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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Septembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1975-09, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LXV, Numéro 1 Septembre 1975\t$1.00 DE L\u2019UTILITÉ DU FRANÇAIS AU QUÉBEC François-Albert Angers LE NATIONALISTE MAURRASSIEN, C\u2019EST LA MONARCHIE Maurice Torelli L\u2019AUTONOMIE UNIVERSITAIRE Richard Tremblay SENTENCES D\u2019ACTUALITÉ \u2014 DES AMUSE-GUEULES André Gaulin LES REVUES AU QUÉBEC LA RELIGION DES ADOLESCENTS LES ÉTATS-UNIS EN 1975 Jean Genest POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D\u2019ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES pages François-Albert ANGERS : De l\u2019utilité du français au Québec\t1 Maurice TORELLI : Le nationalisme maurrassien, c\u2019est la monarchie .16 Richard\tTREMBLAY : L\u2019autonomie\tuniversitaire .28 André GAULIN : Sentences d\u2019actualités.- Des amuse-gueules 37 Jean GENEST : Les revues au Québec .46 La religion des\tadolescent .64 Les États-Unis\ten\t1975.75 Dépôt légal \u2014 2e semestre 1975 Bibliothèque nationale du Québec Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1162 U ACTION NATIONALE Volume LXV, Numéro 1 Septembre 1975\t$1.00 De l'utilité du français au Québec Par FRANÇOIS-ALBERT ANGERS 2 L\u2019ACTION NATIONALE Les 3 et 4 avril dernier se tenait à l\u2019Université Dalhousie, à Halifax, un colloque sur le thème « Identité culturelle et francophonie dans les Amériques».Les différents sujets traités allaient plutôt dans le sens de l\u2019analyse d\u2019une situation telle qu\u2019elle pouvait se révéler dans l\u2019état de l\u2019enseignement du français et dans la littérature des différents groupes francophones.Un atelier toutefois posait la question de I\u2019 « utilité » d\u2019une telle situation en un continent surtout anglophone.Tout le programme était forcément et naturellement conçu en fonction de groupes minoritaires francophones.La notion d\u2019« utilité » voulait implicitement faire ressortir l\u2019intérêt que pouvait avoir un continent de civilisation anglophone à conserver les groupes francophones et même à les encourager.C'est dans cette perspective qu\u2019il avait tout de même été jugé opportun de faire une distinction entre Québec et Canada et d\u2019avoir un atelier qui y serait spécifiquement consacré, à côté de deux autres ateliers consacrés respectivement aux Antilles, au Canada et aux Etats-Unis.Et il y aurait un exposé spécial en séance plénière sur le sujet.Les organisateurs de la Conférence demandèrent à française au Québec est en soi quelque peu paradoxal sur le sujet.C\u2019est le texte de cette conférence que nous publions ci-après.Les éléments qui la composent sont, pour nous, des données élémentaires.C\u2019est leur utilisation par rapport au thème, inusité pour nous, de nous interroger sur T « utilité » du français au Québec, qui nous a paru d\u2019intérêt pour tous ceux à qui on peut poser à brûle-pourpoint une question de cette nature.Note de la rédaction.Traiter de I\u2019 « utilité du français », de la langue française au Québec est en soi quelque peu paradoxal pour un Québécois.Se poserait-on une pareille question en France ?Et sinon alors, pourquoi quant au Québec ?La façon dont le Québec est perçu cependant, au Canada même, et dans le continent nord-américain, rend la question fort pertinente dans une réunion comme celle-ci, qui se penche en somme sur le problème de l\u2019intérêt qu\u2019il y a, dans ce continent considéré comme globalement anglophone au nord du Mexique, DE L\u2019UTILITÉ DU FRANÇAIS .3 mais bardé de minorités francophones ici et là, de préserver, de conserver et d\u2019encourager même la perpétuation de ces groupes francophones.Dans cette vaste perspective, le Québec est considéré comme l\u2019un de ces ilôts minoritaires, point de vue qu'on n\u2019entretient pas en Europe à l\u2019égard de la langue des Danois, des Hollandais, etc., et même pas des Flamands belges.La présente communication à ce colloque ne doit pas consister en autre chose à ce sujet, que de mettre en valeur le fait que la langue française au Québec ne soulève un problème d'« utilité » que par rapport à la question « d\u2019identité ».C\u2019est là évidemment un type majeur d\u2019« utilité », l\u2019utilité suprême, que