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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1977-06, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LXVI, Numéro 10\tJuin 1977\t$1.50 JEAN-MARC LÉGER : La tâche collective par excellence JEAN GENEST: Une brochette d\u2019événements FR.-A.ANGERS et RAYMOND BARBEAU : L\u2019Alliance laurentienne PIERRE TRÉPANIER : « La Défense » (1898-1899) GASTON LAURION : Le bilinguisme, oui ! Mais pour qui ?ERNEST LAFORCE: Droits et devoirs ANDRÉ GAULIN : Délires \u2014 La vie souveraine POUR VOS ACHATS CONSULTEZ NOTRE RÉPERTOIRE D'ANNONCEURS CLASSIFIÉS TABLE DES MATIÈRES pages Jean-Marc LÉGER : La plus haute et la plus pressante des tâches collectives.781 Jean GENEST : Une brochette d\u2019événements.796 Fr.-A.ANGERS et Raymond BARBEAU : L\u2019Alliance laurentienne.812 Pierre TRÉPANIER : « La défense» (1898-1899).826* Gaston LAURION : Le bilinguisme, oui ! mais pour qui ?.848 Ernest LAFORCE : Droits et devoirs.854 André GAULIN : Délires \u2014 La vie souveraine.861 TABLE DES AUTEURS ET DES MATIÈRES.866 LES ACADIENS PARLENT Notre numéro d\u2019octobre 1977 sera un numéro spécial considérable où des Acadiens nous parleront d\u2019eux-mêmes, de leurs problèmes et de leur vision du Québec actuel.Numéro à ne pas manquer.Prix spécial pour les commandes de dix exemplaires et plus : ce prix dépend du nombre de pages que les Acadiens nous préparent.Dépôt légal \u2014 2e semestre 1977 Bibliothèque nationale du Québec Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1162 ISSN-0001-7469 UAÇTION NATIONALE Volume LXVI, Numéro 10\tJuin 1977\t$1.50 La plus haute et la plus pressante des tâches collectives par Jean-Marc Léger1 1.Conférence prononcée à l\u2019hôtel Méridien, le 12 mars 1977 782 L'ACTION NATIONALE À l\u2019heure où s'engage un débat capital pour la nation québécoise, il est non seulement heureux mais il est indispensable que les groupes et associations politiquement conscients décident d\u2019y jouer un rôle de premier plan.Mais pour jouer réellement, efficacement, ce rôle, il leur appartient de transformer leurs adhérents en véritables militants, convaincus et convaincants, convaincants parce que convaincus.Aussi, je salue l'initiative de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal d\u2019avoir consacré son Congrès annuel à ce qui devrait être désormais le souci majeur, davantage le souci essentiel de tous les organismes à vocation nationale : « Préparons notre indépendance ».Il est urgent que toutes les Sociétés Saint-Jean-Baptiste, que le Mouvement National des Québécois et tous les groupes similaires fassent de cette entreprise non seulement leur plus haute préoccupation mais, je dirais, leur occupation exclusive.Nous mesurons tous ce qui peut être merveilleusement gagné lors de ce référendum mais aussi ce qui peut être tragiquement perdu.Et ne nous faisons pas d illusions : l\u2019Histoire ne nous donnera pas de sitôt une autre occasion pareille, une autre chance d\u2019assumer la maîtrise de notre destin.Gagner ce référendum représente un objectif redoutable, terriblement difficile, une sorte de gageure.Mais je suis persuadé que nous pouvons relever le défi et gagner le pari, à certaines conditions, dont la première est de nous mettre à l\u2019œuvre collectivement, et tout de suite.Dans cet effort sans précédent qui est requis de nous tous, je vois pour les groupes et associations et en particulier pour la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal trois ordres principaux de tâches : 1e) dissiper la confusion qui se répand dans l\u2019opinion (confusion quant au vocabulaire, aux orientations, aux options) et qui peut se révéler extrêmement dangereuse ; 2e) engager un effort, individuel et collectif, de réflexion et d\u2019information sur tous les aspects de la souveraineté nationale ; 3e) mener une action permanente de sensibilisation du milieu et assurer la coordination de tous en vue du succès du « OUI » lors du référendum.Je préciserai plus loin comment j\u2019envisage chacune de ces étapes. LA TÂCHE COLLECTIVE PAR EXCELLENCE 783 I\u2014 L\u2019indépendance, un devoir humaniste Si la participation active des citoyens aux affaires de la Cité est un impératif permanent (sans quoi il n'est de démocratie que formelle) a fortiori est-elle indispensable lorsque se pose un choix collectif aussi capital que celui qui sera bientôt proposé au peuple du Québec.Il y a non seulement le devoir, pour chacun, d\u2019être parfaitement éclairé et informé mais aussi, et dans une pareille mesure, l\u2019obligation de participer au débat national et de se faire l\u2019artisan, convaincu et convaincant, de la thèse émancipatrice.À l\u2019occasion de chaque consultation populaire, on ne choisit pas seulement pour soi-même, on engage infiniment plus que soi.Qu\u2019on en ait conscience ou non, on pose alors un acte à dimension collective.Combien plus encore est-ce vrai lorsque tous les citoyens sont invités, par l'histoire, à se prononcer sur le devenir même de la communauté : celle-ci doit-elle ou non avoir la pleine maîtrise de son destin, doit-elle pouvoir se réaliser librement dans la ligne de son génie propre et selon les intérêts socioculturels, socio-économiques et politiques qu'elle seule peut justement définir, mesurer et ordonner ?Partout ailleurs, dans l\u2019histoire et à travers le monde, cette question a reçu aisément sa réponse \u2014 et chacun sait laquelle \u2014 réponse exprimée dans des conditions parfois douloureuses et parfois pacifiques.Mais il n\u2019est pas d'exemple d un peuple à qui ait été offerte l\u2019occasion historique d\u2019accéder à la souveraineté, démocratiquement, et qui l\u2019ait refusée, tant il est vrai que cela correspond à une aspiration légitime et naturelle de l\u2019homme.Assez curieusement, on a l'impression à entendre certains hommes politiques ou à lire certains commentateurs, que de tous les peuples, le Québécois seul n'aurait pas droit à l'indépendance ou que si, d\u2019aventure, il décidait d'y accéder, il commettrait, lui, une mauvaise action lourde des plus grands malheurs.Même le « crime contre l'humanité » a curieusement changé de camp : naguère, l\u2019expression servait à désigner le comportement des États ou des gouvernements qui tentaient d\u2019empêcher tel ou tel peuple d\u2019accéder à la souveraineté ; par quel sortilège 784 L'ACTION NATIONALE s\u2019appliquerait-elle désormais à l\u2019aspiration d'un peuple particulier à l\u2019indépendance ?Convenons que dans le contexte des sociétés occidentales dites « avancées » ou plutôt industrialisées, le conformisme, le conservatisme et la frénésie de consommation réunis, ne sont guère propices aux grandes entreprises, aux grandes aventures, politiques ou spirituelles, ni à l\u2019effort en général, qu'il soit individuel ou collectif.Rien d\u2019étonnant dès lors que les arguments majeurs (et peut-être les seuls en définitive) des tenants du statu quo fédéral soient, en quelque sorte, d\u2019ordre alimentaire.Leur ultime, sinon leur unique recours consiste d\u2019une part à exploiter la peur de l\u2019inconnu, c\u2019est-à-dire un sentiment élémentaire qui existe peu ou prou en chacun ; de l\u2019autre, à prédire diverses catastrophes économiques avec d\u2019autant plus d\u2019assurance qu'ils ne peuvent en avancer la moindre preuve.Je ne sais rien de plus attristant ni de plus pitoyable que la coalition qui se dessine sous nos yeux de la peur, de l\u2019inconscience et de la servilité pour dénaturer l\u2019idée même d\u2019indépendance et pour en caricaturer les exigences et les promesses.Il est essentiel, par respect envers les citoyens et envers la collectivité, par respect aussi envers l'option à faire, que le débat se déroule dans la clarté et sur un plan élevé, que l\u2019enjeu capital \u2014 pour ne pas dire : sacré de ce débat ne soit point obscurci par les manœuvres des vieilles formations politiques, par les pressions de l\u2019étranger, par le « terrorisme économique », par l\u2019exploitation de la peur.Pour faire échec à l\u2019énorme entreprise d\u2019intimidation qui se dessine déjà, il importe que tous les citoyens du Québec soient parfaitement conscients de la signification du choix qui leur sera proposé et parfaitement informés des implications de leur réponse.Et à cet égard, rien n\u2019est plus suspect que l\u2019insistance de certains milieux qui voudraient que le référendum ait lieu prochainement, dans la précipitation : derrière l\u2019argument de l\u2019incertitude ou de l\u2019instabilité à conjurer, il n\u2019est point difficile de deviner la crainte d\u2019une progression régulière de l\u2019idée d\u2019indépendance dans le pays, au fur et à mesure que se LA TÂCHE COLLECTIVE PAR EXCELLENCE 785 développeront l\u2019information et la réflexion.Dès aujourd\u2019hui \u2014 car il n\u2019y a plus un instant à perdre \u2014 doit s\u2019engager une vaste mobilisation nationale avec un seul but : le succès du « oui » lors du référendum.Rien ne serait plus aberrant ni plus tragique que de s\u2019en remettre à l\u2019improvisation des derniers mois, que de faire fond sur la spontanéité ; rien ne serait plus injuste, ni plus maladroit que de laisser l\u2019essentiel de l\u2019effort à un parti politique ou au seul gouvernement.Jamais une consultation populaire n\u2019aura revêtu une pareille importance dans notre histoire : ce référendum représentera l\u2019événement de loin le plus important dans notre vie collective depuis la Conquête.Et jamais non plus chacun n\u2019aura été à ce point responsable de l'avenir collectif.Cet avenir, il nous appartient de le faire, et d\u2019abord de le choisir lucidement, de le choisir avec la conviction que commandent ensemble la raison et le sentiment qui, l\u2019une et l\u2019autre, nous pressent également d\u2019opter pour le progrès et la dignité inscrits dans l\u2019indépendance.Dans cette campagne, qui doit être à la fois un immense dialogue et une sorte de fête de la fraternité, le style, les thèmes et le ton doivent préfigurer déjà la société qui naîtra de la souveraineté, car celle-ci, faut-il le rappeler, n\u2019est évidemment point recherchée pour elle-même mais pour tout ce qu\u2019elle pourra enfin permettre, en termes de participation, de créativité, d\u2019épanouissement, de progrès social et d\u2019essor économique.Il s'agit de sortir de l\u2019incertitude et de l\u2019instabilité permanentes liées au fédéralisme, de mettre fin aux dérisoires querelles autour du bilinguisme et aux sordides et stériles discussions au sujet de la constitution, de proposer au Canada une coopération féconde au lieu des affrontements permanents, de mettre un terme enfin à la grisaille d\u2019une médiocre survivance toujours menacée.Loin d\u2019être un refus, la souveraineté est ouverture, invention, innovation : c\u2019est une démarche positive et fervente ; ce n\u2019est point une hypothèse parmi d\u2019autres, c\u2019est la seule hypothèse de salut pour notre nation qui, en l\u2019accomplissant, permettra aussi le salut de ses voisins.Au reste, la question qui est aujourd\u2019hui posée au peuple du Québec revêt une portée universelle : elle inté- 786 L'ACTION NATIONALE resse au plus haut point toutes les cultures et s\u2019inscrit dans le débat capital de notre temps sur la qualité de la vie, c\u2019est-à-dire d\u2019abord de la vie spirituelle et culturelle.Chaque fois où une nation, où que ce soit dans le monde, si modeste soit-elle en termes de statistiques, retrouve ou consolide son autonomie, chaque fois où une culture, apparemment en voie d\u2019étiolement, retrouve ses virtualités créatrices, c\u2019est une victoire pour l\u2019Homme, c\u2019est une chance nouvelle donnée à l\u2019humanisme.Face au risque d\u2019asservissement puis de folklorisation des cultures, face au danger proche d\u2019un néo-impérialisme à saveur technologique, d\u2019autant plus redoutable qu\u2019il est plus insidieux, le salut des nations et par elles des cultures qui les sous-tendent, est devenu un impératif.C\u2019est en ce sens que la recherche de la souveraineté n\u2019est point seulement un droit (ce qui est entendu depuis longtemps) mais est devenue, tout autant, un devoir car par là, et par là uniquement, une nation peut-elle se réaliser pleinement, c\u2019est-à-dire apporter au monde la contribution originale que celui-ci est en droit d\u2019attendre, voir d\u2019exiger, de chacune de ses composantes.Ainsi entendu, le nationalisme apparaît comme la première condition et la plus haute chance de l\u2019internationalisme, comme la condition fondamentale de toute coopération véritable et comme la voie obligée vers l\u2019humanisme de demain.Contre la trompeuse facilité et le désert spirituel que représentent les pseudo-grands ensembles, qui masquent à peine un type nouveau de domination et qui, pour prix d\u2019une fragile et fallacieuse croissance entraînent la domestication des hommes et l\u2019asservissement des communautés, la coopération lucide de patries égales et également souveraines constitue sans doute l\u2019unique recours.Aussi, importe-t-il que les Québécois aient conscience du caractère exemplaire de l\u2019option qu\u2019ils seront appelés à faire.Et qu\u2019ils soient intimement persuadés que la souveraineté ne se divise pas, qu\u2019elle se divise d\u2019autant moins qu\u2019à l\u2019époque où nous sommes, une interaction croissante s\u2019affirme entre tous les secteurs d\u2019activité, qu\u2019il devient pratiquement impossible par exemple de concevoir et d\u2019appli- LA TÂCHE COLLECTIVE PAR EXCELLENCE 787 quer une politique spéciale cohérente si on n\u2019a pas la pleine maîtrise de son économie et, plus encore, de réaliser une politique de l\u2019éducation ou de la culture si on n\u2019a pas le contrôle des grands moyens d\u2019information et de communication.Bref, l\u2019indépendance n\u2019est pas uniquement un droit mais tout autant un devoir, elle n\u2019est point seulement l\u2019expression d\u2019une aspiration légitime mais celle d\u2019une impérieuse nécessité.Cette époque sera de plus en plus celle de l\u2019émancipation et de la coopération à la fois, l'une et l\u2019autre également nécessaires et se conditionnant réciproquement.D\u2019ailleurs, n\u2019assistons-nous pas, un peu partout à travers le monde et particulièrement en Occident (et bientôt sans doute dans les pays de l\u2019Est) à un extraordinaire et significatif réveil des ethnies, à la réaffirmation de langues et de cultures qu\u2019on avait prématurément consignées au musée de l\u2019Histoire ?Tout se passe comme si nos contemporains commençaient à redécouvrir, confusément encore mais profondément, que l\u2019universel est le contraire de l\u2019uniformisation et que la chance de l'universel passe par le salut des personnes singulières que sont les nations.C\u2019est dans cette perspective d\u2019universalisme que doit se situer notre effort collectif : rechercher la souveraineté du Québec, ce n\u2019est point se poser contre un régime ou un système quelconque mais répondre à une aspiration légitime et à un besoin, dans un esprit d\u2019ouverture et de progrès et dans la volonté d\u2019une association fructueuse avec les voisins.Ceux-ci, à terme, y gagneront tout autant que nous : libérés, les uns et les autres, des multiples et sempiternelles querelles qui empoisonnent une cohabitation contre nature, il nous restera à aménager une coopération organique, dans l\u2019égalité, et à en assurer la fécondité.Laissons aux autres, à ceux qui redoutent l\u2019innovation et s\u2019accrochent à des formules dépassées comme à un garde-fou, le vocabulaire négatif et les caricatures puériles.La démarche vers la souveraineté nationale est par essence dynamique et positive, elle correspond à un triple souci de dignité, de progrès et d\u2019ouverture au monde, comme elle s\u2019accorde aux plus hautes préoccupations de 788 L'ACTION NATIONALE l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui.Voilà ce qu\u2019il faut dire et répéter inlassablement avec une conviction sereine, voilà ce dont il faut que tous les Québécois soient intimement pénétrés.Chacun va être comptable du destin de tous, non seulement pour aujourd\u2019hui mais pour demain.Aussi, ne s'agit-il pas d\u2019attendre paisiblement le jour du référendum mais de le préparer dès maintenant par une action collective dont une Société comme la vôtre peut être le fer de lance.Ce peuple doit préparer lui-même sa prise de souveraineté, dans la ferveur certes mais tout autant dans la clarté, par la réflexion mais aussi par le dialogue.Il \u2014 Le rôle des associations L\u2019État québécois qui sortira de l'indépendance devra être une authentique patrie, pour tous ses fils également.Cela implique que le plus grand nombre possible d\u2019entre eux ait effectivement participé à son avènement : il n\u2019y aura demain de « OUI » collectif que si dès maintenant des dizaines de milliers de « oui » individuels sont prononcés et traduits dans l\u2019action, une action quotidienne, permanente, inlassable.Quelle forme doit revêtir l\u2019intervention des groupements et des associations ?J\u2019en retiens pour ma part trois aspects majeurs: 1) la lutte contre la confusion; 2) le devoir d\u2019information et de réflexion ; 3) l\u2019obligation de sensibilisation du milieu, puis d\u2019organisation et d\u2019action directe.Et, avant toutes choses, deux conditions préalables : associer la conviction et la raison et manifester envers toutes les opinions et toutes les familles d\u2019esprit le plus grand respect.La nature de la campagne à mener doit être à l\u2019image de la patrie québécoise de demain, que nous souhaitons tous exemplaire, radieuse et fraternelle.1) J\u2019ai dit d'abord le besoin de lutter contre la confusion qui tend dangereusement à se répandre et qu\u2019au reste certains milieux semblent entretenir à dessein.Il faut lutter contre la confusion des notions fondamentales et du vocabulaire : c\u2019est une tâche préalable qui revêt un caractère indispensable.Dissiper la confusion chez les hommes de bonne foi ; la combattre lorsqu\u2019elle est volontairement LA TÂCHE COLLECTIVE PAR EXCELLENCE 789 entretenue par la mauvaise foi.Effort urgent de démystification, de clarification, d\u2019un minimum de rigueur, et cela même hélas sur le plan le plus élémentaire.Je n\u2019en prendrai que deux ou trois exemples.On emploie très souvent comme termes interchangeables, voire comme des synonymes, les expressions « fédération » et « confédération » et on parle indifféremment de pacte fédératif ou confédératif, etc.alors que ces deux termes correspondent à des notions radicalement différentes, différentes de nature.La Confédération réunit des États souverains, qui conservent en y participant leur pleine souveraineté sur tous les plans mais acceptent d\u2019en exercer une part en commun, au sein d'organes confédéraux où ils sont directement et également représentés.Dans la fédération, au contraire, seul l\u2019État fédéral est souverain au sens du droit international ; les composantes (provinces ou « États ») disposent de certaines compétences sur un plan strictement interne, ne sont pas directement représentés dans les organes fédéraux et sont en permanence vulnérables à un processus presque inévitable d\u2019érosion de leurs compétences par le pouvoir central.Au Canada, nous sommes dans un régime fédéral et NULLEMENT confédéral ; encore la fédération canadienne est-elle d\u2019un des types les plus faibles de fédéralisme, fédération boiteuse, voire bâtarde et où \u2014 comme la plupart des fédérations du monde \u2014 la progression inéluctable de la centralisation nous conduit de fait vers l\u2019État unitaire.Ainsi encore, de l\u2019opposition que certains milieux tendent à faire entre l\u2019indépendance et la souveraineté nationale qui recouvrent au fond la même réalité.La souveraineté n'est pas une sorte d\u2019atténuation de l\u2019indépendance ou d\u2019indépendance au rabais.Or, la première conséquence de l'indépendance, c\u2019est précisément la souveraineté nationale qui en est la plus haute caractéristique, et il ne saurait y avoir de souveraineté nationale, au sens plein et réel de l'expression, s\u2019il n\u2019y a pas d'abord l\u2019indépendance.Ainsi enfin de la supercherie qui conduit certains 790 L\u2019ACTION NATIONALE hommes politiques à tenter d\u2019opposer l\u2019indépendance et l\u2019association, en affirmant qu\u2019il faut choisir l\u2019une ou l'autre.Toute l\u2019histoire contemporaine \u2014 pour nous en tenir à celle-ci \u2014 dément avec éclat une aussi frivole affirmation.C\u2019est précisément parce qu\u2019ils jouissent de l\u2019indépendance que nombre d\u2019États à travers le monde sont engagés dans de multiples associations des types les plus divers, depuis les alliances de nature classique jusqu\u2019à des organisations plus contraignantes, comme la Communauté européenne, le Conseil nordique, etc.Le pays a le droit élémentaire à ce qu\u2019un débat aussi lourd de conséquences se déroule dans la clarté et il est fondé à exiger des dirigeants politiques, des partis et des groupes ainsi que des moyens d\u2019information, que les grandes options lui soient présentées en termes simples et clairs et qu\u2019on ne tente pas de l\u2019abuser en faisant dire aux mots autre chose que ce qu\u2019ils signifient et moins encore le contraire de ce qu\u2019ils signifient.2) J\u2019ai dit ensuite le devoir de réflexion et d\u2019information.Le Congrès que vous venez de tenir en est déjà une illustration.Mais ce ne peut être évidemment qu\u2019un point de départ.À compter de là, devrait être élaboré un plan de travail étalé sur deux ans environ, pour tous les membres de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal et ceux des sociétés-soeurs à travers le Québec, et cela vaudrait, mutatis mutandis, pour tous les groupes et associations politiquement et culturellement conscients.