Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichier (1)

Références

L'action nationale, 1966-04, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" L'ACTION NATIONALE Volume LV, Numéro 8\tAvril 1966\t75 cents SOMMAIRE HOMMAGE À ÉDOUARD MONTPETIT Roger Bédard et François-Albert Angers VIE NATIONALE Notre situation dans l'Assurance vie par Rosaire Morin et les chroniques VIE DES CERCLES D'ÉTUDES TROIS POÈMES DE NOËL AUDET les articles de Maximilien Laroche, Jean Marcel, André Major VIE CULTURELLE Les chroniques habituelles.POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIÉS L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) Directeur : FRANÇOIS-ALBERT ANGERS Comité de rédaction : DOMINIQUE BEAUDIN \u2014 PATRICK ALLEN \u2014 JEAN MARCEL \u2014 JEAN GENEST, secrétoire.Rédaction et administration: C.P.189, Stotion N, Montréol ou 235 (est), rue Dorchester, ch.504.Tél.de 2Yi à 6'/i : 866-8034 Abonnement: $7.00 par année.Au coût réel : $10.00 Les articles de la revue sont répertoriés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, et dans la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.Fronçois-Albert Angers 1er VICE-PRÉSIDENT : M.René Choloult 2e VICE-PRÉSIDENT ET ADMINISTRATEUR : M.Dominique Beaudin SECRÉTAIRE : M.Théophile Bertrand TRÉSORIER : M.Rodolphe Laplante DIRECTEURS : MM.le Chan.Lionel Groulx, J.P.Archambault, S.J., C.-E.Couture, Richard Arès, S.J., Paul-Emile Gingras, Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault, Mario Dumesnil, Luc Mercier, Jean Genest, Patrick Allen, Jean Mercier, Claude Trottler, Michel Brochu, Yvon Groulx, Rosaire Morin, Jean Marcel.Où trouver L\u2019Action Nationale ?A MONTRÉAL: Dupuis Frères, 865 est, rue Ste-Catherine Fides, 245 est, rue Dorchester Librairie de la Cité Universitaire, 2715, chemin Ste-Catherine Librairie Déom, 1247, rue St-Denis Librairie Hachette, 554 est, rue Ste-Catherine Librairie La Québécoise, 169 est, rue Beaubien Librairie Leméac, 371 ouest, rue Laurier Librairie Ménard, 222 est, rue Ste-Catherine Librairie Renaud-Bray, 5219, ch.Côte-des-Nelges A QUÉBEC:\tLibrairie Garneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, place Jean-Talon À HULL:\tLibrairie Libre, 130, rue de l'Hôtel-de-Ville À OTTAWA :\tLibrairie Dussault, 366, rue Dalhousie À TORONTO :\tLibrairie L'Alouette, 39 ouest, rue Gerrard Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication. I BANQUET AiUEl DE l\u2019ACTION NATIONALE HOTEL WINDSOR 24 AVRIL 1966 THEME FÊTONS-NOUS LE CENTENAIRE ?SOYEZ PRÉSENT À CE DÉBUT D'UNE CAMPAGNE MONSTRE Il - HEURE DES DÉCISIONS - HEURE DES DÉCISIONS - FÊTONS-NOUS Dimanche, le 24 avril 1966 PROGRAMME À 3h.: COMITÉS D'ÉTUDES ¦\tLES INSOLENCES DE LA CONFÉDÉRATION Président : M.MICHEL PELLETIER Secrétaire : M.J.-P.BONHOMME Animateur: M.ROSAIRE MORIN ¦\tOTTAWA OU QUÉBEC Président: M.GEORGES-HENRI FORTIN Secrétaire : M.RONALD E.LAVIOLETTE Animateur : R.R.RICHARD ARÈS, S.J.¦\tL'AVENIR DU FÉDÉRALISME Président : M.F.-E.THERRIEN Secrétaire : M.PIERRE GRAVEL Animateur : M.JEAN-NOËL TREMBLAY À 5h.: SESSION PLÉNIÈRE : COMMENT PASSER À L'ACTION ?PAR M.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS À 6h.: PUNCH POUR TOUS À 7h.: GRAND BANQUET-CAUSERIE Président d'honneur : Lt.Col.Sarto Marchand, E.D., A.D.L\u2019IMPASSE CONSTITUTIONNELLE : Y A-T-IL DES SOLUTIONS?par JACQUES-YVAN MORIN Ill HEURE DES DÉCISIONS - HEURE DES DÉCISIONS - LE CENTENAIRE?\u2014 à l'Hôtel Windsor ORGANISATION ¦\tToute l'organisation relève de notre secrétariat : MLLE MARGUERITE ROBERT, sec.du Comité, CASIER POSTAL 189, STATION N, MONTRÉAL ¦\tHeures de bureau : 2.30 h.à 6.30 H.p.m.Téléphone : 866-8034 ¦\tLe billet: $10.00 TABLE DE 10 INVITÉS: $100.¦\tBienvenue aux dames.\u2014 Habit de ville.(Découpez en suivont le pointillé et envoyez avec votre chèque.) NOM ADRESSE VILLE NOMBRE DE BILLETS :.Les billets vous arriveront par retour du courrier.Votre prompte réponse nous permettra une meilleure organisation.Merci.INVITEZ VOTRE FEMME, VOTRE AMI, VOTRE ASSOCIATION IV EST-IL VRAI ?1\t- QU'UN ÉTAT AUTONOME EST IMPOSSIBLE POUR LE QUÉBEC ?2\t- QU'OTTAWA EST NOTRE \"VRAIE\" CAPITALE ?3\t- QUE NOUS NE SOMMES PAS UNE NATION ?MAIS SEULEMENT UN GROUPE ETHNIQUE ?OU UN COURANT CULTUREL ?4\t- QUE RÉCUPÉRER NOS DROITS CONSTITUTIONNELS EST UNE CONCESSION D'OTTAWA ?5\t- QUE NOUS DEVONS PLIER PARTOUT POUR PROUVER NOTRE ATTACHEMENT À LA CONFÉDÉRATION ?6\t- QUE NOUS DEVONS ACCEPTER LA SITUATION FAITE À NOS MINORITÉS FRANÇAISES ?PARTICIPEZ À CETTE JOURNÉE D'ÉTUDES.CELA FAIT COMBIEN DE TEMPS QUE NOUS SOMMES SOUMIS À UNE MENTALITÉ DE PETITS BLANCS RHODÉSIENS ?1967 NE DOIT PAS ÊTRE UNE ANNÉE COMME LES AUTRES.\u2014 ALORS VENEZ À CETTE JOURNÉE.POUR TOUT RENSEIGNEMENT ET ACHAT DE BILLETS ($10.) ADRESSEZ-VOUS ENTRE 2.30 h.ET 6.30 h.(866-8034) MLLE MARGUERITE ROBERT, sec.du Comité d'organisation, CASIER POSTAL 189, STATION N, MONTRÉAL. L\u2019ACTION NATIONALE Volume LV, Numéro 8\tMONTRÉAL\tAvril 1966 Éditorial HOMMAGE À ÉDOUARD MONTPETIT! Le 17 février dernier, l'Association des Anciens de l'Ecole des Sciences sociales, économiques et politiques (aujourd'hui la Faculté du même nom dans l'Université de Montréal), rendait hommage à son fondateur et premier directeur.Pour la circonstance, un ancien avait préparé une conférence, à laquelle assistait Madame Edouard Montpetit et plusieurs autres membres de la famille.On trouvero à la suite de cet éditorial, le texte de la conférence de M.Roger Bédard.Dans l'esprit d'associer aussi à cette manifestation l'autre institution qui a le plus tenu au coeur de M.Montpetit, cette Ecole des Hautes Etudes commerciales, qu'il inaugura en y donnant la première leçon, sa première leçon aussi bien d'économie politique après son retour d'Europe, les organisateurs avaient invité, pour remercier le conférencier, le directeur de l'Action nationale, élève de M.Montpetit aux Hautes Etudes, l'un de ses successeurs les plus immédiats (après M.François Vézina) à la ckaire d'économie de l'Ecole, et directeur actuel de l'Institut d'Economie appliquée de cette Ecole, M.François-Albert Angers.Nous donnons comme éditorial de ce mois-ci, l'allocution que prononça alors M.Angers.Cela n'a rien d'étonnant puisqu'on s'en souviendra, c'est à M.Montpetit que fut confié aussi le soin d'écrire le premier article de notre revue, sous son premier nom de l'Action française, en janvier 1917.D'en écrire en quelque sorte le manifeste de base et de départ, dont la perspicacité reste hautement significative.Le titre en était: \"Vers la supériorité économique\"; et l'on en retrouvera le texte intégral dans le numéro spécial de l'Action nationale préparé pour le cinquantenaire du mouvement et publié en mpr$-avril 1963, 894 ACTION NATIONALE Ce n est pas sans émotion que je suis honoré d a voir à remercier un conférencier qui vient de vous parler de Monsieur Montpetit.Et je dis bien « Monsieur », et non « Montpetit », en dépit du fait que la politesse nous dispense de l épithète, nous prescrit même au contraire de l\u2019ignorer quand il s'agit d une personnalité importante qui nous a quitté pour l au-delà.Non pas que je refuse à Monsieur Montpetit la gloire d être parmi les grands, mais parce que pour moi, il reste avant tout la réalité toujours vivante qui a joué un rôle si important dans l orientation de ma vie.Ceux qui me connaissent savent que c est par lui que j ai pris moi aussi la voie de l économique.C est l enchantement de son enseignement, la sollicitude et l amitié dont il a bien voulu m\u2019entourer, qui ont fait que, venu à l Ecole des Hautes Etudes commerciales dans de toutes autres intentions, j\u2019ai changé ma voie pour devenir ce que je suis aujour-d hui.Monsieur Montpetit, pour moi, c est encore le pro fesseur éblouissant et attachant tout à la fois jusqu à la séduction, qui entrait en classe deux ou trois fois par semaine avec en mains un seul petit carré de papier portant le thème de son cours, carré qu il déposait sur le bureau pour ne plus le regarder; après quoi, il nous développait son enseignement, un enseignement vivant, où il ne mêlait pas beaucoup de démonstrations mathé matiques comme on vous l a dit tout à l heure, mais par lequel il nous tenait, à travers la rigueur logique d un véritable enseignement scientifique, sous le charme des éléments de vie et de synthèse que son grand sens de l\u2019observation et sa culture lui permettaient d\u2019intégrer dans ses exposés.Nous attendions toujours avec impatience le cours de Monsieur Montpetit, le professeur qui était le préféré de tous.Je ne puis que remercier et féliciter Monsieur Bé-dard d avoir voulu nous rappeler son souvenir.C est HOMMAGE À MONTPETIT ! 895 une bienfaisante oasis dans notre agitation; car en dé pit des progrès qu a faits le Canada français en ces dernières années, il y a une chose qui continue de m effrayer chez nous: c est l absence presque totale en notre groupe du sens du culte de ses grands hommes.Et Edouard Montpetit fut incontestablement l un des quelques grands hommes de l histoire du Canada français.II a été I un des trois grands noms qui dominent l histoire politique et sociale du Canada français pendant le premier tiers du vingtième siècle.Les trois grands: Bourassa, Groulx, Montpetit.Bourassa, qui a pratiqué, qui a voulu nous apprendre le sens de la fierté, de la discussion d égal à égal avec notre ex conquérant ; et nous donner une pensée politique.Groulx, qui nous a révélé dans notre histoire la dimension selon laquelle nous considérer comme une nation ayant droit à sa survie en raison des valeurs quelle porte; et nous a indiqué les leçons politiques qu\u2019il en faut dégager pour vivre.Montpetit, qui a éveillé notre conscience aux exigences économiques de la réalisation nationale; qui a lancé, dans le premier article de L Action française en janvier 1917, le thème dont nous vivons intensément aujourd hui: « la question nationale est une question économique »; et qui inlassablement a prêché à ses corn patriotes la nécessité de s éveiller au sens de l économi que dans la solidarité nationale.Trois grands noms ab solument indissociables l un de l'autre, la suppression de l un d eux rendant automatiquement inefficace l'action des deux autres.La tâche de M.Bédard n était pas facile, de reconstituer, en une heure, un cheminement de la pensée d Edouard Montpetit; et avec la volonté d y ajouter au surplus des notes suffisantes sur l importance de son action.G est tout à son honneur que d\u2019y être parvenu, car Monsieur Montpetit était un homme complexe.C était un esprit profondément juridique; et c est plus 896 ACTION NATIONALE par vocation que par tendance naturelle qu il s est fait économiste.Et pourtant, il a pu par l économique, en refusant de s y enfoncer dans l aridité d une théorie trop désh umanisante, donner une mesure plus pleine de lui-même qu il aurait sans doute pu le faire dans la carriè re forcément plus asséchante du droit.ou plus déce vante de la politique.L économique avait l avantage sur le droit, pour un esprit comme celui de Monsieur Mont petit, d être plus engagée dans la vie, de lui permettre de donner plus d ampleur à ses autres virtualités.Car outre d avoir été un esprit juridique et un économiste re marquable, il était surtout un penseur profond, un ar tiste vibrant \u2014 si bien que d aucuns ont dit de lui qu il aurait fait encore un meilleur poète qu un économiste \u2014; et par-dessus tout, c était une âme extrêmement sensi ble, qui n a pas seulement pensé mais vécu intensément l\u2019œuvre dans laquelle il s'était engagé.Vécu avec une telle intensité qu il a souffert véritablement et profondément des malaises du Canada français et de la diff icul-té de se faire entendre et de voir avancer les choses.Il en a souffert avec une intensité qui me porte à croire qu il faut attribuer à cette sensibilité le fait qu il nous a quittés relativement trop jeune: cette corde sensible était trop tendue, trop vibrante pour qu elle n ait pas cassé prématurément.M.Bédard nous a dit tout ce que nous devons à Montpetit d idées nouvelles et de propositions heureu ses que l on est en train de réaliser aujourd hui sans lui en donner le crédit, parce qu ignorants de leur histoire les jeunes pensent les redécouvrir.Ils les redécouvrent après avoir récusé sans les connaître leurs aînés et avoir vagabondé à travers des expériences qu ils prétendaient meilleures et qui se sont révélées finalement peu profitables.Dans la logique de leurs échecs, ils ont retrouvé les solutions que les anciens avaient proposées.Et peu des choses dites nouvelles qui se font aujourd hui sont HOMMAGE À MONTPETIT ! 