celle d\u2019avoir besoin d\u2019une chose, ici la langue française, pour être et pouvoir rester ce que l\u2019on est et veut rester.En fonction de cette utilité suprême, le Québec a évidemment un intérêt majeur à ce que la langue française, à cause de sa place propre dans le monde en termes de culture ou de communications de divers genres, soit considérée comme utile pour fins de conservation à l\u2019intérieur même des autres entités politiques nord-américaines, où le problème de l\u2019identité s\u2019exprime par l\u2019an-glophonie.Après une pareille constatation et affirmation, il ne reste en réalité plus grand chose à dire sur le quantum et les modalités de cette utilité du français au Québec et pour le Québec.C\u2019est le « to be or not to be » de Shakespeare, de Hamlet.Mais étant donné la perception la plus générale sur ce continent, qui veut que les Québécois soient une minorité linguistique (ce qui par définition, ne pose plus du tout de la même façon le problème de l\u2019identité, les minorités étant en principe faites pour être assimilées), il faut bien situer, resituer, la question du Québec, pays de majorité et d\u2019identité française.Il y a, à cela, de forts obstacles psychologiques au Canada anglais, fondés d\u2019ailleurs sur des visées politiques historiques ; et les vues qui s\u2019en dégagent ont 4 L\u2019ACTION NATIONALE contribué à former la perception que les Américains des Etats-Unis se font du Québec et des Québécois.Faire comprendre à des Nord-Américains l\u2019utilité du français pour le Québec, c\u2019est les éclairer sur les réalités qui fondent cette question d\u2019identité.Qui en font une question normale, et surtout légitime en termes non seulement culturels (valeur propre de la langue française comme pour les autres minorités francophones), mais également et principalement peut-être en termes politiques d\u2019identité nationale.D\u2019ailleurs, il est souvent non moins nécessaire d\u2019expliquer cela à des Français de France ; car dans ce pays qui a eu son empire colonial et développé la mentalité du colonialisme, on s\u2019étonne souvent que les Canadiens de la Nouvelle-France, ayant été conquis par l\u2019Angleterre et abandonnés à elle par le traité de Paris, ne soient pas tout simplement devenus Anglais.C\u2019est donc en ce problème de légitimité de l'identité nationale québécoise française (qu\u2019il ne faut pas confondre au départ avec l\u2019idée d\u2019indépendance), que réside la clef de l\u2019utilité-identité du français pour le Québec.L\u2019idée d\u2019indépendance en effet, qui tend à bloquer tous les mécanismes psychologiques du dialogue entre francophones et anglophones d\u2019Amérique, a surgi plutôt du refus, par les anglophones, de reconnaître cette utilité-identité dans les cadres politiques de l\u2019Etat canadien.Et la Confédération canadienne elle-même pourrait peut-être encore se sauver des complexes « séparatistes » par la reconnaissance pleine et entière de cette utilité-identité, avec toutes les conséquences juridiques et politiques qui doivent en découler pour que le Québec puisse s\u2019affirmer.La proposition de base à formuler pour éclairer le sujet, proposition qui fait toujours choc au Canada anglais, c\u2019est que le Québec est un pays français, constitué en Etat dans une fédération.Et cela justement pour permettre et assurer la protection et la perpétua- DE L\u2019UTILITÉ DU FRANÇAIS .5 tion de cette identité française.Ainsi le Québec se trouve-t-il déjà placé en Amérique du Nord, avant même son indépendance discutée ou éventuelle, dans une position assez similaire au Danemark, à la Hollande, à la Belgique, etc, soit dans l\u2019Europe actuelle, soit dans des Etats-Unis d\u2019Europe éventuels.Un peu moins clairement définie par rapport aux situations actuelles qu\u2019ici la fédération est déjà faite d\u2019une certaine façon ; mais situation beaucoup plus claire que celle des Flamands en Belgique, que personne ne songe à considérer comme une minorité.Effectivement, ce sont les Wallons qui se considèrent comme une minorité ethnique, en dépit du voisinage immédiat avec la France.Cette réalité \u2014 et c\u2019est ce qui fait problème \u2014 il faut bien constater cepandant que les Anglo- Canadiens en général la nient.Pour eux, les « provinces » de la fédération canadienne ne sont pas