Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

L'action nationale, 1962-11, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" L'ACTION NATIONALE Volume LII, Numéro 3\t\u2014 MONTRÉAL \u2014 Novembre 1962 SOMMAIRE ARTICLES ÉDITORIAL : Histoire du mouvement Richard ARÈS: Le recensement de 1961 François-Albert ANGERS : Le problème de l\u2019électricité \u2014 III Michel BROCHU : Transports et communications dans l\u2019optique d\u2019un Québec indépendant Jean GENEST : Le problème scolaire en France contemporaine CHRONIQUES L'ÉCONOMIQUE : Finances pour ou contre nous?LA LANGUE : Anglicismes LES ÉVÉNEMENTS : Les dix millions du député \u2014 Élections provinciales \u2014 Signes de maturité \u2014 Société de gestion d'Aubigny \u2014 Les élections aux politiciens.ENQUÊTE : Economique et culture L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf an juillet et août) Directeur : FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Comité de rédaction: DOMINIQUE BEAUDIN - PATRICK ALLEN - ARCHÉLAS ROY - JEAN GENEST 8100, boul Saint-Laurent, Montréal Administration: Casier Postal 189, Station N, Montréal Abonnements: $5.00 par année.De soutien : $10.00 Les articles de la revue sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, et dans la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT: M.François-Albert Angers 1er VICE PRÉSIDENT : M.André Laurendeau 2e VICE-PRÉSIDENT : M.René Chaloult SECRÉTAIRE ET ADMINISTRATEUR: M.Dominique Beaudin TRÉSORIER: M.Paul-Émile Gingras DIRECTEURS : M.le Chanoine Lionel Groulx, R.P.J.P.Archambault, s.|., Arthur Laurendeau, Gérard Filion, Jean Drapeau, Guy Frégault, Pierre Laporte, C.-E.Couture, R.P.Richard Arès, s.\\\u201e Rodolphe Laplante, Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault, Roland Parenteau, Jean Genest.Où trouver L'Action Nationale?\t A MONTRÉAL :\tDupuis et Frères, 865 est, rue Ste-Catherlne Librairie Déom, 1247, rue Saint-Denis Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denis Librairie Pony, 554 est, rue Ste-Catherine A QUÉBEC :\tLibrairie Garneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librairie du Quartier Latin, 111, rue Saint-Jean A OTTAWA :\tLibrairie Dussault, 170, rue Rideau Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe Ministère des Postes, Ottawa. Yxvv!*-?/.!tT.\tm X^^RvlvXWXvX'X^^'S.\u2019-X\u2019VVV.y.V.'.-.v.s'.^.Reehappage et Vulcanisation Accumulateurs \u2014 Alignement de roues Eugène Turcotte 1871, rue DeLorimier\tAndré Trudeau Président\tLA.4-1177\tdirecteur-gérant SERVICE DE PNEUS Pour la collation Savourez LA CROQUETTE BISCUITS - GÂTEAUX - TARTES 210 ouest, boul.Crémazie 245, rue du Pont, Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.LA CIE F.-X.DROLET FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d'aqueduc et Bornes-Fontaines (ÉDIFICE GRANGER FRÈRES) DU.8-9251 Québec LES AMIS DE LA REVUE R.GARON\tG.VEZINA CL.9-9839\tRA.2-8534 GARON & VÉZINA Latte métallique 7710, boul.Prévost Ville d'Anjou, Qué.\tDr Yvon Cloutier Chirurgien-dentiste 3253 est, rue Beaubien *\tBur.: RA.2-2678 BERNARD BENOÎT Linoléum, Stores Vénitiens, Stores de Toile, Rideaux, Draperies 11857 est, rue Notre-Dame \u2022\tPte-aux-Trembles \u2014 Ml.5-5159\tAIMÉ GALARNEAU & Cie Comptables Agréés 237 ouest, boul.Saint-Joseph \u2022\tMontréal \u2014 CR.4-2534* BOURBONNAIS & PÉPIN QUINCAILLERIE EN GROS 1575 est, rue Laurier, Montréal \u2022\tLA.6-4995\tWE.2-4955 ROLLAND GIROUX BRÛLEURS À L'HUILE 2031, rue Saint-Antoine *\tMontréal PAUL COULOMBE INC.Chauffage à l\u2019huile et au gaz Air chaud \u2014 eau chaude 3338, rue Bélair, Montréal 38 \u2022\tRA.2-8741-8246\tG.-E.HOUDE MONTREAL OXYGEN ENRG.4890, 5e avenue - Rosemont *\tLA.4-4957 ADRIEN COURVILLE (Courville & Fils) Manufacturier de fourrure en gros 418, rue St-Sulpice, Montréal \u2022\tAV.8-7474\tHuile \"TERO\" Enrg.Huile à chauffage Pierre Vincent, Montréal \u2022\t1690, rue Gilford \u2014 LA.6-3379 DENIS, Arcadius AVOCAT 86 nord, rue Wellington \u2022\tSherbrooke, Qué.- Tél.2-4793\tANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurancec 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38\u2014RA.2-1627 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336\tLAVIGNE, C.E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe »\tRE.9-1748 ÉTABLI EN 1870 WILSON FRÈRES ENRG.Charlebois Frères, Props.BOIS - CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 2537 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal\tMaison H.ROY Ltée ÉTABLIE EN 1898 Imprimerie marcel perrier, président Faire-part \u2014 Commercial 1419, rue St-Hubert, Montréal \u2022\tVI.9-2448 LA CIE ACADIA ENRG.ENTRETIEN DE BUREAUX LAVAGE DE VITRES, ETC.2125, ru© Masson Montréal\tLA* * 2-0751 MANOIR SAINT-CASTIN Lac Beauport Québec MAXIME Ltée 4140 rue St-Denis, Montréal 18 NETTOYEURS\tVj.4-M58 CR.1-6093 ERNEST PALANGE, O.D.OPTOMÉTRISTE \u2022\t441 est.ru* Bélanger, Montréal PHARMACIE MICHON >361 est, rue Mont-Royal.Montréal LA.1-3659 e\tRoland Micbon, Pharmacien /dpOMPOMMOllQ ,NC- ty i J.BRASSARD, prés.256 est, rue Ste-Catherine, Mtl ROBILLARD.Michel NOTAIRE 934 est, rue Ste-Cattierine o\t849-9663 ÉMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec Téléphone 2-5235 \u2022\t352, rue St-Vallier, Québec LABONTÉ, LANDES, GROULX et LABONTÉ Notaires Mario Du Mesoil AVOCAT 4 est, rue Notre-Dame, Montréal UN.6-6913 482, rue Victoria, Saint-Lambert OR.1-9295 SÉGUIN, Paul-Émile notaire 672é, rue St-Hubert .\tCR.1-8739 LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE \u2022\tdes Trois-Rivières Avez-vous unami qui aimerait s'inscrire \u2022\tdans la liste de nos mais ?Toitures Permanentes Enrg.Couvertures en gravois - Ferblanterie **RA.2-9121 2525-A est, rue Jean-Talon THERRIEN.F.-E., avocat Ch.400 33 ouest, rue St-Jacques, Mtl #\tVI.2-9768 //E.5-6316\tJ.-M.Valade Président Parisian Laundry Co.Inc.Buanderie et nettoyage de qualité supérieure 3550, rue St-Antoine Montréal CR.4-3503 GÉRARD LEBEAU Rembourreur d'autos, housses, vitres, capotes d'autos Le plus grand atelier du genre au Canada 3677, rue Adam Montréal \u2022\tLA.6-5517 5940, rue Papineau Montréal Suce.6270 Upper Lachine 50e ANNIVERSAIRE\t de\t L\u2019Action Nationale\t Seriez-vous intéressé à\tO C' ?participer aux manifestations\t proposées à la suite de l\u2019éditorial ?\t?C O Z Préféreriez-vous le banquet\tBanquet de célébration seulement\tseulement ?ou une journée d'études\tAvec sur les orientations futures ?\tjournée \td'études Q Détachez cette page et retournez à\t Casier Postal 189\t Station N\t Montréal\t Nom de l'abonné \t Adresse \t\t L\u2019ACTION Volume LU \u2014 Numéro 3 NATIONALE Novembre 1962 ÉDITORIAL HISTOIRE DU MOUVEMENT NOTE._Le 25 septembre dernier, il y avait réunion spéciale au restaurant Hélène-de-Champlain pour inaugurer la célébration du cinquantième anniversaire du mouvement qui devait mettre sur pied L\u2019Action Nationale.Cette première réunion, rendue possible grâce à la générosité de Son Honneur le Maire Jean Drapeau, qui a bien voulu se faire notre hôte, devait nous permettre d'exposer le travail de L\u2019Action Nationale et ses difficultés à une centaine de personnalités du monde professionnel et du monde des affaires.Voici la situation brossée par le directeur de la revue.Nous nous trouvons réunis ici ce soir pour célébrer un 50e anniversaire.Un 50e anniversaire complexe et de rare éventualité : celui d\u2019une oeuvre d\u2019action intellectuelle qui a réussi, sans subventions gouvernementales ou sans le support d aucun parti politique, à faire vivre une revue d'action politique et culturelle indépendante.C\u2019est un exploit si peu commun, qu\u2019en regardant autour de vous, vous n\u2019en trouverez pas d autre exemple au Canada français.Cette réussite étonnante nous la devons à deux hommes : deux prêtres comme il en faudrait plus : le R.Père Joseph Papin Archambault S.J.et le Chanoine Lionel Groulx.Il est malheureux que son état de santé n ait pas permis au Père Archambault d\u2019être avec nous ce soir pour que nous puissions lui rendre l\u2019hommage qui lui est dû.Et nous nous réjouissons de voir le Chanoine Groulx toujours en pleine 198 L'ACTION NATIONALE activité intellectuelle après tant d'années de service à peu près exclusivement au service de la nation canadienne-française.Voilà deux hommes que l\u2019on a énormément critiqués tout au long de leur carrière active; deux hommes dont une certaine jeunesse, en ces dernières années, s\u2019est plue à vouloir minimiser l\u2019influence.Et pourtant, ne juge-t-on pas plutôt les arbres à leurs fruits ?Une chose est certaine, c\u2019est que toutes les oeuvres que ces deux hommes ont créées \u2014 et elles sont nombreuses \u2014 sont des oeuvres qui ont duré.Les Semaines sociales et les retraites fermées, oeuvres du Père Archambault, ont aussi 50 ans ou plus.La Maison Bellarmin constitue comme une sorte de monument de pierre et d'hommes actifs, dévoués à la carrière d apostolat social dont le Père Archambault a été l'initiateur dans son École Sociale Populaire.La chaire d\u2019histoire de l\u2019Université de Montréal et I Institut d\u2019Histoire de l\u2019Amérique française, ajoutés à toute une oeuvre historique qui a fait d\u2019emblée du Chanoine Groulx notre plus grand historien, témoignent également de la valeur profonde du travail de ce grand fils de notre terroir.À considérer leur oeuvre et la sérénité dans laquelle ils I ont accomplie, par opposition aux hurlements et aux déchaînements déployés contre eux à diverses périodes de leur carrière, on pense irrésistiblement aux allégories des auteurs du Moyen-Âge, où le bien apparaît comme une force impassible et immuable contre laquelle toutes les agitations et les combinaisons de I esprit du mal n'arrivent jamais à prévaloir.\u2022 \u2022 \u2022 Or dans L\u2019Action Nationale, ces deux forces de la nature se sont combinées pour lui donner vie et chaleur.Il y a 50 ans à pareille date, l\u2019oeuvre était en gestation dans le cerveau du Père Archambault, qui en préparait l'avènement par une série d\u2019articles dans Le Devoir sur la situation de la langue française au Canada.En mars 1913, il fondait la Ligue des Droits du français, Ligue d\u2019Action canadienne-française, puis Ligue d\u2019Action Nationale.Rappelons le nom des pionniers-fondateurs : Révérend Père Papin-Archambaulf, Dr Joseph Gau-vreau, décédé, Orner Héroux, retenu à la maison par la maladie, ÉDITORIAL 199 Léon Lorrain et Anatole Vanier qui nous font également I honneur d\u2019être avec nous.La Ligue des Droits du Français \u2014 qui fut en somme notre premier ministère officieux des Affaires culturelles évolua assez vite vers l\u2019idée que la défense de la langue française, son objectif immédiat, devait être élargie à la dimension d\u2019une défense de la pensée française, de la civilisation française en Amérique dans toutes ses manifestations.C'est ce qui inspira à M.Orner Héroux l\u2019idée d\u2019une revue, qui fut fondée en janvier 1917 sous le nom de L\u2019Action française.Quelques mois plus tard, en mars, l\u2019abbé Lionel Groulx se joignait à la Ligue.Il devait, trois ans plus tard, prendre la direction de la revue et devenir, selon l\u2019expression du Père Archambault, « le vrai chef de la Ligue, son théoricien et son animateur».En 1921, l'organisation prenait forme juridique et se constituait en vertu de la 3e partie de la loi des compagnies sous le nom de Ligue d\u2019Action française.Depuis lors, il n\u2019y eut dans la vie juridique de l\u2019organisme que les changements de nom déjà indiqués.Quant à la revue, elle fit son chemin de croix, mais elle ne tomba qu\u2019une fois pour des raisons financières en 1928, mais pour renaître en 1933 alors qu\u2019Esdras Minville devint président de La Ligue d'Action Nationale.En dépit de multiples difficultés, elle n\u2019a cessé de paraître depuis lors.\u2022 \u2022 \u2022 Or, en ce cinquantième anniversaire, quel bilan pouvons-nous dresser de cette oeuvre ?Il m\u2019apparaît considérable, hors de proportion avec le tirage toujours assez limité de la revue, qui a varié considérablement entre moins de 1,000 et 5,000 lecteurs, selon l\u2019efficacité des concours bénévoles obtenus pour l\u2019organisation.C\u2019est d\u2019ailleurs cette conviction qui m\u2019a moralement contraint de faire le sacrifice, majeur pour moi, d'accepter d\u2019abord la présidence de la Ligue, puis la direction même de la revue à titre purement bénévole.La Ligue a en effet constitué une équipe d\u2019hommes qui, à toutes les époques de son histoire, ont élaboré ensemble un 200 L'ACTION NATIONALE corps d\u2019idées et de principes formant la base de toutes les transformations saines auxquelles nous assistons actuellement dans notre monde politique et culturel.Ces idées, ils les ont transmises par la revue d'abord qui, lue par un groupe de lecteurs de qualité, ont été répandues dans tous les milieux où ceux-ci étaient actifs, par des cheminements qui nous étonnent sans cesse.De plus, presque tous les membres de la Ligue aux diverses époques, ont joué un rôle personnel important, d\u2019abord dans le principal organe populaire de la pensée nationale Le Devoir, puis dans nos principaux organismes de promotion et de défense : Sociétés Saint-Jean-Baptiste, Chambres de Commerce, associations patriotiques et professionnelles diverses, aussi bien que dans nos institutions d\u2019enseignement où leur message a toujours beaucoup influencé les jeunes générations.Plus que tout autre organe, y compris Le Devoir où le journalisme quotidien ne favorise pas les textes de valeur fondamentale suffisamment élaborés et documentés, L\u2019Action Nationale a contribué à former la pensée dans tous les domaines de l'action, aussi bien culturelle et politique qu\u2019économique.La pensée qu'elle a ainsi diffusée n\u2019était pas monolithique.Ce ne fut jamais une pensée de système, excluant toutes les options sauf une seule; et à cause de cela, ses différents collaborateurs n'ont jamais pu plaire aux partis ni aux chapelles.Mais ce fut une pensée bien assise sur le roc solide de certains principes directeurs, et partant de là à la recherche de formules de solution en accord avec les principes.Son objectif fondamental a toujours été de faire de la collectivité canadienne-française, une collectivité vivante, et pour cela éveillée au sens de la solidarité nationale tout particulièrement dans I ordre politique et dans l'ordre économique.Le réveil des dernières années, la victoire quasi totale des idées de L\u2019Action Nationale sur l\u2019autonomie provinciale en dépit de la puissance des forces adverses et du fléchissement, un temps, même de nos plus forts appuis, l'impulsion considérable qu\u2019a prise l\u2019économie canadienne-française, en très grande partie en raison d\u2019une prise de conscience des exigences nationales, voilà autant de signes qui paraissent nous justifier d'être fiers de l'oeuvre accomplie.\u2022 \u2022 \u2022 ÉDITORIAL 201 Doit-elle être continuée ?La question, nous vous la posons ce soir en même temps que nous célébrons les réalisations passées.Personnellement, je suis convaincu qu\u2019il faut non seulement continuer mais intensifier l\u2019effort.Il le faut parce que nous n\u2019avons encore que commencé à nous réveiller et que bien des problèmes restent à résoudre convenablement si nous voulons rester fidèles à nos caractéristiques propres.Il le faut plus que jamais parce que ce réveil même suscite des contre-courants qui exigent une pensée encore plus lucide pour éclairer l\u2019action.À l\u2019heure actuelle, en raison même du flux plus complexe des influences extérieures qui se sont infiltrées chez nous, L\u2019Action Nationale reste plus nécessaire que jamais; car elle reste le seul organe qui, sans le moindrement renier un progrès auquel elle a tant contribué sur le plan de l'orientation des idées, veut intégrer ce progrès et le faire servir à l\u2019épanouissement de nos valeurs traditionnelles de foi catholique, de civilisation personnaliste, d\u2019initiative privée sous la souveraineté d\u2019un État provincial fort et agissant, mais capable de distinguer entre le bien commun d'une collectivité de personnes libres, et l'embrigadement de toutes les forces sociales dans un étatisme débilitant sous un prétexte d'intérêt général mal compris.\u2022 \u2022 \u2022 C'est parce que j'ai pensé ainsi, en tout cas, que j\u2019ai accepté le sacrifice \u2014 majeur pour moi je le répète \u2014 majeur parce que mon domaine propre serait de me consacrer totalement aux recherches économiques qui m\u2019attirent davantage et dont nous avons aussi tant besoin, le sacrifice majeur dis-je, d\u2019assumer la direction de la revue en attendant qu\u2019un autre se montre disposé à continuer cette tâche indispensable avec la même détermination et la même conviction.Peut-être est-il nécessaire que j\u2019ajoute pour faire comprendre le sens de mon obligation morale que L\u2019Action Nationale a été dès le début de ma carrière l\u2019oeuvre à laquelle j'avais décidé de m'intéresser comme contribution à la vie civique de mon pays en marge de mon activité professionnelle. 202 L'ACTION NATIONALE En ce mois de septembre 1962 tombe, aussi, le 25e anniversaire du 1er article que j'ai écrit dans L\u2019Action Nationale.Et depuis lors, il n'y a pas eu beaucoup de mois où je n'y ai pas eu un article.Membre de la Ligue et ainsi intimement mêlé à la Revue, les circonstances m'ont quasi imposé l'acceptation de la présidence de la Ligue, à laquelle je n'avais jamais aspiré.Quand mon prédécesseur à la direction de la revue dut I abandonner à cause de ses autres occupations, le défaut d autre candidat m\u2019obligea à me poser la question suivante : est-il admissible que le président de la Ligue d'Action Nationale laisse tomber une oeuvre qui a tant d\u2019années et tant d\u2019états de service ?J ai donc pris la revue et demandé la réponse à nos abonnés et à nos amis les plus immédiats en ce qui concernait les graves difficultés financières où nous étions alors.La réponse est venue tout juste assez bonne pour m\u2019empêcher d\u2019abandonner, mais insuffisante pour assurer la prospérité de l'oeuvre.Tout le monde : directeur, administrateur, collaborateurs, travaille bénévolement.Les abonnés augmentent, mais notre dette n arrive pas à descendre en bas de $3,000 car les frais aussi augmentent.Nous tirerons le mois prochain à plus de 2,500 exemplaires, mais étant donné les frais d\u2019impression aujour-d hui il faudrait tirer à 10,000 exemplaires pour tout solder.Car l'abonnement de $5.00 ne nous vaut $5.00 que pour nos amis les plus fidèles, qui ne nous causent aucun problème de perception.Les abonnements d\u2019étudiants, nombreux, sont à $2.50, presque au prix de revient partiel, et les autres abonnements nous coûtent commissions et frais de perception.C\u2019est dire que les difficultés financières imposent au directeur et à ses collaborateurs une tâche surhumaine, compte tenu de leurs autres obligations; et les empêchent de donner à la revue toute l'attention nécessaire à la qualité et à l\u2019efficacité.Nous vous soumettons le problème, car nous avons besoin de vous pour le résoudre.Il faudrait vraiment qu\u2019un groupe d'élite voit comme nous, non seulement l\u2019importance ÉDITORIAL 203 de la survie mais de la vie d\u2019une telle revue; et consente, non pas à faire un don de charité, mais un investissement d'action intellectuelle à portée pratique en longue période.Je dis bien à portée pratique, car une action du genre de la nôtre a fortement contribué à orienter et continuera à accentuer l'orientation, vers les sources de production, de commerce et de finance privée canadiennes-françaises, du pouvoir d'achat et d'épargne de la collectivité.À mon sens, nous aider c est pour les milieux d'affaires canadiens-français un investissement du type dépenses d\u2019organisation ou dépenses de publicité de soutien.\u2022 \u2022 \u2022 Les fonds que nous voudrions voir se constituer grâce à votre appui ne servirait d\u2019ailleurs pas uniquement à assurer la continuation du travail actuel, c est-à-dire combler des déficits toujours renaissants.Tout d\u2019abord, je puis vous garantir que le directeur actuel de la revue n\u2019en tirera aucun avantage pécuniaire.Au point où j\u2019en suis dans ma carrière et avec mes charges familiales en décroissance, je n\u2019ai plus besoin pour vivre que mon travail supplémentaire à L Action Nationale soit rémunéré.Si un directeur payé doit s\u2019installer à L Action Nationale, pour s\u2019en occuper à plein temps, ou à temps partiel régulier, \u2014 ce qui serait souhaitable \u2014 ce sera mon successeur.Dans les circonstances actuelles, il est d\u2019ailleurs indispensable qu\u2019il en soit ainsi, pour que vous soyez bien assuré que je ne prêche pas pour ma paroisse et que c\u2019est bien la revue qui profitera de votre collaboration.Mais au surplus nous voulons aller de l\u2019avant.L\u2019expérience de 50 ans prouve qu\u2019il y a un marché pour L'Action Nationale.Un marché spontané d\u2019abord, qui lui a permis de survivre alors que presque toutes les autres expériences semblables sont mortes.Et cela sans aucune organisation systématique pour la mise au point de laquelle la mise de fonds initiale a toujours manqué.Il paraît alors évident à l\u2019économiste, comme ce le serait je pense à n\u2019importe quel spécialiste en études des marchés, que le nombre des abonnés pourrait être considérablement accru si nous disposions d une organisation efficace pour couvrir le marché.Mais chacun de ceux, 204 L'ACTION NATIONALE ici, qui ont quelque expérience dans ce domaine sait que l'établissement d\u2019un tirage valable exige un investissement relativement important même pour les revues commerciales.D ailleurs, chaque fois que nous avons eu l\u2019avantage de profiter des services \u2014 nécessairement bénévoles \u2014 d\u2019un organisateur actif, notre tirage s'est tout de suite considérablement accru.Mais justement à cause du manque de capital de base, nous ne pouvions obtenir indéfiniment les services d'un organisateur de ce genre; et les progrès réalisés ainsi s\u2019amenuisaient ensuite graduellement faute de soutien.Naturellement, un tirage accru et un plus grand intérêt de la part des annonceurs \u2014 même si ce genre de revue ne peut aspirer aux grands tirages populaires \u2014 apporterait des revenus qui pourraient être utilisés pour intéresser plus de collaborateurs de qualité à la revue et retenir les abonnés par la valeur accrue du produit.Ainsi pourrions-nous espérer rendre la revue viable par elle-même après un certain temps.\u2022 \u2022 \u2022 Nous avons préparé le terrain pour une telle expansion.Avec le numéro de septembre, L\u2019Action Nationale se présente sous un jour plus attrayant, dans un format agrandi qui lui donne davantage le caractère grande revue, et qui se prête mieux aux développements physiques que réclament l'importance et l\u2019urgence des multiples problèmes de l'heure.Si vous êtes comme nous d'avis que l'oeuvre est nécessaire, qu elle est bien dans l'intérêt de la collectivité cana-dienne-française dont vous etes solidaire et au succès de laquelle est liée votre propre prospérité, vous accepterez, je pense, notre conviction qu il n est plus raisonnable qu'au cours du prochain demi-siècle, seuls ceux qui font carrière dans le travail intellectuel doivent la supporter dans des conditions pénibles de leur temps supplémentaire au-delà des tâches quotidiennes, et en passant une grande partie de ce temps non pas à leur travail propre, mais aussi bien à faire face de peine et de misère aux problèmes financiers et administratifs pour lesquels ils n\u2019ont pas toujours d'aptitude. ÉDITORIAL 205 Si vous pensez comme nous, inutile de vous dire que nous serions très heureux de rendre des comptes à nos souscripteurs, sur l\u2019utilisation que nous pourrions faire de I argent qu\u2019ils nous confieraient.Bien plus, nous serions encore plus heureux de voir se former un comité d\u2019administration et d amis de qui pourraient dépendre toutes les tâches administratives qu\u2019ils voudraient bien assumer ou qui, à tout le moins, pourraient servir d\u2019intermédiaire entre nous et les hommes de la pratique.Une seule chose nous importe à nous, dans nos convictions.C\u2019est qu\u2019une fois l'orientation générale de la revue établie et cela est déjà assez clairement fait \u2014 la direction de la revue reste libre et indépendante pour faire son travail d'idée.\u2022 \u2022 \u2022 À la suite de cet exposé, le Docteur Jacques Genest, président de la Fondation Lionel Groulx, proposa que les personnes présentes songent immédiatement a aider L Action Nationale et, en particulier, contribuent à la libérer de la dette en cours.La générosité de l\u2019assistance permit immédiatement de recueillir la somme de $2,000.En mars 1963, nous nous proposerions de célébrer d\u2019une façon toute spéciale la date précise de fondation de L\u2019Action Française, donc de L\u2019Action Nationale.Notre idée serait d\u2019offrir à tous nos abonnés et amis l\u2019occasion de se rencontrer en un banquet, au prix de $10 par personne, prix qui combinerait, à un repas de haute qualité, une part de contribution à l'amortissement final de notre dette.Nous serions très heureux de connaître dès maintenant à ce sujet la réaction de nos abonnés.Combien seraient prêts à venir à une telle fête ?Seraient-ils intéressés uniquement à un banquet avec conférencier invité ?Ou préféreraient-ils en faire au surplus l\u2019occasion d\u2019une journée d\u2019études sur le passé et l\u2019avenir de L\u2019Action Nationale ?Auraient-ils des suggestions à nous faire ?