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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1948-06, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE Autonomie ou \u201ccollaboration\u201d .401 Gérard DION et Joseph PELCHAT Repenser le nationalisme.403 Conclusions très André LAURENDEAU POUR UN HUMANISME OUVRIER provisoires.413 F.-A.ANGERS Paul SAURIOL Jean DESCHAMPS Pierre VIGEANT Marc-André PERRON et Jean HÉROUX L\u2019ACTION NATIONALE TABLE DES MATIÈRES Catholicisme et centralisa- tion.425 Le problème de Palestine.437 Les lois provinciales sur le logement.452 La prochaine convention libérale.458 Les livres et leurs auteurs.466 Partie documentaire.472 Premier semestre de l\u2019année 1948.475 VOL XXXI, No 6 MONTREAL JUIN 1948 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE] # Directeur: Dominique BEAUDIN # L\u2019Action Nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique, Elle paraît tous les mois, sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.Anatole Vanier, président; Dominique Beaudin, secrétaire; Jean Drapeau, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Mgr Olivier Maurault, P.S.S.; Arthur Laurendeau, André Laurendeau, François-Albert Angers, Gérard Filion, Abbé Albert Tessier, Léopold Richer, Albert Rioux, L.-Athanase Fréchette, Guy Frégault, Jacques Perrault, Rodolphe La-plante, Clovis-Emile Couture, Paul-Emile Alin, Jean Deschamps.DIRECTION ET ADMINISTRATION 3878.rue Saint-Hubert.Montréal (24), P.Q.Téléphone : MArquette 2837 L'abonnement est de $3.00 par année Abonnement de soutien : $5.00 Avis aux abonnés Selon la coutume établie, L\u2019ACTION NATIONALE ne publie que DIX numéros par année.Comme par les années passées, elle ne paraîtra donc pas pendant les mois de juillet et d\u2019août.La publication reprendra avec les premiers jours de septembre.L\u2019ADMINISTRATION souhaite d\u2019heureuses vacances aux annonceurs, aux collaborateurs et aux lecteurs de la revue.Elle remercie tous ceux qui ont contribué dans le passé à maintenir une oeuvre nationale jugée indispensable et qui lui gardent fidélité et dévouement.L\u2019administrateur, Dominique BE AU DI N i LES AMIS DE LA REVUE AUBÉ, Philippe AVOCAT 152 est, Notre-Dame HA 5877 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT 152 est, Notre-Dame HA 7235 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tHA 1336 MASSE, Paul AVOCAT 152 est, Notre-Dame &\tBK 1971 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jacques \u2022\tHA 2841 FRÉCHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 ouest, Craig LA 9607 POULIN, J.-Aimé & Albert ARCHITECTES 71, Prospect, Sherbrooke, P.Q 0\tTÊL.1391 LAPORTE.René MÉDECIN 947, rue Cherrier, $\tMontréal, P.Q.Le FOYER RURAL, Revue mensuelle agricole.515, avenue Viger, Montréal.Jean Drapeau MORIN,Louis-Philippe,C.A.Comptable Agréé 81, rue St-Pierre, Québec.®\tTél.2-6871 LUC BEAUREGARD Représ, de la Laurentienne 4052, rue Cartier O But.: PL 6700 Rés.: AM 7779 FOURNIER, Albert Procureur de brevets d\u2019invention 934 est, Ste-Catherine 9\tHA 4548 DUPUIS, Laurier 5600, boulevard Monk &\tWE 0355 BEAUSOLEIL, E.BOUCHER- ÉPICIER 1251, Champlain CH 3712 Salaison MAISONNEUVE BACON marque \u201cMORIN\u201d 1430, De Lasalle \u2022\tCL 4086-7 SANSOUCY, Alb.ÉPICIER-BOUCHER 3963 est, Ste-Catherine, Montréal 0\tFA 3607 SANSOUCY, Arthur BOUCHER-ÉPICIER 3995, Hochelaga CL 2839 AUG.BRUNETTE, Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville \u2022\tPL 1946 DRAPEAU ET MELANÇON AVOCATS ET PROCUREURS 4 est, rue Notre-Dame, Montréal.Claude Melançon MA 5615 II LES AMIS DE LA REVUE DESCHÊNES & Fils Ltée Matériaux de plomberie et chauf.1203 est, Notre-Dame (S>\tFR 3176-7 LATENDRESSE & Fils Enrg.Machinerie Delta.FERRONNERIE 12057 est, N .-Dame ,Pte-aux-Tr.\u2022\tCL.6731, Local 404 LATULIPE, N.Cravates, écharpes et robes de chambre #\t4360, rue Iberville, Montréal \u201cLES VARIÉTÉS\u201d PAUL DEJORDY, prop.800 eat, Mont-Royal 9\tCH 9815 CYR, Édouard MODELEUR 1427, Maisonneuve 8\tAM 8984 \u201cÀ LA MARMITE\u201d SALLE A MANGER 350 est.Craig MA 0730 Nous remercions les Amis de la revue qui manifestent leurs convictions et leurs sentiments par un geste pratique.Ils ont droit à notre gratitude comme à celle de nos abonnés.Sans eux, nous serions plus pauvres encore .mais, tout simplement.SERIONS-NOUS?Votre ail iée Au service du public depuis plus de soixante-dix ans, la Banque Canadienne Nationale se préoccupe d'assurer le succès de ses clients, auquel est lié son propre progrès.Désireuse de coopérer avec vous, elle vous réservera le meilleur accueil, quelle que soit l'importance de votre entreprise ou de votre compte.Banque Canadienne Nationale Actïf, environ $380,000,000 531 bureaux au Canada 65 succursales à Montréal III TOUJOURS \u2022\tles plus nouveaux tissus \u2022\tles plus récents modèles CHEZ LES TAILLEURS JOLY 269 est, rue Sainte-Catherine, ^ Montréal.