897 de celles qui n ont jamais été dites.Nous sommes encore loin d avoir mis en pratique toutes les propositions qui peuvent être tirées des ouvrages de Montpetit.Et quand on regarde ce qui se passe aujourd hui, il est possible de mettre des dates et des noms anciens sur ce qui se prétend nouveau et qui est presque intégralement sem blable à ce que disaient Bouchette en 1902, Montpetit en 1917 ou en 1933, Minville en 1927, etc.Ces hommes étaient des esprits profonds, qui voyaient loin.Que loin nous serions rendus, au lieu de ce que nous sommes, s ils avaient été davantage écoutés.Quand on pense, par exemple, que la S.G.F., dont l'équivalent a été si souvent indiqué par des hommes comme Montpetit et M inville, a été proposée, presque intégralement dans le mode où on vient de la fonder aujourd hui, par Errol Bouchette au seuil du vingtième siècle.Avant même que le capital américain ait corn mencé à envahir notre province, Bouchette avertissait les hommes politiques du temps qu il fallait au plus vite constituer une Société financière, d Etat au besoin, pour recueillir les épargnes du Canada français et les diriger vers l\u2019exploitation de nos ressources naturelles, afin de pouvoir recevoir le capital étranger chez nous en associé, pour collaborer avec nous au lieu de nous asservir.De combien d autres suggestions que nous retrouvons dans les ouvrages de Montpetit ne pourrions nous pas dire l\u2019équivalent, comme de cette caisse de retraite pour la vieillesse dont la suggestion remonte à 1933.C est la constatation de ces faits qui doit nous faire retourner à ces auteurs et nous faire prendre conscience que nous devons écouter leur message, riche de signification du fait qu il sort de la culture et non seulement de la technique.Et c est pourquoi je terminerai, en vous livrant le dernier message, cri d alarme, que Monsieur Montpetit m\u2019a laissé en héritage au jour de son dernier cours à l Ecole des Hautes Etudes commerciales.Mon 898 ACTION NATIONALE sieur Montpetit était forcément très ému ce jour-là; et j eus I avantage d être celui qui l accompagna, à sa sortie du cours, jusqu'à la porte de l\u2019Ecole, rue Viger, et à son taxi.Il était triste.Lui qui avait toujours voulu montrer une attitude si ouverte envers les apports étran gers, confiant de l\u2019enrichissement qu'ils pouvaient nous être si nous savions par la culture les assimiler à notre chair propre, il s inquiétait de la légèreté avec laquelle nous imitions les formules des autres aveuglément et sans réflexion sur leur compatibilité avec notre culture.Et j essayai de le consoler, d expliquer, de montrer des raisons d espoir.Et ainsi, nous arrivions à la sortie.Il n avait pas trouvé mes raisonnements très con vaincants.Et ouvrant la porte, au moment de sortir, il se retourna vers moi et me dit: « Angers, c\u2019est plus gra ve que cela ! Il faudra bien veiller: c\u2019est la culture qui est menacée chez nous! Je veux ajouter ce message ce soir, à tant d autres qu\u2019il nous a laissés, pour qu\u2019il soit entendu avant qu il ne soit trop tard face à certaines transformations douteuses qui se produisent en notre milieu.Car I idée la plus profonde de Montpetit, à travers tout le brassement d idées et de suggestions pratiques dont Monsieur Bédard nous a tracé la marche, c\u2019est bien celle-là: sans le sens de la culture et d\u2019un véritable humanisme, nous ne sommes rien! François Albert Angers M.Édouard \" précurseur de la révolution tranquille par Roger Bédard Permettez-moi d\u2019exprimer d\u2019abord ma gratitude aux diplômés de la faculté des sciences sociales de l\u2019université de Montréal pour cette invitation à vous communiquer quelques réflexions sur M.Edouard Montpetit.Par son enseignement, par son oeuvre écrite et par les postes de commande qu\u2019il a occupés, M.Montpetit a exercé pendant près d\u2019un demi-siècle une influence profonde sur le destin de la communauté canadienne-fran-çaise.Ses directives sur la nécessité de reprendre la maîtrise de notre économie, son insistance sur la compétence dans tous les domaines, ses initiatives d\u2019éducateur et d\u2019animateur social font de M.Montpetit un authentique précurseur de la renaissance du Canada français.Le plan suivi dans cet entretien sera le suivant: Dans une première section, nous rappellerons \u2014 très rapidement \u2014 les grands thèmes de la pensée de M.Montpetit.Dans la deuxième, nous discuterons l\u2019apport de M.Montpetit à titre de fondateur de notre Ecole de sciences sociales et de premier secrétaire général de notre université de Montréal.^ 900 ACTION NATIONALE Nous conclurons par quelques brèves considérations sur l\u2019actualité de sa pensée.I.Les grands thèmes de la pensée de M.Montpetit L\u2019oeuvre écrite de M.Edouard Montpetit comprend environ cent cinquante articles ainsi qu\u2019une quinzaine d\u2019ouvrages.Lorsque l\u2019on relit l\u2019ensemble des articles qu\u2019il a publiés dans la Revue trimestrielle canadienne, l'Action française et d\u2019autres revues, on reste étonné devant la diversité des sujets abordés, la largeur des vues, la profondeur de la pensée.Il faudra bien un jour ou l\u2019autre procéder à l\u2019analyse approfondie de cette oeuvre.M.Montpetit fut non seulement un expert des questions économiques, mais aussi l\u2019un des Canadiens les plus cultivés et les plus savants de son époque.L\u2019étude complète de cette oeuvre dépasse évidemment le cadre de cet entretien.J\u2019ai choisi de discuter ce soir cinq grands thèmes de la pensée de M.Montpetit : 1)\tla richesse matérielle, condition d\u2019épanouissement culturel; 2)\tla nécessité pour les Canadiens français de participer davantage à l\u2019essor économique de leur province ; 3)\tle rayonnement de la culture française en Amérique; 4)\tla nécessité pour chaque Canadien français de compter vraiment par sa compétence ; 5)\tl\u2019éducation: condition de compétence dans tous les milieux.Ce découpage ne couvre certes pas toute l\u2019oeuvre de Montpetit.Il correspond toutefois à des préoccupations de la communauté canadienne-française qui n\u2019ont absolument rien perdu de leur actualité.L\u2019exposé sera, il va sans dire, très schématique. M.EDOUARD MONTPETIT, PRÉCURSEUR.901 1.De la richesse matérielle M.Edouard Montpetit a compris mieux que personne la nécessité pour le peuple canadien-française d\u2019acquérir de l\u2019aisance matérielle s\u2019il veut survivre et rayonner sa culture.En 1918, il écrivait à son retour des fêtes du cinquantenaire de l\u2019université Berkeley.Pour s\u2019instruire, pour acquérir la force intellectuelle, qui est le ferment de l\u2019énergie nationale, il est essentiel d\u2019être d\u2019abord maître chez soi et bien renté.(1) Je répète: \u201cIl est essentiel d\u2019être d\u2019abord maître chez soi et bien renté,\u201d Ce fut là la préoccupation dominante de sa vie.Il fut le premier économiste d\u2019envergure qu\u2019ait produit le Canada français.A la faculté de droit dès 1907, puis ensuite à l\u2019Ecole des Hautes Etudes commerciales, au Collège des Dames de la Congrégation, à l\u2019Ecole des sciences sociales, partout, M.Montpetit a communiqué à des milliers d\u2019étudiants les notions fondamentales de la science économique.Par de très nombreux articles et ouvrages, il a voulu initier ses concitoyens à la connaissance des phénomènes économiques.Cette connaissance ne devait pas être simple contemplation, mais devait se traduire en pratique par la création de nombreuses entreprises qui augmente le patrimoine des nôtres.La méthode.Au point de vue méthodologique, l\u2019enseignement de M.Montpetit était strictement verbal.Il n\u2019a presque jamais employé à sa tribune ou dans ses écrits les hautes mathématiques et les géométries non-euclidiennes que certains de ses contemporains \u2014 utilisaient déjà sur une haute échelle dans l\u2019explication des phénomènes économiques.(1) \u201cSix jours à Berkeley\u201d, Revue trimestrielle canadienne, mai 1918, p.6. 902 ACTION NATIONALE L\u2019absence de diagrammes compliqués et de calcul intégral constitue pour nombre d\u2019étudiante d\u2019aujourd\u2019hui le critère qui leur permet d\u2019affirmer en toute sagesse que Montpetit n\u2019est pas assez scientifique.Malgré tout, les exposés sont d\u2019une clarté, d\u2019un bon sens, d\u2019un humour qui semblent avoir été perdus par la relève.M.Montpetit était convaincu qu\u2019il n\u2019est même pas essentiel pour un économiste d\u2019être ennuyeux.Son enseignement présente de grandes similitudes avec celui de son fameux collègue de McGill, M.Stephen Leacock.M.Montpetit, penseur profond, voyait toutes les insuffisances d\u2019une schématisation qui fait de l\u2019homme un pantin motivé par son intérêt matériel immédiat.L\u2019économiste doit joindre l\u2019esprit de finesse à l\u2019esprit de géométrie, répétait-il à tous ses élèves.Le contenu.Les réflexions de Montpetit économiste ont d\u2019abord porté sur la nature et la méthode de l\u2019économie politique.Cette science, dit-il, tient à la fois des sciences naturelles où tout s\u2019exprime en nombres, poids et mesures, et des sciences de l\u2019âme où tout est nuances et approximations.Autonome dans l\u2019objet de ses études, l\u2019économique doit, dans l\u2019ordre des politiques, puiser ses normes de la philosophie morale.Sa deuxième préoccupation dominante fut les échanges internationaux.Dès 1911 et plus encore entre les deux guerres, M.Montpetit n\u2019a cessé d\u2019écrire que l\u2019autarcie agressive des puissances économiques conduisait le monde à la catastrophe.De la même façon, continue-t-il, l\u2019avenir économique du Canada sera assuré par une frontière assez largement ouverte aux mouvements de biens et de capitaux.Le domaine dans lequel M.Montpetit était vraiment un expert, c\u2019est la monnaie.Le temps n\u2019a guère altéré ses remarquables cours sur l\u2019évolution de l\u2019instrument monétaire.Par contre, ses thèses sur l\u2019étalon-or paraissent aux lecteurs d\u2019aujourd\u2019hui comme les curieux vestiges d\u2019une époque lointaine.Dans son petit ouvrage intitulé \u201cSous le signe de l\u2019or\u201d, M.Montpetit a écrit en subs- M.EDOUARD MONTPETIT, PRÉCURSEUR.\t903 tance: ouvrez d\u2019abord les frontières; laissez passer librement les personnes et les biens.Le résidu pourra être facilement bouclé par des mouvements d\u2019or ou de devises.Quand les économies nationales auront été assainies, les Etats pourront rétablir la couverture-or pour le plus grand avantage de l\u2019économie de tous les pays.Il a préconisé après la première guerre mondiale les moyens de règlements internationaux appliqués avec grand succès après la deuxième grande guerre L\u2019enseignement de M.Montpetit sur les finances de l\u2019Etat (\u201cLes Cordons de la bourse\u2019\u2019, 1935) paraît aujourd\u2019hui extrêmement conservateur pour ne pas dire réactionnaire aux yés-yés qui parlent avec légèreté de déficits budgétaires se chiffrant par centaines de millions.Montpetit parlait encore le langage de la génération du compte d\u2019épargne : nous sommes de celle du compte de dépense.M.Montpetit s\u2019est également préoccupé des politiques économiques d\u2019ensemble.Nommé président du comité de recherche sur la taxation au Québec en 1938 par un premier ministre du nom de Duplessis, il devait en principe préconiser une revision de la structure des taxes dans la province.Le mandat officieux du comité était d\u2019apporter un contrepoids aux orientations centralisatrices de la commission Rowell-Sirois.Tous mes efforts pour retrouver un exemplaire de cette étude sont restés vains.Peut-être m\u2019indiquerez-vous où trouver le précieux document.La doctrine.A quelle école de pensée se rattachait l\u2019enseignement du fondateur de notre faculté de sciences sociales?Considérée du point de vue qu\u2019il appelait lui-même \u201cla doctrine\u201d, l\u2019oeuvre de M.Montpetit se rattache à l\u2019école libérale \u2014 un néo-libéralisme intelligent et nuancé, complété par de profondes préoccupations sociales.Dans ses écrits, il accepte les postulats fondamentaux de l\u2019économie d\u2019entreprise privée, savoir : première- 904 ACTION NATIONALE ment la propriété privée des biens de production et deuxièmement, la liberté des contrats.Son insistance sur le rôle de la personne humaine comme agent du développement économique confirme une préférence pour un mode d\u2019organisation économique où l\u2019initiative personnelle n\u2019est pas réduite à néant par les contraintes collectives.Cette liberté des agents économiques doit toutefois se compléter dans l\u2019idée de M.Montpetit par une redistribution équitable de richesses.Je ne citerai qu\u2019un cas.N\u2019est-il pas intéressant de constater que le rapport de la Commission des assurances sociales de Québec, présidé, ai-je besoin de le dire, par M.Montpetit, et publié en 1933, recommande entre autres: a) l\u2019adoption par la Législature provinciale d\u2019un système d\u2019assurance-chômage; et b) la création d\u2019une caisse provinciale d\u2019assurance pour le vieil âge.Nous sommes, dis-je, en 1933.Tout le contraire d\u2019un libéral embusqué dans un laisser-faire intransigeant, M.Montpetit fut un précurseur et un novateur en matière d\u2019institutions d\u2019aide aux économiquement dépourvus.Mais il savait également que les résultats qu\u2019on peut attendre des initiatives sociales sont conditionnés par le rendement d\u2019ensemble de l\u2019économie, d\u2019où l\u2019absolue nécessité d\u2019accroître le volume global des richesses.L\u2019abondance matérielle ne doit pas seulement libérer les peuples des fléaux millénaires \u2014 la faim, la maladie, l\u2019ignorance, la misère \u2014 mais elle doit encore et surtout leur rendre leur dignité.La richesse, écrit-il, est une bonne servante.Mais le joug économique est beaucoup plus pénible à subir que toutes les servitudes antiques, on ne saurait s\u2019y soumettre sans abdiquer toute dignité.(2) La connaissance du monde économique devait donc permettre à un plus grand nombre des nôtres d\u2019accéder (2) \u201cA propos d\u2019un ouvrage d\u2019Errol Bouchette\u201d, Manuscrit aux H.E.C., p.6. M.EDOUARD MONTPETIT, PRÉCURSEUR.