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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars - Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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Références

L'action nationale, 1951-03, Collections de BAnQ.

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[" ACTION nationale André Laurendeau : Deux mots sur l'Action nationale Jean-Marie Nadeau : L'état actuel de la question sociale au Canada français Jean-Marc Léger : Aspects de la Yougoslavie nouvelle Edmond Lemieux : La valeur des langues Rodolphe Laplante : La grande pitié de nos noms géographiques SOCIETE ETRANGERE OU SOCIETE ENNEMIE?par Pierre Vigeant LE MOIS: y a-t-il un cas CITÉ LIBRE ?Littérature et beaux sentiments Cinéma : un art ou un envoûtement ?Entre son père et sa mère.Chronique des malheurs | VOL.XXXVII No 3 \u2014 MARS-AVRIL 1951\t\u2014 MONTRÉAL L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE # Directeur: André LAURENDEAU # L\u2019Action Nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d\u2019action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l\u2019élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.Anatole Vanier, président ; J.-Alphonse Lapointe, secrétaire ; Dominique Beaudin, trésorier ; M.le chanoine Lionel Groulx ; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Mgr Olivier Maurault, P.S.S.; Mgr Albert Tessier ; Arthur Laurendeau, René Chaloult, André Laurendeau, François-Albert Angers, Gérard Filion, Léopold Richer, L.-Atha-nase Fréchette, Jean Drapeau, Guy Frégault, Jacques Perrault, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J., Wheeler Dupont, André Dagenais, Paul-Emile Gingras, Jean-Marc Léger, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Legault.DIRECTION ET ADMINISTRATION 422 est, rue Notre-Dame, Montréal (1), P.Q.Téléphone: MArquette 2837 L'abonnement est de $3.00 par année L'abonnement de soutien : $5.00 LES AMIS DE LA REVUE AUBE, Philippe AVOCAT 152 ott, Notre-Dam.e HA 9877 GAUTHIER, Gérard, O.D.Optometrist* 2104 est, Mont-Royal, Montréal \u2022\tHO 6744 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT 152 fit, Notre-Dame \u2022\tHA 7255\tPAQUIN, Philias PHARMACIEN Angle Boul.Rosemont et Chabot \u2022\tCR 2358 DENIS, Arcadius AVOCAT 44-B, Nord, rut Wellington, #\tTel.1594\tSherbrooke, P.Q.\tSARRAZIN, Arthur PHARMACIEN Sarraoin-Cboquette, \u2022\tMo.tr J.I DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouett, rue St-Jacquëi \u2022\tHA 1536\tCHARBONNEAU, Hélène Officier d\u2019Acadcmie.Auteur d\u2019une biographie sur Emma Lajeunesse ®\t6417, Delorimier \u2014 CA 4637 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.812, Edifice des Tramways, 159 ouëit, rue Craig, Mtl.\u2022\tHA 3797\tMORIN, Louis-Philippe, C.A.Comptable Agréé 97, rue St-Rocb, Québec \u2022\tTél.2-6871 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouett, St-Jacquêt #\tHA 2141\tCARON, Marcel Assurances générales 5117, Boul.Rosemont, Mtl.\u2022\tTU J27J FRÉCHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 ouett, Craig *\tLA >407\tLANGEVIN, J.-H.Courtier en Assurances 937 Hartland, Montréal #\tAT 4810 \u2014 Bur.: HA 7223 MELOCHE, René NOTAIRE 13 00, rue Gilford, Mtl.\u2022\tAM 6679\tLAROCHE, Willie, C.C.S.Assurances générales 477, St-P ran çois-Xavier, ch.510 \u2022 Bur.; HA 0422-Rés.: HA 8064 POULIN, J.-Aimé & Albert ARCHITECTES 71, ProtPect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTEL.1391\tMORIN, Rosaire Assureur-Vie 152 est, Notre-Dame, Mil.MA 5539 LAPORTE, René MEDECIN 947, rue Cherrier \u2022\tMontréal, P.Q.\tPERREAULT, Robert L« Sauvegarde, Aiiurence-Vi.7S50, rut Lafoutaiut, Mtl.HA 7221 I t FOURNIER, Albert Procureur de breveta d\u2019invention 954 est, Ste-Catberlue \u2022\tHA 4548\tSalaison MAISONNEUVE BACON marqua \"MORIN\u201d 1450, De Lasalle \u2022\tCL 4086-7 DUFOUR, W.-A.INDUSTRIEL 6428, rue Delorimler, Mtl.\u2022\tTA 6493\tSANSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 3995, Hocbelaga \u2022\tCL 2839 DESCHÊNES & Fil» Ltée Matériaux de plomberie et chauf.1205 est, Notre-Dame \u2022\tFR 3176-7\tAUG.BRUNETTE.Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, ma Hôtel de Ville \u2022\tPL 1946 LACOMBE, Alban, professeur L\u2019ECHO MUSICAL Disques, musique et instruments #\t1828, boni.Rosemont, CA 5000\tDEL RIO Chaussures Enrg.M.Roger CAISSE 1856 est, Mont-Royal, M//.AM 8626 LATENDRESSE & Fils Enrg FERRONNERIE Machinerie Delta 12057 est, N.-Dame, Pte-aux-Tr.\u2022\tCL 6731, Local 404\tDUST-O-DUST Poudre à balayer 7028, De Laroche, Mtl.#\tRolland Trépanier \u2014 CA 9071 J.-E.PIETTE & FRÈRE Importateurs de thé, café, olives ; et manufacturiers de cigares.\u2022\t4555-61, Drolet, Mtl., HA 6718\tLATULIPPE N.Cravates, écharpes et robes de chambre 4630, rue Iberville, Mtl FA 2533 L\u2019Action Nationale vous offre un grand choix de livres et notamment toutes les éditions les plus récentes.\t \t \u2022 Merci aux AMIS DE LA REVUE qui nous aident autrement que par de bonnes paroles.Merci à tous ceux qui, d\u2019année en année, payent l\u2019abonnement de soutien de $5.00.Leur appui permet à L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019appliquer une vieille devise française : \u201cNous maintiendrons\u201d.L\u2019administration \u2022\t II i QUI EPARGNE GAGNE Ce qui compte, et n'est pas ce que l'on gagne, c'est ce que l'on épargne.Le plus pauvTe n'est pas celui qui gagne le moins, c\u2019est celui qui dépense tout ce qu\u2019il gagne.Des petits dépôts qui se succèdent et s\u2019accumulent constituent une somme importante.Mettes de côté régulièrement une partie de votre salaire ou de vos revenus.Vous en prendrei l'habitude en ouvrant un compte d'épargne à la Banque Canadienne Nationale Actif, plus de $400,000,000 MO bureaux au Canada 66 succursales à Montréal Hommages aux collaborateurs de I'ACT ION NATIONALE i.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE FA.1167\t3605, ONTARIO est, Montréal m Servit \"Il y a de la joie à servir\u201d Paul GUERTIN, Surintendant LANGAGE DE CHIFFRES (31 décembre 1950) Primes\t$ 1,631,267 Réserve\t3,928,313 Actif\t4,715,756 Assurances en vigueur\t67,715,189 ¦\t LA LÀURENTIENNE\t Compagnie d'Assurance\tsur la Via IV es Confitures VILLA \u2022Çe Choix de à Çourmati CONSERVERIE DORION LIMITÉE 1430, ru« Everttt\tMontréal DUPUIS Maison essentiellement canadienne-française depuis sa fondation en 1868 iwnjsirm Montréal Magasin à rayons : 865 est, rue Ste-Catherine, Comptoir Postal : 780, rue Brewster, Succursale magasin pour hommes : Hôtel Windsor.n L\u2019ACTI ON NATIONALE VOL.XXXVII, No3 MONTREAL MARS-AVRIL 1951 Deux mots sur l\u2019Action Nationale Depuis quelques mois, la revue paraissait avec un retard qu\u2019il devient impossible de rattrapa.Alors nous recourons à l\u2019innocent stratagème qui nous a sauvés dans le passé: nous baptisons mars-avril le présent numéro, et nous offrirons en juillet un numéro supplémentaire.Ainsi l\u2019abonné aura son dû et la revue paraîtra à temps.Les motifs du retard ?Notre revue compte exclusivement sur des collaborateurs bénévoles.Ceux-ci s\u2019imposent, par-dessus leurs besognes professionnelles et les œuvres auxquelles ils se donnent, d\u2019examiner pour nous les problèmes du temps présent.Il arrive, que l\u2019un ou l\u2019autre apporte sa copie en retard: quand il s\u2019agit d\u2019une pièce sur laquelle nous comptions, c\u2019est alors tout le numéro qui est en panne.Et comment en blâmer qui que ce soit ?Il n\u2019est pas facile de maintenir une revue au Canada français, pour toutes les raisons que l\u2019on sait, et pour d\u2019autres que seuls les initiés connaissent; il est plus difficile encore de la garder au niveau que l\u2019on rêve.Aussi, faites le compte: pas une seule revue n\u2019a longtemps tenu le coup à part celles qu\u2019une institution soutient: ordre religieux, université, groupe d\u2019enseignement, etc.\u2014 pas une seule, croyons-nous, sauf l'Action Nationale. 172 l\u2019action nationale A combien de naissances et de morts avons-nous assisté depuis 1988, surtout depuis 1917 (si l'histoire de la revue commence avec la fondation de l\u2019ancienne Action Française).Nous avons duré, parfois en retard, parfois plus pauvres que nous ne voudrions, et nous avons la ferme détermination de vivre.J\u2019ajoute que l\u2019une de ces conditions de cette vie, c\u2019est l\u2019autonomie du collaborateur.Nous continuons dans ce numéro de publier le texte des conférences prononcées aux diner s-causeries de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Section Duvernay.La première, qui était du Solliciteur général de la Province, Me Antoine Rivard, a paru en février.On trouvera la seconde dans cette livraison: l\u2019état actuel de la question sociale au Canada français, comme le voit Me Jean-Marie Nadeau.Puis ce sera, en avril, les \u201cdirectives économiques\u201d de M.Esdras Minville.En inaugurant la série des dîners-causeries, le président de la Section Duvernay, le Dr Paid Letondal.a déclaré que, bien entendu, son groupe a laissé liberté entière aux conférenciers; par conséquent il n\u2019est pas engagé par l\u2019opinion de ceux-ci.Est-il nécessaire de signaler que tel est le cas de Z\u2019Action Nationale ?Nos lecteurs connaissent nos vues sur l\u2019aide fédérale à Véducation: nous avons consacré une livraison presque entière à ce sujet en avril dernier.La Ligue d\u2019Action Nationale a présenté à la Commission Massey un mémoire fort net, où elle s\u2019inscrivait en faux contre la tendance du gouvernement central à envahir, sous prétexte de \u201cculture\u201d, un domaine qui n\u2019est pas le sien.De même pour l\u2019enseignement de DEUX MOTS SUR L\u2019ACTION NATIONALE 173 l'anglais: voilà une question sur laquelle nous nous sommes ¦prononcés tant de fois qu\u2019il nous semblerait fastidieux d\u2019y revenir encore.Par contre, nous sommes heureux de constater l\u2019identité de nos vues avec celles qu\u2019a exprimées Me Nadeau sur beaucoup d\u2019autres questions, en particulier sur la politique du Québec en matière de ressources naturelles.Nous nous séparons ainsi de tous les premiers ministres provinciaux et même du premier ministre actuel du Canada depuis certaine déclaration retentissante\u2014, et nous nous maintenons dans la tradition d\u2019Henri Bourassa.Car cette lutte dure depuis longtemps.J\u2019ajoute que d\u2019une manière générale il ne faut pas croire que par la publication d\u2019un article, la revue et à fortiori la Ligue s\u2019engagent nécessairement.Nous défendons une cause, à /\u2019Action Nationale, et nous groupons dans la revue des collaborateurs qui ont foi dans cette cause.Mais dans toute la mesure légitime, nous entendons respecter leur liberté.Nous ne croyons pas que des divergences, la plupart du temps mineures, soient de nature à affaiblir nos positions: les accepter signifie que nous acceptons l\u2019adhésion de personnalités libres, et non de perroquets ou de robots.L\u2019indépendance d\u2019une revue doit s\u2019appuyer sur des convictions librement acceptées, et l\u2019autonomie des personnes.Quand la revue, comme telle, entend s\u2019engager, quand la Ligue veut s\u2019engager, elles le font de telle manière que le lecteur se sait alors devant une attitude collective.C\u2019est la politique de /\u2019Action Nationale depuis qu\u2019elle existe.Nous n\u2019entendons rien y modifier.André Laurendeau Directives Sociales1 L\u2019état actuel de la question sociale au Canada français Ce sujet que l\u2019on m\u2019a demandé d\u2019étudier avec vous \u2014 directives sociales \u2014 me paraît rempli d\u2019embûches et de difficultés de toutes sortes.Son ampleur même constitue un danger précis que je voudrais éviter en prenant, tout de suite, deux fermes résolutions: la première de ne pas poser à notre action nationale des directives trop précises et la seconde, de restreindre le sujet de ma causerie à l\u2019état actuel de la question sociale au Canada français.Le problème social est une résultante d\u2019un ensemble de facteurs et de faits, dont les uns sont politiques, d\u2019autres, économiques et culturels.Il ne peut guère en être autrement.S\u2019il est des misères à soulager dans une grande ville ou dans un pays, si le taux de la mortalité infantile est plus élevé dans une région que dans d\u2019autres, il y a pour expliquer pareil état de choses des causes précises que l\u2019on trouve en cherchant.Ces causes sont des faits politiques, économiques et sociaux, 1.Conférence prononcée le 26 février 1951, au Cercle Universitaire, sous les auspices de la Section Duvemay de la Société St-Jean-Baptiste, lors du second d\u2019une série de quatre dîners-causeries, dont le thème général est \u201cdirectives nationales\u201d. l\u2019état actuel de la question sociale 175 tous étroitement liés les uns aux autres et qui exercent les uns sur les autres des influences réciproques.Prenons, à titre d\u2019exemple, un problème social, celui de la délinquence juvénile et voyons quelles en sont les causes profondes.Est-ce la méchanceté innée des enfants?Certainement pas; les enfants ne sont pas foncièrement méchants.C\u2019est d\u2019ordinaire l\u2019entourage de l\u2019enfant, le milieu dans lequel il vit qui nous expliqueront le mieux les causes de sa délinquence.L\u2019exiguïté du foyer dans certaines familles nombreuses, l\u2019insalubrité, la promiscuité, l\u2019absence de terrains de jeux, la prolifération des restaurants du coin et des grills, le cinéma, les lectures déformantes, la pauvreté, tout cela nous explique pourquoi des enfants deviennent des criminels précoces.Est-ce en punissant l\u2019enfant que l\u2019on arrachera la racine du mal?Non pas! C\u2019est en supprimant les causes du mal.Et si nous n\u2019allons pas aux causes du mal, nous ne cesserons jamais de bâtir des prisons d\u2019enfants de plus en plus grandes.Intensifions notre politique de construction de logements salubres, organisons des cités ouvrières, donnons à nos enfants des terrains de jeux, de l\u2019air, de la lumière, de l\u2019espace et nous remplacerons le policier d\u2019enfants par le moniteur d\u2019enfants.Ce sera beaucoup mieux et plus rassurant pour l\u2019avenir des nôtres.Voyons un autre exemple de l\u2019interdépendance des faits économiques et sociaux.Les statistiques du chômage sont proportionnellement plus élevées dans notre province que dans l\u2019Ontario.Pourquoi ?Notre population est pourtant moins forte que dans la province voisine.Il y a une réponse bien simple 176 l\u2019action NATIONAL» à ce problème qui, à première vue, apparaît inexplicable.C\u2019est d\u2019abord qu\u2019ici, dans la province de Québec, nous avons une proportion plus forte qu\u2019en Ontario de main-d\u2019œuvre non spécialisée et il arrive que c\u2019est précisément dans ce secteur de l\u2019embauchage que le chômage sévit le plus durement.Ensuite, la province de Québec est, de toutes les provinces canadiennes, celle qui a la plus grosse proportion de main-d\u2019œuvre jeune et généralement moins bien préparée aux tâches de la spécialisation des techniques industrielles modernes.Enfin, les industries d\u2019appareillage et d\u2019outillage mécanique, d\u2019électricité, de transformations industrielles, de matières premières, de radar, de caoutchouc synthétique sont plus fortement concentrées dans l\u2019Ontario, compte tenu du rapport qui existe entre les populations respectives des deux provinces.La situation du travailleur du Québec est d\u2019autant plus gênante qu\u2019ici les salaires sont moins élevés que, par exemple, dans l\u2019Ontario.En outre, la région de Montréal a la distinction d\u2019avoir le coût de la vie le plus haut du Canada.L\u2019inflation a donc, chez nous, des répercussions plus désastreuses qu\u2019ailleurs.Elle constitue un problème économique qui a de graves répercussions sociales.Posons-nous d\u2019autres questions.Comment se fait-il, par exemple que l\u2019Ontario ait, de 1941 à 1944, reçu chez elle 55,000 immigrants canadiens des autres provinces cependant que la province de Québec perdait 11,000 âmes qui émigraient ailleurs dans les autres provinces?L\u2019attrait des hauts salaires payés en Ontario et dans la Colombie britannique et l\u2019insuffisance de grosses industries 1 la Yougoslavie nouvelle se veut une démocratie populaire.Dans quelle mesure cette prétention s\u2019avère-t-elle fondée ?Pour apporter à cette question au moins des éléments de réponse, tentons un rapide examen du double point de vue de l\u2019égalité et de la liberté, des principales transformations opérées par le régime.Certes, un séjour de quelques semaines dans le pays n\u2019autorise pas à prononcer sur l\u2019aventure révolutionnaire qui s\u2019y joue des affirmations qui aient le caractère de verdict sans appel.Du moins, cette brève incursion, surtout lorsqu\u2019elle a été entreprise au sein d\u2019une brigade de jeunes travailleurs, permet-elle de réunir assez d\u2019éléments d\u2019enquête pour dégager quelques impressions maîtresses.Il s\u2019agit, est-il besoin de le souligner, de constatations qui ne postulent aucun jugement de valeur.Egalité ?Indéniablement, l\u2019effort entrepris en ce sens par le régime a porté.