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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mars
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1966-03, Collections de BAnQ.

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[" Tocx*w« Notre-Dame de l'Asso^tio* Ntror atr P O UACTION NATIONALE Volume IV, Numéro 7\tMars 1966\t75 cents SOMMAIRE L'éditorial en réponse à Marcel Chaput VIE NATIONALE L'IMMIGRATION AU CANADA Un article de Jacques Towner sur le mouvement coopératif de consommation Les chroniques sur l'économique, la coopération, les écrits et les livres, et la correspondance VIE CULTURELLE TROIS POÈMES DE NICOLLE FORGET Les articles d'André Vanasse, Maximilien Laroche et André Major VIE DES CERCLES D'ÉTUDES Différentes expériences constitutionnelles Solutions fiscales prioritaires L'enfance exceptionnelle Les sociétés régionales de développement.POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES ÉDITORIAL : Le difficile dialogue .773 Jacques TOWNER : Le mouvement coopératif de consommation .781 Rosaire MORIN : L'immigration au Canada .785 Odina BOUTET : Â la périphérie des forêts.799 Claude BEBEAR : Quelques inconvénients d'une grande emprise de l'État sur l'économie.806 Rodolphe LAPLANTE : Â la consommation! .812 François-Albert ANGERS: Écrits 1964-1965 sur le problème canadien-français .819 Jean-Jacques ROY : Sur l'article de M.Mathieu Girard .\t836 Nicolle FORGET : Poèmes de l'oubli.841 André VANASSE : La notion d'étranger dans la littérature canadienne \u2014 Vers une solitude\tdésespérante\t844 Maximilien LAROCHE : Littératures du Québec et d'Haïti \u2014 La poésie et le roman.852 André MAJOR : Les mémoires d'un jeune Canoque.869 xxx :\tLes différentes expériences constitutionnelles\tde la France après la révolution .879 xxx :\tSolutions fiscales prioritaires .883 xxx :\tL'enfance exceptionnelle .886 xxx : Sens et portée de la Société régionale de développement .890 Si vous voulez des épargnes\tsans avarice des affaires\tsans affairisme de l'utilitarisme\tsans égoisme devenez sociétaires de LA FAMILIALE Coopérative de Consommation 5271, rue St-Hubert 272-1119 I Nous accusons réception des ouvrages suivants : Pierre Pagé \u2014 Anne Hébert \u2014 Ecrivains canadiens d'aujourd'hui \u2014 Editions Fides, 245 est, rue Dorchester, Montréal, 189 pages, 1965.\t$2.00 Marcel Patry \u2014 Réflexions sur les lois de l'intelligence \u2014 Editions Fides, 245 est, rue Dorchester, Montréal, 143 pages, 1965.\t$2.00 A.-M.Cocagnac \u2014 Noël \u2014 Les albums de l'Arc-en-Ciel \u2014 Editions Fides, 245 est, rue Dorchester, Montréal, sans pagination, 1965.A.-M.Cocagnac \u2014 Guéri dans le Jourdain \u2014 Le prophète et le soldat \u2014 Les albums de l'Arc-en-Ciel, Editions Fides, 245 est, rue Dorchester, Montréal, sans pagination, 1965.Alain Stanké \u2014 Montréalités (Illustrations de Jean Dubuc) \u2014 Les Editions de l'Homme, 1130 est, rue Lagauchetière, Montréal, 128 pages, 1965.$1.50 Katy Touchette \u2014 Oeil pour dent \u2014 (Pièce en trois actes) \u2014 Les Editions des Jonchets, 1130 est, rue Lagauchetière, Montréal, 125 pages, 1965.$1.00 Benoit Brouillette \u2014 Images d'Asie \u2014 Centre de psychologie et de pédagogie, 260 ouest, rue FaiI-lon, Montréal, 154 pages, 1965.Roger Fournier \u2014 A nous deux \u2014 Le Cercle du Livre de France, 3300, boulevard Rosemont, Montréal, 210 pages, 1965. Il MESSAGE Il faut \u201cpenser\u201d son entreprise Le véritable bilan du Conseil d'Expansion Economique est moins dans le catalogue des réponses qu'i\u2019 a formulées que dans la dynamique des questions qu'il a posées.*\t*\t* L'homme d'affaires canadien-français appartient aujourd'hui à un monde bien différent de celui d'il y a vingt ans.L'homme d'affaire doit réussir à penser son entreprise longtemps d'avance plutôt qu'au jour le jour et s'entourer d'hommes compétents, écouter ses\tcollaborateurs,\tprendre\tdes\trisques\tcalculés, s'il veut\tse\tmériter\tle\ttitre\tde\tbon\tadministrateur.*\t*\t* Il faut prendre conscience que c'est en encourageant l'économie du Canada français que nous pourrons le bâtir tout en relevant l'ensemble du niveau de la nation.Conseil d'Expansion Economique Inc.8585, 8e avenue, Cifé St-Michel.729-5296 Ill Nos annonceurs participent à la vie de la revue.Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès.Ils les\t\tm consultent d'abord.\t\t RÉPERTOIRE\tDES RUBRIQUES\tP Architectes\tNotaires\tw O Assurances\tOpticien\tO k Avocats\tOptométristes\t Bijoutiers\tPapeterie\t Biscuits et gâteaux\tPharmaciens\t Caisses Populaires\tPhotographie\t Collèges\tPlacements\t Comptables\tPompes à eau\t Distilleries\tProduits alimentaires\tm Evaluation\tQuincaillerie\t© Hôtels villégiature\tSoudure\t Librairie\tTapis\t Machinerie\t\t IV RÉPERTOIRE\tDES NOMS Angers, Adrien\tLebeau Ltée, G.Caisse Populaire d'Hochelogo\tLemieux, Paul-M.Caisses Populaires (Fédération des)\tLemieux, Robert Camus, Raymond\tLes Editions Bellarmins Chevrier, Normand\tLes Minoteries Phénix Collège Valéry\tLes Placements collectifs Convoyeurs et machineries Victory\tManoir Saint-Castin Distilleries Melchers Ltée\tMarchand, Sarto Dorais, Jean-Louis\tMathieu, Dollard Drolet Inc., F.X.\tMeunier, John Dubé, Oscar & Cie Inc.\tMichon, pharmacien DuMesnil, Mario\tMontréal Oxygen Inc.Etco Photo Color Ltée\tPalange, Ernest Golameau, Desmarais et Associés\tPilon, librairie Grégoire, J.R.\tPompon nette Inc.Grenache Inc.\tRobillard, Michel Groulx & Codieux\tRochette, Emilien Jetté, J.-W.\tRodrigue, Lionel L'Economie\tRoy, Edouard La Fomlllale\tSéguin, Paul-Emile Lafrenière\tSociété des Artisans Lanthier\tService d'Estimotlons enrg.La Rue, André\tSonarex La Sauvegarde\tStuart La Solidarité\tViau (Lucien) et associés, c.a Louzier, papetier\t ARCHITECTES y Les Architectes Lemieux Ludger Lemieux (fondateur) ROBERT LEMIEUX B.A., A.D.E.A., A.A.P.Q., M.R.A.I.C.210, boul.Duhamel, Pincourt, Cté Vaudreuil.Place d'Estrie, Bedford (Missisquoi) Tél.: 453-6283 et CH.8-3353 PAUL-M.LEMIEUX, architecte Diplômé à l'Ecole des Beoux-Arts de Paris, B-A., M.R.A.I.C., A.A.P.Q., O.KA., D.P.L.G.F., S.A.D.G.F.Bureau :1869 ouest, boul.Dorchester, Montréal WE.7-1081 Domicile : 155, 17e Ave, Lachine 637-1081 LA SOLIDARITÉ Compagnie d'assurance sur la vie 925, chemin Saint-Louis, Québec vous dit : Qui sème chez soi .récolte pour soi Président ALBERT BOULET Directeur général CHARLES POIRIER Bureoux à : Beauceville, Sherbrooke, Amos, Ste-Thérèse-de-BlalnvIlle, Montréal, Sorel, Rimouski, Rivière-du-Loup, Robervol, Chicoutimi.Adrien Angers et Fils Inc.Assurances générales 5847 est, rue Sherbrooke Tél.: 255-7795 ANDRÉ LA RUE, C.C.S.Courtier en assurances 3450 est, rue Jcon-Talon e\tMontréal 3S \u2014 RA.1-1637 HÔTEL WINDSOR 24 AVRIL 1966 THÈME FÊTONS-NOUS LE CENTENAIRE ?SOYEZ PRÉSENT À CE DÉBUT D'UNE CAMPAGNE MONSTRE - HEURE DES DÉCISIONS - HEURE DES DÉCISIONS - HEURE DES DÉCISIONS - HEURE DES DÉCISIONS - HEURE DES DÉCISIONS - FÊTONS-NOUS LE CENTENAIRE ?Dimanche, le 24 avril 1966 \u2014 à l'Hôtel Windsor PROGRAMME À 3h.: COMITÉS D'ÉTUDES ¦\tLES INSOLENCES DE LA CONFÉDÉRATION Président : M.MICHEL PELLETIER Secrétaire : M.J.-P.BONHOMME Animateur : M.ROSAIRE MORIN ¦\tOTTAWA OU QUÉBEC Président : M.GEORGES-HENRI FORTIN Secrétaire : M.RONALD E.LAVIOLETTE Animateur : R.R.RICHARD ARÈS, S.J.¦\tL'AVENIR DU FÉDÉRALISME Président : M.F.-E.THERRIEN Secrétaire : M.PIERRE GRAVEL Animateur : M.JEAN-NOËL TREMBLAY À 5h.: SESSION PLÉNIÈRE : COMMENT PASSER À L'ACTION ?PAR M.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS À 6h.: PUNCH POUR TOUS À 7h.: GRAND BANQUET-CAUSERIE Président d'honneur : Lt.Col.Sarto Marchand, E.D., A.D.L\u2019IMPASSE CONSTITUTIONNELLE : Y A-T-IL DES SOLUTIONS ?par JACQUES-YVAN MORIN ORGANISATION ¦\tToute l'organisation relève de notre secrétariat : MLLE MARGUERITE ROBERT, sec.du Comité, CASIER POSTAL 189, STATION N, MONTRÉAL ¦\tHeures de bureau : 2.30 h.à 6.30 h.p.m.Téléphone : 866-8034 ¦\tLe billet: $10.00 TABLE DE 10 INVITÉS: $100.¦\tBienvenue aux dames.\u2014 Habit de ville.(Découpez en suivant le pointillé et envoyez avec votre chèque.) NOM .ADRESSE VILLE NOMBRE DE BILLETS :.Les billets vous arriveront par retour du courrier.Votre prompte réponse nous permettra une meilleure organisation.Merci.INVITEZ VOTRE FEMME, VOTRE AMI, VOTRE ASSOCIATION EST-IL VRAI ?1\t- QU'UN ÉTAT AUTONOME EST IMPOSSIBLE POUR LE QUÉBEC ?2\t- QU'OTTAWA EST NOTRE \"VRAIE\" CAPITALE ?3\t- QUE NOUS NE SOMMES PAS UNE NATION ?MAIS SEULEMENT UN GROUPE ETHNIQUE ?OU UN COURANT CULTUREL ?4\t- QUE RÉCUPÉRER NOS DROITS CONSTITUTIONNELS EST UNE CONCESSION D'OTTAWA ?5\t- QUE NOUS DEVONS PLIER PARTOUT POUR PROUVER NOTRE ATTACHEMENT À LA CONFÉDÉRATION ?6\t- QUE NOUS DEVONS ACCEPTER LA SITUATION FAITE À NOS MINORITÉS FRANÇAISES ?PARTICIPEZ À CETTE JOURNÉE D'ÉTUDES.CELA FAIT COMBIEN DE TEMPS QUE NOUS SOMMES SOUMIS À UNE MENTALITÉ DE PETITS BLANCS RHODÉSIENS ?1967 NE DOIT PAS ÊTRE UNE ANNÉE COMME LES AUTRES.\u2014 ALORS VENEZ À CETTE JOURNÉE.POUR TOUT RENSEIGNEMENT ET ACHAT DE BILLETS ($10.) ADRESSEZ-VOUS ENTRE 2.30 h.ET 6.30 h.(866-8034) MLLE MARGUERITE ROBERT, sec.du Comité d'organisation, CASIER POSTAL 189, STATION N, MONTRÉAL. L'Economie Mutuelle d'Assurance suit le rythme de plus en plus accéléré de l'évolution du Québec.Elle est consciente du rôle qu'elle doit jouer dans l'économie du Canada français, c'est pourquoi ses plans sont réellement adaptés aux besoins d'aujourd'hui.\u2022\tASSURANCE-VIE \u2022\tASSURANCE COLLECTIVE \u2022\tRENTES VIAGÈRES \u2022\tCAISSE DE RETRAITE C O N O M I E MUTUELLE D'ASSURANCE 41 ouest, rue St-Jocques, Montréal 845-3291 Montréal - Québec - Joliette - Saint-Jean - Sherbrooke - Ottawa VII HOMMAGES DE çj-mCl auue^arcte de COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal Pour vos assurances LAFRENIÈRE & LANTHIER 671-1953 AVOCATS\t D'UN AMI DE LA\t REVUE\tMario Du Mesnil AVOCAT DORAIS, Jean-Louis AVOCAT\t107, Ouest, rue St-Jacques.Montréal 842-8741 57 ouest, rue St-Jacques \u2022\tVI.5-1336\t482, rue Vlctorlo, Saint-Lambert \u2022\tOR.1-9295 BIJOUTERIE\tffiownm inc.?\tJ.BRASSARD, prés.\u2022\t256 est, rue Ste-Cotherine, Mtl VIII BISCUITS TT GÂTEAUX Pour la collation Savourez LA CROQUETTE BISCUITS \u2014 GÂTEAUX \u2014 TARTES CAISSES POPULAIRES\tLa Caisse Populaire d'HOCHELAGA Coopérative d'Epargne et de Crédit Paul Lacaille, gérant HEURES D'AFFAIRES : Du lundi au vendredi, de 10 h.a m.à 3 h.p.m.Le soir, lundi, jeudi, vendredi, de 7 à 8 h.p.m.3570, RUE ADAM, Montréal 4, P.Q.\t527-4193 COEEÈGE\tCOLLÈGE VALÉRY José Leroux, directeur, B.A., B.Ph., L.S.P., l.L.ê.COURS DU JOUR ET DU SOIR 3565, ru* Papineau,\tMontréal \u2022\tLA.2-4411 \tGALARNEAU, DESMARAIS, COMPTABLES\tET ASSOCIÉS COMPTABLES AGRÉÉS 237 ouest, Boul.St-Joseph, Montréal Tél.: 274-2534 \u2022 Lucien VIAU et associés\tComptables Agréés\t CHAS.DESROCHES, C.A.\tFERNAND RHEAULT, C.A.210 ouest, Boul.Crémazie\tDU.8-9251 Hommage\td\u2019un ami IX U SERVICE DES ESTIMATIONS E1G.ROGER GAMACHE, prop.Service de 24 heures dans la région de Montréal \u2014 Bas prb» Travaux exécutés por une équipe experte en évaluation.5180, De Repentigny, Montréal Bureau : 259-5565\tRésidence : 254-4179 Nous parcourons \"La Belle Province\" SONAREX Liée Société Nationale de Recherches, d'Expertise, d'évoluatlon et de Planification 500 est, Grande-Allée, (Suite 204), Québec (4) Tél.: Québec: 418, 681-8151 \u2014 Montréal: 514, 731-3359 MARIUS DIAMENT HOTELLERIE\tMANOIR SAINT-CASTIN Lac Beauport Québec LIBRAIRIE\tLIBRAIRIE PILON INC.Fournitures de bureau MACHINERIE\tConvoyeurs et Machines Victory Inc.Dollard Mathieu, président Mochinerie générale - Manufacturiers de Convoyeurs à rouleaux à courroie, et à chaînes - Monte-charae.250, rue Rose de Lima,\tMontreal a\t933-1138 Abonnez un ami X \\,\\.DROLET INC.FABRICANTS D'ASCENSEURS Atelier de Mécanique \u2014 Forge \u2014 Fonderie Modelage \u2014 Soudure Motérioux d'oqueduc et Bornes-Fontaines 245, rue du Pont,\tQuébec 2 NOTAIRES\tYvon Groulx, L.PH., LL.L.Gilles Codieux, LL.L.GROULX & CADIEUX NOTAIRES 4416, boul.Pie IX, Montréol \u2022\tTél.: 254-9435 ROBILLARD, Michel NOTAIRE 934 est, rue Ste~Catherine \u2022\t849-9663\tSÉGUIN, Paul-Émile NOTAIRE 6726, rue St-Hubert \u2022\tCR.1-8739 OPTICIEN\t Prescriptions d'oculistes\tVI5-2673\tNORMAND CHEVRIER Lentilles eornéennes\tFE 4-5832\tS27, rue Cherrier\tMontréol\t OPTOMÉTRIE\tCR.1-6093 ERNEST PALANGE, O.D.OPTOMÉTRISTE \u2022\t441 est, rue Bélanger, Montréal PAPETERIE\t THOMAS LANGLOIS Président Papeterie Louzier Limitée 9550 Bout.Ray Lawson Villa d'Anjou, Montréal 5 352-9940 XI PM PHARMACIE MICHON 1361 est, rue Mont-Royal, Montréol LA.1 -3659 O\tRoland Michon, pharmacien Roméo Côté, président ETCO PHOTO COLOR Ltée Développement Impression et duplicata des films en couleurs Anscochrome - 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Rosemont \u2022\tLA.4-6957 TAPIS\tÉMILIEN ROCHETTE & FILS l-es spécialistes du topis à Québec \tTéléphone 2-523S \u2022\t550 est, rue St-Vallier, Québec 2 NON CLASSEES ds Q.LEBEAU ltêe.Rembourreur d'outos, Tiousses, Vitres, Copotes d'outos CR.4-3503 5940, rue Papineau, Mtl.6270, Upper Lachine 1690, bout.Labelle, Chomedey 1277 XIII La Fédération de Québec des Unions régionales des Caisses populaires Desjardins est formée de dix Unions régionales qui groupent 1,300 Caisses populaires avec 1,700,000 membres.L'Union régionale de Montréal avec ses 331 caisses affiliées fait partie de la Fédération de Québec.Nos Caisses affiliées affichent ces armoiries : vous êtes client de plusieurs grandes compagnies! pourquoi n'en être pas aussi propriétaire et en partager les bénéfices par LES FONDS COLLECTIFS Distribués et administrés par i LES PLACEMENTS COLLECTIFS INC.Bureaux à: Hull, Montréal, Québec, Rimouski, St-Hyacinthe, St-Jérôme, Sherbrooke, Trois-Rivières. XIV J.W.JETTE Ltée 360 est, rue Rachel, Montréal 849-4107 CHAUFFAGE PLOMBERIE INSTALLATEURS - TECHNICIENS CHAUFFAGE ET PLOMBERIE SERVICE DE TECHNICIENS DIPLÔMÉS LES ÉDITIONS BELLARMIN SPÉCIALITÉS : QUESTIONS SPIRITUELLES QUESTIONS SOCIALES 8100, boul.St-Laurent, Montréal - 11 LES DISQUES BOURASSA $25.00 L'ACTION NATIONALE C.P.189 Station N Montréal WÊÊÈm Les farines propres au Québec sont signées PHÉNIX! Les bons boulangers s\u2019en servent! Demandez au vôtre s\u2019il les utilise dans ses produits ! LES MINOTERIES PHÉNIX LIMITÉE 310 Avenue Victoria, Montréal 6 LE SEUL ET UNIQUE MOULIN CANADIEN FRANÇAIS XV Les étudiants et L'Action Nationale Une revue dynamique \u2022\tqui vous aide à interpréter les événements; \u2022\tqui vous apprend à penser selon des principes justes ; \u2022\tqui conduit à des solutions concrètes de nos problèmes.Une revue enrichissante \u2022\tpar sa section culturelle \u2022\tpar son apport spécial au travail de vos cercles d\u2019études.Un prix spécial L\u2019abonnement $5.00 au lieu de $7.00 le prix au numéro : $0.50 au lieu de $0.75 Messieurs les préfets des études, Messieurs les présidents de cercles d\u2019études et d\u2019activités culturelles, voyez à ce que L\u2019Action Nationale soit mise à la portée des étudiants de votre collège ou école.Ecrivez-nous à ce sujet Case Postale 189 Station N Montréal XV» Assurez à votre coopérative votre vie votre famille vos écoliers vos employés vos associés en affaires et vos hommes-clef et encore votre santé, votre hypothèque, votre salaire, votre retraite .Ristourne en argent et en avantages additionnels.UNE ENTREPRISE INALIÉNABLE AU SERVICE DES CANADIENS FRANÇAIS s»*.LA SOCIÉTÉ DES ARTISANS COOPÉRATIVE O'ASSURANCE-VIE 333 est, Craig, Montréal-18 861-6371 L\u2019ACTION NATIONALE Volume LV, Numéro 7\tMONTRÉAL\tMars 1966 Éditorial Le difficile dialogue L éditorial de janvier a provoqué les réactions les plus diverses.Certains de nos meilleurs amis se sont inquiétés de ce que le signataire y ait fait, a-t-on estimé, sa profession de foi séparatiste la plus avancée; et l un d'eux s'est senti déçu, jusqu à se désabonner, de la tournure d un esprit en la pondération duquel il avait mis plus de confiance.Pourtant le soussigné croyait avoir expliqué pourquoi il n était pas séparatiste! Mais.il a suffi qu il dise pouvoir le devenir pour effrayer ceux qui préfèrent ne pas penser que la chose pourrait se révéler nécessaire en telle hypothèse.Seul motif de leur crainte, car par définition, tout fidèle lecteur de l Action nationale est un homme (ou une femme) qui n accepte à aucun prix la défaite finale du Canada français.Les séparatistes, d\u2019autre part, ont été moins satisfaits de ce texte que d autres articles précédents.Ils avaient cru trouver en ceux-ci plus d espoir de conversion, quoiqu il s\u2019y trouvât effectivement moins de cette netteté qui a effrayé les autres.Il ne leur suffit pas de ma conviction profonde, dont les autres ont peur, que ne vouloir la défaite du Canada français à aucun prix, c est nécessairement consentir à reconnaître le sépara tisme comme pouvant s imposer dans telle situation don née.Ils y ont vu l indécision de celui qui espère encore que « les Pères de la Confédération * aient eu raison de vouloir sauver l idéal d une Amérique française « a 774 ACTION NATIONALE mari usque ad mare ».C est ce qu a exprimé, en y mettant tout le ton de sympathie dont je lui sais gré, M.Marcel Chaput dans une lettre ouverte à mon adresse que publie le journal l Indépendance.La première ambiguïté du texte de Marcel Chaput.dans l appréciation qu il fait des raisons pour lesquelles je ne me résous pas au séparatisme, c\u2019est d identifier indépendance et séparatisme.Il me voit alors dans la contradiction de vouloir un Québec indépendant, mais d espérer que l indépendance ne sera pas nécessaire.Effectivement, la manipulation de ces notions n est pas facile, car elle met en cause deux concepts d'indépendance: l un qui va à la réalité des choses; l autre qui ne s arrête qu au sens politique de l indépendance ; et I identifie \u2014 tout naturellement parce que c est la façon apparemment la plus simple de la concevoir concrètement \u2014 avec la structure juridique qui la dépeint le mieux: la souveraineté totale et absolue de l Etat entiè renient libre de toute servitude apparente.Pour nous comprendre, c\u2019est à la réalité des cho ses qu il faut d abord consentir à descendre, en profondeur, pour nous établir sur des vérités, et non seulement sur des apparences.Il y a à considérer ce qu est l état d indépendance comme réalité en soi pour voir si telle forme juridique, qui est forcément contingente, forme (son rôle le dit) et non substance, la contient vraiment tout entière (d où alors la nécessité absolue de cette forme) ou n en est qu une des manifestations possibles (d où l utilité dans telle circonstance historique donnée de rechercher la formule qui y convient le mieux).Même en telle perspective, il est tentant d iden tifier indépendance et souveraineté.A première vue, la synonymie parait complète en fonction même de la notion d indépendance que nous avions empruntée à Capitant dans la conférence publiée en mai dernier sur les Etats LE DIFFICILE DIALOGUE 775 associés: « la situation d un organe ou d une collectivité qui n'est pas soumis à un autre organe ou à une autre collectivité ».Elle l est sans doute, à condition de prendre également le terme dans son sens profond, et non seulement dans les particularités de l institution juridique qui y correspond.Car en tout, il y a l état de fait et l état de droit, celui-ci n étant que l expression de la façon dont on veut garantir celui-là qui peut toutefois exister sans cette garantie, qui peut exister en fait et non en droit.Or telle est ici la difficulté, que si l\u2019on prend les notions d'indépendance, de souveraineté, de non-soumission à qui que ce soit dans l absolu, on aboutit à l anarchie, à l'absence et à l\u2019impossibilité de toute orga nisation.Tout ce qui est organisé, en effet, entre dans un cadre à I intérieur duquel l être humain s aliène plus ou moins totalement, se soumet à d autres dans l ordre des nécessités.A la prendre trop rigoureusement, on s accule à I obligation de conclure que l indépendance est une chose inexistante, dont la souveraineté juridique n'est elle même que l illusoire symbole.C'est d ailleurs l objection, en somme valable contre eux, mais sans ua leur profonde, à laquelle les séparatistes sont en butte à cause de la rigueur qu\u2019ils mettent à faire passer toute solution à nos problèmes par la souveraineté juridique totale et absolue, d ailleurs de plus en plus battue en brèche aujourd hui par les constructions internationales pour les Etats, après l avoir été aux siècles antérieurs pour I individu par la constitution des nations et la cou solidation croissante des pouvoirs étatiques.En définitive, l indépendance n'existe véritablement qu à condition d être conçue comme une liberté de décider par soi-même ce à quoi on se soumet et ce à quoi on résiste; et à la limite extrême, \u2014 limite qui est déjà d ailleurs largement dépassée quant à l individu par la 776 ACTION NATIONALE domination des majorités \u2014, de garder le droit de se retirer des cadres auxquels l'on a pu, à un moment donné, consentir à se soumettre.C est pourquoi, en réalité nous serons devenus indépendants en tant que nation canadienne-française, non pas seulement quand nous aurons obtenu l\u2019indépendance juridique absolue du Québec, mais avant même cette réalisation: à partir du jour où, indépendamment des cadres juridiques existants, le Canada anglais auquel nous lie actuellement une situation historique que nous ne pouvons éviter d assumer, nous accepterait comme partenaires égaux dans la négociation d une nouvelle constitution qui ne pourra plus nous lier à eux que dans ce que nous consentirons librement à accepter.Oui ! ce jour-là, nous serons indépendants ; et si dans cette indépendance, nous n optons pas pour la souveraineté absolue, ce pourra être sans aliéner notre indépendance, de notre libre choix, parce que nous aurons estimé plus satisfaisant un régime où nous consentirions à rester associés à l autre partie en certains domaines d\u2019action conjointe.Pour Marcel Chaput, dans l\u2019ambiguïté des concepts, dans l\u2019ambiguïté de sa rigidité, cela équivaut à soutenir « que le sort de la nation canadienne-française ne dépend pas d elle-même mais bien du traitement que le Canada anglais veut bien accorder à ses réclamations ».Et il y oppose la conception indépendantiste d une « nation québécoise de langue française qui décide de son avenir et qui choisit les concessions qu elle voudra bien faire au nom de l interdépendance ».Il y a dans ce rapprochement quelque chose qui n'est pas totalement illégitime étant donné la confusion des idées dans notre milieu et la substance de certaines thèses antiséparatistes; mais qui l'est totalement mis en opposition aux idées de l Action nationale.Il s\u2019y trouve un tel mélange des plans que s y tenir ne peut que conduire au chaos de la pensée et à l action irresponsable. LE DIFFICILE DIALOGUE 777 Pour comparer, il faut opposer, rapprocher des choses comparables: des concepts à des concepts, et des situations de fait à des situations de fait.Rapprocher une situation de fait et un concept politique pour les opposer l un à l'autre ne fait qu accroître la confusion.Marcel Chaput a raison de tenir que seule la nation canadienne-française doit et qu elle peut décider idéologiquement de son avenir, et non pas s en remettre à l idée que le Canada anglais se fait de cet avenir; et pourtant, il est à noter que bien des indépendantistes eux-mêmes sont les plus ardents à violer cette règle dans la satisfaction (cf.les solutions du Rapport Parent) ou l indifférence manifestées pour des réformes dont l inspiration profonde est étrangère aux traditions les plus caractéristiques du Canada français, source de ces traits distinctifs qui justifient son indépendance.Sur le plan des faits toutefois, il est indéniable, absolument indéniable et inéluctable que notre sort, notre possibilité de mettre en oeuvre nos idées, est lié à la façon dont le Canada anglais, qui nous domine, réagira et dans sa capacité de nous faire échec.Nous pouvons concevoir notre avenir sans le Canada anglais, mais nous ne pouvons pas le réaliser sans passer par lui, soit par la voie du consentement à priori ou à posteriori, soit par celle des concessions arrachées progressivement, soit par celle de l assaut et de la victoire dans la violence.Sur un tel point, il ne sert absolument à rien de se payer de mots.Dans tout cela, il n\u2019est pas question de croire « qu\u2019il se trouve des domaines de notre vie nationale.que la majorité anglaise serait plus habile que nous à administrer ».Il ne s'agit de rien d autre que de ce que Marcel Chaput concède lui-même: la nécessité de consentir certaines relations à l interdépendance.Quand nous les ferons dans un état d indépendance de fait, elles ne se- 778 ACTION NATIONALE ront pas pour autant de nature différente de ce qu elles seraient si nous avions alors atteint l indépendance ab solue de droit, ultérieurement rajustée aux fins des interdépendances nécessaires.Bien sûr, l homme qui est dans l action appelle tou jours confusion les nuances de la vérité qui induisent les populations à réfléchir et à hésiter.Et il est sûr qu il y a des moments, où il est plus vrai de taire certaines nuances pour que ne soient pas obnubilées les réalisations qui concourent à actualiser la réalité virtuelle du vrai.Mais les hommes d action ont également besoin, à certains moments, de la douche rafraîchissante des vérités qui les retient dans une tendance à la précipitation, souvent le plus dangereux ennemi de l avènement du vrai.Marcel Chaput nous concédera qu à l\u2019Action na tionale nous n'avons pas abusé du régime de la douche froide envers les séparatistes.Qu il consente de temps à autre à nous écouter pour nous entendre, plutôt que de nous éliminer d un trait de plume par la force centrifuge des idées engagées dans le mouvement circulaire et rétrécissant de l\u2019action.Le directeur. i Le mouvement coopératif de la consommation par Jacques Towner gérant général de la Fédération des Magasins CO-OP Le Mouvement n\u2019atteint pas la très grande puissance et nul ne s\u2019en étonne.Pour l\u2019essentiel, sa naissance et sa structure datent des lendemains de la deuxième guerre mondiale, époque où les super-marchés à succursales multiples, profitant de la prospérité en cours, prennent un essor remarquable.A peine né, voué à l\u2019indifférence des autres mouvements coopératifs (c\u2019est l\u2019histoire de tous les jeunes mouvements), isolé des sources du crédit populaire, soumis à l\u2019opposition voilée des pouvoirs publics et aux prises avec des problèmes techniques, il rencontre une concurrence gigantesque que seul l\u2019égarement des consommateurs dépasse.Malgré tous ces obstacles, le Mouvement enregistre une extension progressive de son implantation et augmente son taux de présence dans la province.Les lignes suivantes mesurent l\u2019importance et la dimension du Mouvement.La structure La structure du Mouvement est fédérative.Elle se compose d\u2019organismes coopératifs de deux catégories, juridiquement autonomes et incorporés en vertu de la Loi 782 ACTION NATIONALE des associations coopératives sanctionnée le 27 mars 1263.Les catégories d\u2019organismes coopératifs sont: 1\t\u2014 Les imités locales connues sous le nom de \u201cMagasin CO-OP\u201d et constituées de personnes, 2\t\u2014 L\u2019unité centrale appelée \u201cFédération des Magasins CO-OP\u201d (autrefois désignée \u201cAlliance des Coopératives de Consommation\u201d) et constituée de coopératives.Les Magasins CO-OP Véritables coopératives de consommation, ils sont au nombre de 116 s\u2019occupant surtout à satisfaire le besoin-nourriture des foyers.Leur influence varie selon les régions géographiques; elle est prépondérante dans certains territoires ruraux et urbains ; elle est moins sentie dans les grands centres.Le montant d\u2019affaires annuel, au niveau du détail, se situe entre $50,000,000 et $55,000,000.A titre d\u2019exemples : le M.C.d\u2019Asbestos avait en 1964 un chiffre d\u2019affaires de $1,050,000; les M.C.de Rimouski, $1,100,000; les M.C.d\u2019Alma, $1,600,000; les M.C.du Bas-St-Laurent contrôlaient 18% du commerce de l\u2019alimentation de détail.Il est à signaler que plus de 33 1/3% du commerce coopératif canadien de l\u2019alimentation de détail sont effectués dans la province.Ces statistiques, peu connues de la masse des citadins, démontrent l\u2019existence du Mouvement dans toutes les parties de la province.Ce qui semble nécessaire, c\u2019est qu\u2019il multiplie ses unités en s\u2019implantant en force dans les grandes agglomérations urbaines.La Fédération des Magasins CO-OP (FEDECOOP) Constituée et dirigée