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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars - Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1963-03, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE MARS-AVRIL 1963 Volume LII, Numéros 7-8 L\u2019ACTION NATION AT.R REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) Directeur : FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Comité de rédaction: DOMINIQUE BEAUDIN - PATRICK ALLEN - ARCHÉLAS ROY - JEAN GENEST Rédaction et administration: Casier Postal 189, Station N, Montréal Abonnements: $5.00 par année.De soutien : $10.00 Les articles de la revue sont répertoriés dans le Canadian Index, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, et dans la revue CULTURE.TABLE DES MATIÈRES Editorial \u2014 Cinquante ans d\u2019action intellectuelle .641 Les origines : De la Ligue des droits du français à L\u2019Action française .647 Le germe : les articles du P.Archambault au Devoir\t660 Les présidents et les secrétaires de la\tLigue .667 Les directeurs de la Ligue .669 Les directeurs de la revue.673 Les collaborateurs de la revue .675 Lignes de force .685 Le premier éditorial : Vers la supériorité par Edouard Mont petit .691 Le deuxième éditorial : Une action intellectuelle par l\u2019abbé Lionel Groulx .697 L\u2019article-programme de la direction Lionel Groulx : Notre doctrine .701 Mots d\u2019ordre de L\u2019Action française .709 Le premier éditorial de L\u2019Action nationale .717 Mots d'ordre de L\u2019Action nationale .720 L\u2019article liminaire de la direction Guy Frégault .753 L\u2019article liminaire de la deuxième direction André Laurendeau 763 Les enquêtes .813 Les sujets traités dans la revue .859 Les manifestes, mémoires, déclarations\tpubliques de la Ligue .877 Les propositions politiques faites dans\tla revue .891 Les éditions .901 Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication. Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A.210 ouest, boul Crémazie\tDU.8-9251 (ÉDIFICE GRANGER FRÈRES) LA CIE F.-X.DROLET FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d'aqueduc et Bornes-Fontaines \u2022 245, rue du Pont\tQuébec I LES AMIS DE LA REVUE ».GARON\tG.VEZINA CL.9-983?\tRA.2-8534 GARON & VÉZINA Latte métallique 7710, boul.Prévost Ville d'Anjou, Que.\tDr Yvon Cloutier Chirurgien-dentiste 3253 est, rue Beaubien \u2022\tBur.: RA.2-2678 BERNARD BENOÎT Linoleum, Stores Vénitiens, Stores de Toile, Rideaux, Draperies 11857 est, rue Notre-Dame \u2022\tPte-aux-Trembles\u2014Ml.5-5159\tAIMÉ GALARNEAU & Cle Comptables Agréés 237 ouest, boul.Saint-Joseph \u2022\tMontréal \u2014 CR.4-2534* BOURBONNAIS & PÉPIN QUINCAILLERIE EN GROS 1575 est, rue Laurier, Montréal \u2022\tLA.6-4995\tWE.2-4955 ROLLAND GIROUX BRÛLEURS A L'HUILE 2031, rue Saint-Antoine \u2022\tMontréal PAUL COULOMBE INC.Chauffage à l'huile et au gaz Air chaud \u2014 eau chaude 3338, rue Bélair, Montréal 38 \u2022\tRA.2-8741-8246\tG.-E.HOUDE, président MONTREAL OXYGEN INC.4890, 5e avenue - Rosemont \u2022\tLA.4-6957 ADRIEN COURVILLE (Courville & Fils) Manufacturier de fourrure en gros 418, rue St-Sulpice, Montréal \u2022\tAV.8-7474\tPlace libre pour un ami \u2022\t$25.00 pour l\u2019année DENIS, Arcadius AVOCAT 86 nord, rue Wellington \u2022\tSherbrooke, Qué.- Tél.2-4793\tANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38\u2014RA.2-1627 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacque$ \u2022\tVI.5-1336\tLAVIGNE, C.E.Courtier d'assurances 3750, rue Lacombe \u2022\tRE.9-1748 ÉTABLI EN 1870 WILSON FRÈRES ENRG.Charlebots Frères, Props.BOIS - CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 2537 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal\tMaison H.ROY Ltée ÉTABLIE EN 1898 Imprimerie marcel perrier, président Faire-part \u2014 Commercial 1419, rue St-Hubert, Montréal \u2022\tVI.9-2448 ii LA CIE ACADIA ENRG.Maria Du Mesnil AVOCAT ENTRETIEN DE BUREAUX LAVAGE DE VITRES, ETC.4 est.rue Notre-Dame, Montréal UN.6-6913 2125, rue Masson \u2022 Montréal\tLA.2-0751 MANOIR SAINT-CASTIN\t \tLac Beauport e\tQuébec MAXIME\tLtée 4140, rue St-Denis,\tMontréal 18 NETTOYEURS\tVI.4-1158 e\tVI.4-3619 CR.1-6093\t ERNEST PALANGE,\tO.D.OPTOMÉTRISTE\t \u2022\t441 est, rue Bélanger, Montréal\t PHARMACIE MICHON 1361 est, rue Mont-Royal, Montréal LA.1-3659 Roland Michon, Pharmacien ^OOMO-ÏÏG 'Ne- ^3?J.BRASSARD, prés.256 est, rue Ste-Catherine, Mtl ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934 est, rue Ste-Catherine \u2022\t849-9663 ÉMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec 352, rue Téléphone 2-5235 St-Vallier, Québec LABONTE, LANDES, GROULX et LABONTÉ Notaires 3677, rue Adam Montréal LA.6-5517 482, rue Victoria, Saint-Lambert OR.1-9295 SÉGUIN, Paul-Émile NOTAIRE 6726, rue St-Hubert \u2022\tCR.1-8739 LA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE \u2022\tdes Trois-Rivières Avez-vous un ami qui aimerait s'inscrire \u2022\tdans la liste de nos amis ?Toitures Permanentes Enrg.Couvertures en gravois - Ferblanterie \u2022*RA.2-9121 2525-A est, rue Jean-Talon THERRIEN.F.-E., avocat Ch.400 33 ouest, rue St-Jacques, Mtl \u2022\tVI.2-9768 \u2022VE.5-6316\tJ.-M.Valade Président Parisian Laundry Co.Inc.Buanderie et nettoyage de qualité supérieure 3550, rue St-Antoine e\tMontréal CR.4-3503 GÉRARD LEBEAU Rembourreur d\u2019autos, housses, vitres, capotes d'autos Le plus grand atelier du genre au Canada 5940, rue Papineau Montréal \u2022\tSuce.6270 Upper Lachine LE PLACEMENT EN ACTIONS L\u2019action n'est pas une créance comme l\u2019obligation, mais un titre de propriété, une part dans l'actif d\u2019une entreprise.Aucun remboursement à escompter donc, sauf en cas de liquidation.Pour retrouver son argent, il faut vendre, comme on vend sa maison.Pas de coupons d'intérêt.L\u2019action rapporte des dividendes, part des profits qu\u2019on ne saurait distribuer que s\u2019il y en a.Aucune garantie de revenu donc, ni de valeur à la revente.Lié à la mauvaise fortune de l\u2019entreprise, l'actionnaire participe cependant à ses bonnes fortunes.Ses dividendes sont illimités, et l'action prend de la valeur avec la propriété qu\u2019elle représente.Le placement en actions est l\u2019un des plus difficiles.C'est aussi l'un des plus prometteurs.Pour y réussir, il faut l\u2019aide de spécialistes.Consultez notre représentant.Et voyez les annonces des mois prochains et précédents pour d\u2019autres renseignements sur le placement.DI LES PLACEMENTS |fl COLLECTIFS INC.vous aident à mieux investir! BUREAUX À: MONTRÉAL, QUÉBEC, ST-HYACINTHE.ST-JÉRÔME, SHERBROOKE, TROIS-RIVIÈRES.IV L\u2019ACTION NATIONALE Volume LU Numéros 7-8\tMars-Avril 1963 ÉDITORIAL Cinquante ans d'action intellectuelle Le véritable créateur de L\u2019Action nationale, le chanoine Lionel Groulx, avait écrit, au départ du mouvement, qu\u2019il s'agissait d'une action intellectuelle.Le meilleur moyen de célébrer un cinquantenaire, en pareille occurrence, n'est-il pas l'inventaire de l'oeuvre intellectuelle accomplie ?Ce l\u2019est parce que la mémoire humaine est oublieuse : une oeuvre comme la nôtre tend à être arbitrairement jugée, par les contemporains, en fonction des deux ou trois derniers numéros de revue qu'elle vient de publier.Ce l'est parce que ceux-là mêmes qui ont collaboré à l'oeuvre, oublient ce qu\u2019ils ont fait : sous le coup des attaques, ils en viennent parfois à concéder trop aisément des fautes qu'ils n'ont pas toujours commises.Ce l\u2019est, pour faire le point, à un moment donné; vérifier la continuité de l\u2019action, les écarts par rapport aux principes et objectifs du départ, les raisons de ces écarts et leur justification ou la nécessité d'une rectification selon le cas.Ce l'est davantage quand un mouvement a été l\u2019objet d'aussi violentes attaques que le nôtre en ces dernières années; les générations nouvelles ont alors besoin d\u2019être replacées devant le véritable travail accompli, pour pouvoir le juger à sa valeur et non selon la vue déformée qu\u2019en ont donnée les adversaires.C\u2019est pour toutes ces raisons que l\u2019idée du présent numéro spécial a pris racine dans l\u2019esprit du directeur actuel de la revue.D\u2019aucuns craignaient que ce fût vanité, même parmi les traditionalistes.Tout en donnant raison, par le fond aux anciens, ils se demandaient si tout cet effort, valable en son temps et base solide de nos positions actuelles, n\u2019est tout de même pas dépassé par l\u2019événement.Un tel numéro n'aurait-il pas, en définitive, qu\u2019une valeur historique ?Les conséquences 642 L'ACTION NATIONALE pratiques n'en seraient-elles pas de réalimenter inopportunément les thèses des adversaires ?Dans les perspectives du « dépassé par l'événement » seulement, ce serait un risque justifié.A l\u2019heure actuelle, le simple fait de restituer, dans leurs véritables perspectives du temps, les idées des nationalistes dits traditionnels, déformées comme à plaisir, mais trop souvent par l\u2019ignorance de gens qui n\u2019auraient pas dû ignorer, c\u2019est déjà les restaurer aux yeux d\u2019une jeunesse justement inquiète, inquisitive et si mal informée.On lui a dit que tout ce qui est venu avant la génération des trente à quarante ans actuels se composait d\u2019imbéciles, d\u2019intelligences aveuglées par le passé ou par des principes dépassés, dont il n'y a par suite rien à tirer.Au moment où elle prend conscience que cette dernière génération a été beaucoup plus apte à démolir qu'elle ne l\u2019a été à proposer de véritables politiques constructives, c'est lui redonner de l'espoir que de lui montrer la supercherie de ceux qui n\u2019ont su, à l\u2019égard de leurs devanciers, que pratiquer l'anachronisme.Mais le soussigné était convaincu de trouver davantage.Cette revue générale de l'action du mouvement nationaliste, et notamment de L'Action nationale, il l'avait en tête depuis ses critiques méthodologiques de la thèse formulée par Pierre-Elliott Trudeau dans la Grève de l\u2019Amiante.(L\u2019Action nationale, septembre 1957 à janvier 1958, et mai-juin et septembre-octobre 1958).Cette série se terminait justement en annonçant une autre série d'études qui, après l'analyse des méthodes, devait confronter les conclusions avec les faits.A cause de l\u2019énormité du travail qu\u2019exigeait cette mise au point, (nécessité de revoir la collection complète de l'Action française-nationale, des Semaines sociales, etc.,) et des nombreuses sollicitations que nous imposent les exigences actuelles du milieu, cela ne fut jamais fait.Le présent anniversaire fournissait une occasion de s\u2019y contraindre dans le cas particulier de notre mouvement.C\u2019est avec confiance que le travail fut entrepris.Une participation suffisamment prolongée au mouvement (depuis 1938), le contact intime dès ce moment-là avec les fondateurs, encore alors membres de la Ligue pour la plupart, constituait une expérience suffisante pour que le soussigné sût un peu d\u2019avance ce qu\u2019il allait trouver, du moins à peu près.Car il restait tout ÉDITORIAL 643 de même à voir, dans les détails \u2014 et surtout pour la période qu'il ne connaissait que par ouï-dire ou référence occasionnelle aux anciennes revues \u2014 (1917-1938) \u2014 jusqu\u2019à quel point les accusations de Trudeau, à défaut d\u2019être vraies, pouvaient avoir de substance.Au départ, surtout en fonction d'un numéro spécial pour un cinquantenaire, l'intention était donc surtout documentaire, quitte à tirer partie ensuite de la documentation.Or, on le verra, le numéro a progressivement tourné vers un ton polémique.Et cela parce qu'au fur et à mesure que le travail avançait, c\u2019est un sentiment de révolte qui grandissait devant l\u2019injustice criante commise contre tous ces hommes, devant la déformation odieuse qui a été faite de leur vraie pensée, eux qui ont vraiment fondé la pensée politique chez nous, qui l'ont fait d\u2019une façon si actuelle que la majeure partie de ce qu\u2019ils ont écrit reste entièrement valable quant au fond et applicable quant aux politiques.La preuve en est qu'on y revient et qu\u2019on est en train de l\u2019appliquer comme cela ne manquera pas de ressortir des documents eux-mêmes, mais sans leur en donner le juste crédit qui leur revient.En définitive, ce qui ressort de l\u2019ensemble, c\u2019est que les esprits étroits, dogmatiques et sectaires ne sont pas ceux que l'on a proclamés tels.Au contraire, l\u2019équipe de L'Action fran-çaise-nationale aborde les problèmes, tous les problèmes, avec une remarquable largeur de vue.Elle les discute vraiment sur le ton dégagé de la véritable spéculation intellectuelle.Certes, elle a ses principes auxquels elle tient, mais on la verra tout le long de son périple, travailler à réveiller le milieu, à mettre du ferment dans la pâte, aborder toutes les questions avec une grande liberté de vues, se tenir proche des réalités pour y incarner vraiment ses principes, s\u2019ouvrir aux influences extérieures mais avec le sens critique bien français qui permet d\u2019en retenir ce qui est assimilable, bon pour nous, et de rejeter ce qui ne saurait nous convenir.Un remarquable travail, par une remarquable équipe, dont il y a lieu d\u2019être fiers, d\u2019être honorés, de se trouver être aujourd'hui les continuateurs.Dont tout peuple aurait lieu de se glorifier ! En définitive, ce qu\u2019on leur reproche se ramène uniquement à n\u2019avoir pas accepté de s'aliéner dans un socialisme 644 L\u2019ACTION NATIONALE doctrinaire et de ne pas avoir vu nos problèmes selon les lunettes à prioristes de l'interprétation de tous les faits par la lutte des classes et le cléricalisme.C\u2019est assez mince.Ce numéro spécial vient donc à son heure, car il apporte les preuves documentaires qui manquaient.Il les apporte au moment où la jeunesse cherche à renouer avec la tradition et a besoin d'un document qui lui permettra de mieux juger.Ce numéro reproduit assez de textes, et donne suffisamment d\u2019analyses pour dégager le sens et la portée de l\u2019oeuvre intellectuelle et politique de L\u2019Action nationale.Il constituera pour la jeunesse comme une sorte de vade mecum grâce auquel pourra se rétablir la continuité brisée entre la tradition et le progrès.Grâce à cet outil, les jeunes verront qu'ils disposent d\u2019une doctrine d\u2019ensemble à reprendre, à pétrir, à adapter aux besoins de l\u2019heure.Une doctrine d\u2019ensemble conçue et faite pour nous, selon ce que nous sommes.Et une telle tradition, contrairement à ce qu'a essayé de nous faire croire toute une école, ce n\u2019est pas un carcan; c\u2019est un point d\u2019appui nécessaire sans lequel les efforts du présent risquent d\u2019être vains ou néfastes, destructeurs; c\u2019est un esprit réaliste, puisque étant l\u2019émanation de plusieurs siècles de vie, grâce auquel les réalisations de demain ont des chances maximums de se révéler productrices parce qu\u2019adaptées au sol dans lequel elles sont plantées.Et s'ils veulent des exemples de la façon dont on peut se servir de la tradition pour l\u2019adapter, les jeunes n'auront qu\u2019à relire L\u2019Action française et L\u2019Action nationale.Ils verront comment des traditionalistes peuvent savoir ne pas être des conformistes et devenir créateurs.Ils comprendront du même coup pourquoi les petits révolutionnaires d\u2019hier se sont vus forcés de revenir dans la course nationaliste : l\u2019anticonformisme n'a pas de valeur constructive s\u2019il ne sait pas s'incarner dans un ordre existant.C\u2019est le double message qui suinte à travers toutes les pages de L\u2019Action française et de L\u2019Action nationale.C'est le message de toute une génération d\u2019hommes qui ont constitué notre première génération de penseurs un peu cohérents et conséquents.Nous leur devons un hommage, un monument; non pas le coup de pied de l'âne que certains ont voulu leur donner bien en vain ! Le directeur LES ORIGINES De la Ligue des droits du français à L\u2019Action française par Joseph Papin-Archambault, s.j.Le texte qui suit est une combinaison, quasi par simple juxtaposition, de trois textes publiés respectivement dans L\u2019Action française de janvier 1921, mai 1921 et décembre 1926.C\u2019est le fondateur du mouvement qui en raconte lui-même les origines et les premières évolutions.Ce texte lui-même en dit long sur la situation d\u2019atterrement où en était le français à Montréal en cette année 1913; et par le fait même, mesure toute l\u2019importance qu\u2019a eue, pour le développement de la vie française du Québec, le nouveau mouvement, dont les horizons devaient d\u2019ailleurs vite s\u2019élargir à la dimension d\u2019un nationalisme authentique et intégral.La Ligue des Droits du français \u2014 ce fut le premier nom de notre groupement \u2014 est née, pourrait-on dire, d\u2019une série d\u2019articles parus dans le Devoir, de mars 1912 à juin 1913.Écrits au hasard des faits observés, le premier sans prévision du second, et le second sans prévision du troisième, mais se rattachant tous au même objet: amener les nôtres à redonner à la langue française, dans les différents domaines où s\u2019exercait leur activité, sa place normale, ces articles déterminèrent plusieurs initiatives intéressantes et me valurent surtout une abondante correspondance.Mes rares loisirs en furent vite débordés.Ajoutez à cela qu\u2019un bon nombre de lettres signalaient des cas où la langue française était bafouée et sollicitaient une intervention personnelle.L\u2019idée me vint alors d\u2019un secrétariat qui concentrerait ces observations et ces plaintes, les examinerait, puis ferait ensuite, non plus au nom d\u2019un homme seulement, mais d\u2019un groupe, les réclamations nécessaires.Je m\u2019ouvris de ce projet à deux amis profondément dévoués à la langue française, le docteur Joseph Gauvreau et Orner Héroux.Il leur plut.Héroux suggéra que l\u2019oeuvre s\u2019appelât ligue plutôt que secrétariat.Cela donnerait plus de poids aux interventions.Nous tombâmes d\u2019accord sur ce point comme sur les autres.Bref une réunion pro- 648 L'ACTION NATIONALE chaine fut décidée où chacun amènerait un compagnon.Les six constitueraient le groupe fondateur.On y étudierait les statuts de la ligue et la campagne immédiate à entreprendre.La réunion eut lieu au jour fixé.Héroux, suivant sa modestie habituelle, s\u2019effaça \u2014 nous devions heureusement le ressaisir plus tard \u2014 mais il nous envoya deux amis au lieu d\u2019un.C\u2019était le 11 mars 1913, un mardi, à 4 heures du soir, dans le bureau du docteur Gauvreau.Outre celui-ci se trouvaient présents : MM.A.-G.Casault, Henri Auger, Léon Lorrain, Anatole Vanier et l\u2019auteur de ces lignes.Les délibérations furent brèves et cordiales.Un même esprit nous animait.Certes aucun de nous ne prévoyait alors les développements qu\u2019allait prendre cette humble initiative.Mais tous, il me semble, avaient conscience de faire oeuvre utile, de servir fidèlement leur langue et leur nationalité.Nous adoptâmes les règlements suivants préparés à l\u2019avance: Article I.\u2014 Il est formé entre les personnes qui adhèrent aux présents statuts une Association appelée Ligue des droits DU français.Elle a son siège social à Montréal.Article IL \u2014 La ligue des droits du français a pour but de rendre à la langue française, dans les différents domaines où s\u2019exerce l\u2019activité des Canadiens français, et particulièrement dans le commerce et l\u2019industrie, la place à laquelle elle a droit.Article III.\u2014 Ses moyens d\u2019action sont notamment: les conférences, les tracts, l\u2019établissement de listes blanches où seront inscrits gratuitement les noms des industriels et des marchands qui reconnaissent et respectent les droits du français, un service de rédaction et de traduction d\u2019annonces et de catalogues, des démarches officielles dans l\u2019intérêt de la langue, etc., etc.(Uarticle IV énumère les différentes catégories de membres: adhérents, coopérateurs et fondateurs.) Article V.\u2014 Les obligations imposées par la Ligue à ses membres sont les suivantes: 1) Suivant le double voeu adopté par le Premier Congrès du Parler français au Canada: a)\tSe servir généralement de la langue française dans ses relations d\u2019affaires et de commerce, même avec les maisons anglaises.b)\tEncourager de préférence les maisons de commerce et l\u2019industrie où l\u2019on reconnaît et respecte les droits de cette langue. LES ORIGINES 649 2)\tTravailler, dans le milieu où Ton vit, à faire disparaître les usages contraires ou nuisibles aux droits de la langue française.3)\tCollaborer à l\u2019action générale de la Ligue, par exemple: suivre ses directives, lui signaler des cas dont elle devrait s\u2019occuper, etc.Article VI.\u2014 La Ligue est dirigée par un comité de six membres.Il se renouvelle par tiers tous les deux ans.Le comité présente alors lui-même aux suffrages des membres de la Ligue quatre candidats dont les deux officiers sortant de charge.Il nous fallait un secrétaire, cheville ouvrière de l\u2019oeuvre.Notre choix n\u2019hésita pas.Il se porta sur le plus ardent du groupe, le plus en vue aussi par sa position sociale, le docteur Gauvreau.Son acceptation d\u2019ailleurs, pressentie à l\u2019avance, avait été posée comme condition essentielle de la fondation de la ligue.Nous nous séparâmes sur de sérieux motifs d\u2019espoir.Disons-le aussitôt.Aucune autre réunion ne devait nous rassembler tous les six.Dès la troisième séance même, nous n\u2019étions plus que quatre.Ainsi le voulurent d\u2019impérieuses circonstances.Mais qu\u2019importe le nombre, quand les âmes sont vaillantes et unies, et qu\u2019elles portent en elles une foi profonde dans la bonté d\u2019une cause, dans les méthodes à son service, dans la certitude de son triomphe ultime.Le premier acte de la Ligue fut la publication d\u2019un manifeste.Adressé aux principaux journaux, répandu sous forme de tract à plusieurs milliers d\u2019exemplaires, il indiquait sa raison d\u2019être et ses moyens d\u2019action.« Le mouvement que nous entreprenons, y lisons-nous, n\u2019est nullement un mouvement de provocation, une déclaration de guerre.Notre langue a des droits: droits naturels, droits constitutionnels.Nous voudrions qu\u2019ils ne restent pas lettre morte, nous voudrions surtout que nos compatriotes soient les premiers à les respecter.Et comme leur abandon provient le plus souvent du laisser-aller, de l\u2019insouciance, de l\u2019inertie, c\u2019est à ces plaies que la Ligue va d\u2019abord s\u2019attaquer ».Puis un peu plus loin: « Une initiative nous a paru s\u2019imposer.C\u2019est l\u2019établissement d\u2019un bureau français de publicité.Il est déjà en partie organisé.Deux écrivains de talent, possédant à fond les 650 L'ACTION NATIONALE langues française et anglaise, sont à notre disposition.Ils reviseront, traduiront, rédigeront, moyennant une rétribution raisonnable tout travail qu\u2019on voudra bien leur confier: annonces, catalogues, prospectus, etc.» Ce bureau fonctionna sur-le-champ.Anglais comme Canadiens français y eurent recours.Il satisfit les uns et les autres.Une exposition de catalogues et de calendriers français que nous organisâmes à Montréal contribua à accroître sa clientèle.Elle eut aussi le bon effet d\u2019offrir une démonstration vivante de notre thèse et de convertir plusieurs incrédules à l\u2019annonce française^ Quelques mois plus tard nous pouvions publier une liste de vingt maisons montréalaises imprimant des calendriers français.Notre manifeste parlait de prochaines publications.Dès le mois de juin paraissait sous le titre: La langue française au Canada.Faits et réflexions, une brochure d\u2019une centaine de pages, préfacée par le docteur Gau-vreau et contenant la série d\u2019articles publiés dans le Devoir.Vinrent ensuite de mois en mois nos listes d\u2019expressions techniques.Préparées par un groupe de professeurs, classées par catégories de métiers, imprimées sur des feuilles volantes, elles constituent une de nos plus utiles initiatives.Plusieurs maisons d\u2019éducation en profitèrent.Pour absorbantes que fussent ces tâches, elles n\u2019accaparaient pas cependant l\u2019activité principale de la Ligue.Les interventions auprès des gouvernements, des municipalités, des industries, des maisons de commerce, des simples particuliers, avaient le premier pas.Seul notre dévoué secrétaire connut exactement \u2014 car il en porta alors presque tout le poids \u2014 le nombre élevé de lettres, d\u2019appels téléphoniques, de démarches personnelles que s\u2019imposa la Ligue en faveur de notre langue.Ces efforts ne furent pas vains.L\u2019immensité de la tâche à accomplir a pu donner le change à des observateurs superficiels.Mais si l\u2019on veut considérer attentivement les faits, on constatera qu\u2019il s\u2019est produit une transformation radicale dans plusieurs industries, et ailleurs de nombreuses améliorations partielles.Et pour LES ORIGINES 651 qui connaît la puissance de l\u2019éducation visuelle, l\u2019influence des objets vus et revus chaque jour sur les cerveaux d\u2019enfants et même d\u2019hommes faits, d\u2019avoir débarrassé des façades de maisons ou des couvercles de boîtes de caractères saxons pour y substituer des lettres françaises, ce n\u2019est pas un résultat, certes, qu\u2019on ait le droit de passer sous silence.Des hommes autorisés ont su d\u2019ailleurs rendre hommage au labeur obscur mais efficace auquel la Ligue se livra particulièrement durant ces premières années.Tel l\u2019épiscopat canadien-français, \u2014 le cardinal Bégin et le regretté Mgr Langevin en tête, \u2014 dont nos archives conservent les précieuses approbations.Citons seulement ces lignes du coadjuteur de Son Eminence, Mgr Roy, écrites en 1914: « Votre oeuvre m\u2019est connue depuis longtemps.Elle a eu dès l\u2019origine mon entière approbation.Comme vous ne sauriez douter de mon sentiment là-dessus, je crois inutile d\u2019insister.La Ligue des droits du français accomplit un travail de toute première nécessité sur le terrain des revendications urgentes.On peut regretter qu\u2019elle ne soit pas née plus tôt.Personne ne songera à contester l\u2019importance de sa tâche, ou à lui reprocher de ne pas l\u2019accomplir avec intelligence et courage.Hélas ! c\u2019est bien jusque-là que nous en sommes venus; il faut du courage en plein Québec, pour proclamer, défendre, faire respecter les droits du français ! Votre Ligue a voulu secouer la léthargie des uns, flétrir la trahison des autres.Elle a jeté le cri d\u2019alarme et donné le mot d\u2019ordre.Elle a fait davantage.Avec un zèle clairvoyant et un grand sens pratique, elle s\u2019est mise à l\u2019oeuvre sur un champ d\u2019action bien déterminé, et elle s\u2019efforce d\u2019appliquer à des maux évidents des remèdes efficaces.Déjà les résultats ont fait voir la justesse de vos méthodes.Vous pouvez, à juste titre, compter sur la reconnaissance des vrais patriotes, qui voient en vous de bons et utiles ouvriers, des soldats souvent victorieux, toujours courageux dans les batailles qu\u2019ils livrent pour défendre et venger cette noble Dame, la langue française ! » C\u2019est aussi à cette époque que le président de la plus importante de nos sociétés nationales insista auprès de notre secrétaire pour faire entrer notre groupement dans ses rangs comme section des droits du français.Débordante de vie, la Ligue entendait garder sa pleine autonomie.Mais il lui fallait plus de directeurs.Elle aurait même dû remplacer sans tarder ceux qui la 652 L'ACTION NATIONALE quittèrent au début.Elle finit par s\u2019y décider.Le 2 février 1915, nous eûmes la bonne fortune de ressaisir notre camarade Héroux, puis de nous adjoindre une haute personnalité, le R.P.Guillaume Charlebois, provincial des Oblats au Canada, et l\u2019un de nos membres depuis déjà plusieurs mois.Nous avions alors changé de local.Le Monument national nous hébergeait.Je n\u2019oserais pas affirmer que nous étions confortablement installés.On connaît le proverbe : « La façon dont on donne vaut mieux que ce que l\u2019on donne ».La Société Saint-Jean-Baptiste nous avait dit très aimablement: « Nous ne pouvons disposer que d\u2019une chambre.Venez la voir.Si elle vous va, nous vous l\u2019offrons de grand coeur.\u201d Sans hésiter, nous prîmes donc possession d\u2019un petit réduit, situé au rez-de-chaussée, sous le grand escalier qui conduit au premier étage.L\u2019espace n\u2019était pas très large, ni l\u2019air très pur, ni la lumière très vive.mais avec de la bonne volonté nous arrivions à nous placer, tous les six, autour de la table de notre assistant-secrétaire; puis nous laissions la porte grande ouverte : l\u2019endroit est isolé, seul un médecin italien logeait près de nous et les clients qui venaient le voir ne semblaient pas se préoccuper beaucoup de nos propos ; quant à la lumière ma foi ! nous nous en chargions .Que d\u2019heures intéressantes nous avons passées dans cet antre obscur, où n\u2019atteignaient pas les vains bruits de la rue.L\u2019esprit de Lorrain fusait comme des étoiles qui traversent soudain le ciel ; le P.Charlebois revenait ordinairement d\u2019un voyage à Ottawa et, de son ton calme, nous détaillait les péripéties de la lutte livrée autour des écoles; Héroux, que les avant-postes ont toujours attiré, buvait ses paroles et les commentait de ses souvenirs; puis chacun y allait de sa cueillette hebdomadaire de faits observés, de ses projets, de ses rêves.Des nombreuses initiatives qui s\u2019épanouirent depuis, qui éclosent encore aujourd\u2019hui, je ne sais s\u2019il en est une dont le germe ne fût d\u2019abord jeté dans ces réunions où, répondant à l\u2019appel de notre secrétaire nous accourions des quatre coins de la ville, nos besognes habituelles un instant suspendues, pour pencher nos esprits et nos coeurs sur la tâche aimée que nous offrait la Ligue.Là naquit LES ORIGINES 653 l\u2019Almanach, là s\u2019élabora L\u2019Action française, là se décidèrent nos principales interventions, là peu à peu prit corps cette doctrine dont le directeur actuel'1\u2019 de notre revue, choisi là, lui aussi, pour son poste futur, nous expose dans son magnifique langage les principes régénérateurs.Ce fut ensuite l\u2019entrée dans notre comité de Louis Hurtubise \u2014 qui devait devenir secrétaire général, puis trésorier \u2014, à la place du P.Charlebois, obligé de nous quitter; puis l\u2019installation de notre secrétariat dans l\u2019immeuble Dandurand, grâce à la générosité de son propriétaire; puis le départ de Lorrain, et son remplacement par l\u2019abbé Groulx [comme directeur de la Ligue].* * * Le vrai fondateur de la revue, celui qui y songea dès les débuts de notre oeuvre, qui lui choisit son nom et sa toilette, qui la produisit en public chaque mois, durant quatre ans, le journaliste vaillant, resté jeune sous sa barbe et ses cheveux gris, inlassablement fidèle au même idéal, le premier journaliste canadien de notre époque, ce fut Orner Héroux.À côté de lui se dresse une figure plus complexe, mais non moins sympathique, que les exigences de la vie ballottèrent de son lointain pays de Rimouski, où la mer et les vastes horizons lui avaient forgé une âme vibrante, jusqu\u2019à la métropole, puis de Montréal à Québec, de Québec à Rimouski de nouveau, puis de Rimouski à Montréal encore, où la Providence le fixa enfin pour d\u2019utiles besognes dont celle de lanceur et de propagandiste de notre revue, d\u2019incomparable recruteur d\u2019abonnés, puisqu\u2019il les enlevait, dans des harangues enflammées, le long de ses courses professionnelles, par blocs de 25, de 50 et même de 60 ! Ouvrez le premier numéro de L\u2019Action française et au bas de l\u2019article qui la présente au public, vous lirez son nom, sonore comme son âme: Joseph Gauvreau.1.Il s\u2019agit de l\u2019abbé Lionel Groulx, puisque nous sommes en 1921.Voir ci-après, à la section Lignes de force, le texte intitulé Notre doctrine (p.701). 654 L'ACTION NATIONALE Autour de ces deux hommes nous gravitions, trois ou quatre: Anatole Vanier, modèle de constance et de ténacité; Léon Lorrain, l\u2019esprit toujours pétillant; Louis Hurtubise, qui veilla plusieurs années avec un soin jaloux sur notre caisse .vide ; et un personnage quelque peu mystérieux, chroniqueur assidu des faits courants, et dont vous me dispenserez bien de tracer ici le portrait: Pierre Homier(l) 2.Telle fut la première équipe qui, sans un sou, mais riche d\u2019enthousiasme et de dévouement, conçut, prépara, mit au monde, fit prospérer et grandir la nouvelle revue.Nous venions alors de quitter l\u2019antre ténébreux du Monument National et d\u2019occuper le bureau modeste, mais confortable, du nouvel édifice Dandurand.C\u2019était au neuvième étage.Et cette ascension, aussi rapide qu\u2019inattendue, nous donna l\u2019illusion d\u2019être montés tout droit du purgatoire au ciel.Le gardien de l\u2019ascenseur était tout ébahi de nos figures réjouies et de nos propos joyeux, lorsque nous redescendions en groupe, après nos séances hebdomadaires.Nous nous croyions vraiment presque propriétaires de l\u2019immeuble \u2014 puisqu\u2019on ne nous tenait plus sous l\u2019escalier! \u2014 et on put voir, un jour, dans l\u2019Almanach, le superbe édifice de neuf étages avec ce titre flamboyant: Siège social de L\u2019Action française! Ce sont des millionnaires, durent se dire nos amis éloignés12\u2019.Un autre événement allait bientôt contribuer à affermir notre prospérité grandissante.La revue avait été fondée en janvier 1917.Dès mars, un nouveau directeur de la Ligue prenait rang parmi nous.Cette date mérite d\u2019être retenue, car la Providence nous amenait alors celui qui devait plus tard recueillir la succession de M.Héroux, 1.\tOn aura compris qu\u2019il s\u2019agit du père Archambault lui-même, qui publia sous ce nom les articles du Devoir, la brochure mentionnée ensuite et ses nombreuses collaborations à L\u2019Action française.C\u2019est d\u2019ailleurs sous son pseudonyme qu\u2019il est désigné dans la liste des directeurs de la Ligue.2.\tQuelqu\u2019un qui, lui, ne demeurait pas loin et nous connaissait mieux, me rencontrant quelques jours après cette publication, me jeta toute l\u2019aventure sur le dos, en me lançant cette apostrophe: « Eh ! ces jésuites ! c\u2019est cela, je suppose, que vous appelez, vous autres, une restriction mentale ! » LES ORIGINES 655 puis devenir le vrai chef de notre Ligue, son théoricien et son animateur, l\u2019abbé Lionel Groulx.J\u2019ai nommé la Providence.Ce n\u2019est pas un vain mot.Comment sommes-nous allés à lui?Comment est-il venu à nous?La chose est toujours demeurée quelque peu mystérieuse, tant elle fut soudaine et facile.Sa place était évidemment parmi nous.Il l\u2019occupa la première fois comme s\u2019il y avait été installé dès l\u2019origine.Il était de notre Ligue avant même d\u2019y entrer.C\u2019est en octobre 1920 que M.Héroux dut abandonner la charge de directeur de la revue.Sa besogne croissante lui en rendait le poids trop lourd.Mais il nous continua une collaboration aussi active qu\u2019éclairée.L\u2019abbé Groulx, à son tour, allait nous imposer une interruption d\u2019un an, de mai 1921 à mai 1922, pour un voyage en Europe.Ce fut assez dur pour l\u2019oeuvre.Il fallait suppléer, du jour au lendemain, une direction brillante.Or, on ne s\u2019improvise pas directeur de revue, surtout quand celle-ci est l\u2019organe d\u2019une doctrine.Puisque aucun d\u2019entre nous ne se sentait de taille à assumer seul la tâche, nous l\u2019acceptions à trois.Et si je rappelle, non sans émotion, ce bref triumvirat, c\u2019est qu\u2019il m\u2019accorda une des meilleures joies qui se puisse goûter ici-bas, celle de prendre contact, dans une collaboration intime et presque quotidienne, avec de nobles caractères, avec deux âmes d\u2019élite.Du premier de ces compagnons, Paul Dulac a décrit la mince et fière silhouette.Il a noté, entre autres caractéristiques, ses préoccupations d\u2019ordre intellectuel, son sens social, ses soucis d\u2019ordre moral, sa haute conception de la vie.Je n\u2019ai pas l\u2019intention de refaire ce portrait, mais je ne puis rappeler les premières années de L\u2019Action française sans évoquer cette collaboration passagère, dont il subsiste au moins une amitié permanente, et sans rendre un témoignage d\u2019admiration au vaillant ouvrier de tant de belles causes, à l\u2019intrépide défenseur de nos lois françaises, au noble caractère fait de droiture, de fierté patriotique et de foi intense, en qui vous avez tous reconnu Antonio Perrault. 656 L'ACTION NATIONALE Le second, fidèle au conseil que donnait jadis Brune-tière à la jeunesse catholique de son pays, se contente actuellement d\u2019acquérir, dans les luttes restreintes du prétoire, une valeur professionnelle qui lui permettra bientôt de s\u2019imposer à ses compatriotes.Mais dans chacune des charges qu\u2019il occupa naguère, à la présidence de l\u2019Association catholique de la jeunesse canadienne-fran-çaise, il s\u2019est révélé homme de principes fermes et de jugement sûr.Aussi notre oeuvre s\u2019honore-t-elle d\u2019avoir eu à son service, durant quelques mois, l\u2019ancien président général de l\u2019A.C.J.C., Joseph Blain.J\u2019ajouterai que le dévouement et l\u2019habileté de nos gérants successifs, Parrot, Wilfrid Guérin et surtout Napoléon Lafortune, facilitèrent grandement la besogne des directeurs.Mais nous voici au seuil de l\u2019ère nouvelle.Le retour d\u2019Europe de l\u2019abbé Groulx va donner une vigoureuse impulsion à notre Ligue et clore la période des débuts.Il me reste une dernière figure à évoquer dans ce groupe des premières années de L\u2019Action française, qui s\u2019étend de 1917 à 1922.Pourquoi l\u2019ai-je gardée pour la fin?N\u2019est-ce pas plutôt par elle que j\u2019aurais dû commencer?Est-ce sa modestie qui m\u2019a porté à agir ainsi ?ou son prestige, qui me permettra de terminer ces remarques sur un nom vénéré de tous?C\u2019est peut-être encore que, chez lui, où la Ligue s\u2019est réunie plusieurs années, hôte incomparable, il a toujours le dernier mot.Un des charmes les plus prenants de notre oeuvre n\u2019a-t-il pas été ces fins de séances, où, l\u2019ordre du jour épuisé, nous nous groupions, prêtres et laïques, autour d\u2019une table frugale mais bien française, pour y causer à bâtons rompus, des problèmes actuels, de la survivance de notre nationalité, de l\u2019emprise du Christ sur l\u2019âme canadienne.Et c\u2019était toujours lui, l\u2019abbé Perrier, qui savait, dans de brefs aperçus théologiques, philosophiques ou pédagogiques, mettre au point la question débattue et lui donner la vraie solution.Que de notions justes, que de faits lumineux, que de jugements sûrs, nous avons rapportés de ces causeries intimes qu\u2019animaient la LES ORIGINES 657 science profonde et l\u2019extrême charité du distingué président de la Ligue d\u2019Action française.* * * Le nom à\u2019Action française donné à la revue et de Ligue des Droits du français en vint à engendrer quelque confusion.On vit même quelques amis de la dernière heure, ignorant les origines et les développements de l\u2019oeuvre, s\u2019enquérir s\u2019il y avait deux organisations distinctes.Cette situation demandait d\u2019être éclaircie.L\u2019obtention d\u2019une charte provinciale parut alors s\u2019imposer.La charte de la Ligue, d\u2019ailleurs, et la requête qui en fit la demande précisent bien ce que contiennent ces mots: Les requérants, est-il dit dans la requête, exposent qu\u2019il fut fondé à Montréal, le 11 mars 1913, une oeuvre sous le nom de Ligue des Droits du français et qu\u2019afin d\u2019assurer sa permanence et d\u2019agrandir son champ d\u2019action, ils désirent obtenir des lettres-patentes en vertu des dispositions de la troisième partie de la loi des compagnies de Québec, 1920, constituant en corporation sans capital-actions, sous le nom de Ligue d\u2019Action française, vos requérants et les autres personnes qui peuvent en devenir membres.\u201d Et la charte indique en ces tenues les buts de la nouvelle corporation: 1.\tTravailler en Amérique, par l\u2019étude et l\u2019action, au maintien du catholicisme et de la civilisation française.2.\tDévelopper en particulier, la personnalité ethnique du peuple canadien-français, suivant son caractère catholique et latin, et dans le sens de ses traditions nationales.Ce sera l\u2019une des gloires de notre Ligue d\u2019avoir ainsi fourni à la pensée nationale les hautes directives qu\u2019elle réclamait.La requête était signée: abbé Philippe Perrier, abbé Lionel Groulx, R.P.Joseph Papin-Archam-bault, s.j., Dr Joseph Gauvreau, Orner Héroux, Louis Hur-tubise, Antonio Perrault, Anatole Vanier et Napoléon Lafortune(l).1.A partir de ce point, le texte n\u2019est plus du père Archambault, ni tiré de la revue, mais le résultat d\u2019un examen des documents par le directeur actuel de la Revue. 658 L'ACTION NATIONALE En janvier, 1927, toutefois, la revue et le mouvement devaient changer de nom.Le mot d\u2019ordre de l\u2019édition de janvier 1928 explique suffisamment la cause: « Avec ce mois de janvier 1928, notre Revue, paraît sous un nom modifié.On sait les malheureux événements qui ont rendu suspect, par tout le monde catholique, le nom d\u2019Action française.Nous n\u2019avions rien de commun avec l\u2019oeuvre royaliste de Paris.Nous lui avions emprunté un nom, comme chez nous, beaucoup d\u2019organes de presse qui adoptèrent un nom déjà usité en Europe.Il suffit que ce nom sonne mal aujourd\u2019hui à des oreilles catholiques pour que nous en changions.Par simple déférence envers les autorités romaines, sans aucune pression ou invitation de qui que ce soit, mais de leur propre mouvement, les directeurs de notre Ligue ont décidé que la Revue s\u2019appellerait désormais : L\u2019Action cana-dienne-française, que la Ligue deviendrait la Ligue d\u2019Action canadienne-française, et la Librairie, la Librairie d\u2019Action canadienne-française.« Pour le reste rien ne sera changé ni à l\u2019esprit ni à la direction de la Revue, non plus qu\u2019aux multiples services de notre oeuvre.Tout au plus son nouveau nom précisera-t-il davantage le caractère de cette oeuvre.Nous restons-là pour la propagande et la défense des mêmes idées, avec les mêmes moyens d\u2019action.Nos amis et nos lecteurs auront seulement compris, une fois de plus, nous l\u2019espérons, que notre foi de catholiques est au dessus de tout, et que nous n\u2019entendons nous prêter, de ce côté, à aucune équivoque.» Il faut ajouter que la suspension de la publication de la revue, un an après n\u2019eut absolument rien à voir avec cet incident.Devenue une assez grosse entreprise d\u2019édition et de librairie, la Ligue connut, après une période de prospérité, une série de revers financiers qui la conduisirent à vendre tous ses droits aux Éditions Albert Lévesque.Cette suspension, avec les désappointements et les frustrations qui l\u2019ont accompagnée, engendre une période de silence.La grande prospérité a d\u2019ailleurs engourdi les esprits.Après les secousses de la guerre du règlement XVII et de la conscription, le Canada français s\u2019intéresse maintenant plus aux cotes de la bourse qu\u2019à la lutte nationale: euphorie de prospérité et de spéculation qui touche cependant à son terme.Quatre ans plus tard, au plus profond de la plus grande crise économique de l\u2019époque contemporaine, la Ligue relève la tête à l\u2019instigation d\u2019un de ses plus jeunes membres, qui devient le président d\u2019une ligue renouvelée et rebaptisée Ligue d\u2019Action na- LES ORIGINES 659 tionale pour lancer L\u2019Action nationale en janvier 1933.La nouvelle ligue comporte un certain nombre des membres de l\u2019ancienne équipe, plus des additions notables.Elle se compose de MM.Esdras Minville, président; Hermas Bastien, secrétaire; le P.Papin-Archambault, MM.les abbés Lionel Groulx et Albert Tessier, M.Olivier Mau-rault, p.s.s.; et MM.Eugène L\u2019Heureux, Anatole Vanier, Harry Bernard, Arthur Laurendeau, René Chaloult, Wilfrid Guérin, Léopold Richer; avant la fin de l\u2019année se seront joints à eux MM.Albert Rioux et Philippe Hamel.La direction de la revue est confiée à M.Harry Bernard.L\u2019oeuvre paraît alors bien assise.Les difficultés d\u2019ordre financier et administratif restèrent toujours, restent encore sérieuses.Pourtant sans subventions d\u2019aucun organisme, sans affiliation ni sans l\u2019appui financier soutenu d\u2019aucun parti ou groupe d\u2019action civique, patriotique ou national, avec le seul concours de ses abonnés, de quelques amis annonceurs et de modestes souscriptions amicales occasionnelles, plus le concours à peu près toujours bénévole ou quasi bénévole de ses directeurs successifs et de ses collaborateurs, elle a depuis poursuivi son oeuvre, parfois sur la corde raide, mais sans interruption.Bien que dans certains milieux, on sache faire preuve de la largeur de vue dont on se targue en poussant la mesquinerie jusqu\u2019à se garder de faire la moindre allusion à cette réussite, qu\u2019on nous désigne une autre entreprise « d\u2019action intellectuelle », selon ce que voulut l\u2019abbé Groulx, qui ait réussi la même performance. Le germe: Les articles du père Archambault dans Le Devoir du 16 mars 1912 au 26 juin 1913 On 1 a vu dans le texte qui précède, les articles du père Archambault, qui lui ont donné l\u2019idée de la Ligue, où est née ensuite l\u2019idée de la revue, tonnent une brochure de 100 pages.Ils sont une très modeste graine par comparaison au grand arbre qui en devait sortir.Car ils portent sur un problème très limité: des raisons sociales françaises, des catalogues en français, des dépliants publicitaires et des calendriers d\u2019étrennes en français, au moins venant de la part de nos maisons canadiennes-françaises pour la clientèle canadienne-française.Nous en étions là en 1912 .et sommes-nous tellement plus loin en 1963 ! Les articles étaient très concrets, très modernes par suite dans leur approche.Pas de grands discours ou de grands principes, mais des enquêtes, des constatations, des observations faites dans les différents quartiers de Montréal, de la correspondance reçue de l\u2019extérieur.A quoi s\u2019ajoutent des réflexions, en apparence très terre à terre, mais en réalité très pénétrantes, sur l\u2019influence que tout ce « visage » anglais ne saurait manquer d\u2019avoir sur notre psychologie d\u2019adulte, sur la formation de notre sens national dès notre plus tendre enfance.Il a été de mode, il y a quelques années, de mépriser ce genre d\u2019action nationale; de le trouver étriqué, recroquevillé, dépourvu d\u2019ampleur: un nationalisme d\u2019atmosphère de cave, qui sent le moisi, a-t-on dit, au lieu du dégagement des grands espaces et des grandes bouffées d\u2019air pur.Pourtant j\u2019ose dire que le père Archambault était en fait plus près des vrais problèmes, au niveau concret du peuple, où doit commencer toute restauration, que trop de grands esprits pour qui l\u2019« humanisme populaire » n\u2019était en fait que jeux de mots dans l\u2019esprit, quand ce n\u2019était pas simplement occasion de susciter des remous dans notre société, histoire de s\u2019y faire remar- LE GERME 661 quer.Ce qui est arrivé en fait, c\u2019est qu\u2019après un périple dans la stratosphère, la plupart de ceux-là en sont revenus à mettre, très justement, toute l\u2019insistance qu\u2019il faut sur la pureté de notre langue (ce qui est sans doute déjà plus élevé que la simple chasse aux étiquettes anglo-saxonnes) et, comme moyen indispensable d\u2019y parvenir, sur la nécessité de redonner au Québec un « visage français ».Et alors on y est: ainsi rebaptisée, la campagne actuelle n\u2019est qu\u2019une reprise de la campagne commencée par le père Archambault en 1912.Cela même d\u2019ailleurs a de quoi engendrer la nostalgie.Une des grandes déceptions qu\u2019on éprouve en relisant la brochure du père Archambault, c\u2019est de constater que sa série d\u2019articles pourrait, qu\u2019elle devrait être reprise, presque exactement dans les mêmes termes en 1963.Certes, il n\u2019en faut pas tirer la conclusion qu\u2019il n\u2019y a eu aucun progrès depuis: ceux qui ont assez d\u2019âge pour avoir connu les deux périodes peuvent donner des exemples des progrès accomplis.Mais le fait qu\u2019il reste tant à faire, même sur ce terrain très limité et très spécifique, en dit long sur les obstacles extérieurs et intérieurs auxquels le peuple canadien-français se heurte, à l\u2019intérieur de la Confédération, dans son effort pour se retrouver lui-même.Sans aucun doute, cela devrait faire l\u2019objet de nos profondes méditations d\u2019ici 1967 ! Mais pour revenir à la campagne du père Archambault, il est injuste de taxer ces nationalistes de s\u2019en être tenus à des campagnes pour des étiquettes françaises.En ayant fait le point de départ de leur action, ils y ont mis il est vrai beaucoup d\u2019insistance.Mais avaient-ils vraiment tort ?Leur expérience ne valait-elle pas l\u2019idéalisme de ceux qui préfèrent s\u2019en tenir aux grandes idées, au maniement desquelles on risque moins de se salir les mains ?Je le crois.Car l\u2019essentiel c\u2019est qu\u2019ils n\u2019en soient pas restés là, comme le prouve la fondation ultérieure de la revue et son orientation vers ces grandes enquêtes, qui m\u2019apparaissent comme la réalisation majeure d\u2019ordre intellectuel de cette époque dans le domaine de la pensée politique, économique et sociale.L\u2019un des fondateurs, 662 L'ACTION NATIONALE M.Antonio Perrault nous a bien décrit ce qui s\u2019est passé dans un article de février 1924 : Fondée avec le but principal de remettre la langue française à la place qui lui appartient (.) L\u2019Action française a depuis élargi le champ de ses efforts.Elle comprit que le maintien de la langue française au Canada dépend de causes profondes.C\u2019est le changement d\u2019un état d\u2019âme, pensèrent ses directeurs, qui fera sortir nos gens de l\u2019indolence, de la faiblesse, de l\u2019oubli parfois qu\u2019ils manifestent à l\u2019égard du parler français.La langue est trop étroitement liée aux autres éléments constitutifs d\u2019une nationalité pour que l\u2019on puisse l\u2019isoler de l\u2019ensemble du problème national.Sans négliger la défense de la langue, L\u2019Action française essaie d\u2019embrasser dans une vue totale la survivance de notre nationalité.En somme, partant d\u2019un problème très concret et très immédiat, les fondateurs de la Ligue des Droits du français ont pris concrètement et progressivement conscience que le succès d\u2019une telle initiative était lié à tout un ensemble d\u2019idées et de réalisations d\u2019ordre supérieur sans l\u2019épanouissement desquelles ils perdaient tout simplement leur temps.Ce point de départ et cet éveil aux vrais problèmes à partir d\u2019un aspect concret de la réalité ne peut pas être plus conforme aux exigences des constructions politiques à la fois réalistes et éclairées.Elle explique, sans aucun doute pourquoi, ainsi que la chose est montrée ailleurs dans ce numéro (p.814), toute l\u2019école nationaliste de L\u2019Action nationale est restée si réaliste, si constamment près des vrais problèmes nationaux en fonction de notre milieu; par comparaison à d\u2019autres écoles qui ont récemment prétendu faire mieux en essayant de nous imposer d\u2019en haut une pensée politique prise ailleurs et élaborée dans des conditions si différentes des nôtres.Il fait drôle aujourd\u2019hui de relire, par exemple, les diatribes d\u2019un Pierre-Elliott Trudeau, dans son introduction à La grève de l\u2019amiante, sur la futilité et le caractère irréaliste de tout ce travail des nationalistes traditionnels.Il fait drôle de le relire en fonction de ses propres colères récentes contre un peuple à qui il dit en substance dans Cité libre\u2019.Nous sommes aussi nationalistes que les anciens, mais nous vous pensions assez LE GERME 663 adultes pour vous parler de liberté plutôt que d\u2019étiquettes ou de timbres bilingues: puisqu\u2019il le faut nous vous en parlerons dorénavant ! Et drôle de le relire devant un aveu comme celui, plus récent encore, de Marcel Rioux: Que nous le voulions ou non, que nous aimions ou non la chose, il nous faudra assumer le nationalisme si nous voulons réussir à faire pénétrer nos idées.En somme, après une crise où tout a paru devoir sombrer, ce sont les idées et les méthodes de L Action française qui triomphent.De ce document de base de l\u2019histoire de notre mouvement que constitue La langue française au Canada (Faits et réflexions), par Pierre Homier, avec préface du docteur Joseph Gauvreau, édité par la Ligue des Droits du français, chambre 26, 80 rue Saint-Jacques, Montréal, nous ne donnerons, à cause de la longueur du texte, que la préface du docteur Gauvreau.PREFACE AUX CANADIENS-FRANÇAIS C\u2019est triste à dire, mais ceci est vrai.L\u2019on vit en un temps où l\u2019on ne garde, même de son bien, que ce que l\u2019on réclame.La petite langue de terre qui sépare votre propriété de celle de votre voisin, si étroite soit-elle, vous devez non seulement l\u2019enclore, mais signifier, maintes fois, à votre entourage, qu\u2019elle est à vous.Si vous ne faites cela, vous vous exposez à des procès en bornage, à des contestations judiciaires longues et coûteuses, souvent précaires et incertaines.Vous fiant simplement à la justice des autres, vous devenez la proie de l\u2019égoïsme universel et particulier en cours parmi les hommes, qui fait que, sans revendications, chacun se croit maître de ce qui l\u2019environne et petit à petit s\u2019empare de ce qui ne lui appartient pas.C\u2019est, en raccourci, l\u2019histoire de la langue française au Canada.A nous par droit de naissance, à nous de par la loi, un travail sourd mais constant d\u2019absorption pacifique est en train de nous la ravir à jamais, d\u2019autant 664 L'ACTION NATIONALE plus sûrement que les protestations de notre part seront moins intenses et moins nombreuses.Nous venons de traverser une époque d\u2019indifférence nationale, des mieux marquées, alors que le pays prenait un essor gigantesque vers la prospérité matérielle.Notre langue, parce que nous l\u2019avons bien voulu, s\u2019est vu exclure peu à peu du domaine commercial et industriel.De longtemps, Pierre Homier, dans les veines duquel bouillonne le plus pur sang de notre race, avait compris la situation anormale faite au parler français.L\u2019atmosphère de patriotisme que crée le Congrès de la Langue française, tenu à Québec l\u2019an dernier, lui laissa entrevoir qu\u2019une campagne vigoureuse produirait d\u2019excellents fruits.Saisissant son mâle outil, Pierre Homier procéda par étapes.Il fit connaître tout d\u2019abord cette situation faite à notre langue dans le commerce et l\u2019industrie; il se plaignit de l\u2019indifférence de nos compatriotes en matière si essentielle à la vie, au coeur et à l\u2019âme nationale; il signala les faits, multiplia les exemples d\u2019abdications grossières; il ridiculisa le calendrier anglais publié par des marchands canadiens-français et mis à la place d\u2019honneur dans l\u2019humble logis de nos ouvriers; puis, il finit par tomber à bras raccourcis sur les plus coupables, les annonceurs et les acheteurs.Il eut maintes fois l\u2019occasion de s\u2019entendre dire par ceux-ci qu\u2019ils l\u2019avaient bien mérité.Ce fut sa première récompense.Sa constance dans la lutte lui en réservait une autre.Sa campagne de presse donnait de si bons résultats pratiques que Pierre Homier sentit le besoin de s\u2019associer un groupe d\u2019amis pour continuer, agrandir et parfaire son oeuvre.De là naquit la Ligue des Droits du français qui, dès son apparition, fut en butte aux attaques des mécontents et des fanatiques qui cherchent en tout la petite bête.Elle supporta allègrement l\u2019orage et prouva qu\u2019elle était née pour vivre.Comme tous les Canadiens-français qui réclament énergiquement leurs droits, Homier reconnaît ceux des autres.On ne saurait trouver dans ses articles, écrits LE GERME 665 souvent sous le coup d\u2019une juste indignation, une seule phrase, un seul mot qui soit une attaque contre la race anglaise.Ceux qu\u2019il fustige ou qu\u2019il fouaille, ce sont ses propres compatriotes trop lâches pour se tenir debout devant des hommes qui cependant ne les respectent que dans cette posture.S\u2019il a dénoncé le Parisian French, éclos dans la province ontarienne, c\u2019était pour leur faciliter les moyens d\u2019y remédier.Aussi la Ligue des Droits du français, qui entend s\u2019inspirer de cet esprit a-t-elle cru utile au but qu\u2019elle poursuit de réunir en brochure les articles de Pierre Homier.Une nombreuse correspondance nous témoigne que ces articles ont été une première fois fort goûtés.Ils ont éveillé l\u2019attention de plusieurs, fait rougir un grand nombre et converti quelques-uns.Cela leur donne le droit de recommencer.Au public d\u2019en faire un succès de librairie.Il en aura toujours pour son argent, et quelque peu coupable soit-il envers la langue française, il en aura pour son compte.Comme disaient nos pères : «Grand bien lui fasse ! » JOSEPH GAUVREAU Secrétaire de la Ligue des Droits du français Montréal, 24 juin 1913. \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t . Les présidents et les secrétaires de la ligue Les présidents Président-fondateur: P.Joseph PAPIN-ARCHAMBAULT (1912-1917) M.le chanoine Lionel GROULX (1917-1922) M.l\u2019abbé Philippe PERRIER (1922-1933) M.Esdras MINVILLE (1933-1941) M.Anatole VANIER (1941-1954) M.François-Albert ANGERS (1955-?) Les secrétaires Dr Joseph GAUVREAU (1912-1917) M.Louis HURTUBISE (1917-1922) M.Anatole VANIER (1932-1933) M.Hermas BASTIEN (1933-1937) M.André LAURENDEAU (1937-1939) M.Roger DUHAMEL (1939-1946) M.Dominique BEAUDIN (1946-1951) M.J.-Alphonse LAPOINTE (1951-1952) M.Jean-Marc LÉGER (1952-1954) M.Mario DUMESNIL (1955-1961) M.Dominique BEAUDIN (1961-?) Les directeurs de la ligue Les directeurs de la ligue P.Joseph PAPIN-ARCHAMBAULT (1912-1918 et 1933-?) Dr Joseph GAUVREAU (1912-1923) M.Orner HÉROUX (1912-1920) M.Anatole VANIER (1912-1959) M.Léon LORRAIN (1912-1917) Chanoine Lionel GROULX (1917-?) M.Louis HURTUBISE (1917-1922) Mgr Philippe PERRIER (1919-1932) M.Hervé ROCH (1919-1920) M.Antonio PERRAULT (1921-1932) M.Arthur LAURENDEAU (1923-?) M.l\u2019abbé Lucien PINEAULT (1923-1932) M.Émile BRUCHÉSI (1924-1932) M.Esdras MINVILLE (1927-1941) M.Hermas BASTIEN (1927-1939) M.Yves TESSIER-LA VIGNE (1927-1932) M.Harry BERNARD (1933-1935) M.Wilfrid GUÉRIN (1933-1935) Dh Philippe HAMEL (1933-1945) M.Eugène L\u2019HEUREUX (1933-1945) M.René CHALOULT (1933-?) Mgr Olivier MAURAULT (1933-1954) Mgr Albert TESSIER (1933-1953) M.Léopold RICHER (1933-1952) M.Albert RIOUX (1933-?) M.Dominique BEAUDIN (1934-?) M.André LAURENDEAU (1935-?) Dr Antonio BARBEAU (1936-1938) M.Maximilien CARON (1937-1941) M.François-Albert ANGERS (1938-?) M.Roger DUHAMEL (1938-1947) M.Gérard FILION (1939-?) M.Jean DRAPEAU (1942-?) M.Guy FRÉGAULT (1945-?) M.Clovis-Émile COUTURE (1945-?) M.Jacques PERRAULT (1945-1956) 672 L'ACTION NATIONALE Paul-Emile ALIN (1945-1948) Rodolphe LAPLANTE (1945-?) L.