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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1962-09, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019ACTION NATIONALE Volume LII, Numéro I\tSeptembre 1962\t50 cents SOMMAIRE ARTICLES RENOUVEAU ÉDITORIAL : Nos éducateurs ont-ils perdu le nord ?François-Albert ANGERS : La vraie histoire de nos banques d'affaires Jacques POISSON : Les dérobades, ces poisons de la pensée Richard ARÈS : Un Québec politiquement fort Rina LASNIER : Un juste ENQUÊTE : Catholicisme et pensée nationale CHRONIQUES L'ÉDUCATION : À propos de la motion Prévost LES ÉVÉNEMENTS : L'aventure créditiste L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) Directeur : FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Administrateur: M.DOMINIQUE BEAUDIN Casier Postal 189, Station N, Montréal Rédacteurs: DOMINIQUE BEAUDIN - PATRICK ALLEN -ARCHÉLAS ROY - JEAN GENEST 8100, boul.Saint-Laurent, Montréal Abonnements :$5.00 par année.De soutien: $10.00 Casier Postal 189, Station N, Montréal Les articles de la revue sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, et dans la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers 1er VICE PRÉSIDENT : M.André Laurendeau 2e VICE-PRÉSIDENT: M.René Chaloult SECRÉTAIRE : M.Dominique Beaudin TRÉSORIER : M.Paul-Émile Gingras DIRECTEURS : M.le Chanoine Lionel Groulx, R.P.J.P.Archambault, s.J., Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Pierre Laporte, C.-E.Couture, R.P.Richard Arès, s.}., Rodolphe Laplante, Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault, Roland Parenteau, Jean Genest.Où trouver L'Action Nationale?\t À MONTRÉAL :\tDupuis et Frères, 865 est, rue Ste-Catherine Librairie Déom, 1247, rue Saint-Denis Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denis Librairie Pony, 554 est, rue Ste-Catherine A QUÉBEC :\tLibrairie Garneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librairie du Quartier Latin, 111, rue Saint-Jean À OTTAWA :\tLibrairie Dussault, 170, rue Rideau Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. .Reehappage et Vulcanisation Accumulateurs \u2014 Alignement de roues Eugène Turcotte 1871, rue DeLorimier\tAndré Trudeau Président\tLA.4-1177\td irecteur-gérant SERVICE DE PNEU LA CIE F.-X.DROLET Atelier Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d'aqueduc et Bornes-Fontaines FABRICANTS D\u2019ASCENSEURS Québec 210 ouest, boul.Crémazie Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.(ÉDIFICE GRANGER FRÈRES) DU.8-9251 Pour la collation Savourez LA CROQUETTE BISCUITS - GÂTEAUX - TARTES LES AMIS DE LA REVUE R.CARON\tG.VEZINA CL.Ÿ-9839\tRA.2-8534 CARON & VÉZINA Latte métallique 7710, boul.Prévost Ville d\u2019Anjou, Que.\tDr Yvon Cloutier Chirurgien-dentiste 3253 est, rue Beaubien \u2022\tBur.: RA.2-2678 AIMÉ GALARNEAU & Cie Comptables Agréés 237 ouest, boul.Saint-Joseph \u2022\tMontréal \u2014 CR.4-2534*\tANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurancec 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627 Toitures Permanentes Enrg.Couvertures en gravois - Ferblanterie **RA.2-9121 \u2022\t2525-A est, rue Jean-Talon\tÉMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec Téléphone 2-5235 *\t352, rue St-Vallier, Québec PHARMACIE MICHON 1361 est, rue Mont-Royal, Montréal LA.1-3659 \u2022\tRoland Michon, Pharmacien\tMANOIR SAINT-CASTIN Lac Beauport \u2022\tQuébec TESSO ELECTRIC REG\u2019D.(Paul Monastesse, prop.) 4707, rue St-Denis, Montréal \u2022\tVI.5-8505\tLAVIGNE.C.E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tRE.9-1748 MAXIME Ltée 4140, rue St-Denis.Montréal 18 NETTOYEURS\tVI.4-1158 \u2022\tVI.4-3*1?\tDORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336 DENIS, Arcadius AVOCAT 86 nord, rue Wellington \u2022\tSherbrooke.Qué.- Tél.2-4793\tBOURBONNAIS & PÉPIN QUINCAILLERIE EN GROS 1575 est, rue Laurier, Montréal \u2022\tLA.6-4995 THERRIEN, F.-E., avocat Ch.400 33 ouest, rue St-Jacques, Mtl \u2022\tVI.2-9768\tWE.2-4955 ROLLAND GIROUX BRÛLEURS À L'HUILE 2031, rue Saint-Antoine \u2022\tMontréal SÉGUIN, Paul-Émile NOTAIRE 6726, rue St-Hubert \u2022\tCR.1-8739\tPAUL COULOMBE INC.Chauffage à l'huile et au gaz Air chaud \u2014 eau chaude 3338, rue Bélair, Montréal 38 \u2022\tRA.2-8741-8246 Huile \"TERO\" Enrg.Huile à chauffage Pierre Vincent, Montréal \u2022\t1690, rue Gilford \u2014 LA.6-3379\tMario Du Mesnil AVOCAT 4 est, rue Notre-Dame, Montreal UN.6-6913 482, rue Victoria, Saint-Lambert e\tOR.1-9295 INC- 4 J.BRASSARD, prés.256 est, rue Ste-Catherine, Mtl\t Pépinière \"Côte-de-Liesse\" Inc.Fernand Bélisle 200, Côte-de-Liesse \u2022\tMont-Royal - RE.8-1517\tG.-E.HOUDE MONTREAL OXYGEN ENRG.4890, 5e avenue - Rosemont \u2022\tLA.4-6957 LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE \u2022\tdes Trois-Rivières\tROBILLARD, Michel NOTAIRE 934 est, rue Ste-Catherine o\t849-9663 BERNARD BENOIT Linoleum, Stores Vénitiens, Stores de Toile, Rideaux, Draperies 11857 est, rue Notre-Dame e\tPte-aux-Trembles \u2014 Ml.5-5159\tCR.1-6093 ERNEST PALANGE, O.D.OPTOMÉTRISTE \u2022\t441 est, rue Bélanger, Montréal Maison H.ROY Ltée ÉTABLIE EN 1898 Imprimerie marcel perrier, président Faire-part \u2014 Commercial 1419, rue St-Hubert, Montréal e\tVI.9-2448\tADRIEN COURVILLE (Courville & Fils) Manufacturier de fourrure en gros 418, rue St-Sulpice, Montréal e\tAV.8-7474 LABONTÉ.LANDES.GROULX et LABONTÉ Notaires 3677, rue Adam Montréal \t fPJ&idaa-\t Bijouterie D'orsay Ltée Importateur et tailleur de diamants Roger Journaault, prés.402 est, rue St-Zotique e\tMontréal - CR.9-4526\t\u2022\tLA.6-5517 CR.4-3503 GÉRARD LEBEAU Rembourreur d\u2019autos, housses, vitres, capotes d\u2019autos Le plus grand atelier du genre au Canada 5940, rue Papineau Montréal \u2022\tSuce.6270 Upper Lachine ^Jdommaye d un ami LAMARRE ET FRÈRES LÉOPOLD LAMARRE, président Sùécialistes en meubles, accessoires électriques, tapis, prélarts, T.V., Hi-Fi.3723.ouest,.rue.Notre-Dame \u2022 Montréal\tWE.5-4681\t ÉPARGNER .c'est bien.c'est mieux! LES PLACEMENTS COLLECTIFS INC.vous aident à mieux investir! BUREAUX À: MONTRÉAL.QUÉBEC.ST-HYACINTHE, ST-JÉRÔME.SHERBROOKE, TROIS-RIVIÈRES.33 LIMINAIRE RENOUVEAU L'Action Nationale vous revient cet automne dans une nouvelle toilette.Avons-nous fait fortune tout à coup ?L'appel que lançait le directeur, en janvier, a-t-il eu un tel écho que nous soyons maintenant en mesure de nous engager sans risque dans des initiatives nouvelles, et nécessairement plus coûteuses ?Malheureusement, il faut répondre non, ne fût-ce que pour ne pas laisser à nos amis l'illusion que nous pouvons dorénavant nous passer de leur constante diligence.Nous prenons nos risques, tout simplement, parce que nous avons obtenu, comme le signalait l'éditorial de janvier, l'appui minimum qui nous a convaincu que la revue doit durer; et que, par ailleurs, pour durer et s'épanouir, le changement de cadre que nous adoptons aujourd'hui nous apparaît désormais indispensable.Il faut améliorer Une revue que nous voulons vivante et progressive étouffe aujourd'hui fatalement dans le format et la formule de l'Action Nationale d'hier.Un format aussi petit, dans les courants actuels, convient à un digeste, à une revue qui n'a pas l'ambition particulière de couvrir un certain terrain, qui ne vise en somme qu'à donner, chaque mois, un certain nombre de pages de lectures ou de mots d'ordre, qui peuvent être ou ne pas être de bonne qualité selon les ambitions des dirigeants.Une revue de combat par la pensée, qui veut suivre l'actualité, produire des articles étoffés pour orienter les idées, tenir des chroniques régulières afin de couvrir tout le champ de l'activité nationale dans ses multiples facettes, ne saurait être à l'aise, vu l'état actuel de bouillonnement de notre milieu, dans 88 petites pages du type de celles de l'ancienne Action Nationale.Nous ne le disons pas en théorie; mais après en avoir fait l'expérience pendant deux ans.Ce changement indique donc que nous avons des projets \u2014 qui ne se réaliseront naturellement que si l'expansion financière (abonnements et annonces) en cours se poursuit \u2014, et que nous 6 ACTION NATIONALE nous sommes rendus compte que la réalisation en était impossible dans les cadres anciens.Et d'autant plus que la formule du \"brochage à cheval\" nous obligeait techniquement, ou bien à changer de format pour pouvoir augmenter le nombre de pages, ou bien de toute façon à revenir à la formule du livre fait de sections cousues avec couverture collée.Quant à changer, nous avons procédé aux deux modifications qui nous laissent maintenant la porte ouverte sur toutes les possibilités que nous voudrons et pourrons envisager.Dans le choix du format, nous avons tenu, cependant, à garder l'une des caractéristiques qui a toujours été fort appréciée par les fidèles de L'Action Nationale : une dimension telle que la revue entre aisément dans une poche de veston, de sorte que le lecteur puisse facilement trainer sa revue partout avec lui s'il le désire.Nous vous arrivons toutefois, dans cette nouvelle toilette, sans fanfares ni boniments.Plutôt un peu comme une petite fille gênée, qui met sa première robe de grande personne.C'est-à-dire que nous n'avons pas, comme on fait souvent en pareille occasion, essayé de vous présenter un numéro sensationnel, où l'on trouverait des articles particulièrement soignés, signés des noms les plus aguichants, et que l'on a mis des mois à trouver et à préparer.alors que chacun des numéros suivants devra de toute façon être fait de mois en mois ! En aurions-nous eu le goût \u2014 et au fond pourquoi pas ?\u2014 que les conditions matérielles dans lesquelles le directeur et ses collaborateurs réalisent la revue ne le permettait pas.Il y aura ainsi moins de chance \u2014 comme cela arrive à bien des revues et journaux \u2014 que nous épuisions tout ce que nous pouvons donner dans le premier numéro, comme ces plantes forcées qui meurent ou végètent presque fatalement après avoir produit leurs premières fleurs.Il faut diffuser Autrement dit, nous ne prétendons à rien de sensationnel : nous continuons simplement une tâche nécessaire dans l'esprit de l'accomplir le mieux possible malgré tout.Ce renouveau n'est donc ni un lancement, ni un relancement.Nous n'avons rien à lancer ou à relancer : les idées que nous patronnons depuis un RENOUVEAU 7 demi-siècle sont en plein épanouissement au Québec; et nous croissons avec elles, n'ayant pas à nous dédire ni à rajuster notre tir de barrage, qui a fini par se révéler singulièrement efficace contre toutes les forces de désagrégation, dont nous n avons pas bien sûr pu empêcher tous les ravages ni éliminer tous les ferments.C'est d'ailleurs pourquoi il faut continuer; et continuer en expansion, et non pas seulement en consolidation.A l'heure actuelle, c'est tout juste l'essentiel qui apparaît sauvé pour autant que la conscience nationale est concernée : cette unanimité devenue remarquable \u2014 au moment même où d'aucuns prétendaient annoncer \"Feu l'unanimité !\" \u2014 sur un vouloir vivre collectif canadien-français à garder nettement distinct du vouloir vivre canadien : un vouloir vivre canadien-français qui réclame notre adhésion en primauté.Tout juste l'essentiel; et d'ailleurs pas tout l'essentiel : tout juste un minimum d'essentiel car, maintenant, que nous avons réussi à réaliser en quelque sorte le front commun contre les forces \"étrangères\", il nous reste à gagner sur nous-même la victoire de la fidélité, fortement combattue par les infiltrations diverses qui nous ont pénétrés de tous côtés pendant que nous nous divisions face à l'adversaire commun.C'est pour cette tâche que L'Action Nationale paraît aujourd'hui plus irremplaçable que jamais, car pour les luttes antérieures elle n'était pas aussi seule sur la brèche \u2014 comme organe témoin de la pensée profonde de tout un peuple \u2014 qu'elle ne l'est aujourd'hui.Faut-il déduire de cela que L'Action Nationale en est réduite à des combats d'arrière-garde ?Que sa tâche se limiterait à essayer de sauver ce qui peut être sauvé d'un passé maintenant révolu ?De servir de frein aux abus d'une révolution nécessaire ?Si tel était le cas, son rôle n'en serait pas moins important, car une révolution, même nécessaire, devient vite néfaste si rien ne vient, à un moment donné, endiguer un flot qui tend toujours à perdre le contrôle de son mouvement.En hydraulique, à moins d'une disposition spéciale des lieux, il faut des contre-barrages pour que les barrages aboutissent effectivement à créer les réservoirs d'eau.Il faut voir clair En fait, il y a beaucoup plus positif que cela à réaliser.Car en raison même de la précarité de situation dans laquelle nous 8 ACTION NATIONALE ont placé et la conquête, et nos divisions politiques face à la puissance assimilatrice, nous sommes à l'heure des révolutions.Nous avons à faire face à des courants très divers, inspirés par des idéaux révolutionnaires très différents, d'ailleurs eux-mêmes le plus souvent mal intégrés aux mouvements qui les portent, mêlés les uns aux autres par diffusion dans des esprits insuffisamment formés ou trop distraits pour savoir distinguer la logique ou les contradictions des diverses positions.Il y a donc à l'heure actuelle une immense tâche de mise au point, d'ordre et de lumière à mettre dans nos esprits, afin que nous soyons bien conscients de la signification et de la portée des orientations qui s'offrent à nous.Il y a ensuite la tâche du choix des orientations et de l'élaboration des politiques qui y correspondent.Mais en se vouant à la fidélité, parce qu'elle croit à la valeur fondamentale de ce que les Canadiens français représentent en terre d'Amérique, L'Action Nationale ne pratique-t-elle pas seulement un conservatisme stérile ?Bien sûr, à moins d'être un pur anarchiste, il y a toujours des choses qu'on veut conserver dans une société où règne un certain ordre; et une fois l'anarchisme réalisé, l'anarchiste deviendrait lui-même un conservateur en voulant le maintenir.Il est évident, en effet, que le groupe nationaliste, en cela même qu'il exprimait des mécontentements politiques, sociaux, économiques et culturels, a été l'artisan principal des mouvements, aujourd'hui plus diversifiés, qui réclament des changements, des changements de tous les ordres et de toutes les descriptions.L'Action Nationale n'est ni libre-penseuse ni anti-cléricale, ni anti-catholique, ni socialiste, encore moins communisante.Elle croit, en effet, a la valeur des PRINCIPES fondamentaux qui ont formé la civilisation canadienne-française; elle veut y rester fidèle et tient donc à conserver ces principes comme étant à la base de sa pensée et de son action.Elle est en faveur d'une stratégie de mouvement, mais de mouvement ordonné et non développé au hasard des circonstances et sans but.En ce sens, elle est effectivement conservatrice, par rapport à ceux qui veulent changer ou adultérer ces principes, pour