\t905 à l\u2019aisance matérielle, et partant d\u2019élever le standard de vie de toute la communauté.2.Essor économique des Canadiens français Pour M.Edouard Montpetit, la richesse matérielle est une condition fondamentale de l\u2019épanouissement des oeuvres de civilisation.Durant toute sa vie, il a voulu pour son peuple la richesse matérielle.Pendant près d\u2019un demi-siècle il s\u2019est efforcé de persuader ses contemporains par la parole et par la plume de la nécessité de gagner beaucoup d\u2019argent.A propos du destin de notre peuple il écrivait: \u201dLa question nationale devient une question économique : notre avenir ne sera assuré que par un effort vers la possession des industries et l\u2019exploitation méthodique des ressources de notre pays.\u201d (3) Et dans un article fameux intitulé: \u201cNotre avenir: l\u2019enseignement professionnel et la constitution d\u2019une élite\u201d, il écrit : La conquête économique doit être pour nous la réalité de demain.nous sommes devant l\u2019absolue nécessité de former des compétences autres que pour la politique.(4) En plus de briser des chaînes, l\u2019aisance matérielle constituait la condition absolument nécessaire du rayonnement culturel de notre groupe.Nous apprécions mieux aujourd\u2019hui la justesse de cette idée de M.Montpetit.La communauté canadienne-française compte maintenant quelques centaines de millionnaires.Nous dirigeons quelques douzaines d\u2019entreprises dont les valeurs s\u2019expriment par huit ou neuf chiffres.L\u2019épargne populaire déposée dans nos caisses Desjardins dépasse le milliard.(3)\t\u201cErrol Bouchette et l\u2019indépendance économique des Canadiens français\", Action française, janv.1919.(4)\t\u201cNotre avenir: l\u2019enseignement professionnel et la cons-titution d\u2019une élite\u201d, Revue trimestrielle canadienne, fév.1917, 906 ACTION NATIONALE Non pas que nous soyons devenus riches \u2014 dois-je rappeler des études récentes sur la noire misère qui subsiste en notre milieu?\u2014 mais nous ne sommes plus.Dieu merci, le peuple de gueux que nous étions quand Mont-petit a commencé à parler de richesses matérielles Nous avons réussi à prendre pied rue St-Jacques.Mais qui occupe les postes-clés des grands centres de décision du boulevard Dorchester?M.Langlois a relevé l\u2019été dernier les noms des dix grands du monde des affaires dans le Québec.Ces messieurs se partagent 51 postes de Conseil d\u2019administration dans quatorze entreprises dont les actifs dépassent $20 milliards.Pas un seul Canadien d\u2019expression française.Messieurs Lévesque, Desmarais et Therrien arrivent très loin dans le classement.(5) La situation relative du groupe canadien-français dans la vie économique de la province et du pays est pratiquement la même en février 1966 qu\u2019elle l\u2019était au temps où M.Victor Barbeau a procédé à \u201cla mesure de notre taille\u201d.L\u2019enseignement de M.Montpetit sur la nécessité d\u2019acquérir de la richesse matérielle si nous voulons durer comme communauté nationale distincte et si nous voulons rayonner le trésor de culture qui est le nôtre reste donc très valable, très actuel.Notre petit peuple dispose d\u2019une modeste aisance qui lui permet d\u2019accéder sur une petite échelle à des valeurs de civilisation.Heureusement, nous savons maintenant qu\u2019avec de la fortune matérielle on peut ouvrir des galeries d\u2019art, comme la Sauvegarde; créer des instituts de recherche, comme M.J.L.Lévesque; bâtir des pavillons à l\u2019université comme M.Pollack ; ôffrir des bourses aux étudiants comme M.Brillant.Notre faculté compte encore parmi ses anciens trop de militants sociaux et trop peu de millionnaires.Trop de bureaucrates et trop peu de chefs d\u2019entreprise.C\u2019est (5) LANGLOIS, C.\u201cLes dix grands de la finance au Québec\u201d.La Patrie, 1er au 7 juillet 1965. M.EDOUARD MONTPETIT, f^ÉCURSEUR.907 peut-être parce qu\u2019on y enseigne trop Keynes et pas assez Schumpeter.De toutes façons, l\u2019un des plus grands services que la faculté pourrait rendre à notre société serait de restaurer l\u2019idéal de richesse matérielle acquise pour le bien de toute la communauté.3.Rayonner les valeurs de civilisation française Le but ultime de l\u2019aisance devait être pour les Canadiens français de conserver et de rayonner les valeurs de civilisation française.Formé à l\u2019Ecole libre des sciences politiques et au Collège des sciences sociales de Paris, M.Montpetit a pris très tôt possession d\u2019un très riche héritage culturel.Pendant toute sa vie il s\u2019est efforcé de persuader le petit peuple français d\u2019Amérique de transformer la technologie américaine selon la tradition culturelle française.Pour ce faire, la première nécessité était de rétablir et de multiplier les échanges de tous ordres avec la France.Au printemps de 1913, M.Montpetit repasse les mers et prononce à Paris deux entretiens sur les \u201csurvivances françaises au Canada\u201d.Nous avons duré, dit-il en résumé dans sa première conférence.Maintenant, nous voulons vivre conformément au génie qui est le nôtre, le génie de la France.Dans sa deuxième conférence, il préconise des échanges économiques et culturels beaucoup plus intenses entre le Québec et la France : Le commerce franco-canadien n\u2019est pas satisfaisant ; il peut et doit s\u2019étendre davantage.Tout l\u2019y engage, et la richesse et les moeurs du pays.(6) Il est plus facile de conclure une affaire quand on s\u2019entend déjà d\u2019esprit et de coeur.(7) (6)\t\u201cLes survivances françaises en Amérique\u201d, Plon-Nourrit Paris, 1914, p.77.(7)\tIbid.p.79. 908 ACTION NATIONALE J\u2019ai confiance dans les destinées de mon pays et je sais qu\u2019elles plaideront pour nous.Un jour viendra que vos capitaux (français) voudront s\u2019investir au Canada.(8) Durant le Gotterdammerung de \u201914-18, M.Montpetit aide dans la mesure de ses moyens la France dans le malheur.La paix restaurée, il mutiplie les voyages et les activités pour accroître les échanges économiques et culturels avec la France.Le témoignage constant de notre fidélité aux valeurs de civilisation française, c\u2019est la langue que nous parlons.Certes, notre verbe porte-t-il les cicatrices de deux siècles de résistance, cicatrices qu\u2019il faut bien distinguer de la grave détérioration \u2014 de la pourriture sèche \u2014 qui gâte le parler populaire.M.Montpetit fut l\u2019un des tout premiers à s\u2019en inquiéter.Vingt ans avant les \u201cInsolences\u201d, il écrivait: La langue est mitée.et si je dis qu\u2019elle est slack, la vérité, c\u2019est qu\u2019on me comprendra.Nous ne parlons pas un patois, ce qui serait noblesse et pur attachement, mais un jargon, qui est décrépitude, (9) Il a toujours entretenu un véritable culte à l\u2019endroit du bon parler français.Sa langue parlée comme sa langue écrite témoignait tout de suite de la présence d\u2019un être de haute civilisation.Dans \u2019\u2018Présences\u2019*, ce radieux chant de la terre, il écrit: Observe le milieu où nous vivons, pénétre-toi de la présence des êtres et des choses, aiguise en toi par une pratique constante le sens des réalités de ton pays.Ainsi tu le connaîtras.Connaissant notre pays, nous l\u2019aimerons, nous le marquerons de notre empreinte, nous le poétiserons de notre travail, pour y trouver un élément de (8)\tIbid p.82.(9)\t\u201cPropos sur la montagne\u201d, 1946, d.144.Ed.de l\u2019Arbre, Montréal, M.EDOUARD MONTPETIT, PRÉCURSEUR 909 résistance, une amitié canadienne, qui nous préserve et qui retienne notre patriotisme.La culture nous y aidera.Nous la garderons, nous en ferons une valeur pour la nation ; la langue, en particulier, cran de notre résistance, et le goût, qui révèlent notre civilisation comme la végétation, la vigueur de la terre.Notre civilisation.a son mérite, issu de ses origines et de notre persévérance.Elle vaut par son essence française.Noble, généreuse, nuancée elle est pratique aussi, énergique et créatrice.La vivre, c\u2019est grandir.(10) Il a parlé de culture française, mais il a aussi voulu se tenir constamment renseigné sur son évolution en notre sol.Comment ne pas signaler ici la participation de M.Montpetit à deux grandes enquêtes, l\u2019une de YAc-üon française en 1926-27 sur \u201cles Canadiens français et le développement intellectuel du Canada\u201d, l\u2019autre de Y Action nationale en 1941-1943 sur \u201cle climat de la culture canadienne-française\u201d.Dans les deux cas, il a conclu en la nécessité d\u2019assumer la réalité canadienne en toute confiance \u2014 sans peur morbide de l\u2019assimilation, \u2014 sans hostilité contre personne pour rayonner nos valeurs françaises dans un pays où deux vieilles civilisations peuvent bien grandir côte à côte.Quelle richesse à tirer, concluait-il dans la première enquête, d\u2019une collaboration où se rencontrent deux grandes civilisations?Quel spectacle à donner que l\u2019union de pareilles forces au service d\u2019un pays jeune! (11) L\u2019essentiel pour nous, disait-il après la seconde, est de nous pénétrer de cette vérité \\ il est possible de vivre en Amérique, d'utiliser le progrès américain en gardant le droit de le juger tout en restant français.Comprendre cela, c\u2019est avoir déjà gagné la victoire.Lorsque nous ploierons la formule américaine à notre génie français (10)\t\u201cSouvenirs III \u2014 Aller et Retour\u201d, Thérien, Montréal 1955, p.232-33.(11)\t\u201cLes Canadiens-français et le développement intellet tuel du Canada\u201d, Action française, mai-juin 1927, p.337. 910 ACTION NATIONALE plutôt que de la subir, nous serons non seulement sauvés, mais fortifiés.(12) M.Montpetit voyait en la double culture, en ce caractère bi-ethnique et bi-culturel, disons-nous aujourd\u2019hui, la caractéristique dominante du Canada.A partir de ces éléments les Canadiens français doivent rayonner leur culture propre, une tâche à la mesure de leur haute destinée.4.Le culte de la compétence La conquête de l\u2019aisance matérielle et le rayonnement des valeurs de civilisation française ne pouvaient être assurés que par une élite de femmes et d\u2019hommes de valeur.Il faut de toute urgence, écrit-il en 1921, procéder à la mise en valeur de notre capital humain.L\u2019avenir réside en la formation de milliers de compétences qui assumeront des responsabilités dans toutes les sphères de l\u2019activité humaine.Pour constituer cette élite, M.Montpetit agit simultanément sur deux plans: l\u2019action de groupe et l\u2019enseignement supérieur.D\u2019une part, il participe à la fondation de Y Action française de Montréal en acceptant d\u2019en écrire l\u2019article manifeste du premier numéro.De l\u2019échange entre les rares personnalités d\u2019envergure du milieu surgit la conscience du fait que \u201cla question nationale est pour une bonne part une question économique.\u201d La conquête économique est la tâche à laquelle il faut s attelei de toute urgence.A cette époque tout comme aujourd hui, il n\u2019y a de salut que par le haut savoir.Dans l\u2019article-manifeste de Y Action française, M.Montpetit écrit : Ils seront formés par l\u2019enseignement professionnel que l\u2019on placera à la base des réformes.Ces individus seront maîtres d\u2019abord dans leur domaine, dans le rayon immédiat de leurs efforts.Ils accom- (12) \u201cD\u2019une sept.1941, p.52.culture canadienne-française\u201d Action nationale, M.EDOUARD MONTPETIT, PRÉCURSEUR.911 pliront en connaissance de cause, la tâche que nous leur aurons demandée.(.) L\u2019avenir est à ce prix.Pour persévérer, pour survivre, pour prouver que nous sommes ce que nous croyons être et manifester notre personnalité, pour garder notre langue, véhicule de notre histoire, pour que nous soyons dans une civilisation qui en partie n\u2019est pas la nôtre, des égaux que l\u2019on respecte et chez qui on est forcé de reconnaître des qualités de race et d\u2019intelligence victorieuse: préparons-nous dans le culte de la supériorité.(13) Tout un programme, direz-vous.Mais qui prétendra qu\u2019il soit resté lettre morte?Voyez la floraison d\u2019initiatives de tous ordres pour la formation de milliers d\u2019êtres de valeur dont notre société a un urgent besoin.Au demeurant, ce culte de la compétence n\u2019est-i) pas devenu en quelque sorte aujourd\u2019hui la chanson des rues?5.De Véducation Educateur de carrière, M.Montpetit a en maintes circonstances précisé sa pensée sur l\u2019éducation au double point de vue personnel et social.L étudiant, écrit-il, est une personne humaine, donc en soi une valeur absolue, inconditionnelle, une personne qui doit être formée pour elle-même.Le plus important problème que doivent résoudre les éducateurs réside dans le choix des sujets ou disciplines qui permettent d\u2019arriver à ce résultat.Selon M.Montpetit, les disciplines essentielles sont les suivantes : 1.\tLa connaissance des lettres et la recherche de l\u2019expression ; 2.\tLa contemplation de l\u2019art sous toutes ses formes ; 3.\tLa soumission à la règle des sciences ; (13) \u201cVers la supériorité\u201d, Action française, janv.1917 p.5-6. 912 ACTION NATIONALE 4.La méditation constante du passé.(14) Précisons ce qu\u2019était dans la pensée de notre maître la fonction de ces matières de base.1.\tL\u2019expression.Le meilleur moyen que l\u2019on ait trouvé de meubler des cerveaux, de former des têtes bien faites est de leur faire partager ce que j\u2019appelle l\u2019héritage d\u2019Occident, c\u2019est-à-dire les meilleures oeuvres antiques et modernes.La \u201cratio studiorum\u201d ou contemplation de la vérité sous ses formes multiples, diverses, contradictoires, doit rester la première finalité de l\u2019enseignement secondaire ou supérieur.Le long effort de réflexion sur les langues mortes et sur la langue française demeure le meilleur exercice que l\u2019on ait trouvé pour développer les facultés de la personne humaine.L\u2019effort de réflexion sur les chefs-d\u2019oeuvre antiques et contemporains permet aux étudiants d\u2019acquérir progressivement une pensée personnelle sur eux-mêmes et sur le monde qui les entoure.Plus encore, l\u2019étudiant acquiert ainsi l\u2019aptitude à exprimer sa propre pensée par la parole et par la plume.2.