre catholicisme et communisme ici: le catholicisme a le réalisme et l\u2019humilité voulus pour se rendre compte que cela n\u2019est pas du domaine d\u2019un monde de chair et ne se réalisera qu\u2019ailleurs, qu\u2019en Dieu.N'ayant pas renié la doctrine d'une faute originelle, il enlève à l\u2019homme la tentation de se faire Dieu et nous sauve, même du point de vue humain, des tyrannies du type communiste qui, parce qu\u2019eJles rejettent la réalité de la faute d\u2019Adam, se montrent prêtes à sacrifier des générations d\u2019hommes aux plus cruelles techniques afin de réaliser le suprême devenir d\u2019une Humanité-Dieu.Suprême aberration, qui jette de nouveau les hommes dans le péché originel, nous fait reculer des siècles d\u2019histoire humaine et nous fait recommencer la pénible expérience, couronnée par la Rédemption, pendant laquelle les hommes avaient au moins appris ce qu\u2019il en coûte de vouloir se faire Dieu.Dans les milieux intellectuels de chez nous, où il est devenu de mode de tomber à propos et hors de propos sur le nationalisme pour justifier un internationalisme qui prétend n\u2019être que libéral ou socialiste, on ferait bien de réfléchir à ces choses.Cela éviterait que l\u2019on se batte pour des fantômes, pour des idées à moitié explorées, le plus souvent lancées par des propagandes intéressées à obtenir le suffrage de l\u2019homme moyen, toujours facile à séduire par des idées superficielles bien choisies et assez obscures pour donner l\u2019impression de la profondeur.D\u2019autres pourraient s\u2019enlever l\u2019illusion qu\u2019il peut exister quelque commun dénominateur entre les idées chrétiennes et celles d\u2019un monde matérialiste, qui n\u2019a de sens 274 L ACTION NATIONALE véritable que dans le communisme alors que techniquement d\u2019ailleurs, et c\u2019est là la suprême contradiction interne qui voue d\u2019avance le matérialisme à la défaite, le système qui n\u2019a pas de sens, le capitalisme, reste indiscutablement supérieur (ne parlons pas du socialisme qui n\u2019est qu\u2019un régime mitoyen pour les tièdes).L\u2019heure approche où nous ne pourrons plus nous amuser à concilier les inconciliables, où il nous faudra être, non pas à cheval sur la clôture, mais d\u2019un côté ou de l\u2019autre de la barricade.A ceux qui n\u2019arrivent pas à prendre parti parce qu\u2019ils trouvent mesquins les excès nationalistes, je dis ceci: « Connaissez-vous un groupe quelconque d\u2019hommes où il ne se commet pas d\u2019excès.Pourquoi aimeriez-vous mieux alors faire bande avec l\u2019ennemi et fermer les yeux sur ses excès, plutôt que d\u2019assumer bravement les excès de vos amis, de les foudroyer au besoin et d\u2019apporter votre contribution à leur correction de l\u2019intérieur plutôt que de l\u2019extérieur?» Quand un boulet vient de l\u2019extérieur il peut difficilement, en effet, être reçu comme une correction disciplinaire; tout ce qui vient du côté ennemi sert la cause de l\u2019ennemi, et il faut être singulièrement dupe de soi-même ou des autres pour s\u2019imaginer le contraire.François-Albert Angers Le Prêt d\u2019Honneur La compétence : voie du salut ! Dans certains milieux, où l\u2019on se targue volontiers d\u2019être émancipé, il est de mode de dauber à tout propos notre société nationale.En effet, on se croit très fort en chargeant en vrac la Société St-Jean-Baptiste de Montréal de nos déficiences collectives.Généralement, ces propos irréfléchis sont le plus souvent tenus dans des salons ou des clubs chics par de braves gens \u2014 dénués de tout civisme ou de sens social \u2014 et qui s\u2019occupent exclusivement de leurs petites affaires personnelles.A entendre ces beaux esprits, la vénérable société \u2014 n\u2019a-t-elle pas plus d\u2019un siècle ?\u2014 n\u2019est pas vraiment sérieuse, son activité ne rime à rien de pratique, ses réunions mensuelles ou périodiques sont du pur verbiage, bref toute la raison d\u2019être de cette anachronique personne morale consiste à monter le défilé (barnumesque à leurs yeux d\u2019esthètes désaxés) du 24 juin ou à protester bruyamment auprès des pouvoirs publics, en faveur des droits de la langue française.En un mot, la St-Jean-Baptiste est une bonne vieille relique qu\u2019il faut conserver pour les esprits simples, les désœuvrés et les songe-creux.Le tort de nos censeurs improvisés n\u2019est-il pas d\u2019ignorer le travail accompli de façon discrète, mais L ACTION NATIONAL» 27ti souvent fort efficace, par la Société dans un grand nombre de domaines?Dans leur tour d\u2019ivoire, confortablement nichés au-dessus de la plèbe qu\u2019ils méprisent et avec laquelle ils n\u2019ont presque jamais l\u2019occasion de se mêler, ces superbes ignares ne parviendront pas à comprendre les problèmes quotidiens du pain à gagner, du logement trop exigu et malsain, de l\u2019éducation incomplète ou à parachever, des loisirs mal orientés ou inexistants des masses populaires.Aussi, par méconnaissance des faits ambiants, ces gens versent alors dans l\u2019injustice en déblatérant contre des œuvres nombreuses et utiles, nées et grandies au sein même de la St-Jean-Baptiste.La Société, faut-il le rappeler aux sourds et aux aveugles, vise essentiellement à l\u2019altruisme; elle n\u2019existe pas pour épouser telle ou telle idée individuelle, à moins que celle-ci puisse profiter à la collectivité francophone.Et c\u2019est merveille de constater l\u2019excellente et opportune besogne accomplie à cœur d\u2019année par elle, en dépit d\u2019un budget dérisoire et de moyens d\u2019action généralement restreints: comme peuvent en témoigner volontiers les membres du Conseil général, ainsi que les centaines d\u2019adhérents actifs des sections paroissiales.Nos blasés devraient se demander ce qu\u2019il adviendrait, par exemple, des campagnes annuelles de la Fédération des Oeuvres de charité, de l\u2019Hôpital Ste-Justine, si nos sections ne s\u2019ébranlaient pas toujours en faveur de ces quêtes essentielles pour notre survie ethnique.Que dire maintenant des campagnes d\u2019action nationale \u2014 Presse acadienne, Radio-Ouest française St-Boniface, etc.