(Voir page 196) LE RECENSEMENT DE 1961 par Richard Arès Le Bureau fédéral de la Statistique commence à publier les premiers résultats du recensement de 1961.Ils nous permettent de faire le point, de dénombrer nos forces et nos faiblesses du point de vue numérique.Voici, poui commencer, quelles sont actuellement nos positions selon l\u2019origine ethnique (l\u2019origine du père) dans l\u2019ensemble du Canada et dans la province de Québec.I \u2014POSITIONS ETHNIQUES AU CANADA Donnons tout d\u2019abord une vue d\u2019ensemble de la composition ethnique de la population canadienne.TABLEAU 1\t\t Composition ethnique de la population canadienne\t\t \tNombre\tPourcentage Britannique \t\t7,996,669\t43.8% Français \t\t5,640,346\t30.4% Allemand \t\t1,049,599\t5.8% Ukrainien \t\t473,337\t2.6% Italien \t\t450,351\t2.5% Néerlandais \t\t429,679\t2.4% Scandinave \t\t386,534\t2.1% Polonais \t\t323,517\t1.8% Juif \t\t173,344\t1.0% Russe \t\t119,168\t0.7% Autre européen \t\t711,320\t3.9% Asiatique \t\t121,753\t0.7% Indien et esquimau \t\t220,121\t1-2% Autres \t\t242,509\t1.3% Total \t\t18,238,247\t100.0% Ce premier tableau nous permet de situer l\u2019élément français dans la mosaïque canadienne; les Britanniques dominent toujours, mais les Français occupent la deuxième place en importance.Britanniques et Français forment 74.2% de la population canadienne; c\u2019est une di- LE RECENSEMENT DE 1961 207 minution, car en 1951 ce pourcentage s élevait à 77.7%, et 80.0 en 1941.Un petit voyage dans le temps nous fera connaître les progrès de l\u2019élément français au Canada.TABLEAU 2 Progression numérique, avec taux d accroissement de Pélément français Année\tNombre\tA ugmentation numérique\tTaux d\u2019accroissement 1763\t65,000\t\t- 1 1871\t1,082,940\t1.017.940\t1 21.2% 1881\t1,298,929\t215,989\t 1901\t1,649,371\t350,442\t26.9% 1911\t2,061,719\t412,348\t25.0% 1921\t2,452,743\t391,024\t19.3% 1931\t2,927,990\t475,247\t19.3% 1941\t3,483,038\t555,048\t18.9% 1951\t4,319,167\t836,129\t24.0% 1961\t5,540,346\t1,221,179\t28.3% Durant les derniers dix ans, les Canadiens d\u2019origine française ont augmenté leurs effectifs de plus d\u2019un million, soit 1,221,179, ce qui représente un taux d\u2019accroissement de 28.3%.Mettons ce taux en regard avec celui des autres groupes ethniques.TABLEAU 3 Accroissement des groupes ethniques de 1951 à 1961 \tNombre\tPourcentage Italien \t\t198,106\t195 % Allemand \t\t429,604\t69 % Hollandais \t\t165,412\t62.6% Polonais \t\t103,672\t47.2% Scandinave \t\t103,510\t36.6% Indien et esquimau .\t54,514\t32.9% Russe \t\t27,889\t30.6% Français \t\t1,221,179\t28.3% Ukrainien \t\t78,294\t19.8% Britannique \t\t1,286,984\t19.2% Autres groupes européens \t\t364,966\t105.4% Autres groupes \t\t64,088\t28.7% Total \t\t4,228,818\t30.2% 208 L'ACTION NATIONALE Tableau révélateur! Le groupe britannique accuse le plus bas taux d\u2019augmentation; le groupe français se classe un peu mieux, mais loin derrière les Italiens, les Allemands, les Hollandais et les autres groupes européens.Pour mieux saisir la portée du phénomène démographique en cours, soulignons que si l\u2019augmentation numérique des Britanniques a été de 1,286,984 et celle des Français de 1,221,179, l\u2019accroissement total des autres groupes pris ensemble se monte à 1,720,655, ce qui veut dire que désoimais ces groupes augmentent numériquement plus que le groupe britannique ou que le groupe français.Les Canadiens français, eux, doublent leurs effectifs tous les quarante ans environ, comme le montre le tableau suivant.TABLEAU 4 La population d\u2019origine française double\t\t\ttous les 40 ans 1871 \t\t\t 1,082,940\t1911 \t\t\t 2,061,719 1881 \t\t\t 1,298,929\t1921 \t\t\t 2,452,743 1901 \t\t\t 1,649,371\t1941 \t\t\t 3,483,038 1911 \t\t\t 2,061,719\t1951 \t\t\t 4,319,167 1921 \t\t\t 2,452,743\t1961 \t\t\t 5,540,346 Depuis 1921, l\u2019élément français a plus que doublé ses effectifs; il a même pris une avance de plus d\u2019un demi-million.Son pourcentage dans l\u2019ensemble du pays toutefois a quelque peu diminué durant la dernière décennie, tout comme celui du groupe britannique d\u2019ailleurs.À ce sujet, voici comment a évolué la situation de l\u2019un et de l\u2019autre groupe depuis la Confédération. LE RECENSEMENT DE 1961 209 TABLEAU 5 Pourcentage de la population canadienne détenu par trois groupes depuis la Confédération Année\tGroupe français\tGroupe britannique\tAutres européens 1871\t31.1%\t60.5%\t 1881\t30.0\t58.9\t8.5% 1901\t30.7\t57.0\t 1911\t28.6\t55.5\t13.1 1921\t27.9\t55.4\t14.2 1931\t28.2\t51.9\t17.6 1941\t30.3\t49.7\t17.8 1951\t30.8\t47.9\t18.2 1961\t30.4\t43.8\t22.5 Depuis 1941, le groupe français maintient ses positions à un peu plus de 30%, tandis que le pourcentage du groupe britannique va constamment en diminuant et que celui des autres groupes européens ne cesse d\u2019augmenter.Pour saisir cette évolution, jetons un coup d\u2019oeil sur quelques chiffres fournis par différents recensements.TABLEAU 6 Comparaison numérique entre les divers groupes ethniques depuis la Confédération \t1871\t1951\t1961 Britannique\t2,210,502\t6,709,685\t7,996,669 Français\t1,082,940\t4,319,167\t5,540,346 Allemand\t202,991\t619,995\t1,049,599 Ukrainien\t\u2014\t395,043\t473,337 Italien\t1,035\t152,245\t450,351 Hollandais\t29,662\t264,267\t429,679 Scandinave\t1,623\t283,024\t386,534 Juif\t125\t181,670\t173,344 Depuis 1871, la population britannique s\u2019est un peu plus que triplée, tandis que la française et l\u2019allemande se sont quintuplées.Quant aux Italiens, leur progression a été phénoménale, surtout durant la dernière décennie.Voyons maintenant comment se répartit actuellement la population d\u2019origine française dans les différentes provinces canadiennes, en d\u2019autres termes, où sont et habitent les 5,540,346 Canadiens d\u2019origine française en 1961. 210 L\u2019ACTION NATIONALE TABLEAU 7 Répartition par provinces de la population d\u2019origine française Provinces\t1961\t\t1951\t \tNombre\t%\tNombre\t% Terre-Neuve\t17,171\t0.31\t9,841\t0.2 Ile-du-P.-Ed.\t17,418\t0.31\t15,477\t0.36 Nouv.-Ecosse\t87,883\t1.58\t73,760\t1.7 N.-Brunswick\t232,127\t4.19\t197,631\t4.6 Québec\t4,241,354\t76.55\t3,327,128\t77.1 Ontario\t647,941\t12.05\t477,677\t11.05 Manitoba\t83,936\t1.34\t66,020\t1.5 Saskatchewan\t59,824\t1.08\t51,930\t1.2 Alberta\t83,319\t1.34\t56,185\t1.3 Colombie\t66,970\t1.21\t41,919\t0.96 Yukon et\t\t\t\t Territoires\t2,403\t0.04\t1,599\t0.03 Canada\t5,540,346\t100.00\t4,319,167\t100.00 La population d\u2019origine française a le gros de ses effectifs dans le Québec (76.55%), que suivent de très loin l\u2019Ontario (12.05%) et le Nouveau-Brunswick (4.19%), ces trois provinces groupant ensemble 92.79% de tous les Canadiens d\u2019origine française.Il faut signaler la progression rapide de l\u2019élément français en Ontario: plus de 270,000 unités en dix ans.La proportion québécoise diminue lentement (en 1941, elle était de 77.5%, en 1951, de 77.1%, en 1961, de 76.55%, alors que le pourcentage de l\u2019Ontario va sans cesse en augmentant (10.7% en 1941, 11.05% en 1951, 12.05% en 1961).Dans les dernières dix années, l\u2019élément français a connu une augmentation de 1,221,179: de ce nombre, 914,226 (soit environ 75%), provenaient du Québec, et 306,953 (soit environ 25%), des autres provinces.Ajoutons enfin qu\u2019il y a maintenant hors des frontières du Québec 1,298,992 individus d\u2019origine française, soit près du quart de cette population.Un dernier tableau d\u2019ensemble nous permettra de comparer l\u2019évolution dans chaque province du pourcentage détenu, d\u2019une part, par le groupe français, d\u2019autre part, par le groupe britannique. LE RECENSEMENT DE 1961 211 TABLEAU 8 Pourcentage de la population française dans chaque province\t\t\t Province\t1961\t1951\t19 il Québec \t\t80.63%\t81.89%\t80.88% Nouveau-Brunswick \t\t38.81\t38.3\t35.84 Ile-du-Prince-Edouard .\t16.64\t15.73\t15.57 Nouvelle-Ecosse \t\t11.9\t11.48\t11.46 Ontario \t\t10.4\t10.4\t9.87 Manitoba \t\t9.1\t8.5\t7.26 Saskatchewan \t\t6.4\t6.2\t5.7 Alberta \t\t6.2\t6.\tb.1 Colombie \t\t4.1\t3.5\t2.67 Terre-Neuve \t\t3.8\t2.7\t Pourcentage de la population britannique dans chaque province\t\t\t Terre-Neuve \t\t93.7 %\t93.4\t\u2014 Ile-du-Prince-Edouard .\t80.0\t81.9\t82.8 \t71.3\t75.\t77.Ontario \t\t60.0\t67.2\t72.1 Colombie \t\t60.0\t65.\t69.9 Nouveau-Brunswick \t\t55.2\t57.1\t60.5 Alberta \t\t45.2\t48.\t50.2 Manitoba \t\t43.0\t46.7\t49.4 Saskatchewan \t\t40.3\t42.4\t44.4 Québec \t\t10.78\t12.\t13.6 De la première section de ce tableau, il ressort que le pourcentage français a diminué dans la seule province de Québec, qu\u2019il est demeuré stationnaire en Ontario et qu\u2019il a augmenté dans toutes les autres provinces.La seconde section nous montre que le pourcentage britannique n\u2019a augmenté que dans la seule province de Terre-Neuve : partout ailleurs il a subi une diminution, parfois considérable.Il ressort aussi que l\u2019élément français est en majorité dans une seule province, tandis que l\u2019élément britannique l\u2019est dans six.C\u2019est Terre-Neuve qui est la plus britannique des provinces; par contre, dans tout l\u2019Ouest canadien, seule la Colombie maintient encore une majorité britannique.II \u2014POSITIONS ETHNIQUES AU QUÉBEC Passant à la province de Québec, je commence par donner une vue d\u2019ensemble de la composition ethnique de la population en 1961. 212 L'ACTION NATIONALE TABLEAU 9 Comparaison ethnique de la population québécoise en 1961\t\t Groupe\tNombre\tPourcentage Français \t\t4,241,354\t80.63% Britannique \t\t567,057\t10.78 Italien \t\t108,552\t2.06 Juif \t\t74,677\t1.41 Allemand \t\t39,457\t0.75 Polonais \t\t30,790\t0.58 Ukrainien \t\t16,588\t0.31 Russe \t\t13,694\t0.26 Scandinave \t\t11,295\t0.21 Hollandais \t\t10,442\t0.20 Autre européen \t\t96,112\t1.82 Asiatique \t\t14,801\t0.28 Indien et esquimau \t\t21,343\t0.40 Autres \t\t13,049\t0.24 Total \t\t5,259,211\t100.00 La composition ethnique du Québec est beaucoup plus homogène que ne l\u2019est celle du Canada.Sans doute la population québécoise compte-t-elle des représentants de tous les groupes, mais le groupe français y prédomine pour un peu plus de 80%.À eux seuls, les groupes français, britannique, italien et juif forment environ 95% de cette population.Jetons un coup d\u2019oeil maintenant sur l\u2019évolution des deux groupes britanniques et français au Québec depuis la Confédération.TABLEAU 10 Évolution des groupes français et britannique au Québec Année\tPopulation totale\tFrançaise\t\tBritannique\t \t\tNombre\t%\tNombre\t% 1871\t1,191,516\t929,817\t78\t243,041\t20.4 1881\t1,359,027\t1,073,820\t79\t260,538\t19.2 1901\t1,648,898\t1,186,346\t80\t290,169\t18.2 1911\t2,003,232\t1,606,535\t80\t318,799\t15.9 1921\t2,361,199\t1,889,269\t80\t356,943\t15.1 1931\t2,874,255\t2,270,059\t78.98\t432,726\t15 1941\t3,331,882\t2,695,032\t80.88\t452,887\t13.6 1951\t4,055,681\t3,327,128\t81.89\t491,818\t12 1961\t5,259,211\t4,241,354\t80.63\t567,057\t10.78 LE RECENSEMENT DE 1961 213 L\u2019élément français a subi de 1951 à 1961 une légère diminution, tout en maintenant ses positions à un pourcentage supérieur à celui qu\u2019il détenait lors de la Confédération; mais l\u2019élément britannique voit son pourcentage diminuer à tous les dix ans: de 20.4% qu\u2019il était en 1871, ce pourcentage est passé à 10.78% en 1961.De la Confédération à nos jours, le nombre des Britanniques au Québec a un peu plus que doublé, tandis que celui des Français a plus que quadruplé.De 1951 à 1961, l\u2019augmentation de la population québécoise s\u2019est chiffrée à 1,203,530 dont 914,226 (soit 76%) provenant de l\u2019élément français, 75,239 (soit 6%) de l\u2019élément britannique et 214,065 (soit 18%) des autres groupes ethniques.La population française au Québec double tous les quarante ans environ.TABLEAU 11 L\u2019élément français québécois double tous les quarante ans 1891\t1,186,346\t1931\t2,270,059 1901\t1,322,513\t1941\t2,695,032 1911\t1,606,535\t1951\t3,327,128 1921\t1,889,269\t1961\t4,241,354 Durant les derniers quarante ans, la population française québécoise a plus que doublé ses effectifs : elle a pris une avance de plus de 400,000 en 1961.Lors de la Confédération, en 1867, douze circonscriptions électorales du Québec où la population britannique était soit en majorité, soit en très forte minorité, reçurent des bornes fixes.Ce sont Pontiac, Ottawa, Ar-genteuil, Huntington, Missisquoi, Brome, Shefford, Stan-stead, Compton, Wolfe-et-Richmont, Mégantic et la Ville de Sherbrooke.En 1941, il ne restait plus que deux comtés à majorité encore britannique: Pontiac et Brome.En 1951, tous comptent une majorité française.En 1961, voici comment se présente la situation dans les deux seuls comtés à très grosse minorité britannique. 214 L'ACTION NATIONALE TABLEAU 12 Position britannique et française dans deux comtés spéciaux\t\t\t\t Année\tPONTIAC\t\tBRÔME\t \tBritannique\tFrançais\tBritannique\tFrançais 1871\t11,282\t3,455\t9,162\t3,471 1941\t10,071\t8,744\t6,238\t5,942 1951\t9,412\t9,924\t5,936\t6,758 1961\t8,399\t10,061\t6,064\t6,686 Dans le comté de Pontiac le déclin de la population britannique a été constant, tandis que l\u2019élément français augmentait ses effectifs, tous les dix ans.Il en a été ainsi dans Brome, avec cette différence que de 1951 à 1961, ce sont les Britanniques qui ont légèrement augmenté, et les Français qui ont diminué.A cause de l\u2019importance de File de Montréal, il est bon de s\u2019y arrêter tout spécialement pour en voir la composition ethnique.TABLEAU 13 Composition ethnique de la population dans \tl\u2019Ile de Montréal\t\tla Cité de Montréal\t \tNombre\t%\tNombre\t% Français\t1,083,676\t62.0\t793,599\t66.1 Britannique\t316,157\t18.1\t147,686\t12.3 Italien\t97,210\t5.5\t79,841\t6.6 Juif\t70,183\t4.1\t46,159\t3.8 Polonais\t24,483\t1.4\t17,210\t1.4 Allemand\t22,785\t1.3\t13,858\t1.1 Ukrainien\t13,622\t0.8\t9,199\t0.8 Russe\t11,738\t0.6\t7,'726\t0.6 Scandinave\t5,988\t0.3\t2,864\t0.2 Hollandais\t5,408\t0.25\t2,233\t0.1 Autre européen\t77,963\t4.5\t55,554\t4.6 Asiatique\t11,533\t0.6\t8,111\t0.7 Indien et esquimau\t747\t0.05\t507\t0.05 Autres\t9,752\t0.5\t6,155\t0.5 Total \t\t1,747,696\t100.00\t1,191,062\t100.00 LE RECENSEMENT DE 1961 215 On note que le pourcentage français est plus élevé dans la Cité que dans l\u2019Ile de Montréal, surtout parce que les autres groupes ethniques résident en bonne partie dans les villes et municipalités qui entourent Montréal.Considérons, par exemple, la situation dans ces villes et municipalités.TABLEAU 14 Situation de quatre groupes ethniques dans les villes de l\u2019Ile de Montréal Ville\tTotal\tFran- çais\tBritan- nique\tItalien\tJuif Montréal\t1,191,062\t793,599\t147,686\t79,841\t46,519 Verdun\t78,317\t45,442\t27,517\t735\t285 St-Michel\t55,978\t38,530\t4,114\t8,599\t87 St-Laurent\t49,805\t20,893\t15,114\t708\t5,603 Montréal-Nord\t48,433\t38,787\t5,181\t1,873\t37 Lachine\t38,630\t20,894\t13,119\t1,270\t34 La salle\t30,904\t16,916\t9,851\t559\t51 Outremont\t30,753\t14,731\t3,422\t447\t5,702 Westmount\t25,012\t5,205\t13,921\t307\t1,057 Pointe-Claire\t22,709\t3,957\t16,127\t151\t84 Pte-aux-Trem.\t21,926\t18,048\t2,684\t257\tii Mont-Royal\t21,182\t5,529\t10,324\t409\t1,427 Dorval\t18,592\t5,447\t10,546\t255\t128 Côte-SULuc\t13,266\t1,047\t2,682\t145\t7,257 Pierrefonds\t12,171\t4,636\t5,312\t157\t17 Beaconsfield\t10,064\t1,512\t1\t6,911\t97\t43 L\u2019élément français est en minorité dans sept de ces villes: Westmount, Pointe-Claire, Mont-Royal, Dorval, Côte-St-Luc, Pierrefonds et Beaconsfield.Le groupe juif est au premier rang dans Côte-St-Luc (54.7% de la population) et au deuxième dans Outremont.Il peut être intéressant enfin de voir l\u2019évolution des populations française et britannique à Montréal. 216 L'ACTION NATIONALE TABLEAU 15 Évolution des populations française et britannique à Montréal (cité) Année\tFRANÇAIS\t\tBRITANNIQUE\t \tNombre\t%\tNombre\t% 1871\t56,856\t53\t48,221\t43 1941\t598,901\t66.32\t182,948\t20.26 1951\t690,947\t67.6\t180,530\t17.6 1961\t793,599\t66.16\t147,686\t12.6 Depuis au moins vingt ans, l\u2019élément français maintient sa même proportion, soit les deux tiers de la population montréalaise, alors que les Britanniques, qui formaient 43% de cette population en 1871, n\u2019en forment plus que 12.6%.On remarquera que le nombre des Britanniques, au lieu d\u2019augmenter, a diminué constamment depuis 1941 : de 182,948 il est tombé à 147,686; il ne faut pas toutefois trop se fier à ce dernier chiffre, car les Britanniques abandonnent la cité de Montréal pour résider dans les villes environnantes, comme Westmount, Mont-Royal, Dorval, Pointe-Claire, St-Laurent et Verdun.Sur l\u2019lle de Montréal, leur pourcentage est encore de 18.1, alors que celui de l\u2019élément français passe de 66.16 (Cité de Montréal) à 62.0.Il nous reste à voir la situation de l\u2019élément français dans les autres provinces, leur position numérique dans chacune d\u2019elles. LE PROBLÈME DE L'ÉLECTRICITÉ - III L expérience coopérative américaine par François-Albert Angers Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019aller bien loin du Canada pour avoir un exemple, partiel d\u2019ailleurs, mais d\u2019autant plus impressionnant à cause de cela, de ce qui pourrait être réalisé par la formule coopérative même dans le domaine de l\u2019électricité.Il suffit de regarder un peu au-delà de nos frontières, chez notre voisin immédiat.Quand le gouvernement américain voulut, en 1935, réaliser l\u2019électrification rurale, qui n\u2019était pas alors étendue à plus de 10% du territoire et que les compagnies se refusaient à développer, c\u2019est dans la formule coopérative qu\u2019il trouva la solution efficace.L\u2019idée ne lui en vint pas du premier coup.La Rural Electrif ication Administration qu\u2019il créa, je le signalais dans le premier article (avril 1962), devait aider les compagnies.C\u2019est avec les coopératives qu\u2019elle obtint du succès.Du point de vue électrification rurale, le résultat obtenu fut du même ordre que celui auquel nous sommes arrivés dans le Québec: 96% des fermes électrifiées après 25 ans, contre 97% dans le Québec après 16 ans.Là comme ici, l\u2019intervention des coopératives incita les compagnies à se hâter pour s\u2019assurer les meilleurs parties; mais les coopératives réussirent à conserver une part plus large: environ 50% de l\u2019augmentation contre 40 dans Québec.Aux États-Unis, ces coopératives servent au-delà de 4 millions 1/2 de familles, soit l\u2019équivalent de quelque 4 fois la population de la province de Québec.Elles couvrent les sections rurales de tout le territoire américain, sauf trois États : Connecticut, Massachusetts et Rhode-Island. 218 L'ACTION NATIONALE Fonctionnement du système Tout le développement a été vraiment coopératif, peut-être plus strictement encore que dans Québec.La Rural Electrification Administration, en effet, s\u2019en est tenue à un rôle comparable à celui de l\u2019Office du Crédit agricole: prêter les fonds nécessaires.Toutefois, comme chez nous jusqu\u2019ici, l\u2019expérience a été étroitement limitée au secteur rural; et n\u2019a donc comporté aucune idée de révolution sociale et nationale, comme nous devons le faire ici.L\u2019action du gouvernement américain a été supplétive au sens le plus strict seulement: les compagnies privées pourvoyant à l\u2019électrification urbaine d\u2019une façon techniquement et politiquement satisfaisante, l\u2019intervention de l\u2019État s\u2019est limitée au secteur rural.Au Québec, l\u2019action supplétive a à s\u2019exercer, au surplus, sur le double plan de la libération économique du Canada français et d\u2019une révolution sociale pacifique qui favoriserait les formes de développement économique les plus conformes à notre génie propre.C\u2019est pourquoi l\u2019étatisation est d\u2019ailleurs pour nous une si mauvaise formule, qui peut paraître satisfaisante sous le premier aspect, mais qui affaiblit nos droits à cette libération en violant le second.Et les résultats de l\u2019expérience américaine, si limitée qu\u2019elle ait été, sont probants de l\u2019expansion formidable que pourrait prendre la formule coopérative si on y intégrait le double objectif politique et social qui correspondrait à nos besoins.\u2022 \u2022 \u2022 Un des grands faits qui ont conditionné l\u2019expansion du système coopératif américain dans le domaine de l\u2019électricité, c\u2019est le fait qu\u2019en 1943, les coopératives aient pu librement se foi-mer en association à l\u2019échelle nationale.Cela s\u2019est réalisé par paliers, selon les trois échelons de l\u2019État, de la région et du national.Ainsi 958 des 983 coopératives avaient-elles choisi, en 1961, d\u2019être partie à la National Rural Electric Cooperative Association.Chez LE PROBLÈME DE L'ÉLECTRICITÉ 219 nous, l\u2019intégration devrait rester provinciale, mais comme Québec couvre un immense territoire, les régionales auraient leur place comme dans les Caisses populaires.On peut se faire symboliquement une idée de la différence de vie qui peut résulter de l\u2019absence ou de la présence de telles associations en considérant qu\u2019aux États-Unis, leur existence donne lieu à la publication de 28 périodiques différents, destinés à renseigner et à éduquer les consommateurs-coopérateurs.Ce palier supérieur de l\u2019association nationale, avec ses paliers inférieurs de l\u2019association régionale et de l\u2019association dans chaque État, s\u2019appuie naturellement sur l\u2019organisation locale, sur la coopérative d\u2019électricité groupant des consommateurs en autant d\u2019unités distinctes et indépendantes.Les fonds pour le développement des unités proviennent de la REA, qui prête selon un plan prédéterminé comportant remboursement en 85 ans, avec un taux d\u2019intérêt de 2%.\u2022 \u2022 \u2022 Les associations viennent assister les coopératives.Au niveau de l\u2019État, elles s\u2019occupent d\u2019achats centralisés des fournitures et de l\u2019outillage, de perception des comptes, de publicité et de relations extérieures, etc.Au niveau national, la NRECA administre les plans de pension et d\u2019assurance du personnel, des services techniques spécialisés, d\u2019achats centralisés, et des contacts politiques, dont la présentation des mémoires et les témoignages devant les Comités.Le stage de l\u2019administration de lignes de transmission ou de centrales électriques se réalise par des organismes parallèles aux associations, par des fédérations de coopératives déterminées par la nature de 1\u2019opération et les besoins auxquels ils correspondent (G & T Coopératives).Il n\u2019y a pas une seule fédération centralisée qui concentre l\u2019administration de toutes les centrales ; en fait, 37 telles coopératives de coopératives fonctionnent en s\u2019adaptant parfaitement aux besoins réels.On ne 220 L'ACTION NATIONALE cherche pas à faire plus gros que nécessaire, à centraliser indûment pour le seul plaisir, souvent plus intellectuel que pratique, de tout mettre sous le contrôle d\u2019une seule main, sous le prétexte un peu simpliste que c\u2019est là la seule façon de réaliser une planification efficace.Les résultats acquis Aujourd\u2019hui, la valeur nette du système coopératif américain d\u2019électricité en milieu rural représente la jolie somme de $602,000,000.Après un premier stage dans le développement, au cours duquel la REA, comme l\u2019OER dans Québec, contribua surtout à la construction de réseaux de distribution d\u2019électricité, les initiatives s\u2019orientèrent progressivement vers la propriété coopérative des lignes de transmission à longue distance et de centrales électriques.En 1959, 35% seulement des prêts consentis dans l\u2019année avaient trait à la distribution, à quoi il y a lieu d\u2019ajouter 26% pour l\u2019amélioration des réseaux établis; le reste se répartissait entre 17% pour de nouvelles centrales et 19% pour la construction de nouvelles lignes de transmission.L\u2019investissement global de la période 1935/1959 correspond aujourd\u2019hui à un actif de $4 milliards, dont $3 sont engagés dans la distribution, et $1 dans la production ou les lignes à haut voltage.La vente au détail s\u2019élève à 25 milliards de kilowatts, dont 5 sont produits par les centrales coopératives.Or 25 milliards de kilowatts heures, c\u2019est, pour le système coopératif américain, Véquivalent de toute l\u2019électricité vendue dans la province de Québec en 1959 (26 milliards de kilowatts).Cinq milliards de kilowatts heures produits par les coopératives, c\u2019est aussi gros que la Bersimis I et la Bersimis II combinées.Qu\u2019aux États-Unis cela se trouve réparti entre plusieurs centrales plus petites ne fait pas grand chose à l\u2019affaire.Si les coopératives américaines ont pu mettre sur pied un ensemble d\u2019unités de production et de ligne de transmission représentant une valeur de $1,000,000,000, il est évident que rien ne peut les empê- LE PROBLÈME DE L'ÉLECTRICITÉ 221 cher de mettre sur pied aussi bien qu\u2019une Hydro ou une compagnie privée, des Bersimis et des Manicouagans.C\u2019est malheureusement ce que des gens, qui passent pourtant pour être parmi nos esprits les plus éclairés et souvent militent par ailleurs dans d\u2019autres secteurs coopératifs, ont refusé de considérer parce que, trop ancrés dans le préjugé de la nationalisation, ils ont refusé d\u2019admettre que les coopératives, considérées par eux comme bonnes dans tous les autres domaines, puissent l\u2019être également dans le domaine de l\u2019électricité.Aux États-Unis, il n\u2019a pas manqué de personnes bien sûr, pour se moquer, au début, de l\u2019idée que des coopératives, surtout composées exclusivement de cultivateurs, puissent administrer un domaine aussi technique.Mais il nous est dit que ces moqueries venaient des gens de compagnies; non pas comme ce fut le cas par trop scandaleux ici de personnes reconnues comme étant ou ayant été les piliers du mouvement coopératif.Mais, nous dit le Rural Electric Fact Book, « pendant que les cyniques ricanaient, les coopératives électriques rurales travaillaient, bâtissaient et planifiaient ».En dépit des obstacles Et pourtant, ces coopératives n\u2019eurent pas la partie facile, et ne l\u2019ont pas encore aujourd\u2019hui.Encore une fois, on ne soulignera jamais trop que ces résultats étourdissants se produisent en dépit du fait que ces coopératives sont confinées par la loi, pour pouvoir profiter de l\u2019aide de la REA, aux localités de 1,500 âmes ou moins.Pour les coopératives déjà existantes dans ces conditions, on décréta plus tard, pour répondre à des attaques des adversaires, qu\u2019elles pouvaient continuer de desservir les centres qui, de moins de 1,500 âmes, avaient naturellement grandi au delà de ce chiffre.Mais de toute façon, il leur restait interdit de développer leur clientèle par concurrence, en cherchant à intégrer dans le secteur coopératif un client déjà branché sur une centrale privée.D\u2019autres exigences de la loi placent également les coopératives dans une position moins avantageuse que 222 L'ACTION NATIONALE les compagnies.Elles sont forcées de rembourser intégralement, tel que prévu, le capital et les intérêts, la loi leur interdisant de refinancer leurs engagements et de réduire leur charge au titre du service de la dette.Au surplus, il leur est interdit de refuser l\u2019électricité à un client vivant dans leur territoire quelle que soit la distance à laquelle sa maison puisse se trouver par rapport aux source de distribution d\u2019énergie.En définitive, tout le réseau dessert un ensemble de territoires dont la densité moyenne n\u2019est encore à l\u2019heure actuelle que de 4 clients au mille.