-Athanase FRÉCHETTE (1945-1956) Pierre-Paul LANGIS (1945-1947) Jean DESCHAMPS (1948-1961) Richard ARÈS (1949-?) André DAGENAIS (1950-1956) Wheeler DUPONT (1950-1961) Alphonse LAPOINTE (1950-?) Jean-Marc LÉGER (1952-?) Luc MERCIER (1950-?) Pierre LEFEBVRE (1950-?) Gaétan LEGAULT (1950-?) Paul-Émile GINGRAS (1950-?) Roland Parenteau (1952-?) Mario DUMESNIL (1956-?) Jean GENEST (1961-?) Les directeurs de la revue L\u2019Action française Orner HËROUX (1917-1920) Abbé Lionel GROULX (1921-1928) L\u2019Action nationale Harry BERNARD (1933-1934) Arthur LAURENDEAU (1934-1937) André LAURENDEAU (1937-1942) Comité de rédaction (1943-1946): François-Albert ANGERS, Roger DUHAMEL, Arthur LAURENDEAU.Guy FRÉGAULT (1946-1947) Dominique BEAUDIN (1947-1948) André LAURENDEAU (1948-1954) Pierre LAPORTE (1954-1959) François-Albert ANGERS (1959-?) Les collaborateurs de la revue L Action française et L'Action nationale peuvent se glorifier, croyons-nous, d\u2019avoir su grouper autour d\u2019elles et ouvrir leurs pages à ce qui constitue indiscutablement la plupart de ceux qui auront joue un rôle dans l'histoire de la pensée sociale et nationale au Canada français au cours du dernier demi-siècle.Il n'y a pas lieu d'insister davantage, car cette liste parle toute seule.Même un bon nombre de ceux qui sont devenus ensuite, pour quelques années, les adversaires les plus acharnés de la pensée nationale dite traditionnelle, ont à l'occasion ou pendant un temps plus ou moins long, accepté ou trouvé avantage ou intérêt (intellectuel s\u2019entend, car l\u2019intérêt pécuniaire n\u2019a jamais pu retenir personne) à apporter leur contribution.Cela, par soi, témoigne de l\u2019importance du rôle qu'a joué cette revue dans la formation de la pensée au Canada français.Aucune autre revue, croyons-nous, ne serait en mesure d\u2019étaler de tels états de service.Et cela s'explique assez bien par le fait qu\u2019elle est la seule qui, au cours du dernier demi-siècle, a réussi à vivre et à être constamment présente aux problèmes de notre peuple en notre temps.Il est peu probable que L\u2019Action nationale ou quelque autre revue se voie forcée de réussir pareille performance à l\u2019avenir; ou du moins, il ne faut pas le souhaiter.Il faut espérer, au contraire, que dans l\u2019avenir plusieurs revues de tendances ou d optiques différentes réussiront à s'établir et à se maintenir au Canada français.Ce qui n'exige pas une dislocation des positions respectives telle que doive se rompre une unité de pensée suffisante pour que notre collectivité ne se désintègre pas, c\u2019est-à-dire en l\u2019occurrence ne s'assimile pas.Destin étrange pourtant, la revue a toujours été plus ou moins mal vue, dépréciée par ses adversaires qui ont toujours été les puissants, les gens en place qu\u2019elle a forcément toujours dérangés par son caractère avant-gardiste, détestée au point qu y collaborer équivalait souvent à une marque au fer rouge, qui se payait, qui se paie encore de la renonciation à toute faveur de la part de ceux qui en ont à distribuer.Ce fut toujours le prix de son indépendance d\u2019esprit, et la plus belle démonstration de la réalité de son indépendance.Bien sûr, ne s\u2019agit-il pas d'en faire un principe, mais d\u2019accepter de 678 L'ACTION NATIONALE gaieté de coeur un état de chose en attendant que l\u2019évolution du milieu fasse plus de place à la valeur des idées.L\u2019Action nationale a beaucoup donné; elle a peu reçu.Quoi qu\u2019on ait dit encore ici, elle est le témoignage vivant que la peur n\u2019avait subjugué, au Canada français, que ceux qui le veulent bien ou qui se trouvent des raisons d'avoir peur.Elle est la preuve qu\u2019il y a moyen de vivre dans la liberté au Canada français; à condition d\u2019être prêt à payer l\u2019éternel prix de la liberté : une certaine solitude. Collaborateurs réguliers Patrick ALLEN (1954-1962) Fr.-Albert ANGERS (1937-1962) R.P.Joseph PAPIN- ARCHAMBAULT (1917-1954) R.P.Richard ARÈS (1936-1962) Hermas BAST1EN (1919-1938) Dominique BEAUDIN (1933-1962) Mgr Arthur BÉLIVEAU (1918-27) Harry BERNARD (1923-1941) J.-Robert BONNIER (1935-1949) Odina BOUTET (1953-1962) Roger BRIEN (1939-1961) Michel BROCHU (1962) Carmel BROUILLARD (1936-38) Émile BRUCHÉSI (1920-1925) Jean BRUCHÉSI (1921-1950) Maximilien CARON (1936-1953) René CHALOULT (1934-1954) lean CHARETTE (1962) Émile CHARTIER, p.s.s.(1917-46) Clovis-Émile COUTURE (1944-48) André DAGENAIS (1941-1950) Dollard DANSEREAU (1934-38) Pierre DANSEREAU (1933-1941) Henri D'ARLES (1918-1928) Marie-Claire DAVELUY (1917-46) Irène de BUISSERET (1958-1961) Alphonse de GRANDPRÉ, c.s.v.(1918-1928) Pierre de GRANDPRÉ (1956-57) Louis DELIGNY (1920-1934) Jean DESCHAMPS (1948-1955) Léo-Paul DESROSIERS (1919-50) Henri DOMBROVSKY (1922-28) Jean DRAPEAU (1939-1957) Adélard DUGRÉ, s.j.(1919-1926) Alexandre DUGRÉ, s.j.(1919-28) Roger DUHAMEL (1937-1946) Mario DUMESNIL (1954-1959) Louis-D.DURAND (1920-1938) FADETTE (1917-1934) Gérard FILION (1937-1957) Athanase FRÉCHETTE (1940-43) Guy FRÉGAULT (1937-1955) Donatien FRÉMONT (1917-1935) Jean-Paul FUGÈRE (1945) Charles GAGNÉ (1924-1928) Alexis GAGNON (1928) Ernest GAGNON, s.j.(1949-1950) Joseph GAUVREAU (1917-1920) Jean GENEST, s.j.(1943-1962) Paul-Émile GINGRAS (1948-61) Lionel GROULX, prêtre (1917-60) Wilfrid GUÉRIN (1933-1938) Philippe HAMEL (1941-1942) Orner HÉROUX (1917-1921) François HERTEL (1920-1943) Jean-Pierre HOULE (1944-1948) Théophile HUDON, s.j.(1918-35) Pierre JUNEAU (1951) Paul LABARRE, s.j.(1962) Louis LACHANCE, o.p.(1939-49) Ambroise LAFORTUNE (1954-55) Gustave LAMARCHE, c.s.v.(1935-1961) Blanche LAMONTAGNE (1918-1928) Eugène LAPIERRE (1933-1936) Rodolphe LAPLANTE (1927-1962) J.-Alphonse LAPOINTE (1951) Pierre LAPORTE (1954-1959) Arthur LAURENDEAU (1920-51) André LAURENDEAU (1934-59) Yves TESSIER-LA VIGNE (1921-1924) Pierre LEFEBVRE (1948-1951) Gaétan LEGAULT (1952-1955) Jean-Marc LÉGER (1948-1961) Albert LÉVESQUE (1923-1961) Léon LORRAIN (1917-1952) Albert LOZEAU (1917-1919) Clément MARCHAND (1939-51) Gilles MARCOTTE (1950-1952) Émile MAUPAS (1942-1943) Mgr O.MAURAULT (1918-1950) Luc MERCIER (1951) Esdras MINVILLE (1923-1957) Edouard MONTPETIT (1917-43) Roland PARENTEAU (1947-1960) Antonio PERRAULT (1917-1951) Jacques PERRAULT (1941-1948) Mgr Philippe PERRIER (1919-33) Marc-André PERRON (1947-1948) Jacques POISSON (1957-1962) Marcel RAYMOND (1943-1944) Léopold RICHER (1933-1943) Albert RIOUX (1928-1959) Jean-Paul ROBILLARD (1936-55) 680 L'ACTION NATIONALE Archelas ROY (1959-1962) Joyberte SOULANGES (1919-28) Claude SYLVESTRE (1954-1956) J.-C.TANGUAY (1954-1956) Jean TAVERNIER (1926-1927) Mgr Albert TESSIER (1926-1950) Claude TROTTIER (1959-1962) Jean-Paul TRUDEL (1953-1962) Anatole VANIER (1919-1956) Pierre VIGEANT (1947-1952) Principaux collaborateurs occasionnels Marcel ADAM (1955) Frère ALEXIS (1917-1921) Jean ALLAIRE (1950) Léopold ALLARD (1950) Adjutor ARCAND (1926) J.-E.ARSENAULT (1948) R.P.S.ARSENAULT (1941-42) Olivar ASSELIN (1921-1928) Christophe AUGIER (1927) Abbé L.-N.AUMAIS (1922) Émile BAAS (1937) Léon BALCER (1957) Marius BARBEAU (1938-1941) Raymond BARBEAU (1960-1961) Victor BARBEAU (1937-1962) Jean BARRETTE (1961) Dr J.BAUDOIN (1924-1926) Jacques BEAUCHAMP (1947) Gustave BEAUDOIN (1921-1922) N.-A.BELCOURT (1925-1928) Thuribe BELZILE (1934-1938) Emile BENOIST (1924) Auguste BENOIT (1937-1938) Richard BERGERON (1944-1946) André BERGEVIN (1954-1956) Antoine BERNARD (1924-1925) Camille BERTRAND (1923-1928) Thomas BERTRAND (1951) Gérard BESSETTE (1946) Ernest BILODEAU (1921-1924) Jean B LAIN (1955-1956) Jean-Ethier BLAIS (1947) Etienne BLANCHARD (1917) Jean BLANCHET (1947-1948) Réginald BOISVERT (1948) René BONIN (1955) Cécile BOUCHARD (1944) Anne BOURASSA (1954) Henri BOURASSA (1918) Wilfrid BOVEY ((1941) Frs.-J.BRASSARD (1942) Jean-Louis BROUILLÉ, S.J.(1961) Ignace BROUILLET (1948) Benoit BROUILLETTE (1933-39) Charles BRUNEAU (1952) Berthelot BRUNET (1937) Michel BRUNET (1954-1957) J.-N.CABANA (1917) Marcel CADIEUX (1939-1940) Pierre CAMU (1947) Jos.-E.CARON (1920) Madeleine CARON (1935-1938) Dr Geo.-Etienne CARTIER (1937) H.-R.CASGRAIN (1924) Maurice CHAGNON (1940) Rosaire CHALIFOUR (1955) Mme René CHALOULT (1958) Thomas CHAPAIS (1925) Flavien CHARBONNEAU (1947) Robert CHARBONNEAU (1948) Alfred CHARPENTIER (1920) Fulgence CHARPENTIER (1924) Yvon CHARRON (1947) Robert CHOQUETTE (1941) Marcel CLÉMENT (1958) Edmond CLOUTIER (1923) Henri CLOUTIER, ptre (1944) Guy CORMIER (1947-1948) Mgr Georges COURCHESNE (1918-1933) Jacques COUSINEAU, S.J.(1941) Roger CYR (1957) Jos.-Marie d'ANJOU, S.J.(1943) Fernand DANSEREAU (1953-54) Marcel DANSEREAU (1946) Marie-Louise D'AUTEUIL (1926-1928) L.-O.DAVID (1917) Raymond DAVID (1948) Lucien DESBIENS (1934) COLLABORATEURS DE LA REVUE 681 Alp.de la ROCHELLE (1936) Philippe DEMERS (1921) Alphonse DÉSILETS (1921-1928) Rex DESMARCHAIS (1936-1955) Alfred DESROCHERS (1939-1943) Adélard DESROSIERS, ptre (1922) J.-B.DESROSIERS, ptre (1938) Jean DÉSY (1923) A.DION, o.f.m.((1934-1949) Gérard DION, ptre (1948) Jean-Louis DORAIS (1949) C.-E.DORION (1919) Jules DORION (1920-1926) Noël DORION (1954-1958) René DOUSSIN (1928-1940) Charles DOYON ((1938-1941) Ls-Blondin DUBÉ, s.j.(1937-1938) Guy DUFRESNE (1952) Paul DUMAS (1935-1941) Guy DOZOIS ((i960) Louis DUPIRE (1917-1933) E.FABRE-SURVEYER (1920) L.-P.FAFARD, c.s.v.(1928) Jean-C.FALARDEAU (1941) Marcel FARIBAULT (1956) Aegidius FAUTEUX (1921-1933) Bernard FAY (1928) Albert FERLAND (1917-1928) Philippe FERLAND (1954-1958) Gérard FILTEAU (1937-1946) Camille FOREST (1933) Ceslas FOREST, o.p.(1922-1923) Carolier FORTIER (1944-1946) d'Iberville FORTIER (1948) Joseph FORTIER, s.j.(1923-1925) Louis FRANCOEUR (1955) Marcelle GAGNON (1921) Madeleine GARIÉPY (1946) Wilfrid GASCON (1922) Edmond GAUDRON, o.f.m.(1941) Abel GAUTHIER (1838) Mgr Georges GAUTHIER (1917) Charles GAUTIER (1925-1933) Jean-Marie GAUVREAU (1924) Marcelle GAUVREAU (1934) Gratien GÉLINAS (1935) J.-E.GENDREAU (1921) S.-M.GENEST (1917) Léon GÉRIN (1938-1940) Marie-J.GÉRIN-LAJOIE (1920) Claire GERVAIS (1946) René GIRARD, s.j.(1945-1946) Henri GONTHIER (1945) Mgr David GOSSELIN (1920) Léon-M.GOUIN (1918-1919) Paul GOUIN (1933-1935) Adrien GRATTON (1938) Valmore GRATTON (1927) Jean GRENIER (1954) Pierre GRENIER (1962) Raymond GRENIER (i960) René GUENETTE (1935-1946) Marcel HAMEL (1946) Louis-Edmond H AMELIN (1956) Pierre HARVEY (1955) Anne HÉBERT (1951) Jacques HÉBERT (1955) Janine HÉBERT (1947) Gilles HÉNAULT (1941) E.\t-C.HUGHES (1941) Maurice HUOT ((1936) Louis HURTUBISE (1922) Don Albert TAMET (1927) M.-A.JANVIER, o.p.(1928) Damien JASMIN (1943) Père Joseph JEAN, o.f.m.(1921) René LABELLE, p.s.s.(1922) Marc LABONTÉ, o.p.(1938) Arthur LAÇASSE, ptre (1921) F.\tLAFERRIÈRE (1922) Philippe LAFERRIÈRE (1946) Louis LALANDE, s.j.(1917-1918) Jos.LALIBERTÉ c.ss.s.(1952-59) Philippe LANDRY (1917) Aug.LAPALME, ptre (1928-1938) Mgr Eugène LAPOINTE (1922) Jeanne L'ARCHEVÊQUE (1939) J.-T.LAROCHELLE (1949) Rina LASNIER (1940-1962) Mgr LATULIPPE (1920) Edouard LAURENT (1942) Henry LAUREYS (1921) Camille LAURIN (1948) Gaston LAURION (1957) Adèle LAUZON (1946) Armand LAVERGNE (1935) Gaston LAVOISIER (1941) Léon LEBEL, s.j.(1928) Maurice LEBEL (1934-1947) Mgr Wilfrid LEBON (1933-1938) Chan.J.LECLERC (1938-1939) Burton LEDOUX (1941-1943) Olivier LEFEBVRE (1922) Joseph LEFRANÇOIS (1946-1948) Romain LEGARE, o.f.m.(1948) Albert LEGAULT (1961) 682 L\u2019ACTION NATIONALE Emile LEGAULT, c.s.c.(1938-43) Raymond-Marie LÉGER (1952) Martin-J.LÉGÈRE (1961) Beaudry LEMAN (1921-1928) Roger LEMELIN (1945-1951) Gérard-A.LEMIEUX (1947) Michelle LENORMAND (1917) Arthur LETONDAL (1920-1933) Firmin LETOURNEAU (1925-26) Georges-H.LÉVESQUE, o.p.(1933-1940) Camille L'HEUREUX (1928-1951) Eugène L'HEUREUX (1923-1942) Robert LLEWELLYN (1945) Léon LORTIE (1926-1941) P.Louis-Marie, o.c.(1926) Clément LOCKQUELL (1953) Berthe LOUARD (1962) G.\t-M.LUSSIER (1939-1941) C.-J.MAGNAN (1920) Jean-Charles MAGNAN (1926) André MALAVOY (1952) Reine MALOUIN (1957) Armand MALTAIS (1955) Sarto MARCHAND (1962) Sr MARIE-GRÉGOIRE (1961) Sr MARIE-ROLLANDE (1946-48) Fr.MARIE-VICTORIN (1919-43) Séraphin MARION (1926-1927) Paul-Emile MARQUIS (1938) Paul MASSE (1958) F.-Z.MASSICOTTE (1919) Claude MELANÇON (1938) Marguerite MICHAUD (1947-61) Amédée MONET (1920) René MONETTE (1935) Jean-Marie MORIN (1952) Victor MORIN ((1925) Gérard MORISSETTE (1940) Neil MORRISSON (1938) Jean-Marie NADEAU (1939-1952) Jean NOLIN (1919) Dostaler O\u2019LEARY (1938-1941) Cyrias OUELLET (1941-1946) P.PAPILLON, s.j.(1923) Mgr L.-A.PAQUET (1917-1933) René PARÉ (1961) Jean-Marie PARENT (1938) Mgr M.-A.PARENT (1946) Gérard PARIZEAU (1927) Richard PATTEE (1945-1946) H.\t-Paul PÉLADEAU (1939) Joseph PELCHAT (1946-1948) Léo PELLAND (1936-1937) Jean PELLERIN (1948-1953) Albert PELLETIER (1941) Charles PELLETIER (1955) Georges PELLETIER (1921-1939) Gérard PELLETIER (1948-1953) Gérald PERRON (1956) Gérard PICARD (1938-1947) Ernestine PINEAULT (1928) Lucien PINEAULT (1923) Albert PINEL (1957) Gérard PLOURDE (1937-1958) Auguste POTVIN (1962) Gonzalve POULIN, o.f.m.(1940) Adrien POULIOT (i960) Henri PRAT (1933) Mgr Jos.PRUD'HOMME (1924) Fernand RINFRET (1920) RINGUET (1941) Paul RIOU (1922) Marcel RIOUX (1945-1960) Antoine RIVARD (1951-1955) Adolphe ROBERT (1918-1945) Arthur ROBERT (1922-1923)) G.ROBITAILLE, ptre (1923) Roger ROLLAND (1939-1947) Mgr F.-X.ROSS (1922) Gordon ROTHNEY (1945-1946) Eugène ROUILLARD (1917-1918) Laetare ROY (1927) Claude R Y AN (1948-1951) Jean SAINT-GEORGES (1954) Jean SARRAZIN (1953-1954) Jacques SAURIOL (1943) Paul SAURIOL (1948-1951) Frank-R.SCOTT (1940) F.-Ant.SAVARD, ptre (1939-40) Adélard SAVOIE (1954) Alexandre SAVOIE (1961) Alexandre SÉGUIN (1953-1957) Maurice SÉGUIN (1946) Robert-Lionel SÉGUIN (1953-54) Arthur SIDELEAU (1947) Arthur SIMARD (1956) Geo.SIMARD, o.m.i.(1922-1928) Jean SIMARD (1952) Paul SIMARD (1938) Victor SOUCISSE (1951) Emile SOUCY (1961) Benjamin SULTE (1917) Guy SYLVESTRE (1942) Bernard TACHÉ, s.j.(1938) Raymond TANGHE (1928) COLLABORATEURS DE LA REVUE 683 Marguerite TASCHEREAU (1921) Eugène THÉRIEN (1955) Adrien THÉRIO (1953) Jules THIBAULT (1962) Charles THIVIERGE (1941) Gérard TREMBLAY (1919-1928) J.-P.TREMBLAY, ptre (1951-52) Maurice TREMBLAY (1937) Paul TREMBLAY (1939-1940) Victor TREMBLAY, ptre (1938) P.-Elliott TRUDEAU (1954-1957) Stanislas VACHON (1952) P.-V.V AD BON COEUR (1942-43) VALDOMBRE (1941) Bernard VALIQUETTE (1940) Jean VALLIÈRE (1926) Mgr Albert VALOIS (1946) Guy VANIER (1918) Vely LEROY (1961) Joseph VERSAILLES (1920-1922) J.-P.VERSCHELDEN (1933-34) François VÉZINA (1918-1939) Thomas VIEN (1920) Auguste VIATTE (1938-1941) Armand VIAU (1943) Jacques VILLENEUVE (1950) Rod.-M.VILLENEUVE, o.m.i.(1922-1923) Roland VILLENEUVE (1956) Raymond VOYER, o.p.(1926-34) Mason WADE (1951) Felix WALTER (1941) Martin WHELAN (1947) i\\ Lignes de force if Revue d\u2019« action intellectuelle », ainsi que l'abbé Groulx lui tracera sa course dès son deuxième numéro L Action fran-çaise-Action nationale, élaborera des idées pour engendrer de l\u2019action.C\u2019est pourquoi chacun de ses numéros sera conçu comme débutant par un « mot d'ordre », rebaptisé plus tard « éditorial » pour tenir compte de la sensibilité des temps, mais sans pour cela que l'objectif ait été vraiment modifié.La série des mots d\u2019ordre ou éditoriaux de la revue représente donc une série de textes courts où l'on retrouve toute la pensée politique du mouvement, avec les adaptations aux nécessités du temps, mais en fonction d\u2019une pensée qui, assise sur le roc solide d\u2019un certain nombre de faits et de principes mis au point au cours des « enquêtes », n\u2019a pas eu à varier sensiblement.Dans la présente section de ce numéro spécial, nous avons fait un choix des mots d\u2019ordre ou éditoriaux les plus importants et les plus significatifs depuis les origines de la revue jusqu'à la prise en charge par l\u2019actuel directeur en septembre 1959.La section se termine par une liste des principaux éditoriaux depuis cette date jusqu\u2019à la transformation de la revue en son format actuel, en septembre 1962.Le choix des mots d\u2019ordre a été dicté par le souci de vraiment permettre un jugement objectif sur les positions officielles et les idées de la revue, ainsi que ses réactions devant tel ou tel événement ou développement.Grâce au fait qu\u2019une initiative du genre de L\u2019Action nationale doit forcément se répéter, nous croyons avoir pu réunir ici tous les mots d'ordre nécessaires pour donner une bonne représentation de la pensée du mouvement.Les autres sont des interprétations ou des reprises des mêmes sujets à l\u2019occasion d\u2019un événement, d\u2019une déclaration, d'une élection.Pour quiconque s\u2019intéresse à l\u2019histoire des idées et des faits au Canada, il y a quelque chose de passionnant dans cette lecture de textes datés, et que l'on sait avoir été pensés la plupart du temps en fonction d\u2019une équipe au moins quand les textes portent la signature générale de L'Action nationale.Ce sont tous les événements de l'époque qui sont ressuscités sous 688 L'ACTION NATIONALE nos yeux; et c'est là la preuve que cette revue, toujours quoi qu\u2019on en ait dit, était réellement présente aux problèmes de son temps.Effectivement, il n'y a pas de mots d\u2019ordre pendant les quatre premières années.Durant cette période, la revue cherche sa formule; et le premier mot d\u2019ordre apparaîtra en novembre 1920, avec la prise en charge par l'abbé Lionel Groulx, qui fait cependant partie de l'équipe depuis les débuts et qui a tracé le programme dès le deuxième numéro.Au cours de la première année, après les deux articles liminaires de M.Edouard Montpetit et de M.l'abbé Groulx, dont les textes inaugurent la présente série de reproductions, le directeur met en tête l'article principal du mois.Le premier de ces articles (no 3 de la revue) discute de la représentation française au Sénat.Le suivant vient d\u2019un ex-provincial des Jésuites, le P.Edouard Lecompte, qui salue dans les deux articles liminaires de MM.Montpetit et Groulx l'expression générale d\u2019un « réveil de la race, non plus seulement littéraire, mais économique, mais social, mais national [qui] franchira sans doute les bornes d'une saison .».« Ce qui fortifie cet espoir, ajoute-t-il, c'est le nombre croissant de jeunes qui veulent secouer le farniente d'autrefois, qui se sentent au coeur une flamme, et dont la volonté se trempe chaque jour au feu de la lutte.» Et cet homme, qui est pourtant un clerc, donc .(!) continue : « Nous avons des Ecoles techniques, des Instituts agricoles, une École des Hautes Études commerciales, l\u2019École polytechnique.Il faudrait doubler, quadrupler, décupler le nombre de leurs élèves.( .) Pourquoi les élèves de nos collèges classiques, qui ne se destinent pas au sacerdoce, se croient-ils tenus, à mesure qu'ils franchissent le seuil du collège, d\u2019aller encombrer les professions dites libérales ?Au lieu d'y végéter misérablement, combien d'entre eux ne feraient-ils pas, après les quelques études supplémentaires ad hoc, d'excellents agriculteurs, négociants, industriels, ingénieurs.Ils seraient tout d\u2019abord \u2014 et je crois bien que la preuve en est déjà faite \u2014 les meilleurs élèves des diverses écoles énumérées plus haut.On les verrait ensuite, les uns grands fermiers, chefs de culture, initiateurs de tous les progrès dans nos belles campagnes, d\u2019autres mener le commerce, d'autres l'industrie, d\u2019autres le génie civil, et dans toutes ces LIGNES DE FORCE 689 branches se montrer supérieurs à leur fonction et par là exercer autour d'eux une influence profonde.» (I !) Puis viennent, un article sur la « colonisation et l'agriculture » (mai 1917), une réflexion de M.Héroux à l'occasion du 24 juin où il déplore notre apathie devant les faits révélés par la brochure du Père Archambault (juin 1917), une réflexion sur le cinquantenaire de la Confédération dont l\u2019abbé Groulx prononce la faillite mais tout en acceptant comme explicable l'optimisme des Pères en 1867 (juillet 1917), un article de J.-N.Cabana dénonçant la mauvaise orientation de nos épargnes comme la cause première de notre infériorité économique (!) (août 1917), une brillante conférence de l\u2019abbé Groulx sur le «geste d\u2019Action française» de LaFontaine le 13 septembre 1842 (Septembre 1917).Bref, cette première année de L'Action française constitue déjà un microcosme des années à venir et nous montre la Ligue des Droits du français déjà bien loin de la seule course aux étiquettes françaises et à la monnaie bilingue.Avec la deuxième année, commencent les grandes enquêtes (il y a eu la petite de 1917 sur l\u2019importance des étiquettes anglaises dans le commerce).Toute l'année 1918, la revue débutera soit par l'article de l'enquête, soit le plus souvent par un poème patriotique.Dans la troisième année, on aura, pour la majeure partie des numéros, le portrait littéraire d\u2019un « précurseur », ou un poème.En la quatrième année, l'article de l'enquête occupera systématiquement la tête; il est vrai qu\u2019il s\u2019agissait d'une enquête du type mot d\u2019ordre, puisque son titre général était Comment servir.Le premier mot d\u2019ordre, celui de novembre 1920, s\u2019inquiète de l'annonce qu'on ouvrira à Paris une maison canadienne sous contrôle anglo-protestant.Jusqu\u2019à 1923, l\u2019ensemble des mots d'ordre tourne autour des problèmes des droits du français ou de questions de comportement dans l\u2019immédiat, comme le respect du dimanche, l\u2019encouragement aux Semaines sociales, l\u2019attitude à prendre au recensement, etc.Nous avons retenu, comme caractéristique de cette époque, un premier mot d'ordre qui prend plus d'ampleur : celui de janvier 1922 consacré à la langue française. 690 L'ACTION NATIONALE À travers les autres, on percevra ensuite l'évolution des problèmes : consolidation des notions patriotiques jusqu'en 1928 (fin de L'Action française), la prédominance des problèmes économiques et sociaux avec la reprise de L\u2019Action nationale jusqu\u2019à la guerre, la guerre elle-même, les assauts contre l\u2019autonomie du Québec dans l\u2019après-guerre, le problème du logement, la crise sociale, les problèmes d'immigrants, la crise de l'autonomie, et finalement la crise idéologique, qui pénètre même à l'intérieur de L\u2019Action nationale.Sur tous ces sujets et ces situations, L'Action nationale a eu des suggestions à faire; elle a manifesté ses réactions.En les revoyant beaucoup seront surpris de leur précision, comme il convient à des gens qui savent où ils veulent aller, en même temps que de leur ouverture sur les points de vue nouveaux.Comme derrière tous ces mots d\u2019ordre, il y a toute la série des articles de réflexion et de documentation sur ces sujets comme sur beaucoup d\u2019autres, la collection de L\u2019Action française et de L\u2019Action nationale reste un document sans égal pour tous ceux qui veulent faire l'histoire des idées au Canada français, comme pour ceux qui veulent se former une opinion raisonnée sur la multitude des problèmes politiques, sociaux et économiques auxquels il faut toujours forcément faire face partout dans une certaine optique nationale.L\u2019article liminaire de la revue C\u2019est sous la signature d\u2019Edouard Montpetit qu\u2019est paru l\u2019article liminaire de l\u2019Action française, en janvier 1917.C\u2019est donc à lui que les fondateurs avaient jugé à propos de demander de donner le ton au départ.Cela est déjà significatif des tendances qu\u2019aura le mouvement.En le lisant, on se rendra compte combien préjugées ont été toutes ces affirmations relatives au messianisme, au mépris de l\u2019économie et aux tendances obscurantistes de toute l\u2019école nationaliste, puisque aussi bien n\u2019avons-nous en ce moment à parler que pour nous.Cet article, il est quasi actuel.Il n\u2019affirme pas notre supériorité; il distille simplement une fierté de soi de bon aloi et il nous convie à la supériorité.Il formule déjà en toutes lettres que « la question nationale est une question économique ».Il met à la base de cette conquête les progrès de l\u2019instruction.Dit-on plus que cela à l\u2019heure LIGNES DE FORCE 691 actuelle ?N\u2019est-ce pas exactement ce que l\u2019on proclame comme étant la preuve du déblocage, du dynamisme d\u2019un prétendu néo-nationalisme?Une chose est certaine.Quand une histoire authentique sera écrite de l\u2019oeuvre de ceux qu\u2019on se plaît à appeler les vieux nationalistes, il deviendra patent que loin d\u2019avoir retardé quoi que ce soit, ce sont eux qui ont déclenché et soutenu le mouvement actuel, jusqu\u2019à ce que les inconscients, les timorés, les arrivistes, les politiciens intéressés et les intellectuels en mal de gloriole personnelle, aient eu le temps de prendre conscience des problèmes et d\u2019être forcés par l\u2019instinct populaire de répudier leurs errements.A l\u2019heure actuelle, ils en sont en somme tout juste au seuil du problème tel que le posait Edouard Montpetit il y a U5 ans.L\u2019avenir démontrera que quand ils auront eu le temps de penser leur néo-nationalisme en profondeur comme s\u2019est attelée à le faire, après ce premier numéro de L\u2019Action française, l\u2019équipe qui l\u2019avait mise au monde, ces néophytes du nationalisme abandonneront également certains des simplismes qu\u2019ils entretiennent quant aux moyens d\u2019atteindre leurs fins et devront en revenir à un bon nombre des solutions de détail qui ont été proposées au cours de ce premier effort de pensée véritable de notre nationalisme qu\u2019a été le développement de L\u2019Action nationale.VERS LA SUPÉRIORITÉ par Edouard Montpetit C\u2019est le titre d\u2019un article d\u2019Omer Héroux.On en pourrait faire la devise de notre effort national.Ne cherchons pas \u2014 de crainte de trop nous en convaincre \u2014 si nous appartenons à une race supérieure : prouvons-le.Un peuple qui marque le pas est déjà atteint dans sa force; mais une minorité qui s\u2019enlise dans la satisfaction de soi-même, qui vit uniquement des gloires du passé sans y rien ajouter et qui en fait ainsi une pesée plutôt qu\u2019un stimulant, qui renonce à lutter par un incessant progrès mis au service de ses légitimes aspirations, est déjà menacée par la mort.Car le nombre est loin d\u2019être tout.Il a cela d\u2019excellent, lorsqu\u2019il est moindre, qu\u2019il incite à l\u2019union des forces.A cause de cela, des petits peuples ont été merveilleux de résistance.Le moment est venu, le moment est passé, d\u2019acquérir, 692 L'ACTION NATIONALE dans tous les domaines, et sans forcer notre talent, la puissance intellectuelle, la culture qui est comme le privilège des races latines, pour que nous soyons en mesure d\u2019exercer, sur les destinées de la nation dont nous sommes une part appréciable, une influence justifiée par nos qualités, féconde et doublement victorieuse.C\u2019est le sens profond, l\u2019enseignement continu de notre histoire, inspiratrice d\u2019énergie.A chaque génération son rôle et sa peine.Il s\u2019est agi, pour nos pères, de réparer d\u2019abord la défaite.Us se sont piétés dans le souvenir.Vivre et se développer, quoi qu\u2019il advienne, fut le premier souci.C\u2019était, en constituant le nombre, établir un fait.Cette première victoire, nous la perpétuons par notre existence même, par notre vitalité.Plus tard, il fallut conquérir des droits, les conquérir et les défendre.Nos paysans se sont mis à l\u2019école de la politique.Ils y ont réussi.Ils ont étudié cette constitution anglaise dont le vainqueur faisait un imprudent éloge.Leur esprit clair et logique a réclamé l\u2019application totale du principe une fois posé.Normands merveilleux et tenaces, ils n\u2019ont pas eu de cesse qu\u2019ils n\u2019eussent imposé à l\u2019Angleterre l\u2019unité de sa propre doctrine.Ces droits acquis, nous continuons de les exercer; et c\u2019est en les exerçant que nous les sauvegardons.Certes, nous aurons, de ce chef, encore à combattre ! Les préjugés ont la vie dure, a-t-on dit, quand le temps ne les détruit pas, il les embaume.C\u2019est peut-être mieux ainsi.L\u2019attaque nourrit la volonté que la sécurité endort.Aujourd\u2019hui, les temps sont changés.Un élément nouveau, la richesse, est apparu.Au double devoir que nous a légué le passé, s\u2019ajoute celui d\u2019être de notre époque en manifestant, sur un terrain nouveau, nos activités renouvelées et instruites.Pour beaucoup, on ne saurait trop le répéter, la question nationale est une question économique.Non pas, comme on voudrait parfois nous le faire dire, que la fortune soit le bien suprême.Elle n\u2019est qu\u2019un moyen, mais combien fort.Nous ne pouvons pas négliger d\u2019y recourir.La conquête économique doit être pour nous la réalité de demain.Elle sera un élément d\u2019égalité, sinon de supériorité.Elle LIGNES DE FORCE 693 nous donnera, à nous, plus qu\u2019à d\u2019autres; car possédant l\u2019aisance, nous serons naturellement enclins à cultiver la pensée, à rechercher l\u2019expression, à répandre l\u2019art.C\u2019est l\u2019instruction qui nous assurera cette conquête.Pour le moment, il nous semble que tout notre effort doive tendre à créer ce faisceau de compétences: une élite, à qui nous confierons de répandre, par l\u2019exemple et par la parole, les idées sur lesquelles nous nous serons accordés, les idées nécessaires, qui prendront ainsi la valeur de vérités banales, ferments de l\u2019action du plus grand nombre.L\u2019expérience a formé chez nous d\u2019habiles praticiens; mais nous avons trop peu de spécialistes et trop peu de cultivés.Serait-ce que nous avons attaché trop d\u2019importance à la pratique, sans apprécier suffisamment le concours de la théorie enseignée ?Oui, sans doute.Nous avons emprunté cela de l\u2019Anglais et de l\u2019Américain qui, d\u2019ailleurs, en sont revenus.« Les Anglais, écrivait naguère Emile Faguet, sont routiniers parce qu\u2019ils sont orgueilleux et ne croient jamais qu\u2019ils puissent être dépassés et l\u2019avoir été.» Il se peut.Mais la routine a été vaincue, en Angleterre, par la concurrence venue de l\u2019extérieur, et les vieilles portes des universités séculaires se sont ouvertes devant la science commerciale.Pour ce qui est des Etats-Unis, il est indéniable qu\u2019ils doivent leur extraordinaire réussite à quelque chose de plus qu\u2019à l\u2019esbrouffe, et, notamment, à la solidité d\u2019un enseignement technique bien organisé.Enfin, un ingénieur français écrivait hier, dans le Génie Civil, cette phrase tranchante: « Désormais, c\u2019est une utopie que de vouloir distinguer science et industrie, théorie et pratique.Il faut mener les deux de front.» Voilà qui nous renseigne sur la valeur de la science, fût-ce au point de vue industriel, et qui doit nous porter vers elle puisqu\u2019elle est, aux yeux de tous, un instrument indispensable.C\u2019est un premier point.N\u2019y a-t-il pas, en second lieu, une autre raison qui, nous dirigeant ailleurs, nous a éloignés de la recherche scientifique: la politique ?Il faut des hommes politi- 694 L'ACTION NATIONALE ques: sur cela, aucun doute.C\u2019est à la politique que nous devons nos succès passés; c\u2019est vers la politique que se rendront demain ceux qui s\u2019y sentiront attirés et qui, instruits des grandes questions actuelles, serviront notre race en lui faisant honneur.Nous sommes pleinement d\u2019accord.Ce que nous craignons, pourtant, c\u2019est que la politique ne soit chez nous une trop forte mangeuse d\u2019hommes.Pour tout jeune homme qui a prononcé avec une certaine allure quelques discours, nous rêvons aussitôt d\u2019un avenir politique.Je voudrais qu\u2019on nous laissât tout de même quelques électeurs.C\u2019est clairsemer des rangs déjà bien clairs; c\u2019est accaparer trop de forces, toutes les forces.Nous formons des hommes politiques, quand nous devrions laisser à quelques-uns de nos jeunes gens le temps voulu de se préparer à devenir autre chose.Comptons-nous : trop peu répondent à l\u2019appel du côté des spécialistes.Nous n\u2019avons pas de philosophes à moins que nous n\u2019en soyons tous; que nous ne soyons, comme le disait un jour Georges Pelletier, un peuple d\u2019humoristes; nous avons peu d\u2019écrivains, insuffisamment de professeurs.Restent les artistes, qui se connaissent tous.On nous répond: cela viendra plus tard.Évidemment, évidemment.N\u2019empêche qu\u2019une sainte indignation nous saisit naguère lorsque Sarah Bernhardt eut déclaré que nous n\u2019avions pas de poètes.Nous avons ressenti le propos à l\u2019égal d\u2019une injure.Pas de poètes ! Et qu\u2019avons-nous fait pour qu\u2019il nous en naisse ?Les frais d\u2019une campagne politique peupleraient Paris de Canadiens.Regardons la France, pays constitué.L\u2019éclat de ses penseurs, de ses littérateurs, de ses poètes, de ses artistes rayonne sur le monde.Chacun occupe une place; chacun est une valeur.Tous ne sont pas des hommes politiques.Qui donc, d\u2019ailleurs, s\u2019attache à penser que Berthelot fut sénateur ?La tribune a-t-elle grandi Victor Hugo ?Barrés, photographié auprès de la reine des Halles, ajoute-t-il quelque chose au délicieux auteur de Colette Baudoche?Il faut, si nous voulons créer des compétences, les laisser se former, se cristalliser en quelque sorte.Et ce qui vaut mieux, la politique finira par y LIGNES DE FORCE 695 trouver son profit: ces compétences, elle les consultera et elle leur demandera de lui donner des hommes prêts au devoir, sûrs d\u2019eux-mêmes, disposés à la lutte, déjà vainqueurs.Et nous revenons ainsi, par un chemin détourné, à la science, à l\u2019enseignement, à l\u2019école.C\u2019est le creuset où se forment les spécialistes.Nous avons garde d\u2019oublier ceux qui, le labeur fini, se remettent à l\u2019étude.Excellente chose.Il ne suffit pas d\u2019exercer son métier; il faut avoir, en sus, des idées générales.L\u2019école franchie, l\u2019expérience commence que complète, que doit compléter, la culture individuelle.Il est vrai.Mais l\u2019école demeure le centre où l\u2019on s\u2019attarde à apprendre, où se prépare l\u2019avenir.Aussi devrions-nous fréquenter les écoles déjà créées, en établir d\u2019autres au besoin pour chaque spécialité, répandre l\u2019enseignement des sciences appliquées et des sciences politiques, et parfaire ces premières leçons données par nos institutions en envoyant nos jeunes gens étudier à l\u2019étranger.Les nations, comme les individus, sont susceptibles de se perfectionner.Avant tout, elles doivent donner un but à leurs efforts, nourrir leurs forces, les organiser, les décupler, et en diriger le faisceau vers les réalisations immédiates.Activité ne signifie pas tapage, vaines paroles ni déclarations creuses, mais application constante des facultés créatrices ordonnées méthodiquement vers un objet déterminé.L\u2019individu n\u2019est fort que par le groupe qui l\u2019utilise et le complète.Il serait exagéré de lui demander de tout savoir, de tout prévoir.Il suffit que, instruit de son rôle, exécutant l\u2019acte qui lui est confié, il assure l\u2019oeuvre que poursuit la collectivité.Il nous faut des hommes, écrit M.Henri Hauser dans son livre sur les Méthodes allemandes d\u2019expansion économique.Créons des hommes, créons des compétences.Et, lorsque nous y serons parvenus, ne les laissons pas s\u2019épuiser dans des recherches sans résultats.Surtout, ne les livrons pas, avec leurs découvertes, à la rapacité 696 L'ACTION NATIONALE sans cesse en éveil de l\u2019adversaire.Honorons-les.Consul-tons-les.Ces hommes nous donneront le plan de l\u2019édifice auquel chacun travaillera.L\u2019édifice ! S\u2019imagine-t-on encore qu\u2019une oeuvre quelconque puisse naître et se développer sans le secours d\u2019un esprit qui l\u2019anime et la dirige ?Et que dire des destinées de tout un peuple ?Croit-on qu\u2019elles se réaliseront par le seul effet d\u2019un harmonieux hasard ?Partout il faut, pour triompher, une ligne de conduite tracée d\u2019avance et des individus qui sachent où ils vont et qui donnent plein rendement.C\u2019est ce que nous obtiendrons par l\u2019enseignement professionnel placé à la base d\u2019une réforme économique.Ces individus seront maîtres d\u2019abord dans leur domaine propre, dans le rayon immédiat de leurs constants efforts.Ils accompliront, en connaissance de cause, la tâche que nous leur aurons demandée.Puis ils prêteront leur concours à la conduite des affaires publiques, faisant pénétrer, dans l\u2019administration de notre fortune nationale, les principes qu\u2019ils auront préconisés toute leur vie, qu\u2019ils auront fait passer dans leurs oeuvres.L\u2019avenir est à ce prix.Pour persévérer et survivre; pour prouver que nous sommes ceux que nous croyons être et manifester notre personnalité ; pour garder notre langue, véhicule de notre histoire, expression immatérielle et totale de tout un peuple, qui constitue pour l\u2019homme, où qu\u2019il soit, un droit naturel et sacré; pour que vive en nous notre raison d\u2019être et pour qu\u2019elle éclate aux yeux de tous et s\u2019impose comme une réalité nécessaire, intangible; pour qu\u2019aux arguments de parole et aux arguments de plume nous ajoutions l\u2019argument plus fort, vivant, incisif comme l\u2019action, irréfutable comme la vie, évident comme le mouvement, l\u2019argument-homme; pour que nous soyons, dans une civilisation qui en partie n\u2019est pas la nôtre, des égaux que l\u2019on respecte et chez qui l\u2019on est forcé de reconnaître des qualités de race et l\u2019intelligence victorieuse; \u2014 préparons-nous, dans le culte de la supériorité. LIGNES DE FORCE 697 Le deuxième article-programme de la revue UNE ACTION INTELLECTUELLE par l\u2019abbé Lionel Groulx Dans le mois suivant du mois de fondation (février 1917), c\u2019est après Edouard Montpetit, l\u2019abbé Lionel Groulx qui définissait la trame de fond sur laquelle évoluerait la revue.Autant était significatif le titre choisi par M.Montpetit pour l\u2019article liminaire, autant est démonstratif du sérieux de l\u2019oeuvre entreprise celui que l\u2019abbé Groulx donne au sien.Ce qu\u2019on entend faire, ce n\u2019est pas de l\u2019agitation, c\u2019est « une action intellectuelle ».« Tout nous présage, écrit l\u2019abbé Groulx, et pour avant peu, un grand effort littéraire ».Ce grand effort quel sens doit-il prendre pour porter vraiment notre marque ?Autrement dit, L\u2019Action française qui naît pour nous rendre plus conscients de ce que nous sommes et informer notre action, quelle tendance prendra-t-elle?Toute réforme, toute détermination, écrit l\u2019abbé Groulx, prend sa source dans une impulsion d\u2019idées; toute action libératrice procède des penseurs de la foule.N\u2019est-ce pas le temps pour les « esprits d\u2019en haut » de chercher ce qu\u2019ils vont mettre dans les oeuvres prochaines ?Il faut sans retard faire la revision de nos valeurs intellectuelles; il faut chercher avec ardeur et conscience si les idées qui palpitent au cerveau de la race, sont de cette qualité qui inspire les déterminations victorieuses.(.) Et ceci dit, l\u2019abbé Groulx formule les deux règles fondamentales qui vont conditionner l\u2019action de la ligue et de la revue: catholique et française.Il faudra nous souvenir, écrit-il, que l\u2019alliance de la pensée et de la foi est devenue chez nous un impératif catégorique de notre tradition.Qui donc voudrait prétendre faire oeuvre constructive en s\u2019isolant de la pensée des ancêtres ?Et ne savons-nous pas que les peuples 698 L'ACTION NATIONALE commencent de mourir le jour où ils cessent d\u2019être l\u2019expression même de l\u2019histoire ?Sur ce point, il est à noter que nous restons en pleine indécision ou en pleine évolution.Après avoir enfin fait notre unanimité sur le sens général de notre action politique, sur la primauté du Québec et la nécessité d\u2019une libération économique, c\u2019est vraiment ce second problème du sens de notre action intellectuelle que nous abordons après U5 ans.L\u2019Action nationale, pour sa part, continue de représenter le courant de pensée qui estime fondamentale non seulement en termes d\u2019adhésion à des principes philosophiques, mais bien d\u2019histoire et aussi de sociologie, la position de l\u2019abbé Groulx.C\u2019est ce sur quoi la génération qui vient aura à se déterminer; et sa détermination dans les cadres sociologiques ou politiques dans lesquels nous sommes placés, décidera de notre épanouissement en une civilisation véritablement caractéristique ou de notre intégration progressive dans la civilisation nord-américaine.Cela, il arrive qu\u2019à l\u2019heure actuelle, certains Anglo-Canadiens inquiets de l\u2019avenir du Canada, le sentent plus que nous.Pour quelques-unes de ces mêmes raisons nous voulons, continue l\u2019abbé Groulx, que notre littérature de demain soit en plus française.Oui, je n\u2019ai point peur du mot: elle sera française, résolument française.Et ici, il convient de relire bien attentivement le passage qui suit et où l\u2019abbé Groulx fait grâce, d\u2019une façon qui aurait dû être considérée comme définitive, de l\u2019accusation que le nationalisme traditionnel a refusé de s\u2019inspirer aux sources françaises actuelles, qu\u2019il est resté enfoncé dans l\u2019ancien régime, par peur du laïcisme et du républicanisme.Ce n\u2019est pas de la France de Louis XIV que l\u2019abbé Groulx dit, comme on le verra, qu\u2019elle doit rester longtemps notre Mecque littéraire, mais bien du Paris de son temps et des temps à venir.Mais toutefois il veut que nous restions nous-mêmes, que nous ne soyons pas de simples badauds coloniaux.Et c\u2019est tout.Avec un peu moins d\u2019ignorance et un peu plus de bonne foi, on aurait donc depuis longtemps cessé de propager LIGNES DE FORCE\t699 Vidée fausse d'une opposition des nationalistes à la France contemporaine.Et peut-être, poursuit l\u2019auteur, est-ce le moment de dissiper certaines équivoques, pour arrêter ces flamboiements dans le vide d\u2019inutiles moulinets d\u2019épée.Il nous revient que l\u2019on s\u2019inquiète de la survivance de la culture française en notre pays, parce que quelques-uns de nos prêtres et de nos éducateurs enseigneraient la désaffection de la France.Disons tout d\u2019abord qu\u2019en droite logique quelques intempérances de langage, quelques frasques d\u2019isolés ne constituent nullement une opinion commune ni même une opinion courante.Il reste que ne datant pas de 89, beaucoup parmi nous, prêtres et laïques, et laïques aussi bien que prêtres, ne croient ni à la République ni à la France indivisible.Oh ! je sais bien que Montaigne aimait Paris « tendrement jusqu\u2019à ses verrues et ses taches ».Mais impose-t-on l\u2019amour tendre des verrues et des taches ?Le bon sens, non moins qu\u2019un très noble sentiment de fidélité française, ont fait un devoir à nos professeurs et à beaucoup d\u2019autres de distinguer entre les influences d\u2019outre-mer.En définitive c\u2019est pour mieux rester Français qu\u2019ils entendent ne pas l\u2019être d\u2019une certaine façon ! Et je crois comprendre qu\u2019ils se défendent contre deux périls, l\u2019un religieux et l\u2019autre intellectuel.S\u2019il s\u2019agit du premier peut-on faire un crime à des prêtres et à des catholiques de défendre leur catholicisme ?Leur attitude restera inattaquable aussi longtemps qu\u2019on n\u2019aura pas démontré que rester catholiques n\u2019est plus une façon de rester Français.Et pour ma part, je constate que des étrangers à notre pays et à notre foi, tels Elysée Reclus et André Siegfried, ont vu dans notre fidélité aux croyances traditionnelles une garantie de longévité française.Que l\u2019on feuillette après cela les manuels et les programmes d\u2019enseignement \u2014 ceux qui remontent à moins de trente ou quarante ans \u2014 et l\u2019on verra de quelle façon les maîtres de notre jeunesse pratiquent le protectio-nisme littéraire.Ils font très large la part des grands maîtres de la littérature de France, et je présume que 700 L'ACTION NATIONALE par cet honneur fait aux classiques, nos professeurs n\u2019ont que le mérite d\u2019agir en éducateurs.Mais ils tiennent aussi la porte ouverte, quoique avec discrétion, aux meilleurs écrivains modernes et aux plus contemporains des contemporains.Et ils font ainsi, non seulement parce que les maîtres de la pensée de France doivent rester les maîtres de notre insuffisance; mais parce qu\u2019il importe à notre durée que les courants de la pensée française nous apportent cette substance d\u2019art et de morale, ces vertus de la race et de l\u2019esprit qui font l\u2019essence de notre culture.Non, nos professeurs ne sont pas de si grands Barbares, ni surtout des Barbares barbarisants.C\u2019est encore au nom de la culture originelle et pour la sauvegarder, qu\u2019ils réclament le droit de prononcer certaines proscriptions.Il en est d\u2019un peuple comme de tout être, vivant: celui-là s\u2019inocule un principe de mort qui introduit dans sa vie un élément inassimilable.Faut-il donc tenir si grande rigueur à nos maîtres s\u2019ils veulent protéger contre les brouillards germaniques ou slaves, la clarté de nos cerveaux latins ?Pour le dire très nettement, nous n\u2019avons que faire d\u2019oeuvres et d\u2019esthétiques qui ne servent point la culture française et qui, par cela même, ne sont point de l\u2019art et n\u2019en peuvent créer.Mais ce sont-là, je puis le dire, nos seules réserves.Et aucune ne devra nous empêcher de faire de Paris, et pour longtemps, notre Mecque littéraire.Qu\u2019importe que, dans le passé, nous ayons reproché quelquefois à nos écrivains et à nos poètes leur manie de l\u2019exotisme.Ce n\u2019est point, que je sache, pour désapprouver la recherche vivifiante d\u2019influences nécessaires.Mais nous les blâmons d\u2019avoir élevé cet exotisme presque à la hauteur d\u2019une esthétique, et d\u2019être allés chercher en France, des recettes et des artifices d\u2019école, plutôt qu\u2019une discipline de l\u2019esprit et de hautes intuitions d\u2019art.Quand il ne fallait être que des disciples, nous ne leur savions pas gré de s\u2019être faits des pasticheurs.Il est fort douteux que beaucoup de propos de certains des critiques du supposé vieux nationalisme étroit si rétrograde pourront encore être lus, après 35 ans, LIGNES DE FORCE 701 avec le même intérêt et en donnant la même impression d\u2019un problème bien posé et résolu avec tout le sens des nuances nécessaire devant le sérieux d\u2019une question.Ce texte était à méditer; il est clair que ceux qui ont continué leurs accusations n\u2019en ont jamais rien fait.NOTRE DOCTRINE par l\u2019abbé Lionel Groulx (janvier 1921) En octobre 1920, l\u2019abbé Groulx remplace M.Orner Héroux à la direction de la revue.Mais il remet à deux mois plus tard le soin de préciser l\u2019orientation qu\u2019il entend donner à la revue.Ce texte met indiscutablement le point final à toutes les affirmations des adversaires d\u2019hier comme d\u2019aujourd\u2019hui à la prétention d\u2019un indigénisme étroit, apeuré par les orientations intellectuelles de la France.Il établit la pensée de l\u2019école nationaliste traditionnelle pour deux générations.* * * Depuis quatre ans que VAction française existe, il n\u2019est pas une de ses livraisons, pas une de ses pages qui, en somme, ne se soit inspirée d\u2019une doctrine.Ce fut même l\u2019une des particularités de notre oeuvre que sans un mot d\u2019ordre de ses directeurs, sans entente précise entre ses collaborateurs, elle ait développé ce mouvement de pensée de lignes si droites, d\u2019aspirations si unanimes.Visiblement elle a fourni un moyen d\u2019expression à quelques-unes des idées latentes qui agitent, à chaque génération, l\u2019âme profonde d\u2019une race.Notre doctrine, nous avons, par cela même, beaucoup moins à la définir qu\u2019à la résumer.L\u2019idéal d\u2019ordre de Y Action française ne pourra que profiter de cette nouvelle expression.Elle rendra plus difficiles les déformations malveillantes ; à ceux qui attendent encore, elle donnera une consigne décisive.Nous ne sommes point d\u2019un peuple qui puisse se plaindre d\u2019une surabondance de directions.Après trois cents ans de colonialisme et de perpétuelle existence en lisière, on nous le répète de toute part: nous manquons de règle intérieure de vie, de conscience nationale.Pour 702 L'ACTION NATIONALE parler le langage des philosophes, nous avons à franchir l\u2019étape de l\u2019individualité à la personnalité.L\u2019homme n\u2019est vraiment lui-même, que le jour où il est devenu une personne maîtresse de sa pensée et de son action, où il s\u2019est libéré de l\u2019inconscience et des instabilités du tempérament.Celui-là seul a gravi vers les vraies formes d\u2019humanité, qui a pu établir, par tout son être, la règle souveraine de la raison et de la liberté.Il est de même des peuples sans consistance morale, victimes d\u2019une jeunesse ou d\u2019une faiblesse trop originelle.Leur conscience, leur raison publique mal éveillées ne fournissent aucun pôle vers lequel s\u2019orientent les énergies.Ces peuples se dirigent beaucoup moins qu\u2019ils ne sont dirigés.Ils tombent dans la dépendance de tous les courants d\u2019opinion ; ils sont les vassaux des maîtres ou des voisins plus forts qui, de l\u2019extérieur, leur imposent leur domination morale ou politique.Ces peuples gisent encore ou sont retombés à la période de l\u2019individualité.L\u2019effort que leur destinée leur commande, c\u2019est de se dégager de la sujétion étrangère et de l\u2019inconsistance de leurs propres pensées ; c\u2019est de s\u2019élever jusqu\u2019à la personnalité nationale, jusqu\u2019à l\u2019état d\u2019âme supérieur où ils prendront en eux-mêmes, dans la synthèse de leurs vertus natives, dans le commandement de leur histoire et de leur vocation, le gouvernement immédiat de leur pensée, l\u2019essor souverain de leur vie.C\u2019est bien cette loi de nos destinées, principe et condition de la personnalité ethnique, doctrine où se fixe l\u2019esprit collectif, que Y Action française s\u2019est efforcée de mettre en lumière depuis sa naissance.Qu\u2019a-t-elle voulu autre chose, en toutes ses luttes contre l\u2019anglomanie et contre l\u2019exotisme, en toutes ses prédications pour le réveil de la fierté, pour le culte de l\u2019histoire et le maintien des traditions, en ces inventaires de nos forces où s\u2019étalait l\u2019étendue de nos richesses, qu\u2019a-t-elle voulu autre chose si ce n\u2019est dégager la réalité d\u2019une âme et d\u2019une pensée, rassembler les éléments d\u2019une personnalité?Notre doctrine, elle peut tenir tout entière en cette brève formule : nous voulons reconstituer la plénitude de notre vie fran- LIGNES DE FORCE 703 çaise.Nous voulons retrouver, ressaisir, dans son intégrité, le type ethnique qu\u2019avait laissé ici la France et qu\u2019avaient modelé cent cinquante ans d\u2019histoire.Nous voulons refaire l\u2019inventaire des forces morales et sociales qui, en lui, se préparaient alors à l\u2019épanouissement.Ce type, nous voulons l\u2019émonder de ses végétations étrangères, développer en lui, avec intensité, la culture originelle, lui rattacher les vertus nouvelles qu\u2019il a acquises depuis la conquête, le maintenir surtout en contact intime avec les sources vives de son passé, pour ensuite le laisser aller de sa vie personnelle et régulière.Et c\u2019est ce type français rigoureusement caractérisé, dépendant d\u2019une histoire et d\u2019une géographie, ayant ses hérédités ethniques et psychologiques, c\u2019est ce type que nous voulons continuer, sur lequel nous appuyons l\u2019espérance de notre avenir, parce qu\u2019un peuple, comme tout être qui grandit, ne peut développer que ce qui est en soi, que les puissances dont il a le germe vivant.Ce germe de peuple fut, un jour, profondément atteint dans sa vie; il fut gêné, paralysé dans son développement.Les conséquences de la conquête ont durement pesé sur lui; ses lois, sa langue ont été entamées; sa culture intellectuelle fut longtemps entravée; son système d\u2019éducation a dévié en quelques-unes de ses parties, sacrifié plus qu\u2019il ne convenait à la culture anglaise; son domaine naturel a été envahi, ne le laissant que partiellement maître de ses forces économiques; par l\u2019atmosphère protestante et saxonne ses moeurs privées et publiques ont été contaminées.Un maquillage désolant a recouvert graduellement la physionomie de nos villes et de nos villages, signe implacable de la sujétion des âmes à la loi du conquérant.Ce mal de la conquête s\u2019est aggravé, depuis 1867, du mal du fédéralisme.La confédération peut avoir été une nécessité politique; elle peut avoir déterminé en ce pays de grands progrès matériels; pour un temps, elle a pu même rendre au Québec une grande somme d\u2019autonomie.Elle n\u2019a pas empêché que le système n\u2019ait tourné contre nous de considérables influences.Notre situation 704 L'ACTION NATIONALE particulière dans l\u2019alliance fédérative, l\u2019isolement de notre province catholique et française au milieu de huit provinces à majorité anglaise et protestante, le déséquilibre des forces qui s\u2019ensuit, accru quelquefois par la politique hostile de quelques gouvernants, entraînent peu à peu la législation fédérale vers des principes ou des actes qui mettent en péril nos intérêts fondamentaux.Le système politique de notre pays, tel qu\u2019en voie de s\u2019appliquer, ne conduit pas à l\u2019unité, mais tout droit à l\u2019unifoiTnité.Les idées qui prédominent à l\u2019heure actuelle, au siège du gouvernement central, tendent à restreindre d\u2019année en année le domaine de la langue française, à miner sourdement l\u2019autonomie de nos institutions sociales, religieuses et même politiques.Il suffit de rappeler les luttes soutenues ici, depuis si longtemps, pour faire respecter les clauses du pacte fédéral relatives au français, les projets de loi récents sur le divorce, la suppression de beaucoup de nos fêtes religieuses pour les fonctionnaires fédéraux, les tentatives pour l\u2019uniformité des lois et de l\u2019éducation, les multiples assauts enfin dirigés contre notre province et dénoncés par nul autre que le premier ministre du Québec, l\u2019honorable Alexandre Taschereau, dans son discours du 22 novembre 1920 à l\u2019hôtel Viger.Autant de symptômes, autant de faits indéniables qui suffisent à expliquer les régressions de la personnalité nationale chez nous et la part très grande qu\u2019a faite Y Action française et que longtemps encore elle devra faire aux oeuvres de pure défense.Elle ne veut point s\u2019en tenir toutefois à cette action de caractère négatif.Elle comprend qu\u2019affaiblie par des emprunts malsains, notre âme a besoin d\u2019être fortifiée par le dedans.Ces forces de réparation et de nutrition, elle veut les demander d\u2019abord aux deux plus grandes sources de vie, à celle qui coule à Rome et à cette autre, celle de France, d\u2019où nous est venue toute notre vie naturelle.Pour notre élite intellectuelle, nous demandons la culture romaine et la culture française.La première nous donnera des maîtres de vérité, ceux qui fournissent des règles aux esprits, qui font briller de haut les prin- LIGNES DE FORCE 705 cipes sans lesquels il n\u2019est point de ferme direction, point de fondements sociaux intangibles, point d\u2019ordre permanent, point de peuple assuré de sa fin.Dans l\u2019ordre naturel, la culture de France, l\u2019éducatrice immortelle de nos pensées, achèvera le perfectionnement de nos esprits.Et quand nous parlons de culture française, nous l\u2019entendons, non pas au sens restreint de culture littéraire, mais au sens large et élevé où l\u2019esprit français nous apparaît comme un maître incomparable de clarté, d\u2019ordre et de finesse, le créateur de la civilisation la plus saine et la plus humaine, la plus haute expression de la santé intellectuelle et de l\u2019équilibre mental.Et nous entendons également non pas une initiation qui tourne au dilettantisme ou au déracinement, mais une culture qui serve sans asservir, qui sauvegarde nos attitudes traditionnelles devant la vérité qui, devenue une force réelle et bienfaisante, permette à notre élite prochaine de s\u2019appliquer plus vigoureusement à la solution de nos problèmes au service de sa race, de son pays et de sa foi.Notre élite sera d\u2019ailleurs sauvée du déracinement comme tout notre peuple, si elle mêle à ces sources de vie, pour s\u2019y abreuver, les sources qui nous sont plus proches, qui emportent avec elles la substance de notre passé et de nos traditions.Jamais le magistère de l\u2019histoire ne devra se taire au milieu de nous.Et nous faisons, de cet enseignement, un autre article de notre doctrine.Par l\u2019histoire qui maintient la continuité entre les générations, qui charrie de l\u2019une à l\u2019autre, ainsi qu\u2019un fleuve, le flot accumulé des vertus de la race, un peuple reste en possession constante, actuelle, de sa richesse morale.Par l\u2019histoire nous éprouverons, en nous-mêmes, comme dirait Charles Maurras, que « nul être vivant, nulle réalité précise ne vaut l\u2019activité et le pouvoir latent de la volonté collective de nos ancêtres » ; et ce sont leurs impulsions, leurs directions impérieuses qui nous pousseront vers notre avenir.Par l\u2019histoire nous apprendrons les aptitudes de notre peuple; elle nous dira, selon le respect de quelles lois, de quelles exigences de sa nature intime, il faut aujourd\u2019hui le gouverner, l\u2019initier aux 706 L'ACTION NATIONALE progrès nouveaux, aux évolutions qui n\u2019apportent point de prospérités éphémères et factices, mais qui s\u2019adaptent à la vie comme à des pierres d\u2019attente.Par l\u2019histoire enfin restera mêlé à nos âmes, l\u2019ensemble de nos traditions, celles du moins qui contiennent de la vie et qui ne sont que le prolongement de l\u2019âme des ancêtres.Les traditions, comme la langue, quoique moins parfaitement, sont un signe de la race, et par cela même, un élément de durée.Qu\u2019y faut-il voir autre chose qu\u2019une série d\u2019actions des anciens issues de leurs façons de penser les plus profondes, de leurs attitudes sentimentales devant les grands objets de la vie, actions si fortement liées à leur âme intime et collective qu\u2019elles ont fini par se fixer en coutumes, en gestes permanents ?Et qu\u2019est-ce à dire, sinon que par l\u2019histoire, nous sera restitué, dans sa plénitude, l\u2019être fondamental de la nationalité, celui qu\u2019il faut chercher et que nous avons besoin de retrouver ?Un programme d\u2019action nationale ne saurait oublier le point d\u2019appui nécessaire, le type humain qui est en cause.Toujours il faut une loi, une règle suprême à quoi se mesure toute action patriotique.Avant d\u2019agir il importe de savoir cette chose très simple: ce qu\u2019il faut défendre et ce qu\u2019il faut développer.Puisque nous voulons vivre, apprenons d\u2019abord quelle vie est en nous, quel germe attend de s\u2019épanouir.Soyons-en persuadés : pour secouer plus rapidement le maquillage anglo-saxon, pour refaire l\u2019unité organique de nos lois et de notre langue, pour restaurer nos moeurs privées et publiques, pour retenir du passé, toutes les traditions familiales et sociales qui nous sont une force de durée, pour nous changer, en sang et en nourriture, les meilleurs éléments de la pensée française, rien ne vaudra mieux que de laisser agir le principe vivant qui est en nous, que de choisir, non plus de nous adapter à une forme d\u2019esprit trop souvent délétère et hostile, mais, les yeux fixés sur l\u2019idéal d\u2019un peuple catholique et latin, de n\u2019avoir plus que cette volonté : être absolument, opiniâtrement nous-mêmes, le type de race créé par l\u2019histoire et voulu par Dieu. LIGNES DE FORCE 707 Il nous serait facile de le démontrer: ce furent là, en définitive, par la force immanente des choses, les principes de notre politique ancienne, la pensée de fond de toute notre histoire.Toujours, dans la mesure du possible, nos pères n\u2019ont conçu pour nous d\u2019autre existence, sous la domination britannique, que celle d\u2019un groupe français constituant une unité ethnique et politique autonome.Ce point de vue, ils le faisaient consacrer par la charte de 1774.Dix-sept ans plus tard, la constitution de 1791 confirmait à leurs yeux ce même dessein.Deux fois, en 1775 et en 1812, ils refusaient l\u2019alliance américaine, par crainte d\u2019une absorption.Deux fois, pour les mêmes motifs, en 1822 et en 1840, ils s\u2019opposaient à toute union politique avec nos voisins du haut Saint-Laurent.Et lorsque le projet de 1841 eut abouti malgré eux, la puissance de leur réaction transforma quand même en fédéralisme pratique, ce qui devait être une union législative.Jusqu\u2019en 1867 inclusivement, ce fut la même pensée latente qui anima les pères de la confédération, quand, au-dessus des rêves d\u2019unité absolue, ils firent triompher le principe des autonomies provinciales.Notre doctrine, du reste, n\u2019a rien qui ne s\u2019accorde avec notre état politique actuel.Nous avons conscience de rester dans l\u2019esprit du fédéralisme, en prenant la résolution de rester d\u2019abord nous-mêmes.N\u2019a-t-on pas, depuis quelques années, suffisamment démontré l\u2019utilité canadienne de notre survivance française, pour qu\u2019il soit superflu de refaire cette preuve ?Plus nous gardons nos vertus françaises et catholiques, plus nous restons fidèles à notre histoire et à nos traditions, plus aussi nous gardons l\u2019habitude d\u2019aimer ce pays comme notre seule patrie, plus nous restons l\u2019élément irréductible à l\u2019esprit américain, le représentant le plus ferme de l\u2019ordre et de la stabilité.Mais nous ne voulons point, par exemple, d\u2019une alliance ni d\u2019une coopération où tous les sacrifices, tous les périls seraient pour nous, tous les honneurs, tous les profits pour les autres.Les Canadiens français ne peuvent, au détriment de leurs meilleurs intérêts, dépenser 708 L'ACTION NATIONALE le plus clair de leurs énergies, à bâtir, eux seuls, un édifice que leurs associés s\u2019emploieraient à détruire.Nous n\u2019entendons sacrifier les aspirations et les droits légitimes de notre race à aucune combinaison politique.Nous nous imposons comme programme, de fortifier notre élément, de lui faire une riche et vigoureuse personnalité, pour que, quoi qu\u2019il advienne demain, que la confédération s\u2019écroule ou se reconstruise sur de nouvelles bases, que nous ayons à choisir entre l\u2019absorption impériale ou l\u2019annexion américaine, que l\u2019une ou l\u2019autre nous soit imposée ou qu\u2019un État français surgisse du morcellement du continent, notre peuple soit assez robuste, ait accru suffisamment ses forces intègres pour faire face à ses destinées.Conserver à Dieu un peuple qui glorifie et respecte l\u2019ordre souverain, qui, dans l\u2019apostasie trop générale des nations, continue de professer la vérité unique et de rendre hommage à Notre-Seigneur Jésus-Christ, nous paraît une oeuvre qui l\u2019emporte sur le rêve d\u2019une grandeur politique et matérielle.Et voilà comment nous ne nous arrêtons pas à cette entreprise de reconstruction française comme à une fin.Les nations aussi bien que les individus sont soumises aux fins suprêmes; une nation n\u2019a même de raison d\u2019être que dans le respect et la glorification de cet ordre.Et c\u2019est pourquoi nous nous attachons à l\u2019Église catholique, non pas seulement parce qu\u2019elle est la plus grande puissance intellectuelle, le vaste dépôt de l\u2019universelle vérité; non pas seulement parce qu\u2019elle est l\u2019auguste et la première gardienne de l\u2019ordre moral, que, de l\u2019ensemble harmonieux des vertus qu\u2019elle propose aux peuples, dépend la prospérité sociale.Nous nous attachons à l\u2019Église, d\u2019abord pour les titres divins qui s\u2019imposent à nos esprits et à nos coeurs, parce qu\u2019en elle seule les nations atteignent les fins de Dieu et qu\u2019avant tout nous voulons, comme catholiques, que notre peuple accomplisse sa destinée chrétienne.Et c\u2019est parce que nous sommes convaincus que, même dans l\u2019ordre chrétien, un peuple ne remplit pleinement sa mission que s\u2019il reste soi-même; c\u2019est parce que nous croyons que l\u2019oeuvre du peuple cana- LIGNES DE FORCE 709 dien-français sera d\u2019autant plus large et féconde qu\u2019il aura mieux sauvé sa parcelle d\u2019originalité, les principes d\u2019action qui lui sont propres: ses admirables qualités latines et apostoliques, ses affinités avec le catholicisme, c\u2019est pour toutes ces hautes raisons que nous voulons le garder français.Ce programme de vie, nous l\u2019offrons, en toute confiance, au large public de Y Action française.Nous l\u2019offrons à tous nos frères des autres provinces canadiennes et des États-Unis qui sentent, comme nous, que le devoir pressant est de fortifier l\u2019énergie de notre vie nationale, mais en prenant comme point d\u2019appui, des données rationnelles et sûres.Ce programme, nous convions, à le réaliser avec nous, toute la pensée saine de notre race: tous ceux qui acceptent la souveraineté des principes catholiques dans la solution des problèmes humains, tous ceux-là qui mettent les destinées de notre peuple, sa survivance comme groupe ethnique, au-dessus de toutes les combinaisons des intérêts politiques.Nous ne nous flattons point d\u2019espérances chimériques.Il faut plus longtemps qu\u2019une vie humaine pour faire triompher une doctrine, pour mettre d\u2019accord les hommes d\u2019une même patrie, sur quelques points fondamentaux.Aux côtés de beaucoup d\u2019autres, nous ne voulons que servir à notre tour, dans la parfaite loyauté de nos âmes.Que Dieu nous accorde seulement d\u2019avoir mis un peu plus d\u2019unité dans l\u2019esprit et le coeur des Canadiens français, d\u2019avoir fait apparaître plus haut et plus clair le but où doivent tendre nos volontés, et nous estimerons n\u2019avoir perdu ni notre temps ni nos peines.