\u2014 dont le succès à Montréal est attribuable pour beaucoup à l\u2019activité de nos adhérents de paroisse ?Quiconque s'est occupé LA compétence: voie du salut! 277 d\u2019œuvres sociales n\u2019ignore pas que ce sont toujours sur les mêmes dévouements que l\u2019on table, par exemple, pour atteindre les objectifs de plus en plus élevés que l\u2019on fixe dans les paroisses.Et y a-t-il travail plus ardu, plus ingrat, que celui de passer de porte en porte pour y recueillir l\u2019obole du pauvre comme celle des gens à l\u2019aise ! Ces dévoués bénévoles agissent sur la masse apathique à la façon du levain dans la pâte du boulanger.Aussi, un homme d\u2019œuvre expérimenté peut-il difficilement réprimer un sourire narquois quand un prétentieux égoïste et ignorant affirme avec force, devant lui, que la St-Jean-Baptiste est un organisme périmé, désormais inutile, au bilan purement verbal.Le cadre de cet article ne nous permet pas d\u2019énumérer les nombreuses initiatives prises par la St-Jean-Baptiste de Montréal au cours de son existence.Qu\u2019il nous suffise de mentionner que depuis sa lointaine fondation par Ludger Duvernay, un peu avant les tragiques événements de 1837, un tas d\u2019œuvres aujourd\u2019hui prospères lui doivent d\u2019avoir survécu ! On serait renversé d\u2019apprendre, par exemple, le rôle exact joué par la St-Jean-Baptiste dans telle ou telle circonstance tragique du Canada français: comme en témoignent éloquemment les très riches archives de la Société.Espérons que M.Robert Rumilly nous donne bientôt cette Histoire de la Société St-Jean-Baptiste de Montréal qu\u2019il a sur le métier et qui prouvera à l\u2019envi comment celle-ci a été intimement mêlée à la vie de nos pères jusqu\u2019à nos jours.L\u2019ouvrage 278 l\u2019action nationale de M.Rumilly sera la meilleure réponse aux dénigreurs systématiques, aux critiques malveillantes.Compte tenu des circonstances de temps et de lieu, on peut affirmer que la St-Jean-Baptiste n\u2019a pas démérité aux yeux de son fondateur qui l\u2019avait conçue pour la défense de nos institutions, de notre langue et de nos lois, en lui donnant cette très belle et si éloquente devise: Rendre le peuple meilleur.Fière de ce qu\u2019elle a fait jadis et de ce qu\u2019elle accomplit actuellement, la Société a publié il y a quelque temps un dépliant dans lequel est résumée son activité.Celle-ci se traduit par l\u2019énumération de 47 de ses principales initiatives, groupées sous six têtes de chapitre: a) Filiales et réalisations d\u2019ordre financier; b) Instruction publique; c) Réalisations d\u2019ordre social et économique; d) Relations fraternelles et fierté nationale; e) Réclamations publiques; f) Vie religieuse.Et tout cela n\u2019est que le dessus du panier.Car si l\u2019on compulsait les seuls comptes rendus des Congrès annuels, on trouverait là-dedans des centaines de voeux, de résolutions, de démarches, d\u2019interventions, de protestations, etc., dont un grand nombre sont depuis longtemps devenus des réalités, tandis que d\u2019autres restent encore d\u2019une brûlante actualité.Indice palpable que ces Congrès \u2014 véritables assises nationales \u2014 restent depuis un siècle un véritable miroir des aspirations, des colères et des joies de notre peuple.La chose s\u2019explique aisément, quand on sait que les adhérents de nos sections paroissiales se recrutent dans toutes les classes sociales, habitent tous les quartiers populaires ou fashionables de la métropole canadienne. LA compétence: VOIE I)ü salut! 27!) Pour l\u2019homme d\u2019affaires, attiré tout naturellement par les chiffres et l\u2019aspect concret des choses, les réalisations économiques de la Société le frapperont tout particulièrement.Celle-ci, en effet, peut pointer avec fierté: l\u2019immeuble du Monument National avec sa grande salle de spectacles; l\u2019immeuble, ultra-moderne et élégant de la rue Saint-Jacques, et où logent ses quatre filiales, la Caisse Nationale d\u2019Économie, la Société Nationale de Fiducie, la Société Nationale d\u2019Assurances et la Caisse Nationale d\u2019assurance-vie.Tous ces organismes, bien vivants et prospères, fortifient d\u2019autant l\u2019armature sociale et économique du Canada français.Preuve irréfutable que les dirigeants de la St-Jean-Baptiste, hier comme aujourd\u2019hui, n\u2019étaient pas dénués du sens pratique dont se vantent volontiers maints patriotes assis.A moins de se traduire en actes, le patriotisme est comme la fumée: il ne laisse rien après lui.Quant à l\u2019homme moyen, il apprendra non sans étonnement que la St-Jean-Baptiste a été la pionnière dans l\u2019enseignement des arts et métiers: grâce aux cours publics du soir, donnés au Monument national, et qui ont permis à des générations de Canadiens français d\u2019acquérir une formation complémentaire indispensable.Toutes ces splendides institutions d\u2019enseignement spécialisé \u2014 Écoles techniques, des Beaux-Arts, des Arts graphiques, du Meuble, des Hautes Études commerciales, le Conservatoire de musique, etc.\u2014 n\u2019ont-elles pas surgi à la suite de campagnes d\u2019opinion lancées auprès des pouvoirs publics par notre Société nationale?Et encore, à l\u2019heure actuelle, ne se donne-t-il pas dans notre vieux Monument des cours fort intéressants qui répondent 2S0 l\u2019action nationale indubitablement à un besoin?Dans l\u2019ordre intellectuel, rappelons que la St-Jean-Baptiste a institué depuis quatre ans le Prix littéraire Duvernay d\u2019une valeur de $500., lequel a été attribué jusqu\u2019ici aux écrivains suivants: 1944 \u2014 Guy FRÊGAULT, historien, pour son ouvrage « D\u2019Iberville le Conquérant; 1945 \u2014 Germaine GUÈVREMONT, pour son roman « Le Survenant »; Robert CHARBONNEAU, pour son roman « Ils posséderont la terre » ; 1947 \u2014 Esdras MINVILLE, pour son ouvrage « Le citoyen canadien-français ».Les travailleurs intellectuels n\u2019ont donc plus raison de se lamenter et de crier que nous sommes un peuple de philistins; si leurs ouvrages valent quelque chose, le Prix annuel Duvernay les attend pour les récompenser et les inciter à créer.Terminons cette nomenclature par un exposé rapide de la benjamine des œuvres de la St-Jean-Baptiste de Montréal: le Prêt d\u2019Honneur.Organisme sans but lucratif, le Prêt d\u2019Honneur a pour objet de venir en aide à la jeunesse afin de lui permettre d\u2019entreprendre ou de poursuivre des études spécialisées.Oeuvre éminemment louable, répondant à un besoin criant, et qui vise à nous doter des techniciens, des artisans, des savants, des artistes ou des spécialistes, sans lesquels notre économie restera naine.On l\u2019a répété sur tous les tons, nos jeunes sont bourrés de talent et ne lésinent pas sur l\u2019ouvrage.Or, dans nombre de cas, ils doivent se contenter de postes secondaires faute d\u2019avoir eu l\u2019argent pour pouvoir se payer la maîtrise d\u2019un bon métier.Que de talents de chez nous restés en friche, à cause d\u2019un secours pécuniaire qui n\u2019est jamais venu à leur rescousse ! Or, LA compétence: voie du salut! 