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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1968-10, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE VOLUME LVIII, Numéro 2\tOctobre 1968\t75 cents LA TCHÉCOSLOVAQUIE LA RECHERCHE MÉDICALE LA QUESTION LINGUISTIQUE LE CONGRÈS EUCHARISTIQUE LA RÉFORME DE LA RÉFORME POÈMES, par Clotilde Rainville POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIES TABLE DES MATIÈRES ÉDITORIAL : Les tanks et la liberté .103 Dr Jacques GENEST : La recherche médicale au Canada français.114 Michel HAMELIN : Question linguistique et minorités au Québec .129 Jean GENEST : Le Congrès eucharistique de Bogota .137 F.-A.ANGERS : La réforme nécessaire de l'enseignement réformé.159 A propos de \"L'Église s'en va chez le diable\u201d .179 À propos de \"Le Conseil législatif de Québec (1867-1967) .190 Clotilde RAINVILLE : Poèmes.197 LA FAMILIALE COOPÉRATIVE DE CONSOMMATION Maintenant fusionné avec L'Association coopérative d\u2019investissement (contrôlée par la Fédération des Magasins CO-OP du Québec) Construction d'un nouveau magasin dans le Domaine Saint-Sulpice à l\u2019angle des rues André-Grasset et Legendre Le magasin actuel à 5271, rue Saint-Hubert a été fermé à la suite de cette décision Pour tous renseignements appeler à 381-3154 L\u2019ACTION NATIONALE VOLUME LVIII, Numéro 2\tOctobre 1968\t75 cents * Editorial Les tanks et la liberté Après les tanks nazis en 1939, Prague, en 1968, connaît l\u2019invasion des tanks russes.C est le 20 août, à onze heures du soir, que 500 tanks russes envahirent la Tchécoslovaquie.Au petit matin, ils entrent à Prague.Déjà des troupes d\u2019élite communistes s\u2019étaient emparées des postes stratégiques de la capitale.Déjà la police secrète, elle aussi aéroportée, était à l\u2019œuvre.Les tanks venaient d\u2019écraser une petite fleur du printemps, une fleur rare en pays communiste: la liberté.On se serait attendu à des démonstrations monstres en nos villes d\u2019Occident devant une telle atteinte impudente à la liberté des hommes.Silence.Désarroi.Pourquoi une telle fureur ?Après la deuxième Grande Guerre, la Russie, par les procédés les plus immondes (mensonges et hypocrisie inclus), avait imposé sa domination sur les Etats Baltes, la Pologne, la Roumanie, la Tchécoslovaquie, l\u2019Allemagne de l\u2019Est.Elle, qui avait tant parlé contre les impérialismes, la voilà qui présentait au monde un type de colonisation comme l\u2019histoire n\u2019en avait pas connu encore. 104 ACTION NATIONALE Pendant que les Etats-Unis aidèrent l\u2019Europe à se relever grâce à l'aide du Plan Marshall, la Russie s'emparait des principales industries de ses colonies et opérait une razzia de si grand style que ces pays fortement industrialisés devinrent presque des pays à économie rurale.Mais grâce à l'instruction et aux connaissances techniques de ces populations, ces pays balkaniques lorsqu\u2019ils n\u2019étaient pas arrêtés dans leurs progrès matériels par la fuite de leurs cerveaux, purent se remettre.Ils eurent le pain quotidien mais non la liberté.Le servage était omniprésent et obligatoire.L\u2019inhumanité d\u2019une doctrine L\u2019expérience communiste reste, dans tous les pays qui la connurent, une expérience anticulturelle et antihumaniste.Nulle part les pays communistes n\u2019ont créé d\u2019architecture, d\u2019écoles de peinture, de sculpture, ni même de pensée philosophique: ils n\u2019ont pas permis à l\u2019âme humaine de s\u2019exprimer.Ils ont matérialisé toute l\u2019activité humaine.Ils ont créé l\u2019homme producteur.Ils ont espionné, copié, volé, emprunté, razzié: ils ont tout fait, excepté une culture.Avec cette invasion de la Tchécoslovaquie nous savons que cette forme du socialisme qu\u2019est le communisme ne peut coexister avec la liberté.Déjà nous commencions à oublier la terrible invasion de la Hongrie, en 1956.Déjà certains personnages nous faisaient croire à une erreur, à une exception: le communisme était pour enfanter une liberté sans mensonge, sans pharisàisme.Mais voilà que nous sommes réveillés durement: la liberté et le communisme ne peuvent cohabiter dans un même pays.Si le communisme s\u2019installe, la liberté doit sortir et ne jamais se montrer.Si la liberté entre, le communisme doit sortir.Il ne peut régner que sur des esclaves.Il est la forme moderne de la barbarie.Notre civili- LES TANKS ET LA LIBERTÉ 105 sation est menacée dans son âme.La civilisation des Spartiates venait et les Athènes du monde sont sous la menace.Pensez au profond ridicule de la situation.Les principes marxistes sont tous basés sur la dialectique de l'inévitabilité.Inévitable la décadence bourgeoise.Inévitable l\u2019antithèse prolétarienne et la synthèse communiste.Le communisme serait l\u2019ultime produit déterminé par l\u2019histoire économique et politique du monde.Nuis croyants n\u2019ont été moins sûrs de leurs dogmes.Ils ne croient plus dans le déterminisme historique.Ils ne font confiance qu\u2019aux tanks.La voix de l\u2019histoire a pris pour eux la forme de l\u2019écrasement par le militarisme le plus brutal.Avant que les tanks n\u2019apparaissent, il y avait la doctrine.Les fruits disent ce que vaut l\u2019arbre.L\u2019essai de Dubcek d\u2019établir une Tchécoslovaquie qui serait à la fois libre et communiste, participe de l\u2019idéalisme pur.Les Russes furent plus réalistes: ils savent qu\u2019une once de liberté suffit à faire craquer tous les dogmes de la doctrine marxiste-léniniste.Ces doctrinaires modernes n\u2019ont qu\u2019un ennemi: la liberté de penser et de s\u2019exprimer.Les tanks parlent plus fort que les rêves même grandioses.Ici, ils sont les fruits de mort d\u2019une doctrine empoisonnée.Parallèle avec le Vietnam Après la deuxième Grande Guerre, l\u2019Asie s\u2019offrait comme terrain de conquête aux impérialismes de la Chine et de la Russie communistes.Ils n\u2019avaient qu\u2019à susciter des cinquièmes colonnes, des Fronts populaires, des gouvernements clandestins et l\u2019Asie commença à tomber morceau par morceau: la Mongolie, le Thibet, la Corée, le Vietnam, le Laos, etc.Partout où le communisme s\u2019est implanté avec ses armées, la liberté a été remplacée par l\u2019impérialisme le moins imaginatif et le plus brutal qui soit: les pays conquis étaient transformés en fourmilières. 106 ACTION NATIONALE L\u2019Asie a droit à la liberté.Elle a le droit de dé-fendre son âme.Les pays ont le droit de défendre leurs frontières.Le Vietnam-Sud a multiplié les élections libres, au témoignage même des correspondants venus de tous les pays.Jamais le Vietnam-Nord n\u2019a osé tenter l\u2019expérience de la démocratie où les hommes s\u2019expriment et votent librement.Les masses n\u2019y peuvent disposer d\u2019elles-mêmes: elles sont enrégimentées de force, endoctrinées de force et vivent comme elles peuvent au milieu des absolus du monolithisme politique.Quel imbécile de chez nous apprendrait en perroquet, comme toute la Chine doit le faire, la doctrine politique de Mao ?Si les populations conquises avaient la liberté de choisir leurs propres gouvernants, aucun régime communiste ne pourrait exister ni en Russie, ni à Cuba ni au Vietnam-Nord.Pourquoi les journalistes qui sont si favorables au Vietnam-Nord, ne demandent-ils pas d\u2019abord une élection libre dans ce pays qui étouffe ?Il serait alors possible de demander aux Américains de se retirer.Jusqu\u2019à avis contraire, ils défendent \u2014 parce que cela est aussi conforme à leur intérêt, bien sûr ! \u2014 la liberté fondamentale de tous les Asiatiques.C\u2019est précisément parce que les Etats-Unis ne peuvent pas défendre la liberté des Tchèques que tous les pays balkaniques vivent dans l\u2019oppression la plus abjecte.La revue L\u2019Express parle d\u2019une caricature dans un journal tchécoslovaque où l\u2019artiste représente un tank soviétique, toutes dents dehors, avec cette légende: « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous.ou je tire ! » Cette image convient assez bien à la guerre du Vietcong.La grandeur d\u2019âme de la Tchécoslovaquie Ne l\u2019oublions pas: la Tchécoslovaquie, au dire de ses chefs, tentait une expérience, celle d\u2019unir LES TANKS ET LA LIBERTÉ 107 communisme et humanisme.Cet humanisme incluait la liberté d'expression.Immédiatement le génie créateur d hommes qui se croient vraiment libres, commença à se montrer.Les premiers, les intellectuels, y virent le fondement de leur dignité et leur raison de vivre.Mais les tanks, instruments de l\u2019étouffement systématique, doublés par l\u2019infanterie sauvage de la police secrète, eurent tôt fait de rétablir l ordre.L\u2019ordre ! Le communisme russe est le pays du monde qui peut le moins admettre de Fidel Castro et de Ché Guévara.Ces révolutionnaires peuvent être des bacilles occidentaux mais les pays communistes se sont immunisés contre leur fléau.L ordre russe est sacro-saint: y attenter c\u2019est le crime des crimes qui mérite la mort.Les révolutionnaires d\u2019hier défendent l\u2019ordre d\u2019aujourd\u2019hui.Ils sont l\u2019Establishment.Devant ce nouvel ordre, imposé par les tanks, que pouvaient faire les chefs tchécoslovaques ?Résister, au nom de l\u2019idéal révolutionnaire, en invoquant l\u2019exemple de Lénine ?Cela aurait été sottise.Le goût de la liberté leur avait donné le respect de l\u2019homme.Ils reculèrent devant une hécatombe de leurs concitoyens.Ils reculèrent devant les dangers de précipiter une guerre mondiale.Peut-être que beaucoup du bien-être occidental dépendra, en cette fin d\u2019année, de l\u2019amour de l'homme chez les chefs tchécoslovaques.Nous leur devons d\u2019avoir accepté la capitulation.L\u2019univers entier peut leur en être reconnaissant.De nouveau ils sont prisonniers.De nouveau le rideau de fer est tombé sur le pays.De nouveau il leur faudra se taire et exécuter comme des robots.Les communistes russes l'ont démontré encore une fois: la solution marxiste aux relations internationales, c\u2019est l\u2019Armée.La Hongrie et la Tchécoslovaquie. 108 ACTION NATIONALE La Russie a non seulement montré comment elle prétend régler les problèmes internationaux mais, indirectement, elle a aussi obtenu un dénouement au moins temporaire à une crise intérieure qui semblait prendre une certaine importance: celle des intellectuels russes qui demandaient plus de liberté d expression.Ils n\u2019oseront probablement plus manifester.Ils auront appris, comme Pasternak et la fille de Staline, que l Etat est tout, dans la doctrine communiste.S\u2019ils veulent pratiquer un certain humanisme, ils savent maintenant, à l\u2019égal des intellectuels hongrois et tchécoslovaques, qu\u2019un seul chemin leur reste, celui de l\u2019évasion, celui de la fuite.L\u2019homme ne vit pas que de pain, il a autant besoin de liberté.La Russie communiste répond: l\u2019Etat n\u2019a besoin que de tanks et de police secrète.Mais les tanks ont-ils jamais été la dernière réponse ?Jean GENEST Notre \u201cincompétence\u201d explique-t-elle l\u2019infériorité économique du Canada-français ?LE CULTE DE L'INCOMPÉTENCE par FRANÇOIS-ALBERT ANGERS un texte qui reste d\u2019une remarquable actualité $0.50 à l\u2019Action Nationale, C.P.189, St.N., Mtl VIE NATIONALE Ill Éditorial de Relations (juillet 1968) VICTOIRE D\u2019UN HOMME Par sa victoire du 25 juin, le parti libéral a enfin obtenu ce qu\u2019il convoitait depuis longtemps et que, par deux fois déjà, les électeurs canadiens lui avaient refusé: le droit et la possibilité de former un gouvernement majoritaire.Cette victoire, il la doit non pas tant à son programme qu\u2019à son chef, Pierre-Elliott Trudeau.Celui-ci, à partir de deux ou trois idées générales, très simples: un Canada uni, une société juste, un pays prospère, a réussi, par la force de sa personnalité et la nouveauté de son style, avec l\u2019aide évidemment des grands moyens modernes de communications, à imposer son image au peuple canadien et à convaincre une majorité d\u2019électeurs qu\u2019en lui étaient le salut et les promesses de l\u2019avenir.L\u2019histoire de 1958 en cela se répète.Cette année-là, un homme nommé John Diefenbaker, visionnaire et prophète, remportait une éclatante victoire et donnait à son parti la plus grosse majorité jamais obtenue par un gouvernement.Qu\u2019en est-il advenu ?Commencée dans une apothéose du Chef, l\u2019ère Diefenbaker sombrait bientôt dans la futilité et la division, elle se terminerait non seulement par la perte du pouvoir, mais par le rejet même de celui qui avait mené son parti sur de telles hauteurs.Comme le parti conservateur en 1958, le parti libéral, au cours de la campagne électorale, s\u2019est tout entier effacé derrière un homme, il est devenu le parti de Pierre-Elliott Trudeau, il a mis en lui sa confiance et ses espoirs, il a fait de lui le héros, à la vision ardente et au charisme irrésistible, qui allait tout entraîner sur son passage et donner enfin au Canada ces biens après lesquels le pays soupire depuis 112 ACTION NATIONALE toujours: l\u2019unité, la justice, la prospérité.Et comme en 1958, l\u2019impact du héros sur les foules a été considérable: des candidats qui n\u2019auraient jamais été élus sous la simple étiquette libérale l\u2019ont été parce qu\u2019ils se réclamaient de l\u2019appui de M.Trudeau et se laissaient porter par la vague de popularité engendrée par le nouveau chef.Pour les Canadiens français, que signifie cette élection ?Premièrement, qu\u2019un des leurs est de nouveau à la tête du gouvernement canadien, un des leurs dont la culture et la personnalité se sont imposées à l\u2019attention de tout le pays et ne se révèlent inférieures à celles de qui que ce soit au Canada.Elle signifie aussi que de sérieux efforts seront faits pour garantir davantage l\u2019existence du français et étendre partout le bilinguisme.Pour le Canada, Diefenbaker avait sa vision, Trudeau, pour les Canadiens français, a son rêve: celui d\u2019un Canada qui leur serait une patrie accueillante et bienfaisante, d\u2019un Canada où ils se sentiraient pleinement chez eux.Être maîtres chez nous, a-t-il maintes fois répété, ce n\u2019est pas l\u2019être seulement au Québec, mais dans tout le Canada, ce pays qui nous appartient aussi bien qu\u2019aux Canadiens anglais et dont nous devons enfin prendre possession.Le rêve est beau, tout comme la vision de Diefenbaker en 1958, tout comme celui de « la revanche des berceaux», qui a nourri tant d\u2019espoirs chez les Canadiens français de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, mais est-il autre chose qu\u2019un rêve ?Devant l\u2019assimilation massive et irréversible des minorités françaises (voir à ce sujet l\u2019ouvrage de Richard J.Joy, Languages in Conflict: The Canadian Experience, Ottawa, 1967), que conclure sinon qu\u2019un réveil brutal se prépare et que l\u2019appel à s\u2019emparer du Canada pour y vivre en maîtres est grandement illusoire ?D\u2019autant plus que la protection que M.Trudeau entend accorder aux Canadiens français ne s\u2019adresse qu\u2019aux individus et non à la communauté canadienne-française comme telle, car, pour lui, seul le Canada existe, non le Canada français, il n\u2019y a pour lui qu\u2019une nation: la 113 nation canadienne.Si l\u2019on admet, a-t-il déclaré, une nation canadienne-française, il faudrait aussi admettre une nation chinoise, une nation ukrainienne, une nation esquimaude, ce qui marquerait la fin du Canada.À cela s\u2019ajoute que, dans la « société juste » de M.Trudeau, il n\u2019y a rien de prévu pour le Québec comme tel, surtout « pas de statut particulier ».La « société juste » est pour les individus, non pour les collectivités politiques (les provinces), ni pour les communautés nationales (française et anglaise).Nous revenons ainsi à l\u2019individualisme libéral de la Révolution française qui supprimait tous les corps intermédiaires et ne reconnaissait qu\u2019une seule entité collective: la nation abstraitement considérée.Les efforts déployés par M.Pearson pour comprendre le Québec, les graves avertissements de la Commission Laurendeau-Dunton sur la crise majeure que traverse le Canada et qui « a sa source dans le Québec » (voir plus loin l\u2019article sur André Laurendeau), sont maintenant choses vaines et dépassées; M.Trudeau l\u2019a dit: il n\u2019y a pas de problèmes spécifiquement québécois.C\u2019est un retour aux années \u201950 où Louis Saint-Laurent proclamait à qui voulait l\u2019entendre que le Québec est une province comme les autres.Dans ces conditions, il est à craindre que, toutes les issues étant bloquées, certains extrémistes québécois se laissent aller au désespoir et recourent de nouveau à la violence.Dans ces conditions aussi, le Québec n\u2019a rien à espérer d\u2019une revision constitutionnelle, ni d\u2019une nouvelle répartition des pouvoirs.Mieux vaut attendre des jours plus favorables.Au gouvernement central fort que veut édifier M.Trudeau, il ne lui reste plus qu\u2019à opposer, en le bâtissant au plus tôt, un gouvernement québécois le plus fort et le plus efficace possible, car de dures luttes et de graves décisions s\u2019annoncent pour l\u2019avenir.Le 26 juin 1968 La recherche médicale au Canada Français par le Dr Jacques Genest Trois facultés de médecine d'expression française existent au Canada.Ce sont: la Faculté de médecine de l\u2019Université de Montréal, fondée en 1843 et devenue en 1891 succursale de la Faculté de médecine de l\u2019Université Laval, dont elle se détachera définitivement en 1920, la Faculté de médecine de l\u2019Université Laval, fondée en 1852, et, la dernière en date, la Faculté de Médecine de l\u2019Université de Sherbrooke, fondée en 1965.Nous devons laisser de côté cette dernière faculté, remplie de promesses parce qu'elle sera le premier véritable centre hospitalo-universitaire de la province de Québec, mais qui, à cause de sa fondation récente, n\u2019a pu encore se manifester sur le plan de la recherche médicale.Nous laisserons aussi de côté la Faculté de médecine de l'Université d\u2019Ottawa qui, à toutes fins pratiques, est une école anglophone dans son esprit et dans son enseignement, même si les jeunes Canadiens français forment un groupe important de ses étudiants et que quelques-uns de ses professeurs sont de langue française.En somme, la recherche médicale chez les Canadiens français est limitée à l\u2019Université Laval de Québec et à celle de Montréal et à leurs institutions affiliées.1.Le Dr Jacques Genest, C.C., M.D., FACP FRCP (C) FRSC, est le directeur scientifique de l'Institut de Recherches Cliniques de Montréal et Médecin en chef de l'Hôtel-Dieu de Montréal. LA RECHERCHE MÉDICALE AU CANADA FRANÇAIS 115 La recherche est un phénomène relativement récent dans l\u2019histoire médicale canadienne.Cela est vrai de toutes les facultés de médecine du pays, quoiqu\u2019elle ait surtout progressé davantage dans les deux grands centres médicaux que sont l\u2019Université McGill et l'Université de Toronto, parce que plus anciens et disposants de moyens financiers imposants.Le docteur H.E.McDermot écrivait avec raison: « It may safely be said that, before the discovery of insulin in 1921, medical research, as we think of it now, was practically non-existent in Canada » (1).Il est à propos de mentionner ici que le comité de la recherche médicale du Conseil national des recherches du Canada, dirigé par Sir Frederick Banting, découvreur de l\u2019insuline, n\u2019a été créé qu\u2019en 1938 et que son budget initial n\u2019était que de $53,000.À ce comité succéda, en 1946, la Division de la recherche médicale, toujours au sein du Conseil national des recherches.La présidence en fut confiée au Dr Bertram Collip qui fut, à mon sens, le plus grand chercheur médical au Canada.Le deuxième président de cette Division fut en 1957 le Dr Ray Farqu-harson que le gouvernement fédéral désigna comme président d\u2019un comité chargé d\u2019étudier la recherche médicale au Canada.Le rapport Farquharson, comme il est couramment désigné, fut un tournant décisif dans l\u2019histoire de la recherche médicale canadienne.Il fut responsable de la création, en 1960, du Conseil des recherches médicales du Canada, organisme totalement indépendant du Conseil national des recherches, et dont le Dr Farquharson fut le premier président.Si le Canada français accuse un retard en recherche médicale par rapport aux institutions de McGill et de Toronto, cela est dû en grande partie à des obstacles très précis.2.One Hundred Years of Medicine in Canada, 1867-1961, page 167, 1967. 