par une association de coopératives affiliées, la Fédération est une entreprise appliquant en son sein la règle de la démocratie, et visant directement au service à la fois de ses membres et de l\u2019ensemble de la communauté, LE MOUVEMENT COOPÉRATIF DE LA CONSOMMATION 783 Ses services sont divers ; ils comprennent : 1\t\u2014 Un service commercial qui groupe le pouvoir d\u2019achat des coopératives dans le domaine: a)\tdes produits alimentaires.FEDECOOP distribue les produits à la marque CO-OP, b)\tdes matériaux de construction, c)\tde l\u2019équipement ménager (appareils électriques, meubles) ; 2\t\u2014 un service de vérification qui s\u2019occupe de la vérifi- cation des livres comptables de 64 Magasins CO-OP ; 3\t\u2014 un service technique qui s\u2019intéresse à la : a)\tsupervision et aménagement, b)\tpublicité, c)\tpromotion.FEDECOOP a son siège social à Québec et exploite trois succursales: Mont-Joli, Chicoutimi et La Tuque.11 est prévu que les ventes du prochain exercice social de douze mois atteindront $30,000,000.C\u2019est la plus grande entreprise d\u2019épicerie de gros de la région de Québec.Il est à noter que FEDECOOP n\u2019exercera pleinement son action en tant qu\u2019acheteur qu\u2019à la condition d\u2019abaisser le coût des produits distribués aux coopératives et en définitive aux consommateurs.FEDECOOP subventionne l\u2019Association Coopérative Féminine du Québec, organisme se vouant à l\u2019éducation de la femme et à sa formation à l\u2019idée de la coopération afin d\u2019élargir son rôle dans l\u2019économie.L\u2019A.C.F.Q.veut collaborer à l\u2019élaboration et à la promotion d\u2019une politique de la famille axée sur ses besoins concrets, conçue pour son épanouissement et aboutissant à son mieux-être.La planification Une politique de développement coopératif doit contribuer d\u2019une manière positive au progrès économique et social des familles québécoises dans le respect de leurs droits, c\u2019est-à-dire que le Mouvement doit être capable 784 ACTION NATIONALE de donner satisfaction à leurs besoins matériels, intellectuels et moraux.Le plan d\u2019expansion du Mouvement en 1975 pourrait ainsi comporter: 1\t\u2014 Une dizaine d\u2019associations coopératives de consom- mation régionales, établies en vue de la satisfaction du besoin-nourriture, disposant de 150 à 200 supermarchés et de magasins à prix cassés, de quelques magasins généraux et de supérettes, totalisant un chiffre d\u2019affaires de détail d\u2019environ $160,000,000; 2\t\u2014 Une association coopérative de ventes par corres- pondance destinée à la satisfaction du besoin-mobilier ; 3\t\u2014 Une chaîne de magasins à rayons multiples ; 4\t\u2014 Une association coopérative immobilière provinciale possédant tous les biens immobiliers et mobiliers du Mouvement et permettant le financement du développement tout en l\u2019ordonnant; 5\t\u2014 Une puissante organisation centrale englobant l\u2019en- semble des circuits d\u2019approvisionnement et d\u2019administration pour aboutir à une véritable politique d\u2019achats, d\u2019animation, de formation et de promotion.Le succès de la politique de développement du Mouvement dépend en premier lieu de lui-même; il est aussi conditionné par l\u2019aménagement de l\u2019esprit des consommateurs et par le rôle du Conseil de la Coopération dans l\u2019implantation d\u2019une économie coopérative globale.Il reste quand même que le Mouvement est le seul organisme capable d\u2019assurer en permanence la protection intégrale des consommateurs.Sur le plan de la libération économique des nôtres, il offre la garantie de continuité nécessaire à toute planification commerciale d\u2019envergure.Il n\u2019y a aucun doute que la croissance du Mouvement doit être considérée comme un facteur important de développement économique, social et culturel ainsi que de promotion humaine dans la province.Jacques TOWNER L'immigration au Canada par Rosaire Morin En 1961, les Canadiens d\u2019origine française constituaient 30.4% de la population canadienne.Les prévisions démographiques établissent que cette moyenne pro-centuelle sera devenue 25.3% en 1971 et 20.4% en 1981.Cette diminution dans le pourcentage de la population d\u2019origine française menace de détruire les vestiges de notre influence dans la Confédération.La gravité de la situation crée un état d\u2019urgence.Il faut alerter la nation entière.Opposition de la population L\u2019auteur de ces lignes analyse certains aspects de la politique de l\u2019immigration au Canada.Il connaît l\u2019opposition traditionnelle de la population à tout mouvement d\u2019immigration.Cette opposition demeure en 1966.Dans La Presse du 24 décembre 1965, l\u2019Institut canadien de l\u2019Opinion publique publiait les résultats d\u2019un sondage où la question posée était: \u201cComme vous savez peut-être, le ministère fédéral de l\u2019Immigration prend ses dispositions pour importer des milliers d\u2019ouvriers qualifiés.Etes-vous pour ou contre?\u201d 786 ACTION NATIONALE Les opinions varient peu selon les régions.Ce sondage Gallup a produit les résultats suivants : Opinion \tgénérale\tEst\tQuébec Ontario\t\tOuest Pour\t37%\t34%\t35%\t39%\t40% Contre\t50\t53\t51\t44\t53 Réponses nuancées\t6\t3\t2\t11\t4 Sans réponse\t7\t10\t12\t6\t3 I Immigrants venus au Canada Dans ce climat d\u2019opposition de la population canadienne, nos gouvernements ont recruté et accueilli de 1852 à 1965 le nombre impressionnant de 9,217,165 immigrants.Destination par provinces La destination des nouveaux venus de 1901 à 1965 démontre que 298,643 immigrants se sont établis aux Maritimes, 1,237,229 au Québec, 2,704,889 en Ontario, 779,577 au Manitoba, 543,794 en Saskatchewan, 877,111 en Alberta et 743,262 en Colombie-Canadienne.L\u2019Ouest a donc reçu 40.9% des immigrants canadiens, l\u2019Ontario 37.7%, le Québec 17.2% et les Maritimes 4.1%.L\u2019influence du Québec est noyée par l\u2019augmentation disproportionnée de la population établie à l\u2019ouest du Long Sault.La présence française dans les autres provinces disparaît par l\u2019accroissement d\u2019une population qui lui est étrangère.Selon l\u2019origine ethnique De 1901 au 30 juin 1964, 7,089,823 immigrants sont venus au Canada.Selon leur origine ethnique, nous avons tenu compte des neuf groupes ethniques les plus nombreux. L'IMMIGRATION AU CANADA 787 \tOrigine\tNombre\t% 1\t\u2014 Britannique\t2,740,031\t38.66 2\t\u2014 Italienne\t481,316\t6.78 3\t\u2014 Allemande\t419,020\t5.91 4\t\u2014 Polonaise\t249,093\t3.51 5\t\u2014 Juive\t203,503\t2.87 6\t\u2014 Hollandaise\t192,006\t2.70 7\t\u2014 Ukrainienne\t165,095\t2.32 8\t\u2014 Russe\t124,154\t1.75 9\t\u2014 Française\t112,740\t1.59 10\t\u2014 Autres\t2,402,865\t33.91 Même si l\u2019inspiration et les buts de la politique d\u2019immigration n\u2019étaient pas de noyer l\u2019élément français au Canada, la sélection et la venue des immigrés aboutissent à ce résultat.Selon le pays de naissance et de dernière résidence La compilation des immigrants d\u2019après-guerre, de 1946 à 1964, permet de constater le pays de naissance de ces 2,357,262 immigrés entrés au Canada durant cette période.26.3% des immigrés sont nés en Grande-Bretagne, 14% en Italie, 9.5% en Allemagne, 6.3% en Hollande, 6.3% aux Etats-Unis, 5.4% en Pologne, 2.6% en Hongrie, 2.4% en Grèce et 2% en France.Décidément la France n\u2019est pas à la mode.Les statistiques de 1939 à 1965 relatives au pays de dernière résidence permanente démontrent que 28.4% des immigrés viennent du Royaume-Uni, 13.5% d\u2019Italie, 10.6% d\u2019Allemagne, 9.7 % des Etats-Unis, 6.2% de Hollande, 2.8% d\u2019Asie et 2.5% de France.Notre ministère de la Citoyenneté et de l\u2019Immigration n\u2019avait pas découvert le monde francophone.63,690 Français sur 2,512,910 immigrants.Mais il avait localisé la Grande-Bretagne depuis longtemps.De 1815 à 1860, le Canada a accueilli 1,196,-429 citoyens du Royaume-Uni et de 1901 à 1964, nous avons reçu le nombre impressionnant de 2,740,031 Britanniques. 788 ACTION NATIONALE Ces sujets de l\u2019Empire ne nous ont certes pas aidé à nous décoloniser.L\u2019impérialisme des politiques canadiennes est dû en grande partie à l\u2019esprit britannique des nouveaux venus.II Les confessions religieuses Notre gouvernement canadien s\u2019intéresse peu à la confession religieuse de l\u2019immigrant.Il nous est impossible de distribuer les nouveaux venus à leur arrivée selon leur religion.Mais l\u2019analyse de la population canadienne d\u2019après les recensements décennaux permet de situer l\u2019allégeance religieuse des Néo-Canadiens établis au pays.La population canadienne Envisageons d\u2019abord la population canadienne selon les principales confessions religieuses.Pour une meilleure compréhension, nous traduisons en pourcentage de la population totale la position de chacune des principales Eglises pour les années 1941, 1951 et 1961.Religion\t1941\t1951\t1961 Catholique romaine\t41.8%\t43.3%\t45.7% Eglise-Unie du Canada\t19.3\t20.4\t20.2 Eglise anglicane du Canada\t15.3\t14.7\t13.2 Presbytérienne\t7.2\t5.5\t4.5 Luthérienne\t3.5\t3.2\t3.6 Baptiste\t4.2\t3.8\t3.3 Autres\t2.4\t2.2\t2.9 Judaïque\t1.4\t1.6\t1.4 Grecque orthodoxe\t1.2\t1.3\t1.3 Ukrainienne (grecque) catholique\t1.6\t1.6\t1.0 Pentecostale\t0.5\t0.6\t0.8 Mennonite\t0.9\t0.8\t0.8 Armée du Salut\t0.3\t0.3\t0.5 Témoins de Jéhovah\t0.1\t0.3\t0.4 Mormone\t0.2\t0.3\t0.3 Adventiste\t0.1\t0.1\t0.1 \t100.0%\t100.0%\t100.0% Les 8,342,826 catholiques de 1961 sont parvenus à 45.7% de la population.C\u2019est le sommet de l\u2019Eglise L'IMMIGRATION AU CANADA 789 catholique depuis la Confédération.Mais, cet apogée n\u2019est pas le résultat de l\u2019avènement des nouveaux venus.Il est le produit de l\u2019expansion de l\u2019église et de sa puissance de prosélytisme.Les Canadiens français sont demeurés catholiques à 95.9%.Les 5,314,380 Canadiens français catholiques représentent 63.7% de l\u2019Eglise catholique au Canada.Le groupe italien est catholique à 93%.418,826 Italiens constituent 5.02% de l\u2019Eglise romaine.24.4% des Allemands sont catholiques, soit 256,102 Allemands pour un pourcentage de 3.06% de l\u2019Eglise.Les 11,197,951 Canadiens d\u2019autres origines ethniques sont catholiques à 21.0% et ils représentent 28.22% de l\u2019Eglise catholique.2,854,262 Britanniques composent 77.9% de l\u2019Eglise-Unie du Canada.2,030,844 Britanniques constituent 84.3% de l\u2019Eglise anglicane et 692,500 Britanniques forment 84.6% de l\u2019Eglise presbytérienne.1,415,410 Britanniques représentent 16.8% de l\u2019Eglise catholique.1,003,653 Britanniques, soit 12.5% de leur nombre, appartiennent à d\u2019autres confessions religieuses.Nous soulignons aussi que les religions chrétiennes recueillent en 1961 l\u2019adhésion de 88% de la population du Canada.La population néo-canadienne La répartition selon les religions des 2,844,263 Néo-Canadiens de 1961 nés en pays étrangers produit le tableau suivant: Religion % de la population Nombre néo-canadienne Catholique romaine Eglise anglicane du Canada Eglise-Unie du Canada Luthérienne Autres Presbytérienne Grecque orthodoxe Judaïque Baptiste Ukrainienne catholique Mennonite Pentecostale 886,111 510,980 381,436 272,848 201,429 193,932 111,629 104,636 69,274 63,951 30,657 17,380 31.15% 17.97 13.41 9.60 7.08 6.81 3.92 3.68 2.44 2.25 1.08 0.61 790 ACTION NATIONALE 31.15 % des Néo-Canadiens sont catholiques, alors que la population totale est catholique à 45.7%.Les gains sont réalisés par la religion luthérienne qui obtient l\u2019adhésion de 9.6% des Néo-Canadiens en regard de 3.6% de la population canadienne.7.08% des Néo-Canadiens professent une autre religion que celles qui sont mentionnées, alors que seulement 2.9% de la population appartient à d\u2019autres religions.Les Judaïques obtiennent une proportion de 3.68% parmi les Néo-Canadiens et de 1.4% parmi la population canadienne.Les catholiques sont en recul.A longs termes, l\u2019immigration modifiera la position des religions.L\u2019Eglise catholique est celle qui recueille proportionnellement le moins de fidèles parmi les Néo-Canadiens.Les pourcentages des adhérents néo-canadiens à une confession religieuse représentent les proportions suivantes: Religion\t% des Néo-Canadiens en regard de la confession religieuse canadienne Grecque orthodoxe Judaïque Luthérienne Autres Ukrainienne catholique Presbytérienne Eglise anglicane du Canada Mennonite Pentecostale Baptiste Catholique romaine Eglise-Unie du Canada Les immigrés catholiques ne représentent même pas la proportion du 15.6% des Néo-Canadiens face à la population du Canada.Notre crainte grandit encore devant ce fait qu\u2019environ 90% des 886,111 Néo-Canadiens catholiques ont adopté la langue anglaise.Quelle proportion d\u2019entre eux conservera la foi catholique?La population néo-québécoise Les Néo-Québécois de 1961 nés à l\u2019étranger se chiffrent par 388,449.A quelles religions adhèrent nos immigrés du Québec?Les statistiques nous révèlent: 46.55% 41.13 41.10 37.9 33.72 23.69 21.21 20.10 12.07 11.67 10.62 10.41 L'IMMIGRATION AU CANADA 791 Religion Nombre Catholique Anglicane Judaïque Eglise-Unie Grecque orthodoxe Luthérienne Presbytérienne Autres Baptiste Ukrainienne orthodoxe Pentecostale Mennonite 194,029 47,362 45,253 26,646 22,485 16,989 16,892 11,129 2,814 3,746 1,011 93 Les Néo-Québécois professent la religion catholique dans une proportion de 40.9%.Les Anglicans comptent pour 12.1%, les Judaïques 11.6%, l\u2019Eglise-Unie 6.8% et les autres confessions religieuses 19.6%.C\u2019est la transformation progessive du milieu québécois dans sa foi, dans sa mentalité et dans ses structures.Ce phénomène s\u2019accentue surtout dans la zone métropolitaine de Montréal qui a accueilli 321,091 des 388,449 immigrés du Québec.La zone métropolitaine comprend 82.6% des Néo-Québécois.Alors que la population de la zone métropolitaine est catholique à 77.6%, les immigrés de la zone ne le sont qu'à 47.4%.Les Judaïques représentent 13.8%, les Anglicans 11.7%, les Grecs orthodoxes 6.5%, les fidèles de 1 Eglise-Unie 6.4% et les autres confessions 14.2%.Conclusion A ce rythme, la composition de la population canadienne s\u2019oriente vers la tour de Babel.A ne tenir aucun compte de la confession religieuse du nouvel arrivant, le Canada bâtit sur le sable mouvant qui engloutit celui qui s\u2019y aventure.N\u2019est-il pas vital de prévoir le peuplement du pays avec des immigrés qui s\u2019adaptent aux principes chrétiens et qui respectent l\u2019équilibre religieux de l\u2019année 1961?Dans les 20 dernières années nous avons accueilli environ 500,000 immigrants qui n\u2019adhéraient pas à la 792 ACTION NATIONALE foi chrétienne.Les tendances et les orientations actuelles de l\u2019immigration nous permettent de croire que le nombre des nouveaux venus étrangers aux principes chrétiens augmentera au cours des prochaines années.Il est temps de mettre le holà! III Les groupes ethniques La population canadienne Au recensement de 1961, les 7,996,669 Britanniques constituaient 43.8% de la population et les 5,540,346 Français représentaient 30.4%.Les Néo-Canadiens au nombre de 4,701,232 composaient 25.8% de la population et en 1967, leur nombre dépassera les citoyens canadiens d\u2019origine française.Les principaux groupes de Néo-Canadiens comprennent les Allemands\t1,049,599\t5.8% Ukrainiens\t473,337\t2.6% Italiens\t450,351\t2.5% Hollandais\t429,679\t2.4% Polonais\t323,517\t1.8% Cette diversité grandissante des origines ethniques suscite déjà des problèmes politiques, sociaux, économiques et culturels.Dans la mesure où l\u2019on respecte l\u2019équilibre démographique des Français sur tout le territoire canadien, il convient d\u2019accueillir des éléments étrangers qui acceptent de s\u2019assimiler aux deux groupes fondamentaux de la Confédération dans des proportions équitables et proportionnelles.Distribution par provinces La répartition de la population par provinces dé- L'IMMIGRATION AU CANADA 793 montre que les minorités françaises sont littéralement \u201cnoyées\u201d.\tBritan-\tNéo-\tCanadiens\t% de la \tniques\tCanadiens\tfrançais\tprovince Terre-Neuve\t428,899\t11,783\t17,171\t3.7% Ile-d u-Pr ince-Ed ou a rd\t83,501\t3,710\t17,418\t16.6 Nouvelle-Ecosse\t525,448\t123,676\t87,883\t11.9 Nouveau-Brunswick\t329,940\t35,869\t232,127\t38.8 Ontario\t3,711,536\t1,876,615\t647,941\t10.3 Manitoba\t396,445\t441,305\t83,936\t9.1 Saskatchewan\t373,482\t491,875\t59,824\t6.4 Alberta\t601,755\t646,870\t83,319\t6.2 Colombie Canadienne\t966,881\t595,231\t66,970\t4.1 9 provinces\t7,417,887\t4,226,934\t1,296,589\t10.0% Québec\t567,057\t450,800\t4,241,354\t80.6% Les minorités françaises établies en dehors du Québec représentent 10% de la population des neuf provinces, comparativement à 57.3% pour les Britanniques et à 32.7% pour les Néo-Canadiens.Dans la position démographique, si nous comptons distinctement les Anglais, les Ecossais et les Irlandais, le groupe français se classe numériquement en première place au Québec et au Nouveau-Brunswick et en troisième place à Terre-Neuve.Nous sommes au 4e rang à l\u2019Ile-du-Prince-Edouard, en Nouvelle-Ecosse et en Ontario; au 6e rang au Manitoba et en Colombie-Canadienne et au 7e rang en Saskatchewan et en Alberta.Comme en 1881, les Anglais dominent Terre-Neuve et les Ecossais, l\u2019Ile-du-Prince-Edouard.Les Anglais ont dépassé les Ecossais dans la Nouvelle-Ecosse.Au troisième rang en 1881, les Français du Nouveau-Brunswick dominent par le nombre en 1961.Le Québec demeure français.Les Anglais ont devancé les Irlandais en Ontario, les Ecossais au Manitoba et ils conservent leurs positions de premier rang en Saskatchewan, Alberta et Colombie.Globalement, 6 provinces sont britanniques, 3 cosmopolites et de langue anglaise et une seule demeure française.Une contre neuf.David contre Goliath.Et notre personnel politique nous a enlevé notre fronde. 794 ACTION NATIONALE La révolution \u201ctranquille\u201d semble même nous tranquilliser.Au moins si on nous respectait.Si on accordait à nos compatriotes des autres provinces un traitement équivalent à celui dont jouit l\u2019élément anglais dans le Québec.La population néo-canadienne Nos 2,844,263 Néo-Canadiens nés à l\u2019étranger se composent de % des immigrés Britanniques\t1,151,015\t40.4% Allemands\t287,135\t10.0 Italiens\t265,169\t9.3 Hollandais\t155,630\t5.4 Polonais\t128,950\t4.5 Ukrainiens\t110,109\t3.8 Scandinaves\t104,805\t3.6 Français\t88,258\t3.1 Autres\t553,192\t19.9 3.1% d\u2019immigrés français.Dans quelle galère sommes-nous embarqués?Dans une Confédération où nous sommes des partenaires égaux?.Les positions des immigrés Britanniques et Français dans les provinces démontrent l\u2019application d\u2019une politique anglaise dominatrice.\tBritanniques\t%\tFrançais\t% T.N.\t4,435\t70.7%\t180\t2.8% I.P.E.\t2,059\t68.8\t156\t5.2 N.E.\t21,785\t63.7\t1,419\t4.1 N.B.\t15,404\t66.1\t2,544\t10.9 Qué.\t99,536\t25.6\t52,361\t13.4 Ont.\t568,507\t42.0\t14,326\t1.0 Man.\t59,914\t35.2\t3,199\t1.8 Sask.\t52,440\t35.1\t3,508\t2.3 Alb.\t103,749\t35.9\t4,851\t1.6 C.C.\t221,446\t52.3\t5,566\t1.3 En groupant les Anglais, Ecossais et Irlandais en un seul groupe, l\u2019immigré français n\u2019arrive même pas au second rang des immigrants dans aucune province.Nous sommes au troisième rang dans deux provinces, au qua- L'IMMIGRATION AU CANADA 795 trième dans deux, au cinquième dans une, au huitième dans deux et au neuvième rang dans trois provinces.Les Hollandais sont au second rang dans deux provinces, les Italiens dans deux provinces, les Allemands dans cinq provinces et les Britanniques dominent dans toutes les provinces.Vive un pays biculturel ! en attendant la confusion des langues.et la tour de Babel.Un tel résultat britannique suppose de la préméditation.Il s\u2019agit d\u2019un complot organisé pour \u201cnoyer\u201d les Français.En termes de politiciens, nous sommes devant des combines et du tripotage.C\u2019est un crime de lèse-majesté contre le Canada, l\u2019un de ses éléments constituants étant le Canada français.La situation rappelle ce malheureux qui appelait tous les jours la Mort à son secours.La nation canadienne-française criera bientôt: \u201cO Mort, que tu me semblés belle! Viens vite, viens finir ma fortune cruelle.\u201d La population néo-québécoise Des immigrés qui vivent au Québec, 25.6% sont Britanniques, 17.1% Italiens, 13.4% Français, 5.3% Allemands et 38.6% d\u2019autres nationalités.Dans la zone métropolitaine, les immigrés français représentent 8.8% des immigrants et les Britanniques comptent pour 24.8%.La disproportion choque.Dans le milieu montréalais, neuf sur dix immigrants rejoignent l\u2019élément anglophone.Même les groupes ethniques apparentés au point de vue culturel et racial passent graduellement à l\u2019élément anglais.Avec la croissance de l\u2019immigration, il est à redouter qu\u2019un bon matin, nous nous réveillions en minorité dans la seconde ville française du monde.Le vieil axiome \u201cDeux sûretés valent mieux qu\u2019une et le trop en cela ne fut jamais perdu\u201d doit animer l\u2019action de 1 Etat du Québec et de la nation canadienne- 796 ACTION NATIONALE française.Chaque année, avec l\u2019immigration, nous perdons une bataille.Un jour, nous aurons perdu la guerre.IV Les langues française et anglaise La population canadienne Au sens du recensement de 1961, il est convenu d\u2019attribuer le caractère de \u201clangue maternelle\u201d à la première langue qu\u2019une personne a parlée et qu\u2019elle comprend encore.\u201cLa langue officielle porte sur le nombre de personnes qui ont déclaré pouvoir parler l\u2019une ou l\u2019autre des deux langues officielles du Canada, ou les deux.\u201d La situation de la langue française est angoissante.Le tableau suivant illustre sa position face à la puissance assimilatrice de la langue anglaise.Britanniques Français Autres Origine 7,996,669 5,540,346 4,701,232 Langue Maternelle 10,660,534 5,123,151 2,454,552 Langue Officielle 12,284,762 3,489,866 2,463,619 Langue Parlée 14,515,934 5,721,038 232,447 Les Britanniques d\u2019origine constituent une proportion de 43.8%, mais 58.4% de la population déclarent que leur langue maternelle est la langue anglaise, 67% ne parlent que l\u2019anglais et 79% parlent l\u2019anglais.Le gain britannique s\u2019établit à 14.6% pour la langue maternelle, à 23.2% pour la langue officielle et à 35.2% pour la langue parlée.Les Canadiens d\u2019origine française représentent 30.4% de la population.28.09% ont conservé le français leur langue maternelle, 19.1% ne parlent que le français et 31.3% parlent le français.La langue maternelle française subit un recul de 2.31% et la langue officielle une perte de 11.3%.Les parlants français augmentent de 0.9%. L'IMMIGRATION AU CANADA 797 Distribution par provinces Dans les 9 provinces autres que le Québec, la situation de la langue indique notre progression vers un Canada de plus en plus anglais.\tAnglais\tFrançais\tAnglais\tNi anglais \tseulement\tseulement\tet français\tni français Nombre\t11,676,127\t235,016\t892,294\t175,599 %\t89.97\t1.81\t6.87\t1.35 Dans un pays bi-ethnique et bi-culturel, à l\u2019extérieur du Québec, l\u2019anglais est parlé à 96.84% et le français à 8.68%.La position des langues officielles se traduit par les pourcentages suivants: Anglais seulement Français seulement T.N.\t98.5%\t0.1% C.C.\t95.3\t0.2 Alb.\t94.1\t0.4 Sask.\t93.6\t0.4 N.E.\t92.9\t0.8 I.P.E.\t91.1\t1.2 Man.\t89.6\t0.9 Ont.\t89.0\t1.5 N.B.\t62.0\t18.7 La population néo-canadienne Sur les 2,844,263 immigrés, 85.9% ne parlent que l\u2019anglais, 2.1% ne parlent que le français, 4.4% ne parlent ni français ni anglais et 7.6% parlent français et anglais.Sur 61,599 immigrés qui ne parlent que le français, 55,704 vivent au Québec.Dans les 9 autres provinces, sur 2,455,814 immigrés, nous n\u2019en comptons que 5,895 qui ne parlent que le français, soit un pourcentage de 0.2% et le nombre total des immigrés qui peuvent y parler le français s\u2019élève à 278,052, soit un pourcentage de 11.3%.Les immigrés d\u2019origine britannique se chiffrent par 1,151,015.Les Néo-Canadiens qui ont adopté l\u2019anglais leur langue maternelle s\u2019élèvent à 1,318,976.Sur les 798 ACTION NATIONALE 88,258 Français d\u2019origine, nous n\u2019en retrouvons que 85,731 qui aient conservé l\u2019usage du français.Le déséquilibre entre les immigrés britanniques et français conduit à l\u2019assimilation progressive des minorités françaises.Le drame tragique des Canadiens français qui s\u2019anglicisent s\u2019exprimait ainsi en 1961 : \tNombre\tPerte Ont.\t222,639\t34.36% N E.\t48,315\t54.97 Alb.\t41,043\t49.26 C.C.\t40,791\t60.90 Sask.\t23,661\t39.55 Man.\t23,037\t27.44 N.B.\t21,597\t9.30 T.N.\t14,021\t81.65 I.P.E.\t9,460\t54.31 Y.