\tL\u2019art.L\u2019éducation doit tout naturellement inculquer le goût de la beauté, le sens esthétique.Non pas pour une éphémère contemplation, mais pour préparer l\u2019étudiant à goûter l\u2019art sous toutes ses formes et le préparer à vivre chaque jour de sa vie en beauté.L accroissement des moyens matériels permet tout simplement d\u2019apporter l\u2019art au plus grand nombre.Que devient dans cette production à outrance, dans cette volonté d\u2019expansion matérielle, le culte ancien de la beauté?Celle-ci n\u2019est-elle pas menacée de toutes parts par l\u2019ambition de vivre dans un bien-être anonyme et niveleur?Qui médite sur notre temps incline à le penser.Sans doute nous n\u2019échapperons pas à l\u2019emprise de la quantité, mais il semble que nous la dominerons si nous cultivons notre personnalité et si nous gardons le souci de l\u2019art.(15) (14)\t\u201cPropos sur la Montagne\u201d, op.cit.p.71.(15)\tIbid.p.94. M.EDOUARD MONTPETIT, PRECURSEUR, 913 M.Montpetit possédait un sens aigu de la beauté, de la beauté littéraire, notamment.Ses écrits sur Louis Veuillot (15a), \u201cla pensée religieuse de Brunetière\u201d (16) etc.restent des modèles d\u2019analyse littéraire à la fois profonde et raffinée.3.\tLes sciences.M.Montpetit était conscient du fait que la technologie qui a transformé la face du monde depuis deux siècles repose sur la connaissance exacte des phénomènes naturels.Les sciences, dit-il, constituent pour l\u2019esprit une discipline rigoureuse, valable, à la condition de ne point se transformer en moules qui mécanisent l\u2019intellect humain.De plus les sciences constituent la corne d\u2019abondance d\u2019où descendent la multitude des biens matériels.Dans son commentaire sur l\u2019ouvrage d\u2019Heinrich Hauser (\u201cMéthodes allemandes d\u2019expansion économique\u2019\u2019), il écrit que \u201cl\u2019industrie allemande a pu conquérir les marchés mondiaux grâce à l\u2019incontestable supériorité technique que lui conféraient les innovations dues à ses chimistes et à ses techniciens.\u201d Comme nous l\u2019avons dit tantôt l\u2019enseignement professionnel devait être placé à la base des réformes qui habilitent le peuple français du Canada à reprendre la maîtrise de sa destinée économique.La compétence, dans son esprit, résultait partiellement de l\u2019aptitude des esprits à se plier aux sciences exactes.4.\tL\u2019histoire.Après les lettres, les arts et les sciences, aucune autre discipline n\u2019était de nature à mieux former l\u2019esprit que la méditation constante du passé.Le destin de chacun ne commence pas à lui-même et ne s\u2019achève pas \u2014 ni pour le mieux ni pour le pire \u2014.Chacun de nous, s\u2019inscrit dans un continuum historique.Le sol natal et les ancêtres établissent la continuité entre chaque individu et les générations passées et fu- (15a) \u201cLouis Veuillot\u201d, Revue canadienne, déc.1913, p.491-516.(16) \u201cLes idées religieuses de F.Brunetière\u201d, Revue canadienne.juin 1912, p.504-16. 914 ACTION NATIONALE tures.Sur ce point, M.Montpetit a largement puisé son inspiration aux oeuvres de Barrés.Durant toute sa vie, il a lu et relu cet auteur.Il n\u2019est point de littérateur que M.Montpetit ait davantage cité que Maurice Barrés.C\u2019était inévitable, le style des oeuvres de la maturité de Montpetit porte l\u2019empreinte barrésienne.Dans les deux cas, on retrouve la même subtilité, la même tournure un peu énigmatique de la phrase, souvent les mêmes procédés littéraires.Un exemple: En prononçant Canada, quelle image évoquons-nous?Un passé de labeur, de conquête, de bravoure, d\u2019endurance, de ténacité, le souci de la besogne accomplie, l\u2019amour du métier, la recherche d\u2019un art simple, d\u2019une sincérité malhabile, mais fidèle; une société courtoise, des coeurs joyeux et des âmes décidées ; une patience à toute épreuve, l\u2019acceptation du devoir de toutes les heures; une attitude politique tranchée, au service de notre durée.(17) Le langage des ancêtres, la jeune génération en sa fureur nihiliste, ne veut plus l\u2019entendre.Dans leur révolte, nos jeunes confrères rejettent le passé et tout ce qu\u2019il représente.Ayant fait table rase de ce qui les a précédés, ils constituent de curieux spécimens de primitifs, des barbares au plein sens du mot, prêts à bâtir le monde à leur image.Passons.L\u2019éducation ne doit pas seulement établir la continuité entre le passé et l\u2019avenir, meubler l\u2019intelligence ; elle doit encore et surtout former le caractère.\u201cOn a très peu défini le caractère, écrit-il, du moins, est-ce la constatation que j\u2019ai faite à travers des recherches vaines.Un homme de caractère doit faire preuve d\u2019une connaissance propre à alimenter son jugement et à le rendre maître de ce jugement.Sa décision prise, il s\u2019y tient, acceptant les responsabilités et les suites de ses actes.L\u2019homme de caractère a, par-dessus tout, de (17) \u201cPropos sur la montagne\u201d, op.cit., p.143. M.EDOUARD MONTPETIT, PRECURSEUR.915 la volonté, de l\u2019énergie, de la persévérance, de l\u2019esprit de travail.\u201d (18) Epanouie pour elle-même, la personne n\u2019en devait pas moins dans la pensée de M.Montpetit assumer un rôle pour le destin de la communauté.\u201cNul ne finit à lui-même; nous ne vivons pas seulement notre vie mais aussi celle de la nation, celle du peuple dont nous sommes une part, quoi que nous fassions.Nous avons à remplir une mission : connaissons-la pour y croire et l\u2019accepter.\u201d (19) Le haut savoir n\u2019est donc pas dans cette perspective une prérogative mais une lourde responsabilité.Celui qui a reçu une formation universitaire doit rendre à la société dans l\u2019exacte mesure de ce que la société lui a donné.Voilà donc, très sommairement résumée, la pensée de M.Montpetit sur l\u2019éducation.IL M.Edouard Montpetit, éducateur Il fut tout le contraire d\u2019un vague théoricien.Ses écrits sur l\u2019éducation sont directement inspirés par l\u2019expérience acquise au cours d\u2019une vie entièrement consacrée à l\u2019enseignement.Discuter les initiatives d\u2019Edouard Montpetit, éducateur, c\u2019est, dans une certaine mesure refaire la chronique de la plupart des institutions d\u2019enseignement supérieur de langue française à Montréal.L\u2019histoire de notre université ni d\u2019aucune de ses facultés n\u2019a à ce jour encore été écrite.Une présentation complète du rôle joué par M.Montpetit dans la création et l\u2019évolution des écoles et facultés de l\u2019université de Montréal dépasse le cadre (18)\tIbid., p.121-22.(19)\t\u201cAu service de la tradition française\u201d, Action française.Montréal.1920.p.185. 916 ACTION NATIONALE de cet entretien.Je m\u2019en tiendrai à de très brefs rappels de sa participation: à: 1.\tLa mise en route de l\u2019Ecole des Hautes Etudes commerciales ; 2.\tLa transformation de l\u2019Institut Laval en l\u2019université de Montréal; 3.\tLa fondation et l\u2019expansion de notre Ecole de sciences sociales.1.L'Ecoles des Hautes Etudes commerciales L\u2019idée de fonder dans la métropole une école supérieure de commerce n\u2019est pas de M.Edouard Montpetit.Ce projet fut mis de l\u2019avant par la Chambre de Commerce de Montréal au tournant du siècle.Toutefois, à cette époque comme aujourd\u2019hui, les groupes peuvent placer l\u2019épaule à la roue pour la réalisation de projets, mais l\u2019élément dynamique reste toujours un ou quelques individus.Toutes les chroniques de l\u2019époque signalent que M.Edouard Montpetit fut l\u2019agent le plus actif pour la fondation de l\u2019Ecole des Hautes Etudes commerciales.Il était membre de la délégation de la Chambre de Commerce de Montréal qui rencontra Sir Lomer Gouin en décembre 1906 pour faire des représentations en vue de la création d\u2019une grande école pour les affaires à Montréal.L\u2019avant-projet de bill privé pour la constitution des H.E.C.fut rédigé par Montpetit lui-même.Le bill adopté par la Législature le 14 mars 1907 (I, Edouard VII, Ch.23) suit d\u2019assez près le mémoire.Peu après, le bâtiment du Carré Viger était mis en chantier et M.Montpetit s\u2019embarquait pour l\u2019Europe afin d\u2019y compléter un stage d\u2019études.Rentré au pays, il prononce la leçon inaugurale de l\u2019Ecole en octobre 1910.Dans quel esprit?Le programme du cinquantenaire de l\u2019Ecole dit à ce sujet: Dès le début de son enseignement, M.Edouard Montpetit formule la pensée dont a procédé la créa- M.EDOUARD MONTPETIT, PRÉCURSEUR.917 tion même de l\u2019Ecole et qui au long des années va inspirer son oeuvre, former des hommes capables d\u2019accéder à la direction des affaires et d\u2019assurer graduellement la restauration économique du Canada français contribuant du même coup au progrès du Canada tout entier.(20) En plus de son enseignement sur l\u2019économie politique, les finances de l\u2019Etat, la monnaie, etc., M.Mont-petit fut la cheville ouvrière de l\u2019Ecole durant les premières années de son existence.\u201cPar sa grande culture, l\u2019élégance de son verbe, la haute qualité de son enseignement, par ses travaux personnels (conférences, articles, ouvrages), par le grand rôle qu\u2019il a joué dans la vie universitaire au pays et à l\u2019étranger, Montpetit a exercé une influence profonde sur une longue période de notre histoire intellectuelle et sociale.Plus que tous autres, il a contribué à faire triompher dans la politique de l\u2019Ecole l\u2019idée de culture générale qui a été et en demeure la norme régulatrice.\u201d (21) Peu à peu, l\u2019Ecole prit racine dans le milieu.Permettez-moi de rappeler que dès sa mise à flot, le bateau a dû voguer par gros temps.Nous sommes en 1910.Le Devoir, fraîchement émoulu dans le monde du journalisme, tire à boulets rouges sur un équipage encore inexpérimenté.Par ailleurs, les clercs tiennent fermement la barre pour la conduite de l\u2019éducation.L\u2019idée même d\u2019une saine laïcité des institutions de haut savoir paraît inspirée par l\u2019anticléricalisme.Les murs du palais épiscopal retentissent de propos cinglants au sujet de ce temple que les bourgeois ont eu le culot d\u2019élever à la gloire de Mercure face au Carré Viger.Montpetit eut l\u2019idée brillante d\u2019inviter Son Excellence à baptiser l\u2019enseignement destiné aux futurs hommes d\u2019affaires.Pendant des années, il a employé toutes les ressources de sa diplomatie pour persuader la hiérarchie que l\u2019Ecole ne représente aucun péril pour la foi et les (20)\t\u201cProgramme de l\u2019Ecole des Hautes Etudes Commerciales pour 1960-1961\", p.31.(21)\tIbid., p.76. 918 ACTION NATIONALE moeurs, mais qu\u2019elle répond à une pressante nécessité d\u2019un peuple jeune et dynamique.Peu à peu, les nuages se sont dispersés et l\u2019Ecole fut admise dans le giron de l\u2019université en 1915.La bibliothèque.L\u2019éducation supérieure n\u2019est valable que dans la mesure où les étudiants apprennent à utiliser eux-mêmes les outils du haut savoir.Dès le début de son enseignement, M.Montpetit jette les bases de la bibliothèque des Hautes Etudes commerciales.D\u2019abord installée sur un banc de bois dans une salle de classe, la bibliothèque des H.E.C.a trouvé gîte permanent dans une résidence voisine de l\u2019Ecole et, récemment, dans le musée de l\u2019Ecole.Elle compte aujourd\u2019hui 225,000 volumes; c\u2019est la plus complète du genre au Canada.Les H.E.C., dans l\u2019esprit de leur professeur le plus prestigieux, devaient également rayonner à l\u2019extérieur, notamment par les revues et les cours d\u2019extension.Encore là, son apport est remarquable.Les revues.L\u2019érudit bibliothécaire des H.E.C., M.Patrick Allen, me rappelait l\u2019autre jour que Montpetit et ses collègues des H.E.C.ont créé sept revues qui, depuis le début du siècle, ont rayonné bien haut sur la colline inspirée.Il les nomme: 1) La Revue économique canadienne; 2) l\u2019Actualité économique; 3) l\u2019Action française, ressuscitée de ses cendres dans 4) Y Action nationale; 5) La Revue trimestrielle canadienne aujourd\u2019hui appelée Y Ingénieur; 6) la Revue canadienne de géographie et 7) la revue Assurances.Je dirige des revues depuis plusieurs années.Devant l\u2019ampleur et la qualité de ces publications, je lève mon chapeau.Ai-je besoin de dire que dans la plupart des cas l\u2019apport personnel de M.Montpetit fut très considérable : il a publié dans les revues que j\u2019ai mentionnées plus d\u2019une centaine d\u2019articles.Les cours d\u2019extension.Sous l\u2019impulsion de M.Montpetit, l\u2019Ecole des H.E.C.a très tôt été pionnière M.EDOUARD MONTPETIT, PRÉCURSEUR.919 des cours du soir et des cours par correspondance en langue française à Montréal.De 1915 à 1950, l\u2019Ecole des H.E.C.a été la seule institution française de la métropole qui ait offert des cours du soir et des cours du samedi de quelque conséquence.Jusqu\u2019à tout récemment, la Colline inspirée a, à toutes fins pratiques, réservé son enseignement à ses élèves réguliers.Encore en 1951 quand je suis entré à la faculté des sciences sociales, l\u2019extension de l\u2019enseignement à l\u2019université de Montréal se résumait à quelques cours de langues étrangères.Nous avons observé avec intérêt une grande amélioration depuis.Par contre, dès 1916, les amphithéâtres de l\u2019Ecole des Hautes Etudes commerciales ont résonné, pour des cours d\u2019extension, de la voix des maîtres les plus réputés de cette institution, à commencer par celle de M.Montpetit.Cette maison a dispensé des compléments de culture à des dizaines de milliers de personnes que les nécessités du pain quotidien tenaient au banc d\u2019ouvrage durant toute la journée.Voilà, très sommairement résumé, l\u2019apport de notre premier économiste canadien-français à l\u2019essor de l\u2019Ecole des H.E.C.Son action s\u2019exerçait déjà dans un cadre plus large.2.Université de Montréal M.Edouard Montpetit fut, avec Mgr Bruchési, ceux qui ont coupé le cordon ombilical qui réunissait encore notre institution de haut savoir à sa mère, l\u2019université Laval.Un accouchement fort laborieux qui a duré de 1862 à 1920.Dès son retour des fêtes de l\u2019université Berkeley, le brillant professeur d\u2019économie politique fut chargé par la hiérarchie ecclésiastique de conduire avec l\u2019université Laval et l\u2019Etat provincial les négociations en vue de la 920 ACTION NATIONALE constitution de l\u2019université de Montréal en institution autonome.Le mémoire duquel est inspirée la charte de notre Alma mater en mars 1920 fut largement écrit par le député Beaudry et Montpetit lui-même.Le secrétaire général a ensuite porté le nouveau né sur la Fontana Romana.