281 comparée avec jadis, la situation d\u2019aujourd\u2019hui est au moins deux fois pire.Au point qu\u2019un jeune homme sérieux, issu de parents pauvres ou de modeste aisance, hésite à se lancer dans des études de longue haleine, à moins d\u2019avoir la certitude de pouvoir recourir aux bons offices d\u2019un mécène.Une bourse d\u2019études, qui défraie le coût des frais de scolarité dans une grande École ou dans une université, est certes d\u2019un précieux appoint.Mais, à cela, s\u2019ajoutent d\u2019autres frais essentiels: logement, repas, déplacements, vêtements, loisirs, etc., qu\u2019il faut prévoir au départ.C\u2019est précisément pour obvier à la pénible situation matérielle d\u2019une bonne partie de notre jeunesse studieuse que le Prêt d\u2019Honneur a été fondé en 1944.Désormais, tout en continuant à s\u2019imposer de lourds sacrifices, nos étudiants risquent de moins en moins d\u2019être contraints par la misère de laisser en plan leurs études, si brillantes et si prometteuses soient-elles, après avoir parfois ruiné leur santé et volatilisé leurs modestes économies.Dans le peuple ou la petite bourgeoisie, trop nombreux sont les fils de nos grandes familles qui doivent se chercher très tôt un petit emploi de commis ou de gratte-papier: avant même d\u2019avoir parachevé leurs études primaires supérieures.Et cela, au grand chagrin de l\u2019instituteur perspicace qui voudrait bien diriger ces adolescents intelligents et débrouillards vers les carrières techniques.On ne s\u2019explique pas autrement notre pénible carence de techniciens dans tant de domaines.Le temps est passé où il suffisait pour percer de savoir lire et écrire.La concurrence effrénée dans le domaine économique, entre peuples comme entre 2N2 l\u2019action nationale individus, commande la spécialisation à fond.Des postulants, on exige des connaissances solides puisées aux meilleures sources et dispensées par des compétences reconnues.Naguère, il suffisait d\u2019avoir du cœur au ventre et de l\u2019intelligence pour faire sa trouée: de nos jours, on exige davantage et l\u2019on filtre impitoyablement les candidats pour le plus modeste emploi.Or, où peut-on acquérir cette compétence essentielle pour nous permettre d\u2019exercer lucrativement un métier, une profession, une occupation quelconque, etc., sinon dans nos nombreuses écoles d\u2019arts et métiers, nos écoles techniques, nos écoles d\u2019enseignement spécialisé ou dans nos écoles et facultés universitaires ?Pénétrer dans l\u2019une de ces institutions, s\u2019y asseoir régulièrement pour y écouter les professeurs et prendre des notes, est chose relativement facile.Mais, répétons-le à satiété, il faut en outre de l\u2019argent pour solder les frais croissants qui se rattachent à ces études spécialisées.Cette éventualité hante l\u2019imagination de centaines de jeunes gens, désireux de se lancer à l\u2019avant, mais qui hésitent ou se découragent devant les difficultés futures.De là, la nécessité impérieuse d\u2019alimenter le Fonds du Prêt d\u2019Honneur.Pour répondre à toutes les demandes de secours, les nôtres doivent se montrer d\u2019une rare générosité.Les bénéficiaires seront nombreux dans la mesure où la caisse de secours du Prêt d\u2019Honneur le permettra.Comme il s\u2019agit d\u2019un prêt sans intérêt, remboursable par le bénéficiaire dans un délai maximum de 15 ans, le Fonds inaliénable récupérera donc les deniers et ne saurait dans l\u2019avenir qu\u2019étendre indéfiniment son bienfaisant appui. la compétence: voie do salut! 283 Le Prêt d\u2019Honneur répond à un besoin de l\u2019heure.Grâce à lui, un plus grand nombre de jeunes se tailleront un avenir à la hauteur de leurs talents.Jean-Robert BONNIER LA FLEUR DE LIS Le nouveau drapeau québécois, qui a officiellement flotté pour la première fois sur la tour centrale du Parlement le 21 janvier dernier, est tout à la fois l\u2019emblème de la Province française de la Confédération canadienne et l\u2019emblème du peuple français d\u2019Amérique, que les individus, les familles ou les groupes de ce peuple soient dans nos provinces de majorité anglaise ou aux Etats-Unis.Ne voit-on pas le drapeau basque flotter également en France et en Espagne, partout où les Basques sont chez eux sur les deux versants des Pyrénées occidentales?Les fleurs de lis qui caractérisent notre drapeau figurent bien nettement chez nous la Nouvelle-France.On les trouve, en effet, sur le blason du Québec, qui date du 26 mai 1868.A cette époque au nombre de deux, elles ont été portées à trois dans la modification du même blason, faite le 9 décembre 1939.Quand le gouvernement fédéral abandonna l\u2019usage des armoiries de la Grande-Bretagne, le 21 novembre 1921, pour adopter le blason canadien, il y figura l\u2019élément français du Canada par les fleurs de lis.On les trouve à trois endroits différents dans les armoiries fédérales.D\u2019abord dans un des cantons de l\u2019écu, puis dans la bannière tenue par la licorne et enfin dans la terrasse soutenant la devise : \u201cA marl usque ad mare\u201d.Le 21 mars 1938 la Ville de Montréal adopta des armoiries nouvelles.Et c\u2019est encore par la Fleur de lis que l\u2019élément français fut représenté sur l\u2019écu.On peut donc dire que le caractère légal accordé au vieux drapeau