L'action nationale, 1 avril 1973, Avril
[" L\u2019ACTION NATIONALE Volum* LXII, Numéro 8\tAvril 1973\t$1.00 GOUVERNEMENT CONTRE LE PEUPLE ?Jean Genest POUR UNE OPTION CULTURELLE Jacques Poisson DOSSIER SUR LE RAPPORT GENDRON\t CETTE LANGUE QUI NOUS DIVISE Guy Bouthillier\t L'ESPRIT DU RAPPORT GENDRON\tM.Q.F.CETTE COMMISSION GENDRON\tA.Q.P.F.COMMENTAIRES\tM.Q.F.STATISTIQUES SUR LES ORIGINES\tETHNIQUES DES ÉLÈVES\tC.E.C.M.ÉNIGMATIQUE LIBERTÉ\tGeorges Allaire ACTUALITÉS POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES Pages ÉDITORIAL : Le peuple contre le gouvernement ?(Jean Qenest) 601 Jacques POISSON : Pour une option culturelle .608 DOSSIER SUR LE RAPPORT GENDRON\t621 Guy BOUTHILLIER : Cette langue qui nous divise .623 MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS : L\u2019esprit ou la philosophie du Rapport Gendron .637 ASSOCIATION QUÉBÉCOISE DES PROFESSEURS DE FRANÇAIS : Cette Commission Gendron\t642 MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS : Commentaires\t648 COMMISSION DES ÉCOLES CATHOLIQUES DE MONTRÉAL : Statistiques sur les origines ethniques des élèves 652 Georges ALLAIRE : Enigmatique liberté .662 ACTUALITÉS: .674 Dépôt légal \u2014 1er semestre 1973 Bibliothèque nationale du Québec François-Albert Angers POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS Volume de 280 pages.Il assemble les meilleurs articles de M.Angers, écrits entre 1939 et 1969.Pour la première fois le public a à sa disposition les grandes lignes de la pensée de M.Angers.Livre essentiel pour connaître les orientations et les appuis rationnels de ce maître du natlo nallsme québécois.($5.) Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1162 L\u2019ACTION NATIONALE 1182, boul.Saint-Laurent, Montréal (Tél.: 866-8034) Volume LXII, Numéro 8\tAvril 1973\t$1.00 ÉDITORIAL Le peuple contre le gouvernement?Nous jouons de malheur ! Le Rapport Gendron vient de nous être révélé ! Encore une de ces affaires mi-chair mi-poisson.Encore une solution bâtarde.Encore des intellectuels qui, à force de regarder la lumière, ne voient plus ni l\u2019essentiel, ni rien.Malgré d'excellents passages (lesquels ne sont pas les mêmes pour tout le monde : on n\u2019a qu\u2019à lire The Gazette et Le Devoir pour comparer les passages cités !), le Rapport est inacceptable comme politique globale.Pourquoi ?Le peuple français du Québec ne peut accepter, sans en crever lentement, l\u2019ambiguïté des deux langues nationales au Québec.Il ne peut accepter la politique de temporisation envers les immigrants.Le premier malheur de la Commission c\u2019est sa composition.On en a fait un melting-pot.Elle a été formée en 1969, à la suite du projet de loi 63, puis 85, par M.Jean-Jacques Bertrand.Chaque homme contient une part de mystère.Mais I acharnement de M.Jean-Jacques Bertrand, premier ministre du Québec, à faire adopter le projet de loi 63, frise I invraisemblable.On le dirait dominé par une né- 602 L'ACTION NATIONALE vrose de bonne-entente.Une obsession de gentilhom-merie à courbettes et d\u2019inconsciente servilité nationale.Une fois qu\u2019on aura dit l\u2019honnêteté, la rectitude, la vie exemplaire de cet hcmme, on aura tout dit.L\u2019homme est intègre.Dans le genre de M.Adélard Godbout.Il n\u2019avait pas les qualités qui font les chefs d\u2019Etat.Il n\u2019aurait jamais dû être premier mmistre.Autant on admire l'homme, autant on peut exécrer le rôle rempli.Voulant s'assurer un atout additionnel, il a nommé la Commission Gendron.Il espérait, c\u2019est clair, faire endosser sa politique de la langue.Immédiatement la composition de cette Commission devenait suspecte.Le résultat : le rapport de la Commission ne l\u2019aurait pas déçu.Si M.Gendron, président sympathique, professeur à l'Université Laval, avait lui-même écrit le rapport et l\u2019avait fait accepter par les autres membres, il est probable que nous aurions eu un autre son de cloche.Tel quel, les vrais responsables ne sont pas Canadiens-Français.Ces derniers semblent s\u2019être bornés, pour assurer l'unanimité et la viabilité du Rapport, à influencer et à signer les idées des autres.Ce n\u2019est plus la majorité qui dicte son sort et scelle son avenir mais la minorité qui écrit des compromis à faire accepter par les Canadiens-Français.Par cette composition, M.Jean-Jacques Bertrand préparait une réédition du projet de loi 63.Tout au plus quelques concessions à la vanité nationaliste : « Vous aurez le français comme langue officielle, n\u2019est-ce pas un beau cadeau ?» Puis arrive l\u2019autre concession aux Anglo-Canadiens : « Mais il y aura deux langues nationales.» Ainsi le Québec serait-il consacré unique province bilingue au Canada ! Pour les immigrants, qu\u2019on les cajole, qu\u2019on les convainque d\u2019aporendre le français mais qu\u2019on ne les y contraigne jamais ! Ces conclusions vont dans le sens LE PEUPLE CONTRE LE GOUVERNEMENT?603 des prises de position de M.Jean-Jacques Bertrand.La Commission lui est restée fidèle.Elles ne vont pas dans le sens du peuple qui vit depuis plus de deux siècles dans la position politico-sociale la plus risquée qu\u2019on connaisse dans l\u2019histoire du monde.Il suffit d\u2019un rien pour le précipiter dans l\u2019abîme de la disparition.Il suffit d\u2019un rien pour transformer son sort comme celui d'une minorité canadienne-française dans l\u2019Ouest.Le peuple, qui s'y connaît dans les façons de survivre et par quelle branche offerte il en réchappera, ne se trompe pas : continuera-t-il à être mal servi ?Arrivera-t-il à se définir ?Ses intellectuels le décevront-ils toujours ?Nous sommes un projet français en terre d\u2019Amérique, nous sommes à la recherche d\u2019une identité en plénitude.Pourquoi ces tergiversations, ces compromissions, ces portes ouvertes à la faiblesse démographique, linguistique, à l'assimilation par étouffement lent et par concessions raffinées ?Tout le Québec français est expert en ce qui regarde le français.Tous savent quel équilibre il faut maintenir entre les droits de l\u2019homme et les droits de la collectivité.Tous connaissent suffisamment l\u2019histoire pour savoir ce qui protégera notre nationalité : les Anglo-Canadiens ne sont pas en danger sur ce continent ! Toujours c\u2019est le sort du Québec français qui est rem s en question.Nous n\u2019attendions donc pas de la Comm\u2019ssion Gen-dron un tas d\u2019études qui « tartineraient » autour du pot.Déjà la Commission Laurendeau sur 'e bTmouisme et le bi'-u'turaHsme avait eu l\u2019audace de déblayer le terrain avec une vigueur qui en ava!t s'irnris plus\u2019eurs.De la Commission Gendron nous attendions un p'an d'ensem-b'e, une politique qui aurait tenu compte des droits historiques et voulu assurer l'avenir d\u2019un peuple qui n'a eu que très rarement le soutien de ses élites.Une seule conclusion s\u2019imposait : le français est la lanoue officielle du Québec.Mais que vient faire la déclaration sur les deux langues nationales ?Et le mot 604 L'ACTION NATIONALE « national » révèle une ambiguïté stupéfiante ! Que le gouvernement fédéral ait deux langues « nationales », c'est justement là qu\u2019est l'essence du pacte fédératif.Mais que le gouvernement provincial ait deux langues nationales, c\u2019est un tour de passe-passe qui dit la démission.La main droite apporte la langue « officielle », la main gauche apporte « les deux langues nationales ».Bref, pour toutes les minorités apaisées, le Québec devient à toute fin utile, une province bilingue.Rien n\u2019est changé.Le Rapport Gendron, c\u2019est le rapport du statu quo, avec des mots sonores et des finasseries qui disent le compromis où les situations empoisonnées ne sont pas guéries.Le Rapport Gendron est une déception pour le peuple.Le peuple du Québec français ne peut accepter, sans risquer d\u2019en mourir, sans risquer de voir Montréal devenir ville anglaise à brève échéance, de devenir une province bilingue.Une seule mesure s\u2019impose : la langue française est la langue officielle du Québec.Rien d\u2019autre ! Par mauvaise volonté ou ignorance crasse, certains ont voulu interpréter cette proclamation comme une politique d\u2019unilinguisme qui forcerait tous les résidents au Québec à ne parler que français, à l\u2019école unique française.Bref, on a voulu pousser une absurdité.Tel n\u2019est pas le cas.Et l\u2019école anglaise est volontiers accordée à toute la minorité anglo-saxonne et à tous les immigrants qui se sont déjà ralliés à l\u2019anglicisation complète.La déclaration du français comme langue officielle ne touche donc pas à l'école de ces deux groupements.Mais elle atteindra tous les nouveaux immigrants qui voudront s\u2019installer au Québec.En prenant le Québec comme pays, ils devront en adopter la langue qui est le français.Tous les nouveaux immigrants devraient donc envoyer leurs enfants aux écoles françaises jusqu'à la fin du secondaire, ou même du CEGEP qui n\u2019est qu'un secondaire prolongé.Pour mieux comprendre cette déclaration, rappelons LE PEUPLE CONTRE LE GOUVERNEMENT ?605 la répartition des élèves du réseau ANGLAIS, dans les écoles de Montréal, en 1972-1973, suivant leur langue maternelle.Ainsi dans les seules écoles anglo-catholiques, nous avons la composition suivante : les Anglais-Irlandais n\u2019y comptent que pour 23.95 pour cent mais les Italiens y comptent pour 49.64 pour cent et les Canadiens-Français pour 11.53 pour cent.Ajoutez les Portugais (5.37%), les Polonais (1.85%), les Espagnols (1.44%), les Grecs (0.78%), les Allemands (0.69%) et les autres (4.71%), et vous obtenez la composition ethnique des écoles anglo-catholiques.Les immigrants vont aussi aux écoles protestantes de sorte que nous pouvons dire qu\u2019ils fréquentent dans une proportion de 95 pour cent les écoles anglaises de Montréal.Nos écoles anglaises sont le facteur actif d\u2019anglicisation.En même temps qu\u2019elles les anglicisent, elles leur enseignent le fédéralisme à l\u2019anglo-saxonne et les plus centralisateurs des centralisateurs, au Canada, se trouvent souvent parmi les immigrants récents.Eux que nous avons reçus, eux avec qui nous avons partagé nos richesses, ils deviennent ceux qui comprennent le moins notre position, ceux qui n\u2019acceptent aucun argument historique et qui ne font valoir que les arguments des hauts salaires et des promotions plus faciles.Ils sont devenus centralisateurs, capitalistes et ils se retournent volontiers contre nous, du moins par leurs votes, quand il peut être secret.Cette situation est infernale.Décourageante.Le Rapport Gendron n\u2019a pas su aller vers le peuple.Il a obéi à un mandat de Jean-Jacques Bertrand.Il a exécuté ce mandat en recourant aux bons services d\u2019un Australien et de commissaires peu sûrs.Il n'a pas répondu aux attentes du peuple.Que reste-t-il à faire ?Mettre le Rapport aux oubliettes ?Peut-être.Mais le problème va continuer à nous hanter.Une solution est devenue impérieuse.Le débat se poursuivra donc entre le gouvernement et le peuple. 