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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Novembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1968-11, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE VOLUME LVIII, Numéro 3 Novembre 1968\t75 cents LA SUN LIFE POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES ÉDITORIAL : M.Daniel Johnson .205 Rosaire MORIN : La Sun Life .211 Jean GENEST : Coopération internationale et Incaparina 254 Jean-Charles CLAVEAU : L\u2019expérience belge, l'exemple suisse et le problème québécois .267 François-Albert ANGERS : Où va l\u2019Église \u2014 Il .275 François-Albert ANGERS : Ottawa à l'heure de Moscou 284 LA FAMILIALE COOPÉRATIVE DE CONSOMMATION Maintenant fusionné avec L\u2019Association coopérative d\u2019investissement (contrôlée par la Fédération des Magasins CO-OP du Québec) Construction d\u2019un nouveau magasin dans le Domaine Saint-Sulpice à l'angle des rues André-Grasset et Legendre Le magasin actuel à 5271, rue Saint-Hubert a été fermé à la suite de cette décision Pour tous renseignements appeler à 381-3154 L\u2019ACTION NATIONALE VOLUME LVIII, Numéro 3\tNovembre 1968\t75 cents A Editorial M.Daniel Johnson Qu avons-nous [ait au ciel pour nous attirer par trois [ois la mort d'un premier ministre de notre province : Duplessis en 1959, Sauvé en 1959 et Daniel Johnson en 1968.Le même parti politique est atteint.Et trois [ois tous les enjeux politiques sont remis en question d une façon dramatique.Par son départ nous voyons mieux comment M.Daniel Johnson était devenu la grande personnalité politique de la scène québécoise et même canadienne.Il y avait chez lui un sincère attachement à la nation canadienne-française en même temps qu'un sens assez normand des formules à employer et du temps à choisir.Il était politicien dans l'âme, mais jamais lâche ou démissionnaire.Il n\u2019avait pas élu la doctrine du relativisme et du possible comme la doctrine du politicien.Il laissait cette médiocrité d\u2019âme à quelques politiciens fédéraux.Mais tout en accordant aux principes leur importance il savait leur donner une coloration de bon sens qui ralliait les hommes autour de lui.Plusieurs [ois nous avons pu le rencontrer personnellement et chaque fois il nous a surpris par l\u2019étendue de son information sur les problèmes les plus difficiles, par sa connaissance du Québec et de ce qu'il est possible d\u2019attendre de nos gens.Simple, détendu, invitant à la conversation, il disait sa pensée, demandait la vôtre et possédait une mémoire 206 ACTION NATIONALE extraordinaire des événements avec leurs implications politiques.La nation canadienne-française n'a jamais marché très vite mais, avec lui, elle allait sûrement.Il voyait bien que son rôle principal était de trouver du travail et des salaires raisonnables aux Québécois.Il fallait de l'énergie motrice, il fallait des industries, il fallait dépenser au-delà des ressources, avec tous les risques que cela comportait.Il voyait les syndicats de fonctionnaires gruger les revenus publics.Il comprenait Vimportance de la rénovation scolaire qui, avant d\u2019en arriver à un plateau, exigeait de plus en plus de fonds.Il était critique de plusieurs innovations en matière scolaire : ce gaspillage sur lequel il était très bien renseigné, les plaintes des parents qui s'élevaient partout dans la province.Tout l'intéressait.Il était volontiers sceptique et railleur sur le Conseil supérieur de l'éducation et ses grands coups de sabre en l'air.Et ainsi du reste : bonne humeur, intelligence des faiblesses humaines, volonté de faire « quelque chose ».Nous avions la nette impression de nous trouver devant quelqu'un d'enraciné au Québec, de passionnément dévoué à son service, qui aurait voulu faire plus mais que nos divisions et notre émiettement entre plusieurs factions empêchaient d'accomplir l\u2019oeuvre rêvée.Plus sûr de la nation et de ses humeurs variables, il eût osé davantage.Mais quel homme, pris comme lui dans des circonstances extrêmement difficiles, aurait pu faire davantage ?Cet homme, nous désirons peut-être inconsciemment toujours le rencontrer, mais n appartient-il pas à l'ordre idéal ou à l\u2019ordre du génie ?M.Daniel Johnson était près de nous, il était l un de nous et il était parvenu plusieurs fois à parler pour nous.Peu de premiers ministres dans toute l'histoire du Québec méritent cet éloge.A la veille de sa dernière conférence de presse (25 septembre 1965) où M.Daniel Johnson fut étincelant, la Ligue d Action nationale lui envoya ce télégramme, par [\u2019intermédiaire de son président, M.François-Albert Angers : « ATTENDONS DE VOUS A CONFERENCE DE PRESSE POSITION FERME SUR STATUT DE LA LANGUE FRANÇAISE AU QUEBEC.STOP.QUÉBEC DOIT DEVENIR UN ÉTAT FRAN- M.DANIEL JOHNSON 207 ÇAIS DANS LE PLEIN RESPECT DES DROITS DE PRIVILEGES MINORITAIRES LEGITIMES.STOP.TOUT COMPROMIS VERS BILINGUISME OFFICIEL POUR QUEBEC EST DANGER DE MORT POUR AVENIR DU FRANÇAIS ET N'EST PAS NÉCESSAIRE AU RESPECT DES DROITS MINORITAIRES.» Nous avons lieu d être fiers de la façon dont M.Daniel Johnson a mené cette conférence difficile et extrêmement périlleuse à tant d'égards et que des millions de Canadiens ont suivie.Il restera bien sûr à juger les mesures concrètes qui ont été annoncées pour définir le statut linguistique au Québec et que devra prendre son successeur.La façon dont M.Johnson a exposé les données du problème nous parait de nature à laisser croire que tout en évitant l'arbitraire, l\u2019action du gouvernement de Québec sera claire et vigoureuse pour faire du Québec un État aussi français que l\u2019Ontario est anglais, selon ses propres termes.Un État dans lequel, si nous avons bien compris, c\u2019est la langue française qui situera les citoyens de première zone; de sorte que dans le respect des droits minoritaires, il ne sera pas toléré qui ni les anglophones de longue date, ni les immigrés risquent de devenir des citoyens de seconde zone par leur ignorance du français.Nous souhaitons à l\u2019Union nationale d\u2019obtenir l\u2019adhésion de nouvelles figures, parmi les compétences du monde industriel, financier et universitaire, afin de relancer le Québec.Nous devrons faire front à des offensives multipliées de la part d'Ottawa, franches ou sournoises, et nous aurons besoin de toutes les compétences.Déjà trop d\u2019intellectuels, flairant l\u2019herbe tendre, soit dans nos Universités, soit dans nos Chambres de commerce, inclinent vers des positions qui sont, à notre point de vue, des reculs, et des gains au point de vue du fédéral.Or nous ne pouvons pas reculer, comme nation.Tant pis, si quelques individus succombent à la tentation de la médiocrité, même si cela reste un malheur.Mais le Québec devrait rallier la plus grande partie de nos intellectuels, ne laissant que les opportunistes à M.Pierre-Elliott Trudeau. 208 ACTION NATIONALE L'héritage politique laissé par M.Johnson n\u2019est pas celui d\u2019une maison complètement en ordre mais, substantiellement, nous allions dans la bonne direction.Son successeur, s'il a le même doigté et la même fermeté, devra se répéter chaque jour qu'il est le représentant de l\u2019Êtat français d'Amérique, qu il fait face à 220,000,000 de nord-américains de culture anglo-saxonne et qu\u2019il doit raffermir notre personnalité nationale française.Les gestes posés par M.Johnson ne lui indiqueront certainement pas un ramollissement mais l'inviteront à une certaine fierté de bon aloi.Cette fierté trans-pararaissait dans la dernière conférence de presse de M.Johnson, elle fut comme une espèce d\u2019adieu au Québec qu'il a aimé et servi.Un vrai testament aux Québécois.Jean GENEST VIE NATIONALE ü-C\" La Sun Life par Rosaire Morin L\u2019importance de l\u2019assurance-vie A la page 21 du 97e rapport annuel de la Sun Life, le lecteur peut lire : \"Renseignez-vous auprès de la Sun Life.Fondée au Québec, elle vous connaît mieux\u201d.En effet, la Sun Life connaît bien la psychologie du citoyen canadien-français et elle s enrichit de $37 000 000 par année à même l\u2019épargne populaire du Québec.Mais le citoyen canadien-français ne connaît pas la Sun Life.Pour la présenter sous son véritable jour, cette étude vous est dédiée.Situons d\u2019abord le marché de l\u2019assurance sur la vie qui canalise chaque année plus d\u2019un milliard de dollars.Primes En 1966, les compagnies mutuelles et à fonds social constituées selon la loi fédérale ont perçu $1 032 835 000 en primes d\u2019assurance ordinaire et d\u2019assurance collective.Les sociétés de secours mutuels ont encaissé $18 753 000 en primes.Les compagnies et sociétés à charte ont encaissé $86 581 000.La somme totale recueillie par les compagnies et sociétés s\u2019élève à $1 138 169 000.Les primes perçues en Ontario représentent $437 158000, soit 38.4% des primes canadiennes.Les primes perçues au Québec correspondent à 27.7% des primes canadiennes.Note de la Rédaction.\u2014 Pour le bénéfice de nos lecteurs, notre collaborateur M.Rosaire Morin nous donne le fruit de nombreuses recherches.Il poursuit une enquête sur la force économique des Canadiens-Français au Québec.Avec ces chiffres et ces faits les jeunes du Québec pourront comprendre comment ils ne sont pas maîtres chez eux.comment s\u2019explique la solidarité entre les Anglo-Québécois et comment nos souscriptions reçoivent si peu d'aide du côté de la grande finance et de la grande industrie.Nous nous proposons de poursuivre cette enquête qui rappellera en plus détaillé les chocs causés par M.Victor Barbeau quand il nous apprit la mesure de notre taille ! 212 ACTION NATIONALE Mais les primes perçues par les compagnies et sociétés canadiennes-françaises n\u2019égalent que 6.8% des primes canadiennes.Cette pauvre situation oblige à revenir sur un sujet d\u2019une importance aussi vitale.Nouvelles polices En 1966, $9 040 333 979 ont été souscrits en nouvelles polices d\u2019assurances sur la vie dont $6 396 829 664 en contrats d'assurance ordinaire et $2 643 504 315 en contrats d\u2019assurance collective.Les nouvelles polices émises au Québec représentent une proportion de 27.3%; les nouvelles polices émises en Ontario atteignent le chiffre de $3 803 611 000, soit 42%.Au Québec, dans l\u2019émission des nouvelles polices, les compagnies et sociétés canadiennes-françaises obtenaient, en 1963, 28.4% des nouvelles affaires québécoises; en 1964, 25.5%; en 1965, 24.4%.La proportion des nouvelles affaires des compagnies et sociétés canadiennes-françaises en comparaison du marché canadien était de 10.4% en 1963; 8.9% en 1964 et 7.9% en 1965.Cette décroissance est inquiétante, mais personne ne semble angoissé.Il faut à nouveau sonner l\u2019alerte.Assurances en vigueur En 1966, le total des assurances en vigueur atteint $76 824 365 000.L\u2019Ontario possède $33 019 535 000 d\u2019assurances en vigueur, soit 42.9%.La proportion du Québec est de 26.5% avec un volume d\u2019affaires de $20 376 931 000.Au 31 décembre 1965, toutes les compagnies et sociétés canadiennes-françaises possédaient 7.4% des affaires canadiennes.Pourtant, nous constituons 30% de la population de ce pays et nous payons une part de 30% des impôts canadiens.LA SUN LIFE A TRAVERS LE MONDE Pour tenter de faire comprendre nos compatriotes qui dorment profondément et qui oublient les servitudes à vivre LA SUN LIFE 213 au crochet des autres nations, nous allons étudier le dossier Sun Life.Voilà une compagnie dont le siège social est au Québec et dont l\u2019importance des affaires en vigueur triple le chiffre des affaires de toutes les compagnies et sociétés canadiennes-françaises d\u2019assurance sur la vie.Les primes perçues par la Sun Life quadruplent celles encaissées par nos compagnies.Primes Au 31 décembre 1966, la Sun Life encaisse en primes $275 521 588.Le partage des primes perçues au Canada et à l\u2019étranger s\u2019établit ainsi : Canada\tÉtranger Assurance ordinaire Assurance collective Rentes viagères .Total des primes .Les primes totales 60 008 215 35 744 216 12 438 900 $142 624 971 11 358 636 13 346 650 $108 191 331\t$167 330 257 perçues au Canada représentent 39.3%; les primes canadiennes d\u2019assurance ordinaire, 29.6%; les primes canadiennes d\u2019assurance collective, 75.8%; les primes canadiennes de rentes viagères 48.2%.Les primes de la Sun Life perçues au Québec s\u2019élèvent à $37 228 061 et elles sont ainsi réparties : Proportions des primes du Québec \t\tsur les\tsur les \tMontant\tprimes canadiennes de la Sun Life\tprimes totales de la Sun Life Assurance ordinaire\t17 656 050\t29.4%\t8.7% Assurance collective\t14 124 373\t39.5%\t29.9% Rentes viagères .\t5 447 638\t43.7%\t21.1% Total\t\t37 228 061\t34.4%\t13.5% La proportion des primes totales québécoises sur les primes canadiennes de la Sun Life est de 34.4%.Retenons ce pourcentage.Nous devrons y revenir souvent.Nouvelles polices En 1966, la Sun Life a souscrit 98 034 polices pour un montant d\u2019assurance de $1 313 473 632., soit près du double 214 ACTION NATIONALE des nouvelles affaires de toutes les compagnies canadiennes- françaises.Ces contrats se\tdistribuent\tselon les données suivantes :\tNombre de\t Au Canada\tpolices\tMontant Assurance ordinaire .\t40 196\t$419 470 540 Assurance collective .\t119\t232 576 328 Total\t\t40 315\t$652 046 868 À l\u2019étranger Assurance ordinaire .\t57 600\t$580 544 830 Assurance collective .\t119\t80 881 934 Total\t\t57 719\t$661 426 764 Le montant des nouvelles polices souscrites au Canada correspond à 49.6% des affaires nouvelles de la Company; les affaires canadiennes d\u2019assurance ordinaire représentent 41.9% des assurances ordinaires; les affaires canadiennes d\u2019assurance collective représentent 74.1%.Les nouvelles affaires de la Sun Life au Québec sont les suivantes : Proportions des nouvelles affaires québécoises sur les sur les Assurance\tNombre de polices\tMontant\taffaires canadiennes de la Sun Life\tnouvelles affaires totales de la Sun Life ordinaire .\t13 217\t128 725 336\t30.6%\t12.8% Assurance collective .\t38\t55 445 241\t23.8%\t17.6% Total .\t13 255\t184 170 577\t28.2%\t14 % La Sun Life, en 1966, souscrit 14% de ses nouvelles affaires au Québec, alors que la perception des primes au Québec correspond à 13.5%.Assurances en vigueur Au 31 décembre 1966, le chiffre des assurances en vigueur à la Sun Life était de $14 426 692 769, alors qu'au 31 décembre 1965, le chiffre des assurances en vigueur de toutes les compagnies et sociétés canadiennes-françaises n'étaient LA SUN LIFE 215 que de $5 623 939 775.Ces affaires étaient ainsi distribuées selon le territoire et les catégories d\u2019assurance : Canada\tÉtranger Assurance ordinaire\t3\t219\t046 695\t5 032\t261\t997 Assurance collective\t4\t968\t101 261\t1 207\t282\t816 Total.8\t187\t147\t956\t6 239\t544\t813 Les assurances en vigueur au Canada représentent 56.7% du chiffre d'affaires de la Company.Les affaires de la Sun Life en vigueur au Québec sont décrites dans le tableau que voici : Proportion des assurances en vigueur au Québec Montant\tsur les affaires sur les affaires canadiennes de totales de la \t\tla Sim Life\tSun Life Assurance ordinaire .\t935 546 394\t29 %\t11.3% Assurance collective .\t1 850 023 032\t37.2%\t29.9% Total\t\t2 785 569 426\t34 %\t19.3% Le volume des affaires en vigueur au Québec correspond à la proportion des primes perçues dans la province.Une proportion de 70% à 80% de ces polices a été souscrite par les Canadiens-Français.Actif Au 31 décembre 1966, l\u2019actif de la Sun Life était de $3 086 304 173.Le tableau suivant indique la distribution, entre le Canada et l\u2019étranger, selon quelques catégories de placement et l\u2019actif total.Canada\tÉtranger Obligations.\t598\t720\t207.\t872\t281\t736.Actions .66\t133\t293.\t225\t352\t287.Hypothèques\t.\t553 341 977.\t422\t150\t169.Actif .1 533 588 276.1 552 715 897.Les obligations canadiennes représentent 40.7% du total des obligations; les actions canadiennes, 22.6% du total des actions; les hypothèques canadiennes 56.7% et l\u2019actif canadien, 49,6% de l\u2019actif total. 216 ACTION NATIONALE Comme les primes recueillies au Canada constituent un pourcentage de 39.3% des primes totales de la Sun Life, nous pouvons constater que l\u2019actif canadien (49.6% de 1 actif total) bénéficie légèrement des affaires souscrites à 1 étranger.Ainsi, il appert que le Québec qui contribue 34.4% des primes souscrites au Canada par la Sun Life pourrait profiter d'au moins 38% des placements canadiens: hypothèques, obligations, actions, etc.LA SUN LIFE AU CANADA FRANÇAIS Hypothèques Au 31 décembre 1966, $975 492 146 sont placés en hypothèques, dont $553 341 977.investis au Canada.Ces placements hypothécaires sont ainsi répartis : Terre-Neuve.1\t713\t758 Ile-du-Prince-Edouard.947\t419 Nouvelle-Ecosse.9\t984\t244 Nouveau-Brunswick.4\t475\t042 Québec.162\t002\t600 Ontario .237\t114\t313 Manitoba.13\t620\t316 Saskatchewan.7750571 Alberta.54\t219\t947 Colombie-Britannique .61513767 Le Québec qui aurait pu bénéficier de $200 millions en prêts hypothécaires se satisfait de $162 millions, soit 29% de l\u2019actif hypothécaire.Ce ne sont pas les Maritimes qui sont favorisées de ces $40 millions.Les quatre provinces de l\u2019Atlantique ne jouissent que de $17 millions en prêts hypothécaires, soit 3% du portefeuille.Les $40 millions non souscrits au Québec sont accordés à l\u2019Ontario.Le succès commande le succès.Mais des $162 millions prêtés au Québec, quelle est la proportion accordée aux Canadiens-Français ?Au bureau d\u2019enregistrement de Montréal, nous avons relevé les 230 prêts hypothécaires de la Sun Life enregistrés entre le 1er janvier 1967 et le 5 juillet 1968.Cette compilation révèle LA SUN LIFE 217 que 25 prêts ont été accordés à des noms Canadiens-Français et 205 à des noms de consonance anglaise ou étrangère.223 de ces prêts ont été consentis sur des résidences situées à l'ouest de la rue St-Laurent.Dans le nombre des prêts consentis à Montréal, les Canadiens Français se contentent de 10.8%.Dans le montant des hypothèques compilées, nous recevons $828 472.sur $7 947 992., soit 10.4%.Nous avons aussi relevé dans les 52 publications de la Semaine Commerciale de 1967 les hypothèques consenties par la Sun Life du 1er janvier au 31 décembre 1967.Dans les bureaux d'enregistrement de Bellechasse, Lot-binière, Dorchester, Montmorency, Mégantic, Kamouraska, Frontenac, Montmagny, Thetford-Mines, Portneuf et Riviè-re-du-Loup-Témiscouata, aucun prêt hypothécaire de la Sun Life n'apparaît dans la Semaine Commerciale de 1967.Au bureau d'enregistrement de Lévis, un prêt est enregistré; au bureau de Chicoutimi, nous relevons trois prêts et au bureau d'enregistrement de Québec, 40 prêts ont été inscrits.38 prêts ont été accordés à des Canadiens-Français.Ainsi, sur les 274 prêts relevés à Montréal et en Province, 63 ont été consentis à des Canadiens-Français.La proportion dans le nombre des prêts faits, au Québec, en 1967, à des Canadiens-Français, s\u2019élève à 23%.Nous avons lieu de croire que cet échantillon reflète le portefeuille de la Sun Life.Le miroir est anti-canadien-français.