L'action nationale, 1 décembre 1956, Décembre
[" ACTION Editorial En collaboration J.-C.Tanquay Esdras Minville LES CHRONIQUES DE Le directeur Pierre de Grandpré Paul-Emile Ginqras Jean Blain VOLUME X L VI NUMÉRO 4 Les octrois fédéraux aux universités.Entre quatre yeux.La politique et la jeunesse.¦£tc univcrcitéc et face dec actxaic fadéraux L'ACTION NATIONALE NOTRE CIVILISATION Cette droite et cette gauche.CHRONIQUE UNIVERSITAIRE Vers une politique universitaire.VIE DE L'ESPRIT La nation canadienne-française et l'Etat.\u2014 DÉCEMBRE \u2014 MONTRÉAL TRENTE-CINQ SOUS L'EXEMPLAIRE L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur : Pierre LAPORTE L'Action Nationale, publiée par la Ligue d\u2019Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.François-Albert Angers, président; André Laurendeau, 1er vice-président; René Chalout, 2e vice-président; Mario Dumesnil, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx, Anatole Vanier; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Jacques Perrault, Dominique Beaudîn, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J.; Wheeler Dupont, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Le-gault, Roland Parenteau, etc.Administration : CASIER POSTAL 221, STATION E, Montréal RE.7-7176 L'abonnement est de $3.00 par année L'abonnement de soutien : $5.00 Autorisé comme envoi postai de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. LES AMIS DE LA REVUE CAMBRON, M\u201e B.Ph., L.Ph.Propriétaire Pharmacie Cambron Spécialité : Prescriptions \u2022\t775 est, rue Roy \u2014 HA 9755 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT Chaussé & Godin, avocats 152 est, Notre-Dame \u2022\tAV.8-7282 DENIS, Arcadius AVOCAT 86, rue Wellington Nord \u2022 Sherbrooke.Qué.- Tél.2-4793 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tHA 1336 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.812, Edifice des Tramways, 159 ouest, rue Craig, Mtl.\u2022\tUN 1-2889 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jacques \u2022\tHA 2841 EPICERIE NOTRE DAME EPICIER LICENCIE 107 rue Notre-Dame, Jonquière, P.Q.\u2022\tTél.2-2655 ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934, Ste-Catherine est \u2022\tUN.6-5818 POULIN, Albert ARCHITECTE 1115, Prospect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTél.: 2-4620 MAXIME Nettoyeurs et Teinturiers 4140, rue St-Denis \u2022\tBE 1158 LAVIGNE, C.-E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tAT 6433 BÉLANGER & DAHME Comptables agréés 10 ouest, rue St-Jacques \u2022\tBE.3475 LAPORTE, René MEDECIN 3426 St-André, apt.I, Montréal \u2022\tCH.2442 PAQUETTE, P.-E.FERRONNERIE 1115 est, rue Mont-Royal \u2022\tGl 3337 CARON, Marcel Assurances générales 5117, Boul.Rosemont, Mtl.\u2022\tTU 3275 NADON et DE CARUFEL Comptables agréés 10 ouest, rue St-Jacques \u2022\tPL 2739 LAROCHE, Willie, C.C.S.Assurances générales 477, St-François-Xavler, ch.310 \u2022 Bur.: HA 0422 - Rés.: HA 8064 EMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec Téléphone 2-5235 \u2022\t352, rue St-Vallier, Québec GALARDO, Armand \"Fruiterie St-Louis-de-France\" Epicerie, viandes cuites.\u2022\t515, rue Roy \u2014 PL 1729 FOURNIER, Albert Procureur de brevets d'invention 934 est, Ste-Catherine \u2022\tHA 4548 Offrez à vos amis L'ACTION NATIONALE L\u2019abonnement : $3.00 C.P.221 \u2014 Station E MONTRÉAL J.-ANTONIN MARQUIS, Pharmacien, Québec.UN AMI de Québec \u2022\tLA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE \u2022\tdes Trois-Rivières ROY, Roméo Spécialités pharmaceutiques Longueuil, P.Q.\u2022\tOR 9-0349\tSalaison MAISONNEUVE BACON marque \"MORIN\" 1430, De Lasalle \u2022\tCL 4086-7 DESCHÉNES & Fils Ltée Matériaux de plomberie et chaut.5685, Iberville \u2022\tFR 3176-7\tSANSSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 3995, Hochelaga \u2022\tCL 2839 MASSE, Paul AVOCAT 152 est, rue Notre-Dame \u2022\tBE 1971\tAUG.BRUNETTE Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville \u2022\tPL 1946 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 3, avenue Kelvin, Outremont \u2022\tAT 3434\tDUST-O-DUST Poudre à balayer 7028, De Laroche, Mtl.\u2022\tRolland Trépanier \u2014 CA 9071 ANGERS, Adrien, C.d'A.A.Assureur agréé Bureau : 4009, rue Hochelaga \u2022\tCL 7797\tLa Cie TULIPPE Ltée Cravates écharpes et robes de chambre\t4630 rue Iberville,Mtl.\u2022\tFA 2533 fàjpMmm inc- (y?\tJ.BRASSARD, prés.256 est, Ste-Catherine, Mtl.\tSÉGUIN, Paul-Emile NOTAIRE 6724, St-Hubert \u2022\tDO 8739 Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.\u2022 159 Ouest, rue Craig,\tMA.1339 (EDIFICE DES TRAMWAYS) LA COMPAGNIE F.-X.11 II 0 L E T Ingénieurs \u2014 Mécaniciens \u2014 Fondeurs Spécialités : Ascenseurs mcdernes de tous genres, soudures électriques et autogènes, etc.206, rue du Pont\tQuébec Pour devenir propriétaire .Epargnez avec : LA COMPAGNIE MUTUELLE D IMMEUBLES LIMITEE 1306 est, Ste-Catherine, Montréal Tél.: CHerrier 5415-5515\t\t\t\t Calendriers Dépliants Magazines Tracts\tM* TYPOeLITHOeHÉLIO\t\t\t Volumes Cartes postales Images\t1\tP f ΩPP© Il eur Gr\taveun Li\tapâîg thographe 28 L'ACTION NATIONALE VOL.XLVI.No 4 MONTRÉAL DÉCEMBRE 1956 Les oc trois fédéraux Pour la création d'un comité de Aalut public Le Canada français fait de nouveau face à une offensive de grand style de la part du gouvernement central.Les dizaines de millions d\u2019excédent qui devraient être remis aux citoyens sous forme de réductions d\u2019impôts sont largement dispensés pour envahir des domaines provinciaux : Conseil des arts, aide aux universités.Embarrassé par la non-participation, à ce jour, des universités du Québec, le gouvernement central conseille même aux institutions provinciales de passer outre aux directives de leur gouvernement légitime en la matière : le gouvernement provincial.Il vient de les convoquer à Ottawa en une conférence qui, dans le langage politique, équivaut à une véritable conspiration en vue de ratifier un coup d\u2019Etat.La situation est invraisemblable.Ce gouvernement central, apparemment si généreux pour tout le monde indistinctement dans les matières d\u2019éducation qui ne le regardent ÉDITORIAL 269 pas juridiquement, est le même gouvernement qui se refuse, par ailleurs, à intervenir dans les matières d'éducation où la Constitution lui donne juridiction.A savoir : prendre les mesures nécessaires pour que, dans toutes les provinces, les minorités soient justement traitées.Cependant, ce n\u2019est pas tant de l'ingérence fédérale en elle-même que s\u2019inquiète la Ligue d\u2019action nationale.Ce n\u2019est pas là un fait nouveau.Le plus inquiétant, c\u2019est le fléchissement navrant qui se manifeste dans les réactions de l\u2019élite canadienne-française et jusqu'à la tête de nos universités.Mécontente du gouvernement Duplessis, une bonne partie de l'élite intellectuelle raisonne comme si nos droits constitutionnels provinciaux n\u2019avaient été défendus et conquis, en 1867, qu\u2019en prévision des intérêts électoraux de l\u2019actuel premier ministre de la Province.En réalité, ces droits constituent nos biens nationaux les plus précieux.Nous les avons réclamés parce que nous étions conscients d\u2019en avoir un besoin absolu pour garantir notre épanouissement collectif selon les virtualités de notre culture propre.La Ligue d\u2019action nationale croit donc nécessaire de donner aux Canadiens français le grave avertissement suivant : admettre l\u2019intervention fédérale dans le domaine de l\u2019éducation universitaire, c\u2019est consacrer par un précédent le DROIT d\u2019une majorité étrangère d'intervenir dans l\u2019orientation de notre destin culturel.Laisser consacrer par un précédent CE DROIT QUI N\u2019A JUSQU\u2019ICI JAMAIS ÉTÉ RECONNU AU FÉDÉRAL, sous prétexte qu'il est ACTUELLEMENT prêt à l\u2019exercer sans poser de conditions à l\u2019octroi de subsides, c\u2019est manquer du sens politique élémentaire, surtout en régime britannique.Une fois le droit d\u2019intervention consacré sous une forme quelconque, l\u2019établissement de conditions ne dépendra plus que de la volonté de la majorité au Parlement canadien. 270 L'ACTION NATIONALE La Ligue d\u2019action nationale demande donc à tous les esprits vraiment soucieux de notre avenir national de se rallier à la politique suivante.Que nos différentes associations forment immédiatement une sorte de Comité de salut public, en vue de : 1\t\u2014 Lancer une vigoureuse campagne pour forcer le gouvernement fédéral à faire tout son devoir, mais rien que son devoir en matière d\u2019éducation : a)\tEn appliquant les dispositions 1 à 4 de l\u2019article 93 de l\u2019A.A.B.N., soit pour obtenir des gouvernements provinciaux que justice règne dans les provinces à l\u2019endroit des minorités, soit pour donner lui-même justice aux minorités si les provinces s\u2019y refusent; b)\tEn reprenant immédiatement contact avec les gouvernements provinciaux, au besoin par une nouvelle Conférence fédérale-provinciale, afin de régler le problème fiscal de façon que chaque province soit en mesure de s\u2019acquitter elle-même des tâches qui lui incombent en matière d\u2019éducation; 2\t\u2014 Offrir leur concours aux autorités universitaires, afin d\u2019entreprendre avec elles une non moins vigoureuse campagne auprès du gouvernement provincial : a)\tAfin qu\u2019il apporte une solution satisfaisante immédiate aux problèmes financiers urgents auxquels nos universités ont à faire face; b)\tAfin qu\u2019en liaison avec un Conseil supérieur provincial des universités, il élabore une politique universitaire à long terme.Une telle politique rend justice à tous les intérêts concernés dans toutes les provinces.Les droits constitutionnels des provinces sont sauvegardés.Les minorités françaises ÉDITORIAL 271 recevraient partout, du fédéral au besoin, toute l\u2019assistance dont elles ont besoin.Les universités de toutes tes provinces n\u2019auraient plus à craindre que des circonstances financières locales entravent leur légitime expansion.De sorte qu\u2019aucun citoyen de bonne foi et de bonne volonté ne peut refuser de se joindre au mouvement et d\u2019appuyer un tel programme.Espérons qu\u2019il saura rallier l\u2019unanimité des esprits ! A l\u2019approche d'élections fédérales, il triompherait forcément si le gouvernement actuel d\u2019Ottawa sentait que l\u2019accepter constitue une condition sine qua non de sa réélection pour autant que Québec est concerné.La Ligue d'action nationale Les universités en face des octrois fédéraux ddidrai 1/Vjinvdle La discussion en cours sur les subventions du gouvernement fédéral aux universités se déroule en pleine confusion.Jamais peut-être, au Canada français, les esprits n\u2019ont paru en plus complète dérive \u2014 et cela dans les milieux mêmes où, sur un sujet d\u2019une telle importance, on s\u2019attendrait de trouver le plus de rigueur et de clarté dans les idées.C\u2019est bien la première fois, par exemple, que l\u2019on voit un chef de gouvernement tellement désireux de disposer du trop-plein des coffres de l\u2019Etat qu\u2019il incite les citoyens à ignorer la première loi du pays, pour accepter des subventions qu\u2019il n\u2019a pas le droit de leur offrir; et