606 L'ACTION NATIONALE Le gouvernement du Québec, réuni en Assemblée nationale, sera-t-il plus authentiquement Franco-Québécois ?Marchera-t-il avec le peuple qu'il représente avant tout ?Malheureusement M.Cloutier, ministre de l\u2019Education, a déjà donné plusieurs conférences sur ce sujet.Il n\u2019est pas rassurant.Il est même dépassé.Est-ce lui qui assumera la tâche de transformer le Rapport Gendron en un projet de loi ?Le pire est à craindre.Je suggérerais que dans une mesure de cette importance ce soit le premier ministre lui-même qui assume l'entière responsabilité de déclarer qu\u2019au Québec la langue française soit désormais la langue officielle.Point final.Et que les immigrants qui s'installeront dans la province et ceux qui ont des enfants en âge de se présenter à l\u2019élémentaire devront, à partir de septembre 1973, envoyer leurs enfants à l\u2019école française.Il y a là un rôle historique à jouer.C\u2019est la chance de devenir le plus grand premier ministre que le Québec ait jamais eu.Plus que le drapeau, plus que les Jeux Olympiques, plus que les emplois, la question du français, langue officielle du Québec, est la question qui touche davantage aux fibres mêmes du peuple canadien-français.Un premier ministre a là de quoi galvaniser tout le peuple derrière lui.Il y aurait là un sens de la dignité nationale qui rejaillirait sur l\u2019homme et la nation elle-même.Sans violer les droits de personne, en respectant les minorités nous aurions, enfin, un premier ministre qui penserait à nos intérêts fondamentaux.L\u2019avenir nous paraîtrai plus assuré et l'immigration plus sélective.Sinon, il ne resterait au peuple qu\u2019à faire savoir sa volonté.Il faut l\u2019unanimité derrière le Mouvement du Québec français.Il faudra étudier la meilleure stratégie, électriser tout le peuple, toute la jeunesse, à cette solution primordiale AVEC laquelle tout, peu à peu, changera pour le mieux et SANS laquelle tout, peu à peu, deviendra plus angoissant et misérable. LE PEUPLE CONTRE LE GOUVERNEMENT ?607 Ecoutez bien ce paragraphe qui dit bien l\u2019esprit du Rapport Gendron et qui nous venait, d\u2019ordinaire, de la littérature fédéralisante : « Pour surmonter avec succès la crise qu\u2019il connaît aujourd'hui, le Québec devra pouvoir compter sur une certaine mesure de pragmatisme et aussi d'empirisme scientifique de la part de son gouvernement, et aussi une large mesure de bonne volonté et sur un authentique esprit de modération de la part des différentes communautés qui forment la société québécoise d'aujourd'hui.» Voilà encore cette littérature où, à part l\u2019empirisme scientifique qui dit n'importe quoi, nous sommes encore invités à la bonne volonté et à l\u2019esprit de modération ! L\u2019ESTABLISHMENT, en ces vertus si propres au vocabulaire centenaire du gouvernement fédéral, n\u2019a que cet OPIUM À PROPOSER\"AU PEUPLE ! Il est temps que les gouvernants donnent à notre peuple un pays vivable où sa croissance spirituelle ne sera pas toujours menacée en ses fibres les plus vives, ccmme la langue.Pour cela nous avons besoin ou d\u2019un grand leader ou d\u2019un grand peuple.Si le peuple ne marche pas avec un leader, il pourrait très bien marcher contre lui.JEAN GENEST. Pour une option culturelle par Jacques Poisson POUR UNE OPTION CULTURELLE 609 Je m\u2019étais généralement abstenu de participer au débat national.Je me sentais plus pessimiste que les autres, et je craignais d\u2019exercer une action déprimante.Or, aujourd'hui j\u2019ai l\u2019impression de me classer parmi les plus confiants.Que s\u2019est-il passé ?Mes amis séparatistes et moi, nous avons probablement évolué en sens contraire, sous ce rapport.Ils ont suivi de très près la situation québécoise, qui n\u2019est pas réjouissante dans l\u2019immédiat, il faut le reconnaître.En 1969 l\u2019Assemblée dite nationale se rangeait massivement du côté de la caste dominante pour adopter la loi 63.Le Devoir persiste à défendre ce qu\u2019il appelle les droits acquis sans approfondir cette notion ; pourtant il s\u2019agit là d\u2019un simple thème de propagande conçu pour nous intimider.Enfin, l\u2019exode culturel se poursuit.Les écoles anglaises sont devenues des écoles d\u2019anglicisation.Voilà, outre octobre 70, plus qu\u2019il ne faut pour inspirer une rêverie morose.Personnellement, je déplore surtout que le Parti québécois tarde à adopter une position nette et dynamique en matière scolaire.Bien des faits ont donc ébranlé la confiance des nationalistes, des séparatistes, des résistants.Si ma réaction n\u2019a pas été la même, c\u2019est que mon analyse portait essentiellement sur d\u2019autres points.Et, \u2014 est-ce présomption de ma part ?\u2014 je propose que nous redéfinissions ensemble la question québécoise, que nous cessions d\u2019en omettre diverses données fondamentales, dont l\u2019américanisme, au sens de soumission à des systèmes, à des technologies, à des logiques déshumanisées, à la tyrannie du nombre et de la quantité.Américanisme peut aussi vouloir dire : attitude de 610 L'ACTION NATIONALE complicité devant le rêve américain de domination mondiale.Des constatations un peu fortuites ont joué dans mon regain de confiance.Ainsi, à l\u2019occasion de visites dans un Cégep j\u2019ai eu l\u2019impression que notre enseignement public, extrêmement américanisé, n\u2019est qu\u2019à demi efficace comme instrument de dénationalisation.Certes, il déracine notre jeunesse, mais ne l\u2019assimile pas en profondeur.Il la défrancise sur le plan affectif, \u2014 d\u2019où une francophobie dangereuse pour notre avenir culturel, \u2014 mais ne l\u2019empêche pas de lire comme jamais auteurs français et québécois.On dirait qu\u2019un écran d\u2019ennui s\u2019interpose entre le manuel américain assimilateur et le jeune Canadien-Français.Le caractère artificiel et recherché du jargon pédagogique y est peut-être pour quelque chose.De plus la langue des manuels traduits est généralement maladroite et parfois opaque, défauts qui nous servent pour une fois puisqu\u2019ils ralentissent la déculturation.Bref, nos deux principales langues pédagogiques, pour ce qui est de l\u2019écrit, c\u2019est-à-dire l\u2019anglo-américain et un certain français de traduction, sont un peu comme des langues chiffrées, codées.Elles ne mordent pas beaucoup sur les élèves.Ce sont des instruments de demi-communication, tout au plus.En outre, quelques incursions dans les archives m\u2019ont incité à croire que l\u2019angoisse de l\u2019abîme, \u2014 ou la crainte de l\u2019extinction, \u2014 est une constante de notre passé.Or, 214 ans après la défaite des Plaines d\u2019Abra-ham nous résistons toujours aux forces assimilatrices de trois colonisateurs : le Britannique, qui règne sur nous par les traditions politiques ; l\u2019Anglo-Canadien, qui nous domine dans la Confédération ; l\u2019Américain, qui nous satellise par l\u2019enseignement, l\u2019information, la publicité et la propagande.Notre peuple, malgré sa légèreté et POUR UNE OPTION CULTURELLE 611 ses incohérences, compterait donc parmi l®s plus coriaces.Enfin, je crois avoir poussé assez loin l\u2019analyse de notre triple condition de colonisés pour entrevoir désormais des solutions.Je pressens que nos interrogations, nos doutes et nos recherches peuvent aboutir à une action viable, si nous optons enfin pour le courage et la lucidité.C\u2019est, il me semble, ce qui se dessine à l\u2019horizon.Réapprendre à être nous-mêmes à côté d'un pays qui remet tous les autres en question, voilà pour nous le défi suprême.Le nationalisme traditionnel, pour des raisons encore mal définies, a toujours eu tendance à isoler les trois personnes du colonisateur (le Britannique, l'Anglo-Canadien et l\u2019Américain), à s\u2019en prendre à une seule en oubliant les deux autres.Henri Bourassa en son temps luttait contre l\u2019Empire britannique, mais ne s\u2019attaquait guère aux dogmes d\u2019un fédéralisme pourtant non négocié.Papineau, plus d\u2019un siècle auparavant, avait donné dans l\u2019annexionnisme.Prophète médiocre, il professait que l\u2019entrée dans l\u2019Union américaine serait un gage de liberté pour notre nation.Aujourd\u2019hui le séparatisme accuse une tendance analogue.On se figure naïvement que l\u2019annexion pédagogique aux Etats-Unis, \u2014 si vous me permettez ce terme pour désigner le régime scolaire issu du rapport Parent, \u2014 est une étape normale sur la voie de l\u2019émancipation.En lisant les auteurs séparatistes, je me suis souvent demandé par quelle faculté d'abstraction ils pouvaient écarter les Etats-Unis de leurs considérations sur le colonialisme au Québec.Pourtant, dans la vie quotidienne et sur le plan psychologique, les Américains sont pour nous les seuls colonisateurs vraiment redoutables.En dehors des institutions politiques et du travail, le Canadien anglais n\u2019a presque pas de rayonnement chez nous.Les deux solitudes sont toujours d\u2019actualité.Enfin, 612 L'ACTION NATIONALE un séparatisme dissociant les trois personnes du colonisateur m\u2019apparaît comme extrêmement périlleux, futile et aveugle.Il entraîne toutes sortes d\u2019ambivalences, suscite de faux problèmes, engendre des malentendus indé-nouables, interdit les vues d\u2019ensemble et empêche de faire le point.En 1972, l\u2019affaire Hachette, cette curieuse mystification, a fait ressortir les insuffisances du nationalisme spécialisé et, en même temps, le manque d\u2019orientation du Devoir.Beaucoup de séparatistes, tombant dans le panneau, ont cru notre culture en danger de ce côté-là.Si des indépendantistes se laissent manipuler de la sorte par des adversaires déclarés de leur cause, on peut s\u2019interroger pour l\u2019avenir sur l\u2019esprit critique des Québécois à l\u2019égard des propagandes.De diversion en diversion, nous risquons de nous égarer à jamais.Ce soir, nous sommes réunis pour chercher comment obtenir des immigrés une option culturelle qui nous soit favorable.Là encore, une vue partielle des choses compromet notre efficacité.Comment demander à des étrangers une option que nous ne faisons pas nous-mêmes ?Ayons l\u2019honnêteté de reconnaître que l\u2019état actuel de notre enseignement, \u2014 annexion pédagogique aux Etats-Unis à la fois ambiguë et inavouée, \u2014 nous impose une prise de conscience et un choix préalables.Une décision lucide et ferme pourra ensuite inspirer notre comportement vis-à-vis des Québécois d\u2019adoption.Comment le Québec en est-il venu à une situation aussi absurde ?Nous voudrions en somme que les immigrés s\u2019américanisent par notre intermédiaire, et dans le babélisme de nos écoles.Au fait, qu\u2019est-ce que nous leur offrons pour les attirer ?Une culture nationale qui se désagrège sous les effets d\u2019une pseudo-pédagogie annexionniste.Et nous nous étonnons qu\u2019ils ne mordent pas à belles dents dans ce fruit véreux ! qu\u2019ils n\u2019entrent pas dans la danse macabre ! Comment en sommes-nous là ? POUR UNE OPTION CULTURELLE 613 Il y a une génération, l\u2019appartenance au monde culturel français ne faisait aucun doute.Or, à l\u2019époque de Duplessis, le nationalisme spécialisé a mené avec des oeillères le combat de l\u2019autonomie provinciale.On