\u201cL\u2019université de Montréal\u201d, écrit-il, \u201cavait obtenu du St-Siège un rescrit et du gouvernement, une charte civile.Elle était donc munie d\u2019un double sceau, catholique et canadien-français.Elle pouvait fonctionner comme institution.Il lui restait à recevoir la complète consécration de Rome sous la forme d\u2019une bulle.Cela supposait des démarches qui nécessitaient la visite de représentants chargés de ses intérêts à Rome.\u201d (22) Mgr Chartier (23) et M.Montpetit (24) ont eux-mêmes raconté leurs démarches dans l\u2019exécutive suite du Vatican.Aujourd\u2019hui, l\u2019histoire se répète à quelques détails près.Quelques esprits clairvoyants préconisent la constitution immédiate d\u2019une nouvelle université française qui, dès 1968 pourrait occuper les bâtiments de l\u2019Expo : ils se heurtent à des murs d\u2019obstruction systématique.La volonté de puissance chez les responsables du haut savoir n\u2019a pratiquement pas changé depuis un demi-siècle.Et pourtant Dieu sait combien ça presse de créer de nouveaux cadres universitaires.Plus de cinq mille demandes d\u2019admission ont été rejetées par les universités de Montréal et McGill à l\u2019été de 1965.Un grand nombre de ces jeunes sont à se faire angliciser dans les nouvelles universités ontariennes \u2014 Trent, Lakehead, Assumption, etc.Simultanément, on se félicite mutuellement de voir grossir les universités de Montréal et Laval comme des dynosaures.Dans le supplément de La Presse de la semaine dernière, Mlle Gagnon parle de 20,000 étudiants à (22)\t\u201cSouvenirs III \u2014 Aller et retour\u201d, op.cit., p.19.(23)\tCHARTIER, E., \u201cNotre charte pontificale\u201d, Action universitaire, juin 1945, p.4-14.(-24) \u201cSouvenirs III \u2014 Aller et retour\u201d, op.cit., p.19-35. M.EDOUARD MONTPETIT, PRÉCURSEUR.\t921 l\u2019université de Montréal en 1975 \u2014 peut-être avant.Ça veut dire combien d\u2019étudiants en 1985?Combien d\u2019étudiants en 1995?Est-il encore possible que nous puissions ignorer encore aujourd\u2019hui le caractère extrêmement inhumain d\u2019universités de cette envergure?Les réactions féroces des jeunes devant l\u2019impersonnalisation des institutions de haut savoir n\u2019ont-elles donc servi à rien?A partir d\u2019une certaine dimension toutes les institutions sont destructrices de valeurs humaines.L\u2019ancien secrétaire général de l\u2019université de Montréal n\u2019a certes pas eu à résoudre le problème du très grand nombre des étudiants.Il avait établi le planning matériel et humain pour une institution qui ne dépasserait guère 10,000 étudiants et qui par conséquent aurait pu en garder le caractère humanisant.Durant les années \u201920, M.Montpetit déploie une énergie sans mesure pour doter l\u2019université de Montréal d\u2019un équipement matériel adéquat.A l\u2019exception de Mgr Gauthier et de l\u2019abbé Chartier, qui, à Montréal, parmi les laïcs, croit réellement en la valeur d\u2019une grande institution de haut savoir?M.Montpetit a le mérite insigne d\u2019avoir persuadé presque à lui seul, le pouvoir civil de la nécessité de construire le bâtiment de la colline.Il fut avec l\u2019architecte Cormier le grand responsable de cette réalisation.L\u2019histoire de l\u2019université de Montréal est encore à faire.(Incidemment, la meilleure façon de fêter le cinquantenaire de fondation (1970) ne serait-elle pas de publier pour tous les diplômés une histoire de leur Alma Mater?Pas la chronique des querelles de chanoines, bien sûr, mais son évolution à travers les idéaux de l\u2019éducation dans les écoles et facultés).La mise en place des bâtiments était pour M.Montpetit une préoccupation secondaire par rapport à l\u2019évolution intellectuelle de l\u2019institution.Université de type 922 ACTION NATIONALE français dont l\u2019enseignement inspiré par la foi catholique vise à former des compétences qui mériteront de la patrie dans leurs carrières professionnelles, telle était l\u2019université de Montréal vue par son premier secrétaire général.Fide splendet et scientia.(25) Caractère français.Le premier objectif de l\u2019université de Montréal devait être de communiquer aux élèves la tradition humaniste dans l\u2019optique des valeurs de civilisation française, ou si vous le voulez, d\u2019inculquer aux étudiants l\u2019aptitude au maniement des idées générales.La faculté de philosophie devait, dans une certaine mesure donner le ton à toutes les facultés.Elle vise, dit-il, à la formation de l\u2019esprit ; elle veut communiquer une rigoureuse discipline intellectuelle qui permette aux étudiants d\u2019assimiler et d\u2019utiliser tout savoir avec lucidité.L\u2019autre faculté qui, dans l\u2019esprit de Montpetit, devait garder à l\u2019universitas montis Regii son caractère français, c\u2019est la faculté des Lettres.En plus d\u2019ouvrir aux élèves des horizons vastes comme le monde, ces deux facultés devaient animer, donner un sens et un idéal à l\u2019enseignement secondaire classique.Caractère catholique.Profondément conscient du caractère civilisateur de la foi chrétienne, il a voulu que l\u2019université conserve une inspiration catholique.L\u2019idéal du premier secrétaire général anime-t-il encore la colline inspirée?Dans quelle mesure l\u2019idée d\u2019une institution française et catholique peut-elle encore s\u2019appliquer à l\u2019université de Montréal?Je vous laisse le soin d\u2019y répondre.Caractère professionnel.M.Montpetit ne voyait pas de contradiction entre l\u2019éducation générale et la formation professionnelle.Au contraire, l\u2019équilibre judicieux à maintenir entre l\u2019épanouissement personnel et l\u2019acquisi- (25) \u201cReflets d\u2019Amérique\u201d, Valiquette, Montréal, 1940, p.143-221. M.EDOUARD MONTPETIT, PRÉCURSEUR.\t923 tion de connaissances immédiatement utilisables fut l\u2019un des leitmotive de sa pensée d\u2019éducateur.Il écrit : L\u2019enseignement dans notre province a-t-il été jusqu\u2019ici suffisamment pratique et méthodique?A-t-il été adapté à la situation?Il ne suffit pas d\u2019enseigner, il faut former.Si le défaut capital des Canadiens français est le manque d\u2019initiative et de volonté, on corrigera ce penchant à l\u2019indolence en développant le sens de la responsabilité, le souci de l\u2019action ; on fera en sorte que l\u2019éducation exerce sa fonction sociale.Orner l\u2019esprit est bon ; préparer à la vie est mieux.(26) Nous ne disposons malheureusement pas du temps nécessaire pour rappeler son rôle dans la création et l\u2019expansion des facultés ou écoles rattachées à l\u2019université de Montréal.C\u2019est dommage.Complétons cette étude par quelques brèves notes sur notre Ecole de sciences sociales.3.La Faculté des Sciences sociales M.Montpetit a créé de toutes pièces notre Ecole de sciences sociales.Elle devait être modelée sur les grandes écoles de France.Pour les raisons que vous connaissez, notre Ecole s\u2019est transformée en une faculté qui emprunte aux universités françaises la préoccupation de formation générale et aux universités américaines le souci de préparation professionnelle.Encore (partiellement) française par son enseignement et son esprit elle est maintenant (partiellement) américaine par ses structures et ses diplômes.A brève échéance il est probable que la faculté deviendra \u2014 en raison de sa dimension même \u2014 une Ecole plus ou moins autonome dans un cadre universitaire très souple, comme le voulait Montpetit.Deux préoccupations animaient le fondateur de notre Ecole de sciences sociales: a) éveiller la jeunesse aux (26) \u201cConquête économique, I \u2014 Les forces\u201d, Valiquette, Montréal, 1938, p.219. 924 ACTION NATIONALE problèmes nationaux et b) l\u2019avertir des évolutions qui menacent l\u2019existence même de notre groupe ethnique.(27) \"Lorsque j\u2019ai fondé l\u2019Ecole des sciences sociales, économiques et politiques de Montréal\u201d, écrit-il, \u201cj\u2019obéissais à des motifs qui, sans être aussi pressants que ceux de Boutmy, recherchaient du moins le même objet: doter le Canada français d\u2019un enseignement propre à intéresser la jeunesse aux problèmes de l\u2019heure.\u201d (28) L\u2019Ecole ouvrit ses portes en octobre 1920.Elle offrait deux enseignements, l\u2019un de culture sociale générale pour les praticiens sociaux, l\u2019autre en vue des carrières dans le journalisme.Des professeurs d\u2019envergure ont illustré l\u2019Ecole durant la première décennie de son existence.Quelques noms: le père Ceslas Forest, M.Victor Doré, M.Guy Vanier, M.Georges Pelletier, M.Renaud, M.Anatole Désy, M.Arthur St-Pierre, M.Adélard Leduc, M.Hector Perrier, M.Jean Bruchési, M.Raymond Tanghe, etc.A propos du choix des professeurs effectué par M.Mont-petit, on peut reprendre une citation écrite à propos de Boutmy des Sciences politiques de Paris : Il a su choisir ses collaborateurs.Il les a pris non pas dans la carrière professorale, mais dans toutes les carrières.Il ne s\u2019est pas entouré de théoriciens patentés, mais d\u2019hommes rompus à la pratique, confiant qu\u2019ils sauraient tirer de leur expérience un renouvellement des vieilles méthodes et qu\u2019ils adapteraient leur enseignement aux préoccupations de l\u2019heure.(29) En janvier 1941, la durée des études fut portée à trois ans et l\u2019enseignement réparti en cinq sections: 1) politique; 2) administration privée; 3) journalisme; 4) (27)\t\u201cL\u2019Ecole des sciences sociales\", Action universitaire, déc.1936, p.3.(28)\t\u201cSouvenirs I \u2014 Vers la vie\u201d, Ed.de l\u2019Arbre, Montréal, 1944, p.98-99.(29)\tIbid., p.108. M.EDOUARD MONTPETIT, PRECURSEUR.925 histoire et sociologie; 5) administration publique.(30) La spécialisation est déjà beaucoup plus marquée; l\u2019horizon n\u2019en reste pas moins très large.Moins férus de schèmes mathématiques que leurs confrères cadets, les étudiants de l\u2019Ecole acquièrent une bonne connaissance du milieu.Au demeurant, notre école a dans l\u2019intervalle servi de modèle à la création d\u2019institutions semblables aux universités de Québec et d\u2019Ottawa.L\u2019enseignement donné partiellement le soir a produit des résultats remarquables.M.René Pouliot écrit à ce sujet : En trente ans, Montpetit a réussi par son école et par ses travaux à inculquer à la population cana-dienne-française le sens des réalités économiques, et cela, au moment précis où l\u2019économie canadienne allait prendre un élan en flèche.On s\u2019en rendit bien compte il y a quelques années, lorsque au cours d\u2019une campagne de souscription, l\u2019Université recueillit en peu de temps une somme fabuleuse.D\u2019une manière discrète, la Faculté des sciences sociales accomplissait un travail méritoire.A ceux qu\u2019un revers de fortune avait soustrait à leurs études, elle apportait un complément essentiel.Aux victimes du cul-de-sac de l\u2019enseignement secondaire, elle fournissait une orientation et souvent une profession.A ceux que le travail submergeait dans un océan de matérialisme, elle apportait un idéal et la joie de se retremper aux origines.A tous, elle ouvrait des horizons, elle inspirait une confiance nouvelle en l\u2019avenir.La formule a produit comme l\u2019atteste la liste de ses diplômés, un type d\u2019hommes dont la valeur et l\u2019intégrité n\u2019ont nulle part été surpassées.(31) En effet, la liste des diplômés de l\u2019Ecole entre 1922 et 1950 forme un palmarès impressionnant de ceux qui (30)\tCORNEZ, G., \u201cUne étape de vie universitaire\u201d, Montréal, 1942, p.27-28.(31)\tPOULIOT, R., \u201cQue se passe-t-il aux Sciences sociales\u201d, Le Quartier Latin, 22/10/53 p.7. 