\u2022 \u2022 \u2022 Pourtant, la formule est si efficace que rien ne peut l\u2019arrêter.Les compagnies, nous dit le Rural Electric Fact Book, commencèrent par s\u2019en tenir aux ricanements déjà mentionnés, sûres qu\u2019elles étaient que tout cela allait faire faillite.C\u2019est aussi ce qu\u2019attendrait notre ministre des Richesses naturelles pour se certifier d\u2019étatiser les nôtres.Mais quand cinq ans après la mise en vigueur de la RE A, elles virent, en 1938, que 248 coopératives desservaient avec succès 104,000 familles rurales; et qu\u2019en moins de deux autres années, leur nombre avait plus que doublé pour couvrir 500,000 familles, les rires commencèrent à jaunir.La vraie bataille commença alors, avec les compagnies s\u2019empressant d\u2019aller desservir les agglomérations villageoises pour ne laisser aux coopératives que l\u2019habitat agricole dispersé environnant.Ainsi pensèrent-elles qu\u2019aucune coopérative ne pourrait plus tenir.Mais elles continuèrent leur marche inexorable; et devant les taux considérés comme exorbitants de la vente en gros par les compagnies, elles songèrent à se diriger vers la production.Mais comme chaque coopérative était trop petite pour y songer seule, elles appliquèrent normalement et naturellement la pratique de la fédération jusqu\u2019à ce que l\u2019unité soit suffisante pour produire économiquement. LE PROBLÈME DE L'ÉLECTRICITÉ 223 Naturellement, on peut bien penser que les compagnies s\u2019opposèrent vigoureusement à cette extension, même si elle était prévue par la loi, sous la forme restrictive d\u2019ailleurs de l\u2019impossibilité de s\u2019approvisionner ailleurs à aussi bon compte.Loin de prendre l\u2019attitude que d\u2019aucuns ont voulu leur imposer ici \u2014 rester dans le champ de la distribution, parce que celui de la production ne conviendrait pas à des coopératives \u2014, les coopérateurs américains ont fait valoir et triompher le point de vue classique de l\u2019action coopérative, à savoir que l\u2019objectif est de « remonter jusqu\u2019à la source du besoin » comme étant le seul moyen d\u2019obtenir le meilleur rendement pour les consommateurs, c\u2019est-à-dire le meilleur prix pour un service d\u2019une qualité donnée.Dans ces perspectives de luttes et d\u2019opposition qui amenèrent la REA à pratiquer des règles plus sévères que la loi, le développement de ce secteur coopératif, pourtant miteux du point de vue du territoire dans lequel il est enfermé et de ses possibilités économiques, est loin de montrer de la difficulté à passer à la production.Au contraire, le nombre des demandes de développement a été beaucoup plus considérable que les développements autorisés.Une chose est certaine, les compagnies américaines ne paraissent plus, pour leur part, partager le pessimisme des détracteurs des coopératives.Ils les surveillent très étroitement et ne cessent de les harceler en portant contre elles, auprès de la REA, l\u2019accusation qu\u2019elles débordent sur les villes, au fur et à mesure que la population des secteurs ruraux augmente.\u2022 \u2022 \u2022 Aux États-Unis comme ici d\u2019ailleurs, la situation est donc grotesque.On dénie à des consommateurs le droit de s\u2019organiser pour se donner un service sous prétexte que la coopérative ne serait admissible que là où les compagnies ne veulent pas aller.Cette position trouve sans aucun doute sa base juridique dans l\u2019aide de l\u2019État limité 224 L'ACTION NATIONALE pai la loi aux coopératives de ces secteurs; mais il est évident que les compagnies préfèrent cette argumentation purement avocassière à la suggestion d\u2019une extension des opérations bancaires de la REA à des taux qui pourraient alors être plus élevés.Mais une chose est certaine, personne n a plus 1 air de mettre en doute que les coopératives pourraient aisément s\u2019étendre et englober au besoin tout le secteur de la production aussi bien que de la distribution.Dans ces conditions, une politique de nationalisation comme celle qui est actuellement proposé à la province de Québec n est nullement justifiée, à peu près à aucun égard.D\u2019autant moins justifiée que l\u2019État est déjà installé dans un secteur important, qui devrait d\u2019ailleurs être restitué au régime coopératif au plus tôt en ce qui concerne toute la distribution pour commencer; et qu\u2019il est parfaitement en mesure de faire face à toutes les éventualités par des législations appropriées et par son intervention pour mettre en exploitation si nécessaire les chutes d\u2019eau dont il est le dispensateur. DANS UN QUÉBEC INDÉPENDANT - / NOTE._____Sous ce sur-titre général, nous publierons, au cours des prochains mois, une série d'études techniques, sous la signature du géographe Michel Brochu, relativement aux réaménagements et orientations qu\u2019exigerait, sur le plan pratique, l\u2019établissement d\u2019un Québec indépendant.L\u2019Action Nationale n\u2019en modifie pas pour autant sa position générale sur le séparatisme.Elle compte parmi ses abonnés des gens qui sont activement séparatistes ou sympathiques à l\u2019idée sans s\u2019être encore décidés; d\u2019autres qui sont sympathiques à un tel mouvement sans eux-mêmes y croire, ou d\u2019autres aussi qui ne sont pas du tout disposés à accepter une telle solution à nos problèmes.Mais quoi qu\u2019il en soit, l\u2019idée d\u2019un Québec indépendant n est sûrement pas plus saugrenue qu\u2019une autre, pas plus pour sûr que celle de consentir à tous les sacrifices possibles pour sauver la Confédération et y rester à n\u2019importe quel prix.La première a au moins l\u2019avantage de correspondre à un idéal qui peut, si les circonstances s\u2019y prêtent, devenir exaltant et utilisable; alorst que l\u2019autre extrême ne peut constituer qu\u2019un acte de morne resignation à un état de chose qui, ainsi accepté, postule une défaite certaine pour les forces françaises en Amérique.Quoi qu\u2019on pense de l\u2019indépendance du Québec, on n\u2019a donc aucune raison de jouer les vierges offensées ou le jeu de l autruche à son sujet.Les possibilités, conséquences, exigences d\u2019une telle option doivent faire l\u2019objet d\u2019un examen objectif.C\u2019est dans cet esprit que cette série d\u2019articles nous paraît se situer exactement dans la ligne de l\u2019oeuvre que L\u2019Action Nationale doit assumer: éclairer et renseigner notre peuple sur les problèmes qu\u2019il doit affronter et l\u2019aider à faire ses choix dans l\u2019optique de l\u2019épanouissement de notre État fraïiçais, en terre d Amérique.Qtiant au reste, les opinions qu\u2019expose et les solutions que propose M.Brochu lui sont personnelles.L\u2019Action Nationale les offre à ses lecteurs pour leur fournir matière à réflexion et leur permettre de les juger au mérite.LA DIRECTION Transports et télécommunications dans l'optique d'un Québec indépendant par Michel Brochu Pour mémoire, j\u2019aimerais rappeler les principaux faits qui caractérisent le domaine des transports et des télécommunications au Québec.I \u2014ÉTAT DE FAIT A \u2014 Transports Dans le domaine des transports proprement dit, il y a quatre grands secteurs: 1)\tles chemins de fer;\t3) le transport maritime; 2)\tles transports routiers; 4) les transports aériens.Nous examinerons brièvement chacun de ces secteurs.1\t\u2014 Dans le secteurs des chemins de fer, chacun sait qu\u2019il y a deux grands réseaux qui traversent les frontières du Québec et qui, de ce fait, ressortissent à la juridiction du gouvernement du Canada, (art.92, chapitre VT, paragraphe 10, sous-paragraphe de la Constitution du Canada et annexe III ayant pour titre « Travaux publics et propriété des provinces devenant propriété du Canada au paragraphe 6, (les chemins de fer et leur matériel, les obligations et les autres dettes des compagnies de chemin de fer).L\u2019un, le National-Canadien, est un réseau d\u2019État, l\u2019autre, le Pacifique-Canadien, est une compagnie privée, mais recevant de généreux subsides de l\u2019État.Le fait essentiel à retenir ici est que le Québec n\u2019a, dans ce domaine, aucune juridiction sur le choix et l\u2019établissement des tracés des voies ferrées et, surtout, ne peut déterminer en rien les limites des zones tarifaires qui sont le plus souvent établies en fonction d\u2019intérêts extérieurs au Québec.2\t\u2014 Dans le secteur des transports routiers, ceux-ci relèvent du Québec, tant qu\u2019ils s\u2019effectuent à l\u2019inté- TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS.227 rieur des frontières, mais ils tombent sous la juridiction d\u2019Ottawa dès que ceux-ci passent les frontières.(Constitution du Canada, chap.VI, art.91, paragr.2 et art.92 paragr.10, sous-paragraphe a).Ainsi, le Québec doit assister impuissant au fait que des compagnies de camionnage: étrangères, américaines ou ontariennes effectuent ce que nous croyons être plus de 75% du transport passant les trois principales frontières du Québec: celle du Nouveau-Brunswick, celle des Etats-Unis et surtout celle de l\u2019Ontario.Une observation même assez rapide sur la route no 2 qui va de Dorval à Toronto permet de se rendre compte de l\u2019acuité et de la gravité de ce problème pour les entreprises québécoises de camionnage.La situation est en outre compliquée et aggravée du fait de la nouvelle formule rail-route mise en application par les compagnies de chemins de fer de l\u2019Etat ou qui reçoivent des subsides de l\u2019État.Selon cette formule, les compagnies de chemins de fer effectuent des transports à la fois par le rail et par la route grâce à des flottes de camions.Encore ici, le Québec ne peut rien faire pour limiter des pratiques qu\u2019il pourrait juger contraires à ses intérêts, ou plus précisément aux intérêts des sociétés de camionnage ayant leur siège dans le Québec.B \u2014 Transports maritimes.D\u2019après la Constitution du Canada1 * 111 toutes les voies navigables ressortissent à 1.\u2014 Chapitre VI, article 91, paragraphe 9.\u2014 Balises, bouées et phares; 10.\u2014 la navigation; 13.\u2014 le transport par eau entre une province et un pays britannique ou étranger ou entre deux provinces; article 92, paragraphe 10, sous-paragraphe a.\u2014 les lignes de vapeurs ou autres navires .les canaux .et autres ouvrages reliant la province à une autre ou à d\u2019autres ou s\u2019étendant au-delà des frontières de la province; sous-paragraphe b.\u2014 les lignes de vapeurs entre la province et tout pays britannique ou étranger; aussi annexe III ayant pour titre Travaux publics et propriétés des Provinces devenant la propriété du Canada, pa-paragraphe 1: 1.\u2014 les canaux avec les terrains et les forces hydrauliques qui s\u2019y rattachent; 2.\u2014les ports publics; 3.\u2014 les phares et les quais; \u2014les vapeurs, les dragueurs et les navires publics. 228 L'ACTION NATIONALE la juridiction du Gouvernement du Canada.Par voie de conséquence, toute la politique maritime est décidée par ce gouvernement: ce fut, entre autres, le cas de la Voie Maritime du Saint-Laurent dont la première moitié aval et les trois premières écluses (celles du St-Laurent, de Côte-Ste-Catherine et de Beauharnois) se trouvent dans le Québec.Cependant, dans l\u2019état actuel des choses, la mise en vigueur de certaines décisions concernant la navigation d\u2019hiver dans le Saint-Laurent, jusqu\u2019à Montréal ou dans le Saguenay, jusqu\u2019à Chicoutimi et Port-Alfred, de même que la mise en train de certains grands projets comme la canalisation du Richelieu et la réalisation de la Voie Maritime Champlain, sont susceptibles d\u2019être différés ou même de recevoir une véritable opposition de la part de régions comme celles de St-Jean ou d\u2019Halifax qui pourraient croire leurs intérêts lésés.4 \u2014 Dans le domaine des TRANSPORTS AÉRIENS, il s\u2019agit, à nouveau, d\u2019une juridiction purement canadienne.L\u2019État assure même l\u2019exploitation d\u2019une société d\u2019État, Air Canada, qui effectue aussi bien des envolées internationales que des vols à l\u2019intérieur des frontières du Québec, faisant par là concurrence à des compagnies privées québécoises comme Qué-bécair ou Nordair.Ici, à nouveau, le Québec n\u2019a et ne peut avoir aucune juridiction sur la politique d\u2019ensemble des transports aériens et le Québec ne peut en rien intervenir pour sauvegarder les intérêts des compagnies aériennes enregistrées sur son territoire.B \u2014 Télécommunications Les télécommunications comprennent deux grands domaines qui sont aussi deux grands services publics: les télégraphes et le téléphone.1 \u2014 Les TÉLÉGRAPHES sont, on le sait, au Canada, un des services des chemins de fer.Le réseau du Na-tional-Canadien dessert certaines régions du Québec, le Lac St-Jean, la Rive Sud du St-Laurent et l\u2019Abi- TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS.\t229 tibi, et celui du Pacifique Canadien dessert certaines autres régions comme Ste-Agathe et Mont-Laurier.Certaines grandes villes, comme Québec et Montréal, mais pas toutes, sont desservies par les deux réseaux.Ce secteur ressortit à la juridiction exclusive du Canada d\u2019après la constitution du Canada (chapitre VI, article 92, paragraphe 10, sous-paragraphe a).Ce dédoublement des services télégraphiques entraîne de nombreux ennuis: dans les grandes villes, un bureau du Pacifique-Canadien n\u2019acceptera pas une dépêche destinée à un point comme Montmagny ou Pointe-au-Pic, servi par le National-Canadien et la chose se répète pour le National-Canadien, de surcroît, au point de vue pratique, il est évident qu\u2019il n\u2019est pas très économique d\u2019avoir deux bureaux téléphoniques côte à côte dans la même ville au lieu d\u2019un seul.2 \u2014 Le téléphone: la situation au Québec est que tout le service téléphonique est d\u2019une part aux mains d\u2019une entreprise géante que tout le monde connaît, et quelques autres sociétés de moyenne importance qui desservent des régions rurales et quelques petites villes, d\u2019autre part.Le téléphone tombe aussi sous la juridiction du Gouvernement du Canada (chapitre VI, article 92, paragraphe 10 sous-paragraphe a : « et autres travaux et ouvrages reliant la province à une autre ou à d\u2019autres ou s\u2019étendant au-delà des frontières de la province »).Encore ici, et dans l\u2019état actuel des choses, le Québec n\u2019a aucun moyen d\u2019établir une politique d\u2019ensemble dans ce domaine et d\u2019exiger que le français soit employé comme langue de travail.II \u2014GRANDES LIGNES D\u2019UNE POLITIQUE DES TRANSPORTS ET DES TÉLÉCOMMUNICATIONS DANS L\u2019OPTIQUE D\u2019UN ÉTAT INDÉPENDANT Il est fondamental de savoir qu\u2019elles pourraient être les grandes lignes d\u2019une politique conforme aux intérêts nationaux du Québec dans chacun des secteurs 230 L'ACTION NATIONALE de ce vaste domaine des transports et des télécommunications.C\u2019est ce que nous essaierons de voir dans la deuxième partie de cette étude.A \u2014 Transports 1 \u2014 Dans le secteur des CHEMINS de FER, il apparaît qu\u2019une solution s\u2019imposera: c\u2019est celle de la fusion des deux grands réseaux existants.D\u2019une part, il faudrait prévoir que toutes les installations du National-Canadien au Québec: gare, voies, cours de triage, y compris le tiers du matériel roulant, reviennent d\u2019office au Québec, après la déclaration de l\u2019Indépendance; d\u2019autre part, pour mener à bien la fusion des deux réseaux, il deviendrait opportun d\u2019envisager la nationalisation du Pacifique-Canadien, de même que son matériel roulant dans la proportion indiquée plus haut.Après la nationalisation et la prise en charge des chemins de fer, il faudrait prévoir deux grandes phases de réorganisation.a)\tLa première phase à prévoir est l\u2019unification des deux réseaux par leur fusion en un seul réseau d\u2019Etat, ce qui impliquera une direction unique, une mise en commun des services administratifs, des installations et du matériel roulant.Cette politique de réseau unique est la solution adoptée avec succès dans la plupart des pays d\u2019Europe, et il serait indispensable que le Québec en fasse autant si l\u2019on veut que les chemins de fer deviennent une exploitation rentable, et donnent un service impeccable.Le nouveau réseau formé pourrait prendre le nom de Société Nationale des Chemins de Fer d\u2019Amérique Française.b)\tLa deuxième phase de réorganisation des chemins de fer devrait consister dans l\u2019amélioration des installations et, partant, du service donné aux usagers.Les principales mesures à prévoir sont: le dédoublement du réseau de voies simples qui est presque TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS.\t231 partout le cas dans le Québec, priorité devra être donnée aux tronçons Montréal-Québec, Montréal-Sherbrooke, Montréal-frontière américaine (vers New York) et Montréal-Ottawa et enfin Montréal-Nouveau-Brunswick.Il faudra également renforcer le ballast pour permettre l\u2019augmentation de la vitesse.En raison de la fréquence des accidents, il faudra qu\u2019absolument tous les passages à niveaux sur les routes nationales et à l\u2019intérieur des villes et des villages soient fermés par des barrières automatiques, ou mieux, éliminés par la construction de passages inférieurs ou supérieurs.Une fois le dédoublement et le renforcement des voies et du ballast effectués, il faudra procéder à l\u2019augmentation de la vitesse des trains de voyageurs qui, à l\u2019heure actuelle, est scandaleusement lente, même pour les michelines ou les automotrices.Comme mesure complémentaire, il sera utile d\u2019étudier la possibilité et l\u2019opportunité, surtout, d\u2019électrifier au complet le réseau du Québec, en commençant par les grandes lignes.Il sera enfin indispensable de reviser les tarifs, à la fois pour les voyageurs et pour les marchandises afin d\u2019arriver à une utilisation et à une rentabilité maximums des chemins de fer, ce qui est loin d\u2019être le cas à l\u2019heure actuelle.Comme principe général la réorganisation envisagée des chemins de fer devrait se faire non pas en fonction des bénéfices à en tirer mais en fonction, essentiellement, du service à donner aux usagers.Cette revision ne devra pas nécessairement tendre à une augmentation des tarifs, mais à une rationalisation de ceux-ci: il faudra insister sur les billets de type « Bons dimanche », sur les tarifs-groupes, les tarifs-vacances, les tarifs-familiaux.La SNCF a, à son acquit, des réalisations absolument remarquables en ce sens, dont il serait opportun de s\u2019inspirer.Au sujet des tarifs marchandises, il est bien évident que les taux et les zones tarifaires actuels, 232 L'ACTION NATIONALE qui sont conçus pour protéger des intérêts économiques étrangers à ceux du Québec, devront être modifiés en fonction même des intérêts du Québec d\u2019abord et avant tout, car un État indépendant n\u2019a pas à subventionner par des tarifs préférentiels des régions comme les Maritimes et l\u2019Ouest du Canada qui constituent de véritables chancres économiques.c) Une des phases les plus importantes de la réorganisation des chemins de fer, et qui devrait être réalisée concurremment avec les deux autres, consisterait en une refrancisation complète de tous les services: tout le personnel sans exception, des postes les plus élevés aux emplois les moins rémunérés, devra parler français de façon absolument courante; toutes les communications écrites, verbales ou télégraphiques, les notes de service et la correspondance à l\u2019intérieur des services devront se faire exclusivement en français; toutes les inscriptions et tous les avis à l\u2019extérieur comme à l\u2019intérieur des wagons et des gares devront être en français uniquement, de même que les billets, reçus, les comptes, les indicateurs, les affiches et les avis transmis par haut-parleur pour annoncer le départ et l\u2019arrivée des trains.Des mesures devront être prises pour que cette refrancisation complète le soit dans une langue absolument impeccable dénuée de tout anglicisme.Le vocabulaire des chemins de fer pourra être, celui-là même qui est employé par la SNCF.Cette mesure touchera les titres des divers employés qui seront modifiés selon la terminologie française consacrée.2 \u2014 Les TRANSPORTS ROUTIERS: contrairement aux chemins de fer, il semble conforme à la logique que ce secteur reste du domaine privé.Voici, dans cette optique, les solutions qui semblent s\u2019imposer.a) Le problème de la concurrence des messageries des chemins de fer de l\u2019État: il convient, dès l\u2019abord, de préciser que les messageries relevant des chemins TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS.\t233 de fer de l\u2019État devront être limitées exclusivement aux livraisons dans les grands centres de 10,000 habitants et plus, des colis et des marchandises livrés dans ces villes par chemin de fer.Afin d\u2019éviter qu\u2019une société d\u2019État ne fasse pas une concurrence indue à l\u2019entreprise privée du camionnage, il doit être absolument hors de question comme principe, que les Messageries de la SNC AF puissent desservir soit des itinéraires ou des régions uniquement accessibles par camion comme c\u2019est le cas entre La Malbaie et Sept-Iles ou entre Matane et Gaspé, soit encore moins des régions accessibles à la fois par le rail et par la route.b)\tTransports internationaux: le devoir d\u2019un État Indépendant du Québec est de protéger ses propres sociétés de transports routiers par des mesures extrêmement fermes.Il faudrait donc édicter une réglementation selon laquelle les marchandises qui transiteront par les frontières devront être transportées pour moitié par des sociétés de transports routiers ayant leur siège social dans le Québec.Les camions affectés aux transports internationaux auront une plaque d\u2019immatriculation spéciale avec les lettres TI (Transports internationaux).Le nom et l\u2019adresse de l\u2019entreprise devra être indiqué, en français, sur les deux côtés de la caisse de chaque camion et à l\u2019arrière de celui-ci en plus des indications sur la tare et la capacité cubiques.Bien entendu, les camions immatriculés à l\u2019Étranger pourront ne porter que des inscriptions anglaises et n\u2019auront plus à porter une plaque du Québec, comme c\u2019est le cas actuellement.Cette mesure assurera une parfaite équité pour chaque État dans le domaine des transports routiers internationaux.c)\tIl serait opportun d\u2019envisager d\u2019établir une réglementation des transports routiers à l\u2019intérieur des frontières, déterminant deux catégories, les transports régionaux et les transports départementaux. 234 L'ACTION NATIONALE Chaque catégorie serait astreinte à des obligations ou limitations particulières: les transports région-naux, par exemple, pourraient s\u2019exercer à l\u2019intérieur des frontières nationales entre tous les départements à l\u2019exclusion de tout transit aux frontières; quant aux transports départementaux, ils seraient limités à chaque département.Chaque véhicule porterait, selon sa catégorie, une plaque spéciale avec l\u2019abréviation TR (transports régionaux) ou TD (transports départementaux).3 \u2014 Les TRANSPORTS maritimes: le Québec, par l\u2019Indépendance, deviendrait un des plus importants États maritimes du Globe parce que ses rives bordent une grande partie du golfe Saint-Laurent, tout l\u2019Estuaire du Saint-Laurent qui est, et ceci est d\u2019une importance absolument capitale, la seule grande voie maritime de pénétration Est-Ouest en Amérique du Nord.Le Québec, État indépendant, détiendrait donc la clé de la Voie Maritime du Saint-Laurent et il faut en prendre pleinement conscience parce que cela représenterait un atout économique unique pour le Québec.a) Réglementation sur trois grandes catégories de navigation Le cabotage: cette catégorie comprend tout le trafic maritime effectué entre deux ou plusieurs points des côtes baignant en eaux territoriales.Il va de soi que le cabotage serait réservé d\u2019office aux armateurs du Québec.Pour certains types de navires dont serait dépourvu le Québec: navires isothermes, navires pour transport des pondéreux, navires minéraliers, navires-citernes, des arrangements spéciaux temporaires pourraient être conclus avec des pays étrangers pour accorder à des types de navire les avantages du cabotage en eaux territoriales.Transports maritimes sur les voies d\u2019eaux internationales: Ces voies d\u2019eaux sont essentiellement la Voie Maritime du Saint-Laurent, et, très bientôt, TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS.\t235 le Richelieu (Voie Maritime Champlain).Il serait plus que normal de prévoir, pour cette catégorie, à l\u2019instar des transports routiers internationaux, que la moitié du trafic maritime soit effectué par des armateurs du Québec et par leurs navires, sous réserve des exceptions soulignées plus haut pour le cabotage.Transports océaniques: cette catégorie comprend, par définition, tout le trafic maritime effectué par des navires ayant fait, en tout ou en partie, leur itinéraire en haute mer.Avant que le Québec ne dispose d\u2019une flotte de navires de haute mer assez importante, il est opportun de ne prévoir aucune mesure restrictive.Cependant l\u2019éventuelle adhésion du Québec à la Communauté Française et au Marché Commun, pourrait entraîner des mesures favorisant d\u2019une façon ou d\u2019une autre, les flottes de ces grands ensembles.Responsabilités du Québec dans le domaine maritime: dès la déclaration de l\u2019Indépendance, le Québec devrait assumer les responsabilités suivantes.Dès la déclaration de l\u2019Indépendance, tous les ports relevant jusqu\u2019alors de la juridiction du gouvernement du Canada soit Québec, Montréal, Trois-Rivières, Sorel et Port-Alfred ressortiraient à celle du Québec; à cela il faut ajouter que tout le service de signalisation maritime (phares, bouées, et station de radio-téléphone) serait assumé par le Québec, sans changement de personnel, puisque celui-ci est presque totalement de langue française dans ces services.La seule modification apportée qui serait capitale toutefois, serait que tout le travail (rapports, avis, correspondance, etc.) qui est actuellement effectué en anglais devrait se faire exclusivement en langue française.b) Navires et brise-glace revenant au Québec: sur un total de 13 brise-glace, le Gouvernement Fédéral en possède actuellement 6, qui ont leur port 236 L'ACTION NATIONALE d\u2019attache au Québec: soit le N.B.McLean (qui est une très vieille unité), le d\u2019Iberville, le Montcalm, le C.D.Howe et l\u2019Ernest Lapointe.Cette flotte est complétée par un mouilleur de bouées, le Montmorency, par des unités plus petites comme le Chesterfield, le Citadelle, le bateau-pilote basé au cap Bon-Désir.La majorité de ces navires qui travaillent la plus grande partie de l\u2019année dans le Saint-Laurent, et dont certains vont, en été, ravitailler les postes du Nord, y compris ceux des côtes du Nouveau-Québec, reviendraient de droit au Québec.En fait, un tiers de la flotte du Ministère des Transports d\u2019Ottawa devrait revenir au Québec.c) Refi ancisation: Comme pour tous les services hérités du Gouvernement d\u2019Ottawa, il faudrait refranciser de fond en comble tout le service maritime.La situation est d\u2019autant plus grave et urgente que tous les officiers, pour compétents qu\u2019ils soient dans leur métier, sont absolument incapables de donner les commandements de marche d\u2019un navire en français, et ils ne connaissent la plupart des parties de leur navire qu\u2019en anglais seulement.La raison est simple: à l\u2019école de Marine, ils ont été formés exclusivement dans les manuels anglais.