y mettre plus de libre-pensée (qui n'est pas la pensée libre), d'anti-cléricalisme, d'antî-catholicisme, de socialisme ou de communisme. RENOUVEAU 9 Il faut une action dynamique Mais elle est et a toujours été en faveur de changements nombreux, importants et profonds dans I ordre des institutions et des moeurs, tels que pratiqués.Elle veut ces changements, parce qu elle a toujours critiqué notre situation actuelle comme incompatible, en de multiples points, avec les principes en cause.Et elle les veut naturellement dans le sens de ces principes et en conformité avec eux, ce qui l'amene a condamner certains changements qui ne sont pas issus d'une pensée conforme à notre génie propre et qui portent par suite avec eux des elements destructeurs des principes que nous voulons voir actualiser.Elle n'approuve pas le changement pour le changement, l'idée que le changement est nécessairement synonyme de progrès et, par suite, la pure et simple agitation qui ne donne que l'illusion du changement au sens réel qu'on pourrait donner a ce terme, mais de mouvements ordonnés et non abandonnes aux hasards des circonstances, des inspirations du moment, sans objectifs.En ce sens, L'Action Nationale n'a sûrement de leçon à recevoir de personne en termes de radicalisme.Elle est radicale justement parce qu'elle a des principes et qu'elle tient à les vivre et a les faire vivre au peuple canadien-français jusqu'au bout.Tous à la tâche : nous continuons.Dans le cadre d'une présentation nouvelle, voilà le travail auquel nous convions nos abonnés et nos annonceurs actuels, tous nos amis présents et futurs.Et ce travail, nous ne pourrons évidemment l'abattre que s'ils veulent bien eux-mêmes intensifier leurs efforts pour que nous puissions faire de L'Action Nationale la grande revue de pensée et d'action du Canada français.Tous les collaborateurs de L'Action Nationale, depuis un demi-siècle, ont largement fait leur part de dévouement et d'effort à pareille fin.Nous n'innovons en rien : nous acceptons simplement de porter un flambeau qui nous a été légué par d'autres, dont l'idéal a toujours été exactement le même avec sans doute ici et là des différences de nuances dans la pensée.Si nous n'avons pas fait mieux, il faut le dire, c'est parce que l'apathie \u2014 qui semble maintenant s'être secouée \u2014 ne nous fournissait pas les moyens de faire mieux.De la conception, des projets élaborés à la réalisation, il y a l'abîme des problèmes matériels de création d'équipes, de 10 ACTION NATIONALE mise au travail, de rencontres, de discussions, de longues veilles passées à réfléchir et à écrire, dont la vraie mise en oeuvre exige du temps, des moyens de vivre pour des personnes qui se dévoueraient entièrement à la cause, puis une administration avec toutes ses humbles et tatillonnes tâches, des frais d'impression, de distribution, etc.Vous seuls, abonnés, annonceurs, amis, pouvez rendre tout cela possible, d'abord par votre nombre et la suffisance des moyens financiers que vaudront abonnements, annonces et souscriptions; et ensuite, en lisant le produit que vous avez commandé et en propageant ensuite les idées qu'il a pu élaborer et actualiser grâce à vous.Alors ! voilà un cadre nouveau, qui nous permet d'envisager un brillant avenir.À la condition que vous restiez là, que vous augmentiez en nombre, afin que nous formions tous ensemble ur.corps suffisamment développé pour permettre à l'âme de vivre en plénitude.Et puis, disons-le tout de suite, c'est en 1963 que la Ligue d'Action Nationale, dont la revue est devenue le principal instrument de rayonnement, fêtera son cinquantième anniversaire.Cela vaut la peine d'être signalé.Nous continuons.L'ACTION NATIONALE ÉDITORIAL NOS ÉDUCATEURS ONT-ILS PERDU LE NORD ?Comme bien d\u2019autres, nous avons suivi les sessions de la Commission Parent à travers la province, lu les résumés des Mémoires dans les journaux, résumés qui ne leur rendaient pas toujours justice pour sûr et auxquels on ajoutait les questions des commissaires parfois pertinentes, parfois humoristiques, parfois impatientes, parfois inquiétantes.Seules des rumeurs, collatérales aux sessions, peuvent nous indiquer les tendances et les préférences des commissaires.Et comme toujours, il en circule de toutes sortes.Les commissaires ont lu et écouté la présentation de 287 mémoires, quelques-uns très volumineux et très documentés.Une centaine sont importants.Toutes les associations reconnues ont tenu à donner leur avis sur l\u2019éducation.Quelques-unes n\u2019ont envisagé qu\u2019un secteur.Plusieurs se sont attachées à l\u2019ensemble.Plusieurs de ces mémoires portent le témoignage que le monde de l\u2019éducation est en plein éveil.Qu\u2019il veut s\u2019intéresser en profondeur aux problèmes de notre milieu, mais aussi regarder à l\u2019extérieur et amorcer d'utiles comparaisons avec l\u2019Europe et l\u2019Amérique.La Commission n\u2019eût-elle eu d\u2019autre profit que de mettre toute l\u2019élite de notre pays à l\u2019étude de notre enseignement qu\u2019elle aurait été un véritable succès.Mais les Mémoires font aussi éclater à tous les yeux des misères profondes et la superficialité de l\u2019éducation nationale chez nos dirigeants, en particulier auprès des autorités universitaires existantes au Canada français.Nous avions déjà signalé \u201cque notre tendance à l\u2019imitation des structures américaines ou anglo-cana- 12 ACTION NATIONALE diennes constitue le plus grave danger dont ait été menacé l\u2019avenir de notre équilibre culturel depuis la conquête\u201d.Les proportions prises par cette fièvre d\u2019imitation et d\u2019emprunt nous parait le plus grave et le plus profond scandale de notre époque.Grave parce qu\u2019il vient de partout.Profond parce que préparé depuis 1949, ce courant, loin d\u2019avoir rencontré des oppositions qui auraient dû se produire, s\u2019est révélé devant la Commission prendre l\u2019allure d\u2019un torrent.Si la Commission Parent est un concours de popularité plutôt qu\u2019une défense et une rénovation de notre système d\u2019enseignement, alors les dés sont jetés et il semble qu\u2019elle n\u2019aurait plus qu\u2019à proclamer l\u2019adoption des structures américaines chez nous.Et cela serait dû à la majorité des éducateurs.Cela serait dû à l\u2019action de laies sans doute, mais surtout à l\u2019action de prêtres prêts à détruire en un jour l\u2019oeuvre qu\u2019ils ont mis plus de cent ans à édifier et qui est l\u2019une de nos meilleures traditions par sa solidité et son sérieux.La clef de tous nos problèmes d\u2019éducation, celui qui déterminera les programmes, l\u2019esprit et les méthodes d\u2019enseignement, est devenu un problème de structure.Aucune des raisons apportées pour les transformer n\u2019est vraiment déterminante.Et la légèreté de pensée atteint un comble avec un article écrit par un gouverneur de l\u2019université de Sherbrooke dans la revue \u201cMaintenant\u201d du mois de mai 1962 (p.187).On invoque l\u2019âge pour introduire ici les structures américaines.Les psychologues auraient décrété que c\u2019est à 18 ans qu\u2019un jeune est mûr pour le travail universitaire.Et, paraîtrait-il, c\u2019est à 18 ans qu\u2019uni-versellement on entre à l\u2019université.C\u2019est jouer sur les mots.C\u2019est fausser les réalités.Les jeunes anglo-américains entrent sur le campus de l\u2019université mais ils ne font pas encore partie de l\u2019université, conçue chez eux comme une école pour \u201cgradués\u201d, comme Hopkins University.On invoque l\u2019importance des équivalences.Ainsi on se comprendrait mieux entre nord-américains.Les ÉDITORIAL 13 titres académiques signifieraient la même chose.Mais ne voit-on pas que dans un but de conformisme, on passerait insensiblement des structures identiques à des programmes identiques afin, précisément, que les titres signifient la même chose.Et des programmes identiques on passerait à des méthodes d\u2019enseignement identiques, à un esprit identique.Nous y insistons: \u201cles structures une fois établies auront nécessairement un effet contraignant et directeur sur l\u2019évolution de notre système d\u2019enseignement.Notre pensée tendra à se mouler dans ces structures et celles-ci produiront un effet déformateur qui transformera le Canada français en un vassal de la culture américaine\u2019\u2019.Jusqu\u2019à 1949, le cours classique était le cours secondaire et la revue de \u201cL\u2019Enseignement secondaire\u201d, publiée par l\u2019université Laval à l\u2019usage des collèges classiques, en est encore un témoin significatif par son titre même.Ce cours donnait un baccalauréat reconnu comme premier grade universitaire, justement parce que l\u2019université surveillait les programmes et les études des collèges.Elle reconnaissait la valeur de la formation secondaire exactement comme en France l\u2019Etat sanctionne par un diplôme universitaire les études du second degré, celles du lycée.Puis sont venus les efforts persévérants de quelques apôtres de l\u2019intégration à l\u2019américaine : puis ceux de la Faculté des Arts, ceux des lois qui ont entériné les mots \u201csecondaire\u201d et \u201ccollège\u201d leur donnant une définition qui n\u2019avait aucune racine dans la tradition, puis nous avons eu les travaux du Sous-comité de coordination en 1953, puis nous avons aujourd\u2019hui une quantité de Mémoires dans le sens de l\u2019américanisation des structures de l\u2019enseignement.Au moins nous ne manquons pas d\u2019une triste lucidité ! Nous savons ce que nous voulons.Nous voulons engager l\u2019avenir de notre enseignement dans des structures anglo-américaines.Le secteur le plus résistant de notre survie nationale est conquis par des arguments sociologiques 14 ACTION NATIONALE (nous sommes en Amérique du Nord!) ou des arguments psychologiques.\u201cNous voulons Barrabas\u201d, a déjà crié un peuple dont nous avons appris suffisamment l\u2019histoire à l\u2019école pour en tirer des leçons.Il semble qu\u2019ils sont très peu nombreux ceux qui ont essayé une rénovation de notre système par l\u2019intérieur, qui ont cherché avant tout une fidélité à notre être dans son développement autonome, par un effort de perfectionnement, d\u2019achèvement visant à le porter au summum de l\u2019efficacité, avant de le proclamer désuet et de tout jeter aux orties.D\u2019abord nos Commissions scolaires ont elles-mêmes vu qu\u2019il y aurait moyen par des classes accélérées de permettre aux jeunes plus doués de faire leur école élémentaire en cinq ou six ans.Cela deviendrait d\u2019autant plus facile qu\u2019on enlèverait du programme primaire tout ce qui l\u2019encombre inutilement et fait perdre du temps, comme l\u2019enseignement trop précoce de l\u2019anglais et tous ces à-côté trop distrayants pour l\u2019esprit encore informe et qui développent l\u2019illusion de la culture au lieu du sens de l\u2019intériorité qui est la base de tout développement culturel sérieux.Alors nos jeunes les mieux doués entreprendraient le secondaire bien préparés pour en profiter et atteindraient l\u2019université après 13 ou 14 ans de scolarité à travers des collèges de huit ans dont on pourrait discuter la diversification possible sans pouvoir au moins abandonner un programme et un esprit de culture générale.Cette mise au point faite, il se trouve que c\u2019est vers une formule de ce genre que tendent les autorités de l\u2019université de Toronto (jusqu\u2019à il y a peu), par l\u2019allongement des années de High School afin que les jeunes, possédant une meilleure formation générale, ne soient pas si nombreux à couler en première année d\u2019université (ou de Faculty of Arts).Les Américains, eux, ont un secondaire (ou cette étape réservée plus exclusivement à la culture générale) brisé en morceaux: 3 ans de Junior High School, 3 ans ÉDITORIAL 15 de Senior High School et 2 ans de Junior College.L\u2019absence d\u2019unité dans la formation, dans l\u2019esprit gui anime les programmes, est le tourment de ceux qui, parmi leurs universitaires, réfléchissent sur les déficiences de leur système.Nous, au Québec, nous l\u2019avons ce curriculum d\u2019un enseignement du second degré de huit ans, entièrement consacré à la culture générale.Que nous le rénovions par le dedans, que nous renforcions notre enseignement du français, des mathématiques, des sciences, tant mieux.Que nous introduisions quelques options entre des matières de culture générale, vers la fin du cours classique afin de profiter des motivations plus mûres des jeunes, ce peut être discutable, mais pour ceux qui voient là un progrès c\u2019est une adaptation qui sauve l\u2019essentiel.Mais pourquoi irions-nous briser cette unité à laquelle les anglo-américains aspirent?Une fois que nous l\u2019aurons brisée, il ne sera pas si facile de la reconstituer.Les positions actuelles sont devenues d\u2019autant plus inconsistantes et absurdes qu\u2019on se rappelle mieux les raisons initiales pour lesquelles les apôtres de l\u2019américanisation nous ont orientés vers le système américain.Il s\u2019agissait de permettre à nos jeunes d\u2019entrer plus vite à l\u2019université, à un moment où ceux qui en parlaient se fiaient plus aux apparences qu\u2019aux réalités et n\u2019avaient pas suffisamment étudié le régime américain pour y constater que niveau pour niveau, le jeune américain n\u2019arrive pas à \u201cl\u2019école des gradués\u201d généralement plus jeune que nos bacheliers.Le vrai problème, au niveau des comparaisons, était de savoir si nous accepterions de réduire la culture générale chez nous pour l\u2019accès à certaines professions, en acceptant la spécialisation professionnelle ou technique du collège plutôt que de tenir à la culture générale jusqu\u2019à l\u2019achèvement d\u2019une formation vraiment secondaire.Cela permet sans doute aux jeunes de finir plus jeunes leurs études professionnelles sans avoir à passer par l\u2019université (dans le sens d\u2019\u201cécoles des gradués\u201d) ou en y 16 ACTION NATIONALE restant moins longtemps, non pas d\u2019arriver plus vite à l\u2019université.Une fois le problème ainsi compris, après une meilleure analyse des structures propres à chaque pays, on aurait dû en avoir fini avec cette fausse conception du problème et s\u2019en tenir à la discussion véritable: les transformations nécessaires ou non à notre cours secondaire, d\u2019où aurait ressorti l\u2019évidence d\u2019une nécessité de créer chez nous, de toute pièce, un enseignement technique cohérent du second degré.Au moins discutait-on à ce moment-là de problèmes sérieux.Mais au lieu de cela, comme il arrive trop souvent avec l\u2019amour-propre que chacun met à garder ses positions, les partisans de l\u2019américanisation ont préféré se trouver d\u2019autres arguments pour se donner raison.N\u2019ayant plus d\u2019arguments sérieux, ils sont tombés dans l\u2019infantilisme de notre situation géographique nord-américaine et de la facilité dans le calcul des équivalences.Qu\u2019est-ce que cela en regard de cette unité dans la formation qui a eu une portée nationale très caractéristique?Elle nous a donné une vision du monde qui est un lien très fort entre nous.Le finissant du Lac Saint-Jean, celui de Rimouski, de Hull et de Montréal, etc., sont frères par les structures de la pensée, par le système de valeurs acceptées.On comprend combien peuvent devenir ironiques ces paroles: \u201cLe bon sens et la logique, ne serait-ce pas d\u2019insérer dans des cadres académiques nord-américains un enseignement conforme à nos traditions et à nos ambitions canadiennes-françaises?