* * * De mois en mois, ensuite, les mots d\u2019ordre se succéderont, se portant à la défense de la langue française, prêchant la rééducation de notre patriotisme, notre libération de la domination par le capital étranger, prenant des vues ouvertes sur les nouvelles initiatives qui se proposent à notre milieu, mettant en doute l\u2019opportunité de manifester une satisfaction béate des résultats de la Confédération, nous invitant à plus de sérieux et de persé- 710 L'ACTION NATIONALE vérance dans l\u2019effort.Bref tous les thèmes majeurs de l\u2019heure actuelle sont déjà abordés à L\u2019Action française durant cette période; et d\u2019une façon qui rend fort douteuse la prétention de ceux qui se targuent de tant révolutionner la pensée nationale depuis deux ans.Voici une série des mots d\u2019ordre les plus significatif s de la période de L\u2019Action française.POUR LA LANGUE FRANÇAISE (Mot d\u2019ordre de janvier 1922) Une nouvelle année commence.Que sera-t-elle pour la langue française ?Ce que nous la ferons nous-mêmes.Cette vérité nous apparaît de plus en plus évidente, et nous voudrions qu\u2019elle fût partagée par un plus grand nombre, qu\u2019elle ne restât pas dans tant d\u2019esprits à l\u2019état de doctrine embrumée et somnolente, mais qu\u2019elle descendît dans les actes, qu\u2019elle pénétrât et animât nos vies.Nous tenons dans nos mains les destinées du parler français en Amérique.Un peuple qui veut sauver sa langue la sauve.Mais il faut le vouloir d\u2019une volonté vraie, c\u2019est-à-dire ferme, intelligente, éveillée, constante.Une seule faille dans le bloc de notre détermination peut suffire à la rendre impuissante.Or ici les failles ordinaires ce sont les détails.Tel est prêt à lutter pour l\u2019enseignement du français dans les écoles, pour sa reconnaissance au parlement, pour son emploi dans les grandes administrations, qui dans les choses secondaires, dans ce qu\u2019on appelle les riens de la vie: communications téléphoniques, correspondances d\u2019affaires, menus de restaurants, se montre volontiers indifférent, neutre, passif.On suit le courant.Et comme le courant est anglais, on téléphone en anglais, on correspond en anglais, on se fait servir en anglais.C\u2019est là l\u2019erreur, la faute, le crime ! Non, l\u2019expression n\u2019est pas exagérée, si l\u2019on considère les conséquences de ces actes répétés plusieurs fois chaque jour par des milliers et des milliers de Canadiens français.Là se trouve le défaut de notre cuirasse, la raison principale de nos défaites suc- cessives. LIGNES DE FORCE 711 Prenons la résolution, en ce commencement d\u2019année, de mieux comprendre nos intérêts, de servir efficacement et jusque dans les moindres détails, la langue française.L\u2019Action française LA REVISION DE NOTRE PATRIOTISME (Mot d\u2019ordre de juin 1923) Chacun parle en notre province de la crise du patriotisme.Il est sûr qu\u2019il n\u2019existe pas de patriotisme proprement canadien.Dans les provinces maritimes, dans le Canada central, dans l\u2019ouest, l\u2019on ne connaît partout que le patriotisme provincialiste ou régionaliste.Nous, Canadiens français, dépassant les frontières de notre province, une fraternité nous unit à tous les groupes de notre race; mais le patriotisme est proprement canadien-français; il est fondé sur la communauté de la foi religieuse, du sang, de l\u2019histoire, de la culture et sur la défense de ces biens.Voilà cependant plus d\u2019un demi-siècle que nous sommes en confédération.Les fédéralistes n\u2019ont pas à se plaindre.Jusqu\u2019à 1905, peut-on dire, ils ont tenu l\u2019esprit du peuple dans leurs mains; ils ont pu prêcher leur doctrine sans la moindre opposition.Plus que tous, les Canadiens français ont fait le loyal essai du pacte de 1867.Si une réaction violente a commencé dans notre province vers 1905, c\u2019est que nous nous sommes sentis tout à coup à deux doigts de l\u2019abîme.La réaction a continué, plus forte que tous les anciens narcotiques qui n\u2019ont pu reprendre leur empire.Mais notre patriotisme s\u2019est développé dans la mesure où il est devenu canadien-français.Le réveil s\u2019est fait parmi les classes qui lisent et qui réfléchissent.Le peuple qui n\u2019a pu être atteint par les éveilleurs, sommeille encore.L\u2019exode actuel vers les États-Unis le fait tristement voir; le peuple n\u2019a plus de patriotisme d\u2019aucune sorte.Faut-il tenter encore ce qui a si complètement échoué ?Faut-il reviser notre patriotisme, le débarrasser des chimères, n\u2019y faire entrer que les éléments qu\u2019il a jusqu\u2019ici supportés ?La décision en vaut la peine.\tL\u2019Action française 712 L'ACTION NATIONALE SECOUONS LE JOUG (Mot d\u2019ordre d\u2019août 1928) On lira, dans cette même livraison de la revue, une remarquable étude sur la pénétration de notre pays par la finance américaine.Il y a là des statistiques qui donneront à méditer, qui sonnent presque une alerte.Nous croyons qu\u2019un jeune État comme le nôtre ne saurait se passer de capital étranger.Mais nous croyons aussi que le capital étranger ne doit jamais prendre la place du capital national; dans les entreprises qu\u2019il fonde ou qu\u2019il assiste, il doit en définitive concourir au bien public, sous peine d\u2019être un désordre; par dessus tout il ne doit jamais devenir tellement puissant qu\u2019il crée un sur-Ëtat économique capable de tenir en laisse l\u2019État politique.La province de Québec ne s\u2019achemine-t-elle pas rapidement vers ce dernier péril ?Plus que jamais l\u2019opinion publique doit se tenir éveillée.Ayons peur des succès trop rapides, véritables défaites qui se soldent par la domination de l\u2019étranger.Songeons que notre capital n\u2019est si faible que parce qu\u2019il est inorganisé ; une portion trop considérable est encore inactive ou opère contre nous dans des institutions étrangères.Saurons-nous créer les organismes économiques qui orientent toutes nos activités, toutes nos ressources vers les fins nationales ?Saurons-nous développer, parmi nos compatriotes, un état d\u2019esprit qui admette spontanément cette orientation ?Disons-nous, plus que jamais, que l\u2019indépendance économique est une condition de survivance.Dégageons-nous de l\u2019étreinte; secouons le joug ! L\u2019Action française LE SCOUTISME (Mot d\u2019ordre de juillet 1926) Ceux-là mêmes qui s\u2019en méfient et supplient qu\u2019on s\u2019en méfie, ne contestent point la vogue du scoutisme.La popularité qu\u2019il s\u2019est acquise, jusque dans les milieux catholiques, manifeste quelque chose d\u2019un mouvement LIGNES DE FORCE 713 irrésistible.Au vrai, s\u2019il est encore à naître parmi nous, du moins tel que nous le rêvons, il ne laisse pas de faire déjà des conquêtes.Beaucoup de petits Canadiens français, nous assure-t-on, sont déjà enrégimentés dans des équipes anglaises; l\u2019on nous cite même telle grande ville où existe tout un bataillon affilié au scoutisme officiel.Ce sont des faits comme ceux-là qui ont amené L\u2019Action française à prendre parti.Qu\u2019on explique comme l\u2019on voudra la vogue du scoutisme, elle existe et il ne suffira pas de s\u2019en moquer pour la supprimer.Si le scoutisme officiel est article d\u2019importation suspect \u2014 et nous disons qu\u2019il l\u2019est \u2014 il est aussi de ces ennemis que l\u2019on ne vainc pas par des méthodes purement négatives.Rien ne sert de s\u2019escrimer avec une rapière devant un browning.Souvenons-nous : il y a telle société catholique, d\u2019origine et d\u2019inspiration étrangères, dont l\u2019expansion, chez nous, a humilié et humilie encore notre sens national, notre goût légitime d\u2019autonomie, jusque dans les cadres et les méthodes où se doit mouler l\u2019action d\u2019un peuple.Croit-on que cette société étrangère eût obtenu pareil succès, en un pays latin, si, il y a vingt ans, au lieu de la combattre par le ridicule ou de vaines paroles, on lui eût opposé quelque chose de solide et de concret: nous voulons dire une société d\u2019esprit français et latin, n\u2019empruntant à l\u2019autre que ses parties assimilables, les éléments de sa vogue légitime ?Craignons le retour de la même aventure avec le scoutisme, si notre tactique ne varie point.Les motifs de crainte ne nous manquent pas.La preuve n\u2019est plus à faire de nos tendances désolantes à laisser pénétrer dans nos enceintes tous les chevaux de Troie de passage et à tenter d\u2019assimiler surtout l\u2019inassimilable.Qui ne sait que le Canada français est en train de devenir la terre d\u2019élection de tous les clubs neutres, d\u2019origine nègre ou américaine, aux noms les plus grotesques et les plus sots ?Ils y poussent comme champignons un lendemain de pluie.Et le malheur veut que le mauvais exemple parte quelquefois de fort haut et de milieux où l\u2019on est généralement plus averti. 714 L'ACTION NATIONALE C\u2019est avec l\u2019espoir d\u2019une réaction contre cette dangereuse folie que nous accueillerions le scoutisme, pourvu qu\u2019il fût bien nôtre.Ne serait-ce de notre part qu\u2019une illusion ?Il nous semble qu\u2019ayant pris, dès la première adolescence, le goût d\u2019associations calquées sur son esprit et son caractère, qu\u2019en ayant éprouvé la haute vertu éducative, le jeune Canadien français serait mieux protégé que ses aînés contre les importations équivoques et malsaines.L\u2019on va moins facilement à la bouffonnerie et à la sottise quand on a été discipliné par le bon sens.Il reste, cela va sans dire, que le scoutisme canadien-français n\u2019aura rien à faire avec le scoutisme officiel, d\u2019origine et d\u2019esprit anglo-protestants ; qu\u2019il n\u2019empruntera même qu\u2019à bon escient au scoutisme catholique de France.La terrible crise d\u2019anglomanie qui sévit là-bas rend nos cousins par trop inattentifs à leurs importations d\u2019outre-Manche.Oeuvre d\u2019éducation au premier chef, il reste encore que notre scoutisme devra s\u2019appuyer sur la discipline catholique, se souvenant, selon le beau mot du père Rodrigue Villeneuve, que « ce qui forme avant tout une jeunesse, c\u2019est l\u2019état de grâce » Scoutisme canadien-français, il sera une véritable école de patriotisme, s\u2019appliquant à extirper de l\u2019âme de nos enfants les travers bien connus de la race, pour y implanter, au plus profond, toutes les générosités et toutes les fiertés françaises.Parce qu\u2019oeuvre d\u2019éducation, le scoutisme ne peut et ne doit pas surgir, chez nous, d\u2019un simple coup de talon sur le sol, comme les légions de jadis.Il naîtra lentement, à mesure que se découvriront les entraîneurs, les aînés à la foi claire, à la volonté enthousiaste et disciplinée, capables de susciter les premiers disciples et les premières équipes.Oui, exigeons toutes ces conditions.Mais ne nous laissons pas voler notre jeunesse.Le père Adélard Dugré l\u2019écrivait ici même: « Ne repoussons pas, uniquement parce qu\u2019elle nous arrive de l\u2019étranger, une méthode d\u2019éducation de grande utilité, dont nos enfants ont un besoin spécial et dont ils sauraient tirer profit ».Mais sachons montrer notre vigueur créatrice, LIGNES DE FORCE 715 notre volonté d\u2019autonomie, en n\u2019empruntant qu\u2019à nous-mêmes, aux inspirations de notre foi et de notre race, nos disciplines de vie.L\u2019Action française CE SOIXANTENAIRE Mot d\u2019ordre d\u2019avril (1927) On nous demande quelle attitude les Canadiens français doivent tenir à l\u2019égard des fêtes du soixantenaire de la Confédération.Nous demandons à notre tour qu\u2019on veuille bien se rappeler ces simples faits: 1° Dans huit provinces canadiennes sur neuf, les minorités françaises brimées par les majorités anglaises, molestées dans l\u2019exercice de leurs droits scolaires, ou n\u2019obtenant, au lieu de la pleine justice, qu\u2019une chiche tolérance; 2° Dans tous les services fédéraux, en dépit de ses droits officiels à l\u2019égalité juridique et politique, la langue française traitée comme une langue de second rang, bannie de la monnaie et des timbres-poste d\u2019un État bilingue.Dira-t-on que le présent et l\u2019avenir n\u2019ont rien à voir avec ce passé ?Tout proche de nous, dans l\u2019Ontario, où sévit la plus criante persécution scolaire, l\u2019occasion s\u2019offrait à M.Ferguson de montrer qu\u2019avec le soixantenaire de 1927, un esprit nouveau allait souffler à travers le pays.M.Ferguson vient de renvoyer aux calendes oran-gistes le règlement de la question scolaire ontarienne.Après tant d\u2019années d\u2019instances, sommes-nous sûrs d\u2019obtenir le timbre-poste bilingue?Celui qu\u2019on nous promet pour le soixantenaire ne sera qu\u2019un timbre-souvenir éphémère.Et, aux dernières nouvelles, n\u2019y a-t-il pas lieu de craindre qu\u2019il ne soit que d\u2019un bilinguisme camouflé ?Ces marchandages de justice, ces violations de la lettre ou de l\u2019esprit de la Constitution de 1867 peuvent-elles avoir un autre sens que de marquer la prépondérance politique d\u2019une race sur l\u2019autre, que de nous assigner, dans la Confédération canadienne, le rang de parent pauvre ?En ce cas, les Canadiens français doivent-ils, par un enthousiasme irréfléchi et des fêtes bruyantes, sanctionner les dénis de justice commis contre eux, célé- 716 L'ACTION NATIONALE brer la qualité de citoyens de deuxième zone qu\u2019on leur inflige ?Nous n\u2019ajouterons rien.Un peuple qui a le sens de la dignité devrait savoir à quelle hauteur, le 1er juillet prochain, ne pas hausser ses drapeaux.L\u2019Action française IL FAUT NOUS Y TENIR (Mot d\u2019ordre de mars 1928) Des paroles fort opportunes, libératrices, ont été prononcées à la Législature de Québec, aux derniers jours de la session.À propos de l\u2019exécrable loi fédérale des faillites, l\u2019on y a rappelé que notre fédération politique est une fédération de provinces, que ces provinces ont des droits, une autonomie, et que ces droits et cette autonomie doivent être défendus avec énergie, et que l\u2019Etat fédéral ferait bien de ne pas oublier les limites de sa juridiction.Il était temps.Provincialisme était en train de devenir synonyme d\u2019étroitesse d\u2019esprit, de « nationalisme outrancier ».Ainsi le voulait un snobisme de fraîche date.Quelques-uns même, dans l\u2019emballement général, trouvaient malséant qu\u2019une catégorie de Canadiens osassent encore se dénommer « Canadiens français ».Il ne fallait plus parler que d\u2019« unité nationale », de « nation canadienne », de « Canadiens tout court ».A la vérité nous comprenions mal, ici, cet acharnement des nôtres à ruiner les bases du pacte de 1867.Car c\u2019est nous, en définitive, qui, il y a soixante ans, avons repoussé l\u2019État unitaire pour faire triompher l\u2019avènement d\u2019une fédération, et qui avions quelque raison de faire ainsi.Il était temps qu\u2019on réagît et que la réaction fût officielle.Il faut nous en tenir désormais à cette doctrine et à cette attitude.Le rôle de dupes nous fut trop souvent imposé pour que nous nous payions ce goût morbide de nous l\u2019imposer à nous-mêmes.L\u2019Action française LIGNES DE FORCE 717 SI NOUS TENIONS.(Mot d\u2019ordre d\u2019avril 1929) On le verra par notre « Actualité » de ce mois-ci, il y a déjà soixante-dix ans, la politique de peuplement du gouvernement canadien nous déplaisait.Elle paraissait injuste à nos ancêtres de 1862, tout à fait à rebours du bon sens.Cette politique n\u2019a guère changé depuis lors, Et les rares hommes qui ont la lubie de s\u2019occuper des intérêts nationaux, reprennent, après trois quarts de siècle au delà, les mêmes plaintes, les mêmes protestations.Comme vers 1860 nos gouvernants sont prêts à tout dépenser pour l\u2019établissement de l\u2019immigrant; ils ne s\u2019occupent que médiocrement de l\u2019établissement des nationaux.Voilà qui en dit long sur l\u2019inconstance et la faiblesse de nos vouloirs, l\u2019absence de méthode et de ténacité de nos revendications.Voilà qui en dit long également sur l\u2019insouciance de nos chefs politiques.Cette politique de non-sens a pu s\u2019exécuter indéfiniment sous leurs yeux.Et pour quatre ou cinq qui aujourd\u2019hui savent voir, la plupart n\u2019y ont jamais rien vu et n\u2019y verront pas davantage.Autrefois, néanmoins, nous manquions de sociétés nationales vigilantes, actives.Aujourd\u2019hui, elles existent.Ne serait-il pas temps de vouloir avec un peu plus d\u2019ordre, plus de discipline, ne rien entreprendre qu\u2019à bon escient, mais ne jamais rien lâcher que le morceau remporté, et faire enfin, de la ténacité, une vertu nationale ?L\u2019Action française * * * Ici intervient l\u2019intervalle de quatre ans de non-publication, avant la reprise sous le nom de L\u2019Action nationale en 1933.La nouvelle revue reprend la tradition de l\u2019ancienne, comme le montre la déclaration liminaire de la nouvelle revue.De plus, son premier article, sous la rubrique Problèmes de l\u2019heure est consacrée au problème de la terre; et le premier article du second numéro, à la demande expresse de la direction, spécifie son auteur, traite sous la même rubrique du problème de la dictature économique, directement lié au développement industriel 718 L'ACTION NATIONALE clu Québec sous la maîtrise de l\u2019étranger.Cette constatation devra être reliée aux commentaires que l\u2019on pourra lire, à la section des enquêtes, relativement aux accusa> tions d\u2019agriculturisme et d\u2019oubli des problèmes de l\u2019industrialisation portées contre le mouvement nationaliste par une certaine élite de la génération qui arrive à maturité ces années-ci.Déclaration liminaire du premier numéro de L\u2019Action nationale (janvier 1933) La revue que nous lançons aujourd\u2019hui n\u2019a guère besoin de présentation.Son programme est connu.Il est simple.Il se résume en deux mots: catholique et canadien-français.La revue sera catholique.Elle ne sera pas pour cela ce qu\u2019on appelle une revue religieuse.Soit dit seulement qu\u2019elle envisagera sur le plan catholique les problèmes qui sollicitent notre peuple, qu\u2019elle mettra au premier rang de ses préoccupations le catholicisme au Canada français et les rapports intimes du catholicisme avec la vie sociale, politique, économique, artistique et littéraire, voire scientifique, de notre pays.La revue sera canadienne-française.Ce terme doit être pris dans son sens le plus large.Il n\u2019implique pas de doctrines desséchantes, ni aucune forme de nationalisme restreint ou stérile.Nous saurons tenir compte de notre époque, de ses besoins, de ses aspirations et de l\u2019évolution des idées chez nous, depuis un quart de siècle.En d\u2019autres mots, la revue sera éveillée, combative, constructive.Elle sera de son temps.Elle s\u2019occupera, il va sans dire, de tout ce qui intéresse notre originalité ethnique et l\u2019avenir de notre peuple.Elle mettra au premier plan le respect des droits constitutionnels des nôtres et défendra énergiquement, dans tous les milieux, la langue française en Amérique du Nord.Cela signifie qu\u2019elle s\u2019adresse non seulement aux Canadiens français de la province de Québec, mais à l\u2019élément de langue française où qu\u2019il se trouve, tant en Acadie que dans l\u2019Ontario, tant aux États-Unis que dans les pro- LIGNES DE FORCE 719 vinces de l\u2019Ouest canadien.Des rubriques et des articles seront consacrés, selon les événements, aux différents groupes français du continent.L\u2019Action nationale ne s\u2019arrêtera pas en aussi beau chemin.L\u2019époque paraît toute désignée pour que l\u2019on traite sérieusement des grands problèmes économiques et sociaux qui confrontent notre pays.Nous discuterons à l\u2019occasion des choses de l\u2019enseignement, tant dans le domaine supérieur que dans les milieux secondaire et primaire.Nous accorderons aussi une attention plus grande que jamais aux questions d\u2019art, de littérature, de sciences.Non seulement il importe de réclamer partout nos droits, mais il faut aussi souligner, dans les divers milieux intellectuels, l\u2019excellence du travail qu\u2019accomplissent les nôtres.La revue s\u2019occupera aussi de la chose politique.Il n\u2019est pas possible d\u2019ignorer ce domaine .Il est entendu dès à présent, toutefois, qu\u2019elle traitera des problèmes politiques en dehors de toutes préoccupations des partis ou des hommes au pouvoir.Les lignes qui précèdent indiquent assez clairement que l\u2019Action nationale n\u2019aura rien d\u2019une chapelle littéraire ni d\u2019un monde fermé.Elle ouvrira ses pages à tous ceux des nôtres qui savent tenir une plume et pensent droitement.Elle se fera un devoir de révéler au public les jeunes talents, réveillera ceux qui sommeillent.En un mot, la revue a l\u2019ambition d\u2019embrasser, dans la mesure du possible, toute la vie intellectuelle au Canada français, de lui imprimer au besoin l\u2019orientation que requiert notre idéal national.À cette fin, et dans l\u2019espoir de réaliser aussi pleinement que possible son double programme, elle sollicitera la collaboration et l\u2019appui de tous ceux qui, au pays, ont quelque autorité dans le monde des idées.Qu\u2019on ne la juge pas sur la seule liste de ses directeurs.Cette liste est brève, pour des raisons d\u2019administration.Ses collaborateurs, d\u2019autre part, seront nombreux et choisis dans les groupes les plus divers.Tous ceux qui ont quelque chose à dire chez nous, qui peuvent aider au développe- 720 L'ACTION NATIONALE ment intellectuel des nôtres, à leur progrès religieux, social, économique, à la création d\u2019un sens national averti, robuste, militant, chez notre peuple, seront tour à tour invités à prendre la parole.Harry Bernard POUR LA MONNAIE BILINGUE (Mot d\u2019ordre de février 1933) Nous n\u2019avons nul besoin de dire ici que nous réclamons, avec les Canadiens français soucieux de leur droit et de leur dignité, la monnaie canadienne bilingue.Pour nous, cette question est toute simple.Le bilinguisme officiel, l\u2019égalité des races devant la constitution, sont-ce des réalités ou des mythes ?Sont-ce des réalités juridiques ou politiques ou simples thèmes oratoires pour premier juillet, à l\u2019usage de la naïveté canadienne-française ?Si le contrat de 1867 n\u2019a pas été un marché de dupes, alors pourquoi une seule race se réserve-t-elle le droit de faire figurer sa langue, et rien que la sienne, sur l\u2019une des principales pièces officielles où s\u2019affirme chez nous et pour l\u2019étranger le caractère national de l\u2019État ?Pourquoi cette devanture anglaise à un État bilingue ?Et pour ostraciser la langue française de ces mêmes pièces, quel motif de fond peut-on invoquer, sinon celui-ci, en définitive: qu\u2019une race entend marquer entre elle et l\u2019autre une différence de dignité, infliger à l\u2019autre le rang et le rôle de cadette humiliée ?Il n\u2019y aurait plus de minorité au Canada, à ce que l\u2019on a dit.Si l\u2019on veut dire par là que trente pour cent de la population ne doivent pas accepter le traitement d\u2019une minorité, on a raison.Mais alors que l\u2019on nous traite comme des égaux, et ayons assez de courage et de décence pour repousser le rôle et le rang de parent pauvre.L\u2019Action nationale LIGNES DE FORCE 721 Fonctionnarisme fédéral À CHACUN SON DÜ (Mot d\u2019ordre de mars 1933) Il n\u2019est pas difficile tout de même, dans notre pays, de faire reconnaître autrement qu\u2019en paroles le principe si limpide et si équitable qu\u2019à chacun revient son dû.Depuis combien d\u2019années, par exemple, nous battons-nous pour obtenir notre juste part de représentation dans le haut fonctionnarisme fédéral ?Les régimes changent à Ottawa, portés alternativement au pouvoir grâce à notre complaisance.Mais il est une chose qui ne change pas: l\u2019injustice dont nous souffrons dans ce domaine.Ainsi, depuis des années, nos compatriotes, qui forment le dixième de la population de l\u2019Ontario, demandent la nomination de l\u2019un des leurs à la Cour Suprême de leur province \u2014 tribunal correspondant à notre Cour Supérieure.Dans la province de Québec, il va sans dire, les juges de langue anglaise foisonnent à la Cour Supérieure \u2014 nous sommes un peuple si bon, si généreux ! La Cour Suprême de l\u2019Ontario, elle, sur une quarantaine de juges, n\u2019en compte pas un de langue française \u2014 quand elle devrait en compter au moins quatre.Depuis août dernier il y a eu deux vacances à ce tribunal.Les deux fois, les Franco-Ontariens ont présenté des candidats de leur langue, et les deux fois, pour toute sorte de prétextes, leurs candidats ont été écartés.Le Ministre de la Justice n\u2019a même jamais fait preuve de tant de diligence qu\u2019en ces occasions pour remplir un poste vacant.Craignait-il que la campagne des Franco-Ontariens ne gagnât, à la longue, des adhésions trop nombreuses ?Une autre vacance vient de se créer par la nomination du juge Sedgwick à la Commission du Tarif.De nouveau les Franco-Ontariens montent à la charge.Seront-ils cette fois entendus ?Si nous étions un peuple plus soucieux de son prestige et de ses droits, nous appuierions en bloc leur juste demande, nos journaux mèneraient une campagne de tous les diables, et il y aurait chance qu\u2019une frousse salutaire aiguisât un peu, chez 722 L'ACTION NATIONALE certains chefs politiques, le sens de la justice.Mais, que voulez-vous, nous sommes un peuple bon, patient, généreux ! Magnifiques vertus morales qui font les hommes saints; vertus civiques qui font parfois les peuples esclaves.L\u2019Action nationale LE REGIME CAPITALISTE (Mot d\u2019ordre d\u2019avril 1933) L\u2019une des formes naturelles de la propriété privée, agent normal de la production et de la prospérité, le capital est incontestablement légitime en son principe.Le capitalisme est aussi légitime qui fait réaliser à la propriété privée sa fonction sociale, laquelle est de faire servir au bien toutes les possessions personnelles.Dans la société moderne, il faut admettre, en de certaines limites et pour certaines entreprises, la concentration des capitaux.Le capitalisme est d\u2019autre part condamnable et réprouvé qui concentre entre quelques mains une trop grande somme de biens, jette « dans un état de misère imméritée », la population ouvrière, constitue des monopoles oppresseurs, permet à quelques rares possédants sans mandats de dominer toute la vie économique d\u2019un pays et, par conséquence fatale, sa vie politique.Ce capitalisme existe-t-il dans la province de Québec ?Hélas, chacun peut nommer les monopoles oppresseurs.Nous, Canadiens-français, savons, plus que personne, le petit nombre de profiteurs à qui seuls bénéficient les ressources naturelles de notre province, l\u2019héritage des ancêtres.Nous savons jusqu\u2019à quel point ce capitalisme mal freiné a développé jusqu\u2019au pire déséquilibre social le prolétariat, a trafiqué de l\u2019épargne populaire, est responsable, en nombre d\u2019industries, de la crise du chômage, impose, à l\u2019heure qu\u2019il est, à notre peuple, sa dure dictature économique.À l\u2019égard de ce capitalisme amoral et anti-social, Pie XI, en l\u2019encyclique Quadragesimo anno, a prescrit aux LIGNES DE FORCE 723 catholiques une attitude bien définie: « Il faut donc tout mettre en oeuvre afin que, dans l\u2019avenir du moins, la part des biens qui s\u2019accumule aux mains des capitalistes soit réduite à une plus équitable mesure .» Qu\u2019attendons-nous, Canadiens-français catholiques, pour nous mettre à l\u2019oeuvre, pour dégager notre province de l\u2019étreinte de fer ?Qu\u2019attendons-nous pour obéir au Pape, pour préparer les indispensables conditions d\u2019un redressement économique, pour sauver avant qu\u2019il soit trop tard l\u2019ordre social, la légitime propriété ?De grâce, ne laissons pas les esprits mal endoctrinés ou mal intentionnés mener seuls les campagnes de réformes.Car c\u2019est encore Pie XI qui nous en avertit : « Qu\u2019on en soit bien convaincu, si l\u2019on ne se décide enfin chacun pour sa part, (à mettre à l\u2019ordre le capitalisme dictateur) on n\u2019arrivera pas à défendre efficacement l\u2019ordre public, la paix et la tranquillité de la société, contre l\u2019assaut des forces révolutionnaires ».L\u2019Action nationale LA SAINT-JEAN-BAPTISTE (Mot d\u2019ordre de mai 1933) Le 24 juin approche.Il n\u2019est pas trop tôt pour se demander si les Canadiens français célébreront convenablement leur fête nationale.L\u2019an dernier, il y a eu progrès: plusieurs de nos paroisses ont organisé une manifestation nationale du 24 juin pour la première fois; en général, la célébration fut un peu plus éducative que dans le passé.Mais la vraie brise patriotique n\u2019a pas encore soufflé, avouons-le, sur tout le Canada français.Notre apathie ne peut manquer d\u2019amuser ou de scandaliser les autres peuples, pour qui la fête nationale est une tradition sacrée, un examen de conscience, un coup d\u2019oeil sur l\u2019avenir, une semence d\u2019idéal, un élan vers les réalisations nécessaires.Pourquoi la St-Jean-Baptiste ne serait-elle pas célébrée, cette année, dans chacune des paroisses même les plus modestes du Canada français?On peut organiser une véritable fête nationale sans dépenser beaucoup d\u2019ar- 724 L'ACTION NATIONALE gent.Il faut y mettre un peu de dévouement, c\u2019est vrai; mais en sommes-nous rendus à ce point que, dans nos paroisses, il ne se trouve deux ou trois personnes capables d\u2019un dévouement élémentaire comme celui-là?Est-il donc vrai qu\u2019il faille désespérer de notre peuple?* * * C\u2019est donc entendu, nous allons célébrer la St-Jean-Baptiste.Mais il ne suffit pas de célébrer: il faut le faire de manière à édifier, à éclairer et à stimuler notre peuple.Il faut commencer la fête nationale par une prière à « Celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires ».Que l\u2019on s\u2019amuse ensuite, ce jour-là, comme s\u2019amusent les gens distingués, c\u2019est très bien, encore qu\u2019il soit convenable de rester en famille et de réserver pour un autre jour les excursions plus sportives que patriotiques.Faudra-t-il des discours?Oui, oui.Comment fera-t-on l\u2019éducation patriotique de notre peuple sans recourir au langage persuasif de l\u2019éloquence?Mais il y a discours et discours.Certaines élucubrations sont, à la vérité, indéfendables, parce que trop inconsistantes, trop dépourvues de sincérité, pas assez stimulantes ou pas assez judicieuses.Mais cela ne justifie nullement la condamnation en bloc que font des discours de St-Jean-Baptiste certains esprits impitoyables plus enclins à démolir qu\u2019à construire.Au lieu de supprimer ces discours, mettons-y donc l\u2019étoffe qui les rendra utiles et intéressants, car ils sont nécessaires ici comme chez tous les peuples civilisés.* * * Notre peuple est appelé à résoudre bientôt des problèmes sociaux qui dépasseraient sa capacité, si un patriotisme chrétien plus intense ne venait décupler les puissances de son coeur et de son cerveau.Or, ce patriotisme, nous le développerons par une célébration sérieuse de la St-Jean-Baptiste dans toutes les paroisses du Canada français .sans exception.L\u2019Action nationale LIGNES DE FORCE 725 PROGRAMME DE RESTAURATION SOCIALE (Second éditorial de mai 1933) De plus en plus, la saine opinion s\u2019inquiète dans notre pays.La crise présente a plongé un grand nombre de travailleurs dans une extrême détresse.Seule l\u2019aide des pouvoirs publics et des associations charitables écarte de leurs foyers la misère noire.Situation propice aux semeurs d\u2019idées subversives.Us ne manquent pas d\u2019en profiter.Une active propagande s\u2019efforce d\u2019exploiter le mécontentement général.Et déjà des rumeurs sinistres, des grondements inquiétants se font entendre au sein des masses.Les autorités alertées se disposent à des mesures rigoureuses.Une sévère répression tâchera de maintenir l\u2019ordre menacé.Que valent cependant ces précautions si les causes du mal restent intangibles?Pie XI, dans l\u2019encyclique Quadragesimo anno, blâme énergiquement ceux « qui négligent de supprimer ou de changer des états de choses qui exaspèrent les esprits des masses et préparent ainsi la voie au bouleversement et à la ruine de la société ».Rien d\u2019étonnant que des groupes nouveaux se fondent, que des programmes hardis soient lancés pour réformer la situation actuelle.Mais combien il est facile sur ce terrain de dépasser le but, de tomber, par exemple, dans l\u2019erreur socialiste formellement condamnée par l\u2019Église.Aussi est-ce l\u2019impérieux devoir des catholiques de chaque pays d\u2019offrir à leurs concitoyens un plan de reconstruction, inspiré des sages directives pontificales.Cette initiative, l\u2019École Sociale Populaire de Montréal vient de l\u2019entreprendre.Elle a réuni un groupe d\u2019hommes versés dans la doctrine sociale catholique et de leurs délibérations est sorti, après une lente maturation, un programme de restauration approprié à nos besoins.Basé sur les principes d\u2019une saine philosophie, attaché aux disciplines spirituelles qui s\u2019imposent de plus en plus dans le désarroi actuel, ce programme préconise 726 L'ACTION NATIONALE cependant, avec une courageuse hardiesse, d\u2019importantes réformes sociales.Il réclame des mesures qui feront échec à la dictature économique dont souffre notre pays et assureront, par une meilleure répartition des richesses, le relèvement des classes populaires.L\u2019Action nationale a déjà exprimé ses idées sur ce sujet.On sait avec quelle énergie nous réprouvons les abus d\u2019un capitalisme jouisseur et cupide.Aussi nous réjouissons-nous vivement de l\u2019apparition de ce programme.Nous invitons les associations à le propager, à le commenter, à lui gagner des adhérents.Il peut être un point de ralliement pour tous les esprits droits et progressifs, pour ceux qui veulent mieux équilibrer la situation des deux classes, mais dans la justice et la charité.Présentons-le comme la charte de nos justes revendications.Il sera du même coup une digue contre la marée montante des théories anarchiques.L\u2019Action nationale L\u2019UNIVERSITE DE MONTRÉAL (Mot d\u2019ordre de novembre 1933) La métropole du Canada, ville en grande majorité française et catholique, a-t-elle les moyens de laisser faillir son Université?S\u2019il est un peuple au monde qui ne saurait se dispenser des foyers de pensée nationale et religieuse que doivent être les universités dignes de ce nom, c\u2019est bien le nôtre.Et s\u2019il est chez nous une population qui a besoin que le flambeau de la foi, du patriotisme, de la culture française et catholique ne défaille pas, mais soit tenu avec fermeté et de plus en plus haut, c\u2019est bien celle de la ville et de la région de Montréal, si tristement travaillée par les influences les plus dissolvantes.La question aujourd\u2019hui n\u2019est pas de savoir si l\u2019immeuble de la montagne sera tôt ou tard parachevé, mais bien si l\u2019Université, faute d\u2019un budget suffisant, faute de la modique somme annuelle de $200,000., quand les plus humbles universités américaines et anglo-canadiennes comptent par millions, devra fermer ses portes.Non, LIGNES DE FORCE 727 en vérité, nous ne nous croyons pas mûrs pour une telle humiliation.Qu\u2019il y ait eu des erreurs, c\u2019est fort possible, encore qu\u2019il soit plus facile de les discerner après qu\u2019avant coup.Mais que les infaillibles et les impeccables lancent la première pierre, en cette heure de désarroi général où chacun expie ses fautes et ses erreurs passées.Les erreurs de l\u2019Université, s\u2019il en fut, nous serons appelés comme tous nos compatriotes canadiens-français à en porter les conséquences.Nous n\u2019appuyons pas moins de tout coeur ceux qui, pensant que l\u2019Université doit survivre, ont entrepris d\u2019éclairer le public sur l\u2019étendue de la catastrophe qui la menace, et par elle, nous menace.Nous demandons donc à tous ceux qui ne se croient pas d\u2019une essence unique dans le monde, mais sentent leur vie intimement liée à celle de notre petite collectivité canadienne-française, de fermer l\u2019oreille pour un instant aux mille rumeurs, souvent odieuses et contradictoires, qui courent la rue, et de réfléchir sérieusement au problème de l\u2019Université, de l\u2019envisager sous tous ses aspects, d\u2019en peser soigneusement les conséquences prochaines et lointaines.Nous ne doutons pas qu\u2019une telle méditation les décidera à donner un appui loyal à une oeuvre éminemment nationale et religieuse, qui a reçu jusqu\u2019ici plus que sa part de critiques mesquines et malveillantes.L\u2019Action nationale LE PÉRIL COMMUNISTE (Mot d\u2019ordre d\u2019octobre 193b) Le communisme n\u2019a pas encore exercé chez nous les ravages dont souffrent d\u2019autres pays.Il est cependant déjà installé au coeur de notre population.Et activement il creuse les mines sous lesquelles crouleront, si nous n\u2019y prenons garde, nos assises sociales.Le démasquer et le combattre est donc une tâche urgente.L\u2019expérience des autres peuples nous y engage.Ce sera l\u2019honneur de l\u2019Ecole Sociale Populaire d\u2019avoir compris ce devoir et de s\u2019être mise à l\u2019oeuvre avec intelligence et courage. 728 L'ACTION NATIONALE Les Journées qu\u2019elle vient de tenir à Montréal furent remarquables.Fidèle aux lois de la stratégie, elle ne s\u2019est pas contentée d\u2019analyser le mal, elle en a diagnostiqué les causes puis indiqué nettement les remèdes.L\u2019heure est maintenant aux actes.Ils relèvent surtout des honnêtes gens.Moins de cupidité et d\u2019égoïsme dans nos relations.Plus de justice sociale.Une économie qui soit d\u2019abord au service de la personne humaine.En d\u2019autres termes, réforme des moeurs et réforme des institutions, pour reprendre les expressions mêmes de S.S.Pie XI, dans son encyclique Quadragesimo Anno.Ces réformes, Y Action nationale les a réclamées dès ses débuts.Elle a dénoncé la dictature économique qui écrase notre peuple.Elle a appuyé le programme de restauration sociale qu\u2019un groupe de catholiques éclairés et courageux proposait récemment.Elle a participé aux Journées anticommunistes de l\u2019Ecole Sociale Populaire: son président et quelques-uns de ses directeurs y ont présenté de magistrales études.Cette lutte contre le communisme, par la purification de ses sources empestées, la disparition des abus d\u2019un capitalisme prépotent, l\u2019instauration des corps professionnels, base du régime corporatif, la pratique de la justice sociale et de la charité, nous entendons la mener avec une vigueur nouvelle.Puissent tous nos amis agir ainsi ! L\u2019Action nationale DE DEUX CHOSES L\u2019UNE (Mot d\u2019ordre de mars 1935) Ces Messieurs d\u2019Ottawa sont décidément en mal de réformes: réformes économiques, réformes sociales qui devaient presque fatalement en précipiter une autre dont on parle depuis longtemps: la réforme de la constitution.Un comité a été constitué pour étudier les modifications à apporter au pacte fédératif.Or, dans la capitale, le vent est à la centralisation.M.Bennett, tout en professant que le pouvoir central a compétence en matières sociales, juge bon cependant LIGNES DE FORCE 729 d\u2019introduire ses projets de législation par le détour aussi inattendu que discutable de conventions adoptées naguère à Genève et restées jusqu\u2019ici chez nous lettres mortes.L\u2019opposition lui reproche d\u2019empiéter ainsi sur la juridiction des provinces, mais en même temps se déclare en principe favorable aux réformes, et ne cache pas son intention, si le sort la favorise aux élections prochaines, d\u2019obtenir des provinces l\u2019abandon, au profit du gouvernement central, d\u2019une partie de leur autorité en matière sociale.Quel que soit demain le parti au pouvoir, nous pouvons donc nous attendre à ce que les changements à la constitution s\u2019effectuent désonnais dans le sens de la centralisation à Ottawa de la haute direction de la vie économique, politique et sociale du pays \u2014 à moins que toutes les provinces ne prennent sur ce point l\u2019attitude ferme que nous souhaitons sans trop l\u2019espérer.Quant à nous, notre position est nette.Puisque, paraît-il, les circonstances exigent que le pacte fédératif soit remanié, nous ne nous y opposons pas, mais nous disons, de deux choses l\u2019une: ou décentralisation des pouvoirs, ou rupture.Toute autre attitude serait contraire à l\u2019esprit même de la Confédération.Remarquons bien au surplus que si, grâce au détour de Genève, M.Bennett parvient à imposer la fournée de réformes dont il a déjà saisi le Parlement, le pacte fédératif se trouvera en fait modifié sans notre consentement.Mais nous le rappelons à Messieurs les réformateurs: si nous sommes la minorité dans le pays, nous sommes aussi partie au pacte fédératif à titre d'associés.Modifier la constitution sans notre consentement et contre notre volonté équivaut à une rupture de contrat, et nous sommes par le fait même libérés de nos engagements envers la Confédération.Mais ce n\u2019est pas nous qui l\u2019aurons voulu.L\u2019Action nationale ARBORONS NOTRE DRAPEAU NATIONAL (Mot d\u2019ordre de juin 1935) La constatation en a été faite souvent: aux jours de fête nationale, alors que tous les esprits devraient 730 L'ACTION NATIONALE s\u2019unir dans un même sentiment patriotique symbolisé par un drapeau, le peuple canadien-français arbore vingt étendards différents et demeure profondément divisé.Cette aberration a trop longtemps duré.Nos meilleurs intérêts exigent qu\u2019elle cesse.Puisse le 24 juin prochain en marquer la fin! Mais par quel signe remplacer ceux que nous écartons?En existe-t-il un qui pourrait représenter vraiment notre nationalité?L\u2019Action nationale ne saurait hésiter sur cette question.Il y a trente ans apparut au Canada français un drapeau que les foules s\u2019empressèrent d\u2019arborer.Ce fut comme un plébiscite triomphal.Les autorités civiles et religieuses confirmèrent cette consultation populaire en déployant sur leurs édifices les nouvelles couleurs.Elles flottèrent sur le parlement provincial et nos principaux hôtels de ville, sur le palais cardinalice et les évêchés.Qu\u2019on ait mal nommé ce drapeau en l\u2019appelant Carillon-Sacré-Coeur, que sa présence à la tête des troupes de Montcalm soit mise en doute, peu importe! Le fond reste, et ce fond \u2014 champ d\u2019azur, croix blanche, fleurs de lys, feuilles d\u2019érable \u2014 parle à notre âme.Cela suffit.Et l\u2019image du Sacré-Cœur?L\u2019image du Sacré-Coeur n\u2019est pas le drapeau.C\u2019est un ornement qui s\u2019y ajoute après coup.Le drapeau choisi, on peut y apposer l\u2019emblème sacré comme plusieurs catholiques l\u2019ont fait de façon louable en France; on peut aussi l\u2019en écarter sans rejeter pour cela le drapeau lui-même.Telle est notre position.Elle nous paraît nette et juste.Nous voudrions qu\u2019elle ralliât la majorité de nos compatriotes.Que tous ceux du moins qui nous font confiance nous suivent sur ce terrain.Qu\u2019ils se fassent les apôtres de ce drapeau.Après la popularité qu\u2019il a connue, on peut à bon droit l\u2019appeler national, le drapeau national des Canadiens français.Ne lui donnons donc pas d\u2019autre nom.Et surtout arborons-le comme tel le 24 juin prochain.L\u2019Action nationale LIGNES DE FORCE 731 L\u2019ORGANISATION CORPORATIVE (Mot d\u2019ordre d\u2019avril 1936) Les Semaines sociales de France viennent de publier le compte rendu de leur vingt-septième session annuelle, tenue à Angers l\u2019été dernier, et consacrée à l\u2019organisation corporative.Rarement sujet d\u2019une telle importance avait été mis à l\u2019étude et jamais peut-être les travaux présentés n\u2019atteignirent une aussi haute valeur doctrinale et pratique.Dans le désarroi où se débattent actuellement les esprits, une doctrine émergeait soudain, solide, cohérente, lumineuse.Elle ralliait autour de ses points principaux l\u2019élite des catholiques français, ecclésiastiques et laïcs; elle leur offrait, entre les théories néfastes du libéralisme économique et du socialisme marxiste, une solution juste, pondérée, appropriée aux besoins actuels et s\u2019adaptant aux institutions existantes.Une voie sûre s\u2019ouvre enfin pour les pays européens si leurs chefs veulent y entrer résolument.C\u2019est ce que s\u2019efforce de faire, entre autres, la Belgique, sous la direction éclairée de son premier ministre, Van Zeeland.Mais le Canada souffre pareillement de la crise.Et les Semaines sociales peuvent y jouer aussi un rôle salutaire.Elles ont mis au programme de leur prochaine session, qui se tiendra aux Trois-Rivières du 19 au 26 juillet, l\u2019organisation professionnelle et son couronnement: l\u2019institution corporative.Nous souhaitons qu\u2019on y présente des travaux sérieux et pratiques, qu\u2019on y étudie la corporation en fonction de notre situation économique et politique, qu\u2019on montre comment elle peut s\u2019adapter à la constitution de notre province et servir efficacement le bien commun.Nous sommes à un tournant de notre histoire.Que la Semaine sociale indique fermement aux esprits qui tâtonnent la voie à suivre.Elle aura bien mérité de notre pays.L\u2019Action nationale 732\tL'ACTION NATIONALE L\u2019enseignement de l\u2019anglais POUR DISSIPER UNE ÉQUIVOQUE (Mot d\u2019ordre de mars 1937) Le fait qui domine toute cette discussion, au sujet de l\u2019enseignement de l\u2019anglais dans les écoles primaires du Québec, est celui-ci: dans l\u2019esprit d\u2019un certain nombre des nôtres, le français a perdu sa primauté.Pour ces messieurs, au-dessus de tout, des nécessités pédagogiques, des périls inhérents au bilinguisme, du dynamisme mental de la culture française, il n\u2019y a qu\u2019une règle pour la réussite: la langue anglaise.Cela nous rappelle, dans nos lointains souvenirs de collège, le refrain des politiciens en visite: « Apprenez l\u2019anglais ».Ils ne nous disaient pas.Soyez des hommes de courage, de persévérance française pour mieux conquérir; ils répétaient: « Apprenez l\u2019anglais ».Ce glissement vers l\u2019apostasie est un signe d\u2019une gravité exceptionnelle.Le Conseil de l\u2019Instruction Publique doit donner le coup de barre qui nous sauvera.Avant douze ou treize ans, l\u2019enfant ne sait, pas sa langue maternelle.Après cet âge, et dans les milieux où l\u2019anglais est utile, dans un dosage intelligent on pourrait commencer l\u2019étude de la langue seconde.Renforcer le français, multiplier son rayonnement d\u2019abord: ensuite, et au moment propice, renforcer l\u2019étude de l\u2019anglais là où c\u2019est nécessaire.(L\u2019étude de l\u2019anglais dans la plupart de nos campagnes québécoises équivaut à une invitation au déracinement).Le Conseil de l\u2019Instruction Publique doit s\u2019aviser de cela dans ses prochaines décisions.S\u2019il ne le fait pas, on peut s\u2019attendre à de violentes réactions.\tL\u2019Action nationale Question sociale ABSENCE DE LA JUSTICE (Mot d\u2019ordre de novembre 1937) Nous n\u2019avons point au coeur la passion de la justice.Dès que surgit une nouveauté dans le domaine social \u2014 une nouveauté pour nous, qui sommes sensiblement en LIGNES DE FORCE 733 retard, là comme ailleurs, \u2014 nous nous retranchons derrière l\u2019expérience du réalisme le plus étroit.Or ce n\u2019est point ainsi qu\u2019on dénouera la crise contemporaine.Nous rendons-nous compte que le monde entier s est engagé dans une aventure qui pourrait tourner mal si les chrétiens, par peur, par routine ou par égoïsme, s\u2019en désintéressent ?Et pourquoi, auprès de chrétiens d\u2019élite \u2014 ou qui se croient tels \u2014 adopter la phraséologie de l\u2019intérêt ?Ce n\u2019aura pas été assez de tout l\u2019Évangile ?Aurons-nous désappris à ce point le langage et l\u2019acte chrétiens que seule une menace sur nos biens et sur nos personnes tel devient l\u2019enjeu, en fin de compte \u2014 trouve le chemin de notre esprit et de notre coeur ?La Semaine Syndicale devrait être l\u2019occasion de méditations serrées.Nous voulons en amorcer une, la plus centrale: quand naîtra chez nous un sens exigeant de la justice sociale ?Non plus un sentimentalisme devant la souffrance de la bête humaine : réflexe élémentaire, sursaut purement individuel.Mais un sens raisonné, une volonté consciente de recherche intellectuelle et de réalisation, qui envisage le problème humain, moral, (d\u2019amour), en même temps que comme un problème technique; et qui réclame de tous les chrétiens cultivés (malgré les certitudes premières) une véritable inquiétude doctrinale, une angoisse devant la condition du peuple, un désir proprement révolutionnaire qui accepte les exigences sociales de l\u2019Évangile et que ne décontenanceront point les premiers obstacles.Il ne faut point confondre le christianisme avec une série d\u2019automatismes, physiques ou intellectuels ! L\u2019Action nationale La centralisation fédérale AUX CANADIENS FRANÇAIS DE LA PROVINCE DE QUÉBEC (Mot d\u2019ordre de février 1938) On peut entretenir l\u2019opinion que l\u2019on voudra sur la nature ou le caractère de l\u2019union fédérative de 1867. 