des Etats (même si on ne nie pas que l\u2019équivalent soit des Etats aux Etats-Unis), donc pas plus le Québec, que l\u2019Ontario, etc.Et la Confédération canadienne s\u2019est proposé de faire des anciennes colonies anglaises au nord du 45e parallèle, une seule grande nation de langue anglaise, où certains privilèges seraient reconnus à la « minorité » française, c'est-à-dire au Québec.La réalité que constitue l\u2019existence au Québec d\u2019un gouvernement démocratiquement élu et habilité à gouverner selon les vues de la majorité, comme tous les gouvernements démocratiques ; et plus encore, vu l\u2019état de fédération, d\u2019un gouvernement revêtu par la constitution de pouvoirs exclusifs, donc, jouissant juridiquement d\u2019un domaine de souverainté propre ; etc .; tout cela ne compte finalement pas pour eux, ou ne compte que subordonné au principe général du Canada, nation de langue anglaise.Selon leur vision des choses, par suite, le rôle du gouvernement du Québec est de n\u2019être gardien que de « droits minoritaires » dans Québec seulement, à partir d\u2019une pleine reconnaissance d\u2019un statut majoritaire de plein droit aux anglophones du Québec même, du plein droit 6 L\u2019ACTION NATIONALE de Conquête ne se gênait-on pas de dire nettement il n\u2019y a pas si longtemps encore.Après 215 ans de vie séparée de la France, dont elle a d\u2019abord été une extension de type colonial, la communauté française du Québec en est donc encore à lutter pour la reconnaissance de son droit à son identité.Ceux des anglophones qui ne la contestent pas en thèse générale, opposent ensuite de façon générale un refus aux tentatives de mettre en œuvre les moyens concrets de vivre cette identité.Les autres sont tout juste disposés à tolérer l\u2019exercice de « droits minoritaires », avec l\u2019espoir d\u2019une intégration progressive et sans histoire, donc sans douleur des francophones à une unité nationale anglophone éventuelle.* * * La légitimité du Québec français envisagée comme un droit à l\u2019identité nationale peut trouver des appuis dans une certaine philosophie du droit des collectivités culturelles à leur vie propre.Mais s\u2019il n\u2019y avait que cela, l\u2019avenir du français au Québec serait brumeux.Il ne pèserait pas lourd dans la balance canadienne et aurait toutes les allures d\u2019une cause perdue.Pour comprendre, il suffit de se placer dans une perspective étatsunienne, facilement transposable au Canada.Si les groupes ethniques états-uniens, dont la mosaïque intégrée constitue les Etats-Unis, allaient s\u2019aviser de réclamer leur droit à l\u2019identité nationale allemande, italienne, ukrainienne, etc., personne ni aux Etats-Unis, ni aux Nations-Unies, ne serait disposé à les entendre.Les Canadiens, et pas plus les Québécois, ne seraient mieux disposés face aux mêmes revendications quoi qu\u2019il en soit de toutes les philosophies.Et au Canada, la tendance existe fortement à vouloir ainsi réduire le problème canadien-fran-çais ou québécois.Comment ?En ce qu\u2019en termes d\u2019immigration, les thèses philosophiques cèdent le pas devant le fait que des migrants s\u2019en viennent dans un pays déjà installé, avec sa culture propre, qui corn- DE L\u2019UTILITÉ DU FRANÇAIS .7 porte l\u2019abandon au droit à une culture minoritaire en échange du droit d\u2019entrée.Mais au Québec, le pays déjà installé dans sa culture propre, c'est le pays français (pour ne pas parler bien sûr des Amérindiens).Par rapport aux Anglais, seul le droit de conquête reconnu comme valable pourrait éteindre les droits français.Il faudrait que la conquête ait suffi à créer le droit à conférer un destin anglais au pays de Québec.Beaucoup d\u2019Anglo-Canadiens l\u2019estiment au fond d'eux-mêmes encore aujourd\u2019hui.Mais pour contourner toute objection possible, ils ont élaooré la thèse que les colons français d\u2019après la Conquête ont consenti à ce destin d\u2019assimilation dans un Empire anglais ; et que le mouvement « nationaliste » actuel \u2014 ou cette lutte pour une identité nationale française \u2014 est une initiative récente de politiciens en mal de pouvoir, dont le premier ministre Duplessis (1944-1959) aurait été l\u2019instigateur.D\u2019où, selon ceux-là, l\u2019illégitimité de telles revendications après plus d\u2019un siècle et trois quarts de