L'action nationale, 1 mars 1968, Mars
[" L'ACTION NATIONALE VOLUME LVII, Numéro 7\tMors 1968\t75 cents POUR QUE LE CANADA S\u2019ÉCROULE ?LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE L\u2019ÉDUCATION INCORPORATION DE NOS CARACTÉRISTIQUES L\u2019ÉCOLE MULTICONFESSIONNELLE CANADA, NATION INTERNATIONALE Gaston de Guise François Her tel André Bertrand\t£ Clotilde Rainville Léo Roy POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES ÉDITORIAL : Pour que le Canada s'écroule ?.501 Edmond CINQ-MARS : L'année noire du Conseil supérieur de l'Éducation .513 Odina BOUTET : L'incorporation de nos caractéristiques .\t527 Jean GENEST : A propos de l'école multiconfessionnelle .\t535 Roy MATTHEWS : Le Canada, nation internationale\t546 Gaston de GUISE : Poèmes .569 François HERTEL : Cinq petites éléphantes .577 André BERTRAND : Le cinéma d'objectif .582 Clotilde RAINVILLE : Apoutiapic .588 Léo ROY : Quelques aspects de l'Inde musicale .600 CERCLES D'ÉTUDES : Le coopératisme .607 LA FAMILIALE Coopérative de Consommation a fermé ses portes rue Saint-Hubert pour se construire dans le Domaine Saint-Sulpice L\u2019ACTION NATIONALE VOLUME LVII, Numéro 7\tMONTRÉAL\tMors 1968 Editorial POUR QUE LE CANADA S'ÉCROULE?L année 1968 sera ponctuée d événements importants qui apporteront ou n apporteront pas \u2014 selon les hommes en place \u2014 une réponse partielle aux grands problèmes du Québec.Le cours suivi par le Québec est maintenant irréversible: il a goûté à la liberté et ses jeunes n\u2019en veulent pas moins mais davantage.On pourra bloquer les aspirations d une nation en marche mais ce ne sera jamais maintenant qu en imposant des refoulements et des solutions hypocrites qui crèveront par explosions dangereuses.Marcher par à-coups ou en harmonie avec nos besoins, voilà le grand dilemme de 1968.CONFÉRENCE FÉDÉRALE-PROVINCIALE Lorsque paraîtra cet éditorial la conférence fédérale-provinciale aura eu lieu.Nous savons déjà par les personnalités en cause quels en seront les résultats.D abord les provinces anglo-saxonnes accepteront de reconnaître le français comme langue officielle du Canada à l\u2019égal de l anglais.Elles permettront aux minorités canadiennes-françaises d avoir des écoles françaises pu- 502 ACTION NATIONALE bliques et gratuites ou indépendantes et subventionnées.Ainsi sera effacé un des plus graves motifs de rancœur des Canadiens français vis-à-vis des Anglo-Canadiens qu ils accusaient avec beaucoup de vérité de pratiquer le génocide du français là où ils sont majoritaires depuis parfois plus de cinquante ans de Confédération.Faut-il signaler qu un tel redressement des torts, causés par le chauvinisme, l intolérance et même par le racisme anglo-saxon, aura été un triomphe obtenu par le Québec.Ce ne sont pas les minorités qui, laissées à elles seules, auraient pu obtenir un tel résultat.Ce résultat est dû d abord et avant tout au Québec et à ces quelques grands Anglo-Canadiens qui ont compris sur le tard que le Canada pouvait craquer s\u2019ils ne consentaient pas à corriger cinquante années d abus.Pour eux il n y a pas d humiliation à redresser leur politique solidement affirmée pendant cinquante ans mais seulement un geste pragmatique envers le Canada français, un geste aussi teinté d une certaine crainte de voir le Canada voler en morceaux.Le Québec a donc obtenu une victoire pour le Canada français.Nos minorités devraient le reconnaître.Mais faut-il le dire, là n\u2019est plus le problème essentiel pour le Québec.La conférence fédérale-provinciale du 5 février aura dû montrer autre chose: elle aura montré que M.Daniel Johnson, comme ckef politique du Canada français, peut accélérer une nouvelle prise de conscience de ce qu est le Canada réel chez les autorités politiques anglo-canadiennes, mais elle aura aussi révélé que M.Daniel Johnson, comme premier ministre du Québec, n\u2019a pas encore gagné la partie en ces deux points essentiels: faire admettre les réformes constitutionnelles et le nouveau partage fiscal nécessaire pour que le Québec puisse atteindre sa pleine stature d Etat.M.Johnson est chargé de diriger les destinées de la nation canadienne-française dont plus de 80% des POUR QUE LE CANADA S'ÉCROULE ?503 membres se trouvent dans les frontières du Québec.Le Québec demande à s épanouir.Seuls les prisonniers ne le peuvent pas, ceux à qui on refuse les libertés nécessaires.Il y a donc deux aspects à la position de M.Johnson et même deux voix.Il coopère avec les Anglo-Canadiens en tout ce qui peut améliorer la situation du Canada français.Puis il lui faut affirmer, faire reconnaître le fait du Québec comme patrie essentielle de la nation canadienne-française, patrie qui doit exercer sur ce s sujets toutes les prérogatives et les souverainetés nécessaires à l accomplissement de son être propre.Qu\u2019il soit conciliant en ce qui regarde le premier tableau, de la voix et du geste: nous l acceptons.Mais tant qu au deuxième tableau, en tant que premier ministre de lEtat du Québec, sa force ne lui viendra pas de la négociation, du compromis, mais de sa fermeté et de la claire vision de son rôle.Sa force ne tiendra pas à son magnétisme personnel, ni à l habileté de son discours mais surtout de la vaste opinion du Québec qui le soutiendra.Même rendu à Ottawa, même dans ses négociations avec les Anglo-Canadiens, le plus important pour tout chef d Etat du Québec ce sera toujours de se baser sur la grande majorité de la population du Québec.Or cette large majorité du Québec n accepte pas les prises de position arrogantes, cassantes, d un Pierre-Elliott Trudeau, ministre fédéral de la Justice.Lui aussi va vouloir jouer sur deux terrains à la fois.Il tâchera d obtenir une large reconnaissance de la langue française à travers le Canada mais seulement comme moyen de faire taire le Québec et de lui refuser ses demandes.Il espère qu en donnant des armes à tous les modérés québécois qui ne voient le Canada que d un œil, il divisera les forces sur lesquelles un chef d Etat du Qué- 504 ACTION NATIONALE bec doit normalement s\u2019appuyer.Son but est de diviser la population et d empêcher un fédéralisme qui s\u2019accommoderait d un Québec fort.Son jeu est de tout centrer à Ottawa et de maintenir un Québec faible.UNE RÉVOLUTION POUR RIEN ?A l'heure actuelle M.Pierre-Elliott Trudeau représente le frein le plus passionné et le plus chauvin qui soit à l évolution normale du Québec.Son volume sur les problèmes constitutionnels \u2014 et qui a fait se rengorger d aise toute la presse anglo-saxonne \u2014 n\u2019est plus qu une réédition, avec un peu plus d\u2019érudition, des thèses du Rapport Rowell-Sirois publié par Ottawa en mai 1940.Il admet bien l autonomie provinciale mais une autonomie irrationnelle parce qu\u2019il la conçoit figée dans le statut où l ont fixée les manœuvres centenaires des centralisations administratives et fiscales d Ottawa.Pour lui l autonomie provinciale devient le corset de fer dont devrait se satisfaire le Québec.Logiquement les pouvoirs de détermination qu\u2019il accorde au gouvernement central sont tels qu\u2019ils devraient maintenir le Québec comme un gros gouvernement municipal dont toutes les lois ou règlements seraient dépendants des lois fédérales et leur extension précisée par le gouvernement d Ottawa.Non seulement il s oppose à toutes les réformes constitutionnelles qui favoriseraient le Québec mais il clame à tous les deux qu il ne faut pas reconnaître les Canadiens français comme une nation.Par là, il conquiert l élément anglo-saxon du Canada mais par là aussi il perd irrémédiablement toute possibilité de jamais s\u2019imposer dans le Québec.Nombreux sont ceux qui croient qu\u2019à s\u2019opposer à un fait et à une reconnaissance légale aussi fondamentale que celle- POUR QUE LE CANADA S'ÉCROULE ?505 là, M.Trudeau est un traître à sa nation.Accusation qui, selon lui \u2014 ne repose que sur des mots sans signification valable.Lui, il est immergé dans les plus hautes questions des droits de l homme et il applique ces droits en légalisant l avortement ! Il sera davantage sensible à cette comparaison qui s'impose entre lui et M.John Diefenbaker: tous les deux sont aussi fanatiques du slogan « one country, one nation ».Toute l\u2019érudition prise dans les livres ne sert de rien et tout le sens politique se révèle inutile si ces hommes ne savent pas reconnaître un fait aussi basique: le Québec est la patrie d une nation.La France peut avoir plusieurs millions de Français dans la diaspora mais la France reste la patrie de la nation française.Ainsi du Québec, lieu d origine, milieu de croissance et centre de créativité de la nation française en Amérique.La notion de nation canadienne-française centrée au Québec n'est pas une notion vide.Elle sera sous-jacente à tous les débats de la réunion fédérale-provinciale du 5 février et elle affleurera partout à la prochaine convention des libéraux d Ottawa quand, au mois d\u2019avril, ils devront choisir un successeur à M.Lester Pearson, démissionnaire.Lorsque le parti conservateur fédéral a fait sa convention, c est le problème de la nation canadienne-française et de sa reconnaissance off icie lie corn me principe de base à toute retouche constitutionnelle qui a dominé les débats.M.Stanfield l a compris.Entre lui et M.Diefenbaker, à ce point de pue, le parti conservateur a sauté un siècle.Les libéraux devront le comprendre ou le Québec les maintiendra comme parti de l opposition pendant longtemps ! C est à partir du fait de notre nation que nous n acceptons pas les limites que veulent nous imposer les Anglo-Canadiens, que nous n acceptons plus la Confédération telle qu elle est faite, parce que les interpréta- 506 ACTION NATIONALE tions restrictives que la Cour Suprême ou les juristes en ont faites, ne nous permettent pas d atteindre la stature nationale et internationale nécessaire.RESTRICTIONS ANACHRONIQUES Beaucoup d exemples pourraient être apportés.En ce qui regarde la culture, nous prétendons être de ceux qui savent le mieux ce qui nous convient et ce qui nous est nécessaire.Nous ne voulons pas avoir à passer par les fonctionnaires et les proconsuls anglicisateurs ei centralisateurs du gouvernement fédéral.Nous avons besoin d établir un va-et-vient et des accords réguliers entre la France, le Québec et les divers pays de la francophonie.C est à nous de surveiller nos intérêts et de choisir nos délégués.Si c\u2019était Ottawa, trop d\u2019intel lectuels canadiens-français tourneraient les yeux vers Ottawa et se feraient plutôt les agents du bilinguisme plutôt que celui du français.Sans compter que l Etat du Québec serait en perte de prestige vis-à-vis ses propres sujets dont il est chargé de surveiller les intérêts et l influence.Encore au point de vue culturel les découvertes scientifiques peuvent nous mettre devant des faits accomplis extrêmement sérieux.Ce n\u2019est pas d hier que la France spécule sur les conséquences de son retard scientifique dans le domaine spatial.Si la France n\u2019avait pas fait l effort nécessaire pour se donner les savants et les satellites nécessaires, toute la télévision de demain aurait été transmise autour de la terre entière, en anglais seulement.Déjà certains penseurs affirmaient que si la France ne mettait pas en orbite, et bientôt, des satellites capables de retransmettre les programmes de télévision, toute l\u2019Afrique française serait anglicisée à brève échéance. POUR QUE LE CANADA S'ÉCROULE ?507 Dans la province de Québec, le service français de Radio-Canada et le poste 10 auraient connu une dizaine de concurrents de langue anglaise ou plutôt de langue américaine.Il convient donc que le ministre des Affaires culturelles du Québec s\u2019entende directement avec la France sur la possibilité d'utiliser la télévision française retransmise par satellite.Cela voulait dire que le gouvernement fédéral aurait perdu sa mainmise sur la ra diodiffu-sion et la télévision.Son rôle aurait été réduit à peu de chose.Or il tient à ce rôle centralisateur en ce domaine parce que par là il contrôle 1 information et la propagande.Nous avons déjà vu Radio-Canada favoriser la conscription.Nous le noyons encore aujourd hui favoriser le plus abject fédéralisme.Et l\u2019irréligion gouailleuse.Quoiqu\u2019il s\u2019en défende.C'est pourquoi il envoya M.Jean-Luc Pépin pour récupérer l exclusivité des ententes et les détourner à son profit.Quel instrument des Anglo-Saxons, maîtres à Ottawa, il fait ! Et quel sabotage des efforts de sa nation représentée par l Etat du Québec ! Seuls les Anglo-Canadiens se réjouissent de ce rôle mesquin qui lui a été confié.Nous voyons comment le fait d être reconnu factuellement et constitutionnellement comme une nation peut entraîner des interprétations plus ou moins larges de nos pouvoirs et de nos relations internationales.Nos intérêts actuels et futurs peuvent être bloqués, bien ou mal servis, détournés ou sabotés.Nul n\u2019est bien servi que par soi-même: c\u2019est vrai des nations comme des individus.M.Daniel Johnson a donc une politique très positive à suivre.Il est actuellement le chef de l\u2019Etat du Québec.Cet Etat est le seul Etat où la nation cana-dienne-française est en majorité dans toute l Amérique.Comme son porte-voix, M.Johnson ne peut beaucoup plier.Il peut se retirer mais il ne peut vaciller ou corn- 508 ACTION NATIONALE promettre l avenir par des concessions qui se révéleraient malencontreuses.C est triste à dire mais il n'aura probablement à se défier que des traquenards et des fausses représentations que lui poseront les députés et ministres canadiens-français qui ont attaché leur fortune au service des intérêts et des points de vue de la majorité anglo canadienne.M.Johnson ne peut se laisser fasciner par le pragmatisme des uns, les promesses creuses des autres: il représente les meilleurs intérêts de la nation canadienne-française.ÉLECTIONS PROBABLES Il est même possible que 1968 connaisse une élection provinciale.C est alors que M.Johnson devra rencontrer toute la nation canadienne-française du Québec.Les agissements des politiciens canadiens-français du fédéral sont si repoussants, jusqu\u2019à être, à l heure actuelle, les grands adversaires du Québec, qu une élection provinciale se fera facilement en tenant compte de leurs méfaits.Et si, par hasard, on avait élu Pierre-Elliott Trudeau successeur de M.Pearson à la tête du parti libéral fédéral, M.Joh nson, pourvu qu il ait rempli son mandat à la satisfaction de notre nation, pourrait connaître un triomphe sans précédent.Les tireurs de ficelle qui, au fédéral, voudraient voir réussir la candidature de M Pierre-Elliott Trudeau, n\u2019auront obtenu que l immolation du parti libéral.C\u2019est du moins l avis de tous les observateurs sérieux.Si, élu comme successeur de M.Pearson, M.P.-E.Trudeau avait à mener la lutte contre les réformes constitutionnelles envisagées par le Québec, alors ce n'est pas un groupe ou une chapelle mais bien toute la nation canadienne-française du Québec qui connaîtrait la tentation de voir le Canada s\u2019écrouler en morceaux et de voir le Québec sortir indépendant et complètement POUR QUE LE CANADA S'ÉCROULE ?509 libre.Actuellement le Québec ne demande, à l intérieur du fédéralisme, qu'un meilleur partage des souverainetés concernant une vingtaine de points absolument essentiels à l épanouissement d une nation qui a conquis sa majorité.Le dilemme est là: ou assez de souverainetés pour être nous-mêmes ou l indépendance.Avec M.Pierre-Elliott Trudeau et son idéologie le dilemme n existera plus: l\u2019indépendance sera devenue une nécessité pour tous ! Pourquoi s acharne-t-il à tourner le Canada français contre le Québec, à jouer la carte des minorités contre le progrès du Québec ?Donnez la lune aux Canadiens français de Mail-lardville, d Edmonton ou de Saint-Boniface et les Anglo-Canadiens savent bien qu ils ont arrêté une iniquité mais qu à peu près rien n est changé: ils gardent partout la suprématie et leur domination dans tous les postes essentiels demeure intacte.Là est le calcul cynique ou quasiment machiavélique \u2014 selon les esprits \u2014 de la députation fédérale canadienne-française soumise aux intérêts anglo-canadiens.Seul le premier ministre du Québec, appuyé par toute la population cana-dienne-française du Québec peut déjouer ces calculs.Lui seul peut, en restant fidèle aux demandes rationnelles de sa nation, empêcher le Canada de s écrouler.SURPRISE Chers lecteurs, Vous recevrez votre ACTION NATIONALE de mars avant le numéro de février.Pourquoi ?Le numéro de février est un volume de plus de 500 pages entièrement consacré aux Journées des Etats Généraux (novembre 1967).Ce volume imposant sera lancé simultanément à Québec et à Montréal, le 11 mars 1968.De plus, nous préparons pour juin un numéro spécial de 300 pages consacré au chanoine Groulx.Retenez des exemplaires. 510 ACTION NATIONALE DELENDA EST CARTHAGO ! En français actuel cela veuf dire: il faut en finir avec Pierre-Elliott Trudeau ! Il représente une thèse fédéraliste qui accorde tellement d'importance à Ottawa comme source de toutes les déterminations et de toutes les politiques essentielles qu'il devient l'ennemi numéro un de toute autodétermination plus grande ou de toute autonomie plus réelle pour la province de Québec.Alors le Québec ne doit avoir d'autre réponse que: delenda est Carthago ! Avez-vous remarqué comme la propagande sortie d'Ottawo et que nous retrouvons, même dans nos journaux canadiens-fronçais, essaie de minimiser et même de ridiculiser notre ministre des Affaires culturelles M.Jean-Noël Tremblay et de sublimer les extraordinaires talents, les subtilités profondes, l'universitaire nouveau style que serait le ministre fédéral de la Justice M.Pierre-Elliott Trudeau ?Propagande et bourrage de crâne ! L'un est entièrement donné aux intérêts du Québec et, par là, aux intérêts du Canada français, tandis que l'autre est entièrement donné aux intérêts du Canada et par là à des concessions au compte-gouttes envers le Canada français des dix provinces dominées par l'élément anglo-saxon.On dit même que Pierre Berton n'a que de l'enthousiasme pour les idées de P.-E.Trudeau.Ce qui prouve une fois de plus qu'une grande majorité des Anglo-Canadiens est incapable d'apprécier ce qui fait la réelle valeur d'une personne mais seulement ce qui fait la réelle valeur d'un instrument.Voilà pourquoi il faut répéter en bon français: delenda est Carthago ! Les Anglo-Canadiens espèrent qu'il est la clôture qui arrêtera l'élan du Québec et que cette clôture est de béton.A tous de leur apprendre que nous ne sommes pas dupes des propagandes artificielles et des murailles verbales. MIRE DU CONSEIL SUPERIEUR RE E'EDUHEIOI par Edmond Cinq-Mars L\u2019année 1967 aura été une année où le Conseil supérieur de l\u2019Education s\u2019est mis en évidence.Jusqu\u2019à septembre 1967, la population pouvait conserver ses illusions sur l\u2019utilité d\u2019un tel corps supposé comparable à un Sénat de l\u2019Education.La réalité a été tout autre.Les membres, pour la plupart, ont été nommés par l\u2019ancien ministre de l\u2019Education, M.Gérin-Lajoie, pour leur remarquable capacité d\u2019accepter les politiques du ministère et de s\u2019adapter aux exigences des technocrates, en particulier à celles de M.Arthur Tremblay, sous-ministre du ministère de l\u2019Education.L\u2019Union nationale a gagné les élections, prenant toute la population par surprise.Mais les membres du Conseil supérieur de l\u2019Education n\u2019ont pas accepté le programme du parti de l\u2019Union nationale en ce qui regarde l\u2019éducation.Us ont préféré rester fidèles, sinon aux directives de l\u2019ancien ministre, au moins aux technocrates qui demeurent.C\u2019était à prévoir.Pourquoi ?Tout simplement parce que le président de ce Conseil supérieur de l\u2019Education est payé $15,000.par année par le ministère même de l\u2019Education et que le vice-président reçoit $12,000.de la même source.Tout l\u2019ordre du jour de ce Conseil est préparé par les technocrates du ministère et tout l\u2019ordre ^ 514 ACTION NATIONALE du jour est mené tambour battant par les deux officiers majeurs payés pour voir les politiques des technocrates s\u2019imposer.Il est clair, à partir de ces faits, que le Conseil supérieur de l\u2019Education ne représente pas la population.Nous n\u2019en avions pas la preuve, aussi nous le regardions manigancer ses tournées et prendre des positions diplomatiques avec un regard sceptique fort amusé.Aujourd\u2019hui la preuve est faite.Dans la crainte d\u2019une orientation nouvelle imposée aux programmes des technocrates, le Conseil supérieur de l\u2019Education a voulu forcer la main du gouvernement de l\u2019Union nationale.Il a pris l\u2019initiative: il veut dicter au Conseil des ministres la politique à suivre.Le Conseil supérieur ne représente pas le peuple.Il l\u2019a consulté pour la forme.Voyez le résultat prévisible: sur une centaine de mémoires dont la majeure partie ne représentaient que les cinq ou six personnes qui les ont composés (comme ceux des syndicats ouvriers et ceux de l\u2019UGEC), le président du Conseil a révélé avoir rencontré un éventail d\u2019opinions tel qu\u2019on peut trouver, sur les principales questions, toute la gamme des nuances possibles.Que conclut-il ?\u201cCette diversité d\u2019opinions, dira-t-il, a laissé au Conseil une grande latitude pour formuler ses propres opinions.\u201d Nous n\u2019aurons pas les opinions des corps intermédiaires mais les opinions d\u2019une vingtaine de membres du Conseil supérieur de l\u2019Education.Nous sommes avertis: après la consultation, les mémoires ont été mis de côté parce que l\u2019analyse mathématique n\u2019a pas montré d\u2019unanimité.Le Conseil a omis de faire l\u2019analyse des arguments de valeur et de soumettre à une critique élevée les arguments des experts afin de voir le type d\u2019éducation et le type de structures qui conviennent le mieux au Québec.Sa philosophie de l\u2019homme a cédé la place à la mathématique des groupes: deux mémoires à droite ont le même poids que deux mémoires à gauche et ils s\u2019annulent réciproquement.Peu importe la valeur des arguments. LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'ÉDUCATION 515 Avec cette base primaire d\u2019élimination, le Conseil a conclu qu\u2019il pouvait exprimer ses propres opinions.Allons-nous recevoir quelque proposition originale ?Verrons-nous des esprits plus brillants que ceux du Rapport Parent s\u2019exprimer avec profondeur ?La tâche n\u2019aurait pas été trop difficile.Mais le surprenant pour cet aréopage de grands esprits, c\u2019est que la majorité d\u2019entre eux n\u2019ont pas d\u2019opinion propre.Ils n\u2019ont que les opinions du Rapport Parent : Le Conseil supérieur de l\u2019Education n\u2019en est que l\u2019écho.Il est l\u2019outil rêvé par les technocrates pour faire pression sur les ministres et sur l\u2019opinion publique.Le Conseil supérieur ne représente personne mais seulement ses membres majoritaires qui opèrent une reddition fracassante à quelques unes des conclusions les moins acceptables du Rapport Parent.La population du Québec ne peut accepter l\u2019appui inconditionnel donné par le Conseil supérieur de l\u2019Education au Rapport Parent en quelques unes de ses conclusions.La population, surtout la population chrétienne, est trahie.Les faits sociologiques sont trahis en faveur d\u2019une minorité.Encore ici nous voyons une mathématique faussée entrer au service d\u2019une idéologie qui ne tient compte ni des valeurs ni des désirs de la majorité de la population : toutes les statistiques indiquent une très forte majorité de catholiques et on leur demande d\u2019accepter des structures neutres proposées par une infime minorité.Même le vocabulaire employé est plein d\u2019embûches.Par exemple le Conseil supérieur de l\u2019Education affirmera qu\u2019 \u201cil est indispensable que les organismes administratifs soient définis de telle sorte qu\u2019ils ne puissent favoriser une valeur au détriment des autres.En d\u2019autres termes, ils doivent être impartiaux.