\u201d C\u2019est demander la quadrature du cercle.Parce que c\u2019est aussi le bon sens et la logique qui nous font dire qu\u2019un milieu américain américanise! Et où arrêterons-nous notre imitation des structures anglo-américaines?Si nos voisins décident de changer dans dix ans, nous faudra-t-il changer nous aussi, toujours pour les mêmes prétextes: la sociologie, la psychologie, les équivalences, etc.?En ce cas, notre propre système d\u2019enseignement, toujours à la remorque ÉDITORIAL 17 du système nord-américain, toujours copiant et toujours en retard, cessera-t-il de vivre la vie d\u2019une queue de veau?Ce sont des exigences culturelles qui demandent telles structures plutôt que telles autres.Nous croyons que notre apprentissage des moyens élémentaires de la culture française peut se faire en cinq ou six ans pour les mieux doués (les Japonais y mettent neuf ans pour leur culture japonaise).Et nous croyons que notre culture générale, faisant toute sa part à l\u2019humanisme littéraire, scientifique et philosophique, demande huit ans de formation.Nos universités n\u2019ont aucun avantage à recevoir des jeunes qui n\u2019ont pas terminé cette formation de base, excepté dans les secteurs techniques, où seul un apprentissage, un dressage, fût-il de nature intellectuelle, suffit à l\u2019exercice du métier.L\u2019exemple américain aussi devrait nous faire réfléchir.La baisse de la culture générale est due à ce que celle-ci est terminée avec la fin du High School.Parce que les collèges, en grande partie, dépendent d\u2019une université, les écoles de \u201cgradués\u201d imposent des conditions d\u2019admission telles que pour les franchir il faut se spécialiser non seulement en 15e et 16e année de scolarité, c\u2019est-à-dire dans leurs deux dernières années, mais aussi en 13e et 14e année, c\u2019est-à-dire dans leurs deux premières, égales à nos propres philo I et II.Les collèges sont envahis par des programmes, des méthodes, des professeurs et un esprit spécialisés.Les collèges à leur tour doivent hausser leurs demandes d\u2019admission auprès des finissants de High School et la spécialisation pénètre partout.On peut diminuer le nombre d\u2019années de formation en commençant la spécialisation d\u2019un jeune dès 16 ans mais les résultats ne se feront pas attendre.Des questions posées par un professeur de l\u2019université de l\u2019Illinois à quinze étudiants qui venaient d\u2019obtenir leur Ph.D.permit de savoir que neuf d\u2019entre eux ignoraient ce qu\u2019était la Renaissance, dix ce qu\u2019était la Réforme, onze qui était Bismark et treize ce qu\u2019était la Grande Charte d\u2019Angleterre! N\u2019a- 18 ACTION NATIONALE vons-nous pas à craindre, en empruntant trop aux Américains, de leur emprunter aussi ces méthodes (qu\u2019ils réprouvent) de préparer de splendides barbares.C\u2019est au nom de la culture que nous lançons cet appel.C\u2019est au nom de la culture que nous demandons de réfléchir avant qu\u2019il ne soit trop tard.Déjà, des amis nous ont dit leur étonnement scandalisé.Pourquoi nos structures n\u2019obéiraient-elles pas à des préoccupations qualitatives?M.Raymond Grenier citait dans La Presse du 17 décembre 1960 ces paroles de M.Hartley Simpson, doyen de VÉcole des \u201cgradués\u201d de l\u2019université Yale: \u201cSeulement 20% des 1,800 collèges et universités des États-Unis donnent à leurs étudiants une préparation suffisante pour pouvoir aborder sans propédeutique les études supérieures au baccalauréat (entendu dans le sens américain).Et je suis généreux, certains de mes collègues fixent ce pourcentage à 10%\u201d.Jusqu\u2019ici nous avons entendu parler les administrateurs de notre enseignement.Des journalistes prennent parti, semblent favoriser l\u2019introduction des structures américaines.Serait-il vrai que l\u2019on accepterait ce \u201cprogrès de dupes\u201d?Pourquoi ne chercherions-nous pas dans nos propres principes, dans notre propre conception de la vie, les structures les plus propres à faire triompher nos objectifs?Depuis douze ans que se sont introduites des lézardes dans notre conception de l\u2019enseignement, et voilà qu\u2019au jour d\u2019hui nous nous apercevons que les proposeurs du système anglo-américains sont non seulement nombreux mais décidés.Réussiront-ils à imposer leurs vues à la Commission?Ou celle-ci aura-t-elle le courage de faire face au nombre et de bâtir une argumentation solide et complète qui justifiera le redressement qui s\u2019impose?Les responsabilités sont graves, car avec l\u2019avenir de notre système d\u2019enseignement, c\u2019est sûrement celui de notre destin français en Amérique qui se joue actuellement à l\u2019intérieur même du bastion fortifié qu\u2019a été jusqu\u2019ici le Québec! Nous lançons l\u2019avertissement.À trop regarder vers le sud, nos éducateurs et les autorités universitaires ÉDITORIAL 19 auraient-ils perdu le nord?Ce nord de nos traditions, de nos valeurs incarnées dans des structures encore solides, de cet esprit qui prétend sauvegarder la culture générale.Si aujourd\u2019hui nous consentons, pour les raisons futiles qui sont invoquées, à ne plus être maitres de nos structures, comment pourrons-nous demain éviter d\u2019en être les victimes?Il faut être drôlement adulte et sûr de soi pour pouvoir s\u2019émanciper d\u2019un milieu et prétendre même l\u2019amener à soi et le plier à un idéal qui le contredit.Or les arguments mêmes sur lesquels on appuie les demandes de réforme prouvent que nous ne le sommes pas.Que nous sommes tout simplement à la remorque des autres.Cela laisse bien peu d\u2019espoir, à une époque où en dehors du secteur de l\u2019éducation et des éducateurs, section majeure pour la détermination des orientations, s\u2019éveillent des énergies qui nous permettraient, au contraire, si le reste tient, d\u2019entretenir les plus beaux espoirs.Nous vivons, en effet, une période où les orientations du passé donnent plus que jamais, à travers tant de faiblesses, des signes de ressourcernent, et des promesses sérieuses d\u2019épanouissement, de richesse et de rayonnement.Ce serait donc le moment de donner le coup de volant sauveur de la restauration des valeurs et de leur affinement; non pas de peser sur l\u2019accélérateur, comme dans un geste de désespoir envers tout ce que nous avons fait, pour nous conduire plus vite au précipice de l\u2019américanisation qui nous attire depuis trop longtemps.Après avoir réussi, en dépit de tous les reproches justifiés ou injustes qu\u2019on a pu leur opposer, à former des esprits qui se distinguent et commencent à faire rayonner un prestige typiquement canadien-français, nos collèges vont-ils maintenant nous préparer la génération de jeunes barbares qui éteindront, par leur incompréhension, les premiers feux jaillissant d\u2019une longue et pénible aube?C\u2019est là le tragique de notre histoire, nous souffrons de schizophrénie.Notre personnalité est divisée.Quand, hier, un de nos grands bourgeois imitait les 20 ACTION NATIONALE Anglais, fréquentait les Anglais, nous le traitions d\u2019anglicisé et nous le voyions comme perdu pour notre groupe.Il avait sacrifié sa culture à ses ambitions financières ou à des avantages sociaux.Peut-être exagérions-nous, mais au moins nous étions vigilants.Aujourd\u2019hui le même problème se pose pour nos éducateurs: ils fréquentent, flirtent, tâtent les structures d\u2019enseignement des Anglais.Et comble de la naivetê! ils croient ne pas y laisser un peu de leur âme d\u2019abord, puis ensuite toute fierté nationale! Par suite, ils ne sont plus sur leur garde et donnent tête baissée dans les pièges de l\u2019imitation.C\u2019est ce que montre le raisonnement de la Faculté des Arts de l\u2019université de Sherbrooke: \u201cIl ne fait aucun doute (quelle sécurité!) que nous devions adopter (c\u2019est un devoir maintenant!), du moins dans ses grandes lignes, la structure académique nord-américaine .Nous sommes en Amérique du Nord depuis longtemps et pour toujours.Tant que des valeurs importantes ne sont pas en cause, il nous est avantageux d\u2019user des catégories qui sont monnaie courante sur ce continent.Cela nous met en meilleure position pour vivre profitablement avec nos compatriotes et nos voisins\u201d.Ceci dit pour notre enseignement et accepté vaudrait intégralement et mot à mot pour l\u2019abandon de notre langue et de notre culture.Quelle inconscience ou quelle duplicité alors que de raisonner ainsi?Actuellement la majorité des éducateurs semble s\u2019entendre pour présenter à la province de Québec un secondaire tronqué, sans objectif complet.Va-t-on dire que le but de ce nouveau secondaire de 4, 5 ou 6 ans, c\u2019est la culture générale ?Oui, mais incomplète, sans philosophie, avec seulement des sciences et des mathématiques élémentaires.Tous les États-Unis et tous les pays d\u2019Amérique du Sud ont ce secondaire de 4, 5 ou six ans et les plaintes nombreuses sur les déficiences dans la formation des jeunes font maintenant partie du folklore classique de chaque pays. ÉDITORIAL 21 Ce cours incomplet que l\u2019on nous présente comme un progrès, il faudra le compléter d\u2019une façon ou d\u2019une autre parce que ces jeunes ne sont pas prêts à entrer à l\u2019université.On complétera donc ce secondaire par un système collégial qui présente une autre juridiction, un autre esprit et d\u2019autres exigences.C\u2019est l\u2019université avec ses spécialisations qui s\u2019imposera, avec ses professeurs préparés selon des méthodes exclusivement universitaires.C\u2019est la fin de la culture générale et aussi d\u2019une bonne partie de la tradition française.Seule la tradition anglo-américaine fait place à ces collèges universitaires.Acceptons cette formule et dans dix ans, avec l\u2019esprit que nos éducateurs manifestent actuellement, nos programmes se mouleront sur ceux des anglo-américains, nos professeurs copieront qualités et défauts de ces systèmes.Notre culture sera vraiment vassale; et morte dans un siècle.De plus, à qui veut-on faire accepter un secondaire public de quatre, cinq ou six ans ?Est-ce la gratuité scolaire qui déterminera la longueur de notre secondaire public ?Et pourquoi ne développera-t-on des collèges publics de huit ans dont les premières années seraient gratuites ?Il nous faut des institutions publiques du second degré qui puissent offrir une culture générale complète et présenter à l\u2019université des jeunes dont les bases scientifiques, littéraires et philosophiques soient solides.Le \u201cpublic\u201d et le \u201cprivé\u201d est une distinction institutionnelle de régime qui n\u2019a rien à voir avec les structures de l\u2019enseignement, lesquelles relèvent de l\u2019esprit.Nous dénonçons donc cette trahison des clercs dans le sens le plus authentique du mot.Trahison de toute une élite qui pendant plus d\u2019un siècle nous a fait la leçon de la culture générale et que la subite intervention du gouvernement fédéral a tout à coup convaincue, en un tournemain, que l\u2019université se commençait en belles-lettres.Triste page de notre histoire que nous supplions la Commission Parent de ne pas conserver.Nous ne voulons pas de Barrabas ! Le directeur LA VRAIE HISTOIRE DE NOS BANQUES D'AFFAIRES par François-Albert Angers Quand le gouvernement de la Province a annoncé qu\u2019il constituerait une Société de financement, le soussigné s\u2019est contenté, dans un commentaire de L\u2019Action Nationale (octobre 1961, p.154), de rappeler un certain nombre de choses écrites au cours des derniers vingt ans, pour marquer qu\u2019il ne pouvait qu\u2019être d\u2019accord avec le principe d\u2019une politique depuis si longtemps réclamée par toute l\u2019école nationaliste.C\u2019était une façon discrète de s\u2019abstenir de considérations directes, au cours desquelles des réserves auraient été nécessaires sur la façon de procéder du gouvernement actuel.Cette discrétion lui paraissait désirable étant donné la part prise par lui-même à la campagne pour une banque d\u2019affaires, et sa participation active comme membre du conseil d\u2019administration de trois entreprises issues de cette campagne: les Placements Collectifs, la Corporation d\u2019Expansion financière et la Compagnie nationale de gestion.Il ne fallait pas avoir l\u2019air de mesquiner sur des détails, quand l\u2019essentiel est sauf ; ni paraître vouloir nuire à une entreprise, dont, maintenant qu\u2019elle est décidée, il faut vouloir le plus complet succès.Des réserves étaient donc nécessaires, dis-je, sur la façon de procéder du gouvernement \u2014 et j\u2019expliquerai plus loin pourquoi il paraît désirable sinon indispensable de le dire maintenant \u2014 pour les raisons suivantes.Il y a plus de soixante ans, mon commentaire antérieur de L\u2019Action Nationale le rappelait, qu\u2019Errol Bouchette proposait l\u2019établissement d\u2019une telle Société, de préférence par l\u2019intermédiaire de l\u2019initiative privée, mais par l\u2019État si nécessaire; et il avertissait les autorités politiques du temps que si cela n\u2019était pas fait, les intérêts américains, alors encore à nos portes, s\u2019empareraient de nos res- LA VRAIE HISTOIRE.23 sources naturelles et les exploiteraient à leur profit.Ce n\u2019est pas là interprétation d\u2019une pensée obscure: son message d\u2019alors était aussi net et précis que cela; et s\u2019accompagnait de toutes les explications nécessaires pour prouver cet avancé, qui s\u2019est révélé si juste depuis.Entre temps, ce sont des initiatives privées qui ont travaillé, trop lentement bien sûr, en l\u2019occurence, mais du mieux qu\u2019il était psychologiquement et sociologiquement possible, à combler la carence gouvernementale.Et ma critique est la suivante: quand un gouvernement, pendant trois quarts de siècle, a ignoré les objurgations de toute une école et de tout un groupe d\u2019intérêt, il est pour le moins disgracieux de le voir tout à coup passer à l\u2019action, en oubliant systématiquement tout ce qui a été fait sans lui, pour repartir de zéro comme si rien n\u2019existait.Quand il est animé par autre chose que le virus de l\u2019électoralisme et le désir concomitant de s\u2019attribuer tous les mérites, il respecte les intérêts acquis et il offre sa collaboration à ceux qui ont déjà des connaissances et une expérience qu\u2019il n\u2019a pas.UNE AFFIRMATION EXCESSIVE Et cela m\u2019amène à expliquer pourquoi je sors ainsi du bois, si l\u2019on peut dire.Dans une conférence qu\u2019il prononçait devant la Chambre de Commerce française, rapportée dans Le Devoir du 11 juillet, M.Gérald Ryan, de la maison Beaubien, l\u2019un des membres du Comité d\u2019Étude du Gouvernement sur la Société Générale de Financement, a affirmé ou laissé entendre clairement, par le contexte de son exposé historique, que cette Société allait être notre première banque d\u2019affaires.Il a expliqué, comme l\u2019ont fait bien des fois tous ceux qui ont proposé la création d\u2019une banque d\u2019affaires chez nous, qu\u2019à venir jusqu\u2019à récemment le rôle type d\u2019une telle institution n\u2019était rempli que très partiellement par les courtiers en valeurs de placement.Cette lacune aurait tendu à être comblée par la création de la Banque d\u2019Expansion industrielle, et plus récemment par la fondation de RoyNat.Mais ces institutions elles-mêmes ne sont pas encore des banques d\u2019affaires, dont le rôle \u201cest de fournir le tout 24 ACTION NATIONALE ou une partie importante du capital permanent d\u2019une nouvelle entreprise, de participer à sa direction et de guider ses pas jusqu\u2019au jour où ayant atteint la condition d\u2019adulte, ses actions peuvent alors être offertes au grand public avec un risque grandement diminué.