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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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Références

L'action nationale, 1956-01, Collections de BAnQ.

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[" M.TM Le président\t1956 Michel Brunet\tQu'est-ce que l'assimilation ?Pierre Laporte\tChâteau Maisonneuve Le gant de boxe.Lionel Groulx\tNos raisons de survivre Jean-Marc Léger\tNationalisme et progrès social.Divorce ou fraternité ?Pierre de Grandpré\tCivilisation canadienne-française Objet et méthode de cette chronique.\tNotre enquête 1956 Patrick Allen\teamté eCe \u201cPatttiac.Sa ÿé .-5\t.3 3 V?C ¦i ^ > ' , C $ ¦y>.:> c f /v o V O o \u2022iC.~V = Le comté de Pontiac 414 L'ACTION NATIONALE grand contraste entre ce plateau et les terres de la vallée réside dans le caractère médiocre des sols peu propres à la culture.La forêt règne encore dans cet immense secteur et constitue, aujourd\u2019hui comme par le passé, la principale ressource naturelle du comté (voir carte).Pour caractériser le climat de Pontiac, températures et précipitations, nous ne disposons pas dans le comté de stations météorologiques.Celles qui se trouvent dans les autres comtés de la région de l\u2019Outaouais permettent cependant d\u2019obtenir une approximation suffisante de la situation dans Pontiac.D\u2019après des moyennes prélevées depuis une quinzaine d\u2019années, l\u2019hiver apparaît un peu moins rade le long de l\u2019Outaouais et même dans l\u2019arrière-pays que dans certains secteurs de la plaine de Montréal.Les gelées dangereuses cessent partout en mai et commencent avec septembre, ce qui permet de constater que l\u2019agriculture peut être pratiquée à travers toute la région.Les pluies sont fortes et également bien distribuées entre le haut et le bas du comté; la répartition n\u2019en est pas moins satisfaisante entre les différentes saisons.La couche de neige est suffisamment épaisse pour protéger la végétation contre les morsures du froid, mais pas assez pour résister longuement aux ardeurs du soleil du printemps, livrant ainsi de bonne heure la terre à la culture.Plus que le sol, le climat semble-t-il favorable à l\u2019activité agricole.Au point de vue hydrographique, le comté est découpé par de nombreux lacs et cours d\u2019eau.Mentionnons en particulier trois tributaires de la rivière Outaouais.remarquables par le volume de leurs eaux, la longueu NOTRE ENQUÊTE 1955 415 de leurs parcours, l\u2019utilité qu\u2019ils représentent pour le flottage du bois, voire la production éventuelle d\u2019électricité.La première par son étendue, la rivière Coulonge, coule vers le sud et l\u2019est sur une distance d\u2019environ 100 milles jusqu\u2019à sa décharge dans la rivière Outa-ouais, près de Fort-Coulonge, à 4 milles en amont de la tête de l\u2019Ile du Grand-Calumet; elle draine une superficie de 1800 milles carrés et forme un débit pendant six mois d\u2019une puissance d\u2019environ 20,000 H.P.La seconde, la rivière Dumoine, qui délimite le comté à l\u2019ouest, draine une superficie de 1,600 milles carrés et se déverse dans le canton d\u2019Aberdeen, à environ 10 milles en amont des rapides Des Joachims, à 90 milles de sa source; l\u2019énergie accumulée le long de cette rivière est de l\u2019ordre de 32,000 H.P.Enfin, la rivière Noire, après un parcours de 75 milles, à travers un bassin de 1,000 milles carrés, se jette dans la rivière Outaouais, près du pied du chenal Culbute, au nord de l\u2019Ile-aux-Allumettes.La partie habitée de Pontiac est divisée en 25 cantons dont une douzaine longent la rivière Outaouais et les autres sont concentrés dans la pointe sud-est du comté.Une proportion d\u2019environ 70 pour cent de la population de 21,000 habitants en 1951 est groupée dans sept cantons, tous au sud-est de l\u2019Ile-aux-Allumettes, soit, par ordre d\u2019importance : Clarendon, Mansfield, Litchfield, Grand-Calumet, Bristol, Onslow et Leslie.Les cinq cantons les plus à l\u2019ouest du comté (Aberdeen, Malakoff, Esher, Sheen et Chichester) ne groupent pas ensemble 2,000 personnes.Les villages les plus populeux, au dernier recensement, étaient les suivants : Fort-Coulonge (1,431) Shawville (1,159) Campbell\u2019s Bay, chef-lieu du comté (975) Quyon (807), Bryson 416 L\u2019ACTION NATIONALE (519) Chapeau (464) et Portage-du-Fort (375).La carte que nous avons préparée indique la situation des cantons et celle des principaux villages.La répartition de la population laisse déjà entrevoir la disposition des moyens de communication de Pontiac.Deux ponts (à Portage du Fort et à FIle-aux-Allumettes) et quelques \u201ctraverses\u201d relient le comté à la province d\u2019Ontario, notamment à Renfrew, Arnprior et surtout Pembroke.De Waltham, au nord-est de I'Ile-aux-Allumettes, on peut se rendre à Ottawa par le chemin de fer Pacifique-Canadien, en passant par Fort-Coulonge, Vinton, Campbell\u2019s Bay, Morehead, Lawn, Shawville, Maryland, Wymen et Quyon, principales stations du comté de Pontiac.Plus au sud, la voie du Canadien National fait un crochet en passant par Bristol et Portage-du-Fort.Toutes les localités sont reliées entre elles par un réseau de routes d\u2019une longueur totale de 1087 milles en 1953 dont une proportion de 35 pour cent était formée de chemins de grande communication pavés ou gravelés ou chemins améliorés.En 1955, la proportion de routes améliorées est sensiblement plus élevée.Si donc un citoyen de Pontiac veut aller dans le grand parc de la Véren-drye, au nord du comté, ou dans l\u2019Abitibi, par automobile, il doit prendre la route 8 jusqu\u2019à Hull et de là, la route 11, puis la route 58, Mont-Laurier-Senne-terre; s\u2019il veut aller dans le Témiscamingue, il lui faut traverser l\u2019Outaouais, prendre la route 17 dans l\u2019Ontario, puis les routes 63 et 46 (voir carte).Ainsi le comté est-il à peu près fermé à la province de Québec de deux côtés à la fois : au nord, par le plateau, les montagnes et la forêt où les \"chemins de NOTRE ENQUÊTE 1955 417 bois\u201d ne sont pas des routes facilement carrossables du moins par tous genres de véhicules; à l\u2019ouest, du côté du Témiscamingue, à cause de l\u2019absence de voies de communication, la route 8 n\u2019allant guère au-delà de Sheenborough.Vers l\u2019est, le Pontiacois est attiré par Hull et surtout Ottawa.Par le sud, toute la province d\u2019Ontario devient facilement accessible, non plus malgré l\u2019Outaouais, mais à la faveur de l\u2019Outaouais, de ses ponts et de ses \"traverses\u201d.La situation géographique et la topographie du comté favorisent cette orientation et les hommes ont dû en tenir compte dans l\u2019aménagement physique du territoire.Patrick Allen n0TRt Littérature AUTOUR DE CETTE ÂME COLLECTIVE Le supplément littéraire du Devoir qui accompagnait l\u2019édition quotidienne du 15 novembre dernier mérite qu\u2019on s\u2019y arrête un peu.Ce n\u2019est pas que les articulets qu\u2019il contient témoignent d\u2019une mûre réflexion de leurs auteurs sur la question posée qui était de définir, si tant est qu\u2019elle existe, T\u2019âme collective qui émerge de nos lettres\u201d.Aucun des interviewés ne semble du reste vouloir donner l\u2019impression qu\u2019il apporte le fin mot de l\u2019affaire.Quelques articles laissent même voir assez clairement qu\u2019ils ont été rédigés d\u2019un seul souffle, à l\u2019heure limite, entre deux travaux plus précieux.Le contraire n\u2019eût pas été suivant la tradition.Et en somme, même si la valeur littéraire du numéro appelle quelques réserves, il reste que le responsable peut à bon droit se montrer satisfait du résultat de son enquête.Car c\u2019est ce résultat qui offre de l\u2019intérêt.Disons tout de suite qu\u2019il se résume par le mot imprécision.Le manque de netteté de l\u2019ensemble des réponses laisse le lecteur assez perplexe.Je veux bien que les qualités d\u2019une âme collective ne soient pas faciles à cerner et qu\u2019elles obligent à autre chose qu\u2019à des formules énumératives.Mais compte tenu de ces difficultés, il demeure ici évident que nos auteurs CHRONIQUE LITTÉRAIRE 419 se sentent inconfortables devant la question qui leur est posée.Ils biaisent volontiers, s\u2019attachent qui à une impression, qui à un fait sans rapport véritable avec le sujet, qui enfin au soulagement que lui procure un épanchement bilieux.Je crois comprendre