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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1964-04, Collections de BAnQ.

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[" L\u2019ACTION NATIONALE Volume LUI, Numéro 8\tAVRIL 1964\t50 cents SOMMAIRE ÉDITORIAL : Encore d'Ia visite ! Jean de la HIRE : Le pragmatisme du bill 60 Mathieu GIRARD : Conquête, Confédération et nationalisme Louis PAINCHAUD : Le français au sortir du High School Claude TROTTIER : Vive le Roi d'Ia Reine ! LES COOPÉRATIVES D'ÉLECTRICITÉ François-Albert ANGERS : Le péché contre l'esprit MM.René LEVESQUE et F.-A.ANGERS : Confrontation de textes Gontran ROULEAU : L'opinion d'un administrateur François-Albert ANGERS : L'aide créatrice de l'Etat COOPÉRATIVES AMÉRICAINES D'ÉLECTRICITÉ: Nous n'aurons jamais cette fierté ! Laurent LAPLANTE : La pratique et la théorie CHRONIQUES LES ÉCRITS ET LES LIVRES : Savoir céder au pur plaisir ! CRITIQUE DE L'INFORMATION : Exploitation de l'anonymat par la Canadian Press CORRESPONDANCE : Séparatisme et état d'esprit du Québec L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) Directeur : FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Comité de rédaction : DOMINIQUE BEAUDIN \u2014 PATRICK ALLEN \u2014 JEAN GENEST, secrétaire.Rédaction et administration : L'Action Nationale, Casier Postal 189, Station N, Montréal Abonnements : $5.00 par année.De soutien: $10.00 Les articles de la revue sont répertoriés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, et dans la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers 1er VICE-PRÉSIDENT: M.André Laurendeau 2e VICE-PRÉSIDENT : M.René Choloult SECRÉTAIRE ET ADMINISTRATEUR : M.Dominique Beaudin TRÉSORIER: M.Paul-Émile Gingras DIRECTEURS: MM.le Chan.Lionel Groulx, J.P.Archambault, S.J., C.-E.Couture, Richard Arès, S.J., Rodolphe Laplante, Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault, Mario Dumesnil, Luc Mercier, Jean Genest, Patrick Allen, Jean Mercier, Théophile Bertrand.Où\ttrouver L\u2019Action Nationale ?A MONTRÉAL\tDupuis et Frères, 865 est, rue Ste-Cotherlne Librolrle Déom, 1247, rue Saint-Denis Librairie Universelle, 5165, Cête-des-Nelges Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denis Librairie Pony, 554 est, rue Ste-Cotherlne Librolrle Leméoe, 371 ouest, avenue Lourler Librairie La Québécoise, 169 (est), rue Beaubien A QUÉBEC :\tLibrairie Gorneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librolrle du Quartier Latin, 111, rue Saint-Jean A OTTAWA:\tLibrairie Dussault, 170, rue Rideau La Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication. I Lucien Viau et associés Comptables Agréés CHAS.DESROCHES, C.A.FERNAND RHEAULT, C.A \u2022 210 ouest, Boul.Crémazie\tDU.8-9251 'ÉDIFICE GRANGER FRÈRES) LA CIL F.-L DROLET FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Matériaux d'aqueduc et Bornes-Fontaines 245, rue du Pont,\tQuébec Pour la collation Savourez LA CROQUETTE BISCUITS \u2014 GÂTEAUX \u2014 TARTES SERVICE DE PNEUS TIRE SERVICE LU Rechapage de pneus & Alignement de roues 1871, rue DeLorimier, Mtl.LA.4-1177 Eugène Turcotte\tAndré Trudeau Président\tDirecteur-Gérant Il LES AMIS DE LA REVUE BERNARD BENOÎT Linoléum, Stores Vénitiens, Stores de Toile, Rideaux, Draperies 1 1857 est, rue Notre-Dame \u2022 Pte-aux-Trembles \u2014 Ml.5-5159\tAIMÉ GALARNEAU & Cie Comptables Agréés 237 ouest, boul.Saint-Joseph \u2022\tMontréal \u2014 CR.4-2534* Bourbonnais & Pépin QUINCAILLERIE EN GROS 1575 est.rue Laurier, Montréal \u2022\tLA.6-4995\tG.-E.HOUDE, président MONTRÉAL OXYGEN INC.4890, 5e avenue - Rosemont \u2022\tLA.4-6957 PAUL COULOMBE INC.Chauffage à l'huile et au gaz Air Chaud \u2014 eau chaude 3338, rue Bélair, Montréal 38 \u2022\tRA.2-8741-8246\tANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jean-Talon \u2022\tMontréal 38 \u2014 RA.2-1627 DENIS, Arcadius AVOCAT 86 nord, rue Wellington \u2022\tSherbrooke, Qué.- Tél.: 2-4793\tLAVIGNE, C.E.(1961) Ltée Courtier d'assurances 3750, rue Locombe \u2022\tRE.9-1748 DORAIS, Jean-Louis AVOCAT 57 ouest, rue St-Jacques q\tVI.5-1336\tMANOIR SAINT-CASTIN Lac Beauport \u2022\tQuébec MAXIME Nettoyeurs Limitée BUREAU ET ATELIER : 1415 BOIS FRANC\tRL 8-6188 SUCCURSALE : 4140 ST-DENIS\tVI.4-1158\tCR.1-6093 ERNEST PALANGE, O.D.OPTOMÉTRISTE \u2022\t441 est, rue Bélanger, Montréal ÉTABLI EN 1870 Wilson Frères Enrg.Charlebois Frères, Props.BOIS - CHARBON HUILE À CHAUFFAGE 2537 est, rue Notre-Dame \u2022\tMontréal\tPHARMACIE MICHON 1361 est, rue Mont-Royal, Montréal LA.1-3659 ©\tRoland Michon, Pharmacien \t,;a^)OMPOMt!OTÎQ INC.J- BRASSARD, prés.\u2022\t256 est, rue Ste-Catherine, Mtl HOMMAGE D\u2019UN AMI\t Ill G.LEBEAUltée.Rembourreur d'autos, Housses, Vitres, Capotes d'autos CR.4-3503 5940, rue Papineau, Mtl.6270, Upper Lachine 1690, boul.Labelle, Chomedey\tMario Du Mesnil AVOCAT 107, Ouest, rue St-Jacques, Montréal 842-8741 482, rue Victoria, Saint-Lambert \u2022\tOR.1-9295 ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934 est, rue Ste-Catherine \u2022\t849-9663\tÉMILIEN ROCHETTE & FILS Les spécialistes du tapis à Québec Téléphone 2-5235 \u2022\t352, rue St-Vallier, Québec Yvon Groulx, L.PH., LL.L Gilles Cadieux, LL.L.GROULX & CADIEUX NOTAIRES 4416, boul.Pie IX, Montréal \u2022\tTel.: 254-9435\tSÉGUIN, Paul-Émile NOTAIRE 6726, rue St-Hubert e\tCR.1-8739 \tLA SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE \u2022\tdes Trois-Rivières Les Editions Bellarmin 8 1 00, boulevard Saint-Laurent \u2022\tMontréal-1 1\t \tToitures Permanentes Enrg Couverture en gravois - Ferblanterie **RÆ 2-9121 \u2022\t2525-A est, rue Jean-Talon LA CIE ACADIA ENRG.ENTRETIEN DE BUREAUX LAVAGE DE VITRES, ETC.2125, rue Masson \u2022 Montréal\tLA.2-0751\t \tTHERRIEN, F.-E., avocat Ch.400 33 ouest, rue St-Jacques, Mtl 9\tVI.2-9768 VICTORY TOOL & MACHINE CO.LTD.Dollard Mathieu, président Machinerie générale - Manufacturiers de Convoyeurs à rouleaux, à courroie, et à chaînes - Monte-charge.250, rue Rose de Lima WE.3-1138\tMontréal\tWE.5-6316\tJ.-M.Valade Président Parisian Laundry Co.Inc.Buanderie et nettoyage de qualité supérieure 3550, rue St-Ântoine Montréal EDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario\tMontréal 4 Tél.: LA.4-7541\t IV HIM FONDS DE REVENU Fonds équilibré (Fonds \"A\") et Fonds de croissance (Fonds \"B\") sont les placements les plus populaires, dans un fonds mutuel, parce qu'ils associent revenu et profit.Les Placements collectifs ont toutefois aussi un Fonds de revenu (Fonds \u201cB\") pour ceux qui ont absolument besoin de revenus stables à court terme.Composé entièrement d'obligations, il procure le plus haut rendement en intérêt.Par rapport au placement ordinaire en obligations, le Fonds \"B\" offre l'avantage du taux d'intérêt élevé, tout en assurant une liquidité aussi complète que les obligations les plus négociables (gouvernement fédéral), mais dont les rendements sont plus bas.Du 21 novembre 1959 au 30 septembre 1963, le Fonds \"B\" a rapporté, pour chaque unité de $5.00 prise au départ, $1.07 d'intérêts et $0.52 de profit de capital.Ce qui donne un rendement en intérêt de 5Vï%) et un rendement total de plus de 8%.P{ LES PLACEMENTS 1 COLLECTIFS INC.vous aident à mieux investir! BUREAUX À: MONTRÉAL.QUÉBEC.ST-HYACINTHE.ST-JÉRÔME.SHERBROOKE.TROIS-RIVIÈRES.Voyez nos conseils sur le placement dans nos annonces précédentes L\u2019ACTION NATIONALE Volume LUI, Numéro 8\tMONTRÉAL\tAVRIL 1964 ÉDITORIAL Encore d'Ia visite! Une autre visite de la Reine ! La raison, cette fois-ci: commémorer la réunion de Charlottetown quand, en 1864, furent jetées les bases de la Confédération.Les Pères de la Confédération, comme s'ils accomplissaient une mauvaise action, travaillaient dans un secret relatif et n'osèrent jamais soumettre leurs idées à un référendum populaire.Après cent ans de vie, cette oeuvre se révéla le calvaire de nos minorités, le carcan de notre autonomie provinciale et le four de notre anglicisation à Ottawa.On nous demande aujourd'hui d'acclamer à travers le prestige royal et la noblesse indéniable de la reine, une oeuvre que nous ne pensons qu'à réformer ou qu'à bouter dehors.Des gens d'Ottawa s'acharnent à vouloir ressusciter un moribond.Ils s'efforcent de susciter un peu d'enthousiasme autour de la Confédération.Tout cela est artificiel: eux ils en vivent de cette Confédération, nous nous en mourons ! Ils disent: \"La reine d'Angleterre est aussi la reine du Canada.\" Quelle fiction légale ! Ce juridisme plaît à un Anglais major dans l'Armée canadienne, à un Anglais devenu lieutenant dans la marine canadienne et même à cet officier anglais retraité des Indes à Vancouver, mais cette chinoiserie juridique, concoctée par des Lords anglais, ne provoque aucun enthousiasme délirant chez aucun véritable Canadien.Double aspect chez la reine Certains Anglo-Canadiens aiment déplacer les problèmes.Le Montreal Star, par exemple, veut nous faire croire que les Canadiens seraient mal éduqués s'ils recevaient mal la reine alors que les Zoulous, les Nigériens et les aborigènes d'Australie l'ont 694 ACTION NATIONALE applaudie.Le problème n'est pas un problème de personne.Nous avons beaucoup de respect pour la personne de la reine, pour la dignité de sa vie et même le charme indéniable de sa présence.Mais elle est aussi un symbole.Comme symbole, la reine du Canada est une idée qui a fait son temps.Le Statut de Westminster (1931) aurait dû régler le cas de l'indépendance du Canada; il a préféré nous empêtrer dans les arguties et les traditions sentimentales d'un innocent Commonwealth.Il faut en finir avec une évolution qui s'attarde, n'arrive pas à aboutir et empêche le Canada d'atteindre la stature propre d'un Etat qui a son visage propre, sans plus avoir à emprunter une reine à l'Angleterre.Le Canada a cessé d'être une royauté.Y croire encore c'est verser dans une nostalgie vieillotte où la reine prend figure d'un personnage de folklore enrubanné de rites désuets.Perpétuer la royauté au Canada c'est volontairement entretenir la division au coeur même du pays.Comment voulez-vous unir Canadiens français et Canadiens-Anglais alors qu'ils ne s'entendent même pas sur ce qu'est le Canada lui-même?Une seule solution s'impose: le Canada doit devenir une République.Le Canada, alors, saura, d'un intérêt unanime, recevoir tous les souverains étrangers.Raison ?Les intérêts du Commonwealth ?Mais, au fait, pourquoi, cet automne, nous envoie-t-on la Reine pour une autre visite ?On a jadis voulu faire du 24 mai la fête de la reine Victoria, puis la fête de l'Empire.Depuis le Statut de Westminster, en 1931, on aurait voulu en faire la fête du Commonwealth.Rien de cela n'a mordu.Ces tentatives n'avaient pas de racines, c'est-à-dire aucun appui dans le peuple.Pourquoi cela ?Parce que tous ces mythes apparaissaient au peuple comme des importations étrangères et non comme des biens nationaux.Le voyage de la reine a-t-il pour but de revaloriser le Commonwealth, que l'on croyait déjà mort de sa belle mort ?Tous savent que l'Angleterre traverse une période difficile.Déjà en 1962, elle prévoyait son entrée dans le Marché Commun; aussi nous envoya-t-elle \u2014 encore d'Ia visite ! \u2014 plusieurs ministres distingués pour nous avertir que l'avenir de l'Angleterre ne se trou- ENCORE D'LA VISITE ! 695 voit plus tellement du côté du Commonwealth que du côté de l'union européenne.L'imprévisible arriva.L'entrée du Marché Commun fut refusée à l'Angleterre.L'Europe avance de progrès en progrès et l'Angleterre traîne de la patte.Son niveau de vie baisse, ses savants désertent et la concurrence internationale se fait de plus en plus difficile.Il faut faire machine arrière: après tout, malgré tout, le Commonwealth est bien important ! \"Envoyons-leur la reine, disent les ministres d'Angleterre, pour leur dire quelle importance nous attachons à la grande famille britannique.\" Après le langage des affaires et les déceptions fort connues, l'Angleterre revient au langage du baiser lamourette.Déjà la visite de Lord Home et celle de Harold Wilson, ces mois derniers, ont préparé les choses.Le point culminant de ces va-et-vient intéressés sera le voyage de la reine.Derrière son sourire, les manoeuvriers essaieront de rattraper avec le Commonwealth ce que l'Angleterre n'a pu obtenir du Marché Commun.Raison ?Manoeuvre centralisatrice ?Y aurait-il une autre raison à ce voyage ?Est-ce une manigance de fonctionnaires canadiens ou de quelque sous-comité des fêtes du centenaire de la Confédération ?(on ne sait plus qui désigner d'une façon exacte parmi les coloniaux d'Ottawa) ?Tous voient que la Confédération est bien malade.Les provinces font des offensives \u2014 anodines quant à leurs résultats \u2014 mais concertées contre la trop grande centralisation du gouvernement d'Ottawa.Cela est dangereux.Au danger de décentralisation, ne conviendrait-il pas de mettre un frein ?Promener la reine dans nos villes, comme symbole du gouvernement royal, n'est-ce pas un atout formidable pour un certain peuple ?Détourner les sympathies provinciales pour les orienter vers Ottawa, siège des traditions anglo-saxonnes et du gouvernement royal du Canada, n'aidera-t-il pas aux menées centralisatrices qui devront prédominer partout, en 1967, lors des fêtes du Centenaire de la Confédération ?La reine, instrument des centralisateurs ! Dans cette optique il sera plus facile de faire absorber l'idée d'un drapeau vraiment 696 ACTION NATIONALE british, d'une centralisation entièrement dévouée aux intérêts du seul grand et éternel Canada ! La reine est un symbole.Les Canadiens français s'opposent à ce symbole.Il leur paraît retarder l'évolution normale du Canada, il leur paraît favoriser indûment la centralisation à Ottawa.Ils deviennent méfiants au point qu'ils se demandent devant tout orateur qui aborde ces questions, celle du voyage de la reine et celle de la Confédération: \"D'où vient-il ?\" S'il vient d'Ottawa, la cause est entendue: le langage sera celui d'un anglicisé, d'un centralisateur, d'un disque chargé de conditionner notre peuple à la servitude prolongée.Ce ne sont pas les paroles du député Yvon Dupuis (9 mars 1964) qui contrediront ces affirmations ! Raison ?Perpétuer le colonialisme ?Toujours les visites de la reine furent des visites intéressées.Nous n'avons pas oublié la visite orchestrée par Ottawa de la famille royale avant la Deuxième Grande Guerre.Elle fut l'occasion d'un déchaînement de déclarations folles comme celle du ministre des Finances M.J.L.Ilsley qui disait le 4 février 1942: \"La défense des Iles britanniques est notre propre défense.La distinction entre servir au Canada et servir outre-mer en est une qui n'a aucune signification.\" Et le premier ministre M.King approuvait.Quand, le 9 juillet 1943, M.Brooke Claxton déclarait aux Communes: \"Nous ne pouvons avoir une politique étrangère nette que si elle se fonde sur la façon de voir les intérêts canadiens\", le chef conservateur M.Hanson le traita en pleine Chambre d'isola-tioniste et de séparatiste.Aussi M.Claxton, apeuré, s'empressa-t-il d'ajouter: \"Il importe beaucoup que nous fassions la guerre parce que le Canada a intérêt à ce que l'Angleterre survive.\" Chaque passage de la reine a engendré une pareille mise au rancart du désir d'être un pays indépendant, un ramollissement de la dignité canadienne.Ces voyages ont contribué à maintenir l'incompréhension quasi totale entre Canadiens français et Canadiens-Anglais sur ce qu'est le Canada.Pour les Canadiens-Anglais le gouvernement fédéral est le gouvernement le plus important et doit rester le gouvernement le plus fort parce qu'il est le gouvernement de la Reine.Ce symbole ne cesse d'approfondir l'incompréhension mutuelle et d'élargir le fossé.Le Canada mal compris entraîne inévitablement une Confédération mal comprise. ENCORE D'LA VISITE ! 697 La seule solution Il n'y a qu'une seule façon d'échapper à toutes ces confusions soigneusement entretenues: déclarer absolument et résolument l'indépendance du Canada.Les confusions finissent par être dangereuses parce que les jeunes extrémistes canadiens-français ne font qu'exprimer en violence ce que tous leurs compatriotes voient et n'ont accepté jusqu'ici que par complexe d'infériorité.Ils avertissent qu'un voyage de la reine \u2014 en ces circonstances-ci, dans l'état des esprits \u2014 peut paraître comme une malencontreuse provocation.Pourquoi alors ne pas proclamer le Canada indépendant ! Personne ne s'oppose à la reine comme personne mais plutôt à la reine comme symbole.Symbole qui retarde l'évolution du Canada, la pleine prise de conscience de notre pays, ni colonie, ni satellite.Ecoeuré par tous les discours de guerre, par toutes les démissions et la veulerie du monde politique en temps de guerre, M.Gérard Filion, le 14 avril 1947, se fit le porte-parole de tous quand il écrivait en éditorial dans Le Devoir: \"Le seul moyen pratique pour le Canada de devenir indépendant, c'est de proclamer la république.Nous sommes républicains par raison et par nécessité.Bien peu cependant osent envisager les conséquences pratiques de cet idéal, c'est-à-dire la rupture définitive et complète de tous les liens impériaux et la proclamation de la République du Canada.\" Il concluait par ces fortes paroles: \"En attendant la proclamation de la République du Canada il faut que notre pays fasse la politique de l'indépendance.\" (30 avril 1947).Il faut faire la politique de l'indépendance ! Si notre prochain gouverneur général est un Canadien nommé Président du Canada, alors la reine, en visitant le Canada, ne courra absolument aucun danger.Comme reine d'un pays étranger, reçue dans un pays auquel elle est liée par beaucoup de liens historiques, elle sera acclamée comme pas une reine ne l'a encore été.Mais ce sera par des Canadiens fiers et qui n'auront pas à craindre tous les remous politiques qui ont suivi chacun de ses voyages.Actuellement trop de points sont en discussion: nous ne voulons plus de la Confédération telle qu'elle nous est faite par les Anglo-Canadiens.Elle est pour nous un carcan dans lequel nous étouffons.Nous ne voulons pas que la reine soit un instrument dans le jeu centralisateur d'Ottawa.Nous ne voulons pas qu'on nous 698 ACTION NATIONALE demande encore des sacrifices pour renflouer les finances de l'Angleterre.Pas de visite ou la République du Canada Mais surtout nous voulons éviter des déclarations qui \u2014 à la suite de son voyage \u2014 se répercuteront a mari usque ad mare jusque bien au-delà des fêtes du Centenaire de la Confédération.Ce type de déclarations qui engendrent malaise et sourdes colères.Nous avons sous les yeux une de ces déclarations, \"pures déclamations coloniales\".M.Saint-Laurent, alors qu'il était ministre des Affaires extérieures, disait aux Communes, le 26 mai 1947, en réponse à l'éditorial de M.Gérard Filion: \"J'ai été horrifié de lire dans un journal de ma province (Le Devoir) que le nouveau directeur (M.Gérard Filion), nommé pour décider de l'orientation de ce journal, préconisait l'établissement de la république canadienne.Il serait tout à fait oiseux, je crois, de soulever à l'heure actuelle un débat sur la question de savoir si le Canada doit devenir ou non une république.Cela n'aboutirait à aucun résultat pratique et susciterait inutilement bien du ressentiment.Il vaut mieux poser des actes qui peuvent donner des résultats pratiques et éviter de soulever inutilement des disputes qui engendrent de l'amertume et ne mènent nulle part.\" \"Il vaut mieux poser des actes qui peuvent donner des résultats pratiques\", disait M.Saint-Laurent.Parce que conservateurs \"fanatiques\" et libéraux \"indéfectiblement dévoués aux intérêts de la reine\" n'ont pas voulu penser comme Canadiens et à l'avenir du Canada, certains jeunes et moins jeunes ont pensé à poser des actes qui peuvent donner des résultats pratiques, lis se sont armés d'impatience et de balles.Exaspérés par le langage colonialiste de tous les St-Laurent d'Ottawa, ils avertissent que la situation est explosive.La reine, en ce cas, ne doit pas venir au Canada tant que la République du Canada n'aura pas été proclamée.Cette proclamation serait le plus beau cadeau à faire au peuple canadien pour fêter le centenaire de la Confédération.D'ici là, comme disait M.Gérard Filion, \"en attendant la proclamation de la République du Canada, il faut que notre pays fasse la politique de l'indépendance.\" Les Anglo-Canadiens et les coloniaux d'Ottawa n'ont à s'en prendre qu'à eux si la situation est devenue tendue.Ils ont pu en- ENCORE D'LA VISITE ! 699 voyer le maire de la ville de Montréal, M.Camillien Houde, passer quatre ans dans un camp de concentration à Petawawa pour quelques paroles parfaitement logiques, mais nous n'avons rien oublié et ils ne pourraient plus agir avec le même arbitraire et le même genre de dictature.Leur politique folle peut engendrer de la folie.Aujourd'hui, nous les avertissons encore une fois.La reine, comme symbole, n'est plus acceptable.Le temps de la pleine souveraineté est arrivé.Tout symbole de dépendance, tout appel du colonialisme, est dépassé.Et qui peut nous en vouloir de désirer la pleine indépendance du Canada ?Que le Montreal Star ne transforme pas la visite de la reine en une question de simple politesse alors qu'avant tout elle est devenue une question constitutionnelle.Il est inutile de pratiquer le jeu de l'autruche: le voyage de la Reine nous apparaît comme une manoeuvre centralisatrice et impérialiste alors que nous demandons un Canada indépendant et une Confédération décentralisée.D'où vient que chaque jour les Canadiens français prononcent des discours ou écrivent des articles, vraiment contradictoires sur le sujet: les uns disent: \"Qu'elle vienne!\"; les autres: \"Qu'elle ne vienne pas !