Égalité sociale, d\u2019abord.Les classes traditionnellement dominantes, noblesse et haute bourgeoisie, ont, à toutes fins pratiques, disparu.Le régime ne reconnaît plus qu\u2019une seule classe, l\u2019ancien prolétariat, devenu, théoriquement du moins, maître de l\u2019État, classe unique dont tous les membres ont les mêmes droits et sont sujets à d\u2019identiques devoirs.Sans doute, les plaintes sont-elles assez nombreuses contre les privilèges parfois considérables reconnus à l\u2019armée et à certains hauts-fonctionnaires, dérogation justifiable selon les chefs du régime mais où d\u2019aucuns veulent voir l\u2019origine de ASPECTS DE LA YOUGOSLAVIE NOUVELLE 191 classes nouvelles.A côté de ces faits, cependant, il est des résultats acquis pour témoigner de la réalité de l\u2019effort d\u2019égalité sociale.Je pense ici à la transformation de beaucoup d\u2019hôtels particuliers en lieux de vacances pour la classe ouvrière.Les syndicats des grandes entreprises possèdent pour la plupart de ces maisons de repos: nous en avons vu même sur cette côte dalmate qui est un peu à la Yougoslavie ce que la côte d\u2019Azur est à la France.Egalité sociale, encore affirmée par le rôle important, mieux, prédominant joué au sein de l\u2019État par les syndicats ouvriers et les groupes collectifs de paysans.Se voulant fidèle au mot d\u2019ordre marxiste: \u201cles usines aux ouvriers, la terre aux paysans,\u201d le régime titiste s\u2019efforce de confier aux masses une part considérable dans la direction de l\u2019économie du pays.C\u2019est là, du moins, la prétention officielle.Et s\u2019il ne nous fut pas donné au cours d\u2019un trop bref séjour de la vérifier pleinement, du moins quelques contacts avec des ouvriers et paysans nous ont permis, dans une certaine mesure, de faire le point.Si la part réelle du monde ouvrier dans la direction de l\u2019économie apparaît encore assez imprécise, cependant il est vrai, d\u2019une part, qu\u2019au sein de chaque usine il existe un conseil ouvrier élu, et, d\u2019autre part, que la direction même des fermes collectives procède d\u2019une élection.Qu\u2019en est-il maintenant de ce que l\u2019on pourrait appeler l\u2019égalité économique ?Elle a été atteinte dans une mesure apparemment très large.Atteinte, diront certains, d\u2019une manière rigide et en vertu d\u2019une sorte de nivellement des conditions par le bas.Que l\u2019on ait procédé avec rigueur, c\u2019est indéniable.L\u2019étatisation 192 l\u2019aCtion nationale est maintenant un fait accompli du haut en bas de l\u2019édifice économique, depuis la puissante usine de métallurgie jusqu\u2019à la simple boutique du coiffeur.Rationnement général, double contrôle des prix et des salaires, étatisation complète, voilà les facteurs de l\u2019égalité économique atteinte en Yougoslavie, effort pour supprimer l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme.Et si l\u2019on veut bien considérer que ce dernier caractère représente la tare essentielle du régime capitaliste, il faut bien convenir que nous sommes en face de la plus heureuse réalisation du gouvernement Tito.Plusieurs diront que si le niveau de vie est vraiment égal partout, il s\u2019agit d\u2019une égalité dans la misère.Mettons plutôt égalité dans la pauvreté.Il apparaît toutefois que si certains secteurs de la population sont dans un état inférieur à celui d\u2019avant-guerre, le niveau de vie moyen des classes populaires accuse une certaine augmentation.$ Ces progrès accomplis par le régime l\u2019ont été, il est vrai, au prix du sacrifice temporaire de certaines valeurs considérées chez nous, avec raison, comme essentielles.J\u2019entends une certaine mesure de liberté d\u2019expression, surtout dans le domaine politique.Ici, il faut reconnaître carrément que, pour l\u2019heure, un seul parti a droit de cité, le parti communiste yougoslave, qui, par l\u2019intermédiaire de ses chefs au gouvernement dispose de toute la presse, de toute la radio, en somme de tous les éléments d\u2019information.La liberté de critique et d\u2019expression reste acquise mais sur un plan strictement privé.Pour justifier ASPECTS DE LA YOUGOSLAVIE NOUVELLE 193 ce comportement les chefs du régime disposent d\u2019arguments qui ne sont pas tous fallacieux, tel celui qui souligne la difficulté d\u2019une révolution de cette envergure, que la reconnaissance' de la liberté politique au sens occidental rendrait peut-être impossible.Quant à la liberté du culte, nous avons pu constater qu\u2019elle est, dans une large mesure, respectée.Églises ouvertes, offices nombreux, libre circulation dans les rues et places publiques des membres du clergé revêtus du costume traditionnel, rien à la vérité qui soit l\u2019indice d\u2019une persécution quelconque.Il n\u2019existe pas moins, nous ont assuré les catholiques, un effort considérable auprès de la jeunesse en vue de l\u2019attacher au régime mais qui aboutit, en fin de compte, à l\u2019éloigner de cette Église dont on ne lui parle jamais.D\u2019ailleurs, aux divers offices religieux auxquels il nous fut donné d\u2019assister, nous avons rarement vu de jeunes gens.Égalité économico-sociale assez prononcée, liberté politique presque inexistante.A côté de ces premiers aspects, il en est de nombreux autres à retenir, qu\u2019il faudrait ici au moins mentionner.La véritable fièvre de construction, d\u2019une part, qui anime tout le pays et fait vraiment surgir un peu partout, usines, écoles, hôpitaux.Effort pénible, d\u2019ailleurs et d\u2019autant plus admirable qu\u2019il se poursuit en dépit d\u2019une pénurie extraordinaire de machines et de matériaux, d\u2019un blocus complet de la part des satellites du Kremlin et d\u2019une collaboration encore très réservée des pays de l\u2019Ouest.La propagande, d\u2019autre part, qui joue à plein, avec des moyens que d\u2019autres États ont, à des époques récentes, assez largement exploités.Et ici se pose la question de la popularité réelle du maré- 164 l\u2019action nationale chai Tito et de la mesure de l\u2019adhésion qu\u2019il suscite.Cette adhésion varie selon l\u2019âge.Chez les gens de cinquante ans et plus, la ferveur à l\u2019endroit du régime apparaît très mitigée; chez les gens d\u2019âge moyen une légère majorité s\u2019est ralliée avec un enthousiasme d\u2019ailleurs variable.C\u2019est, comme il fallait s\u2019y attendre, la jeunesse qui constitue le meilleur soutien du régime et celui-ci lui accorde, il faut bien le reconnaître, de nombreux avantages de tous ordres.Cette ferveur particulière de la grande majorité de la jeunesse, nous avons pu l\u2019éprouver durant notre séjour.L\u2019attachement au chef n\u2019est cependant pas chez elle uniquement fonction de la propagande.A entendre les étudiants yougoslaves, au retour d\u2019une journée de dur labeur, chanter avec une ardeur singulière les louanges du maréchal, nous connaissions déjà un peu la mesure de leur attachement à Tito.Je les revois encore dansant le kolo, sorte de farandole nationale, et répétant sur un vieux thème lyrique, d\u2019ailleurs presque envoûtant: \u201cSache le Komin-form, que Tito est l\u2019élu du peuple.Camarade Tito, toute la jeunesse t\u2019aime\u201d.Le spectacle de ces jeunes, à la fois étudiants et ouvriers, criant avec une telle ferveur leur foi dans le chef, avait quelque chose qui suscitait tout ensemble l\u2019émotion et la réflexion.Singulière aventure que celle de la démocratie titiste.Démocratie égalitaire qui construit un communisme indépendant, elle refuse jusqu\u2019à maintenant, et semble-t-il pour un long temps encore, de se A8PBCTS DE I,A YOUGOSLAVIE NOUVELLE 195 laisser annexer à l\u2019un ou l\u2019autre des Titans contemporains.Certes, l\u2019on comprend la satisfaction avec laquelle les pays d\u2019Occident ont enregistré cette rupture au sein du monde marxiste.N\u2019y aurait-il pas toutefois quelque mesquinerie à ne voir que l\u2019aspect tactique d\u2019une situation qui recouvre un double drame de la foi et de la fidélité, un refus de dissocier les impératifs de la révolution sociale des exigences de l\u2019indépendance nationale ?Les libéraux orthodoxes seraient bien mal venus, d\u2019ailleurs, d\u2019oublier que dans cette querelle de famille la fidélité à l\u2019option marxiste n\u2019entre nullement en ligne de compte.Et si la rupture, qui a trouvé son origine dans un désaccord de caractère strictement pratique, pourrait-on dire, a eu depuis des prolongements jusque dans l\u2019ordre même de la doctrine, c\u2019est dans le sens d\u2019un raidissement, plutôt que d\u2019un adoucissement.Qu\u2019on ne s\u2019y trompe pas.A la vérité ce que tentent d\u2019édifier ces théoriciens qui sont en même temps des chefs du gouvernement, (Edouard Kardjel, Mocha Pijade, etc.) c\u2019est un marxisme humaniste.Beaucoup certes resteront pour le moins sceptiques sur les chances de succès de l\u2019entreprise.Et l\u2019on voit assez mal en effet comment, à moins de renoncer délibérément à certains des thèmes fondamentaux de Marx, il y ait chance d\u2019aboutir à quelque chose qui ne soit pas une forme quelconque de totalitarisme plus ou moins déguisé.Convenons du moins que, même si elle commande le scepticisme, l\u2019entreprise a sa noblesse.Quels en seront les résultats tangibles ?Il serait pour le moins hasardeux de vouloir dès à présent le pronostiquer.Ce qu\u2019il nous est en tout cas possible d\u2019affirmer, c\u2019est que si la Yougoslavie 1% l\u2019action nationale a définitivement rompu les ponts avec le stalinisme, aucun indice ne nous autorise à affirmer qu\u2019elle s\u2019apprête à rejoindre les chemins du libéralisme occidental.Non pas entre ces deux options mais au-delà, la Yougoslavie nouvelle entend trouver sa propre voie.Jean-Marc Léger.Vient de paraître : KNIGHTS OF COLUMBUS 2ece daftt led ~ (Z&evatierà de (Z-aCand* ?par PIERRE VIGEANT 25c l\u2019ex., $2.50 la dz.et $18.00 le cent L\u2019ACTION NATIONALE 422 est, rue NOTRE-DAME, MONTRÉAL MArquette 2837 La valeur des langues Il reste toujours des gens chez nous pour croire que notre désir de conserver la langue française en terre anglo-saxonne relève en définitive davantage de l\u2019ordre des sentiments \u2014 parfois même de l'ordre des expédients politiques \u2014 que de l\u2019ordre de la raison ou des considérations pratiques.Il s\u2019agit de conserver un héritage dont on vante la beauté et la valeur.Mais les termes des discours de circonstance sur le sujet ne nous fournissent pas souvent des explications qui satisfassent vraiment la raison, sinon quant à la beauté de la langue française \u2014 assez facile à déceler \u2014 du moins quant à sa valeur.Beaucoup de ceux qui parlent de la langue ont plus le pressentiment d\u2019une valeur réelle qu\u2019une conscience nette et précise de son existence.C\u2019est pourquoi, si ancien qu\u2019il soit, il nous a paru intéressant de verser au dossier le texte suivant.Il est d\u2019un linguiste professionnel du XIXe siècle, le sulpicien F.Vigouroux.Il se tient aussi loin qu\u2019on puisse imaginer des raisons sentimentales que nous pouvons avoir d\u2019aimer le français.Il ne 198 l\u2019action nationals parle même pas du français, il établit une comparaison entre la langue grecque et le dialecte araméen qui a été la langue de Jésus.Mais pour expliquer ce qu\u2019il voulait démontrer relativement à certaines études bibliques, l\u2019auteur avait ce qui suit à dire relativement au rôle et à la valeur des langues dans la formation de l\u2019homme et du citoyen.(Dans Le Nouveau Testament et les découvertes archéologiques modernes, ch.II).L\u2019influence qu\u2019exerce une langue sur ceux qui la.parlent, en particulier sur la formation de l\u2019enfant et sur le développement de son intelligence, est très considérable.Nous nous en apercevons à peine, parce que cette œuvre si féconde s\u2019opère d\u2019une façon presque inconsciente, mais il n\u2019en est pas moins vrai que celui qui vient au monde dans un pays dont le langage a été perfectionné par le travail de nombreuses générations de littéraires et de savants, naît dans une véritable opulence intellectuelle, comme l\u2019enfant qui jouit de tous les avantages des richesses parce qu\u2019il a reçu le jour de parents fortunés.Tout idiome est un trésor dans lequel les siècles passés ont déposé, avec plus ou moins d\u2019abondance, ce qu\u2019ils ont recueilli de plus précieux, le fruit de l\u2019expérience, des observations et des découvertes de toutes les générations qui l\u2019ont formé.Le vocabulaire d\u2019une langue est ainsi une véritable encyclopédie qui contient tout entière la science du peuple qui la parle.Chacune des choses qu il sait a un nom, et ce nom a sa place dans son dictionnaire.Celui qui connaîtrait à fond ce dictionnaire aurait donc la connaissance de tout ce que sait la grande famille dont il est membre.Personne n\u2019arrive à cette connaissance intégrale et parfaite, mais pour les mieux doués comme pour les moins favorisés, la langue n\u2019en est pas LA VALEURS DBS LANGUES 199 moins un instrument merveilleux qui, surtout lorsque la grammaire est riche de formes et permet de rendre toutes les nuances de la pensée, leur donne une foule d\u2019idées qu\u2019ils n\u2019auraient jamais eues d\u2019une manière claire et précise, sans les mots qui en sont l\u2019expression et le signe, de sorte que la somme moyenne des connaissances est, proportionnellement beaucoup plus grande chez un peuple qui parle une langue élaborée par un long travail que chez celui qui n'a à son service qu\u2019une langue inculte ou seulement moins travaillée.Pour apprécier l\u2019état intellectuel d\u2019un peuple, il suffit d\u2019étudier sa langue.Si elle a des termes spéciaux pour exprimer telle ou telle science, on peut en conclure sûrement que cette science a été cultivée par ceux qui la parlent, comme nous savons qu\u2019ils ont connu les animaux ou les végétaux pour lesquels ils ont des noms particuliers, les métiers ou les arts qui sont énumérés dans leur dictionnaire.Passant ensuite à son parallèle, l\u2019auteur montre que la langue grecque et la langue araméenne différaient radicalement l\u2019une de l\u2019autre, notamment par leur syntaxe, la phrase hellénique étant \u201cune phrase savante, une espèce d\u2019œuvre d\u2019architecture\u201d, tandis que la phrase juive se présente selon une syntaxe qui \u201cest presque celle d\u2019un enfant\u201d.L\u2019hébreu, nous dit-il, \u201cest un instrument admirable dans les mains d\u2019un poète, parce que tous ses mots sont colorés et font image, mais il est relativement pauvre (.) surtout comparé à la langue des Hellènes.