que certains même ont tout uniment mis la question de côté et se sont rabattus sur quelques inédits qui portent moins à conséquence.Au total, les réponses qu\u2019on eût souhaitées plus élaborées et surtout mieux étoffées donnent vraiment l\u2019impression que le problème ne valait pas la peine d\u2019être discuté ou, du moins, qu\u2019il n\u2019est pas de la spécialité de ceux qui furent interrogés, romanciers et poètes pour la plupart.Notre âme collective sort de l\u2019épreuve avec des contours désespérément flous, avec quelques notes distinctives à peine ébauchées et déjà contradictoires qui la rendent proprement impensable.Au premier abord, on est tenté de conclure que cette réticence \u2014 et peut-être cette impuissance \u2014 de nos auteurs devant la question posée révèle un comportement d\u2019adultes.Nos écrivains seraient parvenus à ce point d\u2019autonomie où l\u2019oeuvre qu\u2019ils ont enfantée, dégagée des langes nationales, n\u2019a plus besoin de clamer ses origines mais en porte nécessairement la marque.Le temps serait révolu où dans l\u2019arrière-boutique de Crémazie on créait systématiquement une littérature canadienne-française.Dès lors le malaise de nos écrivains serait pleinement justifié.A d\u2019autres qu\u2019à eux cette question; aux critiques, aux sociologues qui sont par métier des témoins, des enregistreurs; mais pas à ceux dont l\u2019idéal est précisément de transmuer, dans une sorte de superbe inconscience, le mystérieux apport du moment et du milieu en une impondérable réalité intemporelle et universelle que l\u2019on nomme la grande oeuvre.En bref, le milieu canadien-français serait assez consistant pour 420 L\u2019ACTION NATIONALE avoir produit, suivant l\u2019évolution normale de toute culture, des écrivains et des artistes qui soient extérieurement affranchis de leur origine nationale et ne s\u2019y réfèrent plus que par ce lien complexe et caché de l\u2019atavisme, plus ou moins reflété par les oeuvres, et décelé par des visions réflexes profondes.Nous serions donc à l\u2019époque de la maturité.L'inconscience nationale de nos romanciers et poètes en serait le signe.Mais ici on s\u2019aperçoit assez vite que la rigueur confine à la fausseté.Qu\u2019est-ce que cette maturité si peu féconde et qui produit encore tant de fruits malingres ?Qu\u2019est-ce que cet affranchissement, que cette inconscience nationale qui a l\u2019air tellement appuyée et qui ne peut se défendre de beaucoup d\u2019aigreur à l\u2019égard du milieu ?Voilà.Dans une société parfaitement évoluée, l\u2019écrivain qui s\u2019est donné pour mission d\u2019exploiter les problèmes humains, l\u2019artiste tout entier à la tâche d\u2019exprimer le beau manifestent envers le contexte national qui les nourrit une indifférence hautaine parfois, mais authentique.Ils seraient impuissants à rendre compte de l\u2019âme collective qui émerge de leurs oeuvres, mais ils n\u2019en tireraient pas prétexte à dauber le milieu à l\u2019unisson.C\u2019est que notre indifférence à nous n\u2019en est pas une.Elle est volontaire et soutenue.Elle est née d\u2019une réaction, salutaire sans doute mais délibérée, contre une forme de narcissisme non moins artificiel qui menaçait de nous faire sombrer dans la plus totale irréalité.Cette complaisance en nous-mêmes, véritable compensation psychologique devant une situation nationale précaire, nous avait induits jadis à fleurir abondamment notre passé militaire et politique et à valoriser avec complaisance notre être ethnique CHRONIQUE LITTÉRAIRE 421 au point de lui donner des allures de messie.C\u2019est de cette psychose qu\u2019est sortie officiellement notre littérature.Aujourd\u2019hui nos dimensions sensiblement amenuisées sont rentrées dans les cadres du réel.On nous a prouvé que nous étions une société débile, anormale; que notre passé fut misérable autant que glorieux; que notre avenir reste incertain.Notre instinct de sécurité en fut rudement ébranlé.Nous avons compris ces pénibles vérités, mais nous ne les avons pas encore acceptées.Nous vivons actuellement sous l\u2019effet du choc opératoire.La réaction s\u2019est manifestée par une aversion profonde à l\u2019égard de toutes formes de nationalismes.Ce seul mot provoqua une sainte horreur chez une notable proportion de la génération actuelle.D\u2019aucuns prétendirent y échapper en haussant en quelque sorte leur idéal et leur activité au niveau d\u2019un vain universalisme.Mais le dédain dans lequel ils tiennent le milieu national manque trop de sérénité.Ce qui prouve qu\u2019ils en sont moins affranchis qu\u2019ils ne le croient.Il ne fait pas de doute qu\u2019on a tenu rigueur à ce milieu de n\u2019être pas tel que la légende l\u2019avait accrédité.Autre forme de compensation psychologique, on releva à satiété ses tares et ses faiblesses, et même on le déprécia injustement avec un cynisme à peine voilé.Des chercheurs, sociologues et critiques, par des démarches diverses et jamais sous le couvert de préoccupations nationalistes \u2014 ils ne manquent pas de nous en avertir \u2014- finissent toujours par rejoindre ce milieu qu\u2019ils triturent et dont ils révèlent de nouvelles et plus profondes défaillances.La vérité a son compte sans doute et c'est un bienfait.Nous savons mieux ce que nous sommes et ce sur quoi il faut tabler pour un possible redressement.Mais cette vérité qui triomphe en 422 L'ACTION NATIONALE particulier sur le plan historique et social contient encore une trop forte charge émotive qui risque souvent de rebrouiller les choses.C\u2019est ce que démontre, entre bien d\u2019autres publications, le supplément littéraire du Devoir.L\u2019imprécision, le malaise qu\u2019on y voit n\u2019est pas l\u2019effet d\u2019une superbe indifférence qui eût pu être littérairement de bon aloi, mais plutôt d\u2019une émotion sourde que la question a ravivée.Evidemment je parle ici de l\u2019impression d\u2019ensemble que laisse le numéro.Il y a bien quelques réponses dont la sérénité et même l\u2019optimisme tranchent sur le ton aigre qu\u2019affectent les autres.Ainsi, l\u2019attitude d\u2019habituelle sympathie qui est en train de s\u2019identifier à Lemelin ne se dément pas ici.Bien aise de pouvoir à la lecture de Gabrielle Roy ou à l\u2019audition de Félix Leclerc respirer l\u2019odeur d\u2019une petite \"fleur bleue\u201d qui est proprement nôtre, il s\u2019en prend à ceux qui ne daignent pas la reconnaître et dont précisément les doléances s\u2019étalent dans les articles qui avoisinent le sien.Autre position qui respire un optimisme plus mesuré cette fois : celle du père Legault qui, dans un texte bien équilibré, trace un tableau presque enviable de notre théâtre contemporain.L\u2019article de Ringuet est révélateur à plus d\u2019un aspect.D\u2019abord, nous y reconnaissons le styliste conscient, plein de recherches, qu\u2019est l\u2019auteur de Trente Arpents.Nous y voyons aussi une façon un peu désinvolte de régler le problème, particulière à cette génération qui a vécu ses plus belles années à l\u2019époque de transition entre l\u2019ère du prophétisme canadien-français et celle qu\u2019un peu d\u2019exagération pourrait nous faire qualifier de nihiliste.Lui-même cite ce groupe du Ni go g qui \"voulait ouvrir les fenêtres sur le large\u201d en réaction contre une tradition CHRONIQUE LITTÉRAIRE 423 boursoufflée qui achevait de pousser les fleurs incolores d\u2019un insipide régionalisme.Disons que cette réaction de l\u2019exotisme qui tint le haut du pavé vers les années 1920 n\u2019eut pas longue vie parce qu\u2019elle reposait sur des tendances trop arbitraires.Elle eut tout juste le temps d\u2019enrégimenter quelques écrivains que l\u2019on reconnaît aujourd\u2019hui encore aux goûts qu\u2019ils manifestent pour la tour d\u2019ivoire, la littérature pure et la perfection formelle.Leurs fils et je dirais même nombre de leurs cousins n\u2019ont pas le même visage.L\u2019obsession du milieu les a repris, quoi qu\u2019ils en aient.La situation particulière dans laquelle a vécu et continue actuellement de vivre le peuple cana-dien-français ne permet pas la négation \u2014 ce qui équivaut à l\u2019indifférence totale \u2014 des problèmes nationaux.La génération actuelle aura beau tenter, comme la précédente, de se composer un masque d\u2019impassibilité, elle n\u2019en aura pas la même facilité, étant donné que les problèmes, qu\u2019ils se posent au