\" Nous sommes obligés ici de donner raison à la jeune génération: elle voit clair et veut des pas décisifs.Elle n'accepte plus les atermoiements à la Saint-Laurent, les sensibleries du Montreal Star.Elle prétend accomplir une tâche.Nous n'acceptons pas quelques-uns de ses moyens et nous les condamnons s'ils recourent à la violence, mais nous ne pouvons pas nous empêcher de conclure qu'ils veulent trancher les noeuds gordiens qui entravent la destinée du pays.Il y a donc divergence entre les Canadiens français parce qu'ils sont divisés quant à l'essentiel: les plus vieux le placent dans leurs intérêts immédiats; les plus jeunes le voient dans des décisions qui n'admettent pas de retour en arrière.Pourquoi nos représentants ne voient-ils pas clair ?Une autre raison, c'est la perpétuelle faiblesse de nos représentants à Ottawa.Et d'où vient leur faiblesse ?Elle vient de ce qu'ils sont divisés selon la ligne des partis et qu'ainsi affaiblis nos représentants acceptent comme doctrine, les positions de leur parti respectif.Quand les Canadiens français sont divisés, les Anglo-Canadiens nous commandent comme ils le veulent: ils nous passent leurs arguments et même leur conception de la vie.Ottawa est de- 700 ACTION NATIONALE venu la plus grande officine d'anglicisation mentale et psychologique du pays.Il n'y a qu'un seul moyen de se défaire de ces servitudes, c'est, au fédéral, de briser la ligne des partis.Il faudrait que les Canadiens français forment le parti canadien-français, unique et fort, dont le programme viserait à défendre les intérêts de notre nation.Alors nous pourrions parler d'un fédéralisme coopératif.Actuellement nous n'avons qu'un fédéralisme divisif qui contient tous les germes d'un profond pourrissement.Les réactions qui se sont manifestées à l'occasion du voyage projeté par la reine au Canada ne montrent pas un pays en santé, ni une Confédération psychologiquement prospère.Une seule solution La reine deviendra de plus en plus un signe de division, non à cause d'elle-même comme personne, mais à cause de ce qu'elle représente.Autant le décider aujourd'hui: déclarons le Canada indépendant ! Sans cela, la reine ne peut pas venir, ne doit pas venir au Québec.Personne de sensé au Québec et 99.9% de la population est parfaitement sensée à ce sujet, ne voudrait qu'il arrive quoi que ce soit à la reine au delà des manifestations inévitables d'une certaine insatisfaction.Mais les accidents sont toujours possibles quand existe un état de tension qui s'est déjà exprimé dans des actes de violence.Risquer la personne et le prestige de la reine en pareille occurrence serait l'acte insensé que ses ministres canadiens se doivent de ne pas lui imposer.Et un acte insensé que les esprits sensés du Québec doivent tout faire pour empêcher parce que c'est sur nous, sur tout un peuple, que retomberait l'odieux de tout ce qui pourrait survenir de désagréable à cause d'un seul ou de quelques-uns.Si M.Pearson a quelque respect et pour la reine et pour le peuple canadien-français, il n'imposera ni à l'une ni à l'autre les moments d'inquiétude et d'angoisse qui sont tout ce que pourrait donner le passage officiel de la souveraine parmi nous dans l'état actuel des choses.Et si M.Pearson ne s'explique pas très bien cette situation de fait, qu'il fasse l'examen de conscience du Canada anglais et qu'il cherche la poutre dans son oeil plutôt que la paille dans le nôtre.Le secrétaire de la rédaction Note de la rédaction Le pragmatisme du bill 60 par Jean de la Hire Au moment où ces lignes paraîtront le sort du bill 60 aura été décidé, et nous aurons un ministère de l\u2019Education à peu près au goût du gouvernement.Seuls nos évêques, preuve qu\u2019ils sont encore les autorités les plus représentatives de la vraie pensée populaire, les seuls qui peuvent effrayer un gouvernement électo-raliste, auront pu obtenir la correction minimum qui garantit la confessionnalité.Mais ils ont dû craindre à ce point la jactance des gouvernements actuels que pour maintenir leur autorité dans leurs positions les plus fortes, ils ont préféré s\u2019abstenir de donner leur point de vue sur les aspects du bill qui touchent non seulement à la religion comme telle, mais à l\u2019application de la doctrine de l\u2019Eglise dans les matières profanes.Le sort en est donc jeté quant à cette loi même, dont il restera à surveiller l\u2019application hérissée des difficultés qui surgissent déjà de toute part et qui feront, espérons-le, réfléchir la population dans le sens d\u2019une réforme ultérieure à refaire.Car la réforme souhaitée depuis si longtemps par ceux qui ont vraiment réfléchi sur ces problèmes autrement qu\u2019avec leurs préjugés est en partie manquée par le passage d\u2019un extrême à l\u2019autre: ce sont les sectaires minoritaires de la laïcisation et de la neutralisation qui ont gagné la mise en place de structures qui favoriseront leur action.Il est évident qu\u2019il n\u2019y a plus d\u2019intérêt, en l\u2019occurrence, à éterniser le débat sur le bill lui-même.C\u2019est vers l'avenir qu\u2019il faut maintenant regarder, non pas comme nos gens ont trop tendance à le faire habituellement en acceptant ce qui a été voté comme irréversible, donnant ainsi toute la chance voulue aux gagnants de pousser leur avantage, mais en sachant tirer de l\u2019expérience des faits acquis les éléments nécessaires pour justifier les rectifications qui s'imposent.Les partisans de la confessionnalité et de la dépolitisation de notre régime d\u2019éducation doivent en prendre immédiatement conscience, car les partisans de la thèse contraire vont mettre tout en oeuvre maintenant pour forcer le pouvoir politique, maître absolu de notre régime d\u2019éducation, à déconfession-naliser définitivement le régime, notamment en s\u2019acharnant à créer des situations concrètes mal définies qui introduiront des contradictions dans le régime établi et tendront à le faire éclater.A ce sujet, l\u2019article suivant nous paraît justement échapper à la règle que nous venons de formuler quant à l\u2019inutilité des discussions plus ou moins vaines de regrets sur le bill voté.Il est de la nature d\u2019un texte qui met comme un point final à une discussion; et qui le met d\u2019une façon constructive, en soulignant la faiblesse fondamentale d\u2019un texte d\u2019où sortiront toutes les difficultés et les équivoques en vertu desquelles se révéleront fatalement nécessaires des modifications dans un sens ou dans l\u2019autre, selon la puissance des différents courants d\u2019opinions.Il est donc à lire et à méditer. Une montagne en parturition Les techniciens qui semblent avoir conçu, porté, enfanté ce bill bâtard auquel Monsieur Gérin-Lajoie a donné son nom; les scribes-fantômes qui semblent lui avoir prêté leur plume pour \u201cpousser\u201d et \u201cvendre\u201d cet enfant non légitimé par la paternité qui le camoufle : ces manipulateurs de coulisse ont eux-mêmes obéi à des démons bien actifs dans nos démocraties modernes: le pragmatisme, l\u2019immédiatisme, la morale du succès.Obsédés par la carence de capital-humain de première valeur, dans un Québec qui s\u2019industrialise à un rythme effarant et passe sans adolescence de l\u2019enfance à la maturité techniques, ces spécialistes sacrifieraient volontiers sur l\u2019autel de Yutilitarisme une valeur aussi éternelle que l\u2019âme : Yhuma-nisme intégral.Le rapport de la Commission Parent, les discours de Monsieur Gérin-Lajoie et le livre qu\u2019il a signé de son nom foisonnent de passages qui trahissent et la hantise de notre médiocrité et la détermination d\u2019appliquer au mal des remèdes radicaux.Fini le temps des \u201clittératés\u201d ! comme dit Jean Narrache en enfer.Il faut produire en série, comme des robots, les instruments nécessaires à notre émancipation économique, le dada de René Lévesque, cet autre \u201csage-homme\u201d du Québec en parturition.Le démon du succès Avec de pareils accoucheurs, la \u201cbelle Province\u201d enfantera une nouvelle génération nourrie d\u2019une philosophie matérialiste Made in U.S.A.alors qu\u2019il lui faudrait, au contraire, un surcroît de spiritualité, pour la garder simplement humaine ! La sagesse démocratique, condensée par Dale Carnegie, se résume dans une technique des relations humaines enseignant à ceux qui veulent con- LE PRAGMATISME DU BILL 60 703 duire les masses qui donnent le pouvoir, comment se faire des amis, gagner le monde \u2014 et perdre leur âme.La morale du succès, importée des Etats-Unis, est une fille de l\u2019hérésie néo-puritaine qui voyait dans la prospérité matérielle une marque d\u2019élection divine.Il faut toutefois admettre qu\u2019à la cupidité, les premiers puritains d\u2019Amérique ajoutaient l\u2019idéal du rachat de la création par le travail et la vertu.Même les saints de l\u2019Ancien Testament manifestaient une propension à laquelle nous demeurons exposés : celle de réduire le mal et le bien aux malheurs et aux bonheurs qui nous adviennent, et ceux-ci, à leur tour, aux échecs et aux triomphes de la vie manifeste.Succès ou insuccès ne signifient pourtant rien en soi : tout dépend du but que l\u2019on vise.Sous une apparence de fiasco monumental, la mort ignominieuse du Christ en croix fut le plus grand succès de l\u2019histoire: elle a rompu le pacte de dupe entre Satan et l\u2019humanité ! On nous a bramé que notre émancipation économique, s\u2019imbriquant avec la réforme radicale des structures et des instruments de l\u2019éducation, constituait la clef de notre résurrection nationale.Sous de tels slogans, happés par le poisson électoral, se cache un fruit du matérialisme qui menace de nous paganiser: le pragmatisme utilitaire.U utilitarisme Cette aberration consiste à viser uniquement l\u2019utile, à faire toujours ce qu\u2019on fait uniquement pour l\u2019avantage immédiat qu\u2019on y trouve.Toute notre civilisation exerce sur nous une pression pour nous persuader que notre bonheur dépend d\u2019abord du confort matériel et du progrès technique.Les gouvernements de nos démocraties entretiennent cette illusion.Le budget des bourses d\u2019études se gonfle en proportion du nombre des boursiers.Le mécène avertit ceux-ci qu\u2019ils doivent montrer bien vite des résultats.Ils ne cherchent pas le développement humain, mais ils veulent garder leur bourse pour décrocher un diplôme et s\u2019assurer une place qui rapportera de l\u2019argent.Il fau- 704 ACTION NATIONALE drait une force de caractère exceptionnelle pour résister à la terrible pression d\u2019un monde gagné à Mammon ! L\u2019utilitarisme avilit et empoisonne tout.Il abaisse parce qu\u2019il ramène nécessairement tout au \u201cmoi\u201d.L\u2019altruisme produit l\u2019extase, l\u2019absorption dans une cause, dans un service, pour Dieu, la patrie, l\u2019humanité.Il réalise la plénitude de la personne, différente pour chaque individu, mais toujours à condition qu\u2019il s\u2019oublie lui-même.Spontanément on fait ce qui sert l\u2019oeuvre, sans calcul égoïste.(Chanoine Jacques Leclercq, \u201cUtilité et utilitarisme\u201d, dans Famille, Collège et Institut, no 6, juin 1963).Sursaut du bon sens LE DEVOIR du 11 février dernier a publié la traduction par Jean-Paul Trudel d\u2019un article publié par la revue Life, dans sa livraison du 31 janvier précédent, et intitulé : La culture humaniste est dangereusement menacée.Son auteur, le professeur Jacques Barzun, l\u2019un des doyens de l\u2019Université Columbia, à New York, déclarait que la culture humaniste est ou moribonde ou déjà morte en Amérique.Un grand nombre d\u2019éducateurs des Etats-Unis partagent ce pessimisme.Avant le choc qu\u2019a provoqué le lancement du premier spoutnik sur le système d\u2019enseignement américain, la pénurie d\u2019hommes de science, d\u2019ingénieurs et de techniciens faisait l\u2019objet de graves inquiétudes chez nos voisins.A l\u2019heure actuelle, toutefois, c\u2019est d\u2019une autre pénurie qu\u2019il s\u2019agit : malgré la montée en flèche des inscriptions dans les collèges d\u2019arts libéraux, on s\u2019inquiète, dans ces institutions, de l\u2019inaptitude à former assez de \u201cgénéralistes\u201d, c\u2019est-à-dire d\u2019étudiants et d\u2019étudiantes qui auront reçu une formation générale dans les humanités comme dans les sciences, et qui puissent être des porte-flambeaux de la culture et de la civilisation.Dans un geste de désespoir et de défense, le Conseil américain des Sociétés savantes va prier le gouvernement des Etats-Unis de mettre sur pied un Conseil natio- LE PRAGMATISME Dü BILL 60 705 nal des Humanités et des Beaux-Arts, analogue au Conseil national des Sciences.Comme le déclarait le président Keeny, de l\u2019Université Brown, \u201cC\u2019est sur les humanités et les arts que reposent l\u2019éthique et la morale de la nation.\u201d L\u2019enseignement américain, si dynamique, peut probablement trouver par lui-même les remèdes au danger de voir l\u2019Amérique devenir une immense fourmilière de technocrates.Un bon nombre de futurs ingénieurs et scientistes reviennent à la culture des arts libéraux.Un groupe notable d\u2019hommes d\u2019affaires préfèrent une bonne formation générale et la flexibilité de l\u2019esprit, aux aptitudes spéciales qui deviennent vite dépassées.Pour la masse, la valeur de la culture générale est ignorée.A une époque technique comme la nôtre, il faut d\u2019urgence la crier sur les toits.Puisque nous appartenons comme les Américains, au brave new world, sans âme, décrit par Huxley, résistons à l\u2019enlisement et restons humains ! Le démon de la neutralité On peut s\u2019attendre à ce que nos nouveaux messies, acculés à la nécessité de jeter du lest pour assurer la productivité de nos écoles, minimisent graduellement la part de l\u2019âme et du caractère, dans la formation de la génération montante.Certains prodromes nous font craindre la création d\u2019une atmosphère, d\u2019un bouillon de culture, d\u2019où sortira le neutralisme, masque camouflant et consacrant une entreprise de déchristianisation.Oubliant ou feignant d\u2019oublier l\u2019oeuvre infiniment néfaste du laïcisme dans leur patrie, certains immigrants trouvent de béats admirateurs et de dociles instruments pour lancer chez nous cette entreprise diabolique.Parlons donc de la France, puisqu\u2019elle s\u2019est \u201cengagée\u201d, selon Malraux, à nous transfuser son âme ! Les deux dernières étapes de son effondrement, comme de celui de nos démocraties néo-païennes, le capitalisme et le communisme, furent les conséquences inéluctables du laï- 706 ACTION NATIONALE cisme athée élevé au rang de vérité absolue dans l'enseignement, pour devenir une règle de conduite dans la vie de tous les jours.L\u2019homme n\u2019est qu\u2019une bête, qu\u2019une plante, qu\u2019un caillou ! Ebauchée au dix-huitième siècle avec les philosophes et les loges de libres-penseurs, l\u2019oeuvre de laïcisation a trouvé son Credo dans la trilogie révolutionnaire: 1789, 1830 et 1870.Sans doute y avait-il encore dans les couvents et les saines familles trop de traditions chrétiennes pour qu\u2019elles disparussent brusquement, et la France, grâce à elles, a survécu.Mais les disciples de Voltaire et de Rousseau s\u2019acharnèrent tout au long du dix-neuvième siècle à étouffer ces traditions.Vers 1880, ils imposèrent leur athéisme d\u2019abord dans les écoles, puis dans les casernes, les tribunaux et les hôpitaux.Le rêve de Jules Ferry s\u2019est accompli: organiser l\u2019humanité sans Dieu.\u201cLa sécularisation de la société est un des résultats majeurs de la Révolution française.Elle s\u2019est déclenchée dans la violence, pour démolir, pièce par pièce, les institutions et les modes de vivre de l\u2019ancienne chrétienté, même s\u2019il reste encore au dix-neuvième et en plein vingtième siècle de nombreux vestiges de l\u2019Ancien Régime.(.) En dehors des pays communistes, la France a sans doute poussé le plus loin ce processus de sécularisation.La conception dominante ne tient plus compte des exigences de l\u2019Eglise et de la religion.L\u2019opposition contre le clergé diminue pour la simple raison que son action est beaucoup plus effacée.La société civile organise tranquillement sa vie en dehors de toute préoccupation religieuse.En fin de compte tout devient profane.\u201d (G.Philips, \u201cPour un christianisme adulte\u201d, page 51.) Le communisme en est la plus féroce conséquence ! Marx s\u2019est inspiré des socialistes français.Des historiens chevronnés ont maintes fois démontré que la France, missionnaire de Dieu pendant tant de siècles, a changé d\u2019allégeance et disséminé ailleurs les doctrines préparant le règne de l\u2019Antéchrist sur les LE PRAGMATISME DU BILL 60 707 esprits et les coeurs, sur les individus et les collectivités.Incurable de Dieu, la France a continué, par son élite, sa mission séculaire de Fille aînée et héraut de l\u2019Eglise.Mais un bon nombre de ses enfants, non contents de vivre en païens camouflés, ont exercé dans leur patrie et ailleurs une influence délétère.Et on se targue de \u201ccivilisation chrétienne\u201d, en France et dans l\u2019Occident ! Quelle injure jetée à la face du Christ ! Depuis quatre cents ans, depuis la Renaissance, quelle faillite ! Comme nos frères d\u2019Europe, nous nous plaçons du côté de l\u2019Ouest, du moindre mal.Mais sommes-nous des champions du christianisme, si, dans la vie pratique, Mammon est notre roi ?Chez nous, on ne massacrera pas les catholiques, peut-être.Mais combien de temps garderons-nous le sens de la valeur humaine, de la réalité majeure qu\u2019est l\u2019âme, sens totalement disparu du monde communiste ?(Voir Paul Scortesco, Gog et Magog.) Les mêmes causes produisent les mêmes effets dans les mêmes circonstances.Si le bill 60 n\u2019est qu\u2019un échantillon du pragmatisme de nos législateurs, nous en connaîtrons de belles, nous aussi ! S\t« R ERRATA Deux énormes fautes ont rendu incompréhensibles deux passages de la revue du mois dernier.Page 634, il faut lire: \u201cToutes les tyrannies débutent.et non \u201cToutes les épreuves.\u201d (fin de la page).Page 676, il n\u2019y a pas à lire: \u201cContamination de deux constructions que les normes.\u201d; mais bien: \u201cEncore faudra-t-il la condition que les normes.\u201d etc.(dernier paragraphe). Conquête, confédération et nationalisme A propos du \u201cGrand Marquis\u201d de M.Guy Frégault par Mathieu Girard L\u2019action politique de tout patriote doit reposer sur une théorie nationaliste bien définie.Au Canada français, la théorie nationaliste se définit par rapport à la conquête anglaise de 1763, tandis que l\u2019action nationaliste se joue dans le cadre politique de la Confédération.Prendre position par rapport à la Confédération, c\u2019est en définitive pour un Canadien français mettre en cause l\u2019interprétation de l\u2019événement capital de notre histoire, la conquête.En d\u2019autres termes, se demander si le Canada français peut ou ne peut pas s\u2019épanouir à l\u2019intérieur de la Confédération, c\u2019est se demander ce qu\u2019a été 1763 pour la collectivité canadienne-française.La conquête est-elle une défaite politique qui a entraîné la défaite économique des Canadiens français ?ou est-elle la consécration politique de la défaite économique de la France en Amérique ?Dans la première hypothèse, la conquête est à la source de la dégénérescence de la collectivité canadienne-française.C\u2019est un accident historique capital qui a empêché le Canada français \u201cde devenir une nation, un Etat français à côté d\u2019une ou de plusieurs nations anglaises en Amérique du Nord ; nation française qui, comme toutes les autres nations du monde, aurait eu ses déficiences, ses problèmes intérieurs, ses luttes de partis, ses luttes de classes et ses luttes avec les nations voisines, mais nation française qui aurait eu l\u2019immense avantage d\u2019être dotée de l\u2019autonomie interne et externe et d\u2019être présente par elle-même au monde\u201d L Histoire qui est demeu- 1.Séguin, Maurice, \u201cGenèse et historique de l\u2019idée séparatiste au Canada français\u201d, Laurentie, no 119, juin 1962: 966 CONFÉDÉRATION ET NATIONALISME\t709 rée hypothétique parce que, comme l\u2019affirme Guy Fré-gault, les Canadiens français ont été \u201cbrisés en tant que peuple\u201d 2.Ainsi la conquête de 1760, que prolonge l\u2019Union de 1841 et que parfait la Confédération de 1867, entraîne la stagnation du peuple canadien-français qui inévitablement et inéluctablement est condamné à la médiocrité collective.\u201cLe Canada français survivra, l\u2019autonomie politique restreinte et difficile à utiliser à cause de la présence au coeur même du Québec des maîtres du Canada, encadrera tant bien que mal une survivance médiocre mais indestructible.\u201d 3 Théorie qui devait inévitablement déboucher dans le séparatisme qui n\u2019est rien d\u2019autre que le refus de cette réalité historique.Selon l\u2019autre hypothèse, la Nouvelle-France était une colonie minable qui s\u2019est écroulée beaucoup plus parce que épuisée du dedans que renversée du dehors.La Nouvelle-France est morte d\u2019inanition parce que la France a raté sa colonisation; et elle l\u2019a ratée parce qu\u2019en 1672, Louis XIV abandonne sa colonie à elle-même.La Nouvelle-France va donc cheminer.Elle va cheminer dans la guerre; elle va même cheminer dans la paix.La France a fait son grand effort en Amérique du Nord; elle ne le renouvellera plus.Désormais elle supportera ses colonies: elle ne saura plus les porter.Défection déplorable.Une autre période va commencer, mélange de progrès et de recul, de grandeur et de faiblesse, surtout de faiblesse.Rien ne marche plus au même rythme.Pendant trente ans, la guerre sévit à l\u2019état chronique.De tous côtés la pression se fait sentir: à la frontière du Sud, en Acadie, à la baie du Nord, dans le golfe, dans le fleuve, sur l'Outaouais, dans la région des Lacs.L\u2019empire lui-même, s\u2019il persiste à grandir, ne le fait plus comme naguère sous la poussée d\u2019une force interne, ambition, explosion vitale qui en prenait à sa mesure.Il le fait sous la menace de l\u2019ennemi, pour étendre la couverture de ses frontières, ravir à l\u2019autre les postes stratégiques.De décade en décade la Nouvelle-France prend la mine de l\u2019adolescent qui, pour avoir trop grandi, se défend mal contre ses germes de mort.Non, la monarchie française n\u2019a pas perdu le Canada entre les années 1755 et 1760.Dès 1672, 2.\tFrégault, Guy, Le Grand Marquis, p.392 3.