\tBEIair 3126\t4 IV .LANGAGE DE CHIFFRES .Assurés 1939 1,10 0 1942 6,514 1945 15,801 1946 20,155 1947 24,137 LA LAURENTIENNE FONDÉE EN 1938 Lorsqu\u2019il s\u2019agit des produits de l\u2019érable \u2014 Exigez toujours la meilleure qualité \u2014 La marque \u201cCitadelle\u201d est la meilleure.100% PURE Sirop d'érable \"Citadelle\" \u2022 Sucre d'érable granulé \"Citadelle\" 0 Sucre d'érable \"Citadelle\" £ Beurre d'érable \"Citadelle\".Oee produits sont en vente chez tous les bons épiciers.Les Producteurs de Sucre d\u2019ferable du Québec, BUREAU CHEF: 5, Avenue Bégin, Lévis, Québec.POUR VOS FOURRURES si vous cherchez Qualité, Elégance n'hésitez pas, voyez BLEAU & ROUSSEAU J.-T.BLEAU ANT.ROUSSEAU J.-A.MASSON 3852, St-Denis\t5004, Sherbrooke O.HA.8433\tDE.4482 Vous trouverez chez nous, et à bon compte, tout ce qu'il faut pour meubler votre résidence.Maison établie depuis 40 ans.\u2022 Fltzroy 4681\t\u2022 LAMARRE 3723, Notre-Dame ouest, Montréal VI enfantô pxéfarent leâ confauleâ VILLA CONSERVERIE DORION LTÉE 1430, rue Everett, Montréal vu U P U I s Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 Dupuis Montréal Magasin à rayons : 865 est, rue Ste-Catherine, Comptoir Postal : 780, rue Brewster, Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.VIII L\u2019ACTION NATIONALE VOL.XXXI, No.6 MONTREAL\tJUIN 1948 Autonomie ou \u201ccollaboration\u201d?La province de Québec votera le 28 juillet.Elle aura à choisir entre, l\u2019Union Nationale, le parti libéral et l\u2019Union des Électeurs.Le Bloc Populaire s\u2019est retiré de la mêlée.Quelle que soit l\u2019ardeur des créditistes, le gros de l\u2019électorat se rangera soit avec les libéraux soit avec les unionistes.Les milliers de discours qui seront prononcés dans les paroisses, dans les assemblées régionales, à la radio, aboutiront finalement à Vapposition de croix sur des bulletins.De même de la réclame, des articles de journaux, des interventions privées, des discussions, amicales ou non, entre concitoyens.Il arrivera donc que, le dernier mercredi de juillet 1948, la \u201cvox populi\u2019\u2019 dira le dernier mot.Tant d\u2019éloquence, tant de textes, tant d\u2019entretiens devraient normalement sérier et éclaircir les questions en litige.Les programmes politiques, à condition de différer vraiment par le fond, devraient être alors parfaitement connus de tous.Malheureusement, il n\u2019en est pas toujours ainsi.On reste muet de stupeur à l\u2019énoncé des arguments populaires qui portent les électeurs à préférer le noir au blanc et vice versa.Les citoyens \u201cbien pensants\u201d, comme on se plaît à les appeler, ont fort à faire pour que l\u2019emporte le verdict juste et droit.Les discours aguichants et les textes prometteurs sont surtout faits de mots.Il se pose évidemment des problèmes sérieux et il faudrait considérer certaines questions importantes qui passeront à demi inaperçues au milieu de la cohorte des fadaises.L\u2019espace manque ici et des journaux, comme le \u201cDevoir\u201d, ont fourni d\u2019amples renseignements et précisé bien des points. 402 l\u2019action nationale \u201cL\u2019Action Nationale\u201d doit envisager l\u2019attitude des 'partis en face de l\u2019autonomie provinciale.Elle a, dans le passé, publiquement et clairement exprimé ses vues sur la nécessité de sauvegarder les prérogatives provinciales contre les empiétements réitérés du pouvoir central.Ses positions restent les mêmes.Pour autant que l\u2019autonomie du Québec est en jeu dans la présente lutte électorale, les Canadiens français qui y tiennent doivent voter pour les groupes et les candidats qui la défendent le mieux ou le moins mal.A d\u2019autres points de vue, les deux grands partis politiques peuvent sembler interchangeables.Il n\u2019en est plus de même devant l\u2019essentielle question des droits et pouvoirs constitutionnels de la province.Il faut choisir alors entre une défense, médiocre peut-être mais affirmée, de l\u2019autonomie et la \u201ccollaboration\u201d entendue dans le sens auquel la propagande de guerre a bien voulu nous habituer.Il n\u2019y a qu\u2019à remarquer que la centralisation est présentement l\u2019œuvre d\u2019un gouvernement fédéral libéral avec lequel les libéraux provinciaux disent ne faire qu\u2019un et dont ils invoquent publiquement l\u2019appui.Quelles garanties espérer de ceux qui rachètent leurs promesses passées par de ténébreux plébiscites, qui nous représentent le don de milliards à l\u2019Angleterre comme un enrichissement pour le Canada, qui ont approuvé la conscription camouflée, qui, consciemment ou non, se sont faits les promoteurs les plus astucieux de l\u2019impérialisme, qui acceptent d\u2019avance de troquer les pouvoirs provinciaux contre le plat de lentilles ?Le passé est ou n\u2019est pas garant de l\u2019avenir.S\u2019il l\u2019est, on peut souhaiter mieux.Et s\u2019il ne l\u2019est pas.Certes, on peut argumenter à fond contre l\u2019administration Duplessis.On peut lui reprocher mille choses et souhaiter mille réformes.Mais il faudra porter un gouvernement au pouvoir le 28 juillet, voter si l\u2019on veut pour \u201cle moindre mal\u201d.Il n\u2019y a pas d\u2019autre choix que d\u2019opter pour l\u2019autonomie provinciale, trop verbale, trop mitigée sûrement, ou pour la \u201ccollaboration\".L\u2019Action Nationale Pour un humanisme ouvrier Repenser le nationalisme Les questions posées au début de cette enquête supposent réalisées certaines hypothèses qui nous semblent loin d\u2019être évidentes: l\u2019existence