L'action nationale, 1 février 1951, Février
[" nationa Jean-Marc Léger C\u2019est l\u2019heure d\u2019affirmer la fraternité française Antoine Rivard Pour servir la cause canadienne-française Victor Soucisse L\u2019histoire mise à l\u2019index Paul Sauriol En attendant le recensement LES \u201cCHEVALIERS DE COLOMB\u2019\u2019 DANS LA RESERVE QUEBECOISE par Pierre Vigeant ACTION LE MOIS: Heurs et malheurs d\u2019un prix Pas mort, Tit-Coq! Ce contingent très spécial Plus royalistes que le Roi.L\u2019armée canadienne et la langue française VOL.XXXVII No 2 FÉVRIER 1951 MONTRÉAL 1 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE O Directeur: André LAURENDEAU \u2022 L\u2019Action Nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.Anatole Vanier, président ; J.-Alphonse Lapointe, secrétaire ; Dominique Beaudin, trésorier ; M.le chanoine Lionel Groulx ; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Mgr Olivier Maurault, P.S.S.; Mgr Albert Tessier ; Arthur Laurendeau, René Chaloult, André Laurendeau, François-Albert Angers, Gérard Filion, Léopold Richer, L.-Atha-nase Fréchette, Jean Drapeau, Guy Frégault, Jacques Perrault, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J., Wheeler Dupont, André Dagenais, Paul-Emile Gingras, Jean-Marc Léger, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Legault.DIRECTION ET ADMINISTRATION 422 est, rue Notre-Dame, Montréal (1), P.Q.Téléphone : MArquette 2837 L'abonnement est de $3.00 par année L'abonnement de soutien : $5.00 LES AMIS DE LA REVUE AUBE, Philippe AVOCAT 152 est, Notre-Dame \u2022\tHA 5*77\tGAUTHIER, Gérard, O.D.Optométriste 2104 est.Mont-Royal, Montréal \u2022\tHO 6744 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT 152 est, Notre-Dame \u2022\tHA 725 5\tPAQUIN, Philias PHARMACIEN Angle Boul.Rosemont et Chabot \u2022\tCR 235* DENIS, Arcadiu* AVOCAT 44-B, Nord, rue Welliugtom, #\tTel.1994\tSherbrooke, P.Q.\tSARRAZIN, Arthur PHARMACIEN Sarrasin-Choquette, \u2022\tMontréal DORAIS, Jean-Loui* AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tHA 1356\tCHARBONNEAU, Hélène Officier d\u2019Académie.Autour d\u2019une biographie sur Emma Lajeunesse \u2022\t6417, Delorimier \u2014 CA 4637 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.812, Edifice des Tramways, 159 ouest, rue Craig, Mtl.\u2022\tHA 3797\tMORIN, Louis-Philippe, C.A.Comptable Agréé 97, rue St-Rocb, Québec \u2022\tTél.2-6*71 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jacques \u2022\tHA 2*41\tCARON, Marcel Assurances générales 5117, Boul.Rosemont, Mtl.*>\tTU 3275 FRÉCHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 ouest, Craig \u2022\tLA 9607\tLANGEVIN, J.-H.Courtier en Assurances 9)7 Hartland, Montréal \u2022\tAT 4810 \u2014 Bur.i HA 7223 MELOCHE, René NOTAIRE 1)00, rue Gilford, Mtl.\u2022\tAM 6679\tLAROCHE, Willie, C.C.S.477, St-Franfois-Xavier, ch.310 \u2022 Bur.: HA 0422-Rés.: HA 1064 POULIN, J.-Aimé & Albert ARCHITECTES 71, Prospect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTEL.1391\tMORIN, Rosaire Assureur-Vie 152 est, Notre-Dame, Mtl.\u2022\tMA 5539 LAPORTE, René MEDECIN 947, ris# Charrier \u2022\tMontréal, P.Q.\tPERREAULT, Robert La Sauvegarde, Assurance-Vie 7950, rue Lafontaine, Mtl.\u2022\tHA 7221 I FOURNIER, Albert Procureur de breveta d'invention 9)4 est, St «-Catherine \u2022\tHA 4548\tSalaison MAISONNEUVE BACON marqua \u201cMORIN\" 14)0, De Latalle O\tCL 4086-7 DUFOUR, W.-A.INDUSTRIEL 6428, rue Delorimier, Mtl.\u2022\tTA 6493\tSANSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 3995, Hocbelaga \u2022\tCL 2839 DESCHÊNES & Fil» Ltée Matériaux de plomberie et chauf.1203 est, Notre-Dame \u2022\tFR 3176-7\tAUG.BRUNETTE.Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville \u2022\tPL 1946 LACOMBE, Alban, professeur L\u2019ECHO MUSICAL Disques, musique et instruments #\t1828, bout.Rosemont, CA 5000\tDEL RIO Chaussures Enrg.M.Roger CAISSE 18)6 est, Mont-Royal, Mtl.AM 8626 LATENDRESSE & Fils Enrg FERRONNERIE Machinerie Delta 12087 est, N.-Dame, Pte-aux-Tr.\u2022\tCL 6731,\tLocal 404\tDUST-O-DUST Poudre à balayer 7028, De Laroche, Mtl.\u2022\tRolland Trépanier \u2014 CA 9071 J.-E.PIETTE & FRÈRE Importateurs de thé, café, olives ; et manufacturiers de cigares.\u2022\t4)55-61, Drolet, Mtl., HA 6718\tLATULIPPE N.Cravates, écharpes at robes de chambra 4630, rue Iberville, Mtl FA 3533 L\u2019Action Nationale vous offre un grand choix de livres et notamment toutes les éditions les plus récentes.\t \t \u2022 Merci aux AMIS DE LA REVUE qui nous aident autrement que par de bonne paroles.Merci à tous ceux qui, d\u2019année en année, payent l\u2019abonnement de soutien de $5.00.Leur appui permet à L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019appliquer une vieille devise française : \u201cNous maintiendrons\u201d.L\u2019administration \u2022\t Il QUI EPARGNE GAGNE Ce qui compte, ce n\u2019est pas ce que l'on gagne, c\u2019est ce que l'on épargne.Le plus pauvre n'est pas celui qui gagne le moins, c\u2019est celui qui dépense tout ce qu'il gagne.Des petits dépôts qui se succèdent et s\u2019accumulent constituent une somme importante.Mettez de côté régulièrement une partie de votre salaire ou de vos revenus.Vous en prendrez l\u2019habitude en ouvrant un compte d'épargne à la Banque Canadienne Nationale Actif, plus de $400,000,000 540 bureaux au Canada 60 succursales à Montréal Hommages aux collaborateurs de l'ACTION NATIONALE J.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE FA.1167\t3605, ONTARIO est, Montréal in Serait \"Il y a de la joie à servir\u201d Paul GUERTIN, Surintendant LANGAGE DE CHIFFRES (31 décembre 1949) Primes\t$ 1,421,043 Réserve\t3,098,115 Actif \t\t3,829,524 Assurances en vigueur\t59,185,114 ¦\t LA LAURENTIENNE\t Compagnie d'Assurance\tsur la Via IV V Les Confitures VILLA jÇe Choix det Çourmetà CONSERVERIE DORION LIMITÉE 1430, rue Everett\tMontréal v « DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 Montréal Magasin à rayons : 865 est, rue Ste-Catherine, Comptoir Postal : 780, rue Brewster, Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.VI C\u2019est l\u2019heure d\u2019affirmer la fraternité française Nous assistons ces années-ci, et surtout depuis quelques mois, à la manifestation de deux phénomènes qui soulignent la nécessité d\u2019une réaffirmation de la communauté spirituelle entre les divers groupes français au monde.D\u2019une part, en effet, dans un monde qui ne se pense plus qu\u2019en termes de \u201cblocs\u201d \u2014 pour notre commun malheur \u2014 il est assez naturel que les divers groupes français éprouvent le besoin de multiplier leurs relations, de se rassembler, d\u2019édifier, au-delà des grands ensembles politico-militaires, une communauté spirituelle véritable.Construction bien fragile et assez risible au regard des stratèges, mais qui a au moins le mérite d\u2019offrir à l\u2019humanité d\u2019autres thèmes que ceux de \u201csécurité collective\u201d, \u201cguerre préventive\u201d, \u201cconflit atomique\u201d etc.D\u2019où ces nombreux organismes et mouvements, divers par les noms, différents souvent par les objectifs immédiats, mais au fond tous animés d\u2019une même préoccupation essentielle: la redécouverte des chemins qui mènent à la fraternité française, des moyens réalistes et féconds de traduire celle-ci.\u201cQuêbec-Wallonnie\u201d, \u201cNormandie-Canada\u201d, 88 l\u2019action nationale \u201cPays de Loire-Canada\", \u201cJeunes France-Canada\u201d \u201cAccueil franco-canadien de Paris\u201d, la fondation, l\u2019an dernier, d\u2019une fédération des mouvements de rapprochement franco-canadien (dans l\u2019ensemble France-Canada), la fondation, il y a quelques semaines, de \u201cVAssociation Internationale pour la Culture française à Vétranger\u201d, autant de gestes qui démontrent qu\u2019en France, en Belgique, au Canada français, dans les autres pays où se trouvent des communautés françaises, le besoin d\u2019un rapprochement, mieux d\u2019un rassemblement, est vivement ressenti.Le deuxième phénomène auquel, plus haut, je faisais allusion, consiste dans le courant d\u2019immigration française qui commence à se faire sentir au Canada.Nous avons bien longtemps déploré l\u2019absence de tout élément français parmi les immigrants qui venaient en notre pays, dénoncé cet état de choses: voici maintenant qu\u2019ils commencent à arriver et qu\u2019ils seront vraisemblablement de plus en plus nombreux.Or, rien n\u2019assure que nous soyons vraiment prêts à les recevoir.L\u2019attitude des Canadiens français, et particulièrement de certains éléments nationalistes canadiens-français, à l\u2019endroit des Français a toujours eu quelque chose d\u2019assez complexe, voire de paradoxal.Disons-le tout net: alors que, surtout de ces milieux-là, on eût attendu une attitude exactement contraire, ils donnaient, ils donnent malheureusement parfois encore dans la francophobie.Il serait à la fois très triste mais fort intéressant d\u2019entreprendre une étude approfondie des raisons du comportement de ces milieux à l\u2019endroit des Français.Mais ce n\u2019est pas là notre propos.Rappelons simplement que