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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1978-05, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LXVII, Numéro 9\tMai 1978\t$1.50 LIONEL GROULX, NOTRE LIBÉRATEUR par François-Albert Angers LA COMMISSION DES ACCIDENTS DU TRAVAIL par Jean Genest RUMILLY ET SON PAPINEAU par Pierre Trépanier INFLUENCE DU MILIEU ÉTUDIANT SUR L\u2019ÉGLISE par Georges Allaire NOTRE PREMIER 19e SIÈCLE par Pierre Trépanier ACTUALITÉS SUR LE VIF par Patrick Allen.L\u2019IMPOSSIBILITÉ D\u2019ÊTRE CANADIEN par Odina Boutet QUELQUES ASPECTS D\u2019UN PROBLÈME par Esdras Minville (1937) TABLE DES MATIÈRES FR.-ALBERT ANGERS: Lionel Groulx, notre libérateur.697 JEAN GENEST: La Commission des accidents du travail .710 PIERRE TRÉPANIER: Rumilly et son Papineau.727 GEORGES ALLAIRE: Influence du milieu étudiant sur l\u2019action de l\u2019Église catholique.737 PIERRE TRÉPANIER: Notre premier 19e siècle .745 PATRICK ALLEN: Actualités sur le vif.752 ODINA BOUTET: L\u2019impossibilité d\u2019être Canadien .769 ESDRAS MINVILLE: Quelques aspects d\u2019un problème.779 ?PROJETS DE L'ACTION 1\t\u2014 UN PROJET RÉUSSI: en juin, nos lecteurs recevront un numéro spécial, entièrement préparé par le PARTI ACADIEN, sur la nécessité d\u2019une action politique des Acadiens au Nouveau-Brunswick.Les Acadiens préparent sérieusement leurs États Généraux.Ce numéro est appelé à une grande répercussion, même explosive.2\t\u2014 UN PROJET MANQUÉ: comme numéro spécial, englobant nos numéros spéciaux de septembre et octobre 1978, nous avions pensé présenter à nos lecteurs le volume de Georges-Émile Giguère: Notre État français nous l\u2019aurons!, biographie la plus au point de l\u2019abbé Groulx.Malheureusement les frais auraient été trop considérables.Toutefois nous recommandons la lecture de ce volume! ?Dépôt légal \u2014 1er semestre 1978 Bibliothèque nationale du Québec Courrier de la deuxième classe Enregistrement no 1162 ISSN-0001'7469 0956 L'ACTION NATIONALE Volume LXVII, Numéro 9\tMai 1978\t$1.50 LIONEL GROULX, NOTRE LIBÉRATEUR par François-Albert Angers* * Texte de la conférence prononcée à Québec, le 21 janvier 1978, à une réunion de célébration du centenaire de naissance de Lionel Groulx. 698 L'ACTION NATIONALE Nous célébrons cette année le 100e anniversaire de naissance d\u2019un grand homme.Un homme qui serait facilement reconnu parmi les plus grands à l\u2019échelle mondiale si le Québec était un grand pays, par exemple, comme l\u2019Inde.La nature de sa grandeur serait justement tout à fait de l\u2019ordre de celle d\u2019un Gandhi, reconnu comme ayant été \u201cle libérateur de l\u2019Inde\u201d.Les voies suivies relativement à l\u2019avenir du peuple dont il était issu, le rôle assumé pour le guider vers un destin d\u2019authenticité dans le refus de la servitude, sont tout à fait du même ordre: la mobilisation spirituelle d\u2019un peuple, l\u2019incarnation dans une civilisation propre assise sur un sens de l\u2019histoire, la résistance et l\u2019action dans la nonviolence.Si l\u2019orientation donnée \u2014 et dans laquelle le Québec semble maintenant engagé d\u2019une façon irréversible \u2014 aboutit à son accomplissement logique selon l\u2019évolution actuelle des événements, il aura été lui aussi, comme Gandhi en Inde, \u201cnotre libérateur\u201d.Ce sera comme en Inde, et en grande partie grâce à cet homme, une réalisation inusitée dans l\u2019histoire mondiale: un peuple aura accédé à l\u2019indépendance par des voies pacifiques grâce à sa fidélité, à sa patience, à sa ténacité et à son pacifisme naturel.Cela dans l\u2019éclairage des vues prophétiques d\u2019un homme qui lui aura permis, en lui révélant son histoire, de bien comprendre le sens profond de son destin et d\u2019oeuvrer pour l\u2019accomplir.Pour bien comprendre et admettre cette importance de Lionel Groulx, il faut voir correctement où en était la collectivité franco-canadienne lorsqu\u2019il entre en scène tout d'abord comme professeur d\u2019histoire, puis comme historien.Mais