« Nous avons dépassé notre objectif de prêt dans votre quartier » est la traditionnelle réponse des préposés de la Sun Life aux demandes de prêts formulées par des Canadiens-Français.Nous relevons pourtant des prêts consentis à des Canadiens de langue anglaise et qui vivent dans les mêmes secteurs.Obligations Au 31 mars 1968, le portefeuille des obligations et des actions privilégiées payables en monnaie canadienne et des obligations canadiennes payables en monnaie américaine s élevait à $658 716 258.Analysons ce portefeuille. 218 ACTION NATIONALE Gouvernement Les sommes suivantes étaient investies en obligations des gouvernements : Canada.$ 23 048 000 Terre-Neuve.800 000 Ile-du-Prince-Edouard .304 000 Nouvelle-Ecosse.4\t265\t000 Nouveau-Brunswick.5\t813\t000 Québec.57\t993\t667 Ontario .37\t565\t000 Manitoba.9\t543\t500 Saskatchewan.3\t293\t000 Alberta.9\t615\t000 Colombie-Britannique .19\t449\t500 $171 689 667 Dans les obligations du gouvernement du Québec, la Sun Life a investi $29 798 667.Dans les obligations de la Shawinigan Water, Southern Canada Power, Hydro-Qué-bec, Auto-Route, Commission Municipale de Québec, Saguenay Electric, garanties par le Québec, la Sun Life a investi $28 195 000.Cette somme totale de $57 993 667.représente 33.7% des obligations gouvernementales détenues par la Sun Life.Ce pourcentage est légèrement inférieur au 34.4% des primes déposées par les Québécois et au 38% qui pourrait nous revenir.Cités et Commissions scolaires Les placements de la Sun Life aux cités et commissions scolaires sont répartis de la façon suivante : Terre-Neuve.$\t0 Ile-du-Prince-Edouard.0 Nouvelle-Ecosse.740 000 Nouveau-Brunswick .222 500 Québec.40\t964\t141 Ontario .63\t057\t935 Manitoba.3\t695\t150 Saskatchewan.4\t656\t750 Alberta.1\t375\t741 Colombie-Britannique .8\t778\t630 Total .$123\t490\t847 IA SUN LIFE 219 De ces obligations de cités et commissions scolaires, la Sun Life a investi au Québec 33.1% et en Ontario, 51.1%.C'est la répétition de l\u2019attitude adoptée dans les prêts hypothèques.Au Québec, il convient d\u2019accorder un traitement inférieur à la proportion des primes et en Ontario, il faut investir davantage.Les obligations consenties aux commissions scolaires du Québec se chiffrent à $7 472 500.Cette minime valeur est comprise dans le montant inscrit en regard du Québec.Mais encore faudrait-il tenir compte que $3 770 000 de ces fonds ont été accordés à des commissions scolaires protestantes et de langue anglaise.Au Québec, sur le plan scolaire, la Sun Life applique la règle de l\u2019égalité de traitement, half-and-half comme à Paris.Il convient aussi de souligner que 51.8% de l\u2019argent prêté aux cités et commissions scolaires ont été consentis dans l\u2019Ile de Montréal qui a reçu $21 237 000 des $40 964 000 investis au Québec.Montréal, ville française english-speak-ing, reçoit plus que toutes les cités du Québec.Utilités publiques Au 31 mars 1968, les obligations d\u2019utilité publique détenues par la Sun Life étaient ainsi distribuées : Terre-Neuve.2\t987\t000 Ile-du-Prince-Edouard .1\t125\t000 Nouvelle-Ecosse .13\t521\t000 Nouveau-Brunswick .9\t925\t000 Québec .38\t499\t200 Ontario .10\t762\t100 Manitoba.250 000 Saskatchewan.Alberta .43\t065\t450 Colombie-Britannique .21\t001\t000 Total .141\t135\t750 Le Québec jouit de 27% des obligations d\u2019utilité publique.Nous sommes assez loin du 34.4% de primes déposées et du 38% de ristournes.La Bell Telephone Company compte pour 83.6% de ces obligations avec $31 925 000.Seule la Cie de Téléphone de La Tuque a connu le privilège de voir la Sun Life acheter $350 700. 220 ACTION NATIONALE d\u2019obligations d\u2019une entreprise canadienne-française d\u2019utilité publique.Industries Au 31 mars 1968, la Sun Life détenait des obligations industrielles ainsi partagées selon les provinces : Terre-Neuve .$\t0 Ile-du-Prince-Edouard .0 Nouvelle-Ecosse.2\t285\t000 Nouveau-Brunswick .1\t225\t000 Québec .60\t625\t000 Ontario .40\t172\t600 Manitoba .1\t060\t000 Saskatchewan.4\t500\t000 Alberta .21\t054\t757 Colombie-Britannique .18173 000 Total .$149\t095\t357 Le Québec obtient en ce secteur une proportion de 40.6%, mais ces valeurs au Québec sont concentrées entre quelques mains : Aluminium, $5 000 000; Canadian Industries, $8 699 000; Domtar, $6 028 000; Northern Electric.$4 600 000; BP Refinery, $2 355 000; Canada Cement, $2 367 000; Canadian British Aluminium, $2 021 000; J.P.Coats, $2 400 000; Price Co., $2 340 000; Tioxide of Canada, $2 550 000; RCA Victor, $1 850 000 et Miron, $1 375 000.En Ontario, une seule obligation est acquise aux Canadiens-Français : le Syndicat d'Oeuvres Sociales d\u2019Ottawa jouit de $58 000.Au Québec, la Sun Life a acheté les obligations des entreprises canadiennes-françaises suivantes : La Presse, $667 000; Donohue, $250 000; Métro-LaSalle, $250 000; Lafarge, $250 000; Pierre Thibault, $250 000; Jos.Vaillancourt, $116 000; Raymond, $75 000; et F.F.Soucy, $50 000.La somme totale consentie aux Canadiens-Français s\u2019élève à $1 908 000, soit une proportion inférieure à 1%.Obligations et actions diverses Le portefeuille du 31 mars 1968 de la Sun Life comporte diverses obligations et des actions privilégiées que LA SUN LIFE 221 nous regroupons sous cette rubrique et résumons dans le tableau suivant : Terre-Neuve .$ 1 723 000 Ile-du-Prince-Edouard .1\t300\t000 Nouvelle-Ecosse .1\t602\t000 Nouveau-Brunswick .0 Québec .16\t023\t123 Ontario .39\t733\t760 Manitoba .4\t664\t000 Saskatchewan .0 Alberta .4\t727\t854 Colombie-Britannique .2\t780\t900 Etats-Unis .750 000 Total .73\t304\t637 Le Québec obtient 21.8% de ce groupe de valeurs.Les compagnies de finance se partagent le gros lot de cette catégorie : Canadian Acceptance, $3 000 000; Alliance Credit, $1 716 375; B.P.Tankers Finance, $1 000 000; Commercial Crédit, $2 000 000; Eaton (T) Acceptance, $3 500; Evangeline Mortgage $500 000; General Motors Acceptance, $1 476 000; Holman's Acceptance $450 000; Hudson s Bay Acceptance, $2 700 000; Industrial Acceptance $13-000 000; International Harvester Credit, $500 000; Lauren-tide Financial, $1 481 000; Niagara Finance, $2 500 000; Simpsons Acceptance, $1 225 000; Simpsons-Sears Acceptance, $1 790 000; Traders Finance, $7 050 000; Union Acceptance, $1 900 000; Universal Cooler Acceptance, $86 260 et Woodward Acceptance, $900 000.La Sun Life a ainsi avantagé les compagnies de finance pour $43 278 135.Elle prête l\u2019épargne populaire à des entreprises dont certaines exploitent le peuple en imposant trop souvent des taux d\u2019intérêt croissant jusqu\u2019à 24% et 30% l\u2019an.Pendant ce temps, elle a placé $1 716 375 dans Alliance Credit, $500 000 dans le Crédit Foncier, $12 000 dans l\u2019Hôpital Cooke, $384 000 dans les Immeubles Delrano, $500 000 dans la Provincial Transport, $56 500 dans les Soeurs Franciscaines, $865 000 dans la Régie de la Place des Arts, $10 000 dans la SGF et $12 000 dans le TGC.La somme investie de 222 ACTION NATIONALE ce secteur dans des compagnies canadiennes-françaises s\u2019élève à $4 055 875, soit une proportion de 5.5% du secteur.Décidément, la Sun Life ne connaît pas et ne reconnaît pas les Canadiens-Français.Situation globale Au 31 mars 1968, les valeurs de la Sun Life investies au Québec se résumaient ainsi : Valeur\tValeur canadienne\tquébécoise Prêts hypothécaires1'1 .Obligations : gouvernement .cités .utilités publiques .industries .diverses .Total.$ 553 341 977 $162 002 600 171 689 667 123 490 847 141 135 750 149 095 357 73 304 637 1 212 058 235 57 993 667 40 964 141 38 499 200 60 625 000 16 023 123 376 107 731 Ce tableau démontre que la Sun Life place à peine 30% au Québec de son actif canadien.Elle replace dans le Québec environ 85% des réserves provenant des primes quelle y perçoit.La Sun Life traite le Québec à l\u2019égal de l\u2019Argentine, du Ceylan, de l\u2019Egypte, de la République de l\u2019Afrique du Sud, d\u2019Hong Kong, des Bermudes et de la Jamaïque.Mais là où l\u2019ostracisme se fait davantage sentir, c\u2019est dans la politique des placements à l\u2019égard des Canadiens-Français.A peine $15 000 000 peuvent nous être consentis en prêts hypothécaires.Des obligations des cités et commissions scolaires du Québec, il faut déduire les millions prêtés aux commissions scolaires protestantes et de langue anglaise et aux cités à majorité anglaise.Une seule compagnie canadienne-française a bénéficié de $350 700 sur des valeurs de $38 millions prêtés aux compagnies d\u2019utilité publique.Sur $149 millions d\u2019obligations industrielles, $1 908-000 sont orientés vers les nôtres.Dans les autres obligations, sur $73 millions, nous devons nous contenter de $4 millions.(1) Chiffres au 31 décembre 1966. LA SUN LIFE 223 Le bilan est plutôt négatif.Comment expliquer que les Canadiens-Français continuent tous les ans à verser $30 millions de primes à une Company qui ne leur en remet qu\u2019un faible pourcentage ?LES POSTES-CLEFS A LA SUN LIFE La direction L\u2019expansion de nos industries et de nos commerces canadiens-français n\u2019est pas favorisée par la Sun Life.Cette company n\u2019accorde pas non plus de promotion aux Canadiens-Français.Les postes-clefs ne nous sont pas accessibles.Sur 21 membres de la direction, nous ne retrouvons aucun Canadien-Français.Voici la liste des dirigeants de la Sun Life : MM.George W.Bourke.F.I.A.F.S.A., président du Conseil; Alistair M.Campbell, F.I.A., F.S.A., président; E.\tR.Alexander, premier vice-président; Thomas M.Galt, F.\tS.A., vice-président exécutif: G.F.S.Clarke, F.S.A., vice-président et actuaire en chef; A.O.Mackay, vice-président, hypothèques et immeubles; G.E.Brown, vice-président senior; W.G.Attridge, vice-président, agences; R.H.Hurl-burt, C.R., vice-président et directeur général du Service juridique; Anthony R.Hicks, vice-président exécutif; H.F.Gundy, F.S.A., vice-président, sélection des risques; Hugh McLeod, F.S.A., vice-président gestionnaire, assurance collective; J.S.B.Pemberton, vice-président, finances; A.C.M.Robertson, F.F.A., vice-président, opérations d\u2019assurance collective; A.G.Dennis, directeur exécutif, agence; C.L.Flavell, directeur exécutif, administration; S.}.Gowdy, directeur exécutif, personnel; A.R.Hasley, secrétaire; W.J.McCarthy, trésorier; A.K.Sills, contrôleur; D.H.Wood-house, M.D.directeur médical.Sur 9 actuaires, nous ne comptons qu\u2019un Canadien-Français, comme en témoigne la liste suivante : Actuaires associés : MM.S.M.T.Bailey, F.I.A., F.S.A.; L.J.Brown, F.S.A.; A.H.Gray, F.S.A.; D.G.Leybourne, F.S.A.Actuaires adjoints : MM.T.S.Bell, 224 ACTION NATIONALE F.S.A.; }.}.P.Dukacz, F.S.A.; J.R.Gardner, F.S.A.; François Vachon, F.S.A.Surintendant adjoint, émission des polices : M.W.C.Fairley.Sur les 17 responsables de l\u2019administration, un Canadien-Français travaille.Les noms de ces hauts fonctionnaires sont les suivants : Directeur senior de la Coordination : J.W.Parkinson, C.G.A.; Surintendant, administration des polices : J.T.Bradbury, F.L.M.I.; Surintendant, administration des succursales : J.E.Bingham; Directeur des services administratifs : L.M.Clark; Directeurs de la coordination : Jacques Deschênes, F.S.A.et R.T.Wiseman, F.S.A.; Surintendant associé, administration des polices : R.K.L.Welbourn, C.G.A., F.L.M.I.; Surintendants adjoints, administration des succursales : A.I.Bryan et H.W.Gustafson; Directeurs associés de la coordination ; H.R.Bentley, F.L.M.I.et N.B.Calvin; Directeurs adjoints de la coordination : W.F.Badke, F.L.M.I., C.E.Cartmel, F.L.M.I., C.D.Gore, T.L.Hood, M.N.Larsen et S.F.Trask, C.G.A., F.L.M.I.A la direction des agences, nous ne comptons aucun Canadien-Français sur un personnel de 22 technocrates, dont voici les noms et les fonctions : Surintendant général, services aux agences : G.P.Pim; Secrétaire des agences : W.B.Keith; Surintendants des agences : F.H.Frizzell, J.R.Hannam, D.E.Hart, C.L.U., M.D.Loucks, P.S.Mathewson, W.W.McAlpine, B.E.Moore, W.H.Reynolds, C.M.Root et K.M.Stewart; Surintendant associé des agences : D.S.A.Bell; Surintendants adjoints des agences : H.U.Banks, O.A.Darilek, Guy de Puyjalon, C.C.Dovey, C.L.U., C.L.Jeffrey, C L.U., K.G.Lawrence, C.J.D.Leamy, J.LeCheminant et M.P.Stefano.Sur les 17 dirigeants de l\u2019assurance collective, un seul Canadien-Français a été recruté.Voici les membres de ce service : Actuaire senior, assurance collective ; A.J.Moore, F.S.A.; Actuaires associés, assurance collective : O.R. LA SUN LIFE 225 Ainslie, F.S.A., R.D.Baldwin, F.S.A., O.A.Reed, F.S.A.; Louis Robert, F.S.A.; Actuaires adjoints, assurance collective : F.G.Morewood, F.S.A., R.H.Selles, F.S.A.; Surintendant, administration de l\u2019assurance collective : A.D.Lang; Surintendants adjoints, administration de l\u2019assurance collective : L.G.Clarkson, C.G.A., F.L.M.I., G.M.Grassby, A.S.A.; Directeur adjoint du personnel, assurance collective : W.S.Brisbane; Surintendant général, ventes et services d\u2019assurance collective ; H.R.Facey; Surintendants, assurance collective : ventes : G.J.Ferguson; pensions : W.F.Watson; Surintendants adjoints, assurance collective : pensions : J.S.Gunn; ventes et service : W.R.Pearo; C.W.Stitt.Des trois membres du bureau du contrôleur, aucun n\u2019est Canadien-Français ; Vérificateur au siège social ; R.F, Hawkes, C.A.; Directeur des impôts : F.W.Baker; Contrôleur adjoint : W.H.P.McGowan, C.A.Des six responsables du personnel, directeur du personnel : }.E.R.Lockhart, directeurs adjoints du personnel : J.E.Colley, R.F.Johnson, H.E.Moore, F.L.M.I., W.B.Siebrasse, Frances L, Wright, aucun n\u2019est Canadien-Français, Voici les 23 membres du service des placements : Trésoriers associés : G.N.Caughlin, C.F.A., H, B.Fewkes, J.C.Gordon, J.H.Harrison, J.F.Innés, P.R.MacGibbon; économiste ; J.W, Popkin; trésoriers adjoints : E.A.M.Hayhurst, C.G.A., J.S.Lane, J.G.Lynch-Staun-ton, R.R, Naudie, C.F.A., G.Poliszczuk, R.J.Setten, G.D.Smith, C.F.A., A.S.Taylor; trésorier résidant pour l\u2019Afrique du Sud : C.R.Gledhill; surintendant des hypothèques : G.A.Golden; surintendants associés, hypothèques et immeubles : C.R.Cummins, F, L.Stark; directeur des hypothèques et immeubles pour les Etats-Unis : G.L.Campbell; surintendants adjoints des hypothèques et immeubles : J.D.Burwell, T.A.J, Moll; surintendant des placements immobiliers : W.D.Thomas: surintendant adjoint des placements immobiliers : R.J.W.Wright.Aucun d\u2019eux n\u2019est Canadien-Français. 226 ACTION NATIONALE Les 9 dirigeants du secrétariat sont étrangers à la nation Canadienne-Française.Secrétaire associé : H.T.N.Peterson; secrétaires adjoints : G.E.Merritt, J.A.Norman, A.C.L.U., J.G.Tyrrell; surintendants des réclamations : C.L.Brodie, K.ohnston; surintendants adjoints des réclamations : J.Fraser, C.H.Hopkins, F.G.Ogilvie.A la sélection des risques, nous ne comptons pas un seul Canadien-Français : Directeur de la sélection des risques : G.W.Wilson, F.S.A.; directeur associé de la sélection des risques : D.L.Gauer, F.S.A.; directeur adjoint de la sélection des risques : E.Cameron; directeur de la recherche, sélection des risques : T.M.Lawrence.Au service juridique, un Canadien-Français a été promu.Voici les noms des 7 membres de ce service : Directeurs généraux associés : J.A.Brabant, B.C.L., W.J.Hulbig, B.C.L., A.G.McCracken, B.R.Ritchie, C.R.; directeur général adjoint : Luc Plamondon, LL.L.; directeurs adjoints : Roberta K.Shapiro, LL.B., B.S.Taylor, B.C.L.Au service médical, trois médecins agissent en qualité de directeurs médicaux ; directeurs médicaux associés : T.R.Hale, M.D., }.H.Hellstrom, M.D.; directeur médical adjoint : F.A.d\u2019Abadie, M.D.Aucun d\u2019eux n'est Canadien-Français.Enfin, les six responsables de la division britannique ne sont pas Canadiens-Français : gérant des agences : J.A.Brindle; actuaire résidant ; M.C.Polman, F.I.A.; gérant général pour la Grande-Bretagne et l\u2019Irlande : F.K.Doody; secrétaire résidant : J.C.Cleland; trésorier résidant : P.W.Dyson; directeur médical consultant : S.Oram, M.D.Sur les 147 membres de la direction, 4 seulement sont Canadiens-Français.Même si un recensement officiel était ordonné, on ne pourrait pas doubler ce nombre.Notre proportion est nettement injuste.Sur le plan humain, la LA SUN LIFE 227 Sun Life ne nous traite pas avec plus de justice que sur le plan financier.UNE ASSEMBLEE DE MILLIONNAIRES Les administrateurs La Sun Life compte 20 administrateurs élus, en théorie, par les assurés et, en pratique, par eux-mêmes.L aboutissement de cette politique édifie, non une tour d ivoire, mais une force puissante et agissante qui constitue ces administrateurs en autorité régnante au Canada et au Québec.Voici les noms et les fonctions de chacun de ces 20 administrateurs : M.George W.Bourke, F.I.A., F.S.A., LL.D., D.C.L.Westmount Président du Conseil, Sun Life Assurance Co.of Canada Directeur et membre de l\u2019Exécutif, Canadien Pacific Railway Co.Directeur, Bank of Montreal Domtar Ltd.Imperial Chemical Industries of Canada, Ltd.The Royal Trust Co.Membre du conseil consultatif, Montreal General Hospital Gouverneur, McGill University M.Alistair M.Campbell, M.A., F.I.A., F.SJV.Westmount Président, Sun Life Assurance Co.of Canada Directeur et président du comité exécutif, Canadian Enterprise Development Corp.Ltd.The Royal Trust Co.Directeur, Asbestos Corporation Ltd.Canadian Pacific Investments Ltd.American Research and Development Corp.of Boston The Royal Trust Mortgage Co.The Steel Co.of Canada Canadian Industries Ltd. 228 ACTION NATIONALE M.E.Ryckman Alexander, Jr.Montréal Premier vice-président de Sun Life Assurance Co.of Canada Président de Cornwall Street Railway Light & Power Co.Ltd.The Stormont Electric Light & Power Co.Ltd.The Glengarry & Stormont Railway Co.Directeur de Fraser Companies, Ltd.Canadian International Power Co.Ltd.International Power Co.Ltd.Northern and Central Gas Co.Ltd.Calgary Power Ltd.Sir George Bolton, K.C.M.G.Londres Président du Conseil, Bank of London & South America Limited (Ses autres directorats nous sont inconnus) Hon.F.Philippe Brais, C.B.E., Q.C., LL.D., M.L.C.Outremont Associé de Brais, Campbell, Pepper & Durand Président du Conseil de Rediffusion, Inc.Banque Canadienne Nationale Président de Les Cinémas Odéon Ltée Directeur de Canadian Pacific Railway Co.Fraser Companies Ltd.Montreal Trust Co.Woods Manufacturing Co.Ltd.Canadian Investment Fund Ltd.Canadian Fund, Inc.The Wabasso Cotton Co.Ltd.Canada Iron Foundries Ltd.Golden Eagle Refining Co.of Canada Ltd.Seigniory Club Community Association Ltd.Membre du conseil consultatif canadien, Sun Alliance and London Insurance Group, of London LA SUN LIFE 229 M.Frank Manning Covert, O.B.E., D.F.C., Q.C.Halifax, N.