niveau social, religieux, culturel, politique ou éducationnel, finissent tous par se rejoindre sur le plan national, qu\u2019ils se révèlent aigus et qu\u2019ils réclament des solutions urgentes.On l\u2019a répété maintes fois : nous traversons une crise de conscience.Dans un tel contexte, la neutralité, même littéraire, est illusoire.Cette crise de conscience qui débuta par un bain de réalisme se manifeste encore par un divorce sentimental entre l\u2019élite canadienne-française et son milieu.Dans le supplément littéraire du Devoir, les plaintes de celle-là recouvrent facilement le chant d\u2019allégresse de quelques oiseaux rares.En premier lieu, je cite à part les études de Maurice Blain et Jeanne Lapointe qui, pour être plus sérieuses, plus 424 L'ACTION NATIONALE véridiques et plus étoffées que les autres, n\u2019en voient pas moins leurs résultats inscrits au débit déjà chargé de notre être ethnique.La première étude se plaint en somme de notre étiolement, de notre vie diminuée; la seconde, de notre \"mesquinerie intellectuelle\u201d.Leurs titres très éloquents se passent de commentaires, tout tendus qu\u2019ils sont vers un avenir meilleur.Ils s\u2019énoncent ainsi : Pour un moraliste à venir et Pour une morale de l\u2019intelligence.A côté de ces textes qui ont manifestement pour but l\u2019inventaire lucide et réaliste de ce que nous sommes, il y a les autres qui semblent dominés par la logique affective.Thériault recherche en vain le \"Canadien typique\u201d informé d\u2019une \"pensée canadienne\u201d et explique son absence par notre éducation sclérosée.Wilfrid Lemoine parle du manque de \"climat intellectuel favorable\u201d et de \"bâillonnement systématique et traditionnel\u201d.Filiatrault qui a choisi de ne pas répondre à la question posée met quand même beaucoup d\u2019insistance sur l\u2019attitude de quelques personnes qui s\u2019obstinent à classer ses romans \"dans la section des lectures dangereuses\u201d.Voilà bien où le milieu reçoit son compte.Tous ces écrivains qui sur le plan professionnel n\u2019ont rien de commun; ces romanciers et ces poètes dont l\u2019oeuvre veut se situer au niveau des tendances individualistes actuelles de la littérature universelle, tendances qui dépassent en profondeur toute préoccupation d\u2019ordre national; ces écrivains, devant le miroir, se rejoignent, dans un soubresaut presque instinctif, pour regretter l\u2019insuffisance du milieu, alors que la question qu\u2019on leur pose n\u2019a en somme qu\u2019un rapport lointain, qu\u2019un rapport d\u2019origine avec ce milieu.C\u2019est qu\u2019ils ne sont pas véritablement des déracinés.C\u2019est que le problème que pose ce milieu leur est encore éminemment CHRONIQUE LITTÉRAIRE 425 présent.On ne s\u2019affranchit pas ici de toutes formes de nationalisme, y compris de celle qui consiste à le nier avec véhémence.Ce repliement sur nous-mêmes, faussement admiratif ou faussement dédaigneux, est pour nous vital.Quelle que soit la forme qu\u2019il emprunte, il manifeste un instinct de conservation constamment en éveil devant une situation ethnique précaire.Les attitudes arbitraires d\u2019indifférence pure n\u2019y peuvent rien.Ce lien national est solide.Et c\u2019est la réponse de François Hertel qui nous en fournit la plus belle preuve.On ne sait trop plus si sa fureur de Canadien errant est ridicule ou pitoyable.Chose sûre, on ne charge pas à ce point son milieu natal sans que le coeur y soit abondamment.D\u2019ailleurs, les coups de François Flertel portent à faux.Ce sont exactement les mêmes qu\u2019il assénait, il y a quelques années, avec beaucoup plus de succès, alors qu\u2019il faisait un peu figure de maître.Aujourd\u2019hui, ces coups ratent considérablement leur objectif.Ce qui prouve que cette crise de conscience que nous traversons s\u2019accompagne d\u2019une évolution rapide de notre milieu.Il est indéniable que celui-ci a commencé de s\u2019amender, de se réformer depuis que sa pénible vérité fut mise à nu.Car enfin, nous sommes loin de l\u2019époque pourtant récente où l\u2019étude de Balzac dans nos chaires universitaires soulevait l\u2019indignation générale.Et n\u2019est-ce pas Cité Libre qui, dans sa livraison de mai dernier, avouait reproduire sans crainte de scandale un article sur l\u2019atmosphère religieuse au Canada français, qu\u2019elle n\u2019avait pas osé publier quatre ans plus tôt ?Les attaques sans nuances de Hertel sont nettement dépassées.Mais comme il est plus que probable qu\u2019il les répétera encore à quelques mots près, elles serviront, précieuses bornes indicatrices, à évaluer à nouveau avec 426 L\u2019ACTION NATIONALE justesse le chemin parcouru.On peut tirer parti de tout, même des bourdes de François Hertel.Le milieu a évolué.Nous pouvons supposer qu\u2019il continue dans cette voie sans qu\u2019il nous soit possible actuellement de mesurer son progrès.Mais ce progrès ne pourra qu\u2019atteindre les limites déjà restreintes qu\u2019impose à notre peuple une situation historique bien particulière.La tâche nous reste quand même d\u2019aider par tous nos moyens à ce perfectionnement.Mais la tâche nous reste surtout d\u2019assumer ce milieu avec ses valeurs et aussi avec ses détresses inéluctables.Entre le milieu idéalisé qui correspond aux premiers ébats de notre littérature et le milieu rejeté qui coïncide avec la littérature actuelle, il y a place pour la vérité, synonyme ici d\u2019acceptation.Cette acceptation étant, la même enquête répétée produira des réponses plus sympathiques et plus sereines.Jean Bloln O Lé DU CAT par Paat-Cnùl» Çinyrai ON NOTES ÉPARSES Le carnaval de M.Gordon Nos compagnies de transport ferroviaire décorent leurs gares à l\u2019occasion de la fête de Noël.A la gare Windsor, le Pacifique canadien conserve cette année son style traditionnel : choeurs, cloches et tableaux annoncent et glorifient la Bonne Nouvelle de la naissance du Sauveur; les lumières, le sapin géant, les boîtes enrubannées symbolisent les célébrations familiales.A la gare \"Centrale\u201d (dénomination insignifiante, soit dit en passant) le National canadien a conçu comme parure un cirque, une foire, un carnaval en pâte de papier.Sur la mezzanine, le Père Noël conduit le train du cirque (Note de Larousse : \"cirque\u201d, les Romains en décadence ne demandaient aux empereurs que du pain et les jeux du cirque).Les éléments du spectacle carnavalesque sont dispersés dans la salle : le dompteur, le clown, l\u2019acrobate, le jongleur, la fanfare.Décidément M.Gordon a la patte d\u2019ours.Empêtré depuis des mois dans le Château Maisonneuve, il eût pu avoir meilleur flair comme illustration québécoise 428 L\u2019ACTION NATIONALE de Noël.Cette fois le bilinguisme est sauf : Madame Gordon a présidé la cérémonie et s\u2019est adressée à la population en français, signalant manifestement son geste; les annonces du cirque sont d\u2019expression française et anglaise.Seulement, M.Gordon oublie que pour les 4,000,000 de catholiques québécois Noël n\u2019est pas un carnaval, mais une fête chrétienne.Qu\u2019il est difficile de comprendre que Québec n\u2019est pas une province comme les autres, qu\u2019elle est de caractère français et catholique ! Mais parce que M.Gordon n\u2019y comprend rien, avec sa meilleure volonté, nous ne pouvons tout de même subir qu\u2019il affuble nos édifices montréalais d\u2019un nom anglais et qu\u2019il illustre à la païenne nos fêtes religieuses les plus sacrées.Les décorations de Noël sont l\u2019imagerie populaire, éducatrice du peuple.Que ces décorations soient sans signification chrétienne, qu\u2019elles n\u2019aient même pas la légèreté féerique des rêves enfantins, mais qu\u2019elles soient lourdes, insignifiantes et ne portant d\u2019autre symbole que celui des réjouissances de mardi-gras ou d\u2019Halloween, nous en sommes profondément humiliés et mécontents.On chercherait à déchristianiser le peuple, à défaire ses traditions qu\u2019on n\u2019inventerait rien de mieux.Noël pour la province de Québec, monsieur Gordon, c\u2019est la commémoration de la naissance du Christ.Votre cirque de la Gare Centrale, le 25 décembre prochain, de grâce aiguillez-le sur une voie d\u2019évitement ! Ottawa questionne l'enseignement supérieur Le Bureau fédéral de la Statistique, section de l\u2019Education (cette section existe à Ottawa, même si l\u2019éducation relève des provinces) invitait, du 29 no- L'ÉDUCATION 