\u201d Voyez bien le sophisme ! Un organisme catholique, protestant et neutre peuvent être parfaitement impartiaux même s\u2019ils sont catholique, protestant ou neutre ! Ce que le Conseil supérieur de l\u2019Education veut dire c\u2019est qu\u2019il croit que seul un organisme neutre ne favorisera pas une valeur au 516 ACTION NATIONALE détriment des autres.Il a tout simplement confondu impartialité et neutralité.Or cette structure administrative neutre ne peut être impartiale parce qu\u2019elle ne respecte pas les désirs de la majorité catholique: elle n\u2019est pas représentative ni de la population ni des parents.Si le Conseil supérieur nous impose des structures neutres (dites impartiales) c\u2019est qu\u2019il obéit à une idéologie beaucoup plus qu\u2019il ne respecte le peuple.Maître Yves Prévost dont le sens juridique est rarement en défaut, concluait qu\u2019une telle conception des structures conduirait à la violation du droit démocratique.Et voyez l\u2019ironie: ce même Conseil supérieur nous donnait dernièrement un premier rapport entièrement consacré au dialogue en régime démocratique.C\u2019était dans l\u2019abstrait ! Dès qu\u2019il entre dans l\u2019action, le Conseil supérieur viole ses propres directives et ne respecte plus le peuple.Une deuxième équivoque est enfouie savamment dans les méandres du vocabulaire: on parle d\u2019enseignement confessionnel mais jamais d\u2019écoles confessionnelles ou de CEGEP confessionnels.Or il faudra bien que l\u2019on finisse par savoir de quoi parle ce Conseil supérieur de l\u2019Education.Pour nous et tous ceux qui connaissent les enseignements du Concile et des Papes, une école n\u2019est pas catholique parce qu\u2019on y donne une ou deux périodes d\u2019instruction religieuse et qu\u2019on y organise deux ou trois clubs de pastorale.Ces oeuvres sont importantes mais dans la formation totale de la personnalité, elles restent relativement périphériques.L\u2019essentiel d\u2019une formation chrétienne c\u2019est quand toute la formation de l\u2019intelligence, de la volonté et du coeur se fait dans une conception évangélique, ce qui suppose que l\u2019équipe des maîtres ordonne tout l\u2019enseignement de la culture profane et religieuse à l\u2019objectif suprême de la destinée humaine.Sinon, et ici l\u2019expérience éducatrice de Mlle Thérèse Baron est parfaite, la confusion entre une école vraiment chrétienne et une école où les catholiques ne reçoivent qu\u2019une instruction religieuse agrémentée d\u2019un service pastoral plus ou moins efficace, en marge des matières qui forment l\u2019intelligence et la per- 517 LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'ÉDUCATION sonnalité, conduit à ceci : \u201cIl en résultera à plus ou moins long terme une multiplication des ecoles multiconfessionnelles et une déconfessionalisation progressive.\u201d Le Conseil supérieur de l\u2019Education joue sur les mots et manque de franchise envers la population.Il cache son jeu.Il utilise les mots comme des paravents pour créer des situations dont les parents chrétiens ne veulent pas.Mais il n\u2019y a pas qu\u2019une question de vocabulaire, il y a aussi plus sérieux: ce sont des prises de position inacceptables qui vont au coeur même de la réforme scolaiie.Si nous acceptons les directives du Conseil supérieur de l\u2019Education, il devient inévitable (dans leur essence même qui est de former des intelligences), inexorable, qu\u2019à plus ou moins brève échéance, toutes nos écoles, dira-t-on deviennent neutres, quoi qu\u2019il en soit des restants d\u2019au-môneries qui \u201cparasiteront\u201d les écoles publiques.1.\u2014 D\u2019abord le Conseil supérieur de l\u2019Education demande \u201cque la loi ne reconnaisse aucun caractère confessionnel aux commissions scolaires et aux corporations d\u2019instituts (CEGEPS) même si elle leur impose l\u2019obligation d\u2019assurer, s\u2019il y a lieu, un enseignement catholique, un enseignement protestant et un enseignement non confessionnel.\u201d Deux points sautent immédiatement aux yeux: le Conseil demande que la corporation civile chargée de gouverner un CEGEP soit neutre de par la loi.Ainsi la corporation échappe au public et aux parents.Ce ne seront plus les parents qui décideront de la con-fessionnalité ou de la neutralité d\u2019un CEGEP mais la loi.Voyez comment on s\u2019y prend pour enlever à la majorité tous les moyens de se faire entendre ! Voyez comment on s\u2019y prend pour obliger la population, \u2014 pour imposer à la population \u2014 un CEGEP juridiquement neutre.On réduit une population au silence par une loi.Ceux qui pensaient que le juridisme était chose du passé, doivent ouvrir les yeux: le juridisme joue maintenant en faveur de la neutralité.Le deuxième point à remarquer c\u2019est que cette corporation chargée de la haute direction d\u2019un CEGEP doit 518 ACTION NATIONALE assurer un enseignement catholique.Encore le même abus du langage que nous signalions : un CEGEP ne sera pas formé de trois bâtiments où l\u2019un serait utilisé par les catholiques pour un enseignement (profane et religieux) imprégné de foi, un deuxième par les protestants et un troisième par les neutres, mais il n\u2019y aura qu\u2019une seule bâtisse où toutes les religions et les a-religions se trouveront mêlées avec la conséquence que seul un enseignement neutre présidera à la formation des intelligences et des personnalités.Les jeunes de 17-18 ans pourront, s\u2019ils le veulent, suivre un cours optionnel d\u2019instruction religieuse que la Corporation devra maintenir.Le cours dépendra, dans son acceptation, de la popularité du professeur, de l\u2019humeur de chaque jeune et des courants qui s\u2019imposent dans le grégarisme étudiant à cet âge.La question des maîtres chrétiens, où réside l\u2019essentiel de l\u2019école catholique, devient une question vide: les seuls maîtres chrétiens capables de donner un enseignement chrétien seront les professeurs d\u2019instruction religieuse ou les animateurs de pastorale.Tous les autres, même chrétiens individuellement, seront réduits à donner un enseignement neutre.Aussi le Conseil supérieur de l\u2019Education se couvre de ridicule lorsqu\u2019il déclare sur un ton angélique : \u201cLe respect du caractère confessionnel de l\u2019enseignement est d\u2019autant plus grand et authentique qu\u2019il repose sur une décision libre prise par les premiers responsables de l\u2019éducation.\u201d Pourquoi est-ce risible ?C\u2019est tout simplement que la conception du CEGEP esquissée par le Conseil supérieur de l\u2019Education supprime le caractère confessionnel de Venseignement de toutes les matières, excepté celui de l\u2019instruction religieuse.Vraiment le Conseil supérieur de l\u2019Education n\u2019est pas composé d\u2019une majorité d\u2019imbéciles mais il se moque de nous ! De plus, si nos jeunes de 17-18 ans suivent un enseignement neutre, comment assurerons-nous le renouvellement des maîtres chrétiens dans nos écoles ?Et par maîtres chrétiens il faut entendre, comme le demande le LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'ÉDUCATION\t519 Concile, ceux qui possèdent une conception du monde suivant l\u2019esprit de l\u2019Evangile et de l\u2019Eglise.Si cette relève n\u2019est pas assurée, n\u2019est-ce pas tout le système qui est menacé ?Et vingt-cinq ans ne seront-ils pas suffisants pour donner au Québec un système d\u2019écoles intégralement neutres où surnageront les efforts de quelques \u201cpastoraux\u201d idéalistes et sans mordant sur la réalité parce que toute la formation des personnes sera comme imprégnée d\u2019un univers littéraire, scientifique, technique et philosophique, complètement neutre.L\u2019Eglise, dont Vatican II aura exprimé le désir d\u2019intensifier le dialogue avec l\u2019humanité contemporaine, sera réduite, au moins au Québec, à du travail de sacristie ou à du travail d\u2019une pastorale folklorique.C\u2019est aujourd\u2019hui que se jouent les grandes options de la sécularisation profonde du Québec ou de son maintien comme pays vraiment chrétien.La formation religieuse véritable ne sera plus à la hauteur des études profanes.D\u2019où une civilisation de \u201ctechniciens\u201d compétents et de personnes puériles quant aux valeurs essentielles.Cette dichotomie nous amènera un divorce autrement plus profond que tout ce que l\u2019histoire de l\u2019Eglise a jamais connu entre la foi et la vie.2.__Dans une deuxième recommandation le Conseil supérieur de l\u2019Education propose la neutralité, non seulement des commissions scolaires locales qui pourraient surnager au regroupement entrepris, mais de toutes les commissions régionales: \u201cQu\u2019une commission régionale unique administre tout l\u2019enseignement, catholique, protestant et non confessionnel, de langue française et de langue anglaise dispensé dans les limites d un même territoire.\u201d Dans le Rapport Parent nous lisons que chaque Comité régional pourrait comprendre un maximum de onze membres.Parmi ces onze membres il devrait y avoir des représentants de toutes les minorités qui posséderaient une école dans la région, soit un représentant anglo-protestant, anglo-catholique et anglo-neutre, soit un représentant français-protestant, français-neutre.De sorte 520 ACTION NATIONALE que la majorité française-catholique n\u2019aurait plus que six délégués sur les onze du Comité régional.Juridiquement neutre, ce comité serait tôt obligé d\u2019affecter une conduite et des î èglements totalement neutres.Les hommes voudront lutter contre les structures mais les structures ont la vie plus longue et les hommes sont moins persévérants.Si certains croient que nous exagérons, que nous manifestons des méfiances sans fondement, nous les accuserons du plus grand manque de réalisme et d\u2019une naïveté inconcevable.Le plus bel exemple de ce que donnent les comités pots-pourris, nous l\u2019avons dans le Conseil supérieur de l\u2019Education lui-même.Bien que composé d\u2019une très grande majorité de Canadiens-français catholiques, il adopte une attitude neutraliste et il enfante des corps intermédiaires neutres comme ces Comités régionaux qu\u2019il recommande.Sous prétexte de s\u2019adapter à la Cité séculière, sous prétexte de prévoir les moeurs et coutumes du vingt-et-unième siècle, voilà nos bons apôtres qui adoptent une politique d\u2019indifférentisme, de relativisme et d\u2019un commun dénominateur où toutes les valeurs religieuses et où les volontés des parents sont réduites à 1 inefficacité.L éducation physique, elle au moins, deviendra obligatoire ! Cette volonté de neutralité, cette glissade vers la sécularisation de la Cité a commencé avec les commissaires du Rapport Parent qui, officiers d\u2019un Etat neutre, se sont crus obligés de se dire neutres.Ils ont engendré un Conseil supérieur de l\u2019Education qui ne veut pas se considérer comme représentant la population mais seulement comme une extension du ministère neutre de l\u2019Education.A partir de là il engendre, à l\u2019aide de sophismes et d\u2019une servilité d esprit remarquable, des comités régionaux neutres.Comment alors, dans une telle perspective pourrons-nous jamais faire respecter les droits des parents ?Au nom de la paix sociale et de la tolérance (sinon de l\u2019oecuménisme-à-la-sauce-mini-croyante) ces Comités régionaux auront tôt fait de rechercher le commun dénominateur qui, par hasard, ne peut se retrouver que dans la plus stricte neutralité sur les valeurs religieuses. LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'ÉDUCATION 521 Nous savons bien que le Rapport Parent, puis son satellite le Conseil supérieur de l\u2019Education, veulent assurer l\u2019instruction religieuse pour ceux qui le voudront.Mais, encore une fois, ce sera en creusant le fossé entre le profane et le sacré, entre la foi et la vie, entre 1 Evangile et le monde, entre la science et la religion.Toujours la même question essentielle reviendra : comment un Comité régional neutre chargé de l\u2019engagement des professeurs s\u2019y prendra-t-il pour assurer des maîtres vraiment imprégnés d\u2019esprit chrétien aux écoles catholiques ?Et où les préparera-t-on ces professeurs ?3.___Finalement le Conseil supérieur de l\u2019Education se fait le champion du monopole scolaire.Déjà le Rapport Parent (volume 4, numéro 361 et suivants), dans un effort de planification et de coordination, avait cherché une solution au problème des institutions privées.Il avait conclu qu\u2019elles devaient copier le système d\u2019Etat, s\u2019uniformiser, s\u2019intégrer ou que l\u2019Etat leur refuserait toute subvention.Le Rapport Parent comparaît le plan scolaire à un plan d\u2019urbanisme : comme on planifie les rues et les maisons ainsi doit-on planifier les enseignements et les structures pédagogiques : \u201cOn accepte de moins en moins de voir le développement scolaire obéir à l\u2019empirisme du moment; on voudrait plutôt qu\u2019il suive les règles d\u2019un plan d\u2019ensemble, à la manière d\u2019une ville que l\u2019on transformerait suivant les projets tracés par un urbaniste.\u201d Le secteur privé est considéré comme un danger (numéro 374).La conclusion devient inévitable: l\u2019Etat deviendra l\u2019unique pédagogue du Québec.Cette vision socialiste du système scolaire entraîne la perte d\u2019une liberté essentielle pour les parents : celle d\u2019ouvrir des écoles de leur choix et l\u2019obligation pour 1 Etat de respecter la justice distributive dans la répartition des impôts scolaires.Le Conseil supérieur de l\u2019Education se fait le défenseur de cette thèse de la socialisation à outrance par la centralisation de tout l\u2019enseignement entre les mains de l\u2019Etat.Il consent bien à ce que des écoles privées spéciales puissent exister, comme des écoles pour des aveugles, des écoles de danse, etc., mais à titre 522 ACTION NATIONALE marginal, sans influence sur la marche de la société.Toute la population perd une liberté occidentale.Seuls les pays communistes refusent de reconnaître la liberté des parents d ouvrir des écoles de leur choix.Au contraire, en Europe (Angleterre, France, Belgique, Hollande, etc.), les Etats respectent le pluralisme en reconnaissant cette liberté fondamentale des parents et l\u2019obligation de subvenir à leur bonne marche.Le Conseil supérieur de l\u2019Education se fait étatisant, centralisateur et devient l\u2019organisme d\u2019un groupe de fonctionnaires plutôt que le port franc de la pensée (comme le voulait M.Gérin-Lajoie) et un intermédiaire entre la population et le ministère.La philosophie scolaire du Conseil supérieur n\u2019est pas acceptable.Encore une fois la population est trahie.Conclusion Cette analyse est dévastatrice quant aux intentions manifestées et aux directives du Conseil supérieur de l\u2019Education.Les grands moyens de communications sociales n\u2019ont voulu rien voir de ces visées : ils les ont mises en évidence puis ils ont fait le silence.Aucune analyse n\u2019a été proposée par des universitaires, par des experts, par des journalistes qui auraient été autre chose que les serviteurs des puissances en place.Le silence de ceux qui ont reçu le don d\u2019intelligence et la passivité de ceux qui occupent des fonctions-clés dans notre nation, créent le drame que nous vivons : le peuple chrétien de la province de Québec connaît un immense progrès mais dans cette même poussée progressive il se mêle des éléments pourris sur lesquels il y a comme une complicité universelle du silence ou une lâcheté des volontés propres aux peuples trop habitués à toutes les soumissions.Le Conseil supérieur de l\u2019Education, après sa grande exhortation au dialogue et à la participation scolaire, a résolu de lâcher la rhétorique et la métaphysique pour passer aux réalités concrètes: il s\u2019est alors prononcé en LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'ÉDUCATION\t523 faveur de la neutralité des structures pour les CEGEP et les Comités régionaux, il a aussi décidé de porter le coup de mort aux institutions privées en se prononçant pour le socialisme d\u2019Etat.Il peut l\u2019emporter.Il l\u2019emportera si la population et les classes dirigeantes continuent à rester passives, sans une juste intelligence de leurs responsabilités pour l\u2019avenir des véritables libertés religieuses et culturelles de notre Québec.Décidés, tout de même, à une contre-offensive nous demandons à tout le public de demander la démission de M.Jean-Marie Martin, actuel président du Conseil supérieur et de M.David Munroe, vice-président du même Conseil supérieur.Ils noyautent ce Conseil l\u2019un comme ancien fonctionnaire du ministère de l\u2019Education, l\u2019autre comme ancien membre de la Commission Parent, les deux comme salariés du ministère de l\u2019Education.Ces personnages enlèvent au Conseil supérieur toute capacité d\u2019impartialité.Ils entraînent le Conseil dans le sillage des plans et volontés des fonctionnaires du ministère.Ils se font les avocats de l\u2019Etat centralisateur et de l\u2019Etat neutre.Toute la population voit les thèses de l\u2019ancien Mouvement laïque de langue française devenir la thèse même de l\u2019Etat.Toute la population voit les faits sociologiques asservis à une idéologie.Toute la population voit des libertés fondamentales sacrifiées sous le couvert de mots ambigus et de sophismes inacceptables.Il faut, non pas s\u2019opposer au progrès véritable, mais arrêter une hémorragie de liberté et avertir les responsables sur les valeurs de vérité et de justice que nous voulons garder.Le progrès n\u2019est pas dans le sens de la vassalisation de tout le système scolaire à un Etat neutre.La synthèse entre la foi et la culture, sans laquelle le dialogue entre l\u2019Eglise et l\u2019Humanité se réduirait à peu de choses, est trop essentielle pour être laissée à la merci des seules institutions d\u2019Etat et des seules structures neutres. 524 ACTION NATIONALE DE GAULLE ET LES ANGLO-SAXONS Les Anglo-Saxons vont trop loin dans leurs attaques contre de Gaulle et la France.Ils se servent de leur antipathie pour détourner l'attention du monde sur les véritables motifs de la décadence de l'Angleterre.Trop souvent quand on est mécontent de soi et de la vie, on tâche de trouver un bouc émissaire à injurier.Cela permet de garder bonne conscience et d'oublier un peu ses propres fautes.Il est évident que le socialisme est une des grandes raisons du marasme de l'Angleterre.Le socialisme progressivement envahissant surtout depuis la deuxième Grande Guerre a empêché le pays de rien rénover.C'est au nom de l'égalitarisme que les gouvernants ont été obligés d'appuyer les mesures médiocres, de rechercher une politique de la masse, sacrifiant ainsi la véritable compétence et la recherche de l'excellence.Les syndicats figés dans leurs intérêts mesquins ont vicié le râle international de l'Angleterre et sont la cause la plus importante de la fuite des contrats, de la fuite des compétences et de la fuite des capitaux.De plus toute l'Angleterre a mis bien du temps à prendre conscience de sa vocation européenne.Encore aujourd'hui, elle ne veut rien lâcher du Commonwealth et de ses relations avec les Etats-Unis.Ces indécisions et ces calculs machiavéliques pour tirer avantage de tout, peuvent-ils empêcher les Européens de voir en l'Angleterre le cheval de Troie qui, une fois introduit en Europe, laisserait les grands cartels américains s'emparer du Marché Commun, via Londres.Blessée par son commerce déficitaire, meurtrie par la déchéance de son prestige, anémiée par la fuite de ses savants et de ses compétences, l'Angleterre essaie de rire encore en caricaturant le général de Gaulle.Elle rit jaune.Sa folle équipée dans l'assurance-maladie universelle a imposé un corset de fer à tous ses budgets: l'Angleterre peut-elle évoluer encore et tenter une rénovation industrielle ?Son socialisme exagéré a plafonné sa capacité d'action et de rénovation.Elle reste une dure leçon pour l'Occident, pour cet Occident qui perd l'esprit d'initiative ou qui ne peut assurer un avenir à ses compétences autrement qu'en les réduisant â devenir des fonctionnaires condamnés à la médiocrité. ACTION NATIONALE 525 QUI A RAISON ?Madame Denise Laporte-Dubuc, membre de l'Union des Familles, écrit dans Le Devoir du 13 janvier 1968: \"Au sujet des écoles privées, j'ajouterai qu'il y a tout lieu de croire que nous en aurons mais elles seront normalement aux frais de ceux qui les utiliseront.On imagine mal des écoles subventionnées totalement, donc propriétés de la communauté, et qui ne seraient pas au service de toute la collectivité.\" Voilà ce qu'elle pense et voilà ce qu'elle dit, d'accord en cela avec les dirigeants de son association.Le Concile pense d'une façon diamétralement opposée.Il déclare: \"Le droit inaliénable et le premier devoir des parents est d'éduquer leurs enfants; ils doivent donc jouir d'une pleine liberté dans le choix de l'école.Le pouvoir public, dont le rôle est de protéger et de défendre les libertés des citoyens, doit veiller, conformément aux normes de la justice distributive, à répartir les subsides publics de façon que les parents soient vraiment libres de choisir, selon leur conscience, l'école pour leurs enfants.\" Deux mille évêques du monde entier ne pensent donc pos comme Madame Denise Loporte-Dubuc.En cette question la foi n'est pas engagée mais seulement la logique de la foi.Est-ce qu'inconsciemment.Madame Denise Laporte-Dubuc ne serait pas conditionnée, façonnée par la façon de penser des neutres et des socialisants ?Elle n'aurait pas eu le temps de repenser le problème, de retrouver les graves raisons qui ont motivé le Concile à revendiquer la justice distributive pour assurer la liberté des parents, mais elle aurait accepté de bonne foi les dires de son entourage, et elle aurait bu une couleuvre.Elle reste un témoin de ceux qui se disent catholiques et qui, par osmose, en arrivent à parler comme ceux qui favorisent le monopole scolaire d'Etat.Sans le savoir, elle travaille contre les libertés fondamentales, elle travaille contre la véritable démocratie.Nous vivons une tempête: il n'est pas surprenant si, en de nombreuses conclusions, des opinions diverses apparaissent et disent un catholicisme ambigu. 526 ACTION NATIONALE LES MALHEURS DES LIBÉRAUX-FÉDÉRAUX Nous assistons, impuissants, à l'orchestration par les puissances anglo-canadiennes de tous les moyens de communications sociales en faveur de la candidature de M.Jean Marchand ou de M.Pierre-Elliott Trudeau au poste de premier ministre libéral à Ottawa.Le Québec connaît leurs idées.Dix fois il les a rejetées.Si l'un ou l'autre est élu, ce ne sera pas à cause des Canadiens-français mais seulement à cause des Anglo-Canadiens.Ceux-ci calculent bien leur affaire.Si un Marchand ou un Trudeau est élu, l'Establishment anglo-saxon est rassuré sur la question des transformations constitutionnelles et sur l'endiguement du nationalisme canadien-fron-çais.Marchand ou Trudeau seront de bons instruments entre leurs mains.Ces deux-là savent que le Québec les rejette.Néanmoins ils accepteraient d'être imposés comme représentants du Québec.Connaissant leurs idées, c'est une injure faite au Québec que de choisir l'un ou l'autre.Toute la révolution tranquille menacerait d'avorter au point de rendre évident à la majorité, la nécessité du séparatisme politique.Nommer Marchand ou Trudeau, c'est pousser le Québec au séparatisme.Et momentanément c'est pousser le Québec à voter en bloc pour M.Stanfield.Alors le dialogue aurait la chance d'être valable.Il n'est pas un pitre ou un instrument.Quant à M.Gérard Pelletier, son silence n'est pas sans dignité. A par Odina Boutet Il manque au Canada des institutions politiques qui puissent incorporer non seulement les Canadiens français mais aussi leurs caractéristiques.Si les Canadiens français tiennent à leur identité, ils ne peuvent accepter aucune organisation qui écarte leurs caractéristiques.La base de toute entente qui veut parvenir à un degré d\u2019unité canadienne, sans tromper les Canadiens français par aucune substitution, doit aménager une place pour l\u2019incorporation des caractéristiques canadiennes-françaises.Il ne s\u2019agit pas de définir quelles sont ces caractéristiques, pas plus qu\u2019on ne demande aux Canadiens anglophones de définir les leurs.Il y a une situation de fait qui oblige actuellement les Canadiens français à se plier aux formes et aux manières de la majorité anglophone.L\u2019entreprise canadienne est dominée par ces formes et ces manières.L\u2019unité canadienne n\u2019a pas non plus d\u2019autre sens que celui qui lui est donné par la majorité anglophone.Les Canadiens français qui ne veulent pas s\u2019y conformer sont l\u2019objet d\u2019un chantage permanent.Tous les moyens qui sont naturels aux anglophones sont utilisés pour amener les Canadiens français à contribuer à cette entreprise canadienne.La confusion est telle au sein de la société canadien-ne-française qu\u2019aucune définition valable ne peut faire son chemin et aboutir à une action conséquente.Au niveau de la population, les esprits sont très mélangés, très inconséquents.On ne sait pas faire la relation entre tel et ^ 528 ACTION NATIONALE tel gouvernement, telle et telle administration, telle et telle autorité.On ne sait pas qui est celui-ci, qui est celui-là, à quoi se rapporte ceci, à quoi se rapporte cela.Il y a une substitution en cours, qui avance en souriant et qui remplace dans les esprits le sens des mots, le sens de la responsabilité, le sens de l\u2019initiative, et qui instaure un nouveau sens commun, un nouveau sens du bien qu\u2019on attend d\u2019eux et du mauvais qu\u2019on réprouve.Les Canadiens français doivent faire face à des engagements de caractère qui orientent différemment leur propre caractère.Cela est sans doute naturel, dans un environnement différent de celui qui a formé la patrie des Français.Mais, les Canadiens anglais aussi sont dans un environnement différent de celui des Anglais.Qu\u2019ils ne profitent pas de leur plus grand nombre pour nous imposer une évolution qu\u2019ils seraient les seuls à diriger.S\u2019ils ont tellement confiance en leur supériorité, qu\u2019ils se contentent de la vivre.Quant à nous, nous évoluerons selons des manières qui resteront naturelles à notre culture.Le grave problème d\u2019identité qui