926 ACTION NATIONALE détiennent aujourd\u2019hui les postes de commande en notre société.Après le départ de M.Montpetit notre Ecole de sciences sociales a subi une longue période de transition avant de reprendre, à partir de 1958, une expansion prodigieuse.Cette faculté est maintenant l\u2019une des plus importantes de l\u2019université par le nombre de ses inscriptions: elle compte 1500 élèves réguliers.Nous ne disposons malheureusement pas de temps pour étudier la condition actuelle de la Faculté.Disons seulement qu\u2019elle comprend six départements, l\u2019Ecole de service social et le Centre de relations industrielles.Permettez-moi de vous signaler le chapitre consacré aux Sciences sociales dans le petit ouvrage (\u201cVotre avenir commence à l\u2019université\u201d) publié récemment par l\u2019A.G.E.U.M.La Faculté des sciences sociales recrute maintenant ses élèves et ses professeurs à la grandeur du monde et, ses diplômés peuvent entrer de plain pied dans les universités de leur choix.M.le doyen Garrigue a droit à notre reconnaissance pour le remarquable essor qu\u2019a pris la faculté depuis quelques années.Aujourd\u2019hui comme à son origine, et d\u2019une manière différente, la Faculté s\u2019efforce de tirer du peuple une élite \u201cqui corresponde aux exigences actuelles des professions tout en conservant la force morale et le charme de l\u2019esprit.\u201d (32) Le premier directeur de l\u2019Ecole des sciences sociales exei'çait également une extraordinaire activité d\u2019animateur social.Je vous signale quelques-unes des initiatives au service desquelles il a placé ses compétences exceptionnelles: les Semaines sociales du Canada; l\u2019Ecole sociale populaire ; l\u2019Institut Pie XI ; Radio-Collège, etc., etc.Un grand nombre d\u2019entre nous peuvent dire à l\u2019endroit d\u2019Edouard Montpetit: nous lui devons une large part de ce que nous sommes.Nous devrons un jour ou (32) \u201cPour l\u2019université\u201d, Revue trimestrielle canadienne, nov.1920, P M.EDOUARD MONTPETIT, PRÉCURSEUR 927 l\u2019autre graver en lettres de bronze un hommage au fondateur de notre Ecole, un hommage qui pourrait se lire ainsi : \u201cA l\u2019Ecole fondée sur une impérissable espérance par M.Edouard Montpetit, la patrie reconnaissante.\u201d (33) III.Conclusion: Actualité de l\u2019œuvre de M.Montpetit La maison mise en chantier par M.Montpetit a connu une expansion remarquable.L\u2019Ecole des Hautes Etudes commerciales, la Faculté des sciences sociales, économiques et politiques et l\u2019Université de Montréal ont déjà contribué beaucoup à l\u2019essor du petit peuple français d\u2019Amérique.Ces institutions peuvent aujourd\u2019hui continuer l\u2019oeuvre civilisatrice commencée sous des augures, on ne peut plus favorables.Comme le disait fort justement M.Léon Lorrain dans son in-memoriam à la Société royale du Canada: \u201cNon seulement a-t-il instruit une légion d\u2019étudiants dont il a favorisé le succès, non seulement a-t-il orienté ses auditeurs et lecteurs vers les problèmes économiques, mais encore il a formé une élite qui prolonge son oeuvre et assure la relève.\u201d (34) Les trasnsformations profondes de la société québécoise n\u2019ont en aucune façon rendu désuètes les idées de M.Montpetit.Quoi de plus actuel en effet que la nécessité d\u2019acquérir du savoir pour accéder à la compétence et à l\u2019aisance matérielle?Quoi de plus actuel pour les Canadiens français que la volonté de participer davantage à l\u2019essor économique de leur patrie pour être en mesure de rayonner les valeurs de civilisation française?(33)\t\u201cPour une doctrine\u201d, Action française, Montréal 1931 p.250-51.(34)\tLORRAIN, L., \u201cEdouard Montpetit\u201d \u2014 1881-1954\u201d, Royal Society of Canada Transactions, III, 1954, p.84. 928 ACTION NATIONALE Quand nos confrères cadets auront poursuivi jusqu\u2019à l\u2019essoufflement leur course folle à la nouveauté, ils feront halte pour un instant de réflexion.Ils découvriront que les idées de M.Edouard Montpetit sur le destin de notre peuple restent bien dans le vent.Tous, nous pouvons faire nôtre cet hommage de M.Jean Désy et dire que \u201cnous sommes fiers d\u2019être les disciples de ce compatriote qui joignit au savoir le savoir-dire, le savoir-faire et le savoir-vivre.\u201d (35) (35) DESY, J., \u201cHommage à Edouard Montpetit\u201d, Action universitaire, janv.1953, p.42. NJ NN > Votre situati on econom icelle L\u2019assurance sur la vie par Rosaire Morin La nation canadienne-française vit en 1966 une période exaltante.Nous vivons une heure historique.Chaque citoyen doit apporter sa participation au progrès national.Au bénéfice de la communauté, nous commençons une étude sur notre situation économique.Pour exploiter toutes nos ressources matérielles, il semble logique de les connaître et d\u2019en pénétrer les possibilités.Si nous désirons soustraire notre économie à la domination de l\u2019étranger, nous devons connaître nos richesses et nos misères.Quelles sont nos richesses matérielles?Quelle en est la valeur?Quelles possibilités les Canadiens français ont-ils de jouir de la liberté économique?Pour répondre à ces questions, nous analyserons ensemble notre situation économique.Nous tenterons de prendre la \u201cmesure de notre taille\u201d.Débutons notre recherche par l\u2019étude de nos forces dans le domaine des assurances sur la vie.I \u2014 Nos compagnies et sociétés canadiennes-françaises A) La taille de nos entreprises L\u2019assurance sur la vie représente l\u2019un des plus importants réservoirs de capitaux.Le Canada français 932 ACTION NATIONALE compte plusieurs compagnies et sociétés qui travaillent dans ce secteur.Nous relevons l\u2019actif de toutes nos entreprises à charte fédérale ou à charte québécoise à la date du 31 décembre 1963.(1) TABLEAU 1 Entreprises de chez nous\tActif Aeterna-Vie\t$ 9,788,567 Alliance, compagnie mutuelle d\u2019assurance-vie Association de bienfaisance et de retraite de la\t43,609,772 police de Montréal Association de bienfaisance et de retraite des pom-\t25,241,628 piers de Québec Association de protection mutuelle de la Province\t295,035 de Québec Association protectrice des policiers municipaux\t789,853 de Québec\t204,042 Assurance U.C.C.\t12,463,385 Assurance-Vie du St-Laurent\t358,630 Assurance-Vie Desjardins\t16,985.477 Caisse de retraite du clergé\t666,772 Economie mutuelle d\u2019assurance\t16,931.506 Economie, rentes\t12,336,346 Excellence\t\u2014 Laurentienne\t28,450,066 Médicale\t242,303 Mutuelle des Employés Civils\t6,132,775 Prévoyance\t19,756.084 Prévoyants du Canada\t18,782,044 Prévoyants du Canada, fonds pensions\t11,114,102 Provinces-Unies\t\u2014 Sauvegarde\t59,812,525 Service de Santé du Québec\t1,692,746 Société des Artisans\t47,914,749 Société l\u2019Assomption\t24,036,115 Solidarité\t12,865,476 Survivance\t6,749,463 Union Canadienne\t964,282 Union du Canada\t14,699,554 Union du Commerce (2)\t1,816,080 Union St-Joseph Notre-Dame de Beauport\t138,932 Union-Vie\t3,137,432 TOTAL\t$397,975,741 (1) Toutes les statistiques sur l\u2019assurance sur la vie sont extraites du rapport du Surintendant des Assurances de la Province de Québec et des volumes I et III du rapport du Surintendant des Assurances du Canada, 1963.(2) Le permis et le certificat d\u2019enregistrement de cette Compagnie ont été annulés le 15 janvier 1964.La Laurentienne a absorbé le volume des affaires de l\u2019Union du Commerce. L'ASSURANCE SUR LA VIE 933 B) Le rôle de cet actif Ce $397,975,741 anime toute l\u2019économie canadienne-française.Pour démontrer l\u2019importance de ces capitaux, nous présentons un aperçu du portefeuille de la Solidarité au 31 décembre 1965.Nous avons choisi d\u2019illustrer le jeu financier de l\u2019assurance sur la vie par l\u2019actif de cette compagnie.Elle fut et elle demeure une entreprise qui encourage nos oeuvres nationales avec générosité.Sa contribution continue et substantielle à l\u2019Action nationale est le motif de notre choix.TABLEAU 2 Portefeuille de la Solidarité, 1963 OBLIGATIONS:\t Québec\t$394,373.17 Nouveau-Brunswick\t34,161.12 Nouvelle-Ecosse\t9,845.13 Municipalités\t2,365,001.65 Commissions scolaires\t768,788.68 Hôpitaux\t310,249.09 Fabriques et communautés\t96,578.91 Services publics\t293,579.85 Industries\t1,115,568.68 en France (1)\t206,501.78 Actions\t721,125.03 Prêts hypothécaires\t7,172,349.42 Prêts sur polices\t962,448.38 Immobilisations\t1,018.284.98 Actifs divers\t452,365.39 Promenez-vous à travers la province et partout vous trouvez des placements de la Solidarité.Sur $16,127,722.94 d\u2019actif, vous ne trouvez pas d\u2019argent immobilisé en Ontario, aux Etats-Unis ou dans les bons du trésor fédéral.151 municipalités, villes et cités du Québec se partagent les obligations municipales.10 hôpitaux du Québec bénéficient de cette Compagnie.Nos fabriques, nos communautés religieuses et nos commissions scolaires reçoivent leur part des épargnes populaires.(1) La Solidarité a établi des succursales de vente en France. 934 ACTION NATIONALE Comme services publics.La Solidarité a découvert l\u2019existence de certains organismes que ne connaissent pas les compagnies d\u2019assurance étrangères et nous citons : l\u2019Hydro-Québec, l\u2019Office de l\u2019Auto Route des Laurentides et l\u2019Office de l\u2019Auto Route du Québec.Dans le monde de l\u2019industrie et du commerce, la Solidarité a contribué a acheter des obligations ou actions des Autobus Fournier, Dupuis & Frères Ltée, Crédit-Foncier, Chaîne Coopérative du Saguenay, Hamel Transport, Alfred Lambert Inc., Industries du Saguenay, Manoir St-Castin, Vachon Inc., Volcano Ltée, Placements Collectifs, Banque Canadienne Nationale, Banque Provinciale, etc.Enfin, 586 prêts hypothécaires d\u2019une moyenne de $12,239.00 chacun ont aidé autant de Canadiens français à devenir ou à demeurer propriétaires.Nos $397,975,741.00 de nos Compagnies et Sociétés d\u2019assurance sur la vie travaillent activement au progrès du Québec.Supprimez-les de notre vie canadienne-fran-çaise et vous paralysez la vie de la nation.C) Notre faible importance au Caticula Il convient de situer le marché canadien-français des assurances sur la vie dans la réalité canadienne.Au 31 décembre 1963, les chiffres s\u2019exprimaient ainsi : TABLEAU 3 Notre faiblesse \tCanada\tCanada français\tNotre pour- centage Primes nettes Assurances en vigueur Nouvelles émissions\t$\t924,514,000 61,386,882,000 7,845,128,000\t$\t56,523,204(1) 4,328,495.576 (1) 818,474,768 (1)\t6.1% 7.0% 10.4% (1) Les \u201cmiettes\u201d d\u2019assurances que nous vendons à l\u2019extérieur du Québec ne sont pas calculées dans ce chiffre, L'ASSURANCE-SUR LA VIE 935 Les Canadiens d\u2019origine française constituent 30.4% de la population canadienne.Nous percevons en primes d\u2019assurances sur la vie le 1/5 de la proportion qui nous revient.D) Conséquences de la suprématie étrangère Ces milliards d\u2019épargnes entre les mains de l\u2019étranger ne travaillent pas pour nous.Trop souvent, ils jouent contre nous.Comparez ces placements effectués par des compagnies étrangères avec ceux que réalisent nos entreprises.L\u2019esprit de l\u2019administrateur influence la nature des placements.En 1963, The Prudential Insurance Company of America détient $36,600,000.00 en obligations du Canada, $3,150,000.00 de la Colombie canadienne et $0.00 du Québec.La Sun Life possède $592,611,745.00 en obligations canadiennes, $572,942,492.00 en obligations américaines et $293,022,789.00 en obligations de l\u2019Argentine, Ceylan, Royaume-Uni, Egypte, Indonésie, Irlande, Malaisie, Pérou, Philippines, Rhodésie, Trinité, etc.Les compagnies étrangères ne prêtent pas ou très peu à nos institutions religieuses, à nos corporations scolaires et municipales.Ils placent dans le Dominion Stores où le président, T.G.McCormack, préconise la venue en 1967 d\u2019un million de réfugiés désavantagés.Ils investissent chez T.Eaton Realty, Traders Finance Corporation, Ontario National Gas, Henry Morgan, Algoma Steel, etc.Ils pratiquent entre eux la solidarité économique.II *\u2014 Notre situation au Québec Quelle est la position des Canadiens français dans le commerce québécois de l\u2019assurance sur la vie?Est-elle proportionnée au pourcentage de la population française?Nous représentons 80.63% des Québécois. 