notons au passage que ce rôle d\u2019historien dans lequel il se campe, la notoriété qu\u2019il y acquiert et qui le consacrera dans l\u2019opinion comme \u201cnotre grand historien national\u201d, nuit d\u2019ailleurs en quelque sorte à une correcte appréhension de sa véritable stature.Pour la mieux percevoir, il va falloir s\u2019appliquer dorénavant, pour les fins mêmes de la vérité historique, à mettre plus en valeur ce que j\u2019appelle \u201csa carrière politique\u201d, qu\u2019une certaine analyse historique actuelle, trop collée à des exégèses étroites et partielles de textes, est en train de déprécier. LIONEL GROULX, NOTRE LIBÉRATEUR 699 Quel était l\u2019état de la nation canadienne-française quand Lionel Groulx intervint sur la route de son destin?Après la rébellion de 1837, soixante ans se sont écoulés au cours desquels les Canadiens-Français ont été induits à graduellement s\u2019insérer comme minorité ethnique dans une nouvelle nation qu\u2019on veut faire émerger \u2014 la nation canadienne \u2014, dont la caractéristique à peine déguisée devait être le \u201cone country, one language.et même plus en sourdine.one religion\u201d.Après la répression qui suivit la rébellion, les conditions d'une réintégration des chefs de la \u201cnation\u201d canadienne-française, selon l\u2019expression même de Durham, au droit de participer au gouvernement, les obligèrent à renoncer aux manifestations d\u2019identité proprement nationale du groupe.Il ne sera pas toléré que se reforme un parti canadien-français comme celui de Papineau.Désormais, nos chefs politiques devront s\u2019insérer dans les deux partis de type britannique \u2018whigs\u201d et \u201ctories\u201d.Les représentants des Canadiens-Français devront ainsi se diviser entre deux formations et participer ainsi séparés à la direction des affaires courantes en tant que Canadiens seulement, non plus comme Canadiens-Français.Les gouvernements du Canada seront dorénavant à deux têtes: Lafontaine-Baldwin, Hincks-Morin, etc.Avec la Confédération, le Québec paraît retrouver la faculté de se gouverner lui-même comme \u201cpatrie des Canadiens-Français\u201d.Mais le système politique des deux partis mis en place sous l\u2019Union va veiller au grain.canadien.Prolongé dans les provinces, autant qu'au Canada central, il va garantir à la nation \"Canadian\" que seuls gouverneront ou seront l\u2019opposition officielle au Québec, des hommes dévoués ou consentant bon gré mal gré à l\u2019assujettissement aux intérêts \"Canadian\".Le Canada sera anglais, et le Québec, une réserve tolérée où les Canadiens-Français pourront parler français entre eux.Pour toutes fins utiles, les droits limités du français à Ottawa seront longtemps inopérants en pratique courante (jusqu\u2019à la toute récente introduction de la traduction simultanée): il sera indispensable d\u2019y parler anglais pour être compris et atteindre à une certaine efficacité.Au contraire, les droits limités concédés à l\u2019anglais au Québec seront pris par les anglophones comme ayant institué une province bilingue, donc avec droit 700 L'ACTION NATIONALE pour les Canadiens-Anglais de se donner toutes leurs institutions, d\u2019imposer l\u2019anglais aux Canadiens-Français pour participer à la vie économique qu\u2019eux dominent et de s\u2019agréger tous les immigrants.Ainsi, Montréal deviendra pendant longtemps de plus en plus ville anglaise.Au fur et à mesure des événements, les droits que les Canadiens-Français croyaient avoir dans tout le Canada sont niés.En fait, ils ne provenaient que des beaux discours pour rallier les Canadiens-Français à la Confédération; et ne reposaient sur aucune garantie constitutionnelle sérieuse.Le XIXe siècle se terminera dans la négation de tous ces droits, particulièrement sur le plan scolaire.C\u2019est dans le climat dérivant de cette série d\u2019événements que Lionel Groulx arrive à l\u2019âge adulte.Double climat! D\u2019une part, les quelque soixante années de politique britannique relativement habile dans l\u2019Union et la