mine la société ca-nadienne-française vient du fait que la constitution de 1867 l\u2019incorpore aux Canadiens anglais, dans des institutions politiques de caractère anglais, sans lui laisser le moyen d\u2019incorporer également ses caractéristiques dans ces institutions.C\u2019est une façon sournoise et rusée de lui refuser le moyen de s\u2019identifier à ses propres caractéristiques, sur un pied d\u2019égalité avec les Canadiens anglais.Quand l\u2019actuel premier ministre du Québec, M.Daniel Johnson, proclame: \u201cégalité ou indépendance\u2019\u2019, il ne définit pas où est l\u2019égalité.S\u2019il s\u2019en tient à la formule des particularismes, il n\u2019aboutira jamais qu\u2019à une succession de réclamations, peu importe qu\u2019on appelle cela un statut particulier ou autrement.On peut vouloir être égal de telle façon et rester indifférent à tout le reste.Cela n\u2019est qu\u2019une illusion, de la part de gens qui bien souvent veulent jouer le jeu à la manière des anglophones, en s\u2019y croyant, à tort ou à raison, aussi adroit qu\u2019eux. L'INCORPORATION DE NOS CARACTÉRISTIQUES 529 Mais la population canadienne-française a un autre problème, plus fondamental, et qui n\u2019est pas de soi politique, mais profondément humain et rattaché à l\u2019esprit par les sens et aux sens par l\u2019esprit.C\u2019est un problème d\u2019identification et de rapport, c\u2019est un problème de conséquence et d\u2019action, c\u2019est un problème de conception et de vérification.Nul ne peut vivre logiquement avec lui-même, s\u2019il est appelé à se vérifier en dehors de ses propres caractéristiques.C\u2019est déjà beaucoup d\u2019avoir à se reconnaître dans des conditions normales.Cela devient plus difficile dans un mouvement d\u2019évolution rapide, dans un monde où les contacts s\u2019accélèrent.C\u2019est une prétention de croire qu\u2019on peut y parvenir quand les caractéristiques étrangères sont substituées aux nôtres, dans des institutions qu\u2019on veut nous faire prendre quand même comme étant les nôtres.Il y a eu des cas de populations qui ont été soumises à des entortillements du même genre, de la part des Anglais toujours, dans des temps où l\u2019isolement et le particularisme avaient la vie plus facile.Nommons l\u2019Ecosse, qui a eu ses rois et ses reines, parallèlement à l\u2019Angleterre qui avait les siens, qui a eu son parlement pendant que les Anglais avaient le leur.Que reste-t-il de tout cela ?La substitution a fait son oeuvre, lentement, en souriant.Après le premier siècle de la conquête anglaise au Canada, les Canadiens français étaient mûrs pour une concession aveugle et ce fut celle de Louis-Hippolyte La Fontaine.Il a accepté l\u2019union des partis politiques de langue anglaise et de langue française.Les conditions qu\u2019il avait posées lui paraissaient suffisantes, mais lui aussi avait misé sur une égalité particulière.La Confédération n\u2019a pas mis de temps à suivre et les Canadiens français ont plongé dans un avenir politique où n\u2019existaient plus les garanties obtenues par LaFontaine, où sont disparus, non seulement des fleuves de promesses et de belles paroles mais, d\u2019autres garanties qui avaient été 530 ACTION NATIONALE données par la constitution elle-même, dans les Provinces et sous l\u2019autorité du gouvernement fédéral.Face à la substitution, la société canadienne-françai-se, trompée sans le comprendre, engagée sans le voir, mélangée par les rapports contradictoires, se voit offrir des paradis illusoires, dont les plus alléchants lui sont mis sous le nez depuis longtemps.On s\u2019habitue à se faire leurrer et on trouve ça gentil que quelqu\u2019un veuille nous offrir de la nourriture autour d\u2019un hameçon.Il n\u2019y a pourtant à établir que deux choix très nets et très logiques : s\u2019assimiler aux anglophones ou se caractériser complètement avec soi-même.Non, il n\u2019y a pas d\u2019autre option.Que le choix soit fait très vite, tandis qu\u2019il est encore possible.Si on veut s\u2019assimiler, qu\u2019on le dise franchement et qu\u2019on le fasse au plus tôt.Si on veut se caractériser avec soi-même, qu\u2019on se donne les institutions de la souveraineté et qu\u2019on ne manque surtout pas de les protéger soi-même, juridiquement et politiquement.Le mouvement de balancier qu\u2019on nous fait présentement subir entre Ottawa et Québec est contradictoire et nous devons refuser de faire avancer davantage une entreprise canadienne commune qui n\u2019incorpore pas nos caractéristiques, une entreprise canadienne qui n\u2019a qu\u2019un sens pour son évolution, celui de la majorité de langue et de culture anglophones.Nous vivons en insensés.Quelqu\u2019un doute-t-il qu\u2019il y a substitution, ou est-il trop mélangé pour la voir ?Substitution de mots: Canadien, signifiant habitant de langue française du Canada, remplacé par Canadien, signifiant une majorité d\u2019habitants de langue anglaise du Canada; nation, signifiant population de langue et de culture identiques, remplacé par nation, signifiant population d\u2019un Etat unifié.Substitution de caractère : le caractère français des Canadiens, remplacé par le caractère anglais des individus, des institutions et de leurs réalisations.Substitution d\u2019autorité: une représentation canadienne-française qui doit renoncer à ses propres projets, chaque fois qu\u2019ils ne con- L'INCORPORATION DE NOS CARACTÉRISTIQUES 531 cordent pas avec les projets des Canadiens anglais, qui doit renoncer à ses critères de jugement pour adopter ceux des anglophones, qui doit renoncer à son éthique pour utiliser celle des anglophones.Substitution de patrie: les Canadiens de langue française qui doivent s\u2019accoler le mot français et s\u2019appeler Canadiens français, après avoir été les Canadiens à cent pour cent et les Canadiens \u201cpure laine\u201d, pour éviter de se faire identifier avec les Canadiens de langue anglaise qui ont adopté leur nom, le nom de leur patrie, sans adopter leur caractère ni le caractère de leur patrie.Qu\u2019est-ce que la substitution ?C\u2019est l\u2019âme de la piraterie.Qu\u2019est-ce qu\u2019un pirate ?Est-ce, encore aujourd\u2019hui, quelqu\u2019un qui va sur les mers du Nord, comme un Viking, ou n\u2019est-ce pas plutôt celui qui, en Occident, n\u2019a pas accepté dans son coeur et son esprit l\u2019ordre romain ?Il y en a qui font aussi de la substitution de terrain: le Labrador québécois devient terre-neuvien.Ils ont la vie facile avec nous, parce qu\u2019ils ne craignent pas notre revanche : ils savent que nous ne faisons pas de substitution.Nous sommes civilisés dans un effort pour garder les définitions justes, et nous sommes apprivoisés par la confiance que d\u2019autres voudront finalement se résoudre à faire de même.Mais, qu\u2019adviendra-t-il d\u2019eux, s\u2019ils nous embrouillent au point où nous manquerons de confiance en nos définitions, sans nous avoir donné suffisamment confiance en eux pour que nous les suivions aveuglément ?Qu\u2019adviendra-t-il de leur entreprise, si malgré l\u2019ambiguïté et la confusion, nous rassemblons assez de nos caractéristiques pour reprendre une identité et travailler à notre parti ?Vont-ils s\u2019insu-lariser, comme l\u2019a fait l\u2019Angleterre devant l\u2019Europe ?ou vont-ils s\u2019apprivoiser à l\u2019idée d\u2019un Canada où les influences civilisatrices se partagent ?Nous avons, nous aussi, des choses à apprendre d\u2019eux.La réconciliation avec le naturel, et le développement d\u2019une éthique des relations entre individus selon, précisément, un ordre naturel qui tient compte des inconvé- 532 ACTION NATIONALE nients et des avantages naturels.Est-ce en nous que se fera la réconciliation de l\u2019ordre naturel et de l\u2019ordre romain ?Déjà on voit diminuer l\u2019autorité absolue et grandir 1 autorité naturelle, dans notre société en transition.Aurons-nous l\u2019adresse de concilier les deux ?Pour ce faire, il est essentiel que nous ayons une liberté de mouvement et de pensée qui ne soit entravée ni par l\u2019autorité \u201cromaine\u201d, ni par l\u2019autorité \u201csaxonne\u201d ou anglo-américaine ou anglo-canadienne, qu\u2019on l\u2019appelle comme on voudra.De toute façon, nous sommes une société qui évolue et il est bien difficile de fixer des définitions qui devraient nous circonscrire.Nous n\u2019avons pas à nous définir pour nous gouverner, mais à nous gouverner pour arriver plus tard à nous définir.Nous existons.Nous agissons dans notre sens.C\u2019est tout.Que l\u2019ordre romain ait sa part, que l\u2019ordre naturel ait la sienne, et faisons confiance à nos origines, à la langue française et aux impératifs de notre situation, pour que la justice de nos décisions s\u2019accorde à la justesse de nos vues.Que vive l\u2019Etat souverain qui soit d\u2019accord avec notre esprit et notre coeur, et qu\u2019il évolue selon nos caractéristiques ! Que Dieu veille sur nous, nous y veillons aussi ! Si un Etat peut se porter garant de notre identité, c\u2019est bien le Québec.Et si Ottawa veut marcher sur nos traces, comme il le fait chaque fois que le Québec accomplit une démarche à Paris, qu\u2019il suive et qu\u2019il prouve ses véritables intentions.Mais Québec demeurera notre garant à cent pour cent, notre patrie à cent pour cent et nous ajouterons à notre devise: Je me souviens de l\u2019Ecosse, aussi. ACTION NATIONALE 533 POURQUOI LES MINISTRES FÉDÉRAUX TRAVAILLENT CONTRE LE QUÉBEC Dons L'ACTION NATIONALE, janvier 1968 (page 53S et suivantes), un de nos collaborateurs montrait que, par la logique des choses, les ministres et les députés canadiens-françois du Québec à Ottowa étaient obligés, POUR JUSTIFIER LEUR PROPRE ROLE, de s'opposer à toute nouvelle demande d'autonomie fiscale ou constitutionnelle de la province de Québec.Ainsi ils devenaient les principaux adversaires de toute revendication du Québec.\"LEUR PUISSANCE PERSONNELLE A OTTAWA, disait notre collaborateur.DEPEND DE NOTRE ENCHAINEMENT NATIONAL A LA CONFEDERATION.\" Ces paroles étaient prophétiques.Elles ont justement servi M.Pierre-Elliott Trudeau dans son argumentation contre le premier ministre de la province de Québec.Voici comment ses paroles étaient rapportées par THE MONTREAL STAR (mardi, 6 février 1968, p.2, 4e colonne): \"No politician worth his salt would want to be a member of the ministry if he came from a province with such great powers that he, himself, then, represented little in Ottawa.\" \"Under the set of powers for Quebec, ajoutait M.Pierre-Elliott Trudeau, that Mr.Johnson seemed to be proposing, French speaking ministers would have to stand back and keep quiet when these issues were discussed in the Cabinet.THE CONSEQUENCES WOULD BE OBVIOUS.THE REASON FOR A FRENCH PRESENCE IN OTTAWA WOULD BE DESTROYED AND FRENCH CANADIAN CIVIL SERVANTS WOULD WANT TO WORK IN QUEBEC CITY, IF THAT WAS WHERE THE VITAL DECISIONS WERE BEING TAKEN.\" C'est bien ce que nous pensons: plus le Québec aura de pouvoirs, plus la députation canadienne française du Québec à Ottawa devient de peu d'importance.Bien davantage nous croyons que c'est à Québec que doivent se prendre les décisions vitales.Nous avons derrière nous cent ons de Confédération où notre députation à Ottawa nous a mal représentés et a plutôt arrêté qu'encouragé notre évolution constitutionnelle comme nation.De ces grands parleurs et de ces petits faiseurs, nous en avons assez ! Nous comptons sur un Québec fort.La vraie raison d'être de nos députés à Ottawa doit être de servir les intérêts du Québec et non de servir d'instruments à l'hégémonie et à la centralisation des Anglo-Canadiens qui nous étouffent par leur administration pour une seule nation. 534 ACTION NATIONALE LES MÉTAMORPHOSES D'UNE IDÉE M.Claude Ryan est persuadé que les Etats généraux ne sont pas représentatifs de la nation canadienne-française.Mme Solange Chaput-Rolland lui a répondu qu'en effet la représentativité est toujours relative et que si un citoyen sur 5,000,000 n'admet pas les idées des Etats généraux il peut toujours dire qu'il n'est pas représenté.Tous ceux qui sont contre ne sont jamais représentés.Mais, dans son éditorial du 9 décembre, M.Ryan trouve que le Rapport Laurendeau-Dunton, approuvé à l'unanimité par dix citoyens, possède une représentativité qui ne fait de doute aux yeux de personne.Veut-il se moquer de nous ?Quoi qu'il en soit de la valeur intrinsèque du Rapport, les commissaires sont-ils représentatifs du Canada français ?Or ils ont été nommés par le gouvernement fédéral.Et en quoi Jean Marchand et Jean-Louis Gagnon sont-ils représentatifs du Canada français ?Suffit-il d'être nommé par le gouvernement fédéral pour être un pur, un représentatif, un sans-ambitions-politiques ?Et en quoi ces dix personnes, nommées par le gouvernement anglo-saxon d'Ottawa, sont-elles plus représentatives que les 2,000 délégués élus dans les 100 circonscriptions électorales du Québec pour les Etats généraux ?Faudra-t-il aller plus au fond de la question et demander en quoi LE DEVOIR perd sa représentativité du Canada français ?Quant à tout mettre en question, nous aurions là un sujet brûlant ! À PROPOS DE L'ÉCOLE MULTICONFESSIONNELLE par Jean Genest Une lettre d\u2019un lecteur publiée dans le DEVOIR de samedi 13 janvier 1968 (p.5) nous permet de voir comment des catholiques bien intentionnés sont absolument ignorants des prises de position de l\u2019Eglise catholique sur le problème de l\u2019école multiconfessionnelle.Ce lecteur se dit catholique.Nous la croyons.Elle dit appartenir à l\u2019Union des Familles et elle est très heureuse que son association \u201cn\u2019ait pas peur\u201d, comme elle dit, de l\u2019école multiconfessionnelle.En ce point précis, elle et son Union, représentent-elles la position de l\u2019Eglise ?Il ne s\u2019agit plus d\u2019avoir peur ou non, de mettre le problème sous l\u2019angle émotionnel ou non, mais de le mettre dans sa vérité objective: quelle est la position de l\u2019Eglise sur l\u2019école multiconfessionnelle ?A la suite de quoi, il sera facile de savoir si cette dame et l\u2019Union des familles présentent une opinion personnelle ou locale ou si elles tiennent la position de l\u2019Eglise.S\u2019identifient-elles à l\u2019Eglise ou s\u2019en éloignent-elles en ce point précis: voilà le problème que la population du Québec a tout intérêt à connaître pour mieux expliquer les mémoires et les pressions exercées par leur exécutif par rapport à toute autre association de parents.Alors la population catholique saura mieux à quelle association donner son adhésion en toute connaissance de cause, sans tricherie ou fausse représentation. 536 ACTION NATIONALE QU EST L\u2019ÉCOLE MULTICONFESSIONNELLE ?Qu\u2019est l\u2019école multiconfessionnelle ?Cette dame la définit correctement : une école où les enfants catholiques sont mêlés aux neutres et aux enfants de toute autre confession.Cela entraîne plusieurs conséquences.1.\t\u2014 La première est celle-ci: l\u2019école multiconfessionnelle, à cause de la présence de plusieurs croyances religieuses, d\u2019athées et de neutres, doit offrir un enseignement totalement neutre et obliger les maîtres à s\u2019en tenir strictement à un enseignement neutre.Cependant, dans l\u2019école multiconfessionnelle, la neutralité reste ouverte en ceci qu\u2019elle n\u2019exclut pas de ses murs toute instruction religieuse, au contraire elle invite toutes les confessions religieuses à donner une ou deux périodes hebdomadaires d\u2019instruction religieuse ou de formation civique à ceux qui le désirent.Le point précis de la difficulté c\u2019est que tout l\u2019enseignement de la culture humaine se fait avec un esprit neutre, que toute la marche et le climat de l\u2019école est entièrement neutre, que toute la direction et l\u2019équipe professorale est obligée, dans une telle école, à une attitude rigoureusement neutre.Si un professeur parle de l\u2019immortalité de l\u2019âme, le fils du communiste peut se plaindre au directeur que son professeur essaie de l\u2019endoctriner à des théories que ses parents refusent.Si un autre parle de Jésus-Christ, l\u2019élève juif pourra se plaindre à ses parents qu\u2019on veut violenter sa conscience.Ainsi de suite.De sorte que tout l\u2019enseignement doit être confiné à l\u2019information et à la préparation des examens ou de quelque diplôme, conçu comme la nouvelle divinité, ersatz de la véritable.2.\t\u2014 La deuxième conséquence est que l\u2019école multiconfessionnelle empêche l\u2019Eglise d\u2019entrer en dialogue avec l\u2019humanité.Comment cela ?C\u2019est bien simple : si tout l\u2019enseignement de la culture humaine (sciences, technique, littérature, philosophie, géographie, histoire, arts, etc.) se fait en dehors de toute référence à Dieu, à l\u2019Evan- L'ECOLE MULTICONFESSIONNELLE 537 gile et aux enseignements de l\u2019Eglise, il finit par s\u2019établir dans l\u2019esprit des élèves une division, caractéristique de l\u2019école neutre: l\u2019élève apprend à nager dans deux mondes séparés, celui de son instruction religieuse et celui de son instruction neutre.Catholique le dimanche, il est neutre le restant de la semaine.La synthèse entre la foi et la vie ne se fait pas.La foi n\u2019imprègne plus la culture.La vie du chrétien et la vie du citoyen restent deux vies séparées, sans influence l\u2019une sur l\u2019autre.Le chrétien ne peut pas informer l\u2019intellectuel, le savant, le citoyen dans la personne elle-même, par pauvreté et anémie de croissance.Ces baptisés devenus savants, ne peuvent plus parler comme savants chrétiens: le dialogue reste technique et le spirituel est en péril.3.\u2014 Pire encore, l\u2019école multiconfessionnelle, justement parce qu\u2019elle offre un mélange de toutes les religions à des enfants qui n\u2019ont pas la formation intellectuelle pour justifier les prises de position de leur foi, favorise l\u2019indifférentisme religieux, le relativisme moral.Il y aura des exceptions.Evidemment.Il y a toujours des exceptions avec notre condition humaine si complexe.Mais l\u2019ensemble \u2014 et l\u2019histoire de plusieurs pays occidentaux en reste une preuve irréfutable \u2014 accepte le commun dénominateur de ceux qui ne pratiquent pas et dont les attitudes ne sont pas inspirées par une foi.L\u2019école multiconfessionnelle joue un rôle négatif, dans le milieu conformiste étudiant, absolument accablant.Elle défait les convictions trouvées au foyer.Elle propose des problèmes trop forts pour chaque étape du développement intellectuel de l\u2019enfant.Elle n\u2019offre pas de temps de réflexion pour mettre au point la réponse chrétienne que les événements demandent.Non soutenu par des maîtres, bousculé par le programme, ie jeune finit pas s\u2019adapter à la masse étudiante adaptée elle-même à une société plus facile, plus sécularisée, plus vidée de ses valeurs religieuses.L\u2019école multiconfessionnelle, malgré quelques périodes d\u2019instruction religieuse, conduit l\u2019ensemble des croyants à l\u2019indifférentisme.Ou encore à une sorte de protestantisme intérieur, au catholicisme où chacun se prend pour le Pape et accède im- 538 ACTION NATIONALE prudemment au libre examen universel.C\u2019est comme si dans le Corps mystique, il introduisait une coupure entre la Tête et les Membres.C\u2019est mortel.4.\u2014 L\u2019école multiconfessionnelle les conduit aussi à l\u2019ignorance des grands problèmes de notre temps.Car les grands problèmes, les problèmes substantiels de toute grande civilisation, ce sont des problèmes de théologie, des problèmes de dimension religieuse.Les civilisations qui ne savent plus adorer, ne sont plus aptes qu\u2019à s\u2019éteindre car elles meurent, d\u2019abord, dans leur âme avant de périr par leur impuissance politique ou militaire.Laisser nos jeunes dans l\u2019ignorance des grands problèmes contemporains \u2014 ceux que le Concile a particulièrement étudié, par exemple dans Gaudium et Spes \u2014 et des solutions que l\u2019Evangile apporte, c\u2019est vraiment criminel.Criminel contre la foi.Or c\u2019est au fur et à mesure que les maîtres chrétiens rencontrent ces problèmes qu\u2019ils doivent apporter les solutions, rectifier l\u2019orientation des pensées et des destinées chez leurs élèves.Mais on entrave leur liberté d\u2019exposition dans une école multiconfessionnelle.Dans leur âge mûr ces jeunes de l\u2019école multiconfessionnelle ne seront pas prêts à dialoguer sur les grandes questions morales et scientifiques apportées par le monde scientifique, philosophique ou littéraire.A cause d\u2019eux et de leur silence persistant, l\u2019Eglise ne pourra entrer en dialogue avec l\u2019humanité.Elle sera silencieuse parce que ses fils n\u2019auront pas été préparés: compétents dans les connaissances humaines mais restés puérils dans tout le domaine religieux qui n\u2019informe rien.Voilà ce que représente une école multiconfessionnelle: elle fausse la présentation de l\u2019univers en l\u2019appauvrissant de sa dimension religieuse.En taisant les synthèses nécessaires entre la foi et la culture elle prépare la passion de l\u2019Eglise vidée de ses docteurs et de ses compétences.Ces raisons \u2014 appuyées sur l\u2019histoire \u2014 expliquent la doctrine de l\u2019Eglise sur l\u2019école multiconfessionnelle. L'ÉCOLE MULTICONFESSIONNELLE 539 5.\u2014 Mais la dernière raison reste la principale: l\u2019Eglise a la responsabilité de faire grandir lu créature nouvelle.L\u2019Eglise assume le devoir de la croissance spirituelle chez le baptisé.Elle le prépare, en ce monde, à sa vocation de créateur d\u2019un foyer chrétien, d\u2019un prêtre au service de l\u2019humanité, d\u2019un missionnaire au service de la Parole, d\u2019un saint en qui transparaît le Christ.L\u2019Eglise sait que ce monde nouveau dû aux créatures renées dans le Christ se préparent mieux dans des écoles qu\u2019elle inspire.LA POSITION DE L\u2019ÉGLISE Quelle est la position de l\u2019Eglise sur l\u2019école multiconfessionnelle ?Elle n\u2019est pas difficile à connaître.Comment se fait-il que l\u2019exécutif de l\u2019Union des familles ou que plusieurs des membres semblent ignorer complètement ce que le Concile a demandé ?Le Concile définit ce qu\u2019une école catholique a en propre : \u201cCréer pour la communauté scolaire une atmosphère animée d\u2019un esprit évangélique de liberté et de charité, aider les adolescents dans le développement de leur personnalité à faire en même temps grandir la créature nouvelle qu\u2019ils sont devenus par le baptême, et finalement ordonner toute la culture humaine à l\u2019annonce du salut, de façon à éclairer par la foi la connaissance graduelle que les élèves acquièrent du monde, de la vie et de l\u2019homme\u201d (Déclaration sur l\u2019éducation chrétienne, no 8).Cette description, en ses éléments essentiels, dit tout autre chose qu\u2019une école multiconfessionnelle.Les catholiques ne sont pas libres, s\u2019ils aiment l\u2019Eglise et comprennent les buts de l\u2019Eglise, de choisir n\u2019importe quelle école : \u201cLe Concile rappelle aux parents chrétiens leur devoir de confier, quand et où cela leur est possible, à des écoles catholiques, de soutenir celles-ci selon 540 ACTION NATIONALE leurs moyens et de collaborer avec elles au bien de leurs enfants.\u201d Ces prises de position sont claires dès qu\u2019on réfléchit sur la nature de l\u2019adaptation au monde requise d\u2019un chrétien : ce n\u2019est pas de se séculariser mais d\u2019être prêt à apporter la levure divine à toute la pâte de l\u2019humanité.Pour cela il faut que les jeunes aient des convictions et des lumières sur leur propre religion.Aussi les autres grands documents du Concile insistent de façon claire sur l\u2019extrême importance de l\u2019école catholique et de sa liberté financière et culturelle.Par exemple dans la Déclaration sur la liberté religieuse on peut lire: \u201cLe pouvoir civil doit reconnaître aux parents le droit de choisir en toute vraie liberté les écoles et autres moyens d\u2019éducation, et cette liberté de choix ne doit pas fournir prétexte à leur imposer, directement ou non, d\u2019injustes charges.En outre, les droits des parents se trouvent violés, lorsque les enfants sont contraints de fréquenter des cours scolaires qui ne répondent pas à la conviction religieuse des parents, ou encore, lorsqu\u2019est imposée une forme unique d\u2019éducation d\u2019où toute formation religieuse est exclue\u201d (No 5).L\u2019école multiconfessionnelle met la formation religieuse en marge de la formation intellectuelle et personnelle normale par le moyen de la culture humaine.Elle ne répond pas aux devoirs des parents.C\u2019est pour cela que la grande constitution pastorale Gaudium et Spes montre Y harmonie qui doit régner entre la culture et le christianisme et dont la synthèse ne peut se faire que dans les écoles catholiques: \u201cQue les croyants marient la connaissance des sciences et les théories nouvelles, comme des découvertes les plus récentes, avec les moeurs et l\u2019enseignement de la doctrine chrétienne, pour que le sens religieux et la rectitude morale marchent de pair chez eux avec la connaissance scientifique et les incessants progrès techniques; ils pourront ainsi apprécier et interpréter toutes choses avec une sensibilité authentiquement chrétienne\u201d (No 62). L'ÉCOLE MULTICONFESSIONNELLE 541 Après avoir explicité, trop brièvement, la pensée du Concile sur ce point précis de l\u2019école catholique, très différente de l\u2019école multiconfessionnelle, avez-vous pensé à demander à nos évêques ce qu\u2019ils pensent de l\u2019école catholique et de l\u2019école multiconfessionnelle ?Le cardinal Paul Emile Léger, dans une allocution du 5 avril 1966, a comme d\u2019avance répondu à notre interlocutrice.Mais si elle ne l\u2019a pas lu, que faire ?Mais si elle préfère son opinion propre à celle des évêques, que faire ?Elle est catholique, certes, mais en oes points précis où elle diverge avec la Tête de l\u2019Eglise, présente-t-elle une doctrine sûre ?N\u2019est-elle pas plutôt une aveugle qui conduit d\u2019autres aveugles ?Rappelons certains points.Le cardinal affirme que ni au nom du pluralisme, ni au nom de la liberté religieuse faussement interprétée, les parents chrétiens ne peuvent abandonner l\u2019école catholique: \u201cCe que l\u2019Eglise veut, dit-il, c\u2019est une école où l\u2019intelligence de l\u2019enfant soit efficacement aidée dans sa recherche de la vérité sur le sens profond de la vie humaine et où sa liberté soit supportée sans être pourtant en aucune façon violentée.