s\u2019élevait à juste titre contre l\u2019intrusion d\u2019Ottawa dans le domaine de l\u2019enseignement.L\u2019Union nationale rejetait au nom de notre culture le principe des subventions fédérales aux universités.Mais, entre-temps, le Québec fleurdelisé perdait la bataille de la pédagogie sans même le savoir : les écoles normales passaient du côté de l\u2019assimilateur.Cette défaite, non datable pour le moment, était un prélude au rapport Parent et au bill 63.Bref, l\u2019enseignement québécois a été pris d\u2019assaut d\u2019un côté par des pédagogues convertis à l\u2019américanisme, à la satellisation et, de l\u2019autre, par les mercantis de la traduction de manuels et par des éditeurs américains passés maîtres dans le « marketing », le « lobbying » et le « dining ».En 1964, la Commission Parent donnait le coup de grâce.Elle consommait notre annexion pédagogique aux Etats-Unis et abolissait le cours classique, dernier obstacle à l\u2019américanisation.Sans doute, l'intention était bonne.L\u2019intérêt du Québec exigeait, paraît-il, qu\u2019on tienne compte de la « dimension américaine ».Le seul malheur, c'est qu\u2019on oubliait, chemin faisant, la « dimension franco-québécoise ».Cette conduite, dans la langue d\u2019Albert Memmi, s\u2019appelle aliénation.Pourquoi notre annexion pédagogique aux Etats-Unis sous le couvert d\u2019une enquête dite royale a-t-elle échappé à l\u2019attention du séparatisme en plein essor ?La question est d\u2019autant plus pertinente que Le portrait du colonisé faisait fureur dans le milieu, à l\u2019époque.Deux explications me sont venues à l\u2019esprit : l\u2019une charitable, et l\u2019autre critique.Voici la première : les séparatistes, en bons psychologues, évitaient d\u2019effrayer la clientèle par la mention 614 L'ACTION NATIONALE du super-colonisateur ; il était préférable de se faire les griffes sur un adversaire à notre taille, l\u2019Anglo-Canadien.La deuxième explication me répugne, mais je vous la soumets quand même : les séparat'stes ne comprenaient pas Albert Memmi, et pour cause ; ils rejetaient le petit colonisateur dans la mesure où ils acceptaient le géant colonialiste.Si cette hypothèse est juste, ce que je ne souhaite pas, les séparat'stes de 1964 exprimaient tout simplement le désir obscur que soit rat'fié un changement psychologique d\u2019allégeance déjà accompli, \u2014 en faveur des Etats-Unis et contre le Canada anglais.J\u2019ai toujours espéré que les événements démentiraient ma deuxième hypothèse, mais en vain.Si la minute de vérité est différée trop longtemps encore, il finira par être trop tard ; les vérités américaines auront pris toute la place, et la question que je pose n\u2019aura plus qu\u2019un intérêt historique.Pour le moment, permettez-moi un petit parallèle entre l\u2019épisode du rapport Parent et l\u2019épisode du bill 63.Notre annexion pédagogique s\u2019est accompagnée de « beaux gestes » : pieuses déclarations en faveur du « bon français » ; mise sur pied de l\u2019Office de la langue française, \u2014 dont la principale tâche consiste à dresser des vocabulaires bilingues comme la chose se pratique à Ottawa depuis 105 ans ; francisation relative de la signalisation routière.Quelques années plus tard, M.Jean-Jacques Bertrand, ce premier ministre malgré lui, s\u2019est pris soudain d\u2019une passion folle pour la langue de Molière.Son ardeur s\u2019est exprimée par le plus étrange baiser: le bill 63 «pour promouvoir la langue française au Québec ».Comme quoi il faut se garder des étreintes trop amoureuses qui étouffent et qui broient.Dans un autre ordre d\u2019idées, est-ce qu\u2019un système d\u2019enseignement est une denrée qui s\u2019importe ?Cette simple question, presque puérile, me fait voir dans le rapport Parent un monument à la crédulité.Il faut dire POUR UNE OPTION CULTURELLE 615 que je me représente l\u2019émancipation du Québec comme impossible sans une pédagogie franco-québécoise, sans la décommercialisation totale des éditions scolaires.Et comment faire sortir le manuel du bourbier mercantile ?Par une solution socialiste ou coopérative, je suppose.Sous ce rapport, la Commission Parent s\u2019est montrée plutôt rétrograde et tout à fait néo-colonisée.Notre indépendance culturelle eût exigé un inventaire complet des moyens de conditionnement et des facteurs d\u2019aliénation qui jouent contre notre peuple.Aujourd\u2019hui l\u2019obstacle est plus difficile à surmonter : non seulement le Québécois ne sait pas discerner les trois personnes du colonisateur, mais il a perdu quelque peu le sens de son identité.Voyant le chemin parcouru depuis 1964, demandons-nous combien de temps encore nous pouvons tolérer l\u2019école étrangère sans nous condamner à l\u2019extinction.L\u2019aliénation est un phénomène typique de tous les colonisés, mais le rapport de colonisé à triple colonisateur crée une situation exceptionnellement difficile.Il en résulte un milieu si ambigu que les Québécois n\u2019arrivent plus à se comprendre, à se situer réciproquement.A titre d\u2019exemple, les nationalistes québécois ont un mal infini à situer le Devoir sous l\u2019angle politique et culturel.Or, beaucoup d\u2019étrangers le classent spontanément comme journal de droite modérée, pro-américain, acquis à la minorité anglo-saxonne et partisan du statu quo politique.Que pouvons-nous en conclure ?Que nos ambivalences nous coupent de la réalité, qu\u2019elles nous interdisent de mettre en pratique la devise d\u2019Auguste Comte : savoir pour prévoir, prévoir pour pouvoir.A propos, on dirait parfois qu\u2019octobre 70 a rendu le Devoir indéchiffrable pour les séparatistes.Il se serait dédouané à vie auprès d\u2019eux en s\u2019opposant à M.Trudeau.La belle affaire ! Il me semble aussi que le nationalisme spécialisé isole et dissocie les événements. 616 L'ACTION NATIONALE Par exemple, nous sommes-nous suffisamment avisés que dans le Devoir du 28 décembre 1971, paraissait un manifeste s'intitulant : Les conditions d\u2019une francophonie nord-américaine originale ?Dans un enchaînement d'idées extrêmement sinueux, l\u2019auteur y préconisait en substance un rapprochement littéraire avec les Etats-Unis qui ferait pendant à celui d\u2019ordre pédagogique.Or, au cours de l\u2019année qui a suivi, les pages littéraires du Devoir ont accusé, me dit-on, une forte tendance à faire du Québec une province des Etats-Unis.Voyant les choses de l\u2019extérieur, je ne sais si les deux faits sont liés ou s\u2019ils marquent fortuitement une nouvelle étape de l\u2019assimilation.Pourquoi, lors de la grande campagne « patriotique » du Devoir contre l\u2019influence indue de la maison Hachette, Claude Lemelin n'en finissait-il plus de qualifier d\u2019étrangères les éditions françaises ?Je ne saurais dire, mais chose certaine, le fait est à rapprocher de l\u2019insistance avec laquelle les éditeurs québécois qui font de gros sous en débitant des manuels traduits cherchent des airs de famille entre Américains et nous, nous proclament nord-américains gros comme le bras et s\u2019inquiètent de notre avenir culturel en évoquant l\u2019impérialisme français.Sans doute, toute cette agitation doit être courtelinesque et ravissante aux yeux des dirigeants québécois de McGraw-Hill, fer de lance de la pénétration pédagogique des Etats-Unis dans les pays satellites.Enfin, élargissons le problème et interrogeons-nous sur les attitudes colonisée et néo-colonisée.J\u2019illustrerai la première par une anecdote toute simple qui remonte au temps de mon enfance.Quelques hommes d'affaires de Québec s\u2019étaient groupés pour fonder une société d\u2019assurance-vie.Leurs représentants parcouraient la province à la recherche des capitaux nécessaires.Ils faisaient vibrer la corde patriotique, mais plus honnêtement, je pense, que les « patriotes de 1972 ».Le hasard me fit assister à une conversation entre POUR UNE OPTION CULTURELLE 617 l\u2019un de ces représentants et un notable de petite ville.Celui-ci écouta attentivement l\u2019exposé, puis soudain prit la parole : « Mais vous êtes complètement fou ! Une compagnie d\u2019assurance qui ne serait pas dirigée par des Anglais .on aura tout vu ! » Nous en sommes là dans le domaine de la pédagogie, mais vis-à-vis cette fois du néo-colonisateur, c\u2019est-à-dire de l\u2019Américain.La situation me semble plus grave qu\u2019à l'époque où furent fondées la Survivance et la Solidarité.Voici pourquoi : premièrement, le colonisé d\u2019hier, fervent de la reine Victoria, de Georges V ou de Disraëli, se ménageait des domaines réservés : l\u2019école, la pratique religieuse, la famille, les lectures, etc.; le néo-colonisé d\u2019aujourd\u2019hui, par contre, cède plus ou moins sur toute la ligne ; deuxièmement, le néo-colonisateur américain a réussi à brouiller chez nous le sens de l\u2019identité et des origines, ce à quoi n\u2019étaient parvenus ni les Anglais ni les Anglo-Canadiens ; troisièmement, l\u2019une des fonctions de l\u2019enseignement américain est d\u2019intégrer tous les éléments d\u2019une population hétérogène ; il en résulte une sorte de messianisme négateur des autres cultures, dont la nôtre ; dans le système issu du rapport Parent, les jeunes Canadiens-Français aux études sont un peu comme des immigrés soumis au processus de l\u2019acculturation, \u2014 en termes sociologiques, \u2014 c\u2019est-à-dire obligés de s\u2019adapter à la culture officielle, soit celle du « melting-pot » ; le terme d\u2019« émigrés culturels » leur conviendrait mieux, mais il est impossible car ces émigrés ne partent pas : ils sont déracinés, mais ils restent sur place.quatrièmement, l\u2019anglo-américain écrit est atteint d\u2019un mal que certains auteurs appellent « mumbo-jumbo » ; la pédagogie est particulièrement touchée ; l\u2019effet hébétant de ce jargon hermétique et pompier compromet 618 L'ACTION NATIONALE probablement nos possibilités de prise de conscience ; de toute façon, il n\u2019incite sûrement pas à des analyses précises et audacieuses ; cinquièmement, le « marketing » sauvage des superéditeurs ne saurait favoriser la confiance, le dynamisme et la liberté d\u2019esprit chez les pédagogues québécois ; au contraire, il accrédite le mythe écrasant des superéditions à super-budgets ; aussi nos auteurs en puissance songent-ils surtout à traduire des modèles américains, sinon à les démarquer ; A propos, le sociologue britannique Stanislav An-dreski, imperméable à la publicité impérialiste, estime que l\u2019école américaine est la moins efficace de toutes, qu\u2019il n\u2019y a guère qu\u2019aux Etats-Unis qu\u2019après douze années d\u2019études des jeunes gens et des jeunes filles ne sachent pas lire, au sens plein du mot, mais puissent quand même entrer à l\u2019université ; sixièmement, la satellisation par les Etats-Unis succède ou s\u2019ajoute à deux autres formes de colonialisme également véhiculées par l\u2019anglais ; il y a par conséquent effets cumulatifs et tentation accrue d\u2019abdiquer par lassitude.Si j\u2019ai abordé ce soir la question accablante du néo-colonialisme, c\u2019est que je me