pas n\u2019importe quels citoyens : ceux-là mêmes dont c\u2019est la mission de former les élites et, d\u2019une génération à l\u2019autre, la conscience civique.C\u2019est bien aussi la première fois que l\u2019on voit des universitaires, c\u2019est-à-dire les esprits soi-disant les plus éclairés de la nation, se torturer le cerveau pour inventer des théories qui leur permettraient d\u2019enfreindre, en ayant l\u2019air de la respecter, la loi qui leur garantit leurs libertés les plus fondamentales.Les besoins des universités Il existe certes un problème financier des universités, et non seulement des universités, mais de l\u2019enseignement en général; problème d\u2019une extrême gravité, qui exige la mise en oeuvre immédiate d\u2019une politique compréhensive et audacieuse, et dont la solution entraînera de très lourds déboursés.Mais de l\u2019avis unanime de tous ceux qui ont étudié la question, y compris la Commission Massey et le gouvernement fédéral, ce LES UNIVERSITÉS 273 problème ressortit à la compétence constitutionnelle \"exclusive\u201d des provinces.Et il en sera ainsi tant que la Constitution ne sera pas changée.Or pour régler ce problème, il n\u2019est nul besoin ni de changer la Constitution, ni même de la violenter ou d\u2019en solliciter le sens.Il suffit de l'appliquer comme elle est, donc de laisser les problèmes là où ils se posent, et de les aborder par les moyens que la loi constitutionnelle met à la disposition et des gouvernements et des citoyens.Malheureusement, on s\u2019ingénie à faire le contraire \u2014 d\u2019où le paradoxe et la confusion générale.Un problème d'ordre constitutionnel Le problème financier de l\u2019enseignement comme d\u2019ailleurs celui des hôpitaux et des autres institutions sociales est, dans sa donnée première, d\u2019ordre fiscal et constitutionnel.Il se développe dans le prolongement de la politique mise en oeuvre par le gouvernement fédéral depuis bientôt une quarantaine d\u2019années et qui, d\u2019étape en étape, entraîne inévitablement des conséquences de plus en plus nombreuses et de plus en plus graves.La politique fiscale est aux mains de l\u2019Etat un simple moyen.Elle est en intime liaison avec la pensée politique dont l\u2019Etat lui-même procède.Elle en est à la fois un des modes d\u2019expression et l\u2019un des moyens de réalisation.Il ne suffit donc pas que le régime fiscal procure à l\u2019Etat les fonds nécessaires à son administration, il importe en tout premier lieu que, par son inspiration et ses modalités, il soit en accord avec la pensée politique dont cet Etat est né et dont, pour répondre aux exigences du bien commun, il doit continuer de vivre. 274 L'ACTION NATIONALE Ainsi dans un Etat fédératif, le régime fiscal doit-il être organisé selon un mode qui respecte l\u2019autonomie de toutes les parties constituantes \u2014 sans quoi il tend inévitablement à détruire le caractère fédératif de l\u2019Etat et à transformer celui-ci en Etat unitaire au profit du gouvernement qui s\u2019est assuré le contrôle de la fiscalité.Or, tous ceux qui chez nous gardent la mémoire des faits, savent que, depuis 1917 (impôt sur le revenu), 1919 (subventions à l\u2019enseignement technique), 1926-27 (pensions de vieillesse, première manière), 1930 et années suivantes (chômage); surtout depuis 1940-41 (assurance-chômage), 1944 (allocations familiales), 1948 (programme de santé), 1951 (pensions de vieillesse, seconde manière et subventions aux universités), la politique fiscale du gouvernement fédéral à suivi l\u2019évolution même de sa politique économique et sociale; qu\u2019il n\u2019a pas fait effort pour l\u2019adapter au droit constitutionnel en tant qu\u2019expression juridique d\u2019une conception fédérative de l\u2019Etat, mais qu\u2019il s\u2019est appliqué, au contraire, à interpréter le droit constitutionnel (pouvoir \"illimité\u201d de taxer, faculté de \"dépenser à n\u2019importe quelle fin\u201d), selon les conceptions économiques et sociales dont il voulait assurer le triomphe, et qui se révèlent de plus en plus en désaccord avec les exigences du fédéralisme et la conception générale de la vie propre à chacun des deux grands groupements culturels qui ont fondé le Canada, et lui ont donné sa forme politique.Dans la même mesure où le gouvernement fédéral assume des responsabilités que la Constitution ne lui impose pas, il s\u2019approprie une part croissante de l\u2019impôt direct auquel, selon l\u2019esprit de la Constitution, il ne LES UNIVERSITÉS 275 devrait recourir qu\u2019une fois les provinces assurées des ressources nécessaires à leur administration; puis il se fait, de sa politique sociale (allocations familiales, pensions, aide aux hôpitaux, etc.), et de sa politique culturelle (subventions aux écoles techniques et aux universités), un argument pour justifier sa politique fiscale.Du même coup, tant par ses lois fiscales que par ses lois sociales proprement dites, il impose partout ses normes et, directement ou indirectement, s\u2019attribue une influence sociale et culturelle dont il n\u2019était pas et n\u2019est pas encore dans l\u2019esprit de la Constitution de l\u2019investir.D\u2019où depuis quarante ans, surtout depuis une dizaine d\u2019années, cet état chronique de tension, voire de crise constitutionnelle qui ne s\u2019apaise que si les provinces cèdent leurs prérogatives ou acceptent de subir de graves injustices \u2014 comme la province de Québec dans le cas des pensions de vieillesse, des ententes fiscales et des subventions aux universités.Du fait des \"pratiques\u201d fiscales et constitutionnelles du gouvernement fédéral, notre province a été privée d\u2019à peu près trois cent trente millions de dollars de son propre argent \u2014 somme énorme, dont elle aurait pu se servir à bien des fins, et notamment pour prévenir la crise financière de l\u2019enseignement.(En passant, MM.les abbés Dion et O\u2019Neil pourraient peut-être faire de cette politique l\u2019objet de leur prochain manifeste de morale publique).Les subventions aux universités ne sont donc pas une mesure occasionnelle, une sorte d\u2019accident dans la politique constitutionnelle du pays.Elles sont un modeste épisode dans le développement d\u2019une politique qui ébranle les fondements mêmes du régime constitution- 27 6 L\u2019ACTION NATIONALE nel et des structures politiques de l\u2019Etat canadien.Derrière une façade fédérative s\u2019édifie rapidement un Etat unitaire.La liberté fiscale et législative des provinces Ce qui est en jeu ici, ce n\u2019est pas le sort des universités \u2014 il ne dépend pas, nous le savons, du gouvernement fédéral.Ce qui est en jeu, c\u2019est la liberté fiscale des provinces dans les cadres de la Constitution.Si l\u2019on veut bien se rappeler que depuis la guerre le gouvernement fédéral prélève environ 75% des sommes disponibles pour l\u2019impôt, on admettra que cette liberté est déjà passablement compromise.Or, qui dit liberté fiscale dit liberté législative, et donc initiative de l\u2019Etat en ce qui concerne la création, l\u2019adaptation et le développement des institutions de la vie commune; et qui dit initiative de l\u2019Etat en pareille matière, dit faculté pour la population de se donner elle-même et conformément à son génie propre, le régime institutionnel qu\u2019exigent la conservation et le progrès de sa culture d\u2019une génération à l\u2019autre.Nous touchons ici le fond même de la question : le processus naturel d\u2019échanges vitaux entre toute communauté nationale et son milieu de vie.Un peuple n\u2019a chance de préserver et de promouvoir sa culture propre, principe informateur de sa personnalité nationale, que si en chacune de ses données (langue, croyances, costumes, traditions, institutions, lois), cette culture est de nécessité sociale et, par suite, condition de progrès personnel pour chacune des unités humaines dont il est composé; et il ne peut conserver à cette culture sa priorité sociale que s\u2019il jouit de la faculté de bâtir lui-même les insti- l.ES UNIVERSITÉS 277 tutions qui en sont à la fois l'expression sociologique et le centre d\u2019explicitation et de renouvellement dans le temps.Ce qu\u2019il doit redouter le plus, ce ne sont pas les influences, même violentes, qui s\u2019exercent un moment donné de l\u2019extérieur, ce sont celles qui, agissant par le dedans, modifient au jour le jour la communauté dans son milieu de vie et donc, dans son organe de reconstitution.La perte du levier le plus puissant La perte pour la province de Québec de sa liberté fiscale équivaudrait ainsi à la perte pour le Canada français du moyen le plus puissant dont il dispose, du seul moyen efficace de préserver sa vie et de conquérir sa place comme communauté culturelle distincte, au sein de l\u2019Etat canadien.C\u2019est dans cette sorte de perspectives historiques et sociologiques que les subventions du gouvernement fédéral aux universités doivent être envisagées.Si sous prétexte que les universités ont, momentanément, besoin d\u2019argent, la province de Québec cède une fois de plus aux pressions du gouvernement fédéral et laisse ainsi se développer la politique sociale et fiscale que, sous compétence constitutionnelle celui-ci s\u2019efforce depuis quarante ans d\u2019imposer, les conséquences sont faciles à prévoir.En moins d\u2019une génération probablement, son régime institutionnel sera, dans ses lignes maîtresses et son interprétation générale, intégré à celui du reste du pays : le Canada français aura ainsi perdu son seul véritable centre de renouveau et d\u2019expansion, et l'autonomie provinciale, sa principale justification.Car si la population de la province de Québec a des convictions religieuses et une culture propre, psycholo- 278 L'ACTION NATIONALE giquement, elle n\u2019est pas bâtie autrement que le reste de l\u2019humanité.Si une politique sans élévation et incapable de synthèse lui impose un milieu de vie en désaccord avec sa culture et sa tradition intellectuelle et sociale, elle finira par penser comme elle sera tenue de vivre \u2014 et par demander elle-même que l\u2019on fasse disparaître en droit les différences que les institutions de la vie commune ne comportent plus en fait.Quelques exemples récents Et qu\u2019on veuille bien le croire, il ne s\u2019agit pas ici d\u2019hypothèses purement spéculatives.N\u2019a-t-on pas vu, il y a à peine quelques années, une université fondée par des Canadiens français, pour les Canadiens français, et en grande partie avec leur argent, se transformer en université bilingue, c\u2019est-à-dire aux trois quarts de langue anglaise ?Et n\u2019a-t-on pas vu, coup sur coup, il y a quelques semaines : \u2014 une grande centrale syndicale annoncer l\u2019abandon prochain de son caractère confessionnel parce que, de l'avis de son président, la confes-sionnalité est désormais en désaccord avec les structures juridiques et sociales du milieu où cette centrale a grandi; l\u2019Eglise catholique des diocèses de Montréal et de Québec abolir à toute fin pratique quatre fêtes religieuses pour éviter de mettre plus longtemps les consciences en conflit avec leur milieu de vie.Et cela en un temps où les