À bord de leurs navires, ils doivent établir et rédiger tous leurs rapports, la correspondance et les télégrammes en anglais seulement, il en est de même pour la correspondance dirigée vers les bureaux de Québec ou pour les télégrammes échangés entre commandants de brise-glace canadiens-français.Les solutions pour renverser cet état de chose consistent tout d\u2019abord à introduire et à utiliser des manuels exclusivement français aux Ecoles de Marine de Québec et de Rimouski.Il faudrait, en outre, prévoir l\u2019échange annuel de plusieurs officiers avec le Ministère de la Marine à Paris; afin de permettre aux officiers québécois d\u2019assimiler, par la pratique, le vocabulaire français de la Marine.En outre, les aspirants officiers devraient faire un 237 TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS.stage obligatoire d\u2019un an et même plus à bord d\u2019unités françaises afin de compléter leur formation.Il paraît évident que le Québec a un besoin impérieux d\u2019un navire-école beaucoup plus grand que le Jean-Brillant.Il faut un navire-école de haute mer qui puisse entreprendre des croisières de plusieurs mois.d) Politique de navigation d\u2019hiver: La navigation d\u2019hiver jusqu\u2019à Québec, depuis son début officiel en 1958, s\u2019est révélée un véritable succès.Le Gouvernement du Canada n\u2019y a donné qu\u2019un appui mitigé en raison des pressions des ports St-Jean et d\u2019Halifax et des députés de ces régions.L\u2019intérêt de l\u2019État du Québec est, et serait, de favoriser, par tous les moyens, la navigation d hivei jusqu\u2019à Québec, de même que l\u2019accès aux divers ports de l\u2019Estuaire du Saint-Laurent, et il serait absolument indispensable de maintenir le Saguenay ouvert durant l\u2019hiver, ce qui serait d\u2019ailleurs très facile.Le Québec devrait s\u2019efforcer de convaincre tous les armateurs d\u2019expédier et de recevoir leurs cargaisons exclusivement par les ports du Québec pendant l\u2019hiver; il serait peut-être même opportun de donner plus de poids à ces mesures par une réglementation douanière appropriée.Il faudrait également chercher à convaincre les sociétés de navigation possédant des paquebots de remonter le Saint-Laurent en hiver jusqu à Pointe-au-Pic ou Québec, en leur garantissant formellement toute l\u2019aide voulue de la part des brise-glace.Le terminus officiel de la navigation d\u2019hiver est Québec, mais au cours de l\u2019hiver 1962, quelques cargos sont montés jusqu\u2019à Trois-Rivières à la fin de décembre.Ceci pose la question de savoir si le Saint-Laurent est effectivement navigable tout l\u2019hiver jusqu\u2019à Montréal.Il serait d un intérêt capital pour l\u2019économie du Québec qu\u2019une étude poussée soit effectuée dans cette perspective. 238 L'ACTION NATIONALE e) La canalisation du Richelieu: une autre question qui se posera et qu\u2019il faudra résoudre conformément aux intérêts maritimes et économiques du Québec est la canalisation du Richelieu, pour effectuer le raccordement avec la Voie Maritime Champlain dont les Américains désirent au plus haut point hâter la réalisation.Le Gouvernement d\u2019Ottawa a constamment différé I\tétude de cette question en raison de l\u2019opposition plus ou moins ouverte, mais certaine, des ports d Halifax et de St-Jean.Dès après la déclaration de l\u2019Indépendance, l\u2019intérêt du Québec serait très évidemment de donner son accord à ce projet et d\u2019effectuer le plus rapidement possible sa part de travaux qui ne représente rien de complexe et dont l\u2019ensemble de Sorel jusqu\u2019à l\u2019extrémité sud du lac Champlain, où passe la frontière américaine, coûtera beaucoup moins cher que les gigantesques travaux des barrages de la rivière Manicouagan.II\tfaut souligner que contrairement à la Voie Maritime du Saint-Laurent, dont les États-Unis n\u2019ont payé qu\u2019une fraction, la Voie Maritime Champlain serait défrayée pour la plus grande partie par les États-Unis qui auront les travaux les plus coûteux et les plus difficiles à assumer, puisque les 9/10 de cette voie d\u2019eau passera en territoire américain.Il est vrai qu\u2019en 1961, les États-Unis ont offert au Canada de payer le coût des aménagements du lac Champlain à Sorel, quoi qu\u2019il en soit, si ces travaux ne sont pas commencés à la Déclaration de l\u2019Indépendance du Québec, il serait préférable que, par dignité nationale, l\u2019aménagement du tronçon de la Voie Maritime Champlain dans le territoire du Québec, soit intégralement payé par le Québec.f) Canalisation de l\u2019Outaouais: ce projet, bien qu\u2019il soit nettement moins urgent que la réalisation de la Voie Maritime Champlain, mérite cependant une étude attentive, car il est possible que le barrage de Carillon fasse naître, sur les rives de l\u2019Outaouais TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS.\t239 et du lac des Deux-Montagnes, des industries assez importantes pour nécessiter la canalisation de cette partie de la rivière qui n\u2019impliquerait qu\u2019une grande écluse à Ste-Anne-de-Bellevue.Plus tard, peut-être sera-t-il opportun de canaliser l\u2019Outaouais jusqu\u2019à Hull et enfin jusqu\u2019à la baie Géorgienne après entente avec le Canada.Il sera, en tout cas, utile de procéder à une étude sérieuse de ce projet et d\u2019en tirer les conclusions qui s\u2019imposeront.g) Service hydrographique: La séparation d\u2019avec le Gouvernement d\u2019Ottawa créerait pour le Québec l\u2019obligation de créer un Service Hydrographique distinct dont les tâches seraient les suivantes: \u2014\tpublication des tables des marées annuelles pour les eaux territoriales du Québec; \u2014\tpublication du Guide Maritime des eaux territoriales du Québec, qui n\u2019existe pas encore en français; publication également en français des guides maritimes, des côtes du Labrador, du détroit d\u2019Hudson et de la baie d\u2019Hudson; \u2014\tédition revisée et corrigée des cartes marines des eaux territoriales du Québec qui est nécessitée car la présentation des cartes actuelles est tout à fait inadéquate du point de vue de la toponymie, puisque, en effet, de nombreux noms sont traduits, déformés ou écrits fautivement, en outre les cartes actuelles présentent une absence complète de toute explication ou légende en français; \u2014\tpublication éventuelle de manuels de marine.h) Le pilotage: Les pilotes du Saint-Laurent forment depuis le XIXe siècle un groupe professionnel autonome bien organisé et bien structuré.Leurs droits et leurs privilèges ont été menacés par le Gouvernement du Canada en 1960, 1961 et à nouveau au printemps 1962.Le futur ministère des Travaux Publics et des Transports du Québec devrait reconnaître sans restriction les droits et les privilèges acquis du corps professionnel que constitue les pilotes. 240 L'ACTION NATIONALE Ce ministère aurait à prendre énergiquement leur défense en ce qui concerne la circulation de navires américains ou canadiens sans pilote dans le secteur québécois de la Voie Maritime du Saint-Laurent.En ce qui concerne le secteur Montréal-Kingston sur la Voie Maritime du Saint-Laurent, une entente bilatérale devrait être conclue avec Ottawa selon laquelle les pilotes de ce secteur seraient pour moitié canadiens et pour moitié québécois, avec dispositions spéciales pour les pilotes américains.Au total, le plus grand avantage pour le Québec à assumer ses responsabilités dans le secteur des transports maritimes serait incontestablement de pouvoir définir une politique maritime conforme à ses intérêts.Il pourrait non seulement percevoir, mais aussi fixer les droits de passage dans la partie de la Voie Maritime tombant sous sa juridiction.Il pourrait décider indépendamment des atermoiements, des protestations et des doléances d\u2019autres pays, de la réalisation de grands projets, comme la Voie Maritime Champlain, comme la navigation d\u2019hiver jusqu\u2019à Montréal, comme la canalisation de l\u2019Outaouais.Le Québec pourrait en outre, comme cela a été spécifié plus haut, conformément aux intérêts des armateurs québécois, protéger le cabotage par voie de décrets spéciaux, et en ce qui concerne les transports maritimes internationaux, le Québec pourrait ratifier des ententes bilatérales ou multilatérales fondées sur le principe de la réciprocité.4 \u2014 Les transports aériens: un Etat comme le Québec, grand comme plus de la moitié de l\u2019Europe, aurait le devoir d\u2019avoir une politique aérienne définie.Cela serait d\u2019autant plus urgent que Montréal est le siège d\u2019une des grandes aérogares d\u2019Amérique et de l\u2019OACI (Organisation de l\u2019Aviation Civile Internationale).Une dizaine de compagnies internationales font escale à Montréal et à Dorval, il y a quotidiennement plus d\u2019une centaine d\u2019arrivées TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS .\t241 et de départs d\u2019avions pour toutes les parties du Québec du Canada et des autres parties du globe.L\u2019Indépendance poserait la question de la souveraineté de l\u2019espace aérien, et celles des ententes à prévoir pour protéger les compagnies d\u2019aviation québécoises.a) Prise en charge des aéroports du gouvernement et du Canada en territoire québécois: comme pour les autres domaines, il faudrait assumer comme Pre\" mière phase la prise en charge des aéroports civils, aménagés par le Gouvernement du Canada, dont au premier chef, les aéroports de Dorval, Mont-Joli, Rimouski, Sept-îles et Bagotville.Les aéroports strictement militaires comme celui de Saint-Hubert tomberont aussi sous la juridiction du Québec, de même que tous les aéroports relais du Nouveau-Québec, dont celui de Port-Lapérouse (Port-Har-rison) et de Grande-Baleine.Comme dans tous les services gouvernementaux du Québec, la langue de travail du Ministère de 1 Air serait exclusivement le français; tous les techniciens seraient maintenus en place pour assurer le fonctionnement normal et sans heurts des services aériens.b) Société aérienne d\u2019État: il serait nécessaire d\u2019envisager le partage des appareils de cette société proportionnellement au pourcentage de la population du Québec, c\u2019est-à-dire qu\u2019un tiers des appareils reviendrait au Québec.Ces appareils, pourraient être incorporés à une société aérienne d\u2019État qui pourrait avoir pour nom « Air Amérique française ».Il faudrait étudier les possibilités de développer cette société grâce à une participation de capitaux particuliers.Air Amérique Française devrait se consacrer essentiellement aux envolées internationales et, par voie de conséquence, il devrait être exclu que les appareils de la Société d\u2019État fassent concurrence à des compagnies particulières sur des itinéraires natio- 242 L'ACTION NATIONALE naux nonobstant la pratique malheureuse actuelle-ment établie au Canada.Ainsi, le rôle de cette socie e aéi ienne d État serait non pas de concur-îencer Québecair ou Nordair sur des itinéraires nationaux, mais plutôt d\u2019assumer, en priorité, le service des itinéraires internationaux les plus lointains ou encore l\u2019inauguration de nouveaux itinéraires qui, dans cinq ou dix ans, s\u2019imposeront tels les parcours Montréal-Dakar, Montréal-Alger, Montréal-Port-au-Prince-Fort-de-France, Montréal-Cayenne-Rio-de-Janeiro-Buenos-Aires.c) Accords sur les vols internationaux.Ces ententes, comme il est de mise, devront être établies sur une base d\u2019absolue réciprocité entre les divers pays et les compagnies étrangères concernant le nombre de vols, le type d\u2019avions, etc., sous réserve cependant de certaines exceptions qu\u2019il serait opportun de consentir à certaines compagnies durant la période où le Québec n\u2019aurait pas le nombre d\u2019appareils suffisants pour jouir pleinement des avantages de ces accords de réciprocité.En d\u2019autres termes, si Aii-Canada désire effectuer 5 vols hebdomadaires Toronto-Montréal, le Québec devrait exiger 5 vols sur le même parcours pour Nordair ou Québecair, ou pourra avoir des ententes analogues pour les vols Montréal-New York, Montréal-Londres, etc.Il serait cependant de bonne politique de ne pas modifier sensiblement les accords internationaux déjà conclus antérieurement avec le Gouvernement canadien, à moins qu\u2019ils ne soient nettement préjudiciables aux intérêts du Québec.d) Vols régionaux: il est de mise dans tous les pays du monde que les vols à l\u2019interieur des frontières soient réservés aux compagnies d\u2019aviation nationales.Ce devra être effectivement le cas dans le Québec, cela impliquera une importante réorganisation puisque les anciens itinéraires d\u2019Air Canada ne seront pas pris en charge par Air-Amérique Française, pour ne pas concurrencer induement les TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS.\t243 compagnies québécoises ; en outre, les compagnies canadiennes ne pourront plus effectuer de vols régionaux dans le Québec, à moins d\u2019ententes spéciales.e) Héliports: Les services aériens du futur ministère des Travaux publics et des Transports aura pour tâche de prévoir les besoins et les développements futurs dans le domaine de l\u2019aviation.L\u2019organisation d\u2019un réseau d\u2019héliports et d\u2019hélicoptères entre dans ce cadre.Aussi, semble-t-il particulièrement opportun d\u2019envisager la création de plusieurs héliports dans le Québec, et de services d\u2019hélicoptères réguliers entre les principales villes du territoire national.Il faudrait encourager les compagnies privées dans cette voie et si elles semblent réticentes, de prime abord, il serait éminemment souhaitable que l\u2019État assume les frais de cette initiative qui ne peut manquer de se traduire par une efficacité accrue des moyens de transport modernes.5___TÉLÉCOMMUNICATIONS.On a vu, plus haut, que les services téléphonique et télégraphique sont organisés au Québec de façon incompatible avec le bien commun d\u2019un État moderne auquel est imparti le devoir d\u2019assumer l\u2019entière responsabilité de ces services publics, afin qu\u2019ils ne soient pas laissés à l\u2019arbitrage de quelques grandes sociétés.La prise en charge par l\u2019État de ces deux services publics s\u2019impose indiscutablement.Elle pourra s\u2019effectuer en trois phases principales: a)\tNationalisation: l\u2019étatisation des réseaux de chemins de fer traitée plus haut engloberait automatiquement celle des télégraphes qui relèvent de ceux-ci.La nationalisation du téléphone devrait se faire séparément: celle-ci impliquerait nommément la grande société qui dessert actuellement la plus grande partie du Québec.b)\tFusion avec les Postes: une fois la phase de nationalisation complétée, il sera nécessaire de procéder à la fusion des télégraphes et du téléphone avec le 244 L'ACTION NATIONALE service des Postes dont tous les immeubles, et le matériel sis dans le Québec, de même que les camions relevant de ce service et immatriculés dans le Québec à la Déclaration de l\u2019Indépendance reviendraient de droit au Québec.Ces services combinés constitueront les « Postes, Télégraphes et Téléphone » ou PTT.Les bureaux de Postes seraient les seuls endroits où envoyer un télégramme qui pourrait, bien entendu, être aussi communiqué par téléphone à la Poste Centrale.Les centrales téléphoniques ne seraient naturellement pas déplacées mais le personnel relèverait de l\u2019Administration Centrale des PTT.c) Réorganisation: La distorsion qui existe actuelle-mente entre les trois services précités, de même que de profondes lacunes dans le service donné au public nécessiteraient une réorganisation poussée de ces trois services.aa \u2014 Chaque bureau de poste si éloigné soit-il devrait donner un service complet comprenant : \u2014\tdes cabines téléphoniques permettant de faire des appels interurbains payables sur place; \u2014\tun service de compte-chèques postaux (qui est actuellement absolument inconnu en Amérique du Nord) ; \u2014\tun service de pneumatique dans les grandes villes de Montréal et de Québec: c\u2019est-à-dire la possibilité de donner une lettre à la Poste moyennant un tarif spécial pour être livrée quelques heures après; \u2014\tun service télégraphique; \u2014\tquant à l\u2019extension du réseau téléphonique, elle ne devrait pas être fonction du profit mais du service à donner.bb \u2014 Une des tâches les plus urgentes et ardues de la réorganisation de ces trois services serait leur refrancisation parfaite.Ce serait difficile parce que tout le français qu\u2019utilise ces services à l\u2019usage TRANSPORTS ET COMMUNICATIONS.\t245 du public, est de la traduction pure et simple; quant aux communications internes, notes de service, et rapports, absolument tout se fait en anglais.Afin d\u2019éviter de créer un vocabulaire français inadéquat, la meilleure solution serait de procéder à des échanges de personnel à tous les niveaux avec les services parisiens correspondant.La méthode la plus efficace serait d\u2019envoyer du personnel faire un stage d\u2019un an ou de six mois au moins aux PTT relevant de Paris; en échange, du personnel parisien ou lyonnais viendrait remplacer les absents et, en même temps, servir de moniteur pour le personnel resté sur place.Il y aura évidemment intérêt à utiliser directement les formules et les imprimés destinés au public, et utilisés par le Ministère des Postes et Télégraphes de Paiis.CONCLUSION Il est probable que l\u2019on trouvera les solutions esquissées plus haut extrêmement audacieuses; je crois qu\u2019elles sont, au contraire, tout ce qu\u2019il y a de plus courant, de plus conformiste, de plus naturel.En effet, simplement en Europe, parmi les pays qui ne sont ni des dictatures de droite ou de gauche et qui ont nationalisé à la fois les chemins de fer, le téléphone et le télégraphe, on compte la France et l\u2019Angleterre, bien sûr, et aussi la Suisse, la Suède, la Norvège, le Danemark, la Finlande, la Belgique et la Hollande et l\u2019Italie.(Le tableau ci-joint en témoigne éloquemment).Plusieurs ont aussi une Société aérienne d\u2019Etat, unique ou concurrencée par l\u2019entreprise privée.Comme on peut le constater les avantages qu auiait le Québec à exercer une juridiction sans partage sur le domaine des transports seraient illimités et n ont 1 ien d\u2019extraordinaire.Ce sont tout simplement des privilèges dont jouissent tous les pays souverains du monde.Et, il ne fait absolument aucun doute que le Québec peut réussir là où réussissent la Mauritanie, le Gabon ou le Dahomey. NATIONALISATION DES GRANDS SERVICES PUBLICS AU QUÉBEC ET EN EUROPE 246 L'ACTION NATIONALE WJ 0 111 O < o I t Z Cû û L\u2019école neutre \u2014 II LE PROBLÈME SCOLAIRE EN FRANCE CONTEMPORAINE par Jean Genest Dans notre premier article nous avons raconté la crise autour de l\u2019école française entre 1878 et 1914.Cette histoire nous a permis de comprendre le vocabulaire, les arguments et les psychologies qui vont désormais foi-mer la toile de fond à toute cette question.Il y a des mots chargés d\u2019émotivité comme ceux de laïcisme et de république.11 y a des arguments qui sont devenus durs comme des dogmes.Il y a des politiques qui continuent sur l\u2019air d\u2019aller.Mais le temps fait son oeuvre.Ce qui était neuf en 1880 devient stéréotypé en 1960.Les circonstances changent.Les nouvelles générations changent leurs centres d\u2019intérêt et parlent des grands problèmes d\u2019hier avec une attention émoussée.La deuxième grande guerre a fait réfléchir, à propos de l\u2019hitlérisme et du fascisme, sur les dangers de l\u2019étatisme et des monopoles d\u2019État, fussent-ils scolaires.Les camps de concentration ont obligé des hommes d\u2019univers mentaux infiniment distants à se rencontrer et à échanger des propos avec la plus grande sincérité.La fatigue générale aussi, visible chez tous les combattants, a aidé les bonnes volontés à chercher des solutions qui ne feraient ni vainqueurs ni vaincus.La France, croyante et incroyante, va réfléchir sur les faits et sur les idées, les soumettre à une nouvelle critique objective.Le plus surprenant \u2014 et cela est bien vu par les incroyants eux-mêmes \u2014 c\u2019est le dynamisme du catholicisme.Ce sont les catholiques qui présentent la phalange de penseurs les plus actifs, les plus ingénieux, les plus constructeurs, tandis que les vieilles générations incroyantes semblent s\u2019encroûter sans rien rénover ni à leurs idées ni même à leur vocabulaire.Le temps qui marche inexorablement, les fossilise dans leurs 248 L'ACTION NATIONALE attitudes.Les radicaux d\u2019hier sont les conservateurs d\u2019aujourd\u2019hui.Étudions donc cette remarquable évolution qu\u2019a connu la France, surtout de 1944 à nos jours.Ce n\u2019est pas facile, d\u2019abord parce que tout le monde a voulu apporter sa contribution politique ou intellectuelle, parce que les écrits les plus remarquables sont dispersés entre cent revues et parce que ce problème historique est entré dans une nouvelle étape qui n\u2019a pas fini de s\u2019accomplir.Il est alors plus difficile de discerner les grandes influences à long rayonnement des simples incidences.Néanmoins nous voulons raconter cette histoire avec la plus grande objectivité possible et aussi avec le plus grand respect pour les hommes et leurs opinions.Nous croyons que le travail le plus important est encore de déblayer le terrain afin de permettre à tous de voir clair.Il est plus facile à une intelligence qui comprend, de se transformer en une intelligence qui invente et qui s\u2019adapte aux réalités mouvantes.I \u2014 Le point de départ Pour mieux comprendre la situation actuelle, il nous semble important de ne pas perdre de vue le point de départ.Deux témoignages, pris entre mille autres, nous permettent de revivre cette période du laïcisme triomphant.Le premier est de Jean Jaurès (1859-1914) qui disait à la Chambre, le 11 février 1895: « Le bien inestimable conquis par l\u2019homme à travers tous les préjugés, toutes les souffrances et tous les combats, c\u2019est cette idée qu\u2019il n\u2019y a pas de vérité sacrée, c\u2019est-à-dire interdite à la pleine investigation de l\u2019homme; c\u2019est cette idée que ce qu\u2019il y a de plus grand dans le monde, c\u2019est la liberté souveraine de l\u2019esprit; cette idée qu\u2019aucune puissance intérieure ou extérieure, aucun pouvoir, aucun dogme ne doit limiter le perpétuel effort et la perpétuelle recherche de la raison humaine; cette idée que l\u2019humanité dans l\u2019univers est une grande commission d\u2019enquête dont aucune intervention gouvernementale, aucune intrigue céleste ou terrestre ne doit jamais contraindre ou fausser les opérations, cette idée que toute vérité qui ne vient pas LE PROBLÈME SCOLAIRE.249 de nous est un mensonge, que jusque dans les adhésions que nous donnons notre sens critique doit rester toujours en éveil et qu\u2019une révolte secrète doit se mêler à toutes nos affirmations et à toutes nos pensées; que si l\u2019idée de Dieu prenait une forme palpable, si Dieu lui-même se dressait visible sur les multitudes, le premier devoir de l\u2019homme serait de refuser l\u2019obéissance, de le traiter comme l\u2019égal avec qui l\u2019on discute, mais non comme le maître que l\u2019on subit » '.Ce style luciférien lie le laïcisme à l\u2019athéisme et apporte du vent au moulin de l\u2019humanisme rationaliste et purement terrestre.Le deuxième témoignage est tiré de René Viviani (1863-1925) qui dira en 1914: « Tous ensemble, par nos pères, par nos aînés, par nous-mêmes, nous nous sommes attachés dans le passé à une oeuvre d\u2019anticléricalisme, à une oeuvre d\u2019irréligion.Nous avons arraché les consciences humaines à la croyance.Ensemble d\u2019un geste magnifique, nous avons éteint dans le ciel des lumières qu\u2019on ne rallumera plus ».Ce style déclamatoire caractérise une époque, celle du triomphe du laïcisme, celle qui malgré quelques exceptions reste reliée dans l\u2019imagination des masses comme un refus absolu de Dieu, comme une haine de l\u2019Église, têtue et tenace.II \u2014 Les événements politiques Déjà ces hommes sont dépassés et ne le voient point.Bergson redécouvre le spiritualisme et fait sa célèbre trouée dans l\u2019élite de France.Claudel, Maritain et Péguy se sont convertis.La littérature se remplit de chef-d\u2019oeuvres catholiques.L\u2019enquête d\u2019Agathon, en 1912, sur Les jeunes gens d\u2019aujourd\u2019hui signale que le tiers des étudiants à l\u2019École normale supérieure sont des catholiques pratiquants.Étienne Gilson signale que si Marcel Mauss se vantait que son enseignement à la Sorbonne n\u2019attaquait jamais la religion mais la dissolvait, il sait ajouter à propos de cette même Sorbonne: « Simplement, et c\u2019est bien assez, on nous a laissé le soin de chercher nous-mêmes notre nourriture spirituelle et de reconquérir seuls ce que nous aurions dû recevoir comme notre 1.\u2014 Cité par André Latreille, dans Laïcité, PUF., 1959, p.70. 