734 L'ACTION NATIONALE Le moindre doute ne saurait exister sur le sentiment des associés d\u2019il y a soixante et onze ans et en particulier de ceux du Québec.Que la fédération pût devenir un instrument politique destiné à comprimer, puis à absorber graduellement les autonomies provinciales; qu\u2019en d\u2019autres termes, elle fût une simple étape vers un Etat unitaire, avoué ou déguisé, nous affirmons que telle chose n\u2019est jamais entrée dans la pensée de la majorité des « Pères ».Quelque vagues ou élastiques que puissent être les articles 91 et 92 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique, le préambule de l\u2019Acte subsiste, qui marque nettement la volonté des associés : « contracter une union fédérative », « développer la prospérité des provinces ».Tel était en particulier le sentiment de ceux qui ont parlé et voté au nom de la province de Québec.Jamais les Canadiens français ne fussent entrés, pour leur part, dans un Etat qui eût avoué des intentions centralisatrices-Pas un chef politique, pas une puissance au monde, n\u2019eût pu leur arracher cette sorte d\u2019abdication.Or il est temps de s\u2019ouvrir les yeux: l\u2019Etat fédéral, depuis quelques années, s\u2019achemine, et rapidement, vers le centralisme.Témoins: la centralisation administrative des ports nationaux, la Banque du Canada, la loi projetée destinée à soumettre à un organisme unique toutes les entreprises canadiennes de transport.Et que manifestaient ces fameuses lois sociales de 1935, sinon une intention systématique de grignoter l\u2019autonomie provinciale ?Le pouvoir d\u2019amendement que le gouvernement d\u2019Ottawa veut, à l\u2019heure actuelle, se faire attribuer sur la constitution fédérative, procède de la même volonté: arracher aux provinces, et notamment au Québec, un autre lambeau de leur autonomie.Il vaut mieux l\u2019affirmer tout de suite: le Québec ne peut adhérer à cette loi d\u2019assurance-chômage que le gouvernement central propose à son assentiment.De quoi s\u2019agit-il, en effet ?On demande de modifier l\u2019Acte de 1867, d\u2019inclure dans l\u2019article 91, parmi les pouvoirs exclusivement assignés au parlement fédéral, l\u2019assurance-chômage.Mais ces deux mots ajoutés au texte ont une LIGNES DE FORCE 735 portée autrement plus considérable que celle que leur laconisme laisse entendre.En abandonnant le droit de légiférer en cette matière, les provinces s\u2019exposent à perdre le contrôle de la législation ouvrière.Comment ?D\u2019aucuns voudront-ils nous objecter qu\u2019ici Ottawa ne demande que la faculté de légiférer sur l\u2019un des problèmes de la question sociale ?Illusion ! Le Conseil privé a jugé, plus d\u2019une fois, qu\u2019en réglementant l\u2019une ou l\u2019autre des institutions énumérées en l\u2019article 91, le parlement central pouvait, si nécessaire, empiéter sur le domaine législatif des provinces, en particulier écarter les dispositions de notre droit civil français.Or, une loi pratique d\u2019assurance-chômage suppose une certaine réglementation du contrat de travail, relevant actuellement de la seule compétence provinciale.Ainsi, lorsqu\u2019en 1935 M.Bennett fit voter sa législation sur le sujet, il présenta, en même temps, au parlement, trois autres mesures se rapportant aux salaires minima des travailleurs, à la limitation de leurs heures de travail, à leur repos hebdomadaire.Qu\u2019Ottawa obtienne le pouvoir qu\u2019il sollicite, et dans un avenir rapproché, disparaîtra le privilège des provinces d\u2019organiser leur vie sociale, selon la conception que s\u2019en font leurs habitants.Cela, Québec ne le veut pas et ne doit pas le tolérer.Surtout au moment où, par divers moyens: loi des conventions collectives, loi des salaires raisonnables, loi des unions de cultivateurs, il tente d\u2019introduire dans nos moeurs un peu de justice et de charité, un peu de la doctrine éminemment humaine de l\u2019Eglise catholique, qui groupe quatre-vingts pour cent de sa population.On voudra bien ne pas se méprendre toutefois sur la pensée ou les intentions de la province de Québec.Elle n\u2019entend point s\u2019opposer aux réformes sociales vraiment opportunes et saines.Mais elle soutient que ces réformes doivent s\u2019opérer dans le cadre et dans le respect des institutions fédératives telles que primitivement conçues.Si elle ne conteste point l\u2019opportunité de l\u2019assurance-chô-mage, elle n\u2019en soutient pas moins que des réformes plus 736 L'ACTION NATIONALE urgentes s\u2019imposent, et cpTavant d\u2019instituer un système d\u2019assi-.rance qui menace d\u2019être une continuation déguisée de l\u2019assistance actuelle aux chômeurs, il y a lieu d\u2019opérer le redressement d\u2019un régime économique oppresseur, cause de la plupart des maux dont souffrent les masses ouvrières et le pays.Elle soutient, en d\u2019autres termes, que l\u2019ère devrait être finie de ces législations où tous les contribuables sont contraints de se taxer pour réparer les maux infligés au corps social par les abus de quelques-uns, en l\u2019espèce les capitalistes exploiteurs des ouvriers et du public.Nous profitons de l\u2019occasion pour faire observer que les Canadiens français sont assez peu responsables du malaise financier où se débat le Canada.Autant qu\u2019il l\u2019a pu, le sentiment québécois a toujours combattu l\u2019extravagante politique ferroviaire et la non moins extravagante politique d\u2019impérialisme militaire, causes pi'incipales du désordre qui afflige notre pays.En principe, les Canadiens français de la province de Québec ne sont pas opposés davantage à une réforme de la constitution fédérative.Mais, conscients des exigences profondes de leur pays et de leur province, ils professent énergiquement que ces réformes ont à s\u2019effectuer, non dans le sens d\u2019une centralisation des pouvoirs à Ottawa, mais d\u2019une large et urgente DECENTRALISATION.Les Canadiens français ne sont pas entrés dans la Confédération pour y être étouffés, mais pour y vivre et y mieux vivre.Ils resteront dans la Confédération ; mais la Confédération devra se concilier avec leur volonté de survie et d\u2019épanouissement français.Et la formule, à leur avis, exige bien autre chose que le respect du bilinguisme fédéral, bien plus qu\u2019une juste part dans le fonctionnarisme canadien.Province française, poursuivant un idéal de culture française, le Québec ne peut le rester sans une certaine autonomie législative et administrative, en particulier dans l\u2019ordre économique et social.Dira-t-on que ces exigences constituent un obstacle au bien commun de la Confédération ?Les Canadiens français sont assurés de ne rien exiger qui ne soit essentiel au progrès de leur province de même qu\u2019à leur vie culturelle, rien qui LIGNES DE FORCE 737 ne soit contenu implicitement et explicitement dans les engagements réciproques de 1867.Il y a soixante et onze ans, l\u2019on a accepté, l\u2019on a voulu qu\u2019ils fussent de l\u2019union politique d\u2019alors.Ils ont droit d\u2019exiger le respect des conditions fondamentales du pacte.Les Canadiens français, présumons-nous, s\u2019en rendent compte: le moment est aussi sérieux, aussi grave qu\u2019en 1864-1867.Les mêmes principes sont en jeu.Une évolution est commencée, se poursuit, qui peut nous être fatale.Nous sommes assurés que tous voudront prendre l\u2019attitude qui est devenue urgente.Que d\u2019aucuns ne s\u2019en laissent pas imposer par les profits d\u2019ordre matériel que les centralisateurs pourraient faire miroiter à leurs yeux, fût-ce avec l\u2019appât de l\u2019assurance-chômage.L\u2019économique n\u2019est pas tout ni le principal dans la vie d\u2019une collectivité.L\u2019expérience démontre, au reste, que les peuples qui poursuivent la prospérité économique au mépris de biens supérieurs : biens culturels, traditions historiques, sociales, fidélité aux ancêtres, n\u2019obtiennent pas même cette prospérité, ou ne l\u2019obtiennent qu\u2019éphémère.L\u2019essentiel, pour un peuple, n\u2019est pas non plus, comme le clament les centralisateurs, de foi-mer un grand pays, un puissant État, une vaste construction politique ou économique.L\u2019essentiel est de former un pays et un État où il fasse bon vivre, aptes à créer une civilisation vraie, fondée sur les légitimes aspirations de la personne humaine.Forts de ces principes et de ces convictions, nous invitons toutes les sociétés nationales, toutes les associations professionnelles, toute la presse, chacun de nos compatriotes, à faire savoir à qui de droit la pensée du Québec.Quoi qu\u2019il arrive, il faut aussi que l\u2019on sache à Ottawa que nous repoussons d\u2019avance tout ce que des hommes politiques sans mandat pourraient entreprendre contre l\u2019esprit du pacte fédératif et contre les aspirations de notre province.Nous refusons d\u2019accepter les dérogations au pacte national, comme une prescription de notre droit et de notre avenir.La Ligue d\u2019Action Nationale 738 L'ACTION NATIONALE LA FRANCE ET NOS PRÉJUGÉS (Mot d\u2019ordre de septembre 1938) Pays catholique, cela s\u2019entend en des sens différents.Un pays est catholique quand la grande majorité de ses habitants pratique la religion catholique.Non seulement ceci n\u2019est pas une tautologie, mais je pense que c\u2019est une quasi-usurpation: il serait plus exact de parler alors de pays à majorité, ou à tradition catholiques.Car, à propos de beaucoup d\u2019entre eux, on pourrait se poser la question cruelle, prononcée jadis par le cardinal Mercier au sujet de l\u2019Espagne: \u2014 Catholique, l\u2019Espagne .Vous trouvez ?Un peuple doit plus vraiment être dit catholique quand ses oeuvres, sa législation, ses coutumes, etc., en un mot quand son esprit répond à ses pratiques religieuses.Mais ici on tremble de faire le compte.Quel peuple mérite aujourd\u2019hui, a jamais mérité intégralement l\u2019épithète de catholique?Mettons que le Moyen Âge, dans ses plus belles réussites, le fut à peu près, et qu\u2019aujour-d\u2019hui certains peuples, rares, s\u2019essayent à le redevenir.Comme il s\u2019agit d\u2019une réalité avant tout intérieure, donc mystérieuse, on est bien embarrassé de nommer ces pays, mais l\u2019on peut tenter des affirmations prudentes, à condition qu\u2019elles soient sincères.J\u2019estime que la France est l\u2019un de ces peuples.À coup sûr, la masse française vit en marge de l\u2019Église\"\u2019.Plusieurs traditions intellectuelles \u2014 dont quelques-unes sont déjà bien enracinées dans l\u2019esprit français: culte (renouvelé) de la raison, naturalisme qui s\u2019insinue et qui sourd parfois d\u2019où on ne l\u2019attendait pas, socialismes de tous calibres et autres hérésies en isme \u2014 s\u2019y disputent la suprématie de la pensée.Mais les catholiques, de plus en plus fort, y font entendre leur voix, et cette voix est pure.(1) Cependant, estime Jacques Maritain, « les masses gardent, dans un pays comme le nôtre, des structures subconscientes d\u2019origine chrétienne qu\u2019il ne sera pas difficile de faire revivre si on peut surmonter les préjugés d\u2019origine sociale.» (Regards catholiques sur le monde). LIGNES DE FORCE 739 L\u2019Église de France est désencombrée de la richesse et du prestige social.Henri Bourassa rappelait récemment qu\u2019un épiscopat de qualité exceptionnelle la dirige aujourd\u2019hui.Le clergé français a réappris la pauvreté évangélique, et que le Seigneur est rarement du côté des puissances politiques ou économiques.Cette reprise magnifique, cette épuration se sont accomplies en plusieurs moments, et l\u2019obscur courant spirituel prenait origine en même temps qu\u2019expression dans des saintetés.Vianney d\u2019Ars, Thérèse de Lisieux, Charles de Foucauld.La pensée et l\u2019art catholiques ont reconquis l\u2019une des premières places.La France contemporaine serait-elle la France, si l\u2019on retranchait d\u2019elle Bloy, Péguy ou Claudel, Psichari et Massis, Jammes, Mauriac, Termier __ je sais la fragilité de toute énumération, mais ceux qui les connaissent éprouvent, à répéter leur nom, une certitude \u2014, Maritain avec Malègue, Doncoeur, Ghéon, Bernanos, Ed.Le Roy, Blondel et G.Marcel.tous ceux qu\u2019à dessein j\u2019oublie, pour signifier que, si lourde qu\u2019elle soit, ma nomenclature est loin d\u2019épuiser la réalité.D\u2019ailleurs, ces hommes ne vivent pas isolés.Il y a, parmi beaucoup d\u2019autres, les Jésuites de 1 Action Populaire, les Dominicains de la Tour-Maubourg, l\u2019équipe de Temps Présent, les Semaines sociales de France.Une foule anonyme les entoure et les soutient: jeunes hommes des mouvements spécialisés (en particulier, jeunes ouvriers), foyers bourgeois de vieille France, équipes sociales, syndicalistes chrétiens, cadets, coloniaux héroïques et méconnus, et le fourmillement des oeuvres efficaces autant qu\u2019obscures.Bref, et en dépit de tout ce qu\u2019il reste à accomplir, il y a aujourd\u2019hui une fierté catholique à se sentir français.Cette affirmation, aucunement restrictive \u2014- je songe à l\u2019Angleterre de Chesterton et d\u2019Hilaire Belloc, au Portugal de Salazar, à la Belgique du chanoine Cardijn et de l\u2019abbé J.Leclercq.\u2014, doit être posée contre les préjugés antifrançais dont nous mettons du temps à nous défaire.\tAndré L. 740 L'ACTION NATIONALE LES CANADIENS FRANÇAIS ET LE COOPÉRATISME (Mot d\u2019ordre de novembre 1938) Brève, sans lyrisme comme sans phrase, voici notre livraison spéciale sur le coopératisme.Nous en avons confié la rédaction à des spécialistes.Une monographie rapide étudie chacun des aspects les plus importants de la question.En pages annexes, on trouvera des documents utiles; un tableau statistique, notamment, montre l\u2019essor pris à travers le monde par la coopération, et la fécondité de cette formule que n\u2019ont point inventée des réformateurs en chambre.La coopération est une réalité, et, dans plusieurs pays, une îéalité puissante avec laquelle il faudra désormais compter.Si nous nous sommes attaqués à ce problème, c\u2019est que nous voyons dans la coopérative l\u2019un des instruments grâce auxquels les Canadiens français pourront opérer sans inutile violence le redressement économique et social dont l\u2019urgence apparaît de plus en plus.Aussi ces essais, quelquefois didactiques, veulent-ils être avant tout un appel raisonné à l\u2019action immédiate.L\u2019Action nationale La question sociale LE CRIME D\u2019ARVIDA (Mot d\u2019ordre de septembre 19.(1 ) La presse anglo-canadienne avait parlé du crime d\u2019Arvida, de l\u2019atrocité d\u2019Arvida, d\u2019oeuvre diabolique.Le ministre fédéral des munitions, M.Howe, avait « catégoriquement » déclaré à la United Press « qu\u2019il n\u2019y eut pas de différends ouvriers à Arvida », « que les travailleurs de 1 usine n\u2019avaient formulé aucune demande à leurs patrons » que les grévistes furent « de présumés saboteurs », etc.Or les témoignages apportés à la Commission d\u2019enquête ont pulvérisé les unes après les autres chacune LIGNES DE FORCE 741 de ces malhonnêtes accusations.Malhonnêtes, en effet, soit que M.Howe ait dit sciemment le contraire de la vérité, soit qu\u2019il ait négligé de s\u2019informer avant d\u2019imputer aux ouvriers du Québec un acte séditieux.Et s\u2019informer, il le pouvait assurément, lui, ministre des Munitions, puisqu\u2019un sociologue agissant pour son compte personnel, le P.Jacques Cousineau, S.J., donnait de l\u2019affaire d\u2019Arvida, dès avant le 15 août, un récit dont aucun avancé n\u2019a été contredit par l\u2019enquête officielle1 Les faits sont désormais notoires.Il existait du mécontentement à Y Aluminum Company dès l\u2019été de 1940, où une grève faillit éclater.Puis le malaise continua sourdement, jusqu\u2019au jour où les doléances des ouvriers furent présentées officiellement à la compagnie à trois reprises, les 27 mai, 12 juin et 23 juin.Le 24 juillet, qui marqua l\u2019ouverture de la grève, comme Y Aluminum Company n\u2019avait pas encore répondu à ces patientes réclamations, on allait avoir recours à l\u2019arbitrage fédéral.Pourquoi ce malaise prolongé, et finalement cette tempête ?Parce que les conditions de travail des cuvistes étaient devenues déplorables.Leur métier esquintant, ruineux pour la santé, est rendu intolérable par la grande chaleur: des dizaines et des dizaines d\u2019ouvriers perdaient connaissance, et comme personne ne remplaçait les éclopés, leur tâche devait être assumée par des hommes déjà écrasés de fatigue.Pour des raisons qui ne venaient pas d\u2019eux, leur boni subissait une chute de 3% à 7%.Ils comptaient avoir une prime contre la vie chère, et ne l\u2019obtinrent pas.En fonds de pension illusoires et en impôts \u2014 car pour eux qu\u2019était-ce, notamment, que l\u2019obligation morale d\u2019acheter des timbres de guerre, sinon un impôt déguisé \u2014 ils versaient en moyenne 12.5% de leur salaire.« Par rapport à son confrère étatsunien, conclut le P.Cousineau dans la remarquable étude citée plus haut, le fondeur d\u2019Arvida gagnait près de la moitié moins pour un travail double, dans des conditions beaucoup plus pénibles ».(1) Voir Relations, août 1941, «La Grève d\u2019Arvida». 742 L'ACTION NATIONALE Et voilà précisément ce qui mit le comble à l\u2019indignation.La rumeur courut soudain qu\u2019à Massena, aux États-Unis, les ouvriers recevaient un salaire d\u2019un dollar de l\u2019heure, au lieu des 49 et des 51 cents payés à ceux d\u2019Arvida.La grève éclata, sans cadre syndical, sans chefs, comme l\u2019ont révélé tous les témoins: exemple inouï d\u2019organisation spontanée, qui montre à quel point d\u2019unanimité les travailleurs étaient parvenus.Ainsi la vérité s\u2019établit en contradiction directe avec les allégations de M.Howe; il n\u2019y eut pas de « saboteurs » à Arvida, ou, s\u2019il y en eut, ils surent effacer leurs traces.Il s\u2019agit, dans la force du terme, d\u2019un « différend ouvrier ».Et si la querelle a mal tourné, c\u2019est que les officiers de la compagnie ont montré une indifférence, puis une indécision et une irresponsabilité extraordinaires, en face des « demandes » trois fois « formulées » par les ouvriers.C\u2019est au surplus qu\u2019on a multiplié les maladresses: ainsi, le « conciliateur » envoyé par Ottawa aux grévistes, dont 95% étaient cana-diens-français ne parlait pas un mot de français, tandis que certains messieurs parlaient à haute voix de « goddamned French-men ».Toute notre presse a signalé l\u2019odieux des dénonciations grandiloquentes de M.Howe et de quelques journaux de langue anglaise.Il s\u2019agit bien d\u2019une calomnie dirigée contre le Québec, calomnie reprise et orchestrée dans les milieux fanatiques parce qu\u2019elle nous accusait, NOUS, de déloyauté.Car la grève d\u2019Arvida n\u2019est pas le seul conflit ouvrier, ni le plus grave, qui ait eu cours actuellement au Canada.Jamais on n\u2019avait pris ce ton vitupérant pour dénoncer les grèves innombrables qui surgissent aux quatre coins du Dominion.Jamais le langage des ministres de M.King, jamais les injures de la Gazette et du Globe & Mail n\u2019atteignirent à ce degré d\u2019inconvenance et de passion, par exemple, contre la grève perlée des meneurs du Cap-Breton, qui dure depuis quatre mois et a fait perdre au pays, dans le seul mois d\u2019août, plus de cent quarante mille tonnes de charbon ! Soit dit en passant, la presse est très laconique sur tous LIGNES DE FORCE 743 ces désordres, dont la multiplication, aux États-Unis comme au Canada, évoque le souvenir des fameuses grèves révolutionnaires de juin 1936 en France: sinistres perspectives pour l\u2019après-guerre, ou pour la fin d\u2019une guerre trop longue .Qu\u2019est-ce que vient de mettre en relief le conflit d\u2019Arvida ?Ce fait, bien connu des statisticiens, que la main-d\u2019oeuvre québécoise est l\u2019une des moins bien payées dans des conditions peu hygiéniques et abrutissantes; qu\u2019en revanche, elle est l\u2019une des plus soumises à son sort, l\u2019une de celles qui mettent le plus de temps à se fâcher.La situation des Canadiens français d\u2019Arvida est loin d\u2019être exceptionnelle: on sait les révélations autrement révoltantes que nous valut jadis une autre grève, celle des ouvriers de la Dominion Textile où, nous affirme-t-on, les salaires n\u2019ont pas été augmentés substantiellement depuis septembre 1937.On a remarqué \u2014 ou peut-être, hélas, on a oublié \u2014 les solides réquisitoires de M.Maxime Raymond et de M.Georges Pelletier contre les abus d\u2019une compagnie comme la Montreal Cotton.Les enquêtes analogues menées dans quelques industries montréalaises ou québécoises, et dans la plupart des centres industriels de la province, révéleraient des scandales identiques.C\u2019est toute une partie de notre prolétariat qui est ainsi maintenue dans le servage.Et l\u2019on s\u2019étonne ensuite que l\u2019hygiène soit moins avancée chez nous qu\u2019ailleurs ! L\u2019on se scandalise de ce que la fréquentation scolaire fléchisse brusquement, en certains cas, et l\u2019on fait des exercices oratoires sur la paresse intellectuelle des nôtres ! On blâme notre système scolaire \u2014 qui doit être modifié en effet, mais pour d\u2019autres raisons que celles imaginées par les critiques officiels.Avec un trémolo dans la voix, ou un accent de mépris, l\u2019on déclame sur le « bas niveau de vie » des citoyens du Québec, comme s\u2019ils étaient seuls responsables de leur pauvreté, de leurs taudis, de leurs guenilles ! Qui est coupable de ces inhumaines conditions de vie ?Qui dirige l\u2019économie québécoise ?Voilà des ques- 744 L'ACTION NATIONALE tions que l\u2019on devrait poser à Québec, et non seulement poser, mais résoudre.Oui, il y a eu un « crime d\u2019Arvida », symbole d\u2019une injustice autrement vaste, autrement aiguë, autrement chargée de conséquences.Il y a, et jusqu\u2019au jour où nous saurons prendre le problème par le bon bout, il y aura un crime social contre les masses ouvrières du Québec, accompli par la haute finance et par la grande industrie.Pressé par l\u2019opinion, on a procédé à une enquête, à Arvida: qu\u2019on fasse PARTOUT la lumière.L\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme, les atteintes à la dignité humaine et à la justice sont toujours odieuses: elles risquent d\u2019avoir des résultats sinistres si, non content d\u2019activer les querelles sociales, on exaspère le ressentiment national d\u2019un tiers de la population.L\u2019Action nationale PITIÉ POUR LA FAMILLE (Mot d\u2019ordre de février 19US) Des millions d\u2019êtres humains sont morts depuis trois ans.La famille, elle aussi, est une victime de guerre.Dans tous les pays, elle subit le sabotage systématique des gouvernements.La guerre totale n\u2019a cure des exigences naturelles de la cellule familiale.On la sacrifie sans vergogne; seul compte l\u2019individu.L\u2019autre soir, au Plateau, M.Henri Bourassa a rappelé d\u2019opportunes vérités sur la famille, où s\u2019accomplit en plénitude la personne humaine.Des mouvements s\u2019organisent pour prendre sa défense, pour en démontrer à des gouvernants distraits ou exclusivement absorbés par l\u2019immédiat, les vertus profondes dans la vie d\u2019une nation, dans la constitution d\u2019une société chrétienne.Un esprit anglo-saxon, le professeur Stephen Leacock, vient de publier, en conclusion de son histoire du Canada, un plaidoyer éloquent en faveur de la famille.N\u2019est-ce pas suffisant pour ouvrir les yeux des aveugles ?Dans l\u2019après-guerre, le salut ne viendra pas de l\u2019immigration massive que préconisent un George Drew et tant d\u2019autres.Aucun plan Beveridge ne remplacera la LIGNES DE FORCE 745 famille.Si elle est détruite, il faudra la reconstruire.Avant qu\u2019elle ne soit complètement ruinée, il nous faut la sauver.La famille canadienne est la condition de notre durée, l\u2019assise de notre grandeur future, le gage de notre civilisation chrétienne.L\u2019Action nationale La guerre LA VÉRITÉ (Mot d\u2019ordre de mars 19^3) Que ceux qui ont renié leurs idées d\u2019avant guerre, se gardent de juger ceux qui n\u2019ont pas changé.Tout ce que nous leur demandons, c\u2019est de digérer en paix leur trahison.Tous les glorieux de la ferblanterie impérialiste, tous les décorés de la breloque, tous les ânes satisfaits, tous les valets de l\u2019écurie politique commencent à sentir le sifflement des cravaches.Qu\u2019ils aillent se gaver au banquet des ministres démissionnaires de l\u2019honneur (au singulier comme dirait Péguy, au singulier) et se contempler dans le miroir déformant des honneurs, (au pluriel, typo, au pluriel) cela nous indiffère.Mais qu\u2019ils crachent impudemment sur leurs idées d\u2019hier, qu\u2019ils salissent la monture qui les portait, qu\u2019ils fassent propagande bruyante, qu\u2019ils essayent d accorder leur timbre de perroquet au do de poitrine des impérialistes convaincus, (niais de la chevalerie, tartufes de la croisade) cela nous force à leur poser quelques questions.Avez-vous le droit de parler de civilisation, vous qui prétendez que la ruine du foyer en est un aspect secondaire ?Avez-vous le droit de parler de liberté quand votre chevalier part du pays de l\u2019injustice, et qu il a la conscience chargée des lois spoliatrices du catéchisme et du français ?Pour nous, la famille est un aspect essentiel de la vie humaine.Pour nous, la liberté qu\u2019on ne respecte pas chez soi, on n\u2019a pas le droit d\u2019aller la défendre ailleurs.Quand l\u2019autorité pratique une telle hypocrisie, 746 L'ACTION NATIONALE elle se discrédite elle-même.Hommes doubles, n\u2019êtes-vous pas humiliés de votre reniement ?Les incohérences de votre conscience finissent par entrer dans votre syntaxe et vous n\u2019employez plus que des mots usurpateurs et des phrases dénuées de sens, Votre plume trempe dans une encre pâteuse, marécageuse.Vous finirez dans la mare aux grenouilles.L\u2019Action Nationale, elle, n\u2019a pas changé.Elle reste ce qu elle était, intacte et libre.Lecteur, y songes-tu quelquefois ?Quand sonnera l\u2019après-guerre, ne vois-tu pas le danger d\u2019une démagogie exploitant les ruines de notre pays ?L\u2019Action Nationale, apportant sa doctrine, et son dévouement, et sa réflexion, pourra fortifier les dii ectives politiques essentiellement chrétiennes, essentiellement anticommunistes ?Nous serons là, à l\u2019heure de ce nouveau danger ?Lecteur, soutiens Y Action Nationale.Fais quelque chose pour elle.L\u2019Action nationale FRANCE TOUJOURS (Mot d\u2019ordre d\u2019octobre 19UU) Un bel écrivain américain de culture française, Wallace Fowlie, vient d\u2019écrire ce qui suit: « La France n\u2019est pas une nation comme les autres.J\u2019ai lu quelque part dans Joseph de Maistre que c\u2019est la seule nation dont Dieu ait besoin .La pensée française est surtout pour moi une dénonciation du désordre et une philosophie de la réalité.» Témoignage émouvant d\u2019un attachement profond.Comment ne pas nous y associer de tout coeur, nous, les fils lointains d\u2019une terre tant chérie ?Comment ne pas s\u2019indigner à la pensée que la France, à la suite de combinaisons que nous préférons ne pas qualifier, ne redeviendrait pas la grande puissance universelle qu\u2019elle a toujours été depuis l\u2019aube des temps modernes ?Les ambitions impérialistes, les savants calculs de la power policy, ne doivent pas faire perdre de vue les nécessités cardinales de l\u2019Europe de demain.La revue Relations a eu raison d\u2019insister sur ce point: « Après LIGNES DE FORCE 747 la chute de Napoléon, la France, alors ennemie, n\u2019en menait pas large, et pourtant le tsar Alexandre ajoutait de sa main à la déclaration des Alliés spécifiant 1 intégrité de la France: « Ils peuvent même faire plus, parce qu\u2019ils professent toujours le principe, que, pour le bonheur de l\u2019Europe, il faut que la France soit grande et forte.» Qu\u2019on n\u2019aille pas plus oublier dans les Conseils de la Paix que l\u2019Europe de 1944 comme celle de 1815, a besoin d\u2019une France grande et forte à l\u2019ouest, et faut-il le rappeler \u2014 d\u2019une Pologne libre et indépendante à l\u2019est et même d\u2019une Italie libre et chrétienne, au centre.» L\u2019intégrité territoriale de la France n\u2019est pas tout, il lui faut aussi son intégrité morale, la sauvegarde de ses prérogatives, la reconnaissance de son prestige.Une Europe dominée par l\u2019influence anglo-saxonne et soviétique jumelée serait une construction arbitraire, le refus du plus fécond courant de civilisation humaine qui fût jamais.La France a pu commettre des fautes, des erreurs; elle n\u2019a pas démérité.Et personne ne peut lui jeter la pierre qu\u2019elle seule.Temporairement immobilisée sur les routes du monde, elle est prête à rejoindre la caravane, à la guider comme par le passé, à lui assurer son orientation.Les Canadiens français ont le droit \u2014 ils ont le devoir le plus strict \u2014 de se faire au Nouveau-Monde les protagonistes de la pensée française, ses plus fidèles disciples, ses champions les plus intrépides.Nous réclamons que la France soit présente au monde.L\u2019Action nationale Guerre et fédéralisme LE SORT EN EST JETE ! (Mot d\u2019ordre de décembre 19Uh) Nous avons connu en ces dernières semaines une grave crise politique.Les démissions de MM.Ralston et Power, la nomination du général McNaughton au 748 L'ACTION NATIONALE ministère de la Défense nationale, la convocation des Chambres pour le 22 novembre, la volte-face imprévue de M.Mackenzie King, le long débat qui s\u2019en est ensuivi, le vote de confiance au gouvernement, telles sont les principales étapes de ces jours historiques.Après avoir promis depuis le début des hostilités que la conscription ne serait jamais imposée, le gouvernement libéral a eu recours à la coercition, dans l\u2019espoir d\u2019apaiser les tories, \u2014 qui n\u2019appartiennent pas tous au parti conservateur.Une parole d\u2019honneur a été reniée, un engagement solennel a été transgressé.Voilà le fait brutal.Certes, ce n\u2019est pas la première fois que des gouvernants ne respectent pas leur promesse.Il est rare toutefois qu\u2019ils agissent avec autant d\u2019imprudence, avec la certitude aussi de l\u2019impunité.D\u2019un trait de plume, ils ont modifié leur politique, conscients qu\u2019en agissant ainsi, ils obtempéraient aux désirs de la majorité, sans souci de l\u2019opinion maintes fois affirmée des Canadiens français.À la roulette de la politique canadienne, on a joué sans vergogne des vies humaines, on a mis l\u2019union nationale comme enjeu.C\u2019est un fait évident; inutile d\u2019épi-loguer longtemps à ce sujet.Des hommes politiques se sont dits qu\u2019il valait mieux entrer hardiment dans la partie impérialiste que de défendre jusqu\u2019à la fin les intérêts canadiens.Qu\u2019ils portent la responsabilité de leur trahison, qu\u2019ils acceptent l\u2019odieux de leur lâcheté.Nous avons toujours cru que la Confédération était un compromis.Deux groupes ethniques, se réclamant de deux cultures majeures, consentent à s\u2019associer \u2014 non pas à s\u2019unifier \u2014 pour bâtir sur notre territoire un grand pays qui accorderait à chacun le privilège de favoriser son propre épanouissement.Qu\u2019on relise les débats antérieurs à 1867 et l\u2019on se rendra compte facilement que c\u2019était bien l\u2019esprit qui animait les négociateurs de jadis.Le malheur a voulu toutefois que les concessions réciproques demeurent un noble idéal jamais atteint.Les Anglo-Canadiens n\u2019ont jamais consenti les sacrifices nécessaires au fonctionnement normal du nouveau ré- LIGNES DE FORCE 749 gime politique.Les Canadiens français seuls, ont respecté leurs engagements.À la longue, cependant, ils se sont lassés de ce rôle permanent de dupes.Ils en sont venus à se demander pourquoi ils seraient perpétuellement, par un introuvable décret divin, les dindons de la fable.D\u2019où leur mécontentement, leurs paroles amères et leurs soubresauts d\u2019impatience.Nos partis politiques se valent.Ils sont tous dominés par l\u2019influence anglo-saxonne et ne nous réservent que la portion congrue.L\u2019histoire du dernier quart de siècle a voulu toutefois que nous accordions, à une grande majorité, notre allégeance au parti libéral.Nous avons formé ainsi le fameux BLOC SOLIDE de la province de Québec.Nous avons cru ainsi possible d\u2019exercer une influence salutaire au bénéfice de notre nationalité.Funeste illusion ! Dès que le parti libéral a senti qu\u2019il nous avait bien en main, il n\u2019a rien eu de plus pressé que de nous lâcher bassement, de nous trahir, de se servir de nous.Le processus fonctionne depuis longtemps.Pour plusieurs, la lumière ne s\u2019est faite qu\u2019à l\u2019occasion de la conscription pour service outre-mer.D\u2019où leur déconvenue, leur étonnement, leur écœurement.Ils n\u2019étaient pas préparés à un tel réveil; ils devront s\u2019y faire.De tout le débat qui s\u2019est déroulé à Ottawa et dont l\u2019issue était, hélas, connue d\u2019avance des gens qui n\u2019ont pas acquis l\u2019habitude de prendre des vessies pour des lanternes, il découle que nous serons constamment bernés tant que nous n\u2019aurons pas décidé de nous occuper nous-mêmes de nos propres affaires.Ce ne sont pas les autres qui nous sauveront.Tant que nous accepterons de jouer le rôle de minoritaires à la recherche de faveurs, nous demeurerons toujours à la merci de la majorité.C\u2019est là une vérité de La Palice que beaucoup d\u2019entre nous ont trop facilement tendance à oublier.« L\u2019unité dans la race, l\u2019union dans le pays, » proclamait un jour Antonio Perrault.C\u2019est la formule de salut.L\u2019unanimité canadienne-française une fois acquise, il nous sera possible de nous entendre avec les Anglo-Canadiens de bonne foi, avec ceux pour qui le 750 L'ACTION NATIONALE Canada est une réalité, un objet d\u2019attachement, une patrie, et non pas seulement un territoire d\u2019exploitation.S\u2019il est nécessaire de tirer des événements récents une leçon salutaire, c\u2019est celle-là.Nous sommes prêts à faire l\u2019essai du régime fédératif, \u2014 ce qui n\u2019a jamais été tenté vraiment.Si cette tentative est vouée à l\u2019échec, ce que nous ne souhaitons pas, nous saurons ce qu\u2019il nous reste à faire.L\u2019Action nationale LA CONCENTRATION FEDERALE DES POUVOIRS (Mot d\u2019ordre de décembre 194.5) Au cours des dernières années, nous avons à maintes reprises protesté contre les pouvoirs abusifs que s\u2019arrogeait le gouvernement fédéral, au mépris le plus évident de l\u2019esprit et de la lettre du pacte fédératif.L\u2019argument invoqué par les centralisateurs ne variait guère: il était avant tout indispensable d\u2019assurer la défense effective de notre territoire et de contribuer dans toute la mesure de nos forces à l\u2019écrasement des suppôts de Satan déchaînés dans le monde.Pour accomplir cette redoutable mission, aucun sacrifice n\u2019était exagéré.C\u2019est dire que la « Loi des mesures de guerre », élaborée en 1914 par le gouvernement Borden et reprise en 1939 par le gouvernement King \u2014 l\u2019histoire n\u2019est-elle pas un éternel recommencement ?\u2014 cette fameuse loi a concentré dans les mains des ministres des pouvoirs dictatoriaux.La guerre est terminée depuis plusieurs mois et au moment où nous rédigeons ces lignes, la « Loi des mesures de guerre » est toujours en vigueur.Pourquoi cette contradiction dans les termes ?Tout simplement, parce que l\u2019autorité incontestée est une drogue à laquelle on s\u2019habitue très vite, tout simplement parce que nos gouvernants fédéraux ne peuvent accepter que la période d\u2019urgence soit révolue et qu\u2019il leur faille consentir à lâcher prise.Ils sont prêts sans doute à mettre au rancart, jusqu\u2019au prochain conflit, cette loi arbitraire, LIGNES DE FORCE 751 mais à condition seulement que le parlement vote une législation de portée analogue, pour une durée d\u2019une année, et toujours renouvelable.Ce qui s\u2019appelle bonnet blanc et blanc bonnet.C\u2019est dans cet esprit que le 5 octobre dernier, M.Louis Saint-Laurent, ministre canadien de la Justice, soumettait à l\u2019approbation de ses collègues le projet de loi portant le numéro d\u2019ordre 15.Quel est le but de cette nouvelle législation ?Son titre même nous révèle l\u2019intention de ses auteurs: « Loi ayant pour objet de conférer certains pouvoirs au gouverneur en conseil dans les circonstances critiques nationales consécutives à la guerre ».(On est prié d\u2019excuser le charabia de cette traduction officielle).D\u2019après cette pièce législative, le gouverneur en conseil, c\u2019est-à-dire le cabinet des ministres, pourra poser tous actes qu\u2019il désirera en invoquant les exigences de la sécurité, de la défense, de la paix, de l\u2019ordre et du bien du Canada.Tout cela paraît assez élastique.Les pouvoirs requis par le bill 15 embrassent notamment la production, la fabrication, le commerce, l\u2019exportation, l\u2019importation, les changes; les transports par air, route, voie ferrée ou eau; la fourniture et la distribution de marchandises et de services, la fixation des prix; l\u2019emploi, y compris les traitements et salaires; la prise de possession, le contrôle, la confiscation et la disposition de biens et de leur emploi, y compris le contrôle des loyers et de l\u2019occupation; l\u2019entrée au Canada, l\u2019exclusion et l\u2019expulsion, ainsi que le retrait de nationalité; l\u2019imposition et le recouvrement de frais payables au Receveur général du Canada ou devant être versés à la caisse ou au compte prescrit, relativement à tout système de contrôle que renferment ou autorisent des arrêtés et règlements.Cette énumération, nullement restrictive, n\u2019est-elle pas déjà impressionnante ?N\u2019indique-t-elle pas clairement la volonté des dirigeants d\u2019Ottawa de saper à jamais les bases de la Confédération canadienne ?Cette loi, votée pour une année, serait la seconde étape de la grande offensive centralisatrice amorcée en 752 L'ACTION NATIONALE 1939 à la faveur de la guerre.Elle disparaîtra de notre recueil des lois le jour où les accords fédéraux-provinciaux auront atteint le même but, le jour où les gouvernants fédéraux auront réussi à arracher aux provinces toutes leurs prérogatives constitutionnelles.Ce sera là l\u2019étape finale.Il est donc facile de dégager les grandes lignes de ce sinistre scénario, de cette hostilité sourde, voulue et activée par Ottawa, et qui compromet si gravement l\u2019avenir de notre pays.Il est lamentable de voir se perpétrer sous nos yeux un aussi odieux sabotage de l\u2019économie générale de la Confédération canadienne.De glissement en glissement, sommes-nous donc engagés sur une pente où rien ne peut plus nous retenir avant que nous ayons plongé dans l\u2019abîme ?On le croirait aisément, à constater l\u2019apathie à ce sujet de la grande majorité des Canadiens.Jusqu\u2019à maintenant, les revendications autonomistes ont eu le double tort d\u2019être le plus souvent verbales et électorales et d\u2019originer à peu près exclusivement dans la province de Québec.Il était alors facile pour les centralisateurs de discréditer ce qui leur semblait être une crise passionnelle de nationalisme canadien-français.Ils savaient bien qu\u2019une fois la période d\u2019émotivité fiévreuse passée, ils auraient leurs coudées franches pour poursuivre leur oeuvre de destruction systématique.Ce qui explique les gains à peu près constants qu\u2019ils se sont assurés depuis 1867.Cette impunité a accru leur audace et ils veulent aujourd\u2019hui tirer parti des circonstances pour couronner leur besogne.Sans doute estiment-ils qu\u2019il est trop tard pour les autonomistes de réagir avec quelque chance de succès.Allons-nous leur donner raison ?Pour éviter ce grand malheur, qui se traduirait à la fois par un accroc très grave à l\u2019esprit démocratique et par un bouleversement matériel et moral au sein de notre patrie, nous prions le gouvernement de la province de Québec de ne rien négliger pour sauver ce qui peut l\u2019être encore, de se montrer également adroit et agressif et de ne jamais abandonner la proie pour l\u2019ombre.Nous faisons aussi LIGNES DE FORCE 753 appel à l\u2019opinion anglo-canadienne d\u2019inspiration saine et désireuse de bâtir avec nous, et non contre nous ou sans nous, un Canada robuste, équilibré, heureux, et nous lui demandons d\u2019oublier les différends et les rancunes du passé pour collaborer loyalement avec nous à une oeuvre de grandeur et d\u2019harmonie.Il est temps que les Canadiens se lèvent pour la défense de leur patrie ! L\u2019article liminaire de la direction Guy Frégault À NOUS LA LIBERTE ! (Editorial de septembre 191+6) L\u2019Action nationale n\u2019est pas une revue comme une autre.Elle ne peut, ne veut ni ne doit l\u2019être.Sous peine de se détruire, elle ne saurait devenir un recueil à peu près mensuel (comme à peu près toutes les revues) de textes de portée plus ou moins « générale ».Elle a un but, elle possède une mission: mot qui fait sourire ceux qui se piquent de passer pour sages, ce qui est un hommage que l\u2019impuissance rend au bon sens.Elle est faite pour servir les intérêts supérieurs du Canada français.Il ne s\u2019agit donc pas ici d\u2019une entreprise de littérature gratuite, mais d\u2019un effort de pensée et d\u2019action engagées dans la complexité des problèmes culturels, sociaux et politiques de la nation.Aussi, par suite des fins qu\u2019elle s\u2019est proposées, notre revue doit-elle demeurer un centre de recherches « pour une doctrine », comme on disait autrefois, et pour une éthique ainsi que pour une politique (terme qu\u2019on ose employer seulement dans la mesure où il est resté propre), ajouterons-nous aujourd\u2019hui.Qu\u2019on nous entende bien, cependant.En tentant de mesurer avec la plus grande exactitude possible le domaine qui nous appartient \u2014 domaine légué par trente ans de réflexions cohérentes et d\u2019expériences honnêtement effectuées \u2014 nous ne songeons point à dresser autour de notre patrimoine des frontières barbelées. 754 L'ACTION NATIONALE Nous n\u2019acceptons pas de nous constituer prisonniers d\u2019un système ni, encore moins, de nous faire captifs d\u2019habitudes périmées.La pire aventure qui pourrait arriver au nationalisme serait qu\u2019il se repliât sur lui-même et que, perdant de vue son but ultime, qui est un épanouissement humain, il devînt une espèce de déformation professionnelle.Précisément, nous refusons et nous refuserons toujours d\u2019être des professionnels du nationalisme.Nous voulons que le Canada français vive.Vivre, ce n\u2019est pas nier, ce n\u2019est pas chicaner, ce n\u2019est pas se contenter d\u2019être contre.Vivre, c\u2019est grandir.S\u2019arrêter, se retrancher sur des positions qui sont toujours les mêmes, c\u2019est courir le risque de dégénérer.La guerre n\u2019a pas seulement bouleversé l\u2019Europe et l\u2019Asie; elle a aussi brouillé les idées claires et submergé sous un flot de mensonges les idées justes.Comme le but de la guerre est de détruire, elle s\u2019est attaquée, entre autres choses, à la vie de l\u2019esprit, qui est toute en nuances, et elle l\u2019a entamée en imposant des simplifications massives.À la faveur du cataclysme, qui tentait de démolir tout ce qui n\u2019était pas barbare, les adversaires de la patrie ont eu la partie belle.Il ne s\u2019agissait que de briser.Ils avaient pour eux la force brutale et la force insidieuse de la propagande, cette grande imposture.Nous n\u2019avions pour nous que la raison, le droit et la bonne foi.Ce ne fut qu\u2019un jeu de nous prendre l\u2019initiative.Les hommes de rien qui, il y a dix ans, n\u2019osaient encore qu\u2019user de ruse, ont payé d\u2019audace; ne pouvaient-ils pas être audacieux sans risque ?Ils ont démasqué leurs batteries; ils ont tiré sur nous à boulets rouges.Ils ont fait plus: ils se sont modestement donné le beau rôle.Ils ont gauchi bien des notions.Ils ont saccagé bien des valeurs.Il nous faut maintenant refaire ce qu\u2019ils ont défait.L\u2019oeuvre de notre génération sera de reconstruire le Canada français.Cette tâche requerra toute notre force et toute notre patience.Nons devrons recommencer au commencement et retrouver la source de nos traditions vitales.Notre esprit colonial, savamment entretenu par des agents LIGNES DE FORCE 755 d\u2019intérêts très divers \u2014 agents eux-mêmes entretenus par des sots \u2014 avait affaibli notre organisme.Nous devrons éliminer ce poison.Il existe chez nous un vieux désir de liberté et une vieille tradition d\u2019indépendance: en Amérique, où le temps passe vite, nous sommes un vieux peuple.La tradition d\u2019indépendance à laquelle je fais allusion n\u2019est ni britannique ni française.Elle est canadienne.Elle possède des racines profondes et de solides attaches.Dès le XVI le siècle, elle faisait du Canadien un type différent des autres (je ne dis pas meilleur ou plus beau; je dis différent, et cela me suffit).Parce qu\u2019ils sont littéralement « sortis » du peuple, plusieurs de nos intellectuels et de nos parvenus de la culture ont pu oublier cette vérité; ils ont pu être sur le point de la faire oublier; ils ne l\u2019ont pas abolie.L\u2019indépendance fut toujours, pour nous, l\u2019exigence fondamentale.Au XIXe siècle, alors que des convulsions violentes secouaient le Canada, nos ancêtres, qui étaient bien moins avancés que nous, \u2014 ils ne connaissaient pas, les malheureux, des merveilles comme la S.D.N., la bombe atomique, l\u2019O.N.U., la poésie pure, l\u2019Institut Démocratique et l\u2019existentialisme \u2014 n\u2019avaient tout de même pas perdu leur volonté d\u2019être une nation.Les étemels gardiens du « fair-play » s\u2019en scandalisaient.« Et les pétitionnaires de Votre Majesté », écrivaient-ils avec une loyale fureur, en décembre 1822, « ne peuvent manquer de remarquer que l\u2019extension déraisonnable des droits politiques concédés à cette population au détriment des autres sujets d\u2019origine britannique, jointe au sentiment qu\u2019elle a de sa force grandissante, a déjà eu pour effet d\u2019établir dans l\u2019imagination d\u2019un grand nombre son existence en tant que nation distincte sous le nom de Nation Canadienne.» Cette idée fut un puissant ressort tant que la lutte put se mener à ciel ouvert, tant que nous avons eu la conviction, que les faits justifiaient amplement, que notre indépendance nationale nous était refusée, qu\u2019elle n\u2019existait ni en théorie ni en pratique, qu\u2019elle était un objectif à conquérir et non pas une conquête toute faite, par les autres autant et peut-être plus 756 L'ACTION NATIONALE que par nous-mêmes.Ce ressort a cessé de jouer à partir du moment où la propagande a réussi à nous faire prendre la proie pour l\u2019ombre; à partir du moment où elle a pu nous faire croire que, notre indépendance, nous 1 avions, et qu il n\u2019était plus question de l\u2019acquérir mais de la conserver: ce qui, notons-le en passant, donne au « libéralisme » canadien un caractère nettement conservateur.Il appartiendra à VAction nationale de définir et d\u2019analyser la conception canadienne de la liberté, et c\u2019est ce qu elle fera au cours de l\u2019année par la publication d un livre sur l\u2019indépendance du Canada, ouvrage qui groupera un ensemble impressionnant d\u2019études écrites par les meilleurs essayistes.Nous allons marcher sous le signe de la liberté: liberté politique et liberté économique; sans celle-ci, celle-là n\u2019est qu\u2019une illusion; sans la première, la seconde est une impossibilité.Liberté culturelle aussi.Centre de recherches orientées vers la libération du Canada français, l'Action nationale ne peut pas se permettre de laisser s\u2019étioler la culture canadienne-française entre les mains débiles de ceux qui se sont fait une gloire et une originalité d\u2019être les derniers à répéter ce qu\u2019ont dit de prestigieux étrangers: non pas qu\u2019il faille fermer toutes les fenêtres jusqu\u2019à en oublier de respirer; mais il y a des limites à tout, même à l\u2019insignifiance et à la singerie.Si la culture est contacts, elle est encore concentration.Les plus belles copies ne seront jamais des chefs-d\u2019oeuvre.Imiter demeure une servitude; imiter systématiquement demeure un exercice scolaire; imiter gauchement demeure un ridicule.Par bonheur, on commence à s\u2019en rendre compte: tout arrive.Si nous ne nous en apercevions pas nous-mêmes, d\u2019autres s\u2019en apercevraient pour nous.On connaît la réponse de M.Étienne Gilson à M.Georges Duhamel, qui avait cru découvrir que nous serions une « branche de l\u2019arbre français: \u2014« Le Canada se souvient de bien des choses, précise M.Gilson, car non seulement il a une mémoire, il en est une.Il se souvient d\u2019abord d\u2019avoir été une branche de l\u2019arbre français, mais aussi d\u2019en avoir été coupé, puis, laissé sur le sol, d\u2019y avoir tout seul pris racine, d\u2019avoir LIGNES DE FORCE 757 vécu sans nous, pensé sans nous, grandi sans nous, conquis par son seul courage, par sa seule perspicacité, et par une continuité de vues qui ne nous doit rien, le droit à sa propre langue, à ses propres méthodes d\u2019éducation et à sa propre culture.Si nous sommes l\u2019arbre, jamais arbre ne s\u2019est moins soucié de sa branche.Qu\u2019il s\u2019en soucie, aujourd\u2019hui, rien de mieux, mais ce qu\u2019il retrouve, après l\u2019avoir si longtemps négligé, ce n\u2019est plus une branche, c\u2019est un arbre: un arbre de même espèce que lui, mais un autre arbre, qui est un arbre comme lui.» Plus récemment, Vercors ajoutait: « Nous devons nous rendre compte que les Français qui s\u2019établirent jadis en Nouvelle-France développèrent là-bas une personnalité distincte, proprement canadienne.Malgré les liens très forts que crée une langue commune, les Canadiens français ne sont pas plus « français » que les Américains ne sont « anglais ».Faire triompher la liberté, telle est l\u2019oeuvre qui exige toutes nos énergies.Livrés à ce travail, nous ne nous ménagerons pas (nous ne ménagerons d\u2019ailleurs personne).Héritiers d\u2019une longue tradition d\u2019indépendance et de dignité, nous en appliquerons le dynamisme durable, par des méthodes évoluées, à des circonstances nouvelles.Notre unique ambition est de servir utilement.Comme l\u2019écrivait Sainte-Beuve en 1836: « C\u2019est une belle tâche à remplir encore, sentant sur soi, comme on fait, le poids du passé, autour de soi la confusion et la cohue du présent, puis hors de là, en avant, au loin, les incertitudes d\u2019un avenir également inquiétant et redoutable, soit qu\u2019il aille en cela à un déclin qui saura mal discerner, soit qu\u2019il doive ressaisir une gloire nouvelle qui éteindra son aurore.» Quoi qu\u2019il advienne, nous servirons la liberté.\tGuy Frégault, de l\u2019Académie canadienne-française VIVE L\u2019INDEPENDANCE ! (Éditorial de novembre 19U6) Nous avons traversé des jours sombres.Des jours plus noirs encore, c\u2019est évident, se lèvent déjà sur notre 758 L'ACTION NATIONALE destin national.Nous avons tant lutté, nous avons tellement souffert qu\u2019il devient tout naturel qu\u2019une certaine lassitude s\u2019empare de nous.Au cours d\u2019une histoire chargée d\u2019expériences pénibles, ce n\u2019est pas la première fois que cette fatigue s\u2019abat sur les Canadiens français.En 1839, la nation avait, depuis quatre-vingts ans, éprouvé tous les malheurs et toutes les détresses qu\u2019une nation peut subir sans mourir; elle avait reçu tous les coups sauf le coup de grâce.Le 23 octobre de cette année-là, Etienne Parent, qui ne manquait cependant ni d\u2019intelligence ni de courage, laissait tomber dans le Canadien cet aveu sans grandeur: « Ce serait pour les Canadiens français le comble de l\u2019aveuglement et de la folie que de s\u2019obstiner à demeurer un peuple à part sur cette partie du continent.» Parent ne trahissait pas: il tombait d\u2019épuisement.Sommes-nous aujourd\u2019hui à ce point fatigués ?On le croirait.Pourtant, il nous faudra encore résister.Une guerre nous a ébranlés: nous n\u2019avons plus l\u2019énergie que nous possédions il y a dix ans.Que ne ferait pas une autre guerre ?Cette autre guerre est possible, elle est probable, elle est imminente.Tout le monde s\u2019y prépare.En Angleterre, comme eût dit Laurier, le feu s\u2019allume sur les collines, et ceux qui, au Canada, pensent et agissent au nom des Canadiens, seraient prêts à ajouter, tout comme Laurier: « L\u2019intérêt du Canada, les grandes entreprises à parfaire nous éloignent du militarisme européen.Voilà pourquoi nous ne pouvons conclure avec la Grande-Bretagne une alliance qui pourrait nous entraîner dans une guerre décidée sans notre participation.Est-ce à dire que nous verrions d\u2019un oeil indifférent la mère-patrie en danger?Non certes.Vienne l\u2019heure du danger, que l\u2019Angleterre allume le feu sur le sommet des montagnes, que le clairon sonne l\u2019appel et nous répondrons au cri d\u2019alarme; elle nous verra auprès d\u2019elle le sabre au clair.» N\u2019est-ce pas là la situation actuelle ?Les mêmes causes entraîneront des effets identiques; ceux-ci auront pour nous les mêmes répercussions.Voilà une perspective effrayante.Il faut que nous soyons bien convaincus de ceci: une résistance, fût-elle LIGNES DE FORCE 759 convenablement organisée, ne suffirait pas à conjurer la menace.L\u2019heure n\u2019est plus aux attitudes négatives, qui nous ont, d\u2019ailleurs, toujours donné plus de déceptions que de résultats, même négatifs.À une vieille pensée politique, nous devons opposer une pensée politique plus jeune, plus dynamique et mieux adaptée aux exigences essentielles de notre vie.Ceux qui réfléchissent et agissent au nom des Canadiens maintiennent, au fond, des idéaux coloniaux; ce sont des hommes du XIXe siècle; ils sont dépassés, ou plutôt ils le seront à partir du moment où nous mettrons devant les yeux de la nation l\u2019idéal de l\u2019avenir, celui de l\u2019indépendance.Le Canada reste une colonie, écrivait l\u2019autre jour M.François-Albert Angers: « Une colonie à qui on essaye de faire croire que c\u2019est ce qu\u2019elle est qui s\u2019appelle l\u2019indépendance, précisément pour l\u2019empêcher de prendre conscience qu\u2019elle a atteint l\u2019âge d\u2019être adulte et la maintenir moralement dans les chaînes de l\u2019esclavage colonial.À quand la République qui dissipera cet avilissant mirage ?» Le régime politique importe assez peu.Ce qui compte, ce sont les réalités vitales qu\u2019il reflète et qu\u2019il est appelé à protéger.Si Vive Vindépendance ! doit se traduire par Vive la République ! eh bien ! alors, nous n\u2019hésiterons pas à crier: VIVE LA RÉPUBLIQUE ! Guy Frégault DÉMOCRATIE (Éditorial d\u2019avril 19U7) Thucydide écrit « qu\u2019il fallait le régime démocratique pour que les pauvres eussent un refuge et les riches un frein ».Fustel de Coulanges, qui cite la réflexion du vieil historien, résume, après les avoir établies, les exigences de cette forme de gouvernement: « Le citoyen, comme le fonctionnaire public de nos jours, se devait tout entier à l\u2019État.Il lui donnait son sang dans la guerre, son temps pendant la paix .Les hommes passaient leur vie à se gouverner.La démocratie ne pouvait durer que sous la condition du travail incessant de 760 L'ACTION NATIONALE tous ses citoyens.Pour peu que le zèle se ralentît, elle devait périr ou se corrompre ».Ces remarques, tirées d\u2019une expérience antique, ne manquent pas d\u2019actualité, au moment où nos corps législatifs sont au travail.Qu\u2019avons-nous fait de nos institutions politiques ?Dans quelle mesure les servons-nous ?Il fut un temps où les Canadiens français luttaient de toutes leurs forces pour obtenir le gouvernement du peuple par le peuple, pour le peuple.Au cours du demi-siècle qui suivit 1791, la formule n\u2019était pas encore inventée, mais il est sûr que nos ancêtres ne l\u2019eussent pas désavouée.Qu\u2019entendaient-ils d\u2019autre lorsqu\u2019ils dénonçaient l\u2019oligarchie cupide et stupide qui les tyrannisait et qu\u2019ils réclamaient à grands cris le « gouvernement responsable »?Il est à noter que, si Londres et ses agents leur refusaient alors la responsabilité ministérielle, c\u2019est qu\u2019on croyait celle-ci incompatible avec le régime colonial.Pour nos ancêtres, travailler à l\u2019avènement de la démocratie, c\u2019était la méthode la plus pratique de servir les intérêts canadiens et la dignité de la patrie.Nous avons une vieille tradition démocratique.À l\u2019époque de Pierre Bédard, nous ne possédions qu\u2019un simulacre de régime parlementaire.Pourtant, au sortir de la prison où Son Excellence le Gouverneur Général avait eu la mansuétude de l\u2019envoyer réfléchir sur la constitution, Bédard déclarait, avec une lucidité qui faisait honneur à son intelligence: « Toute autre forme de gouvernement serait sujette aux mêmes inconvénients et à de plus grands encore.Ce que celle-ci a de particulier, c\u2019est qu\u2019elle fournit les moyens d\u2019y remédier.» Les Canadiens français formaient alors l\u2019élément politique le plus actif du Canada.Un jour, il arriva même que l\u2019on ne put absolument plus se passer de leur concours.Pourquoi ?Parce qu\u2019ils avaient su se rendre indispensables; parce qu\u2019ils avaient démontré, par leur intense travail de réflexion autant que par leur activité, qu\u2019il était impossible de former sans eux un gouvernement stable et respectable.Rappelez-vous cette phrase de Bagot: « J\u2019ai entamé des négociations avec les Cana- LIGNES DE FORCE 761 diens français; j\u2019ai fait cette démarche en m\u2019adressant plus à une race et à un peuple qu\u2019à un parti.» Cela se passait en 1842.Cet événement signifiait que le Canada prenait un caractère démocratique.Jamais, depuis l\u2019établissement d\u2019institutions représentatives, les Canadiens n\u2019avaient exercé d\u2019influence réelle; ils avaient beau constituer la majorité, on les avait toujours relégués dans l\u2019opposition; même lorsqu\u2019on leur avait permis d\u2019exprimer leurs vues, on les avait tenus à l\u2019écart du gouvernement.En 1842, une fois les Canadiens français effectivement représentés au cabinet, nous allions avoir le gouvernement du peuple par les mandataires de tout le peuple.Victoire nationale et démocratique; victoire nationale parce que démocratique.Aujourd\u2019hui, de quel poids pesons-nous, au Canada, quand vient le moment des décisions importantes ?À Ottawa, nous ne sommes l'ien.Cela veut dire qu\u2019un tiers de la population canadienne ne peut pas se faire entendre et ne compte pas.Le régime est évidemment faussé.La démocratie ne serait-elle plus chez nous qu\u2019une dérision et qu\u2019un thème de propagande belliciste ?Revenons, il en est grandement temps, à nos traditions anciennes.Bien mieux que la propagande de guerre, dont toute l\u2019oeuvre n\u2019a consisté et ne consiste encore qu\u2019à renverser les cervelles, elles nous enseignent que le meilleur système politique demeure, chez nous, le gouvernement des Canadiens par tous les Canadiens, pour tous les Canadiens.Quand nous avons défendu la primauté des intérêts du Canada, alors qu\u2019on les subordonnait honteusement à ceux de l\u2019Empire \u2014 M.Ilsley prenait la peine de préciser qu\u2019il disait bien « l\u2019Empire » et non le « Commonwealth » \u2014 c\u2019était nous qui étions les meilleurs serviteurs de la démocratie.Quand nous défendons les droits des États provinciaux contre ceux qui s\u2019acharnent à les détruire \u2014 les impérialistes d\u2019hier sont les centralisateurs d\u2019aujourd\u2019hui \u2014 nous avons conscience de défendre la démocratie, et de le faire bien plus efficacement que 762 L'ACTION NATIONALE ceux qui, durant cinq ans, se sont battus pour elle .avec le sang des autres ! Nos principes sont les suivants: \u2014 Nous croyons que, dans une démocratie véritable, les Canadiens n\u2019en seraient plus à réclamer, contre leur propre gouvernement, l\u2019indépendance de leur patrie.\u2014 Nous croyons que, dans une démocratie véritable, les Canadiens français n\u2019en seraient plus à lutter pour conserver leur droit à la vie en tant que nationalité.Guy Frégault DES MAISONS ! (Mot d\u2019ordre de janvier 1948) On s\u2019habitue vite à la souffrance des autres.Quand il y a un invalide dans une famille, chacun, s\u2019il se laissait aller, en prendrait bientôt son parti.Mais le malade, lui, souffre, et jamais l\u2019on ne s\u2019habitue à sa propre douleur.De même on accepte volontiers que les autres habitent des taudis.On a eu, devant les premières misères, un mouvement de pitié.Puis, à force d\u2019en entendre parler, c\u2019est un sujet qui se classe de lui-même dans notre esprit.Il y a des gens qui vivent dans des taudis: c\u2019est malheureux, mais qu\u2019y pouvez-vous ?Or c\u2019est vrai, il y a des milliers de familles montréalaises, et québécoises et trifluviennes .qui vivent dans les conditions les plus pénibles.Elles y perdent l\u2019espoir et le sens des responsabilités, la santé physique et morale.Les enfants qu\u2019elles élèvent sont parmi les pensionnaires les plus habituels de notre cour juvénile.Des centaines de mille familles habitent des maisons exiguës qui jamais ne peuvent leur appartenir, et dans la majorité desquelles se développent des sentiments d\u2019insécurité prolétarienne.Ce système dure depuis des années, il s\u2019aggrave et les initiatives privées réclament l\u2019aide de l\u2019Etat.N\u2019est-il pas temps, enfin, que les pouvoirs publics interviennent ? LIGNES DE FORCE\t763 Plusieurs remèdes s\u2019imposent.Parmi eux, le crédit urbain.Et la destruction systématique des taudis.L\u2019État provincial va-t-il profiter de la session en cours, pour intervenir vigoureusement ?C\u2019est son devoir le plus élémentaire.S\u2019il s\u2019abstenait encore, il mettrait en péril sa propre souveraineté: car les familles accepteraient les secours, d\u2019où qu\u2019ils viennent, et s\u2019ils arrivent d\u2019Ottawa, c\u2019est tout un pan d\u2019autonomie qui tombera.Nous souhaitons que le sens social, aidé cette fois du sens électoral, parle suffisamment fort à Québec .L\u2019Action nationale Article liminaire de la deuxième direction André Laurendeau EN GUISE DE PRÉFACE (Editorial de septembre 19U8) La revue dont je reprends aujourd\u2019hui la direction n\u2019est pas née d\u2019hier.L\u2019Action Nationale ayant continué Y Action française après une interruption de cinq ans, on peut dire que l\u2019oeuvre a débuté en 1917 \u2014 c\u2019est-à-dire il y a trente-et-un ans.Connaissez-vous beaucoup de revues canadiennes qui remontent à cette époque?La nôtre a connu les dernières années de la grande guerre, la « paix », la prospérité, puis la crise économique, la seconde grande guerre, les années indécises qui suivent.Or chacune de ces périodes ne ressemblait guère à la précédente.Et durant ces trente années, notre milieu a subi une transformation radicale.