-E.Associé senior de Stewart, MacKeen ô Covert Président de The Great Eastern Corp.Ltd.Atlantic Building Materials Ltd.Maritime Paper Products Ltd.Moirs Ltd.Ben\u2019s Ltd.Directeur de Industrial Acceptance Corp.Ltd.Marine Steel & Foundries Ltd.Canadian Petrofina Ltd.Acadia Insurance Co.Phoenix Assurance Co.Ltd.The Royal Bank of Canada Montreal Trust Co.National Sea Products Ltd.Minas Basin Pulp & Power Co.Ltd.Canadian Keyes Fibre Co.Ltd.Minas Shipping Co.Ltd.Sydney Engineering & Dry Dock Co.Ltd.R.T.Holman Ltd.Pyrominerals Ltd.Halliday Craftsmen Ltd.Eastern Telephone & Telegraph Co.Acadian Lines Ltd.Cameron Contracting Ltd.Maritime Accessories Ltd.General Mortgage Corporation of Canada Nova Scotia Light and Power Co.Ltd.Bowaters Mersey Paper Co.Ltd.Trizec Corp.Ltd.(Montreal) Twin Cities Co-operative Dairy Ltd.Canning Investment Corp.Ltd.Vice-président et membre du Conseil d'administration de Halifax Infirmary Hospital Membre du Conseil des Gouverneurs de Dalhousie University 230 ACTION NATIONALE M.H.Roy Crabtree Westmount Président du Conseil et président de Wabasso Company Ltd.and subsidiaries Président du Conseil de Howard Smith Paper Mills Ltd.Directeur de Fraser Companies Ltd.and subsidiaries R ô M Bearings Canada Ltd.Renold Chains Canada Ltd.Lynn MacLeod Engineering Supplies Ltd.Bank of Montreal Montreal Trust Co.Ludger Gravel 6 Fils Ltée Velcro Industries Ltd.United Aircraft of Canada Ltd.St.Lawrence Corp.Ltd.Hinde & Dauch Ltd.Stanstead & Sherbrooke Insurance Co.Domtar Ltd.Dominion Glass Co.Ltd.Toromont Industrial Holding Ltd.Membre du conseil consultatif canadien de The Commercial Union Group of Insurance Companies M.John A.Fuller Ile Bizard Directeur de United States Steel Corp.The Bell Telephone of Canada The Royal Bank of Canada Rolls-Royce of Canada Ltd.Montreal Trust Co.Canada General Fund Inc.General Reinsurance Corp.The Sherwin-Williams Co.of Canada Ltd.Membre du Conseil des gouverneurs de McGill University Welfare Federation of Montreal LA SUN LIFE 231 Membre du Conseil exécutif de Canadian Manufacturers\u2019 Assoc.Membre du conseil de Royal Edward Laurentian Hospital M.George Arnold Reeve Hart, M.B.E., LL.D., D.C.L., D.C.Sc.Montréal Président du Conseil, Bank of Montreal Directeur de Canadian Canners Ltd.Canadian Fund, Inc.Canadian Investment Fund, Ltd.Canadian Pacific Railway Co.Cominco Ltd.Consolidated-Bathurst Ltd.The International Nickel Co.of Canada Ltd.The Ogilvie Flour Mills Co.Ltd.Royal/London & Lancashire (conseil consultatif canadien) The Steel Company of Canada Ltd.United Aircraft of Canada Ltd.Uniroyal Inc.Western/British America Assurance Companies Group Bank of London & Montreal Ltd.Commandant Properties Ltd.Membre du comité de placement de The Canada Council Canadian council National Industrial Conference Board Directeur de Y.M.C.A.The Royal Commonwealth Society (Montréal) Membre du conseil consultatif (succursale de Montréal) de Rehabilitation Institute of Montreal Membre honoraire du conseil consultatif de Health League of Canada Canadian General council Boy Scouts of Canada 232 ACTION NATIONALE Membre du conseil consultatif de Dollar Sterling Trade Council Membre du conseil des gouverneurs de United Red Feather Services Membre du conseil de fiducie (section du Québec) de The Canadian Red Cross Society Membre du conseil canadien d\u2019administration de Canadian Cancer Society Membre du conseil des gouverneurs de Canadian Export Assoc.Canadian Trade Comm.Combined Health Appeal of Greater Montreal Directeur de The Montreal Boys' Assoc.Canadian Council International Chamber of Commerce Gouverneur de Sir George Williams University University of New Brunswick McGill University M.Louis Hébert Montréal 25 Président de la Banque Canadienne Nationale Directeur de RoyNat Ltd.La Société de la Caisse de Retraite de la Banque Canadienne Nationale The Wabasso Cotton Co.Ltd.Compagnie Immobilière BCN Ltée The Ogilvie Flour Mills Ltd.Secrétaire-trésorier de Service Social des Sourdes-Muettes Gouverneur de 1 Hôpital Notre-Dame Membre du comité de placement de Canada Council Expert Credits Insurance Corp. LA SUN LIFE 233 M.G.W.Humphrey Chagrin Falls, Ohio Président du conseil de The Hanna Mining Company (Ses autres directorats nous sont inconnus) M.Herbert H.Lank Westmount Président du Conseil et Du Pont of Canada Ltd.Vice-président et directeur de The Toronto-Dominion Bank Directeur de Montreal Trust Co.Northern Electric Co.Ltd.Hudson\u2019s Bay Oil and Gas Co.Ltd.Consolidated-Bathurst Ltd.Dominion Bridge Co.Ltd.Canadian Pacific Railway Co.Bell Telephone Co.of Canada United Aircraft of Canada Ltd.Crédit Foncier Franco-Canadien Miron Co.Ltd.Canadian Enterprise Development Corp.Toromont Industrial Holdings Ltd.Canadian Corp.for the 1967 World Exhibition Hon.Hartland de M.Molson, O.B.E., C.A., F.C.I.S.Montréal 25 Président du Conseil de Molson Breweries Ltd.Canadian Arena Co.Vice-président et directeur de Bank of Montreal Directeur de Canadian Corporate Management Co.Ltd.Stone & Webster Canada Ltd.Jamaica Public Service Ltd.Canadian Industries Ltd. 234 ACTION NATIONALE M.Vincent William Thomas Scully, C.M.G., F.C.A.Hamilton, Ont.Président du Conseil de The Steel Co.of Canada Ltd.Directeur de ^fabush Iron Co.Ltd.Trans-Canada Pipe Lines Ltd.The British American Oil Co.Ltd.Ontario Steel Products Co.Ltd.Bank of Montreal Moore Corp.Ltd.The American Iron & Steel Institute Gouverneur de McMaster University M.Ian David Sinclair, Q.C.Montréal-Ouest Président, Canadian Pacific Railway Co.Quebec Central Railway Dominion Atlantic Railway Vice-président et directeur de Canadian Pacific Investments Ltd.Canadian Pacific Transport Co.Ltd.Canadian Pacific Oil and Gas Ltd.Canadian Pacific Express Co.Meadowbrook Development Corp.Midland Simcoe Elevator Co.Canadian Pacific Air Lines Ltd.Directeur de Pacific Logging Co.Ltd.Smithsons Holdings Ltd.Bow River Pipe Lines Ltd.Marathon Realty Co.Ltd.Smith Transport Ltd.Grand River Railway Co.Esquimalt & Nanaimo Railway Co.Sooke Forest Products Ltd.Cominco Ltd.Canadian Marconi Co.Trans-Canada Pipe Lines Ltd.Royal Bank of Canada IA SUN LIFE 235 Hon.James Sinclair, P.C.North Vancouver, B.-C.Président du Conseil, Lafarge Cement of North America Ltd.Deeks-McBridge Ltd.Directeur de Bank of Montreal Columbia Cellulose Co.Ltd.Celgar Ltd.Canadian Industries Ltd.Cominco Ltd.Alcan Aluminium Ltd.Membre du Conseil de B.C.Energy M.J.Herbert Smith, D.Sc.Toronto Président, Canadian General Electric Co.Ltd.Président du conseil, Dominion Engineering Work Ltd.Directeur de Canadian Imperial Bank of Commerce Rio Algom Mines Ltd.Wellesley Hospital M.R.Ewart Stavert, B.Sc.Montréal Président du Conseil de Guardian Insurance Co.of Canada Président du Conseil consultatif de Guardian-Union Group of Insurance Companies Directeur de The Canada Starch Co.Ltd.Chemcell Ltd.Comincô Ltd.Columbia Cellulose Co.Ltd.Consumers Glass Co.Ltd.Dominion Bridge Co.Ltd.The International Nickel Co.of Canada Ltd. 236 ACTION NATIONALE M.Marcel Vincent Westmount Président de The Bell Telephone Co.of Canada Directeur de Trans-Canada Pipe Lines Ltd.Northern Electric Co.Ltd.Gouverneur honoraire de Montreal Stock Exchange Membre du Conseil des gouverneurs de Stratford Shakespearean Foundation of Canada Université d\u2019Ottawa Faculté de Commerce à l\u2019Université Laval Président de The Canadian Council International Chamber of Commerce M.Colin W.Webster Westmount Président de Canadian Import Ltd.Président du Conseil de Liquefuels Ltd.Directeur de Dommion Steel and Coal Corp.Ltd.Domtar Ltd.Pacific Petroleums Ltd.Massey-Ferguson Ltd.The Great Eastern Insurance Co.Hawker Siddeley Canada Ltd.Stewart Smith (Canada) Ltd.Montreal Shipping Co.Ltd.Claude Neon Advertising Ltd.Montreal Trust Co.The St.Lawrence Stevedoring Co.International Paints (Canada) Ltd.Dominion Coal Co.Ltd.Canadian General Insurance Co.Canadian General Investments Ltd.Canadian Liquid Air Ltd.Société l\u2019Air Liquide (France) Annis Furs (Détroit) The Royal Bank of Canada SUN LIFE 237 Montreal Locomotive Works Ltd.Dominion Textile Co.Ltd.Canafund Co.Ltd.Montship Lines Ltd.Napierville Junction Railway Co.St.Lawrence Tankers Ltd.Toronto, Hamilton and Buffalo Railroad Co.Toronto General Insurance Co.Traders General Insurance Co.Worthington (Canada) Ltd.Cette assemblée d\u2019administrateurs est déjà révélatrice et significative.Qu\u2019on nous permette toutefois de compléter le tableau en présentant quelques données supplémentaires : nombre d\u2019administrateurs de la Sun Life émanant d\u2019une même compagnie, actif de chacune des entreprises dans lesquelles siègent un ou des administrateurs de la Sun Life et montant des obligations détenues par la Sun Life dans des entreprises dirigées par ses administrateurs.BANQUES Royal Bank of Canada Toronto-Dominion Bank Canadian Imperial Bank of Commerce Bank of Montreal Banque Canadienne Nationale Bank of London & South America Limited Bank of London & Montreal Ltd.Nombre d'administrateurs de la\t\tObligations Sun Life\t\tdétenues repré-\t\tpar la sentant\tActif de chaque\tSun Life chaque\tcompagnie au\tdans compagnie\t31 décembre\tchaque indiquée\t1966\tcompagnie 4\t$6 935 930\t550 1\t3 076 614\t115 1\t6\t594\t867\t487 6\t5 422 750\t494 2\t1\t120\t724\t921 1 1 ASSURANCE Acadia Insurance Co.\t1 Canadian General Insurance Co.\t1 General Reinsurance Corp.\t1 Guardian Insurance Co.of Canada\t1 Great Eastern Insurance Co.\t1 Phoenix Assurance Co.Ltd.\t1 9 773 932 21\t475 061 19 432 671 22\t920 408 4 637 615 2 934 164 238 ACTION NATIONALE Nombre d\u2019administrateurs de la Sun Life représentant Actif de chaque chaque\tcompagnie au compagnie\t31 décembre indiquée\t1966 Royal London & Lancashire\t1 Sun Alliance and London Insurance Group, of London\t1 Toronto General Insurance Co.\t1 Western British America Assurance\t1 Commercial Union Group of Insurance Companies\t1 Stanstead and Sherbrooke Insurance Co.\t1 Export Credits Insurance Corp.\t1 FONDS MUTUELS ET SOCIÉTÉ DE FIDUCIE Canadian Investment Fund,\tLtd.\t2 Canadian Fund, Inc.\t2 Canning Investment Corp.\tLtd.\t1 Canada General Fund Inc.\t1 Canadian General Investments Ltd.\t1 Royal Trust\t1 Montreal Trust\t6 15 529 902 52 246441 5 477 278 131 061 713 15 907 802 39 228 286 665121 000 398 023 417 Obligations détenues par la Sun Life dans chaque compagnie FINANCE Industrial Acceptance Corp.Ltd.RoyNat ltd.Crédit Foncier Franco-Canadien Royal Trust Co.Mortgage Corp.Canadian Enterprise Development Corp.Ltd.General Mortgage Corporation of Canada Société de la Caisse de Retraite de la BCN Traders General Insurance Co.Compagnie Immobilière BCN Ltée UTILITÉ PUBLIQUE Bell Telephone Co.of Canada Canadian International Power Co.Ltd.Calgary Power 1\t943\t536 000\t13 000\t000 1\t86\t750 820\t10\t000 1\t209\t860 399\t500\t000 1\t95\t120 000 2 1\t8 275257 1 1 1 3\t2 459 833 000\t31 925 000 1\t211111076 1\t283 167 921 17 765 000 LA SUN LIFE 239 Nova Scotia Light and Power Co.Ltd.Jamaica Public Service Ltd.Northern and Central Gas Co.Ltd.Eastern Telephone & Telegraph Co.International Power Co.Ltd.B.C.Energy Board Light & Power Co.Ltd.Stormont Electric Light & Power Co.Ltd.Nombre d\u2019administrateurs de la\t\tObligations Sun Life\t\tdétenues repré-\t\tpar la sentant\tActif de chaque\tSun Life chaque\tcompagnie au\tdans compagnie\t31 décembre\tchaque indiquée\t1966\tcompagnie i\t119 984 341\t i\t18 868 500\t i\t215 697 620\t4 737 0 1 PRODUITS CHIMIQUES Electriques, métalliques, PIPELINES, HUILES ET MINES Domtar Limited Chemcell Ltd.Canadian Industries Ltd.Du Pont of Canada Ltd.International Paints (Canada) Ltd.Sherwin-Williams Co.of Canada Ltd.Imperial Chemical Industries of Canada, Ltd.Trans-Canada Pipe Lines Ltd.Canadian Petrofina Limited British American Oil Co.Ltd.Hanna Mining Co.Pacific Petroleums Ltd.Bow River Pipe Lines Ltd.Canadian General Electric Co.Ltd.Canadian Marconi Co.Northern Electric Co.Ltd.Alcan Aluminium Limited Cominco Ltd.International Nickel Co.of Canada Ltd.FER ET ACIER Steel Co.of Canada Ltd.Dominion Bridge Co.Ltd.3\t506 402 914\t6 814 000 1\t204 861 000\t22 000 3\t272 515 000\t8 699 000 1\t187 115 542\t 1\t5 297 107\t 1\t22 905 446\t 1\t\t 3\t579 150 700\t12 061 000 1\t229 230 615\t 1 1\t798 566 000\t1 620 000 1 1\t356 877 858\t 1\t279 079 435\t 1\t46 783 175\t500 000 2\t239 813 782\t4 600 000 1\t1 735 575 555\t 4\t356 095 000\t 2\t1 022 793 000\t 1\t708189 076\t2 750 000 2\t135 960 037\t1 500 000 240 ACTION NATIONALE Hawker Siddeley Canada Ltd.Dominion Steel & Coal Corp.Ltd.Dominion Coal Co.Ltd.Maritime Steel & Foundries Ltd.Canada Iron Foundries Ltd.Massey-Ferguson Limited Montreal Locomotive Works Ltd.Ontario Steel Products Co.Ltd.R & M Bearings Canada Ltd.Renold Chains Canada Ltd.Worthington (Canada) Ltd.Dominion Engineering Works Ltd.Ontario Steel Products Co.Ltd.Rolls-Royce of Canada Ltd.Rio Algom Mines Limited Steel Company of Canada Ltd.American Iron & Steel Institute Sydney Engineering & Dry Dock Co.Ltd.United States Steel Corp.PULPE, PAPIER Bowaters Mersey Paper Co.Ltd.St.Lawrence Corp.Ltd.Hinde & Dauch Ltd.Columbia Cellulose Co.Ltd.Fraser Companies Ltd.Minas Basin Pulp & Power Co.Ltd.Minas Shipping Co.Ltd.Canadian Keyes Fibre Co.Ltd.Celgar Ltd.Howard Smith Paper Mills Ltd.Maritime Paper Products Ltd.TRANSPORT Canadian Pacific Railway Co.Canadian Pacific Investment Ltd.Canadian Pacific Air Lines Ltd.Canadian Pacific Express Co.Ltd.Canadian Pacific Transport Co.Ltd.Canadian Pacific Oil and Gas Ltd.Actif de chaque compagnie au 31 décembre 1966\tObligations détenues par la Sun Life dans chaque compagnie 320 082 643 189 015 590\t1 500 000 35 018 249 7190100 85 453 394\t1 156 000 845 769 883\t 24 454 900 20 569 480\t 2 081 431 2 971 146\t 20 569 480\t 217 583 000 708 189 076\t525 000 48 158 920\t 147 748 079\t458 000 27 602 586\t 221 157 649\t 95 798 986\t 122 527 014\t63 500 Nombre d\u2019admi- nistrateurs de la Sun Life repré- sentant chaque compagnie indiquée 1 1 1 1 i t i 1 1 i i 1 t 1 i 1 i i i i i i 2 3 1 1 1 1 1 1 5 2 1 1 1 1 LA SUN LIFE 241 Marathon Realty Co.Ltd.Pacific Logging Co.Ltd.Acadian Lines Ltd.Cornwall Street Railway Dominion Atlantic Railway Esquimau & Nanaimo Railway Co.Glengary & Stormont Railway Co.Grand River Railways Co.Napierville Junction Railway Co.Quebec Central Railway Smith Transport Ltd.Toronto, Hamilton and Buffalo Railroad Co.Nombre d\u2019administrateurs de la\t\tObligations Sun Life\t\tdétenues repré-\t\tpar la sentant\tActif de chaque\tSun Life chaque\tcompagnie au\tdans compagnie\t31 décembre\tchaque indiquée i 1\t1966\tcompagnie 1 880 000 1 085 000 CONSTRUCTION Lafarge Cement of North America Ltd.\t1 Miron Co.Ltd.\t1 Deeks-McBride Ltd.\t1 Atlantic Building Materials Ltd.\t1 Cameron Contracting Ltd.\t1 31 055 717\t356 000 74 560 400\t1 375 000 UNIVERSITÉS Dalhousie University\t1 McGill University\t3 McMaster University\t1 Sir George Williams University\t1 University of New-Brunswick\t1 Université d'Ottawa\t1 Faculté de Commerce de l'Université Laval\t1 ASSOCIATIONS Health League of Canada\t1 International Chamber of Commerce\t1 Montreal, the Royal Commonwealth Society\t1 Montreal Boy\u2019s Assoc.\t1 Rehabilitation Institute of Montreal\t1 Seigniory Club Community Association Ltd.\t1 242 ACTION NATIONALE Nombre d\u2019admi- nistrateurs de la\t\tObligations Sun Life\t\tdétenues repré-\t\tpar la sentant\tActif de chaque\tSun Life chaque\tcompagnie au\tdans compagnie\t31 décembre\tchaque indiquée\t1966\tcompagnie Welfare Federation of Canada\t1 Y.M.C.A.\t1 American Research and Development Corp.of Boston\t1 Canadian Manufacturers' Assoc.\t1 Canada Council\t2 Canadian Council National Industrial Conference\t2 Canadian General Council\t1 Canadian Red Cross Society\t1 Canadian Cancer Society\t1 Canadian Export Assoc.\t1 Canadian Trade Comm.1 Combined Health Appeal of Greater Montreal\t1 Canadian Corp.for the 1967 World Exhibition\t1 Canadian Council International Chamber of Commerce\t1 Boy Scouts of Canada\t1 Strafford Shakespearean Foundation of Canada\t1 HOPITAUX Halifax Infirmary Hospital Hôpital Notre-Dame Montreal General Hospital Royal Edward Laurentian Hospital Service Social des Sourdes-Muettes Wellesley Hospital of Canada DIVERS Asbestos Corp.Ltd.Canadian Arena Co.Canadian Corporate Management Co.Ltd.Consumers Glass Co.Ltd.Claude Neon Advertising Ltd.Canadian Liquid Air Ltd.Société L\u2019Air Liquide (France) .Dominion Glass Co.Ltd.1 1 1 1 1 1 1\t76 380 296\t 1\t4 458 113\t 1\t52 895 371\t 1\t21 983 752\t500000 1\t11 736 915\t 1\t\t500 000 1\t\t 1\t38123451\t LA SUN LIFE 243 Nombre d\u2019administrateurs de la Sun Life représentant chaque compagnie indiquée Rediffusion Inc.Toromont Industrial Holdings\tLtd.