fleurdelisé du Québec, en usage depuis bientôt un demi-siècle, avec pour seul changement le redressement des fleurs de lis, ne faisait que confirmer des signes anciens employés tant à Québec, qu\u2019à Montréal et à Ottawa pour symboliser le peuple français d\u2019Amérique que forment les Canadiens français.Il nous a paru bon de le faire remarquer ici à ceux qui s\u2019inté- ressent à ces questions.Arborons de plus en plus le fleurdelisé au Québec! Et que la prochaine fête de la Saint-Jean-Baptiste, fête nationale des Canadiens français, la première depuis la reconnaissance officielle du fleurdelisé, soit particulièrement brillante en 1943! Un motif additionnel invite les Canadiens français à organiser de belles fêtes populaires le 24 juin prochain.Il y a en effet, cette année, quarante ans que le pape Pie X, accueillant favorablement une supplique de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, présentée par Monseigneur Bégin, le futur cardinal, faisait de saint Jean-Baptiste, si vénéré par notre peuple, son patron officiel.Les lettres papales ont été émises, ne l\u2019oublions pas, le 25 février 1908.W '\tANATOLE VANIER Pour un nationalisme social Monsieur Laurendeau, J\u2019ai toujours suivi votre activité nationale, sociale et politique depuis l\u2019époque des fameuses et retentissantes campagnes de réveil national des Jeune-Canada.C\u2019est pourquoi je ne suis nullement surpris aujourd\u2019hui de vous voir diriger une enquête comme celle-ci( ')\u2022 Enquête qui, me semble-t-il, s\u2019imposait et qui devrait accélérer, chez la majorité de nos nationalistes et de nos patriotes sincères, une revision révolutionnaire des conceptions qu\u2019ils entretiennent généralement sur le prolétariat dans ses relations avec la national.M.Laurendeau, vous êtes un nationaliste, mais nous avons aussi des preuves comme quoi un sain radicalisme économique et social vous anime.Nous savons que vous désirez véritablement libérer le peuple de son asservissement économique et que, pour atteindre votre objectif, vous seriez prêt à vous servir de tous les moyens moralement irréprochables et techniquement possibles.On ne peut en dire autant, hélas, de tous ceux que l\u2019on est venu à considérer comme faisant partie de Vintelligensia nationaliste.Et si l\u2019on peut ainsi parler du bois vert, que peut-on dir< du bois (1) Réponse à l'enquête « Pour un humanisme ouvrier ». POUR UN NATIONALISME SOCIAL 286 sec ?Si parmi les chefs nationalistes, dans la politique, l\u2019économique, le social et le culturel, les gens convaincus, non seulement en théorie mais encore en pratique, du bien-fondé et de la solidité de la cause prolétarienne forment une minorité, on peut imaginer la pensée sociale et économique qui peut animer les simples troupiers ! Je ne suis pas encore très vieux puisque je dépasse à peine la trentaine.Mais, depuis ma sortie du collège, je me suis mêlé d\u2019assez près aux mouvements politiques nationalistes suivants: Jeunesses-Patriotes, Action Libérale Nationale, Union Nationale première manière (Duplessis \u2014 Hamel \u2014 Grégoire \u2014 Chaloult) et Bloc Populaire.Voici les constatations que j\u2019y ai faites: moins quelques exceptions louables, tant chez les lieutenants que chez les députés éventuels et les organisateurs de ces différents mouvements, aucunes idées sociales et économiques radicales et précises.Où sont-ils donc tous ces inconstants et ces impulsifs que nous y avons rencontrés et qui osaient même quelquefois s\u2019attaquer au problème des trusts sur les tribunes populaires?Vous les trouverez aujourd\u2019hui pendus aux basques des vieux partis, chantant les louanges de chefs qui, parce qu\u2019ils sont juchés sur une caisse électorale, peuvent donner l\u2019impression d\u2019être grands.Tous ces « vire-capot » dont plusieurs se proclament nationalistes et qui le sont peut-être encore, nourrissaient-ils des théories sociales et économiques bien au point?Vous me permettrez d\u2019en douter.Les programmes de ces mouvements, même si on pouvait les discuter ou les trouver incomplets, étaient la plupart du temps économiquement et 2st; L ACTION NATIONALE socialement radicaux.Mais je suis maintenant sous l\u2019impression que beaucoup parmi les gens qui avaient à les défendre, ne les comprenaient pas ou ne les appréciaient pas à leur valeur.Il s\u2019agit d\u2019une enquête sérieuse, n\u2019est-ce pas ?Je n\u2019ai donc pas à m\u2019excuser d\u2019être franc et d\u2019apporter des précisions.Voici, entre autres, un petit fait significatif.Un jour, dans un comité, je rencontrai deux candidats du Bloc Populaire.Nous discutions de choses et autres.A un moment donné, je tentai de faire dévier la discussion sur les problèmes ouvriers ainsi que sur ceux des trusts et do la monnaie.Peine perdue.De tels sujets n\u2019avaient aucunement l\u2019air de les intéresser.Je poussai même, plus tard, l\u2019audace jusqu\u2019à demander à l\u2019un d\u2019entre eux d\u2019aborder les questions sociales devant le public et d\u2019y consacrer au moins le tiers de ses discours.Vous vous souvenez, M.Laurendeau.On était en guerre à cette époque.Et l\u2019apprenti-député (à moins que ce ne fût un apprenti-sorcier) de répondre: « Toutes ces affaires-là, ça vaut rien pour les gens.Ce qui les intéresse, c\u2019est la conscription, c\u2019est la guerre.» Et pourtant le programme du Bloc Populaire comportait autre chose.Notre type, nos types ne semblaient pas attacher d\u2019importance à de telles fadaises.Petit incident qui en dit long.Et l\u2019Union Nationale, maintenant.D\u2019où vient que tant de nationalistes appuient actuellement ce parti avec un certain enthousiasme qui n\u2019est pas toujours de commande?Simplement, lorsqu\u2019il n\u2019y a pas de questions de crèche, que leurs théories sociales et économiques sont très infantiles, rudimentaires, conservatrices et réactionnaires.11 n\u2019y a qu\u2019à analyser les articles ou les discours des coryphées nationalistes de POUR UN NATIONALISME SOCIAL, 287 ce parti pour s\u2019en rendre compte.Mais répondra-t-on, n\u2019empêche que les gens et même une partie des ouvriers semblent supporter ce parti.Oui avec