* * * De 1917 à 1948, la population canadienne a passé d\u2019environ 7 millions et quart à 13 millions: la population québécoise, d\u2019environ 2 millions à plus de 3 millions et demi; et ce qui est plus important, celle de Montréal, de 500,000 à 1,200,000.Le processus d\u2019industrialisation et d\u2019urbanisation s\u2019est poursuivi avec une vigueur extrême: les ruraux 764 L'ACTION NATIONALE représentaient alors 52% de la population québécoise, ils ne sont aujourd\u2019hui que 36%.Nous en étions donc à un point où les campagnes l\u2019emportaient encore sur les villes, où celles-ci s\u2019accroissaient rapidement sans que nous nous en rendions trop compte, où l\u2019idée que l\u2019avenir du Québec est agricole était considérée comme un dogme, \u2014 où Louis Hémon venait d\u2019écrire Maria Chapdelaine.L\u2019État libéral avait vécu ses dernières heures, mais qui s\u2019en rendait compte?Sir Wilfrid Laurier conduisait toujours, à Ottawa, les forces de la loyale opposition; avec lui, toute une époque allait bientôt disparaître.Les recettes budgétaires de temps de guerre (1917) dépassaient à peine les $200 millions, soit le treizième des recettes de notre dernier budget «de paix» (1946-47).L\u2019impôt sur le revenu apparaissait comme une nouveauté révoltante, mais gardait les plus sages proportions.Les services sociaux, malgré notre entrée dans l\u2019âge industriel, restaient rudimentaires.La loi des accidents du travail n\u2019existait pas encore.On ignorait les pensions de vieillesse, les allocations aux mères nécessiteuses, l\u2019assu-rance-chômage, les allocations familiales, les projets d\u2019assurance-santé.C\u2019était un État bénin en somme, aussi peu interventionniste que possible, rarement tracassier, qui donnait peu et vivait de peu.Ni socialisme ni communisme à l\u2019horizon (même en Russie).La bourgeoisie aime se reporter vers cette époque bénie où, comme les favoris d\u2019ancien régime, elle a connu « la douceur de vivre ».L\u2019empire traversait l\u2019une de ces crises cycliques qui font régulièrement crier à sa liquidation; mais il se regroupait derrière de nouvelles formes de liberté.Et si, sur le plan du droit, nous allions bientôt connaître les promesses du Statut de Westminster, dans l\u2019ordre politique des forces se mettaient en action qui donneraient lieu à l\u2019automatisme d\u2019une titanesque participation.Le conflit entre pouvoirs provinciaux et pouvoir central restait latent.Ottawa entrait dans le champ des taxes directes, « pour le temps de guerre » disait-on doucereusement, (1917) mais on ne devinait pas que LIGNES DE FORCE 765 ce geste menacerait un jour l\u2019existence même des provinces libres; les pouvoirs de guerre, pourtant, constituaient un prodrome des empiétements qui devaient s\u2019ensuivre.D\u2019ailleurs, à cause de la bénignité même de l\u2019État, de son influence restreinte sur les hommes et les choses en temps de paix, la rivalité était bien loin de vouloir dire ce qu\u2019elle signifie aujourd\u2019hui.L\u2019 « autonomie » de notre époque est un autre enjeu que l\u2019autonomie des jours de Mercier.C\u2019était l\u2019heure où chez nous bien des entreprises économiques, devant une concurrence effrénée et des méthodes nouvelles auxquelles elles ne s\u2019étaient pas adaptées, tombaient les unes après les autres ou sombraient dans la médiocrité; où des secteurs considérés jusque là comme nôtres passaient incontinent aux mains du « capital étranger »; où d\u2019autres domaines, comme celui de l\u2019assurance, nous restaient pratiquement fermés.Dans le même temps, le gouvernement avait aliéné nos principales ressources naturelles.Le coopératisme s\u2019organisait péniblement, mais ni dans l\u2019ordre agricole ni dans celui du crédit, les résultats n\u2019avaient encore acquis quelque importance.Le principal ennemi du nationalisme canadien-français, c\u2019était le jeu des « affaires », toute la réalité économique qui nous échappait à vive allure.Les quatre cinquièmes des oeuvres littéraires et artistiques qui comptent, restaient à naître: par exemple, dans le roman, ni Ringuet, ni L.Desrosiers, ni Germaine Guèvremont, Gabrielle Roy, Roger Lemelin, ni l\u2019abbé Savard, R.Charbonneau, R.Desmarchais n\u2019avaient encore, et pour cause, amorcé leur oeuvre.Nos facultés universitaires inauguraient l\u2019immense effort du renouvellement auquel nous assistons et qui n\u2019a pas encore donné tous ses fruits.Et le nationalisme canadien-français?Déjà Henri Bourassa avait établi ses bases politiques, et dans l\u2019ordre culturel, Olivar Asselin avait défini quelques-unes de ses positions; Édouard Montpetit commençait d\u2019installer chez nous, dans une atmosphère hostile, la préoccupation économique.Mais une oeuvre capitale manquait, celle de 766 L'ACTION NATIONALE l\u2019abbé Groulx, dont une partie substantielle s\u2019exprimerait précisément par le truchement de cette revue; en histoire, la naissance de Y Action Française coïncidait avec ses premiers cours.* * * Certes cette génération a joliment travaillé.Elle se trouvait en face d\u2019une véritable révolution.Il lui fut impossible de tout discerner, de tout prévoir, de tout assumer: mais si l\u2019on écarte l\u2019ordre politique, son bilan apparaît nettement positif.Et parmi ceux qui creusèrent des idées, qui les adaptèrent à notre milieu, qui les lancèrent avec à propos dans la vie courante, les collaborateurs de l\u2019A.F.et de l\u2019A.N.ont compté pour beaucoup.Ils sont restés dans le secteur qu\u2019ils s\u2019étaient tracé, l\u2019ont labouré, ensemencé, enrichi.Il s\u2019agit aujourd\u2019hui de continuer, mais en mesurant les transformations qui se sont produites, et en vivant à plein dans notre époque.Je n\u2019ai pas l\u2019intention de cataloguer tous les problèmes qui se posent.Il y en a de capitaux dans notre politique extérieure: nos relations avec l\u2019Empire d\u2019une part et les États-Unis d\u2019autre part, tendent à se modifier.L\u2019indépendance canadienne comporte aujourd\u2019hui plus d\u2019exigences que jadis, elle doit s\u2019appeler: république; aussi, dès la prochaine livraison un groupe de collaborateurs creusera-t-il davantage cette idée et présentera un numéro spécial sur l\u2019éventuelle République du Canada.Les relations fédérales-provinciales posent toute la question de notre structure politique.Ce sont là autant d\u2019interrogations dont la réalité nous presse et qu\u2019il faudra examiner dès qu\u2019il se pourra.Ce qui frappe davantage encore, c\u2019est la transformation même de notre peuple, devenu urbain et « prolétaire » dans sa majorité.Ce changement de substance, cette révolution démographique, entraînent avec eux tout un cortège de conséquences.Nous y jouons quotidiennement notre vie.Car voilà que s\u2019installe chez nous dans plusieurs secteurs une sorte de divorce entre ce que le langage courant appelle le social et le national. LIGNES DE FORCE 767 Ces mots sont ambigus.Et pourtant ils signifient dans la pratique des forces qui devraient être soeurs mais qui tendent à s\u2019opposer.Notre tâche sera de les accorder, ou plus exactement d\u2019en opérer la synthèse.Mais ces mots à leur tour restent vagues: essayons d\u2019en presser le sens.Nation évoque l\u2019idée d\u2019origine commune: né de; donc une parenté, une sorte de filiation, dans la culture sinon dans le sang.On songe à une famille élargie, à un milieu, aux idées qui inspirent ce milieu et l\u2019informent.Social fait penser à d\u2019autres liens.Il s\u2019agit de compagnons: camarades de travail ou de malheur.L\u2019idée qui s\u2019ébauche est celle de classe.Voilà donc deux modes de différenciation: le premier, par la culture, le second par des besoins à la fois plus élémentaires et plus universels.Par certains côtés, le bourgeois canadien-français est beaucoup plus proche du paysan et de l\u2019ouvrier de sa nationalité que du bourgeois anglo-canadien ou, à plus forte raison, du bourgeois européen.Cela, le socialisme le nie, ou du moins, il n\u2019accorde pas la moindre profondeur au phénomène.Or, nous croyons, au contraire, que cette sorte de parenté, non seulement a plus de « noblesse » que la seconde puisqu\u2019elle s\u2019appuie sur des réalités moins directement matérielles, mais qu\u2019elle a dans l\u2019ordre psychologique une grande importance, qu\u2019elle peut déterminer à des moments de crise (où la nationalité se sent en péril) des réflexes communs et des sentiments analogues, que par elle se conserve et s\u2019accroît une précieuse richesse humaine.Par d\u2019autres côtés, par son travail et ses misères quotidiennes, l\u2019ouvrier canadien-français se sent plus solidaire de ses « frères ouvriers » d\u2019autres pays et d\u2019autres continents, que des autres membres de la collectivité nationale.Cela, un certain nationalisme d\u2019extrême-droite l\u2019a nié avec intransigeance; ce qui lui a permis de supprimer toute une série de problèmes pourtant réels et qui mettaient en cause la justice, avec la dignité d\u2019une classe sociale. 768 L'ACTION NATIONALE L\u2019opposition dont nous parlons peut sembler abstraite.Mais elle se reflète dans les faits.Pour combien d\u2019esprits, par exemple, l\u2019idée d\u2019une collectivité canadienne-française (et de son principal cadre politique, l\u2019État du Québec) et celle de sécurité sociale sont deux notions ennemies, dont l\u2019une doit nécessairement écraser l\u2019autre?De proche en proche, la réalité du Canada français \u2014 et si l\u2019on était logique, du Canada \u2014 est de plus en plus méprisée, sous-estimée, regardée comme un facteur de troisième ordre.Chez tel parti fédéral (la C.C.F.en particulier), la notion d\u2019une fédération canadienne disparaît au profit d\u2019un État central accapareur.À l\u2019inverse, un autonomisme purement traditionnel et souvent verbal, en tous cas négatif, s\u2019établit sur les ruines du social, et s\u2019identifie avec le conservatisme.Or nous, qui sommes de notre époque, qui reconnaissons la nécessité des réformes de structure, qui assistons à la fin d\u2019un monde, nous qui reconnaissons la montée universelle d\u2019un prolétariat qui n\u2019a pas encore acquis sa maturité mais piétine avec impatience aux portes de la cité, et qui ne posons plus le problème des « élites » dans les termes où on l\u2019affirmait autrefois \u2014 néanmoins, nous nous tenons fermement attachés aux valeurs qui ne cessent de représenter la nation.Nous les croyons substantielles.Nous sommes convaincus que leur amoindrissement signifierait une grave perte humaine.Dans ces conditions, l\u2019idée de synthèse s\u2019impose.Et c\u2019est dans cette direction que nous entendons faire porter le plus clair de notre effort.* * * Ceci n\u2019est pas un manifeste, pas un plan, pas une recette.Nous entendons définir l\u2019esprit dans lequel notre recherche s\u2019effectuera.Cette enquête, pour être utile, devra procéder en toute liberté.Nous demanderons l\u2019aide de collaborateurs qui ne pensent pas nécessairement comme nous sur toutes les questions, mais qui ont quelque chose à dire.Nous espérons publier à l\u2019occasion des études assez poussées, LIGNES DE FORCE 769 dont le caractère pourra sembler austère, mais qui nous conduiront loin du vague et de l\u2019à-peu-près.Et du même coup, nous espérons que les lecteurs nous apporteront un concours actif, sans lequel nos projets demeureraient irréalisables.Ils accepteront volontiers que nous ne leur présentions pas un digeste pour gens pressés ou pour estomacs fatigués.Leurs critiques seront bienvenues, et nous savons qu\u2019elles s\u2019exprimeront avec cordialité.Nous comptons sur leur présence, leur amitié et leur rayonnement \u2014 pour nos idées et pour l\u2019oeuvre elle-même qui, comme toutes les entreprises humaines, comporte des exigences matérielles.Nous voudrions d\u2019ailleurs organiser des rencontres entre les plus actifs d\u2019entre eux et la Ligue d\u2019Action Nationale, pour que les échanges ne demeurent pas exclusivement sur le plan intellectuel.Toutes ces promesses seront difficiles à tenir, nous ne saurions les remplir seuls.Oser les formuler quand même c\u2019est avouer que nous sommes assurés de la fidélité de nos amis; du même coup, c\u2019est dire le grand espoir que soulève en nous la génération nouvelle, et notre conviction qu\u2019elle voudra s\u2019associer à notre effort.André Laurendeau La question sociale LA MORGUE D\u2019EAST BROUGHTON (Éditorial de janvier 191+9) L\u2019enquête sur l\u2019amiantose de M.Burton Ledoux, parue dans le Devoir du 12 janvier dernier, est un document sinistre qui donne le frisson.Le lecteur que l\u2019indignation n\u2019empêche pas d\u2019aller jusqu\u2019au bout, assiste à ce spectacle pathétique: une petite ville où tous les habitants, enfants, femmes, hommes, sont graduellement étranglés, dans une atmosphère de cauchemar, dans une brume étouffante, épaisse, noire, que chacun respire, qui s\u2019introduit dans les poumons, s\u2019insère dans les cellules de la respiration et les détruit impitoyablement.Car « dans l\u2019amiantose, des tis- 770 L'ACTION NATIONALE sus pulmonaires essentiels sont progressivement remplacés par des tissus fibreux inutiles.Mais ceux-ci tendent à se rejoindre pour constituer un réseau.Cela ressemble à l\u2019araignée qui tisse sa toile.Et à mesure que la poussière envahit les poumons, des lignes de destruction de plus en plus nombreuses s\u2019y forment.» Et à travers les pires angoisses, l\u2019amianteux finit par mourir étouffé.Cela se passe dans la province de Québec, au su et connu du gouvernement, le seul gouvernement catholique d\u2019Amérique.Cette fresque hallucinante, sombre, ténébreuse, d\u2019une région, entièrement envahie par la poussière meurtrière qui suffoque et bâillonne tout un peuple, les ministres du gouvernement catholique en connaissent l\u2019atroce histoire.Ils savent que la Quebec Asbestos Corporation ne se contente pas de mettre en danger la santé de ses ouvriers, mais qu\u2019elle joue au chantage pour mieux les dompter.Et ces ministres n\u2019ont pas levé le doigt pour protéger ces malheureux.Les païens faisaient-ils pire?Les païens ont-ils été plus inhumains, plus cruels?L\u2019Action nationale NATIONALISME ?TOUJOURS VIVANT ! (Éditorial de juillet 19^9) Des augures prononcèrent il n\u2019y a pas si longtemps la mort du nationalisme au pays de Québec.L\u2019échec de mouvements politiques lui avait valu, disait-on, un enterrement de première classe.Mais coup sur coup, deux élections générales viennent de montrer que le nationalisme vit plus que jamais: chaque parti se croit tenu de lui faire les plus respectueuses courbettes.L\u2019élection provinciale de juillet 1948 s\u2019est tout entière centrée, idéologiquement, sur la question de la souveraineté provinciale: nationalisme! Cette fois, au scrutin fédéral, les thèmes furent plus diversifiés, mais le nationalisme eut la meilleure part LIGNES DE FORCE 771 (verbale).On a reparlé avec insistance d\u2019autonomie provinciale, chacun s\u2019évertuant à prouver que l\u2019autonomiste sincère et efficace, c\u2019était lui.On a défendu à qui mieux mieux les droits de la langue française.Puis les droits des minorités.On a mis en relief, de part et d\u2019autre, la nécessité d\u2019une solide représentation canadienne-fran-çaise dans le fonctionnarisme.On a exalté l\u2019indépendance et la souveraineté nationales, etc.etc.Et sur toutes les tribunes.Au surplus, l\u2019argument-massue des libéraux dans le Québec, c\u2019était le fait que leur chef est un Canadien français, \u2014 les conservateurs répliquant qu\u2019il l\u2019est peut-être mais qu\u2019il l\u2019est mal: de part et d\u2019autre, nationalisme, et pas de l\u2019espèce la plus relevée! Pourquoi cette étonnante unanimité dans les thèmes de propagande?Par excès de conviction?Parce qu\u2019on a reconnu, chez les stratèges politiques, que le nationalisme canadien et canadien-français est bien vivant au pays de Québec; et, qu\u2019on entende le servir ou le desservir par ses actes, au moins dans ses paroles chacun éprouve la nécessité de lui rendre hommage, de le flatter, de l\u2019utiliser.Tories et libéraux, qui ne trouvaient pas, hier, de mots assez durs pour le flétrir, se sont donc « abaissés » à lui conter fleurette.Enregistrons le fait, il est significatif.Et sachons nous en souvenir en temps et lieu.L\u2019Action nationale POUR UNE CONSTITUANTE (Editorial de septembre 19U9) La proposition de M.Louis Saint-Laurent semble claire et réglée comme du papier à musique: il supprime les appels au Conseil Privé et établit la Cour Suprême comme notre tribunal de dernière instance, même dans les causes d\u2019ordre constitutionnel.Puis il enlève à Londres le droit d\u2019amender la constitution.Celui-ci s\u2019exercera désormais au Canada.Dans les sujets qui relèvent d\u2019Ottawa, le Parlement fédéral aura pouvoir d\u2019amender.Dans 772 L'ACTION NATIONALE les sujets qui relèvent des provinces, on établira un mode d\u2019amendement après consultation avec les provinces.Cela paraît logique.Et pourtant, c\u2019est le triomphe de l\u2019irrationnel.Ou, si l\u2019on préfère, « de la force sur le droit ».Malgré les précédents judiciaires et l\u2019opinion de juristes qui le valent, le premier ministre décrète que la Constitution est une loi et non le résultat d\u2019un pacte.Décision sans appel qu\u2019appuie sa majorité parlementaire, décision arbitraire qui va permettre à l\u2019avalanche de passer.Et voici l\u2019avalanche: État fédéral et États provinciaux, qui sont des égaux chacun dans leur domaine, iront soumettre leurs litiges à la Cour Suprême, tribunal fédéral.Première entorse au bon sens.Voici maintenant la seconde: c\u2019est l\u2019État fédéral qui définira les questions qui sont de son ressort.Devant la sécurité sociale et devant l\u2019impôt direct, le fédéral a déjà commencé de dire: « Ceci est à moi ».Et il s\u2019y installe.Et si les provinces crient au voleur, si elles veulent aller devant les tribunaux revendiquer leur bien, elles aboutiront à une Cour dont les membres sont nommés par Ottawa.C\u2019est un coup de force.C\u2019est un coup de surprise.Ainsi les Pères de la Confédération ont-ils imposé ce régime au Pays.M.Saint-Laurent estime sans doute que ce précédent rend son entreprise respectable.* * * Au fait, savions-nous, quand nous votions l\u2019été dernier, que nous élisions une constituante?M.Saint-Laurent avait énoncé ses idées sur le problème comme sur beaucoup d\u2019autres.On savait que la querelle fédérale-provinciale continuerait.Mais on ne savait pas que le gouvernement entreprendrait de récrire à sa manière la constitution canadienne sans seulement consulter les provinces.M.Saint-Laurent aurait reçu le mandat d\u2019en faire des choux et des navets parce qu\u2019il a abordé le sujet durant la campagne électorale?Mais à ce compte, M. LIGNES DE FORCE\t773 Duplessis aurait reçu l\u2019année précédente un mandat analogue quoique divergent.* * * L\u2019idée d\u2019une Constituante n\u2019est pas nouvelle.On l\u2019a proposée chaque fois qu\u2019un chef d\u2019Etat a fait mine de toucher à l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord.Aussi paraît-elle ancienne, bien que personne n\u2019ait tenté de la réaliser.Le Parlement actuel agit comme s\u2019il l\u2019était.Il en usurpe les pouvoirs.C\u2019est, dit-il, pour le bon motif, car axitrement nous ne réussirons pas à nous détacher de Londres.Et le motif nous tient fort à coeur: nous voulons qu\u2019on mette fin à toutes les formes de sujétion impériale, mais nous refusons que l\u2019on détruise la structure fédérative du Canada.Nous réclamons une vraie Constituante, qui tienne compte de ces réalités que sont les provinces, et qui reçoive du pays comme des provinces le mandat spécifique de refaire la constitution .Il ne faut pas que l\u2019indépendance canadienne s\u2019établisse sur la ruine des Etats provinciaux.L\u2019Action nationale L\u2019ÉTAT PROVINCIAL ET L\u2019IMMIGRATION (Éditorial de mars 1952) Que bien des Canadiens français demeurent réfractaires à l\u2019idée d\u2019immigration, cela s\u2019explique par l\u2019Histoire et par le caractère massif, donc insensé, de la politique fédérale d\u2019immigration.Mais que des Canadiens français refusent de s\u2019intéresser aux immigrants; qu\u2019en particulier le gouvernement de Québec boude le problème et néglige activement de s\u2019en occuper, cela passe l\u2019entendement.L\u2019immigration engage désormais au Canada d\u2019énormes effectifs humains.Nous avons gagné 350,000 âmes d\u2019un coup par l\u2019annexion de Terre-Neuve; mais par l\u2019immigration, en six ans, il est entré chez nous plus de 600,000 Néo-Canadiens.Croit-on qu\u2019un phénomène de 774 L'ACTION NATIONALE pareille ampleur n\u2019exercera aucune influence sur chacun des aspects de la vie canadienne, et qu\u2019il est sage, pour un groupe minoritaire, de faire comme s\u2019il n\u2019existait pas?Quelques organismes bénévoles ont improvisé l\u2019accueil et le placement; ils sont complètement submergés par le flot humain qui ne cesse de déferler.Seul l\u2019État provincial pourrait leur fournir les moyens matériels d\u2019accomplir une oeuvre et de rayonner.Faudrait-il que ce soit un nouveau domaine où l\u2019autonomie du gouvernement actuel a choisi de ne pas s\u2019exercer?On a déjà montré comme cela serait égoïste, et sot par-dessus le marché.Mais l\u2019État lui-même y perdrait à la longue.Car les nouveaux arrivés, dont une bonne partie s\u2019enracineront chez nous, viennent de pays où l\u2019État est unique; ils n\u2019ont pas l\u2019habitude du fédéralisme; ayant traité avec l\u2019État central (qui est pour eux « l\u2019État Canadien »), ils ne prendront pas toujours les provinces au sérieux.Celles-ci auraient intérêt à montrer qu\u2019elles existent et à se rendre indispensables aux nouveaux citoyens \u2014 c\u2019est encore le meilleur moyen de se les attacher.Tout cela est si élémentaire, si évident, qu\u2019on ne comprend pas comment les Canadiens français et surtout leur gouvernement pourraient adopter une autre ligne de conduite.La charité chrétienne, le sens de la justice, une solidarité religieuse ou culturelle avec une grande partie de ces immigrants, nous dictent impérieusement notre devoir.Et il se trouve que, pour une fois, le devoir coïncide avec l\u2019intérêt.S\u2019opposer aux excès de la politique d\u2019immigration, cela est fort bien, cela est même rigoureusement nécessaire.Mais négliger les immigrants \u2014 ceux qui sont parmi nous, nos compatriotes de demain \u2014 sous prétexte qu\u2019on résiste aux abus d\u2019Ottawa, ce serait gratuitement multiplier ses ennemis.Avons-nous déjà tant d\u2019alliés, que nous puissions faire grise mine à ceux qui se présentent ?L\u2019Action nationale LIGNES DE FORCE 775 HUMANISME ET PATRIE (Editorial de janvier 1953) Nous n\u2019avons jamais compris ici le nationalisme autrement que comme un humanisme; nous avons toujours vu en lui le chemin le plus lucide et le plus fécond, à la fois, vers un authentique internationalisme.Aussi n\u2019est-ce pas sans étonnement que nous constatons chez un certain nombre des nôtres, en particulier chez les jeunes intellectuels, une tendance à voir dans l\u2019attachement à la patrie française, dans l\u2019action vigilante au service du Canada français, un obstacle à la coopération internationale, une forme d\u2019étroitesse de l\u2019esprit.Ils considèrent parfois avec quelque mépris, le plus souvent avec une souriante indulgence, ceux qui persistent à servir une grande idée au bénéfice de laquelle ils ont eux-mêmes, un temps, milité.Lors même qu\u2019ils se refusent à le proclamer, ils admettent implicitement un dualisme entre adhésion fervente à la nation (cana-dienne-française) et conscience de la solidarité humaine.Est-il besoin vraiment de souligner la vanité d\u2019un conflit aussi artificiellement ouvert?L\u2019explication de cette position réside apparemment dans une double équivoque.La première naît d\u2019une tendance à confondre le nationalisme au Canada français avec certaines entreprises qui, en Europe, se sont couvertes de ce nom, à y voir des figures d\u2019un racisme qu\u2019évidemment, faut-il le répéter, nous abhorrons tout comme eux.L\u2019autre, et la plus grave sans doute, provient d\u2019un certain nombre de liaisons, trop hâtivement établies, entre diverses attitudes de Canadiens français, nationalistes prétendus ou réels, et le nationalisme lui-même.Beaucoup de nos jeunes camarades qui ont répondu aux appels contemporains, et combien justifiés d\u2019ailleurs, de progrès social et d\u2019amitié internationale, croient le nationalisme canadien-français indifférent à ces préoccupations, peut-être ennemi de celles-ci.Et il est vrai qu\u2019un nationalisme qui serait essentiellement réaction, conservatisme et xénophobie n\u2019aurait à jouer qu\u2019un rôle nocif.Faut-il dire à nos jeunes compatriotes qu\u2019ils nous trou- 776 L'ACTION NATIONALE veraient à leur côté pour combattre une idéologie dont le contenu s\u2019alimenterait à ces sources?Et les inviter en même temps à reviser une attitude ou une condamnation qui portent totalement à faux?Nous aimerions les appeler à méditer cette parole du grand écrivain français André Malraux, qu\u2019on ne peut certes accuser de nationalisme étroit et de conservatisme: « Pour le meilleur comme pour le pire, nous sommes liés à la patrie et nous savons que nous ne ferons pas l\u2019Européen sans elle ».Il n\u2019est qu\u2019à transposer cette affirmation en termes nord-américains, mieux, la projeter aux dimensions du monde.Oui, nous, Canadiens français, ce n\u2019est certes pas en reniant ce qui fait notre raison d\u2019être que nous pourrons servir la grande cause de la fraternité humaine, non plus qu\u2019en nous satisfaisant d\u2019une grise et monotone survivance.Nous avons l\u2019impérieux devoir de nous consacrer, sur tous les plans, à l\u2019épanouissement de la culture et de la présence françaises dont la Providence a voulu que nous soyons les témoins et les répondants, les artisans aussi, en terre américaine.Oh! ce n\u2019est évidemment pas facile; cela ne va pas, cela n\u2019ira jamais sans lutte.Mais y renoncer ne constituerait pas seulement une déchéance au regard de la nation, plus, une trahison à l\u2019endroit de l\u2019humanité qui a droit d\u2019attendre de chacune de ses parties composantes, les nations, qu\u2019elles contribuent à l\u2019accroissement du patrimoine commun.Un célèbre chef socialiste, Jaurès, a un jour écrit: « Un peu d\u2019internationalisme éloigne de la patrie; beaucoup y ramène ».Dès l\u2019instant où un nationalisme conduit à la xénophobie, c\u2019est que déjà il n\u2019est plus du nationalisme car il a perdu sa noblesse et son sens humaniste.Ce n\u2019est pas en désertant la cause de la nation que nous servirons celle de l\u2019humain: c\u2019est par une consécration totale et fervente à la nation que nous la ferons progresser.Question tout ensemble d\u2019intelligence, de conscience et de fierté.L\u2019Action nationale LIGNES DE FORCE 777 La Confédération MÉDITATION SUR UN AVERTISSEMENT (Editorial de février 1953) Certains journaux ont fait écho, ces dernières semaines, à une déclaration de M.Duplessis, au cours d\u2019un débat relatif à la constitution d\u2019une commission royale d\u2019enquête sur les relations fédérales-provinciales.Très peu, par contre, ont souligné la riposte violente que le Globe and Mail, de Toronto, lui a apportée.M.Duplessis avait dit, en substance, que les habitants du Québec (les Canadiens français, s\u2019entend) ne sont pas séparatistes mais que si on prétend qu\u2019ils nuisent à la Confédération, ils n\u2019hésiteront pas à en sortir, d\u2019autant que la province peut fort bien se tirer d\u2019affaire toute seule.Le grand journal de Toronto, après avoir amèrement déploré l\u2019effet de ses paroles sur les progrès du « canadianisme », rétorque que jamais le Canada anglais ne consentirait à pareille sécession, pour une foule de raisons, économiques au premier chef, car « il est extrêmement peu possible pour le Québec de pouvoir vivre seul et il ne fait pas l\u2019ombre d\u2019un doute que sans le Québec, le Canada s\u2019effriterait et cesserait de vivre ».On conviendra qu\u2019il se trouve dans ce bref dialogue une occasion de multiples et salutaires réflexions.Ne nous interrogeons pas sur la part de sérieux, assez mince sans doute, avec laquelle l\u2019actuel premier ministre québécois a émis la possibilité d\u2019un abandon de la Confédération par le Québec.Ce qu\u2019il importe de retenir, plutôt, c\u2019est le ton de la réponse du Globe and Mail, où l\u2019on peut distinguer trois éléments: a) il a beau parler d\u2019utopie, le journal considère l\u2019événement comme suffisamment possible pour y accorder un long éditorial; b) le journal reconnaît implicitement que le Québec serait en mesure de vivre par ses seuls moyens, par suite d\u2019une économie équilibrée; c) mais le journal reconnaît explicitement que sans la province française, le Canada ne pourrait pas vivre. 778 L'ACTION NATIONALE Parmi les réflexions que suggère cet incident, nous voulons retenir les suivantes.La première pourrait être que le Québec n\u2019a pas toujours suffisamment conscience du rôle capital qu\u2019il joue dans la Confédération et de la position-clef que la géographie et l\u2019économie lui décernent.Voilà un argument qui, intelligemment et sérieusement utilisé, pourrait mieux que tout autre servir à la défense de nos intérêts.Ensuite, si l\u2019on veut bien être franc et honnête avec soi-même, force est de reconnaître que le premier devoir du Canadien français est envers le Québec, sa patrie, après seulement envers le Canada, son pays.Et à moins de consentir à une démission devant notre devoir national, force nous est de souscrire à la parole d\u2019Honoré Mercier: si un jour pour rester Canadien, il fallait cesser d\u2019être Français, alors nous aurions le devoir de quitter la Confédération.Or, il n\u2019est pas besoin d\u2019un long examen pour reconnaître que la centralisation a accompli d\u2019énormes progrès depuis un quart de siècle, que cette tendance continuera inéluctablement à s\u2019affirmer, de par le jeu des facteurs techniques et économiques, dût tout le cabinet fédéral être composé d\u2019ardents partisans de l\u2019autonomie des provinces.Un jour viendra où l\u2019option décisive se posera et où la permanence d\u2019une province française, avec tous les moyens d\u2019épanouissement, exigera au moins une transformation de l\u2019actuel régime en une confédération profondément décentralisée, et peut-être plus.Il est important pour le présent et il peut n\u2019être pas inutile pour l\u2019avenir de nous familiariser avec l\u2019hypothèse d\u2019un Québec relativement indépendant.Notre combat actuel à l\u2019enseigne de l\u2019autonomie y gagnera en vigueur, en sérieux et en « poids » et, si elle doit venir, l\u2019heure du choix capital ne nous trouvera pas désarmés.Jean-Marc Léger ECHEC À L\u2019AUTONOMIE (Editorial de mars 1953) Il y a deux manières de faire échec à un grand principe, à une grande idée: en les combattant directe- LIGNES DE FORCE 779 ment, en les servant \u2014 ou faisant mine de les servir \u2014 maladroitement.Et le second procédé se révèle souvent plus efficace que le premier.Nous avons eu une fois de plus, ces temps derniers, une démonstration éloquente et désolante de ce phénomène.En annonçant sa décision de refuser cette année et les années à venir les octrois du gouvernement fédéral à nos universités, sans proposer en même temps une législation compensatoire, le premier ministre Duplessis a porté un coup de plus au principe capital de l\u2019autonomie.Seule, en effet, une vue superficielle des choses peut amener à considérer le geste comme une mesure autonomiste.Le refus pur et simple non assorti de l\u2019annonce d\u2019un octroi provincial équivalent au moins aux subsides fédéraux désormais éliminés, joue directement contre l\u2019autonomie parce qu\u2019il joue contre la nation.Il n\u2019est pas difficile de voir comment.En premier lieu, tout le monde est d\u2019accord, y compris le gouvernement d\u2019Union nationale, pour reconnaître que nos universités disposent de ressources nettement inférieures à leurs besoins minima, si l\u2019on veut bien tenir compte des exigences de l\u2019enseignement supérieur, à notre époque, et du devoir que nous avons de fournir à nos universités les moyens d\u2019accomplir pleinement leur mission.Et la seule comparaison du budget annuel, par exemple des Universités de Montréal et de McGill révèle d\u2019éclatante façon et pour notre honte que l\u2019institution anglo-canadienne dispose de ressources près de quatre fois supérieures à celles de la canadienne-française.Est-il plus impérieux devoir pour un gouvernement que d\u2019assurer la meilleure éducation possible à ses ressortissants, devoir tout ensemble d\u2019intelligence, de réalisme et de fierté nationale?Et qui ne voit que nos étudiants déserteront de plus en plus nos universités au bénéfice des anglo-canadiennes et des américaines si un budget ridiculement insuffisant empêche les nôtres de se maintenir en première ligne?Qui niera aussi que la province soit en état d\u2019assurer à nos universités tout ce dont elles ont besoin, quitte à engouffrer un peu moins d\u2019argent dans 780 L'ACTION NATIONALE les postes budgétaii*es qui ont une éminente valeur de « patronage?» En second lieu, le refus pur et simple des subsides fédéraux joue contre la nation, parce qu\u2019il dessert l\u2019autonomie plus que la campagne la plus ardente de ses adversaires les plus acharnés.La sauvegarde des droits de la province, en effet, ne peut se justifier que par ce qu\u2019elle représente de tangible pour la nation.Une autonomie vide de sens, une autonomie verbale, une autonomie qui est tout entière renfermée dans un refus théâtral aux mesures fédérales n\u2019a absolument aucun sens.Déjà, il était grave de s\u2019être laissé devancer par Ottawa dans la voie du secours à l\u2019enseignement universitaire; il devient tragique et révoltant d\u2019opposer à son offre un refus qui ne bénéficie à personne, met notre enseignement supérieur en état d\u2019infériorité et fait naître dans les milieux intellectuels et universitaires du Canada français, à tort d\u2019ailleurs, une sourde hostilité contre le principe même de l\u2019autonomie.Par une politique d\u2019une étroitesse de vues et d\u2019une mesquinerie sans précédent, dans le domaine social, d\u2019abord, dans le domaine de l\u2019enseignement, maintenant, le gouvernement d\u2019Union nationale dévalue en fait aux yeux des ouvriers, puis des universitaires et étudiants, la notion même d\u2019autonomie.De l\u2019instrument capital de notre vie, du progrès de notre vie française, le régime actuel tend à faire aux yeux de ces deux classes-bases de notre nation, un symbole de réaction, d\u2019oppression, d\u2019obscurantisme.Non, nos universités n\u2019auront pas d\u2019octroi fédéral.mais nos étudiants et nos professeurs les plus brillants les déserteront; non, nos universités n\u2019auront pas d\u2019octroi fédéral.mais elles seront lentement déclassées par leurs soeurs anglo-canadiennes; non, nos universités n\u2019auront pas d\u2019octroi fédéral.mais demain des générations de jeunes intellectuels et professionnels auront appris à détester l\u2019autonomie et seront alors une trop facile proie des éléments consciemment antiautonomistes.Mais qu\u2019im- LIGNES DE FORCE 781 porte à M.Duplessis: il a dit « NON » à Ottawa; voilà bien, n\u2019est-ce pas, le dernier mot en matière d\u2019autonomie ?En dernière heure, le gouvernement a enfin posé un geste positif; la nomination d\u2019une Commission royale d\u2019enquête sur les relations fédérales provinciales.Souhaitons que celle-ci étudie en particulier le sort malheureux de nos institutions d\u2019enseignement, et décide, par ses recommandations, l\u2019État provincial à le prendre en main.L\u2019Action nationale La Commission Tremblay POUR LA PREMIERE FOIS DANS NOTRE HISTOIRE (Editorial d\u2019avril 1953) Il n\u2019est pas d\u2019existence nationale possible sans autonomie véritable.Voilà pourquoi, ici, nous n\u2019avons cessé de réclamer l\u2019affirmation et l\u2019exercice de cette autonomie, cessé de combattre ceux qui, en paroles ou en actes, en consentaient l\u2019abandon ou l\u2019affirmaient de telle façon qu\u2019en définitive ils la desservaient.Voilà pourquoi, aussi, nous voulons souligner aujourd\u2019hui l\u2019importance du geste posé par le gouvernement provincial en créant une Commission Royale d\u2019enquête sur les relations fédérales-provinciales.Sauf erreur, c\u2019est la première fois, dans notre histoire, qu\u2019apparaît semblable commission.Organisme indépendant, quoi qu\u2019en disent certaines publications « libérales » (qui étaient les premières à s\u2019offusquer quand des nationalistes élevaient des doutes sur l\u2019impartialité des membres de la commission Massey), composée, dans l\u2019ensemble, de personnalités de haute valeur, cette Commission a devant elle une tâche gigantesque et d\u2019une importance capitale.Les conclusions auxquelles elle parviendra, les recommandations qu\u2019elle émettra sont susceptibles, si le gouvernement y donne quelque suite, d\u2019influer fortement sur l\u2019avenir des relations Québec-Ottawa et, par là, de marquer profondément le destin national. 782 L'ACTION NATIONALE Tâche gigantesque, en effet, que celle d\u2019examiner toute la question des relations entre l\u2019État Provincial et l\u2019État Éédéral.Retracer l\u2019histoire de ces relations, examiner la constitution de 1867 et les modifications explicites et implicites, en droit et en fait, qu\u2019on y a apportées depuis, analyser, à la lumière de l\u2019évolution économico-sociale, des progrès techniques, du centralisme politique, la valeur des arguments invoqués par les partisans d\u2019un renforcement des attributions fédérales et ceux du maintien des prérogatives provinciales, s\u2019attacher plus précisément aux questions à propos desquelles Ottawa et Québec sont entrés en lutte, ces dernières années, déceler le danger que représenterait pour le fait français l\u2019accélération du mouvement de centralisation, émettre enfin des recommandations, suggérer des solutions s\u2019inspirant à la fois d\u2019un profond réalisme et d\u2019une conscience nationale aiguë, voilà, brièvement, quel sera le lot des commissaires au cours des prochains mois.Entreprise d\u2019une importance extrême pour l\u2019avenir du Canada français.Car poser la question de la nature des relations fédérales-provinciales, c\u2019est poser celle de notre destin.À tout moment de l\u2019histoire de la Confédération canadienne, l\u2019oeuvre d\u2019une telle Commission eût été capitale.Elle l\u2019est à fortiori dans une conjoncture qui se caractérise par une tension sans précédent entre l\u2019État fédéral et les souverainetés provinciales.Dans les domaines fiscal, social et culturel, soit les domaines-clés de la vie nationale, une lutte à finir est engagée dont la réponse, d\u2019une importance primordiale pour toutes les provinces, mesurera, pour le Québec, et sa volonté et ses chances de durer et de grandir.Il importe souverainement que tous les Canadiens français comprennent la nature de l\u2019enjeu et qu\u2019ils collaborent à l\u2019oeuvre capitale à laquelle la Commission va se consacrer.Celle-ci va oeuvrer sur deux plans.Sans doute se livrera-t-elle à l\u2019étude et à l\u2019analyse d\u2019ouvrages et documents de toutes sortes relatifs à son propos.Mais aussi et plus important encore, elle entendra tous LIGNES DE FORCE 783 les groupes qui voudront se présenter devant elle, écoutera les points de vue, recevra et étudiera les mémoires et communications.Pour que la Commission soit le porte-parole autorisé de la nation, que ses conclusions tirent non seulement leur valeur du sérieux des études accomplies mais aussi leur force du témoignage du peuple, il faut que toutes les associations, tous les groupes et corps qui ont quelque autorité fassent connaître leur opinion.Dès à présent, partout où le problème des relations fédérales-provinciales est entendu à son juste niveau, c\u2019est-à-dire comme celui de l\u2019avenir du Québec, il importe que l\u2019on se prépare à soumettre à la Commission le point de vue que l\u2019on entretient et les arguments que l\u2019on invoque à cet effet.Pour ne pas retenir la manchette des journaux à l\u2019égal des événements sensationnels, le travail qui commence sera lourd de conséquences pour la nation canadienne-française.Comprendre la portée de l\u2019oeuvre de la Commission d\u2019enquête sur les relations fédérales-provinciales, y collaborer dans toute la mesure du possible, en suivre attentivement les débats et les travaux, voilà qui s\u2019impose à tous.Voilà ce qui, pour l\u2019année 1953, apparaît comme l\u2019action nationale capitale.L\u2019Action nationale L\u2019ÉTAT DU QUÉBEC (Editorial de mai 1953) À quel point le sens profond de la Confédération s\u2019est perdu chez la masse de nos compatriotes, voilà ce qu\u2019il est renversant de constater.Conséquence de la maladresse ou de l\u2019incurie de nos politiciens, de l\u2019habileté des centralisateurs, de l\u2019apathie du peuple, la notion d\u2019Etat provincial est quelque chose de complètement étranger pour la majorité des nôtres.Le terme « État » évoque aussitôt pour eux Ottawa, Québec, « n\u2019étant qu\u2019une province ».Et si l\u2019on voulait illustrer la conception que nos gens entretiennent plus ou moins confusément de la structure politique de leur pays, c\u2019est à une pyramide 784 L'ACTION NATIONALE qu\u2019il faudrait avoir recours, dont la base serait constituée par les municipalités, la coupe centrale par les provinces et qu\u2019Ottawa couronnerait glorieusement au sommet.La notion de souveraineté comme attribut des provinces ne leur est pas un simple rappel, mais plutôt une révélation.Ce que seront les résultats des travaux de la commission royale d\u2019enquête sur les relations fédérales-pro-vinciales, nul ne peut encore en présumer.Quoi qu\u2019il en soit la commission Tremblay aura eu du moins le mérite \u2014 qui, à lui seul, justifierait pleinement son existence \u2014 de rappeler aux Canadiens français et aux Canadiens en général qu\u2019il est telle chose que l\u2019État provincial.Et que même en 1953, en dépit de toutes les menées centralisatrices et de la propension de trop des nôtres à une abdication plus ou moins déguisée, il existe encore un État du Québec et il se trouve un certain nombre d\u2019hommes résolus à le maintenir et à le faire progresser.Dès qu\u2019il y a une certaine mesure de souveraineté dans l\u2019ordre politique, consacrée par un acte constitutionnel, il y a État.Sans doute, la nature même de l\u2019État, la mesure de son être et de son affirmation varie-t-elle précisément avec la mesure de souveraineté qui lui est impartie.Mais aussi longtemps qu\u2019il peut légiférer souverainement dans un ordre donné, il reste un État: nous pouvons donc parler justement de l\u2019État français du Québec.Projection sur les plans politique et constitutionnel d\u2019une nation, l\u2019État a pour mission de l\u2019aider à se réaliser progressivement, à s\u2019épanouir.Qui lui fera remplir cette mission ?D\u2019abord et surtout le groupe d\u2019hommes à qui la nation confie la tâche difficile mais exaltante de la conduire vers son destin.Souverain dans les ordres de choses qui touchent de plus près à la vie quotidienne, intime de l\u2019homme: éducation, droit civil, régime marital et familial, etc.l\u2019État du Québec garde en mains propres, même en 1953, assez de pouvoirs et d\u2019assez considérables pour servir puissamment la promotion de la nation franco-canadienne. LIGNES DE FORCE 785 De cette mission, comment s\u2019acquitte-t-il ?Le bilan \u2014\teffectué d\u2019un point de vue largement et intensément national \u2014 de quelque quatre-vingts années de régime confédératif, traduit un lourd excédent du passif.S\u2019il n\u2019est pas en notre pouvoir de corriger immédiatement le régime des partis, l\u2019une des causes de la crise nationale, du moins pouvons-nous et devons-nous combattre en nous et autour de nous l\u2019apathie, qui en est une autre, la plus importante et la plus grave.L\u2019Action nationale CANADIENS-FRANÇAIS ET NEO-CANADIENS (Editorial de juin 1953) D\u2019ici quelques semaines, le Canada aura reçu un million d\u2019immigrants, depuis la fin du dernier conflit.Or \u2014\ton ne le sait peut-être pas assez \u2014 plus du tiers d\u2019entre eux se sont fixés dans le Québec.C\u2019est dire qu\u2019à l\u2019heure actuelle, un citoyen du Québec sur dix est un « Néo-Canadien », proportion qui augmente encore si l\u2019on tient compte de tous ceux qui se sont établis dans notre province, depuis le début du siècle et sont restés relativement fidèles à leur langue, leur culture, leurs traditions.L\u2019arrivée prochaine du millionième immigrant constitue une occasion salutaire de méditation sur notre attitude devant un problème capital.Ce n\u2019est pas la question de l'immigration comme telle que nous entendons étudier ici mais plutôt celle de notre comportement à l\u2019endroit des immigrants déjà rendus parmi nous.Nous n\u2019avons jamais été très chaleureux envers l\u2019immigrant dans le Québec: l\u2019opposition que nous manifestions à l\u2019immigration telle que pratiquée par Ottawa (ce pour quoi nous avions d\u2019excellentes raisons) , nous la traduisions par une hostilité plus ou moins ouverte envers les immigrants eux-mêmes, ce qui constituait une erreur.Depuis quelques années, l\u2019attitude de certains milieux canadiens-français s\u2019est nettement modifiée mais il faut bien reconnaître que, comme groupe ethnique, nous maintenons un ton pour le moins réservé 786 L'ACTION NATIONALE à l\u2019endroit des nouveaux venus.C\u2019est là ce qu\u2019il est peut-être devenu impérieux de changer.Sans doute, ne faut-il pas nous faire plus xénophobes que nous sommes, plus xénophobes que d\u2019autres.Dans tous les pays, l\u2019arrivée massive de groupes étrangers provoque généralement une tension entre les nouveaux venus et les indigènes: c\u2019est le mouvement instinctif de l\u2019homme défendant un bien qu\u2019il croit soudainement menacé.Chez nous, il s\u2019est ajouté un autre motif, plus grave.Dans le pays bi-ethnique que nous habitons, l\u2019arrivée massive d\u2019immigrants dont presque aucun (jadis) n\u2019était Français et très peu Latins, nous a conduits à craindre, non sans raison, pour le relatif équilibre démographique existant.D\u2019autant que la majeure partie de ces immigrants se rendaient dans les provinces anglo-canadiennes ou s\u2019ils restaient dans le Québec \u2014 le plus souvent à Montréal \u2014 ralliaient bien vite le groupe anglo-saxon, apprenant sa langue et s\u2019y intégrant peu à peu.Mais justement, n\u2019avions-nous pas gravement tort de considérer, dès le départ, ces immigrants comme gagnés au groupe anglo-saxon ?À part les Italiens qui, pour des motifs religieux, sont restés éloignés du groupe anglo-saxon et ont plutôt tendu à se rapprocher des Canadiens français, la masse des immigrants adoptait progressivement le point de vue de l\u2019Anglo-Canadien.Il ne servirait de rien de nous perdre en stériles regrets: mieux vaut examiner lucidement la situation présente et essayer de dégager quelle attitude commande l\u2019intérêt national en ce domaine.D\u2019abord, la situation s\u2019est largement modifiée.D\u2019un point de vue arithmétique, car l\u2019immigrant est arrivé à un rythme que notre pays avait oublié depuis le début du siècle; d\u2019un point de vue social, car les immigrants sont de milieux bien plus divers que jadis, possèdent bien souvent une formation, une culture qu\u2019on aurait cherchées en vain chez les immigrants de jadis; d\u2019un point de vue ethnique, enfin, puisque Belges, Suisses, Français, et, à un moindre titre, Espagnols et Portugais sont maintenant de la partie, cependant que beaucoup chez les Slaves ont effectué LIGNES DE FORCE 787 en France un séjour assez long pour être perméables à l\u2019action que nous pourrions exercer.La question nous est posée par les faits, simplement et brutalement: allons-nous continuer à manifester envers tous ces immigrants froideur, voire hostilité et par là les rejeter vers l\u2019autre groupe, ou allons-nous tenter de les gagner à notre cause qu\u2019ils ne demanderaient peut-être pas mieux que de faire leur ?Au surplus n\u2019oublions pas qu\u2019au moment qu\u2019il émigre l\u2019homme est dans un état d\u2019hypersensibilité (voir à ce sujet le bel article de Jean Sarrazin) : l\u2019accueil qu\u2019il recevra durant les premiers mois lui laissera peut-être un souvenir décisif.C\u2019est très tôt, souvent, qu\u2019il fera son option.Ils sont maintenant cent mille peut-être, dans la province, qui, originaires d\u2019Europe occidentale, centrale ou orientale, sont de langue et de culture françaises, ou les connaissent suffisamment pour constituer un apport de premier ordre à notre incessant combat.Certes, il existe bien déjà quelques initiatives, qui accomplissent d\u2019ailleurs, un remarquable travail: Société d\u2019Assistance aux Immigrants, Service des Néo-Canadiens de la Commission Scolaire, Accueil franco-canadien, etc .Mais tout cela reste nettement insuffisant au regard de l\u2019immense tâche qu\u2019il importe d\u2019accomplir et que d\u2019autres sauront bien remplir si nous nous y refusons.Combien d\u2019immigrants français ou plus généralement latins ou slaves n\u2019avons-nous pas rencontrés qui déplorent amèrement l\u2019absence de tout contact avec l\u2019élément canadien-français, en dehors de ceux, plus ou moins chaleureux, qui naissent de l\u2019usine ou de la rue.Or, à l\u2019heure présente, il n\u2019existe aucun effort organique destiné à multiplier les contacts, sur tous les plans, entre Canadiens français et Néo-Canadiens.À moins de refuser délibérément l\u2019appel implicite de ces nouveaux compatriotes, de les pousser vers l\u2019Anglo-Canadien, il nous incombe d\u2019agir et d\u2019agir vite.Modification du comportement de chacun à l\u2019endroit de l\u2019immigrant mais aussi mise au point d\u2019initiatives de toutes 788 L'ACTION NATIONALE sortes en vue de l\u2019intégration des nouveaux venus dans la communauté franco-canadienne.Aux raisons chrétiennes s\u2019ajoutent ici des impératifs de caractère national: l\u2019accueil chaleureux, généreux à l\u2019immigrant est devenu un devoir national pour le Canadien français.L\u2019Action nationale La Confédération « L\u2019HEURE DU SALUT NATIONAL » (Editorial de septembre 1953) « Quand on compte ses ancêtres, c\u2019est qu\u2019on ne compte plus », disait un jour Chateaubriand.Ne pourrait-on, transposant cette parole sur le plan de la vie d\u2019une nation, affirmer: « Quand on se réclame incessamment de son passé, qu\u2019on veut y puiser inlassablement des motifs de fierté, c\u2019est que le présent n\u2019est guère reluisant ».On aimerait que le rapprochement ne soit pas fondé: comment ne pas convenir qu\u2019il ne l\u2019est que trop ! Depuis la proclamation de la Confédération, nous nous berçons d\u2019une fausse sécurité.Nous appuyant sur des promesses officielles (du genre: « il n\u2019y a plus ici ni vainqueurs, ni vaincus » .) et sur un taux jadis légendaire de natalité, nous avons cru n\u2019avoir plus qu\u2019à nous laisser porter par l\u2019Histoire.Ici ou là, des réveils fugitifs, éloquents parfois (question des écoles françaises d\u2019Ontario, conscription militaire de 1917, plébiscite de 1942) mais toujours sans lendemains et, surtout, qui n\u2019atteignaient nullement le fond du problème.Tout se passe comme si nous ne trouvions pas en nous-mêmes, en ce que nous représentons, des raisons suffisantes d\u2019action et qu\u2019il nous faille le stimulant de l\u2019agression pour susciter quelque affirmation, éphémère, de vouloir-vivre collectif.S\u2019il subsiste un sentiment national, il faut bien reconnaître par contre l\u2019absence d\u2019une conscience nationale.C\u2019est là le drame actuel du Canada français.Car, seuls les aveugles ou les satisfaits à tout prix peuvent nier qu\u2019il y ait drame. LIGNES DE FORCE 789 Ce drame réside essentiellement dans une crise d\u2019adaptation qui n\u2019a pas reçu le moindre commencement de solution \u2014 a-t-on, seulement, conscience de cette crise \u2014 et qui approche de son point culminant.Face à la transformation qui depuis un siècle et surtout depuis un quart de siècle a bouleversé nos conditions d\u2019existence quotidienne comme individus et comme collectivité, nous ne savons encore opposer que le même comportement de nos ancêtres aux lendemains de la Conquête.Nous n\u2019avons pas su trouver les éléments d\u2019une synthèse indispensable, celle d\u2019hommes qui, devant évidemment accepter les conditions d\u2019une civilisation hautement industrialisée et technique, dans un monde anglo-saxon, entendent néanmoins préserver et diffuser des valeurs spirituelles et une conception de vie dont ils sont tout ensemble les héritiers et les artisans.Nous avons agi de telle façon que vouloir rester pleinement et fièrement canadien-français, au Canada, en 1953, apparaît à plusieurs presque un anachronisme.Nous nous sommes révélés jusqu\u2019à maintenant impuissants à passer du stade « survivance » à celui de la vie pleine, jaillissante, rayonnante.Comme si nos valeurs n\u2019étaient pas assez riches, notre culture assez forte pour animer un type moderne de civilisation.Qui, par exemple, peut parler sans rire de Montréal comme ville française ?Grande cité américaine, elle renferme une masse de Franco-Canadiens dont la vie quotidienne est une contradiction.Est-il autre cité au monde qui soit aussi peu le reflet de la majorité de ses habitants ?* * * Voici venir l\u2019heure où nous aurons chacun, à choisir pour ou contre le Canada français.Voici venir l\u2019heure où nous allons subir le plus tenable assaut: celui, conjugué, d\u2019un centralisme politique entre tous habile et perfide, de l\u2019américanisme partout insinué, du confort porté à son ultime pointe de raffinement.Voici l\u2019heure, enfin, où les masses populaires et l\u2019élite intellectuelle de cette province seront sollicitées, comme jamais encore elles 11e le furent, de consentir à l\u2019État fédéral anglo-saxon 790 L'ACTION NATIONALE des pouvoirs dont l\u2019État provincial n\u2019a su faire usage \u2014 lorsqu\u2019il l\u2019a fait \u2014 qu\u2019à leur détriment.Il n\u2019est pas exagéré mais simplement, terriblement honnête de convenir que l\u2019existence du Canada français va se jouer dans le quart de siècle à venir.Ne se trouvera-t-il pas assez d\u2019hommes pour répondre à l\u2019appel du plus exaltant des devoirs ?Comprendra-t-on, enfin, que si la Patrie se fait tous les jours (et la Patrie pour nous, c\u2019est le Canada français), elle périt aussi un peu tous les jours quand l\u2019apathie, l\u2019indifférence, la veulerie sont le fait du plus grand nombre.Nous sommes entrés dans une crise dont le point culminant approche.Et puisque le pouvoir provincial, abandonné aux jeux éhontés et stériles d\u2019une politicaillerie inqualifiable abdique son devoir, il appartient aux Canadiens français conscients d\u2019agir sans tarder.Jadis, aux heures de crise, on formait des « comités de salut public ».Face aux dangers qui de toutes parts nous pressent, nous suggérons la formation d\u2019un comité de salut national.Dans cette entreprise, chacun, à chaque instant, a sa place.Il nous appartient encore de préparer pour le Canada français l\u2019avenir dont nous rêvons.Pourvu que nous commencions enfin à agir.Et, d\u2019abord, à réagir.L\u2019Action nationale L\u2019affaire du château Maisonneuve M.GORDON, EN PLACE POUR LA DEUXIEME RONDE ! (Editorial de septembre 1955) La déclaration récente de M.Donald Gordon relativement au nom du nouvel hôtel des Chemins de Fer Nationaux à Montréal aura suffi à édifier la population sur l\u2019impudence du personnage et son mépris total de l\u2019opinion publique.Malgré 200,000 signatures individuelles, 500 motions régulières de Conseils municipaux et les protestations d\u2019une quarantaine d\u2019associations, soit au total l\u2019opinion d\u2019au moins un million de citoyens, le pré- LIGNES DE FORCE 791 sident Gordon ose prétendre que le nouvel hôtel devra s\u2019appeler « Queen Elizabeth », vu que « franco et anglophones sont presque d\u2019accord pour demander que l\u2019appellation se rattache d\u2019une façon ou d\u2019une autre à la Couronne ».C\u2019est proprement se moquer des gens.Aussi la Ligue d\u2019Action nationale, et avec elle la population de Québec ne laisseront certainement pas passer l\u2019insulte.« La déclaration du CNR nous arrive, au surplus, pendant que les pourparlers avec le gouvernement fédéral durent encore.Faut-il en conclure que le président du CNR a défié aussi l\u2019autorité fédérale ?Il mériterait alors d\u2019être rappelé à l\u2019ordre.Et s\u2019il a agi avec l\u2019approbation du gouvernement, l\u2019opinion publique devra juger les procédés d\u2019Ottawa.« La Ligue d\u2019Action nationale, pour le moment, entend souligner trois choses: « 1.\u2014 Le président Gordon, dans toute cette affaire, a posé des actes qui lui méritent la censure publique à plus d\u2019un titre.Outre l\u2019erreur du nom, soulignée par des organes aussi peu suspects que MacLeans\u2019 en matière de loyalisme britannique, il a préféré partout des étrangers.C\u2019est, en effet, par millions de dollars que l\u2019argent du CNR, compagnie de la Couronne dont les Canadiens paient les déficits est et sera versé à des citoyens américains pour la construction et pour l\u2019administration du Château Maisonneuve.La population le sait déjà: ce sont des architectes américains, de Chicago, qui ont préparé les plans de l\u2019hôtel; c\u2019est une compagnie américaine qui en aura l\u2019administration.Mais elle ne sait pas tout.Elle ne sait pas, par exemple, que M.Gordon a également recours à des Américains pour la décoration intérieure d\u2019un hôtel destiné à marquer les caractéristiques particulières du milieu québécois.On a, en effet, retenu les services, comme consultant, de la maison Joseph Huston, de New-York.L\u2019affaire a paru tellement inusitée, même à New-York, que la compagnie Huston, que nous avons rejointe par téléphone, a refusé de commenter la nouvelle et nous a référé directement au CNR, qui a dû admettre la chose.On nous a, par ailleurs, confirmé qu\u2019il existe au Canada 792 L'ACTION NATIONALE des décorateurs ayant toute la compétence nécessaire pour diriger et exécuter ce travail.La situation est franchement ridicule.2.\t\u2014 On tente actuellement de laisser croire que l\u2019agitation autour de cette question viendrait d\u2019une poignée de nationalistes.Rien de plus faux.Parmi les signataires de la pétition, il y avait un grand nombre de Canadiens de langue anglaise.Le parti CCF québécois, dont le président est de langue anglaise, a appuyé à l\u2019unanimité l\u2019action de la Ligue.Le maire de Verdun, M.Edward Wilson, a signé la pétition.Des journaux et périodiques anglo-canadiens ont dénoncé l\u2019erreur de M.Gordon aussi bien dans le choix du nom que dans le reste.Et des compatriotes de langue anglaise nous ont adressé non seulement des lettres d\u2019approbation, nous ont non seulement encouragé par téléphone à soutenir et continuer la lutte, mais ont même souscrit pour nous aider à financer notre campagne.Ce n\u2019est pas l\u2019affaire d\u2019un groupe, d\u2019une école de pensée, mais de la majorité des citoyens de la province, et même de citoyens d\u2019autres parties du pays.«L\u2019attitude de M.Gordon est une insulte à cette majorité.Quant à sa prétention d\u2019avoir reçu de nombreuses lettres aussi bien françaises qu\u2019anglaises en faveur d\u2019un nom lié à la Couronne, qu\u2019il nous permette de sourire.Cela nous épargnera de qualifier cette déclaration comme elle le mérite.3.