\t2 Velcro Industries Limited\t1 Annis Furs (Détroit)\t1 Brais, Campbell, Pepper, Durand\t1 Cinémas Odéon Ltée\t1 Consolidated-Bathurst Ltd.1 Commandant Properties Ltd.\t1 Canadian Import Ltd.\t1 Dollar Sterling Trade Council\t1 Golden Eagle Refining Co.of Canada Ltd.\t1 Great Eastern Corp.Ltd.\t1 R.T.Holman Ltd.\t1 Holliday Craftsmen Ltd.1 International Systcoms Ltd.1 Lynn MacLeod Engineering Supplies Ltd.\t1 Liquefuels Ltd.\t1 Meadowbrooks Development Corp.\t1 Midland Simcoe Elevator Co.\t1 Montreal Stock Exchange\t1 Montreal Shipping Co.Ltd.\t1 Ludger, Gravel & Fils Ltée\t1 Montship Lines Ltd.\t1 Pyrominerals Ltd.1 Stewart, MacKeen & Covert\t1 Stone & Webster Canada Ltd.\t1 Smithsons Holdings Ltd.\t1 Sooke Forest Products Ltd.\t1 Stewart Smith (Canada) Ltd.\t1 St.Lawrence Stevedoring Co.\t1 St.Lawrence Tankers Ltd.\t1 Twin Cities Co-operative Dairy Ltée\t1 United Aircraft of Canada Ltd.\t3 Unifoyal Inc.\t1 United Red Feather Services\t1 Woods Manufacturing Co.Ltd.\t1 Wabush Iron Co.Ltd.\t1 Moirs Limited\t1 Canadian Canners Ltd.\t1 Obligations détenues par la Actif de chaque Sun Life compagnie au\tdans 31 décembre\tchaque 1966\tcompagnie 9166 365 B 354 301 10400 6 777 453 51 289 241 244 ACTION NATIONALE \tNombre d'administrateurs de la Sun Life représentant chaque compagnie inoiquée\tActif de chaque compagnie au 31 décembre 1966\tObligations détenues par la Sun Life dans chaque compagnie Ben\u2019s Ltd.Canada Starch Co.Ltd.\t1 1\t\t National Sea Products Ltd.\t1\t30 571 736\t Molson Breweries Ltd.\t\t1\t79 279 141\t Dominion Textile Co.Ltd.\t1\t262 232 888\t3 325 000 Wabasso Cotton Co.Ltd.Hudson\u2019s Bay Oil and Gas Co.Ltd.\t3 1\t35 125 360\t2 529 540 Maritime Accessories Ltd.Ogilvie Flour Mills Co.Ltd\t\t1 2\t60 753 000\t Moore Corp.Ltd.\t1\t196 405 479\t Trizec Corp.Ltd.\t1\t177 734 530\t Le jeu de l\u2019imbrication des administrateurs de la Sun Life crée un empire de l\u2019ordre de $46 351 202 721 d\u2019actif.Encore faut-il noter que cette somme colossale provient de 91 entreprises seulement et qu\u2019il nous a été impossible pour le moment de compiler l\u2019actif de 122 autres entreprises ou institutions jouissant de la présence d\u2019un administrateur de la Sun Life sur leur bureau de direction.Vous pouvez facilement imaginer les conséquences nationales et les répercussions sociales d\u2019une telle situation.Les forces réelles de pression au Québec ne sont pas représentées par la F.T.Q., la C.S.N., la C.E.Q.et les S.S.J.B.Les influences exercées par les 20 administrateurs de la Sun Life orientent la politique des divers gouvernemnts dans une plus large mesure que celle des interventions populaires.D\u2019Allen à Thompson, du Pacific à la Shawinigan, l\u2019histoire a démontré la puissance des grandes compagnies et la faiblesse des citoyens à diriger les destinées du Québec.Mais hélas ! la puissance des grands est constituée par l\u2019apathie des citoyens.Les Canadiens-Français bâtissent eux-mêmes les chaînes de leur serviture.Au lieu de s\u2019aider mutuellement, au lieu de confier leurs épargnes à leurs pro- LA SUN LIFE 245 près institutions mutuelles ou coopératives, au lieu de s occuper de leurs propres affaires en leur qualité de sociétaires, ils continuent bêtement à déposer tous les ans $700 000 000 de primes aux institutions étrangères d assurances.Une telle attitude aboutit à ce que nous avons vu : notre argent grandit le Québec anglais.Il finance les entreprises étrangères.Il permet à nos compatriotes anglais d accéder aux postes-clefs.Et c\u2019est ainsi que nous voyons la Sun Life détenir $121 766 440.d\u2019obligations dans les diverses compagnies de ses propres administrateurs, alors qu elle n a investi que $6 372 575.en des valeurs de compagnies canadiennes-françaises.De son portefeuille d\u2019obligations industrielles, de transport, d\u2019utilité publique et autres dont la valeur s\u2019élève à $363 535 744., elle a accordé 33.4% aux compagnies de ses administrateurs et 1.7% aux Canadiens-Français.CONCLUSIONS QUE FAIRE ?Notre société canadienne-française croule sous le poids de la finance étrangère.Les pontifes des entreprises étrangères ne veulent pas reconnaître les droits des Canadiens-Français.Les intérêts des financiers étrangers ne s\u2019appuient pas sur les intérêts du peuple.Mais notre petit peuple veut-il vivre?Veut-il se relever?Veut-il organiser sa vie sociale?Veut-il rester français ?Et si oui, qui l\u2019aidera à se redresser ?Comment s\u2019opérera l\u2019oeuvre nécessaire d\u2019émancipation ?Poser ces questions n\u2019est pas pour moi un jeu intellectuel.L\u2019économie de la nation canadienne-française, ce n\u2019est pas pour moi une pure abstraction.Dans l\u2019ordre social et moral, c\u2019est un des plus grands problèmes que nous avons à envisager.Car l\u2019économie canadienne-française conditionne la vie de la nation 246 ACTION NATIONALE canadienne-française, sa richesse, son épanouissement culturel et le bonheur même de tout Canadien-Français d\u2019au-jourd hui et de demain.Bâtir notre économie, c\u2019est l\u2019oeuvre de la fin de ce siècle et de la solution que nous y apporterons dépendra notre survivance nationale ou notre disparition comme nation.En cette fin du vingtième siècle, nous serons les témoins d\u2019une vie ou d\u2019un drame.A chacun de vous de collaborer à la vie ou à la mort.ROSAIRE MORIN 247 À QUAND UN CODE D\u2019ÉTHIQUE PROFESSIONNELLE?Entre le publie et les journalistes il y a souvent des méfiances profondes.Les journalistes honnêtes en sont offensés car ils savent ce que la moindre nouvelle exige en recherches et en contrôles, en précision des termes et en mesure dans la présentation.Mais il y a les autres journalistes.ceux qui abusent du public.ceux qui le prennent pour une bonne poire, pour un consommateur payant comptant.Un exemple flagrant de manquement à la vérité est celui de DIMANCHE-DERNIÈRE-HEURE du 1 septembre 1968, quand en page une, il titre ï « L'ÉGLISE ET L'AUTORITÉ DU PAPE DUREMENT ÉBRANLÉES.L'ÉPISCOPAT BELGE : OUI À LA PILULE ».À la page trois, autre titre : « L'épiscopat belge : point n'est besoin de suivre l'enseignement du pape sur la contraception ! Signe d'un schisme européen.Démission possible du pape ! » Or nous venons de recevoir le texte intégral de l\u2019épiscopat belge.C'EST LE CONTRAIRE QUI EST LA VÉRITÉ ! Ainsi la déclaration dit textuellement : « CETTE RÉPROBATION (DES MOYENS ANTICONCEPTIONNELS) PAR L'AUTORITÉ SUPRÊME DE L'ÉGLISE CONSTITUE UNE RÈGLE DE CONDUITE POUR LA CONSCIENCE CATHOLIQUE, ET NUL N'EST DONC AUTORISÉ À CONTESTER LE CARACTÈRE DE SOI OBLIGATOIRE.» Quand donc les journalistes feront-ils respecter leur profession ?De tels procédés écoeurent les gens, catholiques ou non, qui ont encore le respect de la décence intellectuelle. 248 ACTION NATIONALE LES LECTURES ET LES COMMISSIONS SCOLAIRES D'un peu partout, dans la province, s'élèvent des cris de surprise, des cris d'indignation, chez de nombreux parents, quand ils voient ce que les professeurs font lire à leurs élèves.Qui fait le choix des volumes ?Un professeur a-t-il le droit de faire acheter des volumes à ses élèves, et lesquels ?Le problème est de taille.En 9e et 10e année, donc pour des élèves de 14-15-16 ans, certains professeurs donnent des devoirs qui obligent les élèves à se procurer du Céline, du Prévert, du Gide, du Camus, du Tolstoï, du Dostoievsky, etc.Pire encore, souvent les professeurs n'ont pas la formation requise, ni en philosophie, ni en théologie, ni même en littérature, pour donner une explication valable de ces auteurs qui s'attaquent à l'Église, aux moeurs et aux croyances.Nous demandons aux Commissions scolaires d'exercer une vigilance accrue en ce domaine où la licence actuelle explique cette sorte de mise de côté de la religion chez beaucoup de jeunes.Nous demandons aux parents d'avertir le président de leur Commission scolaire.Nous demandons aussi aux Commissions scolaires d'étudier ce problème lors de leur prochain congrès.Ce problème n'est pas seulement propre aux professeurs de littérature et de français mais aussi à des professeurs de catéchèse dont le sens de la nouveauté est plus aigu que leur sens des responsabilités envers les jeunes.Certains livres de ces auteurs peuvent être mis entre les mains des élèves à la condition que les maitres soient capables de les éclairer, de les exorciser.Nous nous élevons contre les maîtres incompétents, contre l'irresponsabilité sociale de professeurs plus soucieux de popularité que de formation intellectuelle véritable.Certains, par exemple, multiplient les invitations à leurs élèves d'aller voir le cinéma le plus audacieux, le plus corrupteur, sans donner aucun correctif et sans se soucier de l'éducation familiale.Ces professeurs détruisent à l'école tout le travail des parents au foyer.Avec raison, les parents en ont assez de ces professeurs qu'ils assimilent à des vauriens. 249 LE SUCCESSEUR D'ANDRÉ LAURENDEAU André Laurendeau était coprésident de la Commission fédérale sur le bilinguisme et le biculturalisme.Il faut le remplacer.On a parlé de M.Claude Ryan, ce qui aurait été un choix heureux dans une Commission fédérale, au temps de Pierre-Elliott Trudeau.Mais il parait que nous sommes menacés de voir nommer à la présidence M.Jean-Louis Gagnon ! On aura tout vu.Nous serions bien curieux de voir le dossier que la Roy al Mounted Canadian Police possède sur le personnage en question.Il n\u2019y a pas si longtemps, au temps de l\u2019affaire Gouzenko, Jean-Louis Gagnon dut s'exiler.Exil qui n'a jamais été clairement expliqué.Serait-ce en vue de cette nomination convoitée que M.Jean-Louis Gagnon, presque seul parmi les journalistes cana-diens-français intelligents, a cru devoir appuyer à la télévision la chasse aux sorcières entreprise par M.Pierre-Elliott Trudeau, de qui maintenant dépendent les nominations et les promotions ?Que de gens M.Pierre-Elliott Trudeau fait manger dans sa main ! M.Jean-Louis Gagnon croit pouvoir saboter toutes les relations entre la France et le Québec pourvu qu'il obtienne son petit poste bien nanti et où il pourrait faire passer ses idées, qui sont toujours aux couleurs des courants à la mode et des puissants du jour.Avant que cette nomination se fasse, il faudrait une enquête.Si non, comment Pierre-Elliott Trudeau éteindra-t-il les murmures qui s'élèvent déjà sur son patronage, aussi discret que celui de M.Duplessis ? 250 ACTION NATIONALE IL FAUT SAUVER LE PÈRE LEGAULT Dans La Presse du 31 août, le R.P.Émile Legault, intitule un curieux article à propos d'HUMANAE VITAE : « Il faut sauver le Pape ! ».Nous croyons plutôt qu'il faut sauver le P.Legault.Si sympathique dans le théâtre, il s'est lancé dans des questions trop fortes et, malgré tous les appels à la prudence, il a pris des risques tels qu'aujourd'hui il se croit engagé et il a bien du mal à se déprendre.Pour plusieurs il devient un objet de scandale.Mais tous savent qu'avec le temps son esprit de foi reprendra le dessus.Jean XXIII, qu'il aime tellement, avait déjà écrit dans MATER ET MAGISTRA : « S'accomplissant par un acte délibéré et conscient, la transmission de la vie est soumise comme telle aux lois sacrées, immuables et inviolables de Dieu, lois que tous sont tenus d'accepter et d'observer; II n'est donc permis à personne de recourir à des moyens et des méthodes qui sont licites lorsqu'il s'agit de la propagation de la vie végétative ou animale.» Paul VI disait \u2014 et le P.Legault ne peut ici prétexter l'ignorance \u2014 le 4 octobre 1965 à l'O.N.U.; a C'est dans votre Assemblée que le respect de la vie, même en ce qui concerne le grand problème de la natalité, doit trouver sa pins haute profession et sa plus raisonnable défense.Votre tâche est de faire en sorte que le pain soit suffisamment abondant 6 la table de l'humanité, et non pas de favoriser un contrôle artl. 251 ficiel des naissances, qui serait irrationnel, en vue de diminuer le nombre de convives au banquet de la vie.» Ce discours eut une telle répercussion que le cardinal Liénart, dès le lendemain, demandait aux Pères du Concile de l'insérer dans les Actes officiels du Concile, ce qui fut adopté à l'unanimité.Plus tard, le 29 octobre 1966, Paul VI avertit tous les moralistes : « Les conclusions de la Commission internationale ont fait apparaître l'énorme complexité et la redoutable gravité de la question de la régulation des naissances.Cela impose à Notre responsabilité un supplément d'étude.En attendant, l'enseignement donné jusqu'à maintenant par l'Église, complété par les instructions du Concile, doit être fidèlement et généreusement observé.On ne peut pas considérer qu'il n'oblige plus en disant que le Magistère de l'Église est aujourd'hui dans le doute, alors qu'il est en réalité dans un moment d'étude et de réflexion.» Dans POPULORUM PROGRESSIO, du 26 mars 1967, Paul VI parle du droit inaliénable des familles de décider du nombre de leurs enfants, «suivant les exigences de leur conscience Instruite par la loi de Dieu authentiquement interprétée et soutenue par la confiance en lui.» Le P.Legault, malgré tous ces signes, a préféré suivre la voie risquée de quelques moralistes laissant à la conscience de chacun le soin de décider mais refusant que cette conscience soit guidée par l'Église.Entre les opinions humaines et les claires indications \u2014 même si elles ne sont pas infaillibles explicitement en ce domaine \u2014 de l'Église, le P.Legault hésite, patine, trouve des « erreurs ».Combien plus beau et plus rassurant, dans la foi, serait son adhésion à l'Église, ferme et loyale ! L'autre terme de l'alternative, c'est l'esprit du libre examen et l'esprit de secte : pourquoi le P.Legault se condam-nerait-il à un tel isolement 7 II faut sauver le P.Legault ! 252 ACTION NATIONALE LA CHASSE AUX SORCIÈRES RECOMMENCE! Voilà que M.Pierre-Elliott Trudeau part en guerre contre M.Philippe Rossillon, fonctionnaire français, sur un dossier préparé par la Royal Canadian Mounted Police.Affaire mesquine et saugrenue s'il en fut! (Samedi, 14 septembre 1968).Le premier ministre feint de voir en M.Rossillon un espion de France et un fomentateur de troubles chez les minorités canadiennes-françaises.Le seul reproche véritable c'est que M.Trudeau, mécontent de M.de Gaulle, donne un coup de griffe à sa façon en s'attaquant à un fonctionnaire qui a eu le tort de parler du fait français au Canada sans la bénédiction de M.Trudeau.Il y a un relent d'étroitesse là-dedans ! La seule conclusion valide à tirer de l'incident, c'est que la Royal Canadian Mounted Police est, à l'intérieur du Québec, la police secrète toute dévouée aux intérêts d'Ottawa et qu'elle suit les fonctionnaires étrangers comme des dangers possibles.Non contente de photographier les séparatistes et d'établir des listes noires au service des intérêts fédéraux, la Royal Canadian Mounted Police s'immisce dans les affaires du Québec et ne nous permet pas de voir à nos intérêts en dehors des frontières du Québec.Que l'État du Québec mette dehors la Royal Canadian Mounted Police ! Elle n'a rien à faire au Québec ! Que Pierre-Elliott Trudeau continue plutôt à s'intéresser à l'avortement et à l'homosexualité ! Sinon nous pourrions dire, dans le style du dossier, que le premier ministre d'Ottawa, en rencontrant le maire Drapeau à l'Expo de Montréal, avait de sombres desseins sur l'avenir de la langue française, sur la valeur des diplômes qu'on y donne et qu'apparemment il voulait annexer Montréal à Ottawa ! Ou qu'en visitant la Chine de Mao, il aurait aidé les révisionnistes.Quant à souffrir d'espionite pourquoi ne pas tout expliquer de cette façon ? 253 DEUX ESPRITS EN POLITIQUE Dans une entrevue donnée à Peter C.Newman, M.Daniel Johnson répondait à une question : « Certainement, il faut être pragmatiste en politique mais jamais en ce qui regarde les principes fondamentaux.En politique, vous devez projeter les lignes de force.Vous devez décider d'avance les orientations de votre politique et les objectifs fondamentaux doivent rester fidèles au progrès du Canada français.» \u2014 Voilà le langage d\u2019un homme de coeur.À Québec on peut difficilement penser autrement car la population ne permettrait pas de fantaisie en ce qui regarde l'orientation générale de la politique.(Montreal Star, 27 sept.1968, p.9.) Mais à Ottawa, il en va autrement.Écoutez maintenant M.Jean-Luc Pépin, ministre fédéral de l'Industrie et du Commerce, parler à la Chambre de commerce du Québec : « Face au grossissement de la politique, il n'y a plus de place pour les « absolutistes », qui de toute façon, sont rarement au pouvoir.Le problème linguistique fait partie des problèmes complexes et pour l'amour, conservons-les comme des choses complexes ! Le gars qui a des idées toutes faites là-dessus, il y a de bonnes chances qu'il ne soit pas intelligent.Le gars qui dit « ça va être noir ou ça va être blanc », il n'est pas très intelligent.Les choses sont plus « grises » que ça.