116 ACTION NATIONALE Obstacles à la recherche médicale a) Difficultés financières Jusqu'à la fondation du comité de la recherche médicale du C.N.R., en 1938, il faut admettre avec le Dr McDermot que: « Resources and equipment, technical assistance and money were meagre in the extreme » (2).Cette remarque, vraie pour la majorité des institutions anglophones, l\u2019est encore davantage pour celles du Canada français car, sans industries importantes et ne comptant que de rares personnalités jouissant de modestes fortunes, le peuple canadien français était pauvre et n\u2019avait pas les moyens de doter la recherche médicale qui déjà recevait ailleurs dans le pays des encouragements tangibles.Ce n\u2019est que depuis une vingtaine d\u2019années que des hommes d\u2019affaires canadiens français ont commencé à aider la recherche médicale.Dans le contexte nord-américain, il s\u2019agit de contributions modestes et l'on peut dire que la part des industriels et des hommes canadiens-français dans le développement de la recherche médicale a été dans l\u2019ensemble minime et n\u2019a exercé que très peu d\u2019influence.Avec l\u2019augmentation sans cesse croissante des impôts, tant au niveau des individus que des corporations, et avec l\u2019ingérance grandissante des gouvernements dans les affaires scientifiques et médicales, les chercheurs canadiens-français ne peuvent s\u2019attendre qu\u2019à un appui négligeable en dehors des subventions gouvernementales d'Ottawa ou de Québec.Même après la création du Comité de la recherche médicale du C.N.R.en 1938, et de la section des recherches en Hygiène publique au ministère fédéral de la Santé et du Bien-être national, la part faite aux subventions accordées aux chercheurs médicaux canadiens-français a été, jusque vers 1950, quasi inexistante.Ils étaient rares, sans doute, mais afin de combler les retards 3.Ibid. LA RECHERCHE MÉDICALE AU CANADA FRANÇAIS 117 accumulés, ces pionniers avaient d\u2019autant plus besoin detre soutenus dans leur entreprise de développement de la recherche scientifique et médicale.On n'a fait aucun effort pour distribuer plus équitablement les subventions qui auraient permis la création d\u2019écoles de recherche autour des pionniers que furent à Montréal les professeurs Pierre Masson et Armand Frappier.La faute en est sans doute à l\u2019apathie et au manque de vision et de courage d'un trop grand nombre de députés fédéraux canadiens-français qui n'ont manifesté aucun intérêt pour cette question vitale, ainsi qu'à la mauvaise volonté, et dans certains cas, à l'arrogance de quelques extrémistes anglo-canadiens.Pourquoi les hauts fonctionnaires et les ministres fédéraux n'ont-ils pas pensé à réaliser pour les Canadiens français sur le plan scientifique, ce qu\u2019ils ont fait sur le plan politique pour développer les provinces pauvres au moyen du système de péréquation ?Ceci indiquait chez certains un manque élémentaire de respect inné pour les droits du groupe canadien-français à son développement scientifique et médical.Frustrés par ce déplorable manque de compréhension et de respect pour leurs droits qui mettait en danger le développement de la recherche, les chercheurs canadiens-français en vinrent à adopter une politique de récrimination et à réclamer sans cesse les droits acquis par tous les autres et, qu\u2019en toute justice et équité, on aurait dû leur accorder sans sourciller.b) Obstacles sociaux Le manque d\u2019instruction de la masse du peuple canadien-français pendant les nombreuses décennies qui ont suivi la cession du Canada à l'Angleterre, fut un obstacle majeur au développement de la recherche.De 1760 à 1852, il n'y avait pas d'institutions supérieures pour la formation intellectuelle et scientifique des Canadiens français.L\u2019enseignement secondaire y fut assuré jusqu\u2019à il y a à peine 10 ans, par un clergé souvent pauvre en ressources matérielles et de culture variable, mais riche 118 ACTION NATIONALE en dévouement et en valeurs morales.Cet enseignement était aussi remarquable par le peu de cas qu'on y faisait de I enseignement des sciences.De plus, un peuple pauvre ne pouvait se payer des laboratoires de recherche dont la qualité des hommes et des institutions d'un pays dépendait.L absence d\u2019un climat intellectuel favorable et le manque de souci de l\u2019excellence étaient et sont encore les témoins du retard de la maturité intellectuelle et sociale du peuple canadien-français.Dans un tel milieu, il était difficile de faire naître et de développer une motivation profonde pour le travail intellectuel et pour la carrière de chercheur.Même lorsque la recherche médicale fit une apparition timide, l\u2019incompréhension et l\u2019apathie des hommes publics, tant d\u2019Ottawa que de Québec, à son endroit, n\u2019ont été que le reflet de celles de toute la société.Lorsque le président du Conseil des sciences du Canada, M.O.M.Solandt, incriminait avec force, en avril 1968, devant le Comité du Sénat sur les sciences, l\u2019apathie des députés et des sénateurs et y voyait le plus grand obstacle au développement de la recherche scientifique au Canada (4), ses paroles pouvaient s\u2019appliquer avec plus d'à-propos à la situation plus grave encore qui existait dans le Québec.Il va de soi qu\u2019au début, il y avait une absence quasi totale de traditions scientifiques et de chefs de file dans le domaine des sciences en général et de la recherche médicale en particulier.Le climat favorable à la recherche n'existe, à vrai dire, dans nos facultés de médecine et dans nos hôpitaux, que depuis dix ou quinze ans à peine.Il est dû à la prise de conscience par un public mieux éclairé, par les universitaires, les hommes d\u2019affaires et les hommes politiques canadiens-français, de l'importance de la recherche pour le progrès d\u2019une société.Ils ont enfin compris que l'excellence dans la recherche scien- 4.La Presse, 20 avril 1968, p.22. LA RECHERCHE MÉDICALE AU CANADA FRANÇAIS 119 tifique en général, et dans la recherche médicale en particulier, témoigne non seulement de la maturité d\u2019un peuple et de sa vigueur intellectuelle, mais qu\u2019elle est essentielle à son progrès et à son adaptation aux exigences de la civilisation contemporaine ainsi qu\u2019à l'amélioration de la qualité des soins médicaux.La recherche doit cesser d\u2019être un à-côté d'une vie communautaire trop souvent axée sur l\u2019embourgeoisement, la revendication et l\u2019autodénigrement stérile.Par les experts et les professeurs formés à la véritable recherche scientifique, c'est tout un pays qui améliore les standards de son enseignement et son niveau culturel.c) Obstacles « para-constitutionnels » Les Anglo-Canadiens et surtout les hauts fonctionnaires fédéraux, ont exigé avec beaucoup de logique et aussi peut-être, pour quelques-uns du moins, avec un certain calcul machiavélique, que les comités fédéraux et les sociétés nationales sur le plan professionnel, médical ou scientifique, soient formés de directeurs choisis parmi les représentants de chacune des provinces canadiennes ou de chacune des universités du Canada.Cette formule, d'apparence juste pour l\u2019ensemble du pays, réduisait du coup la représentation des Canadiens français à une voix sur dix ou deux sur quatorze, bien qu\u2019ils composent le tiers de la population.De cette façon, l\u2019influence canadienne-française, au point de vue de la recherche médicale ou scientifique, était sérieusement désavantagée sur le plan de la représentation proportionnelle, sans compter les difficultés que ces représentants avaient de s\u2019exprimer avec précision et clarté dans une langue qui ne leur était pas familière.Plusieurs représentants anglophones se rendirent bien compte du jeu oui les favorisait, mais ils n\u2019ont rien fait pour redresser l\u2019injustice, se contentant parfois, comme politesse de circonstance, de dire une phrase ou deux en français.Tout comme d\u2019autres sur le plan politique, les scientifiques et chercheurs canadiens-français ont perdu beau- 120 ACTION NATIONALE coup d\u2019intérêt pour ces comités fédéraux et pour ces sociétés fédérales par suite de leur représentation injustement inadéquate, de l'incompréhension de trop de leurs collègues anglophones, et de l\u2019ignorance de ceux-ci du milieu canadien-français, de ses professeurs et de ses chercheurs.Un bon nombre de chercheurs canadiens-français ont acquis dans ce contexte qui leur a été imposé, un complexe d'infériorité et de discrimination.Ils ont cru dans l\u2019impossibilité d\u2019obtenir par simple justice et fairplay le respect et la reconnaissance de leurs droits, souvent mal définis et précisés par eux-mêmes, à cause de la difficulté où ils étaient de s'exprimer dans une langue qui n\u2019était pas la leur.Comment alors s\u2019étonner, si plusieurs des meilleurs représentants de la science et de la recherche médicale canadiennes-françaises ont manifesté peu d\u2019intérêt et d\u2019enthousiasme pour les comités fédéraux et les sociétés nationales ?Ils ont préféré concentrer leurs énergies et leurs talents sur leurs travaux de recherche et au profit des institutions de leur province.Réalisations Les premières véritables réalisations dans le domaine de la recherche médicale au Canada français datent des travaux du docteur Mercier Fauteux sur la circulation coronarienne et des efforts du docteur Armand Frappier pour mettre sur pied un Institut de Microbiologie et d\u2019Hy-giène, analogue à celui de l'Institut Pasteur de Paris, en créant des laboratoires de recherche à côté de centres de production de vaccins, de sérums et de plasma desséché.L\u2019Institut de Microbiologie et d\u2019Flygiène de l\u2019Université de Montréal fut fondé en 1938, par Armand Frappier qui en est toujours le directeur.Sa première œuvre a porté sur le B.C.G.Les réalisations du docteur Frappier dans le domaine de l\u2019hygiène, de la bactériologie, de la lutte antituberculeuse et de la santé publique au Québec ont LA RECHERCHE MÉDICALE AU CANADA FRANÇAIS 121 peu d'équivalent dans le Canada anglais.L\u2019Institut comprend actuellement 244 membres dont 43 ont des diplômes universitaires et travaillent dans les divers secteurs de la microbiologie moderne.Le docteur Frappier a contribué beaucoup à l\u2019essor de la recherche au sein du milieu canadien-français, ayant fait accorder depuis 1947, 13 diplômes de Ph.D., et 27 maîtrises en sciences à des jeunes chercheurs formés dans ses laboratoires.Cette œuvre splendide du docteur Frappier et de ses collaborateurs, en particulier le docteur Victorien Fre-dette, a été accomplie avec une ténacité admirable et avec beaucoup d'idéal.Et ceci a été réalisé, pendant les premières années, en dépit de beaucoup d\u2019inertie et d\u2019opposition qui n\u2019ont pu être vaincues que par une dépense extraordinaire d\u2019énergie, de temps et d\u2019efforts par le fondateur de l'Institut.À nul autre que le docteur Frappier, s\u2019applique mieux ce que Sir Frederick Banting disait dans sa conférence Cameron, aux étudiants de l\u2019Université d\u2019Edimbourg, en 1928: « / am a firm believer in the theory that you can do, or be anything that you wish in this world, within reason, if you are prepared to make the sacrifices, think and work hard enough and long enough ».La bactériologie n'a exercé que peu d\u2019attrait chez les jeunes médecins canadiens français et malheureusement, nous ne comptons au Québec, en 1968, qu'un total de 32 bactériologistes certifiés par le Collège des Médecins et Chirurgiens de la Province de Québec.Les efforts du docteur Frappier n\u2019ont peut-être pas eu tout le retentissement, ni le rayonnement désirés dans le domaine de la recherche médicale, peut-être à cause du manque d\u2019attrait de la bactériologie à cette époque, et aussi par suite du fait que, malgré ses efforts de pionnier, il ne pouvait offrir des postes comparables en rémunération financière à ceux que les jeunes médecins pouvaient obtenir ailleurs.Plusieurs générations de jeunes médecins canadiens-français doivent leur contact avec les disciplines de la 122 ACTION NATIONALE recherche au professeur Pierre Masson, dont les travaux sur les techniques de coloration histologique, sur les cancers, sur les relations entre les cellules argentaffines des carcinoïdes de l\u2019appendice et le système nerveux sympathique étaient connus universellement.M.Masson ne se lassait jamais de répéter: « L'observation d'abord, la lecture ensuite ».C\u2019est à lui que nous devons d'avoir été initiés à la médecine scientifique.Il a créé au Canada français une école de pathologie de grande classe, dont la réputation a été continuée par ses élèves, en particulier par les docteurs L.-C.Simard; J.-L.Riopelle, de Montréal; et Louis Berger, de Québec.Nous lui sommes profondément reconnaissants de nous avoir ouvert les fenêtres sur le monde scientifique contemporain et sur la médecine universelle.Bien que le professeur Hans Selye ne fasse strictement pas partie de la communauté canadienne-française, nous ne pouvons que lui exprimer une profonde reconnaissance pour les nombreux jeunes médecins canadiens-français qui ont étudié dans ses laboratoires et dont plusieurs sont maintenant devenus des chefs de file de la recherche médicale au Québec.Il convient aussi de mentionner l'Institut du Cancer de Montréal de l\u2019hôpital Notre-Dame qui a à son actif des contributions importantes à l'étude du cancer, en particulier celui de l\u2019hépatome, et dont la réputation s\u2019étend depuis plusieurs années bien au-delà des frontières de notre pays.C\u2019est en voyant à l'œuvre la présente génération de chercheurs qu\u2019on peut mesurer l\u2019ampleur du développement de la recherche médicale et clinique au Canada français.Il est évidemment difficile et périlleux, puisqu\u2019il s'agit de contemporains, de faire ressortir des noms et de ne pas mentionner d\u2019autres, mais je crois qu'il ne serait que juste d'insister surtout sur trois groupes principaux de chercheurs au Canada français et de mentionner le rôle important que joue le Club de recherches cliniques du Québec. LA RECHERCHE MÉDICALE AU CANADA FRANÇAIS 123 Le Département de recherches cliniques de l'Hôtel-Dieu de Montréal a été fondé en 1952.Après avoir connu des moments très difficiles par suite du manque de ressources et d\u2019espace, il s\u2019est finalement épanoui dans le nouvel Institut de recherches cliniques de Montréal, ouvert en avril 1967.Plus de 60 jeunes médecins cana-diens-français sont venus y chercher un entraînement soit dans les disciplines de la recherche médicale, soit dans la recherche clinique elle-même, orientée vers les problèmes de la régulation du sodium et des maladies hypertensives.Un bon nombre de ces jeunes médecins ont obtenu des maîtrises et des doctorats en sciences, grâce à la généreuse collaboration du professeur J.S.L.Browne, directeur du Department of Investigative Medicine de l\u2019Université McGill.Quatre des cinq boursiers Markle de l\u2019Université de Montréal sont des anciens fellows du Département de recherches cliniques de l\u2019Hôtel-Dieu.Presque tous ces jeunes médecins sont demeurés dans le milieu universitaire et font actuellement carrière dans la recherche clinique et l\u2019enseignement.Les chercheurs du Département et de l\u2019Institut de recherches cliniques de Montréal, en particulier les docteurs W.Nowaczynski, et R.Boucher, ont aussi contribué à l\u2019établissement de nouvelles méthodologies, entre autres pour l\u2019aldostérone, la rénine, l'angiotensine.Ces chercheurs ont démontré l\u2019importance des perturbations de l\u2019aldostérone dans l'hypertension, le rôle prédominant que joue l\u2019angiotensine dans la sécrétion de l\u2019aldostérone, et la valeur de la mesure de la rénine plasmatique pour le diagnostic de l'hypertension rénovasculaire vraie.Le prestige de l\u2019Institut se manifeste actuellement par les nombreuses demandes qui proviennent de jeunes médecins de nombreux pays, tels que l'Allemagne, l\u2019Argentine, la Belgique, le Chili, l\u2019Espagne, les États-Unis, la France, l'Inde, l'Indonésie, le Japon, le Pakistan, la Roumanie, la Suisse, la Tchécoslovaquie, le Vénézuéla, et autres. 124 ACTION NATIONALE La réalisation même de l\u2019Institut introduit un concept d'avant-garde dans l\u2019organisation de la recherche clinique liée à un centre hospitalier universitaire.Car on trouve, groupés dans une même zone géographique, tous les laboratoires majeurs de recherche clinique et d\u2019expérimentation animale, avec leur administration propre, des services communs, une instrumentation coûteuse, une bibliothèque, une salle de séminaire, un auditorium, et autres.En second lieu, nous devons mentionner le magnifique centre de physiologie et de recherches sur les relations neuro-hypothalamo-hypophysaires, dirigé par le professeur Claude Fortier, directeur du département de physiologie de l\u2019Université Laval.Ce département est certes l\u2019un des plus progressifs et des mieux organisés au Canada.Les contributions nombreuses du professeur Fortier et de son groupe sur le contrôle des sécrétions hypophysaires et leurs relations avec la thyroïde et les glandes surrénales sont connues du monde scientifique.Vice-président du Conseil des recherches médicales du Canada, le professeur Fortier, qui est aussi versé dans les mathématiques et l'informatique, s\u2019est vu confier récemment la direction d\u2019un nouveau comité pour l\u2019étude des applications des ordinateurs aux recherches bio-médicales.En troisième lieu, le professeur Jean-Pierre Cordeau, directeur du département de physiologie de l\u2019Université de Montréal et de son centre de recherches en sciences neurologiques, a mis sur pied l'un des plus importants départements au monde pour l\u2019étude fondamentale du neurone par une équipe multi-disciplinaire.Ceci lui a valu le premier octroi par le Conseil des recherches médicales du Canada, d\u2019une subvention de $1,250,000 pour équipes multi-disciplinaires.Ingénieur et médecin, le professeur Cordeau a mis sur pied l'un des départements les mieux organisés pour l\u2019intégration des sciences du génie et de l'électronique, de la physiologie et de I anatomie nerveuses.Ses contributions sont connues internationalement. LA RECHERCHE MÉDICALE AU CANADA FRANÇAIS 125 En 1958, un groupe de jeunes chercheurs canadiens-français a formé le Club de recherches cliniques du Québec, club très vivant, qui n'a ni charte, ni règlements, et qui réunit chaque année tous les chercheurs actifs dans le domaine médical et clinique du Canada français.Ce Club comprend déjà plus de 135 membres et ses réunions qui sont de haute tenue scientifique, sont un exemple vivant de la vigueur et de l'étendue des recherches médicales qui se font dans le Canada français.Le Club de recherches cliniques du Québec exerce un rôle important dans la promotion de la recherche médicale et clinique dans la communauté canadienne-française.Il faudrait aussi mentionner les contributions du docteur Yves Morin sur la maladie des buveurs de bière de la ville de Québec, due à l\u2019introduction de composés du cobalt dans la production de la bière; celles du docteur Pierre Bois sur les relations entre la carence en magnésium, l\u2019histamine et la production de lymphomes; du docteur Edmund Sandborn sur les microtubules cellulaires; du docteur André Lanthier sur le syndrome de Stein-Leventhal, sur la physiologie de la glande nasale du canard et sur la sécrétion cortico-surrénalienne comparée de diverses espèces animales; du docteur Antoine D\u2019Iorio sur le métabolisme des catécholamines; du docteur André Barbeau sur la ptose palpébrale familiale; du docteur Belleau sur les stéroïdes; de M.Louis-Paul Dugal sur l\u2019adaptation au froid, et de nombreux autres.Plusieurs jeunes chercheurs dans nos facultés et dans nos hôpitaux universitaires contribuent au progrès de nos connaissances et leurs réalisations à ce jour sont un gage rassurant pour l\u2019avenir.Avenir Il y a plusieurs raisons pour entrevoir l\u2019avenir avec beaucoup d\u2019espoir et de confiance.Depuis quelques années, la proportion des fonds accordés par le Conseil des recherches médicales du Canada à des chercheurs médicaux canadiens-français est devenue plus substantielle, 126 ACTION NATIONALE et cela grâce à la compréhension de son président actuel, le docteur Malcolm Brown.Infime, il y a à peine dix ans, la part des subventions pour projets de recherches et d'équipement scientifique aux chercheurs canadiens-fran-çais, est montée à 15 pour cent (Tableau I) en 1966-1967.Il y a encore du chemin à faire pour atteindre la proportion correspondant à notre population qui est celle d\u2019environ le tiers.Le nombre des associés et des scholars du Conseil des recherches médicales du Canada, qui était de 18 pour cent en 1966-1967, est monté à 24 pour cent en 1968-1969.La proportion des fellowships pour recherche est de 24.5 pour cent en 1966-1967.Même s\u2019il y a eu une amélioration importante depuis quelques années dans la proportion de l\u2019argent distribué par le Conseil des recherches médicales au Canada français, le retard est néanmoins difficile à rattraper.C'est la raison pour laquelle le gouvernement du Québec a décidé, sous l'impulsion de quelques chercheurs canadiens-français, appuyés par le docteur Jacques Gélinas, sous-ministre de la Santé, de former en 1964 un Conseil de la recherche médicale du Québec pour fins de rattrapage et afin de stimuler le développement de la recherche médicale au Québec.Par suite de son budget limité, tous les efforts du Conseil ont été dirigés vers l\u2019octroi de bourses pour la formation de jeunes chercheurs et vers des subventions d\u2019installation pour leur permettre, une fois leur entraînement terminé, d\u2019organiser rapidement leurs laboratoires, et pour mettre sur pied leurs projets de recherches.Ce qu\u2019il y a de plus significatif au Canada français dans le domaine de la recherche médicale et clinique et ce qui nous réjouit le plus pour l\u2019avenir est que l\u2019importance de la recherche médicale et clinique soit maintenant reconnue dans tous les milieux administratifs et gouvernementaux et que l'impulsion est maintenant donnée au développement de la recherche clinique dans les hôpitaux d\u2019enseignement.Car ce n\u2019est que depuis à peine dix ans que les départements universitaires de la Faculté de médecine jouissent d'espace et de facilités de recherche LA RECHERCHE MÉDICALE AU CANADA FRANÇAIS 127 adéquates.Par contre, le développement de la recherche clinique, dans les hôpitaux a été freiné par suite du manque de laboratoires et d'équipement, mais on assiste actuellement à des efforts importants de déblocage.Un bon nombre de jeunes chercheurs canadiens-fran-çais ont acquis depuis quelques années une formation de première valeur et constituent l'espoir de la recherche chez les Canadiens français.Nombreux sont les jeunes médecins qui ont décidé d\u2019obtenir un Ph.D.ou doctorat en sciences, en plus de leurs études de spécialisation et du diplôme de Fellow du Collège royal des Médecins et Chirurgiens du Canada, ou de spécialiste du Collège des Médecins et Chirurgiens de la Province de Québec.Nous serions injuste, si nous ne profitions pas de cette occasion pour rendre un hommage spécial au professeur J.S.L.Browne de I Université McGill, pour l'aide importante et la collaboration généreuse qu'il a apportées dans la formation des jeunes chercheurs canadiens-français.Nous avons voulu perpétuer cet hommage en l\u2019inscrivant dans la magnifique œuvre d\u2019art qui orne le hall d\u2019entrée de l'Institut de recherches cliniques de Montréal.La phase idéologique est maintenant franchie, car aucun ministre de la Santé, aucun officier de lAssurance-hospitalisation, ni aucun administrateur d'hôpital ou d\u2019université ne pourrait concevoir un département de sciences fondamentales ou un hôpital universitaire d'enseignement sans d imposants laboratoires de recherche.L\u2019importance que prend maintenant le développement de la recherche médicale et clinique au Canada-français est une autre manifestation de la révolution tranquille au Québec.Il n\u2019y a pas de plus belle expression de la maturité croissante du peuple canadien-français, de sa volonté d'être présent dans un monde axé sur la technologie et les sciences exactes.Les Canadiens français sont convaincus de la validité de l'une des conclusions du colloque sur Science Policy and Biomédical Research organisé en février 1968, à Paris, par le Conseil des Organisations Internationales 128 ACTION NATIONALE des Sciences Médicales: « The national life of any country reflects the quality of the health of its people, which in turn is dependent on the quality of its health services.Modern medicine, like agriculture, demands a continuing, vigorous research endeavor if the quality of the services they render is to be equal to national needs » (5).Le temps n'est pas loin où, sur le plan de la recherche médicale et clinique, nous passerons de l\u2019adolescence à l\u2019état adulte.Le résultat ne pourra être qu'une source d\u2019enrichissement, de productivité accrue et de fierté pour le Québec et pour le Canada.5.Bulletin d'information, no 34, mars 1968 Tableau 1 :\tRAPPORT ANNUEL DU\t\tM.R.C.\t1966-67 \tCANADA\tPROVINCE DE QUÉBEC\t\t \tTotal en dollars\tTotal %\tUnlv.franç.\tMcGill SUBVENTIONS: a)\tProjets\t9,000,000 b)\tÉquipement 3,078,000\t\t37.2% 37.4%\t14.5% 15.6%\t23.7% 24.7% ASSOCIÉS\t55\t40%\t13%\t27% BOURSIERS\t68\t41%\t22%\t19% « FELLOWS »\t159\t39%\t24.5%\t14.4% La question linguistique et les minorités au Québec par Michel Hamel in La question linguistique a pris depuis quelque temps des formes nouvelles au Québec.Après deux siècles de lutte pour conserver une langue dont elle avait fait le symbole de toutes ses résistances, la société québécoise s'est aperçue que les moyens quelle avait traditionnellement utilisés à cette fin étaient devenus nettement insuffisants, dépassés, folkloriques.Les concours de français et les grandes campagnes de la SSJB ne peuvent compenser I influence exercée par la publicité, la commercialisation et l\u2019information collective.Le français réduit à l'état de langue familiale ne peut rivaliser avec une autre langue qui est celle de la technique, du travail et de la décision.L\u2019isolement social et économique qui protégeait certaines régions du pays est un phénomène du passé.Enfin, l'assimilation des nouveaux apports fournis par l'immigration à la minorité anglophone constitue une grave menace pour notre force démographique.Aussi des organismes et des mouvements de plus en plus nombreux voient la nécessité d'une action radicale pendant qu\u2019il en est encore temps et réclament entre autres mesures l'établissement de l\u2019unilinguisme sur notre territoire, ce qui n\u2019est pas sans poser certains problèmes sociologiques et politiques.Les réactions confuses et émotives que provoque une telle proposition font souvent perdre de vue certaines notions fondamentales sans lesquelles aucune politique logique et globale n'est possible en matière culturelle et linouistique. 