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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1955-06, Collections de BAnQ.

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[" ACTID1V Editorial Patrick Allen Père Joseph Laliberté, C.SS.R.Jean-Marc Léger Extraits Gaétan Legault LES CHRONIQUES DE La coopération nous attend ! Une grande victoire nationale.Entretien national sur l'humanisme.Pour une politique de tourisme.Queen Elizabeth Hotel : Ce qu'en pensent les autres.Notre enquête 1955.Otiacua ett-il ccKtiati&citetvi?L'ACTION NATIONALE Paul-Emile Gingras Claude Sylvestre Jean-Charles Tanguay Entre quatre yeux VOLUME X LIV NUMÉRO 10 LE DIRECTEUR L'ÉDUCATION LE CINÉMA NOTRE LITTÉRATURE VOYAGE DE \"LIAISON FRANÇAISE\" \u2014 JUIN 1955 \u2014 MONTRÉAL TRENTE-CINQ SOUS L'EXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur : Pierre LAPORTE L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en Juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont: MM.François-Albert Angers, président; André Laurendeau, vice-président; Jean-Marc Léger, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx, Anatole Vanîer; R.P.J.-P.Archa mbault, S.J.; Arthur Laurendeau, René Cha-loult, Gérard Filion, L.-Athanase Fréchette, Jean Drapeau, Guy Frégault, Jacques Perrault, Dominique Beaudîn, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J., Wheeler Dupont, André Dagenaîs, Alphonse La-pointe, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Legault, Roland Parenteau, etc.Administration : CASIER POSTAL 221, STATION E, Montréal RE.7-7176 L'abonnement est de $3.00 par année L'abonnement de soutien : $5.00 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. Commandez immédiatement Un document ESSENTIEL CANADA FRANÇAIS et UNION CANADIENNE Le texte du mémoire présenté à la Commission Tremblay par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal Placez vos commandes immédiatement L'examplaira : $1.00\tPrix spécial pour 50 ou plus \u2022 LES ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE CASIER POSTAL 221 \u2014 STATION E \u2014 MONTRÉAL LES AMIS DE LA REVUE CAMBRON, M\u201e B.Ph., L.Ph.Propriétaire Pharmacie Cambron Spécialité : Prescription* \u2022\t775 est, rue Roy \u2014 HA 9755\tLAVIGNE, C.-E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tAT 6433 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT Chaussé & Godin, avocats 152 est, Notre-Dame \u2022\tAV.8-7282\tPAQUIN, Philias PHARMACIEN Angle Boul.Rosemont et Chabot \u2022\tCR 2358 DENIS, Arcadius AVOCAT 86, rue Wellington Nord \u2022 Sherbrooke, Qué.- Tél.2-4793\tLAPORTE, René MEDECIN 3426 St-André, apt.1, Montréal \u2022\tCH.2442 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tHA 1335\tPAQUETTE, P.-E.FERRONNERIE 1115 est, rue Mont-Royal \u2022\tG! 3337 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.812, Edifice des Tramways, 159 ouest, rue Craig, Mtl.\u2022\tUN 1-2889\tCARON, Marcel Assurances générales 5117, Boul.Rosemont, Mtl.\u2022\tTU 3275 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jacques a\tHA 2841\tNADON et DE CARUFEL Comptables agréés 10 ouest, rue St-Jacques \u2022\tPL 2739 FRECHETTE, L.-A.NOTAIRE 159 ouest, Craig \u2022\tLA 9607\tLAROCHE, Willie, C.C.S.Assurances générales 477, St-François-Xavier, ch.310 \u2022 Bur.: HA 0422 - Rés.: HA 8064 ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934, Ste-Catherine est A\tUN.6-5811\tEMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis è Québec Téléphone 2-5235 \u2022\t352, rue St-Vallier, Québec POULIN, Albert ARCHITECTE 1115, Prospect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTél.: 2-4620\tGALARDO, Armand \"Fruiterie St-Louis-de-France\" Epicerie, viandes cuites.\u2022\t515, rue Roy \u2014 PL 1729 ALBERT ROUSSEAU Ltée CHARBON - HUILE 10720 Millen \u2022\tDU 4146\tFOURNIER, Albert Procureur de brevets d'invention 934 est, Ste-Catherine \u2022\tHA 4548 ROY, Roméo Spécialités pharmaceutiques Longueuil, P.Q.\u2022\tOR 9-034?DESCHÊNES & Fils Ltée Matériaux de plomberie et chaut.5685, Iberville \u2022\tFR 3176-7 MASSE, Paul AVOCAT 152 est, rua Notre-Dame \u2022\tBE 1971 Salaison MAISONNEUVE BACON marque \"MORIN\" 1430, De La salle \u2022\tCL 4086-7 SANSSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 3995, Hochelaga \u2022\tCL 2839 AUG.BRUNETTE Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville \u2022\tPL 1946 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 3, avenue Kelvin, Outremont \u2022\tAT 3434 ANGERS, Adrien, C.d'A.A.Assureur agréé Bureau : 4009, rue Hochelaga \u2022\tCL 7797 fâommW mc- (yf J.BRASSARD, prés.25é ast, Ste-Catherine, Mtl.MAXIME Nettoyeurs et Teinturiers 4140, rue St-Denis \u2022\tBE 1158 DUST-O-DUST Poudre à balayer 7028, De Laroche, Mtl.\u2022 Rolland Trépanier \u2014 CA 9071 La Cie TULIPPE Ltée Cravates, écharpes et robes de chambre 4630, ru, Iberville,Mtl.\u2022\tFA 2533 SÉGUIN, Paul-Emile NOTAIRE 6726, St-Hubert \u2022\tDO 8739 Vous aimez- L'ACTION NATIONALE?- dites le à vos AMIS Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RH EAU LT, C.A.159 Oueit, rue Craig,\tMA.1339 (EDIFICE DES TRAMWAYS) LA COMPAGNIE f.-X.DROLET Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : Ascenseurs modernes de tous genres soudures électriques et autogènes, etc.206, rue du Port\tQuébec Pour devenir propriétaire .Epargnez avec : LA COMPAGNIE MUTUELLE D'IMMEUBLES LIMITEE 1306 est, Ste-Catherine, Montréal Té!.: CHerrier 5415-5515\t\t Calendriers Dépliants Magazines\tTYPOoLITHOoHELIO\t Volumes Cartes postales Images\tP fl |iiepr© ,1U Imprimeur &r&\t^i| SU gfjp]apaî» iuSfLithographe L\u2019ACTION NATIONALE VOL.XLIV, No 10\tMONTRÉAL\tJUIN 1955 ÉDITORIAL ia cccpératm nouA attend!! Ce sera, ce mois-ci, la Semaine de la Coopération.Peut-être serait-il opportun de rappeler à nos compatriotes que la jormule n\u2019est pas seulement un élément de rédemption économique et sociale, mais aussi bien de salut national.Il y a maintenant une vingtaine d\u2019années, le mouvement coopératif semblait devoir entrer chez nous dans sa phase active.Après de longs et quasi-silencieux cheminements dans les domaines du crédit et de la distribution des produits agricoles, il débouchait tout à coup sur ce qu\u2019on peut appeler la grand\u2019 route de la coopération : la coopérative de consommation.Avec enthousiasme de nombreux apôtres répandaient partout la doctrine, et plusieurs réalisations imposantes surgirent un peu partout dans la Province.Le Conseil Supérieur de la Coopération prit naissance dans cette atmosphère, laissant présager un mouvement d\u2019ensemble capable de donner une nouvelle orientation à notre destin.Après quelques années pourtant, et la prospérité de guerre qui survint, le sel parut s\u2019affadir et les zèles se 856 L\u2019ACTION NATIONALE refroidir.Les propagandistes partout se heurtaient à l'apathie naturelle des masses.Mais bien plus grave, ils ne trouvaient dans notre élite, qu\u2019 esprits distraits par toutes sortes de problèmes et toutes sortes de solutions.Malheureusement, l\u2019unanimité ne put se faire sur les mérites si évidents de la formule coopérative de consommation comme moyen de reconquête économique.Au lieu d\u2019unir nos efforts pour une action commune dans cette voie, nous avons préféré y opposer la nationalisation, la co-gestion, le syndicalisme, le corporatisme, le crédit social, etc., etc., questions sur lesquelles l\u2019unanimité de toutes les forces nationales n\u2019était pas facile à réaliser.Vingt ans se sont donc passés pendant lesquels un fort courant coopératif eût suffi à nous permettre de redevenir maître d\u2019une bonne partie de notre économie, comme le prouve l\u2019expérience coopérative suédoise.Au lieu de cela, divisés dans nos idées et dans notre action, nous ne sommes guère plus avancés aujourd\u2019hui qu\u2019alors.Il n\u2019est cependant jamais trop tard pour mieux faire.La formule coopérative est toujours là à notre portée, et n\u2019a rien perdu de ses vertus du fait que nous l\u2019avons par trop méprisée.Il suffirait que toute notre élite s\u2019entende au moins sur ce point-là pour que d\u2019ici dix ans, entraînant la masse derrière elle, elle change la face de notre économie.Quand voudrons-nous vraiment mettre à notre service cette formule qui n\u2019exige de nous que de la bonne volonté, et nous promet le reste par surcroît ?L'Action Nationale. UNE GRANDE VICTOIRE NATIONALE pat Patricl _AIL Il ne s\u2019agit pas seulement d'une bataille bien réussie, ni d\u2019une victoire de l\u2019Angleterre sur l\u2019une de ses colonies d'Afrique, ni