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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril - Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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Références

L'action nationale, 1957-04, Collections de BAnQ.

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[" ACTION nationale Éditorial\tLes finances de l'Action nationale Jacques Poisson\tNotre langue Albert Lévesque\t*& «oUté ^KCttOKKCtCc de (a ciuiliâaiiau canadienne Jean-Marc Léger\tLe chanoine Groulx et nos problèmes actuels \tCHRONIQUE DU DIRECTEUR VOLUME XLVI.NUMÉROS 8-9 \u2014 MONTRÉAL \u2014 AVRIL-MAI \u2014\t1957 TRENTE-CINQ SOUS L'EXEMPLAIRE L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE Directeur : Pierre LAPORTE L'Action Nationale, publiée par la Ligue d'Action Nationale, est un organe de pensée et d'action au service des traditions et des institutions religieuses et nationales de l'élément français en Amérique.Elle paraît tous les mois sauf en juillet et en août.Les directeurs de la Ligue sont : MM.François-Albert Angers, président; André Laurendeau, 1er vice-président; René Chalout, 2e vice-président; Mario Dumesnil, secrétaire; Paul-Emile Gingras, trésorier; M.le chanoine Lionel Groulx, Anatole Vanier; R.P.J.-P.Archambault, S.J.; Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Jacques Perrault, Dominique Beaudin, Clovis-Emile Couture, Jean Deschamps, R.P.Richard Arès, S.J.; Wheeler Dupont, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Luc Mercier, Pierre Lefebvre, Gaétan Le-gault, Roland Parenteau, etc.Administration : CASIER POSTAL 221, STATION E, Montréal RE.7-7176 L'abonnement est de $3.00 par année L'abonnement de soutien : $5.00 Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. L ASSURANCE-VIE faijtmfiiu en plein progrès Le huitième rapport annuel de l\u2019Assurance-Vie Desjardins vient d\u2019être publié.Encore une fois, nous sommes en mesure de constater le dynamisme de cette jeune institution fondée par les Caisses populaires Desjardins en 1948.Son champ d'activité s\u2019étend actuellement aux provinces de Québec et d\u2019Ontario.Dans la seule année 1956 son actif a augmenté de presque $1,200,000.pour se porter à $3,346,177.34.C\u2019est un accroissement de plus de 55% ! Une partie importante de cette augmentation a été consacrée aux prêts hypothécaires pour habitations familiales.L\u2019assurance en vigueur se totalise aujourd\u2019hui à $288,355,642.partagée entre environ 400,000 assurés.Ces chiffres classent très avantageusement l\u2019Assurance-Vie Desjardins parmi les institutions d\u2019assurance-vie opérant au Canada.Les revenus de l\u2019année dernière sont de $2,430,-557.70 et accusent une augmentation de plus d\u2019un million sur ceux de l\u2019année précédente.Par contre, les réclamations sur contrats d\u2019assurance ont plus que doublé.Elles représentent un montant de $810,951.02.La réserve mathématique s\u2019est accrue de plus d\u2019un demi-million et, malgré tout, le surplus de l'année est de $580,244.54 à comparer avec $257,706.99 en 1955.A même ce surplus le chiffre imposant de $326,-816.96 a été attribué pour le paiement de dividendes aux assurés.Ce geste démontre jusqu'à quel point les administrateurs comprennent le caractère de mutualité de l'entreprise.La générosité ne l\u2019a cependant pas emporté sur le sens de la sécurité car l\u2019étude du bilan nous fait voir qu\u2019un montant de $195,000.a été porté aux réserves contingente et spéciale afin de parer à toute éventualité.L'étude succincte que nous venons de faire sur les principaux postes des états financiers de l\u2019Assu-rance-Vie Desjardins nous permet de croire que cette entreprise économique rendra de plus en plus service à notre population.Nous pouvons être fiers de ses réalisations. fl ttatietA le Canada aCec la Xiaücn française 1\t\u2014 L OUEST CANADIEN : Montréal, Winnipeg, Regina, Edmonton, les Rocheuses, Vancouver, Victoria.a) Le voyage idéal: 20 jours \u2014 coût : de $525.00 à $680.00 selon les places dans le train.1er:\t30 juin - 20 juillet 2ème : 21 juillet - 10 août b) Le voyage aubaine : 16 jours \u2014 coût: de $325.00 à $505.00 12-28 juillet 2\t\u2014L'OUEST CANADIEN ET L'ALASKA Tout l\u2019Ouest canadien par train plus une croisière de neuf jours le long des côtes de l'Alaska, un jour au Yukon, un jour à Jasper Park Lodge au retour.Prix : de $685.00 à $890.00 5-\t28 août 3\t\u2014 LA BAIE D'HUDSON Minaki, Winnipeg, Fort Churchill par train.La fameuse excursion vers le Grand Nord offerte pour la première fois dans le Québec.Le voyage idéal pour les sportifs, les savants, les hommes d'affaire, tous ceux qui veulent du \"nouveau\".Prix : de $310.00 à $385.00 6-\t17 août Pour envoi de dépliants et renseignements, s'adresser à La Liaison Française 75, rue d'Auteuil, Québec 4\tTel.: LA.2-2601 L \u2019 A C T 1 II N NATIONALE \t\t VOL.XLVI, No 8-9\tMONTRÉAL\tAVRIL-MAI 1957 Éditorial ieA financed 4e iAction nationale Ce n\u2019est pas fréquemment que nous causons finances avec nos lecteurs.Des nôtres s\u2019entend.Depuis près de quarante années qu\u2019elle existe la revue a voulu s\u2019occuper des problèmes pour l\u2019étude desquels elle a été fondée, c\u2019est-à-dire ceux du Canada français.L'Action nationale doit continuer de vivre.Les événements actuels l\u2019exigent; ses lecteurs le demandent aussi.Pour vivre il faut que sa situation s\u2019améliore.Car cela semble être malheureusement le lot de la plupart de nos oeuvres nationales d\u2019être pauvres, désespérément pauvres.Dans le cas de notre revue nous savons que des milliers de Canadiens français seraient peinés de la voir mourir.Ils auraient l'impression qu\u2019un vide s\u2019est créé dans nos forces nationales.Et, pourtant, chose paradoxale, il n\u2019y a qu\u2019une fraction de ces gens-là qui se montrent logiques avec eux-mêmes, c\u2019est-à-dire qui s\u2019abonnent à la revue. 568 L'ACTION NATIONALE La conséquence c\u2019est que nous avons de lourds problèmes financiers.Ils ne sont pas désespérés, mais ils le deviendront sûrement si nous ne prenons pas immédiatement les mesures nécessaires pour que notre comptabilité soit un peu mieux équilibrée.?Nous annonçons donc à nos lecteurs, en les priant instamment de les approuver, les trois décisions suivantes : 1\t\u2014 Avec ce numéro nous suspendons la publication de la revue jusqu'au mois de septembre.Comme il n\u2019y a jamais de revue en juillet et en août, il n\u2019y aura en somme que le mois de juin de supprimé.Pour compenser un peu la \"maigreur\u201d physique de notre numéro avril-mai, nous publierons un numéro double en septembre.Plusieurs lecteurs trouveront désagréable de ne pas recevoir leur revue au début de juin.Nous trouvons de notre côté désagréable de ne pas la publier ce mois-là.Nous ferons de part et d\u2019autre ce sacrifice, qui nous permettra de nous mettre un peu plus à jour avec l\u2019imprimeur, qui a fait preuve à notre endroit d\u2019une exemplaire patience depuis plusieurs années.2\t\u2014 Nous nous rendons compte cependant que ce n\u2019est pas très normal que de replacer nos finances en supprimant des numéros de la revue.C\u2019est une opération extraordinaire pour faire face à une situation extraordinaire.Nous y recourons en juin 1957, mais nous voulons que ce soit la dernière fois. ÉDITORIAL 569 Notre deuxième décision est donc à l\u2019effet d\u2019augmenter, à compter de septembre 1957, le prix de la revue à $5.00 par année.Point n\u2019est besoin d\u2019une longue analyse pour constater que depuis dix ans tout a augmenté chez nous : les prix, les salaires, les taux des imprimeurs, la poste, les services de livraison.Tout, sauf le prix de la revue.Il est à $3.00 depuis longtemps.Nous allons l\u2019augmenter de $2.00.Nous avons l\u2019impression que pour nos lecteurs cela représentera un sacrifice minime, tandis que pour la revue ce sera la différence entre la pauvreté et des finances honnêtement prospères.Comme en 1954 nous allons organiser pour cet automne une vaste campagne d\u2019abonnement.Cette année-là nous nous étions hissés jusqu\u2019au niveau de 5,000 abonnés.Nous avons perdu un peu de terrain depuis.Avec le concours de nos abonnés, de nos amis et de l\u2019équipe de la revue nous allons reprendre l\u2019ascension.* * * Voilà ce que nous avions à vous annoncer.Ces trois décisions ont été prises après mûre réflexion.Nous avons tenté, comme cela s\u2019est fait depuis dix ans, de trouver d\u2019autres solutions, d\u2019éviter de recourir à l\u2019augmentation des prix, encore moins à la suppression d\u2019un ou de plusieurs numéros.Cela n\u2019est malheureusement plus possible.Nous avons donc dû penser en termes de finances et faire part à nos lecteurs de nos constatations.Nous les invitons à nous approuver.Nous savons que l\u2019Action 570 L\u2019ACTION NATIONALE nationale et ses lecteurs forment une grande famille.Nous sommes assurés d\u2019être compris et secondés dans notre travail, comme dans le passé.Nous aurons alors plus de loisirs, et plus de liberté de pensée, pour nous occuper de faire de la revue, de notre revue, l\u2019école de pensée par excellence du Canada français.Merci.Le directeur Le nationalisme, à l'opposé du conservatisme Nous devons traduire dans une grande dynamique notre héritage français et chrétien (CHANOINE GROULX) par Jean-Marc LEGER \"Je n'ai, pour ma part, jamais considéré le nationalisme comme une forme de conservatisme mais comme un humanisme dynamique.Rien de plus injuste et de plus faux que de vouloir le réduire à un refus de l'époque, à une stérile nostalgie du passé; rien de plus néfaste que d'opposer le \"social\" et le \"national\".Je ne saurais concevoir de nationalisme qui ne soit profondément social.A l'écoute de la vie, des aspirations et des besoins du peuple, le nationalisme dans les formes différentes que chaque nouvelle étape impose, doit faire prendre conscience aux masses canadiennes-françaises des hautes valeurs dont elles ont hérité mais en même temps traduire ces valeurs concrètement, en termes de progrès spirituel et matériel pour tous.Le passé est un maître justement parce qu'il invite éloquemment à l'action et condamne toute espèce de stagnation.\" Dans le calme de son cabinet, le chanoine Groulx me reçoit avec la même bonne grâce accueillante dont des milliers de visiteurs ont bénéficié.En dépit de deux récentes interventions chirurgicales, le regard est aussi clair, le verbe aussi énergique et il suffit d\u2019un coup d\u2019oeil autour de soi pour constater que le rythme du travail ne s\u2019est aucunement ralenti.Lundi prochain, ce sera la réunion annuelle de l\u2019Institut d\u2019Histoire de l\u2019Amérique française et, dans la soirée, il y aura une importante manifestation à l\u2019hôtel Windsor.J\u2019hésite à ravir au chanoine quelques instants mais l\u2019occasion est vraiment trop propice.0245 572 L\u2019ACTION NATIONALE Ce n'est pas à notre interlocuteur qu\u2019il faut rappeler les débats qui se déroulent depuis quelque temps autour même des thèmes fondamentaux de notre vie nationale, du malaise qui se fait jour chez une large fraction de la jeunesse.Il déplore certaines querelles misérables mais s\u2019inquiète surtout de certains conflits qui lui paraissent nés d\u2019une équivoque.Honteuse exploitation du nationalisme, par certains \"Je refuse à me laisser \"étiqueter\u201d et, en autant que je suis concerné, je refuse aussi d\u2019identifier le nationalisme à quelque tendance politique que ce soit.Il n\u2019est et ne doit être l\u2019apanage d\u2019aucun groupe.Je comprends bien, remarquez-le, le désenchantement de certains, chez les jeunes notamment, mais ils ont le tort de se laisser abuser par une grossière exploitation des valeurs nationales ou de leurs signes extérieurs.Il faut bien dire qu'en certains milieux on a fait oeuvre terriblement néfaste, on a dévalorisé auprès d\u2019un grand nombre le nationalisme et ce qu\u2019il représente et on a même suscité une rupture parmi ceux qui se disent nationalistes.Mais pourquoi faire leur jeu en faisant mine de croire que le nationalisme est effectivement la caricature qu\u2019en offre tel groupe ?Il ne faut pas que l\u2019impatience devienne injustice et moins encore qu\u2019elle débouche sur l\u2019aventure.\u201d Le \"social\" longtemps frappé de suspicion Mais l\u2019équivoque ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui et le chanoine Groulx, qui peut se targuer d\u2019avoir mis souvent l\u2019accent sur les problèmes posés chez nous par la trans- LE NATIONALISME À L'OPPOSÉ .573 formation économico-sociale, reconnaît sans ambages : \"11 y a eu chez trop de nos dirigeants un manque de clairvoyance ou de courage, ou des deux à la fois.Il ne faut pas oublier que le seul terme de \"social\u201d était frappé de suspicion au Canada français à venir jusqu'aux années '20 : même l'action d\u2019un homme aussi inoffensif que le comte de Mun était vue avec force réserves.Et comment ne pas rappeler qu\u2019au début du siècle, lors du congrès d\u2019un mouvement de jeunesse, telle voix particulièrement \"autorisée\u201d, déclarait : \"N\u2019oubliez pas, mes jeunes amis, que le problème social ne se pose pas au Canada français\u201d.Croyez-moi : nous revenons de loin.Mais faudrait-il conclure de ces défaillances que notre foi et notre culture sont impuissantes à nous fournir les éléments d\u2019une doctrine dynamique vraiment nôtre et apportant une réponse féconde aux besoins du moment ?Jamais la situation n\u2019a été aussi urgente, ni aussi aigu le besoin de réflexion\u201d.Désarroi du peuple, silence de la jeunesse Cet effort de réflexion, d\u2019analyse, s\u2019il est pratiqué, n\u2019est que le fait de quelques-uns.A tous les niveaux, dans tous les milieux, on constate une étrange apathie.\"Vous savez que je ne suis pas d\u2019un naturel pessimiste.Pourtant, aujourd\u2019hui, je ne puis taire mon inquiétude devant le désarroi général et l\u2019accablant silence de la jeunesse, à quelques notables exceptions près.Il y a eu, à ce point de vue, un net recul.Car enfin, dans la période allant en gros de 1905 à 1925, il s\u2019était formé chez un secteur de notre population, en dehors du conformisme des vieux partis, une certaine unité de pensée.Cela commençait de bouger et devait aboutir dans les 574 L'ACTION NATIONALE années \u201930 à l\u2019effloraison de plusieurs mouvements de jeunesse, de diverses initiatives, la plupart malheureusement sans lendemain.Un climat nouveau était créé.Cela, je le cherche vainement aujourd\u2019hui : les écoles de pensée sont rares, la jeunesse paraît désaxée et le peuple entier en plein désarroi.\u201d Absence d'une éducation nationale A quelles causes, l\u2019historien attribue-t-il cette situation ?\"La faiblesse d'abord de notre système d\u2019enseignement et, au sein de celui-ci, l\u2019absence du souci d\u2019éducation nationale.Ce souci, il se manifestait jadis, dans une certaine mesure et à tous les niveaux du système : on n\u2019en trouve plus l\u2019expression que rarement, aujourd\u2019hui.Et puis, le peuple cherche confusément des chefs qu\u2019il n'arrive pas à trouver : il faut espérer que les générations qui montent, les lui fourniront enfin.Ce n\u2019est point le refus qu\u2019il faut enseigner aux masses canadiennes-françaises mais un programme positif qu\u2019il lui faut proposer.Et le premier temps de ce programme doit consister dans la prise de conscience des valeurs chrétiennes et françaises que nous n\u2019avons jamais su explorer pleinement, dont nous n\u2019avons pas su tirer parti.Toute une doctrine reste à bâtir à partir d\u2019elles, une doctrine dynamique qui apporte une réponse aux problèmes nouveaux comme aux anciens, à ceux que nous traînons depuis longtemps sans les avoir résolus\u201d.Libération économique, objectif majeur \"A l\u2019heure actuelle, nous sommes confrontés tous ensemble par l\u2019absence d\u2019une pensée nationale vigoureuse, l\u2019absence d\u2019une grande politique dans tous les LE NATIONALISME À L'OPPOSÉ 575 domaines et l\u2019accroissement de notre vassalité en matière économique.Que voulez-vous ?Le peuple se gouverne par des images et son comportement est essentiellement déterminé par les constatations qu\u2019il fait quotidiennement.Il voit où est la richesse et le pouvoir, il voit sa propre pauvreté et son apparente impuissance : de là à lier cet état de choses à son caractère ethnique, à perdre confiance en sa culture, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Nous devons à tout prix reprendre en main une partie des leviers de notre économie et à cette fin, nous devons retrouver les chemins de la solidarité.Qu\u2019on songe à la réussite du mouvement coopératif anglais et à ce qu\u2019il a signifié ensuite comme puissance politique pour le parti travailliste.\u201d Nos éducateurs et les hommes qui sont à la tête de toutes les grandes associations populaires ont la redoutable tâche d\u2019enseigner à ce peuple l\u2019urgence de la coopération, de la solidarité économique.Si nous savions utiliser l\u2019instrument puissant que constitue notre marché de consommation, la situation ne tarderait pas à se transformer.\u201d Contre la résignation veule et le refus stérile Et, après un temps : \"Autre chose, encore.Plusieurs nous appellent à \"cesser d\u2019avoir peur\u201d, à engager de confiance le dialogue avec nos partenaires anglo-canadiens.Mais attention.Autant le repliement sur soi serait condamnable et d\u2019ailleurs impossible, autant la présomption pourrait s\u2019avérer tragiquement coûteuse.Il y a, pour nous surtout, un devoir souverain de prudence et de clairvoyance, à cause justement de notre faiblesse 576 L\u2019ACTION NATIONALE dont nous sommes d\u2019ailleurs largement responsables.Notre mal n\u2019est pas de ne point avoir collaboré : c\u2019est d\u2019avoir mal collaboré, de n\u2019avoir pas su pratiquer une collaboration intelligente, d\u2019avoir balancé entre la résignation veule et le refus sans solution de rechange constructive\u201d.Urgence d'une grande politique socio-nationale \"Mais l\u2019heure n\u2019est pas à dresser le bilan de nos erreurs passées.Voici venir le moment où il faut au peuple canadien-français de nouvelles raisons puissantes de croire, une doctrine, enfin, qui ne saurait être tirée que de notre patrimoine spirituel, qui puisse répondre dynamiquement à nos besoins vitaux.Le nationalisme doit être conscience et volonté constructive.Il doit inspirer l\u2019élaboration de cette grande politique dont nous avons un si urgent besoin et sans laquelle, l\u2019espoir ne resterait guère permis.Cessons de nous battre pour des étiquettes mais d\u2019autre part, cessons d\u2019avoir peur des mots.Il nous faut une grande politique de l\u2019enseignement, des ressources naturelles, (et à ce propos, comment ne pas convenir qu\u2019une certaine forme d\u2019étatisation s\u2019imposera en divers secteurs ?), une grande politique sociale et constitutionnelle.C\u2019est on le voit, une tâche gigantesque : une tâche d\u2019hommes dignes de ce nom\u201d.\"Pour moi, je me refuse à croire que tant d\u2019efforts depuis les origines de notre peuple aient été consentis en vain.Il appartient aux générations qui montent de faire enfin la démonstration éclatante, que, contre toutes les forces de stagnation, le génie français et chrétien LE NATIONALISME À L'OPPOSÉ .577 est essentiellement dynamique et peut inspirer aujourd\u2019hui en Amérique du Nord, une civilisation moderne et progressive.Le temps nous presse : il ne nous autorise pas aux querelles mesquines mais nous convie à une large action libératrice et humanisante au service des idéaux que les générations passées nous ont transmis et qu\u2019il nous appartient d\u2019illustrer dans une grande entreprise à la mesure de l\u2019époque.\u201d La chronique du cL.Nous publions ce mois-ci un numéro \"presque\u201d spécial.Ce qui veut dire que la majorité des pages sont consacrées à un seul article, à une étude de M.Albert Lévesque sur l\u2019autonomie au Canada.Nous invitons nos lecteurs à prendre connaissance attentivement de ce texte.Il est dense, fouillé et mérite d\u2019être lu.Tous nos lecteurs ne seront pas d\u2019accord avec toutes les conclusions de M.Lévesque.Nous ne lui avons nous-même pas demandé que sa pensée soit conforme en tous points à la nôtre.Cela ne serait conforme ni à la tradition de la revue ni à la logique.Cette étude est intéressante à plus d\u2019un point de vue.En plus des exposés de doctrine qu\u2019elle contient elle fait un fort beau résumé historique de la question.Nous remercions M.Lévesque de sa collaboration.UN NUMÉRO \"PRESQUE SPÉCIAL\" Nous fêterons dans quelques jours le 4e centenaire de la mort de Jacques Cartier, le découvreur du Canada.Pour inviter nos lecteurs à réfléchir à cet anniversaire nous empruntons à la revue Air-France le texte suivant : \"Les 8, 9 et 10 juin prochains des fêtes franco-canadiennes marqueront le 4e Centenaire de la mort de Jacques Cartier.Elles se dérouleront, comme il se doit, UN ANNIVERSAIRE QUI NOUS TOUCHE DE TRÈS PRÈS CHRONIQUE DU DIRECTEUR 579 à St-Malo, petite cité bretonne qui s\u2019enorgueillit de sa belle situation sur les rives de la Manche, de ses remparts et monuments (bien endommagés par les bombardements de 1944, mais restaurés aujourd\u2019hui), enfin de ses nombreux enfants célèbres, parmi lesquels : le grand écrivain romantique Chateaubriand, Surcouf l\u2019intrépide corsaire, terreur des navires anglais au 18e siècle, enfin Jacques Cartier, découvreur du Canada.