\u201d Plus loin, il met le point sur la différence essentielle entre l\u2019école catholique et l\u2019école multiconfessionnelle: \u201cIl est certain qu\u2019il n\u2019y a pas de mathématiques catholiques, ni d\u2019ailleurs oecuméniques.Mais il est certain aussi qu\u2019on n\u2019enseigne pas que des mathématiques à l\u2019école.A moins qu\u2019on ne la vide de tout son contenu humain, l\u2019école est aussi le lieu où l\u2019enfant est initié aux grands efforts de la pensée et de la réflexion de l\u2019homme qui sont transmises par la littérature, la philosophie, l\u2019art, la morale, par toutes les sciences de l\u2019homme.Il y a une manière d\u2019aborder tout cela qui peut être davantage destructrice de la foi et il y en a une qui peut être éducatrice de la foi.Il arrive qu\u2019on veïtille mettre en contradiction l\u2019esprit général du Concile avec l\u2019option que ce dernier a prise en matière scolaire; cette interprétation des choses n\u2019est pas fondée.Le Concile a promulgué une constitution qui s\u2019intitule: l\u2019Eglise dans le monde de ce temps.L\u2019intention profonde de ce document est de montrer que 542 ACTION NATIONALE ni l\u2019Evangile ni l\u2019Eglise ne peuvent être étrangers aux réalités de ce monde, pas même aux activités culturelles.Il n\u2019est pas illogique pour ce même Concile \u2014 comme on voudrait nous le faire croire \u2014 de vouloir qu\u2019à l\u2019école les activités de la culture soient en étroit contact avec la foi chrétienne.\u201d Que d\u2019autres passages seraient aussi éclairants sur la position de l\u2019Eglise et qui ruinent absolument la théorie de ces chrétiens qui voudraient promouvoir les écoles multiconfessionnelles, sous prétexte de démocratie.Il ne faudrait pas que la démocratie soit la cause d\u2019une débâcle des principes religieux dans les écoles parce que cela signifierait l\u2019effondrement de l\u2019esprit chrétien dans les chrétiens eux-mêmes.Ils ne seraient plus motivés par ce que les évêques français et les évêques allemands appellent \u201cla logique de la foi\u201d.Le cardinal Roy, dans une allocution du 30 juin 1966, insiste sur le fait que \u201cl\u2019école catholique est le milieu normal pour l\u2019éducation des enfants catholiques et que l\u2019on doit s\u2019occuper de la mettre à leur disposition, même au prix de grands sacrifices, chaque fois que la chose est possible\u201d.Il se fait solidaire d\u2019une déclaration des évêques d\u2019Allemagne (4 mars 1966) lorsqu\u2019ils disent: \u201cCe serait se méprendre sur les objectifs les plus profonds du Concile que de vouloir, comme on le fait souvent maintenant, recommander les écoles non confessionnelles pour des motifs oecuméniques.\u201d Ainsi le cardinal Roy rappelle, avec le Concile le devoir des parents chrétiens d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école confessionnelle.Dans sa largeur de vue, il évoque même le cas où \u201cdans tel ou tel endroit, il n\u2019y aura pas assez de monde pour donner à chaque groupe une école soit catholique, soit protestante ; on cherchera alors, dit-il, un arrangement convenable : on organisera une école qui ne répond pas à l\u2019idéal de l\u2019école catholique mais dans laquelle il y aura du moins une classe d\u2019enseignement religieux pour les catholiques et une pour les protestants.Ce sera la meilleure solution possible dans les circonstances\u201d. L'ÉCOLE MULTICONFESSIONNELLE 543 Mais il ajoute aussitôt que ce genre d\u2019école devrait être l\u2019exception.Seul le goût des écoles gigantesques et inhumaines pourrait alors comme nous forcer à accepter momentanément quelques écoles multiconfessionnelles mais le retour à des normes humaines et notre désir de sauver la culture véritable dans nos écoles nous ramènera à des normes plus équilibrées et devrait rendre les exceptions mêmes, improbables et non justifiables.Notre courageuse dame ajoute un curieux argument, vraiment trop superficiel.Elle dit: \u201cCes parents n\u2019ont pas peur des écoles multi-confessionnelles parce qu\u2019ils croient que le phénomène religieux se transmet avant tout dans la famille\u201d.Or le cardinal Léger avait déjà réfuté cette allégation le 26 janvier 1966: \u201cUne certaine motion de l\u2019école se répand un peu qui tend à limiter son rôle à la fonction d\u2019instruire l\u2019élève.Selon cette thèse, l\u2019école serait un centre où se donne une instruction, mais non pas proprement une éducation.Ces perspectives sont fort commodes, car une fois qu\u2019elles sont admises, on peut faire l\u2019économie d\u2019un système scolaire pluraliste.Transmettre des valeurs relèverait de la fonction éducatrice, et cette dernière ne serait pas la responsabilité propre des écoles, mais celle des Eglises, des parents et de certaines associations libres.Or sur le point qui nous occupe, les évêques du monde entier, au Concile, ont confirmé sans réticence la thèse de l\u2019école comme lieu non seulement de l\u2019instruction mais aussi de l\u2019éducation.\u201d Le courage ne suffit pas.Cette dame et l\u2019association qu\u2019elle veut représenter, ne devraient-elles pas commencer à être inquiètes sur leurs positions trop favorables à l\u2019école multiconfessionnelle ?Ne devraient-elles pas se demander si elles n\u2019ont pas oublié quelques aspects de la question qui leur aurait échappé au cours de leurs études ?Conclusion Que conclure sinon qu\u2019il nous faut relire avec attention ce que les évêques de la province de Québec ont dé- 544 ACTION NATIONALE claré au premier ministre de la province, le 29 août 1963 : \u201cSelon le concept que l\u2019Eglise a de l\u2019éducation, une école qui peut satisfaire pleinement les catholiques n\u2019est pas simplement une école où l\u2019on donne, à côté des matières profanes un enseignement proprement religieux, ou encore où l\u2019on consacre des moments à la prière et au culte.C\u2019est un des aspects de l\u2019universalité propre du christianisme que celui-ci embrasse l\u2019ensemble de la vie humaine et donne une inspiration et un éclairage particuliers à toute l\u2019activité de l\u2019homme.Le levain qu\u2019est la doctrine du Christ doit être mis dans la pâte : pour un étudiant la pâte ce sont aussi les matières profanes qu\u2019il étudie, c\u2019est le milieu dans lequel il vit.Un esprit chrétien doit donc se retrouver dans toute la vie de l\u2019école, dans son ordonnance, dans la philosophie de l\u2019éducation qui l\u2019anime, dans ses conceptions pédagogiques.On comprend en particulier qu\u2019une telle conception implique certaines exigences pour ce qui est des programmes, de la qualité du matériel didactique, des qualifications des éducateurs eux-mêmes\u201d.Les évêques rejettent donc explicitement l\u2019école multiconfessionnelle.Loin de nous la pensée d\u2019accabler une lectrice du Devoir.Elle dit ce qu\u2019elle pense, ce qui est déjà beaucoup mieux que tous ceux qui ne pensent pas ou qui sombrent dans la passivité par peur de dire ce qu\u2019ils pensent.Il nous faut des parents qui aient des idées et qui ne craignent pas le dialogue.En ce point précis et en ce dialogue entre catholiques de bonne foi, ne pourrait-on faire un effort pour penser juste ?Notre réponse s\u2019est allongée indûment sur le point précis des écoles multi-confessionnelles parce que nous savons qu\u2019une certaine pastorale, par sa mise en relief exagérée de certains courants modernes, crée un écran de fumée derrière lequel des gens, à l\u2019esprit très clair et aux manoeuvres précises, cherchent à diffuser une mentalité selon laquelle les institutions chrétiennes auraient fait leur temps.En fait, bonnes intentions ou non, sincérité ou mauvaise foi, ils travaillent à la mort de l\u2019Eglise ou L'ÉCOLE MULTICONFESSIONNELLE 545 à son affaiblissement.Nous n\u2019avons pas le droit d\u2019être naïfs en ce domaine.Parce que l\u2019enjeu est trop important, nous avons multiplié les textes de référence.Il est vraiment regrettable qu\u2019il y ait plusieurs associations de parents d\u2019envergure provinciale dans la province.L\u2019unité serait certes préférable.Mais il est heureux que l\u2019Association des parents catholiques du Québec ait opté décisivement pour la doctrine de l\u2019Eglise plutôt que pour les considérations isolées d\u2019un théologien, d\u2019un exécutif d\u2019association ou de tout autre prophète aux vues trop personnelles.La population ne s\u2019y trompe pas: à la longue c\u2019est ce qui importe. Tribune libre LE CANADA, NATION INTERNATIONALE par Roy Matthews La recherche en masse d\u2019une identité nationale, d une façon de maintenir l\u2019unité intérieure de leur pays et son indépendance des contrôles extérieurs préoccupe les Canadiens depuis plusieurs années.Mais en dépit de l\u2019énergie consacrée à ce grand débat, je crois que nous sommes engagés dans un exercice largement futile parce que nous avons mal identifié les limites de ce qui est faisable et acceptable au milieu du 20e siècle en Amérique du Nord.Je suis convaincu que si nous continuons par cette voie les événements nous infligeront une défaite ignominieuse et totale.Trois propositions étayent cette conclusion hérétique: (1)\tL\u2019économie d\u2019une société industrielle moderne est telle que le Canada ne peut pas résister dans une mesure importante à l\u2019extension du contrôle étranger et a l\u2019influence commerciale étrangère sauf à un coût économique qui entraînerait bien des Canadiens à 1 émigration massive vers les Etats-Unis dans le but de profiter d\u2019un niveau de vie plus élevé.(2)\tLa survivance d\u2019une \u201cculture indigène\u201d est un rêve presque aussi vain face au rayonnement de la culture populaire américaine dans le monde et au folklore canadien autochtone assez imprécis.(Même le Québec est en train de perdre cette bataille). LE CANADA, NATION INTERNATIONALE\t547 (3) La présente vision d\u2019une nation biculturelle n\u2019est pas réaliste parce que la polarisation autour de deux sociétés opposées par tradition réveillera d\u2019anciennes animosités; parce qu\u2019elle ne tient aucun compte de millions de Canadiens dont l\u2019origine n\u2019est ni française ni anglaise ; parce qu\u2019elle apparaît à la majorité des gens de langue anglaise formant les deux tiers du pays comme un concept réactionnaire étant donné qu\u2019ils entrevoient le futur avec un horizon purement nord-américain (et donc largement de langue anglaise).Je crois qu\u2019il nous faut cesser de rechercher \u201cl\u2019indépendance économique \u2019 et une culture distincte pour trouver une solution plus adéquate au problème anglais-français.J\u2019ai élaboré un projet qui représente à mon avis, une avenue possible vers la solution de notre dilemme et débouche en outre sur la possibilité d\u2019une aventure telle que notre pays n en a pas vécu depuis la poussée vers 1 Ouest.Il s\u2019agit d\u2019un plan pour transformer le Canada en ce que j\u2019appelle une \u201cnation internationale\u201d, une société cosmopolite, dynamique, axée sur l\u2019avenir, qui constituerait l\u2019un des endroits les plus excitants du monde.Nation internationale.Qu\u2019est-ce à dire ?Il s\u2019agit de quelque chose que l\u2019on n\u2019a pas encore tenté d\u2019un pays qui rejetterait le modèle de l\u2019Etat homogène et largement autonome qui se trouve à la base de toutes nos idées concernant la nation ; d\u2019un pays dont la politique extérieure se ferait l\u2019avocat de l\u2019échange le plus libre possible de capitaux, de biens, de populations et d\u2019idées avec tous les coins du monde.Je voudrais insister particulièrement sur 1 acceptation de plus d\u2019une langue et d\u2019une culture qui serait une caractéristique de ce nouveau plan de sorte qu\u2019elle ne prendrait plus la forme d\u2019une sorte de concession à des intérêts régionaux; et sur l\u2019abandon de la résistance aux pressions américaines en faveur d\u2019un projet qui rendrait ces pressions plus diffuses à l\u2019intérieur d un spectre de relations grandement renforcées avec la communauté entière des nations.; L argumentation se fonde ici sur le besoin immédiat d arriver à deux fins spécifiques : d\u2019abord, de contreba- 548 ACTION NATIONALE lancer l\u2019influence unique des Etats-Unis sur le Canada en cultivant d\u2019autres relations; ensuite, de permettre l\u2019association des Canadiens, fi\u2019ançais, anglais et autres, dans une unité nationale viable sans conflit et sans le déracinement des traditions linguistiques et de valeur que chaque groupe apporte à l\u2019ensemble.L\u2019évaluation du problème L\u2019examen approfondi des problèmes qui nous sollicitent est nécessaire, c\u2019est pourquoi je prescris un remède si draconien aux difficultés canadiennes.Comme je l\u2019ai indiqué, il y a deux aspects principaux à mon diagnostic, et le premier concerne l\u2019existence de ce pays comme entité distincte des Etats-Unis.Une partie de nos difficultés provient du fait que le Canada, en toute lucidité, tâtonne à la recherche d\u2019une identité nationale et d\u2019une autonomie nationale à 1 époque où l\u2019Etat-nation, au sens de pouvoir culturel distinctif et de pouvoir économique indépendant, est une notion surannée.Que nous l\u2019aimions ou pas, nous vivons à une période où la rapidité des communications rétrécit le monde au point d\u2019effacer les distinctions entre les cultures nationales.Ces différences culturelles, autrefois si évidentes, peuvent encore se refléter, par exemple, dans les termes qu\u2019un Italien et un Japonais choisiront pour exprimer leur appréciation d\u2019une récente chanson populaire \u2014 ou la toute dernière toile abstraite mais il y a des chances qu\u2019il y ait peu ou pas de nationalité identifiable dans la forme artistique elle-même.De même, pour le meilleur ou pour le pire, nous vivons dans un monde où l\u2019efficacité de la production et de la distribution de masse rendent l\u2019indépendance économique que nous désirons ardemment un luxe au coût prohibitif.De plus, tandis que le phénomène de \u201cl\u2019internationalisation\u201d économique et culturelle s\u2019étend au monde entier (à preuve: IBM dispose de succursales dans plus de 90 pays; à preuve: la jeunesse des Iles Fiji acclame les \u201cBeatles\u201d), au Canada, l\u2019opération est encore plus avan- LE CANADA, NATION INTERNATIONALE\t549 cée qu\u2019ailleurs.La raison en est très simple : ce pays, avec une population de vingt millions, dort sur le porche de la nation la plus riche, puissante et dynamique au monde, un pays de 200 millions d\u2019habitants dont les ressources industrielles et financières sont immenses, dont le mode de vie remuant mais essentiel, peu importe ce que nous en pensions, détermine le style de vie de la majorité du globe.Le capital et le \u201csavoir faire\u201d technique des Américains nous rejoint facilement des plus grands centres séparés de nous par quelques centaines de milles : New York, Chicago ou Détroit.Les Américains veulent investir au Canada étant donné notre stabilité politique, l\u2019accessibilité d\u2019une source de matières premières, et parce que nous représentons pour eux le marché étranger le plus proche pour leurs marchandises.Nous ne sommes réellement pas en mesure de refuser leurs investissements ni le \u201ccorporate imperialism\u201d qui en découle parce que le rêve américain nous entraîne dans sa galaxie et que nous savons bien que le capital étranger nous est nécessaire pour l\u2019atteindre.La mainmise américaine sur notre industrie (45% des mines et des manufactures canadiennes sont dirigés par les Américains) nous vaut des produits, des méthodes commerciales et publicitaires, des pratiques administratives ayant des aspects culturels puissants.Cette influence, s\u2019ajoutant à la vogue que connaissent les programmes américains de radio et de télévision, les films, les revues et les livres qui franchissent si facilement les frontières, aide à expliquer le mal qu\u2019a la culture canadienne à s\u2019extérioriser.Je veux bien croire qu\u2019il est possible de découvrir des moyens de revaloriser nos institutions.Je jense qu\u2019il existe des attitudes propres à protéger celles des entreprises commerciales que nous désirons conserver canadiennes parce qu\u2019appelées à développer certaines forces culturelles indépendantes au Canada.Toutefois, il est évident que le Canada n\u2019a pas le pouvoir \u2014 ou, s\u2019il l\u2019a, que 1 électorat canadien n\u2019est pas sérieusement prêt à 550 ACTION NATIONALE payer le prix qu\u2019exige la reprise en main de notre économie.La disparition d\u2019un grand nombre de valeurs réputées authentiquement canadiennes est inévitable dans l\u2019état actuel des choses.Le Canada s\u2019achemine fermement vers une nouvelle société mondiale interdépendante et pleinement intégrée.La question n\u2019est pas de savoir s\u2019il faut y aller mais comment y aller: en partenaire obligeant et accepté dans une plus grande communauté des peuples ou bien en satellite aigri et vaincu, finalement absorbé par des voisins plus puissants.La solution au problème, ce me semble, consiste à départager les situations acceptables ou inévitables de celles que nous trouvons irritantes.Alors la distinction fondamentale doit se faire entre l\u2019internationalisme et l\u2019américanisation.Nous avons eu assez de nationalisme J\u2019imagine que nous acceptons tous l\u2019internationalisme, sauf dans nos moments émotifs les plus réactionnaires.Dieu sait que nous avons assez de ce nationalisme excessif qui nous a entraînés, nos ancêtres et nous mêmes, dans des conflits répétés et brutaux, et qui met maintenant en danger la survivance même de la race humaine.Sans aucun doute l\u2019abandon de la souveraineté nationale et de la liberté d\u2019action qui résultera de la marche vers la société internationale nous troublera.Mais nous pouvons y faire faea.Une grande partie de notre indépendance a déjà disparu par suite de nos affiliations à des douzaines d\u2019organisations internationales établies depuis la fin de la deuxième guerre mondiale.Je dirais alors que nous ne craignons pas l\u2019internationalisme dans son essence.Notre vraie crainte, c\u2019est que l\u2019internationalisme semble signifier pour le Canada l\u2019américanisation tout simplement.Les forces qui nous bousculent proviennent presque toutes d\u2019une direction, de sorte que nous ne semblons pas substituer l\u2019interna- LE CANADA, NATION INTERNATIONALE 551 tionalisme au nationalisme mais bien plutôt un nationalisme à un autre (on encore abandonner le nationalisme pour une sorte de néo-colonialisme).Si nous pouvions changer cet aspect de la situation nous serions beaucoup plus heureux.Dès lors, l\u2019importance d\u2019une nation internationale s\u2019impose.Mais examinons d\u2019abord le problème de l\u2019unité interne du Canada, deuxième élément de mon diagnostic.La difficulté interne Il est facile de comprendre la menace à l\u2019unité canadienne.Les Canadiens français croient qu\u2019ils ne peuvent arriver à leurs fins sans une plus grande mesure d\u2019autonomie politique au Québec et une reconnaissance accrue de leur langue au pays.Plusieurs Canadiens anglais voient toutefois dans ces demandes un danger pour l\u2019édifice national lequel, selon eux, doit s\u2019appuyer sur un gouvernement central fort et (quoique très peu le disent ouvertement) doit disposer d\u2019une seule langue et d\u2019un mode commun de culture d\u2019un océan à l\u2019autre.Les Canadiens qui sont d\u2019origine autre qu\u2019anglaise ou française sont pris entre deux feux.Ils sont favorables à l\u2019idée d\u2019un statut amélioré pour les non-Anglo-Saxons qui forment maintenant la majorité du pays mais nullement emballés par le biculturalisme et le bilinguisme qui les rejettent pour ainsi dire dans une zone de troisième classe.Quand les francophones, le quart de la population, prônent quelque chose qui s\u2019approche pour un genre de l\u2019égalité de statut dans la Confédération avec les anglophones (et les polyglottes ethniquement) qui forment les trois quarts de la population, ceci ne semble pas raisonnable à ces derniers.Les mésententes qui en découlent peuvent fort bien diviser le pays.Pourtant, est-ce au principe de la diversité culturelle et linguistique que plusieurs personnes s\u2019opposent ?J\u2019espère que non.John Holmes, directeur général du Canadian Institute of In- 552 ACTION NATIONALE ternational Affairs, disait en 1964, au Canadian Club d\u2019Hamilton \u201cIl est difficile d\u2019imaginer aujourd\u2019hui, à travers le monde, un principe plus anarchique que un état, une langue\u201d.Outre l\u2019existence de nombreux pays \u2014 de la Suisse à Chypre et à Ceylan \u2014 contenant des éléments de plusieurs races, tribus et langues différentes qui souffriraient matériellement s\u2019ils étaient divisés selon l\u2019ethnie et la langue, il semble inconcevable que la communauté mondiale, prise comme un tout, puisse demeurer en paix quand les peuples d\u2019un même pays ne peuvent s\u2019entendre avec leurs compatriotes d\u2019une autre race ou langue.Le problème, dirai-je, n\u2019est pas tellement l\u2019existence d\u2019une diversité interne comme la tentative d\u2019instituer un dualisme culturel et linguistique dans une situation où les deux parties ne sont pas égales et n\u2019embrassent pas toute la population impliquée.Un arrangement devient alors difficile et la défaite finale du groupe le plus faible, avec de nombreux dommages des deux côtés, est l\u2019aboutissement normal.Pour éviter ce fait, il faut s\u2019assurer que le dilemme ne prenne la forme d\u2019une confrontation.La diversification est le secret et l\u2019essence même de mon plan d\u2019une nation internationale.Tout comme j\u2019envisage l\u2019impossibilité pour le Canada d\u2019échapper à sa situation unique vis-à-vis les Etats-Unis \u2014 les relations avec ce voisin géant du sud seront toujours d\u2019une suprême importance dans nos affaires et mon projet reconnaît ce fait implicitement \u2014 de la même façon je ne suggère pas que la position spéciale consentie aux groupes anglais et français dans la Confédération soit affaiblie.J\u2019accepte ce point comme un complément précieux de notre héritage canadien mais je cherche à tisser oes relations dans un modèle plus grand et plus satisfaisant sans en réduire la portée.Le plan Les problèmes économiques et culturels forment les dominantes de notre esclavage envers les Etats-Unis.Les LE CANADA, NATION INTERNATIONALE 553 éléments politiques et culturels forment les dominantes du problème des relations anglaises et françaises au Canada.Comment alors la nation internationale s\u2019attaquerait-elle aux problèmes afférant à ces trois domaines: l\u2019économique, le politique et le culturel tels qu\u2019ils affectent l\u2019une ou les deux difficultés jumelles que j\u2019ai décrites.Commençons par l\u2019aspect économique du plan.En termes économiques, les zones les plus importantes sont les échanges de biens et services et l\u2019investissement étranger qui représentent les principaux canaux de l\u2019influence améiicaine au Canada.L\u2019objectif de mon plan serait donc, conséquemment, d\u2019internationaliser le commerce et les mouvements de capitaux c\u2019est-à-dire de stimuler le commerce avec le monde entier et d\u2019en attirer les capitaux ce qui rendrait plus diffuse notre dépendance à l\u2019égard des débouchés et des sources des Etats-Unis.La méthode proposée pour arriver à cette fin peut sembler paradoxale: je suggère une sérieuse analyse de la possibilité d\u2019établir une zone de libre échange avec les Etats-Unis.Je m\u2019explique.Il semble d\u2019abord inévitable et essentiel que le Canada soit impliqué dans une association de libre échange avec d\u2019autres nations qui pourraient nous fournir une base économique