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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1970-02, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LIX, Numéro 6\tFévrier 1970\t75 cents UN FIASCO?NOUVELLE CAPITULATION DU QUÉBEC BILINGUISME ET BICULTURALISME CHARTE DES CONSOMMATEURS Julia Richer Avel Maugey Henri Métivier POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE REPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIES TABLE DES MATIÈRES ÉDITORIAL : Aveu d\u2019un fiasco ?.505 F.-A.ANGERS : Une nouvelle capitulation de Québec .\t519 Patrick ALLEN : Bilinguisme et biculturalisme .542 Jean GENEST : La conférence fédérale-provinciale .547 Fédération COOP : Charte des droits des consommateurs 552 Jules-Bernard GINGRAS : Le masculinisme et la famille .\t559 DOCUMENT : Les Évêques de France et l'école catholique 575 Julia RICHER : Le prix Duvernay à Luc Lacoursière .583 Les Mémoires de R.Chaloult .585 L'édition québécoise .588 Avel MAUGEY : Hommage à Jacques Brault .592 Henri MÉTIVIER : L'ombre de l\u2019hiver, de R.Pageau .605 Dépôt légal \u2014 1er semestre 1970 Bibliothèque nationale du Québec TEXTES ET DISCUSSIONS (Sujets nationaux) Père Gustave Lamarche de l\u2019Académie Canadienne française Non pas un ouvrage de protestation, de revendication et de contestation, mais de pensée profonde, dans un style vivant et vigoureux.Un ouvrage d'un genre rare chez nous; qui va aux profondeurs de notre problème national et que tout nationaliste doit avoir lu et doit méditer.Un volume de 330 pages $5.00 Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1162 L\u2019ACTION NATIONALE Volume LIX, Numéro 6\tFévrier 1970\t75 cents Editorial AVEU D\u2019UN FIASCO?Fin des complaisances outrageuses Il est assez rare de trouver dans nos grands moyens de communications sociales audio-visuels quelques plongées dans la réalité de notre situation.Le mot d'ordre semble plutôt de rassurer à tout prix la population, de lui cacher la réalité et d'entretenir une atmosphère de complaisance bleuâtre où tout va bien.Si tout ne va pas bien, ça reviendra, ce n'est qu'une question de temps.Il s'agit de s'adapter.Chant de sirènes \u2014 où les journalistes se sont complu depuis la révolution scolaire.Oui révèle dans son volume sur le ministère de l'Éducation qu\u2019un journaliste d'un grand périodique montréalais demandait le feu vert pour ses principaux articles touchant la question scolaire, au ministère de l'Éducation ?N'est-ce pas le journal La Presse qui faisait l'apologie des écoles polyvalentes, du transport scolaire et cachait plus ou moins la situation grave de la régionale de Chambly derrière un écran de mots qui ménageait toutes les susceptibilités des gens en place? 506 ACTION NATIONALE Les faits angoissants Il arrive donc qu'un article vient de paraître dans LE DEVOIR (30 décembre 1969, page 3) qui décrit une partie de la réalité.M.Gilles Provost a intitulé son article : « Que deviennent les cours de catéchèse ?» Sur ce sujet si important il a accumulé des faits qui devraient attirer l'attention de tous nos lecteurs.Des sondages (lesquels ?) révéleraient que seulement 50% des jeunes se définissent comme catholiques pratiquants.Les parents sont de plus en plus grand nombre atteint par cette crise de la foi à l'école.Il n'y a plus moyen d'escamoter le fait.Les plaintes sont universelles, probablement plus graves à Montréal mais très réelles dans toute la province.De nombreuses associations de parents qui se sont penchées sur le problème ont mis à nu des faits bouleversants.La grande inquiétude sur ce bouleversement de notre civilisation et de notre culture finit par traverser le mur des silences complices et atteindre le grand public : que se passe-t-il à l'école ?que se passe-t-il à la catéchèse ?M.Réginald Guérin, responsable de l'enseignement religieux au niveau secondaire à la Commission des écoles catholiques de Montréal, doit avouer ce que la plupart des parents savaient déjà que, malgré les meilleurs manuels, malgré un plus grand nombre de professeurs licenciés en sciences religieuses, dans les faits, « il est à peu près certain que les cours actuels ne sont pas de la catéchèse au sens strict; c'est de l'enseignement religieux et de la formation humaine dont certains temps forts sont vraiment de la catéchèse ».Sur 100 élèves, un tiers accepterait la catéchèse, un tiers y serait indifférent et un tiers la repousserait.Imaginons le climat des classes ! Est-ce un aveu de fiasco qui trouve aujourd'hui son écho dans les journaux ?Le problème est très sérieux si on veut bien se rappeler l'importance de l'enseignement religieux dans une école confessionnelle pour les catholiques.Toutes AVEU D'UN FIASCO ?507 les parties en cause accusent les autres et cherchent à s\u2019excuser devant une telle situation.Procès des jeunes Les uns accusent les jeunes.Nous avons affaire aux premières générations qui ont grandi imbibées de tout un monde d'images.Ils ne sont pas faits pour l\u2019abstraction.Ils ne sont pas faits pour la logique.Ils \u2022 sentent » et marchent suivant des « sympathies » ou des « antipathies ».Ils ne sont pas prêts à l'effort.Beaucoup de professeurs, ceux qui ont le plus de difficultés à assurer leur autorité ou leur enseignement les accusent d'agressivité irrationnelle (Le Séminaire, juin 1969, p.89-94).Dans le grégarisme étudiant ils s'opposent, sans raison, sans cause, comme s'il y avait un courant antireligieux inexplicable chez une classe de jeunes.D\u2019autres attaquent plutôt leur négativisme.Ils se réfugieraient dans l'indifférence, dans le \u2022 chacun-a-son-opinion ».Pas moyen de les rejoindre.Pas moyen de les motiver.Pas moyen de leur donner un idéal.On leur prête un certain matérialisme (à quoi ça sert la religion?Ça ne donne ni de points ni de piastres!).On parle d'un abus de cours qui assomme les élèves et leur enlève toute disponibilité de sorte que les cours d\u2019enseignement religieux paraissent du surérogatoire.On parle d'une perte de prestige de la matière et du professeur.En effet, le professeur de catéchèse, entre cent autres professeurs spécialisés, n'apporterait pas la même méthode scientifique : son enseignement serait plus flou et concurrencerait difficilement les interprètes et les vedettes de la télévision.Finalement plusieurs vont plus loin et disent : « Ce qui est en cause, ce n'est pas d'abord la foi mais la politesse, le civisme, le respect de ces millions d'hom mes intelligents qui ne trouvent pas maudite la patente du péché originel ou de la messe ».On met en doute leur loyauté intellectuelle, leur manque d'honnêteté dans les réflexions.Ce ne serait pas la foi en Dieu qui serait 508 ACTION NATIONALE un problème mais la perte du respect pour tout ce qui est ardu à comprendre (Le Magistère, septembre 1969, p.10-11).Bref, avec toute l\u2019instruction reçue, il y aurait absence chez un grand nombre de nos jeunes d'un humanisme fondamental.Ce n'est pas tellement le chrétien qui serait misérable en eux que l'homme.On invoque comme témoins les différents journaux de CEGEP et le QUARTIER LATIN.L'érotisme, la vulgarité, le mauvais français, le raisonnement bête, les prises de position a priori, l'absence d'ouverture à la beauté et à la vraie littérature, montreraient à l'évidence que leur humour cruel, leurs sarcasmes méchants, leurs défoulements vicieux nous feraient assister à la montée d'une nouvelle horde de barbares instruits mais non civilisés.Ils auraient l'avantage d'être plus criards pendant que « la majorité des élèves éduqués et studieux resteraient trop silencieux et trop peu batailleurs ».Le résultat : « un sondage effectué au terme de l'année scolaire 1967-1968 dans un diocèse de Québec révélait que 75% des professeurs trouvent l'enseignement religieux difficile, voire décourageant, et que moins de 40% croient pouvoir y demeurer » (L'Église canadienne, F ides, juin 1969, p.198).La situation est sérieuse à ce point ! Procès des professeurs On ne se prive pas d'attaquer les professeurs.La majorité, semble-t-il, n\u2019a pas reçu de préparation spéciale.On lui aurait remis entre les mains des manuels nouveaux où la partie dogmatique était réduite au minimum.On voudrait tellement miser sur l\u2019invitation et le témoignage que le sens du devoir en est complètement estompé.La source fondamentale des enseignements de Dieu qui réside dans certains commandements propres à orienter notre conduite et le salut de la nature humaine est passée sous silence.Les jeunes restent sous l'impression que tout est option, que tout est soumis à leur jugement, alors que celui-ci n'est pas encore formé.Il serait même bien de rejeter toute autorité, si le coeur AVEU D'UN FIASCO ?509 leur en dit, au nom de la jeunesse d'aujourd'hui, de la démocratie ou de toute divinité que la fantaisie leur fera inventer.Les autorités ont peur.Elles accordent trop vite raison aux jeunes.Elles concèdent tout et s'attirent le mépris.Faut-il dire aussi que plusieurs professeurs, pris dans les remous de la révolution mondiale, ont enseigné beaucoup d'opinions personnelles comme solutions sérieuses proposées par tel ou tel théologien.Il est instructif à cet égard d'entendre les jeunes nous renseigner sur ce que certains professeurs ont dit sur le péché originel, sur l'obligation d'assister à la messe, sur les miracles de Jésus-Christ, sur les dévotions, sur les saints, comment ils introduisent des explications psychiatriques-à-une-cenne, comment ils font des comparaisons sur l'Église traditionnelle et l'Église actuelle, sur certains dogmes expliqués par l'histoire des religions, sur les Papes qu'ils interprètent selon leur propre conditionnement par leur journal du matin.Peut-être ont-ils agi avec la meilleure volonté du monde mais, vis-à-vis des jeunes, ils ont paru, pour être dans-le-vent, devenir beaucoup plus des démolisseurs que des témoins d'une foi rayonnante.La plainte est générale : ils ne savent pas faire prier.Tout est à l\u2019activisme.Procès des parents Finalement il y a les parents.Malgré tous les efforts accomplis au Québec par l'Église, un seulement pour cent de la population chrétienne adulte aurait été rejointe par la catéchèse aux adultes, de sorte que l'immense majorité est incapable d'appuyer le renouveau catéché-tique et liturgique.Elle vit de renseignements cueillis ici et là.Cette même majorité est prise dans le contexte plus large de la mutation radicale que connaît la société mondiale et des changements opérés dans l'après-Concile.Elle se retire dans sa tour d'ivoire ou son cocon protecteur et se désintéresse : «¦ Après moi, le déluge », semble-t-elle dire. 510 ACTION NATIONALE De plus avec l'instruction obligatoire jusque vers la fin du secondaire, nous avons vu apparaître une frange de la population que nos écoles ignoraient à peu près comme phénomène social : les foyers désunis, les foyers à problèmes, les enfants qui grandissent seuls, les enfants qui peuvent désorganiser une classe entière parce que leur foyer ne leur donne pas l\u2019affection à laquelle ils ont droit.Bref les situations difficiles de la société ont passé, non réglées, à l'école qui les reçoit tous et ne sait pas encore comment les absorber et les dirimer.Les agioteurs en eau trouble Cette trop brève récapitulation d'une situation qui nous enveloppe tous, nous montre l'urgente nécessité d'inventer des solutions ensemble, maitres-parents-jeunes.Nous sommes tous un peu coupables et nous avons tous des excuses pour nous justifier.C'est ici qu'il nous faut nous rappeler quelques paroles de M.Arthur Tremblay : « Démocratiser l'enseignement c'est de toute évidence .promouvoir la transformation des mentalités, des attitudes et des comportements; engager toute une population dans la recherche d'une nouvelle personnalité ».Or cette nouvelle personnalité, ce nouveau type de Canadien-Français que M.Arthur Tremblay se targue d'inventer, il y a bien des signes que c'est un type entièrement sécularisé, à peu près dépossédé de ses préoccupations de catholicisme.C'est dans l'optique de cette offensive par les technocrates de l'État et des rationalistes neutralisants de notre pays que nous devons étudier le projet de loi 62 sur la déconfessionnalisation des commissions scolaires.Avant que la population ait eu le temps de se ressaisir et de s\u2019organiser, dans le trouble général semé par les innovations, leur but est de mettre au plus tôt toute la population devant une situation établie.N'allez pas dire que nous n'avons pas été avertis.C'est encore M.Tremblay qui affirme, avec une incroyable audace et arrogance : « Démocratiser, c'est miser AVEU D'UN FIASCO ?511 sur la rationalité des éléments les plus dynamiques de progrès ».Ainsi la démocratie, à ses yeux, ne représenterait qu'un petit groupe, qui revendiquerait toute la lumière, et qui imposerait ses vues à tout le monde.Dans le même contexte nous avons la déclaration stupéfiante de M.le ministre Cardinal qui, en présentant son projet de loi 62, avertit tout le monde qu'il acceptera les modifications secondaires que les corps représentatifs voudront bien lui faire mais qu'il refuse totalement de changer les points essentiels comme la confessionnalité des commissions scolaires.Encore la même mise en demeure : seul un petit groupe prétend savoir ce qui convient à la population du Québec espérant bien, devant les faits accomplis, qu'elle se ralliera.C'est se moquer de la population.C'est ridiculiser la démocratie.La population leur facilite la tâche par son laisser-faire, par sa léthargie.Ainsi la confessionnalité est non seulement grignotée par ce contexte de panique mais elle est même enrayée en l\u2019enfermant dans des armatures qui l'étoufferont peu à peu.Qu'attendons-nous pour nous réveiller ?Pour voir clair ?Dormons, dormons, et notre pays changera d'âme comme un petit groupe le désire.Ce groupe se charge de faire l'homme nouveau par le bourrage de crâne.La brisure fondamentale Pourquoi cette situation de fiasco ?Pourquoi cette situation où les meneurs de jeu créent les ambiguités ?Tout simplement parce que le foyer n\u2019est plus appuyé ni continué par l\u2019école.Jusqu'à hier l'école appartenait à la communauté humaine dont elle comblait les besoins d'instruction et d'éducation.Depuis le Rapport Parent, il n'en est plus ainsi.Même M.Guy Rocher ne semble pas voir où nous mène son Rapport lorsqu'il est interprété et manipulé par le ministère de l'Éducation.Maintenant nous avons l'école de l'État, régie par l'État, et les parents n'ont qu'à se conformer et voir \u2014 par les comités scolaires qu'on leur laisse \u2014 à la propreté, à la modernité des moyens d'enseignement, à la bonne 512 ACTION NATIONALE marche de l'école telle que conçue en son gigantisme et en ses programmes par l\u2019État.L'école ne continue plus le foyer.L'État s\u2019en est substantiellement emparé.Il y a fossé entre l'école et le foyer.Les parents ne savent plus avec sécurité quelles valeurs seront transmises à leurs jeunes ou quelles omissions seront systématisées.L'État a le dernier mot.L'évolution est si aveuglante que nous sommes étonnés de voir combien de commissaires et de professeurs ne soupçonnent même pas \u2014 à cause des intérêts en jeu et du bourrage de crâne systématique des journaux \u2014 qu'ils vivent une évolution profonde qui les transforme de mandataires des parents en fonctionnaires du ministère.Le regroupement des commissions scolaires transforme les commissaires en agents d'exécution de l'État et les professeurs, par leur syndicat, sont de plus en plus enclins à considérer l'État comme leur vrai patron.Les parents sont dépossédés.Les écoles forment un réseau de succursales où l'État est le seul vrai maître.Si le vrai patron ce ne sont plus les parents, si l'école n'est plus fonction de la communauté humaine, il s'ensuit que l'État est invinciblement porté à créer les écoles à son image et à sa ressemblance.Les principes d'administration, l'efficacité et le rendement \u2014 deviennent les principes majeurs de régulation.Ce ne sont plus les principes d'éducation et de formation des hommes.La confessionnalité est réduite à l\u2019état d\u2019option entre mille autres.Et il se trouve des prêtres et des chrétiens pour nous dire que nous sommes encore chanceux d'en être là car ainsi, disent-ils, l'école a la permission de recevoir l'Église.On met n\u2019importe quoi sous le mot « confessionnalité » Le réalisme, pourtant, devrait bien nous faire comprendre l\u2019imposture des mots.Car toutes les enquêtes, celles que nous signalions au début de cet article et plusieurs autres qui nous ont été communiquées, révè- AVEU D'UN FIASCO ?513 lent le fiasco dans lequel se trouve l'enseignement religieux.Les raisons profondes, c'est sans doute l'évolution de la société elle-même.Mais si nous ne nous gargarisions pas de mots, nous serions conduits à considérer que déjà plusieurs écoles dites confessionnelles \u2014 surtout à Montréal et le reste de la province suivra à plus ou moins brève échéance \u2014 ne sont que des écoles communes, c'est-à-dire des écoles neutres où les catholiques peuvent aussi rencontrer l\u2019option catéchèse.Les chargés de pastorale sont pris dans des structures qui ne permettent aucun épanouissement de la foi parce qu\u2019elles ne permettent aucun épanouissement humain.Les polyvalentes géantes ont comme vice fondamental d'enrayer toutes les relations entre maîtres, élèves et parents.On ne s'y connaît pas.L'élève s'y dirige d'après une fiche.Un prêtre était tout heureux de souligner que son service de pastorale rejoignait environ 300 élèves.Il avait oublié d'ajouter que son école comptait 3000 élèves.Les structures qui donnaient une dimension antihumaine, anti-culturelle à cette école, en assimilant l\u2019enfant à un numéro, ne permettaient aucun rayonnement de la catéchèse.Au moins le Rapport Parent avait vu juste quand il affirmait qu'une école dépassant 1000-1200 élèves n'était qu'une usine.Nous aimerions voir M.Rocher pousser ses analyses jusque là plutôt que de se faire le propagandiste de l'administration.Défendre l'homme a aujourd'hui plus d'importance que le service aveugle de l'administration.Et Monseigneur Alphonse-Marie Parent n'aurait-il rien à dire devant les impasses de son oeuvre ?Les solutions immédiates Quelles solutions s'imposent ?1 \u2014 Que l\u2019école devienne un prolongement des foyers plutôt qu'une succursale du ministère de l'Éducation.Les parents administreront les écoles par des commissaires responsables devant eux.Les structures seront 514 ACTION NATIONALE alors vraiment démocratiques : l'école appartiendra au peuple.L'État, au lieu de dominer et d'imposer, verrait à assurer la qualité de ce service à la communauté humaine.2\t\u2014 Les rapports entre commissaires, professeurs, parents et étudiants devraient évoluer vers plus d'entente car il faudra trouver ensemble par l'organisation de l'école, par les programmes ce qui est essentiel pour la formation intégrale des jeunes, humaine et chrétienne.3\t\u2014 Les parents en choisissant des écoles catholiques ou non-confessionnelles voudront les voir administrées par des commissions scolaires dont le mandat sera très clair : celui de conserver certaines valeurs dans la formation des jeunes comme le pays vivant l'entend (non comme un petit groupe de technocrates veut l'imposer).Les commissions scolaires catholiques dirigeront les écoles vraiment confessionnelles où l'équipe des maîtres n\u2019est plus divisée mais converge vers une même vision du monde dans tout l'enseignement et toute la conduite de l'école.Les commissions scolaires non confessionnelles dirigeront les écoles qui satisferont les parents qui ne veulent pas envoyer leurs enfants à l'école catholique.Nous leur demanderions seulement d'observer une neutralité ouverte, c\u2019est-à-dire, pour assurer la plus grande liberté de conscience (comme dans les écoles catholiques pour les gens d\u2019une autre conviction religieuse) de leur donner comme option un enseignement selon la morale rationnelle ou selon leur foi religieuse.L'immense majorité des parents dans cette province préférera l'école catholique et les professeurs n'auront plus à lutter avec un groupe de jeunes qui ne veulent rien entendre au point de vue religieux et l'ensemble des parents pourront les appuyer et converger à un même but toujours remis à jour.Le dynamisme de la foi ne serait plus le même.C'est ainsi que l'Assemblée des évêques de France voit la situation pour la France (La Documentation catholique, 7 décembre 1969).Le Québec conserve encore un avantage sur la France c'est AVEU D'UN FIASCO ?515 que les catholiques sont ici l'immense majorité.Ce n'est que par des affirmations générales sur le pluralisme idéologique qu'on réussira à nous faire croire qu'un revirement partiel serait devenu général.C'est sur la base de telles ambiguités non critiquées que le projet de loi 62 veut nous donner des commissions scolaires à la merci de l'État.4 \u2014 Une dernière conclusion insisterait sur l'importance de confier l'enseignement de la catéchèse à des hommes compétents et bien au fait des meilleures méthodes pédagogiques pour mettre en valeur le message de la foi.Les catéchètes doivent enseigner la foi, c'est-à-dire permettre aux jeunes de rencontrer Jésus-Christ et Jésus-Christ continué sous forme d'Église, pour apprendre des attitudes fondamentales devant la vie humaine, la destinée, l'amour, l'argent, le travail, la justice, la pauvreté, la pureté, le sacrifice, l'amour de Dieu et des hommes, etc.Ils doivent donc être des maîtres, enseigner une doctrine, celle du Christ et de l'Église.Il faut non seulement des suggestions mais des points précis comme guides pour la vie, comme des prières apprises de mémoire et des contrôles périodiques.Tout cet enseignement ne doit prendre les images, les philosophies, les comparaisons, etc.seulement comme des aides et non comme la substance de l'enseignement.Tout professeur de catéchèse devrait se demander après chaque cours : « Ou'ai-je laissé de précis, de décisif, à mes élèves ?» Ainsi il en arriverait peu à peu à considérer l'école moderne comme un chantier où maîtres et élèves apprennent ensemble à dessiner comme les épures du monde de demain, du monde chrétien de demain.Les vrais révolutionnaires devraient être les chrétiens parce qu'ils refusent de s'enliser dans la mode, les slogans, le matérialisme et qu\u2019ils devraient être assoiffés de devenir les apôtres de la justice et de l'amour pour bâtir la Cité de demain.Les écoles communes, appelées à devenir neutres par la force des choses, avec des commissaires qui sont élus comme citoyens plutôt que comme catholiques, ne peuvent être 516 ACTION NATIONALE que des écoles tièdes au commun dénominateur assez peu élevé au point de vue des valeurs intemporelles.Aux Etats-Unis la fameuse enquête sur la violence a entraîné la publication d'un rapport sensationnel : le crime chez les jeunes augmente à une vitesse effarante et les villes d'un million d'habitants deviennent dangereuses dès la tombée du jour; les citoyens doivent se barricader dans leurs maisons parce que les moyens de répression extérieurs, comme la police et les châtiments, sont totalement insuffisants.On s\u2019y aperçoit qu'en sortant Dieu de l'école, il a fallu agrandir les prisons et que la prohibition de l'enseignement de la Bible dans les écoles d'État (comme l'a déjà souligné Life) a conduit les jeunes \u2014 surtout lorsque la démission des parents aggrave la démission de l'État \u2014 à ignorer la distinction fondamentale du bien et du mal.La démocratie elle-même est en péril aux États-Unis.Le rapport en fait foi.Le Québec n'est pas encore arrivé là mais les mêmes forces de sécularisation sont en jeu.Ce n'est pas par des reculs stratégiques et des silences tragiques que nos chefs travailleront pour un Québec civilisé et chrétien.Le péché existe.La lutte intérieure exige un effort de vigilance et de maîtrise, le recours persévérant à la prière et aux sacrements, l'exemple des saints et l'acceptation du plan de Dieu.La catéchèse qui prend la forme d\u2019une anthropologie peut amuser mais elle ne conduira pas à la maturité chrétienne.Les motivations évangéliques sont encore les meilleures pour apprendre le bon usage de la liberté.Si la catéchèse rencontrait un fiasco, nous connaîtrions des libertés déchaînées et le climat épicé de la jungle dans nos cités.JEAN GENEST U La bataille de la langue au Québec \u2014 1 Deux cent dix ans après: une nouvelle capitulation de Québec! par François-Albert Angers Au début de la lutte contre le « bill » 63, j\u2019ai caractérisé la situation en disant que le premier ministre Jean-Jacques