de classes sociales bien définies chez nous et en second lieu un comportement national propre aux travailleurs industriels (1).Cependant, il n\u2019est pas moins intéressant de réfléchir sur les attitudes nationales de cette nouvelle force qui prend place dans la vie de la nation, de cette force, qui, peut-être, en dehors des groupements politiques, est la plus considérable, celle du travail organisé.La tâche n\u2019est pas facile à celui qui veut analyser le comportement de la classe ouvrière canadienne-française par rapport aux problèmes nationaux.Pour simplifier l\u2019affaire, on pourrait simplement attribuer aux travailleurs de chez nous ses propres idées et ses propres sentiments en ce domaine.Avouons que la tentation est grande, que plusieurs y succombent et que, malgré les efforts que l\u2019on peut faire pour s\u2019y soustraire entièrement, il s\u2019en trouve peu qui ne se laissent pas influencer de quelque façon.(1) Nous n\u2019employons pas le terme prolétariat, parce que nous ne croyons pas qu\u2019il soit juste et il serait trop long d\u2019expliquer notre point de vue, 404 I.ACTION NATIONALE Malgré l\u2019homogénéité qui existe au Canada français, la distribution de la population ouvrière n\u2019est pas uniforme et les milieux dans lesquels elle se trouve sont tellement différents, les influences qui s\u2019exercent sur elle sont tellement variées qu\u2019il est difficile de trouver un dénominateur commun, et de parler chez nous d\u2019une véritable classe ouvrière.En dehors des villes de Montréal, Québec, Trois-Rivières, Sherbrooke, Drummondville, Thetford, Valley-field, etc.et de certains centres très particuliers comme Arvida, nous sommes plutôt en présence d\u2019îlots de travailleurs plus ou moins considérables, séparés par des distances géographiques et qui n\u2019ont entre eux de liens communs que ceux que leur donnent les groupements politiques et les syndicats ouvriers.Le travailleur de Plessisville ne réagit pas de la même façon que celui de Québec; celui de Montréal, comme celui de Québec.De plus, on y trouve ce phénomène que l\u2019on rencontre dans toute étude que l\u2019on fait sur les masses : les ouvriers, comme individus ou comme groupe, ont des comportements très différents.Il n\u2019y a pas d\u2019unité au sein des travailleurs.Ils n\u2019ont pas encore compris la nécessité de se grouper dans leurs syndicats qui sont pourtant les défenseurs de leurs intérêts immédiats encore plus que la société politique dont ils font partie.Il est vrai que le syndicalisme dans la province de Québec est aussi avancé que partout ailleurs au Canada et même aux États-Unis, mais il ne reste pas moins que seulement vingt pour cent de la population ouvrière du Québec est syndiqué.Il faut dire aussi cependant que l\u2019influence des syndicats ouvriers est de beaucoup plus grande que celle que nous indique le nombre des adhérents.Mais,ici encore,nous sommes en faced\u2019une possibilitéd\u2019influ-ence aupointde vue national plutôt que d\u2019une réalité actuelle. REPENSER LE NATIONALISME 405 Peut-on affirmer, sans écorcher la vérité, que les travailleurs ont moins de sens national que les autres classes sociales, notamment celles des intellectuels, des professions libérales, des cultivateurs, etc ?Nous ne le croyons pas.Mais le comportement extérieur de la classe ouvrière, les préoccupations sociales et les soucis qui la tenaillent sans cesse peuvent donner l\u2019impression qu\u2019elle a plus ou moins de sens national.C\u2019est que la classe ouvrière, par la poussée des faits, est forcée d\u2019apporter plus d\u2019attention à la question sociale proprement dite qu\u2019aux problèmes d\u2019ordre national.Chez nous au Québec, la formation d\u2019une classe ouvrière est un fait récent.C\u2019est une nouvelle venue dans le monde.Elle tend à prendre place dans la société.Vu qu\u2019elle entend organiser sa vie, qu\u2019elle a beaucoup d\u2019aspirations, de sentiments, de besoins, de revendications, etc., elle ne peut pas, comme les autres classes sociales \u2014 celles-là plus privilégiées aux points de vue culturel et économique, \u2014 exprimer son sens national parce qu\u2019elle n\u2019en a pas le temps.Chez le travailleur, le 'primo vivere domine; l\u2019organisation de sa vie matérielle hante son esprit; le lancement, le maintien et le progrès de ses institutions sociales lui sont plus impérieux que toute autre chose.En ces dernières années, depuis la guerre 1939-45 surtout, de nombreux déplacements de populations se sont produits.Par exemple, la presque totalité des villages de la région de Québec, des comtés du bas du fleuve se sont dépeuplés de leurs jeunesses pour tenter de gagner leur vie dans des centres plus avantageux.Ces jeunesses se sont installées, soit dans les centres miniers du nord-ouest du Québec, soit dans le Saguenay, pays de la pulpe, du papier, de l\u2019aluminium, soit dans la Mauricie, royaume de la grande industrie, soit dans les villes du textile de Sherbrooke, de Drummondville, de Valleyfield, etc, soit surtout dans 40G l\u2019action nationale la Métropole, là où les attendaient de multiples industries embauchant des milliers d\u2019hommes.De plus, certains