À l\u2019échelle locale et à l\u2019échelle régionale, c\u2019est un vaste ensemble de séminaires et d\u2019ateliers qu\u2019il conviendrait de prévoir afin d'équiper intellectuellement, si je puis dire, les adhérents de tous ces groupes qui doivent être des militants efficaces et ne peuvent l\u2019être vraiment que si leur conviction naturelle est assise en quelque sorte sur une position rationnelle inattaquable.Il faudrait idéalement que les membres d\u2019une société comme la vôtre aient l\u2019occasion, dans le cours d\u2019une année, de participer à cinq ou six de ces ateliers ou séminaires, locaux et régionaux, chacune des rencontres étant axée sur l\u2019une des grandes dimensions du problème majeur qui nous occupe : dimensions historique, économi- LA TÂCHE COLLECTIVE PAR EXCELLENCE 791 que, culturelle, sociale, politique, internationale.Prolongement indispensable, des dossiers d\u2019information devraient être constitués et massivement diffusés, dossiers réunissant pour une part les meilleurs textes présentés dans les séminaires et ateliers et pour l\u2019autre des données de base intéressant le Québec, la fédération canadienne, les organisations internationales, etc.Ces dossiers devraient comprendre également une bibliographie de base, liste d\u2019ouvrages et d\u2019articles dont la lecture attentive et la méditation paraîtraient nécessaires pour compléter l\u2019information des membres et alimenter leur réflexion.Conçu d\u2019abord dans un aspect positif \u2014 savoir la justification, les fondements, la nécessité de la souveraineté \u2014 cet ensemble documentaire devrait néanmoins comporter également les données essentielles pour répondre aux arguments classiques qu\u2019on nous oppose et qui sont principalement d\u2019ordre économique et psychologique.Enfin, il n\u2019est pas moins important que les membres de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal soient éminemment attentifs à tous les aspects du grand débat qui vient de s\u2019engager, aux interventions multiples, aux déclarations et articles de toutes origines et de toutes tendances auxquels la presse fait d\u2019ailleurs largement écho.Tâche ardue et ardente d\u2019information et de réflexion, collectives et individuelles, c\u2019est, dans l\u2019effort qui nous est demandé, la première des obligations : elle s\u2019applique à tous les citoyens mais singulièrement aux membres d\u2019une association comme la vôtre.L\u2019accomplissement de cette tâche conditionne d\u2019ailleurs la réussite des deux autres.C\u2019est un devoir fondamental du citoyen et plus encore du militant.3) Le dernier aspect concerne la sensibilisation du milieu.Le milieu entendu en son sens le plus large : le lieu de travail, le quartier, le syndicat, les associations les plus diverses auxquelles on peut appartenir à des titres divers.C\u2019est là encore une tâche à accomplir par excellence à la base, c\u2019est-à-dire à partir des sections locales dont chaque 792 L'ACTION NATIONALE membre se fixerait à lui-même sa démarche de militant et se donnerait un objectif quant au nombre de « oui » qu\u2019il irait patiemment, inlassablement, chercher, gagner, conquérir.Les occasions sont innombrables, dans la vie quotidienne, qui permettent entre voisins, entre camarades de travail, entre membres de syndicats ou d\u2019associations, d\u2019engager le dialogue, à partir des faits les plus divers de l\u2019actualité puis d\u2019élever le débat et de le faire porter sur la question fondamentale de notre avenir collectif.Cette sensibilisation du milieu doit être une action permanente, qui pourrait commencer, me semble-t-il, par une sorte d\u2019immense porte-à-porte du Québec, point de départ d\u2019un dialogue entre Québécois appelé à se prolonger jusqu\u2019au référendum et \u2014 pourquoi pas ?\u2014 bien au-delà.Cette sensibilisation du milieu sera d\u2019autant plus profonde et plus efficace qu\u2019aura été plus minutieux le long travail collectif et individuel de réflexion et d\u2019information.Cette sorte de vaste campagne d\u2019éducation permanente menée inlassablement, jour après jour, présentera aussi d\u2019autres avantages.Elle permettra en particulier de mieux cerner et de mieux mesurer les diverses formes de l\u2019hésitation, de la crainte, voire de l\u2019opposition et dans certains cas de l\u2019ignorance à propos du sens et du contenu de la souveraineté nationale et de la signification de l\u2019association, qui est l\u2019autre volet de l\u2019entreprise.À partir de là, il sera possible de redéfinir la démarche et de préciser l\u2019argumentation en fonction des objections recueillies et des interrogations posées.À plus long terme, cette campagne de sensibilisation à l\u2019échelle du Québec pourra être riche d\u2019enseignements précieux sur les diverses attentes de la population quant à la souveraineté nationale : ce sera un prélude à cette société de participation que devra être le Québec de demain.Il va de soi en effet qu\u2019une transformation aussi radicale que l\u2019accession à la souveraineté nationale n\u2019est point recherchée pour elle-même mais pour ce qu\u2019elle représente ou illustre et surtout pour ce qu\u2019elle permet.Elle est l\u2019instrument indispensable à la pleine maîtrise de son LA TÂCHE COLLECTIVE PAR EXCELLENCE 793 destin par un peuple, à sa réalisation, à son épanouissement.C\u2019est alors que tout peut commencer et la préparation du référendum devra porter aussi sur l\u2019après-référendum : le type de société que nous souhaitons et les conditions d\u2019y parvenir.Ce peuple porte en lui suffisamment de ressources pour aménager une société dynamique, novatrice et à certains égards exemplaire.Le choc salvateur de la souveraineté aura à lui seul la valeur d\u2019un élan sans précédent, et libérera une puissance de créativité qui n\u2019a point pu jusqu\u2019à présent se donner libre cours.Bref, sensibiliser le pays au sens profond de la souveraineté, c\u2019est l\u2019occasion en même temps d\u2019une sorte de vaste inventaire de ses voeux et de ses aspirations, c\u2019est un moyen de dessiner déjà la société québécoise de demain.Dans cette troisième partie, entre aussi la tâche qui ressortit de l\u2019action directe.Elle est plus aisée à résumer que les précédentes mais supposera de la part de chacun un énorme effort.Ce sera, dans la dernière phase de la campagne, l\u2019activité propre d\u2019organisation, de concentration, de publicité, par la mobilisation de tous les moyens et de tous les militants.On peut imaginer à cet égard la constitution dans chaque localité, voire même dans chaque quartier, d\u2019un comité de coordination et d\u2019action, regroupant les associations de toutes sortes qui se seraient engagées dans la campagne de libération nationale.On verrait ainsi naître à travers le Québec ces centaines de « comités pour le OUI », regroupés de façon souple sur le plan régional, puis à l\u2019échelle du Québec, l\u2019ensemble étant couronné par un « Comité national pour le OUI », composé à la fois de représentants des grandes associations et institutions et de personnalités de divers milieux, dont le poids collectif représenterait à la fois une haute caution morale et une valeur d\u2019incitation puissante.Ces centaines de comités locaux auraient la responsabilité immédiate, dans la dernière phase de la campagne, de l\u2019ultime et multiple effort de conviction, comme de toutes les formes de publicité et de l\u2019ensemble des activités touchant à l\u2019organisation technique et matérielle.Voilà une hypothèse de travail, qui demande évidem- 794 L'ACTION NATIONALE ment à être approfondie et affinée.En résumé, trois tâches essentielles : lutte contre la confusion, pour la clarté et l\u2019élévation du débat ; effort collectif de réflexion et d\u2019information, sensibilisation du milieu, le tout dans un plan fortement structuré et mis en œuvre en liaison étroite avec le Parti Québécois.Conclusion L\u2019entreprise ne sera point aisée mais elle est tout simplement essentielle.C\u2019est une longue vigile qui commence maintenant, une sorte de vigile sacrée au terme de laquelle va se jouer notre destin collectif.Le chapitre ouvert le 15 novembre dernier ne peut pas et ne doit pas s\u2019achever sur autre chose qu\u2019un Oui, fervent et radieux, Oui à l\u2019avenir, Oui à l\u2019épanouissement national, Oui à la dignité, à la coopération et au progrès.Ensuite, ce peuple pourra enfin, ayant refermé l\u2019immense et douloureuse parenthèse ouverte en 1760, reprendre la rédaction de sa propre histoire, en aborder un nouveau tome, celui de l\u2019An 1 du Québec souverain.Ayant cessé d\u2019être un simple objet d\u2019histoire, redevenu sujet actif de l\u2019histoire universelle, il pourra \u2014 j\u2019en suis intimement persuadé \u2014 définir un mode d\u2019être collectif original, inventer un type particulièrement fécond de société et, pourquoi pas, sur certains plans, exemplaire.Mais tout cela ne peut être le résultat que d\u2019un gigantesque effort à entreprendre dès aujourd\u2019hui : chacun doit se sentir avec acuité et en permanence responsable du destin de la communauté.Si cet effort est consenti, alors, peut-être, un soir, dans quelque deux ans ou deux ans et demi, lorsque de tout le Québec montera comme un chant profond de libération, l\u2019annonce, comté par comté, de la majorité pour le OUI, nous pourrons dire ensemble, dans la joie et dans la gravité : Terre enfin libre, patrie du Québec si longtemps prostrée, humiliée, incertaine de ton destin, te voici enfin rendue à tes fils.La fatalité qui paraissait peser sur toi, tu l\u2019as transformée en destin, destin désormais assumé dans LA TÂCHE COLLECTIVE PAR EXCELLENCE 795 la liberté et le courage.Nous saurons bien sûr que ce ne sera que le début d\u2019un nouvel et immense effort mais désormais consenti par nous, pour nous, en étroite et amicale liaison avec les autres, et d\u2019abord avec nos voisins.On comprendra mieux alors que chaque fois dans le monde où une communauté retrouve ou confirme la pleine maîtrise de son destin, c\u2019est une victoire de l\u2019internationalisme et une chance nouvelle donnée à la coopération.Si la politique, au sens le plus noble du mot, est l\u2019art de rendre possible ce qui est nécessaire, notre devoir commun nous est dicté avec éclat.Rendre possible la nécessaire, l\u2019inéluctable souveraineté du Québec afin de pouvoir par elle et en elle apporter notre pierre au chant du monde et notre contribution singulière au progrès universel dans la coopération. Une brochette d\u2019événements par JEAN GENEST UNE BROCHETTE D'ÉVÉNEMENTS 797 1 \u2014 DRAPEAU, COUPABLE OU VICTIME?Après les Jeux Olympiques, nous voici avec les factures à payer.Sur un total de $1,400,000,000 (en incluant la tour et le toit), nous aurions ramassé des revenus d\u2019environ $550,000,000.Puis il y a le $200,000,000 à $300,000,000 à venir comme recettes des Loterie-Canada.Puis il y a ce qu\u2019en quatre ans on aura encore vendu de timbres et monnaies.Bref il faut emprunter et payer les intérêts.On peut prévoir un déficit global considérable alors que, quatre ans après les Jeux, Munich déclarait avoir éteint ses dettes.Or Drapeau n\u2019est pas coupable : il devait foncer.Une fois que les gouvernements provincial et fédéral furent d\u2019accord, Drapeau a manifesté une imagination formidable pour trouver des sources inédites de revenus.Comme il l\u2019a dit, tout aurait été payé si .1)\tles entrepreneurs avaient été honnêtes.Ils ont plaidé I inflation pour expliquer la montée des coûts mais, aujourd\u2019hui, ils ne veulent pas des explorations d\u2019une enquête publique ; 2)\tles syndicats et les ouvriers qui, en permettant les grèves, ont mené un chantage éhonté s\u2019emparant des deniers publics à qui mieux mieux.Aurait-il fallu refuser leurs demandes et alors c\u2019aurait été la fin des Jeux.Il fallait aller de l\u2019avant ; 3)\tles journalistes qui, par des attaques incessantes et mesquines, minèrent l\u2019action du maire en n\u2019appuyant pas ses demandes et ses négociations ; 4)\tune inflation internationale terrible, imprévue, qui explique, en partie, une hausse considérable des coûts ; 5)\tmais le plus coupable, c\u2019est Pierre-Elliott Trudeau et le gouvernement fédéral qui refusèrent toute participation financière.On disait que le Canada présentait les Jeux Olympiques mais en fait c'est le Québec qui a pratiquement assumé toutes les dépenses réelles.On sait bien pourquoi M.Trudeau a refusé la contribution du gouvernement fédéral : il craignait en donnant des fonds fédéraux au Québec de s\u2019aliéner les provinces de l\u2019Ouest qui auraient 798 L'ACTION NATIONALE crié au favoritisme envers le Québec.De sorte que c\u2019est l\u2019électoralisme rentable qui a maintenu M.Trudeau dans un refus têtu et encombrant.Si le gouvernement fédéral avait assumé sa part normale, le Québec aurait probablement reçu $300,000,000, ce qui aurait créé toute la différence du monde.i_e vrai coupable de cette dette c\u2019est donc le gouvernement fédéral.Plus spécifiquement, M.Trudeau.Il n\u2019aura probablement pas l\u2019esprit sportif de l\u2019admettre mais le Québec saura se souvenir que son fédéralisme n\u2019est pas rentable, n\u2019est pas coopératif.M.Drapeau est accusé d\u2019incompétence \u2014 et il est possible qu\u2019il ait agréé trop vite à des demandes exagérées (mais qui peut dire que c\u2019était trop vite ?) \u2014 mais si M.Trudeau ne lui avait constamment refusé son appui, il aurait passé pour un triomphateur.Sa réputation a tenu à un coup de tête de M.Trudeau.Il a été sacrifié à la peur du parti libéral fédéral devant les réactions anglophones présumées.Qu\u2019on ne vienne pas nous chanter que le Canada aime le Québec et désire nous garder dans son giron fédéral ! Nous avons la preuve que lorsque l\u2019heure est venue, il abandonne le Québec avec une désinvolture flagrante ! Que les mass-média rajustent donc leur tir ! 2 \u2014 LA CENTRALE D\u2019ARTISANAT La Centrale d\u2019artisanat (1450 rue Saint-Denis, Montréal), avec ses deux succursales, a été fondée dans le but d\u2019aider les artisans et les initiatives artisanales.En effet la plus grande difficulté que rencontre un artisan du Québec, ce n\u2019est pas un manque d\u2019imagination ni un besoin de produire mais celle de trouver son marché.Ouvrir boutique n\u2019est pas toujours économiquement prudent ni opportun, surtout dans les commencements.Désireux de servir d\u2019intermédiaire entre le public et le producteur, le gouvernement a donc ouvert cette Centrale d\u2019Artisanat et la subventionne régulièrement : les sommes vont annuellement de $75,000 à $200,000.L\u2019artisan n\u2019en retire rien. UNE BROCHETTE D'ÉVÉNEMENTS 799 Loin d\u2019aider l\u2019artisan, la Centrale le dévore et le dépouille.En effet son exigence minimum est de garder 50% du prix de vente.Avec cette condition, l\u2019artisan ne peut récupérer que le prix des matières premières mais presque rien comme salaire.Il ne trouve aucun capital qui pourrait servir d\u2019investissement à une production ultérieure.L\u2019artisan a donc la conviction d\u2019être abusé et exploité.Le raisonnement du gouvernement et de la Centrale est simple : il faut qu\u2019elle devienne rentable et ne constitue pas un poids économique sur le budget du ministère.L\u2019idéal est parfait.Mais c\u2019est comme aux Postes ou au Canadien National : ces services peuvent-ils être rentables étant donné les fins sociales qu\u2019ils sont censés remplir ?À la fin l\u2019artisan ne rencontre qu\u2019une philosophie du mercantilisme du plus bas étage et il n\u2019a pas l\u2019impression que son gouvernement l\u2019aide.Bien davantage, devant l\u2019inutilité du Centre pour le dépanner, il se persuade qu\u2019il serait préférable de faire disparaître la Centrale et ainsi, par la suppression des subventions, elle ne coûterait plus rien au gouvernement.Elle ne remplit pas son but.Les artisans fuient la Centrale car il semble bien, à les entendre, n\u2019y avoir que deux portes pour y entrer : 1) une porte extrinsèque, celle de l\u2019influence ou d\u2019un appui politique ; 2) une porte intrinsèque, celle de l\u2019artisan si doué et si naïf qu\u2019il consent aux conditions de la Centrale croyant y voir un honneur et un profit possible ! Le résultat c\u2019est, parmi quelques belles œuvres, un lot de médiocrités.Dans la première catégorie nous mettons ces quelques gosseux de Saint-Jean-Port-Joli qui inondent Montréal de leurs petites sculptures, pacotille affreuse semblable à celle des sous-boutiques des Antilles.Saint-Jean-Port-Joli devait être un centre artisanal par excellence au Québec, une école de sculpture.On y produit de très belles œuvres mais il s\u2019y est développé une fabrication en milliers d\u2019exemplaires de figurines représentant des semi-idiots, des \u201cpetits vieux\u201d racornis et des petits vieilles édentées, des ventrus et des \u201cbœufs\u201d de notre histoire (!), comme caractéristiques du Québec.Faites à la vitesse, à 800 L'ACTION NATIONALE des milliers d\u2019exemplaires, il faut une influence extérieure pour présenter ces caricatures et ces « désastres » comme un artisanat valable.Si Saint-Jean-Port-Joli ne sait pas discipliner sa production, ne deviendra-t-elle pas synonyme de médiocrité et de pacotille ?Dans la deuxième catégorie nous mettrions ces merveilleuses sculptures esquimaudes, infiniment supérieures à ce qu\u2019on nous présente comme du pur Saint-Jean-Port-Joli, mais qui se vendent à un prix trop élevé.Nous tombons dans le pire capitalisme et nos artisans deviennent des instruments d\u2019une politique presque anti-sociale ou du moins si mercantile que les artisans ont raison de « bouder » la Centrale.Il nous faudrait plutôt une coopérative artisanale permanente dont les frais d\u2019administration pourraient être subventionnés par le gouvernement.Il reste aux artisans une autre porte de sortie : l\u2019exposition annuelle des arts et métiers, en décembre, à la Place Bonaventure.Cette exposition est très populaire et, pour un prix qui est encore assez élevé, surtout pour les débutants, chaque artisan peut y obtenir un kiosque et expliquer son art et son métier à une clientèle vraiment intéressée.Le Livre vert de M.L\u2019Allier, alors qu\u2019il était ministre des Affaires culturelles, abordait ce problème.Il voyait la difficulté.Il proposait une association des artisans pour que ceux-ci, par leurs représentants, puissent faire valoir leurs besoins et leur analyse de la situation.Signalons au nouveau ministre, M.O\u2019Neill, que ce secteur représente des milliers de gens au Québec, parmi les plus utiles au pays, les moins contestataires et les plus positifs.Ils véhiculent une image du Québec et, avec une aide intelligente, ils peuvent donner au Québec ce même éclat extraordinaire que nos chansonniers et nos gens de théâtre ont réussi à lui créer dans le monde.Mais, de grâce, sortez-nous de la Centrale et de son 50% ! Aidez les artisans à fonder leur propre coopérative ! UNE BROCHETTE D'ÉVÉNEMENTS 801 3 \u2014 LES ARTISTES FUIENT L\u2019URSS Vers le 7 janvier 1977, Rudolf Barchai, le meilleur chef d\u2019orchestre soviétique, quittait l\u2019URSS pour Israël.Vers le même temps, le meilleur violoniste, Mikhail Roud, en tournée à l\u2019étranger, demandait l\u2019asile politique à l\u2019Occident.Les créateurs étouffent dans un pays de stagnation intellectuelle où le psittacisme a seul valeur d\u2019orthodoxie.Pour éviter les fuites, l'URSS prend toutes les précautions imaginables.On en est au point, comme dit Vladimir Boukovski, ce prisonnier du KGB de 34 ans et qui en a passé douze dans les camps de concentration de l\u2019URSS que : « Au total, il y a en Union soviétique un tel nombre de camps et de régimes divers, tant de diverses limitations de liberté pour les gens non détenus, tant de persécutions extrajudiciaires et un tel statut politique général de tout le pays (isolement du monde extérieur, barbelés aux frontières, etc.), que l\u2019on a réellement le droit d\u2019affirmer que nous avons deux cent cinquante millions de prisonniers politiques ».Amnesty International estimait, en novembre 1975, à un million le nombre de prisonniers en URSS dont seulement 1%, soit 10,000, seraient des prisonniers politiques.Affirmation qui a fait rire les experts.C\u2019est encore Vladimir Boukovski qui a rectifié : « L\u2019évaluation de Amnesty International n\u2019est pas correcte.L\u2019Union soviétique n\u2019a pas un million de détenus mais de trois millions à trois millions et demi au bas mot.» Ce chiffre montre que le régime stalinien des 20,000,000 de prisonniers est bien terminé mais qui croira que 3,500,000 prisonniers et contestataires sont le témoignage que l\u2019URSS est le paradis socialiste que la propagande veut nous faire croire ?