L'action nationale, 1 décembre 1965, Décembre
[" L'ACTION NATIONALE Volume IV, Numéro 4\tDécembre 1965\t75 cents SOMMAIRE Vlï NATIONALE L'AFFAIRE DES MANUELS L'ÉDUCATION NATIONALE ET LE RAPPORT PARENT Aux chroniques : Du coopératisme, des religieuses enseignantes, des collèges classiques, et des néo-pharisiens dans l'Eglise VIE CULTURELLE TROIS POÈMES DE RINA LASNIER et les articles de Jean Marcel, André Vanasse, Maximilien Laroche et André Major VIE DES CERCLES D'ÉTUDES L'origine des états généraux en France Les origines financières du problème fiscal L'état actuel des plans conjoints La Caisse de Dépôt et Placement CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIÉS POUR VOS ACHATS L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) Directeur : FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Comité de rédaction : DOMINIQUE BEAUDIN _______ PATRICK ALLEN \u2014 JEAN MARCEL \u2014 JEAN GENEST, secrétaire.Redaction et administration: C.P.189, Station N, Montréal ou 235 (est), rue Dorchester, ch.504.Tél.de 2'/î à 6'/i \u2022 866-8034 Abonnement: $7.00 par année.Au coût réel: $10.00 ploiomr* i d°.JnrvVUe ?°nt 'épettoriés dons le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l'Ass.Can.des Biblio-theques, et dons la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers 1er VICE-PRÉSIDENT: M.René Chaloult 2e VICE-PRÉSIDENT ET ADMINISTRATEUR : M.Dominique Beaudin SECRÉTAIRE : M.Théophile Bertrand TRÉSORIER : M.Rodolphe Laplonte DIRECTEURS : MM.le Chan.Lionel Groulx, J.P.Archambault, Aih 5dE- CoUIVrt' Rich,ord Arès< SJ., Paul-Emile Gingros Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault Mario Dumesnil, Luc Mercier, Jean Genest, Patrick Allen, Jean Mercier, Claude Trottier, Michel Brochu, Yvon uroulx, Rosaire Morin.Où trouver L\u2019Action Nationale ?À MONTRÉAL :\tDupuis et Frères, 865 est, rue Ste-Catherine Fides, 245 est, rue Dorchester j-'bro rie Déom, 1247, rue Saint-Denis A QUEBEC : A HULL : À OTTAWA : ris-; r.\t'\tMim-i/enu L bra r e Universelle, 5165, Côte-des-Neiges Librairie Ménard, 1564, rue Saint-Denis Libra rie Pony.554 est, rue Ste-Catherine Libra rie Leméac, 371 ouest, avenue Laurier Ubra r e Lo Québécoise, 169 est, rue Beaubien Librairie Gomeou, 47.rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, Place Jean-Talon Librairie du Quartier Latin, 111, rue Saint-Jean Librairie Libre, 130, rue de l'H6tel-de-Vllle Librairie Dussault, 170, rue Rideau Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication. MESSAGE La solidarité économique Nous croyons faire oeuvre utile en saisissant I occasion de lechange traditionnel de voeux pour vous rappeler qu'en vue de l'avènement de la solidarité économique canadienne-française, les souhaits les plus chaleureux ne pourront jamais remplacer la pratique de cette solidarité.* * * ''La solidarité économique est devenue actuellement pour les Canadiens français un devoir, un devoir qu'il faut comprendre et surtout qu'il faut pratiquer\" (R.P.Richard Arès, s.j.).* * * Aujourd'hui, nous avons l'impérieux devoir d'une solidarité économique pour assurer I organisation et la prospérité de nos propres institutions financières, industrielles et commerciales qui sont les meilleures garanties de notre héritage culturel et de notre autonomie.Conseil d'Expansion Economique Inc.8585, 8e avenue.Ciré St-Michel.729-5296 Il LA SOLIDARITE Compagnie d'assurance sur la vie 925, chemin Saint-Louis, Québec VOUS dit : Qui sème chez soi .récolte pour soi Directeur général CHARLES POIRIER Président ALBERT BOULET Bureaux à : Beauceville, Sherbrooke, Amos, Ste-Thérèse-de-Blainville Montréal, Sorel, Rimouski, Rivière-du-Loup, Roberval, Chicoutimi.HOMMAGES DE JL S.auueg^arde COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal L\u2019ACTION NATIONALE Volume LV, Numéro 4\tMONTRÉAL\tDécembre 1965 Éditorial La leçon des élections Une de ces élections d automne ! Une pluie fine ennuyante.Des promesses qui tombent comme des feuilles sèches et mortes.Des drapeaux unifoliés découragés le long des hampes.Ici et là des Union Jack font des flip-flap colériques.Des vents oratoires pour des assemblées de journalistes.M.Guy Favreau qui essaie de déterrer sa formule Fulton-Favreau : l\u2019ombre d\u2019une ombre dans un cimetière.Flélas, c\u2019est l'automne.Il pleut partout.Pourquoi cette élection ?M.Pearson l\u2019avoue: il lui faut une majorité solide afin de ne plus dépendre des Thompson, Gaouette et Douglas.Le vrai motif sous-jacent comme le Star (23 oct.) et les principaux journaux du pays l\u2019ont vu, c\u2019est le sort de la Confédération.Les Canadiens français trouvent que M.Pearson n a pas assez fait mais qu\u2019il est dans la bonne direction.Les Anglo-Canadiens, manipulés par la WASPS telle que définie par M.John Porter \\ veulent mettre les freins mais ils sont divisés: M.Diefenbaker n\u2019a à offrir qu\u2019une unité de dernière heure très superficielle, aucune garantie de stabilité et aucune possibilité de représenter le pays 1.WASPS désigne les premières lettres de WHITE ANGLO-SAXON PROTESTANT SUPREMACY.M.John Porter, dans The Vertical Mosaic, an analysis of social class and power in Canada prouve .combien il est plus facile d\u2019arriver au Canada si vous appartenez à l'oligarchie WASPS. 400 ACTION NATIONALE tout entier; M.Pearson recevra ce nuindat: « Jusqu ici ça va ! Mais pas plus loin ! » et toute sa campagne en portera le reflet.A Charlottetown, M.Pearson nie que les actes de son gouvernement brisent le pays en deux Canadas : « Notre unité doit être basée sur les deux races fondatrices.Si je ne croyais pas en une seule Confédération, d une frontière à l autre, je ne serais pas en politique ni ne pourrais y rester.Avec les trois éléments au Canada, les Français, les British (sic !) et l es Néo-Canadiens, nous construirons le plus grand et le meilleur pays au monde » (The Gazette, 18 oct.p.4).Un peu plus tard, il apporte des précisions importantes, ainsi il parlera moins d unité que de solidarité: « Cette solidarité qui provient des Français et Anglais travaillant ensemble » (The Gazette, 3 nov.p.l).Mais il maintient mordicus que le Canada est supérieur à ses parties (Montreal Star, 2 nov.p.10).Evidemment il regarde le gouvernement d Ottawa comme supérieur à celui des provinces prises séparément ou globalement, et cela sans aucune distinction constitutionnelle.M.Pearson représente la thèse anglo-saxonne traditionnelle même si le ton et le geste sont parfois plus accueillants pour le Québec.M.Diefenbaker sut avaler bien des humiliations.Pour la victoire il accepta les réconciliations de Hees, Fulton, Sévigny, Flarkness, Martineau (The Gazette, 25 oct.p.1; Montreal Star, 18 et 22 oct.p.29 et 2).M.Lesage l a représenté comme « ce chef conservateur à Ottawa qui cherche à isoler le Québec » (The Gazette, 23 oct.p.1) et M.Diefenbaker ne manque aucune chance de lui donner raison.Ainsi à Toronto, M.Diefenbaker insiste sur l autorité centrale exercée par le fédéral: le Canada ne doit LA LEÇON DES ÉLECTIONS 401 pas devenir « a loose grouping of petty states ».Il attaque la formule Fulton-Favreau comme conduisant aux Etats associés et peut-être à la guerre civile comme aux Etats-Unis en 1860 (The Gazette, 2 nov.p.l).Mais il en a surtout contre l idée des deux nations: « Est-ce qu'aucun libéral dans les élections de 1962 ou 1963 a jamais cru que le Canada était composé de deux nations ?Macdonald a dit que le Canada formait une nation où les Français avaient des droits garantis et protégés comme ils devaient l être.Quand le parti conservateur était au pouvoir le pays n était pas débordé de séparatistes.Les libéraux ont adopté un nouveau drapeau.Maintenant les jeunes libéraux veulent abolir la Reine (son effigie).Maintenant le gouvernement libéral a fait enlever la Couronne et les armoiries des cartes de sécurité sociale.Il n y a personne dans le parti conservateur qui appartienne à cette école de pensée » (Montreal Star.22 oct.P- 2).Quel type que ce M.Diefenbaker ! Comment a-t-il jamais pu devenir premier ministre du Canada avec son entêtement pour la Queen, le Red Ensign, ses phobies générales et ses idées fixes particulières: « Il n y a qu\u2019une nation, qu un Canada, et il ne peut y en avoir d'autre.Il n y a qu un canadianisme d\u2019un bout à l\u2019autre du Canada » (Montreal Star, 29 oct., p.29).Par exemple, la seule pensée d un Canada républicain lui parait un sacrilège.Un homme a la même conception du canadianisme que M.Diefenbaker: M.Pierre Elliot-Trudeau.A quelques nuances près: M.Trudeau préfère le républicanisme et I internationalisme.Cependant pour expliquer sa désertion du Nouveau Parti Démocratique, il précise: « Ce n est pas moi qui ai changé mais ce parti de mes antiques amours a évolué de telle sorte que lorsqu\u2019il 402 ACTION NATIONALE adopta la formule des deux nations, / aurais sûrement démissionné » (en d\u2019autres mots, dans le Montreal Star, 23 oct., p.3).La WASPS aura-t-elle un meilleur défenseur ?Cette triste élection aurait pu ne pas exister.La représentation canadienne-française n était déjà pas intéressante, elle ne se signala par aucun discours qui touchât vraiment la population québécoise en pleine effervescence.Elle vient de s\u2019alourdir de deux opportunistes : ils ne représentent pas les aspirations du Québec actuel.Malheureusement ils parlent français et ils continueront à embrouiller les esprits.Le plus clair de cette élection et de la déception générale quant à ce qui regarde la représentation canadienne-française au gouvernement fédéral sera de rejeter davantage les Canadiens français vers le Québec.En ces prochaines années il y aura peu à attendre d Ottawa.Toute refonte de la Constitution est à remettre à plus tard.L\u2019évolution du Québec est à un cran d arrêt à l intérieur du Canada.Mais pas à I intérieur du Québec ! Rendons hommage, en passant, à trois éditoriaux du Montreal Star (9 oct., 3 et 4 nov.) qui furent les meilleurs du Canada durant cette période.L intelligence du problème cana-dien-français y est profonde et juste.C\u2019est à l intérieur du Québec que doit se poursuivre notre action: reconquête économique, élan accru pour la recherche scientifique, essor industriel canadien-français.Quelques événements importants jalonnent cette route: le voyage de M.Jean Lesage, dont les prises de position claires et fermes méritent des félicitations ; son abandon de la formule Fulton-Favreau, après s\u2019être tant compromis, relève de la plus haute sagesse politique.La gaffe aurait pu être irréparable mais, actuellement, aucune LA LEÇON DES ÉLECTIONS 403 entrave juridique n est imposée aux négociations serrées du futur.L avenir n\u2019est pas hypothéqué.Un pas en avant vigoureux a été fait: que le français devienne langue prioritaire au Québec ! Menacés par l envahissement quotidien de la civilisation anglo-américaine du continent, il nous faut prendre des mesures spéciales de protection.Les syndicats en mal d un contrat de travail, les maisons d affaires en mal de raisons sociales ou d affiches, les conducteurs de la Commission des Transports de Montréal en mal d un bilinguisme lépreux, les serveuses de restaurants et les vendeuses de magasins incapables d apprendre les cent mots fondamentaux des échanges commerciaux et toutes les petites gens de chez nous pourront trouver un peu plus de courage à demander du français.Il y a cependant un malaise certain au Québec.Deux signes convergents sont à retenir: malgré la présence de M.Diefenbaker les conservateurs du Québec ont augmenté de 5% le nombre de votes obtenus par rapport à l élection précédente ; l\u2019élection municipale de la nouvelle ville de Laval est un autre symptôme qui ne trompe personne.Ce malaise peut aller en grandissant dans le Québec.Il n\u2019y aurait, par exemple, qu\u2019à laisser continuer le ministère de l Education, de la façon dont il va.Toute la population en a assez: les griefs sont nombreux, justifiés et sérieux.Les discours ambigus des hauts fonctionnaires, les tergiversations à propos de la confes-sionnalité et des institutions privées, la volonté arrêtée d identifier l action du ministère à l idéologie fumeuse et à la lettre du pauvre Rapport Parent, les discours effrontés de certains fonctionnaires lorsqu\u2019ils parlent aux Commissions scolaires et à la province, ont créé un malaise tel qu aujourd\u2019hui le ministère de l\u2019Education 404 ACTION NATIONALE est devenu le talon d Achdle du gouvernement québécois.L'avertissement se veut clairvoyant, même sympathique: mettez la pédale douce en ce ministère.Que le ministère soit à prévoir la construction de 150 nouvelles écoles polyvalentes dans la Province et que par un haut fonctionnaire il avoue ne pas avoir de politique quant à la confessionnalité, la coéducation et au système privé, autant dire qu\u2019à défaut d idées claires il veut mettre la population devant des faits établis et nous avons raison de craindre qu\u2019ils ne soient pas conformes aux désirs de la population: « Personne n est en mesure, a-t-il affirmé, de dire ce que devrait être une politique stable du ministère à ce sujet (de la confessionnalité et de la coéducation).J\u2019espère qu\u2019une telle politique pourra être établie dans quelques années, et qu elle tiendra compte des valeurs religieuses, linguistiques, psychologiques, etc., qui, sont en cause » (Le Devoir, lundi 18 oct.p.l).Nous ne pouvons pas croire ce s déclarations.Nous ne pouvons pas croire qu en ces éléments essentiels, la politique du gouvernement soit si ignorante.La population entière croit le contraire et craint.Les récentes déclarations du Concile n auront fait que donner des forces nouvelles à tous ceux qui refusent un monopole scolaire d Etat.Il met de côté les opinions trop personnelles des clercs et des laïcs qui doutent de la valeur des institutions privées et il trace son devoir à la communauté chrétienne tout entière, clairement et fermement.La pagaille semée partout par le ministère de l Education est de taille.Qu\u2019arrivera-t-il si la population du Québec ne reçoit pas les garanties qu elle attend, déjà, avec une impatience montante ?Le calme plat des élections fédérales ne dit rien de l\u2019avenir au Québec.Le secrétaire de la rédaction \u2022 \u2022 \u2022 \"Dehors, Seigneur! c'est la classe de français!./' par Jacques Saint-Yves \u201cLà où deux ou trois sont réunis en mon nom, dit Jésus-Christ, je suis au milieu d\u2019eux\u201d, (Matthieu, chap.XVIII, v.20).Il est donc logique de croire que le Christ assiste au cours d\u2019instruction religieuse et qu\u2019il s\u2019épate des progrès de la catéchèse.Cependant, dans cette école dite catholique dont il est, en tous les sens, le Maître, il lui est désormais interdit de suivre les matières profanes.Il a vainement enjoint à ses apôtres de laisser s\u2019approcher de lui les petits enfants et de ne point les empêcher.Certains de ses prétendus disciples modernes, clercs ou laïcs, connaissent mieux.Il faut libérer l\u2019écolier de la présence divine à jet continu.C\u2019est ainsi, par exemple, que lorsque sonne l\u2019heure de la classe de français, l\u2019institutrice doit d\u2019office appliquer le règlement nouveau: \u201cDehors, Seigneur!.C\u2019est la classe de français!.\u201d Ainsi présentée, cette façon d\u2019agir paraît incroyable.Ce n\u2019est pas une parabole.Elle correspond aux faits.Dans toute la province, depuis septembre 1965, sous la houlette du ministre de l\u2019Education, les écoliers de première, deuxième et troisième années, étudient la langue française 408 ACTION NATIONALE en des manuels soigneusement expurgés de toute mention chrétienne et spécialement réédités à cette seule fin.Autrefois, les ouvrages \u201cà l\u2019usage du dauphin\u201d laissaient tomber les passages trop rosses ou les édulcoraient.En notre province adulte où chaque librairie, chaque petit restaurant et chaque kiosque renferment plus de pourriture que les écuries d\u2019Augias, ce qui presse, pour les Hercules de la pédagogie, c\u2019est de délaver les manuels scolaires afin d\u2019effacer les noms de Dieu, de la Madone, des anges gardiens, et, sans exception, tout autre mot qui peut avoir une acception religieuse.On pourrait croire que le Mouvement laïc s\u2019est emparé de nos écoles et qu\u2019il applique ses réformes.De sa part, on trouverait le procédé naturel.Mais on s\u2019étonne que l'apostasie des manuels scolaires relève de la responsabilité de catholiques qui se croient tout simplement plus finement catholiques que les autres.Ils nous donnent des livi\u2019es neutres, mais ils ne sont pas antireligieux.Ils font disparaître tout vestige chrétien, mais c\u2019est pour mieux faire \u201cl\u2019éducation de la foi\u201d.Ils vident l\u2019école de son atmosphère chrétienne, mais c\u2019est pour permettre aux enfants de respirer plus librement.Ils effacent le nom du Christ et l\u2019image de la croix, mais c\u2019est pour porter plus haut leur témoignage chrétien.Ce sont, gonflés par le vent de leur temps, les nouveaux confesseurs de la foi: essayons de les comprendre! Ne lit-on pas dans les Actes que saint Pierre et les apôtres, parlant au peuple le jour de la Pentecôte, furent accusés par quelques auditeurs mal disposés d\u2019être \u201cpleins de vin nouveau\u201d?\u201cQuia musto pleni sunt illi\u201d! Gardons-nous de pareille méprise ! Le fond de tout le débat est simple.Il faut néanmoins le préciser davantage.Dans les trois premières années du cours primaire, les manuels principaux dans les écoles sont, après le catéchisme ou ce qui en reste ou ce qui le remplace, les livres de lecture française. DEHORS, SEIGNEUR !.C'EST LA CLASSE DE FRANÇAIS 409 Les écoliers débutants apprennent leurs lettres dans \u201cMon premier livre de lecture\u201d, édité par la librairie Granger Frères et dont les auteurs sont Mlles Marguerite Forest et Madeleine Ouimet.En deuxième et en troisième années, les enfants ont devant eux: \u201cMon deuxième livre de lecture\u201d et \u201cMon troisième livre de lecture\u201d des mêmes auteurs et éditeurs.Il en est ainsi depuis une vingtaine d\u2019années à Montréal.Ce sont, semble-t-il, des manuels bien adaptés à leur fin.Ils l\u2019étaient, du moins, jusqu\u2019à l\u2019année 1965.Car, depuis septembre dernier, on a mis au rancart les éditions antérieures pour leur substituer une \u201cédition revisée\u201d.La revision n\u2019avait qu\u2019une fin : éliminer les textes, les mots et les dessins qui pouvaient de quelque façon se rapporter à la religion.Le but poursuivi est donc unique et évident.Sur les autres points, les trois manuels étaient sans faiblesse et sans imperfection et n\u2019ont été changés en rien.L\u2019hérésie consistait à parler de Dieu et aujourd\u2019hui l\u2019orthodoxie consiste à n\u2019en pas parler.Les auteurs lointains ou rapprochés de ces changements doivent admettre qu\u2019ils voulaient uniquement supprimer tout ce qui pouvait être relatif à la religion à commencer par le nom de Dieu lui-même.Pareille façon d\u2019agir ne passe pas généralement pour un acte de piété, et, pour être imputable à l\u2019ardente charité plutôt qu\u2019à la haine stupide, elle doit se baser sur de solides raisons.Aussi assure-t-on que les trois manuels ici mentionnés, avant leur revision, étaient trop \u201cmoralisants\u201d et qu\u2019ils prêchaient \u201cà temps et à contre-temps\u201d.De la sorte, l\u2019école catholique exerçait sur les enfants catholiques une influence indue.Elle les dégoûtait de la piété.Il fallait instruire l\u2019enfant dans une atmosphère de détente et de joie naturelle et non pas dans le climat peccami-neux de la religiosité.Bien plus, la nouvelle catéchèse, contrairement à l\u2019ancien catéchisme, est d\u2019une telle puissance psychologique qu\u2019il ne faut pas courir le risque, 410 ACTION NATIONALE par des exposés moins raffinés, d\u2019en amoindrir la vertu compréhensive et salvatrice.Pour toutes ces raisons et pour d\u2019autres, que le diable lui-même ne manque pas de trouver très ingénieuses en des enfers dont il ne faut plus parler, il a paru urgent, quel qu\u2019en fût le coût, de reviser trois manuels et de les rééditer immédiatement.La comparaison, page par page, mot par mot, dessin par dessin, des éditions revisées et des éditions précédentes des trois manuels, tout en ayant des côtés amusants, finit néanmoins par être fastidieuse.Ce qui est sûr, c\u2019est que, si les éditions antérieures péchaient par excès, les éditions revisées, ayant immédiatement supprimé toute expression ou allusion religieuse, pèchent par défaut.La censure a été impitoyable: elle a tout déchristianisé.N\u2019y avait-il pas, entre l\u2019excès et le défaut, un juste milieu?Voici comment la revision s\u2019applique à \u201cMon premier livre de lecture\u201d.A la page 1 de l\u2019édition ancienne, un dessin représentait l\u2019Enfant-Jésus, le petit saint Jean-Baptiste et le légendaire mouton.Dans l\u2019édition revisée, ce dessin a été remplacé par deux enfants qui jouent aux blocs.Tout à fait symbolique: c\u2019est le commencement du déblocage! A la page 4, Aline attendait ses étrennes du \u201cpetit Jésus\u201d.Le nom sacré était là deux fois: donc double rature laïque! A la page 9 de l\u2019édition ancienne, il y avait un \u201cMon Dieu\" que l\u2019édition nouvelle a laissé tomber.A la page 12, avant revision, il y avait un \u201ctrès saint homme\u201d, \u201cDieu vous bénira\u201d, et un \u201cbénédicité\u201d.Le \u201cbénédicité\u201d a échappé à la proscription, mais Dieu s\u2019en est allé avec son très saint homme.A la page 20 des premières éditions, la sainte Vierge se permettait de tourner le rouet et de faire un miracle.Cet abus a été vivement réprimé. DEHORS, SEIGNEUR !.C'EST LA CLASSE DE FRANÇAIS 411 Le serviteur n\u2019est pas plus grand que la reine.En page 23, avant la revision, dans un dessin, un prêtre bénissait une petite fille.Il a été renvoyé à la sacristie.A la page 24, le \u201cbon Dieu\u201d attendait.Présence déplacée.On l\u2019a prié d\u2019aller ailleurs.A la page 28, des éditions antérieures, les lettres allaient se faire baptiser à l\u2019église.Texte et dessin sont disparus.Les lettres prennent maintenant l\u2019avion.et l\u2019ABC s\u2019apprend en vitesse.A la page 34, encore un curé dans l\u2019édition ancienne.Il va de soi que la revision a mis là bon ordre.Un autre oncle berce le petit neveu sur ses genoux.N\u2019est-il pas temps que les laïcs prennent leur responsabilité?Et là aussi, on a biffé énergiquement le nom de Dieu.Bonne sainte Vierge, que faisiez-vous en page 44?Les révisionnistes n\u2019ont pas attendu vos explications à sainte Bernadette.Ils vous ont demandé d\u2019apparaître ailleurs, vous reprochant sans doute d\u2019avoir dit en patois local que vous étiez l\u2019Immaculée-Conception ! En page 6, il a fallu changer toute la page: texte et dessins.Il s\u2019agissait de renvoyer l\u2019ange gardien dans l\u2019invisible avec quelques démons malencontreux.On n\u2019y a pas manqué.Corrections mineures en page 47 où les mouettes remplacent des ailes d\u2019ange (apparemment) et en page 49 où \u201cune jolie madone\u201d cède la place à \u201cune jolie mélodie\u201d.En page 50, dans l\u2019édition revisée, les lettres refusent de nouveau le baptême à l\u2019église et préfèrent monter en avion: baptême de l\u2019air! En page 55, il y avait \u201cune âme pure\u201d.Revision faite, on estime qu\u2019il n\u2019en reste pas.Remplacement : \u201cune parure\u201d.En page 58, déplacement de dessins sans raison apparente. 