une machine électorale bien graissée, on peut tout.Un parti nationaliste et social sincère qui ne voudrait pas compter sur la Caisse électorale devra tenter d\u2019autres moyens pour convaincre le peuple.Laissons les mouvements politiques ou parapoli-tiques.Allons rendre une petite visite aux organismes sociaux et économiques qui comptent des nationalistes.Pour ma part, je fais partie de la Saint-Jean-Baptiste, d\u2019une Caisse Populaire et d\u2019une coopérative de consommation.J\u2019y rencontre des nationalistes.Toujours en faisant la part des exceptions, je constate ceci: un conservatisme absolument dépassé et un « bourgeoisisme » économique déroutant.J\u2019ai voulu être franc en même temps que précis et pratique.J\u2019espère qu\u2019on ne m\u2019en voudra pas.On pensera peut-être que je me trompe.Tant mieux, si c\u2019est vrai.Mais j\u2019ai bien peur de ne pas m\u2019abuser.Ces réflexions ne sont pas faites dans un but de critique destructive ni pour s\u2019acharner sur les petites bêtes noires.Elles ne veulent que mettre en lumière ce que je crois être une des principales causes de désintéressement des masses ouvrières canadiennes-françaises à l\u2019égard de la cause nationale.Les ouvriers, en général, n\u2019étudient pas les programmes des partis nationalistes, mais ils examinent les hommes qui se présentent devant eux et en auscultent les discours.Le programme a beau être magnifique si la coloration des discours n\u2019y correspond pas, les ouvriers ne mordront jamais, surtout aussi longtemps que des partis solidement organisés au point de vue électoral 288 l\u2019action nationals: mèneront une bataille de corsaire à tous les nouveaux partis qui veulent troubler leur quiétude.Dans les milieux nationalistes conscients, on s\u2019est demandé pourquoi les ouvriers n\u2019étaient pas nationalistes ou simplement patriotes.Je crois que la question est mal posée et qu\u2019il faudrait plutôt se demander: « Pourquoi les nationalistes ou simplement les patriotes (je ne parle pas des programmes ni des principaux chefs) se désintéressent-ils en pratique des masses ouvrières ?» De tout ce qui précède, se dégage donc à mon sens une première constatation très utile pour établir les remèdes que ne manquera pas de proposer le directeur de cette enquête: un conservatisme désuet ronge comme un cancer les phalanges nationalistes du Québec.Pour faciliter le travail d\u2019enquête, je donnerai maintenant les autres causes du désintéressement ouvrier à l\u2019égard du national en suivant le plan que vous avez vous-même établi dans la revue d\u2019octobre dernier.Vos sept points de repère me suffiront amplement à couvrir le terrain qui reste à explorer.Et d\u2019abord, parlons de l\u2019insécurité ouvrière.Je crois que c\u2019est la cause principale, et de loin, du désintéressement des travailleurs des villes pour tout ce qui touche au national et même au simple patriotisme.Je sais ce que je dis.Je suis membre d\u2019une famille qui a compté 10 enfants.Mon père est un cantonnier au service des Chemins de fer Nationaux.Pendant près de six ans, nous avons habité un taudis.Si nous avons toujours mangé à notre faim, c\u2019est que la quantité a la plupart du temps suppléé à la qualité.Pour tout dire, mon père n\u2019a gagné pendant longtemps que $18 par semaine pour nourrir, vêtir et loger 12 per POUH UN NATIONALISME SOCIAL 280 sonnes.Mes premières leçons d\u2019économie politique et sociale, je les ai prises dès ma plus tendre jeunesse, surtout les soirs de paye alors qu\u2019il fallait régler les factures et établir le budget familial.Et croyez-en ma parole, ces cours-là ne se donnent dans aucune des universités du monde.Et j\u2019aurais bien aimé voir la tête de l\u2019intellectuel embourgeoisé qui aurait tenté, à ces moments-là, de venir donner une leçon de patriotisme à mon père qui venait justement de s\u2019apercevoir qu\u2019en dépit de toutes les privations imposées à sa famille, il lui manquait encore $2, $3, ou même $5 pour boucler.Il n\u2019y a pas de honte à révéler ces choses.Et je le fais avec d\u2019autant plus d\u2019aise que j\u2019espère que ces petits faits vécus par un des leurs, aideront les nationalistes encore perdus dans les nuages, à comprendre que pour intéresser les ouvriers, ils devront arriver à eux par les routes de l\u2019économique et du social.Les nationalistes, je ne le redirai jamais assez, doivent être prêts a prendre tous les moyens moralement irréprochables et techniquement possibles pour que s\u2019établisse au plus tôt le salaire vital.Les nationalistes devront cesser de confondre « jansénisme » et « catholicisme » pour viser enfin à donner à l\u2019ouvrier un niveau de vie dont le plancher serait sans doute le minimum vital biologique, mais dont le plafond ne serait établi qu\u2019en considération des ressources naturelles du pays.Salaire vital, allocations familiales adaptées aux familles nombreuses, logement populaire à bon marché, pension de vieillesse à 60 ans, assurance-santé, lutte contre les trusts des denrées essentielles par les régies et le coopératisme, lutte contre ceux de la haute 290 L ACTION NATIONAL» industrie, des ressources naturelles et des services publics par les régies, le coopératisme, la socialisation ou la nationalisation, nouvelles techniques de distribution de pouvoir d\u2019achat, réformes monétaires, voilà autant de projets susceptibles d\u2019intéresser les ouvriers et (pie tous les nationalistes devraient avoir à cœur de réaliser après en avoir fait l\u2019essentiel de leurs discours populaires.L\u2019autonomie provinciale est à l\u2019ordre du jour, (\"est une question grave pour notre nationalité.Mais je connais assez le monde ouvrier pour pouvoir dire qu\u2019il se fiche comme de l\u2019an 40 d\u2019une autonomie qui abaisserait son niveau de vie ou même le bloquerait à une certaine hauteur nullement en rapport avec les richesses du pays.Il faut vous rendre ce témoignage, M.Laurendeau, que, comme le journal d\u2019ailleurs auquel vous êtes attaché, vous avez su envisager la question de l\u2019atitonomie provinciale sous cet angle.Votre exemple devrait être suivi par tous ceux qui sont ou qui