représente le peuple québécois comme assez courageux pour organiser sa résistance, pour la concevoir en long et en large ainsi qu\u2019en profondeur.Quoi qu\u2019il en soit, nous ne pouvons lutter sérieusement contre le bill 63 sans nous attaquer aussi à l\u2019annexion pédagogique.Bref, je propose une prise de conscience de notre condition de triples colonisés, et plus particulièrement une action intellectuelle qui se résume en quelques points : analyser l\u2019impérialisme culturel, notamment par des études comparées sur la satellisation universitaire au POUR UNE OPTION CULTURELLE 619 Québec, au Canada anglais, en Amérique latine et dans les pays européens appartenant à la zone d\u2019influence russe ; définir l\u2019annexion pédagogique du Québec aux Etats-Unis ; inciter les milieux de l\u2019éducation à élaborer une pédagogie franco-québécoise dynamique, critique et émancipatrice ; chercher une solution coopérative ou étatiste au problème de l\u2019édition scolaire ; préconiser la transformation de cette foire d\u2019empoigne en service public.Je vous soumets ce programme d\u2019action et vous invite à collaborer, s\u2019il vous intéresse, si vous y croyez, si vous l\u2019approuvez.Evidemment, le projet que je viens de vous exposer n\u2019est pas limitatif.Dans l\u2019immédiat, je considère moi aussi comme essentiel que tous les Québécois qui ont conservé le sens de l\u2019honneur et de la solidarité, malgré tant de brimades, dénoncent la loi 63.Cette loi, que je viens de relire, est non seulement un affront aux Canadiens-Français, mais un outrage au régime parlementaire.Je veux dire par là qu\u2019elle n\u2019a pu être l\u2019oeuvre de législateurs élus et libres, mais celle d'une Assemblée réduite à la condition de fantoche.D\u2019ailleurs, nous pouvons nous demander où a été rédigée la loi 63, qui pue la traduction.Enfin, songeons qu\u2019en droit civil la violence exercée contre celui qui a contracté une obligation est cause de nullité.Devant un tribunal populaire, nous pourrions sans doute invoquer contre la loi 63 le vice de violence.Jérôme Proulx serait sans doute un témoin à charge : il a été expulsé du parti et a connu le chômage pour avoir voté contre l\u2019odieuse loi. 620 L'ACTION NATIONALE Nous pourrions peut-être invoquer le dol, qui se définit : manoeuvres frauduleuses, mensonges dont une personne use pour en tromper une autre à l'occasion d\u2019un contrat.Tout compte fait, la loi 63 est probablement nulle pour toutes ces raisons.Il s\u2019agirait d\u2019en prendre conscience et de le faire savoir.A mon avis, la violence et le dol la condamnent devant le tribunal des honnêtes gens.C\u2019est cela la vraie démocratie. DOSSIER À PROPOS DU RAPPORT GENDRON Cette langue qui nous divise par Guy Bouthillier, professeur, Département des sciences politiques, Université de Montréal (1).1\u2014Conférence qui restera comme une analyse profonde de notre malaise national, prononcée au Congrès annuel de la Société Saint-Jean-Baptiste, à Montréal, le 10 mars 1973. 624 L\u2019ACTION NATIONALE Historique et motivations La bataille pour le français au Québec est chose très ancienne, car elle remonte \u2014 certains ont intérêt à l\u2019oublier \u2014 à l\u2019annexion du Québec à l'Empire britannique suite à la défaite militaire de 1759.Cette bataille a pris au cours des siècles des formes multiples et variées.Jusque vers le milieu du XXe siècle la défense du français a été marquée par la modération et le conservatisme.Les traits de cette bataille sont connus : lutte dans le cadre et le respect des institutions politiques existantes, les militants du français allant même jusqu\u2019à faire de leur langue une des garanties du nationalisme canadien ; propension à ramener la lutte linguistique à une pure question de correction grammaticale et lexicale, comme en témoignent les nombreuses campagnes en faveur du « bon parler français » ; acceptation de la dualité linguistique du Québec qui traduisait à la fois une admiration des Anglais et un sentiment d\u2019impuissance à leur imposer le français ; liaison enfin entre défense de la langue française et défense de la religion catholique.Bref, la langue française étant la langue d\u2019un peuple assiégé, la lutte pour cette langue a été un long combat défensif.Telle était la caractéristique essentielle du combat mené pendant deux siècles pour le français.Promotion positive Mais vers le début des années 60, le bilan de ces efforts devait commencer à apparaître négatif.Aussi, sous la formidable poussée de la remise en cause collective qui remue le Québec depuis une douzaine d\u2019années, une nouvelle stratégie s\u2019est fait jour.Tirant les conclusions de l\u2019échec des efforts entre- CETTE LANGUE QUI NOUS DIVISE 625 pris pour assurer la promotion du français sur le plan pan-canadien, et constatant les menaces de la pratique continue et massive du bilinguisme, des Québécois ont commencé à appeler à lutter en faveur de l\u2019unilinguisme français.Cette stratégie nouvelle représente une attitude dynamique et conquérante, et pour la première fois, tend à réduire l\u2019anglais à une position défensive.Par ailleurs, ce renversement d'attitudes qui, soulignons-le au passage, représente déjà une victoire pour les partisans du français, contraint du même coup les adversaires de l\u2019unilinguisme français à se ranger du côté des défenseurs de la langue anglaise au Québec, tant il est vrai que le rapport de forces entre les deux langues rend vaine toute position « centriste ».On constate donc que l\u2019affrontement actuel des langues est dominé par deux grandes tendances : d\u2019un côté, les partisans de l\u2019unilinguisme français et de l\u2019autre les défenseurs du maintien des positions de l\u2019anglais au Québec.Si l\u2019opposition entre ces deux tendances recoupait l\u2019opposition entre les Québécois et les Anglo-Canadiens installés sur leur territoire, la situation serait claire.Mais tel n'est pas le cas, car bon nombre de Québécois se rangent, sous couvert de défense du bilinguisme, parmi les partisans de l\u2019anglais.On voit donc aujourd\u2019hui les Québécois, qui ont longtemps paru unanimes dans leurs attitudes politiques à l\u2019égard de la langue, s\u2019affronter entre partisans du français et défenseurs de l\u2019anglais.Comme ces tendances se forment en fonction des positions à l\u2019égard de l\u2019anglais, on doit en conclure \u2014 et la chose paraîtra paradoxale aux uns, tragique aux autres \u2014 que c\u2019est l'anglais qui est le ferment de discorde chez nous. 626 L'ACTION NATIONALE L'enjeu véritable Ce combat présente un aspect passionnel et acharné, comme le sont tous les combats fratricides.Cela découle moins des projets mis de l\u2019avant de part et d\u2019autre que de l\u2019esprit et, tranchons le mot, de l\u2019idéologie qui anime chacun de ces courants de pensée.L\u2019opposition entre les deux tendances n\u2019en est, par conséquent, que plus profonde.Cela tient au fait que la question linguistique recoupe l\u2019ensemble de la question nationale des Québécois dans ses dimensions politiques, économiques et sociales et qu\u2019il devient ainsi impossible et illusoire de séparer les mobiles et les conséquences du combat linguistique des mobiles et des conséquences des autres combats que mènent les Québécois.Il suffira, pour se convaincre du caractère profond de cet affrontement, de souligner le fait que l\u2019opposition entre les deux tendances tend à rejoindre, lorsqu'elle n\u2019en découle pas directement, l\u2019opposition entre partisans et adversaires de l\u2019indépendance du Québec.Le débat linguistique se confond ainsi, vous le voyez, avec le débat politique et cette étroite intimité des deux questions rend compte, s\u2019il était nécessaire, du caractère violent de cette opposition.I - La tendance de l'unilinguisme français Des deux tendances en présence, c\u2019est celle de l\u2019unilinguisme français qui est minoritaire \u2014 du moins à ce jour.Cela ne saurait étonner quand on sait que cette idée, voici encore une douzaine d\u2019années, était presque totalement inconnue au Québec.Fait significatif toutefois et qui, par-delà les apparences, devrait être un motif de satisfaction pour ses partisans, cette idée ne cesse de gagner du terrain.Au début des années soixante, l\u2019idée n\u2019appartenait qu\u2019aux chapelles intellectuelles qui venaient de lancer CETTE LANGUE QUI NOUS DIVISE 627 timidement le thème de l\u2019indépendance du Québec.Mais en dix ans, cette idée a renforcé son emprise sur les intellectuels, les écrivains et les enseignants \u2014 singulièrement sur les professeurs de français \u2014 bien à même de comprendre les méfaits du bilinguisme tel que pratiqué au Québec.Elle a aussi mordu sérieusement sur le nationalisme classique comme en témoignent les prises de position répétées des sociétés Saint-Jean-Baptiste et elle a pris pied récemment parmi les milieux du syndicalisme ouvrier et agricole, comme en fait foi la présence des grandes centrales syndicales au sein du Mouvement Québec Français.Faut-il essayer d\u2019identifier davantage les éléments qui composent cette tendance ?La chose n\u2019est pas facile, car il existe toute une gamme d\u2019attitudes, allant de l\u2019unilinguisme pur et dur de l\u2019ex-Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale et du Mouvement pour l\u2019intégration scolaire jusqu\u2019aux propositions avancées par des groupes qui, par tactique, vieil attachement au bilinguisme ou tout simplement par crainte des Anglais, se déclarent partisans de formules plus nuancées, notamment sur le plan scolaire.C\u2019est ainsi que beaucoup de nationalistes chicanent le Parti Québécois pour ses positions linguistiques.Certes, le Parti Québécois n'a recueilli la succession du Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale, que sous bénéfice d\u2019inventaire et sa position sous-estime peut-être la force de résistance d\u2019un groupe qui se résignera d\u2019autant plus mal à son statut, nouveau pour lui, de minoritaire qu\u2019il conservera de solides appuis, même après l\u2019avènement du Québec souverain.Mais parions que la dynamique de l\u2019indépendance nationale sur laquelle fait fond ce parti constitue le plus sûr garant que les propositions linguistiques du Parti Québécois représentent, au-delà des formules et des étiquettes, une des formes possibles que pourrait prendre l\u2019unilinguisme français au Québec. 