429 vembre au 1er décembre, les institutions d\u2019enseignement supérieur du Canada à une conférence sur les statistiques de cet enseignement.L\u2019agenda, le questionnaire préliminaire, les sujets proposés pour la discussion indiquent qu\u2019on y cherchait à atteindre à une plus grande précision dans la compilation des statistiques et dans la publication du rapport officiel.Il s\u2019agit de redéfinir les termes, de refondre les formulaires, de redistribuer les données, d\u2019ajouter de nouveaux item, de faire entrer les rapports à des dates précises.Mais l\u2019on comprend aussi que la conférence n\u2019est pas étrangère à certaines pressions des ministères fédéraux, puisque les représentants des ministères du Travail, des Finances ou de la Défense nationale auront leur topo préparé pour la circonstance et viendront favoriser l\u2019orientation des rapports dans tel ou tel sens utile à leur service.On sait que telles conférences, tenues pour des fins pratiques et dans une atmosphère amicale, servent bien le gouvernement fédéral; ce sont autant de pas qui préparent et facilitent une politique de centralisation.La conférence appellerait bien des commentaires.Que pas un mot de français n\u2019ait été prononcé au cours des séances officielles.Que des représentants de la province de Québec aient jugé sans importance que soient identifiés pour fin de comparaison des états, des degrés, des diplômes référant à des contenus académiques divers.Que plusieurs provinces aient déjà confié au gouvernement fédéral le soin de préparer leurs rapports statistiques.Qu\u2019une politique de présence à Ottawa peut rectifier certaines situations.Etc. 430 L'ACTION NATIONALE Contentons-nous d\u2019attirer l\u2019attention sur un point majeur.En prévoyant cette réunion, nous avions analysé les publications du Bureau fédéral de la statistique concernant l\u2019éducation, en particulier le \"Relevé de l\u2019enseignement supérieur\u201d.Il apparaissait nettement que les informations d\u2019Ottawa sur nos institutions du Québec étaient incomplètes, vagues, parfois erronées.Les statuts des institutions sont mal définis et celles-ci sont classées dans un ordre discutable; plusieurs institutions, qui en d\u2019autres provinces seraient comprises dans l\u2019enseignement supérieur, n\u2019y figurent pas pour nous; les totaux sont parfois pure estimation.Bref l\u2019ensemble des données sur la province de Québec laisse nettement l\u2019impression d\u2019un fouillis qui ne dore pas notre système d\u2019éducation aux yeux du reste du pays.Nous avons d\u2019abord la conviction que le Bureau fédéral ne comprend rien à ce système et que peut lui en chaut d\u2019y voir clair.A la rencontre des officiers du Bureau, nous devons admettre qu\u2019il recevrait honnêtement des précisions et corrections; il nous les demande même.Après informations, nous comprenons que les données utilisées proviennent des deux universités de Québec et de Montréal et du Département de l\u2019Instruction publique.Et nous revenons humiliés encore une fois, et dégoûtés.Humiliés de la situation de parent pauvre que nous avons encore créée.Dégoûtés, parce que cette situation aurait pu ne pas exister, parce que le tableau que nous avons présenté de Québec est mal fichu, parce que l\u2019étiquette \"autonomie\u201d est en pratique une politique négative et voile une inaction coupable et lourde de lendemains. L'ÉDUCATION 431 Et nous demandons encore : à quand la constitution d\u2019un organisme provincial d\u2019éducation, d\u2019où l\u2019on puisse attendre les renseignements, les recherches, les directives, une politique enfin de l\u2019éducation ?Nous sommes las de croupir dans les énoncés de principes autonomistes, dans l\u2019inaction et l'improvisation, pendant qu\u2019une armée de fonctionnaires compétents, au service de ministères actifs et méthodiques, prennent chaque jour de nouvelles positions à Ottawa.La culture nationale \"Le grand devoir, disait il y a quelques années André Laurendeau, c\u2019est d\u2019être soi, de devenir pleinement soi, le meilleur soi.de s\u2019approfondir en restant d\u2019accord avec soi-même\u201d.Il est bon, au seuil d\u2019une année nouvelle, de reprendre certaines résolutions.Celle-là s\u2019impose en éducation.Nous avons hérité d\u2019un ensemble de valeurs rationnelles et spirituelles : folklore, moeurs, traditions, lois, institutions, toutes marquées d\u2019un double sceau : \"français et catholique\u201d.C\u2019est cela le \"soi\u201d ! le \"soi\u201d qu\u2019il faut être, devenir pleinement, approfondir.Le grand péril est de gaspiller ce capital, de consommer cette culture sans la recréer, de s\u2019ignorer progressivement, de se détruire par défaut de réflexion, d\u2019action, alors que toutes les pressions s\u2019exercent sur nous pour nous faire devenir autres que nous-mêmes.Une culture s\u2019avilit et se perd dont on ne prend pas conscience et qu\u2019on ne revivifie pas en de nouvelles incarnations, que nécessite l\u2019évolution du milieu, le temps. 432 L\u2019ACTION NATIONALE Au surplus nous vivons inconsciemment de l\u2019\"ameri-can way of life\u201d.Cette culture nationale, trempée de foi et d\u2019esprit français, saurons-nous en prendre conscience, la recréer dans un cadre nouveau, la transmettre, essentiellement conservée et enrichie, à ceux de demain ?C\u2019est un devoir grave de l\u2019éducation, à tous ses niveaux et sous toutes ses formes.Paul-Emile G in gras NATIONALISME ET PROGRÈS SOCIAL Divorce ou fraternité ?par Jjean- 'Wjarc cJléÿer Il est de mode dans certains milieux, chez nous d\u2019opposer l\u2019un à l\u2019autre nationalisme et progrès social.Point toujours de mauvaise foi, il s\u2019en faut.Mais l\u2019ignorance de la nature profonde du nationalisme, des rapprochements spécieux avec des entreprises européennes de droite, des généralisations hâtives à partir des errements de certains nationalistes ont amené nombre de nos contemporains à établir une espèce d\u2019équivalence entre : nationalisme, réaction, conservatisme.L\u2019erreur est d\u2019importance car, dans la mesure \u2014 très grande \u2014 où le combat social sera le haut-lieu des luttes de demain, elle risque de desservir gravement la nation canadienne-française.Il importe donc souverainement de dissiper une équivoque dont certains groupements politiques sont largement responsables et de démontrer à la jeunesse qui refuse, avec raison, de rallier le camp de ceux qui se situent délibérément hors de l\u2019Histoire, que le nationalisme n\u2019a rien à voir avec les forces du conservatisme.Il ne manque pas de saveur, pour qui veut bien se donner la peine d\u2019examiner sommairement l\u2019évolution des idées politiques \u2014 de constater que libéralisme et nationalisme ont été à l\u2019origine deux aspects, deux 434 L\u2019ACTION NATIONALE faces d\u2019une même grande aspiration : le désir de la liberté.Abolition des féodalités et des privilèges traditionnels et libération du joug étranger : au nom de ces deux thèmes, de ces deux idéaux, l\u2019Europe s\u2019est éveillée â la fin du 18ième siècle et enflammée tout au long du dix-neuvième.Révolution \"volée\" Mais ne s\u2019étayant pas sur une doctrine économico-sociale répondant aux besoins du monde moderne, cette aspiration généreuse devait, une fois passé le grand souffle libérateur, abattus les féodaux et chassé l\u2019étranger, devenir l'alibi des puissances nouvelles, des forces économiques qui ne tolèrent à leur expansion, puis à leur dictature nul frein.C\u2019est alors que les masses populaires s\u2019aperçurent qu\u2019on leur avait \"volé\u201d leur révolution et qu\u2019une nouvelle entreprise de libération s\u2019imposait, pour la conquête et le respect de la dignité humaine.Ce fut, violente ou non, selon les pays, l\u2019instauration, brutale ou progressive, de tout un réseau de lois sociales et l\u2019avènement du syndicalisme sur la scène économique.Or, aujourd\u2019hui, que constatons-nous, dans une foule de pays, sinon la même alliance des forces de libération nationale et des aspirations à la libération sociale ?On a pu le voir en Chine, en Indonésie, au Viet Nam, on a pu le voir plus tôt, en Yougoslavie et, à un titre moindre, en Argentine.En tous ces lieux, les mouvements révolutionnaires entendaient à la fois libérer leur peuple du joug étranger et de l\u2019oppression capitaliste tant nationale