130 ACTION NATIONALE La nation, collectivité culturelle La nation est avant tout une collectivité historique et culturelle.C\u2019est un groupe humain occupant un certain territoire et possédant une histoire commune.Au cours de cette histoire, le groupe s\u2019est façonné, pour répondre à ses problèmes et à ses besoins collectifs, diverses institutions dont l\u2019ensemble constitue sa culture.C\u2019est par cette culture que la nation se distingue des autres et possède une identité collective.Par définition, la nation est donc culturellement homogène, alors qu elle est le plus souvent multiple sur les plans religieux et idéologique, par exemple.Elle est multiple aussi, sur le plan ethnique, du fait des apports nouveaux fournis par l\u2019immigration au cours des temps et qui ont été assimilés à la culture de la majorité.La même culture, bien entendu, peut être commune à plusieurs nations, tout présentant dans chaque cas des particularités plus ou moins prononcées.C'est le cas des cultures «universelles» ou «internationales» comme la française, l\u2019anglaise ou l\u2019arabe.Tout indique même que le monde évolue vers une sorte de partage entre quelques grandes cultures, les micro-cultures étant destinées à disparaître en passant par l\u2019étape de la folklorisation.Par contre, il est évident qu\u2019il ne peut exister plusieurs cultures au sein de la même nation; il peut simplement exister, à côté et en retrait de la nation, des minorités allogènes que la majorité nationale n a pas réussi à assimiler.Langue et culture De toutes les institutions qui composent la culture nationale, la langue est indubitablement une des plus importantes.La langue, en effet, est à la fois le reflet et le moule de la culture.C\u2019est par elle que se manifestent les façons de penser de la collectivité, ses barèmes, ses valeurs et ses schèmes de référence.C est par la langue aussi que la culture se transmet à travers le temps et que s\u2019établit la continuité nécessaire entre les générations. QUESTION LINGUISTIQUE ET MINORITÉS AU QUÉBEC 131 La langue est donc le grand instrument d\u2019intégration.Elle permet l\u2019intégration des individus au groupe.Elle assure aussi l'intégration des nouveaux apports à la collectivité culturelle .L\u2019expérience canadienne, par exemple, illustre fort bien comment la langue a servi d'outil pour l\u2019assimilation des immigrants à la société anglophone.Cette importance primordiale de la langue comme base et instrument de la culture est depuis longtemps reconnue.C'est ainsi, par exemple, que les peuples conquérants ont toujours compris \u2014 ou deviné \u2014 que pour assimiler et asservir un peuple conquis, il fallait passer par la voie linguistique, qu\u2019il s\u2019agisse des Romains en Gaule, des nazis en Europe occupée, des Russes dans les pays satellites ou de Durham en Nouvelle-Écosse.La situation au Québec Après avoir posé ces principes, il convient de se pencher sur la situation qui existe au Québec, ne serait-ce que pour en faire ressortir certains aspects que l\u2019on oublie trop souvent.La caractéristique de la nation québécoise, ou « cana-dienne-française », en Amérique est son rattachement à la culture française, qui est une des cultures universelles de notre époque.Il s\u2019agit là d\u2019une donnée à la fois historique et démographique.Historique parce que, depuis sa fondation, notre peuple a été français et s\u2019est efforcé de le rester, ce qui a été à l\u2019origine de tous nos problèmes nationaux: si nous nous étions assimilés culturellement, il n\u2019y aurait pas à l\u2019heure actuelle de « crise canadienne », pour utiliser le terme employé par la plupart des observateurs étrangers.Démographique parce que malgré les facteurs d\u2019assimilation et le poids de l'immigration qui ont joué contre nous, la population du Québec est actuellement à environ 80 pour cent de culture et de langue françaises, de sorte que l\u2019on peut dire que dans les faits la nation québécoise est une nation française. 132 ACTION NATIONALE Ce qui fait la valeur de la lutte entreprise par le peuple québécois, ce qui donne un sens à cette lutte, essentiellement sa détermination de conserver son identité culturelle.Autrement, l\u2019assimilation aux États-Unis serait non seulement acceptable, mais souhaitable et probablement irréversible comme il semble bien que ce soit le cas au Canada anglais.Au Québec, la langue et la culture nationales sont particulièrement menacées à cause de divers facteurs dont les uns sont pour ainsi dire naturels, en ce qu\u2019ils proviennent des circonstances, tandis que les autres sont attribuables à des structures et à des institutions.En fait, le seul facteur vraiment naturel et qu'il est donc fort difficile de supprimer, c'est le voisinage d'une culture étrangère puissante, celle des États-Unis, qui exerce son influence sur une large partie du monde.Cette influence, cependant, n\u2019est pas nécessairement nocive.Ce qui la rend dangereuse c\u2019est son caractère démesuré qui provient de la domination étrangère sur tout ce qui façonne la culture populaire: cinéma, presse, etc.Par exemple, s'il est difficilement concevable de vouloir lutter contre l'américanisation en empêchant la diffusion des revues ou des livres provenant d\u2019outre-frontière, il serait tout à fait normal de mettre fin au monopole étranger sur nos salles de cinéma et de supprimer de nos écrans de télévision nombre d'émissions américaines qui ne présentent aucun intérêt.La pénétration culturelle étrangère sur notre territoire demeure donc largement une question de structures auxquelles l\u2019État du Québec pourrait remédier, s\u2019il en avait le pouvoir constitutionnel.Quant aux autres facteurs qui placent la culture nationale dans une situation de plus en plus précaire, ils sont presque exclusivement de nature institutionnelle.Il y a tout d\u2019abord la supériorité socio-économique d\u2019une langue étrangère, qui se manifeste notamment dans les domaines de la publicité, de l'emploi, de la science, de la technique et parfois de l'éducation. QUESTION LINGUISTIQUE ET MINORITÉS AU QUÉBEC 133 Il y a aussi cette fausse conception du bilinguisme que la propagande nous présente sans cesse, et gratuitement, comme un enrichissement personnel automatique et comme une situation normale à l\u2019échelon collectif.En fait, si l\u2019on se fonde sur les études sérieuses qui ont été faites jusqu\u2019à maintenant, le bilinguisme est une situation généralement défavorable pour l\u2019individu (sauf dans les cas où il correspond à des talents et des inclinations personnelles) et il constitue un phénomène d\u2019aliénation au niveau de la collectivité.Au Québec, la situation est d\u2019autant plus grave que le bilinguisme en question repose sur un statut privilégié que la constitution canadienne accorde à une langue étrangère: le Québec est la seule province au Canada qui soit obligée d\u2019être bilingue.Enfin, l\u2019assimilation linguistique et culturelle des immigrants à l'élément anglophone, qui n\u2019est qu'une conséquence des autres facteurs, tend à minoriser, d\u2019abord psychologiquement, puis démographiquement, la population française.Montréal n\u2019est déjà plus une ville française, et les spécialistes prévoient qu\u2019en 1981 les francophones y seront minoritaires.Les correctifs Pour remédier à une telle situation, certaines politiques s\u2019imposent: 1)\tLes Québécois doivent avoir toujours et partout le droit d\u2019utiliser leur langue sur leur territoire sans être défavorisés pour autant.En conséquence, le bilinguisme doit être encouragé mais jamais imposé.Il doit faire l'objet d\u2019un choix personnel au lieu d\u2019être une obligation collective.2)\tLa connaissance et l\u2019emploi du français doivent devenir, au Québec, une nécessité de la vie quotidienne et un facteur de réussite professionnelle et sociale. 134 ACTION NATIONALE 3) Sans empêcher les contacts avec les cultures étrangères, l'Etat québécois doit favoriser la restauration du français sur le territoire national.En pratique, cela veut dire que le français doit devenir la langue de l\u2019État, la langue du travail, la langue de l'enseignement et la langue des communications.Sauf dans des cas d\u2019exception (diplomatie, tourisme, etc.), l'État québécois doit utiliser exclusivement le français dans les organismes qui relèvent de sa compétence ou émanent de lui: parlement, tribunaux, régies, sociétés d\u2019État, services gouvernementaux, ministères, municipalités, etc.Les entreprises québécoises ou étrangères, de même que les syndicats et les organismes professionnels doivent être obligés d\u2019employer le français dans leurs rapports entre eux, avec leurs employés ou confrères et avec la population.Dans le domaine de l\u2019enseignement, toutes les institutions, quels que soient leur niveau ou leur confession, doivent utiliser le français, dans la mesure où ces institutions bénéficient de l'aide financière de l'État.Enfin, l\u2019information collective et les activités culturelles (cinéma, théâtre, publications, radio, télévision), lorsqu'elles relèvent de l\u2019État ou sont financées par lui, doivent être de langue française.En fait, toutes ces mesures s'inspirent d\u2019un seul motif: rendre le français utile et si possible indispensable dans la vie quotidienne.C\u2019est à cette condition que la langue française, au Québec, pourra retrouver sa place normale et devenir un atout plutôt qu'un handicap.Il est évident qu\u2019une telle politique est incompatible avec les dispositions de la constitution actuelle, le British North America Act, sur laquelle se fonde la Confédération, mais il est tout aussi évident que tôt ou tard, et très bientôt, les Québécois auront de toute façon à choisir entre la Confédération et leur survivance.La question des minorités Comme nous l'avons souligné, le sort de la nation québécoise dépend en grande partie de l\u2019assimilation des QUESTION LINGUISTIQUE ET MINORITÉS AU QUÉBEC 135 minorités alimentées par l'immigration.D\u2019où la nécessité impérieuse pour le Québec de contrôler l\u2019immigration sur son territoire.En attendant, il s'agit de savoir si I État québécois prendra les moyens d'intégrer les immigrants, comme l\u2019a très bien illustré l'affaire de Saint-Léonard.Il importe ici d\u2019établir un principe fondamental, celui de l\u2019égalité des diverses minorités culturelles.Il serait absolument aberrant et anti-démocratique d\u2019accorder, comme certains le voudraient, à une minorité des droits qu'on refuserait aux autres.Par exemple, si l\u2019on accepte l\u2019idée que le gouvernement québécois devrait subventionner des écoles à l'intention des Anglo-québécois, il n\u2019y a aucune raison que ce même gouvernement ne subventionne pas également des écoles italiennes, ukrainiennes, allemandes ou chinoises.Autrement, on créerait une catégorie privilégiée de citoyens, ce qui sur le plan des principes est absolument inacceptable.De deux choses l\u2019une.Ou bien le gouvernement du Québec entend faciliter, comme c\u2019est son devoir, l\u2019intégration de toutes les minorités à la société québécoise, et alors l\u2019enseignement public (c'est-à-dire financé par l\u2019argent des contribuables) doit se faire en français partout et pour tous.Ou bien l\u2019État décide d'encourager les diverses minorités culturelles à rester différentes, à demeurer en marge de la nation, et alors il doit avoir la même attitude envers toutes ces minorités.La loufoquerie de cette dernière position n\u2019échappera à personne: elle aboutit à faire du Québec une sorte de mosaïque culturelle où les citoyens francophones ne seront plus qu'un élément parmi bien d\u2019autres.Un telle situation ne pourrait être que le prélude de notre assimilation.D\u2019aucuns diront que la minorité « anglaise » pose un cas particulier.Mais on ne voit guère pourquoi.D'abord, comment définir cette minorité «anglaise»?S\u2019il s'agit d\u2019y inclure tous ceux qui déclarent que l\u2019anglais est leur langue première ou maternelle, on risque fort d\u2019y retrouver la grande majorité des immigrants, que l'on renonce 136 ACTION NATIONALE alors à intégrer.De plus, sur le plan des principes, il demeure que c\u2019est accorder à une minorité des droits que l\u2019on refuse aux autres, ce qui ne se justifie aucunement.Enfin, il est à la fois illogique et hypocrite d\u2019encourager ainsi une minorité à conserver sa langue si par ailleurs on adopte les mesures indispensables qui feront du Québec un pays français où la langue de la minorité en question ne sera, à toutes fins pratiques d'aucune utilité.La seule politique qui soit en même temps réaliste, démocratique et honnête est donc celle qui consiste à faire du Québec dans les plus brefs délais un pays unilingue français, et à le dire ouvertement à nos diverses minorités allogènes, quitte à prévoir une période de transition et des étapes en vue de leur intégration.Il est entendu qu\u2019on ne saurait espérer une telle politique de la part des vieux partis traditionnels dont la caisse électorale est alimentée par la puissante minorité anglophone.On doit cependant l\u2019attendre et même l\u2019exiger de tout parti qui prétend lutter pour la libération du peuple québécois, c\u2019est-à-dire de tout parti indépendantiste.Michel H AM ELI N Le Congrès Eucharistique de Bogotà par Jean GENEST J ai revu la Colombie, où le trente-neuvième Congrès eucharistique vient d avoir lieu à Bogotà, pour la troisième fois.Lors de ma première visite, d\u2019une année entière, Bogotà ressemblait à une ville provinciale avec ses 700,000 habitants.Le cachet colonial était partout, dans ses rues étroites et ses toits de tuiles rouges.Le grandiose lui venait de la nature: perchée à 2630 mètres d\u2019altitude (soit 8,600 pieds), aux pieds d'une énorme muraille émeraude formée par la Cordillière des Andes qui atteint là plus de 10,000 pieds de hauteur, Bogotà était déjà la grande ville, la capitale de la Colombie.Elle a été fondée le 6 août 1538 (soit un siècle avant Montréal) par Jimenez de Ouesada à l\u2019endroit même où se situe aujourd\u2019hui la Cathédrale et le Palais législatif national.Le développement de la capitale fut lent parce que la nature, avec ses chaînes de montagnes très élevées favorisait le régionalisme et la décentralisation administrative.Au début du vingtième siècle il fallait encore trois semaines de durs voyages pour aller de Bogotà à Cali, à dos de cheval.Ce sont les routes qui percent les montagnes, les avions qui les survolent et les communications radioélectroniques qui ont le plus aidé la vie nationale et à faire de Bogotà le cœur même du pays. 138 ACTION NATIONALE Mon deuxième voyage fut accompli dans des circonstances dramatiques.C était en 1948.Les communistes venaient d'opérer un putsch dans l\u2019espoir de s\u2019emparer du gouvernement par surprise.Ils mirent le feu au centre de la ville et vingt-six blocs de maisons restèrent un désastre complet.Ils ouvrirent les prisons et équipèrent en armes meurtrières plus de 3000 prisonniers lesquels devinrent bandits de grands chemins et formèrent le noyau des guérilleros dont l'action anarchique et sanglante créa un état de tension sociale et militaire fort disproportionné à leur importance numérique.Incendies de villages, rançons exercées contre des collectivités, meurtres d\u2019automobilistes ou de passagers d\u2019autobus, tout fut mis en oeuvre pour terroriser la population et en tirer des impôts qui permettaient à ces bandits (qui n'avaient rien à perdre), dirigés par des révolutionnaires professionnels, de vivre et de mener le pays au bord du chaos.L\u2019armée finit par les cerner.C\u2019était aussi l\u2019après-guerre.L'industrie se développait rapidement.L\u2019exode rural allait en augmentant, autant pour fuir les guérilleros que pour trouver du travail dans la capitale.Bogota, en ruines, pouvait se relever en construisant des avenues plus larges et en prévoyant un essor qui s\u2019annonçait fantastique.Le péril communiste mit fin en grande partie aux rivalités qui opposaient conservateurs et libéraux et qui menaçaient périodiquement la paix du pays.Mon troisième voyage, du 10 au 25 août 1968, fut entrepris à l\u2019occasion du Congrès Eucharistique.Bogotà était devenue une autre ville, une des plus belles villes d\u2019Amérique latine.Sa population atteint 2,300,000 habitants (elle dépasse donc Montréal) et son périmètre ne cesse de s\u2019agrandir.Les pins, les eucalyptus et les saules bordent ses grandes avenues si belles et qui, dans la grande savane, lui donnent un air caractéristique très doux.Le Bogotà colonial existe encore, derrière la Cathédrale, dans le quartier de La Candelaria où l\u2019on trouve de LE CONGRÈS EUCHARISTIQUE DE BOGOTÀ 139 parfaits exemples de maisons coloniales, surtout ce joyau qu\u2019est devenue La Casa de ta Moneda.Le Bogota de la misère s\u2019étale encore au sud et à l'occident mais Bogota, après Mexico, est une des villes qui a le plus fait pour mettre au service des ouvriers des maisons à prix modiques.Beaucoup plus qu\u2019aucune ville de l\u2019Amérique du Nord.Et ce mouvement ne fait qu'augmenter avec les années.Le plus surprenant c'est la vitalité de la capitale.Non seulement ses nombreux édifices élevés surprennent dans un tel coin des Andes mais aussi ses quatre universités, ses six journaux quotidiens, sa trentaine de musées, sa soixantaine de bibliothèques publiques, ses trente postes de radios, son système complet d\u2019éducation pour toute la population, ses industries, ses grands boulevards qui la rattachent à des centres touristiques de première valeur, comme la mine de sel de Zipaquira, la Salto de Tequendama, les mines d\u2019émeraudes de Mozo, le lac artificiel de Guatavita, le climat tropical de Girardot situé sur le fleuve Magdalena.La mentalité des gens de Bogotà ouverte aux valeurs de l'esprit, leur générosité proverbiale et leur sens de l\u2019organisation efficace amplement démontrée lors du Congrès eucharistique, font de la ville un des grands centres touristiques du monde.Il est très facile d\u2019aimer Bogotà.Ses beaux quartiers sont enchanteurs.Chaque maison n\u2019y est pas clôturée par de hautes parois blanches mais le touriste peut voir les parterres de fleurs et l\u2019architecture rafraîchissante et variée de ces nouveaux quartiers qui disent la croissance extrêmement rapide du pays entier.Vraiment, après 1945 et 1949, c\u2019était une nouvelle ville que je découvrais.J\u2019ai aimé m\u2019y perdre dans tous ses quartiers pauvres du sud.J'ai aimé questionner les ouvriers, les vendeurs au marché, les chauffeurs de taxis, les humbles gens.Beaucoup demandent l\u2019aumône, plusieurs n\u2019ont pas une mine rassurante mais, faut-il le dire, le plus remarquable demeure la grande honnêteté de l\u2019ensemble, sa joie de participer aux grands événements 140 ACTION NATIONALE du congrès et cet orgueil de bon aloi d\u2019être de la Colombie et de participer selon ses moyens à la grandeur de sa patrie.L\u2019arrivée des pèlerins Ces grands événements qui attirent des foules cosmopolites et qui constituent un pôle d'attraction presque magique, obligent à des préparatifs intenses.La Colombie n'a pas fait exception.Heureusement la ville de Bogota possédait un alcalde mayor le Dr Virgilio Barco Vargas qui sut donner l\u2019impulsion décisive à tous les départements concernés.On construisit de nouvelles avenues, des hôtelleries qui, par la suite, constitueraient des logements à prix modiques pour les familles ouvrières, on fit disparaître des taudis, on mit de la propreté partout, bref, Bogotà, avec l\u2019ouverture de la calle 68 qui sera probablement appelée l\u2019avenue Paul VI, prit un visage nouveau.Toute la population était fière de recevoir dans une ville en habit du dimanche.Le plus intéressant ce fut l\u2019attitude des gens.L\u2019esprit d\u2019accueil fut extraordinaire autant dans le petit magasin et les taxis qu\u2019auprès des passants et des gendarmes des grandes artères de la ville.Les renseignements arrivaient avec empressement, bonne humeur et, si c\u2019était nécessaire, avec un mélange de langues qui disait la bonne volonté.Les Bogotains ont bien ri de ce touriste allemand en bermuda alors que le climat de la ville est plutôt automnal mais ils ont accepté bravement tous les accoutrements, même les plus insolites, de la part des touristes, depuis cet archevêque à la barrette à la fois mauve et archéologique jusqu\u2019aux mini-jupes retroussantes.Personne ne siffla.J\u2019ai vu des Américaines moins chanceuses à Mexico ! On est Latin ou on ne l\u2019est pas.Les hôtels étaient remplis et les avions voyageaient à charge entière.La plupart des Évêques du monde entier qui vinrent à ce Congrès (Indes, Australie, Angleterre, États-Unis, Amérique latine, etc.) purent être logés gra- LE CONGRÈS EUCHARISTIQUE DE BOGOTÀ\t141 tuitement dans des familles qui avaient ouvert leur foyer.L'affluence fut telle que l'aspect des rues fut changé: les touristes, avec les couleurs vives de leurs accoutrements étaient vite repérables dans la foule des Bogotains qui préfèrent plutôt les couleurs sombres.Les achats marchaient bon train dans tous les magasins.Ces signes extérieurs n'étaient rien comparés à la joie qui ne cessait d\u2019aller en augmentant au fur et à mesure qu\u2019approchait la date d\u2019arrivée du Pape.Il s'agissait vraiment d\u2019une rencontre personnelle entre chaque Bogotain et Paul VI.C\u2019était une question de privilège et d'honneur.Toute la ville connut un intense sentiment de fraternité: on était comme lié ensemble par ce grand événement.Les disputes, si normales entre Latins et si agressives entre Colombiens, s\u2019étaient tues comme par enchantement.L\u2019amitié est possible entre concitoyens, entre peuples: le Congrès eucharistique en fut une preuve de plus.Le grand sujet de conversation, c\u2019était l\u2019arrivée du Pape, c\u2019était l'accumulation des signes avant-coureurs, c\u2019était l\u2019allégresse de toute la ville.J\u2019ai vécu au diapason de Bogota en ces jours mémorables: la ville n\u2019avait qu\u2019un cœur et qu\u2019une âme.Elle était prête à recevoir Paul VI.L\u2019allure était celle d'une nouvelle mariée.L\u2019arrivée du Pape Faut-il dire que tout avait été prévu, et jusque dans le moindre détail ?Le service d'ordre fut impeccable.Il avait été confié aux gendarmes de la ville mais, vu l\u2019affluence, il fallut faire appel aux soldats qui, fusil en bandoulière mais sans cartouches, vinrent prêter main forte.Les journaux se plaignirent de quelque rudesse, de certains cas de rigidité mais tous se demandaient: qu'en sera-t-il lorsque le service d\u2019ordre devra affronter un million, deux millions de personnes ?Il est facile de discourir contre un service d\u2019ordre quand les foules sont encore lointaines.L'armée profita de ces critiques en doublant ses lignes de soldats, aux endroits stratégiques, par des lignes d'étudiants univer- 142 ACTION NATIONALE sitaires aptes à donner tous les renseignements désirables.Les gens s'aperçurent vite qu\u2019il y avait moyen de passer un soldat, rien n\u2019échappait aux étudiants ! Et les foules commencèrent à arriver.Le 22 août, on calcule que pour l\u2019arrivée de Paul VI, il y eut près de 2,000,000 de personnes à l\u2019aéroport, sur le parcours d\u2019une quinzaine de milles conduisant de l\u2019aéroport jusqu\u2019à la Cathédrale, et sur la Plaza Bolivar en face de la Cathédrale et du Capitolio national.Un tel défilé est à la fois quelque chose de glorieux et de terrifiant.Glorieux à cause de l\u2019élan des masses, de leur joie communicative, électrifiante, à cause du Pape, à cause des rumeurs qui circulent avec la rapidité de l\u2019éclair: « Le Pape, en descendant d\u2019avion, a baisé la terre de la Colombie ! » L\u2019émotion est à son comble.Devant ces foules qui crient et poussent, le spectacle peut devenir terrifiant et on se prend à penser à la sécurité du Pape lui-même: « Qu\u2019arriverait-il si la digue crevait en quelque endroit ?» Et Paul VI avançait au milieu des ovations, porté par tout un peuple qui voulait le voir, petite tache blanche, il commençait ainsi un pèlerinage de 56 heures en Colombie, porte de toute l\u2019Amérique latine, continent qui compte déjà près de 250,000,000 d\u2019habitants et qui en comptera près de 600,000,000, selon les démographes, en l\u2019an 2000, c\u2019est-à-dire dans trente-deux ans.Le Pape se promena partout, en limousine, en camionnette, en hélicoptère.Il rencontra 250,000 campesinos au Campo de San José, près de Mosquera, à 50 kilomètres de Bogotà.Il rencontra les ouvriers et visita le bidonville Venetia où il parla à plus de 100,000 personnes, de dignité humaine et des services que le Pape et l\u2019Église entreprendront avec plus d\u2019énergie que jamais, en leur faveur.Il rencontra aussi en une occasion mémorable, dans la Cathédrale de Bogotà, une quarantaine de cardinaux et près de cinq cents évêques, venus de toute l\u2019Amérique latine et du monde entier.Bref, il y eut 21 discours dont LE CONGRÈS EUCHARISTIQUE DE BOGOTÀ 143 l\u2019ensemble forme un message ferme, précis, pour toutes les classes sociales et pour tous les dirigeants.Pour mieux comprendre l'impact causé par la présence du Pape au Congrès eucharistique de Bogotà, il faut souligner l\u2019extraordinaire travail accompli par les moyens audio-visuels de communications sociales.Il y eut les journaux, il y eut les postes de radio, il y eut surtout la télévision.Tous furent à la hauteur de la situation, comme les haut-parleurs installés par la compagnie Philipps au Centre eucharistique et qui transmirent une voix si claire, si parfaite, que les montagnes de Bogotà en renvoyaient les finales deux fois sous forme d\u2019un écho musical.La télévision, elle, fut dirigée par des as.Elle accompagna le Pape, depuis son arrivée à plus de cinq milles dans les airs, jusqu\u2019à son départ au moment où les lentilles-télescopes le perdirent de vue dans les nuages.La télévision fut extraordinaire.Toute l\u2019Amérique latine put suivre, au même rythme que les Bogotains, les événements au fur et à mesure de leur déroulement.Retransmis par satellite ce programme atteignait en direct toute l\u2019Europe et toute l\u2019Amérique du Nord.Nos postes canadiens n\u2019en ont transmis que des œillades ou de courts extraits durant le service des nouvelles.Les parties de football sont évidemment plus importantes.Les Canadiens ne sauront jamais ce qu\u2019ils ont manqué.Ils continueront à discuter de la pilule, plusieurs continueront à garder rancune à Paul VI.Ils resteront le cœur vide et ils auront plus de difficultés à comprendre qui est le Pape et l\u2019extraordinaire rayonnement de son message.Il est le Pape.