412 ACTION NATIONALE En page 59, il y avait, avec deux enfants, un curé bénissant.Le curé, après revision, est parti en mission et les deux enfants sont restés seuls dans le paysage: amours précoces, mais saines.En page 60, auparavant, fête de Francine, première communion, Dieu, gâteau et chandelles.Après revision, Dieu a disparu et de communion il n\u2019est plus question.11 est resté des chandelles, mais profanes, profanes.En page 67, le \u201czèle du curé\u201d s\u2019est dissipé, remplacé, en compensation, par le \u201czèle de Zita\u201d.En page 68, la première communion de Gaétane a été remplacée par le gargouillement du gargarisme.\u201cSeigneur, prends pitié!\u201d En page 72, s\u2019achevait le baptême des lettres.Le dessin est remplacé par le retour de l\u2019avion, sain et sauf.En page 73, la \u201cjupe de la gamine\u201d remplace la soutane du curé qui bénit.Page 76, autrefois: \u201cLe curé dévoué\u201d.Aujourd\u2019hui: \u201cEcoute la mélodie\u201d.En page 77, une statue de la madone et de l\u2019enfant a été mise au rancart.On lui a préféré une fillette et l\u2019horloge-coucou.Page 81: on lisait auparavant: \u201cEvite le péché\u201d, et maintenant c\u2019est \u201cLa niche de Fido\u201d.Progrès évident! Page 86, Dieu se jouait dans les aiguilles d\u2019un sapin qu\u2019il convertissait en or et en diamants.Dans l\u2019édition revisée, on supprime Dieu, bien entendu, mais on conserve le miracle pour l\u2019attribuer à une fée.Déduisez que le surnaturel imaginaire est bien moins dangereux que le surnaturel authentique.Page 88, le mot \u201cpéché\u201d figurait à l\u2019épellation.On lui a substitué \u201cpêche\u201d.et l\u2019innocence est recouvrée.Page 97, on parlait de Noël et du Messie.Les phrases pernicieuses sont disparues. DEHORS, SEIGNEUR !.C'EST LA CLASSE DE FRANÇAIS 413 Correction importante en page 104.En bas de page, un dessin montrait une hostie rayonnante au milieu de six épis de blé.Un pain remplace l\u2019hostie, le pain de la terre au lieu du pain descendu du ciel.Même procédé en page 106 où un verre de vin a délogé le calice présidant une réunion de six grappes de raisin.En page 108 et en page 109, un dernier effort.Dans le premier cas, le curé ne chante plus \u201cla messe pour la défunte\u201d, et, dans le deuxième, un \u201clivre\u201d à tranche dorée obtient préséance sur le \u201cmissel\u201d.Enfin, quelques déplacements de mots à la page 110 et la suppression du \u201cbaptême\u201d dans la table des matières.Dieu, la Vierge, les Anges et les saints ont regagné le ciel et le curé, la sacristie.La revision est achevée.Place à la nouvelle catéchèse! L\u2019énumération des corrections est complète.En résumé, une trentaine de pages de \u201cMon premier livre de lecture\u201d ont subi des retouches.Celles-ci portent sur de petits récits, sur des dessins, des bouts de phrases, de simples mots.Elles sont donc plus ou moins importantes selon le cas.Si on laisse de côté les corrections mineures, la revision affecte plus particulièrement une dizaine de pages sur un contenu de 112 exactement.D\u2019où on peut tirer, à son choix, divers arguments.Pour la défense de la réforme : Puisque, somme toute, les corrections sont infimes, à quoi bon soulever un débat si mesquin?D\u2019accord, dit l\u2019avocat de la poursuite.Mais précisément, si les changements sont minimes, il était alors bien plus mesquin de les faire et de donner occasion au débat.Il suffit d\u2019effacer quatre lettres pour supprimer le nom de Dieu. 414 ACTION NATIONALE Ce qui ressort plutôt du nombre relativement faible de corrections importantes, c\u2019est que la religion n\u2019occupait en \u201cMon premier livre de français\u201d qu\u2019une place normale pour une école catholique.D\u2019autre part, reviser un manuel dans le but nettement avoué d\u2019éliminer partout le nom de Dieu révèle certainement, pour s\u2019en tenir à un euphémisme, une inquiétante mentalité.Il y a eu des réactions comme en fait foi la tribune libre des journaux.Mais la règle veut qu\u2019on s\u2019indigne en passant, qu\u2019on se lasse vite et qu\u2019on laisse faire.Après tout, selon une remarque attribuée à Louis XIV, les hommes se calment vite lorsque Dieu seul est attaqué.Les livres de français des deuxième et troisième années du cours primaire ont subi le même sort que le manuel de première année.Même effacement du religieux, mêmes corrections, même revision.Sauf exception, les trois manuels sont devenus neutres.Entre un manuel d\u2019inspiration chrétienne et un manuel sinon antireligieux, du moins volontairement areli-gieux, la différence est grande.Peut-on supposer que les auteurs de ce changement substantiel ne sont pas assez avisés pour s\u2019en apercevoir?Où sont-ils d\u2019inimitables pince-sans-rire?Les éditions revisées, en effet, affichent imperturbablement en bonne place les approbations du défunt Conseil de l\u2019Instruction publique de Québec.Ces approbations datent, dans un cas, de 1938 et, dans les deux autres, de 1943.A moins d\u2019être renouvelées, elles ne valent sûrement pas pour les éditions revisées de la façon qu\u2019on a vue.Les utiliser ainsi, c\u2019est rendre les anciens membres du Conseil de l\u2019Instruction publique complices et garants de corrections païennes et c\u2019est une imposture caractérisée.A moins que les auteurs n\u2019aient voulu ironiser méchamment sur les pouvoirs déchus!. DEHORS, SEIGNEUR !.C'EST LA CLASSE DE FRANÇAIS 415 Mais, au fait, à qui attribuer l\u2019ineffable revision des trois manuels de français?Les auteurs et les éditeurs se sont, complaisamment ou non, pliés à des pressions de l\u2019extérieur.A qui revient la méritoire initiative d\u2019avoir débaptisé les lettres?Est-ce au ministère de l\u2019Education, au fonctionnaire Un tel, au révérend Père Affadi ou à l\u2019abbé Dessalé?Est-ce à l\u2019un de ces obscurs comités révolutionnaires (tranquilles) qui prennent toute nouveauté pour un éclair de génie et une infaillible amélioration?Impossible de le savoir avec précision.C\u2019est un mystère, un mystère humain.C\u2019est à des réformateurs inconnus qu\u2019il faut adresser cette parole des saints livres, \u2014 Léon Bloy aurait dit cette prophétie, \u2014 de nouveau réalisée : \u201cEvanuerunt in suis cogitationibus ; dicentes enim esse sapientes, stulti facti sunt\u201d, et en traduction liturgique : \u201cIls se sont perdus dans leurs cogitations ; car, se disant sages entre tous, ils ont complètement perdu la tête\u201d.\u201cJugez l\u2019arbre à ses fruits\u201d.Voyez le point d\u2019imbécillité que nous avons atteint.C\u2019est en croyant rendre gloire à Dieu que nous rayons son nom de nos manuels scolaires et que nous prions le Seigneur d\u2019évacuer l\u2019école catholique.Nous apostasions dans les utopies de la catéchèse, dans l\u2019éclatement des dogmes, dans le laxisme de la morale, dans l\u2019orgueilleuse déification de l\u2019esprit humain et dans l\u2019adoration du dieu-ventre.Hâtez-vous donc, messieurs les réformateurs; il reste des manuels où le nom de Dieu est encore inscrit: complétez votre oeuvre de salut ! A la génération de son temps, Olivar Asselin à proposé une épitaphe convenant selon lui au peuple canadien-français: \u201cCi-gît un peuple mort de bêtise\u201d! Pour la nation catholique que nous étions, une autre épitaphe se présente d\u2019elle-même: \u201cCi-gît une chrétienté qui s\u2019est suicidée\u201d.Ce texte avait déjà été mis en page lorsque éclata la polémique Dorion/Gérin-Lajoie et les déclarations qui s'ensuivirent.Nous y reviendrons le mois prochain. L'ÉDUCATION NATIONALE ET LE RAPPORT PARENT par Jean Genest Trouver de l\u2019éducation nationale dans le Rapport Parent reste une gageure ! Nous avons relu le Rapport de la Commission royale d\u2019enquête sur les problèmes constitutionnels de 1956, dite Commission Tremblay, puis le Mémoire de la SS JB de Montréal remis en juin 1962 à la Commission royale d\u2019enquête sur l\u2019enseignement, et finalement le Rapport Parent.Le contraste est saisissant entre les deux premières études et la troisième.C\u2019est comme s\u2019il existait deux familles d\u2019esprits au Canada français.L\u2019éducation nationale constitue, pour les deux premières études, une conséquence fondamentale d\u2019un système de pensée qui se veut ouvert à tout l\u2019humain en même temps que profondément enraciné dans des réalités qui ont façonné notre peuple.Dans le Rapport Parent, au contraire, l\u2019éducation nationale n\u2019intervient nulle part comme inspiration ou valeur de perfectionnement d\u2019un jeune Canadien français.On y insistera sur l\u2019enseignement du français mais comme valeur personnelle et comme nécessité en vue du dialogue démocratique, et jamais comme valeur nationale.Ni le Mémoire de la S.S.J.B., ni la nation canadienne-française n\u2019ont été objet de réflexion chez les Commissaires du Rapport Parent.Les sept Commissaires canadiens-français ont présenté, au point de vue national, un rapport si déce- L'ÉDUCATION NATIONALE ET LE RAPPORT PARENT 417 vant, si pauvre, que nous sommes en droit de leur demander des comptes.Après trois remarques qui toucheront au vocabulaire, à la conception de l\u2019éducation et à l\u2019absence presque totale du pays réel dans le Rapport Parent, nous présenterons le bilan positif et négatif de ce Rapport au point de vue éducation nationale.I.\u2014 Le vocabulaire Les Commissaires n\u2019ont consacré aucun chapitre, aucun paragraphe à l\u2019éducation nationale comme telle.D\u2019autre part les emprunts, les imitations serviles abondent, comme cette école polyvalente, copie du Comprehensive High School, comme cet Institut imitation du Junior College américain.Tout système d\u2019enseignement fait des emprunts mais jamais sans un effort de ressourcement, sans un épanouissement nouveau de la culture propre à un peuple.D\u2019où plusieurs mots sont français par l\u2019assonance mais américains par le sens véritable.Aucune autre forme d\u2019éducation n\u2019est proposée par le Rapport Parent, sinon la structure américaine.Le premier résultat est de briser l\u2019unité du collège classique et de le tuer.Plus dangereux est l\u2019emploi de mots ambigus, jamais définis, que les Commissaires ont su envelopper d\u2019un idéalisme vague.Les lecteurs avertis doivent poser les vraies questions: que faut-il entendre par civisme, par société, par politique, par bien commun?Ces mots reviennent sans cesse.On nous demande d\u2019enseigner les biens communs.Quels biens communs?Ceux qui sont présentés par Québec ou ceux qui sont présentés par Ottawa?Aucune précision n\u2019est apportée.On nous parle de démocratie.Quel genre de démocratie?Voici un texte capital : \u201cNous avons parlé .de la nécessité d\u2019initier les élèves dont les études ne dépasseront pas le niveau secondaire, aux institutions économiques, banques, 418 ACTION NATIONALE crédit, etc., dont ils se serviront \u2014 à la manière d\u2019établir un budget, ainsi qu\u2019à un humanisme du travail et à une connaissance des groupes sociaux où ils prendront place.La confrontation avec des mentalités et des cultures différentes est déjà une réflexion sur la société, une éducation à la compréhension et à la tolérance.\u201d (R.P., p.233) Nulle part il n\u2019est question pour le jeune Canadien français de prendre toute sa place dans le monde économique de sa province.L\u2019évocation de la démocratie vécue est un appel à la tolérance, jamais à la fierté d\u2019être soi-même ni une invitation à se faire respecter.Toute la conception de l\u2019argent dans le Rapport Parent est anonyme et par ce manque d\u2019option, favorise le grand capitalisme anglo-saxon, la société telle que les Anglo-Saxons l\u2019ont façonnée à leur grand avantage.Autre texte : \u201cOn voit donc que l\u2019école n\u2019a pas à faire de politique, mais plutôt à inculquer à l\u2019élève la préoccupation du bien commun de la société où il vit.\u201d (R.P., p.234).Cette phrase semble anodine mais interrogez-la : qu\u2019est-ce que faire de la politique à l\u2019école?Parler de fédéralisme, de Confédération, d\u2019une nouvelle constitution mieux adaptée aux besoins de la nation canadienne-française, est-ce faire de la politique?Jamais le Rapport Parent ne distingue entre la grande et la petite politique.La société où l\u2019élève vit, quelle est-elle?Et que signifie ce rôle de l\u2019école d\u2019inculquer à l\u2019élève la préoccupation du bien commun de la société où il vit?Cette société confédérative, depuis un siècle, n\u2019a cessé de gruger nos droits par une habile et continuelle centralisation et de violer nos biens communs les plus importants.Quels sont les biens communs à inculquer aux élèves?Si vous faites de l\u2019éducation nationale, c\u2019est facile à préciser mais si mettant de côté toute éducation nationale vous vous contentez d\u2019enseigner la démocratie, sans préciser laquelle, l\u2019école devient la forteresse du statu quo, (\u201cS\u2019entendre avec tout L'ÉDUCATION NATIONALE ET LE RAPPORT PARENT 419 le monde érige en règle le conformisme social\u201d), de l\u2019immobilisme et du respect des biens communs de la société où l\u2019on vit.Chacun y lit ce qu\u2019il veut bien y lire.L\u2019idéalisme nuageux du Rapport Parent renferme des imprécisions dangereuses et un manque de fermeté dans la pensée.Quand les Commissaires parlent de démocratie, pensent-ils au grand tout canadien où les biens communs sont pensés et accaparés au profit de la majorité anglo-canadienne ou pensent-ils au Québec?Toute l\u2019éducation reste dans ces indécisions fondamentales et sera tiraillée en tous sens par les éducateurs et les politiciens qui lui donneront, au nom du Rapport Parent, la coloration ca-nadianisante ou fédéralisante qu\u2019ils voudront.Les Commissaires diront encore: \u201cIl n\u2019est pas facile de transformer un incivisme traditionnel et le manque de conscience, en un respect véritable et profond de toute personne humaine, respect incluant sa vie, ses biens, ses convictions, sa race, ses croyances.\u201d Cette phrase reste inattaquable bien que l\u2019on puisse s\u2019interroger sur la pensée exacte des Commissaires quand ils parlent d\u2019incivisme traditionnel, mais leur esprit transparaît dans ces mots: compréhension, respect, tolérance.Nulle part il n\u2019est question de fierté, de solidarité comme groupe national.Les omissions et les qualités soulignées sont trop fréquentes pour que nous n\u2019y voyions pas une volonté consciente, arrêtée, de mettre de côté tout ce qui regarde le national et ses exigences propres.La Société envisagée est une société anonyme, sans histoire, sans visage, sans destinée.C\u2019est dans cet ensemble qu\u2019il faut juger le chapitre sur l\u2019histoire du Canada.On y parle d\u2019objectivité: les faits demandent une interprétation impartiale, mais enfin une interprétation.Sinon l\u2019histoire ressemblerait à un fichier et ne servirait en rien à une éducation à l\u2019humain.Enseigner l\u2019histoire n\u2019est pas transformer le professeur en une caisse enregistreuse.Les Commissaires sont visiblement en défiance contre l\u2019éducation du 420 ACTION NATIONALE sens patriotique et l\u2019ouverture de l\u2019espiût à la dimension nationale des problèmes.Pourtant l\u2019objectivité n\u2019est pas la neutralité ni l\u2019inhumanité des sentiments.On a remplacé l\u2019éducation nationale par l\u2019enseignement du civisme (R.P., p.235-236).Ainsi le Rapport exhorte les professeurs à développer le sens de la solidarité humaine par esprit démocratique et par esprit civique.Autrefois n\u2019importe quelle école pratiquait le sens de l\u2019universalisme et de la solidarité humaine par l\u2019histoire, la géographie, la littérature, la philosophie, les aumônes, les prières et les activités missionnaires.Aujourd\u2019hui tout cela est changé: on le fera par civisme.Voyez bien comment l\u2019éducation chrétienne et l\u2019éducation nationale ont été dégradées en esprit civique.Nulle part dans le programme de civisme proposé par le Rapport Parent (vol.11, No.1013) il n\u2019est question de la nation canadienne-française comme telle.On devra enseigner aux jeunes la charte des droits de l\u2019homme, les Nations-Unies, les institutions politiques du pays, la politique internationale, mais nulle part on ne demandera aux maîtres d\u2019étudier et d\u2019enseigner ce qui regarde la nation canadienne-française.Ceci devient d\u2019autant plus frappant quand on arrive au chapitre consacré aux sciences humaines (R.P., No.857, Vol.111).On y insiste sur la formation scientifique aux sciences humaines dès le secondaire.Le modèle à suivre c\u2019est le Social Science Study Committee du Mass.Institute of Technology.Les sciences humaines bien étudiées nous donneraient une sérieuse connaissance des Esquimaux et des Indiens du Canada, sur l\u2019organisation de notre société et de notre monde urbain, (p.158), mais rien, aucune ligne n\u2019est consacré à l\u2019étude de la nation canadienne-française comme telle.On ne parle jamais, autant que nos recherches nous ont permis de le voir, de nation canadienne-française mais seulement de groupe canadien-français.Au secondaire, les Commissaires demandent que l\u2019étude du budget familial et l\u2019initiation aux institutions L'ÉDUCATION NATIONALE ET LE RAPPORT PARENT 421 démocratiques soient une option obligatoire mais rien n\u2019est offert sur les problèmes nationaux des Canadiens français.L\u2019imprécision du vocabulaire est à relier à ces silences constants : les Commissaires savent ce qu\u2019ils veulent.Ils obéissent à une idéologie canadianisante qui les conduit à mettre de côté toute éducation nationale qui pourrait mettre en relief les différences, et même les oppositions entre les deux peuples qui composent le Canada.Une fois avertis, il vous sera facile de relire quelques passages du Rapport Parent et tous ces procédés d\u2019évasion ou d\u2019abstention vous sauteront aux yeux.Ce qui vous paraissait bénin ou banal prendra son importance propre: les Commissaires n\u2019ont rien à offrir aux jeunes au point de vue national.Des commissaires fédéraux, ni chair, ni poisson, auraient pu écrire ce Rapport qui n\u2019a pas le sens de la personnalité nationale et du véritable humanisme.Le Rapport Parent, (T.11, p.11) disait clairement: \u201cCette culture vécue, ou culture nationale, est le mode naturel d\u2019accès de l\u2019homme à l'humain.