Bertrand, tel le général Wolfe en 1759, nous imposait une seconde bataille des plaines d\u2019Abraham.Et tous mes collaborateurs immédiats savent que même si j'ai mené la lutte, selon l'ancien mot d'Antonio Perreault « sans espoir mais en faisant comme s\u2019il y avait lieu d\u2019espérer », j'étais convaincu que la situation était telle que comme au matin du 13 septembre 1759, nous allions perdre cette bataille ., quoique convaincu que nous ne perdrons pas la guerre qui est engagée depuis les débuts de l'affaire de Saint-Léonard et la tentative du « bill » 85.En procédant par cette comparaison, je ne voulais ni faire de la phrase, ni du style.Je voulais saisir mes compatriotes de la gravité d\u2019une situation qui m'apparaît comme exactement similaire.En 1759, bien sûr, il y avait plus que la langue en jeu; il y avait la suprématie sur le territoire .mais dont dépendait finalement le sort de la langue, symbole de la civilisation qui s\u2019y édifiait.De 1759 à 1969, notre vie politique s\u2019est continuée sous un régime d\u2019occupation progressivement adouci jusqu\u2019à la reconquête d\u2019une bonne mesure de libertés juridiques, que « l\u2019occupant » \u2014 car il est inutile 520 ACTION NATIONALE de ne pas l\u2019appeler par son nom en dépit de toutes les campagnes de bon-ententisme, puisqu'il occupe toujours, nous refusant la libre détermination de notre destin par la force de sa majorité et la menace implicite de son armée \u2014 s\u2019acharne à reconquérir par la centralisation fédérale, c\u2019est-à-dire des pouvoirs sous domination d\u2019une majorité dite « démocratique » d\u2019expression anglophone.Dans tout cet espace de temps, cependant \u2014 et c\u2019est ce que nous nous appliquerons à démontrer au cours du présent article \u2014 la langue, qu\u2019on aurait pu croire être la première chose à devoir disparaître, est restée intacte.Le pays du Québec est resté pays français, « réserve » française disait avec dépit et moquerie tout à la fois l\u2019Anglo-Canadien.Ce n\u2019est pas que la bataille suprême contre la langue n'eût jamais été tentée, mais elle avait toujours échoué.Si bien qu\u2019en 1969, aucune de nos lois ne reconnaissait à l\u2019anglais, dans Québec, autre chose que certains privilèges parfaitement délimités.A la faveur de I\u2019 « occupation », une certaine situation de fait s\u2019était naturellement établie qui équivalait en pratique à laisser l\u2019anglophone considérer sa langue comme non seulement égale, mais première; avec le droit qu'il s\u2019arrogeait, sous l\u2019égide de son pouvoir de domination, de l'utiliser et de l\u2019imposer à son gré.Mais contre cet état de fait lui-même, la bataille n\u2019avait pas cessé depuis deux cent dix ans de se continuer, de s\u2019intensifier; et on peut dire qu\u2019en particulier à partir du début du siècle, puis surtout de 1912 avec la fondation de la Ligue des Droits du français (devenue Ligue d'Action française, puis Ligue d\u2019Action nationale) et ses luttes de même que celles majeures du journal Le Devoir, le français n\u2019avait pas cessé de s\u2019imposer, peu à peu, petit à petit, mais chaque jour davantage, à l\u2019anglophone lui-même.Et la bataille de Saint-Léonard, quoi qu\u2019on pense du sens ou du non-sens de la stratégie qu\u2019il y eut à l'engager de la façon que le fit la LIS, en était devenue un épisode majeur au moment où, après les atermoiements habiles de Daniel Johnson et de Jean-Guy Cardinal, y est intervenu Jean-Jacques Bertrand. UNE NOUVELLE CAPITULATION DE QUÉBEC 521 Il est assez clair, je crois, qu\u2019étant donné tout le contexte politique précédemment décrit, la situation financière précaire dans laquelle une politique inconsidérée de « révolution tranquille » nous a placés \u2014 complètement à la merci de la finance anglophone \u2014 une attaque locale pour imposer l\u2019unilinguisme français à l\u2019école à tous les citoyens d\u2019une municipalité cosmopolite ne pouvait pas ne pas mettre le gouvernement du Québec au pied du mur et l\u2019obliger à définir juridiquement les privilèges accordés de droit à la langue anglaise au Québec.Ne nous y trompons pas, l'Anglo-Saxon, qui est volontiers anti-nationaliste verbalement pour dégoûter les autres d\u2019un nationalisme qui le dérange, ne se laisse pas marcher sur les pieds l\u2019espace même d\u2019un instant quand ce sont ses intérêts nationalistes à lui qui sont en cause; et comme dans Québec, il a le gros argument du contrôle financier et de la domination économique, il sait s'en servir d\u2019une façon discrète et efficace.Les anglophones de Montréal ne s\u2019y sont donc pas trompés; et le mot d\u2019ordre qui circulait dans les quartiers anglophones de Montréal \u2014 « now or never » \u2014 indique assez à quel genre de torsion de bras ils ont soumis le premier ministre du Québec.L\u2019erreur de M.Bertrand : avoir joué le jeu de l'Anglais au lieu du nôtre Alors pourquoi blâmer si fort M.Bertrand, me direz-vous ?\u2014 Parce qu\u2019en 1969, M.Bertrand avait tout un peuple non moins efficacement derrière lui, s\u2019il avait vraiment eu le courage de faire front.Tout un peuple mûr et en position démocratique de s'affirmer, sauf qu\u2019il lui faut encore pour cela l\u2019appel de l\u2019un des deux grands partis traditionnels en qui il a toujours mis, je ne dirai pas sa confiance, mais sa résignation d'occupé ayant à ruser avec l\u2019adversaire pour n'être pas écrasé sans merci.Et qu\u2019au lieu de négocier avec l\u2019adversaire en s\u2019appuyant sur cette force populaire qu\u2019aurait respectée l\u2019Anglo-Saxon dans des limites à découvrir, il a décidé au contraire de tout donner à l\u2019Anglo-Saxon, de prendre en 522 ACTION NATIONALE somme la tête de son armée de revendication et d'imposer au peuple du Québec la totalité de ses prétentions.Or pour réaliser cela, il fallait faire vite avant que le peuple, par ses corps intermédiaires tout particulièrement, ait le temps de se réveiller et d\u2019organiser l\u2019opposition.Et c\u2019est là que la stratégie de M.Bertrand réédite exactement le coup de la bataille des Plaines d'Abraham pour cette nouvelle bataille de la langue.On sait que la lutte se prépare.Il y a déjà eu l\u2019escarmouche du « bill » 85, où le peuple du Québec, grâce à certains corps vigilants, a réussi à repousser l\u2019attaque adverse.Il semble que le gouvernement va changer de tactique et passer par le biais d\u2019un projet de restructuration scolaire dans toute l\u2019île de Montréal, englobant donc la municipalité de Saint-Léonard dans un nouveau régime.Déjà, par suite du rapport d\u2019une commission dite commission Pagé, on craint que, dans les centaines d'articles d\u2019un projet de loi complexe, ne soit enfouie une disposition de division du régime scolaire à Montréal en deux secteurs linguistiques, avec libre choix pour les parents d'inscrire leurs enfants dans l\u2019un ou l\u2019autre secteur.Le gouvernement, (et sans aucun doute ses conseillers anglophones), à l\u2019opposition qui se dessine, pressent cependant que la bataille va mal s\u2019engager, mettant en jeu du même coup la question de la confessionnalité de l\u2019école, de l\u2019autonomie de plusieurs municipalités scolaires, de la centralisation ou de la décentralisation de l\u2019administration scolaire, etc., et risquant de faciliter une coalition d\u2019intérêts divers contre la loi, dont les protestants peut-être obligés de contester à cause de la confessionnalité une loi qui leur consacre des droits linguistiques.Le 16 octobre 1969, M.Bertrand dispose soudainement ses troupes sur un nouveau terrain en déposant en Chambre le « bill » 63 et en annonçant qu\u2019il entend le faire voter rapidement puisqu\u2019il a déjà eu l'occasion d\u2019entendre toutes les opinions (en très grande majorité contre, chez les francophones) à l\u2019occasion de la présentation et du retrait du « bill » 85, dont le « bill » UNE NOUVELLE CAPITULATION DE QUÉBEC\t523 63 reprend les termes presque mot pour mot.C\u2019est vraiment, par le détail, le coup des Plaines d\u2019Abraham.Car malheureusement \u2014 et peut-être d'une façon inexcusable mais pour l\u2019expliquer, il faudrait relater toutes les misères de notre peuple dans la réorganisation de sa vie nationale après la Conquête \u2014 les troupes d\u2019opposition ne sont pas plus prêtes à se présenter en ordre convenable sur le champ de bataille au 20 octobre 1969 que les troupes de Montcalm au matin du 13 septembre 1759.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, en prévision des dangers évoqués par les projets de restructuration scolaire de Montréal, venait tout juste de convoquer pour le 25 octobre une vaste réunion d\u2019urgence en vue de coaliser toutes les forces de la nation contre la nouvelle menace d\u2019invasion.Et au moment même où est déposé le « bill » 63, on se demande s\u2019il ne sera pas déjà voté quand aura lieu cette réunion, car « l\u2019opposition officielle de Sa Majesté » se révèle en l\u2019instance trop fidèle à Sa Majesté (en l\u2019occurrence sa caisse électorale et ses intérêts électoraux chez les anglophones qui sont les mêmes que ceux du parti au pouvoir) : elle a promis son appui entier au gouvernement pour que la loi puisse être votée sans tambour, ni trompette, c\u2019est le cas de le dire.Les phases de la bataille et sa signification Le propos de cet article n\u2019est pas de raconter l\u2019histoire des événements qui se déroulèrent ensuite.Les mouvements qui survinrent chez quelques-uns à l\u2019intérieur même des deux partis traditionnels et contribuèrent à paralyser la fulgurance de l\u2019attaque, la formation à la réunion du 25 octobre du Front du Québec français, les manifestations qui en résultèrent dans l\u2019état d\u2019urgence et l\u2019impossibilité de vraiment organiser la bataille rangée en raison du manque de temps et de moyens financiers, le retard inespéré d\u2019un mois qui en résulta par suite de l\u2019organisation à l\u2019Assemblée nationale d\u2019une opposition « circonstancielle » composée de MM.René Lévesque, Jérôme Proulx, Yves Michaud, 524 ACTION NATIONALE Antonio Flamant et Gaston Tremblay.Ce à quoi nous voulons maintenant procéder, c\u2019est à bien faire voir à toute la population du Québec que non seulement les tactiques de M.Bertrand ont été celles de Wolfe qu'il a dû pour cela avoir le concours de l\u2019impéritie ou de la connivence de deux Duchambons de Vergor, commandants du corps de garde au pied de la falaise imprenable de Québec (dont les noms sont bien établis par les rapports de la petite histoire comme étant ceux de Marcel Masse et de Jean-Noël Tremblay), mais surtout que la question en jeu était de la même gravité que ce qui se jouait en 1759 aux Plaines d\u2019Abraham.Au cours des assemblées d\u2019information qu\u2019a tenues le FQF pour les manifestations contre le « bill » 63, j\u2019ai ramassé cette démonstration sous le titre suivant : Un premier ministre canadien-français du Québec vient d\u2019accorder au Conquérant ce que celui-ci n'a jamais eu l'audace de nous imposer.En effet, jamais dans toute notre histoire depuis la Conquête, un gouvernement quelconque de la Nouvelle-France, du Bas-Canada, du Canada ou du Québec n'a osé proclamer juridiquement des droits égaux à l'anglais et au français sur le territoire québécois.C\u2019est ce que l\u2019Assemblée nationale de Québec vient de décréter par la loi 63, tout en nous offrant en trompe-l\u2019oeil et pour engager les instincts de revanche de la population sur une fausse piste, l'obligation pour tous les anglophones du Québec d\u2019apprendre le français comme langue seconde dans leurs écoles anglaises, où la liberté de choix des parents leur laisse toute latitude 1.Il est presque amusant, à ce sujet, si ce n\u2019était pas si triste, de relire le chapitre de François-Xavier Garneau.Cette défaite des Plaines d'Abraham précédée d'abord par la victoire de Montmorency (notre victoire du «bill» 85), la «maladie dont Wolfe portait le germe depuis longtemps, et qui se développa tout à coup le mettant aux portes de la mort» (sans commentaires), cette « dépêche qu'il adressa à son gouvernement, sitôt qu'il put s'occuper d\u2019affaires, exposant tous les obstacles contre lesquels il avait à lutter .et exprimant ce noble dévouement qui tenait son âme » (beaucoup de vraisemblance n'est-ce pas avec les comptes rendus de M.Bertrand au parti pour se faire réélire chef, ses « nobles » propos sur les droits des Anglophones et peut-être des documents ou des conversations secrètes avec les conseillers financiers loyaux à Sa Majesté). UNE NOUVELLE CAPITULATION DE QUÉBEC 525 d\u2019entraîner Canadiens-Français et immigrants pour l'oeuvre de l\u2019anglicisation finale du Québec.* * * Pour situer le sens et la portée de nos problèmes actuels, il faut tout d\u2019abord se bien resituer dans la réalité d\u2019alors.Ce n'est pas la défaite qui avait d'elle-même le pouvoir de faire du pays français qu\u2019était le Québec, un pays automatiquement de langue anglaise.Ce ne pouvait être que les conséquences ultérieures de la défaite.Au moment de la transmission des pouvoirs par voie de conquête, le Québec reste une population de 60,000 habitants de langue française occupée par une armée anglaise et dirigée par un gouvernement militaire.Une certaine journaliste de La Presse, dénommée Renaude Lapointe, s'est gaussée de ce que le président de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal, dans son Message de Noël ait fait remarquer que la situation où nous place Jean-Jacques Bertrand au point de vue linguistique en 1969 survient à un moment où notre position démographique et économique est beaucoup plus défavorable qu\u2019en 1763.Mais c'est la stricte conformité avec les faits.En 1763, il n\u2019y avait pas Montréal avec sa forte proportion d\u2019anglophones; il y avait nos possibilités d\u2019expansion reliées à notre taux de natalité qui ne se répéteront plus; et nous avions le contrôle du type d\u2019organisation économique du temps, alors que nous sommes actuellement sous forte domination économique étrangère.Le fait fondamental de l'époque, c\u2019est que les capitulations de Québec et de Montréal avaient réservé le droit des conquis de rester catholiques et de pratiquer librement cette religion.Il n\u2019avait naturellement accordé aucune protection équivalente au droit de rester français.Il était plutôt compris que, comme cela paraissait normal vu l\u2019abandon par la France de ses colonies en Amérique, les habitants du Québec, devenus sujets britanniques, s\u2019angliciseraient progressivement.Mais, comme nous le dit l'abbé Groulx dans son Histoire du 526 ACTION NATIONALE Canada français : «.n\u2019imaginons rien d\u2019une rupture artificielle ou absolue.La même entité humaine continue sa vie, sur la même terre, dans le même environnement géographique.» D\u2019ailleurs, de 1760 à 1764, l\u2019abbé Groulx estime, documents à l\u2019appui, qu\u2019on ne peut même pas parler de régime militaire, qui impose.Il s'agit d\u2019un régime provisoire, où le gouverneur attend les instructions du roi, qui lui-même attend le règlement définitif de I affaire.Aucune tentative donc pour angliciser le pays : pour s\u2019épargner le plus possible d'embarras, le gouverneur souhaite que la communauté autochtone règle elle-même ses propres problèmes; et « à l'exception des quelques cas où les deux ou l\u2019une des parties est de langue anglaise, jugements et arrêts des tribunaux du régime provisoire sont rendus en français ».« Le gouverneur s'appliqua, dans toute la mesure du possible, dit « L\u2019aperçu historique sur les lois et documents antérieurs à la Confédération » qui introduit le volume officiel sur les lois constitutionnelles du régime confédératif, à suivre les lois et les coutumes des habitants ».La première bataille de la langue Le traité de Paris scella le sort de la Nouvelle-France, tout en lui conservant le droit à sa religion, mais sans plus.Et dès après le traité, une proclamation imposait les lois anglaises et des tribunaux où ne serait parlé que l\u2019anglais.Des Instructions suivirent de convoquer des assemblées des francs-tenanciers dont la participation au gouvernement ne serait admise que s ils consentaient à adjurer le catholicisme.Mais transmises de Londres, ces Instructions ne furent pas appliquées au Canada à cause de l'hostilité manifeste de la population à leur endroit.Et les conseillers juridiques de la Couronne avaient dès 1766 donné raison aux autorités et à la population canadiennes « en signalant qu il paraissait absurde de vouloir administrer la justice au Canada dans une langue inconnue et sans le concours des Canadiens » (doc.cit.). UNE NOUVELLE CAPITULATION DE QUÉBEC 527 Quoique tout récemment conquis, ce ne fut pas une résistance larvée qu\u2019offrirent les Canadiens au nouveau régime, mais une véritable levée de boucliers.Ils le peuvent efficacement parce qu'ils se sentent forts.« Bien arcbouté sur sa large propriété et sur sa famille, encadré, gouverné par l\u2019institution paroissiale, l\u2019habitant peut ignorer sinon défier l\u2019appareil politique du conquérant », écrit l'abbé Groulx.Il détient la richesse du temps, et l\u2019une des menaces qu\u2019il fera transmettre à Londres par l\u2019intermédiaire de ses pétitions, c\u2019est d\u2019émigrer.Cette lutte affermit donc le caractère de permanence du français au Québec en régime britannique même, et conduisit à la victoire de l\u2019Acte de Québec.Cette loi constitutionnelle ne parlait pas spécifiquement de langue.Elle faisait en réalité plus : elle reconnaissait les fondements mêmes de la perpétuation du caractère français en rétablissant le Québec au régime des lois civiles françaises.Cette fois le Québec n\u2019était plus français uniquement en attendant « les instructions du Roi ».Les « instructions du Roi », bien plus la décision du Parlement britannique, manifestaient que le Québec devait être gouverné selon « sa langue, ses institutions et ses lois » d'après la formule couramment employée et impliquée par le sens même selon lequel l\u2019Acte est octroyé.Le Québec de plus en plus reconnu français La Constitution de 1791, dont l\u2019inspiration était surtout politique, est peut-être cependant plus remarquable encore par sa signification quant à l'affirmation du droit des Canadiens-Français de faire du Québec leur pays, un pays français que la minorité anglaise doit accepter comme tel.Tout en donnant au pays une constitution qui permettra au peuple de participer activement au gouvernement par ses représentants, elle effectue le premier « séparatisme » : elle crée deux gouvernements, l\u2019un pour le Bas-Canada, l\u2019autre pour le Haut-Canada.Il est assez facile de comprendre pourquoi Londres effectue cette séparation au moment où elle établit au Canada un gouvernement qui sera, à l\u2019assemblée, sous 528 ACTION NATIONALE le signe de la majorité.La population du Canada est alors d\u2019environ 200,000 âmes nous dit Garneau, dont 40.000\tsurtout anglophones dans la « province supérieure » et 160,000, dont au maximum 20,000 anglophones, dans la « province inférieure ».Pour le Québec, l\u2019abbé Groulx, selon les données des recensements, parle de 136.000\tâmes dont environ 126,000 francophones.On n\u2019a donc pas besoin de penser à la « générosité » de Londres pour comprendre ce qui se passe.On imagine qu\u2019au Canada même, la section proprement anglophone n\u2019envisageait pas de gaieté de coeur un régime constitutionnel de gouvernement qui la soumettrait à une majorité de francophones.Et, nous dit Groulx, à l\u2019époque « le pays a gardé assez de vie française et l'a gardée assez robuste pour qu\u2019au témoignage du voyageur Weld, ce soient encore les vaincus qui imposent leur langue au conquérant ».Du point de vue économique, la domination du commerce par les marchands anglais n\u2019a pas modifié la base fondamentale de l\u2019économie.Les éléments des difficultés d\u2019aujourd\u2019hui s\u2019établissent : les deux villes de Québec et de Montréal, villes de commerçants et de fonctionnaires, étaient apparemment en forte majorité anglaises.Mais c\u2019étaient deux villages trop peu importants démographiquement pour faire le pays dans le type des économies du temps et l\u2019état de développement du Canada.Mais ce qu\u2019il va donner aux siens, en leur créant un pays, Londres est du même coup obligé de le donner aussi aux Canadiens-Français.Et comme il avait des raisons de ne pas s\u2019en cacher, il a fermement, du même coup, établi nos droits, qui ne nous seront plus guère contestés ensuite, sauf pour l'intermède de l\u2019Union, que par les Anglo-Canadiens.William Pitt, chancelier de l\u2019Echiquier le dit donc clairement : « La division en deux gouvernements mettra un terme à la rivalité entre les émigrants anglais et les anciens habitants français, qui occasionne tant d\u2019incertitudes dans les lois et tant de dissensions.J'espère quelle pourra se faire en assurant à chaque peuple une grande majorité dans la partie du UNE NOUVELLE CAPITULATION DE QUÉBEC 529 pays qu\u2019il occupe.» La pensée de Pitt est si claire quant à l'intention de faire du Bas-Canada un pays aussi français que le Haut-Canada sera anglais qu'il parle ensuite des inconvénients susceptibles d\u2019en résulter pour la minorité comme n\u2019ayant pas d\u2019autres droits que ceux d\u2019une minorité : « les Canadiens-Français qui se trouveront compris dans le Haut-Canada » et « les émigrés britanniques dans le Bas-Canada ».Mais, dit-il, « il n'est pas possible de tirer une ligne de séparation parfaite ».L\u2019intention d'une vraie « séparation » et d\u2019une parfaite identification ne peut donc pas être plus nette.Les deux nations sont admises quasi au départ.Le Rapport de Lord Durham confirme implicitement que telle était bien la pensée qui avait prévalu, à un moment donné, en Angleterre.Il la ratifie en s\u2019employant à la détruire par l'argument que l\u2019Amérique étant évidemment destinée à être mise en valeur par les Anglo-Saxons, « il ne serait pas sage » de reconnaître les droits d\u2019occupants des Canadiens-Français, ni même leur situation majoritaire, parce que cela ne ferait que barrer la route à l\u2019établissement et à l\u2019expansion anglophone nécessaires pour le bien de l\u2019ensemble du pays et encourager des luttes opiniâtres inutiles vu l\u2019anglicisation fatale à longue échéance.On ne contestera pas \u2014 et personne, je crois, n\u2019a jamais contesté \u2014 que le rapport Durham fût un document d\u2019une grande lucidité, qui nous a rendu, par contraste, d\u2019éminents services en nous mettant à l\u2019épreuve.L'effort d\u2019anglicisation définitive qu'il recommandait n\u2019eût-il pas été tenté, dans cette perspective même, que l\u2019on pourrait se demander si nous n\u2019avons pas survécu uniquement, et pour notre malheur en ce cas, par un manque de fermeté lucide de la politique anglaise.Car il appartient à un peuple de choisir lui-même son destin; et non pas de le recevoir comme par hasard de la faiblesse d\u2019un conquérant.Et si les arguments pratiques invoqués par Lord Durham ne pèsent alors pas lourd dans la balance parce que là n\u2019a jamais été la vraie raison de vivre et d\u2019acquérir de la grandeur d\u2019aucun 530 ACTION NATIONALE peuple, pas plus de l\u2019Angleterre mercantile que de quelque autre pays que ce soit, il reste que l\u2019épreuve valait mieux que quelque consultation démocratique ou autre pour régler la question.La seconde bataille de la langue Nous avons donc été mis à l\u2019épreuve; et en 1840, les deux Canadas étaient de nouveau réunis.Un membre de la Chambre des Lords, Lord Ellenborough qui s\u2019y opposa, avec plusieurs autres, fit preuve d'un autre genre de lucidité qui avait fait défaut à Lord Durham, en disant que la loi était « fondée sur une défiance chimérique de la population française» (Garneau).Pourtant, on avait bien fait le mieux pour que les dés de son destin soient définitivement jetés du côté de la disparition.Du Haut-Canada, on avait fait prévaloir, contre l\u2019avis de Lord Durham, l\u2019idée de « l\u2019égalité de représentation » dans l\u2019inégalité des deux populations, ce qui avec quelques députés anglophones au Québec, assurerait une majorité à la minorité, d'ailleurs maintenant sans cesse croissant en importance.On notera que cette idée qui revient aujourd'hui sous une forme plus praticable que dans une Chambre unique, par l'idée d'États associés, apparaît maintenant invraisemblable aux Anglo-Canadiens, depuis