\t1,409\t58.63 Le rêve des Durham et Sifton de \u201cnoyer\u201d les Canadiens français est réalisé par Pearson et Diefenbaker.La population néo-québécoise Au Québec, sur nos 388,449 Néo-Québécois, 49.3% ne parlent que l\u2019anglais, 14.5% que le français et 28.4% parlent le français et l\u2019anglais.77.7% des immigrants utilisent l\u2019anglais, alors que 42.7% peuvent parler le français.La comparaison entre l\u2019origine des immigrants et la langue maternelle établit que 31% d\u2019entre eux ont adopté l\u2019anglais leur langue maternelle, alors que seulement 14.9% ont choisi la langue française.Dans la zone métropolitaine, 38.2% seulement des immigrés peuvent parler le français et 78.9% utilisent l\u2019anglais.9.2% des Néo-Montréalais ne parlent ni français ni anglais.A moins d\u2019un redressement immédiat, la culture française en terre d\u2019Amérique se limitera au Québec dès 1981, et disparaîtra du continent dès le 21e siècle. À la périphérie des forêts par Odina Boutet A partir des bords du fleuve St-Laurent, l\u2019étendue de terre fertile est très étroite en certains endroits.Elle se couvre de fières maisons à toits pointus et de bâtiments prospères.Mais bientôt, la forme ronde des collines se laisse prendre à l\u2019étreinte des forêts qui la chargent ici au bas, là au flanc, tantôt au sommet, soudain tout entière.Ce sont les contreforts des Laurentides.Alors les maisons se font plus petites, les champs plus rares, les granges plus modestes.Souvent, il n\u2019y a qu\u2019une étroite masure devant laquelle on s\u2019interroge: qui donc a bien pu espérer vivre ici?Mais, non, ce n\u2019est pas la fin.Il y en a encore tout le long du chemin, jusqu\u2019à un autre village un peu plus haut, un peu plus à l\u2019est, un peu plus à l\u2019ouest, jusqu\u2019à la barrière d\u2019une compagnie forestière.Entre les territoires gardés aux cris de la bête de la forêt et la plaine lourde d\u2019argile du Saint-Laurent, une farouche population d\u2019humains entame le mystère des terres légères, des terres noires, des sables blond, roux et gris.Des deux côtés de chaque route, les établissements s\u2019alignent sans fin, à peine interrompus ici et là par quelques arpents de brousse.On se demande si c\u2019est la route ou la forêt qui a osé venir jusque-là, mais dans la clarté fulgurante des éclaircis se dressent des habitations, des 800 ACTION NATIONALE bêtes et des gens, innombrables, dans un pays immense.Quand on vient de la plaine, on croit qu\u2019ils se rattachent à la plaine; mais quand on revient de la forêt, on voit qu\u2019ils sont enchaînés à la forêt.Les instruments de la plaine ont perdu de leur utilité et les sabots des bêtes doivent être très lourds sur les maigres tapis d\u2019herbes.La hache et la scie apportent certes plus de pain que le blé ou l\u2019avoine, sur la table où quémande le gouffre de la faim, pour une famille qui dit parfois le bénédicité, mais hélas, aussi parfois des blasphèmes.Si la plaine est étroite et rare la bonne terre, infinie est la forêt et bien présomptueux ceux qui ont cherché sous ses pieds une moisson digne d\u2019une grosse maison.Entre l\u2019habitant de la vallée du St-Laurent et le bûcheron des chantiers, un malheureux, un téméraire paysan des terres rousses s\u2019est fait un pays en reculant l\u2019ombrage des montagnes.Il est le pionnier d\u2019une conquête accomplie au delà de la terre de son père, pendant que la ville lui refusait un gagne-pain et que la forêt retenait ses billes au profit d\u2019une grosse compagnie.Si la plaine est étroite, les contreforts, eux, sont très étendus et la population qui les habite est très nombreuse.Quand on va par ces terres de misère et d\u2019oubli, on est saisi d\u2019un profond respect ou d\u2019une silencieuse admiration pour ceux qui, entre deux noirceurs, celle du matin et celle du soir, renversent, avec le sol labouré, la promesse d\u2019une année qui n\u2019a pas assez donné.Mais le poète, au lieu de brailler, voit sur la tête rouge du sillon qui traverse la colline, s\u2019avancer en colère les Gaulois qui ont repris la guerre, les Normands à la proue d\u2019une charrette tirée par de blonds chevaux, au fond d\u2019un ravin qui se tord entre les vertes pentes d\u2019un pâturage qui dispute les espaces à la brume.Ils vont la faire sauter, la barrière.Ce n\u2019est pas en nombre de villages, qu\u2019il faut les compter, les victimes de la périphérie des forêts.Elles sont aussi nombreuses qu\u2019il y a de membres dans chaque famille, sur chaque terre qui commence en herbes au bord du chemin et qui finit en arbres à l\u2019autre extrémité, ces À LA PÉRIPHÉRIE DES FÔRÉTS 801 terres que la forêt reprend pouce à pouce, chaque fois que le paysan tourne le dos.La nature les avertit sans cesse que les ressources naturelles en ces lieux se dressent au delà des fourrés où on les a repoussées.La richesse, la grande richesse de la nature, dès qu\u2019on s\u2019éloigne de la vallée laurentienne, c\u2019est la forêt laurentienne.Ils sont des milliers, nos gens, pris entre la honte de n\u2019avoir pas une bonne terre à cultiver comme ceux de la vallée, et la dépossession de ce qui pousse bien en ces lieux, le bois.Ils forment un peuple d\u2019arrière-zone, une sorte de transition sournoise entre le sol généreux des bords du grand fleuve et le mur des troncs durs qui s\u2019avance vers eux.Cette masse humaine vit dans une situation ingrate, quoique chacun de ses membres puisse chaque jour toucher du bout du doigt un arbre précieux et marcher dans l\u2019ombre d\u2019une fortune.Ils n\u2019ont d\u2019autres perspectives que celles de gratter désespérément un sol avare, en refoulant une secrète envie envers ceux qui sont mieux partagés, ou de franchir la barrière d\u2019un chantier pour gagner quelques dollars qui n\u2019auront rien ajouté à leur salubrité ni à la nôtre.Cette société, mi-terrienne mi-forestière, est frustrée par la forêt et par la terre.Il s\u2019ensuit que le peuplement de notre pays devient une occasion de perdre des valeurs humaines, dans cette partie des terres qui est quand même la plus grande de tout notre territoire.La ville et les banlieues ouvrières sont déjà pleines de difficultés.La campagne ancienne subit des transformations industrielles.Pendant ce temps, les espaces étagés en deçà et au delà des montagnes gardent une population pauvre et sans avenir, alors que la nature leur fait pousser sous le nez une richesse qui serait suffisante pour organiser le peuplement progressif du reste de notre arrière-pays.S\u2019il existe un moyen de faire pénétrer la famille en forêt, avec les outils modernes d\u2019exploitation et la facilité des communications, nous aurons agrandi notre nation à la mesure de la plus grande richesse naturelle qui 802 ACTION NATIONALE se trouve en notre pays.En rendant possible le peuplement de la plus grande partie de notre territoire, nous augmenterons non seulement nos ressources humaines permanentes, mais aussi la valeur et la diversité de notre population.Alors que présentement, les cités et les élites rurales, et autres, doivent renflouer une population marginale qui pèse sur elles de toute son impossibilité de vivre au niveau des autres et d\u2019envisager son sort avec des idées saines, un changement de perspective pour les habitants de nos plus grands espaces peut devenir aussi un changement de perspective pour la nation.Que penser de l\u2019apport que serait, pour tous, une population instruite de la science des arbres, de la technique d\u2019exploitation des forêts, de la connaissance d\u2019un peuplement humain sur les contreforts laurentiens?Au lieu de vivre dans la médiocrité, une famille fortement installée là où pousse la meilleure récolte de bois, ayant sous les yeux quotidiennement le spectacle de la beauté dans la durée, vivant dans l\u2019espérance que l\u2019instruction des parents et des enfants va leur révéler chacun des secrets vitaux d\u2019une grande plantation naturelle, voit s\u2019ouvrir les voies d\u2019un avenir.Pendant qu\u2019aux abords des villes, les industries se cherchent des talents et des clients, au sein de la forêt peut se constituer l\u2019oasis humaine la plus nombreuse et la plus prometteuse.Les rivières coulent déjà en direction du grand fleuve, capable de porter à la dérive les bois flottants.Le sol est solide pour la construction des routes.Les gens ont depuis toujours l\u2019habitude du défrichement qui pourrait leur permettre d\u2019entourer leurs établissements d\u2019un espace vert, protecteur, entre la grande forêt et eux, contre les incendies et contre l\u2019inculture.Je ne veux pas poser la question, à savoir qu\u2019est-ce qui manque.Il y a suffisamment, et c\u2019est cela qu\u2019il faut démontrer.On saura comment procéder pour peupler largement cette partie de notre pays, en considérant ce qui s\u2019offre à nous en ces lieux.D\u2019abord, la forêt, riche, belle et permanente.Ensuite, une population, travailleuse, forte et permanente aussi. A LA PÉRIPHÉRIE DES FORÊTS 803 Que faut-il, pour unir ces deux grandes réalités?il faut que l\u2019amour de la forêt soit satisfait par la possession de la forêt.En cela, comme en d\u2019autres domaines, la loi vitale est toujours la même.C\u2019est sur la façon de procéder à l\u2019union, là encore, que se présentent les difficultés, qui ne sont cependant pas insurmontables.Procédons suivant un principe d\u2019autorité ou d\u2019authenticité: pour que le peuplement forestier et humain soit et demeure un peuplement uni, il s\u2019agit d\u2019éviter le morcellement là où les liens ne sauraient exister et de ne pas affaiblir les liens là où ils peuvent être puissants.Pour que la forêt demeure un peuplement boisé, il faut concéder à chaque famille, qui devient un facteur de déboisement, un espace suffisant pour qu\u2019elle établisse une rotation de coupe qui lui laisse assez de bois pour vivre à l\u2019aise et qui laisse à la forêt assez de temps pour pousser à l\u2019aise également.Ainsi, la famille devient aussi un facteur de reboisement, sans compter la possibilité de planter des arbres quand c\u2019est nécessaire.Pour que chaque famille fasse en outre partie d\u2019un peuplement humain, il faut que des routes soient tracées là où des peuplements forestiers assurent l\u2019établissement des familles.Il faut en outre que le mode d\u2019exploitation des forêts facilite à tous les contacts et la sécurité.L\u2019Etat du Québec détient les bonnes forêts sur une superficie de 244,000 milles carrés, en allant vers le nord jusqu\u2019au lac Mistassini.Cela représente environ 88% du territoire et plus de 90% des superficies boisées.Une régie des forêts s\u2019impose donc.Il est facile de concevoir, à partir de cette régie, la circonscription de zones naturelles, dans le voisinage des régions actuellement peuplées.Par le calcul des périodes de croissance des arbres, il est possible de délimiter l\u2019espace nécessaire à l\u2019établissement d\u2019une famille et à la consolidation de tout un secteur de peuplement humain.Dès qu\u2019on offre à des familles l\u2019occasion de commencer une exploitation forestière sur des bases permanentes, on ouvre la porte au peuplement de tout l\u2019arrière- 804 ACTION NATIONALE pays, on suscite un nouveau marché aux producteurs d\u2019outillage forestier, on donne une dimension humaine nouvelle à une population qui était jusqu\u2019alors défavorisée.C\u2019est une promesse de relèvement général pour la nation.Il y a cependant un mais.Comme toujours, les difficultés ne viendront pas du côté de la nature, mais du côté de la politique.Les compagnies forestières n\u2019ont jamais limité leur action aux seuls intérêts de la nation.Il appartiendra donc au peuple de lever ces barrières d\u2019intérêts privés et d\u2019obtenir de l\u2019Etat qu\u2019une régie détienne l\u2019autorité sur les forêts du Québec.Les exploitants obtiendront de cette régie les droits nécessaires à la conduite de leurs affaires, en tenant compte de la priorité nationale, comme il est naturel que cela se fasse.Sans entrer ici dans le détail des modalités, sur lesquelles il sera toujours loisible aux gens compétents de discuter, on peut dès lors prévoir que le long des grandes voies naturelles, rivières et vallées, courront des routes de liaison, en regard desquelles s\u2019échelonneront des établissements qui offriront au voyageur la surprise de leur petit espace vert, au sein de la haute forêt.Ce sera le royaume original des forestiers laurentiens qui, n\u2019ayant pu décemment cultiver la terre, auront décidé de cultiver la forêt.En nos temps modernes, avec la mécanisation généralisée, la famille forestière dont les revenus seront assez élevés, pourra être formée d'ingénieurs, de techniciens, de sages connaisseurs et de poètes, autant que d\u2019autre chose.Il est certain, qu\u2019entre la régie des forêts et l\u2019exploitant, un ou des organismes sont nécessaires, pour l\u2019agencement et la supervision des exploitations et de la production.Les grands commis ont l\u2019habitude et le goût de ces fonctions.Qu\u2019une commission prépare les données de base pour que soit livré à la population notre hinterland forestier et les produits de la forêt ne seront plus exploités en marge du bon peuple.Des milliers de gens vivent aux abords de la forêt, attendant, sans y croire, que leur À LA PÉRIPHÉRIE DES FORÊTS 805 amour et leur connaissance du métier deviennent une fondation pour leur vie.Le temps est venu de leur donner accès à la dignité et à la propriété.L\u2019enjeu est d\u2019importance, car, ne l\u2019oublions pas, la forêt est la plus grande de nos richesses naturelles, et la population qui la frôle est la plus capable d\u2019étendue de ce pays.De nombreuses contrées, à travers le monde, sont peuplées pour l\u2019exploitation des plantations de café, de cacao, de cannes à sucre, de caoutchouc et que sais-je encore.Ici, la production est naturelle et il suffira généralement d\u2019en coordonner l\u2019exploitation.En ce moment, des enquêtes ont lieu dans les régions pauvres du Québec et un effort de participation est demandé à la population pour son relèvement.Qu\u2019est-ce qui empêche des gens qui connaissent le bois, et qui vivent déjà pratiquement dans le bois, de devenir propriétaires d\u2019une superficie boisée largement concédée, plus que ne le furent les terres agricoles chichement séparées?Qu\u2019est-ce qui empêche que des normes d\u2019exploitation forestière soient prévues pour des familles qui habiteraient leurs concessions boisées comme elles ont habité leurs petites terres de roches ?Qu\u2019est-ce qui empêche une inspection régulière des forêts et une mise en marché dirigée?Dans le voisinage des municipalités rurales sans avenir, les municipalités forestières auraient tout un avenir.L\u2019initiative devra-t-elle venir encore une fois de la coopérative?Cela est fort possible et, sans doute, fort bien.Mais vu l\u2019importance d\u2019une action engagée dans cette voie, il serait bon qu\u2019un lieu d\u2019essai soit désigné d\u2019accord avec toutes les autorités concernées.Il y en a des centaines qui s\u2019offrent au choix. CHRONIQUES J\" ot e economique Quelques inconvénients d'une grande emprise de l\u2019État sur T à la lumière de l'expérience française Texte d\u2019une communication présentée à la Tribune sociale et économique du Québec (décembre 1965) On parle beaucoup de \u201csocialisation\u201d dans la Province de Québec.Le mot est des plus ambigus et il recouvre des concepts bien différents selon l\u2019auteur qui l\u2019utilise.Il y a loin de la \u201csocialisation\u201d de \u201cMater et Magistra\u201d à la \u201csocialisation\u201d marxiste! On peut dire cependant que beaucoup d\u2019auteurs lui attribuent la signification générale d\u2019\u201cintervention de plus en plus poussée de l\u2019Etat dans l\u2019économie\u201d, quelle que soit la forme de l\u2019intervention.Si l\u2019on retient cette définition du mot, la France peut être considérée comme un pays fortement \u201csocialisé\u201d.Vingt pour cent des salariés (militaires exclus) travaillent soit dans la fonction publique, soit pour des entreprises possédées par l\u2019Etat.Vingt pour cent des salariés, cela fait plus de 15% de la population active! Mais l\u2019examen des activités des entreprises détenues par l\u2019Etat est plus significatif encore.La Banque de France et les quatre plus grandes banques de dépôts (Crédit Lyonnais, B.N.C.I., Société Générale, C.N.E.P.) sont nationalisées.L\u2019électricité, le gaz, les houillères, l\u2019énergie atomique, c\u2019est-à-dire l\u2019ensemble des sources d\u2019énergie sauf le pétrole, sont nationalisés.Les chemins de fer, la Compagnie de Transport aérien Air-France sont nationalisés.Les B.C QUELQUES INCONVÉNIENTS.807 télécommunications, le service des postes, la plupart des compagnies de constructions aéronautiques, la Régie des automobiles Renault, la plupart des compagnies d\u2019assurances importantes sont nationalisés.Pratiquement tous les Français et toutes les entreprises françaises sont directement clients de l\u2019Etat.L\u2019Etat est aussi présent de façon moins évidente mais aussi importante dans bien d\u2019autres organismes : la Caisse des Dépôts et Consignations qui draine une bonne partie de l\u2019épargne privée, les assurances sociales qui représentent plus de 30% du coût de la main-d\u2019oeuvre sont pratiquement contrôlées par l\u2019Etat.Des sociétés d\u2019économie mixte, c\u2019est-à-dire dont l\u2019Etat détient le contrôle en fait sinon en théorie, contrôlent une part importante du marché du pétrole (C.F.P., U.G.P.).Les émissions d\u2019obligations faites par des organismes publics ou para-publics atteignent 90% du total des émissions obligataires.Cette \u201csocialisation\u201d très poussée existe depuis la fin de la dernière guerre mondiale.Elle s\u2019est développée au cours des années.La France a donc déjà une longue expérience dans ce domaine, expérience qui mérite d\u2019être étudiée lorsque l\u2019on veut se faire une opinion sur les avantages et les inconvénients de la \u201csocialisation\u201d.Ce sont des inconvénients et des inconvénients seulement que nous traiterons aujourd\u2019hui.L\u2019inconvénient majeur est sans conteste l\u2019abandon progessif des deux impératifs qui conditionnent la santé d\u2019une entreprise: la nécessité des profits et la nécessité des investissements.Cet abandon est parfois fait de propos délibéré; mais le plus souvent il est inconscient: on donne tout simplement la priorité à d\u2019autres impératifs qui n\u2019ont aucun caractère économique.C\u2019est par exemple le cas des postes et télécommunications.Le service des postes a un déficit chronique; il faudrait augmenter les tarifs ou réduire les frais de gestion ou faire les deux à la fois pour qu\u2019il puisse vivre en autonomie et se financer. 808 ACTION NATIONALE On préfère prendre les profits du service des télécommunications, qui ainsi n\u2019a plus les moyens de faire les investissements nécessaires.Malgré un corps de techniciens remarquables, le téléphone est d\u2019une utilisation de plus en plus difficile en France.Autre exemple caractéristique: les houillères.Beaucoup ne sont plus rentables.Decazeville est dans ce cas.Une entreprise privée devrait fermer ses portes.Les ouvriers l\u2019admettraient (on ne peut pas obliger un patron à perdre de l\u2019argent) et, la mort dans l\u2019âme peut-être, ils accepteraient de se reconvertir sur place si possible, en se déplaçant si nécessaire.Comme le patron est ici l\u2019Etat, on attend de lui qu\u2019il maintienne l\u2019emploi coûte que coûte.Il DOIT fournir du travail sur place (1) en maintenant les droits acquis.Si le gouvernement essaie de résister, l\u2019opposition s\u2019en empare, la démagogie va bon train et le gouvernement doit plier; sans cela gare aux élections! L\u2019abandon de la notion de rentabilité et l\u2019acceptation d\u2019un déficit chronique conduisent bien naturellement à des relâchements dans la surveillance des dépenses.Si on évite des dépenses somptueuses, trop visibles mais dans le fond pas très dangereuses, on se soucie peu de la lutte contre cette plaie qu\u2019est la multiplication du personnel administratif.Car dans le problème du personnel, les impératifs politiques priment les impératifs économiques.L\u2019Etat doit donner l\u2019exemple; son personnel doit donc être nanti d\u2019un système de sécurité sociale d\u2019avant-garde, d\u2019une sécurité d\u2019emploi totale, d\u2019une retraite confortable et si possible précoce.Toute compression du personne] est extrêmement difficile, les droits acquis, même s\u2019ils sont devenus injustifiés fourmillent et les charges sont écrasantes.L\u2019exemple typique est celui de la Société nationale des Chemins de fer (S.N.C.F.) au 1.Le Français garde de son ascendance paysanne une grande répugnance à quitter son village natal.Fort heureusement ce sentiment s\u2019estompe progressivement dans les grandes villes et chez les jeunes habitants de la campagne. QUELQUES INCONVÉNIENTS.\t809 personnel pléthorique et aux retraités plus pléthoriques encore Quatrième gros inconvénient: la \u201csocialisation\u201d conduit inexorablement vers une centralisation excessive.Deux raisons conduisent à cette situation.Dans la fonction publique, les dirigeants n\u2019aiment pas déléguer leurs pouvoirs; qu\u2019un subordonné prenne une mauvaise décision et qu\u2019un adversaire du gouvernement s\u2019en empare, l\u2019affaire prend tout de suite une ampleur politique.Pour l\u2019éviter on enferme les fonctionnaires dans un carcan de règlements qui leur laisse une marge de manoeuvre très faible.D\u2019autre part, comme on oublie la notion de rentabilité, on pense rarement à éliminer les contrôles qui coûtent plus chers que le risque contre lequel ils protègent.Par exemple un ingénieur départemental des Ponts et Chaussées doit demander l\u2019autorisation à Paris pour acheter un réveille-matin d\u2019une valeur de $5.00.Les conséquences de cette centralisation sont souvent désastreuses.Les décisions sont lentes, peu compatibles avec une action commerciale (pour protéger les assurés contre les abus publicitaires possibles de la part des compagnies d\u2019assurances, tous les imprimés qui vont dans le public doivent être visés par un fonctionnaire du ministère des finances ; durée de l\u2019opération : de 1 à 6 mois, coût important; utilité quasi nulle puisque les abus n\u2019existent pas plus qu\u2019en France dans les pays comme le Canada où un tel contrôle n\u2019existe pas).La budgétisation est tellement poussée et tellement lourde que chaque échelon majore ses besoins réels sachant bien que s\u2019il lui fallait dans de brefs délais quelque chose de non prévu, il ne pourrait pas l\u2019obtenir à temps.On a ainsi souvent du personnel en surnombre peu ou pas occupé: nous connaissons de nombreux cas de cadres restés 6 mois sans aucun travail, de cadres supérieurs pouvant consacrer plus de la moitié de leur temps à des activités extérieures à leur profession (à la Régie des Tabacs en particulier), de services entiers travaillant pratiquement à mi-temps.Dans certains secteurs, on assiste en fin d\u2019année à une débauche d\u2019achat de matériel inutile, car si l\u2019on ne dépense 810 ACTION NATIONALE pas tout le budget alloué pour l\u2019année il risque d\u2019être réduit l\u2019année suivante alors que l\u2019on en aura besoin en totalité.Tout comme le dirigeant d\u2019une entreprise privée se sent attiré par le libéralisme économique (le vieux \u201claisser faire, laisser passer\u201d), le haut fonctionnaire incline vers le dirigisme.Lorsque l\u2019Etat participe fortement dans l\u2019économie comme en France, il est certain que le dirigisme gagne en importance et est de plus en plus admis.C\u2019est ainsi que Monsieur François Bloch-Lainé (l\u2019un des plus libéraux des grands commis de l\u2019Etat) dans son livre \u201cPour une réforme de l\u2019entreprise\u201d prône qu\u2019il y ait dans le conseil d\u2019administration des entreprises, un représentant de l\u2019administration (du \u201cPlan\u201d) et avoue (page 131) : \u201cquand l\u2019Etat pratique aussi largement qu\u2019il tend à le faire, les \u201cincitations\u201d afin d\u2019obtenir des entreprises les résultats qu\u2019il souhaite, quand il détient des moyens aussi décisifs que les autorisations, les subsides, les crédits, les garanties, il \u201cparticipe\u201d à tant d\u2019activités que le caractère plus ou moins rigoureux de ses édits, plus ou moins coercitif de ses armes, importe peu.Il est devenu suffisamment indispensable à la plupart des entreprises pour que la question de savoir s\u2019il devrait ou non être plus contraignant perde beaucoup de son sens\u201d.On est là à l\u2019opposé du principe de subsidiarité prôné dans \u201cMater et Magistra\u201d voulant que toute autorité abandonne aux échelons subalternes le maximum des pouvoirs de décision qu\u2019ils sont capables d\u2019assumer.Nous terminerons notre énumération des inconvénients par un aspect qui nous paraît essentiel car il menace l\u2019Etat lui-même : l\u2019impossibilité pour celui-ci de continuer à jouer un rôle d\u2019arbitre dans les conflits.Lorsque l\u2019Etat est le patron de vingt pour cent des salariés, il est normal que les syndicats de salariés le disqualifient comme arbitre et le suspectent d\u2019être du côté des patrons.La démagogie est alors facile pour les adversaires du gouvernement! Et lorsque l\u2019Etat doit négocier avec ses propres employés, si nombreux que les mécontenter peut QUELQUES INCONVÉNIENTS.811 faire perdre des élections, il est obligé de suivre encore une fois des impératifs politiques peu compatibles avec les impératifs économiques.Développer l\u2019emprise de l\u2019Etat sur l\u2019économie est pour certains le meilleur moyen de résoudre les injustices sociales et d\u2019éviter les gaspillages dus à la libre entreprise.Laissons de côté le premier point qui n\u2019est pas le but de notre étude ; sur le second, les résultats obtenus ne sont pas toujours ceux que l\u2019on attendait, car d\u2019autres gaspillages sont créés et l\u2019économie perd en dynamisme.La \u201csocialisation\u201d est à manier avec prudence.On en prend conscience même en Russie puisque des économistes y dénoncent vigoureusement la centralisation bureaucratique et prônent un retour à la notion de profit.Claude BEBEAR.LA GRANDE NAÏVETÉ D'ANDRÉ LANGEVIN Romancier, chauvin et \"nègre\" au service du Magazine Maclean (of Toronto), M.André Langevin s'intéresse subitement aux questions internationales.Jusqu'à aujourd'hui manger du curé lui suffisait.Subitement son horizon s'élargit et il se prononce comme expert qui a beaucoup voyagé et beaucoup questionné sur la guerre du Vietnam: \"Tous les observateurs impartiaux s'accordent à reconnoitre que, si les troupes américaines partaient et qu'on organisait des élections libres, la population accorderait son appui au Vietcong.\" (Février 1966, p.4.) M.Langevin oublie qu'en 1954, à Genève, les cinq puissances intéressées à l'avenir du Vietnam avaient demandé des élections libres et que le Vietnam-Nord (ou Vietcong) les a toujours refusées.Il oublie aussi que si, demain, le Vietcong arrêtait d'attaquer, il n'y aurait plus de guerre car le Vietcong seul fait une guerre d'envahissement.M.Langevin est certainement un romancier expert en politique internationale.Si on ne peut lui demander de tout savoir, on peut lui suggérer d'être moins naïf. Propos sur la coopération À LA CONSOMMATION ! Dans de précédents articles nous avons traité au fil de la plume, de la coopération et nous l\u2019avons fait sans aucune ordonnance, voulant tout simplement attirer l\u2019attention des lecteurs de l\u2019Action nationale sur divers aspects de la coopération.En ces derniers temps, nous avons lu différents rapports de caisses populaires; nous avons commenté ici même celui de la Caisse populaire de Sainte-Claire de Dorchester.Nous sommes en face de caisses dont l\u2019actif global s\u2019élève parfois à près de $15,000.000.00.Remarquons le chemin parcouru.Le soussigné a souvenance que la Eanque Provinciale du Canada, aux années 1935-36, avait un actif d\u2019environ $58,000,000.Elle fonctionnait cependant alors, comme aujourd\u2019hui, en quatre provinces de l\u2019Est du pays.Une seule caisse a aujourd\u2019hui un actif de $15,000,000.C\u2019est dire ce que des sociétaires prévoyants et tenaces ont accompli dans le champ de l\u2019épargne et du crédit.Ce qui s\u2019est concrétisé dans le domaine de l\u2019épargne et du crédit n\u2019a pas eu de corollaire dans les autres domaines de la coopération au Canada et notamment au Québec. À LA CONSOMMATION ! 813 En ce moment, les magasins en série qui nous encerclent de toutes parts, débordent du marché d\u2019alimentation et entrent dans le champ de la vente générale : quincaillerie, bonneterie, confection, jouets, etc.C\u2019est leur droit strict.Il ne nous sert à rien de gémir.Les caisses populaires deviennent de plus en plus entreprenantes car, si elles ont atteint et dépassé le rêve de leur enthousiaste fondateur Alphonse Des jardins, elles n\u2019ont tout de même pas totalement jugulé l\u2019usure ou les prêts à des taux élevés.Devenues de plus en plus efficaces, devant faire face à une demande effrénée de prêts à la consommation, elles doivent, tout en prêchant l\u2019épargne, en suggérant des budgets, réussir à convaincre une forte proportion de leurs sociétaires d\u2019épargner, d\u2019épargner peu à la fois, s\u2019il le faut, mais d\u2019épargner de façon continue, méthodique et incessante.S\u2019il y avait une montée identique dans les autres champs de l\u2019activité économique dans la province de Québec et au Canada français, nous pourrions envisager sérieusement d\u2019être maîtres chez nous ; mais si un seul secteur se développe et si par ailleurs nous devenons tout simplement clients ou commis de ce mastodonte de distribution qui se déploie chez nous, notre situation économique comme peuple deviendra de plus en plus dramatique.Rappelons pour mémoire que, malgré des dévouements inouïs depuis de nombreuses années, on ne compte qu\u2019environ soixante-quinze coopératives dont l\u2019activité principale est la vente de denrées alimentaires et de produits d\u2019utilisation domestique, comme l\u2019indique le rapport du ministère du Commerce du Québec: ce sont les épiceries-boucheries ou des entreprises de type dit magasins généraux.Il y a pourtant plus de 20,000 membres dans ces coopératives.Le chiffre d\u2019affaires a été pour l'année écoulée de $16,569,000.La Fédération des Magasins Co-op est la centrale de gros de ces coopératives, ainsi que de multiples coopératives agricoles ayant une section de consommation.En 814 ACTION NATIONALE 1964, on comptait 227 coopératives affiliées avec un actif de $3,306,753 et un chiffre d\u2019affaires au dernier exercice de $17,151,436.C\u2019est tout de même une force mais c\u2019est aussi un drame.Ce qui manque aujourd\u2019hui pour revivifier notre commerce de consommation épicerie-boucherie au détail, ce sont des coopératives actives, vivantes.Ce qui manque n\u2019est pas indiqué tant par la disparité du chiffre d\u2019affaires en regard de celui des grands magasins à succursales, que par l\u2019absence quasi absolue des coopérateurs des autres champs de l\u2019activité économique.Le soussigné prie ses lecteurs de ne pas voir ici de jugement à l\u2019égard des dirigeants des Caisses populaires.Quand un secteur se porte bien, il faut que ses administrateurs, ses employés s\u2019adonnent à leur occupation principale qui est leur gagne-pain.Us en ont la responsabilité morale.Il faut, disons-nous, qu\u2019ils n\u2019éparpillent pas leur action dans deux ou trois autres secteurs, même d\u2019ordre coopératif.S\u2019ils agissaient autrement, ils amoindriraient leur efficacité.Cela, nous ne le voulons pas et nous ne le souhaitons pas.Cependant, ces centaines et centaines de milliers de déposants des caisses populaires ne voient en la caisse, nous le présumons, rien d\u2019autre chose qu\u2019un comptoir pour le dépôt de leurs épargnes, de leur salaire, avec facilité de tirer des chèques ; un comptoir aussi où on emprunte sur reconnaissance de dettes ou sur hypothèque.Ces sociétaires devraient avoir plus et davantage l\u2019esprit de la coopération.Demander à tous ces sociétaires d\u2019être des chefs en d\u2019autres secteurs que celui de l\u2019épargne et du crédit, cela serait évidemment une utopie, mais il serait logique qu\u2019ils en fussent membres, afin de féconder davantage leurs convictions de coopérateurs.Ils réinvestiraient dans la coopération ce qu\u2019ils ont reçu de la coopération: en effet, on leur verse un intérêt appréciable dans les caisses populaires, le boni est substantiellement élevé.Les propriétés des caisses deviennent de plus en plus somptueuses, parfois même trop somptueu- À LA CONSOMMATION ! 