Confédération ont largement réussi à démobiliser le sens national des Canadiens-Français.Les terreurs de 1837 sont dans tous les esprits.Aucune résistance quelque peu sérieuse n\u2019est faite aux manoeuvres de direction des deux grands partis pour sélectionner chefs politiques et députés canadiens-français, selon leur dévotion ou leur soumission aux intérêts \u201cCanadian\u201d.Ce sont alors ces \u201cchefs\u201d parlant français qui nous prêchent la résignation, l'inutilité et même le danger d\u2019entretenir des vues proprement canadiennes-françaises puisque nous sommes en minorité; nécessité donc de nous soumettre à la majorité en cas de désaccord pour éviter de la dresser contre nous.Même à l\u2019injustice, il ne faut opposer que la patience nécessaire à la \u201cbonne entente\u201d.D\u2019autre part, les ferments de révolte s\u2019annoncent, notamment dans les milieux qui s\u2019étaient opposés à la Confédération, face aux \u201cinjustices\u201d perpétrées contre nous, en contradiction, estime-t-on, avec ce qui avait été perçu comme le \u201cvéritable esprit du pacte confédératif\u201d.La renaissance du sentiment national chez les Canadiens-Français se traduit par le débat Bourassa-Tardivel et la fondation de la Ligue nationaliste, dans le sens \u201ccanadien\u201d.C\u2019est l\u2019indépendance du Canada par rapport à l\u2019Angleterre qui est en cause.Tardivel critique dans La Vérité: mon nationalisme est canadien-français, etc.À quoi Bourassa réplique: mon nationalisme est canadien, etc.Bourassa n\u2019élimine pas la dimension canadienne-française, LIONEL GROULX, NOTRE LIBÉRATEUR 701 mais il l\u2019envisage en termes canadiens de \u201cdroits des minorités\" et de \u201cdroits des provinces\u201d.Le jeune abbé Groulx porte tout de suite le problème sur le plan d'une nation canadienne-française.Par le biais de son enseignement de l\u2019histoire et à travers l'incident de son engagement à l\u2019Université de Montréal \u2014 cette obligation qu\u2019on veut lui faire signer de ne jamais rien dire contre la Confédération \u2014, il prend conscience des carences de notre enseignement de l\u2019histoire et de la fausseté de son optique.Il voit un instrument de propagande faussant la vérité historique dans une histoire qui nous considère comme un groupe d\u2019individus français par accident et qu\u2019on peut envisager comme n\u2019ayant pas de racines nationales propres avant la Confédération canadienne; signe et substance de son destin sans remise en cause admissible.Il lui apparaît que notre histoire vraie et authentique, c\u2019est celle d\u2019une colonie française déjà en voie d\u2019évolution vers une société autonome, assujettie par voie de conquête à une domination étrangère, et toujours en puissance de vouloir se réaliser elle-même comme peuple plutôt que de s\u2019intégrer à la société et à la civilisation du conquérant.Cette découverte et la prise de conscience des carences de notre histoire détermine à la fois la vocation d\u2019historien de l\u2019abbé Groulx et sa volonté d\u2019engagement dans l\u2019action, afin d\u2019engendrer une prise de conscience populaire des réalités canadiennes-françaises et la liberté de choix des orientations.De la sorte, sa \u201ccarrière politique\" va s\u2019ouvrir quasi en même temps que sa \u201ccarrière d\u2019historien\u201d.Cette \u201ccarrière politique\" sera cependant conditionnée par son état de prêtrise et cet appel impérieux à la vocation de l\u2019histoire qui en fera notre \"historien national\u201d au moins pour toute la partie de notre histoire non couverte par Garneau, c\u2019est-à-dire après 1840.Cela éliminera pour lui l'éventualité d\u2019une carrière électorale.D\u2019ailleurs, il pressent déjà \u2014 et il le précisera plus tard \u2014 qu'une action électorale serait vaine dans les cadres établis pour engendrer une assimilation graduelle à une seule réalité purement canadienne.Il y a une autre étape à franchir auparavant.Il en donne le signal dans le deuxième article de lancement de la revue \u201cL\u2019Action