(Le Monde, reproduit dans Le Devoir, 7 janvier 1977).Jamais aucun pays du monde, dans toute l\u2019histoire humaine, n\u2019a connu un régime qui ait réussi comme les pays marxistes, à enrayer les entrées et les sorties des humains.Passe encore pour les entrées ! On peut exiger des passeports, des visas et même chaque pays peut refuser l\u2019entrée de tel ou tel indésirable.Mais établir des 802 L'ACTION NATIONALE frontières barbelées avec tours de vigilance ornées de mitraillettes et terrain miné pour empêcher ses citoyens de sortir, cela ne s\u2019est jamais vu avec cette pointe de fanatisme et de méfiance, que ne cesse de manifester l\u2019URSS depuis les 60 ans où les marxistes sont au pouvoir.Jamais cela ne s\u2019est vu.Cela frise le ridicule mais ce n\u2019est plus ridicule, cela est tragique quand on sait le nombre de tués et le climat de prison imposé à 240,000,000 de citoyens ! Et dire qu\u2019au Québec, il y a des gens assez manipulés, lavés du cerveau, conditionnés et fanatisés pour vouloir transformer un territoire national en prison militarisée et un gouvernement en dictature empoisonnée.Comment accepter un travail de sape pour transformer des personnes humaines en esclaves de l\u2019État ?Que les esprits radicaux d\u2019ici arrêtent de vouloir nous imposer « pour notre bien » leur conception d\u2019une prison bienheureuse ! Les artistes et les ouvriers de l\u2019Est n\u2019attendent que l\u2019occasion pour fuir tant de folie monstrueuse.En attendant, la stérilité culturelle du marxisme devient évidente pour tout le monde.On se contente de répéter et d\u2019affirmer avec le poing.4 \u2014 L\u2019ASTROLOGIE Nous restons toujours surpris de voir l\u2019extension que prend l\u2019astrologie parmi la bonne population du Québec.Il semble que c\u2019est dans la mesure même où quelqu\u2019un abandonne la foi en Dieu et en l\u2019Église, qu\u2019il cherche un ersatz quelconque qui lui permette d\u2019expliquer sa vie et les événements : le marxisme ou l\u2019occulte.Toujours l\u2019homme a cherché dans les forces « obscures », inexplicables, « lointaines », « mystérieuses », une raison à ses comportements et à ses « malchances ».C\u2019est une façon de croire à une emprise étrangère, irrationnelle, sur sa vie propre, qui excuse.On devient moins responsable.Les devoirs ne sont plus des devoirs et la liberté faussée s\u2019explique par des déterminismes astraux.Il y a là une faiblesse intellectuelle certaine.Il y a là une projection d\u2019une propension secrète à fuir les blâmes et les UNE BROCHETTE D'ÉVÉNEMENTS 803 auto-accusations.On espère tranquilliser sa conscience en lui répondant que les « astres » sont les auteurs et les coupables mais certainement pas le moi .Cela en est arrivé à un point tel d\u2019hallucination par rayonnement et pression sociale qu\u2019il est bon de lancer parfois un avertissement : les astres n\u2019ont rien à voir comme éléments moteurs de nos actes ! 186 savants, dont 18 prix Nobel, dans la revue américaine The Humanist (septembre 1975), ont accablé les astrologues en les traitant de charlatans publics.Ils ont demandé aux journaux et aux mass-média d\u2019arrêter de diffuser de telles inepties car, disent-ils, « ces pratiques ne peuvent que contribuer au développement de l\u2019irrationa-lisme et de l\u2019obscurantisme ».Ils continuent : « En ces temps troublés, beaucoup cherchent un guide qui leur évite les affres d\u2019une décision.Ils voudraient faire croire en un destin prédéterminé par des forces astrales extérieures.Cependant, nous devons tous faire face au monde et réaliser que notre avenir réside en nous-mêmes et non dans les étoiles ».Voilà qui est bien dit : notre action trouve son moteur, son explication, sa motivation et sa valeur, dans une conscience bien formée et non dans les étoiles.Tout le galimatias, souvent orné de mots pseudo-scientifiques pour impressionner les simples ou les curieux, ne changera rien à l\u2019affaire.Les astres ne sont pas une explication, voilà ce qu\u2019affirment les savants.Si les humains ont besoin de guide, qu\u2019ils le trouvent en un être intelligent et non en la matière en explosion, dans une Création divine et non dans la chimie de l\u2019univers astral.On dira : « Si les gens veulent croire à l\u2019astrologie, laissez-les donc en paix ! N\u2019est-ce pas seulement une superstition inoffensive ?» En effet c\u2019est moins dangereux que le terrorisme.Mais son simplisme conduit à un doux fatalisme qui empêche l\u2019épanouissement à la maturité et au sens de la responsabilité personnelle chez trop d\u2019hommes et de femmes d\u2019aujourd\u2019hui.C\u2019est le cas de le dire : les astres empêchent les humains de mûrir. 804 L\u2019ACTION NATIONALE 5 \u2014 LE SILENCE DE CES ESPACES INFINIS.Comment se fait-il que nos journaux et nos mass-média soient si éloquents et si fréquemment lorsqu\u2019il s\u2019agit de parler des attaques contre les droits de l\u2019homme, disons en Argentine, au Brésil, au Chili, alors qu'ils disent si peu de choses sur les atrocités du Cambodge, en Angola, au Vietnam, en URSS et à Cuba ?Toute atteinte aux droits de l\u2019homme est un mal.Torturer un homme est un crime.Il ne s\u2019agit donc pas de cacher que des démocraties deviennent totalitaires et que des États se conduisent avec un acharnement intolérable contre toute déviation politique.Le problème est ailleurs : pourquoi exige-t-on tant de « pureté » chez les uns et maintient-on un silence presque complice sur tant d\u2019atrocités commises dans les pays vraiment totalitaires et soumis aux paradis artificiels du marxisme ?Cuba aurait 15,000 prisonniers politiques dont une grande partie sont employés aux travaux forcés.Au Vietnam, sous prétexte de \u201crééducation\u201d, la situation est encore plus effroyable.En Angola, on prétexte de la guérilla pour tuer tout adversaire ; c\u2019est le massacre des Noirs.Et cela nous amène à parler de la « théorie des dominos ».Il s\u2019agit d\u2019une théorie en économie politique asiatique.Les uns disaient : « Perdez la Corée et vous verrez, vous perdrez ensuite le Vietnam.Puis viendra le tour du Laos, du Cambodge, de la Thaïlande, de la Malaisie et chaque pays tombera comme un fruit mûr entre les mains des communistes.Toute la côte du Pacifique asiatique deviendra, à plus ou moins brève échéance, soumise au totalitarisme marxiste».Qui ne se rappelle que le New York Times et le Was-hington Post se moquèrent abondamment de la théorie des dominos.Pour eux il ne s\u2019agissait que de mettre fin à la guerre du Vietnam et de laisser le Vietnam-Nord s\u2019emparer du Vietnam-Sud : cela ne regardait pas les États-Unis et il était ridicule de penser que les autres pays succomberaient aux attaques des partis communistes.Comment la Russie et la Chine pourraient-elles entretenir des ambitions impérialistes ? UNE BROCHETTE D\u2019ÉVÉNEMENTS 805 Or la théorie des dominos est à se faire sous nos yeux.Chaque année c\u2019est un autre pays qui succombe aux avances du communisme asiatique bien armé par la Chine ou l\u2019URSS.Dès qu\u2019un pays tombe sous une dictature communiste, nos mass-média semblent, en général, se désintéresser du pays concerné et se taire plus ou moins complètement sur les conséquences d\u2019une défaite.Les pires excès du fascisme hitlérien réapparaissent dans ces pays conquis.Le lavage des cerveaux conduit à la torture ou à la mort lente des travaux forcés.Il devient évident que le New York Times et le Washington Post n\u2019ont pas défendu les intérêts des États-Unis ni même les intérêts à longue portée des droits de l\u2019homme et des peuples.Les mass-média occidentaux en ne se réveillant pas devant les succès et les progrès de l\u2019impérialisme communiste, en maintenant un silence trop favorable au néo-fascisme marxiste contribuent immensément à maintenir les populations démocratiques dans une fausse sécurité.Elles ont besoin d\u2019une information objective et bien au point.L\u2019écrasement et la prison ne sont pas inévitables pour les peuples d\u2019Occident.Le silence de ces espaces presque indéfinis de nos mass-média, parfois si remplis de niaiseries et si vides de ce qui est important pour la destinée du monde occidental, m\u2019effraie.À eux d\u2019aider à former une opinion mondiale, non pas alarmiste mais lucide et bien informée, 6 \u2014 LE DISCOURS DE M.RENÉ LÉVESQUE Ainsi le 25 janvier 1977 M.René Lévesque a prononcé un discours à New York.Les retombées de ce discours continuent et se transforment en accusations et descendent presque aux injures.Le but de M.Lévesque a certainement été atteint.Avec l\u2019article publié dans FOREIGN AFFAIRS du mois d\u2019août 1976, il a réussi à faire entendre la voix du Québec dans toute l\u2019Amérique du Nord et même dans l\u2019univers.M.Lévesque savait bien qu\u2019il affrontait trois auditoires différents : 1) l\u2019univers entier ; 2) le monde américain ; 3) le 806 L'ACTION NATIONALE monde canadien d'une mer à l\u2019autre.Quels furent les résultats du discours selon ces trois auditoires ?Avec l\u2019univers, M.Lévesque a gagné haut la main ! Il a renseigné le monde occidental sur l\u2019existence de la nation franco-québécoise et son désir d\u2019indépendance.Dans le monde, les grands courants psychologiques favorisent les « underdogs », les exploités, les cris d\u2019indépendance.Un jour, le Québec aura besoin, pour entrer aux Nations-Unies, de l\u2019appui des cent nations qui, sur les 146 déjà admises, ont connu les combats psychologiques à mener pour achever leur indépendance.Leur sympathie est acquise au Québec car ce combat sera long, acharné, vicieux.Avec le monde américain, M.Lévesque savait très bien qu\u2019il ne quitterait pas la salle de conférence avec une avalanche d'offres comme prêts et investissements.Ces financiers qui ont des intérêts dans plusieurs pays du monde, savent ce qu\u2019investir veut dire au Mexique, en Argentine, en Egypte ou au Brésil, aux Philippines et en Indonésie.Il y a des risques partout.M.Lévesque rassure en disant que ces risques normaux sont moindres au Québec où il n\u2019existe aucune menace de nationalisation et où les ressources naturelles sont abondantes.Les Américains veulent de l\u2019électricité.Or nous avons à en vendre.Ils veulent du fer, du cuivre, du manganèse et une vingtaine d\u2019autres métaux.Nous les avons et nous leur disons que nous serions heureux de les avoir comme partenaires là où le bien du Québec marche de pair avec le bien des États-Unis.C\u2019est franc et honnête.Les financiers américains font le tour de la terre justement pour trouver les ressources nécessaires à leur essor industriel.S\u2019ils manifestaient de l\u2019antipathie et un refus, le Québec se développerait moins vite, certes, mais il posséderait encore ses richesses dont le monde aura toujours besoin.Notre atout est formidable.Les Américains le comprennent, en voyant leurs propres réserves s\u2019épuiser.Reste le troisième auditoire, celui des Anglo-Canadiens.Leur opposition est viscérale.Ils sont en colère.Au canal 12, à la table ronde qui a suivi le discours de M. UNE BROCHETTE D\u2019ÉVÉNEMENTS 807 Lévesque, les Anglo-Canadiens avaient une figure funèbre et offraient les traits d\u2019une colère rentrée.Pourquoi sont-ils offusqués ?C\u2019est que toute leur gestion du Canada et, plus particulièrement, de la Confédération est mise en question.Comment peuvent-ils parler des beautés du Canada entier quand toutes leurs provinces ont rejeté le français et qu\u2019elles sont devenues les nécropoles de nos minorités ?Comment peuvent-ils dire que la Confédération nous a été propice quand ils savent très bien comment l\u2019Ontario a été favorisée par rapport au Québec et que nous avons toujours été traités en province de seconde zone, nous permettant de voir en Ottawa la capitale impériale et en Québec le chef-lieu d'une colonie exploitée ?Ils ont voulu une seule nation au Canada.Ils ont tout centralisé au point de nous étouffer.Bref \u201cleur\" Confédération est devenue une camisole de force pour le Québec.Bien davantage, ils ont si bien dominé et asservi le Québec qu\u2019ils ont su trouver dans les rangs des Franco-Québécois tous les rois nègres et tous les serviteurs dont ils ont eu besoin pour leurs tâches inqualifiables.Bref les Anglo-Canadiens sont passés en jugement devant le monde entier pour leur gestion du Canada et pour nous avoir passé la camisole de force.Devant ce désastre de toute la Confédération, ils veulent garder les morceaux intacts aussi, pleins de dépits, ils ne savent vers qui se tourner pour faire accepter « leur » Canada et ils doivent avouer avec humiliation que le seul homme capable de replâtrer «leur» ouvrage, c\u2019est encore un homme qui a un nom canadien-français : « Hélas, he is called Trudeau.» Pour nous, il est devenu le roi nègre, le roi élu, le roi paravent des intérêts Anglo-Canadiens.Par cet appui, même désespéré, Trudeau meurt au Québec ! Le seul danger avec « leur » nouveau champion, c\u2019est qu\u2019avec lui ils ont connu toutes les désillusions possibles.Après « leur » trudeaumania, ils ont connu l\u2019amertume de ceux qui ont surestimé leur marchandise.Aujourd\u2019hui, ils peuvent préparer leur offensive derrière lui.Le risque c\u2019est que l\u2019aveuglement de Trudeau s\u2019en mêle et qu\u2019il aboutisse au fanatisme.Déjà, nous le voyons nerveux, employant 808 L'ACTION NATIONALE tous les ragoûts, mêlant le parti libéral et le Canada.Bref, M.Trudeau a trouvé le thème de sa croisade : il est prêt à monter sur les tréteaux et à pourfendre tous les « méchants », c\u2019est-à-dire tous ceux qui ne pensent pas avec les rois nègres.Les Anglo-Canadiens, pour mieux dominer, ont bien su nous diviser : ils opposent M.Trudeau à M.Lévesque.M.Lévesque connaissait ces trois auditoires.Une opposition formidable, viscérale et sans merci, s\u2019élèvera contre lui et le Québec.Il devra faire front par ses ministres.Il devra gagner le Québec français.Il n\u2019y arrivera que par des politiques claires et définitives : il doit bâtir un Québec français.Peut-être que l\u2019indépendance ne se fera pas sous son règne mais il aura laissé à tous les vivants du Québec, un Québec dont ils seront fiers et pour lequel il vaudra la peine de lutter car il a exprimé un fait historique presque absolu : l'idée d\u2019indépendance ne meurt pas.Une fois née et enracinée, l\u2019idée d\u2019indépendance fait sa trouée normale.Un jour, lassés, les Anglo-Canadiens accepteront l\u2019inévitable.Ce jour pourrait être plus proche que nous le pensons si au lieu de confier un sale ouvrage à M.Trudeau, les Anglo-Canadiens travaillaient déjà à nous offrir un nouveau régime fédératif, plus décentralisé, un espace français où nous pourrions nous développer, loin de cette camisole de force qu\u2019ils nous ont imposée au nom du Canada, c\u2019est-à-dire trop souvent au nom de « leurs » intérêts.Que l\u2019on ne vienne plus nous parler de conscription, de la Catpa, de communications, d\u2019anglicisation : qu\u2019ils nous laissent assez d\u2019air à respirer pour que nous puissions nous dire « maîtres chez nous », comme nous les laisserons « maîtres chez eux ».Ce travail qu\u2019ils le commencent au plus tôt car, ils ne doivent pas se méprendre, Trudeau et son équipe ont fini de nous impressionner : ils ne le savent pas encore mais ils ont perdu leur auditoire ! René Lévesque est celui qui parle de fierté, redresse les courages, invite à l\u2019association, entre égaux, entre deux nations.Une conséquence est devenue une évidence : le Parti Québécois n\u2019a pas de journal, de radio et de télévision.Il UNE BROCHETTE D'ÉVÉNEMENTS 809 lui manque les mass-média.Après cette conférence à New-York, pas un journal, excepté peut-être un Marc Laurendeau, n\u2019a su mettre en valeur les aspects positifs du discours de M.Lévesque.Là est la carence, là est la blessure.Quelques journaliste de l\u2019ex-journal Le Jour portent une responsabilité nationale extrême pour leur narcissisme et leur abandon du terrain par rigidité et intolérance gauchistes.M.Lévesque mérite notre appui : son combat, notre combat, ne manque pas de grandeur.Avec lui seul, en cette fin du 20e siècle, nous écrivons une page d\u2019histoire.Qu\u2019il ne nous déçoive pas : ou il sera au pinacle de l\u2019histoire en inaugurant l\u2019an I de notre souveraineté-association où il ira au cimetière de nos espoirs brisés.Il est probable qu\u2019il ne sera ni l\u2019un ni l\u2019autre mais qu\u2019en honnête homme, il nous fera hériter de la plus grande dose d\u2019autonomie en tenant compte du possible et de la férocité des adversaires.7 \u2014 TRUDEAU ET L\u2019INDÉPENDANCE Une chose est certaine : le Canada est en crise.Les Anglophones du Canada peuvent dire que la faute en est aux Franco-Québécois.Mais ils manifesteraient une fois de plus leur incapacité à comprendre la substance de l\u2019histoire.L\u2019indépendance cherchée par le Québec c\u2019est en même temps le procès de la gestion du Canada par les Anglo-Canadiens depuis plus d\u2019un siècle.Ils ont mal administré le Canada et cela fait le tour du monde.La sympathie des peuples va à l\u2019« underdog », à celui qui n\u2019a pas été privilégié, à celui qui a souffert et qui a été exploité.C\u2019est le Franco-Québécois qui est bien reçu à travers le monde.Notre mécontentement est un jugement sur toute l\u2019administration politique et économique de la Confédération.En cent ans ils ont su nous expulser de dix provinces en nous imposant l\u2019assimilation scolaire.Nous nous souvenons.En soixante ans ils nous ont imposé deux conscriptions forcées.Ils ont traqué nos jeunes par leur RCMP.Ils ont fait de leur armée une école d\u2019anglicisation obligatoire.Nous nous souvenons.Ils ont incarcéré le maire de 810 L'ACTION NATIONALE Montréal, ils ont invité les « grands adolescents blonds de six pieds venus de Grande-Bretagne » (dixit Paul-Émile Robert).Ils ont accepté l\u2019hécatombe de Dieppe.En un siècle ils ont fait venir, en payant leurs voyages, des millions d\u2019immigrants, préférablement anglais ou anglicisés mais ils ont laissé courir une hémorragie terrible de Québécois entre 1880 et 1930 vers les États-Unis.Nous nous souvenons.Nous ne pouvons pas compter sur leur gouvernement fédéral, royaliste un temps, colonisé par les États-Unis un autre temps et toujours dominé par leur anglicisation à cent visages et leur centralisation asservissantes.Devant notre refus de soumission bête à leur gérance invraisemblable du pays et des multiples humiliations que nous avons subies (dire qu\u2019il y en a parmi eux qui croient que nous voulons l\u2019indépendance surtout pour des motifs économiques !), devant leur centralisation qui frisait la dictature à dix contre un, ils n\u2019ont personne à offrir pour dialoguer dans cette situation difficile.Aucun Anglo-Canadien n\u2019a assez de valeur, de courage ou de compétence culturelle pour s\u2019aventurer à négocier avec ses partenaires confédératifs.Leur sale ouvrage (celui de faire oublier leurs gaffes, leurs dominations et leurs écrasements), ils doivent trouver des Canadiens-Français (des Québécois par surcroît) pour le faire.Voilà comment Pierre Elliott-Trudeau, et ses acoly-thes du Québec, plus ou moins doués et sincères, doivent plaider la cause des Anglo-Canadiens, la cause des dix provinces qui ont honni le français, écrasé le français, exploité à partir de Westmount ou de Bay Street toutes les avenues économiques du Québec en bouchant systématiquement les promotions et les accès au capital permettant au Québec de devenir maître chez lui.Pierre Elliott-Trudeau, chef nègre, est maintenant chargé de défendre à tout prix l\u2019unité du Canada.Il ironise et demande la tenue du référendum le plus tôt possible.Pourquoi ne tient-il pas ses élections fédérales immédiatement pour que nous sachions bien s\u2019il est vraiment le chef accepté par les Anglo-Canadiens, pour que nous sachions bien s\u2019il est vrai que les Anglo-Canadiens n\u2019ont UNE BROCHETTE D'ÉVÉNEMENTS 811 personne d\u2019autre à nous offrir comme négociateur ?Le gouvernement fédéral paie bien ses serviteurs.Il est facile alors de se faire une conscience et une idéologie : ces héros du Canada sont les saboteurs du Québec ou leurs complices.Trudeau sait bien que son adversaire c\u2019est le nationalisme québécois.S\u2019il y a des libertés individuelles primordiales il y a aussi des libertés collectives sans lesquelles une nation ne mérite pas de vivre et de survivre.Ne pas voir cette fierté blessée, n\u2019est-ce pas déjà un signe d\u2019une assimilation commencée?Quand les réalités solides, celles de la personne, de la nation et de la patrie charnelle, échappent à un esprit, c\u2019est qu\u2019il y a de l\u2019aveuglement.Et puis d\u2019ailleurs, qu\u2019importe le référendum, qu\u2019importe Trudeau : tous deux passent.Mais l\u2019idée d\u2019indépendance, une fois enracinée, ne meurt pas facilement. Présentation de Raymond Barbeau1 par François-Albert Angers 1.Le 25 janvier 1977 la S.S.J.B.de Montréal conférait une médaille d\u2019argent à M.Raymond Barbeau, fondateur de l'Alliance laurentienne, le 25 janvier 1957.Présentation de M.Angers et réponse de M.Barbeau. L'ALLIANCE LAURENTIENNE 813 Il y a vingt ans ce soir était fondée, à l'instigation de Raymond Barbeau, qui en resta le président et animateur, l'Alliance laurentienne.C\u2019est une date de portée historique dans l\u2019histoire des Canadiens-Français ; /a date qui marque le passage, dans la génération d\u2019après-guerre en voie de profonde assimilation, d\u2019une sorte de résignation canadienne-française à « l'intégration lucide » vers une résurrection de la fierté qui se dira bientôt québécoise.C\u2019est donc pour rendre hommage à qui mérite doit être reconnu que nous nous sommes réunis à l\u2019enseigne de Ludger Duvernay.Car s\u2019il y a bien sûr dans l\u2019histoire les forces populaires, il y a aussi les hommes, les hommes de personnalité, sans qui avortent bien souvent les créatures de l\u2019instinct.Et sans Raymond Barbeau, sa forte personnalité, ses prises de conscience aiguës et son magnétisme, il n\u2019est pas sûr que serait née de toute façon une Alliance Laurentienne ou son équivalent.Et de fil en aiguille ensuite, une fois l\u2019amorce faite, l\u2019Alliance laurentienne engendra le Ralliement pour l\u2019Indépendance nationale (RIN), qui engendra les premiers essais de partis indépendantistes, qui engendrèrent le Parti québécois, qui vient de mettre le 15 novembre dernier l\u2019idée d\u2019indépendance au Pouvoir après plus de 200 ans d\u2019occupation du Québec.Il ne s\u2019agit pas de prétendre que Raymond Barbeau a été le premier grand indépendantiste au Québec.Cette idéal, chez les petits comme chez les grands, a habité le cœur et l\u2019esprit de beaucoup des nôtres depuis 1760.Certains en sont morts sur l\u2019échafaud après 1837.Plus particulièrement au début du siècle, Jules-Paul Tardivel et son journal La Vérité, le proclame sans ambages comme une nécessité d\u2019action politique.On connaît les deux déclarations parallèles célèbres de Jules-Paul Tardivel et de Henri Bourassa qui, dès le prime début du 20e siècle, définissent clairement les deux options possibles de la nation française d\u2019Amérique en termes respectifs d\u2019indépendantisme et de canadianisme bien compris.Dés lors, les mouvements de jeunesse se fondent et s'inspirent, comme ils discutent, de ces deux grands idéaux ; et se partagent en fonction de l\u2019un ou de l\u2019autre. 