\u201d En laissant de côté toutes ces formes culturelles qui moulent la pensée et l\u2019agir d\u2019une nation, toutes ces valeurs traditionnelles du patriotisme collectif qui fournissent une conception de la vie à notre nation qui y puise sagesse, créativité et dynamisme, le Rapport Parent prend l\u2019allure d\u2019une culture qui ne suit pas le mode naturel d\u2019accès de l\u2019homme à l\u2019humain mais un mode artificiel.La culture n\u2019est plus enracinée mais devient un placage artificiel.Ne prenant son point de départ ni dans la pensée chrétienne ni dans la pensée nationale, le Rapport Parent est conduit à construire notre monde par une éducation pragmatique et utilitaire.Quand il parle de culture, il l\u2019a tellement vidée de tout aspect national et de toutes les valeurs dont le pays vit, que l\u2019école devient une entreprise canadianisante.La littérature canadienne, dira-t-il au Tome III (p.4), donnera \u201cun sentiment national légitime\u201d.Mais pourquoi ne pas parler de la littérature cana-dienne-française?Parce que le Rapport Parent est ma- 422 ACTION NATIONALE nifestement conçu comme un manuel d\u2019enseignement aux deux peuples, canadien-français et canadien-anglais, et tout doit y être interchangeable, commun à l\u2019un et à l\u2019autre.Les Commissaires ont obéi à un idéal de conformité pédagogique, non d\u2019éducation nationale.Ce placage culturel explique peut-être la manie des commissaires de toujours déprécier l\u2019école d\u2019hier et de proposer du nouveau, tous les nouveaux même rejetés ailleurs ou insuffisamment expérimentés.La démangeaison du nouveau se confond chez eux avec l\u2019idée de progrès.II.\u2014 Le recul de l\u2019éducation Le Rapport Parent a-t-il jamais envisagé un enseignement qui soit une véritable éducation?Trop souvent nous pouvons lire le mot d\u2019éducation mais le sens est celui d\u2019instruction.L\u2019école devient, en très grande part, une distributrice de connaissances non une éducatrice d\u2019hommes.Au secondaire, il n\u2019y a plus de titulaires dans les classes mais seulement des professeurs spécialisés qui circulent de classe en classe, distribuant leur marchandise.Cinquante pour cent des matières sont à choisir par l\u2019élève dans le but de favoriser son acquisition d\u2019un métier ou son orientation universitaire (R.P.11, 15, 17, 105).L\u2019éducation religieuse est mise au rabais et on ne parle que d\u2019instruction religieuse.De même la morale est nettement séparée de la religion comme si la volonté pouvait se passer de l\u2019irradiation des Vérités révélées chez un chrétien.Ce qui remplace la religion et la nation c\u2019est l\u2019idée de démocratie.La conception de l\u2019éducation n\u2019est plus à prédominance chrétienne et nationale mais sociologique: la démocratie pense masse, instruit la masse, pour former des sujets qui seront utiles à la communauté humaine.\u201cCette surestimation du social, dira Georges Magnan, dans sociologie du sport (p.128), est un trait de la culture anglo-saxonne\u201d.A partir de là il est facile de comprendre que le Rapport Parent propose une pédagogie des connaissances, L'ÉDUCATION NATIONALE ET LE RAPPORT PARENT 423 insiste sur les méthodes en vue d\u2019une spécialisation précoce.L\u2019instruction 'prend le dessus sur Véducation.On en a une confirmation lorsqu\u2019on relit le premier volume du Rapport Parent (p.75) sur les objectifs de son système d\u2019éducation: \u201cDans les sociétés modernes, dit-il, le système d\u2019éducation poursuit une triple fin: donner à chacun la possibilité de s\u2019instruire; rendre accessibles à chacun les études les mieux adaptées à ses aptitudes et à ses goûts; préparer l\u2019individu à la vie en société.\u201d Les trois objectifs du système d\u2019enseignement du Rapport Parent sont donc : l\u2019instruction, la spécialisation, la démocratie conçue comme socialisation de l\u2019individu.Peut-on encore parler d\u2019éducation?Le Rapport Parent paraît vouloir libérer le jeune par l\u2019exercice et la vigueur de ses facultés bien plus que par la recherche de la vérité (Naud: Le R.P.et l\u2019humanisme nouveau 1965, Fides, p.23).L\u2019école ne conduirait pas à un humanisme ou à une conception de l\u2019homme mais à des habiletés, à des savoir-faire.En ce cas les connaissances suffisent et tout le système est comme imprégné de visées utilitaires et pragmatiques.Nulle part le système proposé ne conduit à l\u2019amour de son pays et de sa nation mais seulement à l\u2019acquisition d\u2019un métier et à la planification en vue d\u2019une coordination entre la production scolaire et la production industrielle.Ainsi, du moins, l\u2019a précisé à maintes reprises le ministre de l\u2019Education lui-même, bon juge de l\u2019esprit du Rapport Parent.Tout le Mémoire de la SSJB parle d\u2019éducation, celle de l\u2019homme complet, mais le Rapport Parent n\u2019envisage, à l\u2019améiücaine, que de l\u2019instruction.\u201cOn ne peut tirer du Rapport Parent, dira M.André Naud, une définition de l\u2019humanisme ou de la culture qui reste cohérente tout au long de son exposé.Il manifeste une pensée fort hésitante et il n\u2019est probablement pas exagéré de dire qu\u2019une pensée de ce genre sera bien peu capable d\u2019éclairer et d\u2019orienter sainement les esprits et la poursuite de l\u2019éducation chez nous\u201d (p.15).\u201cLes rédacteurs du Rapport 424 ACTION NATIONALE Parent, dira-t-il plus loin, nous invitent à croire que chacun des univers que constituent les humanités, la technique, la science et même la culture de masse est également capable de produire l\u2019humanisme ou la culture.Nous voudrions bien les croire.La Commission n\u2019aurait-elle pas choisi la voie facile qui consiste à nous dire que tout mène à tout?\u201d (p.16-17).Autrement dit, le Rapport Parent réduit l\u2019éducation proprement dite à la part congrue par faute d\u2019objectifs suffisamment élevés, par faute d\u2019un vocabulaire assez précis, par faute de réalisme vraiment enraciné.Il n\u2019est donc pas surprenant qu\u2019il ne parle pas d\u2019éducation nationale.Seules l\u2019ont intéressé ces parties qui peuvent se monnayer en connaissances, comme l\u2019enseignement de la langue française et de la littérature canadienne (ils n\u2019osent même pas dire canadienne-française !).Plus que l\u2019éducation nationale, c\u2019est tout le problème de l\u2019éducation tout court que remet en question le Rapport Parent.III.\u2014 Le refus du pays réel Avec plus de précision le Rapport Parent ne refuse pas le pays réel mais il le laisse de côté.Tout ce qui existe, il le met de côté.Il se présente comme un essai de tout recommencer à neuf.Aussi cette réalité sociologique qu\u2019est la nation, ce groupement de familles au vouloir-vivre n\u2019intéresse pas les Commissaires.Ils se sont certes intéressés à la culture humaine mais nullement à cette forme de culture et de civilisation que nous représentons en Amérique du Nord.Ils nous proposent un système d\u2019enseignement qui provient de quelques idées-clés dont ils sont possesseurs et qui demandent un bouleversement radical.Cela pourrait être bon mais ils ont pigé partout, sans assez repenser ni assimiler leurs emprunts.Ils veulent nous rendre conformes aux structures de l\u2019enseignement nord-américain.Plusieurs fois leurs conceptions vont à supprimer tout ce qui existe et à imposer d\u2019une façon absolue et uniforme dans toute la province des conceptions qu\u2019aucun pays n\u2019a acceptées d\u2019une L'ÉDUCATION NATIONALE ET LE RAPPORT PARENT 425 façon aussi globale et absolutiste.Ainsi par exemple de l\u2019école polyvalente qui, dans l\u2019esprit des Commissaires est l\u2019école de demain, mais qui, aux Etats-Unis, reste une école parmi d\u2019autres, et une école très critiquée.Pour mieux imposer leur point de vue les Commissaires demandent à tout l\u2019enseignement privé de s\u2019intégrer.Ainsi absorbé, l\u2019Etat resterait avec le monopole absolu des écoles.Nous ne sommes pas préparés à ces propositions.Le pays réel n\u2019est pas prêt à accepter cette espèce de mainmise par des Commissaires qui ont imaginé un système tout fait en dehors du pays réel.Les parents sont menacés de perdre des libertés essentielles.Au point de vue inspiration et vie nationale, l\u2019école n\u2019a plus comme rôle de renforcer la nation mais de vivre du groupe.C\u2019est-à-dire que les jeunes devront prendre dans leur famille et dans les groupes extérieurs à l\u2019école leurs idées et leur foi nationales.L\u2019école ne les inspirera plus.Le concept de démocratie veillera sur toute la pédagogie et toutes ses activités et jamais plus le sens de la nation vivante.Ainsi il ne faut pas compter sur le Rapport Parent pour renouveler au sein des jeunes générations l\u2019esprit national.Il a bien vu que \u201cl\u2019enseignement exerce en retour une profonde influence sur l\u2019état des connaissances et les conditions sociales\u201d (II, p.10), mais quoiqu\u2019il caractérise l\u2019école comme \u201cun élément dynamique de la civilisation\u201d, il n\u2019en a pas vu les conséquences ni su en tirer parti.On prive les jeunes d\u2019un droit et d\u2019une responsabilité les plus éminentes qui ont fait les peuples vigoureux et clairvoyants.L\u2019école n\u2019est donc plus apte à régénérer le milieu.La seule possibilité est que les maîtres décident de compléter le Rapport Parent et de lui donner une âme.Mais, au chapitre de la formation des maîtres, rien n\u2019est prévu quant à leur formation nationale et au rôle national que l\u2019école est appelée à jouer.Pour mieux comprendre comment tout ce programme répond à une volonté arrêtée des Commissaires, vous 426 ACTION NATIONALE n\u2019avez qu\u2019à vous rappeler ce que le Mémoire de la SSJB disait : \u201cL\u2019école est en grande partie responsable de la déficience de notre patriotisme.Quand elle fait l\u2019éducation du patriotisme, elle le fait sans conviction, sans précision suffisante par crainte des options à prendre et à partir de moyens qui ne vont pas à l\u2019essentiel.\u201d (p.69).Ce mémoire lançait donc un cri d\u2019alarme en décrivant le rôle de l\u2019école: \u201cL\u2019école à tous ses niveaux est, pour tout le peuple, le centre par excellence d\u2019explication, de renouvellement et d\u2019enrichissement de la culture nationale.Nos écoles à ce point de vue ne remplissent pas leur mission\u201d.Les Commissaires n\u2019ont pas cru devoir entendre cette voix et informer l\u2019école d\u2019une pensée nationale.Les écoles nées du Rapport Parent, inspirées par le Rapport Parent, seront vides d\u2019âme et de pensée nationale.Tous les élèves seront invités à y faire des barreaux de chaise mais non à réfléchir et à agir en citoyens canadiens-français.On y fabriquera de nombreux techniciens mais aucunement reliés par la pensée à une industrie canadienne-française, à des syndicats canadiens-français, à une économie canadienne-française, à une conception politique qui viserait à donner à la nation canadienne-française tout ce à quoi elle a droit.Notre milieu est gangrené au point de vue économique, anémié au point de vue culturel, divisé au point de vue syndical, pluraliste au point de vue religieux, croit-on vraiment qu\u2019il suffira de mêler tous les jeunes ensemble pour qu\u2019il sorte de là une pensée nationale et que l\u2019école devienne un foyer de réflexion et d\u2019attitudes favorables à la nation?La démocratie, pour ne pas devenir anarchie, demande à être informée par quelques grandes idées qui l\u2019inspirent et qui invitent les citoyens à se dépasser en triomphant de l\u2019individualisme et de l\u2019égoïsme par l\u2019adhésion à une cause.Le Rapport Parent s\u2019intéresse beaucoup à la démocratie, aux vertus démocratiques, à une morale démocratique mais son système n\u2019a pas de substance : il est insuffisant pour donner une raison d\u2019être et le dynamisme nécessaire à un peuple aussi menacé que L'ÉDUCATION NATIONALE ET LE RAPPORT PARENT 427 le nôtre.Encore une fois le Rapport Parent manque d\u2019âme.Bilan Quel bilan tirer de tout ceci?Le tout est à repenser même si tout n\u2019est pas à reprendre.Voyons les aspects positifs et négatifs de ce Rapport au point de vue de l\u2019éducation nationale.A.\u2014 Aspect positif Deux points nous paraissent des acquisitions définitives: l\u2019enseignement de la langue et le rejet de tout l\u2019enseignement de l\u2019anglais au secondaire, et le rôle accordé aux corps intermédiaires.Le Département de l\u2019Instruction publique avait mis, contre l\u2019avis de toute la nation, l\u2019enseignement de l\u2019anglais, obligatoire dans toute la province, dès la cinquième année élémentaire.On aurait dit que, menacé de mort, le Département faisait tout son possible pour ne pas se faire regretter.Le Rapport Parent a vu, en ce point, la situation concrète de notre peuple: il ne peut parler et maîtriser sa langue française si des schèmes mentaux bilingues imposés trop précocement envahissent ses moyens de communication.Les Commissaires ont donc sagement refoulé l\u2019enseignement de l\u2019anglais à l\u2019étape du secondaire.Puis, dans un chapitre excellent, un des meilleurs du Rapport, les Commissaires ont consacré leurs efforts à l\u2019enseignement du français: \u201cA cause de cette triple fonction: représentation, expression, création, le langage constitue l\u2019un des éléments les plus significatifs de la personnalité\u201d (T.111, p.24).Ils proposent les méthodes audio-visuelles pour l\u2019amélioration de la langue (p.40), la lutte contre l\u2019anglicisme, demandent des professeurs compétents et des manuels améliorés.Tout cela est excellent mais, faut-il ajouter, nulle part la langue française 428 ACTION NATIONALE n\u2019apparaît comme l'élément-clé de notre nationalité, objet d\u2019une tradition riche, objet de fierté et d\u2019inspiration, instrument d\u2019unité de la nation entière.Au point de vue du Rapport Parent la langue reste donc un élément important de la formation personnelle mais nullement un instrument d\u2019éducation nationale.Un autre point demande aussi à être signalé: le rôle important accordé aux familles et aux corps intermédiaires dans le domaine de l\u2019enseignement.Il y a là du neuf par le vaste mouvement qui a été engendré au sein de notre population.Peut-être est-ce par les Mouvements de famille, les Associations de Parents-Maîtres ou les différents corps intermédiaires de la nation que des instances seront faites pour introduire à l\u2019école plus d\u2019éducation nationale.L\u2019homme cultivé doit être un homme accordé: tout le reste n\u2019est que pédagogie d\u2019hommes en chambre et d\u2019amateurs de schémas artificiels.B.\u2014 Aspect négatif Ces aspects consolants ne doivent pas nous faire oublier les misères du Rapport Parent, ainsi quand il incline vers le manuel unique d\u2019histoire pour Anglais et Français du Québec.Il confond objectivité et neutralité, et croit possible une seule histoire.Or, jamais les deux jeunesses ne pourront envisager le Québec de la même façon, pas plus la leçon traitant d\u2019Iberville que celle abordant l\u2019étude de la Confédération.Le Rapport Parent parle beaucoup de culture télévisée mais ne dit pas un mot d\u2019une centrale de télévision Radio-Québec, telle que proposée par la SSJB de Montréal.On ne peut pas accepter facilement la destruction des structures de notre enseignement et leur remplacement par des structures empruntées au système anglo-américain.On ne peut rester indifférent aussi au peu d\u2019intérêt manifesté à la préparation des élites canadiennes-françaises.Il est consolant de voir que par les techniques nos Commissaires veulent transformer nos manoeuvres en ouvriers spécialisés mais L'ÉDUCATION NATIONALE ET LE RAPPORT PARENT 429 leur succès en ce point ne nous aura donné que des subordonnés.Nulle part, il ne nous est proposé une éducation d\u2019une élite capable de prendre la gouverne de notre économie.Et encore, s\u2019ils avaient au moins laissé le choix aux parents entre leur Comprehensive High School et d\u2019autres types d\u2019écoles publiques ou privées.Aux Etats-Unis, on ne s\u2019en cache pas, la Comprehensive High School, avec ses masses d\u2019élèves, obéit à des buts sociaux plutôt qu\u2019à un désir d\u2019excellence académique.Or notre nation ne peut à aucun moment de son histoire, se passer d\u2019une élite qui pense pour l\u2019ensemble de la nation et en éclaire la destinée si cahoteuse, si risquée.Toutes ces réflexions donnent fort à réfléchir.Nous ne visons pas à rassurer nos sociétés nationales.Nous croyons qu\u2019elles doivent rester alertées plus que jamais et multiplier les démarches pour que la formation des professeurs et la formation de la jeunesse contiennent plus d\u2019éléments positifs d\u2019éducation nationale.Les Commissaires ont oublié de parler du Québec comme notre patrie, demeure de notre nation.Par là, un certain aspect d\u2019humanisme et une valeur culturelle importante est absente.Par là les jeunes sont privés de grandes motivations qui favorisent le dépassement de soi.A quelques exceptions près, le Rapport Parent n\u2019a pas voulu s\u2019installer au coeur de la robuste réalité et, à cause de cela, de nombreuses parties sont vides et seront vite caduques.Parce qu\u2019il n\u2019a pas voulu mettre en valeur les grandes responsabilités que chaque jeune doit assumer vis-à-vis sa nation, le Rapport Parent favorise un canadianisme édulcoré, il aura contribué à dévitaliser l\u2019enseignement humaniste.L\u2019enseignement du civisme n\u2019est qu\u2019un ersatz du patriotisme intelligent.Nous demandions un surcroît d\u2019âme pour les tâches que nos jeunes auront à rencontrer, le Rapport Parent a été inférieur à la demande et aux exigences de l\u2019heure. ~s4ctu a lilé LA PLANIFICATION NE PENSE PAS À TOUT par Marius Ferragne Depuis quelques années on a souvent vu, dans les journaux, la sollicitude que nos gouvernants mettent à prôner les bienfaits de la planification.Est-ce pour nous montrer combien ils sont intéressés à cette idée, si nouvelle dans nos moeurs, qu\u2019ils ont considérablement augmenté leurs émoluments?Je ne saurais les en blâmer, car travailler pour la Patrie, mérite un salaire.Mais nos représentants travaillent-ils réellement pour ce salaire?Il faudrait des instruments étonnamment précis pour apprécier le mérite de chacun.Quelques-uns sont trop rémunérés pour les services rendus, et, d\u2019autres, certainement pas assez.Jusqu\u2019ici, la planification n\u2019a pas poussé jusque là ses curiosités que je sache! Dayis d'autres domaines, la planification joue un rôle néfaste, notamment celui de la justice.La loi, c\u2019est la loi, dit souvent Séraphin des Pays d\u2019en haut.Bonne ou mauvaise, c\u2019est la loi.Les téléspectateurs qui ont suivi \u201cLa cour est ouverte\u201d de mardi 2 février ont pu s\u2019en convaincre.La jeune institutrice, qui a passé une douzaine d\u2019années de dévouement au service de la gent LA PLANIFICATION NE PENSE PAS À TOUT 431 écolière, se voit infliger line condamnation qui brisera son élan et lui 'procurera une grande déception.Le jeune Jacques n\u2019allait pas à l\u2019école pour apprendre, mais pour causer du désordre et \u201cfaire fâcher la maîtresse\u201d qui a mission d\u2019en faire un homme.J\u2019ai admiré sa franchise en faisant le geste qui a provoqué l\u2019acte déplacé et irréfléchi de celle-ci.Pourquoi \u201cSon Honneur le Juge\u2019\u2019, à défaut des avocats friands de causes payantes, n\u2019a-t-il pas poussé l\u2019interrogation jusqu\u2019à savoir si quelqu\u2019un ne l\u2019avait pas conseillé?Je suis persuadé que sa mère, très impolie à l\u2019égard de la maîtresse qui avait sollicité son concours, n\u2019était pas innocente.Avant de fixer le montant à payer, pourquoi n\u2019avoir pas exigé la présence du docteur traitant ou au moins un certificat de sa paid avec sa facture et celle du pharmacien qui a produit les médicaments.Un père, une mère ont des droits de correction sur leurs enfants; pourquoi le maître ou la maîtresse n\u2019en auraient-ils pas, puisqu\u2019ils tiennent la place des parents?La loi, c\u2019est la loi: Vinstitutrice ne devait pas toucher à ce cher enfant mal élevé et devait subir les conséquences de son impatience.Bel encouragement pour l\u2019enfant qui continuera de plus belle à multiplier ses incartades, exonéré de tout blâme.Je passe à un autre ordre d\u2019idées: Personne, que je sache, même chez nos édiles repus, n\u2019a considéré l\u2019incohérence, l\u2019injustice contenue dans la pension de vieillesse qui a prolongé la vie de nombreux vieillards qui l\u2019ont honorablement mérité, mais aussi encouragé la paresse de nombreux parasites qui ont mené une vie inutile pour ne pas dire antisociale. 