\tSéguin, M.: 980 710 ACTION NATIONALE le roi de France a commencé à travailler pour le roi d\u2019Angleterre 4.Si, comme l\u2019affirme Maurice Séguin, \u201cdès qu\u2019il s\u2019installe dans la vallée du Saint-Laurent, le Canada anglais ruine fondamentalement la colonie française\u201d 5 c\u2019est une colonie française, comme le précise le chanoine Groulx, qui a \u201cl\u2019aspect d\u2019un parasite\u201d 6\u201d.La métropole française ayant quitté l\u2019Amérique, qu\u2019allait devenir ce petit peuple ?Une lutte s\u2019engage dont l\u2019issue sera pour le Canada français le progrès dans la vitalité ou, le même sort que sa métropole, la disparition par inanition.C\u2019est d\u2019une série de victoires, affirme le chanoine L.Groulx, qu\u2019est faite l\u2019histoire qui suit: 1774, reconnaissance de la réalité canadienne-française ; 1791, reconnaissance de la réalité politique canadienne-fran-çaise; et dernière victoire, 1867, consécration définitive de la réalité ethnique et politique canadienne-française.Cette interprétation débouche dans l\u2019action nationale autonomiste qui cherche à développer au maximum les possibilités de la province de Québec à l\u2019intérieur de la Confédération.Position réaliste qui reconnaît que 1672 cause de 1763 a inoculé \u201cà la Nouvelle-France d\u2019Amérique, puis au Canada français, une sorte de mal congénital\u201d 7 une condamnation à la petitesse.Ces deux courbes illustrent bien ces différentes interprétations.Les deux positions, si elles se distinguent seulement par une nuance dans l\u2019interprétation de la conquête, s\u2019éloignent considérablement quant à 1867, comme les deux côtés d\u2019un angle à mesure qu\u2019ils s\u2019éloignent de leur point de rencontre.La nuance est donc d\u2019impor- 4.\tGroulx, Lionel, Histoire du Canada français, vol.I, p.124 5.\tSéguin, M.: 98 6.\tGroulx, L.: 16 7.\tGroulx, L.: 15 Iêre HYPOTHÈSE: La conquête, source de tous nos maux CONFEDERATION ET NATIONALISME 711 I6ZI »P 9Aj|IUU»p 9|9nbU009i *Ui 9p ajenbuooaj J anbjmod ta 9nb;uqja ?»i|D ^npiAipu;,! ®P at'ed y artipnpiAipur^^^anbiuuiB rO uos au6ob dupjj-upo Êof CT CD \u2022CD O C O «V Cl> X cr ______l O 712 ACTION NATIONALE tance.Tout ce qui peut contribuer à éclairer le sujet mérite d\u2019être retenu et d\u2019être étudié attentivement.Le livre de M.Guy Frégault, Le Grand Marquis, mérite à ce titre une attention toute particulière.Ecrite en 1952, il réapparaît aujourd\u2019hui, chez Fides, dans la collection reliée \u201cFleur de Lys\u201d.Quatorze ans se sont écoulés depuis la première édition de l\u2019oeuvre qui avait à l\u2019époque provoqué l\u2019admiration de tous les critiques.L\u2019oeuvre demeure capitale dans notre littérature historique.Cependant, l\u2019auteur n\u2019est plus professionnellement historien.Nous le regrettons, même si la nouvelle fonction qu\u2019il occupe est importante au moment où le Québec s\u2019affirme.C\u2019est la réalité économique du monde colonial dans lequel évolue le Grand Marquis qui retiendra notre attention.Ce choix se justifie parce que la politique économique de la France en Louisiane représente les mêmes inconvénients en Nouvelle-France.Evidemment cette oeuvre de près de cinq cents pages est une somme de renseignements sur Pierre de Rigaud de Vaudreuil alors qu\u2019il occupait, en Louisiane, la charge de gouverneur.Avec l\u2019auteur, on apprend à mieux connaître ce grand Canadien qui fut un grand fonctionnaire.On y apprend que \u201cla politique rend amoral\u201d, que la \u201cpolitique rend féroce\u201d, mais pour conclure qu\u2019 \u201con lui pardonnerait de se montrer courtisan, puisqu\u2019il est fonctionnaire\u201d.Ce qui a retenu notre attention, c\u2019est moins la personnalité de Vaudreuil que les problèmes auxquels il faisait face.Un problème se dégage comme majeur: la rivalité économique de la France et de l\u2019Angleterre en Amérique.Au delà de la figure du grand politicien nous lisons le récit d\u2019une guerre économique dont les Indiens font les frais.Après s\u2019être asservi économiquement les indigènes, elle (la France) n\u2019a pu fournir aux besoins qu\u2019elle a provoqués chez CONFEDERATION ET NATIONALISME 713 eux.Les Indiens ont alors prêté l\u2019oreille aux sollicitations d'autres Européens, les Anglais, qui, pour prix de leur alliance, leur offrent à bon compte plus que les Français ne peuvent leur céder.Les Anglais, souligne Vaudreuil, ne perdent jamais l\u2019occasion de soulever contre nous les sauvages au moyen de la facilité qu\u2019ils ont de les contenter pour la fourniture de tous leurs besoins\u201d.De ces constatations, commencent à se dégager les éléments d\u2019une politique à laquelle Vaudreuil donnera bientôt la cohérence d\u2019une doctrine et la force d\u2019un principe; rencontrer les adversaires sur leur terrain; devant leur puissance économique, dresser une égale puissance économique 8.Ainsi la Louisiane veut être une barrière à l\u2019expansion économique anglaise.Toute la politique française consiste à empêcher les Anglais de \u201cpénétrer\u201d le pays.Dans ce contexte, le rôle des Indiens est déterminant.Se les associer est de première importance; les détruire, dans le cas où ils s\u2019allient les Anglais, une nécessité.Aux Chicachas qui entreprennent des démarches pour signer un traité de paix avec les Français, Vaudreuil pose deux conditions dont une est qu\u2019 \u201cils chassent de leurs villages les trafiquants anglais qui s\u2019y sont établis à demeure.\u201d 9 Les Chicachas n\u2019ont pas chassé les Anglais de leurs villages.\u201cSans les Anglais, nous serions tous morts\u201d, affirment-ils.Alors Vaudreuil se tourne du côté des Chactas qu\u2019il \u201cexhorte avec feu à se jeter sur les Chicachas, qui \u201cont perdu l\u2019Esprit à la sollicitation des Anglais\u201d ; ils ont eu \u201cl\u2019audace\u201d de repousser ses conditions ; voici le temps venu d\u2019en tirer \u201cune vengeance authentique\u201d 10.Ce sera le tour des Chactas qui suivront leur chef Soulier Rouge qui favorise une alliance de sa tribu avec les Anglais.Vaudreuil fera assassiner ce chef et ses partisans.En 1748, il revient sur \u201cla fin de ce malheureux qui 8.\tFrégault, Guy: 156-157 9.\tFrégault, Guy: 155 10 Frégault, Guy: 172-173 714 ACTION NATIONALE arriva.dans le temps qu\u2019il paraissait triompher de son crime, qu\u2019il conduisoit les Anglois dans sa Nation et se flattoit que ceux des chactas qui l\u2019avoient désaprouvé et nous paroissoient les plus attachés ne tarderoient pas a se reünir a lui.Mais tout habile que ce chef étoit, il s\u2019est trompé, et je lui ai fait subir par les chactas memes la juste peine qu\u2019il meritoit.J\u2019aurois fort souhaité que les quatre traiteurs anglois que ce soulier rouge conduisoit eussent eu le meme sort que lui.\u201d 11 Les Indiens cherchent l'amitié des Anglais et abandonnent celle des Français pour des raisons uniquement économiques.\u201cLes Anglois.donnent (aux Indiens) des marchandises a si bas prix qu\u2019il y auroit lieu de penser que le Roy d\u2019Angleterre ou la contrée supporte la perte que les négociants font dans la vente de leurs marchandises pour s\u2019attirer les Nations.\u201d 12 C\u2019est que \u201cils aiment les François et reçoivent les Anglois plutôt par nécessité que par amitié\u201d.13 Pourquoi cette défection des Indiens ?Pourquoi Vau-dreuil doit-il utiliser la force là où les Anglais utilisent l\u2019or ?L\u2019indigence de la Louisiane est la seule réponse.\u201cJe suis accablé tous les jours, rapporte l\u2019ordonnateur, de personnes qui me demandent du pain, sans pouvoir par la cruelle nécessité où nous nous trouvons leur en accorder ny leur en procurer d\u2019aucune façon.\u201d 14 La grande faiblesse de la France en Amérique sera la pauvreté.Plus d\u2019une fois Vaudreuil a exposé son point de vue: favoriser le commerce de la colonie avec les colonies étrangères.Ce que la France ne peut accepter, sans permettre à ses rivaux de s\u2019enrichir de la Louisiane.11.\tFrégault, Guy: 241 12.\tFrégault, Guy: 358 13.\tFrégault, Guy: 195 14.\tFrégault, Guy: 180 CONFÉDÉRATION ET NATIONALISME\t715 Pauvreté coûteuse, qui rapprochera les Indiens des Anglais et assurera la victoire définitive des Anglais en Amérique.Ce qui a manqué en Amérique ce n\u2019est pas des Français avec des idées, avec du courage ou du talent, ce sont des marchandises de traite.\u201cJamais, écrit le Marquis, il n\u2019y aura d\u2019union parmi les sauvages de cette colonie tant que les Anglois feront La Traite parmy eux, ce sont des Esprit inquiets Et Brouillons qui mettent La division partout Et que les sauvages ne souffrent que parce qu\u2019ils leur portent des marchandises Et leur en fournissent a-bondamment.Si les françois pouvoient faire la meme chose, ils auroient sans contredit la preference.les Sauvages, meme ceux des Anglois, disent tous les jours a nos traitteurs que S\u2019ils Etoient en Etat de leur fournir leur besoin, jamais ils ne permettroient aux Anglois de venir sur leur terre.\u201d 15 Le livre de M.Frégault confirme l\u2019interprétation de ceux qui maintiennent que la Conquête est la consécration politique d\u2019une défaite économique.L\u2019échec de la colonisation de la France en Amérique a été causé par son incapacité de développer et d\u2019appuyer une bourgeoisie coloniale forte et dynamique, capable de soutenir et vaincre la concurrence de la bourgeoisie coloniale anglo-saxonne.1760 ne serait donc pas la cause de l'absence d\u2019une bourgeoisie canadienne-française au XIXe siècle et conséquemment de l\u2019infériorité économique des Canadiens français.Le contraire serait plus juste : l\u2019absence de cette bourgeoisie expliquerait la Conquête.Ainsi la Confédération, prolongement de la Conquête, n\u2019est pas historiquement un obstacle à la naissance et au développement d\u2019une bourgeoisie canadienne-française.De fait, le rôle que les Canadiens français jouent aujourd\u2019hui dans la vie économique est plus grand qu\u2019il ne l\u2019a jamais été.Du moins, la preuve du contraire n\u2019est pas faite.15.Frégault, Guy: 169 Les connaissantes en français des jeunes Anglo-Canadiens au sortir du high school par Louis Painchaud Depuis plusieurs années, nous nous occupons, au début de septembre, du classement en groupes homogènes des étudiants de langue anglaise qui arrivent du high school au Collège militaire royal de Saint-Jean.Nous avons toujours été frappé par leur faible préparation en français, ne pouvant pour la plupart ni soutenir une conversation d\u2019une manière convenable, ni rédiger un texte qui \u201cait de l\u2019allure\u2019\u2019.Ils n\u2019avaient pas non plus de connaissances en littérature française.Pourtant nous avions l\u2019impression qu\u2019ils avaient, grosso modo, quatre années d\u2019étude du français.Qu\u2019en était-il au juste ?Décidé de voir plus clair, nous avons fait subir, en septembre 1963, une batterie de tests et un questionnaire aux jeunes gens qui arrivaient dans notre institution.1.Les tests Avant d\u2019étudier les résultats, il faut présenter les trois tests que nous leur avons fait subir.D\u2019abord le Test C.G.M.62, préparé par G.Mialaret et C.Malandain, et réalisé par le groupe d\u2019études psychopédagogiques du Centre de Recherches et d\u2019Etudes pour la Diffusion du Français de l\u2019Ecole Normale Supérieure 1.Texte d\u2019une communication présentée à la section de linguistique du 31e congrès de l\u2019ACFAS.le 2 novembre 1963 LE FRANÇAIS AU HIGH SCHOOL 717 de Saint-Cloud (C.R.E.D.I.F.), publié chez Didier en 1962.Ce test se propose d\u2019apprécier le niveau des connaissances linguistiques en français des étrangers et comprend six épreuves : Ire compréhension orale 2e expression orale 3e dictée 4e épreuve auditive 5e compréhension écrite 6e expression écrite La somme des niveaux établis par la Ire épreuve et la 5e donne le niveau de la compréhension.De même la 2e et la 6e donnent le niveau de l\u2019expression.Les 5e et 6e, le niveau de l\u2019écrit.Les Ire et 2e, le niveau de l\u2019oral.Les épreuves 3 et 4 servent de correctifs, si nécessaire.Le T.C.F.(Test de connaissance du français) préparé par Mme I.Vachon-Spilka de l\u2019Université de Montréal est en voie de normalisation.Il se divise en quatre parties : Ire structures sonores 2e structures grammaticales 3e lexique 4e compréhension globale Grâce à l\u2019aimable collaboration de Madame Spilka et de l\u2019Université de Montréal, nous avons pu l\u2019utiliser.Le troisième test, The Ford-Hicks French Grammar Completion Tests, Form B, est publié chez Dent & Sons, Toronto et London.Il se compose de cent questions de grammaire.Il a été standardisé (score T) en prenant comme base les élèves de l\u2019Ontario qui avaient fait trois années et demie de français.Nous avons donc un test préparé en France, un second au Canada français et un troisième au Canada anglais. 718 ACTION NATIONALE Nous avons nous-même préparé un questionnaire de vingt questions qui cherche les antécédents et les expériences passées se rapportant à l\u2019apprentissage du français.Nous sommes en mesure d\u2019affirmer que le questionnaire et les tests ont été subis dans des conditions optimums de rendement.Nous remercions nos collègues du département de français pour leur collaboration dans la correction des épreuves.2.Les sujets d\u2019expérience 71 jeunes \u201cCanadians\u201d dont l\u2019âge s\u2019échelonne de 16 à 19 ans (âge moyen: 17 ans), sortis en juin dernier des lie et 12e années, ont subi toutes les épreuves.23 d\u2019entre eux venaient du Québec; 19, de la Colombie-Britannique; 13, de l\u2019Ontario; 9, du Nouveau-Brunswick; 3, de la Nouvelle-Ecosse; 2, de l\u2019Alberta; 1, du Manitoba et 1, de New-York.A l\u2019examen d\u2019admission de notre institution, comprenant algèbre, géométrie et anglais, ils ont obtenu une moyenne générale de 64.6% (la moyenne des 736 étudiants qui se sont présentés à l\u2019examen était de 54.4%), et à l\u2019examen de composition anglaise, 56.1% (la moyenne des 548 étudiants, à l\u2019examen de composition anglaise, était de 47.3%).Avec un groupe aussi restreint, où toutes les provinces ne sont pas représentées, nous ne pouvons pas conclure d\u2019une manière certaine que les résultats obtenus donnent une image fidèle de la valeur en français des jeunes Canadians qui sortent du high school.Nos effectifs devraient obtenir de meilleurs résultats (a) parce qu\u2019ils ont remporté un plus fort pourcentage moyen à l\u2019examen d\u2019admission de notre institution, (b) parce qu\u2019ils se préparaient, sans doute, depuis quelques années, à entrer dans une institution bilingue, (c) parce que la quasi-totalité se dit intéressée au français (voir LE FRANÇAIS AU HIGH SCHOOL 719 section 9) et (d) parce que les effectifs du Québec, par rapport à l\u2019ensemble, sont en plus forte proportion (voir section 5).Toutefois, nos résultats chiffrés nous permettront de situer le problème et de soulever des interrogations.La présente étude ne peut être qu\u2019un premier pas dans un large champ qui demande à être exploré à fond, celui de l\u2019enseignement du français aux Anglo-Canadiens, tant dans le Québec que dans l\u2019ensemble du Canada.3.Les corrélations des résultats des trois tests Nous pouvons constater que les trois tests donnent les mêmes résultats en examinant le premier tableau.TABLEAU 1 Les résultats des tests TCF et FH en fonction du CGM No d\u2019ordre\tNombre de\tTest candidats (N)\tCGM\t\tTest TCF\tTest FH 1\t6\t81-90\t51.8\t84 2\t13\t71-80\t49.3\t77.8 3\t25\t61-70\t44.6\t71.3 4\t13\t51-60\t42.3\t64.8 5\t9\t41-50\t38.8\t53.7 \t1\t31-40\t32.5\t44 6\t3\t21-30\t35.7\t33.6 \t1\t11-20\t32.3\t16 71 Moyenne du groupe\t64-35\t44.23\t67.32 Etendue (R)\t70\t26.6\t76 2.74 Les tests TCF et FH corroborent la distribution du CGM.Mais le CGM et le FH ont une étendue (R) plus considérable.L\u2019écart type de nos effectifs au CGM est 2.74 tandis que l\u2019échantillon qui a servi à l\u2019étalonnage du test donne 5.05.Donc nos effectifs ont une plus grande homogénéité que ceux du C.R.E.D.I.F.Nous avons peu d\u2019étudiants qui ne savent rien, comme nous en avons 720 ACTION NATIONALE peu qui savent beaucoup.La moyenne de nos effectifs (64.35 %) est supérieure à celle du C.R.E.D.I.F.(55.15%).Comparons maintenant les deux groupes, épreuve par épreuve.La compréhension et l\u2019expression orales se situent au même niveau.Notre groupe, à l\u2019épreuve auditive, obtient 5% de moins que le C.R.E.D.I.F.Mais à l\u2019écrit il est nettement supérieur: dictée, 6% de plus; expression écrite, 8% de plus; compréhension écrite, 10% de plus.TABLEAU 2 Comparaison des résultats des effectifs du Collège militaire royal et de ceux du C.R.E.D.I.F., aux épreuves du CGM Epreuves C.M.R.C.R.E.D.I.F.1.\tcompréhension orale 2.\texpression orale 3.\tdictée 4.\tépreuve auditive 5.\tcompréhension écrite 6.\texpression écrite 61.2%\t61.1% 45.6\t43.6 74.7\t68.6 44.8\t49.1 79.4\t69.6 57.2\t49.4 Voici la distribution\t Le CGM détermine cinq classes, de nos effectifs dans ces classes : TABLEAU 3 Distribution des effectifs du Collège militaire royal dans les classes du CGM Nombre de Classes\tcandidats (N) I\t(débutants) II\t(débutants avancés) III\t(niveau moyen) IV\t(niveau supérieur au 1er degré du français fondamental) V\t(niveau supérieur au 1er degré du français fondamental) 0 5 32 33 1 LE FRANÇAIS AU HIGH SCHOOL 721 La moitié de nos effectifs ne sait pas assez de français pour être libéré du premier degré du français fondamental 2.Or la méthode \u201cVoix et Images de France\u201d se propose d\u2019enseigner le premier degré du français fondamental en 32 leçons de 10 heures chacune, soit en 320 heures 3.Notre groupe a étudié le français pendant 5.1 années en moyenne (voir section 4) avec 3.7 heures de français par semaine, 38 semaines par année, soit, grosso modo, pendant 700 heures.De deux choses l\u2019une, l\u2019enseignement par \u201cVoix et Images de France\u201d est très efficace, l\u2019enseignement qui se donne ici ne l\u2019est pas.4.Les résultats des tests en corrélation des expériences de français Plus les étudiants ont de meilleures notes dans les Les connaissances en français des jeunes Anglo-Canadi tests, plus, en moyenne, ils ont étudié le français longtemps.L\u2019ctendue (R) reste cependant constante chez les forts et les moyens (jusqu\u2019au 5e échelon: voir tableau 4) ; c\u2019est dire que quelques-uns, après deux et trois années d\u2019étude du français, réussissent bien, tandis que d\u2019autres après plusieurs années d\u2019étude n\u2019ont pas de succès.TABLEAU 4 Corrélations de la distribution du test CGM et des années d\u2019étude du français, du nombre de professeurs de français de langue française par étudiant, du pourcentage d\u2019étudiants n\u2019ayant pas eu de contact avec le \u201cfrançais vivant\u201d 2.\tLe français fondamental est une liste de mots et des notions grammaticales établis d'après leur fréquence et leur utilité par une commission du Ministère de l\u2019Education Nationale de France.3.\tGuide to accompany Voix et Images de France, An Audio-Lingual-Visual Program.Philadelphie, Chilton, p.10. 722 ACTION NATIONALE No d\u2019ordre (cf.tabl.1)\tAnnées de français\t\tProf.lang.fr.Pas de \u201cfr.viv.\u201d\t \tNombre moyen\tEtendue\tNombre\t \td\u2019années\t(R)\tmoyen\t% 1\t7.66\t7\t1.83\t16 2\t5.92\t7\t1.07\t38 3\t5.66\t6\t1.24\t56 4\t4.38\t8\t0.38\t53 5\t3.44\t4\t0.22\t66 6\t2.6\t2\t0.20\t80 Moyenne\t5.1\t9\t0.90\t52.1 du groupe\t\t\t\t Le nombre des professeurs de français de langue française augmente avec la réussite au CGM et le nombre d\u2019années d\u2019étude du français, pour rester quand même faible même à l\u2019échelon 1.On sait que le tiers de la population du pays est française.Nos effectifs ont eu 367 professeurs de français dont 64 (17%) de langue française.Le \u201cfrançais vivant\u201d ! Nous avons donné ce nom aux expériences personnelles des étudiants, faites en dehors des cours par la lecture de livres, revues et journaux, par l\u2019audition de la radio et de la télévision, par les échanges avec un compagnon de langue française.Pour être retenues, il fallait que l\u2019étudiant soit au moins une heure (dans un mois) en contact avec un des moyens de communication mentionnés ci-dessus.52% de nos effectifs n\u2019a eu aucun contact avec le \u201cfrançais vivant\u201d.Dans le Québec, le quart des effectifs n\u2019en a pas eu.En tout, il y a seulement huit étudiants (dont sept du Québec) qui ont plus de dix heures d\u2019expérience avec le \u201cfrançais vivant\u201d oral; au CGM, ils obtiennent 74%.Nous avons demandé au groupe quels aspects du français on leur avait surtout enseignés.La quasi-totalité répond : la grammaire.Seulement trois ne la mentionnent pas.42 étudiants (59.1%) mentionnent uniquement la LE FRANÇAIS AU HIGH SCHOOL 723 grammaire.17 citent la composition; 16, la compréhension d\u2019un texte ; 8, la compréhension orale ; 6, le parler et 4, la littérature.La réussite au test FH vient corroborer ces réponses.5.Les comparaisons entre quatre provinces U nous a paru intéressant d\u2019établir des comparaisons entre les effectifs des quatre provinces les mieux représentées4.Vu le petit nombre des effectifs, on peut difficilement généraliser.Toutefois, ces chiffres nous permettent de soulever des interrogations.TABLEAU 5 Comparaison entre les effectifs des quatre provinces les mieux représentées, au point de vue: résultats des tests, années d étude du français, temps avec professeur de langue française, absence de contact avec le \u201cfrançais vivant\u201d Pro- vinces\tN\tCGM\tTCF\tFH\tAnnées de fr.\t% temps avec % pas de prof.lang.fr.\u201cfr.viv\u201d\t NB\t9\t56.5\t41.1\t54\t5.2\t10.6\t77.7 Q\t23\t72\t46\t73\t7.3\t23.2\t26 0\t13\t70\t48\t75.1\t5.1\t19\t46 1 CB\t19\t54\t41.9\t59.7\t3.3\t7.9\t63.1 Est-ce que les étudiants de l\u2019Ontario savent autant de fi ançais que ceux du Québec ?Ou ces résultats dépendent-ils de la faible représentation de l\u2019Ontario ?Les effectifs du Québec viennent de Montréal et de sa région (21/23) et de la ville de Québec (2/23).Il est intéressant de noter que les trois tests disent la même chose, tant pour le couple Ontario-Québec que pour le couple Colombie-Nouveau-Brunswick.Le cours de français de la Colombie est-il meilleur que celui du Nouveau-Brunswick ?Avec deux années de plus d\u2019étude du français 4.C\u2019est la province où nos effectifs ont étudié l'an dernier que nous avons retenue. 724 ACTION NATIONALE (mais 3.2 heures par semaine), le Nouveau-Brunswick obtient les mêmes résultats que la Colombie (4.5 heures par semaine).Et le cours de français de l\u2019Ontario est-il meilleur que celui du Québec ?Voici qu\u2019avec deux années de plus de français (et à peu près le même nombre d\u2019heures par semaine: Ontario 3.2 h., Québec 3.5 h.), le Québec obtient les mêmes résultats que l\u2019Ontario.L\u2019Ontario aurait-il presque deux fois plus de professeurs de français de langue française que le Nouveau-Brunswick ?Le Nouveau-Brunswick, avec plus d\u2019années de français que la Colombie et avec une composition ethnique différente, aurait-il vraiment moins de contact avec le \u201cfrançais vivant\u201d que la Colombie ?6.Le nombre d\u2019années d\u2019étude du français TABLEAU 6 Corrélations du nombre d\u2019années d\u2019étude du français et des résultats au CGM Années de fr.