814 L'ACTION NATIONALE C\u2019est à ces jeunes déjà très actifs que Henri Bourassa dira dès 1902 ; « Quelques-uns de nos compatriotes envisagent avec bonheur le jour où nous reconstituerons en Amérique, de droit comme de fait, une Nouvelle-France, un État libre où notre race dominera sans partage.C\u2019est assurément là un rêve légitime et attrayant.Le travail des siècles peut le réaliser plus rapidement que les apparences ne l\u2019indiquent.Mais c\u2019est encore un rêve ; et ce qu\u2019il faut faire c\u2019est le devoir du moment.» Puis il y eut en 1920, l\u2019abbé Groulx, L\u2019Action française et son enquête sur notre avenir politique, le mouvement des Jeunesses patriotes des deux O\u2019Leary dans les années 30.Bref les indépendantistes ont toujours hanté notre histoire, de sorte que c\u2019est à un atavisme, à un instinct profond que Raymond Barbeau répondait en ce jour du 25 janvier 1957.Mais alors, direz-vous, où est tellement le mérite de Raymond Barbeau et notre raison de le célébrer ?Pour comprendre l\u2019importance de cette célébration et la portée historique de l\u2019événement, il faut se reporter à la situation des années \u201950 et au fait que l\u2019année 1957 \u2014 l\u2019année de la querelle des subventions aux universités \u2014 a été celle du tréfonds de la période la plus sombre de notre histoire nationale.Après la guerre, en effet, le nationalisme avait été fortement battu en brèche par toute une école nouvelle, dont Cité Libre constituait le fer de lance avec Pierre-Elliott Trudeau et Gérard Pelletier, et dont les bases se retrouvaient à l\u2019École des Sciences sociales de Québec et dans les mouvements d'Action catholique, où la pensée a-nationaliste et anti-nationaliste s\u2019incarnait dans les nouveaux leaders que constituaient entre autres Maurice Lamontagne et Claude Ryan.Le summun sera atteint avec la querelle des subventions aux universités, alors que le besoin d\u2019argent de nos milieux culturels engendrera la démission générale de l'intelligentsia devant les prises de contrôle fédérales par réaction contre les politiques de Maurice Duplessis.On accorde encore beaucoup de crédit à toute cette L'ALLIANCE LAURENTIENNE 815 école de pensée aujourd\u2019hui, pour avoir été à l\u2019origine de la « Révolution tranquille >» et de la « libéralisation ».de la civilisation québécoise.Bien sûr, certaines idées mises de l\u2019avant par elle persistent à travers l\u2019évolution du Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Mais on oublie, qu\u2019elle le faisait, à ce moment-là, en travaillant systématiquement et consciemment à dénationaliser le peuple québécois, en conspuant comme «étroites» et « fascisantes » toutes les formes de nationalisme même culturel, en collaborant inter sèment avec le gouvernement d\u2019Ottawa contre Québec pour la centralisation des pouvoirs jusque-là dévolus aux provinces.C\u2019est Maurice Lamontagne qui formulera en clair, dans son livre sur le Fédéralisme canadien, la nouvelle règle inévitable, estimait-il, pour façonner notre destin national : « l\u2019intégration lucide » dans un Canada unifié par I action des politiques économiques d\u2019inspiration keynésienne.Il faut reconnaître ici que Pierre-Elliott Trudeau, devant la profondeur de déchéance ou de dégénérescence nationale que constituait I attitude prise devant la question des subventions aux universités, se dissocia de ses amis, et se rangea sur ce sujet avec le seul groupe vraiment résistant du temps, La Ligue d\u2019Action nationale.Mais quant au reste, il était devenu triomphant : jamais plus, disait-il, la jeunesse du Québec ne reviendra à l\u2019étroitesse d\u2019esprit du nationalisme et surtout du séparatisme.Et effectivement, à peu près personne n\u2019osait plus se dire franchement nationaliste canadien-français tellement on avait réussi à créer une atmosphère de mesquinerie et d\u2019étroitesse d\u2019esprit autour de l\u2019idée de vouloir être autre chose que des Canadiens tout court.Autour du chanoine Groulx, ceux qui restaient vraiment fidèles, nous nous comptions sur les doigts de la main, en nous demandant si tout n\u2019était pas en train de chavirer.Raymond Barbeau fut alors le jeune, en cette année 1957 même, qui releva le défi lancé par Trudeau, et osa affronter tous les sarcasmes en fondant, sur le ton claironnant, un mouvement, non seulement nationaliste-autonomiste, \u2014 ce qui était aussi pratiquement tombé en 816 L\u2019ACTION NATIONALE défaveur \u2014 mais un mouvement carrément indépendantiste.Pendant quatre ans, jusqu\u2019à ce que se fonde le RIN, c\u2019est Raymond Barbeau qui se « désâme » et se multiplie pour redresser les voies de la pensée et de la fierté nationales.Il ne concède rien aux sourires entendus, aux risées, aux ricanements, aux moqueries qui deviennent son environnement.Même chez les nationalistes qui tiennent encore, il trouve malheureusement jusqu\u2019à des adversaires, tellement tous sont conscients d\u2019une certaine inopportunité d\u2019aller aussi loin que de parler d\u2019indépendance.Le fait est que nous, les aînés, n\u2019aurions pas pu proposer un tel virage sans être abandonnés par 90% de ceux qui s\u2019accrochaient encore à ce qui restait de nationalisme traditionnel, comme à la dernière épave flottante d\u2019un vaste naufrage.Beaucoup de ceux-là cherchaient plutôt des formules diplomatiques qui permettraient de faire revivre le nationalisme dans des formules pas trop nationalistes, d\u2019où l\u2019hostilité de certains contre le casseur de carreaux : Raymond Barbeau.Dans les autres milieux, on songe à disparaître intelligemment dans une sorte de composition pour un Canada qui ne serait plus ni anglais, ni français, mais .franglais, disait Raymond Barbeau, amalgame qui serait une autre contribution à la civilisation universelle ! Et on se prenait avec cela très au sérieux.Il fallait donc vraiment que le salut nous vînt de la jeunesse.De quelqu\u2019un qui partant de zéro pouvait se permettre de se créer son propre sillage, d\u2019attirer ainsi à lui les éléments disponibles sans déranger par des commotions intérieures les structures ou épaves de structures encore en place du nationalisme de la première moitié du 20e siècle.Raymond Barbeau a été ce jeune qui leva l\u2019étendard de la révolte contre toutes les forces de dénationalisation qui grouillaient efficacement dans notre milieu.Il faut avoir vécu cette époque pour prendre conscience du rôle majeur qu\u2019il a assumé dans le redressement du cours de notre histoire dont nous sommes si fiers aujourd\u2019hui.Car il est difficile de mesurer à distance, ou même de percevoir dans une autre génération, la puissance de vision et d\u2019illumination, la dose de courage et de détermination passant au dessus de l\u2019amour propre .et peut-être d\u2019une certaine L'ALLIANCE LAURENTIENNE 817 capacité d\u2019inconséquence propre à la jeunesse, qu\u2019il fallait pour s\u2019engager dans une telle action.x x x Mais Raymond Barbeau n\u2019aura pas seulement fondé matériellement un mouvement qui a eu de si heureuses suites dans notre histoire.Il était plus un type de penseur qu\u2019un homme d\u2019agitation dans l\u2019action.Esprit remarquablement doué intellectuellement et lucide, docteur ès lettres de la Sorbonne à partir d\u2019une thèse qui a fait époque à Paris dans le sujet qu\u2019il traitait, il écrit des livres et dirige une revue, « Laurentie >>, autant qu\u2019il parle et qu\u2019il organise.Il n\u2019écrit pas uniquement dans une perspective de propagande mais pour élaborer une pensée indépendantiste adaptée à la situation du Québec.Il sut donner un fondement doctrinal à son action, et non faire de la pure et simple agitation.Il examine et approfondit tous les aspects de la question : historiques, philosophiques, constitutionnels, culturels, linguistiques, sociaux, économiques.À l\u2019instar du chanoine Lionel Groulx pour l\u2019éveil de la conscience nationale, il nous construit une doctrine de l\u2019indépendantisme québécois.Car il ne lui suffit plus de définir et de caractériser l\u2019être national par l\u2019histoire et par la sociologie, mais il estime nécessaire de préciser les conditions de son achèvement.Il se fait le propagateur de l\u2019idée de nation souveraine et l\u2019éducateur de la nation charnelle.Face à une notion de la nation défaite par la Conquête et ainsi condamnée à la survie en vase clos ou à l\u2019assimilation, il construit une doctrine de reconstruction de la nation par la volonté d\u2019indépendance et le mouvement vers l\u2019indépendance.Il intervient au moment même, nous l\u2019avons vu, où la thèse de la « nation défaite » en est venue quasi à vérification par une évolution qui semble avoir atteint le point de non retour tellement la décomposition de la fibre nationale paraît avancée.Pour assurer le salut, il propose la réaction extrême de la totale indépendance, le traitement allopathique du choc des contraires, le refus global de toutes les solutions de compromis.Un commentateur anglophone lui 818 L'ACTION NATIONALE a attribué le titre de « père de l\u2019indépendance québécoise ».Sans doute estimera-t-on, en bien de nos milieux, qu\u2019il y aurait d\u2019autres candidats à ce titre.Chose certaine, s\u2019il n\u2019a pas vraiment mis au monde, il a en tout cas ressuscité l\u2019idéal d\u2019indépendance au cœur d\u2019une nation qui paraissait, en 1957, bien proche de sa décomposition finale.Il en a ensuite été au moins le père adoptif, le père éducateur.Sans lui, le cours de notre histoire aurait fort bien pu prendre une toute autre direction.Nous aurions probablement eu notre révolution intellectuelle et sociale, mais dans un esprit où aurait sombré notre identité nationale.C\u2019est dire qu\u2019on n'exagérera jamais trop l\u2019importance historique de la fondation de l\u2019Alliance laurentienne, qui a cristallisé sur le plan national ce que nous sommes aujourd'hui.Outre sa valeur et sa portée politique, il faut dire que l\u2019œuvre de Raymond Barbeau est d\u2019une haute qualité au plan de l\u2019art de pensée et d\u2019écrire.À ce sujet, la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal aurait pu tout aussi bien, s\u2019il n\u2019avait pas fallu une reconnaissance de plus vaste portée que signifie la médaille d\u2019argent, lui attribuer son prix Duvernay pour des écrits de haute qualité ayant servi les meilleurs intérêts de la nation.Certes tout n\u2019est pas d\u2019égale valeur en tout dans l'œuvre de Raymond Barbeau.On \u2019ne peut toucher à tant d\u2019aspects d\u2019une question ou d'un problème aussi vaste et être toujours parfait en tout.Il y a dans ces écrits des parties où la force de pensée et d\u2019écriture suffit à leur conférer une valeur indiscutable.D\u2019autres parties mettant en jeu des questions techniques souvent difficiles, se jugent mieux en fonction de leur fonction et de leur valeur prophétique que dans l\u2019optique plus exigeante dans les détails des spécialistes des disciplines en cause.Mais le tout reste toujours marqué au coin d\u2019une grande lucidité, qui confère finalement cette valeur prophétique au delà des considérations de détail.En 1961, par exemple, il dira à la 7e semaine de formation de la SSJB ; « Le peuple canadien-français aura probablement l\u2019occasion de décider, par un référendum, s\u2019il veut rester dans la Confédération, et cela d\u2019ici quelques années.» L'ALLIANCE LAURENTIENNE 819 En 1965, alors qu\u2019il tente un effort pour unifier les différentes forces indépendantistes après la disparition de l\u2019Alliance laurentienne en 1964, il écrit encore : « C\u2019est en janvier 1957, il y a donc déjà huit ans, que les premiers séparatistes de la présente vague ont commencé leur travail de sabotage de la Confédération.On peut dire maintenant que nous n\u2019avons pas travaillé en vain : l\u2019édifice s\u2019écroule sous nos yeux.L\u2019exploitation de l\u2019idée d\u2019indépendance du Québec a été faite par quelques intellectuels, des groupes se sont formés autour de chefs intrépides et dévoués, et la population québécoise aussi bien que canadienne ont été secouées par notre patriotisme résolu.La première manche est gagnée incontestablement.» L\u2019année suivante, cette vue prophétique du déroulement de notre histoire était avalisée par le succès du RIN-RN à récolter tout près de 10% des suffrages à l\u2019élection.La marche vers l'indépendance n\u2019a pas cessé depuis.En 1970, c\u2019était 20% des suffrages au Parti québécois.En 1973, c\u2019était le gain de la deuxième manche : le passage du Parti québécois au rang d\u2019opposition officielle avec 30% des suffrages.Et voilà que l\u2019histoire s\u2019est accélérée et qu\u2019en 1976 déjà est gagnée une troisième manche : le Parti québécois prend le pouvoir avec 40% des suffrages.Vingt ans seulement, et tout un pays s\u2019est trouvé transformé autour d\u2019une idée lancée par un homme énergique et résolu, un homme de foi, d\u2019intelligence et d\u2019action.Il s\u2019est trouvé que des circonstances personnelles de santé combinées à des jeux d\u2019alliances autour d\u2019orientations différentes de celles que Raymond Barbeau avaient prises au départ, ont fait qu\u2019il n\u2019est pas resté dans la course active du mouvement vers l\u2019indépendance.Cela ne lui enlève rien des mérites qu\u2019il a acquis et de notre dette envers lui.Il a été le précurseur qui a aplani les montagnes et redressé les voies tortueuses.La Patrie lui est reconnaissante de ce qu\u2019il a si puissamment contribué à éclairer la voie de son destin.C\u2019est ce que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal lui a dit, au nom de la Patrie, en lui décernant sa médaille d\u2019argent Bene merenti de Patria. 820 L'ACTION NATIONALE RÉPONSE DE M.BARBEAU En ce vingtième anniversaire de fondation de l'Alliance laurentienne, nous fêtons avant tout un acte de courage et de foi en l\u2019avenir de notre nation.Il est certain que dans quelques années, nous pourrons de même célébrer la création de la République du Québec, si souvent souhaitée tout au long de notre histoire.Je remercie la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal de l\u2019insigne honneur qu\u2019elle me fait en me remettant sa plus haute décoration, la médaille Bene Merenti de Patria, geste qui veut « reconnaître la contribution majeure que Raymond Barbeau a apportée à l\u2019orientation de notre destin national en osant, au temps du mépris, mettre résolument en marche le mouvement pour l\u2019indépendance nationale du Québec ».Je remercie également Monsieur François-Albert Angers qui a bien voulu me présenter.J\u2019aimerais accepter cette décoration au nom : \u2014\tde mes héros, les grands patriotes de notre histoire: Louis-Joseph Papineau, Jean-Olivier Chénier, Lionel Groulx, \u2014\tet de mes très méritants et valeureux compagnons de combat, les chefs indépendantistes : RAOUL ROY (théoricien du socialisme indépendantiste), MARCEL CHAPUT (importante vedette de l\u2019indépendance), ANDRÉ d\u2019ALLEMAGNE (un des principaux porte-parole et artisans de la libération nationale), et PIERRE BOURGAULT (tribun indépendantiste exceptionnel), qui ont tous été, individuellement et collectivement, les grands piliers de notre Révolution nationale, \u2014\tet des militants combatifs comme Guy Pouliot, Ré-ginald Chartrand, Joseph Costisella, Jacques Lucques, René Jutras, Gilles Grégoire, Guy Bertrand, Dostaler et Walter O\u2019Leary, Wilfrid Morin, Paul Bouchard, Gustave La- L\u2019ALLIANCE LAURENTIENNE 821 marche, René Chaloult, Raymond Lemieux, Jean-Marie Cossette, Germaine Perron.\u2014\tsans oublier mes indispensables collaborateurs immédiats comme Pierre Guilmette, Charlotte Morin, Pierre Grenier, François Loriot, Jean-Guy Labarre, Gérard Brosseau, Henri-Louis Gagnon, Léandre Fradet, J.-A.Vachon, Roméo Patry, Jean-Yves Chouinard \u2014\tet tous les souverainistes de la première et de la dernière heure et au nom aussi : \u2014\tde nos associés : François-Albert Angers, Jean-Marc Léger, Laurent Laplante, Wilfrid Beaulieu, et les dirigeants des Sociétés Saint-Jean-Baptiste, \u2014\tet sans exclure nos assistants qui achèvent de démolir la Confédération : Gérard Pelletier (en exil), Jean Marchand (au musée) et Pierre-Elliott Trudeau (en sursis).\u2014\tet de nos successeurs, les vainqueurs de la peur : le plus important homme d\u2019État de l\u2019histoire du Québec, RENÉ LÉVESQUE, et son imposante équipe du Parti québécois.Les fils du Québec, descendants des Fils de la Liberté, sont heureux ce soir car, à l\u2019horizon de leur voyage au bout de la nuit, ils ont connu l\u2019arc-en-ciel du 15 novembre.Les historiens diront, sans aucun doute, que le Mouvement souverainiste contemporain a ouvert la page la plus glorieuse de l'histoire du Québec.Chaque Québécois lucide a joué un rôle dans l\u2019évolution de notre nation depuis vingt ans, de la révolution tranquille à la Révolution pacifique que nous vivons présentement, mais je tiens à rappeler que les premiers souverainistes ont eu la vie dure car ils ont travaillé dans des conditions incroyables de démission nationale, de décadence politique et publique, de vide intellectuel et de découragement collectif qui ont été le scandale de mes jeunes années.Mais personne ne peut emprisonner la liberté ; il y a plus de puissance dans un encrier que dans un canon, dans la parole libératrice que dans des troupes utilisées pour tenter de faire peur à un peuple paisible et éclairé. 822 L'ACTION NATIONALE Il y a vingt ans, le colonialisme était à son maximum d\u2019arrogance, et on proposait constamment « l\u2019intégration lucide » du Québec au grand tout anglo-canadien, c\u2019est-à-dire notre suicide collectif.Nous avons vaincu le fatalisme, le désespoir, l\u2019immobilisme et les mirages de l\u2019impérialisme déguisé en néo-fédéralisme, biculturalisme et bonne-ententisme.On ne libère pas facilement un peuple intelligent mais voué à la démagogie colonialiste, assujetti à la vicieuse propagande centralisatrice, dominé par les intérêts anglo-canadiens, désorienté par des élites serviles, et indécis devant la peur de la liberté et de l\u2019avenir.Mais aujourd\u2019hui, l\u2019idée de l\u2019indépendance, d\u2019idéal ridiculisé, utopique et marginal en 1957, est devenue irréversible, et la victorieuse marche vers l'indépendance définitive est désormais irrévocable.Ne nous inquiétons pas au sujet du référendum.Le temps fera son œuvre : chaque année, 100,000 fédéralistes découragés, innocents et vieillis, de l\u2019ancienne époque de décadence, meurent et sont remplacés par autant de Québécois conscients et normaux pour qui la Confédération est une vaste fumisterie.Notre névrose historique et collective s\u2019est donc transformée en un grand rêve national, en un salvateur projet de faire accoucher l\u2019Histoire ici même au Québec comme dans tous les autres pays domestiqués et tenus en tutelle.Bientôt nous entendrons sonner les cloches de notre liberté retrouvée et assumée.Ce sera le plus beau jour de ma vie, de notre vie.On a traité les précurseurs de notre émancipation nationale d\u2019utopistes, de fous, de rêveurs et de dangereux révolutionnaires, alors que nous proposions l\u2019évolution normale, saine et bénéfique de tout un peuple qui a le droit de se gouverner lui-même, qui est capable de s\u2019orienter selon ses besoins propres, qui est devenu adulte et qui sera, demain, prospère parce que décolonisé et désaliéné.Nous voulons, pour notre unique Patrie, les pleins pouvoirs étatiques, fiscaux, économiques, militaires, diplomatiques, sociaux et culturels : aucun politicien ne peut plus leurrer les nouveaux Québécois ni sauver l\u2019agonisante Confédération.Certes, nous aurions pu finir nos jours comme les L\u2019ALLIANCE LAURENTIENNE 823 Insurgés de 1837, mais l\u2019heure est à la libération des peuples.D\u2019ailleurs, le démembrement de la Confédération, le retrait du Québec de l\u2019impossible Canada bi-national est inscrit dans les lignes de force de l\u2019histoire universelle.Les patriotes du passé et du présent ont été la conscience et l\u2019honneur de notre nation conquise et blessée en 1760, annexée en 1840, emprisonnée en 1867, dominée politiquement, oppressée constitutionnellement, asservie économiquement et occupée culturellement par une puissance étrangère.La mutation bénéfique que le Québec connaît depuis une génération est le résultat d\u2019un effort inouï de décolonisation intellectuelle et de remise en question sur tous les plans : de Canadiens français ou de Canadiens de langue française, nous sommes devenus des Québécois bien identifiés, la « Province » s\u2019est transformée en État du Québec, et même le Club de Réforme du Parti libéral fédéral, où nous sommes présentement, s\u2019appelle maintenant la Maison Ludger-Duvernay, sortes de reconquête symbolisant les transformations qui ont eu lieu et qui auront lieu par l\u2019activité concertée de notre peuple décidé, plus que jamais, de prendre en mains ses destinées nationales.Les souverainistes ont été, d\u2019abord et avant tout, des patriotes, des partisans de l\u2019indépendance inconditionnelle du Québec, au-delà des étiquettes infamantes et fausses de « gauche » et de « droite », considérant la souveraineté nationale comme une fin préalable et un moyen indispensable pour mettre de l\u2019ordre dans notre Pays, et ils étaient prêts à accepter tout régime social progressif voulu par la majorité des citoyens québécois.On retrouve dans leurs idéologies convergentes, le radicalisme de l\u2019autodétermination et de l\u2019autonomie totale, différentes facettes de réformisme social et de décolonisation, d\u2019interventionnisme contre la mainmise étrangère sur nos richesses naturelles, de dirigisme économique, de coopératisme et de coexistence de la liberté nationale et de la liberté personnelle, de l'émancipation du peuple et d\u2019un nouvel et authentique humanisme reposant sur la fierté nationale et sur un internationalisme de fraternité et de collaboration. 