chez ceux des c\u2019bst l\u2019hbdre d\u2019affirmer.89 nôtres qui sont réellement francophobes \u2014 le petit nombre fort heureusement \u2014 deux facteurs surtout paraissent avoir joué: la conviction que \u201cla vraie France\u201d ne pouvait être que de droite, et donc le rejet de la France d\u2019après 1789 et surtout d\u2019après 1871, et le refus de tous ceux qui la représentaient à un titre ou à l\u2019autre; ensuite, la conscience d\u2019une certaine infériorité intellectuelle devant plusieurs Français et le refus d\u2019admettre cette infériorité, refus traduit par un raidissement à l\u2019endroit de ces \u201cmaudits Français\u2019\u2019, dont l\u2019on moquait même le mode d\u2019expression et à qui l\u2019on reprochait de n\u2019être que de bas flagorneurs quand ils avaient émis a notre endroit uniquement des éloges, d\u2019être dépourvus de \u201csavoir-vivre\u2019\u2019 quand d\u2019aventure ils se hasardaient à manifester leur esprit critique.A côté de ces deux facteurs, il faut aussi déplorer cette habitude que l\u2019on a chez-nous, et pas seulement dans les milieux dits populaires, de ridiculiser les gens qui s\u2019efforcent de parler une langue élégante, et, a fortiori, les Français.Durant un séjour d\u2019une année en France, il m'est arrivé à plusieurs reprises d\u2019être en compagnie de camarades canadiens-français chez qui la langue n\u2019était pas le premier souci, loin de là: Jamais, cependant, je n\u2019ai saisi chez les interlocuteurs français la moindre moquerie; un peu d\u2019étonnement parfois tout au plus.Il faut malheureusement convenir qu\u2019il n\u2019en va pas de même chez-nous.On me citait récemment le cas d\u2019une fillette en butte à toutes sortes de moqueries et d\u2019ennuis de la part de ses compagnes d\u2019école, simplement parce que, Française, elle ne parlait pas le jargon qu\u2019est trop souvent le langage de nos écoliers. 80 l\u2019action nationale Là cependant n\u2019est pas surtout ce que je voulais dire mais bien plutôt ceci.Il me parait essentiel d\u2019intégrer au nationalisme canadien-français cette notion de la plus grande France ou, si l\u2019on veut, de la communauté spirituelle française.Car, au-delà de la conjoncture propre à chacun des groupes français, au-delà des conditions particulières selon lesquelles se poursuit le destin de chacun d\u2019eux, il subsiste, patrimoine commun à tous, source à la fois de fierté et d\u2019inquiétudes communes, de communs droits et devoirs, le fait de la civilisation française et de tout ce qu\u2019elle implique, le fait de la présence française au monde.Et sur ce plan, il importe de nous le rappeler, nous ne sommes plus seulement quatre millions de Canadiens français isolés dans une masse anglo-saxonne mais nous faisons partie d\u2019un vaste ensemble de plus de 60 millions d\u2019hommes, tributaires de la pensée et de la langue française (et si nous ajoutons les populations des territoires sous influence ou sous domination française, c\u2019est plus de 120 millions d\u2019êtres humains que représente cette communauté).Dans cette perspective, la lutte \u2014 car si jamais il y eut lutte, c\u2019est bien ici que le terme s\u2019applique \u2014 que nous poursuivons depuis bientôt deux siècles retrouve tout son sens: non plus seulement effort d\u2019un petit groupe pour affirmer ses caractères distinctifs, ce qui déjà serait admirable, mais inébranlable résolution de quatre millions d\u2019hommes conscients de la valeur de la civilisation à laquelle ils communient, à maintenir sur ce continent une présence française vraiment rayonnante, pleinement vivante, à la faire s\u2019épanouir dans leur intérêt o\u2019bst l\u2019hbubbs d\u2019affirmer.91 propre, certes, mais également dans celui des groupes ethniques qui les entourent.Il nous faut donc en quelque sorte repenser notre propre lutte nationale dans un cadre plus vaste, sur ce que j\u2019appellerais le plan français international.La moindre victoire ici remportée sert la cause française, la cause de tous les Français au monde, comme la sert la lutte menée de même façon par les Wallons ou par tout autre groupe f rançais.Pour nous Canadiens français, il importe particulièrement que nous ressentions notre appartenance à une vaste communauté française et que nous nous rendions pleinement compte de ce fait que Vaugmentation du prestige français dans le monde, sur quelque plan que ce soit, sert notre propre cause comme la compromet le moindre recul de ce même prestige.L\u2019heure n\u2019est plus aux disdissensions de clocher.Chaque groupe, chaque État français est libre de décider de son orientation propre, quitte pour chacun de nous à approuver ou à regretter intérieurement tel ou tel comportement.Mais devant l\u2019urgence de la situation actuelle, ce qui compte infiniment plus que ces querelles, quelque justifiées qu\u2019elles puissent apparaître, c\u2019est l\u2019impérieuse nécessité de réaffirmer la communauté de tous les peuples français, de redonner son sens plein, sur le plan culturel, et d\u2019une façon plus générale, sur le plan spirituel, à la notion de la plus grande France, c\u2019est-à-dire au rassemblement de tous les groupes français par le monde autour de la mère-patrie française.Et pourquoi ne pas envisager la constitution éventuelle d\u2019une sorte d\u2019assemblée internationale permanente où se retrouveraient des représentants dûment mandatés de tous les groupes 92 l\u2019action national» français, ayant pour mission do coordonner les innombrables efforts poursuivis un peu partout au service de la présence française, du fait français dans son sens le plus large et le plus élevé ?Peut-être, la récente fondation à Paris de VAssociation internationale pour le rayonnement de la culture française à l\u2019étranger, sera-t-elle le premier pas dans cette voie.Ici, en tout cas, et dans l\u2019immédiat, nous avons le devoir de faire en sorte que tous les immigrants français trouvent au Canada une terre vraiment fraternelle.C\u2019est pour une part dans ce but qu\u2019était constitué récemment \u201cVAccueil franco-Canadien\u201d: ce jeune organisme entend être une vaste association de l\u2019amitié française et invite à se joindre à lui tous ceux que préoccupe la cause du rapprochement des divers groupes français.Une permanence sera ouverte sous peu.D\u2019ores et déjà, l\u2019on peut obtenir tous renseignements en écrivant à l\u2019adresse plus bas indiquée1.Le service du Canada français et celui de la grandeur française, de la plus grande France, constituent une même et indivisible cause.Jean-Marc Léger 1.\u201cL\u2019Accueil franco-canadien,\" 275, est, rue Sherbrooke, app.4.Montréal. Directives générales1 Pour servir la cause canadienne-française En m\u2019invitant à prendre la parole devant vous, votre distingué président m\u2019a fait beaucoup d\u2019honneur.En m\u2019indiquant que le sujet de cet entretien serait \u201cDirectives nationales\u201d, il m\u2019a supposé beaucoup de présomption.Je voudrais cependant vous rassurer, en vous affirmant que je sais parfaitement que je ne possède pas l'autorité, ni l\u2019expérience, ni surtout l\u2019audace de vouloir tenter de donner des directives aux patriotes qui me font ce soir l\u2019honneur de m\u2019écouter.Personne ici ne serait disposé à accepter de moi des directives et je n\u2019ai aucune intention de vous en donner.Nous voilà donc sur ce point du moins parfaitement rassurés.Votre président a cependant voulu alléger le fardeau trop lourd que comportait le titre du sujet qu\u2019il me demandait de traiter en indiquant que les propos que je devais tenir s\u2019intitulaient \u201cDirectives générales\u201d.L\u2019imprécision de ce cadre suggère aisé- 1.Conférence prononcée le 29 janvier 1951, à la Section Du-vemay de la Société Saint-Jean-Baptisto de Montréal, sous la présidence du docteur Paul Letondal, à l\u2019occasion de l\u2019inauguration d\u2019une série de quatre dtners-causeries, dont le thème est \"directives nationales\u2019\u2019. 