centres de la province, qui autrefois constituaient des milieux ruraux, sont en train de devenir urbains et ouvriers.St-Georges-de-Beauce est l\u2019un de ces cas typiques.Mais même avant 1939, un déplacement de populations se manifestait.Aujourd\u2019hui la province de Québec n\u2019est plus une province agricole et rurale.Elle est devenue industrielle, ouvrière, urbaine.Ces changements qui se sont opérés par le déplacement de la population et aussi par la transformation de certains milieux ruraux en milieux urbains, par l\u2019influence du métier, du milieu de l\u2019usine sur l\u2019homme font que le travailleur, actuellement, est presque laissé à lui-même pour s\u2019adapter aux conditions nouvelles.Isolé et perdu dans des milieux nouveaux qui sont loin de l\u2019aider à posséder la conviction qu\u2019il doit réaliser comme individu, comme groupe quelque chose de particulier sur ce continent, les cadres traditionnels pour le soutenir ayant moins d\u2019influence, le travailleur ne peut compter sur la compréhension de tous ceux qui jusqu\u2019ici ont été considérés comme les élites ou la classe dirigeante.Ce déplacement de population crée nécessairement un problème social.La classe ouvrière, encore très récente chez nous, n\u2019est pas installée, située.Dans le Québec, elle est campée, elle vit dans une sorte d\u2019équilibre instable.Sa situation ressemble quelque peu à celles de nos colons dans leurs premières années d\u2019établissement.Elle doit organiser sa vie, s\u2019adapter à son nouveau travail, à son nouveau milieu de vie, à de nouvelles conditions sociales, à de nouvelles mœurs, etc.Les préoccupations matérielles prennent l\u2019ouvrier totalement.Les mobiles immédiats le harcellent sans cesse.L\u2019orientation professionnelle, l\u2019embauchage, la sécurité de l\u2019emploi, les questions de salaire et du logement REPENSER LE NATIONALISME 407 voilà autant de problèmes qui le préoccupent au point qu\u2019il semble ignorer les autres problèmes d\u2019ordre intellectuel et national.Pour se protéger, pour mieux organiser et assurer sa vie, l\u2019ouvrier doit édifier des institutions sociales bien à lui: par exemple, syndicats, coopératives, etc.C\u2019est pour lui une question de vie.L\u2019ouvrier commence à prendre conscience de sa personnalité, de sa situation précaire au point de vue social.Ses idées, ses sentiments se précisent de plus en plus.Les idées nouvelles qui amélioreront sa situation matérielle, les groupements sociaux, politiques ou syndicaux dont le but sera de l\u2019intégrer dans l\u2019entreprise et dans la société le toucheront plus que n\u2019importe quoi.De toute façon, il faudra tenir compte de cette constatation élémentaire en psychologie ouvrière que le travailleur canadien-français, comme celui de n\u2019importe quelle nationalité, est déterminé plus que jamais dans ses actions par un mobile immédiat et matériel.Sur la question de salaire, l\u2019ouvrier canadien-français ne comprend pas pourquoi il doit recevoir un salaire inférieur à son compagnon qui travaille en Ontario.De plus, il n\u2019acceptera pas de le recevoir indéfiniment.D\u2019ailleurs par l\u2019intermédiaire de ses syndicats, il s\u2019est prévalu très souvent do l\u2019arrêté ministériel C.P.9384 dans le but de corriger les inégalités \u201c flagrantes \u201d par rapport à ses camarades de l\u2019Ontario pour un travail identique.En outre du salaire, il se posera d\u2019autres questions.Les journaux, la radio, la propagande des groupements ouvriers contribuent et contribueront à faire disparaître l\u2019isolement dans lequel il a vécu dans le passé et à ouvrir à des influences extérieures la petite communauté qu\u2019est la famille, l\u2019usine, le village.De plus en plus, les relations personnelles qui s\u2019établissent entre chefs d\u2019entreprises et travailleurs deviennent difficiles. 408 l\u2019action nationale D\u2019où importance de nouveaux cadres pour le protéger dans sa nouvelle vie d\u2019ouvrier.Autour du travailleur des cadres nouveaux se forment et tendent à l\u2019influencer, à le faire agir dans un sens plus social.Les cadres traditionnels de protection comme la famille, la paroisse, la vie fermée et isolée du village, l\u2019atteignent beaucoup moins qu\u2019autrefois.D\u2019autres cadres, d\u2019autres sphères d\u2019influence, prennent forme et cherchent à orienter l\u2019ouvrier canadien-français dans sa vie religieuse, sociale, économique.Nommons l\u2019action catholique spécialisée (J.O.C., L.O.C.) le syndicalisme et le coopératisme.Ces nouvelles sphères d\u2019influences veulent intégrer la classe ouvrière et leur prestige sur les travailleurs est plus grand que celui des cadres traditionnels parce qu\u2019elles s\u2019adaptent mieux aux réalités sociologiques actuelles.Avec le temps, ces sphères d\u2019influences créeront un nouveau type d\u2019homme dans le Québec, un ouvrier qui aura des institutions bien à lui, une orientation particulière.Une autre raison semble donner l\u2019impression que l\u2019ouvrier de chez nous paraît se désintéresser de la question nationale, c\u2019est son scepticisme ou encore une sorte de rancœur à l\u2019endroit de l\u2019élite.L\u2019ouvrier