250 L\u2019ACTION NATIONALE juste part d\u2019héritage»1.L\u2019Université, livrée alors au scientisme, laisse toutefois la liberté dans les recherches et cela permet de retrouver les vrais problèmes métaphysiques et religieux.Pendant la guerre le régime Pétain accorde des subventions à renseignement libre mais, la guerre terminée, toutes les lois du régime de Vichy sont rayées d\u2019un coup de plume.La France était dévastée.Si l\u2019enseignement libre remettait à l\u2019État, à cause de la misère générale d après-guerre, tous les jeunes qu\u2019elle avait éduqués jusqu\u2019ici, l\u2019État aurait été littéralement débordé par l\u2019oeuvre de la reconstruction nationale.Visiblement il fallait aider à la fois l\u2019école publique et l\u2019école privée parce que toutes deux jouaient un rôle nécessaire à la nation.Le problème scolaire revenait à la surface.La Commission A.Philip, nommée en 1945, pour régler ce problème, ne peut aboutir à aucune solution positive dans sa recherche d\u2019un compromis.Toutes les associations laïques veillent et repartent en croisade, sous la direction de M.Albert Bayet, un des vétérans les plus obtus et les plus fanatiques du mouvement laïciste.En juin 1948, on a le Décret Poinso-Chapuis qui offre une aide matérielle à toutes les familles qui ne peuvent envoyer leurs enfants à l\u2019école ou au lycée à cause de leur situation financière.La vieille garde laïque vit immédiatement là un moyen détourné d\u2019aider l\u2019école catholique.Elle fit échouer l\u2019application du décret.En 1950, on eut la Commission Paul Boncour dont les travaux préparèrent les lois Marie et Barangé du 21 et 22 septembre 1951.Les tentatives d\u2019abrogation à la Chambre par les gauches (communistes, radicaux et socialistes) en février 1956 et mars 1958 furent des échecs cuisants.Cette loi Barangé donnait une allocation de 1000 anciens francs par enfant et par trimestre de scolarité.Soit à peu près $3.en argent canadien.Et cela pour les enfants fréquentant l\u2019enseignement du premier degré public ou privé.Cette mesure générale fut 1.\u2014 E.Gilson: Le philosophe et la théologie, Fayard, 1960, p.34 et 48. LE PROBLÈME SCOLAIRE.251 reconnue comme une mesure d\u2019apaisement et de justice pour tous les parents qui avaient souffert de la guerre.Seuls, dans ces moments de détresse nationale, s\u2019opposèrent les laïcisants parce que ces lois, disaient-ils, « rallument la guerre religieuse et mettent en péril 1 unité française ».Un M.Treno y vit une menace contre « cette école publique qui cimenta l\u2019unité française».Cet irréalisme sociologique et historique discrédite un mouvement qui se perd dans la démagogie.Mais M.Albert Bayet est plus dangereux quand il dit le 30 septembre 1951 : « Des majorités de passage n\u2019auront pas encore cette fois raison devant les vérités éternelles »* 1 Les événements politiques se précipitent, les ministères se succèdent.La France approche du chaos.On remet le gouvernement au général de Gaulle, en 1958, qui est nommé président de la République en 1959 et qui choisit comme premier ministre M.Michel Debré.Ils doivent régler le problème de l\u2019Algérie et le problème scolaire.Le gouvernement nomme la Commission Lapie pour trouver une solution au problème scolaire.La Commission remet son rapport, le 30 octobre, lequel, avec quelques changements, est adopté le 23 décembre 1959 par 427 voix contre 71 à la Chambre, et par 173 voix contre 99 au Sénat.Le général de Gaulle signe la loi le 31 décembre 1959.C\u2019est du gros travail et il a suscité une opposition, incroyable pour ceux qui ne connaissent pas la température des passions qui peuvent entourer de tels débats.Ainsi 38 des 50 membres du Conseil supérieur de l\u2019Éducation nationale démissionnent ainsi qu\u2019un ministre.Imperturbable, le général de Gaulle continue dans la ligne de son devoir tel qu\u2019il le voit.La loi garantit à tous les élèves de l\u2019école publique, la liberté des cultes et de l\u2019instruction religieuse (ce qui dégage une nouvelle notion de la laïcité qui est liberté des consciences et tolérance envers toutes les croyances).Dans les établissements privés qui passeront contrat avec l\u2019État français, l\u2019enseignement sera soumis au contrôle 1.\u2014 Cahiers d\u2019action religieuse et sociale, 1 oct.1951, p.529; 1 nov.1961, p.603. 252 L'ACTION NATIONALE de l\u2019État, ils devront respecter la liberté de conscience, et tous les enfants sans distinction d\u2019origine, d\u2019opinion ou de croyance, y ont accès.Le contrat peut être un contrat d\u2019association et alors le programme est le même que celui de l\u2019enseignement public et les maîtres peuvent être des maîtres de l\u2019enseignement public.Toutes les dépenses sont alors assumées par l\u2019État.Ou il s\u2019agit d\u2019un contrat simple où en échange d\u2019un contrôle pédagogique et financier, l\u2019État paie les professeurs.Cette loi devra être renouvelée dans douze ans.Cette loi Debré, malgré tous les remous et fracas qu\u2019elle a entraînés et qui ont occupé les manchettes des journaux, aurait été impossible si l\u2019évolution du pays ne s\u2019était faite d\u2019une façon profonde et continue dans le sens d\u2019une plus authentique neutralité.Le laïcisme agressif, cette volonté d\u2019imposer le rationalisme, a fait place à un respect de la conscience.Pas partout évidemment.Jean XXIII, dans une lettre aux congressistes de l\u2019Office international de l\u2019enseignement catholique, réunis à Utrecht, commémorait l\u2019encyclique de Pie XI Divini Illius Magistri par ces mots : « Nous le déclarons sans hésiter, ce document capital n\u2019a rien perdu de sa vérité.Aujourd\u2019hui, comme hier, l\u2019Église affirme hautement que ses droits et ceux de la famille en ce domaine sont antérieurs à ceux de l\u2019État; aujourd\u2019hui comme hier, elle affirme son propre droit d\u2019avoir des écoles où soit inculquée, par des maîtres aux convictions solides, une conception chrétienne de la vie, où tout l\u2019enseignement soit donné dans la lumière de la foi »1.On voit par ce texte de Jean XXIII, qui se réfère à des textes encore plus explicites de Pie XI, que la France n\u2019est pas encore arrivée à accepter l\u2019école vraiment chrétienne.La France catholique respire et voit un progrès quand elle arrive à une école qui soit seulement vraiment neutre.Elle respire et voit un progrès quand l\u2019école privée est reconnue comme l\u2019expression d\u2019une liberté essentielle.M.Debré le disait le 24 décembre 1959 : « A côté de l\u2019éducation nationale et de l\u2019enseignement 1.\u2014 Observatore Romano, 31 décembre 1959. LE PROBLÈME SCOLAIRE.253 public, il existe un enseignement privé.Cet enseignement privé est l\u2019expression d\u2019une liberté essentielle.Nous le savons: il ne suffit pas, pour qu\u2019une liberté existe, qu\u2019elle soit inscrite dans les textes.Elle doit pouvoir s exprimer, c\u2019est-à-dire que son expression doit pouvoir être garantie.Il ne s\u2019agit pas là d\u2019une garantie seulement donnée à des individus, il s\u2019agit également d\u2019une garantie nécessaire à l\u2019équilibre d\u2019une société qui ne serait pas vraiment une société libre si les libertés n\u2019étaient que théoriques.Il est un autre point qu\u2019il convient de souligner.L\u2019enseignement privé représente une forme de collaboration à la mission d\u2019éducation nationale qui le fait ainsi participer à un service public .Nous devons juger ce fait avec un esprit moderne.Nous ne sommes plus à la fin du XIXe siècle.» Quelques éléments extrinsèques ont aidé à cette évolution.Nous avons déjà parlé de la guerre.Le péril communiste a certainement influé aussi.La crainte de voir l\u2019État devenir une machine de guerre entre les mains des extrêmes-gauches et de voir surgir un nouveau cléricalisme où tout aboutirait à une dictature intellectuelle par raison d\u2019État avait de quoi effrayer la nation française et plusieurs de ses représentants encore capables de penser aux destinées mêmes du pays.Une nouvelle sagesse cherchait un nouvel équilibre politique.Les autres pays voisins donnaient aussi l\u2019exemple d\u2019un apaisement remarquable et nécessaire.La Hollande reconnaît un système public et un système privé.Elle reconnaît aux parents le droit d\u2019élever leurs enfants selon leurs convictions et des subsides sont prévus pour les constructions, l\u2019entretien des bâtiments et les traitements des professeurs autant pour les écoles neutres de l\u2019État que pour les écoles confessionnelles.En Belgique, le pacte scolaire du 20 novembre 1958 prévoit l\u2019aide effective de l\u2019État à toutes les formes reconnues valables d\u2019enseignement et l\u2019enseignement devient gratuit dans toutes les écoles subventionnées.Aujourd\u2019hui l\u2019enseignement public reçoit 43.3% des élèves (726,869) et l\u2019enseignement privé en reçoit 57.7%, soit 990,967 élèves. 254 L'ACTION NATIONALE En Allemagne où 95% de la population se déclare catholiques ou protestants, l\u2019enseig-nement est un enseignement chrétien interconfessionnel.L\u2019Etat perçoit environ 10% de l\u2019impôt sur le revenu comme dîme qui est distribuée aux églises proportionnellement au nombre de contribuables qui s\u2019en réclament1.Mais toute cette évolution reste périphérique à l\u2019évolution essentielle, celle des idées.III \u2014 L\u2019évolution des idées Sans remonter au déluge, il faut mettre à la source des nouveaux courants de pensée, les travaux de M.Jacques Maintain (L\u2019humanisme intégral) et ceux du P.Delos, O.P.(La Nation).Ils ont contribué à acclimater aupiès des catholiques français l\u2019idée de démocratie où l\u2019État devient l\u2019instrument au service de la Nation.Dans nos pays où existent un pluralisme de croyance, l\u2019unité temporelle ne peut plus être comme « l\u2019unité sacrale de la chrétienté du moyen âge », mais une unité trouvée au niveau de la culture et des tâches temporelles où toutes les personnes doivent coopérer.Cette nouvelle unité que doit promouvoir l\u2019État peut grouper des chrétiens et des non-chrétiens.D\u2019où la tolérance civile qui impose à l\u2019État le respect des consciences2.« Ainsi, ajoute Maintain, se dégage et se précise la notion de cité laïque vitalement chrétienne ou d\u2019État laïque chrétiennement constitué, c\u2019est-à-dire d\u2019un État où le profane et le temporel aient pleinement leur rôle et leur dignité de fin et d\u2019agent principal, mais non pas de fin dernière et d\u2019agent principal le plus élevé.» Dans une civilisation de style profane, l\u2019État respecte les différentes expressions de la nation et il « intègre, suivant le mode pluraliste, les activités chrétiennes dans l\u2019oeuvre temporelle elle-même, par exemple en donnant à l\u2019enseignement chrétien sa juste place dans la structure du régime scolaire »3.1.\t\u2014 Cahiers d\u2019action religieuse et sociale, 1 mai 1960, p.276.Voir aussi Relations.2.\t\u2014 Maritain: L\u2019humanisme intégral, Aubier, 1936, p.185.3.\t\u2014 Idem, p.190 et 193. LE PROBLÈME SCOLAIRE.255 Ces idées feront leur chemin et M.Debré retrouvera la même pensée quand il définira la laïcité en 1959: « La laïcité, c\u2019est-à-dire l\u2019indépendance de l\u2019État à l\u2019égard de toute force, de toute puissance qui cherche ailleurs que dans l\u2019intérêt national les raisons de son intervention ou les objectifs de sa politique.» M.B.Lafay ajoute: « La République française est une république laïque.Il reste à savoir si l\u2019interprétation du mot laïque telle que la pratiquent couramment certains adversaires de l\u2019enseignement confessionnel correspond au sens de la Constitution.Qu\u2019est-ce qu\u2019un État laïque?C\u2019est celui qui ne reconnaît à aucune religion la qualité de religion d\u2019État, qui n\u2019accorde aucun privilège à une Église et à ses ministres.La laïcité est donc une notion juridique et non une philosophie d\u2019État.Dirais-je, au risque de choquer mes collègues d\u2019extrême-gauche, que la Russie ne me paraît pas être une République laïque?Le marxisme, en effet, y représente une philosophie officielle, la philosophie de l\u2019État, et une philosophie d\u2019État présente les mêmes dangers qu\u2019une religion d\u2019État.Nous nous refusons à donner à ce mot une signification mystique qui ne peut aboutir qu\u2019à l\u2019oubli de la neutralité ».En effet, les neutres allaient trop loin dans leur demande d\u2019une école d\u2019État.Ils voulaient aller vers un monopole d\u2019État, en laissant mourir l\u2019enseignement privé, faute d\u2019argent.Une liberté qui reste théorique parce que sans moyens de s\u2019exercer, est une farce.L\u2019État, conçu par Ferry et Combes, devait peu à peu contrôler tout l\u2019enseignement.Leur deuxième erreur était de substituer au dogmatisme religieux qu\u2019ils abhorraient, un dogmatisme positiviste ou areligieux plus dommageable pour l\u2019éducation de la jeunesse.Maintenant on dégage mieux le rôle de l\u2019État devant la Nation.On admet la laïcité de l\u2019État dans un pays de tendances pluralistes.Cette laïcité est définie par le respect des personnes et de leur conscience, par une conception de l\u2019État au service des groupes organisés de la Nation et qui représentent un aspect du bien commun temporel.Maritain a même 256 L'ACTION NATIONALE esquissé une charte de l\u2019éducation nationale valable pour tous* 1.Les deux grands principes du bien commun et de la liberté de conscience religieuse ont conduit la pensée catholique à distinguer entre laïcisme (système de pensée qui veut promouvoir l\u2019irréligion ou l\u2019areligion et qui vise à l\u2019organisation des peuples dans l\u2019absolue neutralité) et laïcité (régime qui, à cause d\u2019un pluralisme de pensée dans la Nation, s\u2019abstient de dépasser l\u2019ordre temporel).Une déclaration des cardinaux et archevêques de France sanctionnait, en 1945, cette distinction : « Si, par laïcité de l\u2019État, on entend proclamer la souveraine autonomie de l\u2019État dans son domaine de l\u2019ordre temporel, son droit de régir seul toute l\u2019organisation politique, judiciaire, administrative, fiscale, militaire, de la société temporelle et, d\u2019une manière générale ,tout ce qui relève de la technique politique et économique, nous déclarons nettement que cette doctrine est pleinement conforme à la doctrine de l\u2019Église.Si le cléricalisme est l\u2019immixtion du clergé dans le domaine politique de l\u2019État, ou cette tendance que pourrait avoir une société spirituelle à se servir des pouvoirs publics pour satisfaire sa volonté de domination, nous déclarons bien haut que nous condamnons le cléricalisme comme contraire à l\u2019authentique doctrine de l\u2019Église.La laïcité de l\u2019État peut aussi être entendue en ce sens que, dans un pays divisé de croyances, l\u2019État doit laisser chaque citoyen pratiquer librement sa religion.Ce second sens, s\u2019il est bien compris, est lui aussi conforme à la pensée de l\u2019Église .« Par contre si la laïcité de l\u2019État est une doctrine philosophique qui contient toute une conception matérialiste et athée de la vie humaine et de la société, si ces mots veulent définir un système de gouvernement politique qui impose cette conception aux fonctionnaires jusque dans leur vie privée, aux écoles de l\u2019État, à la nation tout entière, nous nous élevons de toutes nos forces contre cette doctrine » '.1.\u2014\u2022 Esprit, mars-avril 1949, p.482.1.\u2014 Déclaration du 13 nov.1945.Docum.Cath.6 janv.1946. LE PROBLÈME SCOLAIRE.257 Dans le même sens Pie XII dira, le 23 mars 1958, qu\u2019« une juste et saine laïcité de l\u2019État est un des principes de la doctrine catholique », c\u2019est-à-dire que dans nos sociétés modernes il devient de plus en plus inconcevable que l\u2019État puisse imposer une doctrine qui atteigne les consciences.Il n\u2019a pas à être hostile ou indifférent, il n\u2019a qu\u2019à s\u2019abstenir de violer les droits des personnes, les libertés des groupes reconnus dans la nation.Il peut même voir « à ce que rien n\u2019empêche le développement des sentiments religieux les plus vrais »2.Ces quelques textes, vu les autorités dont ils émanent, nous permettent de voir l\u2019extraordinaire évolution des idées fondamentales à ce débat : État, nation, laïcisme, laïcité et neutralité.« Est neutre l\u2019école qui n\u2019enseigne ni le pour ni le contre dans les questions disputées entie les familles spirituelles du pays »3.La façon dont est observée cette neutralité peut nous donner une neutralité irréligieuse et agressive, une neutralité qui escamote systématiquement tous les problèmes philosophiques et religieux, et une neutralité ouverte, celle qui présente tous les problèmes sans porter de jugement de valeur par respect d\u2019une sorte de contrat social entre familles de différentes appartenances.C\u2019est ainsi que l\u2019Épiscopat de France, dans une déclaration du 5 avril 1951, reconnaît que l\u2019enseignement public neutre est positivement accepté comme une nécessité pour « les familles qui le désirent et, éventuellement, celles qui n\u2019en peuvent choisir d\u2019autres .C\u2019est pourquoi l\u2019Église, qui maintient fermement la nécessité des écoles chrétiennes, n\u2019attaque point l\u2019enseignement public.Elle n\u2019en méconnaît pas la valeur, non plus que le mérite de ses maîtres, dans les rangs desquels se trouvent d\u2019éminents catholiques ».Remarquons combien l\u2019Épiscopat est bienveillant pour l\u2019école publique et les maîtres catholiques qui y enseignent.Il sait très bien que ces professeurs catholiques, vu les engagements pris devant l\u2019État, ne peuvent favoriser qu\u2019une neutralité ouverte.Aussi parce que cet 2.\t\u2014 A.Latreille: Eglise et laïcité, dans Laïcité, PUF.1959, P- 79.3.\t\u2014 P.Foulquié: l\u2019Eglise et l\u2019école, p.208, note 2. 258 L'ACTION NATIONALE enseignement garde un caractère inachevé quant à l\u2019éducation chrétienne des jeunes, l\u2019Épiscopat maintient fermement la nécessité des écoles chrétienne.En avril 1954, l\u2019Épiscopat a encore condamné toutes idées qui impliqueraient un désaveu ou un relâchement de la doctrine constante de l\u2019Église à cet égard, de quelque milieu qu\u2019elles viennent'.Pourquoi l\u2019Épiscopat insiste-t-il tellement sur la nécessité de l\u2019école chrétienne?C\u2019est qu\u2019il a devant les yeux le fait de la déchristianisation de la France.Les causes en sont multiples mais l\u2019école en reste une cause principale, malgré les affirmations contraires ou minimisantes d\u2019éducateurs chrétiens.Ainsi Pascal, en 1662, quelques mois avant de mourir, suivait l\u2019Almanach spirituel parisien « qui l\u2019instruisait des lieux où se trouvaient toutes les dévotions », processions, vêpres, exposition des reliques, prédications.« Il ne se passait guère de jour sans qu\u2019une procession ne traversât Paris.Pascal la suivait »2.Tout le peuple de Paris et de France était chrétien.Or, comparaison brutale, trois siècles plus tard, en 1962, quand Paris compte près de six millions d\u2019habitants, un sondage rapide fait le dimanche 18 mars 1962, révèle que dans les 259 paroisses de l\u2019agglomération métropolitaine il n\u2019y eut que 658,127 personnes présentes à la messe du dimanche1.Personne ne peut s\u2019empêcher de penser qu\u2019un tel résultat était recherché par les tenants de l\u2019école laïque et par le moyen de l\u2019école.Tous ceux qui se sont penchés sur la déchristianisation de la France ont dû étayer leurs études sociologiques par un chapitre sur la situation scolaire.Les régions où l\u2019école est chrétienne, les familles le sont aussi.Ce n\u2019est pas par coïncidence mais par lien causal (mais pas unique) si soixante ans après les lois Ferry on parle de la France comme pays de mission3.Les faits qui le prouvent, abondent.« On observe, dit le chanoine Philippe Delhaye, qu\u2019une famille chré- 1.\t\u2014 Cahiers d\u2019action religieuse et sociale, 1955, p.528.2.\t\u2014 Jean Steinman: Pascal, Desclée, 1961, p.201. LE PROBLÈME SCOLAIRE.259 tienne devient ordinairement agnostique en trois générations par le moyen de l\u2019école laïque »1 2 3 4.Gilson cite ce fait: « A 180 kilomètres de Paris, un village sans école chrétienne, où trois instituteurs successifs, dont chacun était parfaitement respectable, ont réussi, en une quarantaine d\u2019années, à vider complètement l\u2019église de tous ceux qui la fréquentaient.Le travail de ces instituteurs est vraiment du travail bien fait.Le jour où 1 éducation chrétienne du foyer ne s\u2019alimenterait plus de celle de l\u2019école.on verrait l\u2019éducation laïque prendre sa place au foyer comme à l\u2019école, et peut-être même remonter de l\u2019école au foyer »*.Ainsi l\u2019on voit l\u2019évolution des idées : tout en maintenant la nécessité des écoles libres catholiques, la situation a changé.On rencontre les catholiques partout, parmi les hommes éminents de la politique, des sciences, de la littérature, des universités et dans les principaux mouvements sociaux.Ils témoignent d\u2019un dynamisme et d\u2019une présence oecuménique de la France.Jamais autant d\u2019initiatives apostoliques n\u2019ont été prises par un seul pays en autant de domaines.Jamais les catholiques n\u2019ont si peu craint l\u2019avenir; ce sont plutôt les incroyants qui sont réduits à la défensive où ils sont souvent gênés par la présence et le zèle intempestif des communistes: « Une revue comme La Pensée s\u2019est employée de façon significative à faire ressortir la continuité qui existe de l\u2019attitude philosophique des encyclopédistes au XVIIIe siècle jusqu\u2019au communisme du XXe siècle »5.(Cette deuxième partie continuera le mois prochain) 1.\t\u2014 Match, 30 juin 1962, p.9.2.\t\u2014 Robert Rouquette, s.j., écrit dans Les Etudes (avril 1959, p.110) :« Il faut tenir de plus en plus compte du prosélytisme ardent d\u2019une minorité passionnée d\u2019enseignants marxistes, spécialement dans les lycées de la région parisienne dont ils ont complètement changé le climat.» 3.\t\u2014 Monde Nouveau, 5 mai 1962.4.\t\u2014 Etienne Gilson: Pour un ordre catholique, p.198 et 200.5.\t\u2014 André Latreille: Eglise et laïcité; dans Laïcité; PUF, 1959, p.95. CHRONIQUES L \u2019économique FINANCES, POUR OU CONTRE NOUS?À la suite des récentes offres d\u2019achat qui inondèrent les marchés mobiliers canadiens, nous constatons que certaines sont rejetées et que d\u2019autres sont acceptées.Les directeurs de Canadian Oil Ltd.rejetèrent l\u2019offre de Shell Oil Co.of Canada.Devon-Palmer refusa celle que proposa Triad Oil, filiale du groupe B.P.Ltd.D\u2019autre part, Superior Propane Ltd., résiste à ce projet de fusion.Enfin, seule du groupe, il semble que la fusion d\u2019Atlas Steel Co.avec le groupe Rio-Tinto-Zinc soit la seule qui a chance de réussir.Il serait intéressant d\u2019étudier les raisons qui ont motivé ces refus et les motifs qui poussent d\u2019autres à accepter ces intégrations.Quelles seront les conséquences de ces fusions pour notre pays ?Ces unions sauront-elles apporter une plus grande productivité à la nation canadienne ou au contraire les Canadiens perdront-ils au change ?Les deux cas, de Canadian Oil vs Shell et d\u2019Atlas vs Rio Tinto, en sont deux qui illustreront bien avantages et désavantages de ces opérations.Actuellement, le Canada est dans la position suivante: notre niveau de vie est si élevé que nous ne pouvons pas nous permettre, dans les conditions présentes, de vivre longtemps de cette façon.La production canadienne per capita n\u2019est pas assez élevée ou L'ÉCONOMIQUE 261 n\u2019augmente pas assez rapidement pour que nous puissions maintenir ce train de vie.Pour avoir voulu continuer à connaître les bienfaits d\u2019un si haut niveau de vie durant les cinq dernières années, nous nous sommes endettés de plusieurs milliards.Tout ça, parce que pendant que nous consommions plus, nous ne produisions pas en proportion de l\u2019augmentation de ce niveau de vie.Les conséquences de cette mauvaise administration sont les suivantes : nous devons dévaluer notre dollai, nous devrons que nous le voulions ou non nous serrer la ceinture.Nous devrons même subir une augmentation du coût de la vie, ce qui se traduit par une baisse de notre pouvoir d\u2019achat.Un remède à ces maux ?Augmenter notre production, non dans les domaines où nous sommes les consommateurs, mais dans ceux qui nous apporteront des devises étrangères, qui, une fois acquises, pourront aider à l\u2019augmentation du niveau de vie.Le niveau de vie est en relation avec la production, plus nous produisons de biens, plus nous pourrons nous peimettre d\u2019en consommer.Mais pour accroître la productivité, nous devons vendre davantage certains produits que nous pouvons mettre sur le marché mondial à des prix défiant toute concurrence.Il faut alors développer certains secteurs où, par suite d\u2019un abondance de matières premières peu coûteuses, soit à cause de facteurs géographiques, soit à cause de facteurs de transformation par les sources d\u2019énergie à bon marché ou par une certaine ingéniosité créatrice, nous pourrons soutenir la concurrence sur les marchés mondiaux.\u2022 \u2022 \u2022 Puisque notre économie s\u2019est axée surtout sur les marchés mondiaux, il serait bon d\u2019étudier ce qu\u2019apporte la fusion d\u2019Atlas au groupe Rio Tinto.Il y a quelques années, Atlas Steel était une entreprise entièrement dévouée aux intérêts canadiens.La majeure partie de la production était vendue au pays même.Mais depuis 262 L'ACTION NATIONALE 1959, cette société a formé une division internationale qui s\u2019occupe de la vente de produits en Europe, en Australie, au Japon, aux États-Unis, aux Indes, en Suisse et en Angleterre.De sorte qu\u2019il y a quelques années, à peine 10% des ventes allaient à l\u2019étranger; tandis que maintenant ces ventes s\u2019élèvent à 25%.Cette société a su se muer d\u2019entreprise nationale qu\u2019elle était, en une entreprise internationale, donc productrice de biens fabriqués par des Canadiens, mais pour exportation comme produits semi finis, parce que si les produits étaient finis au pays ils ne pourraient être vendus sur les marchés étrangers en raison du coût trop élevé de notre main-d\u2019oeuvre.Cette société a entrepris de construire au Québec, il y a un an, à Tracy, un laminoir qui fabriquera des feuilles d\u2019acier inoxydable allant jusqu\u2019à 48 pouces de largeur.Cette usine, une fois terminée, coûtera $40,000,000.Les produits qui en sortiront, seront finis dans des usines établies ailleurs.Cette entreprise de Tracy dépendra donc en grande partie des marchés européens pour vivre.Or placée, comme elle l\u2019est, n\u2019avait-elle pas avantage à s\u2019affilier à un organisme comme Rio Tinto, qui est un groupe bien établi et depuis longtemps dans les marchés de 1 Europe, de l\u2019Afrique, et de l\u2019Asie.Une association semblable, qui augmentera la productivité canadienne par l\u2019intermédiaire d\u2019un puissant groupe, travaille réellement dans l\u2019intérêt du pays.L\u2019union de ces deux firmes haussera sûrement les ventes de produits qui seront manufacturés au pays, donnant du travail aux Canadiens.