(.) C\u2019est, continue-t-il plus loin, que (les Juifs) ne possédaient pas cet esprit subtil et pénétrant qui a fait la gloire de la Grèce.(.) Les Socrate, les Platon, les Aristote (.) ont considéré l\u2019homme, pour ainsi dire sous toutes ses faces, ils 300 l\u2019action national* l\u2019ont comme retourné dans tous les sens et envisagé sous tous les aspects, etc., etc.\u201d, et ils ont dû pour cela bâtir une langue appropriée à rendre ces subtilités.Or notons ici que s\u2019il serait manifestement faux de prétendre établir un parallèle aussi rigoureux entre le français et l\u2019anglais quant à leur richesse respective, il n\u2019en reste pas moins que les linguistes modernes en diront l\u2019équivalent, avec une question de degré, en faveur du français par rapport à l\u2019anglais.Certes la langue anglaise n\u2019est pas inculte, mais c\u2019est évidemment une langue plus simple, moins travaillée que le français.Aujourd\u2019hui, elle a suffisamment emprunté au vocabulaire français pour apparaître aussi riche de ce point de vue, mais ses formes syntaxiques n\u2019ont pas la souplesse voulue pour lui faire rendre tout ce qu\u2019il peut donner en français.On l\u2019a également dit, la langue anglaise est par excellence la langue du poète; elle est moins langue de spéculation parce que les Anglais, comme les Juifs, sont plus portés à considérer les choses sous leurs apparences extérieures, pratiques, qu\u2019à subtiliser à leur sujet.La civilisation des esprits subtils et fins, dans l\u2019ère moderne, a été par excellence la civilisation française.Les conséquences se tirent d\u2019elles-mêmes.Et l\u2019abbé Vigouroux va les tirer pour nous d\u2019ailleurs.Cela revient à dire que nous disposons, par la seule vertu de notre langue, de connaissances innées que nous n\u2019aurions pas ou pas aussi bien par l\u2019anglais.C\u2019est que \u201cle service éminent que rendent à leurs LA VALEUR DES LANGUES 201 semblables les génies (subtils) .devient le patrimoine commun (.).Les trésors qu\u2019ils ont découverts appartiennent désormais à tous (.) Ils forment une des parties les plus précieuses de la civilisation, ils entrent si l\u2019on peut dire dans la consommation journalière; chacun en bénéficie comme (.) tous bénéficient de la découverte de la vapeur et de l\u2019électricité.\u201d Aussi, ce qu\u2019ignoraient, avant les philosophes grecs, les savants eux-mêmes, est devenu vulgaire et est connu maintenant des enfants qui, de bonne heure, recueillent leur part de cet inépuisable héritage.Un élève de nos écoles sait nommer la raison et la conscience, et il sait clairement ce que les noms expriment tandis que le sage Salomon ignorait les noms de ces facultés de notre âme.Ce n\u2019est que peu à peu que ces progrès s\u2019accomplissent et que ces richesses entrent dans le domaine public.Mais un moment arrive où elles sont, la propriété de tous, grâce au langage qui féconde les intelligences (.), toutes les intelligences, sans jamais tarir ni diminuer.A mesure qu\u2019on apprend les mots, on apprend aussi les choses dont ils sont le signe; l\u2019enfant amasse ainsi comme en se jouant et sans s\u2019en douter un trésor de connaissances qui est d\u2019autant plus vaste et plus précieux que la langue qu\u2019on lui enseigne est elle-même plus riche; il acquiert des notions scientifiques et philosophiques avant même de savoir ce qu\u2019est la philosophie et la science, et, dès les premières années, son esprit commence â s\u2019ouvrir aux idées psychologiques et métaphysiques, parce qu\u2019il apprend des 202 l\u2019aciion nationalk mots exprimant ces idées d'une manière nette et précise.Et sur ce dernier point, on notera que la supériorité du français sur l\u2019anglais est d\u2019autant plus nette que l\u2019anglais usuel n\u2019utilise relativement que très peu les mots \u201csavants\u201d, empruntés au français, ceux qui ont le plus une connotation philosophique.L\u2019anglais basique est, en effet, d\u2019origine saxonne, et fondé sur des mots très primitifs (onomatopée et autres sons et grognements du genre); il n\u2019a pas eu, comme le français, l\u2019avantage de dériver d\u2019une langue qui avait déjà accaparé toute la science du monde grec et du monde romain.Les mots empruntés ensuite aux langues romanes y font par suite davantage l\u2019effet de mots spéciaux, à l\u2019usage d\u2019une élite, au point que l\u2019anglo-saxon décèlera assez facilement l\u2019anglais d\u2019un francophone \u2014 même si ce dernier a un accent parfait \u2014 à ce qu\u2019il utilisera plus naturellement les mots anglais de descendance française, plutôt que les mots du fonds saxon qui font toujours un meilleur anglais: Be calm\\ par exemple, au lieu de Be quietl etc., etc.Et ces mots romans dans l\u2019anglo-saxon ne peuvent y être mis en œuvre qu\u2019en des formes syntaxiques floues, qui expliquent pourquoi le français est toujours resté la langue par excellence de la diplomatie en dépit de la supériorité anglo-saxonne.Notre langue constitue donc pour nous un trésor.Non seulement sentimental, mais pratique.Le genre de trésor qui assure la supériorité dans les échanges intellectuels et qui arrache souvent à l\u2019Anglais, incapable de suivre le Français dans la LA VALEUR M38 LANGUES 203 finesse de ses raisonnements et méfiant devant son aptitude à concevoir clairement les problèmes, l\u2019expression: Too clever to be truel Oui! le français est vraiment la langue de l\u2019intelligence.Edmond Lemieux 1.\tQu\u2019est-ce qu\u2019un \"Chevalier de Colomb ?2.\tLes \"Chevaliers de Colomb\u201d dans la réserve québécoise.3.\tSociété étrangère ou Société ennemie ?Trois questions auxquelles Pierre VI-GEANT a déjà répondu dans l\u2019Action Nationale, en trois articles.Ceux-ci viennent d\u2019être groupés dans une jolie brochure : KNIGHTS OF COLUMBUS qui se vend 2 5c l\u2019ex.\u2014 $2.50 la dz.\u2014 $18.00 le cent à L'ACTION NATIONALE 422 est, rue NOTRE-DAME, MONTRÉAL MArquette 2837 La grande pitié de nos noms géographiques \u201cAu Québec français, un esprit français\u201d, lançait il y a quelques années la jeune Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste du Québec.Ce mot d\u2019ordre toujours d\u2019actualité, a été complété notamment dans le diocèse de Québec par \u201cAu Québec français, un visage et un esprit français\u201d.Est-il rien de plus triste que de constater les noms si souvent insignifiants dont sont affublés nos rues dans les villes, maintes de nos paroisses et de nombreux comtés?C\u2019est Olivar Asselin, croyons-nous, qui déclarait un jour qu\u2019il doutait pour sa part qu\u2019il y eût au ciel un saint Adrien de Ham et une Notre-Dame de Ham.D\u2019aucuns, poussés par un zèle patriotique, par un souci de mettre du français là où il en manque, ont tenté, mais sans prudence, de changer des noms de villes ou de rues ayant des droits bien acquis.Frédéric Pelletier, un jour, dans Le Devoir, nous a expliqué que notre souci du bilinguisme nous a fait traduire la rue Mountain quand, à l\u2019origine, il s\u2019agissait de perpétuer la mémoire d\u2019un Mountain.De tels exemples sont cependant rares.A Montréal, LA GRANDE PITIÉ DE NOS NOMS GÉOGRAPHIQUES 205 que de rues Gilford, Fulford, Greene! A Québec, que de rues Aberdeen, Fraser, Saunders qui rappellent.rien ou à peu près.Songer à changer tout cela serait provoquer inutilement nos compatriotes de langue anglaise, faire surgir des défenseurs de ces noms.On doit y aller avec beaucoup de circonspection.On doit y aller avec logique.Trop longtemps, par exemple, le nom de Spencerwood a été le vocable sous lequel on a désigné la résidence des lieutenants-gouverneurs de la province de Québec.Les sociétés nationales, la Société Historique de Québec, un compatriote tenace, monsieur Clément Dussault, de Québec, un solliciteur général courageux et un gouvernement compréhensif nous ont donné \u201cBois de Coulonge\u201d, et ce n\u2019est pas une mince victoire.L\u2019Abitibi est remarquable par les noms de ses cantons ou municipalités qui rappellent les noms des officiers d\u2019anciens régiments français.Pourquoi cependant tient-on tant à ajouter le nom patronymique au nom du cadre civil ?Il est bien évident qu\u2019il faut un patron à la paroisse mais est-il bien nécessaire de multiplier les Sainte-Anne de tel endroit, les Sainte-Claire de tel autre, les Saint-Jean-Baptiste?Par exemple, si nous songeons à Clermont, belle petite paroisse du comté de Charlevoix, est-il bien nécessaire de compliquer l\u2019index postal en faisant précéder le nom de cette paroisse du nom d\u2019un patronyme ?Nous citons Clermont pour ne pas viser un endroit en particulier et parce que là, on a la sagesse de désigner cette paroisse sous ce nom de Clermont sans plus, et le catholicisme robuste des résidents de Clermont n\u2019est pas mis en 206 l\u2019action nationale doute pour autant.Tentez donc de compter combien nous avons de paroisses sous le nom de Sainte-Anne, de Sainte-Claire, de Saint-Albert, de Saint-Paul.Je n\u2019en ai pas, bien entendu, contre le patronyme, contre le vocable du saint ou de la sainte invoqué, mais pourquoi faire précéder chacun des beaux noms français de nos localités d\u2019un nom de saint ou de sainte ?Outre que cette pratique crée une confusion dans l\u2019esprit de nos gens, des employés des postes, des compagnies de chemin de fer, une telle manie poussée trop loin frise le ridicule.Nous savons notamment qu\u2019une jeune fille, ayant à effectuer un voyage d\u2019affaire à Sainte-Angèle de tel endroit, aboutit à Sainte-Angèle situé dans un comté de l\u2019autre rive du fleuve Saint-Laurent.Et nous n\u2019avons encore rien dit de Saint-Albert de Warwick, de Sainte-Clothilde de Horton, de Saint-Nazaire d\u2019Acton, de Saint-Honoré de Shenley.Outre qu\u2019en certains cas et, encore une fois, en procédant avec circonspection et délicatesse, ces noms de paroisses ou de cantons anglais pourraient être changés, il n\u2019y a pas lieu de les accoler au nom de la sainte ou du saint protecteur de la paroisse.Nous parlons surtout pour les paroisses nouvelles car il vaut mieux, avant de travailler à refranciser les noms de nos paroisses ou leur donner des appellations logiques, nous occuper des nouveaux cantons ou des nouvelles paroisses qui se créent continuellement.Changer indûment de vieux vocables établis peut amener des complications.Ainsi n\u2019avons-nous pas assisté récemment aux tentatives de certains pour changer le nom d\u2019une ville du Québec, totalement LA GRANDE PITIÉ DE NOS NOMS GÉOGRAPHIQUES 207 française dans sa population, mais qui est désignée par un nom anglais?Nous préférerions bien entendu que cette ville porte un nom français plutôt que celui dont elle est affublée; mais tenter de changer cela entraînerait, vu l\u2019importance de la ville, la modification de sa charte, des déboursés pour la ville, pour les compagnies qui y font affaires, pour tous les citoyens qui y résident, et une confusion qui persisterait longtemps.Il nous semble cependant que pour donner au Québec le visage de son âme, pour donner des noms logiques à nos paroisses, pour faire cesser le ridicule de certains noms anglais accolés à des noms de saints, il y aurait lieu de garder le nom tel quel sans le nom patronymique; ou encore quand le nom du saint n\u2019est pas trop souvent répété dans la Province, d\u2019en désigner officiellement la localité.Tout cela devra se faire avec pondération et mesure mais tout de même un effort devrait être tenté pour que dans la Province, il n\u2019y ait pas vingt Sainte-Anne, vingt Saint-Jean-Baptiste apparaissant aux guides postaux.Rien n\u2019est beau, plus plaisant à l\u2019oreille que les vocables qui désignent les paroisses ou les hameaux de la Gaspésie.Ces noms résonnent comme un chant: Val d\u2019Espoir, Cap Chat, Des Landes, Tourelle, L\u2019Anse au Beau-Fils.Il y a aussi de bien beaux noms dans des comtés anglais ou autrefois anglais: Bois-Francs, Messines, Montcerf.Il faudrait cependant faire disparaître en Gaspésie et ailleurs les \u201cCove\u201d qui surabondent et qui sont une insulte au visage français du Québec.Ces quelques réflexions livrées en vrac n\u2019exposent pas toute la situation mais l\u2019illustrent assez, semble-t-il, pour bien établir que nous pourrions multiplier 208 l\u2019actioh national® en notre province les vocables comme ceux de la Gaspésie ou encore ceux des Iles de la Madeleine: Grande Entrée, Havre Aubert, Pointe au Loup.Crabtree Mills doit-il demeurer?Et qui se plaindrait de sa disparition?Nous avons hâte pour notre part d\u2019aller au ciel pour y rencontrer saint Elie d\u2019Orford et sainte Catherine de Hatley.Nous ne savons pas si ces saints sont au martyrologe de l\u2019Eglise mais il nous faudra expliquer, en arrivant à saint Pierre, que nous avons bien invoqué ces saints et qu\u2019ils méritent d\u2019être placés au nombre des élus car depuis lontemps nous leur imposons le martyre du ridicule.Shawinigan devrait garder son nom indien mais ce devrait être Shawinigan-les-Chutes comme le vocable Thetford-les-Mines a été imposé au pays de Québec par un prêtre intelligent et patriote, aujourd\u2019hui curé de Boischatel.Nous ne savons pas quelle est la meilleure manière de procéder.Nous lançons ces réflexions pour ce qu\u2019elles valent et heureux serons-nous de connaître la réaction du public à ce sujet.Nous savons bien que la province de Québec a gardé son âme française mais nous voudrions aussi qu\u2019elle ait, dans les noms de ses paroisses, de ses villages et de ses villes, le visage de son âme.L\u2019heure ne serait-elle pas arrivée qu\u2019un organisme qualifié s\u2019occupât de préserver, sous le rapport des noms géographiques, le \u201cvisage français du Québec français\u201d ?Un tel travail s\u2019ajouterait merveilleusement à celui que poursuit monsieur Paul Gouin pour refranciser dans le domaine du tourisme.Rodolphe Laplante \u201cKnights of Columbus\u201d Société étrangère on société ennemie?Les \u201cChevaliers de Colomb\u201d de la province de Québec, avons-nous vu, observent une politique de neutralité du point de vue national, du point de vue français, en dépit de professions de vague patriotisme canadien.Ils tiennent à se présenter simplement comme des \u201cgentilshommes catholiques\u201d selon l\u2019expression importée d\u2019outre-frontière et plus ou moins heureusement traduite.En va-t-il de même des Knights of Columbus des autres provinces du Canada ou des États-Unis ?Les Irlandais qui ont fondé la société et qui continuent de la contrôler, oublient-ils leurs origines et négligent-ils les intérêts de leur groupe ethnique ?Au début, les fondateurs de la mutuelle-vie de New-Haven se proposaient de sauvegarder les intérêts des Irlandais catholiques en butte à l\u2019hostilité de la majorité protestante.Cette politique de protection des Irlandais aurait-elle dégénéré en politique d\u2019agression contre les Français d\u2019Amérique?Le but principal des Knights of Columbxis serait-il devenu l\u2019assimilation, l\u2019anglicisation des nôtres tant dans les provinces anglaises du Canada qu\u2019en Nouvelle-Angleterre ?L\u2019accusation, souvent reprise depuis, a été formulée il y a déjà quarante ans par un journaliste qui 210 l\u2019action nationals avait fait une partie de sa carrière en Nouvelle-Angleterre.Il ne faut pas oublier que la fondation des Knights of Columbus a coïncidé avec l\u2019arrivée des immigrants québécois qui sont les ancêtres des Franco-Américains d\u2019aujourd\u2019hui et que New-Haven, berceau et siège social de l\u2019Ordre, se trouve en N ouvelle-Angleterre.