fêtes dites légales ou civiques sont de plus en plus observées.50 p.c.du budget fédéral pour des fins provinciales Le gouvernement fédéral, avons-nous dit plus haut, s\u2019approprie déjà environ 75% des fonds disponibles pour LES UNIVERSITÉS 279 l'impôt.Or, à peu près la moitié des sommes ainsi prélevées servent à financer des mesures sociales dont la Constitution ne lui attribuait pas ou ne lui attribue pas l\u2019initiative.Il serait fort intéressant de savoir quelles transformations ont déjà opérées dans les institutions, la pensée et les moeurs ces lois d\u2019une inspiration nettement étrangère à notre conception traditionnelle de l\u2019ordre social.Chose certaine, nous sommes encore loin d\u2019en avoir épuisé les conséquences.Pour que leur avenir soit compromis, il n\u2019est pas nécessaire que le gouvernement fédéral puisse demain intervenir directement dans les institutions qu\u2019il offre aujourd'hui de subventionner.Il suffit cjue, ayant soin toutefois d\u2019isoler chacun de ses mouvements, il continue d\u2019accentuer lé désaccord qu\u2019il a déjà réussi à créer entre les exigences fondamentales de la culture cana-dienne-française et le milieu où elle est appelée à s\u2019incarner et à se développer.Les Canadiens français feront ensuite eux-mêmes le reste.On n\u2019aura, pour les y induire, qu\u2019à leur offrir de temps en temps à même l\u2019argent puisé dans leurs goussets de contribuables, quelques petits \"cadeaux\u201d à la Louis St-Laurent.Le ton de l\u2019actuelle discussion sur les subventions aux universités, les arguments dont elle s\u2019arme en plusieurs milieux et les propos de certains groupements \"progressistes\u201d ne laissent sur cette éventualité aucun doute.L\u2019attitude de la jeunesse, non plus : les étudiants n'ont aucune observation à adresser au gouvernement fédéral qui, par sa politique-fiscale a, répétons-le, privé notre province de centaines de millions de dollars mais ils lancent des oeufs et des tomates sur le Parlement de Québec parce que, à leur avis, le gouvernement provincial ne leur distribue pas 280 L'ACTION NATIONALE à eux assez de bourses, ni aux universités, assez de subventions.Erreur de cible, attribuable de toute évidence, à une sérieuse déviation d\u2019optique.Quant à certains groupes de professeurs, à 14 ou 15% de l\u2019impôt, le joug du gouvernement provincial leur paraît pesant; à 75%, celui du gouvernement fédéral leur paraît léger et suave.Ils n\u2019estiment pas que leur problème de traitement soit sans proportion avec une crise de l\u2019Etat.Quelques-uns d\u2019entre eux croient même à la théorie des cadeaux .et que le Père Noël a ses quartiers permanents à Ottawa.D\u2019autres qualifient de \"mythe\u201d l\u2019autonomie provinciale.Les équivoques constitutionnelles sous l\u2019empire desquelles nous vivons depuis des années, ont donc déjà fait leur marque profonde dans les esprits.L'exemple des minorités Ceux qui désireraient s\u2019instruire de première main sur le phénomène psycho-sociologique dont nous venons d\u2019indiquer la marche, n\u2019ont qu\u2019à aller faire un tour dans certaines provinces de l\u2019Ouest.Il leur sera loisible d\u2019observer à l\u2019oeil nu comment un régime institutionnel bâti en dehors des valeurs que la population pionnière du Canada, héritière elle-même de la tradition occidentale et chrétienne, a toujours considérées comme essentielles, broie les minorités religieuses et culturelles, et en quelques années les assimile à un tout qui n\u2019a rien de commun avec leur identité originelle.Sans doute, mon cher Filion, me répondrez-vous : De tout cela, les provinces sont grandement responsables; elles ont manqué d\u2019initiative et de vision.Et dans une large mesure, conditionnée cependant par les faits énu- LES UNIVERSITÉS 281 mérés ci-dessus, vous aurez raison.Les provinces, le Québec en tout premier lieu, sont loin d'avoir jusqu\u2019ici joué pleinement leur rôle comme parties constituantes de l\u2019Etat canadien.Aucun plan d\u2019ensemble.Elles se sont contentées de répondre aux événements \u2014 laissant, tantôt dans un secteur et tantôt dans l\u2019autre, se produire des vides que le gouvernement fédéral s\u2019est aussitôt offert à combler.Mais si nous avons vis-àvis de celui-ci des droits et des devoirs, nous en avons aussi à l\u2019égard du gouvernement de la province.Le tort des universités Dans le cas précis qui nous occupe, on peut se demander ce que les universités ont fait pour éclairer le gouvernement, l\u2019inciter à mettre en oeuvre une politique compréhensive de l\u2019enseignement \u2014 sans parler des autres secteurs où leur avis aurait pu être fort utile.Ouvriers, agriculteurs, hommes d\u2019affaires communiquent à tout moment leurs vues sur divers aspects de la politique provinciale.Nos institutions d\u2019enseignement se sont enfermées jusqu\u2019ici dans le plus complet silence comme si le fonctionnement de la vie commune leur était indifférent.Elles se sont comportées entre elles comme des concurrentes et se sont contentées d\u2019aller, chacune son tour, réclamer à Québec un peu d\u2019argent.Il a fallu la Commission d\u2019enquête sur les problèmes constitutionnels pour amener les collèges à prendre conscience de leurs responsabilités communes, les décider à s\u2019associer et à formuler comme corps un plan d\u2019ensemble.Quant aux universités, elles s\u2019en sont tenues à leur splendide isolement.Pourtant, elles se sont affiliées, dès sa fonda- 282 L\u2019ACTION NATIONALE tion, à la Conférence canadienne des universités, et participent ces jours-ci à une conférence fédérale sur l\u2019éducation \u2014 c\u2019est-à-dire, répétons-le, sur un sujet qui ne concerne pas le gouvernement fédéral.Qu\u2019attendent-elles pour s\u2019unir sur le plan provincial, et pour exposer ensemble leurs besoins et au public et au gouvernement dont elles dépendent en droit et en fait ?On déplore l\u2019inexistence dans la province d\u2019une pensée politique, et l\u2019on a malheureusement raison.Mais pourquoi voudrait-on qu\u2019il en existe une dans le peuple si les institutions d\u2019enseignement qui forment les classes dirigeantes se comportent comme si elles n\u2019en avaient même pas pour leur propre compte ?Hélas ! il paraît que cette sorte de neutralité à l\u2019égard de la vie vécue est une exigence de la Science, du Haut Savoir ! Et nous posons en terminant la question : si nos institutions d\u2019enseignement supérieur n\u2019ont pas réussi à obtenir la politique qui leur convient du gouvernement de la seule province où elles peuvent parler pour la majorité et en son nom, comment espérer qu\u2019elles pourront, la liberté fiscale et l\u2019autonomie financière de la province une fois détruites, l'obtenir d\u2019un gouvernement à qui elles auront à parler au nom d\u2019une minorité \u2014 surtout si, comme c\u2019est le cas, il s\u2019agit d\u2019un gouvernement régi par le droit public anglais, c\u2019est-à-dire un droit public élaboré par et pour une nation homogène et qui, dans son inspiration profonde, n\u2019admet pas l\u2019existence au sein de l\u2019Etat de minorité nationale.L\u2019histoire des minorités acadienne et canadienne-française, confiées à la haute protection du gouvernement fédéral, a depuis longtemps fourni la réponse. LES UNIVERSITÉS 283 Bref, la discussion porte à côté du sujet.Nos universités, si elles veulent accomplir leur mission de foyers, d\u2019interprètes et de centres de rayonnement d\u2019une authentique pensée canadienne-française doivent, par les moyens qui leur sont propres, aider la province de Québec a)\tà reconquérir sa liberté fiscale; b)\tà formuler et à mettre en oeuvre une politique positive solidement appuyée sur l\u2019étude et la recherche, et destinée à redonner au Canada français un centre de vie approprié aux exigences fondamentales de son progrès comme communauté nationale distincte dans les cadres de l\u2019Etat canadien.Si elles s\u2019y refusent, pourquoi nous demanderaient-elles de faire pour elles de nombreux sacrifices ?N\u2019importe quelle université anglo-canadienne ou même sans caractère propre ne peut-elle pas, quant au reste, répondre à nos besoins ?Veuillez agréer, mon cher Filion, l\u2019expression de mes bons sentiments.Esdras Minville e*uA& yeux, Chronique nouvelle Voici, avec décembre, la nouvelle formule de \"Entre quatre yeux\u201d.Cette chronique est maintenant à la disposition de nos collaborateurs et, le cas échéant, de nos lecteurs.Au cours de nos réunions nous avons constaté que \"l\u2019équipe\u201d discute de bien des sujets qu\u2019il serait difficile d\u2019aborder longuement dans la revue.Nous avons également constaté qu\u2019en dehors des sujets qui leur sont confiés, nos collaborateurs ont des choses à dire.Nous avons donc décidé d\u2019imiter certaines revues françaises et d\u2019avoir une chronique mensuelle où l\u2019on pourra, en quelques lignes, aborder une variété de sujets.Elle promet d\u2019être intéressante, tant par la diversité de ses objets que par le nombre des gens qui y collaboreront.Nous vous invitons à la lire chaque mois.P.L.Pour 1957 Nous pourrions offrir à nos lecteurs les voeux traditionnels, et usés, qu\u2019on échange au début de chaque année.Mieux vaut, je pense, les mettre en présence des problèmes que nous aurons à étudier au cours des douze prochains mois.Celui des octrois fédéraux aux universités vient très haut sur la liste.Il faudra non seulement que nous évitions une ingérence fédérale dans ce domaine, mais que nous convainquions le gouvernement provincial de faire son devoir et de le bien faire.Les deux parties de cette proposition sont également inquiétantes.Refuser les octrois fédéraux c\u2019est nécessaire.Mais ça ne règle évidemment pas le problème universitaire.Seul Québec pourra régler définitivement le problème en donnant généreusement et en cessant de mettre son nez là où il n\u2019a pas affaire. ENTRE QUATRE YEUX 285 En 1957 nous aurons des élections fédérales.Entre un parti lébéral trop puissant et un parti conservateur mal en point nous devrons, une fois encore, rechercher le moindre mal.Faudra-t-il, comme d\u2019aucuns le suggèrent, recourir à des candidats indépendants ?Peut-être, si nous savons les choisir avec soin.Trop souvent ces indépendants étaient des libéraux ou des conservateurs camouflés.Nous aurons le problème du Château Maisonneuve à régler en 1957.Nous aurons à faire un succès du Congrès de la refrancisation.Les problèmes, petits et grands, ne manqueront pas.Dans nos souhaits de bonne et heureuse année n\u2019oublions pas de prier pour que nous ayons les hommes nécessaires pour mener quelques-unes de ces tâches à bonne fin.P.L.ALLONS, messieurs les libéraux, UN BON MOUVEMENT! A la dernière Conférence libérale provinciale, les relations fédérales-provinciales ont été l\u2019objet d\u2019une déclaration, en soi satisfaisante, mais tellement vague et générale qu\u2019elle ne nous en dit pas bien long sur ce que pensent réellement les libéraux des solutions concrètes à apporter aux problèmes de l'heure : aide fédérale aux universités, répartition plus équitable des sources d\u2019impôts, Conseil national des