94 l\u2019action NATIONAL*! ment une allocution vague, sonore et vaine.Je vais tenter de vous éviter cet ennui et cette perte de temps.Je voudrais faire avec vous une sorte d\u2019examen de conscience collectif qui nous permettrait de mieux préciser les services que nous pouvons rendre efficacement à la cause canadienne-française.Notre situation comme entité ethnique soulève des problèmes sur lesquels il est parfois utile de s\u2019arrêter.Les aspirations nationales que nous entretenons sont souvent menacées par des dangers qui commandent la réflexion.La part que chacun de nous doit prendre dans la vie nationale exige que nous examinions à la lumière de l\u2019intérêt commun la qualité de notre contribution.Pour que le groupe canadien-français demeure fidèle à sa mission providentielle, il y a des vertus que nous devons garder, des défauts que l\u2019ambiance où nous vivons nous a fait contracter et dont nous devons nous débarrasser, des qualités nouvelles que les conditions de vie actuelle rendent nécessaires et que nous devons acquérir.C\u2019est un peu de cela que je voudrais vous parler ce soir, sans avoir la ridicule prétention de vous présenter un tableau même incomplet de nos devoirs nationaux.Nous sommes un peuple d\u2019Amérique et, que nous le voulions ou non, nous demeurons profondément marqués par la civilisation un peu improvisée du continent où la Providence nous a placés.On a déjà écrit quelque part que notre première culture POUR SERVIR LA CAUSE CANADIENNE-FRANÇAISE 05 était celle de la terre.Le Canadien français qui irait en France dans l\u2019intention de s\u2019y faire passer pour un Français authentique aurait de la difficulté à se libérer des caractéristiques américaines qui ont imprimé à sa manière de vivre, de voir et de penser des marques décisives.L\u2019Européen grandit dans les milieux que le passé a enrichis.Nous nous agitons sur un continent dont l\u2019actif est surtout dans l\u2019avenir.Aussi, les quelques rares Canadiens français qui ont eu cet espoir vain de se déraciner complètement, nous reviennent-ils désaxés et désabusés.Il est peu de gens qui m\u2019attristent autant que ces quelques artistes, écrivains ou pseudo-dilettantes, qui après quelques années, ou parfois quelques mois, vécus en France, reviennent dans notre province comme des exilés.Si le bon Dieu avait voulu qu\u2019ils soient à leur place sur la \u201crive gauche\u201d, il ne les aurait pas fait naître à St-André de l\u2019Épouvante, ni même au faubourg Québec.S\u2019il faut déplorer la fatuité et la sottise de ces êtres sans patrie, il faut tout de même souligner qu\u2019ils ne constituent qu\u2019une faible minorité et que la presque totalité de nos professeurs, de nos écrivains, de nos artistes et de nos intellectuels nous reviennent de France enrichis de connaissance, d\u2019expérience et de culture qu\u2019ils savent transposer au diapason de nos voix canadiennes.C\u2019est donc à la lumière de conditions de vie américaines qu\u2019il nous faut considérer les devoirs que nous avons envers la communauté canadienne-française. 96 l\u2019action nationale Notre situation comme groupe ethnique s\u2019est bien modifiée depuis cinquante ans.Nous nous sommes multipliés et les cadres de la Province de Québec ne suffisent plus à nous contenir.Notre économie s\u2019est améliorée et nous perdons de plus en plus ce complexe d\u2019infériorité que notre pauvreté nous suggérait.Nous sommes en train de devenir dans Québec un État économiquement puissant, aux possibilités quasi illimitées.Les premiers soucis qui ont accablé nos pères semblent disparus.Nous n\u2019en restons pas moins sur ce continent une très modeste minorité.Le danger de l\u2019assimilation demeure.Ce n\u2019est plus seulement de l\u2019extérieur que vient la menace; c\u2019est en nous-mêmes qu\u2019elle se trouve.Tant que nous avons été pauvres, sans ressources appréciables, sans moyens puissants d\u2019action, nous avons fait bloc.Aujourd\u2019hui que notre force naissante nous rassure et nous vaut le respect apparent des autres, nous avons l\u2019ambition légitime de concurrencer sur les terrains nouveaux de l\u2019industrie, de la finance et du commerce, nos compatriotes de langue anglaise, nos amis de la république voisine.Pour percer, pour réussir, plusieurs s\u2019imaginent que la langue qu\u2019ils parlent, le caractère français qui les marque et les traditions qui leur restent des anciens constituent un obstacle à leur réussite.En 1760, on offrait en vain des octrois et des pri-lèges aux pauvres colons qui étaient restés sur les bords du St-Laurent s\u2019ils voulaient abdiquer et tout abandonner.En 1951, il y a des Canadiens français qui semblent disposés à tout abandonner pour arriver plus aisément au succès et à la fortune. POTTB SERVIR LA CAUSE CANADIENNE-FRANÇAISE 97 Le combat a changé de terrain mais il n\u2019a pas changé d\u2019âme.C\u2019est à l\u2019américaine qu\u2019il faut lutter mais le devoir est le même; rester ce que nous sommes ou redevenir ce que nous étions.Il y a au fonds de l\u2019âme française apportée sur ce continent il y a trois cents ans des vertus anciennes qui ont profondément marqué la vie de nos pères et qui sont une garantie nécessaire de notre survivance.Parmi ces vertus anciennes, je voudrais mentionner d\u2019abord l\u2019attachement au sol qui se prolonge parfois dans ce que j\u2019appellerais l\u2019instinct de la propriété.Nous étions hier un peuple agricole, un peuple d\u2019habitants.L\u2019industrie et les agglomérations qu'elle concentre dans les villes, la désertion des campagnes, activées par deux guerres qui dans une même génération ont déraciné des milliers de jeunes cultivateurs, tout cela a placé en minorité notre population rurale.Il n\u2019en reste pas moins vrai que l\u2019homme de la campagne, le remueur de terre, est encore parmi nous celui qui perpétue le plus sûrement et le plus intégralement le type canadien-français.Le droit de propriété est encore, même dans nos villages, nos cités et nos villes, l\u2019ambition instinctive de ceux qui ont gardé de leurs origines rurales, cet amour de la possession terrienne.La propriété immobilière assure à son détenteur des garanties normales de sécurité, d\u2019indépendance, de liberté et de permanence qui sont bien les caractéristiques d\u2019un citoyen utile, fort et progressif.Il n\u2019entre pas dans le cadre des remarques que je veux vous faire de proclamer la nécessité du retour 98 L ACTION NATIONALE à la terre.Il faudrait cependant bien nous convaincre que c\u2019est dans nos campagnes, toujours, que nous trouvons la garantie la plus sûre, la plus sereine de notre survivance et c\u2019est également dans ce prolongement de l\u2019amour du sol qu\u2019est l\u2019attachement au droit de propriété immobilière qu\u2019on trouvera même dans les villes cette caractéristique importante de notre groupe ethnique.Aussi la multiplication de la petite propriété, par opposition aux organisations géantes qui contrôlent parfois des sections entières d\u2019une ville, demeure une politique bienfaisante, destinée à favoriser l\u2019expansion de notre vie nationale.Du jour où un homme devient le maître de quelques pieds de terre, il devient en quelque sorte intégré à la patrie dans ce qu\u2019elle a de plus sacré, le sol.C\u2019est ordinairement dans les familles qui se sont transmis de génération en génération la terre ancestrale qu\u2019on trouve la continuation irrésistible des vertus nationales les plus précieuses.C\u2019est là que régnera le respect de l\u2019ordre, de l\u2019autorité et de la loi, c\u2019est là que se perpétueront les vieilles traditions, gardiennes fidèles de l\u2019âme nationale.C\u2019est pourquoi il faut saluer avec admiration et gratitude des œuvres magnifiques comme la coopérative d\u2019habitation de monsieur le Chanoine Cham-berland à Trois-Rivières, qui a permis à de simples ouvriers de devenir les propriétaires de la maison qu\u2019ils habitent.C\u2019est pourquoi il faut approuver et encourager, au simple point de vue national, les lois de l\u2019habitation destinées à faciliter et à multiplier la construction de maisons modestes dont de petites gens deviennent les propriétaires. POUR SERVIR LA CAUSE CANADIENNE-FRANÇAISE 93 L extrême pauvreté de nos ancêtres leur rendait obligatoire la pratique d\u2019une sévère économie.Il faut ajouter qu\u2019en étant ainsi économes, ils continuaient ici une vertu bien française qui, à plusieurs reprises, au cours de son histoire a permis à la France d\u2019étonner le monde par la rapidité de ses relèvements.Encore aujourd\u2019hui, dans l\u2019essor réconfortant du Canadien français dans le commerce et l\u2019industrie, il faut voir, entre autres choses, les résultats heureux de la pratique de cette vertu française d\u2019ordre et de prévoyance.Je ne suis pas un économiste et je ne voudrais pas m\u2019aventurer dans un domaine dont une voix autorisée vous entretiendra dans quelques semaines, mais je me rends bien compte que la pauvreté de notre peuple devient de jour en jour une chose du passé.Je parle évidemment d\u2019une façon générale et chez nous comme ailleurs la parole divine demeurera toujours vraie: il y aura toujours des pauvres parmi nous.Cependant, aujourd\u2019hui, il n\u2019y a pas une petite ville dans la province de Québec où vous ne trouviez pas de Canadiens français qui ont réalisé, dans le commerce, la finance et l\u2019industrie, des fortunes importantes.Lors des campagnes d\u2019emprunt national, organisées avec beaucoup d\u2019efficacité durant la dernière guerre, les plus humbles villages de notre province ont révélé des disponibilités financières qui ne pouvaient être autre chose que le résultat de la pratique d\u2019une rigoureuse économie.Ici encore, c\u2019est à la campagne qu\u2019on sentira le plus vivement la présence de cette vertu française.La vie tourbillonnante des villes, la hausse du coût de la vie, les invitations à la dépense, l\u2019impôt sur 100 l\u2019action nationale le revenu, l\u2019ambition de faire vite beaucoup d\u2019argent qui comporte celle de le dépenser aussi rapidement, tout cela rend bien difficile, sinon impossible, la pratique de l\u2019économie.Malgré tout, nous ne devrions jamais oublier que c\u2019est là une vertu française qui dans le passé a permis le succès de notre résistance.La puissance croissante de nos caisses populaires, de nos caisses d\u2019économie, indique bien quelle force merveilleuse, quel levier irrésistible l\u2019économie de chacun, pratiquée avec intelligence et fermeté, peut fournir la collectivité.