\"Sans doute les Vikings au départ de leur base d\u2019Islande avaient-ils aux X - Xlle siècles aborde les côtes canadiennes et des Etats-Unis, mais leurs navigations héroïques, perdues dans la légende, n\u2019ont guère laissé de traces et de même qu\u2019on célèbre Christophe Colomb comme premier découvreur européen de l\u2019Amérique, il est juste de célébrer Jacques Cartier comme celui qui fit entrer le Canada dans l\u2019histoire.\"Il était né à St-Malo en 1491- C\u2019est donc âgé de 43 ans qu\u2019il entreprit en 1534 la grande aventure de sa vie, celle qui devait immortaliser son nom et donner le départ à l\u2019épopée canadienne.Le 20 avril de cette année il partit vers l\u2019Asie, pour le compte du Roi de France François 1er.Il s\u2019agissait de trouver au Nord du Nouveau-Monde, un passage vers le continent asiatique.Les sauvages d\u2019Amérique avaient conservé le nom d\u2019indiens (ils le conservent encore) mais on savait déjà que l\u2019Asie n\u2019était pas là, qu\u2019il fallait pour l\u2019atteindre contourner l\u2019Amérique, soit par le Sud, ce que fit Magellan, soit par le Nord, ce que tenta Jacques Cartier.\"Il n\u2019aboutit pas en Asie \u2014 et pour cause, puisque les glaces de l\u2019Océan arctique interdisent tout passage, mais il ne perdit pas son temps, car le 24 juillet 1534, 95 jours après son départ de France, il découvrait le Canada.\"Les terres vierges dont il prenait au nom du Roi une possession symbolique, sont devenues maintenant la quatrième puissance économique du monde et 11 heures suffisent à un avion d\u2019Air France pour les relier à Paris. 580 L'ACTION NATIONALE LES ÉLECTIONS FÉDÉRALES En juin 1956 nous n\u2019avons pas pris officiellement position au sujet des élections provinciales.Nous avons cru que ce n\u2019était pas le rôle de la revue de se jeter dans la mêlée électorale.Nous avons toutefois rappelé que les politiciens de la province de Québec, qu\u2019ils siègent dans la capitale provinciale où à Ottawa, ont des responsabilités envers notre groupe ethnique.La même attitude vaut pour 1957.A Québec nous devons avoir un gouvernement qui trace la route au Canada français.A Ottawa nos représentants doivent monter la garde autour de nos droits de minorité.Voilà le moment venu de juger les hommes politiques qui sollicitent nos suffrages.Aussi bien ceux qui ont gouverné que ceux qui veulent aujourd\u2019hui les remplacer.Avons-nous eu raison d\u2019accorder aussi totalement et aussi longtemps notre appui au gouvernement libéral fédéral ?Qu\u2019avons-nous tiré de cette alliance à laquelle nous avons été irrévocablement fidèles ?Quelle politique nous donneraient éventuellement ceux qui veulent les remplacer ?Ne ferions-nous pas bien, nous du Québec, d\u2019envoyer à Ottawa plusieurs députés véritablement indépendants ?Voilà des questions graves.Chaque électeur devra y trouver des réponses.Et voter conformément au tableau qu\u2019il se fait de la situation actuelle du Canada français.En ne perdant jamais de vue que la valeur première, qui prime les autres en politique, c\u2019est l\u2019autonomie provinciale.Nous étions, dans le dernier Parlement fédéral, représentés par près de 70 députés libéraux sur un total de 75.LE CHATEAU MAISONNEUVE Et pourtant il nous a été impossible d\u2019obtenir une toute CHRONIQUE DU DIRECTEUR 581 petite chose que nous demandions avec instance : le Château Maisonneuve.Cela fut impossible pendant que nos parlementaires siégeaient; ce l\u2019est encore maintenant qu\u2019ils sont en campagne électorale.Cela devrait nous aider à répondre à certaines questions que nous posons plus haut ! Nos députés nous ont tout simplement trahis sur cette question.Et sur bien d\u2019autres.Assurés qu\u2019ils sont de l\u2019appui indéfectible de notre province ils ont fini par croire qu\u2019ils pouvaient lui refuser n\u2019importe quoi, lui faire toutes les injures et s\u2019en tirer quand meme.Cela sera peut-être encore vrai en 1957, mais il y aura un jour, pas trop éloigné je crois, où il y aura de pénibles réveils.La bataille du Château Maisonneuve continue.Des milliers de personnes voteront Château Maisonneuve cette année.C\u2019est-à-dire qu\u2019elles voteront contre le parti qui a fait la sourde oreille.Ce sera leur manière à elles de protester.Prenons en même temps l\u2019habitude de toujours appeler cet hôtel Château Maisonneuve.Nous gagnerons ainsi en fait ce que l\u2019on nous refuse en droit. Notre langue L\u2019Action nationale m'invite à inaugurer sa nouvelle rubrique, \u201c Notre langue\u201d.Au point où nous en sommes il ne serait guère utile, à mon sens, d\u2019examiner dans le détail les divers aspects de notre décadence linguistique, que M.Victor Barbeau, il y a dix-huit ans, et quelques autres depuis, ont exposée avec toute la précision nécessaire.Un article récent de M.Le Bidois, paru en mars dernier dans le Monde, constitue un nouveau témoignage, qu\u2019on peut ramener à ceci : notre langue abonde en archaïsmes; elle a conservé un grand nombre de termes dialectaux; elle est envahie par les anglicismes.Ajoutons que l\u2019anglicisation de son vocabulaire et de sa syntaxe menace de l\u2019altérer irrémédiablement, d\u2019en faire un parler régional sans valeur au delà de nos frontières québécoises et franco-ontariennes.Alors, au lieu de disposer d\u2019une grande langue de culture, d\u2019un instrument intellectuel de premier ordre, nous traînerions le boulet, de plus en plus lourd, d\u2019un parler vernaculaire, d\u2019un parler déchu.Notre glissement vers le patois n\u2019a encore suscité aucune réaction d\u2019ensemble chez nos élites.Il a pourtant été dénoncé avec beaucoup de vigueur.Certains moyens d\u2019y obvier ont aussi été indiqués par quelques-uns de nos linguistes, notamment par M.Roch Valin et par M.René de Chantal, qui ont préconisé une adhésion linguistique à la France.En 1939, M.Victor NOTRE LANGUE 583 Barbeau proposait un enseignement intensif des ressources du français parlé.Malgré tous ces avertissements et tous ces conseils, notre cours primaire s\u2019enlise sans cesse davantage dans les ornières de la traduction, de l\u2019asservissement à la pédagogie américaine et du trafic des manuels.Si les premiers éléments d\u2019une doctrine linguistique ont été si peu féconds sur le plan des réalités quotidiennes, il faut peut-être l\u2019attribuer à la dispersion des efforts et au malheureux cloisonnement de notre société.En portant sur un point précis jusqu\u2019à ce qu\u2019elle ait emporté une première grande victoire, notre action linguistique multipliera ses chances de succès.Elle devra d\u2019abord s\u2019appliquer à briser la lourde langue scolaire qui stérilise immanquablement toutes les bonnes volontés.Quant au cloisonnement de notre société, n\u2019est-il pas particulièrement périlleux dans le domaine de l\u2019enseignement ?Selon M.Roland Vinette, le Comité catholique du Conseil de l\u2019Instruction publique se subdivise en quelque 75 commissions ou sous-commissions.Les membres du clergé qui en font partie sont contraints par l\u2019usage, par la complexité de l\u2019institution vermoulue et par diverses autres considérations à renoncer à toutes les normes de qualité qu\u2019ils maintiennent d\u2019autre part avec beaucoup de zèle lorsqu'il s\u2019agit du cours classique.Si je propose l\u2019enseignement pour point d\u2019attaque d\u2019une action linguistique concertée, rationnelle et soutenue, c\u2019est qu\u2019il relève au premier chef des parents, qu\u2019il se prête à des résultats rapides, que la conscience linguistique a plus de chance de se développer chez les 584 L\u2019ACTION NATIONALE enfants que chez les adultes, et enfin que sans le concours de l\u2019école primaire tous les efforts seraient à peu près stériles.D\u2019ailleurs, essayer de convaincre la masse des adultes instruits serait illusoire puisque la plupart sont imbus de préjugés fantastiques au sujet de l\u2019évolution de notre langue.Sous prétexte que le français n\u2019évolue pas toujours de façon exemplaire au pays de nos ancêtres, certains soutiendront par exemple que nous n\u2019avons aucun devoir envers notre langue, qui vaut bien celle des \"Françàs\u201d.Savent-ils que même à l\u2019époque classique le français a eu besoin de défenseurs, que Molière a lutté à la fois contre la préciosité et contre l\u2019attachement excessif aux patois ?Qu\u2019après l\u2019instabilité et le désordre, le gongorisme pseudo-scientifique est probablement le plus grand mal dont souffre actuellement la langue américaine ?Qu\u2019en France, vers 1580, un puriste protestait contre l\u2019envahissement des italianismes, tels manquer et manquement qui menaçaient alors de se substituer aux vieux mots défaillir et défaut ?On se fermera sans doute à toute conscience linguistique tant que séviront en France l\u2019italomanie, l\u2019anglomanie ou d\u2019autres défauts, tant que le français n\u2019aura pas atteint une perfection absolue et immuable.Faisons abstraction de nos régionalisants et de nos libres évolutionnistes si nous voulons que nos enfants dépassent le parler régional sans adopter la langue américaine, autrement menacée par la vulgarité et par les défauts mentionnés plus haut.De toute façon, n\u2019imitons pas les patoisants du temps de Molière, qui eux aussi devaient chercher toutes sortes de prétextes pour s\u2019en tenir à leur langage, au parler de Lucas et de Jacqueline.Cet attachement, NOTRE LANGUE 585 plus instinctif que raisonné, entrave notre progrès social et culturel, contribue à nous isoler de la communauté française internationale et réduit à néant notre influence en Amérique.Il importe donc de développer sans retard la conscience linguistique et culturelle de nos éducateurs; de leur réclamer une position non équivoque à l\u2019égard de ce grand problème national; de leur démontrer que leur adhésion à la pédagogie américaine est un fait d\u2019assimilation plutôt qu\u2019un acte d\u2019autonomie rationnelle et qu\u2019il est extrêmement périlleux pour notre peuple de vouloir élever son idiome au rang de langue didactique.11 faudra pour cela mobiliser non seulement toutes les sociétés d\u2019action nationale et toutes les bonnes volontés de la province, mais un journal quotidien en mesure de poser le problème sans relâche, de l\u2019imposer à l\u2019attention des éléments les moins inconscients de notre peuple.Seul le Devoir pourrait entreprendre cette tâche, s\u2019il le voulait bien.Il pourrait aussi faire comprendre à nos élites qu\u2019elles risquent de se détruire elles-mêmes, à mesure qu\u2019elles surgissent du peuple, en soumettant leurs enfants à un régime scolaire de sous-développement linguistique, intellectuel et social; qu\u2019elles doivent exiger de la province un cours primaire inspiré par d\u2019autres soucis que de multiplier les petits techniciens et de réaliser le \"melting-pot\u201d américain; que dans notre province, la formation des enfants doit tendre vers l\u2019excellence plutôt que de céder à l\u2019idéal égalitariste des pédagogues \"adaptoma-nes\u201d, disposés à sacrifier les élites aux déficients.En attendant que le Devoir s\u2019engage dans cette campagne, j\u2019invite M.O.-J.Desaulniers et M.Roland Vi- 586 L'ACTION NATIONALE nette, surintendant de l\u2019Instruction publique et président de la sous-commission des écoles élémentaires, à prendre résolument parti et à collaborer à l\u2019étude de notre sous-développement linguistique, de ses causes scolaires, psychologiques, pédagogiques et mercantiles.Jacques Poisson / Unité {{cncticnnelle de la CiüiliAaticn canadienne I\t\u2014 La révolution constitutionnelle et le parti libéral (1935-1957)11 > (l) (Le présent texte se constitue de l'Avant-Propos d'un ouvrage que nous publierons dans quelques mois sous le titre suivant : L\u2019Unité fonctionnelle de la Civilisation canadienne.A priori, ce titre suggère l'idée d'une thèse d'étudiant en sociologie qui cherche à obtenir sa licence de fin d'année scolaire.II\tne faut pas se méprendre : il s\u2019agit au contraire d\u2019un ouvrage sur un sujet d'une brûlante actualité.Il s\u2019agit de rechercher les meilleures solutions aux problèmes de la vie en commun, au Canada, et de les formuler à la lumière d\u2019une loi de comportement humain, individuel et collectif, qui est tirée des plus récentes découvertes de la Science du XXème siècle.On pourra se demander quel est l\u2019à-propos d'une telle recherche, d\u2019une part, et quel est l'à-propos de la publication anticipée du présent Avant-Propos, d'autre part.Nous allons répondre brièvement aux deux questions.) a) Pourquoi, d\u2019abord, un ouvrage sur la recherche des meilleures solutions aux problèmes de la vie en commun, au Canada ?C\u2019est que, depuis une vingtaine d'années, l\u2019équilibre politique et juridique établi en 1867, par Y Acte de l'Amérique du Nord britannique, est en voie de révolution complète.Révolution qui paraît justifiable à certains égards (facteurs d\u2019ordre matériel, surtout), mais qui est en voie de se réaliser au détriment du bien-être culturel et spirituel de la population canadienne.Depuis deux cents ans, le problème canadien souverain a toujours été et demeure encore, en 1957, le problème de la dualité culturelle ou nationale, par suite de l\u2019existence de deux nations, l\u2019une de culture anglo-saxonne, et l\u2019autre de culture française.Or, dans le grand cycle de l\u2019évolution humaine, 588 L\u2019ACTION NATIONALE le Canada sort de l\u2019adolescence pour gravir les premières marches de sa carrière d\u2019Etat politique adulte.Notre pays est manifestement appelé à exercer, dans l\u2019humanité civilisée contemporaine et éventuelle, un rôle civilisateur distinctif et dont le caractère dépend, en grande partie, du caractère même que le Canada de 1957 donnera à la solution de ses propres problèmes intérieurs, à la cohésion de ses diverses institutions économiques et financières, et surtout de ses institutions culturelles et spirituelles, à la solution, en un mot, de son Unité jonctionnelle.La mission éventuelle du Canada, dans l\u2019univers humain contemporain, sera magnifique dans la mesure où la civilisation canadienne jouira elle-même d\u2019une magnifique santé collective.Or, quelle maladie menace, en 1957, la santé collective du Canada ?On peut affirmer sans hésitation que c\u2019est le nouveau fédéralisme canadien, ou le centralisme ou l\u2019unitarisme, tel que préconisé depuis 1935 par le parti libéral qui est à la tête du gouvernement central canadien.Cette maladie est devenue menaçante pour la santé canadienne du pays, parce qu\u2019elle soulève tout le problème de la dualité culturelle ou nationale, auquel la constitution écrite de 1867 avait apporté une solution de compromis, une solution de séparatisme mitigé, à laquelle la minorité franco-catholique s\u2019était adaptée.En effet, après un siècle de luttes acharnées, de 1763 à 1867, les Canadiens de culture française ont fini par trouver, dans la constitution écrite de 1867, un équilibre politique et juridique qui leur permet d\u2019exercer un contrôle politique et financier sur l\u2019évolution de leurs disciplines culturelles distinctives, dans leur \"réserve québécoise\u201d.Ce n\u2019est pas l\u2019idéal, loin de là, puisque les Canadiens-Français, par la création de cette réserve française, deviennent assimilés à des immigrants en dehors de la province de Québec.Mais, faute de mieux, les Canadiens-Français ont connu une paix intérieure relative, depuis 1867.Or, voilà que, depuis 1935, le gouvernement central (incarné par le parti libéral central, dirigé par M.Mackenzie KING et ensuite par M.Louis SAINT-LAURENT) a découvert que les provinces canadiennes constituées en 1867 seraient devenues L'UNITÉ FONCTIONNELLE .589 inaptes à remplir la plupart des responsabilités que l'Acte de 1867 leur attribue juridiquement.Et cela pour des motifs de changement de conditions matérielles, à savoir : exigences militaires récentes qui se prolongent dans la guerre froide, exigences d\u2019équilibre économique et financier par suite du développement industriel du pays, avec les conséquences de chômage et d\u2019insécurité sociale qui lui sont inhérentes.Non seulement les provinces canadiennes seraient devenues inaptes à remplir leurs responsabilités juridiques sur le plan économique et financier, mais même sur le plan culturel que la constitution écrite de 1867 attribue exclusivement aux gouvernements provinciaux.Pour résister aux dangers de l\u2019américanisme voisin, selon les recommandations de la Commission Massey, les provinces canadiennes sont invitées à céder à l\u2019Etat central tout le domaine de la \"haute culture\u201d, la \"basse culture\" seule étant digne des gouvernements provinciaux, jusqu\u2019à nouvel ordre.Ainsi donc, par la volonté du parti libéral à la tête du gouvernement central canadien, le texte de la constitution écrite de 1867 devient un chiffon de papier, dont il faut conserver le souvenir dans les archives des Statuts britanniques, mais qui n\u2019a plus d\u2019intérêt pratique, parce que les responsabilités attribuées aux provinces par ce chiffon de papier, celles-ci ne seraient plus en mesure de les exercer conformément au bien-être matériel de la population canadienne.Voilà un langage pour le moins \"révolutionnaire\u201d qui mérite certainement d\u2019être étudié pour mieux en mesurer les conséquences définitives quant à la dualité culturelle ou nationale canadienne, quant au bien-être culturel de la minorité franco-catholique du Canada.Et voilà qui explique sommairement l\u2019à-propos de notre ouvrage sur Y Unité jonctionnelle de la Civilisation canadienne.b) Pourquoi, maintenant, la publication anticipée de l\u2019Avant-Propos de notre ouvrage sur YUnité jonctionnelle de la Civilisation canadienne ?C\u2019est que, d\u2019une part, le présent Avant-Propos constitue un exposé sommaire, à la lumière de l\u2019histoire canadienne depuis deux cents ans, des conséquences néfastes auxquelles aboutit fatalement le 590 L'ACTION NATIONALE centralisme, ou unitarisme, ou nouveau fédéralisme canadien, préconisé par le parti libéral ou gouvernement central canadien depuis 1935, et c\u2019est que, d\u2019autre part, notre ouvrage ne peut pas être publié assez tôt pour que le public canadien-français puisse profiter de ses conclusions, avant les élections générales du 10 juin prochain, alors que l\u2019électorat canadien-français sera invité à accorder un nouveau mandat à la dictature partisane libérale, à Ottawa.Voilà donc l\u2019à-propos de la publication anticipée de l\u2019Avant-Propos de notre ouvrage.