d\u2019une victoire de la France sur l'Allemagne, ni d\u2019une victoire de la Russie sur les trois autres grandes puissances modernes.C\u2019est plus qu\u2019un avantage remporté à la guerre, un succès gagné sur un rival, un résultat heureux obtenu au prix de certains efforts.C\u2019est une victoire remportée par un pays qui n\u2019a jamais attaqué personne, bien qu\u2019il ait participé à plusieurs grandes guerres; c\u2019est une victoire strictement canadienne.Pas une victoire récente, bien que pour continuer d\u2019en jouir, il faut combattre tous les jours.Une victoire remportée après deux siècles de luttes physiques, morales et psychologiques, après beaucoup de débats oratoires, de patience et d\u2019insistance; une victoire essentiellement canadienne-française, la victoire de la langue française qui a été proclamée langue officielle au Canada en 1864 et en 1867.C\u2019était indiscutablement, comme s\u2019exprime Thomas Chapais, une GRANDE VICTOIRE NATIONALE : \"Depuis la conquête, c\u2019est la première fois que notre langue reçoit une telle sanction constitutionnelle.En 1763, le traité de Versailles reste muet sur ce point, pourtant si grave.En 1774, l\u2019Acte de Québec le laisse également dans l\u2019ombre.En 1791, la constitution dont William Pitt est le promoteur ne contient rien au sujet de la langue.Et si un modus vivendi plutôt 858 L\u2019ACTION NATIONALE satisfaisant s\u2019établit à la suite du grand débat de 1793, ce n\u2019est pas là une reconnaissance des droits légaux du français.En 1840, sombre année, notre idiome est formellement proscrit par la constitution qu\u2019on nous impose.Sans doute, en 1848, cet article odieux est révoqué par le parlement britannique et notre législature recouvre sur ce point sa liberté d\u2019action.Mais ce n\u2019est pas encore la promulgation d\u2019un droit constitutionnel.Tandis qu\u2019en 1864 et en 1867 la langue française est proclamée langue officielle, et obligatoire pour la publication des procès-verbaux, des journaux parlementaires, des documents et des actes législatifs.C\u2019était sans contredit, une grande victoire nationale\u201d.1 Lisez maintenant l\u2019article quarante-sixième des Résolutions de Québec de 1864 en regard de l\u2019article cent trente-troisième du texte définitif de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique de 1867.Voyez la différence.Dans le premier cas, quelque chose de vague, de conditionnel, qui n\u2019offrait en somme aucune garantie précise; dans l\u2019autre, quelque chose de plus précis où est défini l\u2019usage obligatoire et l\u2019usage facultatif des langues française et anglaise.Résolutions de Québec, 1864, article 46 \"Les langues anglaise et française pourront être simultanément employées dans les délibérations du parlement fédéral ainsi que dans la législature du Bas-Canada, et aussi dans les cours fédérales et les cours du Bas-Canada\u201d.2 1.\tThomas CHAPAIS, Cours d\u2019Histoire du Canada.2.\tDébats parlementaires sur la question de la Confédération, page 1. UNE GRANDE VICTOIRE NATIONALE 859 Acte de l\u2019Amérique Britannique du Nord, 1867, article 133 \"Dans les chambres du parlement du Canada et de la législature de Québec, chacun pourra dans les débats, faire usage de la langue anglaise ou de la langue française; mais les registres et les procès-verbaux des chambres susdites devront être tenus dans ces deux langues.Dans tout procès porté devant un tribunal du Canada établi en vertu de la présente loi ou devant un tribunal du Québec, chacun pourra faire usage de l\u2019une ou de l\u2019autre de ces langues dans les procédures et les plaidoyers qui y seront faits ou dans les actes de procédure qui en émaneront.Les lois du parlement du Canada et de la législature du Québec devront être imprimées et publiées dans l\u2019une et l\u2019autre de ces langues\u201d.1 Après beaucoup de débats, le texte des Résolutions de Québec s\u2019est modifié, amplifié et précisé.Nous avons souligné, dans les deux textes, les mots importants qui donnent plus de poids aux décisions.Nous avons pensé apporter ici quelques extraits des discussions qui ont entouré ces changements pour faire bien comprendre l\u2019esprit dans lequel la victoire de la langue a été remportée.Le député de Richelieu, M.Perreault décrit, par exemple, comment la langue française était proscrite : \"Dès le premier parlement du Bas-Canada, les Anglais, bien que dans une insignifiante minorité, s\u2019efforcent de proscrire l'usage de la langue française et, de ce jour, commencent entre les deux races les mêmes luttes que celle dont nous sommes aujourd\u2019hui (1865) les témoins.L\u2019on nous dit que les temps sont changés : c\u2019est vrai; mais si les tentatives d\u2019oppression sont moins 1.Acte de l'Amérique du Nord britannique et modifications y apportées 1867-1951, Ottawa 1952, page 92. 860 L'ACTION NATIONALE hardies, si elles se cachent sous des dehors mieux faits pour nous tromper, c\u2019est seulement parce que nous sommes plus nombreux aujourd\u2019hui que nous ne l\u2019étions alors, et que l\u2019on craint plus que jamais le voisinage de l\u2019union américaine, où plus que jamais il serait facile à notre population de trouver un remède énergique aux maux dont elle aurait à se plaindre.Mais voyons, monsieur le Président, ce qui se passa à l\u2019ouverture de notre première chambre a\u2019Assemblée.Je cite un auteur qui a toujours appuyé le parti de l\u2019honorable procureur général-est : \"Le parlement s\u2019ouvrit le 17 décembre dans le palais épiscopal occupé par le gouvernement depuis la conquête.Il fallut choisir un président, et monsieur J.Panet fut proposé.C\u2019est alors que l\u2019on vit des membres anglais renouveler leurs tentatives pour obtenir leur suprématie et mépriser les intérêts de ceux par qui ils avaient été élus.Sans la moindre délicatesse et en dépit de leur minorité, ils proposèrent en opposition à monsieur Panet messieurs Grant, McGill et Jordan.L\u2019élection de monsieur Panet fut emportée par une majorité de 28 contre 18, deux Canadiens ayant voté contre lui.La haine que le parti anglais portait au nom canadien se manifesta davantage lorsqu\u2019une proposition fut faite pour rédiger les procédés de la Chambre dans les deux langues.Une discussion très vive et très animée s\u2019éleva des deux partis opposés, et cette demande si raisonnable fut considérée comme une espèce de révolte contre la métropole.L\u2019on taxa les membres français d\u2019insubordination; l\u2019on sembla méconnaître les motifs qui les faisaient agir, l\u2019on chercha même à les intimider; mais ce fut en vain, les arguments inébranlables sur lesquels s\u2019appuyaient les députés canadiens, leurs paroles pleines de dignité comme leur éloquence finirent par triompher des attaques de leurs fanatiques adversaires.\u201d' 1.Débats, op.cit., page 613. UNE GRANDE VICTOIRE NATIONALE 861 Et l\u2019orateur résume le conflit en ces termes : \"Ainsi, l\u2019élément français demande la rédaction des procédés de la chambre dans sa langue, mais on voit l\u2019élément anglais s\u2019y opposer de toutes ses forces.On regardait cela comme une révolte contre la métropole ! C\u2019est à n\u2019y pas croire.Voilà une assemblée législative presque exclusivement française, et dès la première séance, les quelques députés anglais qui la composent, après avoir voulu imposer à la très grande majorité un président de leur origine, refusent ensuite, aux neuf dixièmes de la population du pays, le droit imprescriptible de sa langue comme langue officielle.Mais ils comptaient sans la fermeté inébranlable dont les anciens Canadiens ont donné si souvent la preuve dans la défense de leurs droits.\u201d' Ces paroles prononcées lors de la discussion sur les Résolutions de Québec en 1865 se passent de commentaires.Elles font ressortir l\u2019ampleur de la victoire enregistrée en 1867.L\u2019article quarante-sixième des Résolutions de Québec pouvait paraître bienvenu, mais il était trop imprécis, trop vague et ne donnait pas satisfaction à ceux qui voulaient enfin un triomphe réel et décisif de la langue.En effet, le député de Verchères, M.Geoffrion, ne se fait pas d\u2019illusion et il expose ses craintes : \"Si l\u2019on examine attentivement cette résolution (46e) l\u2019on voit de suite qu\u2019elle n\u2019affirme pas que la langue française sera sur le même pied que la langue anglaise dans les chambres fédérales et locales.En effet, au lieu de \"devra\u201d qu\u2019on aurait dû mettre dans cette résolution, on a écrit \"pourra\u201d, de sorte que si la majorité anglaise décide que les voies et délibérations ainsi que les bills de ces chambres ne soient imprimés qu\u2019en anglais, rien ne pourra empêcher que sa décision ne soit mise à effet.Il va sans dire que nous pourrons nous servir de la langue française dans les 862 L\u2019ACTION NATIONALE discussions; mais, d\u2019un autre côté, il est évident que la majorité pourra décréter, quand elle le voudra, que les bills et les délibérations de nos chambres ne soient pas imprimés en français et, par conséquent, cette clause ne nous offre aucune garantie à nous, Canadiens-Français.