\u201cPersonne n\u2019ignore, écrivait en 1910 J.-L.-K.Laflamme,1 la part active prise contre nous par les Chevaliers politiciens qui, en dehors de la province de Québec, donnent le signal de toutes les agressions dirigées contre nos prérogatives nationales.Et remarquons bien que nous ne leur attribuons aucun rôle qu\u2019ils n\u2019aient eux-mêmes réclamé ou qu\u2019ils n\u2019aient, sans protester, reçu de leurs amis.Nous nous en tenons à l\u2019éloquence vengeresse des faits.\u201cNous avons parlé de la mission assimilatrice de l\u2019Ordre des Knights of Columbus, mais jamais en termes plus précis que ceux employés par un de leurs amis les plus ardents, M.l\u2019abbé Cassidy, chancelier du diocèse de Fall-River, Massachusetts, lorsqu\u2019il disait: \u201cL\u2019Église ne saurait mieux démontrer sa puissance qu\u2019en fusionnant toutes les races qui viennent se fixer dans ce pays.Le moyen le plus sûr d\u2019atteindre ce but, c\u2019est faire partie de la société des Knights of Columbus qui n\u2019est ni portugaise, ni française ni italienne, mais américaine et dont la devise est: Fellowship to God and fellowship to man\u201d (Discours prononcé à Fall-River, Massachusetts, dans un banquet de Knights of Columbus le 25 avril 1906 et cité par Y Avenir national de Manchester).1.Revue Franco-Américaine, Québec, tome V, p.299. SOCIÉTÉ ÉTRANGÈRE OU SOCIÉTÉ ENNEMIE ?211 \u201cIl faudrait un long article pour énumérer les cas particuliers qui donnent à la déclaration de M.l\u2019abbé Cassidy une éclatante confirmation, pour faire la liste des groupes qui accomplissent sourdement l\u2019œuvre que l\u2019organisation générale dont ils se réclament n\u2019entreprendrait pas, mais qu\u2019elle se garde bien de répudier\u201d.Que vaut l\u2019accusation?Pour établir hors de tout doute que la politique officielle des Knights of Columbus est essentiellement assimilatrice et anti-française, il faudrait qu\u2019une formidable imprudence ou indiscrétion nous apporte un document ou un discours public qui le proclame ou du moins l\u2019admette.S\u2019il est vrai que la société se propose d\u2019angliciser graduellement les Français d\u2019Amérique, on conçoit facilement que ce serait là le secret le plus jalousement gardé de cette société secrète.Les accusateurs des Knights of Columbus, qui se recrutent généralement parmi les vétérans des luttes françaises en dehors du Québec, ne pouvaient donc invoquer que les manifestations d\u2019hostilité de la part de conseils ou de membres de la société et des confidences qui devaient presque toujours demeurer unanimes.La société peut toujours répudier les actes de ses dirigeants locaux, même si elle les a inspirés et secrètement encouragés.Il reste d\u2019ailleurs possible que ces attaques contre nos minorités françaises s\u2019expliquent simplement par les réflexes irlandais des dirigeants locaux de la société.Le moins que l\u2019on puisse dire, cependant, c\u2019est que la neutralité nationale que l\u2019on observe dans le Québec est loin d\u2019être respectée ailleurs. 212 l\u2019action NATIONALE En Nouvelle-Angleterre, la situation est tranchée.Ce n\u2019est pas une simple concurrence, sur le plan de l\u2019assurance mutuelle ou de l\u2019action sociale, qui se livre entre les Knights of Columbus et les sociétés françaises, mais une lutte sourde et implacable, une lutte de tous les instants et sur tous les terrains.\u201cLe danger qui nous vient de ce côté, écrivait encore en 1910 Laflamme qui connaissait bien le milieu,1 est d\u2019autant plus grand qu\u2019en recrutant contre nos institutions françaises tout ce qu\u2019il y a d\u2019Irlandais remuants et ambitieux dans le pays, il nous a valu, en outre, les attentions non moins pernicieuses de leurs congénères de la Nouvelle-Angleterre occupés, là-bas comme ici, à détruire des œuvres et des institutions-sœurs des nôtres\u201d.Et il ajoutait un peu plus loin: \u201cLes Chevaliers de Colomb sont les mêmes à Québec qu\u2019à New-York.Quand ils se proclament \u201cla plus grande société catholique du continent\u201d, ils ne font d\u2019exception pour personne.Quand ils subventionnent l\u2019Université catholique de Washington ou le Collège américain à Rome, ils ne parlent pas de l\u2019appoint considérable qui leur vient de la très catholique et très française province de Québec.Leur œuvre est l\u2019œuvre catholique irlandaise.Et tout ce que nous obtenons en retour de notre générosité \u2014 nous devrions dire de notre aveuglement \u2014 c\u2019est d\u2019entendre le cardinal Gibbons proclamer que la race irlandaise a tout simplement catholicisé l\u2019Amérique.Les autres ne comptent pas\u201d.2 1.\tId., p.294.2.\tId., p.295. SOCIÉTÉ ÉTRANGÈRE OU SOCIÉTÉ ENNEMIE ?213 Quinze ou vingt ans plus tard, au temps de mon enfance et de ma première jeunesse qui se sont écoulées en Nouvelle-Angleterre, les Franco-Américains considéraient les Knights of Columbus comme leurs ennemis jurés.C\u2019était un fait admis qui ne se discutait même pas.Un compatriote qui s\u2019enrégimentait dans la société irlandaise était classé comme un traître et le recrutement colombien était nul dans les centres français bien organisés.Les Franco-Améri-cains n\u2019ont jamais pu comprendre pourquoi leurs frères de la province de Québec donnaient ainsi la main à leurs \u201cpires ennemis\u201d et leur fournissaient des armes pour les combattre et les angliciser.Les sentiments des Franco-Américains se sont-ils modifiés en ces dernières années?J\u2019ai tout lieu de croire que non.Je me suis laissé dire qu\u2019il avait été question au Comité permanent de la Survivance française, à un moment où la caisse était vide, de recevoir un don des Chevaliers de Colomb de la province de Québec.Le geste s\u2019inspirait sans doute de motifs très louables.Le Comité permanent n\u2019en aurait pas moins refusé le don par sentiment de fierté après avoir entendu les protestations indignées des délégués franco-américains.La lutte scolaire ontarienne aurait dû éclairer les \u201cChevaliers de Colomb\u201d de la province de Québec sur les véritables sentiments de leurs associés irlandais.Le chef du mouvement pour faire interdire l\u2019enseignement du français dans les écoles bilingues d\u2019Ontario, l\u2019inspirateur de l\u2019odieux Règlement XVII fut Mgr Michael Fallon, premier aumônier d\u2019État des Knights of Columbus du Canada, plus tard aumônier d\u2019État de l\u2019Ontario et évêque de London où 214 l\u2019action nationale il se fit un devoir de combattre par tous les moyens l'influence française1.Ce furent des membres de l\u2019Ordre qui obtinrent en 1914 l\u2019injonction Mackell qui enlevait tout pouvoir d\u2019emprunt à la commission des écoles séparées d\u2019Ottawa et obligeait les enfants catholiques à fréquenter des écoles condamnées par les autorités médicales2 3.L\u2019hostilité des Knights of Columbus au cours de la lutte scolaire ontarienne avait été tellement évidente que l\u2019un des chefs de cette résistance épique, le sénateur Philippe Landry, pouvait remercier l\u2019archevêque d\u2019Ottawa de défendre \u201ccontre les loups de l\u2019orangisme et le fanatisme des loges colombiennes les agneaux confiés à sa garde\u201d*.Quelques années plus tard, il se produisit toute une série d\u2019événements qui vinrent compromettre l\u2019expansion et l\u2019existence même des Knights of Columbus dans la province de Québec.M.Georges Boivin, député de Shefford à la Chambre des Communes et représentant du Canada au Conseil suprême de New-Haven, déclarait à une convention des Knights of Columbus tenue à Ottawa même en présence de Mgr Fallon: \u201cLes Chevaliers de Colomb ont favorisé de meilleures relations entre le Québec et l\u2019Ontario et, sous ce rapport, parlant en ma qualité de Canadien français, je dois dire que les Canadiens anglais ont fait preuve de plus de largeur 1.\tLettre du sénateur Philippe Landry à Mgr l\u2019archevêque d\u2019Ottawa, remise à tous les journaux le 30 mai 1917.2.\tCharles Gautier, le Droit, 13 novembre 1923.3.\tLettre ouverte du sénateur Philippe Landry, le Droit, 5 juin 1917. SOCIÉTÉ ÉTRANGÈRE OU SOCIÉTÉ ENNEMIS ?\t215 d\u2019esprit que les Canadiens français\u201d.1 Cette suprême insulte à la minorité persécutée d\u2019Ontario ne manqua pas d\u2019être relevée un peu partout.Elle créa de la commotion même dans les milieux colombiens de langue française et M.Boivin se vit contraint de fournir de laborieuses explications un mois plus tard dans une lettre adressée au secrétaire du Conseil d\u2019État de Québec.Vers le même temps, les commissaires d\u2019écoles anglais de Pembroke, tous membres des Knights of Columbus \u2014 il faut dire que leurs deux frères canadiens-français étaient dissidents \u2014 interdisaient l\u2019enseignement du français dans les écoles séparées.C\u2019est alors que se fonda l\u2019école française libre qui devait immortaliser les noms de Jeanne Lajoie et d\u2019Alfred Longpré et pour laquelle on recueillit un peu partout des souscriptions dans le Québec2.Des \u201cChevaliers de Colomb\u201d se laissèrent emporter par le mouvement.Le Conseil Québec numéro 446 adopta une résolution d\u2019encouragement aux Franco-Ontariens de Pembroke, dont nous détachons le passage suivant: \u201cC\u2019est pourquoi ce Conseil, inspiré par une fraternité colombienne faite de l\u2019amour de la religion catholique, qui est esprit de justice et de charité, et faite aussi du respect loyal et intégral pour la langue, les traditions et la mentalité de chaque race qui compose notre Association, demande respectueusement, mais d\u2019une façon pressante, aux Conseils et aux confrères colombiens qui le peuvent de favoriser de leur influence le règlement équitable des 1.\tCharles Gautier, le Droit, 7 juin 1923.2.\tCharles Gautier, le Droit, 13 novembre 1923. 216 l\u2019action nationale difficultés dont ils pourront avoir connaissance\u201d.1 De leur côté, les membres du Conseil Drummond numéro 2174 de Drummond ville adoptaient une résolution qui disait entre autres choses: \u201cNous inspirant de la fraternité colombienne et du profond respect que nous devons à notre religion et à notre nationalité, nous répudions l\u2019attitude oppressive prise par quelques membres de notre Ordre vénéré à l\u2019égard des besoins scolaires français dans l\u2019Ontario; joignant notre demande à celle des autres conseils de la province de Québec, qui ont déjà pris et prendront une attitude semblable, nous prions instamment notre Conseil d\u2019État d\u2019appuyer avec énergie les justes revendications de nos congénères ontariens\u201d.2 Il ne semble pas que la direction suprême de l\u2019\u201cOrdre vénéré\u201d ait tenu compte de ces protestations et censuré les membres qui avaient manqué à la \u201cfraternité colombienne\u201d.Les événements de la lutte scolaire ontarienne sont aujourd\u2019hui un peu tombés dans l\u2019oubli, les conflits entre Irlandais et Français d\u2019Amérique ont été moins violents au cours du dernier quart de siècle et les Knights oj Columbus en ont profité pour intensifier leur recrutement et accroître leurs effectifs dans la province de Québec.Il se trouve cependant des \u201cChevaliers\u201d qui soupçonnent une mainmise occulte des Irlandais sur la société.Ils répètent que les Knights oj Columbus comportent un cinquième degré \u2014 Y Alhambra \u2014 qui serait réservé aux seuls Irlandais ou tout au moins aux membres qu\u2019ils jugent absolument sûrs.La rumeur a pris tellement d\u2019ampleur dans les milieux 1.\tCharles Gaulior, le Droit, 13 novembre 1923.2.\tLe Devoir, 31 mai 1924. société Étrangère ou société ennemie ?217 colombiens français que le Conseil d\u2019État du Québec a jugé à propos de solliciter du Chevalier suprême une mise au point qui a été publiée en 1948.La déclaration se lit comme suit: Pour jaire suite à votre demande d\u2019injorma-tion, je dois vous dire que VOrdre de l\u2019Alhambra n\u2019a aucune accointance avec les Chevaliers de Colomb.Je suis injormé que les membres de cette société sont Chevaliers de Colomb.C\u2019est une organisation sociale et je crois savoir qu\u2019elle tient des réunions et des congrès à des dates déterminées.Je n\u2019en jais pas partie et n\u2019en possède aucun renseignement précis.Je me suis laissé dire qu\u2019on pouvait la comparer aux \u201cShriners oj the Masons\u201d.Soyez injormé qu\u2019il n\u2019y a pas de cinquième degré chez les Chevaliers de Colomb.Il n\u2019y a que quatre degrés dans l\u2019Ordre.L\u2019article 119 de la constitution déclare, \u201cau quatrième degré ou degrés supérieurs,\u201d mais il n\u2019y a pas de degrés supérieurs au quatrième degré.Il y a quelques années, il jut étudié au Bureau des Directeurs, la jormation et Vorganisation d\u2019un degré supérieur, mais il n\u2019y eut que discussion et rien de plus.J\u2019espère que ces renseignements seront à la satisjaction de tous.Sincèrement vôtre,\tJohn E.Swift, Chevalier Suprême1 Comme on le voit, la mise au point du Chevalier suprême ne vide aucunement la question.Il confirme 1, La Gazette des Chevaliers de Colomb de la province de Québec, juillet 1948 218 h ACTION NATIONAL l'existence de VAlhambra et le fait qu\u2019il se compose de Knights oj Columbus.Il nie simplement que VAlhambra constitue le cinquième degré des Knights oj Columbus.De sa déclaration, il faut simplement conclure que Y Alhambra est juridiquement indépendant des Knights of Columbus.Cela ne veut pas dire que cette société exclusive ne contrôle pas par le noyautage la société beaucoup plus nombreuse des Knights of Columbus, qu\u2019elle n\u2019en constitue pas une sorte de cinquième degré, moralement sinon juridiquement.Quoi qu\u2019il en soit, les Irlandais contrôlent déjà parfaitement, comme nous l\u2019avons vu, l\u2019Ordre des Knights of Columbus tel qu\u2019il se présente au public avec ses conseils ouverts aux membres des quatre degrés et ses assemblées réservées aux membres du 4e degré.L\u2019Alhambra ne représenterait qu\u2019un moyen de contrôle supplémentaire et occulte.Parmi les choses mystérieuses dont on parle à voix basse dans les milieux colombiens, outre Y Alhambra, il y a l\u2019Oratorio.Qu\u2019est-ce que cet Oratorio qui se trouve à Rome et non pas à New-Haven ?Ce n\u2019est pas un sanctuaire comme on pourrait peut-être le croire, c\u2019est le centre d\u2019une œuvre considérable de terrains de jeu destinés à la jeunesse romaine.Le Conseil suprême des Knights of Columbus ne soutient aucune œuvre de loisirs organisés dans les grands centres urbains des États-Unis ou du Canada.L\u2019actif des terrains de jeux qu\u2019il a aménagés à Rome s\u2019élève par contre à près d\u2019un million et demi de dollars.1 1.Annual Report of Supreme Secretary, Knights of Columbus, 1948, p.27. SOCIÉTÉ ÉTRANGÈRE OIT SOCIÉTÉ ENNEMIE ?219 Tous les pèlerins qui vont à Rome peuvent visiter l\u2019Oratorio di San Pietro qui est situé sur la Via Teu-tonica près du palais du Saint-Office.C\u2019est un édifice imposant qui loge une chapelle, une salle de théâtre, des gymnases, des salles de jeu, des ateliers d\u2019artisanat pour garçons et fillettes.Un personnel considérable, religieux et laïque, s\u2019y consacre à diriger les loisirs des enfants des paroisses du quartier même du Vatican.Outre l\u2019Oratorio di San Pietro, les Knights of Columbus maintiennent quatre autres terrains de jeux dans les divers quartiers de Rome aux adresses suivantes: 139 Via Aurelia \u2014 88 Via di Sabelli \u2014 Valle Giulia Lungolin \u2014 81 Flaminio.Chacun de ces terrains de jeux possède son immeuble où l\u2019on trouve un gymnase, des douches, etc.Cette œuvre accomplit beaucoup de bien en facilitant l\u2019apostolat du clergé romain auprès de la jeunesse.Elle pourrait accomplir du bien dans n\u2019importe quelle grande ville de l\u2019Amérique du Nord.Organisée