À côté des « absolutistes » il y a les relativistes, pour qui le progrès dans les affaires humaines se fait lentement.La politique c\u2019est la science de l'impossible mais c'est aussi l'art du possible.Normalement, les «relativistes» sont au pouvoir» (La Presse, 25 sept.1968, p.4.) Voilà une doctrine qui appelle à toutes les démagogies ! Être intelligent c'est garder le pouvoir et pour cela il faut être relativiste, c'est-à-dire servir au peuple ce qui lui plaît pour avoir le plus grand nombre de votes.M.Pépin est un éducateur-né ! Il a le sens de la grandeur du pays ! Il donne des directives de médiocrité.Que pouvons-nous attendre de plus d'Ottawa ?Et pourquoi les jeunes vomissent-ils ce monde d'intérêts mesquins et cette atrophie de l'intelligence ?Apprenez tôt aux jeunes, quel genre de ministres Québec et Ottawa exigent : ils diffèrent par l'âme.L'un doit croire à des valeurs, l'autre seulement à des intérêts ! M.Paul Gérin-Lajoie, ancien ministre de l'Éducation au Québec, avait déjà dit, mieux que M.Pépin : « Gouverner, c'est peut-être l'art du possible, c'est aussi l'audace de la vérité ! » Ne touchons-nous pas ici à une différence chronique entre Ottawa et Québec ?L'un déforme, l'autre forme l'homme de coeur. Coopération internationale et INCAPARINA par Jean Genest Rien, entre les hommes, ne semble plus difficile à réussir que la coopération internationale.Il y a les fameuses défiances historiques, il y a les bureaucraties sortes de châteaux-forts de la routine et de la sécurité sous un ministre-baron souvent sans imagination, il y a le langage entre les peuples où les mots n\u2019ont plus leur sens ordinaire et la vérité prend d\u2019autres noms.Bref, le passé en créant les frontières a soulevé les rivalités; le présent a si compliqué le langage que l\u2019attitude de base chez les intellectuels et les dirigeants est le soupçon systématique.Dans un tel climat la participation de plusieurs peuples à des programmes communs d\u2019action paraît chose impossible.Le surprenant est que, malgré tout, il y ait de tels accords.A quelles conditions sont-ils possibles ?Quel exemple actuel peut être proposé ?Voilà ce que nous nous proposons de développer et d\u2019illustrer par l\u2019Institut de nutrition d\u2019Amérique centrale et de Panama (INCAP).I.- QUELLES CONDITIONS RENDENT POSSIBLE UNE COOPÉRATION INTERNATIONALE?A.\u2014 Il n\u2019y a pas de pays pauvres.\u2014 Il y a une certaine conception de la charité \u2014 entre les individus ou entre les peuples \u2014 qui est complètement dépassée.On la représentait dans un tableau sous la forme d'une main ouverte, dans le coin inférieur de droite, pendant que dans le coin COOPÉRATION INTERNATIONALE ET INCAPARINA 255 supérieur de gauche une autre main tend un don.L aumône n\u2019est plus acceptée.Les pauvres, qui ont encore du coeur au ventre, la subissent comme une humiliation, c\u2019est-à-dire comme contraire à la dignité humaine.Nous savons bien que l'aumône continuera à exister d\u2019individu à individu, dans le secret des relations humaines, mais au point de vue social et au point de vue des relations entre les peuples, elle n\u2019a pas d\u2019avenir.Aucun peuple au monde, dans sa fierté nationale, ne veut passer pour un peuple pauvre.Parlez avec de pauvres gens d\u2019Amérique du Sud sur les problèmes de la sous-alimentation, du sous-salaire, des conditions de logement infra-humaines, il croira que vous voulez parler de l\u2019Afrique ou de l\u2019Asie.Mais lui, il n\u2019appartient pas à un peuple pauvre.S\u2019il y a des pauvres chez lui, n\u2019y en a-t-il pas dans tous les pays du monde ?Pourquoi alors le pointer du doigt ?Aucun pays au monde ne veut passer pour un pays pauvre.Question de prestige et question de fierté nationale.Parlez de l\u2019Inde avec un Indien, il est prêt à admettre qu\u2019il y a une certaine pauvreté dans son pays mais immédiatement, il vous signalera que là n\u2019est pas le plus important.Est-ce que l\u2019Occident n\u2019est pas plus pauvre au point de vue spirituel ?Est-ce que l'Occident, en se donnant à la recherche des nourritures terrestres, n'est pas menacé de perdre son âme ?Vous répondrez en signalant les statistiques suivant lesquelles la longueur de vie aux Indes est la moitié moins longue que ce qu\u2019elle est aux Etats-Unis, on vous répondra: « Qu\u2019est-ce que la vie ?qu'est-ce que la mort ?Le pays qui a le plus de vieillards est-il nécessairement le plus riche ?» Bref, toute enquête auprès des pays pauvres donne beaucoup à réfléchir.Aucun peuple n\u2019accepte de bonne grâce un complexe d\u2019infériorité ni les normes de jugement qu\u2019un autre peuple peut porter sur lui.N\u2019a-t-on pas vu des pauvres, devant les étrangers, se montrer fiers des richesses de leurs dirigeants et de leurs exploitants, justement parce qu'ils constituaient comme des preuves vivantes que leur pays n\u2019était pas pauvre ?L'antique geste de l\u2019aumône n\u2019est plus un facteur de paix sociale mais, quoi qu\u2019il en soit des pré- 256 ACTION NATIONALE tentions et des dénégations, les besoins fondamentaux sont là : il y a des pauvres, il y a des pays pauvres, même si les pays ne veulent pas le reconnaître comme un fait à partir duquel bâtir une politique réaliste.L\u2019absence de réalisme empêche les peuples de s\u2019entraider.Mais mieux vaudrait parler de pays moins favorisés.B.\t- Il n\u2019y a pas de pays supérieur.\u2014 Ce qui complique la situation, c\u2019est l\u2019attitude et le langage des nations riches.Elles considèrent que toutes les richesses acquises ont été méritées et qu\u2019elles leur appartiennent en absolue propriété.D\u2019où un certain paternalisme et une certaine intrusion dans les affaires intérieures du pays « pauvre ».Ces agissements sont reçus comme des affronts.On ne dira rien mais le goût d\u2019injurier le pays donateur en arrive à être plus fort que le goût de le remercier.Le pays donateur ne veut pas que ses dons soient mal utilisés.Ainsi le pays donateur se croira obligé d\u2019intervenir s\u2019il voit que le pays « pauvre » consacre une trop grande partie de son budget à des achats militaires ou s\u2019il ne cherche pas à diversifier ses cultures pour obtenir une économie à l\u2019abri des surprises du marché international, ou si les taxes ne sont pas assez abondantes, ou si .etc.Il semble qu\u2019un don ne puisse se faire sans que toute l\u2019économie d\u2019un pays soit soumise à une inspection sévère dont le résultat, semble-t-il, ne peut être qu\u2019une révolte contre tout don ou une soumission jugée de plus en plus abjecte et douloureuse.Si les pays riches veulent partager, il faut qu\u2019ils sachent comment partager ! La charité doit toujours rester intelligente et inventive dans les moyens d\u2019éviter les susceptibilités légitimes.Le premier pas nécessaire, c'est qu\u2019aucun pays ne doit se présenter comme supérieur aux autres.Il ne récoltera que de la colère ou des surprises comme celle-ci : « Yankee, go home ! » C.\t\u2014 Retour à la doctrine.\u2014 Qui, sur terre, possède une richesse comme de droit divin ?Quel est le but des COOPÉRATION INTERNATIONALE ET INCAPARINA 257 richesses enfermées dans le globe terrestre ?Les richesses appartiennent à toute la caravane humaine.Elles sont là pour subvenir aux besoins des hommes, comme mérite du travail des hommes.Par son travail, chacun a droit à sa part.La surpopulation ne serait pas encore à craindre si la distribution des biens terrestres n\u2019était si inégale, si injuste.Ce sont les pays qui s\u2019empiffrent qui parlent de surpopulation.L'habitude des richesses les ont rendus plus égoïstes que généreux.Mais le surplus ?C\u2019est ici qu\u2019arrive la justice, ce premier échelon de la charité.Chacun a droit au fruit de son travail.Mais si le travail a donné du surplus, le riche n\u2019est plus que le dépositaire ou préférablement, il n est plus que le gérant d\u2019un bien qui vient de Dieu et qui doit être administré pour le bien de toute 1 humanité, en autant qu il se peut à une époque donnée.Comme gérant des biens terrestres, les riches, ceux que Paul VI appelait « les seigneurs de la terre », doivent partager.Ce qui est vrai des individus est aussi vrai des peuples : ils doivent partager ! Les pauvres ont pris une conscience de plus en plus aiguë de leurs droits.Sans l\u2019ouvrier aucune richesse ne serait gagnée par le riche.Le riche a absolument besoin des ouvriers et des pauvres.Aussi les pauvres, de mieux en mieux renseignés sur leur rôle dans les cités humaines, posent le problème des justes rétributions et des rétributions proportionnelles.Ces vues profondes sur les relations de l\u2019humanité et les titres de propriété sur la planète ont alimenté le malaise des relations sociales.Les grèves ne sont que les manifestations d\u2019une situation en état de pourrissement.Les grèves sont un signe.Comme les guerres entre les peuples.Un monde nouveau les rendra impossibles.Mais quel est ce monde nouveau ?Sera-ce toujours le monde des oppositions et des rivalités ?D.\u2014 Le monde de la coopération.\u2014 Il y a un premier pas qui doit être fait et il doit être fait par les pays pauvres eux-mêmes.Les premiers agents d\u2019un relèvement 258 ACTION NATIONALE doivent être les moins favorisés.Et pour que les moins favorisés aient le désir d\u2019une action commune, il faut laisser au temps de mûrir une conscience commune.Le temps seul pourtant ne suffit plus : en effet, le monde évolue trop vite et si les moins favorisés retardent trop, les siècles passeront pendant lesquels s\u2019accumuleront les inhibitions et les refoulements que seules les révolutions sanglantes pourront briser.Il faut un certain temps pour que par l'éducation bien dirigée et les informations constructives, une masse de délaissés apprenne à se transformer en un peuple réveillé à ses responsabilités sociales et à quelques initiatives qui seraient le commencement d\u2019une remontée psychologique.Le sens de la dignité personnelle doit être conçu comme fondamental.Le besoin d\u2019une action d\u2019ensemble doit être recherché comme le premier pas d\u2019une résurrection sociale.Les moins favorisés, laissés à eux-mêmes, ne peuvent accomplir que du négatif parce que c\u2019est plus facile et ne demande pas une grande résistance psychologique.Revendiquer, contester, obéir aux démagogues, être mené par des émotions comme des marionnettes, donne l\u2019impression de faire beaucoup.Ce chemin ne conduit pas à la liberté mais à des illusions.Le désir d\u2019améliorer son propre sort et le désir de l\u2019améliorer avec les autres, voilà les conditions-clés d\u2019un départ communautaire véritable.Tant que ces deux éléments-clé ne sont pas réunis, aucun pays sous-développé n\u2019aura résolument entrepris de sortir de la misère.Tous les programmes de l\u2019Alliance pour le Progrès, imposés d\u2019en haut, sans la coopération du peuple lui-même, se révéleront inefficaces.La coopération des moins favorisés entre eux et la coopération des moins favorisés avec les plus avantagés devient le prérequis essentiel à tout relèvement d\u2019un groupe social.Une mentalité de coopérateur.Une technique de coopération.E.\u2014 Rôle des seigneurs de ce monde.\u2014 Les plus favorisés sont habitués au commandement.Us s\u2019attribuent volontiers tout le mérite de leurs succès.Facilement ils COOPÉRATION INTERNATIONALE ET INCAPARINA 259 sont amenés à traiter les hommes comme des choses et ils ne soupçonnent pas que ces mêmes qualités qui leur ont assuré le succès avec les machines et les productions deviennent les pires défauts quand ils veulent rencontrer les hommes.Maintenant ce qui importe c\u2019est une nouvelle mentalité, non plus celle du commandement mais celle de la participation et de la coopération.Cette mentalité de coopérateurs est aussi lente et difficile à former chez les moins avantagés que chez les plus favorisés.Pourtant le rôle des « seigneurs de ce monde », de ceux qui « doivent avoir le génie du bien » est essentiel au progrès social.Chez les peuples défavorisés les compétences et les techniciens sont plutôt rares.Le capital que peut accumuler un village éloigné des grands centres est trop souvent inadéquat aux problèmes modernes.Par exemple, en Amérique latine, un des grands instruments du relèvement de la femme, consisterait dans l\u2019achat par chaque village de quelques laveuses automatiques.Le village, en un certain laps de temps, pourrait acheter les laveuses automatiques et délivrer toutes les femmes d'avoir à passer des jours entiers au ruisseau voisin.Mais le village n'a pas et ne peut réunir le capital nécessaire à l\u2019installation de tout le système électrique.C\u2019est alors aux pays riches, aux fondations, aux gouvernants d'aider : trouver le capital d\u2019appoint, former les techniciens, créer les centres de recherches scientifiques, enfin ! être au service du peuple.Que le peuple prenne l\u2019initiative, manifeste la volonté d\u2019améliorer son sort.Que les riches alertent le peuple à ses besoins, assurent l\u2019efficacité, la rapidité, la confiance aux bonnes volontés.Le pire, pour les gens ou les pays défavorisés, c\u2019est le désespoir dans l\u2019isolement, c\u2019est la conviction que rien et personne ne peut rien changer à leur sort.Cet état d'âme, c\u2019est la route à la déchéance personnelle et sociale.La certitude que quelqu\u2019un viendra à l\u2019aide si, d'abord, on fait les premiers pas, c\u2019est pousser l\u2019imagination créatrice aux limites humaines.Cette mentalité coopérative se mettra à la recherche d\u2019une technique coopérative, qu\u2019il s\u2019agisse de nourriture, de 260 ACTION NATIONALE logement, de santé, d\u2019habillement, d\u2019assurances, de vente et d\u2019achat, dès que cela intéresse tout un village, toute une région, tout un pays ou tout un ensemble de pays.IL - UN EXEMPLE DONNÉ PAR L\u2019AMÉRIQUE CENTRALE Un des plus beaux exemples de cet esprit nous est fourni par l\u2019Amérique centrale et son INSTITUT DE NUTRITION D\u2019AMERIQUE CENTRALE ET DE PANAMA (INCAP).A.\u2014 Ce qu\u2019est l\u2019INCAP ?\u2014 Il s\u2019agit d'un Institut consacré à la santé.Gigantesque effort coopératif des six pays d\u2019Amérique centrale en tout de qui regarde l\u2019alimentation : Guatemala, El Salvador, Honduras, Nicaragua, Costa Rica et Panama.L\u2019INCAP a obtenu des résultats si spectaculaires qu\u2019il est devenu un exemple pour le monde entier et que ses méthodes de travail et trouvailles ont une portée mondiale.Après de nombreuses études pour établir un programme d\u2019action, l\u2019INCAP commença de fonctionner en 1949.Le Guatemala donna l\u2019édifice nécessaire, la Fondation Kellog distribua les bourses qu\u2019exigeait la réalisation du plan.Des organisations internationales et des Fondations aidèrent à la mise en marche de l'INCAP de sorte qu\u2019on put parler d\u2019une véritable coopération internationale.Le Dr Nevin S.Scrimshaw fut le directeur de l'INCAP de 1949 à 1961 et le fameux Dr Moisés Béhar lui succéda*1\u2019.Le programme d\u2019action se poursuit à un triple échelon : la recherche scientifique; la formation des spécialistes requis; le travail des enquêtes, des fermes expérimentales, des cliniques, de l\u2019information populaire et de l\u2019animation de groupes 1.Nous avons pu le rencontrer personnellement lors de notre passage dans la capitale du Guatemala. COOPÉRATION INTERNATIONALE ET INCAPARINA 261 en tout ce qui regarde l\u2019hygiène, la diète, la médecine préventive.Travail énorme mais passionnant.La recherche scientifique partit de l\u2019étude des aliments locaux de chaque population.Il fallait une enquête précise sur la valeur diététique de chacun des aliments d\u2019une population.On arriva ainsi à cataloguer scientifiquement la valeur nutritive d\u2019environ 600 aliments différents.On établit les relations causales entre les maladies courantes et les déficiences alimentaires dans une région.On étudia les moyens d\u2019améliorer les cultures, l\u2019élevage, et d\u2019obtenir un meilleur équilibre des diètes.Très vite on remarqua l\u2019insuffisance de protéines de bonne qualité, de la vitamine A et d\u2019autres éléments nutritifs nécessaires.La croissance des enfants était retardée, les organismes de défense contre les maladies étaient plus faibles, les maladies du goitre étaient endémiques, beaucoup souffraient de parasitisme intestinal et d\u2019anémie plus ou moins pernicieuse.Les pays, avertis, procédèrent à l\u2019iodisation systématique du sel selon les besoins des régions.On diffusa dans les écoles et par des conférences la Table des valeurs nutritives des aliments courants en Amérique latine afin que la population put apprendre les fondements de la diététique moderne.La FAO (Food and Agricultural Organization) et la OMS (Organisation mondiale de la Santé), deux organismes des Nations-Unies collaborèrent étroitement avec les organismes de recherches de l\u2019INCAP et assurèrent un retentissement mondial à ces travaux.La formation du personnel a toujours été la première préoccupation de l\u2019INCAP.Il fallait des chercheurs, des médecins, des biochimistes, des diététiciens, des infirmières, des spécialistes de laboratoire, des virologistes, des agronomes, etc.Dès 1964, 1 INCAP put faire reconnaître par 1 Université San Carlos de Guatemala les programmes et les cours qui étaient donnés à l\u2019Institut même.Il semble 2.Beaucoup de données nous ont été fournies par les remarquables personnalités qui président à la naissance de Incaparina de Mexico S.A. 262 ACTION NATIONALE assuré que toutes les Universités d\u2019Amérique centrale reconnaîtront ces mêmes cours et l\u2019INCAP deviendrait le Centre d\u2019apprentissage en nutrition et disciplines connexes.Déjà le Centre attire de nombreux visiteurs de toutes les parties du monde qui viennent se renseigner sur l\u2019organisation et suivre des cours de formation.Son programme et son activité couvrent tout le domaine de la santé publique et de la médecine préventive.Tous les travailleurs sociaux de ces pays sont plus ou moins dépendants de l\u2019INCAP.Et beaucoup d\u2019étudiants en médecine sociale ou dans les sciences de l\u2019homme font des recherches pour leurs thèses de doctorat qui vont dans le sens des travaux entrepris par l\u2019INCAP.B.\u2014 CE QU\u2019EST L\u2019INCAP ARINA.