432 ACTION NATIONALE Qu\u2019il me soit permis de mettre en parallèle deux hommes que j\u2019ai bien connus, des voisins.L\u2019un, Thomas, issu d\u2019une famille plus ou moins unie, où la morale était très peu appréciée, et, l\u2019étude, juste assez pour dissimuler l\u2019ignorance, fut laissé à son libre arbitre.L\u2019autre, André, le 7e ou 8e d\u2019une famille de 12 enfants, phénomène de plus en plus rare.Les parents sont très unis, ils encouragent leurs enfants à l\u2019étude, les envoient aux offices religieux, les y accompagnent quand c\u2019est possible, et les initient à tous les sports de leur âge.Thomas, élevé seul, est égoïste, tout lui est dû.Ce que les autres possèdent, pourquoi pas lui?Ne trouvant que satisfaction momentanée dans les présents des siens, rien ne le satisfait.Thomas s\u2019ennuie; les jeux innocents et enthousiastes de ses voisins lui causent de la peine.A peine a-t-il l'âge requis pour fréquenter des restaurants de second ordre, qu\u2019il se gargarise de toutes les conversations oiseuses contre le clergé, les gens d\u2019église et des services sociaux, en écoutant des chansons grivoises ou immorales.André, amené encore tout jeune aux offices reli-gieux par sa mère, en compagnie de ses frères et soeurs, s\u2019est extasié devant la beauté des chants et du luminaire.Il a etc hâte d\u2019être enfant de choeur, de servir la messe, de gravir tout seul les marches du sanctuaire et de participer au pain de vie à la table sainte où les gens sont si recueillis.Il fait bientôt partie des clubs sociaux de sa paroisse, des sports délassants et fortifiants et s\u2019enorgueillit des trophées rapportés.Pour lui, la vie est belle.Bientôt il distinguera parmi les jeunes filles rencontrées> celle qui a les qualités qu\u2019il s\u2019est phi à admirer chez la douce maman qui lui a donné le jour.Il se marie, et, comme ses religieux parents, ce nouveau couple n\u2019aura cure des limitations de naissance.Consacré à donner la vie, LA PLANIFICATION NE PENSE PAS À TOUT 433 suivant l\u2019ordre établi par Dieu dès le commencement, des enfants à l\u2019Eglise, et, plus tard des élus au ciel, il fournit aujourd\u2019hui des citoyens honnêtes et compétents à la Patrie, fait son bonheur.Thomas, après bien des années sans but, a réussi à trouver femme grâce à quelque bien que lui ont laissé ses parents et uniquement pour faire comme les autres et avoir une servante.Heureusement, il n\u2019a pas eu de descendants qui auraient été plus malheureux que lui-même.N\u2019ayant pas à se gêner, il passe ses loisirs dans les tavernes, revient à la maison à des heures indues, se souciant peu de celle qu\u2019il a épousée.Le travail est pour lui un fardeau; il s\u2019en exempte quand il lui plaît, satisfait de l\u2019apport immérité de Vassurance-chômage quand ce n\u2019est pas celui de la Saint-Vincent-de-Paul.André, qui a suivi les cours si précieux de la préparation au mariage, sait comment se conduire auprès d'une âme féminine toujours prête à se donner.Estimant la valeur d\u2019une éducation chrétienne et de connaissances indispensables à notre époque de progrès industriels, il encourage, à son tour, ses enfants dans la pratique de la religion, et ne craint pas de favoriser des études, même supérieures, à la plupart de ses enfants.Il est bientôt récompensé de ses efforts: deux de ses fils sont devenus prêtres et missionnaires ; plusieurs de ses filles sont ou seront religieuses et les autres occupent de brillantes situations.Tous sont profondément reconnaissants envers leurs parents qui ont à coeur d\u2019organiser de belles réunions de famille où la joie pétille de toutes parts.Or voilà qu\u2019à 70 ans ces deux hommes dont la disparité de mérite est évidente, nos savants députés, pour la plupart des avocats et leurs conseillers planificateurs prévoient pour eux la même pension gratuite.Le paresseux Thomas sans descendant peut dire: \u201cAprès moi, le déluge.La Patrie, un vain mot.Plus d\u2019impôt à payer.\" Il aura son $75 par mois. 434 ACTION NATIONALE L\u2019homme, le vrai, André, qui a élevé avec peine, mais avec joie, ?me douzaine d\u2019enfants dont la plupart en auront tout autant, qui a payé taxes diverses et combien onéreuses pour nourrir, habiller, loger et faire instruire tout ce jeune monde n\u2019en aura pas davantage.Dieu l\u2019a récompensé dira-t-on, 'tnais le pays qu\u2019il a contribué à enrichir et développer ne fera-t-il men?Pour être d\u2019accord avec la philanthropie plus qu\u2019avec la charité, fort démodée en notre siècle d\u2019indépendance, que l\u2019on continue à gaver les paresseux, les égoïstes, les apatrides, de la pension à tous, si l\u2019on y tient, mais qu\u2019au moins on octroie aux pères et mères de fa7nille des allo-cations raisonnables suivant le nombre d\u2019enfants qui tous contribueront au bien-être de la nation.Ce serait ainsi imiter la reconnaissance nationale qui attribue des décorations pour bravoure à ses soldats de retour du front ou d\u2019une expédition à l\u2019étranger et à tous les citoyens qui ont accompli une prouesse quelconque et, surtout, sauvé une vie.La plupart de ces décorations ou attributions, tel le prix Nobel, sont accompagnées d\u2019un montant substantiel.Parfois certains actes de bravoure sont l\u2019effet de circonstances de peu de durée, tandis que toute la vie d'André a été un sacrifice constant malgré vents et marées.En un mot, il mérite la reconnaissance de la Patrie, et la planification ne devrait pas jouer contre lui, CHRONIQUES f-^ropoS Sur Ici coopération RÉFLEXIONS DE LECTURE Les circonstances ont voulu que je lise ou relise, au cours d\u2019une même semaine, quatre documents traitant de coopératisme.Chaque document relève de disciplines et de milieux différents mais apporte au Québec un témoignage nécessaire.Maître de notre destin Quelques jours avant son congrès annuel, l\u2019Union générale des étudiants du Québec (UGEQ) met sur le marché, le 21 octobre 1965, un livre de 172 pages: Maître de notre destin par le coopératisme.Le président actuel, M.Jacques Desjardins écrit dans la préface: \u201cDemain.nous aurons des campus régionaux de deux à trois mille étudiants, avec coopérative d\u2019épargne, d\u2019achat, d\u2019assurance, un système de machines distributrices, des produits spécifiquement étudiants au service des étudiants: en fait une organisation économique dévouée à notre communauté\u201d.Tout ce milieu sociologique a des aspirations, des besoins et des conditions de vie qui participent au destin économique des jeunes.Reprenant la formule même du grand apôtre de la coopération au Canada, Mgr Coady d\u2019Antigonish : Master of Their Own Destiny, l\u2019UGEQ envisage deux données: 1 \u2014 436 ACTION NATIONALE les besoins du milieu étudiant et la réponse coopérative ; 2 \u2014 l\u2019organisation, le fonctionnement et les relations d\u2019une coopérative.Les annexes analysent le coopératisme étudiant mondial, les coopératives étudiantes en opération et proposent un règlement de régie interne de l\u2019association coopérative étudiante.Deux tableaux servent à projeter avec précision l\u2019évaluation du pouvoir d\u2019achat des étudiants.Le premier estime à 1,239,100 le nombre des étudiants en 1961, à 1,496,000 en 1966 et 2,104,500 en 1981; le second établit approximativement à $91,178,000 le pouvoir d achat des étudiants en 1960, tenant compte des élèves du secondaire en montant.Ce pouvoir d\u2019achat en 1966 sera de 158 millions et en 1981 de 329 millions de dollars.Les principaux besoins de la collectivité étudiante sont : l\u2019assurance-vie et accident, les machines distributrices, la librairie, la papeterie, les restaurants et cantines, les articles de sport, de toilette, les disques, les services bancaires.Le livre étudie en détail la structure des coopératives étudiantes au niveau local de l\u2019Association générale des étudiants dans une institution, au niveau régional avec des rencontres inter-coopératives sur le plan éducatif et économique, au niveau national avec une Fédération dont les préoccupations économico-sociales sont bien décrites.La lecture de ce livre de Jean-Guy Saint-Martin et Georges Dragon est intéressante d\u2019un bout à l\u2019autre.Nous souhaitons vivement que les étudiants du Québec prennent en main leur destin et réussissent encore mieux que nous avions rêvé de réussir à leur âge.Où en sont les coopératives ?Dans la publication estivale de la revue lyonnaise \u201cEconomie et humanisme\" l\u2019article de Flavay évalue la situation actuelle des expériences coopératives fran- RÉFLEXIONS DE LECTURE SUR LA COOPÉRATION 437 çaises.L\u2019auteur remarque d\u2019abord que de moyen de transformation de la société (c\u2019était le rêve des Pionniers de Rochdale en 1844) et comme base d\u2019un nouveau système économique (c\u2019était l\u2019idéal de l\u2019Alliance coopérative internationale au début du siècle), la coopération a évolué vers la défense économique de groupes sociaux ou professionnels.Flavay étudie ensuite les coopératives d\u2019usages face à l\u2019économie des besoins.Si les coopératives de consommation ont une position solide dans la distribution, elles n\u2019échappent pas à cette dissociation car leur but se concilie difficilement avec les impératifs modernes d\u2019exploitation commerciale.Dépendantes de l\u2019Etat français pour leur financement, il leur faut trouver d\u2019autres objectifs de leur développement.La coopération de construction fait construire environ 20,000 logements par année mais a besoin d\u2019un circuit d\u2019épargne propre; la coopérative d\u2019habitation située en plein coeur de cités coopératives (il existe en France une Société nationale de cités coopératives) s\u2019entraîne aux services autogérés et recherche activement des conseillers et promoteurs compétents et désintéressés ; la coopérative de crédit a deux grandes réalisations: la banque populaire (une coopérative d\u2019usagers et d\u2019agents) qui dispose d\u2019une force économique réelle, la caisse Raiffeisen (3000 caisses avec deux milliards de dépôts) est basée sur l\u2019action bénévole et la structure paroissiale, mais la coopérative fait face à de nombreux et difficiles problèmes d\u2019extension de son rôle.Les coopératives de production, notamment les coopératives agricoles apparaissent comme plus actuelles.L\u2019évolution rapide de la conjoncture leur impose des choix difficiles sur le plan technique et des moyens.De structure analogue, la coopérative de pêche est cependant plus menacée que celle de l\u2019agriculture.De nouvelles formes de coopération se sont développées, notamment la coopérative de commerçants détaillants et les types nouveaux d\u2019entreprises comme la coopérative médicale limitée à la médecine de groupe. 438 ACTION NATIONALE Malgré certaines limites et difficultés, la coopérative de production représente une recherche concrète de l\u2019aménagement des pouvoirs dans l\u2019entreprise.Le dernier chapitre de cette excellente synthèse de la coopération en France étudie les directions de la recherche coopérative.L\u2019expérience française en ce domaine a un rôle éducatif visible pour ses sociétaires mais sa justification économique peut sembler moins évidente encore bien que son incidence sur l\u2019organisation économique ne soit pas négligeable.L\u2019une des conditions de son avenir, déclare Fla-vay, réside dans l\u2019intégration de fonctions économiques nouvelles et l\u2019innovation de structures.\u201cLa programmation du développement coopératif tend à procéder davantage du sommet que des initiatives de la base.Sur le plan de l\u2019intérêt général, cette évolution donne une occasion nouvelle à la coopération, grâce aux organismes de crédit spécialisé et à la caisse centrale de crédit coopératif.\u201d Cette conclusion que les auteurs Chomel et Lacour décrivaient d\u2019autre part dans leur revue Coopération, en janvier 1965, sous le titre \u201cLe financement des investissements par le crédit coopératif\u201d vaut également pour notre système coopératif québécois.Les perspectives d\u2019autoplanification que ce financement coopératif dessine apporteraient à nos propres coopératives une intégration nouvelle dans le domaine de l\u2019alimentation par exemple.Je me souviens, il y a deux ans, d\u2019être intervenu auprès des dirigeants de ces coopératives pour les supplier d\u2019ouvrir, à Montréal, au coin des rues Berri et Sainte-Catherine, tout près du métro montréalais, à côté de Dupuis et du Palais du Commerce, un grand centre coopératif urbain, avec garages souterrains.Rien ne se fit.Actuellement, le ministre René Lévesque supplie la Fédération des Magasins Co-op d\u2019envahir le grand Nord: je souhaite ardemment qu\u2019il réussisse.Les coopératives pourront-elles trouver les formules de planification et d\u2019investissement.par la base? RÉFLEXIONS DE LECTURE SUR LA COOPÉRATION 439 Les frais funéraires Qu\u2019un auteur fasse la recension de son propre volume peut paraître audacieux : à tout le moins, je ne pourrai pas être taxé d\u2019hypocrisie puisque je signe moi-même le volume et l\u2019article.Mon intention n\u2019est d\u2019ailleurs nullement d\u2019écrire un nouveau volume sur les frais funéraires : je me limite simplement à l\u2019analyse d\u2019une annexe du livre: \u201cLe scandale des frais funéraires\u201d.Cette annexe donne les statuts détaillés d\u2019une association coopérative funéraire.Le système actuel, inspiré des principes de gestion capitaliste laisse la direction, l\u2019administration et le profit aux propriétaires des entreprises funéraires.Ainsi, l\u2019une des plus prospères contrôle plus de 20 salons funéraires et fait un chiffre d\u2019affaires d\u2019un million de dollars en funérailles, locations de voitures et services.Le profit dépasse 25% tel que publié dans le rapport du Surintendant des Assurances de la province de Québec.Le capital versé fut de $20,000 : le surplus au capital atteint aujourd\u2019hui un demi-million.Ce sont les morts et les survivants qui ont permis cet état de choses.Pourquoi le coût de la mort ne serait-il pas rétabli à ses proportions exactes?Je n\u2019ai aucune objection, si onze lecteurs le désirent comme moi, à tenter l\u2019expérience d\u2019une association coopérative funéraire sur les plans locaux, régionaux et nationaux.A preuve, je donne au complet les statuts de cette future association.Il est possible de prévoir, du moins j\u2019en ai fait la demande authentique, que l\u2019assurance de capital social de l\u2019Assurance-Vie Desjardins et des Caisses populaires soit adaptée au capital mortuaire de la coopérative envisagée.A partir de ce fait, la famille peut, de son vivant \u2014 calmement, simplement \u2014 préparer le passage dans la vie éternelle en vertu de dispositions testamentaires et budgétaires: \u201cPayez comptant, mourez contents\u201d.M\u2019inspirant des techniques coopératives modernes, je crois que les usagers pourront (et nous en serons tous, 440 ACTION NATIONALE dans n\u2019importe lequel des systèmes économiques) obtenir les services funéraires (exposition, cercueil, transport, assurance, disposition du corps, cimetières ou fours crématoires coopératifs) au prix coûtant de l\u2019administration et du produit.Les frais funéraires coopératifs répondent aux aspirations, aux besoins et aux conditions de vie (et de mort) de la population du Québec.Mouvement coopératif et développement économique Guy Belloncle, dans la revue parisienne Développement et Civilisations publie un article du plus haut intérêt sur l\u2019expérience coopérative sénégalaise.Conseiller technique à la direction de la Coopération du ministère de l\u2019Economie rurale, professeur au Collège de coopération de l\u2019Ecole nationale appliquée du Sénégal, l\u2019auteur montre à quel point un réseau coopératif de base, démarrant au niveau de l\u2019unité locale du village sénégalais peut jouer un rôle moteur déterminant pour l\u2019essor économique de l\u2019ensemble du pays.Reprenant les principes établis dans l\u2019article \u201cSénégal an II,\u201d publié dans cette même revue, en décembre 1962, l\u2019auteur soutient que l\u2019animation rurale en marche a contribué à élever le niveau de vie du paysan sénégalais et a orienté les prévisions prioritaires du Plan de développement national.De même que le mouvement coopératif canadien est né et s\u2019est développé au Québec à partir de l\u2019épargne et du crédit, aux Maritimes à partir de la pêche et dans l\u2019Ouest à partir du blé, le mouvement coopératif sénégalais est né et s\u2019est développé à partir de la commercialisation de l\u2019arachide.Le Sénégal compte, pour 85% des ressources monétaires de sa population, sur la conquête du marché de l\u2019arachide.Avant l\u2019indépendance, la réforme radicale de la structure de la commercialisation arachidière était réclamée par les universitaires, les in- RÉFLEXIONS DE LECTURE SUR LA COOPÉRATION 441 tellectuels mais indifférente aux coloniaux préoccupés d\u2019abord du maintien de l\u2019ordre militaire.La formule réclamée dès 1955 fut mise en vigueur en 1963 par le CINAM (centre d\u2019études industrielles et d\u2019aménagement du Territoire).Il existait une centaine d\u2019organismes coopératifs en 1959, il en existe maintenant plus de sept cents.La coopérative de village est constituée de paysans qui se connaissent et se rendent responsables solidairement des activités de la coopérative qu\u2019ils contrôlent mutuellement.C\u2019est ainsi que les coopératives, dans leur première année d\u2019activité, ont commercialisé 180,000 tonnes d\u2019arachides représentant 23% de la récolte totale au Sénégal.Le système coopératif sénégalais, dans sa première phase, a procédé ainsi.Une assemblée générale réunit les sociétaires au village, les agents de coopération expliquent le fonctionnement de l\u2019office de commercialisation agricole (O.C.A.).La Banque sénégalaise de développement avance à chaque coopérative l\u2019argent requis pour l\u2019achat de la récolte d\u2019une semaine.Les sociétaires nomment un \u201cpeseur\u201d qui évalue l\u2019apport en arachide de chaque sociétaire au cours de la semaine, le paie et lui donne un reçu.A la fin de la semaine, les agents d'encadrement des coopératives contrôlent si les poids achetés correspondent aux sommes avancées et opèrent une nouvelle avance pour la semaine qui suit.Voilà la première étape.Incidemment, la coopérative se voit créditer une marge bénéficiaire pour payer le pesage et retourne le reste aux sociétaires pour payer leur effort d\u2019organisation.La seconde étape est la suivante : le consortium bancaire du Sénégal finance les organismes récolteurs privés, la Banque sénégalaise coopérative de développement finance les organismes récolteurs coopératifs.La récolte de 1964 fut, dans le domaine coopératif, un succès pour les 1500 coopératives de villages représentant 58% de la récolte totale.L\u2019excédent coopératif de 447,000,000 de francs (C.F.A.) fut ainsi réparti: 25% bloqués pour un 442 ACTION NATIONALE fonds collectif d\u2019équipement et 75% retournés aux coopérateurs.Ce succès a encouragé deux mesures nationales : 1.\u2014 l\u2019achat de la production d\u2019arachide et une ristourne complémentaire, l\u2019aide à l\u2019équipement pour augmenter la production et le prêt de soudure hivernal (pour souder le temps saisonnier de la production avec le temps improductif, les coopératives prêtent de l\u2019argent au paysan qui remboursera en arachides) ; 2.\u2014 l\u2019organisation de coopératives de consommation pour les villages, de coopératives de développement et d\u2019habitation.La préparation du Plan s\u2019inspire d\u2019une stratégie du développement économique s\u2019appuyant sur la coopération dans plus de 1500 centres coopératifs sénégalais.Et dire que pendant ce temps, au Québec qui n\u2019est pourtant pas jugé comme un pays en voie de développement, notre système de consommation et d\u2019alimentation permet à des entreprises sur lesquelles nous n\u2019avons aucun contrôle d\u2019accaparer les moyens de production, de distribution, de vente et la publication de bilans dépassant $350,000,000 de chiffre d\u2019affaires par année.Le mouvement coopératif au Québec est-il dynamique ou sclérosé?Travaille-t-il à des structures au sommet ou à des réalisations à la base?En dehors du secteur de l\u2019épargne et du crédit, des pêcheries, est-il un succès ou un échec?Où sont nos coopératives d\u2019habitation, de consommation, de production?Il y a lieu, je crois, d\u2019intensifier la recherche coopérative afin de présenter un PLAN de développement coopératif de première valeur chez nous, par l\u2019effort des sociétaires coopérateurs.Jacques-A.LAMARCHE eauccuion Religieuses enseignantes et Rapport Parent Le Rapport Parent, en proposant une centralisation accrue de l\u2019enseignement secondaire et pré-universitaire, remet en question l\u2019avenir de centaines d\u2019institutions privées dont un bon nombre sont dirigées par des communautés enseignantes.Certains croient \u2014 d\u2019autres souhaitent \u2014 que les religieuses enseignantes disparaîtront peu à peu de la scène.Nous devons espérer le contraire et il semble opportun que les laïcs chrétiens s\u2019arrêtent à ce problème et fassent connaître leurs positions à ceux que le sujet concerne.Aussi, au-delà de toutes les critiques qu\u2019on peut leur adresser, il est nécessaire d\u2019aller au fond des choses et de voir quel est le témoignage et le service que pourra rendre la religieuse enseignante à travers les structures nouvelles proposées par le Rapport Parent.Quelle est la mission propre de la religieuse enseignante?en quoi diffère-t-elle de celle de l\u2019éducatrice laïque?Quel est le rôle d\u2019une communauté religieuse?Comment l\u2019une et l\u2019autre doivent-elles évoluer pour s\u2019intégrer aux nouveaux cadres?Quels problèmes cet \u201caggiorna-mento\u201d posera-t-il? 444 ACTION NATIONALE Pour bien comprendre toute la dimension du problème, il est nécessaire de préciser et d\u2019approfondir notre définition de la religieuse enseignante et de sa mission propre.Dans sa brochure La Religieuse enseignante aujourd'hui, le cardinal Léger répond si clairement à notre question que nous lui laissons la parole et qu\u2019on excusera volontiers la longueur des citations: chaque mot est important.