\tN\t(%)\tCGM : M\tCGM : 2 et 3\t17\t(23.9)\t53.5\t50 4 et 5\t29\t(40.8)\t65.5\t40 6 et 7\t6\t( 8.4)\t64\t(70)\t30 8 et 9\t17\t(23.9)\t75.5\t25 On remarque que la progression dans les résultats au CGM est très lente: après 2 et 3 ans, on obtient déjà 50%, après 8 et 9 ans, seulement 75%.L\u2019étendue au CGM nous révèle qu\u2019après 2 et 3 ans, certains acquièrent peu de connaissances, d\u2019autres beaucoup ; après 8 et 9 ans, les faibles ont appris quelque chose, les forts ont fait peu de progrès.Dans nos effectifs, nous avons relevé quatre individus qui, après trois années d\u2019étude du français, avaient au CGM, l\u2019un 65%, les autres 70%.Mais nous avons aussi relevé cinq individus qui, après sept années (pour deux), huit années et neuf années (pour deux), avaient 65%.Un autre après dix années a 60%.Un dernier après six années a 45%. LE FRANÇAIS AU HIGH SCHOOL 725 Après 6 et 7 années d\u2019étude du français, à cause du petit nombre des effectifs, la moyenne au CGM pourrait être portée à 70% pour être en accord avec l\u2019échelle.7.Les autres langues parlées ou étudiées Par \u201cautres langues\u201d, il faut entendre celles qui ne sont ni l\u2019anglais, ni le français.Les langues parlées sont : l\u2019allemand (4), le russe (1), l\u2019espagnol (1), le hongrois (1), l\u2019ukrainien (1) et l\u2019hébreu (1 qui parle déjà l\u2019allemand).Les langues étudiées sont: le latin et l\u2019allemand; la première par 36.6% des effectifs, la seconde par 14%.TABLEAU 7 Corrélations des autres langues variées ou étudiées, des années d\u2019étude du français et des résultats au CGM \tN\tAnnées de fr.\tCGM autres langues parlées\t8\t6.5\t75.6 autres langues étudiées\t29\t5.3\t68.2 aucune autre langue parlée ou étudiée\t35\t4.8\t57.2 Si l\u2019on se rapporte au tableau\t6,\ton constate\tque ceux qui ont 6 et 7 années de français obtiennent 70% (corrigé) au CGM.Ici la moyenne pour le même nombre d\u2019années est 75.6%.Il semble que l\u2019autre langue parlée serait un facteur déterminant, comme l\u2019expérience commune l'affirme d\u2019ailleurs.Les effectifs des \u201cautres langues étudiées\u201d ont à peu près la moyenne de leurs années d\u2019étude du français.Ceux qui n\u2019ont \u201caucune autre langue parlée ou étudiée\u201d décrochent une moyenne inférieure à leur nombre d\u2019années d\u2019étude du français, 57.2% contre 65.5%.8.La langue utilisée pour Venseignement du français Dans notre questionnaire, nous avions une question sur la langue utilisée par le professeur de français en classe.Nous n\u2019avons tenu compte que de l\u2019enseignement 726 ACTION NATIONALE du français fait de la 8e année à la 12e année.Voici comment se répartissent ces professeurs : TABLEAU 8 Répartition de la langue utilisée par les professeurs de français, pour Venseignement du français de la 8e à la 12e année Langue utilisée\t% des prof.anglais seulement\t11.9\t65.9 anglais principalement\t54\t français principalement\t29.3\t33.9 français seulement\t4.6\t Pour établir les chiffres du \u201cfrançais utilisé\u2019\u2019 du tableau 9, nous avons fait la somme de tous les effectifs qui avaient au moins quatre années de \u201cfrançais principalement\u201d et de deux années de \u201cfrançais seulement\u201d.Pour établir ceux de \u201cl\u2019anglais utilisé I\u201d, nous avons fait la somme des effectifs qui avaient quatre années et plus d\u2019 \u201canglais seulement\u201d et d\u2019 \u201canglais principalement\u201d sans avoir de \u201cfrançais principalement\u201d ou de \u201cfrançais seulement\u201d.Puis de ce dernier groupe, nous n\u2019avons conservé que ceux qui avaient six années et plus de français : \u201canglais utilisé II\u201d.TABLEAU 9 Corrélations de la langue utilisée pour Venseignement du français, des années d\u2019étude du français et des résultats au CGM Langue utilisée\tN\tAnnées de fr.\tCGM français utilisé\t12\t7.4\t76.6 anglais utilisé I\t20\t5.5\t64 anglais utilisé II\t7\t7.6\t65 \u201cL\u2019anglais utilisé I\u201d et \u201cl\u2019anglais utilisé II\u201d obtiennent la même moyenne au CGM.Deux années de plus d\u2019étude de français ne semblent pas augmenter les con- LE FRANÇAIS AU HIGH SCHOOL 727 naissances en français quand le professeur parle surtout ou uniquement anglais.En comparant ce tableau avec le tableau 6, on voit que pour le même nombre d\u2019années d\u2019étude du français, les résultats au CGM sont meilleurs quand la langue utilisée pour l\u2019enseignement est le français, et les résultats sont moins bons quand la langue utilisée est l\u2019anglais.9.Les raisons pour lesquelles le français intéresse nos effectifs Tous nos effectifs se disent intéressés au français.Un seul étudiant ne l\u2019est pas, un autre a répondu \u201cpartly\u201d et un troisième n\u2019a pas répondu.En moyenne, chacun apporte deux raisons quand on lui demande \u201cpourquoi\u201d.TABLEAU 10 Raisons pour lesquelles le français intéresse nos étudiants et pourcentage des étudiants qui ont choisi chaque raison No d\u2019ordre Raisons % 1\tCanada bilingue\t46 2\tacquis (une valeur, une culture, un\t \tautre point de vue)\t30 3\tmoyen de communication\t21 4\ttravail (avancer et trouver)\t20 5\tamour du français\t16 6\tvoyages\t13 7\tau Québec\t12 8\tma profession\t10 9\tvie présente\t8 10\tautres (bilingue, challenge, beauté,\t \tdistinction, monde entier, etc.)\t19 Les raisons utilitaires occupent les 3e, 4e, 6e, 7e, 8e et 9e rangs.Elles ne dominent pas.Le premier et le deuxième rangs sont occupés pour des raisons d\u2019ordre général.La première, avancée par presque la moitié des étudiants, est une raison extérieure au sujet et à l\u2019objet, une raison d\u2019ordre intellectuel, apprise plutôt que vécue.Seule 728 ACTION NATIONALE la cinquième, invoquée par 16% des effectifs, porte sur l\u2019objet.10.Les conclusions Tous nos étudiants ont étudié le français avant de sortir du high school.Ils l\u2019ont étudié pendant cinq ans en moyenne.Leur connaissance du français, nous devrions dire de la grammaire française, se situe pour la plupart à un même niveau; c\u2019est un groupe relativement homogène.Seulement 7 % des étudiants ont moins de 40% au CGM et seulement 8.5% ont plus de 80%.Ils ont peu de connaissance de la langue française, moyen de communication.La moitié du groupe en est encore au 1er degré du français fondamental.L\u2019autre moitié lui est à peine supérieure.En deux fois moins de temps, ils auraient dû apprendre deux fois plus.Le nombre d\u2019années d\u2019étude du français ne semble pas jouer le rôle prépondérant qu\u2019on serait porté à lui accorder.Il est vrai que, plus les résultats des tests sont meilleurs, plus le nombre d\u2019années d\u2019étude est grand.Mais la hausse des résultats n\u2019augmente pas proportionnellement aux années d\u2019étude: après 2 et 3 ans, on obtient déjà 50% au CGM, après 8 et 9 ans, seulement 75%.Plusieurs étudiants se classent parmi les meilleurs après quelques années d\u2019étude, d\u2019autres après 7, 8, 9 et 10 ans d\u2019étude se classent dans la moyenne.L\u2019efficacité de l\u2019enseignement d\u2019une deuxième langue réside-t-elle dans de longues années d\u2019apprentissage ?Nous en doutons.Les étudiants de la Colombie, avec deux années de moins mais une heure de plus par semaine, obtiennent les mêmes résultats que ceux du Nouveau-Brunswick.Lorsqu\u2019en classe le professeur parle surtout ou uniquement en anglais, deux années de plus d\u2019étude ne semblent pas augmenter les connaissances en français.La langue utilisée pour l'enseignement du français au secondaire est l\u2019anglais dans 65% des cas.Après sept années et demie d\u2019étude, si la langue utilisée au secondaire LE FRANÇAIS AU HIGH SCHOOL 729 a été l\u2019anglais, les résultats au CGM sont moyens; mais si la langue utilisée pendant quatre ans est le français, les résultats sont supérieurs de dix points à la moyenne de l\u2019ensemble.Il est surprenant de constater que seulement 17% des professeurs de français sont de langue française.Une autre surprise, c\u2019est que 50% des étudiants n\u2019ont eu aucun contact avec ce que nous avons appelé le \u201cfrançais vivant\u201d, c\u2019est-à-dire qu\u2019en dehors des exercices scolaires, ils n\u2019ont pas \u201crencontré\u201d le français.Et seulement 10% ont plus du minimum de dix heures d\u2019expérience avec le \u201cfrançais vivant\u201d oral.Tous sont intéressés (moins trois) à apprendre le français.Contrairement à ce qu\u2019on pourrait croire, les raisons d\u2019ordre utilitaire ne l\u2019emportent pas, elles viennent après les raisons d\u2019ordre général.Au Québec, dans l\u2019ensemble, la situation ne semble pas beaucoup plus brillante qu\u2019ailleurs.Il y a plus d\u2019années d\u2019étude du français, mais les résultats sont comparables à ceux de l\u2019Ontario.Il n\u2019y a que le quart des professeurs de français qui sont de langue française.Le quart des étudiants n\u2019ont eu aucun contact avec le \u201cfrançais vivant\u201d.Seulement 30% ont plus de dix heures de \u201cfrançais vivant\u201d oral.5 Pour les raisons données au début de cette étude, on peut supposer que la situation qui prévaut généralement au Canada est moins reluisante que celle décrite ici.Ne peut-on pas dire que l\u2019enseignement du français, au Canada de langue anglaise, se fait en enseignant la grammaire française en vase clos ; les professeurs de langue anglaise utilisent l\u2019anglais pour communiquer leur savoir, à des jeunes qui veulent apprendre le français, 5.Il faut se rappeler que la population de langue anglaise du Québec forme 13.2% de la population totale.(Annuaire du Québec, 1962.) 730 ACTION NATIONALE d\u2019abord pour des raisons non utilitaires : voilà le \u201cFrench\u201d.Peut-on être surpris de l\u2019inefficacité d\u2019un tel enseignement ?Quel gaspillage de temps, d\u2019énergies et aussi d\u2019argent ! Le moment n\u2019est-il pas venu de moins s\u2019attarder au \u201cFrench\u201d et de s\u2019intéresser davantage à la langue française ?Il y aurait beaucoup d\u2019autres aspects de la connaissance, de l\u2019apprentissage et de l\u2019enseignement du français dont il faudrait tenir compte pour avoir un tableau complet de la situation : programmes scolaires, méthodes d\u2019enseignement, manuels, compétence des professeurs, motivation des professeurs et des étudiants, aptitudes des étudiants, connaissance de la langue maternelle, milieu familial, scolaire et social, etc.En terminant, nous formulons le voeu qu\u2019une vaste enquête soit menée sur les conditions actuelles de l\u2019enseignement du français comme deuxième langue au Canada, pays bilingue.Il nous semble que la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme doit mener cette enquête, si elle veut connaître la situation présente et suggérer des solutions pertinentes.S « R L\u2019Action nationale de mai et juin Les numéros de mai et juin seront réunis en un seul numéro double qui sera consacré à un document historique d\u2019un exceptionel intérêt.A cause de cela, il paraîtra plus tard en mai que le numéro régulier du mois: entre le 15 et le 25, au lieu du début du mois. Connaissance du Québec 'Vive le Roi d'Ia Reine ! Petite Jeanneton, (Petite et jeun' étions) Vive Napoléon !\" par Claude Trottier Les étudiants de Laval, comme le rapporte l\u2019Action (journal catholique), par la voix du président Mulroney, déclarent que l\u2019argent qui serait dépensé pour la tournée royale d\u2019octobre, trouverait tin meilleur emploi en des bourses.Entendons des bourses aux étudiants.Ils commettent l\u2019imprudence d\u2019avancer un chiffre $1,000,000.\u201cGrossière exagération\u201d \u201cTotalement impensable\" répond Ottawa piqué ! La déclaration étudiante faisait état du \u201cClimat politique\u201d qui ne se prêterait pas à l\u2019arrivée de la parenté, mais, de ce climat, dans sa protestation de grossièreté, Ottawa ne souffle mot.J\u2019entendis, voilà quelques années, pas un étudiant, mais un professeur de Laval regretter que l\u2019on dépense tant pour la célébration de la Saint-Jean-Baptiste, quand un si grand nombre des nôtres étaient empêchés, faute d\u2019argent, d\u2019entreprendre ou de terminer des études.Cette manière de suggestion ne me parut pas des plus heureuses.Ce qui doit être, doit être ! Il me semblait, que ce n\u2019était pas tout à fait ça ! * * * Le jour du couronnement de George VI \u2014 congé sans devoir \u2014 fut, pour moi, sublime de clarté et radieux de soleil.Je l\u2019ai passé, sans accorder une pensée à George VI, même si je foulais les terres de la couronne, à herboriser, comme en témoigne mon herbier à la page des érythrones.Le printemps hâtif avait surpris les guêpes dans leur torpeur hibernale et les obligeait, à leur première sortie, endormies et gauches, pour leur déjeuner, à violer le calice étroit des fleurs trop jeunes.Vous souvenez-vous ? 732 ACTION NATIONALE J\u2019avais reçu, à l\u2019égal de mes frères, soeurs et compagnons, une médaille commémorative de la grandeur de nos anciens deux cents, mais qui faisait le double ou le triple du poids.J\u2019ai tenté, vainement, d\u2019en retrouver une.On ne dit pas qu\u2019elle est perdue, mais on ne la retrouvera jamais, parce qu\u2019on ne la cherchera pas ! Cette fonte et f rappe de cuivre, métal guerrier, oeuvre de la piété filiale du Canada et de sa mansuétude à notre égard, a vraisemblablement coûté en pure perte, quelques centaines de milliers de dollars de 1936.A l\u2019époque, il en coûtait, tous livres payés et faux frais, $200.00 par année pour se pensionner dans un collège secondaire et manger tant qu\u2019on voulait.L\u2019instruction, elle, était gratuite.Les religieux nous trouvaient riches, même si les 9 enfants restés au foyer manquaient tous, d\u2019un peu de tout.A l\u2019époque encore, les professeurs ne se portaient pas en ennemis de nos institutions et de la société.Ils étaient, par comparaison à ceux d\u2019aujourd\u2019hui, compétents.Les plus fortes têtes, parmi les élèves, pour se distraire, lisaient ou herborisaient.Ça ne coûtait rien ! Mais, il s\u2019en est manqué de peu pour qu\u2019Edward VIII soit couronné.Son amour pour une Américaine divorcée et de VAngleterre l\u2019obligeait à renoncer à l\u2019une, s\u2019il prenait l\u2019autre.Il s\u2019accorda l\u2019autre.La gentry, la haute noblesse a dit, Ouf ! Si Edward VIII avait choisi la couronne, elle n\u2019aurait pas dit, ouf ! preuve, que ce n\u2019était- pas tout à fait pour ça.Ici, nous n\u2019avons rien dit.Nous sommes sans noblesse et ça se passait ailleurs.En 1939, les nouveaux souverains vinrent nous visiter ! A Québec, l\u2019on commanda à la foule immense de ne pas manifester.Docile et soucieuse de se bien faire juger, elle ne s\u2019échauffa pas.Les journaux canadiens firent état de la froideur de l\u2019accueil.La rumeur souffla que la reine avait demandé à son bras gauche, ce qu\u2019il fallait craindre à Québec.On l\u2019avait prévenue vaguement et la passivité de notre attitude devenait pour elle la confirmation d\u2019une menace, plutôt qu\u2019un signe extérieur de respect.A Toronto et ailleurs au Canada, les souverains VIVE LE ROI D'LA REINE ! 733 affrontèrent un délire à tout casser, complètement rassurant ! Nous avions été manoeuvrés.Ce sont nos plus dociles qui en furent les plus fâchés \u2014 en dociles.A Trois-Rivières, les souverains stationnèrent à la gare.La ville s\u2019y est transportée.Le collège s\u2019y est vidé de tous ses religieux, sauf, de l\u2019infirmier retenu au lit par un épanchement au coeur et un sac de glace; de ses pensionnaires, sauf de moi, resté dans la cour faute d\u2019épanchement de coeur; de ses 600 externes, par décret de la commission scolaire.Cette visite royale est l\u2019un de mes souvenirs les plus durables, peut-être Vévénement le plus sensationnel de 7non existence.Peu de gens ont vu une ville moderne intacte, au, milieu du jour, pendant 90 minutes, entièrement morte ! Quiconque n\u2019a pas vu, d\u2019une cour de pensionnat, plate, avide, torride, si vide qu\u2019elle prenait les dimensions d\u2019un désert, ses deux barrières grandes ouvertes sur des avenues sails fin, sans vie, sans policier et leur signalisation qui passait du rouge au vert, au jaune et recommençait pour rien; l\u2019hôtel à gauche, sans patronage; la prison municipale en face, sans âme qui vive; n\u2019a jamais senti le monde lui appartenir et n'a jamais connu la liberté ! * * Napoléon à Moscou ?C\u2019était la nuit.La ville brûlait.Le monde lui échappait.Il ne lui restait qu\u2019à écrire, sur la table du Tsar et avec son encre, la loi de la Comédie française et la faire partir, au petit jour, pour Paris, comme un adieu d\u2019amour.\u2014 Enfin, que fîtes-vous de cet arrêt du temps ?\u2014 Rien ! Pourquoi voudriez-vous que l\u2019on exploite la liberté, lorsqu\u2019on l\u2019aime pour elle ?\u2014 Vous n\u2019avez pas tiré une \u201ctouche\u201d à la sauvette ?\u2014 A la sauvette de quoi, de qui, de la liberté ?Ceux qui étaient chez le Roi, la Reine, à côté de Jeanneton encore ! ils ne fumaient pas peut-être ?Pris par cette situation imprévue, ces sensations non- 734 ACTION NATIONALE velles et rares, est-ce que je pouvais me douter, que le roi allait partir, que la Cité allait revivre, avec ses surveillants de cour, de salle de récréation, d\u2019étude, de réfectoire, de dortoir, et ses maîtres ! Je n\u2019ai rien fait, vous dis-je ! Ça vous avancerait que je vous affirme que j\u2019ai vieilli de cent ans ?Vous voudriez encore que je vous raconte ! Cent ans après, le couple royal passait, mes petits-fils les acclamaient à la manière des latins, sans retenue aucune, en anglais.La reine et son roi, rassurés, souriaient.* ?En 1938, le vice-roi s\u2019étant fait annoncer deux mois d\u2019avance \u2014 il ferait la revue du corps de cadets, nos \u201cmajorets\u201d du temps \u2014, je me laissai pousser la barbe.Après un mois le directeur me dit: \u201cVous devriez vous raser, vous avez l\u2019air sale.\u201d Je répondis, hypocrite et larmoyant, vous trouveriez juste de m\u2019astreindre au rasoir, lorsque tous mes compagnons, \u2018\u2018si jeun\u2019 étions\u201d, sont imberbes ?L\u2019on ne peut plus être comme on naît ?\u2014 C\u2019est que, voyez-vous, nous recevrons de la grande visite dans un mois.\u2014 C\u2019est que, cher frère, je n\u2019ai pas d\u2019autres façons de protester.Je ne veux pas célébrer le roi, l\u2019empire, la confédération, la guerre, en travesti militaire et d\u2019opérette, le jour anniversaire de l\u2019exécution de Riel.\u2014 C\u2019est donc ça ! \u201cEt après réflexion: \u201cVous savez, la cérémonie ayant lieu le matin, que c\u2019est congé l\u2019après-midi, vous pourriez.vous pourriez après préparation de compagnons, par le truchement du cercle littéraire, dans l\u2019après-midi, exalter la mémoire de Riel.\u201d \u2014 Votre suggestion me ravit, cher frère.Je suppose que vous dispenserez tous les participants à ma cérémonie, de celle du matin.A utrement, ce serait abrutir nos enfants ! \u2014 Cela me paraît difficile, je réfléchirai.\u201d Pendant qu\u2019il réfléchissait, ma barbe poussait. VIVE LE ROI D'LA REINE ! 735 Le grand jour arrivé, le frère préposé à la \u2018\u2018milice\u201d, avant que le vice-roi n\u2019arrive, passe la revue préparatoire, se plante devant moi et dit: \u201cVous, puisque vous ne pouvez vous laver, sortez des rangs, je vous verrai en huitième, après.\u201d Je rejoignis, à l\u2019écart, le seul élève de la 3e à la 13e, exempté de la milice et qui devait se cacher, en ce beau jour, parce qu\u2019il était bossu à pile et à face.Le vice-roi était accompagné d\u2019un ministre de la province de Québec \u2014 à l\u2019époque notre province n\u2019était pas encore devenue un Etat municipal \u2014 ancien militaire, admirateur de la prestance que donne l\u2019uniforme à de beaux hommes.Je l\u2019appris de sa bouche, à mes dépens, 15 ans plus tard, mais c\u2019est une autre histoire.Un de ses successeurs, au même ministère, a déjà fait montre du même penchant, mais c\u2019était pour d\u2019autres raisons.Donc, à la vue du ministre, mon compagnon d\u2019infortune s\u2019exclame: \u201cMais, c\u2019est mon oncle !\u201d Et avant que le commandement de la débandade soit donné, après que les officiels eurent vu le minuscule et dernier rang des troisième année, il court à la rencontre et tend, au bout d\u2019un bras malingre, devant toute l\u2019académie au garde-à-vous, une main pendante à son tonton, qui, incapable de le renier ¦\u2014 il portait le même nom \u2014 s\u2019arrête net et avec lui, le vice-roi, les colonels chamarrés et plusieurs porte-queue.Je suis resté, comme ça, tout seul à savourer ma disgrâce.En huitième année, le frère milicien me donne à copier, à l\u2019encre, U pages sans illustration du petit Larousse et me dit: \u201cLorsque vous aurez terminé, vous déposerez votre travail sur le bureau du maître.\u201d Et comme il s\u2019en allait.Si vous partez je n\u2019écrirai pas une ligne et ne resterai pas ! Si vous aimez Tweedsmuir et tout ce qu\u2019il représente \u2014 est-ce qu\u2019il vous l\u2019a dit qu\u2019il ne souffrait pas la barbe ?\u2014 au point de me punir, votre frère par le sang et la foi, quand je n\u2019ai rien fait d\u2019autre que vous obéir et sortir des rangs.Vous devez faire un sacrifice vous aussi, et me surveiller.\u201d C\u2019est bon je reste !\u201d et après 736 ACTION NATIONALE 20 minutes, comme je copiais avec l\u2019air d\u2019aimer ça, sans lui accorder la moindre attention: \u201cFoutez le camp m.tête de c.\u201d C\u2019est à cela que j\u2019ai reconnu, qu\u2019il était un bon diable.