\u2014 Une des trouvailles les plus retentissantes de l'INCAP est celle d\u2019un aliment très bon marché et dont le contenu en protéines lui permet de remplacer avantageusement un verre de lait ou un solide morceau de viande.Cette trouvaille, pour les pays sous-alimentés, est l\u2019équivalent d\u2019un trésor.L\u2019idée fondamentale est celle-ci : il faut des protéines pour le développement du corps et de la santé chez les humains.Généralement les hommes les trouvent sous la forme de viandes grâce au processus de l\u2019assimilation chez les animaux.Mais voilà ! la viande coûte cher et elle est à peu près introuvable dans la diète ordinaire des populations moins avantagées, rurales ou urbaines.Le problème devenait donc le suivant : quel aliment contiendrait suffisamment des protéines requises par les hommes pour être à la portée de tous ?On décida de poursuivre des études sur les protéines végétales afin de trouver des substituts valables aux protéines animales.Un des résultats de toutes ces études, celui qui a obtenu le plus de renommée à l\u2019INCAP, c\u2019est l\u2019IN-CAPARINA.L'idée est que la farine obtenue puisse servir de complément aux diètes des populations qui manquent de protéines.C'est ainsi que l\u2019INCAPARINA a fait son entrée dans les écoles d\u2019Amérique centrale, de la Colombie et. COOPÉRATION INTERNATIONALE ET INCAPARINA 263 bientôt, du Mexique et d\u2019autres pays du monde.On trouve aussi cet aliment dans les épiceries et les super-marchés.Sa vogue ne cesse de croître.Il ne s\u2019agit pas seulement d'un ersatz chimique mais d\u2019un produit naturel qui, à cause de son bon marché, en remplace un autre trop coûteux auprès de populations qui en ont absolument besoin.La compagnie Quaker a une grande usine à Cali, Colombie et une autre qu\u2019elle vient d\u2019ouvrir à Chinandega, Nicaragua.Il y a une grande usine aussi au Guatemala mais comme elle vient de passer au feu, on est à en construire une toute neuve.Au Mexique, un groupe d\u2019hommes, possédés d\u2019un grand zèle social, veulent introduire l\u2019IN-CAPARINA, afin d\u2019améliorer la santé des enfants et aider la médecine préventive auprès des adultes.Les démarches sont fort avancées, le président du Mexique est favorable et de nombreux officiels doués de sens social.Bientôt seront terminées toutes les lenteurs bureaucratiques et la population pourra profiter d\u2019un produit entièrement mexicain, élaboré avec la permission et suivant les formules établies par l\u2019INCAP (2).L'élément de base, qui doit constituer 58% du produit total, peut être du maïs, du riz, du sorgho ou tout autre grain accepté par l'INCAP.Mais l\u2019élément-clé, c\u2019est la farine de graines de coton.Tous ces pays sont des producteurs de coton or les travaux de l\u2019INCAP ont permis de découvrir l\u2019extraordinaire contenu en protéines de cet élément végétal soit, d\u2019après une étude faite à Mexico, plus de 28% par 100 grammes.On y ajoute de la levure et 4 500 unités de vitamines A.Le tout se présente comme une farine, soluble dans l\u2019eau et bonne au goût.Les pays où l\u2019INCAPARINA a été répandue ont obtenu d\u2019excellents résultats au point de vue de la santé des enfants, de leur croissance régulière et de leur résistance aux maladies, compte tenu de leur milieu régional.Les populations ont appris à le prendre sous forme de rafraîchissement, à le mêler aux bouillies, aux pâtes et aux soupes de telle sorte que, pour un prix à la portée de toutes les bourses, la santé publique connaît une évidente amélioration.Parfois 264 ACTION NATIONALE les services sociaux d\u2019un gouvernement le distribuent gratuitement dans le but d\u2019accélérer l\u2019éducation populaire.D\u2019autres produits obtiennent le même effet comme la farine de poisson.L\u2019élan est donné.Les hommes peuvent, même dans les pays les moins favorisés, coopérer ensemble et obtenir des résultats imprévisibles qui dépassent les espérances.CONCLUSIONS 1\t\u2014 Il est vrai que la population du globe augmente mais aussi l\u2019ingéniosité et l\u2019initiative de 1 homme.Si les hommes mettaient de côté les dépenses folles dues aux armements et au luxe exagéré pour affronter les vrais problèmes, suivant une formule coopérative, il y aurait longtemps que les hommes ne seraient plus dominés par la peur, parfois hystérique, d\u2019une surpopulation mondiale.2\t\u2014 Depuis longtemps la preuve est faite qu\u2019on peut substituer un aliment à un autre.Parfois c\u2019est un produit artificiel comme la margarine qui remplacera un produit naturel comme le beurre.Parfois c est un produit naturel qui en déplacera un autre.L\u2019idée fondamentale est que l\u2019homme peut récupérer, s\u2019il y applique ses chercheurs, de vastes espaces livrés jusqu\u2019à aujourd'hui à des espèces animales ou végétales dont il peut se passer ou du moins qui lui sont moins essentielles.La science trouve de nouvelles solutions aux problèmes que l\u2019alimentation posait à l\u2019homme des cavernes ou aux tribus sédentaires.3\t\u2014 Si le prix du lait continue à augmenter dans nos propres pays, il faudra envisager un aliment de remplacement.L\u2019INCAPARINA reste une solution valable.Nos Commissions scolaires y épargneraient annuellement plusieurs centaines de milliers de dollars.4\t\u2014 Toute « exportation » d\u2019une aide à l\u2019étranger doit se faire suivant l\u2019esprit et la technique de la coopération.2.Beaucoup de données nous ont été fournies par les remarquables lersonnalités qui président à la naissance de l'INCAPARINA de Æexico, S.A. COOPÉRATION INTERNATIONALE ET INCAPARINA 265 Comment se fait-il que nos Universités ne développent-elles pas davantage la philosophie politique, économique, sociale et les méthodes de la coopération entre gens d'une même région, d\u2019un même pays et entre des pays différents ?La solution est basée sur la psychologie de l\u2019homme et sur la psychologie des peuples façonnés par une longue histoire, par des langues différentes et des conceptions si complexes que leur agencement ne peut être que le résultat d\u2019une planification de la civilisation.À ce point de vue la prospective du monde de demain est encore à faire.Nos Universités ne vivent-elles pas trop sur l\u2019héritage du passé ?' 5 \u2014 L\u2019antique précepte de l\u2019aumône a subi une révolution copernicienne.L\u2019assistance pécuniaire conserve sa valeur mais elle doit de plus en plus s\u2019intégrer à des biens communs qui valorisent un groupe, un continent.L\u2019assistance intellectuelle, celle qui est surtout représentée par les chercheurs en sciences fondamentales et les techniciens ouverts aux problèmes sociaux, devient la denrée la plus essentielle, la vraie charité de demain.6 \u2014 Le travail en vue d\u2019une coopération efficace retrouve toute sa noblesse.Le peuple pauvre est celui qui néglige d\u2019inculquer à ses familles, par l\u2019instruction, la valeur du travail et de l\u2019initiative.Le peuple en progrès est celui qui apprend à améliorer son sort par l\u2019entraide et la coopération.Le peuple généreux est celui qui correspond aux efforts d\u2019un autre peuple par la compréhension et l\u2019infusion coopérative d\u2019un capital essentiel.L\u2019exemple de Puerto Rico comparé à celui de Cuba reste éloquent.Toute coopération exige la rencontre de deux partenaires et les deux ont un rôle essentiel sinon il ne reste que l\u2019alternative de l\u2019imposition, de l\u2019exploitation ou de la satellisation ou de la mise en dépendance inavouable.C\u2019est en ce sens qu\u2019il faut comprendre la parole profonde de Paul VI le 4 novembre 1964 aux Nations-Unies : « Vous mettre ensemble les uns avec les autres .On ne peut rien concevoir de plus élevé, sur le plan naturel, dans la construction idéologique de l\u2019humanité .Que personne ne soit supérieur aux autres; pas l\u2019un au-dessus de l\u2019autre . 266 ACTION NATIONALE Non pas que vous soyez égaux mais vous vous faites égaux .Il faut se mettre résolument en route vers la nouvelle histoire, l\u2019histoire pacifique, celle qui sera vraiment et pleinement humaine .Parler d\u2019humanité, de générosité .c\u2019est rendre les États capables de travailler les uns pour les autres .Ici s\u2019instaure un système de solidarité, qui fait que de hautes finalités, dans l\u2019ordre de la civilisation, reçoivent l\u2019appui unanime et ordonné de toute la famille des peuples, pour le bien de tous et de chacun.» 7 \u2014 L\u2019Amérique centrale est un bien petit continent, si on peut parler de continent à son propos, mais elle constitue une entité reliée par une même histoire et une même civilisation.Les six pays qui la forment ont voulu tenter l\u2019expérience d\u2019un Marché Commun qui, tout en les protégeant contre l\u2019exploitation économique étrangère, leur permettrait de développer leur commerce et leur industrie.Ils ont besoin d\u2019une flotte marchande, ils ont besoin de routes, ils ont besoin de nouvelles sources d'énergie, ils ont besoin de machineries pour la transformation et l\u2019exportation de leurs produits; tout cela, et plus encore, requiert l\u2019aide du capital étranger.Que ces pays qui ont déjà fait bénéficier le monde de l\u2019INCAPARINA et du modèle que constitue leur Institut de Nutrition, sachent rester à l\u2019avant-garde des nouvelles relations internationales par la coopération entre peuples et États.Nous avons encore beaucoup de choses, sans doute, à apprendre d\u2019eux. L\u2019expérience Belge, l\u2019exemple Suisse et le problème Québécois par Jean-Charles Claveau, M.D.Dans l\u2019éditorial du Devoir du 2 juillet dernier, en marge du problème scolaire de Saint-Léonard, M.Vincent Prince livrait quelques réflexions qui méritent des commentaires.Celui-ci écrivait au sujet des droits linguistiques aux minorités québécoises en matière scolaire que « la tradition et la pratique cependant sont suffisamment claires pour que l\u2019on puisse parler de droits acquis ».Avant 1759, comme chacun sait, il n\u2019y avait qu\u2019une seule langue au Québec, le français.Après cette date, le vainqueur a imposé une deuxième langue, l'anglais.Les droits acquis dont parle M.Prince me paraissent assez contestables, car il s\u2019agit de droits acquis à la suite de l\u2019usage de la force; ils sont consécutifs à la conquête par les armes qui a fait du Québec un pays anormal qui cherche encore sa voie.Les faiblesses et les erreurs d'un peuple dominé politiquement, économiquement et psychologiquement depuis 200 ans et qui laissent encore la minorité anglophone jouir de tant de privilèges et de pouvoirs ne rendent pas plus valables, à mon avis, ce que M.Prince appelle pour sa part des « droits acquis ».Le rétablissement des choses ne fait que tarder à venir. 268 ACTION NATIONALE EN BELGIQUE En Belgique aussi, il n\u2019y a pas si longtemps, une certaine minorité avait des droits présumément acquis depuis bien au-delà de 200 ans.Dans les Flandres où la masse des gens parlaient flamand, une minorité dominante imposait le français dans le commerce, l'industrie, les affaires et l'administration.Ici, il ne s\u2019agissait pas de droits acquis par la force, mais de droits acquis par la puissance du pouvoir, de l\u2019argent et même de la culture.Avec le temps, des milliers de Flamands comme Maeterlinck ou Verhaeren assimilés à la culture française dédaignaient de parler le « patois flamand » \u2014 on dirait le jouai au Québec \u2014 et contribuaient à l'acculturation de leur peuple au profit de l\u2019élite francophone de Belgique.En plein pays flamand, à Gand, l\u2019Université enseignait en français seulement.Pour redonner à leur peuple anémié la fierté et la vitalité d\u2019autrefois, une autre élite flamande, celle-là dans la tradition des maîtres flamands, entreprit le combat pour empêcher la francisation de leur patrie menacée déjà par l\u2019assimilation avancée de ses classes dirigeantes.En face du français, langue de la bourgeoisie de Belgique, de la France et de l\u2019élite d\u2019Europe, les Flamands ont voulu que leur patrie bien modeste en regard de la francophonie européenne conserve ses caractéristiques linguistiques et culturelles.Ils avaient compris à temps qu\u2019un peuple n\u2019a pas le droit de laisser une minorité toute puissante détruire ses forces vives, absorber ses élites et préparer sa mort nationale comme entité culturelle et sociologique distincte.La Flandre a voulu retrouver son visage, la majorité flamande a voulu retrouver sa patrie avant que la minorité française qui vivait en son sein ne l'ait dénationalisée de l\u2019intérieur comme il arrive souvent aux peuples qui s\u2019assimilent à une autre culture. L'EXPÉRIENCE BELGE 269 Avant même la mort de Maeterlinck en 1949, la vie administrative, économique et scolaire des Flandres se faisait déjà à peu près complètement en flamand.Devant le danger qui le menaçait, le peuple flamand n\u2019a pas hésité.Entre les « droits acquis » d'une minorité privilégiée qui dominait et dénationalisait à son profit la patrie flamande et les droits d'un peuple à préserver son identité culturelle et linguistique, les Flamands ont choisi les droits de la majorité.Malgré les difficultés énormes de l\u2019entreprise et les problèmes aigus soulevés, les Flamands ont opté pour 1 unilinguisme.Ils n\u2019avaient pas d\u2019autre choix pour garder leur âme, leur langue et leur culture.Les élites québécoises déjà bilingues dans 1 ensemble qui défendent si fermement les « droits supposément acquis » de la minorité toute puissante unilingue dans l\u2019ensemble feraient bien de méditer sérieusement l\u2019expérience belge encore tout actuelle.Cette expérience d\u2019ailleurs est loin d être achevée.BRUXELLES ET MONTRÉAL Il reste encore le grand problème de 1 agglomération bruxelloise qui pour beaucoup de Flamands est une épine douloureuse enfoncée profondément dans leurs flancs.Bruxelles \u2014 francisation de vieux mots flamands \u2014 qui est en territoire flamand, est une ville dont la majorité des habitants est d\u2019origine flamande, mais qui s\u2019est laissée franciser selon le même processus qui aurait pu triompher à Anvers ou à Gand si la Flandre n\u2019avait pas réagi à temps.En étudiant l\u2019assimilation de Bruxelles, les dangers qui menacent la région montréalaise apparaissent évidents à un observateur un peu attentif.En effet, il vient un temps où il est impossible de renverser la vapeur dans ce genre de choses.Ainsi, quand un milieu devient majoritairement assimilé, le retour en arrière 270 ACTION NATIONALE à la langue originale est à peu près irréalisable.L\u2019exemple de 1 Irlande anglicisée qui a fait beaucoup depuis 50 ans pour retrouver sa langue ancestrale le démontre clairement.Les forces sociales, économiques et politiques qui favorisent la prééminence d'une langue sur l\u2019autre se voient, avec le temps, renforcées d\u2019autres facteurs dont le rôle des assimilés eux-mêmes n\u2019est pas le moindre.Ces derniers deviennent souvent une sorte de croisés contre ceux de leurs frères qui tardent à succomber.Je ne connais guère de gens plus hostiles aux Flamands que certains Bruxellois du nom de Vandenhove, de Goosens ou de Smet qui sont des fils ou des petits-fils de Flamands assimilés.Sans doute, Montréal est-il encore majoritairement de langue française (65% en 1961) et les autorités administratives de la ville sont-elles surtout entre les mains de francophones ce qui aide beaucoup.Dans ces circonstances, il est encore temps d\u2019agir avant qu\u2019il ne soit trop tard.Cependant, l\u2019assimilation en masse (90%) des néoquébécois au milieu anglophone depuis 20 ou 25 ans est un indice sérieux de la puissance inégale des forces en présence et du danger qui en découle.La minorité de langue anglaise a un tel prestige et jouit d\u2019un tel pouvoir socio-économique que la majorité française n\u2019a pas réussi à faire respecter sa langue dans de très larges secteurs de la vie quotidienne.C\u2019était la situation qui prévalait à Anvers, à Gand ou à Bruges il y a 60 ou 70 ans.En fait, la majorité montréalaise a surtout appris la langue de la minorité alors que l\u2019inverse ne s'est pas produit ou peu.Quelques centaines de milliers d\u2019anglophones unilingues riches et bien placés ont plus de poids que les quelque 1,500, 000 francophones de la région métropolitaine sans parler des trois autres millions de Québécois qui habitent le reste de « notre Etat national ».Cette situation traduit un état d\u2019aliénation avancée.Les Montréalais devront s\u2019en défaire au plus tôt s\u2019ils veulent que leur grande ville soit vraiment, dans les faits et non L'EXPÉRIENCE BELGE 271 seulement dans les statistiques ou les dépliants publicitaires, la « deuxième ville française du monde ».Surtout, si les Montréalais ne veulent pas que leur ville connaisse avant la fin du présent siècle le sort de Bruxelles.Tous les Québécois conscients ont les yeux tournés vers Montréal, car ils savent ou sentent que l\u2019avenir du Québec s\u2019y joue.J\u2019emprunte à M.Prince une autre réflexion pour parler de la solution à appliquer.Celui-ci écrit et je cite : « Il ne faut pas oublier que le Québec n est pas un pays mais partie d\u2019un pays.Ceux qui estiment que le Québec peut imposer le français à ses nouveaux venus raisonnent, qu\u2019ils le veuillent ou non, dans l\u2019optique d\u2019un pays et non d\u2019une province ».Cet argument n\u2019a aucun poids et ne convainc personne \u2014 pas même les fédéralistes qui connaissent le moindrement ce qui se passe en Suisse.EN SUISSE Dans ce pays que l\u2019on cite souvent en modèle, chaque canton \u2014 ce qui correspond à une province canadienne actuelle \u2014 est responsable des droits linguistiques et culturels à l\u2019intérieur de ses limites et aucun d\u2019eux ne tolère qu\u2019un groupe minoritaire quelconque vienne y changer quelque chose.Le Tessin, par exemple, qui est le seul canton de langue italienne ne reconnaît que l\u2019usage de l\u2019italien comme langue administrative ou scolaire.La langue du travail est aussi l\u2019italien par voie de conséquence.Les immigrants alémaniques, romands ou autres doivent apprendre l\u2019italien s\u2019ils ne le savent pas déjà et leurs enfants iront à l\u2019école italienne qui est la seule école publique permise par la loi.La même chose existe pour chaque canton. 272 ACTION NATIONALE À cet égard, le rapport de la Commission Laurendeau-Dunton est très explicite à la page 82 du livre I sur les langues officielles.