\u2022 Nous vivons à côté de gens qui voient grand et dont la préoccupation première est surtout centrée sur les dimensions colossales de leurs réalisations.J\u2019étais à Washington en septembre dernier.Au cours d\u2019une visite de cette très belle ville, on attira mon attention sur une maison de rapport qui m\u2019a-t-on dit était la plus considérable au monde: The largest appartment house in the world et cette construction immense, d\u2019une architecture très laide s\u2019appelait: The Quebec Appartment House.Je n\u2019ai pas obtenu d\u2019explications satisfaisantes sur les raisons qui avaient amené ce propriétaire ou plutôt la corporation qui exploitait cette entreprise à la baptiser du nom de Québec.Nous n\u2019avons pourtant pas l\u2019ambition de faire ce qu\u2019il y a de plus grand, de plus gros au monde.Il est à espérer que nous garderons le désir et l\u2019espoir de faire bien, de faire beau.Ce qui devrait caractériser nos réalisations, ce n\u2019est pas leurs dimensions géantes, c\u2019est le goût, le sens de la mesure. POUR SERVIR LA CAUSE CANADIENNE-FRANÇAISE 101 De toutes les qualités qui caractérisent la pensée française, le sens de la mesure est peut-être celle qui nous différencie le plus sûrement de tous ceux qui nous entourent et plus particulièrement de nos voisins du sud, dont l\u2019influence économique et sociale constitue peut-être la menace d\u2019assimilation la plus grave.Le sens de la mesure existe-t-il encore chez nous ?C\u2019est en somme se demander si nous avons encore du goût et si cette qualité se révèle non seulement dans la peinture, l\u2019architecture, la littérature, mais encore dans notre façon de voir, de penser et de juger.C\u2019est aussi le sens du riducule qui, fort heureusement pour plusieurs gens que vous et moi connaissons bien, ne tue personne en notre pays.Je dois vous avouer que j\u2019ai un peu l\u2019impression que nous avons bien négligé cette qualité française.Nous avons laissé se construire bien des laideurs.Nous avons permis qu\u2019on cache le beau visage français de notre province sous un masque d\u2019emprunt qui voile notre vraie figure et qui dénote une absence de goût déplorable.Il me fait grand plaisir de souligner sous ce rapport l\u2019œuvre éminemment utile accomplie en notre province depuis plus d\u2019un an par mon vieil ami, devenu le conseiller technique du conseil exécutif, M.Paul Gouin.La campagne qu\u2019il conduit avec éloquence, habileté et talent, a déjà produit et produira encore, j\u2019en suis certain, des résultats heureux.Nous pourrions peut-être également nous demander si nous sommes sur ce point impeccables lorsque nous parlons ou lorsque nous écrivons en 102 l\u2019action nationale langue française.Le sens véritable des mots ne nous satisfait plus.Les superlatifs sont insuffisants à exprimer notre enthousiasme ou notre admiration qui au fonds réclameraient des élans plus modestes.Nous multiplions l\u2019héroisme et surtout les héros: il est peu de joueurs de hockey ou de baseball qui ne soient célébrés comme de grands héros, dont la gloire tapageuse troublerait cependant l\u2019atmosphère chargée des Invalides ou du Panthéon.Les athlètes dont on parle et au sujet de qui on écrit sont devenus des étoiles.Il en est de même des artistes de cinéma dont la langue française est devenue impuissante à apprécier les charmes et la valeur.Il y a dans tout cela un manque de mesure évident qui devrait Choquer nos esprits français.Nous avons aussi envers la langue française des devoirs plus graves.La langue que nous avons apprise sur les genoux de nos mères nous confère une dignité dont nous devons être orgueilleux.Nous savons que la langue est non seulement le véhicule de la pensée, mais aussi le moule où se forme et se concrétise l\u2019âme populaire.Nous ne devons jamais oublier qu\u2019il nous est donné d\u2019avoir comme instrument d\u2019expression l\u2019idiome le plus pur, le plus délicat, le plus riche qui soit au monde.Langue de la diplomatie et de la pensée populaire; langue de la subtilité et de la franchise; c\u2019est elle qui, contrairement à toutes les probabilités et toutes les prévisions, nous a gardé une âme profondément française, intimement différente de tout ce qui nous entoure et nous enserre.Les grands parlementaires de notre race qui ont livré des combats magnifiques pour faire reconnaître officiellement les droits du français POUR SERVIR LA CAUSE CANADIENNE-FRANÇAISE 103 savaient bien qu\u2019en le faisant ils assuraient la survivance de notre foi et de notre caractère ethnique.Est-il exagéré de dire que le français que nous parlons dans la vie courante, celui qu\u2019on écrit quotidiennement, celui qu\u2019on entend dans bien des assemblées est d\u2019une triste pauvreté, d\u2019une lamentable incorrection.Quels sont ceux là d\u2019entre-nous qui, une fois sortis du collège, se préoccupent d\u2019étudier le français, quels sont ceux là qui travaillent à enrichir leur vocabulaire dont l\u2019indigence quasi générale engendre l\u2019impropriété des termes, l\u2019imprécision et la paresse dans la pensée et l\u2019expression ?Je me souviens d\u2019un homme, dans le rayonnement de qui s\u2019est écoulée ma jeunesse.A l\u2019âge de 75 ans, mon père étudiait encore le français.Sans doute, nous ne devons pas cesser d\u2019exiger collectivement du français à l\u2019école, au Parlement, dans les services publics.Nous devons continuer à proclamer partout le caractère bilingue du Canada, qui est né de l\u2019entente des races anglaise et française.Mais, à côté de ces mouvements collectifs, nous avons des devoirs individuels qui nous commandent de nous appliquer à tien connaître notre langue et à l\u2019enrichir, à la respecter, à la parler et à l\u2019écrire correctement et avec précision.\u2022 C\u2019est à l\u2019école que l\u2019élève commencera à apprendre le français, c\u2019est là qu\u2019il reçoit sa formation de base.C\u2019est vers l'école que doivent se diriger d\u2019abord nos préoccupations et notre vigilance.Il est essentiel que nous demeurions dans Québec, maîtres de nos 104 l\u2019action nationale écoles, de l\u2019enseignement qu\u2019on y prodigue, des programmes qu\u2019on y impose.Sur ce point, vous me permettrez bien de vous dire que nous devons être d\u2019une farouche intransigeance.La province de Québec ne doit pas être seulement maîtresse de ses programmes scolaires, elle doit avoir également à sa disposition le revenu nécessaire pour mettre ses programmes en pratique et assurer à ses institutions d\u2019enseignement toute l\u2019expansion nécessaire.Une politique suivant laquelle l\u2019État central subventionnerait même indirectement nos maisons d\u2019enseignement, est une politique qui porte en elle-même des germes de mort.Il ne faudrait pas prolonger une méprise qui peut devenir tragique.Les tentatives de contrôle par la majorité sur notre système scolaire ne sont pas abandonnées.Elles sont plus dangereuses parce qu\u2019elles prennent dans Québec une forme plus insidieuse.On fait miroiter devant des organisations scolaires ou universitaires pauvres et déficitaires l\u2019éclat d\u2019octrois généreux qui paraissent aux yeux de quelques-uns la garantie de progrès inespéré.N\u2019oublions jamais que celui qui paie a le désir, sinon le droit, de contrôler l\u2019usage qu\u2019on fait de l\u2019argent qu\u2019il verse.N\u2019oublions jamais qu\u2019en faisant reposer l\u2019existence ou l\u2019expansion de nos maisons d\u2019éducation sur les subventions qui nous sont offertes par une autorité centrale qui n\u2019a pas et ne peut pas avoir nos préoccupations ethniques, nous soumettons cette existence et ces progrès à la bonne ou à la mauvaise volonté de cette autorité, à ses exigences et à ses caprices. POUR SERVIR LA CAUSE CANADIENNE-FRANÇAISE 105 La distinction qu\u2019on a tenté de faire entre l\u2019instruction et la culture est spécieuse et fausse.Il n\u2019y aura de culture canadienne qu\u2019en autant qu\u2019existera le dualisme des deux cultures, française et anglaise qui, toutes deux, doivent se développer librement sans jamais se confondre.Le jour où la culture et la pensée française de l\u2019élite disparaîtront dans la formation d\u2019une culture canadienne dont l\u2019existence est encore bien douteuse, il faut se rendre compte que cette culture nouvelle sera celle de la majorité et que cette culture canadienne dont on rêve deviendra celle qui peut exister dans n\u2019importe quel Etat de la république américaine.Je sais que l\u2019expansion rapide de nos maisons de haut savoir réclament des ressources financières que l\u2019Etat québécois n\u2019est peut-être pas actuellement en mesure de fournir.Travaillons à assurer