824 L'ACTION NATIONALE Nous avons tous dit que l\u2019indépendance se ferait par des moyens démocratiques et pour le peuple, tout le peuple québécois, et pacifiquement.Chez les nouveaux nationalistes que nous avons été, anti-conformistes et dégagés du vieux conservatisme, le national et le social se retrouvaient enfin, s\u2019appuyant l\u2019un sur l\u2019autre.L histoire des tout débuts du mouvement pour la République du Québec qui sera publiée sous peu le montrera clairement.Il y aurait chez nous la cité libre et le pays libre ! Nous avons annoncé le Québec fort et souverain, respectant ses minorités, présent dans le concert des peuples libérés de leurs chaînes historiques, ayant remplacé les mythes du pancanadianisme, les théories fumeuses du fédéralisme et les impostures confédérales, par le vouloir-vivre collectif, le progrès social, le sens de l\u2019Histoire, nos vraies et grandes valeurs nationales de civilisation et d\u2019humanisation, et la mise en chantier de la nouvelle et, désormais, puissante nation québécoise.Bien entendu, il reste beaucoup à faire pour pousser le Québec au maximum de son développement, pour mettre un terme à la scandaleuse situation du chômage et pour revaloriser notre langue et notre culture nationale, et c\u2019est pourquoi il nous faut tous les outils nécessaires à la modernisation de notre pays, et en premier lieu le Pouvoir politique sans lequel de grands progrès sont véritablement impossibles.Nous avons proposé, avant les hommes politiques, le beau mot d\u2019ordre : « Maîtres chez nous », et nous avons lancé notre grand cri de ralliement : « Le Québec aux Québécois ».Et notre validité d\u2019avant-gardistes a été confirmée devant le monde entier par la parole célèbre d un grand homme qui, avec nous, a dit: «Vive le Québec libre ! » Les circonstances ont voulu que je lève l\u2019étendard de la révolte, que je sois qualifié par différents observateurs de «grand prêtre du culte de l\u2019autodétermination », d\u2019initiateur, de prophète, de théoricien et d architecte de I indépendance du Québec, désignations fondées sur le rôle que j\u2019ai joué à un moment crucial de notre histoire et sur mes conférences, articles, volumes et dossiers sur le messia- L'ALLIANCE LAURENTIENNE 825 nisme pancanadien, le colonialisme institutionnel régnant chez nous, la libération économique de notre pays et le nécessaire unilinguisme français, mais je n\u2019ai pas inventé l\u2019idée de l\u2019indépendance car dans tout Québécois sommeille le goût de la Liberté.Il s\u2019agit maintenant de l\u2019incarner dans nos réalités nationales et quotidiennes.JE SUIS ABSOLUMENT PERSUADÉ QUE LES QUÉBÉCOIS RÉPONDRONT OUI AU RÉFÉRENDUM, OUI À LA RÉPUBLIQUE DU QUÉBEC.Nous avons été la Nouvelle-France, l\u2019Empire français d\u2019Amérique, le Bas-Canada, la Province de Québec, l\u2019État du Québec.Après le référendum, nous serons le Québec libre, et après le plébiscite : la RÉPUBLIQUE DU QUÉBEC.Comme l\u2019Histoire et la Justice le veulent, nous serons des Québécois libres dans le Québec souverain, membre de la Communauté internationale des 150 pays indépendants, entretenant des relations amicales avec le Canada anglais.Tel est notre nouveau destin « Le 25 janvier 1977 Saluts aux patriotes Raymond Barbeau La défense (18 janvier 1898-12 janvier 1899) par Pierre Trépanier ¦< LA DÉFENSE» (1898-1899) 827 Ecrire l\u2019histoire des sociétés d\u2019autrefois, c\u2019est non seulement analyser leurs bases matérielles, mais aussi reconstituer leurs dimensions spirituelles.Parmi celles-ci les idéologies paraissent importantes : elles révèlent comment les groupes sociaux perçoivent leur société et quel programme d\u2019action ils lui proposent.L\u2019étude de la Défense, au cours de sa première année d\u2019existence, permet de cerner l'une des idéologies qui sollicitaient l\u2019adhésion des Québécois au tournant du siècle.La Défense, hebdomadaire catholique et conservateur, a été fondée à Chicoutimi par Uldéric Tremblay, inspiré par Mgr Lapointe.Philippe Masson achète le journal le 16 février 1899 et le dirige jusqu\u2019au 7 décembre.Pendant la campagne électorale de 1900, la Défense appuie les libéraux.Delisle et Gagnon font l\u2019acquisition du journal en septembre 1901 et s\u2019assurent les services d\u2019Uldéric Tremblay comme rédacteur.En janvier 1903, Paul Tardivel prend la relève de Tremblay.Le 12 janvier 1905, Tardivel quitte à son tour la rédaction.Le dernier numéro paraît le 2 février 1905.Le titre du journal est suivi de la phrase : « Vitam im-pendere vero : Consacrer sa vie à la vérité.» Le journal n\u2019est pas paginé ; il compte toujours quatre pages.Un abonnement d un an coûte $1.00 ; celui de six mois, $0.50, l\u2019un et l\u2019autre strictement payables d\u2019avance.En 1905, le tirage s\u2019élevait à 750 ! Je n\u2019ai aucune idée de la diffusion du journal.Les annonces couvrent dans le numéro un environ le tiers d\u2019une page ; dans le numéro 8, environ les six-septièmes , enfin, dans le numéro 52, une page et demie.Le directeur-propriétaire Uldéric Tremblay, finissant du Séminaire de Chicoutimi2, avait fait un séjour de trois ans à la Minerve, où il avait occupé les fonctions d\u2019assistant-rédacteur3.Il avait à son crédit quelques années d\u2019études théologiques et juridiques4.L Oiseau-Mouche est heureux de constater que la grande ville ne l\u2019a pas corrompu : 828 L'ACTION NATIONALE Notre collaborateur a acquis inévitablement de l\u2019expérience durant les quelques années qu\u2019il a passées à Montréal, et ce que nous constatons avec bonheur, c\u2019est que son cœur est resté ce qu\u2019il était, que ses convictions sont demeurées inébranlables et que son beau talent ne s\u2019est pas fourvoyé, comme il arrive, hélas ! à tant de jeunes, au milieu de cette atmosphère viciée et contagieuse des grandes villes6.Le prospectus Le titre même du journal est révélateur de son orientation : il n\u2019est pas là pour tracer de nouvelles voies, élargir les horizons, favoriser le changement, promouvoir le progrès ; il est là pour défendre les valeurs chrétiennes et nationales du passé afin qu\u2019elles perdurent dans l'avenir.Nous voulons en être et combattre au premier rang pour le respect des droits reconnus, pour le maintien des libertés conquises [.]6.La Défense se veut un organe « dévoué à la libre diffusion des saines idées, des principes d\u2019ordre et de stabilité sociale, mis à la portée de tous7.» L\u2019idéologie du journal sera donc typiquement conservatrice, insistant plus sur les devoirs que sur les droits : Il faut maintenant un certain courage pour oser proclamer qu\u2019à côté des droits à exercer, l\u2019homme a des devoirs à remplir, qu\u2019au-dessus de la souveraineté du peuple, il y a le droit divin dont il faut tenir compte8.Cette représentation hiérarchique de la société, où le pouvoir va de haut en bas, se fonde sur la reconnaissance des valeurs chrétiennes.D\u2019où le rôle essentiel de I Église, dépositaire et gardienne des fondements de tout ordre social et politique.Sur le terrain social et religieux nous voulons être et demeurer simplement catholiques.Nous sommes prêts à combattre pour le maintien des libertés dont l\u2019Église jouit en ce pays et dont elle a besoin pour remplir sa mission.Car nous croyons à la mission sociale de l\u2019Église, à son rôle civilisateur, à son influence bienfaisante sur la destinée des peuples \u2014 du nôtre en particulier.Nous réprouvons les errements de ceux qui croient que la société civile, en raison des progrès de la civilisation, LA DÉFENSE » (1898-1899) 829 qu\u2019elle croit avoir réalisés, peut se constituer, se diriger et se gouverner par elle-même, sans aucune assistance de Dieu et de la religion instituée de Dieu ; décrétant par là sa ruine en détruisant les bases mêmes de la vie sociale9.Le rédacteur se reconnaît le droit de penser par lui-même en politique, dans une totale indépendance des hommes et des partis.« Mais en tout ce qui touche de près ou de loin à la morale et à la religion » (qu\u2019est-ce qui peut bien ne pas entrer dans cette catégorie ?), Tremblay trouve plus sage de s\u2019en remettre au magistère éclairé, infaillible de l\u2019Église, « aux avis de l\u2019autorité diocésaine10 ».Fort de ces certitudes intellectuelles, l\u2019auteur du prospectus se promet d\u2019être courtois, de travailler pour l\u2019intérêt public et d\u2019éviter, surtout dans les affaires locales, les personnalités et les «acrimonies stériles».Outre le but général de défendre « les intérêts religieux et nationaux de la race canadienne-française », l\u2019auteur se fixe des objectifs particuliers.D\u2019abord la Défense s\u2019efforcera de promouvoir le développement de sa région.Il faut attirer des touristes.Il faut attirer des investissements.Il faut attirer des colons afin qu\u2019ils s\u2019emparent du sol, cette « source inépuisable de la richesse nationale ».L\u2019artisan des villes ne sait pas tout ce que notre sol renferme de richesses, tout ce que nos campagnes promettent de bonheur paisible au laboureur diligent ».Les Canadiens-Français forment une famille divisée.L\u2019auteur tentera de les réunir sur le terrain de la mutualité catholique.dont les principes sont d\u2019accord avec les croyances des Canadiens-français, et dont les différents systèmes ont résolu plus ou moins complètement le problème de l\u2019épargne pour nos compatriotes12.La Défense s'occupera également de «toutes les questions de nature à intéresser le public ».L\u2019agriculture, la colonisation, l\u2019industrie, la politique, l\u2019économie sociale, l'éducation de la jeunesse, dont on parle 830 L'ACTION NATIONALE tant aujourd\u2019hui, seront en même temps l\u2019objet de son attention13.De cette façon, elle espère attirer un vaste public lecteur, même hors de sa région.Elle entend bien servir sa clientèle agricole, qui trouvera dans ses « colonnes les prix du marché, des renseignements précieux sur l'art agricole, théorique et pratique.» Une chronique hebdomadaire intitulée Lettre politique sera signée par un correspondant de Montréal sous le pseudonyme L'Observateur.Comme feuilletons, on trouvera d\u2019abord Les Noellet par René Bazin, puis Petit-Ange, anonyme.Des récits et des nouvelles signées par des auteurs tel Pierre l\u2019Ermite.En somme, des oeuvres anodines, de second ordre, moralisatrices, édifiantes.Les auteurs québécois seront aussi les bienvenus.On peut retenir le nom d\u2019un certain Stéphanus Walter, qui afflige assez régulièrement les lecteurs de La Défense de ses poèmes et de ses récits.Pendant l\u2019année dépouillée, la Défense accorde une importance à peu près égale aux thèmes suivants : religion, nation, travail-économie, politique et éducation.La famille et la femme, le journalisme et la politique internationale viennent assez loin derrière.La religion Il ne fait aucun doute que la religion est la première valeur pour la Défense, celle qui sous-tend tout et imprègne la vie entière, celle qui ordonne le réel et génère les explications permettant de le comprendre.Elle est le but et le moyen de l\u2019action.Deux pensées reproduites par la Défense expriment assez bien son attitude à l'égard de la religion.La première, de Donoso Cortès : « Il est surprenant, a dit M.Proudhon, qu\u2019au fond de notre politique nous trouvions toujours la théologie.» Ce qui est surprenant, c\u2019est l\u2019étonnement qu\u2019expriment ces paroles : la théologie n\u2019est-elle pas la science de Dieu, l\u2019océan qui con- LA DÉFENSE » (1898-1899) 831 tient et embrasse toutes les sciences, comme Dieu est l\u2019océan qui contient et embrasse toutes choses14.La seconde, de Grégoire le Grand : Sachez, empereur, sachez que la puissance vous est accordée d\u2019en-haut, afin que la vertu soit aidée, que les voies du ciel soient élargies, et que l\u2019empire de la terre serve l\u2019empire du ciel15.Tout ce qui se fait ici-bas n\u2019a pas de valeur en soi, mais trouve son sens par référence à un au-delà omniprésent.Si la Religion exerce partout son influence, elle ne se sent pas pour autant en sûreté.Un vaste mouvement anticatholique l\u2019investit peu à peu.Le plan est simple : favoriser le protestantisme aux dépens de l\u2019Église catholique.Il s\u2019ensuivra la chute de l\u2019Église puis du protestantisme.Alors émergera l\u2019athéisme légal.La Semaine catholique du diocèse de Seez (France), dont la Défense reproduit l\u2019article, soutient que ce complot, né avec la Réforme, « semble toucher à son dénouement16 ».Si la prière fournit une arme excellente, dont on ne s\u2019est pas assez servi, une action plus directe s\u2019impose tout de même, en particulier par le journalisme catholique.Il faut un contrepoids à la liberté de pensée, qui trop souvent n'est que licence.Oh ! le droit glorieux de penser, nous connaissons cela ! Il a pour corollaire le droit de tout dire et le droit de tout faire.C\u2019est la liberté sans frein, le principe générateur de la sauvagerie17.Tremblay, déplorant la tiédeur des catholiques à soutenir leurs journaux, les met en garde : On ne croit pas maintenant que la persécution soit possible.[.] On regrettera plus tard de ne s'en être pas aperçu plus tôt18.La Religion n\u2019est pas qu\u2019une idée abstraite : elle s\u2019incarne dans la personne du pape.Ainsi quand, dans la question des écoles du Manitoba, la « Voix de Rome19 » se fait entendre par l\u2019encyclique Affari vos, pour Tremblay, la 832 L'ACTION NATIONALE cause est entendue, l\u2019affaire classée.Aussi s\u2019élève-t-il contre l\u2019insoumission de certains hommes politiques et de certains journalistes20.Dans l\u2019Église le pouvoir s\u2019exerce de haut en bas ; le premier devoir du chrétien, c\u2019est l\u2019obéissance.L\u2019évêque, ne tenant pas sa juridiction des fidèles, ceux-ci n\u2019ont rien à voir dans la manière dont il l\u2019exerce21.Si Tremblay se querelle avec Tardivel, ce n\u2019est pas que son ultramontanisme n\u2019est pas sincère.La raison est plutôt dans le fait que Tardivel lui paraît dépasser la mesure en voulant régenter les évêques eux-mêmes.Le travail et l\u2019économie L\u2019intégrisme de Tremblay ne souffre aucune exception.Ainsi, lors de la bénédiction de la manufacture de pulpe de Chicoutimi, il remarque qu\u2019une statue de saint Joseph a été placée à l\u2019intérieur de la bâtisse.Ce fait exemplaire lui inspire les lignes suivantes : Il est assez édifiant, de nos jours, de voir une maison industrielle au début de ses opérations faire de l\u2019Église et de la religion la base de toute prospérité.Il serait à souhaiter que toutes les industries, dans notre province, fussent organisées sur des bases absolument chrétiennes, comme le sont certaines grandes industries du nord de la France qui ont à leur tête des catholiques convaincus, tels que les Harmel, les Marne et autres.On ne parle jamais de se mettre en grève dans ces établissements.Les patrons ont su rendre impossibles tout conflit entre le travail et le capital, en rendant justice à l\u2019un et à l\u2019autre et en établissant leurs rapports avec leurs employés sur les bases de la véritable fraternité chrétienne22.Le pape s'adressant à 2,000 ouvriers français en pèlerinage à Rome leur dit que la démocratie apporterait paix et bonheur à la France si, se tenant en garde contre de fallacieuses et subversives théories, elle accepte avec une religieuse résignation et comme un fait nécessaire la diversité des classes et des conditions23.Le schéma autoritaire et paternaliste qu\u2019on a vu caractériser la structure ecclésiale se retrouve dans le domaine social.Le salut des ouvriers ne viendra pas de leur orga- LA DÉFENSE» (1898-1899) 833 nisation en syndicats (affirmation de la base), mais de la condescendance du patronat instruit de ses devoirs par la religion.Tandis qu\u2019ailleurs, ajoute le pape, les questions sociales troublent et tourmentent les hommes du travail, vous gardez vos âmes dans la paix, en vous confiant à ces patrons chrétiens qui président avec tant de sagesse vos laborieuses journées, qui pourvoient avec tant de justice et d\u2019équité à votre salaire et en même temps vous instruisent de vos droits et de vos devoirs en vous interprétant les grands et salutaires enseignements de l\u2019Église et de son chef24.Au point de vue économique, l\u2019essentiel du message que veut livrer Tremblay à ses compatriotes se résume dans la mutualité catholique.La Défense fait place à une chronique sur ce sujet dans tous ses numéros sauf un.Une société mutuelle est essentiellement une compagnie d\u2019assurance-vie et d\u2019assurance-maladie à caractère confessionnel.Elle revêt un double caractère : c'est une société de bienfaisance en ce qui concerne la Caisse des malades ; c\u2019est une véritable compagnie d'assurance sur la vie, en ce qui concerne la Caisse de décès25.La mutualité joue un rôle social important : Elle apprend aux humbles individus du prolétariat à faire régulièrement des épargnes sur leurs gains quotidiens ; elle amène les personnalités des classes plus aisées à grossir de leurs surplus ces modestes épargnes, et tous ensemble, fraternellement, elle les fait combiner leurs ressources pour fournir ainsi, à des conditions faciles, des secours précieux aux veuves et orphelins des familles pauvres, après le décès du chef ; des secours non moins précieux à ce chef lui-même, quand la maladie vient l\u2019arrêter dans l'acte d\u2019assurer l\u2019existence à ceux dont Dieu lui confia la garde et la responsabilité26.La mutualité est aussi une œuvre nationale : elle contribue à garder les capitaux des nôtres au Québec et protège, par son caractère confessionnel et français, l\u2019intégrité de la race canadienne-française27.Tout catholique doit appuyer la mutualité confessionnelle car elle se présente comme la forme moderne du corporatisme en qui Léon XIII voit le salut du monde moderne et comme le meilleur remède aux ravages de la mutualité 834 L'ACTION NATIONALE maçonnique et neutre (tels les Forestiers indépendants, condamnés par les évêques28).Les idées économiques de la Défense ne s\u2019arrêtent pas là.Elle est en faveur d\u2019investissement massif dans l'équipement économique (chemin de fer29, service rapide Canada-Europe30).Elle a nettement conscience de la concurrence en tant qu\u2019élément constituant du capitalisme31.Elle déplore le trop lent développement, dans le comté de Charlevoix, de l\u2019agriculture, bien entendu, mais aussi de l\u2019industrie et du commerce d\u2019exportation.Elle a compris l\u2019importance de l'industrie de la pulpe et souhaite sa croissance dans sa région.Il s\u2019agirait, ni plus ni moins, de créer une vaste exploitation de l\u2019industrie de la pulpe dans la région [.].Outre le surcroit [sic] de population que nous vaudrait la réalisation de ce projet, il convient de noter encore l\u2019augmentation des affaires dans toutes les branches qui en serait la conséquence32 [.].La fièvre de l'activité industrielle s\u2019est emparée de notre population.Puisse la contagion s'étendre encore et se perpétuer sur les bords du sauvage Saguenay et du grand Lac Saint-Jean.En avant la pulpe33 ! Elle n\u2019est pas contre toute intervention gouvernementale dans l\u2019économie.Ainsi elle souhaite voir la ville accorder une subvention de $30,000 à la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi pour la construction d\u2019une usine de pulpe chimique34.Il lui est même arrivé de préférer la propriété publique à la propriété privée dans le cas du marché municipal : Il y a des gens qui ont une peur bleue du marché, comme ils avaient peur aussi de la lumière électrique, de l\u2019aqueduc, de la manufacture de pulpe, de tous les progrès réalisés malgré eux.Ils voudraient bien que toutes ces choses se fassent, mais par des particuliers qui empochent les revenus et laissent la ville à ses besoins [.].On ne peut comprendre qu\u2019un emprunt, qu\u2019un subside accordé pour une entreprise publique est un capital placé à gros intérêts35.À côté de ces idées assez modernes en voisinent d\u2019au- LA DÉFENSE » (1898-1899) 835 très d\u2019un caractère tout différent.Ainsi un article reproduit du Bien public de Gand s\u2019intitule : Questions économiques, Revenir au décalogue.Mais il s\u2019agit ici plus d\u2019organisation sociale que d\u2019économie.L\u2019auteur, en réaction contre les théories socialistes et les idées de réforme, écrit : Au lieu donc de songer à régénérer, et à réorganiser le monde, appliquons-nous davantage à nous réformer nous-mêmes.[.] Si le monde [.] veut retrouver la paix après l'avoir perdue, qu\u2019il retourne au décalogue36.La Défense publie assez régulièrement une chronique agricole, plutôt brève cependant.Elle y donne des conseils pratiques concernant le fumier et les engrais, les chambres à maturation dans les fromageries, le traitement du lait, la récolte de la pomme de terre, etc.Elle rappelle aux cultivateurs que l\u2019agriculture est une science dont la pratique exige des connaissances multiples et variées37.D\u2019autre part, elle publie un article de l'Enseignement primaire qui donne dans la mystique ruraliste : Si l\u2019agriculture a été notre force dans le passé, comment ne pas prévoir qu\u2019elle sera notre sauvegarde dans l\u2019avenir ?Nous devons donc nous y attacher comme à notre meilleure branche de salut, et prendre tous les moyens possibles pour diriger notre jeune génération vers cette profession38.La nation Foi, langue, territoire et race caractérisent, pour la Défense, la nation.La foi catholique est vraiment le rempart de la nationalité canadienne-fraçaise.La foi mal servie par des évêques irlando-américains peut cependant se retourner en quelque sorte contre les Canadiens-Français par leur « an-glification »39.La Défense, malgré ses positions sur l\u2019industrie, propage le mythe agriculturiste.La race Anglo-saxonne a fait de l\u2019industrie et du commerce son gagne-pain.