au centre même de la chrétienté, elle ne peut manquer de servir le prestige de l\u2019Ordre et de lui attirer la considération et la reconnaissance des cardinaux et autres dignitaires ecclésiastiques qui l\u2019ont constamment sous les yeux.Les Knights of Columbus maintiennent en outre à Rome un secrétariat permanent où ils reçoivent leurs membres de passage et peuvent à l\u2019occasion accueillir tout ce que la Cité du Vatican compte de prélats éminents et de fonctionnaires importants.Le propriétaire de l\u2019immeuble qui loge ce secrétariat \u2014 89 Via Vittorio Venetto \u2014 est d\u2019ailleurs le comte Enrico Pietro Galeazzi, ingénieur en chef au Vatican, l'action nationale 220 qui a accepté la présidence de l\u2019œuvre des terrains de jeux.A qui profite cette représentation à Rome ?Aux Irlandais qui contrôlent les Knights of Columbus ou aux \u201cChevaliers de Colomb\u201d du Québec qui défraient leur part du coût?Il ne faut pas être surpris si les œuvres religieuses et sociales des Irlando-Américains ont été pendant longtemps mieux connues à Rome que les réalisations sociales et missionnaires des Français d\u2019Amérique.Les Knights of Columbus sont pour nous une société étrangère \u2014 parce que ses dirigeants sont d\u2019une autre origine et parlent une autre langue et que son siège social ainsi que l\u2019immense majorité de ses membres se trouvent dans un autre pays.Est-ce une société ennemie ?Même si l\u2019on prétend écarter les actes d\u2019hostilité du passé comme de simples frictions entre membres d\u2019origines diverses, on ne saurait soutenir qu\u2019elle ait jamais manifesté de sympathie particulière envers les Français d\u2019Amérique ni la moindre attention à ménager leurs légitimes susceptibilités, même depuis que le Conseil d\u2019État du Québec est devenu l\u2019un des plus importants de l\u2019Ordre.Si les \u201cChevaliers de Colomb\u201d ne sont pas traités en ennemis au sein des Knights of Columbus, ils sont au moins traités en parents pauvres.Ils sont nombreux ceux de nos gens qui ne se sont pas sentis chez eux dans les rangs de cette mutuelle-vie iriando-américaine.C\u2019est tellement vrai que les \u201cChevaliers de Colomb\u201d perdent des milliers de membres chaque année. SOCIÉTÉ ÉTRANGÈRE OO SOCIÉTÉ ENNEMIE ?221 Les Canadiens français n\u2019ont aucune bonne raison de se faire initier chez les Knights of Columbus et ils ont de multiples raisons de décliner l\u2019invitation.Tous les avantages qu\u2019on leur offre, ils peuvent les trouver dans nos propres sociétés françaises s\u2019ils veulent y mettre la même énergie et cela sans avoir à payer un tribut à l\u2019étranger, sans avoir à réclamer le respect de leur langue et sans avoir à se demander s\u2019ils ne font pas inconsciemment le jeu d\u2019un autre groupe ethnique.Qu\u2019arriverait-il si les Canadiens français ne s\u2019organisaient plus qu\u2019en filiales de sociétés ou de clubs anglo-canadiens ou américains ?Ils perdraient la direction de leur vie sociale, après avoir laissé échapper, déjà, la direction de leur vie économique.Ce serait un humiliant aveu d\u2019impuissance.Non, aucun motif sérieux ne nous oblige à disperser nos forces dans une société à tout le moins équivoque.Des intérêts élevés nous commandent au contraire la plus solide cohésion.Nous voulons être des collaborateurs.Sur aucun plan nous n\u2019acceptons de devenir des satellites.Pierre Vigeant Les trois articles de Pierre Vigeant : KNIGHTS OF COLUMBUS viennent d\u2019être édités dans une élégante brochure qui se vend : 25c l\u2019ex., $2.50 la dz.et $18.00 le cent à L\u2019ACTION NATIONALE 42 2 est, NOTRE-DAME, MONTRÉAL \u2014 MA 28 3 7 LE MOIS: Y a-t-il un cas CITE LIBRE?par ANDRÉ LAURENDEAU Cité libre est une revue nouvelle, publiée au Canada français depuis juin dernier; elle paraît quatre fois l\u2019an et vient de donner sa deuxième livraison.L\u2019équipe de la revue est constituée par Maurice Blain, Réginald Boisvert, Guy Cormier, Jean-Paul Geoffroy, Pierre Juneau, Gérard Pelletier, Roger Rolland et Pierre-Elliott Trudeau.Le premier numéro affirmait des tendances spirituelles et sociales encore assez vagues, et intentait au nationalisme canadien-français un procès fort superficiel (sauf quelques pages plus aiguës de P.-E.Trudeau).Le second nous apporte des documents plus significatifs.I Qu\u2019est-ce qui justifie une revue d\u2019exister?La présence d\u2019un accent inédit, d\u2019une réflexion qui serait refusée ailleurs ou y paraîtrait désassortie, d\u2019une expérience nouvelle et valable.Reprenez de ce point de vue le sommaire du second numéro.Pierre Juneau réfléchit avec compétence et sérieux sur le cinéma contemporain et ses LB MOIS 223 conditions d\u2019existence au Canada français.Jean Lemoyne apporte sur La jeunesse de l\u2019homme un texte dense, difficile, abrupt comme un chapitre coupé du livre qui lui donnerait ses perspectives.Robert Elie plaide en faveur d\u2019un art sacré authentique, comme la Revue Dominicaine, Y Action nationale et d\u2019autres revues l\u2019ont déjà fait.Après un effort très net pour ruiner les bases traditionnelles de l\u2019autonomie provinciale au Canada, Pierre-Elliott Trudeau annonce, comme un magicien, qu\u2019il va illico en construire de nouvelles; il les pose en effet avec assez de rigueur, mais n\u2019apporte rien d\u2019original.Ainsi de la revue des livres.Je ne fais pas la moue.A divers titres, ces exposés ont de l\u2019intérêt; leur liberté d\u2019allure est assez rare au Canada français; mais je pourrais nommer deux ou trois périodiques où ils se seraient sentis chez eux presque autant qu\u2019à Cité libre.II Le sommaire n\u2019est pas épuisé.Il reste les pages de Gérard Pelletier où \u201cCité libre\" confesse ses intentions, une Lettre à mes amis de François Hertel suivie d\u2019un interview imaginaire par Roger Rolland, et les brûlantes réflexions que suggèrent au même Roger Rolland les Projections libérantes du peintre Paul-Emile Borduas.Soit en tout environ le quart de la revue.C\u2019est dans cette douzaine de pages qu\u2019il faut chercher sa raison d\u2019être.Pourtant je vais opérer encore une soustraction.Je me tairai sur la lettre de François Hertel et l\u2019interview imaginaire.Mon ami le p.Marie-Joseph 224 l\u2019action NATIONAL» d\u2019Anjou, s.j., les a commentés dans un article à Relations (mars) que je discuterai plus loin ; il voulait dissiper le malaise causé par la lecture de ces deux textes; or il le prolonge, et cette mésaventure invite à la discrétion.Hertel, Rolland et le p.d\u2019Anjou, ils ont tous l\u2019air d\u2019hommes meurtris; dans leurs témoignages, on n\u2019arrive pas à séparer ce qui est amitié déchirée de ce qui est pensée.Je ne les aborderai donc pas directement; peut-être le souvenir m\u2019en restera-t-il, cependant, pour éclairer le reste.1 Mais il faut revenir à l\u2019article de Pierre-Elliott Trudeau et dissiper une équivoque malheureuse.A la fin de son exposé, Trudeau passe de l\u2019autonomie politique à l\u2019autonomie personnelle.11 écrit alors ceci, qui garde par rapport à l\u2019ensemble une magnifique autonomie incongrue: \u201cIl n\u2019y a pas de droit divin des premiers ministres, pas plus que des évêques: ils n\u2019ont d\u2019autorité que si nous le voulons bien\u2019\u20192.Le p.d\u2019Anjou convoque contre ces deux lignes l\u2019Évangile, saint Paul, tous les papes et tous les théologiens; n\u2019est-ce pas leur faire beaucoup d\u2019honneur?Croira-t-on un seul instant que Trudeau rejette, comme il paraît le faire, l\u2019autorité du magistère ecclésiastique?Trudeau se serait déclaré protestant, comme cela, à la fin d\u2019un article sur l\u2019autonomie provinciale, négligemment et follement ?Père d\u2019Anjou, quelque chose ne vous a pas averti qu\u2019il y avait maldonne ?Un adversaire pourrait mordre dans cette 1.\tA relever, toutefois, une phrase ambiguë, de Roger Rolland, p.38: \u201cSi bien que, grâce à vous [François Hertel], nous pouvions aller à Lui [Dieu] sans passer par Eux\u201d.Qui, cet Eux pui ne s\u2019explique pas grammaticalement ?2.\tC\u2019est nous qui avons souligné. LB MOI* 225 phrase et ne plus la lâcher; mais vous n\u2019êtes pas un adversaire et vous voulez comprendre.Or il est clair, par tout le contexte, que Trudeau vise les questions temporelles, c\u2019est-à-dire celles où l\u2019Église elle-même ne se reconnaît pas une autorité directe.Il me paraît assez grave de laisser entendre qu\u2019on a compris autre chose: vous justifiez par avance les esprits mesquins qui dénoncent déjà des hérésiarques.N\u2019aurait-il pas mieux valu poser à l\u2019auteur des questions pressantes et exiger des positions doctrinales plus fermes?lui dire: quand on reproche aux autres d\u2019inventer des dogmes là où il n\u2019y en a pas, on ne doit pas faire semblant d\u2019ébranler les dogmes là où il y en a.Mais aller plus loin, monter sur ses grands chevaux, pourfendre un schisme quand on est en face d\u2019un lapsus (inexcusable) ou d\u2019une grave imprécision de termes, il me semble que c\u2019est courtiser le malentendu.En tous cas, c\u2019est peut-être empêcher que se posent clairement des problèmes que Cité libre n\u2019a pas inventés mais qu\u2019elle a pour mission de porter au grand jour.Ou bien je comprends mal les rédacteurs de ce cahier et je les connais plus mal encore, ou bien c\u2019est une société catholique que leurs réflexions mettent en cause, et non l\u2019Église comme telle.Ils jugent le côté humain de notre chrétienté, non le christianisme; c\u2019est même au nom de celui-ci qu\u2019ils examinent celui-là.Route périlleuse, mais non route hérétique.Position que guettent cent tentations parasitaires, inconfortable, et par cela féconde.Jugement possiblement sommaire, mais non pas faux dans son principe.\u2014 D\u2019où vient donc cette facilité à découvrir des ennemis de la foi chez des jeunes qui peuvent l\u2019action nationals 226 assurément se tromper mais n\u2019en sont pas moins, dans leur génération, parmi ceux qui prennent le plus au sérieux les problèmes de la foi, d\u2019insertion du spirituel dans le temporel, d'exigences religieuses sur la vie entière ?Sommes-nous si riches en efforts spirituels?nous permettrons-nous au premier qui proquo de les rejeter dans les ténèbres extérieures ?III Gérard Pelletier confesse les intentions de Cité libre en des pages qui sont loin d\u2019être ses meilleures: il souffre peut-être de s\u2019exprimer au nom d\u2019un groupe et sa pensée perd sa netteté habituelle1.Que dit-il ?\u201cPresque tous [les collaborateurs de l\u2019équipe et la génération qu\u2019ils interprètent ] ont subi au cours de leurs expériences des transformations profondes, dont les plus importantes, sans aucun doute, se situent au niveau de la pensée religieuse.Leur christianisme, souvent traditionnel et implicite, s\u2019est violemment décanté.D\u2019une conscience tranquille, somnolente ou seulement occupée de fautes personnelles, ils sont passés brusquement à un état de veille, de doute, parfois de révolte\u201d.Jusqu\u2019ici, c\u2019est clair, encore que hâtivement synthétisé.La suite fournira des lumières, mais Pelletier cherchera trop souvent un refuge dans les métaphores.Je cite encore: \u201cIls ont compris soudain que 1.Que je retrouve dans sa très belle communication à Carrefours 51 : \u201cLe laïc marié, image de l\u2019union du Christ et de son Kglise.\u2019\u2019 Cf.la revue de l\u2019Ecole îles Parents, livraison de mars. I.E MOIS 227 leur petit monde bucolique craquait de toutes ses solives sous la pression formidable du temps qui change et des pensées hostiles.Ils ont trouvé aussi à l\u2019intérieur de l\u2019Église des forces bouillonnantes, à l'oeuvre contre certains préjugés qu\u2019ils tenaient jusque-là pour certitudes.Puis, entrés dans le mouvement de rénovation, convaincus qu\u2019il fallait parer aux catastrophes imminentes, ils se sont heurté la tête aux vieilles solives à demi pourrissantes mais dures encore suffisamment pour contusionner bien des fronts\u201d.Et cela va ainsi, de solive en solive, par les \u201csentiers neufs\u201d; une génération \u201cse porte d\u2019instinct contre les systèmes acceptés\u201d; puis la révolution \u201ctourne un peu court, en 1950, devant une réaction toute-puissante\u201d.Et l\u2019aveu final: nous sommes \u201ctous des insatisfaits\u201d.L\u2019itinéraire tracé par Pelletier correspond à des chemins vraiment parcourus.Peut-être sont-ils moins neufs qu\u2019il ne pense, mais cela ne change rien au réel.La nouveauté, ce n\u2019est pas le chemin, c\u2019est la carte qu\u2019il en tire et qu\u2019il publie.C\u2019est que des crises jusque là confidentielles trouvent leur route vers l\u2019écrit.Mais que Pelletier se relise, \u2014 je le dis au risque de m\u2019attirer le même conseil \u2014.Ne trouvera-t-il pas que ce style approximatif, où des images un peu faciles ressemblent à des échappatoires, est trop voisin du journalisme ?On demande plus de rigueur à ceux qui veulent opérer un reclassement de valeurs.Plus loin, Pelletier décrira la méthode du groupe dont il fait partie: le plan des articles n\u2019y est accepté que \u201cquand il paraît que l\u2019équipe a dépassé le préjugé pour entrer dans la vision directe et droite qui, seule, 298 l\u2019action national» révèle la nature des choses.\u201d Or ici la vision ne semble pas directe au lecteur de l\u2019extérieur, fût-il fraternel.Attention au \u201cpiège de l\u2019idée générale\u201d, et même de l\u2019idée vague.On voudrait des développements plus complets, un approfondissement plus exigeant.Toutes les générations, au sortir de la première jeunesse, subissent \u201cdes transformations profondes\u201d; et si elles y mettent quelque gravité, les \u201cplus importantes\u201d se situent toujours \u201cau niveau de la pensée religieuse\u201d.Nous avons rencontré les nôtres plus solitairement, ce qui, faute d\u2019un grand courage, les a rendues socialement inefficaces.D\u2019autres, aux yeux de qui Cité Libre c\u2019est déjà \u201cdes vieux\u201d, s\u2019apprêtent à plus d\u2019intransigeance et peut-être à du cynisme déclamatoire.Nous aimerions posséder sur la crise dont parle Pelletier autre chose que des allusions.Il faudrait avoir les yeux singulièrement fermés pour ne pas voir que notre \u201cpetit monde bucolique\u201d est traversé de fortes secousses.Mais comme plusieurs sujets paraissent plus ou moins tabous, vous n\u2019en trouverez d\u2019écho nulle part, ou des échos tellement assourdis qu\u2019on n\u2019y discerne plus rien.Voici trois sujets précis: l\u2019éducation, une juste liberté de pensée, l\u2019action des clercs dans le domaine temporel.Bien des laïcs pensent là-dessus, ou disent dans les salons et les cénacles, des choses tantôt anodines et tantôt graves qu\u2019ils n\u2019oseraient pas signer.Or il ne s\u2019agit là que de trois exemples, la liste des sujets réputés tabous étant presqu\u2019inépuisable.Il en résulte de sérieux malentendus.Encore une fois, ce qui s\u2019écrit dans les journaux ne révèle pas grand-chose de ce qui s\u2019agite au- LE MOIS 229 jourd\u2019hui dans les profondeurs.Sur l\u2019angoisse ou la vacuité religieuses de presque toutes les têtes pensantes, au Canada français laïc, nous ne possédons que peu de documents publics: ou bien ils sont tintamarresques, follement radicaux et formulés par des \u201chors la loi\u201d, ou bien ils sont tellement obliques qu\u2019on ne les reconnaît pas.Cela produit un effet étrange, de se représenter ce qui mijote dans les cervelles, dans les meilleures cervelles, \u2014 ou ce qui ne mijote pas, ce qui est mort et participe à la grande indifférence où nous nous engluons tous un peu \u2014, et en même temps de constater comme ce vaste travail a peu d\u2019échos, recueille l\u2019inattention officielle, se poursuit en quelque sorte sournoisement dans un canton caché du milieu social.Or la clandestinité donne aux sentiments une âpreté agressive.Les oppositions cachées s\u2019exaspèrent, elles se nourrissent d\u2019elles-mêmes, elles dépassent leur propre but.Qu\u2019on se taise par peur et intérêt, elles deviennent poisseuses comme des mains de neurasthénique.Mais voilà que je commence, moi aussi, à me réfugier dans les métaphores.Il est temps d\u2019aborder Roger Rolland.IV Il s\u2019agit des réflexions que suggère à Roger Rolland les Projections libérantes du peintre Paul-Êmile Borduas.Rolland conclut très vite, du cas particulier au général, que \u201cnotre enseignement se meurt.