* * * Nous venons de dire que notre Avant-Propos \"constitue un exposé sommaire, à la lumière de l\u2019histoire canadienne depuis deux cents ans, des conséquences néfastes auxquelles aboutit fatalement le centralisme canadien ou nouveau fédéralisme canadien préconisé par le parti libéral, depuis 1935\u2019\u2019.Avant donc de commencer le résumé historique auquel nous faisons allusion et qui devient indispensable pour mieux comprendre la situation politico-juridique actuelle, il convient d\u2019exposer en quoi consiste exactement le centralisme ou le nouveau fédéralisme canadien exercé par le parti libéral central, depuis 22 ans.Essayons de le faire sommairement.Le centralisme libéral a pris la forme suivante : subordonner les provinces canadiennes à la direction économique et financière de l\u2019Etat central, de telle sorte que les provinces deviennent peu à peu de simples succursales administratives de l\u2019Etat central, et que celui-ci ordonne lui-même l\u2019équilibre de l\u2019économie intérieure du Canada, comme il ordonne lui-même l\u2019économie extérieure du pays, depuis le Statut de Westminster, de 1931.En d\u2019autres termes, rendre l\u2019Etat central canadien omnipotent au point de vue fiscal, omnipotence fiscale dont dépend la capacité administrative des provinces, et par la capacité administrative, dont dépend leur capacité législative, y compris, par conséquent, leur souveraineté en matière culturelle ou éducative.Pour quiconque connaît un peu l\u2019ordre politique et juridique (ou ordre législatif, administratif, et fiscal) établi au Canada, par Y Acte de 1867, le centralisme libéral apparaît nette- L'UNITÉ FONCTIONNELLE .591 ment comme diamétralement opposé au séparatisme mitigé tel qu\u2019exprimé dans la constitution écrite de 1867.Il s\u2019agit donc d\u2019une véritable révolution constitutionnelle, sans changer cependant d\u2019un iota la constitution écrite du pays, que le parti libéral recommande de conserver intégralement comme on conserve des \"vieux papiers\u2019\u2019 dans les archives poussiéreuses.Or, comment le gouvernement central canadien, incarné par le parti libéral depuis 1935, s\u2019y prend-t-il pour réaliser son objectif ?Voici, en quelques mots.En vertu de la constitution écrite de 1867, complétée par le Statut de Westminster de 1931, les Etats provinciaux canadiens sont aussi souverains dans leur juridiction propre, à l'égard de l\u2019Etat central, que le Canada peut l'être envers les Etats-Unis ou envers la France.Or, qu\u2019est-ce que fait le Canada, quand il veut obtenir des faveurs d\u2019un autre pays ?Il négocie des ententes ou des traités, soit commerciaux, soit militaires.Dans le cas qui nous intéresse, l\u2019Etat central prétend avoir besoin des ressources liscales des provinces, de leurs sources de revenus publics.L\u2019Etat central a donc entrepris, depuis 22 ans, de négocier des ententes avec les provinces canadiennes à l\u2019effet d\u2019obtenir leur consentement à céder au gouvernement central canadien leurs pouvoirs juridiques exclusifs en matière de taxation directe.En retour, le parti libéral ou gouvernement central offre aux provinces de leur fournir telle ou telle somme d\u2019argent requise pour leur administration intérieure, le tout selon les exigences, bien entendu, du meilleur équilibre financier et administratif des dix provinces canadiennes, meilleur équilibre que le gouvernement central ou parti libéral canadien se réserve seul le pouvoir d\u2019apprécier.Cela signifie, pour quiconque connaît comment fonctionnent nos partis politiques, que le gouvernement central deviendra le maître absolu de la situation financière des provinces canadiennes, de leurs besoins administratifs, et par suite, de leurs exigences législatives, y compris toujours les exigences de leur souveraineté culturelle.Cela signifie, en définitive, une ère de tutelage du gouvernement central sur les gouvernements provin- 592 L\u2019ACTION NATIONALE ciaux.L\u2019Etat central devient le père d\u2019une famille de dix fils, auquel chacun est appelé à confier ses revenus respectifs, quitte au bon papa de les redistribuer à chacun de ses fils comme il jugera à propos de le faire dans l\u2019intérêt général de la famille tout entière.Il n\u2019y a pas de plus bel exemple de paternalisme politique et économique.Or, qu\u2019est-ce que signifie ce genre de centralisme financier ou d\u2019omnipotence de l\u2019Etat central canadien pour la minorité canadienne-française, isolée dans sa réserve québécoise, par la volonté même de la majorité anglophone du pays, telle qu\u2019exprimée dans la constitution écrite de 1867 ?Voilà ce qui intéresse au plus haut point les Québécois, qui sont appelés à choisir un parti politique pour diriger l\u2019Etat central pour les cinq années à venir.On sait que le gouvernement central, au Canada, est dominé par une forte majorité anglo-protestante qui, non seulement ne connaît ni ne comprend rien à la culture franco-catholique des Québécois, mais qui ne lui a pas été particulièrement favorable depuis deux cents ans.L\u2019histoire est là pour le démontrer, et nous aurons l\u2019occasion de le vérifier plus loin.Or, en acceptant la tutelle de l\u2019Etat central tel que le propose le parti libéral central, cela signifie que la minorité canadienne-française accepte de confier le destin de ses disciplines culturelles les plus chères à la compréhension et à la générosité de la majorité anglophone du pays, incarnée dans l\u2019Etat central d\u2019Ottawa.Le centralisme ou nouveau fédéralisme canadien signifie que, si la province de Québec l\u2019accepte, la province de Québec perdra le contrôle sur ses propres revenus publics, et en les perdant perdra le contrôle sur ses propres dépenses administratives, et en les perdant perdra le contrôle sur sa propre législation interne (car à quoi sert de légiférer si on n\u2019a pas les moyens financiers d\u2019appliquer sa législation), et en perdant tout cela perdra sa souveraineté culturelle, à savoir le contrôle qu\u2019elle peut exercer depuis cent ans en vue de sauvegarder la culture française en Amérique du Nord britannique.De telle sorte que si la province de Québec, réserve française au Canada, suit l\u2019exemple des autres provinces canadiennes, incar- L\u2019UNITÉ FONCTIONNELLE .593 nant toutes ensemble la majorité anglaise du pays, les Canadiens-Français qui forment la majorité dans la seule province de Québec, ce qui leur permet le contrôle culturel en question, perdront par le fait même ce contrôle culturel pour la conquête duquel ils se sont battus jusqu\u2019au sang, jusqu\u2019à l\u2019échafaud et jusqu\u2019à la prison, par l\u2019insurrection de 1837.Les Canadiens-Français, par la grâce du parti libéral de 1957, sont donc acculés au dilemme suivant : ou bien renoncer au contrôle culturel qu\u2019ils exercent depuis cent ans au Canada, dans leur réserve québécoise, pour accepter l\u2019aventure du paternalisme financier de l\u2019Etat central canadien dominé par la majorité anglophone du pays; ou bien envisager le séparatisme politique absolu du reste du Canada avec toute la charge des responsabilités financières que comporte la conduite d\u2019un Etat indépendant en Amérique du Nord, entre les Etats-Unis de mentalité anglo-saxonne et le Canada anglais, également de mentalité anglo-saxonne.Voilà la décision tragique qui se pose, en 1957, aux prochaines élections du 10 juin, où il s\u2019agit de décider si le peuple canadien-français doit laisser le parti libéral continuer à le coincer \"par la poche\u201d (comme on dit vulgairement), comme jamais peut-être peuple minoritaire n\u2019a été coincé, dans l\u2019univers civilisé contemporain.Y a-t-il un moyen d\u2019échapper au dilemme, posé par le parti libéral canadien aux Québécois de 1957 qui veulent continuer de demeurer les maîtres de leurs destinées culturelles ou nationales dans la \"réserve française\u201d du Canada, sans prendre le risque d\u2019y mourir de faim ou de froid ?C\u2019est la question que nous nous sommes posée depuis plusieurs années et à laquelle nous apportons une réponse définitive dans notre ouvrage sur l\u2019Unité jonctionnelle de la Civilisation canadienne.Mais en attendant que notre ouvrage soit publié, nous avons conscience de remplir notre devoir souverain de citoyen libre en publiant le présent avant-propos par anticipation.Ce qui déplaît souverainement dans la tactique du parti libéral depuis 1935, c\u2019est l\u2019hypocrisie et la poltronnerie de ses actes.Au lieu d\u2019envisager, lucidement, et honnêtement, le problème 594 L\u2019ACTION NATIONALE des modifications constitutionnelles imposées par les conditions économiques et financières propres aux temps nouveaux, et de réunir autour d\u2019une table ronde les chefs autorisés de l\u2019avenir culturel des Canadiens-Français en vue de rechercher une nouvelle formule ou solution au problème souverain de la dualité culturelle ou nationale, au Canada, au lieu de faire cela, le parti libéral a pris comme tactique non seulement d\u2019ignorer totalement la constitution écrite du pays, seule protection de la minorité canadienne- française, mais a pris même comme tactique de mentir effrontément à la face de 5,000,000 de Canadiens-Français, en prétendant, depuis vingt ans, que le centralisme canadien ne changeait en rien la constitution écrite du Canada, alors que le centralisme libéral fait pire que de n\u2019y rien changer : il Y abolit, la réduit à néant, ni plus, ni moins, pour ériger à sa place l\u2019omnipotence des partis politiques, la constitution coutumière du Canada, tout comme en Angleterre, qui se vante d\u2019être le seul pays au monde sans posséder de constitution écrite, comme si c\u2019était là une preuve de moralité politique.En 1867, les Canadiens-Français ont amené, par leur ténacité, l\u2019Angleterre pour qui la force des faits constiute la base de la morale publique, à donner au Canada une constitution écrite destinée à déterminer les valeurs juridiques et les valeurs morales dans une société humaine civilisée.Or, en 1957, le parti libéral, dominé par la moralité anglo-saxonne du matérialisme triomphant, s\u2019arrange pour réduire à néant, à l\u2019insu même du peuple canadien-français, la constitution écrite que ce dernier considère, depuis bientôt un siècle, comme sa \"grande charte\u201d de protection culturelle.Si le peuple canadien laisse le parti libéral compléter son oeuvre encore dix ans de plus, le peuple canadien sortira de sa léthargie, entretenue par M.Louis Saint-Laurent, véritable opium du peuple cana-dien-français depuis dix ans au Canada, sortira de sa léthargie dans un Canada qui aura cessé d\u2019être ce que l\u2019on appelle fédération canadienne pour être devenu une union législative, administrative, financière et culturelle, dominée par les seuls partis politiques dirigés par une forte majo- L\u2019UNITÉ FONCTIONNELLE .595 rité anglo-saxonne pour qui les constitutions écrites sont de vulgaires chiffons de papier, un peu à la façon à laquelle les communistes ont habitué le monde occidental à respecter les traités signés.Le grand drame qui afflige le Canada de 1957, c\u2019est que la majorité canadienne de mentalité ou de philosophie matérialiste anglo-saxonne ne parle pas le même langage moral que celui de la minorité spiritualiste de culture gréco-latine et de civilisation française.Toute l\u2019histoire canadienne est remplie de ces témoignages, et nous le verrons dans le résumé historique qui suit.Il \u2014 L'histoire politique de l'Amérique du Nord britannique (1763 à 1837) Nous venons de dire que toute l\u2019histoire du pays canadien témoigne du grand drame qui afflige les deux groupes culturels ou nationaux qui le peuplent, à savoir : le fait que la majorité matérialiste anglo-saxonne ne parle pas le même langage moral que la minorité spiritualiste de culture française et gréco-latine.Nous avons maintes occasions de toucher du doigt la véracité de notre prétention à chaque étape principale de l\u2019évolution constitutionnelle sous le règne de la Grande-Bretagne, à partir de 1763, date de la cession de la Nouvelle-France à l\u2019Angleterre.Nous allons d\u2019abord dresser un rapide tableau des événements qui ont précédé l\u2019insurrection de 1837 et dont celle-ci n\u2019est en définitive que le produit fatal, comme un abcès qui crève après une lente accumulation de pus dans les fluides des tissus vivants.En 1763, 70,000 colons d\u2019expression et de culture françaises sont cédés aux soins administratifs de la Grande-Bretagne, la grande rivale de la France, à cette époque deux fois séculaire.Leur sort n\u2019est cependant pas abandonné, à l\u2019administration du nouveau maître, sans quelques conditions bien précises.Lors de la Capitulation de Montréal, le 8 septembre 1760, il est stipulé, en particulier, que les colons français auront le libre exercice de leur religion et garderont leurs droits et leurs propriétés (y compris, cela va de soi, l\u2019usage de leur langue héréditaire).Par la signature de ses généraux, 596 L'ACTION NATIONALE l'Angleterre reconnaît donc dès ce premier instant le caractère culturel de la première société humaine britannique en territoire septentrional de l\u2019Amérique du Nord.Le Traité de Paris (1763) confirme les stipulations de la Capitulation de Montréal.Aussitôt après le Traité, l\u2019Angleterre démembre le Canada : le Labrador, l\u2019Ile d\u2019Anticosti, les Iles de la Madeleine sont annexées à Terre-Neuve; l\u2019Ile St-Jean et celle du Cap-Breton sont cédées à la Nouvelle-Ecosse; le sud des grands lacs est annexé aux Etats de la Nouvelle-Angleterre; et le reste de l\u2019Est du pays, les rives laurentiennes, est nommé : Province de Québec.L\u2019Angleterre ne s\u2019arrête pas là : elle abolit les lois françaises, y substituant les lois anglaises et violant ainsi la Capitulation de Montréal confirmée par le Traité de Paris.Elle impose le \"serment du test\u201d que les catholiques d\u2019expression française refusent de prêter, ce qui les exclut des fonctions administratives, automatiquement.En 1764, le nouveau gouverneur Carleton abolit le \"serment du test\u201d, ce qui déplaît à la minorité anglaise, mais satisfait la majorité française.En 1774, devant la menace grandissante de perdre le Canada par suite de la révolte des Etats de la Nouvelle-Angleterre, l\u2019Angleterre se hâte de donner une nouvelle constitution, plus favorable aux sujets d\u2019expression catholique et française.C\u2019est l\u2019Acte de Québec, première constitution québécoise.Les limites de la \"province\u201d sont agrandies; les droits formulés par la Capitulation de Montréal sont rétablis, et le \"serment du test\u201d, officiellement aboli; les lois civiles françaises sont rétablies, et les lois criminelles anglaises introduites; un Conseil législatif mixte est créé.L\u2019Acte de Québec, pour des motifs opportunistes politico-militaires, constitue l\u2019acte de naissance de la nation canadienne-française ou québécoise sur le territoire septentrional de l\u2019Amérique du Nord, par l\u2019autorité suprême du parlement britannique.La menace américaine redoutée éclate et, dès 1775, le Canada est envahi par les Américains du sud en révolte contre l\u2019Angleterre.Et la lutte, entre l\u2019Angleterre et ses sujets américains révoltés, se prolonge jusqu\u2019en 1783, date à laquelle l\u2019Angleterre doit reconnaître l'Indépendance des L'UNITÉ FONCTIONNELLE .597 Etats-Unis.Pendant ces huit années de lutte fratricide, les Québécois restent simples spectateurs.Mais, aux lendemains de l\u2019Indépendance américaine, des milliers de sujets britanniques, désireux de rester fidèles à la couronne britannique, envahissent pacifiquement le Canada.Environ 30,000 viennent chercher refuge en Nouvelle-Ecosse (ancienne Acadie) et environ 15,000 viennent s\u2019installer dans la Province de Québec.La minorité loyaliste (d\u2019expression protestante et anglaise) ne fut pas lente à exprimer son mécontentement, d'une part, contre le régime oligarchique institué dans la Province de Québec par Y Acte de 1774 et, d\u2019autre part, contre les libertés culturelles accordées par le même Acte de 1774 aux sujets d'expression catholique et française.Les lois françaises les gênaient.Autant pour acquérir une plus grande liberté administrative que pour obtenir leur liberté culturelle intégrale, les Loyalistes du Québec réclamèrent de Londres la séparation du territoire québécois du reste du pays canadien.Et ils obtinrent gain de cause par Y Acte du Canada, en 1791, par lequel furent créés le Bas-Canada (ancienne Province de Québec) et le Haut-Canada.C\u2019est ainsi que les Loyalistes furent les premiers Séparatistes en terre nord-américaine britannique.Ils choisirent, comme solution culturelle surtout, de créer une réserve française, dans le Québec ou Bas-Canada.L'Acte de 1791, par la volonté des Anglais canadiens et des Anglais d\u2019outre-mer, peut donc se considérer comme Y acte de confirmation de la nation canadienne-française ou québécoise sur le territoire septentrional de l\u2019Amérique du Nord.Mais, en créant le Haut-Canada, peuplé en grande majorité de sujets anglo-protestants, et dont les limites s\u2019étendaient à tous les territoires de Youest du pays; en conservant la Nouvelle-Ecosse, également peuplée en grande majorité de sujets anglo-protestants; en conservant le Nouveau-Brunswick (territoire détaché de la Nouvelle-Ecosse en 1784), également peuplé en grande majorité de sujets anglo-protestants; en agissant ainsi, l\u2019Angleterre donnait à.ses sujets d\u2019expression protestante et anglaise tout le reste du Canada pour leur expansion économique et culturelle. 598 L'ACTION NATIONALE Il y a donc, au Canada, à partir de 1791, deux nations, l\u2019une majoritaire, et d\u2019expression anglaise, et l\u2019autre minoritaire et d\u2019expression française, celle-ci séparée du reste du Canada et refoulée dans sa réserve québécoise.Ainsi donc, à partir de 1791, il y a en Amérique du Nord britannique, un Canada anglais (Haut-Canada, Nouvelle-Ecosse et Nouveau-Brunswick) et un Canada français (le Bas-Canada ou Province de Québec).Il y a donc, au point de vue culturel, un séparatisme absolu au sein des colonies britanniques.Ce séparatisme devait durer cinquante ans, un demi-siècle : de 1791 à 1841.Un demi-siècle où le Canada français fut appelé à mener les luttes les plus dures de son histoire en vue de conquérir le contrôle politique et financier de son propre destin culturel.Il n\u2019est pas superflu d\u2019en faire le récit, si sommaire soit-il, pour faciliter la compréhension du régime politique sous lequel vit actuellement la société canadienne, en 1957.* * * L\u2019Acte du Canada, ou Constitution de 1791, créait un conseil législatif (dont les membres étaient cependant choisis par Londres) et une Chambre de Représentants (élus par la population, tous les quatre ans).La liberté religieuse antérieure était garantie, et aucune province britannique ne pouvait légiférer en cette matière.Les lois antérieures, au sein de chaque province, étaient maintenues jusqu\u2019à ce que le parlement de chaque province en décide autrement.Comme la population du Haut-Canada était en grande majorité anglo-protestante, cette province se donna des lois conformes à ses disciplines culturelles.Dans le Bas-Canada, les lois et les institutions culturelles franco-catholiques furent maintenues.Mais, au-dessus du système législatif, il y avait le système administratif.Celui-ci comprenait un Gouverneur et son Conseil Exécutif.Le gouverneur et les membres de son conseil exécutif étaient choisis par Londres, de même que les membres du conseil législatif, tel que ci-dessus indiqué.De sorte que, seule, la Chambre Basse pouvait se composer de représentants élus par la population.La lutte devait donc surgir entre le L\u2019UNITÉ FONCTIONNELLE .599 gouverneur et ses deux Conseils, d\u2019une part, et la Chambre Basse, d'autre part.L\u2019objet de la lutte entre ces deux sources de pouvoir politique, ce fut la question des subsides, la question de la taxation.La chambre basse réclamait que les prévisions budgétaires, que les lois relatives à la taxation, que la détermination de l\u2019usage des fonds publics, en un mot que le contrôle financier au sein de la province soit le privilège exclusif de la chambre basse.Et cette réclamation n\u2019était pas seulement le propre du Bas-Canada, mais elle était également le fait des autres provinces britanniques de l\u2019époque : Haut-Canada, Nouvelle-Ecosse et Nouveau-Brunswick.Mais, dans le Bas-Canada, la lutte se doublait du fait que le pouvoir administratif ou exécutif se constituait de fonctionnaires ou de bureaucrates d\u2019expression religieuse et d\u2019expression linguistique différentes de celles de la majorité de la population française et catholique.Il y avait donc, dans le Bas-Canada, une lutte à la fois de liberté administrative et de liberté culturelle.Il est remarquable qu\u2019une population, si peu entraînée alors aux principes parlementaires britanniques comme l\u2019était la population québécoise de l\u2019époque, ait si rapidement compris que Xautonomie culturelle, sans le contrôle financier de la législation et de l\u2019administration publique, est une illusion.A compter de 1827, la lutte s\u2019envenima dans le Bas-Canada.En 1832, il y eut émeute à Montréal.En 1834, la chambre basse lança son dernier appel de réformes à Londres, par ses \u201d92 résolutions\u201d.Le peuple s\u2019intéressait de plus en plus vivement aux débats de la chambre basse.Les premiers partis politiques se fondèrent.Le \"parti canadien\u201d groupait les \"résolutionnalistes\u201d.Le \"parti anglais\u201d groupait les \"constitutionnalistes\u201d (formé par les membres de l\u2019Exécutif).Londres forma une \"commission d\u2019enquête\u201d.Celle-ci n\u2019avait pas encore envoyé son rapport que les chefs du \"parti canadien\u201d, mis au courant de ses conclusions, reprirent leurs activités.Deux sessions parlementaires, tenues en 1836, n\u2019aboutirent à rien.A la session de 1837, l\u2019agitation extérieure était telle que la chambre basse dut suspendre ses débats.Le rôle du parlement 600 L'ACTION NATIONALE était fini : l\u2019insurrection allait éclater.Elle devait ébranler les fondements mêmes de la Constitution de 1791.Ainsi aboutissait une lutte demi-séculaire, dans le Bas-Canada, pour la conquête du contrôle politique et financier des libertés culturelles d\u2019une nation qui voulait s\u2019épanouir, au moins dans sa propre réserve.Concurremment à la lutte menée par le Canada français, les autres provinces britanniques conduisaient, elles aussi, leur lutte respective.Dans le Haut-Canada, la province devait résoudre les mêmes problèmes administratifs (le problème culturel, en moins).Un Ecossais ouvrit la lutte, Robert Gourlay.A la suite de son intervention, se fonda un parti politique, le \"parti libéral\u2019\u2019, groupant les réformistes.Un autre Ecossais William-Lyon Mackenzie, apparut en scène.Le parti libéral avait alors (1828) la majorité à la chambre basse, et il réclama le privilège de servir de \"conseiller\u201d, à l\u2019Exécutif et au Gouverneur.C\u2019était introduire le principe du \"gouvernement responsable\u201d.Vers 1830, la question des subsides fut résolue, dans le Haut-Canada, en cédant à la chambre basse le contrôle de tous les revenus et dépenses de la province.Mais, la lutte de Mackenzie continua pour réclamer le \"gouvernement responsable\u201d au peuple, un conseil législatif électif, et le contrôle du service des postes.Contre le parti libéral de Mackenzie s\u2019opposait le \"parti tory\u201d groupant les favoris du \"Family-Compact\u201d, ou les amis du Gouverneur.Le gouverneur Head, par sa conduite infatuée, précipita la révolution dans le Haut-Canada.A l\u2019automne de 1837, la rébellion éclata à Toronto.Mais elle fut vite domptée.En Nouvelle-Ecosse, jusque vers 1830, la situation intérieure était paisible.Mais, une classe d\u2019aristocrates dominait.Le \"conseil des douze\u201d régnait (à huis clos) tant au point de vue exécutif ou administratif qu\u2019au point de vue législatif.A la suite de quelques abus particuliers, un mouvement réformiste surgit, dirigé par Joseph Howe qui devint le chef incontesté des libertés populaires dans cette province, jusqu\u2019à 1867.A la session de 1837, il présenta et fit adopter douze résolutions.A la Nouvelle-Ecosse, Londres avait l\u2019habitude d\u2019accorder tout ce qu\u2019elle L'UNITÉ FONCTIONNELLE .601 demandait.Le contrôle des revenus fut abandonné à la chambre basse, et des représentants du peuple furent nommés au Conseil législatif, désormais séparé du Conseil exécutif.Quant au Nouveau-Brunswick, province qui comptait à peine 8,000 habitants en 1817, l\u2019influence de Londres, par un autre \"Family-Compact\u201d, s\u2019y faisait particulièrement sentir.Cependant, vers 1830, également, la question des subsides se posa carrément à la chambre basse.Les fonctionnaires tout-puissants entrèrent en lutte contre l\u2019assemblée populaire.En 1837, Londres accéda aux réclamations de la chambre basse qui obtint ainsi le contrôle de toute la finance : revenus et dépenses.Le parti populaire avait à sa tête L.