qu\u2019internationale.Spontanément, une synthèse s\u2019était élaborée où la jeunesse intel- NATIONALISME ET PROGRÈS SOCIAL\t435 lectuelle et les masses populaires étroitement unies sentaient que l\u2019avenir de la nation résidait.Instruite par l\u2019exemple des tentatives antérieures, généralement infructueuses, et possédant une maturité politique plus grande que celle de leurs prédécesseurs, ces éléments ont su réaliser l\u2019urgence d\u2019une révolution intégrale.Il ne s\u2019agit pas ici de prendre position sur tel ou tel aspect de cette entreprise révolutionnaire : mais on ne peut que constater la féconde rencontre des aspirations libératrices aussi bien sociales que nationales.Et en tirer pour le Canada français certaines leçons.Phénomène populaire Contrairement à ce que pensent certains, le nationalisme a été historiquement au Canada français un phénomène populaire.Inconsciemment pour une part, peut-être mais spontanément, le petit peuple canadien-fran-çais, s\u2019est toujours soulevé quand il a senti certaines valeurs essentielles menacées.Il l'a fait malgré le silence des féodaux et parfois en dépit de leur opposition.Et cela se vérifie à tous les grands moments de notre histoire depuis le drame qu\u2019a été la conquête.1774-1775 \u2014 Invasion du Canada par les insurgés des treize colonies américaines, ceux qu\u2019on appelait alors, chez nous, savoureusement, les \"Bostonnais\u201d.Malgré les assertions mensongères de nos manuels d\u2019Histoire (Le Canada conservé à l\u2019Angleterre par la vaillance des Canadiens français .), il est depuis longtemps avéré que la masse des nôtres a manifesté ouvertement sa sympathie à l\u2019endroit des insurgés.Non seulement on a refusé de prendre les armes contre eux (les seigneurs qui tentèrent de lever des milices furent pourchassés 436 L\u2019ACTION NATIONALE et battus par leurs \"censitaires\u201d) mais on leur fournit des secours matériels de toute espèce et il se trouve quelques dizaines des nôtres pour faire le coup de feu aux côtés des insurgés.1837-1838 \u2014 Malgré la virulente composition des seigneurs à la Globensky, les condamnations du haut clergé, intellectuels et ouvriers de Montréal comme la majorité des paysans et le bas clergé ne cachèrent pas leurs sympathies pour la cause des patriotes : c\u2019est dans le peuple uniquement ou presque que se recrutèrent les hommes qui n\u2019hésitèrent pas à payer de leur personne dans des combats d\u2019autant plus glorieux qu\u2019ils étaient désespérés.1880 \u2014 L\u2019Affaire Riel.Cette fois encore le grand souffle qui devait soulever la province et porter au pouvoir le gouvernement national d\u2019Honoré Mercier partit des masses populaires.Que les dépositaires de cette confiance l\u2019aient trahie, comme il devait en aller si souvent, n\u2019enlève rien à l\u2019authenticité des réactions populaires.1911-1917 \u2014 A l\u2019appel d\u2019Henri Bourassa et de ses compagnons, ce sont encore les masses populaires qui réagirent le plus vivement, sentant profondément, au-delà de la manoeuvre conscriptionniste, les dangers pour le Canada français, des positions du parti conservateur.Le même phénomène devait se répéter entre 1942 et 1944 quoique dans une plus faible mesure.Aujourd\u2019hui encore, il ne se passe guère de mois où des chefs syndicalistes ouvriers ne prennent position pour le respect de nos valeurs culturelles, comme on a pu le voir récemment lors de la rencontre annuelle du Congrès Canadien du Travail; à Toronto. NATIONALISME ET PROGRÈS SOCIAL\t437 Car si l\u2019essence de l\u2019authentique nationalisme est populaire, cela est particulièrement vrai pour un groupe ethnique comme le nôtre.Dans la situation où nous nous trouvons, les aspirations sociales et les revendications nationales vont de pair, parce qu\u2019elles procèdent d\u2019une même volonté fondamentale de libération.Peuple de propriétaires et de locataires dont le maître est majoritairement l\u2019étranger, nous portons en nous-mêmes, (confusément la plupart du temps, sans doute) la synthèse salvatrice; pas de libération nationale sans libération économique, pas de progrès politique, pas de progrès culturel sans, d\u2019abord, le progrès social.On comprend mieux alors le drame du peuple cana-dien-français, aujourd\u2019hui.Dépourvu de chefs et de doctrine, plongé en plein désarroi, notre peuple est placé sur le plan de la politique qu\u2019on dit active, devant un dilemme : il est invité en effet à pratiquer une option ou pour un parti posant au réformateur social mais parfaitement indifférent aux problèmes d\u2019ordre national; ou pour un parti posant au défenseur de certaines valeurs nationales mais résolument opposé à tout véritable progrès social.Se demander en l\u2019occurrence où \"est le moindre mal\u201d relève d\u2019une conception assez élémentaire de la politique et tient du débat académique.A court terme, les deux partis sont également nuisibles; les deux, à long terme, également catastrophiques.En l\u2019occurrence, l\u2019abstention est pleinement justifiée.Ou si l\u2019on préfère exercer son droit de vote, deux votes restent possibles.On peut d\u2019une part, émettre son vote en faveur d\u2019un troisième candidat, \"CCF\u201d, par exemple, ou désormais \"démocrate-social\u201d, ce qui peut tout de même 438 L'ACTION NATIONALE avoir valeur de protestation à l\u2019endroit des vieilles formations; on peut encore, d\u2019un point de vue tactique, considérer que le maintien d\u2019un parti conservateur est préférable et voter alors pour un candidat d\u2019Union Nationale.On peut tenir en effet que le pseudo-réformisme social des libéraux en abusant les masses populaires reporte à une lointaine échéance la transformation radicale du régime; cependant que l\u2019excès d\u2019une politique conservatrice sur tous les plans, pourrait susciter au sein des masses une salutaire et décisive réaction.A tout événement, et pour revenir à l\u2019essentiel de notre propos, quelques vérités élémentaires doivent guider toute l\u2019action des nationalistes.Par suite de la révolution industrielle, de la tendance contemporaine à la centralisation et de l\u2019accroissement fantastique de l\u2019influence américaine, la nation canadienne-française se trouve dans la situation la plus dramatique de son histoire.Tout au long de l\u2019histoire mais aujourd\u2019hui plus que jamais, un peuple ne peut aspirer à rien, ne peut rien attendre que la mort lente s\u2019il persiste à être économiquement tributaire de l\u2019étranger.Rien n\u2019est aussi urgent pour nous que la reprise en main au moins d\u2019une partie de notre économie.Et on est terrifié devant l\u2019inanité d\u2019un enseignement primaire et secondaire qui chaque année \"lance dans la vie\u201d des milliers de jeunes gens dépourvus des notions les plus élémentaires de l\u2019économie et des besoins du Canada français en ce domaine.Tout le redressement national est commandé par notre richesse économique comme groupe, par la somme des revenus que le gouvernement du Québec pourra NATIONALISME ET PROGRÈS SOCIAL\t439 affecter à une politique sociale authentique, à l\u2019enseignement (qui doit devenir gratuit à tous les échelons), à l\u2019exploitation par nous-mêmes d\u2019une masse croissante de nos ressources, à la formation de chercheurs dans tous les domaines, à une politique active en matière d\u2019immigration, etc.Mais une semblable politique économique, à supposer qu\u2019elle fût appliquée, n\u2019offrirait aucun avantage au point de vue national, si elle était réalisée dans l\u2019optique du libéralisme orthodoxe.Entendons qu\u2019une politique de progrès économique doit être étayée sur une attitude sociale généreuse et avoir comme objectif souverain la disparition de l\u2019insécurité et de toutes les formes de sujétion.Moyen, essentiellement, d\u2019un épanouissement humain.Ainsi, voit-on mieux combien tout nationalisme véritable, dans le Canada français, d\u2019aujourd\u2019hui ne saurait être, qu\u2019intensément social, que d\u2019abord social.Il s\u2019agit moins de savoir si telle ou telle revendication syndicale est justifiée que de prendre une vue globale de la situation et reconnaître que privé du dynamisme interne que lui apporte l\u2019adhésion des masses, de la justification qu\u2019est le service du peuple, le nationalisme devient stagnation, conservatisme et nostalgie.Et toute l\u2019agressivité