\u201d Ainsi ressort-il ou apparaît-il nettement que la Société Générale de Financement vient combler un vide; et que cela en soi constitue la pleine justification d\u2019un intervention gouvernementale directe, qui, dans cette perspective, se révèle très sage et très modérée.Le gouvernement, en effet, au lieu de créer de toute pièce une banque d\u2019affaires d\u2019Etat, donne l\u2019impulsion, prend une part minoritaire du capital et laisse entrevoir la possibilité de son retrait total quand l\u2019affaire sera bien lancée et bien aux mains du public.Malheureusement, la vérité historique est autre; et il ne paraît pas juste ni honnête de laisser s\u2019accréditer ce qui serait dorénavant une légende.Sans doute M.Ryan lui-même n\u2019a-t-il pas voulu la commettre.C\u2019est un financier, et non un spécialiste de l\u2019histoire.Comme il n\u2019a pas participé au courant historique qui aboutit à l\u2019initiative d\u2019aujourd\u2019hui, il ne pouvait en parler d\u2019expérience et il s\u2019est fié à la documentation qu\u2019on lui a fourni pour préparer sa conférence.Il se trouve que cette documentation est tronquée.Il me paraît important de rétablir les faits.LA PREMIÈRE BANQUE D\u2019AFFAIRES Notre première banque d\u2019affaires, elle ne date pas de 1962, mais des années \u201930.Ce fut une entreprise qui s\u2019appelait \u2014 et s\u2019appelle encore, quoiqu\u2019à notre point de vue elle soit défunte \u2014 Société d\u2019Entreprises du Canada.Son nom même indique déjà l\u2019intention des fondateurs, et montre qu\u2019il s\u2019agissait bien d\u2019une banque d\u2019affaires, car le nom n\u2019avait pas été choisi au hasard : les initiateurs créaient une banque d\u2019affaires.Elle n\u2019a pu remplir le rôle qu\u2019elle se proposait.Quant à cette initiative \u2014 car il y a autre chose \u2014 il aurait pu être juste plus tard d\u2019affirmer que la Société Générale de Financement fut notre première banque d\u2019affaires ayant vraiment fonctionné comme tel ; mais comme cette Société est encore elle-même LA VRAIE HISTOIRE.25 à l\u2019état de projet et d\u2019intention, elle a encore beaucoup moins à son crédit dans cette voie que cette première initiative.N\u2019étant pas près des documents au moment où j\u2019écris ce texte et n\u2019ayant pas le temps voulu pour faire toutes les recherches, il me sera impossible de rendre justice à ces pionniers en donnant le nom de ces fondateurs.Mais au départ, en tous cas, il ne s\u2019agissait pas d\u2019un groupe d\u2019intérêts privés désireux de monter un consortium à leur profit, mais bien de gens désireux de faire oeuvre nationale et de compter sur l\u2019appui du public.L\u2019inspirateur sociologique et économique du projet était Esdras Min-ville, qui fut, je pense, l\u2019un des administrateurs fondateurs.Autant que je sache, tout ce groupe était par trop en avant de son temps.L\u2019atmosphère de pessimisme (résultant de la crise) et l\u2019état d\u2019esprit même de l\u2019ensemble des collaborateurs nécessaires au fonctionnement de l\u2019affaire ne rendirent pas la mise en marche possible.Le public n\u2019était pas prêt à souscrire pour faire vivre une pareille initiative; et, pour autant que l\u2019on puisse savoir à des allusions toujours très discrètes de ceux qui ont vécu cette première expérience, des conflits d\u2019intérêt privé paralysèrent le développement.Toujours est-il que cette société resta en veilleuse jusqu\u2019après la dernière Grande Guerre.Après la guerre, un financier et industriel canadien-français, M.Léopold Renaud, entrepris de remettre l\u2019affaire sur pied, selon ses déclarations d\u2019intention, dans l\u2019esprit des fondateurs avec qui il s\u2019était d\u2019ailleurs trouvé associé aux débuts.11 engagea lui-même les fonds nécessaires pour remettre l\u2019affaire sur pied, et se trouva à en assumer le contrôle, détruisant au moins en apparence et pour un temps, le caractère d\u2019institution nationale qu\u2019on avait voulu donner à l\u2019entreprise au départ.L\u2019intéressé m\u2019a affirmé, en maintes circonstances, qu\u2019il ne songeait nullement à garder ce contrôle, mais à faciliter simplement de ses deniers la remise en marche de l\u2019affaire quitte à effectuer ensuite les rajustements appropriés. 26 ACTION NATIONALE Mais pour autant qu\u2019il apportait la majeure partie du capital, il n\u2019était évidemment pas anormal qu\u2019il détînt la majorité des actions.Mais ce qu\u2019il recherchait, me disait-il, c\u2019était d\u2019intéresser les nôtres à cette affaire une fois remise sur pied.Il se disait prêt à céder son contrôle, en revendant une partie suffisante des actions qu\u2019il détenait à des hommes qui consentiraient à partager avec lui le fardeau du relancement.Société d\u2019Entreprises du Canada commença, à ce moment-là, à jouer son rôle d\u2019institution financière majeure dans notre milieu, en assumant le contrôle de Lau-rentide Acceptance, qui était alors notre plus importante compagnie de finance.Mais les milieux financiers, qui ne croient pas aisément à d\u2019autres sentiments qu\u2019au plus pur intérêt personnel égoïste, refusèrent, à tort ou à raison, \u2014 ce n\u2019est pas moi qui peut en juger \u2014, de faire confiance à M.Renaud, ou peut-être simplement de l\u2019aider à créer une nouvelle institution financière qui pourrait éventuellement les concurrencer en certains domaines.Tous les essais de formation d\u2019une banque d\u2019affaires ont rencontré la même hostilité ou la même indifférence des milieux financiers traditionnels cana-diens-français; et ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas sans peine \u2014 et probablement sans sacrifice et sans certaines concessions \u2014 que le gouvernement lui-même a pu les surmonter pour la constitution de sa Société Générale de Financement.On en verra la preuve plus loin.Quoiqu\u2019il en soit, devant le manque d\u2019appui qu\u2019il rencontra, M.Renaud finit, à cause de pressions exercées sur Laurentide Acceptance par des institutions anglophones, par se trouver dans une position intenable.Après un dernier effort pour se trouver des appuis dans la finance canadienne-française, il finit par vendre ses intérêts dans Société d\u2019Entreprises du Canada, et par là le contrôle de Laurentide Acceptance, à une entreprise canadienne anglaise appartenant à un consortium dirigé par l\u2019une des plus importantes maisons de finance de la rue Saint-Jacques : la maison Nesbitt Thompson, pour ne pas la nommer. LA VRAIE HISTOIRE.27 Telle fut l\u2019équipée de notre première banque d\u2019affaires.Il est sûrement vrai de dire qu\u2019elle n\u2019a jamais rempli le rôle d\u2019une banque d\u2019affaires, mais elle n\u2019en fut pas moins une pour cela de par sa charte constitutive, comme de par les intentions de ses fondateurs.On n\u2019a pas le droit d\u2019oublier les efforts valables de ces pionniers; et je dis bien valables, car leur travail a sûrement contribué pour une large part à préparer un terrain plus favorable aux initiatives subséquentes.Leur expérience a servi de leçon à d\u2019autres pour éviter certains écueils.Bien sûr, les pierres qui forment la base d\u2019un bâtiment n\u2019ont pas d\u2019apparence, étant enfouies dans la terre; mais sans elles le bâtiment ne se serait pas élevé.MARCHE DES IDÉES Au moment même où la Société d\u2019Entreprises du Canada tentait, sous la direction de M.Renaud, ses derniers efforts désespérés pour survivre et grandir, d\u2019autres initiatives étaient en marche.Depuis les insuccès des années \u201930, l\u2019idée n\u2019avait pas cessé de hanter un certain nombre de nos chefs de file sociaux et de nos hommes d\u2019affaires.La conscience s\u2019éveillait à l\u2019idée que l\u2019une des grandes déficiences de notre milieu économique, sinon la principale à ce moment-là, était l\u2019éparpillement de nos capitaux ; et le manque d\u2019effort concerté dans leur orientation et leur utilisation.Cette prise de conscience, parfois confuse, allait bientôt d\u2019ailleurs, susciter l\u2019apparition d\u2019une multitude de clubs de placements, qui présentent l\u2019avantage d\u2019amorcer une certaine \u201csocialisation\u201d des capitaux tout en donnant satisfaction à nos instincts paysans profondément individualistes: dans ces petits groupes, en effet, chacun peut en quelque sorte participer activement à l\u2019administration des fonds mis en commun.Tout au long de la guerre, le soussigné a personnellement participé, généralement en compagnie de M.Min-ville, à des réunions, où nous étions convoqués pour envisager des formules d\u2019organisation d\u2019institutions du type banque d\u2019affaires.M.C.-E.Préfontaine, en particulier, à l\u2019heure de son apogée, convoqua de telles assises.Elles n\u2019aboutirent à rien de précis.Notre impression à nous, 28 ACTION NATIONALE les conseillers spécialisés \u2014 car M.Minville, je crois, serait d\u2019accord sur cela \u2014, c\u2019est que tous ces hommes d\u2019affaires reculaient devant les exigences, disons de nature idéologique, que nous posions comme condition du succès d\u2019une telle initiative sur une échelle nationale.Par ailleurs, les milieux de classes populaires, que nous essayions de stimuler à l\u2019idée d\u2019une entreprise de crédit à long terme coopérative, n\u2019étaient pas mûrs pour sentir et apercevoir les formules par lesquelles cela pouvait se réaliser sans mettre en danger leurs exigences de liquidité.C\u2019est finalement la Chambre de Commerce de la Province de Québec, dont le secrétariat, à ce moment-là, était intimement associé à l\u2019organisation de la Chambre de Commerce de Montréal, qui relança de plus haut et plus ou moins consciemment la question, en choisissant comme thème de son congrès de Rouyn, en 1955, \u201cPour une politique d\u2019investissement en faveur du Québec\u201d.Le directeur général de la Chambre provinciale d\u2019alors, M.Viateur Gendron, me demanda d\u2019aller prononcer le discours-thème.Je me rappelle que je résistais fortement à sa demande.Je lui objectais les innombrables autres choses que j\u2019avais à couvrir.Je lui signalai que ma conférence ne pourrait, à mon avis, que tourner autour d\u2019un seul sujet, la nécessité d\u2019une banque d\u2019affaires appuyée sur l\u2019épargne de la collectivité.Que sur ce sujet, j\u2019avais, au cours des derniers vingt ans, écrit et dit tout ce que j\u2019avais à dire ; et cela maintes et maintes fois sans avoir réussi à intéresser personne.Que pour aller plus loin et présenter à un Congrès quelque chose qui fût un peu nouveau, il me faudrait étudier plus en profondeur la question, ce dont je n\u2019avais pas le temps.Mais les secrétaires de Chambre de Commerce ne sont jamais à cours d\u2019arguments quand ils nous tiennent au bout du fil pour obtenir un conférencier.Je finis donc par préparer, sans conviction, un texte où je répétais des choses auxquelles personne n\u2019avait guère porté attention jusque-là.Et j\u2019allai donner mon exposé, aller et retour par avion, sans me préoccuper de la suite. LA VRAIE HISTOIRE.29 Or, il se trouva que le terrain était mûr pour les idées exposées, et que ma proposition pour la création d\u2019une banque d\u2019affaires munie de caractéristiques spéciales, afin de lui donner l\u2019allure d\u2019une institution nationale, retint toute l\u2019attention du Congrès et fit l\u2019objet de la recommandation centrale.M.Fridolin Simard, qui devenait président de la Chambre, décida de faire de ce projet l\u2019oeuvre de sa présidence; et un Comité fut nommé pour en étudier la réalisation, sous la direction de M.Jacques Melançon.Toute l\u2019année s\u2019écoula, au Comité, à étudier des formules d\u2019application qui mettraient en oeuvre l\u2019ensemble des principes et idées exposés dans mon texte et ratifiés par le Congrès.Le problème consistait à trouver des modalités qui, tout en gardant à l\u2019entreprise son caractère institutionnel quasi-public dans une société privée, satisferaient aux exigences des techniques financières habituelles le plus possible, afin de ne pas être en rupture complète avec le milieu, ce qui serait risquer de se heurter à des résistances invincibles.Des modalités qui satisferaient aussi bien aux exigences d\u2019une administration efficace, et surtout dynamique, ce qui est fondamental pour une banque d\u2019affaires.Ai-je besoin de dire que les objections des praticiens, et au début les résistances étaient nombreuses.Beaucoup d\u2019efforts d\u2019imagination durent être déployées pour ajuster les premières formules, issues de l\u2019application pure et intégrale des principes, en vue de parer aux objections pratiques sérieuses des gens d\u2019expérience sans pour autant modifier les données de bases jugées essentielles par les spécialistes.C\u2019est à Jacques Melançon qu\u2019il faut ici rendre le premier hommage du succès auquel le travail du comité devait aboutir.Une fois que par l\u2019étude, il se fut convaincu de la validité du plan dans ses données essentielles, il travailla d\u2019arrache-pied \u2014 et il importe de le dire, sans rémunération comme il est de règle dans les comités de Chambre de Commerce, \u2014 à réinventer à chaque réunion des projets et des formules concrètes nouvelles pour obvier aux objections de pratique ou de