\u201d1 Le solliciteur général du Québec, M.Langevin, en réponse, affirme que la Conférence de Québec n\u2019a pas failli à sa tâche et soutient qu\u2019il était impossible de garantir mieux le \"privilège essentiel de notre nationalité\u201d qu\u2019est la langue française : \".je suis certain que l\u2019honorable député de Ver-chères apprendra avec bonheur qu\u2019il a été parfaitement entendu à la Conférence de Québec que la langue française ne serait pas seulement parlée dans les cours de justice et le parlement fédéral et le parlement local du Bas-Canada, mais que de même qu\u2019aujourd\u2019hui, les votes et législations de ces législatures, ainsi que toutes les lois fédérales et de la législature du Bas-Canada, seront imprimés dans les deux langues.Il y a même plus : la langue française sous la Confédération sera parlée devant les tribunaux fédéraux, avantage que nous n\u2019avons pas aujourd\u2019hui Suand nous avons à nous présenter devant les cours \u2019appel de la Grande-Bretagne.Ainsi donc.les représentants à la Conférence de Québec n\u2019ont point failli à leur devoir sur ce point.Ce sont les principes sur lesquels sera basée la nouvelle constitution, et je ne crois pas trop dire en prétendant qu\u2019il était impossible de garantir davantage ce privilège essentiel de notre nationalité ainsi que nos institutions civiles et religieuses.\u201d2 1.\tDébats, op.cit., page 784.2.\tLangevin, Débats, op.cit., page 785. UNE GRANDE VICTOIRE NATIONALE 863 Mais M.Geoffrion qui redoutait les affirmations que ne sanctionnait pas explicitement l\u2019article quarante-sixième insista pour obtenir les précisions que le texte ne contenait pas : \"La députation française, je le répète devrait exiger que l\u2019on remplaçât le mot \"pourra\u201d par le mot \"devra\u201d dans la résolution qui a trait à cette matière, pour la publication des procédés de cette législature.\u201d Et il concluait : \"Si nous votons ces résolutions telles qu\u2019elles sont, nous voterons sans savoir exactement quelle est LA NATURE des garanties qu\u2019elle nous offre.\u201d1 Le député du comté de Québec, F.Evanturel, se demandait lui aussi si l\u2019article quarante-sixième devait être interprété comme mettant l\u2019usage des deux langues sur un pied d\u2019égalité dans le parlement fédéral.Il voulait ainsi dissiper les appréhensions qu\u2019éprouvaient plusieurs autres députés et citoyens à ce sujet.Cest alors que l\u2019honorable Macdonald, procureur général (Kingston, Ontario) explique le sens de l\u2019article en question : .que les droits des membres canadiens-français de la législature fédérale seront précisément les mêmes que ceux qu\u2019ils possèdent aujourd\u2019hui, dans la législature actuelle du Canada sous tous les rapports possibles.J\u2019ai de plus la satisfaction de dire que du moment que ce sujet a été mentionné dans la conférence, les délégués des provinces d\u2019en-bas ont unanimement déclaré que c\u2019était raisonnable et juste, et qu\u2019ils ont donné leur adhésion sans une seule voix dissidente, à la justesse de la proposition que la position de la langue française relativement aux délibérations du parlement, à l\u2019impression des mesures et à tout ce qui s\u2019y rattache, soit précisément la même que celle qu\u2019elle occupe dans cette législature\u201d.2 1.\tGeoffrion, Débats, op.cit., pages 786 et 787.2.\tMacdonald, Débats, op.cit., page 943. 864 L'ACTION NATIONALE Cependant M.Dorion, député d\u2019Hochelaga, répliqua que \"Cela n\u2019est pas du tout une garantie, car il était dit dans l\u2019Acte d\u2019Union que la langue anglaise seule serait employée dans le parlement, et la langue française en était entièrement exclue.Mais cette disposition fut abrogée plus tard.et la chose fut laissée à la discrétion de la législature.En sorte que si demain cette législature décidait qu\u2019aucune autre langue que la langue anglaise ne soit employée dans ces délibérations, elle pourrait le faire et empêcher par là l\u2019usage de la langue française.Il n\u2019y a donc aucune garantie pour le maintien de l\u2019usage de la langue de la majorité du peuple du Bas-Canada, excepté le bon-vouloir et la tolérance de la majorité.\u201d1 Et comme la proportion des Canadiens français devait être beaucoup plus faible au parlement fédéral après la Confédération qu\u2019elle l\u2019était avant, cela faisait voir à Dorion le peu de chance de perpétuer l\u2019usage de la langue française à Ottawa.Mais Macdonald ajouta qu\u2019afin de remédier à cet état de chose il a été convenu à la Conférence de Québec d\u2019introduire l\u2019usage de la langue dans l\u2019Acte impérial.Il ajouta que \"les délégués de toutes les provinces ont consenti à ce que l\u2019usage de la langue française formât l\u2019un des principes sur lesquels serait basée la Confédération.\u201d2 Et le procureur général du Bas-Canada, Cartier, ajouta que \"Les membres de la Conférence de Québec ont voulu que la majorité du Bas-Canada ne pût pas décréter l\u2019abo- 1.\tDorion, Débats, op.cit., page 942.2.\tMacdonald, Débats, op.cit., page 943. UNE GRANDE VICTOIRE NATIONALE 865 lition de l\u2019usage de la langue anglaise dans la législature locale du Bas-Canada, pas plus que la majorité anglaise de la législature fédérale ne pourra le faire pour la langue française.\u201d' Ces quelques extraits des débats qui ont entouré la promotion de la langue française à la suite de la Conférence de Québec nous montrent à la source, mieux que le charabia des desséchants manuels, comment il a fallu défendre et gagner le texte actuel qui donne un caractère officiel à cette langue.Beaucoup d\u2019autres extraits auraient été intéressants et d\u2019autres sources nous auraient sans doute mieux montré comment on est parvenu à la victoire finale.Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019usage de la langue française est maintenant obligatoire, comme celui de la langue anglaise, pour la tenue des registres et des procès-verbaux, les impressions et les publications des lois du parlement du Canada et de la législature provinciale; il est facultatif dans les autres activités de ces chambres.La langue n\u2019est pas le seul élément culturel que nous ait garanti la Confédération, la religion, l\u2019enseignement, les matières sociales, les matières civiles, les ressources naturelles et le domaine public, étant primordiaux, l\u2019ont aussi été au même titre.Mais la langue française avait primauté sous plusieurs aspects.La victoire remportée à son sujet est toujours d\u2019actualité puisqu\u2019il faut sans cesse prévoir le retour offensif des forces opposées.1.G.-E.Cartier, Débats, op.cil., page 943.Patrick Allen. L ED DCA Tl par Paul-tCmih Çinyras ON À L'ENSEIGNE DE LA SAGESSE Une réforme de l\u2019éducation moderne ne s\u2019accomplira pas à coups de recettes et d\u2019industries.Celles-ci valent pour la mécanisation progressive, pour la standardisation d\u2019un acte matériel; elles atteignent mal l\u2019esprit.Or l\u2019éducation est essentiellement direction de la croissance spirituelle des êtres.Aussi ai-je une répugnance instinctive pour les mesureurs de l\u2019esprit, pour les trucs, les méthodes et les programmes auxquels on attache superstitieusement une vertu éducative autre que celle de l\u2019instrument.J\u2019ai la nostalgie d\u2019une éducation antique où l\u2019homme juste et sage, sans autre manuel qu\u2019un livre de sentences, la Bible ou Homère, dirigeait la réflexion des jeunes esprits, orientait leurs aptitudes, aiguillait les volontés et les coeurs.Est-ce une défense de l\u2019école de la nature, une apologie de l\u2019incompétence ou d\u2019un obscurantisme obscur ?C\u2019est une opposition à une éducation didactique et disciplinaire, desservie par des formules et des techniques rituelles et qui ne protège pas l\u2019individu contre une simple absorption par le milieu sociologique. L'ÉDUCATION 867 L\u2019échec majeur de notre