se disent nationalistes.En certains milieux, on accusera les ouvriers de vulgaire matérialisme.Grossière accusation que seuls peuvent forger ceux dont les revenus permettent un tel vol plané dans la stratosphère de l\u2019euphorie d\u2019une bourgeoisie bien nourrie.Abordons maintenant la question de l\u2019instruction.On peut envisager le problème sous deux angles: éducation nationale et accès des ouvriers aux écoles primaires supérieures, techniques, secondaires et universitaires.Le premier aspect a souvent été traité.Je me bornerai au second.Le sain nationalisme, le patriotisme marche de pair avec le développement de la personnalité.Aussi je crois qu'il fleurirait plus POUR UN NATIONALISME SOCIAL 291 spontanément chez une classe-ouvrière plus instruite.Pour cette raison, entre beaucoup d\u2019autres, le nationaliste doit donc attacher une grande importance à l\u2019instruction du prolétaire.Je sais bien que mon père, par exemple, n\u2019aurait jamais pu envoyer tous ses enfants aux écoles élémentaires supérieures, techniques, secondaires ou universitaires.Plus que cela, il n\u2019aurait pas pu leur faire suivre, à tous, les cours des Ecoles d\u2019arts et métiers parce que, très tôt, il a eu besoin de leurs salaires.L\u2019instruction généralisée, il ne faut pas penser à cela actuellement dans les familles ouvrières nombreuses, même avec les allocations familiales.Cette situation doit changer.Le prolétaire québécois pose devant nous, entre autres, trois problèmes qu\u2019il est urgent de résoudre: c\u2019est un locataire qui bien souvent habite un taudis, c\u2019est un homme qui ne peut faire soigner femme et enfants qu\u2019au prix d\u2019un endettement très lourd, c\u2019est un type qui ne peut faire instruire ses enfants.Pour ce qui est de l\u2019instruction, comment en sortir?J\u2019y vais carrément.Pour ma part, je n\u2019ai aucune objection contre l\u2019enseignement gratuit aux trois degrés primaire, secondaire et universitaire.Ou bien, je proposerais un système généralisé de bourses d\u2019étude aux trois degrés de l\u2019enseignement, ce qui reviendrait au même point de vue où je me place: accès massif possible des ouvriers à l\u2019instruction technique, secondaire et universitaire.Avec un tel système, on pourrait par exemple, si l\u2019embauchage de laïcs dans le secondaire l\u2019exigeait, remonter le tarif de nos collèges sans pour cela rendre encore plus considérables les obstacles qui font que les fils d\u2019ouvriers ne peuvent aller actuellement au collège que s\u2019ils ont l\u2019intention 202 l'action nationals « do faire des prêtres ».Toutes ces réflexions, je les ai entendues plusieurs fois dans ma famille et chez celles que nous fréquentions, des familles ouvrières aussi.Il n\u2019y avait aucune acrimonie dans le ton de ces commentaires, mais simplement un fatalisme et une résignation que je m\u2019explique aujourd\u2019hui difficilement.Comme autre facteur de dénationalisation des ouvriers, je penserais au facteur économique, c\u2019est-à-dire à ce fait brutal que les entreprises où les travailleurs doivent gagner leur vie sont trop souvent étrangères.Ai-je besoin de m\u2019attarder longuement sur les mauvais effets psychologiques, nationalement parlant, de ces contremaîtres unilingues, de tous ces buralistes anglophones, de tous ces écriteaux, de toute cette paperasse, de toute cette atmosphère anglicisante de nos grandes usines sur nos masses ouvrières ?Les nationalistes, tous les nationalistes, devraient savoir qu\u2019il y a des moyens d\u2019en sortir et ils devraient les exposer au peuple avec insistance à l\u2019occasion, .l\u2019avoue qu\u2019un socialisme provincial résoudrait très bien le problème si l\u2019on ne considérait dans tout cela que le point de vue national.Mais, comme il y a d\u2019autres aspects à la question, il n\u2019est pas nécessaire, du moins pour le moment, d\u2019aller jusque là.Mais ne croyez-vous pas (pic la nationalisation (demandée par le lfloc d\u2019ailleurs) de toutes les centrales électriques, la socialisation (administration conjointe par l\u2019État, les propriétaires, les cadres, les ouvriers et les consommateurs au besoin) ou la coopératisation de nos pulperies, le contrôle de nos mines (nationalisation, majorité des parts ou royautés), la provincialisation ou la municipalisation des services publics (téléphone, POUH UN NATIONALISME SOCIAL\t298 transports routiers), des mesures favorisant l\u2019expansion du secteur coopératif dans l\u2019alimentation, le vêtement et la construction, la surveillance étroite de la haute industrie du secteur libre, ne croyez-vous pas que toutes ces mesures, et il y en aurait d\u2019autres encore, contribueraient à faire l\u2019ouvrier se sentir un peu plus chez lui, un peu plus libre, nationalement parlant, à Pusine ?Ne croyez-vous pas que par des initiatives semblables qu\u2019il faut envisager dès maintenant, le facteur économique cesserait de jouer contre nous?Pour réconcilier les ouvriers avec le national, il faut encore, à mon sens, que les nationalistes s\u2019attachent à défendre une politique ouvrière moderne avec la collaboration des syndicats ouvriers nationaux ou autres.Pour une raison ou pour une autre, les syndicats nationaux ne sont plus seuls dans la province.Il faut que les nationalistes prennent donc toutes les bonnes suggestions, quelle que soit l\u2019union qui les propose.Il est toutefois à souhaiter que les syndicats nationaux jouent encore un plus grand rôle dans la province.Ils peuvent, plus que les autres unions ouvrières, combler le fossé qui sépare trop de travailleurs urbains du national.Ce rôle, ils le joueront s\u2019ils sont assez agressifs pour parler et agir quand c\u2019est le temps; s\u2019ils savent déclarer la grève quand il le faut pour mater des patrons qui ne veulent rien comprendre et que l\u2019absence de lois adéquates rend encore plus difficiles à manier; s\u2019ils peuvent enfin manœuvrer de façon à organiser, avant les unions internationales, les ouvriers des usines où les syndicats n\u2019existent pas encore ! Ce rôle, les syndicats nationaux le joueront mieux que d\u2019autres s\u2019ils commencent à penser que l\u2019heure sonnera peut-être bientôt de la transformation 'JIM I.