\u201cLa Religieuse est d\u2019abord une chrétienne et un membre de l\u2019Eglise.Sa vie de consacrée n\u2019est qu\u2019un mode privilégié d\u2019accomplissement de son idéal de baptisée: \u201cSoyez parfaits comme votre Père céleste est parfait\u201d (Matt., 5, 48).C\u2019est donc dans des perspectives vraiment ecclésiales qu\u2019elle doit comprendre et vivre les trois voeux de son état de vie.Ces voeux ne sont pas un à-côté de la vie baptismale ou une relation purement subjective de l\u2019âme à Dieu.Ils sont, au contraire, une floraison plus parfaite et comme le rayonnement dynamique des grâces du baptême.Or.le baptême n\u2019est pas reçu dans l\u2019unique préoccupation de la sainteté et de la perfection individuelle du sujet: en lui-même et par la confirmation surtout, il nous tourne vers les autres.Pour être vécus dans l\u2019esprit des grâces baptismales dont ils sont le prolongement, les trois voeux de la vie religieuse doivent être compris comme un service de l\u2019Eglise, orienté vers la construction du Corps du Christ, dans des perspectives communautaires et ecclésiales.Cet aspect n\u2019est malheureusement jamais mis en évidence.\u201d (1) Plus loin, le cardinal rappelle que tout enseignant, laïc ou religieux, par son baptême, participe à la mission d\u2019enseigner de l\u2019Eglise, puis il ajoute: \u201cLa Religieuse enseignante reçoit par vocation la même mission, mais revêtue d\u2019une modalité nouvelle à cause de sa consécration totale.L\u2019Eglise lui demande de vivre, pour ceux qu\u2019elle doit éclairer, non seulement les exigences de son baptême, mais même leur prolongement dans les trois voeux (1) p.10 ce qui est souligné est en Italique dans le texte. RELIGIEUSES ENSEIGNANTES ET RAPPORT PARENT 445 qui les intensifient.La Religieuse enseignante se trouve ainsi à trois titres au service des autres: parce qu\u2019elle est baptisée, elle veut le bien de tout le Corps mystique dont elle, est membre ; parce qu\u2019elle est Religieuse, elle s\u2019est engagée à consacrer toute sa personne aux valeurs spécifiquement chrétiennes de la foi ; parce qu\u2019elle est une enseignante, elle devient la servante de la vérité et de tous ceux qui la cherchent.Elle est non seulement fille de l\u2019Église par son baptême et épouse du Christ au moyen de ses voeux, mais collaboratrice de l\u2019Evêque dans sa mission d\u2019enseigner.\u201d (2) La vie religieuse est donc essentiellement un don à Dieu, une mise au service de l\u2019Eglise de la part d\u2019une personne humaine libre.Tout le reste n\u2019est qu\u2019accessoire et peut varier suivant les circonstances et les personnes.Il ressort clairement de ceci que la communauté religieuse a pour rôle de sauvegarder cette valeur du don personnel, d\u2019en assurer l\u2019authenticité, de le rendre plus complet et plus réel.A cela tendent toutes les règles et coutumes.La communauté est une institution au service de chacune des religieuses qui sont elles-mêmes au service de l\u2019Eglise.D\u2019où son devoir d\u2019adaptation au temps et au lieu où s\u2019exerce l\u2019action de ses sujets, le service devant répondre à un besoin précis.Le problème actuel n\u2019est donc pas de défendre des privilèges acquis \u2014 par la force des circonstances historiques ou sociales \u2014 mais de rendre un meilleur service tout en gardant intactes les valeurs fondamentales de la vie religieuse.Cette notion de service et du meilleur service doit servir de fil d\u2019Ariane dans l\u2019application que nous ferons maintenant des principes au problème qui nous occupe.Il va sans dire qu\u2019il s\u2019agit ici de vues et de suggestions toutes personnelles.Même si quelques institutions privées subsisteront vraisemblablement, un fait apparaît déjà comme certain: la religieuse enseignante devra évoluer dans un (2) p.16. 446 ACTION NATIONALE cadre plus ouvert et collaborer plus étroitement avec les laïcs; il y aura accentuation, voire accélération du mouvement qui se produit depuis quelques années.Ce qu\u2019il y aura de nouveau, sera la part que les laïcs apporteront dans les fonctions administratives et exécutives de l\u2019institution.Et ceci amènera les communautés enseignantes à repenser et à rajeunir leur philosophie de l\u2019éducation pour redéfinir leur mission dans le contexte québécois actuel.Tout n\u2019est certes pas à rénover dans nos communautés enseignantes, mais tout est à repenser pour pouvoir conserver une influence plus discrète certes mais efficace à tous les niveaux du système d\u2019enseignement, que ce soit comme directrice de département ou simple professeur de mathématiques.Et le meilleur service à rendre se résume presque toujours en ces mots: charité fraternelle, indulgence, recherche lucide et humble de solutions pratiques, disponibilité.en un mot recherche de la volonté de Dieu sur le moment et les circonstances actuels.Ne nous faisons cependant pas d\u2019illusions : pour s\u2019intégrer dans les structures proposées par le Rapport, harmonieusement et librement, la religieuse enseignante devra être munie d\u2019une formation chrétienne, humaine et professionnelle complète.La formation chrétienne devrait, à mon sens, éduquer un jugement surnaturel empreint de charité et de réalisme, qui saisit une situation dans ses divers éléments.Ce jugement repose sur une foi ardente et éclairée qui rend apte à vivre dans le monde comme n\u2019en étant pas, tout en assumant, devant Dieu, avec le Christ, la responsabilité du salut du monde.On voit à quelle profondeur doit se situer la vie chrétienne pour être exposée, avec le moins de risques possibles, à tous le3 vents.Dans cette optique, le noviciat devient non seulement école de contemplation mais aussi école d\u2019action. RELIGIEUSES ENSEIGNANTES ET RAPPORT PARENT 447 Cette formation chrétienne serait vaine si elle ne reposait pas sur de solides qualités humaines.L\u2019équilibre, voire l\u2019harmonie des diverses composantes de la personnalité, est essentiel au rayonnement chrétien.Seuls les sujets véritablement épanouis par la vie religieuse servent efficacement, en matière d\u2019éducation, la cause du Royaume du Christ.Autrement, la religieuse fait peser \u2014 consciemment ou non \u2014 sur l\u2019enfant le poids de ses insatisfactions, v.g.culte excessif du silence et de l\u2019ordre, perfectionisme, préférences, etc.Une formation humaine basée sur le respect de l\u2019autre et de sa liberté s\u2019impose: et elle commande un recrutement sévère car on sera toujours plus exigeant pour la religieuse enseignante que pour l\u2019éducatrice laïque.Quant à la formation professionnelle, on n\u2019aura qu\u2019à se référer au chapitre VIII du tome 2 du Rapport.Il semble que tout y soit clair et complet.En ce qui concerne la relation de la religieuse avec ses élèves, il faudrait la situer dans une étude plus approfondie des relations humaines dans l\u2019esprit du Rapport Parent, ce qui dépasse les cadres de cet article mais serait certes fort intéressant.On voit donc qu\u2019il n\u2019y a pas de contradiction entre l\u2019essence profonde de la vocation de la religieuse enseignante et \u201cl\u2019esprit nouveau\u2019\u2019 prôné par le Rapport Parent.Entre les deux, il y a de nombreuses possibilités de rencontre et d\u2019interaction.Sur le plan théorique les deux peuvent coexister.Dans la pratique, plusieurs problèmes se posent: car l\u2019Eglise, dans son Droit Canon a déterminé certaines normes pour la vie communautaire, normes qui, tout extérieures qu\u2019elles puissent sembler, garantissent l\u2019authenticité de la consécration religieuse qui est d\u2019abord don fait à Dieu.Or, d\u2019après les structures proposées, une partie de plus en plus grande de l\u2019activité de la religieuse ensei- 448 ACTION NATIONALE gnante échappera au contrôle de ses supérieures et devra s\u2019adapter aux conditions de travail modernes: temps de travail plus long, sorties pour se rendre à l\u2019école, rencontres sociales accrues, besoin de documentation humaine, sociale et artistique.Comment concilier une vocation qui repose essentiellement sur la prière et la contemplation avec l\u2019activité trépidante du monde moderne, vie en Dieu et vie en plein monde?Comment la religieuse qui a consacré son coeur au Seigneur choisi comme unique amour pourra-t-elle maintenir et même rendre toujours plus grand ce don si elle vit au milieu du monde et de ses tentations de toutes sortes?Comment celle qui a aliéné sa liberté par le voeu d\u2019obéissance arrivera-t-elle à concilier les vues de ses supérieures et de ses directeurs en développant cette lucidité, ce jugement pratique en faisant preuve de liberté?Il n\u2019appartient certes pas à une profane de résoudre ces problèmes, mais le public chrétien et adulte les connaissant pourra plus aisément comprendre certaines hésitations de la part de nos communautés.En résumé : L\u2019intégration de la religieuse enseignante aux structures proposées suppose une réorganisation de la vie communautaire et une définition nouvelle du service qu\u2019elle doit rendre à chacun de ses sujets en vue de sauvegarder d\u2019épanouir et de rendre de plus en plus authentique le don de soi fait à Dieu et à ses frères en accord avec les besoins et les exigences de l\u2019apostolat dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Francine LAUZIER I ivreJ cjCes écrits et (es fit .\t.\tr u Écrits 1964-65 sur le problème français1 III \u2014 Le dossier des griefs: le cri des écorchés Une femme parle enfin ! Il faut recommander la lecture du rapport intérimaire de la Commission Laurendeau-Dunton avant d\u2019aborder le livre de Madame Marie-Blanche Fontaine intitulé \u2018\u201cUne femme face à la Confédération\u201d.Autrement nos esprits trop moulés aux habitudes de modération factice, par une longue tradition de la peur des mots devant le conquérant, la taxeraient volontiers d\u2019exagération.Et pourtant, il faut concéder que le ton mis à part, elle ne dit guère autre chose que ce qu\u2019exprime ce rapport sur un mode ( 1 ) Rappelons pour mémoire la liste des ouvrages revus dans les articles précédents: Congrès des Affaires canadiennes, \"Le Canada, expérience ratée ou réussie\u201d; Bernard Bissonnette, \u201cEssai sur la constitution du Canada\u201d; Association canadienne des Economises, \"La planification économique dans un Etat fédératif\u201d;Philippe Aubert de la Rue, \u201cCanada incertain\u201d; Conseil de la Vie française, \u201cBilinguisme et biculturalisme au Canada\u201d; Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, \u201cBilinguisme et union canadienne\u201d; Commis sion Laurendeau-Dunton, \u201cRapport préliminaire.\u201d; Association canadienne des écoles de commerce, \u201cL\u2019enreprise canadienne et le biculturalisme\u201d.Et ceux qui le seront dans les articles suivants: Jean Lesage, \u201cDéclaration à la Conférence fédérale provinciale du 31 mars 1964\u201d; Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, \u201cLe fédéralisme, l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique et les Canadiens-français\u201d; Marcel Faribault, \u201cL\u2019ordre économique canadiens-fran-çais\u201d; Peter J.-T.O'Heam, \u201cPeace Order and Good Government\u201d; ICAP, \u201cLe Canada face à l\u2019avenir\u201d; Jacques-Yvan Morin, \u201cLiberté nationale et fédéralisme\u201d; Club Fleur-de-Lys, \u201cL\u2019Etat du Québec\u201d; Marcel Faribault et Robert-M.Fowler, \u201cDix pour un\u201d; Daniel Johnson, \u201cEgalité ou indépendance; Dr René Jutras, \u201cQué^ bec Libre\u201d; Raymond Barbeau, \u201cLe Québec bientôt unilingue\u201d; Cré-peau & Macpherson, \u201cL\u2019avenir du fédéralisme canadien\u201d.66 450 ACTION NATIONALE qui convient à son officialité, mais qui ne mène nulle part quand le patient lui-même ne démontre pas qu\u2019il souffre bien davantage.Madame Fontaine a l\u2019accent de vérité de celui qui souffre ; et c\u2019est bien ainsi.La touche aussi de sensibilité féminine qui manquait à nos luttes, tellement nos femmes jusqu\u2019ici se sont montrées \u201cpratiques\u201d, très curieusement éloignées (et très dangereusement en tant qu\u2019éducatrices de toutes nos générations) de tous les soucis patriotiques de la collectivité.Souhaitons que Madame Fontaine soit une hirondelle qui fasse vraiment le printemps.L\u2019observateur étranger un peu avisé et aussi un peu au courant de la forme de nos institutions politiques ne saurait lire le rapport Laurendeau-Dunton sans qu\u2019un certain nombre de questions surgissent tout de suite dans son esprit.Par exemple, celle-ci : Comment tout cela a-t-il pu se produire alors que depuis 1867, les Canadiens français ont tout de même eu, dans Québec, un gouvernement bien à eux, composé en très grande majorité de députés de leur groupe, élus par eux-mêmes, au suffrage universel ?Et au gouvernement central, un bon tiers de la députation, élue pareillement par eux, au suffrage universel ?Ont-ils pu permettre tout cela à Ottawa ?Comment ont-ils pu laisser faire tout cela dans le Québec ?De toute évidence, la situation décrite par le rapport Laurendeau-Dunton suppose que le Canada français a vécu, pour une raison ou pour une autre, la tragédie de la colonisation malgré tout.C\u2019est cette tragédie que Madame Fontaine brosse avec clarté, avec précision, avec l\u2019accent de la sincérité révoltée et avec assez peu d\u2019exagération pour qu\u2019on soit bien forcé d\u2019admettre qu\u2019elle dit la vérité.Peut-être pas toute la vérité ! Elle laisse de côté bien des facteurs, sinon même tous les facteurs que l\u2019on pourrait dire favorables, se contentant de mettre à jour les facteurs défavorables.Mais peut-on vraiment dire qu\u2019elle fausse par là la perspective ?J\u2019oserais dire que non en l\u2019occurrence, car l\u2019assimilation d\u2019un peuple \u2014 et l\u2019introduction des facteurs favorables n\u2019aurait d\u2019impor- ÉCRITS 1964-1965 SUR LE CANADA FRANÇAIS\u2014III 451 tance que pour en mesurer le degré exact \u2014, ce n\u2019est rien d\u2019autre que tous ces complexes, ces comportements, ces malaises, que toutes ces confusions, ces déshonneurs, que tous ces manques de dignité, dont Madame Fontaine nous oblige à nous reconnaître affectés ou coupables.L\u2019important pour diagnostiquer la situation, c\u2019est l\u2019existence de ces symptômes morbides que ne compense pas l\u2019assurance que l\u2019organisme n\u2019est pas encore complètement gangrené.Il y a grande tristesse à lire le livre de Madame Fontaine, car nous vivons avec elle la grande tragédie de l\u2019écartèlement progressif du peuple canadien-français, de la dissociation graduelle de son être par rapport à ses principes de civilisation.Il fallait une femme pour nous en saisir de cette façon intuitivement émotive, et donc plus pénétrante à la conscience.Devant ce grand désastre sociologique, réel, indiscutablement réel à un degré que chacun peut estimer différemment, madame Fontaine n\u2019a plus foi qu\u2019en l\u2019indépendance; et on n\u2019a guère le goût de l\u2019en chicaner tant sa détresse est authentique.La forme que revêt sa prise de conscience constitue en effet, tel que l\u2019exprimait l\u2019éditorial de l\u2019Action nationale de septembre 1964, le plus fort argument en faveur de l\u2019urgence du séparatisme: une conviction que les mécanismes dévalorisants sont absolument inhérents à notre situation, sorte de leucémie politique où la formation des globules rouges des solutions idéalement conçues serait d\u2019avance condamnée à la destruction par la force des globules blancs en action dans le système lui-même.Comme la situation qu\u2019elle décrit est aussi réelle que grave, la preuve du contraire devra nous être administrée rapidement pour sauver l\u2019organisme canadien \u2014 et cela reste au pouvoir des seuls Canadiens anglais \u2014 sans quoi l\u2019option séparatiste s\u2019imposera très prochainement à tous.Vouloir attendre trop longtemps la preuve que Madame Fontaine a raison ou tort, ce serait se confier à une conjoncture où la réponse ne viendra qu\u2019après notre sort réglé comme malgré nous. 452\t¦\t\u2022 ACTION NATIONALE -y ;.Ce témoignage est d\u2019autant plus intéressant qu\u2019il n\u2019est pas purement intellectuel ou sentimental.L\u2019auteur a, au contraire, acquis une vaste expérience de la vie, des Anglo-Canadiens et du monde.Née à Farnham, elle a grandi dans le quartier Saint-Henri.Puis elle s\u2019est \u201cretrouvée un beau jour de la fin de mai 1944 à Washington et dans les services français, militaires et civils, groupés sous l\u2019autorité du Comité français de la Libération nationale, puis du gouvernement provisoire d'Alger, et, enfin, avec la libération du territoire français, de Paris\u201d.Puis elle a connu Londres, Genève, New-York, et finalement Ottawa.Le \u201cfinalement\u201d revêt ici une importance majeure pour valoriser l\u2019apport, dans notre univers, de la vision des choses qu\u2019en a acquis et retenu l\u2019une des nôtres.C\u2019est démystifiée de nos instincts de colonisés qu\u2019elle a atterri dans notre capitale \u201cbilingue et biculturelle\u201d.Elle avait appris à bonne école ce que c\u2019est que de travailler en français avec des Français ; et, nous dit-elle, \u201cle milieu international n\u2019est pas dénationalisant.C\u2019est au contraire le liéu privilégié de toutes les confrontations nationales, individuelles et collectives\u201d (p.11).Dans les pages qui suivent de son introduction, elle nous dit combien, après cette expérience exaltante, tout, à Ottawa, lui est apparu, du point de vue présence française, \u201cdérision\u201d, depuis \u201cnotre députation scoute ou partisane à Ottawa\u201d, jusqu\u2019à \u201cla présence française dans le fonctionnarisme fédéral\u201d supposément bilingue, en passant par \u201cle parlement joujou de Québec destiné à amuser les apprentis-sorciers pendant que les \u201ccompétences\u201d s\u2019occupent des choses sérieuses\u201d.A ceux qui accusent toujours les gens du Québec de regarder les problèmes par leurs petits côtés en ce monde de cosmonautes et de communications interspatiales, voilà un langage qui exprime malheureusement bien ce dont nous avons forcément eu l\u2019air jusqu\u2019ici, vus d\u2019assez haut.Madame Fontaine examine ensuite un à un nos \u201cavatars de colonisés\u201d, le \u201cpiège à colonisés\u201d que sont pour nous les carrières fédérales, les facteurs qui nous tiennent dans notre menta- ÉCRITS 1964-1965 SUR LE CANADA FRANÇAIS \u2014 III 453 lité de colonisés, les \u201cmythes\u201d qui rongent \u201cnotre toison moutonnière et nationale\u201d.Après ce tableau peu réjouissant mais propre à nous faire réfléchir, l\u2019auteur prend le chemin de l\u2019Histoire, pour nous conduire à ses conclusions.En cours de route, elle s\u2019est appliquée à dénoncer vigoureusement, comme étant des opérations de diversion qui nous détournent de l\u2019essentiel, tout ce qui essaie de sauver la situation par la mise en train du bilinguisme et du biculturalisme.Avec raison, elle souligne fortement \u2014 et il faut la lire avec attention \u2014 que l\u2019essentiel n'est pas là, qu\u2019il faut bien se garder de s\u2019y laisser prendre: \u201cC\u2019est en employant ses ressources humaines et matérielles, ses efforts et ses talents, à la conduite de ses affaires, à la solution de ses problèmes, à sa floraison culturelle, sociale et scientifique, que la communauté nationale des Canadiens français portera sa note unique et irremplaçable ; en ce sens que nul ne peut la donner à sa place, dans cette explication du monde à laquelle travaillent, consciemment, tous les groupes humains formés en communautés animées comme la