qu\u2019il peut alors manifester a quelque chose des regrets stériles et du dépit des hommes et des mouvements dépassés par les événements.Nous avons sous nos yeux, depuis quelques années, l\u2019illustration d\u2019une imposture qui nous a déjà, comme groupe, terriblement desservis.Un gouvernement et un parti qui se proclament autonomistes ont, par leur comportement, paru établir un lien, aux yeux des 440 L\u2019ACTION NATIONALE masses, entre autonomie et politique sociale rétrograde, un autre aux yeux des intellectuels et de la jeunesse universitaire entre autonomie et opposition à la liberté de l\u2019esprit.Insensiblement, dans l\u2019esprit d\u2019un grand nombre, la cause, pourtant vitale pour le Canada français, de l\u2019autonomie, s\u2019est trouvée dévaluée, est apparue comme porteuse d\u2019une politique conservatrice et réactionnaire sur tous les plans.On a même pu entendre des chefs syndicaux, pourtant authentiquement nationalistes, déclarer : \"si l\u2019autonomie, c\u2019est cela, alors les travailleurs seront conduits à attendre leur salut plutôt du pouvoir fédéral\u201d.Or, justement l\u2019autonomie, ce n\u2019est pas cela; le nationalisme, ce n\u2019est pas cela.C\u2019en est même tout le contraire.Dans les conditions où se trouve la nation canadienne-française, le nationalisme est exactement aux antipodes du conservatisme et de la stagnation.Il ne peut être qu\u2019intensément social, il doit se trouver à la pointe du combat pour l\u2019émancipation populaire qui, dans le même temps, est l\u2019émancipation nationale.La tâche la plus urgente pour les nationalistes est d\u2019incarner leur pensée dans un ensemble d\u2019objectifs d\u2019ordre économique et d\u2019ordre social, objectifs qui ne sauraient être que résolument rénovateurs.La libération économique par la généralisation du coopératisme et une certaine mesure de socialisme à l\u2019échelon provincial; la libération sociale par la revision complète de notre législation sociale actuelle.Etapes premières, essentielles dans le combat pour la libération nationale.Et tout le reste, n\u2019est vraiment que littérature.Jean-Mare Léger NOS RAISONS DE SURVIVRE® Je suis extrêmement heureux que l\u2019occasion me soit fournie de vous adresser mon modeste et très cordial salut.Vous avez souhaité également que je vous adresse quelques messages.Je vous en adresse un qui sera bref.Je voudrais tout simplement vous indiquer quelques raisons de survivre.Je n\u2019ignore pas que la question de la survivance est en effet un peu chez vous comme chez nous la grande question qui nous préoccupe tous.Comment survivre ?Tout d\u2019abord, je dirais, il faut un peuple qui veut vivre, il faut la volonté de vivre, la volonté de faire son histoire puisque toute histoire humaine est grandement affaire de volonté et que la nôtre devra l\u2019être plus que jamais.Je ne m\u2019attarderai pas à démontrer cette trop évidente vérité.Chacun peut rêver d\u2019un Canada français magnifiquement gouverné, de structure équilibrée, réalisant en perfection sa synthèse de vie : pays d\u2019ordre, pays musclé, pays de paix, pays de loi.Mais ce ne sont là, ai-je besoin de le dire, ni des merveilles spontanées de l\u2019histoire, ni des merveilles du hasard, pas plus que des miracles que l\u2019on puisse attendre d\u2019En-Haut les bras croisés.Dieu qui abandonne aux hommes le plein exercice de leur liberté les laisse libres de bâtir leur histoire (1) Texte d'un message du chanoine à des jeunes compatriotes de l'Ouest. 442 L'ACTION NATIONALE comme ils la bâtissent si souvent de travers.Tout comme il leur arrive aussi, lorsqu\u2019ils se servent de leur esprit, de la bâtir magnifiquement.Retenons bien en tous cas cette importante vérité \"Dieu, ni l\u2019Eglise, ne nous sauveront sans nous\u201d.L\u2019Eglise n\u2019a pas la mission de résoudre directement des problèmes qui relèvent de la technique.Pie XII le rappelait dans l\u2019un de ses premiers messages de Noël : \"Il ne faut pas attendre de l\u2019Eglise ce qu\u2019Elle ne peut ni ne doit réaliser.\u201d Elle anime tout; Elle ne façonne pas Elle-même la civilisation.Comptons d\u2019abord sur nous-mêmes pour vivre.Et surtout ne comptons pas trop sur les autres pour nous défendre.Il nous arrive de dire parfois : \"Nous sommes trop gros pour être mangés.\u201d Soit ! Mais encore faudrait-il nous guérir de la manie assez peu intelligente de nous laisser manger ou de nous manger nous-mêmes.Une autre condition de survivance à laquelle je voudrais m\u2019arrêter un instant, c\u2019est celle, je dirais, qui relève de l\u2019intelligence.Et ce serait en particulier le rôle de notre enseignement par-delà les défaitismes de l\u2019esprit.Puis-je adresser un appel pressant à ceux-là qui plus que tous autres, semble-t-il, portent la responsabilité de notre avenir : les maîtres de notre enseignement.Savent-ils qu\u2019un peu partout d\u2019excellents esprits qui ne sont pas des nationalistes, ce qui en certains milieux autorise à rejeter dédaigneusement toute opinion, savent-ils que beaucoup s\u2019interrogent avec anxiété sur l\u2019état d\u2019esprit d\u2019une portion de la jeunesse qu\u2019on nous dit démunie hélas, de tout souci national.Ces maîtres NOS RAISONS DE SURVIVRE 443 appartiennent à un type d\u2019enseignement qui offre le rare avantage, du moins dans le Québec, d\u2019être un enseignement libre, respectueux de la personne humaine et de la foi religieuse.Enseignement comme il s\u2019en trouve peu ou point d\u2019exemple dans les Etats contemporains.Ces maîtres enseignent en outre une langue reconnue dans les temps modernes, pour l\u2019un des plus souples instruments de l\u2019esprit humain.Par cette langue et par cet enseignement ils se rattachent aux traditions intellectuelles des plus riches humanistes, aux génies de l\u2019une des nations, les plus policées du monde.Ces maîtres sont en outre les fils d\u2019un petit peuple qui, à ce que l\u2019on entend dire, aura tout de même accompli quelques miracles en Amérique du Nord et même, par ses missionnaires, une oeuvre unique et splendide sur d\u2019autres continents et particulièrement chez vous.Comment se fait-il que la jeunesse sortie des mains de ces maîtres ne cache rien de ses privilèges et de ses bonheurs ou n\u2019en éprouve trop souvent qu\u2019une médiocre fierté ?Comment expliquer surtout qu\u2019une jeunesse catholique, sous prétexte d\u2019un catholicisme plus aéré, plus dégagé du terrestre et du temporel, soit élevée dans une indifférence pratique à l\u2019égard de ces riches et solides valeurs humaines quand le chef de l\u2019Eglise actuel, le Pape Pie XII s\u2019adressant en 1946 aux membres du Congrès international de philosophie y disait : \"Eduquez la nouvelle génération dans les sentiments d\u2019une vraie humanité.Que soit sacré pour les jeunes tout ce qui a visage humain, sacrée la famille, sacré tout peuple et toute nation comme leur est sacré leur propre peuple et leur propre patrie.\u201d Pourquoi parlais-je ainsi, où allons-nous, disons-nous très souvent.Vie ou mort ? 444 L\u2019ACTION NATIONALE Mes bien chers amis, le choix est entre nos mains.Avec l\u2019aide de Dieu, j\u2019ose l\u2019espérer, nous irons où nous aurons choisi d\u2019aller.Je ne veux pas vous cacher toutefois au prix de quelles conditions essentielles, de quels engagements nous pourrons survivre.J\u2019ai voulu d\u2019abord parler, avertir au cours de ma vie tant je souhaiterais que ne monte jamais de ce peuple que j\u2019ai aimé la plainte nostalgique d\u2019avoir irrémédiablement perdu son âme.C\u2019est déjà quelque chose d\u2019émouvant que la mort d\u2019un homme : cette fuite, ce départ vers un monde d\u2019où l\u2019on ne revient jamais.Au dessus d\u2019une tombe humaine flotte néanmoins une espérance : \"O mort, où est ta victoire.