qu\u2019ils sont la majorité dans l\u2019ensemble du Canada.Mais passons.Dans le temps, elle avait pour conséquence de maintenir en quelque sorte séparées les deux provinces, dans le principe même de leur représentation; et nos parlementaires d\u2019alors furent assez habiles pour en tirer le parti qui en découlait logiquement, en même temps qu ils faisaient échec et mat au projet d\u2019anglicisation.Car pour la première fois, il va être dans I Acte d\u2019Union, question de langue.L\u2019article assez élaboré qui y est relatif ne proclame pas l\u2019anglais seule langue officielle.Il se limite à décréter que tous les documents relatifs à la Législature (Assemblée et Conseil) « seront dans la langue anglaise seulement; pourvu toujours, que UNE NOUVELLE CAPITULATION DE QUÉBEC\t531 ladite disposition ne s\u2019entendrait pas empêcher qu\u2019il ne soit fait des copies traduites d\u2019aucuns tels documents, mais qu\u2019aucune telle copie ne serait gardée .etc.».Le document déjà cité sur nos textes constitutionnels explique que Lord John Russell aurait fait valoir à l'adoption « que cet article ne visait l\u2019anglais qu\u2019en tant que langue officielle des documents originaux .aucune disposition n\u2019interdisant le français comme langue des débats .» Un privilège, en somme, accordé à l\u2019anglais pour les documents gouvernementaux officiels, sans toucher encore à la langue du pays comme telle.Une nouvelle situation de conquête, bref, en ce qui concernait le Bas-Canada, pour le punir de l\u2019insurrection et dans l\u2019espoir que ce sera le début de l\u2019incitation à l\u2019anglicisation comme le conseillait Lord Durham .en douceur, et jamais par la rigueur.Au cours de la grande lutte qui va s\u2019engager, comme après la proclamation royale de 1783, mais cette fois dirigée par des parlementaires canadiens-français formant un « bloc resté inentamé et rebelle à toute tentative de corruption» (Groulx) (heureux temps!), cet article sera finalement abrogé.A cause de la fermeté dont il fait preuve, c\u2019est avec le parti canadien-français que Sir Charles Bagot va devoir gouverner, étant ainsi dès le départ amené à déjouer les plans mêmes de Durham dans l\u2019Union.Pour que le gouvernement soit possible, il a fallu faire appel à ce parti « as a Race and as a People, rather than a Party » a supplié Sir Charles Bagot.Par l\u2019énergie de Louis-Hippolyte Lafontaine, l'égalité du nombre des représentants est poussée jusqu'à sa conclusion : un ministère à deux sections, une double législation qui engendre le système de la double majorité, « la députation de chaque province se réservant, elle seule, de voter les lois de sa province » (Groulx).C'est l'impossibilité de gouverner longtemps ainsi un pays faussement uni qui conduira à l\u2019AANB.Comme le montre l\u2019abbé Groulx dans son histoire, le régime fédératif se trouvait déjà créé à l\u2019intérieur de l'Union, sauf que le mécanisme de fonctionnement en était boiteux et 532 ACTION NATIONALE de nature à paralyser plus qu\u2019à faciliter le gouvernement.Pourtant, avec l\u2019AANB, c\u2019est quand même un nouveau fédéralisme qui est amorcé : celui de toutes les colonies de l\u2019Angleterre en Amérique du Nord; et il eût par conséquent pu se faire autrement, c\u2019est-à-dire en associant le Canada tout entier à la Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick.En même temps que se réalise la fédération, s\u2019effectue \u2014 et c\u2019est ce qui fut le plus important pour nous \u2014 une nouvelle séparation, un nouveau « séparatisme ».Le Bas-Canada est de nouveau séparé du Haut-Canada; et cette fois par la voie d\u2019une législation anglaise encore mais de par la requête et l'approbation même des Anglo-Canadiens.Autrement dit, la conception qui avait prévalu avant Durham, au moment de l\u2019Acte constitutionnel reparaît plus explicitement que jamais.Québec doit être terre française, la « réserve » où les Canadiens-Français peuvent aspirer à se gouverner eux-mêmes selon « leur langue, leurs institutions et leurs lois » (cette fois l\u2019expression est répétée au cours des débats préparatoires comme étant la principale raison pour laquelle il faut choisir la formule fédérative plutôt que la formule unitaire.Et cela est couvert par « l\u2019exclusivité des pouvoirs » de l\u2019article 92 sans clause de délégation prévue, article qui garantit ainsi les pouvoirs (« souverains » a dit plus tard un jugement du Conseil privé) des provinces, article que le gouvernement fédéral a si impudemment violé et ne cesse de violer depuis 1940 tout particulièrement; et encore plus peut-être, parce que plus explicite, par l\u2019article précurseur et portant le principe du statut particulier, l\u2019article 94, qui permet au gouvernement fédéral de travailler à unifier le droit commun des provinces autres que le Québec, et où se trouve confirmé une fois de plus l'intangibilité de son caractère français.Nos droits au respect de cette intangibilité ont donc été solennellement reconnus par Londres et par le Canada anglais.Naturellement, cette nouvelle constitution aussi devra parler de langue, succédant à une constitution qui avait statué sur l\u2019anglais.Le contraste encore ici est im- UNE NOUVELLE CAPITULATION DE QUÉBEC\t533 portant.C\u2019est le fameux article 133 qu\u2019il importe ici de citer en entier.133.Dans les Chambres du parlement du Canada et de la législature de Québec, chacun pourra, dans les débats, faire usage de la langue anglaise ou de la langue française; mais les registres et les procès-verbaux des chambres susdites devront être tenus dans ces deux langues.Dans tout procès porté devant un tribunal du Canada établi en vertu de la présente loi ou devant un tribunal du Québec, chacun pourra faire usage de l'une ou l'autre de ces langues dans les procédures et les plaidoyers qui y seront faits ou dans les actes de procédures qui en émaneront.Les lois du parlement et de la législature de Québec devront être imprimées et publiées dans l\u2019une ou l\u2019autre de ces langues.Il est à bien noter que c'est là tout ce qui est dit sur la langue dans l\u2019AANB.L\u2019article 93 notamment, que l\u2019on invoque souvent en matière de langues dans les questions scolaires, ne parle que des droits minoritaires des catholiques et des protestants, là où ils sont minorité.Rien n\u2019y protège le droit d\u2019une minorité à des écoles ou anglaises ou françaises; et rien n\u2019y est dit qui puisse permettre de le relier à l\u2019article 133 pour soutenir de tels droits.On notera aussi que l\u2019article 133 ne précise rien quant à celle des deux langues qui doit être prioritaire, ou spécialement retenue pour l\u2019interprétation des textes.Les deux langues sont sur un pied parfait d'égalité là où elles sont associées.Mais de quelle égalité s\u2019agit-il ?Le sens de l'article 133 Nous du Canada français, avons longtemps soutenu que l\u2019article 133 avait rendu le français langue officielle au Canada sur le même pied que l\u2019anglais.Nous nous sommes pour cela appuyés sur « l\u2019esprit du pacte fédératif » et sur l\u2019affirmation que l\u2019AANB avait soldé la conquête, supprimé la distinction entre « vainqueurs et vain- 534 ACTION NATIONALE eus » et établi un Canada qui devait être construit dans « l\u2019égalité des deux peuples », toutes choses qui nous avaient en somme été promises pour nous faire accepter de rester dans une forme d\u2019union.Il ne s'agit pas pour le moment de savoir si nous avions tort ou raison dans notre façon latine d\u2019interpréter un texte britannique en fonction de ses principes sous-jacents.Après tout, si nous étions parties égales au débat, si l\u2019on ne veut pas dire au « contrat », pourquoi une façon latine de comprendre le texte n\u2019aurait-elle pas pu avoir voix au chapitre autant qu\u2019une façon britannique ?Et cela justement en se demandant ce que les Pères de la Confédération avaient voulu faire par ce texte rédigé « à la mode de .Grande-Bretagne » ?Mais alors, il est vrai, on tombe dans un autre guêpier, car il semble bien y avoir eu, en 1867, « l\u2019esprit qu\u2019on veut avoir » d\u2019une part, et « l\u2019esprit qu'on a » d\u2019autre part.Il paraît qu\u2019en l'occurrence « l\u2019esprit qu\u2019ont voulu avoir » les Pères anglophones n\u2019a pas gâté, mais servi à dissimuler « l\u2019esprit qu\u2019ils avaient ».Avec tout cela, il n\u2019est pas surprenant que nous nous retrouvions tous bredouilles et gribouilles après cent ans, chacun à notre façon.Ce qui compte maintenant, c\u2019est que comme ce n\u2019est pas nous qui menons, ce n'est pas notre point de vue qui a prévalu.Nous savons trop que dans la réalité, en effet, la langue française n\u2019est pas officielle au Canada comme l\u2019anglais, qui n\u2019a d\u2019ailleurs été nulle part proclamé juridiquement officiel, mais qui l\u2019est selon les traditions britanniques dans la constitution non écrite.Selon l'esprit juridique britannique, l\u2019article 133 ne pose aucun principe et ne veut pas dire plus qu\u2019il ne dit.L\u2019anglais est la langue du Canada : et l\u2019article 133 confère au français certains privilèges: être utilisé dans les débats aux Chambres canadiennes, couché dans les registres et procès-verbaux de ces Chambres ainsi que dans les textes de lois qui en émanent, employé dans les procédures, plaidoyers devant les tribunaux fédéraux et dans les actes de procédure qui en découlent : ni plus ni moins; un point c\u2019est tout. UNE NOUVELLE CAPITULATION DE QUÉBEC 535 Fort bien ! Mais alors soyons logiques.Ne nous laissons pas prendre à affirmer que le Québec est officiellement bilingue et que l'école anglaise est un droit que nous ne pouvons pas contester aux anglophones dans Québec.Et ne permettons pas aux anglophones de nous servir la mentalité britannique pour interpréter l\u2019article 133 au niveau canadien, mais la mentalité latine pour l\u2019expliquer au niveau québécois.Ce qui est clair et notoire, d\u2019après le texte, c\u2019est que les droits de l\u2019anglais au Québec sont exactement parallèles et similaires à ceux du français au niveau canadien fédéral.Le français est depuis toujours la langue du Québec, \u2014 nous venons d\u2019en assez faire la preuve \u2014 ; c\u2019est un fait largement reconnu par toutes les autorités depuis les débuts de notre histoire, autant par les retraits auxquels on s\u2019est obligé quand on a voulu le nier que par les affirmations qu\u2019on en a faites à d\u2019autres moments.Par conséquent, l\u2019anglais dans Québec jouit simplement du privilège d\u2019être utilisé dans les débats de l\u2019Assemblée québécoise, couché dans les registres et procès-verbaux de cette Assemblée ainsi que dans les textes de lois qui en émanent, employé dans les procédures, plaidoyers devant les tribunaux québécois et dans les actes de procédures qui en découlent : ni plus ni moins; un point c\u2019est tout.D\u2019ailleurs on sait que dans toutes les autres provinces du Canada c\u2019est bien ainsi qu\u2019on a compris l\u2019article 133, s\u2019en autorisant même en quelque sorte pour abolir le français par voie législative, là même par exemple comme au Manitoba, où il était inscrit dans la constitution même de la province, vu que l\u2019article 92, lui, permet à une province d\u2019amender elle-même sa propre constitution.Et l\u2019on sait aussi que jusqu\u2019à la récente loi Trudeau rendant le français également langue officielle dans les matières fédérales, c\u2019est également ainsi que le Parlement et le gouvernement central ont compris et pratiqué la règle du français.A un point tel d\u2019ailleurs, que des juristes anglophones ont contesté la validité même de la loi Trudeau, prétendant qu\u2019en vertu de l\u2019article 133 une pareille loi d\u2019égalité juridique du français et de l\u2019anglais n\u2019est pas 536 ACTION NATIONALE constitutionnelle; ce qui voudrait dire d\u2019ailleurs, en raison même du parallélisme des situations, que la loi 63 ne le serait pas davantage et pour les mêmes raisons : que le but de l\u2019article 133 était de définir une fois pour toutes les limites des privilèges accordés à la langue minoritaire soit au niveau fédéral, soit donc aussi au niveau québécois.Il est vrai que sur le plan des luttes politiques, nous avons obtenu plus que le texte strict de l\u2019article 133 à quoi on limite ce qui nous reviendrait de droit.A Ottawa, nous avons arraché par bribes des monnaies et des timbres bilingues, des publications fédérales non officielles en français, .etc; et dans les autres provinces certaines tolérances de l\u2019enseignement du français.Mais pendant ce temps-là au Québec, les anglophones eux, par la vertu de leur situation dominatrice majoritaire dans tout le pays et économique dans Québec, se prenaient toutes les libertés.Pour y voir des droits acquis, il faut oublier qu\u2019ils ne faisaient qu'exercer comme depuis 1763 le droit de conquête et prétendre que c\u2019est librement que nous les avons laissé faire.C'est alors simplifier l\u2019histoire par la naïveté et la mauvaise foi que d'arguer du droit qu'avait la législature de Québec, depuis 1867, du droit quelle a encore, d\u2019abolir l'anglais dans les limites de l\u2019article 133, pour prétendre à un consentement libre de notre part pour ce qui s\u2019est passé dans Québec.Ce qui s\u2019est passé autour de la loi 63 vient de montrer qu\u2019encore aujourd\u2019hui des craintes majeures font pression sur nos politiciens et les empêchent d'utiliser leur liberté contre les pressions de l'élément anglophone du Québec, même quand il s\u2019agit non pas de le spolier, mais de le ramener à la mesure de ses droits sur une base d\u2019égalité des situations, compte tenu des privilèges garantis par l'article 133.La troisième bataille de la langue que nous impose Jean-Jacques Bertrand Il fallait ce long périple historique et juridique pour bien faire ressortir la gravité de la loi 63; une loi qui UNE NOUVELLE CAPITULATION DE QUÉBEC 537 équivaut à donner au loup le droit de dévorer l\u2019agneau en toute liberté s\u2019il le veut.Car \u2014 et c\u2019est là que les textes juridiques prennent toute leur importance \u2014 il y aura toujours une différence énorme entre être mis devant une situation de fait à laquelle on se soumet, tout en essayant d\u2019y résister et d\u2019en sortir, parce qu\u2019on ne peut pas faire autrement (c est la situation du Québec français depuis 1763, tout spécialement en ce qui concerne l\u2019usage de I anglais sur son territoire] ; et reconnaître dans la loi comme juridiquement établie cette situation de fait.Pour la première fois dans notre histoire; une loi s'appliquant au territoire québécois vient d\u2019être votée qui reconnaît à I anglais un statut d égalité juridique avec le français, en décrétant que « chaque enfant », c'est-à-dire pour lui chaque parent, sans aucune distinction, qu\u2019il soit aussi bien canadien-français, canadien-anglais, néo-québécois ou immigrant, a le droit de réclamer qu\u2019on lui donne des écoles anglaises (article 2 de la loi 63), où la seule restriction est qu on devra y donner aussi un enseignement satisfaisant du français comme langue seconde (article 1 de la loi 63).C est là un fait juridico-politique majeur que nous ne pouvons pas tolérer davantage que la proclamation royale de 1763 sans remettre complètement en cause l'avenir du français au Québec.Car je le répète et le répéterai, en dépit de toutes les Renaudes Lapointes, cela se produit à un moment où notre situation démographique aussi bien que notre position économique (qui constitue notre point de faiblesse et la cause de cette nouvelle capitulation) sont beaucoup plus défavorables qu'en 1963.Réfléchissez-y un peu et vous en conviendrez vite ! Et d autant plus vite, vous le saisirez en fonction de tout ce que nous avons vu, que nous n'avons plus le droit maintenant, tant que la loi restera dans nos statuts, de contester aux anglophones la liberté de faire tout ce qu'ils voudront et de s'en dire justifiés de par notre consentement même.C'est maintenant que commencent à se constituer pour eux des droits acquis, dont celui d\u2019invoquer que nous ne saurions d\u2019une part leur reconnaître le droit fondamental \u2014 et non comme un privilège stricte- 538 ACTION NATIONALE ment défini \u2014 de rester anglophones et, d\u2019autre part, prendre des mesures pour les inciter ou les forcer à ne pas utiliser pleinement l'allégeance dont nous leur avons reconnu le droit et qui implique celui de vivre intégralement en anglais dans toute la mesure où ils pourront ou voudront l\u2019imposer.Et comme ils sont les plus forts et qu\u2019on n\u2019a jamais vu un Anglais abandonner ce à quoi il a droit.! Bien plus encore, comme le faisait fort justement remarquer un jeune Français qui analysait sans préjugé le sens des textes, n\u2019étant pas engagé passionnellement dans le débat, pour la première fois dans notre histoire, une loi votée par une Assemblée nationale francophone dit en quelque sorte aux Canadiens-Français : Nous reconnaissons juridiquement votre droit de vous angliciser, et à cette fin de réclamer pour vous aussi des écoles anglaises.Jusqu\u2019ici au contraire tout notre contexte juridique et sociologique aurait rendu scandaleux la demande d\u2019écoles anglaises par des Canadiens-Français.Ceux qui penchaient de ce côté, et il y en a eu, envoyaient alors leurs enfants aux écoles des Anglais, non sans sentir sur eux un certain signe de réprobation.La loi 63 a bien voulu affirmer une intention (puisque cette disposition n a pas de valeur vraiment exécutoire) que tous les cours au Québec se donnent en français, sauf exception; mais comme l\u2019exception, c\u2019est le droit fondamental des parents de choisir l\u2019école anglaise ou française en toute liberté, c\u2019est la vraie règle qui fait loi, celle qui est vraiment exécutoire et contre laquelle aucun pouvoir ne peut s\u2019ériger.Après le général Wolfe, après la bureaucratie coloniale anglaise (car la proclamation royale de 1763 n\u2019avait pas eu la sanction du parlement), après Lord Durham, Jean-Jacques Bertrand vient donc de nous engager légèrement et avec candeur \u2014 celle de démissionner de sa fonction de législateur pour s\u2019en remettre « au sens des responsabilités » des francophones et à « la bonne volonté » des anglophones \u2014 dans la troisième bataille pour la survie de la langue française.Avec non moins de candeur, il nous dit vouloir s\u2019allier à nous pour cette bataille. UNE NOUVELLE CAPITULATION DE QUÉBEC 539 en mettant à notre service les bons conseils de son Office de la langue française.Mais je crois que ce serait le temps de lui dire le mot de Trudeau ?Finies les folies ! et surtout celles qui équivalent à des trahisons que l\u2019on essaie d'enterrer sous la profusion des bons sentiments ! Réponses à quelques objections Terminons ce texte sur la considération de l'argument que ce ne serait pas le moment d\u2019avoir l\u2019air de vouloir ostraciser l\u2019anglais au Québec juste comme à Ottawa et partout dans les autres provinces canadiennes on s'ouvre à une reconnaissance des droits du français.Argument trop habile, en ce qu\u2019il tombe tout simplement dans le jeu instinctif que sait jouer tout Anglo-Saxon pour contourner et saper un obstacle qu\u2019il sait ne plus pouvoir abattre.Le fait important à souligner, c\u2019est que quelles que soient les mesures qui seront prises en faveur du français dans le reste du Canada, elles n\u2019y mettront jamais en danger l\u2019avenir de l\u2019anglais, vu que le temps de la « revanche des berceaux » paraît bien terminé.Si l'An-glo-Saxon canadien, si le plus clairvoyant parmi eux, consent à plus de largesse au français aujourd\u2019hui \u2014 et en soulevant chez les siens quelle résistance encore d'ailleurs \u2014 alors qu'il se refusait totalement à le faire encore hier, c'est qu'il n\u2019a plus la peur de nous en dehors du Québec que lui créait notre natalité et notre expansion démographique, et qu\u2019il ne reste plus à réduire que le Québec.Donner ce lapin de quelques droits reconnus au français dans I ensemble du Canada et dans les autres provinces, contre ce cheval de conserver la totalité de la liberté et des droits dans Québec pour l\u2019anglophone, fait tout à fait partie de son habileté politique traditionnelle et de sa conception de l\u2019égalité dans les répartitions.Dans ce nouveau départ qu\u2019on prétend amorcer, s\u2019il s\u2019agit bien d\u2019un nouveau départ, il faut établir d\u2019abord la vraie égalité; et non pas seulement l\u2019égalité dans les textes de loi, mais l\u2019égalité dans les situations et dans la liberté des mesures nécessaires pour assurer non seulement la survie, mais l\u2019épanouissement du français au 540 ACTION NATIONALE Québec, puisque c\u2019est là le point où il y a des menaces.Or la loi 63 va même au contraire de commencer par établir l\u2019égalité dans les textes, alors que dans aucune province il n\u2019est question de mettre le français sur un pied d\u2019égalité avec l\u2019anglais.On reconnaît certains droits aux francophones à titre de minorité, certains droits à l\u2019usage libre du français comme dans la législature d'Ontario, etc.Il s\u2019agit pour nous de faire la même chose.De voir quels privilèges nous pouvons reconnaître comme droits aux anglophones véritables du Québec que nous acceptons de reconnaître tels, sans abandonner aux hasards d\u2019une lutte inégale l'avenir du français au Québec.Ce n\u2019est pas ostraciser les anglophones que de leur demander, comme preuve de leur bonne foi, de descendre du trône du conquérant et d'accepter l'égalité dans la reconnaissance que leurs droits dans Québec sont des droits minoritaires et qu'ils doivent être redéfinis comme tels.C\u2019est tout simplement sortir de l'attitude du mouton tondu pour se tenir debout comme des hommes libres ! Il n\u2019y a pas non plus à se laisser prendre à l\u2019argument d\u2019un certain parallélisme à établir par rapport à l\u2019article 133 : puisque les Anglophones acceptent à leur majorité une loi Trudeau rendant le français officiel au niveau fédéral, il faut parallèlement que la majorité française au Québec fasse la même chose.Encore ici, n\u2019allons pas raisonner en latin sur un texte dont I interprétation doit rester britannique comme l\u2019ont voulu les maîtres mêmes de ce pays.La loi Trudeau n'a aucun rapport avec l\u2019article 133; elle tend au contraire à ratifier l\u2019interprétation selon laquelle l\u2019article 133 n\u2019a jamais dit rien de pareil.La loi Trudeau veut faire accepter aux anglophones un état d\u2019égalité des deux langues au Canada.Cet état d é-galité exige évidemment la dualité linguistique parfaite au niveau des institutions fédérales.Au niveau des provinces, l\u2019égalité doit se définir par rapport à des situations provinciales, et non par rapport au niveau fédéral.Au plan juridique, il faudra peut-être admettre que, pour les situations comparables, le francophone d\u2019en dehors du UNE NOUVELLE CAPITULATION DE QUÉBEC\t54] Québec accepte de n'avoir pas plus de droits linguistiques reconnus que l\u2019anglophone dans Québec (ce qui ne s\u2019applique évidemment pas au Nouveau-Brunswick où les situations ne sont pas comparables).Mais l'essentiel sera nécessairement que les droits reconnus des anglophones dans Québec ne soient pas tels que l'avenir de la langue française au Québec se trouve abandonné au faux libéralisme d\u2019une concurrence de pot de terre avec le pot de fer.Quant au reste, rien n\u2019empêche que les droits juridiquement reconnus ne soient qu'un minimum et que les Anglo-Canadiens fassent à nos minorités des autres provinces une situation largement plus favorable que le minimum obligatoire.Ils en ont les moyens, ne risquant rien que les charges plus lourdes qui peuvent résulter de la générosité.Et ce leur sera un excellent moyen de montrer leur souci de respecter la vie et l'avenir du français dans son foyer principal; et par là, en supprimant d\u2019eux-mêmes la menace qu\u2019ils constituent, de rendre possible au Québec de réinstaurer les générosités auxquelles il a été jusqu\u2019ici plus ou moins obligé à ses dépens.Aucune charte des droits de l\u2019homme ne nous oblige à plus que cela qui est de saine et lucide politique; et non plus aucune des soi-disant « libertés démocratiques ».C\u2019est un point sur lequel nous reviendrons en détail.Il est important. Vers plus d\u2019égalité entre deux peuples Bilinguisme et biculturalisme en orbite \u2014 I par Patrick Allen Les