À côté de lui, la caravane humaine continuera à prendre son orientation: « Celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m\u2019a envoyé, a la vie éternelle » (Jn, 5, 24).Il est un événement.Il est un message.Le message Paul VI est reconnu pour son style personnel et vigoureux.Il n'a pas le style de certains documents de la Curie 144 ACTION NATIONALE romaine où les phrases s\u2019allongent sans que l\u2019on puisse savoir exactement si la pensée progresse.L\u2019administrateur de Bogotà, Mgr Anibal Munoz Duque, a servi à 60,000 personnes une de ces poires monumentales propres à exercer la patience des auditeurs.Le cardinal Lercaro a suivi avec un discours dont la première moitié aurait pu être supprimée.C\u2019est à ces gens trop exercés aux cérémonies que convient le conseil que l\u2019on donne aux orateurs débutants: « Voulez-vous être intéressants ?Eh bien, commencez au milieu de votre discours ! » Avec Paul VI, nous avons un orateur d\u2019une autre étoffe.Chaque paragraphe porte.U Thant, secrétaire des Nations-Unies, connaît bien la valeur de Paul VI, aussi lui écrivait-il: « Le Congrès Eucharistique international qui se célèbre actuellement à Bogotà est un des événements les plus importants de l\u2019année en cours.» La fraternité humaine fut le centre des préoccupations du Pape.En lisant avec soin les discours qu'il prononça devant des masses immenses (700,000 personnes le 22 août lors de l\u2019ordination des diacres permanents et de nouveaux prêtres), on le voit comme passant à travers les récifs dressés sur le chemin de sa pensée et dénouant les crises et les tempêtes qui semblent s'accumuler en avant de la barque de Pierre: « Du haut de la barque mystique de l'Église, nous sentons, nous aussi et à un degré qui, certes, n\u2019est pas moindre, la tempête qui nous entoure et nous assaille .Nous sommes à un moment de réflexion totale» (conférence du Célam).Dans les moments de crise, l\u2019Église des Apôtres se tourne vers le Seigneur.C\u2019est face à l\u2019Eucharistie que Paul VI parla de l\u2019amour des hommes.Une certaine religion, toute tournée vers l\u2019homme, semble faire bon marché de la croyance en Dieu.Aussi Paul VI corrige les illusions: « Faites de l'amour du Christ, le principe de la rénovation morale et de la régénération sociale de cette Amérique latine .L\u2019amour de Dieu se distingue de l\u2019amour des hommes et le transcende, mais il en est la lumière et la source.» LE CONGRÈS EUCHARISTIQUE DE BOGOTÀ 145 En ces dernières années, des âmes d\u2019apôtres vraiment impatients en avaient assez de toujours prêcher la charité et la douceur.Il leur semblait que la prédication de cette charité bleuâtre ne conduisait à rien, qu\u2019elle conduisait les masses à une illusion et les prédicateurs à une aliénation.La vraie charité, ne demande-t-elle pas un changement de structures ?ne demande-t-elle pas une révolution ?et une révolution peut-elle se faire sans violence ?D'où la projection d\u2019un ciel où les saints modernes sont ceux qui ont fait violence à notre monde et qui, conduits par l\u2019amour des hommes, ont opéré des bouleversements au nom des masses humaines misérables.Paul VI comprend ces âmes généreuses et idéalistes.Mais II sait aussi que s\u2019il donne lumière verte à la violence, ce serait chose facile mais qui mettrait à feu et à sang tout un continent.Les guerres civiles seraient partout.Quel serait le profit véritable si l\u2019Église favorisait un changement violent, brusque, des structures établies ?Est-ce que cela augmenterait la production ?Est-ce que le peuple serait plus instruit ?Est-ce que les hommes domineraient mieux les techniques modernes ?Est-ce que l\u2019Amérique latine découvrirait plus de pétrole et se libérerait mieux de l\u2019emprise du capital étranger ?Au-delà des impatiences d'une époque de transition ne faut-il pas penser aux conséquences lointaines: les révolutions ont-elles entraîné plus de bonheur pour les masses ?plus de liberté ?plus d\u2019amour entre les hommes ?Aussi Paul VI aborde le problème de front: « Certains concluent que le problème essentiel de l'Amérique latine ne peut être résolu que par la violence .Noble impulsion de justice et de solidarité .Mais nous devons dire et réaffirmer que la violence n\u2019est pas évangélique, n\u2019est pas chrétienne.Des changements brusques ou violents de structures seraient trompeurs, inefficaces par eux-mêmes et certainement non conformes à la dignité du peuple.Cette dignité du peuple réclame que les transformations nécessaires se réalisent du dedans, par le 146 ACTION NATIONALE moyen d'une prise de conscience convenable, d'une adéquate préparation et de l'effective participation de tous.» Que propose-t-il donc ?Premièrement, « procéder certes à une réforme des structures sociales, mais à une réforme qui soit graduelle et assimilable par tous », puis «favoriser l\u2019élévation du mode d\u2019être homme», «aider chacun à prendre pleine conscience de sa propre dignité, à développer sa personnalité dans la communauté dont il est membre, à être sujet conscient de droits et de devoirs, à être librement un élément valable de progrès économique, civique, moral, dans la société à laquelle il appartient ».Après avoir rappelé ces grandes lignes d'une culture civique populaire, Paul VI conclut: «Telle est la grande entreprise prioritaire, sans l\u2019accomplissement de laquelle tout changement brusque des structures sociales ne serait qu\u2019un artifice vain, éphémère et périlleux.» Il précise davantage ce qu\u2019il entend par « ce mode d\u2019être homme» à l'usage des intellectuels et des gouvernants: « Alphabétisation, éducation de base, éducation permanente, formation professionnelle, formation de la conscience civique et politique, organisation méthodique des services matériels essentiels au développement normal de la vie individuelle et collective à l\u2019époque moderne.» Quels mots d'ordre ne donne-t-il pas ! D'abord aux intellectuels: « NI faut que vous ayez le courage de la vérité.À vous surtout il appartient de vous affranchir et d'affranchir notre monde intellectuel de l\u2019adhésion passive aux lieux communs, à la culture de masse, aux idéologies à la mode.» Aux travailleurs il propose l'association, non pour remettre sa liberté et son avenir aux mains de quelques chefs, mais pour y trouver « une école de conscience sociale, une profession de solidarité, de fraternité, de défense d'intérêts communs et d\u2019engagement à de communs devoirs.Votre charité doit donc avoir pour elle.la force constructive d\u2019un nouvel ordre plus humain, dans lequel vos légitimes aspirations soient satisfaites, LE CONGRÈS EUCHARISTIQUE DE BOGOTA\t147 et où chaque facteur économique et social vienne converger dans la justice du bien commun.» Aux dirigeants, il clame: « À vous, ce qui est demandé, c\u2019est la générosité .Mettez-vous au service de ceux qui ont besoin de votre richesse, de votre culture, de votre autorité .Vous, seigneurs du monde et fils de l'Église, ayez le génie du bien dont la société a besoin.Ayez la perception et la hardiesse des innovations nécessaires.» Paul VI n\u2019a pas voulu donner qu\u2019une exhortation pastorale, il a aussi parlé de quelques déviations doctrinales.Par exemple il montre comment notre génération est tentée par « l\u2019historicisme, le relativisme, le subjectivisme, le néo-positivisme, lesquels introduisent dans le domaine de la foi un esprit de critique subversive et une fausse persuasion, à savoir que pour approcher et évangéliser les hommes de notre temps .nous pouvons modeler un christianisme nouveau sur la mesure de l\u2019homme et non sur la mesure de l'authentique parole de Dieu .Certains vont jusqu'à admettre que chacun dans l'Église peut penser et croire ce qu'il veut, retombant ainsi dans le libre examen qui a brisé l\u2019unité de cette même Église, et confondant la légitime liberté de la conscience morale avec la liberté de pensée, mal entendue et souvent aberrante faute de connaissance suffisante des vérités religieuses authentiques.» Les conséquences sont dangereuses, Paul VI en énumère deux.La première erreur est celle de ceux qui veulent « séculariser le christianisme, en laissant de côté sa référence essentielle à la vérité religieuse, à la communion surnaturelle avec l'ineffable et surabondante charité de Dieu envers les hommes et au devoir d'y répondre et d'oser aimer Dieu et l\u2019appeler Père pour pouvoir ainsi appeler en vérité les hommes frères.» Le Pape fait même allusion à Harvey Cox et à son volume The Secular City. 148 ACTION NATIONALE L\u2019autre erreur est celle de ceux « qui opposent l'Église institutionnelle à une autre soi-disant Église qu\u2019on qualifie de charismatique.La première, communautaire et hiérarchique, visible et responsable, organisée et disciplinée, apostolique et sacramentelle, serait une expression désormais dépassée du christianisme; l\u2019autre, au contraire, spontanée et spirituelle, serait capable d\u2019interpréter le christianisme pour l'homme adulte de la civilisation contemporaine et de répondre aux problèmes réels et urgents de notre temps.» À ceux-là, dont nous avons entendu les ramages même dans notre Québec, Paul VI rappelle charitablement: « Nous ferons un effort d\u2019intelligence et d\u2019amour pour comprendre tout ce qu'il y a de bon et d\u2019admissible dans ces formes inquiètes et souvent aberrantes d'interprétation du message chrétien.» Deux catégories particulières Le pèlerinage de Paul VI atteignit de façon particulière deux catégories de personnes: les pauvres et les évêques.Et par eux, il atteignait toute l'Amérique latine.Aux paysans réunis à Mosquera (250,000 réunis à 50 kilomètres de Bogotà) et aux ouvriers des quartiers pauvres réunis à Venecia (foule incroyable mais impossible à estimer), Paul VI avait un message d'une portée sociale valable d\u2019abord pour toute l\u2019Amérique latine mais aussi pour le monde entier.Il salua les paysans: «Vous êtes un signe, vous êtes une image de la présence du Christ.Vous aussi êtes un sacrement, c\u2019est-à-dire une image sacrée du Seigneur parmi nous, vous êtes comme un reflet représentatif mais non caché de son visage humain et divin.» Après ce rappel de leur éminente dignité d\u2019hommes et de chrétiens, il les rendit confidents de ses préoccupations: « Nous connaissons vos conditions d\u2019existence.Pour beaucoup d'entre vous ce sont des conditions de misère, souvent inférieures aux besoins normaux de la vie humaine.Vous nous écoutez en silence mais nous, LE CONGRÈS EUCHARISTIQUE DE BOGOTÀ\t149 nous écoutons plutôt le cri qui monte de vos souffrances et de celles de la plus grande partie de l\u2019humanité.Nous savons que dans le grand continent de l\u2019Amérique Latine le développement économique et social a été inégal .Aujourd'hui la question s\u2019est aggravée parce que vous avez pris conscience de vos besoins et de vos souffrances, et, comme tant d\u2019autres dans le monde, vous ne pouvez tolérer que ces conditions doivent durer toujours et qu'il n\u2019y soit pas rapidement porté remède.» Ce préambule conduit Paul VI à un programme très précis: « Votre existence est une valeur de premier ordre.Votre personne est sacrée.Votre appartenance à la famille humaine doit être reconnue .Celle-ci concerne en particulier le juste salaire, le logement convenable, l\u2019instruction de base, l\u2019assistance sanitaire, soit dans le domaine des droits civils et de la participation graduelle aux bénéfices et aux responsabilités de l'ordre social.» Il s\u2019éleva contre le luxe et les armements qui détournent les richesses de leurs finalités humaines.Pour les ouvriers du quartier Venecia, Paul VI joignit les gestes à la parole.Il alla célébrer la messe en plein air comme un simple curé de paroisse.Il donna la première communion à une vingtaine d\u2019enfants du quartier.Il s'approcha des gens pour serrer les mains tendues.Il demanda à visiter les malades.Par deux fois il descendit de sa camionnette pour visiter, au hasard, une très pauvre maison du quartier Laguneta.Il conversa et bénit les 15 personnes qu\u2019il y trouva.Plus loin (Diagonal 49, No 54-B-12) il rencontra 19 personnes qui vivaient dans deux pièces.Pour les rejoindre il monta les escaliers au fond d'une cour.Il s\u2019assit sur le bord du lit d\u2019un petit malade.Carlos Lievano, de dix ans.Bref, c\u2019était une journée au milieu des pauvres et de leur misère: «Vous êtes mes fils les plus chers.Je me sens heureux au milieu de vous, ici, en ce moment.» La foule répondait par des ovations.La presse et la télévision comparèrent son passage au milieu des paysans à Mosquera et dans les rues étroites de Venecia à certaines pages du Nouveau Testament où 150 ACTION NATIONALE il est dit que Notre-Seigneur traversait les foules qui se pressaient sur ses pas, en les bénissant.Aux cinq cents Évêques et Cardinaux réunis dans la Cathédrale de Bogotà, Paul VI donna des directives d'une grande actualité: « Béni soit ce temps tourmenté et paradoxal que nous vivons, qui nous oblige quasiment à la sainteté correspondant à notre charge .Le monde nous observe aujourd\u2019hui de façon particulière en ce qui regarde la pauvreté, la simplicité de vie, le degré de confiance que nous mettons, pour notre usage, dans les biens temporels.» Il leur rappela leur premier devoir: lutter contre l\u2019analphabétisme religieux, parmi les populations catholiques.Il leur demanda de «donner aux Conseils presbytéraux et pastoraux la consistance et la fonctionnalité voulues par le Concile ».Puis il en arriva aux directives sociales.Il demande une Église pauvre: « L\u2019indigence de l\u2019Église, dans la digne simplicité de ses formes, est une attestation de fidélité à l\u2019Évangile; elle est la condition, parfois indispensable, pour accréditer sa propre mission.» Plus loin il avertit toute l'Église de l\u2019Amérique latine et celle du monde entier: « Nous ne pouvons être solidaires de systèmes et de structures qui couvrent et favorisent de graves et opprimantes inégalités entre les classes et les citoyens d\u2019un même pays .Nous répétons encore une fois: ce n\u2019est pas la haine, ce n\u2019est pas la violence, qui font la force de notre charité.Parmi les diverses voies vers une juste régénération sociale, nous ne pouvons choisir ni celle du marxisme athée, ni celle de la révolte systématique, encore moins celle du sang ou de l\u2019anarchie.» Dans un passage fort remarquable, il revint sur son encyclique Humanæ vitæ.La pilule était une solution de facilité.Elle permettait tous les amours et tous les débordements, Paul VI a une autre perspective que celles qui ont été mises de l\u2019avant par les cités séculières: « Nous avons dû dire une grave, une bonne parole en défense de l\u2019honnêteté de l\u2019amour et de la dignité du mariage.La grande majorité de l'Église l\u2019a accueillie avec LE CONGRÈS EUCHARISTIQUE DE BOGOTÀ\t151 faveur et avec une confiante obéissance, non sans comprendre que la règle réaffirmée par nous comporte un sens moral vigoureux et un courageux esprit de sacrifice.Dieu bénira cette digne attitude chrétienne.Elle n\u2019est pas une course aveugle à la surpopulation; elle ne diminue pas la responsabilité ni la liberté des époux, auxquels elle n'interdit pas une honnête et raisonnable limitation des naissances; elle n\u2019empêche pas l\u2019usage des moyens thérapeutiques légitimes ni le progrès de la recherche scientifique.Elle est une éducation éthique et spirituelle, cohérente et profonde; elle exclut l\u2019usage de moyens qui profanent les rapports conjugaux et qui tendent à résoudre les grands problèmes de la population par de trop faciles expédients; elle est, au fond, une apologie de la vie, qui est don de Dieu, la gloire de la famille, la force du peuple.» Quel a été l'effet le plus marquant de toute cette visite de Paul VI au Congrès eucharistique de Bogota ?Le ralliement Le 8 mai 1968, à une audience générale donnée à Rome, Paul VI donna deux raisons principales pour avoir accepté d\u2019assister au Congrès Eucharistique de Bogota (18-25 août).La première raison est en l'honneur de l\u2019Eucharistie: « Nous comptons sur ce Congrès pour confirmer de nos jours la doctrine eucharistique, doctrine capitale de l\u2019Église, en butte aux inexactitudes, aux ambiguïtés, aux erreurs qui tourmentent une partie de nos contemporains.» Mais c\u2019est surtout la deuxième raison qui retiendra notre attention, ici: le voyage du Pape favorisera « l\u2019efficience hiérarchique et communautaire de l\u2019Église dans les territoires vastes et variés de l\u2019Amérique latine ».L\u2019Amérique latine est un continent qui ne cesse de prendre de l\u2019importance au point de vue international.Là aussi se trouve un tiers des catholiques du monde entier.Or ce continent, si important aux yeux du monde et de l'Église, est tiraillé au point de vue social, divisé dans les façons théoriques ou pratiques d\u2019envisager l'ave- 152 ACTION NATIONALE nir.Clairement, avant que les divisions n\u2019aillent trop loin, il fallait une intervention décisive.Seul le Pape pouvait opérer l\u2019œuvre du ralliement.À parler avec plusieurs Évêques, j\u2019ai pu me rendre compte des hésitations, des perplexités, des craintes, des difficultés et des critères qui séparaient les Évêques d\u2019Amérique latine.Les uns croient en un minimum de changements.Les autres croient en une révolution urgente.Des théologiens parlaient de violence justifiable, d\u2019autres de la paix à sauver à tout prix.Chacun avait des difficultés aiguës, soit avec la presse, soit avec les intellectuels impatients, soit avec l'Action catholique, soit avec les gouvernements.Un Évêque brésilien, à Bogota et un autre au Brésil, durant la semaine du Congrès, se dissocièrent assez rudement des vues du cardinal Herder Camara.Un document de travail préparé pour l'Assemblée des Évêques d'Amérique latine (CELAM) avait été l\u2019occasion de profondes dissensions, même publiques.Le proche avenir s\u2019annonçait tumultueux.Il faut avoir vécu cette mémorable semaine du Congrès pour comprendre quelque chose au revirement des esprits.La présence du Pape agit comme un charisme extraordinaire.J\u2019ai vu des prêtres agir, selon l\u2019annonceur de la télévision, comme des « enfants d\u2019école ».J\u2019ai assez vu d\u2019Évêques se lancer vers le Pape et même des Cardinaux perdre leur contenance flegmatique, pour admettre une part de vérité dans cette observation souriante d\u2019un témoin: « Le Pape, c\u2019est comme la foi: il peut soulever des montagnes ! » Très perceptiblement, des positions prises par les Évêques au début de la semaine fondaient à la fin de la même semaine.Les paroles et la présence du Pape agissaient sûrement, d\u2019une façon capitale.L\u2019opération ralliement devenait un fait.Nombreux furent les Évêques qui, entre mille hypothèses possibles, découvraient les orientations essentielles dans les directives du Pape et une nouvelle fermeté pour les promouvoir.« Ce que le Pape veut, voilà ce que nous accomplirons ! » disaient plusieurs à ceux qui voulaient les entendre. LE CONGRÈS EUCHARISTIQUE DE BOGOTÀ\t153 Est-il exagéré de dire que les Évêques ont eu aussi leur leçon ?Durant trois jours, ils ont eu le peuple chrétien sous les yeux.Le peuple chrétien a des intuitions qui ne trompent pas.Le peuple multiplia les preuves de respect pour chaque Évêque mais c\u2019est le Pape qu\u2019il suivait, qu\u2019il écoutait, qui le fascinait.Le peuple chrétien, la preuve en est faite une fois de plus, ne suivra pas les opinions d'aucun évêque particulier ni d\u2019aucun théologien trop personnel: il suivra le Pape.Il sait où est la Tête du Corps qu\u2019est l\u2019Église vivante.Se séparer du Pape, c\u2019est se condamner tôt ou tard à l\u2019isolement ou s'enfermer dans l\u2019esprit de secte.Avec le Pape, c'est l\u2019œuvre de l\u2019unité qui s\u2019opère.