\t\u2014 M.Gordon a sans doute pensé qu\u2019en prenant les devants sur les décisions qui s\u2019amorçaient, il allait paralyser tout le monde et mettre fin à la discussion dans son sens.C\u2019est là une raison de plus pour ne pas attacher trop d\u2019importance à une déclaration qui pourrait bien montrer plus de crainte que d\u2019assurance.« De toute façon, la Ligue d\u2019Action nationale tient à dire à M.Gordon qu\u2019il se trompe s\u2019il croit nous impressionner par des fanfaronnades.La véritable bataille commence.La Ligue d\u2019Action nationale est décidée à la mener sur tous les fronts à la fois.Et elle ne sera pas seule. LIGNES DE FORCE 793 « Peut-être ne réussira-t-elle pas à ébranler l\u2019opinion de M.Gordon.Occupé à digérer son plantureux salaire de $75,000 par année, il sera trop absorbé pour prêter l\u2019oreille aux revendications du « vulgaire » peuple.Mais le gouvernement fédéral, son véritable patron, sera peut-être plus disposé à nous entendre.Avant la pétition, avant l\u2019appui des 500 municipalités et des 40 associations, le débat pouvait paraître mineur.Il ne l\u2019est plus.Il est inadmissible qu\u2019un fonctionnaire, fût-il un président, défie un million de citoyens pour la simple satisfaction d\u2019avoir raison contre eux.Comme il est inadmissible que le plus grand hôtel de la métropole du Canada, hôtel d\u2019État, porte en plein Québec, un nom anglais.La Ligue d\u2019Action Nationale Politique nationaliste 1956 (Éditorial de janvier 1956) Le directeur de la revue tient, cette année, à ce que le président de la Ligue d\u2019action nationale se conforme à une tradition vénérable: qu\u2019il exprime quelques voeux aux lecteurs à l\u2019occasion de la Nouvelle Année.Il y a d\u2019abord toutes les raisons du monde pour que nous souhaitions à chacun de vous les voeux personnels ordinaires et en désirions la réalisation avec la sincérité la plus.intéressée, donc la plus certaine.Si sensibles qu\u2019aient été nos progrès au cours de 1955, ils ne l\u2019ont pas été suffisamment pour que nous ne tenions pas à conserver tous nos amis.Nous voulons donc intensément que Dieu vous accorde santé et longue vie ! De plus, ces progrès numériques n\u2019ont pas encore réussi à nous garantir la prospérité financière dont nous aurions besoin pour mener à bonne fin toutes les oeuvres nationales désirables.Nous voulons donc vous voir assez prospères pour vous sentir disposés, sans la moindre hésitation, à nous verser un abonnement de soutien au lieu d\u2019un abonnement régulier ! ! Quant au troisième voeu traditionnel: bonheur ! il exige plus que la réussite personnelle .Il implique une 794 L'ACTION NATIONALE situation collective telle que l\u2019individu se sente bien intégré dans une société libre, prospère et conforme à son idéal culturel.Assurer à notre peuple la réalisation de cet état de chose, telle est en somme la grande oeuvre à laquelle travaillent notre Ligue et notre Revue.Une province de Québec bien française, dans toutes ses réalisations, aussi bien économiques que politiques et culturelles, capable de rayonner au point d\u2019assurer le respect des minorités françaises à travers tout le Canada, tel est l\u2019objectif vers lequel elles tendent comme à un minimum irréductible.Souhaitons que 1956 nous permette de réaliser quelques pas significatifs dans cette voie.Pour y arriver, il faut que tous ensemble, lecteurs, abonnés, rédacteurs et directeurs, nous nous épaulions, puissamment.Et cela même quand les circonstances nous obligent à faire porter notre effort sur des réalisations plus symboliques que profondes.Les symboles ne sont pas plus méprisables que les réalités dont ils sont le signe parfois avant-coureur.Et, de même que les petits exercices préparent aux grandes vertus, les campagnes d\u2019intérêt secondaire rendent possibles les manoeuvres qui entraînent aux grandes victoires.Au cours de 1955, l\u2019Action nationale a jugé opportun de s\u2019engager à fond sur l\u2019un de ces incidents symboliques: la campagne du Château Maisonneuve.Le concours spontané qu\u2019elle a recueilli dans de nombreux milieux prouve qu\u2019elle a correspondu aux volontés populaires.C\u2019est le moment de remercier tous nos amis du concours splendide que nous avons reçu.Nous avons eu des raisons d\u2019entretenir l\u2019espoir de pouvoir terminer l\u2019année par la bonne nouvelle d\u2019un succès final.Mais le fruit n\u2019était pas tout à fait prêt à tomber de l\u2019arbre.Il faut donc nous préparer à des efforts redoublés si nous voulons emporter une forteresse qui semble déjà à moitié prise.Nous souhaitons de trouver chez les nôtres en 1956 la constance dans l\u2019effort et la tenace persévérance qui nous assurera nécessairement le succès final.La Ligue fait de nombreux projets pour de nouvelles réalisations en 1956.Au cours de ses réunions de l\u2019année, LIGNES DE FORCE 795 elle entreprendra la synthèse d\u2019une politique nationale pour les Canadiens français et mettra en oeuvre tous les moyens à sa disposition pour la faire triompher.Le problème d\u2019un meilleur aménagement et d\u2019une meilleure utilisation de nos ressources naturelles tiendra nécessairement une place à cet ordre du jour.Sur tous les problèmes, la Ligue continuera d\u2019adopter l\u2019attitude non partisane qu\u2019elle a tenu à conserver et dont elle n\u2019entend pas se départir.D\u2019un autre côté, elle n\u2019hésitera pas à réprouver objectivement, mais vigoureusement, toutes les politiques, d\u2019où qu\u2019elles viennent, qui ne seront pas conformes aux exigences légitimes de notre groupe ethnique dans la province et dans le pays.De ce point de vue, la population aussi bien que nos représentants aux divers parlements feront bien de ne pas oublier que nous approcherons rapidement, en 1956, de la période des élections sur tous les fronts.Des attitudes populaires suffisamment fermes feront beaucoup pour obliger les candidats à promettre leur appui aux politiques conformes à nos intérêts nationaux légitimes.Nos représentants feront bien de se rappeler qu\u2019à braver impunément les revendications populaires, ils mettront gravement en jeu leur réélection.Fermeté dans nos revendications, claire conscience de nos besoins nationaux, ténacité dans nos luttes et appui populaire à ceux qui consentent à les mener jusqu\u2019au bout, telles sont les conditions qui nous permettront de réussir.Telles sont les dispositions qu\u2019il faut souhaiter voir grandir en notre peuple en 1956 ! La Ligue d\u2019action nationale est prête à faire toute sa part pour que ce voeu se réalise.Elle vous demandera de faire la vôtre ! François-Albert Angers président de La Ligue d\u2019action nationale REPENSER NOS PROBLÈMES (Editorial de mars 1956) La Ligue d\u2019action nationale veut repenser les grands problèmes du Canada français: langue, économie, éducation, questions sociales, religion, etc. 796 L'ACTION NATIONALE La décision de commencer cette étude a été prise lors de la dernière assemblée générale, en novembre 1955.L\u2019agenda en a été préparé depuis; le travail est sur le point de commencer.La première question à l\u2019ordre du jour: le visage français du Québec.D\u2019autres suivront à mesure qu\u2019on aura épuisé un sujet, défini exactement l\u2019attitude de la Ligue sur un point donné.Pourquoi cette étude ?Plusieurs raisons la rendent nécessaire.La première, celle qui paraît fondamentale, \u2014 c\u2019est que le moment est venu de prendre parti dans le concert discordant, \u2014 disons plutôt la cacophonie, \u2014- que forment les théories qu\u2019on offre actuellement aux Canadiens français, particulièrement aux jeunes.Autrefois il était relativement facile de définir nos problèmes.Et pas tellement difficile de proposer des solutions.Le Canadien français était paysan, ou citadin de fraîche date.La grande révolution industrielle des États-Unis l\u2019avait à peine touché.Tout le monde, ou presque, était cultivateur ou professionnel ou prêtre.Cette uniformité des tâches avait son écho au niveau de la pensée.À quelques exceptions près tous étaient d\u2019accord sur l\u2019essentiel.Tout cela est changé.Des politiciens nous disent encore que notre économie est agricole.Cela a cessé d\u2019être vrai.Deux guerres ont industrialisé notre province à fond.Nous avions autrefois des masses de cultivateurs, de fils de cultivateurs, de colons en puissance.Aujourd\u2019hui le Canadien français est ouvrier.On peut encore chanter la poésie de la terre, ou rêver avec nostalgie au « temps des foins ».C\u2019est du passé.Aujourd\u2019hui le Canadien français se meut au rythme d\u2019un sifflet d\u2019usine.Cette transformation a créé de multiples problèmes.À commencer par une crise de conscience.On a remis en question les problèmes de base.Certains, par exemple, nous reprochent d\u2019en être restés aux théories nationalistes.À leur gré cela retarde sur les problèmes actuels, cela est dépassé.On va jusqu\u2019à prétendre qu\u2019elles seraient source de maux pour nos compatriotes, car elles ne ca- LIGNES DE FORCE 797 dreraient plus avec la grande question de l\u2019heure: le problème social.Cela nous invite à repenser ces problèmes.Serait-il vrai qu\u2019être « nationaliste » c\u2019est être socialement retardataire ?Evidemment non, mais il faut le redire, le démontrer clairement, « Nationalisme » et « justice sociale » ne s\u2019opposent en rien.Des nationalistes ont été à l\u2019origine de quelques-unes des plus importantes réformes sociales que nous avons connues depuis un demi-siècle.Nous allons tenter de répondre à toutes les questions.Parce que les jeunes attendent ces réponses, parce que nous ne pouvons pas risquer de perdre encore une génération sur un malentendu, sur une fausse notion de ce qu\u2019est le « nationalisme ».Les ouvriers aussi attendent.Ce serait une tragédie si, faute de nous être intéressés à eux, nous allions élever un mur d\u2019incompréhension entre eux et nous.Tragédie parce qu\u2019ils sont des nôtres, tragédie aussi parce qu\u2019ils forment la masse de notre groupe ethnique.Le problème social n\u2019est pas le seul qui se pose de façon aiguë.Nous vivons à l\u2019ère du « citoyen du monde », de l\u2019homme universel.Une école de chez nous, qui a une vaste audience, se demande pourquoi nous voulons demeurer Canadiens français, pourquoi nous faisons de ce désir une des dominantes de notre activité.Ne sommes-nous pas tous des « humains », sans distinction de couleur, de langue ou de religion?Cela n\u2019est-il pas encore plus vrai pour la grande famille chrétienne ?Nous avons pourtant d\u2019excellentes raisons de rester ce que nous sommes.Et c\u2019est de cette façon que nous pourrons le mieux atteindre à l\u2019universel.Le problème de base ce n\u2019est pas qu\u2019on se pose aujourd\u2019hui des questions, mais que nous ayons tant tardé à y apporter des réponses.Les écoles de pensées sont nées, ont répandu leurs doctrines.Quelques-unes ont fini par laisser croire que l\u2019avenir des Canadiens français était hors des sentiers du nationalisme.Nous allons donc heurter de front certaines théories.Nous sommes disposés à engager la bataille avec certains 798 L'ACTION NATIONALE groupes.Avec d\u2019autres nous allons discuter, peut-être nous entendre.C\u2019est même le deuxième but de l\u2019étude que nous entreprenons.Plusieurs groupements pensent à l\u2019avenir du Canada français.Ils le font avec sincérité et conviction.Comment les rencontrer, afin de discuter avec eux ?D\u2019abord en sachant exactement de part et d\u2019autre de quoi nous parlons.Nous en avons conclu à la nécessité de définir nos positions.Peut-être constaterons-nous alors que nous sommes plus près les uns des autres que nous ne l\u2019imaginions d\u2019abord.Et nous saurons à qui nous avons affaire, avec qui on peut discuter et qui on doit combattre.Une autre raison nous invite à repenser nos problèmes.En relisant les anciennes livraisons de l\u2019Action nationale, et avant elle de l\u2019Action française, \u2014 on constate que les mêmes problèmes qu\u2019en 1900, qu\u2019en 1925 nous occupent encore au début de la deuxième moitié du vingtième siècle: langue française, anglicisation progressive de notre peuple, faiblesse économique, absence d\u2019une élite, politique dirigée contre nous, etc.Pourquoi devons-nous après un demi-siècle nous poser encore les mêmes questions ?Ne faudrait-il pas revoir nos méthodes, les modifier ?À quelles conclusions en arriverons-nous ?La suite des événements le dira.La discussion ne sera pas toujours facile.Même au sein de notre groupe l\u2019unanimité sur certaines questions est loin d\u2019exister.Mais ce n\u2019est pas une raison pour retarder davantage « l\u2019opération modernisation » de nos théories, de notre doctrine.Les solutions ne sauraient être simples non plus, car il est probable que nous devrons attaquer sur tous les fronts à la fois: éducation, questions sociale, économique, politique.Telles seront les tâches de demain.Avec une doctrine jeune, cohérente, bien définie, avec des objectifs précis, nous pourrons faire appel à tous ceux qui voudront nous suivre.Il y aura du travail pour tout le monde ! L\u2019Action nationale LIGNES DE FORCE 799 Octrois fédéraux aux universités POUR LA CREATION D\u2019UN COMITÉ DE SALUT PUBLIC (Editorial de décembre 1956) Le Canada français fait de nouveau face à une offensive de grand style de la part du gouvernement central.Les dizaines de millions d\u2019excédent qui devraient être remis aux citoyens sous forme de réductions dhm-pôts sont largement dispensés pour envahir des domaines provinciaux: Conseil des arts, aide aux universités.Embarrassé par la non-participation, à ce jour, des universités du Québec, le gouvernement central conseille même aux institutions provinciales de passer outre aux directives de leur gouvernement légitime en la matière: le gouvernement provincial.Il vient de les convoquer à Ottawa en une conférence qui, dans le langage politique, équivaut à une véritable conspiration en vue de ratifier un coup d\u2019Etat.La situation est invraisemblable.Ce gouvernement central, apparemment si généreux pour tout le monde indistinctement dans les matières d\u2019éducation qui ne le regardent pas juridiquement, est le même gouvernement qui se refuse, par ailleurs, à intervenir dans des matières d\u2019éducation où la Constitution lui donne juridiction.À savoir: prendre les mesures nécessaires pour que, dans toutes les provinces, les minorités soient justement traitées.Cependant, ce n\u2019est pas tant de l\u2019ingérence fédérale en elle-même que s\u2019inquiète la Ligue d\u2019action nationale.Ce n\u2019est pas là un fait nouveau.Le plus inquiétant, c\u2019est le fléchissement navrant qui se manifeste dans les réactions de l\u2019élite canadienne-française et jusqu\u2019à la tête de nos universités.Mécontente du gouvernement Duplessis, une bonne partie de l\u2019élite intellectuelle raisonne comme si nos droits constitutionnels provinciaux n\u2019avaient été défendus et conquis, en 1867, qu\u2019en prévision des intérêts électoraux de l\u2019actuel premier ministre de la Province.En réalité, ces droits constituent nos biens nationaux les 800 L'ACTION NATIONALE plus, précieux.Nous les avons réclamés parce que nous étions conscients d\u2019en avoir un besoin absolu pour garantir notre épanouissement collectif selon les virtualités de notre culture propre.La Ligue d\u2019action nationale croit donc nécessaire de donner aux Canadiens français le grave avertissement suivant: admettre l\u2019intervention fédérale dans le domaine de l\u2019éducation universitaire, c\u2019est consacrer par un précédent le DROIT d\u2019une majorité étrangère d\u2019intervenir dans l\u2019orientation de notre destin culturel.Laisser consacrer par un précédent ce droit qui n\u2019a jusqu\u2019ici jamais été reconnu au fédéral, sous prétexte qu\u2019il est actuellement prêt à l\u2019exercer sans poser de conditions à l\u2019octroi de subsides, c\u2019est manquer du sens politique élémentaire, surtout en régime britannique.Une fois le droit d\u2019intervention consacré sous une forme quelconque, l\u2019établissement de conditions ne dépendra plus que de la volonté de la majorité au Parlement canadien.La Ligue d\u2019action nationale demande donc à tous les esprits vraiment soucieux de notre avenir national de se rallier à la politique suivante.Que nos différentes associations forment immédiatement une sorte de Comité de salut public, en vue de: 1 \u2014 Lancer une vigoureuse campagne pour forcer le gouvernement fédéral à faire tout son devoir, mais rien que son devoir en matière d\u2019éducation: a)\tEn appliquant les dispositions 1 à 4 de l\u2019article 93 de l\u2019A.A.B.N., soit pour obtenir des gouvernements provinciaux que justice règne dans les provinces à l\u2019endroit des minorités, soit pour donner lui-même justice aux minorités si les provinces s\u2019y refusent; b)\tEn reprenant immédiatement contact avec les gouvernements provinciaux, au besoin par une nouvelle Conférence fédérale-provinciale, afin de régler le problème fiscal de façon que chaque province soit en mesure de s\u2019acquitter elle-même des tâches qui lui incombent en matière d\u2019éducation; LIGNES DE FORCE 801 2___Offrir leur concours aux autorités universi- taires, afin d\u2019entreprendre avec elles une non moins rigoureuse campagne auprès du gouvernement provincial: a)\tAfin qu\u2019il apporte une solution satisfaisante immédiate aux problèmes financiers urgents auxquels nos universités ont à faire face; b)\tAfin qu\u2019en liaison avec un Conseil supérieur provincial des universités, il élabore une politique universitaire à long terme.Une telle politique rend justice à tous les intérêts concernés dans toutes les provinces.Les droits constitutionnels des provinces sont sauvegardés.Les minorités françaises recevraient partout, du Fédéral au besoin, toute l\u2019assistance dont elles ont besoin.Les universités de toutes les provinces n\u2019auraient plus à craindre que des circonstances financières locales entravent leur légitime expansion.De sorte qu\u2019aucun citoyen de bonne foi et de bonne volonté ne peut refuser de se joindre au mouvement et d\u2019appuyer un tel programme.Espérons qu\u2019il saura rallier l\u2019unanimité des esprits ! À l\u2019approche d\u2019élections fédérales, il triompherait forcément si le gouvernement actuel d\u2019Ottawa sentait que l\u2019accepter constitue une condition sine qua non de sa réélection pour autant que Québec est concerné.La Ligue d\u2019Action Nationale GAUCHE OU DROITE ?(Editorial de septembre 1957) Les nationalistes canadiens-français ont un passé glorieux au Canada.Ils ont été à l\u2019origine de plusieurs transformations majeures dans la politique canadienne.À la mort d\u2019Henri Bourassa un quotidien torontois écrivait que la plupart des réformes constitutionnelles préconisées par ce chef nationaliste étaient devenues pratiques courantes au Canada.Dans la formation de la pensée canadienne les nationalistes ont toujours été d\u2019avant-garde.Les positions qu\u2019ils ont prises ont ouvert la voie: ils ont abattu des 802 L'ACTION NATIONALE arbres géants, renversé les obstacles, se sont frayé un chemin dans la jungle.Quelques audacieux ont consenti à les suivre dans cette aventure.La foule a attendu que d autres frayent la voie pour s\u2019engager derrière eux.Mais alors les nationalistes étaient déjà rendus plus loin, ouvraient d\u2019autres avenues sur l\u2019avenir.Est-il étonnant qu\u2019on se fatigue de les voir toujours en avant ?Ils sont parfois si loin devant qu\u2019on est tenté, pour paraphraser un mot connu, \u2014 de les prendre pour l\u2019ennemi d\u2019en face et de leur tirer dans le dos.Les nationalistes ont inscrit leur marque indélébile sur plusieurs pages de notre histoire: le Statut de Westminster, l\u2019indépendance progressive du Canada, le rapatriement de notre Constitution, la juridiction finale des tribunaux canadiens, etc.Ils peuvent à bon droit être fiers de leur passé.* * * Les nationalistes sont aussi des gens étonnants.Très unis pour accomplir certaines tâches, ils savent comme pas un se diviser et se dévorer les uns les autres.Autrefois les objectifs étaient faciles à discerner: lutte à l\u2019impérialisme, lutte à la conscription.Ces causes pouvaient compter sur l\u2019appui enthousiaste de toutes les forces nationalistes.Les objectifs étaient à la fois importants et bien tranchés.Aucun autre problème ne venait distraire l\u2019attention des nationalistes.Entre eux ils ont souvent donné le spectacle de la désunion, des querelles intestines.L\u2019histoire nous apprend que des mouvements politiques prometteurs ont échoué faute de discipline, de capacité pour les chefs d\u2019accepter des compromis ou faute de pouvoir modeler leur personnalité sur celles de leurs collègues.Mais ces divergences de vue n\u2019empêchaient pas les rangs de se reformer pour la marche vers les objectifs essentiels.* * * Aujourd\u2019hui la situation paraît plus inquiétante.Les querelles intestines continuent, \u2014 s\u2019enveniment même, \u2014 mais les causes qui ralliaient autrefois les bonnes volontés LIGNES DE FORCE 803 ont perdu singulièrement de leur actualité.L\u2019impérialisme se meurt et la conscription ne menace pas.Les nationalistes ont été accusés, \u2014 à tort bien souvent, \u2014 de refuser de s\u2019intéresser à certains aspects nouveaux de la vie canadienne-française.En face d une révolution industrielle qui a transformé radicalement notre peuple, créé des problèmes neufs, \u2014 disent-ils, -les nationalistes se sont limités à réclamer un vice-roi de naissance canadienne et deux mots de français sur un billet de banque.L\u2019accusation, à plus d\u2019un point de vue, est folichonne.On pourrait en effet établir que les nationalistes ont marché au rythme du progrès et que, par exemple, ils ont été parmi les premiers à faire campagne pour la naissance du syndicalisme chez nous.Ceux qui les accusent le plus ouvertement de retard sont ceux qui voudraient abattre les frontières géographiques et culturelles pour devenir de vagues citoyens du monde.Des nationalistes se sont rendu compte toutefois que le peuple canadien-français se composait de plus en plus de prolétaires.Déracinés, transplantés, ces compatriotes n\u2019étaient pas préparés à leur nouvelle vie.Ils étaient mal protégés.Presque tous à l\u2019emploi de patrons anglo-saxons, plongés dans un monde où le libéralisme économique était encore maître, ils étaient exposés non seulement à perdre leurs affinités françaises, mais à être exploités.Inquiets, ces nationalistes ont décidé, sans rien renier du passé, de mettre l\u2019accent sur l\u2019aspect social du problème canadien-français.Ils ont craint qu\u2019on ne puisse un jour reprendre à leur endroit la terrible phrase lancée au sujet de l\u2019Église de France: « Le grand scandale du 20e siècle aura été pour les nationalistes de perdre la masse canadienne-française ».D\u2019autres nationalistes, bien intentionnés aussi, ont cru, au contraire, que le salut était dans le ravivement^ des valeurs qui avaient retenu l\u2019attention dans le passé.Ils opinent que c\u2019est le passé qui peut le mieux informer l\u2019avenir. 804 L'ACTION NATIONALE Les premiers ont baptisé les seconds: de droite.Ces derniers ont qualifié les autres: de gauche.Us se sont déclarés la guerre.Ils se sont battus férocement.N\u2019ayant plus comme autrefois une claire vision des objectifs, ils ont tous deux cru qu\u2019ils étaient en possession de toute la vérité.La bataille fait rage actuellement.Est-il trop tard pour que ces frères ennemis se rendent compte que ce qui les unit est plus puissant que ce qui les divise ?Qu\u2019ils sachent au moins que les coups qu\u2019ils croient s\u2019asséner mutuellement, c\u2019est en fait le Canada français qui les encaisse.La Ligue d\u2019Action Nationale L\u2019anniversaire des Plaines d\u2019Abraham UNE DEFAITE NE SAURAIT ETRE OBJET DE CELEBRATION NATIONALE (Éditorial de mai-juin 1959) De singulières rumeurs ont commencé de courir au sujet de quelques célébrations prochaines.Des préparatifs ont même donné poids aux rumeurs.Disons, pour être précis: célébration du deuxième centenaire de la bataille des Plaines d\u2019Abraham (13 septembre 1959).Il s\u2019agirait d\u2019unir, dans une même embrassade officielle, vainqueurs et vaincus, conquérants et conquis.Le vaincu surtout, comme il convient, serait prié de tout oublier.Montcalm et Wolfe, enveloppés dans la même auréole de gloire, nous convieraient à ce noble geste! Disons nettement notre pensée: il est inconcevable qu\u2019un peuple, quel qu\u2019il soit, s\u2019il a le moindrement de respect de lui-même, célèbre la plus éclatante de ses défaites, et surtout sa conquête par l\u2019étranger.Sous prétexte de bonne entente, allons-nous nous rendre ridicules et méprisables aux yeux de nos compatriotes anglo-canadiens ?Que ceux-ci songent, eux, à célébrer l\u2019événement, cela est compréhensible, et illustre bien d\u2019ailleurs ce qui nous sépare, et pourquoi un pur patriotisme canadien, indé- LIGNES DE FORCE 805 pendant des considérations ethniques, est impossible au Canada.Pour les Canadiens-Anglais, la bataille des Plaines d\u2019Abraham est celle qui leur a donné une patrie; aux Canadiens français, elle a au contraire ôté la possibilité de modeler cette patrie selon leurs sentiments.Pas de commune mesure entre les deux significations de l\u2019événement pour les deux différentes nations en cause.Si nous voulions raisonner envers les Anglo-Canadiens comme ceux-ci le font à notre égard, ce n\u2019est pas là le moment de nous unir à eux pour une telle célébration, mais au contraire de leur demander de s\u2019abstenir de toute célébration afin précisément de respecter nos sentiments.La bataille des Plaines d\u2019Abraham, selon les conceptions des partisans du Manuel d\u2019histoire unique en vue de réaliser l\u2019unité nationale, ce serait sûrement l\u2019incident majeur de l\u2019histoire du Canada qu\u2019il faudrait à tout prix passer sous silence.Cela suffit d\u2019ailleurs à souligner l\u2019absurdité de cette conception.Quant à nous nous n\u2019irons pas aussi loin dans la voie des réclamations à nos compatriotes anglo-canadiens.Qu\u2019ils célèbrent, s\u2019ils le veulent, un événement qui constitue une date importante de notre histoire.Qu\u2019ils évitent, s\u2019ils veulent vraiment promouvoir un patriotisme canadien, de donner à leur célébration le caractère du défi.Qu\u2019ils en profitent pour se rappeler qu\u2019ils sont au Canada par droit de conquête et non par droit d\u2019occupation pacifique, et que cela leur suggère des réflexions salutaires sur les devoirs de restitution et de respect de nos droits nationaux, voilà qui serait excellent sujet de méditation pour eux.Qu\u2019ils en tirent avantage pour comprendre le sens véritable de la Constitution de 1867, et l\u2019obligation qu\u2019ils en ont de respecter les clauses du contrat dans leur esprit de règlement entre conquérant et conquis; non pas comme un document soumis aux mêmes règles d\u2019interprétation aléatoire et circonstancielle que le droit commun britannique: fort bien ! Mais ce que les Canadiens français peuvent faire de mieux en cette affaire, c\u2019est de se tenir cois.Simplement en ne protestant pas contre la célébration par les Anglo- 806 L'ACTION NATIONALE Canadiens, ils auront déjà fait preuve d\u2019un esprit de compromis dont on trouvera peu d\u2019exemples ailleurs.Nous pourrions en effet tout aussi bien demander qu\u2019en concurrence avec les réjouissances anglo-canadiennes, les Canadiens français entreprennent de conduire un deuil national, mettent les drapeaux en berne, etc.De toute façon, il ne conviendra sûrement pas de les hisser.Un peu de décence et de dignité, donc ! Et qu\u2019au besoin l\u2019on mette à l\u2019ordre les politiciens opportunistes qui réussissent à se glisser jusque dans nos sociétés nationales.L\u2019argument d\u2019une célébration en l\u2019honneur de Montcalm n\u2019est pas une justification d\u2019amorcer quelque cérémonie que ce soit, à moins que ce ne soit un service funèbre pour le repos de son âme.Montcalm a été célébré, à propos et à bon escient, au deuxième centenaire de la victoire de Carillon.Quant à la date du 13 septembre 1659 et à la façon dont le général s\u2019est laissé surprendre, pour engager ensuite assez étourdiment la bataille, voilà qui n\u2019ajoute, croyons-nous, que médiocrement à sa gloire.La Rédaction La Ligue d\u2019Action nationale, comme la revue, a toujours tenu à rester indépendante des partis.Son attitude générale est de proposer, de discuter les idées; puis de laisser ensuite chaque électeur libre d\u2019appliquer lui-même les conclusions qu\u2019il en perd dégager et de décider par lui-même quel parti peut, à un moment donné, mieux incarner ou représenter cet idéal.En deux circonstances toutefois, La Ligue d\u2019Action nationale a donné des directives précises, ou du moins formulé une position électorale de façon assez précise pour que les contemporains ne s\u2019y trompent pas.En ces deux circonstances, elle l\u2019a fait parce que la situation lui paraissait trop grave, du point de vue national, pour que l\u2019absence d\u2019engagement ne lui soit pas apparue comme un silence coupable.Dans le premier cas, il s\u2019agissait de la première élection fédérale après la capitulation du Japon.Dupés par tous les partis au sujet de la conscription, les Canadiens français avaient à réfléchir sur Vopportunité pour eux d\u2019en finir avec la collaboration dans la Confédération par l\u2019intégration de leur force politique dans les cadres LIGNES DE FORCE 807 de l\u2019un ou Vautre des grands partis canadiens, à domination forcément anglophone.Une chance s\u2019offrait, par le Bloc populaire, de former un parti national canadien-français qui viserait à exercer son influence par la balance du pouvoir.L\u2019Action nationale a recommandé aux Canadiens français d\u2019adopter cette voie, qui aurait pu effectivement changer toute l\u2019histoire, assez triste pour le Canada français, des années d\u2019après-guerre.On notera qu\u2019elle n\u2019a pas fait Véquivalent sur le plan provincial, en dépit de son amitié pour les dirigeants du Bloc, dont le chef provincial venait de quitter la direction de la revue pour faire de la politique.La seconde circonstance prend place à l\u2019élection provinciale de 19U8, alors que la question de l\u2019autonomie provinciale et de la réponse à donner aux politiques centralisatrices d\u2019Ottawa revêtait un caractère d\u2019une exceptionnelle gravité.Vu l\u2019attitude équivoque du parti libéral provincial et le retrait du Bloc populaire de la lutte, L\u2019Action nationale indique clairement que la seule attitude possible est d\u2019appuyer l\u2019Union nationale.Suivent les deux textes de ces deux prises de position historiques pour la Ligue.ÉLECTIONS DÉCISIVES (Éditorial de mai 19U5) Les élections du 11 juin seront un événement considérable.Elles auront des répercussions certaines sur l\u2019avenir du nationalisme canadien-français.Bien qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une lutte de caractère politique, il est à prévoir qu\u2019elle aura une portée nettement nationale.Et bien que notre mouvement soit et demeure avant tout un mouvement d\u2019idées \u2014 ce qui ne veut pas dire une chapelle où l\u2019on s\u2019amuse gravement à tenir en équilibre des spéculations interplanétaires \u2014 il ne peut pas, à cause de la mission vivante qu\u2019il veut remplir, rester indifférent en présence de l\u2019enjeu de la bataille qui s\u2019engage.Nous n\u2019avons jamais fait d\u2019électoralisme.Nous nous sommes toujours tenus au-dessus des partis.Nous n\u2019avons aucunement l\u2019intention de modifier notre attitude à cet égard.D\u2019autre part, nous n\u2019avons jamais oublié qu\u2019il faut aux idées fécondes un contrepoids de faits concrets et nous croyons avoir le droit de considérer 808 L'ACTION NATIONALE comme pauvres politiques les idéologues désincarnés.En un mot comme en cent, si la politique à la petite semaine nous répugne, les grands courants d'action politique attirent nécessairement notre attention, du moment que des principes y sont engagés.Nous croyons honnêtement que telle est la situation actuelle.Le premier fait qui nous frappe, c\u2019est que, cette fois, l\u2019idée de l\u2019indépendance intégrale du Canada sera proposée aux Canadiens.Depuis trop longtemps de bons apôtres nous ont répété: « Nous voulons l\u2019indépendance, mais il faut être prudents; nous voulons l\u2019indépendance, mais il ne faut déranger personne; nous voulons l\u2019indépendance, mais il ne faut rien casser; nous voulons l\u2019indépendance, mais il ne faut pas en avoir l\u2019air; nous voulons l\u2019indépendance, mais .» Pour la première fois depuis longtemps, au cri de « Nous voulons l'indépendance », ne s\u2019ajoutera aucune restriction hypocrite, aucun appendice caudal.Nous voulons l\u2019indépendance; un point, c\u2019est tout.Et nous ne pouvons nous rallier à aucun groupe qui ne se rallie pas lui-même au mouvement de l\u2019indépendance réelle du Canada, notre unique patrie.Le deuxième fait, qui se rattache au premier, est que nous voilà devant une politique de guerre insensée qui nous a coûté non seulement du sang et des milliards \u2014 trop de sang et trop de milliards \u2014 mais aussi devant une politique réactionnaire et rétrograde qui, sur le plan international, nous a ramenés à l\u2019époque détestée de la « colonie de la couronne » et qui, sur le plan national, nous a fait reculer jusqu\u2019aux jours du régime unitaire et centralisateur de 1840.C\u2019est sans pitié que nous devons juger et condamner cette politique de suicide; c\u2019est sans réserve que nous devons appuyer ceux qui la dénoncent depuis six ans.Le troisième fait est que nous aurons enfin l\u2019occasion de briser le joug déshonorant des « grands » partis dits « nationaux », dominés par les cartels et les intérêts impérialistes, pour nous donner un bon instrument d\u2019action politique orientée dans le sens de nos besoins réels, LIGNES DE FORCE 809 de notre tradition historique et de notre idéal national.Depuis trop longtemps, les factions du Québec ne sont que des succursales d\u2019organismes compliqués qui jouent immanquablement contre nous.Nous ne pouvons pas manquer cette chance, peut-être unique, de nous forger une armature politique qui nous appartienne en propre.L\u2019heure est trop grave pour que l\u2019hésitation soit permise.Nos défaites les plus dures et nos malheurs les plus irréparables nous sont toujours venus de notre impuissance à créer l\u2019unanimité des volontés agissantes.Cessons de perdre en vaines palabres un temps qui travaille, malgré nous, pour les forces hostiles à la nation.Cessons de nous battre contre des ombres.Assez de tâtonnement: assez de reculade.L\u2019Action nationale AUTONOMIE OU « COLLABORATION » ?(Editorial de juin 191*8) La province de Québec votera le 28 juillet.Elle aura à choisir entre l\u2019Union Nationale, le parti libéral et l\u2019Union des Electeurs.Le Bloc Populaire s\u2019est retiré de la mêlée.Quelle que soit l\u2019ardeur des créditâtes, le gros de l\u2019électorat se rangera soit avec les libéraux soit avec les unionistes.Les milliers de discours qui seront prononcés dans les paroisses, dans les assemblées régionales, à la radio, aboutiront finalement à l\u2019apposition de croix sur des bulletins.De même de la réclame, des articles de journaux, des interventions privées, des discussions, amicales ou non, entre concitoyens.Il arrivera donc que, le dernier mercredi de juillet 1948, la « vox populi » dira le dernier mot.Tant d\u2019éloquence, tant de textes, tant d\u2019entretiens devraient normalement sérier et éclaircir les questions en litige.Les programmes politiques, à condition de différer vraiment par le fond, devraient être alors parfaitement connus de tous.Malheureusement, il n\u2019en est pas toujours ainsi.On reste muet de stupeur à l\u2019énoncé 810 L'ACTION NATIONALE des arguments populaires qui portent les électeurs à préférer le noir au blanc et vice versa.Les citoyens « bien pensants », comme on se plaît à les appeler, ont fort à faire pour que l\u2019emporte le verdict juste et droit.Les discours aguichants et les textes prometteurs sont surtout faits de mots.Il se pose évidemment des problèmes sérieux et il faudrait considérer certaines questions importantes qui passeront à demi inaperçues au milieu de la cohorte des fadaises.L\u2019espace manque ici et des journaux, comme le « Devoir », ont fourni d amples renseignements et précisé bien des points.« L\u2019Action Nationale » doit envisager l\u2019attitude des partis en face de l\u2019autonomie provinciale.Elle a, dans le passé, publiquement et clairement exprimé ses vues sur la nécessité de sauvegarder les prérogatives provinciales contre les empiétements réitérés du pouvoir central.Ses positions restent les mêmes.Pour autant que l\u2019autonomie du Québec est en jeu dans la présente lutte électorale, les Canadiens français qui y tiennent doivent voter pour les groupes et les candidats qui la défendent le mieux ou le moins mal.À d\u2019autres points de vue, les deux grands partis politiques peuvent sembler interchangeables.Il n\u2019en est plus de même devant l\u2019essentielle question des droits et pouvoirs constitutionnels de la province.Il faut choisir alors entre une défense, médiocre peut-être mais affirmée, de l\u2019autonomie et la « collaboration » entendue dans le sens auquel la propagande de guerre a bien voulu nous habituer.Il n\u2019y a qu\u2019à remarquer que la centralisation est présentement l\u2019oeuvre d\u2019un gouvernement fédéral libéral avec lequel les libéraux provinciaux disent ne faire qu\u2019un et dont ils invoquent publiquement l\u2019appui.Quelles garanties espérer de ceux qui rachètent leurs promesses passées par de ténébreux plébiscites, qui nous représentent le don de milliards à l\u2019Angleterre comme un enrichissement pour le Canada, qui ont approuvé la conscription camouflée, qui, consciemment ou non, se sont faits les promoteurs les plus astucieux de l\u2019impé- LIGNES DE FORCE 811 rialisme, qui acceptent d\u2019avance de troquer les pouvoirs provinciaux contre le plat de lentilles ?Le passé est ou n\u2019est pas garant de l\u2019avenir.S\u2019il l\u2019est, on peut souhaiter mieux.Et s\u2019il ne l\u2019est pas .Certes, on peut argumenter à fond contre l\u2019administration Duplessis.On peut lui reprocher mille choses et souhaiter mille réformes.Mais il faudra porter un gouvernement au pouvoir le 28 juillet, voter si l\u2019on veut pour « le moindre mal ».Il n\u2019y a pas d\u2019autre choix que d\u2019opter pour l\u2019autonomie provinciale, trop verbale, trop mitigée sûrement, ou pour la « collaboration » L\u2019Action nationale * * * Depuis que le directeur actuel a assumé^ la fonction, les principaux éditoriaux jusqu\u2019à la transformation de la revue dans son format actuel, en septembre 1962 ont porté sur les sujets SV/lVdTitS \u2022 LES GRANDS PROBLÈMES DE LA POLITIQUE PROVINCIALE (octobre 1959) IL NE FAUT PAS ALLER À CANOSSA (Octrois fédéraux aux Universités) (janvier 1960) NÉCESSITÉ DE L\u2019IRRÉDENTISME (février 1960) RESPECTONS LA JUSTICE, MAIS QUE LA JUSTICE SOIT RESPECTABLE (mars 1960) URGENCE D\u2019UN CONSEIL ÉCONOMIQUE (avril 1960) POUR UNE ÉDUCATION NATIONALE (mai 1960) CE QU\u2019IL FAUT EXIGER DU FÉDÉRAL EN 1962 (renouvellement des accords fiscaux juin 1960) CONSTITUTION CANADIENNE ET DROITS DE L\u2019HOMME (octobre 1960) PROPOSITIONS POUR LA FORMATION DE PROFESSEURS (Si nous commencions par le commencement \u2014 décembre 1960) L\u2019AFFAIRE DU RECENSEMENT (Question des « origines raciales» \u2014 février 1961) LE PLUS URGENT: L\u2019ÉDUCATION NATIONALE (juin 1961) LE QUÉBEC DOIT ÊTRE UN ÉTAT FRANÇAIS (octobre 1961) Y AURA-T-IL UNE FÊTE DU CENTENAIRE (de la Confédération \u2014 novembre 1961) Les enquêtes Les enquêtes Les enquêtes de L\u2019Action française constituent la pièce de résistance de cette première période de l\u2019oeuvre de L\u2019Action nationale.Dès la première année, une enquête est entreprise auprès des commerçants afin d\u2019établir la liste des produits qu\u2019il n est possible d obtenir que désignés par des étiquettes anglaises.C'est le travail entrepris par le père Archambault, dans sa série d articles au Devoir, qui se continue plus systématiquement grâce à l'instrument d\u2019exploration et de contact que constitue la nouvelle revue.C'est donc à l'esprit très pratique du père Archambault que l'initiative se rattache et que l\u2019esprit même de la Ligue et de la Revue se forme.Mentalité très scientifique et, à la fois, très réaliste du point de vue politique.Agir oui, mais avant d\u2019agir et pour agir, savoir; et savoir non seulement en gros, en principe, mais connaître expérimentalement et très minutieusement les situations sur lesquelles on veut agir.Un esprit nouveau prend en quelque sorte son élan, au Canada français; esprit nouveau dont les répercussions seront considérables et au sujet duquel le rôle novateur de L'Action française et de L'Action nationale n\u2019a pas été suffisamment mis en valeur.La deuxième enquête (1918) prend de la hauteur et marque la prise de conscience, déjà à l'origine de la fondation de la revue, de la nécessité de relier la défense du français à des idées plus générales.C\u2019est l\u2019abbé Groulx qui assume la direction des enquêtes, puisque c\u2019est lui qui les présente dans le numéro de décembre 1917.Comment les conçoit-il ?Il s\u2019agit de procéder à « une enquête rigoureuse et complète ».Il faut sortir des « néants sonores de nos célébrations du 24 juin », aussi bien qu'en finir avec « les professionnels du dénigrement au zèle aussi stérile que sombre »; il faut faire place aux «hommes de vérité courageuse et impartiale».L'enquête sera donc « une oeuvre d'absolue sincérité, également éloignée des critiques amères et des complaisances aveugles».La revue « n'épargnera rien pour atteindre la vérité », et recrutera les enquêteurs « parmi les hommes qui ont quelque chose à dire et qui le disent comme ils le pensent ».Il s\u2019agira en somme LES ENQUÊTES 815 de «recherches» orientées d\u2019abord vers l\u2019examen de nos premières ressources.Non pas une revue pour dilettante, mais une revue sérieuse et visant à des réalisations concrètes.Le tout est concentré dans ce paragraphe bien caractéristique: Nos lecteurs nous en voudront-ils de leur déclarer sans plus de formes que le désir de leur plaire, de leur présenter une revue de meilleur ton, a été notre moindre souci ?Faire une revue et ne point dépasser cette préoccupation d'intellectuels est un dilettantisme que les directeurs de l'Action française n'oseraient pas avouer.Fidèles à leur programme du début et à ce titre même « d'action française », ils veulent avant tout, à force de lumière et de clarté répandues, susciter le réveil et l'action nécessaire, leur tâche sera peut-être complète et achevée le jour où, en notre pays, se vérifiera intégralement la parole de Paul Bourget : « Il y a là un petit coin de terre française qui se porte très bien ».Cette deuxième enquête porte sur nos institutions, « nos forces sociales ».La troisième sera consacrée aux hommes du passé qui ont commencé à élaborer le corps d idées sur lesquelles L\u2019Action française veut travailler, « les précurseurs ».À la quatrième enquête, on croirait constater un essoufflement: déjà on en arrive à des conclusions : «Comment servir».Puis, en 1920, avec la prise de direction de la revue par l\u2019abbé Groulx, un vigoureux coup de barre et une véritable plongée dans la grande recherche : «Le problème économique».Dorénavant la voie est trouvée; le mouvement est lancé.D'année en année, les enquêtes se dérouleront selon une pensée architecturale remarquable, couvrant tous les aspects essentiels de notre problème; et culminant après dix années d'explorations, dans une onzième enquête où seront tirées, sur chaque sujet, les conclusions doctrinales en fonction desquelles L\u2019Action française entend guider son action.On peut mesurer la faiblesse de l'éducation patriotique et nationale dans nos institutions d\u2019enseignement en pensant qu'au moment de la crise idéologique des années '50, même cçux des jeunes qui voulaient rester fidèles au nationalisme ne cessaient de reprocher aux aînés de n'avoir jamais fait l\u2019effort nécessaire pour nous donner une doctrine ! Ignorance et distraction de toute une génération, aggravée par la disparition de l\u2019A.C.J.C., où le message des hommes de 816 L'ACTION NATIONALE L Action française continuait de se transmettre, et la désincarnation des mouvements d'action catholique, d'où les jeunes sortaient adultes avec le mépris de l'abbé Groulx et de ses collaborateurs a cause de leur nationalisme ! Mais il y a une chose qui n'a été vue à peu près par personne et qui s impose à l\u2019évidence par l\u2019examen complet de l\u2019oeuvre de L'Action française : c\u2019est que le véritable fondateur de la recherche politique, sociale et économique chez nous, c est Monsieur le chanoine Lionel Groulx.Ces enquêtes, jusqu à ce que des historiens nous démontrent l\u2019existence de travaux anterieurs poursuivis dans le même esprit de découverte systématique et fondée sur l\u2019analyse expérimentale, ce sont nos premiers travaux de recherche organisée dans ce domaine.Comme Esdras Minville, jeune, fit partie de cette équipe et y collabora, on voit d\u2019où lui est venu ce souci de l'inventaire, de la connaissance approfondie du milieu à combiner avec des vues doctrinales pour tirer de la réalité une synthèse politique à la fois réaliste et juste.Cet esprit, il le transposa tout naturellement à l\u2019École des Hautes Etudes commerciales dont il devait devenir le directeur en 1938; et il a été à l\u2019origine d'initiatives comme la Collection des Études sur notre milieu \u2014 restée en plan à cause de l'incompréhension de nos gouvernants \u2014, puis de l\u2019Institut d'Éco-nomie appliquée, dont le directeur se trouve aussi être le directeur actuel de la revue L\u2019Action nationale.Ce que L Action nationale a fait ensuite de la technique des enquêtes, on le verra expliqué au fur et à mesure du détail qui suit.Ces enquêtes ont revêtu une telle importance dans I histoire de notre pensée nationale et sociale; à travers des incidences propres aux situations de l\u2019époque, elles se sont élevées à un tel degré d\u2019universalité dans la perspective des problèmes du Canada français, que le détail mérite d\u2019en être signalé à l'attention des chercheurs, des éducateurs, des hommes d'action et des étudiants d\u2019aujourd'hui.Ce détail nous permettra au surplus, en cours de route, de faire justice de certaines accusations irréfléchies et irresponsables portées en ces dernières années contre l\u2019école nationaliste dite « traditionnelle ». LES ENQUÊTES 817 Première enquête (1917): Les étiquettes de langue anglaise 1° Consultation auprès des épiciers pour obtenir une « liste des produits (.) qu\u2019on ne peut se procurer qu\u2019avec des étiquettes anglaises ».2° Publication d\u2019une liste des produits, de leurs producteurs et du caractère de l\u2019étiquette: anglaise, bilingue ou française.3° Envoi, à chacune des maisons dont les étiquettes sont unilingues anglaises, d\u2019un exemplaire de la revue contenant la liste avec circulaire demandant des étiquettes bilingues à ces entreprises dans leur propre intérêt.4° Demande aux abonnés de la revue, d\u2019écrire à ces compagnies pour réclamer l\u2019étiquette bilingue.5° Prise de conscience du fait que le problème n\u2019est pas exclusivement « anglais ».Que nombre de produits sont préparés chez les épiciers en gros, ou fabriqués à leur demande selon leur propre marque, lesquels épiciers en gros sont en majorité canadiens-français.Deuxième enquête (1918): Nos forces nationales La série d\u2019articles détaille les « forces » dans un ordre à la fois hiérarchique et réaliste: La foi (Mgr L.-A.Paquet) La fraternité française (Orner Héroux) La natalité (P.Louis Lalande) L\u2019activité intellectuelle (Antonio Perrault) L\u2019enseignement (Mgr Georges Gauthier) La femme (Fadette) La paroisse (P.M.-A.Lamarche) L\u2019histoire (ahhé Lionel Groulx) La jeunesse (Guy Vanier) La colonisation (Henri Bornas sa).L\u2019économique (Edouard Montpetit) La langue (Mgr Béliveau) L\u2019article de Mgr Gauthier fait grâce de bien des préjugés sur les positions du clergé relatives à l\u2019économie et à la nécessité d\u2019une éducation réaliste et pratique.Mgr 818 L'ACTION NATIONALE Gauthier s\u2019élève, dans cet article, en s\u2019appuyant sur Paul Bourget, Balzac, Flaubert et Taine ( !) contre l\u2019abus d\u2019un système d\u2019éducation trop intellectualisé, appliqué indifféremment à tous ! 11 fait sienne une pensée de Bonald relative à ceux qui n\u2019ont pas les aptitudes à un enseignement du type secondaire: par l\u2019apprentissage technique, avait dit Bonald, « ils pensent métier au lieu de penser idées ( !) autant dire qu\u2019ils pensent précis et juste au lieu de penser vague et faux ».Et Mgr Gauthier d\u2019ajouter: « Ces citations contiennent une leçon de philosophie, l\u2019expression du simple bon sens.» Et après quelques considérations d\u2019ordre général sur le caractère confessionnel et humaniste de notre système d\u2019enseignement, Mgr Gauthier insiste sur deux points, « parce qu\u2019il me semble essentiel que nous fassions produire à notre effort son plein rendement ».Et ces deux points, ce sont: la nécessité: 1° de simplifier l\u2019enseignement primaire et de le prolonger dans un enseignement technique régulièrement organisé pour tous ceux qui ne vont pas au cours secondaire; 2° de bien établir le rôle de l\u2019enseignement secondaire par rapport à l\u2019enseignement universitaire.Dans le développement de ce deuxième point, son insistance porte sur la valeur de l\u2019enseignement classique pour la préparation aux hautes fonctions de l\u2019industrie, et « sur l\u2019urgence qu\u2019il y a de diriger ceux de nos bacheliers qui se destinent au monde vers nos écoles spéciales: Polytechnique, Hautes Etudes commerciales, Ecoles d\u2019agriculture, École des arts décoratifs et industriels, Écoles forestières et d\u2019arpentage ».« L\u2019avenir de nos jeunes gens est là », insiste Mgr Gauthier.Pour sûr, un tel texte venant d\u2019un évêque de Montréal, en 1918, donne plusieurs coups de pied à certaines prétentions qu\u2019encore une fois seule l\u2019ignorance peut vraiment expliquer.Sans doute, est-il bon d\u2019ajouter aussi que l\u2019enseignement technique que réclame Mgr Gauthier n\u2019est pas un simple apprentissage, mais bien une véritable école de formation intellectuelle « réaliste et pratique ».Donc il ne s\u2019agit pas d\u2019obscurantisme, mais de quelque chose 819 LES ENQUÊTES de très moderne.Concentrer davantage sur les premières années du primaire la religion, la lecture, l\u2019arithmétique et l\u2019écriture, introduire le dessin dès le début et renforcer les mathématiques pour préparer à un enseignement technique, puis consacrer les dernières années à donner « quelque chose de mieux que l\u2019apprentissage: une formation générale qui permet à l\u2019ouvrier de multiplier ses chances de succès », voilà son programme de réforme scolaire.Nous tiendrions ainsi, continue-t-il, « le moyen de former parmi les nôtres non pas des manoeuvres ou des ouvriers quelconques, mais des hommes solidement instruits qui deviendront des contremaîtres compétents ou des chefs d\u2019usine » Puis plus loin: cela corrigerait les défauts de notre système où « l\u2019enfant court le risque de quittei l\u2019école sans être suffisamment préparé à 1 existence qui s\u2019ouvre devant lui ».Ne l\u2019oublions pas, cest un évêque de Montréal qui parle ainsi en 1918.Que n\u2019a-t-on entendu avant, ce clergé « rétrograde », plutôt que trop de pédagogues en chambre, éblouis par certaines méthodes « progressives » américaines ?L\u2019article de Fadette sur la femme et l\u2019éducation plus ouverte qu\u2019il faudrait donner aux filles ne manquerait pas non plus d\u2019en surprendre plusieurs.Le père M.-A.Lamarche dans l\u2019article sur la paroisse proclame déjà que la formule coopérative, combinée à la culture de l\u2019esprit d\u2019initiative, est le seul moyen par lequel nous pouvons « rejoindre, je ne dis pas, je ne dirai jamais la supériorité, mais les supériorités anglo-saxonnes.» Dans son article sur la colonisation, Henri Bourassa réclame un régime de concession forestière qui permette au gouvernement d\u2019imposer aux concessionnaires un système de coupe réglementée, favorable à la permanence de la forêt.Enfin Montpetit demande a) un'inventaire de nos ressources naturelles, b) une exploitation rationnelle et scientifique qui implique déjà l\u2019idée d\u2019une politique cohérente (on dirait aujourd\u2019hui d\u2019un plan), c) l\u2019organisation systématique d\u2019un régime d\u2019institutions spéciales en vue de canaliser nos capitaux ( « Quelle belle organisation 820 L'ACTION NATIONALE à tenter ! » s\u2019écrie-t-il, après en avoir décrit la fonction), d) la libération des professeurs des charges excessives de cours afin qu\u2019ils puissent se consacrer à ce qui fait « l\u2019épanouissement du professorat, la découverte scientifique », e) le développement d\u2019un enseignement technique régulier pour former des compétences, f) la création d\u2019un ministère de l\u2019industrie, du travail et de la statistique afin d\u2019activer le développement de nos industries manufacturières (« placé au centre de nos comités d\u2019initiative, acceptant la collaboration des Associations de manufacturiers et des Chambres de commerce, tirant des indications du dépouillement méthodique de documents venus de tous côtés, il remplirait, écrit-il, le rôle d\u2019une sorte d\u2019Office industriel », ce qui est déjà pour le moins l\u2019embryon d\u2019une planification avec le concours des corps intermédiaires), g) la fondation d\u2019une banque centrale afin de faciliter les opérations bancaires.Après un tel départ, il me semble que la bonne foi ne permet plus de parler d\u2019un nationalisme aux vues rétrécies.Nos néo-nationalistes ont préféré courtiser plutôt que d\u2019accuser nos politiciens mettant la charge sur le dos de ceux qui ont poursuivi l\u2019action intellectuelle en prétendant qu\u2019ils n\u2019ont fourni à ceux-là que des solutions inutilisables parce que trop idéalistes (cf.Trudeau, La Grève de l\u2019amiante).Mais si nos politiciens avaient d\u2019abord réalisé tout cela en son temps, et avec l\u2019effet cumulatif du temps perdu, où le Canada français ne serait-il pas rendu aujourd\u2019hui ?Troisième enquête (1919): Les précurseurs Errol Bouchette et l\u2019indépendance économique du Canada français (Edouard Mont petit) Napoléon Bourassa (Olivier Maurault, p.s.s.) Le docteur Jacques Labrie (abbé Georges Courchesne) Ferdinand Gagnon et la survivance française aux Etats-Unis (Henri d\u2019Arles) Edmond de Nevers (Antonio Perrault) Pierre Bédard et la responsabilité ministérielle (Léon-Mercier Gouin) LES ENQUÊTES 821 Mgr Langevin (abbé Philippe Perrier) Jérôme-Adolphe Chicoyne (chan.Emile Chartier) L\u2019abbé Léon Provencher (Fr.Marie-Victorin) Calixa Lavallée (Arthur Letondal) Jules-Paul Tardivel (Orner Héroux) Père Camille Lefebvre (Un Acadien) Quatrième enquête (1920): Comment servir?La série des articles examine le rôle de certaines fonctions dans la vie nationale: L\u2019agriculteur (Jos.-E.Caron, ministre) L\u2019instituteur (C.-J.Magnan) Le professionnel (Antonio Perrault) L\u2019artiste (Arthur Laurendeau) Le voyageur de commerce (J.-A.Bernier) L\u2019ouvrier (Alfred Charpentier) La mère de famille (Fadette) L\u2019étudiant (Léo-Paul Desrosiers) Le député (Thomas Vieil) Le publiciste (Jules Dorion) L\u2019homme d\u2019affaires (Joseph Versailles) Le prêtre (Mgr L.-A.Paquet) Cinquième enquête (1921): Le problème économique Nous sommes donc en 1921, notons-le bien, L\u2019Action française prend vraiment la tête et devient nettement le centre intellectuel vital de ce qui constitue déjà et constituera le mouvement nationaliste traditionnel.Elle ne prêche pas qu\u2019il faille nous contenter des réalisations de l\u2019esprit et mépriser les richesses de ce monde.Elle développe au contraire son article liminaire en une enquête dont les deux premiers articles, et tout particulièrement le second, font une nécessité aux Canadiens français de rechercher la richesse et le succès économique comme sine qua non de la survie.Il est difficile également de trouver dans tout cela la moindre ombre de preuve des tendances agriculturistes et du mépris de l\u2019industrie dans le mouvement natio- 822 L'ACTION NATIONALE naliste.C\u2019est tout le contraire qui est maintes fois affirmé, même s\u2019il est dit que dans l\u2019état où nous étions alors, il n\u2019y avait guère que l\u2019agriculture dont nous pouvions être maîtres, ce qui était sans aucun doute une grosse vérité que l\u2019événement n\u2019a malheureusement pas réussi à démentir un quart de siècle et plus après.La liste des articles montre bien d\u2019abord que tous les aspects sont abordés.L\u2019indépendance économique (Edouard Montpetit) L\u2019aspect moral (Antonio Perrault) Les lacunes (Olivar Asselin) Notre avoir (Emile Miller) Le facteur agricole (Anatole Vanier) Notre industrie (Georges Pelletier) Le commerce (Léon Lorrain) Les institutions de crédit (Beaudry Leman) L\u2019enseignement commercial et technique (Henry Laureys) Assurances et mutualité (Orner Héroux) L\u2019enseignement supérieur scientifique (J.-E.Gendreau) Conclusion (Abbé Lionel Groulx) A souligner: L\u2019article d\u2019Olivar Asselin fait toutes les distinctions nécessaires, explique pourquoi les nationalistes se sont opposés à certaines formes ou formules d\u2019industrialisation qui nous réduisaient à l\u2019état de porteurs d\u2019eau, insiste sur le peu d\u2019utilité du contrôle du commerce si nous ne contrôlons pas l\u2019industrie, etc.Même l\u2019article sur l\u2019agriculture, par M.Anatole Vanier, ne reflète pas la moindre pensée agriculturiste.Il développe l\u2019idée que la production agricole doit être poussée afin d\u2019en arriver à satisfaire notre propre marché.Et il attribue les malaises de l\u2019agriculture québécoise au manque de chefs, ce qui l\u2019amène à proposer le développement de l\u2019association professionnelle associée à la coopération agricole ! Il faut vraiment se remettre honnêtement à la lecture de ces vieux textes pour voir combien préjugés et injustes, autant que faux, ont été les commentaires que nous a livrés, sur le nationalisme, toute une école en ces dernières années. 