astronautes des années 60, sous l\u2019égide des techniciens et des scientistes les plus avant-gardistes du continent américain, ont exploré toutes les avenues de I espace encore inaccessibles et ont enfin atteint à I objectif LUNE.Dissimulés derrière les lobes mystérieux des cerveaux électroniques, les savants ont ainsi réussi I exploit le plus sensationnel de l\u2019histoire des conquêtes physiques de la science.Ont-ils par le fait même réduit les tensions entre les peuples et haussé d'une seule coudée les motivations morales des individus ?Rien ne porte encore à le croire.De même, mais sur un plan différent et dans un ordre de valeur moins percutant, les Commissaires qui ont entrepris dès 1963 au Canada l\u2019enquête sur l'état du bilinguisme et du biculturalisme ont mis en oeuvre beaucoup de mécanismes de consultation à travers le pays et mobilisé une équipe choisie de spécialistes et de chercheurs.La commission BB, selon son mandat du 19 juillet 1963, devait « recommander les mesures à prendre pour que la Confédération canadienne se développe d\u2019après le principe de l\u2019égalité entre les deux peuples qui l\u2019ont fondée, compte tenu de l\u2019apport des autres groupes ethniques à l\u2019enrichissement culturel du Canada, ainsi que les mesures à prendre pour sauvegarder cet apport ».L'ob- BILINGUISME ET BICULTURALISME 543 jectif était de taille et les commentateurs sont généralement d\u2019accord pour affirmer qu'il s'agit de l\u2019enquête la plus étendue jamais faite dans le domaine.Le livre III, en deux tomes, est paru en septembre 1969.Et ce n\u2019est pas fini ! Le bilinguisme et le biculturalisme sont en orbite.Sept ans de recherche, de consultation et d'étude, plusieurs millions de dollars de dépenses, de grands espoirs mis en cause, qu\u2019est-ce que tout cela signifiera demain si aujourd'hui la population canadienne se contente de lire les grandes manchettes parues dans les journaux ou d\u2019acheter les tomes publiés pour les laisser dormir sur les rayons des bibliothèques ?Les tensions entre les deux groupes ethniques fondateurs de la Confédération diminueront-elles ?L\u2019égalité pratique entre les deux peuples finira-t-elle par se réaliser ?La réponse n\u2019appartient pas aux astres, mais aux habitants de notre planète, peut-être plus aux uns qu\u2019aux autres.Pour l\u2019instant, il importe de réfléchir sur les résultats de cette grande enquête, les recommandations, les répercussions qu\u2019elle a eues dans le public, les mesures législatives et pratiques quelle a déjà déclenchées.C\u2019est ce que la revue tentera de faire dans les prochains numéros.Si les lecteurs sont ainsi entraînés à plonger plus avant dans le texte même des rapports des commissaires, l\u2019effort devrait avoir certains fruits.Il faudrait cependant un sens critique peu ordinaire et beaucoup de flair politique sur l\u2019avenir pour être à la hauteur de la situation.Il n\u2019est toutefois pas nécessaire d'être passé maître en la matière pour peser le pour et le contre de certaines recommandations et de détecter les conséquences de l\u2019application de plusieurs d'entre elles.Avant d\u2019entrer dans le vif du sujet, rappelons quelques faits qui ont provoqué la tenue de l\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme.C\u2019est André Laurendeau, dans Le Devoir du 20 janvier 1962, qui demanda cette enquête.Il reprochait à la politique du gouvernement Diefenbaker d\u2019escamoter trois problèmes majeurs qui dépassent les autres en importance : la question économique, chômage structural et option devant les perspectives ou- 544 ACTION NATIONALE vertes par l\u2019adhésion de la Grande-Bretagne au Marché commun; la question nucléaire, acceptation ou refus formel du Canada; le problème de la Confédération qui dépasse singulièrement le pur et simple rapatriement de la constitution, et, plus encore les chèques bilingues.Ni la nostalgie, ni le silence ne pouvaient être des réponses à ces questions.« Le rédacteur du Devoir déclarait que les Canadiens français en avaient assez des réformettes à la décennie et que, si on voulait qu\u2019ils participent au développement du Canada, il fallait un déblocage en profondeur.Il était temps de faire son deuil des réformes du style des chèques bilingues.Jusque là les Canadiens français à Ottawa s\u2019étaient contentés de demander des grosses miettes et se résignaient ensuite à ne recevoir que de petites miettes.M.Laurendeau proposait carrément « un moratoire des miettes >* et, en leur lieu et place, « une enquête royale ».Cette enquête, pour sa part, devait avoir trois fins : savoir ce que pensent les Canadiens, d'un océan à l\u2019autre; savoir comment d'autres pays ont résolu les problèmes comparables aux nôtres; savoir d\u2019une façon précise la situation vraie qui est faite aux deux langues dans tous les services fédéraux.Devant la masse de faits recueillis par l\u2019enquête, les principes se dégageraient de soi et les politiques du mieux-vivre pourraient être mises de l\u2019avant.Le malaise ca-nadien-français, au lieu de continuer de pourrir et de rester comme pâture aux séparatistes, devrait peut-être se résorber ! Le malaise canadien-français s\u2019exprimait de toutes les façons et les exemples se rencontraient comme ils se retrouvent encore sur tous les chemins.Les Canadiens français depuis plus d\u2019un siècle se sont donné une peine de valets pour être bilingues et, même à ce prix, les situations de prestige et payantes leur échappent à peu près totalement même dans leur propre province.Dans la plupart des grandes entreprises du gouvernement fédéral entre deux avocats, deux notaires, deux ingénieurs, deux médecins, deux comptables ou deux architectes, le Canadien français est généralement laissé pour compte : c'est BILINGUISME ET BICULTURALISME 545 un Canadien d'origine anglaise ou autre qui est choisi.L incident Gordon dont André Laurendeau parle dans un éditorial du Devoir du 1er décembre 1962 rappelle le traitement que les Canadiens reçoivent dans beaucoup d\u2019autres entreprises.Si on est allé jusqu'à brûler en effigie M.Donald Gordon, c\u2019est que les Canadiens français en avaient assez d'être humiliés.M.Laurendeau mentionnait un article paru dans Le Devoir du 29 novembre 1962, sous la signature de Patrick Allen, et intitulé : « Les hommes « compétents » de M.Gordon .Qui sont-ils ?».Cet article donnait les résultats d\u2019une recherche sur la carrière, origine et compétence, de 17 des 28 directeurs du Canadien National, où ne figurait aucun Canadien français.Et M.Laurendeau s\u2019était permis d\u2019ajouter lui-même, en tête de cet article : « Pourquoi la « chance » ainsi offerte à au moins 12 des directeurs actuels ne l\u2019a-t-elle pas été à quelques Canadiens français \u2014 avocats, médecins, comptables, ou journalistes ?Pourquoi M.Gordon refuse-t-il d\u2019aller chercher « ailleurs » des Canadiens français de valeur.?Après l\u2019analyse de M.Allen, ces questions \u2014 et d\u2019autres \u2014 acquièrent une singulière acuité.Il a fallu que M.Laurendeau attende jusqu'à juillet 1963 pour obtenir I enquête demandée.Et, depuis les livres du rapport paraissent au ralenti.Le premier livre du rapport final décrit le statut des langues officielles du Canada, l\u2019anglais et le français.La première partie fait les distinctions entre le bilinguisme d un individu et celui d'un État, puis analyse la composition démographique des deux principales communautés linguistiques ainsi que le statut juridique de l\u2019anglais et du français au Canada; la deuxième partie circonscrit les mesures à prendre par les pouvoirs publics pour assurer un statut égal à ces deux langues.On se souvient que, selon le rapport préliminaire de la Commission, les opinions sont extrêmement diversifiées sur la notion de bilinguisme et sur les applications qu'on en fait.Le livre premier se termine sur cette phrase : « Langue et culture 546 ACTION NATIONALE françaises vivront dans la mesure où les conditions leur permettront d\u2019être vraiment présentes et créatrices ».C\u2019est à peu près sur le même thème que débute le livre II.Dans la première partie, ce livre traite de l'instruction de la minorité de langue officielle, francophone ou anglophone, dans chaque province.Le principe d'égalité entre les deux peuples qui ont fondé la Confédération est complexe; il est difficile d\u2019en cerner concrètement les contours et plus encore d\u2019en proposer les applications : les objectifs et les méthodes en éducation n\u2019échappent pas à cette difficulté.Les besoins linguistiques et culturels de la minorité de langue officielle dans chaque système scolaire provincial a longuement préoccupé les auteurs de cette partie du livre II.La deuxième partie porte sur l'enseignement de la langue seconde, le français ou l'anglais, et l\u2019amélioration à apporter aux programmes d\u2019enseignement dans chaque province.La troisième partie demande quelle image de l\u2019autre groupe culturel se dégage de tout l\u2019enseignement, afin que les Canadiens deviennent de plus en plus conscients de la dualité culturelle, élément fondamental de l'identité du Canada.Le troisième livre du rapport a été publié en deux fascicules comprenant chacun deux parties; il reflète les rapports multiples entre les divers phénomènes influant sur le bilinguisme et le biculturalisme dans le monde du travail.Dans la première partie, on trouve une étude générale des statuts respectifs des Canadiens d\u2019origine britannique et des Canadiens d\u2019origine française, sur la base des mesures socio-économiques comme le REVENU, la PROFESSION, (\u2019INSTRUCTION et la PROPRIÉTÉ des entreprises.Les renseignements retenus forment le cadre de l'examen des SECTEURS PUBLIC ET PRIVÉ du monde du travail.La deuxième partie porte sur la fonction publique fédérale et les Forces canadiennes, du point de vue emploi des langues et participation des francophones et des anglophones.La troisième partie est surtout consacrée à l\u2019étude des grandes entreprises en raison des emplois qu\u2019elles fournissent et de leur influence sur l\u2019économie.( à suivre ) ¦ \u2022 ¦ La Conférence fédérale-provinciale par Jean Genest Du 8 au 10 décembre il y eut une répétition ennuyante, exaspérante, crispante des thèses centralisatrices d'Ottawa.Le gouvernement fédéral est entré, depuis les deux grandes guerres, dans le champ de tous les impôts.Il voulut les garder quasiment pour lui seul.Malgré la constitution.Comme l\u2019esprit humain est fort inventif et comme les mots ne sont que des instruments assez malléables pour se plier aux intérêts, nous avons vu se multiplier les thèses.L\u2019argument de la force a été caché sous un déluge de périphrases dont la finalité la plus évidente était de corrompre à tout jamais le fédéralisme comme conception de gouvernement et la Confédération comme régime historique d\u2019association.Il y en a qui ne veulent pas voir clair.Il y en a qui maintiennent des espoirs chimériques.Il y en a qui ne veulent pas entendre la thèse anti-canadienne-française de ceux qui ont appris le chant des drogués fédéralisants.Le fait demeure : Monsieur Pierre Elliott-Trudeau a inauguré un système pire que celui de M.Louis Saint-Laurent et de M.John Diefenbaker.Ce qu'il demande, ce sont des pouvoirs prépondérants pour le Parlement d'Ottawa.C\u2019est exactement cela qui est la mort du fédéralisme.Il a déjà des pouvoirs prépondérants et même exclusifs en ce qui regarde l'armée, la monnaie, les douanes, les ports, etc.Mais il en veut toujours davantage et il blesse alors la souveraineté des États participants. 548 ACTION NATIONALE Avec l'argent recueilli des citoyens de chaque province, il ne se contente pas de voir à une honnête péréquation des budgets afin qu\u2019il y ait un niveau de vie sensiblement égal d\u2019un bord du Canada à l\u2019autre mais il s\u2019immisce dans les affaires des provinces par toutes sortes de projets qui n\u2019ont de sens que par la dépossession graduelle du pouvoir financier et exécutif des provinces.Celles-ci finissent toujours, dans tous les projets fédéraux qui s\u2019additionnent les uns aux autres, par être conçues comme des sous-agences du seul et unique gouvernement fédéral.Pour un Anglo-Saxon, teinté du fédéralisme d\u2019Ottawa, les provinces sont un obstacle coûteux à l\u2019obtention des fins.Le Québec leur est un cauchemar.Mais pour le Québec les pouvoirs prépondérants demandés par Ottawa sont des asservissements calculés.Au lieu d\u2019aller vers plus d\u2019autonomie, nous allons vers l\u2019asphyxie progressive.Cet équilibre des forces entre le fédéral et le provincial n\u2019est vraiment pas possible : le fédéral, avec sa mentalité, est invinciblement porté à étouffer l\u2019autre.Les séparatistes marquent des points lorsqu\u2019ils affirment que le fédéralisme que nous vivons, avec la mentalité étroite et fanatique qui règne à Ottawa, ne permet pas au Québec de développer d\u2019une façon à peu près normale une nation canadienne-française.Tout s'y poursuit, irrémédiablement et pesamment, en vue de nous laisser la facilité de nous assimiler et de nous soumettre librement.A ce régime, nous ne pouvons pas penser comme un peuple qui possède les libertés fondamentales.Nous restons un peuple de désirs.Avec M.Pierre Elliott-Trudeau nous devenons un peuple de colère.Vraiment trop est trop, surtout chez un esprit totalitaire comme lui, que nous voyons chaque jour consentir plus allègrement à n'être que le serviteur des serviteurs de la suprématie anglo-canadienne.Avec lui nous ne pouvons agir comme une nation.A cette conférence fédérale-provinciale, M.Trudeau est encore revenu sur les arguments propres à maintenir LA CONFÉRENCE FÉDÉRALE-PROVINCIALE 549 la prépondérance fédérale.Vieille rengaine qu\u2019il nous a servie par un livre blanc et par des discours orchestrés auxquels nulle Télévision-Québec ne put répondre, faute d\u2019exister.Quels sont ces arguments ?La péréquation du revenu national, la création d\u2019un esprit vraiment canadien, la transférabilité des subventions sociales d\u2019une province à l'autre pour suivre les déplacements des bénéficiaires.Tous ces arguments ont déjà été réfutés par le Rapport Tremblay de 1956.Mais ils reviennent sans cesse, surtout depuis le Rapport Rowell-Sirois.Toujours la même position.Toujours réfutée.Depuis la première Grande Guerre.Ces livres blancs, ces sessions fédérales-provinciales \u2014 même si les acteurs changent \u2014 finissent par écoeurer d\u2019ennui.Pourquoi revenir sur ces misères et montrer que le seul esprit canadien, c\u2019est une vision du monde saxonni-sée, une centralisation maladive où nous sommes de trop comme nation distincte et comme groupe au développement autonome.Cette Confédération, interprétée par des hommes comme M.Trudeau, devient étouffante, impossible.On n\u2019a rien compris à Ottawa.On a accepté de nous donner des miettes de bilinguisme tel qu'on le comprenait à Ottawa.On n'a jamais accepté de nous comprendre avec nos besoins tels que nous les voyions.Loin de nous adoucir, de nous circonvenir et de nous soumettre, il ne nous reste plus qu'à envisager deux hypothèses : celle de rencontrer au Québec des chefs qui sachent prendre ou obtenir le nécessaire à l\u2019intérieur de la Confédération ou voter pour ceux qui sauront, à travers les sacrifices nécessaires, nous mener hors de la Confédération, vers un autre régime qui permette à notre nation de gérer tout ce qui regarde l'humain, le culturel, le national, le social, l\u2019économique, bref tout ce qui permettrait d\u2019envisager autre chose que la fonction de valets d\u2019une puissance étrangère.Serions-nous, par naissance, une mini-civilisation destinée à servir une civilisation supérieure ?Cette chanson, n\u2019était-elle pas le propre du nazisme qui vantait la supériorité des aryens ? 550 ACTION NATIONALE Notre situation est assez triste à moins que nous ne la changions.Regardez du côté de M.Trudeau.Il n'a rien laissé au hasard.Pour mieux préparer cette conférence fédérale-provinciale il y eut une campagne publicitaire qui nous le présentait depuis les aspects de Don Juan jusqu\u2019au Penseur de Rodin.Puis il y eut cet article dans la revue Time où un thuriféraire voulut brosser le tableau des 500 jours de pouvoir de notre premier ministre fédéral.Le résultat fut assez décevant.A part la loi sur l\u2019homosexualité, le divorce et l'avortement qui lui conquirent les milieux avancés, il n\u2019y a à peu près rien à ajouter.Alors le thuriféraire s'est rabattu sur les amis et l\u2019entourage du premier ministre.Et les fleurs de tomber par paquets.Ces employés et ces chercheurs de foin ne pouvaient que célébrer leur héros et maintenir la légende.Tout cela c\u2019est du vide.Tout le monde sait que l'engouement des Anglo-Saxons pour M.Trudeau c\u2019est qu\u2019ils ont vu en lui un instrument opportun pour dire en français au Québec ce qu'ils pensent en anglais.Ils ont réussi.Tant pis si la grenouille, qui se crut aussi grosse que le boeuf, se dégonfle mois après mois.Au Québec, il aurait été important que le premier ministre Jean-Jacques Bertrand fût appuyé par l\u2019ensemble du peuple canadien-français et par les corps intermédiaires vraiment représentatifs de la nation.Fiasco.Il fallait que, par je ne sais quel entêtement, ce premier ministre ait cru bon de violenter toute la nation canadienne-fran-çaise par deux projets de loi, les 63 et 62, aussi fantastiques que dénués de sens politique.Il est un premier ministre que l\u2019on ne suit plus.Il s'est mis carrément en marge de la nation canadienne-française.Abandonné de tous, M.Jean-Jacques Bertrand s\u2019est pourtant bien défendu et a bien exposé la thèse du Québec.Il faut lui rendre cet hommage que, sur ce point, il a bien fait voir notre point de vue.Espérait-il recevoir quelques miettes de la part d\u2019Ottawa ?S\u2019il avait cette naïveté, il fut bien détrompé.Il revint bredouille mais LA CONFÉRENCE FÉDÉRA LE-PROVINCIALE 551 l'honneur intact.Au point de vue politique, lui qui voyait le besoin de redorer son blason devant les Québécois, revenait les mains vides.Lui qui avait multiplié les actes de foi fédéraliste, lui qui avait accordé aux Anglo-Québécois tous les espoirs d\u2019une supériorité numérique par l\u2019addition de tous les immigrants, il revenait les mains vides.Aussi s\u2019est-il plaint par l\u2019intermédiaire de M.Masse : « Cette conférence fédérale-provinciale n\u2019a fait qu'aider les séparatistes ! » Pourquoi ne voit-il pas qu'il est celui qui les a le plus aidés ! Pourquoi a-t-il espéré que M.Trudeau se départirait de son intransigeance devant quelqu\u2019un qui, d'avance, avait protesté qu\u2019il ne sortirait jamais de la Confédération ?Sans y mettre de conditions, comme son prédécesseur M.Johnson ?Bref, commencée en triomphe, la révolution tranquille s\u2019achève en queue de poisson.Faute d\u2019hommes qui aient l\u2019envergure voulue.Inaugurée en mystique elle s'achève en petite politique mesquine.Est-il vrai que les deux vieux partis sont pourris, qu\u2019en coulant ils font couler aussi le Québec tout entier ?Qui donc aura le sens de l\u2019histoire pour opérer la volte-face substantielle qui mettrait un holà à toutes nos humiliations ?De plus en plus la Confédération serait-elle à repenser comme une simple union économique ?M.Trudeau nous pousse au pied du mur.La jeunesse attend son heure.M.Trudeau a plus de cent ans : il est vieux comme la Confédération aux mains des Anglo-Canadiens.La jeunesse n\u2019en veut plus. Charte des droits des consommateurs par la Fédération des magasins Co-op Dans un mémoire présenté à l'Honorable Armand Maltais, ministre des Institutions Financières, Compagnies et Coopératives, la Fédération des Magasins Co-op et ses organismes affiliés ont demandé que soit rédigé le plus tôt possible une Charte des Droits des Consommateurs.Le mouvement coopératif de la consommation reconnaît cinq (5) droits fondamentaux aux consommateurs : 1\u2014Le droit à l\u2019information 2\t\u2014 Le droit à la protection 3\t\u2014 Le droit au libre choix 4\t\u2014 Le droit à la représentation 5\t\u2014 Le droit à un minimum de bien-être Le mémoire insiste aussi sur la nécessité de créer un Conseil Supérieur de la Consommation, vraiment représentatif des consommateurs.Le document précise aussi que l\u2019État devrait procéder le plus rapidement possible à la création d\u2019un Office des Consommateurs.Cet office des consommateurs aurait à sa tête un directeur qui aurait les pouvoirs d'un commissaire-enquêteur.Cet organisme aurait entre autres les fonctions suivantes : a)\tmaintenir, de façon continue, des communications avec les organismes de consommateurs à travers la Province; b)\tassurer la diffusion des renseignements touchant les lois qui seront destinées à garantir la protection des consommateurs; CHARTE DES DROITS DES CONSOMMATEURS 553 c)\trecevoir et enquêter sur les plaintes soulevées par les consommateurs et faire redresser les torts soit par la persuasion, soit par des poursuites légales; d)\tcoopérer avec les agences gouvernementales de n\u2019importe quel gouvernement et avec tout le corps public ou organisation dans la réalisation de programmes afin de promouvoir les intérêts des consommateurs au Québec; e)\tentreprendre, encourager, ou recommander des mesures pour le développement, la surveillance ou la direction de la protection des consommateurs de cette Province; f)\trecueillir, compiler, faire l\u2019analyse et enregistrer des statistiques ou autres informations qui se rapportent à la protection du consommateur selon qu\u2019elles peuvent être utiles; g)\tpréparer, publier des rapports, procès-verbaux, communiqués, brochures ou par d\u2019autres moyens, propager des informations du Conseil en relation avec la protection du consommateur auprès du public; h)\tsubventionner la publication au Québec ou la traduction de périodiques présentant une évaluation objective de la qualité des rapports de consommation (selon le rapport Parizeau); i)\tsusciter la création de services privés d\u2019administration de budget ou d'information et de protection des consommateurs et subventionner ces services en tout ou en partie; j)\tdiriger des études, des recherches et des enquêtes aux fins d\u2019obtenir des informations, auprès de ceux qui sont prêteurs ou vendeurs dans la province, au sujet de leurs méthodes d\u2019opération ou de pratiques commerciales.Sur approbation du Lieutenant-Gouverneur en Conseil, il pourrait engager : avocats, comptables, actuaires et autres professionnels ou personnes qualifiées, dans toute situation spéciale. 