À ce point de vue un Évêque, témoin des Événements, disait: « Ce Congrès, c\u2019est le commencement de la fin.Fin de la pagaille de l\u2019après-Concile.Fin des arguties et du néo-modernisme.Maintenant commencent les nouvelles luttes pour la justice sociale, pour la fraternité entre les peuples.Nous devons tous apprendre à répéter ces paroles de Pierre: « Seigneur, à qui irons-nous?Tu as les paroles de la vie éternelle» (Jn, 6, 68).La joie Si la force de frappe du Pape c\u2019est la foi, la réponse du peuple c\u2019est la joie.La Presse, de Montréal (28 août 1966, p.117) a bien exprimé ce fait devenu tangible à tous les observateurs: « Sous l\u2019aspect du ralliement religieux, le congrès eucharistique international de Bogotà a été un succès foudroyant.» Bogotà a vécu trois jours de grande joie dans une sorte d\u2019unité communautaire vraiment exceptionnelle.Que ce soit sur les hauteurs de Monserrate (1500 pieds au-dessus de la ville de Bogotà) ou au nouveau village de Guatavita, la joie était partout.Les gens étaient fiers de leur Président Lieras Restrepo quand il adressa la parole au Pape, lui souhaitant la bienvenue, l\u2019invitant à considérer ce pays comme le sien, l\u2019assurant que toute la population était aux écoutes 154 ACTION NATIONALE et que les responsables mettraient tout en œuvre pour mettre en pratique les grandes lignes de son message à l\u2019Amérique latine.En réponse au Président et au Pape, plusieurs centaines de mille personnes agitaient un mouchoir blanc au-dessus des têtes.Le spectacle, dans le soleil et sous le ciel bleu de Bogotà, était féerique et donnait au paysage une allégresse si nouvelle, si dense, que ces journées resteront comme un des plus beaux souvenirs dans l'histoire de Bogotà.Le Pape lui-même, revenu à Rome, décrivit cette joie dans son audience du 28 août: « Nous devons relever un fait indescriptible, qui dépasse toute documentation journalistique et photographique: le fait de la participation de foules innombrables, .foules enthousiastes, foules spontanées, foules composées de toutes les catégories de personnes, de gens humbles spécialement en nombre incalculable, unis dans un même sentiment.Ce seul aspect extérieur du Congrès constitue un événement digne d\u2019admiration.Nous sommes encore bouleversé de l\u2019impression émouvante et enivrante provoquée par les rencontres peuplées et bruyantes de nos trois journées colombiennes.Ce furent des heures de plénitude spirituelle ».La tristesse Faut-il le dire, une certaine tristesse nous attendait à notre retour au Québec.Nous savions que toute l\u2019Europe et toute l\u2019Amérique du Nord pouvaient suivre les mêmes événements que nous à Bogotà, à la télévision, grâce à la retransmission en direct par satellite.Quelle ne fut pas notre stupéfaction d\u2019apprendre qu\u2019aucun réseau de télévision n\u2019avait profité de ces circonstances pour mettre le peuple du Québec en contact direct avec le Congrès Eucharistique international de Bogotà.À peine quelques minutes, paraît-il, par-ci, par-là, au cours du programme de nouvelles.On préféra servir à la population toutes sortes de mini-programmes qui sont un fatras pour l\u2019esprit et un flot d\u2019images pour ne rien dire.Pas LE CONGRÈS EUCHARISTIQUE DE BOGOTÀ 155 un commerçant n\u2019a pensé à offrir ce spectacle de choix à la population.Bref, nos postes de télévision nous passent ce qu'ils veulent bien nous passer.Faut-il y voir un filtrage dû à un sentiment de dépit envers Paul VI en Amérique du Nord ?Ou faut-il y voir une censure exercée par l\u2019esprit mercenaire des dirigeants des postes de télévision ?Ou est-ce simplement un signe, en plus des autres, de la sécularisation de notre province soumise aux diktats de quelques individus ?Questions troublantes car le fait demeure: il aurait été possible à la population du Québec de participer à ce Congrès et par là de voir et d\u2019entendre les grands efforts de l\u2019Église pour orienter toute l\u2019Amérique latine et le monde entier vers des solutions sociales aux maux de la pauvreté et de l'ignorance.Mais la population du Québec n'a pas été invitée à participer.Les journalistes l\u2019ont plutôt entretenue de la violence.La lecture des journaux, sur ces événements, nous donne beaucoup à réfléchir.Au moins, par son silence, la télévision ne faussait pas les faits.Les omettre est déjà pénible mais les déformer est autrement grave.Quelques cas précis mettront nos gens en éveil.Ainsi M.André Charbonneau, adjoint à la direction de la revue Maintenant, écrivait dans Le Petit Journal du 25 août (page 2), un article invraisemblable où la mauvaise foi le dispute à l\u2019ignorance des faits.L\u2019article est intitulé: À Bogota, plein de policiers, une visite papale qui tombe à plat.Rappelons-le: près de 2,000,000 de personnes étaient là pour le recevoir ! Un peu plus loin, ce même journaliste écrit: «Après Humanæ vitæ et l\u2019encyclique sur le célibat des prêtres, l\u2019autorité du pape est elle-même compromise.» Cette ligne laisse sortir le chat du sac: ce journaliste avait son opinion toute faite et Paul VI n\u2019a pas cru bon, en ces deux matières, de retenir les avis de M.Charbonneau.Ce dernier lui assène alors un article-vengeance qui devient une attaque contre l\u2019Église et il préfère à Paul VI, ceux qu'il appelle les nouveaux prophètes: Che Guévara, Camilo Torrès et Régis Debray.M.André Charbonneau, adjoint à la revue Maintenant, a 156 ACTION NATIONALE certes droit à ses opinions et la liberté de suivre ses prophètes même si deux d\u2019entre eux sont communistes athées, mais lorsqu'il parle d'une visite qui tombe à plat et qu'il interprète la présence du service d\u2019ordre comme transformant le champ eucharistique en un champ de concentration, il frise la malhonnêteté intellectuelle.Il fait de la propagande.Il avilit la profession de journaliste.Au moins cette fois-ci.Un autre exemple, presque aussi inquiétant, est tiré de La Presse du mercredi 28 août (page 117) et de La Presse du samedi 31 août (page 67) où Jean-Paul de Lagrave signe deux articles captieux.Dans le premier on lit cette phrase: « Même s\u2019il ne s\u2019est pas aventuré dans les barrios (quartiers) qui bouclent « le ceinturon de la misère » à Bogotà, le Souverain pontife a réclamé des réformes sociales ».Cette affirmation est répétée au bas d\u2019une photo: « Dans le barrio le plus misérable de Bogotà, où les officiels n'ont pas osé amener le pape .» Nous avons vu comment cette affirmation est contraire à la vérité.Elle participe de l\u2019ignorance.Mais il y a plus grave.L'auteur résume la pensée papale: « Le programme proposé est celui d\u2019une promotion pacifique des classes sociales dans la justice.» À la suite, il lui oppose le journal communiste qu'il appelle seulement « un journal clandestin » le Frente Unido.Ce journal lance un appel à la révolution.L\u2019auteur lui ajoute le témoignage d\u2019une trentaine de prêtres de Bogotà affirmant que la seule solution aux problèmes de l\u2019Amérique latine consiste dans la révolution.Encore une fois le Pape est simplement mis en parallèle.Son voyage n\u2019aura été que l\u2019occasion pour le journaliste de mettre en avant les solutions plus « activistes » dont celle des communistes ou celle de prêtres fougueux qui n\u2019avaient pas encore entendu le Pape.Jean-Paul de Lagrave a une information avec laauelle il tâche d\u2019éclipser le message de Paul VI.L\u2019article est définitivement tendancieux.Ce n est pas du reportage.Jean-Paul de Lagrave se substitue à Paul VI et, nar ses choix de textes, donne SA version.Nous aurions pu nous en passer. LE CONGRÈS EUCHARISTIQUE DE BOGOTA\t1 57 Ces innuendos et ces ignorances de détail ne seraient pas trop graves si le même Jean-Paul de Lagrave ne revenait sur le sujet le 31 août.Il s\u2019agit encore du journal communiste Frente Unido.Le 22 août, je me promenais à Bogotà sur la Carrera 7, avec un ami professeur d\u2019université.Nous achetâmes le Frente Unido.Immédiatement, à voir la page frontispice où la figure de Paul VI était encadrée par celle de Camilo Torrès, prêtre révolutionnaire tué les armes à la main après un acte public de désobéissance, et par celle de Ché Guévara, guérillero professionnel au profit de dictatures communistes, mon ami fut dégoûté de voir l'impudence et le mauvais goût de ce journal communiste qui utilisait Paul VI comme moyen publicitaire.Six colonnes de ce numéro de La Presse sont consacrées à des aspects secondaires du Congrès eucharistique.Il n'y est plus question de Paul VI mais de Camilo Torrès.Avec Ché Guévara, on le lance comme une nouvelle idole.C\u2019est ainsi que les gens du Québec sont informés sur la situation d\u2019Amérique latine par un choix de nouvelles où Camilo Torrès et German Guzman Campos, prêtre devenu communiste, obtiennent la vedette.Il faut savoir aussi que Frente Unido, dirigé par Guzman, non seulement est un journal d\u2019inspiration communiste mais il l'est d\u2019une façon si servile que, dans le numéro suivant, il prenait fait et cause pour la Russie contre la Tchécoslovaquie.C\u2019est avec tristesse que je vois un journal comme La Presse passer aux Québécois de telles informations à l\u2019occasion d'un congrès eucharistique international.Quelqu'un se moque du public.Une enquête-maison s'impose-t-elle sur ces reportages ?La Presse aurait défrayé les principales dépenses de deux reporters: Jean-Paul de Lagrave et Madeleine Berthault.Que lui ont-il donné en retour ?Une enquête où un jeune reporter donne son avis sur Flumanæ Vitæ et une traduction d'un petit journal communiste, à peu près inconnu des Bogotains eux-mêmes.Cela suffit pour présenter tout le contraire de Paul VI.Il y eut détournement 158 ACTION NATIONALE du vrai reportage au profit du sensationnalisme.Si les lecteurs ont eu peu d'échos du Congrès est-ce dû à l\u2019immaturité des reporters ou à quelque parti-pris ?Le résultat demeure: une malpropreté.Conclusion Revenons plutôt à Paul VI qui, rendu à Rome, donne un compte rendu de son voyage: « Un moment particulièrement significatif de notre séjour à Bogota fut à la paroisse suburbaine de Sainte-Cécile quand nous y avons célébré la Sainte Messe, dehors, devant la porte de la pauvre église, devant une foule innombrable, recueillie et pieuse, foule d\u2019humbles gens, mais combien dignes, habitant ce quartier populaire, et que nous avons distribué l\u2019Eucharistie à dix-huit enfants qui faisaient leur première communion, chacun ayant à côté de lui ses parents: jamais, comme alors, la présence du Christ nous a semblé faire rayonner sa béatitude évangélique.» Nous avons besoin d\u2019échapper à la violence.Nos chefs ne sont pas Ché Guévara qui a coopéré à enlever la liberté à six millions de Cubains et qui, incapable de rien produire, jouait à la bête fauve en tuant ses semblables dans les forêts de la Bolivie.Notre génération a besoin d'être exorcisée des mythes et des idoles qu\u2019on lui propose et qui ne conduisent qu\u2019à des destructions et à des esclavages.Assez d\u2019illusions.Même généreuses, elles restent des illusions.Nous avons besoin de renouveler nos forces spirituelles.Nous avons besoin de fermeté intellectuelle.Nous avons besoin de voir clair.Nous avons besoin de générosité.Nous avons besoin d\u2019aimer la vérité par dessus tout.Avec Paul VI, nous savons que nous n\u2019avons pas à prendre les armes mais à aimer notre frère, mais à aimer surtout les pauvres et, avec l\u2019Église, à les servir jusqu\u2019à les restaurer dans le monde entier, à leur dignité d\u2019hommes et de frères de Jésus-Christ.Le mot-clé du Congrès n\u2019a pas été d\u2019ailleurs: militons ! fracassons ! mais participons ! Jean GENEST La réforme nécessaire de renseignement réformé.La France, comme le Québec, a connu sa réforme de l'ensei-gnemenf; et sa crise de la réforme de l'enseignement.Prise dans le même tourbillon de la démocratisation et de la technicisation conçues comme opération de masse plus que de qualité, elle a plus ou moins cédé aux pressions et s'est engagée, elle aussi séduite par le modèle américain, dans des développements similaires aux nôtres.Cela ne semble pas s'y être fait avec le même esprit totalitaire et en quelque sorte barbare qu'au Québec; mais justement parce que plus cultivé, le milieu a réagi rapidement et formidablement contre ces traits de la « nouvelle société » transcrits dans le régime d'enseignement.Car la « révolution de mai ».qu'on ne s'y trompe pas \u2014 et étant en France et en Europe à ce moment, j'ai pu la voir de près et par l'intérieur \u2014 ne s'est pas faite uniquement contre ce qu'il y avait de sélérosé \u2014 par exemple l'uniformité des enseignements universitaires régis par le ministère de l'Éducation, qui a fait de cette révolution une revendication pour l'autonomie des universités et des universités libres, alors que nos révolutionnaires d'ici se battent pour l'étatisation des universités \u2014 mais aussi bien et peut être davantage contre les nouvelles caractéristiques de la massification, de l'anonymat, de la technicité excessive des enseignements.Et pourtant, encore, on n'avait pas en France poussé les transformations aussi vite et aussi loin qu'ici.D'abord la réforme ne s'est pas trouvée associée comme ici à une rage anticléricale qui a voulu tout détruire des institutions existantes comme moyen d'éliminer le clergé de l'enseignement.La France a connu sa rage anticléricale au début du siècle, dans un climat qui n'était pas en même temps anti-humaniste; aujourd'hui, à l'ère technique, la tendance y est plutôt à la reviviscence du souffle religieux, fût-ce à travers les déviations mêmes de la pensée progressiste post-conciliaire; si bien que si cette pensée n'arrive pas à réaliser complètement le sabotage déjà commencé des institutions d'Église, on peut s'attendre que sortira de la révolution le retour du droit pour les Facultés libres catholiques, de décerner des titres universitaires, réservés aux institutions d'État depuis quelque chose comme 1881, je pense.Et puis, les institutions de base en France avaient plus de tradition pour pouvoir résister et mieux assimiler l'impact des réformes- 160 ACTION NATIONALE «ssomoirs.Ce qui n'a pas empêché qu'en dépit de la modération plus grande mise dans les réformes accomplies, se manifestaient déjà dans les journaux, pendant tout l'hiver dernier, les mêmes critiques des conséquences du nouveau régime : les mêmes causes avaient produit là-bas les mêmes effets qu'ici : par la même massification et la même polyvalence, quoiqu'en plus petit, ou en moins brutal, la même pagaille dans les institutions, les mêmes frustrations des élèves et des parents.Justement parce qu\u2019il y a plus de traditions établies en France, et à travers ces traditions millénaires tout un monde de pensee et de culture qui saura reprendre l'offensive \u2014 qui la reprend déjà quoique dans une atmosphère assez confuse encore pour le moment \u2014, c'est sans doute en France qu'il faudra aller puiser les lumières nécessaires à une reconstruction qui ne manquera pas de se révéler nécessaire chz nous avant moins de temps peut-être qu'on ne le croit.Car sur quoi pourrait-on s'appuyer ici, après le régime de la « terre brûlée » que nous ont imposé nos réformateurs; après l'effondrement total provoqué de nos institutions traditionnelles, et la dispersion aux quatre vents de tout ce qui y persistait d'expérience humaniste, si critique qu'on puisse avoir eu à se montrer à son égard ?C'est pourquoi il nous parait extrêmement opportun et utile d'enregistrer ici un document français qui exprime, en termes lumineusement simples et clairs, le programme de la tache à accomplir.Nous croyons qu'en temps et lieu, quelqu'un sera heureux de le découvrir dans la collection de L'Action nationale, qui a toujours eu cette vertu d'alimenter les esprits à distance sur les réformes salutaires de tous ordres.Ce texte exprime en quelques pages tout ce que le rapport Parent a manqué de dire dans ses centaines de pages; et pourquoi il a engendré chez nous, où nous avions tant besoin de réformes sensée et bien pesée, une réforme monstrueuse dont le poids financier et anarchique risque maintenant d'enrayer le véritable progrès de deux générations de vie nationale et intellectuelle.François-Albert ANGERS DOCUMENT NO 1 PRINCIPES D'UNE ÉDUCATION NATIONALE Rapport présenté par Étienne Molnoux au colloque organisé à Paris, les 18 et 19 mars 1967, par le «Club Réalités nouvelles», 21.rue Ernest Renan.Le premier ministre, M.Pompidou, a récemment déclaré que la réforme de l\u2019Éducation nationale était la plus grande réussite de la Ve République.Il est possible, en effet, que par comparaison avec d\u2019autres domaines LA RÉFORME NÉCESSAIRE DE L'ENSEIGNEMENT RÉFORMÉ 161 de la politique de la Ve République, l\u2019Éducation nationale soit une réussite.Elle n\u2019en demeure pas moins, dans l\u2019absolu, par ses résultats, et en raison de ses principes, un échec retentissant.Une organisation de l\u2019instruction publique solide, cohérente, qui avait certes besoin de retouches et de réformes, a été saccagée de fond en comble, et remplacée par un monstre.Ou bien ce monstre \u2014 ce cancer \u2014 fera périr d\u2019ici quelques années le corps social qui le nourrit à ses dépens: la France \u2014 ou bien le corps social aura réagi assez vigoureusement pour éliminer le cancer qui causerait sa perte.1 Nous nous proposons d\u2019établir dans cette étude les grandes lignes d\u2019une politique de l\u2019éducation nationale conforme à la survie de notre pays.Nous n\u2019aborderons que dans son principe préalable le problème de la liberté de l\u2019Enseignement.I \u2014 Une liberté fondamentale: La liberté de l\u2019enseignement.La liberté de choix de la famille, première éducatrice, est évidemment fondamentale.Nous devons donc lutter contre toutes les tentatives totalitaires qui sont vives en matière d\u2019enseignement, en particulier dans les partis de gauche.Dans l\u2019état présent des choses, l\u2019enseignement libre apparaît non seulement comme un droit mais aussi comme une nécessité de fait; l\u2019enseignement public serait absolument incapable d\u2019assurer la scolarisation des élèves de l\u2019enseignement libre.Le système de subvention de l\u2019enseignement libre par l\u2019Etat, au moyen de différents contrats, a certainement sauvé l\u2019enseignement libre, en assurant à ses maîtres des traitements plus élevés, il a permis à l\u2019État d\u2019établir un certain contrôle de la 1.On voit en fonction de ce qui est survenu depuis, que ce texte avait quelque chose de prophétique.N.D.L.R. 162 ACTION NATIONALE qualité de son enseignement.Mais la contrepartie est une ingérence dans l\u2019enseignement, les méthodes, les programmes et même l\u2019esprit qui sont de plus en plus conformes et assimilés à ceux de l\u2019enseignement public.Une liberté n\u2019est effective que lorsqu\u2019on est en mesure de l\u2019exercer.Ce n\u2019est pas le cas pour l\u2019enseignement.Beaucoup de parents, qui préféreraient confier leurs enfants à l\u2019enseignement chrétien, doivent choisir l\u2019enseignement public et laïc parce qu\u2019ils n\u2019ont pas les moyens de payer des pensions plus onéreuses.La liberté de l\u2019enseignement devrait, pour être réelle, s\u2019accompagner du moyen de l\u2019exercer, par exemple par reversement aux familles ayant des enfants qui poursuivent des études, d\u2019une allocation scolaire correspondant à l\u2019entretien d\u2019un enfant dans l\u2019enseignement public, primaire, secondaire, technique, supérieur, etc., selon le cas.Les familles auraient ainsi la disposition de cette somme pour choisir soit l\u2019enseignement public et laïc, intégralement couvert par cette allocation, soit un enseignement privé, confessionnel ou autre de leur choix.Cette allocation pourrait facilement être adjointe aux allocations familiales.L\u2019étude qui va suivre concerne particulièrement l\u2019enseignement public, mais aussi l\u2019enseignement privé dans la mesure où il est lui aussi touché pai les 1 écentes mesures de réformes de l\u2019enseignement.XI___L\u2019enseignement primaire ou élémentaire.C\u2019est la base de tout enseignement.Il est à l\u2019heure actuelle fort médiocre, caractérisé par la disproportion entre ses ambitions et ses réalisations.Il conviendrait de le ramener au but modeste et précis de ses promoteurs.Une instruction publique.Il conviendra donc de réduire cet enseignement démesurément et prématurément encyclopédique, qui prend fin, dans l\u2019état actuel de la législation avec l\u2019entrée de l\u2019enfant en classe de 6e, à des objectifs très précis, limités et pratiquement réalisables.Enseignement du français .* lecture, minimum d expression correcte et intelligible, grammaire, orthographe (cet enseignement est souvent, à l\u2019heure présente, lamen- LA RÉFORME NÉCESSAIRE DE L\u2019ENSEIGNEMENT RÉFORMÉ 163 table, tant par la médiocrité des manuels, que par l\u2019incompétence des maîtres et l\u2019insuffisance des horaires) ; Les mécanismes élémentaires du calcul; Quelques notions d\u2019histoire de France, de géographie et de sciences, à condition qu\u2019elles soient enseignées de façon concrète, compréhensible à des enfants très jeunes (quittant en principe l\u2019école primaire à 10 ou 11 ans), et dans un langage non technique assez simple pour être entendu de cette catégorie d\u2019élèves.Un tel enseignement n\u2019est convenable qu\u2019avec des effectifs raisonnables (une trentaine d\u2019élèves au maximum), dans des locaux décents, adaptés à leur but scolaire (la consultation des usagers \u2014 instituteurs, professeurs \u2014 par les architectes, semble indispensable; elle n\u2019est en fait jamais réalisée).Les écoles normales d\u2019instituteurs ne fournissent qu\u2019une faible proportion des instituteurs et institutrices; parmi les normaliens, 25 à 50% quittent l\u2019enseignement primaire pour les centres d\u2019Enseignement général ou les I.P.E.S.La majorité des maîtres de l\u2019enseignement primaire viennent de l\u2019enseignement secondaire avec une formation pédagogique dérisoire (8 jours de théorie, en moyenne; exceptionnellement stage de 4 mois en école normale; en pratique, le plus souvent, aucune préparation) .Les écoles normales, qui ne sont plus que les séminaires d\u2019un anticléricalisme anachronique et servent surtout au recrutement du Syndicat national des instituteurs, devront être réformées pour devenir des instituts de formation professionnelle pour les titulaires du baccalauréat, instruits par l\u2019enseignement secondaire normal et désireux de devenir instituteurs.III \u2014 Une impossible chimère: La prolongation de la scolarité obligatoire jusqu\u2019à 16 ans.Généreuse dans ses intentions, elle est discutable dans son principe, irréalisable en fait dans la présente conjoncture. 164 ACTION NATIONALE Beaucoup d\u2019enfants, environ 1/3 des élèves de l\u2019école primaire, sont estimés inaptes à poursuivre des études secondaires, longues ou courtes, avec profit.Ils seront en principe gardés jusqu\u2019à 16 ans dans la « section pratique terminale ».A cette garderie pour adolescents, dont les résultats risquent d\u2019être fort décevants, l\u2019organisation d\u2019un apprentissage professionnel pratique et artisanal semble très préférable.De plus, il faudrait, en mettant la section terminale en place cette année, 30 à 40.000 instituteurs supplémentaires spécialement formés à cet effet, au bout de 4 ans.Or en 1966-1967, seulement 360 instituteurs spécialisés seront formés.A ce rythme, 107 ans seraient nécessaires pour mettre en place la réforme.Il faudrait 10.000 instituteurs supplémentaires par an, et non 360.Un recrutement aussi important, quand d\u2019autre part on doit encore faire appel aux instituteurs pour improviser la plus grande partie du premier cycle de l\u2019enseignement secondaire, est manifestement disproportionné avec nos ressources intellectuelles.Il faut donc se limiter à des ambitions plus modestes et effectivement réalisables : \u2014\tRenvoyer aux calendes grecques la prolongation de la scolarité obligatoire jusqu\u2019à 16 ans; \u2014\tAméliorer la qualité de l\u2019enseignement primaire.