* * * Que ceux qui ont lu ces lignes ne se méprennent pas.Elles ne sont pas une attaque, sous un nouvel aspect, de l'enseignement par des religieux.Elles ne sont pas un affront à Elizabeth II et au Prince.Tant que nous ne serons pas disparus, les religieux seront obligés d\u2019enseigner à servir deux maîtres.Toutes nos institutions, jusqu\u2019à ce qu\u2019elles disparaissent, y compris notre gouvernement provincial, sont obligés de se piler le coeur et de trahir.Les réclamations d\u2019étudiants sonneront toujours faux ou s\u2019exprimeront mal; comme demander au fédéral de diminuer des dépenses, pour obtenir plus de nanan, que le fédéral n\u2019a pas le droit de donner.Mais, puisque les ins-titutions, notre gouvernement, tout le monde accepte ! C\u2019est cela justement ! La Confédération, Ottawa, vicie tout et nous en sommes brisés, à ne plus savoir ce que nous voulons.Nous n\u2019avons pas d'affront à envoyer à Elizabeth II.Lorsque des rois ne sont pas des autocrates, ils sont des pantins et se font manoeuvrer autant que nous.Sa visite au Canada n\u2019est pas une folle dépense, c\u2019est une provocation ! Ce n\u2019est pas une provocation à cause du climat politique actuel, c\u2019est une provocation depuis 1760.C\u2019est Ottawa qui la perpètre et la perpétue.C\u2019est nous, qui devons nous retirer de toutes ces sottises.La Reine venue pour l\u2019ouverture de la session fédérale cle 1958 a dit à Québec, dans un français si net, si propre à faire bafouiller Diff et Pirs, ceci: \u201cConservez votre foi, votre langue, vos traditions.\u201d Je me revoyais à l\u2019école et j\u2019entendais: \u201cVous pourriez, dans l\u2019après-midi, exalter la mémoire de Riel\u201d. Le scandale des coopératives d'électricité Le péché contre l'esprit par François-Albert Angers La mode est actuellement aux scandales.Il y a eu le scandale du gaz naturel, les scandales exhumés par la Commission Salvas, le scandale de la vente des terrains aux commissions scolaires, le scandale Coffin, puis tout récemment le scandale des manuels.Et pourtant personne n\u2019ose dénoncer, bien pis beaucoup ignorent ou esquivent avec une aveugle bienveillance, le pire scandale de tous, le pire parce qu\u2019il relève du péché contre l\u2019esprit plutôt que du péché de concupiscence ou de complaisance : celui d\u2019un ministre qui, pour atteindre ses fins, si bien intentionnées qu\u2019elles soient, ne recule pas devant la destruction d\u2019institutions populaires et démocratiques comme le sont des coopératives; et qui, pour arriver à les soumettre à sa volonté et à les étatiser (sentant bien qu\u2019il ne saurait les prendre par la force comme des compagnies étrangères), s\u2019adonne à la perversion des esprits.En effet, nous venons d\u2019assister, par toute la province, à l\u2019opération perversion de l\u2019esprit, afin d\u2019induire de modestes agriculteurs ou citadins à vendre de \u201cgré à gré\u201d (sic) leur coopérative d\u2019électricité à l\u2019Etat.Incapable d\u2019une pensée sociale qui s\u2019élève au-dessus du règlement des problèmes par la mainmise de l\u2019Etat, le ministère des richesses naturelles a fait circuler ses agents partout.Les menaces voilées du ministre, dans sa conférence au congrès de janvier (voir ci-après), voilées par l\u2019affirmation d\u2019une liberté totale, se sont précisées dans le secret des alcôves des conseils d\u2019administration ou dans les insinuations à des assemblées générales bien orchestrées et tenues sous la baguette du \u201cmaître\u201d.Le ministre avait dit qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019avenir glorieux pour les coopératives.Qu\u2019est-ce que cela signifie, se demandaient les coopérateurs ?Bien sûr, la finance 740 ACTION NATIONALE coupée pour les coopératives qui n\u2019ont pas atteint le point de maturité, donc des taux extrêmement élevés pour un temps illimité.Illimité parce que ce à quoi les coopératives pouvaient atteindre de mieux, c\u2019était de croupir dans leur état actuel ; non pas de pouvoir compter sur le droit de se développer, de grandir, de prendre les moyens de s\u2019établir solidement.Vis-à-vis des sociétaires, c\u2019était la basse démagogie des taux réduits et du $100 de mise de fonds remis.Duplessis et les coopératives avaient exigé d\u2019eux $100 pour leur donner l\u2019électricité, cette grande commodité moderne; la généreuse Hydro allait, sous l\u2019égide du nouveau grand chef, leur remettre leur $100 et leur fournir l\u2019électricité sans pareille exigence ! Ainsi, l\u2019Hydro se montrait prête à absorber des coopératives déficitaires ou qui seraient rendues déficitaires par certaines baisses de taux; mais elle refuse, ce qui reviendra strictement au même du point de vue des résultats financiers de l\u2019Hydro, de vendre à ces coopératives l\u2019électricité à assez bon marché pour qu\u2019elles puissent donner les mêmes taux à leurs sociétaires ! Vive la liberté ! Quant au $100, comment qualifier la perversité démagogique d\u2019une pareille argumentation ?Comment tolérer qu\u2019un ministre ou que les agents d\u2019un ministre ne sachent pas faire la différence entre un placement de sociétaire de $100 dans une coopérative qui lui appartient, dont il conserve l\u2019administration, sur laquelle il a un entier droit de regard pour qu\u2019elle soit conduite à son goût dans les cadres d\u2019une majorité limitée, et \u201cun $100 imposé aux gens pour leur donner l\u2019électricité\u2019\u2019.Singulière campagne d\u2019éducation que celle-là, pour correspondre aux bons plaisirs d\u2019un ministre, après tant d\u2019efforts faits depuis tant d\u2019années pour inciter nos gens à prendre leur part de l\u2019économie, à faire des épargnes et à les diriger vers la création d\u2019entreprises et de coopératives qui seront bien à nous.Un tel manque de sens des responsabilités est renversant, car la logique populaire \u2014 et à LE PÉCHÉ CONTRE L'ESPRIT 741 bon droit en définitive \u2014 ne subtilise pas sur ces sortes de choses, car sans en avoir l\u2019air, elle croit, elle, aux principes.Or jamais on ne lui a formulé aussi clairement, aussi concrètement, l\u2019idée que tout effort populaire, notamment tout effort d\u2019argent, est inutile quand on a un Etat ; et que c\u2019est être rétrograde que de lui demander de faire sa part.Elle s\u2019en souviendra.En somme, le ministre a poursuivi contre les coopératives une campagne de contrainte morale pour gagner.La fin a justifié les moyens; car il est évident à ceux qui connaissent la situation que sans les menaces de finances coupées, sans la démagogie du $100 et avec l\u2019assurance que l\u2019Hydro ferait le nécessaire pour assurer l\u2019ajustement des taux aux coopérateurs comme aux autres consommateurs, la majeure partie des coopératives ne se seraient jamais vendues.Or dans une campagne conduite par le ministre dans la dignité et la vraie liberté, jamais les deux arguments des taux et surtout du $100 n\u2019auraient dû intervenir.Mettez maintenant dans ce persiflage, les organisateurs politiques rouges des comtés.Et vous imaginez assez facilement le remue-ménage, le remous de sophismes, de rumeurs, dans lesquels se déroule la discussion dans le public, puis aux assemblées de la coopérative dont l\u2019atmosphère est tout de suite radicalement changée, viciée par la politique.Pensez à l\u2019embarras dans lequel se trouvent placés les administrateurs libéraux de la coopérative, même s\u2019ils sont d\u2019esprit assez indépendant, aux pressions qu\u2019ils subissent surtout s\u2019ils reçoivent par ailleurs quelque avantage du parti.Figurez-vous ce qu\u2019est la position des administrateurs en général à ces assemblées, alors que le contrôle de l\u2019Hydro par le ministre ne laisse planer sur l\u2019avenir de la coopérative que des incertitudes, donc rend impossible de soumettre des prévisions aux sociétaires; et que du fond des salles, les plus irresponsables, sur un ton de colère qui indique d\u2019ailleurs autant la partisanerie politique, se lèvent pour crier : \u201cNous, on veut not\u2019 $100 !\u2019\u2019 Et on nous parle de liberté ?d\u2019accord de \u201cgré à gré\u201d ! 742 ACTION NATIONALE Non, j\u2019ai vu, de mes yeux vu le commencement de ce qu\u2019est un régime de terreur ! J\u2019ai vu de mes yeux vu des gens encerclés par la propagande faite chez leurs commettants pour empêcher ceux-ci de les entendre dans leurs recommandations.Des gens traqués par la peur de l\u2019incertain, non seulement l\u2019incertain de l\u2019avenir de leur organisation, mais l\u2019incertain même de l\u2019avenir de leur comté s\u2019ils résistaient au ministre et réussissaient à convaincre leurs sociétaires de résister aussi.Ces gens avaient l\u2019exacte conscience, il faut bien le leur concéder, qu\u2019une fois une chose politisée, ce n\u2019est pas seulement le point donné qui est en jeu, mais toute la politique du gouvernement.Résister au ministre sur ce point, c\u2019était peut-être empêcher que ne soit construite telle route indispensable à la région, etc.Pourriture, dégoûtation, écoeurement ! Voilà bien la perversion de l\u2019esprit.On a cru que je faisais une boutade, ces mois derniers dans L\u2019Action nationale et dans Le Devoir, en posant la question de savoir si nous n\u2019étions pas en évolution vers une sorte de fascisme.Dans L\u2019Action nationale même ensuite (janvier 1963), j\u2019ai montré que Mussolini ne parlait guère autrement du rôle de l\u2019Etat que René Lévesque.D\u2019ailleurs quand on voit un chef politique monter le peuple contre ses élites pour arriver à ses fins, et tout particulièrement quand il s\u2019agit d\u2019une élite aussi démocratique que l\u2019élite coopérative, on n\u2019est pas très loin de l\u2019essence même du fascisme telle que définie par le grand historien du national-socialisme, Conrad Heiden: \u201c.strive to harness both the people and the state power to its iviU\u201d (Le fascisme, un effort pour mettre à la fois le peuple et la puissance de l\u2019Etat au service de la volonté du chef).C\u2019est donc très objectivement que j\u2019étais arrivé à cette formulation, en considérant la philosophie de l\u2019Etat qui se dégage des actes et des déclarations de plusieurs ministres du présent gouvernement, et de leur façon de procéder.La tendance n\u2019a d\u2019ailleurs fait que s\u2019accentuer depuis, quand on voit la façon dont a été réglée la ques- LE PÉCHÉ CONTRE L'ESPRIT 743 tion du Conseil supérieur de l\u2019éducation, comme celle du Conseil des Arts.Cette volonté de n\u2019accorder qu\u2019une valeur absolument consultative à ces corps, sans même leur laisser la permission de siéger sans la présence du sous-ministre; ce refus d\u2019accorder audience valable aux corps intermédiaires soit dans l\u2019établissement du bill 60 soit dans celui du bill 54 ; tout cela assis sur la prétention que le jeu de la démocratie n\u2019existe qu\u2019entre le gouvernement et le suffrage populaire universel, c\u2019est de la pure graine de fascisme.Mais dans les méthodes de pourrissement de l\u2019opinion pratiquées à l\u2019occasion de l\u2019affaire des coopératives d\u2019électricité, dans la manipulation du chantage et de la violence, dans certaines scènes coléreuses dont on parle dans les milieux concernés, le tout mis au service d\u2019un Etat nationaliste et servant à justifier ces moyens, il y a plus que du fascisme.Nous sommes là dans un national-socialisme à l\u2019allemande plutôt que dans un fascisme à l\u2019italienne.Cette histoire d\u2019étatisation des coopératives d\u2019électricité est, en effet, invraisemblable; et les raisons qu\u2019invoque le ministre pour la perpétrer sont cousues de fil blanc.La coopérative, avec ses superstructures étant, en effet, la forme démocratique d\u2019organisation décentralisée par excellence, en même temps qu\u2019un mode d\u2019organisation à la fois parcellaire et aggloméré, il n\u2019v a pas d\u2019autres raisons valables que l\u2019esprit tyrannique pour imposer la nécessité de faire disparaître des coopératives comme étant des obstacles à une politique.Des coopératives, ça ne s\u2019étatise ni de force ni de \u201cgré à gré\u201d, à moins bien sûr qu\u2019il y ait vraie volonté des sociétaires, sans aucune pression ni contrainte, de ne plus coopérer.Des coopératives, on les utilise, on les organise, on les développe pour les intégrer dans une grande politique, parce qu\u2019elles sont l\u2019instrument naturel, idéal pour réaliser démocratiquement et humainement une grande politique de planification.Naturellement, dans une telle organisation, un mi- 744 ACTION NATIONALE nistre ne peut pas toujours faire ses quatre volontés, \u2014 et c\u2019est apparemment cela qui embarrase notre ministre actuel \u2014, parce qu\u2019il a devant lui des créatures libres, qui connaissent leurs besoins et leur affaire, et qui ne considéreront pas toujours d\u2019un oeil paternel les propositions des bureaux.Le ministre devra avoir à composer avec des opinions différentes émanant de diverses régions.Mais quand on veut faire une politique intelligente, cela même apparaît comme un bienfait.Un ministre a toujours pour lui d\u2019imposer par législation ce qui doit trancher dans les différences d\u2019opinion particularisées; quant aux autres, il doit justement s\u2019y conformer.Quant à la formule du \u201cmaître chez nous\u201d qui est censée avoir été la principale inspiration véritable de la nationalisation, comment peut-elle conduire à déposséder ceux qui sont déjà maîtres chez eux de la plus efficace façon.Grâce à la coopérative, les besoins locaux, qui existent en électricité comme pour n\u2019importe quoi, sont administrés localement.Les usagers en sont responsables et ils peuvent par leur propre diligence \u2014 ce qui les encourage à l\u2019efficacité et à la responsabilité dans la détermination des services requis \u2014 s\u2019assurer ce qui leur convient le mieux, travailler eux-mêmes au développement de leur région et manipuler un instrument qui y joue un rôle, modifier leur tarification et utiliser leur électricité de surplus (celle qui se perd forcément à cause des heures de pointe) pour favoriser le développement de la région, sans pour autant nuire à la politique générale qui, elle, peut plus difficilement particulariser ses décisions.Bref quand un ministre ne se prend pas pour Dieu le père, qu\u2019il ne se croit pas obligé d\u2019imposer, pour faire une politique efficace, tout ce qu\u2019il pense bon pour les autres (ce que d\u2019ailleurs Dieu le père lui-même ne se permet pas !), il se réjouit que des organismes comme les coopératives existent; et partant du noyau existant, il cherche à les développer.Le ministre peut alors, à partir d\u2019une politique générale, au lieu d\u2019avoir tout à faire et de le mal faire à cause de cela généralement, se contenter LE PÉCHÉ CONTRE L'ESPRIT 745 de prendre les mesures d\u2019aide, d\u2019égalisation, de stimulation qui permettent à chacun de réaliser ce qui est dans l\u2019intérêt général.Sa politique s\u2019en trouve simplifiée, humanisée, plus efficace par plus d\u2019aisance à s\u2019adapter aux vrais besoins et aux conditions particulières.D\u2019ailleurs, il est bien évident qu\u2019un immense consortium comme l\u2019Hydro ne peut pas être administré du centre sans qu\u2019il en résulte de formidables goulots d\u2019inefficacité.Il faudra décentraliser l\u2019organisation et l\u2019administration.La seule différence finale entre une organisation efficace intégrée de l\u2019Hydro et une organisation décentralisée, c\u2019est que dans le premier cas il y aura des bureaux régionaux qui n\u2019écouteront que les ordres venus du centre pendant que les gens sur place pesteront contre la rigidité d\u2019un fonctionnarisme insensible aux revendications locales ; alors que dans le second il y aurait des coopératives qui, en s\u2019occupant de la distribution principalement, prendraient la responsabilité de l\u2019efficacité du service et de son adaptation aux besoins de la région tels que les gens de la région les voient et les pensent.Un ministre qui aurait quelques principes er un minimum de pensée vraiment sociale et démocratique ne pourrait faire autrement que d\u2019être très sensible à ce genre d\u2019idées.Et loin de vouloir détruire les coopératives \u2014\u2022 peut-être malheureusement parce que ce fut une initiative duplessiste \u2014, il se piquerait au jeu d\u2019effectuer le déblocage des mesures vexatoires qui les avaient arrêtées dans leur développement sous l\u2019ancien gouvernement.Il ferait une très active campagne pour qu\u2019au plus tôt la population de tout le Québec accepte de prendre en mains, sur le plan local et régional (coopératives et fédérations de coopératives) la distribution de l\u2019électricité, afin de n\u2019avoir pas les problèmes de la création des services régionaux et la responsabilité directe des coûts élevés que représente la distribution locale de l\u2019électricité.Le ministre est d\u2019autant moins justifié de ne pas comprendre cela qu\u2019il ne s\u2019agit pas de se lancer à l\u2019aven- 746 ACTION NATIONALE ture.Les coopératives ont quinze années d\u2019expérience derrière elles.En dépit des conditions extrêmement difficiles dans lesquelles elles ont fonctionné, elles ont fait des merveilles.Elles y sont arrivées bien sûr avec l\u2019aide de l\u2019Office d\u2019Electrification rurale et de conditions de financement très favorables.C\u2019était élémentaire puisqu\u2019elles devaient fournir l\u2019électricité là où les compagnies ne voulaient pas aller parce qu\u2019elles n\u2019y estimaient pas le service rentable.Mais ce qui est extraordinaire, c\u2019est que grâce à l\u2019énergie, au dévouement et, en fin de compte, à l\u2019efficacité des modestes coopérateurs qui ont administré le tout, plusieurs de ces coopératives sont devenues rentables et fournissent l\u2019électricité dans des coins perdus de la province à des taux parfois aussi bas que ceux de Montréal, et de toute façon très bas compte tenu des circonstances locales.Dans une région particulière de la province, la Côte nord, la destruction des coopératives d\u2019électricité n\u2019est pas seulement un scandale, c\u2019est une sorte de crime.Ailleurs dans la province, en effet, à cause des circonstances dont on trouvera le détail dans un texte reproduit plus loin, les coopératives d\u2019électricité étaient éparpillées, isolées, confinées à des secteurs peu avantageux.Je le répète, avec un peu de pensée sociale, cela ne conduisait pas à les détruire, mais en tout cas la situation était moins nette.Mais sur la côte nord, c\u2019est toute la région qui, à l\u2019exception du pouvoir municipal de Baie Comeau, était organisée en coopératives pour l\u2019électricité, et dans des centres déjà fortement urbanisés ou en voie d\u2019urbanisation rapide.Avec une fédération régionale de ces coopératives, il y avait donc là une expérience extrêmement riche à tenter.De toute façon, la politicaillerie a malheureusement, dans cette région, brouillé tout le problème.Les gens de ce coin du pays qui s\u2019estiment trop souvent oubliés, qui le sont effectivement très souvent parce qu\u2019ils sont situés dans une région très périphérique par rapport au développement actuel du Québec, à qui les gens du centre sont LE PÉCHÉ CONTRE L'ESPRIT 747 portés à refuser tous les éléments non strictement inévitables du développement sous prétexte que c\u2019est une région invivable où il faut envoyer le moins de monde possible, ces gens avaient un intérêt majeur à garder le contrôle de leur électricité, justement pour rester \u201cmaîtres chez eux\u201d et travailler eux-mêmes au développement de leur région, qui leur paraît à eux tout à fait vivable.Non ! décidément, j\u2019ai honte de ce qui s\u2019est passé, de ce qui se passe actuellement dans Québec au sujet des coopératives d\u2019électricité.Honte du silence du secteur coopératif devant cette atteinte à l\u2019idée coopérative qui aura ses répercussions ailleurs, qui a déjà eu du reste ses répercussions ailleurs, dans les caisses populaires, sans qu\u2019il y ait eu la levée de boucliers qui s\u2019imposait.Honte de cet aplatissement devant la politique, dont il faut bien dire qu\u2019il n\u2019est pas toujours uniquement le fait de la peur (ce qui serait déjà triste), mais bien plus le fait de la partisanerie et de la recherche d\u2019avantages particuliers.Le peuple a voté de façon que se réalise la nationalisation de l\u2019électricité aux mains des compagnies étrangères pour devenir maître chez lui.grâce à la finance américaine ! Comment peut-il maintenant accepter avec tant de complaisance que le ministre dépossède le peuple d\u2019institutions qui lui appartiennent comme peuple ?Comment des arguments techniques peuvent-ils ici brouiller son instinct au point de lui faire perdre le sens de ses véritables intérêts, de ceux qui sont dans ses mains, pour les croire mieux gardés dans les mains des politiciens ?La politique chez nous, malheureusement, a toujours tout pourri.La politique actuelle continue de tout pourrir.Et pourtant nous restons incorrigibles : nous ne comptons que sur la politique pour nous sauver.Au temps où la politique ne faisait rien, nous faisions au moins des efforts pour remédier à ses carences et arriver à construire péniblement quelque chose sans elle, puisque aussi bien la politique a un rôle à jouer.Notons que depuis le début 748 ACTION NATIONALE de l\u2019effervescence politique de 1960, nous semblons être en démission de tout le reste pour ne tout attendre, ne tout accepter que de la politique.Il est douteux que nous arrivions à construire ainsi quelque chose de riche et de valable.Tant mieux si le soussigné a tort \u2014 comme on lui disait qu\u2019il avait tort quand on se moquait de son autonomisme \u2014, mais quelqu\u2019un l\u2019aura dit, de sorte que personne ne pourra plus prétendre que cela n\u2019avait pas été vu. Deux documents-confrontation L'avenir des coopératives d'électricité \u2014 I Texte d\u2019une conférence prononcée par M.François-Albert Angers au congrès de fondation d\u2019une fédération des coopératives d\u2019électricité, le 30 janvier 1962.Je devrais vous parler aujourd\u2019hui, pour répondre aux désirs de l\u2019organisateur de ce congrès, du rôle des coopératives d\u2019électricité dans l\u2019économie; et cela de la façon la plus concrète possible, en partant de vos réalisations.Mais le temps mis à ma disposition pour préparer cette étude du problème complexe que présente la technique de votre organisation ne me permettait pas de me familiariser assez avec ses données les plus concrètes pour affronter les praticiens que vous êtes.Je m\u2019en tiendrai donc à ce dont, pour le moment, je puis parler sciemment.Mon intérêt pour les coopératives d\u2019électricité ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui.Lorsqu\u2019en 1944, le gouvernement de la province de Québec a étatisé la Montreal Light, Heat and Power, j\u2019avais écrit, dans L\u2019Actualité économique, un article où je reprochais justement au gouvernement de ne pas avoir conçu cette étatisation comme une orientation vers une coopérative montréalaise de la distribution de l\u2019électricité.J\u2019indiquais le détail de la marche à suivre : et il n\u2019y aurait pas eu de difficulté sérieuse à une telle réalisation si on avait bien voulu s\u2019en donner la peine.L\u2019occasion était magnifique.En même temps qu\u2019elle réalisait l\u2019étatisation de la M.L.H.