615 ses.C\u2019est beau et bon pour le plus grand avancement du Canada français dans le champ économique, mais il en sera davantage ainsi à la condition qu\u2019un plus grand nombre de membres des caisses populaires se tournent vers les autres secteurs de la coopération.Il ne s\u2019agit pas de nos préférences personnelles ; point n\u2019est question d\u2019opposer un secteur à l\u2019autre; au contraire, nous voulons une compénétration de la formule coopérative au Canada français.Nous voulons l\u2019épanouissement des coopératives dans tous les secteurs.C\u2019est pourquoi nous lançons cet appel aux sociétaires des caisses populaires pour qu\u2019ils deviennent membres, c\u2019est-à-dire sociétaires de la coopérative de consommation la plus rapprochée de leur domicile.A Montréal, c\u2019est La Familiale, sise rue Saint-Hubert que nous avons préalablement mentionnée dans l\u2019un de nos articles.Il y a de ces coopératives à Québec et en maintes villes de notre Province.Nous représentons-nous ce que signifieraient notre puissance et notre pouvoir d\u2019achat si le chiffre d\u2019affaires des coopératives de consommation n\u2019était pas de $15,000,000 annuellement mais de $150,000,000 ou de $200,000,000.Nous avons souvenance qu\u2019aux années 1933, 35 et 37, on se moquait gentiment et parfois malicieusement des Caisses populaires.Si par hasard il y avait une défalcation ou un vol.alors les adversaires s\u2019écriaient: \u201cCela devait se produire avec les caisses!\u2019\u2019 Ces éternels critiqueurs n\u2019étaient pas membres des caisses populaires et n\u2019avaient pas songé encore à inscrire une demande pour emprunter à la Caisse populaire, sur reconnaissance de dettes ou sur hypothèque.Depuis lors, tout a bien changé et, en certains quartiers, on en vient à oublier le rôle indispensable de nos banques canadiennes-françaises, mais c\u2019est une tout autre question sur laquelle nous reviendrons.Les caisses populaires croissent.Ce n\u2019est pourtant pas une formule magique.Ce n\u2019est pas là une révolution. 816 ACTION NATIONALE C'est tout simplement la résultante des efforts continus de deux ou trois générations d\u2019hommes intègres, vaillants, imprégnés de sens social, qui ont bâti cette structure imposante.Cette formule a débordé les frontières du Québec.Elle touche les centres français et même anglophones de toutes les provinces canadiennes, des centimes franco-américains et autres.Après ces remarques que nous soumettons volontiers aux dirigeants des caisses populaires, nous espérons que les présidents, les membres du conseil d'administration se pencheront sur l\u2019inquiétant problème de l\u2019épicerie-boucherie de détail au Canada français, ne serait-ce qu\u2019en y achetant en quantité certains produits non périssables pour consommation dans les bureaux des caisses.Nous osons croire qu\u2019il n\u2019y a chez eux qu\u2019oubli ou indifférence superficielle.La solidarité en ce domaine, comme en d\u2019autres, amènera des centaines de sociétaires à acheter au moins pour le moment une partie de leurs produits à la coopérative de consommation, ce qui signifierait un pouvoir d'achat augmenté pour la Fédération des Magasins coopératifs.Que l\u2019on ne nous accuse pas ici d\u2019utopie.L\u2019actif global des Caisses populaires après soixante ans et après un démarrage assez lent, dépasse aujourd\u2019hui le milliard de dollars.Longtemps, certains participants des diverses coopératives ont voulu demander aux caisses populaires de leur fournir le capital de financement.Il y a des utopistes qui voient grand, qui voient haut dans le champ de la coopération comme ailleurs.Les caisses se sont avec raison récusées, mais il ne s\u2019agit pas de cela.Pour le moment, ce serait facile pour les caisses populaires d\u2019y aller de leurs fonds par des prêts.Mais telle n\u2019est pas la question pour le moment.Nous voudrions que des sociétaires de caisses populaires soient suffisamment convaincus, suffisamment conscients de leur rôle pour se tourner vers la coopérative de consommation à titre individuel. À LA CONSOMMATION ! 817 Vous savez ce qui s\u2019est accompli dans le domaine des coopératives de l\u2019électricité jusqu\u2019à leur achat par l\u2019Hydro-Québec, dans la province la plus riche du Canada en ressources hydrauliques : il avait fallu attendre quarante ans pour que l\u2019électricité fût mise à la disposition de tous en 1945 et dans les années subséquentes.Le soussigné en sait quelque chose pour avoir été mêlé pendant des années et dès sa fondation à l\u2019Office de l\u2019Electrification rurale.Que dire aussi du domaine de la coopération à l\u2019habitation ! Il y a eu des mécomptes.Il y a eu des coopératives qui se sont soldées par des échecs parce que les promoteurs n\u2019avaient pas étudié la coopération ou n\u2019avaient pas cru devoir exiger des sociétaires la mise de fonds nécessaire, désireux surtout et d\u2019abord d\u2019obtenir une maison.Après la maison construite et achetée et le contrat en bonne et due forme signé, adieu la coopérative d\u2019habitation.On n\u2019avait été coopérateur que pour soi.Comme vous le voyez, lecteurs, il s\u2019agit d\u2019une question d\u2019éducation de tous les coopérateurs et du public en général.Où sont les sociétaires des Caisses populaires qui ont aidé La Familiale à Montréal ?Les membres des Sociétés Saint-Jean-Baptiste devraient être parmi les premiers, avec les sociétaires des caisses populaires, à s\u2019inscrire comme sociétaires dans le secteur de la coopérative de consommation, puisqu\u2019ils sont convaincus des bienfaits de l\u2019entraide.Mais le pouvoir d\u2019achat, qu\u2019en faisons-nous?Ceux qui nous entourent et qui nous entendent geindre sur notre pauvreté économique collective, nous disent et avec raison: \u201cVous avez le pouvoir d\u2019achat, pourquoi ne le canalisez-vous pas en faveur des vôtres?C\u2019est toute la question de la solidarité économique bien comprise.Mais au-dessus de tout cela, il y a la formule coopérative.La formule coopérative n\u2019est pas essentiellement nationaliste, et c\u2019est normal.Mais aucun partisan de la doctrine 818 ACTION NATIONALE coopérative ne contestera que les premiers bénéficiaires d\u2019une coopérative sont ses membres : à nous d\u2019y songer.Quand nous aurons saisi l\u2019importance de la question avec ampleur, tous les espoirs nous seront permis.Nous pourrions garder nos petites lignes téléphoniques rurales.Nous pourrions multiplier les coopératives de transport et cela est important pour la Côte-Nord.On a même parlé de coopératives chez les Esquimaux.Nous qui nous prétendons cultivés, qui nous prétendons renseignés, nous qui affirmons que nous voulons l\u2019émancipation des nôtres, pourquoi nous détourner de la coopération?Vous ne pouvez pas aller à la coopérative de consommation, parce que vous habitez loin de son local?Répétons ce que nous avons précédemment écrit: demandez par téléphone, confiez-lui au moins une partie de votre commande et l\u2019ensemble de ces petites commandes constituera, pour les coopératives de consommation, un pouvoir d\u2019achat accru.Un pouvoir d\u2019achat augmenté signifie que nous pourrons aller chercher les produits à la source, provoquer la production par les nôtres de tel ou tel produit.Nous en favoriserions l\u2019écoulement et tout cela imbriqué développera chez nous à côté du secteur privé un secteur coopératif puissant.C\u2019est le cas du Danemark.C\u2019est le cas d\u2019autres pays d\u2019Europe.La coopérative a connu de grands succès, et sans détruire le secteur privé.La coopérative n\u2019est pas une fin en soi ; c\u2019est un moyen que nous avons à notre disposition.Nous manquons de capitaux, mais si nous avons groupé des capitaux dans un secteur, il faut le respecter pour permettre son développement.Si nous sommes sérieux dans notre désir d\u2019émancipation économique, il faut que les tenants des mouvements nationaux et du secteur coopératif d\u2019épargne et de crédit apportent leur aide aux coopératives de consommation et à toutes les autres formules de coopération qui vivent ou qui vivotent au Canada français à l\u2019heure actuelle.Rodolphe LAPLANTE Les écrits et les livres Écrits 1964 -1965 sur le I I * canadien - français1 VI \u2014 Une nouvelle constitution Monsieur Marcel Faribault a d\u2019assez longue main préparé le travail qu\u2019il a publié en association avec M.Robert-M.Fowler.Une de ses interventions publiques les plus remarquées fut celle du 25 juin 1964, au banquet national de la Société Saint-Jean-Baptiste, alors qu\u2019à quelques semaines d\u2019intervalle, il venait comme con- 1.Rappelons pour mémoire la liste des ouvrages revus dans les articles précédents: Bernard Bissonnette, \u201cEssai sur la Constitution du Canada\u201d; Association Canadienne des Economistes, \u201cLa planification économique dans un Etat fédératif\u201d; Philipve Avbert de la Rüe, \u201cCanada incertain\u201d; Conseil de la Vie française, \u201cBilinguisme et biculturalisme au Canada\u201d; Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, \u201cLe bilinguisme et l\u2019union canadienne\u201d; Commission Laurendeau-Dunton, \u201cRapport préliminaire.\u201d; Association canadienne des écoles de commerce, \"Rapport de la huitième conférence annuelle\u201d; Marie-Blanche Fontaine, \u201cUne femme face à la Confédération\u201d; Marcel Chaput, \u201cJ\u2019ai choisi de me battre\u201d; Joseph Costisella.\u201cPeuple de la nuit\u201d; ICAP, \u201cLe Canada face à l\u2019avenir (un pays qui s\u2019interroge)\u201d; Jean Lesage, \u201cDéclaration du premier ministre du Québec à la Conférence fédérale-provinciale du 31 mars 1964\u201d; Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, \u201cLe fédéralisme, l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique et les Canadiens français\u201d; Jacques-Yvan Morin, \u201cLiberté nationale et fédéralisme\"; Raymond Barbeau, \u201cLe Québec bientôt unilingue\u201d; Club-Fleur-de-Lys, \u201cL\u2019Etat du Québec\u201d; Daniel Johnson, \u201cEgalité ou indépendance\u201d; Dr René Jutras, \u201cQuébec libre\u201d.A examiner la prochaine fois: Crépeau & Macpherson, \u201cL\u2019avenir du fédéralisme canadien\u201d; Conseil de Vie française, \u201cL\u2019avenir du peuple canadien-français\"; Jean-Guy Saint-Martin et Georges Dragon, \"Maître de notre destin par le coopératisme\u201d; Gérard Paré, \u201cAu delà du séparatisme\u201d.996 820 ACTION NATIONALE tredire le mémoire de cette société au Comité parlementaire de la Constitution à Québec.Il avait alors formulé un certain nombre de propositions judicieuses et difficilement contestables, pour en faire avaler d\u2019autres qui, si elles n\u2019étaient pas moins judicieuses, étaient sûrement en tout cas beaucoup plus contestables.C\u2019était évidemment un peu superficiel que de partir du mot canadien-français pour tirer la conclusion de l\u2019indissolubilité du mariage des Canadiens français avec le Canada tout entier.Et cela parce que nous voulant \u201cvéritablement les plus Canadiens de tous les habitants du Canada\u201d, il n\u2019y aurait que \u201cle Canada, en effet, qui se décrit facilement comme une entité géographique, un état juridique et une patrie\u201d ; et qu\u2019il \u201cn\u2019en est pas ainsi du Français du Canada\u201d.Ce dilemme ne nous enfermerait que dans nos propres complexes; et dans aucune autre réalité, si institutionnalisés qu\u2019ils puissent avoir été par l\u2019histoire.A la recherche trop éthérée d\u2019un ordre économique canadien-français Le jeu des paradoxes et des équivoques n\u2019est pas aminci dans la suite par la prétention que \u201ccette conviction, cette volonté et cette affirmation historiques sont aujourd\u2019hui remises en question pour des motifs prétendument économiques fondés sur la distance, le coût, la concurrence, l\u2019inefficacité et, d\u2019un mot, le rendement décroissant des efforts et des biens employés au maintien d\u2019une continuité culturelle minoritaire à travers un pays trop grand, trop marqué par l\u2019économie de son puissant voisin, et où par conséquent, seul le repliement sur les positions les plus fortes peut assurer la survie et le développement souhaités\u201d.Et le caractère forcé de la conclusion qui en est tirée: \u201cCette proposition n\u2019a rien d\u2019économique et constitue tout simplement une hérésie morale dont le nom bien connu est l\u2019égoïsme sacré et dont l\u2019effet est de pervertir toute la politique où elle engendre alternativement le colonialisme d\u2019empire et le séparatisme par cycles.\u201d M. ÉCRITS 1964-1965 SUR LE PROBLÈME.821 Faribault paraît, ce soir-là, s\u2019être laissé dominer par un singulier agacement; il avait comme perdu son calme, son sens habituel d\u2019objectivité.Sans doute peut-on chercher dans le paragraphe suivant la cause de son indignation, en partie justifiée: le bon marché que nos séparatistes font des minorités.Mais l\u2019instrument par lequel il venait de le manifester était hors de proportion, dans ses prétentions à l\u2019universel, avec la donnée même de ce problème particulier.Si bien qu\u2019en fin de compte, M.Faribault tombait complètement à côté de la question quand il concluait: \".n\u2019étant pas spécifiquement économiques, les données de ce problème ne sauraient être réduites à des raisons uniquement économiques\u201d.Car aussi bien n\u2019est-ce pas, ou à peu près pas, pour des raisons économiques que les séparatistes sont prêts à faire le sacrifice des minorités, mais bien en raison des dangers culturels qu\u2019ils voient à ce que la communauté canadienne-française, aussi bien identifiée avec le territoire québécois que la collectivité canadienne-anglaise avec le Canada lui-même, persiste à rester associée à cet ensemble qui fait peser tant de menaces sur sa culture par le jeu de la domination politique.On cherche donc en vain dans tout cela la preuve que \u201cl\u2019ordre économique canadien-français\u201d, sujet que s\u2019était proposé de traiter M.Faribault, \u201cdoit\u201d davantage \u201cêtre confédératif\u201d, que l\u2019ordre économique de tout autre pays ou nation qui déborde toujours ses frontières.Les thèses économiques de François Perroux, que M.Faribault a prétendu apporter au soutien de sa thèse du carcan obligatoire, n\u2019ont pas vraiment grand-chose à faire en la matière, nous le disions déjà en février à M.Mathieu Girard.Pour avoir fort justement soutenu que les espaces économiques sont bien différents des espaces nationaux, M.Perroux n\u2019a pas prétendu pour autant qu\u2019il fallait abolir les nations, faire coïncider espaces économiques et espaces nationaux, que ce soit sous la forme fédérative, confédérative ou autrement.Il y aurait là des incompatibilités absolument radicales qui impliqueraient 822 ACTION NATIONALE qu\u2019il ne doive plus exister qu\u2019un seul ordre: un ordre mondial, où le Canada ne signifierait rien de plus que le Canada français.La difficulté tout entière tient en ce que le problème dont M.Faribault cherche la solution au profit de la Confédération, se situe tout à fait ailleurs.L\u2019ordre des arguments qu\u2019il invoque peut militer en faveur d\u2019une telle formule, ou en illustrer l\u2019un des avantages à y trouver sur un plan beaucoup plus circonstanciel qu\u2019universel d\u2019ailleurs; mais il y a de multiples autres facteurs à envisager.Et je reste un peu coi, coi d\u2019ébahissement beaucoup plus que de conviction, devant la preuve unitariste qu\u2019il essaie de tirer des arguments géographiques (le Canada est aussi un que le bouclier canadien).De même en histoire, du \u201cverdict unanime (.) en effet favorable au Canada français tant politiquement que juridiquement, socialement et culturellement\u201d.Ce \u201cverdict unanime\u201d (la Commission Laurendeau-Dunton est d\u2019ailleurs loin de la vérification de cette hypothèse hardie), il n\u2019est fait en définitive que de la résistance opposée à ce déterminisme canadien qui jouerait en notre faveur, ce qui le dépouille de sa valeur d\u2019absolu.Le Canada français n\u2019arrive dans toute son histoire à se sauver qu\u2019en se battant contre le Canada anglais, non en s\u2019y intégrant! Cette constante ne milite vraiment pas pour un complexe de Canada à tout prix.Guère mieux avenu est l\u2019appel à l\u2019exemple du Marché commun pour tenter de prouver le caractère retardataire des idées séparatistes.Si la fédération canadienne n\u2019était pas plus centralisée que le Marché commun la plupart de nos problèmes disparaîtraient ; et rien ne prouve encore que les intérêts suffiront spontanément et naturellement à faire évoluer le Marché commun européen vers une fédération qui serait aussi centralisée que la fédération canadienne.\u201cEt le détour .inattendu (par où nous venait) de France une leçon de fédéralisme économique\u201d, se révèle donc bien précaire ! Les événements récents n\u2019ont fait que le souligner davantage. ÉCRITS 1964-1965 SUR LE PROBLÈME.823 M.Faribault avait donc voulu monter ce jour-là un appareil beaucoup trop lourd, à la façon d\u2019Arnold Toynbee, pour soutenir un point de vue qu\u2019on lui aurait plus facilement passé avec un appareillage plus léger: celui de prétendre qu\u2019il n\u2019est peut-être pas besoin de briser la fédération canadienne pour régler nos problèmes.Pour sûr, c\u2019est prendre de bien trop haut un problème comme celui de l\u2019histoire de la fédération canadienne avec la multitude de ses données historiques, sociologiques et psychologiques propres, que d\u2019en juger la validité et la nécessité par sa situation géographique entre \u201cdeux fédéralismes nord et sud entre lesquels le Canada et le Québec restent coincés\u201d, qui \u201cchangent tout simplement de nom et deviennent respectivement le capitalisme et le collectivisme\u201d, et qui, pour s\u2019être proclamés \u201cmutuellement exclusifs\u201d, n\u2019en seraient pas moins \u201cen voie de se rejoindre en se modifiant l\u2019un par l\u2019autre\u201d.Il est difficile de voir pourquoi cette situation géographique impliquerait que le \u201cmixage \u201d de l\u2019entre-deux soit exactement le vêtement qui permettrait d\u2019habiller les problèmes qu\u2019ont à résoudre les Canadiens français dans leur histoire de vie commune avec le Canada anglais.« Dix pour un » ou dix contre un ?Fort de ces convictions, est-ce ensuite la reine qui a inspiré à Marcel Faribault de se joindre à Robert-M.Fowler pour entreprendre de réécrire notre constitution?On le croirait presque à lire la causerie qu\u2019il prononçait devant les membres du Club des Anciens du Collège Ste-Marie, le 26 octobre 1964.Après avoir cité le passage crucial du discours de celle-ci à la législature de Québec, qu\u2019il convient peut-être d\u2019enregistrer ici : \u201cLe régime démocratique repose sur l\u2019adhésion consciente des citoyens.Le rôle de la monarchie constitutionnelle est de personnifier l\u2019Etat démocratique, de sanctionner l\u2019autorité légitime, d\u2019assurer la légalité des moyens et de garantir l\u2019exécution de la volonté populaire.Mon ardent désir est que personne parmi mes peuples ne subisse la contrainte.Pour 824 ACTION NATIONALE que les habitants d\u2019un pays soient heureux, il leur faut vivre dans un climat de confiance et d\u2019affection.Mais un Etat dynamique ne doit pas craindre de repenser sa philosophie politique.Qu\u2019un protocole tracé il y a cent ans ne réponde pas nécessairement à tous les problèmes du jour, cela n\u2019a rien d\u2019étonnant.\u201d Marcel Faribault conclut : \u201cToute personne non préjugée déduira normalement de pareille déclaration la nécessité et l\u2019urgence d\u2019une réforme constitutionnelle dont nos observations antérieures indiquent quelques points\u201d.Commentant les différents passages du discours, il notait entre autres qu\u2019\u201cassurer la légalité des moyens\u201d équivaut \".à refuser les révolutions, toutes les révolutions, même soi-disant pacifiques, lesquelles ne sont jamais qu\u2019un trompe-l\u2019oeil, quoi qu\u2019on en dise\u201d.On voit donc dans quelle perspective d\u2019idées M.Faribault a voulu rendre service à son pays en s\u2019associant à un Anglo-Canadien pour proposer un nouveau texte constitutionnel capable de fournir un cadre approprié à la solution de nos problèmes politiques.Comment s\u2019en est-il tiré?Disons tout de suite que les auteurs, dans une préface où ils énumèrent la série de \u201cparis\u201d que représente leur effort associé, se proposent de tenir celui-ci : \u201cRéussir une fédération tout en donnant à l\u2019un de ses Etats constituants, celui du Québec, toutes les assurances et les garanties voulues pour qu\u2019il puisse, à son tour, offrir aux Canadiens français qui l\u2019habitent et à ceux de tout le reste du pays, le caractère d\u2019un véritable Etat national, où ils puissent réaliser toutes leurs aspirations légitimes\u201d.Point de départ donc en tout conforme aux aspirations actuelles de l\u2019ensemble du Québec.L\u2019ouvrage, écrit dans un langage simple et clair, exprime sa préférence nette pour la continuation d\u2019un régime fédératif du type actuel au Canada.C\u2019est naturellement son droit; et il ne manque pas d\u2019arguments pour justifier qu\u2019un Canadien français puisse l\u2019entretenir avec l\u2019idée de ne rien céder sur le pari dont le texte est précédemment cité.Mais dès le départ, n\u2019est-ce pas une dan- ÉCRITS 1964-1965 SUR LE PROBLÈME 825 gereuse concession à l\u2019encontre de ce pari que de permettre une procédure de rédaction d\u2019une nouvelle constitution par une commission composée de huit délégués du gouvernement fédéral et de quatre de chaque gouvernement provincial, pour un grand total de quarante-huit, où le Québec comptera pour quatre contre quarante-quatre?(p.35).Il est vrai que cette nouvelle constitution devra, pour devenir valide, recevoir l\u2019approbation des dix législatures provinciales unanimes ; mais à notre avis, c\u2019est prendre là un faux nouveau départ, taré par les mêmes difficultés et les mêmes équivoques qui ont hypothéqué le régime actuel.Les auteurs n\u2019ont-ils pas commis l\u2019erreur de présumer qu\u2019une telle commission ne se réunirait que pour approuver leur propre constitution?Je dis bien présumer implicitement, car explicitement ils protesteraient du contraire.Mais à partir du moment où on accepte ce procédé de révision constitutionnelle, les opinions qui se développeront dans ce groupe de quarante-huit délégués feront la constitution; et rien d\u2019autre.La province de Québec se trouvera agrégée, par suite, au même système de pression traditionnelle, qui la pose en éternelle protestataire réduite à ne rien obtenir que du consentement d\u2019une majorité adverse.C\u2019est un système par lequel, non seulement Québec ne peut jamais obtenir ce qu\u2019il veut, mais ne peut pas davantage négocier un compromis honorable sur une base d\u2019égalité.Cette forme de constituante est donc totalement inadmissible.N\u2019est-il pas un peu cocasse qu\u2019on appuie la justification de la formule sur le fait qu\u2019une telle commission \u201cse rapproche assez du groupe chargé de traduire la Bible en langue anglaise et dont la version dite du roi Jacques fut parachevée en six mois\u201d! (p.35).On ne saurait trop recommander la lecture du chapitre 4, \u201cLe langage de la constitution\u201d.Le thème général: l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique est écrit dans le langage du parlement de Westminster; il faut au Canada une nouvelle constitution, et non pas la formule Fulton-Favreau pour le \u201crapatriement\u201d de l\u2019A.A.N.B. 826 ACTION NATIONALE Et pourtant, il faut souligner qu\u2019après avoir si bien parlé du principe, les auteurs en ont fait une application bien peu satisfaisante.En effet, ni dans le préambule où il est question \u201cde prospérité dans le respect de nos autonomies nécessaires\u201d, ni dans le titre premier sur la \u201cnature de la confédération canadienne\u201d, ils n\u2019ont su sortir de l\u2019ambiguïté de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique, où les autonomies ne sont que pour des provinces et la fédération, l\u2019organisation d\u2019un ensemble de provinces où ne seront reconnus que \u201cdes droits fondamentaux\u201d de nature purement individuelle (titre 2).C\u2019est prolonger d\u2019une façon totalement inadmissible encore ici, dans une nouvelle constitution, l\u2019ambiguïté fondamentale qui est à la base de la plupart de nos difficultés juridiques et constitutionnelles actuelles: la non-reconnaissance du pacte entre deux nations.Cela serait-il implicite dans la reconnaissance des droits fondamentaux accordés également à la langue française et à la langue anglaise sur le plan individuel?Répondons que de toute façon cela ira mieux \u201cen le disant\u201d.La constitution proposée par MM.Faribault et Fowler ne nous sort pas ainsi de l\u2019éternel imbroglio du choix entre Canadien français vs Canadien anglais, et canadien d\u2019expression française vs canadien d\u2019expression anglaise.Il faut qu\u2019une future constitution canadienne reconnaisse Vexistence et les droits de la nation cana-dienne-française, non seulement le droit des Canadiens de s\u2019exprimer officiellement dans deux langues.Sans quoi tout serait à recommencer après une expérience qui ne pourra que ressembler à celle que nous vivons depuis cent ans.Quant aux droits fondamentaux des deux langues, les dispositions de la constitution Faribault-Fowler sont à la fois trop précises et trop vagues.Trop précises sont, dans une constitution, les dispositions de l\u2019article 24, qui rendent les deux langues fédérales officielles, facultatives à la législature, devant les tribunaux et dans l\u2019administration publique de toute province où le dernier recensement officiel a révélé l\u2019existence d\u2019une minorité d\u2019au ÉCRITS 1964-1965 SUR LE PROBLÈME.827 moins 20% de la population.Cela n\u2019aboutirait que trop manifestement à consacrer deux au lieu d\u2019une réserve française au Canada.Dans l\u2019esprit selon lequel a fonctionné le régime de 1867, il s\u2019ensuivrait indiscutablement la perte définitive de tous les droits acquis ou plus ou moins vaguement reconnus des Canadiens français dans toutes les autres provinces ; et cela sans laisser clairement au Québec \u2014 la minorité anglophone y frisant les 20% \u2014 sa liberté de devenir unilingue.Cette disposition ne paraît donc pas opportune ; elle est curieuse après les dénonciations du 24 juin 1964 contre les séparatistes qui abandonnent les minorités.Il n\u2019y a que deux solutions constitutionnelles possibles aux droits du français pour que la nation canadienne-française puisse entrer dans un pacte avec le Canada anglais sans y laisser sa dignité fondamentale.C\u2019est, ou le français officiel partout et le droit fondamental partout à des écoles françaises, en laissant à la pratique le soin de déterminer les possibilités d\u2019application; ou le bilinguisme total sur le plan fédéral doublé de la liberté pour les provinces de déterminer la ou les langues officielles de leur administration.Quitte à Québec à négocier dans l\u2019\u201cunilinguisme\u201d français, les droits qu\u2019il accordera à ses minorités anglophones sur la base des droits accordés aux minorités francophones dans les autres provinces.Selon pareille base, les dispositions de la constitution Faribault-Fowler se révèlent beaucoup trop vagues.Elles sont même finalement plus généreuses pour les autres minorités linguistiques que pour les Canadiens français, puisque dans leur cas l\u2019article 25 prévoit spécifiquement que leur langue ne peut pas être \u201crestreinte ou entravée (.) spécialement en ce qui regarde l\u2019usage de telle langue dans l\u2019éducation de leurs enfants\u201d.Les droits scolaires des Canadiens français ne sont, eux, protégés que par des dispositions très générales, également applicables à tout le monde : article 10 sur la \u201clibre éducation des enfants mineurs jusqu\u2019à l\u2019âge de dix-huit ans\u201d ; 828 ACTION NATIONALE à la rigueur l\u2019article 15 consacrant le droit des églises, congrégations, corps ou communautés religieuses \u201cde pouvoir établir leurs propres écoles\u201d.C\u2019est beaucoup