éducation semble venir de ce côté.Si nous faisons le compte des produits de nos maisons d\u2019enseignement, le pourcentage semble infime de ceux qui se sont adaptés à notre monde, qui, en restant eux-mêmes, comprenant le milieu et s\u2019y accommodant, ont sauvegardé leur unité personnelle et n\u2019ont pas simplement été absorbés par le milieu.Quel pourcentage de nos jeunes, après 8 ou 12 ans d\u2019école primaire ou primaire-supérieure, ont atteint à une philosophie de la vie, à une valorisation des êtres, à une vie personnelle et n\u2019ont pas été assimilés par lui, devenant les rouages inconscients d\u2019une immense machine ?Quel pourcentage de nos diplômés des écoles de haut enseignement ?Sans doute ces derniers ne sont pas réduits comme la masse aux fonctions d\u2019obéissance et d\u2019exécution; ils ont reçu en partage la puissance et le gouvernement.Mais, combien dans cette situation sociale ont dépassé, par exemple, les traditions routinières de leur profession, ont joué leur rôle civique ou culturel, ont vraiment compris tout le sens de leur vie, soit, comme dit René Hubert, \"Le problème de la destinée de l\u2019homme, de sa destinée dans la nature, de sa destinée dans la société, de sa destinée selon l\u2019Esprit\u201d ?Sans doute il ne nous manque pas d\u2019excuse à cet échec.Le développement des sciences et des techniques, l\u2019avènement de la démocratie, l\u2019orientation des forces de l\u2019homme vers la production et encore une production par les grandes entreprises, autant de facteurs qui ont défait une structure sociale multicentenaire, qui ont opéré une profonde révolution.Révolution sociologique qui a le pas sur la pédagogie.Et le phénomène rappelle une loi naturelle de l\u2019histoire : les changements socio-logiques précèdent l\u2019évolution pédagogique. 868 L'ACTION NATIONALE Concrètement l\u2019enfant croît entre les mains de parents et de maîtres, le plus souvent dominés eux-mêmes par ce milieu et préoccupés d\u2019abord de pourvoir aux besoins de l\u2019enfant, de lui assurer une réussite dans la vie, de lui faire tirer le meilleur parti de l\u2019ordre nouveau.N\u2019ayant pas compris et assimilé leur monde, ces éducateurs conservent leurs vieux cadres pédagogiques, qu\u2019ils tentent superficiellement de renouveler et de compléter par les conseils, les recettes, les techniques, le tout empreint d\u2019un sens tout utilitaire de la vie.Par ailleurs l\u2019enfant subit l\u2019influence extrêmement enveloppante de son milieu : préoccupations matérielles, imagerie et climat de la presse, du radio et du cinéma, psychose universelle du progrès matériel et de l\u2019utilitarisme individuel et collectif.Le principe d'ordre Le principe d\u2019ordre et de rénovation profonde de la pédagogie viendra essentiellement d\u2019une philosophie des valeurs.Cette pédagogie sera celle qui, retenant de l\u2019enfant toutes ses aptitudes, corporelles et spirituelles, intellectuelles et affectives, lui donnera conscience et amour des valeurs humaines, valeur de sa personne, valeur de tous les biens auxquels il peut tendre pour lui-même et la communauté, et cela, dans l\u2019unité et la liberté.Rénover notre éducation n\u2019est donc pas affaire de recettes et de méthodes pratiques.Si tous les efforts et toutes les sciences doivent être mises à contribution, il apparait que la science psychologique qui nous ouvre à l\u2019enfant et que la science sociale qui nous fait découvrir l\u2019évolution des groupements humains sont la pre- L'ÉDUCATION 869 mière matière d\u2019une éducation qui se veut philosophie de l\u2019humain.Et, dominant et éclairant ces sciences elles-mêmes, solution définitive, la sagesse chrétienne.Que furent en effet ces grands éducateurs de l\u2019humanité, ces \"classiques\u201d de tous les temps et de toutes les contrées, sinon des connaisseurs du coeur humain, des témoins clairvoyants des conditions sociales de leur monde, des sages qui, conformément à leur philosophie naturelle et selon la grâce qui leur était mystérieusement départie, s'approchaient d\u2019une conception chrétienne de la vie, de la sagesse.Et le plus grand de tous ces éducateurs n\u2019est-il pas le Christ ?La solution unique au problème de l\u2019éducation, le principe d\u2019ordre, la seule réforme profonde résidera donc dans l\u2019acquisition et la transmission de la sagesse chrétienne.Des spécialistes de l\u2019éducation l\u2019on attendra évidemment une vocation, la compétence, mais d\u2019abord la sagesse.Le maître qui n\u2019a pas la vocation n\u2019aura que faire de son érudition, et même d\u2019un certain genre de sainteté, celle par exemple des saints du désert.L\u2019érudit, ignorant des lois psychologiques de l\u2019enfance ou des conditions sociales du monde où vivent ses élèves, doit travailler en laboratoire et en chambre, non en classe.Mais le maître qui allie à la vocation naturelle, à la compétence scientifique et technique, s\u2019il ne possède d\u2019abord la sagesse chrétienne n\u2019atteindra jamais plus qu\u2019à des préparations pratiques.De celles-là le monde moderne est saturé.J\u2019irais plus loin.Entre un sage ignorant et un érudit ou un technicien dépourvu de sagesse, je croirais le premier infiniment plus apte à l\u2019éducation de la jeunesse.L\u2019histoire de l\u2019éducation dans notre province 870 L\u2019ACTION NATIONALE le démontre, qui a fait de nos terriens d\u2019autrefois des ignorants mais des hommes dont la vie avait un sens.Alors que des institutions mieux équipées, des maîtres plus médaillés ont davantage instruit nos jeunes d\u2019aujourd\u2019hui, mais n\u2019ont que rarement su leur donner une sagesse de vie.Nos collèges classiques d\u2019hier n\u2019étaient guère des écoles de science, avec ce clergé enseignant qui apportait plus de dévouement que de compétence technique à sa tâche; ils ont cependant fourni, parce que la sagesse y avait davantage qu\u2019ailleurs sa place, nos meilleures élites.Inversement, jamais nos maisons d\u2019enseignement n\u2019ont eu à leur service autant de diplômés d\u2019écoles pédagogiques, autant de manuels et de matériel scolaire et les résultats restent décevants : je doute que la sagesse de nos spécialistes atteigne celle des incompétents d'hier.La sagesse est l\u2019âme du maître et de la véritable éducation.La sagesse de l'éducateur Une vertu se définit mal.Qu\u2019y a-t-il dans ce vocable, dans cette réalité qui nous fait dire d\u2019un homme : \"c\u2019est un sage\u201d ?Expérience humaine, philosophie de l\u2019existence, foi et spiritualité, longanimité, patience et bonté ?Quoi encore ?A la fois connaissance du réel et valorisation des êtres.La sagesse parfaite serait la compréhension complète de l\u2019économie du salut, du plan de la Providence sur l\u2019univers et sur sa vie personnelle, comme la prudence en serait la poursuite ardente et éclairée.Israël avait mal compris ses prophètes; le Christ même fut méconnu de Pierre.A la Pentecôte, l\u2019Esprit-Saint révéla toutes choses aux apôtres et en fit les plus L\u2019ÉDUCATION 871 grands éducateurs de l\u2019humanité.Et parmi ces choses, l\u2019Eglise nous apprend qu\u2019il y eut le don de sagesse.Depuis, les maîtres chrétiens n\u2019ont pas connu de meilleure demande à l\u2019Esprit-Saint que celle du \"recta sa-pere\u201d liturgique.La sagesse est don et prière.Aux sources de la sagesse, la théologie semble encore prendre une place importante.Là, le contact avec la vérité est immédiat, et cette vérité est infiniment apte à éclairer la vie.Comprendre le dogme éclaire mieux un problème personnel ou social que les solutions expérimentales.La doctrine de la rédemption, du corps mystique, de notre appartenance à l\u2019Eglise, des sacrements rend conscient du drame d\u2019éternité qui se joue dans le monde et dans la vie des élèves.Cette école de sagesse est ennemie de bien des écueils en éducation : paresse, légèreté, routine, dilettantisme, orgueil.Le maître chrétien les évitera, s\u2019il sait que l\u2019essentiel de sa profession est coopération au travail de l\u2019Esprit-Saint dans les âmes, témoignage, ministère et mission.Prière et intellection de la foi se compléteront de la philosophie, d\u2019une vision du monde.Cette philosophie sera moins un système logique ou une dialectique que la quête de principes capables d\u2019éclairer sa vie, sa situation dans la création.Par elle, l\u2019éducateur se gardera de l\u2019utilitarisme qui ramène à une conception terrestre l\u2019ordre social, de l\u2019esthétisme qui n\u2019apprécie les êtres qu\u2019en fonction de leur beauté formelle.Il verra l\u2019étroitesse de l\u2019ordre du conventionnel et de la sympathie, de la conquête, du rendement et de l\u2019influence.La philosophie établira ces principes de sagesse sur la conscience, la loi, le bonheur, sur la personne et son destin. 