canadien-français est convaincu qu\u2019il a été souvent trompé, trahi par les hommes de la politique, par les intellectuels, par les professionnels, en un mot, comme il dit, par les \u201c collets blancs Sans vouloir généraliser, nous lui donnons raison.En ces dernières années, on a beaucoup noyé le national dans la politique qui consistait pour la plupart des politiciens à être un moyen de se caser ou de retirer des avantages matériels.Beaucoup trop de gens ont monnayé le patriotisme, le nationalisme à leur avantage.La sincérité, le souci de la parole donnée, la fidélité à ses principes, voilà autant de vertus, de qualités qui constituent beaucoup plus une excep- REPENSER LE NATIONALISME 400 tion que la règle générale.Il est résulté de ces abandons, de ces trahisons, un profond scepticisme, un manque de foi à l\u2019endroit de ceux qui préconisaient le nationalisme.Ce sentiment de rancœur cessera, nous en avons la conviction, lorsque notre élite s\u2019amendera en acquérant notamment le sens de la vérité, et surtout de la fidélité à ses principes.\u2022 L\u2019expérience prouve que c\u2019est autour des relations du travail qu\u2019aujourd\u2019hui les transformations qui atteignent plus profondément l\u2019âme des peuples se font sentir.Si c\u2019est sur ce terrain que le salut des âmes est en danger, comme l\u2019ont si judicieusement observé les Souverains Pontifes, il est aussi vrai d\u2019affirmer que l\u2019intégrité de l\u2019âme cann-dienne-française peut y être définitivement compromise.Jusqu\u2019à ces dernières années, nous l\u2019avons vu, l\u2019ensemble de notre population a vécu dans un milieu social dont les cadres historiques permettaient de conserver ses traditions et la tenaient éloignée de toute infiltration de l\u2019extérieur.La situation est aujourd\u2019hui bien changée.Il importe donc de préciser les exigences actuelles du nationalisme en fonction du social et de l\u2019économique.Notre nationalisme consiste et consistera toujours dans une prise de conscience individuelle et collective des valeurs de la culture française et doit amener logiquement les membres de la nationalité à défendre ces valeurs et à leur faire donner leur à plein rendement d\u2019humains dans tous les domaines Mais son mode d\u2019expression, ses moyens de réalisation doivent varier s\u2019adapter.Jusqu\u2019ici, les doctrinaires du nationalisme se sont appliqués à le définir surtout sous son aspect historique et juridique.Ils se sont attachés à promouvoir des réalisations dans le domaine culturel avec assez de succès tandis que 410 l\u2019action nationale dans le domaine politique, ils ont obtenu des échecs lamentables.Dans le domaine économique, ils ont singulièrement limité son champ d\u2019application à quelques secteurs, à certaines formes d\u2019activités.On s\u2019est occupé d\u2019une façon particulière de l\u2019agriculture et de la colonisation, \u2014 ce qu\u2019il faut encourager sans restriction.En certains milieux nationalistes, on n\u2019a cessé de répéter que la vocation du peuple canadien-français est une vocation agricole.On va même parfois jusqu\u2019à considérer comme irrémédiablement perdus pour la nation les travailleurs qui demeurent dans les villes et qui vivent de l\u2019industrie.On accepte, à regret, ce désastre, \u2014 on les abandonne à leur sort et on voudrait que toutes les forces nationales soient concentrées uniquement à b miter les dégâts.En dehors du syndicalisme d\u2019inspiration catholique qui est national \u2014 non pas au sens canadien-français, au moins dans ses constitutions, \u2014 et qui a toujours été soutenu, au moins verbalement par les nationalistes, on s\u2019est rarement préoccupé des travailleurs comme tels.Certaines entreprises ou certaines institutions qui ont été organisées avec une préoccupation nationale louable et qui ont été soutenues grâce à une exploitation du sentiment national se soucient peu souvent du sort des travailleurs qui y exercent leur activité et les tiennent dans des conditions qui leur font parfois regretter de ne pas être à l\u2019emploi de trusts ou de personnes de nationalité étrangère.L\u2019expérience des agents d\u2019affaires des syndicats démontre qu\u2019il est souvent plus difficile de faire accepter certains principes par un employeur canadien-français que par les représentants d\u2019entreprises étrangères.Le nationalisme dans son expression, et \u2014 pour plusieurs dans sa conception même, \u2014 a été plutôt bourgeois, conservateur, défensif et vague.Il était à la portée des intellectuels, des professionnels et d\u2019une classe de petits bour- EEPENSER LE NATIONALISME 411 geois.Il n\u2019a jamais atteint profondément les ouvriers.Tout ce que ceux-ci en connaissent, ils l\u2019ont appris à travers les déformations de la politique.La plupart des travailleurs ignorent totalement la pensée véritable des écoles nationalistes.Quand on s\u2019est occupé d\u2019eux, c\u2019était pour les inviter à conserver des traditions ancestrales, à être fiers d\u2019un passé très lointain, tandis que, eux, ils no se souviennent que trop d\u2019une situation qui leur était faite et dont ils craignent toujours le retour possible.Les