trop peu.En somme, les auteurs n\u2019ont pas évité de tomber eux-mêmes dans la trappe du défaut de reconnaissânce des deux nations dans leur préambule.Ils ont construit un pays de langue anglaise, montrant une certaine générosité pour les minorités linguistiques dans la mesure de leur importance numérique.Ce n\u2019est pas le genre de Canada qui puisse convenir à la nation canadienne-française si elle doit y rester incluse.Sur le plan \u201cprovincial\u201d, le texte de la constitution Faribault-Fowler est beaucoup plus satisfaisant en ce qu\u2019il reconnaît aux provinces \u201ctous les pouvoirs, droits et prérogatives étatiques pour traiter avec tous autres Etats\u201d ; et limite le gouvernement fédéral \u201caux matières et pouvoirs\u2019\u201d qui lui sont, dans la constitution, \u201cconférés en exclusivité\u201d.Ce nouveau projet de constitution contient aussi certaines dispositions nouvelles particulièrement intéressantes, telles la nomination des sénateurs, alternativement un par le gouvernement central et un par le gouvernement provincial du district concerné; une nouvelle cour constitutionnelle composée de tous les juges de la Cour suprême et de tous les juges en chef provinciaux nommés par la province ; la reconnaissance des droits des provinces de se faire représenter à l\u2019étranger et de conclure des ententes internationales dans leur domaine propre, etc.D\u2019autre part, il est éminemment contestable que soient constitués par voie constitutionnelle un conseil économique, une banque de développement économique et une banque centrale; ce sont là institutions liées à des conceptions théoriques et contingentes qu\u2019il vaut beaucoup mieux abandonner à la souplesse de la législation en fonction des circonstances.Surtout que ce n\u2019est pas en vue d\u2019y garantir aucun droit particulier que les auteurs les ont incluses dans la constitution, mais bien davantage en fonction de leur conception des exigences de l\u2019ordre ÉCRITS 1964-1965 SUR LE PROBLÈME.829 économique.A ce compte, on aurait aussi bien pu faire de l\u2019étalon-or un droit fondamental d\u2019importance constitutionnelle ! Mais le plus grave, ce sont les trop nombreuses dispositions malheureuses qui tendent à bien illustrer qu\u2019il est périlleux de partir dans une entreprise sans une élaboration préalable claire des concepts sur lesquels on s\u2019appuie et auxquels se référer ensuite sans cesse pour formuler les détails d\u2019application ; d\u2019être parti ici dans cette entreprise constitutionnelle canadienne sans y avoir posé nettement à la base le concept des deux nations et des exigences qui en découlent.Caractère périlleux qui résulte des ambiguités de principe où l\u2019on s\u2019engage peut-être dans un esprit de compromis, parce que l\u2019autre ne veut pas en admettre autant, tout en acceptant que deux thèses contraires essaient de se dissimuler tout en se conciliant dans l\u2019ambiguïté des mots.Cela est un préambule pour dire que le fameux pari que les auteurs s\u2019étaient proposé de tenir, est loin de l\u2019avoir été ; et que naturellement, comme toujours dans ces sortes d\u2019affaires, c\u2019est le Canada français qui n\u2019y trouve pas son compte.L\u2019ensemble de la constitution Faribault-Fowler fait finalement défaut à l\u2019essentiel: un principe de répartition des pouvoirs faisant la distinction entre les matières d\u2019une portée culturelle et institutionnelle dont l\u2019ensemble doit relever d\u2019une juridiction provinciale exclusive si celle-ci revêt un caractère de conservation et de préservation de nos droits nationaux ; et des matières à incidence surtout quantitative et technique qui peuvent alors être partagées en fonction de la distinction entre l\u2019intérêt local et l\u2019intérêt dit \u201cnational\u201d.C\u2019est dire que ce projet, loin d\u2019être un progrès par rapport à l\u2019A.A.N.B.où ce principe était relativement bien appliqué, marque un recul manifeste dans la reconnaissance d\u2019un Canada français vraiment national et non purement linguistique.Cela aboutit à laisser juridiction totale au gouvernement central sur l\u2019émigration et l\u2019immigration, sur l\u2019assurance-chômage, et à accepter les droits concurrents 830 ACTION NATIONALE en matière de développement économique régional, de bien-être et d\u2019assistance sociale, de chômage et de soutien des manifestations artistiques et culturelles.Cela conduit aussi à laisser le gouvernement fédéral libre de concurrencer les provinces dans tout le domaine de la fiscalité, sauf en ce qui concerne l\u2019impôt foncier, sans considération pour l\u2019incidence institutionnelle des impôts personnels.Modalités, bien sûr, totalement inacceptables.Dans les domaines de juridiction concurrente, un mécanisme constitutionnel est prévu pour l\u2019application des lois et la disposition des fonds par les autorités provinciales \u201cdans toute la mesure du possible\u201d, y compris le droit au refus de participer à telle loi fédérale.Très curieux alors de toucher du doigt combien des hommes à mentalité juridique sont enfermés dans le juridisme au point de ne juger le mal et le bien qu\u2019en fonction de la loi, celle-ci ayant comme désir le pouvoir de transformer le mal en bien.Car les auteurs se sont vigoureusement opposés à la délégation de pouvoir et au système de l\u2019option libre, mais ce n\u2019était évidemment que sous l\u2019angle des pures technicalités juridiques.Pour le rendre bon, il suffit de reconnaître le système de la législation concurrente n\u2019entrant en vigueur que dans les provinces où elle est ratifiée par les gouvernements provinciaux.Inutile de dire que pour ceux qui sont intéressés aux aspects culturels et nationaux, cela est bonnet blanc et blanc bonnet; tout aussi inacceptable dans un cas que dans l\u2019autre.En somme, il faudrait appliquer à la constitution Faribault-Fowler ce qu\u2019on a dit du traité de Versailles: Trop molle pour ce qu\u2019elle contient de dur; trop dure pour ce qu\u2019elle contient de mou.Ses dispositions visent au fond à permettre sous une forme constitutionnelle, ce que les auteurs eux-mêmes avaient dit ne pas être convenable dans un vrai régime fédératif: à savoir, des situations juridiques différentes entre des Etats particuliers.On se satisfait de la même situation parce qu\u2019on estime avoir réussi à la placer sous le régime d\u2019une loi unique.Un régime de législation centrale dans lequel ÉCRITS 1964-1965 SUR LE PROBLÈME.831 Québec n\u2019a que le privilège de se retirer par lui-même reste hérissé des mêmes dangers que la délégation de pouvoirs pour l\u2019avenir du Canada français.Il est plus dangereux encore justement parce que plus juridiquement fondé, il se révélera plus rigide en faveur du Fédéral que le fédéralisme coopératif.Il se revêtira en faveur d\u2019Ottawa du prestige de la loi, de la constitution, au lieu que de rester aléatoire au consentement des provinces.Autrement dit, outre de nous offrir un texte mieux écrit et mieux construit, plus satisfaisant par conséquent pour le linguiste ou pour le juriste, on ne voit pas ce que la constitution Faribault-Fowler offre de supérieur à la situation actuelle, sauf pour une certaine mesure bien étroite encore, de bilinguisme.Un Anglais seul est toujours plus généreux qu\u2019associé à un Canadien français Ceci étant dit du livre de MM.Faribault et Fowler, on n\u2019aura pas trop de peine à établir ce qu\u2019il faut penser du livre de M.O\u2019Hearn après avoir vu, par son introduction, de quel pied il part.Pas même une allusion à l\u2019existence d\u2019un problème relatif au fait français.La constitution est à refaire parce qu\u2019elle est mal écrite, parce que le Conseil privé l\u2019a faussée en donnant trop de pouvoirs aux provinces, parce que la Cour Suprême du Canada a dû condamner la délégation de pouvoir et que l\u2019idée de juridiction exclusive part d\u2019un concept fallacieux et doit être abandonnée.C\u2019est donc ici sans ambiguïté, mais sans satisfaction pour nous, que la constitution canadienne est caractérisée comme étant \u201cthe Union of the Peoples of autonomous provinces in one nation with a federal government\u201d.Il est vrai que, plus généreux que MM.Faribault et Fowler, M.O\u2019Hearn veut cette nation bilingue.L\u2019anglais et le français y sont donc proclamés partout \u201cthe national languages\u201d.L\u2019emploi des deux langues serait facultatif dans toutes les législatures et devant toutes les cours. 832 ACTION NATIONALE mais l\u2019emploi des deux ne sera 'prescrit que dans les documents officiels du parlement du Canada.Une participation des provinces au processus du gouvernement fédéral est prévue par l\u2019égalité du nombre des sénateurs pour chaque province et leur choix par l\u2019organe gouvernemental provincial pour les deux tiers des sénateurs.Dans le domaine des lois scolaires, cette constitution est aussi plus généreuse que la constitution Faribault-Fowler ou en tout cas plus explicite: Le droit aux écoles privées est garanti, de même qu\u2019une participation égale aux fonds publics pour chaque enfant, soit à l\u2019école publique, soit à l\u2019école privée.Bien plus, un article garantit les droits et privilèges des écoles séparées, dissidentes ou confessionnelles, qui existent ou qui pourront exister plus tard ; mais cet article même n\u2019est pas suffisant pour garantir les droits des Canadiens français : on se rappellera que tout le système canadien des écoles séparées a servi à rendre justice aux catholiques mais aussi à travers tout le pays, à brimer les Canadiens français.Au chapitre des droits provinciaux et fédéraux, la constitution O\u2019Hearn veut substituer au concept d\u2019exclusivité celui de prédominance, Pour dissiper les confusions qui se sont élevées autour de l\u2019expression \u201cla paix, l\u2019ordre et le bon gouvernement\u201d dans l\u2019article 91 de l\u2019A.A.N.B., l\u2019auteur commence par donner également au gouvernement fédéral et aux gouvernements provinciaux tous les pouvoirs, exactement dans les mêmes termes: \u201cThe Parliament of Canada (In each province, the Legislature) may make laws for the peace, order and good government of Canada (of the province) in relation to any and all matters\u2019\u2019.Suit, dans chacun des articles concernant ou le gouvernement fédéral ou les provinces, la série des sujets qui y sont désignés comme étant plus spécifiquement de nature fédérale ou de nature provinciale.Après quoi il est précisé que si deux législations viennent en conflit, le gouvernement fédéral a prédominance ou priorité s\u2019il s\u2019agit d\u2019un sujet qui relève de la juridiction principale fédérale, alors que la législation provinciale ÉCRITS 1964-1965 SUR LE PROBLÈME 833 aura prédominance ou priorité s\u2019il s\u2019agit d\u2019un domaine plus spécialement assigné à la juridiction provinciale.Même situation en matière d\u2019impôts, sauf pour les douanes exclues de la juridiction provinciale.Voilà pour sûr la formulation la plus acceptable et la plus valable qui ait été encore donnée d\u2019un système de \u201cfédéralisme coopératif\u2019\u2019.Mais du coup elle indique jusqu\u2019à quel point reste incomprise la nature véritable du problème canadien-français.Ce régime équivaut à permettre au gouvernement central de légiférer dans tous les domaines où il n\u2019y a pas de législation provinciale, comme si du point de vue des droits culturels ou nationaux l\u2019absence de législation sur un sujet donné signifiait qu\u2019il est loisible à un gouvernement extérieur de légiférer sur ce sujet sans entamer le libre épanouissement de cette nation.Mais comment tellement reprocher aux Canadiens anglais de ne pas le comprendre, quand nos propres chefs politiques et même une bonne partie de nos esprits les plus distingués ne le comprennent pas eux-mêmes, ou acceptent des compromis sur cette question, à preuve les attitudes de M.Lesage sur l\u2019assurance-santé et les \u201cconcessions\u201d de M.Faribault dans son accord avec M.Fowler.Les deux constitutions Faribault-Fowler et O\u2019Hearn restent donc d\u2019excellents modèles de constitutions fédérales du point de vue construction juridique.Comme tels ils peuvent servir de base dans un effort de revision éventuelle de la constitution canadienne.Mais ce sont des constitutions qui restent placées dans la perspective d\u2019un fédéralisme du type américain, où ne se pose pas le problème de l\u2019association de deux nations dans un même pays.Ce qui est urgent pour nous, et pour tous les Canadiens français, sans distinction, c\u2019est de prendre conscience de ce problème et d\u2019en tirer des conclusions fermes et unanimes sur l\u2019impossibilité de toute concession, de tout compromis affectant le concept fondamental des deux nations.C\u2019est en cela que l'Anglo-Canadien pourra se rendre compte clairement de ce que \u201cnous voulons\u201d.Nous sommes en grande partie coupables de la confusion dans 834 ACTION NATIONALE laquelle il se complaît à ce sujet, d\u2019ailleurs spontanément en vertu de sa façon pragmatique d\u2019aborder les situations.Ne rencontrant aucune fermeté sur rien dans les prises de position de l\u2019ensemble canadien-français, il çonclut que nous ne voulons pas vraiment ce que d\u2019aucuns réclament, puisque quel qu\u2019en soit le motif \u2014 incompréhension de nos vrais problèmes, \u201cgentillesse\u201d, complexe d\u2019infériorité \u2014 il finit par obtenir de nous par compromis ce que nous sommes censés ne pas vouloir.Cela nous fut dit un jour par un Anglo-Canadien, et il y a déjà assez longtemps.Au tout début de nos déboires actuels, avant la nomination de la Commission Sirois, alors que le gouvernement fédéral, loin d\u2019être envahisseur et centralisateur, se \u201cdéfilait\u201d, estimait-on, devant les problèmes que la crise avait engendrés au Canada en invoquant justement l\u2019autonomie provinciale et la responsabilité des provinces.A M.Duplessis et à d\u2019autres, qui n\u2019en criaient pas moins alors que le chômage relevait d\u2019Ottawa, M.Rogers, ministre fédéral du travail, avait dit un jour de son siège aux Communes: \u201cJ\u2019ai peine à saisir les raisons fondamentales de cette prétendue opposition de la province de Québec à un régime national d\u2019assurance-chômage: d\u2019aucuns prétendent que le chômage est un problème national et, l\u2019instant d\u2019après, ils contestent au Fédéral le pouvoir d\u2019y remédier par le moyen de l\u2019assurance.Il est très difficile de démêler ces deux points de vue.\u201d (Cf.l\u2019Action nationale, avril 1939).N\u2019avait-il pas raison?Si nous avions su ce que nous voulions, sans toujours nous diviser contre nous ou en nous-même dans l\u2019illogisme de nos prétentions d\u2019exprimer la volonté d\u2019un peuple dans la contradiction des chefs entre eux ou dans l\u2019inconsistance de nos revendications, n\u2019aurions-nous pas eu depuis longtemps gain de cause sur toute la ligne?Bien sûr, ces apparences ne justifient pas le Canada anglais de demander sans cesse et plus ou moins hypocritement: Qu\u2019est-ce que veut Québec?Ce que nous voulons a si souvent été exprimé dans tant d\u2019ouvrages de toutes ÉCRITS 1964-1965 SUR LE PROBLÈME 835 sortes, tant de langue anglaise que de langue française, et devant tant d\u2019auditoires, qu\u2019ils sont en un sens sans excuse de l\u2019ignorer.Mais nous leur avons facilité le jeu de l\u2019ignorance en vue de garder leur domination par nos divisions.Comme tout eût été différent si nous avions su nous entendre assez pour le manifester d\u2019une façon pratique, par les mécanismes réguliers qui nous ont été donnés (une députation fédérale proportionnelle et un gouvernement provincial), pour permettre à la volonté populaire de s\u2019exprimer.A défaut de cela, peut-on les blâmer de considérer toute revendication venant d\u2019ailleurs et se révélant incapable de passer par là comme l\u2019expression d\u2019opinions personnelles?Telle est la conclusion la plus appropriée d\u2019une analyse d\u2019ouvrages dont la publication même témoigne du bouillonnement d\u2019idées dans la nation.Mais comment en faire passer le sens dans l\u2019expression concrète de la volonté populaire.Tel est notre dilemme, véritable car l\u2019on voit assez qu\u2019il y a valeur profonde dans la distinction entre le pays réel et le pays officiel tel qu\u2019exprimé à travers le suffrage universel.Et l\u2019on sait pourquoi.Et pourtant, c\u2019est pour nous le problème à résoudre, le premier problème puisque aussi bien il ne saurait être question d\u2019aboutir autrement que par ce processus démocratique, que nous impose de toute façon une tradition historique et humaniste valable autant que les circonstances dans lesquelles nous sommes placés.François-Albert ANGERS Correspondance Sur l'article de Monsieur Mathieu Girard (L\u2019Action nationale, janvier) J\u2019ai reçu il y a quelques jours le numéro de janvier de l\u2019Action nationale.Avec consternation, j\u2019ai lu aussi l\u2019article de M.Mathieu Girard dans la Tribune libre et intitulé « Le problème canadien dans sa dimension historique ».Le moins que je puisse dire, c\u2019est que le moins évolué des indépendantistes peut réfuter paragraphe par paragraphe l\u2019article de M.Mathieu Girard.Je n\u2019ai pas l\u2019intention, ici, de faire ce travail.Il y en aura certainement d\u2019autres qui le feront.Je me contenterai cependant de ne relever que quelques points et de ne faire que quelques remarques.M.Mathieu Girard écrit et pense à peu près comme Messieurs Gérard Pelletier et Pierre Elliott-Trudeau.Il se classe parmi les internationalistes.C\u2019est son droit.Il écrit comme si tout ce qui s\u2019est dit et écrit jusqu\u2019ici, sur l\u2019indépendance du Québec, lui avait passé entre les deux oreilles et les deux yeux, sans que son intelligence ou son instinct en ait été le moindrement touché.Aussi dès le départ il ne se montre pas pressé d\u2019agir.Il reproche « une certaine précipitation, un certain énervement, et dans certains cas, aveuglément ».Pour parler de la sorte, M.Mathieu Girard n\u2019a certainement pas lu les statistiques du démographe Jacques Henripin.Quiconque connaît ces statistiques, ne fait pas ce genre de reproches.Et si M.Mathieu Girard est tellement interna- SUR L'ARTICLE DE M.MATHIEU GIRARD 837 tionaliste, pourquoi ne suggère-t-il pas immédiatement l\u2019enlèvement des frontières entre le Canada et les Etats-Unis, et entre les Etats-Unis et le Mexique ?A ce moment-là, il sera peut-être satisfait, et toute l\u2019Amérique du Nord parlera le jouai yanki.Selon lui et d\u2019après la pensée qui ressort de son article, le nationalisme n\u2019est qu\u2019une affaire d\u2019économie.Selon moi c\u2019est une affaire de culture aussi.Il semble l\u2019oublier.Il faut déplorer aussi cette autre perle quand il intitule son deuxième chapitre: « Une erreur grave: la fausse interprétation historique de la Confédération; » et qu\u2019il écrit ceci et je cite: « Ce qu\u2019il m\u2019apparaît important de comprendre d\u2019abord c\u2019est que l\u2019histoire du Canada n\u2019est pas à refaire parce qu\u2019elle a été mal faite, mais à faire en tenant compte de ce qui a été fait.Il s\u2019agit donc de continuer l\u2019histoire et non de l\u2019interrompre.» La belle affaire! C\u2019est comme si les nationalistes avancés n\u2019étaient là que pour perfectionner le Canada.Mais pas du tout mon bon ami.Les nationalistes avances ne sont là que pour bâtir et mettre sur la carte internationale un pays nouveau: le Québec.Et si cette action ne concorde pas, selon M.Mathieu Girard, avec la continuité de l\u2019histoire du Canada, eh bien, tant pis pour lui et ses semblables.Le 1er mai 1964, à l\u2019occasion de la fête des travailleurs du monde entier, ces paroles m\u2019étaient venues à l\u2019esprit et je les avais écrites en pensant aux travailleurs exploités du Québec.M.Mathieu Girard devrait les méditer.Salut au Québec Je te salue, ô Québec ¦pour toi, je peine et je souffre en tes enfants j\u2019ai foi tu es mon avenir Québec je te défends tes ennemis périront et tu vaincras Québec pour toi je veux mourir ô patrie si douce pour la république et la Liberté.Selon moi, une phrase comme celle que j\u2019ai citée plus haut de M.Mathieu Girard, n\u2019est bonne que pour un historien.Un point 838 ACTION NATIONALE c'est tout.Mais si je me permettais de raisonner dans la même veine et si je poussais ce raisonnement jusqu\u2019au bout, ne pourrait-on pas dire que si les mercenaires de l\u2019armée de Wolfe, et partant Wolfe lui-même, et ensuite le roi d\u2019Angleterre, s\u2019étaient arrêtés à penser comme M.Girard le fait, ils n\u2019auraient pu attaquer le Canada et le prendre (ceci est de la violence), parce qu\u2019ils interrompaient le cours de l\u2019histoire.Ils se sont foutés de tout cela.Ces mercenaires avaient reçu ordre de prendre le Canada et ils l\u2019ont pris.Pas de discussion.Et surtout pas de questions à savoir s\u2019ils interrompaient ou continuaient l\u2019histoire du Canada.Un militant milite, il ne questionne pas.Un soldat obéit et ne questionne pas.De même qu\u2019un historien raconte, je n\u2019ai pas à me demander si mes actions continuent ou interrompent la continuité de l\u2019histoire canadienne.Je m\u2019occupe à faire l\u2019indépendance du Québec.Point.Je pourrais continuer ainsi pendant encore longtemps, M.le directeur, mais je n\u2019abuserai pas.Avant de terminer, je veux dire ici, que si, d\u2019après M.Girard, 1867 n\u2019est pas une faillite, j\u2019en suis.Ce n\u2019est pas une faillite pour le Canada, mais c'est une faillite pour les Canadiens français.Au delà de 500,000 Canadiens français anglicisés, dont un grand nombre ont même perdu leur foi.Dans le contexte actuel nous ne voyons même pas comment nous en sortir.Est-ce que nous sommes assez riches ici au Québec pour nous permettre de gaspiller ce que des pays puissants, tels l\u2019Angleterre et la France pour ne nommer que ces deux-là, n'osent pas se permettre de faire ?Et quand M.Girard dit que 200 ans d\u2019histoire ont lié les deux Canadas, j\u2019aimerais lui dire qu\u2019ils furent liés de force, avec la menace constante d\u2019une carabine pointée dans le dos des Canadiens français, sous le prétexte de maintenir l\u2019ordre public établi par l\u2019Anglo-Saxon.Son ordre à lui.C\u2019est-à-dire la soumission des Canadiens français à son ordre.M.le directeur, chaque nationaliste au Québec est un soldat.Et ce soldat a son ennemi, et cet ennemi c\u2019est l\u2019internationaliste qui veut établir son rêve sur son dos.Jean-Jacques Roy feitsISï \u2022;'â v ;; ; agit# «âgés æ - ¦ s ffc *'?s .\u2022 X - iÿgp i i» y»® Swmk SSgf Poèmes de l\u2019oubli par Nicolle Forget I Je viendrai mourir parce que tu ne seras plus où tes yeux m\u2019ont aimée j\u2019y viendrai mourir quand j\u2019étais belle d\u2019une étoile de nuit chaude devenue l\u2019impossible action nationale II Que viennent les heures blanch des hivers d\u2019antan! le feu se meurt mon corps est cendre tes doigts, de glace le feu se meurt hâtez-vous, mon ami j\u2019entends l\u2019hiver qui vient Et je serai poudrerie le feu se meurt du fond des hivers anciens. POÈMES DE L'OUBLI 843 III J\u2019étais morte et nous allions main dans la main dans la main du vent Tu voulais rire et ne savais ni pourquoi ni comment J\u2019ai pleuré ton Hre est venu à cause du bruit de mes os sur les feuilles tombées La notion d\u2019étranger dans la littérature canadienne - V Vers une solitude désespérante par André Vanasse L\u2019année 1945 marque un tournant dans l\u2019histoire de notre littérature québécoise.C\u2019est à cette date qu\u2019un roman, brisant avec la tradition terroiriste, fait son apparition sur les étagères de nos librairies.Bonheur d\u2019occasion, oeuvre de Gabrielle Roy, rompt définitivement avec la \u201ccampagne\u201d pour s\u2019installer à la ville, plus précisément dans le quartier pauvre de Saint-Henri.Bien sûr, nos romans, j\u2019entends ceux qui sont considérés comme représentatifs de notre littérature, ont parlé de la ville.Il faut noter cependant qu\u2019ils peignaient d\u2019abord et avant tout la société agraire.Louis Hémon le premier avait fait allusion aux \u201cfactories\u201d des Etats-Unis; Ringuet pour sa part avait élargi le thème en lui consacrant quelques chapitres.Il n\u2019en demeure pas moins que Gabrielle Roy est la première à avoir structuré un roman réussi à partir de la vie urbaine exclusivement.Phénomène étonnant, nous retrouvons exactement la même situation dramatique : la même fatalité pèse sur les personnages, la même soumission aussi.On doit, en fait, noter que les personnages en cause sont d\u2019ex-agriculteurs partis à la conquête de la ville.Azarius et Rose-Anna Laçasse, nouvellement mariés, ont quitté sans regret le joug de la terre pour connaître la liberté des LA NOTION D'ÉTRANGER DANS LA LITTÉRATURE.845 grandes cités.Ils ont connu, à leurs débuts, le même émerveillement que Marguerite la jeune serveuse: Paysanne venue habiter tard chez ses parents de la ville, elle n\u2019était point encore désillusionnée de tout le clinquant du quartier.Pas plus d\u2019ailleurs qu\u2019elle n\u2019était gavée des surprises ni des odeurs sucrées du restaurant.Cette animation, ces flirts continuellement ébauchés autour d\u2019elle, cette atmosphère de poursuites, de reculs, de demi-consentements, d\u2019aguichantes tentatives, tout cela, sans la troubler beaucoup, l\u2019amusait, la réjouissait.(1) Mais le temps, l\u2019inexorable temps, allié à une économie instable a tôt fait de briser leurs illusions.Encore imbu du rythme agraire, habitué surtout à la sécurité de la terre, le couple n\u2019a pu se faire à cette vie accélérée où le pain du lendemain n\u2019est jamais assuré, où il faut se battre pour maintenir sa place au soleil.Azarius Laçasse, déçu, n\u2019a pu affronter la réalité.Il s\u2019est réfugié dans le rêve poursuivant inlassablement de ridicules chimères.La société agraire offrait au moins l\u2019avantage d\u2019une certaine stabilité.Refuge d\u2019un peuple vaincu désirant retrouver un état archaïque et paradisiaque, l\u2019agriculteur avait la consolation de pouvoir manger son pain quotidiennement.Si le paradis n\u2019offrait pas les douceurs qu\u2019on lui avaient prédites, l\u2019agriculteur pouvait au moins équilibrer le déficit en s\u2019identifiant, imaginairement cela va de soi, au coureur des bois ou au riche citadin.Si le paysan était morose, il n\u2019était quand même pas désespéré.L\u2019agriculteur devenu citadin marque, dans cette perspective, une nouvelle étape dans l\u2019évolution de notre étude.Transfuge, il devient lui-même étranger; ayant voulu réaliser son rêve mais mal outillé pour y accéder, l\u2019ex-agriculteur vivra sa nouvelle situation au niveau de l\u2019imaginaire.Azarius Laçasse est essentiellement un \u201cjongleur\u201d : 1.G.Roy, Bonheur d'occasion, Société des Editions Pascal Montréal, 1945, pp.18-19, tome 1. 846 ACTION NATIONALE Ben voyons, sa mère, autant être assis icitte comme ailleurs, tant qu\u2019à être assis pour jongler.\u2014 Jongler! Elle avait jeté le mot avec dérision et le son de ses savates glissant sur le parquet s\u2019arrêta brusquement.\u2014 Jongler ! T\u2019es-tu pas capable de faire autre chose?T\u2019as passé quasiment toute ta vie à jongler.Et au bout de toutes tes jongleries, t\u2019as jamais été plus avancé.De jongler, c\u2019est ça, penses-tu, qui aide le pauvre monde! (2) Etranger dans un monde hostile, Azarius a toujours été persuadé qu\u2019il était victime des événements.La fatalité, semble-t-il, l\u2019a frappé injustement au moment même où il nageait dans le bonheur: Toute sa vie passa devant lui rapidement (.) Il se voyait d\u2019abord menuisier, bâtissant des cottages dans la banlieue.En ce temps, Rose-Anna préparait le lunch qu\u2019il apportait dans une petite boîte de fer blanc.(.) Ces goûters là-haut par les clairs midis d\u2019été, dans la chaleur qui lui plombait sur la nuque, étaient une partie claire, nette, importante de sa vie.(.) Et puis, brusquement, il y avait eu une fêlure dans sa vie.(.) Il n\u2019était plus bâtisseur et il se voyait mal tout à coup dans des ouvrages qui ne lui ressemblaient pas.(3) Enfant déçu, Azarius boude la vie.Il piétine sur place et vit à reculons.Il s\u2019accroche désespérément au temps passé et refuse de voir la vie en face.Au fond, il voudrait que la vie lui rende ce qu\u2019il n\u2019a pu conserver et cela, sans qu\u2019il lui en coûte un effort.Azarius Laçasse vit dans son univers fictif et c\u2019est là une attitude qui ne lui est pas exclusive.En fait tous les personnages rêvent comme Azarius et poursuivent obstinément, c\u2019est en cela qu\u2019ils se distinguent de ce dernier, le but qu\u2019ils se sont fixé.Ils refusent tous un monde qu\u2019ils considèrent comme inacceptable et cherchent par 2.