\u2022 \u2022 \u2022 Prenons l\u2019autre cas, celui de Canadian Oil et Shell Oil Co.Actuellement, Canadian Oil est une entreprise entièrement intégrée qui assure toutes les transformations du pétrole: exploration, transport par oléoduc, pétrolier, marketing, raffinerie, ventes au détail, services de sta- 263 L'ÉCONOMIQUE tion.De plus elle exploite une division de produits chimiques.Toute cette opération se situe entièrement en territoire canadien ; les produits bruts viennent des champs de l\u2019Alberta, et les produits finis sont vendus aux Canadiens.De plus, cette société réalise des profits nets qui sont distribués aux Canadiens sous forme de dividendes ; elle paie aussi des impôts fédéraux.En 1961, près de $5,000,000 ont été payés en impôts, et plus de $2,000,000 distribués sous forme de dividendes.De ces faits, nous pouvons conclure ceci: Si cette entreprise faisait de l\u2019exportation et que le groupe Shell, étant international, lui permettrait d\u2019écouler une grande partie de la production à l\u2019étranger, il serait peut-êtie de notre intérêt de soutenir l\u2019affiliation au complexe Shell.En réalité, que Shell achète Canadian Oil, et cela n\u2019augmentera pas la productivité de Canadian Oil.Au contraire, Shell, par cette transaction, retire de la cii-culation les 2,000,000 qui vont aux Canadiens en dividendes et les impôts fédéraux que Canadian Oil payait au Trésor, car cette compagnie ne fait pas de bénéfices présentement.Sachant donc que notre problème est d\u2019augmenter la production, nous devons conclure que l\u2019offre d\u2019achat de Shell est contre l\u2019intérêt de la nation, car c\u2019est une entreprise étrangère qui s\u2019appropriera des revenus qui devraient aller à la nation.Tandis que l\u2019offre de Rio Tinto, même si les Canadiens y perdent le contrôle d\u2019une entreprise qu\u2019ils avaient développée, contribue à une hausse sensible dans le revenu brut de la nation canadienne (G.N.P.) Dans les circonstances, il est bon que des gens avisés prennent des décisions qui tiennent compte des circonstances dans lesquelles nous vivons et agissent ainsi dans l\u2019intérêt des citoyens de ce pays.C\u2019est en cela que consiste une fierté canadienne bien placée.Jean Charette La langue LES ANGLICISMES Devant la prolifération des anglicismes, qui gangrènent jusqu\u2019à notre enseignement du français et du latin, diverses attitudes sont possibles.Le pessimisme le plus ombrageux menace les gens enclins à idéaliser le passé, à rêver d\u2019un retour à une pureté absolue, qui en fait n\u2019a jamais existé.Certains déplorent le mal, sans plus, ou se contentent de le combattre çà et là, colmatant quelques-unes des brèches qui s\u2019ouvrent de jour en jour.En divers autres milieux enfin, l\u2019anglicisme est devenu un moyen de se poser socialement.Quelles que soient les réactions personnelles, il me semble futile aujourd\u2019hui de chercher des remèdes spécifiques, car le rôle prépondérant de l\u2019anglicisme dans 1 altération profonde de notre idiome se rattache incontestablement à notre situation coloniale.En matière de langage, l\u2019ère des mandarins moralisateurs est bel et bien révolue.Il convient maintenant d\u2019étudier non plus des symptômes isolés, mais tout le syndrome du colonialisme culturel dont nous sommes atteints.Il s\u2019agit là, bien sûr, d\u2019une tâche pénible, car il n\u2019est pas facile de surmonter un conditionnement psychologique de deux siècles de domination.Heureusement quelques hommes désintéressés et courageux s\u2019y emploient depuis quatre ou cinq ans, mais la voie où se sont engagés ces décolonisateurs est longue et ardue.Nous avons donc tout le loisir nécessaire pour batifoler dans le jardin des anglicismes, pour classer et collectionner ces parasites, pour les monter en épingle.Au moins essayons, en ces jours de sursis, d\u2019adopter à leur endroit un détachement analogue à celui du naturaliste, pour qui le cancrelat mérite la même attention LA LANGUE 265 que la libellule.Surtout, n\u2019allons pas céder de nouveau à la passion normative, car elle n\u2019aurait guère de signification dans la conjoncture actuelle.Malgré tout, je n\u2019entends pas renoncer tout de suite à ce passe-temps de collectionneur, qui vaut bien le bridge, la philatélie ou la chasse aux médailles rares.Il existe, à mes yeux, une diversité extraordinaire d\u2019anglicismes, depuis les calques simples et vulgaires, tels peanut: peanut, flat: flat, car: char, jusqu\u2019aux adaptations aussi ingénieuses que to be in the family way: partir pour la famille, what is the matter with you ?: qu\u2019est-ce qu\u2019il y a avec vous ?J\u2019observe d\u2019autre part des anglicismes de très mauvais goût et contraires à la plus élémentaire honnêteté: par exemple, caucus, qui désigne les réunions où des comitards sans scrupule trompent sans joie la démocratie.Que ce mot disgracieux puisse fleurir à toute saison sur la bouche de nos hommes politiques, voilà de quoi étonner chez un groupe culturel qui compte l\u2019auteur du Cocu imaginaire parmi ses classiques ! Certains anglicismes caractérisent les gens peu aptes à distinguer les plans de l\u2019action et de l\u2019opinion, et qui s\u2019imaginent favoriser quelque chose du seul fait d\u2019en être partisans, d\u2019être pour.« Je favorise ceci et cela », proclament-ils volontiers, sans même lever le petit doigt, cependant, pour contribuer au succès de leurs causes.C\u2019est qu\u2019ils confondent, entre autres, favoriser et le verbe anglais to favor, dont voici l\u2019une des acceptations: être pour, approuver, être partisan de, préconiser, etc .Et que penser de l\u2019étrange pléonasme: 50 p.100 de toute (sic) la population, le tiers de tout le territoire, très répandu dans la langue anglo-américaine et en voie de gagner celle de nos élites ?Faut-il le rattacher au phénomène mondial de l\u2019« aculture », selon le terme cher à certaines personnes 266 L'ACTION NATIONALE très cultivées, ou y voir le signe d\u2019une aspiration frustrée vers le Tout, la Totalité, le Global, l\u2019indivisible ?Ne pouvant me résoudre entre ces deux hypothèses, je les accepte provisoirement toutes les deux.Comme question de fait, calque de as matter of fact à peine modifié, évoque toujours pour moi le député provincial.Cette fois, du moins, on n\u2019a pas donné dans la matière de fait, comme il eût pu facilement arriver.Nombre d\u2019anglicismes, enfin, peuvent entrer dans la catégorie des ambigtis.Quand, loin des siens, une bonne demoiselle déclare d\u2019une façon bien sentie : « Ma famille me manque terriblement », on se demande s\u2019il faut l\u2019entendre à la française ou à l\u2019anglaise, c\u2019est-à-dire qui souffre en l\u2019occurrence.Toute l\u2019incertitude provient de ce que I miss you veut dire vous me manquez, et non pas je vous manque, bien que les deux usages chevauchent au Québec.Les classes les plus instruites échappent difficilement elles-mêmes à cette ambiguïté; cela va de soi pour qui sait que le dada de l\u2019américanisation fait des siennes dans les enseignements supérieur et inférieur.Je serais tenté d\u2019inclure dans le chapitre des anglicismes la question de la battologie, cette manie des répétitions inutiles du genre de: CBF \u2014 Radio-Canada \u2014 Ici Radio-Canada qui vous présente son radio-journal, ou La brasserie M., brasseur de la bière M.Mieux vaut remettre à un autre jour l\u2019étude de ce phénomène passionnant, car avec Battos, il faut du temps et de l\u2019espace.Jacques Poisson Les événements Les dix millions du député J\u2019ai acquis l\u2019horreur des périodes électorales.Si on me demande pourquoi, je réponds que c\u2019est parce que la vérité est bafouée et que les réputations sont traînées dans la boue.C\u2019est encore parce que l\u2019on soulève les passions et que l\u2019on dresse contre l\u2019autre la moitié de la population.C\u2019est aussi parce que ce sont des périodes d\u2019inaction, sinon de désorganisation administrative.Il se fait mille discours pour pour éclairer le peuple.Mais lui, le bon peuple, après toutes ces semaines d\u2019éducation forcée, il est plus brouillé que jamais et, quand son vote n\u2019a pas été dicté par ses pères, il prend sa décision sur des vétilles.L\u2019urne électorale rend un verdict de hasard que l\u2019on explique ensuite par des causes profondes.Mais il ne faut pas médire de la démocratie; elle se juge elle-même par les spectacles qu\u2019elle offre.Quand on considère les partis en présence dans une élection, on constate que, selon les préjugés, l\u2019un est impeccable et ne peut faire que du bien, tandis que i\u2019autre est corrompu, méprisable, incapable, chargé d\u2019erreurs et de péchés.Il n\u2019y a aucune place pour un jugement sain et impartial.Que pèsent les programmes et les grandes questions politiques dans la balance populaire ?À supposer que l\u2019électeur moyen les prenne plus au sérieux que son inféodation traditionnelle à un parti, que son admiration pour les vedettes et parfois que certains intérêts très courts, quelle formation a-t-il pour en juger ?Je veux bien que le peuple décide de la nationalisation de l\u2019électricité, mais sur quels témoignages et sur quelles connaissances basera-t-il son jugement ?Les meilleurs économistes peuvent débattre le sujet à l\u2019infini, mais le peuple dit oui ou non et, par la grâce d\u2019état de l\u2019autorité d\u2019un jour, le noeud gordien est tranché.Admirable démocratie ! 267 268 L'ACTION NATIONALE Je dis tout cela à propos d\u2019une annonce électorale.Elle provient d\u2019un journal très éloigné: «En deux ans seulement M.X .a drainé chez nous des millions de dollars en travaux et subventions ».Il s\u2019agit d\u2019un député qui sollicite des électeurs de son comté la récompense d\u2019être réélu.Il écrit lui-même : « En 24 mois, nous avons eu chez-nous plus de dix millions de dollars en travaux de toutes sortes, en bénéfices sociaux et autres ».Ce député en vaut un autre et sa volonté de bien faire est probablement très grande.Néanmoins, quand même le député n\u2019aurait pas vécu, on peut présumer que les allocations familiales, les pensions de vieillesse et autres bénéfices sociaux auraient coulé, par les canaux habituels, vers les familles et les personnes qui y ont droit en vertu des lois.Le système étant établi, le député n\u2019est pour rien dans la distribution des millions perçus chez les contribuables et redistribués, après soustraction des frais d\u2019administration, à un certain nombre de foyers et d\u2019individus.J\u2019admets bien que l\u2019habitude est prise depuis longtemps, mais pourquoi tromper le peuple et lui faire croire que le député, à partir de rien, fabrique des millions que sa seule générosité met en circulation ?« Les travaux de toutes sortes » forment le solde des dix millions du député.On aimerait en lire l\u2019énumération.Ils comprennent, sans doute, des chemins, des ponts, des écoles, etc.Il se peut que le député, par ses interventions, ait contribué à les obtenir.Le comté pouvait y avoir droit comme les autres comtés de la province et alors il n\u2019a eu que sa part.Ou le comté a obtenu un traitement de faveur au détriment du reste de la province.Le député ne revendique sûrement pas un favoritisme qui léserait le bien commun.Ce qu\u2019il a obtenu en travaux publics, son comté devait normalement le recevoir.Les millions que ces travaux ont coûtés, ont dû être pris dans les poches des contribuables.Le député n\u2019a été qu\u2019un agent de distribution très indirect.Il semble donc qu\u2019en dépit de sa prétention LES ÉVÉNEMENTS 269 les millions dépensés en travaux l\u2019auraient été quand même.Les dix millions peuvent, en vérité, laisser tomber le chiffre UN et se réduisent, tous calculs faits, à une addition de zéros.Aussi n\u2019est-ce pas le rôle du député que d\u2019être distributeur de millions et agent de patronage.Rien ne l\u2019empêche de promouvoir les intérêts de son comté qui concordent avec ceux de la province.Il se doit évidemment de représenter dignement tous ses électeurs et les autres .On attend surtout de lui qu\u2019il soit un sage législateur et un vaillant défenseur du bien commun.Les dix millions coulent sans lui, comme les rivières de son comté.Pourquoi faire croire au peuple qu\u2019on lui a partagé un trésor arraché aux pirates par un intrépide capitaine ?Pour se grandir, le patronage a besoin de cette belle légende ! Mais ce n\u2019est pas l\u2019idée qu\u2019on se fait d\u2019une politique de grandeur.Jacques Saint-Yves Elections provinciales Après deux ans seulement d\u2019exercice de son mandat, M.Jean Lesage a décidé d\u2019en appeler au peuple.C\u2019est un genre de décision qui indique généralement une situation grave ou une nécessité impérieuse.La situation grave, selon les hypothèses les plus courantes, ce serait la division du cabinet sur le problème, sans doute majeur, de l\u2019étatisation de toutes les compagnies privées exploitant des pouvoirs d\u2019eau dans la province de Québec.La nécessité impérieuse, ce serait l\u2019urgence de cette réalisation \u2014 pour ceux qui la croient indispensable \u2014 et par suite, la nécessité d\u2019en appeler tout de suite au peuple pour réconcilier les membres du cabinet.La vraie raison est probablement tout autre; et comme on dit, en faisant l\u2019histoire des guerres, le motif officiel n\u2019est probablement que le prétexte, ou le cheval 270 L\u2019ACTION NATIONALE de bataille à trouver pour avoir matière à campagne électorale.La vraie raison est plus probablement dans l\u2019impossibilité où se trouve apparemment placé le gouvernement de pouvoir alimenter aisément sa trésorerie, sans lever les impôts élevés qu\u2019il a promis de ne pas établir ou sans avoir à recourir, sur le plan de l\u2019emprunt, à des procédés inusités dont les chances de succès seraient problématiques.Autrement dit, le gouvernement tombe en raison de difficultés financières qui n\u2019ont vraiment pas leur raison d\u2019être par rapport au crédit fondamental de la province, mais qui sont le résultat de ce que j\u2019ai appelé, dans un commentaire à la télévision, une politique d\u2019embardée.Jamais aura-t-on vu un gouvernement tant parler de la planification, et si peu planifier sa propre politique.Cela est d\u2019autant plus malheureux que ces inconséquences auront contribué à déconsidérer, dans l\u2019esprit populaire, l\u2019idée d\u2019une politique de grandeur, que le premier ministre avait mise à l\u2019honneur et qui méritait un meilleur sort.Mais la grandeur sans mesure ou sans jugement est souvent pire, à court terme du moins, que la petitesse et la mesquinerie, qui ont alors au moins l\u2019avantage de ne pas gaspiller les ressources.Naturellement, l\u2019échec financier du gouvernement n\u2019est pas sans avoir son côté sympathique, car il s\u2019y mêle une saveur nationaliste qui n\u2019est pas pour nous être désagréable.On sait où loge la finance chez nous, et à quelle enseigne.L\u2019attitude franche du gouvernement sur le problème de l\u2019expansion économique du Canada français n\u2019était pas pour lui plaire; et la Société générale de financement lui a certainement sur-déplu, encore plus peut être que l\u2019étatisation de l\u2019électricité.Cela même d\u2019ailleurs confirme, pour d\u2019autres raisons de prudence et d\u2019habileté politique, l\u2019opinion que je formulais dans notre édition de septembre relativement à la façon de procéder du gouvernement dans cette affaire.Il se fût heurté à moins de résistance, et aurait été plus efficace sur ce plan, s\u2019il s\u2019était appuyé sur une entreprise déjà établie, disposant déjà d\u2019une équipe et d\u2019un marché financier, et capable de faire face au fur et à mesure, au LES ÉVÉNEMENTS 271 lieu de recourir à un lancement spectaculaire qui cristallise davantage les oppositions.Encore ici, avons-nous encore à apprendre que les politiques de grandeur efficace ne sont pas toujours celles qui font le plus d\u2019éclat.Mais la plus grosse difficulté ici, c\u2019est encore que le gouvernement ait fourni trop de raisons valables à la finance de mettre en doute la sagesse des politiques gouvernementales et de le lui faire savoir en exigeant de lui des taux exorbitants.On comprend qu\u2019en pleine période de stagnation économique et de chômage, les prêteurs d\u2019argent avisés ne se montrent pas très chauds de fournir des fonds à un gouvernement pour des largesses d\u2019ordre strictement social, qui annoncent de forts accroissements d\u2019impôts sans contrepartie sous forme de croissance économique.Mais ne spéculons pas davantage sur le passé, et examinons le présent et l\u2019avenir.La question que tout le monde se pose, même dans les rangs les plus éclairés du parti libéral, c\u2019est : le déclenchement d\u2019une élection sur la question de l\u2019étatisation de l\u2019électricité était-il sage ?N\u2019est-ce pas là une autre embardée, qui, comme au poker, consiste à miser de plus en plus fort, avec pas grand chose dans son jeu, dans l\u2019espoir d\u2019effrayer l\u2019adversaire ?Sous ce jour, et en regard des problèmes précédemment signalés, cette décision peut facilement prendre l\u2019allure d\u2019une sorte de chantage contre la finance, et sous une forme démagogique qui permet de cacher au peuple les vraies difficultés.Y aller trop franchement aurait-il été plus risqué; et ni Mercier, ni Duplessis, qui ont connu des situation analogues, ni Lesage en 1962, n\u2019auront osé jouer le jeu à fond.Mais si, dans le présent cas, il y a très probablement de cela, il y a aussi plus que cela.Le thème de l\u2019étatisation pour l\u2019élection a été, en quelque sorte, dicté au gouvernement par un de ses propres ministres.Il y eut, en somme, une sorte de coup d\u2019Etat dont nous n\u2019avons aperçu que les lueurs, parce qu\u2019il s\u2019est joué entre les quatre murs d\u2019une solidarité ministérielle plus ou moins trahie.Sans que nous nous en soyons trop rendu compte, nous 272 L'ACTION NATIONALE venons d\u2019avoir, selon une issue qui reste cependant démocratique, notre petite révolution de palais à la mode des républiques sud-américaines; et l\u2019homme fort, qui a en quelque sorte emprisonné le premier ministre et quelques autres de ses collègues, et qui les fait marcher à l\u2019oeil, c\u2019est René Lévesque.Dans ces perspectives, on doit concéder que l\u2019élection sur l\u2019étatisation, non seulement pouvait être habile, mais s\u2019imposait au parti libéral.Le référendum, pour consulter le peuple sur une question grave qui n\u2019avait pas été abordée au cours de l\u2019élection aurait pu dénouer le dilemne du parti libéral.Mais de toute façon, l\u2019élection s\u2019imposait probablement pour les raisons précédemment indiquées.Le premier ministre avait donc à peine le choix.Cette solution, qui restait sans doute la meilleure pour le parti libéral, l\u2019est-elle autant pour la province ?C\u2019est là une autre question.Ceux qui attachent une importance primordiale au problème de l\u2019étatisation de l\u2019électricité, qui en font la pierre de touche d\u2019une politique authentiquement canadienne-française au Québec \u2014 et ils sont nombreux dans l\u2019élite, chez les nationalistes tout particulièrement \u2014 sont convaincus que oui.Ils voient là l\u2019heure tant attendue, et dont il faut profiter pour voter en faveur du parti libéral en dépit de n\u2019importe quoi d\u2019autre.Mais ne faut-il pas aller au delà de cela, car ce qui vient de se passer pour l\u2019électtricité pourra tout aussi bien se répéter pour l\u2019étatisation d\u2019autres industries ou pour l\u2019établissement de l\u2019école neutre, etc.D\u2019ailleurs, le malaise qui s\u2019est manifesté un peu partout à l\u2019annonce de cette élection est probablement symptomatique.Car en dehors de toutes les autres considérations, la solution adoptée par M.Lesage se situe dans la plus pure tradition du parlementarisme britannique, donc de ce qui est considéré comme l\u2019essence même de la démocratie.Un gouvernement a été élu en fonction d\u2019une certaine plateforme.Dans l\u2019exercice de son mandat, il en vient, peu importe ici les raisons, à une décision d\u2019importance majeure qui n\u2019avait pas été prévue ni annoncée au peuple au cours de l\u2019élection.Son devoir est alors de LES ÉVÉNEMENTS 273 retourner au peuple pour réclamer un mandat spécifique, en prenant la responsabilité d\u2019une orientation et en jouant l\u2019existence du gouvernement sur sa décision.Pourquoi alors hésite-t-on, dans le présent cas, à accepter la décision du gouvernement comme toute naturelle, comme traditionnelle ?La question est intéressante.D\u2019autant plus intéressante qu\u2019il y a d\u2019autres raisons pour lesquelles le gouvernement aurait pu décider de tenir une élection du même genre.Il aurait pu dire par exemple : au cours de l\u2019élection, nous avions promis que nous pourrions réaliser notre politique sans augmenter les taxes.Or il est évident que la dimension des problèmes à résoudre est telle qu\u2019il va nous falloir recourir à l\u2019impôt.Nous ne croyons pas avoir le droit de poursuivre notre politique sans demander au peuple un renouvellement de notre mandat, afin qu\u2019il juge ce que nous avons fait et qu\u2019il nous dise que nous pouvons continuer; avec l\u2019entente cette fois que nous serons libre d\u2019élever les impôts nécessaires à notre administration.Tout le monde eût appelé cela de l\u2019honnêteté politique, même si les partisans n\u2019eussent pas manqué de considérer que c\u2019eût été un excès d\u2019honnêteté.Si l\u2019on n\u2019a pas spontanément la même réaction dans les circonstances actuelles, c\u2019est sans doute qu implicitement on sent qu\u2019il y a là quelque chose de différent.Et ce qu\u2019il y a de différent, c\u2019est que la tradition parlementaire britannique des élections brusquées pour renouvellement de mandat est logique et normale dans les cadres de l\u2019exercice par l\u2019État de la fonction publique, au sujet de laquelle les citoyens ont et peuvent avoir des opinions, qui \u2014 soit qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une expression de sentiments, soit qu\u2019elles relèvent du sens commun \u2014 sont adéquates au droit et au désir du peuple d\u2019être gouverné selon ses aspirations.Or, justement, il n\u2019en est pas ainsi d\u2019une question comme l\u2019étatisation d\u2019un secteur d\u2019économie privée, surtout quand il est fait pour des raisons techniques, et non pas en fonction d\u2019une option sur un mode de vie, comme par exemple l\u2019option socialiste que 274 L'ACTION NATIONALE propose le NPD et que la population a jusqu\u2019ici refusé de recevoir.On touche là le danger le plus grave, sur le plan politique, des étatisations.Si elles ne sont pas de pensée socialiste, elles ne soulèvent que des problèmes d\u2019efficacité relative liée à des situations économiques et à des pratiques administratives sur lesquelles le peuple est de toute évidence totalement incapable de porter un jugement.Il entendra un débat auquel il ne comprendra rigoureusement rien, pour la plupart du temps.Les adversaires se renverront la balle des arguments contradictoires, dans une atmosphère électorale qui en l\u2019occurrence veut dire atmosphère de mauvaise foi systématiquement puisque chacun ne retiendra des faits et des arguments que ce qui fait son affaire.Un vrai dialogue de sourds, à la fin duquel la plupart des électeurs voteront pour l\u2019un ou l\u2019autre parti en fonction de toutes sortes d\u2019autres raisons que celles qui auront fait l\u2019objet du débat.C\u2019est là, en somme, en quoi consiste le fameux contrôle démocratique qui, selon les défenseurs des étatisations, garantit l\u2019efficacité administrative des entreprises d\u2019État et remplace la poursuite du profit comme incitation pour les entrepreneurs à rechercher une administration rentable.Nous avons la preuve de son inexistence même dans l\u2019inquiétude qu\u2019ont actuellement les partisans de l\u2019étatisation de voir leur grande idée battue aux poils, parce que les électeurs sont furieux de l\u2019augmentation des taxes scolaires comme conséquence de la politique de gratuité de l\u2019enseignement; d\u2019autres, mécontents de la politiques des hôpitaux, d\u2019autres de l\u2019insuffisance du patronage; sans compter les libéraux qui, étant contre la nationalisation, s\u2019abstiendront de voter parce qu\u2019il ne faut pas voter contre son parti, ou ceux qui étant également contre vont tout de même voter libéral quand même à cause de la fidélité au parti.Plus grave encore, soumettre au jugement des électeurs, dans une élection, des question de ce genre, c\u2019est déformer l\u2019opinion publique, car la discussion passionnée de telles questions ne fait qu\u2019engendrer la confusion. LES ÉVÉNEMENTS 275 Dans l\u2019ardeur de la lutte, on recourt à tous les arguments possibles pour essayer de convaincre, sans trop se préoccuper de leur provenance et de leur valeur.En pareille matière, par exemple, on prétend ne pas vouloir être socialiste, mais on fait le lit du socialisme.Même les esprits habituellement les plus sereins se permettent d\u2019y perdre leur latin.Je n\u2019en veux pour exemple que la façon dont Paul Sauriol prétend rabrouer un M.Edouard Berthiaume, dans Le Devoir du 5 octobre, en lui reprochant d\u2019évoquer, au sujet de l\u2019étatisation de l\u2019électricité, le spectre du socialisme.Or, pour le confondre, Sauriol entreprend de justifier l\u2019étatisation par l\u2019argument le plus socialiste d\u2019inspiration que l\u2019on puisse trouver: l\u2019argument qui consiste à se scandaliser que l\u2019on n\u2019étatise que des entreprises non rentables, privant ainsi l\u2019État de se couvrir en s\u2019emparant aussi des entreprises profitables afin de n\u2019avoir pas à taxer.C\u2019est la négation même du rôle supplétif de l\u2019Etat, et de son devoir moral grave de ne s\u2019engager dans les entreprises économiques que dans la mesure et là seulement où les initiatives privées sont déficientes, c\u2019est-à-dire en définitive là où elles refusent de procéder ou cherchent à se retirer avant de devoir faire faillite.Ce scandale du pi'ofit que l\u2019on laisse à ceux qui ont pu desservir la population par l\u2019entreprise privée, alors que l\u2019État est obligé de se charger des autres est un scandale proprement socialiste, qui n\u2019a de sens que dans une théorie socialiste de la condamnation du profit.De même, un journaliste comme Lorenzo Paré, qui se porte tout à coup à la rescousse du parti libéral dans l\u2019Action, trouve curieux que le principe supplétif ne demande à l\u2019État que de suppléer; en suppléant selon lui, l\u2019État doit tout prendre pour s\u2019éviter les déficits.On croit vraiment rêver; et l\u2019on en entendra bien d\u2019autres au cours de la campagne électorale.Donc, du point de vue du jugement véritable du peuple sur la question posée, il est clair, à mon sens, que le référendum est la meilleure, sinon la seule façon de requérir son opinion.Et le référendum n\u2019élimine pas 276 L'ACTION NATIONALE pour autant les vices d\u2019une consultation populaire \u2014 qui peut se révéler nécessaire pour l\u2019adoption d\u2019une politique si grave dans ses conséquences d\u2019ordre idéologique.En fait, le référendum aurait à être précédé d\u2019un effort spécial d\u2019information aussi complète et aussi objective que possible.