554 ACTION NATIONALE Étiquettes trompeuses Au chapitre de l\u2019étiquetage, le document précise : « l\u2019étiquette représente la carte d\u2019identité du produit et, à ce titre, le client devrait y trouver toutes les indications nécessaires à la prise d\u2019une décision éclairée.Or les organisations de consommateurs font observer, sur la base d\u2019une accumulation de faits précis, que, dans un grand nombre de cas, l'étiquetage ne répond pas ou mal à sa fonction informatrice.Trop d'étiquettes comportent encore des mentions incomplètes, équivoques ou trompeuses.Par ailleurs, on a formulé le souhait que les autorités étendent à d\u2019autres secteurs les normes relatives à la composition des produits qui sont en vigueur dans le domaine alimentaire à l\u2019étiquetage.Rappelons enfin l\u2019exigence, véritablement élémentaire, que l\u2019étiquette soit au moins rédigée en français, afin que la langue de la majorité ne soit pas négligée comme c\u2019est encore si souvent le cas au Québec (ceci en dépit de l'arrêté no 638 du 15 avril 1967 du gouvernement québécois qui impose l\u2019utilisation du français et de l\u2019anglais).Emballages coûteux Le mémoire traite aussi des emballages.Les consommateurs font deux séries de reproches aux modes actuels d\u2019emballages des produits.Les premiers s\u2019adressent aux fabricants qui utilisent des emballages inutilement coûteux, voire luxueux, comme mode de promotion commerciale, ce qui impose aux acheteurs des charges supplémentaires dont plusieurs seraient désireux de faire I économie.Les seconds concernent les fabricants qui utilisent des procédés susceptibles d'induire le public en erreur sur certaines caractéristiques de la marchandise offerte, en particulier la quantité exacte en : 1\t\u2014dissimulant l\u2019indication du poids net par des pro- cédés graphiques appropriés; 2\t\u2014 utilisant des procédés de « poids fractionnels »; 3\t__multipliant à un point invraisemblable des tailles CHARTE DES DROITS DES CONSOMMATEURS 555 d'emballage (absence de proportion entre le contenant et le contenu); 4 \u2014 « tarabiscotage » systématique du contenant afin de masquer la faiblesse du contenu (surtout les pots et bouteilles de cosmétiques); Ces pratiques rendent difficile aux acheteurs d\u2019effectuer le rapport, pourtant élémentaire entre le prix demandé et la quantité offerte concernant les diverses marques en vente dans le magasin.Ainsi s\u2019explique que les associations de consommateurs réclament l\u2019inscription obligatoire de certaines mentions sur l'emballage et ceci en des termes qui puissent être aisément compris des consommateurs ordinaires.L\u2019emballage constitue un bon moyen d'information et devrait : \u2014\têtre un moyen loyal de vendre; \u2014\tmentionner les mêmes renseignements que l\u2019étiquette si celle-ci n'est pas présente ; \u2014\têtre d\u2019un format conforme au contenu; \u2014\tindiquer le prix par unité et le prix par mesure dans tous les cas d\u2019emballage où cette méthode est réalisable, en particulier en ce qui a trait aux produits alimentaires, cosmétiques ou d\u2019usage ménager.Manoeuvres et manipulations Abordant la question de la publicité, l\u2019étude souligne qu il s agit d un vaste dossier dont on évoque ici quelques aspects.L\u2019ambition fondamentale de la publicité moderne est de réaliser le conditionnement de la clientèle.Pendant longtemps la réclame a été un problème de flair, d\u2019intuition, d astuce.L effort pour toucher et convaincre la clientèle demeurait assez fruste, quoique pas nécessairement sans efficacité.Depuis quelques décennies, l\u2019attaque est bien plus systématique.La technique publicitaire, bien quelle n\u2019ait nullement renoncé aux méthodes usuelles du bourrage de crâne, utilise, de manière croissante, les acquisitions des sciences humaines.Il s\u2019agit de mettre les acheteurs éventuels en condition c\u2019est-à-dire d\u2019anni- 556 ACTION NATIONALE hiler chez eux toute velléité d\u2019appréciation critique et comparative des produits en cause.L\u2019idéal publicitaire est de créer des réflexes conditionnés.L\u2019étude poursuit : La publicité est véritablement devenue un chancre social.Des consommateurs estiment que par ses excès et ses abus sans nombre (notamment dans ses rapports avec les enfants et les jeunes) elle tend à déformer le système capitaliste, à le discréditer moralement et à introduire en lui des contradictions graves.En avoir pour son argent Le chapitre qui traite de la qualité démontre que l\u2019évaluation de la qualité d\u2019un produit est difficile et que l\u2019on encourage un gaspillage des ressources.Enfin il faut compter avec la pratique sans cesse plus étendue de fabriquer des objets dont la durée d'usage ne soit pas trop longue en vue de faciliter leur remplacement, voire d\u2019imposer celui-ci au bout d\u2019un temps relativement court.C\u2019est là un aspect important du gaspillage des ressources qui caractérise les sociétés dites opulentes : il conduit au sacrifice systématique de la solidité, à la mise sur le marché d\u2019objets dont le vieillissement est en quelque sorte planifié dans l\u2019intérêt du producteur \u2014 pratique qui se relie aux efforts entrepris pour persuader les consommateurs d\u2019acheter le « dernier modèle », même si l'ancien est encore satisfaisant.Les prix : Mauvais indicateurs de la qualité Le rapport poursuit dans la rubrique qui touche la qualité : « Reste enfin à examiner cet aspect de la qualité qui implique l\u2019octroi à l\u2019acheteur d\u2019une contre-partie qui corresponde à la somme dépensée.Pour employer un langage simple, c\u2019est le souci que le consommateur en ait pour son argent.Or, à cet égard, réserve faite de dispositions légales pas toujours appliquées au titre des falsifications et tromperies commerciales, les consommateurs sont généralement laissés à leurs seules forces.En somme, l\u2019acheteur est toujours invité à se protéger lui-même. CHARTE DES DROITS DES CONSOMMATEURS 557 Confrontés à une série souvent nombreuse d\u2019objets ou d\u2019engins qui répondent apparemment au même usage, les consommateurs n\u2019ont certes pas une tâche facile.L'on ne saurait donc s'étonner que, soucieux de trouver une règle optimale d\u2019achat, ils aient propension à tenir le prix pour un indicateur de la qualité.Or, c\u2019est là un préjugé qui peut coûter cher à celui qui s'y laisse prendre.Enfin, signalons quelques recommandations d\u2019intérêt général et qui apparaissent dans le rapport.Ces recommandations tentent d'apporter une solution à divers problèmes qui touchent les consommateurs.\u2014 Que le gouvernement ordonne une enquête sur les promesses ou garanties avancées par les promoteurs des aliments naturels \u2014 sur les étiquettes de ces produits, sur les circulaires qu\u2019ils distribuent ou dans leurs publications.\u2014 Que le gouvernement interdise l'annonce frauduleuse qui consiste à indiquer un prix surélevé par rapport à la valeur réelle du produit pour ensuite offrir celui-ci à un prix de rabais.\u2014 Qu\u2019un code d\u2019éthique publicitaire soit établi par l\u2019Office des consommateurs et qu\u2019il veille à son application et qu'il prévoie des mesures sévères contre ceux qui dérogeraient à ce Code.\u2014 Que l\u2019on interdise formellement au Québec l\u2019expression « Cents de rabais ».Les consommateurs ne peuvent vérifier s\u2019il y a vraiment rabais sur le prix régulier.\u2014 Que les compagnies prêteuses soient obligées de divulguer dans leur publicité et avant la signature du contrat le taux réel du coût de l\u2019emprunt en % et en dollars.\u2014 Que pour tous les achats à crédit effectués à domicile et pour les achats de voitures d'occasion, I acheteur puisse annuler son contrat dans les quatre jours ouvrables qui suivent, par une simple déclaration écrite.Que I on établisse le plus tôt possible un service d inspection du poisson, ainsi que l\u2019établissement 558 ACTION NATIONALE de standards pour tous les poissons et les produits de la pêche.\u2014\tQue le gouvernement oblige les vendeurs de plans de congélation à indiquer séparément le prix du congélateur et des aliments, en indiquant bien le taux d'intérêt chargé pour le crédit.\u2014\tQue le gouvernement oblige les laiteries à enrichir de vitamines A tout le lait partiellement écrémé ou écrémé, qu'il soit liquide, évaporé ou en poudre.(Cette vitamine A est perdue au cours du procédé d\u2019écrémage.) \u2014\tQue le gouvernement prévoie des octrois pour les associations et groupes qui s'occupent spécifiquement d\u2019éducation et de défense du consommateur.\u2014\tQue l\u2019Office, en collaboration avec le ministère de l\u2019éducation, prépare un programme d'éducation du consommateur pour les élèves du cours secondaire.\u2014\tQue le gouvernement oblige les personnes qui font de la sollicitation par téléphone ou de porte à porte à déclarer dès le début de la conversation, leur nom et la compagnie quelles représentent et le but de l\u2019appel et de la visite.\u2014\tQue le gouvernement oblige les manufacturiers de vêtements d\u2019enfants à employer les normes de taille standards.\u2014\tQue l\u2019on interdise l\u2019usage des timbres-primes au Québec (tel qu\u2019en Alberta et en Saskatchewan).\u2014\tQue dans un délai raisonnable on interdise les primes ou cadeaux dans les boîtes de savon ou détergent ou autres produits.Ces pseudo-cadeaux étant largement payés par les consommateurs.\u2014\tQu'il soit interdit d\u2019utiliser des lampes de couleur au-dessus des comptoirs de la viande et des fruits et légumes dans les super-marchés. Féminisme ou masculinisme \u2014 V Le masculinisme et la famille par Jules-Bernard Gingras \u2022 Quand l\u2019amour dégénère Traditionnellement, l\u2019humanité a considéré les mystères intimes de la nature comme sacrés et c'est à l\u2019intérieur même de cette tradition, que le Christ a attaché une valeur sacramentelle aux grands actes de la vie de l'homme : la naissance, le mariage, la mort.Tout ce qui y touche de près ou de loin en a acquis un caractère sacré et au premier chef la famille, ce qui la constitue et y conduit : fréquentations, fiançailles, vocation maternelle.La biologie, l'oeuvre de chair, n\u2019ont jamais expliqué pourquoi tant d'hommes n'ont pu prononcer le nom de leur mère sans s\u2019agenouiller, pourquoi Lacordaire appelait sa mère « un sacrement d\u2019amour ».Non, la biologie n\u2019a jamais expliqué l\u2019amour, ni consolidé l\u2019amour, qu\u2019il s'agisse du filial, du maternel ou du conjugal.Elle n\u2019a pu non plus ennoblir les humbles tâches qui environnent la maternité.Il a fallu une régression de la spiritualité, entraînant une perte de contact avec le divin, pour que certaines femmes en viennent à mépriser les glorieuses servitudes de leur rôle familial.Cette perte de contact a faussé la perspective.La fécondité charnelle et la spirituelle, \u2014 inséparables dans l\u2019ordre humain, \u2014 sont alors considérées hors du contexte, qui seul leur donne un sens, le contexte de l\u2019éternel.Tellement il est vrai, que l\u2019homme, pour penser droit et ne pas errer, a besoin du sacré. 560 ACTION NATIONALE A partir de ce moment et pour satisfaire ce besoin inconscient, on est entré dans le domaine des substitutions.La domination despotique de certaines femmes sur le ménage en est une.Freud y verrait une forme masquée de l\u2019envie du mâle, innée, \u2014 d\u2019après lui \u2014 dans toute femelle.Contentons-nous d'y voir une déviation de cet instinct de primauté amoureuse, qui sert le bien propre et le charisme de la femme.C\u2019est pourquoi je dis : le matriarcat qui sévit aux États-Unis n\u2019infirme pas la thèse, il la confirme.Le fait que la mère se soit arrogée sur le continent nord-américain, le rôle du père, a été étudié en lui-même et aussi en relation avec l\u2019éducation et en particulier avec la délinquance juvénile, par un grand nombre de sociologues, d\u2019éducateurs et de psychologues.La psychologie y voit un de ces mécanismes de compensation, dont se servent les êtres qui ne peuvent s\u2019accepter eux-mêmes pour ce qu\u2019ils sont.Aussi voit-on souvent de ces petits hommes arrogants.Pour compenser l\u2019humiliation que leur procure leur petite taille, ils afficheront des attitudes autoritaires et intransigeantes.Chez la femme, nourrie de faux principes et motivée par une fausse échelle des valeurs, la même chose peut se produire, surtout dans un siècle qui a perdu le sens des nécessaires limitations et répudié la modération des désirs.Son effet sur le mâle ne saurait être passé sous silence.Le masculinisme de la femme ne peut se produire sans sa contre-partie : la féminisation de l'homme.Dès le 8 septembre 1965, le Dr Fromm l\u2019affirmait à l\u2019émission Today du réseau N.B.C.: « En conséquence du fait que les femmes deviennent masculines, les hommes se féminisent.Dans certains foyers, les rôles sont intervertis.» C\u2019est donc un fait, dans certains ménages, qui ne méritent guère le nom de famille.Mais la frustration qui en résulte est si grande, qu'elle expliquerait l\u2019absentéisme masculin, qui est en progression et qui résulte, en bien des cas, en disparition définitive.Sociologues et magistrats sont ébahis du nombre de maris qui dis- LE MASCULINISME ET LA FAMILLE 561 paraissent chaque année et ne sont jamais retrouvés.Une chose est certaine.C\u2019est dans un pays comme les États-Unis, où la mère se substitue communément au père, que la famille montre tous les signes de désintégration.Elle est littéralement croulante, au point de faire craindre pour I avenir du pays, que le désordre envahit progressivement.\u2022 Criminalité juvénile Quant aux spécialistes qui ont étudié le problème en rapport avec la criminalité juvénile, ils sont d\u2019accord avec le juge Samuel S.Leibowitz de la cour juvénile de New-York : « Ces mots expriment la tragédie de l\u2019adolescent (teen-ager) américain.Il a été élevé dans une maison .où la mère s\u2019est elle-même placée à la tête de la famille .Nous devenons une nation de matriar-ches .La combinaison d\u2019une mère disposant du pouvoir absolu dans une atmosphère permissive .a produit cet adolescent rebelle et malheureux, qui inonde nos cours de circulation, nos cours criminelles et plus tard nos cours de divorce.» Le faux féminisme et la délinquance juvénile, parallèle impressionnant ! Ici il faudrait écrire un livre pour décrire les effets du faux-féminisme sur l'éducation de la jeunesse.Les femmes qui méprisent les berceaux et considèrent la maternité comme une humiliation, peuvent-elles être de bonnes éducatrices ?Elles auront beau attribuer le comportement amoral, irréligieux ou criminel de leurs enfants à l\u2019autoritarisme paternel, le Dr Henry Murray, de Harvard, leur répondra : « Tous les jeunes délinquants que j'ai rencontrés étaient fils et filles de parents libéraux.Ils ont été élevés dans une atmosphère permissive.La commandement : honore ton père et ta mère a été interverti.C\u2019est maintenant : honore ton fils et ta fille.Je ne vois que des foyers centrés sur l'enfant.» (1) U) Psychology Today 1968. 562 ACTION NATIONALE Quand la mère est anormale, comment les enfants seraient-ils normaux ?Le Dr Abraham Maslov ajoutera que, si tous les hommes sérieux sont messianiques et si leur devoir consiste en des tâches extérieures, comme « d'écrire les trois livres qu'ils doivent composer avant de mourir, l\u2019engagement de la femme est envers son mari et ses petits.\u2014 A Woman\u2019s committment is to her man and to her subs.» u) Là est son bonheur, là est sa gloire.Pour échapper à ces obligations fondamentales, on a parlé de devoirs supérieurs.La femme se devait d\u2019entrer dans la politique active.Elle seule pourrait l\u2019assainir, l\u2019affranchir de toutes les corruptions dans lesquelles le mâle l\u2019a laissée tomber.Ce fut le grand argument féministe pendant plus d\u2019un demi-siècle.Lors de leurs campagnes pour le vote féminin, les suffragettes avaient fait de telles promesses, alléguant que les femmes étaient plus vertueuses et plus sages que les hommes.« Ce qui s\u2019est révélé faux, \u2014 écrit le Dr Niebuhr, \u2014 pour la simple raison que les femmes sont humaines.Elles ont les mêmes vertus et vices que les hommes, ou d\u2019autres vertus et d\u2019autres vices.A cause de cela les promesses des suffragettes n\u2019ont pas été remplies.» 1 (2) En un mot, le vote féminin n\u2019a pas amélioré la politique.On peut en dire autant de l\u2019ingérence féminine dans la politique active.Rien n\u2019est venu justifier les espoirs de ceux qui s'en sont faits les champions.Et quand on songe aux valeurs humaines, familiales, éducationnelles, qui ont été sacrifiées de ce fait, il n\u2019y a place que pour le regret et la tristesse.Ainsi l'histoire confirme la psychologie.L'une et l\u2019autre se font entendre plus ou moins dans le désert, car le fanatisme n\u2019a pas d'oreilles et n a que faire de la psychologie et de l'histoire.D autant plus qu un besoin d\u2019auto-déception semble se manifester ici.Dans bien des cas la négation de la polarité des sexes et de la (1)\tThe Psychology of Universality.(2)\tInterview-McCall 1966. LE MASCULINISME ET LA FAMILLE 563 diversité des rôles qui s'ensuit, devient une sorte de justification du divorce ou du libertinage.Si en effet, les sexes ne sont pas faits pour se compléter, l'institution matrimoniale devient elle-même périmée.Et comme I enfant est de trop dans bien des ménages et qu\u2019on fait tout pour l\u2019éliminer de la vie conjugale, on ne voit pas bien pourquoi on se lierait par des liens immortels, qui constituent une entrave capitale à l\u2019indépendance de la vraie féministe.L'union physique, passagère de sa nature, devrait suffire.Ainsi tous les égoïsmes, y compris le charnel, sont satisfaits.Les statistiques parlent aussi éloquemment.D\u2019après le juge Leibowitz, il existe une haute corrélation entre I autorité paternelle forte et le taux minime de la criminalité juvénile.Il cite en exemple l\u2019Italie, où en général le gouvernement familial est entre les mains du père.La délinquance, \u2014 une des plus basses du monde, \u2014 s y maintient aux taux de 2% pour les crimes sexuels et 1/2 de 1% pour l\u2019homicide.C\u2019est tout un contraste avec les États-Unis, pays par excellence du matriarcat, où la criminalité des jeunes atteint 35% pour les crimes sexuels et 12% pour l\u2019homicide.Souvent la révolte de la mère contre sa vocation familiale a préparé celle des fils et des filles contre la société.Le P.Dominique-Henri Salman, O.P., professeur de psychologie à l\u2019Université de Montréal, ajoute : « Seul le rôle du père bien compris peut libérer l'enfant de l\u2019emprise contraignante d\u2019une mère possessive et lui aider à acquérir une personnalité sexuellement différenciée.» u> D\u2019Angleterre, le Dr Joshua Bierer, psychiatre, abonde dans le même sens : « Un garçon doit avoir un père énergique, sinon il grandira sans avoir d\u2019ego propre, \u2014 et s\u2019il n\u2019a pas d\u2019ego, il n'aura pas d\u2019épine dorsale.» Dans une précédente déclaration, il avait dit : « La prospérité et les femmes sont la racine des difficultés (troubles) de la plupart des Américains.» (1) Causerie à la Société d'Étude et de conférences. 564 ACTION NATIONALE Le Dr Reinhold Nieburh, dans une entrevue qu'il accordait à la revue McCall, en février 1966, avait déjà signalé les inconvénients d\u2019une carrière pour la femme mariée.Elle sera cause de frictions, \u2014 disait-il, \u2014 et conduira au divorce.Les statistiques le prouvent amplement.Friction et plus que cela.Rien ne tue plus rapidement l\u2019amour que la compétition portée sur le terrain conjugal, qu'elle soit professionnelle ou financière ou autre.Même si la femme se renie elle-même dans sa féminité, quoi qu elle fasse, il existe dans la constitution mâle des éléments indestructibles et ce sont ceux-là mêmes qui conduiront bien des maris aux portes du désespoir.Il reste l'évasion.On dit que I ivrognerie est un vice masculin.On a peut-être raison, mais qui dira le nombre de ceux qui ne boivent que pour oublier le drame de leur mariage avec une femme, dont la vie professionnelle passe avant les devoirs de I amour.Bien peu d\u2019hommes sont capables de conserver leur équilibre, en face de la terrible désillusion d'avoir épousé une carrière, quand ils avaient cru épouser une femme.Mais peu de femmes comprennent, que si elles préfèrent une carrière, elles doivent choisir logiquement et ne pas se marier.\u2022 Le divorce, monument à l\u2019égoïsme Le suicide n\u2019est pas exclu, dans certains cas.Mais le plus souvent on recourra à un autre mode d\u2019évasion : la séparation ou le divorce.Le divorce est toujours une trahison de l\u2019amour et un échec irréparable.Mais quand il y a des enfants, il devient une injustice flagrante, par laquelle l\u2019innocence est sacrifiée à l\u2019égoïsme, par laquelle l\u2019enfant est trahi par l\u2019adulte.Inutile d'insister sur l\u2019incidence tragique du divorce sur l'éducation des enfants.Tous les enfants de divorcés ne sont pas des dévoyés, n'empêche qu'un très grand nombre de dévoyés viennent de foyers brisés par le divorce.« Les maux causés par le divorce sont graves. LE MASCULINISME ET LA FAMILLE 565 Parmi ces maux, il y a le dommage causé aux enfants.Même les plus âgés peuvent avoir à supporter une terrible tension.» (1) Il est vrai qu'ils sont en quelque sorte déchirés entre l\u2019amour qu\u2019ils portent à leur père et celui qu'ils portent à leur mère.Ils partagent en quelque sorte la culpabilité de leurs parents, dont l\u2019un est ordinairement abandonné pour le bon plaisir de l'autre.Le témoignage du sociologue et du statisticien s associe donc à celui du psychologue.Le jeu dangereux de certains féministes fait penser aux indignations enfantines des adolescents, reprochant à Dieu de les avoir fait naître en terre canadienne ou dans une famille catholique, ou à leurs parents de les avoir fait baptiser, sans les avoir consultés.Dans leur conception extravagante de la liberté humaine, ils y voient une atteinte à leurs droits fondamentaux.Il y a sans doute beaucoup d'enfantillage et d\u2019ignorance dans le faux féminisme.Jouer avec le feu n\u2019est-il pas le plus vieux jeu du monde ?Mais le risque est énorme et fait frémir.La vraie femme est unique et irremplaçable.Son image authentique doit être conservée à tout prix, comme un des plus précieux trésors de l'héritage terrestre.(1) Dr R.Nieburh. 566 ACTION NATIONALE UNE INTÉGRISTE QUI S'IGNORE Mme Lysiane Gagnon-d'Allemagne vient encore de récidiver.Elle a la dent dure et une intelligence à oeillères.Dans La Presse (samedi 3 Janvier 1970, p.7) elle parle du projet de loi 62 et continue : « Une autre opposition .c'est celle des milieux intégristes qui s'opposent à la déconfessionnalisation administrative des commissions scolaires, et qui craignent que le bill 62 n'entralne, dans les faits, la déconfessionnalisation de l'enseignement catholique.Groupé autour de l'Association des parents catholiques cette opposition, active dans certains milieux ruraux et semi-urbains, est assez mal implantée à Montréal.» Une façon de dévaloriser son adversaire c'est de l'injurier.Aujourd'hui une des pires injures c'est de le traiter d'intégriste.Qui, dans le climat actuel, voudra faire partie d'un mouvement « intégriste » ?Mais Mme Lysiane Gagnon-d'Allemagne, qui se prend pour Dieu-le-Père, est simplement ignorante.Cette Association compte actuellement quarante associations dans Montréal.Plus que toute autre association.Elle en aura environ 75 en septembre 1970.Elle a réussi à grouper en un front commun plus d'une trentaine d'associations.C'est plus de faits que tous les mots creux de Mme Lysiane Gagnon-d'Allemagne.Quand ces gens n'acceptent pas la déconfessionnalisation des commissions scolaires, ils ont pour eux une lettre de l'Épiscopat au premier ministre du Québec en 1963, une déclaration très explicite du cardinal Léger en 1966.On aura pu lire une déclaration de la revue Relations, reprise dans Le Devoir (samedi 3 janvier 1970), sur ce sujet.Dans l'Action nationale de janvier, nous avons publié une série de témoignages de personnes compétentes sur ce sujet.Voilà ! Mme Lysiane Gagnon-d'Allemagne est une journaliste superficielle, qui affirme sans compétence particulière.Ce n\u2019est pas l\u2019enseignement confessionnel qui l\u2019intéresse mais une thèse très connue : la socialisation de l'école par l'État.Elle s'oppose aux écoles privées, elle s'oppose aux commissions scolaires confessionnelles.Elle voudrait un seul système d\u2019écoles, système régi entièrement par l'État.Or aucun pays occidental n'en est arrivé là.Excepté les pays communistes et leurs satellites colonisés.On voit que la thèse de Mme Lysiane Gagnon-d'Allemagne convient à un milieu qui n'est pas le plus progressif en Occident.Par étroitesse d'esprit et par opposition systématique à tout ce qui peut protéger et mettre en valeur la confession-nolité, elle traite tout le monde d'intégriste.Dans la procession, elle seule marquerait le bon pas.Mais personne ne s'y trompe; c'est elle l'intégriste.L'intégriste du socialisme scolaire d'État.Seulement elle l'ignore encore. 567 QUAND LES COMMISSAIRES S'ENTÊTENT ! Les Commissaires d'écoles, à Chambly, ont décidé d'aller de l'avant et de créer deux écoles polyvalentes géantes de 3000 élèves chacune.Malgré l'opposition générale des parents.Les parents sont mis de côté d'un revers de la main.On invoque que le Comité de planification \u2014 où il y aurait eu des représentants de parents \u2014 aurait approuvé déjà les grosses écoles polyvalentes.Ce n'est pas tout à fait honnête car ce comité de planification d'il y a quelques années ne possédait pas la compétence voulue.Les représentants des parents en ce temps où les parents n'étaient à peu près pas organisés, ne représentaient pas grand chose.Aujourd'hui la levée des parents est générale : les commissaires ne peuvent pourtant pas s'appuyer sur les parents d'avant le déluge ! Mais il y a plus formidable ! C'est que la régionale de Chambly a donné à toute la province le spectacle des conséquences désastreuses entraînées par les écoles polyvalentes géantes.Les parents ont appris.Mais les commissaires semblent n'avoir rien appris encore.C'est comme s'ils disaient : « Nous savons que toutes les conséquences ne sont pas heureuses pour les enfants mais que pouvons-nous y faire ! Il nous faut continuer à faire des fautes ! » La bêtise multiplie les drames scolaires.On dit encore : a Si vous n'êtes pas contents, vous n'aurez qu'à ne pas nous élire aux prochaines élections ! » Et les parents, durant ce temps, restent sans défense devant des commissaires qui se savent dans l'erreur, qui vont clairement dans le fossé et qui s'obstinent à y chavirer avec leurs 6000 élèves.Situation folle.Ce n'est pas un commissaire de génie qu'il nous faut à Chambly, mais seulement un commissaire qui a de l'intelligence et du caractère ! Il faut appuyer les parents qui demandent quatre écoles de 1500 élèves plutôt que deux écoles de 3000 ! Ce n'est pas qu'une affaire de chiffres mais c'est rendre simplement possible l\u2019éducation des jeunes et ne pas les traumatiser en les conduisant chaque jour à l'usine qui fabrique des choses et à l'entrepôt qui entasse les paquets. 