872 L'ACTION NATIONALE Cette sagesse pourtant risque d\u2019être d\u2019ordre intellectuel, idéaliste.Elle se complétera chez l\u2019éducateur par une expérience du réel, du coeur de l\u2019homme, des conditions quotidiennes de sa vie.\"Mieux je connais les autres, disait Chesterton, mieux je me connais\u201d.La sagesse ne serait profonde que si elle sait interpréter la condition humaine.C\u2019est la culture \u2014 et je pense en particulier à l\u2019histoire, aux auteurs et aux grands livres, aux humanités \u2014, c\u2019est la conscience aussi des habitudes de pensée et d\u2019action de son milieu, moeurs, lois, institutions, traditions.Qu\u2019à cette sagesse se greffe une vocation naturelle d\u2019éducateur, la compétence professionnelle, les techniques psychologiques et pédagogiques, et nous atteindrons au maître idéal.Que fasse défaut la sagesse et les autres dispositions seront vaines.Le jour où dans notre monde une école naîtra où une communauté de maîtres partageront cette conception de l\u2019éducation, le principe d\u2019ordre que nous cherchons et qui nous tirera du désarroi actuel de l\u2019éducation sera retrouvé.Paul-Emile G ingras La chronique du j irecteur A méditer Je crois que le petit passage d\u2019un article découpé dans l\u2019indépendant de Fall River, Mass., pourra en intéresser plus d\u2019un.Il démontre que, heureusement, nous ne sommes pas les seuls à avoir la tête dure.ctsL pLaw^dâu mot skokA, fiiéliqucA, dsL (DhmiiL, Wjoaa.par P.-A.L.De retour d\u2019une réunion à Boston du bureau général de la Ligue civique franco-américaine du Massachusetts présidée par M.Georges-L.Côté, de Fall River, monsieur Hervé St-Pierre, président de la Fédération catholique franco-américaine, a rapporté aujourd\u2019hui à votre rédacteur deux faits qui méritent d\u2019être hautement signalés, ne fût-ce que pour l\u2019édification des gens qui trouvent qu\u2019il y a TROP DE FRANÇAIS dans nos écoles, dans nos églises et dans notre vie franco-américaine en général.S\u2019autorisant d\u2019une clause de la constitution de la Ligue qui dit que, dans la transaction des affaires \u201cl\u2019anglais et le français seront sur un pied d\u2019égalité\u201d \u2014 clause que l\u2019on avait perdue de vue durant le stage de quelques présidents anglomaniaques \u2014 l\u2019assemblée du bureau général de la Ligue a décidé que, pour une fois, tous les officiers et 874 L\u2019ACTION NATIONALE délégués présents, capables de parler le français, auraient à s\u2019exprimer en cette langue.On eut bientôt la preuve que tous, oui tous, pouvaient le faire.Un puriste fâcheux aurait peut-être observé que le français de plusieurs n\u2019était pas aussi châtié que celui des Académiciens de France, mais qu\u2019est-ce que ça peut faire, en bonne vérité, du moment que c\u2019est du français ?A noter d\u2019ailleurs que l\u2019anglais que nombre de nos orateurs substituent, à l\u2019occasion, à leur français qui serait de commande, n\u2019aurait pas grande faveur à Oxford, Angleterre, ou même à Princeton, N.J.M.St-Pierre nous dit que l\u2019expérience de ce retour à la fidélité française a laissé tous les assistants réjouis et fiers d\u2019eux-mêmes.Il en est toujours ainsi pour qui réaffirme la dignité de ses origines.Si ces messieurs décident de continuer la tradition \u2014 sans détriment, évidemment, pour ceux qui ne connaissent autre chose que l\u2019anglais \u2014 ils se gagneront la sympathie et l\u2019admiration de tous les gens de coeur en Franco-Amé-ricanie.L\u2019importance d\u2019un tel geste réside en ceci : Il pourra trouver des imitateurs dans d\u2019autres organisations, civiles et paroissiales, qui ont à peu près entièrement banni notre parler de leurs réunions et où l\u2019on ne respire plus qu\u2019une atmosphère étrangère et factice.Les Américains nous donnent parfois d'excellentes leçons.Le département du commerce de l\u2019Etat de New-York vient d\u2019adresser à un grand nombre de Canadiens français une lettre les invitant TOURISME ET LANGUE FRANÇAISE CHRONIQUE DU DIRECTEUR 875 à prendre leurs vacances ou à passer des fins de semaine dans cet Etat au cours de l\u2019été.La lettre est écrite en un excellent français.Si les Etats-Unis jugent à propos de nous inviter en français pourquoi nos gens, au Canada, n\u2019en feraient-ils pas autant.Il n\u2019y a pas là un simple élément de politesse, mais aussi un placement qui rapporte de gros dividendes.Les jeunes Franco-Américains venant de tous les centres de la Nouvelle-Angleterre se sont réunis le 15 mai à Boston, en vue d\u2019avoir C\u2019est M.Edouard Fecteau, le secrétaire du Comité d\u2019orientation franco-américaine, qui a visité ces groupes de jeunes.Ouvriers et étudiants seront au rendez-vous.Gageons qu\u2019ils réussiront à faire quelque chose de bien.Avant de quitter nos voisins, signalons que \"L\u2019Indépendant\u201d, le quotidien français de Fall River, Mass, vient de célébrer ses soixante-dix ans d\u2019existence.Nous sommes heureux d'adresser à ce vaillant journal, ainsi qu\u2019à tous ses collaborateurs, tous nos meilleurs voeux.Afin de favoriser l\u2019expansion de notre belle langue, le Conseil de l\u2019enseignement du français organise un concours interscolaire de français en Colombie.Celui-ci aura lieu le 15 juin.Nous souhaitons bonne chance aux participants et comme les sportifs, nous disons : \"Que le meilleur gagne\u201d.UNE HEUREUSE INITIATIVE UN ALERTE SEPTUAGENAIRE UNE AUTRE BONNE NOUVELLE leur fédération. 876 L'ACTION NATIONALE Egalement, nos félicitations aux organisateurs de ce concours.A Vancouver, le mois dernier, les élèves de l\u2019Ecole Saint-Sacrement ont fêté leur brave homme de curé.Oui, vous avez bien compris, il s\u2019agit bien du bon Père Bélanger, le fondateur de cette école française.Bravo les petits amis, aimez-le car lui il vous aime tant.L\u2019an dernier M.Abbott avait dit à une délégation venue de la province de Québec que des instructions avaient été données pour que les chèques du gouvernement fédéral circulant dans la province de Québec soient bilingues.Et voilà pourtant qu\u2019on m\u2019envoie, de Montréal, la lettre suivante : Cher M.Laporte, Ainsi que vous me le demandez, je vous donne ci-après les nos de séries de chèques unilingues qui ont été émis à des employés de l\u2019impôt récemment.April 1 A9 TO.March 31 A9 SO.March 15 A2 GO.March 31 A9 SO.March 31\tC-01.April 6 CHA.April 15 A2 HO.Il s\u2019agit de chèques de paye qui sont émis aux employés bimensuellement.Il n\u2019y apparait aucun mot de français.LES CHEQUES UNILINGUES A LA PEINE, PUIS A L'HONNEUR CHRONIQUE DU DIRECTEUR 877 Avec les indications ici données, il est absolument impossible d\u2019identifier ceux qui nous ont passé les renseignements.D\u2019ailleurs, nous ignorons nous-mêmes leurs noms.J\u2019espère que le tout vous sera utile, et je vous laisse mes salutations amicales.Gérard BOUDREAU, A.J.C Les instituteurs de langue française de l\u2019Ontario ont l\u2019intention de réclamer du gouvernement provincial qu\u2019il accorde une partie des taxes d\u2019affaires scolaires aux écoles séparées.Souhaitons-leur plein succès D\u2019après les règlements provinciaux, les corporations et les services publics paient leurs taxes scolaires aux diverses commissions scolaires.En conséquence, ceux qui soutiennent les écoles séparées ont à payer des taxes plus élevées que les autres.A Ottawa, par exemple, le taux de la taxe sur la propriété est de 39-25 millièmes pour les écoles publiques et de 50.95 millièmes pour les écoles séparées.\"Seule une plus juste distribution des taxes, dans cette province, a ajouté Mlle Lévesque, nous permettra d\u2019obtenir des salaires et des taxes comparables à ceux des professeurs des écoles publiques et des contribuables qui pourvoient à l\u2019entretien de ces écoles.\u2019\u2019 On a ensuite révélé que l\u2019Association demandera conjointement avec les instituteurs catholiques de langue VERS UNE JUSTICE PLUS COMPLETE? 