936 ACTION NATIONALE A) Les primes Nous étudions d\u2019abord l\u2019aspect des primes.a) Primes nettes perçues en 1963 Pour l\u2019année se terminant au 31 décembre 1963, les compagnies et sociétés d\u2019assurance sur la vie ont perçu dans l\u2019Etat du Québec $343,935,066.00 de primes nettes dont la distribution se répartit comme suit: TABLEAU 4 Catégorie des entreprises Primes des compagnies par actions\t$143,631,511 Primes des compagnies mutuelles\t193,641,391 Primes des sociétés de secours mutuels\t6,662,164 Le volume de ces primes représente 31.7% des primes payées au Canada dont le chiffre s\u2019élève à $1,085,-759,650.00 pour l\u2019année 1963.Les compagnies par actions ont perçu 42 % des primes du marché québécois, les compagnies mutuelles 56% et les sociétés de secours mutuels 2%.La répartition de ces primes est établie par le tableau suivant: TABLEAU 5 Diversité des primes Primes\td\u2019assurances ordinaires\t$213,136,395 Primes\td\u2019assurances collectives\t44,165,459 Primes\td\u2019assurances populaires\t17,421,036 Primes\tde rentes viagères ordinaires\t16,065,733 Primes\tde rentes viagères collectives\t46,447,206 Primes\tdes contrats de capitalisation\t37,073 Primes\tdes sociétés de secours mutuels\t6,662,164 b) Primes à nos compagnies et sociétés L\u2019analyse sur la provenance des primes est révélatrice.Notre étude vous présente divers tableaux qui précisent l\u2019origine des entreprises et la somme des primes nettes perçues.On les trouvera en annexe (pp.xxx et suiv.). L'ASSURANCE SUR LA VIE 937 Nos trente compagnies et sociétés canadiennes-françaises ont perçu en 1963 dans l\u2019Etat du Québec la somme de $56,523,204.00 sur un total de primes de $343,935,066.00.La proportion des primes versées à nos entreprises s\u2019élève à 16.4% et nous constituons 80.6% de la population.Nos compagnies canadiennes-françaises par actions ont encaissé $14,440,690.00, soit 4.2% des primes totales perçues et 10% des primes payées des compagnies par actions.Le chiffre des primes de nos compagnies mutuelles canadiennes-françaises s\u2019élève à $37,609,164.00, soit 10.9% des primes totales perçues et 19% des primes payées aux compagnies mutuelles.Les sociétés canadiennes françaises de secours mutuels ont encaissé $4,473,350.00 de primes, soit 1.3% du volume total des primes et elles ont obtenu 67.5% des primes des sociétés de secours mutuels.c)\tPrimes des compagnies étrangères du Québec Le relevé des primes perçues dans la province par les compagnies et sociétés canadiennes-anglaises ou étrangères dont le siège social est établi dans l\u2019Etat du Québec présente l\u2019aspect dont le détail se retrouve au Tableau 2, de l\u2019annexe 1.Les huit compagnies concernées perçoivent dans le Québec $54,929,133.00 en primes nettes au cours de l\u2019année 1963.Les Canadiens-français qui constituent 80.63% de la population québécoise n\u2019ont recueilli que 16.4%.Les Anglo-Canadiens du Québec représentent 10.7% de la population, mais ils bénéficient par ces huit entreprises d\u2019assurance sur la vie de 15.9% du volume des primes.d)\tPrimes payées à Toronto Cette situation anormale se détériore par l\u2019invasion de 19 compagnies et sociétés de Toronto qui obtiennent dans le Québec plus de primes que nos trente compagnies et sociétés canadiennes-françaises, (tableau 3, annxe 1) Les 19 compagnies et sociétés de Torosto perçoivent en 1963 dans l\u2019Etat du Québec $57,495,431.00 en primes d\u2019assurances sur la vie.Ce chiffre d\u2019affaires représente 938 ACTION NATIONALE 16.7% des primes perçues au Québec, alors que les entreprises canadiennes-françaises n\u2019ont recueilli que 16.4%.Le Québec contribue à la prospérité de Toronto.e)\tAutres primes au Canada anglais A cette générosité déplacée en faveur de Toronto, il convient d ajouter la prodigalité qui nous porte à remettre à des compagnies et sociétés canadiennes-anglai-ses des autres provinces une somme de nos épargnes égale à celle que nous conservons chez nous, (tableau 4, annexe 1).Ces 20 compagnies et sociétés établies au Canada anglais viennent chercher dans le Québec, en 1963.$56,514,170.00 de primes d\u2019assurance sur la vie.Cette saignée de nos épargnes augmente le pouvoir de production du Canada anglais.Elle nous prive des capitaux dont la nation a besoin pour son relèvement économique et dont le Québec a besoin pour son expansion et son développement.f)\tPrimes versées pour l\u2019aide aux Etats-Unis Non seulement nous ne sommes pas satisfaits de participer à la prospérité des autres provinces canadiennes, mais nous avons entrepris la croisade d\u2019aider à l\u2019économie américaine (tableau 5, annexe 1).43 compagnies des Etats-Unis viennent prélever $83,094,104.00 de primes dans l\u2019Etat du Québec au cours de la seule année de 1963.La proportion de cette exportation de nos épargnes atteint 24.1% des primes perçues.Il est inconcevable de voir notre gouvernement assister en spectateur à une hémorragie intolérable.g)\tPrimes to the Mother Country Notre passivité collective et notre négligence nationale nous conduisent à confier nos épargnes au-delà des océans à des amis de Sydney ou de Munich (tableau 6, annexe 1).Notre insouciance nationale nous fait perdre en 1963 cette somme fabuleuse de $35,379,024.00 de primes payées à des gens d\u2019outremer qui l\u2019administrent pour eux.$14,027,217.00 de ces primes sont orientées vers l\u2019Angleterre et $20,805,438.00 vers l\u2019Ecosse. L'ASSURANCE SUR LA VIE 939 h) Notre situation TABLEAU 6 La situation globale se résume ainsi: A nous: Compagnies françaises\tet sociétés canadiennes-_\tPrimes 1963 au Québec\t% \t\t$56,523.204\t16.4 \tTotal\t$56,523,204\t16.4 Aux autres: Compagnies et sociétés étrangères avec siège social au Québec Compagnies et sociétés de Toronto Autres compagnies et sociétés canadiennes anglaises des autres provinces Compagnies et sociétés américaines Compagnies anglaises, européennes et autres\t\t$54,929,133 57,495,431 56,514,170 83,094,104 35,379,024\t15.9 16.7 16 4 24.1 10.5 \tTotal à autrui\t$287,411,862\t83.6 Les rôles sont renversés.Une population française à 80.63% devrait jouir de cette somme d\u2019épargne dont profitent les étrangers.Ces derniers ne devraient pas recevoir plus de $56,000,000.00 des épargnes des Québécois.B) Analyse du marché québécois Le commerce de l\u2019assurance sur la vie comprend six secteurs: l\u2019assurance ordinaire, l\u2019assurance collective, l\u2019assurance populaire, les rentes viagères ordinaires, les rentes viagères collectives et les contrats de capitalisation.Nous ne parlerons pas de ce dernier secteur dont l\u2019importance est négligeable: $37,073.00 de primes en 1963.a) Assurance ordinaire En 1963, dans l\u2019assurance ordinaire, nos trente compagnies et sociétés ont recueilli au Québec $38,781,416.00 en primes sur un marché de $219,798,559.00, incluant les cotisations des sociétés pour frais funéraires. 940 ACTION NATIONALE L'assurance ordinaire représente 63% du commerce de l\u2019assurance-vie.Sur le total des primes nettes perçues par nos compagnies, les sommes d\u2019assurance ordinaire constituent 68%.Elles s\u2019élèvent à 17.6% du volume encaissé par toutes les compagnies.Cette dernière proportion coïncide étrangement avec notre pourcentage des propriétaires canadiens-français dans la zone métropolitaine.L\u2019argent remis à l\u2019étranger ne travaille plus pour nous.b)\tAssurance collective Nos compagnies ont perçu au cours de la même année $9,390,085.00 en primes d\u2019assurance collective.Les deux-tiers de ces résultats ont été obtenus par l\u2019Assuran-ce-Vie Desjardins.La proportion des assurances collectives dans le Québec égale 12.8% du commerce de l\u2019assurance-vie et nos compagnies encaissent en ce domaine 16.6% de leur chiffre d\u2019affaires.Nous atteignons 21.2% du volume des assurances collectives.Il n\u2019est pas étonnant de voir nos gens devenir les clients les plus nombreux et les plus assidus de la petite finance, ces prêteurs dont nous analyserons prochainement le régime.Toronto ne dépense pas et ne place pas à Montréal les épargnes que nous lui confions.c)\tAssurance populaire Dans ce secteur, notre absence est pénible.En 1963, sur $17,421,036.00, nous récoltons $309,688.00, soit 1.7% des primes.La Metropolitan règne avec le roc de Gibraltar.La jeunesse du Québec n\u2019a pas vu ces grandes entreprises financer notre système d\u2019éducation ou établir des bourses d\u2019études et de recherches.Sur le sable nous bâtissons en cédant à ces deux grandes compagnies plus de $68,000,000.00 de primes par année. L'ASSURANCE sur la vie 941 Combien de temps encore durera cette démission nationale qui nous fait édifier nous-mêmes la source de notre faiblesse économique?Le temps est venu de fermer les écluses et de conserver pour nous les fruits de notre travail.d) Rentes viagères Au Québec, les primes de 1963 pour les rentes viagères s\u2019élèvent à $62,512,939.00.Notre part se chiffre par $8,004,942.00, soit 12.3%.C\u2019est une compagnie d\u2019Edimbourg qui prend la tête avec $18,549,222.00 par année.Nous aimons l\u2019Ecosse, mais que font pour le peuple canadien-français MM.Ian-R.Pitman, A.-R.Reid, J.-B.Dow et G.-T.Westwater, directeurs de cette compagnie?A laquelle de nos oeuvres participent-ils?e) Assurances en vigueur en 1963 TABLEAU 7 Compagnies et sociétés \tEtrangères\tCanadiennes- françaises\tPour- centage Assurance ordinaire\t$ 9,557,882,295\t$ 2,350,533,925\t19.7% Assurance collective\t4.792,230,858\t1,471,608,160\t23.4% Assurance populaire\t459,959,751\t6,043,053\t1.2% Total des compagnies\t14,810,072,904\t3,828,185.138\t20.5% Sociétés\t107,204.967\t500,310,438\t82.3% Grand Total\t14,917,277,871\t4,328,495,576\t22.4% Cette servitude à 22.4% est une entrave au rayonnement de notre culture et à l\u2019attraction de notre langue.La situation s\u2019améliore trop lentement.En 1953, nous ne détenions que $758,208,006.00 sur un chiffre d\u2019affaires au Québec de $6,784,846,647.00, soit un pourcentage de 11.1%. 942 ACTION NATIONALE f) Nouvelles émissions Les affaires nouvelles améliorent un peu nos positions.Mais le redressement n\u2019est pas assez accentué.Nous ne sommes pas encore dans la course.Le tableau suivant produit les nouvelles émissions de l\u2019année 1963.TABLEAU 8 Nouvelles émissions 1963 \tCompagnie Etrangèes\tet sociétés Canadiennes-françaises\tPour- centage Assurance ordinaire\t$1,459,580,785\t$468,282,224\t24.2% Assurance collective\t568,973,297\t235,703.282\t29.2% Assurance populaire\t13,911,049\t17,000\t0.1% Total\t2,042,465,131\t704,002,506\t25.6% Notre proportion des nouvelles affaires ne corrige pas notre dépendance économique.Est-il tolérable de voir la Metropolitan Life obtenir $280,577,188.00 et la Sun Life $220,884,597.00 en nouvelles émissions?La première compagnie canadienne-française, l\u2019Assurance-Vie Desjardins se classe en 5ème position avec $122,496,217.00 et l\u2019Alliance Mutuelle en 9ème position avec $99,853,925.Nos 8 sociétés de secours mutuel ont obtenu $114,-472,262.00 en nouvelles émissions sur un volume de $128,307,093.00.Si nous calculons notre pourcentage global en tenant compte de ce secteur, nous atteignons 28%.Dans les dix dernières années, nous avons noté un progrès dont il faut intensifier l\u2019ampleur au cours de la prochaine décennie.En 1953, nos compagnies et sociétés avaient recueilli $162,750,161.00 sur $868,813,250.00 de nouvelles émissions, soit une proportion de 18%.Nos gains représentent 1% par année.Ce résultat ne peut satisfaire les exigences d\u2019une nation en plein épanouissement. L'ASSURANCE SUR LA VIE 943 En 1943, nos compagnies et sociétés avaient émis $40,113,548.00 sur un volume de $317,623,524.00, soit 12.6% des affaires nouvelles.g) Les dix premières compagnies La place que nous occupons sur le marché suscite la honte de celui qui a conservé un sentiment de fierté nationale.Dans l\u2019espoir de réveiller ceux qui sommeillent, nous dressons, par ordre de primes nettes perçues en 1963, la liste des dix premières compagnies et sociétés pour leurs opérations d\u2019assurance-vie au Québec.Les dix premières compagnies TABLEAU 9 Metropolitan Life Insurance Company Sun Life Assurance Company of Canada Standard Life Assurance Prudential Insurance Company of America Industrial Life Insurance Company London Life Insurance Company Great West Life Insurance Company Mutual Life Assurance Company Crown Life Insurance Company Prudential Assurance Company Limited of England $48,748,650 31,840,625 20,805,438 19,962,567 19,937,678 18,832,203 14,229,405 12,122,350 11,046,949 9,712,812 En 1963, ces dix entreprises ont perçu $207,238,-677.00 en primes, soit 60% du volume payé.Les problèmes de finance de nos universités Laval et Montréal n\u2019ont pas été résolus dans le passé par ces gigantesques géants que le peuple a bâtis avec ses épargnes.h) La venue des compagnies Nous croyons utile de présenter les compagnies selon leur période d\u2019établissement dans le Québec. 944 ACTION NATIONALE TABLEAU 10 Compagnies et sociétés\tNom- bre\tAvant 1900\t1900- 1939\t1940- 1949\t1950- 1959\t1960- 1963 Canadiennes-françaises\t30\t8\t11\t6\t4\t1 Etrangères avec siège social au Québec\t8\t2\t4\t0\t1\t1 De Toronto\t19\t8\t6\t1\t2\t2 Canadiennes-anglaise d\u2019autres provinces\t20\t5\t7\t2\t3\t3 Américaines\t43\t11\t8\t6\t12\t6 Anglaises et européennes\t20\t8\t4\t1\t5\t2 Total\t140\t42\t40\t16\t27\t15 Avec les compagnies étrangères, le gouvernement ne semble pas se rendre compte que nos compatriotes demeurent les chauffeurs de camions des industries étrangères.Les cinquante-huit compagnies établies depuis 1940 inondent le marché et elles noient par leur personnel et leur publicité l\u2019influence de nos propres compagnies.i) Les procureurs Nous avons relevé les procureurs au Québec de soixante compagnies et sociétés étrangères.Nous les citons pour illustrer cette politique d\u2019asservissement dont nous sommes victimes.Des compagnies étrangères s\u2019emparent du fruit de notre labeur.Elles occupent les premières places.Procureurs dans la province en 1963 Aetna Life Insurance Company : Allstate Life Insurance Company : Bankers Life Company : Beacon Insurance Company Limited : British Pacific Life Insurance Company : Brotherhood of Railroad Trainmen Insurance Department Inc.: Canadian Premier Life Insurance Company : G.-W.Boright John H.-E.Colbv,\tMontréal C.R.\tMontréal Geor.-B.Foster\tMontréal E.-A.-W.Paterson\tMontréal M.Abbey\tMontréal E.Barrigan\tMontréal H.Larratt Smith,\t C.R.\tMontréal L'ASSURANCE SUR LA VIE 945 Commercial Life Assurance Charles Gavsie, Company of Canada : Commercial Union Assurance\tC.R.\tMontréal Company Limited : Concordia Life Insurance Com-\tL.-J.Field\tMontréal pany : Creation Fraternal Union of\tA.-C.Wabant\tMontréal Laval des America :\tMichael Skender\tRapides Credit Life Insurance Company:\tJ.-A.Parker\tMontréal Cuna Mutual Insurance Society: Dominion Life Assurance Com-\tJ.