consentement à la conception impériale ou canadienne de l\u2019histoire du Canada.Or la réalité historique est tout autre.Celle-là, c\u2019est la conception à buts politiques que les assimilateurs veulent faire prévaloir de l\u2019histoire canadienne.La vraie commence dès la volonté exprimée par les Canadiens de 1763 à 1774 de ne pas se soumettre aux premiers décrets royaux d\u2019angiicisation du pays formulés dès après la Conquête (1763).C'est à ce moment-là, et dès ce moment-là, après une résistance et des débats qui durèrent onze ans, que l'Angleterre reconnut le caractère français du pays du Québec (y incluant alors l\u2019Ontario-Sud et la Haute-Vallée du Mississippi et de l\u2019Ohio aux Etats-Unis) et le proclama par le premier « acte » de portée constitutionnelle de notre histoire, l\u2019Acte de Québec, dont l\u2019entrée en vigueur le 1er mai 1775 en est cette année à son 200e anniversaire.Rien, depuis cette date, n\u2019est venu changer substantiellement cette charte du Québec pays français dans l\u2019Em- 8 L'ACTION NATIONALE pire britannique, sauf quant à l\u2019étendue du territoire.En 1791 en effet, le statut de la section québécoise de I Ontario actuel fut modifié pour en faire un pays anglais, la division entre Haut-Canada (Ontario) et Bas-Canada (Québec) assurant la persistance du pays français du Québec, tout en abandonnant aux colons anglais, sous régime de droit anglais, la partie ontarienne.A partir de 1774 donc, la question du «droit de conquête » se trouvait donc réglée pour ce qui est de notre avenir culturel, sauf dans la mesure où les lois de la Grande-Bretagne \u2014 pas celles du Canada \u2014 ne revenaient pas sur la décision prise alors, ce qu\u2019elles ne firent jamais.Le « conquérant » lui-même s\u2019en est désisté \u2014 dans l\u2019esprit d\u2019ailleurs d\u2019admettre qu\u2019il n\u2019avait pas le droit de 'l\u2019exercer \u2014 il y a 200 ans par cette attribution d\u2019une charte constitutionnelle de pays français.Après la défaite militaire des Plaines d\u2019Abraham, la capitulation de Montréal et le Traité de Paris, les Canadiens eux-mêmes, quatorze ans plus tard, gagnaient, contre les pétitions et démarches des marchands de Montréal en faveur de l\u2019anglicisation définitive, la bataille juridique et constitutionnelle qui laissait le Québec pays français.L\u2019impression de présumée résurgence du « nationalisme » français au Québec procède d\u2019une erreur de perspective quelque peu odieuse.D\u2019abord, il y a bien eu résurgence, mais non à partir de 1945, mais bien de la fin du 19e siècle, avec la question des Ecoles des territoires et la pendaison de Louis Riel.Et la résurgence elle-même vient de la confiance que nos chefs politiques mirent dans la Confédération de 1867 comme étant une solution qui nous assurait la garantie définitive de nos droits.Par I\u2019« Acte de 1867 », en effet, la pleine juridiction exclusive que le Québec était censé avoir acquise sur tout ce qui concerne «ses institutions, sa langue et ses lois » engendra un état de tranquillité dans les rivalités entre Anglais du Canada et Canadiens-Français.C\u2019est pourquoi on peut considérer comme DE L\u2019UTILITÉ DU FRANÇAIS .9 odieuse la négation du droit des Québécois francophones à leur nationalisme en raison de cette période de franche collaboration de leur part à l\u2019établissement d\u2019un pays canadien bilingue et bi-culturel.Il était inévitable que le sentiment français évoluât vers un sentiment anti- canadien avec les déceptions sus-mentionnées et la remise en cause constitutionnelle qu\u2019a constituée la centralisation fédérale depuis 1945.De nouveau se posaient les problèmes d\u2019identité ; l\u2019avenir du pays français du Québec était remis en cause.Ces données historiques établissent la légitimité incontestable du droit de conservation et de promotion d\u2019un Québec français ; et cela dans la perspective d\u2019une définition d\u2019identité collective et nationale relevant du droit des collectivités ou des peuples à l\u2019intangibilité de leurs caractéristiques culturelles propres et à la liberté d\u2019en disposer eux-mêmes, au surplus dûment reconnu par Londres, arbitre de la situation en la circonstance.Londres, en définitive, n\u2019exigeait que le respect de l\u2019autorité impériale.Mais les Anglo-Canadiens ne