\u2019ACTION NATIONALE des structures de l\u2019entreprise et s\u2019ils se préparent en conséquence.Quand les ouvriers auront la conviction que les masses nationalistes ne sont pas composées que de réactionnaires à œillère mais de politiques, de sociologues, d\u2019économistes, d\u2019écrivains, de journalistes, de chefs de groupe, de citoyens qui veulent leur donner un niveau de vie en rapport avec les ressources naturelles du pays, on verra peu à peu les ouvriers s\u2019en rapprocher et, quittant l\u2019état d\u2019apathie où ils sont présentement, cesser de se laisser dériver au gré des flots sortis des caisses électorales des vieux partis.C\u2019est ce que de récents mouvements nationalistes européens (malheureusement souvent totalitaires et matérialistes) ont su ou avaient su comprendre.Si les nationalistes québécois, les vrais nationalistes, ceux qui actuellement sont désintéressés, pauvres et sans caisse électorale, veulent avoir les ouvriers avec eux, ils doivent se gagner leur confiance.Us doivent, si jamais ils pouvaient un jour se dévouer dans le domaine politique, travailler d\u2019arrache-pied à donner aux masses un minimum vital en rapport avec les ressources naturelles du pays.S\u2019appuyant à fond sur les syndicats, les nationalistes s\u2019apercevront que leur audace et que leur amour de la justice sociale ne resteront pas longtemps sans fruits.L\u2019environnement culturel, la vitalité de la famille, tout cela s\u2019en ressentira pendant que les arguments marxistes (la nation: création bourgeoise au service du capital) ne prendront plus que dans certains milieux aussi restreints que butés et sans influence réelle. POTTO UN NATIONALISME SOCIAL 205 De tous ces commentaires, voici donc, en résumé, les remèdes que je suggère pour rapprocher les ouvriers du nationalisme ou simplement même du patriotisme.1\t\u2014 Les nationalistes, en général, doivent s\u2019éloigner d\u2019un conservatisme périmé pour se tourner vers l\u2019avenir.Qu\u2019ils prennent en main, violemment s'il le faut, la cause des prolétaires.2\t\u2014 Les programmes des partis nationalistes ont été en général assez radicaux.Il faudra toutefois en reviser certaines parties en fonction des courants d\u2019idées nouveaux.3\t\u2014 Les propagandistes, les aspirants-députés, les chefs nationalistes dans les domaines politique, social, économique et culturel devront reprendre la lutte contre les trusts laissée en plan depuis quelques années.4\t\u2014 Les nationalistes, tous les nationalistes, doivent se faire les champions du logement populaire, de l\u2019assurance-santé, des pensions de vieillesse à GO ans, de l\u2019instruction gratuite (système de bourses ou autre chose), du salaire vital et des allocations familiales.Ils devront étudier certaines techniques de distribution de pouvoir d\u2019achat à appliquer surtout en temps de crise économique par exemple et manifester à l\u2019égard des questions monétaires autre chose qu\u2019un hautain mépris basé la plupart du temps sur l\u2019ignorance.5\t\u2014 Les nationalistes, en plus d\u2019être fervents coopératistes, ne devraient pas reculer devant les nationalisations, les socialisations et les municipalisations qui peuvent s\u2019imposer dans les secteurs des services publics et des ressources naturelles.6\t\u2014 Les nationalistes devront marcher la main dans la main avec les syndicats ouvriers.Quant aux l\u2019action nationalb 29our le plus grand bien, pour le bonheur et la prospérité de l\u2019Église canadienne et de tous les catholiques de ce pays, \u2014 par Notre autorité suprême et par les présentes, après en avoir conféré avec nos vénérables Frères les Cardinaux de la sainte Église romaine, préposés aux affaires de la Propagande, Nous établissons, Nous constituons et Nous proclamons saint Jean-Baptiste patron spécial auprès de Dieu des fidèles franco-canadiens, tant de ceux qui sont au Canada que de ceux qui vivent sur une terre étrangère.Nous voulons donc que dans ces régions, on accorde et on rende à saint Jean-Baptiste tous les privilèges et tous les honneurs qui appartiennent de droit aux patrons des lieux, sans que toutefois la fête de ce Saint soit déclarée de précepte là où elle ne l\u2019est pas encore.« Nous voulons que les présentes lettres soient constantes, valides, efficaces; qu\u2019elles aient leur plein et entier effet, et qu\u2019elles soient acceptées en tout et pour tout par ceux que cela regarde, et aussi longtemps qu\u2019ils y seront intéressés.Nous décrétons que c\u2019est en ce sens que ces lettres devront être comprises et interprétées par tous les juges ordinaires ou délégués, et que tout ce qui peut être tenté de contraire à ces lettres par quelque personne que ce soit, de quelque autorité qu\u2019elle soit revêtue, et qu\u2019elle le fasse sciemment ou par ignorance, est nul et sans valeur.Nonobstant toutes Constitutions ou Prescriptions apostoliques ou autres, quelles qu\u2019elles soient, même celles qui méritent une mention ou une dérogation spéciale, qui seraient contraires à la teneur de ces lettres.« Donné à Rome, près de Saint-Pierre, sous l\u2019anneau du Pêcheur, le vingt-cinquième jour de février de l\u2019année mil neuf cent huit, de Notre Pontificat la cinquième.» 'â&mMas- NEUF SERVICES DE RECHERCHES relient notre bureau de Montréal avee des spécialistes en généalogie dans les pays suivants: France, Belgique, Hollande, Espagne, Italie, Angleterre, Suisse, Ecosse, Irlande.UNE OEUVRE NATIONALE DIGNE DE VOTRE ENCOURAGEMENT 4184, rue St-Denis, Montréal 5, rue du Mont-Thabor, Paris \u2014 * iï i INSTITUT GENEALOGIQUE aQemanueldeâ hommeâ d\u2019action C\u2019est sous ce nom élogieux que M.le Chanoine Lionel Giioulx présentait au public le premier volume de l\u2019œuvre du Itév.Père Richard Arès, s.j.: NOTRE QUESTION NATIONALE Ce qualificatif vaut pour l\u2019œuvre entière, pour le premier volume comme pour les deux autres qui ont été publiés depuis.