[.] À côté des nations commerçantes, la Providence a fait naître les races pastorales [.,]40. 836 L'ACTION NATIONALE Race pastorale, nation d\u2019élite.A n\u2019en pas douter, la Défense souscrit à ce passage de l\u2019oraison funèbre du cardinal Taschereau prononcée par Mgr Labrecque, évêque de Chicoutimi : Jugeant, et avec raison, de la grandeur d\u2019un peuple, non par la puissance du nombre, par l\u2019éclat des richesses ou l\u2019affectif (sic) des armées, mais bien par le génie intellectuel et moral, par l\u2019influence religieuse et civilisatrice, il (Taschereau) croyait que le Canada français était appelé à former une nation d\u2019élite, un pouvoir modérateur, un foyer bienfaisant de religion et de spiritualisme propre à contrebalancer le matérialisme abject où sont plongés d\u2019autres peuples41.Dans ce contexte, la colonisation et le rapatriement sont des œuvres nationales : Elle [la colonisation] assure, avec l\u2019expansion de notre race, la propagation de notre foi, l\u2019enrichissement de notre patrie, l'affermissement de notre nationalité en Amérique, où elle doit avoir avant tout « la terre >> en partage42 ! La Défense fait briller aux yeux de ses lecteurs la nouvelle mystique du Nord : Et le nord, c\u2019est l\u2019espace, c\u2019est l\u2019avenir, c\u2019est le soleil de demain se levant sur le domaine échu à notre race qui est appelée à s\u2019y développer librement, à y assœir sa forte postérité sans avoir à craindre la concurrence étrangère43 Pour se défendre contre la menace de l\u2019assimilation, la nation canadienne-française peut compter sur la foi, la colonisation, la mutualité catholique et un mouvement politique proprement français et catholique, c\u2019est-à-dire conservateur.Pas d\u2019agitation politique ; pas de recours à la force: l\u2019insurrection de 1837-1838 n\u2019a été qu\u2019une «folle équipée ».Quant aux patriotes, ils doivent descendre de leur piédestal pour se retrouver banalement au rang de « pauvres égarés44 ».L\u2019arme la plus efficace serait sans doute de faire l\u2019union autour d\u2019un programme catholique et conservateur.C\u2019est ce qu\u2019on veut tenter de faire par la Ligue des Patriotes, dont la Défense appelle et appuie la fondation. LA DÉFENSE » (1898-1899) 837 La politique La Défense recherche un terrain d\u2019entente où les Canadiens-Français puissent mettre fin à leur désunion, source de leur faiblesse.Elle croit l\u2019avoir trouvé, sur le plan économique, dans la mutualité catholique et, sur le plan politique, dans une sorte de parti national.Pour elle, l\u2019évolution amènera sous peu un regroupement des partis sous des étiquettes claires, au lieu de la traditionnelle et fallacieuse nomenclature : libéraux et conservateurs : Et nous aurons le parti radical, composé des intransigeants, des ultra-libéraux, des partisans de la laïcisation à outrance, de l\u2019État sans Dieu, de l'abolition de la dîme et des privilèges cléricaux, de tous les fervents disciples et imitateurs de Gambetta et de Jules Ferry ; nous aurons ensuite les libéraux-opportunistes dans la faction modérée du parti libéral unie aux libéraux-conservateurs : ce sera l'élément dangereux, initiateur des réformes mitigées, des innovations désastreuses, apôtre des doctrines perverses qui aboutissent aux dogmes de la révolution sociale ; le parti conservateur épuré, assaini, assis sur des principes immuables, restera le représentant des idées d\u2019ordre et de stabilité, le rempart des institutions religieuses et nationales45.Le parti conservateur régénéré servirait de noyau au nouveau parti national, dont le rôle « serait de veiller au maintien intégral de nos institutions religieuses et nationales, en combattant les innovations malheureuses que l'esprit moderne tenterait d\u2019y introduire46 ».Un collaborateur du Mouvement catholique propose la fondation d\u2019une Ligue des Patriotes dont les buts seraient les mêmes que ceux du parti national47.Tremblay appuie ce projet, y voyant sans doute une étape intermédiaire du regroupement des partis dont on a parlé ci-dessus.La Défense regrette que la discipline de parti ait fait passer le pouvoir législatif du parlement au cabinet48.Elle s\u2019élève contre le projet d\u2019abolition du sénat et du conseil législatif, deux institutions qui lui apparaissent des remparts contre les animosités de races49.Elle est anti-libérale, faisant tout de même une distinc- 838 L'ACTION NATIONALE tion entre les deux formes de libéralisme.Le libéralisme catholique est une erreur doctrinale condamnée par l\u2019Église, une hérésie.Il n\u2019y a cependant aucun mal à être « libéraux sur les questions de politique pure, d\u2019administration, de commerce et de finance50 ».L\u2019année 1898 est celle du plébiscite sur la prohibition.La Défense s\u2019y oppose énergiquement pour trois raisons.D\u2019abord ce n\u2019est pas l\u2019usage, mais l\u2019abus d\u2019un bien qui est mal : « Une loi prohibitionniste serait un monstrueux attentat à la liberté naturelle, puisqu\u2019elle interdirait l\u2019usage, licite en soi, d\u2019un bien que Dieu a créé51.» La prohibition produit l\u2019effet contraire de celui pour lequel elle est imposée : elle n\u2019empêche pas l\u2019ivrognerie et encourage la contrebande.Enfin, elle serait une menace à l\u2019autonomie provinciale.Bref la Défense ne peut qu\u2019être contre « cette doctrine essentiellement protestante et sectaire, entièrement opposée à la loi naturelle et à l\u2019esprit de l\u2019Église52.» Pour la Défense, tout changement politique ou social ne peut s\u2019opérer que par les voies constitutionnelles.Elle s\u2019élève vigoureusement contre l\u2019anarchisme.L\u2019explication que donne Tremblay de l\u2019apparition de ce phénomène apparaît extrêmement fragile et il ne semble pas se rendre compte que son argumentation peut facilement se retourner contre ceux-là même pour qui se bat le journaliste-apôtre : Il y avait autrefois entre la misère du pauvre et l\u2019éclat des grands la Souveraine justice de Dieu qui faisait disparaître toutes les inégalités.On a voulu chasser Dieu des coeurs et le règne des Grands est devenu une criante injustice.Le peuple assassine pour tâcher de rétablir un équilibre rompu par l'absence de l\u2019action divine dans les affaires de ce monde53.L\u2019éducation La Défense accorde une grande importance à cette question.Elle bataille surtout contre la proposition des libéraux de rétablir un ministère de l\u2019Instruction publique.C\u2019est en 1898 que Robidoux a présenté son projet de loi sur l\u2019instruction publique.Les ultramontains, avant même d\u2019en connaître le contenu, se sont élevés comme un seul LA DÉFENSE» (1898-1899) 839 homme contre le noir complot des libéraux tramant dans l\u2019ombre l\u2019exclusion du clergé et le contrôle absolu de l\u2019État en matière d\u2019éducation.De fait, le projet de loi était de caractère modéré.Il substituait un ministre au surintendant de l\u2019Instruction publique ; nommait un inspecteur général des écoles ; imposait l\u2019uniformité des livres et l\u2019enseignement de l\u2019agriculture à l\u2019école54.Voté par l\u2019assemblée, le projet de loi a été rejeté par le conseil législatif.Tremblay s\u2019en réjouit et s\u2019engage à défendre « la liberté scolaire, les droits des parents et de l\u2019Église en cette matière, contre les ambitions dangereuses des politiciens.L\u2019état [sic] hors de I école55 ! » Car la mainmise de l\u2019État sur l\u2019instruction publique, voilà le danger.C'est bien là le libéralisme en actes, sous l\u2019influence directe des hordes maçonniques, chez nous comme dans les autres pays de la vieille Europe : manœuvrer pour s\u2019emparer petit à petit [.] de la jeunesse, de l\u2019enfance même, par l\u2019école56.L'éducation étatique ne peut produire que des monstres sociaux, des athées en herbe, des impies, des indifférents, des viveurs et qui sait ?de la graine d\u2019assassin ou d\u2019anarchiste57.Tremblay se montre extrêmement chatouilleux pour tout ce qui a trait à l\u2019éducation.Toute idée de réforme en ce domaine tend à prendre couleur à ses yeux de dénigrement des institutions nationales.Pour lui, la prétendue infériorité économique des Canadiens-Français ne vient pas de leur système d\u2019éducation (ils ont d\u2019excellentes écoles commerciales), mais bien des circonstances historiques : Nos ancêtres nous ont légué la pauvreté pour tout héritage, tandis que nos concitoyens anglais sont arrivés riches parmi nous.Ils ont pu tout de suite s\u2019emparer du haut commerce et régner sur le monde de la finance58.Le Monde Canadien pose le problème des collèges classiques.La Défense admet qu\u2019il est possible que le nombre des collèges soit trop grand.« Que ces institutions produisent des déclassés, c\u2019est un fait que nous ne pouvons nier59.» D\u2019où vient cette situation ? 840 L'ACTION NATIONALE Ce mal est un résultat inévitable de la diffusion de l'enseignement à tous les degrés.C\u2019est l\u2019aboutissement direct et fatal du perfectionnement, du développement et de l\u2019expansion de l\u2019enseignement primaire et secondaire, lequel fait naître dans le cœur de l'enfant du peuple qui en bénéficie le désir de s\u2019instruire davantage60.Il admet cependant que même les « humbles citoyens ont droit à la culture intellectuelle.» Alors, où est la solution ?Dans l\u2019industrialisation, la création de nouveaux emplois, l\u2019orientation de la jeunesse vers les carrières techniques et scientifiques ?Cette idée ne semble pas lui effleurer l\u2019esprit.Il vous faudra d\u2019abord résoudre le problème très complexe de concilier la culture intellectuelle avec l'attachement aux professions manuelles.Il y a là un problème d\u2019économie sociale dont l\u2019étude nous conduirait loin6'.La Semaine Commerciale déclare que « la carrière purement commerciale est déjà presque aussi encombrée que les professions libérales.» Par carrière commerciale, il faut entendre ici le métier de commis.La Semaine en conclut que le programme des « académies commerciales » [.] des chers Frères, sont déjà aussi usés que le grec et le latin des collèges classiques ?Il faut autre chose maintenant62.Tremblay propose sa solution : Des écoles industrielles, où nos jeunes gens, à leur sortie de l\u2019Académie commerciale, voire même du collège, iraient apprendre à gagner honorablement leur vie du travail de leurs mains63 ?L\u2019agriculture fournit un autre « débouché, pour le surplus de l\u2019éducation, même supérieure64 ».Il faut favoriser l\u2019enseignement agricole par la création d\u2019annexes de la ferme expérimentale d\u2019Ottawa et la fondation de centres d\u2019instruction et d\u2019expérimentation agricole.Quant à l\u2019enseignement primaire, il n\u2019est pas ce qu\u2019il devrait être parce que les instituteurs sont mal payés65.L\u2019élite intellectuelle est essentiellement cléricale.L\u2019enseignement est presque exclusivement entre les mains LA DÉFENSE» (1898-1899) 841 du clergé.Et c\u2019est bien ainsi.Après tout, le clergé « suit le progrès dans sa marche ascensionnelle, et il accomplit des merveilles66.» Que veut-on de plus ?De toute manière, il faut protéger la jeunesse canadienne-française contre les idées malsaines qui, malheureusement, ont franchi l\u2019océan : Tout observateur impartial a remarqué que, surtout depuis l\u2019invasion néfaste de notre pays, après 1871, par près de quatre-vingt mille individus échappés de France à la suite de la cynique et sanglante Commune de Paris, et quoique ces individus n\u2019aient fait que passer, les théories malsaines, destructives [sic] de tout ordre social apportées par eux, ont laissé de profondes traces dans notre population jusqu\u2019alors si foncièrement, si simplement religieuse67.Il faut aussi se méfier du moule anglais, impropre au Canadien-Français : La différence essentielle entre le Français et l\u2019Anglais, c'est que le premier échange des idées, le second des marchandises.[.] Eh bien, sait-on ce qui arriverait si on réussissait à nous faire entrer en masse dans le courant qui porte l'anglo-saxon vers le matérialisme au point de faire de nous des gens absorbés par le mercantilisme et le souci des affaires ?[.] La race descendrait au lieu de monter.68 Il faut se souvenir que, pour ceux qui veulent faire du Canadien-Français un homme d\u2019affaires, le progrès est synonyme de société moderne, « une société sortie de la Révolution et fondée en dehors du droit divin.» C\u2019est là « un progrès au rebours de l\u2019idéal que s\u2019en fait l\u2019Église.» Car enfin, n\u2019oublions pas la grande leçon de la Rédemption par l\u2019Incarnation : « Voilà le modèle du progrès proposé à l\u2019imitation humaine [.]; la charité dans l\u2019humilité, condition de la vraie grandeur, pour les peuples comme pour les individus69.» La famille et la femme À part une nouvelle assez suave : Le « Gloria » du maître de Chapelle70, par Marie Aymong, de Montréal, et d\u2019un poème larmoyant d\u2019Isabelle Kaiser, Cœur de femme7', le seul article publié par une femme est celui de Mme 842 L'ACTION NATIONALE Dandurand, fille du premier ministre Marchand.Il s\u2019agit d\u2019un article perspicace sur le salaire trop maigre accordé aux instituteurs et institutrices72.La Défense soutient que les traditions familiales doivent être conservées religieusement.Comme la tradition orale tend à se perdre, elle propose la tenue d\u2019un livre où serait consignée l\u2019histoire de la famille73.Quant à la jeunesse, elle est moins bonne qu\u2019aupa-ravant: On se plaint de toutes parts, non sans quelques raisons, que la jeunesse d'aujourd\u2019hui manque trop généralement de caractère et qu\u2019elle n\u2019apporte point à son entrée dans l'arène où se livrent les rudes combats de la vie, du moins à un degré suffisant, les solides convictions, les généreuses initiatives, et les saines pratiques qui constituent l\u2019homme fort, le citoyen intègre et le catholique sans reproche : le beatus vir dont parle la Sainte Écriture, « qui souffre la tentation, mais ne suit point le conseil des impies, parce qu\u2019il craint le Seigneur74 ».Mais, grâce à Dieu ! tout n\u2019est pas perdu : Nous savons qu\u2019à côté de grandes misères, il y a de sublimes aspirations au bien, la louable ambition de consacrer sa vie à la défense des nobles et saintes causes75.Quant à la femme, on n\u2019en parle pas beaucoup dans la Défense.La femme semble être appelée à une certaine forme d\u2019égalité avec l\u2019homme, au moins en deux occasions.La Ligue des Patriotes affirme s\u2019adresser aussi aux femmes76 ; lorsque le gouvernement décrète en septembre 1897 un salaire minimum de $100.pour l\u2019enseignant à l\u2019élémentaire, il ne semble pas faire de distinction entre l\u2019instituteur et l\u2019institutrice77.Il faut ajouter que cet arrêté en conseil a été révoqué en janvier 1898.La femme est à son meilleur .dans la ferme.Comme dit le proverbe normand : « Tant vaut la femme, tant vaut la ferme78 ».La théorie de la Défense peut se schématiser ainsi : mauvais cultivateur + excellence femme = réussite ; bon cultivateur + mauvaise femme = échec. LA DÉFENSE » (1898-1899) 843 Pourquoi ?C\u2019est qu\u2019il faut, dans l\u2019intérieur d\u2019une ferme, une surveillance perpétuelle de chaque moment, une surveillance que l\u2019homme ne peut exercer ou qu'il exerce incomplètement79.Voici les lignes les plus osées relevées dans la Défense : il s\u2019agit de l\u2019unique passage érotique [?], et encore, d\u2019un érotisme timide, prudemment dilué dans l\u2019idéalisation : Sa pose est noble et gracieuse, Et nous commande le respect : Buste et taille délicieuse Offrent un agréable aspect80.Le journalisme La Défense s\u2019inscrit dans le mouvement du journalisme catholique.Elle cite cette pensée de Léon XIII : « Je considère le journal catholique comme une mission perpétuelle81.» Le journaliste catholique doit combattre «avec force, courage, s'il le faut dureté82 » car c'est un défenseur de la foi, un justicier et un apôtre.Il doit éviter de tomber dans le journalisme à sensation forte, cause de l\u2019augmentation de la criminalité83.Loin de répondre aux désirs de la populace, il doit se donner « pour mission, non pas de suivre, mais de diriger l\u2019opinion84.» Il serait facile de conduire la société aux abîmes si la presse catholique ne la mettait en garde contre le danger des doctrines subversives.Le rôle du journal catholique est de défendre la religion, et tout ce qui est attaqué à cause d\u2019elle.Son programme est essentiellement la vérité religieuse et sociale, à laquelle il doit rallier l\u2019opinion85.Tremblay a une conscience toute moderne de la puissance de la presse et de la force de l'opinion : « L\u2019opinion est maîtresse des gouvernements, et la presse est la reine de l\u2019opinion86.» La mission du journaliste en est d\u2019autant plus importante.Il est donc urgent de réaliser une réforme du journalisme pour le rendre à même de répondre à sa vocation.La Défense propose l\u2019encadrement des journalistes dans une corporation professionnelle, comme les avocats et les 844 L\u2019ACTION NATIONALE médecins.Elle soutient que les journalistes ne devraient être admis à la pratique qu\u2019après l\u2019obtention de grades universitaires en journalisme.Les étudiants devraient suivre leurs cours à l'université concurremment avec des stages pratiques dans l\u2019équipe de rédaction de divers journaux.La politique internationale Le critère essentiel, le seul peut-être, dont semble disposer la Défense pour apprécier la politique internationale se résume en celui de la religion.Dans la guerre hispano-américaine, dont l\u2019enjeu est Cuba, la Défense est favorable à l\u2019Espagne catholique et monarchique.La nation espagnole « a toujours su se tenir du côté de la justice et du droit.» La guerre déclarée par les États-Unis est « souverainement déplorable ».« On veut interdire à l\u2019Espagne de maintenir sa souveraineté légitime sur une colonie rebelle87 [.].» L\u2019ltalie-Unie, spoliatrice de l\u2019Église, a dégénéré depuis sa révolution en une « pépinière d\u2019assassins politiques88.» La situation misérable de l'Italie, 28 ans après l\u2019entrée triomphale de Victor-Emmanuel au Quirinal, est un châtiment divin89.La guerre et la paix La guerre est un phénomène universel ; c\u2019est aussi un phénomène humain puisque l'homme en est l\u2019agent ; c\u2019est enfin un phénomène divin parce que voulu par Dieu.Je comprends et j\u2019applaudis ceux qui condamnent une guerre particulière que l\u2019intérêt public ne justifie pas ; mais je n\u2019ai jamais pu comprendre ceux qui « anathémisent » la guerre.Cet anathème est contraire à la philosophie et à la religion : ceux qui le prononcent ne sont ni philosophes ni chrétiens90.La guerre n\u2019eSt pas un facteur de destruction et de barbarie, mais bien de régénération.La guerre a un côté cruel et pénible, mais elle a aussi « quelque chose de pur et d'élevé » : c\u2019est une expiation collective91. LA DÉFENSE» (1898-1899) 845 Les rêves de paix perpétuelle sont des utopies contraires au plan de Dieu.La littérature La littérature a une mission morale : elle doit permettre aux gens de « trouver dans leurs lectures une vérité bonne à méditer ou l\u2019indication d\u2019un devoir à remplir92 ».Le critère d\u2019appréciation est essentiellement moral.La Défense admire Coppée, converti ; elle méprise le « crapuleux Zola93.» Elle engage une polémique avec le Protecteur, qui, pour son malheur, a qualifié Zola de grand écrivain français.La Défense apprend tout bonnement au Protecteur que Zola c\u2019est l\u2019insulteur du Pape à Rome, le blasphémateur de la Sainte-Vierge à Lourdes, le malfaiteur littéraire, le corrupteur des moeurs, le traficant d\u2019ordures, l\u2019artisan de tous les scandales, le père fangeux de la Bête humaine, de Mouquette et de Nana, l\u2019auteur de tant d\u2019œuvres de pestilence, le rebut de toutes les sociétés, le pourceau des lettres françaises94 Voltaire et la marquise de Pompadour sont deux « noms sinistres attachés à notre histoire95 ».La Défense reconnaît toutefois que Voltaire, au contraire de Zola, « avait de l'esprit96.» Quant à Michelet, elle se borne à relever avec empressement cette remarque d\u2019une feuille socialiste : « La note caractéristique du génie de l\u2019œuvre de Michelet, c\u2019est la haine du prêtre97.» Amis et ennemis Les ennemis de la Défense, ce sont les journaux plus ou moins « libéraux » : le Protecteur de Chicoutimi, sur la scène locale ; à Montréal : la Minerve, la Presse, la Patrie.Ses amis se recrutent parmi les journaux catholiques et conservateurs : la Semaine catholique, l\u2019Oiseau-Mouche, le Mouvement catholique, etc.La Vérité a une place à part.Elle professe la même idéologie que la Défense.Tremblay trouve que son collègue de Québec va parfois un peu trop loin.Il s'ensuit des 846 L'ACTION NATIONALE querelles assez longues, où la charité chrétienne subit quelques horions.Tardivel avait collaboré pour la première fois à /a Défense lors de la parution du premier numéro.Ce devait être la dernière.Les difficultés de la Défense semblent être d\u2019ordre pécuniaire surtout.Des abonnés ne paient pas.Une réforme postale impose désormais un droit de port sur les journaux98.Au début, Tremblay se demande comment il se fait que certains exemplaires n\u2019arrivent pas à leur destinataire.La cause, s\u2019interroge-t-il, serait-elle la malveillance de certaines personnes99 ?Conclusion L\u2019idéologie de la Défense ne paraît pas homogène.Les idées d\u2019avant-garde, telle la formation universitaire des journalistes, voisinent avec des positions conservatrices.De plus, cette idéologie souffre d\u2019une certaine incohérence.