discours des politiciens, des professionnels, des hommes d\u2019affaires qui glosent sur un tas de problèmes dont ils ignorent les éléments, qui vantent les avantages que les travailleurs ont de vivre dans la province de Québec, les bienfaits de l\u2019autonomie provinciale dans la législation du travail sans faire quoi que ce soit pour la rendre aussi efficace que celle des autres provinces sont si loin de la réalité et apparaissent tellement du verbiage que non seulement ils les laissent indifférents, mais ils contribuent à leur faire perdre entièrement confiance envers leurs auteurs et ceux dont ils disent s\u2019inspirer.Sans doute le nationalisme doit être tradionnaliste, mais dans le sens préconisé par le grand maître qu\u2019est le chanoine Lionel Grculx, un traditionnalisme vivant, qui sait s\u2019adapter, tenir compte de l\u2019évolution sociale et économique, qui sait s\u2019orienter vers l\u2019avenir, qui sait répondre en même temps à des besoins éterm ls et à des besoins immédiats.Le sort du nationalisme canadien-français ne doit pas être lié à celui d\u2019un capitalisme libéral qui n\u2019a jamais eu rien d\u2019humain et qui porte déjà des germes de mort.Le vrai nationalisme qui, sous peine do se nier lui-même, doit chercher réellement un épanouissement de la personne humaine, ne peut pas rester indifférent devant les réformes de structure qui s\u2019amènent pour permettre aux 412 l\u2019action nationale travailleurs d\u2019être mieux intégrés dans l\u2019entreprise, la profession et la nation.Pour atteindre les travailleurs, et jouer une influence sur lui, le nationalisme devra être audacieux, dynamique et compréhensif.11 devra fournir aux travailleurs un objectif bien précis, non seulement d\u2019ordre intellectuel, mais aussi d\u2019ordre matériel et immédiat.A cause de lu situation dans laquelle ils se trouvent, les travailleurs sont aujourd\u2019hui prêts à se laisser entraîner par toute sorte d\u2019idéologies.Les intellectuels, les chefs qui les dirigent ont une très grande responsabilité.Il est urgent que tous ceux qui exercent une influence quelconque dans ce qui touche les relations du travail se rendent compte de l\u2019imminence du danger que court actuellement le sens national chez une très grande partie de notre population et prennent effectivement les moyens de le conjurer.Il n\u2019est pas trop tard.Mais là encore, si on se contente de discours platoniques, de promesses d\u2019avenir, si on n\u2019entreprend pas une revision complète des méthodes d\u2019action et si on n\u2019envisage pas des solutions audacieuses, mais réalistes, pour améliorer le sort des travailleurs en leur donnant de nouveaux cadres protecteurs et les intégrant dans la nation, cette fois-ci, au lieu d\u2019une hémorragie nationale comme celle qui s\u2019est produite par l\u2019exode de° Canadiens français vers les États-Unis, nous nous verrons avec un cancer qui fatalement emportera le reste de vie nationale que nous avons encore.Gérard Dion et Joseph Pelchat Conclusions très provisoires Je viens de relire la douzaine de réponses que l\u2019Action Nationale a reçues à son enquête.Des idées neuves ont été lancées, les nationalistes ont pratiqué l\u2019autocritique avec énergie et clairvoyance, les solutions proposées diffèrent mais sont formulées dans un même esprit.Il me paraîtrait vain de résumer tout cela de façon détaillée.Ne vaut-il pas mieux chercher les lignes de convergence, et discuter amicalement les points principaux ?I Rares sont les correspondants qui ont nié notre assertion fondamentale.Presque tous, ils paraissent admettre que la crise du national, laquelle se fait sentir dans tous les milieux, se manifeste de façon plus aiguë dans le prolétariat des grandes villes.Ceux qui seraient portés à nier ce fait éprouvent néanmoins le besoin de l\u2019expliquer par les circonstances: et n\u2019est-ce pas l\u2019admettre d\u2019une certaine manière ?Sans doute il fallait nuancer l\u2019affirmation.C\u2019est ce qu\u2019ont fait ceux de nos collaborateurs qui connaissent le mieux le milieu ouvrier (en particulier les syndicats).Mais on reconnaît généralement que le problème posé est réel, qu\u2019il peut avoir sur les destinées de la nation 414 l\u2019action nationale les conséquences les plus redoutables.Faut-il ajouter qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019expliquer l\u2019échec politique de telle formation récente \u2014 problème particulier dont l\u2019intérêt demeure réduit \u2014 mais de rendre compte d\u2019une situation sociale autrement grave.II On a mis en cause la condition prolétarienne: ce qu\u2019elle a de dêpersonalisant, et des misères qui lui font cortège.On a examiné l\u2019attitude des nationalistes (de l\u2019élite, ont précisé quelques-uns), devant les problèmes sociaux de notre époque.Puis l\u2019on s\u2019est interrogé sur le peu de rayonnement du nationalisme en notre province, et l\u2019on a cherché les causes de ce manque de dynamisme.Des analyses intéressantes ont été tentées à partir de là \u2014 en particulier par le groupe d\u2019étudiants dont la réponse a paru en février.Mais il serait trop long de réexaminer ces schémas et de proposer le nôtre dès