823 LES ENQUÊTES Il est d\u2019ailleurs plus qu\u2019inquiétant pour la foi que nous pouvons accorder aux écrits de nos historiens actuels, eux qui ne sont censés parler qu après avoii vu les documents, de considérer, après ce que nous venons de dire des articles précédents, l\u2019article de Georges Pelletier sur l\u2019industrie.Ce texte est déjà remarquable et constitue un document à consulter pour les faits historiques qu\u2019il relate, l\u2019analyse qu\u2019il fait des causes du îecul économique des Canadiens français après 1900 et de la situation en 1921.Les conditions qu\u2019il établit, au surplus, pour assurer la reprise du terrain perdu et le programme qui en découle, nous laissent pantois en face des critiques précitées.Comment peut-on vraiment affirmer ce qui a été dit contre l\u2019école nationaliste en dépit de 1 existence de tels textes ?Tout ce que nous demandons, dira l\u2019abbé Groulx en conclusion, c\u2019est un développement équilibré entre l\u2019agriculture et l\u2019industrie.Sixième enquête (1922): Notre avenir politique Cette enquête qui a eu un grand retentissement à l\u2019époque, reste, comme toutes les autres d\u2019ailleurs mais d\u2019une façon plus brûlante, d\u2019une remarquable actualité.Ce fut la clef de voûte de toute la pensée du mouvement.Et la qualité des textes invite à s\u2019y reporter pour trouver réponse même à nos interrogations actuelles.Dans l\u2019introduction, la Direction montre pourquoi, devant les turbulences politiques qui se dessinent dans le monde, la rupture de la Confédération devient une sorte de probabilité.Le Québec, avec toutes ses caractéristiques nationales, ne peut rester passif.Il ne s agit pas de réclamer une séparation, précise-t-on, mais de se préparer à pouvoir assumer l\u2019independance si elle se présente \u2014 et elle paraît au rédacteur devoir quasi fatalement se présenter \u2014 de façon à n\u2019être pas pris au dépourvu.La série se développe ensuite en établissant le droit à l\u2019indépendance et la nécessité même de l\u2019envisager comme un idéal jamais abandonné, auquel on peut renoncer à chaque moment immédiat pour des raisons de pure 824 L'ACTION NATIONALE opportunité, mais sans jamais le perdre de vue.Dans cette perspective, d\u2019autres articles invitent le Canadien français (qui, encore ici, a pu honnêtement persister à affirmer que le mouvement nationaliste voulait s\u2019enfermer dans Québec ?), à s\u2019ouvrir sur le monde pour préparer les relations qu il devrait avoir avec lui, et surtout avec l\u2019Amérique latine et les États-Unis.Les difficultés qui se présenteraient avec l\u2019indépendance sont ensuite analysées; et les deux derniers articles insistent sur l\u2019urgence de développer le sens national du Canada français.Le problème (La Direction) Aspirations du Canada français \u2014 Fondement philosophique (abbé Arthur Robert) La croisée des chemins (Louis-D.Durand) L\u2019Etat français et sa valeur d\u2019idéal (abbé Philippe Perrier) L\u2019Etat français et l\u2019Amérique latine (Emile Bruchési) Les Etats-Unis et 1 indépendance du Canada français (Anatole Vanier) Et nos frères de la dispersion (Rodrigue-Marie Villeneuve) Les obstacles économiques à l\u2019indépendance du Canada français (Georges Pelletier) La préparation intellectuelle (P.Ceslas Forest) Le Canada français et les étrangers (Joseph Bruchard) Le sens national (Antonio Perrault) Conclusion (abbé Lionel Groulx) Septième enquête (1923); Notre intégrité catholique Voilà une autre enquête dont la lecture fait exploser le mythe d\u2019un mouvement nationaliste traditionnel attaché à une conception étroite de la religion, claustrée, genre « ligue du Sacré-Coeur », comme on dit en se montrant d\u2019ailleurs injuste pour ces pauvres ligues.Il ne s\u2019agit naturellement pas de prétendre qu\u2019il n\u2019y a pas eu dans l\u2019Église canadienne des prêtres trop étroits, plus férus de bondieuseries que de catholicisme viril.Il s\u2019agit de dissiper le jugement totalement et intégralement ca- 825 LES ENQUÊTES lomniateur, que ce fut là la position prise par le nationalisme traditionnel quand il s\u2019est dit « catholique et français ».Bien sûr, cette série de textes montre que le mouvement nationaliste traditionnel a voulu fonder son action sur l\u2019épanouissement, dans Québec, d\u2019une civilisation intégralement catholique.Ce n\u2019est pas de l\u2019intégrisme; mais c\u2019est bien \u2014 comme le mot est d\u2019ailleurs utilisé avec un sens du vocabulaire qui pare même aux objections actuelles \u2014 de l\u2019intégralisme.À ce titre, cette position ne peut plaire ni aux non-catholiques, ni aux anti-catholiques, qui voudraient voir le Canada français se transformer selon leur optique à eux; elle ne plaira pas davantage aux catholiques qui veulent s\u2019en tenir à la seule fréquentation des sacrements ou à une spiritualité de pure méditation abstraite, sans être pour autant gênés par leur conscience dans l\u2019orientation de leur action politique ou dans leurs tendances sentimentales à emprunter à d\u2019autres écoles leurs principes d\u2019action et leurs solutions concrètes.Ils n\u2019ont toutefois pas le droit de sortir de la vérité et de confondre l\u2019étroitesse d\u2019esprit avec la volonté de vivre un catholicisme qui informera la vie sociale et la civilisation autant qu\u2019il régira certains actes individuels.Notre influence extérieure (Antonio Perrault) La politique intérieure (Anatole Vanier) Le progrès moral de l\u2019individu (Rodrigue-Marie Villeneuve) L\u2019intégrité catholique dans la famille (P.Adélard Du gré) L\u2019intégrité catholique dans la société (Emile Bruchési) Progrès intellectuel, philosophique et scientifique (P.Ceslas Forest) Catholicisme et art (Arthur Laurendeau) L\u2019en-soi de l\u2019intégrité catholique (abbé Arthur Robert) Eclairons notre catholicisme (P.Papillon, s.j.) Catholicisme et progrès social et économique (Eugène L\u2019Heureux) 826 L'ACTION NATIONALE Ce que nous devons au catholicisme (abbé Lionel Groulx) Conclusion (abbé Philippe Perrier) A souligner: Le thème le plus sensible, du point de vue de l\u2019ouverture d\u2019idées que se proposait de pratiquer l\u2019équipe, était sans doute celui qui avait été confié au P.Ceslas Forest.Il faut lire cet article, sensationnel par rapport à l\u2019époque et par rapport à ce qu\u2019on en dit.Il s\u2019agit là d\u2019un texte majeur, dont la valeur fondamentale le rend aussi contemporain à nous dans son universalité, et qui est effectivement bien en avance sur les thèses de bien des théologiens catholiques de l\u2019époque et des années ultérieures.Texte majeur parce que la philosophie et la science n\u2019y sont pas totalement subordonnées à la foi et aux vérités de foi, comme bien des écrivains catholiques l\u2019ont soutenu; que chaque discipline garde bien sa place dans une perspective à la fois ouverte et juste.On peut en dire presque autant du très bel article d\u2019Arthur Laurendeau qui, sous le titre général de « notre intégrité catholique » et dans une recherche des rapports avec l\u2019art, débute en formulant le principe que « l\u2019artiste catholique n\u2019a pas le droit de mettre son oeuvre sous le signe de la moralité ».Quant à l\u2019abbé Arthur Robert dans l\u2019analyse de « notre catholicisme », il ne se complaît pas à nous exalter, selon les prétentions moqueuses d\u2019un Trudeau et des autres à l\u2019égard du nationalisme traditionnel.Il déclare au contraire que nous sommes des «anémiques spirituels » ; mais à considérer sa conception de ce que doit être une foi vivante, il appert qu\u2019elle ne fait pas défaut uniquement aux ligueurs du Sacré-Coeur ou chez les enfants de Marie ! Ce que les néo prétendent, en somme, nous révéler, ils ne font en somme que le répéter après les nationalistes traditionnels.Il reste à voir, et c\u2019est une question qui n\u2019est pas tranchée par les prétentions plus instinctives que réfléchies de ceux qui pensent autrement, si ne risquerait pas d\u2019être juste le mot de la fin de l\u2019abbé Philippe Perrier: 827 LES ENQUÊTES « Notre nationalité est née d\u2019un acte de foi; c est un acte d\u2019apostasie qui lui donnerait le coup de mort ».Dans le cadre sociologique et politique où nous évoluons, c est un risque sur lequel même les incroyants devraient îéfléchir.Huitième enquête (1924): L\u2019ennemi dans la place La mortalité infantile (Dr J.-A.Beaudoin) La perte du capital humain (Yves Tessier-Lavigne) L\u2019émigration aux Etats-Unis (Louis-D.Durand) Les fuites de notre capital (Emile Benoist) Le capital étranger (Esdras Minville) La mauvaise presse (Ferdinand Bélanger) Théâtre et cinéma (Harry Bernard) L\u2019indifférentisme national (Antonio Perrault) L\u2019anglomanie (Fulgence Charpentier) L\u2019esprit de parti (Léo-Paul Desrosiers) Le laïcisme (abbé Joseph Ferland) A souligner: L\u2019article de M.Yves Tessier-Lavigne qui, portant sur l\u2019exode rural, peut prêter superficiellement à l\u2019accusation d\u2019agriculturisme, ne blâme en définitive que l\u2019exode excessif vers les grandes capitales.L\u2019auteur prend bien soin de souligner l\u2019utilité des grandes cités; et contre l\u2019excès de concentration urbaine, ce n\u2019est pas uniquement la colonisation agricole qui est réclamée, mais une politique d\u2019aménagement agricole et industriel régionalisé.Ceux qui se sont nourris jusqu\u2019ici d\u2019hypothèses sur l\u2019agriculturisme, le messianisme, etc., comme cause de notre sous-développement, auraient avantage à lire l\u2019article de M.Louis-D.Durand, un contemporain d\u2019une période intensive d\u2019émigration vers les États-Unis et de voir comment il établit les responsabilités en décrivant la situation.En fait, le tout se ramène à une absence quasi criminelle de politique.Ce qu\u2019il faut pour en sortir, dit-il, c\u2019est « un plan d\u2019ensemble mûrement réfléchi ».En somme, cette planification, qu\u2019on croit à l\u2019heure actuelle une idée si nouvelle et qu\u2019on va finir, croit-on, par imposer 828 L'ACTION NATIONALE à toute une école nationaliste affolée par la peur de l\u2019État, les nationalistes en réclament le principe et la mise en oeuvre depuis le début du siècle.Les deux articles d\u2019Émile Benoist et d\u2019Esdras Minville sont également à noter pour les renseignements qu\u2019ils nous apportent sur la situation économique des Canadiens français à l\u2019époque et dans l\u2019histoire, ainsi que sur la place du capital étranger dans notre aménagement économique.Neuvième enquête (1925): Le bilinguisme Avant 1867 (abbé Lionel Groulx) Aspect juridique (Antonio Perrault) Dans les services fédéraux (Charles Gauthier) Dans l'Ontario (sénateur N.-A.Belcourt) Dans l\u2019Ouest (Yves Tessier-Lavigne) Dans les Maritimes (Hermas Bas tien) Dans Québec (Emile Bruchési) A l\u2019Eglise (Vêritas) Bilinguisme et unité nationale (Anatole Vanier) Un peuple universellement bilingue est-il possible ?(Louis-D.Durand) Enseignement bilingue à l\u2019école primaire (abbé Philippe Perrier) L\u2019enseignement secondaire (Adélard Dugrê) Dans le commerce et l\u2019industrie (P.Archambault) A souligner: Toute l\u2019enquête est un document de première valeur, fournissant des données historiques peu usuelles, en même temps qu\u2019elle dessine une politique pour les Canadiens français en matière de bilinguisme.Dixième enquête (1926): Défense de notre capital humain L\u2019importance du capital humain (Edouard Montpetit) Ses ennemis moraux (Adélard Dugrê, s.j.) id.\t(Dr Joseph Baudoin) 829 LES ENQUÊTES L\u2019émigration à la ville (]ean-Charles Magnan) Le réservoir de la race (Esdras Minville) L\u2019aide de l\u2019Etat à l\u2019agriculture (Charles Gagné) Les défenseurs (Firmin Letourneau) L\u2019aide intellectuelle et morale aux cultivateurs (Fier mas Bas tien) La colonisation (Alexandre Dugré, s.j.) Utilisation de notre capital humain (Antonio Perrault) L\u2019industrialisation (Alexandre Dugré, s.j.) Nos agriculteurs (Jules Dorion) À souligner: À lire les titres des articles de cette enquête, le coeur des dénonciateurs de l\u2019agriculturisme va bondir.Voilà la série accusatrice qui, à partir de l\u2019idée de défense du capital humain, n\u2019aboutit surtout qu\u2019à des considérations relatives au sauvetage de l\u2019agriculture et à la colonisation.Ce genre de raisonnement à la.manière de serait d\u2019ailleurs grossièrement injuste, comme l\u2019ont été toutes les accusations du genre portées contre l\u2019école nationaliste; car avant cette dixième enquête, il y a tout de même eu les neuf autres, dont nous avons perçu le sens, bien éloigné de tout agriculturisme.Mais l\u2019orientation de celle-ci ne révélerait-elle pas les ressorts profonds d\u2019une pensée jusque-là dissimulée sous des généralités?Ici, en examinant comment du thème général on est passé à une insistance marquée sur le milieu rural (car nous allons voir qu\u2019il s\u2019agit en définitive plus du milieu rural que de l\u2019agriculture), nous allons saisir le sens vrai de la pensée dite « agriculturiste » de ceux qui ont pensé et réalisé l\u2019enquête.L\u2019article de M.Montpetit est très général.C\u2019est un article de démographie, qui tient compte de la répartition des forces entre les différents secteurs de l\u2019économie.Le deuxième, par le père Adélard Dugré, met en garde contre la dissolution morale comme facteur de dépréciation du capital humain, il ne tombe nullement dans l\u2019erreur attribuée à l\u2019« école » de ne penser qu\u2019au monde 830 L'ACTION NATIONALE rural et d\u2019abandonner à leur triste sort les gens des villes, comme étant définitivement perdus.Il ne fait même pas allusion à la thèse catholique bien connue de la plus grande facilité à maintenir vertueuse une population rurale.Il conclut même par une mise en garde qui va au sens contraire de la thèse des accusateurs.« Si nous voulons sauver notre peuple, écrit-il, il ne suffit pas de sauver les campagnes, il faut sauver les villes.Car c\u2019est la ville qui mène; la campagne suit tôt ou tard ».C\u2019est à l\u2019article suivant que la série prend la tengente vers l\u2019agriculture.Pourquoi ?Le Dr Joseph Baudoin, envisageant une autre catégorie d\u2019« ennemis » du capital humain, distingue l\u2019émigration et la mortalité: ennemis démographiques par opposition aux ennemis moraux de l\u2019article précédent.Et il en vient à la constatation que ce sont les gens des campagnes qui émigrent vers les Etats-Unis, et non pas les gens des villes, qui ont trouvé du travail par l\u2019industrialisation à Montréal surtout sinon quasi exclusivement, à l\u2019époque.Implicitement, il en résulte, à moins que l\u2019on ne suppose l\u2019industrialisation insuffisante \u2014 ce qui ne pouvait pas paraître aisément tel à des contemporains des années \u201920, du moins pour le centre urbain de Montréal qui grandissait à vue d\u2019oeil \u2014, que c\u2019est vraiment le milieu rural qu\u2019il faut consolider pour arrêter l\u2019hémorragie.Avec M.Jean-Charles Magnan, l\u2019un des grands apôtres de l\u2019agriculture chez nous en raison de sa profession et de son occupation même de propagandiste agricole gouvernemental, et sur un sujet comme « l\u2019émigration en ville », on s\u2019attend d\u2019avoir au moins le cas d\u2019exception qui a pu justifier, par distraction, l\u2019erreur des historiens en cause.Grande déception, car il commence par nous expliquer que l\u2019exode rural est, dans une certaine mesure, « un phénomène normal, même nécessaire aux besoins sociaux et économiques des nations ».Il précise même: «.les diverses activités industrielles, ouvrières et commerciales, demanderont toujours des bras pour s\u2019établir et se développer.C\u2019est, croyons-nous, une loi économique à laquelle il faut se soumettre ».Qne voilà un natio- 831 LES ENQUÊTES naliste mystique de la terre qui est raisonnable.et décevant pour les faiseurs d\u2019hypothèses en l\u2019air ! Le problème se trouve réduit à considérer le cas de ceux qui ne devraient pas partir, mais qui partent quand même ! Si c\u2019est cela être agriculturiste, qui ne devra pas l\u2019être ?Puis voilà Esdras Minville qui s\u2019amène, lui aussi taxé, à partir d\u2019un bout de phrase pêché quelque part dans son oeuvre, d\u2019être agriculturiste.Il faut aider l\u2019agriculture, en arrive-t-il à conclure, parce que « la nécessité d\u2019une classe rurale prospère et satisfaite ne fait de doute pour personne: le progrès de nos villes en dépend; et l\u2019avenir de notre peuple y est intimement lié».Qu\u2019il ait dû, pour faire ressortir cela, souligner que nous avons besoin du nombre pour survivre \u2014 un fait que l\u2019anti-agriculturisme ne supprimera pas facilement \u2014, que c\u2019est dans les campagnes que la natalité permet l\u2019accroissement et le renouvellement des forces démographiques en même temps qu\u2019elle produit les esprits plus stables, cela signifie-t-il pour autant qu\u2019il voulait voir tout le monde dans l\u2019agriculture?Franchement, il y a des facilités à prendre les autres pour des imbéciles, qui finissent par être elles-mêmes des imbécillités! Dans les articles qui suivent d\u2019ailleurs, plusieurs des collaborateurs, quoique le sujet qu\u2019on leur avait assigné portât sur l\u2019agriculture, tiennent à spécifier que c\u2019est dans un sens spécial qu\u2019ils insistent sur les problèmes agricoles; qu\u2019il faut se garder de négliger les problèmes industriels, qui sont majeurs.Mais le trait de génie de l\u2019enquête, un trait de génie de prévision inconsciente des alibis qu\u2019il faudra fournir un jour contre un acte d\u2019accusation, c\u2019est d\u2019avoir confié au même homme, à celui qui pourra apparaître comme le plus agriculturiste des agri-culturistes à cause de son attachement à la colonisation, au P.Alexandre Dugré, s.j., les deux articles sur la colonisation et l\u2019industrialisation.En un sens, le P.Alexandre Dugré reflète bien les tendances dites agriculturistes de certains éléments de notre société.L\u2019industrialisation ne lui apparaît que 832 L'ACTION NATIONALE comme un « pis-aller », un mal nécessaire de notre monde moderne.Mais en tant qu\u2019il est, du groupe, le plus ancré dans cette idée, il montre bien que c\u2019est le mouvement nationaliste qui réagit contre cette tendance de notre société, et non pas qui l\u2019entretient et le propage.Son regret de l\u2019industrialisation reste philosophique, abstrait; c\u2019est bien un regret, non une opposition.Son plaidoyer en faveur de l\u2019industrialisation reste aussi vigoureux que son plaidoyer pour la colonisation; car, dit-il, pour que le Québec soit fort, pour qu\u2019il ait une classe agricole forte, il faut aussi qu\u2019il ait une industrie puissante.Lui aussi réclame l\u2019équivalent d\u2019une économie planifiée, l\u2019organisation de la canalisation de nos capitaux, l\u2019État pour « seconder, stimuler, prévenir même l\u2019initiative privée ».Décidément, les mythes à pourchasser ne sont pas ceux qu\u2019on nous présente; et ce ne sont pas les nationalistes qui les ont créés ! Onzième enquête (1927): La doctrine de l\u2019Action française.Après ces dix années de réflexion en profondeur sur nos problèmes nationaux, L\u2019Action française entreprend, en cette année du soixantième anniversaire de la Confédération, de faire la synthèse de sa pensée.Tous les articles sont signés L\u2019Action française; ils ne sont pas tous du même auteur, mais ils sont l\u2019expression unanime de la pensée de toute l\u2019équipe (abbé Philippe Perrier, Anatole Vanier, abbé Lucien Pineault, Antonio Perrault, Arthur Laurendeau, Émile Bruchési, Hermas Bastien, Yves Tessier-Lavigne, Esdras Minville) et ils portent tous la griffe du maître qui les a « revus »: l\u2019abbé Groulx.Les thèmes de ces articles sont: Le problème religieux Le problème national La langue française Nos lois françaises Le problème de notre vie morale Nos doctrines littéraires LES ENQUÊTES 833 Agriculture et colonisation Industrie et commerce Notre enseignement Les modes d\u2019action nationale À souligner: Chaque article est une synthèse des positions doctrinales initiales et des constatations et mises au point découlant des enquêtes successives.L\u2019analyse des deux articles Agriculture et colonisation et Industrie et commerce aurait dû suffire (c\u2019était donc peu exiger de prétendus chercheurs et analystes objectifs), à mieux faire comprendre la position du mouvement nationaliste traditionnel et à souligner sa place novatrice dans le milieu plutôt qu\u2019à des accusations d\u2019immobilisme et de conservatisme.Au surplus, la série de L\u2019Action française révèle les conditions dans lesquelles ces hommes repensent nos problèmes: une période d\u2019industrialisation intense (et il y a tout de même des limites à un processus d\u2019industrialisation, à court terme), tout entière dominée par l\u2019invasion du capital étranger et la vente à vil prix de nos ressources naturelles, le tout s\u2019accompagnant à la fois d\u2019une immigration qui correspond en partie à notre impréparation pour une évolution industrielle aussi rapide, et d\u2019une forte émigration des nôtres aux Etats-Unis.On peut fort douter, en telle conjoncture, que l\u2019extension du domaine agricole pour retenir le déficit d\u2019emplois disponibles et s\u2019installer sur le territoire avant que la place ne soit prise par des étrangers, ne fût pas la seule bonne solution à court terme.Que ces hommes se soient fort inquiétés des insuffisances de nos politiques agricoles (l\u2019insuffisance de nos politiques d\u2019industrialisation en termes quantitatifs étant loin d\u2019être aussi évidente, si même elle existait), et du caractère vieillot et périmé de nos méthodes de colonisation, c\u2019est à leur honneur ! C\u2019est à l\u2019honneur de leur sens aigu des réalités, quoi qu\u2019en aient pensé des esprits aux vues rétrécies par leurs préjugés, leur ignorance de l\u2019histoire véritable des événements de 834 L'ACTION NATIONALE l\u2019époque, et leur prétention de vouloir tout renouveler à l\u2019encontre de toutes les traditions.L\u2019agriculture et la colonisation, nous dit L\u2019Action française, il faut les soutenir et les rendre prospères pour nous aider à maintenir le nombre, la qualité et assurer la conquête du territoire.Autrement dit, cette seule richesse que nous contrôlons et qui reste fondamentale, il faut éviter qu\u2019elle ne se détériore comme c était le cas à l\u2019époque, et que finalement elle nous échappe aussi.En aucun cas, il ne s\u2019est agi de mépriser 1 industrie, ni même d\u2019en ralentir le développement au profit de l\u2019agriculture, encore moins de croire que notre civilisation doit rester agricole (ces idées ont peut-être eu cours quelque part dans la province, mais pas dans le mouvement nationaliste, voilà le point).\t« Notre doctrine, elle se résume en une formule à la fois large et précise : parallèle constant entre le développement agricole et le développement industriel de notre province, mise sur pied d\u2019une industrie appuyée sur les ressources naturelles de notre sol.» Ce dernier point constitue la clef de l\u2019opposition à la politique industrielle alors suivie dans la province, et qui a donné le change à tant d\u2019esprits superficiels.L\u2019Action française s\u2019est opposée à l\u2019industrialisation au petit bonheur, faite en fonction des intérêts étrangers et à leur profit; et comme c\u2019était à l\u2019époque toute notre industrialisation, elle a paru, toujours aux esprits superficiels, être contre toute industrialisation.Elle a mis en doute la nature des industries développées, par rapport à celles qui auraient mieux convenu aux possibilités du Canada français et auraient pu être dirigées par lui, avec l\u2019aide au besoin du capital étranger.Autrement dit, elle a demandé de mettre de l\u2019ordre, de la rationalisation, de la planification dans notre politique industrielle.Voilà son crime ! Mais de grâce, finissons-en avec le simplisme de l\u2019agriculturisme, en tant qu\u2019appliqué aux dirigeants du mouvement nationaliste; et passons à quelque chose de sérieux ! Or, ici, s\u2019élèvent des voix pour dire: Cette sollici- LES ENQUÊTES 835 tude pour l\u2019agriculture, nous la leur pardonnerions si par ailleurs ils avaient su montrer autant de souci ou d\u2019audace pour le développement industriel.Malheureusement la peur de l\u2019État les empêchait de proposer les moyens propres à assurer le développement industriel par les nôtres, d\u2019où la justesse au moins de l\u2019accusation d\u2019agriculturisme implicite.Ah ! Oui ! Eh bien !, lisons donc ceci que l\u2019on trouve en toutes lettres dans l\u2019article intitulé Industrie et commerce.« Et qui dressera et fera exécuter le plan selon lequel ces industries surgiront du sol, pour le plus grand avantage de la population tout entière cette fois, et non pas seulement pour celui d\u2019une poignée d\u2019entrepreneurs étrangers comme c est le cas, à l\u2019heure actuelle, de la plupart des entreprises qui fleurissent sur notre sol: l\u2019État! eh oui, l\u2019État; en toute vente, l\u2019État lui-même, puisque aussi bien son rôle « consiste a stimuler l\u2019initiative privée languissante, à completer 1 initiative privée insuffisante, à remplacer l\u2019initiative pnvee impuissante, à encourager l\u2019initiative privée suffisante ».Nous avons indiqué plus haut quelques-uns des moyens que, pour atteindre à cette fin, il aurait dû prendre depuis longtemps.« Il est vrai que l\u2019intervention des pouvoirs publics trouble le sommeil de certaines gens, que n\u2019inquiète pas tant, a la vérité, l\u2019avenir plus ou moins sombre de la nationalité cana-dienne-française.Mais les gouvernants ne sont pas désignés par le peuple pour veiller sur le sommeil de quelques individus et abandonner les autres à leurs cauchemars.L\u2019intervention de l\u2019État, on nous en fait un épouvantail, évoquant, chaque fois qu\u2019elle est préconisée, le spectre grimaçant de la Russie Rouge.Il est remarquable toutefois qu\u2019on ne la redoute pas en certains genres d\u2019entreprises bien déterminés.Nous avons l\u2019État marchand de genièvre, l\u2019État contrôleur de la charité; nos grands industriels ne songent pas à s\u2019en émouvoir.Nous avons aussi l\u2019État bâtisseur de barrages, initiative qui lui vaut des éloges d\u2019autant plus retentissants que certaines gens y trouvent des profits merveilleux.Mais, par exemple, 1 Etat gardien actif de la prospérité collective, cela, il ne faut pas y penser; c\u2019est de l\u2019ingérence indue, nuisible à la prospérité de la province, dangereuse pour son avenir, pour l\u2019ordre social, qu\u2019est-ce encore?» Comme on le voit, Trudeau, Michel Brunet et René Lévesque n\u2019ont rien inventé.On peut affirmer qu\u2019à ce moment-là, non seulement l\u2019équipe de L\u2019Action française, mais tout ce qu\u2019on appelle les milieux cléricaux pensaient ainsi.De sorte que la thèse de la collusion clérico-bourgeoise du parti nationaliste contre 1 intervention de l\u2019Etat dans la politique économique est tout simplement 836 L'ACTION NATIONALE une erreur d\u2019ignorants, d\u2019ignorants qui n\u2019ont pas le droit de l\u2019être puisqu\u2019ils se prétendent historiens, sociologues, économistes, etc., et que c\u2019est leur métier de s assurer d abord des faits avant de parler.Autiement dit, les prétendues solutions audacieuses que le mouvement nationaliste traditionnel, dit « rétrograde », a refusé d\u2019envisager, où sont-elles ?Après trente-cinq ans, l\u2019audace c\u2019est la planification pour le développement avec le concours actif de l\u2019État.C\u2019est une audace qui n\u2019a pas déjà chez nous des réalisations nombreuses à son crédit parce que trop de ceux qui la piatiquent aujourd\u2019hui ont préféré ignorer leurs prédécesseurs et patauger par eux-mêmes pendant vingt-cinq ans avant de retrouver la vraie voie.Us en sont revenus maintenant au point où en arriva L\u2019Action fi ançaise à ses débuts, après dix années de réflexions et d efforts comme aucune génération n\u2019en a poursuivi depuis avec la même constance, la même cohérence et la même ferveur.Mais le mouvement nationaliste, lui, ne s était pas arrêté là.Ayant continué à réfléchir, il avait mis des formes à cette affirmation et élaboré des modes de réalisation plus concrets que ce simple principe général de l\u2019intervention de l\u2019État, qui veut à la fois trop dire et ne rien dire.Surtout, il avait appris à se rendre compte des aléas que comporterait une politique qui attendrait tout de l\u2019État.Devant l\u2019immobilité de ceux qu\u2019ils visaient dans leur dénonciation du concept de l\u2019État-épouvantail \u2014 et qui n étaient pas les milieux sociaux et cléricaux, mais le parti libéral au pouvoir, les politiciens dans leurs collusions avec la rue Saint-Jacques, et aussi nos plus grands hommes d\u2019affaires alors liés comme nos politiciens à la finance anglophone \u2014, ils furent amenés à chercher des solutions qui permettraient au peuple tout entier d\u2019entamer lui-même sa marche vers la libération et de se transformer pour créer un climat politique nouveau.Le déblocage actuel dont on parle tant, c\u2019est à ces hommes que nous le devons, et à leurs continuateurs; non pas à ceux de leurs détracteurs, qui après LES ENQUÊTES 837 avoir tourné en rond et agité plus de boue que manoeuvré de bons matériaux de construction, ont dû en revenir, en dépit de ce qu\u2019ils en disent, au nationalisme traditionnel (sauf pour la crise laïciste, dont le sort devra être le même si nous devons survivre).Ils se donnent l\u2019air de prendre la tête du mouvement en rentrant dans le rang au moment où les politiciens sont d\u2019accord pour les faire passer à la tête, histoire de se donner à eux-mêmes l\u2019impression de n\u2019avoir pas cédé devant une école qu\u2019ils ont tant haïe, parce qu\u2019elle a barré la route à toutes leurs petites combines.Voilà, à mon sens, ce que dira l\u2019histoire vraie, quand elle prendra une vue d\u2019ensemble avec tous les documents en main.En définitive, le déblocage actuel, c\u2019est celui de toute une jeune génération qui nous a, depuis la fin de la Deuxième Grande Guerre, obligé à recommencer, avec L\u2019Action nationale, tout le travail fait par L\u2019Action française, de 1917 à 1927: redéfinir nos positions patriotiques, retrouver le sens véritable de la Confédération, obtenir du Québec une politique positive.Il a fallu, pendant un autre quinze ans, redire exactement les mêmes choses au lieu de continuer le travail d\u2019approfondissement de ces idées qui avait été amorcé, comme nous le verrons, dans L\u2019Action nationale de 1933 à 1940.Et cette défense, en accaparant toutes nos énergies, a permis aux politiciens de continuer leur jeu traditionnel d\u2019électoralisme.Si, en effet, un front commun s\u2019était fait dans Québec, comme aujourd\u2019hui (quoique encore bien imparfaitement et bien dangereusement \u2014 cf.l\u2019éditorial de L\u2019Action nationale de janvier), sur les positions de L\u2019Action française maintenues et approfondies par L\u2019Action nationale, Duplessis aurait eu à trouver autre chose que l\u2019autonomie pour rester au pouvoir; car le gouvernement fédéral aurait dû céder dès 1945, ou au plus tard après le balayage provincial de 1948, et nous aurions pu avancer vers autre chose, comme nous pouvons le faire à l\u2019heure actuelle.Le vrai déblocage de l\u2019heure n\u2019est pas celui qu\u2019on pense et qu\u2019on prétend en certains milieux.C\u2019est la 838 L'ACTION NATIONALE conversion du parti libéral à un certain nationalisme du type de celui de L\u2019Action française, avec encore beaucoup trop d\u2019inconséquences.Et cette conversion est devenue obligatoire pour le succès électoral du parti, devant la réaction de la population contre les lâcheurs, les arrivistes, les idéologies fumeuses, réaction qui s\u2019est cristallisée dans la renaissance d\u2019un mouvement séparatiste, et avec une envergure encore jusqu\u2019ici inconnue chez nous.Ce fut la conversion aussi subite de tous les antinationalistes frayant dans son sillage, pour des motifs qui, heureusement, ne sont pas tous purement partisans (grève des réalisateurs de Radio-Canada, etc.).Cela aussi c\u2019est, à mon sens, ce que retiendra l\u2019histoire.Le premier numéro spécial (mai-juin 1927): Le soixantenaire de la Confédération Soixante ans de Confédération (xxx) Les Canadiens français et l\u2019établissement de la Confédération (abbê Lionel Groulx) L\u2019immigration, les fonds publics et nous (Anatole Vanter) Les Canadiens français et le développement économique du Canada (Olivar Asselin) Les Irlandais et nous ( Hernias Bas tien ) Les Canadiens français et le développement intellectuel du Canada (Edouard Montpetit) Québec, les chemins de fer et la Confédération (Yves Tessier-Lavigne) Les Canadiens français et la vie morale et sociale au Canada (abbé Philippe Perrier) Les Canadiens français et le rôle de l\u2019Eglise dans l\u2019Ouest canadien (Mgr Béliveau) Les Canadiens français et l\u2019esprit national (Louis-D.Durand) En entendrons-nous parler bientôt ?(Esdras Minville) Griefs et déceptions (Antonio Perrault) La jeunesse canadienne-française et la Confédération canadienne (Albert Lévesque) LES ENQUÊTES 839 A souligner: Ce numéro constitue un document permanent auquel tous les historiens, les analystes, les sociologues et les économistes doivent se référer au besoin.Il est plus positif que revendicatif.Avec dignité, L\u2019Action française, qui a dit ce qu\u2019elle pensait de l\u2019opportunité de célébrer cet anniversaire (Cf.Mot d\u2019ordre, p.715), fait l\u2019inventaire de notre position et analyse notre contribution à soixante ans de vie politique canadienne.Un seul article est consacré aux griefs.Toutefois, le numéro est construit par l\u2019intercalation, entre chacun des grands articles (titre débutant par « Les Canadiens français, etc.».d\u2019un grain de sel et d\u2019une goutte de vinaigre: un court article laisse quelques faits particulièrement significatifs parler par eux-mêmes sur la façon dont la Confédération nous a traités.* * * Nous entrons maintenant dans la période de L Action Nationale.Les enquêtes se continuent selon la meme logique architecturale, mais avec moins de régularité.Une fois la doc-trine établie ce sont les applications qu\u2019on aborde, ce qui a paru nécessiter deux autres enquêtes générales, qui sont les suivantes : l\u2019éducation nationale comme moyen d'inculquer la doctrine et une politique nationale pour la mettre en oeuvre.Nous verrons plus loin, au fur et à mesure, comment, à partir de là, les choses se sont ensuite développées.Douzième enquête (1934-1935): L\u2019éducation nationale Données générales du problème (abbé Lionel Groulx) Fondements juridiques (Hermas Bastien) Le devoir national (René Cbaloult) L\u2019anglomanie (Esdras Minville) L\u2019école primaire (Arthur Laurendeau) L\u2019école secondaire (Fr.Al.-A.Dion) L\u2019école normale (abbé Lionel Groulx) Le couvent (Marie-Claire Daveluy) La famille (Fadette) 840 L'ACTION NATIONALE L\u2019éducation nationale populaire (Léopold Richer) L\u2019université Synthèse et conclusion A souligner: Cette étude, de portée doctrinale, reste fondamentale.Elle établit toute une série de principes et de suggestions qu il serait trop long de rapporter ici.Après les onze enquêtes précédentes, qui ont été consacrées à l\u2019élaboration d une doctrine complète, cette dixième enquête s\u2019attaque au moyen fondamental d\u2019action considéré au dernier article de l\u2019enquête précédente, en même temps indication d une carence fondamentale du milieu: la formation du sens national.Treizième enquête (1937): Pour une politique nationale Il s\u2019agit plutôt de dégager les principes d\u2019une politique que d\u2019élaborer des mesures concrètes; mais tous les articles fourmillent de suggestions diverses.Donnée du problème (Maximilien Caron) Description de la situation (Arthur Laurendeau) Destin français (abbé Lionel Groulx) Le droit (Léo Pelland) Les intérêts culturels (abbé Albert Tessier) L\u2019éducation (Hernias Bastien) L\u2019économique (François-Albert Angers) Relations fédérales-provinciales et minorités (Anatole Vanier) Conclusions (Arthur Laurendeau) À souligner: L\u2019article de M.Hernias Bastien montre une fois de plus comment, contrairement aux prétentions des critiques, L\u2019Action nationale s\u2019est toujours montrée à l\u2019avant-garde des vrais progrès.Sur deux questions très controversées, l\u2019auteur ne se prononce pas d\u2019abord catégoriquement, mais il ouvre la voie à une discussion raisonnée.C\u2019est d\u2019ailleurs toujours resté une des caractéristiques dominantes du mouvement, selon l\u2019esprit même 841 LES ENQUÊTES qu\u2019avait défini l\u2019abbé Groulx, que son sérieux, que sa méthode de discussion raisonnée et raisonnable de toutes les questions, et ce en dépit des fortes convictions de base.Il faudra, dit l\u2019auteur, cesser de discuter la question d\u2019un ministère de l\u2019Éducation en fonction de l\u2019idée qu\u2019il est une abomination parce qu\u2019ingérence de l\u2019État.Il faudra aussi, dit-il, cesser de discuter le problème de l\u2019instruction obligatoire comme si le tout de la question tenait dans une manoeuvre des loges maçonniques.D\u2019ailleurs, dans son article sur la culture, l\u2019abbé Albert Tessier avait demandé la formation, par l\u2019État, d\u2019une commission d éducation nationale composée d\u2019historiens, de musiciens, d artistes, anticipation assez nette de nos conseils des arts.En définitive, M.Bastien \u2014 et comme il s\u2019agit d\u2019une enquête, les idées des auteurs ont été considérées en équipe et deviennent partie intégrante de la pensée de la ligue___n\u2019opte pas pour le ministère de l\u2019Éducation: il y a plusieurs façons, dit-il, de concevoir le rôle de l\u2019État.Mais il propose la réforme du Conseil de l\u2019instruction publique selon un plan détaillé, suggère qu\u2019il pourrait diriger tout le régime d\u2019enseignement, et demande la coordination des degrés de l\u2019enseignement.Voilà touj ours la revue « clérico-bourgeoise », « retrograde ».« réactionnaire », « pétrie de conservatisme », et qui « bloquant toutes les avenues du progrès » a obligé la jeune génération à s\u2019orienter ailleurs que vers le nationalisme !! Quatorzième enquête (1938) : L\u2019organisation corporative L\u2019Action nationale s\u2019engage maintenant dans l\u2019étude des cadres à l\u2019intérieur desquels réaliser sa politique.Le désordre à corriger (Victor Barbeau) Principes et description (abbé J.-B.Desrosiers) La constitution canadienne (Maximilien Caron) Corporatisme et liberté (Hennas Bastien) Association professionnelle et corporation (Gérard Picard) La corporation en marche (Gérard Filion) 842 L'ACTION NATIONALE Corporatisme social et corporatisme politique (abbé Wilfrid Lebon) Le corporatisme et le national (Esdras Minville) Lame de la corporation (Richard Arès, s.j.) Comment hâter le corporatisme (L\u2019Action nationale) Deuxième numéro spécial (juin 1938): Vacances La méthode de l\u2019enquête devient objet d\u2019éducation des collégiens.Vacances (Introduction) Connaître notre milieu (Esdras Minville) Loisirs et travail intellectuel (Jean Bousquet, o.p.) Croquis (René Chicoine) Conseils à un amateur photographe (abbé Albert Tessier) L\u2019aventure (Paul Simard) Le campisme (Marc Labonté, o.p.) Sens social de l\u2019enquête (André Laurendeau) Pour mieux prendre contact avec son entourage (Léon Gérin) Travaux d\u2019histoire régionale pour les vacances (V.Tremblay, ptre) Savez-vous des chansons (Marius Barbeau) Vacances dans un autre monde (Claude Melançon) Les plantes (Bernard Taché, s.j.) La consultation des vieillards (V.Tremblay, ptre) Concours intercollégial pour les vacances prochaines Troisième numéro spécial (novembre 1938) : Le coopératisme Les Canadiens français et le coopératisme (L\u2019A ction nationale) La coopérative de consommation (Victor Barbeau) La coopérative de crédit (Wilfrid Guérin) La coopération agricole (Gérard Filion) La mutualité de nos mutuelles (Thuribe Belzile) La nouvelle chaire de coopération de Laval (P.Georges-Henri Lévesque) L'expérience d\u2019Antigonish (P.-E.Marquis) 843 LES ENQUÊTES Le mouvement coopératif dans le monde (François-Albert Angers) Quinzième enquête (1939): Le Canada et le Commonwealth.Premier recul.Les événements mondiaux nous ramènent en arrière, aux problèmes de 1 impérialisme britannique et de la participation du Canada aux guerres de l\u2019Empire.Il faut abandonner les tâches constructives, et se porter aux frontières pour défendre les intérêts nationaux menacés par les problèmes extérieurs, ceux en l\u2019occurrence que soulève notre intégration à la Confédération et au Commonwealth dans l\u2019éventualité d\u2019une guerre.La clairvoyance du groupe est alors mise en éveil par les deux expériences de la participation à la guerre des Boers et de la conscription de 1917.Par elle-même, l\u2019enquête, très documentée, garde toujours sa valeur, non seulement du point de vue canadien, mais pour quiconque veut comprendre un certain nombre des problèmes qui se posaient en 1939 et qui ont conduit le monde à la guerre.L\u2019enquête ne fut pas terminée.Dans l\u2019édition d\u2019octobre, au lieu et place de l\u2019article prévu, nous lisons ce qui suit, sous le titre de Points suspensifs: « Nous pensions qu\u2019il nous serait possible d\u2019aller jusqu au bout de l\u2019enquête entreprise ici sur Le Canada et le Commonwealth.Les circonstances ne le permettent plus.Commencé en régime démocratique, cet examen se termine sous la semi-dictature de la loi des mesures de guerre.Il nous serait impossible de répondre sincèrement aux questions que nous allions nous poser, et particulièrement à celle-ci: « Le Canada doit-il se dégager du Commonwealth?» Force nous est de remettre nos conclusions à plus tard.Nous nous consolons à la pensée que la guerre et les mesures qui en résultent ne dureront pas éternellement.» La structure géographique du Commonwealth (Benoit Brouillette) La structure économique (François Vézina) Canada vs Commonwealth : aspect juridique (Antonio Perrault) Le Commonwealth dans le monde (François-Albert Angers) 844 L'ACTION NATIONALE La politique commerciale du Commonwealth (Jean-Marie Nadeau) La propagande impérialiste (Georges Pelletier) Le Canada annexe anglaise (Roger Duhamel) Prévus, mais non publiés: Quel intérêt le Commonwealth a-t-il à garder le Canada ?(Léopold Richer) Quel intérêt le Canada a-t-il à rester dans le Commonwealth ?(Maximilien Caron ) Pouvons-nous et devons-nous sortir du Commonwealth?(Esdras Minville) Le Canada français dans le Commonwealth (abbé Lionel Groulx) Seizième enquête (1940-1942): D\u2019une culture canadienne-française Cette enquête diffère des autres par son caractère, sauf de la première à laquelle elle nous ramène, mais sur un sujet de plus d\u2019envergure.Au lieu de l\u2019étiquette à mettre sur nos produits, il s\u2019agit maintenant de l\u2019étiquette qui désignera la qualité de notre pensée.C\u2019est donc le résultat d\u2019une consultation qui nous est donné.Ce renouvellement du genre correspond à un retour de l\u2019inquiétude qui se dessine, inquiétude d\u2019ordre idéologique et dont on trouvera les causes décrites à la section des « sujets ».De toute façon, il était non moins logique qu\u2019après 25 ans de recherches et de réflexions, l\u2019on se préoccupe de déterminer dans quelle mesure les intellectuels qui ne sont pas dans l\u2019équipe pensent ou ne pensent pas comme elle sur les conclusions qu\u2019elle a élaborées.Des questions sont donc posées, sur l\u2019existence et la nature d\u2019une culture canadienne-française, à une quarantaine d\u2019intellectuels.De novembre 1940 à décembre 1941, L\u2019Action nationale publie les réponses, accompagnées de certains commentaires par le directeur.Et en janvier, 1942, le père Louis Lachance donne une sorte de réponse synthèse. LES ENQUÊTES 845 Les personnes suivantes ont répondu: Marius BARBEAU Victor BARBEAU Jean BRUCHÉSI Wilfrid BOVEY Marcel CADIEUX (et Paul Tremblay) Jacques COUSINEAU Pierre DANSEREAU Alfred DESROCHERS Léo-Paul DESROSIERS Jean-Charles FALARDEAU Guy FRÉGAULT Edmond GAUDRON Claude-Henri GRIGNON Louis LACHANCE Eugène L\u2019HEUREUX Léon LORTIE Gabriel-M.LUSSIER Clément MARCHAND Olivier MAURAULT Edouard MONTPETIT Cyrias OUELLET Albert PELLETIER Antonio PERRAULT Philippe PANNETON (Ringuet) Albert TESSIER Paul TREMBLAY (Valdombre) François HE RTE L E.-C.HUGHES (et Marcel Cadieux) Auguste VIATTE Felix WALTER Quatrième numéro spécial (juin 1941): L'annexionnisme \"There\u2019ll always be an England\", mais .(L\u2019Action Nationale) L\u2019annexionnisme au Canada français (abbé Lionel Groulx) Un aspect favorable (Jacques Perrault) De l\u2019optimisme juridique au pessimisme politique (André Laurendeau) Québec, 57e étoile sur le drapeau de l\u2019Oncle Sam (François-Albert Angers) Si nous étions Américains (Roger Duhamel) Ne nous induisez pas en tentation (P.Jacques Cousineau) Le Canada français jugé par l'Oncle Sam (Burton LeDoux) Conclusion (André Laurendeau) Cas spécial (janvier, février-mars, avril et mai 1942): Le plébiscite pour la conscription Par le hasard des événements, ces quatre numéros successifs de L\u2019Action Nationale, jetés presque en entier dans la lutte pour obtenir de la province de Québec une réponse « non » au plébiscite sur la conscription, forment un numéro spécial sur le Canada français et la guerre au paroxysme d\u2019un problème qui a affecté toute la vie 846 L'ACTION NATIONALE politique du Canada, au plan fédéral, pendant vingt-cinq ans.JANVIER Nous ne raserons pas la muraille (André Laurendeau) De M.Fournier à M.King (François-Albert Angers) Le pavé de l\u2019ours (François-Albert Angers) Manifeste au peuple du Canada (Ligue pour la Défense du Canada) Expressions d\u2019opinions en Chambre de MM.Edouard Lacroix, Angus Mclnnis, J.-L.Ilsley et Maxime Raymond FÉVRIER-MARS M.King rouvre le débat (L\u2019Action Nationale) Pourquoi nous n\u2019accepterons jamais la conscription (François-Albert Angers) La nouvelle charte des minorités et celle des petites nations (Pie XII) Plébiscite et conscription (Philippe Hamel) Le renard et le bouc (Jacques Perrault) Faut-il leur faire confiance ?(René Chaloult) La mascarade parlementaire (Arthur Laurendeau) La triste histoire d\u2019un débat historique (François-Albert Angers) Avril La collusion King-Meighen-Tim Buck (Arthur Laurendeau) La corde va-t-elle casser?(François-Albert Angers) Ne votons pas par peur (Jacques Perrault) De l\u2019impérialisme au colonialisme (François-Albert Angers) Les sociétés Saint-Jean-Baptiste en face du plébiscite (Ed.Coulombe) A chacun ses responsabilités (L.-Athanase Fréchette) Deux précédents à éviter Mai Pourquoi M.King n\u2019est pas délié (François-Albert Angers) Un vote de race (François-Albert Angers) LES ENQUÊTES 847 Dix-septième enquête: (1942-1943): Notre question nationale Après l\u2019enquête dans la multitude, l\u2019« enquête » ou recherche par un seul.C\u2019est le père Richard Arès qui entreprend une monumentale réflexion sur le problème canadien-français, travail qui aboutira finalement à une publication en trois volumes, édités par L Action nationale: Notre question nationale: I \u2014 Les faits; II Positions de principe; III \u2014 Positions patriotiques et nationales.Le premier, épuisé, serait à mettre à jour; mais on peut encore se procurer les deux autres, du moins en s\u2019adressant à L\u2019Action nationale, et ils ont valeur d universalité donc de permanence.L\u2019enquête de 1942-43 en constituait la première partie.Introduction générale Le problème des races Le problème politique Le problème économique Le problème social Le problème culturel Sixième numéro spécial (mai 1943): Le communisme Pour comprendre le communisme (L\u2019Action nationale) Grande idée, grande erreur (François Hertel) La doctrine et les antécédents bolchevistes (Damien Jasmin) Le communisme et le monde economique de demain (François-Albert Angers) Techniques et tactiques communistes (Roger Duhamel) Le communisme et la C.C.F.(Maximilien Caron) Conclusions (François-Albert Angers) À souligner: Ce numéro garde toujours sa valeur fondamentale en dépit du passage du temps, sauf en ce qui concerne la C.C.F., devenue NPD avec un nouveau programme Cinquième numéro spécial (janvier 1943): Vingt-cinq ans de vie nationale (L\u2019Action nationale) Bilan de culture (Edouard Montpetit) 848 L'ACTION NATIONALE L\u2019économique : progrès ou régression (Esdras Minville) La vie de l\u2019esprit (Victor Barbeau) Politique coloniale (Léopold Richer) Vingt-cinq ans de vie scientifique au Canada français (Fr.Marie-Victorin) À souligner: Ce numéro n\u2019a pas l\u2019ampleur des autres numéros spéciaux.Il représente plus une expression d\u2019opinion des personnes concernées, qu\u2019une étude ou un bilan véritable.Dix-huitième enquête (1946-1947): L\u2019indépendance du Canada Les douze premières enquêtes de L\u2019Action française avaient établi, sur des bases solides, une doctrine pour un Canada français désireux d\u2019être autre chose qu\u2019une minorité dans la Confédération canadienne.L\u2019Action nationale avait ouvert sa propre époque par une douzième enquête sur l\u2019éducation nationale, base essentielle d action pour l\u2019établissement, chez les Canadiens français, d\u2019un sens national plus aigu; puis formulé, dans une treizième enquête, les principes d\u2019une politique nationale.Le cycle, alors complet des enquêtes générales, avait été prolongé par une quatorzième enquête, et un numéro spécial dans la même année, portant sur les cadres à donner à cette politique : l\u2019organisation corporative et le coopératisme.La guerre était venue arrêter, en quelque sorte, cette exploration en profondeur et en étendue pratique, à la fois, du problème des Canadiens français dans leur vie nationale intime.Les feux de la guerre qui s\u2019allumaient sur toutes les collines du monde avaient ramené L\u2019Action nationale aux origines du nationalisme canadien français au XXe siècle, aux luttes de Bourassa contre l\u2019impérialisme et la participation aux guerres de l\u2019Empire, événement qui devait d\u2019ailleurs recimenter les failles dans les relations entre l\u2019équipe de l\u2019abbé Groulx et Henri Bourassa.La quinzième enquête, celle de 1939, avait reposé le problème des relations entre le Canada et le Commonwealth, sans pouvoir aller jusqu\u2019au 849 LES ENQUÊTES bout justement parce que la guerre vint trop vite.Nous reprendrons la question, la guerre terminée, avait dit la note suspensive; et dans cette optique, les seizième et dix-septième enquêtes apparaissent plus ou moins comme des piétinements sur place en attendant que sonne la libération du droit de parole.Après les événements de la guerre cependant, on n\u2019est plus, à L\u2019Action nationale d\u2019humeur à s\u2019interroger beaucoup sur la nécessité ou l\u2019opportunité de l\u2019indépendance.Il s\u2019agit de la considérer pour la réaliser.Tel est le ton de la nouvelle enquête, et des éditoriaux qui paraissent dans la même année, et dont les plus significatifs se retrouvent à la section intitulée Lignes de force.La nouvelle enquête n\u2019est pas entreprise cependant de la même façon systématique que les précédentes.On annonce, dans le numéro d\u2019avril 1946, une série d\u2019articles qui paraîtront au fur et à mesure que les collaborateurs auront pu les mettre au point.Elle ne comportera que quatre articles, qui paraîtront en 1946-1947; et qui déboucheront, en 1948, sur un numéro spécial dédié à La République ! La notion d\u2019indépendance (Roger Duhamel) L\u2019idée d\u2019indépendance à travers l\u2019histoire canadienne (abbé Lionel Groulx) Sommes-nous indépendants ?\u2014 Le point de vue économique (Esdras Minville) Sommes-nous indépendants ?\u2014 Le point de vue politique (Guy Frégault) Dix-neuvième enquête (1947-1948): Pour un humanisme ouvrier Le développement des événements dans les années qui suivirent, notamment le relâchement des liens entre les divers membres du Commonwealth, l\u2019abaissement graduel de l\u2019Angleterre au rang de puissance de second ordre \u2014 abaissement qui se traduit actuellement par un effort de sa part pour abandonner le Commonwealth et se souder à l\u2019Europe \u2014 ont fait disparaître la nécessité urgente ou immédiate de poursuivre activement la lutte pour l\u2019indépendance du Canada: elle s\u2019impose d\u2019elle- 850 L'ACTION NATIONALE même dans les faits.Le Canada français peut donc revenir à ses problèmes propres.La dix-neuvième enquête sera inspirée par les conflits qui se dessinent entre le « national » et le « social », conflits qui ne seraient peut-être d\u2019ailleurs jamais survenus si la province de Québec n\u2019avait dû, au même moment, engager toutes ses énergies dans une nouvelle lutte pour son autonomie à un moment où le gouvernement fédéral avait accaparé, à la faveur de la guerre, des pouvoirs fiscaux et sociaux.Cette enquête nous ramène à la technique des sondages, plutôt que des études basées sur une recherche ou une réflexion.La première enquête de ce genre, la seizième correspondait au désir de vérifier si les milieux intellectuels canadiens-français entretenaient bien, sur la culture canadienne-française, des idées correspondantes à celles qu\u2019avait élaborées L\u2019Action nationale.Celle-ci répond au désir, devant l\u2019urbanisation de notre société, d\u2019intéresser davantage le monde ouvrier \u2014 qui paraît s\u2019en éloigner en raison surtout des difficultés fédérales-pro-vinciales \u2014, à une prise de conscience du sens national canadien-français.Dans le numéro d\u2019octobre 1947, André Laurendeau décrit une situation, telle qu\u2019il la voit, et demande en somme des réactions sur l\u2019affirmation que le monde ouvrier constitue, avec les grands hommes d\u2019affaires, le groupe canadien-français le moins frappé par le fait national.Pourquoi ?Ont répondu: Georges BERGERON J.-E.CHARLEBOIS Guy CORMIER Gérard DION (avec Joseph Pelchat) D\u2019Iberville FORTIER avec Pierre Lefebvre Camille Laurin et Jean-Marc Léger) Camille LAURIN (avec dTberville Fortier Pierre Lefebvre et Jean-Marc Léger) Un fonctionnaire Pierre LEFEBVRE (avec dTberville Fortier Camille Laurin et Jean-Marc Léger) Jean-Marc LÉGER (avec dTberville Fortier Pierre Lefebvre et Camille Laurin) Esdras MINVILLE Joseph PELCHAT (avec l\u2019abbé Gérard Dion) Gérard PICARD Jean-Paul ROBILLARD Claude R Y AN provincial (G.S.) LES ENQUÊTES 851 Septième numéro spécial (octobre 1948): La République Au seuil de l\u2019âge atomique (LAction nationale) Indépendance et république (André Laurendeau) Deux dépendances feront-elles jamais une indépendance (François-Albert Angers) La « Couronne » et la constitution canadienne (Jacques Perrault) Une république fédérative et sociale (André Laurendeau) République ou annexion (Pierre Vigéant) Pour un mouvement républicain (Gérard Filion) Huitième numéro spécial (mai 1949): Pour gagner la paix Guerre ou paix ?(L\u2019Action nationale) Le procès d\u2019une victoire (Paul Sauriol) Vision de la terre promise (Jean Pelletier) Une troisième guerre : chance du communisme (Jean-Marc Léger) La moralité de la guerre (Louis Lachance) Ce qu\u2019on pense de la croisade au Vatican (François-Albert Angers) Les Russes ont-ils toujours tort ?(André Laurendeau) Sécurité collective et suicide collectif (François-Albert Angers) Pour une politique de courage (Gérard Filion) Si nous voulons la paix (L\u2019Action nationale) Neuvième numéro spécial (mai 1950): Pour ou contre le manuel d\u2019histoire unique ?La donnée du problème (L!Action nationale) Manuel unique et histoire scientifique (abbé Lionel Groulx) Opinions d\u2019historiens anglo-canadiens : E.-R.Adair, A.-I.Burt, A.-R.-M.Lower, M.-L.Morton, Gor-don-O.Rothney, George-F.-G.Stanley.Témoignages d\u2019historiens canadiens-français : Jean Bruchési, Léo-Paul Desrosiers, Guy Frégault, Mgr Olivier Maurault, Mgr Albert Tessier. 852 L'ACTION NATIONALE Deux opinions deducateurs : Richard Arès, s.j., Esdras Minville.En manière de conclusion (André Laurendeau) Dixième numéro spécial (janvier 1954): La pensée d\u2019Henri Bourassa Introduction (L\u2019Action nationale) Le nationalisme de Bourassa (André Laurendeau) Bourassa et l'impérialisme anglais (Patrick Allen) Problèmes de la paix selon Bourassa (François-Albert Angers) Le rôle des Canadiens français (Inédit de Bourassa) Rôle du catholicisme dans la pensée de Bourassa (Richard Arès, s.j.) Un grand apôtre de la famille (P.Papin-Archambault) Les idées économiques et sociales de Bourassa (Roland Parenteau) Conclusions (François-Albert Angers) Le Bourassa de Rumilly (Anne Bourassa et Patrick Allen) Index des oeuvres de Bourassa (André Bergevin) Onzième numéro spécial (mai-juin 1954) : Le Canada français et l\u2019immigration Problème majeur (L\u2019Action nationale) Pensée de l\u2019Eglise (Père E.Messier, s.j.) La leçon des faits (Pierre Laporte) Le devoir du Québec envers l\u2019immigrant (Jean-Marc Léger) Canada français et immigration (François-Albert Angers) Mémoire de la Société d\u2019Assistance aux Immigrants à la Commission Tremblay Vingtième enquête (1955): L\u2019autonomie du Québec est-elle un obstacle au reste du Canada ?Après un temps d\u2019arrêt de sept ans, pendant lesquels la technique des numéros spéciaux a pris le pas sur l\u2019enquête, L\u2019Action nationale reprend la formule.À ce moment, et l\u2019analyse des sujets traités dans la revue au LES ENQUÊTES 853 cours de ces années en témoigne, le Canada français subit un siège en règle de la part des autorités fédérales sur le plan de la centralisation.On y voit, par la multiplication des mots d\u2019ordre importants (que l\u2019on retrouvera à la section de ce numéro intitulée Lignes de force), que la lutte a atteint son point culminant en 1953.Le gouvernement provincial se décide enfin à la véritable contre-offensive et forme la Commission Tremblay.Au début de 1954, il frappe un premier coup en réinstituant un impôt provincial sur le revenu.L\u2019Action nationale, absorbée dans cette lutte, obligée de la poursuivre d\u2019autant plus à fond qu\u2019elle a contre elle toute une jeune génération d\u2019intellectuels qui acceptent la centralisation sur le plan social et qui menacent de rompre l\u2019unité du Canada français, s\u2019est éloignée de l\u2019effort d\u2019approfondissement engagé avec la dix-neuvième enquête.Mais c\u2019est L\u2019Action nationale qui gagne.Devant la Commission Tremblay, les mémoires affluent de toutes les organisations de la province, et qui sont tous quasi unanimes à revendiquer la liberté pour le Québec (cf.l\u2019éditorial dans L\u2019Action nationale de novembre-décembre 1954 à la section Lignes de force).La petite histoire dira que c\u2019est cette unanimité, et les conseils du président de la Commission, le juge Thomas Tremblay, qui ont finalement amené M.Duplessis à se raviser et à rétablir l\u2019impôt sur le revenu, qu\u2019il avait tenu pour irréalisable quelques mois auparavant en réponse aux suggestions de la Chambre de Commerce de Montréal.À Ottawa, devant cette mesure dont on ne comptait plus que la province de Québec aurait jamais l\u2019audace, on a vu rouge, doublement rouge.Le ministre des finances, M.Abbott, n\u2019arrivait plus, dans les entrevues particulières, à contenir sa colère.Duplessis venait vraiment de frapper au coeur le régime des ententes fiscales; tout l\u2019échafaudage centralisateur menaçait de s\u2019écrouler; et s\u2019est effectivement écroulé par la suite.Avant d\u2019accepter la défaite, cependant, M.Saint-Laurent descendit dans la province pour frapper un grand coup, comme Ernest Lapointe contre le même Duplessis 854 L'ACTION NATIONALE au temps de la conscription.Mais cette fois, c\u2019est Duplessis qui devait l\u2019emporter.Le grand coup de M.Saint-Laurent prit la forme de deux discours: l\u2019un sur le paquebot Saxonia, l\u2019autre à un rassemblement libéral à Québec.Dénonciation virulente des nationalistes comme un obstacle au progrès du Canada; proclamation du principe que Québec doit devenir une province comme les autres et avoir confiance que ses droits sont entre bonnes mains dans un Parlement central à majorité anglaise.L\u2019enquête de 1955 constitue une réponse à ce discours.Exposé du problème (Pierre Laporte) L\u2019autonomie est-elle une formule négative ?