628 L\u2019ACTION NATIONALE Un point commun, en tout cas, rapproche ces divers éléments : c\u2019est la constatation que le rétablissement des positions du français passe par l\u2019action massive et soutenue de l\u2019État.Cette thèse est nouvelle au Québec car chez nous la puissance publique n\u2019a qu\u2019exceptionnellement fait peser son poids sur la situation linguistique (une des premières manifestations de cette idée nous apparaît appartenir à Jean-Paul Desbiens du temps où il était encore le Frère Untel et qu\u2019il écrivait : « Quand je pense (.), je pense liberté ; quand je veux agir, c\u2019est le dirigisme qui pointe l\u2019oreille.Il n\u2019est d'action que despotique.Pour nous guérir, il nous faudrait des mesures énergiques.La hache ! la hache ! c\u2019est à la hache qu'il faut travailler »).Mais l\u2019idée du dirigisme politique en matière de langues est maintenant partagée par tous les éléments de cette tendance qu\u2019elle sépare nettement du camp opposé, retranché solidement \u2014 la commission Gendron vient de nous le rappeler \u2014 derrière son refus de toute action dirigiste véritable en matière linguistique.Sorti de ce commun dénominateur, toutefois, les propositions varient.Tous s\u2019entendent du moins pour constater que l\u2019action ne réussira que si elle porte à la fois sur la langue de l\u2019État, la langue de l\u2019école et la langue de l\u2019économie, étant entendu que si l\u2019action sur le plan de l\u2019État est plus facile, parce que susceptible d\u2019effets immédiats, celle sur les plans de l\u2019école et de l'économie est plus importante, mais présente toutefois plus de difficultés d\u2019application.II - La tendance du maintien des positions de l'anglais L\u2019affirmation du projet unilinguiste a provoqué une réaction de défense de la part des tenants de l\u2019anglais qui constituent la deuxième tendance dans l\u2019affrontement linguistique actuel.Si les défenseurs des positions de l\u2019anglais ne se recrutaient que parmi les Anglo-Canadiens CETTE LANGUE QUI NOUS DIVISE 629 installés au Québec et les immigrants qui ont choisi cette langue, la situation de l\u2019anglais ici serait sans doute profondément modifiée, car ces deux groupes réunis ne représentent que 20% de la population totale.Mais tel n\u2019est pas le cas, l\u2019anglais ayant trouvé des appuis, jusqu\u2019ici décisifs, auprès de la majorité de langue française.Car bon nombre de Québécois se rangent en effet parmi les défenseurs des positions de l\u2019anglais.Au tout premier rang de ceux-ci, il faut placer le gouvernement du Québec lui-même.Cette attitude répond sans doute à une certaine logique : puisque dans ce débat, défense du bilinguisme et défense du fédéralisme sont devenues à peu près synonymes, il est normal que les gouvernements fédéralistes du Québec, et leurs porte-voix, comme le sont par exemple les commissaires de la Commission Gendron, se mettent au service de la défense de l\u2019anglais.Certes, les pouvoirs publics québécois ne peuvent, sous peine de se voir accusés de forfaiture, rester insensibles à l\u2019analyse faite par les unilinguistes.Aussi plusieurs déclarations de ministres et divers passages du rapport Gendron traduisent-ils le désir, sans doute sincère, d\u2019améliorer la situation linguistique des Québécois.Diverses mesures ont d\u2019ailleurs été prises par les premiers, et suggérées par le second.Toutes ces mesures, cependant, sont marquées au coin du respect du bilinguisme et traduisent même le plus souvent le dessein de pousser plus avant la bilinguisation des Québécois eux-mêmes, le gouvernement québécois et son féal, la commission Gendron, répétant à qui veut l\u2019entendre leur refus de porter atteinte aux positions de l\u2019anglais par des mesures dirigistes, notamment par des dispositions législatives, seul moyen de rétablir la situation du français.Cette politique, apparue avec éclat lors de l\u2019affaire de Saint-Léonard, vient d\u2019être confirmée par le refus de la commission Gendron de toucher au désormais célèbre bill 63.Cette politique aboutit à un véritable paradoxe : les pouvoirs publics acceotent de mettre la force 630 L'ACTION NATIONALE de la loi au service de l\u2019anglais (car tel est le sens profond de ce bill) mais s\u2019interdisent ce recours pour assurer la défense et l\u2019expansion du français, langue qui est pourtant celle de la majorité.Comment expliquer ce paradoxe ?Sans doute, par la situation dans laquelle se trouve le gouvernement.Celui-ci est engagé, en effet, dans une politique économique qu\u2019il fait benoîtement dépendre de la bonne volonté de capitalistes anglo-saxons, comme en témoignent notamment les pérégrinations de notre Premier Ministre, qui, tel un cabri excité, va sauter de marché financier en marché financier implorant la venue d\u2019investissements étrangers.Dans ces conditions, il devient très difficile au gouvernement de donner l\u2019impression de brimer la langue de ceux dont il fait dépendre le succès de sa politique.D\u2019autant plus que les milieux d\u2019affaires du Québec ne se privent pas de prévenir les autorités des dangers d\u2019une politique trop ferme de promotion du français.Mais le gouvernement tenterait-il réellement de durcir son action linguistique qu\u2019il ne pourrait sans doute pas compter sur les Québécois eux-mêmes.Car il se trouve de nombreux Québécois, appartenant à tous les secteurs de la vie nationale, pour se ranger parmi les défenseurs de l\u2019anglais.Cette attitude tient à plusieurs causes.Dans certains cas, il y a acquiescement en quelque sorte par défaut : c\u2019est celui des Québécois qui vivent hors de Montréal et qui, sauf diverses exceptions localisées, ne subissent pas de ce fait, ou à un bien moindre degré, la pression constante de l\u2019anglais.Dès lors, ces Québécois, qui constituent encore la majorité de leur groupe national, ne sont guère portés à soutenir une politique visant à réduire une menace dont ils ne perçoivent pas la gravité.Mais il y a un autre facteur sans doute plus fondamental : l\u2019existence de longue date au Canada français CETTE LANGUE QUI NOUS DIVISE 631 d\u2019un sentiment d\u2019attachement à la langue anglaise, qui apparaît bien souvent à ceux qui ne la parlent pas comme le moyen le plus sûr de promotion sociale et à ceux qui la possèdent comme la condition du maintien d\u2019une position sociale privilégiée.Cette attitude, qui s\u2019apparente, chez plusieurs, à un véritable parti pris anglais, ne se limite pas seulement à des questions de langue.Comme l\u2019observe en termes lourds de signification l\u2019ethnolinguiste Gilles Lefebvre, « nous sommes censés détester l\u2019Anglais mais sa langue, sa mentalité, son prestige économique nous entrent dans la peau ».Cet attachement à l\u2019anglais, qui est particulièrement profond au sein du monde des affaires, qui ne cesse de vanter les mérites de la connaissance de l\u2019anglais, constitue sans nul doute un obstacle des plus sérieux pour tout programme tendant à obtenir avec les différentes ressources de l\u2019État, y compris le recours à la loi, une transformation complète de la situation linguistique du Québec.Plusieurs facteurs expliquent sans doute ce comportement, parmi lesquels figure en bonne place la confusion savamment entretenue sur la notion d\u2019unilinguisme dont certains s\u2019emploient à faire croire qu\u2019il se traduira par la disparition totale de l\u2019anglais, y compris comme langue seconde dans les écoles françaises.Mais il semble que c\u2019est surtout en présentant le débat sous son é-clairage économique que l\u2019on est arrivé à faire ranger les Québécois du côté des Anglo-Canadiens.La tendance du maintien des positions de l\u2019anglais est dominée, en effet, par des considérations économiques.C\u2019est la caractéristique essentielle de cette tendance.La stratégie de défense consiste alors à présenter l\u2019anglais comme la condition de la prospérité matérielle du Québec et le français comme le symbole de l\u2019impuissance matérielle et de la médiocrité économique, selon la simplification grossière qui sous-tend les déclara- 632 31VN0I1VN NOliOV.T tions de plusieurs dirigeants de l\u2019économie et de la politique.La voie devient ainsi clairement tracée : les Québécois soucieux de progrès économique et d\u2019amélioration de leur niveau de vie sont invités à accepter le maintien au Québec de l\u2019anglais quand ils ne sont pas conviés au culte de cette langue, culte qui, dans les circonstances, s\u2019apparente étrangement à celui du veau d\u2019or.Cette stratégie qui, sou!ignons-le au passage, valorise l\u2019anglais, non pas comme une des langues de la fédération canadienne, mais bien comme langue du capitalisme nord-américain, pèse sans doute d\u2019un grand poids sur un peuple qu\u2019on a toujours élevé dans la pensée que seuls les Anglo-Saxons sont doués pour les affaires et les réalisations techniques.Mais en déplaçant, comme ils le font, la question linguistique du plan politique au plan économique, les partisans de l\u2019anglais aboutissent à une véritable négation de l'État.C\u2019est la deuxième caractéristique de cette tendance.Les partisans de cette tendance ont vite compris, en effet, que seule une éventuelle action de l'État pourrait menacer l\u2019anglais au Québec.Leur stratégie consiste alors à refuser à l\u2019État tout recours au dirigisme linguistique, qu\u2019ils jugent aussi injuste qu\u2019inefficace.« Inciter, mais non contraindre », tel est le leitmotiv rassurant qui revient partout, notamment dans le rapport Gendron.Ce refus du dirigisme aboutit, à la limite, à la négation de l\u2019État : que serait, en effet, un État dépourvu du recours à la contrainte ?On sait que l\u2019argument de l\u2019incapacité de l\u2019État a été utilisé tout au long de l\u2019histoire pour obtenir ou légitimer l\u2019inaction des autorités à l\u2019égard de privilèges fortement ancrés dans la réalité sociale.Il n'est pas surprenant, par conséquent, que cette idée figure en bonne place dans la panoplie de milieux d\u2019affaires attachés au libéralisme.Qu'elle soit reprise sans CETTE LANGUE QUI NOUS DIVISE 633 examen par le personnel politique, voilà qui est cependant plus inquiétant.Cette disqualification de l\u2019État a pour principal effet de laisser le champ libre au pouvoir économique.Les dirigeants de l\u2019économie refusent à l\u2019État les moyens de sa politique linguistique, ce qui, du coup, leur permet d\u2019imposer leur propre politique en matière de langue.On débouche ainsi sur une contradiction : la contrainte est jugée injuste lorsqu\u2019elle est d\u2019origine politique, mais elle devient acceptable sinon bienfaisante lorsqu\u2019elle est d\u2019origine économique.En d\u2019autres termes, l\u2019État ne peut avoir de politique, là où les dirigeants de l\u2019économie pratiquent la leur.Le refus du dirigisme politique en matière linguistique se fait au nom de la défense des droits individuels.Car, selon la tendance favorable à l\u2019anglais, les individus \u2014 et non les collectivités nationales \u2014 ont seuls des droits en matière de langues.C\u2019est le troisième trait dominant de ce courant.Ici apparaît le thème du droit des parents \u2014 citoyens et non citoyens \u2014 à l\u2019école de leur choix, thème venu fort à propos faire échec aux tentatives de francisation de l\u2019école, notamment de l\u2019école anglo-catholique laquelle, destinée à l\u2019origine aux seuls Irlando-catholiques, a été détournée de son but premier pour devenir une immense machine d\u2019anglicisation des immigrants.Or, il est faux de prétendre, comme on le fait, qu\u2019il existe une tradition de choisir la langue d'enseignement.Ce qui a toujours existé au Québec, c\u2019est la pratique pour les Anglo-Canadiens et les Québécois d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école de leur langue maternelle.Les parents québécois ne choisissent pas d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école française ; ils le font tout naturellement.C\u2019est une adhésion spontanée ; ce n\u2019est pas un choix longuement débattu.