plus satisfaisante.Le monde semble se diviser en blocs économiques de 100 millions d\u2019habitants ou plus.Les Etats-Unis, la Russie et le Japon ont tous des marchés domestiques d une telle importance au minimum tandis que les pays de l\u2019Europe occidentale se sont groupés dans deux zones de libre échange: la Communauté économique européenne de libre échange (Angleterre, Scandinavie, Suisse, Autriche et Portugal) dont les populations combinées arrivent à peine au-dessus du 100 millions.Les chances se tournent donc de plus en plus contre les petits producteurs à coûts élevés comme nous; nous pouvons nous attendre à souffrir de l\u2019accroissement de la concurrence étrangère et de difficultés économiques générales si nous ne trouvons pas un moyen d\u2019élargir nos propres horizons industriels.Puisque notre histoire a démontré que les 554 ACTION NATIONALE périodes de baisse de l\u2019efficacité économique et donc d\u2019une diminution du niveau de vie moyen coïncident avec les périodes de grande émigration du Canada et ou le désir de se joindre aux Etats-Unis est le plus intense la nature décisive de cette situation imminente est sûrement évidente.A long terme, je crois, le Canada devrait se trouver dans un groupe économique assez large, une Communauté Atlantique ou quelque chose de plus grand encore.Cependant, à court terme, une telle association au delà de l\u2019Atlantique ou plus loin me semble illusoire pour deux raisons: les Européens ne semblent pas en vouloir et les différences entre l\u2019économie canadienne et l\u2019économie européenne \u2014 spécialement en ce qui nous concerne causerait d\u2019immenses problèmes.Toutefois, à plus long terme, il ne s\u2019agit pas seulement de quelque chose de vraisemblable mais d\u2019une probabilité.Les pays d\u2019Europe occidentale progressent vers une économie forte et une prospérité comparable à celle des Etats-Unis et le Japon n\u2019est pas loin derrière.Au fur et à mesure que ces pays progressent leurs niveaux de productivité, la structure de leurs prix et leurs coûts industriels, et la plupart des autres caractéristiques de leurs économies ressemblent de plus en plus à celles de notre continent, de sorte que nous sommes portés à croire que les difficultés actuelles d\u2019une association économique plus étroite avec l\u2019Europe (et le Japon probablement) de la part du Canada et des Etats-Unis auront largement disparu avec le temps.Si la tendance vers uns industrialisation encore plus grande et une interdépendance économique continue (et nous pouvons le croire) et si la force européenne croît au point que s\u2019enligner avec le continent nord-américain ne semble plus un danger aux Européens (ce qui semble aussi probable), il y aura alors un stimulant considérable en faveur de l\u2019avènement d\u2019un tel groupe international.L\u2019avantage qu\u2019il y aurait à aller dès maintenant dans la direction d\u2019un libre échange nord-américain, en prévi- LE CANADA, NATION INTERNATIONALE 555 sion de la réalisation, plus tard, d\u2019une association plus large, est qu\u2019il en résulterait pour nous, la possibilité d\u2019ajuster notre activité industrielle et commerciale à un environnement plus large (et ainsi d\u2019accroître notre capacité de soutenir la concurrence internationale), auquel nous pourrions nous accommoder avant de faire le grand saut.Je crois que, par un accord, de libre échange avec les Etats-Unis, nous pourrions réaliser une rationalisation de notre industrie au delà des frontières, sur la base de circonstances économiques similaires, si bien qu\u2019à la fin du processus d\u2019ajustement nous aurions largement accru notre efficacité par l\u2019accès à un marché dix fois plus grand que celui qui nous échoit actuellement.Je crois qu\u2019en vertu de ces circonstances, les filiales canadiennes de compagnies américaines seraient réorganisées en vue d\u2019une spécialisation dans certaines lignes de production (souvent distinctives, d\u2019articles \u201ccanadiens\u201d) et en vue d\u2019une distribution continentale.Les compagnies canadiennes échappant au contrôle américain apprendraient dans une longue période d\u2019ajustement (dont les étapes seraient probablement favorables au Canada) à exploiter un marché d\u2019un type qui leur est familier en concurrence avec des entreprises semblables payant des salaires à peu près comparables.Cette évolution nous placera dans une meilleure position pour envisager la tache d\u2019intégration dans un groupe plus large comprenant des associés plus diversifiés, qui semble nous attendre d\u2019ici quelques années.L\u2019incidence sur l\u2019industrie canadienne L\u2019espace manque ici pour analyser la possibilité de survie et de croissance de l\u2019industrie canadienne dans une zone nord-américaine de libre échange.Qu\u2019il me suffise d\u2019indiquer ma conviction, partagée par plusieurs économistes canadiens, que c'est possible pourvu que l\u2019élimination des tarifs soit graduelle et que des mécanismes adéquats d\u2019ajustement soient prévus.Un certain nombre d\u2019études récentes indiquent que la majorité des industries canadiennes ont dépassé le stade non-concur- 556 ACTION NATIONALE rentiel qui requiert une protection initiale, et ont atteint le stade d\u2019aptitude à la compétition internationale si seulement l\u2019étau des tarifs d\u2019importation était desserré.Les économistes Ronald et Paul Wonnacott publieront, à l\u2019été 1967, une analyse économique et mathématique importante visant à mesurer l\u2019impact du libre échange canado-américain sur l\u2019industrie canadienne.J\u2019espère que cette publication contribuera à faire disparaître les craintes canadiennes à l\u2019égard d\u2019un accord de ce genre.Un autre aspect difficile à discuter longuement dans un article comme celui-ci concerne les implications du libre échange canado-américain pour la souveraineté politique du Canada.Ici encore, certaines constatations indiquent qu\u2019une zone de libre échange \u2014 opposée aux unions douanières restreintes et aux associations beaucoup plus étroites établies dans le Marché commun \u2014 ne causera aucun dommage à l\u2019indépendance politique des membres.Le rapport \u201cA Possible Plan for a Cana-da-U.S.Free Trade Area\u201d publié février 1965 par la Private Planning Association of Canada et la National Planning Association des Etats-Unis contient des recommandations destinées à empêcher l\u2019érosion de l\u2019autonomie politique.Je suis donc convaincu que le temps est venu de considérer à nouveau le libre échange nord-américain comme une politique en mesure de servir les aspirations du Canada dans le contexte présent et futur.L\u2019amélioration conséquente de notre efficacité améliorerait la position concurrentielle de l\u2019industrie canadienne en soi.Elle engloberait aussi les relations échange-investissement parce que l\u2019accroissement des possibilités d\u2019expansion de l\u2019économie canadienne, plus notre inclusion dans une nouvelle zone sans tarif couvrant quelque 200 millions de clients les plus prospères, améliorerait grandement notre puissance d\u2019attraction de capitaux aux yeux des investisseurs européens, accroissant du même coup les activités commerciales non américaines au pays.Bref, une politique économique canadienne aurait des mérites considérables pourvu qu\u2019elle soit inspirée d\u2019un LE CANADA, NATION INTERNATIONALE 557 plan à long terme qui prendrait la forme suivante.D\u2019abord, la négociation d\u2019une zone de libre-échange avec les Etats-Unis.Puis, pendant la période de réduction des tarifs d\u2019importation et les ajustements afférents, une demande de participation à l\u2019Association européenne de libre-échange, le groupe d\u2019Europe occidentale à l\u2019organisation la moins intégrée comprenant la Grande-Bretagne, la Scandinavie, etc.(nos tarifs sont déjà très minimes avec le principal membre de l\u2019Association: l\u2019Angleterre).Enfin, un essai de jonction de ces deux groupes au Marché commun dans une communauté atlantique ou une association internationale de libre-échange.Chaque étape de ce plan augmentera l\u2019efficacité de notre industrie, et rendra le Canada, clef de voûte d\u2019une série de marchés libres, d\u2019accès plus attrayant aux investisseurs étrangers.Ce genre de plan par étapes me semble plein de sens pratique pour le Canada.Il représenterait une action dans le sens du mouvement vers un commerce plus libre qui constituerait un changement marqué par rapport à nos positions passives des récentes années.Il s\u2019imbrique à perfection d\u2019ailleurs dans ma thèse générale pour orienter notre destinée vers l\u2019internationalisme.L\u2019aspect politique Passant de l\u2019aspect économique de mon plan à l\u2019aspect politique, je dois concentrer mon attention une fois de plus sur le problème interne canadien que j\u2019ai déjà considéré comme le plus pertinent dans cette dimension.Je voudrais insister sur l\u2019idée suivante: il faut ne plus croire à l\u2019hypothèse que la nation canadienne, si elle est appelée à vivre, doit être une entité homogène, monolinguistique et monoculturelle comme la plupart (ce n\u2019est pas l\u2019ensemble) des nations-états du vieux monde.Il ne faut pas regarder notre diversité comme une carence mais l\u2019apprécier comme un authentique avantage dans un monde moderne où la connaissance des autres langues, façons de vivre et habitudes de pensée acquiert 558 ACTION NATIONALE une grande importance.En plus de ce besoin croissant d\u2019aptitudes linguistiques et d\u2019optiques cosmopolites en face de notre monde se rétrécissant mais encore tristement divisé, il est évident que l\u2019une des tendances les plus dynamiques de notre époque \u2014 une tendance qui accélérera son momentum avec l\u2019avenir \u2014 est l\u2019association de différentes unités raciales et linguistiques dans de nouvelles communautés supranationales, comme le Marché commun européen.Les Canadiens noteront avec intérêt que l\u2019initiative d\u2019une telle expérience se développe en Europe pendant que les Etats-Unis, à l\u2019avant-garde du monde occidental en bien des domaines, ne peuvent que regarder et applaudir.La méthode américaine consiste à concilier les différences nationales en les absorbant en un \u201cmelting pot\u201d, un système qui échappe à toute application en tout autre endroit du monde.Peut-être existera-t-il un jour une société globale monoculturelle et monolinguistique à l\u2019image des Etats-Unis mais son apparition prochaine ne se dessine pas au cours du présent siècle \u2014 et même probablement pas au XXIième, \u2014 de sorte que l\u2019intérêt d\u2019une telle idée est futile pour un monde qui s\u2019efforce de survivre d\u2019année en année à l\u2019ombre de la bombe atomique.La meilleure chance de survie repose dans l\u2019association internationale qui reconnaît le maintien des distinctions nationales et dont l\u2019archétype n\u2019est pas l\u2019Amérique mais l\u2019embryon de l\u2019Europe-Unie.Le Canada peut innover dans cette forme d\u2019organisation politique, à l\u2019opposé de la direction actuelle, c\u2019est-à-dire en diversifiant la nation-état existante plutôt qu\u2019en réunissant plusieurs pays indépendants.Néanmoins, j\u2019ai l\u2019impression que nous ne créerons rien de nouveau ou d\u2019intéressant dans le monde si nous nous bornons à essayer de réussir une vague association des deux \u201craces fondatrices\u201d du Canada, parce que la conciliation d\u2019un Canada anglais et français dans un système binaire a peu de sens et ne fascine personne. LE CANADA, NATION INTERNATIONALE 559 Réduite à une simple équation, l'entreprise semble à peine comparable à l\u2019effort d\u2019unification belge, sans doute louable mais sûrement pas dans l\u2019esprit de l\u2019immensité des espaces et des possibilités de notre pays sous-continental.Pour élargir et moderniser le concept de bilinguisme et de biculturalisme ainsi que le système politique qui reflète notre diversité nationale, trouvons un moyen de transformer le Canada en Etat international où Français et Anglais seront les principaux éléments d\u2019une structure aux facettes variées intégrant quelque chose de toutes les langues et cultures.La découverte de cette formule transformera complètement les aspects du problème.La langue française est l\u2019une (et certainement la première) des langues de travail du Marché commun européen tout comme elle est la plus connue de l\u2019Europe dans son ensemble.Les langues française et anglaise sont les langues officielles de l\u2019OTAN, de l\u2019Organisation pour la Coopération et le Développement Economiques et de plusieurs autres organismes internationaux.Elles sont aussi les deux principales langues de l\u2019Organisation des Nations Unies (espagnole, russe et chinoise), plusieurs ouvrages sont imprimés en anglais et en français seulement et l\u2019usage prévaut, lorsque la multiplicité des langues est vraiment malcommode, de recourir au français et à l\u2019anglais, les plus utilisées et comprises.La majorité des Canadiens de langue anglaise (et aussi plusieurs de langue française) ignorent ces faits.Entraînés dans la vision d\u2019un monde en termes nord-américains, ils croient que la connaissance du français \u2014 ou de toute autre langue sauf l\u2019anglais \u2014 n\u2019a aucune valeur pratique ou à peu près.Conscients d\u2019un monde plus grand, je crois qu\u2019ils changeraient d\u2019attitude en réalisant que le monolinguisme est désuet et \u201cvieux jeu\u201d.La compréhension des autres langues (particulièrement du français) sera jugée à sa valeur: une partie du bagage nécessaire d\u2019un homme du vingtième siècle.Ce changement 560 ACTION NATIONALE d\u2019attitude entraînera les Canadiens-Anglais à accepter \u2014 en fait à accueillir \u2014 le \u201cfait français\u201d au Canada comme une source d\u2019enrichissement national.Je décrirai brièvement la campagne culturelle d\u2019envergure que je suggère pour promouvoir cette attitude plus cosmopolite de la part des Canadiens.Un système en trots étapes En guise de bienvenue au multilinguisme, tout en accordant un statut spécial aux langues française et anglaise, je propose un système en trois étapes : 1)\tEncourager les Canadiens à étudier une ou toutes les langues comme contribution à une meilleure compréhension du monde en général.A cet effet, je suggère une plus grande insistance scolaire sur les études linguistiques; que la compétence honnête dans une langue seconde soit une qualité requise à l\u2019admission universitaire, qu\u2019un boni (peut-être minime mais suffisant pour fournir un stimulant) soit payé aux fonctionnaires pour chaque langue apprise en plus de la langue maternelle.2)\tReconnaître quelques langues importantes, comme l\u2019anglais, le français, l\u2019allemand, l\u2019italien et le russe (qui correspondent aux langues des principaux groupes d\u2019immigrants) dans le gouvernement fédéral, la fonction publique, les cours de justice, dans certains services utiles comme les chemins de fer, les transports aériens et ainsi de suite.L\u2019espagnol peut s\u2019ajouter à ce groupe puisque c\u2019est l\u2019une des langues mondiales vraiment importantes et que sa reconnaissance serait appréciée de l\u2019Amérique latine qui, avec le Canada français, a apporté sa contribution à l\u2019aspect culturel de notre continent très différente du modèle américain.Cette idée n\u2019implique que, par exemple, des affiches multilingues dans les bureaux gouvernementaux et sur les trains et avions transcontinentaux (chose familière aux Européens), l\u2019emploi de traducteurs dans les cours fédérales et la fonction publique afin de permettre l\u2019audition des causes, l\u2019échange LE CANADA, NATION INTERNATIONALE\t561 de correspondance officielle dans ces quelques langues importantes, et autres mesures semblables.3) Assurer un statut officiel aux langues anglaise et française d\u2019un océan à l\u2019autre comme les deux \u201clangues de travail\u201d acceptables en toute circonstance officielle, et, je l\u2019espérerais, à toute fin commerciale et autres.Les différences pratiques entre mon système en trois étapes et une solution bilingue au problème de langues peuvent paraître minimes.Toutefois, l\u2019importance symbolique et psychologique du changement me semble grande.Le principe fondamental des bases d\u2019une solution à nos problèmes Bien que ces quelques idées vagues ne nous indiquent pas comment la nation internationale nous sortirait de nos difficultés politiques actuelles, je crois que le principe essentiel impliqué nous fournira les fondements d\u2019une solution à nos divisions internes.En fait, je suis porté à croire que, si nous élargissons le concept de bi-culture par le plan que je suggère, nous établirons un cadre plus favorable à une conciliation que ceux dont nous disposons et qui sont rejetés par un secteur ou un autre de la population.Ainsi, le compromis des \u201cEtats associés\u201d accepté par un segment de l\u2019opinion québécoise répugne complètement, dans sa définition générale, à la majorité du Canada anglais; mais, je pense, qu\u2019il mériterait une étude plus approfondie si sa description concernait moins une méthode de joindre deux moitiés autonomes sur les plans politiques, culturels et linguistiques en une union binaire qu\u2019une façon pour une partie de la nation internationale de choisir une forme politique et culturelle quelque peu différente de l\u2019autre partie et qui lui permettrait d\u2019accéder à un plus grand degré d\u2019autodétermination à ce sujet. 562 ACTION NATIONALE D\u2019autre part, l\u2019acceptation \u2014 à la grandeur de la nation \u2014 du français comme langue officielle et la reconnaissance grandissante donnée au fait français qui découlent de mon plan (mais non de l\u2019idéal actuellement proposé du bilinguisme) réduiront la tendance pour le Québec à rechercher son avenir dans une plus grande autonomie provinciale.En conséquence, l\u2019enthousiasme actuel pour les Etats associés pourrait diminuer et un projet de fédéralisme plus normal (bien que sans aucun doute avec changements substantiels par rapport à sa forme présente) serait acceptable par les Québécois.De toute façon, le concept que j\u2019ai décrit suggère à tout le moins une direction générale pour sortir de l\u2019impasse présente dans laquelle notre débat sur la nature de la réorganisation politique du Canada s\u2019embourbe.Il nous fournirait l\u2019occasion, je crois, de nous éloigner du caractère inutilement explosif inhérent à toute simplification outrancière d\u2019un argument à deux tranchants, offrirait une présentation plus souple et plus flexible \u2014 et pour un grand nombre de gens plus attrayante menant à l\u2019examen des alternatives qui nous sollicitent, dans une atmosphère plus détendue.L\u2019importance des traits culturels Après avoir parlé de quelques applications économiques et politiques de la théorie d\u2019une nation internationale, arrivons-en finalement à l\u2019aspect culturel.J\u2019ai dû condenser le texte original d\u2019un long article pour le présenter à cette revue et certaines sections ont été comprimées; convaincu toutefois de l\u2019importance des traits culturels du projet que je défends, j\u2019en abrège grandement l\u2019explication étant donné sa simplicité relative.Les lecteurs intéressés aux détails du projet pourront trouver mes arguments in extenso dans le Queen\u2019s Quarterly.En résumé donc, les considérations culturelles au sens général de \u201cfaçon de vivre et de penser\u201d touchent de près LE CANADA, NATION INTERNATIONALE\t563 au problème canadien interne et externe.Je sais que l\u2019injection des habitudes et valeurs internationales (je veux dire ici non américaines) dans la façon de vivre des Canadiens nous aidera à nous débarrasser du complexe de domination américaine; l\u2019adoption d\u2019attitudes internationales (je veux dire ici non anglaises) par les Canadiens nous aidera quant à l\u2019amélioration de nos relations internes.A cette fin je suggère un programme à long terme, stimulé par les gouvernements fédéral et provinciaux, pour rendre l\u2019idée d\u2019une nation internationale viable dans l\u2019esprit des Canadiens, et surtout de la jeunesse.Le voyage me semble alors le moyen le plus favorable et je recommande les déboursés de sommes considérables aux fins de favoriser les mouvements de masses des étudiants et autres vers les pays du vieux monde.Que les jeunes voyagent dans des conditions économiques \u2014 à bord d\u2019avions et de bateaux très simples nolisés par Ottawa et les provinces \u2014 campent dans les auberges de jeunesse et les chantiers de travail une fois rendus de l\u2019autre côté mais donnons leur la chance d\u2019y aller.De la même façon, accueillons les jeunes de l\u2019autre continent en grand nombre afin qu\u2019ils nous enseignent quelque chose de leur façon de vivre.Je recommande qu\u2019on mette fin à cette campagne bornée qui cherche à persuader les Etats-Unis et les autres propriétaires non-résidents de filiales canadiennes qu\u2019ils ne doivent employer que des Canadiens dans leurs opérations locales.Au contraire, incitons-les à déplacer souvent leurs employés canadiens vers les autres succursales à travers le monde et à nous amener des gens d\u2019ailleurs au Canada.Bien plus, élargissons nos politiques d\u2019immigration, facilitons les recherches en économie de l\u2019immigration avec l\u2019idée de maintenir ouverte aussi grande que possible la porte aux nouveaux venus sans pousser les Canadiens au chômage.Tout ce va-et-vient de gens nous familiarisera avec les autres pays, coutumes et cultures.Utilisons en outre 564 ACTION NATIONALE tous les organes de communication \u2014 surtout la télévision et la radio \u2014 beaucoup plus que nous ne l\u2019avons fait à ce jour pour amener le monde à nos demeures; que la publicité appuie l\u2019intérêt pour les pays étrangers, que nous fassions l\u2019impossible pour amener les Canadiens à une \u201cpensée globale\u201d plutôt qu\u2019à l\u2019imitation des Américains d\u2019une part ou d\u2019autre part à la considération des Canadiens d\u2019origine ethnique différente comme des étrangers.Ainsi, très rapidement, il s\u2019agit du dernier élément de mon remède pour un Canada nouveau \u2014 un Canada grand ouvert, embrassant le monde circonvenant tous ses problèmes internes et externes.Nous sommes plus prêts à ce genre d\u2019aventure nationale que tout autre peuple terrestre.Selon les mots de l\u2019écrivain français Philippe Aubert de la Rue : \u201cLe pragmatisme, la modération, l\u2019absence de dogmatisme idéologique font partie de l\u2019individualité canadienne, de son style politique.\u201d De telles qualités nous ont conduits à participer activement aux affaires internationales d\u2019une façon déjà remarquable.Très en vue parmi les architectes du Commonwealth moderne, des Nations-Unies, de l\u2019OTAN, du Fonds monétaire international et ailleurs, le Canada semble disposer d\u2019un flair pour le comportement sensible et tolérant qui peut unir des peuples divers.Je crois donc que nous sommes capables de la tâche que j\u2019ai décrite et qu\u2019elle est digne de nous.Par dessus tout, le concept d\u2019une \u201cnation internationale\u201d offre une urgence et une fascination qui pourraient donner au Canada une raison d\u2019être qu\u2019il lui faut absolument trouver.Cette expérience excitante dans le sens où peu de pays \u2014 et certainement pas les Etats-Unis \u2014 peuvent se diriger, pourra conduire les nations mondiales à regarder le Canada comme une inspiration dans la recherche de la paix universelle et de la fraternité humaine.Ces facteurs nous permettraient de retrouver la raison d\u2019être que nous avons perdue et de restaurer notre confiance dans le célèbre slogan de Wilfrid Laurier: \u201cle LE CANADA, NATION INTERNATIONALE 565 vingtième siècle est celui du Canada.\u201d Le vingtième siècle peut nous appartenir si le Canada se prépare à s\u2019élancer vers ces larges horizons nouveaux qu\u2019exige le vingtième siècle.HITLER ET LÉNINE ÉGALEMENT CONTRE LES COOPÉRATIVES Dans L'Action nationale de mars 1967, la page 690 montrait comment le national-socialisme s'était révélé incapable de tolérer la présence des coopératives, dont le dévouement aux véritables intérêts populaires devient intolérable aux potentats qui confondent l'intérêt du peuple avec leur Moi, avec leur conception de l'intérêt populaire, jusqu'à vouloir imposer leurs vues au peuple lui-même.Dans un autre article que publie la revue ' Les Annales de l'Economie collective (juillet-septembre 1967), M.Georges Da-vidovic, rappelle comment Lénine a traité les coopératives: \"Après avoir pris le pouvoir.Lénine ordonna que Centrosoyus, l'Union coopérative russe, serve d'instrument au régime communiste.Mais les dirigeants des coopératives russes firent preuve d'un courage remarquable; ils ignorèrent l'ordre de Lénine et insistèrent sur leur fidélité au Principe de la Neutralité.Lénine réagit brutalement: il révoqua les membres élus du conseil de Centrosoyus, les remplaça par des gens soumis au régime communiste, et proclama qu'en Russie les coopératives avaient cessé d'être des organisations indépendantes et étaient devenues l'organe de distribution du régime soviétique.