568 ACTION NATIONALE NOTRE GANDHI QUÉBÉCOIS Le Courrier de l'UNESCO consacrait son numéro d'octobre 1969 au centenaire de naissance d'un des plus grands hommes de l'histoire.Petit avocat sans fortune, Gandhi a affronté un empire qui dominait la vie politique et économique de son pays.Il a conquis l'indépendance d'une nation de 400,000,000 d'âmes avec des armes plus efficaces que l'énergie atomique : la persuasion et la non-violence.Sans être chrétien, il a souvent exprimé sa vive admiration pour le Sermon sur la montagne.Emprisonné plusieurs fois, toujours menacé de mort, il répondait à la violence par la non-résistance, le jeûne et la prière.Reconnu comme le héros national, il prêchait par l'exemple.Il filait et tissait pour restaurer l'industrie textile hindoue, il était le symbole de la non-collaboration et du boycottage des marchandises anglaises.Il a développé chez son peuple une pression morale tellement puissante.que les Anglais ont décampé.C'est aussi par la force de l'inertie que nos ancêtres ont conservé leur langue et leur foi après la conquête.Des chefs ont entretenu le feu sacré après Papineau et Lafontaine : Bourassa a sapé l'impérialisme britannique, Groulx a formulé le nationalisme québécois, Bouchette, Montpetit et Minville nous ont révélé l'importance de l'économique.Disciple de ces éveilleurs, François-Albert Angers a synthétisé tous les éléments de notre vie nationale pour devenir le chef de file incontesté du nationalisme canadien-français.Il aurait pu se contenter d'être un excellent professeur, de fonder l'Institut d'Économie appliquée, de diriger l'Actualité économique.Il s'est donné sans compter à tous les mouvements d'émancipation nationale : Chambres de Commerce, Ligue d'Action nationale, Société St-Jean-Baptiste, Semaines Sociales, États généraux, coopératives, placements collectifs .Il a écrit plus d'un millier d'articles parus sur toutes les tribunes, inspiré nombre d'initiatives fécondes.Il est en même temps un homme d'étude, de principe, de caractère et d'action, un patriote jusqu'à la moelle.On peut lui attribuer en grande partie l'échec du bill 85 .réédité quelques mois plus tard sous le numéro 63.Angers alerte l'opinion : plus de 225 associations répondent à son appel et le portent spontanément à la présidence du Front du Québec Français (F.Q.F.).L'adoption du bill 63 n'est qu'une bataille perdue.La vraie lutte commence.Angers ne lâchera jamais.Comme Gandhi, il devra combattre l'Establishment, les vieux partis financés par le capitalisme anglo-saxon qui prône un bilinguisme mortel pour le français.Comme Gandhi, Angers est libre de tout lien partisan on financier.Il n'a qu'un seul engagement: envers sa nation.Il est opposé à toute violence, mère et fille de la haine.(suite sur la page suivante) 569 Il veut obtenir le plein épanouissement national par la persuasion.L'explosion en chaîne provoquée dans toute la province par le bill 63 prouve que l'éducation nationale progresse rapidement.La pression morale sera bientôt tellement puissante qu'elle fera sauter cette législation rétrograde.Notre chef Angers n'a pas encore goûté à la prison.comme Gandhi.Il n'a pas besoin de cette consécration pour nous inviter tous à le suivre jusqu'au bout, jusqu'à la victoire.GANDHI ET LA JEUNESSE ÉTUDIANTE « Dans tous les combats menés pour la liberté dans le monde entier, les étudiants ont joué un très grand rôle », disait Gandhi, devant PAH India Congress Committee réuni à Bombay en 1942, comme préambule à une résolution demandant le départ des Britanniques.Il ajoutait que les établissements d'éducation ne doivent pas « se séparer du reste de la collectivité, s'ériger en tours d'ivoire isolées des réalités sociales et nationales ».Les écoles et collèges n'ont pas été créés pour participer au trantran des partis politiques.Mais « la vie d'une nation connaît des moments de crise, rares mais exaltants.C'est dans une occasion comme celle-ci, soulignait-il, que je me permets d'appeler les étudiants et leurs maîtres à quitter les établissements d'enseignement et à prendre part à la lutte nationale ».Ces occasions ne se présentent pas souvent dans l'existence d'un individu ou d'une nation.C'est dans ces moments décisifs que la jeunesse étudiante a le devoir de descendre dans la rue, à l'appel d'un chef reconnu, pour défendre des valeurs qui transcendent la politique des partis.Dans l'accomplissement de cette mission sacrée, Gandhi exige catégoriquement deux absolus inséparables : la nonviolence et le respect de la vérité.En conscience, peut-on revendiquer la justice par la bombe, l'incendie, la destruction, la calomnie et l'assassinat ?La révolution pacifique de Gandhi débouche sur la liberté, l'entrainement chez Fidel Castro provoque la répression violente et conduit à l'anarchie.Les événements récents prouvent que la nation peut compter sur ses institutions d'enseignement pour préparer son avenir national et culturel.Comment ?Qu'on nous permette de rappeler que le Front du Québec Français est fier d'avoir un président prestigieux qui saura, en temps et lieu, donner des directives pour assurer la plus grande efficacité possible à l'action de tous les organismes nationaux.Gandhi a galvanisé professeurs et étudiants pour l'indépendance de son pays.Un idéal aussi exaltant inspirera à nos institutions d'enseignement la même discipline et la même loyauté envers une autorité morale incontestée.En suivant François-Albert Angers, nous accomplirons des miracles comparables à ceux du libérateur de l'Inde. 570 ACTION NATIONALE CONTRE LES GROSSES ÉCOLES POLYVALENTES A Londres, la Inner London E.A.vient de rendre public son rapport sur les progrès de l'éducation dans les écoles de Londres.Un des résultats est frappant et devrait intéresser tous ceux qui ont une foi exagérée dans les grosses polyvalentes, car c'est surtout à Londres que sont concentrées les écoles polyvalentes anglaises.Un des points de l'enquête a porté sur la capacité de lire des enfants de huit ans.Or l'enquête révèle qu'à Londres, 17% des enfants de huit ans sont en grave retard dans cet apprentissage fondamental tandis que la moyenne nationale n'est que de 8.5%.C'est dire qu'à Londres, où abondent les écoles polyvalentes, on possède deux fois plus d'enfants arriérés que dans le reste du pays.Evidemment on essaie de corriger cette situation désastreuse.Mais 60% des professeurs onf avoué qu'ils ne peuvent apporter toute l'aide désirée à ces enfants retardataires ou qui n'ont pas reçu l'attention désirable au départ de leur vie scolaire.Les autres cherchent un bouc émissaire pour expliquer cette situation embarrassante.Le fait s'expliquerait par l'exode des meilleures familles vers les faubourgs tandis que les écoles du coeur de Londres auraient à faire face à un grand nombre d'enfants socialement désavantagés dont l'habileté serait plus basse.Ce que contient de vrai cette dernière affirmation montre combien l'éducation familiale est importante mais elle montre aussi que les écoles polyvalentes trop grandes ne peuvent apporter les correctifs nécessaires, qu'elles sont débordées dès que se manifestent des retards évidents.(The TIMES, Educational Supplement, London, November 21.1969, p.1.) 571 COMMENT NOUS CONNAIT-ON À L'ÉTRANGER ?Note de la rédaction : Nous reproduisons ici une lettre fort intéressante d'un de nos lecteurs, actuellement en Allemagne.Monsieur, « Dans la livraison de septembre dernier, M.Claude Collin disait dans « Réflexions sur la portée historique des États généraux » (p.43) : « Nous savons de bonne part que la presse étrangère de langues autres que le français n'a reçu aucune communication relativement aux États généraux.Ceci est facile à comprendre, puisque les agences de presse ne nous appartiennent pas.Il nous faut donc organiser nous-mêmes l'information étrangère .» « Cette remarque ne s'applique pas qu'aux États généraux.En effet on tait à peu près tout ce qui se passe et se fait au Çuébec ou au Canada français, on ignore l'entité canadienne-française.Depuis les trois ans que je suis ici, en Allemagne, il n'y a eu que l'affaire de Gaulle qui a fait du bruit.et d'une façon bien dirigée.Même l'Expo 67 passa pour une réalisation des Fêtes du Centenaire.« Si nous n'avons pas plus d'information ici, ce n'est sûrement pas faute de place dans la presse allemande, car combien d'articles insipides a-t-on publiés sur le premier ministre canadien actuel.La trudeaumanie s'est rendue jusqu'ici.Et pendant ce temps, aucun mot sur les événements essentiels et les réalisations vitales qui se font chex nous.«.Ceci est facile à comprendre, puisque les agences de presse ne nous appartiennent pas.« Je crois qu'une organisation vraiment québécoise de l'information étrangère est des plus urgentes.Veuillez agréer l'expression de mes sentiments les plus distingués \u2014 XXX 572 ACTION NATIONALE DE LA PAUVRETÉ (Considérations d'un jeune sur la pauvreté dans le monde contemporain.) « J\u2019en arrive à me demander si ceux qui ont souffert, ne devront pas finalement tout pardonner à leurs bourreaux et recommencer avec eux à bâtir un monde nouveau.Ce soir, au souper, je parlais avec quelqu'un, de la société, politique, jeunesse, etc.Et puis quoi ! La charité serait un antidote à la richesse.Nous sommes tous, sauf le petit nombre, atteint de cette maladie ou marqués de profondes séquelles creusées par elle.Nous n'en connaissons même pas toute la profondeur.Puisque tous les gens qui ont entouré notre vie étaient compromis avec les possesssions terrestres, au départ nous sommes marqués par l'anémie spirituelle.Je ne sais pas si vous comprenez bien ce que je veux dire.C'est un peu comme le péché originel, la faiblesse inhérente à notre nature actuelle.Seul le Christ peut nous tirer de là et si nous n'avons pas recours à Lui, il n'y aura rien à faire.Aucune solution n'est bonne.La pauvreté n'est pas un bien.La pauvreté du Christ est le bien suprême : il n'avait besoin d'aucune de nos richesses.Il était libre pour aimer le Père et les hommes.Il y a du paradoxe là-dessous.Vous savez comme moi, j'en suis sûre, qu'il y a un paradoxe énorme à surmonter.Comment arriver à dire OUI.Pour y arriver il faut la volonté de ma foi.Ce n'est pas grand chose.Mais je suis très encouragé, car je découvre.» 573 PAF ! SUR LA PSYCHIATRIE ! Extrait d'une lettre d'un jeune passé par la psychiatrie.« Pour moi tout continue d'aller s'améliorant.Je ne doute pas que Dieu m'abandonne jamais.J'ai cependant de terribles difficultés.Si on peut dire car elles ne doivent pas être plus terribles que celles des autres.Toute ma vie est marquée du signe d'une maladie affreuse.Affreusement désagréable.C'est une maladie du psychisme du coeur et de l'âme à la fois.J'ai d'abord cru qu'elle était essentiellement psychique.Je n'avais pas la foi et j'ai cherché dans Freud l'explication bienfaisante.C est devant la psychose et la schizophrénie que je me suis arrêtée.L'enfer.La psychiatrie ne serait-elle qu'un tisonnier qui ranime le feu ?Je suis portée à le croire.L'introspection est elle-même un signe de cette maladie.Elle tourne vers soi-même ce qui doit être tourné vers les autres.Elle cherche en soi-même un remède alors que le remède c'est l'autre qui le possède.Ce remède s'appelle l'amour.La psychanalyse ne parle pas d'amour.C'est une science, elle recherche l'explication.Est-ce ce dont le malade a besoin ?.Celui qui tourne son esprit vers les CHOSES pour les aimer et en profiter, n'oublie-t-il pas d'aimer ?Aimer, ça veut dire accorder toute notre préoccupation, tout notre coeur, aux autres.La psychanalyse n'oublie-t-elle pas ce que c'est que d'aimer ?Voilà ce qui m\u2019effraie.Oublier ce qu'est aimer, c'est l'enfer.» 574 ACTION NATIONALE LE PHÉNOMÈNE CHARLEBOIS Pour la première fois.Je viens de voir.Et d'entendre.Est-ce une voix ?Est-ce un rhume ?Vêtement de lumière et mots qui suintent la pourriture.Guitare magique qui tranforme le sacré en crottin.Le jouai, maladie de l'âme, qui monte sur les tréteaux.Où, en ce galimatias, trouver de la beauté, de l'inspiration, du rêve ?C'est plutôt le frisson du gigolo, l'image scabreuse, l'amour gluant.Reflet d'une société acclimatée à la pornographie ?Champignon qui pousse sur les décompositions de la démocratie ?Ou vision dantesque d'une anti-culture échevelée ?Où est donc le fond de la poubelle humaine ?Quand les Wisigoths brûlèrent Rome, ils organisèrent des soirées de folklore.Les Romains devenus esclaves, étonnés, entendaient les cris de la Barbarie.Sommes-nous, déjà, devant le sous-produit de nos polyvalentes ?S'agit-il de l'avant-garde des nouveaux produits du ministère de l'Éducation ?Mais quel vide d'âme ! Mais quel vide de culture ! Mais quel vide de poésie ! Est-ce cela la décadence ?Avons-nous vu la décadence ?Sont-ce là les bruits de la décomposition des âmes ?Pitié, pitié pour notre temps ! Pourquoi Radio-Canada se fait-il ramasseur de rues ?Pauvre, pauvre Charlebois, il a même l'air content de lui-même ! Il est beaucoup meilleur comme consolateur des vieillards. DOCUMENT Les évêques de France et l\u2019école catholique Note de la rédaction : Nous reproduisons ici un document qui nous a paru capital.Nous le tirons de La Documentation catholique, 7 décembre 1969, p.1073-1074.Pourquoi nous paraît-il capital ?C\u2019est qu\u2019au Québec plusieurs prêtres se sont laissé prendre ou même se sont inspirés de certaines écoles de pensée, en France, pour importer au Québec l\u2019école dite commune ou nationale avec cours de catéchèse libre pour les élèves catholiques.D\u2019autres prêtres ont même écrit que le document sur l\u2019éducation chrétienne, que nous a transmis le Concile, était pratiquement sans valeur, dépassé par les faits, et que le courant général de la pensée conciliaire n\u2019en tenait aucun compte.Toutes ces considérations sont fausses.Les Évêques du monde entier se sont appuyés sur la doctrine conciliaire telle qu\u2019exprimée dans le texte Gravissimum educa-tionis et qui avait été adoptée, à Rome, à la presque unanimité des Évêques.Ici les Évêques de France, à l\u2019unanimité (104 oui et un non), ont voté cette Communication relative à l'enseignement catholique et on verra qu\u2019ils ne suivent pas la tendance de la revue ESPRIT ni même certaines hypothèses de travail exprimées par notre revue PROSPECTIVES.Ce document demande à être lu avec beaucoup d'attention parce que, vigoureux, l\u2019épiscopat accepte son rôle de pasteur : « L'épiscopat, est-il dit, demeure, vis-à-vis les familles, le garant du caractère chrétien des écoles, tel qu\u2019il vient d\u2019être défini.» Il définit ce qu\u2019a d'original 576 ACTION NATIONALE I école catholique : « qui est de lier dans le même temps et le même acte l'acquisition du savoir, la formation de la liberté, l\u2019éducation de la foi » et qui par là propose la découverte du monde et le sens de l'existence.C\u2019est pourquoi I école reste un centre privilégié de rencontre « des connaissances de raison et des connaissances de la foi ».Tout cela n\u2019est pas nouveau mais quand les parents chrétiens du Québec sont livrés aux oeufs clairs du Comité catholique, aux inepties du Conseil supérieur de l\u2019Éducation, aux ambiguïtés du ministère de l\u2019Éducation, aux arguties de Guy Rocher, aux silences de Monseigneur Parent, aux léthargies des élites, on comprendra facilement I importance d\u2019un message des Évêques de France qui parle ferme et clair.Communication relative à l\u2019enseignement catholique par l\u2019Épiscopat de France La Documentation catholique, 7 décembre 1969, No 1552, p.1073-1074.1.\tL'école catholique assure aujourd\u2019hui en France une tâche d\u2019enseignement et d\u2019éducation.Dans l'esprit des textes conciliaires sur la liberté, la culture et l\u2019éducation, les évêques de France, souvent interrogés, voudraient, en ce qui les concerne, préciser : 1.\tLa situation de la liberté d\u2019enseignement dans la société française.II.\tLe caractère de l\u2019école catholique.III.\tL'organisation de l\u2019enseignement catholique.I \u2014 La liberté d'enseignement dans la société française 2.\tDans le respect des droits et des responsabilités fondamentales des parents, les problèmes d\u2019éducation et d\u2019enseignement constituent l\u2019une des premières missions de l'État.En France, il l\u2019exerce d\u2019abord en assurant la réussite d\u2019une école publique respectueuse des convictions philosophiques et religieuses des parents et des élèves. LES ÉVÊQUES DE FRANCE ET L'ÉCOLE CATHOLIQUE 577 3.\tMais, dans le contexte pluraliste de ce pays, les droits fondamentaux ne sont pleinement respectés que par la reconnaissance effective d'une liberté d\u2019enseignement.D\u2019ailleurs, le pluralisme, qui existe dans bien des secteurs de la vie économique et culturelle, est également désiré dans le domaine scolaire par nombre de Français.En même temps, de nombreux parents, enseignants, jeunes eux-mêmes souhaitent une multiplicité d'options éducatives.Cette aspiration dépasse les milieux chrétiens.4.\tD\u2019ailleurs, plus une civilisation est technique, plus elle doit se réjouir de tout apport spirituel; plus elle est anonyme, plus elle se doit d\u2019accueillir les facteurs de création communautaire.5.\tSi toutes ces raisons donnent aujourd'hui de l\u2019importance à la liberté publique de l\u2019enseignement, et dans ce cadre à la possibilité d'établir des écoles catholiques, cette liberté ne saurait, bien entendu, signifier anarchie.Elle n\u2019implique aucunement le refus d'une coordination des divers enseignements ni même celui d'une planification concertée.Il \u2014 Le caractère de l\u2019école catholique 6.\tL'école catholique ne veut et ne doit être ni la rivale d\u2019une autre école ni le refuge d\u2019un comportement de classe.Elle n\u2019est pas le simple héritage du passé.7.\tSon apport original est de lier dans le même temps et le même acte l\u2019acquisition du savoir, la formation de la liberté, l\u2019éducation de la foi : elle propose la découverte du monde et le sens de l'existence.Elle voudrait ainsi témoigner de l\u2019unité de l\u2019homme appelé à servir Dieu et ses frères dans la complexité des civilisations modernes.Lieu de rencontre de la connaissance de raison et de la connaissance de foi, elle peut répondre à l\u2019attente légitime des parents \u2014 chrétiens ou non \u2014 qui apprécient la valeur d\u2019une formation ouverte à la vie et éclairée par l\u2019Évangile. 578 ACTION NATIONALE 8.\tUne catéchèse adaptée aux niveaux scolaires, respectueuse de la spécificité de chaque milieu, vécue dans le mystère liturgique, peut conduire à la connaissance de Dieu et de son Fils Jésus-Christ, à l'adoration et à la prière.9.\tDe plus, son climat permettra de reconnaître la valeur permanente des attitudes évangéliques d\u2019ouverture de coeur, de respect des personnes et d'amour des pauvres : l'école chrétienne doit aider ses élèves à percevoir les épreuves et les espoirs des hommes de notre temps, quels que soient leur confession, leur race, leur milieu : il n'est pas de catholicisme sans conscience de l\u2019universel.10.\tCette difficile orientation exige que l\u2019école catholique ouverte à tous soit communautaire.Sa vitalité est assurée par le témoignage, la compréhension mutuelle, la collaboration active des chefs d\u2019établissement, professeurs et éducateurs, élèves et parents anciens élèves.Seule la convergence des efforts \u2014 celui des personnes et celui des associations \u2014 peut éveiller chez les jeunes gens le sens de la communauté et le désir de l\u2019engagement.11.\tMais l\u2019école catholique ne peut pas tout faire.Insérée dans la cité comme dans un diocèse ou dans un secteur pastoral, l'un de ses soucis sera celui de la collaboration avec les mouvements d\u2019éducation et d\u2019Action catholique.12.\tCette éducation ouverte conduira les jeunes à assumer leur propre vocation dans l\u2019Église et dans le monde.Ils sont appelés à témoigner de Jésus-Christ et à collaborer dans son esprit à la construction du monde.Certains accepteront de se consacrer exclusivement au service de Dieu dans la vie sacerdotale ou religieuse.Mais dans le respect des choix personnels, l\u2019école catholique n\u2019oubliera jamais le souci de la promotion des milieux, de l\u2019unité d\u2019un peuple et de la vie internationale. LES ÉVÊQUES DE FRANCE ET L'ÉCOLE CATHOLIQUE 579 13.\tCette analyse est la raison même de l\u2019estime profonde et de la reconnaissance que l\u2019épiscopat français porte à tous ceux qui.pendant tant d\u2019années, dans des conditions humaines et matérielles précaires, ont assuré et continuent d\u2019assurer la vitalité de l\u2019école catholique.Leur courage est à la mesure des tâches d\u2019aujourd\u2019hui : il conduira les parents et les enseignants à revoir périodiquement l\u2019orientation et la vie de la communauté éducative, à accepter de se demander quel visage de l\u2019Église elle fait apparaître aux hommes de notre temps.Ill \u2014 L\u2019organisation de l\u2019enseignement catholique 14.\tL\u2019épiscopat demeure, vis-à-vis des familles, le garant du caractère chrétien des écoles tel qu\u2019il vient d\u2019être défini.Mais l\u2019enseignement catholique doit avoir dans l\u2019Église son organisation propre sous la responsabilité conjointe des laïcs, des supérieurs religieux et de la hiérarchie.Le « Comité national de l\u2019enseignement catholique français » et les Comités diocésains disposent des pouvoirs donnés par leur propre statut.15.\tLes établissements catholiques seront de plus en plus solidaires et complémentaires.Nous constatons avec plaisir des progrès notables dans l\u2019acquisition de cette conscience commune.16.\tPrêtres, religieux et religieuses auront la conviction que les tâches du professorat et de l\u2019éducation constituent une activité professionnelle importante dans un monde où l\u2019acquisition du savoir, l\u2019échange entre élèves et éducateurs comptent parmi les éléments fondamentaux de la civilisation.Par-delà cette activité professionnelle, conscients d\u2019accomplir une tâche apostolique, ils auront pour premier souci d\u2019agir selon le caractère particulier de leur vocation, apport spécifique à l\u2019éducation humaine et religieuse de la jeunesse.17.\tSans préconiser le « désengagement » des prêtres, religieux, religieuses à l\u2019égard des tâches précitées, 580 ACTION NATIONALE les évêques demandent instamment que les laïcs partagent les responsabilités de toute nature (direction, enseignement, éducation, gestion).18.Cette nécessaire répartition des tâches ne doit pas être confondue avec la « déconfessionalisation ».L\u2019école, telle que nous venons de la définir, doit rester chrétienne.Sinon, les parents ne lui confieraient plus leurs enfants; les évêques n\u2019auraient pas les mêmes raisons de lui accorder confiance.Conclusion 19.Trois objectifs nous semblent devoir être poursuivis en priorité par tous les responsables de l\u2019école catholique : 1.\tLe développement de communautés éducatives ouvertes aux jeunes de tous milieux et attentives aux plus défavorisés.2.\tLa poursuite de la formation permanente, humaine et spirituelle du corps enseignant.3.