française\", après le premier signé Édouard Montpetit.Ce sera d'ailleurs son engagement personnel, et non pas une simple directive, puisqu\u2019il assumera la direction 702 L'ACTION NATIONALE de la revue.Il s\u2019agira d\u2019une \"action intellectuelle\u201d en vue d\u2019engendrer dans le peuple une intelligence des choses avant d\u2019amorcer une action plus proprement politique.Justement, son article programme, quatre ans plus tard, comme nouveau directeur de la revue, en 1921, explicitera encore mieux sa pensée et ses objectifs: \u201cPour parler le langage des philosophes, nous avons à franchir l\u2019étape de l\u2019individualité à la personnalité.L\u2019homme n\u2019est vraiment lui-même que le jour où il est devenu une personne maîtresse de sa pensée et de son action, où il est libéré de l\u2019inconscience et des instabilités du tempérament.Celui-là seul a gravi vers les vraies formes d\u2019humanité qui a pu établir, par tout son être, la règle souveraine de la raison et de la liberté.Il est de même des peuples sans consistance morale, victimes d\u2019une jeunesse ou d\u2019une faiblesse trop originelle.Leur conscience, leur raison publique mal éveillées ne fournissent aucun pôle vers lequel s\u2019orientent les énergies.Ces peuples se dirigent beaucoup moins qu\u2019ils ne sont dirigés.Ils tombent dans la dépendance de tous les courants d\u2019opinion; ils sont les vassaux des maîtres ou des voisins plus forts qui, de l'extérieur, leur imposent leur domination morale ou politique.Ces peuples gisent encore ou sont retombés à la période de l\u2019individualité.L\u2019effort que leur destinée leur commande, c\u2019est de se dégager de la sujétion étrangère et de l\u2019inconsistance de leurs propres pensées; c'est de s\u2019élever jusqu\u2019à la personnalité nationale, jusqu'à l\u2019état d\u2019âme supérieur où ils prendront en eux-mêmes, dans la synthèse de leurs vertus naturelles, dans le commandement de leur histoire et de leur vocation, le gouvernement immédiat de leur pensée, l\u2019essor souverain de leur vie.C\u2019est bien cette loi de nos destinées, principe et condition de la personnalité ethnique, doctrine où se fixe l\u2019esprit collectif, que l\u2019Action française s\u2019est efforcée de mettre en lumière depuis sa naissance.\u201d Concrètement cela voudra dire: \u201cNous nous imposons comme programme de fortifier notre élément, de lui faire une riche et LIONEL GROULX, NOTRE LIBÉRATEUR 703 vigoureuse personnalité pour que, quoi qu\u2019il advienne demain, que la Confédération s\u2019écroule ou se reconstruise de nouvelles bases, que nous ayons à choisir entre l\u2019absorption impériale ou l'annexion américaine, que l\u2019une ou l'autre nous soit imposée ou qu\u2019un État français surgisse du morcellement du continent, notre peuple soit assez robuste, ait accru suffisamment ses forces intègres pour faire face à ses destinées.\u201d On le voit, la problématique est complètement renouvelée par rapport à Bourassa.Nous ne sommes plus une minorité ethnique: ce n\u2019est plus, pour nous du Québec, une question de \u201cdroits des minorités\".Nous ne sommes plus une province comme les autres; ce n\u2019est plus une question de \u201cdroits des provinces\u201d, mais de droit national, d\u2019autodétermination d\u2019un peuple.N\u2019oublions pas, nous sommes en 1921! L'optique et la dimension dans lesquelles l\u2019objectif est proposé sont d\u2019ordre hautement spirituel, et justifient le rapprochement avec un Gandhi.Mais avant même cet article-programme de 1921, l\u2019abbé Groulx est déjà entré dans son action par la direction des \u201cEnquêtes\" de l\u2019Action française qu\u2019il assume dès 1917.C\u2019est déjà l\u2019activité de recherche, d\u2019analyse, de réflexion nécessaire pour dégager de la réalité actuelle et historique, les traits de cette personnalité du peuple canadien-français, qu\u2019il s\u2019agit de parfaire, les problèmes de situation qui font obstacle au passage de l\u2019individualité à la nationalité.La réalisation de ce