à la province des sources de revenus qui lui permettront de répondre à ses besoins impérieux, mais n\u2019allons pas, en acceptant ou en réclamant des subventions fédérales, sacrifier le principe vital de notre autonomie scolaire.Maîtres de nos écoles, intéressons-nous davantage à leur vie, à leur progrès et à leur perfectionnement.Je me demande si nous, les laïcs, n\u2019avons pas en ce domaine à avouer une inconscience et une négligence coupables.Durant les années terribles qui ont suivi la conquête, après que le drapeau fleurdelisé eut repassé les mers pour nous en revenir près de cent quatre-vingt-dix ans plus tard, la formation des enfants des pauvres colons français ruinés, abattus, abandonnés, semblait irrémédiablement compromise.Le clergé L* ACTION NATIONALS 10« catholique et français nous a assuré les premières écoles qui ont rendu possible le miracle de notre survivance.C\u2019est d\u2019abord dans les humbles presbytères que se sont logés nos premières écoles.Les quelques missionnaires français laissés sur les bords du Saint-Laurent ont été les premiers instituteurs de ce pays.On garde encore aux Trois-Rivières la vieille grammaire française qu\u2019on recopiait à la main, afin que les mêmes disciplines courbent les esprits et que le génie du verbe se perpétue dans la génération montante.A une époque où tant de réformateurs avides d\u2019expérimentations douteuses voudraient tout bouleverser dans notre système éducationnel, vous me permettrez bien de dire toute la reconnaissance que nous devons comme race en matière d\u2019éducation aux prêtres et aux religieux restés avec nous depuis la conquête.Depuis quelques années, il y a eu chez les pouvoirs publics et chez tous les laies un réveil bienfaisant.Les souscriptions publiques organisées en faveur de l\u2019Université de Montréal, de l\u2019Université Laval, de plusieurs de nos maisons d\u2019enseignement secondaire ont splendidement rallié le concours des administrations provinciales et municipales, celui de tous les citoyens de la province.Nous pouvons voir là une preuve réconfortante de ce que peut réaliser l\u2019union des bonnes volontés et également l\u2019intérêt vivifiant et éclairé de l\u2019opinion publique pour tout ce qui touche à la formation de notre jeunesse.Continuons à protéger notre autonomie scolaire, à tous les paliers de l\u2019enseignement et appliquons- POUR SERVIR LA CAUSE CAN ADIHNNE-ERANÇAISF 107 nous à nous en servir pour améliorer et perfectionner les maisons ou se forme notre jeunesse, et l\u2019enseignement qu\u2019on y dispose.\u2022 Lorsque le journal Le Canadien, qui avait été fondé en 1806, ressuscita le 7 mai 1831, son rédacteur, Étienne Parent, inscrivit en première page, avec toute la ferveur patriotique qui le caractérisait, la belle et fameuse devise: \u201cNos institutions, notre langue et nos lois\u201d.Cette devise, la Société Saint-Jean-Baptiste la fit sienne lors de sa fondation, en 1844.Depuis ce temps, notre société nationale l\u2019arbore comme un mot d\u2019ordre nécessaire qui réunit dans ces trois mots les œuvres essentiels qu\u2019il faut protéger pour assurer la survivance de notre groupe ethnique.Il est donc clair et évident que dès cette époque, à l\u2019origine même de notre société nationale, ses fondateurs comprenaient que pour demeurer cana-diens-français il fallait, avec nos institutions et notre langue, conserver nos lois françaises.Le droit est un des éléments de la nationalité et chaque peuple doit avoir son droit propre, même si à l\u2019origine il a pu en emprumter les éléments à des peuples étrangers.Ce droit pénètre dans les mille détails de la vie quotidienne, non seulement pour les régir, mais aussi pour en subir l\u2019influence.L\u2019ensemble des lois d\u2019un pays n\u2019est pas seulement la législation qui courbe sous son autorité tous les citoyens; c\u2019est aussi l\u2019expression de la volonté commune d\u2019un peuple, son 108 l\u2019action nationale désir collectif de vivre de la façon qui lui convient et lui plaît, son attitude particulière devant les problèmes qu\u2019il faut régler et que fait naître l\u2019existence de la communauté nationale.Sir Thomas Chapais au premier tome de son Cours d'histoire du Canada, parlant de la menace qui, après la conquête, pesa sur notre droit français, fit la réflexion suivante: Pour un peuple, le système de lois qui le régit n\u2019est pas chose indifférente.Les lois d\u2019une nation policées sont le résultat d\u2019une succession séculaire d\u2019expériences et de faits.Elles se sont élaborées et formulées lentement.Elles sont la consécration de longues habitudes sociales.Elles sont nées du tempérament, des mœurs, du caractère, des qualités spéciales qui distinguent une race.Elles correspondent à des coutumes, à une mentalité, à des conditions économiques qui lui sont particulières.Elles tiennent à tout un ensemble de relations publiques et privées qui est l\u2019œuvre du temps.C\u2019est par elles que sont réglés et coordonnés les actes qui déterminent l\u2019acquisition et la transmission des biens, la répartition des héritages, les modalités des conventions entre époux, dont la répercussion est si profonde sur la famill î et la société.Et pour toutes ces raisons, elles finissent par faire partie intégrante de la vie nationale.Un écrivain illustre a dit un jour: \u201cLa littérature est l\u2019expression de la société\u201d, et l\u2019on a contesté l\u2019exactitude de cet aphorisme.Il me semble qu\u2019on pourrait dire au moins sans craindre la critique: \u201cLes lois sont l\u2019expression de la nation.Notre droit écrit remonte à la coutume de Paris.Il est l\u2019œuvre des siècles et il trouve son inspiration dans les règles qui ont présidé aux origines mêmes de la nation française contemporaine.C\u2019est dire quelle protection il assure à la survivance de l\u2019esprit français chez nous. POUR SERVIR LA CAUSE CAN ADIENNE-EHANÇAISK 109 Nous sommes dans Québec les fiduciaires de nos lois françaises.Si elles disparaissent, si on les altère, si on les oublie ou les remplace, nous seuls devons en porter l\u2019effroyable responsabilité.Ces lois françaises qui comprennent le Code civil et son complément le Code de procédure civile, une partie du droit commercial, la jurisprudence de nos tribunaux relative à ces lois et une bonne partie du droit statutaire qui émane de notre Législature forment un tout homogène qui peut être heureusement comparé à bien d\u2019autres droits et que souvent des Canadiens de langue anglaise nous envient.Ce droit d\u2019origine française a évolué sur les rives du Saint-Laurent selon la croissance propre du peuple canadien-français qu\u2019il régit.Sur bien des points il est aujourd\u2019hui différent du droit français actuel, mais il garde et il doit toujours garder dans son expression et dans son esprit les caractéristiques de ses origines et de sa tradition.De tout cela, il est facile de conclure qu\u2019il est de notre devoir de protéger ces lois françaises.C\u2019est un devoir impérieux que nous impose la nécessité de ne rien laisser s\u2019effriter des garanties qui protègent notre âme nationale.Nous devons veiller d\u2019abord dans notre propre maison pour que nos lois françaises ne perdent pas, sous l\u2019inspiration des conditions de vie nouvelles, leur vertu ancienne et salvatrice.La loi doit demeurer au service de nos institutions, de notre langue, de notre survivance.Les textes législatifs doivent consacrer nos revendications essentielles.Il peut devenir nécessaire d\u2019amender nos lois civiles.Ne Ill) l\u2019action national® touchons à notre Code civil que lorsque cela est absolument nécessaire, gardons-nous d\u2019y apporter des changements pour régler des cas particuliers et gardons-nous surtout d\u2019en changer le caractère et l\u2019esprit.Si nous sommes les maîtres de nos lois civiles françaises, s\u2019il nous est nécessaire de les protéger contre les rédactions défectueuses qui les défigurent, contre les modifications dangereuses qu\u2019inconsidéré-ment on pourrait leur apporter, c\u2019est surtout contre les menaces de l\u2019extérieur qu\u2019il les faut protéger.Parfois, lorsqu\u2019on légifère à Ottawa, on le fait sans tenir compte des répercussions que la législation fédérale peut avoir sur les lois françaises de la province de Québec.La législation du Parlement canadien s\u2019inspire de la common law, c\u2019est-à-dire du droit des neuf provinces sur dix auxquelles elle doit s\u2019appliquer.L\u2019autonomie législative que nous reconnaît l\u2019acte constitutionnel est certainement l\u2019arme le plus efficace, pourvu qu\u2019on s\u2019en serve contre les dangers de l\u2019extérieur qui peuvent venir menacer notre système de lois françaises.Cependant, combien de lois fédérale ont autorité dans notre province et viennent en conflit avec l\u2019esprit quand ce n\u2019est pas avec la lettre de notre Code civil! Je n\u2019ai certes pas l\u2019intention de vous énumérer tous les cas où le législateur fédéral n\u2019a pas tenu compte de nos lois françaises.Vous me permettrez de vous signaler la Loi