« Chaque canton, y lit-on, quelque faible et exigu qu\u2019il soit, jouit du droit reconnu de protéger son originalité culturelle et linguistique contre les périls extérieurs; il peut même compter pour cela sur le concours fédéral.La langue traditionnelle du canton est donc utilisée dans l\u2019enseignement et les services administratifs.Il va de soi que le citoyen arrivant d\u2019une autre zone linguistique doit apprendre la langue de son nouveau milieu et, s\u2019il s'y établit, s\u2019intégrer entièrement en confiant ses enfants aux écoles du canton.» Les « parties de pays » que sont les cantons suisses régissent leurs propres droits linguistiques et imposent leur langue aux groupements minoritaires et aux immigrants \u2014 mises à part certaines minorités frontalières qui sont, en fait, des majorités dans leur petit coin de pays.Dans les cantons de Vaud ou de Genève, par exemple, il y a des dizaines de milliers de citoyens de langue maternelle germanique ou italienne qui s\u2019intégrent tout naturellement eux et leur famille à la communauté romande.La question des minorités en Suisse a été résolue de façon intelligente.La sagesse des hommes a résolu le problème des minorités en évitant d\u2019en créer ou d\u2019en laisser naître.Pour cela, on y favorise l\u2019intégration pure et simple des éléments étrangers au sein de la majorité linguistique de chaque région.Cela donne la cohabitation harmonieuse de populations homogènes linguistiquement dans leur territoire respectif.La Suisse a trouvé ainsi une règle d\u2019or qui protège les droits linguistiques de chacune des majorités (ce qui est essentiel), sans faire naître de problèmes de minorité (ce qui est ingénieux).La Suisse aurait sans doute les mêmes difficultés que les Québécois d\u2019aujourd\u2019hui, si une politique de faiblesse ou de laisser faire avait permis aux germanophones, par exemple, qui constituent 75% de la population du pays de L'EXPÉRIENCE BELGE 273 former des minorités ethniques dans le Tessin ou la Suisse romande et de s\u2019y imposer au gré de leur puissance.LA SOLUTION AU QUEBEC La Commission Laurendeau-Dunton ne s est pas montrée favorable à la formule suisse pour des considérations plus politiques que sociologiques.À la vérité, le Québec francophone en serait le vrai grand bénéficiaire.C est la seule province dont la majorité est dominée et menacée par sa minorité qui, en fait, est une extension québécoise de la majorité canadienne et nord-américaine.L unilinguisme territorial serait aussi avantageux pour les francophones québécois qu\u2019il l\u2019est pour les Tessinois ou les Romands.Les changements proposés par la Commission Lauren-deau-Dunton paraissent bien accueillis dans l\u2019ensemble du Canada anglais.Il y a plusieurs raisons à cela et j\u2019en note trois (3).D\u2019abord, la création de districts bilingues en Alberta ou à l\u2019Ile du Prince-Edouard est une solution qui fait sympathique, mais elle est dépassée et ne changera pas grand chose au processus d\u2019assimilation déjà avancé des minorités francophones \u2014 sauf pour les minorités voisines du Québec qui sont des majorités locales.Cela le Canada anglais le sait très bien.Ensuite, l\u2019unilinguisme territorial que les provinces anglaises pratiquent depuis cent (100) ans continuera; il sera probablement un peu modifié dans son aspect extérieur, mais non dans sa réalité fondamentale.Enfin, le Canada anglais sent le besoin de calmer le Québec à la recherche de son mieux-être national tout autant pour le garder dans le giron fédéral que pour protéger les privilèges de sa minorité.Le Québec gagnerait énormément à faire sienne la politique linguistique des cantons suisses.Le seul Etat fran- 274 ACTION NATIONALE çais d Amérique où notre nation est majoritaire, mais très minoritaire et isolée sur le continent, serait ainsi débarrassé de son lourd contexte bilingue qui en fait un État boiteux et dessert dangereusement tout un peuple au profit d\u2019une minorité.Au Québec, la situation est assez analogue à celle qui existait en Flandre où, comme nous l\u2019avons vu, la minorité francophone imposait sa langue à une majorité différente avec toutes les conséquences linguistiques, culturelles et psychologiques qui peuvent en découler.Il a fallu le réveil du peuple flamand affaibli et longtemps trahi par une bonne partie de ses élites fransquillo-nes pour rétablir les choses à la normale et adopter le modèle suisse à savoir l\u2019unilinguisme régional.L\u2019unilinguisme régional ou territorial en Flandre était essentiel.Le Québec ne s'en tirera pas autrement qu\u2019en faisant la même chose.Le réveil du Québec est commencé.Les résultats ne devraient pas tarder.L\u2019affaire de Saint-Léonard est une épreuve de force qu\u2019il faut gagner.Tous les Québécois quelle que soit leur option politique se doivent d\u2019appuyer l\u2019unilinguisme français au Québec.Les hommes politiques en place ne pourront plaider ignorance devant l\u2019histoire s\u2019ils ne prennent pas leurs responsabilités avant qu\u2019il ne soit trop tard.En terminant, je résumerai les principes qui doivent guider notre action.1\t\u2014 Le Québec est un État de langue française, \u2014 non un État bilingue.2\t\u2014 Le français doit être la seule langue officielle dans tous les domaines de la vie québécoise.3\t\u2014 La minorité de langue anglaise dans les régions fron- talières où elle forme des zones majoritaires pourra faire aussi usage de l\u2019anglais dans les affaires locales et bénéficier d\u2019écoles bilingues.Le problème de la langue au Québec ne sera pas résolu autrement. Réflexions laïques sur l\u2019actualité chrétienne Où va l\u2019Église?- Il par François-Albert Angers Sur « Deux prêtres en colère » 1 Ce livre, de deux ex-pères, MM.Roméo Bouchard et Charles Lambert, est, à sa façon, un livre extraordinaire, par sa qualité même comme par la nature de son message.Et je me demande comment les deux ex-prêtres en question ne se sont pas aperçus qu'ils ont fait, non pas tant le procès de l\u2019« ancienne » Eglise, que de la « nouvelle »; de celle qui accuse l\u2019« ancienne » d'avoir tué la religion par trop de formalisme, de dogmatisme, de juridisme, de triomphalisme, etc., et qui au fur et à mesure qu'elle introduit ses méthodes nouvelles pour le renouveau religieux voit au contraire la religion s\u2019écrouler, fondre comme beurre dans la poêle .« au soleil de Satan ».Ce livre est d'ailleurs comme la suite logique à ce qu\u2019il y avait de faux germes dans « L'Eglise s\u2019en va chez le diable », ouvrage de trois prêtres également dont nous parlions le mois dernier; les auteurs du présent ouvrage accusent d\u2019ailleurs la chose en disant à ces trois prêtres que, partis comme ils le sont, ils ne font que refuser dans une sorte d\u2019inconscience d'aller jusqu'au bout des idées qu\u2019ils véhiculent.Ici encore comme dans le précédent ouvrage ci-dessus mentionné, le titre est purement publicitaire, et donne une idée totalement fausse du ton de ce livre.C\u2019est très sereinement, très spéculativement et académiquement, que MM.Bouchard et Lambert abordent avec une remarquable concision, l\u2019ensemble du problème religieux et de son avenir, autant en définitive par rapport à toute religion que par 1.Collection Les Idées du Jour, Editions du Jour, Montréal. 276 ACTION NATIONALE rapport au catholicisme, qu'ils ont davantage mis en cause parce que catholiques, à la façon de Teilhard de Chardin qui donne à l\u2019Eglise catholique une valeur institutionnelle première et qui veut la transformer plutôt que d\u2019en sortir.C\u2019est l\u2019oeuvre au surplus de deux esprits très cultivés, qui ont évidemment beaucoup lu et beaucoup réfléchi, pour pouvoir arriver à cette concision dans l\u2019expression d\u2019une synthèse; trop lu et pas assez vécu sans doute avant d\u2019avoir pris le risque de se prononcer en une pensée qui a drainé tous les éléments sociologiques du courant principal de la réflexion religieuse contemporaine, troublée par les merveilles de la science et de la technique, et qui les charrie comme une rivière torrentueuse emportant tout en surface sans avoir le temps de mesurer sa profondeur.L\u2019ouvrage débute par une sorte de charge descriptive de ce qu\u2019était le catholicisme d\u2019hier.En un sens tout y est vrai, mais la charge résulte de l\u2019accumulation en quelque sorte péjorative de certains aspects de la vie religieuse d\u2019autrefois, dont un bon nombre n\u2019étaient que l\u2019écume d\u2019une vague de bien autre apparence, portée et signification, au détriment de l\u2019envers de cette vision, où apparaîtraient les traits favorables.Comme il arrive presque fatalement aux réformateurs trop pris par leur sujet, on montre les verrues d\u2019un corps existant sans trop se soucier des formes générales de ce corps lui-même; et on va le comparer au corps idéalisé d\u2019une institution rêvée dont on oublie de prévoir que lui aussi, dans l\u2019application, développera ses verrues dont il importerait alors de se demander si elles seront préférables à celles que l\u2019on décrie.L\u2019ouvrage passe ensuite à l'effort d\u2019« ouverture » qu\u2019ont voulu introduire dans la religion traditionnelle, les partisans d\u2019une religion « renouvelée ».Le même procédé de description devient alors illuminant, parce qu\u2019intimement vécu par les auteurs, de l\u2019aboutissement fatal de la nouvelle catéchèse, axée sur plus de sentimentalité religieuse sous prétexte que Dieu est amour, d\u2019effusions mystiques prématurées, que de musculature dogmatique et morale, dans l\u2019oubli à mon sens d'une parole évangélique fondamentale : « Si vous m\u2019aimez, OÙ VA L'ÉGLISE \u2014 Il 277 gardez mes commandements .Celui qui a mes commandements et qui les garde, c\u2019est celui-là qui m aime; or celui qui m'aime sera aimé de mon Père et je l\u2019aimerai ».Les auteurs montrent, sans le vouloir spécifiquement, par la seule expression de leurs états dame, combien la nouvelle catéchèse leur a donné une impression de vide, d inadéquat, devant la vie « des types engagés dans leur travail, leur spécialité, leur activité sociale, économique, politique et familiale ».Je m\u2019étais permis de le dire à plusieurs, qui en ont été bien scandalisés, mais sans avoir osé l\u2019écrire : je ne voyais pas comment l\u2019esprit des enfants, initié trop exclusivement à ces artificielles effusions et infusions d « amour », prématurées encore une fois parce qu étant plutôt le couronnement d\u2019une profonde expérience religieuse, résisterait mieux qu à partir des notions du petit catéchisme a uheurt duquel il devra un jour aboutir, de se faire dire que tout cela n est que mythe et légende.Au moins, disais-je, 1 ancien catéchisme, avec tous les défauts qu on pouvait lui prêter, mettait dans la tête des enfants des raisonnements rigoureux en forme de définitions qui formaient des noyaux de réponse aux raisonnements anti-religieux, et des règles de vie qu ils se répéteraient dans leur tête pour guider leur conscience au moment des difficultés.Mais ce que je n aurais pas osé prévoir et prédire, c\u2019est que ce serait ceux-là mêmes qui enseignent cette forme de catéchèse qui y trouveraient le vide à force de n\u2019avoir rien voulu y mettre que la répétition incessante de « Père » et « amour » sur tous les tons et dans tous les modes; et qui finalement se sentiraient plus loin ainsi que jamais de cette prise avec la vie qu\u2019ils accusaient l\u2019« ancienne » religion de trop négliger.De sorte que finalement, leur abandon ne vient-il pas avant tout du dégoût devant un échec qu\u2019on ne veut pas avouer; l\u2019évasion vers l'extérieur pour n\u2019avoir pas à admettre qu\u2019à avoir voulu « réformer » la religion selon des normes qu\u2019on estimait pures et capable de la sauver, on a au contraire précipité une crise religieuse qui apparaît tout à coup sans issue ?On avait tant dit que nos collèges avaient gaspillé la religion à force d\u2019imposer la messe, la confession et la communion aux étudiants. 278 ACTION NATIONALE que partout où 1 on avait mis en train ces « élargissements », les effusions d amour auraient dû ramener la jeunesse à la ferveur et à la pratique libre de la piété.Or qu'est-il arrivé .?! Nos deux prêtres en colère démontrent tout cela sans le voir, car eux ils sont « sociologiques ».Ils décrivent ce qui se passe sans se préoccuper d analyser les causes, de poser des prémisses, d y mettre un peu de rigueur intellectuelle.Si tout cela existe, évolue ainsi qu\u2019ils le montrent \u2014 et leur description est juste \u2014 c est qu il doit en être ainsi, qu\u2019il devait en être ainsi; et que s il y a eu faute, ce ne fut pas d avoir manqué de purifier la tradition pour la rendre plus conforme au message authentique de l\u2019Eglise, mais bien pour 1 Eglise de ne pas avoir suivi assez vite le mouvement afin de s y intégrer en s y conformant pour le sublimer sans le contrarier.Ceux-là qui sont les premiers à reprocher au Pape de ne pas admettre que 1 homme est là pour arranger la nature à son profit, sont aussi les premiers à oublier que 1 action sur la nature ainsi comprise pour la rendre plus fructueuse est presque toujours de mettre des obstacles à son fonctionnement naturel au sens empirique du mot.Ce n\u2019est pas en parcourant les rapides en canot que l\u2019homme crée la puissance de l\u2019énergie électrique, c\u2019est en barrant et en détournant le cours des rivières, en s\u2019opposant au « mouvement spontané de 1 histoire » physique du monde.En ainsi, à force de vouloir suivre un courant de plus en plus rapile, nos deux prêtres ont eux-lêmes sombré.« Nous avons été amenés à reviser sans cesse notre conception de la communauté chrétienne .Peu à peu tous les autres signalements (que l'engagement) se sont estompés : gestes religieux, prière, activités formellement apostoliques, récollections, etc .» L\u2019Eucharistie elle-même y passa.« L\u2019image d'une Eglise face au monde s\u2019estompait.Elle faisait place à 1 image d une Eglise qui est le monde conscient de ce qui arrive » (et non plus, par suite, de ce qui est), « une Eglise sécularisée, anonyme, qui ne vient plus d\u2019ailleurs mais émerge de la terre » (pp.27-28).Faute d\u2019avoir mis à temps la digue qui contiendrait les flots déchaînés pour les trans- OÙ VA L'ÉGLISE \u2014 Il 279 former en énergie vitale, tout a sombré, tout a été arraché.Quelle terrible introspection ! Quel service ces malheureux prêtres n\u2019auront-ils pas rendu à 1 humanité et à 1 Eglise si leur témoignage si lucide et si pathétique allait enfin ouvrir des yeux et engendrer dans 1 Eglise canadienne 1 oeuvre du castor.Peu satisfaits du fameux « renouveau » qu ils qualifient assez justement d « européen » (en Europe, on dit « progrès-siste ») \u2014 et au fond ils avaient raison de n\u2019en être pas satisfaits \u2014 les deux prêtres n\u2019ont plus vu autre chose possible, dans leur mouvement, que de tout remettre en cause : « le fond même de la vieille culture, de la foi, de 1 Eglise, du sacerdoce » (p.29).La fragilité, l\u2019évanescence de la nouvelle catéchèse les avaient jetés tout simplement dans 1 incroyance ! Et puis, éperdus, nos deux prêtres se sont mis à lire (p.32).Ils ont lu, lu, lu .jusqu\u2019à en perdre leur latin ! Ils se sont noyés dans leur verre d eau ! Et puis c'est tout ! Tout le reste du livre n est qu un déballage où ces deux hommes, qui n ont aucune autorité spéciale pour que nous croyions que tout ce qu'ils nous disent est vrai, nous affirment péremptoirement comme nouvelle vérité, toute une série de choses apprises dans leurs lectures, sans se préoccuper de nous en donner la preuve.Ils ont acquis une nouvelle foi qu\u2019ils nous communiquent, sans se rendre compte d\u2019ailleurs que leurs nouvelles vérités sont des vérités « scientifiques », elles-mêmes déjà fort controversées entre savants; et qui, toutes, ne reposent que sur des hypothèses dont le renouvellement constant est le fait le plus évident de la civilisation scientifique dans laquelle nous vivons.Nulle part, par suite, les deux auteurs ne semblent s'être avisés que toutes leurs « vérités » ne sont que 1 explication momentanée d'effets observés ou provoqués (« tout se passe comme si .»), qui seront contestées ou controuvées demain en faveur de nouvelles « vérités » qui contrediront plus ou moins les précédentes.Ce jeu produit des effets d\u2019ailleurs merveilleux en bien des cas; mais quand on en connaît les ressorts, on sait bien qu'il ne peut en aucune façon répondre aux questions cruciales dont ces deux hom- 280 ACTION NATIONALE mes cherchent si avidement la réponse, après avoir souffert du déboussolement d\u2019un monde qui a lâché le seul point fixe qui lui permettait d\u2019esquisser de véritables réponses : le sacré, et pour les catholiques, la Révélation.Car tel est bien le fond du problème.Si dans le reste du livre, nos deux prêtres avaient pu réussir une construction d un savoir et d\u2019une foi qui fût plus fondée et plus convaincante que l\u2019ancien, tout le début du livre prendrait la signification que les auteurs voulait lui donner d\u2019être la description d un temps révolu; alors qu\u2019en fin de compte leur livre ne fait qu\u2019illustrer comment ils ont perdu la vraie Foi, comment elle se perd tous les jours chez un grand nombre par la vertu (sic) d\u2019un « renouvellement » dont le ton a remis la Foi en cause au lieu de la rajeunir et de perfectionner 1 espérance et la charité.Ce livre ne sera convaincant \u2014\tet séducteur pour ceux qui hésitent \u2014 que pour ceux-là qui ont déjà abdiqué la vraie foi et adhéré à la nouvelle foi scientifique et qui y trouveront, par leur adhésion de foi, les convictions qui n\u2019y sont pas, pas plus en raison qu\u2019en révélation; ils en feront volontiers leur évangile, car il a cette valeur intrinsèque qui peut en faire le livre de cristallisation d\u2019un nouveau mythe.Mais, en réalité, rien de ce qu\u2019on peut y lire n\u2019est intellectuellement ou affectivement plus probant que les supposés « mythes » qu\u2019ils prétendent abattre; et