878 L\u2019ACTION NATIONALE anglaise, la renaissance du Conseil de l\u2019enseignement catholique.Le Sherbrooke Daily Record a fait d\u2019intéressants commentaires sur la disparition de cette tradition voulant que Sherbrooke ait alternativement des maires de langue française et de langue anglaise.Ce journal écrit qu\u2019on a de plus en plus de difficultés depuis quelques années, à trouver des candidats de langue anglaise qui soient à la fois qualifiés et prêts à briguer les suffrages.Et il ajoute : \"Si la coutume d\u2019alterner les maires est abandonnée, on ne pourra en jeter le blâme sur l\u2019élément majoritaire français.Au cours des années, la majeure partie de l\u2019électorat de langue française a fait preuve de bonne volonté dans le respect de la tradition et à trois reprises au moins a voté en faveur d\u2019un candidat de langue anglaise contre un adversaire canadien-français.\"Il est évident que les électeurs de langue anglaise ont perdu la \"bonne entente\u201d par défaut et en toute justice pour leurs concitoyens de langue française, ils doivent maintenant se retirer pour permettre à de bons candidats de langue française de se présenter sans craindre la critique en tant que candidat à ce poste important.\u201d co CHRONIQUE DU INÉMS PAR CLAUDE SYLVESTRE PETITE HISTOIRE D\u2019UN MÉGALOMANE Il y a déjà quelque temps, les journaux nous annonçaient le 70e anniversaire de naissance de Cecil B.de Mille.Cette figure singulière du cinéma américain, toujours en quête de grandeurs et d\u2019excentricités, reçut de ses amis des peaux de moutons en cadeau.On y avait inscrit : \"to Cecil Blount DeMille, the greatest showman of the world\u201d.Il fut ravi, parait-il.Et suivaient les signatures de tous les grands noms de l\u2019industrie cinématographique du monde, ainsi que la griffe du maire de Londres, de New-York, etc.Peu de réalisateurs ont atteint autant de célébrité.Cecil B.DeMille réalise des films depuis 40 ans.Sa longue carrière est considérée maintenant comme une sorte de légende.Son nom est sur les affiches en aussi grosses lettres que ceux des vedettes.La publicité tient compte du réalisateur DeMille, elle qui pourtant nous a habitués à voir les films sans rien nous dire de leurs auteurs.D\u2019où vient ce pouvoir magique rattaché à ce nom ?Une réalisation DeMille est depuis longtemps synonyme de grandiose, de sensationnel.Depuis 1915, il s\u2019est imposé comme l\u2019un des personnages les plus importants d\u2019Hollywood.Sa grande aventure a comme point de départ Sarah Bernhardt.Il la voit en 880 L\u2019ACTION NATIONALE 1912 dans un film de long métrage importé de France par Zukor.Elle est la vedette du premier long métrage montré aux Etats-Unis.Cet événement prouve deux choses au jeune spectateur qu\u2019était DeMille : les films longs captivent le public, et une vedette de théâtre peut se transformer en vedette de cinéma.Four l\u2019époque, c\u2019était faire de grandes découvertes.DeMille était alors un obscur artisan du show-business dans les théâtres de New-York.Il avait écrit quelques pièces entre de rares engagements comme acteur secondaire sur le Broadway.Mais ayant vu que le cinéma pouvait utiliser avec succès le talent de gens de théâtre, voilà que nous retrouvons \u2014 un an plus tard \u2014 ce jeune homme, sorti des coulisses, au côté de fesse Lasky, un ancien joueur de trompette.Avec des airs de grands financiers, ils s\u2019associent pour faire des films.Us n\u2019ont que des dettes ; $10,000.00.Un commis-voyageur se joint à eux, Samuel Goldfish qui deviendra bientôt Goldwin.Deux ans plus tard, avec l\u2019appui de Zukor enrichi par le film de Sarah Bernhardt, Lasky, Goldwin et DeMille deviennent une société inébranlable : la Paramount.Dès les premières activités de la société, DeMille a comme rôle de diriger le tournage des scénarios.Selon son désir, on se lance immédiatement dans la production de long métrage.C\u2019est le commencement de son habileté à pressentir le goût du public.Sa première réalisation : The Squaw Man, en 1913.Le film est tourné dans une vieille grange de Los Angeles.On engage, la plus grande vedette masculine de l\u2019heure : Dustin Farnum.On lui propose comme salaire un nombre de parts dans cette nouvelle compagnie.Mais Dustin Farnum refuse et exige un cachet de $3,000.00.Il perdait ainsi plus d\u2019un million. CINÉMA 881 Dés le début de son entrée dans le cinéma, DeMille est à l\u2019avant-garde.Etant à l\u2019époque où le cinéma américain découvre un genre inconnu de tous les autres pays et des autres arts: le Western, DeMille tourne dans la même année \"The Virginian\u201d, \"The Girl of the Golden West\u201d et \"The Warrens of Virginia\u201d.En 1915, il réalise \"Carmen\u201d qui impose, pour la première fois, son nom à l\u2019attention du grand public.U utilise des effets de mise en scène nouveaux, il remplace les toiles peintes par des décors réels; il s\u2019impose par son souci du moindre détail, par un réalisme poussé à l\u2019extrême qui deviendra de plus en plus sa marque de commerce.Déjà, il a la réputation d\u2019être un réalisateur se payant les grandes vedettes.Geraldine Farrar, célèbre dans le monde musical, reçoit $20,000.00 pour son rôle de Carmen.La compagnie lui fournit en plus une maison meublée, des serviteurs, une limousine et un wagon privé pour ses déplacements vers New-York.A la suite de \"Carmen\u201d, il réalise \"The Cheat\u201d qui est un nouveau sujet dans sa jeune carrière : le drame sentimental moderne.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019une femme légère ayant une liaison avec un japonais.Déjà \"The Cheat\u201d, connu aussi sous le nom de \"Forfaiture\u201d, révèle le goût de DeMille pour l\u2019érotisme qu\u2019il manifestera dans de nombreux films.Et ce film l\u2019impose comme un metteur en scène habile à manier plusieurs genres cinématographiques, \"The Cheat\u201d fut un événement dans l\u2019histoire du cinéma.Il révéla l\u2019extraordinaire acteur Sessue Hayakawa qui apporta une nouvelle esthétique d\u2019interprétation propre au cinéma.Les historiens Charles Frod et René feanne diront : \"Ayant compris que mouvement n\u2019est ni \"agitation\u201d ni \"gesticulation\u201d, Sessue Flayakawa avait hardiment pris le contre-pied de tout ce qui avait été fait jusqu\u2019alors.Seuls les 882 L\u2019ACTION NATIONALE muscles de son visage bougeaient, mais la moindre contraction de la mâchoire, le moindre plissement du front, le moindre frémissement des paupières derrière lesquelles les grands yeux de braise étaient constamment à l\u2019affût, apparaissent plus éloquents, plus révélateurs, que n\u2019importe quel geste, car ce qu\u2019il y avait derrière chacun de ces mouvements orchestrés avec un art d\u2019une subtilité toute orientale, c\u2019était un homme, une âme.En 1917, lorsque les esprits sont tournés vers la guerre, DeMille en profite pour réaliser une sorte de sermon patriotique qui s\u2019appelle \"Joan the Woman\u201d.Pour une seule journée de tournage il dépense la somme de $300,000.00 à une époque où la moyenne des films entiers est de $20,000.00.Hélas, il manipule la vie de Jeanne d\u2019Arc avec un mauvais goût qui, aussi, sera bientôt sa marque de commerce.Voici comment débutait et finissait cette oeuvre grandiloquente.C\u2019est la guerre de 1914; un soldat anglais trouve une vieille épée dans un trou d\u2019obus.L\u2019épée en main, il se met à rêver à Jeanne d\u2019Arc, à toute son histoire .A la fin, le soldat se réveille et se lance à l\u2019attaque des Allemands, inspiré par l\u2019héroïsme de la sainte.Pour un soldat anglais, voilà qui n\u2019était pas banal.Si nous comparons la Jeanne d\u2019Arc artificielle et sucrée de DeMille avec celle de Dreyer réalisée quelques années plus tard, il n\u2019y a plus grand chose à dire sur la première.1919- DeMille nous a habitués au meilleur et au pire.Il se lance maintenant dans une nouvelle série; des films spécialement fabriqués pour satisfaire la majorité du public.Attirée par les longs métrages qui font fureur, il y a à cette époque dans les cinémas une foule énorme de nouveaux spectateurs peu exigeants sur la qualité, mais avides de sensations faciles.De 1919 à 1924, DeMille fera donc une série de petits films plaisants qui refléteront l\u2019amora- CINÉMA 883 lisme de cette période d\u2019après-guerre.Les scénarios parlent de la femme moderne qui doit \"faire sa vie\u201d.Les intrigues sont mondaines et prêchent un nouveau standard d\u2019existence.L\u2019amour conjugal est traité avec désinvolture et l\u2019érotisme est à la mode dans les décors de DeMille.Les titres de ses films deviennent aguichants et indiquent à eux seuls leur portée amorale : \"Male and Female\u201d, \"Don\u2019t Change your Husband\u201d, \"For Better and for Worse\u201d, \"Why Change your Wife\u201d, \"Forbidden Fruit\u201d, \"Fools Paradise\u201d, \"Affairs of Anatole\u201d, \"Adam\u2019s Rib .