de faillite, la Loi du crédit agricole et surtout la Loi fédérale de l\u2019impôt sur les successions.Cette loi fut édictée pour la première fois en 1941, sans tenir aucun compte des institutions juri- POUR SERVIR LA CAUSE CANADIENNE-FRANÇAISE 111 diques de la province de Québec.Dans le mémoire qu\u2019il présenta à la conférence fédérale-provinciale le 25 avril 1946, le Premier Ministre de la province faisait remarquer très justement.La succession est une institution de droit civil.Ses règles ont normalement pour objet d\u2019assurer la transmission des biens dans la famille et elles s\u2019inspirent des principes juridiques qui régissent l\u2019organisation de la propriété, la distinction des biens, les relations entre conjoints, ainsi que les relations entre ces derniers et leurs descendants.Ces problèmes relèvent du droit civil et la province de Québec possède un système juridique qui lui est particulier, que nous avons le droit de conserver.L\u2019impôt par une loi fédérale ne peut être équitablement établi sur des régimes successoraux différents.Aussi la loi fédérale a-t-elle entrepris d\u2019établir pour les fins du fisc l\u2019uniformité successorale en donnant de la succession une signification applicable à toutes les provinces.Mais les termes de cette définition, étrangers à la langue juridique de notre province, sont inintelligibles pour les juristes de droit civil et le gouvernement de Québec considère que la législation fédérale en matière de droits de succession, édictée pour la première fois en 1941, près de soixante-quinze ans après la constitution canadienne, est contraire à l\u2019article 92 de la constitution.Cette déclaration pose clairement le problème et indique bien comment une loi fédérale peut porter atteinte à nos lois civiles françaises ou du moins les ignorer.La défense intransigeante de l\u2019autonomie provinciale est l\u2019une des armes nécessaires et efficaces pour la protection de nos lois françaises et, par conséquent, de notre survivance.C\u2019est en veillant, non seulement sur la façon dont il est nécessaire, suivant les circonstances, de modifier notre droit français pour l\u2019adapter aux conditions de l\u2019heure, 112 l\u2019action nationale mais aussi sur les atteintes que la législation du gouvernement central peut lui porter que nous affirmerons notre volonté inébranlable de respecter le dépôt sacré qui nous a été confié.Ces propos ont été bien longs et je crains d\u2019avoir abusé de votre patience et de votre courtoisie.Les idées que je vous ai communiquées me sont personnelles, elles n\u2019engagent ni le Gouvernement dont je fais partie, ni la section Duvernay, de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, qui m\u2019a fait l\u2019honneur de m\u2019inviter.Je souhaite cependant qu\u2019ils nous aident à tenir la tête haute devant les orages qui approchent.A tous, mais surtout à la jeunesse qui craint de se voir marquée au front des stigmates de la conquête, il faut redire souvent l\u2019héroisme de notre résistance, la beauté de notre mission, la supérioté de notre culture.Souhaitons que toujours la voix des hommes libres groupe autour d\u2019eux les cœurs et les volontés d\u2019un peuple qui se souvient et qui veut continuer à marcher sans défaillance dans la voie héroïque où son passé l\u2019a engagé.Antoine Rivard, Solliciteur général de la Province. L\u2019Histoire mise à l\u2019index L'article qu\u2019on va lire fut rédigé en langue anglaise et offert à des revues ou magazines anglo-canadiens.On le refusa ¦partout, estimant sans doute que la bonne entente s\u2019établit plus facilement sur l\u2019ignorance réciproque que sur de dures vérités.L\u2019un de ces périodiques, qui a pourtant une réputation établie de libéralisme, l\u2019écarta en disant: \u201cThis did not ring the bell with us\u201d.La question est de savoir s\u2019il n\u2019est pas bon, à l\u2019occasion, d\u2019entendre un autre son de cloche.\u2014 La R.Il y a quelques années, revenant de la Nouvelle-Orléans à Montréal, je songeais, assis à l\u2019arrière du Panama Limited, aux exploits de ces premiers Canadiens qui frayèrent, près de trois siècles plus tôt, le chemin que nous suivions à travers les États de la Louisiane, du Mississipi, du Tennessee et de l\u2019Illinois.Pendant que le train luxueux franchissait en vitesse ce qui, au XVIIe siècle, n\u2019était qu\u2019une forêt infestée de sauvages, je rendais dans mon cœur un muet hommage à la bravoure indomptable des tenaces pionniers qui ont sillonné par l\u2019intérieur 114 l\u2019action nationale l\u2019empire qui s\u2019étend du fleuve St-Laurent au nord jusqu\u2019aux bouches du Mississipi au sud.Je me demandais ce que le grand explorateur Cavelier de La Salle aurait éprouvé à la pensée de se savoir capable de rentrer du golfe du Mexique à Montréal en quarante-huit heures, lui qui, de son temps, n\u2019aurait pu accomplir le même trajet qu\u2019après de nombreux mois et peut-être des années.La Salle était venu à Montréal, qui se nommait Ville-Marie, en 1666; il y avait fondé la seigneurie de La Chine (se croyant sur la route de la Chine), une terre lui ayant été concédée gratuitement par les Messieurs de St-Sulpice, alors seigneurs de l\u2019île.Il n\u2019avait pas la vocation de tenancier résident; son caractère remuant l\u2019attirait ailleurs, car, comme l\u2019écrit Parkman, \u201cdes rives de sa seigneurie il pouvait contempler l\u2019espace qui, vers l\u2019ouest, au delà de la large nappe d\u2019eau du lac St-Louis, happait ses pensées au loin, dans la direction du pays sauvage et abandonné qui s\u2019allonge vers le couchant\u201d.Après avoir exploré pendant vingt ans l\u2019intérieur du continent, La Salle fut assassiné en 1687, à l\u2019âge de 43 ans, au cours d\u2019une tentative désespérée pour regagner le Canada, afin de rapporter à sa colonie du Texas les secours dont la privait cruellement la perte de son vaisseau la Belle.\u201cAinsi mourut, écrit Tonti, dans la vigueur de l\u2019âge viril, l\u2019un des plus grands hommes de ce siècle\u201d et, selon le jugement de Parkman, \u201csans contredit l\u2019un des plus remarquables explorateurs dont l\u2019histoire conserve le souvenir\u201d.Soudain, un mot passa devant mes yeux comme un éclair, le mot TONTI, que j\u2019aperçus, peint en l\u2019histoire mise a l\u2019index 115 lettres de six pouces sur ie flanc de ce que je pris, avant qu\u2019elle ne disparût dans le lointain, pour une remise à outils construite au bord de la voie ferrée.Qu\u2019est-ce qu\u2019Henri de Tonti, le commandant du fort St-Louis, le lieutenant et le bras droit de La Salle, aurait pensé de cette remise en guise de monument historique le long du chemin de fer?Il se peut, évidemment, que j\u2019aie commis une grave méprise: ce Tonti sur VIllinois Central, qui m\u2019est apparu comme une cabane à outils, est peut-être beaucoup plus important: un village, une petite ville même; hélas! après tant d\u2019années, ayant de plus passé par là à soixante-dix milles à l\u2019heure, je ne peux honorer davantage Tonti-les-Rails.Loin de moi la pensée de critiquer ici \u201cnos grands voisins du sud\u201d, qui ont fait beaucoup plus que nous Canadiens pour conserver et glorifier la mémoire des premiers explorateurs \u2014 les nôtres \u2014 du continent nord-américain.Car au Canada, on ne trouve ni chemin de fer ni université qui portent le nom du Père Marquette, comme on en trouve aux États-Unis; il n\u2019y a pas de statue de La Salle au carré Dominion, comme à Chicago; pas d\u2019Hôtel Radisson, comme à Minneapolis; pas de place Cadillac, comme à Détroit; pas de ville appelée Duluth en l\u2019honneur de Greysolon du Lhut, chef des coureurs de bois; pas de comté Hennepin, comme dans l\u2019Etat du Minnesota; pas d\u2019université, ni d\u2019auditorium, ni que sais-je encore ?qui s\u2019appellent Duquesne, comme à Pittsburg.Non, d\u2019après beaucoup d\u2019Anglo-Canadiens, et malheureusement, d\u2019après quelques Canadiens français, il n\u2019est pas permis de rappeler à l\u2019esprit le souvenir d\u2019une vail- 116 l\u2019action nationale lante race d\u2019hommes.L\u2019histoire est interdite, ver-boten.Ici, pas un monument, à peine un souvenir, pour les guerriers que furent les fils de Charles LeMoyne, premier baron de Longueuil.Tous furent éminents et plusieurs moururent glorieusement au service de leur pays: 1) Charles, second baron de Longueuil et gouverneur de Montréal, tué à Saratoga en 1729; 2) Jacques \u201cde Ste-Hélène\u201d, mort des suites d\u2019une blessure au siège de Québec, en 1690; 3) Pierre \u201cd\u2019Iberville\u201d, le père de la Louisiane et l\u2019intrépide capitaine de vaisseaux de la marine française, fut emporté par la fièvre à La Havane en 1706; 4) Paul de Maricourt, fameux ambassadeur auprès des Iroquois, mourut à Montréal en 1704; 5) François, le premier \u201cde Bienville\u201d, tué par les Iroquois en 1691; 6) Joseph \u201cde Derigny\u201d, lieutenant d\u2019Iberville, mourut en France en 1734; 7) Louis \u201cde Châ-teauguay\u201d (premier Châteauguay) tué au Fort Bourbon, à la Baie