& P., la loi de 1944 organisait aussi l\u2019électrification rurale.Et j\u2019avais écrit que le problème de l\u2019électrification rurale pourrait être résolu sans étatisation, si on voulait bien recourir à la formule coopérative.\u201cPar le 750 ACTION NATIONALE recours à l\u2019organisation coopérative, disais-je, à toute organisation de ce genre comprenant une proportion donnée des cultivateurs d\u2019une paroisse ou d\u2019un rang inaccessible à l\u2019initiative privée, la commission pourrait être autorisée à fournir un réseau de distribution le raccordant à un réseau privé organisé.La commission pourrait construire le réseau à ses frais et le revendrait ensuite à la coopérative, payable en quarante ans, à un prix compatible avec l\u2019exploitation de l\u2019entreprise sur la base de taux convenables.Le reste du coût serait absorbé par le trésor public, exactement comme le trésor public absorbe les déficits des écoles spécialisées auxquelles les élèves contribuent leur part et qui ne font pas leurs frais.\u201d En somme, une idée générale avait été lancée.A ce moment-là, j\u2019ignorais l\u2019existence aux Etats-Unis, d\u2019un mouvement dans le même sens qui avait été créé en 1935 par la Rural Electrification Administration, organisation rurale qui était encore, de toute façon, une toute petite chose.Comme d\u2019autres partisans de l\u2019étatisation chez nous l\u2019ignoraient autant que moi, on me déclara utopiste, idéaliste, de croire que des coopératives pouvaient réellement s\u2019occuper d\u2019électricité ! De toute façon, qu\u2019est-ce qui se ferait de nouveau dans le monde s\u2019il fallait toujours attendre la preuve que ce qui est proposé a réussi ailleurs ?Quand quelque chose commence, ce sont surtout des principes, des idées justes, une certaine expérience générale qui s\u2019imposent pour faire bien ; non pas l\u2019exemple des autres ! Au Canada français, on gagnerait à avoir un peu plus de vision et un peu plus d\u2019initiative pour inventer des formules en se servant de sa tête plutôt que de ne se servir que de ses mains pour copier le travail des autres.Mais il y avait aussi Albert Rioux, qui s\u2019était occupé du problème depuis longtemps, qui avait fait sa thèse de doctorat sur le problème de l\u2019électricité et qui croyait aussi aux coopératives.Avec le changement de gouvernement, il gagna de faire modifier la loi de l\u2019Hydro pour que l\u2019électrification rurale devienne l\u2019affaire des coopératives.Ainsi naquirent l\u2019Office d\u2019électrification rurale et nos AU CONGRÈS DES COOPÉRATIVES EN 1962\t751 coopératives.Ces coopératives ont réussi une première démonstration: des coopératives peuvent techniquement s\u2019occuper d\u2019électricité d\u2019une façon très efficace.La question que vous vous posez maintenant est la suivante: les coopératives peuvent-elles économiquement constituer un régime viable ?Votre expérience, vous l\u2019avez poursuivie dans des conditions très spéciales.Le gouvernement d\u2019alors avait apparemment accepté la formule sans en voir toute la richesse.Elle démarra si bien, trop bien à son point de vue, qu\u2019il jugea prudent de mettre des limites à votre activité, d\u2019amender la loi pour limiter votre expansion à quatre comtés.Je me suis laissé dire que M.Duplessis voulait même vous limiter à un comté, mais il était déjà trop tard vu que certaines d\u2019entre vous couvriez déjà quatre comtés.De plus, on ne vous a jamais trop encouragées à vous organiser en fédération, initiative pourtant essentielle à tout mouvement coopératif : il ne fallait pas que vous deveniez trop puissantes.Les compagnies vous craignaient déjà, et il ne fallait pas que l\u2019expérience démentît les gens qui continuaient à répéter que des coopératives, ça ne peut pas régler le problème de l\u2019électrification parce que c\u2019est trop petit, trop pauvre, juste bon pour réaliser avec l\u2019aide de l\u2019Etat ce que l\u2019initiative privée ne veut pas faire.Mais il reste aujourd\u2019hui que ce que vous avez fait, ce qu\u2019on vous a laissé faire, soit directement par la création de réseaux coopératifs de distribution d\u2019électricité, soit par la crainte inspirée aux compagnies, qui à partir du moment où vous avez été fondées se sont lancées dans l\u2019électrification rurale d\u2019une façon plus intensive, tout cela prouve que vous avez été très efficaces, compte tenu des conditions particulièrement difficiles dans lesquelles vous vous développiez.En 1945, au moment où vous apparaissiez, il n\u2019y avait que 20 % des fermes de la province qui étaient électrifiées ; aujourd\u2019hui, en 1960, il y en a 97%, c\u2019est un succès extraordinaire.On dira: ce passage de 20% à 97%, les coopé- 752 ACTION NATIONALE ratives ne l\u2019ont pas fait toutes seules ; elles n\u2019en ont même pas fait la plus grande partie.Vous en avez réalisé en tout 40% ; et les compagnies ont ajouté 87%, ce qui leur en donne 57%.Mais cela était voulu: le gouvernement d\u2019alors ne voulait vous laisser que les secteurs non rentables pour des compagnies, et laisser les compagnies prendre le reste.Il est donc intellectuellement malhonnête de vous reprocher aujourd\u2019hui soit certains taux élevés, soit certaines déficiences de rentabilité, soit votre caractère marginal, soit vos réalisations limitées.Aucun doute n\u2019est permis sur le fait que sans cela, vous auriez électrifié 100%.Il y aurait plus de coopératives, il y aurait eu plus de finances gouvernementales pour vous aider; et aujourd\u2019hui, vous seriez rentables, et capables de vous passer de l\u2019Etat.Le problème est aujourd\u2019hui simplement ce que la politique a voulu qu\u2019il soit; non pas ce que des coopératives pouvaient faire.C\u2019est donc un raisonnement absurde, injuste, quasi malhonnête que celui du : \u201cLe travail des coopératives est terminé.L\u2019Office d\u2019électrification rurale a été constitué pour électrifier les campagnes, elles sont électrifiées.Les coopératives d\u2019électricité ne pouvant pas régler le problème de l\u2019électricité, ont terminé leur oeuvre.Le mieux serait qu\u2019elles disparaissent.Que nous ayons une seule grande Hydro provinciale !\u201d C\u2019est là un raisonnement ou capitaliste, ou socialiste selon le cas.La formule coopérative vaut au moins l\u2019une ou l\u2019autre; elle est aussi illimitée dans ses possibilités que l\u2019une ou l\u2019autre.L\u2019oeuvre des coopératives d\u2019électricité n\u2019est pas terminée ; elle commence.Ce début prouve que vous pouvez faire quelque chose; que vous pouvez être efficaces même dans les conditions les plus difficiles, dans les territoires les plus désavantageux, face à des compagnies puissantes qui ont multiplié les difficultés pour vous compliquer la tâche.Il est indubitable alors que rien n\u2019est au-dessus de vos forces avec le temps et les moyens appropriés.Vous avez eu l\u2019appui du gouvernement au point de AU CONGRÈS DES COOPÉRATIVES EN 1962 753 vue financier ?Et puis après ?N\u2019est-ce pas le rôle normal de l\u2019Etat d\u2019aider avant de prétendre contrôler ?D\u2019aider les éléments qui concourent par leur initiative à la satisfaction du bien commun, notamment quand le peuple veut ou accepte l\u2019effort nécessaire pour se tirer d\u2019affaire lui-même comme c\u2019est le cas dans la formule coopérative ?Le sens de l\u2019action coopérative, ce n\u2019est pas de suppléer pour l\u2019Etat aux déficiences de l\u2019initiative privée capitaliste, en attendant que celui-ci puisse tout prendre.En saine philosophie sociale, c\u2019est le rôle de l\u2019Etat qui doit être supplétif, non pas celui des coopératives.C\u2019est l\u2019Etat qui doit reculer devant les coopératives, même celles qui s\u2019organisent avec son aide; non pas les coopératives qui doivent accepter de se fondre dans l\u2019Etat.La coopérative, dont une expérience mondiale a prouvé qu\u2019elle se prête à la solution de n\u2019importe quel problème de production économique, qui s\u2019est révélée partout aussi puissante que la formule capitaliste ou la formule étatiste, a l\u2019avantage sur les deux, d\u2019être véritablement basée sur l\u2019initiative populaire, sous contrôle populaire.Ce n\u2019est jamais une formule provisoire en vue de régler des difficultés temporaires; mais une formule définitive pour des problèmes exigeant une solution définitive.Et une solution définitive beaucoup plus démocratique que l\u2019étatisation, puisque l\u2019étatisation remet un ensemble d\u2019unités de toutes sortes à un gouvernement élu par le suffrage universel, selon des procédés électoraux que nous connaissons tous, dans des circonstances où il est impossible de se prononcer d\u2019une façon spécifique sur chaque problème ; alors que l\u2019action coopérative crée des unités spécialisées, techniques, compétentes, qui n\u2019ont qu\u2019une chose à régler à la fois au vote de l\u2019assemblée générale.Dans votre coopérative d\u2019électricité, vous administrez pour avoir un bon service d\u2019électricité.Et à l\u2019assemblée générale, c\u2019est de cela seulement que vous traitez.Si la coopérative va mal, on ne demandera pas aux sociétaires de choisir entre une administration qui lui donnera un mauvais service d\u2019électricité et l\u2019école confessionnelle plu- 754 ACTION NATIONALE tôt que l\u2019électricité à bon marché et l'école neutre, où que sais-je encore ?* V\t3(ï Quelles sont les conditions concrètes de succès d'une action coopérative ?Tout d\u2019abord de pouvoir établir des unités de base, au niveau de coopérateurs désireux d\u2019obtenir un service.Mais si l\u2019action coopérative en reste là, elle est presque inutile, ou en tout cas peu satisfaisante, par rapport à ce qu\u2019elle peut donner.L\u2019action coopérative est faite pour s\u2019étendre en surface et en hauteur, jusqu\u2019à ce que tout ait été intégré par les coopératives de ce qui concerne les besoins des coopérateurs.C\u2019est la logique interne du système même ; et c\u2019est pourquoi il est absurde de parler de coopératives dont le rôle est terminé et qui doivent se retirer.Par vos coopératives d\u2019électricité, vous avez voulu avoir l\u2019électricité organisée à votre goût et au meilleur coût dans les circonstances.Votre logique propre c\u2019est de vouloir, comme dans le secteur de la consommation, comme dans celui de l\u2019agriculture, etc., vous développer pour améliorer le service et réduire vos coûts.Généralement cela veut dire non seulement l\u2019extension en surface pour atteindre la densité, mais l\u2019extension en hauteur par association avec d\u2019autres coopératives.L\u2019efficacité de l\u2019action coopérative lui vient justement de ce qu\u2019appuyée sur les unités de base, elle s\u2019étend en fédérations régionales, puis en fédérations nationales.Ainsi l\u2019accumulation des petites puissances finit par constituer une grande force, alors en mesure de s\u2019attaquer aux plus grands problèmes, de régler non seulement les problèmes de production locale mais de planification régionalisée et générale, les problèmes d\u2019équilibre et d\u2019égalisation, etc.Ainsi parvient-on à réaliser sur une base populaire et apolitique, à la fois ce qui exige la puissance financière dans le régime capitaliste et la puissance étatique envahissante dans le régime socialiste.Au Canada français, par AU CONGRÈS DES COOPÉRATIVES EN 1962 755 exemple, où l\u2019on pense à vouloir mettre les Canadiens français au contrôle de leurs ressources naturelles, quelle meilleure méthode d\u2019y arriver, sans craindre ni les trahisons de l\u2019argent, ni celles encore plus débilitantes et plus veules de la politique ?A partir du moment où les coopératives ont atteint ce degré d\u2019organisation, elles peuvent automatiquement faire la planification la plus appropriée, puisque ce serait exactement celle qui convient aux membres; non pas à des actionnaires pour faire de l\u2019argent, mais à des sociétaires à la recherche du service.Evidemment, dans le domaine de l\u2019électricité, il y a la partie technique, l\u2019énormité des capitaux nécessaires au niveau des centrales surtout.D\u2019où l\u2019affirmation gratuite des esprits légers ou préjugés: \u201cLes coopératives, dans les autres domaines, ça peut marcher, mais pas dans le domaine de l\u2019électricité.\u2019\u2019 Il faut des millions, des milliards pour développer un réseau électrique ?Sautons un peu par-dessus notre clôture et allons voir ce qui se passe ailleurs, en Angleterre, en Suède notamment; on verra que les coopératives n\u2019en sont pas aux millions ou aux milliards près dans leurs réalisations.Mais l\u2019aide du gouvernement ?Est-il normal que des coopératives doivent l\u2019attendre ?Et pourquoi pas ?En général, elles n\u2019y tiennent pas, et peuvent s\u2019en passer.Là où c\u2019est nécessaire pourquoi pas ?Pourquoi l\u2019Etat pourrait-il aider les étudiants, les littérateurs, les artistes, les mines d\u2019or, les chemins de fer, les compagnies d\u2019aviation, etc., et pas les coopératives ?En fait l\u2019aide aux coopératives vient généralement du besoin de rapidité, du besoin de réaliser plus vite que la technique du mouvement le permet généralement.Et puis après ?Le processus normal de développement des coopératives d\u2019électricité, c\u2019est donc le processus normal de développement de toute coopérative.D\u2019abord partir de la situation actuelle qui est une situation de coopératives locales dispersées.Puis passer au stade supérieur des 756 ACTION NATIONALE fédérations, soit sur le plan régional, soit directement sur le plan national.Puis de là, passer par extension à l\u2019organisation plus rationnelle des réseaux que permet le champ d\u2019action plus vaste.Rationaliser votre distribution, cela signifiera la coordination que permettra la fédération, puis l\u2019extension des réseaux actuels de distribution des coopératives d\u2019électricité en y intégrant des régions autres que rurales en vue de former des unités à plus grande densité, donc plus économiques.Le paragraphe B, de l\u2019article 32 de la loi d\u2019électrification rurale le prévoit puisqu\u2019elle permet à l\u2019Office d\u2019électrification rurale de vous autoriser à exproprier pour assurer le développement normal des coopératives.Partant de là, il devient possible ensuite de planifier dans son ensemble, le réseau des coopératives d\u2019électricité, et de procéder à l\u2019égalisation des taux.Aux Etats-Unis, les coopératives font comme vous.Elles distribuent de l\u2019électricité qu\u2019elles achètent des compagnies privées: elles en vendent pour 23 milliards de kilowatts-heure, ce qui est à peu près autant que la production de la province de Québec.Mais elles font plus que cela: elles génèrent aussi de l\u2019électricité.Elles sont propriétaires de centrales électriques pour environ trois milliards de kilowatts-heure.Trois milliards de kilowatts-heure, c\u2019est aussi gros que la Bersimis ! Et pourtant là aussi, elles sont limitées au secteur rural.Ce ne sont donc que des cultivateurs comme vous; et qui contrôlent un système de génération électrique évalué à $354,000,000, un investissement total de $1,000,000,000 avec tout le secteur de la génération et de la transmission.Tout ce qu\u2019ils ont su faire de plus que vous, pour arriver là, c\u2019est leur fédération.Les coopératives du Québec, dans leur état actuel, marchent à profit; la plupart, presque toutes.Elles ont déjà un excédent accumulé de $1,600,000 et un actif de $35,000,000.Ce n\u2019est pas précisément la pauvreté.Mais cette richesse est éparpillée.Elle ne peut pas entrer dans un plan d\u2019ensemble, faute des organismes centraux AU CONGRÈS DES COOPÉRATIVES EN 1962 757 pour la mobiliser.Les compagnies ne font pas mieux: il leur faut aussi des concentrations pour être efficaces.Pour vous autres aussi, l\u2019union, la cohésion des forces est nécessaire, indispensable, vitale, pour votre développement.Votre faiblesse apparente actuelle, c\u2019est donc votre dispersion.Unies, vous seriez déjà en mesure d\u2019être respectées sur les marchés financiers, de libérer le gouvernement d\u2019avoir à vous prêter, pour vos développements futurs, aux conditions très avantageuses du départ.Comme étape intermédiaire, il pourrait garantir vos émissions.Une fois lancé le mouvement continuera.Quant à vos taux, leur tableau m\u2019a favorablement impressionné, compte tenu des conditions difficiles d\u2019exploitation dans les régions les plus difficiles de la province.Que dans des régions rurales peu denses, l\u2019électricité soit à peine plus chère qu\u2019à Montréal, n\u2019est-ce pas remarquable ?Surtout que les exigences de la loi qui sont peut-être prudentes en un certain sens, sont effectivement sévères, puisqu\u2019on vous a obligé en somme, au point de départ, sans tenir compte des développements futurs, d\u2019avoir des taux rentables.Cela compte pour expliquer la situation financière excellente dans laquelle vous êtes aujourd\u2019hui.Mais quand on pense aux taux, c\u2019est tout de même serré.Dans un développement planifié, vos taux auraient pu être envisagés à plus long terme, donc être plus bas au départ.* * * Votre valeur vitale est établie.Pour l\u2019avenir votre loi \u201cpour favoriser le développement de l\u2019électrification rurale par les coopératives\u201d devrait dorénavant s\u2019appeler \u201cloi pour favoriser le développement des coopératives d\u2019électricité\u201d.Dans l\u2019article 21, devraient disparaître les limites qui vous empêchent d\u2019entrer dans les municipalités qui sont régies par la loi des cités et villes, sans permission spéciale de l\u2019Office.Au contraire, l\u2019Office lui- 758 ACTION NATIONALE même devrait inciter les coopératives à s\u2019étendre aux centres plus densément peuplés.De même devrait être éliminée l\u2019impossibilité de vous étendre à plus de quatre comtés, vous mettant en position de procéder à des réorganisations ou à des fusions qui permettraient une exploitation plus économique.Puis il faut réaliser votre fédération.Et par elle entreprendre la planification progressive de votre développement.D\u2019abord bien inventorier votre situation actuelle et voir ensuite où le développement doit se faire pour rendre votre fonctionnement plus efficace.Pour cela, vous devrez devenir assez audacieux pour vous servir du paragraphe B, de l\u2019article 32, et réclamer, si on ne veut pas vous vendre, l\u2019expropriation de certaines installations.La loi vous permet même d\u2019exproprier des barrages, des chutes d\u2019eau.Vous devez voir grand.A mon sens, comme aux Etats-Unis, il faudra, pour que les coopératives d\u2019électricité jouent pleinement leur rôle, qu\u2019elles mettent à l\u2019étude le problème de savoir quand, comment, en quelles circonstances, elles passeront du niveau de la simple distribution à partir de l\u2019électricité achetée de l\u2019étranger, que ce soit l\u2019étranger-état ou l\u2019étranger-compagnie, jusqu\u2019à une planification intégrale où les coopératives développeront dans toute la mesure où ça sera utile et nécessaire, leurs propres centrales.L\u2019expérience américaine a prouvé que l\u2019action coopérative est nécessaire non seulement contre les compagnies, mais aussi bien contre l\u2019Etat, pour l\u2019empêcher d\u2019abuser de son monopole et de faire des profits issus de l\u2019électricité, un moyen d\u2019alimenter les revenus de l\u2019Etat d\u2019une façon déguisée, faussant ainsi le mécanisme de la démocratie.Mais votre avenir, c\u2019est vous qui le ferez.Il viendra de la force de vos convictions comme coopérateurs et de la vision que vous saurez mettre dans l\u2019obtention et le développement des moyens nécessaires à votre organisation. L'avenir des coopératives d'électricité \u2014 Il Conférence prononcée par Monsieur René Lévesque ministre des richesse naturelles du Québec, lors du Congrès des Coopératives d\u2019électricité lundi, le 28 janvier 1963 Je vous remercie de m\u2019avoir invité à ce Congrès.L\u2019an dernier, j\u2019avais bien regretté de ne pouvoir accepter votre première invitation ; mais vous comprenez sûrement que les circonstances aient pu alors faire hésiter.Les coopératives d\u2019électricité sont une partie du vaste tableau de l\u2019énergie québécoise, lequel ne constitue lui-même qu\u2019un aspect, essentiel il est vrai, de l\u2019ensemble économique du Québec.Or, l\u2019an dernier, l\u2019ensemble était singulièrement confus, et ce n\u2019est plus un mystère que le gouvernement cherchait à définir une politique québécoise pour l\u2019électricité et en même temps à préciser quelque peu face aux réalités d\u2019aujourd\u2019hui et à leurs exigences, une orientation générale pour notre développement économique.Vous admettrez qu\u2019au moment où l\u2019on s\u2019efforçait ainsi de voir un peu clair sur le tout, c\u2019eût été une aventure sans espoir de se hasarder à traiter de ce coin d\u2019une partie de l\u2019ensemble que vous formez.Depuis un an, passablement de choses se sont précisées.D\u2019abord, sur la façon d\u2019aborder et d\u2019orienter l\u2019activité économique en général, il est évident que la vieille tradition désuète du laissez-faire, déjà moribonde dans les faits, a fini pour de bon de régner sur les esprits.Il est remarquable de constater en effet que le mot de \u201cplanification\u201d, dont beaucoup se moquaient encore si gentiment il n\u2019y a pas si longtemps, est maintenant d\u2019un usage à peu près universel dans notre société.Il n\u2019y a plus que les vrais antédiluviens qui refusent encore de 760 ACTION NATIONALE l\u2019accepter dans leur vocabulaire de chaque jour.C\u2019est même au point où le mot est à la veille de taper sur les nerfs, tant on ressent sans cesse davantage l\u2019impatience de le voir se traduire dans la réalité et y produire ses effets.C\u2019est une saine impatience, mais qu\u2019il ne faudrait tout de même pas pousser trop vite.Un régime économique qui a vécu si longtemps sous la domination exclusive et foncièrement anarchique des seuls intérêts privés, ne peut pas démocratiquement tomber d\u2019accord du jour au lendemain sur l\u2019application d\u2019une recette qui exige l\u2019acceptation d\u2019une vue d\u2019ensemble, la coordination en faisceau de toutes les forces pour en tirer un rendement maximum, et forcément la subordination, et parfois même le sacrifice du particulier pour le bien général.Puisque c\u2019est une recette, il faut s\u2019attendre à ce qu\u2019une foule de cuisiniers discutent la mise en vigueur de la planification et qu\u2019il y ait par exemple opposition féroce entre ceux qui y croient trop, pour qui c\u2019est une fin en soi plutôt qu\u2019un moyen, et ceux qui font semblant d\u2019y croire uniquement pour s\u2019en servir à leur seul profit.Quel que soit le dosage auquel on arrivera dans l\u2019usage de cette recette de la planification économique, il faudra de toute façon qu\u2019on y respecte au moins deux ingrédients, sans lesquels elle ne serait bientôt qu\u2019une espèce de fraude nationale: 1\t\u2014 que l\u2019économique y soit lui-même un moyen d\u2019arriver à cette fin qui doit être celle de toute société civilisée, c\u2019est-à-dire la dignité de l\u2019homme par le travail, et par un travail rémunéré de façon à lui assurer la part du bien-être sur laquelle il a le droit de compter; 2\t\u2014 que la planification en marche soit une discipline consentie par le plus grand nombre, qu\u2019elle ne soit pas simplement imposée de haut en bas, mais qu\u2019elle résulte de la participation la plus large et la plus démocratique à la mise au point et à la réalisation des objectifs. AU CONGRÈS DES COOPÉRATIVES EW 1963 761 C\u2019est dans ce sens que doit s\u2019élaborer la planification d\u2019ensemble, pour laquelle le terrain a été déblayé depuis deux ans par le Conseil d\u2019Orientation Economique.Nous avons déjà ce qu\u2019on a appelé des \u201cdocuments de base\u201d, qui sont un aperçu très général de la situation économique présente du Québec, et une définition également générale d\u2019une méthode de planification.En attendant qu\u2019il en sorte maintenant un premier Plan québécois, non pas improvisé par l\u2019impatience si légitime soit-elle, mais suffisamment mûri à tous les niveaux, il y a des facteurs économiques d\u2019une extrême importance pour lesquels nous avons déjà une politique, et qu\u2019on peut achever de mettre en place, en étant bien sûrs de servir déjà puissamment notre intérêt collectif, sans risquer de compromettre les échéances plus lointaines.Et un tel facteur, qui n\u2019est pas la seule clé de notre avenir économique mais qui en est bel et bien l\u2019une des plus importantes et des plus primordiales, c\u2019est justement l\u2019électricité.