\u201d Avec ces histoires modernes et extravagantes, Cecil B.DeMille devient le réalisateur le plus couru, le plus à la mode.Ceux qui considéraient le cinéma comme une distraction que l\u2019on regarde du coin de l\u2019oeil ont trouvé ce qui les flattait : la sensualité, les gestes distingués, l\u2019hygiène, l\u2019éclairage indirect, les renards blancs, les colliers de perles suspendus quelque part, tous les éléments qui permettent l\u2019évasion trouble.Mais subitement DeMille se fatigue de fabriquer des petites histoires domestiques qui mettent en vedette des noms d\u2019actrices à la mode.Il décide de se mettre en vedette en tournant son premier super-spectacle, \"Les Dix Commandements\u201d.DeMille devient le vrai DeMille et son nom synonyme de colossal.Il engage 2,500 figurants.Pour l\u2019entrée du palais du Pharaon, il construit un décor de 100 pieds de haut par 1,000 pieds de large.245 sphinx de 5 tonnes chacun sont installés en bordure de la voie royale.Avec \"Les Dix Commandements\u201d, DeMille ne comprend pas que le cinéma peut transformer la réalité pour atteindre la signification des choses.L\u2019univers qu\u2019il vient de fabriquer est froid et s\u2019arrête au mur qui le forme.Son souci de réalisme a sombré dans le ridicule de l\u2019artifice.U a sacrifié la logique du drame intérieur aux effets spec- 884 L\u2019ACTION NATIONALE taculaires.2,500 figurants, 300 chars, 1225 tonnes de sphinx n\u2019ont rien à voir avec le goût, la dignité, l\u2019émotion de l\u2019esprit.\"Les Dix Commandements\u201d \u2014 les lois de Dieu \u2014 n\u2019était qu\u2019un prétexte à des scènes érotiques.Quand même, DeMille a du style, un style grandiose qui impressionne l\u2019oeil du spectateur souvent minable dans sa vie de tous les jours.Il est normal d\u2019être émerveillé par la santé éclaboussante des vedettes quand les rhumatismes nous rongent.Ce premier super-spectacle a donc un grand succès financier.Mais il n\u2019est pas un nouveau langage pour parler aux hommes humiliés de l\u2019époque moderne.Les souvenirs de théâtre de DeMille le rendent imperméable aux possibilités de la caméra.Il ne s\u2019en sert que pour des truquages, fusqu\u2019à aujourd\u2019hui encore, sa caméra photographie simplement les acteurs dans un décor; elle n\u2019est qu\u2019un instrument de reproduction.Il reproduit les vedettes à la mode qu't jouent une histoire.Il conçoit un film non pas comme un rythme, un mouvement en transformation \u2014\tmouvement qui peut être tout intérieur et pas nécessairement autos en marche ou chevaux au galop \u2014 mais il conçoit le cinéma comme une série d\u2019images à la suite l\u2019une de l\u2019autre.Ces films sont sans progression cinématographique.S\u2019ils ont du succès, c\u2019est à cause de leur extraordinaire efficacité comme divertissement souvent érotique.Et ce n\u2019est pas le premier réalisateur venu qui peut atteindre cette efficacité; il faut du génie \u2014 un génie malsain \u2014\tmais du génie tout de même.Et DeMille l\u2019a.Déjà en 1924 nous en sommes certains.Il est étonnant de voir que ce réalisateur, connu pour ses super-productions à sujet religieux, a fait tout au long de sa carrière un nombre imposant de films légers à la mode du jour.Vers 1925-30 la mode est au jazz-age CINÉMA 885 pictures.DeMille en fera.C\u2019est l\u2019époque où les écrans sont pleins de mères dansantes, de jazz-babies, de flapper-girls.La modestie et la virginité deviennent absurdes; c\u2019est un ordre nouveau, plein de scènes d'amour qui ont l\u2019apparence de combats de lutte.Dans cet esprit, il réalise \"Feet of Clay\u201d, \"Triumph\u201d, \"Road to Yesterday\u201d et \"The Golden Girl\u201d.II passe plusieurs années à tourner ces petits-grands films.Et arrive un moment où il s\u2019aperçoit qu\u2019il n\u2019est plus le seul réalisateur à faire des films à grand déploiement.D\u2019autres metteurs en scène lui font maintenant concurrence.\"Les Dix Commandements\u201d n\u2019est plus un film exceptionnel.On s\u2019aperçoit qu\u2019il est dépassé, qu\u2019il n\u2019est plus à la hauteur lorsque les écrans d\u2019Amérique présentent des oeuvres italiennes comme \"Cabiria\u201d et \"Teodora\u201d dont les décors gigantesques font paraître infantiles ceux de DeMille.En plus de cette concurrence, il y a un génie à l\u2019oeuvre à Hollywood dont on est obligé de tenir compte à cette époque.C\u2019est Griffith qui utilise le cinéma \u2014 contrairement à DeMille \u2014 pour découvrir des nouvelles formes de langage.On apprend de Griffith que le déploiement des foules peut créer de l\u2019émotion, de la puisssance venant d\u2019une beauté formelle.Il révèle que la caméra peut se mouvoir parmi des personnages et composer plusieurs actions parallèles dans une même image.Mais DeMille ne se considère pas pour battu.U décide de surpasser tout ce qui a été fait par les autres.Et il entreprend une oeuvre fantastique basée sur la vie du Christ : \"The King of Kings\u201d.Le film est vu par un demi billion de spectateurs; on en a tiré 600 copies qui circulent dans le monde entier.Les sous-titres sont traduits en 23 langues.\"The King of Kings\u201d était un sujet particulièrement difficile à traiter, mais grâce au talent de H.B.Wagner, dans 886 L\u2019ACTION NATIONALE le rôle titre, il s\u2019en dégageait par moment un climat de révérence.DeMille gagnait la bataille.Avant de partir pour l\u2019Europe en 1931, il déclarait: \"Le public est fatigué des intrigues légères, il devient sérieux.Il y a quelque chose qui doit évoluer dans notre conception de la vie moderne.Ou plutôt, nous devons revenir aux simples vérités sur lesquelles notre nation a établi ses bases\u201d.Au lendemain de son retour d\u2019Europe, il tourne \"The Sign of the Cross\u201d avec Frederick March pour un public maintenant fatigué de sophistication.\"The Sign of the Cross\u201d était, selon les critiques du temps, une combinaison d\u2019éléments morbides, religieux et érotiques.T out était à recommencer .Il faut attendre fus qu\u2019à 1936 pour voir peut être le meilleur film de la carrière de DeMille\u2019 \"The Plainsman\u201d avec Gary Cooper.C\u2019est son 63e film .Exception faite de \"Union Pacific\u201d, tous les films qu\u2019il fera par la suite, jusqu\u2019à \"Samson et Dalilah\u201d, seront des réalisations sortant de la plus pure tradition hollywoodienne où toute dramatisation est tellement systématique que l\u2019esprit refusera à croire au document, à la sincérité de leur auteur.Dans l\u2019histoire de l\u2019art du cinéma américain Cecil Blount DeMille n\u2019a aucune valeur.Il est cependant impossible de l\u2019ignorer dans la transformation sociale du cinéma à Hollywood, car toute son oeuvre est singulièrement représentative des nombreuses époques dont elle s\u2019inspira.(1) (l) Documentation recueillie dans le CINEMA d\u2019Enri Agel, The Rise of the American Film de Lewis Jacobs, The Film Till Now de Paul Rotha, A Pictorial History of the Movies de Deems Taylor, Silent Screen de Daniel Blum.Claude Sylvestre nOTRE I Littérature par ^ean-^Uarieà Tanguay DÉSY, (Jean), ambassadeur du Canada en France, Les sentiers de la culture.Fides.(Montréal et Paris).Le volume s\u2019ouvre sur un hommage à Edouard Montpetit, et il se clôt sur une post-préface écrite par ce prototype de notre culture canadienne-française.M.Désy est certes de la même famille d\u2019esprit que M.Montpetit.Les analogies sont assez fortes entre \"Au Service de la tradition française\u201d (1919) et le présent volume.M.Désy fut un brillant universitaire, il occupa jadis une chaire de droit international et constitutionnel à l\u2019Université Montréal.Il consacre plusieurs chapitres à l\u2019éducation.Il ne minimise aucunement le rôle de l\u2019Université dans l\u2019Etat : \"A certains égards, l\u2019université est le cerveau de la nation\u201d, (p.140).\"Les secours aux universités ne sont pas des dépenses, mais des placements.Ils font fructifier le capital humain et servent le progrès social\u201d, (p.144).Les imbrications de l\u2019Université, de l\u2019Etat et d\u2019une troisième dimension : l\u2019Eglise sont étudiées par l\u2019auteur, à la lumière de la genèse des universités européennes depuis au moins le XlIIe siècle.Ce périple historique permet de situer un problème actuel : l\u2019aide financière aux universités.