nôtre d\u2019un vouloir vivre collectif indiscutable\u201d (p.64).Sous cet angle, la Commission B.B.lui paraît n\u2019être que du \u201cchichi\u201d ; et on ne saurait lui donner tort, même à travers ce que nous disions du rapport préliminaire de ladite commission le mois dernier.Le point de vue de Madame Fontaine nous aide à mettre les choses chacune bien à sa place respective.Il est, en effet, de suprême importance, tout particulièrement dans la conjoncture actuelle, que les Canadiens français soient très lucidement conscients de la valeur purement contingente et historique pour eux de la Commission Laurendeau-Dunton ; en aucun sens, vitale et fondamentale.Elle n\u2019a pour objet \u2014 et c\u2019est ainsi que la Commission elle-même s\u2019est donnée devant le public, à l\u2019occasion des rencontres qu\u2019elle a provoquées, notons-le bien \u2014 que de vérifier comment et par quels moyens deux 454 ACTION NATIONALE peuples que l\u2019Histoire a associés dans une vie commune pendant deux cents ans peuvent encore vivre ensemble; et par quels moyens ils pourraient encore y arriver si la chose est encore possible.Telle quelle, cette Commission était comme une étape nécessaire, à notre époque, dans l\u2019histoire des relations entre les deux peuples \u201cfondateurs\u201d du Canada.Par suite, il faut apprécier à sa juste valeur le sens pragmatique des dirigeants anglo-canadiens qui nous l\u2019ont donnée; c\u2019est une initiative qui est venue à son heure.tardive et qui peut nous faciliter les choses.L\u2019apprécier à sa juste valeur, mais en nous gardant bien, comme nous en avons trop l\u2019habitude avec notre esprit de colonisés, de parler de \u201cgratitude\u201d ou de \u201creconnaissance\u201d envers lui.Selon nos habitudes, en effet, pareille disposition a toujours signifié que nous renoncions à tirer parti des instruments qui nous étaient finalement concédés, façon habile pour l\u2019Anglo-Saxon de reprendre d\u2019une main ce qu\u2019il a donné de l\u2019autre.Le temps doit être fini pour nous de nous montrer, selon l\u2019expression de madame Fontaine, toujours \u201csi gentils\u201d.Ce qui est maintenant arrivé, c\u2019est le temps de devenir des négociateurs, parfaitement honnêtes sans doute, mais au moins aussi habiles, aussi retors, aussi fermes, aussi préoccupés d\u2019abord de nos propres intérêts que le sont les Anglo-Canadiens eux-mêmes dans leur comportement avec nous comme avec les autres: toujours parfaitement courtois, sauf exception, ils ne sont jamais \u201cgentils\u201d, estimant de bonne guerre de défendre leurs oignons d\u2019abord et de laisser aux autres le soin de s\u2019occuper des leurs ! C\u2019est la doctrine politique que Bourassa a essayé de nous inculquer et que nous aurions dû entendre plus vite plutôt que de nous amuser à réfuter son anti-séparatisme.Les quelques pages que madame Fontaine consacre à l\u2019américanisation, envisagée du point de vue de l\u2019argument que le colonisateur brandit pour nous effrayer et nous obliger à nous soumettre à lui, sont écrites selon la ligne d\u2019une pensée renouvelée fort originale et témoignent ÉCRITS 1964-1965 SUR LE CANADA FRANÇAIS \u2014III 455 de l\u2019ampleur des vues qui inspirent l\u2019auteur.Cela sent l\u2019esprit assez mûr, assez sûr de lui-même pour savoir se situer autrement, par rapport à l\u2019autre, que dans un esprit de revendication ou dans un esprit de compromission ou de soumission.Oui ! madame Fontaine a vraiment appris, au contact des Français et du monde international, à être elle-même ; et à savoir par suite aborder les questions d\u2019une façon franche, ouverte, positive et dynamique.D\u2019où ces pages, dont l\u2019esprit oriente vers toute une conception positive des relations d\u2019ordre diplomatique qu\u2019un gouvernement du Québec devrait entretenir auprès des milieux américains, tout en ayant le courage de se montrer capable là aussi de discuter des problèmes sur une base d\u2019intérêts mutuels, plutôt qu\u2019en se montrant \u201cgentils\u201d afin d\u2019obtenir de prétendues faveurs! Combien excellentes aussi, excellentes de dynamisme et de dignité humaine, sont les quelques pages sur le fameux \u201cdéterminisme nord-américain\u201d que d\u2019aucuns invoquent si souvent chez nous pour justifier toutes leurs capitulations.A l\u2019heure des solutions, madame Fontaine, comme presque tous les indépendantistes qui s\u2019y tiennent trop exclusivement, aboutit à une proclamation plus qu\u2019à un programme.Et dans cette perspective, les Etats associés, cela lui paraît trop peu et trop tard.On aboutit donc ici à cette division des esprits qui se fait de plus en plus nette dans le Québec, en même temps qu\u2019elle se fait heureusement de plus en plus tolérante des points de vue respectifs, entre un groupe de Canadiens français plus exaspérés \u2014 je consens volontiers à ne les en pas blâmer \u2014 que d\u2019autres et qui ne veulent voir que le terme de notre évolution ; et les autres \u2014 dont on exclut, en les ignorant, les arrivistes fédéralisants du statu quo \u2014 qui conçoivent davantage l\u2019indépendance dans la perspective d\u2019une série de moyens conformes, pour être efficaces, aux exigences immédiates des circonstances historiques.Revoir ici l\u2019éditorial de L\u2019Action nationale de septembre 1964 et le compte rendu de la journée d\u2019études de l\u2019Action nationale dans notre livraison de juin 1965. 456\tACTION NATIONALE Marcel Chaput réémerge Du rapprochement des esprits témoigne la façon dont Marcel Chaput envisage maintenant la formule des Etats associés dans son dernier ouvrage : \u201cJ\u2019ai choisi de me battre\".\u201cDe nos jours, dit-il dans son introduction, le statut d\u2019Etats associés conduit INVARIABLEMENT à l\u2019indépendance\" (p.14).Voyons d\u2019abord le sens général de son nouveau livre.H est plutôt rare qu\u2019il soit sage, pour un homme relativement jeune, d\u2019écrire son autobiographie.Mais étant donné le rôle qu\u2019il a joué dans le mouvement séparatiste et la façon dont il a \u201cchoisi\u201d d\u2019écrire ce livre, Marcel Chaput a eu entièrement raison de rédiger pour nous, cette \u201cpetite histoire très personnelle du séparatisme québécois\u201d.Simple, alerte, objectif, dépourvu de toute l\u2019acrimonie qu\u2019on aurait pu craindre étant données les circonstances dans lesquelles s\u2019est déroulée cette histoire \u201ctrès personnelle\u201d, marqué de la tendance d\u2019esprit très concrète qui caractérise la formation scientifique, ce petit livre restera comme un témoignage vivant des problèmes de la jeunesse canadienne-française à une certaine époque, et comme un document précieux par les faits qu\u2019il rapporte et les dates qu\u2019il donne sur l\u2019histoire du mouvement séparatiste.Il faudra aussi porter beaucoup d\u2019attention aux conclusions de la quatrième partie.Les considérations sur le plus grand problème de la plupart de nos organisations: l\u2019insuffisance d\u2019une bonne organisation et la carence majeure que constitue l\u2019absence d\u2019un bon administrateur comme appui de tout mouvement pendant que les chefs poursuivent les luttes d\u2019idées.Sur la plus grande erreur: l\u2019esprit trop conservateur et trop traditionaliste qui fait trop vite payer les dettes ( à condition d\u2019avoir de bons administrateurs pour que le tout ne soit pas pure dilapidation).Sur le plus grand danger pour la vie d\u2019un mouvement d\u2019idées: passer trop vite du statut de mouvement de pression à celui de mouvement politique, à cause ÉCRITS 1964-1965 SUR LE CANADA FRANÇAIS\u2014III 457 des limites que l\u2019électoralisme impose à l\u2019action et à la liberté des déclarations, par complaisance pour les diverses exigences de succès pratique, sans parler de l\u2019invasion des parasites et des profiteurs (p.130).Ces remarques sont d\u2019un homme qui sait observer et tirer des leçons utiles, même de ce qui a pu être ses propres erreurs.Ses remarques sur le besoin d\u2019argent et sur \u201cl\u2019angélisme\u201d du peuple qui voudrait le succès des mouvements sans argent, ne sont pas moins percutantes ; mais sa façon de s\u2019en plaindre devient quelque peu une certaine irritation intellectualisée ! On ne saurait blâmer le peuple d\u2019exiger davantage de ceux qui prétendent se battre pour des idées que de ceux-là qui briguent le pouvoir dans le jeu politique habituel de la pure administration.La sincérité dont le peuple a le droit, et presque le devoir, de vérifier l\u2019existence certaine ne se prouve que par la persévérance à lutter au prix de sacrifices personnels.Car il y a pire que les combines d\u2019intérêts affichées auxquelles souscrivent ceux qui y ont des intérêts ; et c\u2019est le déguisement conscient ou inconscient derrière les idées comme moyen facile pour obtenir l\u2019argent nécessaire à faire mousser des ambitions ou des intérêts personnels.Ne blâmons donc pas trop ici cette espèce de sagesse populaire qui, malheureusement, rend pour sûr si difficiles les mouvements d\u2019idées.Qui peut le savoir mieux qu\u2019un directeur de L\u2019Action nationale ?! Et craignons que l\u2019indépendance du Québec ne soit condamnée d\u2019avance si la difficulté d\u2019obtenir de l\u2019argent doit faire dire, comme l\u2019écrit Marcel Chaput (p.133) : \u201cMieux vaut alors ne jamais parler d\u2019indépendance et rester chez soi.\u201d C\u2019est au poids d\u2019un certain déterminisme sociologique et historique, dont les voies sont d\u2019ailleurs multiples et souvent inattendues, qu\u2019il faudra, un jour, apprendre à laisser la réponse à ces problèmes ; et la réponse dépendra toujours du nombre et de la qualité des hommes qui consentiront à faire le don d\u2019eux-mêmes pour le succès d\u2019une cause qui leur est chère.Cela fait partie du poids 458 ACTION NATIONALE de déterminisme, que seules des volontés et des libertés humaines dédiées à une fin peuvent conduire à un succès intelligemment conçu.Mais en fin de tout, il est une question que soulève irrésistiblement la lecture de ce livre, même si Marcel Chaput a eu le bon goût de n\u2019en pas dire un mot: c\u2019est comment il se fait qu\u2019au Québec, où il y a une telle carence d\u2019hommes de sciences, un docteur en chimie \u2014 et de l\u2019Université McGill s\u2019il vous plaît ! \u2014 ayant pris de l\u2019expérience en recherches opérationnelles, \u2014 et au National Research Council, s\u2019il vous plaît encore ! \u2014, muni au surplus de compétence et d\u2019expérience dans le domaine de l\u2019orientation professionnelle, reste sans emploi dans son domaine propre depuis qu\u2019il a abandonné l\u2019action politique.Remarque qui vaut d\u2019ailleurs pour quelques autres spécialistes, munis de doctorats également, dont les travaux prouvent la capacité, et qui pourtant, paraissent être ostracisés en raison de leurs opinions séparatistes.Le Québec a-t-il vraiment le moyen de se payer le luxe de pratiquer une telle discrimination ?Et n\u2019est-il pas possible que notre gouvernement, nos universités ou nos entreprises ne réclament que la compétence dans l\u2019exercice des fonctions sans se préoccuper des opinions ou de l\u2019activité de l\u2019homme en tant que citoyen ?Nos nuits selon Joseph Costisella Dans cette série d\u2019ouvrages récriminateurs, revendicateurs ou dénonciateurs, vient ensuite le livre de monsieur Joseph Costisella intitulé \u201cPeuple de la nuit\u201d, où l\u2019auteur reprend en bref notre histoire depuis la conquête, pour en souligner les aspects noirs ou tragiques.Le procédé, quand il est aussi poussé, a bien sûr ses petits côtés.Mais n\u2019est-il pas nécessaire, de temps à autre, que cela soit fait pour combattre une certaine propagande officielle, habile dans des moments comme ceux que nous vivons, à pratiquer la tendance contraire de vouloir nous convaincre de la générosité avec laquelle nous aurions été traités, dans l\u2019oubli que l\u2019on veut charitable d\u2019offenses ÉCRITS 1964-1965 SUR LE CANADA FRANÇAIS\u2014 III 459 dont on minimise la portée?Ce procédé, déjà faux en lui-même par la générosité réclamée pour s\u2019exempter du devoir de justice, a sûrement besoin d\u2019être secoué de temps à autre par le rappel de certains événements qui aident les esprits \u201ctrop gentils\u201d à se raffermir dans leurs élémentaires réclamations de justice dans l\u2019égalité.François-Albert ANGERS LE PRÉSIDENT DE L'UNIVERSITÉ COLUMBIA AUX ÉTUDIANTS Devant les débordements étudiants actuels, le président de l'Université Columbia, Grayson Kirk, leur donna, le 3 novembre, ces conseils quant à leurs libertés et à leurs responsabilités: \"L'étudiant responsable peut parfois devenir impatient quant à sa position de presque-adulte dans la société, mais il sait que plus tard, lorsque ses études seront terminées, il aura toutes les chances d'une action sociale selon ses désirs.\"En attendant, s'il est vraiment responsable, il doit comprendre que son premier et plus important devoir devant lui-même, sa famille et la société, est d'utiliser le mieux possible ses précieuses années d'études en vue de se préparer pour l'avenir, pour cet avenir où il n'aura plus la même facilité d'étudier, pour cet avenir où il regrettera sans doute d'avoir manqué ses chances de maîtriser les fondements de sa profession et d'épanouir ses capacités intellectuelles et culturelles.\"L'étudiant responsable doit comprendre que trop d'activités diminuent ses chances, au point de vue intellectuel, d'acquérir ce que l'Université lui offre.\"Si pour un étudiant son engagement dans des activités politiques ont plus d'importance que sa préparation, alors, en conscience, il devrait laisser sa place à quelqu'un qui voit dans l'université autre chose qu'une chance de faire de la rhétorique\".U.S.NEWS & WORLD REPORT, Nov.15, 1965, p.12. cjCeô événements Ïbésll onneur et sottise! s^h/ec ce tu ons-nous ou allons-nous Déshonneur, où cela?Au ministère de l\u2019Education.Oui! politique déshonorante que celle du chantage qui s\u2019exerce sur nos institutions classiques, pour les forcer à lâcher elles-mêmes, à vendre leurs institutions au gouvernement, par crainte de difficultés financières, avant que la population, les parents, les corps intermédiaires n\u2019aient eu le temps de s\u2019éveiller à ce qui se passe, croyant que le gouvernement attend réellement les recommandations du rapport Parent avant d\u2019expliciter et de réaliser ses vues.D\u2019ailleurs, on peut dire qu\u2019au ministère de l\u2019Education, ce problème est devenu général, par rapport à toute la refonte du système d\u2019éducation.Une commission a été nommée pour étudier le problème et faire des recommandations au gouvernement.Mais les choses se passent dans la réalité de telle façon que le rôle du rapport Parent consiste surtout à justifier, sauf dans les détails, les vues que le sous-ministre de l\u2019éducation fait avancer dans la pratique avant même que la Commission n\u2019ait statué.Autrement dit, la Commission sert à endormir le public, à le mettre en \u201cattente\u201d pendant que le Grand Robert fait ses trucs et place la population devant des faits accomplis. DÉSHONNEUR ET SOTTISE .461 Cela a commencé avec le ministère de l\u2019Education lui-même, qui existait déjà pour toutes fins pratiques quand la recommandation de l\u2019instituer est parue.Et cela a continué sur tous les autres fronts depuis.A l\u2019heure actuelle, la quatrième tranche du rapport Parent doit faire des propositions sur le financement du régime d\u2019éducation, y compris la place des institutions privées, et sur la confessionnalité.Mais déjà les manuels sont neutralisés, dans l\u2019école confessionnelle même; et les institutions privées sont si incertaines de leur sort, qu\u2019elles se croient obligées de souscrire aux menées en sous-main du ministère pour les amener à vendre ou à transformer leurs institutions, engendrant la décapitation de notre système privé au profit du secteur public, dont l'expérience prouve déjà qu\u2019il n\u2019est pas prêt à assumer ce transfert au même degré d\u2019efficacité.Pour sûr, si le rapport Parent ne souscrit pas aux propositions formulées par le Concile, et ne prévoit pas l\u2019égalité dans le droit à l\u2019aide financière des institutions privées comme des institutions publiques, il y aura une levée de boucliers dans la Province.Mais au train où vont les choses, avec les collèges masculins et féminins vendus au gouvernement, les collèges qui abandonnent leurs quatre premières années du cours secondaire et ceux qui laissent tomber les quatre dernières, restera-t-il encore des collèges classiques à défendre?Le public se trouvera de nouveau devant un nouveau fait accompli et n\u2019aura plus de ressource pour rétablir l\u2019ordre que de battre l\u2019actuel gouvernement aux prochaines élections.à condition que l\u2019un des partis d\u2019opposition, assez sérieux pour réussir l\u2019épreuve au surplus, consente à risquer d\u2019en faire l\u2019enjeu d\u2019une bataille électorale.En l\u2019occurrence, on ne peut que déplorer le manque de courage, et, puisqu\u2019ils sont surtout religieux, le manque de confiance en la Providence des autorités actuelles de nos collèges.Il y a ceux sans doute qui sont convertis aux nouvelles théories, dont le Père Angers se fait le bru- 462 ACTION NATIONALE meux propagandiste.Serait-ce une preuve que nous sombrons dans l\u2019anglicisation finale que cet engouement pour les textes confus, nébuleux, amphigouriques, ampoulés de charabia psycho-analytique, que cette sainte peur qui nous survient des formulations claires, logiques, bien définies et rigoureusement raisonnées! \u201cGallic simplicity\u201d, disent les Anglais de ce que Rivarol a expliqué depuis longtemps être la marque du français: ce qui est clair! Ne serions-nous pas bien prêt de penser plutôt comme les Anglais que comme les Français sur ce point fondamental qui distingue deux civilisations?Il y a donc ceux-là, à qui on ne peut pas reprocher un manque de courage, mais seulement d\u2019être en voie rapide d\u2019assimilation.Mais il y a les autres, plus nombreux encore croirais-je facilement.Les autres qui conserveraient leurs institutions s\u2019ils étaient sûrs de la sympathie et de l\u2019appui du gouvernement pour pouvoir faire face aux engagements financiers pris en toute bonne foi et dans l\u2019intérêt public à l\u2019occasion de leurs récents développements.Ceux-là, il faut le dire malheureusement, ne jouent pas le rôle que nous avons le droit d\u2019attendre d\u2019eux: partager et tenir l\u2019opinion qu\u2019ils ont, faire valoir leur droit, le revendiquer devant l\u2019opinion publique, et laisser au gouvernement la responsabilité de décider lui-même la suppression des institutions privées.En se défilant avant que le gouvernement n\u2019ait prononcé, en ne réclamant pas le respect de leur droit et de ce qu\u2019ils représentent et incarnent, ils faussent le jeu même de la démocratie; ils assument la responsabilité de se supprimer eux-mêmes et de permettre au gouvernement de se défiler devant l\u2019opinion publique.Autrement dit, nos institutions privées d\u2019enseignement se rendent coupables, envers le gouvernement, d\u2019une complaisance qui tourne au détriment du bien commun.Car ce n\u2019est pas à elles qu\u2019il appartient, du moins tant qu\u2019elles ont la conviction de leur valeur, qu\u2019il ne doit plus y avoir de secteur privé d\u2019enseignement au Québec; de DÉSHONNEUR ET SOTTISE .463 le décider effectivement en se faisant hara-kiri.Cette responsabilité-là incombe au gouvernement, et nos institutions ne devraient rien céder tant que le gouvernement n\u2019aura pas fait clairement et publiquement connaître sa politique, et que celle-ci n\u2019aura pas été ratifiée par l\u2019opinion publique.En attendant, cette politique de souriant chantage, de jeu du chat avec la souris, de machiavélisme n\u2019ayant comme philosophie que la validité de tous les moyens pour atteindre la fin, reste une politique de honte et de déshonneur, car la rouerie, la finasserie, la duplicité pour déjouer le contrôle démocratique et le jeu normal des forces qui le conditionnent sont des principes déshonorants pour ceux qui les pratiquent dans une démocratie.Et la sottise ?Eh bien! la sottise, elle est plus souvent qu\u2019à son tour au Devoir.Mais elle a battu tous ses records avec le commentaire de Paul Sauriol sur la recommandation de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal au gouvernement fédéral au sujet du rapport Bladen.Car que recommandait en somme la Société : l\u2019honnêteté, le respect de la constitution, le règlement des problèmes par la méthode franche et loyale de la reconnaissance des droits et de la négociation.En raccourci, cette position équivalait à dire : il n\u2019est pas admissible que l\u2019on continue ainsi, tel le rouleau compresseur aveugle, à régler les problèmes du Canada par la pratique systématique de la violation du droit, de la constitution.Cela s\u2019est fait à travers une période de confusion dans le passé.Avec la prise de conscience des problèmes, et si l\u2019on veut qu\u2019ils se règlent vraiment et convenablement, il faut que cela cesse, sans quoi c\u2019est la subversion inévitable de l\u2019ordre qui en résultera.Les situations acquises rendent difficiles le règlement trop intransigeant des politiques passées.Aussi une fois qu\u2019on a convenu de reconnaître l\u2019existence du problème, il peut 464 ACTION NATIONALE être satisfaisant de recourir à des expédients pour rendre plus tolérables, pendant une période de transition, les méfaits engendrés.Mais il y a une condition à cela : c\u2019est que le partenaire coupable fasse la preuve de sa bonne foi en convenant de ne plus recourir à ces procédés dans des développements nouveaux, et s\u2019engage résolument dans une solution plus organique et plus fondamentale des problèmes à résoudre.Ainsi disait la Saint-Jean Baptiste, les procédés de \u201ccontracting out\u201d ou d\u2019\u201copting out\u201d pour le Québec dans les plans conjoints d\u2019Ottawa, peuvent apparaître un élégant moyen d\u2019engrener une période de transition relative aux plans déjà établis.Mais ils ne peuvent pas se révéler satisfaisants s\u2019ils deviennent un moyen régulier de politique par lequel le Québec, sans avoir obtenu les garanties constitutionnelles qui peuvent lui permettre de se protéger, se trouve comme isolé dans un Canada dont l\u2019influence n\u2019en continue pas moins de s\u2019exercer sur lui hors de son contrôle.Or qu\u2019est-ce que nous ânonne Sauriol à ce sujet?