\u2014\tRétablir et organiser l\u2019apprentissage.IV \u2014 L\u2019Enseignement du Second Degré.Depuis longtemps moribond, attaqué de toutes parts, dénaturé, abâtardi, falsifié, l\u2019enseignement secondaire a reçu de la réforme Fouchet le coup de grâce que lui préparait, depuis 20 ans, le plan Langevin-Vallon.Il n\u2019y a plus, à l\u2019heure actuelle, d\u2019enseignement secondaire.L\u2019idée fausse, intégralement fausse, du système actuel, est de vouloir faire passer par le même moule, sous le spécieux prétexte de démocratisation de l\u2019enseignement et d\u2019égalité, tous les enfants de France. LA RÉFORME NÉCESSAIRE DE L'ENSEIGNEMENT RÉFORMÉ 165 Restauration d\u2019un enseignement secondaire.Si l\u2019on admet qu\u2019un ex-grand pays a encore besoin d\u2019une élite, celle-ci doit être préparée par un enseignement approprié.C\u2019est notre ancien enseignement secondaire qui devra être restauré dans toute sa pureté, et débarrassé de ses excroissances parasites.Cet enseignement intelligemment sélectif devra être réservé à des élèves naturellement doués, intelligents, travailleurs, et professé par un corps enseignant d\u2019élite, essentiellement constitué d\u2019agrégés, dès la classe de 6e.Il devra comprendre deux grandes options : littéraire et scientifique.L\u2019enseignement littéraire inclura l\u2019indispensable formation classique à base de latin et de grec; un enseignement du français, rigoureux, et non impressionniste, visant à développer l\u2019esprit de rigueur intellectuelle (esprit de géométrie), la correction, l\u2019exactitude et l\u2019élégance de l\u2019expression (esprit de finesse) ; une connaissance précise des faits historiques et géographiques, préalable à l\u2019élaboration de théories aventurées et prématurées; l\u2019étude d\u2019une langue étrangère, suffisamment poussée et approfondie pour en avoir une connaissance utilisable; éventuellement l\u2019étude d\u2019une 2e langue vivante.Cet enseignement est destiné en priorité à la préparation des études supérieures des Facultés de dreit et sciences économiques, lettres et sciences humaines, Institut des sciences politiques.L\u2019enseignement scientifique Il comportera nécessairement un minimum de formation littéraire (notamment en ce qui concerne la composition et la rédaction dans un français correct et clair; latin et, facultativement, grec; une langue vivante).Cette formation littéraire de base, indispensable pour un véritable savant, devra en outre permettre sans difficulté l\u2019orientation, vers la branche littéraire, des 166 ACTION NATIONALE élèves qui s\u2019avéreront incapables de poursuivre des études scientifiques théoriques de plus en plus abstraites et difficiles.Les disciplines scientifiques proprement dites devront être dosées en difficulté et en quantité en fonction de l\u2019âge des élèves.Une recherche psycho-pédagogique raisonnable, empirique et prudente aboutirait sans doute à mettre l\u2019accent, en début de scolarité, sur l\u2019apprentissage des disciplines où les mécanismes spontanés ont le plus d\u2019importance, notamment celui des langues, sans toutefois négliger la formation du jugement et du raisonnement intellectuel.Les études abstraites et théoriques de mathématiques, physique, chimie, biologie, devraient être réservées de façon progressivement intensive à un âge plus tardif et plus mûr.Cet enseignement devra être dispensé dans des établissements spécialisés, sans division en cycles, sans solution de continuité de la 6e aux classes terminales de philosophie, sciences expérimentales et mathématiques élémentaires; comparables aux anciens lycées et collèges, ces établissements n\u2019auront rien de commun avec les misérables usines d\u2019enseignement qui leur ont fait suite (3 à 5.000 élèves).Us resteront à l\u2019échelle humaine (500 élèves au maximum), ce qui permet au directeur d\u2019un établissement et à ses professeurs de connaître leurs élèves suffisamment pour conseiller les parents en connaissance de cause sur l\u2019orientation de leurs enfants.Des enseignements parallèles.Parallèlement à un enseignement secondaire classique traditionnel rénové devront être étudiées et instaurées d\u2019autres formes d\u2019enseignement, des enseignements techniques et un enseignement comparable par ses méthodes et son efficacité, sinon par son esprit, à l\u2019ancien enseignement primaire supérieur, contaminé et avili, lui aussi, par assimilation et confusion avec l\u2019enseignement secondaire. LA REFORME NÉCESSAIRE DE L'ENSEIGNEMENT RÉFORMÉ 167 L\u2019enseignement technique De gros efforts ont été faits, du moins en parole.Il devra être aussi varié que possible, avec des paliers et niveaux, et conforme aux besoins effectifs de l\u2019économie et des employeurs.Il devra être au départ essentiellement pratique, la partie théorique n\u2019étant que le complément indispensable de la connaissance pratique, et aussi concret que possible.L\u2019enseignement théorique et abstrait, et une certaine culture humaniste s\u2019ajouteraient ultérieurement pour ceux qui seraient capables d\u2019en tirer profit et de rejoindre au niveau de l\u2019enseignement supérieur par des voies toutes différentes ceux qui auraient poursuivi des études secondaires scientifiques.L\u2019enseignement primaire supérieur Son rétablissement correspond autant à la réalité sociale qu\u2019aux besoins économiques.Moins ambitieux, moins abstrait que l\u2019enseignement secondaire, il sera un enseignement moderne rationnel, concret et pratique.Destiné d\u2019abord à former les cadres moyens du secteur tertiaire, il sera divisé en cycles, qui seront pour l\u2019élève autant d\u2019étapes, où il pourra s\u2019interrompre, avec un certain bagage de connaissances directement utilisable au point de vue professionnel, et d\u2019où il pourra repartir s\u2019il en a les capacités, le courage et l\u2019ambition, et finalement aboutir éventuellement, par une voie différente, plus lente, plus progressive, aux écoles techniques supérieures, aux grandes écoles et aux universités.Les programmes et l\u2019esprit de cet enseignement seraient différents de ceux de l\u2019enseignement secondaire, tout en lui étant parallèle.Les méthodes pédagogiques également.Le corps professoral serait constitué de licenciés ou certifiés pourvus d\u2019une formation pédagogique spécialisée, auxquels on pourrait adjoindre dans les classes inférieures des instituteurs dont les connaissances et la formation auraient été ultérieurement, elles aussi, spécialisées.Cette variété d\u2019enseignement, complétée par les apprentissages, devrait permettre à tous les enfants de 168 ACTION NATIONALE trouver la voie correspondant à leurs capacités et à leurs désirs, tout en ménageant à ceux dont les aptitudes se révéleraient plus tardivement ou différemment, la possibilité d\u2019accéder aux enseignements supérieurs.Le baccalauréat.Son caractère énorme et monstrueux rend nécessaire sa restauration dans sa forme traditionnelle.L\u2019accumulation d\u2019une quantité d\u2019épreuves à la fin des classes terminales explique suffisamment la forte proportion d\u2019échecs, ainsi que la médiocrité de fait des bacheliers, qui contraste de façon dérisoire avec l\u2019ambitieuse prétention des programmes et des connaissances présumées acquises.Le baccalauréat en deux parties, avec ses épreuves écrites et orales et ses deux sessions est en fin de compte la formule la mieux équilibrée, la plus sage, et la plus juste.D\u2019autres examens sanctionneraient l\u2019enseignement primaire supérieur, brevet simple, brevet supérieur, ou équivalents.Une année supplémentaire de rattrapage et d\u2019adaptation pourrait permettre aux mieux doués des titulaires du Brevet supérieur de préparer un examen spécial d\u2019entrée dans les différentes facultés ou d\u2019accéder aux classes préparatoires aux grandes écoles.V \u2014 L\u2019implantation scolaire.Il faudra réagir avec vigueur contre les tendances centralisatrices actuelles, c\u2019est-à-dire mettre l\u2019enseignement le plus près possible des familles.Coûte que coûte, devront être maintenues les écoles primaires rurales, qui seules, avec l\u2019existence de paroisses réellement animées par un curé résident, peuvent enrayer la catastrophique désertion des campagnes et la constitution de prolétariats urbains.Les onéreux ramassages scolaires sont un pis aller qui présente de nombreux inconvénients, perte de temps LA RÉFORME NÉCESSAIRE DE L'ENSEIGNEMENT RÉFORMÉ 169 due aux transports souvent lents et médiocres, grande fatigue pour les enfants qui doivent se lever très tôt, manquent de sommeil et travaillent mal toute la journée, rentrent le soir exténués, incapables de faire leurs devoirs et d\u2019apprendre leurs leçons.Aussi les établissements dispensant un enseignement primaire supérieur jusqu\u2019à la classe de 3e (actuels C.E.S.ou C.E.G.) devraient-ils être de petits établissements largement disséminés et aisément et effectivement accessibles aux enfants.C\u2019est par là que commencera une véritable démocratisation de l\u2019enseignement qui ne soit pas un leurre démagogique.La démocratisation passe par la décentralisation.Les lycées classiques et les établissements primaires supérieurs ne devront pas être amalgamés et jumelés en d\u2019énormes ensembles scolaires.Eux aussi devront être disséminés le plus possible.Il vaut mieux deux petits lycées dans deux villes d\u2019un département qu\u2019un seul gros à la préfecture.VI \u2014 L\u2019Enseignement supérieur.Le dernier étage de la Réforme Fouchet a sérieusement mis en péril l\u2019enseignement des Facultés des lettres et sciences humaines.1.\u2014 La propagande démagogique qui incite jeunes gens et parents aux études universitaires a provoqué vers les Facultés des lettres un afflux important de candidats, qui, en d\u2019autres temps, n\u2019auraient pas entrepris de telles études.Par contre, les insciûptions en Sciences ont été inférieures au Plan.Ce qui n\u2019a rien de surprenant, vu la grande difficulté et l\u2019extrême abstraction des études scientifiques.Certaines disciplines connaissent un engouement extrême notamment de la part des jeunes filles sans vocations intellectuelles spéciales : sur 8 522 étudiants et étudiantes inscrits en lre année de licence à la Faculté des lettres de Paris (Sorbonne), il y en a 1591 pour l\u2019anglais, 1 527 pour les lettres modernes, 1 390 pour la psychologie.Les matières « nobles » sont en diminu- 170 ACTION NATIONALE tion inquiétante : 818 pour l\u2019histoire \u2014 300 pour la géographie \u2014 477 pour la philosophie \u2014 368 seulement pour les lettres classiques.Ces chiffres consacrent la disparition de l\u2019enseignement secondaire : les professeui's agrégés des lettres y apparaîtront comme des survivances archaïques alors que les psychologues orienteuses professionnelles y décideront de tout et en particulier de l\u2019avenir des élèves.Il conviendra, ne serait-ce que par conseil et propagande, d\u2019empêcher cette pléthore de candidats impropres à l\u2019enseignement supérieur.2.\u2014 Le système des « années » est en train de faire la preuve de son inanité.La Sorbonne sort à peine de la pagaïe où l\u2019a plongée la mise en place des nouvelles structures.Dans certaines disciplines (anglais notamment) les travaux pratiques pièce maîtresse de la Réforme n\u2019ont commencé qu\u2019après Noël.Pour organiser les travaux pratiques avec un horaire correspondant en moyenne à la moitié des maximums prévus par le texte de la Réforme, le personnel actuel d\u2019assistants et de maîtres-assistants est très insuffisant, et il a fallu recourir à l\u2019aide massive de professeurs de lycée, dont on a tiré, pour certaines disciplines le maximum possible.On ne voit pas bien comment pourront être mises en place, l\u2019an prochain la 2e et 3e année, faute de personnel qualifié, si l\u2019on veut continuer d\u2019assurer la moitié des heures de travaux dirigés prévues par la réforme, et nécessitées par la médiocrité d\u2019une partie importante des étudiants.Il apparaît déjà que la baisse générale des niveaux s\u2019accentue.Les futurs licenciés des facultés des lettres seront des professeurs généralement médiocres qui enseigneront eux-mêmes à des élèves de plus en plus médiocres.Ainsi tout notre système public d\u2019éducation est-il inéluctablement voué à un rapide déclin de qualité.Notre enseignement supérieur n\u2019est plus qu\u2019un enseignement LA RÉFORME NÉCESSAIRE DE L'ENSEIGNEMENT RÉFORMÉ 171 primaire supérieur prisonnier d\u2019un dirigisme intellectuel bureaucratique et borné, prétentieux et puéril.Il conviendra donc dans ce domaine de revenir au bon sens.L\u2019enseignement supérieur doit être un enseignement d\u2019élite, destiné à des esprits adultes, et non à des enfants.Une première année « antichambre », correspondant à l\u2019ancienne propédeutique devra être une initiation aux méthodes de l\u2019enseignement supérieur, au travail et à la réflexion personnels.Les cours magistraux, et quelques heures de travaux dirigés ne doivent être que des auxiliaires, destinés à guider et éclairer le travail personnel des étudiants et non à leur apporter une panacée, reçue passivement, et les dispensant de tout effort intellectuel.Le rétablissement du système judicieux, libéral et de haute qualité scientifique des certificats de licence, qui pourra être modifié et aménagé dans ses détails, s\u2019impose dès à présent, après la faillite, aisément prévisible, de la malencontreuse expérience en cours.3.\u2014 Pour l\u2019indépendance de l\u2019Université.Bien que difficilement réalisable dans la pratique en raison des structures centralisées de l\u2019administration et des services publics en France, le principe de l\u2019autonomie et de l\u2019indépendance des Universités est vivement souhaitable.Des Universités libres, complètement indépendantes de l\u2019emprise de l\u2019Etat, comme celles de l\u2019Angleterre ou des Etats-Unis, et recevant leurs moyens d\u2019existence non seulement des largesses de l\u2019Etat ou des corps publics intermédiaires, mais aussi de subventions privées, de dotations diverses, constituent certainement un idéal.Dans l\u2019immédiat, une autonomie financière permettant aux Recteurs et aux Doyens de présenter un budget, et de disposer des fonds qui leur sont accordés sans en référer au ministre dans les moindres détails, serait une amélioration importante et ouvrirait la voie progressivement à de véritables libertés universitaires.Mais il convient de remarquer que la politisation des syndicats universitaires et étudiants ne peut que rendre inquié- 172 ACTION NATIONALE tantes certaines perspectives de « dénationalisation » des universités.Un recteur puissant, élu indirect de tel parti politique ne serait-il pas beaucoup plus dangereux, beaucoup moins libéral que les actuels recteurs, fonctionnaires administratifs parfaitement inoffensifs.Le fractionnement et la multiplication d\u2019Universités très spécialisées et éventuellement rivales seraient sans doute d\u2019heureuses mesures.De tels établissements seraient d\u2019une construction moins onéreuse; plus efficaces dans leur administration, leur fonctionnement, leur enseignement.Une dissémination et une décentralisation de l\u2019enseignement supérieur seraient ainsi possibles; les étudiants y accéderaient avec moins de difficultés.Les avantages sociaux ne seraient pas moindres.Contacts plus étroits avec les familles, moindre dépaysement, moins de problèmes de logement, moindre massification.Mais dans l\u2019immédiat il nous paraît encore plus urgent d\u2019achever les universités et campus ambitieux qui sortent si laborieusement de la boue dans les environs de certaines grandes villes, de les rendre enfin utilisables et accessibles aux étudiants, qui ont paradoxalement beaucoup plus de commodités et d\u2019avantage à venir étudier à Paris ! Il conviendrait aussi de pourvoir ces nouveaux établissements et les anciens du nombre suffisant de professeurs qualifiés.VII \u2014 Le problème de base : Le Recrutement du corps enseignant.A tous les échelons, dans tous les domaines, de l\u2019instituteur au professeur de Faculté, c\u2019est le problème-clé.Si la question des locaux est grave et imparfaitement résolue, on peut considérer qu\u2019elle est soluble en y mettant le prix.Ce n\u2019est qu\u2019une question d\u2019argent.Celle des maîtres est beaucoup plus complexe.Il est illusoire d\u2019imaginer que l\u2019on puisse indéfiniment, et à volonté extraire de la population française des maîtres suffisamment qualifiés pour faire face honnêtement aux LA RÉFORME NÉCESSAIRE DE L'ENSEIGNEMENT RÉFORMÉ 173 besoins énormes d\u2019une scolarisation massive et piolongée d\u2019élèves dont une forte proportion est fatalement d intelligence moyenne ou médiocre.Il faut donc choisir; ou bien on s\u2019obstinera dans cette chimère et l\u2019on fera un enseignement de masse avec des enseignants formés en masse, et par conséquent d un niveau très bas.Les conséquences pour 1 ensemble de la nation seront graves et la fameuse démocratisation ne sera qu\u2019une médiocratisation.Ou bien il faudra revenir au bon sens, et proportionner prudemment et sagement l\u2019extension de la scolarité à tous les niveaux aux besoins du pays d\u2019une part et aux possibilités d\u2019encadrement et d\u2019enseignement.C\u2019est une dangereuse illusion que de s\u2019imaginer compenser l\u2019insuffisance du savoir par quelques petites recettes pédagogiques.La vraie pédagogie, c\u2019est d\u2019abord 1 intelligence, le savoir et la pratique.Il est de toute façon impérieux de maintenir à tous les échelons le niveau de connaissance indispensable : Baccalauréats + formation pédagogique pour renseignement primaire.Licence + formation pédagogique pour l\u2019enseignement primaire supérieur.Formation appropriée pour les enseignements techniques.Agrégation, en principe, ou à défaut, certificat d\u2019aptitudes pédagogiques pour l\u2019enseignement secondaire.Doctorat et agrégation pour l\u2019enseignement supérieur.Le recrutement ne pourra être maintenu sans baisse du niveau que si les salaires du corps enseignant sont relevés d\u2019une façon décente.Il faut de l\u2019héroïsme à un jeune homme bien doué en sciences pour préférer l\u2019enseignement à une carrière privée d\u2019ingénieur qui lui permettrait de vivre et de faire vivre une famille infiniment mieux.La modicité des salaires éloigne de l\u2019enseignement les éléments de la population les plus ambi- 174 ACTION NATIONALE tieux, les plus entreprenants et les mieux doués; elle oblige ceux qui s\u2019y sont fourvoyés ou bien à végéter dans la gêne, ou bien à compléter leur traitement par des besognes annexes plus ou moins humiliantes, qui les empêchent d\u2019améliorer leurs connaissances et de consacrer à leur enseignement autant de soin qu\u2019il conviendrait.Un traitement décent, une existence exempte de gêne et d\u2019inquiétude financière sont probablement l\u2019indispensable base d\u2019une bonne pédagogie.RÉSUMÉ ET CONCLUSION 1\t\u2014 Dans la perspective d\u2019une sauvegarde des libertés fondamentales réelles, la liberté de l\u2019enseignement, c\u2019est-à-dire la possibilité effective pour les familles d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école de leur choix, pourrait être effectivement réalisée par une allocation scolaire aux familles ayant des enfants à l\u2019école ou en apprentissage, comparable aux allocations familiales.2\t\u2014 Réforme de l\u2019enseignement primaire dans le sens d\u2019une simplification quantitative et d\u2019une amélioration qualitative de l\u2019enseignement des rudiments.Transformation des écoles normales d\u2019instituteurs en instituts de formation pédagogique.3\t\u2014 Abandon de la scolarité obligatoire jusqu\u2019à 16 ans, du moins sous sa forme strictement scolaire.Par contre la scolarisation obligatoire jusqu\u2019à 16 ans sous forme d\u2019apprentissage est souhaitable et sans doute réalisable.4\t\u2014 La formation d\u2019élites nationales est une nécessité impérieuse.Elle implique la restauration d\u2019un authentique enseignement secondaire dont le programme d\u2019études véritablement formateur soit enseigné par des professeurs réellement qualifiés, en vue de la préparation aux différentes formes d\u2019enseignement supérieur.Le rétablissement d\u2019un baccalauréat comportant écrit et oral, en deux ans, avec deux sessions, serait une mesure de sagesse et de bon sens. LA RÉFORME NÉCESSAIRE DE L'ENSEIGNEMENT RÉFORMÉ 175 5\t\u2014 Parallèlement, il faudra mettre en place des enseignements techniques et primaire supérieur, « à paliers », dont chaque étape constituera une qualification directement et pratiquement utilisable, mais qui ne serait pas une impasse pour ceux qui se révéleraient capables d\u2019accéder aux enseignements supérieurs.6\t\u2014 L\u2019enseignement supérieur des Facultés doit demeurer supérieur, notamment dans les Facultés de lettres, qui sont actuellement envahies d\u2019étudiants inaptes, dont le dirigisme, instauré par le découpage en années, ne fera que des licenciés très médiocres.L\u2019enseignement supérieur doit avoir pour but la formation et la sélection libérales d\u2019une élite intellectuelle.La faillite du nouveau système est dès à présent la preuve de la supériorité du régime aboli des certificats.7\t\u2014 L\u2019autonomie des Universités est un idéal lointain dans les perspectives de plus en plus centralisatrices de la Ve République.Néanmoins, toute mesure donnant aux Facultés quelque indépendance dans l\u2019établissement et la gestion de leur budget est souhaitable et immédiatement réalisable.8\t\u2014 La qualification des maîtres à tous les échelons, en nombre suffisant, est la condition de toute remise en ordre dans le domaine de l\u2019enseignement.Ceci implique une rétribution décente du corps enseignant.La reconduction de l\u2019actuelle politique scolaire remet à un futur indéterminé tout redressement dans ce domaine.Il faudra d\u2019abord que la politique en coure ait accompli ses ravages pour que sa nocivité et son absurdité aient fait leur preuve.Mais sur quelles ruines ne faudra-t-il pas reconstruire ?Quant à nous du Québec, nous en sommes encore à prendre conscience des désordres et des dégâts causés par une réforme de l'enseignement qui est partie par le mauvais bout; et qui a aggravé son cas en voulant tout réaliser à la course de peur que des réactions ne se dessinent qui bloqueraient la réalisation d'un plan longuement inspiré par l'anticléricalisme et un socialisme démo- 176 ACTION NATIONALE cratique d'un autre âge, du temps des utopistes et des phalanstères de Fourier.On ne soupçonnera pas Michel Brunet d'avoir été un adversaire des réformes conduites sous l'égide d'un ministère de l'Éducation qu'il a appelé à grands cris.Voici comment il décrivait notre situation actuelle dans l'éducation au Congrès annuel de la Société des professeurs d'histoire, le 30 mars dernier.DOCUMENT NO 2 Fait à retenir, cependant, tous ces adversaires de l\u2019ordre social traditionnel s'entendirent au moins sur l\u2019une des causes supposées de nos malheurs individuels et collectifs : ceux-ci auraient dépendu d'un mauvais enseignement.Les nationalistes de la stricte obédience déplorèrent un manque d\u2019éducation nationale.Les libéraux y virent une occasion de plus de s\u2019en prendre au clergé, en très grande partie responsable de l\u2019organisation du système scolaire.Les masochistes conclurent que de meilleures écoles dégrossiraient quelque peu ces «pouilleux» de Franco-Québécois.Entre 1956, année où la Commission Tremblay publia son rapport, et 1965, an I du ministère de l'Éducation recommandé par la Commission Parent, l\u2019unanimité se fit sur la nécessité et l\u2019urgence d\u2019une réforme générale du système d enseignement.Celle-ci mettrait miraculeusement fin à tous nos maux et ouvrirait toutes grandes les portes du paradis terrestre.L\u2019ancien messianisme survivait toujours.Les recensements de 1951 et de 1956 avaient démontré qu\u2019il fallait renoncer à la reconquête démographique pancanadienne.Quelques exaltés proposèrent alors d\u2019y substituer la « revanche des cerveaux ».Le Rapport Parent lui-même, au lieu de prendre la mesure exacte de nos ressources humaines et matérielles avant de nous inviter à nous lancer à l\u2019aventure tête baissée, proposa une organisation scolaire idyllique conçue pour la société planifiée de l\u2019an 2,100.Rien n\u2019échappa à la sollicitude illimitée des commissaires-enquêteurs depuis l\u2019enseignement de l\u2019hébreu et du japonais dans les écoles polyvalentes jusqu\u2019à celui du ballet à l\u2019école