\u2014 Pour la raison très simple qu\u2019il est sans amour\u201d.Il y a, au pharisaïsme, \u201cça et là, quelques 230 l\u2019action nationals merveilleuses exceptions\u201d mais peu nombreuses; \u2018\u2018et la grande majorité de nos institutions crèvent de suffisance et d\u2019incompréhension\u201d.Le lecteur aura trouvé que ce début est raide.Peut-être se rebiffe-t-il déjà.Peut-être se ferme-t-il devant ce qui lui apparaît comme une puérile injustice.Pourtant, s\u2019il veut retirer quelque profit de cette lecture, je le prie instamment de lire avec liberté d\u2019esprit les paragraphes suivants, qui sont autrement durs.Même et surtout s\u2019il n\u2019est pas convaincu, qu\u2019il se pose la question suivante: Comment un esprit honnête en est-il venu à penser cela, et à le penser si fort qu\u2019il ose prendre des risques pour le dire ?Rolland parle donc des institutions d\u2019enseignement.Il éclate: Le catholicisme y est, non pas proposé, non pas enseigné, mais imposé, infligé, asséné.Dieu, cet être tout amour dont on ne saurait s\u2019approcher que dans la liberté de son cœur, est injecté comme un sérum.\u201cMeurs ou crois\u201d: voilà bien où nous en sommes encore.Et celui qui devant le mystère divin hésite quelque peu, tremble, réfléchit, est déclaré coupable de connivence avec Satan.Ce n\u2019est pas la sincérité avec soi-même qui importe, ni la franchise avec Dieu, mais la soumission la plus aveugle devant une religion qui n\u2019est plus qu\u2019un règlement de caserne.\u201cMeurs ou crois!\u201d Le choix n\u2019en est même plus là.Il s\u2019énoncerait maintenant: meurs ou fais semblant de croire, agis comme si tu croyais.Tu ne crois peut-être pas, ta foi n\u2019est peut-être pas certaine, mais conduis-toi comme si elle l\u2019était.Que ta conduite extérieure fasse croire à tous que tu crois.Sinon, ton existence est menacée, ta carrière e6t finie. LB MOIS 231 C\u2019est ainsi que raisonne notre société.Et voilà pourquoi nous ne craignons pas de la qualifier d\u2019ignoble, d\u2019hypocrite, de lâche.Elle est cléricale, mais elle n\u2019est pas catholique.Elle ne sait pas ce que c\u2019est que l\u2019amour, elle déteste la charité (c\u2019est tellement facile et agréable de ne penser qu\u2019à soi \u2014 et de mépriser tous ceux qui ne pensent pas comme soi!) Borduas a décidé de faire la guerre au cléricalisme, c\u2019est-à-dire à l\u2019intolérance, au despotisme et au mensonge.Il trouvera, comme il le dit lui-même, pour l\u2019appuyer dans cette œuvre urgente, \u201cdes centaines d\u2019hommes\u201d qui veulent refaire \u201cune société où il sera possible de circuler sans honte et de penser haut et net\u201d.Mais \u2014 et je m\u2019en voudrais de ne pas faire cette distinction \u2014 ces centaines d\u2019hommes n\u2019associeront pas nécessairement, comme Borduas, cléricalisme et catholicisme.Ils voudront rénover la société, mais en rénovant en même temps la religion, en lui redonnant son feu et sa raison d\u2019être.Borduas croit que le catholicisme est responsable de la faillite sociale.Nous croyons plutôt que la société a faussé le sens du catholicisme, et qu\u2019elle en a perdu la clef évangélique.Et nous croyons que seule la charité intégrale, celle-là même du Christ, pourra venir à bout de la haine et de la détresse universelle.Je plains celui que cette plainte n\u2019aurait pas ému.Car c\u2019est cela d\u2019abord qu\u2019il faut percevoir: une plainte, le reflet d\u2019une angoisse intérieure.Le p.d\u2019Anjou reconnaît là \u201cles remous d\u2019âmes inquiètes\u2019\u2019, dont il explique vite les tourments par \u201cde lointains complexes et.une aveuglante agressivité.\u2019\u2019 C\u2019est trop court.D\u2019abord Rolland exprime la révolte d\u2019un intellectuel, d\u2019un artiste blessé, qui maudirait n\u2019im- 232 l\u2019action nationale porte quel conformisme social et vitupère le mensonge qu\u2019il a la conviction de rencontrer.Il l\u2019écrit pour la première fois, je crois, mais doit le penser depuis longtemps: d\u2019où l\u2019absolu, le ton féroce.Il a certainement rencontré des colères semblables chez Bloy, Maritain, Péguy ou Mounier, ou tant d\u2019autres, et s\u2019en est nourri.Mais beaucoup de chrétiens d\u2019ici y adhéraient quand la distance les protégeait contre ce que ces pensées ont de trop âcre et de trop exigeant: deviennent-elles intolérables quand un Roger Rolland les enracine dans notre terroir et quand il ose lâcher l\u2019un des mots tabous auxquels nous référions plus haut: le mot cléricalisme?Son jugement est global, et pour tout dire, caricatural.Pouvait-il en être autrement ?Quand, ayant porté secrètement une expérience de cette sorte, on s\u2019en décharge, alors ce ne peut être que direct et sommaire.Mais encore une fois, ce n\u2019est pas un jugement pommadé, peigné, frisé, c\u2019est une plainte devant la tiédeur et la contrainte sociale.Rolland pourrait dire, et d\u2019autres avec lui: \u201cj\u2019ai rencontré telles circonstances, j\u2019ai subi tel étouffement, j\u2019ai souffert d\u2019une raréfaction d\u2019air; c\u2019est moi qui manquais d\u2019air, moi qui sentais que je manquais d\u2019air, et nul raisonnement ne me persuadera du contraire.\u201d Seulement, nous touchons du coup la limite de ce texte: à votre expérience, d\u2019autres pourront répondre par la leur, nier avec une égale sincérité que le catholicisme leur ait été \u201cimposé, infligé, asséné\u201d.J\u2019imagine assez bien ce que pourrait riposter un professeur de collège, chargé d\u2019ouvrir au monde religieux quarante ou cinquante garçons, travaillés par la puberté et déjà déformés par un milieu artificiel. LE MOIS 233 Oui, le témoignage est.nécessaire.Mais il serait triste qu\u2019il nous devienne une prison.Il faudra le dépasser.On ne recommence pas sa confession tous les jours.Je comprends très bien, dit Dieu, qu\u2019on fasse son examen de conscience.C\u2019est un excellent service.Mais si c\u2019est que vous voulez ressasser et ruminer la nuit toutes les ingratitudes du jour, Toutes les fièvres et toutes les amertumes dît joui, Et si c\u2019est que vous voulez remâchei la nuit tous vos aigres pêchés du jour, Ët même (interromprai-je ici le Dieu familier de Péguy), et même les aigres péchés des autres, les aigres péchés des frères qui m\u2019ont blessé, Vos fièvres aigres et vos regrets et vos repentirs et vos lemords plus aigies encore.Mais n\u2019allons pas céder, à notre tour, à l\u2019impatience.Cité libre n\u2019en est tout de même qu\u2019à sa deuxième livraison.Ce qu\u2019elle apporte de positif, c\u2019est un commencement de libération: j\u2019entends le passage, pour certaines idées, du monde clandestin au plein jour.V Tentez l\u2019expérience suivante.Lisez le texte de Rolland, non dans les cénacles libertaires ou anarchi-sants, mais devant un groupe de jeunes, disons de 20 à 30 ans, choisis parmi ceux qui réfléchissent et dont la personnalité se dégage.Ils discuteront telle expression, mettront en cause l\u2019absolu de la condamnation, ou au contraire réclameront plus de vitriol.Mais pour une bonne moitié, ils y reconnaîtront leurs 234 l\u2019action nationals sentiments intimes.Ils en éprouveront un choc, une joie.Cela, parmi les meilleures têtes pensantes de notre milieu.Peut-être faudrait-il réfléchir là-dessus avant de se fâcher?Ces jeunes viennent de nos institutions, souvent ils ont donné le meilleur de leur adolescence à des mouvements de jeunesse.Pourtant, sauf cas très rares d\u2019équilibre arraché de haute lutte, vous lirez en eux la même angoisse, vous discernerez les éléments d\u2019une même crise, la même lassitude d\u2019être éternellement traités comme des enfants (ceux qu\u2019on traite en enfants le restent si tard).Le mot le plus profond du p.d\u2019Anjou, le plus humain, celui qui va nous réconcilier, c'est le dernier: \u201cj\u2019ajouterai que, face aux attitudes affichées par certains membres de l\u2019équipe Cité libre, les clercs auraient tort de hausser négligemment les épaules comme s\u2019il n\u2019y avait pas là matière à réflexion, voire occasion de progrès.Au surplus, les commentaires utiles une fois exprimés, il serait injuste de refuser sa sympathie et même son attention à des esprits sincères, mais aigris faute d\u2019avoir été touchés au moment propice, par l\u2019influence d'une paternité (de l\u2019esprit comme de la chair) vraiment adulte et désintéressée\u201d.Le mot \u201caigri\u201d nous paraît faux; mais quant au reste nous retiendrons cet aveu honnête et grave, qu\u2019il serait indécent de trop tirer vers soi.Littérature et beaux sentiments par GILLES MARCOTTE Un connaît bien la boutade d\u2019André Gide: \u201cC\u2019est avec de beaux sentiments qu\u2019on fait de la mauvaise LE MOIS 235 littérature\u201d.Mais on ne la prend guère au sérieux, parce qu\u2019elle vient de Gide, et que Gide et le diable, pour nous, c\u2019est tout pareil.Peut-être sera-t-on plus ébranlé de voir cette même pensée revenir sous la plume de la grande mystique que fut Simone Weil.Voici, dans La Pesanteur et la Grâce, une petite note qui va loin: \u201cLe mal imaginaire est romantique, varié, le mal réel morne, monotone, désertique, ennuyeux.Le bien imaginaire est ennuyeux; le bien réel est toujours nouveau, merveilleux, enivrant.Donc la \u201clittérature d\u2019imagination\u201d est ou ennuyeuse ou immorale (ou un mélange des deux).Elle n\u2019échappe à cette alternative qu\u2019en passant en quelque sorte du côté de la réalité \u2014 ce que le génie seul peut faire.\u201d Quelques réserves qu\u2019on puisse apporter à ce texte, et elles ne seront pas capitales, il reste que la connivence partout constatée de l\u2019imagination et du mal \u2014 donc de la littérature et du mal \u2014 a quelque chose de profondément troublant.La littérature serait-elle donc inéluctablement, comme ne manquent pas de le penser tous les jansénistes impénitents, œuvre d\u2019iniquité ?Il ne faudrait pas le nier à ¦priori.Car la connivence dont il est question se fonde sur la nature même du mal.Si le mal plaît aussitôt à l\u2019imagination, c\u2019est que le mal s\u2019invente; on le crée, on le triture, on en joue au gré de sa fantaisie.Le mal est même le seul domaine où l\u2019initiative nous soit totalement laissée, où notre liberté joue sans contrainte aucune.Nous l\u2019apprenons du Docteur angélique lui-même: du mal, l\u2019homme est seul auteur, il le crée (si l\u2019on peut parler de création à propos du néant!) de façon absolue.Ah! le beau champ laissé à notre imagination, l\u2019action nationals: 230 et que le mal plaît à notre liberté.Tandis qu\u2019avec le bien, il en va tout différemment.Le bien, c\u2019est ce qui est; le bien, c\u2019est le réel.Vous n\u2019y pouvez rien changer, fondamentalement.C\u2019est un donné.11 faut l\u2019accepter d\u2019abord, se soumettre à tous ses caprices, acquérir lentement la similitude parfaite de mouvement qui permettra de marcher d\u2019un seul pas avec le réel.Claudel nomme cette démarche co-naissance au monde.Mais une fois que sont bien apprises les règles du jeu, l\u2019artiste peut jouer avec le réel de façon toujours nouvelle, merveilleuse et enivrante, exercer une liberté supérieure qui a des prolongements jusque dans l\u2019ineffable Incréé.C\u2019est cela que Simone Weil veut dire, quand elle parle de passer \u201cen quelque sorte du côté de la réalité.\u201d Y faut-il du génie ?Peut-être pas.Mais une profonde expérience du réel, une communion jamais interrompue avec la substance des choses, qui apparaissent en définitive comme une forme plus discrète du génie.Ainsi voit-on que la littérature des beaux sentiment est la plus difficile de toutes, et ne doit-on pas se scandaliser d\u2019y voir tant et de si pénibles échecs.Songeons un moment que l\u2019art dramatique porte la difficulté à son comble \u2014 dénonçant, par le renoncement qu\u2019il impose, les moindres défauts d\u2019être \u2014 et nous comprendrons facilement qu\u2019avec des moyens littéraires fort appréciables, Jean Pellerin et Rina Lasnier aient marqué des échecs partiels en voulant faire revivre sur la scène deux saints canadiens, Frédéric Janssoone1 et la Mère Marguerite Bour- 1.Le combat des élus, allégorie en trois tableaux et un prologue sur la vie du Père Frédéric, apôtre de Notre-Dame du Cap, par Jean Pellerin.Aux Editions du Nouvelliste, Trois-Rivières. LE MOIS 237 geoys.1 Des deux, l\u2019échec de M.Pellerin est le plus évident, et illustre avec un admirable à-propos ce que nous avons dit des rapports de la littérature et du mal.Il se produit, dans sa pièce, que le diable s\u2019y montre intéressant au plus haut point (je signale son divertissant monologue du début), tandis que le véritable héros, le Père Frédéric, n\u2019a aucun relief, aucune présence.Et le pauvre texte que lui confie l\u2019auteur! \u201cDieu est infiniment miséricordieux.Mon cerveau s\u2019égare malgré moi.\u201d Pas de doute, nous préférons Satan - en scène seulement, rassurez-vous!.Quant à Mlle Lasnier, elle a contourné la difficulté en faisant du Jeu de la Voyagère une sorte d\u2019élévation mystique, un pur acte de foi.Le drame échappe à la terre, et je trouve que c\u2019est une sorte d\u2019échec.Mais nous le retrouvons comme éthéré, purifié (et ça n\u2019est déjà presque plus un drame), à la hauteur d\u2019une poésie mystique qui est des plus riches et des plus denses jamais écrites chez nous.Le lecteur sceptique n\u2019aurait qu\u2019à lire les beaux passages sur l\u2019humilité, la charité et la paix, aux pages 99 et suivantes, pour être aussitôt convaincu d\u2019entreprendre une lecture plus complète.On ne parle pas assez, je le crains, de Rina Lasnier poétesse.Il est vrai que le dernier roman paru nous trouble beaucoup.Nous y viendrons peut-être dans une prochaine chronique.Gilles Marcotte.1.Le Jeu de la Voyagère, par Riaa Lasnier, Aux Editions de la Congrégation de Notre-Dame, Montréal. 238 l\u2019action nationale Cinéma: un art ou un envoûtement?par PIERRE JUNEAU Rares sont les Canadiens français qui ont étudié sur le cinéma, ses lois, ses effets et ses conditions dans notre pays.M.Pierre Juneau est incontestablement de ceux-là.Il donnera désormais à VAction Nationale une chronique régulière, qu\u2019il amorce aujourd\u2019hui par des réflexions liminaires.