-A.Wilmot, qui fut délégué deux fois à Londres avant d\u2019obtenir gain de cause.Enfin, le Canada comptait aussi, vers la même époque, les vastes territoires de l\u2019ouest.L\u2019Angleterre chercha à y répandre les formes exclusives de ses disciplines civilisatrices par des concessions à ses favoris, explorateurs et commerçants de fourrures.La Compagnie de la Baie d\u2019Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest s\u2019y faisaient alors la concurrence, lutte qui prit des proportions inquiétantes, vers 1815, sous l\u2019oeil attentif du Haut-Canada.Après une lutte de trente ans, les deux Compagnies se fusionnèrent, sous le nom de Compagnie de la Baie d\u2019Hudson (1820).Vers 1837, les territoires de l\u2019Ouest canadien comptaient à peine 5,000 habitants, dont un noyau de familles de langue française sous les soins de Mgr Provencher.Immensité où quelques ébauches de civilisation britannique avaient commencé leur pénétration.* * * Si l\u2019on s\u2019arrête à réfléchir quelques instants sur les 75 années écoulées (1763 à 1838) dans la vie commune des sujets britanniques du territoire septentrional de l\u2019Amérique du Nord britannique, il n\u2019est pas difficile de comprendre que le problème souverain qui déjà devient le cauchemar des administrateurs britanniques de l\u2019époque, c\u2019est bien celui de la dualité culturelle ou nationale de la population du pays.Dès le lendemain de la Capitulation de Montréal, et malgré le Traité de Paris, le vainqueur tente d\u2019effacer la 602 L'ACTION NATIONALE culture française par son régime arbitraire, heureusement interrompu en 1764.En 1774, par opportunisme et non par esprit civilisateur, Londres accorde Y Acte de Québec.Mais à peine dix-sept ans plus tard, Londres aidé de ses conseillers canadiens découvre la formule de la \"réserve française\u201d qui durera jusqu\u2019à nos jours.En 1755, Londres avait dramatiquement échoué dans sa dispersion des Acadiens : la balle lancée lui était revenue sur le nez par le retour des exilés.L\u2019expérience ne pouvait se répéter en 1791 avec une population d\u2019environ 90,000 colons français aussi bien enracinés au sol de la Nouvelle-France que ceux de cette époque.Ne pouvant songer, ni à les exiler par dispersion, ni à les fusiller par peloton, les administrateurs anglais ont pris le parti de refouler les colons français dans un grand camp de concentration, une \"réserve québécoise \u201d, le Bas-Canada.Cette décision ou cette formule révèle nettement que, dès 1791, les Anglo-Canadiens, appuyés par la mère-patrie, étaient bien résolus à conserver la maîtrise exclusive sur \"le reste du Canada\u201d.Et cette résolution, elle s\u2019est transmise, nous le verrons plus loin, de génération en génération, avec une ténacité de \"bull-dog\u201d qui \"garde ce qu\u2019il possède\u201d (What we have, we hold), en refusant constamment aux Canadiens d\u2019expression française la liberté de civiliser ou d\u2019humaniser le \"reste du pays\u201d, sur un pied d\u2019égalité avec les Canadiens d\u2019expression anglaise.Et finalement, pendant un demi-siècle, Londres s\u2019est obstiné à refuser aux colons de langue française, refoulés dans la réserve québécoise, les mêmes privilèges de contrôle politique et financier qu\u2019il accordait aux colons d\u2019expression anglaise.Exaspérés, les Canadiens-Français ont décidé de tenter les \"grands moyens\u201d, de répondre à la force par la force, puisque cela leur paraissait le seul langage capable d\u2019être compris de la haute civilisation anglo-saxonne.Evidemment, aujourd\u2019hui, à plus d\u2019un siècle de distance, les Anglo-Canadiens ne tiennent pas beaucoup à ce que l\u2019on reparle de ces heures tragiques de l\u2019histoire canadienne.Mais, il reste que ces faits ineffaçables sont révélateurs d\u2019une mentalité, d\u2019une philosophie sociale et dont l\u2019expérience, si chè- L'UNITÉ FONCTIONNELLE ., 603 re au pragmatisme anglo-saxon, peut servir de leçon aux Canadiens-Français d\u2019aujourd\u2019hui comme à ceux d\u2019hier.Et voilà pourquoi, il est indispensable de rappeler aux générations actuelles les témoignages de courage et d\u2019héroïsme que le fait de persister à demeurer fidèles à eux-mêmes a exigés de la génération si tragiquement éprouvée de nos ancêtres, de 1820 à 1840.Et nous allons voir bientôt que cette génération héroïque ne fut pas la seule à révéler son courage et son intrépidité, car l\u2019insurrection de 1837 eut ses lendemains; et ils ne furent pas du tout intéressants à vivre pour la minorité canadienne-française.Ill \u2014 Les \"Partis politiques\", seconde constitution ou constitution coutumière.Ainsi donc, vers 1837, la structure politique du Canada est demeurée sensiblement la même qu\u2019en 1791, mais le fonctionnement intérieur de la société canadienne a subi une lente et pénible évolution : chaque province britannique a conquis le contrôle financier essentiel à sa liberté politique et culturelle; il reste cependant à chacune de faire la conquête de son autonomie politique, vis-à-vis la mère-patrie.Et le travail est entamé, grâce à qui ?Il faut être bien myope pour ne pas voir que le travail d\u2019émancipation canadienne, commencé en 1791, qui aboutit à la rébellion québécoise de 1837, reste surtout l\u2019oeuvre du Canada français.Ce n\u2019est pas par simple coïncidence que le contrôle des subsides soit simultanément cédé par Londres au Haut-Canada, à la Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick, la même année où éclate l\u2019insurrection québécoise.Et ce n\u2019est pas tout.A cause de l\u2019insurrection de 1837, le parlement britannique nomma, dans le Bas-Canada, le nouveau gouverneur, Lord Durham, chargé de pouvoirs dictatoriaux.Lord Durham présenta à Londres, en 1838, un rapport sur la situation générale du pays, rapport qui devait changer à la fois la structure et le fonctionnement politiques des quatre colonies britanniques de l\u2019Amérique du Nord en recommandant, d\u2019une part, pour le bénéfice exclusif des provinces d\u2019expression anglaise, l\u2019usage du \"gouvernement responsable\u201d et, d\u2019autre part, 604 I/ACTION NATIONALE l\u2019union législative des deux Canadas au sein de laquelle l\u2019élément franco-catholique serait appelé à une disparition prochaine et inévitable dès que l\u2019élément anglo-protestant deviendrait en majorité, par une immigration intensive, dans ce nouveau Canada-Uni.Ainsi l\u2019Angleterre pensait-elle, il y a un siècle, punir les rebelles canadiens-français du Québec et récompenser ses fidèles sujets anglo-protestants du Haut-Canada, de la Nouvelle-Ecosse et du Nouveau-Brunswick.Dès décembre 1839, le Haut-Canada adopta le principe de l\u2019Union des deux Canadas, et Londres l\u2019imposa au Bas-Canada.Il convient de souligner, ici, une singulière attitude du gouvernement de Londres envers ses coloniaux de l\u2019Amérique du Nord britannique.Pour favoriser la fidélité de ses sujets d'expression française (menacée par la révolution américaine), Londres avait créé la \"province de Québec\" par Y Acte de 1774.Pour soustraire les Loyalistes anglo-protestants à la majorité franco-catholique de la \"province de Québec\", Londres n\u2019hésita pas à séparer cette province en Haut-Canada anglais et en Bas-Canada français.Pour punir la rébellion de ses sujets d\u2019expression française, Londres n\u2019hésite pas à créer l\u2019Union des deux Canadas afin de les assujettir à une majorité anglo-protestante éventuelle.Manoeuvre politique caractéristique dont il faudra se souvenir, même de nos jours, pour mieux comprendre certains événements contemporains.Cependant, comme les sujets français représentaient, en 1841, (environ 600,000 habitants) une majorité dans la population du Canada-Uni, Londres repoussa l\u2019idée de la représentation politique selon la population, au sein de la nouvelle Union législative.Cette union s\u2019est accomplie sur la base de l\u2019égalité représentative : 42 députés pour l\u2019ancien Bas-Canada et 42 députés pour l\u2019ancien Haut-Canada.La nouvelle structure politique du Canada-Uni ressemblait, théoriquement, beaucoup à l\u2019ancienne : le Gouverneur, deux Conseils (l\u2019exécutif et le législatif), et la Chambre d\u2019Assemblée élue par le peuple.C\u2019est Londres, par le Gouverneur, qui faisait le choix des membres des deux conseils.Mais, cette fois, le Gouverneur devait faire le choix L\u2019UNITÉ FONCTIONNELLE .605 des membres du conseil exécutif parmi les représentants du peuple à la Chambre d\u2019Assemblée.Ceci constituait une conquête qui devait avoir des conséquences décisives dans l\u2019histoire politique de la société canadienne.Les membres du Conseil législatif continuaient à faire l\u2019objet du choix du Gouverneur; mais comme avant 1841, la Chambre d\u2019Assemblée avait obtenu le contrôle financier (revenus et dépenses), le Conseil législatif ne jouera désormais qu\u2019un rôle secondaire.Ce qui importait maintenant, pour l\u2019émancipation politique des Canadiens (de l\u2019une et de l\u2019autre expression), c\u2019était deux choses : d\u2019une part, obtenir que la composition de l\u2019Exécutif soit représentative de l\u2019opinion majoritaire de la Chambre d\u2019Assemblée et, d\u2019autre part, que les membres de l\u2019Exécutif deviennent, eux-mêmes, responsables de leur travail administratif devant les membres de la Chambre d\u2019Assemblée.En obtenant ces deux points, les Canadiens parvenaient à la même émancipation politique à laquelle étaient parvenus les Britanniques, c\u2019est-à-dire le Gouvernement responsable.C\u2019est donc à partir de 1841, que les partis politiques prennent la vedette et la garderont en Amérique du Nord britannique, tant dans le Canada-Uni que dans les deux autres provinces : Nouvelle-Ecosse et Nouveau-Brunswick.En effet, puisque les membres de l\u2019Exécutif sont choisis par le Gouverneur au sein de la députation, celui-ci sera naturellement invité à exercer son choix parmi les députés dont le plus grand nombre se rallient autour d\u2019un même chef ou d\u2019un même programme, ou d\u2019une même étiquette partisane.De là, l\u2019importance décisive que prennent les \"partis politiques\", à partir de 1841.Voilà un fait historique de la plus grande importance au Canada.Cela signifie que, parallèlement à la constitution écrite qui détermine la structure juridique du pays (élément de stabilité), grandit ou évolue une seconde constitution, la constitution coutumière, (élément d\u2019opportunité), représentée par l\u2019institution des \"partis politiques\u201d.Désormais, l\u2019action opportuniste des partis politiques pourra se rendre jusqu\u2019à détourner même la \"constitution écrite\u201d de ses propres desseins permanents.Quiconque veut comprendra 606 L\u2019ACTION NATIONALE quelque chose aux événements qui font l\u2019histoire de l\u2019évolution politique du Canada, de 1841 à 1957, doit bien se graver dans la tête l'introduction de l\u2019institution des partis politiques, la seconde constitution qui caractérise le système parlementaire britannique.Il faut les voir à l\u2019oeuvre.* * * Sous le régime unitaire de l\u2019Union des deux Canadas, le Bas-Canada entre dans l\u2019Union partagé entre deux allégeances politiques : le parti libéral canadien qui est soutenu surtout par les Canadiens d\u2019expression française et le parti conservateur anglais, soutenu surtout par les Canadiens d\u2019expression anglaise.Quant au Haut-Canada, il compte les réformistes libéraux et les tories conservateurs.On voit tout de suite qu\u2019une union devient possible, sur le plan des partis politiques, pour favoriser la collaboration des deux Canadas en vue de la commune conquête du gouvernement responsable.D\u2019un côté, les libéraux qui tendent à l\u2019émancipation politique du pays, et les conservateurs qui restent fidèles à la bureaucratie, ou \"Family-Compact\u201d administratif.Jusqu\u2019à l\u2019avènement définitif de la responsabilité ministérielle (ou gouvernement responsable), le Gouverneur s\u2019efforce de constituer le Conseil exécutif de membres choisis parmi les représentants affiliés au parti majoritaire.Ceci dure, pour le CANADA-UNI, jusqu\u2019à 1848, date à partir de laquelle, grâce à l\u2019exemple donné par le gouverneur Lord ELGIN et à la ténacité du parti libéral de l\u2019époque (dirigé par Lafontaine-Baldwin), le principe de la responsabilité ministérielle est, en pratique, consacré dans le Canada-Uni.La même année (1848), le même principe était reconnu en Nouvelle-Ecosse, lorsque Joseph Howe, chef du parti libéral dans cette province, obtint du gouverneur John Harvey que le ministère ou conseil exécutif soit composé exclusivement de libéraux, parti majoritaire à la Chambre d\u2019As-semblée.Quant au Nouveau-Brunswick, et à Vile du Prince-Edouard (de formation récente), les gouverneurs suivirent bientôt l\u2019exemple.Il s\u2019ensuit qu\u2019à partir de 1848, sans que la constitution écrite de chaque province britannique de L\u2019UNITÉ FONCTIONNELLE .607 l\u2019Amérique du Nord en soit modifiée, la constitution coutumière, représentée par les partis politiques, introduisit une évolution ou une révolution dans l\u2019équilibre intérieur de la société britannique nord-américaine, à savoir : l\u2019autonomie politique (législative, administrative, financière) des Colonies de la Grande-Bretagne.* * * A partir donc de 1848, ou de la mise en vigueur \"coutumière\u201d de la responsabilité ministérielle, l\u2019histoire des Colonies Britanniques en Amérique du Nord se confond avec l\u2019histoire des partis politiques, l\u2019histoire de cette seconde constitution du pays qui devient supérieure à la constitution écrite puisqu\u2019elle peut même la mettre en échec ou la détourner de ses desseins.A partir de 1848, la coutume s\u2019établira, dans les colonies britanniques comme en Angleterre, pour le chef du parti politique majoritaire à la Chambre d\u2019Assemblée, promu au rang et au titre de Premier Ministre, de choisir lui-même les membres du Conseil exécutif (quitte à faire ratifier son choix par le gouverneur).Par cette coutume, le \"premier ministre\u201d devient, en fait, le véritable détenteur du contrôle politique et financier de la province, aussi longtemps qu\u2019il conserve à la Chambre, une majorité partisane, fidèle à ses initiatives.Par l\u2019étiquette partisane, par les disciplines partisanes, par la caisse électorale partisane et par le patronage partisan, le \"premier ministre\u201d devient le Maître à la fois du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif; il devient le monarque constitutionnel, c\u2019est-à-dire le dictateur qui n\u2019est astreint qu\u2019à respecter la \"constitution écrite\" ou qu\u2019à la contourner, ou à l\u2019ignorer quand il ne peut pas la faire modifier.De sorte que, à partir de 1848, faire l\u2019histoire de l\u2019évolution politique du pays canadien, c\u2019est, en définitive, faire l\u2019histoire de l\u2019activité des Premiers Ministres des provinces jusqu\u2019à 1867, et des Premiers Ministres de l\u2019Etat central et des Etats provinciaux, à partir de 1867.Il n\u2019entre pas dans le cadre de cet \"Avant-Propos\u201d de faire ce récit.Nous ne visons qu\u2019à mieux faire comprendre le fonctionnement intérieur de notre système parlementaire britannique, et qu\u2019à mieux faire comprendre 608 L'ACTION NATIONALE comment les Canadiens sont parvenus, étape par étape, à l\u2019équilibre politique et juridique établi par Y Acte de 1867, et parachevé par le Statut de Westminster, en 1931.* * * Il convient donc, ici, de reprendre le fil de notre récit synthétique.Nous en étions rendu à 1848, alors que le \"parti libéral réformiste\u201d détient les deux pouvoirs au sein du Canada-Uni, et que Joseph Howe, autre libéral réformiste, détient ceux de la Nouvelle-Ecosse.Le parti libéral dans le Canada-Uni accomplit une besogne de progrès économique qui s\u2019ajoute à celle du progrès politique aboutissant à Y autonomie ou gouvernement responsable.Mais, en 1853, on décide de porter à 65 par province-unie le nombre des représentants, soit 130 pour les deux Canadas-unis.Cette décision soulève le débat de la représentation selon l\u2019importance de la population.A cette époque, la population du Haut-Canada est devenue supérieure à celle du Bas-Canada.Jusque-là, Londres s\u2019était refusé à accorder cette base de représentation, la population du Bas-Canada étant, en 1841, supérieure à celle du Haut-Canada.Mais, devant l\u2019insistance des Hauts-Canadiens, Londres accepta de modifier la constitution écrite, ou Acte d\u2019Union.Cette décision manifestait trop d\u2019injustice pour que les Bas-Canadiens en restassent indifrérents.Ce fut l\u2019origine de querelles de caractère linguistique ou culturel (raciales, comme on disait, à l\u2019époque) qui paralysèrent l\u2019union des partis politiques par-dessus les frontières provinciales.On tenta donc des ministères de coalition qui se culbutèrent à un rythme alarmant.Vers la même époque, un groupe de Hauts-Canadiens agita la question d\u2019établir un système uniforme d\u2019écoles publiques pour tout le Canada-Uni.Cette question, et d\u2019autres de caractère purement administratif, provoquèrent une instabilité ministérielle sans précédent.En 1858, l\u2019idée d\u2019une fédération des provinces britanniques se rendit jusqu\u2019à Londres, avec une délégation de trois ministres du Canada-Uni.En 1864, les Hauts-Canadiens, avec leur supériorité de 300,000 de population, firent l\u2019unité autour d\u2019une réforme constitutionnelle tendant à l\u2019union législative de L\u2019UNITÉ FONCTIONNELLE .609 toutes les provinces britanniques.Des conférences-inter-provinciales eurent lieu.Elles aboutirent à une solution (qu\u2019aucun gouvernement des provinces participantes n\u2019était autorisé à modifier; de là, son caractère de \"pacte solennel\u201d), et les Chambres d\u2019Assemblée des provinces furent invitées à l\u2019accepter dans son entier ou à la refuser.Après d\u2019évidentes hésitations, le Canada-Uni, la Nouvelle-Ecosse et le Nouveau-Brunswick, sans aucun enthousiasme, envoyèrent leurs représentants respectifs à une conférence finale à Londres, en 1866.En collaboration avec les conseillers juridiques du parlement britannique, l\u2019Acte de 1867 fut rédigé et, le 29 mars 1867, la reine Victoria signait Y Acte de VAmérique du Nord Britannique adopté par le Parlement de Londres.Un nouvel équilibre politique et juridique, et un nouvel ordre culturel, étaient établis dans la nouvelle \"Puissance du Canada!