projet s\u2019échelonne sur dix ans et constitue l\u2019oeuvre intellectuelle maîtresse de la \u201ccarrière politique\u201d du Chanoine Groulx.Elle constituera en même temps l'épine dorsale d\u2019une évolution de la mentalité canadienne-française, dont les premiers fruits politiques ont mûri le 15 novembre 1976.Le terme \u201cEnquêtes\u201d, qui chapeaute cette entreprise, reflète l'esprit de modestie avec lequel Lionel Groulx se manifestait dans ses desseins, en même temps qu\u2019il indique une volonté méthodologique très scientifique, d\u2019abord concrète, expérimentale.Nous sommes en fait devant une véritable opération de recherche scientifique en sciences humaines sur l\u2019être et l\u2019existence d\u2019un peuple, en vue de formuler un programme réaliste, cohérent, d\u2019action politique, culturelle, économique et sociale. 704 L'ACTION NATIONALE De quoi va-t-il s\u2019agir exactement au plan réalisation?De mettre au travail, d'année en année, des équipes d'hommes, choisis pour leur compétence particulière et leur liberté d'esprit.Chaque année, de 1917 à 1927, un des aspects généraux de l\u2019être et de l\u2019existence d\u2019un peuple est choisi, divisé en dix chapitres confiés à dix collaborateurs.Chaque chapitre est publié de mois en mois dans l\u2019Action française.La première \u201cenquête\u201d, dirigée par le Père Papin Archambault, reste située dans l\u2019optique confédérative de la défense de nos droits minoritaires: \u201cLes étiquettes de langue anglaise\u201d.La deuxième, dirigée par Lionel Groulx, dévoile le nouveau dessein: \u201cNos forces nationales\u201d; et la ligue change de nom: elle devient Ligue d\u2019Action française au lieu de Ligue des droits du français.Les années subséquentes détaillent les sujets suivants: \u201cLes précurseurs\" (1919), \u201cComment servir?\u201d ou les institutions et catégories sociales (1920), \u201cLe problème économique\u201d (1921), \u201cNotre avenir politique\u201d (1922), \u201cNotre intégrité catholique\u201d (1923), \u201cL'ennemi dans la place\u201d (1924), \u201cLe bilinguisme\u201d (1925), \"Défense du capital humain\u201d (1926).En 1927, dix articles sur les dix sujets d\u2019enquêtes élaborent la doctrine politique de l\u2019Action française.L\u2019architecture du tout est d\u2019inspiration très concrète, et se développe à partir des réalités les plus immédiates jusqu\u2019aux plus abstraites: \u2014\td\u2019abord les hommes et les institutions, \u2014\tpuis l\u2019économie (avant la politique et la culture), \u2014\tla politique (avant la culture), \u2014\tla culture, \u2014\tles obstacles à l\u2019action corrective, \u2014\tles solutions.Le retentissement immédiat des \u201cenquêtes\u201d ne fut pas à la hauteur de l\u2019oeuvre.Elles n\u2019intéressent en rien les gens en place \u2014 ceux qui mènent le Canada français et qui ne s\u2019arrêtent à rien de tout cela.Les nationalistes n\u2019ont guère retenu que l\u2019enquête de 1922: \u201cNotre avenir politique\u201d, publiée en volume, qui fait sensation et scandale parce qu\u2019elle véhicule l\u2019idéal d\u2019indépendance.Mais leur effet en profondeur fut incommensurable.Dans la continuation de LIONEL GROULX, NOTRE LIBÉRATEUR 705 l'Action française, par l\u2019Action nationale, la doctrine élaborée va s\u2019infiltrer partout et devenir la substance des positions de nos Sociétés Saint-Jean-Baptiste et de tous les mouvements nationalistes de jeunesse; et par eux, à des degrés divers, de nombreuses autres organisations, puis de nos partis politiques traditionnels eux-mêmes.Leur actualité est devenue grande avec le gouvernement actuel, issu de cette doctrine au plan national; et cette actualité qui vient du mépris avec lequel les gouvernements antérieurs ont vécu ces idées, tout en y cédant progressivement, fait la preuve de leur qualité.Avec la fin des \u201cenquêtes\u201d, Groulx croit sa \u201ccarrière politique\u201d terminée.Il prend sa \u201cretraite\u201d vers l\u2019histoire, oeuvre qui lui paraît alors plus indispensable pour nous que le succès même de son action, \u201cC\u2019est par l\u2019histoire.