À ce sujet justement, on a écrit qu\u2019un tel effort d\u2019éducation n\u2019était pas nécessaire; que la question est débattue sous tous ses aspects depuis plus de trente ans; de sorte que le peuple aurait vu le pour et le contre et serait prêt à se prononcer.Une telle prétention ne saurait être soutenue que par des gens qui ne voient pas bien le vrai problème de la consultation populaire honnête et intelligente en l\u2019occurence et qui se satisfont d\u2019avoir politisés tous les débats pour estimer les questions résolues.Trente ans de discussions politiques sur un tel sujet ne valent guère mieux qu\u2019une; c\u2019est surtout trente fois plus de confusion, en raison de tous les arguments saugrenus jetés dans le débat par tout chacun, et ramassés en faisceaux au cours des années par la série des journalistes en mal de copie.Avant un référendum, il faudrait vraiment qu\u2019un groupe de spécialistes \u2014 des divers tendances et catégories impliquées dans un tel débat, une commission d\u2019étude et d\u2019enquête, fasse la somme et l\u2019analyse des données et des arguments pour ou contre et en fasse l\u2019objet d\u2019un rapport dont on n\u2019attendrait pas qu\u2019il porte un jugement sur l\u2019opportunité d\u2019étatiser ou non, mais qu\u2019il apporte le dossier vraiment exhaustif et intégré qui permette un jugement valide.Pour le moment, le sort en est jeté pour l\u2019élection.En le portant sur ce terrain, le gouvernement Lesage ne s\u2019est pas nécessairement mis en aussi bonne position qu\u2019il peut le paraître à première vue.La façon même dont il a été amené à déclencher l\u2019élection donne à réfléchir à ce que deviendra un gouvernement libéral advenant une victoire, surtout une victoire trop décisive.C\u2019est en somme l\u2019extrême-gauche du parti libéral qui triomphe, qui impose au reste du parti de risquer son avenir sur une question gauchement présenté, si l\u2019on me permet ce mauvais jeu de mot, et devenant ainsi, par la force des LES ÉVÉNEMENTS 277 choses, une première étape dans un programme que l\u2019aile extrémiste voudra pousser aussi loin que possible.Et si le parti libéral gagne dans ces conditions, comment pourra-t-il résister ensuite à la pression qu\u2019exercera ce groupe sur les autres questions et par les mêmes techniques de pression basées sur un mépris de la solidarité ministérielle qui, cette fois, est assez peu caractéristique des traditions démocratiques britanniques.Une victoire du parti libéral pourrait donc prendre valeur d\u2019événement majeur dans nos orientations politiques et idéologiques de demain.Pour sûr, l\u2019élection du 14 novembre au Québec ne sera pas une élection comme les autres.Elle ne réglera sans doute rien de définitif, car il est douteux que le peuple se rende vraiment compte de l\u2019enjeu véritable, de sorte que son vote ne sera pas significatif de tout ce qu\u2019implique l\u2019élection.Plus tard, il pourra toujours revenir sur sa décision.Mais il ne paraît pas faire de doute que, pour la première fois, nous voyons, à la faveur des révolutions internes que subit un parti traditionnel à la barbe d\u2019un corps électoral tiraillé par ses passions nationalistes attisées, poindre à l\u2019horizon la possibilité que le radicalisme de gauche parvienne au pouvoir à Québec.François-Albert Angers Signes de maturité Le monde des affaires, comme le monde politique, bouge chez nous dans le sens d\u2019une prise de conscience canadienne-française, du règne de la fierté nationale.Nos hommes d\u2019affaires, du moins un certain nombre d\u2019entre les plus importants car plusieurs autres ne se gênent plus, \u2014 nos hommes d\u2019affaires, dis-je \u2014 ne se proclament peut être pas nationalistes à tue-tête, mais ils n\u2019ont pas peur de l\u2019être d\u2019une façon fort efficace, et de plus en plus précise et pratique.Nous n\u2019en sommes heureu- 278 L'ACTION NATIONALE sement plus au temps où un triste personnage de la vieille école vendait son entreprise à un juif, alors qu\u2019il avait des offres comparables de compatriotes, afin de ne pas passer, aux yeux du reste du Canada, pour un nationaliste.En ces temps, la largeur de vue consistait à travailler systématiquement contre les siens, afin d\u2019être bien considéré chez les autres, qui naturellement riaient sous cape et tiraient les marrons du feu.Les hommes d\u2019affaires de l\u2019heure se penchent, au contraire, vers leur collectivité propre, sans fausse honte, pour lui apporter leur concours.Il y a quelques mois, M.Sarto Marchand établissait la fondation Melchers où $100,000 étaient mis de côté pour servir à la production de revenus destinés à aider les travaux de recherches de nature à favoriser l\u2019expansion des nôtres.Dans notre livraison de septembre 1960, je signalais l\u2019appel du vice-président de La Solidarité, M.Paul Plamondon, qui demandait aux Canadiens français de s\u2019intéresser à sa compagnie d\u2019assurance dont la politique ainsi avouée était, disait-il d\u2019utiliser « l\u2019argent que nous confient nos assurés pour être utilisé au seul avantage de la collectivité canadienne-française ».Il y a quelques semaines, c\u2019était M.Narcisse Ducharme, président de La Sauvegarde, qui assurait la permanence canadienne-française définitive de son entreprise en transférant ses actions à la Société de Gestion d\u2019Aubigny, elle-même sous le contrôle de la Fédération des Caisses Populaires Desjardins.Voilà maintenant que Le Devoir du 11 octobre annonce, en sa page financière, la création de la « Fondation Jean-Louis Lévesque », au capital de $4,000,000 lequel capital est appelé à être rapidement doublé.La formation d\u2019un tel fonds est important en lui-même.Consacré au « développement de l\u2019éducation et de la recherche dans la province », il constitue sans doute un début (car l\u2019exemple entraîne), en vertu duquel nos hommes d\u2019affaires en viendront à remplir intégralement leur rôle envers la collectivité par la pratique de cette vertu de munificence qui constitue en réalité un de leur LES ÉVÉNEMENTS 279 plus important devoir, en raison même des avantages que, grâce à leur talent sans doute, ils ont eux-mêmes retiré de la collectivité.Fait à souligner de deux gros traits: au moment où toute une classe d\u2019intellectuels se sont détournés de ce travail d\u2019éveil de la conscience de l\u2019élite du monde des affaires, auquel L\u2019Action Nationale travaille depuis 50 ans, pour mettre leur confiance dans la politique et la bureaucratie étatiques, la preuve leur est enfin donnée d\u2019une façon éclatante que ce n\u2019était pas peine perdue.Ces divers événements et gestes du monde des affaires prouvent que nous n\u2019avons pas besoin pour aboutir de mettre en branle une politique de pays sous-développés, avec tous les risques socio-philosophiques qu\u2019elle comporte pour le développement d\u2019une maturité sociale et la sauvegarde des libertés personnalistes.Autrement plus riche et fécond sera notre épanouissement si nous pouvons en faire la manifestation d\u2019une série d\u2019initiatives libres par la mobilisation des forces sociales, au lieu d\u2019avoir à nous appuyer sur la tutelle débilitante de l\u2019État.Mais ce qui est peut-être plus intéressant encore, pour le moment, ce sont les motifs que M.Lévesque lui-même a invoqué pour expliquer sa décision.« C\u2019est après avoir longuement réfléchi, dit-il, et surtout à la lumière de l\u2019expérience difficile connue par d\u2019autres financiers, que j\u2019ai pris la décision d\u2019établir cette fondation qui fera non seulement oeuvre utile et nécessaire dans la province, mais qui permettra encore aux nombreuses entreprises que je dirige, particulièrement à l\u2019importante société de gestion que constitue la Corporation de valeurs Trans-Canada, de rester INDÉFINIMENT AUX MAINS DES NÔTRES.Il faut préparer l\u2019avenir, et surtout garder dans la province ce que nous avons déjà acquis au prix de grandes difficultés.» Cette prise de conscience des intérêts politiques de la collectivité est trop remarquable pour ne pas être enluminée.M.Lévesque, du même coup, souligne que la trop grande poussée des initiatives étatiques en est rendue à menacer l\u2019existence même de la propriété privée.« Pour que se perpétue, lui fait dire Le Devoir, ce rôle fort 280 L'ACTION NATIONALE utile au développement d\u2019entreprises contrôlées par des capitaux canadiens-français, il est essentiel qu\u2019une certaine proportion des actifs détenus soit confiée à une fondation car autrement, le risque demeure grand que ces entreprises nous échappent et que le fonds de roulement nécessaire à leur exploitation se retrouve un jour dans les caisses de l\u2019État ».C\u2019est un rappel significatif du fait qu un régime qui veut favoriser les initiatives privées se doit de réformer certains régimes d\u2019impôts dont les tendances, souvent inspirées par des conceptions socialistes sur les méchants profits, aboutissent finalement à la spoliation de la propriété et des patrimoines.Espérons que le geste de MM.Marchand et Lévesque aura beaucoup d\u2019émules.Pour sûr, si nos hommes d\u2019affaires s\u2019étaient éveillées plus vite à ce sens de leurs responsabilités nationales et sociales, bien des tendances déplorables de l\u2019orientation de la pensée sociale chez nous en ces dernières années auraient pu être évitées.Mais rien n\u2019est encore perdu, et une accentuation rapide du mouvement ainsi mis en branle serait susceptible d\u2019avoir des répercussions inouies sur notre avenir.François-Albert Angers Société de gestion d'Aubigny La formation, par les Caisses populaires, de la Société de Gestion d\u2019Aubigny mérite une mention particulière à un autre titre.Voilà également, dans le mouvement coopératif cette fois, un réveil qui était attendu depuis longtemps.Je le rappelais dans l\u2019article de septembre sur la vraie histoire de nos banques d\u2019affaires, c\u2019est sur nos caisses populaires que nous aurions dû pouvoir compter, il y a déjà au moins 25 ans, pour lancer, sous forme d\u2019une union de crédit coopératif à long ternie, LES ÉVÉNEMENTS 28 f la banque d\u2019affaires à caractère populaire et national dont nous avions besoin.Malheureusement l\u2019idée n\u2019était pas mûre à l\u2019époque; et ceux qui proposèrent de telles idées ne furent ni entendus ni compris.Mais il n\u2019est jamais trop tard pour bien faire, même si ce qui est perdu ne se rattrape pas.Eût-elle existé, cette Société de Gestion d\u2019Aubigny, que nous aurions pu fort bien la voir sauver Société d\u2019Entreprises du Canada, quand s\u2019est produit l\u2019incident relaté dans l\u2019article de septembre; et du même coup, faire passer aux mains des Caisses populaires notre plus importante compagnie de finance du temps: Laurentide Acceptance, aujourd\u2019hui aux mains de Nesbitt Thomson.Mais, comme disent les Anglais, « Lets bygones be bygones », et pensons à l\u2019avenir.Si les Caisses populaires ont décidé de former la Société de Gestion d\u2019Aubigny pour acquérir les intérêts Ducharme, espérons que c\u2019est le signe certain d\u2019une décision dorénavant prise dans les Caisses de s\u2019orienter vers une plus grande participation à l\u2019activité économique de la Province.Et que La Sauvegarde n\u2019est que la première entreprise que nous voyons ainsi passer sous le giron des Caisses.Notons que la formule qui a été proposée dans les années antérieures reste toujours valable.Pourquoi Société de gestion d\u2019Aubigny resterait-elle une entreprise entièrement sous le contrôle des Caisses ?Pourquoi, sans abandonner un contrôle assuré par 51% des actions votantes, Société de Gestion d\u2019Aubigny ne mettrait-elle pas sur le marché des titres à offrir au public en partie sous forme d\u2019actions ordinaires pour l\u2019autre 49%, ainsi qu\u2019en d\u2019autres titres: actions privilégiées, débentures, obligations, etc ?Ainsi pourrait-elle créer un marché pour ses titres et y associer le public de telle façon qu\u2019avec le temps et la diversification des initiatives, le titre de Société de Gestion d\u2019Aubigny pourrait devenir, pour une certaine proportion, un avoir de tout repos qui permettrait aux Caisses elles-mêmes d\u2019orienter une partie de leurs réserves vers l\u2019expansion économique de la province. 282 L'ACTION NATIONALE Il faut voir grand si nous voulons faire grand.Et si nous ne savons voir grand qu\u2019à travers l\u2019État, comment pouvons-nous espérer autre chose que le dilemme de l\u2019étatisme ou du sous-développement ?François-Albert Angers Laissons les politiciens faire leurs élections Depuis deux ou trois élections, il s\u2019est développé chez nous une équipe d\u2019éditorialistes, de moralistes et.de théologiens qui prétendent, en plein coeur des campagnes électorales, se faire les chiens de garde de la morale et de l\u2019honnêteté électorale, et qui le font de telle façon qu\u2019en définitive ils ne font preuve que de partisannerie.Il est curieux, en effet, que dans l\u2019optique de ces éditorialistes, moralistes et théologiens, ce soient toujours les membres d\u2019un seul et même parti qui commettent des excès.Et s\u2019il en est ainsi, c\u2019est que ces essayistes tolèrent facilement les accusations de vol, de fraude, de corruption, etc., contre tel ou tel homme politique; qu\u2019ils ne voient rien de mal à ce qu\u2019on le caricature comme sortant d\u2019une bouche d\u2019égout; qu\u2019ils trouvent très raisonnable qu\u2019on le traite de réactionnaire, même de fasciste, alors qu\u2019ils sont des plus scandalisés qu\u2019on dise d\u2019un membre de l\u2019autre parti qu\u2019il est communiste, qu\u2019il fait le jeu du socialisme, qu\u2019il est gauchiste, qu\u2019il veut établir le régime de l\u2019école neutre dans Québec, etc.Je ne nie pas qu\u2019une chronique d\u2019assainissement des moeurs électorales, même pendant une campagne politique, pourrait avoir du bon.Mais il la faudrait tenue par des esprits vraiment objectifs et impartiaux; non pas par des hommes qui se servent de cet outil plutôt LES ÉVÉNEMENTS 283 pour servir consciemment ou inconsciemment les intérêts d\u2019un parti qu\u2019ils préfèrent contre un autre qu\u2019ils abhorrent envers et contre tout.La preuve de leur manque d\u2019impartialité vient justement de ce qu\u2019ils n\u2019ont rien à dire de l\u2019autre parti; ou qu\u2019ils ne lui disent les choses qu\u2019avec une infinie délicatesse.À l\u2019heure actuelle, cela est même plus grave, car ces personnes s\u2019interposent, comme des écrans, entre l\u2019un des partis et le public pour dissuader celui-là, directement ou indirectement, de prendre ses responsabilités et d\u2019affronter le corps électoral sur des problèmes qui, qu\u2019on le veuille ou non, sont devenus majeurs et doivent faire l\u2019objet de 'prises de positions électorales.Je pense alors tout spécialement à l\u2019effort fait pour déconsidérer un débat \u2014 qui en devenant électoral devra presque forcément se faire dans des formes d\u2019expression excessives \u2014 autour des problèmes de l\u2019école et de la philosophie sociale (mettant alors nécessairement en cause la doctrine catholique sur le plan social au sens le plus large) qui inspirera les législations des gouvernements respectifs à Québec.Il ne sert de rien de prétendre que Johnson soulève l\u2019épouvantail de la religion, ni pour M.Lesage de s\u2019en tenir à cette contre-accusation, dans le climat actuel de la province.En cela j\u2019estime que M.Johnson joue proprement son rôle de chef de l\u2019opposition et qu\u2019il tend à forcer le parti libéral à se prononcer clairement et ouvertement sur des questions qui sont vraiment en cause, et qui le sont au niveau même de la politique gouvernementale.Il ne sert de rien de se boucher les yeux, ni de jouer les autruches.Les mêmes personnes sont d\u2019ailleurs les premières à se réjouir que tout, chez nous, soit remis en cause à l\u2019heure actuelle et qu\u2019il y ait un bouillonnement d\u2019idées, qu\u2019il faut dans l\u2019ensemble considérer comme salutaire.Les mêmes personnes, en dehors des temps d\u2019élection, accordent le plus souvent leur confiance au parti libéral en raison même de l\u2019espoir qu\u2019ils ont d\u2019obtenir de lui certaines transformations plus ou moins radicales, selon les cas 284 L'ACTION NATIONALE et les personnes.Beaucoup de ceux-là ne se cachent pas pour dire qu\u2019ils ne sont pas NPD uniquement en attendant de voir jusqu\u2019où ira le parti libéral; et il est notoire que dans la bouche de toutes ces personnes comme dans les journaux où certaines d\u2019entre elles écrivent, René Lévesque est identifié comme l\u2019homme qui pense ainsi et qui quittera le parti libéral dès qu\u2019il se rendra compte qu\u2019il ne peut plus en obtenir des concessions à un certain radicalisme.Quel radicalisme ?Bien sûr, cela n\u2019est pas très clair.Bien sûr, il n\u2019est pas prouvé que ce sont les idées du Dr Mackay ou celles de Jacques Ferron, pas plus que celles de Gérard Pelletier ou d\u2019André Laurendeau qui l\u2019emporteront finalement.Et bien sûr, encore, selon que ce serait les unes ou les autres, ou celles d\u2019autres personnes encore, aux idées soient plus avancées ou plus traditionalistes, les choses peuvent tourner très différemment.Mais ce débat est engagé, engagé d\u2019une façon sans aucun doute vitale pour l\u2019avenir du Québec; il est engagé, au surplus, au niveau de la politique puisque c\u2019est de l\u2019État même que la plupart des partisans de certaines idées nouvelles attendent les réalisations.Ce débat, qu\u2019on le veuille ou non, met en jeu des problèmes qui touchent à la religion.De loin ?Oui, certainement, de très loin et même pas du tout, s\u2019il s\u2019agit de la concevoir en termes de possibilité d\u2019aller à la messe, de liberté d\u2019exercice du culte ?Peut-être pas de si loin, je dirais même certainement pas, s\u2019il s\u2019agit par exemple de déterminer si nous continuons à nous considérer comme une communauté française et catholique et qui voudrait le rester intégralement tout en reconnaissant la liberté de pensée et de conscience de ce qui n\u2019est encore qu\u2019une minorité d\u2019agnostiques ou de laïcisants, disons même au meilleur sens du mot.S\u2019il s\u2019agit de décider si notre gouvernement de Québec doit se considérer comme un gouvernement d\u2019une majorité catholique, à qui il doit donner une législation directement et immédiatement inspirée par la doctrine sociale de l\u2019Église; ou simplement comme LES ÉVÉNEMENTS 285 un gouvernement pluraliste, consentant à se laisser dériver au gré des influences du moment.et de ses exigences électorales les plus immédiates.Ce problème est en plein dans le champ de notre actualité, et doit être envisagé.M.Johnson fait la campagne d\u2019une façon maladroite ?Il fait de la démagogie autour de cette question vitale et délicate ?C\u2019est quasi-inévitable en période électorale.M.René Lévesque n\u2019en fait-il pas autant avec la nationalisation de l\u2019électricité, qui est non moins délicate à mon sens, et qui au fond soulève des problèmes du même genre ?C\u2019est là que je dis: laissons donc aux politiciens le soin de faire leurs élections.Je doute d\u2019ailleurs que cette intervention-bouclier en faveur de M.Lesage soit habile, ni utile au parti libéral.Si M.Johnson est vraiment malhonnête et maladroit, laissons au parti libéral lui-même le soin de le confondre.En adoptant le rôle de la mère-poule, qui intervient sans cesse à la place des enfants dans les échanges entre le père qu\u2019elle trouve trop sévère et les enfants à qui elles suggèrent les réponses de couverture, les amis de M.Lesage et de M.Lévesque ne font que les rendre plus suspects aux yeux de toute une partie de la population.Car pour avoir parcouru passablement la province, à l\u2019occasion de conférences et congrès de toute sorte au cours des dernières années, j\u2019ai l\u2019impression que M.Johnson n\u2019essaie pas de soulever un épouvantail pour effrayer la population; il utilise pour des fins électorales \u2014 sincères ou non sinon qu\u2019il veut vraiment ou non remédier à une situation qui a tout de même ses bases dans certaines législations provinciales actuelles \u2014 un sentiment d\u2019inquiétude qui est très répandu dans toute une partie de la population.Mis à part les excès de langage, il la soulève à un moment où il est en somme opportun de la soulever, jouant ainsi son rôle d\u2019opposi-tionniste pour forcer le parti gouvernemental à vraiment exposer au peuple, à l\u2019occasion de l\u2019élection, sa véritable politique sur diverses questions cruciales. 286 L'ACTION NATIONALE À mon sens, MM.Lesage et Lévesque n\u2019amélioreront pas leur situation, ils la gâteront plus tôt en se contentant de dénoncer l\u2019exploitation de la religion par l\u2019Union nationale.Cela satisfait leurs partisans déjà convaincus; cela ne fait qu\u2019inquiéter davantage ceux qui ont des inquiétudes.M.Lesage et Lévesque peuvent confondre Daniel Johnson en un tournemain.Ce sera en donnant au peuple des assurances claires et précises sur leur attitude relativement à tous les points ou accusations que soulève M.Johnson.Autrement, ceux qui ont les inquiétudes qu\u2019exprime M.Johnson les soupçonneront de duplicité.Et alors, ou bien le gouvernement Lesage est sûr de se faire élire sans cela; et il peut évidemment passer outre, se gardant ainsi les mains libres pour donner éventuellement, à son aile gauche, toutes les satisfactions qui lui paraîtront appropriées à cimenter le parti libéral actuel.Ou bien il estime que M.Johnson peut réussir à détourner de lui la population qui, à ce moment, démontre qu\u2019elle ne veut pas d\u2019une politique trop radicale; et s\u2019il veut être élu, il devra, dans le cas des points de vue en cause et qui ont trait à notre fidélité aux traditions, donner au peuple, comme en juin 1960 sur l\u2019autonomie et le nationalisme, les garanties et les assurances dont il a besoin pour pouvoir faire encore confiance au parti libéral.François-Albert Angers Enquête sur la pensée nationale de nos éducateurs \u2014 Question no 6 Economique et culturel 1 Faut-il vraiment que le Canada français commande des réalisations économiques majeures pour que sa culture soit respectée ?L\u2019économique a chez nous, à l\u2019heure actuelle, une telle cote d\u2019amour que 70% des éducateurs croient que si; il n\u2019y a pas à douter qu\u2019il y a un demi-siècle, le pourcentage pour l\u2019opinion inverse eût encore été plus fort.Seulement 12% des commentaires vont dans un sens qui pourrait être considéré comme la réaction traditionnelle: la culture n\u2019a rien à voir avec l\u2019économie.Deux commentaires, parmi ceux-là, vont même jusqu\u2019à indiquer une antinomie possible entre les deux, constituant la trace d\u2019une pensée qui craint de voir la recherche des succès économiques devenir un danger pour la culture.Mais ce sont les deux seuls ; les autres s\u2019en tiennent à exprimer l\u2019idée qu\u2019en somme, lier économie et culture c\u2019est mal poser le problème.Cette position essentialiste se complète de 38 autres commentaires, ou environ 20% du total, qui insistent d\u2019abord sur le fait que la culture n\u2019est pas de soi une question économique, que l\u2019essentiel n\u2019est donc pas là, mais que les succès économiques peuven tavoir un bon effet sur son développement si l\u2019essentiel est d\u2019abord bien assuré.En tout, près du tiers des commentaires tiennent donc à insister sur le caractère proprement intellectuel et spirituel de la culture.À l\u2019autre extrême, seulement 5% environ des réponses font de l\u2019économie l\u2019un des éléments de base de 1 \u2014 On trouvera l\u2019analyse générale de toutes les questions et réponses au numéro de L\u2019Action Nationale de mai-juin 1962; et les commentaires relatifs aux questions 1 à 6 respectivement dans L\u2019Action Nationale de mai-juin (1 \u2014 Rester Canadien français: avantage ou désavantage; 2\u2014-Composantes du type cana-dien-français; 4 \u2014 Enseignement de l\u2019anglais avant la 7e année et survivance), de septembre (3 \u2014 Catholicisme et pensée nationale), et d\u2019octobre (5 \u2014 Dangers du milieu anglophone nord-américain) . 288 L'ACTION NATIONALE la culture.Tous les autres, sans exprimer leur position sur la nature de la culture, expriment leur opinion affirmative quant à l\u2019importance de l\u2019économie comme moyen de faire rayonner la culture.Dans l\u2019ordre du nombre de réponses reçues, les raisons données sont les suivantes : 1\t\u2014 la maîtrise de l\u2019économique est un élément de puis- sance qui permet d\u2019agir plus efficacement (19%) ; 2\t\u2014 l\u2019atmosphère matérialiste de notre époque rend in- dispensable la puissance économique pour le rayonnement d\u2019une culture (18%) ; 3\t\u2014 c\u2019est le moyen de se faire respecter (12%), argu- ment qui se rapproche fort du précédent sans pour autant le recouvrir entièrement; 4\t\u2014 cela contribuera à donner plus de fierté d\u2019eux-mêmes aux Canadiens français (4%).Le résidu des commentaires, ou environ 10%, se contente d\u2019indiquer que l\u2019économique est un élément de la culture, mais pas le seul.Enseignement primaire A \u2014MONTRÉAL \u2022\tContre la force, rien ne peut.\u2022\tLe pays est jeune et parfois l\u2019argent prédomine dans bien des cas.