maternelle.Malheureusement, ils oublièrent de tenir compte du fait que le Québec n\u2019avait même pas le personnel requis pour enseigner à lire, à écrire et à compter aux élèves du cours élémentaire.En portant la scolarité obligatoire de 14 à 16 ans, le gouvernement lui-même avait choisi de l\u2019ignorer.Le minis- LA RÉFORME NÉCESSAIRE DE L'ENSEIGNEMENT RÉFORMÉ 177 tère de l\u2019Éducation, emporté par l\u2019euphorie d'une politique dite de grandeur, proclama : « Qui s\u2019instruit s\u2019enrichit.» Les contribuables constatent aujourd\u2019hui qu\u2019ils se sont appauvris et le nombre des chômeurs porteurs de diplômes augmente d\u2019année en année.Le ministère de l\u2019Éducation lui-même n\u2019a pas encore le personnel compétent qu\u2019il lui faudrait simplement pour s\u2019acquitter de ses tâches quotidiennes.Tout le système repose sur le dévouement de quelques fonctionnaires débordés, peinant sous la menace d une dépression nerveuse ou d\u2019une crise cardiaque.Pour accueillir les masses d\u2019élèves invitées à s\u2019instruire dans le but de s\u2019enrichir, on a multiplié les usines scolaires confiées à un personnel dont la majorité n\u2019a pas une préparation suffisante.Dans certaines régions du Québec, l\u2019enseignement secondaire est donné en partie par des instituteurs et des institutrices qui n\u2019ont qu\u2019un brevet « B ».Doit-on s\u2019en étonner quand on veut bien se rappeler que la formation des maîtres n\u2019a jamais retenu l\u2019attention des dirigeants de notre système d\u2019enseignement.La pénurie d\u2019enseignants et la concurrence absurde financée par un État irresponsable, entre les institutions privées et publiques, ont fait augmenter d\u2019une façon anormale les traitements payés à certains groupes d\u2019enseignants.Les syndicats ont naturellement profité de cet état d\u2019anarchie.Qui pourrait les en blâmer ?La demande accrue et les hauts salaires ont attiré vers la profession de l\u2019enseignement un nombre considérable d\u2019arrivistes nullement prêts à assumer les responsabilités de l\u2019éducateur professionnel.Les autorités scolaires n\u2019avaient pas la liberté de se montrer trop exigeantes et ont retenu leurs services.Les moins compétents sont en général les plus bruyants et ont réussi à s\u2019imposer au sein des syndicats d\u2019enseignants.Ceux qui ont encore de la conscience professionnelle se voient forcés de se taire.Très souvent les postes de direction ont échu, faute de candidats sérieux au moment où ils ont été créés, à des administrateurs scolaires sans envergure et sans dynamisme.Aujourd\u2019hui, ceux-ci agissent en seigneurs féodaux et ont de la difficulté à faire reconnaître leur autorité que contestent les nouveaux enseignants frais émolus des universités et animés par un idéal professionnel qui remet en question les structures existantes.Les conventions collectives protègent surtout ceux qui ont raison de s\u2019interroger sur leur compétence et n\u2019encouragent pas les véritables professionnels de 178 ACTION NATIONALE l'enseignement.Situation tragique qui existe d'ailleurs dans la plupart des pays.Si la profession médicale avait procédé de la même façon, les cadavres s\u2019empileraient dans les corridors des hôpitaux.Dans notre profession, il y a beaucoup de mortalités parmi les élèves abandonnés à des enseignants recrutés à la hâte mais les cadavres ne sont pas immédiatement visibles.Les victimes des médecins incompétents trépassent; celles des mauvais maîtres demeurent en circulation et manifestent leurs malaises en s\u2019agitant.Leurs dénonciations et réclamations contradictoires ne font que révéler l\u2019état général de panique qui domine actuellement tout le monde de l\u2019enseignement.Les sommes d\u2019argent considérables que nous avons englouties pour nous donner enfin le « vrai meilleur système d\u2019enseignement au monde », le mécontentement général des parents, des éducateurs, des élèves et des étudiants, les scandales connus et cachés, la détresse des contribuables et des administrateurs publics, la pénurie de cadre et de spécialistes en demande, la surproduction de diplômés dans des disciplines parasitaires ou de luxe, l\u2019insuffisance des investissements économiques face à l\u2019augmentation des dépenses en services d\u2019éducation, les faiblesses de l\u2019enseignement technique, le sort pénible des adultes qui cherchent en vain à se recycler, les retards et les erreurs accumulées dans la formation des enseignants pour les niveaux élémentaire et secondaire, l\u2019anarchie qui prévaut à l\u2019intérieur de chaque université et dans tout l\u2019enseignement supérieur, l\u2019absence tragique de centres fonctionnels et coordonnés de recherches pures et appliquées, le petit nombre de professeurs d\u2019université et de chercheurs capables de servir efficacement le milieu, voilà le bilan réaliste d\u2019une entreprise mal conçue, mal engagée et mal réalisée.Refuser de l\u2019admettre c\u2019est faire preuve d\u2019infantilisme ou de messianisme.Tous les éducateurs lucides, parce que compétents et conscients de leurs responsabilités, s\u2019ils ont la liberté d\u2019exprimer publiquement leur point de vue, confirmeront mon témoignage. Réflexions d\u2019un laïque sur l'actualité chrétienne Où va l\u2019Église?par François-Albert Angers \u201cL\u2019Église s\u2019en va chez le diable\u201d 1 C\u2019est le titre, qui s\u2019est voulu sensationnel comme c\u2019est la mode chez nos éditeurs d\u2019aujourd\u2019hui, d\u2019un ouvrage récent de trois prêtres, dont deux jésuites : Jean Caron, curé de Saint-Maurice de Duvernay, et les PP.Guy Bourgeault et Jean Duclos.L\u2019annonce qu\u2019on en a faite \u2014 « une bombe atomique dans l\u2019Église » \u2014 n\u2019est pas de nature à rassurer sur la valeur évangélique du livre; car ce n\u2019est pas là l\u2019expression de l\u2019esprit de charité sans lequel, dans l\u2019esprit évangélique même, toute réforme dans l\u2019Église est condamnée d\u2019avance à n\u2019être sûrement pas de Dieu.Mais le livre vaut mieux que son titre et que sa publicité.C\u2019est naturellement un ouvrage qui se veut dans « l\u2019esprit nouveau d\u2019après le Concile ».Eh mon Dieu ! il ne saurait y avoir de mal à cela, puisque l\u2019Église nous a sans cesse invités, chaque année depuis toujours, à l\u2019occasion de Pâques et par le symbolisme de la liturgie traditionnelle, à nous inspirer d\u2019un feu nouveau, après avoir créé l\u2019homme nouveau en nous par la vertu du carême.Aussi bien, qui sera surpris, à moins d\u2019être ignorant ?et qui trouvera nouveau, sauf par l\u2019utilisation à cette fin du mot plus ambigu et plus trouble \u2014 donc très apte à engendrer de la confusion \u2014, de « sécularisation », de lire que la religion ne doit pas être séparée de la vie, que la religion « se vit au foyer, dans le travail Aux Éditions du Jour, Montréal. 180 ACTION NATIONALE professionnel, dans l\u2019engagement social » ?Et le choc de l\u2019emploi de mots nouveaux, parfois ambigus parce que déjà utilisés à d\u2019autres sauces, n\u2019est pas mauvais non plus de soi, car il constitue souvent un moyen très efficace de saisir l\u2019esprit pour l\u2019inciter à se renouveler, à percevoir une face de la vérité en perdition dans les routines de pensée où elle s\u2019est souvent enlisée, l\u2019âme étant par là paralysée dans sa marche vers ce renouvellement constant qui s\u2019impose pour une perfection que nous n\u2019atteindrons de toute façon jamais.Pour notre part, nous avons toujours refusé de nous laisser scandaliser par ce qui est recherche du Vrai dans un souci de vérité; mais il faut du même coup avoir le souci de souligner, sinon de dénoncer, ce qui est trahison de la vérité dans cette nouvelle forme de routine de l\u2019esprit nouveau qu\u2019est le parti pris de la nouveauté, de la valeur nécessairement supérieure de tout ce qui est nouveau; d\u2019où un effort constant au surplus pour déguiser en nouveau ce qui est ancien sous prétexte de le sauver (car cela n\u2019est plus du vrai, mais de la tactique) et une tendance à déclarer sans valeur ce que l\u2019on veut considérer comme ancien pour le faire rejeter.Dans ce livre qui contient beaucoup de bonnes et belles vérités, nous nous appliquerons ici à pourchasser ces sortes de déviations, car ce sont elles qui sont à l\u2019heure actuelle, chez les réformateurs, le mode du manquement à la charité envers tous les chrétiens traditionnalistes; et la porte ouverte, chez les chrétiens, à la déviation vers l\u2019hérésie en vertu de laquelle l\u2019Église pourrait effectivement risquer de «\u2019en aller chez le diable ».Et peut-être plus littéralement qu\u2019on ne le croit, dans le sens même de la grande apostasie dont le Christ lui-même et saint Paul nous ont un jour avertis qu\u2019elle viendrait et qu\u2019elle serait séduisante au point de pervertir même les élus.On trouvera peut-être mesquin d\u2019avoir limité à cette sorte d\u2019échenillage la critique ou le compte-rendu d\u2019un livre dont la très grande partie se compose, en réalité, de très belles et tonifiantes images.Disons que le titre même de l\u2019ouvrage et la façon dont il a été présenté au À PROPOS DE «L'ÉGLISE S'EN VA CHEZ LE DIABLE »\t181 public y exposaient quasi inévitablement les auteurs.Et alors, n\u2019est-ce pas un hommage qui leur est rendu que de pouvoir procéder ainsi avec eux, réduisant aux dimensions d\u2019un tel article la relation et le commentaire des textes à incriminer, en ces temps où tant d\u2019ouvrages religieux paraissent qu\u2019on ne sait plus par quel bout prendre et qu\u2019on ne saurait rectifier ou réfuter qu\u2019en écrivant un autre livre pour tout reprendre et tout refaire ?Mais voyons de quoi il s\u2019agit en procédant par citations.1.\t«Sur le plan de l'éducation, tant que la religion restera matière d'« école », matière d'examen et partie de la discipline scolaire, il sera impossible de faire des chrétiens responsables et authentiques qui assument eux-mêmes cette dimension religieuse de leur existence normale, ordinaire, «séculière» (p.18).Est-ce à dire que depuis deux cents ans, au Canada français et partout ailleurs dans l\u2019école confessionnelle, où on faisait universellement ainsi, il ne s\u2019est jamais trouvé « des » chrétiens authentiques ?Donc, il n\u2019y aurait eu, dans la chrétienté, de chrétiens authentiques que par les écoles neutres ?Ou alors les auteurs sont-ils tombés dans l\u2019illusion de croire qu\u2019il existe un système en vertu duquel on pourra faire que tous les chrétiens soient authentiques; et que, par suite, tous les chrétiens n\u2019étant pas devenus authentiques avec l\u2019ancien système, ce soit là la preuve qu\u2019il soit à condamner entièrement ?L\u2019affirmation est donc, ou gratuitement inexacte, ou dangereusement utopique.2.\t« Comment savoir si la religion est une dimension de sa vie ordinaire, de sa vie « séculière » ?.Par la facilité ou la fréquence de « l'élévation de nos esprits et de nos coeurs vers Dieu » ?Cette élévation est très suspecte.» (p.18).Cette « élévation » suspecte ici, ce n\u2019est pas telle « élévation » de celui qui, après avoir prié Dieu, dévore son prochain à belles dents, contre quoi on a toujours fulminé dans l\u2019Eglise.C\u2019est cette « élévation » telle qu\u2019elle nous est donnée étant la définition de la prière dans le petit catéchisme.Et elle est dite, comme telle, suspecte, donc à bannir.Elle serait suspecte et à bannir parce que, nous disent les auteurs, « il n\u2019y a pour l\u2019agir chrétien 182 ACTION NATIONALE qu\u2019une loi, qu\u2019une consigne, celle de la charité, de l\u2019amitié, et de l\u2019amour ».Sans doute, mais cette vision de la perfection, comment l\u2019atteindre ?Et comment la prière en soi pourrait-elle être dite suspecte en tant que moyen pour l\u2019atteindre ?Malhabileté dans l\u2019expression qui confine à l\u2019outrage pour les notions traditionnelles et au sophisme dans la démonstration cherchée, donc au scandale inutile des âmes mal aguerries.3.« Devant la socialisation .à nous chrétiens, de ne pas subir passivement cette évolution mais, au contraire, surmontant notre surprise, notre désarroi et nos résistances, de nous demander comment « imprégner de l'esprit de l'Évangile ce dynamisme de notre temps » (p.25).Les auteurs n\u2019ont pas eu l\u2019air de se rendre compte ici de la contradiction, de leur contradiction; car devant la socialisation, les voilà qui capitulent et qui reviennent à l\u2019équivalent d\u2019une exclusive « élévation de nos esprits et de nos coeurs vers Dieu » : la seule prière sans action.Leur thèse est celle d\u2019un monde qui se fait sans les chrétiens, par les non-chrétiens, et où la mission du chrétien serait d\u2019accepter passivement, d\u2019entrer dans le « sens de l\u2019histoire » faite par d\u2019autres, de hurler avec les loups en tentant seulement d\u2019évangéliser les loups.Il n\u2019est pas apparu aux auteurs que les « résistances » à ce qui est mal ou à ce qui est faux selon la vision chrétienne ne peut qu\u2019être l\u2019action par excellence du chrétien incarné quand ce n\u2019est pas lui qui mène et fait le monde; et le seul moyen réaliste d\u2019arriver à son tour validement au pouvoir pour n\u2019avoir plus alors à s\u2019opposer, et donner lui-même au monde un dynamisme à la fois « séculier » et chrétien.C\u2019est là que se situe d\u2019ailleurs la charnière de notre attitude, celle où nous risquons de tomber dans la « grande apostasie » plutôt que de « persévérer jusqu\u2019à la fin », persévérance qui nous est donnée comme la seule avenue du salut pour le chrétien, donc pour l\u2019humanité tout entière.A quoi le chrétien doit-il collaborer dans la construction du monde : à sa perdition ou à son salut, à l\u2019esprit nouveau de l\u2019Esprit du Mal ou à l\u2019Esprit nouveau du triomphe du Bien ?Quel bateau ne faut-il pas À PROPOS DE «L'ÉGLISE S'EN VA CHEZ LE DIABLE» 183 manquer, puisque l\u2019essentiel selon les auteurs serait de « ne pas manquer encore le bateau » ?4.« Laissons sans angoisse nos églises se vider, parce que l'avenir du christianisme n'est probablement pas dans les églises pleines de gens qui ne croient pas vraiment.L'avenir est plutôt dans le coeur ardent et lucide d'une poignée de chrétiens, de la diaspora prochaine » (p.70).Ce pharisaïsme masochiste s\u2019exprime au bout d\u2019un chapitre accusant en somme le coup de la « grande apostasie » qui s\u2019en viendrait, mais dans laquelle on se sent, soi-même, sans inquiétude parce qu\u2019on est parmi ceux qui vont encore physiquement dans les églises; mais tout en manifestant en somme assez peu de souci pour le sort des autres que l\u2019on a peut-être mis dehors en les scandalisant sous prétexte de nouveauté ou de renouvellement, sous prétexte de liberté aussi et d\u2019une sorte de mépris pour les mesures protectrices des faibles contre leurs propres faiblesses.Ce passage est alors manifestement contradictoire avec la majeure partie de ce qui précède et qui insiste pour faire de la religion, avant tout, le souci « des autres ».Avec ce sens communautaire de la messe qui conduit les auteurs jusqu\u2019à caricaturer, non sans justesse d\u2019ailleurs quoique avec le manque de nuances de toute caricature, ces « pratiques très religieuses, très catholiques, qui ne sont chrétiennes ni dans leurs intentions ni aux yeux de Dieu parce qu\u2019elles sont trop exclusivement orientées vers son salut personnel, vers ses mérites personnels et vers l\u2019obtention de son petit bonheur étemel dans quelque niche du ciel où on ne serait importuné par personne » (pp.51-52).Manifestement ici, le souci louable d\u2019analyse histo-rico-sociologique et de prévision des événements a interféré avec le souci pastoral des auteurs, au point d\u2019engendrer une résignation assez peu pastorale à la démission des faibles.Cette attitude n\u2019est sûrement pas celle de l\u2019Évangile, telle que révélée notamment par les épisodes de l\u2019enfant prodigue ou du bon pasteur, ou de l\u2019obole perdue.Cette dureté historico-sociologique du coeur de trop de réformateurs actuels de la chrétienté, dans l\u2019esprit 184 ACTION NATIONALE sain d\u2019inculquer à celle-ci un esprit nouveau plus conforme à l\u2019esprit authentique, a des conséquences graves.Celles d\u2019amener ces pasteurs à se comporter de telle façon avec leurs ouailles qu\u2019ils repoussent et contribuent au mouvement historique de déchristianisation des masses.Le manque de compréhension et de charité, car c\u2019est bien cela, est alors criant envers les âmes qui ne sont pas déjà arrivées au sommet d\u2019une certaine perfection que l\u2019on pourrait dire « technique » dans la spiritualité.Peut-être un jour viendra-t-il où l\u2019Église supprimera l\u2019obligation de la messe du dimanche et qu\u2019alors nous verrons combien, en effet, peu des chrétiens actuels, et peut-être des chrétiens de tous les temps, sont capables par eux-mêmes, sans le guide de l\u2019obligation, de se maintenir dans une pratique religieuse suffisante.Mais de là à s\u2019en réjouir.Ceux qui s\u2019en réjouissent oublient peut-être trop que si l\u2019Église en vient là, ce sera à cause d\u2019eux; parce que l\u2019habitude de se voiler la face devant les faiblesses d\u2019une foi non totalement personnelle l\u2019aura obligée, pour éviter un scandale plus grand, de se montrer plus « libérale ».Que l\u2019on pense que toute décision de ce genre de l\u2019Église n\u2019est pas nécessairement, même à son point de vue, signe de progrès, mais peut aussi provenir de la faiblesse des hommes ainsi que, nous dit la Bible, Dieu permettait aux anciens d\u2019avoir plusieurs femmes, non pas parce que cela était bon et bien : parce qu\u2019il fallait le concéder à leur imperfection pour garder une emprise sur leur coeur.Est-il si sûr que ce soit toujours en raison des « progrès » de l\u2019esprit humain que l\u2019Église doive aujourd\u2019hui revenir sur certaines de ses décisions non dogmatiques du passé ?Pour que la raison soit dans un tel progrès, il faudrait que les hommes n\u2019en aient plus besoin pour continuer la vie chrétienne dans un perfectionnement constant; autrement, c\u2019est un recul vers l\u2019imperfection que de devoir leur concéder des libertés préchrétiennes alors que la vie religieuse doit en souffrir chez le grand nombre.Et si l\u2019Église est acculée à cela par l\u2019opinion commune des meilleurs, des plus fervents, A PROPOS DE «L'ÉGLISE S'EN VA CHEZ LE DIABLE» 185 de ceux qui fréquentent spontanément l\u2019Église de par le mouvement de leur propre conviction, c\u2019est que l\u2019Église entre dans sa période de gouvernement par les pharisiens.Nous sommes décidément dans cette instance si l\u2019Église, après avoir assuré pendant des siècles un certain degré de fidélité à la pratique religieuse par le respect de l\u2019obligation dominicale \u2014 si imparfaite que fût l\u2019assistance, le respect de l\u2019obligation était déjà un acte religieux consenti \u2014 doit procéder à une suppression de l\u2019obligation dont l\u2019effet sera de vider les églises.Il n\u2019y a donc pas à nous en glorifier.5.« Le Christ est ressuscité dans sa chair, dans son corps transfiguré et spiritualisé, mais gardant toutes ses attaches à notre terre.Dans un tel contexte, le mépris du terrestre et le mépris de la chair et de la sexualité apparaissent comme des contresens » (p.78).Rien n\u2019est moins évident que cette proposition, dont la faiblesse dialectique est au contraire ce qui est le plus évident.Il faudrait aller chercher bien ailleurs des preuves de cette affirmation.D\u2019abord il n\u2019est pas vrai objectivement que le Christ ait gardé, dans la résurrection, toutes ses attaches à la terre, puisqu\u2019il n\u2019est plus présent parmi nous, plus présent au terrestre, et pas davantage à la sexualité à laquelle il n\u2019a guère été présent même quand il était sur terre.La symbolisation que l\u2019on recherche est donc ici forcée, contraire aux faits; et c\u2019est une tout autre symbolisation que les faits véritables suggéreraient.Quant à cette naïve extase des clercs, depuis quelques années, devant la sexualité, qu\u2019ils me permettent de leur dire qu\u2019elle est enfantine, adolescente.Il est vrai que la vision purement « intellectualisée » sous la lumière spirituelle que s\u2019en sont faite beaucoup de théologiens et de moralistes à travers les purs principes moraux tirés de la métaphysique chrétienne, était souvent trop dépourvue, dans l\u2019application pratique, d\u2019un certain réalisme.Mais celle que nous en donnent certains théologiens et moralistes d\u2019aujourd\u2019hui, leur façon d\u2019évoquer la question, suggère qu\u2019ils entretiennent maintenant la plupart du 186 ACTION NATIONALE temps à ce sujet, une idéalisation qui relève des rêves orgiaques des adolescents en instance de puberté.En effet, la sexualité n\u2019était peut-être pas aussi affreusement répudiable qu\u2019on l\u2019a clamé autrefois, dans un certain illogisme qui mettait les gens mariés dans une drôle de position; mais ce n\u2019est pas non plus aussi mirifique et suprême dans la vie des hommes qu\u2019on le laisse entendre aujourd\u2019hui, risquant d\u2019engager maintenant à l\u2019inverse les gens mariés dans une non moins drôle de spiritualité .pour ne pas parler des théologies de « l\u2019amour » qui permettent tout à loisir sous le signe de 1\u2019 « amour ».Ailleurs dans le livre, les auteurs citent les propos d\u2019une dame à la suite du sermon d\u2019un vicaire sur le mariage et ses beautés : « Je voudrais bien en savoir aussi peu que lui sur le sujet» (p.121).Les prêtres auraient avantage à en tenir compte avant de trop exalter les « valeurs » de la sexualité ! Et de ne pas confondre en la matière avec l\u2019expérience, les connaissances livresques de l\u2019enquête ou de l\u2019analyse psychanalytique ou psychologique, le plus souvent très hautement truffées d\u2019hypothèses qui expliquent, mais restent à vérifier.Les auteurs venaient pourtant de le dire : nous ne pouvons évidemment pas partir de l\u2019idée que tout est bien; il nous faut bien constater que le mal est dans notre chair, dans notre coeur et dans notre esprit essentiellement, et non pas dans le monde comme tel.Selon la ligne de raisonnement et de symbolisme des auteurs du texte, l\u2019incarnation du Christ aurait exalté toute la chair, donc aussi bien le mal que le bien.Le sens de l\u2019lncamation, de la Passion et de la Résurrection est évidemment plus complexe, plus riche et plus profond que cela.Et l\u2019application aux cas pratiques comme ceux de notre attitude devant le terrestre, devant la sexualité, exige évidemment plus de délicatesse que ce parallélisme global et grossier.6.« Paul Tillich insiste sur ce fait fondamental de la foi chrétienne que Dieu n'est pas « up there », dans les nuages, ni « out there», extérieur à nous, mais bien au plus intime de nous-mêmes, dans les couches les plus profondes de notre être personnel » (p.92). À PROPOS DE «L'ÉGLISE S'EN VA CHEZ LE DIABLE» 187 Il y a des adverbes dans la langue française, dont l\u2019objet est justement de permettre l\u2019expression précise de la vérité.Sans le mot seulement dans cette phrase \u2014 « Dieu n\u2019est pas seulement.» \u2014 la proposition est en quelque sorte hérétique, immanentiste et anti-transcendantale, donc imprudente sinon calculée pour un certain faux oecuménisme en notre monde actuel, où avec le teilhardisme et tant d\u2019autres théologies, les idées les plus anti-chrétiennes sur Dieu courent le monde.Elle crée un climat qui tend à fausser la notion de Dieu dans les âmes.Le recours à un nom, l\u2019argument d\u2019autorité en somme, impressionne toujours plus au surplus, et accentue le caractère absolu de l\u2019affirmation.Indiscutablement, notre Dieu, le Dieu de l\u2019orthodoxie chrétienne, est un Dieu personnel, d\u2019abord et nécessairement extérieur à nous, mais aussi présent en nous en vertu de sa substance spirituelle et de son étendue qui fait qu\u2019il est partout.Il faut dire les deux si l\u2019on ne veut pas que l\u2019un tombe en désuétude; ou si l\u2019on ne veut pas que sa propre opinion vienne ajouter au poids de ceux qui décrètent la mort de Dieu comme Dieu, et son avènement en l\u2019homme seul.