l\u2019entendaient pas de cette oreille, et ont toujours refusé de considérer comme finale la décision de leur propre Souverain.Dans la Confédération même devait être et était reconnue la liberté du gouvernement de Québec de prendre tous les moyens que la majorité estimerait nécessaires pour le maintien d\u2019un Québec français, sous la seule réserve des garanties limitées conférées à l\u2019anglais par l\u2019article 133 et à l\u2019école protestante par l\u2019article 93.Il n\u2019est pas nécessaire d\u2019argumenter sur l\u2019évidence : à partir du moment où les aspects linguistiques interviennent comme élément fondamental d\u2019identité nationale, il faut que le pouvoir politique sous la responsabilité duquel se trouve l\u2019affirmation de cette identité jouisse de coudées suffisamment franches pour ne pas se sentir indûment gêné dans toute action qui s\u2019y rapporte.C'est à un effort de précision sur les exigences actuelles de cette action qu\u2019il est plus intéressant de 10 L\u2019ACTION NATIONALE s\u2019arrêter.En termes d'utilité bien caractérisée, en effet, c\u2019est l\u2019effort nécessaire pour qu\u2019existe le niveau d\u2019utilité nécessaire, qui importe ensuite.Pendant longtemps, depuis la Confédération et dans le cadre politique qui semblait avoir été définitivement établi, il a semblé que l\u2019avenir de la langue française au Québec était assuré.Les problèmes qui ont amené, avec la fin du XIXe siècle, la résurgence du nationalisme actif au Québec, ont eu trait à des événements qui survenaient au Canada, ailleurs qu\u2019au Québec, et dont les plus prévoyants seuls percevaient qu\u2019ils constituaient aussi une menace à long terme pour le Québec français.La plus forte de ces menaces, pour autant qu\u2019il s\u2019agissait du Québec, fut d\u2019abord la politique d\u2019immigration massive du gouvernement fédéral.Elle souleva des récriminations, des protestations, surtout devant certaines intentions qui paraissaient évidentes de se servir de l\u2019instrument pour noyer la population française du Canada dans « une mer d\u2019anglophones et d\u2019anglicisés ».Mais il n\u2019y eut pas de tentative de réponse politique donnée à ce problème, qui paraissait devoir se résoudre par la « revanche des berceaux », c\u2019est-à-dire le très haut taux de natalité des Canadiens-Français.Dans cette perspective, le gouvernement du Québec ne se montra même pas soucieux d\u2019intégrer nécessairement à la collectivité française, par le biais des institutions scolaires, les immigrants catholiques, qui en tant que tels se trouvaient devoir s\u2019inscrire dans des écoles à direction française, l\u2019école protestante étant librement laissée à des directions anglophones.Dans le secteur protestant, donc, tout immigrant au Québec devenait anglophone ; mais même dans le secteur catholique, on laissa les ethniquement anglophones se constituer un réseau d\u2019écoles anglaises en s\u2019agrégeant des immigrants non anglophones.Mais toujours la « revanche des berceaux » contribuait au maintien d\u2019une majorité francophone au niveau du 80% contre 20%.Ce qui se passe actuellement au Québec ne vient DE L'UTILITÉ DU FRANÇAIS .11 pas d\u2019une crise de nationalisme agressif, à tendance xénophobe.C\u2019est tout simplement le résultat du fait que, dans moins de dix ans, le taux de natalité a baissé au point où la communauté française autochtone en est au seuil de la décroissance, ou d\u2019un taux de croissance extrêmement lent, avec le problème pratique du dépeuplement des écoles françaises qui s\u2019ensuit.D\u2019autre part, la liberté qui a été laissée aux anglophones catholiques de se servir des immigrants pour se construire un réseau d\u2019écoles (car seuls ils sont relativement peu nombreux, la tendance de l\u2019anglophonie étant au protestantisme) a fait que dans les derniers trente-cinq ans, le pourcentage des immigrants catholiques inscrits aux écoles anglaises (alors qu\u2019ils sont italiens, allemands, polonais, ukrainiens, etc.) est passé de 40 à 90%.L\u2019avenir du français au Québec apparaît donc maintenant en danger, si le pouvoir politique n\u2019intervient pas pour assurer l\u2019intégration des immigrants à la communauté fondamentale française plutôt qu\u2019à la minorité anglophone.La notion d\u2019utilité du français appliquée au Québec ne saurait exiger moins.Les Québécois francophones ne peuvent pas accepter d\u2019être réduits au rang de « minorité ethnique », car c\u2019est leur identité même comme peuple français qui est en jeu.Et ils ne peuvent faire moins à ce sujet que, restant respectueux des libertés de ceux qui sont au Québec de véritables anglophones, d\u2019adopter les politiques nécessaires pour que tout immigrant vienne dorénavant s\u2019intégrer au Québec pour y participer à la vie de la collectivité française, comme ceux qui vont ailleurs au Canada et aux Etats-Unis sont appelés à participer à la vie d'une nation anglophone.