aujourd\u2019hui.III Qu\u2019est-ce qu\u2019un prolétaire?C\u2019est, d\u2019après Joseph Folliet, le travailleur réduit à la disposition de sa seule force physique de travail, sans réserve d\u2019aucune sorte: sa marque essentielle serait donc l\u2019insécurité.Mais c\u2019est en même temps le travailleur campé aux portes de la société industrielle, privé de ses outils, et réduit à des tâches d\u2019où sa personnalité est absente: on ne lui demande guère d\u2019initiative, on lui laisse un minimum de responsabilités. CONCLUSIONS TRÈS PROVISOIRES 415 Ces deux facteurs sont présents dans la vie réelle.Ils se répercutent l\u2019un sur l\u2019autre: l\u2019homme qu\u2019on a vidé du sens de ses responsabilités sociales, n\u2019aura pas le goût, en eut-il les moyens, d\u2019accumuler des réserves; et l\u2019insécurité permanente fait les irresponsables.Mais alors la vie du prolétaire-type étant ce qu\u2019elle est, il ne saurait reconnaître, aimer, défendre les valeurs que nous appelons nationales et qui sont au premier chef des valeurs de culture \u2014 des valeurs supramatérielles.Ou il ne saurait les reconnaître que par un effort quasi-héroïque dont, par définition, les groupes sont incapables.L\u2019homme qui vit plongé dans la misère, nous dit-on, ne peut dominer ses problèmes immédiats, ni dépasser sa quête quotidienne de pain et d\u2019abri: toutes les formes de culture lui apparaîtraient comme un luxe sans intérêt, il ne saurait manifester pour elles qu\u2019in-différence, souverain dédain, ignorance.Sa misère matérielle serait en somme assez peu de chose au regard de sa misère spirituelle.Si cette analyse est exacte, la résistance passive du prolétaire au « national » apparaîtrait comme un exemple de l\u2019impossibilité dans laquelle la société industrielle et capitaliste plonge ses victimes (c\u2019est-à-dire tout le monde, mais particulièrement ses automates) d\u2019accéder aux valeurs spirituelles.Et même ceux qui font bon marché du national ouvrent les yeux devant cette conclusion.Nous savons toute la distance qui sépare le national du religieux, nous savons qu\u2019en allant de l\u2019un à l\u2019autre nous changeons d\u2019ordre, il ne s\u2019agit pas de rééditer des confusions dangereuses.Mais nous savons également que reconnaître des valeurs communes de culture, exige un dépassement l\u2019action nationale 41f> de soi et des choses purement matérielles; c\u2019est, d\u2019une certaine manière, accéder à l\u2019esprit.Nous nous trouvons donc en face du plus formidable acte d\u2019accusation qui se puisse formuler contre la société industrielle et capitaliste, axée sur le profit, sur le rendementmaximum, les grandeurs économiques.Cette société enferme l\u2019homme dans les plus basses des choses de la terre, le rend incapable d\u2019en sortir: à sa façon, elle est matérialiste autant que le marxisme.Elle frappe indistinctement toutes les classes, mais ses victimes sont nécessairement plus nombreuses dans la classe née de ses œuvres.Le philosophe Nicolas Berdiaeff discutait un jour devant moi avec des marxistes.Nous voulons, disaient ceux-ci, assouvir les faims matérielles pour que les mirages spirituels perdent leur prestige.Moi aussi, répliquait Berdiaeff, je veux lutter contre la misère et l\u2019insécurité; mais c\u2019est pour que l\u2019homme, libéré des nécessités les plus immédiates, connaisse de nouveau la soif spirituelle.IV S\u2019agit-il principalement et d\u2019abord de la misère?je ne le crois pas.Dans la mesure où l\u2019on peut distinguer les agents, c\u2019est l\u2019insécurité et la « mécanisation » des individus qui paraissent les plus désastreux.Il y eut, il existe encore des sociétés plus pauvres, matériellement, que la nôtre.Songez par exemple au monde médiéval, à la civilisation hindoue: les biens matériels y sont moins nombreux que dans notre univers occidental.Et cependant, Ja vie spirituelle y demeure bien plus abondante.\u2014 A l\u2019inverse, l\u2019ac- CONCLUSIONS TRÈS PROVISOIRES 417 croissement des richesses moyennes, des niveaux de vie individuels et familiaux, ne favorise pas nécessairement la vie de l\u2019âme et de l\u2019esprit.Le peuple qui connaît en ce moment l\u2019aisance la plus grande et la mieux répandue, est en même temps celui où le matérialisme est vécu le plus naïvement.L\u2019atmosphère lourde où nous vivons ne date-t-elle pas du jour où s\u2019est produit l\u2019avènement de la bourgeoisie d\u2019affaire?Plusieurs socialismes et plusieurs syndicalismes n\u2019ont-ils pas simplement suivi leur adversaire capitaliste sur son terrain?Le problème ne consiste-t-il pas,- pour beaucoup d\u2019entre eux, à fournir aux ouvriers des autos, des frigidaires et des chesterfields \u2014 c\u2019est-à-dire à transférer chez l\u2019ouvrier la mentalité petite-bourgeoise (de Man), à faire « de sales bourgeois avec les ouvriers » (Péguy) ?C\u2019est-à-dire que le spirituel a son ordre propre, sa valeur propre.On ne rebâtira pas la famille uniquement avec des allocations ou des maisons « familiales ».Il en sera de même pour la nation: des ouvriers moins pauvres ne seront pas pour autant des ouvriers nationalistes.Vérité évidente, me répliquera-t-on, et qu\u2019il n\u2019était pas nécessaire de rappeler; mais n\u2019est-il pas dangereux de l\u2019oublier en cours de route?