\u201d, disait-il déjà dans l\u2019article-programme, laissant dès lors présager son retrait éventuel de l'action, \".qu\u2019un peuple reste en possession constante, actuelle, de sa richesse morale.\u2019\u2019.À son époque, il n\u2019y a que lui pour bien faire le travail nécessaire d\u2019historien.Mais dès lors, le caractère unique de son rôle, qui justifie de le considérer comme le \u201clibérateur\u201d dans la suite des événements, s\u2019est manifesté par ses propres textes d\u2019articles et de conférences, par l'orientation générale qu\u2019il donne à la revue comme directeur, outre les enquêtes, et par le conflit qui le place en contestation avec l\u2019homme fort du nationalisme d\u2019alors: Henri Bourassa.À mon sens, il n\u2019y a pas de différence fondamentale d\u2019idée entre Bourassa et Groulx, mais un profond fossé au plan de l\u2019opportunité des attitudes dans l'action.Bourassa est dans la lutte pour gagner d'abord au moins ce qu\u2019il croit possible dans la Confédération, soit le respect des droits des minorités et des droits des provinces.Petit-fils de Papineau, il reste le patriote marqué par les séquelles de 1837: ne pas aller plus loin, de peur d\u2019être de nouveau rabattu, que gagner le respect des droits sauvegardés à travers la tempête, et garantis sous condition de \u201csagesse\u201d.\u2014 Pour le reste, pensons-en ce que nous voudrons, mais n\u2019en parlons pas; cela peut nuire aux tractations encore nécessaires pour gagner des points.On verra après \u2014.L\u2019action de Groulx le dérange: il ne peut plus promettre aux Anglo-Canadiens que les Canadiens-Français resteront fidèles à la Confédération si.Il réagit violemment à l\u2019en- 706 L'ACTION NATIONALE quête de 1922; et dix ans plus tard, il quittera Le Devoir et la vie publique.Les raisons immédiates de ce départ tiennent à autre chose, de sérieux d\u2019ailleurs: des difficultés avec l\u2019épiscopat.Mais il y a aussi le reste.Autour de lui, journalistes, administrateurs, lecteurs du Devoir, pensent plus comme Groulx que comme lui sur la question nationale, même sans toujours aller aussi loin que Groulx.Ainsi émerge Lionel Groulx comme grand maître à penser, grand maître d\u2019oeuvre, de l\u2019action nationaliste canadienne-française.Et son rôle de leader sera consacré aussi par la haine féroce et hargneuse qu\u2019on lui porte dans les milieux officiels; notamment chez les hommes politiques forts qui dominent l\u2019époque: Ernest Lapointe, Louis-A.Tachereau, Maurice LeNoblet Duplessis, ce dernier se ravisant après 1948.Groulx ne disconvenait pas de la nécessité de ces luttes et négociations.La preuve en est qu\u2019il n'a jamais proposé la séparation formelle.Mais il n\u2019admet pas d'engager ainsi tout l\u2019avenir d\u2019un peuple.Il faut équilibrer des forces en marche, non pas lier l'histoire dans des compromis politiques qui en fermeraient les avenues; non pas s'installer dans des demi-mesures.Il en résulterait une atrophie du sens de la fierté populaire, une démobilisation nationale et une intégration graduelle de la minorité à la majorité.Groulx, historien, ne veut pas sceller le cours naturel de l\u2019histoire.Il estime que \"défense des droits des minorités\u201d et \u201cdéfense des droits des provinces\u201d n\u2019ont de signification que sur une trame historique postulant le sens national canadien-français, donc le culte de la souveraineté nationale à réaliser dans des aménagements politiques convenables en temps et lieu.Ainsi située, sa \u201cretraite\u201d du mouvement pour se consacrer à l\u2019histoire, ne pourra jamais être que partielle.Il devient le conseiller, le guide de toutes les générations qui vont suivre, jeunes et moins jeunes, dans les sociétés St-Jean-Baptiste et ailleurs.Des visiteurs de tous ordres et de tous rangs le sollicitent de multiplier les conférences, les orientations, les directives, les conseils.Les réunions de l\u2019Action nationale lui permettent d\u2019influencer