\tLa participation à des rencontres avec tous ceux qui, en France et dans les instances internationales, sont soucieux de l\u2019enseignement et de l\u2019éducation des jeunes.Dans la société difficile d\u2019aujourd\u2019hui, l'homme a besoin de tous les concours et de toutes les initiatives qui l\u2019aideront à vivre et lui apprendront à aimer. VIE CULTURELLE SECTION « VIE CULTURELLE » Directrice : Mme JULIA RICHER Correspondant à Québec : M.JEAN MARCEL Le Prix Duvernay à M.Luc Lacourcière par Julia Richer Le Prix Duvernay a été accordé, pour l'année 1969, à M.Luc Lacourcière, directeur des Archives de Folklore de l\u2019Université Laval.Ce prix littéraire, le plus ancien des quatre grands prix de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, est indéniablement l'une des belles initiatives de notre société nationale.Les lauréats, depuis 1944, se situent dans toutes les sphères de la société québécoise et représentent l\u2019élite de notre vie culturelle.Historiens, romanciers, poètes, peintres, économistes, essayistes et cinéastres : voilà les récipiendaires d\u2019une récompense qui signale les mérites d'un compatriote dont la compétence et le rayonnement dans le domaine intellectuel et littéraire ont servi ou servent les intérêts de la nation canadienne-française.A cette liste de noms prestigieux il manquait celui d'un homme qui, depuis vingt-cinq ans, consacre sa vie à la recherche et à la conservation de la tradition orale et écrite des contes et légendes de notre nation : Luc Lacourcière.Ethnographe, professeur de la langue et de la littérature française, de folklore, de littérature canadienne et comparée, M.Lacourcière a fondé les Archives de folklore de l\u2019Université Laval en 1944.Membre de la Société Royale du Canada et membre de la Société des Dix, il a été souvent conférencier et chargé de cours dans différentes universités européennes et américaines.Il est directeur du « Nénuphar », collection littéraire des Editions Fides dont on vient de fêter le vingt-cinquième anniversaire.Il a présenté plusieurs oeuvres de la collection et écrit l\u2019introduction aux Poésies complètes 1896-1899 de Nelligan, établissant et annotant le texte. 584 ACTION NATIONALE Le premier, M.Lacourcière, a recueilli, enregistré, ordonné d innombrables contes et légendes de notre pays.Les archives de l\u2019Université Laval sont, grâce au travail et à la constance de ce chercheur avide et méticuleux, une mine inépuisable pour les écrivains du monde entier.Luc Lacourcière est devenu l'un des grands folkloristes.Grâce à lui l\u2019épopée française en Amérique ne périra pas, disait M.Jean Éthier-Blais dans l\u2019éloge qu il fît, en décembre dernier, du récipiendaire du Prix Duvernay.Et il continuait : « Nous le devons à l\u2019abbé Casgrain autrefois, à la Société du Bon parler français, à I auteur de Menaud plus près de nous; surtout, Monsieur, nous le devons à vos soins, à votre science, à I amour que vous nous portez.Lorsqu\u2019Henri Pichette s est plongé pour la première fois dans les récits que vous avez publiés, avec vos collaborateurs, il n\u2019a pas pu s\u2019arracher à cette lecture.Elle l\u2019enchantait, il la trouvait trop belle.Cette anecdote, que je tiens de Gaston Miron, est symbolique.Elle indique la voie aux écrivains du Québec.Nous sommes tous à la recherche de quelque chose, dans l'ordre de l\u2019esprit.Nous voulons faire neuf, et pourtant, ne pas quitter la barque si lourde et déjà si précieuse, de nos lettres.Nous sommes comme les compagnons de Jason, dont parle votre disciple, le Père Germain Lemieux.Ne serait-ce pas vers vous qu\u2019il conviendrait de se tourner et vers ce passé que vous avez accumulé ?Notre vie nationale relève du mythe; un petit peuple dans la tourmente, n\u2019est-ce pas une forme de la recherche du Graal, nave perdue sur la mer océane ?L\u2019existence même de vos archives nous enseigne à rêver à notre destin et à lui donner les dimensions, insolites pour nous, de l\u2019univers.Il n\u2019est pas exagéré de croire que vous avez consacré votre vie à accumuler notre trésor.Je pense à l\u2019Abbé Groulx qui, tout au long de la sienne, a voulu ravir au passé historique son secret; vous, Monsieur, c\u2019est dans le passé légendaire que vous vous perdez.Lequel est le plus beau ?Lequel est le plus vrai ?» LE PRIX DUVERNAY À LUC LACOURSIÈRE\t585 L\u2019hommage de M.Éthier-Blais met l\u2019accent sur l\u2019importance du travail consciencieux de M.Lacourcière.Il en précise l\u2019inestimable valeur pour nos écrivains.Que M.Lacourcière reçoive maintenant, après des années de labeur méconnu, une reconnaissance officielle de la part de ses compatriotes par l'intermédiaire de leur société nationale, ce n\u2019est que justice et nous l'en félicitons de tout coeur.Les Mémoires politiques de M.René Chaloult par Julia Richer Les « Mémoires politiques » de René Chaloult, publiés aux Éditions du Jour, sont, à mon avis, beaucoup plus d\u2019excellents portraits d'hommes publics que des souvenirs personnels.Dans cette optique ils sont un peu décevants.René Chaloult, pendant les seize années qu\u2019il passa au Parlement de Québec, fut l\u2019un des chefs incontesté du nationalisme québécois.Son action fut prépondérante, autant par ses interventions d\u2019orateur politique très écouté que par son influence personnelle.Il a joué sur la scène parlementaire du Québec aux heures de crise nationale un rôle de premier plan.Nous aurions aimé refaire avec lui le chemin de ces années difficiles; revivre à ses côtés les événements de cette époque troublée. 586 ACTION NATIONALE Il a radicalement mis de côté cette méthode très personnelle d\u2019exposer le passé.Il a choisi de s\u2019oublier pour parler d\u2019hommes politiques importants des trente dernières années : Maurice Duplessis, Philippe Hamel, Adélard Godbout, André Laurendeau, George Marier, Jean Lesage, Daniel Johnson, René Lévesque.Certes le genre demeure intéressant.Je songe, en particulier, à quelques portraits tracés par M.Chaloult.Celui de Maurice Duplessis : nuancé, trop schématisé à mon avis pour vraiment donner la mesure historique d\u2019un homme encore controversé; celui d'André Laurendeau, exclusivement politique, ce qui est trop peu quand on pense à la personnalité ambivalente de Laurendeau, autant artistique que politique; mais cela aurait exigé une étude très poussée qui n\u2019était pas la préoccupation première de l\u2019auteur.A ce point de vue la physionomie de Philippe Hamel m\u2019apparait beaucoup plus précise.Et quelle amitié se révèle sous les mots, que M.Chaloult dépouille souvent de leur chaleur émotive comme s'il craignait de trop se livrer ! Ce qui ressort toutefois sans équivoque de ces « Mémoires politiques » c\u2019est la sincérité de M.Chaloult, son courage, son désintéressement.Surtout son humilité.A maintes reprises il aurait pu en toute honnêteté prendre le crédit de certains gestes, de certaines attitudes.Une seule fois \u2014 exposant les événements qui ont précédé l'adoption du drapeau fleurdelisé \u2014 il nous permet de déceler son action personnelle, mais il n'insiste pas et s\u2019efface devant les réalisations officielles.Ce détachement est rare mais le lecteur actuel, toujours avide de comprendre les hommes tout autant que les événements, reste sur sa faim.Du nationaliste qu\u2019il était René Chaloult est devenu indépendantiste.Il est ainsi logique et fidèle à lui-même.Le chapitre consacré à l\u2019unilinguisme au Québec et à notre auto-détermination est le meilleur du volume. LES MÉMOIRES DE R.CHALOULT 587 Etudiant la pensée de René Lévesque, il cite plusieurs passages de Option Québec et conclut que Québec est la seule patrie des Canadiens français.Après avoir gravité, depuis cinquante ans, autour de l'autonomie, l\u2019histoire politique du Québec se réalisera, selon René Chaloult, dans l\u2019indépendance d\u2019un régime fédéraliste désuet et dépassé.Tous les chefs politiques, d\u2019Alexandre Taschereau à Maurice Duplessis, de Jean Lesage à Daniel Johnson ont cherché depuis un quart de siècle à préserver nos droits constitutionnels.Cette attitude dans l\u2019évolution actuelle de notre collectivité, ne peut plus se maintenir.La position mitigée des nationalistes d\u2019hier était valable parce qu\u2019elle était la seule possible; la seule acceptable par nos hommes politiques engagés dans un électoralisme intéressé.Aujourd\u2019hui qu\u2019un déblocage collectif a poussé les Québécois dans une voie irréversible, ceux-ci doivent se prononcer définitivement sur une option qui nous permettra de prendre en mains notre propre destin ou nous assujettira définitivement à la majorité anglophone de ce continent nord-américain.C\u2019est l\u2019heure du choix.René Chaloult se propose de donner une suite au premier tome de ses « mémoires ».C\u2019est fort heureux car je suis persuadée qu\u2019il a encore beaucoup à dire.Placé au centre des événements d\u2019hier qui ont tissé ce présent critique que nous traversons, il est mieux placé que quiconque pour expliciter le passé et orienter ses compatriotes sur les chemins de l'avenir. L\u2019édition québécoise en quelques lignes .par Julia Richer Dictionnaire biographique du Canada - 1701 à 1740 Les Presses de l'Université Laval présentent le second volume du « Dictionnaire biographique du Canada ».C\u2019est l\u2019une des belles réalisations de l\u2019édition canadienne.Rendue possible par un legs généreux d\u2019un homme d\u2019affaires torontois, M.James Nicholson, la publication de ce dictionnaire, qui se range dans la catégorie des grands dictionnaires biographiques du monde, est la responsabilité conjointe des Presses de l\u2019Université Laval (version française) et de I University of Toronto Press (version anglaise).Volume relié de 791 pages le « Dictionnaire biographique du Canada », tome II, comprend 578 biographies de Canadiens morts entre 1701 et 1740.La vie de ces hommes et de ces femmes se déroule, en partie du moins, dans des régions qui s\u2019étendent de Terre-Neuve au Manitoba, et de la Baie d'Hudson à la Louisiane.Classés par ordre chronologique et alphabétique ces noms importants de notre histoire révèlent, en détails précis, les exploits, les moeurs, le courage, de grands Canadiens.Quelques biographies sont des études fouillées d\u2019un intérêt soutenu.Le chercheur en les consultant y trouvera des renseignements inédits, présentés par d'excellents écrivains.Le lecteur ordinaire aura grand plaisir à consulter le dictionnaire au hasard d\u2019un choix qui lui permettra d\u2019approfondir ses connaissances sur tel ou tel personnage, souvent héros trop peu connu. L'ÉDITION QUÉBÉCOISE 589 Je relève, parmi les collaborateurs, des noms de littérateurs et d\u2019historiens qui permettent d\u2019évaluer cet ouvrage, unique au Canada : Jules Bazin, Henri Béchard, Hélène Bernier, Hervé Biron, Charles-Marie Boisson-neault, Thomas Charland, Raymond Douville, Jean Hame-lin, Robert de Roquebrune, Jean-Jacques Lefebvre, Marine Leland, Cameron Nish, Léon Pouliot, Jacques Rousseau, André Vachon et plusieurs autres.André Vachon, directeur adjoint du Dictionnaire biographique du Canada signe au début du volume une étude remarquable sur l\u2019Administration de la Nouvelle-France.Il expose en quelques pages et reconstitue pour nous les cadres à l\u2019intérieur desquels évoluèrent les personnages de l\u2019époque analysée, soit 1701 à 1740.Suit un glossaire de noms des tribus indiennes mentionnées.Il a pour but de permettre aux lecteurs d\u2019identifier et de situer géographiquement les tribus qui participèrent au développement de la Nouvelle-France et avec lesquelles les explorateurs de l\u2019Ouest furent en contact.Un document de première valeur.La poésie canadienne-française Le quatrième tome des Archives des Lettres canadiennes, publication du Centre de recherches de littérature canadienne-française de l'Université d\u2019Ottawa, vient de paraître aux Éditions Fides.Entièrement consacré à la poésie, ce volume de plus de 700 pages, établit d\u2019une façon originale le bilan d\u2019une richesse insoupçonnée chez nous.Oui aurait cru, il y a à peine dix ans, qu\u2019une synthèse aussi considérable pourrait être publiée sur nos poètes ?Poésie signifiait pour nous quelques noms choisis : Neliigan, Saint-Denys Garneau, Desrochers, Grandbois, Savard, Lasnier et Hébert.Mais voilà qu'on nous dit qu\u2019il y a, en Amérique du Nord, plus de quatre cents poètes de langue française et le seul mouvement récent de l'Hexagone en contient d'assez forts pour que nous croyons à leur durée. 590 ACTION NATIONALE Cette certitude, le quatrième tome des archives des lettres canadiennes nous l\u2019apporte par des témoignages de quarante-deux poètes répondant à la question « Qu\u2019est-ce que la poésie pour vous ?» et nous donnant un poème manuscrit ainsi que le texte de celui qu\u2019ils considèrent comme le plus représentatif de leur oeuvre.Des points de vue émis par des critiques ajoutent à notre plaisir.Voici quelques titres de chapitres : origines de la poésie au Canada français; la poésie romantique (1860-1890); l'école littéraire de Montréal; la poésie du terroir; les poètes-artistes : l\u2019école de l\u2019exil; la poésie québécoise au tournant de la guerre; l'Hexagone : une aventure en poésie québécoise; la chanson poétique; le sentiment religieux; la naissance du feu dans la jeune poésie du Québec.Cinq noms : Octave Crémazie, Nelligan, Saint-Denys Garneau, Alain Grand-bois, Rina Lasnier, Anne Hébert; cinq études fouillées de poètes consacrés.Une bibliographie et une chronologie de près de 100 pages, des origines à 1967, terminent en beauté un ouvrage indispensable aux élèves qui préparent des travaux sur nos poètes, aux professeurs qui les enseignent et à l\u2019homme cultivé qui prend conscience, après lecture de « la poésie canadienne-française » de notre étonnante évolution culturelle.Le jeune scientifique Revue mensuelle de promotion scientifique publiée par Les Presses de l'Université du Québec, en collaboration avec le ministère de l\u2019Éducation et l\u2019Association canadienne française pour l\u2019avancement des sciences.Le numéro que j'ai sous les yeux est sensationnel.Couleur, typographie, photos, textes surtout : tout contribue ici à éveiller l\u2019intérêt du lecteur, qu\u2019il soit étudiant orienté résolument vers une science actuelle ou qu\u2019il soit simplement un lecteur attentif à en saisir les données essentielles.Des tables rondes donnent aux jeunes scientifiques l\u2019occasion d\u2019exprimer leur point de vue.Une revue des plus récents documents sur cet âge lunaire que nous vivons, une page d\u2019orientation vers la L'ÉDITION QUÉBÉCOISE 591 science et la recherche : toutes ces rubriques et plusieurs autres font du périodique « le jeune scientifique » un document à lire et à conserver pour référence.Le temps des poètes Voici un autre volume consacré à la poésie actuelle.Il s\u2019agit d'une étude, lucide et intelligente, de Gilles Marcotte, autrefois critique au « Devoir » et maintenant professeur à l\u2019Université de Montréal.Publié aux Éditions HMH, Le temps des poètes nous donne le goût de la poésie.« Depuis la fondation de l'Hexagone, en 1953, écrit M.Marcotte, un des buts généraux de la poésie canadienne-française a été de reprendre en charge une mémoire et un destin collectifs, de briser une certaine forme d\u2019isolement.Un grand rêve s'y incarne, celui d'une poésie qui sortirait de sa prison dorée pour être la voix de la collectivité.Nous savons que, dans notre civilisation, un tel rêve ne peut être que déçu.Mais il a imprimé à la poésie du Canada français une tension créatrice qui se reconnaît dans les oeuvres les plus diverses ».Analysant la solitude de la poésie Gilles Marcotte revient à Saint-Denys Garneau, à Anne Hébert, à Alain Grandbois, à Rina Lasnier : ces poètes initiateurs du mouvement de l'Hexagone qui prendra la relève en 1953.Il s\u2019attarde aux courants poétiques, omettant quelques bons poètes, mais s\u2019en tenant surtout au langage, à l'expression d\u2019un monde en crise évolutive.Des notes à la fin de chacun des chapitres, une bibliographie des oeuvres étudiées et un index des noms cités servent de points de repère à un ouvrage de description critique de la poésie actuelle au Canada français comme nous en avons très peu chez nous. Hommage à un poète du Québec Jacques Brault par Axel Maugey Les débuts de Jacques Brault remontent à une dizaine d'années.Jacques Brault est surtout connu comme poète.La publication de son premier recueil Trinôme date de 1956, mais c'est surtout par son deuxième recueil : Mémoire, publié en 1965 dans la collection Déom dirigée par Guy Robert, que le talent de Jacques Brault s'est imposé dans son pays, puis aussitôt en France.Jacques Brault poursuit sa tâche d\u2019éducateur, de moraliste informé des problèmes actuels du Québec, son oeuvre poétique bien qu\u2019encore mince possède une importance considérable par l\u2019authenticité qui s'en dégage.Son oeuvre en effet, possède un souffle particulier dans la nouvelle littérature du Québec parce qu\u2019elle s\u2019essentialise dans la prise de conscience, récente victoire de toute une société décidée à agir pour surtout vivre.Gaston Miron, le premier peut-être, a introduit au Québec la volonté d\u2019assumer la quotidienneté avec ses joies mais aussi ses multiples douleurs.« Mémoire » suit le recueil de Paul Chamberland.« Terre Québec » animé d'un amour farouche, de possession totale d'un Québec colonisé, subissant de multiples aliénations.Le titre « Terre Québec » indique le voeu de l\u2019auteur, réveillant cette terre qui doit être faite par tous.L\u2019oeuvre de Jacques Brault dépasse à notre avis ce voeu d\u2019être pour s\u2019enraciner dans l\u2019homme, dans l\u2019humain, et pour cela il renoue par le rappel du passé douloureux la parole de l\u2019homme et de son prochain. HOMMAGE À JACQUES BRAULT 593 Plusieurs poèmes adaptent la ballade médiévale à la modernité.Le rythme se déroule grave et musical.Le mot se charge d\u2019une intensité violente, explosive même, l\u2019entente entre la péosie traditionnelle et la poésie moderne s\u2019avère étroite; précisons : le vocabulaire utilisé par l\u2019auteur le signifie explicitement.Jacques Brault, semblable à Villon, nous apporte un accent sincère où l\u2019espoir dépasse toujours l\u2019implacable cycle du temps.Remarquons l\u2019étroite collusion entre le signifiant et le signifié.Jacques Brault, poète lyrique de la simplicité, se révolte contre le sort inhumain fait au peuple du Québec et du monde.Au travers des lignes une honte immense se dégage de l\u2019oeuvre.Le poète souvent hésite à nommer; nous profitons d\u2019une parole rare mais longtemps distillée, parole du tréfonds atteignant par son impact une collectivité trop longtemps muette; la pudeur l\u2019empêche de livrer sa douloureuse expérience, sa souffrance.Jacques Brault a choisi de parler au nom de tous.Le poème suggère, dénonce, puis enfin délivre l'existence ténébreuse du passé s\u2019articulant sur l'histoire vécue, personnelle et collective du Québec.Jacques Brault, poète de la fraternité, sempiternellement, mal dans son corps, appelle ses amis, tend la main à qui veut la prendre, chante et magnifie sa femme par laquelle il souhaite redonner la vie à son frère mort à la guerre, ce frère rachetant l\u2019inexistence du Québec de son sang.Plusieurs poèmes s\u2019imposent par leur beauté intrinsèque.Le premier poème du recueil, notamment « visitation » « à une désespérance » genre de ballade moderne où les termes religieux côtoient les lumineux mots de tous les jours.« Rue St-Denis » avec son rythme puissant à l'incantation généreuse où la mémoire délivre le passé froid et hivernal.« Pour fêter l\u2019aujourd'hui », ce poème indique le présent fraternel où les palmes noires de jadis se soulèvent à l'appel du vent nouveau.Jacques Brault cite, en introduisant son magnifique poème « suite fraternelle », cette phrase de « il y a Ehrenbourg » : « en réalité, la patrie est aussi là où l\u2019on est très 594 ACTION NATIONALE mal ».Soulignons la syntaxe irréprochable et l'ouverture complète du poème permettant une entière communication.Le recueil se divise en cinq parties : « Visitation ».« les quotidiennes », « la suite fraternelle », « Mémoire » et « louange ».Ce choix reflète dans un vaste mouvement circulaire, l\u2019intention de l\u2019auteur; comme Roland Giguère, Jacques Brault recherche « l\u2019osmose » de toutes les connaissances par le retour aux éléments d\u2019avant la lumière.Le poème, dans sa concision, traduit une multiplicité d'images charnellisées.La première partie « Visitation », de haute tenue spirituelle, dégage le souvenir As brumes de l'oubli; le vers s\u2019appuie sur une simplicité irradiante des termes « amis, sommeil, mort, nudité, naissance, amour ».Nous reconnaissons les principaux thèmes qui traversent les grandes poésies.Le mal de vivre appelle l\u2019exil mais l\u2019idéalisme, sciemment aveugle, repurifie le lieu commun d\u2019une chaleureuse incandescence.Nous remarquons dans ce flot harmonieux une maturité stylistique rare.L'organisation du poème se voit aidé par le retour de termes incantatoires « souvenez-vous ».Nous retrouverons tout au long du recueil, entre deux mots précis, la désintégration de la démarche « je vais à tout venant ».La force de la poésie de Jacques Brault s\u2019appuie peut-être sur la saisie de la faiblesse connue et ignorée de l\u2019homme.Le thème de la mort suscite un demi tour vers ses amis muets à qui il est nécessaire de réapprendre à parler.Le mot poésie au XXe siècle a heureusement éclaté de sa définition étroite.Cette lecture de « visitation » nous apparaît réceler par l\u2019image instantanée, la vérité filmée par la caméra.« Moi je me souviens de vous déjà du fond de la rue où ne me suit que l\u2019écho de mes pas ».Le style induit en erreur par son balancement heurté.Comme d'autres poètes québécois, Brault associe le rythme de sa poésie au rythme spécifique de l\u2019homme québécois.Le corps et l'âme, soudés l\u2019un à l'autre >ont projetés minutieusement dans une cascade HOMMAGE À JACQUES BRAULT 595 musicale.La parole s\u2019insurge du silence mortel, au jusant répond la marée montante, au chuchotement, le bruit clair de la voix naissante; le poète souligne l'étroite entente entre la poésie et le langage.Brault atteint par son message intemporel, l'universel; sa poésie découvre l\u2019incertitude et le risque.Il dépasse l\u2019échec Mallarméen pour rendre au langage sa signification première.La polysémie des mots contenus dans les vers ne s'appuie pas sur le code irrationnel mais puise sa substance dans la complexité de la vie quotidienne.Jacques Brault opère au niveau de la parole un réajustement entre la langue française et québécoise.Il panse les plaies aliénantes du québécois, cet homme qui de par son contexte négatif sur le plan culturel embrouille les relations dialectiques, mélange deux langages en une purée qui empâte la bouche.Le thème de l'habitation hante la poésie de Jacques Brault.« Leurs voix d\u2019outre-monde, tristes et joyeuses, remontent la rue, entrent dans la maison ».Le ton des mots réveille les insouciants, le péril guette, le catafalque traverse la rue, au lieu de dormir emparons-nous de l'amour toujours dépeint comme objet de transfiguration quotidienne.Le poème exprime la difficulté d'être et de vivre, l\u2019enfance s\u2019est éclipsée, de ce royaume seul nous conservons la même peau.Jacques Brault, un instant rêveur, se penche sur le passé qu\u2019il ne peut pas posséder, la confusion s'explique par cette culture étrangère et pourtant sienne « le Français ».Le moyen âge, absent et proche, transgresse le geste de l\u2019ami, lui donne aussi peut-être tout son poids « entre Loire et Louise d\u2019Orléans à Beaugency, d'Argencourt à Vendôme et Paris » Brault quitte la France, revient à Montréal.Sa poésie acclimate la grande tradition et bientôt la phrase devient québécoise « c'est ta vie qui passe la main à ma vie ».A la nostalgie de l'exil répond le désir de créer une vie nouvelle, de très belles images sur la mort parsèment le texte.La nuit s\u2019éclaircit, l\u2019espoir jaillit « une ombre parmi les ombres tracera notre passage où passent les hommes de demain ».Le poème s\u2019achève sur une opposition positive. 596 ACTION NATIONALE La deuxième partie « quotidienne » commence par un poème « comme tant d\u2019autres ».Poème d'amour et d\u2019espérance annonçant un monde en pleine élaboration.Brault évite les clichés et pourtant il utilise un verbe sans prétention, chante l\u2019amour « des pauvres extases dans les chiches gloires ».Les poèmes se succèdent.Brault rejette son émotion sur ce pays de neige, ce pays qui assoupit et détourne l\u2019homme de l\u2019affrontement inévitable à sa survie.Un refrain, comme dans une chanson, répète : « ah qu'il vienne, qu'il vienne le temps », ce temps irréel brille par son absence et dehors les catastrophes journalières posent sur les gorges des couteaux d assassins.Des images géodésiques parcourent les vers « pierres de granit » « poreux » « plaine » « terre ».Le thème du voyage unit l\u2019errant à la terre; malgré l\u2019errance un dialogue implicite le relie à ce sol mouvant; le désir s\u2019accentue.