\u2014 Vérité dangereuse, me dira-t-on ailleurs, parce qu\u2019elle peut prêter aux exploitations pharisaïques (c\u2019est vrai).Mais il faut la formuler quand même.Le national ne refleurirait pas, en vertu de je ne sais quel automatisme, simplement parce que la vie serait devenue moins dure. 418 l\u2019action nationale V La cause la plus générale de la « dénationalisation » c\u2019est donc la société même dans laquelle nous vivons.Mais alors nous retrouvons là un problème qui déborde notablement l\u2019objet de notre enquête, et qui se pose avec encore plus de gravité sur le terrain religieux.La seule conclusion logique, c\u2019est de changer cette société, de la rendre plus humanisante: nous débouchons ainsi sur les idées familières de syndicalisme et de coopératisme, sur la nécessité de donner toute sa place au travail dans l\u2019organisation de l\u2019entreprise, et sur des débats que nous ne rouvrirons pas aujourd\u2019hui en marge de la sécurité sociale et de l\u2019intervention étatique.Mais nous découvrons en même temps autre chose.Le national a une valeur propre.Il faut l\u2019étudier en lui-même et non pas seulement dans ses relations avec la société où nous vivons.On doit également l\u2019examiner dans son contexte canadien.VI Nos correspondants ont presque tous porté sur le nationalisme canadien-français un jugement sévère.On l\u2019accuse en particulier de n\u2019avoir pas accordé suffisamment d\u2019attention à la question sociale, d\u2019avoir gardé des attitudes très bourgeoises.Cette critique, à mon avis, porte juste dans une large mesure, mais je me demande si l\u2019on ne s\u2019engage pas quelquefois dans une équivoque.En soi, le nationalisme n\u2019est pas une réponse totale à tous les problèmes terrestres.Il reconnaît une valeur, CONCLUSIONS TRÈS PROVISOIRES 419 qu\u2019il sent menacée, et qu\u2019il entend défendre et promouvoir.Mais il ne fournit pas de solution à toutes les questions, même humaines, que nous nous posons, et il ne saurait le faire.Jean-Marc Léger a noté dans Notre Temps que le nationalisme est né à gauche.C\u2019est un fait: comme facteur politique, le nationalisme a pris conscience de lui-même avec la révolution française; cela se passait au temps où la bourgeoisie elle-même se situait à gauche.Mais après les échecs révolutionnaires de 1848, la bourgeoisie est devenue conservatrice.Et le nationalisme a longtemps été associé avec la droite.Il est redevenu populaire avec les mouvements contemporains.Ces allées et venues n\u2019indiquent-clles pas qu\u2019en soi il n\u2019est, ni d\u2019un côté ni de l\u2019autre, mais susceptible de s\u2019inscrire dans des synthèses bien différentes ?Aujourd\u2019hui la plupart des nationalismes sont guerriers et militaristes; mais il y a un nationalisme pacifiste: Gandhi.Il existe des nationalistes socialistes, d\u2019autres qui croient sincèrement au capitalisme libéral, d\u2019autres qui se rattachent aux corporations.Par exemple, on ne saurait par conséquent fonder exclusivement sur lui un parti politique: de graves divergences risqueraient d\u2019éclater en face des problèmes économiques et sociaux, parmi des hommes qui ont par ailleurs une même conception des devoirs envers la nation.On ne saurait exiger non plus qu\u2019en son nom il faille adhérer à une doctrine monétaire: les deux questions se situent sur des plans différents.Cette diversité peut paraître scandaleuse: elle n\u2019en est pas moins fatale.Le nationalisme n\u2019implique pas 420 l\u2019action nationale nécessairement telle attitude en face du capital, telle autre en face de l\u2019État ou du coopératisme.De sorte que, dans un milieu donné, le nationalisme prendra l\u2019allure de ceux qui l\u2019incarnent: bourgeois avec les bourgeois, intellectuels avec les intellectuels.Ni le bourgeois ni l\u2019intellectuel ne cessent d\u2019être eux-mêmes parce qu\u2019ils sont nationalistes; et un nationaliste qui ne réagit pas comme moi devant le problème ouvrier n\u2019est pas moins nationaliste.Je puis estimer qu\u2019il se trompe gravement, qu\u2019il lie une idée vivante et dynamique à des formes périmées, et qu\u2019ainsi il leur fera beaucoup de mal: je ne saurais nier son caractère de nationaliste par cela seulement.VII Est-ce qu\u2019en fait, le nationalisme canadien-fran-çais a négligé le domaine économique et social ?Beaucoup moins que les autres groupes.D\u2019où sont venues depuis cinquante ans ( pour ne pas remonter à Mercier et à Papineau) les principales suggestions de réformes sociales, sinon des milieux nationalistes?Ceux qui ont consenti un effort de réflexion ou d\u2019action dans ce secteur, étaient trois fois sur quatre des nationalistes.Politiquement, ils étaient à l\u2019avant-garde: la réaction anticapitaliste s\u2019est incarnée dans Henri Bourassa, dans Paul Gouin, dans Philippe Hamel; le mouvement coopératiste a trouvé dans leurs rangs plusieurs de ses théoriciens et de ses hommes d\u2019action; le mouvement corporatiste aussi.Il faut résister d\u2019ailleurs à la tentation de baptiser
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