\" Ces deux exemples doivent nous faire réfléchir sur l'esprit qui anime quiconque prétend régenter ou détruire des coopératives sous prétexte de servir le bien commun.Capitalistes, fascistes et communistes sont d'accord sur leur animosité contre les coopératives.Cela même doit nous servir de critère pour juger les hommes qui sollicitent notre appui pour se faire nos défenseurs. 566 ACTION NATIONALE Nous accusons réception des ouvrages suivants : Jacques Benoit \u2014 Jos Carbone \u2014 Collection: les romanciers du jour \u2014 Les Editions du Jour, 3411, rue Saint-Denis, Montreal, 120 pages.1967.Marcel Faribault \u2014 Vers une nouvelle constitution \u2022\u2014 Les Editions Fides^ 245 est, boul.Dorchester,\tMontréal, 249 pages, 1967.\t$3.50 Dossiers de documentation sur la littérature eonadienne-franîaise: Ga- brielle Roy, Les Editions Fides, 245 est, boul.Dorchester, Montreal, 91 pages, 1967.\t$1-25 La sainte liturgie \u2014 Les Editions Fides, 245 est, boul Dorchester.Montréal et Paris, 150\tpages.\t1967.\t$1.00 Le mystère eucharistique \u2014 Collection \"L'Eglise aux quatre vents Les Editions Fides, 245 est, boul.Dorchester, Montreal, 39 pages, 1967.\t50.50 Michel Brunet \u2014 Canadians et Canadiens \u2014 Les Editions Fides, 245 est boul.Dorchester, Montréal, 153 pages, reimpression 1967.\t$2.50 Emilia B.Allaire \u2014 Profils féminins \u2014 Edition Garneau Ltée, 34, rue Ste-Anne, Québec (4e), 284 pages, 1967.\t$4.50 Jacques Cotnam \u2014 Faut-il inventer un nouveau Canada ?Les Editions Fides.245 est, boul.Dorchester, Montréal.256 pages, 1967.\t$3.00 Yves Theriault \u2014 L'appelante \u2014 Les Editions du Jour, 3411, rue Saint-Denis, Montréal (18), 125 pages, 1967.\t$2.00 Suzanne Piuze \u2014 La santé par le Yoga \u2014 Les Editions du Jour, 3411 rue Saint-Denis, Montréal (18), 127 pages, 1967.\t$1.00 Le Québec dans le Canada de demain \u2014 Vol.1 \u2014 Avenir constitutionnel et statut particulier.\u2014 Vol.2 \u2014 Vers un nouveau partoge des pouvoirs.Articles parus dans le DEVOIR (en collaboration) 192 p.et 186 p., 1967.\tChaque volume $1.00 Pierre de Granpré \u2014 Histoire de la littérature française du Québec, tome | \u2014 (en collaboration) \u2014 Libroirie Beouchemin Limitée \u2014 450, ave Beaumont, Montréal 15, 368 p., 1967.Serge Mongeau.M.D., M.A.\u2014 Evolution de l'assistance au Québec \u2014 Les Editions du Jour \u2014 3411, rue St-Denis.Montreal 18, 123 pages 1967.52.00 Gérard Marier \u2014 Qui seront-ils en l'an 2000 ?\u2014 Editions Garneau, 47 rue Buode, Québec 4 \u2014 163 pages, 1967.Laurier L.LaPierre \u2014 Québec: hier et aujourd'hui \u2014 The Macmillan Company of Canada, 70 Bond Street, Toronto, Ontorio \u2014 306 pages, 1967.André Giroux \u2014 Le Gouffre a toujours soif \u2014 Collection Bibliothèque conodienne-française\" \u2014 Les Editions Fides, 245 est, boulevard Dorchester, Montréal, réédition 1967, 188 pages.$1.25 Henriette Major \u2014 Le club des Curieux \u2014 Collection \"Les quatre vents\" ___ Les Editions Fides, 245 est, boulevard Dorchester, Montreal.119 p.,\t1967.\t52.00 Directeur intérimaire de la section culturelle ANDRÉ MAJOR Toute personne désireuse de soumettre des textes pour publication dans la section culturelle est priée de communiquer avec le directeur.Adresse: L'ACTION NATIONALE Section culturelle, C.P.189, Station N, Montréal. Poèmes de Gaston de Guise 570 ACTION NATIONALE Les cimetières d\u2019Acton Vale Qu\u2019ils soient longs et précis Discrets, mais surtout modernes.Que les morts y soient à l\u2019aise Et les vivants, touristes fous, Mieux qu\u2019à la vie.Les cheveux au vent et les chats noirs, Les clairs de lune à reflets verts Brillent par leur absence continuelle: Tout est moderne, ici; même Vennui. POÈMES 571 Vieux sonnet J\u2019ai tout mis dans l\u2019assiette du bonheur: Quelques fils électriques trouvés l\u2019an passé, Le sifflement d\u2019un train perdu dans les forêts, Les échos d\u2019ici et d\u2019ailleurs.Et j\u2019ai eu soin d\u2019y ajouter Quelques araignées qui chantent faux, La Rivière Blanche avec ses feuilles d\u2019automne, Et la présence de jeunes enfants morts.Il ne faut sans doute rien de plus Pour alimenter convenablement Une aussi longue vie que la tienne.Et, cette assiette du bonheur Je te l\u2019offre de bon coeur, Mais tu n\u2019auras plus rien de moi d\u2019ici mille ans.Acton Vale, 1962. 572 ACTION NATIONALE Les eaux profondes C\u2019est la grande voix qui s\u2019enroule, s\u2019enroule, Qui s\u2019enroule au fond de la mer sans se presser.Même, si lentement qu\u2019à la voir on s\u2019imaginerait Que les cercles autour d\u2019elle enroulés, contiennent L\u2019éternité des eaux profondes.Lourde et lente, une pieuvre se glisse, immobile parmi Tant le coraux jaunâtres, bleus ou blancs, violets; Des poissons inconnus renaissent par millions En ces paysages éternels de sel et d\u2019eau, parmi Ces paysages fantastiquement nus.Trouvez la voix ! celle justement qui, telle Un jeu d\u2019ombres feuillu sans larme ni regret Superflu; celle qui, folle et tisseuse d\u2019eau rayée, Se dégage des échos marins vers les morts ou la vie En des frissons de cercles mauves.Acton Vale, 1962. POÈMES 573 Mémoire A regarder la pluie tomber, Tomber sans feuille ni raison L\u2019on retrouve son temps: Ce temps qui n\u2019était pas perdu, Mais simplement laissé pour compte Au fond de la mémoire, enfoui.Hors saison Je suis longtemps Resté pensif, debout Si près des cathédrales enchantées; L\u2019eau des villes voisines Avait probablement adouci Le spectacle des rues. 574 ACTION NATIONALE Partage Mon Dieu ! que j\u2019eusse aimé te voir A cet endroit nommé Partage; Avec toi j\u2019aurais le miroir De l\u2019eau coupé en deux, ton visage Dedans comme un seul écusson; (En les prairies de ce village Tout est à refaire, sinon L\u2019interminable long voyage \u2014 A pied jusques à la maison Que nous habitâmes, naguère Aux alentours de l\u2019an blessé.) J\u2019aurais voulu après leur guerre Revenir avec toi, fouler Les herbes bleues des champs de Mère, Interroger les souvenirs; mais Tu n\u2019es plus que par mémoire \u2014 A Partage il fait, d\u2019ailleurs, froid Toujours.Et quand je bois, je ne vois Au loin que des palais de Loire.Carré St-Louis, Automne 1964. POEMES 575 Masque Ton visage Masque aux yeux blonds.Tes mains Belles et douces araignées.Cauchemar d\u2019enfant Sur la route, fil Où s\u2019enfilent mes songes.Poème Voyez ! disent les Reines défuntes, voyez De quel éclat s\u2019ornent \u2014 après tant d\u2019années Nos riches vêtements, défaits au chant Multiple de l\u2019histoire. 576 ACTION NATIONALE Continuellement Il y a un homme qui nous observe, Un homme avec le sommeil dans un oeil Et l\u2019angoisse dans Vautre, Un homme qui d\u2019ailleurs Ne dit mot \u2014 ni ne fait geste, et Qui se contente seulement D\u2019examiner lentement les traces fugitives Que laissent, en un miroir troublé, glacé, Nos belles paroles de vivants. PETITES ÉLÉPHANTES par François Hertel (récit en grande partie authentique) Elles étaient cinq petites éléplnantes, toutes plus mignonnes les unes que les autres.On sait que les éléphants se développent à un rythme analogue au rythme humain.C\u2019est ainsi qu\u2019une éléphante de treize ans est encore une petite gamine espiègle, qui commence d\u2019ailleurs à se sentir chatouillée par une puberté naissante.Elsie, Lucy, Mignonne, Suzy et Blandine vivaient donc leur vie d\u2019écolières dans les cages du cirque Amar.Elles étaient paisibles, aimables, caressantes, comme toutes les petites éléphantes bien élevées.Elles étaient aussi quelque peu espiègles, mais on leur pardonnait volontiers leurs espiègleries, d\u2019ailleurs toutes mineures.En ce temps-là, le cirque Amar devait être à Tours, si j\u2019ai bonne mémoire.C\u2019était l\u2019heure de la grande parade d\u2019arrivée.Les petites éléphantes attendaient sagement leur tour de parader.Vu leur jeune âge, c\u2019est le seul travail qu\u2019on leur demande: se montrer les jours de parade.Elles sont encore trop petites pour jouer du piano ou pour jongler avec le phoque.Tout à coup, je ne sais quelle mouche la piquant, Elsie l\u2019aînée, qui avait treize ans à l\u2019époque, \u2014 alors que Mignonne, la cadette, n\u2019en avait que huit, \u2014 Elsie, la douce Elsie, profitant d\u2019un moment d\u2019inattention de ses gardiens, part au grand trot vers la campagne.Avait-elle aperçu quelque imaginaire éléphanteau à l\u2019horizon ?L\u2019appel de la verdure s\u2019était-il fait sentir dans son subconscient d\u2019éléphante de ville ?Nul ne le saura jamais.Toujours est-il qu\u2019Elsie fut aussitôt suivie de Lucy, de Mi- 578 ACTION NATIONALE gnonne, de Suzy et de Blandine.Ce ballet inattendu, s\u2019accompagnant du frétillement de joie des petites queues et du barrissement enfantin de cette troupe de ballerines improvisées, vint semer la panique dans la bonne foide tourangelle.Les petites éléphantes toutefois se gardèrent bien de s\u2019attaquer aux personnes.C\u2019est tout au plus si Mignonne, moins adroite que les autres, vu son jeune âge, écrasa les orteils de quelques citoyennes âgées, qui ne s\u2019enfuirent pas assez vite.Quant à Elsie, délaissant son projet primitif de fuir vers la verdure, elle donna gaillardement le signal de l\u2019assaut aux boutiques d\u2019alimentation.Elle volait pêle-mêle, \u2014 c\u2019était d\u2019ailleurs un spectacle ravissant, \u2014 boîtes de spaghetti, de macaroni, pommes, oranges, bananes, tout ce qui lui plaisait quoi ! On prétend même qu\u2019au rayon des légumes, elle ne se contenta pas des choux, des navets, des carottes disposés en vrac, mais qu\u2019elle commit quelques confusions: engouffrant par exemple, quelques boîtes de petits pois en conserve.Les autres petites imitant Elsie, s\u2019empiffrèrent de la même manière.On prétend que la pauvre Mignonne (encore inexpérimentée) avala une quantité considérable de bouchons de liège, qui se répandaient en abondance sur les trottoirs.En tout cas, la joie des petites proboscidiennes était si grande qu\u2019elles en pétaient, à la lettre, de plaisir.Le vrai malheur toutefois commença quand les petites éléphantes, alléchées sans doute par les étalages qu\u2019elles avaient ravagés, eurent l\u2019idée d\u2019entrer à l\u2019intérieur des boutiques.Il faut comprendre que dans leur inexpérience elles eussent pu croire à des merveilles encore plus mirobolantes à l\u2019intérieur des magasins.Or, chacun sait qu\u2019un éléphant, si jeune soit-il, lorsqu\u2019il a mis la tête dans une ouverture n\u2019a de cesse qu\u2019il y ait fait passer tout le corps.C\u2019est alors, pour parler argot, que les portes et les murs \u201cen prirent un coup\u201d.Les marchands, affolés à la vue de ces éléphants dans la maison, (ils ne se connaissaient pas assez en éléphanto-technique pour savoir qu\u2019ils CINQ PETITES ÉLÉPHANTES 579 n\u2019avaient affaire qu\u2019à des petites gosses, en somme inoffensives) s\u2019aplatirent dans les coins, affolés.Les petites éléphantes prirent bien soin de ne pas leur mettre le pied dessus, elles se contentèrent de les chatouiller un peu de la trompe avec de joyeux barrissements.Comme on parle très peu éléphant en Touraine, ce langage affectueux et câlin ne réussit pas à calmer les appréhensions de la gent mercantile de l\u2019endroit.Mais que faisaient donc les agents et les pompiers pendant tout ce temps ?Ils tenaient conseil, avec les gardiens du cirque.Ceux-ci avaient beau crier, de toutes leurs forces, à travers le bruit des éboulis et la poussière (une vraie poussière de tremblement de terre): Elsie! Lucy ! Mignonne ! Rien n\u2019y faisait.Les petites éléphantes étaient en mal de liberté.Elles faisaient l\u2019école buissonnière quoi ! Un agent, plus brave que les autres, tenta, si l\u2019on peut s\u2019exprimer ainsi, de \u201cceinturer\" Mignonne, la plus petite.Mal lui en prit.La pauvre enfant se sentant menacée dans ses arrières, alors qu\u2019elle regardait gentiment par une fenêtre, traversa illico celle-ci, entraînant avec elle des pans de murs et de gravats, qui dégringolèrent pêle-mêle sur le pauvre agent qui s\u2019en tira avec force bosses.Quant à la pauvre Mignonne, affolée, mais non blessée, se sentant coincée à l\u2019intérieur de cette pièce obscure, qui se trouvait être la chambre de la patronne, elle réussit à se retourner là-dedans, non sans mettre un pied sur le lit qui s\u2019écroula à grand fracas.Quand elle sortit toute penaude de la maison, prise en main cette fois par un de ses gardiens, lu pauvre petite était comme emmaillotée dans des rideaux, dans des draps de lit, dans tout le linge qu\u2019elle avait bousculé et qui adhérait maintenant à sa peau rugueuse d\u2019enfançon éléphantin.Elle poussa un petit barrissement qu\u2019on interpréta comme l\u2019expression de sa légitime humiliation.La capture de Mignonne mit d\u2019ailleurs fin à cette joyeuse farandole.Les petites éléphantes, peut-être las- 580 ACTION NATIONALE ses du jeu, peut-être inquiètes du sort de leur cadette, se laissèrent gentiment rattraper l\u2019une après l\u2019autre, ne se permettant plus qu\u2019un minimum de facéties; s\u2019emparant, par exemple, d\u2019une enseigne de magasin ou d\u2019un casque de pompier.Cette fugue se terminait heureusement, car, en somme, elle n\u2019avait fait qu\u2019une victime: un chien.La pauvre bête s\u2019avisa, au moment où Elsie pénétrait dans un des magasins, de vouloir lui faire un mauvais parti.Bien mal lui en prit.Il fut immédiatement embroché d\u2019un maître coup de défense.Chez Elsie, en effet, les défenses (elle avait treize ans à l\u2019époque) ne sont plus des défenses de lait, mais bel et bien une arme solide, en bel ivoire résistant et aiguisé.La foule, rassérénée, put assister quand même au défilé.On eût dit que, pour se faire pardonner leur fugue (?), les petites éléphantes rivalisaient entre elles de gentillesse.Elles étaient vraiment mignonnes à croquer, avec leurs grandes oreilles tombantes (on sait que la grandeur des oreilles est un signe d\u2019intelligence) et leurs petites queues de plus en plus frétillantes.C\u2019est avec le sourire que les regardaient passer les Tourangeaux amusés.Seuls, évidemment ne s\u2019amusaient pas ceux qui avaient été victimes, dans leurs biens, de la fugue des innocentes créatures.Bien repues, un peu fatiguées tout de même, les petites éléphantes avaient donc repris leur place dans les rangs de leurs congénères plus âgés, qui se mirent à barrir avec des voix presque intelligentes, ma foi; auxquels barrissements répondaient sur le même ton les petites.Pour moi, qui suis quelque peu éléphantophone, je saisissais à peu près ceci du dialogue: \u2018 Vous vous êtes bien marrées, les petites ?interrogeait un vieil éléphant presque aveugle, âgé de soixante-seize ans.\u2014 \u201cOui\u201d, répondaient-elles, dans leur langue.\u2014 C\u2019est de votre âge\u201d ajoutait le vieux.Moi, si je me permettais de telles fantaisies, on me croirait devenu fou et on m\u2019abattrait.\u201d CINQ PETITES ÉLÉPHANTES 581 \u2014 Mais pourquoi donc, grand-père, chuchotait Mignonne.\u2014 Pourquoi ?Parce que, passé la quarantaine, la plupart des hommes sont trop bêtes pour s\u2019amuser.Alors, ils croient que nous, les éléphants, nous devons réagir comme eux.Il faut se résigner.Quant à vous, profitez de votre jeunesse !\u201d Cette sagesse éléphantine ne fut pas sans beaucoup m\u2019émouvoir et je me promis de témoigner un jour ou Vautre en sa faveur.Je viens de tenir parole.Quant au cirque Amar, il paya les pots et assiettes cassés et tout continua d\u2019aller pour le mieux dans le meilleur des mondes. LE CINEMA D\u2019OBJECTIF par André Bertrand Depuis octobre 1960 paraît à Montréal une revue de cinéma dont l\u2019importance est telle qu\u2019on a pu parler, lors du dernier Festival du film canadien, d\u2019une critique gênée, dans ses jugements, presque obligée de couronner, dans chacune des catégories du long, du moyen et du court métrages, Jean-Pierre Lefebvre et IL NE FAUT PAS MOURIR POUR CA, Jacques Leduc et CHANTAL EN VRAC, Pierre Hébert et OP HOP.Cette revue, à laquelle collaborent non seulement Lefebvre, Leduc et Hébert mais près de la moitié des membres du Prix de la Critique (Michel Patenaude, François Salvas, Christian Rasselet, Patrick Straram et André Paquet), c\u2019est Objectif.Objectif est réputé pour la façon cavalière dont ses rédacteurs excommunient tout ce qui n\u2019est pas d\u201906-jectif, du petit noyau, du petit clan, du petit groupe, et pour quelques articles, à peine plus sérieux, sur la nouvelle vague, sur des questions aussi spécieuses que de savoir si oui ou non nous sommes entrés dans une ère de communications audio-visuelles.Bref, on s\u2019y paie de mots plus souvent qu\u2019autrement, et on se serre les coudes en temps opportun.\u201cJe vous souhaite les meilleurs succès possibles, écrit Jacques Leduc à ses deux comparses Pierre Hébert et Jean-Pierre Lefebvre peu avant que ne débute le Festival, et que le meilleur homme gagne, c\u2019est-à-dire moi qui suis le meilleur cinéaste québécois au monde.\u201d On sent là, au ton badin, un orgueil mal déguisé, un peu d\u2019ivresse et beaucoup de complaisance. LE CINEMA D'OBJECTIF 583 LE RÉVOLUTIONNAIRE Ce premier long métrage de 74 minutes de Jean-Pierre Lefebvre, réalisé en 1965 au coût de $16.000, est en quelque sorte le manifeste d\u2019Objectif et d\u2019abord parce qu\u2019y jouent, entre autres, André Théberge, Robert Daudelin, Pierre Hébert, Michel Patenaude et Christian Rasselet.Dédié \u201cà ceux qui ne veulent pas mourir pour rien\u201d, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019une troupe de résistants qui, sur une ferme de campagne, s\u2019entraînent à la guérilla.Rassemblés autour d\u2019un chef enlunetté, ils ont piteuse allure et font plutôt penser à des adolescents rêveurs qu\u2019à des hommes d\u2019action.A preuve leur étonnement quand passe une jeune femme, la révolutionnaire, et que cette femme décide d\u2019embrasser avec eux la cause de l\u2019indépendance.Au reste, une fois les personnages campés, ce film est d\u2019une lenteur inimaginable: rien ne bouge, rien n\u2019avance, aucune action, aucune intrigue, néant.Chaque plan est d\u2019une longueur démesurée, moins pour obéir à de quelconques théories nouvelles, qui veulent que le montage soit un artifice, que pour sauver de l\u2019argent.Et que dire de cette musique de violons sanglotants sortie tout droit de chez Verlaine, sinon qu\u2019elle tape sur les nerfs ?Enfin, il y a là, de loin en loin, quelques mots d\u2019esprit par lesquels l\u2019auteur essaie de nous arracher un sourire : \u201cIl y a deux cultures au Canada, la française et celle des pommes de terre !\u201d Très drôle, très spirituel, presque aussi ridicule que cette image reprise fréquemment, d\u2019un révolutionnaire prisonnier d\u2019un piège à ours: on regrette que le sort du pays soit lié à de tels monstres d\u2019imbécillité.JACQUES LEDUC Né à Montréal en 1941, Jacques Leduc est un ancien du collège Saint-Denis.Il entre à l\u2019ONF en 1963 et participe à l\u2019élaboration du FESTIN DES MORTS, de 60 CYCLES, de COMMENT SAVOIR et de YUL 871 avant de réaliser lui-même un film de 45 minutes, CHANTAL EN VRAC. 584 ACTION NATIONALE \u201cJ\u2019estime beaucoup Leduc pour l\u2019avoir rencontré à quelques reprises et bavardé avec lui mais je trouve que \u201cChantal\u2019\u2019 ne présente aucun intérêt humain, observe Luc Perreault.Le personnage du film, que Leduc a choisi sous prétexte qu\u2019elle était représentative de la jeune fille de vingt ans actuelle, n\u2019a absolument rien à nous apprendre précisément sur cette jeunesse.A partir de l\u2019ennui d\u2019une jeune fille, il a fait un film ennuyeux pour le spectateur alors qu\u2019il aurait pu faire de ce sujet un film pa-sionnant.\u201d Leduc achève NOMININGUE : UNE ROMANCE où il s\u2019efforce de concilier le documentaire touristique et la fiction.PIERRE HÉBERT En 1965, après des études d\u2019anthropologie, Pierre Hébert est engagé par l\u2019ONF alors qu\u2019il compte déjà à son actif trois courts métrages de production indépendante : HISTOIRE GRISE et HISTOIRE D\u2019UNE BIBITE (1962), OPUS 1 (1964).Pour l\u2019ONF: quelques boucles destinées à l\u2019enseignement du français, OP HOP, OPUS 3 et EXPLOSION DE LA POPULATION, tous des films d\u2019animation.Hébert lui-même s\u2019en est expliqué dans un article important de Phlimme: \u201cL\u2019animation s\u2019est retranchée de la réalité vers un petit monde esthétisant et clos où l\u2019art d\u2019animer est bien vite entré en décadence.Les points de référence valables sont déjà trop loin pour ne pas avoir à les réinventer dans notre nouveau contexte démultiplié.L\u2019animation devra cesser de fabriquer de beaux objets et commencer à acheminer efficacement des messages.Les chemins que doit prendre une animation authentiquement actuelle ne sont ni faciles ni évidents.Cependant, ce devra sûrement être la ligne dure et droite d\u2019une recherche implacablement systématique.Cette animation se doit d\u2019être affirmative, radicale, intolérante, violente.car en plus de chercher sa propre définition, elle doit être un acte moral qui propose l\u2019anéantissement du cadre limitatif et aristocratique dans le- LE CINÉMA D'OBJECTIF 585 quel on voudra à coup sûr la considérer, de l\u2019ordre culturel moribond qui est sous-jacent à ce cadre et des grands-prêtres profiteurs de cet ordre.\u201d JEAN-PIERRE LEFEBVRE Pour Jean-Pierre Lefebvre, né à Montréal le 17 août 1941, le cinéma est \u201cun moyen de s\u2019exprimer sans les contraintes propres qui découlent de l\u2019enseignement qu\u2019on nous a donné sur les autres arts\u201d.En plus du REVOLUTIONNAIRE et d\u2019une apparition dans le MAS-CULIN/FEMININ de Jean-Luc Godard, on lui doit deux courts métrages, PATRICIA ET JEAN-BAPTISTE et L\u2019HOMOMAN, et le grand prix du 5e Festival du cinéma canadien, IL NE FAUT PAS MOURIR POUR CA.Tourné en 1964 à compte d\u2019auteur, L\u2019HOMOMAN est un exercice de style où apparaissent déjà pêle-mêle, entre les cartons et à grands coups d\u2019accélérés et de ralentis, les thèmes de la révolte du REVOLUTIONNAIRE, de la solitude et de l\u2019ennui d\u2019IL NE FAUT PAS MOURIR POUR CA.On peut donc sans préjudice se contenter de cette demi-heure et laisser tomber le reste, avec d\u2019autant moins de scrupules que Lefebvre n\u2019a jamais été meilleur qu\u2019ici (sauf peut-être par endroits dans PATRICIA ET JEAN-BAPTISTE).Par exemple, c\u2019est ici que se fait jour l\u2019idée de substituer à des bruits réels anodins le vrombissement d\u2019un avion qui décolle, gag qui tourne au procédé dans les films ultérieurs, tout comme la manie de mettre en scène des Anglais qui baragouinent le français et cette autre manie qui consiste à pousser des prêtres au bord de couches où ils n\u2019ont que faire.A l\u2019usage, ces pochades amusent de moins en moins : elles déçoivent.PATRICIA ET JEAN-BAPTISTE dure 35 minutes et se présente comme une manière d\u2019autobiographie, de portrait: le Jean-Baptiste en question, interprété par Jean-Pierre Lefebvre, est né pareillement le 17 août 1941.Au-delà de l\u2019autobiographie, c\u2019est la caricature d\u2019un type de Canadien français \u201cen qui gronde la révolte an- 586 ACTION NATIONALE cestrale\u201d mais qui se sait trop faible pour agir, qui s\u2019occupe à ne rien faire: il feuillette des journaux de fins de semaine, il va aux vues le dimanche, il travaille à l\u2019atelier.Ce n\u2019est pas un hasard s\u2019il flâne dans sa chambre, en pyjama, quand débute le film: une chambre en désordre, voilà son élément ; une petite tenue, voilà sa grandeur d\u2019âme.Jean-Baptiste rencontre-t-il une Française, Patricia, dont c\u2019est l\u2019anniversaire ?Il monte chez elle et s\u2019assoit lourdement, et marmonne des phrases inintelligibles.Cette scène extraordinaire où la caméra, immobile, enregistre avec neutralité les événements, représente sans doute ce que Lefebvre a fait de mieux et traduit parfaitement son propos: le Canadien français, colonisé, replié sur lui-même, ignore les convenances ; son silence est plus éloquent que ses discours.Très touchante aussi, la séquence finale : lassé de ne pouvoir s\u2019exprimer correctement, Jean-Pierre donne à Patricia un bouquet de fleurs artificielles et, pour rire, profitant de l\u2019occasion, il l\u2019arrose.Dernière observation : Lefebvre est à lui-même son meilleur interprète.IL NE FAUT PAS MOURIR POUR CA commence de la même façon: le personnage principal, Abel, flâne en pyjama dans sa chambre, s\u2019étire et lance dans l\u2019espace un de ces petits avions de bois de sa fabrication juste à l\u2019instant où vrombit un réacté.(On a donc raison d\u2019écrire que Lefebvre, loin d\u2019innover, se répète d\u2019un film à l\u2019autre, qu\u2019il ne fait que paraphraser dans ses longs métrages ce qu\u2019il dit dans ses courts métrages.