* * * Comment peut-elle s\u2019énoncer le plus simplement, cette politique de l\u2019électricité qui est sortie laborieusement de longs mois d\u2019étude, de discussion publique et d\u2019une élection générale ! Elle s\u2019accroche d\u2019abord à une décision de principe fondamental, que voici: cette richesse naturelle est une propriété du peuple québécois, et ce droit de propriété, le peuple doit l\u2019exercer lui-même, plutôt que de le concéder à des intérêts particuliers.D\u2019où la nationalisation de toutes les compagnies privées faisant commerce d\u2019électricité, et l\u2019intégration de leurs réseaux à celui de l\u2019Hydro-Québec.On peut donner à cette décision des motifs \u201cnationaux\u201d et patriotiques ; plus sûrement encore, on pourrait lui assigner des motifs psychologiques \u2014 depuis le temps 762 ACTION NATIONALE qu\u2019on parlait d\u2019action économique collective dans le Québec, un geste massif comme la nationalisation de l\u2019électricité doit bien valoir à lui seul, pour son effet sur les esprits une bonne demi-douzaine de campagnes d\u2019éducation.Mais tous ces motifs seraient terriblement fragiles, et même artificiels, s\u2019il n\u2019y en avait d\u2019abord au moins deux qui sont solidement ancrés dans la réalité économique: la nationalisation par l\u2019Hydro-Québec est le seul moyen de produire et de fournir l\u2019électricité \u2014 service public au meilleur prix possible pour le citoyen-propriétaire qui en est l\u2019usager, et en même temps d'utiliser au mieux le puissant outil de développement que constitue aussi l\u2019électricité pour notre secteur industriel.C\u2019est ainsi que la nationalisation, dans les mois qui suivront la prise de possession des compagnies, permettra de rajuster les taux de l\u2019électricité pour les usagers domiciliaires.Ce rajustement se fera d\u2019abord au profit des usagers les plus isolés, les plus éloignés des grands centres ou des grandes centrales.Ce qui répondra à un impératif social : que tous les citoyens-propriétaires de l\u2019électricité québécoise soient traités à domicile aussi équitablement que possible et cessent d\u2019être \u201cpunis\u201d à cause du lieu de leur résidence.Cette uniformisation ne pourra pas être absolue, cependant elle devra se faire par catégorie d\u2019usagers, en tenant compte, du moins pour l\u2019avenir prévisible, de la différence des coûts de distribution entre un centre métropolitain, par exemple, et un district rural.Cet écart inévitable devra par ailleurs être aussi étroit que possible, et rester inférieur, entre la plus basse et la plus haute catégorie de taux, à iy% par rapport à 1.Et à l\u2019intérieur de chaque catégorie, tous les usagers devront se trouver sur le même pied : toutes les villes de même grosseur approximative, et tous les territoires ruraux, partout dans les districts anciens et nouveaux de l\u2019Hydro devront jouir respectivement des mêmes tarifs. AU CONGRÈS DES COOPÉRATIVES EN 1963 763 Sans oublier ce qui a fait l\u2019objet d\u2019une promesse solennelle et maintes fois répétée \u2014 que ceux, où qu\u2019ils soient, qui payent déjà le moins cher, ne seront pas obligés par un tel rajustement de payer davantage.D\u2019autre part, l\u2019intégration aura aussi pour résultat l\u2019établissement d\u2019une politique de prix de vente à l\u2019industrie susceptible de rendre effective la concurrence interrégionale et de favoriser l\u2019industrialisation décentralisée du Québec.En pratique l\u2019Hydro-Québec devra établir pour chaque région ses coûts réels de production et examiner comment elle peut mettre sur pied un système de péréquation interrégionale, utilisant un léger surplus dans les régions abondamment pourvues, pour consentir des \u201crabais économiques\u201d à certaines industries en d\u2019autres endroits en fonction d\u2019un certain nombre de critères : chômage de la région, coût de l\u2019assistance sociale, dépeuplement, etc., d\u2019une part, et d\u2019autre part force d\u2019attraction ou de stimulation régionale de l\u2019entreprise concernée, et ici encore des \u201cetc.\u201d.L\u2019intégration des compagnies privées à l\u2019Hydro-Québec présente donc des avantages économiques très importants pour le Québec.Ce n\u2019est donc pas parce qu\u2019elles étaient des compagnies que le gouvernement en a proposé la disparition, mais bien parce que la multiplicité des entreprises distinctes était cause d\u2019inefficacité et rendait impossible le développement harmonieux du territoire québécois.De la même façon ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils sont des \u201ccoopératives\u201d, mais bien à cause des nécessités techniques et économiques, que le gouvernement a adopté la position qu\u2019il maintient présentement à l\u2019égard des organismes que vous représentez.Nous croyons que les raisons qui justifiaient l\u2019intégration des compagnies privées à l\u2019Hydro-Québec s\u2019appliquent aussi en gros aux coopératives d\u2019électricité.En fait les coopératives d\u2019électricité dans le Québec souffrent d\u2019un mal congénital.Par définition, elles sont excentriques : elles ont été créées artificiellement par l\u2019Etat pour électri- 764 ACTION NATIONALE fier des régions rurales qui n\u2019étaient pas payantes poulies compagnies privées et que par conséquent elles ne voulaient pas approvisionner.Au lieu de forcer les concessionnaires d\u2019un service public essentiel à s\u2019acquitter de leurs devoirs envers toute la population, l\u2019Etat préférait laisser les intérêts privés réaliser de plus gros profits et, lui, absorbait les pertes, à même le patrimoine commun, que devait coûter et qu a effectivement coûté la mise sur pied de nombreuses coopératives dans des régions où des taux déjà élevés ne pouvaient être maintenus qu\u2019à coups de subsides.L Etat encourageait, poussait les gens à s\u2019organiser en coopératives et à immobiliser en parts sociales une somme importante pour la plupart des intéressés.Il est anormal aujourd\u2019hui d\u2019avoir à payer cent dollars pour pouvoir obtenir l\u2019électricité.Il s\u2019agit d\u2019un service public que la collectivité doit assurer à chacun de ses membres, comme elle doit lui assurer la sécurité et un minimum de bien-être.Jusqu à maintenant les coopératives ont joué à toutes fins pratiques le rôle d\u2019organismes de bien-être social à qui on dispensait des subsides.L\u2019absorption dans l\u2019Hydro-Québec marquerait l\u2019acceptation réelle par l\u2019Etat dans ce domaine du service électrique, de son plein rôle envers les régions excentriques.* * Je disais que les coopératives sont excentriques, c\u2019est-à-dire localisées loin des grands centres.Elles sont par conséquent marginales.L\u2019actif total des 49 coopératives excédait à peine $28,000,000 à la fin de 1962.L\u2019actif moyen de chacune des unités est donc assez faible lorsque l\u2019on considère que le gouvernement devra débourser $600,000,000 pour les onze compagnies qu\u2019il se propose d\u2019acquérir.La densité au mille pour les territoires des coopératives, pour souligner en passant un seul aspect précis de leur caractère marginal, est à peine de 9, alors qu\u2019on AU CONGRÈS DES COOPÉRATIVES EN 1963\t765 estime que pour qu\u2019un système de distribution soit un peu rentable, il doit y avoir une concentration d\u2019au moins 12 ou 13 clients au mille.Une fois absorbées les 6 compagnies les plus importantes qu\u2019on va nationaliser ( Sha-winigan, Gatineau, Quebec Power, Southern, Saguenay et Bas-St-Laurent), l\u2019Hydro aura en revanche sauf erreur, une densité moyenne de 31.2 clients au mille ! Il n\u2019est donc pas surprenant que le gouvernement ait dû consentir aux coopératives depuis 1945 un montant excédant $22 millions d\u2019après le bilan de l\u2019Office que celles-ci ne rembourseraient qu\u2019à concurrence de 90% et cela sans intérêt.Si on ajoute à cela les montants considérables qu\u2019engage l\u2019Office soit pour les services techniques à rendre aux coopératives, soit pour les investissements nécessaires, soit pour l\u2019exploitation en pratique à perte d\u2019usines de production, de lignes de transport d\u2019énergie, etc., on peut mesurer la part que le gouvernement a investie dans les coopératives par rapport à celle qu\u2019a payée chacun des 58,000 propriétaires.Voici là-dessus une illustration par les chiffres des trois dernières années.La colonne des rentrées y indique le remboursement annuel par les coopératives des prêts \u201cplus ou moins remboursables\u201d consentis par l\u2019Office d\u2019Electrification Rurale à même les fonds publics.La colonne déboursés montre pour chaque année le total des nouveaux prêts, ainsi que des dépenses d\u2019administration et d\u2019immobilisation, tout entières consacrées aux coopératives.La dépense nette par client que s\u2019impose ainsi le Trésor chaque année a augmenté de $20.24 à $25.63 depuis trois ans, va augmenter encore un peu pendant l\u2019année en cours, et se maintenir à peu près au même niveau dans le prochain budget.Je dis ces choses non pas pour vous blesser mais parce qu\u2019il faut que vous vous rendiez compte que dans le domaine de l\u2019électricité il n\u2019y a pas d\u2019avenir glorieux pour les coopératives: elles sont situées d\u2019une façon excentrique, elles sont marginales et elles sont appelées à le rester.Et elles constituent un fardeau anormal pour le Québec. OFFICE DE L\u2019ELECTRIFICATION RURALE Déboursés et recettes pour les années 1958-59 à 1962-63 766 ACTION NATIONALE AU CONGRÈS DES COOPÉRATIVES EN 1963\t767 Ce n\u2019est donc pas en tant que coopératives que je crois qu\u2019elles auraient avantage à ' être absorbées par l\u2019Hydro-Québec, mais en tant que petites unités qui ne peuvent arriver à être efficaces.Bien entendu, on peut évoquer \u2014 et cela s\u2019est fait \u2014 la possibilité de les guérir, en leur permettant de s\u2019étendre et de devenir rentables à même les territoires des compagnies nationalisées.Mais alors on retomberait dans tous les désavantages de ce morcellement, de cette dislocation auxquels la nationalisation est justement censée apporter remède ! Je ne vois pas qu\u2019il soit désirable, alors que nous sortons d\u2019un fouillis, d\u2019y retomber en substituant des administrations coopératives aux administrations capitalistes que nous éliminons.Ce serait là rendre un très mauvais service à l\u2019idéal coopératif.Je dois cependant rendre hommage à la coopérative en soi qui, durant toute l\u2019époque dont nous sortons a servi les territoires délaissés par les compagnies.Les coopératives ont rempli un rôle social ingrat avec ardeur et détermination.Si la coopération sert les Canadiens français énormément, (les réalisations de nos organismes coopératifs, telles les caisses populaires ou les coopératives agricoles, sont bien connus), il ne faut pas croire qu\u2019elle est une panacée, un remède à tous nos maux.Il faut s\u2019efforcer plutôt de voir quelles solutions apporter à chaque problème tel et à mesure qu\u2019il se présente.Dans le domaine économique, à mon avis, il n\u2019est jamais désirable de s\u2019emprisonner à l\u2019intérieur d\u2019un système.Ainsi on ne force pas les gens à devenir coopérateurs.Or la liberté de choisir dans le domaine de l\u2019électricité, ça n\u2019existe pas, parce qu\u2019on ne peut maintenir des régimes concurrentiels de distribution dans un village ou dans une ville et le faire avec efficacité.Le secteur de l\u2019électricité c\u2019est un secteur monopolistique.Donc, il faut viser au meilleur monopole possible, à celui qui sert le mieux l\u2019intérêt général.Il ne sert de rien de penser à ce qu\u2019aurait pu faire la coopération dans le domaine de l\u2019électri- 768 ACTION NATIONALE cité, si les compagnies privées n\u2019avaient jamais existé et si elles n\u2019avaient pas occupé des territoires définis par le caprice de l\u2019histoire.Aujourd\u2019hui est-il réaliste de penser qu\u2019on pourrait confier des territoires à eux-mêmes en leur disant: unissez-vous, mettez chacun $100 ou plus dans la caisse et nous allons vous céder toute la distribution de l\u2019électricité.Vous voyez tout de suite la réaction dans certains coins : \u201cMonsieur Caouette offre $100 sous forme de dividende à chaque famille, le gouvernement du Québec leur demande $100 pour installer ou réinstaller un système coopératif de distribution d\u2019électricité\u201d ! On peut d\u2019autre part défendre ses convictions, car ici comme ailleurs il faut que la planification soit consentie ; \u2014 mais à mon avis, il faudrait éviter de faire des affirmations qui sentent le vert-de-gris ! Dire que l\u2019Etat est nécessairement accapareur et autoritaire c\u2019est, dans le contexte actuel, trahir le Canada français.C\u2019est ressusciter un épouvantail qui nous a fait un tort incalculable.C\u2019est d\u2019un Etat trop faible que nous avons risqué à chaque génération, depuis trop longtemps, de périr collectivement.C\u2019est une sorte de trahison, inconsciente tant qu\u2019on voudra, d\u2019aller clamant que l\u2019Etat est d\u2019une force menaçante, alors qu\u2019une modeste diète commence à peine à le faire émerger d\u2019une anémie pernicieuse qui confinait depuis toujours à un véritable coma ! Au contraire, il faut que nous sachions que l\u2019Etat, c\u2019est nous tous, que nous y participons, que nous sommes solidaires de ses décisions et que nous pouvons collectivement nous servir de lui.Dire aussi que les emprunts massifs risquent de freiner l\u2019essor du Québec, c\u2019est aussi trahir le Canada français : c\u2019est un mythe qu\u2019il est impardonnable de continuer de colporter plus longtemps.Ce que l\u2019on peut emprunter pour acquérir des entreprises rentables n\u2019est pas même sainement empruntable, en tout cas pas AU CONGRÈS DES COOPÉRATIVES EN 1963\t769 de la même façon, pour des investissements en capital social, si désirables soient-ils.C\u2019est faire oeuvre rétrograde que de semer l\u2019idée d\u2019un fonctionnarisme inefficace et routinier alors que l\u2019on s\u2019évertue à revaloriser la fonction publique, à lui donner une image qui attirera vers elle des gens compétents et ambitieux.C\u2019est d\u2019autant plus faux que l\u2019Hydro-Québec n\u2019a pas de fonctionnaires, qu\u2019elle est autonome dans son administration.* # Cette intégration des coopératives ne se fera pas par coup de force.Il devra y avoir entente de gré à gré entre les coopérateurs et l\u2019Hydro-Québec.Progressivement et par achat.Personne ne sera forcé ; ce sera la volonté des coopérateurs.\u2014 Certains ont déjà parlé de \u201cmolestation de la part du gouvernement\u201d, mais je dirai que nous avons reçu, malgré toutes les précautions que nous avions prises pendant la campagne électorale, de nombreuses lettres de coopérateurs s\u2019informant si ce doit être monsieur Lesage ou monsieur Lévesque qui doit payer pour les parts sociales des sociétaires des coopératives d\u2019électricité.Celles des coopératives qui voudront s\u2019intégrer participeront à l\u2019effort de rationalisation: les taux seront alignés sur ceux en vigueur pour les mêmes catégories d\u2019usagers, ailleurs dans le territoire de l\u2019Hydro-Québec.Le budget de l\u2019Etat.ou de la province.serait donc soulagé d\u2019autant à mesure que cesseraient les subsides.Ca, c\u2019est le point de vue \u201cargent\u201d ou en terme plus savant le point de vue économique.Si je regarde du côté des ressources humaines précieuses qui se sont forgées avec les années, à même une participation bien souvent bénévole au succès social et financier de ces coopératives \u2014 vous devinez que je veux parler de vous les directeurs et de plusieurs autres animateurs de coopératives d\u2019électricité.même s\u2019ils ne sont pas ici ce soir, je crois que la disparition éventuelle de leur coopérative leur per- 770 ACTION NATIONALE mettra de se donner plus entièrement à d\u2019autres oeuvres importantes, également orientées vers le bien commun, avec la conviction d\u2019avoir remis entre bonnes mains une oeuvre édifiée souvent de misère, et avec désintéressement par définition.Nous n\u2019avons pas tellement en grand nombre des gens mûrs, intelligents et sincèrement dévoués aux intérêts de notre collectivité, et au surplus déjà rompus à un certain travail économico-social.Je suis sûr que, libérés d\u2019un côté vous saurez continuer de contribuer par ailleurs au bien-être et à l\u2019avancement de votre patelin, de votre région et du Québec entier.D\u2019ici là, rien n\u2019est changé en ce qui regarde par exemple l\u2019Office de l\u2019Electrification Rurale qui continue de jouer son rôle vis-à-vis les coopératives comme il l\u2019a fait dans le passé.La fonction de l\u2019O.E.R.est appelée à changer dans la mesure où les relations entre le gouvernement et les coopératives se modifieront.Il s\u2019agit là d\u2019un processus normal: Mais les problèmes du Québec, et ceux de l\u2019Hydro agrandie, seront longtemps suffisamment nombreux pour que les cadres compétents de l\u2019O.E.R.n\u2019aient pas à craindre le chômage.Pour ce qui est des coopératives, je vous ai déjà dit qu\u2019il n\u2019y aurait pas d\u2019obligation pour elles de s\u2019intégrer à l\u2019Hydro-Québec.Celles qui voudront pourront le faire : à ce moment-là, il est bien entendu qu\u2019il y aurait au moins remboursement à leurs membres des parts sociales qu\u2019ils y auraient versées; les autres coopératives seront libres de continuer à exister.L\u2019Hydro-Québec sera à même alors de voir jusqu\u2019à quel point elle pourra modifier les conditions de vente qu\u2019elle fait présentement aux coopératives.Il faut cependant vous dire que vous ne devriez pas vous attendre à ce que d\u2019une part l\u2019Hydro-Québec vous vende l\u2019électricité en dessous de son prix coûtant, et à ce que d\u2019autre part le gouvernement du Québec continue de vous financer à perte.Il vous incombe à chacun de vous, AU CONGRÈS DES COOPÉRATIVES EN 1963 771 conseils de direction et administrateurs, de voir comment peut vivre dans ces nouvelles conditions la coopérative que vous dirigez ou que vous administrez, et de prendre une décision en fonction du bien-être réel des sociétaires et des coopérateurs ; ou plutôt d\u2019aider vos membres à prendre eux-mêmes cette décision qui est d\u2019abord la leur.De toute façon, avec ou sans M.Fuller pour faire durer le plaisir, nous avons bien tous encore plusieurs mois pour nous préparer.Commentaires sur le texte de Al.René Lévesque Premier paragraphe, p.759 Les incertitudes qu\u2019exprime le ministre sont une clause de style.Dès l\u2019arrivée au pouvoir des libéraux, ü s\u2019est su que M.René Lévesque entendait faire disparaître les coopératives.C\u2019est pourquoi celles-ci, menacées de mort de toute façon, entreprirent de s\u2019organiser en fédération pour se défendre, chose qu\u2019elles n\u2019avaient malheureusement pu faire avant pour rester dans les bonnes grâces du gouvernement précédent.D\u2019où ce congrès, à Montréal, du 30 janvier 1962, auquel le ministre fait allusion; et où le directeur de L\u2019Action nationale a prononcé la conférence dont le texte est donné antérieurement.Les oppositions, déjà inspirées partiellement par l\u2019esprit de parti, ne permirent alors de former qu\u2019une association des coopératives d\u2019électricité, et non une véritable fédération.Troisième paragraphe, p.762 Cette affirmation trop catégorique est sûrement inexacte si on la prend dans l\u2019absolu où il est évident que le ministre veut la placer pour étayer sa thèse.Il est loin d\u2019être certain, bien au contraire, qu\u2019une hydro globale et centralisée puisse administrer la distribution plus économiquement que des organismes plus localisés comme des coopératives ou des municipalités.Et il y a de nombreuses raisons de douter que l\u2019utilisation centralisée de V \u201coutil 772 ACTION NATIONALE de développement\u201d que constitue Vélectricité soit le moyen de le faire \u2018\u2018au mieux\u201d.On verra au contraire plus loin ce qu\u2019en pensent les coopératives américaines, après expérience faite.Dernier paragraphe, p.763 C'est la thèse même du ministre qui crée le problème, et non la situation réelle.Il constate lui-même que ce qu\u2019il reproche aux coopératives, c\u2019est l\u2019Etat qui en est la cause.Autrement dit, et il est malheureux d\u2019avoir à le souligner, c\u2019est la conception duplessiste de la coopération que le ministre retient comme étant la bonne, pour ensuite la combattre, plutôt que celle des véritables coopérateurs.Que l\u2019Etat raisonne autrement, et les coopératives en se développant deviennent tout autre.Or les coopératives sont si peu dans la pensée de René Lévesque \u2014 sait-il vraiment ce que c\u2019est d\u2019ailleurs, je me le demande ?