(Observons cependant qu\u2019il s\u2019est toujours trouvé une petite minorité de Québécois pour envoyer leurs en- 634 L\u2019ACTION NATIONALE fants à l\u2019école anglaise).Il en est de même pour les parents anglais.Seuls les immigrants d\u2019une langue autre que l\u2019anglais ou le français paraissent en position de choix véritable.C'est, du reste, avant tout pour ces derniers que le thème du droit des parents a été introduit dans le débat.Mais, même dans leur cas, le choix n\u2019existe pas véritablement.La situation économique du Québec est telle, en effet, que les immigrants adhèrent, massivement, et, pour tout dire, spontanément à l\u2019école anglaise.Dans ces conditions, invoquer le libre choix des parents, c\u2019est refuser à l\u2019État les moyens d\u2019assimiler à la langue de la majorité ceux que l\u2019économie assimile si bien à celle de la minorité.Conclusion Au moment de conclure, il convient de s\u2019interroger sur le sens du combat actuel pour le français.Sans entrer ici dans une discussion détaillée qui excéderait le cadre de cet exposé, il nous apparaît comme une évidence que la revendication linguistique ne prend tout son sens que comme partie d\u2019un effort de libération intégrale.Nous hésiter ons cependant à dire que cette défense ne mérite pas d\u2019être entreprise si les perspectives de cette libération semblent encore relativement lointaines.Dans une situation donnée d\u2019aliénation politique et d\u2019exploitation sociale, la langue peut constituer et constitue, en de nombreux cas, un facteur supplémentaire de discrimination.Dès lors i\u2019aitération et la disparition progressive des infériorités linguistiques peut constituer une diminution du fardeau supporté par les éléments dominés, une contribution non négligeable à l\u2019oeuvre de libération et, probab\u2019ement meme, une incitation à la recherche d\u2019une libération plus comp'ète.En d\u2019autres termes, il ne nous paraît pas légitime de contester, par principe, les CETTE LANGUE QUI NOUS DIVISE 635 efforts tendant à la suppression de l\u2019aliénation linguistique, car cette aliénation aggrave la situation de ceux qui la subissent et limite, de plusieurs manières, leur capacité de résistance à l\u2019exploitation sociale et politique.Sans méconnaître les risques d\u2019une dissociation des fronts, il ne nous semble pas nécessairement contraire à l\u2019objectif global visé que la lutte prenne des rythmes différents selon les secteurs.Il s\u2019agit simplement de ne pas perdre de vue le dessein général.En définitive, le destin final du français réside dans l\u2019évolution du rapport de forces politiques au Québec.Majoritaires et maîtres chez eux, les Québécois conservent la possibilité d\u2019adopter des solutions qui neutralisent les facteurs défavorables à leur langue.Toute l\u2019expérience contemporaine établit qu\u2019au prix de l\u2019acceptation de certains risques, il demeure possible d\u2019agir sur l\u2019orientation des déterminismes géographiques et économiques.Mais il ne faut pas oublier qu\u2019une langue ne saurait vivre et prospérer que si le peuple qui la parle, parvient à se saisir de tous les fils de son existence collective. 636 L'ACTION NATIONALE VOYAGE D\u2019ÉTÉ DU 26 JUIN AU 17 JUILLET 1973 VISITEZ ISRAËL - TURQUIE - GRÈCE © $1250.par personne à raison de 2 par chambre ; \u2022\tgroupe limité à 30 passagers ; © autocar privé ; \u2022\thôtels de première classe ; ® prospectus sur demande.Ecrivez ou téléphonez : JEAN GENEST, 25 ouest, rue Jarry, Montréal.Tél.: 387-2541. L'esprit ou la philosophie inacceptable du Rapport Gendron par le Mouvement Québec Français 638 L'ACTION NATIONALE La Commission Gendron nous a rendu le service, sans doute immense, d\u2019avoir clairement établi les droits du Québec en matière de français, nettement décrit la condition linguistique périlleuse et injuste des francophones du Québec, et indiqué les objectifs que le gouvernement du Québec doit poursuivre.Elle a lamentablement failli au plan de l\u2019élaboration concrète des moyens d\u2019assurer le respect des droits, de redresser les injustices et d'atteindre efficacement les objectifs indiqués.C\u2019est que le Rapport Gendron nous apparaît tout pénétré de la double philosophie politique, idéaliste et moutonnière du côté de ses membres francophones, empirique et irréductible dans la protection de ses intérêts envers et contre tout droit, qui caractérise la mentalité anglo-saxonne.La rencontre des deux, dans toute notre histoire, a presque toujours donné des solutions comme celles que propose le Rapport Gendron : donner aux Canadiens-Français de grandes satisfactions de principe ; leur imposer ou les convaincre ensuite de ne rien faire en pratique pour y donner suite, de compter sur le temps, la patience, la largeur de vue traditionnelle au Québec et le « fair play » britannique pour que tout s'arrange par la conviction et l\u2019incitation.Puis, quand au bout du temps de la patience, rien ou à peu près rien n\u2019a été corrigé, on fait valoir qu\u2019il est trop tard, que les situations sont trop changées, que certaines choses ne sont plus possibles ou trop dangereuses, etc .et on réclame encore de la patience, de la générosité, pour le reste ! Cette fois-ci, le procédé dépasse d\u2019ailleurs les bornes, car la question en jeu est telle que les anglophones réclament qu\u2019on leur donne à eux aussi des principes, en plus de les laisser libres de faire à peu près tout ce qu\u2019ils veulent dans les faits.La Commission tranche sur le plan juridique la question du droit du Québec de proclamer le français seule langue officielle, et lui recommande de le faire incessamment.Mais du même coup, L'ESPRIT OU LA PHILOSOPHIE INACCEPTABLE DU .639 elle annule tous les effets bénéfiques d\u2019une telle proclamation en demandant au Québec de proclamer aussi l'anglais langue nationale du Québec sur un pied d\u2019égalité avec le français à ce titre, et cela tout particulièrement en laissant aux anglophones tous leurs privilèges en matière d\u2019enseignement (non révocation immédiate du « bill » 63) et de langue de communication avec l\u2019Etat québécois.Vrai micmac qui ne peut conduire qu\u2019à des imbroglios juridiques sans nom ; et à notre défaite devant la Cour Suprême du Canada qui devra se prononcer, pour le moment, en dernière instance dans toute cause qui résulterait de cette innovation dans notre droit.Cette position est d\u2019ailleurs totalement incompatible avec les droits du Québec, qui n\u2019est pas un pays quadrinational comme la Suisse, mais un pays exclusivement français de par son histoire, son identité culturelle et les constitutions sous lesquelles il a vécu.Le Rapport Gendron a ici complètement ignoré le caractère propre de la nation québécoise, dont les racines constitutionnelles sont bien établies dès les constitutions de 1774 et 1791.Il n\u2019a considéré le Québec que comme étant une division administrative provinciale d\u2019un grand Canada bilingue, mais se caractérisant par le caractère linguistique francophone de sa majorité.L\u2019élévation de l\u2019anglais au rang de langue nationale du Québec constituerait, de la part de notre Assemblée Nationale, une intolérable trahison de nos droits nationaux les plus sacrés à la possession nationale du territoire québécois.Quant aux conclusions pratiques de la Commission, la moitié au moins des 92 recommandations du Rapport Gendron ne sont que des voeux pieux sur des choses qui devraient se faire si ., mais ne devraient pas se faire si .du moins d\u2019ici cinq ans.Délai de peur ou d\u2019astuce, selon qu\u2019il s\u2019agit des francophones ou des anglophones, au bout duquel la situation ayant vraisemblablement empirée, ceux qui ont le gros bout du bâton, c\u2019est-à-dire les anglophones devant l\u2019impuissance de nos 640 L'ACTION NATIONALE gouvernements, seront encore plus forts, mieux retranchés, plus nombreux encore par l\u2019assimilation des immigrants.Ils rendront encore plus difficile ou plus impossible toute politique valable.Quant aux quelques propositions plus concrètes, elles ne dépassent pas en précision ce qu\u2019on peut trouver déjà dans un projet de législation qui circule dans les ministères depuis cinq ans.A cet égard, le Rapport se révèle un tissu des contradictions entre la description critique de la situation et la volonté de justifier la politique d\u2019incitation : \u2014 Le français n\u2019est pas aussi mal portant qu\u2019on l\u2019affirme mais l\u2019anglais le menace sérieusement.\u2014 Le français doit avoir l\u2019appui vigoureux de l\u2019Etat mais l\u2019Etat doit faire l\u2019économie des mesures coercitives.\u2014 Le français est seule langue officielle du Québec mais tous les documents importants de l\u2019Etat seront bilingues.\u2014 Le français est reconnu bien national par la Commission Gendron mais la même Commission maintient la loi 63 qui reconnaît la langue comme un bien des familles et des individus.Le plus invraisemblable de toutes les prudences du Rapport Gendron tient bien dans la recommandation de laisser traîner le « bill » 63 encore trois à cinq ans, malgré la gravité des faits dont la Commission a été saisie.Si les commissaires sont honnêtes dans les objectifs proposés au Québec de « faire du français la langue commune des Québécois », comment peuvent-ils considérer l\u2019attente possible qui permettra à tous les enfants d\u2019immigrants de continuer à s\u2019inscrire à l\u2019école anglaise, alors que les chiffres démontrent que 95%, de ceux qui fréquentent l\u2019école anglaise optent finalement pour la langue anglaise dans la langue parlée à la maison, alors qu\u2019à 75% ils optent pour le français s\u2019ils fréquentent l\u2019école française.L\u2019école française dès maintenant pour tous ceux qui n\u2019ont pas commencé à fréquenter l\u2019école L'ESPRIT OU LA PHILOSOPHIE INACCEPTABLE DU .641 anglaise, ainsi que le propose le MQF, est la première chose à décréter si l\u2019on veut vraiment tendre vers la langue française, langue commune des Québécois.Autrement dit, et ainsi que nous l\u2019avons maintes fois déclaré, nous n\u2019avions pas besoin de la Commission Gendron pour savoir s\u2019il fallait, politiquement, proclamer le français seule langue officielle au Québec.Il n'y avait pour le gouvernement et la nation qu\u2019à savoir ce qu\u2019ils voulaient, nos droits étant clairs.Ce que la Commission Gendron aurait pu nous apporter de valable, c\u2019est-à-dire des précisions techniques sur la législation, etc., elle ne l\u2019a pas fait.Ses recommandations équivalent finalement à nous proposer de donner un grand coup d\u2019épée dans l\u2019eau pour nous défouler, et de continuer à nous soumettre au jeu des forces dont son analyse indique elle-même qu\u2019elles ne peuvent tourner que contre nous.Le MQF demande donc à tous les Québécois de s\u2019unir, maintenant qu\u2019est paru le Rapport Gendron, pour forcer le gouvernement à proclamer sans délai le français seule langue officielle du Québec et à retirer le « bill » 63 selon les demandes formulées par le MQF.MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS.(Tél.: 866-1387) Cette commission Gendron par l\u2019Association québécoise des professeurs de français CETTE COMMISSION GENDRON 643 La Commission Gendron vient donc d\u2019indiquer au Gouvernement de se hâter avec lenteur, de se montrer ferme en sauvegardant les privilèges, de se franciser avec des sous-titres anglais.On vient de suggérer au Québec de faire un pas en avant dans le statu quo.Nous avons tout lieu de croire que le Gouvernement fera bientôt du français une question électorale.Sur des airs connus, l\u2019on chantera les refrains d\u2019usage : l\u2019économie OU le français, l'Amérique OU le français, le pain quotidien OU le français.Ou encore : le ghetto ET le français, la pauvreté ET le français.En attendant, l\u2019on affirme aux francophones que la Commission Gendron ne propose pas le bilinguisme, et aux anglophones, qu\u2019on ne propose pas l\u2019unilinguisme.Cinq commissaires auront mis quatre ans à écrire un texte obscur, qui dit noir et qui dit blanc, qui dit oui et qui dit non, un texte ambigu qui aura pour caractéristiques celles d\u2019être timoré et insidieux.La Commission Gendron passera à l\u2019histoire au même titre que la loi 63 comme une infamie.Cette Commission royale d\u2019enquête qui utilise le français pour une partie seulement de son rapport s\u2019en sert pour chanter une autre berceuse aux Québécois francophones.On veut nous dire qu\u2019au fond le français se porte bien, sauf à Montréal.Montréal vendu et monnayé en anglais à la petite semaine n\u2019apparaît pas aux commissaires comme microcosme du Québec.Que des commissaires francophones soient aussi peu audacieux, aussi peu lucides sur la réalité linguistique québécoise, dit assez que cette Commission aura servi jusqu\u2019à la fin à un Gouvernement démissionnaire.Nous savons déjà que, dans la conjoncture politique actuelle, le Québec sera bilinguisé, que d\u2019autres écoles françaises de Montréal et d'ailleurs fermeront leurs portes et surtout que les écoles anglaises continueront de grassement subsister à la faveur de l\u2019anglicisation massive des nouveaux immigrants.Les professeurs de français et les professeurs francophones 644 L'ACTION NATIONALE seront de plus en plus nombreux demain à devenir des chômeurs instruits.Dix ans après Il y a dix ans, au début de la révolution tranquille, les membres de la Commission Parent écrivaient : « Le Gouvernement du Québec tout entier doit (.) adopter des mesures très fermes pour protéger le français non seulement dans les écoles et universités, mais dans toute la vie française.C\u2019EST PARTICULIÈREMENT URGENT À MONTRÉAL.L\u2019administration provinciale et les services publics, la vie industrielle et commerciale, l\u2019affichage doivent témoigner de ce respect de la langue de la majorité québécoise : il y a là une question de justice et d\u2019honneur.Aucun écolier ne prendra le français au sérieux à l\u2019école si, à Montréal particulièrement, les ouvriers, administrateurs et hommes d\u2019affaires sont obligés de parler anglais dans leur travail quotidien ou pour obtenir une promotion.» (Tome II, 621) Dix ans plus tard, la Commission Gendron nous apprend qu\u2019à Montréal particulièrement « l\u2019anglais est une langue indispensable », qu\u2019elle est une contrainte quotidienne.Est-ce pour cela que la CECM vient de voter un montant de $218,000 pour l\u2019enseignement de l\u2019anglais aux francophones ?Est-ce pour cela que la Commission Gendron aurait tant souhaité comme idéal l'école bilingue ?Est-ce pour cela que la même Commission recommande le statu quo de la loi 63 qu\u2019elle reconnaît être par ailleurs une conséquence d\u2019une politique de laisser-faire ?Que peuvent faire, dans ce contexte social, les professeurs de français ?Le français, depuis longtemps, n\u2019est plus pris au sérieux par les étudiants du Québec parce qu'il leur apparaît comme une langue inutile et CETTE COMMISSION GENDRON 645 humiliée.Nous disons cela depuis le Livre noir paru il y a trois ans ; et depuis trois ans, on nous accuse en haut lieu de faire de la politique.L\u2019AQPF accuse à son tour le Gouvernement du Québec de ne pas faire de politique, de laisser quotidiennement se détériorer la situation du français, de rendre inefficace l\u2019action désespérée de quelque 40,000 professeurs de français québécois, puis finalement, de camoufler depuis quatre ans son impuissance et ses reculs en matière de langue, derrière la Commission Gendron.Un Québec bi-national et bilingue Les recommandations du rapport Gendron, qui sous les dehors fallacieux d\u2019un appui à la langue de la majorité, consacrent un Québec bi-national et bilingue, peuvent être considérées comme hautement meurtrières.Cela est d\u2019autant plus vrai que la Commission Gendron qui recommande le maintien de la néfaste loi 63 n\u2019a pas remis la quatrième partie de son rapport devant traiter exclusivement de la langue de l\u2019enseignement.Le refus de retirer la loi 63 nous apparaît comme un acte politique venant de la part des commissaires.Les francophones feront encore les frais de la protection accordée aux anglophones menacés dans leurs privilèges.De plus, nous trouvons troublant le fait qu\u2019en même temps que le Gouvernement restreignait le mandat de la Commission d\u2019enquête, le ministère de l\u2019Education entreprenait ses propres études sur les langues d\u2019enseignement.Nous craignons que très bientôt, on ne veuille enseigner l\u2019anglais aux francophones dès la deuxième année primaire.L\u2019Association québécoise des professeurs de français pense qu\u2019cn peut revaloriser et même réformer l\u2019enseignement de l\u2019anglais comme langue seconde des francophones sans ajouter à l\u2019horaire des heures d\u2019enseignement.L\u2019apprentissage d'une deuxième et d\u2019une troisième langue moderne pourrait très bien se faire au rythme de trois heures-semaines pendant quelques années.De plus, l\u2019AQPF pense que toute réforme 646 L'ACTION NATIONALE de l\u2019enseignement de l\u2019anglais comme langue seconde au Québec ne peut se faire sans une déclaration non équivoque du français comme seule langue officielle, déclaration accompagnée de mesures fermes et coercitives, s\u2019il y a lieu.Les immigrants La note de M.Edward McWhinney concernant la situation des étrangers et aussi des citoyens naturalisés qui viennent résider au Québec eu égard à l\u2019enseignement illustre bien cette arrière-pensée de bien préserver les inst'tutions scolaires anglophones des dangers possibles d\u2019une diminution des effectifs étudiants anglophones.Par de longues remarques riches de nuances toutes théoriques, on cherche à maintenir une situation qui favorise la fréquentation des institutions scolaires anglophones par des étudiants d\u2019origine étrangère ou de toute autre province du Canada.Les conséquences du maintien de cette situation est fort grave pour la communauté francophone principalement quant à ses institutions scolaires.La diminution des naissances chez les francophones du Québec est aussi un fait chez les anglophones.Cependant, pendant que les premiers devront fermer des écoles et moins bien équiper beaucoup d\u2019entre elles, les seconds continueront de maintenir les leurs, voire même de les améliorer grâce à l\u2019effort des milieux immigrants que l\u2019on dirige insidieusement vers elles.Il y a donc un abus de précautions juridiques en refusant de favoriser l\u2019orientation des enfants des étrangers et des non-Québécois vers les écoles françaises.Il est temps aussi que l\u2019on cesse de dire que le Québec ne peut faire ce que font les autres provinces canadiennes tout en le félicitant de sa largeur de vue.Une fois encore, la note de M.McWhinney nous rappelle que les beaux principes ont souvent un revers réel.Pour le Québec le revers est plus que réel : il est cruel.C\u2019est presque un génocide. CETTE COMMISSION GENDRON 647 RÉSOLUTIONS L\u2019Association québécoise des professeurs de français demande donc, en conséquence : 1\u2014\tQue le libre choix linguistique autorisé par la loi 63 soit aboli, puisque aucun pays moderne n\u2019autorise ce choix suicidaire.2\u2014\tQue le français soit déclaré seule langue officielle de l\u2019administration, du travail, de la communication et de l\u2019enseignement, en prévoyant, pour éviter les stériles querelles fédérale-provinciales, le respect de l\u2019article 133 de l\u2019AANB.3\u2014\tQue l\u2019expression « langue nationale » pour désigner l\u2019anglais soit bannie ; que toutefois la justice enfin rendue aux francophones ne révoque pas, pour le moment, les privilèges de la minor,té anglophone du Québec.4\u2014\tQu\u2019une politique d\u2019immigration réaliste et efficace se fasse au profit de la majorité francophone.5\u2014\tQu\u2019une politique pédagogique émanant du ministère de l\u2019Education vise à la réforme totale de l\u2019enseignement du français comme langue maternelle, réforme débordant largement les objectifs du programme-cadre.6\u2014\tQue la langue qui assoit la pensée des Québécois ne devienne pas une vulgaire marchandise des prochains programmes électoraux du Québec.7\u2014\tPuisque tous les partis d\u2019opposition se sont montrés favorables au retrait de la loi 63 et à la proclamation du français comme langue officielle, que l\u2019Assemblée Nationale fasse accepter dès la prochaine session les deux projets de loi du Mouvement Québec Français dont l\u2019AQPF fait partie. Rapport sur les droits linguistiques Commentaires du Mouvement Québec Français RAPPORT SUR LES DROITS LINGUISTIQUES 649 Le second livre du rapport de la Commission Gen-dron, qui porte sur les droits linguistiques, contient de nombreuses constatations et conclusions avec lesquelles le MQF ne peut qu'être d\u2019accord.Ainsi, lorsque les commissaires constatent que le Québec, au niveau public et officiel, n\u2019a pas réussi à présenter aux étrangers un visage suffisamment français et que cet échec explique, au moins pour une part, la négligence des compagnies étrangères pour tout ce qui touche la langue française, nous ne pouvons qu\u2019approuver.De même, quand la Commission conclut à la nécessité d\u2019adopter une politique globale des langues, ou lorsqu\u2019elle déclare que le Québec possède le pouvoir « plénier et illimité » de légiférer en matière de langue d\u2019enseignement, elle ne fait qu\u2019entériner des opinions maintes fois exprimées par le MQF.Comment ne pas approuver également la conclusion extrêmement importante des commissaires selon laquelle la notion de droits acquis en matière linguistique « n\u2019a absolument aucun fondement dans notre droit », malgré toutes les tentatives qui ont pu être faites par les milieux anglophones pour accréditer cette notion au Québec, alors qu\u2019elle avait été écartée du revers de la main dans les provinces anglophones.Par contre, certains raisonnements et plusieurs conclusions du Rapport appellent les réserves les plus expresses.Ainsi, pourquoi constater avec la grande majorité des experts que le Québec possède la compétence voulue pour modifier l\u2019article 133 de l\u2019A.A.N.B.