\"Déjà, au XVIe siècle, la Municipalité de Poitiers octroyait aux jeunes maîtres des dons en argent ou en nature, des robes, des manteaux\u201d.Elle allait même jusqu\u2019à payer la location de la vaisselle 888 L'ACTION NATIONALE d\u2019étain \"jugée décente pour les banquets des docteurs\".Dès 1297, Philippe le Bel concède des privilèges aux escholiers et les motive \"sur les égards qu\u2019on doit aux travaux, aux veilles, aux sueurs, à la disette de toutes choses, aux peines et aux périls que subissent les étudiants pour acquérir la perle précieuse de la science\u201d, (p.148).M.Désy nourrit un sain optimisme sur la création d\u2019un milieu de culture qui soit typiquement nôtre : \"J\u2019ai confiance dans mon pays.Je crois en ses virtualités.Il n\u2019est pas téméraire, connaissant nos origines et nos traditions, nos qualités innées, nos efforts dans l\u2019ordre matériel et spirituel, d\u2019espérer qu\u2019un jour un chef-d\u2019oeuvre naîtra de notre sol qui se haussera à l\u2019universel parce qu\u2019il excellera à figurer la réalité canadienne.\u201d (p.180).Après avoir entendu l\u2019intellectuel, une autre facette de la riche personnalité de l\u2019auteur se dresse : c\u2019est le diplomate.\"Quiconque a beaucoup voyagé, peut a-voir beaucoup retenu\u201d.M.Désy nous livre un riche butin accumulé par ses voyages d\u2019étude à l\u2019étranger.Il donne les principes de base à notre problème linguistique.Pas de sentimentalisme, mais du réalisme.Il va de l\u2019universel au particulier.\"Sous le titre Le Monde Bilingue, un mouvement international s\u2019emploie actuellement à faire adopter le principe du bilinguisme franco-anglais dans tout l\u2019Occident.\u201d (p.181).Il découvre un paralogisme dans nos attitudes : \"Le Canada est un pays bilingue alors que la majorité de ses citoyens ne sont pas bilingues\u201d, (p.183).Les peuples minoritaires sont souvent le creuset où s\u2019opèrent des expériences qui valent à l\u2019échelle mondiale.La Suisse est un de ces cas, pourquoi pas le Canada : LITTÉRATURE 889 \"Nous tentons, au Canada, une expérience de portée universelle en réunissant dans un cadre politique modèle des peuples de traditions et de vues diverses, qui n\u2019ont jamais auparavant et nulle part ailleurs vécu ensemble dans l\u2019harmonie\u201d, (p.198).Ce volume tire son unité, non pas de la concaténation de ses parties, mais du thème toujours sous-jacent : notre personnalité culturelle, vue de l\u2019intérieur et de l\u2019extérieur.La phrase est classique, plutôt périodique.Le style n\u2019est pas exempt parfois de certaines lourdeurs.Bref, l\u2019ouvrage est truffé d\u2019aperçus originaux, de touches historiques.C\u2019est une oeuvre de maturité, et c\u2019est beaucoup dire.RUMILLY, (Robert).Histoire des Acadiens.Montréal.(2 tomes, 1038p.) Allons aux conclusions de l\u2019auteur : \"Dans l\u2019ensemble, l\u2019examen objectif ne commande, ni un optimisme délirant, ni un pessimisme systématique.Mais la stricte objectivité convient-elle ?Au point de vue naturel, le peuple acadien ne devrait plus exister depuis deux cents ans.Ses vertus, qui l\u2019ont sauvé, n\u2019ont pas fini de le soutenir.\u201d (p.1030).L\u2019Acadie a survécu au \"Grand Dérangement\u201d.Voilà deux cents ans, cette année.Les historiens font converger leurs études pour mettre au grand jour les faits et gestes de ce petit peuple martyr.M.Bona Arsenault, M.P., vient de lancer : \"L\u2019Acadie des Ancêtres\u201d.M.Rumilly n\u2019en est pas à son premier ouvrage.Sa méthode pour élaborer un livre d\u2019histoire n\u2019a pas changé.Il ne nous épargne aucune de ses analyses.Il 890 L'ACTION NATIONALE ne pratique pas cette ascèse d\u2019Augustin Thierry qui dit \"dévorer les longues pages in-folio, pour en extraire une phrase et quelquefois un mot entre mille.\u201d (Préface à Dix ans d\u2019études historiques).Le peuple acadien a subi un grand traumatisme qui partage son histoire en deux versants.Avant et après la \"Déportation\u201d.Avant la déportation, c\u2019est la paix, le progrès relatifs; mais après ce soubresaut, c\u2019est le repliement sur soi.Il fut éparpillé à tous les vents.Il ramassa ses énergies vitales pour lutter (phase négative) et se donner une physionomie typiquement sienne (phase potitive).L\u2019Acadie est, mutatis mutandis, la minuscule image du Canada français au sein de l\u2019élément anglo-saxon.L\u2019Eglise, dans la personne de ses illustres évêques, est un atout important dans la survivance de l\u2019Acadie.M.Rumilly met au clair, l\u2019hostilité du clergé de langue française, d\u2019origine irlandaise aux revendications des Acadiens.Les péripéties de l\u2019éducation, le tremplin de l\u2019émancipation acadienne, sont relatées avec soin.A part la déportation de 1755, l\u2019émigration a saigné l\u2019Acadie, surtout de 1850 à 1900.L\u2019auteur parle amplement du grand congrès de la Saint-Jean-Baptiste à Québec en 1880, puis des séances de Memramcook en 1881 et de Miscouche en 1884.Par ses délibérations, l\u2019Acadie devenait une société nationale, avec un drapeau, un hymne et une fête bien à elle.Le lecteur a besoin de patience, surtout si l'Acadie ne le touche pas de près pour parcourir une telle oeuvre.Le style journalistique, les nomenclatures fastidieuses ne lui sont pas épargnés. LITTÉRATURE 891 Ce volume est une oeuvre de consultation pour les bibliothèques.L'auteur devrait en composer un synopsis.TRUDEL, (Marcel).Chiniquy.Editions du Bien public.Nous connaissions jadis M.Trudel par sa monographie de thèse de doctorat sur \"L\u2019influence de Voltaire au Canada\u201d.Laquelle faisait déjà mention de Chiniquy.La présente monographie est celle d'un prêtre surnommé \"Louis-de-Gonzague, à cause de sa piété angélique, et qui devint dans la suite un apostat.\u201d Dans la littérature contemporaine, romanciers, dramaturges, cinéastes ont dessiné des physionomies de prêtres, les unes sereines, les autres stigmatisées par leurs égarements.C\u2019est Bernanos, Graham Greene, Mauriac, le Petit Monde de Don Camillo, le Défroqué.Ici le romanesque cède le pas à l\u2019histoire.C\u2019est non moins tragique.Chiniquy déborde les cadres de l\u2019histoire, c\u2019est aussi un personnage légendaire.M.Trudel répond aux goûts de son époque d\u2019entendre parler de cet être bizarre vivant parmi les hommes comme n\u2019y vivant pas.Le \"Tu es sacerdos in aeternum\u201d, le traque au milieu de ses déchéances.L\u2019auteur n\u2019a rien épargné pour bien camper son personnage : il a parcouru vieux journaux, archives tant chez nous qu\u2019à l\u2019étranger, aux Etats-Unis, dans l\u2019Etat de l\u2019Illinois.M.Trudel fait un petit accroc à l\u2019objectivité historique.Partant avec le fait que Chiniquy est un apostat, il tente pour parler en termes freudiens une psychanalyse de son personnage.Il essaie de trouver dès sa tendre jeunesse, un point d\u2019explication profonde de sa maturité 892 L'ACTION NATIONALE et vieillesse.L\u2019histoire n\u2019est pas rétrospective, ni réversible.La liberté humaine intervient, et par conséquent l\u2019indéterminisme.La dialectique d\u2019une vie d\u2019homme ne nous permet pas de dire ni de contredire quelle aurait été la tangente de sa vie dans la suite, si Chiniquy était mort en 1851.M.Trudel a posé un postulat initial dans sa pensée, et il oriente un tant soit peu les faits pour le réduire en une évidence.Chiniquy a été surnommé le \"Luther du Canada\u201d.La caractéristique dominante de cette vie : c\u2019est son hypocrisie, non seulement au sein de l\u2019Eglise catholique mais au sein de l\u2019Eglise presbytérienne.Friand des honneurs, il en a eu plus que tout autre canadien-français.Son éloquence éclata dans le Nouveau et Ancien Monde.\"Il représente un grand moment de notre histoire religieuse, puisqu\u2019il a dirigé une offensive formidable contre l\u2019Eglise catholique du Québec au moment où la menaçaient déjà terriblement l\u2019Institut canadien de Montréal et l\u2019aile gauche du libéralisme\u201d, (p.308).Livre pétillant d\u2019intérêt.L\u2019on voit autour de Chi-niquy graviter mille et un événements du temps.Chiniquy ne fut pas le seul apostat, défroqué du Québec, il y en a encore beaucoup aujourd\u2019hui qui reprennent à un moment ou l\u2019autre le don de leur vie au Christ.Mais ils nous épargnent leur scandale.Ils végètent.Chiniquy était grand au temps de la fidélité, il n\u2019a pas perdu cette grandeur pervertie au temps de l\u2019apostasie.Pour les lecteurs qui ne peuvent parcourir un volume de 300 pages, la conclusion du livre leur donne les grandes lignes de la vie du personnage.J.-C.Tanguay *V
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