« Qu'elle vienne la neuve année ».Ce poème ressemble par sa forme au verset, des termes bibliques appuient notre assertion.Notons la volonté d\u2019adhérer au visage de ce pays.Le thème de l'eau réapparaît souvent, synonyme de la transparence, du reflet, de l\u2019anonymat que l'on tente de percer.« Je ne sais ton nom ».L\u2019eau incarne la poésie, poésie vaste métaphore qui se détache du langage usuel par le truchement de l\u2019émotion.La mort se confond à l\u2019eau, mais celle-ci « raccorde les petits espoirs ».La pluie lave le visage des misérables, des oubliés, avant de glisser dans l\u2019égoût pour resurgir un peu plus loin débarrassée de la saleté.Malgré l'anonymat, les morts dorment pleins de certitude; Brault dévoile les souvenirs pénibles, il écarte les toiles d'araignées du temps, la distance permet au poète de soulever le coffre des réminiscences avec sérénité.Dans le poème « Royaume » l\u2019amour sonne vrai; le corps s\u2019avance malgré le silence, la cendre réchauffe ce pays de neige où l\u2019isolement lancine l'esprit.« nous n'aurons jamais fini de boire l'un à l'autre » de Tristan et Yseult à Villiers de I \u2019Isle Adam, les amoureux s\u2019emparent du présent si intensément qu\u2019ils ne HOMMAGE A JACQUES BRAULT 597 peuvent pas le supporter.L\u2019éternité alors les emporte dans ses méandres.Avec « Rue Saint Denis » Brault revalorise son pays et tout spécialement le quartier « est » de Montréal.Ce beau poème de style cendrarsien, avec habileté s\u2019empare du coin de la rue, de l\u2019enfance malheureuse, du quartier ouvrier.Les thèmes se multiplient; nous parcourons le quartier de misère où l'amour pour quelques heures panse toute l\u2019inutilité de la vie.Le poète a connu les levers blêmes à six heures, mais le temps a cicatrisé ses blessures « leur fêlure ouvre en moi une ancienne et neuve douceur »: Le poète a triomphé de la sordidité; après avoir renié ces années noires, il les regarde et les accepte.Le poème « Connaissance » se double d'une intense reconnaissance.Respectueuse de l\u2019altérité, c'est-à-dire de la femme, au partage des lèvres dans l\u2019étrangeté du sol environnant, l'amour impose l\u2019assumation, l\u2019amour apprivoise les éléments; le silence disparaît, l'unicité survient dans la co-existence nouvelle.Le poème s'étale pour s\u2019achever sur le globalisme humain enfin à portée de main.Cette vie tranquille à deux semble projetée dans l\u2019au-delà des lendemains.Lorsque la conscience rejette l\u2019oubli, il faut du temps pour accepter le passé.Nous retrouvons un thème spécifique à l\u2019homme québécois découlant de sa psychologie d\u2019être retranché, celui de la fuite vers le Nord.La forêt recevra l\u2019exilé qui reviendra auréolé par son courage.Plusieurs mots précieux délivrent abondamment la lumière « lustrale » « cristal », l'homme chemine par delà les traquenards.Giguère nommait le mal « la grande main du bourreau finira par pourrir »; Brault de même s'écrie : « Oh la dent du phoque pèse de toute sa blancheur sur la peau de notre espoir ».Son langage s\u2019éclaircit : « Nous grugeons le silence frileux de notre bâtardise » qui résume la pensée du poète, cette métaphore traduit l'état d'insécurité de l\u2019homme québécois colonisé de l\u2019intérieur et de l\u2019extérieur.Pour échapper à cette hantise, 598 ACTION NATIONALE Brault propose par l'amour, par l\u2019enfant, de se charger de I aujourd hui.Les thèmes du « minéral », de la « forêt », des « animaux » apportent les fondements nécessaires à la saisie du projet avenir la douleur torture l\u2019homme; la terre trompe I homme car la glace la ronge, elle se retourne sur eux mais la possession de la terre réconcilie.La longue chaîne humaine s\u2019allonge face à l'homme mort « en voici mille debout et durs comme le désir ».Brault célèbre la terre pourvoyeuse « seule planète amoureuse de l\u2019homme ».Le poème « nulle part » en quelques mots narre ce bel amour triomphant de vingt générations d'esclaves.La révolution tranquille n\u2019a pas changé grand chose mais elle a libéré la parole.« ici rien n\u2019a changé que les mots sur les lèvres ».La résurrection du Québec ne fait que commencer.La haine étreint le poète car vivre ce n\u2019est pas uniquement « survivre qu au futur » mais saisir à pleines mains la quotidienneté.Le poète est-il prophète ?Sans répondre à la question, méditons sur ces deux vers «ici rien ne changera que les lèvres sous les mots voilà tout est dit et rien ne commence ».La subjectivité du poète, le caractère symbolique de l\u2019image trompe assurément, par sa signification latente, le lecteur pressé; la poésie comme vision éclaire ce futur à bâtir.Brault travaille comme professeur à l\u2019Université de Montréal.Sa poésie bénéficie d\u2019une optique aiguë des problèmes du Québec.L\u2019impuissance momentanée des québécois sur leur question nationale, mine le poète qui connaît fort bien son pays.Sa poésie exprime son écoeurement devant l\u2019apathie des classes au pouvoir.La troisième partie du recueil : « suite fraternelle » par son ton ferme et généreux atteint à la grande poésie.L\u2019auteur écrit sur la condition québécoise.Son frère, compte tenu des réglements en vigueur pendant la HOMMAGE À JACQUES BRAULT 599 deuxième guerre, a dû s\u2019engager dans le service d outre mer; il a été tué en Sicile.Le poète I aimait profondément; il se révolte à la pensée que d autres disposent des vies des québécois et de l\u2019homme en général.Brault cite la situation des siens « les demi révoltés confortables ».La civilisation américaine empêche le jugement de se former.Dans cette opulence matérielle l\u2019insécurité amène le poète à dire » nos amours ombreux ne font jamais que des orphelins nous sommes dans notre corps comme dans un hôtel » L\u2019émotion révèle cette attente séculaire d un changement radical du monde d\u2019existence.Après avoir énuméré sa haine pour un système colonial qu\u2019il exècre, Brault supplie son frère de ne pas revenir.La mort supprime cet état d\u2019infériorité tandis qu\u2019au Québec « nous sommes d\u2019une race de bûcherons et de crucifiés ».Le ton enfle, le mot accuse, la parole atteint son haut degré d\u2019intensité, la colère emporte le poète.« il n\u2019a pas de nom ce pays que j\u2019affirme et renie au long de mes jours » La dépossession s'avère totale, le poète se sent perdu, isolé dans cette incommensurable Amérique.La transfiguration après le refus apparaît, le sang versé du frère rachète le manque d\u2019identité; ce pays n\u2019a pas de nom parce qu'il est neuf.Le thème de I appartenance cher à Alain Grandbois, par l\u2019intermédiaire de Gilles, le frère mort, annonce l\u2019heure « où personne ne va mourir »; le pays est à pétrir comme le pain.« voici qu\u2019un peuple apprend à se mettre debout ».Le frère mort ouvre les portes de la liberté, son héroïsme, vain peut-être, encourage ce peuple traumatisé.Le poème ressuscite son frère dans le ventre de sa femme.La quatrième partie : « Mémoire » souligne la profondeur spirituelle et sociale de l\u2019oeuvre de Jacques Brault.Au besoin de fraternité s\u2019ajoute le besoin de rappeler la condition du prolétaire, du chômeur, de son père, qui souffrent en silence.Brault trace un portrait émouvant du Québec des vingt cinq dernières années. 600 ACTION NATIONALE L oubli jusqu\u2019à présent a dissimulé la vérité, mais aujourd\u2019hui la mémoire réassume le monde angoissé.L\u2019éducation du fils, en définitive, n\u2019a rien changé à la solitude commune.Cette poésie accompagne l\u2019homme dans ses haines, elle revêt un caractère sombre dans le déroulement des évocations.Aux images du père maladroit que la malchance accompagne, Brault montre la condition des hommes, que le froid et la faim guette à tout moment.Devant I inégalité injustifiable, la violence monte dans le corps, mais l\u2019injustice ne peut pas disparaître.« Si je parle ainsi des choses anciennes c\u2019est quelles demeurent dangereuses dans notre oubli ».A ce témoignage lucide, émouvant, se joint une condamnation sans appel des atrocités commises à Hiroshima, Dachau.Le poète souffre des maux universels.La poésie appartient à I homme, la grande poésie délivre le message d\u2019espérance face aux charniers de l\u2019histoire.L âme du poète métamorphose la ville de laideur en une forêt-cendrillon.Brault explicitement condamne à la manière de Camus, le destin brutal, la naissance étrangère, et dans le cas du Québec, la langue française dissociée complètement du contexte québécois.Le thème de la main sans possession, de la main cruelle, qui a tué l\u2019Indien, annonce la tentative de renouveau philosophique au Québec.Brault régénère la pensée qui influera sur les moyens d\u2019action.La poésie échappe à tout contrôle dit-on.Nous pensons que la lecture édifiante de ce recueil offre à la jeunesse québécoise une option sans retour, celle de construire par la fraternité un grand pays qui souffre encore de solitude et de silence.Brault montre les citadins attendant je ne sais quoi, encerclés par un monde artificiel et les saisons inclémentes.Le poète pris de frénésie, délaissant la douleur nomme « l\u2019éros », réconcilie l\u2019homme et le corps, hurle pour briser le pesant silence; la débâcle avance; la femme symbolise ce renouveau; la ville sort de sa léthargie, les paroles ne fusent pas, mais un peuple émerge de l\u2019oubli.Le grand père caresse à présent ses HOMMAGE À JACQUES BRAULT 601 petits enfants; le passage s\u2019accomplit du particulier à l\u2019universel, le murmure annonce la voix claire sans hésitation qui bientôt parcourera le pays.« l\u2019oeil crevé, la mémoire maudite et la langue en pilori de l'aveu » la liberté transcende les voix et les bras des hommes; le fils honteux tend une main fraternelle au père humilié; l\u2019esprit règne sur un corps retrouvé.La cinquième partie « louange » est dédiée au futur.L\u2019agencement de ce recueil écrit sous l\u2019emprise de la communication, montre la lente poussée de la volonté sur une promesse à réaliser.Le poète renonce au chant erroné, Brault décide de vivre l'existence banale.Le thème mort-vie, dépouillé de ses habits d\u2019apparat, côtoie notre aventure présente; entre la vie et la mort, la lente agonie serre l\u2019âme et le corps.Le poète désigne l'objet de sa haine.« J'ai tant troué le silence » le poète refuse de constater la vacuité du monde « non vienne le temps d'une autre terre » l\u2019interrogation débouche sur une métaphysique ontologique.L\u2019image dubitative s'efface devant l'espoir de la vie quotidienne; l\u2019espace temps englobe l\u2019univers; la douleur soulève la négation, l'ignorance dans l'avenir ranime la haine ou la folie.La religion du poète, n\u2019est-ce pas la poésie qui ne restreint en rien sa faiblesse face à l\u2019au-delà.Titubant de confusion, le poète protège sa famille, le goût de la vie le reprend.« Je vous écris pour ne pas faillir à la tâche du bonheur fou de vivre *> la bonne parole rejoint la multitude; l'amour triomphe de la solitude, la femme, la grande pourvoyeuse de vie reçoit les pures louanges; la poésie totale est une poésie de l\u2019homme.« Dirai-je encore et pour qui cette fois mon amour têtu de tous » « au nom d\u2019un amour fou failli ma douleur » 602 ACTION NATIONALE «je me tourne vers vous millions de moi-même » Le poète épouse toutes les douleurs, les aliénations, les dépossessions de son pays.Le poète accuse la haine d avilir I homme.Le recueil s\u2019achève sur la fonction de la poésie « putain des amputés » poésie chien de l\u2019aveugle, la réconciliation s opère devant la promesse d\u2019un futur différent du passé.Toute oeuvre possède un thème unique parce qu\u2019elle répète au fil des vers un thème majeur dédoublé comme une pièce de monnaie, le thème à deux faces ou plutôt puise sa source dans une opposition inhérente à sa dualité.Chez Jacques Brault, l'amour s\u2019oppose à la mort, le recueil s achève sur la promesse d\u2019une vie meilleure.Le lyrisme s allie à une sobriété dûe à la saisie précise de la quotidienneté.Cette poésie vécue s\u2019approche, comme Eluard, des tourments de chaque jour, où s'affrontent douleur et allégresse.Jacques Brault dans un style enlevé, libère la mémoire des troubles du passé.Le poète respecte soigneusement la langue française mais l\u2019adapte au rythme de respiration québécois; la thématique rejoint les principaux thèmes de la grande poésie où au thème de «l\u2019homme » s\u2019ajoute les thèmes de la mort, de ! amour, de la révolte, de l'espérance, de la solitude.La beauté de cette poésie provient de la vulgarisation, ou plutôt de la superposition, puis de la fusion de deux langages, l\u2019un de type humaniste français, l\u2019autre issu de la vie journalière au Ouébec.Les séquelles du passé étreignent le poète qui rejette la honte et décide de visiter les années noires du Québec que l\u2019on peut transposer dans le monde où la misère, mal endémique, sévit.Le poète avoue ses limites; au détours d\u2019un vers « un je ne sais plus » tombe franchement avant la reprise du Dialogue.La poésie québécoise, après les hurlements de la recouvrance.après les négations de toutes sortes, se frotte à l\u2019incertitude humaine et au risque personnel.La syntaxe irréprochable lie étroitement « parler ancien et parler nou- HOMMAGE À JACQUES BRAULT 603 veau ».Cette innovation engage la poésie du Québec dans une voie d'importance.La poésie de Jacques Brault innove dans le sens qu'elle expérimente dans un domaine jamais parcouru au Québec, une lente distillation de plusieurs langages.Ces thèmes de la mort et de la vie symbolisent, tout comme chez Roland Giguère, le passage d'un monde ancien à un monde nouveau, mais ce passage s\u2019oriente par le truchement de valeurs spirituelles.Jacques Brault, à partir de souffrances personnelles, élève sa poésie au témoignage.Il chante les maux endurés par les québécois; l'image de la ville traverse les poèmes.L'oeuvre de Jacques Brault exprime comme cendres, l\u2019aventure humaine.A la relecture, se dégage la vision d\u2019un homme accablé, traînant le pas dans la rue, la cigarette coulante aux lèvres, prononçant des mots étrangers, regardant la femme avec rudesse, tendresse, et relevant la tête quand le soleil apparaît au petit matin.Il faut suivre cet homme, l'écouter grommeler des mots pâteux pour savoir tout ce qu\u2019il a subi; mais la fraternité progressivement repousse la pauvreté; à l'apparence angoissée se substitue une espérance tenace dans la promesse à tenir.En partant du particularisme québécois, de l\u2019expérience intime, Jacques Brault nomme les douleurs, les interrogations et les petites joies du monde, les rues de la terre diffèrent par leurs architectures mais tous les êtres sont composés de la monade de Leibnitz.La structure de l\u2019oeuvre s\u2019appuie sur le passage très difficile de l\u2019affirmation de soi dans l'amour des autres.Le courage intervient « au je ne sais plus, je ne sais pas » le poète réchauffe les mots galvaudés, les pensées éteintes.Le recueil de Jacques Brault murmure la grandeur de l\u2019homme, la parole avilit trop souvent l\u2019être humain, tandis que le murmure intensément livré, y redonne l\u2019énergie nécessaire à la poursuite de sa transcendance.Le 604 ACTION NATIONALE thème de l\u2019eau suit l'homme dans son aventure, à l\u2019eau sale répond les vagues furieuses de la mer, l\u2019homme à la fois être impur et pur, le paysage épaule l'homme dans sa prise de conscience; au sentiment d'inutilité, la main fraternelle serre l\u2019autre main; à la douleur répond toujours une voix brisée surmontant son appréhension.La poésie de Jacques Brault rend hommage au courage de l'homme dans ses épreuves quotidiennes; sa vision dépasse le témoignage pour atteindre la pure vérité. \u201cL'ombre de l'hiver\u201d de René Pageau par Henri Métivier Au milieu des mésaventures nombreuses de l\u2019édition, des promesses ajournées ou non tenues, des délais indéfiniment prolongés, dans l\u2019attente des subventions gouvernementales ou de chiches droits d\u2019auteur rarement versés (et qui, s\u2019ils l\u2019étaient, ne permettraient même pas à l\u2019auteur de s'enivrer, question de se consoler), l\u2019écrivain se prend à rêver qu'il pourrait bien prendre en charge la publication de son manuscrit.Mais la cigale chante tout l'été, et les maisons d\u2019éditions fondées par les poètes eux-mêmes ne durent souvent que l\u2019espace d\u2019un livre ou deux.Heureux qui comme Virginia Woolf peuvent s\u2019occuper de l\u2019impression de leurs livres, au lieu de faire confiance à un tiers qui trop souvent pense affaires, uniquement affaires.C'est dans cette voie que s'engage René Pageau qui, pour la seconde fois, recommence cette expérience.Elle nous vaut un livre à la présentation sobre, soignée et quatre belles encres d\u2019un artiste qui mériterait d\u2019être mieux connu, Marcel Du-charme.Dans l\u2019Ombre de l\u2019Hiver, on entre en contact avec univers de sérénité, de tranquille possession de soi, de l\u2019acceptation globale de la vie, d'un enthousiasme sans défaillance, de plénitude.En effet, Pageau parle volontiers, et avec un plaisir évident, de la sage passion du feu, de la violette blanche .élue reine de l'enfance, d\u2019étoiles foudroyées.mises à sa portée.L\u2019enfance apparaît comme une période privilégiée, celle de l'innocence constamment associée à la blancheur, un temps qu'il faut retrouver et conserver en soi parce qu'il représente la 606 ACTION NATIONALE source d'une unité antérieure ou future.Le doute, un doute viscéral et aveugle, semble à jamais banni de ce monde où la vérité triomphe incontestée, imprégnant tous les gestes et paroles, justifiant l'existence, la rachetant tout en lui donnant une signification qui prend source dans une vision catholique, ce mot pris dans un sens proche de la poétique claudélienne.C\u2019est là l\u2019aspect facilement perceptible de ces textes, et c\u2019est sans doute l\u2019impression que veut transmettre Pageau.Cette blancheur partout présente au travers des évocations de la neige, de l\u2019écume, de la neige, la critique l\u2019a aisément décelée.Cependant un versant d'ombre correspond à celui de la lumière : non pas une ombre dense, opaque, mais translucide comme encore chargée de clarté, une ombre qui s\u2019apparenterait à celle du crépuscule.Et pourquoi s\u2019étonner, puisque toute poésie véritable joue sur une notion de polarité, si chère à certains romantiques allemands, sur une dialectique vivante du jour et de la nuit, sur des perspectives et des reliefs où les formes acquièrent une épaisseur, le volume de leur prolondeur, dirait Albert Béguin.Et c\u2019est la grammaire qui nous livre un certain nombre d\u2019indices dont la fréquence est singulièrement révélatrice.Sous la forme maintes fois employée de l\u2019interrogation, une affirmation se modère et se teinte d'hésitation.« Se peut-il que la fleur disgracie le fruit ?» « Pourquoi l'emprise charnelle de tes ombres ?» Ici la question naît plus de l'angoisse que du scepticisme; elle révèle une attention soutenue, éveillée, le besoin de réévaluer sa propre conception de la vie.Deux mots reviennent constamment sous la plume de Pageau et renforcent cette remarque; ce sont le si et le quand.La plupart du temps, le si exprime un souhait, une hypothèse, une supposition ou une condition, surtout quand il se double de la forme interrogative. L'OMBRE DE L'HIVER, DE R.PAGEAU 607 « Si seule la douleur Triomphe du présent.» « Si le jour surpasse les aubes .» «Si l'érable.Qu'en sera de l\u2019homme.» Et parmi les diverses acceptions de quand, Pageau préfère la plus commune, celle de l\u2019interrogation sur le temps à laquelle nous pourrions rattacher une autre constante : l\u2019emploi du futur.De telles caractéristiques plongent dans la mort, le temps, l'avenir et nous sommes loin de la première innocence.Nous touchons en fait aux préoccupations fondamentales de l\u2019homme.« Quand l\u2019hiver fut au bout de son effort.» « Quand l\u2019homme acceptera .» « Je choisirai mon âme dans l\u2019amour .» Il arrive souvent que ces termes se regroupent ou se recoupent comme dans une espèce de champ sémantique, un appel réciproque des mots qui donne au poème une force plus grande.Si j'ai appelé à la rescousse de l'impression, la technique tant décriée (et souvent à juste titre), c\u2019est qu\u2019elle accumule un nombre de faits, discutables sans doute, mais riche en répercussions.Et c\u2019est ce qui importe.Dans L'ombre de l'Hiver, elle jette un éclairage que ne dispenserait probablement pas une autre approche. 608 ACTION NATIONALE Les chrétiens soucieux de fidélité dans les exigences des temps nouveaux ont besoin d\u2019être tenus au courant de la vie de l\u2019Eglise et de la vie du monde dans la perspective de l\u2019Eglise.A cette fin, nous recommandons instamment à nos lecteurs l\u2019abonnement à deux journaux de France dont l\u2019équivalent n\u2019existe pas chez nous et qui tous deux se complémentent et se complètent.LA FRANCE CATHOLIQUE (hebdomadaire d\u2019information et de culture chrétienne) \u2022\tDes articles éditoriaux chaque semaine sur l\u2019actualité religieuse et des chroniques sur le cinéma, la littérature, la politique internationale, les problèmes économiques, les grands congrès intellectuels et religieux, l\u2019actualité scientifique.\u2022\tDe fréquentes contributions signées par des collaborateurs extérieurs prestigieux tels Etienne Gilson, Jean Guitton, Henri Guitton, André Piettre, le cardinal Journet, le cardinal Daniélou, le cardinal Garrone, le Père de Lubac, Jean Daujat, etc.Prix de l\u2019abonnement: 60 francs Adresse administrative: 12, rue Edmond-Valentin, Paris 7e, France L\u2019HOMME NOUVEAU (bi-mensuel dont le rédacteur en chef est M.Marcel Clément) \u2022\tAvec aussi des chroniques littéraires et artistiques, fait la part plus large à l\u2019analyse et à la discussion des grands courants de pensée pastorale ou théologique qui traversent actuellement l\u2019Eglise.\u2022\tLes éditoriaux bi-mensuels du directeur, M.l\u2019abbé André Richard et du rédacteur en chef portent généralement sur des points de doctrine théologiques ou moraux d\u2019actualité.\u2022\tUne importante chronique du \u201cPour et du Contre\u201d fait la place large aux échanges de vue avec les lecteurs.\u2022\t\u201cLa Revue de Presse\u201d renseigne sur tout ce qui s\u2019écrit d\u2019important un peu partout dans le monde sur l\u2019actualité religieuse.\u2022\t\u201cEn direct de Rome\u201d nous renseigne sur les déclarations officielles du Pape.\u2022\tEt en temps de Concile ou de Synode un correspondant du journal, le plus souvent son rédacteur en chef même, offre un rapport élaboré et objectif de ce qui s\u2019y passe.Prix de l\u2019abonnement: $6 Adresse administrative: Mlle Anita Charon, 2215 est, boul.Saint-Joseph, Montréal Nos annonceurs participent à la vie de la revue Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès Ils les consultent d'abord .RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Assurances générales\tPapeterie\t^ B» Assurance-vie\tPhotographie\tk Caisse Populaire\tr Placements\t^ Editions\tPompes à eau\t^ k Imprimerie\tQuincaillerie\t^ Librairie\tN S ANNONCEURS Il RÉPERTOIRE DES NOMS Alliance Mutuelle-vie\tLauzier, papetier Cadieux, Gilles\tL'Economie Mutuelle Caisse Populaire d\u2019Hochelaga\tMarchand, Sarto Camus, Raymond\tMeunier, John Chevrier, Normand\tMichon, R.Canadienne Mercantile\tMontréal Oxygène Canadienne Nationale\tPilon, librairie Distilleries Melchers Ltée\tPomponnette Dorais, Jean-Louis\t Dubé, Oscar & Ge Inc.\tRobert, P.-E.Etco Photo Color Ltée\tRobillard, Michel Roy, Edouard Fides\tSéguin, Paul-Emile Générale de Commerce\tSplendide (brassière) Groulx, Yvon\t Groupe Commerce\tThérien Frères Houde, G.-E.\tUnion du Canada Langlois, Thomas\tViau, Lucien La Solidarité\tVictory (Convoyeurs) Les résultats 1968 du GROUPE COMMERCE confirment votre confiance! ni $32,000,000 déprimés souscrites en 1 afam 300,000 assurés Actif total : $60,000,0 W 1 V ; fl 0M.60.000.000.S56.694.000.SI 7,422.000 S7.921.000.S3.271.000 $1.145.000.\u2019 S284.000 S1 000.mm 1917 p 1927 1947 1957 iiüâÉSih A LE GROUPE\tce COMPAGNIES D'ASSURANCE CANADIENNES Siège Social St-Hyacinthe.Qué.GÉNÉRALE DE COMMERCE - CANADIENNE MERCANTILE - CANADIENNE NATIONALE IV l\u2019essentiel d\u2019abord tance compagnie mutuelle rf&SStif*Cl1tCÇ-'VtC UNION DU CANADA Assurance-vie Siège social : 325, rue Dalhousie, Ottawa 2, Canada T.*\tC O N O M Z E MUTUELLE D'ASSURANCE Icompagnie
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