arts, assurance-santé, etc.Du même coup, M.Jean-Marie Nadeau, de son lit de malade, envoyait au Congrès un message dans lequel il affirmait carrément que le gouvernement fédéral, au cours des récentes années, a dans l\u2019ensemble respecté l\u2019autonomie des provinces.Nous cherchons encore l\u2019ensemble, mais nous avons depuis longtemps compris que, dans le détail, il a systématiquement cherché à dépouiller les provinces des divers pouvoirs que la Constitution leur confère ! Aussi le parti libéral, qui a tant à se faire pardonner sur la question de l\u2019autonomie provinciale, aura besoin de sortir davantage de sa coquille sur cette question, s\u2019il veut vraiment se rallier l\u2019opinion nationaliste.Les impôts directs et la Constitution A un récent programme des Idées en marche sur l\u2019aide aux universités, M.Michel Brunet a cru à propos de démentir M.Gérard Filion, qui avait affirmé que, selon la Constitution et 286 L'ACTION NATIONALE la tradition, l\u2019impôt direct devait être laissé aux provinces.Le Fédéral, a-t-il soutenu, a un droit total sur toutes les formes d\u2019imposition parce que selon l\u2019article 91 de l\u2019A.A.B.N., il est autorisé à percevoir des deniers par tous modes ou systèmes de taxation.Du point de vue purement juridique, à l\u2019heure actuelle, M.Brunet a sans doute raison parce qu'une décision du Conseil privé a confirmé l\u2019interprétation qu\u2019il donne à la Constitution.Du point de vue historique et constitutionnel (sens initial de la Constitution), la chose est loin d\u2019être aussi certaine.Les déclarations des Pères de la Confédération ne sont pas toujours très claires sur le sujet, mais celles qui le sont montrent que leur interprétation du texte correspondait nettement à l\u2019idée de laisser les taxes directes aux provinces.De plus, le texte de la Constitution lui-même l\u2019implique, car il aurait été autrement absurde d\u2019établir à titre \"exclusif\u201d le pouvoir fédéral de prélever des taxes directes (censément comprises dans tous modes et systèmes de taxation, selon les interprétations centralisatrices), et à titre \"exclusif\u201d également le pouvoir provincial de prélever les mêmes taxes pour des fins provinciales.Mais il y a plus.Comme on le sait, le jugement du Conseil privé en la matière était fondé sur les conceptions fiscales de l\u2019économiste Stuart-Mill, comme étant celles qui étaient prévalentes au moment de la Confédération.Or les juges, dans leur jugement, signalent qu\u2019ils se sont contentés, pour établir leur décision, des citations apportées par les parties, sans référer à l\u2019original.Et il se trouve que l\u2019original ne partage pas toutes les taxes en taxes directes et en taxes indirectes; comme on l\u2019a fait ensuite; mais bien en trois divisions, comprenant les précédentes, plus une troisième qui couvre les \"other taxes\u201d, c\u2019est-à-dire celles que Stuart-Mill n\u2019a pas jugé sage de classifier dans l\u2019une ou l\u2019autre catégorie.Dans cette perspective, le texte constitutionnel est susceptible de prendre un tout autre sens.On s\u2019explique, en effet, pourquoi, afin de mettre les choses bien au clair, les rédacteurs de la Constitution ne s\u2019en seraient pas tenus à parler des taxes indirectes dans l\u2019article 91 et des taxes directes dans l\u2019article 92, établissant hors de tout doute les positions des parties, selon les intentions qu\u2019ils manifestaient.Il leur fallait attribuer au Fédéral toute la série des \"autres taxes\u201d.L\u2019idée du pouvoir général de taxer de Galt s\u2019entend facilement alors comme un ENTRE QUATRE YEUX 287 pouvoir sur toutes les taxes, sauf les taxes directes réservées aux provinces; ce qui, dans l'esprit du temps, ne limitait pas le Fédéral aux seules taxes indirectes, mais lui concédait tout un champ supplémentaire de taxes mal définies.tpu'est-ce que la liberté 7 Dans les couloirs (ou les coulisses) de Radio-Canada, ces temps derniers, il était dit que certaines personnes devaient être évitées aux programmes d\u2019idées parce qu\u2019elles défendent trop vigoureusement leurs opinions et, parait-il, empêchent les autres de parler.D\u2019une façon générale, cependant, il semble bien que le reproche n\u2019est guère fait qu\u2019à ceux qui défendent des idées peu sympathiques au groupe d\u2019intellectuels qui régit Radio-Canada.Autrement dit, on aime surtout ternes et monotones ceux qui sont invités pour faire les contreparties peu sympathiques ! Quant aux autres .?On ne saurait manquer de souligner jusqu\u2019à quel point une telle attitude est attentatoire aux idées de liberté et d\u2019impartialité auxquelles Radio-Canada prétend adhérer.Après tout, Radio-Canada, institution publique, est là pour tout le monde et doit donner audience à toutes les opinions admissibles dans le sens le plus large du mot.Les personnes choisies pour les défendre doivent être celles qui sont le mieux qualifiées pour le faire, indépendamment de leur tempérament ou du fait que leur \"gueule\u201d revient ou ne revient pas aux réalisateurs, animateurs, ou que sais-je.Le rôle de Radio-Canada quant au reste est de trouver les animateurs impartiaux capables de diriger une discussion ou un échange d\u2019opinions.Leur travail peut être rendu plus difficile par les heurts de certains tempéraments, mais c\u2019est leur \"boulot\u201d.S\u2019ils sont compétents, ils en viendront parfaitement à bout.Cependant, à Radio-Canada comme dans n\u2019importe quelle institution, on ne pourra jamais empêcher qu\u2019\"erreur au delà des Pyrénées, soit vérité en deçà\u201d, et que certaines opinions soient mieux traitées que d\u2019autres.Etant donné l\u2019origine de l\u2019institution, le choix inévitable qui sera fait des organisateurs et réalisateurs selon des critères souvent subtils mais nécessairement dirigés dans un certain sens, on donnera toujours plus de poids au style de pensée et aux tendances d\u2019opinions des milieux proprement canadiens que vraiment canadiens-français.C\u2019est bien d\u2019ailleurs ce qui se passe en général. 288 L'ACTION NATIONALE C\u2019est pourquoi, il s\u2019impose qu'il y ait au plus tôt une Radio provinciale.Car la meilleure façon d\u2019assurer la vraie liberté, ce n\u2019est pas de compter sur la largeur de vue de certains hommes disposant d\u2019un contrôle plus ou moins absolu; c\u2019est la concurrence le plus libre possible d\u2019institutions diverses, d\u2019origines diverses.Ceux-là qui sont si désireux d\u2019accepter les octrois fédéraux aux universités en vue de diversifier les influences qui s\u2019exerceront sur elles, seront les premiers, nous en doutons.à peine, à réclamer hautement l\u2019intervention des gouvernements provinciaux dans l\u2019établissement de réseaux radiophoniques.Comme Messieurs Duplessis et Saint-Laurent ont des tempéraments complètement différents, Radio-Canada pourra ensuite se permettre de faire des partages selon ce type de procès de tendances ! Elle pourra diriger vers la Radio québécoise, les gens pittoresques, bouillants, hauts en couleur; et laisser la Radio canadienne se distinguer par sa dignité, sa froideur et son ton paternel.Bref, il y en aura pour tous les goûts .comme dans la nature ! L\u2019incident en lui-même prouve en tout cas que, même administrée par des Canadiens français (nécessairement choisis), une institution fédérale ne peut que bien difficilement servir la culture canadienne-française en soi, pour elle-même, par elle-même, en la laissant évoluer selon ses propres virtualités et en lui accordant entière liberté de choisir elle-même, dans le mouvement de sa vie propre, les éléments qu\u2019elle désire emprunter aux cultures voisines pour se les assimiler.Insensiblement, mais inévitablement, une institution fédérale dirige la culture canadienne-française davantage vers les points de vue canadiens, c\u2019est-à-dire en fait anglo-canadiens.Elle aide toujours à réaliser le grand oeuvre de l\u2019assimilation ! Nécessité de l'autonomie A l\u2019occasion des nombreuses discussions que soulève le problème politique canadien, des questions comme celles-ci sont soulevées.Mais, enfin, pourquoi faut-il tant tenir à ce que la province de Québec garde un contrôle législatif et financier absolu sur tel ou tel domaine ?sur la sécurité sociale ?sur l\u2019enseignement ?etc., etc.Après tout qu\u2019est-ce que ça peut faire que nos allocations familiales ou nos pensions de vieillesse nous viennent d'Ottawa ou de Québec ?Pourquoi refuser l\u2019argent sans condition qui est offert à nos universités, sous le prétexte que cet argent vient d\u2019Ottawa ? ENTRE QUATRE YEUX 289 Il faut l\u2019avouer, la réponse n\u2019est pas toujours facile, pour autant qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019apporter des exemples concrets et immédiats des dangers possibles.Ceux qu\u2019on peut formuler à titre hypothétique sont le plus souvent rejetés par les interlocuteurs, comme prêtant aux Fédéraux des intentions invraisemblables .même en dépit de tant d\u2019exemples historiques ! Mais voilà que l\u2019aventure des fêtes religieuses obligatoires pour les catholiques vient nous montrer d\u2019une façon tangible pourquoi la province catholique et française de Québec doit garder jalousement tous les droits qui lui sont concédés par la Constitution, et même tâcher d\u2019arrondir son domaine dans toutes les matières qui touchent de quelque façon à la vie culturelle et sociale.L\u2019incident montre clairement deux choses : 1° que là, où il y a conflit de mentalité, il ne faut jamais compter sur la bonne volonté des autres pour assurer la préservation de ses droits les plus légitimes; 2° que dans un tel cas, il n'est pas possible non plus de compter sur l\u2019héroïsme des foules pour gagner dans le fait ce qu\u2019on n\u2019a pas su ou pu se réserver dans le droit: au contraire, il faut avoir le soin de retenir le droit afin de pouvoir créer les institutions et règles qui serviront de soutien à la mentalité populaire.On aurait pu croire \u2014 du moins chez ceux qui sont tellement convaincus de la largeur de vue et de la libéralité du Britannique \u2014 qu\u2019en pleine province de Québec la minorité protestante respecterait le point de vue de la majorité et consentirait volontiers à ne pas commercer le jour des fêtes religieuses catholiques.11 n\u2019en a rien été.Celle-ci en a fait une affaire de soi-disant conviction \u2014 appuyée par de plus réels intérêts.Coincée, elle en a appelé à la Cour qu\u2019elle s\u2019est réservée pour interpréter, autant que possible, le droit canadien dans le sens d\u2019un canadianisme protestant.Et elle a gagné.Et maintenant si l\u2019on veut voir ce que les minorités françaises peuvent tant gagner à se trouver avec tous les Canadiens français à Ottawa, qu\u2019on essaie d\u2019obtenir du Parlement fédéral le respect civil des quatre fêtes religieuses en cause : on verra bien ce qui en retournera.Voilà un excellent test pour commencer ! On aurait pu s\u2019attendre que la catholique population de Québec réglerait le problème en suivant la voix des autorités religieuses et en s\u2019abstenant d\u2019aller acheter ces