\u2019.Sauf la modification indirecte, mais extrêmement importante, qui lui fut apportée en 1931, par le Statut de Westminster, c\u2019est le même équilibre politique qui s\u2019est prolongé de 1867 à 1957, quant à la constitution écrite, mais non pas quant à la constitution coutumière, c\u2019est-à-dire quant à l\u2019action opportuniste des \"partis politiques\u201d.Il faut, avant de conclure, s\u2019attarder un moment à suivre l\u2019évolution que les partis politiques canadiens ont fait subir à l\u2019application ou aux desseins de la constitution écrite, pour mieux en apprécier le caractère contemporain.* * * A ce point de notre récit, il convient d\u2019ouvrir une parenthèse pour expliquer le caractère contractuel ou simplement légal de Y Acte de 1867.Il s\u2019est écrit, à notre avis, beaucoup trop d\u2019articles et de brochures pour tenter de démontrer que Y Acte de 1867 représente la consécration d\u2019un \"pacte\u201d entre les provinces canadiennes d\u2019aujourd\u2019hui, ce qui aurait pour effet d\u2019attribuer à celles-ci une sorte de priorité ou de maternité vis-à-vis l\u2019Etat central canadien créé en 1867.Les faits peuvent ainsi se résumer.En 1866, il y avait trois provinces britanniques réunies à la Conférence décisive de Londres.Nous disons bien : provinces britanniques, c\u2019est-à-dire chacune directement reliée au 610 L'ACTION NATIONALE Colonial Office de Londres, chacune indépendante vis-à-vis l'une de l\u2019autre, et chacune ayant acquis vers 1848 l\u2019autonomie politique intérieure, par la conquête du \"gouvernement responsable\u201d.Or en 1866, chacune de ces provinces britanniques a renoncé à son statut juridique de province britannique pour s\u2019immoler en vue de rendre possible la naissance ou la formation d\u2019une seule et grande \"province britannique\u201d, la \"Puissance du Canada\".A partir de cette renonciation entre les mains des juristes et du parlement britanniques, les trois provinces britanniques représentées à Londres en 1866 disparaissaient, juridiquement parlant.Une seule province britannique désormais surgissait : La Puissance du Canada.Mais, l\u2019une des conditions essentielles posées à leur immolation par les trois provinces britanniques de 1866, c\u2019était que Londres divisât la nouvelle Puissance en quatre provinces canadiennes, dont le territoire et les institutions devaient correspondre au territoire de l\u2019ancien Haut-Canada, de l\u2019ancien Bas-Canada, de l'ancienne Nouvelle-Ecosse et de l\u2019ancien Nouveau-Brunswick.Par conséquent, la constitution canadienne de 1867, formulée dans la loi britannique dite Acte de 1867, n'est certainement pas le fruit de la volonté contractuelle des quatre provinces canadiennes créées par cet Acte lui-même.Parce que les provinces canadiennes d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019existaient pas juridiquement à la conférence de 1866, dont est sorti l\u2019Acte de 1867, celles-ci ne peuvent donc pas réclamer une priorité ou une maternité dans la naissance de la \"Puissance du Canada!\u2019, pas plus que ne peut le faire l\u2019Etat central canadien créé, lui aussi, par la même loi britannique de 1867.En conséquence, l\u2019Etat central canadien actuel et les provinces canadiennes actuelles sont des créations jumelles issues de la maternité exclusive du Parlement britannique, fécondé, il est vrai, par les anciennes provinces britanniques qui ont payé de leur mort leur geste fécondatif.Etat central et Etats provinciaux, de 1957, sont donc deux entités juridiques dont la naissance ou l\u2019existence ne remonte pas au-delà de l\u2019Acte de 1867.Il s\u2019agit bien de deux jumeaux, l\u2019un, singulier, l\u2019Etat central, et l\u2019autre, plural, les Etats provinciaux.Et L'UNITÉ FONCTIONNELLE .611 la mère, dans tout cela, c\u2019est le parlement britannique, c\u2019est une loi britannique.L\u2019ordre juridique et politique, établi au Canada en 1867, n\u2019est donc pas un ordre fédératif, mais un simple ordre de séparatisme mitigé.Ce n\u2019est pas un ordre hiérarchique où les provinces sont subordonnées à l\u2019Etat central, ni l\u2019Etat central, subordonné aux Etats provinciaux.C\u2019est un simple ordre juridique de superposition, comme un édifice inorganique à deux étages sans voie de communication intérieure d\u2019un étage à l\u2019autre, tout comme deux logements qui, au lieu d\u2019être côte à côte, sur le même plan horizontal, sont côte à côte sur le même plan vertical.Les entrées et les sorties de l\u2019étage inférieur se font sur le plan inférieur, et les entrées et les sorties de l\u2019étage supérieur se font sur le plan supérieur.Mais le mot supérieur n\u2019a ici aucune signification hiérarchique ou organique, mais simplement géographique ou spatiale.Les relations entre les deux édifices, c\u2019est le parlement britannique qui se les réservait dans leur entier.Voilà la singulière invention juridique qui est sortie, en 1867, des juristes anglo-saxons de Londres, qui ne s\u2019inspiraient d\u2019aucun principe fédératif, mais du seul souci de régler, de façon purement pragmatiste, un problème de coordination administrative sur le plan matériel.Il est donc absolument illusoire de parler, au Canada, de fédération ou de \"Confédération canadienne\u201d, bien que cette illusion dure depuis 90 ans.IV \u2014 L'Etude critique de la constitution écrite de 1867.Nous venons de reconnaître que la constitution canadienne de 1867 n\u2019a pas le caractère d\u2019une fédération, et nous avons ouvert une parenthèse dans notre récit historique de l\u2019évolution politique au Canada pour le démontrer sommairement.Pour être fidèle à notre exposé d\u2019histoire politique, il faudrait ici y revenir sans plus de délai.Toutefois, il serait bien téméraire d\u2019essayer de démontrer comment les partis politiques en sont arrivés à supplanter la constitution écrite du Canada si, d\u2019abord, nous ne commençons pas par décrire sommairement en 612 L\u2019ACTION NATIONALE quoi consiste cette \"constitution écrite\u201d et quelles en sont les principales faiblesses.Nous allons le faire sous les trois aspects qui lui sont inhérents : sa structure juridique, sa structure politique et sa structure culturelle.Par la structure juridique de la constitution écrite, le parlement britannique a établi un partage de pouvoirs; par la structure politique, il a désigné les pouvoirs partagés à des réalités politiques définies; par la structure culturelle, il a tenté un effort pour résoudre le problème souverain de la dualité culturelle ou nationale de la population canadienne, en 1867.a) Au point de vue juridique, l\u2019Acte de 1867 cherche visiblement à mettre un terme à l\u2019une des faiblesses des colonies britanniques de l\u2019époque : la dispersion des ressources financières dont chaque province britannique dispose pour son développement respectif.Pour articuler l\u2019immense territoire de l\u2019Amérique du Nord britannique, il faudra d\u2019abord des voies de communication intérieures, tant pour relier les provinces de l\u2019Est du pays aux Etats-Unis que pour relier les provinces de l\u2019Est à l\u2019Ouest canadien.Pour accomplir cette oeuvre gigantesque, l\u2019unification des ressources financières de toutes les provinces britanniques de l\u2019époque s\u2019impose.D\u2019autant plus qu\u2019au point de vue défense du pays contre les ambitions croissantes des Etats-Unis, Londres doit pouvoir compter sur l\u2019effort commun d\u2019un \"grand-Canada-réuni\u201d, de la \"Puissance du Canada\u201d.L\u2019idéal, au point de vue de Londres, supporté à cet égard par le Haut-Canada, c\u2019eût été l\u2019Union législative et administrative, d\u2019un océan à l\u2019autre.Mais, l\u2019obstacle à la réalisation de cet idéal, ce fut en 1867, comme en 1791, cette encombrante minorité franco-catholique qui persistait à exiger le contrôle politique et financier de ses destinées culturelles distinctives.Il fallait donc se résigner à un partage, à un séparatisme mitigé, à une répartition de pouvoirs.Cette répartition de pouvoirs se formula ainsi, dans ses grandes lignes.D\u2019un côté, une centralisation de pouvoirs supra-provinciaux, et de l\u2019autre côté, une énumération de pouvoirs provinciaux ou locaux, explicitement exclusifs aux provinces.D\u2019un côté, la paix, L'UNITÉ FONCTIONNELLE .613 l\u2019ordre, le bon gouvernement du Canada (sauf quant à ce qui concerne les matières exclusivement désignées aux provinces), le trafic, le commerce, la navigation, la monnaie, les banques, les postes, la milice, la défense, le recensement et la statistique, la loi criminelle et les pénitenciers, l\u2019uniformisation du droit civil (sauf quant au droit civil français), l\u2019immigration, la naturalisation, le mariage et le divorce, et finalement le prélèvement des taxes \"par tous les modes de taxation\u201d.De l\u2019autre côté, les pouvoirs de caractère régional : l\u2019agriculture, la colonisation, les forêts, les mines, les institutions municipales, les corporations (professionnelles et commerciales) à fins provinciales, la célébration des mariages, la propriété et les droits civils, l\u2019administration de la justice civile et les tribunaux qui s\u2019y rattachent, et finalement le prélèvement des taxes \"par le mode de taxation directe\u201d, sans oublier l\u2019item le plus important, évidemment, la législation relative à l\u2019éducation à l\u2019intérieur de chaque province.b) Au point de vue politique, l\u2019Acte de 1867 attribue exclusivement à un Etat central tous les pouvoirs de caractère supra-provincial que nous avons énumérés plus haut, sans but limitatif cependant, mais lui interdisant l\u2019exercice des pouvoirs exclusivement désignés aux Etats provinciaux.L\u2019Acte de 1867 crée donc deux frères jumeaux, l\u2019un, singulier : l\u2019Etat central et l\u2019autre, plural : les Etats provinciaux.Deux réalités politiques jumelles, indépendantes et autonomes, l\u2019une par rapport à l\u2019autre.D\u2019un côté, une seule et grande ''Province britannique\" (destinée à remplacer les quatre provinces britanniques antérieures), et \"grande province britannique\u201d divisée en Provinces canadiennes, sans lien de subordination, cependant, de ces dernières envers la première.Chaque réalité politique est souveraine dans l\u2019exercice de ses pouvoirs propres, mais reste cependant sujette au désaveu de Londres, l\u2019une directement (via le gouverneur du Canada), l\u2019autre, indirectement (via le lieutenant-gouverneur provincial et via le gouverneur en conseil du Canada).Certains interprètes ont voulu voir, dans cette clause du désaveu, un lien de subordination de l\u2019exercice des pou- 614 L'ACTION NATIONALE voirs attribués exclusivement aux Etats provinciaux à l\u2019Etat central.Ce n\u2019est pas exact : le lien de subordination établi par cette clause concerne le privilège de la Reine (à l\u2019époque : Reine Victoria) via ses représentants officiels au sein des colonies : gouverneurs et lieutenants-gouverneurs.Si on a ajouté l\u2019expression \"gouverneur en conseil\u201d dans le cas des Etats provinciaux, ce fut simplement pour épargner au gouverneur du Canada l\u2019obligation de prendre, seul, la responsabilité de transmettre au gouvernement de Londres les lois provinciales dont le caractère pouvait prêter à désaveu.Le gouvernement central canadien, par son Conseil exécutif, était invité à se prononcer sur l\u2019opportunité de soumettre à Londres telle loi douteuse; mais, jamais Londres n\u2019aurait permis au gouvernement central canadien de désavouer, par sa seule autorité, une loi provinciale.Il s\u2019agissait d\u2019une procédure, et non pas d\u2019un droit, attribuée au \"gouverneur en conseil\u201d du Canada.Notre interprétation est tellement conforme à l\u2019esprit de la constitution qu\u2019en 1931, lors de la passation du Statut de Westminster, à Londres, cette clause de désaveu fut abolie.Il s\u2019agit donc bien de deux réalités politiques jumelles, souveraines l\u2019une quant à l\u2019autre, qui furent créées par l\u2019Acte de 1867, le gouvernement britannique se réservant le soin des relations intérieures entre l\u2019Etat central et les Etats provinciaux, comme entre les Etats provinciaux eux-mêmes, et se réservant le soin des relations extérieure; de l\u2019Etat central canadien sur le plan international, militaire et commercial.Voilà, en quelques mots, la structure politique établie par l\u2019Acte de 1867.Or, en 1931, par le Statut ae Westminster, cette structure politique fut modifiée de la façon suivante.Les relations extérieures de l\u2019Etat central canadien, sur le plan international, militaire et commercial, furent cédées par Londres à cet Etat central même.Quant au reste : relations entre l\u2019Etat central et les Etats provinciaux, et relations entre les Etats provinciaux eux-mêmes, aucune prévision n\u2019a été formulée, en 1931.De sorte que, par le retrait en 1931 de l\u2019Etat britannique quant aux affaires intérieures et extérieures du Canada, ces relations entre Etat L\u2019UNITÉ FONCTIONNELLE .615 central souverain et Etats provinciaux souverains restent sans solution.Et comme, pour modifier l\u2019Acte de 1867, aussi bien que le Statut de Westminster, il faut l'intervention du Parlement britannique; et comme pour modifier l\u2019ordre établi au Canada en 1867, Londres ne peut agir sans le consentement des deux jumeaux que Londres a créés, en 1867, on peut voir dans quelle impasse se trouvent les relations actuelles entre l\u2019Etat central canadien et les Etats provinciaux canadiens.La seule façon pratique d\u2019en sortir, depuis 1931, c\u2019est pour l\u2019Etat central canadien de négocier des ententes avec les Etats provinciaux, collectivement ou séparément, en vue de favoriser l\u2019évolution de la politique canadienne.Et c\u2019est précisément cette oeuvre que tentent de réaliser, depuis une vingtaine d\u2019années, les partis politiques au Canada, tout particulièrement, le parti libéral, qui est au pouvoir (comme on dit) depuis 1935.Pour assurer la cohésion intérieure du pays canadien, l\u2019Etat central, (ou plus précisément le parti majoritaire qui constitue le gouvernement central), est tenu de négocier des traités ou ententes entre lui-même et les gouvernements provinciaux (ou partis politiques provinciaux qui les incarnent).Comme on peut le soupçonner, c\u2019est toute une \"job\u201d pour un gouvernement central qui, par ailleurs, est déjà tenu de négocier des traités de paix et de commerce avec une cinquantaine de pays du monde actuel.Voilà qui explique la ténacité du gouvernement central actuel à tenter de subordonner les Etats provinciaux à sa propre autorité, non pas en modifiant la constitution écrite, mais en s\u2019emparant du contrôle des revenus (et plus tard des dépenses) qui appartiennent, juridiquement, aux Etats provinciaux.Antérieurement à 1931, il existait une subordination tacite entre l\u2019Etat central canadien et les Etats provinciaux, subordination plus ou moins complètement exercée par la subordination des partis politiques provinciaux aux partis politiques supra-provinciaux ou dits \"fédéraux\u201d.Heureusement ou malheureusement, depuis une vingtaine d\u2019années, il s\u2019est formé des \"partis politiques provincialistes\u201d, non subordonnés aux caisses électorales des \"partis fédéraux\u201d.Il ne reste donc plus, pour le gou- 616 L'ACTION NATIONALE vernement central, en vue de faciliter ses relations indispensables avec les Etats provinciaux canadiens, que le moyen auquel le \"parti libéral\u201d actuel recourt depuis une vingtaine d\u2019années, celui de la subordination financière des Etats provinciaux, celui de se faire céder le contrôle de la taxation, tant directe qu\u2019indirecte, \"par tous les modes de taxation\u201d comme dit explicitement l\u2019Acte de 1867.Telle est l\u2019explication ultime de la lutte qui se poursuit depuis une vingtaine d\u2019années entre ce que l\u2019on désigne sous le nom d\u2019autonomie provinciale et de centralisme canadien, ou de nouveau fédéralisme canadien.Il s\u2019agit ni plus, ni moins, d\u2019une révolution recherchée par la seconde constitution du Canada, ou constitution coutumière ou institution des partis politiques, pour modifier du tout au tout l\u2019ordre ou l\u2019équilibre politique établi par l\u2019Acte de 1867, laissé en plan par le Statut de Westminster; et ceci, sans modifier le texte même de l\u2019une et de l\u2019autre de ces deux lois du Parlement britannique.Voilà le grand problème canadien de 1957, pour l\u2019Etat central.c) Passons, maintenant, au point de vue culturel ou national tel que résolu par l\u2019Acte de 1867 et demeuré inaffecté par le Statut de Westminster.En comprenant bien ce point de vue culturel, on comprend sans effort l\u2019obstination de la Province de Québec à résister au centralisme ou nouveau fédéralisme canadien, préconisé par le parti libéral d\u2019Ottawa.Et on comprend mieux pourquoi les Québécois sont justifiables de considérer, aujourd\u2019hui, Ottawa (c\u2019est-à-dire le parti libéral qui y règne depuis 1935), comme le pire ennemi des Canadiens-Français.On se rappelle qu\u2019au temps de l\u2019Union des deux Canadas, il existait un double système d\u2019éducation au sein du Canada-Uni.L\u2019ancien Bas-Canada et l\u2019ancien Haut-Canada, en vertu d\u2019une loi adoptée dès la première session conjointe de 1842, s\u2019étaient entendus pour diriger respectivement leur système d'instruction publique, pour en conserver respectivement le contrôle financier, conformément aux exigences de leurs disciplines culturelles distinctives.Mais, le projet d\u2019une union législative de toutes les provinces britanniques de l\u2019Amérique du nord (actuel- L\u2019UNITÉ FONCTIONNELLE .617 les et éventuelles), formulé par les Hauts-Canadiens (ceux-là mêmes qui se faisaient les champions de l\u2019uniformisation de l\u2019enseignement au sein du Canada-Uni, vers 1853), ce projet unitaire, qui rappelait la réalisation du rêve de Lord DURHAM en vue de noyer la culture française et d\u2019en finir, enfin, avec l\u2019encombrante minorité franco-catholique au pays, ce projet unitaire ne manqua pas de soulever les inquiétudes profondes du peuple canadien-français.Il mit toute sa confiance dans ses chefs politiques de l\u2019époque, particulièrement, Georges-Etienne Cartier, l\u2019associé politique de John-A.MacDonald.Au cours des \"conférences inter-provinciales\u201d qui précédèrent la conférence décisive de 1866, à Londres, les Canadiens d\u2019expression anglo-protestante finirent par comprendre que leurs compatriotes d\u2019expression franco-catholique ne pouvaient pas raisonnablement accepter de confier le destin de leurs disciplines civilisatrices distinctives à la majorité anglo-protestante.Ils se résignèrent donc à accepter la solution du séparatisme mitigé que nous avons exposée plus haut.Ce séparatisme juridique et politique mitigé paraissait la seule formule permettant aux Canadiens-Français de conserver le contrôle politique et financier de leurs disciplines culturelles, contrôle politique et financier pour la conquête duquel le sang avait coulé sur la terre canadienne, en 1837.Trente ans après, ce souvenir était encore frais à la mémoire des \"Pères\u201d de l\u2019Acte de 1867, de cet \"Acte\u201d qui attribuait aux Etats provinciaux l\u2019exclusivité de la législation relativement à l\u2019éducation.Par cette solution culturelle, cependant, le problème de la dualité culturelle canadienne recevait un traitement qui est loin d\u2019être définitif.En effet, d\u2019une part, il prolonge, au Canada, jusqu\u2019à nos jours, la politique culturelle de l\u2019isola-tionisme des Canadiens-Français dans leur réserve française du Québec, leur interdisant la possibilité d\u2019une expansion culturelle normale en dehors des limites de leur province-prison, sorte de grand camp de \"concentration culturelle ou nationale\u201d; d\u2019autre part, il érige en principe le système du provincialisme culturel ou national, en laissant à chaque province souveraine le soin de déterminer le caractère des 618 L\u2019ACTION NATIONALE disciplines culturelles qui lui conviennent.Cet éparpillement des valeurs civilisatrices, au Canada, devient un réel handicap au développement à!une civilisation canadienne vraiment caractéristique.Le Canada contemporain compte dix provinces où chacune est seule reine et maîtresse de son propre caractère culturel ou national.Au surplus, comme c\u2019est la majorité de la