* * * Sous un tout autre aspect, et à la façon des économistes, on pourrait cependant poser le problème de l\u2019utilité-identité du français au Québec en termes de désutilité, des désavantages qu\u2019il y aurait eus et qu\u2019il 12 L'ACTION NATIONALE y aurait pour les Québécois à rester francophones, même avec une bonne connaissance de l\u2019anglais, plutôt que d\u2019accepter la minorisation et l\u2019attitude du groupe ethnique s\u2019intégrant à un Canada anglais tout en gardant des éléments de fidélité à sa culture originelle, comme tendent à le faire certains groupes d\u2019immigrants.Les Anglo-Canadiens ont souvent abordé le problème ainsi, essayant de convaincre les Canadiens-Français de viser vers le statut du parfait bilingue et de n\u2019utiliser le français que dans des relations familiales et culturelles.On évaluait alors l\u2019économie pour les entreprises et les administrations publiques de pouvoir s\u2019en tenir à l\u2019unilinguisme.Parallèlement, la communauté française, en s\u2019anglicisant, supprimerait les frais additionnels de ses communications en l\u2019autre langue, qui regroupe l\u2019ensemble du continent nord-américain, ou presque.Il deviendrait plus facile à ces Français parfaits bilingues, c\u2019est-à-dire finalement plus habiles en anglais qu\u2019en français pour la vie professionnelle, de se hisser aux postes de commande en concurrence directe avec les autres.Nous ont été donnés en exemple, à l\u2019occasion, les Ecossais, qui réussissent très bien dans un monde britannique dont ils ne se trouvent séparés par la barrière linguistique.Ainsi pourrait-on envisager les avantages de la communauté française du Québec \u2014 et d\u2019aucuns en évoquent la vision \u2014 à se retrouver tout à coup suffisamment anglaise pour que s\u2019effacent les causes ou les occasions de discrimination à son égard.En fait, il existe tout un arsenal d\u2019arguments du genre, formulés en termes plus ou moins vagues et généraux, dans certaines conversations, et même certains écrits, ^hez les Québécois eux-mêmes.Même des nationalistes convaincus acceptent la portée de l\u2019argument, et ne rattachent la fidélité française qu\u2019à des points de vue culturels et affectifs dont les aspects économiques sont considérés comme coûteux.Mais en fait, le problème, DE L'UTILITÉ DU FRANÇAIS .13 apparemment simple vu en esprit ne l\u2019est pas autant sur le plan des mécanismes concrets.Parce que justement, il y a un peuple francophone du Québec, donc un groupe ayant des traditions et des attaches culturelles profondes ; que ce groupe humain déjà ainsi constitué est relativement nombreux ; qu\u2019il est étendu sur un territoire vaste générateur de situations et d\u2019intérêts régionaux divers, le passage instantané d\u2019un état à un autre n\u2019est pas possible.Par suite, le genre de calcul précédemment indiqué ne s\u2019applique pas.Un peuple n\u2019a pas vraiment le choix de ne pas être ce qu\u2019il est, sauf en termes de très lente évolution.Quiconque veut tenter d\u2019y provoquer des transformations radicales se heurte à des résistances, à des difficultés techniques, à des impossibilités géographiques et psychologiques à court terme, dont les conséquences s\u2019expriment en termes de coûts énormes de toute sorte et qui concernent plusieurs générations d\u2019individus.Les avantages dérivant de l\u2019hypothèse « supposons que nous serions tous changés » ne favorise tout d\u2019abord que quelques individus, qu\u2019une toute petite élite de ce peuple, dont la masse se trouve d\u2019autant plus désavantagée que cette élite même l\u2019abandonne.Face au « to be or not to be » un ou quelques individus peuvent opter, quant à eux, pour un changement