jours-là.Mais c\u2019était trop demander à trop de monde face à une tentation 290 L\u2019ACTION NATIONALE trop grande.Apparemment pour supprimer le scandale et la cause de manquements en une matière qui ne relevait ni du dogme, ni des préceptes fondamentaux de la morale, l\u2019Eglise canadienne a décidé de faire disparaître l\u2019institution.La civilisation catholique cède le pas devant la civilisation protestante faute de textes de loi suffisamment précis pour protéger son plein épanouissement.Que la leçon nous serve ! Toutes nos capitulations en matière d\u2019assurance-chômage, de pensions de vieillesse, etc; toutes celles que l\u2019on prépare en matière d\u2019assurance-santé, d\u2019octrois aux universités, à l\u2019enseignement primaire ou secondaire, etc.; toutes celles que l\u2019on tolère déjà en matière d\u2019allocations familiales, de subventions aux hôpitaux et à la recherche, etc., nous conduirons fatalement, à un moment donné, à des situations du même genre.Et aussi fatalement, à des reculs aussi cuisants.Sur quels points porteront les conflits ?Nul ne saurait le prévoir; c\u2019est le hasard des circonstances qui le déterminera.Et c\u2019est pourquoi, il est plus que temps que l\u2019offensive soit reprise sur le terrain constitutionnel, où elle n\u2019aurait jamais dû cesser.F.A.SUR UN ARTICLE DE \"Notre Temps\" En admettant que \"Le Devoir\u201d et \"L\u2019Action nationale\u201d occupent une position de centre, il manque décidément au Canada français, dans les débats de l\u2019heure, un organe de droite qui soit \"au niveau\u201d : sérieux, profond, vigoureux, sincère.L'insuffisance de \"Notre Temps\u201d pour tenir un tel rôle est, pour l'instant, manifeste.A moins qu\u2019il n\u2019évolue et ne comprenne à temps combien la lettre tue l\u2019esprit, ce journal ne servira qu\u2019à discréditer la pensée conservatrice.Dans le numéro du 8 décembre, M.Marcel Clément entreprend de décortiquer un paragraphe de la première partie de l\u2019étude intitulée \"Cette droite et cette gauche\u201d parue dans L\u2019ACTION NATIONALE de novembre.Plutôt que de discuter sur le fond, il croit malin de jouer les cancres.Il fait mine de n\u2019avoir rien compris à ce qu\u2019il a lu.Le paragraphe incriminé contenait cette phrase : \"Le trait spécifique de la mentalité de gauche, où que ce soit, ENTRE QUATRE YEUX 291 c\u2019est.\"une plus grande foi\u201d dans l\u2019homme.\u201d \u2014 \"Au sens strict, pour un chrétien, répond Marcel Clément, la foi s\u2019adresse à Dieu.\u201d M.Clément prétend faire \"un exercice d\u2019analyse littéraire.\u201d S\u2019en montre-t-il capable ?La première condition de l\u2019analyse littéraire bien faite, on a dû le lui apprendre, c\u2019est de donner aux mots le sens qu\u2019ils ont dans leur contexte.Toute manipulation arbitraire qu\u2019on en fait rompt le dialogue d\u2019auteur à lecteur.En l\u2019occurrence, il lui suffisait de connaître la diversité des sens du mot \"foi\u201d et de ne pas l\u2019entendre au \"sens strict\u201d.M.Clément pouvait légitimement lui donner, comme aura fait tout lecteur impartial, le sens de \"confiance\u201d, \u2014 qu\u2019il lui était d\u2019autant plus facile d\u2019apercevoir que le mot apparaît à la phrase suivante.Il n\u2019est pas interdit à un Chrétien d\u2019être intelligent et de savoir que l\u2019on peut parler sans blasphème, par exemple, de foi ou de manque de foi dans la perspicacité des analyses de \"Notre Temps\u201d .M.Clément joue aux devinettes.Il affecte de se demander à quelle fin de phrase sous-entendue pouvait se rapporter le comparatif.Et il répond d\u2019une façon tout à fait incon- grue et, qu\u2019il me permette de le lui dire, laborieusement malhonnête, par cette autre question : \"Est-ce une plus grande foi dans l'homme que celle qu\u2019enseigne l\u2019Eglise ?\u201d Il tente ainsi d\u2019introduire subrepticement dans une pensée qui ne lui appartient pas, un élément qui ne s\u2019y trouvait pas.L\u2019autre terme de la comparaison, c\u2019était, évidemment, la droite.Il aurait dû comprendre, avec tous les lecteurs de bon sens et de bonne foi (faut-il préciser encore le sens que prend ici ce dernier mot, même pour un chrétien ?), que cette étude sur la droite et la gauche actuelles au Canada français comparait la foi plus grande mise dans les pouvoirs de l\u2019homme par la mentalité de gauche, à la foi moindre que leur accorde \u2014 non pas du tout l\u2019Eglise, comme l\u2019obsession de M.Clément le veut, \u2014 mais, bien entendu, la mentalité de droite : d\u2019où la tendance de cette dernière à plus d\u2019autoritarisme et à plus de conservatisme (que celle de gauche, M.Clément, s\u2019il est indispensable pour vous d\u2019expliciter même l\u2019évidence !) Oserons-nous faire assez confiance à M.Clément pour imaginer qu\u2019il découvrira de lui-même, dans la suite du para- 292 L\u2019ACTION NATIONALE graphe dont il promet de prolonger le commentaire, que c\u2019est le typographe qui a écrit \"idéal\u201d au lieu d\u2019\"idéel\u201d dans la phrase : \"Le besoin de vivifier le réel par l\u2019idéel est d\u2019autant plus grand que l\u2019état d'u- ne civilisation est plus avancé ?\u201d Oui, décidément, il nous manque une sincère pensée de droite au Canada.P.de G.P.S.\u2014 Nous ne pouvons commenter longuement le second article de M.Marcel Clément, lu en toute dernière heure.Fidèle à la très simpliste méthode d\u2019analyse qui marque ses limites, il se paie le luxe gratuit de rapporter à Dieu tout ce nous disions du \"réel\u201d, \u2014 c\u2019est-à-dire de l\u2019état des choses telles que la pensée les trouve dans une société, avant d'agir sur elles.Cette confusion volontaire permet à notre critique de faire de la passivité un singulier éloge teinté d\u2019intégrisme, de qui-tisme et de fidéisme, et d'ignorer entièrement la valeur féconde du vieux dicton : \"Aide-toi, le Ciel t\u2019aidera\u201d.Je me permets de recommander à M.Clément quelques pages sur Dieu, racine de la liberté, dans un livre tout récent.Il s\u2019agit des Regards sur la philosophie contemporaine de M.Henri Du-méry, recueil d'articles de critique philosophique parus dans la presse catholique de France depuis quinze ans.On trouve dans l\u2019Avertissement cette phrase : \"En posant l\u2019homme dans l\u2019existence, Dieu crée un créateur\u201d.Voilà une brève et profonde formule capable de réhabiliter, aux yeux du croyant, courage, affrontement et espérance : toutes hautes vertus humaines et chrétiennes.P.de G. NOTRE CIVILISATION pat Pierre de Cjrandj.Ipre Cette droite et cette gauche (H) Etant donné 1 état présent des choses dans notre milieu!1), je pense que tous les observateurs de bonne foi seront amenés à reconnaître, chez la plupart des intellectuels que l'on \"dénonce\u201d aujourd\u2019hui sous l'appellation de gauchistes ou de gauchissants, des hommes qui croient aux pouvoirs de l\u2019esprit, de la réflexion, de l\u2019étude et de l\u2019action pour transformer une réalité qui, \u2014 ils ne le cachent évidemment pas ! \u2014 les trouve insatisfaits.Me trompé-je ?j\u2019ai l\u2019impression que bien peu de Canadiens français parmi ceux qu\u2019attaque un journal comme \"Notre Temps\u201d partagent les vices de certaines traditions européennes de gauche, que décrivait récemment chez nous M.Gustave Thibon : \"L\u2019esprit de gauche repose sur un refus des limitations .sur le mythe du progrès indéfini, illusion se rattachant au péché d\u2019idolâtrie.\u201d Une gauche introuvable Cette gauche-là, nul ne lui a donné forme au Canada, que je sache.C\u2019est peut-être ce qui explique l'embarras, la (1) Cet article est la continuation d'une étude entreprise le mois dernier.La première partie était un appel à préciser les notions.La mentalité de gauche nous était apparue empreinte d\u2019une \"plus grande foi\" dans l'homme et caractérisée par un plus grand besoin de vivifier le réel par l'idéel\". 294 L\u2019ACTION NATIONALE faiblesse, le peu de profondeur de cet \"anti-gauchisme\u201d qui nous tient lieu en ce moment d\u2019une vraie droite solide, réfléchie, née d\u2019un sursaut du bon sens ou de quelque replongée salubre dans le vital et le réel : ce qui manque à notre droite, en réalité, c\u2019est l\u2019adversaire ! Elle se crée un fantôme de gauchisme contre lequel le combat n\u2019a pas 1 occasion de s\u2019approfondir; l\u2019épée peut demeurer mal fourbie et rouillée lorsqu\u2019elle donne ses coups dans l\u2019eau.Car, entre nous, disons-nous le bien posément, ce n\u2019est pas des excès de la gauche que notre peuple a encore jamais eu à souffrir.Il y a bien évidemment place chez nous pour une solide pensée conservatrice; mais qu\u2019à la première velléité de substituer l\u2019invention à l\u2019imitation dans la vie sommeillante de notre société canadienne-française, notre conservatisme de routine oppose tout son misérable arsenal d\u2019arguments superficiels, péremptoires, témoignant d\u2019une totale indisponibilité de l\u2019esprit et du refus brutal de tout dialogue viril, cela n\u2019est pas pour renflouer son prestige.J\u2019ai bien peur, pour nos amis du nationalisme conçu comme un système clos, que la tendance qu\u2019ils désignent comme étant de gauche \u2014 à qui d\u2019ailleurs il arrive, recon-naissons-le, de se désigner elle-même ainsi \u2014 que cette tendance, quel que soit le nom mieux adapté qu\u2019on finira bien par lui trouver, ne s\u2019accentue dans la proportion même des progrès de la pensée personnelle et de la vie autonome de l\u2019esprit dans notre milieu : disons plus, qu\u2019elle ne soit essentiellement et presque exclusivement, en ce moment, la manifestation de ces progrès.C\u2019est placer nos amis, je m\u2019en rends compte, dans une position bien désagréable et inconfortable.Mais efforçons-nous de parler avec toute notre sincérité, tout notre bon sens.Est-ce simple hasard NOTRE CIVILISATION 295 s\u2019il semble impossible de rêver, pour l\u2019instant, que les progrès de la réflexion puissent correspondre à quelque invraisemblable poussée de conservatisme venue des profondeurs de la nécessité, à quelque brusque redressement, à quelque réaction puissante de notre intelligentsia \"de droite\u201d ?Quel équilibre est rompu ?Si 1 énoncé même d\u2019une semblable supposition paraît des plus fantaisistes dans le contexte qui est aujourd\u2019hui le nôtre, n\u2019est-ce pas parce que dans la vie des sociétés, chaque tendance a son heure d'opportunité ?Il est normal que les excès de l\u2019une appellent l\u2019autre tendance à la rescousse, dès qu il est besoin de rétablir un équilibre rompu.Nous souffrons sans doute au Canada français d'une pensée abstraite, désincarnée, souvent empruntée et mal assimilée; mais qui oserait prétendre que le vice de notre société est dans le rôle excessif qu\u2019y joue l'esprit, la recherche, la pensée ?Qui pourrait parler sans ridicule d\u2019un \"prométhéisme\u201d canadien-français, d'une foi dans l\u2019homme qui ne tienne pas compte des limites de l'humain ?Avouons-le, c\u2019est au vice diamétralement opposé que nous avons affaire.Le Canada français a longtemps \"fait le mort pour durer; mais il deviendrait un vrai mort s\u2019il perpétuait cette tactique vitale au moment où il lui faut passer à 1 âge adulte, à 1 âge non plus de T imitation et des tout-puissants \"contrôles sociaux\u201d, mais de la création, de l\u2019affrontement, de la découverte et des \"batailles d'homme\u201d.Le cancer dont il nous faut guérir, c'est la stagnation.