\tIbid., p.120, t 1.3.\tIbid., pp.213-214, t 1. LA NOTION D'ÉTRANGER DANS LA LITTÉRATURE.847 tous les moyens à s\u2019en sortir.L\u2019impression d\u2019ensemble est celle d\u2019une solitude désespérante.Les uns et les autres se côtoient, se parlent mais ne s\u2019entendent ni ne se comprennent.Chaque personnage est placé sous un globe de verre parlant et gesticulant mais ne recevant que son propre écho.Qu\u2019on regarde de près l\u2019attitude de chaque personnage et l\u2019on comprendra qu\u2019ils sont tous étrangers les uns par rapport aux autres.Comment expliquer l\u2019attirance mutuelle entre Jean Lévesque et Florentine Laçasse sinon justement parce qu\u2019ils reconnaissent en chacun d\u2019eux le reflet de leur propre image?Pour Florentine, Jean n\u2019est-il pas celui qui a réussi à s\u2019élever au dessus du milieu de Saint-Henri?N\u2019est-ce pas ce qu\u2019elle désire le plus ardemment pour elle-même?C\u2019est pas que je l\u2019aime gros, raisonnait-elle, non, je peux pas dire que je l\u2019aime pour vrai.Il me tanne avec ses grands mots pis toutes ses idées de fou, mais il est pas non plus comme les autres gars de Saint-Henri.(4) Jean, pour sa part, ne voit certes pas l\u2019avenir en Florentine mais il retrouve l\u2019image de son propre passé : C\u2019était sa misère, sa tristesse qu\u2019il tenait entre ses bras, sa vie telle qu\u2019elle pourrait être, s\u2019il ne s\u2019était pas arraché d\u2019elle comme d\u2019un vêtement gênant.(5) En fait c\u2019est son enfance d\u2019orphelin qu\u2019il tient entre ses bras, une enfance reniée mais non oubliée.On comprend que Florentine, projetant son désir d\u2019ascension sociale en Jean, et lui-même, essayant de retrouver une enfance perdue, ne puissent s\u2019atteindre réellement.Leur dialogue est complètement faux puisque l\u2019un et l\u2019autre ne parle que pour lui-même : 4.\tIbid., p.Ill, t.1.5.\tIbid., p.280, t.1. 848 ACTION NATIONALE Vers la fin du repas, elle commença de le tutoyer.Elle ne voyait plus qu\u2019il l\u2019écoutait à peine et la regardait à la dérobée avec ennui.Elle se parlait plutôt à elle-même (.) (6) \u2014 C\u2019est si dur que ça?fit-elle à tout hasard, pour s\u2019imposer à son attention, car elle savait bien qu\u2019il ne s\u2019adressait pas à elle mais parlait pour lui-même.(7) Fondamentalement Azarius et Rose-Anna vivent la même solitude à cette exception près qu\u2019il n\u2019y a même pas projection de l'un dans l\u2019autre.Azarius, on l\u2019a vu, recherche puérilement un inaccessible passé tandis que Rose-Anna, femme martyre, ne vit que pour un budget qui ne se boucle jamais.Désillusionnée, Rose-Anna est persuadée que le bonheur est impossible sur terre.Pour elle toute joie est fatalement liée au malheur.La partie de sucre, seul moment où Rose-Anna a cédé le pas au rêve, le lui a douloureusement prouvé.Ce bonheur tant savouré a pris goût de fiel dès le moment où il s\u2019est réalisé.Ce court instant octroyé à la joie de revivre une innocence d\u2019antan, lui a fait voir combien il était grave d'oublier, ne fût-ce que momentanément, le fardeau de ses responsabilités: Azarius, au retour, a été impliqué dans un accident de la route et congédié par son patron pour avoir, sans sa permission, emprunté son camion.Daniel, cet enfant sérieux vivant avec la mort, est passé par ce voyage de demi-vivant à demi-mourant.Florentine, seule à la maison, jouant avec le feu s\u2019y est brûlé les ailes.Somme toute la fatalité a pesé lourd sur les épaules de Rose-Anna: Quelle joie que d\u2019être allé au sucre! Chercher une joie, n\u2019était-ce pas pour eux, est-ce que ce n\u2019avait pas toujours été un sûr moyen de s\u2019attirer la malchance?Oh! qu\u2019elle paraissait absurde et incompréhensible, maintenant, la frénésie de bonheur, qui, tous, les avait saisis.(8) 6.\tIbid., p.109, t.l.7.\tIbid., p.247, t.1.8.\tIbid., p.298, t 2. LA NOTION D'ÉTRANGER DANS LA LITTÉRATURE.849 Solitude totale ! D\u2019autant plus pathétique que les enfants eux-mêmes la partagent.Daniel, à l\u2019hôpital, s\u2019accroche désespérément à l\u2019image de Jenny parce que pour la première fois il a connu un visage qui exprimât la beauté, la bonté et la sérénité.Il en est de même pour Yvonne sa petite soeur qui ne vit que pour enlever les épines qui percent le coeur du Christ.\u201cYvonne lui était ravie.Mais Yvonne ne lui avait jamais appartenu (9)\u201d.Tous les personnages vivent cette solitude désespérante et ils ont tous choisi de manifester leur drame par une frénésie du mouvement.Bonheur d\u2019occasion apparaît comme le roman de la fuite: on se fuit soi-même et on fuit les autres sans jamais trouver une solution au problème posé.Chacun est emporté par un désir d\u2019évasion qu\u2019il ne peut refréner ; les rails qui divisent Saint-Henri ont sur tous un pouvoir hypnotique.De même les éternels déménagements du printemps illustrent parfaitement le tempérament \u201ccoureur des bois\u201d de la famille Laçasse : Elle cheminait à pas lents, lasse et lourde.Déjà les souvenirs attaquaient sa vaillance et grugeaient à même son courage.Déjà lui apparaissait la futilité de tous ses espoirs.La clarté du ciel et la douceur de l\u2019air ne la troublaient pas.Elle pressentait le printemps à d\u2019autres signes, et un peu en ennemie.Le printemps! Qu\u2019est-ce qu\u2019il avait signifié pour elle?Dans sa vie de mariage, deux événements s\u2019associaient toujours au printemps: elle était enceinte et, dans cette condition, il lui fallait se mettre sur le chemin pour trouver un logis.Tous les printemps, ils déménageaient.(10) Itinérante, la famille Laçasse ne peut s\u2019identifier à aucun lieu précis, elle ne vit que par images superposées, incapable d\u2019identifier leur chez-soi : Chez-nous, c\u2019était un mot élastique et, à certaines heures, incompréhensible, parce qu\u2019il évo- 9.\tIbid., p.490, t.1.10.\tXbid., p.125, t.1. 850 ACTION NATIONALE quait non pas un seul lieu, mais une vingtaine d\u2019abris éparpillés dans le faubourg.Il contenait des regrets, des nostalgies et, toujours, une parcelle d\u2019incertitude.Il s\u2019apparentait à la migration annuelle.Il avait la couleur des saisons.Il sonnait au coeur comme une fuite, comme un départ imprévu; et quand on l\u2019entendait, on croyait entendre aussi, au fond de la mémoire, le cri aigu des oiseaux voyageurs.(11) Symbole d\u2019une famille, la fuite sera aussi le symbole de chaque individu.A la réunion chez Emmanuel, Florentine s\u2019étourdit pour oublier ce qu\u2019elle est.C\u2019est par la danse qu\u2019elle exprime son désir passionné de \u201cbrûler sa vie\u201d selon l\u2019expression de Gabrielle Roy.Jean Lévesque, après ses erreurs avec Florentine, fuit sans laisser d\u2019adresse.Daniel meurt.Yvonne décide de se faire religieuse.Eugène, le fainéant, s\u2019engage dans l\u2019armée.Toute la famille se désagrège lentement: Et elle continua tout bas sa pensée: \u201cEugène.Florentine.Qui s\u2019en ira après?On achève-t-y d\u2019être ensemble?Déjà !\u201d Elle promena un regard las, meurtri autour d\u2019elle.Oh! non, ils ne seraient jamais heureux ici ! (12) Effectivement tout n\u2019est pas fini puisque Azarius, essayant de se redonner une image consolante de lui-même, imite le geste de son fils.De même en est-il pour Emmanuel, le mari nécessaire à Florentine! Le plus tragique c\u2019est qu\u2019on a l\u2019impression que ces départs massifs vont rétablir la situation.Azarius parti, Rose-Anna aura enfin la sécurité.Emmanuel disparaît au moment même où Florentine va accoucher.Ainsi sommes-nous en droit de nous demander si la solution au problème de Bonheur d\u2019occasion ne serait pas la disparition du père.Ce serait sûrement un thème fort intéressant à étudier dans notre littérature.11.\tIbid., p.379, t.2.12.\tIbid., p.483, t.2. LA NOTION D'ÉTRANGER DANS LA LITTÉRATURE.851 Puisque cette partie n\u2019a été consacrée qu\u2019à Bonheur d\u2019occasion, il serait bon de savoir si les autres romans de cette époque supportent les mêmes thèmes de solitude, de rêve et de désagrégation.Nous en reparlerons, rapidement il faut l\u2019avouer, dans notre conclusion, dernière tranche de notre étude. Littératures du Québec et d\u2019Haïti - VI Poésie et roman par Maximilien Laroche L\u2019heure de la vraie poésie René Dépestre, je crois, est un de ceux qui ont su le mieux chanter ce pays, géographie et passion, souvenir et misères, espoir et luttes: Je connais un mot Je connais un mot aux charmes caraïbes il brille dans les détours des rivières dans la lune au fond des mares dayis le bruissement des feuilles dans le gazouillis du berceau dans la fumée panache des chaumières.Je connais un mot tout flambant d\u2019histoire il représente la diane des matins incendiés les rassemblements dans les bois f raternels les champs de canne rôtis par la souffrance l\u2019inquiétude de milliers d\u2019opprimés la liberté voltigeant sur les ailes de la mort.ce mot est mon avenir ce mot est mon amour ce mot est ma folie: Haiti.(lJt) Il est impossible de ne pas sentir tout de suite le changement de perspective.Désormais, le pays n\u2019est plus en dehors du poète, il est en lui, il est lui.Il y a une osmose qui donne au pays la chair et le corps du poète et suscite un amour, que dis-je, une mystique.(14) Idem.p.586-587. LITTÉRATURE DU QUÉBEC ET D'HAÏTI\u2014VI 853 Maintenant comment expliquer d\u2019abord cette absence d\u2019un pays concret en poésie québécoise et cette restriction du pays à ses traits physiques en poésie haïtienne?Les amateurs d\u2019explications politiques diront que dans le premier cas le Québec étant si peu maître chez lui, de ses ressources naturelles, de son économie et de ses pouvoirs politiques, les poètes ne pouvaient avoir de leur pays qu une image diaphane et floue et devaient forcément se cantonner dans les souvenirs du passé et rêver d\u2019un pays d\u2019avant la découverte, tandis qu\u2019en Haïti, à cause du fait qu\u2019on n\u2019était maître que du sol mais dans le même temps si peu maître de tout ce qui assure une indépendance effective, le pays ne pouvait se résumer qu\u2019à ses seules manifestations physiques.Surtout que l\u2019inexistence d\u2019une véritable conscience nationale et cette aliénation culturelle et raciale déjà évoquées n\u2019étaient pas faites pour améliorer les choses.Cependant il s\u2019agirait là d\u2019explications partielles.Ce qu\u2019il convient de faire ressortir c\u2019est qu\u2019au Québec comme en Haïti l\u2019image du pays au cours de ces dernières années, s\u2019est merveilleusement enrichie.Qu\u2019il s\u2019agisse du rejet des vieux poncifs patriotiques et de la conception terre-à-terre du pays comme cela se fait en Haïti ou de l\u2019exaltation d\u2019un nationalisme de moins en moins mystique et sentimental comme le Québec en donne un exemple, il faut conclure que les deux pays, par leurs jeunes littératures, évoluent semblablement vers plus d\u2019authenticité.Un point sur lequel l\u2019on s\u2019étonne de voir les poésies québécoise et haïtienne différer, c\u2019est celui de la race.Que celle-ci soit un thème-clé des deux littératures, cela ne fait pas de doute.Mais si en Haïti l\u2019on parle de race surtout en poésie et fort peu dans le roman, c\u2019est le contraire qui se vérifie au Québec.Sans doute ici comme là-bas l\u2019essai a largement fait sa place aux problèmes de \u201clutte de races\u201d.Peut-être même que ce fut sa préoccupation essentielle jusqu\u2019à tout récemment, et cela est aisément explicable dans le cas du Québec qui, depuis 1774, connaît l\u2019affrontement de deux races sur les plans politique, culturel, économique et jusque dans le domaine 854 ACTION NATIONALE des langues.Ce qui a fait parler de lutte des langues.Pour Haïti, c\u2019est plus compréhensible encore, puisque la scène internationale nous présente aussi bien aux Etats-Unis qu\u2019en Rhodésie le spectacle d\u2019une lutte des races dont les nègres n\u2019ont cessé de faire les frais depuis bientôt cinq siècles.Si l\u2019on ajoute à cela que cette lutte s\u2019est sans cesse aggravée de par les incidences, répercussions ou conséquences que le colonialisme, le capitalisme, le néo-colonialisme, n\u2019ont pas manqué de provoquer sur elle, l\u2019on comprendra que les poètes haïtiens se soient constamment fait l\u2019écho et ce, jusqu\u2019à nos jours, de cette question des races.Question des races, ou plutôt de race, puisqu\u2019il s\u2019agit essentiellement de défendre la race noire, de revendiquer en sa faveur, de chanter l\u2019espoir ou la certitude de sa libération.L\u2019on peut considérer qu\u2019en gros, en poésie haïtienne, le thème de la race a passé jusqu\u2019à présent par trois étapes principales.Tout d\u2019abord ce fut la période de la \u201cdéfense\u201d.Période de plaintes et donc des complaintes.Si dans l\u2019\u201cEssai\u201d Anténor Firmin, Louis-Joseph Janvier, se montraient plus virils et répondaient du tac au tac aux détracteurs de la race noire, en poésie, ce sont plutôt les regrets et la mélancolie des poètes qui constatent avec amertume qu\u2019en dépit de leurs efforts pour s\u2019assimiler culturellement aux blancs ceux-ci ne leur permettaient pas pour autant de devenir leurs égaux.Pas même en amour.Et c\u2019est cette ségrégation sentimentale qui fait la matière de \u201cChoucoune\u201d et du \u201cFils du Noir\u201d d\u2019Oswald Durand.Les poètes avaient alors véritablement le complexe de l\u2019esclave dont ils ne cessaient d\u2019évoquer le souvenir et le sort.Et c\u2019est ce qui faisait pousser à Mas-sillon Coicou ce soupir : \u201cPourquoi donc suis-je nègre?oh! pourquoi suis-je noir ?Tu sais, toi qui sais tout, que je souffre à toute heure, Parce que je suis noir! Eh bien! oui, trop longtemps j\u2019ai souffert sans mot dire, Seigneur, pardonne-moi si j\u2019apprends à maudire.(Complaintes d\u2019esclaves) 855 LITTÉRATURE DU QUÉBEC ET D'HAÏTI \u2014VI Les plaintes malheureusement, ne servent à rien en pareil cas.Et l\u2019occupation américaine (1915) qui provoqua la naissance du mouvement indigéniste fut l\u2019occasion de passer à l\u2019étape à laquelle je donnerais le nom d\u2019illustration.Par un processus très aisément reconnaissable de compensation l\u2019on se dit que la meilleure façon encore de se défendre c\u2019était d\u2019attaquer, en l\u2019occurrence d\u2019affirmer, de proclamer les vertus qu\u2019on déniait aux nègres.Cette étape qui débuta vers 1928 et se poursuivit jusqu\u2019en 1946 atteignit son sommet dans les années 1940.Durant cette phase d\u2019illustration certains poètes iront dans leurs oeuvres jusqu\u2019à la violence d\u2019un défoulement qui pour être sincère ne semble avoir que peu de relation avec l\u2019art ou l\u2019esthétique.Carlos St-Louis a écrit quelques poèmes dans ce genre \u201cje suis nègre\u201d, \u201cJ\u2019aime le nègre\u201d.Mais d\u2019autres poètes plus inspirés, composeront des oeuvres où l\u2019inspiration fort militante sait cependant trouver des images étincelantes pour s\u2019exprimer.Jean-F.Brierre est de ceux-là et \u201cBlack Soul\u201d, c\u2019est une épopée de la race.Regnor Bernard, lui aussi a su trouver des images vibrantes pour chanter la race : Altitude Cherche-la donc enfin la route du soleil et grandis ta souffrance à l\u2019orgueil de ton rôle.Nègre, l\u2019horizon est immense qui t\u2019appelle et te sollicite: élève-toi, élève-toi et cueille toutes les étoiles qui fleurissent le champ bleu de la nuit Depuis 1946, la poésie est devenue de plus en plus engagée et même si une certaine conscience de race demeure très forte chez un poète comme Jacques Lenoir, par exemple, les préoccupations sociales prennent nettement le dessus sur les revendications raciales.Que les problèmes de race, même pour les Haïtiens, aient cédé quelque peu le pas aux questions sociales, cela nous met sur la piste d\u2019une explication de la relative ab- 856 ACTION NATIONALE sence de la race en poésie québécoise.Que pour les Haïtiens, et pour les noirs en général, la race soit cause d\u2019un problème bien distinct auquel viennent se surajouter les problèmes économiques, sociaux ou de sous-développement, cela est clair.Même si parfois tout cela se com-pénètre pas mal.Dans le cas particulier du Québec toutefois je crois que la question de race ne constitue pas un problème en soi.Le problème, ou mieux les problèmes, sont avant tout politiques, économiques et sociaux et c\u2019est par le biais de la religion et de la culture que les dits problèmes prennent une allure raciale, c\u2019est-à-dire dans la mesure où l\u2019on identifie le catholicisme et la culture française à la race canadienne-française et le protestantisme et la culture anglo-américaine à la race anglo-saxonne.La preuve en est que dans la poésie qui n\u2019était nullement sociale avant ces derniers temps, la race est absente tandis que dans le roman qui, bon gré mal gré, de par sa nature même est social, il en a toujours été question des \u201cAnciens Canadiens\u201d à \u201cEthel et le terroriste\u201d en passant par \u201cMenaud maître-draveur\u201d.Et si dans la jeune poésie qui, elle, est sociale, il n\u2019en est pas davantage question c\u2019est peut-être qu\u2019on va droit au fait et qu\u2019on ne se laisse point détourner vers des voies d\u2019évitement.En Haïti, avant 1946, alors qu\u2019on n\u2019était point éveillé aux problèmes de lutte des classes à l\u2019intérieur du pays, et encore moins à cette vaste lutte des classes qu\u2019est la division du monde en pays développés et sous-développés, il est normal que la question raciale ait eu la prédominance et qu\u2019avec ces impératifs nouveaux elle ait perdu de sa primauté.Si en manière de conclusion je devais embrasser d\u2019un coup d\u2019oeil l\u2019évolution des poésies québécoise et haïtienne sous le triple point de vue que je viens de développer, je dirais que l\u2019image de la femme, d\u2019idéale et de désincarnée ou d\u2019exclusivement érotique telle que nous la montraient nos poètes tend à devenir plus vraie, plus humaine et que du même coup l\u2019amour lui aussi s\u2019est humanisé, acquérant une noblesse et une grandeur nonpareilles.Les poèmes de Georges Cartier, de Janine Tavernier Louis LITTÉRATURE DU QUÉBEC ET D'HAÏTI \u2014 VI 857 en sont la preuve.Si l\u2019engagement social a pu, un moment sembler faire passer la femme et l\u2019amour au second plan, nos poètes ont su réconcilier l\u2019amour et l\u2019engagement: \u201cJe ne viendrai pas mirer mon fol espoir dans le cristal de tes prunelles sauvages car quel sens donner à nos baisers à nos étreintes à ce soir brûlant de fièvres si notre amour reste indifférent aux appels désespérés de la souffrance humaine (15) \u201cô femme-forêt traversée de clairières où le pas chante à mi-voix les cents chemins tissant la tunique des vents qu\u2019au saule coule son mille de feuilles et chacune sur ma lèvre gercée mince doigt de fraîcheur suscitera le fleuve des poèmes je ne suis que blême blessure à la cuirasse de la nuit je n\u2019ai point flèche à cils de feu pour planter en ton corps le nid feuillu de chaque gémissement d\u2019amour termine ô femme ma déroute qu\u2019en toi j\u2019élève ce pays au jour claquant du nom\u201d (16) Ce qu\u2019il y a peut-être de plus fascinant c\u2019est non seulement cet approfondissement constant dans le développement de ces trois thèmes, mais leur intégration dans un effort pour traduire le plus large idéal humain possible.Si la femme et l\u2019amour sont évoqués de façon plus authentique, si le pays est devenu un être de chair pour qui on s\u2019engage avec passion, comme pour une femme, à l\u2019image du pays, celle de la femme s\u2019est associée, et l\u2019amour de la femme aimée est devenu indissociable de celle d\u2019un pays: ils sont la sève dans l\u2019arbre.le bel arbre de l\u2019amour et fleurit dans les glaces de Sibérie (15)\tPanorama de la poésie haïtienne, p.598.(16)\tPaul Chamberland, Terre Québec, Poésie canadienne, Librairie Déom, p.59. 858 ACTION NATIONALE et fleurira dans la désolation des mornes d\u2019Haïti tu Vattristes et souris dans les yeux des paysans et ils sont l\u2019oxygène de l\u2019air quand ton regard porte la lumière de nos plus grands ciels d\u2019été (Jacques Lenoir, Poème pour toi) L\u2019amour du pays et de la femme n\u2019est pas exclusif de la conscience de race.Au contraire l\u2019amour de la race joint à celui de la femme et du pays sont la meilleure ouverture à un amour des hommes, à la fraternité humaine.Car c\u2019est souvent dans l\u2019amour d\u2019une femme: Dans mes deux mains Je tiens le livre de la vie de Jacques Roumain ton souffle soulève tes seins c\u2019est ta beauté qui bouge et c\u2019est le douloureux espoir humain qui de l\u2019enfer d\u2019aujourd\u2019hui sauve demain je songe, je songe à Guernica je t\u2019enlace, je t\u2019enlace et que demeure la voix de Lorca le vent à perdre haleine s\u2019étend sur la mer (Jacques Lenoir, Poème pour toi) mais plus souvent encore dans l\u2019amour des hommes de son pays, des plus déshérités, qu\u2019on se reconnaît frère des autres hommes, uni à eux par une même souffrance : \u201cbrûlant je noue mon cri à celui de Néruda nous sommes d\u2019Amérique malgré le silence entre le nord et le sud malgré le State Department la Gendarmerie \u2014 l\u2019amitié des humiliés germe dans la mine et la sueur \u2014 Nous sommes le vif d\u2019une plaie immense nommée Amérique (17) En songeant à ces deux poésies à propos desquelles j\u2019ai essayé de faire quelques rapprochements et au terme de ces nombreuses citations, le vers qui me vient spontanément à l\u2019esprit c\u2019est celui de Georges Castera fils : \u201cLa route du départ est pavée de promesses\u201d.(17) André Major, Le pays: Poésie parole armée, Poésie canadienne, Librairie Déom, Volume 1, p.58. LITTÉRATURE DU QUÉBEC ET D'HAÏTI\u2014VI 859 Le roman Il est fort possible que dans les années à venir Réal Benoit soit considéré comme l\u2019un des romanciers les plus originaux de cette génération.\u201cQuelqu\u2019un pour m\u2019écouter\u201d, qui lui a valu les éloges unanimes de la critique et le prix de la ville de Montréal, passera sans doute pour le premier jalon d\u2019une oeuvre aussi remarquable par sa facture bien personnelle que par le libre essor d\u2019une imagination romanesque qui sait organiser à merveille sa propre féerie.Quelles que soient l\u2019importance et la valeur littéraire qu\u2019on voudra bien reconnaître alors à \u201cRhum-Soda\", il faudra cependant lui accorder, dans l\u2019étude de l\u2019oeuvre de Réal Benoit, une attention spéciale.Ainsi que le démontrait Gilles Marsolais dans deux articles de Lettres et Ecritures: \u201cLe monde de Réal Benoit témoigne d\u2019une continuité singulière\u201d.Et c\u2019est dans \u201cRhum-Soda\u201d qu\u2019on retrouvera le noeud de cet écheveau de souvenirs que l\u2019auteur n\u2019a cessé de dévider dans \u201cQuelqu\u2019un pour m\u2019écouter\u201d, dans \u201cLe marin d\u2019Athènes\u201d et peut-être dans d\u2019autres oeuvres.Ainsi s\u2019expliquera qu\u2019au gré de la nostalgie de l\u2019auteur apparaissent ou disparaissent certaines figures comme celle d\u2019Yvonne, que des images tropicales s\u2019imposent en filigrane et souvent au premier plan de son récit et qu\u2019enfin des bribes de créole se glissent même parfois dans ses phrases.Dans l\u2019optique de ces articles, ce qui me paraît intéressant dans \u201cRhum-Soda\u201d c\u2019est qu\u2019il s\u2019agit, du moins jusqu\u2019à plus ample informé, de la seule oeuvre romanesque québécoise qui ait Haïti pour site et qui en tire à la fois son atmosphère, certains de ses personnages et le plus clair du sujet.Cette oeuvre telle que publiée dans les Ecrits du Canada Français nous laisse quelque peu perplexe quant à sa localisation dans une catégorie littéraire précise.Il est vrai qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un texte vraisemblablement incomplet, tronqué dit l\u2019auteur, et que ce dernier mettait encore au point la technique si personnelle d\u2019écriture qu\u2019il devait utiliser dans ses oeuvres ultérieures.Néanmoins o» y reconnaît la manière de Réal Benoit qui 860 ACTION NATIONALE n\u2019est pas sans faire songer à la technique de certains documentaires rigoureusement objectifs mais réalisés de façon si personnelle, et dont l\u2019interprétation des faits est si suggestive que ces films finissent par prendre une signification symbolique et rejoignent par là d\u2019une certaine façon la fiction.La formation de cinéaste de Benoit ne serait donc pas étrangère à son style d\u2019écrivain.Quoi qu\u2019il en soit, dans \u201cRhum-Soda\", les relations de faits pris sur le vif qui font penser au récit de voyage ou au reportage, l\u2019embryon d\u2019intrigue entre Yvonne et l\u2019auteur qui ajoute la note romanesque, les réflexions que fait l\u2019auteur sur Haïti et ses habitants et qui se mêlent à l\u2019analyse psychologique teintée d\u2019ironie et de nostalgique tendresse dans une atmosphère exotique, tout cela fait que les barrières des genres sont abolies.L\u2019essai s\u2019amalgame au récit et le portrait aux mémoires intérieures pour tisser la trame d\u2019une rhapsodie, une \u201crhapsodie antillaise\u201d, comme l\u2019indique le sous-titre de l\u2019oeuvre.Il faut reconnaître avec Jean Ethier-Blais que de tous ceux qui ont écrit sur Haïti: \u201cL\u2019écrivain canadien qui en a parlé le mieux, avec le plus de poétique abondance c\u2019est Réal Benoit dans son petit chef-d\u2019oeuvre (l\u2019un des seuls de nos lettres) Rhum-Soda.Haïti y est toutes grâces, toute douceur.