* * * En fait, outre ces six passages, il y a le chapitre sur la déconfessionnalisation de l\u2019école qui mériterait d\u2019être critiqué, mais qu\u2019il est difficile de saisir par une seule citation sortie du contexte sans la déformer.Au fond, l\u2019ensemble du chapitre reste très valable, même si certains aspects sont discutables, mais légitimement discutables; car les auteurs ne se sont pas engagés dans le coeur du problème d\u2019une option en faveur de l\u2019école non confessionnelle.Mais il reste gros d\u2019équivoque, sinon de trahison de la vérité, à citer un texte du Concile qui insiste sur la responsabilité des parents dans l\u2019éducation de leurs enfants, dans un contexte qui lui donne le sens d\u2019une volonté du Concile d\u2019abandonner volontiers la fonction de l\u2019école et de la reporter sur les parents, sans souligner en même temps par les citations appropriées, l\u2019in- 188 ACTION NATIONALE sistance très catégorique du Concile sur la nécessité de l\u2019école catholique pour les catholiques, sur le devoir des parents de réclamer l\u2019école catholique jusqu\u2019à la soutenir de leurs deniers s\u2019il faut la créer contre le refus des autorités publiques de la subventionner.Car la vérité, comme en témoigne le décret sur l\u2019éducation autant que celui sur la liberté religieuse, c\u2019est qu\u2019en affirmant la responsabilité des parents, le Concile l\u2019établit très nettement non pas uniquement en fonction de leur devoir évident de voir à l\u2019éducation religieuse de leurs enfants, non pas tant même en insistant sur cela que sur l\u2019exigence et le devoir de l\u2019école catholique.La citation en quelque sorte tronquée de la pensée exprimée du Concile devient encore plus grosse d\u2019équivoque quand on s\u2019en tient ensuite à jeter le doute sur la droiture des intentions qui peut inspirer la lutte pour le maintien de l\u2019école confessionnelle : « Une lutte agressive pour la défense quasi instinctive de la confessionna-lité de l\u2019école peut masquer, derrière une façade de principes objectivement valables, une inconsciente peur d\u2019assumer de façon adulte ses pleines responsabilités chrétiennes dans le domaine de l\u2019éducation» (pp.167-168).En parlant ainsi dans ce contexte, j\u2019estime que des clercs, devant le pouvoir de l\u2019État, font preuve d\u2019une inconsciente peur d\u2019assumer de façon adulte leurs pleines responsabilités de pasteurs en ne précisant pas aux parents les devoirs précis que leur fait le Concile.Quand les principes sont objectivement valables, on doit travailler à épurer les motifs pour lesquels on les défend; mais on n\u2019a pas le droit de suggérer l\u2019abdication sous le prétexte que les motifs peuvent être douteux.Encore ici, nous retrouvons cette contradiction d\u2019un christianisme que l\u2019on dit vouloir intégrer dans la réalité terrestre, et que l\u2019on engage à être passif, absent de la création des institutions, pour se contenter du prêchi-prêcha d\u2019un grand idéal d\u2019insertion de la pensée chrétienne dans un monde adverse.Cette nostalgie du ghetto exemplaire est quelque chose de maladif.En définitive, un monde inspiré par la dynamique chrétienne ne pourra être qu\u2019un monde A PROPOS DE «L'ÉGLISE S'EN VA CHEZ LE DIABLE» 189 construit par des chrétiens actifs, dirigeants et non pas seulement serviteurs des idéologies non chrétiennes sous prétexte de les christianiser.Assez curieusement, le contraire, dans les écrits de ceux qui veulent intégrer la religion au monde, aboutit à les laisser toujours dans la même dichotomie d\u2019un monde séparé de la religion; celle-ci acceptant d\u2019ailleurs d\u2019évacuer le monde et de se laisser réduire à une petite communauté de purs qui ne seraient que les témoins de la Parole, et non de l\u2019insertion concrète de la Parole par les oeuvres assumées et engendrées sous l\u2019influence de la Parole.Contradiction avec les premiers chapitres du livre, où l\u2019on affirme le devoir de l\u2019homme, sous directive biblique, de se soumettre le monde et de le nommer, l\u2019homme dont il s\u2019agit à ce moment étant évidemment l\u2019homme en harmonie avec Dieu; par suite, pour nous et selon notre foi, l\u2019homme chrétien.* * * Mais encore une fois que tout cela, par rapport à l\u2019ensemble du livre, ne soit pris que comme un échenillage.Et dans les circonstances n\u2019était-ce pas le meilleur service à rendre à la beauté réelle de l\u2019ouvrage dans son ensemble que de s\u2019appliquer à y enlever les chenilles qui le déparent et risquent, en cheminant dans l\u2019esprit du lecteur, de le dépouiller de sa beauté même en en viciant l\u2019esprit.La tâche s\u2019imposait d\u2019autant plus que les chenilles en cause ne sont pas des chenilles vulgaires, mais les larves de ces idées-termites qui rongent actuellement la pensée authentique de l\u2019Église, sans doute sous l\u2019influence habile de quelqu\u2019un qui voudrait bien qu\u2019elle s\u2019en aille chez le diable; et que trop de clercs comme de laïques recueillent et accueillent sans y mettre le nécessaire grain de sel critique inspiré même pas par une profonde théologie, .mais par le simple bon sens ou les règles élémentaires de la dialectique.Car c\u2019est de cela exclusivement ou à peu près que relèvent les remarques qui précèdent.La suite de cet article examinera, le mois prochain, l'ouvrage de Bouchard et Lambert, « Deux Prêtres en colère ». 190 ACTION NATIONALE LES ECRITS ET LES LIVRES \u201cLe Conseil législatif de Québec, 1867-1967\u201d par Edmond ORBAN Il fallait un étranger, un Européen récemment venu sur nos bords, comme cela est arrivé dans beaucoup de domaines d\u2019études de nos institutions et de nos problèmes (pensons à Blanchard, à Rumilly, etc.], pour trouver un intérêt à se pencher sur notre Conseil législatif et en faire un gros livre.Pour trop des nôtres, cette institution «insignifiante» méritait tout juste qu'on l\u2019abolisse sans même s\u2019intéresser objectivement à elle: nous jugeons trop en fonction de nos réactions et de nos préjugés du moment, et nous les préférons trop à l\u2019effort pour connaître le vrai avant d\u2019agir ! Et pourtant le livre de M.Orban est fort intéressant; en même temps qu\u2019il ne permettra plus, du moins pour ceux qui se donneront la peine de vouloir savoir et de le lire, les jugements souvent assez légers que l\u2019on porte sur cet organe de notre rouage politique selon nos impressions ou tempérament du moment, selon en général que le Conseil sert ou dessert nos idées.L\u2019ouvrage est divisé en deux parties, dont l\u2019une, la première, peut être dite descriptive des structures et statistiques quant aux opérations; l\u2019autre qualitative et d'histoire politique.À la première, on peut reprocher d\u2019être restée trop à l\u2019extérieur du phénomène, sans réflexion et fixation suffisantes de ce que doit être une institution de ce genre.Il en résulte que tout en prenant une attitude très objective et en s\u2019élevant même contre certaines simplifications de l\u2019opinion publique, les commentaires sont marqués par la série des opinions défavorables exprimées sur le Conseil. LE CONSEIL LÉGISLATIF 191 Pour prendre un exemple, le nombre de séances que tient le Conseil étant peu nombreux,leur simple indication tend de soi à ratifier l'opinion d\u2019inutilité qu'on entretient à l'égard de l\u2019institution.Mais d\u2019un autre côté, l\u2019opinion lui reproche ses interventions sous prétexte quelle n\u2019est pas démocratiquement élue .quand elle intervient à l\u2019encontre des idées partagées par ceux qui la critique; tout en la blâmant de ne pas étudier assez sérieusement et de ne pas bloquer les mesures que l\u2019Assemblée vote à l\u2019encontre d\u2019une forte ou bruyante minorité.Tout change d\u2019allure si, justement parce que cette Chambre n\u2019est pas élue, elle ne se reconnaît et on ne lui reconnaît qu'un rôle d'intervention limité par tradition aux actes de l\u2019Assemblée qui peuvent être le résultat d\u2019une action trop précipitée par l\u2019abus de la politique de parti; et dont les conséquences peuvent être sérieuses pour les institutions et le bien commun de la population elle-même.Ce peu de séances qu'elle tient devient alors procédé démocratique en ce sens même que le Conseil entérine d\u2019avance, sur études sommaires pour des suggestions mineures de collaboration avec l\u2019autre Chambre, à peu près tout ce qui est voté à l\u2019Assemblée élue par le peuple; ne se réservant d'étudier et de discuter vraiment que les projets qui soulèvent des questions vraiment litigieuses sur le fond, compte tenu du mandat qu\u2019a reçu un gouvernement donné et de l'importance de l\u2019appui qu'il a retenu aux élections, ce qui n'a pas lieu de survenir tellement souvent sauf en périodes critiques.Alors un Conseil législatif n'est pas inutile parce qu\u2019il siège peu de jours ou peu d\u2019heures; il accomplit exactement la tâche qui lui convient sans empiler sur ce qui ne le regarde pas.Etc.L\u2019auteur n'a pas porté une telle critique: il a au contraire tendu à défendre le Conseil contre l'excès des critiques dont on l\u2019abreuve; mais faute d'avoir situé l'institution par une discussion de science politique, son texte donne l\u2019impression de n\u2019apporter que des nuances à une critique fondamentale qu'il laisse porter telle que l'opinion la formule à travers des statistiques qui telles quelles paraissent la ratifier. 192 ACTION NATIONALE Après avoir lu la seconde partie du livre, je ne vois plus qui pourra prétendre que le Conseil législatif n'a joue aucun rôle dans notre Histoire.D'autant plus qu'en pareille matière, il suffit d'une ou de quelques instances majeures de temps a autre pour que tout le cours de l'histoire en soit bien davantage modifié que par le train train de la législation quotidienne.Pour les adversaires du Conseil législatif, qui sont le plus souvent les esprits les plus révolutionnaires, il suffira de mentionner entre autres une de ces instances dans l'histoire du Conseil législatif pour qu\u2019ils doivent l\u2019admettre.Penser qu'en 1898, le Conseil législatif a bloqué une réforme de l\u2019enseignement qui eût équivalu, à ce qui n\u2019a pu ensuite être réalisé qu\u2019en 1962, suffit pour le prouver.Naturellement, les esprits révolutionnaires en prennent alors acte pour critiquer le caractère «réactionnaire» du Conseil, mais cela c\u2019est autre chose que la présumée insignifiance de son rôle.Et comme le signale à juste titre l\u2019auteur, si le gouvernement du temps n\u2019a pas cru devoir récidiver après cet échec sensationnel, c\u2019est sans doute qu'il n'était pas trop sûr de lui; et que sans le Conseil, une petite minorité aurait réussi à imposer ses points de vue à une population qui n'en voulait pas ou qui n'était pas prête à les recevoir.En toute objectivité, et sur le plan politique, politique démocratique en tout cas, c'est plutôt le Conseil qui a eu raison.Le malheur c'est que peu de gens sont objectifs, et que chacun n'admet pas cela quand ce sont ses idées qui sont bloquées; mais les autres en sont bien aise.Tout le problème est de savoir qui représente le mieux la vraie pensée populaire; et il n\u2019est pas clair que ce soit toujours une assemblée élue dans un système gouvernemental basé sur les partis et l\u2019électoralisme.Ce qu\u2019on reproche à une deuxième chambre, c\u2019est cela: de bloquer le progrès.Mais qu\u2019est-ce que le progrès: aller trop vite n'est jamais plus un vrai progrès qu'aller trop longtemps.Voilà bien où est la difficulté et pourquoi il n'est pas complètement farfelu de combiner, dans un système gouvernemental, une chambre non élue et une LE CONSEIL LÉGISLATIF .193 chambre élue.Le hic, c'est de savoir comment choisir les membres de la chambre non élue pour qu elle soit le plus efficace; bien plus que de l\u2019abattre pour laisser le pays ouvert aux aléas de toutes les aventures électorales, en particulier les plus épisodiques qui sont d'ailleurs les plus dangereuses pour le passage de la démagogie à la dictature.La preuve est bien faite par l\u2019auteur, comme on pouvait s'y attendre \u2014 et conformément en cela aux plus sévères reproches que l'on fait au Conseil \u2014, que son action fut d\u2019une façon très générale une action de freinage sur le changement.C\u2019est d\u2019ailleurs essentiellement le rôle d\u2019une deuxième chambre que d'obliger à la réflexion avant d\u2019effectuer des changements soit trop échevelés soit prématurés pour diverses raisons qui en affecteront l\u2019efficacité même.Mais l\u2019histoire du Conseil législatif, à travers toutes ses vicissitudes humaines, les intérêts particuliers qui ont pu l'inspirer et qu\u2019il a pu servir \u2014 ce qu\u2019on retrouve fatalement dans toute assemblée humaine \u2014 cette histoire montre que le Conseil ne s\u2019est jamais entêté quand le gouvernement s\u2019est senti assez fort dans l\u2019opinion, et en fonction des catégories d'intérêts particuliers qui ne manquent pas de l\u2019affecter aussi, pour persévérer dans son action, d\u2019ailleurs non sans avoir réfléchi et souvent fait des modifications pour le mieux.Bien plus, à certains moments, c\u2019est le Conseil qui se montra précurseur et qui servit de banc d\u2019essai pour des législations sociales que le gouvernement n\u2019osait pas affronter.Comme presque toujours, le diable n\u2019est donc pas tout à fait aussi noir qu'on le dépeint.Et mon impression en terminant la lecture de l'importante étude de M.Orban, c\u2019est que placé comme il est, le Québec ferait beaucoup mieux, dans son propre intérêt, de réformer le Conseil législatif afin d\u2019accroître son efficacité par un meilleur caractère représentatif; et de lui laisser jouer son rôle.Qu\u2019on ne croie pas que mon opinion est dictée par ce qu\u2019on pourrait appeler mon caractère « réactionnaire » et 194 ACTION NATIONALE le fait que j'aie toujours éprouvé beaucoup de satisfaction dans tout ce que M.Orban m\u2019a montré qu\u2019avait fait le Conseil législatif.Au contraire, dans un très grand nombre de cas, et notamment en tout ce qui a touché les relations fédérales-provinciales et la francisation du Québec, le Conseil a presque toujours défendu les intérêts du Fédéral et de la prudence excessive.D\u2019un autre côté, parce que chambre non élue, dégagée de l\u2019électoralisme, il est constant qu'il a toujours étudié les questions auxquelles il a jugé à propos de s\u2019arrêter vraiment avec plus de dignité, plus de sérieux, plus d\u2019objectivité, même pour défendre des intérêts discutables, que ne l'a fait l'Assemblée législative.Cela me suffit pour considérer que c\u2019est un poids important et valable dans l\u2019orientation de notre destin.Quant au reste, il n\u2019y a pour les réformateurs et leur action nécessaire, qu'à savoir réfréner leur impatience et y substituer la persévérance, sans quoi tout est suspect.Le principe est donc bon; mais la réalisation a été plus discutable quant au mode de nomination.Il aurait fallu plus d\u2019équilibre pour que l\u2019effet de freinage ne fut pas toujours aussi prononcé et surtout aussi durable.Il serait bon notamment que les Conseillers ne soient pas nommés à vie, mais avec retraite à 65 ans.Il serait bon, sans pour autant trop faire violence à la nature du besoin des nominations plus ou moins partisanes (qui a sa valeur quand un nouveau parti vient subitement au pouvoir après le long règne d\u2019un autre parti, et qui importe peu si les partis changent souvent au gouvernement), il serait bon que le gouvernement soit forcé de respecter un certain équilibre de représentation des régions et des différents secteurs d'activité.Au lieu de tout bouleverser, de tout changer, améliorons progressivement.Lafontaine nous a déjà montré comment, en se « hâtant lentement», on va plus loin et plus vite finalement qu\u2019à vouloir s\u2019agiter dans tout et partout en même temps.François-Albert ANGERS ©Jggjjpgg POÈMES par Clotilde Rainville RÊVE DE NANOUC Mon regard dur frappe plusieurs victimes Leur sang vermeil dessine sur la neige D'épais hiéroglyphes rouges Où tous les survivants lisent le mot Terreur Car mon regard Est un poignard Après ma mort si mes yeux noirs se rouvrent Qu'on ne les ferme point C'est qu'ils auront encore Un être à rechercher Car mon regard Est un poignard Libres enfin des voiles qui les couvrent Mes yeux retrouveront N'importe où le coupable Et le traverseront Car mon regard Est un poignard (Extrait de Baribal et Nanouc) 198 ACTION NATIONALE DANS LA NEIGE La neige a pris d'assaut la terre; Tout passe au blanc de neige: Routes, plaine, horizon, Montagne, firmament.La terre semble Une immense boule de neige, Univers de blancheur Dans lequel marcheraient les humains; Univers de blancheur Comme celui d'Adam et d'Eve Avant leur chute Ou bien celui des nouveaux baptisés; Univers de blancheur Oui donne le désir D'un monde sanctifié, Fidèle au message du Christ: « Soyez parfaits comme est parfait « Votre Père céleste; Univers de blancheur Oui donne le désir D'un monde pacifié Selon les vœux des anges à Noël: « Gloire à Dieu au plus haut des deux « Et paix sur la terre aux hommes de bon vouloir.» POÈMES 199 CICATRICE nous plongeons dans nos yeux les flèches de la pluie, nous trempons le soleil dans l'acier de nos veines des salves d\u2019hirondelles célèbrent la défaite des balles sous les feuilles criblées de nos mots nos lacs ont pris feu la lumière lisse les plumes de la neige à l'autre bout du temps, une aile de colombe signe dans la pierre le traité de la parole armée d'étoiles au bouclier du sang la roue de nos mains dans le ventre de la sève tourne un soleil sur les gonds de la nuit où quelqu'un pose nos pas nus comme un ongle L'or d'un doigt sur la bouche du silence ivre de lumière, l'écho de nos gestes lève dans nos yeux son poids d'ombre et de soif 200 ACTION NATIONALE TRANSFUGE aveuglée de lucidité, je remonte en moi le mécanisme des structurations essentielles de marées immémoriales en âges révolus au nœud des transfusions initiales dans la cécité de /\u2019infravision, je me désintègre, unité prismale, me retourne, sol arable et me pulvérise, atome de maille à reprendre aux strates des révolutions cosmiques POÈMES 201 ÉPISODES dans l'œil d'une source, je cherche la lumière silence à épeler d'un oiseau je grave dans la pierre la parole inédite du premier matin debout sur l'aile de mon sang j'habille l'écorce du poids de mes mots, la langue des racines me devient dialecte je lis dans chaque feuille l'histoire de ma vie j'écoute dans mes veines la sève passer le temps je tiens le pari de ne pas mourir plus tôt que cet arbre au creux de ma main 202 ACTION NATIONALE ARDOISE dans la constellation des paumes offertes, se dénouent les chevelures d'astres rallumés aux cendres des châteaux cosmiques au fond de nos yeux, un naufrage d'étoiles des captures du feu surgit l'arbre de la lumière notre verbe de braise vrille la permanence du roc et de la mer notre parole d\u2019incandescence avrilera la neige et l'oiseau nos rues s'étoilent de muguets, les immortelles seront paraphrases de nos mots POÈMES 203 TRANSHUMANCE nous planterons nos bras dans les flancs de la terre, dans la blessure des sillons, nous briserons le miroir des déserts sous les feux du jour, éclatera l'écorce de l'ombre nos mains s'ouvriront comme fleurs de givre sous l'amour du soleil les herbes de la pluie féconderont nos fronts, aux branches de nos veines, se trameront les aubes notre sang oubliera le prix de l'exil et le poids de l'absence les oiseaux de bérylune poliront nos os le silence criera notre nom à la solitude pour l'apprivoiser nos doigts s'étoileront aux tiges des sources les astres s'équilibreront sur le fil de nos chemins de nuit d'estoc et de taille, la lumière ouvrira nos pas comme des amandes nos mots fermenteront nos larmes, les pierres seront fruits nous prendrons racine à l'envers des étoiles, nous grandirons à même la sève, l'amour sera notre verbe fait chair un regard d'enfant tombera les masques, nos visages auront la vérité du blé, nos yeux lèveront, moissons de soleils 204 ACTION NATIONALE TERRE APPRIVOISÉE quand viendront pour nous les heures de rouille sous la suie fardée aux soleils noircis du cambouis des jours nous viendrons mouiller aux puits des étoiles nos braises de soif d'un cri, nous ferons le tour de la terre pour apprivoiser les pas de la mort pantins sans ficelles, nous habiterons nos cendres parfaites accordées au nid de nos sillons d'ombre taillés comme croix désarticulées, nos os dormiront calcifiés d\u2019oubli au miroir de nous, les spectres d'absence réanimeront nos masques d'aimer pour dire nos songes aux ressacs des nuits, nous retrouverons nos gestes moulés aux mots les plus vrais comédiens sortis des fables humaines, nous croirons encore à nos pantomimes nos rêves liés à l'aile de naître, nous tiendrons pari du soleil sur nous Nos annonceurs participent à la vie de la revue Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès Ils les consultent d'abord .RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Assurances générales\tOpticiens d\u2019Ordonnance Assurance-vie\tPapeterie Automobile\tPhotographie Banques\tPlacements Editions\tPompes à eau Imprimerie\tQuincaillerie Librairie\ti Tondeuses Magasins à rayons\t NOS ANNONCEURS RÉPERTOIRE DES NOMS Alliance Mutuelle-vie Canadienne Mercantile Chevrier, Normand Distilleries Melchers Ltée Dorais, Jean-Louis Dubé, Oscar & Cie Inc.Dupuis Frères Etco Photo Color Ltée Faucher, Maurice-L.Faucher & Fils Fides Générale de Commerce Groupe Commerce Houde, G.-E.Jetté, J.-W.Justin La Familiale Langlois, Thomas Lanthier, Roger La Saint-Maurice La Sauvegarde La Sécurité La Solidarité Lauzier, papetier L\u2019Economie Lebeau, G.Marchand, Sarto Meunier, John Michon Parisian Queen Pilon, librairie Pomponnette Placements Collectifs I Robillard, Michel Roy, Edouard Séguin, Paul-Emile Splendide (brassière) Thérien Frères U.A.P.Valade, J.-M.Viau, Lucien Victory (Convoyeurs) Banque Canadienne Nationale Brochu, T. Ill 60 ANS AU SERVICE DU QUÉBEC $31 MILLIONS DE PRIMES SOUSCRITES ANNUELLEMENT $57 MILLIONS D\u2019ACTIF + 570 EMPLOYÉS UNE GRANDE FIERTÉ D\u2019ÊTRE CANADIEN FRANÇAIS ET LE GROUPE LE PLUS IMPORTANT DU QUÉBEC.Les Compagnies d\u2019Assurance GÉNÉRALE DE COMMERCE CANADIENNE MERCANTILE CANADIENNE NATIONALE Siège social St-Hyacinthe, Qué.GROUPE euuMmce IV ASSURANCES GÉNÉRALES MAURICE-L.FAUCHER, V.A., C.C.S.Courtier d'assurances 1475, rue Saint-Clément Montréal 4 Tél.: 255-5298 ou 256-0585 Consultez ROGER LANTHIER à 671-4828\t671-1953 ASSURANCES-VIE HOMMAGES D E Sc auvec^ar COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE SUR LA VIE Siège social : Montréal l\u2019essentiel d\u2019abord tance tuciic ctasstirance-vte compagn Lionel Groulx POUR BÂTIR Un volume de 216 pages En vente à l\u2019Action nationale à $2.00 V \u2022\tASSURANCE-VIE \u2022\tASSURANCE COLLECTIVE \u2022\tRENTES VIAGÈRES \u2022\tCAISSE DE RETRAITE L'Economie Mutuelle d\u2019Assistance suit le rythme de plus en plus accéléré de l'évolution du Québec.Elle est consciente du rôle qu'elle doit jouer dans l'économie du Canada français, c'est pourquoi ses plans sont réellement adaptés aux besoins d\u2019aujourd\u2019hui.*¦\u2019\t-
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