\u201cLe cinéma, avouait-il à une journaliste de la Patrie en août dernier, c\u2019est ma deuxième passion, la première étant l\u2019aviation\u201d).Abel secoue enfin sa torpeur au bout d\u2019une demi-heure et écrit au tableau noir, sous le nez du spectateur: \u201cJ\u2019aimerais pouvoir changer le cours des choses mais ce sont les choses qui me transforment\u201d.Puis il sort et, pour une journée qui s\u2019annonce calme, elle est drôlement mouvementée: rencontre à Montréal d\u2019un flirt perdu de vue depuis cinq ans, qui doit s\u2019envoler dans l\u2019heure pour un mariage à Paris; lettre et chèque au montant de $1.000 d\u2019un père exilé au Brésil et dont on est sans nou- LE CINEMA D'OBJECTIF 587 velles depuis 10 ans; décès d\u2019une mère à qui l\u2019on vient à peine de rendre visite et qui rayonnait tellement de santé qu\u2019elle paraissait deux fois moins âgée que soi ; complications sentimentales.Pour la tempête après le calme, c\u2019est quand même trop orageux.Depuis le milieu du film, l\u2019intérêt est brusquement déplacé, le spectateur obligé de suivre le héros en une multitude d\u2019endroits qui contrastent violemment avec le décor unique du début.En outre, on se demande pourquoi il va lui-même vers les autres, s\u2019ils sont actifs et s\u2019il subit le monde, et s\u2019il n\u2019aurait pas été préférable de garder tout le temps le même décor et d\u2019y faire apparaître à tour de rôle, en bon ordre, les personnages secondaires.(Ces jours-ci, Lefebvre a fini de tourner MON OEIL et il prépare plusieurs films dont COMMENT GAGNER LA GUERRE CONTRE LES AMERICAINS et MON AMIE PIERRETTE, pour l\u2019Office national du film: \u201cJ\u2019ai toujours été très sévère avec l\u2019Office, confiait-il à un rédacteur des Cahiers du cinéma, et je le reste, mais je tiens à dire que je n\u2019ai jamais démoli l\u2019Office en tant qu\u2019organisme.Je me suis attaqué aux individus qui y travaillaient, chose très différente.\u201d En effet.) André Bertrand APOUTIAPIC par Clotilde Rainville C\u2019était en 1957.On avait transporté d\u2019urgence une jeune Esquimaude, dans un avion de la Nordair, de Fort-Chimo à l\u2019Hôtel-Dieu de Roberval.Elle y reçut des transfusions et mit péniblement au monde un garçon.Elle fut déménagée, un soir, en chaise roulante, du service de la maternité à celui de Saint-Gérard, au deuxième étage.Elle souffrait de sinusite et de toux persistante compliquée d\u2019une anémie secondaire qui pouvait devenir pernicieuse.L\u2019Esquimaude avait environ quinze ans mais sa taille courte et délicate lui donnait l\u2019air encore plus juvénile.Son prénom: Apoutiapic, voulait dire Petite Neige.Elle ressemblait aux Japonaises avec son joli visage ovale, ses yeux bridés et sombres dans lesquels se promenaient des lueurs voluptueuses.Elle nattait en deux longues tresses, nouées de ruban rouge, sa magnifique chevelure noire.A l\u2019infirmière qui faisait sa ronde habituelle, Apoutiapic désigna, du regard et du geste, un verre plein d\u2019eau et le mur aux trois fenêtres de sa nouvelle chambre.\u2014 Oui, répondit l\u2019infirmière, avec un sourire vague, sans trop comprendre la question silencieuse. apoutiapic 589 En effet, selon le désir de l\u2019Esquimaude, son lit était orienté près de ces grandes baies d\u2019où 1 on apercevait le lac Saint-Jean.Lac impassible de février sous l\u2019enveloppe de neige et de glace.Comme un être qu\u2019on aime et qui dort sous nos yeux mais dont le sommeil même nous est précieux.Car, c\u2019était déjà merveilleux que ce lac fût là à portée du regard d\u2019Apoutiapic, pour lui rappeler le fleuve Cocdjouac près duquel s\u2019élève Fort Chimo.Il manquait encore cependant au paysage les aurores boréales et les arbustes familiers: bouleaux glanduleux et bouleaux nains, ledums des marais et les diverses variétés de saules.Avant de s\u2019endormir, l\u2019Esquimaude termina l\u2019inspection de la pièce.Murs bleu pastel, tentures d\u2019un imprimé très prononcé, couvre-lit blanc sous un édredon bleu indigo.En somme le bleu dominait.C\u2019était la seule couleur qu\u2019Apoutiapic n\u2019aimait pas dans une maison parce qu\u2019elle trouvait cela trop froid.Tous les bleus des paysages l\u2019enchantaient, mais des murs blancs, gris ou bleus l\u2019ennuyaient.Elle préférait les couleurs chaudes.Les fleurs qu\u2019elle admirait dans certaines chambres de patientes lui rappelaient les grands pavots jaunes, les pédiculaires et les morgelines aux tons roses qui réjouissaient le bref été de son pays, le Nouveau-Québec.Apoutiapic éprouva de bonne heure une attirance pour une Canadienne française qui passa un mois à l\u2019Hôtel-Dieu et au même département.Un jour la petite Esquimaude s\u2019approcha donc de Rosemonde et lui dit en souriant: \u2018Piararc\u2019.Elle indiquait, avec ses deux mains, la longueur d\u2019un tout jeune bébé.Rosemonde comprit l\u2019invitation et accompagna Petite Neige à la pouponnière.Elle y vit un bel enfant qui ressemblait à sa mère et tranchait évidemment sur les voisins avec son teint mat, ses yeux bridés, ses longs cheveux noirs.Apoutiapic, trop affaiblie pour allaiter son fils, voulait absolument le tenir dans ses bras, non pas docilement à l\u2019heure officielle des visites, mais pendant qu\u2019il mangeait.Elle n\u2019avait point eu besoin de psychologues 590 ACTION NATIONALE pour lui apprendre les répercussions heureuses que cela produirait sur la vie affective de l\u2019enfant.Son amour ma-ternel surgissait tout droit de la nature.Les femelles, de même, lavent et caressent leurs chiots et leurs chatons pendant qu\u2019ils boivent goulûment.Le petit Esquimau, lui aussi, engouffrait la nourriture.Comme pour devenir au plus vite un homme dont la valeur servira les possibilités immenses du Nouveau-Québec.Bien sûr, Apoutiapic et Rosemonde ne pouvaient causer ensemble, l\u2019une ignorant le français et l\u2019anglais, l\u2019autre, l\u2019esquimau.Mais une certaine parenté d\u2019âmes et de tempéraments les unissait.Elles étaient deux émotives secondaires.Avec un visage détendu, des gestes calmes, une patience désarmante.Et pareille conception orientale du Temps.Comme cet enfant dont Théo Chentrier citait la boutade : \u2018 Habille-moi lentement parce que je suis pressé ! .D\u2019ailleurs Petite Neige, elle, n\u2019avait pas de montre.Elles aimaient l\u2019hiver.Rosemonde semblait plus heureuse à braver, bien emmitoufflée de fourrure, un froid au-dessous de zéro qu\u2019à s\u2019étendre en costume de bain sur la plage par une chaleur excessive.Tous les deux ou trois jours Apoutiapic sortait de la garde-robe son costume blanc, de coupe et de confection esquimaudes et elle s\u2019en revêtait.C\u2019était tout un spectacle ! D\u2019abord les alertik, grands chaussons aux genoux, les pineraack, petits chaussons enfilés par-dessus les premiers ; puis les tiges de bottes en toile avec semelles en peau de phoque barbu.L\u2019atigi, manteau à queue et à poche dorsale, capuchon à bordure en fourrure de chien noir; le silapok, genre de tablier en toile pour recouvrir l\u2019atigi; enfin les gants intérieurs de mouffles en molleton et protégés par des gants extérieurs en toile.Ainsi vêtue, Apoutiapic se promenait dans la chambre et le passage voisin.Elle avait alors l\u2019air heureux.Comme si le fait de porter ce costume authentique lui était déjà un avant-goût de son départ ou bien lui redon- APOUTIAPIC 591 nait, avec le lac Saint-Jean, l\u2019ambiance du Nouveau-Québec.Rosemonde avait demandé à un Esquimau, hospitalisé lui aussi et qu\u2019elle connaissait un peu, d\u2019accompagner Petite Neige pour qu\u2019elle puisse marcher sur le terrain de l\u2019hôpital.Car on ne la laissait point sortir seule de peur qu\u2019elle ne s\u2019enfuît.L\u2019Esquimau accepta une fois ou deux puis refusa.___Elle, pas catholique ! dit-il à Rosemonde sur un ton assez méprisant.Comme si c\u2019était là une cloison qui les séparait.___Ça n\u2019empêche pas de lui parler ! avait répondu Rosemonde, surprise de cette mentalité qui manquait d\u2019horizon.Apoutiapic et lui, Pitsiolarc, venaient de Fort-Chimo.Etait-elle anglicane ?On n\u2019en savait rien.Mais elle possédait une morale naturelle qui la rendait accessible à une religion.Certains jours Rosemonde pleurait.Cependant elle ne laissait voir que son visage heureux.Le seul témoin de ses larmes était parfois cette jeune Esquimaude qui, elle, pleurait souvent et sans cacher sa peine autrement que par un mouchoir de papier blanc étendu sur ses paupières.Il leur arrivait, par simple coïncidence, de pleurer en même temps.Apoutiapic regardait alors Rosemonde et branlait la tête avec un sourire compréhensif.Toutes les larmes se ressemblent, quels que soient les continents, les races, les nationalités.Mais Apoutiapic pleurait-elle son pays, ses parents, son ami, son époux ?L\u2019on n\u2019en savait absolument rien.Elle personnifiait le mystère féminin dans sa plénitude.L\u2019Esquimaude voyait les autres patientes recevoir des courriers fréquents.Pour elle, pas la moindre carte.Ses larmes n\u2019avaient aucun pouvoir sur l\u2019amélioration du service postal, qui, dans le Nouveau-Québec, à cette 592 ACTION NATIONALE époque-là, était assez irrégulier.D\u2019ailleurs, un service postal plus rapide eût-il vraiment changé quelque chose pour Apoutiapic ?N\u2019importe où dans le monde, et malgré de quotidiennes livraisons, ne trouve-t-on point des gens ne recevant jamais de courrier ?Petite Neige, apercevant un jour Rosemonde revêtir son manteau de castor, s\u2019approcha d\u2019elle et indiqua du doigt le lac Saint-Jean.\u2014Non, dit son amie, en souriant avec un signe de tête négatif.Elle savait que, pour 1 Esquimaude venue de Fort-Chimo en avion, le mot lac élargissait de sens.Il signifiait la route pour quitter l\u2019hôpital.Rassurée, Petite Neige alla se coucher.Mais les heures passaient et l\u2019absence de Rosemonde se prolongeait.Voilà qu\u2019on servait déjà le repas du soir.Alors, devant la chambre vide, l\u2019Esquimaude pleura longuement et fit des signes de détresse envers le lac.Soudain Rosemonde arriva comme on apportait son cabaret.La petite bonne, sympathique, lui apprit au sujet de Petite Neige qui s\u2019approchait: \u2014 Elle a pleuré beaucoup.Elle vous pensait partie pour toujours.\u2014J\u2019étais sortie pour me faire donner une \u201cpermanente\u201d, expliqua Rosemonde.En remarquant la chevelure fraîchement coupée, Apoutiapic avait aussi compris.Alors sa confiance grandit, n\u2019ayant pas été trompée.Ainsi Petite Neige soumettait à l\u2019approbation de Rosemonde tous les remèdes qu\u2019on lui prescrivait: pilules, toniques, sirops.Au regard interrogateur et parfois même inquiet, Rosemonde, émue autant qu\u2019amusée, répondait par un examen sommaire ponctué d\u2019un oui et d\u2019un signe de tête affirmatif.Alors seulement, la petite Esquimaude, rassurée, absorbait son médicament.Le médecin traitant et les infirmières s\u2019aperçurent un bon jour qu\u2019ils passaient au second plan.Mais, doués d\u2019une belle largeur d\u2019esprit, ils trouvèrent plutôt charmante cette confiance.Apoutiapic, très propre, lavait ses longs cheveux tous les jours.On pensa que ses ablutions quotidiennes aug- APOUTIAPIC 593 mentaient son opiniâtre sinusite.Le médecin, ignorant l\u2019esquimau, ouvrit d\u2019une main les robinets, et, de l\u2019autre, toucha la chevelure soyeuse.Il prononça d\u2019un ton sans réplique : \u2014 Ne plus les laver ! Petite Neige comprit et sourit.Après le départ du médecin, elle se rendit néanmoins soumettre, en utilisant les mêmes gestes, la situation à Rosemonde.Et, dès lors, elle obéit.Tout en restant mince, Apoutiapic avait bon appétit.Les menus de l\u2019Hôtel-Dieu lui plaisaient.Elle dégustait, en surplus, les friandises que lui donnaient des malades et des visiteurs.Comme ses compatriotes esquimaux, elle était une grande consommatrice de thé.Après les repas elle mâchait à pleines dents.Par contre, en fumant, et elle fumait beaucoup, elle tenait la cigarette d\u2019une manière tellement gracieuse, au bout d\u2019un fume-cigarette vert, qu\u2019on pouvait prendre Apoutiapic pour une dame du meilleur monde.Souvent elle sortait de sa commode ses boîtes de souvenirs et les étalait sur son lit : cartes postales, bouts de rubans, colliers, bracelets, boucles d\u2019oreilles.Il y avait un tube de rouge à lèvres qu\u2019elle gardait peut-être comme une curiosité.Car, elle souriait souvent, mais la seule fois qu\u2019on la vit rire, ce fut au sujet de ce rouge à lèvres qu\u2019on essayait vainement de lui faire utiliser.Cela n\u2019était pas admissible dans son milieu.Elle enroulait autour de sa taille une magnifique ceinture fléchée aux couleurs vives.Elle expliqua 1 avoii tissée elle-même.D\u2019ailleurs elle en avait une semblable en préparation.Elle y travaillait assez régulièrement.Rosemonde projetait d\u2019acheter le matériel nécessaire pour lui en commander une comme valeur artisanale et comme souvenir.Dans la chambre de l\u2019Esquimaude se trouvait aussi une Indienne du lac Mistassini.Un dimanche après-midi, 594 ACTION NATIONALE elle reçut la visite d\u2019un groupe de Montagnaises de la Pointe-Bleue.Petite Neige, seule une fois de plus, les observait avec un sourire résigné.Puis, étendant de nouveau, un mouchoir de papier sur son visage, elle pleura en silence.Les Indiennes la regardaient avec une compassion infinie.Elles déploraient de ne pouvoir la consoler.Des langues différentes les empêchaient de communiquer.Alors elles trouvèrent le sujet de conversation qui peut rallier toutes les mamans du monde, quels que soient leuis idiomes.Elles indiquèrent, de leurs deux mains brunes, la longueur d\u2019un enfant au berceau et elles pro-nonçèient en français: \u201cBébé !\u2019\u2019 Petite Neige sourit et répéta comme un écho joyeux: \u201cBébé !\u201d Elle se leva, et, suivie des Montagnaises, se rendit à la pouponnière leur faire admirer son fils.Elle portait souvent une robe rouge tomate.Mais, ce joui-là, elle avait gardé sa robe de nuit.En marchant, elle tenait donc pudiquement d\u2019une main les deux pans de cette blanche robe de nuit d\u2019hôpital ouverte dans le dos du haut jusqu\u2019en bas, pour que les regards inquisiteurs qui remarquaient son visage d\u2019étrangère n\u2019envahissent point aussi d\u2019autres parties non négligeables de son anatomie.Elle revint de la pouponnière en surveillant toujours son indiscret vêtement, s\u2019arrêta au pied du lit de la Missassine, et, avec ses mains, décrivait son enfant.Sans plus penser que ce geste libérait la robe de nuit malgré la porte grande ouverte et les nombreux visiteurs qui passaient dans le corridor.L\u2019amour maternel avait envahi toute la chambrée ! Rosemonde, voyant Apoutiapic intéressée à la regarder écrire, lui donna crayons et papier.L\u2019Esquimaude n\u2019écrivit point mais dessina chaque jour sous l\u2019oeil approbateur de son amie: maison avec cheminée d\u2019où s\u2019échappait une fumée dense et longue; bois de chauffage, marmites chauffant sur un feu ; crochets auxquels étaient suspendus d\u2019autres marmites ; pain, tasses, théière; bagues et colliers, as de trèfle, jeu de parchésie; apoutiapic 595 chapeau, main, pied, raquettes.Fleurs plantées au sol et fleurs en pot, les unes, toutes petites, les autres, a la corolle plus large comme celle des pavots.Chiens atteles à la file indienne et traînant une charge de poissons.Aucun visage humain dans ces dessins.Beaucoup de natures mortes.Aussi, du mouvement, de la vie: les chiens de Petite Neige couraient vraiment !.D\u2019une voix douce, Apoutiapic chantait chaque jour sur un air berceur.Très peu de mots, plutôt des monosyllabes à la manière esquimaude.Chansons apprises de sa mère en se promenant avec elle en kayak sur le fleuve Cokdjouak ou sur la baie d\u2019Ungava.Bien que Petite Neige eût vraiment du charme et fût la seule femme de leur groupe, aucun Esquimau hospitalisé ne s\u2019était lié avec elle.Les uns ne la connaissaient pas les autres se montraient indifférents.Pitsiolarc, celui qui avait refusé de continuer à l\u2019accompagner dans la cour de l\u2019hôpital, persistait à 1 ignoier.Il préférait parler en français avec Rosemonde et lui apprendre un peu de son vocabulaire maternel.Il avait la voix charmeuse.Quand il prononçait les mots amour.ikemeya; coeur: oman; baiser: konnou, 1 Esquimau coulait vers Rosemonde un sourire et des regards tout imprégnés de volupté.Mais sans nulle effronterie.Un jeune Indien de Pointe-Bleue, hospitalisé lui aussi, venait souvent causer avec la Mistassine.Il était beau avec son teint brun; ses abondants cheveux noirs et lustrés, sa tête ronde, vue de profil.Dans ses yeux, d une finesse rare, le sourire s\u2019étalait comme le soleil sur un miroir.L\u2019Indien se berçait dans un fauteuil près du lit de l\u2019Esquimaude qu\u2019il observait d\u2019un air amusé.C\u2019était visible qu\u2019elle lui plaisait.Mais la différence de langues les empêchait de se parler.Quant à Petite Neige, elle ne semblait s\u2019occuper ni de l\u2019Esquimau ni de l\u2019Indien.Plus loin, sur le même étage, une patiente aimait, presque de toute éternité, un homme qui ne voulait pas 596 ACTION NATIONALE d elle.Un infirmier du service voisin tentait vainement de se lier avec une compagne de travail.Un soir Rosemonde songeait à tous ces mélanges de sentiments lorsqu\u2019un des médecins entra causer un moment.Comme s\u2019il pensait la même chose qu\u2019elle, il dit soudain : \u2014 Nos sympathies sont compliquées.L\u2019une regarde à droite celle qui se penche en avant; l\u2019autre fixe à gauche celle qui se retourne en arrière.Oui, de sorte qu\u2019on trouve rarement la paire, approuva Rosemonde.Comme des tasses désassorties de leurs soucoupes.C\u2019est mêlé comme des pelotons de laine qu\u2019un chat espiègle aurait déroulés à plaisir.\u2014 Ça me rappelle une réflexion de Maurice Goudeket dans son livre: \u2018\u2018Près de Colette\u201d: \u201cNous marchons à travers un cimetière de bonheurs manqués faute d\u2019un mot, d\u2019un geste, d\u2019une bulle, et que d\u2019êtres, à l\u2019un l\u2019autre promis, se sont en vain croisés dans le brouillard !\u201d Le médecin fit, de la tête, un signe d\u2019affirmation.Il regarda tour à tour Rosemonde assise en face de lui, Apoutiapic debout dans le corridor à côté de l\u2019Indien silencieux et l\u2019infirmier qui passait près d\u2019eux.Il faut multiplier les contacts humains, poursuivit le médecin.Et nous manquons de simplicité ! \u2014 Il faut retrouver l\u2019esprit d\u2019enfance, murmura Rosemonde pendant que le médecin l\u2019approuvait du regard.Certaines autorités décidèrent que le groupe d\u2019Esqui-maux partirait pour un hôpital québécois.Cela circula parmi eux comme une mauvaise nouvelle.Car ils sont facilement dépaysés.Pitsiolarc vint trouver Rosemonde avec un air bouleversé.Il lui expliqua: \u2014 Ici, on me parle en français et je suis avec des catholiques.Là-bas, nous serons dans un milieu de langue anglaise et de protestants. APOUTIAPIC 597 Tel n\u2019était pas le cas, heureusement.Il avait été mal renseigné par on ne sait qui.Il ajouta d\u2019un ton quelque peu moqueur en regardant Apoutiapic: \u2014 Pour elle, un hôpital ou l\u2019autre ! Ce n\u2019est pas un problème ! Ni de langue, ni de religion !\u201d Le lendemain soir, l\u2019infirmière choisie pour accompagner le groupe d\u2019Esquimaux pendant le voyage se rendit avertir Petite Neige et la préparer.Dès que cette infirmière fut sortie, Apoutiapic enleva son arnauti, ses bottes de peau de phoque, enfin tout son costume, vida sa petite valise et replaça tout dans ses tiroirs de commode et dans sa garde-robe.Des patientes lui disaient: \u2014 Ne fais pas cela.Reste habillée.Tu t\u2019en vas ce soir.\u201d Petite Neige leur souriait d\u2019un air frondeur.Elle ne voulait plus ou ne croyait plus partir.Etait-ce une protestation muette contre sa mutation dans un autre hôpital ?Ou bien son désir de retour à Fort-Chimo avait-il diminué ?L\u2019infirmière trouva Petite Neige bien installée dans un fauteuil et s\u2019y berçant doucement au milieu de la chambre.\u2014 Je vais aller chercher son enfant, dit-elle.En le voyant prêt à partir, elle se décidera bien elle aussi.L\u2019infirmière habilla de nouveau Apoutiapic, refit patiemment la petite valise, partit vers la pouponnière et revint avec le bébé tout emmailloté pour le départ.Alors la petite Esquimaude éprouva de l\u2019angoisse puis sanglota et fit comprendre sa crainte qu\u2019on lui ait donné par erreur un petit Canadien.Elle manifesta sa volonté formelle de ne point partir sans emmener son enfant véritable.L\u2019infirmière consulta sa montre et soupira: \u2014 On va manquer le train ! Tous les lits nécessaires étaient retenus pour ce soir-là.Elle se hâta de téléphoner à la gare du Canadien National.Un agent compréhensif lui promit que le train l\u2019attendrait avec son groupe d\u2019Esquimaux.Elle revint dans la chambre où Rosemonde essayait vainement de consoler Apoutiapic étendue à plat ventre sur le lit et pleurant toujours, 598 ACTION NATIONALE L\u2019infirmière dévêtit le bébé pour que Petite Neige pût vérifier.Elle lui fit voir non seulement le visage mais aussi la tache mongole, de couleur violacée, que portent à leur naissance tous les Esquimaux parce que leur race est d\u2019origine asiatique.D\u2019ailleurs, c\u2019était indiscutable pour tout autre que cette jeune maman superémotive et affaiblie par la maladie.L\u2019enfant possédait le plus pur type esquimau.Apoutiapic, rassurée, sourit avec un merci plein les yeux à l\u2019infirmière qui plaçait le petit dans la poche dorsale de l\u2019arnauti de sa maman.Rosemonde accompagna le groupe jusqu\u2019à la porte de sortie.Debout près du seuil, Apoutiapic regarda une dernière fois son amie québécoise qui l\u2019entoura de ses bras et l\u2019embrassa comme une petite soeur qui s\u2019en va.Leur séjour au même hôpital s\u2019était écoulé dans une ambiance de respect, de compréhension, d\u2019amitié.Un peu plus tard l\u2019infirmière en chef du service passa voir Rosemonde, évoqua certains souvenirs et conclut avec un bel accent de sincérité: \u2014 Mais, elles vous ont tellement aimée, l\u2019Indienne et la petite Esquimaude ! Pendant la nuit, la pensée de Rosemonde suivit longtemps, à travers les Laurentides, ce train qui emportait Apoutiapic et son fils, Poudjoutardjouc, vers leur destin.Serait-ce, pour cette jeune maman, une mort lente ou bien un regain de santé ?Rosemonde songeait aussi à ce brave peuple esquimau dont l\u2019avenir dépend si largement des Canadiens français du Québec.Consolée, Apoutiapic se pensait en route pour Fort-Chimo.Mais quand elle aperçut la file de wagons et réalisa l\u2019absence d\u2019avion, elle se trouva frustrée de partir encore vers l\u2019inconnu.Elle se remit à pleurer et réclama une explication.Un Esquimau, pris de pitié, vint la renseigner dans sa langue maternelle.Il ajouta sur un ton protecteur: POÈMES 599 \u2014 Le départ aurait pu être plus triste.Puisque déjà d\u2019autres malades du Nouveau-Québec ont été conduits dans un hôpital beaucoup plus éloigné.En Ontario, l\u2019hôpital d\u2019Hamilton.Là, le climat humide, loin de les guérir, les empira.Tandis que, poursuivait toujours l\u2019Esquimau sur le même ton calme, Québec où nous allons est plus proche du Grand Nord.Et il jouit d\u2019un climat plus sain.\u201d Apoutiapic resta longtemps éveillée pendant que, près de son coeur, le bébé dormait profondément.Elle souleva le store et regarda fuir le paysage nocturne.En se rappelant les paroles de son compatriote, elle s\u2019indignait: \u2014 Ce Québec moins éloigné que Hamilton, c\u2019est tout de même à mille milles de Fort-Chimo ! Et Roberval était pourtant plus proche !\u201d Des souvenirs liaient Apoutiapic au Nouveau-Québec, tels ces poils absorbants qui retiennent la mousse arctique au sol natal.Avec sa logique saine, Apoutiapic se demandait tristement: \u2014 \u201cPourquoi donc n\u2019y a-t-il point dans mon pays un hôpital qui me recevrait et des médecins qui me guériraient ?\u201d Enfin le sommeil vint, mais un sommeil inquiet.Alors elle vit en rêve deux anciens compagnons de jeux de son enfance, deux braves chiens esquimaux.Seuls dans la nuit, sur le rivage glacé du fleuve Cocdjouak.L\u2019un gisait mort, blessé, affamé, épuisé.L\u2019autre chien respirait encore et cherchait du regard un secours efficace et une présence amicale.Clotilde RAINVILLE QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR L'INDE MUSICALE par Léo Roy Rares sont les musiciens occidentaux qui savent tout ce que l\u2019on doit à l\u2019Orient, parce que cela ne les intéresse pas.Forcément pressés et conséquemment superficiels, nos ultramodernes se contentent de lire distraitement quelques notes abrégées publiées dans les dictionnaires à la mode.L\u2019orgueil occidental aveugle ses esclaves et ses victimes qui, se prétendant universels, n\u2019ont que des visées internationales basées sur la seule exploitation commerciale.Par exemple, pour eux, l\u2019Inde c\u2019est \u201csi loin et si peu pratique.