principe des réunions précédentes.Lorsqu\u2019arriva la date 30 ACTION NATIONALE du congrès suivant, les choses n\u2019en étaient pas encore au stage de la réalisation.Il fut décidé de consacrer ce congrès de La Malbaie au problème même de la banque d\u2019affaires, afin de réclamer un nouveau mandat plus précis.Le Congrès ratifia le travail fait.Il manifesta un tel enthousiasme que la tendance était plutôt à trouver bien lente nos procédures pour une chose, qui, sur le papier, paraît aussi simple, une fois qu\u2019on est gagné à l\u2019idée.Un incident provoqua cependant certains remous significatifs.C\u2019est le ministre du Commerce, Me Paul Beaulieu, qui vint prononcer le discours habituellement réservé à un représenant du gouvernement dans ces sortes de réunions.Il avait été auparavant pressenti, très légitimement et très régulièrement, en vue de savoir si le gouvernement serait prêt à accorder au projet un appui gouvernemental libre de toute attache, mais qui pourrait inciter l\u2019épargne populaire à faire confiance à l\u2019institution, de même qu\u2019à permettre aux Caisses populaires d\u2019y participer.Le Ministre consentit, dans des termes d\u2019ailleurs très généraux, à déclarer que le gouvernement voyait d\u2019un bon oeil une pareille initiative; et qu\u2019il serait disposé à accorder une mesure d\u2019aide qu\u2019on pourrait lui proposer et qui pourrait être acceptable aux autorités.Il avait été averti d\u2019être très prudent dans sa façon de traiter le sujet vu que la Chambre ne voulait rien qui put introduire la politique partisane dans le projet; et j\u2019imagine assez facilement que, d\u2019autre part, le premier ministre avait dû aussi l\u2019inciter à la prudence, le grand argentier du parti, M.Gérald Martineau, s\u2019étant apparemment toujours montré, autant que l\u2019on a pu savoir, plutôt hostile à l\u2019idée d\u2019une nouvelle \u201cbanque\u201d.Le Ministre avait bien fait les choses.Et pourtant, son intervention provoqua une mesure d\u2019indécision, car l\u2019opinion des congressistes, notamment celle des représentants des institutions financières requises d\u2019être partie au projet, se révéla fortement hostile à toute intervention de l\u2019État dans une initiative dont la Chambre aurait pu, dorénavant seule, assurer le succès, estimait-on.De nouveau ratifié par le congrès, le comité de la Chambre continua donc son travail avec le mandat pré- LA VRAIE HISTOIRE.31 cis de voir à mettre sur pied l\u2019institution désirée au cours de l\u2019année suivante.M.Fridolin Simard se faisait d\u2019ailleurs fort de mener à bien l\u2019initiative commencée sous sa présidence.En prévision d\u2019une objection que je relèverai ci-après, je souligne tout de suite qu\u2019à ce moment le Comité ne songeait, ni à une institution d\u2019un million, ni même de cinq millions.L\u2019opinion du principal artisan des projets successivement mis à l\u2019étude, M.Jacques Melan-çon, était qu\u2019il ne fallait pas partir avec moins de $25,-000,000.Mais cela aurait exigé, de la part de nos institutions financières, un concours qu\u2019elles étaient loin de se montrer disposées à accorder: comme toujours devant pareils projets, elles étaient réticentes, méfiantes, quand ce n\u2019est pas franchement hostiles.On se rabattit sur un plan compatible avec un capital de $10,000,000 au départ.Cela établit donc nettement que l\u2019intention était bien d\u2019établir une véritable banque d\u2019affaires, capable au départ de stimuler le développement ou la création d\u2019entreprises que le public n\u2019aurait pas été prêt à soutenir, quitte à obtenir ensuite son appui pour refinancer ces entreprises une fois lancées en vue d\u2019en repartir d\u2019autres.LA DEUXIÈME BANQUE D'AFFAIRES Devant l\u2019impossibilité d\u2019obtenir les concours suffisants, le Comité s\u2019orienta vers l\u2019idée d\u2019acheter le contrôle d\u2019une petite société de placements ou de fiducie existante, quitte à la faire évoluer ensuite vers la foi-mule souhaitée de la banque d\u2019affaires.L\u2019avantage de la foi-mule était de permettre ainsi un départ avec une certaine dimension financière immédiate, au moyen d\u2019une somme d\u2019argent relativement faible, plus à la portée des concours disponibles.Plusieurs éventualités se présentèrent qui ne purent aboutir.Et c\u2019est à l\u2019occasion de l\u2019une de ces tentatives que les représentants du comité chargés de mener l\u2019opération, pour soumission d\u2019une solution définitive au conseil d\u2019administration de la Chambre, profitèrent de circonstances favorables pour mettre effectivement sur pied la Corporation d\u2019Expansion financière, dont le nom avait déjà été déterminé par le comité, après que le département du procureur général eut fait savoir qu\u2019il 32 ACTION NATIONALE n\u2019accepterait pas le nom plus français de Société d\u2019Ex-pansion financière, à moins que n\u2019y soit intégré la baroque expression de \u201climitée\u201d.Une société d\u2019expansion financière limitée ne plaisait à personne ! La circonstance favorable, qui permit d\u2019obtenir immédiatement une charte, contre laquelle diverses intrigues s\u2019amorçaient dans les milieux gouvernementaux, ce fut la garantie ferme apportée par Marc-Masson Bienvenu, de la maison de courtage Bienvenu, de prendre ferme pour vente et d\u2019acquiter $500,000 d\u2019actions de Corporation d\u2019Expansion financière, à ses risques et périls.Cette circonstance devait ultérieurement engendrer certaines difficultés, car dans les milieux financiers hostiles aussi bien que dans les milieux nationaux, on se mit à formuler, contre la participation importante de la Maison Bienvenu dans la formation du capital de Corporation d\u2019Expansion financière, le même genre d\u2019objection de contrôle que l\u2019on avait opposée à Léopold Renaud pour lui refuser l\u2019appui qu\u2019il réclamait.Cela devait même engendrer certaines divisions qui aboutirent à la formation d\u2019une autre entreprise de finance: la Compagnie nationale de Gestion.Pour éviter l\u2019accusation de multiplication des institutions et de division des forces, les promoteurs de Compagnie nationale de Gestion indiquèrent cependant leur intention de ne pas poursuivre d\u2019opérations du type bancaire, et de s\u2019en tenir à prendre le contrôle d\u2019entreprises canadiennes-françaises qui pourraient s\u2019offrir en vente.Il était prévu que Corporation d\u2019Expansion financière ne débuterait pas dans ce genre d\u2019opérations.Effectivement, la garantie de la Maison Bienvenu permit de mettre sur pied l\u2019entreprise même qui avait été projetée, avec les caractéristiques très spéciales qui éliminaient le danger des contrôles individuels, tout en assurant la stabilité par la participation des institutions financières.A celles-ci étaient réservées une certaine proportion d\u2019actions spéciales à négociabilité limitée, mais conférant le privilège de cinq votes, au lieu d\u2019un par action, mais sans aucun privilège supplémentaire quant LA VRAIE HISTOIRE.33 aux profits.Les détails de cette organisation ont déjà été donnés dans L\u2019Action Nationale (décembre 1960, p.388), et il n\u2019y a pas lieu d\u2019y revenir ici.Grâce à l\u2019intervention de la Maison Bienvenu et aux actions vendues par son intermédiaire, ainsi qu\u2019à la participation de plusieurs de nos institutions financières et civiques, participation minime en argent, mais efficace quant au mode de répartition des votes et à la garantie que l\u2019entreprise ne pouvait passer dans des mains étrangères, notre seconde banque d\u2019affaires se trouvait établie sur des bases plus satisfaisantes et plus solides que la première.Dès le départ, au surplus, les organisateurs réussirent à constituer autour d\u2019elle un conseil d\u2019administration composé d\u2019hommes d\u2019affaires dont la réputation dans notre milieu est bien assise; et qui s\u2019engagèrent en étant parfaitement conscients qu\u2019on leur demandait une collaboration à une entreprise organisée selon un mode qui ne pouvait leur permettre de faire beaucoup d\u2019argent rapidement.Dès le départ, le cas de Corporation d\u2019Expansion financière sera différent de celui de Société d\u2019Entreprises du Canada, car elle fonctionnera effectivement et continue de fonctionner dans la perspective d\u2019une banque d\u2019affaires.Il ne pourra donc jamais être dit en toute vérité que la Société générale de Financement aura été notre première banque d\u2019affaires fonctionnant comme telle, ainsi que la seule expérience de Société d\u2019Entreprises du Canada aurait pu le permettre.Naturellement, partie finalement avec un capital payé de $800,000., Corporation d\u2019Expansion financière ne pouvait pas directement faire mer et monde.C\u2019est pourquoi son gérant actif, Jacques Melançon, fidèle à la conception banque d\u2019affaires, songea à des foi-mules qui permettraient de faire donner à ces $800,000 beaucoup plus qu\u2019ils ne représentent directement.Il s\u2019agissait de trouver le moyen de les utiliser pour aller chercher, au profit de nos entreprises qui ne peuvent financer leur développement par des émissions dans le public, plus d\u2019argent dans nos institutions financières, en particulier dans nos compagnies d\u2019assurance par l\u2019intermédiaire de leur portefeuille de placements. 34 ACTION NATIONALE SES ACTIVITÉS L\u2019idée qu\u2019il eut fut la suivante.Corporation d\u2019Expan-sion financière placerait ses $800,000 dans des valeurs de bon rendement sur le marché.Autrement dit, elle se constitue un portefeuille de bon rendement et de haute sécurité, de façon à pouvoir l\u2019utiliser pour garantie.Elle interviendrait ensuite comme caution, pour garantir à vingt ou vingt cinq pour cent près, les émissions d\u2019obligations d\u2019entreprises incapables de lancer seules leurs titres sur le marché.Cette garantie de 20 ou 25%, assurée par le dépôt des valeurs à une compagnie de fiducie, conférait aux titres de l\u2019entreprise une sécurité supérieure, qui rendait le placement intéressant pour une ou plusieurs compagnies d\u2019assurances dans toute la mesure où la clientèle régulière des courtiers n\u2019absorberait pas le produit des émissions.Par cette formule, Corporation d\u2019Expansion financière, avec son faible capital put aider nos entreprises pour une valeur de trois à quatre millions de dollars.Si ce n\u2019est pas là une opération de banque d\u2019affaires, je ne sais plus ce qu\u2019est une banque d\u2019affaires.Il faudrait vraiment vouloir ergoter sur des technicalités pour soutenir le contraire.Et ceci d\u2019autant plus qu\u2019à la faveur de cette caution donnée à nos entreprises, Corporation d\u2019Expansion financière, pour se protéger, devait assumer et a véritablement et directement assumé la fonction de \u201cparticiper à leur direction, de guider leur pas jusqu\u2019au jour\u201d où le succès de l\u2019entreprise assure la fin de la période de cautionnement.Avant que les circonstances ne viennent permettre à Corporation d\u2019Expansion financière d\u2019intervenir pour sauver certaines de nos entreprises de la vente à l\u2019étranger, notamment par le sauvetage spectaculaire de Bélanger Ltée de Montmagny, puis par sa prise du contrôle de Defrostomatic, de G.M.Plastics, d\u2019Insulfoam et des Prévoyants du Canada \u2014 ce qui n\u2019est nullement exclu des opérations d\u2019une banque d\u2019affaires comme le prouve le fonctionnement des entreprises de ce type en Europe \u2014, elle a d\u2019abord participé selon le mode indiqué au finance- LA VRAIE HISTOIRE.35 ment ou au refinancement d\u2019une dizaine et plus de nos entreprises, empêchant l\u2019une d\u2019entre elles en particulier de tomber dans des mains étrangères et permettant à un Canadien français de prendre le contrôle d\u2019une entreprise détenue jusque-là par des intérêts de Toronto.Ces refinancements sont encore en cours pour la plupart et Cor-pex continue à poursuivre ses opérations de banque d\u2019affaires, maintenant par l\u2019intermédiaire d\u2019une filiale qu\u2019elle a créée et qui s\u2019appelle Société d\u2019Expansion financière, ltée.LA TROISIÈME BANQUE D'AFFAIRES Voilà donc ce qui existait quand le gouvernement de M.Lesage a décidé d\u2019entrer dans ce domaine, en ignorant totalement, il faut le dire puisque la propagande pro-libé-rale semble vouloir pousser un peu fort, tout ce qui avait été fait auparavant.Si j\u2019ai voulu le rappeler avec un certain luxe de détails, c\u2019est justement pour montrer le sérieux de ce qui a été fait, les difficultés vaincues et l\u2019expérience acquise par un groupe d\u2019hommes avec qui il aurait été normal que le gouvernement cherchât à collaborer plutôt que de les contourner par tous les moyens possibles pour recommencer en neuf.Car la collaboration était d\u2019autant plus possible que, je le répète, les cadres établis sont de nature à satisfaire complètement les exigences d\u2019un gouvernement désireux d\u2019aider une entreprise du type privé, comme le sera la Société générale de Financement, sans être accusé de favoriser indûment des intérêts privés à leur seul profit.La structure existait, avec l\u2019expérience en plus de gens qui ont déjà vaincu par eux-mêmes toutes les difficultés que le gouvernement a rencontrées, aussi bien qu\u2019un certain nombre de celles auxquelles il lui reste à faire face.Il est facile de comprendre pourquoi la collaboration n\u2019a pas été recherchée, en donnant des dates et des noms.Des dates qui indiquent que les deux initiatives précédentes se sont réalisées sous les deux règnes de l\u2019Union nationale \u2014 quoique les gouvernements du temps n\u2019eurent absolument rien à y voir dans les deux cas \u2014 et des noms qui correspondent à des personnes qui, dans l\u2019esprit des libéraux, ont commis le crime de n\u2019être pas 36 ACTION NATIONALE libéraux et sont considérés abusivement ou à juste titre, selon les cas, comme associés à l\u2019Union nationale pour avoir eu des parents dans le cabinet Duplessis ou avoir obtenu des contrats ou des commandes du gouvernement de la Province avant le cabinet Lesage.Autrement dit, la mesquinerie habituelle de notre partisannerie politique sous tous les régimes.Aux représentations faites à ce sujet dans les discussions libres autour du projet de la nouvelle Société, on a objecté que les réalisations faites sont sans doute excellentes, mais qu\u2019il s\u2019agissait pour le gouvernement de lancer vraiment une entreprise formidable d\u2019un seul coup, au capital de $150,000,000; et que Corporation d\u2019Expansion financière ou Compagnie nationale de Gestion étaient trop petites pour servir de base à un tel développement.L\u2019argument était évidemment cousu de fil blanc: la création d\u2019actions spéciales pour permettre au gouvernement d\u2019en acheter