\u201d Au dessus de la tombe d\u2019un peuple ou d\u2019une civilisation disparue, rien ne flotte qu\u2019une incurable mélancolie, la mélancolie de la mort sans résurrection possible.Chassons ces images funèbres.L\u2019avenir est-il décidément fermé aux petites nations ?Dans l\u2019univers concentrationnaire, on parle de leur écrasement comme d\u2019un destin inexorable.Certes, c\u2019est un fait que cette forme monstrueuse de notre univers, mais il y a aussi d\u2019autres faits.Un bruit emplit le monde et c\u2019est le fracas des empires coloniaux que l\u2019un après l\u2019autre font s\u2019écrouler de jeunes et de vieux peuples, impatients d\u2019indépendance.Il y a unification des continents par l\u2019abrègement des distances, par l\u2019interdépendance des économies diverses.En revanche l\u2019on ne peut non plus ignorer les réactions correspondantes des entités historiques et des cultures nationales et sur le plan politique et sur celui des idéologies sociales des divisions profondes s\u2019affrontent qui selon toute apparence resteront longtemps irréconciliables. NOS RAISONS DE SURVIVRE 44î Mais le choix, notre choix nous est-il possible de prévoir quel il sera ?J\u2019aime me rappeler que nous n\u2019en sommes pas au premier choc de civilisation.Jadis, lors du choc de la sauvagerie iroquoise une petite moniale de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec écrivait en France : \"Je tiens trop au Canada pour pouvoir m\u2019en détacher.Croyez-moi, il n\u2019y a que la mort ou un renversement général du pays qui puisse rompre ce lien.\u201d Quelques années plus tard sur un coteau qui ne nous est pas inconnu, une poignée de jeunes Montréa-listes sacrifiaient leur vie pour la même cause.Contre le choc de la civilisation anglaise, nous n\u2019avons pas oublié les fières résistances d\u2019un Frontenac ni non plus celles d\u2019un Vaudreuil, le gouverneur canadien de 1760 qui écrivait au chevalier de Lévis aux derniers jours de la colonie : \"Nous sommes effectivement mal, Monsieur, mais il n\u2019y a pas de notre faute.Nous aurons en tout temps la consolation de dire et tout l\u2019univers en conviendra que nous avons fait même au delà de ce qui était possible.\u201d Au lendemain de 1760, lorsque le choc de la même civilisation se faisait plus vite, je vois les vaincus d\u2019hier prêts à l\u2019exil pour sauver leur âme, menaçant comme ils disaient d\u2019aller gratter la terre où ils pourraient mettre leur vie et celle de leurs enfants à l\u2019abri de l\u2019injustice.Puis, je me rappelle d\u2019autres dates historiques de même résonance celles de 1774, de 1792, de 1837, le cri du chevalier De Lorimier, à la veille de monter sur l\u2019échafaud : \u201cVive l\u2019indépendance\u201d.Puis, à l\u2019époque 446 L'ACTION NATIONALE sombre de l\u2019Union, au jour de l\u2019abominable politique de 1840, j\u2019entends la fière protestation du jeune chef de 33 ans au parlement de Kingston : \"Quand la langue anglaise me serait aussi familière que le français je n\u2019en ferais pas moins mon premier discours dans la langue de mes compatriotes canadiens-français.\u201d Puis 50 ans plus tard, j\u2019entends Honoré Mercier qui ponctue du poing ses petites phrases péremptoires : \"L\u2019amour de la religion et de la nationalité de nos Pères est gravé dans nos coeurs et personne pas même le plus puissant des tyrans ne pourra nous enlever cet amour.Cette province de Québec est catholique et française et elle restera catholique et française.\u201d Au premier congrès de la langue française, en 1912, j\u2019entends celui-là qui fut l\u2019éloquente incarnation des minorités françaises au Canada, l\u2019archevêque Langevin, o.m.i., de St-Boniface, jeter à la foule ces fières paroles : \"La persécution décourage les races sans vigueur et les hommes sans conviction comme la tempête abat les arbres sans racines.Mais elle provoque et avive les courages des coeurs vaillants.A ceux qui veulent nous arracher ce qui nous appartient nous devons répondre avec une fierté toute française et une détermination toute britannique : ce que nous avons, nous le gardons.\u201d Enfin, plus près de nous j\u2019entends Henri Bourassa s\u2019écrier à Notre-Dame de Montréal : \"N\u2019arrachez à personne, ô prêtres du Christ, ce qui est plus cher à l\u2019homme après le Dieu qu\u2019il adore.Mais dira-t-on vous n\u2019êtes qu\u2019une poignée, pourquoi vous obstiner dans la lutte ?Nous ne sommes qu\u2019une poignée, c\u2019est vrai, mais nous comptons pour ce que nous sommes et nous avons le droit de vivre.\u201d NOS RAISONS DE SURVIVRE 447 Il y aurait donc au fond de notre histoire une tradition ininterrompue de résistance et d\u2019engagement solennel.Il y a une autre tradition, je le sais et qui s\u2019est prolongée jusqu\u2019à nous.Mais j\u2019ai retenu que dans l\u2019histoire d\u2019un peuple ce sont en définitive les dominantes qui finissent par l\u2019emporter.Et c\u2019est pourquoi, comme il y a 50 ans à mon entrée dans la vie, je reste un incorrigible espérant et je crois pouvoir m\u2019assurer qu\u2019aucun défaitiste de chez nous ni d\u2019ailleurs ne m\u2019ôtera jamais ma foi dans l\u2019avenir de nos petits pays français.Avant de finir, si la jeunesse voulait me le permettre je lui adresserais un tout spécial appel.Appel au travail, appel à la reconstruction, appel au guet du haut de la tour.Et cette voix qui vous appelle au guet, au travail, à la reconstruction, je vous dirais, jeunes compatriotes de l\u2019ouest, écoutez-la; elle vient de loin, elle vient des profondeurs de l\u2019histoire, elle vient de ces découvreurs qui les premiers ont parcouru vos prairies, elle vient des missionnaires, de ceux qui les premiers ont planté les premières croix, elle vient de milliers d\u2019ancêtres, ceux qui ont été les pionniers, ceux qui ont fait la terre sur laquelle aujourd\u2019hui vous pouvez vivre et espérer l\u2019avenir.Donc voix des grands et des petits qui ont espéré n\u2019avoir travaillé ni souffert en vain.Voix de toutes les \"Relèves\u201d qui ont espéré l\u2019une après l\u2019autre, la vôtre.Voix de ceux de notre temps, de mon temps à moi, qui voudraient bien s\u2019en aller avec un esprit inenta-mé, avec une foi, une espérance en laquelle ils pourraient 448 L\u2019ACTION NATIONALE mettre leur dernière confiance.Je vous dirais donc, jeunes gens : d\u2019une main robuste et joyeuse, empoignez vos outils, rendez-vous au travail, rendez-vous à la reconstruction.Une oeuvre, une mission dépassent souvent celle des bâtisseurs et celle-là c\u2019est la vôtre qui pourrait être celle des rebâtisseurs.Le chanoine Lionel Groulx O Château Maisonneuve LE GANT DE BOXE.par pierre cXa porte L\u2019affaire du Château Maisonneuve commence à nous taper sur les nerfs.Depuis plusieurs semaines nous avons lentement, avec le concours de milliers de gens, créé autour de cette question une opinion publique éveillée, alerte.Nous et nos amis avons tant fait que nous croyions, il y a quelques jours encore, atteindre le but.Les politiciens d\u2019Ottawa nous annonçaient à chaque vingt-quatre heures que notre demande était acceptée, que le gouvernement allait l\u2019annoncer, que c\u2019était pour demain, pour aujourd\u2019hui.! Toujours nous sommes passés du contentement au désappointement, de la reconnaissance à la colère.Voyons les choses en face : en dépit des promesses rien n\u2019est réglé.Me Jean-Paul Deschatelets, député de Maisonneuve, a fait preuve d\u2019un dévouement exemplaire, mais ses démarches jusqu\u2019ici ne lui ont pas apporté le succès qu\u2019il espérait, et qu\u2019il méritait.Le gouvernement fédéral a eu près d\u2019un an pour prendre une décision.C\u2019est le printemps dernier, en effet, que la Ligue a commencé sa lutte autour du nom du nouvel hôtel des Chemins de fer nationaux.Si le gouvernement n\u2019avait eu que les comptes-rendus de journaux, les articles de revues pour se former une opinion, il pourrait peut-être, en étirant bien la vérité, affirmer qu\u2019il n\u2019a jamais été informé officiellement.Mais il ne peut pas plaider ignorance, car le 4 juillet 450 L'ACTION NATIONALE 1955 il a été légalement mis au courant du désir de la population de la province de Québec au moyen d\u2019une formidable pétition, signée par près de 250,000 personnes, qui fut déposée aux Communes et qui n\u2019a soulevé aucune opposition.Que voulait cette pétition ?Elle demandait au gouvernement fédéral : 1\t\u2014 de faire les démarches nécessaires pour rendre possible un changement de nom.2\t\u2014 de donner instruction aux Chemins de fer nationaux du Canada : a)\tde retirer le nom de Queen Elizabeth pour son hôtel de Montréal; b)\tde le remplacer par celui de Château Maisonneuve.Appui généralisé Avant et depuis le dépôt de cette pétition nous n\u2019avons pas cessé, par des lettres et des souscriptions, de recevoir de la province de Québec un appui de plus en plus total.Les bobars du début ont été balayés complètement par les événements.Ceux qui ont prétendu que nous lancions le cri de race ont du se taire, car des citoyens de langue anglaise, en grand nombre, nous ont accordé leur appui. LE GANT DE BOXE .451 Ceux qui ont voulu laisser croire que nous étions des \"anti-royalistes\u201d ou que nous insultions Sa Majesté ont ravalé leurs paroles, car de grands périodiques de langue anglaise, comme MacLean\u2019s et la revue de l\u2019Association canadienne des hôteliers, ont pris fait et cause pour nous.Personne ne les soupçonnera de manquer de loyalisme envers la couronne britannique ! Le ton de leurs articles, vigoureux ou sarcastique, a dépassé tout ce que nous avons écrit.AU PIED DU MUR Maisonneuve \u2014 \"Dis mon nom !