population provinciale qui décide de la législation relative à l\u2019éducation, il s\u2019ensuit qu\u2019il suffit que dans une province, par le jeu de l\u2019immigration, la majorité de la population devienne allemande, ukrainienne, hongroise, etc.pour que les disciplines culturelles traditionnellement dualistes deviennent au Canada, trinitaires et même davantage : multiplicitaires.Le système du provincialisme culturel peut conduire à une Tour de Babel au Canada.Certes, le gouvernement central veille à sauvegarder le caractère britannique des populations provinciales, grâce à l\u2019immigration qui est de son ressort juridique.Mais, le principe persiste dans la constitution écrite du pays.En conséquence, la solution culturelle au Canada, tel que formulée dans l\u2019Acte de 1867 ne saurait être définitive pour les deux raisons soulignées : prolongement injuste de la \"réserve française\u201d dans le Québec, et introduction d\u2019un \"provincialisme\u201d culturel nuisible à la naissance et au développement d\u2019une civilisation canadienne d\u2019un caractère définitivement biculturel ou anglo-français.Au point de vue canadien-français, c\u2019est un mal-être incontestable : en dehors du Québec, les Canadiens-Français qui veulent s\u2019établir au Canada y subissent les mêmes inconvénients que n\u2019importe quel immigrant frais débarqué sur les rives laurentiennes; ils sont des exilés dans leur propre pays; le reste du Canada ne peut pas être la patrie des Canadiens-Français; leur patrie se réduit à la seule province de Québec, puisque c\u2019est là, seulement, où ils peuvent jouir de la liberté de demeurer fidèles à leurs disciplines culturelles héréditaires sans être punis par l\u2019obligation de payer double taxe scolaire.Et au point de vue canadien, le Canada est, en principe, exposé à devenir un pays multiculturel.En conclusion, la solution culturelle de 1867 ne peut pas être une solution L\u2019UNITÉ FONCTIONNELLE .619 définitive, ni pour le bien-être culturel de la minorité, ni pour le bien-être culturel de la collectivité entière.Ainsi donc, la constitution écrite de 1867, examinée sommairement sous les trois aspects qui la caractérisent : aspect juridique, aspect politique et aspect culturel, est loin de représenter une solution définitive au triple point de vue envisagé.Les conditions économiques et financières du pays, en 1867, réclamaient une centralisation de pouvoirs beaucoup plus complète que celle que le séparatisme juridique mitigé des pouvoirs supra-provinciaux et des pouvoirs provinciaux établissait; la cohésion ou la coordination intérieure du pays exigeait une centralisation politique bien plus complète que celle que le séparatisme politique mitigé de l\u2019Etat central, sans autorité sur les Etats provinciaux, établissait; enfin, la dualité culturelle ou nationale de la population exigeait une reconnaissance de parité culturelle beaucoup plus complète que celle que la formule du provincialisme culturel et de la réserve québécoise établissait.Telles sont les trois grandes faiblesses de la constitution écrite de 1867 auxquelles les partis politiques canadiens, cette seconde constitution coutumière au Canada, ont toujours été plus ou moins assujettis dans leur propre évolution, depuis 1867.Et c\u2019est maintenant à ce sommaire rappel historique que nous allons nous arrêter.V \u2014 Les luttes entre les exigences matérielles et les exigences culturelles (1867-1957) L\u2019exposé que nous avons fait de l\u2019ordre juridique, de l\u2019ordre politique et de l\u2019ordre culturel, établis au Canada par la constitution écrite de 1867, devrait avoir suffi à faire mieux comprendre une réalité souverainement importante, parce qu\u2019elle domine tout le fonctionnement de la vie intérieure de la société humaine canadienne, de la civilisation canadienne, à partir de 1867.Or cette réalité souveraine consiste dans le fait que, à partir de 1867, l\u2019Etat central canadien incarne les exigences matérielles ou économiques et financières, du pays, parce qu\u2019il a précisément été créé pour coordonner les forces matérielles de la \"Puissance du Canada\u201d, tandis que les Etats pro- 620 L'ACTION NATIONALE vinciaux incarnent avant tout les exigences culturelles ou nationales du pays, parce qu\u2019ils ont été précisément créés à cause de la dualité culturelle ou nationale de la population.Qui dit donc, Etat central canadien, dit puissance matérielle du pays; qui dit donc, Etats provinciaux, dit puissance culturelle du pays.Sans la dualité culturelle de la population canadienne, en 1867, il n\u2019y aurait jamais eu de provinces canadiennes, mais une grande union législative d\u2019un océan à l\u2019autre.Et cela aurait sans doute existé, non seulement depuis 1867, mais dès le début de la prise de possession du territoire septentrional de l\u2019Amérique du Nord, en 1763.Il y a donc deux siècles qu\u2019au Canada, les réalités politiques provinciales sont synonymes des exigences culturelles de la population du Canada.Une fois cette vérité historique fondamentale admise par tout le monde, au Canada, il devient très facile de comprendre que chaque fois qu\u2019il s\u2019engage une lutte entre les Etats provinciaux et l\u2019Etat central, il s\u2019agit d\u2019une lutte entre la puissance matérielle du pays et la puissance culturelle, la puissance matérielle étant représentée par l\u2019Etat central, et la puissance culturelle étant représentée par les Etats provinciaux.Aussi longtemps qu\u2019au Canada, à partir de 1867 à 1931, c\u2019est-à-dire jusqu\u2019au Statut de Westminster, le gouvernement de Londres veillait lui-même à maintenir les bonnes relations entre l\u2019Etat central canadien et les Etats provinciaux, l\u2019autonomie des provinces fut toujours sauvegardée parce que les juristes britanniques ont toujours compris le caractère originel de la constitution écrite du Canada.Ils ne pouvaient l\u2019interpréter que dans sa lettre et dans son esprit.Il nous apparaît donc superflu de nous étendre plus longuement à faire le récit des tentatives centralisatrices de l\u2019Etat central canadien de 1867 à 1931 : elles aboutirent presque fatalement à une défaite, devant les hauts tribunaux de Londres.D\u2019ailleurs, de 1867 à 1931, chaque fois que l\u2019Etat central a cherché à empiéter sur les pouvoirs exclusivement déterminés aux Etats provinciaux, ce fut toujours pour des motifs d\u2019ordre matériel, économique ou financier.Et c\u2019était normal, puisque L'UNITÉ FONCTIONNELLE .621 la mission de l\u2019Etat central, au Canada, est une mission exclusivement matérielle, économique et financière.Mais, a partir de 1931, à partir du moment où le gouvernement de Londres, par le Statut de Westminster, s\u2019est absolument retiré des affaires intérieures et extérieures du Canada, c\u2019est alors que l\u2019Etat central canadien s\u2019est cru le seul maître de la situation à l\u2019intérieur du pays.C\u2019est depuis 1931, et particulièrement, depuis 1935 avec le retour au pouvoir du parti libéral dirigé par Mackenzie KING, que l\u2019Etat central canadien, incarné par le gouvernement libéral, a commencé sa lutte systématique contre les Etats provinciaux.C\u2019est à partir de 1935, que le gouvernement central canadien, devenu l\u2019interprète d\u2019un Canada internationalement souverain, s\u2019est avisé de soumettre à son contrôle économique et financier les Etats provinciaux du pays, dont la seule raison d\u2019exister, nous l\u2019avons vu, est une raison de caractère culturel ou national.Il faut s'arrêter un moment à considérer les efforts de centralisation économique, financière et même culturelle, multipliés depuis 1935 par le gouvernement central du Canada, ou gouvernement libéral central du pays.Le premier événement qui a fourni au gouvernement central canadien l\u2019occasion de formuler son système de centralisation financière aboutissant à subordonner les provinces à son contrôle économique et financier (contrôle matériel, avant tout), ce fut la fameuse crise économique de 1930 qui a jeté quelques-unes des provinces canadiennes, économiquement mal équilibrées, telles que les provinces des prairies canadiennes, au bord de la faillite.A ce moment, l\u2019Etat central a été obligé d\u2019intervenir financièrement pour les aider à traverser cette période de dépression économique.L\u2019Etat central canadien en a conclu que les provinces ne pouvaient seules s\u2019administrer efficacement, du moins quant à plusieurs d\u2019entre elles.L\u2019Etat central distingua donc au pays des provinces pauvres et des provinces riches.Et comme la constitution écrite ne prévoyait aucun organisme de liaison inter-provinciale permanent pour favoriser les relations entre provinces, indispensables pour le règlement de maints problèmes qu\u2019elles 622 I/ACTION NATIONALE possèdent en commun, l\u2019Etat central s\u2019est hâté de prendre l\u2019initiative de les convoquer pour favoriser leur rencontre et se poser comme arbitre à leurs yeux.C\u2019était un premier pas vers un contrôle plus étendu.Le deuxième pas fut marqué à la suite du fameux rapport de la Commission Macmillan sur le système bancaire au Canada, rapport dont la recommandation a abouti à la création d\u2019une banque centrale canadienne, la Banque du Canada, en 1934.On sait jusqu\u2019à quel point, par la centralisation bancaire, un Etat central peut parvenir facilement à subordonner la capacité d\u2019emprunt des Etats provinciaux aussi bien que des corporations provinciales, et jusqu\u2019à celle des entreprises privées.L\u2019Etat central, par son parti libéral à la tête du gouvernement, triomphait donc dans la poursuite de son rêve d'hégémonie financière sur les administrations provinciales.Mais, un troisième pas vers l\u2019unitarisme financier du pays devait être favorisé par la déclaration de guerre du Canada à l\u2019Allemagne, à l\u2019automne de 1939-L\u2019occasion était belle pour le gouvernement central de demander aux provinces canadiennes la cession des sources de revenus ou de taxation que celles-ci possèdent en vertu de la constitution écrite du pays.Cette cession de l\u2019exercice des droits de taxation ne devait être, bien entendu, que temporaire, que pour la durée des hostilités, et était commandée par l\u2019urgence de sauver la civilisation et le christianisme menacés dans le monde entier par le nouveau Satan de l\u2019heure, Adolf HITLER.Les provinces, en bonnes camarades, ont consenti à prêter leur concours, à céder une portion de leurs principales sources de revenus sous forme de taxation directe.Puis est arrivée la fin des hostilités, mais sans assurer une paix définitive.La guerre froide a succédé à la guerre chaude, et le gouvernement central a invité les provinces à une grande réunion à Ottawa; il s\u2019agissait de prolonger le système de centralisation fiscale qui avait donné de si merveilleux résultats au cours de la guerre chaude, au bénéfice des ministres et des bureaucrates de l\u2019Etat central.C\u2019est très agréable, il ne faut pas en douter, de manipuler les milliards versés par les travailleurs canadiens et d\u2019en disposer à sa guise, L'UNITÉ FONCTIONNELLE .623 comme peut le faire un gouvernement central qui détient une forte majorité de partisans à la Chambre des Communes.Cela devient grisant, cela vous donne un vertige de satisfaction.De fil en aiguille, la bureaucratie du gouvernement central s\u2019est ingéniée, depuis 1945, à trouver mille et un prétextes pour justifier le gouvernement libéral canadien à persister dans sa politique de subordination fiscale et financière des provinces canadiennes, qui, somme toute, n\u2019ont aucune raison d\u2019être au point de vue économique ou matériel au Canada, sauf sans doute celle de permettre à la seule province de Québec une maîtrise politique et financière sur les destinées culturelles de la minorité canadienne-française.Mais, en fin de compte, le bien-être matériel du pays canadien a-t-il le devoir de se sacrifier encore bien longtemps sur l\u2019autel du bien-être culturel de cette minorité québécoise définitivement trop encombrante, à la fin ! Ainsi commencèrent à raisonner nos géniaux bureaucrates anglophones et francophobes, à qui les sueurs du front de 5,000,000 de Canadiens-Français contribuent généreusement à payer des salaires rondelets depuis ces dernières années.Et alors, ils s\u2019ingénièrent à proposer au parti libéral canadien, à la tête du gouvernement central depuis 1935, mille et une autre mesures de centralisation fiscale et financière pour de mieux en mieux subordonner les provinces à l\u2019omnipotence de l\u2019Etat central, et pour ainsi de mieux en mieux révéler à la population canadienne l\u2019inutilité pratique de conserver ces réalités politiques provinciales qui deviennent d\u2019entretien trop onéreux dans un petit pays de 16,000,000 d\u2019habitants.Or, les bureaucrates et les ministres du parti libéral canadien se sont vite rendu compte que le plus grand obstacle à la centralisation intégrale au Canada, c\u2019était comme de raison les Canadiens-Français groupés dans leur \"réserve québécoise\u201d.C\u2019est donc là que devait porter l\u2019offensive pour faire la conquête de l\u2019adhésion des Québécois au centralisme fiscal et financier canadien.Que faire pour y arriver ?Une idée géniale surgit dans l\u2019esprit de quelques grands inspirés universitaires de langue anglaise.Il n\u2019est pas impossible que l\u2019idée en soit due à M.Vincent Massey, 624 L'ACTION NATIONALE à ce moment-là, grand manitou à l\u2019Université de Toronto.Quoi qu\u2019il en soit, la Commission Massey fut créée en 1949 pour poursuivre une enquête sur les besoins culturels du pays au sein des provinces canadiennes, seules responsables de la culture au Canada, en vertu de la constitution écrite.La Commission Massey s\u2019introduisait donc nettement dans un domaine qui lui était interdit par le texte même de l\u2019Acte de 1867.Les provinces, même la province de Québec, sauf quelques protestations du premier ministre Duplessis, ont fort bien accueilli les enquêteurs du gouvernement central.Il faut dire que pour mieux faire gober le principe de l\u2019enquête par les Canadiens-Français du Québec, le gouvernement central eut la géniale idée de choisir un bon père dominicain, le Père G.-H.Lévesque, comme collègue enquêteur de M.Vincent Massey.Et comme la population québécoise est habituée, depuis trois siècles, à faire confiance aux membres de son clergé, elle n\u2019a pas redouté de mauvais desseins dans les conséquences de cette enquête culturelle, inventée par les bureaucrates d\u2019Ottawa et les universitaires de Toronto.Les Québécois, trop naïfs ou trop confiants, sont tombés, comme on dit, dans le panneau, ou le piège qui leur était tendu.L\u2019année suivante, le rapport de la Commission Massey était rendu public.La thèse qu\u2019il soutenait peut se résumer ainsi.Vu le danger menaçant de l\u2019Américanisme (à ce moment-là, la mythomanie n\u2019existait pas encore), pour protéger la civilisation canadienne des multiples dangers que le voisinage américain impose, les provinces canadiennes ne pouvaient pas servir de rempart suffisamment efficace.Au surplus, pour répondre aux besoins grandissants de compétences techniques capables de satisfaire les exigences de l\u2019industrialisme canadien, il fallait former des ingénieurs, des hommes de science, etc .de plus en plus nombreux et de mieux en mieux préparés; or, les provinces ou les institutions provinciales n\u2019étaient pas aptes, laissées à leurs seules sources de revenus financiers, à accomplir cette mission.Donc, au point de vue culturel, l\u2019intervention de l\u2019Etat central canadien s\u2019imposait, tant au point de vue culture populaire qu\u2019au point de vue haute culture ou L'UNITÉ FONCTIONNELLE .625 culture universitaire et post-universitaire.Dès 1951, et annuellement depuis 1951, l\u2019Etat central canadien a adopté une législation à l\u2019effet d\u2019accorder aux universités canadiennes des octrois imposants, bien que la constitution écrite du Canada interdise formellement au gouvernement central le droit de légiférer relativement à l\u2019éducation.Mais que vaut une constitution écrite qui date de 90 ans ?Après tout, ce n\u2019est qu\u2019un chiffon de papier, qui d\u2019ailleurs n est même pas dans les Statuts du Canada, mais dans les Statuts de l\u2019Angleterre.Donc, cela n'a aucune sorte d\u2019importance, sauf peut-être pour la minorité canadienne-fran-çaise, pour les naïfs Québécois qui croient encore aux vieux papiers.Or, qui est-ce qui doit conduire le pays canadien ?Une majorité ou une minorité ?Il y a assez longtemps que la majorité anglo-canadienne se laisse mener par le bout du nez par cette minorité canadienne-française, devenue de plus en plus encombrante par sa manie de fabriquer des enfants à la douzaine et de déborder de la réserve québécoise pour envahir les provinces de l\u2019ouest canadien et même le château fort sacré de l\u2019Ontario.Ainsi raisonnèrent et raisonnent encore les bons bureaucrates et les bons universitaires d\u2019Ottawa et de Toronto.Mais, la Commission Massey ne s\u2019était pas limitée à recommander des octrois aux universités canadiennes, tellement négligées par les provinces arriérées du Canada, particulièrement la vieille province de Québec tenue dans l\u2019obscurantisme, par son clergé et jusque par son premier ministre illettré; non, la Commission Massey avait recommandé la formation d un conseil canadien des Arts, des Humanités et des Sciences sociales, de telle sorte que les Canadiens-Français soient invités à se déniaiser grâce aux bons services de la majorité anglo-saxonne, qui évidemment exercerait son contrôle majoritaire dans le financement et la direction intellectuelle de ce Conseil de haut-savoir, au Canada.Ce conseil aurait pour mission de distribuer des bourses et des cadeaux \"sans condition\u201d aux lumières intellectuelles qui brillent ici et là dans les provinces canadiennes, et une partie des fonds attribués à ce conseil servirait à aider à l\u2019amélioration des édifices universitaires, de façon à 626 L\u2019ACTION NATIONALE orienter les pots-de-vin des constructeurs d\u2019édifices publics un peu plus vers Ottawa que vers les capitales provinciales.Cela est bien utile, évidemment en période électorale, non seulement pour entretenir l\u2019immoralité des élections provinciales, mais aussi l\u2019immoralité des élections centrales.Et voilà, bien sommairement résumé, comment d\u2019une étape à l\u2019autre, le gouvernement central canadien, bien inspiré par le bon parti libéral dirigé par le bon papa Saint-Laurent, en est arrivé à ignorer la constitution écrite du pays canadien pour mieux se justifier de légiférer dans le sens diamétralement opposé à l\u2019ordre juridique, politique et culturel établi en 1867 par l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord Britannique.* * \u2022 Ainsi donc, comme nous avons eu l\u2019occasion de le comprendre par le sommaire exposé historique que nous venons de terminer, le centralisme ou le nouveau fédéralisme canadien préconisé par le parti libéral depuis 22 ans vise à la subordination fiscale et financière des provinces canadiennes parce que, depuis 1931, celles-ci sont devenues inaptes à assurer, non seulement le bien-être matériel de la population canadienne, mais aussi son bien-être culturel, le mieux-être de la civilisation canadienne menacée par la civilisation américaine.Désormais, il appartient donc, bien que la constitution écrite du Canada affirme exactement le contraire, il appartient donc à l\u2019Etat central de réduire les provinces canadiennes en esclavage financier et fiscal au bénéfice de l\u2019omnipotence du gouvernement central, et il appartient donc à l\u2019Etat central de légiférer pour fins d\u2019éducation populaire et pour fins d\u2019éducation universitaire et de former un Conseil culturel sous la domination anglophone pour favoriser l\u2019évolution de la civilisation canadienne-française.A cela, la minorité canadienne-fran-çaise répond, par la bouche de son gouvernement, qu\u2019une telle interprétation de l\u2019ordre juridique, politique et culturel établi en 1867, par la constitution écrite du Canada, est absolument erronée.Le gouvernement central libéral répond : \"Mais nous ne changeons absolument rien au L\u2019UNITÉ FONCTIONNELLE .627 texte de la constitution écrite; il est vrai que nous l\u2019abolissons tout simplement, en paralysant le fonctionnement que cette constitution écrite autorise; mais, la constitution écrite va demeurer intacte dans les archives de l\u2019Angleterre; et les Canadiens-Français n\u2019ont rien à craindre, car la majorité anglo-canadienne les aime beaucoup et elle est disposée à les traiter aux petits oignons; c\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019ils ont toujours fait depuis 1763, l\u2019histoire est là pour le prouver.Vous voyez bien : le parti libéral donne des octrois aux universités \"sans condition\u201d, alors que dans la province de Québec, Maurice Duplessis menace la liberté académique des universitaires, genre Père Lévesque, Maurice Lamontagne, J.