parmi ceux qui hésitent, seuls peuvent s\u2019y laisser prendre \u2014\tet ils sont malheureusement nombreux \u2014 ceux qui manquant de familiarité avec les procédés scientifiques \u2014 ce qui est évidemment le cas des deux auteurs \u2014 confondent les hypothèses avec des vérités, et les conclusions hypothétiques d\u2019une science en mouvement continuel avec la Vérité.A ce sujet d\u2019ailleurs, le livre a sa solidité propre, Les auteurs diraient qu\u2019ils ont répondu d'avance à cette objection en soutenant qu\u2019il n'y a pas de Vérité; qu\u2019il n'y a que des vérités du moment qui se font et se défont sans cesse dans le mouvement de la vie.Mais selon leur propre système, cette affirmation même dépasse leur propre thèse en se donnant en quelque sorte comme une Vérité fondamentale sur laquelle repose toute leur pensée et tout leur système.C\u2019est OÙ VA L'ÉGLISE \u2014 Il 281 sans aucun doute cette « vérité » là, « hypothèse » de base de toute leur pensée, qui est le plus véritablement une vérité de circonstance, une vérité propre à l\u2019orgueil et au scepticisme de notre temps, à sa foi en l\u2019homme contre Dieu, car l\u2019homme ne peut par lui-même savoir cela de source certaine, ne s\u2019étant pas fait lui-même, n ayant pas fait le monde dans lequel il vit.Comme nos deux auteurs ont réponse à tout, ils vous diront que la caractéristique du monde est d être parti de rien pour se donner lui-même, par son évolution, un maître à penser, l\u2019homme, qui se penchera sur lui, le comprendra et le dominera.Mais cette certitude elle-même, d\u2019où vient-elle d\u2019autre que d\u2019une hypothèsèe historique de la vérité de laquelle nous ne serons assurés que quand 1 homme aura vraiment réussi à prenlre la maîtrise totale de 1 univers et de tous ses secrets, de sorte que maître de lui-même et du monde, il n\u2019ait plus rien à attendre de Dieu ?D ici là, nous restons la fourmi le plus en plus savante qui connaît de mieux en mieux son environnement à force de l\u2019avoir exploré, mais qui sait finalement quoi sur cet univers lont dépend finalement son destin ?et qui a quel pouvoir d\u2019empêcher le cataclysme cosmique qui peut survenir n\u2019importe quand et la détruire en un instant avec sa fourmilière si savamment organisée ?Ou l\u2019homme de 1968, plus que l\u2019homme de 1568 ou de 1068 peut-il prendre toute cette mesure d\u2019orgueil sur la certitude même progressive de sa toute-puissance quand tout ce qu\u2019il lui faut encore apprendre pour pouvoir se proclamer maître de l\u2019univers et sûr de lui, reste si immensément considérable que tout ce qu\u2019il sait n\u2019en peut encore représenter qu\u2019une infime portion ?Autrement dit, cet ouvrage est typique et marquant.Il m\u2019apparaît comme le livre babélien par excellence.Le livre du chant d\u2019orgueil dans l\u2019admiration des réalisations de Babel, de la beauté de la tour en construction et des espoirs insensés qu\u2019elle suggère, tout juste au seuil du moment où tout va peut-être s'abîmer dans la confusion des langues, sinon dans le feu d\u2019artifice gigantesque d\u2019une contestation et d'une hécatombe mondiale.Car voilà bien le tragique du 282 ACTION NATIONALE destin humain qu\u2019à ses sommets d'euphorie et de gloire il peut bien se vanter de ses réalisations, spéculer en extrapolation sur les espoirs de ses conquêtes futures, si .Mais il reste absolument sans moyen de contrôler ces « si » innombrables qu\u2019il est porté à passer sous silence ou à écarter prestement comme hautement improbables .alors que cette obligation de probabiliser montre qu\u2019en définitive il n\u2019en sait pas grand chose.Rendu à pareil moment d\u2019une réflexion sur un livre trop sérieux pour ce qu\u2019il contient d\u2019assurance d\u2019être vrai, quoique pas assez sérieux pour avoir su s\u2019arrêter à ses limites, il vaut mieux se désintoxiquer par de la littérature, par de la fiction.Et peut-être le livre à lire alors, serait-il ces « Nomades » de Jean Tétreau, roman futuriste dont la vraisemblance fait quand même réfléchir sur la fragilité de toute cette civilisation qu\u2019un plissement terrestre un peu plus accentué que d\u2019ordinaire pourrait faire s\u2019écrouler comme château le cartes en un instant, alors qu\u2019il a fallu au moins 40,000 années pour l\u2019édifier.Car qui peut être sûr que, dans les trois ou quatre millions d\u2019années depuis lesquelles l\u2019homme serait apparu sur la terre selon les théories les plus nouvelles, plusieurs civilisations humaines déjà beaucoup plus avancées que la nôtre peut-être n\u2019ont pas été réduites en poussière au point de ne plus se manifester que par quelques ossements au sujets desquels nous n\u2019avons pas d\u2019indice suffisant pour les dissocier d\u2019une évolution que nous croyons continue et sans hiatus.Que d\u2019événements ont pu s\u2019écouler en trois millions d\u2019années dont la connaissance pourrait nous aider à rabattre notre orgueil, quand on pense à la rapidité relative avec laquelle la simple nature abandonnée à ses propres forces ronge et désintègre les monuments dont l\u2019invulnérabilité paraît la plus certaine aux hommes de chaque temps.Ne serait-ce pas finalement d\u2019époques comme celles-là dont la tradition nous apporte les échos à travers les révélations de l\u2019Ecriture sur l\u2019aventure des Babéliens ?Non décidément, l'homme n\u2019est pas encore assez fort pour se permettre d\u2019affirmer la mort de Dieu et se gargariser de la certitude que Dieu est en lui.N\u2019est-ce pas la OÙ VA L'ÉGLISE \u2014 Il 283 caractéristique même de l\u2019infantilisme que cette prétention sur soi-même dans l\u2019éblouissement de la puissance à travers de premières réalisations ?Et dans l\u2019histoire de l\u2019homme en tant que « créateur et maître de toutes choses », n\u2019est-il pas encore assez évident que nous n\u2019en sommes encore qu\u2019aux toutes premières impressions ?Non ! bien sûr, l\u2019Eglise a trop de maturité pour suivre la voie des hommes partis dans ce sillage.Sa plus sûre base n\u2019est pas celle de ce premier atterrissage de l\u2019homme au seuil de la divinité, mais bien sa base de départ : « Pierre, tu es pierre; et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise.» La fidélité à la parole a encore plus à dire, sur le destin de l'homme, et cela en fonction même de ce qu\u2019elle a édifié dans le passé, que les spéculations encore hasardeuses en fonction desquelles l\u2019homme tente de jeter un pont sur l\u2019abîme d\u2019un destin sans Dieu. Les événements Ottawa à l\u2019heure de Moscou! A quand l\u2019invasion de la Tchéco-Québec ?L\u2019affaire Rossillon L\u2019incident Rossillon nous apporte, peut être plus vite qu\u2019on ne pouvait s\u2019y attendre, un exemple de ce qu\u2019il faut craindre du caractère farfelu et insolite de Pierre-Elliott Trudeau.Et ce n\u2019est sans doute là, à moins que Trudeau réussisse à se réformer très rapidement, que le premier d\u2019une série d'incidents qui feront du Canada, en ces prochaines années, un pays drôlement gouverné.En un sens, si nous n'y avions pas tant en jeu et ne risquions d'être ceux qui en souffriront le plus, nous n\u2019aurions pas pu faire mieux, voulant jouer un tour de gavroche à nos « occupants » à la façon des chansonniers français de l\u2019occupation se moquant à leur nez des Allemands sans que ceux-ci n\u2019y comprennent rien, que de leur vendre l\u2019idée sous le couvert de la bonne entente de prendre Pierre-Elliott Trudeau comme premier ministre idéal du Canada.Ils se le sont donné eux-mêmes, dans un esprit de panique à notre égard et dans l\u2019espoir de nous dompter, de « nous faire faire mal »; et autant ils se réjouissent à l\u2019heure actuelle des embêtements qu\u2019il nous cause, autant nous aurons sans doute notre occasion de « jubiler » à quelque tour pendable qu\u2019il ne pourra pas facilement manquer de leur passer, soit dans le domaine international, soit dans le domaine économique.Nous voilà donc à l\u2019heure de Moscou ! A l\u2019heure où parce que français, il ne sera plus possible à un fonctionnaire de France de venir se promener au Canada, de s\u2019intéresser aux problèmes des Canadiens français, de nouer avec eux des relations amicales et culturelles en vue de provoquer des échanges ou des dons, etc., sans risquer de passer pour un OTTAWA À L'HEURE DE MOSCOU 285 agitateur, un dangereux provocateur de révolution.L esprit des accords-cadres que l\u2019on invoque tendrait donc plus a contrôler, à étatiser, les rapports culturels avec la France qu\u2019à les faciliter.C'est proprement ridicule dans le climat nord-américain, et surtout canadien.L\u2019homme qui se faisait autrefois le défenseur éperdu des libertés civiles, devient une fois premier ministre drôlement casse-pied .Selon certains arguments qu\u2019il a utilisés pour se justifier, je veux bien lui donner raison, si nous envisageons la question dans un esprit européen 19e siècle.Il est bien sûr que dans le climat de l\u2019Europe, des souverainetés jalousement gardées, des menaces d\u2019invasion armée pour des motifs de conquête territoriale par les voisins, la moindre intrusion d\u2019un ressortissant étranger, à fortiori d un fonctionnaire d un gouvernement étranger, prenait tout de suite une allure suspecte.Si bien que les usages diplomatiques voulaient effectivement que seuls les espions fussent de ceux qui se permettaient de telles initiatives sans que les autorités locales, et pour cause, fussent dûment averties de leur passage et de leur mission.Mais, justement, il est particulièrement drôle de voir l\u2019homme « progressiste » de Cité Libre, Pierre-Elliott Trudeau, recourir à ce genre d existence diplomatique, tout particulièrement en temps de paix et envers un pays ami, en plein continent nord-américain.Car cela ne s'est jamais fait ni au Canada, ni aux Etats-Unis d\u2019ailleurs où l\u2019habitude de la plus totale liberté dans la circulation des hommes prévaut, sauf en temps de guerre.Ottawa serait-il, par hasard, psychologiquement en guerre avec la France ?Que cela survienne dans le cadre canadien, en fonction des relations entre la France et le Canada français, au seuil du 21e siècle, par la sensibilité d\u2019un homme canadien-fran-çais qui a des gages à donner à ses électeurs anglo-canadiens est, en fait, hautement significatif du contraire de ce que M.Trudeau prétend pouvoir prouver par sa politique intégralement canadienne jusqu\u2019à être anti-québécoise s'il le faut.Cela ne fait qu'illustrer la peur qu\u2019ont les Canadiens anglais que certaines explosions verbales des dernières années ne deviennent des réalités; la panique dans laquelle ils 286 ACTION NATIONALE sont d'avoir même à vraiment tenir, à court terme, les promesses qu ils ont laissé Trudeau faire en quelque sorte en leur nom au Canada français sur la question linguistique à travers tout le Canada, de ne plus pouvoir simplement tergiverser devant les réalisations en nous amusant avec de belles paroles.Tout serait si simple, si en toute bonne foi, le Canada anglais acceptait vraiment le fait français et se montrait véritablement disposé à collaborer pour réparer les injustices qu ils reconnaîtraient avoir commises depuis au moins cent ans de Confédération ! Le bilinguisme officiel au Québec Ce sont les mêmes peurs, les mêmes paniques chez les Anglo-Canadiens, et le même souci chez le Canadien français de service de ne pas se faire semer en route, que dénote la prise de position de Trudeau sur le bilinguisme au Québec, ratifiée cette fois par Claude Ryan pour d\u2019autres raisons, par son manque de réaction spontanée à un problème dont il n\u2019arrive pas à vivre le sens profond.Par des grands mots qui espèrent nous impressionner dans le respect que nous avons des principes, on veut nous faire croire qu il nous est impossible de respecter les droits et privilèges légitimes des Anglo-Canadiens si l\u2019anglais n\u2019est pas mis sur pied d égalité absolue avec le français dans Québec.Et une fois de plus, la réaction de M.Robarts, c\u2019est-à-dire du Canadien anglais pratique et bien intentionné, nous montre comment nous sommes toujours mieux servis par l'« adversaire » de bonne foi et intelligent que par le Canadien français en poste et sans cesse sensibilisé à donner des gages pour se faire accepter: M.Robarts refuse de s\u2019énerver devant les décisions du Québec sur la langue, et dément Trudeau qui s\u2019inquiète déjà du tort que les gestes du Québec peuvent lui faire dans la poursuite de sa politique de bonne entente ! Or la prise de position de MM.Trudeau et Ryan sur le sujet, qui consiste à vouloir que le français s\u2019établisse au OTTAWA À L'HEURE DE MOSCOU 287 Québec mais sans mettre en cause la conclusion du rapport Laurendeau-Dunton sur la mise des deux langues sur un pied d'égalité absolue, est totalement irréaliste.Elle procède fondamentalement d\u2019une intellectualisation du problème qui le pose en terme de données inconciliables, contradictoires dans l\u2019état réel des choses.Forcément, au départ, c est une position théorique-coup-de-chapeau en faveur du français et pratique en faveur de l\u2019anglais.La fausseté du dilemme auquel on nous accule vient de ce que la proposition relative aux droits des minorités est présentée dans une optique erronée.Il n est nullement nécessaire que l\u2019une des deux langues soit aussi officielle que l'autre pour que des droits et des privilèges très nets et très spécifiques, et aussi larges qu on voudra, soient accordés dans l\u2019usage de cette langue.En gens pratiques, les Anglo-Canadiens l\u2019ont toujours reconnu contre nous en refusant systématiquement d\u2019accepter que 1 article 133 garantissant l'usage du français fît du Canada un pays bilingue, parce qu'ils ne nous voulaient pas égaux.Bien sûr, il est vrai que nous leur avons toujours opposé le contraire.Que nous avons toujours soutenu et soutenons encore que dans les circonstances de la rédaction de l'A.A.B.N.et dans la perspective des constitutions antérieures, cet article proclamait le caractère bilingue du Canada et les droits du français à travers tout le pays.Mais s\u2019il eût été rédigé autrement, pour signifier clairement ses limites, dans d\u2019autres perspectives historiques, il aurait pu reconnaître les mêmes droits limités qui nous ont été concédés sans signifier la même extension.A l\u2019heure actuelle, la différence en tout cela est dans les situations bien plus que dans les textes.Même si l\u2019Ontario se proclamait officiellement bilingue, dans la pleine égalité des droits pour les deux langues comme le veut la Commission Laurendeau-Dunton \u2014 ce qu'elle ne fera vraisemblablement pas et qu\u2019il ne faut pas lui demander -\u2014 la langue d'usage général n\u2019en restera pas moins l'anglais; et le français n\u2019y sera jamais en pratique mis sur un pied d\u2019égalité avec l\u2019anglais.Mais cela n'empêche nullement que les dé- 288 ACTION NATIONALE pûtes francophones puissent parler le français à l\u2019Assemblée et qu\u2019on y installe un système de traduction simultanée pour qu\u2019il soit compris; que le français puisse être accepté dans les procédures des tribunaux; et que des écoles françaises soient accordées aux francophones.Il suffira alors que la loi accorde ces droits ou que la pratique reconnaisse ces privilèges pour qu\u2019ils existent.Au Québec, la situation est toute différente.L\u2019anglais tend à y être la langue d\u2019usage la plus courante dans certains secteurs en raison de l\u2019environnement anglophone du continent.Il faudra des lois au Québec pour que le français s'y établisse comme langue d\u2019usage courant tel l\u2019anglais dans l\u2019Ontario.Ces lois devront sans doute être prudentes, mesurées, progressives; mais néanmoins fermes et soutenues.Mais toute loi de ce genre serait discriminatoire si la constitution ou la loi met les deux langues sur un pied d\u2019égalité absolue, ce qui implique la liberté pour chacun en tout temps d\u2019utiliser celle qu\u2019il préfère, quitte à passer par des interprètes pour respecter les droits de l\u2019autre à ne pas comprendre.Cela devient donc un drôle de truc que de nous vendre « le principe du bilinguisme officiel » pour sauver les droits de nos minorités, alors que cela n\u2019est pas nécessaire; tandis qu\u2019en même temps nous obligeant à l\u2019accepter au Québec ce principe du bilinguisme jettera l\u2019interdit sur une action québécoise favorable au français sous prétexte de violation des droits de la minorité, dans un cadre ou d\u2019ores et déjà la minorité anglophone jouit de privilèges incomparablement plus considérables que le français nulle part ailleurs d'ici probablement plusieurs années si jamais.L\u2019argument de Trudeau selon lequel il faut viser à accroître les droits et privilèges des francophones en dehors du Québec afin de les amener au niveau de ceux qui sont accordés à la minorité du Québec, non pas réduire ces derniers, est un argument complètement fallacieux et qui manque l\u2019objectif réel.Car nulle part il n\u2019est question de faire du français, dans les autres provinces, une langue d\u2019usage aussi courant chez elles que l\u2019anglais dans Québec.Ce ne serait d\u2019ailleurs pas possible. OTTAWA À L'HEURE DE MOSCOU 289 Essentiellement, ne l\u2019oublions pas, la reconnaissance du bilinguisme officiel, que nous avons incessamment réclamé au niveau fédéral canadien, n\u2019est pas avant tout une question d\u2019usage du français \u2014 puisque les conditions de cet usage qu'il facilite peuvent être établies autrement.C\u2019est avant tout une question de dignité, de reconnaissance de l\u2019égalité des deux sociétés, et de leur droit à une participation égale dans la gouverne du pays.Cette égalité, nous ne l\u2019avons jamais réclamée sur le plan des droits provinciaux \u2014 ou nous ne parlons que des droits des minorités, non pas des droits des deux « sociétés »
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