radical et rapide par un entraînement intense.Et encore, à la première génération, n\u2019est-il donné qu\u2019à un tout petit nombre de se retrouver aussi habile dans la langue qui lui est étrangère que dans sa langue maternelle.Mais le suicide d\u2019un peuple, par la renonciation à sa culture, ne peut être qu\u2019une mort lente, étendu sur de nombreuses générations (bien au delà de deux ou trois générations qui suffisent pour l\u2019immigrant noyé dans une masse étrangère) ; et les coûts psychologiques et économiques de l\u2019opération sont incommensurables et variables avec diverses catégories d\u2019individus.A cet égard, on peut dire que l\u2019utilité de pouvoir 14 L\u2019ACTION NATIONALE vivre sa vie nationale propre dans sa langue maternelle est pour un peuple, en termes de satisfactions individuelles pour le plus grand nombre, l\u2019équivalent d\u2019une répartition 'plus égale des richesses au plan économique.Et contribue d\u2019ailleurs à une meilleure répartition effective des richesses à l\u2019intérieur du groupe, puisque la position dominante d\u2019éléments étrangers tend à reléguer le peuple dominé aux situations de rang inférieur, ou à une participation proportionnellement réduite aux situations de rang supérieur.Le contrôle par un peuple des éléments de sa vie nationale et la possibilité d\u2019y organiser la vie sociale selon ses normes pose donc une question de bonheur, de qualité de vie et de niveau de vie pour un ensemble.Il n\u2019est pas impossible cependant que dans telle situation donnée de domination le total des utilités soit plus grand par l\u2019acceptation de l\u2019assimilation.Mais il peut en être ainsi parce que quelques-uns retirent beaucoup plus par rapport à un état donné de domination ; mais une partie importante de la population retire beaucoup moins.Peut-être n\u2019existe-t-il aucun autre peuple qui vive davantage ces dilemmes que le peuple québécois.Son aventure coloniale lui a assuré son intégrité comme peuple, mais en lui imposant un état de domination économique qu\u2019il n\u2019est pas maître d\u2019aménager à sa façon en raison d\u2019un état de subordination politique partielle.Il souffre donc déjà de l\u2019état d\u2019infériorité propre à l\u2019effort de transformation impliqué par le passage à une langue étrangère pour des fins d\u2019intégration sociale du point de vue économique.Le jeu entre les quelques-uns qui ont personnellement intérêt à la transformation et la masse qui en paie le prix se manifeste par le peu de souci dont font preuve les hommes d\u2019affaires francophones qui réussissent, pour les problèmes de la collectivité québécoise en tant que peuple ou nation.La population en général, souvent disposée à jouer le jeu de l\u2019adaptation, est bien impuissante à surmonter les difficultés DE L'UTILITÉ DU FRANÇAIS .15 d\u2019une telle adaptation et en porte tout le poids en attendant la lointaine assimilation finale.C\u2019est pourquoi l\u2019ouvrier, le monde ouvrier, le monde du travail en général, prend finalement conscience que la seule vraie solution pour le peuple n\u2019est pas le bilinguisme, mais la francisation des cadres sous la direction desquels il doit œuvrer et veut pouvoir s\u2019insérer.Ainsi l\u2019utilité du français au Québec se révèle-t-elle finalement être, sur le plan pratique, une utilité avant tout populaire ; un argument pour une politique consciente mise avant tout au service des intérêt populaires autant que de ceux qui la souhaitent par attachement aux aspects intellectuels d\u2019une culture propre.Seuls ont intérêt à une absence de politique ou à une politique contraire, ceux qui sont en mesure de s\u2019assurer des avantages personnels privilégiés par une assimilation rapide à la langue et à la mentalité du groupe dominant.¦\t\u2022 a Charles Maurras et la théorie du nationalisme \u2014IV Le nationalisme intégral, c'est selon Maurras, la monarchie par MAURICE TORRELLI c*> 1.Ce quatrième article sur la pensée politique maurrassienne appelle référence aux numéros antérieurs de L\u2019Action nationale de mars, mai et juin. LE NATIONALISME INTÉGRAL, .17 L\u2019adhésion de Maurras à la monarchie n\u2019est pas chez lui affaire de sentiment ou de loyalisme.Elle est l\u2019aboutissement de son enquête historique poursuivie par la méthode de l\u2019empirisme organisateur.