\"Réalisme\" et \"idéologies\" dans notre contexte On ne niera pas, je pense, que Gustave Thibon soit 296 L\u2019ACTION NATIONALE au sens le plus plein un conservateur, un traditionaliste, un sage, un sympathique et profond \"paysan\u201d dans un pays où une telle réaction est justifiée, appelée aujourd\u2019hui et depuis longtemps par certains excès de l\u2019abstraction gauchiste.Remarquons incidemment qu\u2019alors qu\u2019au Québec c\u2019est la \"gauche\u201d qui réclame la fin des illusions et le retour au réel, ce rôle est dévolu en France à la pensée traditionaliste : un des principaux essais de ce philosophe des \"racines\u201d qu\u2019est Thibon, porte précisément ce titre de \"Retour au réel\u201d; ceci pour souligner que les étiquettes ne collent pas toujours exactement aux tendances, jamais identiques, qu\u2019elles désignent ici ou là.Ce traditionaliste bon teint, dont nous venons d\u2019avoir la visite et dont la pensée devrait nourrir d\u2019arguments et de réflexions toute droite canadienne digne de ce nom, serait, on peut l\u2019imaginer, très expéditivement rangé à gauche s\u2019il réfléchissait sur notre milieu, et dans notre milieu.Qu\u2019on en juge : Il ne s\u2019agit pas de condamner l\u2019effort créateur de l\u2019homme.Les raffinements et les complexités qu\u2019introduisent dans le monde les progrès de la civilisation et de la spiritualité ébranlent toujours plus ou moins notre équilibre animal et nos vertus morales et sociales à polarité biologique.Ceux qui réprouvent au nom de la \"bonne nature\u201d tout effort moral, intellectuel ou technique montrent par là qu\u2019ils considèrent l\u2019homme comme un simple animal.L\u2019important n\u2019est pas que les fondements de notre nature restent intacts (ils sont faits pour être brassés et exploités par l\u2019esprit), c\u2019est qu\u2019ils ne soient pas complètement ruinés .L\u2019humanité n\u2019est pas faite pour croupir dans des limites immuables, pas plus qu\u2019elle n\u2019est faite pour un essor illimité.\u201d Des deux excès contre lesquels Thibon veut garder NOTRE CIVILISATION 297 l'homme, on devine lequel nous a fait récemment et, surtout, risquerait de nous faire, dans l\u2019avenir, le plus de mal : c\u2019est l\u2019inertie.Liberté : sens d'une finalité La même situation peut être vécue par un être libre comme liberté et par un être enchaîné comme fatalité.Notre nationalisme et notre catholicisme ont besoin que nos vies nous apparaissent comme des finalités et non pas comme des déterminismes.Nous devons retrouver le sens de la vocation, qui est une fidélité à l\u2019orientation profonde de l\u2019être et qui s\u2019appuie nécessairement sur la liberté, comme l\u2019a montré Gabriel Marcel.L\u2019acte libre, l\u2019effort créateur, n\u2019existent que dans la mesure où se poursuit l\u2019effort d\u2019accomplissement de soi.Nous aurions besoin d\u2019un bain d\u2019optimisme humain.Il ne serait pas mauvais que la pensée d\u2019un Nouy, d\u2019un Chardin, d'un Bergson nous suggère que la voie royale de l\u2019esprit concilie foi et raison, qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019évolution sans le facteur spirituel.Je puis me tromper, mais en toute bonne foi, il me paraît que notre \"gauche\u201d, à l\u2019heure présente, c\u2019est surtout cela : une foi salvatrice dans l\u2019urgence de modifier par la pensée nos tructures, de nous colleter à chaque problème dans son ordre propre et d\u2019en venir à bout.\"Le peuple canadien-français, écrivait Gérard Filion dans \"Le Devoir\u201d du 27 octobre, subit la révolution industrielle la plus rapide et la plus totale de tous les peuples de race blanche; il n\u2019y a personne pour lui dire où il va ni où il devrait aller.\u201d Le vrai nationalisme d\u2019aujourd\u2019hui, celui qui demeure utile et créateur, ne peut se trouver que parmi les gens 298 1/ACTION NATIONALE qui n\u2019écartent pas un défi de cette envergure.Ce problème devient ainsi une pierre de touche.Aimer sainement une tradition, c\u2019est l\u2019aimer adaptée, viable : c\u2019est l\u2019aimer vivante.L'abstraction, la pensée déboussolée et désincarnée, menacent à gauche comme à droite Sans doute le nationalisme a-t-il raison de se tenir en garde contre les mirages du progressisme, qui sont ceux de l\u2019intellectualisme pur; mais il devrait pouvoir accueillir tout renouvellement authentique, je veux dire tout renouvellement qui ne refuse ni la continuité, ni certains cadres vitaux, ni la mémoire.Il nous faudra découvrir la valeur et la fécondité des attitudes d\u2019accueil, liées toujours à un état de mûrissement et de plus grande assurance d\u2019une pensée.Notre pensée nationale comme notre pensée religieuse sont dans leur essence liberté; les rapetissements et recroquevillements ne sont les résultats que d\u2019interprétations mesquines, de véritables corruptions.\"La tâche de l\u2019Eglise, écrivait Gilson, n\u2019est pas de conserver le monde tel qu\u2019il est, même s\u2019il est devenu chrétien, mais de le conserver chrétien tel qu\u2019il ne cesse jamais de devenir autre .\u2019\u2019 Pour le nationalisme canadien-français aussi, il faut dire que \"sa victoire est toujours devant lui\u201d.Son essence véritable est de fonder notre liberté, de nous entraîner au coeur des vrais problèmes, et non pas de nous maintenir à la périphérie et dans le seul domaine desséché des interdits.Il doit nous rendre disponibles à toute perspective inaccoutumée qui se révèle, nous mettre à son égard en état de réceptivité provisoire, pour être aptes à rencontrer, à discerner, à \"apprivoiser\u201d toutes les nouveautés fécondes. NOIRE CIVILISATION 299 Lorsque j\u2019affirme que renouvellement, pensée, liberté me paraissent l\u2019essentiel du message de notre \"gauche\u201d présente, je pense n\u2019avoir pas besoin de préciser que je ne fais nulle allusion à quelques faibles d\u2019esprit, profiteurs ou utopistes d\u2019obédience soviétique qui ont tout renié pour s\u2019inféoder corps et âme à un maître étranger; il en est d\u2019ailleurs rarement question dans les \"dénonciations\u201d que nous commentons.D\u2019autre part, je suis tout prêt à admettre que, même parmi les éléments réputés \"gauchisants\u201d qui sont l'objet des attaques de \"Notre Temps\u201d (disons, les gens de \"Cité libre\u201d de \"Vrai\u201d, des récentes assises de l\u2019Institut canadien des affaires publiques, et plusieurs journalistes, sociologues, commentateurs de C.B.F.ou CBFT, écrivains et universitaires), il arrive de temps à autre que l\u2019on ne parle plus liberté, mais \"nécessité\u201d, fatalités, déterminismes, soumission à des \"impératifs\u201d : en un mot que l\u2019on perde le sentiment d\u2019une \"vocation\u201d et d\u2019une liberté pour la collectivité canadienne-française.Il arrive que certaines attitudes frisent le reniement.Mais me permettra-t-on de dire sans le moindre paradoxe que c\u2019est seulement au nom et par l\u2019instrument de la \"gauche\u201d telle que nous venons d\u2019en dégager l\u2019essence, que nous pourrons avoir raison de pareil défaitisme, vieille tendance de réaction et de mort en toilette nouvelle.Fidélité à un au delà de soi-même Au fond le grand problème de l\u2019heure, ce qui nous départage tous, ce ne sont pas les catégories importées de / \"droite\u201d et de \"gauche\u201d.C\u2019est, à l\u2019intérieur même de ces; grandes tendances, chez nous superficielles et mal fixéesJl l\u2019abîme qui existe entre, d\u2019une part, la fidélité à soi, le 300 , L\u2019ACTION NATIONALE sens d\u2019une vocation à réaliser au coeur d\u2019une liberté, \u2014 et d\u2019autre part l\u2019aliénation de soi-même en faveur de catégories abstraites, aliénation entraînant, par une voie ou par une autre, le mépris de ce qui constitue la moelle, les fondements de notre être intime de Canadiens français.La grande ligne de démarcation passe entre la coïncidence avec nous-mêmes et la contradiction installée dans les profondeurs dè l\u2019être interne.Saint-Denys-Garneau avait indiqué la voie de la réconciliation en découvrant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019être homme par-dessus ses particularités, et non pas sans elles : \"libérer l'humain\u201d au Canada français, cela \"ne tend pas .à enlever à la nation canadienne-française ses caractéristiques; au contraire, \u2014\u2022 si cela efface ses traits déformants, ses défauts et tout le restrictif, si cela tend à la vie pleine, à la libération de la vie, \u2014 les communications plus véritables, plus saines et simples et vivantes avec le milieu (nature, travail, etc.) laisseront ces traits essentiels s\u2019accuser avec plus de caractère, plus de fermeté.\u201d A notre avis, L\u2019Action nationale n\u2019a pas à s\u2019attaquer à quelque vague \"gauchisme diffus, mal défini, à battre le rappel des préjugés et idées reçues, à exclure à tour de bras.Lorsqu\u2019elle le fera, ce devra être en connaissance de cause et pour de solides raisons.Son rôle pour l\u2019instant est plutôt d\u2019accueil, d\u2019étude et d\u2019interprétation.Ce qu\u2019elle doit déceler et dénoncer, une fois la lumière faite, ce sont tous les germes de mort ou de maladie pour la collectivité, toutes les causes de stagnation, de recul ou de lâchage.Si celui qui refuse de combattre pour une cause désespérée est déjà \"pire qu\u2019un chien\u201d selon la forte expression de Jean Dutourd, que dirons-nous de celui qui se fait croire à lui-même qu\u2019une cause est désespérée, polir n\u2019avoir pas à combattre ? NOTRE CIVILISATION 301 Nationalisme aussi bien que catholicisme seront dans notre milieu, des forces d\u2019optimisme parce que la foi dans la liberté réapparaîtra comme leur véritable essence, \u2014 retrouvée.Papineau, Bourassa, Asselin, Groulx ont pu diverger sur plusieurs points de détail, comme on peut s\u2019éloigner d\u2019eux sur plusieurs questions, sans les désavouer : leur point commun est de n\u2019avoir pas eu une âme en morceaux, un rapiéçage d'idées non intégrées pour maquiller l\u2019unité perdue de leur être profond, de s\u2019être libérés et d\u2019avoir libéré leur entourage de la toujours renaissante mentalité de vaincus, laquelle se perpétue toujours masquée.Pierre de Grandpré Vie de l'esprit La nation canadienne-française ET L\u2019ÉTAT par J/ean (fêlain \\ \u2014 La tradition nationaliste jusqu'à la Confédération Depuis le début du XXème siècle, soit à partir de son élaboration comme doctrine positive, le nationalisme canadien-français a vécu en marge de l\u2019Etat.Son action, ses tendances, sa pensée s\u2019en sont profondément ressenties.Elles ont été, règle générale, apolitiques, au sens premier du terme, en ce qu\u2019elles ont eu pour objet l\u2019éducation nationale et le redressement de la collctivité ca-nadinne-française sur une base de