\u201d On s\u2019entête à se borner par ce qu\u2019on appelle nos deux modes, dont tous les autres ne sont que des transpositions, c\u2019est-à-dire des répétitions dans tous les autres tons.On se prive ainsi de la richesse harmonique des modes légitimes \u2014 étant authentiques \u2014 dont l\u2019Orient bénéficie et l\u2019on se contente béatement de l\u2019indigence occidentale.Certains musiciens, plus évolués que d\u2019autres, traitent vaguement des Grecs d\u2019après la décadence, la période d\u2019avant, celle d\u2019avant Socrate, leur paraissant \u201ctrop hypothétique\u201d.Que la Grèce antique ait servi de trait d\u2019union entre l\u2019Orient et l\u2019Occident, important en Europe la science de l\u2019Asie, berceau de l\u2019humanité, cela ne les QUELQUES ASPECTS DE L'INDE MUSICALE\t601 édifie et ne les instruit guère, \u201cles Orientaux n\u2019étant que des rêveurs alors que les Occidentaux sont des réalistes, voire des utilitaires\u201d.Ainsi, en plein XXe siècle scientiste, technocrate et vulgarisateur, de prétentieux ignorants nient la supériorité des modes antiques et proclament \u201cle triomphe des tons modernes\u201d.Disant qu\u2019ils ne doivent rien aux anciens, ces nouveaux se vantent sottement et pratiquent le bluff, qui ne prouve rien.D\u2019autres, posant aux défenseurs des modes, confondent modes et tons, et cela est loin de corriger quoi que ce soit, et pour cause.Mais bien peu, encore une fois, ont une certaine connaissance de la production artistique orientale.Quelques-uns ont vaguement entendu parler du poète de l\u2019Inde, Tagore; mais presque tous ignorent comment et combien il est grand.Conformément à une coutume indienne bien établie, qui voulait que les poètes et les sages, appelés les Rishis, fussent les premiers maîtres dispensateurs de l\u2019enseignement, Rabindranath Thakur, dit Tagore, eut la vision intérieure, et comprit la projection de l\u2019Infini et de l\u2019Eternel.Dès le premier siècle avant Jésus-Christ, le poète Kalidasa avait imaginé l\u2019endroit idéal de la formation de la jeunesse comme étant un ermitage dans la forêt, appelé ashram.Pour Tagore, il réunit ses premiers élèves sous de grands arbres sal et il commença l\u2019école \u201ccomme si j\u2019avais commencé un poème\u201d.Il fit revivre l\u2019idée de Vashram, première \u201c université\u201d indienne, mais il l\u2019adapta aux conditions de vie moderne.Cette décision parut à plusieurs comme un véritable \u201ccoup de tête\u201d puisque, en 1901, il abandonna la politique au moment où ses chants étaient sur toutes les lèvres.Car, même si bien peu de gens le savent, Tagore fut aussi un compositeur qui disait que l\u2019art était \u201cle langage de la personnalité\u201d et la réponse totale de l\u2019homme à la Réalité. 602 ACTION NATIONALE Après avoir débuté par une école pour enfants, le maître-poète-compositeur mérita le prix Nobel en 1913, ce qui lui permit de faire le tour de l\u2019Europe.Cela lui donna l\u2019idée de transformer son école en \u201cuniversité du monde\u201d, ce qui se produisit en 1921 sous le vocable de Visva Bharati.Finalement, plusieurs départements nouveaux se sont successivement ajoutés, produisant Santiniketan, lieu de paix dans un monde de tensions.L\u2019idée du poète s\u2019était transformée en institution.\u201cL\u2019école du poète a ses propres principes de base et son image de l\u2019homme.Elle défend l\u2019idéal de \u201cl\u2019Homme Total\u201d, c\u2019est-à-dire une existence équilibrée dans le courant évolutif de la civilisation d\u2019un monde unifié; elle rejette ce qu\u2019on pourrait appeler le mécanomorphisme, c\u2019est-à-dire le règne de la quantité et de la technocratie, mais sans pour autant sacrifier la science.En somme sa tâche réelle est celle de partout ailleurs ; refaire l\u2019homme moderne.Ce n\u2019est pas là chose facile, même dans les meilleures conditions de temps et de lieu.Mais pourtant c\u2019est bien là la seule chose qu\u2019il convienne de faire.\u201d Pour ceux qui aimeraient s\u2019instruire là-dessus, recommandons l\u2019étude approfondie de l\u2019Anthologie de cent chants de Tagore, publiés depuis 1961 par la \u201cSangeet Natak Akademi\u201d de New Delhi sous la direction de Rabin-dra Bhavan.On y trouvera la transcription, en notation occidentale, de chants originaux du Bengale, composés par l\u2019illustre Tagore, et dont l\u2019intelligente rédaction est due à la doctoresse Mlle Trina Roy.On y verra, en plus, les transcriptions textuelles de trente-trois chants en anglais, réalisées par Shri Kshitis Roy, et de dix-sept par Behari Sen.A titre de Canadiens français, comme pour les Roy devenus Scandinaves (Normands), Ecossais et Gaulois-Français, cela est particulièrement attrayant et instructif, et pour cause raciale originelle.Il est également intéressant de savoir l\u2019existence d\u2019un compositeur tel que Dilip Kumar Roy (1897-\t) et du musicologue Rabindra Loi Roy (1904-\t), ce qui confirme que les Roy sont origi- naires de l\u2019Inde. QUELQUES ASPECTS DE L'INDE MUSICALE\t603 L\u2019an dernier, l\u2019académie Sangeet Natak a commencé la publication semestrielle de très intéressants volumes contenant des articles instructifs de Badahur, Ashton, Szaboloni, Winckel, Rastogi, ainsi que de Van Khe, Deva et Lobo, entre autres.Tous ceux qui s\u2019intéressent à ces publications s\u2019accordent pour faire l\u2019éloge sans réserves de la courtoisie caractéristique du secrétaire de l\u2019académie, le sympathique Suresh Awasthi.L\u2019acquisition de ces connaissances nouvelles élargit la culture psychique, poétique et artistique, celle qui démontre clairement la haute évolution personnelle, à la fois nationale et universelle, du grand Tagore.S\u2019agit-il d\u2019immortalité, de sanctification, de charité et de bonté, d\u2019amour, de vénération, de miséricorde, de bonheur divin, d\u2019espérance, de foi, de courage, d\u2019amitié, de cordialité, de génie, de pureté, de sagesse, de patriotisme, de libération et de paix, on y trouve toujours le même idéal, cette unité diversement symbolisée par ce grand poète-musicien, l\u2019immortel Tagore.Et c\u2019est ainsi que l\u2019on apprend graduellement à mieux connaître et apprécier l\u2019Inde musicale.NOTE.\u2014 En 1923, 1 auteur du présent article ayant déjà étudié les modes musicaux de l\u2019Inde et leurs échelles particulières il harmonisa six râgas, dont quatre furent dédiés à Dilip Kumar Roy et deux à Rabindra Loi Roy.Expédiés à l\u2019étranger, ces travaux v ont été appréciés.\t* Sous 1° direction et avec le concours des directeurs de la Ligue d'Action nationale, la revue consacre ici quelques pages, dont la préparation sera confiée chaque mois à diverses personnes ou à des équipes de personnes.Leur objet est de fournir des thèmes suivis d'études aux sections de nos associations nationales, sociales et civiques, aux cercles d'études de collège, etc., sur des problèmes majeurs d'action.Les orientations générales de ces rubriques correspondront, en général, à celles de la revue.Mais une grande latitude d'expression sera laissée à ceux qui assumeront la tâche de préparer ces textes, de sorte qu on ne devra pas s'étonner d'y trouver à l'occasion des opinions différentes de celles qu'ont pu exprimer le directeur ou d'autres collaborateurs réguliers de la revue.D ailleurs l'objet de ces textes sera généralement d'être soumis à étude et discussion.Nous le disions dans l'introduction de cette section en septembre 1965, ce genre est difficile et nous sommes conscients de tenter une expérience que nous raffinerons au fur et à mesure de son déroulement.-Jr.'Fl-P0URQU01 N0US SOLLICITONS LE CONCOURS DE TOUS POUR NOUS INDIQUER CE QU'ILS VOUDRAIENT APPRENDRE OU TROUVER, SUR LES SUJETS CONCERNES, POUR VRAIMENT UTILE1 ATTE,GNE S0N 0BJECTIF ET LEUR SOIT Adresse: L'ACTION NATIONALE, Section des cercles d'études, C.P.189, Station N, Montréal. Je coopéra tiâm e Le secteur , ' \"r de distribution Reprenons toujours le fil conducteur de nos propos, en rappelant que nous continuons, après avoir vu ce qu'est la coopération (décembre 1966), ce qu\u2019est la coopérative (janvier 1967), les types de coopératives (mai 1967), l\u2019ampleur de 1 action coopérative par l\u2019étendue de ses secteurs (septembre 1967), à examiner la structure et le mode de création des differents secteurs, ayant couvert jusqu\u2019ici le secteur de la consommation (octobre 1967).Passons ce mois-ci à l\u2019examen d\u2019un autre secteur: celui de la distribution.L\u2019unité de service de base Dans la distribution, comme dans la consommation et partout en coopération, l\u2019action coopérative commence par la base, par la série des unités qui correspondent au service à rendre, en prenant comme règle d\u2019en appeler à ceux-là mêmes qui réclament le service pour l\u2019organiser.Pour la consommation, ce sont les consommateurs qu\u2019on organise ou qui s\u2019organisent; pour la distribution, ce seront les diverses catégories de personnes qui ont des biens à distribuer.La diversité devient ici, cependant, beaucoup plus grande que dans le secteur de la consommation.De sorte qu\u2019en pratique, la tendance n\u2019est pas à une vaste coopérative de distribution groupant toutes les personnes concernées, comme pour les consommateurs.Les coopératives se multiplieront selon les domaines d activité.53 608 ACTION NATIONALE Quelles sont les personnes en cause ?Nécessairement des producteurs: des cultivateurs, des pêcheurs, des artisans-fabricants, etc., qui formeront autant de catégories de coopératives: coopératives agricoles, coopératives de pêcheurs, coopératives artisanales, etc.Mais aussi, d\u2019une façon moins purement coopérative, quoique quand même similaire dans la chaîne des intermédiaires, des marchands, dont le type d\u2019organisation coopérative relèvera plus du genre de cooperatives de consommation (parce que c est pour acheter en gros qu ils s associeront) tout en appartenant au secteur de la distribution.D ailleurs, les coopératives d\u2019agriculteurs, de pêcheurs et d artisans offriront les mêmes caractéristiques en unissant à la fonction de vente de leurs produits celle de l\u2019achat de leurs matières premières et de leur outillage.Enfin, même les grandes unités capitalistes finissent par verser dans la formule coopérative quand elles décident de s\u2019associer pour exercer le contrôle et assurer la rationalisation de leurs politiques de vente: de sorte que les cartels relèvent de la formule coopérative: toutefois l\u2019esprit de ces organisations est alors si différent que la désignation « coopératives » reste limitée aux types d\u2019organisation dont la base est faite d\u2019unités individuelles, personnelles.Prenons le domaine agricole comme modèle pour le raisonnement.Les cultivateurs en sont la base comme étant les personnes qui ont besoin d\u2019organiser la distribution de leurs produits, sans quoi ils doivent se confier à des négociants dont le marchandage ne tend pas à leur être favorable, même si la spéculation peut le rendre tel occasionnellement.L\u2019unité de base de l\u2019organisation sera donc la coopérative locale groupant dans ce territoire restreint les cultivateurs désireux de vendre leurs légumes, leur lait, leur beurre, leur fromage, leurs animaux d\u2019élevage, leur foin, leurs céréales, etc.; et aussi d\u2019acheter à meilleur compte par l\u2019association, leurs engrais chimiques, leurs graines de semence, leur outillage de ferme, etc.L\u2019unité nucléaire du système Ici, comme toujours, l\u2019intérêt (car c\u2019est un intérêt; et c\u2019est la force du coopératisme que de représenter l\u2019intérêt qui est plus particulièrement celui du bien commun, donc de mettre l\u2019intérêt LE COOPÉRATISME 609 directement au service de celui-ci), l\u2019intérêt, donc, va pousser les organisateurs à vouloir encore mieux organiser, par plus d\u2019association, ce qu\u2019ils ont commencé à régler par l\u2019association coopérative locale.Cela les conduit à intégrer toutes leurs coopératives locales dans une coopérative fédérée.(Et voilà donc qui correspond à une expérience bien connue chez nous.) Grâce à cette intégration, la classe agricole tout entière disposera dorénavant d\u2019une structure d\u2019organisation et de négociation, qui lui permettra d\u2019envisager les plus ambitieuses opérations.C\u2019est toute la production agricole, tous les besoins de matières premières et d\u2019outillage, de tout un pays qui peuvent permettre tout ce qu\u2019on peut espérer de plus efficace en termes d\u2019organisation et de rationalisation des marchés de vente et d\u2019achat des produits concernés.Et naturellement, tous les bénéfices commerciaux qui auraient pu être gagnés dans ces opérations reviendront d\u2019une façon ou d\u2019une autre, directe ou indirecte, c\u2019est-à-dire par une part plus grande du prix de vente ou une vente accrue à des prix plus bas, aux cultivateurs.L\u2019expansion par rayonnement Le même intérêt toujours, et toujours sain comme conforme à la nature fondamentale des choses donc au bien commun, va inciter les cultivateurs ainsi organisés, et stimulés en cela par la pensée et l\u2019activité d'une élite dirigeante à la tête de leurs coopératives, à vouloir tirer un meilleur parti des produits qu\u2019ils vendent, à contrôler davantage la fabrication des produits qu'ils achètent.Au lieu de vendre son lait à l\u2019état brut à des manufacturiers de beurre et de fromage, pourquoi sa coopérative ne transformerait-elle pas elle-même en beurre et en fromage la portion de la production laitière qui y est destinée ?Pourquoi n\u2019aurait-elle pas ses abattoirs et ne vendrait-elle pas la viande au marché, et le cuir, et la laine filée, etc., plutôt que simplement ses animaux vivants ?La farine et les moulées plutôt que les céréales ?etc.Avec le pouvoir d\u2019achat que représente la masse des cultivateurs, pourquoi ne pas penser à fabriquer avec la coopérative, les engrais chimiques, les instruments aratoires, etc ? 610 ACTION NATIONALE En fait, ici, le rayonnement sera souvent possible dès la formation de la coopérative locale, comme cela s\u2019est produit au Québec pour les beurreries et les fromageries coopératives.Pour les grandes realisations comme les abattoirs, les engrais chimiques, la farine, les instruments aratoires, etc., où les mises de capitaux sont importantes, il faut le marché plus vaste que seule commande la fédération.AINSI, LA COOPERATIVE DE DISTRIBUTION VA-T-ELLE AUSSI, TOUT NATURELLEMENT, A LA PRODUCTION INDUSTRIELLE, comme à son objectif réel.Cependant, la coopérative de distribution ne sera pas incitée, comme la coopérative de consommation, a s etendre à tout le champ de la fonction industrielle.Presque naturellement, l\u2019intérêt du cultivateur tombera comme de lui-même au delà de l'effort pour assurer la première transformation de son produit de base.En tant que cultivateur, 1 instinct lui dicte qu\u2019il n\u2019a plus d\u2019affaire à cela, plus d affaire à vouloir aussi, au delà de la fabrication de ses machines agricoles, contrôler les aciéries, etc.Et au fur et à mesure qu\u2019il remonterait, il entrerait d\u2019ailleurs en conflit avec d\u2019autres domaines qui auraient les mêmes ambitions sur les mêmes productions; c\u2019est alors le secteur de la consommation qui disposera des meilleurs moyens et des meilleures ressources pour s\u2019installer.D\u2019autre part, quoique théoriquement la coopérative de consommation soit apte à pouvoir tout englober comme en fonction de son intérêt, bien des facteurs l\u2019inciteront à s\u2019arrêter d\u2019intégrer sur cette ligne où elle rencontrera la force des petits producteurs, accomplissant leur fonction propre de mettre sur le marché un produit ayant atteint son maximum de fini dans les limites de l\u2019opération proprement agricole, etc.Ainsi se dessine, en même temps que se construisent les secteurs coopératifs, l\u2019équilibre d\u2019un monde coopératif. I Nos annonceurs participent à la vie de la revue.Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès.Ils les consultent d'abord.RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Assurances générales\tLingerie Assurance-vie\tMachinerie Automobile\tOpticiens d'Ordonn Banques\tPapeterie Distilleries\t Editions\tPhotographie Hôtellerie\tPlacements Imprimerie\tQuincaillerie Librairies\tTondeuses Il RÉPERTOIRE DES NOMS Alliance\tHoude, Geo.-E.Angers, Adrien\tLa Familiale Banque Canadienne Nationale\tLanglois, Thomas Banque Provinciale\tLanthier, Roger Brassière Splendide, Inc.\tLa Saint-Maurice Brochu, T.\tLa Sapinière Cadieux & Groulx\tLa Sauvegarde Canadienne Mercantile\tLa Solidarité Canadienne Nationale\tLauzier, papetier Convoyeurs & Machines Victory\tL'Economie mutuelle Chevrier, Normand\tLebeou, G.Distilleries Melchers Ltée\tMarchand, Sarto Dubé, Oscar & Cie Inc.\tMathieu Dollard Etco Photo Color Ltée\tPilon, libroirie F ides\tRoy, Edouard Générale de Commerce\tSociété d'Assurances des Groupe Commerce\tCaisses populaires Groulx & Cadieux\tThérien Frères Ill LES COMPAGNIES D'ASSURANCE [\tiÉNÉRAEE DE COMMERCE (\tINDIENNE MERCANTILE t\tIADIENI NATIONAEE COMPAGNIES ESSENTIELLEMENT CANADIENNES AU SERVICE DES CANADIENS ACTIF PRIMES SOUSCRITES 1956\t1966 $19,100,000.\t$50,000,000.$ 11,500,000.\t$30,000,000.GENRES D'ASSURANCES ACCIDENT\tBRIS DE GLACE AUTOMOBILE\tGARANTIE BIENS IMMOBILIERS\tINCENDIE BIENS MOBILIERS\tRESPONSABILITÉ TRANSPORT TERRESTRE VOL CHAUDIÈRE et MACHINERIE ™ l C^LGARY - EDMONTON - HALIFAX - MONT- SERVkÏ I REAL \u2019 0TTAWA - QUÉBEC - TORONTO - VAN-service J COUVER - WINNIPEG CROUPE À (Hmu«tce SIÈGE SOCIAL : ST-HYACINTHE, QUÉBEC IV ASSURANCES GÉNÉRALES\t \tAdrien Angers et Fils Inc.Assurances générales 5847 est, rue Sherbrooke Tel.: 255-7795 LA ST-MAURICE Compognie d'Assurances Générales Siège social: angle rues St-Pierre et St-Jean Trois-Rivières\tConsultez ROGER LANTHIER à 671-4828\t671-1953 HOMMAGES DE LA SOCIÉTÉ D'ASSURANCE DES CAISSES POPULAIRES SIÈGE SOCIAL, LÉVIS, QUÉ.SUCCURSALE, 12S9 BERRI, MONTRÉAL Consultez votre agent.ASSURANCES-VIE HOMMAGES DE la S.auvegarcle COMPAGNIE D'ASSURANCE SUR LA VIE Siège social: Montréal V \u2022\tASSURANCE-VIE \u2022\tASSURANCE COLLECTIVE \u2022\tRENTES VIAGÈRES \u2022\tCAISSE DE RETRAITE L'Economie Mutuelle d'Assuronce suit le rythme de plus en plus accéléré de I évolution du Québec.Elle est consciente du rôle qu'elle doit jouer dans l'économie du Canada français, c'est pourquoi ses plans sont réellement adaptés aux besoins d'aujourd'hui.L\u2019\tc ° N O M I E mutuelle D'assurance 41 ouest, rue St-Jacques, Montréal\t845-3291 Montréal - Québec - Joliette - Saint-Jean - Sherbrooke - Ottawa VI d\u2019abord ALLIANCE MUTUELLE-VIE mmrnmmm AUTOMOBILES\t G.LEBEAU ltée\tRembourreur d'autos, Housses, Vitres, Capotes d'autos \t5940, rue Papineau, Mtl.CR.4-3503 BANQUES\t /'AVE-BCN (l\u2019assurance-vie-épargne, sans frais pour vous).Jusqu\u2019à concurrence de $2,500 le compte AVE, qui vous rapporte déjà 3% d\u2019intérêt, double vos épargnes liTJT Banque Canadienne Nationale Epargne\tEpargne spéciale :\tEpargne à terme : avec assurance-vie:\t\tjusqu'à 4%\t41/2?0\t6° | Notre intérêt.c'est le vôtre ! La Banque Provinciale du Canada VII VIENT DE PARAÎTRE AUX ÉDITIONS TRENTE TEXTES DU CARDINAL LÉGER qui ont marqué l'Eglise au Concile et au COLLECTION \"FOI ET LIBERTE\" Québec La pensée du Cardinal sur les grands problèmes contemporains: les responsabilités du laîcat, l'éducation, l'unité des chrétiens, la foim dans le monde, la liberté religieuse, le mariage, le célibat des prêtres, etc.312 pages \u2022 $3.00 LE DERNIER COURRIER DU CARDINAL Extraits des 7,000 lettres reçues par l'orchevêque de Montréal a la suite de l'annonce de son départ, présentés par l'abbé André Lamoureux.192 pages \u2022 24 illustrations \u2022 $2.00 En vente dans toutes les librairies 24S est, bout.Dorchester, Montréal * 861-9621 Métro : Champ-de-Mars \t HÔTELLERIE\thotel oLa Sapinière VAL DAVID, P.Q.Jean-Louis Dufresne, «tir.propriétaire Tél.: Val-David : 322-2020 Montréal : 866-8262 IMPRIMERIE\t388-5781\t8125, rue Saint-Laurent Montréal 11, Qué.LIRRAIRIES\tF.PILON INC.Fournitures de bureau LHRIE\tBrassière Splendide, Inc.3580, rue Masson\t727-8210 VIII Convoyeurs et Machines Victory Inc.Dollard Mathieu, président Machinerie générale - Manufacturiers de convoyeurs et monte-charges.250, rue Rose de Lima, Montréal \u2022\t933-1138 Yvon Groulx.L.PH., LL.L.Gilles Caaieux, LL.L.GROULX & CADIEUX NOTAIRES 4416, bout.Pie IX, Montréal Tel.: 254-9435 OPTICIEN NORMAND CHEVRIER 10 - 12 A.M.\u2014 2 - 6 PM.Le soir, lun.mer.et ven.7-9 P M.537 Cherrier, Montréal Prescriptions d'oculistes Bureau 845-2673 Lentilles cornéenrves Rés.: 334-5832 PAPETERIE THOMAS LANGLOIS Président Papeterie Laurier Limitée 9550 Boul.Ray Lawson Ville d'Anjou, Montréal 5.352-9940 PHOTOGRAPHIE Roméo Côté, président ETCO PHOTO COLOR Ltée Développement Impression et duplicota des films en couleurs Anscochrome - Ektachrome ______F^rroniocolor^_KodacolorM_MM_M Pour qualité et satisfaction garanties, insistez toujours pour notre service auprès de votre marchand.2345, rue Lapierre, LaSalle, P.Q.Tél.: 366-2870 HOMMAGE D\u2019UN AMI 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Louis-Martin Tard \u2014 Montréal \u2014 Guide \u2014 Les Editions du Jour, 341 1 rue St-Denis, Montréal, 128 pages, 1967.\t$l'.00 ABONNEZ UN AMI X Nous accusons réception des ouvrages suivants : Gérard Bergeron \u2014 Du duplessisme au johnsonisme, 1956-1966 \u2014 Les Editions Parti Pris, Case postale 149, station N, Montréal, 470 pages, 1967 Claude Jasmin \u2014 Les coeurs empaillés, (nouvelles) \u2014 Les Editions Parti Pris, case postale 149, station N, Montréal, 135 pages, 1967.Philippe-Aubert de Gaspé \u2014 Les anciens Canadiens \u2014 Les Editions Fides, 235 est, rue Dorchester, Montréal, 360 pages, réimpression 1967.Dossiers de documentation sur la littérature canadien-ne-française \u2014 no 2 \u2014 Félix Leclerc \u2014\u2014 Les Editions Fides, 245 est, rue Dorchester, Montréal, 1967.\t$1.25 Collection L'Eglise aux quatre vents \u2014 Les Editions Fides, 245 est, rue Dorchester, Montreal : La Musique sacrée dans la liturgie \u2014 Instruction de la S Congrégation des Rites, 23 pages, 1967.$0.25\t.\t.S S Poul VI \u2014 Le développement des peuples \u2014 Encyclique \"Populorum Progressio\", 31 pages, 1967.\t$0.25\t.\t.Les Mariages Mixtes \u2014 Instruction Matrimonii sacramentum\", 11 pages, 1967.\t$0.25 Les religieux \u2014 Normes d'application du decret \"Perfectae caritatis\", 24 pages, 1967.\t$0.25 Alfred Desrochers \u2014 Elégies pour l'épouse en-allee \u2014 poèmes \u2014 Les Editions Parti Pris, case postale 149, station N, Montréal, 94 pages, 1967.Pierre Léger \u2014 La supplique de ti cul La Motte \u2014 Les Editions Miniatures, Case postale 424 station Youville, Montréal 11, 91 pages, 1967.Yves Mongeau \u2014 Les naissances \u2014 Poésie canadien-ne, no 17 \u2014 Librairie Déom, 1247, rue St-Denis, Montréal, 90 pages, 1967.Paul Vincent Kochak \u2014 L homme bien habille \u2014 petit guide de l'élégance masculine \u2014 Les Editions du Jour, 3411, rue St-Denis, Montreal, 112 pages.1967.\t$1.00\t, c.a* Léo-Paul Desrosiers \u2014 Paul de Chomedey, Sieur de Maisonneuve \u2014 Les Editions Fides, 245 esL Dorchester, Montréal, 1967, 322 pages.$5.00 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTION PATRICK ALLEN \u2014 JEAN GENEST \u2014 ROSAIRE MORIN Rédaction et administration: C.P.189, Station N, Montréal ou 235 est, rue Dorchester, ch.504.Tél.de 2Vi à 6/2 : 866-8034 Abonnement: $7.00 par année.Au coût réel: $10.00 Les articles de la revue sont répertoriés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, t'INDEX ANALYTIQUE de la bibliothèque de l'Université Laval et du service des bibliothèques de la Fédération des Collèges Classiques, et dans la revue CULTURE.LA LIGUE D'ACTION NATIONALE PRÉSIDENT : M.François-Albert Angers 1er VICE-PRÉSIDENT: M.René Choloult 2e VICE-PRÉSIDENT : M.Dominique Beaudin SECRÉTAIRE : M.Théophile Bertrand TRÉSORIER : M.Rodolphe Laplante DIRECTEURS : MM.C.-E.Couture, Richard Arès, S.J., Albert Rioux, Alphonse Lapointe, Jean-Marc Léger, Gaétan Legault, Mario Dumesnil, Luc Mercier, Jean Genest, Patrick Allen, Jean Mercier, Claude Trottier, Michel Brochu, Yvon Groulx, Rosaire Morin, Jean Marcel, Mme Julia Richer.\tOù\ttrouver L'Action Nationale?À MONTRÉAL:\t\tFides, 245 est, rue Dorchester Librairie Déom, 1247, rue St-Denis Librairie Hachette, 554 est, rue Ste-Cctherine À\tQUÉBEC :\tLibrairie Gorneau, 47, rue Buade Librairie de l'Action Sociale Catholique, place Jean-Talon À\tOTTAWA \u2022\tLibrairie Dussault, 366, rue Dolhousie À\tTORONTO :\tLibroirie L'Alouette, 651, rue Vonge Le Ministère des Postes à Ottawa a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de deuxième classe de la présente publication. Lt Col.Sarto E.D., A.D.président de LA FONDATION MELCHERS LTÉE LES DISTILLERIES MELCHERS LTÉE président ex-officio du CONSEIL D'EXPANSION ÉCONOMIQUE INC.\"Nous sommes convaincus qu'au Québec le succès en affaire n'est pas conditionnel aux compromis et à l'anonymat: c'est vrai aujourd'hui et demain, ce sera encore plus évident.\" J4, onunacje de LES DISTILLERIES LIMITÉE Les seules distilleries canadiennes-françaises au pays.Au service du Québec depuis 1898 2470 0276 "]
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