(Le Devoir du 3 novembre).Que la proposition de la S.S.J.B.\u201cne tient pas suffisamment compte de l\u2019évolution du fédéralisme canadien\u201d (son affirmation se fait interrogative \u2014 \u201ctient-elle suffisamment\u201d \u2014, mais le sens n\u2019en est pas douteux).Qu\u2019elle \u201cpeut paraître logique en théorie, mais dans la pratique ce serait demander à tout le Canada de marquer le pas et d\u2019ajourner des décisions qui sont jugées urgentes\u201d (par qui?par les Anglo-Canadiens seuls ou par tous?).\u201cSi les provinces anglaises souhaitent que l\u2019aspect fiscal de l\u2019aide de l\u2019Etat aux universités soit confié à Ottawa, le Québec peut difficilement demander qu\u2019on attende des réformes de la constitution\u201d.La belle raison de pleutre, en effet ! Et que la lutte politique est agréable.aux adversaires, avec de pareils combattants contre soi ! Les Anglais ne veulent pas ce que nous voulons?La belle affaire! Et pourquoi ne pas écrire: \u201cSi la province DÉSHONNEUR ET SOTTISE .465 de Québec ne souhaite pas que l\u2019aspect fiscal de l\u2019aide de l\u2019Etat aux universités soit confié à Ottawa, les provinces anglaises peuvent difficilement demander qu\u2019on viole la constitution et qu\u2019on passe outre aux réformes constitutionnelles nécessaires pour régulariser les situations à corriger.\u201d Où est la différence entre les deux positions?Elle ne peut être que dans un seul facteur : le nombre.Ce serait le fait que les Anglais sont la majorité qui les justifierait de violer les droits?Bel argument en vérité! Et qu\u2019en disait-on quand c\u2019était le kaiser Guillaume II qui proclamait que \u201cla force prime le droit?\u201d C\u2019est à nul autre que Bourassa que nous demanderons de répondre à Paul Sauriol.Dans son discours en faveur de Jean Drapeau, discours enregistré sur les disques qu\u2019offre en vente L\u2019Action nationale, il y a un passage qui règle assez bien le problème.On y entend, en effet, ceci : \u201cEt quand je lisais dans les journaux qu\u2019il vous a présenté cet argument: \u201cLes Français sont un tiers de la population du Canada; les Non-Canadiens-Français, sont deux tiers.A quoi bon s\u2019opposer à la volonté de la majorité?\u201d \u2014 Argument.indigne de la population à laquelle il s\u2019adresse.(.) Je pose simplement cet argument.Supposons que le gouvernement de Québec, dans un moment d\u2019aberration, ou sous l\u2019empire d\u2019une colère malheureusement trop justifiée en certaines circonstances, enlevât à la minorité anglo-protestante de Québec l\u2019un quelconque de ses privilèges.Je ne parle pas des droits, qui sont sous la garantie des lois.Mais de ses privilèges! Je pourrais vous les énumérer; il y en a une quantité, que la Législature du Québec pourrait rayer d\u2019un trait de plume.Croyez-vous que la minorité anglo-protestante de Québec, qui ne représente qu\u2019un dixième de notre population, courberait l\u2019échine comme M.Beau-bien.\u201d comme M.Sauriol., 466 ACTION NATIONALE nous a demandé de courber la nôtre?Non! Je rendrai ce témoignage à nos concitoyens anglo-canadiens qu\u2019ils ont moins perdu que nous les leçons de fierté qu\u2019ils tirent de la longue histoire de leur patrie d\u2019origine.Je pourrais vous citer maints exemples dans l\u2019histoire qui démontrent que les Anglo-Canadiens du Bas-Canada, avant la Confédération, la province de Québec depuis, ont su élever la voix et résister aux tentatives, aux maigres tentatives d\u2019oppression qui ont pu se dessiner de la part de la majorité française.\u201cEh bien! ce qui est bon pour les Anglo-Canadiens est bon pour nous! Nous avons le droit à autant de fierté, pourvu que nous l\u2019exprimions avec calme et avec dignité, que les Anglo-Canadiens.Voilà cinquante ans près (.) que je m\u2019efforce de démontrer, d\u2019un côté aux Anglo-Canadiens qu\u2019ils ont le devoir de respecter les sentiments légitimes des Franco-Canadiens; et de l\u2019autre, que je prêche à mes compatriotes les leçons de fierté qui se dégagent de la double histoire de nos deux patries d\u2019origine, l\u2019histoire d\u2019Angleterre et l\u2019histoire de France.\u201d Cela est tellement humain, universel qu\u2019on ne devrait jamais obtenir moins du Devoir.Mais hélas! hélas! que d avachissement, de pleutreries sous le couvert de la pratique du dialogue et des moeurs de bonne compagnie! Pour me confondre, M.Sauriol a en réserve sa prétention que de toute façon, ces rigidités sont sans portée parce que se réaliserait, par le système établi de la violation acceptée du droit constitutionnel avec possibilité pour le Québec de se tenir à part, que se réaliserait le statut particulier.Réalisation selon le mode \u201cpragmatique\u201d auquel M.Sauriol semble accorder toute sa préférence, sur celle qui consisterait, en résistant à la violation des droits garantis (car l\u2019intervention du Fédéral dans aucun domaine provincial est un des droits garantis dont les autres provinces ont d\u2019ailleurs largement usé pour s\u2019opposer à la protection des minorités françaises par Ottawa), à forcer les Anglo-Canadiens à venir, par intérêt, s\u2019asseoir à la table de négociation. DÉSHONNEUR ET SOTTISE .467 On me permettra de le crier; il faut être bien an-glifié de mentalité pour réagir de telle façon en pareille occurrence, dans la situation minoritaire où nous nous trouvons placés dans l\u2019ensemble du pays.C\u2019est parce que minorité qu\u2019il nous faut le respect de la garantie des droits, et non le système pragmatique qui consiste à laisser la majorité arranger les choses à son goût du moment qu\u2019elle consent à nous laisser à part.Et être pragmatique de cette façon, ce n\u2019est plus être à l\u2019école du bon gros réalisme anglo-saxon; c\u2019est devenir terriblement léger comme il arrive presque toujours au latin qui abandonne sa soumission à la logique, naturelle à son esprit.Un tel pragmatisme est inconsistant, puisqu\u2019il équivaut à sacrifier la très pragmatique stratégie en fonction de ses intérêts, à un fumeux principe de soumission à l\u2019adaptation passive aux initiatives des autres, à la seule condition qu\u2019ils consentent à nous laisser seuls dans notre coin.Car il est complètement irréaliste de penser que, comme par hasard (et le hasard peut toujours tout faire, mais avec une faible probabilité pour chaque éventualité), ce que les Anglo-Canadiens vont faire pour eux, en nous permettant seulement de nous tenir à part, va créer exactement le type de statut particulier qui conviendra à la protection des intérêts du Québec.De tous les intérêts du Québec, non pas seulement des chèques ou de la monnaie bilingues, mais aussi bien de ceux qui sont lésés par des mauvais arrangements et le jeu des mécanismes constitutionnels actuels à travers les influences indirectes de pure économie ouverte qui ignorent les frontières provinciales.Natui'ellement, pour soutenir sa thèse, M.Sauriol fait fond sur la prétention qu\u2019en prenant \u201cl\u2019initiative d\u2019un courant centralisateur\u201d les autres provinces provoquent un mouvement en vertu duquel \u201cle droit d\u2019option du Québec prendra plus d\u2019ampleur\u201d.De sorte que selon lui, \u201ccela devrait faciliter ensuite les autres réformes qui, dans la constitution, devront assurer des garanties au 468 ACTION NATIONALE statut particulier dont le Québec a besoin\u201d.Malheureusement cette thèse, en apparence séduisante de M.Sau-riol n\u2019a aucune consistance de réalité, car rien dans les progrès actuels ne permet de déceler une marche en ce sens.M.Sauriol ignore trop qu\u2019à l\u2019heure actuelle, le système qu\u2019il vante n\u2019a pas fait récupérer un seul droit de statut particulier au Québec.Québec n\u2019est admis que comme une \u201cgrande municipalité\u201d à qui on permet de percevoir elle-même ses impôts, mais la juridiction fédérale reste intacte sur le fonctionnement de tous les plans.Et il est loin d\u2019être clair \u2014 tout indique le contraire dans les faits \u2014 qu\u2019Ottawa ira plus loin.De sorte que pour le moment, c\u2019est une politique d\u2019encerclement qu\u2019Ottawa pratique, bien assis sur ses normes et ses contrôles ; et espérant bien que le temps jouera contre Québec, en faveur de l\u2019unité canadienne.Il n\u2019est pas prétendu ici que nos objections empêcheront le gouvernement fédéral de continuer à avancer.Mais au moins aurons-nous préparé l\u2019avenir, par des protestations et des oppositions formelles, explicitant clairement ce que nous, nous voulons, c\u2019est-à-dire la réforme constitutionnelle avant tout réaménagement fait sans nous.Après tout, s\u2019il n\u2019y avait pas eu ce genre de politique sous Duplessis, où en seraient aujourd\u2019hui les réalisations de M.Lesage, qui n\u2019ont fait que profiter de ce qui avait été ainsi acquis sans l\u2019améliorer?Utilisant les formules élaborées par la Commission Tremblay, sous Duplessis, et mises en oeuvre par M.Barrette, comme phase transitoire de retour à une normale, il n\u2019a pas su en sauvegarder le caractère transitoire ; il en a fait une politique permanente grâce à laquelle s\u2019est encore davantage étendu le champ de la centralisation sans aucune récupération de pouvoirs réels pour le Québec.Il y avait un impôt provincial sur le revenu avant Lesage; tout ce que ce dernier a gagné c\u2019est d\u2019en accroître le rendement, non pas de faire triompher un nouveau principe quelconque de liberté pour le Québec. DÉSHONNEUR ET SOTTISE .469 De la sottise politique à la sottise religieuse Dans le même numéro du Devoir, c\u2019est Madame Suzette Cardinal qui fait le pendant de la sottise politique par la sottise religieuse.Faisant le Père du Concile, voici que cette dame tire elle-même ses conclusions de ce que le Concile a dit pour lui faire dire ce qu\u2019il n\u2019a jamais dit.Et la voilà partie en guerre contre ceux qui veulent enseigner aux catholiques qu\u2019on ne peut pas tout de même, fût-on en période oecuménique, considérer comme équivalents les services religieux catholiques et les services religieux protestants, ou que l\u2019enfer, le péché, la mort éternelle et la justice divine n\u2019ont pas été supprimés du fait de l\u2019insistance mise sur l\u2019amour de Dieu pour les hommes.Peut-être y avait-il des \u201csornettes\u201d dans certaines exagérations d\u2019interprétation des vérités du dogme et des règlements de l\u2019Eglise autrefois, mais on ne corrige rien en les remplaçant par des sornettes inverses.Selon Madame Cardinal, la foi de nos enfants serait gravement en danger, dans notre monde moderne, parce qu on chante encore des messes en latin, qu\u2019on ne reconnaîtrait pas aux laïcs une sorte de droit à la libre interprétation des vérités chrétiennes, et qu\u2019il y aurait des règlements dans l\u2019Eglise qui seraient déclarés obligatoires.A ce compte leur foi bien branlante restera toujours sans consistance si elle doit succomber à des objections aussi puériles.Madame Cardinal règle tout cela avec un mot: l\u2019amour, qui suffirait à tout et \u201cqui rend facile toute obéissance\u201d.C\u2019est à voir si le dévergondage d\u2019amour de l\u2019école des parents d\u2019autrefois a rendu les enfants plus obéissants! Mais à toujours répéter ces mots à vide comme on le fait depuis quelques années on aboutit tout simplement à la niaiserie sentimentale et religieuse; à une religion qui n\u2019inspire plus l'homme ni ne le guide, mais sert seulement à ratifier toutes ses folies et à l\u2019endormir 470 ACTION NATIONALE dans une fausse sécurité, justement parce la vie n\u2019est pas cette magie, cette prestidigitation d\u2019amour fou et sans consistance, qui justifie tout et par suite ne débouche que sur le chaos.La vie est un ensemble d\u2019actes, qui ne sont pas d\u2019amour par la seule intention, par la seule effusion d\u2019une sorte d\u2019illusionnisme sentimental intérieur, mais par leur conformité avec le vrai, le souci de découvrir le vrai et de s\u2019y conformer, parce que le vrai c\u2019est Dieu et que s\u2019il n\u2019existe pas de vérité à laquelle il faut se soumettre pour prouver que l\u2019on aime, c\u2019est dire du même coup qu\u2019il n\u2019y a pas de Dieu.Ce faux amour de Dieu n\u2019est finalement qu\u2019un monstrueux amour de soi, c\u2019est-à-dire le désamour, l\u2019enfer quasi par définition.Madame Cardinal brouille tout cela en un salmigondis d\u2019affirmations à grande prétention, mais dépourvues de toute signification puisque le contenu de vrai et de faux, de vertu et de vice, n\u2019y est pas démêlé; que tout ne se justifie que par un amour fumeux, un vague à l\u2019âme sentimental qui relève sans doute plus de la psychanalyse que de la mystique.Ce qui serait drôle dans tout cela, si ce n\u2019était tragique pour l\u2019esprit religieux, c\u2019est que ces esprits nouvelles vagues en matière religieuse finissent par rejoindre ceux qu\u2019ils ont d\u2019abord le plus dénoncés: les dévots, les \u201cmangeurs de balustres\u2019\u2019 comme on disait, qui à la messe et à la communion tous les matins, mangeaient ensuite du prochain toute la journée.C\u2019était pourtant des gens qui trouvaient leur justification justement dans la grande ferveur, dans le grand amour intérieurement ressenti pour Dieu.Les néo-pharisiens sont d\u2019une autre trempe: ils sont tellement avec Dieu qu\u2019ils n\u2019ont même plus besoin de dévotions, et qu\u2019ils méprisent tous ceux qui en pratiquent.Et leur amour de Dieu, c\u2019est l\u2019amour de toutes leurs petites prétentions, de toutes leurs petites idées, parfois de toutes leurs petites libertés avec le dogme et la morale, toutes petites libertés confites dans une conception de l\u2019amour d\u2019une sorte de Dieu déterministe, qui aimerait tellement tous les hommes tels qu\u2019ils sont que rien n\u2019importerait qu\u2019une effu- DÉSHONNEUR ET SOTTISE .471 sion tout artificielle d\u2019amour pour que toutes leurs vérités soient la Vérité, et toutes leurs conceptions de l\u2019aménagement de la vie selon leur bon plaisir, la Morale.Sottise jusqu\u2019à la CECM Pour voir à quelles aberrations, vraiment sottes à la face du sens commun le plus élémentaire, ces nouvelles idées conduisent, il faut voir la défense qu\u2019apporte le Bulletin d\u2019information de la Commission des Ecoles catholiques de Montréal (numéro d\u2019octobre) à la suppression de \u201ctous les textes, mots, dessins, se rapportant à la religion\u201d dans les manuels de lecture.Il faut le \u201ctout\u201d et non seulement la correction des abus, s\u2019il y en avait, parce que \u201cle renouveau catéchétique invite l\u2019institutrice à présenter Dieu à l\u2019enfant comme une Personne qui l\u2019aime et qui l\u2019appelle à une vie d\u2019amour.\u201d Et alors, dit-on, pour respecter le cheminement de l\u2019enfant, \u201cl\u2019enfant est invité à répondre; il n\u2019y est pas contraint\u201d.Et la présence de mots religieux ou ayant trait à la religion ailleurs qu\u2019au catéchisme serait comme une contrainte implicite.Dans quel monde de fous, vivons-nous?Il est difficile de trouver argumentation plus loufoque pour justifier, au nom d\u2019une meilleure éducation de foi, la neutralisation complète des livres de lecture par rapport à la religion.Ainsi il faudrait donc, au nom de la liberté de choix, enlever des livres de lecture tout ce qui peut être objet d\u2019amour pour l\u2019enfant; et ne lui parler que des choses indifférentes.Si parler de Dieu, du prêtre, est contrainte à la liberté d\u2019amour, ce l\u2019est autant de parler des parents, des choses de l\u2019art et de l\u2019esprit, de la patrie.Et s\u2019il convient au contraire de proposer au choix de l\u2019enfant les objets qui sont les plus dignes de son amour, Dieu a évidemment sa place dans les manuels comme les parents, la patrie, les choses de l\u2019art et de l\u2019esprit.Stupidité pure que cette conception qu\u2019aussi bien on n\u2019applique qu\u2019envers Dieu et la religion, les seules séries de mots visés et exclus. 472 ACTION NATIONALE Et alors pointe le néo-pharisaïsme.Il ne faut parler de Dieu que dans un contexte sacré.Dieu, autrement dit, à la sacristie.Alors que le Concile a encore rapproché Dieu des hommes en facilitant l\u2019accès à l\u2019Eucharistie, les catéchètes sur le plan de leur discipline reviennent en arrière à un concept de Dieu si sacré qu\u2019il ne faut pas le voir mêlé aux choses de la vie.Mais au fait quelle part d\u2019hypocrisie protestante, libre-penseuse ou agnostique se cache sous cela, même sous les dehors souvent les plus religieux?Il serait temps qu\u2019il soit procédé à un vigoureux examen de conscience.Mais cela même passe de mode.Avec l\u2019amour de Dieu nouvelle vague, qu\u2019avons-nous besoin d\u2019examen de conscience.Dieu nous aime tellement qu\u2019il aime tout! Alors.Décidément même le domaine religieux risque de devenir un monde de fous.François-Albert ANGERS UN RÉGIME INFECT: LE NÔTRE Lorsqu\u2019une évidence se révèle de plus en plus, tardera-t-on encore bien longtemps à lâcher le mot pour le dire: le régime politique canadien est infect pour les Canadiens français.Chaque jour en apporte une preuve nouvelle.Dominique Clift constate, dans le numéro de juillet du journal syndical Le Travail, que les chefs québécois sont des victimes faciles.Monsieur Clift n\u2019est pas, que je sache, quelqu\u2019un qu\u2019on pourrait soupçonner d\u2019accointance nationaliste, et pourtant il écrit: \u201cC\u2019est que les Canadiens français ne détiennent que peu d\u2019influence dans l\u2019administration des grandes entreprises, dans les groupes de pression à l\u2019échelle nationale ou encore à la fonction publique fédérale.\u201d Il ajoute: \u201cIls n\u2019ont par conséquent que peu d\u2019intérêt dans la façon dont se règlent les problèmes économiques et politiques au pays.Ils (ne) sont au fond que des organisateurs politiques.\u201d UN RÉGIME INFECT: LE NÔTRE 473 Ceux qui sont préoccupés par la morale, par le civisme et par le progrès des classes sociales, vont-ils continuer à se fermer les yeux sur la situation quand ils arrivent au point crucial de la réforme qu\u2019il y aurait à faire?