\" Aujourd\u2019hui tout le monde, \u2014 sauf quelques retardataires, \u2014 admet que notre cause est non seulement défendable, mais qu\u2019elle est juste.Qu\u2019on veuille rendre hommage au fondateur de Montréal rien que de très normal, surtout si l\u2019on songe que ce grand personnage 452 L\u2019ACTION NATIONALE n\u2019est honoré à Montréal que par un monument et le nom d\u2019une rue .qui est plutôt une ruelle.Et pourtant, grâce à lui, la province de Québec s\u2019enorgueillit de posséder la métropole du pays, et le Canada s\u2019est enrichi d\u2019une puissante ville industrielle.Non seulement faut-il honorer le fondateur de Montréal, mais il importe de donner à la deuxième ville française du monde un caractère français.C\u2019est le bon sens même puisque la majorité de ses citoyens sont d\u2019origine et de langue françaises.C\u2019est aussi une affaire de fierté légitime que dans le Québec, seule province française au pays, les monuments publics soient le reflet de la composition ethnique de la ville et de la province.Beaucoup de gens y voient aussi notre intérêt économique, pour les citoyens de langue anglaise autant que pour les autres, car le touriste, qui vient ici en nombre croissant, vient justement chercher ce qu\u2019il ne trouve pas chez lui : un pays différent par la langue, par les coutumes.Le gouvernement Duplessis Presque tout le monde semble avoir compris cela.Sauf le gouvernement provincial, qui, pour des raisons que nous ne pouvons comprendre, a décidé de se ranger dans le camp de la petite minorité des fanatiques, des arriérés.La motion Dupuis, qui réclamait l\u2019appui du gouvernement provincial en faveur du nom Château Maisonneuve, a été battue par la faute de M.Duplessis.Qu\u2019il suffise, à ce sujet, de reproduire ici l\u2019essentiel de la déclaration adoptée par la Ligue d\u2019action nationale : 453 LE GANT DE BOXE .\"A un moment où l\u2019opinion publique est à ce point favorable au nom Château Maisonneuve que les hommes politiques d\u2019Ottawa en sont sérieusement inquiétés et sembleraient prêts à nous donner satisfaction, l\u2019unanimité de l\u2019Assemblée législative sur une motion présentée par un député libéral eût pu constituer le facteur décisif pour nous permettre d\u2019obtenir immédiatement victoire.Au lieu de cela, nous avons vu l\u2019Union nationale se défiler et disposer de la question par des pirouettes.De toute évidence, cependant, l\u2019opinion publique n\u2019en reste pas moins solidement derrière nous; le courrier de chaque four en témoigne éloquemment.\"La Ligue d\u2019action nationale se voit donc obligée de dire au public, qu\u2019à son avis, le gouvernement de Québec vient de commettre une erreur regrettable et pitoyable.Les citoyens du Québec avaient droit de s\u2019attendre que leur gouvernement les appuierait dans cette campagne, qui revêt une importance symbolique et met en jeu l\u2019honneur du groupe canadien-français.\"La Ligue prend acte de ce \"lâchage\u201d.Nos responsabilités s\u2019en trouvent accrues et nous sommes sûrs que la population nous fournira les armes dont nous aurons besoin pour y faire face.\u201d M.Duplessis a fait une grossière erreur en se prononçant contre le Château Maisonneuve.Il a fait siens les arguments les plus sots, les plus usées : importance secondaire de la question, insulte à la reine, etc.Comme n\u2019importe qui, ses actes le suivent.Nous aurons bientôt à le juger sur l\u2019ensemble de son administration.Sa pirouette au sujet du Château Maisonneuve pèsera dans la balance. 454 L'ACTION NATIONALE Son attitude est personnelle et ne justifie nullement le gouvernement fédéral de refuser d\u2019intervenir ou de retarder son intervention.C\u2019est de lui que relève ce problème, c\u2019est à lui que nous nous sommes adressés pour obtenir une solution.Le geste posé à Québec, \u2014 et qui n\u2019avait pas été sollicité par la Ligue, \u2014 avait pour but d\u2019adopter à notre demande un appui moral.Il nous a été refusé; le problème n\u2019en est pas modifié, les arguments en faveur du Château Maisonneuve demeurent.Des gants de boxe .Jusqu\u2019ici la Ligue d\u2019action nationale y est allée doucement, avec tous les ménagements qu\u2019affectionnent généralement les politiciens.Cette méthode n\u2019ayant pas donné de résultats, la Ligue se fera plus insistante, usera de moyens que nos amis d\u2019Ottawa n\u2019aimeront peut-être pas.Les ministres et députés fédéraux ainsi que les sénateurs de la province de Québec ont reçu une lettre les invitant à prendre position dans l\u2019affaire qui nous intéresse.Ils ne pourront plus tourner autour de la question, escamoter le débat.A mesure que nous recevrons des réponses nous les rendront publiques.Ceux qui ne répondront pas seront publiquement montrés du doigt.Si c\u2019est nécessaire, nous userons de moyens politiques pour transiger avec des politiciens.On nous rendra au moins cette justice que nous ne l\u2019avions pas fait jusqu\u2019ici.Le gant de velour n\u2019a pas suffi; nous entrons dans la phase du gant de boxe ! Pierre Laporte. TABLE DES MATIÈRES Editorial : 1956 .369 Pierre de Grandpré : Civilisation Canadienne-française .373 Chronique du Directeur .382 Michel Brunet : VAssimilation .388 Entre quatre yeux : Sur une suggestion des carnets viatoriens .396 François-Albert Angers : L\u2019Avenir économique des Canadiens français .399 Patrick Allen : Notre Enquête 1956 .410 Jean Blain : Notre Littérature \u2014 Autour de cette âme collective .\t418 Paul-Emile Gingras : L'Education .427 Jean-Marc Léger : Nationalisme et Progrès social .433 Nos raisons de survivre .441 Pierre Laporte : Le gant de BOXE .449 Donnez en cadeau à NOËL L'HISTOIRE DU CANADA FRANÇAIS y du chanoine Lionel Oroulx 4 VOLUMES Le premier volume en est à sa 3e édition et le deuxième, à sa 2e édition Placez votre commande immédiatement.Les 4 volumes: $10.00 LES ÉDITIONS DF L'ACTION NATIONALE CASIER POSTAL 221, STATION E MONTRÉAL Banque Canadienne Nationale Pour toutes vos opérations de banque et de placement À VOTRE SERVICE 575 bureaux au Canada J.-R.GREGOIRE Hommages aux collaborateurs de L'ACTION NATIONALE OUINCAILLERIE 3605, Ontario est, Montréal 235 ouest, avenue Laurier - Montréal CR.2165 BISCUITS \u2022 GÂTEAUX \u2022 TARTES Tel.HA.0200-0209 PERRAULT, DÉCARIE et LUSSIER AVOCATS 914 St-Denis \u2014 Suite 212 \u2014 Montréal, Canada Tel.DO.6342 JACQUES PERRAULT, L.L.D.Rés.: 4390, boul.Pie IX, Tél.CL.3580 SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES Les cafés et confitures de LIMITÉE DRAPEAU Les meubles non-peints de DRAPEAU » LEUR VARIÉTÉ sont réputés pour \u2022\tLEUR QUALITÉ \u2022\tLEUR ÉLÉGANCE Avant d'acheter des meubles, consultez .\t933 est, rue Rachel FERNAND DRAPEAU INC.Montréal - FR.3607 Vertu trouve toujours sa récompense .et celui qui s'adresse à une bonne Maison pour ses travaux en chauffage-plomberie est bien avisé : confiez-nous les vôtres.Construisez-vous ?Faut-il réparer ou reviser votre système de chauffage ?.Nous disposons d'une main-d\u2019oeuvre experte, qui travaille bien et rapidement.Travaux d\u2019envergure, travaux de moindre importance, nos techniciens et ouvriers spécialisés travaillent toujours consciencieusement : ce qu\u2019ils font est fait pour la vie.Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada CHAUFFAGE-PLOMBERIE MArquette 4107 360 est, rue Rachel MONTRÉAL En 12 mois l'Action nationale a doublé son tirage.Lisez-la, faites-la lire.PAUP MPPBMS Pharmacien - Bactériologiste - Docteur en Optométrie Prescriptions \u2022 Analyses médicales \u2022 Examens de la vue HArbour 9185\t3450 Saint-Denis BIS fRlWtS «**«* lartie d® c^e ,arce que c* ^ h nos 3^\\>a)'°?pverser
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