« Rarement, disait encore M.le Chanoine Groulx, l\u2019on aura jeté, autour de nos problèmes vitaux, une pareille masse de faits, d\u2019exposés, de réflexions aussi rigoureusement coordonnés, dans une présentation aussi réaliste et lumineuse ».A l\u2019auteur, il rendait ce témoignage: « L\u2019auteur appartient à cette équipe de jeunes hommes d\u2019élite qui, pour conquérir le droit de formuler des programmes ou des consignes, se donnent la peine d\u2019explorer la réalité nationale.L\u2019ouvrage du Père Arès devrait connaître le grand succès ».NOTRE QUESTION Premier volume: « LES FAITS » Deuxième volume: « POSITIONS DE PRINCIPES » Troisième volume: «POSITIONS PATRIOTIQUES ET NATIONALES » Chaque volume: $1.10; les trois volumes: $3.25, frais de poste inclus.UNE ŒUVRE DE VALEUR PERMANENTE QU\u2019IL FAUDRA TOUJOURS CONSULTER ET DONT ON NE CESSERA DE S\u2019INSPIRER.\u2022 AUX EDITIONS DE L'ACTION NATIONALE, 3878, rue St-Hubert, Montréal (24), P.Q.x 0966 Tel.HA 0200-0209 PERRAULT et PERRAULT AVOCATS 511 Place d'Armes.\t-\tMontréal, Canada.ANTONIO PERRAULT, C.R.Rés.: 64, ave Nelson, Outremont.Tel.DO 6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Rés.: 4390, boul.Pie IX, Tel.CL 3580 Les cafés et confitures de J.-A.Dés y LIMITÉE SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES COMPAGNIE DE BISCUITS STUART Ltée BISCUITS \u2014 GÂTEAUX \u2014 TARTES Alfred ALLARD, président et gérant gên.235, Laurier ouest Marcel ALLARD, cher à la production .Montréal Lisez «LE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT XI Voilà un idéal d\u2019Komme sage.Il est Facilement réalisable.Quel âge avez-vous?La CAISSE-NATIONALE D'ASSURANCE-VIE va vous préparer tout de suite un projet d\u2019assurance et de rente viagère conforme à votre désir.Son envoi ne vous engage à rien du tout.Vous l'accepterez quand il répondra adéquatement à tous les besoins de votre famille.CAISSE NATIONALE D\u2019ASSURANCE-VIE 41 ouest, rue Saint-Jacques\u2014Montréal\u2014HArbour 3291 XII SL /aut avoit lu L\u2019Immoralité de la Conscription Il est peu de questions qui aient autant agité l\u2019opinion au Canada français que la conscription.U histoire des trente dernières années en déborde.Beaucoup en ont parlé.Bien peu ont étudié le sujet à fond.Le débat est-il tranché parce que la guerre est finie ?Certainement pas.La plus mauvaise des solutions règle mal le plus dangereux des problèmes.Pendant la guerre, un prêtre américain a condamné la conscription au nom de la morale.C\u2019est pourquoi l\u2019oeuvre du Révérend John-J.Hugo ne pouvait avoir qu\u2019un titre: \u201cL\u2019immoralité de la conscription \u201d.Cette publication a été traduite par M.F.-A.Angers, l\u2019un des directeurs réputés de la Ligue d\u2019Action Nationale.C\u2019est une élégante brochure de 125 pages qui se vend à un prix de propagande (dans le bon sens).On peut discuter les raisons invoquées par le R.P.Hugo pour condamner la conscription de façon aussi péremptoire, mais tout d\u2019abord il faut les entendre.L\u2019exemplaire: 40 sous franco Prix spéciaux pour commandes de librairie ou de groupe.AUX ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE, 3878, rue Saint-Hubert, MONTRÉAL, P.Q.XIII Une œuvre de marque \u201cLE CITOYEN CANADIEN-FRANÇAIS\" par ESDRAS MINVILLF.directeur des Hautes Etudes Commerciales de Montréal, ancien président de la Ligue D'Action Nationale.® Deux volumes, le premier de 277 pages, le deuxième de 341 pages.\u2014 « « .at noua voulons parvenir d la plénitude de la vie nationale, il wj nous falloir, comme tous les peuples vivants, nous dépasser nous-mêmes, de génération en génération, d\u2019année en année, de jour en jour; fortifier sans cesse nos positions intérieures, enrichir nos sources de vie, car l\u2019épanouissement procède du dedans non du dehors ».Citation de VAUTEUR Une œuvre gui prend rang parmi « ces livres que ion consulte souvent pour y puiser, selon le mot Disrœlt, des motifs d\u2019espoir en des vies trop courtes pour être petites ».Pierre Cornu Les deux volumes (Le Citoyen canadien-français) sont en vente au prix total de $3.50, frais de poste compris, au service de librairie de L\u2019ACTION NATIONALE 3878, rue St-IIubert,\tMontréal, (24), P.Q.XIV '?\u2018t ?_______________________________> COMPAGNIE MUTUELLE D'IMMEUBLES ?LA COMPAGNIE I DI3CLEI Ingénieur* \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : Ascenseurs modernes de tous genres, soudures électriques et autogènes, etc.206, rue du Port Québec Limitée La Caisse d'Épargne pour Prêts Mutuels \"Payé à ses membres $8.000,000.00\" Siège social 1306 est, rue Montréal.Ste-Catherine, \\ Lo uis Riel et les événements delà Rivière-Rouge en 1869-70.Par M.le chanoine Lionel Groulx C\u2019est un document historique de très haute valeur.« Riel, dit l\u2019auteur, n\u2019est pas seulement un héros mani-tobain, c\u2019est un héros national ».Ce jugement n\u2019a rien de conformiste, mais il s\u2019appuie sur les faits historiques et sur les témoignages des contemporains canadiens-français et anglo-canadiens.La duplicité alternative des partis politiques ne prend pas, en cette brochure, d\u2019autre nom que celui qu\u2019elle mérite.Il fallait qu\u2019un homme « meure pour le parti ».Un document historique de haute valeur.On ne peut étudier cette période de l\u2019histoire canadienne sans consulter ce texte impartial.(Une brochure de 25 pages au prix de 5 sous l\u2019unité, $4.le cent, $35.00 le mille).XV CHEMINEE DEFECTUEUSE \u2014 FUMEURS NEGLIGENTS \u2014 POELE, FOURNAISE, TUYAUX SURCHAUFFES.Autant de preuves que nous avons oublié ce proverbe: LA PRUDENCE EST LA MERE DE LA SURETE.Et si les taux allaient regrimper au niveau de 1922! Où serait l\u2019avantage?Où serait le progrès?«¦SOCIÉTÉ# NATIONALE D'ASSURANCES AFFILIÉE À LA C.U.A.41 OUEST, RUE ST-JACQUES MONTRÉAL - HArbour 3291 UN BREUVAGE DES PLUS DÉLICIEUX ! '»o*eis N'importe oü .N'Importe quand .LE NECTAR yMouàâeux CHRISTIN est le breuvage idéal.C'est un produit de chez nous.PAR LES FABRICANTS DE LA Bière d\u2019Epinette Christin ASSURANCE-VIE Fonctions Protection Épargne Avantages Souplesse Liquidité Caractéristiques Sécurité Stabilité Compagnie d\u2019assurance-vie Ha i\u2019amirgariie Siège social: Montréal IMPRIMERIE POPULAIRE.LIMITÉE MONTRÉAL AVRIL 1948 "]
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