\u201d car, ajouterai-je, l\u2019auteur en parle avec une sympathie, pourtant point dénuée d\u2019ironie.Pour mémoire, il conviendrait peut-être de citer Cécile Laferrière et son attendrissante \u201cromance\u201d : \u201cCarole au pays des mornes\u201d, dont l\u2019action se passe en Haïti.Mais il est inutile de vouloir y retrouver la qualité littéraire de \u201cRhum-Soda\u201d ; et plutôt que de vouloir dénicher encore d\u2019hypothétiques romans québécois sur Haïti, il vaudrait peut-être mieux passer tout de suite à un autre point, c\u2019est-à-dire rapprocher les deux traditions romanesques québécoises et haïtiennes.Commençons par préciser aussi rapidement que possible quelle est la situation du roman au Québec et en Haïti.Au début de ces articles, je soulignais quelle place éminente occupait de nos jours la poésie dans ces deux 861 LITTÉRATURE DU QUÉBEC ET D'HAÏTI \u2014 VI littératures, au moins par la pléthore des publications poétiques sinon par la valeur de celles-ci.Or si l\u2019on jette un coup d\u2019oeil sur les autres littératures, sur les plus grandes notamment, on se rendra compte que c\u2019est au roman que vont tous les suffrages et que c\u2019est à lui que sont consacrés tous les prix littéraires et les faveurs du public.Cette différence s\u2019explique par le fait que dans une littérature jeune, des écrivains encore inexpérimentés et avides de s\u2019exprimer trouvent plus facile de griffonner des vers libres et de réunir en une mince plaquette de quelques pages le fruit de leurs cogitations.Au contraire, le roman, par la maîtrise qu\u2019il requiert du langage et d\u2019une technique, par la vision originale de la vie qu\u2019elle suppose ne peut manquer de décourager de jeunes grimauds des lettres.En outre si la poésie peut toujours se publier à compte d\u2019auteur et se vendre par souscription entre amis comme cela se pratique en Haïti, le roman exige un public, donc une certaine situation de l\u2019économie qui permette d\u2019imprimer des livres, d\u2019en assurer la vente à des gens capables de les lire.Par ailleurs le roman pour s\u2019épanouir exige une différenciation sociale qui ne peut se rencontrer que dans les pays fortement industrialisés et urbanisés.Tant qu\u2019une société sera campagnarde, elle produira peut-être des pastorales, des bergeries, des épopées même, et des romans paysans.Mais elle sera condamnée très rapidement à se répéter.Le fait qu\u2019Haïti soit un pays à quatre-vingt-dix pour cent de population et d\u2019économie agricoles, est pour beaucoup dans la stagnation de notre roman qui n\u2019arrive pas à sortir de l\u2019ornière du \u201croman de la terre\u201d.Le parallèle est frappant, si l\u2019on compare le roman haïtien au roman québécois.Celui-ci, après s\u2019être longtemps complu dans la tradition agriculturiste du terroir après la démonstration d\u2019insuffisance faite par \u201cTrente Arpents\u201d, s\u2019est de plus en plus tourné vers la ville et s\u2019est ainsi ouvert un riche champ de possibilités.En fin de compte, il y a le problème de la langue qui, il faut le dire, même si c\u2019est une lapalissade, est ca- 862 ACTION NATIONALE pital.Car ce qu\u2019il est important de comprendre dans le cas précis d\u2019Haïti, c\u2019est que la grande majorité de la population étant analphabète et d\u2019expression créole, et en plus ayant un niveau de vie précaire, cela rend toute communication presque impossible entre lui et les romanciers.Même l\u2019équivalent de ce qu\u2019a été la période \u201cjouale\u201d pour le roman québécois ne peut être envisagée pour Haïti.Le grand public aurait une égale difficulté à lire et à acheter un tel roman.Donc ce qui aura été la crise du roman québécois et aura permis aux écrivains d\u2019ici sinon de résoudre du moins de mettre en lumière le conflit du jouai et du français ne s\u2019est pas produit dans le roman haïtien, et par là le problème d\u2019un bilinguisme (français-créole) demeure entier.Le Docteur Price-Mars, dans cet ordre d\u2019idées, a souligné dans son livre \u201cDe St-Domingue à Haïti\u201d le côté ridicule et dérisoire de la situation de nos écrivains qui écrivaient le plus souvent pour une minorité au pays et pour un public étranger.Cela nous a valu la littérature exilée de ces écrivains plus soucieux de récolter les applaudissements de leurs confrères français que de traiter de sujets haïtiens.Ces considérations rapides peuvent permettre de situer le roman haïtien par rapport au roman québécois.Les deux ont connu un cheminement pareil, nous le verrons, jusqu\u2019à tout récemment.Ils présentent des similitudes remarquables dans certains de leurs thèmes fondamentaux.Enfin un problème de langage fort semblable se pose aux romanciers des deux pays.Cependant pour toutes sortes de causes extra-littéraires comme la situation sociale et économique, si le roman haïtien est en train de stagner (en fait il n\u2019est pas en train.il n\u2019existe tout simplement plus depuis Jacques-S.Alexis, c\u2019est-à-dire depuis 1955, et on n\u2019a signalé en effet la publication d\u2019aucune oeuvre vraiment nouvelle et valable depuis lors), le roman québécois, pour sa part, semble promis à un avenir de plus en plus brillant comme en témoignent la publication accrue d\u2019oeuvres romanesques et le succès toujours plus grand qu\u2019elles rencontrent. LITTÉRATURE DU QUÉBEC ET D'HAÏTI \u2014 VI 863 Ainsi il n\u2019est pas hasardeux de penser que si dans les deux pays, la cote d\u2019amour est encore à la poésie, il n\u2019en sera pas longtemps ainsi, du moins au Québec, et que très bientôt le roman québécois en acquérant de la maturité, détiendra la même hégémonie que partout ailleurs.Mais ne vaticinons point trop vite et terminons ce panorama de la situation du roman en Haiti et au Québec en jetant un coup d\u2019oeil sur le développement des genres romanesques ici et là-bas.Je dis genres romanesques, car à l\u2019intérieur de la catégorie \u201croman\u201d on pourrait fort bien distinguer le conte, la nouvelle et le roman qui répondent à des intentions différentes et obéissent à des techniques particulières même s\u2019ils ne constituent que les branches d\u2019un seul arbre.D\u2019abord la nouvelle! Il semble bien qu\u2019au Québec comme en Haïti, les écrivains aient rencontré le même échec dans ce domaine.Tout au moins disons qu\u2019ils n\u2019ont point su encore maîtriser les lois de ce genre et qu\u2019ils sont toujours en train de faire leurs armes.Dans le conte au contraire, il en va tout autrement.Non pas que tous les conteurs québécois soient des génies mais je crois que là au moins, l\u2019un d\u2019eux, Jacques Ferron, a su faire la preuve d\u2019un talent, d\u2019une maîtrise du genre et surtout d\u2019une personnalité qu\u2019on aurait du mal à contester.En effet ce n\u2019est pas tout de maîtriser la technique du genre qu\u2019on pratique et de posséder tous les secrets du langage, mais il faut encore que tout cela soit utilisé à la fois avec une souveraine aisance et porte la marque indélébile du tempérament de celui qui écrit.Un écrivain impersonnel et neutre, même parfait styliste, même parfait ouvrier du genre, ne m\u2019intéresserait pas.Il me semble que l\u2019idéal pour un écrivain serait que non seulement dans l\u2019esprit et dans \u201cles lettres\u201d, dans les sujets et la technique de composition et d\u2019écriture, on reconnaisse son timbre personnel mais que jusque dans un certain ton, une certaine allure des phrases et l\u2019ordonnance d\u2019une page, on trouve, sans méprise, l\u2019indice de sa main.Et c\u2019est ce qui se vérifie dans le cas de Ferron.Ses \u2018\u2018Contes du pays incertain\" et nombre de contes anglais, dont le Petit Chaperon 864 ACTION NATIONALE rouge, sont de purs joyaux.D\u2019ailleurs cette note personnelle, cet accent si propre à Ferron peut se reconnaître aussi bien dans ses contes, que dans ses lettres personnelles, ses billets aux journaux, ses interventions (écrites) à la télévision, ou ses articles dans les revues.Tout prend l\u2019allure d\u2019un conte, c\u2019est-à-dire d\u2019une \u201cmythologie\u201d pleine d\u2019humour et de malice.Il n\u2019est pas certain en définitive que même les romans de Ferron ne soient pas des contes.\u201cLa Nuit\u201d est à tout prendre une allégorie, celle de l\u2019antagonisme des deux peuples canadiens, et la tentative de bâtir un mythe très moderne du peuple québécois.La réussite personnelle de Ferron est un fait de tempérament et dont le mérite doit lui revenir intégralement car si l\u2019on parcourt la littérature canadienne-fran-çaise on voit que très tôt les écrivains qui ont abordé ce genre n\u2019ont pas manqué et que pour la plupart ils sont loin d\u2019approcher le talent de Ferron.Je crois tout de même que cette réussite ne serait pas explicable sans ce riche trésor folklorique de contes qui a pu en quelque sorte constituer l\u2019humus même d\u2019une culture, c\u2019est-à-dire d\u2019un tempérament et d\u2019un art national.En effet je n\u2019étais encore qu\u2019un lecteur d\u2019Hérauts que j\u2019avais déjà entendu parler, en Haïti, des histoires de chasse-galerie qui éveillaient en moi, je ne sais plus maintenant pourquoi, l\u2019image fantastique de voyageurs mystérieux pagayant en canoës dans des rivières souterraines.Davantage encore qu\u2019au Québec, le conte, en Haiti, constitue le creuset de la mentalité et le trésor le plus précieux de la culture nationale.Roger Mortel y voit l\u2019instrument par excellence de l\u2019éducation populaire et Emmanuel-C.Paul y trouve résumée, dans les aventures symboliques de \u201cBouqui et de Malice\u201d, l\u2019histoire de l\u2019homme haïtien, toujours brimé.Pourtant aucun conteur remarquable, en français, à tout le moins, n\u2019a surgi en littérature haïtienne.J\u2019entends si l\u2019on veut bien exclure de la catégorie des conteurs Justin Lhérisson car 1 audience\u201d, genre qu\u2019il a inventé, chevauche le conte, le roman et la conversation dans sa forme spécifiquement haïtienne et constitue une combinaison de l\u2019histoire et LITTÉRATURE DU QUÉBEC ET D'HAÏTI \u2014 VI 865 des histoires de la propagande politique et de la légende, de l\u2019humour et de la sagesse sceptique et fataliste.De cette absence de conteurs orthodoxes, la raison est fort simple: les contes, et toute la culture nationale dont ils sont le véhicule, sont d\u2019expression créole.Même pour un écrivain aussi remarquable que Jacques-S.Alexis, le lecteur haïtien le moindrement averti peut saisir dans les contes à caractère folklorique de celui-là, la distance qui sépare la poésie dense et la grâce de nos contes populaires du lyrisme et de la virtuosité quelque peu gratuits des contes les plus brillants de son \u201cRomancero aux étoiles\u201d.La langue est ici l\u2019obstacle capital.Ainsi des écrivains par ailleurs fort élégants comme Ulysse Pierre-Louis, quand ils ont voulu rendre en français ces contes, sont subitement devenus d\u2019une lourdeur et d\u2019une maladresse inexplicables.D\u2019autres éléments viennent aussi compliquer les choses: l\u2019on dit qu\u2019en Haïti les contes sont souvent plus que des contes, car ils sont chants et donc poésies, dialogues et mimique, et donc théâtre en embryon.Quant aux \u201ccontes de Bouqui et de Malice\", qui forment un véritable roman, à la manière du Roman de Renard, avec des branches aisément identifiables et d\u2019intentions différentes, ils constituent une véritable épopée héroï-comique, et contiennent en germe tous les développements possibles d\u2019une littérature haïtienne authentiquement nationale.Mais comme ils sont en créole, le problème de la langue se pose et avec lui, tous les problèmes d\u2019ordre économique, social ou autres que nous avons rapidement évoqués.C\u2019est pourquoi nos conteurs sur papier sont si peu nombreux et qu\u2019ils sont si gauches quand ils veulent donner une saveur de terroir à leurs oeuvres.Jacques-S.Alexis aurait peut-être pu être ce conteur tant souhaité.Certains de ses contes d\u2019inspiration personnelle et non plus folklorique nous font reconnaître cette facture personnelle et cet accent que je louais chez Ferron, mais son silence aura fait de cet unique recueil, une promesse qui n\u2019aura pas été tenue. 866 ACTION NATIONALE Le roman, en dépit des circonstances défavorables dont nous avons rappelé les causes, (sociales, économiques ou linguistiques) a connu en Haïti, pendant deux brèves périodes, un développement proprement miraculeux.Des années 1890 à 1910, la génération de la Ronde a vu apparaître successivement: Justin Lhérisson, Frédéric Marcellin, Fernand Hibbert et Antoine Innocent, sans compter nombre de menus conteurs et de nouvellistes aujourd\u2019hui oubliés.De ceux-là.les trois premiers sont certainement les plus importants.Et encore parmi eux, Justin Lhérisson, à mon sens, est celui qui retiendra le plus longtemps l\u2019attention.Pourtant son oeuvre est mince : deux courts romans, \u201cLa famille des Pitite-Caille\u201d et \u201cZoune chez sa namnainne\u201d dénommés Audiences.Son mérite est d\u2019avoir su trouver une formule de récit authentiquement nationale, qui dans la structure allie la simplicité de déroulement de nos contes ou de nos Audiences folkloriques à la complexité de vision et d\u2019analyse du roman européen, avec un arrière-plan de parabole et de satire et surtout dans un langage qui sait combiner à merveille les ressources du français et du créole pour servir un humour qui ne se dément jamais.Lhérisson est d\u2019une bonne humeur endiablée et d\u2019une verve débridée.Il a un sens aigu des effets comiques qu\u2019il peut tirer du choc des deux langues, française et créole, des rapprochements saugrenus à faire entre la mentalité haïtienne et le parler français.Par dessus tout il possède un don de la caricature qui lui permet de dépister le ridicule, de l\u2019isoler et de le grossir.Ainsi ces portraits enlevés en deux temps trois mouvements (Elizer, Velleda, les Maçons), ces récits d\u2019une vivacité, d\u2019une prestesse d\u2019allure dont la gaieté transparaît jusque dans le rythme avec lequel ils nous sont contés.C\u2019est peut-être là d\u2019ailleurs une influence du créole qui sait déjà dans le rythme de ses phrases donner au récit une couleur et un ton.L\u2019auteur touche du doigt et cruellement nos défauts et nos travers les plus pathétiques mais il a pris le parti d\u2019en rire plutôt que d'en pleurer et il ne nous laisse jamais le temps de nous attrister sur nous-mêmes.Il sait dans le tragique même trouver le côté drôle comme dans le cas LITTÉRATURE DU QUÉBEC ET D'HAÏTI \u2014 VI 867 de ce tyranneau qu\u2019est le général Bonhomme.Ainsi son rire n\u2019est pas un refus de voir la dure réalité.Au contraire! C\u2019est pour nous empêcher d\u2019en pleurer que Lhé-risson nous en fait voir les côtés sordides sous les aspects les plus drôles, mais il ne nous cache rien.Au fond c\u2019est un optimiste qui préfère voir la santé de la réalité.Il y a un mot espagnol, \u201cchispas\u201d, qui signifie à la fois \u201cétincelle\u201d et \u201cesprit\u201d et qui s\u2019appliquerait à merveille à ce jaillissement perpétuel d\u2019étincelles que constitue le récit de Lhérisson.L\u2019on hésite à reconnaître dans le romancier étincelant le poète parnassien gourmé et froid qu\u2019il fut par ailleurs en français.Ce qu\u2019il y a de proprement merveilleux et inimitable c\u2019est que dans ses deux minces romans, Lhérisson a su résumer toutes les tendances du roman haïtien: satire politique, monographie folklorique et plaidoyer paysan.Qu\u2019il ait su dans le même temps nous donner une oeuvre désopilante, fixer les traits d\u2019une époque de notre société et peindre avec justesse tout un pan de la mentalité haïtienne, cela tient du prodige.La seconde floraison du roman haïtien s\u2019épanouira dans les années 20 jusqu\u2019à 50, c\u2019est-à-dire durant cette période qui fera suite à l\u2019occupation américaine et que l\u2019on peut considérer comme close avec les premiers romans de Jacques-S.Alexis.Elle vit le roman indigéniste de la terre briller de tout son éclat.Le roman de la terre, oeuvre à caractère folklorique assez marqué et aux thèses sociales bien précises, qui peint d\u2019ordinaire la détresse des paysans haïtiens vivant sur des terres qui dépérissent et en butte en plus à l'exploitation des divers potentats de la ville et de la campagne, est essentiellement revendicateur et de tendance socialiste assez nette.Avec \u201cGouverneurs de la rosée\", paru en 1944, Jacques Roumain se détache parmi tous les romanciers indigénistes comme celui qui a porté ce genre à son apogée.Jacques-S.Alexis fera prendre un nouveau départ non seulement au roman indigéniste mais au roman haïtien tout court et lui ouvrira de nouveaux horizons car le genre indigéniste et paysan épuisé méritait d\u2019être renouvelé et c\u2019est le travail que dans la théorie comme 868 ACTION NATIONALE dans les oeuvres, Alexis entreprit.Le silence de cet écrivain a causé l\u2019un des vides les plus tragiques de notre littérature.Il serait intéressant de comparer ces deux écrivains dont l\u2019un peut être considéré comme le disciple de l\u2019autre, puisque Alexis plus jeune que Roumain a non seulement dans son premier roman \u201cCompère Général Soleil\u201d, repris la formule du roman paysan écrit en un langage où le créole et le français fraternisent, mais a même fait de son aîné sous les traits du Docteur Jacques Roumel, un des personnages du roman plus haut cité. oCeô chroniques (littéraires Témoignages MÉMOIRES D\u2019UN JEUNE CANOQUE par André Major VI Le \u201cvieil homme\u201d, l\u2019enfant dégénéré que j\u2019étais lui refusait le droit de cité parce qu\u2019il le craignait comme on craint de ne plus se reconnaître après avoir subi une opération.(1) Sitôt arrivé au chalet de mes parents, je me mis à écrire comme un possédé, un maniaque, un homme traqué.En écrivant j\u2019exorcisais le dieu qui me dévorait les entrailles, je dressais contre lui l\u2019empire prométhéen de mon délire verbal.Ce dieu, s\u2019il faut décliner son nom.c\u2019était la haine.Une haine viscérale, qui, descendant du foyer infecté de ma conscience, ravageait mon coeur et mon appétit.Je me nourrissais de cris que je vomissais sur le papier.Mais cette indigestion, j\u2019étais le seul à en souffrir puisque mon masque la celait parfaitement au regard des miens.C\u2019est ce qui explique leur étonnement devant ma rage d\u2019écrire.La révolte coulait dans mes veines, sang impur et brûlant.Voilà ce qui arrive quand on éduque les fils de pauvres, quand on leur donne les moyens de découvrir la barbarie dans laquelle végète la foule des hommes.L\u2019ignorance et la soumission, formes de notre médiocrité nationale, me semblaient transformer en enfer notre existence collective.Un enfer (1) Je n\u2019ai jamais subi d\u2019opération, mais je sais ce que c\u2019est, le rêve m\u2019en ayant instruit. 370 ACTION NATIONALE d\u2019autant plus irrémédiable qu\u2019il avait les apparences du confort.Quand on ne meurt pas de faim, on arrive à supporter le sort le plus dégradant, et les médecins de l\u2019âme n\u2019éprouvent pour nous aucune pitié.Ainsi Sartre nous refuse son appui parce que nous ne mourons pas de faim et sans doute parce que nous sommes blancs et que nous baragouinons le français, langue de colonisateurs, comme l'on sait.Si on maltraite Luther King, Prix Nobel de la Paix, il criera au meurtre, mais que la Justice canadienne pende des patriotes québécois, peu lui chaut.Quand Mauriac et Aragon ont signé la pétition réclamant la grâce de Shrim et Quénette, Monsieur Sartre a cru bon de ne pas se compromettre, lui qui a pourtant mis sa plume au service des Jaunes, des Noirs, des Prolétaires et des Mouches, (2) je crois.Sans doute est-il mal informé de ce qui se passe ici, terre à peu près inconnue dans le monde civilisé.Enfin, revenons là où j\u2019en étais, c\u2019est-à-dire à ma révolte.J\u2019écrivais dans le silence et la fureur, intentant à tout le monde un procès d\u2019intention comme si nos gens avaient été conscients de leur dégradation : trahi par ses élites, asservi par son allégeance politique, tenu dans l\u2019ignorance, et incapable de dominer son destin, tel m\u2019apparaissait mon peuple et je le voyais dépérir, perdre son visage, sa voix (ô sa voix si laide, déjà rongée par celle de ses oppresseurs), son passé, l\u2019espoir même d\u2019une résurrection.Pour m\u2019accommoder de cette vision, il eût fallu que je m\u2019abrutisse, l\u2019inconscience étant le prix de la satisfaction.Je n\u2019ai jamais mieux compris qu\u2019à cette époque les pamphlets de Bernanos.L\u2019indignation était mon attitude permanente.Piotte seul devina qu\u2019il y avait des remous sous le calme apparent de mon âme.A lui, qui était pourtant mon meilleur ami, je n\u2019osais pas révéler la nature profonde de mes refus.Tout ce qu\u2019il put m\u2019arracher au début de la nouvelle année scolaire \u2014 je commençais alors ma classe de Belles-Lettres (3) \u2014 ce fut l\u2019aveu d\u2019une inquiétude encore indéfinie.(2)\tJ\u2019oubliais d\u2019ajouter les Juifs à la liste des victimes par Sartre défendues.(3)\tAu collège cette fois. MÉMOIRES D'UN JEUNE CANOQUÊ 871 Les cours reprirent avec leur grisaille ,et je les suivais distraitement, avec indifférence.Seules la littérature et la religion m\u2019intéressaient: la littérature, je 1 avais toujours aimée, et quant à la religion, j\u2019avais quelques questions à lui poser.Le professeur de ladite matière s\u2019étonna de mes nouvelles dispositions et s\u2019empressa, avant que je ne m\u2019enhardisse, de me clouer le bec.Je devenais, aux yeux de mes camarades, celui dont les questions demeuraient sans réponse.Or, c\u2019est dans cet état d\u2019esprit que je lus les Insolences du frère Untel qui venaient d\u2019éclater dans le silence de notre univers.Je ferai remarquer que je me promenais alors avec Cité libre pour bien imposer ma dissidence.Je dévorai les Insolences, y trouvant une nourriture conforme à mon appétit, et comme j\u2019étais l\u2019un des rédacteurs du journal local, j\u2019en fis une critique évidemment favorable, pour ne pas dire polémique, mais que l\u2019aviseur moral refusa de publier.J\u2019oubliais de dire qu\u2019au début de l\u2019année, ayant confié à mon directeur spirituel made in USA que je croyais avoir perdu la foi (à dire vrai, je ne savais plus où j\u2019en étais), il me fit cette réponse tout à fait lumineuse : \u201cCe qu\u2019il te faut, mon gars, c\u2019est jouer au football.Pourquoi tu n\u2019entrerais pas dans l\u2019équipe?\u2019\u2019 Ainsi la foi était, selon lui, affermie par l\u2019épuisement du corps.Je le quittai plus que jamais convaincu que la lumière ne viendrait que de moi puisque les autres vivaient dans une sphère étrangère à la mienne.Bon, ceci dit, je retourne à ce frère Untel, responsable de tous mes malheurs.Un article refusé, il y a de quoi offenser votre vanité, n\u2019est-ce pas?Toujours chef scout et secrétaire de la troupe, je disposais d\u2019une rudimentaire machine à imprimer; je m\u2019en servis, le coeur battant, pour publier un bulletin clandestin, Liberté étudiante, où parut, à peine remanié, mon article sur les Insolences.J\u2019y faisais aussi profession de foi socialiste et proclamais le droit du Canada français à disposez\u2019 de lui-même.Le premier numéro qui avait l\u2019attrait de l\u2019inconnu et du clandestin se vendit comme des petits pains chauds.Un second numéro parut avec le même succès.Cela m\u2019eni-vrait.Je croyais ébranler l\u2019Ordre établi, figurez-vous, 872 ACTION NATIONALE mais je me ménageais à la vérité un bien sombre avenir, car le Père Supérieur finit par tout apprendre, un traître, c\u2019était inévitable, lui ayant dévoilé le nom des coupables.Il n\u2019eut qu\u2019à fouiller mon pupitre où les textes de mes acolytes échouaient.Un matin d\u2019octobre, alors que je lisais Stendhal durant le cours de chimie ou de géométrie, le Père Supérieur entra dans la classe et demanda à Cyrano de bien vouloir le suivre.Cyrano c\u2019était, vous l\u2019avez deviné, le pseudonyme derrière lequel je me dissimulais.Cyrano, un peu ému, il faut l\u2019avouer, le suivit, tentant de dominer son émotion.En observant les tics de Tire-la-patte (il s\u2019agit toujours du Père Supérieur), j\u2019arrivais à ne pas le prendre au sérieux.Il avait la mine tragique, ce qui augurait mal de notre entretien.Pensez donc, un garçon si bien élevé, éduqué dans les bons principes, se dresser contre les Autorités! Bien sûr, j\u2019avais de mauvaises habitudes, j\u2019étais bavard et j\u2019arrivais toujours en retard aux cours, mais de là à prêcher le Mal ! Il n\u2019en croyait pas ses yeux, ses oreilles.\u2014 Un fruit pourri gâte ses voisins, dit-il pour s\u2019excuser de me mettre à la porte.\u2014 Je comprends ça, dis-je, sans broncher, car dans ces moments-là je demeure plutôt froid.Il semblait plus peiné que moi par la sévérité de sa décision.Moi, pour être franc, j\u2019en étais heureux.On me libérait! On me laissait partir une bonne fois pour toutes, puisque étant ici fruit pourri, je le serais ailleurs et toutes les portes se fermeraient devant moi, Dieu merci.Une poignée de mains pour ne pas laisser derrière moi Je souvenir d\u2019un voyou, et vite partir d\u2019ici.Mes deux collaborateurs connurent le même sort que moi.J\u2019ignore ce qu\u2019ils sont devenus.S\u2019ils ont raté leur vie, je leur en demande humblement pardon, car j\u2019aurai été pour eux l'occasion de compromettre leur avenir.Mais sans cette révolte qu\u2019ils portaient en eux et qui était toute leur pureté, ils n\u2019auraient guère connu un destin plus digne que celui de nos camarades. MÉMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE 873 Cet événement prenait, tandis que je revenais à la maison, les proportions tragiques du châtiment.J\u2019essayais de prévoir la réaction de mes parents, leur conduite, de préparer un plaidoyer émouvant.Il y avait, bien sûr, cette inquiétude, mais aussi une joie profonde, que je savourais en marchant dans les premières feuilles mortes, l\u2019espoir de la solitude et de la création.Ce malheur m\u2019acculait à l\u2019inévitable: devenir l\u2019écrivain dont je nourrissais en moi l\u2019embryon.Pour la première fois de ma vie, je pourrais transformer mon destin, choisir la nature de mon existence.Mais arrivé chez mes parents, l\u2019inquiétude l\u2019emporta sur le reste et il me fallut faire face à la musique.Ma mère me donna tous les torts, les Pères ne pouvant se tromper sur mon mauvais instinct de rebelle; mon père, qui ne m\u2019avait d\u2019aucune façon interdit de publier les numéros de Liberté étudiante, répétait dans son désarroi : \u201cJe te l\u2019avais bien dit! Tout finit par se savoir.Ça ne pouvait pas durer longtemps.\u201d Puis, se sentant sur moi des droits, il s\u2019indigna de ce que les autorités du collège ne l\u2019eussent même pas prévenu de mon expulsion.Chers parents, que d\u2019inquiétudes vous ont tourmentés dont j\u2019étais la cause; ce n\u2019est qu\u2019aujourd'hui que le remords m\u2019en vient.Je dois avouer que ma liberté, ce jour-là, m\u2019embarrassait fort.Je ne savais qu\u2019en faire.Ecrire?Ce ne m\u2019était pas possible, car j\u2019avais sur le dos, qui m\u2019écrasait, le poids de cet événement tout récent.Entre ma mère et moi le dialogue aurait tourné au vinaigre.Dehors c\u2019était l\u2019automne qui sévissait; je préférai m\u2019insinuer dans son lent cérémonial, dans sa nostalgique agonie.Ce soir-là, n\u2019y tenant plus, le terrible secret qui me nouait les tripes, je le confiai à Piotte qui demeura muet.Ce qui m\u2019arrivait le prenait au dépourvu.Ajoutons à cela la proclamation de mon incroyance.Du jour au lendemain, sans préambule, je lui montrais mon âme ulcérée qu\u2019il parut considérer froidement mais avec toute son amitié.Peu après, je quittais la troupe scoute d\u2019abord parce que le curé avait appris que je m\u2019étais servi de sa machine à imprimer pour répandre le Mal, et tout sim- 874 ACTION NATIONALE pîement parce que le scoutisme ne rimait plus à rien dans mon esprit.J\u2019écrivais, je ne faisais rien d\u2019autre.Ecrire d\u2019une étoile à l\u2019autre, m\u2019évanouissant dans la chaude présence de mes auteurs préférés.Les mots contenaient le monde et signifiaient plus que lui.Leur rituel constituait pour moi la pratique d\u2019une religion.J\u2019avais d\u2019ailleurs déclaré à mes parents qu\u2019ils ne me verraient plus à l\u2019église le dimanche puisque j\u2019avais perdu la foi.Mon raisonnement leur paraissait faux.Ce n\u2019est pas de croire qu\u2019on exigeait de moi mais de pratiquer ma religion.Leur attitude était justifiée: j\u2019étais le premier de ma race, personne jusqu\u2019alors n'avait mis en doute la validité des habitudes familiales.Mais mon incroyance, quand je n\u2019essaie pas de la justifier, je sais qu\u2019elle m\u2019est venue de ces événements qui l\u2019ont sinon suscitée, du moins précipitée.Défaillante, ma foi l\u2019était, mais la foi de ceux qui m\u2019entouraient a étouffé la mienne avec plus de force que ne l\u2019auraient fait toutes les objections rationalistes.Car je n\u2019ai jamais été impressionné par le progrès de la science, et autres sornettes que vous servent les athées pratiquants quand vous les provoquez.Il me reste de cette époque un amer souvenir, une triste constatation : ce sont souvent les chrétiens qui nous empêchent de croire en Jésus-Christ.Je pense ici à mes camarades d\u2019alors qui venaient en bande \u2014 pour se couvrir les uns les autres \u2014 me mettre au pied du mur, me forcer à avouer ma mauvaise foi.A leurs arguments j\u2019opposais ma liberté de pensée qui n\u2019était pas une réfutation de la foi mais le mépris des autorités incompétentes et de leurs méthodes de déformation spirituelle.Il faut dire qu\u2019on me reprochait aussi mes idées politiques, le séparatisme et le socialisme, idéologie qui à ce moment-là paraissait monstrueuse et qui aujourd\u2019hui est tolérée partout.J\u2019ai oublié de dire qu\u2019avant de devoir quitter le collège, j\u2019avais adhéré à la Revue socialiste parce que je considérais notre minable bourgeoisie comme la plus coupable de nos classes sociales.C\u2019est d\u2019ailleurs chez Raoul Roy, le directeur de cette revue, que j\u2019imprimais Liberté étudiante.A la MÉMOIRES D'UN JEUNE CANOQUE 875 tombée du jour, je me postais non loin du collège, et camelot à l\u2019emploi de mon propre journal, je vendais les morceaux choisis de ma littérature engagée.Le Supérieur du collège exerça sur ma mère des pressions, allant jusqu\u2019à faire planer au-dessus de moi la menace d\u2019une intervention policière, afin qu\u2019elle m\u2019interdît de distribuer les exemplaires de mon \u201cjournal diabolique\u201d.Je n\u2019en fis qu\u2019à ma tête, bien sûr, mais il est temps que je parle de Gilles Leclerc dont je venais de lire le Journal d\u2019un Inquisiteur.André MAJOR LE P.M.R.TILLARD ET LE CONCILE Dans LE DEVOIR du 13 novembre 1965, p.4, le P.Tillard, o.p.nous donne son commentaire sur le texte conciliaire à propos de l'éducation chrétienne.Il fallait s'y attendre: il le trouve médiocre.Parce qu'il y eut 35 opposants sur plus de 2000 évêques, il trouve cela une surprise.Parce que le Concile met de la continuité dans la pensée de l'Eglise il trouve le décret tourné vers le passé.Parce que le Concile n'a pas les idées