« Oui ou non, l\u2019institution d\u2019une monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée est-elle de salut public ?» Telle est la question que pose Maurras dans son premier livre de l\u2019Enquête sur la Monarchie.Dans la perspective maurrassienne, la monarchie n\u2019est pas seulement une institution, c\u2019est aussi un régime qui implique la refonte des structures de la société nationale actuelle, pour revenir à un ordre naturel.Maurras n\u2019est donc pas partisan de la monarchie en soi, mais d\u2019une monarchie traditionnelle, héréditaire, anti-parlementaire et décentralisée.Si l\u2019un des termes vient à manquer, on aura sans doute l\u2019institution royale, mais on n\u2019aura pas renoué le fil rompu de la constitution naturelle de la nation.Le royalisme de Maurras se veut scientifique, conforme à la « politique naturelle » et aux principes de l\u2019empirisme organisateur ; il se fonde, non pas sur le droit divin des rois, mais sur les leçons de l\u2019histoire et de la biologie.\u2014 La monarchie est traditionnelle et héréditaire Il faut revenir à la constitution réelle de la France, celle que la nature et l\u2019histoire ont choisie sans demander l\u2019avis de chaque Français : il faut rejeter toutes les constitutions artificielles, inventées de toute pièce depuis 1789 par des déracinés.Il faut retrouver la tradition, cette tradition qui est la capitalisation et la transmission des gains collectifs, défalcation faite du passif.La tradition est d\u2019ailleurs la condition du progrès : l\u2019une commande l\u2019autre.Maurras se plaisait à rappeler : nous sommes hommes de conservation et de progrès.Entendue dans ce sens, la tradition est le contraire du conservatisme ; la monarchie traditionnelle réformera.La monarchie d\u2019Hugues Capet à Louis XVI s\u2019est constamment adaptée, transformée selon les circonstances, tout en restant fidèle à ses principes de base.Cette 18 L\u2019ACTION NATIONALE constatation a amené Maurras à refuser de décrire dans le détail le régime monarchique de l\u2019avenir pour se borner à en dégager les lignes de force, car ce sont les besoins de la société nationale qui modèleront les institutions de la future France monarchique.Réformer ne peut être que l\u2019œuvre d\u2019un souverain qui suit attentivement et quotidiennement le travail spontané des forces du pays.La monarchie est mémoire.Certes, les rois passent mais l\u2019essentiel subsiste : la dynastie.« Une dynastie se continue indéfiniment.Elle est la conscience historique et politique d\u2019une nation.Elle est cette nation concentrée en une famille.Sans dynastie, point de continuité politique ni historique pour un grand peuple.» (1).Ainsi que le déclarait le Comte de Lur-Saluces,, dans l\u2019Enquête, « la monarchie, c\u2019est un centre fixe.Je ne saurais mieux la comparer qu à un de ces pivots qui, sans être immobiles, demeurent à la même place cependant que le reste de leur appareil évolue.Ce pivot rétabli, l\u2019ancienne évolution régulière et heureuse pourra recommencer.»(2).Tel est d\u2019ailleurs le sens de « réaction d\u2019abord » et de l\u2019invitation faite par le Comte de Chambord à la France : « Ensemble et quand vous voudrez, nous reprendrons le grand mouvement de 1789.» C\u2019est le retour «à la bifurcation où l'on s\u2019est trompé de chemin, mais pour reprendre la vraie voie du progrès continu et des développements normaux, non pour revenir en arrière ni retourner vers le passé.»(Z).Si tradition veut dire transmission, tradition et hérédité, comme le constatait Burke, sont deux notions jumelles.Et Taine écrivait que le préjugé héréditaire est une sorte de raison qui s\u2019ignore.Il a pour source une longue accumulation d\u2019expériences.Or la transmission héréditaire dans la famille, par la famille, est la transmission par excellence.Encore ne s\u2019agit-il pas de l\u2019hé- (1)\tSoleil, 16 novembre 1899.(2)\tC.Maurras, « Enquête sur la monarchie », cité, p.73. LE NATIONALISME INTÉGRAL, .19 rédité physiologique mais de l\u2019hérédité professionnelle qui n\u2019est pas celle des rangs et des dignités.C\u2019est une supériorité d\u2019ordre institutionnel que la monarchie présente sur la république (1).Certes, « les minorités et les régences forment la plaie des monarchies »
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