pour $25,000,000 aussi bien que son appui pour stimuler la participation des institutions financières et encourager le public à souscrire, étaient sûrement aussi possible avec une entreprise valant déjà $2,000,000 au moins à ce moment, à partir de la base de $800,000, payant déjà régulièrement son dividende de 4%, ayant ses actions cotées au double de leur prix d\u2019émission après à peine quatre ans d\u2019opérations, qu\u2019avec une entreprise toute nouvelle, partant d\u2019exactement zéro.Il a au surplus été dit aux intéressés à ce moment, à partir de l\u2019expérience même de Corpex, qu\u2019après beaucoup d\u2019efforts, il y avait des chances que le gouvernement doive refaire les étapes déjà faites, qu\u2019il n\u2019arrive à partir qu\u2019avec une autre petite entreprise d\u2019un million ou quelque, et contribue encore à diviser le marché au lieu de l\u2019unifier.Malheureusement, c\u2019est exactement ce qui est arrivé.Pour le moment, la Société Générale de Financement à $150,000,000 reste un voeu, comme la Corporation d\u2019Expansion financière de $25,000,000.J\u2019oserais dire que ce n\u2019est qu\u2019exprimer un tel voeu ou que donner une directive politique indirecte que de capitaliser une corn- LA VRAIE HISTOIRE.37 pagnie à cent cinquante millions et de la lancer dans le public sans aucun capital payé garanti par qui que ce soit sauf celle que le gouvernement souscrira le tiers de ce que le public y mettra jusqu\u2019à concurrence de cinq millions, en dépit de la participation du gouvernement de la Province lui-même, comme c\u2019est finalement le cas de la Société générale de Financement.Une telle opération ne serait pas permise à une compagnie ordinaire, qui doit prouver qu\u2019elle est sérieuse en souscrivant au moins 10% du capital autorisé.C\u2019est en définitive la preuve que le gouvernement, pour des raisons qui peuvent paraître mystérieuses, mais que l\u2019on comprend assez bien quand on a l\u2019expérience de tout ce qui peut paralyser un gouvernement, n\u2019a pas réussi à faire mieux que les initiatives purement privées antérieures, et cela en dépit du terrain préparé par elles.M.Lesage paraît d\u2019ailleurs y avoir fait des allusions assez claires dans son discours d\u2019inauguration à l\u2019Exposition provinciale.Il me faut donc conclure que contrairement à ce qu\u2019a soutenu M.Ryan, la Société Générale de Financement ne vient pas combler une lacune.C\u2019est une initiative qui vient soixante ans trop tard dans la forme qu\u2019elle a prise.Ce n\u2019est pas une raison pour être aussi mesquin que nos politiciens, et la bouder.Au contraire, il faut souhaiter que le public réponde à l\u2019initiative gouvernementale et consente à prendre les risques nécessaires pour lui assurer une prospérité qui ne dépende pas uniquement d\u2019un gouvernement que trop d\u2019intérêts paralysent.Il faut souhaiter surtout que mises aux mains d\u2019hommes d\u2019affaires non seulement compétents, mais dynamiques, elle obtienne le véritable succès que nous en attendons.Le danger n\u2019est pas exclu que les intérêts hostiles à son développement, mais qui n\u2019ont pu en bloquer la création cherchent à en contrôler la direction pour la paralyser beaucoup plus que pour la stimuler.Ce que nous attendons de la Société Générale de Financement, c\u2019est rien de moins que d\u2019ici un quart de siècle au plus, la libération économique du Québec. Les dérobades ces poisons de la pensée par Jacques Poisson \u201cCe n\u2019est pas aujourd\u2019hui que l\u2019on découvrira le décalage entre la pensée politique et l\u2019action.De l\u2019analyse d\u2019une situation à la capacité d\u2019y faire front, de la lucidité envers le comportement des autres, voire envers le sien propre, à l\u2019art de conduire les hommes et de peser sur le cours des événements, il y a loin.Mais c\u2019est tout de même un signe réconfortant de l\u2019état d\u2019une société que ses maux y soient décelés intelligemment .(Le Monde) J\u2019emprunte ces propos au Monde du 5 août pour poser le problème qui me préoccupe: l\u2019incapacité mentale de notre peuple devant la situation où il se trouve.Ainsi, dans le domaine de l\u2019enseignement, clef de voûte de la vie nationale, la progressive education a envahi nos institutions pédagogiques.Or, bien qu\u2019elle ne soit ni chrétienne, ni française, cette intruse n\u2019a jamais eu à présenter de lettres de créance.Elle s\u2019est installée tout bonnement dans nos vies sans que l\u2019on y prenne garde.Son identité, ses intentions, les effets de sa présence, rien de tout cela n\u2019a fait l\u2019objet de la moindre question.Se mettant d\u2019abord à table sans bruit, elle a fini par occuper toute la place, et par ne plus tolérer d\u2019autres commensaux.Pour ceux qui conservent encore des préoccupations religieuses et qui refusent de se laisser assimiler, il s\u2019agit là, évidemment, d\u2019un problème, d\u2019un problème réel et immédiat.Or, ce problème, qui remonte à plus de vingt ans, n\u2019a pas encore retenu, que je sache, l\u2019attention des gardiens de notre credo et de notre langue.A quoi attribuer une stupeur aussi prolongée et peu vraisemblable?Au tempéramment nordique de notre peuple?À ses origines paysannes ?Pourtant, ne suffit-il pas de préconiser le recours à des manuels de France pour soulever les passions les plus violentes.La simple évocation d\u2019un traité d\u2019algèbre édité à Paris ne mettra-t-elle LES DÉROBADES\t39 pas en branle toutes les ressources d\u2019une casuistique fort vigoureuse, bien que retardataire et dévoyée.Dans une autre sphère, celle de la politique, il n\u2019est plus possible de douter que la « caisse électorale » érigée en institution vicie au Canada le fonctionnement du régime représentatif.Allez, néanmoins, soumettre ce problème à nos champions de la démocratie, et à coup sûr ils vous feront entendre un discours sur les méfaits du duplessisme.Il y aurait pourtant avantage à chercher si l\u2019altération de la démocratie propre au Québec n\u2019est pas liée à la présence d\u2019une oligarchie économique de langue et de culture étrangères.Il se peut que la corruption parlementaire prenne des aspects distincts selon qu\u2019elle met en cause une seule nation ou des exploiteurs et des exploités d\u2019ethnies différentes.Dans ce dernier cas, la virtualité d\u2019une réaction nationaliste n\u2019oblige-t-elle pas à diverses précautions spécifiques, et celles-ci ne risquent-elles pas de créer un climat de fausseté et de compromission peu favorable à l\u2019épanouissement moral et intellectuel ?N\u2019est-ce pas que nos exégètes du duplessisme transigent avec la probité intellectuelle en négligeant cet élément fondamental de la question?Enfin, en matière linguistique, si un ministre proclame l\u2019« état d\u2019urgence », la province entière manifeste son approbation.Mais proposez qu\u2019on s\u2019attaque sérieusement aux causes profondes du mal: enseignement américanisé, information traduite, aliénation économique et politique, et aussitôt vous connaîtrez, si vous y êtes sensible, l\u2019angoisse de la solitude intellectuelle.Il est vrai qu\u2019on peut toujours rétablir les contacts par de petits moyens de bord: par exemple, en signalant deux ou trois nouveaux anglicismes.Mais peu importe que les écoles, l\u2019information et la réclame en introduisent chaque jour plus qu\u2019on ne saurait en relever en un lustre si chacun peut mener au jour le jour son petit bonhomme de combat et si personne ne se met en tête de comprendre le destin de la fourmilière. 40 ACTION NATIONALE Qu\u2019y a-t-il de commun entre 1) le défenseur de l\u2019orthodoxie qui livre une lutte épique contre l\u2019ombre de Voltaire mais n\u2019ose se mesurer au problème réel et actuel d\u2019une pédagogie utilitaire, matérialiste et déterministe, 2) Cité Libre qui se donne bonne conscience en pourchassant tous les agents locaux du duplessisme, mais se ferme pudiquement les yeux sur le rôle de l\u2019oligarchie anglo-saxonne dans le système, et 3) ceux qui dénoncent les bondieuseries « pure laine » de nos manuels, mais négligent avec prudence l\u2019autre affluent du grand bêtisier scolaire: la pédagogie démagogique importée des États-Unis?Dans les trois cas, des coloniaux réservent tous leurs coups à leurs ânes de frères et tous les ménagements aux âniers, aux néo-colonisateurs.D\u2019un côté, l\u2019attaque à fond; de l\u2019autre, de prudentes dérobades.Il s\u2019agirait donc d\u2019un problème de caractère autant que d\u2019ordre intellectuel.Un coup d\u2019oeil rétrospectif sur les soixante dernières années m\u2019incline à penser que cette attitude ne présente rien de nouveau, qu\u2019en fait de fausseté, de pusillanimité et d\u2019équivoque, notre génération marche fidèlement dans les pas de ses devancières.Ainsi, 1\u2019 « horreur des responsabilités », la peur de comprendre, la tendance aux faux-fuyants, aux demi-mesures, aux compromissions et l\u2019habitude des palabres n\u2019engageant à rien de concret, à rien de périlleux, tout cela ferait partie d\u2019un héritage caractériel ou tiendrait à une identité de situation.Nous aurions intérêt, je crois, à entreprendre des études méthodiques sur le comportement des minorités.Nous découvririons probablement que la plupart des faux problèmes qui gênent notre pensée nationale ont leur source dans les démissions d\u2019une collectivité vaincue.L\u2019hypocrisie de certaines positions \u2014 celle de nos « nationalistes algériens », par exemple \u2014 s\u2019expliquerait peut-être par un effort d\u2019accommodement psychologique entre une minorité lasse de sa condition et une majorité dont la façade de « bonne conscience » menace de s\u2019effondrer.La sournoiserie des faibles honteux et la crânerie des dominateurs vacillants ne sauraient, réunies, engendrer autre chose que les équivoques, LES DÉROBADES\t41 les mensonges et les sectarismes des quinze dernières années.Mais déjà, aux plus beaux jours du bourassisme, \u2014 attitude beaucoup plus complexe et plus subtile que celle du « nationalisme algérien » \u2014 les jeux étaient irrémédiablement faussés.Grand apôtre de la présence française de l\u2019Atlantique au Pacifique, Bourassa n\u2019a pas jugé bon d\u2019examiner de près les réalités et les limites de l\u2019école « séparée » sur laquelle reposait son utopie dérivative.Méconnaissant les avertissements de Tardivel, il a entretenu des illusions sur les possibilités d\u2019un enseignement aux trois quarts anglicisé comme véhicule de la pensée française dans un milieu aussi réfractaire que le Canada anglais.Déjà les rêves futiles servaient à masquer la peur des engagements réels.Que l\u2019on songe à toute l\u2019énergie nationale qui s\u2019est perdue dans la « mission » pancanadienne ! Hélas ! notre nation s\u2019est confiée à un rhéteur qui a eu le souci d\u2019introduire dans ses directives assez de contradictions pour que ses disciples ne puissent jamais sortir de la mare aux velléités.Une analyse psychologique de Bourassa nous enseignerait-elle que ses reniements des dernières années n\u2019ont été, au fond, que l\u2019aboutissement d\u2019une longue carrière de prédilection pour les impasses.Que sont devenues les minorités sur lesquelles Bourassa comptait pour témoigner de la culture française dans les autres provinces?Ne servent-elles pas aujourd\u2019hui de troupes de choc à l\u2019anglo-canadien assimilateur?Parmi les fruits de l\u2019enseignement « séparé », comment ne pas observer le rayonnement antifrançais de l\u2019Université d\u2019Ottawa et l\u2019activisme des missionnaires de la culture américaine dans nos communautés québécoises dont le recrutement déborde les frontières de la province?Voilà où nous a menés le bourassisme, c\u2019est-à-dire l\u2019indécision aux heures critiques et devant les problèmes fondamentaux.Notre peuple avait besoin d\u2019une pensée nationale positive: on lui a offert des discours, des 42 ACTION NATIONALE joutes oratoires, des directives incohérentes et des rêves insensés.Certes, Bourassa a lutté contre l\u2019impérialisme anglais qui, de toute façon, devait fléchir un jour sous la poussée américaine, mais il a aussi sapé les fondements mêmes de notre fierté française.Or, aujourd\u2019hui, face à l\u2019envahissement culturel de notre gigantesque voisin, notre peuple est seul et fort empêtré dans ses réflexes régionalistes et chauvins.Pourtant, à l\u2019intérieur de la Confédération, il a affaire à un groupe solidement arc-bouté sur la tradition britannique d\u2019une part et sur le dynamisme américain d\u2019autre part.En dépit de cette situation et du bon sens, nous persistons à nous affirmer en tant qu\u2019 « indigènes » et à nous laisser « esquimau-diser » par des partenaires qui ne se font pas faute de profiter de notre aberration chauvine.À son tour l\u2019abbé Groulx a donné dans de funestes contradictions.Il a gonflé à bloc le nationalisme cana-dien-français pour l\u2019engager aussitôt sur une voie de garage.Non encore réconcilié avec la France républi caine, il a jeté des enfants d\u2019ancien régime, des attardés du XVII0 siècle, dans le concert contemporain des provinces canadiennes et dans un écrasant dialogue avec les États-Unis.Aussi l\u2019éveil au monde actuel devait-il fatalement se produire à Toronto, à New-York ou à Boston.L\u2019hostilité du vieux maître envers la France « défleurdelisée » n\u2019est pas étrangère à l\u2019américanisation de notre pédagogie et de nos universités.Quant à l\u2019école autonomiste, elle s\u2019est condamnée elle-même en poursuivant, malgré les leçons de deux guerres et d\u2019une crise économique, une action de chipotage ressemblant de plus en plus à la lutte d\u2019une souris contre un bull-dozer: au nom de l\u2019Urgence, le gouvernement central pouvait rayer d\u2019un seul trait de plume vingt-cinq ans d\u2019autonomisme.Il fallait trouver autre chose.Alors naquit le cité-librisme, ennemi déclaré du duplessisme, de l\u2019autonomisme et du nationalisme canadien-français.Mais là aussi quelques faussetés fondamentales devaient tout LES DÉROBADES 43 gâter.Au nom du dépassement, de l\u2019internationalisme, du supranationalisme, une soi-disant avant-garde appuyée sur Ottawa et sur Radio-Canada, a fait contre le nationalisme québécois le jeu hypocrite du nationalisme anglo-canadien le plus rétrograde.Malgré cette supercherie maintenant bien connue, elle se donne encore pour révolutionnaire.La lutte contre le duplessisme, cet enfant bâtard d\u2019une oligarchie étrangère et du chauvinisme terrien, a manqué de franchise, de profondeur et de courage.Ses principaux artisans, sur le plan non électoral, se sont réclamés de la gauche, mais plutôt que d\u2019amorcer un dialogue honnête avec les éléments anglo-canadiens les plus accessibles à « la volonté d\u2019abolir l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme », selon l\u2019idéal authentique de la gauche1ils ont tout fait pour discréditer les interprètes des autres tendances et, jouant néanmoins les démocrates, se sont employés à faire entrer de force le Canada français dans le moule idéologique et politique cher aux constitutionnalistes d\u2019Ottawa et de Toronto.En ce qui concerne plus particulièrement Cité Libre, organe de l\u2019intégrisme pancanadien, le désaccord entre la pensée et le vocabulaire a été une autre source de confusion.Cette extraordinaire équipe a pris le vocabulaire de la gauche française pour mener au Canada la campagne la plus rétrograde: celle de l\u2019intégration forcée.Pour éviter à la Confédération de se terminer dans le cimetière du colonialisme, il fallait un dialogue vrai entre les deux nations canadiennes.Au lieu de cela, nous avons assisté à une invasion de faux témoins, de propagateurs d\u2019équivoques et de mensonges.Les cendres de Duplessis se refroidissant, les parasites de l\u2019homme fort commencent à dépérir, à s\u2019essouffler.Espérons que les éléments de la nation les plus sains et les plus vrais profiteront de l\u2019accalmie pour poser les problèmes réels, pour briser avec une longue tradition de dérobades et de velléité.