-R.Guiham\tMontréal pany : Dominion of Canada General\tPaul Baby\tMontréal Insurance Co.:\tS.-J.Davidson\tMontréal Global Life Insurance Company: Great West Life Assurance\tN.-E.M.Wise\tMontréal Company : The Liverpool and London and Globe Insurance Company\tD.-R.Furguson\tMontréal Limited : London and Scottish Assurance\tD.-B.Martin\tMontréal Corporation Limited :\tF.-W.Pearson\tMontréal The London Assurance : London Life Insurance Com-\tE.-A.-W.Paterson\tMontréal pany : Loyal Protective Life Insurance\tR.-L.Low P.Emmet\tMontréal Company : Manufacturers Life Insurance\tKierans\tMontréal Company : The Maritime Life Assurance\tJ.-F.LoBosco\tMontréal Company : The Mercantile and General Reinsurance Company Li-\tPaul Wickham\tMontréal mited : Monarch Life Assurance Com-\tE.Buchanan\tMontréal pany :\tF.Larkin\tSherbrooke Munich Reinsurance Company : Mutual Life and Citizens Assu-\tR.-H.Meurer\tMontréal rance Company Limited : North British and Mercantile\tB.-W.Robinson\tMontréal Insurance Company Limited : Occidental Life Insurance Com-\tL.-J.Field James-B.\tMontréal pany of California : Old Republic Life Insurance\tO\u2019Connor\tMontréal Company : Pearl Assurance Company Li-\tA.McPherson\tWestmount mited : Provident Life and Accident\tD.-E.Jackson Geo.-B.Foster\tMontréal Insurance Co.: The Prudential Assurance Com-\tC.R.H.-D.Mc Naira,\tMontréal pany Limited : Royal Insurance Company Li-\tC.R.\tMontréal mited : The T.Eaton Life Assurance\tD.-B.Martin\tMontréal Company : The Travelers Insurance Com-\tJ.-W.Eaton\tMontréal pany : The Victory Insurance Company\tG.B.Foster\tMontréal Limited :\tR.-H.Meurer\tMontréal 946 ACTION NATIONALE The Canada Life Assurance Company : The Equitable Life Insurance\tE.Cooney\tMontréal Company of Canada : General American Life Insuran-\tP.-W.Engs\tMontréal ce Company : John Hancock Mutual Life In-\tJohn-F.Chisholm\tMontréal surance Company : Macchabées Mutual Life Insu-\tJohn-L.O\u2019Brien\tMontréal rance Company : Massachusetts Mutual Life In-\tJoseph-S.Kaplan\tMontréal surance Co.: Metropolitan\tLife\tInsurance\tGeorge B.Foster,\tMontréal Company : The Ministers Life and Casualty\tJohn-B.Claxton Rev.R.-DeWitt\tMontréal Union : The Minnesota Mutual Life In-\tScott\tMontréal surance Co.: The Mutual Life Insurance\tP.-J.Powers\tMontréal Company of New York : New England Mutual Life In-\tJohn-F.Chisholm\tMontréal surance Company : New York Life Insurance Com-\tF.-C.Cope\tMontréal pany : North American Life Assurance\tL.-E.Doyle\tMontréal Company : The Prudential Insurance Com-\tD.-B.Carlyle\tMontréal pany of America : The Standard Life Assurance\tAdolph Gardner\tMontréal Company : State Mutual Life Assurance\tG.-T.Westwater\tMontréal Company of America : Toronto Mutual Life Insurance\tJ.-B.O'Connor\tMontréal Company : Union Mutual Life Insurance\tW.Tetley Sherman-L.\tMontréal Company : The Canadian Woodmen of the\tHines\tMontréal World : The Locomotive Engineers Mutual Life and Accident Insu-\tJames-L.Huggan\tMontréal rance Association : Pension Fund Society of Cana-\tW.-J.Wright\tMontréal da Packers Ltd.: Sons of Scotland Benevolent\tP.E.Gibson\tMontréal Association :\tA.Mearns\tMontréal Transp®sons en d\u2019autres domaines les répercussions de nos épargnes contrôlées par New-York, Toronto et Londres.Quels sont les notaires et les médecins des compagnies étrangères?Quels sont les administrateurs?Quels sont les actuaires et les comptables?Quels sont les directeurs et les employés?Sont-ils canadiens-français?Combien de Canadiens français travaillent dans les bureaux de Winnipeg, Skokie, Los Angeles, Norwick, Cologne et Birmingham? L'ASSURANCE SUR LA VIE 947 On peut estimer à 7,000 employés la main d\u2019oeuvre rémunérée en d\u2019autres provinces et pays pour administrer les assurances sur la vie des Canadiens français.Sommes-nous si riches pour négliger l\u2019apport de cet actif de $2,500,000,000.00 qui provient de nos assurances et que nous laissons gérer par d\u2019autres mains?Combien de ces capitaux sont placés en obligations du Québec ou de nos municipalités?Combien de ces capitaux financent nos fabriques et nos maisons d\u2019enseignement?Combien de ces capitaux travaillent pour le développement de nos richesses naturelles, l\u2019établissement de notre industrie et l\u2019expansion de notre commerce?Combien de ces capitaux sont investis à Montréal à l\u2019est de la rue St-Laurent?Combien de ces capitaux travaillent contre nous?Des experts en la matière affirment que l\u2019économie canadienne-française ne bénéficie pas du dixième de ces actifs.Cette litanie des procureurs doit persuader nos compatriotes que l\u2019esprit anglais de l\u2019administrateur anglais choisit des directeurs de langue anglaise et favorise dans les placements des clients de sa nationalité.Comme il serait intéressant de faire le relevé des placements des compagnies canadiennes-anglaises ou étrangères.A cette tâche, il faudra peut-être s\u2019astreindre pour prouver l\u2019évidence.j) Le bilinguisme, source d\u2019equivoque Depuis toujours, les nationalistes réclament avec raison du français.14 compagnies d\u2019assurance sur la vie avaient entendu cet appel avant 1963.Nous citons : Changements de nom Acadia Life Insurance Company : L'Acadie Compagnie d\u2019assurance-vie Allstate Life Insurance Company of Canada : Allstate du Canada, Compagnie d'Assurance-Vie Canada Life Assurance Company : 948 ACTION NATIONALE Compagnie d\u2019assurance du Canada sur la vie Canadian Universal Insurance Company Limited : Compagnie d\u2019assurance canadienne universelle limitée Dominion Life Assurance Co.: Le Dominion, Compagnie d\u2019assurance sur la vie Global Life Insurance Company : La Globale compagnie d\u2019assurance-vie Imperial Life Assurance Co.of Canada : L\u2019Impériale, compagnie d\u2019assurance-vie Industrial Life Insurance Company : L\u2019Industrielle, compagnie d\u2019assurance sur la vie Mutual Life Assurance Company of Canada : Mutual Life, Compagnie d\u2019assurance du Canada Quebec Mutual Life Assurance Co.: Compagnie mutuelle d\u2019assurance-vie de Québec Reliable Life Insurance Company : La Reliable Ins.of Canada Sun Life Assurance Co.of Canada : Sun Life du Canada, compagnie d\u2019assurance-vie Westmount Life Insurance Company : La Compagnie d\u2019assurance-vie Westmount Canadian Premier Life Insurance Company : La Compagnie d\u2019assurance-vie Canadian Premier 14 autres compagnies ont traduit leur nom au cours de Vannée 1963 Le 22 juillet 1963 : Confederation Life Association : La Confédération, compagnie d\u2019assurance-vie Le 22 juillet 1963 : Great West Life Assurance Co.: La Great West, compagnie d\u2019assurance-vie Le 26 juillet 1963 : Concordia Life Insurance Company : Concordia, compagnie d\u2019assurance sur la vie Le 1er août 1963 : Empire Life Insurance Company : L\u2019Empire, compagnie d\u2019assurance-vie Le 2 août 1963 : Crown Life Insurance Company : La Compagnie d\u2019assurance-vie Crown Life Le 2 août 1963 : Monarch Life Assurance Co.: Compagnie d\u2019assurance-vie Monarch Le 2 août 1963 : National Life Assurance Company of Canada : La Nationale du Canada, compagnie d\u2019assurance-vie Le 2 août 1963 : Sovereign Life Ass.Co.of Canada : La Souveraine, compagnie d\u2019assurance-vie du Canada Le 17 septembre 1963 : Excelsior Life Insurance Co.: L'Excelsior, compagnie d\u2019assurance-vie Le 5 décembre 1963 : Manufacturers Life Insurance Company : La Manufacturers, compagnie d\u2019assurance-vie L'ASSURANCE SUR LA VIE 949 Le 21 décembre 1963 : Northern Life Ass.Co.of Canada : La Northern du Canada, compagnie d'assurance-vie Le 11 février 1964 : Union Mutual Life Insurance Company : L\u2019Union Mutuelle, compagnie d\u2019assurance-vie Le 18 février 1964 : Continental Life Insurance Co.: La Continentale, compagnie d\u2019assurance-vie Le 18 mars 1964 : Maritime Life Assurance Company : Maritime, compagnie d'assurance-vie.Nous avons mentionné les noms pour identifier ces compagnies étrangères.La majorité de leurs assureurs les représentent comme canadiennes-françaises.Leurs administrateurs continuent d\u2019investir au Québec anglais, en Ontario, aux Etats-Unis ou à travers l\u2019univers.Le cheval de Troie se présente en français.Il prend notre argent et il l\u2019administre sans nous.Cessons d\u2019être dupes de notre naïveté.III \u2014 Conclusions La position des Canadiens français dans l\u2019assurance sur la vie est anormale.A qui la faute?A l\u2019homme d\u2019affaires et au professionnel.Au clergé et à l\u2019ouvrier.Au patron et à l\u2019employé.Nous avons été des paniers percés.En 1966, le peuple \u201cen marche\u201d s\u2019assure encore des étrangers.Il confie l\u2019administration de ses économies à l\u2019étranger.Que faut-il faire?Que doivent faire nos compagnies pour mériter les affaires du peuple?Déjà elles s\u2019inscrivent sur le marché à des prix égaux et à un service supérieur.Qu\u2019attendons-nous pour agir?La satisfaction s\u2019est emparée de certains milieux.Parce que nous avons commencé à réunir certains éléments de progrès, trop de nos administrateurs se contentent du succès de leurs entreprises.Ils ne songent pas à l\u2019ensemble du problème national.Nous sommes un petit peuple et un peuple pauvre.Si nous redressions la situation, si nous conservions nos $300,000,000.00 de primes annuelles entre nos mains, 950 ACTION NATIONALE dans dix ans, nous serions devenus un peuple à l\u2019aise.Nous aurions accumulé $3,000,000,000,00.Déjà nous serions un peuple fort.Nos banques seraient plus riches et nos caisses populaires plus nombreuses.Nos commerces grandiraient avec ces nouveaux crédits plus généreux.Des industries surgiraient dont nous serions les propriétaires.Pour réaliser ce rêve, il importe que chacun assume ses responsabilités.Sortons des sentiers de la satisfactions.Engageons-nous avec réalisme dans les chemins de l\u2019avenir.Que chacun accomplisse son devoir social et apporte sa contribution à un effort collectif de relèvement économique et d\u2019émancipation nationale.Que les rois que nous avons couronnés descendent de leurs trônes et qu\u2019ils conduisent les esclaves qui adressent leur argent à New York! Que nos intellectuels quittent leur tour de savoir pour sensibiliser l\u2019âme populaire et créer une volonté collective de vivre en Canadien français ! Notre survivance française et la sauvegarde de nos droits exigent de chaque artisan canadien français une réelle solidarité et un profond sentiment d\u2019alliance nationale.Les prévoyants assument que l\u2019union mutuelle est essentielle, indispensable et impérative.Accomplissons nos devoirs d\u2019action nationale.Quels sont les remèdes ?Nous répondrons o cette question en juin.D'ici là, l'auteur de ces lignes attend vos suggestions.Vous pouvez écrire à Case Postale 189, Station N, Montréal. Annexe I Provenance des Primes TABLEAU 1 Compagnies et sociétés canadiennes-françaises 1 Gen Noms\tre (1) Aeterna-Vie\tM Alliance, compagnie mutuelle d'assura-nc-vie\tM Association de bienfaisance et de retraite de la police de Montréal\tM Association de bienfaisance et de retraite des pompiers de Québec\tSM Association de protection mutuelle de la Province de Québec\tSM Association protectrice des policiers municipaux de Québec\tSM Assurance U.C.C.\tM Assurance-Vie Desjardins\tM Assurance-Vie du St-Laurent\tS Caisse de retraite du clergé\tM Economie, mutuelle d\u2019assurance\tM Economie, rentes\tM Excellence Laurentienne\tM Médicale\tS Mutuelle des employés civils\t\u2018 m Prévoyance\tS Prévoyants du Canada S \u2022 Fonda tion\tSiège Social\tPrimes 1963 au Québec 1934\tMontréal\t$2.590,473 1892\tMontréal\t6,801,594 1892\tMontréal\t3,344,357 1905\tQuébec\t14.233 1930\tThetford- les-Mines\t109.449 1923 1936\tQuébec Montréal\t7,080 3,108.256 1948\tLévis\t9,711.339 1957\tTrois-Rivières\t128,982 1950\tMontréal\t128,982 1899 1899 1964 1938 1957\tMontréal Montréal Montréal Québec Sillery\t44,581 2,576,950 553,353 4,509,520 1941 1905 1942\tQuébec Montréal Québec\t17,402 1,406.186 1,724,492 952 ACTION NATIONALE Noms\tGen- re (1)\tFon- da tion\tSiège Social\tPrimes 1963 au Québec Prévoyants du Canada, fonds pension\tM\t\tQuébec\t4,269,747 Provinces-Unies\tS\t1927\tMontréal\t329,828 Sauvegarde\tS\t1903\tMontréal\t\u2014 Services de santé du\t\t\t\t \tSM\t1945\tQuébec\t5,247,021 Société des Artisans\tSM\t1876\tMontréal\t305,206 Société l\u2019Assomption\tSM\t1907\tMoncton\t2,871,273 Solidarité\tS\t1942\tQuébec\t304,864 Survivance\tM\t1938\tSt-Hyaeinthe\t2,690,227 Union Canadienne\tS\t1943\tQuébec\t1,340,121 Union du Canada\tSM\t1864\tOttawa\t362,819 Union du Commerce\tM\t1951\tMontréal\t858,642 Union St-Joseph de N.\tSM\t1876\tBeauport\t566,699 D.de Beauport\t\t\tDrummond-\t2,603 Union-Vie\tM\t1889\tville\t725,907 TABLEAU 2 Compagnies et sociétés étrangères avec siège social au Québec Noms\tGen- re\tFon- da- tion\tSiège Social\tPrimes 1963 au Québec Dominion Commercial\t\t\t\t Travellers Association\tSM\t1880\tMontréal\t$\t51,401 Industrial Life Insurance Co.\tS\t1905\tQuébec\t19,937,678 Montreal Life Insurance Company\tS\t1908\tMontréal\t2,919,693 Order of Italo-Cana-dians\tSM\t1927\tMontréal\t5,773 Order Sons of Italy in Canada\tSM\t1927\tMontréal\t8,092 Quebec Mutual Life Insurance Company\tM\t1959\tMontréal\t125,376 Sun Life Assurance Company of Canada\tM\t1865\tMontréal\t31,840,625 Westmount Life Insurance Company\tS\t1962\tWestmount\t40,495 (H (M) signifie compagnie mutuelle; (S) compagnie par actions et
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.