du P.Tillard, il trouve que le Concile n'est pas réaliste.Bref, le P.Tillard est à lui seul un Concile et il a un petit saint-esprit qui lui fait avoir raison en tout.Ainsi il peut s'opposer au vrai Concile et il s'esquinte avec mauvaise grâce, par des mesquineries de chiffres et de témoignages ambigus, à sous-estimer la quasi unanimité du Concile et la totalité des évêques français et canadiens-français en faveur de ce texte conciliaire.Le commentaire montre le P.Tillard déçu.Ne serait-il pas plus exemplaire et plus effectif de refaire ses idées ?Ce qu'il reprochait aux cardinaux Ottaviani et Ruffini, d'être trop attachés à leurs idées, ne le pratique-t-il pas lui-même dès que le Concile n'abonde plus dans son sens ?Ce n'est pos le Concile qui est décevant mais le P.Tillard lui-même.Car où veut-il aller ?A la destruction de l'Eglise ?Est-ce se montrer constructif que de préparer la population catholique à refuser son adhésion aux décisions du Concile en orévenant ses décisions, comme il le fqisait l'an dernier, et en déclarant qu'il serait malheureux que telle ou telle décision fût prise plutôt que telle autre ?Est-ce travailler à l'unité de l'Eglise que de faire du persiflage autour des décisions prises et de prétendre y substituer son jugement personnel comme meilleur ? Sous la direction et avec le concours des directeurs de la Ligue d'Action nationale, la revue consacre ici quelques pages, dont la préparation sera confiée chaque mois à diverses personnes ou à des équipes de personnes.Leur objet est de fournir des thèmes suivis d'études aux sections de nos associations nationales, sociales et civiques, aux cercles d'études de collège, etc., sur des problèmes majeurs d'action.Les orientations générales de ces rubriques correspondront, en général, à celles de la revue.Mais une grande latitude d'expression sera laissée à ceux qui assumeront la tâche de préparer ces textes, de sorte qu'on ne devra pas s'étonner d'y trouver à l'occasion des opinions différentes de celles qu'ont pu exprimer le directeur ou d'autres collaborateurs réguliers de la revue.D'ailleurs l'objet de ces textes sera généralement d'être soumis à étude et discussion.Nous le disions dans l'introduction de cette section en septembre 1965, ce genre est difficile et nous sommes conscients de tenter une expérience que nous raffinerons au fur et à mesure de son déroulement.C'EST POURQUOI NOUS SOLLICITONS LE CONCOURS DE TOUS POUR NOUS INDIQUER CE QU'ILS VOUDRAIENT APPRENDRE OU TROUVER, SUR LES SUJETS CONCERNES, POUR QUE LA SECTION ATTEIGNE SON OBJECTIF ET LEUR SOIT VRAIMENT UTILE.Adresse: L'ACTION NATIONALE, Section des cercles d'études, C.P.189, Station N.Montréal. Les différentes expériences de la France après la Révolution Ile République Le 24 février 1848, Louis-Philippe abdique.Un gouvernement provisoire est constitué.Le 23 avril, au suffrage direct et universel, une assemblée constituante est élue pour « créer un gouvernement ».880 députés nomment le 10 mai une commission de 18 membres pour préparer le projet de constitution.Cette commission remet son rapport dans les « bureaux » pour discussion.Chaque bureau communique ses modifications à la commission.La commission revise et elle soumet un projet définitif qui est discuté en séance publique.Après le vote des articles, le texte est renvoyé à la Commission qui suggère les modifications lui apparaissant nécessaires.Après le vote sur les modifications, l\u2019Assemblée procède à un vote d\u2019ensemble définitif.Le 4 novembre 1848, la constitution est votée, par 739 voix contre 30.Elle proclame « Liberté, égalité, fraternité ».Louis-Napoléon est élu président pour quatre ans.Une Chambre des députés est élue.Second Empire Des conflits naissent entre la Chambre et le président, Louis-Napoléon.Aussi, le 2 décembre 1851, une proclamation du président de la République est adressée au peuple français.Le décret est significatif: «Français! La situation actuelle ne peut durer plus longtemps.Persuadé que l\u2019instabilité du pouvoir, que la prépondérance d\u2019une seule assemblée, sont des causes permanentes de troubles et de discordes, je soumets à vos suffrages les 69^3533001 880 ACTION NATIONALE bases fondamentales suivantes d\u2019une constitution, que les Assemblées développeront plus tard: \u2014 1° Un chef responsable nommé pour 10 ans.\u2014 2° Des ministres dépendant du pouvoir exécutif seul.\u2014 3° Un conseil d\u2019Etat formé des hommes les plus distingués, préparant les lois et en soutenant la discussion devant le corps législatif.\u2014 4° Un corps législatif discutant et votant les lois, nommé par le suffrage universel, sans scrutin de liste qui fausse l\u2019élection.\u2014 5° Une seconde assemblée formée de toutes les illustrations du pays, pouvoir pondérateur, gardien du pacte fondamental et des libertés publiques.Ainsi donc, pour la première fois depuis 1804, vous voterez en connaissance de cause, en sachant bien pour qui et pour quoi.» Le peuple vote au scrutin secret et il approuve le régime proposé par un suffrage de 7,439,216 électeurs contre 640,757.Une commission de cinq membres prépare la constitution du 14 janvier 1852.Un article décrète que « le Peuple reste toujours maître de sa destinée.Rien de fondamental ne se fait en dehors de sa volonté ».Le 21 novembre 1852, pour « un pouvoir fort et respecté, » le peuple français approuve le rétablissement de l\u2019Empire par un vote de 7,824,189 contre 153,145.Louis-Napoléon Bonaparte est sacré empereur sous le nom de Napoléon III.111e République A la nouvelle du désastre de Sedan, le 2 septembre 1870, Napoléon III capitule.Le 4 septembre, un gouvernement provisoire est formé sous le nom de « Gouvernement de la Défense Nationale ».Le 8 février 1871, une assemblée constituante est élue et elle comprend 758 députés.Après quatre années d\u2019hésitations et de discussions, elle vote les lois constitutionnelles des 24-25 février et 16 juillet 1875.La constitution de la Ille République reconnaît deux organismes: le Sénat et la Chambre des députés.Le président est élu par les deux Chambres pour sept ans.Après l'armistice du 22 juin 1940, avec l\u2019Allemagne et celui du 24 juin, avec l ltalie, Pierre Laval obtient le 9 juillet des deux LES DIFFÉRENTES EXPÉRIENCES CONSTITUTIONNELES 881 Chambres réunies un vote favorable à une réforme constitutionnelle.Le 10 juillet, une délégation des pouvoirs est accordée au maréchal Pétain.L\u2019on réforme officiellement le pouvoir exécutif.Le 12 juillet, Pétain se proclame le Chef de l'Etat français.Le 13 juillet, il remercie le président de la République et il congédie les Chambres.En 1942, il abroge le mandat des Chambres et à la chute du régime de Vichy, un gouvernement provisoire est établi pour gouverner.IVe République Ce régime existe du 3 juin 1944 au 5 octobre 1958.Le 3 juin 1944, de Gaulle signe l\u2019ordonnance qui donne le nom de « Gouvernement provisoire de la République française » au « Comité français de Libération Nationale » formé un an plus tôt à Alger.Le 21 octobre 1945, un referendum, par une forte majorité, refuse le rétablissement de la Constitution de 1875.Une assemblée constituante est élue.Elle élabore un projet qui favorise un régime unique et omnipotent d\u2019assemblée.Le 5 mais 1946, ce projet est rejeté par 10,584,359 électeurs contre 9,454,034.Le 2 juin 1946, une seconde assemblée constituante délibère et elle fait adopter le 13 octobre 1946 la constitution de la IVe République par 9,122,000 électeurs contre 7,800,000.Mais le régime voit les gouvernements à peine nés disparaître.Dans l'installation du régime, les présidents se succèdent: de Gaulle, Gouin, Bidault et Blum.De 1947 à 1952, sous le régime de la Troisième Force, les ministères démissionnent: Ramadier, Schuman, Marue, Schuman, Queille, Bidault, Queille, Pleven, Queil-le, Pleven, Faure, Pinay et Mayer.La durée moyenne des gouvernements est de 5 mois 26 jours.A la fin du régime, de 1952 à 1958, la durée d'un ministère s éleve a 8 mois 6 jours.A la présidence de la France se remplacent Laniel, Mendès-France, Faure, Mollet, Bourgès, Maunoury, Gaillard, Pflimlin et de Gaulle. 882 ACTION NATIONALE Cette instabilité parlementaire et l'émeute d'Alger convient le Général à lancer un referendum pour demander au peuple français: « Voulez-vous que l\u2019assemblée élue ce jour soit constituante ?» 17,957,868 répondent dans l\u2019affirmative et 670,672 dans la négative.Une seconde question était posée.« Si le corps électoral a répondu « oui » à la première question, approuvez-vous que les pouvoirs publics soient organisés conformément aux dispositions du projet de loi dont le texte figure au verso de ce bulletin ?» 12,317,882 Français approuvent ces dispositions contre 6,271,512.C\u2019est la fin de la IVe République.Ve République La IVe République n'avait pas procuré aux gouvernements des moyens d\u2019action adéquats.Le 1er juin 1958, de Gaulle est élu président du Conseil et il constitue un gouvernement d\u2019Union Nationale.Le 3 juin, il obtient le pouvoir de proposer une nouvelle constitution à l'approbation du peuple français.17,668,790 Français approuvent le Général contre 4,624,511 dissidents.Après cette consultation populaire, le 5 octobre 1958, la Ve République est proclamée et le 8 janvier 1959, de Gaulle en devient le président. rJL ordre ÿiôca( Solutions prioritaires Au cours des derniers mois, nous avons étudié les origines constitutionnelles, politiques et financières du problème fiscal canadien.Le moment est maintenant arrivé d'esquisser certaines solutions prioritaires de ce problème.Ces solutions peuvent se diviser en autant de catégories que celles des sortes d'impôts: impôt sur le revenu des particuliers, des compagnies et des successions.1 mpôt sur le revenu des particuliers Dans l\u2019étude de l\u2019historique du problème fiscal, au triple point de vue décrit plus haut, nous avons déjà effleuré plusieurs solutions.\u2014\tLes articles 91 et 92 du British North America Act constituent le fondement théorique du partage des pouvoirs et des sources de revenus entre les gouvernements fédéral et provinciaux.Quelles ont été les deux thèses qui se sont opposées quant à l\u2019interprétation de ces deux articles ?En adoptant la premiere thèse selon laquelle « la Constitution restreint le gouvernement central aux taxes indirectes et autres formes d imposition de même nature, et les gouvernements provinciaux aux taxes directes », quelle est la solution prioritaire qui vient tout de suite à l\u2019esprit ?\u2014\tEn cédant trop facilement au gouvernement fédéral son droit à l\u2019impôt direct, le gouvernement provincial rejetait sur celui-là la forme la plus odieuse d\u2019imposition, justement parce que la plus directe.Pourquoi par contre, est-il vital pour un gouvernement représentant une communauté ethnique originale d\u2019assumer lui-même, en totalité, le droit à l\u2019imposition directe ?\u2014\tA quelle occasion le pouvoir central a-t-il décidé d\u2019accaparer le champ de l\u2019impôt direct, à la place des provinces ?\u2014\tLe gouvernement du Québec pourrait-il, sans danger laisser aux mains du fédéral son droit a 1 imposition directe, se contentant 884 ACTION NATIONALE de certaines formes de taxes indirectes ou de subventions fédérales pour faire face à ses responsabilités ?\u2014\tQuelles peuvent être les incidences de 1 imposition directe sur l'évolution d\u2019une collectivité ?En d'autres mots, en quoi un gouvernement qui contrôle 1 impôt direct sur le revenu des particuliers peut-il influencer la vie de ses administrés et, finalement, celle de toute la collectivité qu'il représente ?\u2014\tSi, par exemple, le gouvernement du Québec décidait qu il est souhaitable de favoriser un accroissement du taux de natalité, aurait-il le pouvoir, par le seul truchement des impôts indirects de favoriser une politique de natalité croissante?Comment?\u2014\tPouvons-nous affirmer que l'échelle de déductibilité peut influencer, à long terme et dans un plan d\u2019ensemble, l\u2019évolution du taux de natalité d une collectivite ?\u2014\tEst-il souhaitable que le gouvernement du Québec dispose de tous les moyens nécessaires pour réaliser des politiques sociales répondant aux besoins propres du Québec ?___Ces politiques sociales pourraient-elles être indifféremment établies par Ottawa ou par Québec ?\u2014\tSi le gouvernement du Québec peut influencer le taux de natalité en accordant une plus forte déductibilité pour chaque enfant à charge, est-il d'autres secteurs vitaux qui peuvent être influencés par le moyen de l'impôt sur le revenu des particuliers?Exemples ?___Le Québec a une population assez jeune qui devrait pouvoir produire sans restriction pendant plusieurs années, afin de pouvoir rattraper des retards dans de nombreux secteurs de notre économie.Lechelle actuelle d\u2019imposition du revenu des particuliers favorise-t-elle l\u2019ambition et le travail?\u2014\tEst-il sain, à l'heure actuelle, pour le Québec, que des hommes en pleine force de l\u2019âge ralentissent ou même arrêtent de travailler, sous prétexte qu'à partir de tel revenu, ils doivent en remettre 50% au gouvernement, sous forme d\u2019impôt direct ?___Compte tenu de la situation particulière du Québec, est-il normal que le fédéral détermine les modalités d'imposition directe SOLUTIONS FISCALES PRIORITAIRES 885 et influence ainsi très profondément l\u2019évolution de la nation québécoise ?EN CONSÉQUENCE, TANT QUE LE QUÉBEC DEMEURE SOUMIS À LA PRÉSENTE CONSTITUTION ET QU\u2019IL AGIT DANS LES CADRES CONFÉDÉRATIFS ACTUELS, IL DOIT SE FIXER COMME OBJECTIF PREMIER DE: FAIRE RECONNAÎTRE, EN THÉORIE ET EN FAIT, QUE LES IMPÔTS DIRECTS SUR LE REVENU DES PARTICULIERS RELÈVENT EXCLUSIVEMENT DU POUVOIR PROVINCIAL.Dans un prochain texte, nous verrons comment devraient se partager les autres sortes d\u2019impôts directs et indirects et comment le fédéral peut quand même faire face à certaines responsabilités importantes qui lui sont dévolues.du moins tant que le Québec accepte la présente constitution.Pour l\u2019instant, demandons-nous comment, dans la pratique, il nous sera possible d\u2019inciter le gouvernement provincial à adopter une attitude absolument intransigeante sur cette question de l'impôt des particuliers.11 est essentiel que nos dirigeants sentent bien que nous attendons d\u2019eux des prises de position claires et nettes sur cette question et que c\u2019est sur ce point qu\u2019ils seront jugés par leurs électeurs et par les générations futures. ordre Aocia L\u2019enfance exceptionnelle Vu l\u2019acuité du problème présenté par l'enfance exceptionnelle, nous avons jugé bon d'aborder immédiatement cette question et de reporter l\u2019exposé des lois à un numéro subséquent.Les enfants exceptionnels sont le CAUCHEMAR des travailleurs sociaux et des officiers de Bien-Etre qui n\u2019ont absolument aucune ressource pour aider la plupart d\u2019entre eux.Qui sont-ils ?Ce sont tous les enfants dont le développement physique, intellectuel, affectif ou social ne suit pas le rythme normal.On peut les classer selon des facteurs: 1)\tphysiques\u2014aveugle, demi-voyant, sourd, dur d\u2019oreille, infirme-moteur, paralytique cérébral, épileptique, tuberculeux, diminué physique (maladie de coeur.), etc.2)\tintellectuels \u2014 déficient mental, éducable, entraînable, non-éducable.3)\tscolaires \u2014 retardé pédagogique général ou spécial.4)\taffectifs \u2014 instable, délinquant, psychonévrosé, psychosé, névrosé, etc.5)\tsociaux \u2014 abandonné, orphelin, enfant de mère célibataire, immigrant, etc.Or, plusieurs facteurs sont souvent simultanément en cause ou interdépendants: ex: 1 infirme abandonne, retarde en classe et instable \u2014 l\u2019orphelin déficient mental pré-délinquant.La situation Le Rapport de la Commission royale d'enquête sur l'enseignement dans la Province de Québec (rapport Parent \u2014 tome 2 \u2014 L'ENFANCE EXCEPTIONNELLE 887 pages 331-352) explicite le problème de l\u2019éducation de ces enfants dans toute son envergure et propose les réformes nécessaires.Ces reformes sont déjà commencées sur le plan scolaire; c\u2019est ainsi, par exemple, que plusieurs classes d initiation à la vie et quelques classes pour déficients mentaux ont commencé à fonctionner; ce qui permet à des parents de garder leur enfant handicapé au foyer tout en lui offrant des possibilités de réadaptation et un enseignement approprié à sa condition, mais seulement quand l\u2019enfant peut être gardé au foyer sans dommage pour le reste de la famille, ce qui présuppose une certaine aisance, un minimum d\u2019intelligence, un logis adéquat où l\u2019enfant peut être isolé, etc.Imposer à une mère de cinq enfants de garder dans un quatre pièces un fils atteint de paralysie cérébrale ou de mongolisme sérieux, obliger une mère à surveiller constamment un deficient mental délinquant, .est tout à fait inhumain.Le coût social est trop élevé car, à longue ou brève échéance, la mère tombera malade, ou fera une dépression nerveuse, ou abandonnera le foyer, ou encore négligera les enfants normaux.Et c est alors cinq enfants qui seront privés d\u2019un foyer normal.I.a situation s aggrave quand ces enfants exceptionnels vivent aux frais de l\u2019assistance publique.OU LES PLACER quand ils n ont pas de parents en état d en prendre soin?Les foyers nourriciers ne veulent pas garder des enfants qui font de l'incontinence jour et nuit, cassent des vitres chez les voisins, désertent régulièrement, des enfants renvoyés des écoles pour indiscipline et agressivité, etc.Les institutions régulières non plus.Quant aux institutions spécialisées, elles n\u2019ont aucune place disponible et sont d ailleurs en nombre tellement insuffisant que c en est ridicule.Ainsi la région de Montréal ne compte-t-elle que deux petites institutions pour caractériels, i.e.pour enfants intelligents affectés de troubles de comportement qui les empêchent de fréquenter une école régulière ou de trouver place dans un foyer normal; et encore, ces institutions ne reçoivent-elles que les enfants dont les parents collaborent au traitement.Donc, pas les enfants de l\u2019assistance publique.I-e Mont-Providence, qui est LA grosse institution gouvernementale, a plus de cinq cents noms sur sa liste d\u2019attente. 688 ACTION NATIONALE Le problème Le problème consiste d\u2019abord à loger et à nourrir ces enfants Cela, dans bien des cas, se révèle impossible.Les agences sociales n\u2019ont d\u2019autre solution, après essais nombreux (et désastreux pour tous) de foyers nourriciers et d\u2019institutions régulières, que de retourner ces enfants aux parents, sans tenir compte de l'incapacité des parents débiles mentaux, malades, alcooliques, prostimées, sans tenir compte des recommandations des hôpitaux, des cliniques médicales ou psychiatriques, sans tenir compte de la misère et de l'avenir auxquels ils les condamnent.QUE FAIT LE GOUVERNEMENT?il discute de la question; il discute depuis quatre ans, car depuis quatre ans, les permis sont refusés aux institutions qui pourraient accueillir de tels enfants.On discute des normes, des genres d\u2019institutions, de l\u2019emplacement des dites institutions.Et depuis quatre ans, les enfants sont dans la rue, tout simplement.Il est vrai que certaines instimtions sont mal tenues, il est vrai que les éducateurs spécialisés manquent.Mais qu'espère-t-on ?Un système parfait au départ ?Ce n'est pas en refusant des permis qu\u2019on réglera le problème.Pourquoi les institutions mal tenues se soumettraient-elles à des exigences puisqu\u2019elles se savent indispensables ?Ça devient un phénomène de rareté.Car il est impossible de les fermer, ces instimtions: aucune place ailleurs.Il est vrai que, sur une plainte précise d\u2019une agence sociale, un haut fonctionnaire du service de l'enfance exceptionnelle a conseillé de placer les enfants (arriérés mentaux non-éducables de dix à quinze ans environ) en foyers nourriciers ! La responsabilité Trois ministères sont concernés: celui de la Famille et du Bien-Etre Social, celui de la Santé, celui de l\u2019Education.Qu\u2019on cesse de se lancer la balle et qu\u2019on se répartisse enfin les responsabilités. L'ENFANCE EXCEPTIONNELLE 889 Qu'on établisse des normes précises (ces ministères ont de nombreux rapports au fond de leurs tiroirs), et qu\u2019on laisse les compétences privées organiser au moins des centres de dépannage, sous contrôle des dits ministères ou des agences sociales, si le gouvernement ne le peut pas.Les éducateurs se spécialiseront quand il y aura des emplois en vue, et des salaires convenables.Pas avant.Pour le moment, quon se contente des bonnes volontés, sous direction de personnes compétentes, et qu\u2019on leur donne des cours de base, prometteurs de promotion.Enfin, si les ministères ne sont pas prêts à prendre des dispositions immédiates, qu\u2019ils laissent au moins les agences sociales continuer à développer le réseau d\u2019institutions spécialisées dont elles ont un besoin urgent.Il est évident que la solution aux problèmes des enfants exceptionnels n\u2019est pas simple, quelle doit être étudiée en profondeur et qu\u2019un plan d\u2019ensemble à long terme s\u2019impose.Ce n\u2019est toutefois pas une raison pour condamner toute solution temporaire, qui pourrait être améliorée par la suite, car en attendant, nous perdons des centaines et des centaines d'enfants.« Il y va d\u2019ailleurs de l'intérêt même de la société, qui ne peut laisser perdre ce capital humain en abandonnant ce s malheureux à leur sort » (Rapport Parent). JorJ, re economique Sens et portée de la O \u2022 # i / p \u2022 I I l p l\ti Société \u201e de La rareté constitue le problème fondamental dont les économistes se préoccupent, d\u2019où l\u2019importance accordée au choix des moyens d\u2019atteindre des objectifs.Bref, étant donné les buts poursuivis, il s\u2019agit de définir la combinaison de moyens la moins coûteuse.Cette proposition peut être énoncée sous une autre forme: les moyens ayant été inventoriés, l\u2019on s\u2019appliquera à en tirer le maximum de bénéfices en termes d\u2019emploi, de revenus, de croissance et de bien-être en général.LA TOILE D'ARAIGNEE Bien entendu, la rareté demeure une chose relative.Elle se déduit de la comparaison des besoins en principe illimités aux ressources connues et exploitables.Mais l\u2019activité économique ne se réalise pas en un point de l\u2019espace.Elle s\u2019empare plutôt de l\u2019espace, telle une immense toile d\u2019araignée, fruit des efforts de 1 homme en quête d\u2019un niveau de bien-être toujours plus élevé.Il arrive, cependant, que cette toile présente des irrégularités: elle est plus fournie en certains endroits qu\u2019en d\u2019autres.Et, pour combler les vides, l\u2019on ne saurait toujours compter sur la nature ou, dirait l\u2019économiste, sur le marché et ses caprices.Autrement dit, des interventions s\u2019imposent.C\u2019est le cas, lorsqu\u2019on admire le réseau des institutions financières, lequel, grâce à ses embranchements, s\u2019étend aux quatre coins dun pays, d\u2019une province ou d\u2019une région, et qu\u2019on désire en corriger les inégalités par l\u2019extension et la canalisation des flux financiers.Une solution s\u2019offre.De toute évidence, elle nous paraît la plus efficace: la création de sociétés régionales de financement.Les sociétés régionales de financement sont ces mailles qui manquent aux filets du système financier du Quebec, particulièrement en 85112246 571 SENS ET PORTÉE DE LA SOCIÉTÉ RÉGIONALE.891 ce qui a trait aux crédits, à la production.Elles sont, à notre avis, des branches porteuses de sève, ce dont ont grand besoin les régions à croissance retardée.Néanmoins, elles nous semblent soumises à deux catégories de contraintes, ce qui constitue pour nous matière à réflexion.Nous distinguons: Les contraintes a)\tDes contraintes régionales: l\u2019épargne disponible pour fins d'investissement, accompagnée des limites naturelles d'une politique d\u2019exhortation à l\u2019épargne.L\u2019exhortation à l\u2019épargne, c\u2019est une nécessité.Feindre de l\u2019ignorer, c est se bercer d illusions car, tôt ou tard, la présente génération ou les futures devront acquitter la note d\u2019une façon ou d\u2019une autre.b)\tDes contraintes extra-régionales: la disponibilité de l\u2019épargne extérieure envisagée non pas tant sous 1 angle quantitatif comme dans la perspective de sa distribution géographique.C\u2019est que, dans leur parcours, les flux financiers boycottent certaines régions 1)\tdu point de vue quantitatif, à en juger par la faiblesse de leur débit dans ces régions 2)\tdu point de vue de la durée moyenne de leur séjour en ces régions, comme en témoigne l\u2019importance relativement démesurée des crédits à la consommation par rapport aux prêts à long terme orientés vers l\u2019équipement productif.N est-il donc pas exact de dire que les sociétés régionales de financement doivent compter à la fois sur l\u2019esprit de progrès des populations locales, défini en termes de sacrifices présents en vue d'une plus grande jouissance future ainsi que sur un réaménagement des canaux et des écluses du réseau de distribution de l\u2019épargne au sein de la collectivité.Quoi et pourquoi Evitons une confusion.Société régionale de financement nest point synonyme de société de financement fondée pour la région et à l\u2019aide de ressources exclusivement régionales.Notre objectif, dans ce domaine, doit demeurer le suivant: tendre vers un gâteau d\u2019épargne ou de fonds disponibles toujours plus gros par des appels au capital de toutes provenances, interne et externe. 892 ACTION NATIONALE A la suite de ces remarques, nous nous demandons: a)\tComment procéder à l\u2019analyse des contraintes internes et externes ?b)\tPar quels moyens reculer les bornes de ces contraintes ?c)\tQuelles tactiques utiliser en vue d\u2019une meilleure intégration des régions appauvries au système financier provincial, national, etc ?d)\tQuels devoirs tracer à l\u2019Etat en vue de reculer les bornes imposées par les contraintes et de travailler à l\u2019intégration réfléchie des régions appauvries en ressources financières aux régions, pays et continents du côté desquels brille l\u2019espoir ?e)\tDe quelles responsabilités charger les sociétés régionales de financement et de quelles structures les doter ? L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) Directeur : FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Comité de rédaction : DOMINIQUE BEAUDIN \u2014 PATRICK ALLEN \u2014 JEAN MARCEL \u2014 JEAN GENEST, secrétaire.Rédaction et administration: C.P.189, Station N, Montréal ou 235 (esti, rue Dorchester, ch.504.Tél.de 2Vi à 6Zi : 866-8034 Abonnement: $7.00 par onnée.Au coût réel : $10.00 Les articles de la revue sont répertoriés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, et dans la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers 1er VICE-PRÉSIDENT: M.René Chaloult 2e VICE-PRÉSIDENT ET ADMINISTRATEUR : M.Dominique Beaudin SECRÉTAIRE : M.Théophile Bertrand TRÉSORIER : M.Rodolphe Laplante DIRECTEURS : MM.le Chan.Lionel Groulx, J.P.Archombault, S.J., C.-E.Couture, Richard Arès, S.J., Paul-Emile Gingras, Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault, Mario Dumesnil, Luc Mercier, Jean Genest, Patrick Allen, Jean Mercier, Claude Trottier, Michel Brochu, Yvon Groulx, Rosaire Morin, Jean Marcel.Où trouver L\u2019Action Nationale ?A MONTRÉAL: Dupuis Frères, 865 est, rue Ste-Catherine Fides, 245 est, rue Dorchester Librairie de la Cité Universitaire, 2715, chemin Ste-Catherine Librairie Déom, 1247, rue St-Denis Librairie Hachette, 554 est, rue Ste-Catherine Librairie La Québécoise, 169 est, rue Beaubien Librairie Lemeac, 371 ouest, rue Laurier Librairie Ménard, 222 est, rue Ste-Catherine Librairie Renaud-Bray, 5219, ch.Côte-des-Neiges A QUÉBEC l Librairie Garneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, place Jean-Talon À HULL:\tLibrairie Libre, 130, rue de l'Hôtel-de-Vllle A OTTAWA :\tLibrairie Dussault, 366, rue Dalhousle A TORONTO :\tLibrairie L'Alouette, 39 ouest, rue Gerrard Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication. U.Cul.Sarto MARCHAND, E.D., A.D.président de CONSEIL D'EXPANSION ECONOMIQUE INC.LA FONDATION MELCHERS LTEE LES DISTILLERIES MELCHERS LTEE Il faut que toutes nos énergies tendent vers le succès le plus complet, le plus authentique et le plus sérieux.Nous en trouverons les moyens dans la solidarité, l'entraide et l'échange de renseignements.JJ, ommacje de de LES DISTILLERIES LIMITÉE Les seules distilleries canadiennes-françaises au pays.Au service du Québec depuis 1898 0276 "]
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