¦ 1) Claude Lanzmann, L\u2019homme de gauche, Les Temps Modernes, numéro spécial, 112-113, p.1628. Un Québec politiquement fort par Richard Arès Parler de politique, c\u2019est parler nécessairement de l\u2019État, car la politique, c\u2019est précisément tout ce qui concerne l\u2019État, son organisation, sa direction, sa conquête par les partis et son contrôle par le peuple.Notre objectif précis est donc un État québécois politiquement fort.Mais qu\u2019est-ce qu\u2019un État politiquement fort?A mon sens, la réponse la plus simple et la plus claire que l\u2019on puisse donner est la suivante: c\u2019est un État qui est à la fois politiquement fort dans la société qui le compose et dans le pouvoir qui le dirige.Société et pouvoir sont, en effet, les deux éléments politiques constitutifs de tout État et là où ils sont forts, l\u2019État lui-même ne peut manquer de l\u2019être.J\u2019ai employé l\u2019expression à la fois pour marquer que ces deux conditions sont, à mes yeux, solidaires: si la société est forte sans que le pouvoir le soit, il y a risque d\u2019anarchie, de division, et donc de faiblesse; si, par contre, le pouvoir est fort sans que la société le soit, il y a risque de despotisme, de tyrannie, et donc de fragilité dans tout l\u2019édifice politique.Vouloir un Québec politiquement fort, c\u2019est donc vouloir que soient à la fois politiquement forts la société politique québécoise et le pouvoir politique québécois.Qu\u2019est-ce que cela signifie en théorie et qu\u2019est-ce que cela exige en pratique?En réponse, examinons brièvement chacune de ces deux grandes conditions.I \u2014 Une société québécoise politiquement forte Abordant le problème d\u2019une société politiquement forte, on peut se demander tout d\u2019abord si le nombre \u2014 une population nombreuse \u2014 n\u2019est pas un des premiers éléments requis de la force politique.Selon moi, il s\u2019agit là d\u2019un élément beaucoup plus nécessaire sur le plan externe ou international que sur le plan interne ou national.Pour être considéré aujourd\u2019hui comme une Grande Puissance, un État doit compter des centaines UN QUÉBEC POLITIQUEMENT FORT 45 de millions d\u2019habitants, ce qui lui assure la force sur les plans militaire et économique, mais pas toujours nécessairement sur le plan politique: que l\u2019on songe à la Chine et à l\u2019Inde si longtemps politiquement faibles en dépit de leurs imposantes masses humaines.Sans doute, le Québec aurait-il plus de chances d\u2019être reconnu à l\u2019extérieur et par les autres États comme étant politiquement fort si, au lieu de compter cinq millions d\u2019habitants, il pouvait s\u2019appuyer sur dix ou vingt millions de citoyens, mais il n\u2019en resterait pas moins que sa force politique interne, comme celle de tout autre État, dépendrait d\u2019abord et avant tout de la qualité, et non de la quantité, de ses ressortissants.Sans prétendre énumérer ni examiner toutes les conditions nécessaires à une vie politique forte au niveau de la société, \u2014 le seul qui nous intéresse pour le moment \u2014 je m\u2019arrête à trois d\u2019entre elles qui me paraissent trouver application au Québec et que j\u2019énoncerais ainsi: une certaine affinité fondamentale entre les membres de la société, la conscience corporative de la citoyenneté et le développement des vertus propres au citoyen.J\u2019explique en quelques phrases chacune de ces conditions.1 \u2014 Une affinité fondamentale On appelle affinité, en chimie, la tendance des corps à se combiner; en politique, je dirais que c\u2019est la tendance des citoyens à se mettre d\u2019accord sur les bases, les objectifs et même les modalités de la vie en commun.Cette affinité peut être idéologique et morale: idéologique, si elle tend à favoriser un accord fondamental, un consensus dans le domaine des idées, parce que tous, en somme, partagent une même idéologie, une même conception de l\u2019homme, de la vie et de la société; morale, si elle incline à la pratique des mêmes moeurs, des mêmes manières ou modes de vie.Plus cette affinité fondamentale, tant idéologique que morale, est développée entre les habitants d\u2019un même pays, et plus l\u2019action politique en est facilitée et renforcée.Celle-ci, par contre, ne peut qu\u2019être affaiblie là où règne le désaccord sur les bases 46 ACTION NATIONALE et les objectifs de la vie en commun et où coexistent des modes de vie trop opposés les uns aux autres.En passant, il importe de signaler le rôle capital que joue la nation en ce domaine, car conception et mode de vie proviennent d\u2019elle et c\u2019est elle qui inculque, maintient, et transmet une culture déterminée, créant par conséquent, pour une large part, cette affinité fondamentale dont je viens de parler.Il s\u2019ensuit que, dans une société politique où tous les citoyens appartiennent à une même action, l\u2019unité psychologique et morale a tendance à se faire spontanément autour des valeurs essentielles, ce qui facilite et renforce la vie politique; dans une société, par contre, qui groupe plusieurs communautés nationales, l\u2019unité psychologique et morale s\u2019établit beaucoup moins spontanément et exige le concours sans cesse renouvelé de la raison.Rien d\u2019étonnant alors que, dans ces pays, l\u2019action politique, manquant d\u2019une base sentimentale et devant s\u2019adresser davantage à la raison, ne parvienne pas toujours à capter l\u2019homme tout entier, demeure en conséquence plus superficielle et fragile, plus exposée aux facteurs de division et de désintégration.Qu\u2019en est-il à cet égard de la société politique québécoise?Y a-t-il chez ses membres une affinité fondamentale qui rende facile et forte la vie politique?Je pense qu\u2019il faut distinguer deux aspects de la société québécoise.Considérée sous un premier aspect, qui est un aspect global, elle apparaît comme une société mixte et pluraliste, composée de divers groupes ethniques, sociaux et religieux, mais qui tous \u2014 ou presque \u2014 se rattachent à la civilisation occidentale et acceptent le régime démocratique, chez qui par conséquent se rencontre un accord fondamental sur les bases et les objectifs de la vie en commun, mais pas plus, pas sur le mode de vie.Sous un deuxième aspect, qui est l\u2019aspect majoritaire, la société québécoise apparaît comme surtout formée du bloc canadien-français (à plus de 80%), chez qui l\u2019unité idéologique, psychologique et morale est encore très forte et qui, de ce fait, fournit une base que j\u2019appellerais dynamique à une action politique qui lui serait accordée. UN QUÉBEC POLITIQUEMENT FORT 47 De toute façon, l\u2019affinité fondamentale existe.Sans doute, des problèmes comme celui de l\u2019assimilation des Néo-Canadiens, comme celui de la coexistence avec l\u2019élément britannique, dénotent des faiblesses, mais la fermeté de la base sociologique n\u2019en demeure pas moins considérable.Aussi me suffit-il d\u2019ajouter: tout ce qui peut servir à renforcer l\u2019accord fondamental chez les citoyens du Québec et la solidarité chez les Canadiens français doit être considéré comme renforçant la société politique elle-même et donc comme favorisant un État québécois politiquement fort.2 \u2014 La conscience corporative de la citoyenneté À condition cependant que tout se fasse dans la justice et que rien ne vienne léser les droits des divers groupes de la société.Une société politiquement forte, en effet, s\u2019appuie, en second lieu, sur la conscience qu\u2019ont, non seulement les citoyens, mais les groupes eux-mêmes de pouvoir obtenir justice, la conscience d\u2019être parfaitement intégrés dans la société et dans l\u2019État, d\u2019y occuper la place et d\u2019y jouer le rôle auxquels ils ont droit, la conscience qu\u2019ils appartiennent vraiment à cette société et à cet État et qu\u2019en retour cette société et cet État sont bien leurs, bref sur ce que j\u2019ai appelé tout à l\u2019heure la conscience corporative de la citoyenneté.Là où cette conscience fait défaut, là où un groupe \u2014 que ce soit une classe sociale, une minorité ethnique, culturelle ou religieuse \u2014 a la conviction de ne pas avoir justice et de ne jouir que d\u2019une citoyenneté de second ordre, il se crée un malaise qui rejaillit sur toute la vie politique et l\u2019empêche d\u2019être saine et forte.On n\u2019a, pour s\u2019en rendre compte qu à considérer la situation des Canadiens français dans la Confédération, et à se demander jusqu\u2019à quel point existe chez eux la conscience corporative de la citoyenneté canadienne.Je dois cependant me borner au Québec.La société y rend-elle justice à tous les groupes?Les a-t-elle tous intégrés et leur permet-elle d\u2019occuper la place et de jouer le rôle auxquels ils ont droit?Ont-ils tous la conscience que le Québec est leur société et leur État?Je me con- 48 ACTION NATIONALE tente de poser ces questions; vous pouvez vous-mêmes y répondre.En prêtant toutefois l\u2019oreille aux revendications actuelles provenant soit de la classe ouvrière, soit du groupe des agnostiques, soit de certains groupements néocanadiens, on se rend compte que la conscience corporative de la citoyenneté n\u2019est pas également développée chez tous les groupes.On peut même se poser la question de savoir si cette conscience est pleinement réalisée chez le groupe canadien-français, je veux dire si ce dernier est entièrement convaincu, non seulement d\u2019avoir sa place et de jouer son rôle dans l\u2019État du Québec, mais encore de recevoir de l\u2019État toute la protection et toute l\u2019assistance auxquelles il a droit.Il ne peut exister de société québécoise politiquement forte que si à ces questions réponse est donnée dans le sens d\u2019un renforcement, chez les divers groupes, de la conscience corporative de la citoyenneté québécoise, la conscience d\u2019appartenir pleinement à l\u2019État québécois et d\u2019y recevoir pleine justice.3 \u2014 Le développement des vertus politiques À ces deux premières conditions: affinité fondamentale et conscience corporative, il faut, pour avoir une société politiquement forte, en ajouter une troisième, c\u2019est-à-dire le développement des vertus propres au citoyen; condition d\u2019autant plus indispensable que le pouvoir lui-même est fort et que le régime est démocratique.Sans cette condition, en effet, un pouvoir fort a tendance à devenir totalitaire et la démocratie à tourner en démagogie.Ces vertus du citoyen, on les résume d\u2019ordinaire en un seul mot: le civisme.Disons qu\u2019elles relèvent de la justice et de la charité et qu\u2019elles se complètent par la prudence, la force et la tempérance, appliquées à la vie en commun, à la vie politique.Ainsi entendu, le civisme comporte un double élément: une prise de conscience des droits et devoirs à exercer dans la société, et la volonté habituelle, empressée, de les exercer en vue du bien commun.C\u2019est dire qu\u2019il relève à la fois de l\u2019instruction et de l\u2019éducation: de l\u2019instruction qui procure une connaissance exacte de ses droits et de ses devoirs dans la vie politique; et de l\u2019éducation qui donne la for- UN QUÉBEC POLITIQUEMENT FORT 49 mation morale requise à l\u2019exercece des uns comme à l\u2019accomplissement des autres.J\u2019ajoute deux remarques: la première, pour souligner qu\u2019en régime démocratique, l\u2019initiative et la responsabilité étant exigées du citoyen, il faut, pour avoir une société politiquement forte, développer au maximum l\u2019instruction et l\u2019éducation civique et politique chez les citoyens; la seconde, pour rappeler que le civisme est plus facile à pratiquer, et par conséquent plus fort, là où il se rencontre et concorde avec le patriotisme et un sain nationalisme, parce qu\u2019alors ce n\u2019est pas seulement la raison froide qui commande, mais aussi le sentiment, la passion, bref l\u2019homme tout entier.Cette condition est-elle réalisée au Québec?Faute de renseignements suffisants, je laisse de côté les autres groupes ethniques et je ne m\u2019occupe que des Canadiens français.Ce n\u2019est pas, me semble-t-il, verser dans le pessimisme ni dans la critique négative que de reconnaître que nous ne nous sommes guère distingués jusqu\u2019ici par la vigueur de notre civisme ainsi que par la santé de nos moeurs électorales.Sans doute, y a-t-il à ce phénomène une foule d\u2019explications et même d\u2019excuses, mais si nous voulons, pour l\u2019avenir, avoir une société politiquement forte, base indispensable d\u2019un État politiquement fort, il nous faudra nous conduire de plus en plus en citoyens libres et responsables, en citoyens qui ont conscience de leurs droits et de leurs devoirs et qui les exercent avec fermeté et dignité.Cela veut dire que doivent se développer chez nous à la fois l\u2019instruction et l\u2019éducation politiques: pas de démocratie sans démocrates, a-t-on dit; de même, il faut dire pas de société québécoise politiquement forte sans citoyens québécois politiquement instruits et éduqués, sans citoyens québécois politiquement forts.II \u2014 Un Pouvoir québécois politiquement fort La société cependant n\u2019est pas tout l\u2019État, elle n\u2019en est que l\u2019élément de base; elle doit être couronnée par un autre élément, un organe suprême et souverain qui la gouverne et la dirige: le Pouvoir.Pour que l\u2019État soit pleinement fort, il faut aussi que le Pouvoir le soit, et pour que ce dernier mérite un tel qualificatif, une triple 50 ACTION NATIONALE condition me paraît nécessaire: qu\u2019il soit fort à la fois dans sa base juridique, dans son organisation technique et administrative et dans sa direction politique.Ce n\u2019est que si le Pouvoir de l\u2019État québécois réalise cette triple condition, qu\u2019on pourra le qualifier, à juste titre, de politiquement fort.1 \u2014 Une forte base juridique Et d\u2019abord, à l\u2019État québécois comme à tout autre État qui prétend être fort, il faut une forte base juridique, c\u2019est-à-dire une constitution pleinement adaptée aux besoins de la population et qui assure aussi un fonctionnement efficace du Pouvoir.La constitution d\u2019un État fait le joint entre le peuple et le Pouvoir; elle les relie et les adapte l\u2019un à l\u2019autre; elle dit les droits et les devoirs de l\u2019un et de l\u2019autre.Plus le peuple peut la considérer comme vraiment sienne, c\u2019est-à-dire comme émanant de lui et reflétant à la fois ses besoins, ses aspirations et sa culture propres, plus la constitution jouit d\u2019une influence et d\u2019une force considérable.