d\u2019Hudson, en 1694; 8) Jean-Baptiste, second \u201cde Bienville\u201d, fondateur de Biloxi et de la Nouvelle-Orléans, mourut à Paris en 1767; 9) Gabriel \u201cd\u2019Assigny\u201d mourut de la fièvre jaune à Saint-Domingue en 1701; 10) Antoine, second \u201cde Châteauguay\u201d, au moment de sa mort était gouverneur de la Guyane.A Montréal, quelques rues et ruelles sans importance portent l\u2019un ou l\u2019autre de ces noms glorieux, et l\u2019on peut voir Charles LeMoyne accroupi sur la base du monument de Maisonneuve à la Place d\u2019Armes.Pourquoi des héros authentiques du Canada, par exemple, d\u2019Iberville, Bienville, Jolliet, le P.Marquette, Tonti, LaSalle et du Lhut, n\u2019ont- l\u2019histoire mise a l\u2019index 117 ils pas, dans les grands centres, de splendides monuments?Serait-ce parce que ces héros appartiennent au régime français et que les Canadiens de langue anglaise sont peu enclins à célébrer des hommes qui les ont combattus pendant un siècle et demi ?Pourquoi les Canadiens français eux-mêmes n\u2019ont-ils pas immortalisé dans le bronze le souvenir de ces hommes qui ont fait l\u2019histoire?Parce que, pendant le premier siècle qui suivit la conquête, tous les leviers de commande leur furent arrachés des mains: en économique, en politique comme en éducation.La religion fut souvent brimée: on s\u2019opposa pendant quelques années à la venue d\u2019un évêque.On n\u2019eut aucun souci d\u2019organiser l\u2019éducation selon la langue et la religion des Canadiens.Durant cent ans, la seule éducation accessible aux Canadiens français fut celle que dispensèrent les curés de paroisses, à même les maigres ressources de l\u2019Église.Cette longue période de jeûne forcé dans le domaine éducatif, durant laquelle ils furent isolés de la mère patrie française, enleva aux Canadiens français toute espèce d\u2019influence sur la vie commerciale du Canada.Ils auraient dû disparaître comme groupe; ils survécurent si bien que, de 60,000 qu\u2019ils étaient en 1760, ils sont devenus un peuple de 4,000,000 aujourd\u2019hui, sans compter les millions de Franco-Américains.Mais tandis qu\u2019ils croissaient en nombre et luttaient sur divers fronts pour leur survivance, l\u2019économie de leur pays passait à des marchands anglais, et de nos jours encore, ce sont des gens de langue anglaise qui détiennent le contrôle des gros capitaux.A part de rares exceptions, les Américains qui 118 l\u2019action nationale font affaires au Canada ne sont guère familiers avec la langue française; en conséquence, on les voit s\u2019allier naturellement aux Canadiens de langue anglaise qui dans la grande industrie, commandent à peu près tout ce que les Américains n\u2019ont pas encore accaparé.Les Canadiens français, pourvu qu\u2019ils se montrent gentils, on leur permet de fournir la main-d\u2019œuvre et de jouer les seconds violons.C\u2019est seulement depuis peu qu\u2019en certaines industries, les textiles notamment, les jeunes Canadiens français ont réussi à se hisser aux postes de contremaîtres et de surintendants.Quant aux Canadiens français cultivés (exception faite des hommes d\u2019Église et des médecins), les ingénieurs, par exemple, et les avocats de compagnies, ils n\u2019ont qu\u2019un champ ouvert à leur compétence professionnelle, et ce champ n\u2019est pas canadien-français.Pour obtenir quartier, il faut se mettre au pas; des comités choisissent tout bonnement les publications auxquelles on accordera les soutiens de la publicité et, conséquemment, le droit de vivre; pareilles manœuvres s\u2019opèrent d\u2019autant plus facilement au Canada que la concentration de la richesse y est entre moins de mains qu\u2019aux États-Unis.Là, quiconque possède les connaissances suffisantes et des garanties financières raisonnables peut se faire une place dans la concurrence publicitaire; au Canada, les agences de publicité forment une sorte de cartel fermé où les Canadiens de langue française sont réduits au plus strict minimum, les listes noires faisant loi au point que l\u2019on ne tient aucun compte des démarches de certains agents de publicité, même quand ils sont déjà reconnus par les plus importantes publications des États-Unis. l\u2019histoire mise a l\u2019index 119 Au Canada, l\u2019agence accréditante est la C.D.N.A.('Canadian Daily Newspaper Association); elle reconnaît présentement cinquante-cinq agences de publicité; de ce nombre, deux seulement sont canadiennes-françaises, et encore dans la plus importante des deux, les trois positions-clés, après celle du président du Conseil, appartiennent-elles aux Canadiens anglais.On fait grand état du \u201cdegré du service\u201d; mais on donne à ce mot de passe le sens qu\u2019on veut: tout dépend de celui qui offre le service.Il arrive à la C.D.N.A.de dire: vous n\u2019avez pas de succursale à Winnipeg, à Vancouver ou dans les maritimes \u2014 exigence dont on ne se préoccupe point aux États-Unis.De fait, combien d\u2019agences publicitaires se soucient d\u2019enrichir leur personnel d\u2019une compétence canadienne-française ?Et pourtant, elles prétendent toutes faire affaire et \u201cdonner du service\u201d au Canada français.Il n\u2019en est pas une qui ne méconnaisse le rôle de la presse religieuse dans la province de Québec.Les motifs par lesquels on cherche à s\u2019excuser, et qui pourraient valoir dans les autres parties de notre continent, n\u2019ont aucun sens dans notre province.Voilà le genre de contrôle qui réussit à créer, quand c\u2019est possible, un climat dans lequel rien de ce qui est français n\u2019a chance de prospérer \u2014 où on a laissé périr des monuments historiques qui rappellent le régime français.A Montréal, par exemple, le château de Ramezay, bâti en 1705 par le gouverneur Claude de Ramezay, où Benjamin Franklin et les représentants du Congrès furent reçus en 1776, demeure depuis des années, en dépit de cer- 120 l\u2019action nationale tains dévouements patriotiques \u2014 français et anglais \u2014 dans un état de délabrement qui est une honte pour une nation fière de son passé.On comprend aisément, dès lors, pourquoi le Canada n\u2019élève aucun monument à LaSalle, Tonti, d\u2019Iberville, Bienville, Jolliet, Cadillac, du Lhut, ni au Père Marquette, ainsi qu\u2019à toute une armée d\u2019autres personnages historiques dont le marbre et le bronze devraient, par tout le pays, remémorer les hauts faits.Il y a tout lieu de penser qu\u2019on veut forcer les descendants des premiers Canadiens à oublier leur passé, de peur qu\u2019ils ne deviennent fiers et indomptables, ce qui \u201cnuirait aux affaires\u201d.La fierté de ses origines risque, probablement, d\u2019engendrer chez un peuple le nationalisme.Le nationalisme, c\u2019est ce qui porte une personne, un groupe, une nation à veiller d\u2019abord à ses propres intérêts; on voit par là quel danger le nationalisme, même le plus sain, présente pour ceux qui exploitent les ressources naturelles d\u2019un pays, en bois de pulpe, en pouvoirs d\u2019eau, en amiante, en mines, ressources passées à l\u2019étranger à la suite de droits et concessions accordés par des gouvernements sans prévoyance, à des prix et conditions ridicules, sans égard pour les droits au moins égaux des premiers et originels propriétaires desdites ressources.M.George Washington Stephens, fils d\u2019une des plus grandes familles de Montréal et, pendant les années qui suivirent la première Grande Guerre, président de la Commission de la vallée de la Sarre, pouvait écrire: \u201cNos forêts et nos forces hydrauliques ont été sacrifiées et ce régime de gaspillage est encore en l\u2019histoirb mise a l\u2019index 121 vogue.\u201d (Histoire de la province de Québec par Robert Rumilly, t.XI p.121).Par conséquent, si le nationalisme est mauvais pour le commerce, et si l\u2019histoire fomente le nationalisme, l\u2019enseignement de l\u2019histoire doit être aboli ou du moins réduit et endigué dans la plus grande mesure possible.Jusqu\u2019en 1915, il n\u2019y eut pas de chaire d\u2019histoire du Canada à l\u2019Université de Montréal, et pendant les onze ans qui suivirent, l\u2019histoire du Canada fut enseignée \u201cpour l\u2019amour de Dieu\u201d par l\u2019abbé Lionel Groulx (maintenant le chanoine Groulx), l\u2019un des historiens les plus éminents du Canada, à qui récemment la Société Royale du Canada décernait la médaille historique J.-B.Tyrrell.Nous ne dirons pas qu\u2019il faut imputer cette absence d\u2019enseignement historique à la minorité anglo-canadienne.L\u2019insouciance des Canadiens français y eut aussi sa part ainsi que leur façon d\u2019entendre la politique.Il faudra dire un jour combien cet enseignement dérangea les calculs des pacifistes à tout prix.Et c\u2019est peut-être aussi pourquoi, après trente-quatre ans de service, le chanoine Groulx, que le journal anglais The Standard de Montréal désigne comme \u201cle porte-parole du Canada français,.respecté pour sa probité et son esprit de suite\u201d, a failli quitter l\u2019université sans avoir reçu l\u2019hommage que méritent ses signalés services.Il y a dans ce fait une leçon à l\u2019adresse de toutes les universités qui acceptent des octrois gouvernementaux; quand les \u201cdons\u201d se calculent par millions, il faut se demander à quel point une université peut demeurer à l\u2019abri d\u2019une ingérence qui n\u2019a rien d\u2019académique. 