\u2014 La R.L\u2019intention de cette chronique est d\u2019offrir aux lecteurs, à ceux que l\u2019éducation intéresse en particulier, une occasion de réfléchir sur le problème du cinéma dans le monde moderne.Il pourrait être intéressant que ces pages servent à un dialogue entre les lecteurs et le signataire et entre les lecteurs eux-mêmes.Pour le moment il n\u2019est pas question d\u2019entreprendre ici un travail systématique sur le cinéma, mais de soulever à chaque parution un problème, ou de suggérer quelque solution à des questions qui se posent.Beaucoup de contemporains, et parmi eux des gens très importants comme Georges Duhamel, estiment que le cinéma ne pose qu\u2019un seul problème du fait qu\u2019il existe: comment l\u2019abolir, ou l\u2019empêcher de nuire ?On dit aussi assez souvent que le cinéma dispense de réfléchir, qu\u2019il mène à une sorte de passivité intellectuelle, au lieu de provoquer la pensée et d\u2019enrichir l\u2019esprit.A son sujet les plus sérieux répéteront ce que dit du roman Paul Valéry: \u201cLa poursuite de l\u2019effet immédiat et de l\u2019amusement pressant a éliminé du discours toute recherche de dessin, et de la LB MOIS 339 lecture cette lenteur intense du regard.L\u2019œil, désormais, goûte un crime, une \u201ccatastrophe\u201d, et s\u2019envole.L\u2019intellect se perd dans un nombre d\u2019images qui le ravissent; il se livre aux effets surprenants de l\u2019absence de loi.Si le rêve est pris pour modèle, (ou bien le pur souvenir) la durée, la pensée, le cèdent à l\u2019instant1\u201d.Ces lignes, Valéry ne les appliquait pas au cinéma, pour lequel il a manifesté par ailleurs de l\u2019admiration, mais elles expriment avec bonheur une opinion qui se manifeste souvent à l\u2019égard du cinéma.C\u2019est à ce titre seulement que nous y référons.L\u2019argument en lui-même, et au surplus présenté avec la force et la précision des phrases de Valéry, est très sérieux: la rapidité des images, la primauté de l\u2019instant, le danger du rêve qui devient modèle, la recherche de l\u2019effet rapide, l\u2019œil qui goûte et s\u2019envole, autant de dangers qui se présentent de façon plus violente encore dans le cinéma que dans le roman.Il est vrai, en effet, qu'au cinéma l\u2019intelligence souvent s\u2019endort au rythme des images qui ravissent l\u2019imagination.Et cela au cours des films même les plus médiocres et les moins \u201cravissants\u201d.Au cours d\u2019une séance de ciné-club, j\u2019ai déjà demandé à des étudiants de 16 à 20 ans s\u2019il leur arrivait parfois de s\u2019ennuyer assez devant un film insipide pour avoir le goût de sortir de la salle.Il ne vint aucune réponse négative spontanément, mais un garçon de 18 ans, plus sincère que d\u2019autres, dit tout de suite: \u201cMoi, jamais; même les films les plus \u201cplates\u201d, ça me tient jusqu\u2019au bout.\u201d 1.Variété III, p.11 240 l\u2019action nationale Cette réaction, générale dans les auditoires de cinéma, est encore plus à craindre chez les jeunes, plus dépourvus de défense devant l\u2019écran.Plus que tous les autres spectateurs ils sont menacés d\u2019une dépossession complète de leurs facultés.Cependant n\u2019est-ce pas un peu le même danger que présente le spectacle de la vie réelle ?Combien de gens ne sont-ils pas ravis par l\u2019instant dans lequel ils vivent ?Et n\u2019est-il pas propre aux enfants d\u2019être possédés par l\u2019instant, de se confondre tout entiers avec l\u2019action qui les occupe ?Le cinéma, lui aussi, est réel, lui aussi présente une succession d\u2019instants, comme le roman d\u2019ailleurs, mais avec plus de dimensions encore, c\u2019est-à-dire avec presque toutes les dimensions de la vie réelle et en plus certains moyens pour frapper l\u2019imagination ou diriger l\u2019attention que la vie réelle ne possède pas.Beaucoup plus que la vie réelle, il est susceptible d\u2019aliéner l\u2019individu.Il fascine, il hypnotise du fait qu\u2019il s\u2019adresse aux yeux, aux oreilles, à l\u2019imagination et n\u2019exige pas comme la vie une participation physique globale.Cette participation physique totale dans la vie concrète occasionne des prises de conscience.Le plus grand rêveur rencontre continuellement des circonstances qui lui rappellent qu\u2019il habite un monde brutal, quand ce ne serait que la faim, le froid, ou les contre-coups du tramway.Au cinéma c\u2019est différent.J\u2019assiste aux épisodes les plus violents: je vois dans L\u2019Etemel retour Tristan aux prises avec le Morholt, je participe, je reçois les coups, je les donne, mais comme dans un rêve ou comme hypnotisé, tout mon corps est activé sans que ma volonté participe.Je pleure, je LK MOtft 241 trépigne, je frémis d\u2019angoisse, de terreur ou de dégoût, mais le charme demeure, je ne me sépare pas de mon rêve, rien ne force à prendre conscience de l\u2019événement, de ses rapports avec ma personne et les valeurs qui la sous-tendent.Rien, sauf l\u2019éveil de l\u2019intelligence et la force de la volonté.D\u2019autres arts peuvent aussi présenter des dangers d\u2019évasion.La musique, la poésie, le roman, la peinture même.Ces arts peuvent aussi s\u2019emparer de l\u2019individu au point de le déposséder de certaines de ses facultés et de les diviser de sa conscience.Mais il faut admettre que leur puissance d\u2019envoûtement est beaucoup plus subtile et moins directe que celle du cinéma.Devant eux on rencontrera de l\u2019ennui, de l\u2019indifférence de la part de la majorité des gens et le travail de l\u2019éducation consistera à secouer cette indifférence, à émouvoir la sensibilité pour faire découvrir dans une œuvre qui paraît muette toute la vie dont elle témoigne.Le cinéma lui n\u2019est pas muet, en tous cas ne l\u2019est plus; il parle, il bouge, il apostrophe ses interlocuteurs avec des manières des plus indiscrètes: si vous faites mine de ne pas vous intéresser à ce que va dire Bette Davis, elle s\u2019approchera de vous, elle vous sautera au visage, sa tête ou ses yeux, ou ses mains se grossiront aux proportions démesurées de l\u2019écran et vous obligeront à l\u2019attention; si l\u2019assassinat de Maria Goretti est susceptible de vous laisser indifférents pour une raison ou pour une autre, \u2014 par exemple parce qu\u2019on vous a trop raconté d\u2019histoires du genre, de façon invraisemblable ou mièvre \u2014 la camera vous montrera les spasmes de ses mains serrant son tablier sur ses genoux à chaque 242 l\u2019action nationale coup que frappe le couteau.Ainsi le cinéma s\u2019adresse directement à ses auditeurs; l\u2019éducateur n\u2019aura pas à s\u2019interposer pour les émouvoir et les introduire à la vie de l\u2019art cinématographique.Les spectateurs sont déjà introduits, ils sont entrés dans le rêve de plain pied, l\u2019expression anglaise irait encore mieux: they are swept off their feet.L\u2019éducation ne se préoccupera donc pas d\u2019apathie mais plutôt d\u2019inconscience.La même inconscience, \u2014 qui fait que dans le monde actuel la vie passe aux yeux des gens comme une série d\u2019instants, extérieurs ou intérieurs\u2019, sans relations fondamentales, sans signification et sans direction, \u2014 fait aussi que pour la plupart des gens, des jeunes en particuliers qui sont la très grande majorité des spectateurs de cinéma, le film est une série d\u2019images qui ne provoquent que des palpitations passagères et des attitudes inconscientes.Permettons-nous ici une parenthèse avant de terminer cet article.Il est à remarquer quand même que le cinéma est à l\u2019heure actuelle le seul art où le peuple, en entier, \u201cse retrouve\u201d.Une œuvre d\u2019art ne porte que si on s\u2019y retrouve, si on y communie, s\u2019il y a connaturalité entre le spectateur et les sentiments exprimés.Au cinéma le peuple se retrouve.Au mieux il retrouve ses propres sentiments et ses aspirations, ou au pire, la projection disproportionnée des désirs que lui inspire le monde publicitaire dans lequel il évolue.Souvent des amateurs de cinéma déplorent cette dépendance du cinéma à l\u2019égard de l\u2019opinion publique, dépendance qui tient au coût de la production cinématographique et à la forme hautement industrialisée de cette production. LE MOIS 243 Il y a en effet d\u2019énormes inconvénients à cette situation, sur lesquels on pourra revenir, mais elle présente aussi l\u2019avantage de soumettre le cinéma à une ascèse (que ce terme doit ici se sentir mal à l\u2019aise) qui lui a permis de demeurer le seul art populaire.Sans cette nécessité toute matérielle, le cinéma ne serait peut-être plus depuis longtemps qu\u2019une forme d\u2019art réservée à l\u2019expression des sentiments personnels les plus subtils, ou serait demeuré un article de foire incapable de s\u2019élever au niveau de l\u2019art.Sa condition actuelle exige des artistes, s\u2019ils veulent s\u2019exprimer, qu\u2019ils parlent au peuple.Entre son père et sa mère.par FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Depuis quelque temps, les attitudes de notre premier ministre et de notre ministre aux affaires extérieures, relativement aux questions internationales, nous ont donné quelque satisfaction.Cela réchauffe le cœur, soulève des espoirs, après tant d\u2019années au cours desquelles les nationalistes n\u2019ont eu d\u2019autres ressources que de critiquer vertement tout ce qui se faisait et de soupçonner le pire dans tout ce qui se disait, tellement nos affaires étaient menées sous le double signe de la cautèle et de la maladresse.Au plus grave de la crise coréenne, notre ministre des affaires extérieures s\u2019est décidé à poser des gestes de modération et de paix en s\u2019associant à la politique de l\u2019Inde.Nous avons ensuite assisté à l\u2019intervention de M.Saint-Laurent en vue de faire préciser les ter- l\u2019action national» mes d'une note chinoise que les Américains voulaient absolument, dans leur excitation belliqueuse, considérer comme une fin de non recevoir.Le même M.Saint-Laurent faisait récemment, à notre Chambre des Communes, des déclarations modératrices sur la guerre non déclarée et l\u2019effort à entreprendre pour éviter la guerre, affirmations qui prenaient vraiment figure de réponse aux tentatives américaines d\u2019entraîner le monde occidental dans le point de vue et la politique d\u2019une guerre qui serait déjà commencée.Satisfactions qui ne sont pourtant pas complètes; espoirs qui restent emmêlés de bien des craintes! Ces beaux gestes et ces belles déclarations se développent dans une incohérence qui laisse planer des doutes et qui demande explication.En même temps qu\u2019il s\u2019associe à l\u2019Inde modératrice, M.Pearson, en effet, vitupère les menaces de guerre aux Nations-Unies et nuit ainsi considérablement au rôle de conciliateur qu\u2019il se prépare à assumer et qui lui sera effectivement dévolu par la suite.Après avoir obtenu des explications chinoises qui laissaient la porte ouverte sur une entente honorable, le Canada n\u2019en suit pas moins les États-Unis dans leurs efforts pour faire déclarer la Chine agresseur et mettre en branle tout l\u2019appareil juridique qui rendra l\u2019entente impossible.Et tout en faisant des remontrances voilées aux États-Unis, pour leurs excès guerriers, le gouvernement canadien nous plonge dans un effort de guerre sans précédent pour un petit pays qui se prétend pacifique.L\u2019explication de ces inconséquences est toute simple et n\u2019exige pas que nous mettions en doute la sincérité de nos hommes d\u2019Êtat.Le malheur, c\u2019est qu\u2019il n\u2019existe LE MOIS 245 pas une véritable politique canadienne, cohérente, logique, indépendante.Nos dirigeants politiques restent des serviteurs.Ils sont des serviteurs d\u2019un idéal terie-à-terre quand on songe à la partie qui se joue dans le monde; d\u2019un idéal qui reste impérial, en se compliquant de racisme.Il s\u2019agit en somme de continuer à servir de trait d\u2019union entre les deux branches du monde anglo-saxons \u2014 la branche britannique et la branche américaine \u2014; et de jouer ce rôle en vue d\u2019assurer plus spécialement la survie de l\u2019empire britannique et de satisfaire la coalition d\u2019intérêts qu\u2019il représente.Tout le reste \u2014 même la paix du monde \u2014 est en définitive subordonné à cet idéal dans le comportement de nos gouvernants.Quand il faut, pour le réaliser, parler de guerre et aller en guerre comme ce parut le cas au début de l\u2019affaire coréenne, ils sont tout feu tout flamme pour la guerre et toute la rhétorique de la paix par la guerre n\u2019est que plaidoyer \u201cpour la canaille\u201d.ou chez les plus sincères, une façon de se donner bonne conscience.Si, tout à coup, nos hommes d\u2019État parlent, avec des accents plus sincères, de la modération et de la paix \u2014 ce qui indique au moins qu\u2019ils sont tout de même pacifiques au fond \u2014 c\u2019est que l\u2019unité de l\u2019empire l\u2019a exigé et que le Canada cherche un moyen terme probritannique entre Londres et Washington, au risque alors de déplaire un peu à Washington, mais pas trop, d\u2019où les inconséquences acceptées en vue d\u2019amadouer l\u2019Oncle Sam.La chronologie des événements et des déclarations depuis l\u2019éclatement du conflit coréen révèle fort bien ces faits, dont on se fait d\u2019ailleurs gloire à Ottawa dans des termes choisis! Aussi longtemps que Wash- 246 l\u2019action NATIONAL» ington et Londres ont paru d\u2019accord, notre gouvernement a, officiellement, adhéré à la politique américaine avec l\u2019enthousiasme du mioche heureux de voir l\u2019harmonie régner entre son père et sa mère.Pour le transformer soudain en apôtre de la paix, il a fallu le mot d\u2019ordre de Londres, et la coction d\u2019une conférence qui reste, en dépit des changements de termes, impériale.Il s\u2019est trouvé que, pour une fois, Londres voulait la paix, mue par la triple crainte d\u2019une rupture avec l\u2019Inde (désastre commercial), d\u2019un enlisement asiatique qui livrerait une Europe sans défense aux Russes (désastre politique et militaire) et des fruits matériels de la Guerre Mondiale II et de la guerre de Corée (désastre humain).Pris entre son père et sa mère, le fridolin canadien s\u2019est sentimentalement interposé en faveur de sa mère, non sans continuer à faire quelques concessions à son père! Il y a des chances que le Canada, en tant que as-tellite de Londres plus que de Washington, continue maintenant son jeu de balançoire à tendance pacifique, non toutefois sans nous réserver de mauvaises surprises en raison de la force des pressions américaines.Ainsi, je ne crois pas exacte l\u2019interprétation de ceux qui n\u2019ont voulu voir, dans l\u2019attitude modératrice européenne et britannique, qu\u2019un effort pour s\u2019assurer les armes, les armées et les engagements, faute de pouvoir faire mieux, face aux Russes.La crainte de voir les Américains trop engagés en Asie, c\u2019est-à-dire le point de vue purement stratégique, a certes constitué un élément d\u2019importance dans l\u2019attitude européenne.Mais tous les observateurs UC MOIS 247 qui ont voyagé en Europe, y compris les journalistes américains, sont bien forcés d\u2019apercevoir autre chose: le désir de l\u2019Europe d\u2019éviter la guerre et ses horreurs.De sorte que ce dernier facteur continuera de jouer pour poser un frein aux initiatives américaines même en Europe armée, au moins tant que les générations qui ont connu la guerre auront quelque chose à dire dans sa politique.Même si cette situation doit, par Londres, tendre à rendre notre position moins belliciste, il reste qu\u2019une politique canadienne ainsi établie reste fort peu satisfaisante.Car le Canada peut faire beaucoup mieux dans le monde actuel et dans sa position que de concilier les points de vue de Londres et de Washington.Il peut avoir sa politique propre, au-dessus à la fois de Londres et de Washington, en vue de faire tout ce qui est possible pour sauver la paix même si Londres et Washington devaient s\u2019entendre pour la saboter.Le Canada est excellemment placé pour jouer ce rôle de pacificateur, mais à condition toutefois de savoir s\u2019émanciper et de voler de ses propres ailes.M.Saint-Laurent expliquait récemment à Québec que sa politique était de réarmer le plus possible d\u2019une part et d\u2019essayer, d\u2019autre part, de convaincre la Russie de nos intentions pacifiques.Peut-on en fait concevoir politique de paix plus utopiste, plus susceptible de conduire tout droit à la guerre ?Dans la mesure où l\u2019on accepterait comme exact tout ce que la propagande américaine nous affirme sur la