-C.Falardeau, etc.Et M.Louis Saint-Laurent se promène entre Québec et Ottawa en disant : \"Il y aura toujours des braillards pour voir dans les gestes de la majorité anglophone du pays des menaces à la langue française et à la religion catholique\u201d.Mais, ce que M.Saint-Laurent ne dit pas, c\u2019est que si la province de Québec accepte de devenir à la solde du gouvernement central dominé par la majorité anglophone du pays, elle cesse par le fait même de demeurer maîtresse du contrôle politique et financier des destinées de la culture française au Canada, ce pourquoi les ancêtres canadiens-français ont été obligés, en 1837, de se battre jusqu\u2019au sang avant de l\u2019obtenir.Mais ce que M.Saint-Laurent ne dit pas, c\u2019est qu\u2019il paraît bien étrange aux Québécois que toutes les provinces anglaises soient unanimes à devenir subitement les succursales dociles de l\u2019Etat central canadien uniquement par souci du bien-être matériel de la population canadienne, alors qu\u2019elles savent parfaitement bien que ce bien-être matériel canadien se paye du prix du mal-être culturel de la seule population de la province de Québec.Que M.Saint-Laurent renverse les rôles, et qu\u2019au lieu d\u2019être française, la minorité soit anglaise, au Canada; qu\u2019est-ce que ferait la minorité anglaise devant une majorité française liguée contre elle ?Elle ferait ce qu\u2019elle a fait en 1791 : elle exigerait le séparatisme complet par la division du Canada, en Haut et Bas Canada.Est-ce cela que désire le parti libéral canadien ? 628 L\u2019ACTION NATIONALE VI \u2014 Le langage des théoriciens du parti libéral dans le Québec, depuis cinq ans.Ainsi donc, à la lumière de la lutte conduite par le gouvernement central canadien, représentant de la puissance matérielle au Canada, contre les gouvernements provinciaux, représentant de la puissance culturelle, il ressort nettement que cette lutte devient une lutte conduite par la majorité anglophone du pays contre la minorité francophone sous le manteau du mieux-être économique de la population canadienne et sous le manteau du salut de la civilisation canadienne menacée par la satanique civilisation américaine.L'issue de cette lutte, c\u2019est une menace de mort à la sécurité culturelle de la minorité canadienne-française.Le parti libéral accule les Québécois au dilemme suivant : ou bien opter pour l\u2019aventure d\u2019un bien-être matériel éventuel en abandonnant le sort culturel des Canadiens-Français à la merci d\u2019une majorité qui leur refuse la liberté même dans leur réserve québécoise, en dépit des exigences formelles de la constitution écrite de 1867, ou bien opter pour la séparation politique de la province de Québec du reste du Canada pour conserver la liberté culturelle des Canadiens-Français dans un Etat français indépendant en Amérique du Nord, mais qui court le risque de devenir un Etat de misères matérielles, coincé qu\u2019il sera entre deux majorités anglo-saxonnes fortement imbues d\u2019ambitions exclusivement matérialistes.Bref, d\u2019un côté, un suicide collectif culturel; de l\u2019autre côté, un suicide collectif matériel.Voilà à quoi aboutit l\u2019oeuvre du parti libéral depuis 22 ans, à la tête du gouvernement central canadien.Voilà comment les partis politiques, tant le parti central que les partis provinciaux de langue anglaise qui se sont faits complices du parti central, sont parvenus à détourner la constitution écrite du pays de ses propres desseins, à incarner au Canada une seconde constitution, dite coutumière, qui anéantit à toutes fins pratiques la constitution écrite en 1867.Nos lecteurs seront peut-être sous l\u2019impression que nous exagérons la situation, que nous lui donnons une couleur tragique attribuable à notre antipathie personnelle L\u2019UNITÉ FONCTIONNELLE .629 contre le parti libéral canadien actuel.Que l\u2019on ne s\u2019y méprenne pas : nous ne faisons qu\u2019utiliser le langage même des théoriciens du parti libéral dans la province de Québec.En veut-on les preuves ?Que l\u2019on écoute le langage que tiennent deux des théoriciens les plus éminents du parti libéral depuis une dizaine d\u2019années, à savoir : le Révérend Père Georges-Henri Lévesque, o.p., ancien doyen de la Faculté des Sciences sociales de l\u2019Université Laval, co-auteur du rapport de la Commission Massey et récemment promu à la direction du Conseil canadien des Arts, à titre de vice-président, et M.Maurice Lamontagne, disciple du Père Lévesque, ancien professeur à la Faculté des Sciences sociales de l\u2019Université Laval, auteur de l\u2019ouvrage sur le Nouveau Fédéralisme canadien publié en 1954, et récemment promu par M.Louis Saint-Laurent comme \"conseiller économique\u2019\u2019 du Conseil Exécutif du Canada.Pour ne pas prolonger indûment cet Avant-Propos déjà fort long, nous simplifierons l\u2019analyse critique des propos tenus par ces deux lumières canadiennes-françaises, à sa plus simple expression.* * * En premier lieu, à tout seigneur tout honneur, le lan-gage du Père Lévesque.Voici la thèse du bon dominicain, via le rapport de la Commission Massey, et divers discours et articles de revue.La civilisation canadienne est gravement menacée par l\u2019américanisme satanique.Pour élever une digue contre cette invasion incessante, la culture canadienne dispersée entre les mains des provinces canadiennes ne peut devenir assez robuste pour faire face à l\u2019envahisseur.Il faut l\u2019intervention de l\u2019Etat central qui étend sa robustesse d\u2019un océan à l\u2019autre.Il dispose déjà de quelques instruments d\u2019uniformisation de la pensée canadienne, tel que la Société Radio-Canada (étendue depuis 1952 ou 1953 à la télévision).Ce n\u2019est pas grand-chose, mais le gouvernement central canadien, depuis qu\u2019il a dépouillé les provinces de leurs principales sources de revenus, a de l\u2019argent en masse : ce n\u2019est pas cela qui peut faire défaut.Ce qu\u2019il faut à l\u2019Etat central, c\u2019est d\u2019autres instruments d\u2019uniformisation de la culture canadienne de façon à ce 630 L'ACTION NATIONALE cju\u2019elle devienne une géante capable d\u2019affronter le Goliath américain.Or, il ne fait aucun doute que, dans cette lutte contre l\u2019américanisme anglo-saxon, la culture canadienne-française, par son caractère même si différent de la culture américaine et de la culture anglo-canadienne (toutes deux soeurs siamoises), représente un instrument de résistance par excellence.Les universitaires de Toronto, M.Vincent Massey en tête, sont bien du même avis.Mais, il sont aussi de l\u2019avis du Père Lévesque quand celui-ci prétend 3ue pour rendre la culture canadienne-française en mesure e remplir sa mission providentielle dans le salut de la civilisation canadienne, il faut qu\u2019elle acquière de la vigueur, qu\u2019elle devienne dynamique, intrépide, large de vues, à la taille de l\u2019univers humain.Mais un doute se pose dans l\u2019esprit perspicace du Père Lévesque : comment espérer que la culture canadienne-française atteigne la maturité essentielle à la mission qui l\u2019attend, aussi longtemps qu\u2019elle sera assujettie à l\u2019obscurantisme qui règne dans la province de Québec, surtout depuis que l\u2019illettré Maurice Duplessis en est devenu le premier ministre invulnérable et qu\u2019au surplus, il passe pour ne pas aimer plus qu\u2019il ne faut l\u2019Ecole des Sciences sociales de l\u2019Université Laval ?Tout à coup, un \"brain-wave\u201d, un trait de génie illumine fa figure du Père Lévesque, qui s\u2019empresse d\u2019en informer ses collègues universitaires de Toronto.\"Dans la culture d\u2019un peuple aussi grand que le peuple canadien, il faut savoir distinguer entre le haut-savoir et le bas-savoir.Le haut-savoir, cela appartient aux haut-placés, à la haute-cour.Le bas-savoir, cela appartient à la basse-cour, aux sous-doués.Les haut-placés, ce sont les ministres du gouvernement central et les bureaucrates d\u2019Ottawa.Voilà des gens qui ont de la vision; ils parlent toutes les langues du monde international, y compris la langue française dont ils sont amoureux; puis, surtout, ils ont des vues larges, une culture humaine; ils sont presque des \"citoyens du monde\u201d.Donc, à Ottawa, il faut donner la haute culture.Quant au bas-savoir, cela convient bien aux gens de Québec : pour enseigner l\u2019ABC et le petit catéchisme, depuis l\u2019école primaire jusqu\u2019à l\u2019enseignement secondaire, après tout, cela L'UNITÉ FONCTIONNELLE .631 n\u2019exige pas des génies, Donc, la basse culture, on la laisse à la province de Québec, jusqu\u2019à l\u2019université exclusivement.De cette façon, Maurice Duplessis ne pourra plus menacer la liberté académique de l\u2019Ecole des Sciences sociales de Laval.De cette façon, le Père Lévesque pourra obtenir des octrois \"sans condition\u201d pour l\u2019Ecole dont il est le distingué doyen.Donc, l\u2019affaire est dans le sac.Le tour est joué.Et les universitaires de Toronto n\u2019en croient plus leurs oreilles : \"Comment est-il possible qu\u2019un Canadien-Français, au surplus, un membre du clergé catholique, puisse avoir des \"trouvailles\u201d semblables ?\u201d Mais, ils finissent par se calmer en pensant à ceci.Les Pères de la Confédération n\u2019ont pas prévu le partage de la culture au Canada en haut-savoir et en bas-savoir ?Le Père Lévesque les rassure : à cette époque lointaine, les Pères de la Confédération ne savaient même pas distinguer entre culture et éducation, entre enseignement et éducation.Allons donc, il ne faut pas s\u2019attarder au passé; c\u2019est l\u2019avenir de la civilisation canadienne qu\u2019il faut sauver; et cela presse.Donc, en conclusion, le nouveau fédéralisme canadien décrète que désormais il y aura au Canada une déesse : la déesse culture canadienne.Et cette déesse aura désormais deux amants.L\u2019un, irrégulier, mais très chic, à qui sera confié le soin de sa belle tête poudrée.L\u2019autre régulier, un peu vieux jeu, à qui sera confié le soin de la poitrine, du petit ventre et des cuisses magnifiques ! On aura compris que la tête de la déesse est confiée à l\u2019Etat central canadien, et que le reste .en descendant, est confié à l\u2019Etat provincial.Il est vrai, encore une fois, que les Pères de la Confédération, n\u2019étant pas des professeurs de morale sociale, ni des disciples de saint Thomas d\u2019Aquin, n\u2019ont pas eu l\u2019idée d\u2019un tel concubinage.Mais, dans nos temps modernes, il faut bien suivre le courant du progrès.D\u2019ailleurs, l\u2019expérience, si chère aux Anglo-Saxons comme source de moralité, démontre qu\u2019un peu de concubinage, cela stimule une déesse.Et voilà comment, à partir de 1951, le parti libéral, fort des bénédictions du Père Lévesque, celui-ci appuyé par l\u2019ordre avancé des Dominicains et muni même d\u2019une bénédiction du Souverain Pontife pour l\u2019oeuvre magnifique qu\u2019il a ac- 632 L'ACTION NATIONALE compile depuis son long professorat dans une université très catholique, voilà comment le parti libéral central distribue chaque année, depuis 1951, de magnifiques cadeaux, \"sans condition\u201d (car les Anglophones sont réputés pour leurs bonnes moeurs), aux universités canadiennes, à la tête de la déesse culture canadienne.Pour compléter son concubinage culturel, le gouvernement central vient de fonder un Conseil canadien des Arts, des Humanités et des Sciences sociales.Evidemment, ce Conseil est entièrement dominé par la seule majorité anglophone du pays, comme s\u2019il n\u2019existait pas telle chose que la dualité culturelle de la population canadienne.Non, c\u2019est un Conseil uniculturel; mais il ne faut rien redouter, car la \"gang\u201d du Père Lévesque, lui-même en tête à titre de vice-président du Conseil, la \"gang\u201d de la Faculté des Sciences sociales de Laval est là pour veiller au salut de la culture canadienne-fran-çaise par la grâce de l\u2019amant moderne de la déesse culture canadienne : le parti libéral central.L\u2019autonomie culturelle des Canadiens-Français est sauvée ! La liberté académique canadienne-française est sauvée ! Maurice Duplessis, l\u2019é-teignoir québécois, est vaincu ! Et surtout l\u2019américanisme a eu tellement peur du génial Père Lévesque et Cie qu'il s\u2019est enfui.vers le Canal de Suez ! Ainsi se termine la prédication de l'évangile selon le Père Georges-Henri Lévesque, de l\u2019ordre des frères prêcheurs, sur le plan des solutions culturelles au sein de la civilisation canadienne, de 1949 à 1957.* * * En second lieu, la pseudo-solution de M.Maurice Lamontagne.Il a publié, en 1954, un ouvrage sur le fédéralisme canadien qui compte environ 300 pages, ou environ 120,000 mots.11 s\u2019y révèle le théoricien du parti libéral quant à la politique centralisatrice que celui-ci poursuit depuis une vingtaine d\u2019années, mais à laquelle il donne le nom moins discrédité de Nouveau fédéralisme.L\u2019auteur veut persuader les Canadiens-Français d\u2019accepter la subordination fiscale des provinces canadiennes au bénéfice exclusif de l'Etat central, parce que les nouvelles conditions économiques canadiennes commandent l\u2019unification fiscale L'UNITÉ FONCTIONNELLE .633 et financière, au Canada.S\u2019y opposer, c\u2019est s\u2019opposer à une fatalité, c\u2019est engager une bataille perdue d\u2019avance.Les Québécois sont acculés à un dilemme, à savoir : ou bien Yintégration lucide au nouveau fédéralisme ou au centralisme fiscal et financier, ou bien le suicide séparatiste.Pour M.Lamontagne, le noeud du problème constitutionnel canadien, c\u2019est celui de la sécurité matérielle du peuple canadien (sécurité militaire dans la guerre froide, sécurité économique des provinces dont la production est spécialisée, sécurité sociale dans une ère d\u2019industrialisation qui comporte le chômage saisonnier et cyclique).Il y a bien le problème de la dualité ou diversité culturelle du peuple canadien.Mais, cette question, aussi bien que les querelles partisanes ou personnelles, \"ne peuvent être vues dans leur véritable perspective que si l\u2019on a d'abord établi et clarifié les données fondamentales\u201d, données fondamentales qui, dans la vision d\u2019un M.Lamontagne, excellent économiste (peut-être ?) mais bien pauvre philosophe, sont les données du bien-être matériel du peuple, avant et par dessus tout.Or, ce bien-être matériel du peuple canadien, ni l\u2019entreprise privée, ni les institutions municipales, ni les Etats provinciaux canadiens, ne sont capables de l\u2019assurer par leurs seuls moyens; il faut l\u2019intervention de Y Etat central qui dispose des relations extérieures du pays, de la monnaie et de la banque centrale, c\u2019est-à-dire de la haute finance.C\u2019est l\u2019Etat central qui, seul, peut désormais maintenir ou rétablir Y équilibre économique dans la société politique canadienne, ou le fédéralisme canadien.C\u2019est lui qui peut répartir les revenus publics entre les provinces canadiennes conformément aux exigences variables de leurs dépenses publiques.C\u2019est par le contrôle des subsides exercé par YEtat central que l\u2019équilibre de YEconomie canadienne peut parvenir à la stabilité requise pour favoriser la sécurité matérielle de la population.Voilà le sens du nouveau fédéralisme canadien.En 1867, c\u2019est précisément pour des motifs identiques de centralisation des forces financières des colonies britanniques, dispersées en provinces autonomes et indépendantes entre elles, que \"la puissance du Canadd\u2019 a été formulée dans Y Acte de 1867.Ce 634 L'ACTION NATIONALE que l\u2019on voulait à l\u2019époque, c\u2019est une union législative, administrative, financière, intégrale.Mais, il y avait cette encombrante question de la dualité culturelle qui a fait rater le projet de l\u2019unitarisme absolu.Pour satisfaire les Canadiens-Français, Londres et les provinces britanniques d\u2019expression anglaise (Haut-Canada, Nouvelle-Ecosse et Nouveau-Brunswick) ont été forcés d\u2019accepter un séparatisme mitigé ou un unitarisme incomplet.Mais, en 1957, si les conditions économiques exigent comme en 1867 le même unitarisme absolu (au moins sur le plan fiscal et financier'), cette centralisation fiscale et financière peut s\u2019accomplir sans biffer, dans la constitution écrite de 1867 ou Acte de 1867, l\u2019existence juridique des provinces canadiennes, avec leur souveraineté culturelle.Il suffit, pour arriver à cette merveilleuse solution (?), que les Etats provinciaux souverains (juridiquement souverains, en vertu de la constitution écrite de 1867) renoncent à l\u2019exercice de leur souveraineté en renonçant au contrôle de leurs revenus et de leurs dépenses, en renonçant à leur liberté fiscale et financière, et cela au bénéfice exclusif de l\u2019Etat central.Ainsi les Etats provinciaux, théoriquement, vont continuer à exister dans la lettre de la constitution écrite, avec leur souveraineté théorique au point de vue culturel; mais en pratique, ils deviendront les succursales administratives de l\u2019Etat central, et leur liberté législative sera limitée aux fonds publics que l\u2019Etat central jugera convenable de leur accorder, selon les exigences sacrées de l\u2019équilibre économique de toutes les provinces canadiennes, comme doit le faire tout bon père de famille envers ses dix enfants.Car cet équilibre de l\u2019économie canadienne ou du bien-être matériel de la population canadienne, les Etats provinciaux sont incapables de l\u2019assurer : la preuve ?Il suffit de vous rappeler ce qui est arrivé en 1930 pendant la grande dépression.Cette crise, qui a failli ébranler les fondements même du fédéralisme canadien, doit servir de leçon pour l\u2019avenir.L\u2019expérience doit assagir.Et M.Lamontagne après avoir écrit au moins 115,000 mots ou 285 pages pour nous dire cela, consacre 15 pages (environ 6,000 mots) pour rabrouer de la belle façon ses chers compatriotes aveugles. L'UNITÉ FONCTIONNELLE .635 Vous êtes pris, dit-il, dans un dilemme.Si vous refusez obstinément de vous assujettir lucidement (intégration lucide) au contrôle fiscal et financier de l'Etat central (par la grâce du parti libéral actuel), eh bien, ce qui va vous arriver, c\u2019est que les Anglais, en majorité au Canada, vont vous abandonner à vos niaiseries culturelles, dans votre réserve d\u2019obscurantisme et de misères matérielles.Voilà la solution géniale que M.Maurice Lamontagne, économiste de réputation (puisque le Conseil Exécutif du Canada lui paye un gros salaire pour le conseiller), est venu ajouter à la solution géniale du Père Lévesque, son illustre maître.VII \u2014 Récapitulation et conclusion : Notre Avant-Propos comporte six sections.La première est consacrée à indiquer la signification de la révolution constitutionnelle entreprise par le parti libéral, depuis 1935.Cette révolution consiste à abolir, en pratique la constitution écrite de 1867 pour la remplacer par l\u2019hég;'monie des partis politiques de l\u2019Etat central, dominé par la majorité anglophone du pays.Avant 1935, la minorité francophone, en vertu de la constitution écrite de 1867, possédait la maîtrise politique et financière de ses destinées culturelles dans la seule province de Québec.Or, la révolution constitutionnelle, préconisée et partiellement réalisée par l\u2019Etat central depuis 1935, anéantit cette maîtrise culturelle en subordonnant les provinces à l\u2019omnipotence fiscale et financière du gouvernement central.Si le Québec accepte le centralisme du parti libéral central, cela signifie pour la minorité canadienne-française un suicide culturel collectif à plus ou moins brève échéance; si le Québec le refuse, cela signifie un suicide matériel collectif dans la formation d\u2019un Etat français indépendant en Amérique du Nord avec tous les risques que cela comporte dans un entourage matérialiste anglo-saxon.Tel est le dilemme auquel aboutit la politique centralisatrice du parti libéral pour la minorité canadienne-française, refoulée dans la \"réserve québécoise\u201d, seul coin de terre américaine où elle jouit encore de l\u2019autonomie culturelle.Le grand drame canadien, depuis deux 636 L\u2019ACTION NATIONALE cents ans, c\u2019est que la majorité anglophone ne parle que le langage de la primauté du matériel tandis que la minorité francophone parle le langage de la primauté du culturel; le drame, il est dans la différence de langage moral entre les deux nations qui peuplent le Canada actuel.La deuxième section est consacrée à résumer sommairement l\u2019histoire politique des deux nations qui ont humanisé l\u2019Amérique du Nord britannique de 1763 à 1837, soit