«Industrialisme» et « agriculturisme » cohabitent sans se rejoindre.Tremblay les juxtapose ; il ne les concilie pas.Il se réjouit de l\u2019industrialisation de sa région et, pourtant, exhorte le paysan à rester sur sa terre.Or les ouvriers des villes ne peuvent venir que de la campagne.C est que, pour survivre, les idéologies doivent s adapter aux transformations subies par leurs bases matérielles : il arrive que dans cet ajustement elles perdent en cohérence ce qu elles gagnent en souplesse.Il est évident qu\u2019il n\u2019y a pas de place dans l\u2019idéologie de Tremblay, du moins dans celle qu\u2019il a héritée de ses études au Séminaire de Chicoutimi, pour le capitaliste et l\u2019ouvrier.Comme dans les sociétés patriarcales primitives, comme au moyen-âge, la société canadienne-française à l\u2019aube du XXe siècle ne connaît que trois états honorables : « crux, ensis et aratrum, la croix, l\u2019épée et la charrue100.» LA DÉFENSE» (1898-1899) 847 NOTES 1 A.Beaulieu et J.Hamelln, Les Journaux du Québec de 1764 à 1964, Québec, 1965, p.14 2.\tLa Défense, 27 janv.1898, p.4.3.\tIbid., 18 janv.1898, p.4.4.\tIbid., 3 fév.1898, p.1.5.\tArt.cit.6.\tArt.cit.7.\tArt.cit.8.\tArt.cit.9.\tArt.cit.10.\tArt.cit.11.\tArt.cit.12.\tArt.cit.13.\tArt.cit.14.\tIbid., 17 mars 1898, p.4.15.\tIbid., 31 mars 1898, p.4.16.\tIbid., 24 nov.1898, p.2.17.\tIbid., 30 juin 1898, p.1.18.\tIbid., 16 juin 1898, p.1.19.\tIbid ., 18 janv.1898, p.1.20.\tIbid., 3 fév.1898, p.1.21.\tIbid., 24 mars 1898, p.2.22.\tIbid., 3 mars 1898, p.4.23.\tIbid., 3 nov.1898, p.1.24.\tArt.cit 25.\tIbid., 27 janv.1898, p.2.26.\tIbid., 18 août 1898, p.2.27.\tIbid., 1er déc.1898, p.1.28.\tibid., 1er sept.1898, p.1.29.\tIbid., 2 juin 1898, p.1.30.\tIbid., 3 nov.1898, p.2.31.\tIbid., 27 oct, 1898, p.1.32.\tIbid., 24 nov.1898, p.4.33.\tIbid., 3 fév.1898, p.1.34.\tIbid., 28 avril 1898, p.1.35.\tIbid., 10 fév.1898, p.4.36.\tIbid., 24 nov.1898, p.1.37.\tIbid., 18 mai 1898, p.1.38.\tIbid., 17 fév, 1898, p.2.39.\tIbid., 24 mars 1898, p.1.40 Ibid., 2 juin 1898, p.1.41.\tIbid., 21 avril 1898, p.1 42.\tIbid., 1er déc.1898, p.1.43.\tIbid., 27 janv.1898, p.1.44.\tIbid, 3 nov.1898, p.1.45.\tIbid., 17 fév.1898, p.1.46.\tArt.cit.47.\tIbid.10 mars 1898, p.1.48.\tIbid., 30 juin 1898, p.1.49.\tIbid., 5 mai 1898, p.1.50.\tIbid., 10 mars 1898, p, 1.51.\tIbid., 18 août 1898, p.1.52.\tIbid., 22 sept.1898, p.1.53.\tIbid,, 22 sept.1898, p.4, .R.Rumilly, Histoire de ta Province de Québec, t.IX, p.22-23.La Défense, 18 janv.1898, p.4 ibid., p.1.Ibid., 17 fév.1898, p, 2.Ibid., 12 mai 1898, p.1.Art.cit.Art.cit.Art.cit.ibid., 14 juill.1898, p, 1.Arf.cit.Ibid , 18 mai 1898, p, 1.Ibid , 13 oct.1898, p.1.Ibid., 7 juill, 1898, p.1.Ibid , 17 nov.1898, p.1.Ibid., 7 déc 1898, p.1 (reproduction d\u2019un article du Mouvement catholique de Trois-Rivières).Art.cit.Ibid., 22 déc.1898, p.1.Ibid., 12 janv.1899.p.2.Ibid., 13 oct.1898, p 1.Ibid., 3mars 1898, p, 1.Art.cit Ibid., 17 mars 1898, p.1.Ibid., 31 mars 1898, p.2.Ibid., p.4.Ibid.10 févr.1898, p.2.Art.cit.Poème par H.d'Augry, Montréal, sept.1898, reproduit dans la Défense, 24 nov.1898, p.2.La Défense, 21 avril 1898, p.4.Ibid., 24 mars 1898, p.2.Ibid., 22 déc.1898, p.2.Ibid., 24 fév.1898, p.1.Ibid., 14 juill.1898, p.1.Art.cit.Ibid., 5 mai 1898, p.1.Ibid., 20 oct.1898, p.1.Ibid., 9 juin 1898, p.1.Ibid., 6 oct.1898, p.1 (inspiré sinon écrit par Donoso Cortès).Ibid., 13 oct.1898, p.1.Ibid., 10 fév.1898, p.1.Ibid., 3 maras 1898.p.1.Ibid., p.4.Ibid., 12 mai 1898, p.4.Ibid., 10 mars 1898, p.1.Ibid., 3 nov.1898, p.1.Ibid., 24 nov.1898, p.2, Ibid., 3 fév.1898, p.4.Ibid., 5 janv.1899, p.2.54.55 56 57 58.59 60 61.62 63.64 65 66 67 68 69 70.71.72.73 74.75.76.77.78.79.80.81.82.83.84.85.86 87.88.89.90.91.92.93.94.95.96.97.98 99.100.¦ Le bilinguisme, oui ! mais pour qui ?par Gaston Laurion LE BILINGUISME, OUI ! 849 Toute manifestation culturelle reflète l\u2019esprit de la société dont elle sourd, de même qu\u2019elle influe à son tour sur cet esprit.C\u2019est là une affirmation qui vaut pour les arts en général et pour la littérature, cela va de soi, mais qui s\u2019avère également juste dans un domaine aussi inattendu que la confection d\u2019un dictionnaire.Je connais certains dictionnaire allemand où, pudoris causa, les mots jugés grossiers ne figurent pas alors qu\u2019ils se trouvent dans des dictionnaires français-allemand publiés en France.Le lexicographe, tout objectif qu\u2019il veuille être, n'en effectue pas moins un choix parmi les mots que lui offre une langue et, d\u2019autre part, il définit ceux-ci par rapport à sa propre culture et à celle de la société à laquelle il appartient.Nous ne nous étonnerons donc pas de constater que certains mots français d\u2019usage courant au Québec, ou bien ne figurent pas dans les dictionnaires français ou bien n'y sont pas définis d une façon adéquate.Ainsi « unilingue >> et « unilinguisme » n\u2019existent pas dans le Petit Larousse et, dans le Robert comme dans le Littré, on ne trouve que l\u2019adjectif « unilingue » tandis que « bilingue » et « bilinguisme » comportent, dans le Robert et dans le Larousse, une définition nettement insuffisante.' C\u2019est pourquoi nous nous proposons d\u2019étudier ici ces quatre mots, en essayant surtout de mieux définir les notions qu'ils expriment.x x x Il faut d\u2019abord se demander pourquoi le Petit Larousse ignore non seulement « unilinguisme », mais aussi « unilingue », qui avait pourtant cours chez Littré.Au lieu d\u2019« unilingue », le Petit Larousse nous propose « monolingue » (« -monolinguisme » n\u2019y figure pas), un mot hybride qui a probablement été assez peu employé.L\u2019explication la plus simple de cette lacune semble bien être qu\u2019« unilingue » et surtout « unlinguisme » renvoient à des concepts qui trouvent peu de place dans une société normalement constituée, c\u2019est-à-dire où « langue maternelle » et « langue nationale » se confondent, pour la plupart des citoyens, et où la connaissance d'une seule et unique langue, la sienne, suffit, dans la vie de chaque jour.Pour un Français moyen! 850 L'ACTION NATIONALE comme pour un Allemand ou un Italien moyens, parler sa langue et uniquement celle-ci paraît être d\u2019une telle banalité que le besoin d\u2019en faire mention n\u2019effleure jamais sa conscience.« Unilingue », nous venons de le mentionner, se trouve bien déjà dans le Littré, mais alors il qualifie un texte qui est dans une seule langue ; c\u2019est dire qu\u2019il s\u2019emploie uniquement lorsqu\u2019on veut opposer ce texte à un autre qui est bilingue ou trilingue.Aussi bien seul le bilinguisme ou le trilinguisme d\u2019une publication est-il normalement digne de mention, à cause de sa rareté relative par rapport à la masse des textes qui, rédigés ou publiés en une seule langue, constituent de loin l\u2019événement le plus courant.Ce n\u2019est que dans le Robert, dont le volume des « U » date de 1964, qu\u2019on élargit la définition apparaissant déjà dans le Littré pour y inclure une personne « qui parle, écrit une seule langue ».Cette acception semble donc assez récente, comme le confirme par ailleurs l\u2019absence du substantif, qui, lui, s\u2019utilise surtout lorsque des personnes ou une collectivité sont en cause.On serait donc tenté de penser qu'« unilingue », qui a tardivement trouvé sa place en français officiel, a dû le faire par l\u2019intermédiaire d\u2019une colonie ou d\u2019une collectivité francophone où le bilinguisme est un phénomène suffisamment nécessaire et courant pour que l\u2019on éprouve le besoin (contrairement à ce qui se passe en France) de le concevoir et de l\u2019exprimer par opposition à un contraire considéré comme anormal, l\u2019unilinguisme.De là, nous pouvons très bien nous demander si ce ne serait pas l\u2019expérience québécoise, à notre époque de coopération culturelle étroite avec la France, qui a pu se trouver à l\u2019origine de l\u2019inclusion d\u2019« unilingue », avec son acception la plus récente, dans le corpus lexical du français contemporain.Pour ce qui est du substantif « unilinguisme », sa fréquence étant à la hausse chez certains peuples de langue française, dont les Québécois, son apparition dans le dictionnaire français ne devrait plus tarder.Si nous nous fondons sur ce qui vient d\u2019être dit, tout en nous inspirant également de la définition du mot « bilinguisme » que l\u2019on trouve couramment, nous pourrions définir « unilinguisme » de la façon suivante : « État d\u2019une personne ou LE BILINGUISME, OUI ! 851 d\u2019une collectivité qui parle une seule langue».Toutefois, pour être complet, il faudrait encore trouver le moyen d\u2019ajouter, sous une forme ou sous une autre (je ne suis pas lexicographe), que cet état est normal, étant celui de la plupart des personnes et des collectivités, et qu\u2019ainsi le terme « unilinguisme » s\u2019utilise avant tout par opposition explicite ou implicite à « bilinguisme » qui, lui, indique un état plutôt rare, sauf dans certaines sociétés relativement peu nombreuses.x x x L\u2019adjectif « bilingue » (sans substantif correspondant) se trouve déjà, nous l\u2019avons vu, chez Littré, qui le définit comme suit: «Terme d\u2019histoire naturelle.Qui a deux langues.\u2014 Terme de philologie.Qui se sert de deux idiomes différents ; qui est en deux idiomes différents ».Le Larousse et le Robert, qui ignorent l\u2019acception autrefois propre à l\u2019histoire naturelle, donnent, à peu près, la même définition : « Qui est en deux langues.Où l\u2019on parle deux langues.Qui parle, possède parfaitement deux langues » (Robert).« Bilinguisme », dont l\u2019introduction dans la langue date de 1920, se trouve également dans ces deux dictionnaires.Il n\u2019est pas sans intérêt de remonter ici dans le temps pour signaler au lecteur intéressé à l\u2019histoire des mots et des idées qu\u2019en grec, où « monoglôssos » n'existe pas, le mot « diglôssos » signifie bien « parlant deux langues » (les Grecs ont dû couramment utiliser des interprètes dans les différents territoires de leur empire), chez Thucydide et chez Galien, mais que, dans l\u2019Ecc/és/asfe, il veut dire « trompeur, fourbe, perfide ».Ce dernier sens se retrouve dans le mot « bilinguis » chez Virgile, alors que Plaute et Horace s\u2019en tiennent au premier.Un « bilingue », pour les Grecs et les Romains, c\u2019est donc non seulement celui qui a ou parle deux langues, mais également celui qui a deux paroles, c\u2019est-à-dire un hypocrite.Le moins qu'on puisse dire c\u2019est que cette expression jouit d\u2019une hérédité plutôt lourde ou, à tout le moins, fort ambiguë.Serait-ce pour cette raison que les tenants du bilinguisme, comme les dictionnaires, semblent nous cacher la vérité, ou une 852 L'ACTION NATIONALE partie de celle-ci, à propos de la notion de « bilinguisme » ?Toutes les définitions qu\u2019on en donne aujourd\u2019hui sont incomplètes.Il leur manque toujours une nuance très importante d\u2019obligation, car, en réalité, le bilinguisme c\u2019est l\u2019état d'une personne ou d\u2019une collectivité « qui est obligée de connaître, en plus de sa langue maternelle, une autre langue bien précise et qui varie suivant les pays ».2 L\u2019obligation peut provenir d\u2019une loi, comme celle qui régit les services fédéraux suisses et canadiens, ou simplement du fait que, sans une seconde langue, il est à peu près impossible à la majorité de gagner honorablement sa vie, comme dans les colonies et au Québec.En outre, elle est bien entendu la conséquence ordinaire d\u2019un établissement à l\u2019étranger pour un émigrant.x x x Unilinguisme et liberté Si « unilinguisme » renvoie généralement à un état normal à peine digne de mention et si «bilinguisme» recèle un élément de contrainte, on peut se demander maintenant comment les deux notions exprimées par ces mots devraient être comprises dans un Québec authentiquement démocratique, c\u2019est-à-dire régi par la loi de la majorité.Il semble évident de prime abord que le Québec étant un pays français (qui pourrait, ou ne pourrait pas, faire partie de la Confédération canadienne), l\u2019État ni la majorité des citoyens n\u2019y devraient jamais être qualifiés d\u2019unilingues ou de bilingues, car ces deux adjectifs ne leur conviennent pas.Dans un Québec démocratique normal et n\u2019ayant donc qu\u2019une seule langue officielle, le français, de nombreuses personnes ne parleraient que cette langue, qui leur suffirait, comme elle suffit aux Français en général, pour gagner leur vie.D\u2019autres connaîtraient des langues étrangères, dont l\u2019anglais bien entendu, mais on ne parlerait pas à leur propos de bilinguisme puisqu\u2019ils les auraient apprises en toute liberté pour parfaire leur culture ou, dans certains cas, pour mieux exercer leur profession.On dirait d\u2019eux, c\u2019est ce qui arrive dans les pays normaux, qu\u2019ils connaissent l\u2019italien, l\u2019anglais, l\u2019allemand, le chinois, etc.Car, à LE BILINGUISME, OUI ! 853 l\u2019encontre de ce que certaines personnes de mauvaise foi voudraient faire croire pour rendre absurde ou barbare tout projet dans ce sens, si l'État québécois \u2014 devenant normal \u2014 se mettait à n'utiliser officiellement que le français, cette décision ne signifierait nullement que tous les citoyens du Québec ne connaîtraient jamais que cette langue.Bien au contraire ! ayant recouvré leur liberté linguistique, ils s\u2019adonneraient à l\u2019étude de plusieurs langues étrangères, comme cela se passe dans tous les pays civilisés.Cependant, les tribunaux, les juristes, l\u2019Assemblée nationale et, en général, toute l\u2019administration publique n\u2019utiliseraient plus qu\u2019une seule langue, le français, sauf pour ce qui a trait aux relations étrangères.Dans ces conditions, « unilingue » ne devrait plus qualifier que les étrangers, y compris bien entendu les anglophones, qui, arrivant au Québec, n\u2019y résidant pas depuis longtemps ou étant des débiles mentaux, ne connaîtraient pas encore le français.Lorsque l\u2019on a une langue maternelle différente de celle de la majorité des membres de la société où l\u2019on a choisi de vivre, l\u2019unilinguisme devient en effet anormal et digne de mention puisqu\u2019il empêche de devenir un citoyen à part entière qui participe à toutes les activités de la nation.C\u2019est alors le bilinguisme qui devient normal, l\u2019obligation de connaître la langue de la majorité.Car, autant la contrainte inhérente au bilinguisme représente, quand il s\u2019agit de la majorité québécoise francophone, une aberration et une atteinte à saveur colonialiste au droit des gens, autant elle devient une nécessité démocratique et un facteur de développement personnel pour ceux des Québécois qui ont l\u2019anglais comme langue maternelle, ou toute autre langue étrangère.Pour eux, l\u2019obligation dans laquelle ils se trouvent d\u2019apprendre le français, de devenir bilingues somme toute, reste parfaitement normale et, loin d\u2019entraver leur épanouissement personnel, elle leur offre la possibilité de vivre pleinement dans leur société d\u2019adoption.1 « Bilinguisme » n'existe pas encore à l'époque de Littré.2.Gaston Laurion, Le Québec est-il vraiment contraint au bilinguisme ?le Jour, 13 août 1974, p.5.Lire aussi, du même auteur, LA langue seconde ou DES langues étrangères, l\u2019Action Nationale, Vol.LXIII, Nos 8-9, Avril-mai 1974, p.750-757. Droits et.devoirs ! par Ernest La force DROITS ET DEVOIRS 855 Au Québec francophone, la minorité anglophone est pour la majeure partie composée de « gentlemen » dans le véritable sens du mot ! Ces Anglo-saxons ont leur façon à eux d\u2019interpréter le droit et la justice, et c\u2019est la seule .vraie, la seule acceptable ! Pour eux, dans l\u2019interprétation d\u2019un texte, d\u2019un écrit, pacte, constitution ou autre écrit, les mots écrits dans ce document peuvent vouloir dire blanc dans une province et noir dans une autre.Cela n\u2019est que droit et justice, car il est de toute justice de tenir compte de l\u2019opinion de la majorité des citoyens d'allégeance britannique du dit lieu.Pour eux la justice c\u2019est sacré.Ils ont des droits et ils y tiennent.À l\u2019occasion, ils y tiennent tellement qu'ils sont prêts d\u2019employer la manière forte si la nécessité l\u2019exige.Au Québec, y compris nombre d\u2019immigrants qui ont opté pour la langue anglaise, ils sont vingt pour cent de la population.Cette minorité réclame des droits spéciaux de la majorité francophone .droits qu\u2019elle refuse d\u2019accorder aux minorités francophones des autres provinces canadiennes.Ce n'est que justice, ia majorité britannique de ces provinces en ayant décidé ainsi.Quant à la majorité francophone du Québec, elle a des devoirs.C\u2019est ce que cette majorité semble ne pas comprendre.Mais c\u2019est tout de même étrange, car ce sont les descendants des colons venus de France pour fonder le Canada, et c\u2019est cette nation qui tient tant à la logique .Nous les anglophones, nous tenons à la justice.Ce qui n'empêche que la minorité au Québec a des droits indéniables, irréfutables, garantis par la constitution canadienne par ses grands juristes infaillibles.à preuve, le jugement dans l\u2019affaire des frontières du Labrador.Quant à la majorité francophone du Québec, elle a des devoirs envers la minorité anglophone, naturellement.Dans la pratique, comment les choses se sont-elles passées ? 856 L'ACTION NATIONALE La minorité anglophone s\u2019est occupée activement et par tous les moyens de ses droits, n\u2019oubliant pas l\u2019économique, en surplus.À la lumière des événements, il semble qu\u2019il n\u2019en fut pas de même pour la majorité francophone quant à SES devoirs.De l\u2019avis d\u2019Edmond de Nevers \u2014 l\u2019Avenir du Peuple Canadien-français \u2014 « Les Canadiens-français ont le DEVOIR d\u2019être les premiers dans toutes les activités économiques, culturelles et sociales de leur pays.» L\u2019argent est le nerf indispensable dans le combat économique, de plus la culture et les valeurs morales en dépendent largement.Tout comme si ils acceptaient le raisonnement de la minorité, les francophones du Québec ont dans le passé durant plus d\u2019un siècle, et continuent de confier à la minorité anglophone, plus des trois quarts de leur argent gagné péniblement.La minorité anglosaxonne, remplaçant la sentimentalité francophone par le patriotisme économique, a pris, au Québec, la maîtrise du commerce, de l\u2019industrie, de la banque, de l\u2019assurance ; elle contrôle une partie importante des média d\u2019information desservant des centaines de milliers de Canadiens-Français ; de plus elle s\u2019est emparée, cette minorité anglosaxonne, en partie avec l\u2019argent que nous lui avons confié, d\u2019une partie importante de nos richesses et ressources naturelles.La minorité anglophone emploie ainsi directement ou par l\u2019entremise de francophones en tête d\u2019entreprises anglophones, des centaines de milliers de Canadiens-Français : ouvriers que nous aurions intérêt d\u2019employer dans des chantiers, des commerces, des firmes industrielles bien à nous.Cette étrange situation économique entraîna l\u2019abandon par des milliers de familles rurales de fermes occupées de père en fils depuis des générations, les enlevant de la vie dans la grande nature pour les entasser dans les centres industriels, quand elle ne les a pas tout simplement rejetés vers les États-Unis. DROITS ET DEVOIRS 857 En quelques décennies, par notre façon d\u2019administrer notre budget familial, gouvernemental, le chiffre de notre population agricole passa de 80 à 25 pour cent.À l\u2019heure actuelle, en matière de denrées alimentaires, nous produisons à peine 40% de ce qui est nécessaire à notre subsistance ; cependant que nous avons des millions d\u2019arpents d'un sol arable de bonne qualité en friche, et 200,000 chômeurs.Ce déséquilibre a chambardé notre économie de façon si sérieuse que chez un nombre considérable de ces familles déracinées de leur milieu ancestral, il leur a fait perdre le sens moral et économique qui étaient de tradition familiale.À la ville les habitudes sont différentes, et cela jusque dans la façon de s\u2019alimenter, de se vêtir.Il en est résulté chez certaines familles un défaut d\u2019initiative, de compréhension, suivi par une sorte de vie végétative : dégoût pour le travail industriel, même bien ordonné, de déséquilibre familial et de ce qui s\u2019en suit.Serait-ce par le défaut d\u2019une politique adéquate à nos besoins, à la maîtrise de nos besoins nationaux?Une saine politique c\u2019est tout simplement le sens commun appliqué à l\u2019administration de la chose publique, afin que le développement se fasse normalement, et suivant nos moyens tenant compte de nos besoins essentiels, tels ceux consistant dans l\u2019établissement de tous les enfants de la nation dans toutes les activités de la collectivité nationale.En résumé, s\u2019organiser pour être maître chez soi.La francophonie canadienne ne pouvait et ne peut atteindre ce but sans garder scrupuleusement toutes ses ressources financières, comme le font leurs compatriotes de race étrangère qui vivent au Québec, et ailleurs dans notre pays.Une saine administration se doit de tenir compte des besoins et des aspirations des administrés.Il importe que nous mettions à l\u2019œuvre cette pratique. 858 L'ACTION NATIONALE N\u2019ayant pas cette habitude, les francophones du Québec vont trouver cela étrange, difficile.Mais en ce bas monde, seul vaut réellement ce qui a coûté du temps, de la pensée et des efforts.Aurons-nous ce courage ?Il en va de notre avenir. 