convictions et d\u2019initiatives privées.Sur le plan de l\u2019Etat, le nationalisme s\u2019est surtout donné un rôle négatif \u2014 si on excepte quelques tentatives qui ont tourné au désastre \u2014 se contentant d\u2019être une sorte de poids régulateur en vue de sauvegarder l\u2019équilibre du fédéralisme et, jusqu\u2019à un certain point, l\u2019équilibre entre le Canada et le Commonwealth.Cette attitude, si elle a parfois été fructueuse, n\u2019a jamais été nourrissante.Elle ne pouvait régénérer le nationalisme.Elle le condamnait à être stationnaire, au milieu des réalités vivantes qui se moquaient bien, hélas, de la rigidité de la Constitution de 1867, et des accords survenus à tel moment entre le Canada et le Commonwealth.D\u2019où l'accusation d\u2019immobilisme qui pèse encore sur la tête des nationalistes d\u2019aujourd\u2019hui.Quant à l\u2019aspect positif du nationalisme qui depuis le début a fondé son espoir sur la bonne volonté des Canadiens-français, c\u2019est-à-dire sur l\u2019individu, il a eu le VIE DE L\u2019ESPRIT 303 tort de s\u2019inscrire en contre-courant d\u2019une évolution historique universelle qui tendait de plus en plus, tout en cours du demi-siècle, à identifier la nation et l\u2019Etat.Et cette évolution prenait un sens d\u2019autant plus grave pour nous qu\u2019elle allait se manifester d\u2019une façon irrépressible chez le groupe canadien-anglais à l\u2019intérieur même des cadres de la Confédération qu\u2019elle rendait de plus en plus désuets.Nous avons vu dans cette attitude de l\u2019irrespect à l\u2019égard des accords de 1867.Il fallait surtout y voir la manifestation d\u2019un nationalisme canadien-anglais qui poursuivait peu à peu son oeuvre, au-delà des particularismes provinciaux, vers l\u2019unification des termes nation canadienne et Etat central.Entretemps, le nationalisme canadien-français, dans son aspect positif, cherchait à asseoir son oeuvre sur les bonnes intentions individuelles, négligeant dans sa doctrine l\u2019Etat québécois (sauf dans le domaine de la colonisation), à qui il concédait volontiers sa part constitutionnelle de juridiction, mais plus parcimonieusement l\u2019autorité effective qui y était rattachée.Cette attitude en contresens du courant historique contemporain et surtout dans le contexte du mouvement centralisateur canadien-anglais \u2014 qui par le miroitement d\u2019une foule d'avantages concrets a fait fléchir bien des nôtres \u2014 explique pour une part l\u2019ineptie qu\u2019on a reprochée à la doctrine nationaliste ca-nadienne-française, et la défaveur dans laquelle elle est tombée surtout depuis la dernière guerre.Comment expliquer que notre nationalisme ne soit jamais parvenu à déboucher sur l\u2019Etat, alors que le mouvement historique de la première moitié du XXème siècle et l\u2019exemple du Canada anglais l\u2019y invitaient.A l\u2019origine il y a, je crois, une mésinterprétation profonde de 304 L\u2019ACTION NATIONALE la nature des rapports qui unissent les deux groupes ethniques au pays et partant, une mésinterprétation profonde du sens de l\u2019alliance réformiste de 1842 et de la Confédération de 1867.La pensée nationale, de la Conquête à l'Union Pendant près de cent ans, soit depuis la Conquête jusqu'à l'alliance réformiste de 1842, les Canadiens n\u2019ont jamais accepté, ni par leur volonté ni par leur agir collectif, la présence des Anglais dans la colonie.Cette présence, ils l\u2019ont subie.Sans doute, les Canadiens manifestent du loyalisme vis-à-vis la Couronne anglaise et même vis-à-vis ses représentants au Canada, mais il faut voir là un trait de colonialisme qui existait déjà sous le régime français beaucoup plus qu\u2019un esprit de résignation du conquis à l\u2019égard du conquérant.Sans doute, il y eut aussi des défections d\u2019individus et même de classes presque entières.Cependant, il demeure \u2014 et c\u2019est là l\u2019important \u2014 que durant cette époque, on ne trouve aucun geste officiel de collaboration des Canadiens, pris comme unité ethnique, avec l\u2019autorité anglaise de la colonie.Cette attitude s\u2019explique par le fait qu\u2019ils ne sont pas conscients de la portée des événements de 1760.Pour eux, la Conquête est un simple changement d\u2019allégeance.Jusqu\u2019à l\u2019Union, ils conservent -\u2014- et c\u2019est dans leur mentalité un point essentiel \u2014 une majorité démographique écrasante.On n\u2019a jamais attenté à leur langue et ils recouvrent très vite après l\u2019avortement de la tentative d\u2019assimilation de 1763 l\u2019usage de leurs libertés fondamentales : droit, religion et égalité politique.Au surplus, formant une société de type agricole, ils ne peu- VIE DE L\u2019ESPRIT 305 vent pas mesurer le déclassement économique que leur a fait subir la défaite de 1760.Dès lors, il leur paraît tout à fait justifié de croire qu\u2019ils sont les maîtres chez eux et que le pouvoir politique est éventuellement destiné à passer entre leurs mains.Dès le lendemain de la Conquête ne signifient-ils pas à Murray qu\u2019ils entendent être gouvernés suivant leurs vues ?Remarquons ici qu\u2019il s\u2019agit moins de discuter sur des fait que sur une mentalité qui se développe peu à peu et qui ira, durant les premières décennies du XIXème siècle, jusqu\u2019à considérer l\u2019Anglais comme un pur étranger dans la colonie.Du reste, à ce moment, l\u2019Acte Constitutionnel est venu ancrer les Canadiens dans leur croyance.Aux avantages précités s\u2019ajoute celui d\u2019un Bas-Canada qu\u2019on croit officieusement canadien-français, étant donné que les colons anglais prendront désormais vraisemblablement le chemin de l\u2019Ontario, cette nouvelle colonie qu\u2019on vient de créer pour eux.Et ce Bas-Canada, on l\u2019a nanti d\u2019un régime parlementaire destiné à permettre à la majorité un certain contrôle de la vie politique.C\u2019est alors que le rêve de la \"nation canadienne\u201d maîtresse de ses destinées va atteindre à sa plénitude.C\u2019est ce rêve au fond qui rend compte de l\u2019intransigeance du groupe de Papineau à l\u2019Assemblée.Il y a beaucoup plus ici qu\u2019un vice de régime et qu\u2019une lutte contre une oligarchie; il y a l\u2019idée d\u2019une nation qui cherche sa réalisation dans les faits.On sait la suite.Depuis l\u2019époque de Craig, Londres, sous la pression des autorités coloniales, cherche l\u2019occasion de détruire le mythe qu\u2019inconsidérablement sa constitution de 1791 a encouragé.En 1822, les marchands britanniques de Montréal, dans une pétition réclamant 306 L'ACTION NATIONALE l'union des Canadas, apporteront cet argument que les droits politiques conférés à la population canadienne-fran-çaise \"en même temps que le sentiment de sa croissance en force ont déjà eu pour effet de faire naître dans l\u2019imagination d plusieurs le rêve de l\u2019existence d\u2019une nation distincte sous le nom de \"nation canadienne\u201d; ce qui implique des prétentions qui ne sauraient être plus irréconciliables avec les droits de ses co-sujets qu\u2019avec une juste subordination à la même-patrie\u201d.eCs prétentions dont parlent les marchands seront officiellement rabrouées en 1840.C'était d\u2019ailleurs un des sens les plus évidents du rapport Durham.Il est à remarquer que l\u2019Union ne vient fondamentalement en aucune façon modifier une situation de fait.Elle vient surtout déchirer l\u2019écran qui masquait la réalité de la Conquête.Elle donne le coup de grâce à une illusion.Or c\u2019est cette illusion qui nous intéresse.Elle a sur celle qui va suivre à partir de 1842 l\u2019avantage d\u2019être logique et cohérente.Au fond, les Canadiens, de la Conquête à l\u2019Union, pratiquent, avant le mot, un nationalisme intégral.Au départ, ils s\u2019abusent sur leur force.Mais à partir de cette méprise, leur dialectique est parfaite.Ils pousseront leur nationalisme jusqu\u2019au bout, c\u2019est-à-dire, si on suit la pente de leur pensée, jusqu\u2019à la formation d\u2019un Etat canadien-français évidemment unitaire et qu\u2019ils contrôleront à 1 exclusion de l \u2019étranger\u201d.Dans cette perspective et jusqu\u2019à la réalisation de ce rêve, ils ne peuvent concevoir aucune collaboration durable avec l\u2019élément britannique sans gauchir du même coup leur idéal.C\u2019est du nationalisme parfaitement sain. VIE DE L'ESPRIT 307 La déviation de 1842 Les années 1840 furent, au dire des historiens, une époque sombre dans l'histoire des Canadiens.Le rêve qu\u2019ils échafaudaient s\u2019est subitement effondré.Puis à partir de 1842 et progressivement durant les années qui suivent, la situation s\u2019éclaircit.Au tournant du demi-siècle, les Canadiens chantent victoire.Etienne Parent est de ceux-là.De quelle victoire s\u2019agit-il ?D\u2019une victoire politique, croit-on.On connaît ce qui s\u2019est passé.En 1840, il y a deux attitudes possibles pour les Canadiens.La première c\u2019est de bouder l\u2019Union et de chercher à obtenir son rappel.La seconde, c\u2019est de l\u2019accepter et de tenter d\u2019en tirer profit.La première semble semble irrémédiablement vouée e l\u2019échec.La seconde paraît plus sage.Les Canadiens vont donc accepter l\u2019Union.Ce faisant, ils posent leur premier geste officiel de collaboration avec le conquérant; ils acceptent de ne plus chercher à être totalement maîtres chez eux.En réalité, ils acceptent officiellement les conséquences de la Conquête.Cependant, il se trouve d\u2019autre part que leur présence est nécessaire au bon fonctionnement du Canada-Uni, ou plutôt au bon fonctionnement du régime parlementaire de ce Canada-Uni.En 1842, Lafontaine a besoin de Baldwin pour que les Canadiens puissent continuer à vivre.Mais Baldwin, lui, a besoin de Lafontaine pour pouvoir gouverner.A partir de ce moment, les Canadiens-Français ne seront, dans le contraste du Canada-Uni et du Canada confédératif, qu\u2019une force électorale, rien de plus.Quelques années plus tard, l\u2019alliance réformiste opère ce que l\u2019on a appelé la conquête du gouvernement responsable.Le Canada-Uni est désormais libre de régler ses affaires intérieures.Les Canadiens-Français applaudissent.Ils voient dans la reshponsabilité mi- 308 L\u2019ACTION NATIONALE nistérielle leur propre redressement politique et le triomphe des luttes de 1830.Pour eux, Lafontaine a achevé l\u2019oeuvre de Papineau.Un nationalisme ambivalent A cette époque un nouveau nationalisme canadien-français a pris naissance qui marque sur le précédent un immense recul.Au surplus, il est illogique en ce sens qu\u2019il ne pourra jamais aboutir à son propre achèvement.Il n\u2019est pas, comme celui des Canadiens d\u2019avant l\u2019Union, dirigé en vue de l\u2019épanouissement de la nation canadienne-française, mais du peuple canadien tout court.Et nous touchons ici une ambiguïté fondamentale.Le 25 août 1840, dans son manifeste aux électeurs du comté de Terrebonne, Lafontaine écrit ceci : Les événements que l\u2019avenir prépare à notre pays seront de la plus haute importance.Le Canada est la terre de nos ancêtres; il est notre patrie, de même qu\u2019il doit être la patrie adoptive des différentes populations qui viennent, des