directement et constamment un groupe dévoué à la cause.Il est à l\u2019affût de l'homme qui pourrait créer le tiers parti sauveur, capable de convaincre, de séduire le peuple pour lui faire délaisser les \"vieux partis\u201d, qui collaborent à notre assimilation en douce. LIONEL GROULX, NOTRE LIBÉRATEUR 707 Il assiste à des réunions secrètes, semi-discrètes, préparatoires à des actions et à des formations nouvelles.Il est le souffleur prestigieux des Jeunes-Canada, de l\u2019Action libérale nationale, du Bloc Populaire, de l\u2019Alliance Lauren-tienne.Tout cela va d\u2019abord culminer vers un sommet dix ans après sa présumée \u201cretraite\u201d, au Colisée de Québec, à l\u2019occasion du Congrès de 1937 de la Langue Française.On sort à ce moment de la grande déception, de l\u2019espoir de restauration trahi par Duplessis.Les grands de l\u2019Action libérale nationale ont tous été éliminés du Cabinet de l\u2019Union nationale.Le conservatisme traditionnel reprend son cours après avoir englouti le grand projet national.\u2014 Ne triomphez pas si vite, clame l\u2019abbé Groulx.\"Vous êtes la génération des morts.Nous sommes la génération des vivants!.Notre État français, nous l\u2019aurons!\u201d Les jeunes le sollicitent de devenir leur chef politique, mais il doit refuser parce que prêtre surtout et pour rester fidèle à son rôle d\u2019historien.Toutefois il continue sa vie active de conseiller, d\u2019animateur discret, de conférencier stimulant, d'inspirateur et d\u2019instigateur, jusqu\u2019à sa mort., en parallèle finalement, non pas en marge de sa carrière d\u2019historien.L\u2019éclipse de Cité Libre réussira à décatholiciser le nationalisme canadien-français de Groulx, mais non à tuer le nationalisme comme on le cherchait.L\u2019instinct national reprendra le dessus chez la plupart des cité-libristes et le message de Groulx sera alors poussé à son ultime logique: le séparatisme inconditionnel.Mais ce message, au fait, quel était-il?On en discute depuis cinquante ans; et on tourne toujours autour de la fameuse question: Groulx était-il, a-t-il été, est-il séparatiste?Nous en discutions André Laurendeau et moi en 1936.Alors les adversaires de Groulx l\u2019en accusaient; et ses amis voulaient l\u2019en disculper.Depuis 1960, ce sont les amis qui se plaignent qu\u2019il ne l\u2019est pas; et les adversaires de l\u2019indépendance qui essaient de l'annexer.Ce message est conditionné par deux facteurs: une vision historique du destin du peuple canadien-français, aujourd'hui québécois; et un élément de temps, d'opportunité.La vision historique voit le peuple québécois comme devant oeuvrer vers la plénitude de sa souveraineté.C\u2019est évident 708 L'ACTION NATIONALE au texte-programme de 1921.Les Canadiens-Français défaits par la conquête, sont réduits à l\u2019individualité; ils doivent se \u201crefaire une personnalité nationale\" et se \u201clibérer de la sujétion étrangère\u201d.Et il n\u2019est pas permis à ce sujet de dire que le chanoine Groulx s\u2019est refusé à envisager et à accepter toutes les conséquences ultimes nécessaires de cette orientation.C\u2019est là notre \u201cmission\u201d; \u201cNotre mission française\u201d, dira-t-il en 1941.Elle ne peut s\u2019accomplir que \u201cpar le serment fait devant Dieu d\u2019aller jusqu\u2019au bout\u201d.Groulx s\u2019est exprimé des dizaines, et peut-être des centaines de fois, sur cette vision de notre destin.Dans une conférence de 1942, au centenaire du triomphe de Louis-Hippolyte Lafontaine, conférence publiée en brochure sous le titre de \u201cVers l\u2019indépendance politique\", il dira: \u201cNation, nous avons le droit à la vie.Nous avons droit à la vie d\u2019une nation.La souveraineté restreinte.\u201d (résultat du fédéralisme)\u201d .n\u2019a rien d\u2019absolu.De par sa nature tout État aspire à l\u2019indépendance.(Et) ce qu'on recherche en se fédérant ce n\u2019est pas une vie diminuée, c'est un plus haut sommet de prospérité.Il suit de là que ni l\u2019État central, ni aucun autre État de la Confédération canadienne ne peuvent exiger du Québec une collaboration qui affecterait notre bien commun.