Ça va très bien pour dénoncer la pourriture des victimes politiques: tout le monde est d\u2019accord.Mais quand il s\u2019agit de toucher à la racine du système, ni les politiciens, ni les grandes voix de la morale publique n\u2019osent reconnaître ouvertement que les formes mêmes du régime politique canadien sont une invitation à 1 irresponsabilité des Canadiens français.On accuse généralement les partis et en particulier certains secteurs de l\u2019organisation électorale, mais le système de représentation lui-même, nul n\u2019a l\u2019audace de le désigner.Que la majorité gouverne et que la minorité sombre dans les pièges de la tractation, cela n\u2019a aucune espèce d\u2019importance s\u2019il faut pour corriger la situation mettre dans la gêne nos amis anglophones et ceux des nôtres qui sont déjà engagés jusqu\u2019au cou dans le ragoût.C\u2019est beaucoup plus facile de prendre le parti de ceux qui n\u2019ont pas encore compris et de dire: qu\u2019est-ce que ça prouve?On ne me fera pas croire qu\u2019un peuple francophone peut renoncer aux formes qui doivent naturellement accompagner sa pensée, sans perdre peu à peu le sens de l\u2019autorité, de l\u2019appréciation et de l\u2019autorisation, toutes choses qui ont le caractère de l\u2019authenticité.Pour toute réponse je dirai : cherchez la forme d\u2019une expression française dans les organismes canadiens ! Mais non, amusons-nous donc encore un peu avec les partis.Nous sommes riches de gueules, de grimaces et de morts.Odina BOUTET 474 ACTION NATIONALE LE GRAND-PÈRE DES ÉTATS ASSOCIÉS A la page 135 de notre numéro d'octobre, nous indiquions M.André Dagenais comme étant le père des Etats associés.Il reste apparemment encore le premier à avoir employé l'expression \"Etats associés\", mais avec intercalation de l'adjectif souverains, Etats souverains associés\", et non souverainement, soit dit en passant, comme il a été rapporté.Monsieur Philippe Ferland nous signale qu'il en a probablement le premier lancé l'idée dans son mémoire à la Commission Tremblay, dont L'Action nationale a publié le texte en septembre 1954.M.Ferland proposait alors de refaire la Confédération par un nouveau contrat entre \"l'Etat fédéral, représentant l'union législative, et l'Etat provincial du Québec.Deux Etots, deux conceptions, deux peuples.Deux peuples associés qui veulent reprendre le contrat de société et rédiger une nouvelle constitution pour régir leurs relations d'associés\".Monsieur Ferland proposait alors de réaliser cet objectif par la seule modification des articles 91 et 92 de la Constitution actuelle.Et l'article 92 nouveau aurait spécifié notamment que \"la législature de la province de Québec a tous les attributs législatifs de la souveraineté interne, et une autorité exclusive sur tous les sujets non énumérés à l'article 91\", alors que le gouvernement fédéral recevait \"juridiction exclusive dans tout ce qui concerne la souveraineté externe\", plus d'autres sujets énumérés et y compris, ce qui est d'ailleurs assez étrange \"les pensions de vieillesse et l'assurance-chômage\". Directeur de la section culturelle : JEAN MARCEL Toute personne désireuse de soumettre des textes pour publication dans la section culturelle est priée de communiquer avec le directeur.Adresse: L'ACTION NATIONALE Section culturelle, C.P.189, Station N, Montréal, TROIS POÈMES 477 P oemeA par Rina Lasnier de l'Académie canadienne-françoise Le sapin vêtu Debout dans l\u2019épais filet des neiges suspendues le sapin soutient à peine la chape et le cérémonial; tandis que les feuillus légèrement langés de neige remuent quelques murmures de soie poudreuse, le sapin courbaturé glorifie les incarnations du froid, comme un mage devenu le menhir des cultes morts.Le froid des morts n\u2019aiguillonne pas la sève des sources mais la parole laissée dehors comme une prophétie, la parole emante dans la contestation des pays lents, qu\u2019elle rallume la royauté du manteau et du ménestrel et le langage à vif des chanteurs lapidés de loin. 478 ACTJON NATIONALE L\u2019étrangère Même l\u2019animal retiré dans l\u2019hibernation du sang et le souffle rentré dans le pertuis des narines ne marque pas ta place dans sa chair amincie; et la haute famille des branches dans le gel du vent ne parle pas de sa surdité contre le hurleur; mais moi je me heurte sans fin à tes parallèles comme l\u2019eau sans issue entre les rampes des rives; l\u2019effroi a le poids du sable et de la neige, le poids fruste de ton nom, douleur déportée; rivière déchirée sans secours ni rebond, ouvre-toi à ta plaie comme la fenêtre à sa nuit, \u2014 la nouveauté de naître est profondeur gagnée \u2014 couche-toi sur ta lie connue l\u2019âme forte du vin.G TROIS POÈMES 479 La lampe Chaque jour comme une cire accordée au feu et chaque nuit comme l\u2019or végétal de la lampe, que la femme rassemble ses sources divisées, chaque fois, que l\u2019épouse réinvente l\u2019amante régale comme le lac sa largesse blanche de nénuphars à cause de la chair panifiée par le coeur de l\u2019homme.Extraits inédits d'un recueil à paraître aux Editions de l'Hexagone, en février, sous le titre de \"L'orbre blanc\". L\u2019univers magique de Marie-Claire Blais par Jean Marcel 1 Aux oeuvres-miroirs qui réfléchissent plus qu\u2019elles ne pensent, il faut décidément préférer les oeuvres-fenêtres où la lumière, libérée des tains stériles, crée son ordre propre et son propre chaos.Nous passons d\u2019ailleurs une partie de notre vie à regarder par la fenêtre, à déchiffrer, là, les grandes énigmes qui s\u2019y pressent et s\u2019y bousculent comme autant de paysages: saisons vertes, saisons rouges, apocalypses et apothéoses muettes, notre âme, enfin, qui passe, roulée dans cette imagerie étrange de sang et de lumière.Le chant, la parole, nous ne les entendons bien que de ce côté-ci de la vitre où nous sommes ; loin derrière, vers quoi nos regards insensiblement se glissent, c\u2019est l\u2019implacable silence de toute chose qui, pour se manifester et faute de voix, se dresse dans une forme, un dessin ou un signe et désespérément nous rappelle son existence: mais nous, nous ne savons déjà plus répondre.1.Né à Montréal.Maître ès arts et préparation du doctorat en sciences médiévales.Professeur de littérature au Collège Saint-Denis.A publié: \u201cL\u2019étoile noire\u201d dans Les Ecrits du Canada français, 1964; Rina Lasnier (collection des classiques canadiens), Fides, 1965.A paraître bientôt chez Déom une anthologie des essayistes québécois.En préparation, avec André Major, un volume d'essais à paraître sous le titre De Jean Le Moyne et d'autres choses. L'UNIVERS MAGIQUE DE MARIE-CLAIRE BLAIS 481 Telles sont les visions qui nous assaillent au sortir des livres de Marie-Claire Blais.Et son dernier roman, Une saison dans la vie d\u2019Emmanuel, - n\u2019est rien de moins qu'une saison en enfer avec tout ce que cela suppose de vertiges rimbaldiens, y compris ce délire que met la vie à déchirer le visage de l\u2019homme, à le poursuivre jusque sous ses masques, à lui imposer de prendre parti pour l\u2019adversaire, l\u2019Absurde.Depuis Kafka, le thème devrait paraître vieilli, mais ici le lyrisme de Marie-Claire Blais rajeunit tout, il faudrait dire: la maîtrise du lyrisme.L\u2019écriture enfile personnages, objets et gestes, rassemble sur une même pierre les étoiles et la nuit, et, saisie d\u2019une fièvre propice, se livre à ce drôle de sabbat que nous connaissons bien depuis que l\u2019auteur nous a donné son premier roman, La belle bête.L\u2019univers magique de Marie-Claire Blais c\u2019est \u201cce jardin étrange où poussaient, là comme ailleurs, entremêlant leurs tiges, les plantes gracieuses du Vice et de la Vertu\u201d, (p.49) (Monsieur LeMoyne, il y a du dualisme là-dessous !) C\u2019est là que se débattent contre la flore envahissante, contre les fleurs du mal, Jean Le Maigre, Héloïse et la Grand-Mère Antoinette.Au récit, Emmanuel ne prêtera la première saison de sa vie (l\u2019hiver), ne se retirera dans son berceau que pour mieux imposer sa présence, à la fin du livre, à la fin de l\u2019hiver, quand tout sera joué, quand le lecteur se prendra à imaginer que l\u2019histoire doit sans cesse recommencer.La saison d\u2019Emmanuel, c\u2019est la vie qui attend Emmanuel.Tous les Emmanuel.L\u2019histoire se passe quelque part, dans une campagne sans nom, en un temps qui n\u2019en a pas non plus.La Grand-Mère Antoinette règne, toute-puissante, sur le petit royaume et la famille de sa fille qu\u2019on ne voit jamais.Jean-Le Maigre, quelque peu écrivain, poète et tuberculeux, quittera la grappe abondante de ses frères et soeurs 2.Une saison dans la vie d\u2019Emmanuel, aux Editions du Jour, $2.00 pour 128 pages. 482 ACTION NATIONALE pour aller mourir, sous l'ordre de sa Grand-Mère, au Noviciat.C\u2019est là qu\u2019il rédige l\u2019autobiographie qui couvre une bonne partie du roman: \u201cDès ma naissance, j\u2019ai eu le front couronné de poux ! Un poète, écria mon père, dans un élan de joie\u201d, (p.49) La famille pullule, fourmille dans une maison hantée par le spectre de la décomposition.Tout ça vit parmi la vermine et les puces.C\u2019est un monde qui n\u2019est pas gai et qui ne le sait pas.Héloïse, mystique et masochiste, sort du Couvent pour entrer, naïve, dans une maison de prostitution.\u201cTout va bien, Héloïse nous envoie un peu plus d\u2019argent chaque semaine,\u201d dit la Grand-Mère.(p.128) On retrouve l\u2019atmosphère irréelle et cauchemaresque du Moloij de Beckett: cet univers dont on ne sait plus s\u2019il est le nôtre ou celui des autres.Y verra qui voudra le spectacle de la société québécoise ; pour ma part, je préfère prêter à Marie-Claire Blais des intentions plus universelles.Les frontières de son roman ne s\u2019arrêtent qu\u2019avec les frontières du monde, de ce monde orgiaque que nous avons sous les yeux depuis les boucheries du Vietnam jusqu\u2019aux incendies criminels de Moïse Darabaner.Monde de création aussi (surtout) où s\u2019affirme une imagination qui mesure l\u2019exacte portée de ses visions.Marie-Claire Blais n\u2019intente pas de procès; elle voit.Témoin, alors ?Connais pas ! (Tous les témoignages finissent par se contredire et s\u2019annuler.) Mais bien plutôt une façon d\u2019annoncer, d\u2019informer la vie impossible que nous menons depuis le premier homme.Quand la plupart de nos romanciers en sont encore à l\u2019homme du ressentiment et de l\u2019amertume qui précède de très loin 1 \u2019homo faber, Marie-Claire Blais a déjà franchi le seuil de l\u2019ère apocalyptique qui suppose Yhomo sapiens.L\u2019essentiel de son univers relève de la magie dont Berdiaev a montré la similitude avec le monde de la technique.Voici notre magie contemporaine: \u201cLes doigts pris dans la mélasse, Jean-Le Maigre.sentait couler la brise d\u2019hiver par les trous de ses bottines.\u201d (p.47) (On croirait voir un portrait de Jean-Le Moyne, cet autre Jean-Le Maigre.) Point de \u201cpsychologie des personnages\u201d chez Marie-Claire Blais, mais une alchimie fantasti- L'UNIVERS MAGIQUE DE MARIE-CLAIRE BLAIS 483 que qui entremêle les âmes au cauchemar et à la réalité.Il s\u2019agissait de récupérer le vieux secret des mélanges et avec lui une certaine odeur de la précarité humaine.Comme dans le château kafkaen, il n\u2019y a pas de rédemption, il n\u2019y a pas d\u2019issue ni de médiation dans l\u2019univers de Marie-Claire Blais.La littérature n\u2019a pas pour mission de sauver les hommes mais de se savoir tragiquement inutile, de neutraliser le vrai et le faux, comme le veut Barthes.C\u2019est le seul carré de vie où il nous reste encore quelque liberté et quelque responsabilité.Nous n\u2019achevons plus d\u2019y mener de très vieux et violents combats.Chez Marie-Claire Blais la tendresse de l\u2019écriture ajoute à la cruauté des scènes une force qui en fait toute la vérité ; les personnages y sont mus par des fils obscurs qui ne sont plus le destin mais une chevauchée d\u2019objets étranges: le Vice devient un objet, comme la Vertu.L\u2019auteur, de sa fenêtre, regarde \u201cce jardin\u201d, et la compassion de son regard fait son oeuvre touchante et juste; avec un peu plus de cruauté, elle eût été sans mesure et sans portée.C\u2019est une oeuvre de patience, de très lente patience, qui éclôt comme un grand songe et qui insiste bientôt avec toute la force d\u2019un phantasme.Nous ne vivons là, ni près du rêve ni près du réel, mais au-dessus d\u2019un abîme, à la jointure de l\u2019un et de l\u2019autre.Une heure passée à la fenêtre de Marie-Claire Blais, et le monde, après, nous paraît beau et tout luisant d\u2019innocence.Marie-Claire Blais, comme l\u2019apprenti sorcier de Goethe, ne saurait plus arrêter la trajectoire de la création que son écriture a fait surgir du Rien.Elle rit devant ce spectacle de sabbat avec toute la sagacité obscène d\u2019une sorcière.Son oeuvre est ironique, ironiquement inoffensive.Tiens ! Voilà un excellent cadeau pour la Noël ! oCci notion de f étranger danô fa fittérature canadienne - III Menaud ou le conflit de deux mentalités par André Vanasse 1 2 Les paysans avaient appris de la terre la sagesse lente et calme, la ténacité, la patience, mais aussi toutes les joies de la vie.C\u2019est parmi les gerbes qu\u2019ils avaient pris le goût des berceaux pleins d\u2019enfants.Les aventuriers, eux, s\u2019étaient conquis dans la forêt elle-même, leur force, leur hardiesse, leur ingéniosité dans tous les besoins.C\u2019est là qu\u2019ils s\u2019étaient fait une âme semblable à l\u2019âme des bois, farouche, jalouse, éprise de liberté.(2) On se souvient de cette distinction établie par Louis Hémon dans Maria Chapdelaine.Quelque vingt ans plus tard, Félix-Antoine Savard la reprenait à son propre compte.Ce n\u2019est pas sans raison, croyons-nous, mais bien parce qu\u2019elle correspond à une réalité indéniable.En fait il y a deux types d\u2019hommes chez le Canadien : d\u2019abord le nomade qui, s\u2019exilant des côtes de France, était venu s\u2019implanter au Canada pour y faire la traite des fourrures, ensuite le sédentaire c\u2019est-à-dire celui qui, après la conquête et voulant préserver ses droits, avait obéi à l\u2019appel de Maria Chapdelaine.Entre les deux la scission ne se fera que progressivement puisque l\u2019agriculteur sera nécessairement un ex-chasseur qui, vaincu par 1.\tNé à Montréal.Maître ès arts et préparation de doctorat en littérature.Professeur de littérature au Collège Sainte-Marie.2.\tF.-A.Savard, Menaud maître-draveur, Fides, Coll.Nénuphar, Mtl, 1949, p.74, MENAUD OU LE CONFLIT DE DEUX MENTALITÉS 485 les Anglais, aura décidé d\u2019obéir au cri du ralliement.Il est d\u2019ailleurs étonnant de remarquer que dans plusieurs régions de notre Etat le nomadisme s\u2019est partiellement maintenu, l\u2019agriculteur devenant périodiquement bûcheron ou draveur.Il y a donc à l\u2019origine une certaine amitié qui lie les deux types de Canadiens.Les premiers agriculteurs étaient d\u2019abord des défricheurs c\u2019est-à-dire des conquérants tout comme l\u2019était le chasseur.Mais peu à peu le rythme de la terre s\u2019infiltrera dans les esprits.Ces ex-pionniers s\u2019engourdiront lentement, subiront inexorablement le pli des saisons, s\u2019enracineront au sol tandis que leur folie de l\u2019espace perdra de jour en jour de sa puissance.Entre la nature et le paysan s\u2019établira un lien où la première prendra des allures de dominatrice et où le second se soumettra à ses caprices : L\u2019habitude lui était venue rapidement, et la passivité dont sont imbus ceux, hommes et bêtes, dont les décisions ne sauraient jamais être que conditionnelles; que conditionnées par la pluie et le vent et la neige, pour les hommes, par les mêmes choses plus les caprices des hommes pour les bêtes.(2) Au fond c\u2019est un tempérament fataliste qui se structure progressivement.Le paysan se moule aux circonstances se sachant incapable de lutter contre la nature.Le chasseur au contraire a conservé sa mentalité de conquérant.C\u2019est un duel qu\u2019il livre enti'e la nature et lui, et il le mène avec rage et ardeur.Tempérament fier et orgueilleux, il mesure de plus en plus la distance qui s\u2019établit entre le paysan et lui-même.Torn Beaulieu, dans le roman de Georges Bugnet La Forêt, s\u2019étonne et se révolte contre cet esclavage de la terre: 2.Ringuet, (Panneton, Ph.), Trente arpents, Mtl, Fides, 1938, p.73. 486 ACTION NATIONALE -\u2014 De quoi qu\u2019il se mêle, je vous le demande?s\u2019écria Beaulieu, le vieux voyageur.Avec tous ses nouveaux arrivants on n\u2019aura bientôt plus une seule miette de terrain pour la chasse.Moi, je comprends pas ça.Aujourd\u2019hui les gens n\u2019ont plus qu\u2019une idée dans la tête : prendre une terre, faire des bâtisses, et creuser des puits, et planter des clôtures pour sortir le voisin, et je te fiche tout le bois par terre, et je t\u2019arrache des souches, et encore des souches, et je te casse de la terre neuve, des arpents et des arpents, et je te sème, et je te resème, et je me lève à quatre heures du matin, et je travaille jusqu\u2019à des dix, onze heures du soir, jusqu\u2019au moment où le curé vous emmène au cimetière.(3) Menaud est de la lignée des Beaulieu, agriculteur malgré lui, il n\u2019a jamais pu s\u2019y faire: Sa femme avait tout fait pour enraciner au sol ce vagabond des bois.Lui, pour elle, sur cette âpre terre de Mainsal, avait bûché, essouché, entassé, comme un bon forçat, des muions et des muions de cailloux! sauf que son regard s\u2019échappait vers le bleu des monts dès que le vent du nord venait lui verser au coeur les appels magiques et les philtres embaumés.(4) Passe encore si Menaud avait été le seul de sa catégorie, on aurait pu alors le taxer de folie mais une certaine partie de la population lui ressemble.Ce sont ceux qui se refusent à cette profonde léthargie, ceux qui fouillent, comme Menaud, cette glèbe qu\u2019ils aiment peu tout en scrutant d\u2019un oeil jaloux l\u2019immensité des terres.Joson et Alexis sont de cette race.Mais ces quelques personnages, ces insoumis ne composent dorénavant qu\u2019une infime partie de la société.Idéalistes, ils font choc avec le reste de la population.La différence qui, au début du roman Menaud maître-dra-veur, était posée comme une constatation presque sans importance prend finalement des proportions dramati- 3.\tBugnet, Georges, La forêt, Mtl, Ed.du Totem, 1935, p.114.4.\tF.-A.Savard, Menaud, maître-draveur, p.16. MENAUD OU LE CONFLIT DE DEUX MENTALITÉS 487 ques.Joson mort, seul le Lucon suivra Menaud dans ses projets de reconquête.Tout le drame repose sur cette angoissante impression de solitude.Menaud a compris que la mort de Joson marque une étape dans l\u2019évolution de la société où il vit.C\u2019est la race elle-même qui se meurt et Menaud se sent inexorablement appelé à la revigorer.Le combat malheureusement apparaît comme inégal ; le Délié, personnage qui n\u2019est au fond qu\u2019un Anglais déguisé, ne peut être vaincu que par la coalition de toute la population.C\u2019est à ce prix et à ce prix seul que la société pourra reprendre vie.Or les paysans, après l\u2019échec de Menaud, manifesteront ouvertement leur désapprobation.Leur éternelle rengaine du \u201cje l\u2019avais bien dit\u201d illustre parfaitement leur caractère fataliste et pose simultanément la rupture entre le chasseur et l\u2019agriculteur : De temps à autre, les voisins venaient, n\u2019apportant chacun, en guise de consolation, que son verset de prophète: \u201cJe l\u2019avais bien dit que ça tournerait comme cela.Faut-il s\u2019obstiner; ça ne sert de rien.Mais un soir, elle (Marie, la fille de Menaud) leur avait commandé de se taire; elle avait piqué dans le front des lâches que le grand passé ne s\u2019était fait ni par des accroupis, ni par des traîtres.(5) Dorénavant, spectateurs impassibles, les paysans regarderont les plus audacieux tenter l\u2019impossible.Pour eux, le jeu consistera à faire des conjectures, à approuver les gestes posés par ces isolés et, le plus souvent, à les condamner.Là sera leur seule participation, quant à l\u2019action, elle sera réservée exclusivement à la terre.La scission est donc définitivement accomplie.C\u2019est par son geste de reconquête que Menaud mesure à quel point il diffère de ses \u201cfrères\u201d.Croyant combattre pour eux, il constate avec effarement qu\u2019il combat 5.Ibid., p.145. 488 ACTION NATIONALE seul.L\u2019enthousiasme des ancêtres, leur fougue, leur orgueil, il est le seul à s\u2019en souvenir.Les autres ont baissé honteusement l\u2019échine, ont plié devant le conquérant.Le choc est tellement violent pour Menaud qu\u2019il en perd la raison : Il se mit à voir partout des signes étranges, funèbres, comme des formes humaines ensevelies sous l\u2019immense linceul.Dans tous les trous noirs où il s\u2019enfonçait, il sentait des griffes, entendait des menaces.Il ramassa ce qui lui restait de forces pour grimper en surplomb de neige, mais épuisé, vaincu des pieds à la tête, il s\u2019affaissa tandis que tous les démons de la tempête hurlaient au-dessus dans les renverseries.(6) Ainsi avec Menaud la notion d\u2019étranger s\u2019élargit brusquement.\u201cDes étrangers sont venus\u201d, cette phrase obsédante que Menaud répète inlassablement dans sa folie semble prendre une dimension qu\u2019elle n\u2019avait jamais eue jusqu\u2019alors.Josime lui-même, l\u2019agriculteur, demeure perplexe: \u201cC\u2019est pas une folie comme les autres! Ça me dit, à moi, que c\u2019est un avertissement\u201d: (7) Qui sont-ils ces étrangers?Peut-être que dans l\u2019esprit de Menaud ce ne sont plus des Anglais.Une chose est sûre : l\u2019unité d\u2019an-tan est brisée.Dorénavant le malaise ira croissant.Les romans qui suivront Menaud marqueront une autre étape.Dans Le Survenant de Germaine Guèvremont et Louise Genest de Bertrand Vac on passera des paroles aux actes.6.\tIbid., p.138.7.\tIbid., p.152.
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