\u2014 qu\u2019il ne reproche pas à l\u2019ancien gouvernement de les avoir bloquées.Le devoir du gouvernement, selon lui, à défaut d\u2019étatiser, était de forcer les compagnies à s\u2019étendre encore davantage.L\u2019argument des profits aux compagnies et des pertes à l\u2019Etat est plus démagogique qu\u2019autre chose.Si ces profits étaient excessifs, il s\u2019agissait de les contrôler, que les compagnies électrifient ou non les régions moins payantes.De toute façon, les compagnies devaient nécessairement obtenir un certain rendement sur leurs investissements.Le gouvernement leur aurait-il imposé d\u2019électrifier les régions déficitaires qu\u2019elles auraient tout simplement augmenté leur prix en conséquence pour tous les autres consommateurs afin de maintenir leurs rendements.Paragraphe 2, p.764 Il est répondu ailleurs dans les divers textes à cette argumentation farfelue et qui ne fait qu\u2019indiquer une ignorance du sens, de la valeur et de la portée de la coopération.Est-il anormal aujourd\u2019hui de placer $100 pour pouvoir contrôler soi-même sa propre entreprise en quel- AU CONGRES DES COOPERATIVES EN 1963 773 que domaine que ce soit; quitte après avoir fait sa part à obtenir au besoin une aide de l\u2019Etat ?Pour remplir son plein rôle, l\u2019Hydro n\u2019avait nullement à absorber les coopératives ; elle avait directement, ou par la voie intermédiaire gouvernementale, à donner en réduction de prix ou subventions ce que de toute façon elle absorbera autrement sous forme de déficit, etc.Paragraphe 4, p¦ 764 Le remède à cela est facile.Le ministre lui-même doit le concéder au paragraphe 3, p.5.Alors le ministre invoque l\u2019argument du morcellement.C\u2019est encore faire preuve d\u2019ignorance de ce qu\u2019est un mouvement coopératif.Et il en est question ailleurs.Paragraphe 3, p- 763 Les états financiers présentés en tableau sont quasi malhonnêtes, car ils donnent comme des \u201cdéboursés\u201d faits au profit des coopératives, des \u201cprêts\u201d remboursables.On imagine que le coût par membre de coopératives ne peut qu\u2019augmenter avec Vaug mentation des coûts dans les matériaux et la main-d\u2019oeuvre d\u2019installation; mais les remboursements seront en conséquence.Paragraphe 3, p¦ 767 Le ministre manie les principes de la coopération avec une dextérité éléphantine quand il apporte à l\u2019encontre des coopératives d\u2019électricité, le principe de la liberté d\u2019entrée et de sortie: \u201con ne force pas les gens à devenir coopérateurs\u201d.Les coopérateurs, qui ont des principes, ont toujours eu assez d\u2019intelligence pour ne pas les invoquer là où ils ne s\u2019appliquent pas.Là où le monopole naturel s\u2019impose, tout le monde est forcé d\u2019accepter le monopole.Cela n\u2019invalide pas plus la formule coopérative comme telle que la formule étatique.Il est clair alors que les méthodes de réalisation différeront.Rien de plus normal et de plus sain alors pour un Etat que de dire: \u201cSi vous le voulez, organisez-vous en coopératives et l\u2019Etat 774 ACTION NATIONALE vous aidera; ce qui vous évitera de tomber sous la coupe de l\u2019Etat.\" René Lévesque ne dit pas cela parce qu\u2019il aime \u201cla coupe de l\u2019Etat\u201d.Mais c\u2019est une option de principe qu\u2019il fait; et ceux qui préfèrent l\u2019option de la coopération sont en aussi bonne position, à mon sens en meilleure position que lui.Ils préfèrent qu\u2019une majorité décentralisée et spécialisée décide de la formule plutôt que de soumettre tout le monde à la formule combien vague et arbitraire du suffrage général duns une élection, Paragraphe 2, p.768 Personne n\u2019a jamais dit que \u201cl\u2019Etat est nécessairement accapareur et autoritaire\u201d.Mais quand il devient accapareur et autoritaire, il faut le dire.Et en le disant, on ne trahit pas: on sert les intérêts du Canada français comme civilisation de liberté.Quand l\u2019Etat devient-il accapareur et autoritaire ?C\u2019est ici qu\u2019on ne sort pas d\u2019une philosophie de l\u2019Etat, de principes sur l\u2019action de l\u2019Etat.Ce ne peut être que par rapport à de telles définitions de systèmes qu\u2019on peut voir, et qu\u2019on voit sous quelle forme l\u2019Etat devient nécessairement accapareur et autoritaire.En se refusant à toute philosophie ou à tout principe, et en prétendant n\u2019agir qu\u2019en fonction des besoins du moment, un gouvernement ne peut pas aisément, surtout quand il attribue beaucoup d\u2019importance à l\u2019action de l\u2019Etat partout, éviter de tomber dans l\u2019accaparement et Vautoritarisme.Nous en avons de plus en plus la preuve dans les agissements de l\u2019actuel gouvernement. L'opinion d'un administrateur de coopératives Texte d\u2019une déclaration de Me Gontran Rouleau à une assemblée générale de la Coopérative de Manicoua-gan.Un dicton satirique veut que \u201cTout homme qui a une femme de 40 ans devrait pouvoir la changer pour 2 de 20 ans.\u201d A l\u2019instar, il faudrait pouvoir dire que toute coopérative d\u2019électricité de 15 ans d\u2019existence devrait pouvoir envisager de passer le cap de la trentaine sans être aspirée par la vertu ou le vice de la nationalisation.L\u2019honorable ministre des richesses naturelles ne pourrait-il pas modérer ses ambitions en laissant vivre notre coopérative, qui est en bonne santé, sans chercher à l\u2019absorber dans le grand tout étatique.Pourquoi nos coopératives ne se verraient-elles pas accorder le privilège laissé à certaines compagnies privées, producteurs de bois, de papier ou d\u2019aluminium ?Je suis de ceux qui aiment la grande planification, mais pas au détriment de l\u2019existence même des gouvernements intermédiaires ou d\u2019une saine entreprise privée.La trop grande centralisation, qu\u2019elle s\u2019effectue sous le prétexte de la planification ou de l\u2019efficacité administrative, n\u2019est pas recommandable.Elle est parfois condamnable et, qu\u2019elle soit faite par le gouvernement fédéral ou le gouvernement provincial.Remettre à l\u2019Etat nos gouvernements scolaires ou municipaux, nos collèges ou séminaires, nos coopératives d\u2019électricité, m\u2019apparaît être une étatisation, une nationalisation, une planification, une socialisation ou une intégration, non souhaitable et même dangereuse.On demande au gouvernement central de laisser aux gouvernements provinciaux les moyens de taxation nécessaires pour exercer pleinement leur juridiction.Le même 776 ACTION NATIONALE principe est valable entre le gouvernement provincial et nos gouvernements ou groupements intermédiaires.Nationaliser pour rapatrier des richesses naturelles entre les mains d\u2019étrangers ça va; mais pour reprendre à vil prix un avoir détenu par des sociétaires compatriotes, ça ne va plus ! C\u2019est aller d\u2019un extrême à l\u2019autre, alors que mieux vaudrait chercher un juste milieu.La grande entreprise d\u2019Etat conduite par un fonctionnaire expert et anonyme peut comporter certains avantages, mais aussi des inconvénients très sérieux qu\u2019évitent les sociétaires et administrateurs de bonne foi et bénévoles de nos coopératives d\u2019électricité.Ce groupement intermédiaire est plus près du peuple et partant plus humain ; il demeure, même en 1963, une sauvegarde pour l\u2019initiative personnelle, la liberté, la démocratie, et enfin la dignité de la personne humaine.Après 15 ans, pensons à tout cela objectivement, restons debout face aux problèmes présents et bâtissons l\u2019avenir avec la même vision et le même espoir que les fondateurs d\u2019il y a 15 ans. L\u2019aide créatrice de l\u2019Etat L'exemple de la coopérative de Manicouagan par François-Albert Angers Dans le cours de la campagne du ministère des Richesses naturelles en vue de forcer psychologiquement les administrateurs et sociétaires des coopératives d\u2019électricité à un arrangement \u201cde gré à gré\u201d (sic) avec l\u2019Hydro, la moindre des perversions de l\u2019esprit, parmi plusieurs qu\u2019ont pratiquées le ministre et ses propagandistes, n\u2019a pas été le ton méprisant qu\u2019il a adopté envers l\u2019aide financière de l\u2019Etat donnée à des unités privées.A la philosophie de l\u2019Etat absent de toute aide ou stimulant aux citoyens, sauf pour les activités non rentables qu\u2019il prend à sa charge, le tout sous prétexte de libéralisme ou de concurrence, voilà qu\u2019on substitue la conception d\u2019un Etat qui, sous le prétexte socialiste de la non-subvention des initiatives privées considérées comme un scandale, doit prendre tout à sa charge si le secteur privé ne parvient pas, par lui-même seul, à résoudre tous les problèmes.Autant dire qu\u2019avec une pareille philosophie, tout sera graduellement absorbé dans l\u2019Etat.D\u2019ailleurs les choses s\u2019en vont à assez bonne allure dans cette direction à l\u2019heure actuelle.On le voit, ce n\u2019est pas pour rire que certains de nos dirigeants actuels se sont plu à tant ridiculiser la théorie du \u201crôle supplétif\u201d de l\u2019Etat.Un temps, on aurait pu croire qu\u2019il ne s\u2019agissait que de sarcasmes à l\u2019endroit de gens qui, selon eux, en exagéraient la portée négative quant au rôle de l\u2019Etat.Mais devant le sort qui a été fait au Conseil supérieur de l\u2019Education, au Conseil des Arts, comme aux coopératives d\u2019électricité et un peu aux caisses populaires, il devient évident que la chose est beaucoup plus grave.C\u2019est la philosophie de l\u2019Etat tout 778 ACTION NATIONALE ou rien qui prend le dessus ; et avec la mentalité des dirigeants actuels cela revient à dire que l\u2019Etat prend tout.Or, faut-il le dire, cette conception est encore plus simpliste que la précédente.Celle-ci s\u2019appuyait sur un idéal de liberté soupçonneuse qui avait trop le souvenir de certaines tyrannies pour ne pas comprendre combien la liberté est un équilibre délicat à maintenir et facile à perdre dès qu\u2019on admet la moindre intrusion.Même s\u2019il n\u2019atteint probablement pas encore chez ses adeptes le stade d\u2019une philosophie consciente qui serait un fascisme avoué; l\u2019étatisme se développe au nom d\u2019une conception de l\u2019efficacité devenue enfantine, puisque l\u2019illusion centralisatrice est à ce sujet partout bien dissipée.sauf à Québec, où l\u2019enivrement du pouvoir est en train d\u2019obnubiler pas mal d\u2019esprits.Or le cas des coopératives d\u2019électricité, ou du moins de certaines d\u2019entre elles qui ont pu passer à travers les mailles de tous les filets dans lesquels on les entravait à plaisir, illustre parfaitement ce rôle fructueux et enrichissant que joue l\u2019Etat quand il sait exercer sa fonction supplétive avec l\u2019argent des contribuables qui est prélevé pour cela quoi qu\u2019en dise le ministre René Lévesque (pour cela, c\u2019est-à-dire aider les citoyens à s\u2019épanouir dans une société vivante).Prenons la coopérative d\u2019électricité de Manicouagan.Une coopérative d\u2019électricité à Hauterive était virtuellement rentable.Toutefois, elle ne pouvait se créer seule, comme c\u2019est d\u2019ailleurs le cas de bien des compagnies (prenez l\u2019exemple du gaz naturel), que sur une période d\u2019années, dont les premières impliqueraient des charges financières et des pertes relativement lourdes qui ne seraient compensées que plus tard.Des compagnies puissantes réalisent ce tour de force parce que le marché financier leur fait confiance et qu\u2019elles réussissent à vendre actions et obligations nécessaires au financement planifié dans le temps.Les gens modestes d\u2019une petite ville de la brousse n\u2019y seraient pas parvenus. L'AIDE CRÉATRICE DE L'ÉTAT\t779 Le rôle salutaire qu\u2019a joué l\u2019Office ^Electrification rurale, organisme de l\u2019Etat québécois, c\u2019est de leur permettre de passer ce moment difficile.L\u2019Office faisait plus et leur fournissait aussi l\u2019aide des techniciens, surtout nécessaire pendant la période de construction; mais cela n\u2019était pas aussi essentiel et aurait pu être pourvu autrement, par le truchement d\u2019une fédération par exemple, du moins quelque temps après le départ.Ici, c\u2019est la politique qui bloquait un tel développement, l\u2019ancien gouvernement ne voulant pas d\u2019une fédération qui aurait été menaçante pour les compagnies.Chaque année, l\u2019O.E.R.a donc prêté à la coopérative les fonds nécessaires pour ses installations.Le taux de remboursement à 3% (qui équivalait chaque année à une charge d\u2019intérêt à bas taux, mais qui était effectivement un remboursement du capital réparti sur 30 ans) constituait le service annuel de la dette, tout en représentant pour la coopérative une subvention équivalant à l\u2019intérêt plus 10% du capital.Pour leur part, les sociétaires avaient fourni chacun, au financement, la somme de $100 à titre de mise de fonds.Dans ces conditions, la coopérative a d\u2019abord commencé par fonctionner à perte, puis au bout de deux ans avec un léger excédent.Pendant quatre autres années, les résultats sont restés excédentaires, mais faibles.Puis la coopérative a pris son envol.De 1958 à 1963, en dépit de trois baisses de taux accordées aux usagers, le rendement de la coopérative, mesuré sur la mise de fonds des sociétaires, fut en moyenne de 13%, et une réserve de $110,000 pour excédents en sus des réserves statutaires fut accumulée.Si au lieu de s\u2019en tenir aux mises de fonds des sociétaires, on prend l\u2019avoir net (equity) de la coopérative, le rendement a été de 9%.Donc une parfaite réussite, d\u2019une petite ville de 8,000 âmes, contrôlant par ses propres usagers la distribution de son électricité, dans un organisme prospère, et à des taux aussi avantageux qu\u2019une métropole de 2.000,000 780 ACTION NATIONALE d\u2019habitants comme Montréal, le coût réel revenant un peu plus cher à cause de la facturation au mois : Facture d\u2019électricité\tTaux nets pour deux mois\tHaute-\tMinimum .$0.90 Haute- Mont- rive\t100 premiers kw .1.80 rive\tréal\t(mensuel)\tplus de 100 kw.0.90 100 kw $ 3.60\t$ 2.60 - 400 kw\t.\tS 7.20\t$ 6.64\tMont-\t30 premiers kw\t40 1,200 kw\t.\t$14.40\t$13.04 réal\t90 suivants .20 2.000 kw\t$21.60\t$19.44\t(bimensuel)\t280 suivants .1.30 plus de 400 kw.0.90 Mais le plus intéressant à ajouter, c\u2019est que sur la base de ces résultats, il appert que la coopérative avait atteint, après moins de dix ans, un point où elle était en mesure de se passer des services de l\u2019O.E.R.et de financer par elle-même ses développements futurs sur la base d\u2019emprunts à 6 °/o.Qu\u2019en relevant ses taux à ceux que l'Hydro a prévus pour les situations identiques, elle aurait pu aisément au surplus rembourser sur 30 ans sa dette à l\u2019Office intégralement, à 5% d\u2019intérêt.Car avec l\u2019absorption dans l\u2019Hydro, la facture augmentera à Haute-rive.Autrement dit, grâce à l\u2019aide de l\u2019Etat, une unité de production économique parfaitement viable et efficace était née dans Québec, sous le contrôle des usagers locaux.Or cette illustration indique ce qu\u2019aurait pu être dans son ensemble, le succès de ce mouvement coopératif, dont la prospérité aux Etats-Unis est d\u2019ailleurs évidente.Toutes nos coopératives d\u2019électricité n\u2019étaient pas dans la position avantageuse de Hauterive, parce que toutes n\u2019avaient pas le double avantage, et d\u2019acheter leur électricité d\u2019une compagnie privée (car partout ou à peu près, les coopératives payaient l\u2019électricité plus cher quand elles étaient alimentées par l\u2019Hydro - véritable autre scandale) et de compter une concentration suffisante de consommateurs, le gouvernement ayant en général empêché les coopératives d\u2019électricité de sortir des rangs et de s\u2019étendre aux villages là où elles avaient à affronter la concurrence des compagnies. L'AIDE CRÉATRICE DE L'ÉTAT 781 Dans un système étatisé, le gouvernement aurait pu très aisément orienter sa politique pour pouvoir confier tout son système de distribution à des organisations coopératives au lieu d\u2019avoir à ouvrir des bureaux régionaux.Invoquer à ce sujet le retour au morcellement et les difficultés de planification, c\u2019est tout simplement montrer qu\u2019on parle de coopérative sans savoir de quoi on parle ! Il faut le dire franchement, car la formule de véritable restauration sociale et nationale, elle est dans cet appui de l\u2019Etat pour créer dans notre société des organismes vivants et libres comme ceux qu\u2019étaient des coopératives réellement ou virtuellement semblables à celle de Hauterive, avant qu\u2019un barbare décide de dévaster ce début de vraie civilisation pour y substituer l\u2019hydre, c\u2019est le cas de le dire, l\u2019hydre monstrueuse de l\u2019Etat omnipotent, et par le fait même annihilateur. Nous n'aurons jamais cette fierté! L\u2019avantage qu\u2019ont eu pendant un temps, sur les partisans de la formule coopérative dans l\u2019électricité, ceux qui n\u2019avaient que l\u2019étatisation en tête, c\u2019était de traiter de rêveurs ceux qui proposaient cette idée.De la coopération dans l\u2019électricité, ça ne se concevait pas : trop gros, trop technique, etc.C\u2019était, même à ce moment, faire preuve de plus d\u2019ignorance que de sagesse réaliste, car même s\u2019il n\u2019y avait pas alors de coopératives d\u2019électricité, il y en avait dans d\u2019autres domaines aussi difficiles, sinon plus, et d\u2019assez grandes réalisations, pour que par comparaison l\u2019évidence s\u2019imposât.Dans la récente campagne, on n\u2019a pu en dire autant, car il y a maintenant des coopératives d\u2019électricité puissantes, nos lecteurs le savent d\u2019ailleurs déjà (voir L\u2019Action nationale, novembre et décembre 1962).A ce sujet, nous reproduisons sur deux pages suivantes, une annonce que publiait, dans Newsweek (ce qui est déjà en soi une preuve d\u2019un statut équivalent à celui des plus grandes compagnies), une annonce des America\u2019s consumer-owned mirai electric systems.Il faut voir l\u2019annonce pour en sentir le style, pour communier à cet esprit de fierté qu\u2019engendre la pratique coopérative.Il faut la lire aussi pour bien voir que les arguments de la valeur de telles coopératives dans une planification qui veut être régionalisée n\u2019est pas un vain mot de théoricien.En voici de toute façon le texte traduit.Quand l\u2019électricité rurale fait naître de nouvelles industries C\u2019est un événement tout spécial que celui du premier chèque de paye.quand on le gagne chez soi.Et qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un nouvel établissement de sable de silice à Elizabeth, Indiana.d\u2019un NOUS N'AURONS JAMAIS CETTE FIERTÉ !\t783 moulin à scie à Trout Creek, Montana.d\u2019une manufacture de tapis à Anadarko, Oklahoma.toute la nation profite de ce qu\u2019une nouvelle industrie crée une liste de paye dans les régions rurales.Grâce au système de l\u2019électricité rurale en Amérique \u2014 coopératives et autres systèmes sous le contrôle des usagers \u2014 de nouvelles industries s\u2019installent à la campagne.Cette croissance enraye l\u2019érosion économique qui menace les collectivités rurales.Elle assure du travail aux gens dans leur ville.L\u2019accroissement de pouvoir d\u2019achat qui en résulte dans la communauté rurale accroît ensuite les sources de travail dans l\u2019industrie, le transport et les services à travers tout le pays.Tout le monde en profite.A travers tous les Etats-Unis aujourd\u2019hui, des directeurs et des membres des systèmes d\u2019électricité rurale travaillent avec ardeur à l\u2019établissement de nouvelles industries dans les centres ruraux, en collaboration avec les hommes d\u2019affaires et les dirigeants civiques de l\u2019endroit.Quand les systèmes d\u2019électricité rurale ont commencé, très peu des fermes de la nation avaient l\u2019électricité.Les services d\u2019électricité en existence ne voyaient pas de profit réalisable à étendre un mille de lignes pour servir deux ou trois clients.Le peuple se mit donc de la partie et créa ses propres organisations; et avec l\u2019aide des prêts de la Rural Electrification Administration, réussit à se servir lui-même.Aujourd\u2019hui, avec le doublement des besoins tous les sept ans, les prêts REA continuent d\u2019aider les systèmes ruraux à répondre aux besoins croissants de la collectivité.Et tout le monde y trouve son avantage.Les systèmes électriques ruraux sous le contrôle des usagers groupent maintenant aux Etats-Unis près de 20,000,000 de citoyens, qui participent activement à la vie de leurs églises, de leurs écoles, de leurs organisations philan- O -O È* F CO SO Ci) s ->0 0 S H* « g ^ -fl rw> fi \t.Qj ¦¦+'» ï> J> \to c fi ' ° a B a< 1\t&Cfl 1 Ti g a >> o eu 2 -a g 3 o c ^ ü) o Ç'n ° ü S g 8 «.a 2 s O .3 8 fi* \"\"¦*_£ T* bc c/l a fl 3.g S s a a o 5 S 2 h y U H LJ 0) H >* lu en \u2014j < CK > *r\u201ci » =VS 5 * .2 § g gvg Ü \u201cJ s ernwcfiO^®'fJE - \u2014 0 a a -o p, a g a-e a 5 Sli';p|3^\"' fi £» 1
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