\u2022\tLa culture s\u2019appuie d\u2019abord sur l\u2019économique.\u2022\tPour une part, étant donné l\u2019importance accordée aujourd\u2019hui aux succès économiques.\u2022\tPar exemple, lorsque le gouvernement pourra aider financièrement les universitaires, les élèves pauvres mais intelligents pourront avoir accès à l\u2019Université.\u2022\tUn peuple vaut par sa culture.Et la culture en tout domaine est facteur d\u2019influence.\u2022\tLe jour où le Québec sera économiquement fort, la confiance renaîtra d\u2019elle-même chez les Canadiens français.\u2022\tL\u2019économie en main nous donnera des postes de Commande.\u2022\tSi des Canadiens français peuvent se décider à s\u2019installer dans le monde des affaires et faire progresser notre pays au point de vue économique \u2014 nous serons respectés .\u2022\tChacun doit participer au plan d\u2019économie.\u2022\tParce que, dans notre monde actuel, une culture prend de l\u2019influence quand elle tient bien en main, une force économique. ENQUÊTE\t289 Le facteur économique est très important, on ne peut travailler sans lui.Quand on comprend bien ce que signifie le mot « indépendance ».Actuellement, nous sommes à la merci des autres sur ce plan.Uéconomie est la base et le soutien de tout effort culturel.C\u2019est certain qu\u2019une réalisation économique majeure aidera à imposer le respect.Il y a du vrai \u2014 mais quand le Canadien français accède à une vraie culture par ses oeuvres \u2014 il imposera le respect \u2014 qu il la prouvera.C\u2019est le critère universellement accepté (je ne le juge pas .) .jusqu\u2019à un certain point : des réalisations économiques importantes étant toujours le signe d\u2019une certaine puissance .Les réalisations écon.aideront à répandre la conn, du milieu C.F.Une personne riche est toujours aimable, intelligente, belle, etc.Car beaucoup d\u2019autres cultures auront besoin d\u2019aide financière et d\u2019aide d\u2019intellectuelle parce que chez le Canadien, il y a du nouveau dans ses idées et ses projets.Bien sûr, mais pour ce faire il faut posséder un minimum de moyens pécuniers, et énergiques.Voir le No 5.Le contraire serait de supposer que des pays européens tel que la Hongrie, etc.seraient voués à l\u2019assimilation par ceux qui l\u2019entourent \u2014 non sens.Oui, car l\u2019économie selon moi est essentielle à la « vie » de la culture canadienne-française.Oui, mais pas nécessairement : la valeur humaine des individus commande le respect.Le facteur économique est trop important pour le délaisser et travailler sans lui.Le facteur économique est très important.Devant des réalisations économiques majeures s\u2019impose le respect et l\u2019admiration.Sur des bases aussi solides notre culture française se consolidera.Elle aura alors fait ses épreuves et commandera certes le respect dû.C\u2019est parce que nous vivons à une époque plus matérialiste, seules les civilisations anciennent peuvent échapper à cela.Il faut avant tout que la base soit solide.Ça pourra y contribuer mais ce n\u2019est pas l\u2019unique facteur.Le besoin d\u2019expansion individuelle des personnalités passe avant l\u2019économie.Les réalisations économiques peuvent aider au succès mais je doute de leur efficacité absolue.Une culture s\u2019appuyant sur des richesses matérielles est pauvre quoique les mécènes ne sont jamais assez nombreux. 290 L'ACTION NATIONALE \u2022\tIl y a en ce moment du très bon dans notre culture, mais nous sommes jeunes.® Réalisations littéraires, culturelles pas nécessairement économiques.\u2022\tLe respect ne sera commandé seulement quand la foi dominera.\u2022\tCe n\u2019est pas la seule condition car peut-être faudra-t-il renoncer au patriotisme.B \u2014HORS DE MONTRÉAL ° On ne croit qu\u2019à ce que l\u2019on voit, il faut des preuves tangibles, ça donne et aide la conviction.\u2022\tParce que l\u2019on verra l\u2019avantage de lutter pour la culture cana-dienne-française.\u2022\tPour le rythme de vie actuelle où l\u2019influence monétaire joue un rôle fantastique et déplacé.\u2022\tQuand les Canadiens seront à la tête de puissantes industries, etc.\u2022\tOui, car les réalisations économiques majeures ont beaucoup d'influence sur le milieu.° Lorsque les Canadiens français seront à la tête des industries et des réalisations économiques majeures.® On reproche aux Canadiens français de n\u2019avoir pas le sens des affaires.A eux de faire leurs preuves.\u2022\tParce qu'elle est digne de respect et quand elle s'affirmera, elle n\u2019aura pas de difficulté à commander.\u2022\tLes Caisses d\u2019Economies, Assurances-Vie, Société St-Jean-Baptiste, et tous nos groupements sont autant de réalisations qui commandent déjà le respect de la culture canadienne-française.\u2022\tParce qu\u2019elle détiendra le monopole de l\u2019industrie.\u2022\tTout dépend de la valeur morale des chefs d\u2019entreprise et de ses collaborateurs.\u2022\tIl est évident que plus l\u2019on verra de progrès, plus l\u2019on s\u2019attachera à la culture C.F.\u2022\tLes Canadiens auront alors confiance en leurs propres ressources.\u2022\tLe respect n\u2019est pas fruit de la richesse mais bien de la culture.\u2022\tNon, car la culture canadienne-française ne demande pas seulement des réalisations au point de vue économique.® Economie et culture sont des choses tout à fait différentes.\u2022\tLa culture c.f.commandera le respect quand elle aura vaincu la pression qu\u2019exercent sur notre milieu les 200,000,000 d\u2019anglophones.\u2022\tJe me demande pourquoi ?\u2022\tPour certains milieux peut-être, mais il existe certainement des gens qui comprennent un autre langage que l\u2019argent.\u2022\tSi cela arrive, ce sera dans un temps bien éloigné, car les gens n\u2019aiment pas assez l\u2019instruction. ENQUÊTE\t291 Les réalisations économiques ne sont pas du ressort de la culture C.F.Que le gouvernement soit C.F.oui.La culture de notre langue n\u2019a pas à mon sens à s\u2019appuyer, pour vivre sur des conditions d'ordre économique.Cela aide; il ne me semble cependant pas nécessaire encore moins essentiel d\u2019avoir à son actif des réalisations majeures; c\u2019est cependant à souhaiter.Pas seulement en ce domaine « secondaire » quoiqu\u2019important.Enseignement secondaire et universitaire A \u2014MONTRÉAL Une nation s\u2019impose par son prestige économique, à moins d\u2019avoir une culture quasi millénaire.Cela ne nuira certes pas.Actuellement tout ce qu\u2019elle a pour comm.le respect, c\u2019est sa valeur intrinsèque.C\u2019est abstrait.L\u2019économique de nos jours joue un rôle prépondérant.Pourquoi toujours laisser aux autres ce domaine.Nous aurions beaucoup à gagner en nous y intéressant.Les hommes capables manquent-ils ou les capitaux font-ils défaut ?Jusqu\u2019à un certain point.Seules des réalisations économiques ne suffiraient pas, il faut des réalisations artistiques et culturelles, etc.L\u2019économique jouera un grand rôle : reprendre nos richesses naturelles aux mains des étrangers pour une bonne partie; diminuer la force accaparante des capitaux étrangers .etc .Oui, l\u2019économique jouera un bien grand rôle .mais après, préalablement, la formation de base philosophique .Ce serait un facteur très utile, mais qui ne vaut pas s\u2019il est seul.La masse du peuple regarde surtout ce qui paraît.Je le crois.Quand on ne sera plus sous la puissance de capitaux étrangers, le peuple se sentira grandi et obligé à tenir un rang culturel respectable.Le C-F prouvera qu\u2019il est une valeur, autre chose qu\u2019un mouton.Oui, mais pas seulement sur cela.Nos réalisations économiques demeureront toujours à la mesure de notre taille numérique .Ayons une économie saine, un standard de vie honnête, et nous produirons .Je le crois, car sans une forte structure économique canadienne-française, il n\u2019y a pas moyen de n\u2019être pas « absorbés » par l\u2019élément anglo-saxon .Même si à première vue cet aspect semble secondaire, je le crois indispensable.Je le crois car une économie bien établie serait le gage de tous les succès dans tous les domaines.Car il faut bien le dire en ce siècle d\u2019argent.la valeur monétaire en impose à tous les peuples. 292 L'ACTION NATIONALE \u2022\tNous sommes en retard dans ce domaine.Quand se décidera-t-on à faire de nos richesses une expi.C.Fr.\u2022\tCela aidera sûrement (mais) (et) il importe essentiellement que nos Canadiens français donnent une plus large part à l'éducation, parce que celle-ci est la base de la qualité d\u2019un peuple, (voir aussi 17) \u2022\tA cause de l\u2019influence.\u2022\tComment construire un empire sans matériels de base : réalisations économiques majeures.Et la culture exige de s\u2019appuyer sur qq.vie suffisante au p.d.v.matériel ! \u2022\tToute culture véritable suppose un « standing » de vie économique élevé.\u2022\tL\u2019Anglais a dominé le monde parce qu\u2019à un moment de l\u2019histoire l\u2019Angleterre a dominé le monde au point de vue économique.\u2022\tEn partie \u2014 l\u2019argent mène le monde, malheureusement.\u2022\tOn n\u2019a jamais vu aucune institution survivre sans base économique.\u2022\tUne société incarnée a besoin d\u2019être forte économiquement pour s\u2019affirmer.Matière et esprit se complètent.\u2022\tCar le côté économique est franchement anémique au Québec; et c\u2019est ce qui fait les % de la force d\u2019un pays.\u2022\tLa majorité des gens est « utilitaire » et se laisse bien influencer par les statistiques budgétaires et les chiffres rondelets.Quand nos industries pourront produire de ces documents, il est sûr que toutes ces personnes auront plus confiance en la mission et en la valeur de leur peuple canadien-français.\u2022\tSans cela elle fait piètre figure.Il nous a manqué jusqu\u2019ici cette partie concrète.Il reste indéniable dans notre histoire que l\u2019Eglise a été la plus réaliste, la plus constructive.La laïcité souvent s\u2019est contentée de faire de la théorie, des discours.INDENIABLE, si vous savez votre histoire.\u2022\tIl faut bien admettre et surtout aujourd\u2019hui, que l\u2019argent mène le monde.Les autres nations comme les individus aiment des réalisations fastueuses.\u2022\tL\u2019expérience et l\u2019histoire prouvent que les grandes nations se sont manifestées au monde par leurs réalisations économiques et littéraires.\u2022\tLe prestige de ces réussites en a toujours imposé à plus forte raison dans un siècle aux actes spectaculaires.® Lorsque des Canadiens français auront réussi à se créer une place au soleil grâce à leurs réalisations, cette élite, car il faut que ce soit l\u2019élite, commandera le respect de ses compatriotes et des autres groupes ethniques du Canada.\u2022\tC\u2019est sûrement une faiblesse de ceux qui ont enseigné un patriotisme .sans appel à l\u2019économie ! \u2022\tC\u2019est un fait.Celui qui a l\u2019indépendance économique est bien près de l\u2019indépendance politique.Ce qui ne signifie pas néces- ENQUÊTE\t293 sairement séparatisme à moins que tous les essais loyaux se révèlent inutiles.Mais il ne faudrait pas croire cependant que des réalisations économiques majeures pourront seules commander le respect de la culture canadienne-française.C'est évident.Il faut s\u2019engager davantage.Surtout chez les Anglo-américains trop naturellement habitués à juger les gens selon leurs réalisations matérielles.C'est un fait indiscutable.Nos contributions seront soutenues au moment où nous pourrons nous imposer économiquement.Oui aux yeux de certaines puissances économiques capables à leur tour d\u2019influencer les intérêts par la publicité.Nous sommes à une époque où les valeurs matérielles l\u2019emportent dans l\u2019estime de bien des gens .alors .Un minimum de confort est nécessaire au développement de toute personne.Les conditions économiques conditionnent la culture française.Cela lui ajoutera un atout certain, mais nettement insuffisant.Notre première force doit demeurer notre esprit, notre foi, notre civilisation, notre langue.C\u2019est notre plus grande faiblesse \u2014 on aurait avantage à refaire l\u2019économie chez-nous.Quand nous tiendrons un guidon sur deux nous aurons de l\u2019influence.Même si ce n\u2019est pas un facteur essentiel, il peut ajouter au rayonnement de la culture française.A ce moment-là ?elle (culture) présentera de par son autonomie des optiques différentes.Car c\u2019est souvent le critère des anglophones et même des nôtres.C\u2019est un des facteurs.Surtout quand prendra fin le paradoxe des capitaux canadiens-français alimentant l\u2019économie anglophone.Ça ne donne rien de se battre avec les idées même les plus idéalistes, si l\u2019on ne possède pas de quoi se nourrir et si l\u2019on fait figure de parent pauvre.A cause de l\u2019influence et de la survie possible de notre groupe comme tel.J\u2019en suis persuadé.Cela ne nuira certainement pas.Elle commande déjà un certain respect qui s\u2019accroîtra avec des réalisations économiques majeures.Oui, si cette réalisation économique est de mettre la finance au pas des réalités, enlevant ainsi les entraves artificielles qui étouffent les plus beaux enthousiasmes.On s\u2019est senti inférieurs parce que pauvres.De plus le C-F a trop peur du risque.Il lui faudrait des cours sur la Bourse et sur les placements. 294 L'ACTION NATIONALE \u2022\tLes grandes civilisations ont atteint leur sommet durant des périodes économiques fructueuses.\u2022\tLa maîtrise économique entraîne la m.politique, puis la maîtrise de l\u2019éducation qui est essentielle à la culture.\u2022\tÇa peut aider dans une large mesure.\u2022\tLe rayonnement culturel d\u2019un pays semble être en dépendance certaine de son rayonnement économique et politique.\u2022\tActuellement, nous manquons de fonds et notre économie n\u2019a pas assez de valeur pour obtenir le respect.\u2022\tJe le crois, car ce domaine contribue au prestige d\u2019une culture qui doit être effective à tout point de vue.\u2022\tLe mouvement est déjà commencé.Dans le monde actuel le facteur économique a une grande importance.Des réalisations majeures susciteront fierté et ambition chez nos compatriotes, admiration, respect, confiance de la part des autres.\u2022\tCar les Néo-canadiens vont du côté anglais à cause de sa richesse, (à 95%) (J\u2019ai enseigné à des Néo-Canadiens) \u2022\tEvidemment parce que c\u2019est une occasion et non la moindre de nous affirmer de par le monde.Si nous restons sous le boisseau nous serons toujours des étouffés et des amoindris.Une culture n\u2019est pas uniligne; elle est un ensemble de forces harmonieusement agencées.\u2022\tEn ce sens que les réalisations économiques majeures seront une confirmation de la qualité de la culture canadienne-française.La culture c.-f.devenue adulte commandera le respect.® Le respect de ceux qui n\u2019estiment que ces réalisations.\u2022\tForcément.Toutes les grandes civilisations ont d\u2019abord été riches.Quand nous serons riches nous serons respectés.\u2022\tLes gens jugent plus sur l\u2019avoir que sur l\u2019être.\u2022\tIl n\u2019y a pas de doute à cela.\u2022\tNous nous sommes gargarisés trop longtemps de notre supériorité culturelle.Les oeuvres à l\u2019appui de cette thèse sont.?\u2022\tC\u2019est là le mal.Il est presque incurable.Les réalisations d\u2019envergure appartiennent à l\u2019étranger.Saurons-nous en sortir ?Quelle fabuleuse somme d\u2019argent cela représenterait si aujourd\u2019hui on décidait de reprendre notre bien.\u2022\tNous aurons alors plus de poids; les gros prennent beaucoup de place, c\u2019est pourquoi on les remarque.\u2022\tCela va de soi.On n\u2019aime pas ce qui nous diminue, on aime ce qui nous grandit.\u2022\tSans exagérer, en ce moment, notre culture sera plus tentante.\u2022\tCar l\u2019influence anglaise repose sur son influence économique.\u2022\tL\u2019économie est la clef qui donne la valeur à toutes nos autres valeurs.Et dans notre monde actuel, la seule voix pour se faire entendre, c\u2019est parler économie.\u2022\tDans le contexte actuel, les jeunes qui pensent à leur avenir et qui voient que seuls les Anglais sont en mesure de les embaucher ENÇUÊTE 295 se demandent ce que peut leur apporter leur culture.Car nous sommes en présence d\u2019un tout qu'on ne peut démembrer (économie, politique, activités de toutes sortes).L\u2019économie demeure un facteur secondaire.Cependant, au XXe siècle, cet aspect en impose à plus d\u2019un.Il nous faut donc nous employer à le développer.Que chaque citoyen canadien-français défende ses droits et parle bien sa langue et tout ira mieux.La culture canadienne-française n\u2019a rien à voir avec les réalisations économiques.Quand elle s\u2019appuiera sur des « personnalités » canadiennes-françaises.Ce ne sont pas les seules réalisations qui doivent importer.Il faut tenter la conquête de certaines de ces réalisations, mais ce respect nous viendra par la valeur de notre civilisation actuelle en « devenir ».Pas totalement.Toutefois je crois au rôle de l\u2019économie dans la conquête d\u2019une reconnaissance de valeurs au Canadien français.Il n\u2019est pas question de faire respecter nos droits puisqu\u2019on nous les accorde.Parce que la culture ne commande pas nécessairement le respect parce qu\u2019elle s\u2019appuie sur de grandes réalisations économiques même si ces dernières peuvent l\u2019aider.Cela pourra lui être utile.L\u2019exemple des Américains se passe de commentaires.Il existe des critères de valorisation plus importants que le succès d\u2019ordre économique.Je pense, par exemple, au rayonnement intellectuel, (sciences et arts) à la valeur morale, au comportement social, facteurs par lesquels la communauté canadienne-française sera valorisée.La culture ne s\u2019appuie pas sur ces réalisations, ce sont elles qui doivent sortir de la culture.Le respect n\u2019est pas une chose qui s'impose mais un sentiment qu\u2019on ressent ! Le respect vient bien plus de la connaissance, de l\u2019amour, que de la peur et la crainte.C\u2019est ridicule; c'est éviter le problème.Ce n\u2019est pas la richesse matérielle qui fait la valeur d\u2019une culture.Elle provient plutôt d\u2019une mentalité populaire ouverte à tous les domaines de la culture canadienne-française : arts, commerce, industrie, sport, éducation.Cependant les réalisations économiques majeures seraient d\u2019un précieux appoint.Ce n\u2019est pas par ce point qu\u2019elle commandera le respect.La culture d\u2019un pays est l\u2019expression de l\u2019âme d'un peuple et non de la matière qui compose son économie.Absolument, non.Pratiquement, aujourd'hui : oui.A cause de la présence, à l\u2019intérieur même du coeur de la nation, le Québec, 296 L'ACTION NATIONALE des intérêts économiques anglophones.Autrement, nous ferions comme les nations pauvres, mais libres, unilingues et capables de production culturelle de qualité.\u2022\tCet appui est excellent, nécessaire; pour assurer les conditions de la culture.Mais une culture très élevée, réelle, n'en a pas nécessairement besoin.Molière n\u2019a pas besoin de la France.\u2022\tCeux qui estiment une nation, par cela respecteront les Can.fr.quand ils sauront faire de l\u2019argent et j\u2019espère que nous apprendrons à en faire, pour le progrès de la collectivité.Je pense qu\u2019il se trouve aussi des gens qui apprécieront aussi nos talents dans d\u2019autres domaines \u2014 ceux des arts, surtout.\u2022\tL\u2019idée du séparatisme voudrait l\u2019exprimer.L\u2019avenir se prononcera.B \u2014HORS DE MONTRÉAL \u2022\tLibération des capitaux étrangers et usage à l\u2019intérieur du pays.\u2022\tActuellement, c\u2019est ce qui paraît attirer le respect des autres pays.\u2022\tLa pauvreté d\u2019un groupe.\u2022\tCar l'argent contrôle tout.Nos industries et notre commerce vont leur train, anglicisant les nouvelles générations.\u2022\tNos anglophones en général ne s\u2019émeuvent que par l\u2019économie.\u2022\tC\u2019est un fait historique : toute civilisation brillante est appuyée sur des bases économiques solides.\u2022\tEt pour en arriver là il est indispensable de s\u2019assurer l'autonomie politique i.e.l\u2019indépendance.\u2022\tNous sommes dans un siècle où le matérialisme prévaut.\u2022\tÇa ne nuira certainement pas car aujourd\u2019hui on mesure tout au signe de piastre.9 Voilà une de nos grandes faiblesses ! Notre économie aux étrangers.Pour « compter » réellement il nous faudrait autre chose que des mots, des capitaux, etc.9 Oui, nos échecs répétés dans ce domaine nous rendent défiants, les uns envers les autres.Comment commander le respect aux autres si nous n\u2019en avons pas pour nous-mêmes.De plus il faut des raisons de fierté ! \u2022\tLa culture doit croître parallèlement à la technique.\u2022\tIl faut un corps vigoureux pour favoriser un meilleur travail de l\u2019âme (la culture).\u2022\tNous n\u2019avons pas assez de réalisations.\u2022\tElles faciliteront l\u2019adhésion et encourageront les efforts.\u2022\tOn ne respecte un peuple que s\u2019il est riche.\u2022\tA cause d\u2019une mentalité existante : à condition d\u2019avoir une valeur marquante aussi.\u2022\tcf.No 8 \u2014 La liberté politique est un vain mot sans la liberté économique. ENQUÊTE 297 Ces réalisations peuvent jouer un grand rôle.Toutes les réalisations par les Canadiens français aideraient certainement à commander le respect.Pour être respectés, il faut le mériter.Nous respectons quelqu\u2019un qui a donné ses preuves .Alors prouvons que nous valons les anglophones.Ou tout du moins, ce sera un avantage incontestable.A tout, annonce sert ! Plus nous aurons de réalisations à notre crédit, plus nous attirerons les regards et plus nous commanderons le respect.Le plus vite, tant mieux ! Le plus concrètement, toujours tant mieux ! Parce que la grande force aujourd\u2019hui c\u2019est l\u2019argent.C\u2019est ce qui fait foi de tout.C\u2019est certainement une manifestation de culture, mais pas la plus importante.C\u2019est bien sûr, que les Canadiens commenceront à s\u2019aimer quand ils auront quelque chose bien à eux.Les réalisations économiques reflètent de la culture.Elles ne sont pas les seules façons de commander le respect.Ce n\u2019est pas la seule condition, mais nous commanderons le respect seulement quand cette condition sera aussi remplie.C\u2019est l\u2019état actuel de la civilisation occidentale.On admire les réalisations économiques.Cela donnera pleine confiance aux Canadiens français.Chacun de nous, qui aime sa patrie, devra se plier à ses exigences afin qu\u2019elle devienne de plus en plus forte.Quand les Canadiens seront à la tête de leurs industries.La vraie valeur est au-delà des contingences, elle les dépasse d\u2019emblée.Le spirituel l\u2019emportera toujours sur le matériel pour ceux qui ont des justes critères ou des normes d\u2019appréciation objectives tout autant que valables.Elle appréciera le respect déjà acquis et commandé par la « personne sociale » qui s\u2019affirme par ses idées et ses propres qualités avant la force de son bras, i.e.l\u2019argent.Pas nécessairement.Une nation peut s\u2019imposer à la face du monde davantage par sa culture, i.e.La France.Ça peut aider, mais la culture d\u2019un peuple n\u2019est pas toujours en rapport avec son économie, ex.\u2014 la France.L\u2019économie ne tient pas la première place dans le patriotisme.La culture canadienne-française n\u2019est pas en vue surtout des réalisations économiques. 298 L'ACTION NATIONALE TABLE DES MATIÈRES ÉDITORIAL Histoire du mouvement .197 RICHARD ARÈS Le recensement de 1961 .206 FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Le problème de l\u2019électricité \u2014 III .217 MICHEL BROCHU Transports et communications dans un Québec indépendant .225 JEAN GENEST Le problème scolaire en France contemporaine .21,7 JEAN CHARETTE Finances, pour ou contre?.260 JACQUES POISSON Anglicismes .261, JACQUES SAINT-YVES, FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Les dix millions du député .267 Elections provinciales .269 Signes de maturité .277 Société de gestion d\u2019Aubigny .280 Laissons les politiciens faire leurs élections .282 ENQUÊTE Economique et culture .287 ACCESSOIRES ÉLECTRIQUES (Strictement en gros) Une expérience d'au delà d'un demi-siècle au service des ARCHITECTES \u2014 ENTREPRENEURS COMMUNAUTÉS \u2014 INDUSTRIES MARCHANDS Le temple de la lumière\" \u2022 Ntcnrr.f.i\u2014 Ben BÉLAND, président \u2014 Jean BÉLAND, Ing.P., sec.-trésorier 7152, boul.ST-LAURENT Montréal \u2014 CR.4-2465 Une réédition HISTOIRE DU CANADA FRANÇAIS par M.le chanoine Lionel Groulx Il faut signaler, ne fut-ce que par une note très rapide, cette réédition.On sait que cette synthèse fut d'abord donnée en causeries à la radio, grâce à la collaboration de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal dont cette initiative n'est pas la moins méritoire.L'Action Nationale avait, par la suite édité l'oeuvre retouchée en quatre volumes.Fides la réédite en deux gros volumes reliés dans sa collection \"Fleur de Lys\".Ce magnifique travail d'éditeur marque à sa façon le 25e anniversaire de la Maison.L'histoire du Canada français\" de M.le chanoine Groulx a peu de rivales.Elle est l'oeuvre d'un homme qui a cherché la vérité à partir des documents accessibles, qui l'a exposée dans une langue vivante, et qui reste le plus grand de nos historiens.En écrivant \"L'histoire du Canada français\", M.le chanoine Groulx a eu le grand mérite de ne pas rougir de son catholicisme et de ne pas mépriser ses compatriotes.Ici, à L'Action Nationale, on le lui pardonne ! L'oeuvre a une valeur permanente.La réédition est bien conçue pour en faciliter la diffusion.Dominique Beaudin En vente dans toutes les librairies et chez FIDES 25 (est), rue Saint-Jacques Montréal ($10.les deux volumes) ÉPARGNER .c'est bien.c'est mieux! UES PLACEMENTS COLLECTIFS INC.vous aident à mieux investir! BUREAUX À: MONTRÉAL.QUÉBEC.ST-HYACINTHE ST-JÉRÔME.SHERBROOKE, TROIS-RIVIÈRES.33 Qui a santé a tout .et qui possède un système de chauffage en bon état peut affronter l'hiver le plus rigoureux.Recourez aux services de nos techniciens et ouvriers spécialisés : installation, réfection, entretien .tout est exécuté impeccablement et rapidement ! Travaux en chauffage-plomberie pour institutions religieuses VI.9-4107 3&0 est, rue Rachel Montréal MM3 CHAUFFAGE-PLOMBERIE LA SOLIDARITÉ Compagnie d'assurance sur la vie 925, chemin Saint-Louis Québec Président\tDirecteur général ALBERT BOULET\tCHARLES POIRIER LA.4-1167\t3605 est, rue Ontario, Montréal Roch Grenache CRÈME GLACÉE BEURRE DE CARAMEL CONFITURES et MARINADES GRENACHE INC.Bureau: 1504, rue Davidson LA.6-7771 ~y^fomma
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.