122 l\u2019action nationale La publicité touristique de la province de Québec pour l\u2019année 1937 essaya de mettre en valeur le thème des liens historiques entre le Canada français primitif et les États-Unis, par suite des voyages de découverte qui conduisirent les explorateurs et les aventuriers jusqu\u2019aux États actuels du Centre, du mid-west et du sud des États-Unis.Pour la première fois, la publicité touristique du Canada remplit des pages entières de magazines comme The Saturday Evening Post, Time, Life et autres publications analogues.On y parlait de Frontenac, de La Salle, de Nicolet, du Père Marquette, des sieurs de Bienville et d\u2019Iberville, comme des \u201chéros de l\u2019histoire américaine, fils du Québec qui fut le berceau de la vie d\u2019un continent\u201d.Les Américains étaient pour la première fois invités à visiter \u201cla Province de Québec\u201d et non \u201cThe Province of Quebec\u201d.Des félicitations affluèrent de partout, du National Geographic Magazine, de Life, de la compagnie de publications Curtis, des historiens de la province de Québec, des Chambres de commerce des jeunes.Dans une lettre, un avocat de Los Angeles affirmait: \u201cVos deux annonces parues récemment dans The Saturday Evening Post m\u2019ont absolument emballé; elles sont artistiques au plus haut point et méritent la plus sincère approbation; elles impressionnent d\u2019emblée ceux qui ont le goût de voyage*-; vous serez copieusement payés de retour.\u201d Mais la réaction ne fut pas si favorable dans les hautes sphères du gouvernement.Certains intérêts, la puissance cachée derrière le trône, sentant que pareille publicité pourrait susciter des pensées [/HISTOIRE mise a l\u2019index 123 d\u2019orgueil dans l\u2019esprit des Français, \u2014 qui forment au delà de 80% de la population québécoise, \u2014 décrétèrent qu\u2019il n\u2019y aurait plus de publicité touristique centrée sur le passé historique du Canada français.Une fois de plus l\u2019histoire fut verboten; elle ne devait plus servir à la publicité touristique du Canada.La \u201cdémocratie\u201d était sauve; son empire n\u2019avait rien à redouter.Peu de temps après, cependant, le danger reparut sous la forme de comités organisés en vue de célébrer dignement le troisième centenaire de la fondation de Montréal par le sieur de Maisonneuve, en mai 1642.La déclaration de la guerre par le Canada, en septembre 1939, vint toutefois épargner au cartel commercial et aux ennemis de l\u2019histoire le désagréable devoir de contribuer financièrement à un \u201cprojet aussi inutile\u201d.A quelque temps de là, un des premiers citoyens de langue anglaise démissionnait de son comité en déclarant, paraît-il: \u201cOn abuse de la langue française aux réunions du comité\u201d.Des membres importants du Board of Trade, dont quelques-uns appartenaient aussi au Conseil de ville, insistèrent pour qu\u2019on révoquât toute résolution de dépense, prétextant la nécessité d\u2019un \u201ceffort de guerre total\u201d.Les autorités religieuses catholiques de Montréal ne demeurèrent pas inactives, elles; et de nombreuses cérémonies marquèrent, au cours de 1942, l\u2019année du troisième centenaire.Particulièrement émouvante fut la grand-messe pontificale chantée en plein air 124 l\u2019action nationale sur les pentes du mont Royal et à laquelle participèrent des dizaines de milliers de fidèles.Les représentants officiels de la ville, de même que les autorités provinciales et fédérales n\u2019organisèrent pas de célébration officielle.On jeta sur l\u2019affaire un tabou tellement strict que même le Canadian Club, dont les statuts recommandent le culte de la \u201cbonne entente entre les deux grandes races\u201d, refusa d\u2019accorder à la population française de Montréal le geste d\u2019amitié qu\u2019aurait signifié l\u2019hommage d\u2019un dîner-causerie rehaussé par un conférencier de choix.Une célébration raisonnable du troisième centenaire, loin de nuire à l\u2019effort de guerre, l'eût plutôt considérablement favorisé, vu que la participation du Canada à la guerre reposait presque entièrement sur le volontariat.Il convient de le noter: au fond de cette mésentente, il y a autre chose que des préjugés de race.L\u2019évêque anglican et des représentants très en vue du clergé protestant offrirent sans réserve de coopérer au succès du dîner-causerie proposé, où se seraient réunis pour la première fois depuis des années tous les chefs des différentes Églises de Montréal.Il y a beaucoup de bonne volonté de part et d\u2019autre; malheureusement, l\u2019initiative et l\u2019ardeur semblent appartenir aux individus et aux intérêts qui spéculent sur la désunion et la discorde.Au reste, les Canadiens français trouvent souvent leurs pires ennemis parmi certains des leurs; leur situation dans l\u2019industrie ou la finance fait de ces égarés les conseillers et les défenseurs éventuels des intérêts tout-puissants qui dominent la vie industrielle de la province.Leurs tactiques et leurs agissements l\u2019histoire mise a l\u2019index 125 dans les coulisses écartent les Canadiens français du monde des affaires, et leur conduite n\u2019est guère propre à entretenir de bonnes relations publiques.L\u2019histoire, une autre fois encore, avait été vaincue; mais cette fois la défaite avait coûté trop cher.Des manœuvres comme celles que nous venons de rapporter aggravent le problème majeur du Canada, problème qui, au dire du professeur A.R.M.Lower, consiste en ce que \u201cle Canada, avec ses divisions de race, n\u2019offre aucun dénominateur commun susceptible de créer, dans les profondeurs normalement unifiantes de la race, de la langue, de la religion, de l\u2019histoire et de la culture, l\u2019union des citoyens\u201d (Colony to Nation).La seule politique ayant chance de succès au Canada est celle qui repose sur le principe: vivre et laisser vivre.Tout effort tendant à brimer ou à dénationaliser les Canadiens français échouera.Lord Elgin l\u2019a prédit, il y a un siècle, dans ses rapports au gouvernement anglais.Si les Canadiens français préfèrent leur langue et leur histoire, \u2014 qui est tout de même l\u2019histoire du Canada, ¦\u2014 qui peut bien s\u2019en effaroucher?Les Anglo-Saxons estiment-ils que les gens de langue anglaise représentent dans le monde les nouveaux surhommes ?\u201cCe que la démocratie doit faire, c\u2019est de trouver des terrains d\u2019entente sur l\u2019essentiel\u201d.Cette formule est de Raymond Clapper qui la jetait, il y a quelques années, dans un article rédigé spécialement pour la revue Life et intitulé: \u201cQuel souci avons-nous de l\u2019unité?\u201d (What of Unity î).Clapper écrivait ainsi au début de la dernière guerre.Le mot valait pour l\u2019action nationale I2t) le Canada aussi bien que pour les États-Unis.Le remède à nos maux se trouvait, pensait-il, dans la création \u201cd\u2019un climat de l\u2019esprit\u201d, climat qui donnerait à tous les hommes le sens de la liberté, \u201ccar une nation forte et libre est formée d\u2019hommes forts et libres, tout comme une forêt n\u2019est pas une masse d\u2019arbres chétifs, desséchés et rabougris, mais l\u2019ensemble formé par des arbres de pleine taille, gros et forts.\u201d Victor Soucisse En attendant le recensement Ce tableau qui paraît au verso, sur \u201cnotre bilan démographique\", n\u2019a pas besoin de beaucoup de commentaires.Il suffit d\u2019un coup d\u2019œil sur ces chiffres pour saisir leur éloquence.Notre forte natalité a souvent été masquée par des vagues d\u2019immigration qui renforçaient le groupe d\u2019origine britannique, et même par des saignées d\u2019émigration encore plus dangereuses pour notre survivance.Mais cette natalité continuait néanmoins de nous valoir une population jeune, c\u2019est-à-dire une population oà la répartition par groupes d\u2019âge comportait proportionnellement plus de jeunes et moins de vieillards que dans le groupe majoritaire qui avait une moins abondante natalité.Dans ces conditions, du moment que les migrations s'arrêtent, notre groupe qui compte relativement plus de jeunes et qui garde des traditions de bonne natalité, voit bientôt ses effectifs augmenter plus vite que ceux des autres éléments ethniques du Canada.C\u2019est ce qui est arrivé depuis 1930, alors que la crise avait en même temps fermé notre frontière à l\u2019immigration et fermé la frontière des Êtats-hnis à l\u2019émigration canadienne-française.La Grande Guerre II, par le haut niveau d\u2019em-ploiment qu\u2019elle a provoqué, a suscité dans tous les groupes du Canada une augmentation de la natalité NOTRE BILAN DEMOGRAPHIQUE de 1940 à 1947 128 L ACTION NATIONALE m Tfopt-OlOONOOCt'OSrHCO'ti^N S t£* m\"* rf'*\t\u201e*uî «-3 £ H S Tt< £ s CO 5 00 CO 05 CO O CO~ CO l^.CO CO s\" S3 CO s
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