au cours d\u2019environ 75 années de vie commune sous le drapeau britannique.Dès 1791, la majorité anglophone s\u2019est arrangée pour refouler la jeune nation canadienne-française (dont l\u2019acte de naissance fut signé par l\u2019Acte de Québec, en 1774), dans la \"réserve québécoise\u201d, et Londres s\u2019est acharné à lui refuser le contrôle politique et financier de son avenir culturel dans cette ''réserve\u201d même.Cette oppression systématique s\u2019est prolongée pendant cinquante ans, pour aboutir finalement à Xinsurrection de 1837, à l\u2019effusion du sang, à l\u2019érection des échafauds et à l\u2019emprisonnement des rebelles, à l\u2019écrasement temporaire de la minorité canadienne-française.La troisième section est consacrée à la poursuite du récit historique aux lendemains de l\u2019insurrection de 1837 jusqu\u2019à la solution de compromis formulée par XActe de 1867.L\u2019un des premiers résultats de l\u2019insurrection de 1837 fut de hâter l'Union des deux Canadas, en 1841.La majorité anglophone, incarnée par la puissance du gouvernement impérial de Londres, visait dans la formule du Canada-Uni à anéantir à plus ou moins brève échéance la minorité francophone par la domination politique et financière de la population du Haut-Canada réunie à celle du Bas-Canada.Mais, Londres n\u2019avait pas prévu l\u2019action des partis politiques, cette deuxième constitution en système parlementaire britannique, ou constitution coutumière, qui parvient souvent à détourner la constitution écrite de ses propres desseins.Loin de servir à l\u2019anéantissement de la minorité canadienne-française, le régime de l\u2019Union des deux Canadas a servi à la conquête du \"gouvernement responsable\u201d dans les colonies britanniques de l\u2019Amérique du Nord, et le régime d\u2019Union est devenu un régime de fédération canadienne où les deux L\u2019UNITÉ FONCTIONNELLE .637 nations ont pu collaborer sur un pied d\u2019égalité jusqu\u2019au jour où la nation canadienne-anglaise s\u2019est avisée de chercher à dominer la nation canadienne-française.La lutte ouverte entre les deux nations a repris sa virulence et il a fallu recourir à une autre solution du problème de la dualité culturelle au Canada; et ce fut la solution de compromis incarnée dans l\u2019Acte de 1867, dont nous avons analysé sommairement le caractère pour conclure qu\u2019il ne constitue pas une confédération canadienne, mais un simple système de jumelage politique, sous l\u2019autorité de Londres.Avant de poursuivre le récit historique de l\u2019évolution des deux nations canadiennes soumises au nouveau régime constitutionnel de 1867, nous avons demandé le privilège de déterminer les trois aspects de cette constitution écrite de 1867.La quatrième section de notre Avant-Propos est donc consacrée à l\u2019étude critique de l\u2019Acte de 1867 au triple point de vue juridique, politique et culturel.Au point de vue juridique, la constitution écrite divise les pouvoirs législatifs, administratifs et fiscaux en pouvoirs supra-provinciaux, d\u2019une part, et en pouvoirs provinciaux ou locaux, d\u2019autre part, dont le plus distinctif est celui de la juridiction culturelle exclusivement attribuée aux provinces.Au point de vue politique, la constitution écrite de 1867 a créé simultanément deux réalités politiques jumelles, sans lien de subordination l\u2019une envers l\u2019autre, leurs relations mutuelles aussi bien que leurs relations extérieures étant réservées à l\u2019autorité du seul gouvernement impérial de Londres.L\u2019une des deux réalités est l\u2019Etat central, singulier, et l\u2019autre est une réalité plurale, les Etats provinciaux.Au point de vue culturel, la constitution écrite de 1867 a créé un système de provincialisme culturel qui permettait le retour à la formule de \"réserve française\u2019\u2019 dans la province de Québec, formule inventée, on s\u2019en souvient, en 1791, par la séparation du pays en Haut-Canada et Bas-Canada pour plaire aux Loyalistes britanniques de l\u2019époque.Or, cette constitution écrite de 1867 comporte trois grandes faiblesses que nous avons soulignées.Le séparatisme juridique des pouvoirs, partagés en pouvoirs supra-provinciaux, ne répond pas aux exigences centralisatrices des forces ma- 638 L'ACTION NATIONALE térielles du pays, à l\u2019omnipotence de l\u2019Etat central.Le séparatisme politique de l\u2019Etat central et des Etats provinciaux, comme réalités politiques jumelles, ne répond pas aux exigences coordinatrices de la vie intérieure du pays canadien, au besoin de cohésion interne de l\u2019édifice politique tout entier.Enfin, le provincialisme culturel représente une porte ouverte à la dispersion ou à la diversité culturelle qui peut tourner à la tour de Babel, et il condamne la minorité canadienne-française à se replier sur elle-même dans sa \"réserve québécoise\u201d, dans un isolement 3ui risque de finir par l\u2019étouffer et par la faire mourir 'inanition.Bref, la solution de la constitution écrite de 1867 ne peut pas être une solution définitive au problème souverain de la dualité culturelle ou nationale, au Canada.La cinquième section de notre Avant-Propos est consacrée au prolongement du récit historique de l\u2019évolution des deux nations qui peuplent le Canada, à partir de 1867 à nos jours.Comprenant mieux que la constitution écrite de 1867 a confié à l\u2019Etat central du pays la mission de servir le bien-être matériel de la population canadienne tandis qu\u2019elle a confié aux Etats provinciaux la mission de son bien-être culturel, il devient plus facile de comprendre que les luttes qui peuvent s\u2019élever entre l\u2019Etat central et les Etats provinciaux équivalent désormais à des luttes entre la puissance matérielle et la puissance culturelle respectivement incarnées par les deux réalités politiques.De 1867 à 1931, les luttes entre l\u2019Etat central et les Etats provinciaux ne peuvent aboutir à des conséquences bien dramatiques, parce que c\u2019est le gouvernement impérial de Londres qui, en définitive, sert d\u2019arbitre et qu\u2019il doit le faire conformément aux exigences de la constitution écrite du pays.L\u2019équilibre fonctionnel du Canada de 1867 à 1931, dépend de la sagesse des juristes et du parlement britanniques.Mais à partir de 1931, c\u2019est-à-dire à partir du retrait de Londres de la scène canadienne en vertu du Statut de Westminster, les relations entre l\u2019Etat central canadien et les Etats provinciaux, deux réalités politiques jumelles aussi indépendantes l\u2019une de l\u2019autre que peuvent l\u2019être deux pays étrangers, sont laissées à la merci L'UNITÉ FONCTIONNELLE .639 du plus fort ou du plus rusé.C\u2019est donc à partir de 1931 que les luttes entre la puissance matérielle et la puissance culturelle, au Canada, prennent une signification tragique, particulièrement pour la minorité canadienne-française refoulée dans sa \"réserve québécoise\u201d.Il y a danger pour cette minorité que la majorité anglophone se ligue contre elle, par la complicité des Etats provinciaux anglophones et de l\u2019Etat central anglophone également, pour la réduire en esclavage, ou matériel, ou culturel, dans sa propre réserve québécoise.Or, ce danger, c\u2019est précisément celui que le centralisme préconisé par le parti libéral d\u2019Ottawa, par la subordination des provinces au contrôle fiscal et financier du gouvernement central, fait courir aux Canadiens-Français de la province de Québec, depuis 1935 notamment.Le parti libéral actuel, en soutenant la thèse, et en gagnant à sa thèse l\u2019adhésion de toutes les provinces anglophones du pays, que les Etats provinciaux sont désormais, non seulement inaptes à remplir la mission de bien-être matériel que la constitution écrite de 1867 leur confie, mais sont même inaptes à remplir la mission de bien-être culturel qu\u2019elle leur confie exclusivement, en soutenant victorieusement cette thèse de l\u2019inaptitude des provinces, le parti libéral central se trouve ni plus ni moins à réduire la constitution écrite de 1867 au rang d\u2019un chiffon de papier destiné aux archives poussiéreuses du parlement britannique.Pas n\u2019est besoin désormais de rapatrier Y Acte de 1867; il suffit de l\u2019ignorer totalement et de laisser les partis politiques, seconde constitution, ou constitution coutumière du pays, régler à leur guise le sort de la minorité canadienne-française dans sa réserve québécoise.Et c\u2019est ainsi que, après une lutte de 22 ans, le parti libéral central accule la minorité canadienne-française du Québec au dilemme suivant : ou bien accepter de bonne grâce l\u2019assujettissement à la majorité anglophone du pays en cédant au gouvernement central l\u2019autonomie fiscale et l\u2019autonomie culturelle qu\u2019elle possède dans la réserve québécoise, ou bien refuser la proposition de ce suicide collectif pour en accepter une autre : celle de l\u2019indépendance politique absolue, la séparation de la province de 640 L'ACTION NATIONALE Québec du reste du Canada.Voilà à quoi aboutit l\u2019oeuvre du parti libéral au Canada, depuis 1935.Or, quelles solutions les Canadiens-Français, en dehors de la résistance passive ou négative adoptée jusqu\u2019ici par le gouvernement de la province de Québec, l'Union Nationale dirigée par M.Duplessis, quelles solutions positives ont été jusqu\u2019ici formulées par les Canadiens-Français de la province de Québec ?Nous consacrons la sixième section de notre Avant-Propos à faire la sommaire analyse critique de deux pseudo-solutions, celle du Père Lévesque et celle de Maurice Lamontagne.Le Père Lévesque a trouvé la solution ridicule du partage de la haute culture et de la basse culture, la première devant relever désormais de la haute compétence du gouvernement central dominé par la majorité anglophone du pays, et la basse culture devant continuer, jusqu\u2019à nouvel ordre, de relever de la basse compétence des Etats provinciaux.Quant à Maurice Lamontagne, il a trouvé une solution géniale à savoir que les Canadiens-Français n\u2019ont que le choix suivant : ou bien s\u2019intégrer lucidement au nouveau fédéralisme canadien, c\u2019est-à-dire se soumettre à l\u2019omnipotence fiscale et financière des partis politiques centraux, la constitution écrite de 1867 devenant un chiffon de papier ou une relique à conserver dans les archives anglaises, ou bien se résoudre à mourir dans la misère noire, dans un Etat québécois séparé du reste du Canada.Or, en face de la pauvreté de telles solutions, nous nous sommes décidé, il y a quelques mois, à formuler nous-même une solution digne des heures tragiques que vivent \u2022actuellement les Canadiens-Français, d\u2019autant plus tragiques que, par le jeu des influences anesthésiques du Parti libéral dirigé par un chef d\u2019expression française mais de .mentalité anglo-saxonne, par le jeu des influences erratiques des thèses de la Commission Massey, du Père Lévesque, de Maurice Lamontagne et autres, les Canadiens-Français ne semblent pas avoir une conscience lucide de la révolution constitutionnelle qui s\u2019écrit, au Canada, depuis une vingtaine d'années, non pas dans le texte de la constitution écrite, mais dans les antécédents de la constitution coutumière que représente, dans notre double système par- L'UNITÉ FONCTIONNELLE .641 lementaire, l\u2019action des partis politiques.Nous avons donc cherché une solution à la taille de la dignité de notre peuple, conforme à la tradition de ses luttes et conforme aux exigences, non pas seulement de la nature des faits économiques, mais de la nature humaine.Et c\u2019est là, précisément, ce qui distingue notre philosophie de celle du théoricien du Parti libéral canadien, M.Lamontagne.L\u2019auteur du nouveau fédéralisme canadien raisonne, comme la plupart des philosophes de culture anglo-saxonne, en pragmatiste.Toute l\u2019histoire d\u2019Angleterre, et même celle des Etats-Unis, sont des manifestations ou des témoignages éloquents de la philosophie pragmatiste, bien typiquement anglo-saxonne.Le pragmatisme, on le sait, est une \"doctrine qui prend pour critère de la vérité, la valeur pratique\u201d.Pour les pragmatistes, la pensée est subordonnée à l'action.La vérité se détermine par les conséquences pratiques.Une loi est légitime, bonne, vraie, quand elle réussit à donner des résultats pratiques, considérés favorables; c\u2019est une simple recette, une leçon de l\u2019expérience.Tout l\u2019ouvrage de Maurice Lamontagne est inspiré de pragmatisme.En voici un témoignage : avant 1930, avant la grande dépression, l\u2019autonomie des provinces canadiennes était à l'apogée, au Canada.Elle était donc alors une bonne chose.Mais la crise de 1930 est survenue : les provinces, à tout le moins, plusieurs d\u2019entre les provinces, sont venues sur le bord de la faillite, et c\u2019est l\u2019Etat central qui a sauvé la situation alarmante du pays.Donc, pour le fédéralisme canadien, Xautonomisme n\u2019est bon à rien, mais le centralisme est salutaire.La philosophie pragmatiste de M.Lamontagne, avec celle de nos compatriotes de langue anglaise, ne va pas plus loin que l\u2019analyse des faits et des résultats matériels.Ils raisonnent comme des animaux intelligents, et non pas comme des humains.Des humains raisonnent comme suit.Ils se demandent d\u2019abord : quelles sont les exigences essentielles de la nature humaine ?Une société humaine, un fédéralisme canadien, une constitution écrite ou une constitution coutumière, tout cela ne vaut que dans la mesure où tout cela correspond aux exigences de l\u2019être humain.Un bien commun politique qui ne répond pas à un bien 642 L\u2019ACTION NATIONALE commun humain est un bien commun propre à une société A'abeilles, de fourmis, de termites, de castors.Or, quelles sont les exigences propres aux êtres humains, à la nature humaine, tant au point de vue individuel qu\u2019au point de vue collectif ?Voilà la question que tout sociologue, ou tout bâtisseur de société humaine, doit se poser en tout premier lieu, s\u2019il veut faire oeuvre civilisatrice, s\u2019il veut travailler à la civilisation humaine, et non à celle des castors.Pour refaire la fédération canadienne, voilà la question primordiale à laquelle un sociologue doit répondre.Un économiste pragmatiste ne peut prétendre pouvoir formuler la structure politique d\u2019une société humaine : il ne voit que les faits économiques, que les faits matériels; il est par définition même un matérialiste.Or, l\u2019être humain sociable n\u2019est pas seulement un phénomène matériel.Certes, il est animal et, à ce titre, il a faim, il doit se vêtir, il doit s'abriter.Mais, l'être humain sociable satisfait ses besoins animaux avec l\u2019aide de son cerveau.C\u2019est précisément ce qui le distingue nettement des autres animaux de la terre.Or, le cerveau d\u2019une société humaine, qu\u2019est-ce que c'est ?Ce sont les institutions culturelles qui la distinguent des autres sociétés humaines, qui l\u2019élèvent au rang de nation.C\u2019est par son langage-pensée collectif qu\u2019une société humaine est une nation particulière.Au Canada, il y a deux nations.Il y a deux langages-pensées collectifs, l\u2019un d\u2019expression anglaise et l\u2019autre d\u2019expression française; il y a donc deux cerveaux, au Canada, pour mieux favoriser le bien-être matériel de la population canadienne et pour mieux favoriser l'action civilisatrice de la société canadienne, dans notre monde occidental.Au lieu de sacrifier cette double richesse sur l\u2019autel de l\u2019unitarisme fiscal et financier, tel que le préconise le parti libéral d\u2019aujourd\u2019hui, il faut au contraire tout mettre en oeuvre pour la sauvegarder comme le plus précieux trésor, en vue du bien commun canadien.Et voilà ce qui nous a décidé d\u2019écrire et de publier notre ouvrage sur l\u2019unité fonctionnelle de la civilisation canadienne, alors que le sacrifice exigé par les matérialistes canadiens n\u2019est pas encore consommé.Albert Lévesque L'UNITÉ FONCTIONNELLE .643 \u2014 Tirage spécial \u2014 Les lecteurs désireux de propager la lecture de l\u2019article de M.Albert Lévesque sur la \"Révolution constitutionnelle et le parti libéral\u2019\u2019 sont priés de communiquer directement avec l\u2019auteur, 1806, Dorchester ouest, Montréal, ou numéro téléphonique Wllbank 6081.Un tirage spécial sera tout probablement à la disposition du public. IIAiiO NUMÉRIQUE Page(s) blanche(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES Table des matières Jean-Marc Léger : Priorité de l\u2019action politique dans le Québec aujourd\u2019hui 483 Albert Pinel : De la gauche en politique française .491 Paul-Emile Roy, c.s.c.Réflexions sur la jeunesse .495 Jacques Poisson : L\u2019abdication suprême, l\u2019enseignement du français par des manuels anglicisés .516 Pierre de Grandpré : Notre civilisation .529 François-Albert Angers : Budget de confusion et/ou de duplicité .542 Entre quatre yeux 553 LES AMIS DE LA REVUE CAMBRON, M., B.Ph., L.Ph.Propriétaire Pharmacie Cambron Spécialité : Prescriptions \u2022\t775 est, rue Roy \u2014 HA.9755\tLAVIGNE, C.-E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tAT.6433 CHAUSSÉ, Fernand AVOCAT Chaussé & Godin, avocats 152 est, Notre-Dame \u2022\tAV.8-7282\tBÉLANGER & DAHME Comptables agréés 10 ouest, rue St-Jacques \u2022\tBE.3475 DENIS, Arcadius AVOCAT 86, rue Wellington Nord ?Sherbrooke.Qué.- Tél.2-4793\tLAPORTE, René MEDECIN 3426 St-André, apt.1, Montréal \u2022\tCH.2442 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tHA.1336\tPAQUETTE, P.-E.FERRONNERIE 1115 est, rue Mont-Royal \u2022\tGl.3337 7HERRIEN, F.-E., avocat Ch.812, Edifice des Tramways, 159 ouest, rue Craig, Mtl.\u2022\tUN.1-2889\tCARON, Marcel Assurances générales 5117, Boul.Rosemont, Mtl.\u2022\tTU.3275 VANIER, Anatole AVOCAT 57 ouest, St-Jacques \u2022\tHA.2841\tNADON et DE CARUFEL Comptables agréés 10 ouest, rue St-Jacques \u2022\tPL.2739 EPICERIE NOTRE-DAME EPICIER LICENCIE 107 rue Notre-Dame, Jonquière, P.Q.\u2022\tTél.2-2655\tLAROCHE, Willie, C.C.S.Assurances générales 477, St-François-Xavier, ch.310 \u2022 Bur.: HA.0422 - Rés.: HA.8064 ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934, Ste-Catherine est \u2022\tUN.6-5818\tEMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec Téléphone 2-5235 \u2022\t352, rue St-Vallier, Québec POULIN, Albert ARCHITECTE 1115, Prospect, Sherbrooke, P.Q.\u2022\tTél.: 2-4620\tGALARDO, Armand \"Fruiterie St-Louis-de-France\" Epicerie, viandes cuites.\u2022\t515 est.rue Roy \u2014 PL.1729 MAXIME Nettoyeurs et teinturiers 4140, rue St-Denis \u2022\tBE.1158\tFOURNIER, Albert Procureur de brevets d'invention 934 est, Ste-Catherine \u2022\tHA.4548 Offrez à vos amis L'ACTION NATIONALE L'abonnement : $3.00 MARQUIS, J.-Antonin PHARMACIEN \u2022\tQuébec\tCHALES, Constant MÉDECIN 4505, rue Brébeuf \u2022\tLA 1-4257 UN AMI de Québec\tLA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE ©\t\u2022\tdes Trois-Rivières ROY, Roméo Spécialités pharmaceutiques Longueuîl, P.Q.©\tOR.9-0349\tSalaison MAISONNEUVE BACON marque \"MORIN\" 1430, De Lasalle «\tCL.4086-7 DESCHÊNES & Fils Ltée Matériaux de plomberie et chauf.5685, Iberville O\tFR.3176-7\tSANSSOUCY, Arthur BOUCHER-EPICIER 3995, Hochelaga o\tCL.2839 MASSE, Paul AVOCAT 152 est, rue Notre-Dame \u2022\tBE.1971\tAUG.BRUNETTE Ltée PLOMBERIE-CHAUFFAGE 4154, rue Hôtel de Ville \u2022\tPL.1946 LABELLE, Henri-S., F.R.A.I.C.ARCHITECTE 3, avenue Kelvin, Outremont \u2022\tAT.3434\tDUST-O-DUST Poudre à balayer 7028, De Laroche, Mtl.\u2022\tRolland Trépanier \u2014 CA.9071 ANGERS, Adrien, C.d'A.A.Assureur agréé Bureau \u2018 400V -ue Hoch««aqa \u2022\tCL.7797\tLa Cîe TULIPPE Ltée Cravates, écharpes et robes de chambre 4630, rue Iberville, Mtl.\u2022\tFA.2533 ^OMPOMGHS INC- ^5?J.BRASSARD, prés.256 est, Ste-Catherine, Mtl.\tSÉGUIN, Paul-Emile NOTAIRE 6726, St-Hubert #\tDO.8739 Regarde où tu mets le pied Ne confiez pas au premier venu vos travaux de chauffage-plomberie, recherchez une Maison de confiance.J.-W.JETTE a à son actif des travaux d'envergure pour le compte d'hôpitaux, institutions ou industries.Construisez-vous ?N'oubliez pas que notre expérience, notre outillage et notre main-d\u2019oeuvre nous permettent de mener à bien tous les travaux qui nous sont confiés, et rapidement : Pionniers du véritable chauffage par rayonnement au Canada CHAUFFAGE-PLOMBERIE M Arquette 4107 360 est, rue Rachel MONTRÉAL Ben BÊLANO, président - Jean BÊLAND, 7152, boul.ST-LAURENT Montréal Ing.P., sec.-trésorier \u2014 CR.4-2465 il.UI.H Bêlhnd ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (Strictement en gros) Une expérience d'au delà d'un demi-siècle au service des ARCHITECTES \u2014 ENTREPRENEURS COMMUNAUTES \u2014 INDUSTRIELS MARCHANDS Le temple de la lumière\" SONT LES MEILLEURS \u2014 EXIGEZ-LES Les cafés et confitures de LIMITÉE Un régal à toute heure ! 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