diverses parties du globe, exploiter ses vastes forêts dans la vue de s\u2019y établir et d\u2019y fixer permanemment leur demeure et leurs intérêts.Comme nous, elles doivent désirer avant toutes choses, le bonheur et la prospérité du Canada.C\u2019est l\u2019héritage qu\u2019elles doivent s\u2019efforcer de transmettre à leurs descendants sur cette terre jeune et hospitalière.Leurs enfants devront être, comme nous et avant tout, CANADIENS.Remarquons d\u2019abord ici que le terme canadien est équivoque.Il n\u2019a plus le sens qu\u2019il avait dans l\u2019expression \"nation canadienne\u201d utilisée avant l\u2019Union.Pour un fils VIE DE L\u2019ESPRIT 309 de la Nouvelle-France, il signifie désormais son appartenance à un Canada bi-ethnique.Si on creuse davantage, on s\u2019aperçoit que le terme n\u2019a le sens de Canadien-Français qu\u2019en ce qui regarde les valeurs jugées essentiells, les valeurs morales et culturelles.Pour le reste, le fils de la Nouvelle-France est devenu canadien tout court.Quant au Britannique établi ici, lé terme Canadien signifie pour lui Canadien-Anglais : la suite de l\u2019histoire le prouve.Et c\u2019est pour diminuer l\u2019équivoque qu\u2019on a mis à la mode le mot Canadian.Cette polyvalence du terme canadien a son correspondant dans la réalité.Par l\u2019alliance de 1842, \"l\u2019alliance du pot de fer et du pot de terre\u201d comme on l\u2019a dit, les Canadiens-Français acceptent de coopérer à l\u2019édification d'un Canada autonome, immense et puissant, mais d\u2019un Canada qui n\u2019est plus dans leur esprit appelé à devenir canadien-français.Cette coopération implique déjà l\u2019abandon de ce que l\u2019on pourrait appeler leur vie nationale inférieure : économie, politique, etc.Remarquons qu\u2019elle ne leur appartient plus depuis longtemps.Mais il s\u2019agit d\u2019attirer ici l\u2019attention sur le consentement implicite de cet abandon, consentement qui est un fait nouveau dans l\u2019histoire de la mentalité canadienne-française.Evidemment, les Canadiens-Français mettent en commun, sous réserve de partager aussi le contrôle.Effectivement ils contrôleront bien peu de choses.Le plus grave c\u2019est qu\u2019ils se prennent au jeu et s\u2019imaginent précisément bâtir pour leur compte.Dans l\u2019ordre de la vie nationale supérieure, c\u2019est-à-dire sur le plan des valeurs comme la foi, la langue et ce qui s\u2019y rattache, ils continueront de réclamer le contrôle exclusif, mais n\u2019en croiront pas moins leur apport essentiel à l\u2019orientation du Canada-Uni. 310 L'ACTION NATIONALE De là, chez eux, l\u2019origine de divers mythes dont le \"Canadianisme\u201d considéré avant tout sous l\u2019aspect de la part qu'il y ont mise, et en particulier la mission de la culture française au Canada, toutes choses qui ont été récemment englobées sous le terme de messianisme.Toutes choses aussi qui ne sont point mortes.\"Québec, disait il y a quelque temps le recteur de l\u2019Université de Montréal dans une déclaration en faveur des subventions fédérales à l\u2019enseignement supérieur, apporte au Canada une vie et une pensée de caractère français qui veulent être une contribution à la vie du Canada tout entier.\u201d Cette formule n\u2019est qu\u2019une explication d\u2019une pensée qui commence à se répandre chez les Canadiens-Français après l\u2019Union.Ceux-ci du reste ne manquent pas d\u2019ambition.Ils voient grand.En réalité, sli voient déjà d\u2019un océan à l\u2019autre.Il semble possible d'établir dès lors le double courant de leur pensée nationale.D'une part, elle est axée sur le Canada-Uni, désormais bi-ethnique, et cela de deux façons : d\u2019abord par le partage consenti des valeurs inférieures \u2014 ce que l\u2019on a appelé l\u2019aspect quantitatif d\u2019une civilisation; ensuite par le rayonnement des valeurs de culture -\u2014 aspect qualitatif.En cela, les Canadiens-Français sont des Canadiens.C\u2019est la première ligne de force de leur nationalisme.D\u2019autre part, leur pensée nationale est axée sur le contrôle immédiat, jaloux et à l\u2019exclusion de toute participation étrangère de ces mêmes valeurs de culture.En cela, ils sont Canadiens-Français.C\u2019est la seconde ligne de force de leur nationalisme.Quant aux Britanniques, leur nationalisme consiste à poursuivre l\u2019oeuvre entreprise dès la Conquête.Ils avaient dès ce moment tous les atouts en mains et ils n\u2019en ont VIE DE L'ESPRIT 311 depuis laissé tomber aucun.Pour eux, l\u2019histoire est simple.Ni l\u2019Acte de Québec, ni le partage de la colonie n\u2019ont modifié fondamentalement leur position de 1760.Plus tard, l\u2019Union n\u2019est venue que rétablir l\u2019ordre et corriger certaines difficultés économiques.Quant à l\u2019alliance réformiste, elle ne change rien à l\u2019Union.Baldwin la recherche pour obtenir le pouvoir.Elle ne lui coûtera rien d\u2019essentiel.Ses compatriotes n\u2019y perdront pas une partie de leur vie nationale, étant donné que leur contrôle de la destinée politique et économique du Canada-Uni reste, en toutes choses nécessaires, complet.Us ont encore sur les notes la supériorité que donne la force du conquérant.Le fort peu sans dommage s\u2019allier au faible; le pot de fer au pot de terre.L\u2019inverse n\u2019est pas vrai.Il faut bien remarquer ici qu\u2019il ne s\u2019agit pas de discuter une question de faits.Le problème n'est pas de savoir si l\u2019alliance Lafontaine-Baldwin était inévitable ou pas.Il s\u2019agit plutôt de bien saisir une pensée nationale qui s\u2019est élaborée à la suite de ces faits et qui est extrêmement importante parce qu\u2019elle nourrit encore nombre de cerveaux contemporains.L'impasse du nationalisme de 1842 Or il faut admettre que cette pensée nationale \u2014 et partant le nationalisme qui en découle, lorsque cette pensée est orientée vers l\u2019action \u2014 est totalement différente de celle des années 1830.Le nationalisme de Papineau avait pour terme \u2014 ce qui implique ici l\u2019idée de direction \u2014 l\u2019épanouissement des Canadiens-Français dans des cadres politiques, économiques, sociaux et culturels qu\u2019ils contrôleraient.Autrement dit, la nation pour Papineau était orientée vers l\u2019Etat.Le nationalisme de Lafontaine 312 L\u2019ACTION NATIONALE suppose deux termes.Ils conçoit l\u2019achèvement de la nation sous deux autorités, dont l\u2019une est partagée, sinon étrangère, et l'autre complète et autochtone.Dans ces conditions, la nation qui est organiquement une ne peut s\u2019identifier à aucune de ces autorités.Ce n\u2019est plus du nationalisme sain, mais frelaté.On voit bien ici que Lafontaine ne continue pas Papineau et qu\u2019il présage plutôt Cartier et Laurier et même Bourassa.On comprend aussi qui ni l\u2019alliance réformiste ni la conquête de la responsabilité ministérielle ne sont venues déjouer les plans de l\u2019Union.L\u2019Union a été reconnue par tous les Canadiens comme une mesure assimilatrice.On a cru y échapper quelques années après sa promulgation, d\u2019où les chants de victoire.Mais on y laissait une part de toi-même, celle-là que précisément on consentait à confier à la juridiction du Canada-Uni.L\u2019assimilation, ce n\u2019est pas autre chose.Qu\u2019on ne rétorque pas que la pensée nationale suit des faits inéluctables.Les faits sont peut-être inéluctables, mais l\u2019idéal chez ceux qui sont soumis à ces faits \u2014 c\u2019est-à-dire ici l\u2019orientation du nationalisme \u2014 peut toujours s\u2019en divorcer.Avant l'Union, l\u2019idéal de la \"nation canadienne\" n\u2019était-il pas justement en pleine contradiction avec la réalité.Quelle aberration a empêché les Canadiens-Français dans les années qui suivirent l\u2019Union de comprendre que leur alliance avec le conquérant impliquait un compromis et donc un mal ?Peut-être l\u2019illusion que leur donnait leur force démographique, c\u2019est-à-dire en pratique leur puissance électorale.S\u2019il eut été possible de voir clair à ce moment-là, le nationalisme, tout en maintenant ces deux axes fondamentaux (car il ne s\u2019agit pas ici d\u2019un séparatisme illusoire) VIE DE L'ESPRIT 313 aurait quand même concentré son élan positif sur le développement des valeurs encore intactes.En d\u2019autres termes, il aurait tenté de rapprocher le plus possible la nation de l\u2019autorité (qui n\u2019est pas encore constitutionnelle mais qui existe \u2014 je veux dire l\u2019Etat) à qui ces valeurs ressortissaient.Son rôle négatif de surveillant à l\u2019égard des valeurs aliénées serait alors tombé au second plan.Peut-être le nationalisme aurait-il pu ainsi inculquer aux Canadiens-Français la notion et l\u2019habitude d\u2019une autonomie vivante et non pas seulement juridique.Au lieu de quoi il gaspille ses efforts du côté du Canada-Uni dont la direction lui échappe.Quant à la langue, la culture et la foi, l\u2019ordre social, il n\u2019y prend garde que pour en éloigner l\u2019agression éventuelle.Certes il y a là une mésintelligence de ce qui se passe.Mais en ce qui regarde la protection toute négative des valeurs culturelles, il faut évidemment tenir pour beaucoup aussi l\u2019influence de la mentalité de l\u2019époque.Au milieu du XIXème siècle, on sentait moins qu\u2019au-jourd\u2019hui la nécessité d\u2019une direction de la vie culturelle.Quoi qu\u2019il en soit des causes, il reste que le nationalisme né de l\u2019alliance réformiste n\u2019a plus la logique interne de celui qui l\u2019a précédé.Il est profondément divisé en lui-même.Il a de par sa nature une tendance à n\u2019être plus qu\u2019un jeu d\u2019équilibre entre deux pôles dont l\u2019un deviendra de plus en plus attirant.Il admet en principe le partage des forces vives matérielles et spirituelles d\u2019une nation et l\u2019abandon des premières à un pouvoir étranger.Dans le contexte d\u2019une évolution universelle vers la nation-Etat, sa contradiction interne deviendra beaucoup plus évidente.Et plus évidente aussi son inefficacité.A ce moment, il paraîtra écartelé entre les deux termes où 314\tL'ACTION NATIONALE aboutissent ses tendances, l\u2019Etat fédéral et l'Etat québécois, dont il s\u2019était donné pour mission d\u2019assurer l\u2019harmonie.C\u2019est la situation d\u2019aujourd\u2019hui, que nous tenterons d'analyser dans la seconde partie de cette étude.Jean Blain La chronique du 235 ouest, avenue Laurier - Montréal CR.2165 Les cafés et confitures de J.-A.Désy LIMITÉE SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES Tel.HA.0200-0209 PERRAULT, DÉCARY et LUSSIER AVOCATS 333 est, rue Craig \u2014 Suite 212 MONTRÉAL, Canada DRAPEAU Les meubles non-peints de DRAPEAU \u2022 LEUR VARIÉTÉ sont réputés pour \u2022\tLEUR QUALITÉ \u2022\tLEUR ÉLÉGANCE Avant d'acheter des meubles, consultes 933 est, rue Rachel FERNAND DRAPEAU INC.Montréal - FR.3607 À VOTRE SERVICE pour toutes vos opérations de banque et de placement Banque Canadienne Nationale Actif, plus de $600,000,000 58.5 bureaux au Canada 85 succursales à Montréal Hommages aux collaborateurs de L'ACTION NATIONALE J.-R.GREGOIRE QUINCAILLERIE FA.1167\t3605, Ontario est, Montréal 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