menace et le danger russe \u2014 et je mets ici mes réserves, parce qu\u2019à lire entre les lignes mêmes de la presse américaine, il faut douter de la capacité et du 248 l'action nationale désir de guerre de la Russie comme du potentiel guerrier qu\u2019on lui attribue, parce qu\u2019il y a lieu de croire qu\u2019on entretient consciemment ou non une grave confusion entre les intentions révolutionnaires soviétiques et ses présumées intentions militaires au sens international usuel du terme.A tout événement, s'il y a véritable danger militaire du côté russe, au delà de la réaction contre l\u2019agressivité américaine, il faudra bien admettre la nécessité d\u2019un certain réarmement européen, puis américain.Raison de plus pour que, dans le camp occidental, un pays placé comme le Canada, loin des champs de bataille, déjà fortement protégé par le seul voisinage américain, se consacre tout entier à la cause de la modération et de la paix.Et qu\u2019il commence, pour pouvoir inspirer confiance à l\u2019adversaire, par pratiquer une politique de paix, c\u2019est-à-dire de non-réarmement, et de défense des droits de la justice et de la charité où qu\u2019ils se trouvent.On craindrait la mauvaise humeur américaine?Mais cela, déjà, n\u2019est-il pas la preuve que les Américains ont perdu le bel esprit chevaleresque qu\u2019on leur a toujours prêté si volontiers, et qu\u2019un rôle comme celui que nous voulons assigner au Canada est une nécessité, donc un devoir moral d\u2019autant, plus absolu que nous sommes le pays le mieux placé, peut-être le seul pays placé dans les conditions idéales pour le jouer.Il y a tout, de même, pour les nations comme pour les individus, un devoir au delà du désir de toujours plaire à ses amis; c\u2019est celui de retenir ses amis sur les mauvaises pentes où ils se laissent glisser.au risque même de leur amitié. LE MOIS 24») De la politique extérieure à la politique intérieure Le Canada d\u2019ailleurs a été intérieurement bâti pour une politique de ce genre.Dès qu\u2019il en sort, c\u2019est son unité même qui est menacée comme l\u2019ont si bien montré les événements des trois participations guerrières de son histoire: les Boers, 1914 et 1939.D\u2019après la constitution, la défense nationale relève du Fédéral.Et tant que nos gouvernants s\u2019en tiendraient là, on peut croire que les difficultés seraient nulles.Quel est le citoyen qui se refusera à la défense de son pays attaqué?Et quels sont les gouvernements locaux qui, spontanément, ne collaboreraient pas alors avec le gouvernement central, sans qu\u2019il soit besoin de concentrer les pouvoirs et de violer les termes mêmes de la constitution ?Les difficultés de nos aventures militaires n\u2019ont pas surgi uniquement, on vient de le pressentir, sur la question des opérations armées, mais aussi bien sur l\u2019aménagement même des pouvoirs et sur le caractère fédératif de l\u2019organisation canadienne.Par les lois dites de mesures de guerre, les gouvernements centraux de 1914 et de 1939 se sont arrogé le droit de légiférer et de décréter sur tous les sujets qui pouvaient leur paraître opportuns pour le succès de l\u2019effort de guerre.En 1939 surtout, les conséquences de cet état de fait ont été d\u2019autant plus graves que l\u2019intensité même de notre participation a soulevé des problèmes que se sont empressés d\u2019exploiter toute une série de ministres centralisateurs à la Ilsey, en vue d\u2019entrer au port le bateau Rowell-Sirois.Cette fois-ci, le jeu commence avant même la déclaration de guerre, avec les pouvoirs que le gouver- 50 l\u2019action nationale nement de M.Saint-Laurent vient de se faire octroyer par une loi spéciale en invoquant l\u2019état d\u2019urgence.\u201cIl ne peut exister, prétend M.Saint-Laurent, de doute sur la validité d\u2019une telle mesure.Les tribunaux ont même décidé que c\u2019est le gouverneur en conseil, quand il proclame la loi des mesures de guerre, qui juge de l\u2019état d\u2019urgence.\u201d (Débats, 20 février 1951, p.508).Je ne m\u2019arrêterai pas sur l\u2019aspect discutable de ces interprétations juridiques, notamment sur le fait qu\u2019on invoque un argument et des décisions valant pour une loi des mesures de guerre qui suppose l\u2019état de guerre déclaré, alors que la récente loi n\u2019est précisément pas une loi de mesures de guerre, selon les déclarations officielles mêmes.A tout événement, la récente loi, si elle n\u2019est pas contestée devant les tribunaux, comportera \u201ccomme la loi des mesures de guerre, quand elle est en vigueur, une dérogation possible à la répartition normale des pouvoirs en vertu de notre constitution fédérale, dans la mesure qu\u2019on pourra juger cette dérogation nécessaire à la sécurité de l\u2019État\u201d.En somme, disait précédemment M.Saint-Laurent, en affirmant qu\u2019il s\u2019appuyait sur des décisions juridiques: \u201c.la seule mesure de ce que peut faire (le gouvernement fédéral) est ce qu\u2019il juge opportun, en raison de l\u2019état d\u2019urgence, pour la sécurité, la défense, la paix, l\u2019ordre et le bien du Canada\u201d.Et dans la présente conjoncture, il nous avertit \u201cqu\u2019il n\u2019est pas impossible que l\u2019état de crise se prolonge indéfiniment\u201d.Ce qui est curieux, c\u2019est qu\u2019en dépit des décisions des tribunaux, on ne saurait trouver place pour de telles interprétations dans le texte même de la LB MOIS 251 constitution, qui est en fait on ne peut plus clair sur le sujet.Le texte de l\u2019article 91 ne dit nullement que le gouvernement fédéral est chargé de légiférer en général pour la paix, l\u2019ordre et le bon gouvernement du Canada, bout de texte d\u2019où est sortie la doctrine de l\u2019état d\u2019urgence et de la suspension de la répartition constitutionnelle des pouvoirs.Lisez bien ce qui est écrit et vous allez voir: 91.Il sera loisible à la Reine, de l\u2019avis et du consentement du Sénat et de la Chambre des Communes, de faire dos lois pour la paix, l\u2019ordre et le bon gouvernement, relativement à toutes les matières ne tombant pas dans les catégories de sujets par le présent acte exclusivement assignés aux législatures des provinces.Je ne vous ferai pas l\u2019injure d\u2019une analyse.Il faut vraiment être savant juge pour comprendre là autre chose que ce qui est clairement écrit.Et nous avons là en fait tout 91.Le reste n\u2019est qu\u2019accessoire.\u201cPour plus de garantie,\u201d y dit-on en substance, voici une liste de pouvoirs qui sont spécifiquement fédéraux et qui ne pourront pas être contestés par les provinces, d\u2019où l\u2019énumération.Donc tout ce qui n\u2019est pas aux provinces, est au fédéral.Comme tout ce qui, en général, est \u201cpurement local ou privé\u201d relève des provinces (92 par.16) il reste au Fédéral, en plus de l\u2019énumération, tout ce qui est général en ce sens qu\u2019il n\u2019effecte pas d\u2019intérêts purement locaux ou privés et ne tombe pas spécifiquement dans la liste provinciale.Mais chacun a le sien et rien n\u2019autorise le Fédéral à tout assumer au nom de \u201cla paix, l\u2019ordre et le bon gouvernement\u201d; il faut pour comprendre le contraire s\u2019arrêter là et ne pas lire le reste de la phrase. 252 LACTION NATIONALE La \" extérieure du Canada depuis 50 ans constitue donc la cause majeure de la ruine vers laquelle s\u2019achemine le fédéralisme chez nous, avec les perspectives de rupture qu\u2019elle postule.Tout cela serait évité si notre pays s\u2019en était toujours tenu à jouer le rôle qui était évidemment le sien si l\u2019on tient compte de sa position, de ses responsabilité et de ses intérêts.A l\u2019heure actuelle encore, le gouvernement n\u2019aurait besoin d\u2019aucun des pouvoirs qu\u2019il réclame s\u2019il voulait bien s\u2019occuper surtout d\u2019incarner l\u2019esprit de paix.Et le fait qu\u2019il les demande constitue la meilleure preuve que consciemment ou non, volontairement ou nom, il prépare à la fois la guerre extérieure et la guerre intérieure.Cela ne rendra pas facile la tâche des véritables patriotes! Chronique des malheurs par EDMOND LEMIEUX Colonisation C\u2019est la pétaudière, avec le roi Pétaud qui monte sur ses grands chevaux, pour expliquer, pour vanter sa pingrerie envers ses meilleurs sujets.Un $16,000,-000 t\\ dépenser en deux ans, à faire des chemins, des ponts, des égouttements de savanes et des es-souchements de fermes, n\u2019est pas encore tout utilisé, après quatre ans.Une troisième loi prolonge de deux autres années le placement productif de cette aide nécessaire aux colons.Pourtant le ministre 4753 LE MOIS 253 avait juré que ce n\u2019était qu\u2019un premier pas, et que d\u2019autres sommes viendraient compléter cette largesse.Deuxième pourtant: les travaux nécessaires ont traîné férocement, jusqu\u2019à décourager les hommes de cœur, qui ne pouvaient sortir de chez eux qu\u2019à pied, ou dans une boue pommée.Les demandes les plus raisonnables recevaient presque toujours la réponse: Budget épuisé.Pas d\u2019argent.Où était donc le fameux $16,000,000?Il attendait les prochaines élections, parbleu! Vous ne connaissez donc pas nos mœurs, la cuisine électorale ?Autre chose est de mener un garage à Montréal; les voteurs, ce n\u2019est pas une mécanique, il faut nourrir ça, et à la bonne minute! Pour avoir l\u2019idée du sérieux avec lequel il faut gober les affirmations louangeuses que se prodigue M.Bégin, grand homme d\u2019affaires en d\u2019autres champs d\u2019activité, lisons une lettre de curé-colon.Témoignages non-politiciens Rappelons d\u2019abord un témoignage du curé gaspésien, qui chiffonne pas mal l\u2019assertion qu\u2019il y a eu \u201c2516 colons nouveaux\u201d.D\u2019après les photographies publiées dans VAction Catholique, à l\u2019intention du bon monde, il faut y compter la progéniture.Il y a plus.Notre curé soutient que le mérite des aspirants-colons se pèse, non au comité paroissial, mais chez les députés.Les plus chanceux aspirants-colons et décidés cabaleurs ne veulent pas du tout s\u2019établir sur des lots: \u201cIls peuvent exploiter la 254 l'action nationals forêt et toucher les primes s\u2019ils achètent au magasin de l\u2019inspecteur.Les primes et octrois payés sur tel lot, ce colon (!) demandera un autre lot pour toucher d\u2019autres primes et octrois\u201d \u2014 sans parler de la vente du bois mis au pillage.C\u2019est fort! Et il faut savoir qu\u2019il y a un serment dans la formule.On jure qu\u2019on fera la terre, pour la cultiver.Un autre curé de colons n\u2019a pu digérer les récentes palabres de M.Bégin, au parlement, devant la nation: Venez donc voir le prétendu avancement de la colonisation! C\u2019est une farce, la plus honteuse des farces, à base de souffrances humaines.M.Bégin est un farceur quand il affirme que les aspirants-colons font défaut.Ce sont les chemins et les ponts qui font défaut.Les colons partent découragés.S\u2019il manque de colons, qu\u2019il soigne donc mieux leur petit nombre.Plusieurs ont beaucoup de terre faite: il ne peut les traiter de pilleurs.Ces hommes de cœur auraient réussi, mais le budget est toujours \u201climité, épuisé, défoncé,\u2019\u2019 nous répondent les fonctionnaires.\u201cLa méthode progressive et rationnelle\u201d est pour les entrepreneurs de chemins et de ponts.Il font payer cher des chemins à trous.On ne sait jamais si on va rester sur la route ou prendre le bois.On défait tout un camion ou une auto en une couple de mois.Je me demande ce que serait une colonisation pas progressive! Pourtant nous avons donné une majorité nationale.Ca fait dur ici, et ça fait dur ailleurs. LB MOIS 255 On est tous dans le même embarras.Je vous écris ceci pour vous faire voir que la colonisation est une farce, un jeu d\u2019élections.Ne croyez pas ce que dit M.Bégin à la Chambre.Il faut dévoiler le mensonge, l\u2019emplissage.Je ne vous dis que la vérité, soyez sans crainte.Voilà où nous en sommes tandis que l\u2019Ontario importe le plus possible d\u2019anglicisables.Même des Bretons et des Basques français vont se noyer à Toronto, parce que Québec ne s\u2019organise pas pour les recevoir et les garder.C\u2019est au point que le Herald s\u2019en étonne.Des milliers de Français, de Belges, de Polonais et d\u2019Italiens francisables s\u2019installeraient de préférence dans Québec si le gouvernement ouvrait des bureaux à Paris, à Bruxelles et à Rome, selon le désir de M.Chaloult et de tous ceux qui veulent l\u2019accroissement de notre nombre.Mais Québec ne s\u2019occupe même pas de sa propre jeunesse rurale.Ottawa va pouvoir l\u2019enrôler à plaisir, en même temps que les ouvriers et collets blancs que d\u2019autres jettent au chômage.Quant à la menace d\u2019une autre guerre, pour la prévenir faisons bien le carême et les pâques.Et continuons les chapelets.Edmond Lemieux SOMMAIRE ANDRÉ LAURENDEAU Deux mots sut VAction Nationale.171 JEAN-MARIE NADEAU L\u2019état actuel de la question sociale au Canada fiançais.174 JEAN- MARC LÉGER Aspects de la Yougoslavie nouvelle.189 EDMOND LEMIEUX La valent des langues.197 RODOLPHE LAPLANTE La grande pitié de nos noms géographiques 204 PIERRE VIGEANT Société étrangère ou société ennemie?.209 ANDRÉ LAURENDEAU Y a-t-il un cas CITE LIBRE ?.222 GILLES MARCOTTE Littérature et beaux sentiments.234 PIERRE JUNEAU Cinéma: un envoûtement ou un art?.238 FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Entre son père et sa mère.243 EDMOND LEMIEUX Chronique des malheurs 252 Pour devenir propriétaire .Epargnez avec: LA COMPAGNIE MUTUELLE D\u2019IMMEUBLES I HntlAi 1306 est, Ste-Catherine, Montréal Tél.: CHenier 5415-5515 GRavel 1823 ROLLAND MATTE Spécialité : DRAPERIES \u2022 PRELARTS STORES VENITIENS 2224 est, rue BEAUBIEN\tMontréal (entre Des Erables et Louis-Hémond) DU 6556 BOULANGERIE JOS.ROBIN et FILS Spécialité : pain naturel Saint-Michel 8300, BOUL.ST-MICHEL MONTREAL NETTOYEURS\tTEINTURIERS ECLAIR VALET SERVICE V.THIVIERGE, propriétaire, C.C.1707, rue Saint-Denis, Montréal\tHA 8928 VII COt.ni» du Pod Infinltun \u2014 Mécanicien* Spécialité* : AicrnKun moderne* de tou* genre*, soudure* électrlqu** et eutofène*, etc.f.-X.LCCLCT Lucien Viau et associés Comptiéln Agréé* CHAS.DESROCHES.C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.(EDIFICE DES TRAMWAYS) MA.1339 7152, boul.Saint-Laurent, BEN.8ÉLAND INC Accessoire* électrique* en gros Montréal.(Ml.CR 2465 Jean Drapeau\tClaude Melançon DRAPEAU ET MELANÇON Avocats et Procureurs 266 ouest, rue St-Jacques,\tHA.6204 Chambra 304, Montréal VIII usse En 1940, votre maison valait $6,000; vous l\u2019avez assurée pour $6,000.Aujourd\u2019hui, sa valeur de remplacement serait de $10,000 environ,- est-elle assurée pour $10,000?Si oui, vous êtes bien protégé; sinon, vous comptez sur une fausse sécurité.- ASSURANCE EN VIGUEUR: $ 60,0 0 0,0 0 0.0 0 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ASSURANCES 41 ouest, rue Saint-J acques - Montréal (1) \u2022 HA.3291 IX ni.HA 0200-0209 PERRAULT e» PERRAULT AVOCAT8 511, Place d'Armes, \u2014 Montréal, Canada ANTONIO PERRAULT, C.R.Rés.: 64, crve Nelaon, Outremont Tél.DO 6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.fié».: 4390, boul.Pie IX, Tél.CL 3580 Le* cafés et confitures d* J.-A.Désy UMrrÉE SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES CR.2167 COMPAGNIE DE BISCUITS STUART Itpe BISCUITS - GÂTEAUX \u2014 TARTES Alfred ALLARD, Marcel ALLARD, président et gérant gén.\tgérant général adjoint 23$.Laurier oueet\tMontréal Lisez \u201cLE DEVOIR\u201d LE JOURNAL DES GENS QUI PENSENT X ASSURANCE-VIE ET RENTES VIAGÈRES Il MH Pour conserver votre santé, il vous faut votre médecin; pour donner force de loi à vos con-! trats, votre notaire; pour assurer votre sécurité, personnelle ou familiale, NOTRE assureur-com seil.Consultez-le! 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