À condition évidemment qu\u2019elle règle efficacement aussi l\u2019exercice du Pouvoir, qu\u2019elle lui permette de remplir pleinement ses fonctions à l\u2019égard de la société, qu\u2019elle en définisse clairement les compétences, de manière à assurer aux principaux organes de l\u2019État, d\u2019une part, les libertés politiques et financières nécessaires à leur bon fonctionnement, d\u2019autre part, leur collaboration mutuelle dans la poursuite du bien général.Ce n\u2019est pas, par exemple je crois, médire de la IVe République française que de faire observer que le Pouvoir n\u2019y a jamais été politiquement fort, précisément parce que, dans sa base juridique ou sa constitution, la liberté et la collaboration des principaux organes de l\u2019État n\u2019y étaient pas suffisamment explicitées et garanties.À cet égard la situation au Québec me paraît ambivalente, c\u2019est-à-dire que la constitution qui nous régit est à la fois cause de force et source de faiblesse.Je ne serais pas prêt, pour ma part, à me montrer sévère à l\u2019égard de notre constitution, du moins à l\u2019égard des articles qui établissent notre mode de gouvernement ainsi UN QUÉBEC POLITIQUEMENT FORT 51 que le fonctionnement des grands organes: législatif, exécutif et judiciaire de notre vie politique.Il y a là, de sages et saines dispositions que l\u2019expérience confirme et qui sont des éléments de force pour tout régime politique.Mais cette même constitution n\u2019en est pas moins pour le Québec une source de faiblesse, en ce double sens qu\u2019elle est loin d\u2019être entièrement sienne et suffisamment claire.Qu\u2019elle soit loin d\u2019être entièrement sienne, il suffit pour s\u2019en convaincre de se rappeler les faits suivants: 1) elle n\u2019émane pas du peuple du Québec à qui on n\u2019a jamais donné l\u2019occasion de se prononcer à son sujet; 2) le droit de la modifier dans ses clauses fondamentales demeure encore entre les mains du Parlement britannique; 3) il faudrait être bien optimiste pour soutenir qu\u2019elle reflète adéquatement les besoins, les aspirations et la culture des Canadiens français du Québec; 4) elle est la charte de tout l\u2019État canadien, et non pas seulement de l\u2019État québécois; 5) elle établit un régime fédératif et partage les pouvoirs entre deux ordres de gouvernement, chacun maître chez soi, sans doute, mais uniquement dans les domaines qu\u2019elle reconnaît à chacun; ce qui veut dire que l\u2019État québécois ne jouit pas de tous les pouvoirs d\u2019un État complet.Sa base juridique lui permet d\u2019être fort, sans doute, mais uniquement dans les domaines de sa compétence constitutionnelle.De plus, cette constitution est loin d\u2019être partout et toujours suffisamment claire, notamment en ce qui concerne le partage des pouvoirs.Je n\u2019en donne qu\u2019un exemple: celui des pouvoirs fiscaux.Comment, en effet, concilier le pouvoir général de taxer reconnu à Ottawa avec le pouvoir exclusif octroyé aux Législatures provinciales?Les juristes ont élaboré des théories, mais les politiciens, surtout ceux d\u2019Ottawa, ont agi.Aujourd\u2019hui on discute encore pour savoir si le Québec, ayant des besoins prioritaires, a aussi des droits prioritaires dans le domaine de l\u2019impôt direct.Ajoutez à cela deux autres pouvoirs que revendiquent pour Ottawa les partisans du centralisme: le pouvoir général de légiférer en vertu de la clause initiale de l\u2019article 91, pour « la paix, l\u2019ordre et 52 ACTION NATIONALE la bonne administration », et le pouvoir absolu de dépenser pour n\u2019importe quelles fins, même provinciales, l\u2019argent qu\u2019a reçu Ottawa; ajoutez encore une Cour suprême entièrement fédérale, ayant juridiction même sur le droit civil québécois, et vous comprendrez pourquoi la base juridique de l\u2019État du Québec ne lui permet d\u2019être fort que partiellement, que relativement, et non d\u2019une force plénière et totale.2 \u2014 Une forte organisation technique et administrative En dépit de cette faiblesse relative, le Québec n\u2019en possède pas moins des pouvoirs politiques et des services administratifs non seulement propres, mais exclusifs.Il y a là un domaine, un potentiel que le Québec se doit d\u2019exploiter à son maximum, et d\u2019abord en assurant à ces pouvoirs et services l\u2019organisation technique, administrative et humaine la meilleure possible.À quoi bon posséder des pouvoirs et établir des services, si on les laisse dépérir faute d\u2019une organisation efficace?Je ne vois pas, d\u2019une part, pourquoi l\u2019État, pour remplir ses fonctions, ne pourrait pas s\u2019organiser aussi efficacement que l\u2019entreprise privée, et d\u2019autre part, pourquoi l\u2019État provincial chez nous serait toujours et nécessairement inférieur en cette matière à l\u2019État central.Au XIXe siècle, alors qu\u2019était presque nul le rôle économique et social de l\u2019État, on pouvait se permettre davantage un certain laisser-aller, une certaine improvisation et même se contenter de la bonne volonté de fonctionnaires recrutés plus pour leur fidélité au parti que pour leur compétence.En cette deuxième moitié du XXe siècle, alors que le rôle de l\u2019État est devenu capital, prépondérant en bien des secteurs, ce serait pour l\u2019État manquer gravement à son devoir et affaiblir toute la société politique que de s\u2019en remettre au laisser-aller, à l\u2019improvisation et à la bonne volonté de fonctionnaires issus du patronage.Si l\u2019État québécois veut être politiquement fort, au moins dans les domaines qui sont de sa compétence, \u2014 et il doit le vouloir \u2014 il lui faut s\u2019organiser techniquement et administrativement comme un État moderne, comme un État adapté aux UN QUÉBEC POLITIQUEMENT FORT 53 exigences de cette deuxième moitié du siècle; il lui faut des fonctionnaires de première classe et de grands administrateurs.Je ne dis pas qu\u2019il n\u2019en a pas actuellement, je constate simplement qu\u2019il pourrait en avoir davantage et que l\u2019organisation de ses services administratifs pourrait se modeler avec profit, au moins en certains points, sur celle des services fédéraux d\u2019Ottawa.3 \u2014 Une forte direction politique Le rôle le plus important de l\u2019État toutefois n\u2019est pas de gérer des intérêts matériels, c\u2019est de gouverner des hommes, d\u2019où cette troisième et dernière condition à l\u2019existence d\u2019un Pouvoir étatique fort: une forte direction politique.Il appartient, en effet, au Pouvoir politique de diriger la communauté des citoyens vers le but commun à atteindre, et cela veut dire organiser l\u2019ordre de marche, tracer la route, d\u2019éliminer les objectifs, coordonner les efforts, arbitrer les conflits entre individus comme entre groupes, orienter les activités particulières et les faire converger harmonieusement vers le bien général de la société.Or rien de cela ne peut s\u2019accomplir sans une direction politique forte et efficace.S\u2019il faut, pour faire un État fort, de grands administrateurs, il faut encore davantage de grands chefs politiques, de grands hommes d\u2019État.Ce n\u2019est pas, je pense, sacrifier indûment au culte du chef et paver ainsi la voie au fascisme ou au nazisme, que de reconnaître la valeur inestimable que constituent pour un pays ou une nation un grand chef politique et un grand homme d\u2019Ëtat.À un État politiquement fort, il faut des chefs politiquement forts, c\u2019est-à-dire des chefs qui possèdent, à un très haut degré, parfois même au suprême degré, ces grandes vertus qui font d\u2019abord le bon citoyen, ensuite les grands chefs de gouvernement, lorsqu\u2019elles sont appliquées à l\u2019ordre politique: la prudence, la justice, la force et la tempérance.Bref un Québec politiquement fort exige une forte direction politique et celle-ci est impossible sans l\u2019action et le dynamisme de grands chefs politiques. 54 ACTION NATIONALE Voilà donc quelles sont à mes yeux les conditions d\u2019un Québec politiquement fort: qu\u2019il soit à la fois fort dans la société qui le compose et dans le pouvoir qui le dirige; que la première soit forte de l\u2019affinité fondamentale entre ses membres, de la conscience corporative de la citoyenneté chez tous les groupes et du développement des vertus propres au citoyen; que le second soit fort dans sa base juridique, dans son organisation administrative et technique ainsi que dans la direction politique qu\u2019il donne à toute la société.J\u2019ajoute simplement ceci: indépendant ou non, un Québec politiquement fort est, pour les Canadiens français une nécessité, non seulement du présent, mais surtout de l\u2019avenir; il est un objectif qui peut et qui devrait rallier tous ceux qui ont encore foi en la survie et en la mission de la nation canadienne-française en Amérique du Nord.Notre situation sur ce continent nous condamne à être politiquement forts ou à périr: c\u2019est là pour nous une option vitale, car le temps de la survivance passive est passé, et le seul temps qui nous reste est celui de la vie nationale pleinement consciente et fortement organisée.En pratique et dans le concret, cela veut dire, pour nous, un Québec qui soit fort et qui rayonne la force sur tous les plans de la vie sociale et politique. UN JUSTE par Rina Lasnier de l\u2019Académie canadienne-française Notre époque aura vu plus de maniaques que d\u2019originaux parce que nous aurons eu plus d\u2019hommes faibles et névrosés que d\u2019hommes forts et pittoresques.Les innombrables cours de personnalité nous révèlent-ils l\u2019indécision d\u2019un peuple qui se cherche un calque nouveau pour une ressemblance nouvelle ?Il ne faudrait pas confondre originalité et extravagance, à moins qu\u2019on ne trouve extravagant le courage de vivre une idée jusque dans l\u2019absolu.A ce compte, le héros et le saint seraient les plus extravagants des hommes et les plus originaux.Chez l\u2019homme, l\u2019homme de la rue, Voriginalité se fait de plus en plus rare.On a si peu le temps de vivre de soi-même, avec soi-même.Tout se passe ou à Vextérieur ou dans le groupe.J\u2019ai connu un original authentique et dont toute l\u2019originalité consistait à dire la vérité.Le mensonge semblant attaché à la nature même de l\u2019homme, nul ne s\u2019en passe si facilement.La politesse elle-même ne s\u2019appuie-t-elle pas souvent sur d\u2019aimables faussetés?Que dire du commerce qui prospère par le mensonge qu\u2019on appelle cautèle, rouerie, fraude?Or justement, l\u2019original dont il est ici question était un marchand, horloger-bijoutier de son métier.Jeune, il avait commencé par soutenir son père dans la direction de la plus importante bijouterie de la ville.Autant le père savait persuader, par toutes sortes d\u2019artifices, autant le fils, Marcel, savait et pouvait dissuader s\u2019il le jugeait à propos et plus juste.Aussi, le père agacé et affolé par la téméraire honnêteté de Marcel le rélégua à l\u2019arrière-boutique et lui confia l\u2019atelier de réparation.Comme notre horloger avait l\u2019oeil et l\u2019oreille aussi justes que l\u2019esprit, il réussit à l\u2019arrière-boutique après avoir échoué au comptoir ou à la vitrine.Le commerce prospéra tant qu\u2019il resta aux mains du père avisé.A sa mort, Marcel hérita de la grande bijoti-terie et dut renoncer à la paix de son métier solitaire 56 ACTION NATIONALE pour faire de nouveau face aux clients.Mais devant ces marchandeurs, ces exigeants, ces tricheurs, ces hésitants, il se dégoûta vite de ses responsabilités de propriétaire.Au grand scandale des autres marchands qui le déclarèrent imbécile quand il n\u2019était que détaché, Marcel mit tout à l\u2019enchère .l\u2019or, l\u2019argent, les diamants, les porcelaines, la verrerie.En une semaine, le magasin se vida et notre bijoutier rayonnait d\u2019aise.Il avait trié sur le volet la centième partie de sa marchandise, et avec ce peu qui lui assurerait une honnête aisance, il ouvrit une petite boutique à l\u2019écart du centre commercial.Lui restait la courageuse clientèle qui appréciait la féroce franchise de l\u2019horloger.Car la franchise est aitssi meutrière que l\u2019injure et peu de clients supportaient qu\u2019on ne leur mentît en rien.Par exemple, vous examiniez un bracelet-montre.Pendant ce temps, Marcel pensait à vous, à vos besoins, à votre condition, à votre occupation.Il vous laissait choisir, puis il intervenait et vous disait tout de go: \u201cCe bracelet-montre est beaucoup trop cher pour vous.D\u2019ailleurs, il ne vaut pas son prix.Si c\u2019est l\u2019apparence qui vous plaît, je vous en fais voir un autre de meilleure qualité et tout aussi beau\u201d.Ou bien, vous aviez l\u2019oeil sur de grands verres à eau.Il soupirait en riant et disait: \u201cIls sont anréables à voir, certes, mais imaginez leur poids lorsou\u2019ils seront remplis.Boire devient une fatique\u201d.Ainsi.Marcel disait juste la vérité, rien que la vérité dans l\u2019intérêt de la vérité, et tant mieux si la vérité coïncidait avec l\u2019intérêt du client.Sinon, tant pis! Et tant pis aussi pour la susceptibilité de l\u2019acheteur habitué au mensonge commercial! Marcel ne connaissait qu\u2019un chemin de sa vitrine à sa caisse, et c\u2019était la ligne droite qui se trouve être celle de la lumière.Il n\u2019avait aucune indtdgence pour le profit ou pour lui-même.Il va sans dire qu\u2019un tel sens du juste et de l\u2019injuste avait fait de Marcel la cible des railleries.Mais il se moquait bien des moqueurs, parfaitement heureux dans son échoppe, au milieu du tic-tac régulier de ses montres et horloges bien ajustés au temps solaire.Ce n\u2019était plus un marchand, mais entre le client et l\u2019objet, il devenait le dernier arbitre de la vérité nue . Enquête sur la pensée nationale de nos éducateurs Question no 3 CATHOLICISME ET PENSÉE NATIONALE
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