(François-Albert Angers) Nationalisme et séparatisme (André Laurendeau) Québec boude-t-il le progrès du Canada ?(Jean Deschamps) Québec, province différente (Gérard Filion) Ottawa est-il centralisateur ?(Gaétan Legault) Faut-il confier à Ottawa l\u2019avenir de notre groupe ethnique ?(Charles Pelletier) Québec est-il un poids pour le reste du Canada ?(Roland Parent eau) Unité nationale et centralisation (La direction) À souligner: La comparaison des sujets traités avec ceux des enquêtes précédentes donne toute la mesure du recul qui a été imposé, au Canada français, dans la Confédération, à la faveur de la guerre.Comme l\u2019enquête sur le Commonwealth, qui constituait un retour en arrière, aux jours de 1899 et de la guerre des Boers, celle-ci a le ton qu\u2019aurait pu prendre une enquête similaire après la révolution de 1837, aux jours de la préparation de l\u2019Union.Jusqu\u2019à 1939, en somme, en dépit d\u2019ennuis, de tracasseries, de tentatives diverses contre sa liberté et son unité, la nation canadienne-française avait pu vaquer, dans la Confédération, à la réorganisation de sa vie collective propre.Depuis lors, elle a gaspillé le meileur de ses énergies à se défendre contre de nouvelles attaques, 855 LES ENQUÊTES et cette fois avec la menace grave d\u2019une cinquième colonne idéologique dans ses murs.De meilleurs jours s\u2019en viennent cependant.C\u2019est 1953 qui marque vraiment l\u2019année du début du déblocage, et non pas 1960 comme des esprits trop superficiellement liés aux avatars des partis politiques le veulent parce que cette année-là le parti libéral revint au pouvoir à Québec, après avoir lui-même effectué son déblocage en fonction des événements de 1953 et des années qui suivirent.Ce sera ensuite la campagne du Château Maisonneuve, organisée et dirigée par L\u2019Action nationale, la première capitulation du Fédéral dans l\u2019acceptation du principe de la déductibilité et le rajustement des accords fiscaux selon une formule plus ouverte en 1956, la grève des réalisateurs de Radio-Canada qui ouvrira les yeux aux éléments dits de « gauche » et en conduira plusieurs, non plus seulement au nationalisme, mais au séparatisme.Douzième numéro spécial (janvier-février 1957): Les subventions fédérales : faveur ou piège ?C\u2019est le temps où jamais de prendre l\u2019initiative (L\u2019Action nationale) Le fédéralisme et les subventions aux universités (Richard Arès, s.j.) Les universités en face des octrois fédéraux (Esdras Minville) La querelle des octrois universitaires (François-Albert Angers) Pas une moitié de solution (André Laurendeau) Quand le gouvernement fédéral acceptera-t-il de se soumettre à la constitution ?(Michel Brunet) L\u2019avenir économique du Canada et les subventions fédérales aux universités (Patrick Allen) Les octrois fédéraux aux universités ( Pierre-Elliott T rude au ) Demain, il sera peut-être trop tard (Gérard Filion) Le mot de la fin (Pierre Laporte) 856 L'ACTION NATIONALE Vingt-et-unième enquête (1960): Nos universités sont-elles françaises ?Du type sondage, comme l\u2019enquête sur la culture canadienne-française et sur l\u2019humanisme ouvrier, cette enquête fut poursuivie et commentée par un seul rédacteur: M.Jacques Poisson.Etat de la question et réponses à dix questions (Jacques Poisson et Guy Dozois ) Commentaires de Jacques Poisson et réponse de M.Marcel Rioux L\u2019agronomie Sherbrooke et Agronomie (II) Pédagogie L\u2019école normale et la crise du français Conclusions Treizième numéro spécial (avril 1961): Acadie 1961.La nation acadienne (Gustave Lamarche, c.s.v.) Aperçu démographique du peuple acadien (Adé Hubert, c.j.m.) Les Acadiens à la Baie Sainte-Marie (René Leblanc) La coopération en Acadie (Martin-J.Légère) Nos auteurs acadiens (Marguerite Michaud) Les Acadiens des Iles-de-la-Madeleine (Adé Hubert, c.j.m.) Les publications acadiennes (Emery Leblanc) L\u2019enseignement primaire au Nouveau-Brunswick (Alexandre Savoie) La savoureuse langue acadienne (Archélas Roy) Quatorzième numéro spécial (mai-juin 1962) : L\u2019éducation nationale.Ce numéro spécial est en réalité fait du Mémoire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal à la Commission provinciale d\u2019enquête sur l\u2019éducation et du résultat de l\u2019enquête poursuivie chez les éducateurs, à ce sujet, par le comité qui a préparé le mémoire.Ce mémoire constitue une sorte de classique du problème, qui fait le pendant au rapport de la Commission Tremblay pour l\u2019ensemble de la question canadienne-française. LES ENQUÊTES 857 Nous croyons pouvoir, à juste titre, le considérer comme un numéro spécial de L\u2019Action nationale, d\u2019abord parce qu\u2019il constitue l\u2019aboutissement direct des campagnes constantes que l\u2019équipe, sous les instances particulières et persévérantes de l\u2019abbé Groulx, a menées sur ce sujet plus que tout autre groupe et organe.Et ensuite parce que le comité qui a préparé le mémoire avait comme président, un ancien président et fondateur de L\u2019Action nationale, Esdras Minville; comme secrétaire un membre du comité de rédaction actuel de L\u2019Action nationale, M.Patrick Allen ; et parmi ses membres, le directeur actuel de la revue et président de la Ligue, M.François-Albert Angers.* * * Tel a été le coeur de l'oeuvre de L\u2019Action française-Action nationale.Vingt et une enquêtes ou recherches, quatorze numéros spéciaux qui sont autant d\u2019enquêtes ou de recherches réunies en un même numéro, trois autres enquêtes commencées mais sans avoir pu être menées à bonne fin pour des raisons diverses : les enquêtes sur la réforme de la Constitution en 1936, sur la famille en 1940 et sur le comté de Pontiac en 1955-1956.Considérée en elle-même et replacée dans les perspectives intellectuelles de notre milieu de 1912 à 1962, voilà à notre avis une oeuvre qui, par sa qualité, par son unité, son esprit de continuité objectif et positif, constitue une véritable épopée intellectuelle, dont à notre avis aucun autre groupe ou organe, même universitaire, ne peut démontrer la pareille chez nous quant à l'ensemble.Nous devrions en prendre conscience, si bien que le temps des dénigrements et des mesquineries finisse, pour faire place au temps de la reconnaissance du travail accompli et de la continuation de l\u2019oeuvre entreprise plutôt que de la prétention de vouloir encore repartir à zéro et refaire tout à neuf. Les sujets i I! ne s'agit pas, dans ce qui suit, de présenter un index complet des matières traitées dans L'Action française, L'Action canadienne-française et L\u2019Action nationale.La tâche eût dépassé nos moyens, et n\u2019eût d'ailleurs peut-être pas été proportionnée à l'utilité réelle d\u2019un travail dans le cas d'une revue qui a nécessairement fait, de par son caractère même, la part suffisamment large à des questions d\u2019actualité intellectuelle ou politique immédiate qui ne peuvent aujourd\u2019hui intéresser que quelques rares spécialistes.Que ceux-là sachent, toutefois, qu'en sus des indications ci-après fournies sur le contenu de la revue, depuis ses origines, avec ses divers noms, ils peuvent retrouver, en consultant la revue, nombre d'indications qui peuvent leur être précieuses sur tel événement politique, littéraire, linguistique, sur tel livre d\u2019histoire, de politique, d\u2019économie, de pédagogie paru à l'époque (n\u2019ont été retenues ici que les études ou critiques d'ouvrages littéraires, à cause de leur valeur en soi).Autrement dit, à toutes les époques, la revue reflète certains événements d'une certaine vie politique intellectuelle au Canada français.Cela ressort d\u2019ailleurs de l\u2019analyse des intérêts respectifs des sujets classifiés ci-après, quand on les considère selon les années.Comme le relate l'histoire des origines, c\u2019est d'abord comme revue conçue pour défendre des intérêts linguistiques que L\u2019Action française a été créée.Pendant toute son existence, \u2014 et surtout pendant la période de L\u2019Action française \u2014, elle en portera la marque et fera large la part aux questions de langue jusqu'à, pendant ce premier temps, consacrer chaque mois de l'espace à une sorte de bulletin linguistique visant soit à donner des équivalents français pour des termes anglais, soit à fournir du vocabulaire français authentique pour désigner des séries de choses diverses.Pour des raisons connexes \u2014 étant née en particulier autour de la querelle du règlement XVII, elle s\u2019intéresse beaucoup aux minorités.Très bientôt cependant, ainsi que nous avons vu M.Antonio Perrault, l'un des fondateurs, l'expliquer lui-même, les intéressés prirent conscience du fait que la question de langue en elle-même n\u2019avait de sens que par rapport à l'idée de civilisation française.Et pour en explorer les contours, ils mi- 862 L'ACTION NATIONALE rent sur pied les fameuses enquêtes, qui ont constitué le point d attraction autour duquel a tourné l'activité du groupe.Quand on considère l'ensemble de l'oeuvre de la Revue, on prend conscience du fait que la période de L\u2019Action française fut relativement tranquille quant aux problèmes autres que ceux qui sont dans l'orbite immédiate de la langue.C'est donc, en quelque sorte, en toute sérénité (relative, bien sûr quand on pense au remous provoqué par l\u2019enquête sur l\u2019avenir politique) que le directeur de la revue poursuit logiquement le développement de son plan d'étude.Les dix enquêtes successives, développées selon un plan très logique, conduisent finalement à l'élaboration d\u2019une doctrine; et les articles auxquels elles donnent lieu forment dans l'ensemble, la majeure partie des textes de quelque envergure.Le reste de la revue est consacré à des chroniques diverses sur l'actualité et le tout est en bonne partie orienté vers des revendications relatives au bilinguisme, aux droits du français ou des Canadiens français par rapport à leur langue.Quand L\u2019Action nationale reprend le collier, la même idée directrice semble l'inspirer; et l\u2019enquête sur l\u2019éducation nationale en témoigne.Mais autour de l\u2019enquête, et même avant l\u2019enquête, dans la première année de la revue, l'orientation s'élargit à la considération d\u2019une multitude de problèmes dans la ligne d'un approfondissement ou d'une application des questions connexes aux enquêtes antérieures.Un vaste plan se dessine dans le sens d'une contribution majeure et très étendue à la pensée et à la politique jusque dans leurs aspects les plus techniques, et dans tous les domaines.Le programme de restauration sociale, qui aboutit dès 1933 et qui en grande partie est l\u2019oeuvre des hommes de L\u2019Action nationale, en est une manifestation frappante.Mais les événements vont gauchir ce plan.Taut d\u2019abord l'enquête sur l\u2019éducation nationale, qui entre dans le vif de l'action sur un terrain non moins délicat et plus immédiat que l\u2019avenir de la Confédération, provoque des réactions, qui incitent la revue à y consacrer plus d'espace.Au même moment, la vague centralisatrice s\u2019ébranle à Ottawa, autour des problèmes financiers suscités par la crise et des difficultés des provinces; et la revue va se trouver graduellement engagée LES SUJETS 863 dans un immense débat, où elle restera un moment presque seule contre tous, contre tout ce qui s\u2019exprime s'entend (car elle a toujours eu l\u2019instinct populaire avec elle), un débat qui reste encore posé mais dont les plus gros combats se sont terminés avec la capitulation de Saint-Laurent sur les impôts provinciaux, en 1956.Dans la même année 1935, s'engage un mouvement interne de dénationalisation de la jeunesse canadienne-française par la destruction de l\u2019A.C.J.C.et l'engagement des nouveaux mouvements d'Action catholique dans la voie de la plus totale désincarnation, quand ce ne fut pas même d\u2019hostilité contre tout ce qui est national.Toute une génération, par conséquent, perdra le sens du national et prendra contre le national une offensive qui obligera les nationalistes, au lieu d'aller de I avant, à reprendre et redire sans cesse pendant les 15 années qui suivront la guerre de 1939, les mêmes choses exactement que pendant les 15 années qui avaient suivi la guerre de 1914, afin de garder la flamme allumée sous l'avalanche des forces adverses.Et entre les deux, il y aura eu la guerre, avec ses problèmes propres, qui absorberont pratiquement toutes les énergies.L'incidence des matières traitées dans la revue évolue avec ces courants.Car \u2014 et c'est là le point important \u2014 ceux qui la soutiennent n\u2019ont pas à leur disposition le temps et les fonds voulus pour tenir toute une équipe, diriger des gens qui poursuivent en paix le travail de base en dépit de la bataille qui fait rage en surface, afin d\u2019équilibrer une revue qui puisse embrasser continuellement au même moment (disons dans les cadres d'une année, plutôt que dans ceux du numéro mensuel) tout son champ de bataille et faire avancer ses troupes (d\u2019idées) sur tous les fronts à la fois.Insuffisamment pourvue, elle se voit forcée d\u2019immobiliser presque tous les autres fronts, si l'un d\u2019entre eux est l\u2019objet d\u2019un trop grave assaut.Ainsi après les développements relativement normaux des années 1933, de 1934 et 1935, à côté d'une profusion d\u2019articles sur l'éducation nationale dans le prolongement de l\u2019enquête, les polémiques provoquées par les propos de Bourassa sur le nationalisme et ceux de certains milieux collégiaux et d\u2019action catholique sur la séparation du catholique et du national, pren- 864 L'ACTION NATIONALE rient de la place et déclenchent aussi une série de textes sur les problèmes de la jeunesse, déjà mise en mouvement par les résistances des politiciens aux propos de L'Action française et de L'Action nationale elles-mêmes.Pendant les années 1936 et 1937, la revue s'ouvre de plus en plus aux jeunes, et il sera important de consulter ces années à ce point de vue.En 1937, c\u2019est un jeune, André Laurendeau, qui en prend la direction.Son premier article, à la première page, en septembre 1937, portera sur une grève du textile et comportera une première passe d\u2019armes avec Maurice Duplessis.La revue s\u2019oriente vers une plus grande attention portée aux problèmes sociaux, à ceux du syndicalisme en particulier, contrairement encore à ce qu'ont prétendu certains adversaires aux conclusions un peu trop rapides.Avec ce nouveau directeur à plein temps, qui a justement le temps dont il était question précédemment de penser la construction de sa revue, de stimuler des collaborateurs au travail, la revue reprend pour un temps \u2014 malheureusement pas pour longtemps, car la guerre approche \u2014 reprend en s\u2019amplifiant considérablement, sa marche vers un approfondissement et un élargissement de sa doctrine.De plus, la place faite aux divers aspects de l'actualité \u2014 politique, littéraire, sociale, économique, etc.\u2014, par les chroniques et les articles courts, devient si large qu\u2019il faut renoncer, dans un relevé qui n'est pas un index, à signaler tout ce qui est d\u2019intérêt.Il faut s\u2019en tenir aux textes qui peuvent être considérés comme ayant une valeur fondamentale en tant qu\u2019ils sont synthèses ou documentation élaborée.Avec la guerre et les immenses problèmes qu\u2019elle souleva pour le Canada français, cet équilibre fut de nouveau rompu par la nécessité de concentrer les efforts ou un tir de barrage sur les problèmes immédiats de la participation et de la conscription.Les articles, chroniques, analyses nombreuses qui paraissent dans L\u2019Action nationale au cours des six années de guerre forment un ensemble important, auquel seul un index détaillé pourrait rendre justice.Qu'il suffise d'indiquer qu\u2019il y a là, sous tous les aspects qui intéressent le Canada français, une documentation unique que doit consulter quiconque veut avoir une vue de l\u2019état d\u2019esprit de la province à cette époque. LES SUJETS 865 Sauf aux phases les plus critiques de la guerre, alors que des numéros de la revue presque entiers furent consacrés à ces problèmes, le travail de réflexion et d\u2019approfondissement se continue dans des articles variés.L Action nationale s emploie à convaincre les Canadiens français que I après-guerre verra réapparaître un certain nombre de problèmes, tel en particulier le chômage, auquel elle conseille de se préparer en créant, pendant la guerre même, les cadres et les politiques qui permettront d\u2019y faire face.Une fois la guerre finie cependant, le mouvement nationaliste se trouve lancé dans une nouvelle tourmente qui l\u2019empêche de continuer son oeuvre et l\u2019oblige à des opérations défensives et à des recommencements.On en a vu la signification au commentaire qui accompagne la liste des articles de la dix-huitième enquête (p.848).Ce qui étonne quand on considère tout cet ensemble, surtout quand on songe à certaines accusations qui ont été portées contre le mouvement en général et la revue en particulier, c'est la grande présence aux problèmes de notre temps.En repassant la collection, on refait aisément toute I histoire des événements et des idées au Canada français.Problèmes ouvriers quoi qu\u2019on en ait dit, syndicalisme, chômage, sécurité sociale, problèmes du logement, etc., etc.surgissent dans la revue, par les collaborations qui sont sollicitées et les commentaires de l'équipe, au fur et à mesure qu'ils se présentent.Il est clair, à la lumière de cette vue synthétique, que ce qu'on a reproché à la revue, ce n\u2019est pas d\u2019avoir négligé ces problèmes, mais de les avoir traités en restant fidèle aux principes qu\u2019elle avait élaborés à la suite d\u2019une longue réflexion.Ce qui arrive à terme, malheureusement au moment où devant l\u2019assaut fédéral il aurait fallu I union sacrée, ce sont les effets de la dénationalisation des mouvements d'Action catholique, dont on a signalé précédemment les remous aux années 1933 à 1935.La génération qui a reçu ces enseignements entre en action au moment même où le Canada français subit le plus formidable assaut de son histoire, de la part de I élément anglo-canadien, depuis le temps de l'Union.Il s agit précisément pour Ottawa de profiter de la centralisation réalisée à la faveur de la guerre pour refaire l\u2019Union.Devant les incompréhensions qui vont en résulter, au niveau de cette gé- 866 L'ACTION NATIONALE nération peu avertie de ces problèmes, le nationalisme canadien-français va connaître une crise au sujet de laquelle on aura toujours avantage à se reporter aux deux articles majeurs de L\u2019Action nationale de décembre 1952 et janvier 1953, où André Laurendeau en fait l'analyse.À la vérité toute cette nouvelle génération, faute de la préparation suffisante, n\u2019a pas su apporter la contribution de sa propre originalité en se rattachant à l'effort de pensée et de maturation des vingt-cinq années et plus qui se terminaient.Elle s\u2019est trouvée entraînée dans un tourbillon où les meilleurs, agissant beaucoup plus selon des sentiments ou des tempéraments que par l'amorce d\u2019une véritable réflexion (qui exige du temps) sur des idées qu'ils voulaient nouvelles, se sont trouvés mis au service de toute une série d'intérêts et de préjugés, qui ne demandèrent pas mieux que d\u2019exploiter contre la nation et contre le catholicisme l'aubaine d\u2019une équipe formée au sein de l\u2019Action catholique.Ainsi s\u2019est trouvée consommée, contre le seul véritable mouvement d\u2019idées et de réformes cohérentes de notre histoire (du moins au vingtième siècle), une alliance d'intérêts politiciens adverses au Canada français, d\u2019arrivistes de tout acabit, avec un mouvement intellectuel dont les intentions étaient sans doute respectables.Un des reproches qu'on a le plus fait au mouvement nationaliste traditionnel, c\u2019est de n'avoir pas vu les effets que I industrialisation produirait dans notre province, et d'avoir continué à prêché la colonisation, d'avoir fait de « l\u2019agricultu-risme », alors qu'il fallait au contraire affirmer la vocation industrielle de la province.Cette accusation comporte tellement de malentendus, que cela seul peut l\u2019empêcher d\u2019apparaître complètement ridicule, à la lumière d\u2019un examen d'ensemble du travail de L\u2019Action nationale.Déjà l\u2019analyse des enquêtes nous a permis des précisions à ce sujet.Le tout étant ensuite considéré, cette accusation apparaît complètement en porte-à-faux, un pur anachronisme, à une époque où notre grand problème est un besoin d\u2019industries secondaires pour absorber un chômage croissant à tendance chronique.Telle n'était la situation ni en 1920, à la seule exception de la courte réaction de 1921, ni pendant la grande crise de 1929. LES SUJETS 867 À cette époque, il ne s\u2019agissait pas de pousser l'industrialisation qui se développait à un rythme tellement accéléré, que nos possibilités économiques du temps nous empêchaient d\u2019en garder le contrôle: la réadaptation sociale des ruraux appelés en ville devenait quasi impossible devant l\u2019excès d\u2019intensité, et l\u2019exode rural prenait l\u2019allure d\u2019une avalanche grosse de dangers de déséquilibre économique, étant en bonne partie conditionné par des séductions qui n\u2019avaient rien à voir avec les besoins réels du développement industriel.C\u2019est cela que les nationalistes du temps ont fort bien vu; et ils ont parfaitement diagnostiqué le mal et les difficultés.Ils voyaient juste en travaillant à ralentir le mouvement, en réclamant une politique modernisée de colonisation afin de favoriser l\u2019occupation de notre sol avant que la chose ne se fasse par des immigrés européens de tendance anglo-saxonne, comme cela serait infailliblement arrivé.Ils voyaient juste aussi, \u2014 non seulement parce que de toute façon nos moyens d alors ne nous permettaient guère de faire mieux devant l'avalanche, mais aussi parce que la décentralisation industrielle s\u2019imposait, ___ en demandant une politique d\u2019industrialisation régionale basée sur la moyenne industrie et les ressources naturelles, pour des fins davantage intérieures, plutôt que de laisser tout aller pour un développement commandé par la demande de matières premières à l'étranger.Ils voyaient juste encore, cinquante ans d'avance, en demandant en somme I équivalent d une planification souple ou indicative (et même plus que cela, à condition que l\u2019État s\u2019appuie sur des corps intermédiaires) pour diriger le mouvement d'industrialisation.Or tout cela est indiscutablement repris et répété, et réitéré, dès la première Action française; puis forme le leitmotiv d'à peu près tout ce qui s écrit dans L\u2019Action nationale, sauf que jamais on n'y accepte que cela se fasse selon le mode socialiste.Quand L\u2019Action nationale reparut en pleine crise, la situation n'était pas tellement différente, malgré les apparences.La gravité de la crise constituait une vérification même de ce qu'on avait prévu : notre industrialisation trop rapide et trop concentrée avait rendu notre économie beaucoup trop vulnérable à la moindre secousse.Et alors devant un Canada anglo-saxon de pensée profondément libérale, lui-même orga- 868 L'ACTION NATIONALE nisé de telle façon qu\u2019il était relativement impuissant à lutter efficacement contre une crise d'envergure mondiale, quelle était la mesure des possibilités réelles du Canada français?Soyons réalistes.Le retour à la terre était beaucoup plus indiqué en la circonstance qu\u2019on veut bien l\u2019admettre, surtout qu\u2019il se faisait en grand selon les méthodes proposées par L Action nationale, alors qu\u2019il équivalait à un véritable programme de travaux publics et d'aménagement régional.Et du reste, les propositions corporatives et coopératives étaient ce qui convenait le mieux à la situation, parce quelles militaient pour des réalisations concrètes immédiates tout en effectuant une préparation de cadres valables pour l\u2019avenir.C\u2019est une des caractéristiques étonnantes de toute cette école nationaliste que son réalisme pratique; sa tendance, après avoir proposé des principes, à chercher des modes de réalisation qui soient immédiatement applicables, au lieu de s\u2019en tenir uniquement aux grands plans dont on parle incessamment sans jamais pouvoir rien entreprendre tant que tout ne peut pas être entrepris ensemble.Il est vrai qu\u2019on ne trouve pas de grands appels à l\u2019industrialisation dans L\u2019Action nationale.Mais quel jugement superficiel que d\u2019en conclure que tous ces gens n\u2019en avaient vu ni la nécessité ni les problèmes ! L\u2019industrialisation se faisait; elle se faisait même trop vite.Ce n\u2019était pas tellement le thème de la nécessité de la grande industrie qu\u2019il fallait emboucher.C\u2019était celui d\u2019organiser la reconquête d\u2019une grande industrie qui nous échappait fatalement.C\u2019était, en attendant, de pousser la moyenne industrie selon un plan d'aménagement rationnel.C\u2019était de créer des cadres à la fois dynamiques et équilibrés: et la double conjonction du corporatisme et du coopératisme était ce qu\u2019il y avait de mieux à cette fin.On ne fera pas mieux dans l\u2019avenir, surtout en termes de gens qui, comme les adversaires idéologiques du nationalisme, ne voulaient pas entendre parler de réalisations capitalistes.Pour en finir avec cette histoire de l'industrialisation et du clergé qui a voulu nous maintenir dans l\u2019agriculture et dans la pauvreté, citons ce texte savoureux de M.l\u2019abbé Lionel Groulx dans une allocution de 1928, reproduite dans L\u2019Action canadienne-française : LES SUJETS 869 Vous savez comment l\u2019on entendait, dès 1850, cette politique vitale qu'est la politique de peuplement au Canada.Je vous étonnerai peut-être en vous disant que, dès 1849, l'on prévoyait le grand avenir industriel du Bas-Canada.Dès lors, tout en prêchant l'établissement des terres neuves et la fondation d'un enseignement professionnel agricole, on priait le gouvernement d'utiliser « nos nombreux et excellents pouvoirs d\u2019eau », « d\u2019établir des manufactures domestiques » qui « pourraient s\u2019alimenter des matières brutes que le pays fournit en abondance, comme le bois, le fer, etc.» Et peut-être, à une heure où l\u2019on tient volontiers le clergé responsable de nos retards dans l'ordre économique, peut-être vous étonnerai-je encore davantage en vous disant que cette supplique était faite aux chefs politiques des Canadas-Unis, par le clergé du diocèse de Montréal ?Savez-vous encore que, dès 1849, l\u2019abbé J.-B.-A.Ferland, l'historien, mettait en garde nos gouvernements contre l'exploitation déréglée de la forêt canadienne : « Exploitez nos belles forêts », disait-il, \u20ac mais exploitez-les sagement; ne les livrez pas à des spéculateurs qui mangent en herbe le pain destiné à nourrir vos enfants ».L\u2019actuel directeur de la revue se sent parfaitement à l\u2019aise pour que ces choses soient dites, car il ne vient que d'en prendre la direction, et ce sont ses devanciers qu\u2019il exalte, à qui il rend justice contre des détracteurs si persuasifs qu\u2019ils ont même fini par convaincre certains « vieux nationalistes » eux-mêmes de s'engager dans la voie, si à la mode, des confessions et des aveux.Il arrive, en effet, qu\u2019à défaut de retourner en arrière, de revoir l'ensemble on oublie soi-même ce qu\u2019on a fait; et que dans un esprit de conciliation on finisse par admettre même ce qui ne devrait pas l'être.Tout compte fait, l\u2019école nationaliste traditionnelle aura fait plus que toute autre école pour le relèvement du Canada français.Son problème à l\u2019heure actuelle, c\u2019est qu\u2019au sortir de plusieurs périodes de luttes épuisantes contre l'impérialisme britannique, contre la centralisation fédérale, elle doive maintenant retarder encore son avance pour entreprendre une lutte idéologique interne contre ceux qui veulent bien d\u2019un Canada français, mais à condition qu\u2019il se révolutionne et cesse d\u2019être ce qu'on a appelé jusqu'ici le Canada français.Cette lutte est plus saine que les précédentes, car au moins porte-t-elle sur l'essentiel et tend-elle à être autant constructive de l'avenir que défensive d\u2019une tradition.Mais il faut en finir avec les mesquineries des petits esprits qui évitent systématiquement de parler de L\u2019Action nationale, qui écrivent à l'occasion qu'aucune revue n\u2019a réussi à tenir au Canada français, et 870 L'ACTION NATIONALE se vantent de leurs dix ou quinze années, en affectant de ne pas voir qu\u2019il n\u2019existe qu\u2019une revue qui peut faire remonter ses origines au début du siècle.Honneur est dû à l'école nationaliste traditionnelle pour cette oeuvre toujours si adaptée à notre temps que ses adversaires d\u2019hier ne voient plus rien de mieux pour s'établir que d'assumer sa grande idée de base \u2014 le nationalisme \u2014 peur tâcher d\u2019y faire entrer leurs produits.L\u2019énumération qui suit n'est pas un index, mais une indication des principaux sujets qui ont été abordés, dans la revue dans le cours d\u2019une année, et de façon telle qu\u2019il y ait encore intérêt à s\u2019y référer aujourd\u2019hui pour l\u2019étude des questions concernées.Les chiffres indiquent justement les années de la revue dépourvues du millésime, dans lesquelles on devra chercher.Car il faudra prendre garde justement, d\u2019une part comme il vient d'être dit que la mention indique une présence dans l\u2019année mais non le nombre de fois que cette présence peut s\u2019être manifestée; et d\u2019autre part que c\u2019est le sujet qui est classifié de sorte qu'il peut se trouver déguisé sous un titre d\u2019article qui ne le désigne pas à première vue.Il y aura lieu, en particulier, de prendre bien garde de ne pas juger de l\u2019intérêt porté à un sujet par le nombre d\u2019années où il apparaît avoir été traité ici.D\u2019abord, mentionné une fois pour une année, il peut indiquer un nombre indéterminé d\u2019articles; et puis, s\u2019il n'est pas mentionné, il peut quand même être partie même importante d\u2019un ou de plusieurs articles plus généraux ou plus spéciaux: quand il est indiqué, c\u2019est parce qu\u2019il apparaît en tant que tel, spécifiquement.La date n\u2019indique ni que ce fut la première ni que ce fut la dernière fois que le sujet a été mentionné et même développé à l\u2019intérieur d\u2019un autre sujet.Guide commode pour montrer l\u2019intérêt d\u2019une consultation et donner une idée du champ couvert, la liste des sujets n\u2019est qu\u2019un appel à la consultation; non pas un indicateur précis qui puisse dispenser de chercher.Il serait facile de multiplier à partir de la liste, les exemples du ridicule dans lequel on tomberait si on prétendait en tirer la preuve que la revue n\u2019a pas parlé plus que tant de fois de tel sujet, ou n\u2019en a pas parlé avant ou après telle date.Tout ce qui est fait ici, c\u2019est de vous mettre, sur une piste, et de vous dire: Cherchez et vous trouverez.Mais ce travail sommaire assure que dans les années mentionnées, un ou plusieurs textes ont abordé tout particulièrement le sujet indiqué; et qu\u2019on trouvera là, d\u2019une façon très générale, la pensée assez constante de l\u2019équipe, quoique pas nécessairement. LES SUJETS 871 \u2014 A \u2014 Académie canadienne-française : 45.Acadie : 47, 48 .54 .55.60-61.ACELF : 60-61.61-62.Aciérie : 61-62.A.C.J.C.: 54.59-60.Agriculteur : 20, 26.Agriculture (crédit agricole): 28.(habitat rural) : 33.(notre problème): 21, 24, 26, 27, 33, 34, 35, 37.38, 47, 59-60.(retour à la terre): 33.(sécurité sociale): 51.Agriculturisme : 59-60.Alcoolisme : 44.Allocations familiales : 28, 44, 45.Américains et nous : 23, 33, 41, 53, 55, 59-60, 60-61.Amérique latine : 43, 50.Anglo-Canadiens : 40, 59, 59-60, 61-62.Anglomanie : 24, 34.Annexion : 41, 60-61.Anti-cléricalisme : 60-61.Armée canadienne et Canadiens français : 51.Art (Questions d'): 21.22.23.33, 37, 40, 41.45, 47, 49.52.Artisanat : 45.Artiste et vie nationale : 20.Assimilation : 56.Assurance-chômage : 38, 41.Assurance-hospitalisation : 59-60, 60-61.Assurance-santé : 42.Autonomie provinciale : 40.41, 44, 49, 55, 58,\t59, 59-60, 60-61, 61-62.Avocat (rôle social): 54.\u2014 B \u2014 Banque d'affaires : 58, 59-60.Bernard, Harry (Pensée nationale à 25 ans): 26.Bibliothèques : 40.Bilinguisme : 20, 25, 33, 35, 38, 40, 41, 42, 45.46.49, 54, 55.59-60.60-61, 61-62.Bilinguisme (affaire Ida Henderson): 55.Bills 19 et 20 : 54.Bloc populaire : 42, 43, 44.Bonne entente : 25, 55.Bourassa, Henri (Pensée de): 54.(selon le chan.Groulx): 59.(vs Tardivel): 54.Bourgeoisie : 39.Bruchési, Jean (Pensée nationale à 25 ans): 26.Brunet, Michel (L'histoire selon): 59,\t59-60, 60-61.\u2014 C \u2014 Cabotage : 56.Canadiens français (L'anglais des): 59.(caractéristiques): 22, 23, 24, 52.(carrières économiques): 22, 59.(compétence): 45, 46.(inventaire): 50, 55.(problème culturel et économique): 17-27, 37.40, 41, 51, 52, 55.56.58.59.Canalisation du Saint-Laurent : 40, 41.Capital étranger : 24, 33, 55.Capitalisme : 33, 46.Capital humain : 24, 26.Catholicisme : 23, 27, 33, 39, 48, 50.C.C.F.: 33, 42.45, 55, 56.Censure : 61-62.Centralisme : 44, 48, 54, 55, 59-60, 61-62.Chaloult, René (Pensée nationale à 25 ans): 26.Château Maisonneuve - Queen Elizabeth : 55, 56.Chemins de fer : 27.Chevaliers de Champlain : 59-60.Chevaliers de Colomb : 51, 52, 58.Chômage : 39, 59-60, 60-61.Cinéma : 24, 33.51, 53.54.55.Cinéma (ONF): 55.« Cité libre » : 51.60-61, 61-62.Civilisation américaine : 59-60.Civilisation canadienne-française: 53, 56, 57.Classes moyennes : 51.Colonisation : 18, 26, 27, 34 .44, 47, 50.51.Colonisation (française en Ontario): 19.Commerce : 21, 27.Commission fédérale du Service civil : 46.Commission Massey : 50, 51.Commission Tremblay : 53.Commonwealth : 39, 60-61.Communauté Barbu : 50.Communauté de travail : 60-61.Communisme : 53, 60-61.Compagnies et A.A.N.B.: 36.Confédération : 20, 27.34.54, 59-60, 60-61.Confédération (constitution): 34, 36, 37, 43, 49, 56 , 58, 59-60, 60-61, 61-62.Conflits industriels : 46.Conscription : 42, 45.Conseil des Arts : 60-61, 61-62.Conseil de stratégie du Canada français: 54.Conseil économique: 28, 59-60, 60-61.Conseil privé : 49.Coopératives : 38, 40, 42, 44, 45, 47, 49, 51, 59-60, 60-61, 61-62.Coopératives (agricoles): 28.Coopératives (d'électricité): 45, 48 , 60-61.Corporation d'Expansion financière : 58, 60-61.Corporatisme : 36, 38, 40, 42, 46, 55.Cour suprême : 59-60.Cour suprême des Etats-Unis : 49.Crédit à tempérament : 47.Crédit social : 38, 39, 44.54.C.T.C.C.: 22, 51.59-60.60-61.Culture : 37, 40-42, 51, 58.59.59-60, 60-61, 61-62.\u2014 D \u2014 Député et vie nationale : 20.Démocratie : 41, 49, 50 .53 , 54.60-61.Désaveu dans l'A.A.N.B.: 37. 872 L'ACTION NATIONALE Dictature économique : 33, 44.Directives générales : 51, 52 , 54.Doctrine sociale de l'Eglise : 60-61.Drapeau provincial : 48.Droit civil : 36, 37, 55, 59-60, 61-62.Droits de l'homme : 60-61.Économique et civilisation : 41.Économiste : 55.Édition canadienne-française : 40.Éducateur (statut professionnel): 58.Électricité : 34, 59-60, 61-62.Élite : 46, 47.Émigration : 24, 26, 28, 48.Encycliques : 33.Enseignement : 18, 21, 25, 27, 34, 37, 50.51, 52, 55, 56, 57, 58, 59, 59-60, 60-61, 61-62.Enseignement (agricole supérieur): 35.Enseignement (école rurale): 38.Enseignement (éducation nationale): 33, 34, 35, 36.56, 59-60, 60-61.Enseignement (éducation physique): 37, 38, 39.Enseignement (français): 57.Enseignement (français aux États-Unis): 55.Enseignement (régime scolaire du Québec) : 28.Enseignement (secondaire): 34, 40, 41, 59, 59-60, 60-61, 61-62.Enseignement (technique et professionnel): 52, 59, 60-61.Enseignement (universitaire): 20, 34.Entreprise privée : 49.Épargne : 34.Esprit de parti : 24.Estrie : 52.État : 43, 46, 59, 59-60, 60-61.État du Québec: 22, 49.52.54, 59-60.61-62.Étatisation : 44.59-60, 60-61, 61-62.Exode rural : 47, 51.\u2014 F \u2014 Faculté des Arts : 61-62.Famille : 40, 43, 59-60, 60-61.Fascisme : 37, 38.Fédéralisme : 47, 50, 51.Femme : 18, 26, 33, 35, 44.Fidélité française : 52.Finances scolaires du Québec : 46.Flamands : 39, 59-60.Foi : 18.Fonctionnarisme fédéral : 33, 41, 42, 46, 48.Fonds Henri-Bourassa : 55.France : 45, 46.52, 53.59-60.Fraternité française : 18.\u2014 G \u2014 Gaspésie : 24, 38.Gauche (la): 53, 56, 57.Ghandi : 43.Gouvernement fédéral (éducation): 57.Gouvernement fédéral (fonctionnarisme et Canadiens français): 33, 41, 42, 46, 48).Gouvernement fédéral (français): 24, 33.Gouvernement fédéral (relations fédérales-provinciales): 37, 39, 45, 46, 47, 50, 52, 56, 59-60, 60-61.Gratuité scolaire : 58, 59, 59-60, 60-61.Grec : 52.Grèves : 37, 53.Groulx (chan.) et problèmes actuels : 57.Guerre : 39-44, 45, 50.52.Guerre (juste): 46, 47, 49.Histoire (textes historiques parus dans la revue, dont un bon nombre sous la signature du chanoine Groulx \u2014 présentés dans l'ordre chronologique de leur publication) et à l'exclusion des textes évoquant des personnages que l'on trouvera sous la rubrique « Personnalités .».1918\t\u2014 La position du fort du LONG-SAULT.\u2014 Les ZOUAVES.\u2014 La première CANADIENNE.1919\t\u2014 GRAND-PRÉ.1920\t\u2014 Origines de l'ALBERTA.1921\t\u2014 Origines de la SASKATCHEWAN.\u2014 Les FÉNIENS.\u2014 L'ÉGLISE catholique au Canada.\u2014 Le 14 JUIN 1671.1922\t\u2014 Le PRÊTRE franco-américain.\u2014 L'HÔTEL-DIEU de Montréal.\u2014 Les SOEURS de Sainte-Anne.1923\t\u2014 La découverte du MISSISSIPPI.\u2014 VOYAGEURS français en Nouvelle-France.1924\t\u2014 Le FOLKLORE gaspésien.1925\t\u2014 Les MARTYRS canadiens.1926\t\u2014 Les PATRIOTES de 1837 et l'Église.\u2014 L'ÎLE-AUX-TOURTES.1927\t\u2014 Le SAINT-MAURICE. LES SUJETS 873 1933 \u2014 Arrière-plan d'histoire AMÉRICAINE.\u2014 Les vieux JOURNAUX du British Museum.1935\t\u2014 Thomas CHAPAIS, historien.\u2014 Un chef de 33 ans : LAFONTAINE.1936\t\u2014 La démission de Lord DURHAM.1937\t\u2014 Causes économiques de la RÉBELLION de 1837.1938\t\u2014 La misère des COLONS en 1837.\u2014 Nos premières RELIGIEUSES.\u2014 TALON.1939\t\u2014 Jacques MARQUETTE.1940\t\u2014 Le départ de MAISONNEUVE.1941\t\u2014 Le centenaire de l'UNION des Canadas.\u2014 Fondation de VILLE-MARIE.\u2014 Le MANITOBA français.1946\t\u2014 Le traité d'UTRECHT.\u2014 Le rapport DURHAM.\u2014 CIVILISATION canadienne après la Conquête.\u2014 Les VAINQUEURS.\u2014 La Conquête et la VIE ÉCONOMIQUE des Canadiens.1947\t\u2014 Misères des derniers jours de la CONQUÊTE.\u2014 L'ÉCOLE LITTÉRAIRE de Montréal.\u2014 L'ACADIE dans la littérature.1948\t_ Le COUREUR DES BOIS.\u2014 DÉCOUVERTES de 1672-1743 et Empire français.\u2014 Deux RÉPUBLICAINS canadiens au XIXe siècle.1949\t\u2014 Le sentiment RÉPUBLICAIN au Canada de 1830-1850.1951\t\u2014 L'ARISTOCRATE au Canada d'autrefois.1952\t\u2014 Vue d'ensemble sur le RÉGIME BRITANNIQUE au Canada.1953\t_ L'HABITANT.1954\t_ Les CENT-ASSOCIÉS.1956\t\u2014 La tradition NATIONALISTE jusqu'à la Confédération.1957\t\u2014 L'unité fonctionnelle de la CIVILISATION canadienne.Histoire (enseignement): 23, 36, 41, 61-62.Histoire (et nationalisme): 18.Hommes d\u2019affaires et vie nationale : 20.Hôtellerie : 45.Humanisme : 47, 48, 55, 61-62.Hygiène industrielle : 49.Immigration : 27, 28, 34, 42, 43, 48, 51, 54.Immigration (française): 52.Impérialisme britannique : 39, 44.Impôt provincial sur le revenu : 54.Indépendance du Canada : 44, 46, 47, 48, 50,59.Industrie : 21, 22.Industrialisation : 26.Ingénieurs : 56.Institut canadien des affaires publiques : 55.Instituteurs et vie nationale : 20.Internationalisme : 48.Irlandais (Congrès international): 22.Irrédentisme : 59-60.Jeunesse : 18, 23, 33, 34.35, 36.37.51.56.57, 59-60, 60-61, 61-62.Journalisme : 33, 51, 52, 54, 55, 56.Juifs : 33, 34.Laïcisme : 24, 60-61, 61.-62.Langue : 18, 27, 34 .40, 44, 50.51, 52, 53, 55, 57, 58, 59.59-60, 60-61, 61-62.Langue (refrancisation): 33, 51, 56, 58.Lévesque, Albert (Pensée nationale à 25 ans): 26.Linguistique (Questions de): 17-28.Littérature (Analyse d'auteurs canadiens) : Eugène ACHARD : 26.Claude AUBRY : 46.Pierre BAILLARGEON : 45.Marîus BARBEAU : 38.Victor BARBEAU : 37, 39, 44.Nérée BEAUCHEMIN : 23, 27, 28.Henri BEAUPRAY : 44.André BÉLAND : 45.Pierre BENOIT : 45, 46.Réal BENOIT : 45.Antoine BERNARD : 25, 46.Harry BERNARD : 25,27, 51.Jovette BERNIER : 45.Jean BRUCHÉSI : 22, 44.Berthelot BRUNET : 45, 46.Louis-Joseph CHAGNON : 26.Robert CHARBONNEAU : 42, 44, 45 46, 48.Robert CHOQUETTE : 25.33.44, 55.Émile CODERRE : 23.Laure ANGERS-CONAN : 18.24.25.Octave CRÉMAZIE : 47.Claude DABLON : 44.Henri D'ARLES : 25.Marie-Claire DAVELUY : 26.Alphonse DÉSILETS : 23.Rex DESMARCHAIS : 42.Léo-Paul DESROSIERS : 38, 40.42.Serge DEYGLUN : 51.Raymond DOUVILLE : 39.Pierre-Cari DUBUC : 44. 874 L\u2019ACTION NATIONALE Marcel DUGAS : 44.Jacqueline DUPUY : 46.Robert ÉLIE : 51.Albertine FERLAND-ANGERS : 24, 46.Jean FILIATRAULT : 55.Jules FOURNIER : 23.Louis FRÉCHETTE : 25, 44.Guy FRÉGAULT : 44, 45, 46.Helène-J.GAGNON : 45.Jean-B.GAGNON : 24.Jean-Louis GAGNON : 44.Maurice GAGNON : 40.F.-X.GARNEAU : 26, 44.Saint-Denys GARNEAU : 38.Sylvain GARNEAU : 51.Gratien GÉLINAS-FRIDOLIN : 42.49.50.Léon GÉRIN : 38.Charles GILL : 47.André GIROUX : 51.Alain GRANDBOIS : 44, 45, 49.Madeleine GRANDBOIS : 45.Éloi de GRANDMONT : 51.Lionel GROULX : 23 .25, 44 , 46, 56.Germaine GUÈVREMONT : 45, 48.Arthur GUINDON : 23.Charles HAMEL : 51.François HERTEL : 39, 40, 41, 44, 45.47.Léopold HOU LÉ : 40.45.Edmond LABELLE : 45.Dominique LABERGE : 45.Gustave LAMARCHE : 37, 44.Paul-Émile LAMARCHE : 18.Blanche LAMONTAGNE: 23, 24, 26.André LANGEVIN : 52.Rina LASNIER : 41, 45, 48, 51, 60-61.Félix LECLERC : 44.Roger LEMELIN : 44.Michelle LENORMAND : 18.Lionel LÉVEILLÉ : 26.Albert LOZEAU : 23, 24.Jacqueline MABIT : 45.Abbé MAHEUX : 41.Laurette MALO : 40.Reine MALOUIN : 51.Clément MARCHAND : 40, 41.Séraphin MARION : 44.45.Joseph MARMETTE : 45.José MARSILE : 25.Olivier MAURAULT : 25.Olivier MILICENT : 24.Claude MELANÇON : 40.Édouard MONTPETIT : 37.44.Louvigny de MONTIGNY : 45.Paul MORIN : 23.Gérard MORRISSET : 44.Émile NELLIGAN : 46.Ernest PALLASCIO-MORIN : 46.Ubald PAQUIN : 24.Jean PELLERIN : 51.Albert PELLETIER : 33.Damase POTVIN : 35.Marcel RAYMOND : 42.Panneton RINGUET : 39, 42, 48.50.Robert de ROQUEBRUNE : 23.24.28.Camille ROY : 23.Gabrielle ROY : 45, 50.51.Robert RUMILLY : 45, 46, 56.Félix-Antoine SAVARD : 38, 44.Guy SYLVESTRE : 42, 45.Thérèse TARDIF : 51.Yves THÉRIAULT : 45.51.Geneviève de la TOUR-FONDUE : 44.Marcel TRUDEL : 45.Jean-Marie TURGEON : 44.Jean VAILLANCOURT : 55.Grignon-VALDOMBRE : 37.Armand YON : 28.Littérature (Questions de): 20, 21, 22, 27, 28, 46, 47, 55, 61-62.Logement : 47, 48, 49.Lois françaises : 27, 44, 48.Lois sociales : 45.Loisirs : 40.42, 43, 49.Lortie, Léon (Pensée nationale à 25 ans): 26.Louisiane : 55.\u2014 M \u2014 Machinisme : 46.Manuels : 41, 50, 57, 61-62.Marion, Séraphin (Pensée nationale à 25 ans): 26.Médecins de campagne : 47.Mère de famille : et vie nationale : 20.Méthodologie des sciences sociales : 58.Ministère de l'Éducation : 61-62.Minorités : 37, 44, 55, 59-60, 61-62.Minorités (Colombie): 56, 58.Minorités (Franco-Américains): 33, 34, 45, 50, 52, 55.Minorités (Nouveau-Brunswick): 35.Minorités (Manitoba): 34, 41, 57, 58 , 59.Minorités (Ontario): 1917-28, 33, 49, 51, 54, 58, 59-60.Minorités (Ouest canadien): 1918-28, 54, 57.Mînville, Esdras (Pensée nationale à 25 ans): 26.Monnaie bilingue : 33, 35.Mortalité infantile : 24.Musique : 28, 44.\u2014 N \u2014 Natalité : 18.Natalité (Empire britannique): 38.Natalité (Limitation): 61-62.Nation : 45, 46, 50, 59-60.Nationalisme : 18.27, 28.34, 35, 37, 39, 43, 48.56, 58.59-60, 60-61.Nationalisme (Canadiens français): 52, 53.55.Nationalisme : (religion) : 18, 34.Nationalisme : (socialisme) : 58.National-socialisme : 37, 38.Néo-Canadiens : 42, 43, 45.Noms géographiques : 51, 53.NPD : 61-62.\u2014 O \u2014 Ouvriers : 21, 47-48, 50, 59-60. LES SUJETS 875 \u2014 p \u2014 Paix : 49, 51.Pacifisme : 49.Paroisse dans vie nationale : 18.Participation aux bénéfices : 51.Patriotisme : 35, 49, 58, 59, 59-60, 60-61, 61-62.Personnalisme : 38.Personnalités canadiennes-françaises : P.Papin ARCHAMBAULT : 24.Olivar ASSELIN : 26, 37, 41, 53.Mère Charlotte BARRÉ : 28.Pierre BÉDARD : 19.Cardinal BÉGIN : 25.Sénateur BELCOURT : 24.Mgr BÉLIVEAU : 24.François BIGOT : 46, 49.Mgr Joseph BONHOMME : 33.Errol BOUCHETTE : 19.Barbe de BOULLONGNE : 21.Henri BOURASSA : 25, 52, 54, 59, 59-60.Napoléon BOURASSA : 19.Marguerite BOURGEOYS : 19, 20.Mère Judith Moreau de BRÉSOLES: 25.Thomas CHAPAIS : 25, 35.Jérôme-Adolphe CHICOYNE : 19.Mgr COMTOIS : 35.Mqr COURCHESNE : 28.Guillaume COUTURE : 50.L.-O.DAVID : 26.Edmond DE NEVERS : 19.Alfred DE SÈVE : 34, 50.Dollard DES ORMEAUX : 17-28, 46.59-60.Dr Jules DORION : 25.Jean DRAPEAU : 54.Joseph DUBUC : 24.Dominique DUCHARME : 50.P.Adélard DUGRÉ : 25.Rodolphe DUGUAY : 33.Maurice DUPLESSIS : 33.Albert FOISY : 24.Mgr FORGET : 34.Jules FOURNIER : 53, 59-60.Athanase FRÉCHETTE : 56.J.-J.GAGNIER : 49.Ferdinand GAGNON : 19.Hector GARNEAU : 45.Mgr GAUTHIER : 40.Dr Joseph GAUVREAU : 42.Samuel GENEST : 33.Mgr P.-E.GOSSELIN : 55.Lomer GOUIN : 23.André GRASSET : 27.Ernest GRÉGOIRE : 34.Abbé Lionel GROULX : 33, 44.50, 51.Dr Philippe HAMEL : 36, 54.Abbé Pierre HÉBERT : 24.Marie de l'INCARNATION : 27.P.Josaphat JEAN : 22.Barthélémy JOLIETTE : 23.Le curé LABELLE : 33.Dr Jacques LABRIE : 19, 22.Mgr LAFLÈCHE : 24.Louis-Hippolyte LAFONTAINE: 17.35.P.Louis LALANDE : 26.Mgr C.-A.LAMARCHE : 28.Philippe LANDRY : 20, 21.Mgr LANGEVIN : 55.Mg Alfred LANGLOIS : 24.Ernest LAPOINTE : 24.41.Mgr LATULIPPE : 23.Mgr de LAVAL : 23.Calixa LAVALLÉE : 19, 33 .36.Armand LAVERGNE : 33, 35.Les LAVIGNE : 49.P.Guillaume LEBEL : 25.Jeanne LE BER : 19.Burton LEDOUX : 49.Mère Marie LEDUC : 28.P.Camille LEFEBVRE : 19.Rodolphe LEMIEUX : 28.Edmond LEMOINE : 23.La mère des LEMOYNE : 19.P.Georges-H.LÉVESQUE : 54.M.de MAISONNEUVE : 40.Jacques MARQUETTE : 39.Ennemond MASSÉ : 46.Mgr Arthur MELANSON : 33.Honoré MERCIER : 40, 48.Pierre-Basile MIGNAULT : 46.Emile MILLER : 22.Esdras MINVILLE : 38, 45.Edouard MONTPÉTIT : 23, 45.Hïncks & MORIN : 33.Louis-Joseph PAPINEAU : 21.Mgr PAPINEAU : 28.Mgr L.-A.PAQUET : 24, 33.René PARÉ : 55.Etienne PARENT : 39.Georges PELLETIER : 47.Romain-O.PELLETIER : 50.Madame de la PELTRIE : 21.Antonio PERRAULT : 54.Joseph-Edouard PERRAULT : 26.Mgr Philippe PERRIER : 47.Rodolphe PLAMONDON : 40.Abbé Léon PROVENCHER : 19.P.Sébastien RASLE : 24.Louis RI EL : 45.Mgr F.-X.ROSS : 24.Pierre-Georges ROY : 26.Mgr P.-E.ROY : 27.Chas-Waugh SABATIER : 33.Arthur SIDELEAU : 45.Père TABARET : 28.Mgr TACHÉ : 23.Jean TALON : 38.Jules-Paul TARDIVEL : 19.Jules TREMBLAY : 27.Guy VAN 1ER : 25.P.Rodrigue VILLENEUVE : 25.Plébiscite pour la conscription : 42.Politique (questions de): 27, 35, 40, 41, 43, 44, 47, 48, 51.52.57.Politique économique : 18, 37, 52, 55.Politique fédérale : 35-62.Politique internationale : 42, 45, 46, 49, 50, 51, 52.53.Politique nationale : 37.Politique provinciale : 35-62.Pontiac (comté de): 55, 56.Presse : 24 .51, 54, 56.Prêtres : 20, 50. 876 L'ACTION NATIONALE Professionnel et vie nationale : 20.Progrès social et nationalisme : 56.Propriété : 48.Protestants canadiens-français : 59-60.Publiciste et vie nationale : 20.\u2014 9 \u2014 Queen Elizabeth - Château Maisonneuve : 55, 56.\u2014 R \u2014 Radio : 34, 47, 52.Radio-Canada : 54, 56, 60-61, 61-62.Rapport Gordon : 59-60.Rapport Massey : 51, 52, 60-61.Rapport Rockefeller : 59-60.Rapport Sirois : 40, 44.Rapport Tremblay : 56, 57, 60-61.Recensement de 1951 : 53.Régionalisme : 35, 36, 37.Relations industrielles : 56.Religions au Canada : 34.République : 48, 49, 59-60.Restauration sociale : 33.-S.- Saint Jean-Baptiste (Fédération des): 57.Salariat : 47, 52.Sciences naturelles : 33.Scoutisme : 54.Sécurité sociale : 44, 49, 51, 59-60.Sénat : 46.Séparatisme : 23, 36.57, 60-61, 61-62.Sociale (question): 33, 40, 49, 50.Société générale de financement : 61-62.Subventions fédérales : 52, 56, 57.Syndicalisme : 38, 42, 51, 52, 54, 56, 59-60.60-61.Syndicats catholiques : 22.\u2014 T \u2014 Technocratie : 52.Télévision : 59, 59-60, 60-61.Terre-Neuve : 47.Théâtre : 24, 38.44.Tourisme : 55.Traditions : 22.Travail : 39, 44, 47, 59-60, 60-61.Trudeau, Pierre-Elliott (et « La Grève de l'amiante»): 56, 57, 58.Trust de l'aluminium : 43.\u2014 U \u2014 Ungava : 54, 56.Union catholique des cultivateurs : 25.Union culturelle française : 53, 55.Universités : 46, 52, 56.57, 59-60, 60-61.Université de Montréal : 37.Université Laval : 47, 52.\u2014 V \u2014 Vacances (enquêtes pour étudiants): 38.Vertus sociales : 41.Vice-roi canadien : 52, 59-60.Voyageurs de commerce et vie nationale : 20.Voyer, P.Raymond-Marie (Pensée nationale à 25 ans): 26. Manifestes Mémoires Déclarations ' 7 Ayant à sa disposition une revue, la Ligue d Action nationale a senti moins souvent que d\u2019autres organisations le besoin de rejoindre le public par d\u2019autres moyens.Une revue mensuelle cependant a des lenteurs qui ne sont pas toujours compatibles avec les exigences de l\u2019actualité.Au surplus, I importance que prit la Ligue devant l\u2019opinion publique, en raison des hommes qui la composaient, l\u2019incita à d\u2019autres formes d\u2019expression dans les grands moments de la vie nationale.Des prises de position de ce genre \u2014 manifestes, lettres ouvertes, déclarations, mémoires \u2014 eurent lieu à propos de l'enseignement de l\u2019anglais, de la question du Labrador, de la guerre, de la situation internationale d\u2019après-guerre et des questions fédéra les-provinciales.REQUETE DES DIRECTEURS DE LA LIGUE D\u2019ACTION FRANÇAISE aux membres du Comité catholique de l\u2019Instruction publique sur l\u2019enseignement du français (octobre 1920) La récente refonte du programme relatif à l\u2019enseignement concurrent de l\u2019anglais et du français à 1 école primaire inquiète la Ligue.Elle soumet au Comité qu\u2019 « il faut, sans hésiter, considérer la langue maternelle comme matière principale dominant toutes les autres, et l\u2019autre comme matière secondaire à laquelle sera consacré beaucoup moins de temps et de soin.Nous croyons avec les meilleurs pédagogues que la langue maternelle doit être, dans les premières années d\u2019enseignement, la langue unique, que 1 autre ne doit être introduite qu\u2019à l\u2019heure où l\u2019élève pourra l\u2019apprendre sans risquer de déformer ses notions du français pai des confusions de sons ou d\u2019orthographe».La déclaration demande aux membres du Comité catholique d\u2019éviter de propager l\u2019erreur commise par certains collèges commerciaux, dont les diplômés ne sa- 380 L'ACTION NATIONALE vent pas leur français.« Nous pourrions citer telle grande école de Montréal » (il s\u2019agit de l\u2019Ecole des Hautes Études commerciales et du témoignage qu\u2019en apportait M.Minville à la Ligue) « où les élèves qui viennent de ces institutions et quelquefois des diplômés possédant fort bien l\u2019anglais, sont incapables de subir l\u2019examen d\u2019entrée pour les matières françaises.Les diiecteurs de plusieurs collèges commerciaux ont trop facilement cédé, semble-t-il, aux exigences injustifiables de quelques pères de famille dominés eux-mêmes par des vues exclusivement utilitaires.» ,, * ^ous vous supplions donc humblement, assurés d être en communauté de pensee avec vous, de défendre une institution d\u2019où dépend notre survivance, notre qualité de peuple français et apostolique.Notre patrimoine est tel qu\u2019il ne peut être sauvé que s\u2019il est défendu dans son intégrité.Nous vous supplions de ne pas abandonner à des maîtres, à des directeurs, à des inspecteurs d\u2019école dont l\u2019ampleur ou la tournure d\u2019esprit nous laisse quelque inquiétude, le soin de fixer eux-mêmes la physionomie des écoles où sont élevés nos enfants, de ne pas livrer surtout à la libre interprétation de ces pédagogues le sort de l\u2019enseignement du français dans notre province.Nous demandons, en un mot, que d\u2019étroites préoccupations utilitaires ne relèguent pas au second rang les intérêts supérieurs de notre peuple.MEMOIRE SUR LE LABRADOR (adressé au premier ministre du Québec, Louis-Alexandre Taschereau, le 21 mars 1927) La Ligue refuse d\u2019accepter que la question du Labrador soit considérée comme réglée par la décision que venait de rendre le Conseil privé, établissant, tel qu\u2019il est aujourd\u2019hui, le Labrador terreneuvien.Pour éviter toute difficulté dans 1 avenir, il faut acheter les droits de Terre-Neuve sur le Labrador.Cela est nécessité par l\u2019aspect géographique : l\u2019unité territoriale de la péninsule québécoise.Aussi par l\u2019aspect MANIFESTES, MÉMOIRES, DÉCLARATIONS\t881 politique: «Nous n\u2019avons pas le droit d\u2019oublier, pour les générations à venir du Québec, sinon pour la nôtre, la position géographique qu\u2019occupe Terre-Neuve, embouteillant le Saint-Laurent, ni les droits de navigation concédés aux États-Unis sur le même fleuve.Il faut prévoir le jour où les provinces de l\u2019Amérique du Nord, devenues des États, sentiront le besoin d articuler librement leur vie économique.Pendant qu\u2019il en est temps, ne laissons pas se poser d\u2019inévitables casus belli.» Au surplus, cette partie du territoire est riche, avec en particulier sa chute Hamilton, plus forte que le Niagara, ses forêts, son domaine de chasse et de pêche.« Soyons des administrateurs perspicaces du bien commun du Québec.Gardons tout ce qui présentement est confié à nos soins.Au sujet du Labrador, qu\u2019un jugement vient de mettre à l\u2019ordre du jour, ne commettons pas une lourde faute d\u2019omission.L histoire nous la reprocherait amèrement.« Nous admettons aujourd\u2019hui que trop souvent l\u2019Angleterre, dans les conflits internationaux, sacrifia nos droits d\u2019un coeur léger.Puisque nos destinées dépendent de plus en plus de nous seuls, soyons, tous ensemble, dans une unanimité parfaite, à la hauteur de nos responsabilités vis-à-vis de nous-mêmes et des générations futures.» MANIFESTE SUR LES MENACES DE GUERRE (octobre 1938) A Munich, Chamberlain rencontrant Hitler vient de sauver la paix dans l\u2019immédiat.On est optimiste.La Ligue d\u2019Action nationale rappelle aux Canadiens que « Mein Kampf n\u2019est pas entièrement réalisé ».La vigilance de l\u2019opinion publique est donc encore nécessaire si l\u2019on ne veut pas que le Canada se trouve engage à l\u2019aveuglette dans une autre aventure guerrière.La Ligue rappelle que le Canada « Puissance d\u2019Amérique, État autonome, nation de troisième ordre dans la vie politique internationale, c\u2019est-à-dire sans influence, 882 L'ACTION NATIONALE et par suite, sans responsabilité morale dans la prévention des conflits, n\u2019a aucune obligation, ni aucun intérêt à se porter garant de qui que ce soit ou à participer à aucun des conflits politiques de l\u2019Europe.» Dans de telles conditions, le Canada, dans ses engagements, « ne doit pas aller au delà d\u2019une bienveillante neutralité ».L\u2019opinion publique doit demander au gouvernement canadien d\u2019en avertir l\u2019Angleterre, car « en orientant la politique des alliés de 1914 dans la voie de la raison plutôt que dans celle des représailles indéfinies contre les vaincus (de 1914), Chamberlain joue une carte d\u2019où résultera la plus solide des paix ou la plus terrible des guerres, selon la sincérité des parties en cause.» LETTRE À WILLIAM-LYON MACKENZIE-KING SUR L\u2019ENTREE DU CANADA DANS LA GUERRE (U septembre 1939) Le premier ministre a déclaré qu\u2019au cas où l\u2019Angleterre entrerait en guerre, le Canada serait à ses côtés.Une telle politique ne saurait être une politique d\u2019unité nationale, car « l\u2019entrée en guerre d\u2019un pays divisé sur l\u2019opportunité d\u2019une telle action ne peut être que désastreuse ».« Nous estimons que c\u2019est une politique d\u2019hypocrisie que celle qui consiste à partir au secours d\u2019une puissance opprimée en commençant par opprimer chez soi une minorité nationale, qui a droit à ce que ses vues concourent à la politique du pays.» En raison du fait que la majorité anglophone veut cette participation, la Ligue demande une politique totale de volontariat.Toute autre solution aboutirait à déterminer les Canadiens français « à se libérer au plus tôt du Commonwealth et de la Confédération ». MANIFESTES, MÉMOIRES, DÉCLARATIONS\t883 MANIFESTE SUR LA SITUATION INTERNATIONALE (janvier 1946) Devant les menaces de guerre qui se font alors croissantes, la Ligue énonce les principes qui devraient guider notre gouvernement.La Ligue s\u2019oppose à la croisade militaire contre la Russie sous prétexte de communisme.Le communisme ne sera pas vaincu par la guerre.La Russie, sous ce jour, doit donc être considérée tout simplement dans l\u2019optique des jeux de puissance.Dans ces perspectives, on ne voit pas que les autres Grandes Puissances reprochent à la Russie son impérialisme si elles ne commencent pas par abjurer le leur.Une guerre qui résulterait de ces conflits d\u2019intérêts ne peut être acceptée pour autre chose que ce qu\u2019elle serait: une guerre impérialiste.Restent les guerres pouvant résulter de la participation du Canada à l\u2019ONU.« La Ligue d\u2019Action nationale estime que le sens fondamental dans lequel le Canada, petite nation et nation chrétienne, doit travailler est celui de la paix et jamais de la guerre».Il a droit, en l\u2019occurrence, comme toute petite nation, au respect de son droit à la neutralité dans tout conflit.Si l\u2019ONU doit poursuivre des opérations policières, c\u2019est par l\u2019intermédiaire d\u2019une armée vraiment internationale et non pas par un appel à l\u2019entrée en guerre des puissances.En attendant, les grandes puissances ne doivent pas être en mesure de déclarer la guerre n\u2019importe quand avec la certitude que les petites puissances sont engagées d\u2019avance à les suivre.MANIFESTE SUR LA CONFERENCE FÉDERALE-PROVINCIALE (avril 19^6) Le premier ministre du Québec avertit la population « que jamais période aussi critique ne s\u2019est présentée pour nous depuis la Confédération».U importe donc de bien définir les exigences du respect de l\u2019autonomie provinciale. 884\tL'ACTION NATIONALE Incompatible avec l\u2019autonomie est: « 1 \u2014 toute cession au Fédéral du droit de légiférer sui un sujet touchant directement ou indirectement à des matières qui ont une influence sur le caractère, la culture ou le mode de vie du peuple canadien-français ; « ^ \u2014 toute atteinte au droit exclusif dont jouit le provincial de percevoir librement les impôts qui lui sont nécessaires pour faire face à des responsabilités grandissantes.» Le manifeste analyse ensuite les diverses propositions fédérales à la lumière de ces deux règles.Il conclut ensuite : « 1 \u2014 en aucun cas, un compromis par lequel les provinces abandonneraient leur priorité de droit dans les impôts sur le revenu ne pourrait être acceptable (.); « 2 \u2014 (\u2014) de nouvelles augmentations de la subvention minimum par tête de population ne seraient qu\u2019un trompe-l\u2019oeil inacceptable de toute façon.;
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