859 Correspondance Témoignage d\u2019un collaborateur d\u2019Esdras Minville À la suite de la publication de notre numéro spécial sur Esdras Minville, un ami de celui-ci, Ernest Laforce, qui était sous-ministre de la colonisation au temps où Minville mettait en marche l'inventaire des ressources naturelles du Québec, nous adresse les commentaires suivants.Il y est fait allusion à une autre initiative de Minville dont on n\u2019a pas parlé dans notre numéro spécial : l'expérience coopérative agroforestière de Grande-Vallée, en Gaspésie, sa paroisse natale.Cette expérience correspondait à une conception de portée beaucoup plus générale que se faisait Minville de la colonisation au Québec, pays de terres agricoles relativement peu étendues et en bonne partie très intimement reliées et alliées à la forêt.L\u2019expérience de Grande-Vallée ne s\u2019est pas finalement révélée un succès, parce qu'elle a manqué d\u2019être suivie sous l\u2019état d\u2019abandon dans lequel les conceptions de Minville ont été laissées pour les raisons surtout électorales et partisanes que nous avons vues.Il y aurait là tout un plan à reprendre pour l'aménagement et l'exploitation des forêts au Québec.F.A.A.Généralement, quand on prend sa retraite d\u2019une fonction publique, il est rare qu\u2019on soit millionnaire.Tout de même on se doit de faire sa part, si modeste soit-elle, en faveur d'œuvres nationales comme celle de l\u2019Action Nationale, et la Fondation Esdras-Minville.Il fut un de mes amis, et j\u2019étais sous-ministre de la Colonisation, quand la fameuse coopérative de Grande-Vallée s'est formée.J\u2019avais, des années auparavant, eu les détails complets, de ce genre d\u2019exploitation forestière, par M.Avila Bédard qui était allé étudier ce système en Norvège.Étant moi-même un ancien colon de la Matapédia, je saisis parfaitement le bienfait d\u2019un tel système.Quand l\u2019ami Minville m\u2019en causa, j\u2019étais très heureux de faciliter l\u2019é- 860 L'ACTION NATIONALE closion de ce projet.Comme sous-ministre de la Colonisation, je me trouvais en position de faire disparaître les objections rencontrées.La compagnie qui détenait ce territoire refusait de le vendre au gouvernement.M.Duplessis étant un de mes amis, je le rencontrai avec Ovila Bédard, et un échange de terrain eut lieu, mais il fallut donner à la dite compagnie plus de terrain qu\u2019on en recevait.Le terrain de la dite compagnie commençait à la limite du village : de sorte que les familles n\u2019avaient pas même un arpent de forêt pour s\u2019approvisionner en bois de chauffage avant l\u2019achat.Il m\u2019est arrivé maintes fois de dire à M.Duplessis : Esdras Minville est sûrement l\u2019un des meilleurs économistes que le Québec possède ! Ernest Laforce Délires par André Gau lin 862 L\u2019ACTION NATIONALE Le Saint-Laurent inonde ma mémoire les hautes mers m'atteignent en mon exil je résiste avec lui sans faire reddition je garde le feu en vigile je tiens le lieu envahi je sentinelle à la porte de la ville trahie j\u2019ai le cœur en clair majeur j\u2019aime vivre ici au pied des heures et du cap en tourmente une oie sauvage crie dans le vent pendant que l\u2019un des miens creuse la cache pour l\u2019Américain nanti le Québec est en joue le fleuve coule l\u2019aïeule a isolé son souvenir comme une île imprenable l\u2019homme d\u2019affaires se vend bien la jeunesse a un nœud dans la gorge le vent de la violence flotte les pantins du pouvoir s\u2019agitent impertu-bables les Laurentides fidèles veillent à la garde du nord mais où sont donc passés tous les hommes mortellement blessés et glissés dans le temps sombrés dans la barbarie tant d\u2019histoires tissées d\u2019heure en heure de jours fastes en jours néfastes bon an mal an les hommes brisés dans la suite vitale submergée dans l\u2019eau dolente de l\u2019oubli délavés dans l\u2019inhumain trépas enclos dans la nuit obturée et aveugle où les hommes déchiquetés par la dent du monstre où les humains sans visage où la science et la patience d\u2019un mystère apprivoisé on tue la civilisation personne par personne je voudrais voir le bout du monde je voudrais voir la fin d\u2019une agonie et vivre long de temps je voudrais filer vers le nord dans la toundra de trois quenouilles voir les bornes d\u2019un pays que je ne connais pas emprunter les routes d\u2019eau silencieuses mettre bas chemins imprévisibles égrenir le chapelet des lacs et baptiser à patience de temps faire du Québec sept fois le tour et voir une bonne fois Jéricho Fomber être des petits d\u2019hommes et minuscules déambuler dans les décors fragiles de rue St-Jean s\u2019agiter dedans Montréal et Trois-Rivières brinquebaler au branle des flots dansants marcher la petite planète marcher jusqu'au bout du défi appeler d\u2019un cri l\u2019impavide silence désirer la vie le jour est clair le vent vente le feu brûle la terre sent bon ne perdre ni la paix ni le pain et garder les cheveux longs puisque l\u2019on a vendu l\u2019argile marcher sa nuit à l'envers du jour violé DÉLIRES \u2014 LA VIE SOUVERAINE 863 et joue le clavecin dans le soleil dans le soleil et l\u2019eau cœur retrouvé au sein de la ferraille lavé homme primitif sur asphalte pour qui le feu le vent la terre et l\u2019eau suffisent comme l\u2019amour la vague du Saint-Laurent taquine mollement la rive ensoleillée il fait beau temps dans un Québec châtré la vague du Saint-Laurent revient obstinément dans sa danse mutive pendant que mon cœur de Pierrot-Jean-qui-pleure accélère battements et angoisse la vague de fond du Saint-Laurent qui monte scande à grands coups d\u2019orchestre le temps qui cogne et l\u2019histoire comme un piano délie ses notes cristallines comme soleil en crête de vagues oh la sérénité des notes en ce monde languissant étouffé et criant ses spasmes pendant qu\u2019un violon apparaît le temps d\u2019un éclair comme humain en neiges éternelles et la voix murmurante du pianiste fredonnant l\u2019agonie que ses doigts racontent pendant que mon cœur apprivoise son mal et retrouve la paix en dépit d\u2019une fin prochaine ah qu\u2019éclate enfin ce viril allegro où le piano sautille à la mort échappé main gauche et main droite retrouvées et autonomes Québec qu\u2019on veut resuscité 864 L\u2019ACTION NATIONALE La vie souveraine André Gau lin Vivre en suspens le cœur en joue des jours voraces entre l\u2019île isolée d\u2019une enfance incertaine et la paix violée d\u2019une terre d\u2019argile et mouette esseulée qui voit la vie en vol d\u2019oiseau battant de l\u2019aile au jour le jour en partance il vient un vent des roseaux natals dedans la mer profonde un noyé flotte qui a beau visage cheveux d\u2019algues marines ciel chaviré dans des yeux bleus narines qui s\u2019ouvrent encore à la vie de front comme un rivage où la doris accoste la bouche ba be bi la bouche ba bo bou où naît une vie neuve la bouche qui enfante une suite verbale une ville un pays et le petit d\u2019homme qui marche en tâtonnant dans cette chambre noire du fond de la mer sortir de la voie abyssale ne pas jouer à la dérive du train train quotidien devenir l\u2019aria qui submerge flotter dessus le vent air de flûte dans le combat engagé avec l\u2019orchestre exsulter en contre-temps être un violon seul sonate non accompagnée partita qui donne sa réplique et flotte en ma tête un mort qui veut revivre je reprends la tissure défaillante d\u2019une vie brisée en sa jeunesse je refais la geste d'un noyé aimé que je ranime et qui retrouve en moi sa vie il continue la suite des jours gaspésiens Manche d\u2019Épée fête le re-Venant je suis des Chics Chocs et je baigne mes pieds dans l\u2019eau salée où flotte Anticosti l\u2019espoir prend corps et vie au large une île trahie et pillée par les cent pirates anglais associés redevient territoire des miens j\u2019ai jeté cette Anticoste en ville comme un rond point des carrefours les rues s\u2019en vont en étoile je marche en leur chassée-croisée je suis un fil d\u2019Ariane je tue le juge Minautore en n\u2019étiegnant pas la race je ne répandrai pas le sang qui court en moi je suis le fils du sang et j\u2019aurai fils de sang des siècles continuent de re- DÉLIRES \u2014 LA VIE SOUVERAINE 865 monter en mon territoire de terre et d\u2019os je suis la douceur d\u2019un père et sa tendre humanité je remonte des rues sous-marines je transcende la terre esprit flottant sur les eaux souffle de vie sortant de la tohubohu je suis le trait d\u2019un père à fils je sonne l\u2019appel souverain j\u2019assume un monde imaginaire je connais un certain bonheur d\u2019être à me voir né du compromis j\u2019entends la voix qu\u2019on a cru tue me revoilà monde habité je mesure à nouveau la terre de mes pas j\u2019embrasse à nouveau le monde je suis un christ ressuscité malgré le silence des pierres et la fuite muette du temps je vois je sens j\u2019entends je crie la vie ma maîtresse et j\u2019aime dedans mon corps fugace j\u2019assure l\u2019immortalité à ce que l\u2019on dit tant éphémère je reprends possession du vent je respire à nouveau la teerre je baigne une argile nouvelle je consume une vie autonome je suis le bonheur d\u2019être en ville Sisyphe heureux marchant la rue nouveau sur-venant des îles. 866 L'ACTION NATIONALE INDEX DES AUTEURS ET DES MATIÈRES SEPTEMBRE 1976 À JUIN 1977 (Les chiffres indiquent les pages) A \u2014 TABLE DES AUTEURS ALLAIRE, Georges : Tâtonnements patriotiques, 578.ALLEN, Patrick : Vers une nouvelle découverte, 54, Actualités sur le vif, 124, 364, 473, 545.Charles Bronfman, 358.ANGERS, Fr.-A.: Au lendemain des élections, 321.Pour un Québec français, 423.Présentation de R.Barbeau, 812.ARÈS, Richard : Révélations de la Comm.Cliche, 1, 345, 733.Minorités franco-can.(Statist.), 34.Hommage à M.Bellefleur, 118.AUCLAIR, Nicole : Place de l'enfant à l'école, 138.BARBEAU, Raymond : Remerciements, 812.BEAUPRÉ, Viateur, Petit lexique immoral, 25.BÉDARD, Roger : $85,000,000 à Terreneuve ?499.Labrador et territoire québécois, 652.BOUTET, Odina : Stabilité avec l'indépendance, 528.Avant le référendum, 747.CHOUINARD, Jean-Yves: Autodétermination et Laurentiens, 410.CHAMBERLAND, Yves : Correspondance, 781.DUBOIS, Louis : Écriture des noms propres, 69.GAULIN, André : Brève réponse à Légaré, 470.Le thème de l'exil, 563.L'exil de parler français, 767.Délires \u2014 La vie souveraine, 861.GENEST, Jean : Mercier par Rumilly, 48.Actualités, 59.J\u2019ai vu Fire Lake, 81.Le Livre vert (L'Allier), 391.Trois nouvelles, 403.Histoire du Québec (J.Hamelin), 759.Brochette d\u2019événements, 796.HOUDE, Fernand : Hommage à M.Bellefleur, 119.LAFORCE, Ernest : Droits et devoirs, 854.Esdras Minville, 859.LAURION, Gaston : Desbiens parle aux Québécois, 18.Le bilinguisme oui, mais pour qui ?848.LEBEL, Gaétan : Propriétaires du sol, 679.LEBEL, Maurice : La culture en transition, 454, 514.LÉGARÉ, Romain : Baillargeon ne fait pas l\u2019unanimité, 72.LÉGER, Jean-Marc : La plus haute des tâches collectives, 781.MARSAN, Jean-Claude : Entrevue avec Monique Gasse, 616.MORGENTHALER, Francine: Je ne l'ai pas tricoté, 146. INDEX DES AUTEURS ET DES MATIÈRES 867 MOUV.NAT.DES QUÉBÉCOIS : La bataille des communications, 161.Le territoire du Québec, 587.NORMAND, Mme Paul : Monographie d'une petite industrie, 691.POISSON, Jacques : Génocide en douce, 535.RAYMOND, Jean-Paul : Mirabel, 669.TREMBLAY, Jacques : L'école n\u2019est pas au service des doctrinaires, 722.TRÉPANIER, Pierre : Le 2 mars 1878, 373.La Défense (1898-1899), 826.B \u2014 TABLE DES MATIÈRES Acadiens, 41.Achard, Eugène, 494.Afrique, 401.Agriculture, 135, 679.Air-Canada, 131.Allende, 71.Alliance Laurentienne, 410, 812 Amnesty International, 802.Anglophone, 548, 806.Artisanat, 798.Artistes, 800.Association, 789.Astrologie, 803.Autodétermination, 410.Avortement, 146, 490.Baie James, 8.Baillargeon, Pierre, 72, 470.Barbeau Raymond, 410, 812.Bas du fleuve, 691.Baxter, Warner, 355.Bellefleur, Gustave, 118.Bertrand, Reynald, 2.Bilinguisme, 136, 369, 848.Bronfman, Charles, 358, 483.Caisse populaire, 126.Canadian Press, 492.Capitale fédérale, 595.CEQ, 26, 125, 722.Chili, 71.Cliche, Comm., 1, 345, 733.Colonisation, 401.Communications, 161.Conseil des sciences, 126.Constitution, 440.Corridart, 61.Cuba, 71, 401.Culture, 454, 514, 826.Culture de classe, 460.Culture de masse, 464.Desbiens, Jean-Paul, 18.Desjardins, André, 13, 346.Drapeau, Jean, 65, 125, 796.Duhamel, Yvon, 8.École, 138, 450.Économie, 371.Éducation, 839.Église, 128.Élection du 15 nov., 321, 487.Enfant, 138, 146.État souverain, 78, 291.Exil, thème de I', 563, 767.Famille, 129, 146, 842.Fédéralisme, 67, 132, 250, 552, 675.Femme, 146, 854.Fire Lake, 81.Français, 21, 34, 133, 423.Gabin, Jean, 371.Gens de l'air, 67.Grève, 136.Hamelin, Jean, 759.Hommes d'affaires, 561.Hull, 595.Humanisme, 458, 522, 784.Hydro-Québec, 131.Idéologie, 826.Immigrants, 431, 683.Indépendance, 78, 410, 423, 528, 554, 784, 810, 812.Industrie, 127, 691, 833.Inuit, 107.Jeux Olympiques, 60, 129, 477, 796.Jones, Richard, 759.Journalisme, 62.Labonté, Claude, 4. 868 L'ACTION NATIONALE Labrador, 88, 499, 652.L'Allier, Jean-Paul, 161 passim, 391.Langue Française, 34.Laurentiens, 410.Letellier, coup d'état, 373.Lévesque, René, 321,478, 559, 806.L-G 2, 9.Livre vert, 391.Mackassey, Bryce, 546.Malraux, André, 372.Mantha, René, 11.Maoïsme, 142.Marxisme, 142, 722, 800.Mass-média, 60, 62, 804.Maternité, 146, 854.Meloche, Robert, 6.Mercier, Honoré, 48.Min.des Aff.cuit., 391.Min.des Commun., 174.Minorités franco-can., 34.Mirabel, 669.Mont-Joli, 295.Montpetit, Edouard, 54.Montréal, 61, 616.Mouv.nat.des Québécois, 268, 687 Noms propres, 69.Normand, famille, 691.Nouveau-Québec, 81, 513.Office de Radio-Télévision, 200.Ontario (français), 43.Ottawa, 67, 132, 250, 552, 595.Ouest (français), 44.Parcs, 634.Parti Québécois, 321,366, 404, 479, 551, 675.Pelletier, Gérard, 161 passim.Ports, 78, 616.Prix David, 535.Québec, 423, 679, 759.Radio (à Montréal), 272.Référendum, 555, 747.Régis des serv.publics, 192.Religion, 831.Rimouski, 295.Rocher, Guy, 488.Rumilly, Robert, 48.Saglouc, 97.Saguenay, 826.Saint-Jérôme, 311.Schefferville, 94.Sept-îles, 91.Sidbec, 81.Société de la baie James, 8.Sol du Québec, 679, Souveraineté-association, 404, 423, 784.Sports, 64.Syndicalisme, 1, 345, 489, 733.Terreneuve, 88, 499.Territoire québécois, 81, 587, 652.Toronto Star, 368, 497.Trudeau, Pierre, 370, 481,496, 559, 796, 810.Unilinguisme, 848.Université, 496.URSS, 800.Vadeboncoeur, Pierre, 535.ATTENTION ! De septembre 1976 à juin 1977, la revue L\u2019ACTION NATIONALE a publié un volume d\u2019environ 900 pages.29 écrivains ont collaboré et écrit 57 articles.Deux équipes de chercheurs ont créé deux numéros spéciaux sur LES COMMUNICATIONS et le TERRITOIRE QUÉBÉCOIS.Ce fut une bonne année ! Merci aux abonnés, aux collaborateurs et aux annonceurs.Envoyez-nous vos suggestions.\t______________________ Nos annonceurs participent à la vie de la revue Nos lecteurs sont tous intéressés à leur succès Ils les consultent d\u2019abord .RÉPERTOIRE DES RUBRIQUES Assurance vie Imprimeries Avocats Placements Comptables Quincaillerie Il À VOTRE SERVICE DANS LE GROUPE DE POINTE SOCIÉTÉ NATIONALE DE FIDUCIE L\u2019ÉCONOMIE MUTUELLE D\u2019ASSURANCE \u2022\tAssurance-vie régulière et variable \u2022\tAssurance collective \u2022\tRentes viagères \u2022\tRevenu-épargne variable T.* *\tC O N O M I E MUTUELLE D\u2019ASSURANCE Agences et unités DRUMMOND VILLE \u2022 GRANBY \u2022 JOLIETTE \u2022 LAVAL \u2022 LONGUEUIL MONTRÉAL \u2022 OTTAWA \u2022 QUÉBEC \u2022 SHERBROOKE 385 est, rue Sherbrooke, Montréal H2X 3N9.Tél.: 844-2050 Ill GUY BERTRAND & CLÉMENT RICHARD, avocats AVOCATS 42, rue Ste-Anne, suite 200 Québec G1R 3X3 Téléphone : 692-3951 COMPTABLES Desforges, Beaudry, Germain & Associés Comptables agréés 210 ouest, boul.Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél.: 383-5733 388 5781 8125, rue Saint-Laurent Montréal, Qué.H2P 2M1 PLACEMENTS RAYMOND CAMUS INC.Courtier en valeurs mobilières 500, place d\u2019Armes, ch.1020, Montréal \u2014 Tél.: 842-2715 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels QUINCAILLERIE EDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario, Mtl H1V 1J8 Tél,: 524-7541 ABONNEZ UN AMI V COMPLIMENTS DU Mouvement National des québécois ET DES SOCIÉTÉS MEMBRES : SNQ ABITIBI-TÉMISCAMINGUE SNQ CENTRE DU QUÉBEC SNQ CÔTE-NORD SNQ EST DU QUÉBEC SNQ DES HAUTES RIVIÈRES SNQ DU LANAUDIÈRE SSJB DE MONTRÉAL SNQ OUTAOUAIS-NORD SNQ RÉGION DE L\u2019AMIANTE SNQ RÉGION DE LA CAPITALE SNQ DES LAURENTIDES SNQ SAGUENAY - LAC ST-JEAN SNQ RICHELIEU-YAMASKA SSJB DE ST-JEAN SSJB DE LA MAURICIE HOMMAGES DE LA FÉDÉRATION DE MONTRÉAL DES CAISSES DESJARDINS 1405 est, boul.Henri-Bourassa Montréal H2C 1H1 382-7160 VI LES AMIS DE LA REVUE Hommage de GUSTAVE BELLEFLEUR BIJOUTERIE PCMPONNETTE inc.J.Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal H2X 1L4 - 288-3628-29 BUFFET LOUIS QUINZE inc.Banquets - mariages 7230, 19e avenue, Rosemont Montréal H2A 2L5 - 376-8660 GERMAIN CANUEL, avocat 31 ouest, rue St-Jacques suite 400 Montréal H2Y 1K9 - 842-9403 GABRIEL CHARRON 563, 45e avenue LaSalle - 366-9116 NORMAND CHEVRIER opticien d\u2019ordonnances lentilles cornéennes 537, rue Cherrier Montréal - 845-2673 2033, De Salaberry 336-6459 Hommage de JEAN-MARIE COSSETTE GILLES-H.DESJARDINS Case postale 40 Rapide-des-Joachims Comté de Pontiac K0J 2H0 Dr ALBAN JASMIN 7541, boulevard LaSalle Un sympathisant de toujours CLAUDE LACOSTE, C.G.A.5325, rue Hubert Guertin Saint-Hubert, Québec Téléphone : 678-2947 LAINE PAUL GRENIER Enrg.Spécialité : Laine du Québec 2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 - 388-9154 Jean-Hubert Maranda, avocat 325 est, boulevard St-Joseph Montréal - 288-4254 Dr ROBERT MICHAUD 241 ouest, rue Fleury Montréal H3L 1V? VII LES AMIS DE LA REVUE DOCTEUR FERNAND POIRIER PHARMACIE LETOURNEAU 822 est, rue Sherbrooke, suite 400 3828, boul.Décarie\tMontréal 132 Lan-3000 Montréal - 484-7311\t- PEINTURE BLAINVILLE ENRG 1020, boul.Labelle Blainville - 435-0248 George Mainville HOMMAGE DE ROBERT VACHON Médecin M.Maurice Prévost Directeur général CEGEP de Thetford Mines FRANÇOIS-ALBERT ANGERS LA COOPÉRATION, 2e volume Vient de paraître aux éditions Fides au prix de $8.00.Le premier volume coûte $5.00.Pour bien marquer l\u2019importance que M.Angers attache à ces deux volumes qui résument une partie de son enseignement et de sa pensée, il disait, lors du lancement : « J\u2019aimerais être pour la coopération ce que Adam Smith fut pour le capitalisme ».HOMMAGES D\u2019UN AMI VIII Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 82 ouest,rue Sherbrooke,Montréal.843-8851 !2bbb!5\u201d\",bbb,,,,bi,b,,bb,,b,-,ibbiii,,,b\"1 laiiaaaaaaBiMa.iB.:::; jSïiïïuiïMM.iiiisssiSis; l ¦¦¦¦¦¦¦¦!¦¦¦¦¦ ¦¦¦¦¦¦< '.\u2022¦Il !!!!!!!!!! !!!!!!!!!!!!!ï!!!!!ï!!!!!:ïï!!!!B!!!Bi,»,B,!!ï!S!!.'\"'''«sîïïanïï!l ¦ ¦¦¦¦¦I '*¦¦¦* B\u201d\"aaalBaaBa*ia|Riaia|a|aa**a,i iBiiaaaiaaaf amiRiaaiaiaia.aa^.i ¦¦¦¦¦¦isi'iinr.Bua.\u2014 l'IlBaart' nr«\tibSB\u2019 aaaïi \u2022-¦\u2022s*: BBia.i ¦¦¦¦¦¦Ba.-.IMBI ::ssiisîi 1\tBBIIBM liin ¦¦¦¦ ii '¦¦¦¦¦¦BBaaaaiaaaa lll¦¦BaB¦¦¦¦a¦¦la¦¦¦' I ¦¦¦¦¦BBB \u2022¦liiiiBiBBiaiM*:: h aaai inaa.i iaa.( ma ijii/iB niMliHiiHiiâiaiian lima CBBBBir/il! iaa '.r nr> a 'lairr .\t«« [¦-=:=;;;aaiaia«i an.iii'jJlBiik 'iiaai taaaaai iaiaiHBaaai laaiaa.~ JBBB.I USB! ¦ ¦«¦¦¦Il :: ü laaiBiaaa HIBi #¦.aaaat aaaaieai usai iiïïiïiïiiïiïiïiiiï nia liaaiia» tau l«Blllim»IM2BaaBaa niav'jii ma iiaaiaaaaail aiaaa naa v?fiaav,i*ai '?\"MIIIIIBIIiai»iai Il aai iIBBk filial i>aiM< \u2022 ¦¦\u2022¦aaiaaanàài! tBBoaa a aa an* \u2022¦«¦\u2022\u2022\u2022 §ati = - iSi2!!!IM naaan» »¦ ¦aaaaaaaâaaai ü!!!!!!!»!! liMIBI .-^.aaaaaaaai '¦âîïïaiiâaiZ.1 iaa.222.2!!S! ¦%, a a» lit\u2019 ¦ jiir uiaaa ¦¦aïiîîiBBii ::sss!5!ü '¦¦¦faaaiia i laaaaj.j Basai |«aiiaaaaa.i flIIIIIBI iaiaa.i icaiaaaa.; n a «an \u2019\u2018'\u2022ü laBBiaaiar ;?*::::;:ss!s!sssi at.aaia jBllfBiaiBaiiaa iaiia illlB aaa iÎBÎBiïiâââSSâî.iBSiiiaaiiSiiiîiiaiÎÉlBÎHii iBBBBBiaaai [¦¦¦¦¦¦¦¦BIBBIli !5ï!5ïï!îï!22.,.,Sf!!,B,l,,5!\",IB\" iaaai |aBiiaiaBiiaaiit! iaaiaaaaiaaiaaiaai ¦¦¦mai '¦i||iaa|lB|B|aR|ll|aa| >.*aaai naaai ¦ ¦aanai \u2022aanaaaaiaaaaaaaai laaai [¦¦¦¦¦aBiaaaaaiBaBiBaaBaâaSi '¦¦\u2022¦¦Ill* ¦¦¦MIS! ¦\u2022¦ai ¦.¦¦¦aiaa mb aaa ai Conditions d\u2019adhésion a)\têtre citoyen de langue française ou considéré comme tel; b)\ts'engager à vouer ses énergies au service de la nation québécoise; c)\taccepter de se conformer aux réglements de la Société; d)\tverser une cotisation annuelle de $5.00 (étudiants $2.00).Demande d1 adhésion Je désire devenir membre de la Société Salnt-Jean-Baptlste de Montréal.J'Inclus la somme de_____dollars pour dé- frayer ma cotisation annuelle et le verse une contribution volontaire au Fonds d'Action Nationale de___dollars.MONTANT TOTAL_________\tDate_______ Nom \u2014 Prénoms Adresse______________________________________________ Comté _____________Occupation________________________ Téléphone________________Date de naissance___________ Signature Action Nationale juin 77 VACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTION: JEAN GENEST Rédaction et administration: 82 ouest, rue Sherbrooke Montréal, H2X 1X3 ou Tél de 3 à 6: 845-8533 Abonnement : $15.par année.De soutien : $20.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le CANADIAN PERIODICAL INDEX, publication de l'Ass.Can des Bibliothèques.PÉRIODEX.publié par la Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d'articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE PRÉSIDENT: M.François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS: Madame Paul Normand M.Charles Poirier SECRÉTAIRE: M.Gérard Turcotte TRÉSORIER: M.Vvan Sénécal DIRECTEURS: MM.René Chaloult Yvon Groulx Richard Arès Dominique Beaudin Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest Patrick Allen M.et Mme Michel Brochu Claude Trottier Jean Mercier Jean Marcel Rosaire Morin Jean-Marc Kirouac Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Charles Castonguay Guy Bouthillier Pourquoi pas chez nous?Pour vos assurances-vie Pour une carrière en assurance-vie La Solidarité Compagnie d'assurance sur la vie Siège social à Québec Agences Amos Québec Longueuil Chicoutimi Rimouski Sainte-Foy Sherbrooke Ville de Laval Drummondville Beauceville-Est Rivière-du-Loup "]
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