(dans la mesure où il s\u2019applique au Québec), pour ensuite ne tenir aucun compte de cet avis et restreindre indûment la compétence de l'Assemblée Nationale en déclarant que celle-ci serait tenue de respecter les privilèges conférés par cet article ?Le MQF tient à souligner qu'il s\u2019est montré disposé, dans le projet de loi qu\u2019il a soumis l\u2019an dernier au gouvernement, à reconnaître des droits minoritaires aux an- 650 L'ACTION NATIONALE glophones, y compris les privilèges de l\u2019article 133; toutefois, avec la majorité des constitutionnalistes québécois, il tient à rappeler, que cet article peut être modifié par le Québec et ne constitue point un obstacle qui ne pourrait être levé que par le Parlement britannique.Le sort fait à la langue française au Manitoba illustre parfaitement ce point de droit.Bien entendu, le MQF approuve entièrement la recommandation de la Commission demandant de faire du français la langue officielle du Québec, puisque tel était l\u2019effet du projet élaboré d\u2019un commun accord par les associations et centrales syndicales membres du Mouvement.Cependant, il rejette avec la plus grande énergie l\u2019idée de proclamer l\u2019anglais et le français comme les deux langues nationales du Québec.Le français est la langue officielle précisément parce qu\u2019il est la langue nationale du Québec.Certes, l\u2019anglais a droit à une certaine reconnaissance dictée par la réalité, mais, selon les recommandations de la Commission elle-même, la protection limitée dont on veut l\u2019entourer ne saurait en faire une langue « nationale ».Il s\u2019agit d'une langue minoritaire et telle devrait être l\u2019appellation retenue.Le vocabulaire choisi par la Commission est d'autant plus regrettable que le mot « national » n\u2019a pas le même sens en français et en anglais, en sorte qu\u2019une ambiguïté fondamentale risque d\u2019envenimer le débat de manière permanente.On comprend que la Commission ait voulu s\u2019inspirer du système suisse, mais la transposition du mot « national » dans le contexte québécois et canadien paraît aberrante.En effet, pour les uns, il s\u2019agira d\u2019une langue jouissant d\u2019une protection limitée, tandis que pour les autres, il s\u2019agira bel et bien de la langue de l\u2019Etat, puisque tel est le sens courant du mot « national » en anglais.Le MQF s\u2019opposera donc à l\u2019utilisation d\u2019un vocable qui ne peut que perpétuer les malentendus dans un domaine où il en existe déjà trop. RAPPORT SUR LES DROITS LINGUISTIQUES 651 D\u2019ailleurs, si l\u2019on interprète l\u2019expression « langue nationale » à la lumière de l\u2019ensemble du Rapport Gen-dron, on constate que l\u2019accumulation des privilèges au profit de l\u2019anglais lui confère en réalité un statut de langue quasi officielle.Si ce statut est consacré par le titre de langue nationale, nous serons en réalité en présence du bilinguisme.Le Commission aurait dû avoir le courage d\u2019appeler les choses par leur nom.MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 19 février 1973 ¦ B \u2022 Statistiques sur les origines ethniques des élèves par la Commission des écoles catholiques de Montréal. STATISTIQUES SUR LES ORIGINES 653 Le présent rapport contient un ensemble de statistiques sur le lieu de naissance, la langue maternelle et la langue parlée des élèves qui fréquentent les classes françaises ou anglaises de la Commission des écoles catholiques de Montréal.Les statistiques utilisées pour les différents tableaux sont basées sur les formules d\u2019inscription officielle du mois de mai 1972.Le nombre total des élèves qui ont rempli les formules d\u2019inscription en question est de 207,899.Ce nombre exclut les quelque 600 enfants qui ont été inscrits en mai dernier dans les maternelles de 4 ans pour l\u2019année 1972-1973.Un certain nombre de fiches ayant été retournées à la C.E.C.M.sans réponse à l'une des deux variables suivantes : la langue maternelle de l\u2019enfant et la langue parlée à la maison, il a fallu, grâce à certaines formules mathématiques, ramener les données sur ces variables à un commun dénominateur de façon que leur corrélation ne soit pas faussée.Le rapport contient les tableaux suivants : I\u2014\tSecteur français de la C.E.C.M.: répartition des élèves suivant la langue maternelle et la langue parlée à la maison II\u2014\tSecteur anglais: répartition des élèves suivant la langue maternelle et la langue parlée à la maison III\u2014\tNombre d\u2019élèves de langue française (en chiffres absolus) fréquentant le réseau anglais IV\u2014\tNombre d\u2019élèves de langue anglaise (en chiffres absolus) fréquentant le réseau français V\u2014\tTableau comparatif de l\u2019évolution du nombre d\u2019élèves de langue française fréquentant le réseau anglais et vice-versa 654 L'ACTION NATIONALE VI\tRépartition de l\u2019ensemble des élèves de langue maternelle italienne suivant la langue parlée à la maison et le réseau fréquenté VII\tRépartition de l\u2019ensemble des élèves de langues maternelles autres que le français, l\u2019anglais ou l\u2019italien, suivant la langue parlée et le réseau fréquenté VIII\u2014\tRépartition\tde\tl\u2019ensemble\tdes\télèves\tde\tla C.E.C.M.suivant la langue maternelle et le réseau fréquenté IX\u2014\tRépartition\tde\tl\u2019ensemble\tdes\télèves\tde\tla C.E.C.M.suivant la langue parlée et le réseau fréquenté X\u2014\tRépartition\tde\tl\u2019ensemble\tdes\télèves\tde\tla C.E.C.M.suivant leur lieu de naissance et le réseau fréquenté.Définitions : On entend, par langue maternelle, la première langue parlée et encore comprise par l\u2019enfant.On entend, par langue parlée, la langue habituellement parlée par l\u2019enfant à la maison.Remarques : Les tableaux VIII, IX et X contiennent des pourcentages projetés à partir du total global des élèves de la C.E.C.M.et non à partir d\u2019une région ou d\u2019un groupe donnés, comme c\u2019est le cas dans tous les tableaux précédents.La Commission des écoles catholiques de Montréal Décembre 1972. TABLEAU I Répartition (en pourcentages) des élèves qui fréquentent le réseau français selon la langue STATISTIQUES SUR LES ORIGINES 655 ° \u201d CO _© © \"O OD ÏT' rc \u2019 ; ^ ^ s O ®\t3\t?»\t^\t_ k- \u2014\t^\tU\tKO\t© CL\tO)\t(ü\t\"O : © O ¦ o (/) t p J; 5S «-8 ®l.ES?\u2014 C.en « ® © L © © TABLEAU II L\u2019ACTION NATIONALE 656 \u2022c c o 3 a.o a> T3 \"o 'QJ cl SD 3 û) \u2014 E 2 râ œE O CD O ^ STATISTIQUES SUR LES ORIGINES.657 TABLEAU III Elèves de langue maternelle française fréquentant le réseau anglais En mai 1972, date à laquelle tous les chiffres des statistiques présentes ont été relevés, 4,307 élèves de langue française fréquentaient le réseau anglais.Sur ce nombre, 572 ou 13.28% parlaient l\u2019anglais à la maison.TABLEAU IV Elèves de langue maternelle anglaise fréquentant le réseau français A la même date (mai 1972), 1,617 élèves de langue maternelle anglaise fréquentaient le réseau français, dont 652 ou 40.32% parlaient le français à la maison.TABLEAU V Tableau comparatif de l\u2019évolution du nombre d\u2019élèves de langue maternelle française fréquentant le réseau anglais et vice-versa.\t1943\t1961\t1967\t1972 Elèves français dans le réseau anglais % du total des élèves français\t2,717\t4,451\t4,122\t4,307 \t19%\t14%\t9%\t11.53% Elèves anglais dans le réseau français % du total des élèves anglais\t1,074\t1,636\t1,421\t1,619 \t1.17%\t1.06%\t0.79%\t1.14% Remarques : On peut constater a)\tuns légère augmentation du nombre d'élèves français dans le réseau anglais entre 1S67 et 1972.Il semble que cette augmentation se soit produite tout particulièrement au mois de mai 1972, lors des inscriptions officielles pour l\u2019année scolaire 1972-1973.En effet pour la première fois, les élèves de langue française terminant, au mois de juin, Isur cours de secondaire V en option commerciale, étaient admis à reprendre leur secondaire V en 1972-1973 dans une école anglaise afin de parfaire leurs connaissances de l\u2019anglais.Quelque 300 élèves se sont prévalus de cette possibilité.b)\tQuant à la faible augmentation du pourcentage d élèves de langue anglaise dans le réseau français entre 1967 et 1972, on peut présumer qu'elle est le résultat du Bill 63, alors qu\u2019un certain nombre de parents anglophones ont choisi le français comme langue d\u2019enseignement pour leur enfant. L'ACTION NATIONALE 658 TABLEAU VI Répartition du nombre total des élèves de langue maternelle italienne selon la langue parlée à la maison et le réseau fréquenté.\t\tLangue parlée à la maison\t\t\t Réseau anglais\tNombre total\tItalien\tAnglais\tFrançais\tAutres \t18,540 100%\t16,567 89%\t1,727 9.31 %\t240 1.29%\t6 0.04% Réseau français\t2,075 100%\t1,593 76.77%\t32 1.54%\t448 21.59%\t2 0.10% Total\t20,615 100%\t18,160 88.09%\t1,759 8.53%\t688 3.34%\t8 0.04% Remarques : La majorité des élèves de langue maternelle italienne parlent encore l'italien à la maison (88.09%).Toutefois, on constate que ceux qui fréquentent le réseau français abandonnent l\u2019italien en faveur du français dans une proportion de 21.59%, tandis que seuls 9.31% de ceux qui fréquentent le réseau anglophone adoptent l'anglais au détriment de leur langue maternelle.TABLEAU VII Répartition du nombre total des élèves de langues maternelles autres que française, anglaise ou italienne selon la langue parlée à la maison et le réseau fréquenté.\tNombre\tOnt gardé langue maternelle\tnt adopti l'anglais\tOnt adopté le français\tOnt adopté une autre langue que le français ou l\u2019anglais Réseau anglais\t5,551 100%\t4,416 79.55%\t1,001 18.03%\t82 1.47%\t51 0.95% Réseau français\t1,045 100%\t700 66.98%\t54 5.16%\t286 27.36%\t5 0.50% Total\t6,596 100%\t5,116 77.56%\t1,055 16%\t368 5.57%\t56 0.87% Remarques : a)\tles élèves d\u2019origines ethniques étrangères autres qu'italienne perdent leur langue maternelle dans une plus forte proportion que les Italiens : 22.44% comparativement à 11.91%.b)\tcette catégorie d\u2019élèves qui fréquentent le réseau français adoptent le français comme langue habituelle dans 27.36% des cas, alors que ceux qui fréquentent le réseau anglophone adoptent l\u2019anglais comme langue parlée dans une proportion de 18.03% seulement. Répartition de l\u2019ensemble des élèves de la C.E.C.M.suivant leur langue maternelle et le réseau STATISTIQUES SUR LES ORIGINES 659 o S E .=\t3 CD CD CD E 3 > « g1\u201d co cO /- E - 5 CD CD T3 ® O) y, © c CD F \u2022S-â ® CD 'CD 2 CO £ \u201d5 : o § ; \"O E, LU CD ~ d o ^ ¦© c co o \u201c c\"c CD ° E ¦O .2 5 co g C KD (0 O Q> © '\t\u2014\t-
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