\u201d Cependant, de ce texte même comme de bien d\u2019autres, ressort un point important: le chanoine Groulx n\u2019estime pas qu\u2019il n\u2019existe qu\u2019une seule formule (la souveraineté juridique dans sa conception européenne, élaborée après le Moyen Age), capable de permettre à notre peuple \u201cde prendre.l\u2019essor souverain de sa vie\u201d.Comme prêtre et comme historien, il estime n\u2019avoir pas à prendre parti entre goupes et formules, concourant à l'objectif par diverses voies.Il encourage toutes les initiatives du genre, consentant à laisser l\u2019histoire décider laquelle triomphera.N\u2019oublions pas que ce n\u2019est pas lui qui se proposait ou se prétendait leader; c\u2019est nous, qui voulions lui imposer de l\u2019être.Il n\u2019a jamais voulu qu\u2019être prêtre et historien, donc exercer un ministère en mettant la science historique au service de son peuple.Mais il a quand même été jusqu\u2019à dire: \u201cLe jour où le Canada français aura acquis la nette conviction qu\u2019il ne peut sans l\u2019indépendance, s\u2019épargner le suicide, il n\u2019aura plus qu\u2019à ramasser ses énergies et faire face au défi\u201d. LIONEL GROULX, NOTRE LIBÉRATEUR 709 Alors, survient le deuxième facteur de temps et d opportunité.Pour Groulx, il n\u2019est pas utile, il peut être néfaste, de vouloir précipiter la solution indépendantiste sans la maturité acquise de la personnalité nationale.Madame Ré-millard, dans Le Jour du 13 janvier, nous confie que Groulx disait du Québec en 1964, qu\u2019il ne serait pas prêt pour l'indépendance avant vingt-cinq ans.Le progrès de l\u2019idée indépendantiste au Québec indique que c\u2019était là une vision assez juste de notre réalité.Mais son réalisme historique (notre situation de \"petit peuple\u201d), comme ses réactions sacerdotales, l\u2019inclinent, comme Ghandi, à la non-violence.En 1941, il dira dans la conférence sur \u201cNotre mission française\u201d: \u201cBien des fois, vous avez rêvé d\u2019un Québec grandement gouverné, petit État, mais État d\u2019une structure interne presque impeccable, d'un organisme économique et social florissant.Une conscience haute et forte de notre mission pourrait nous donner cette magnificence de vie.Mais aux peuples petits et pauvres, point d\u2019inutile agressivité, point de déclarations de guerre don-quichotesques, mais par le travail, par le resplendissement moral, par la réussite de toute sa vie, par le serment fait à Dieu d\u2019aller jusqu\u2019au bout de cette mission, conquérir le droit de rester debout le front haut et même la tête couverte devant les peuples riches et grands.\u201d Des paroles aussi profondes, aussi nobles, aussi graves n'appellent pas de péroraison.Elles nous commandent d\u2019agir, mais d\u2019agir avec le discernement nécessaire au succès, qui est ce qui importe au-delà de toute parade et de toute rodomontade.Puisque Groulx est marqué par sa propre histoire du signe qui en fait, qui en fera notre libérateur, ayons le souci d\u2019entendre sa voix et d'écouter ses enseignements.M\u2019est avis que le succès même de notre \u201clibération (réussie) de la sujétion étrangère\u201d est à ce prix. LA COMMISSION DES ACCIDENTS DU TRAVAIL par Jean Genest LA COMMISSION DES ACCIDENTS DU TRAVAIL 711 LE TR AVAILLEUR ABUSÉ De 1800 à 1900, après la Révolution française, le monde occidental a vécu deux faits dont nous sommes les héritiers: 1) une industrialisation accélérée; 2) la perte du droit d\u2019association.On manufacture, on pense aux profits et on ne s\u2019occupe pas des travailleurs blessés jetés à la rue.Le vingtième siècle apportera les correctifs: des syndicats dynamiques, des lois sur la santé, l'hygiène, les conditions et l'arrêt de travail.L\u2019État discipline là où il y avait anarchie sociale.La Commission des accidents du travail (CAT) est la réponse du Québec au problème social des accidentés du travail.Dès 1909, nous avons une première loi.En soixante-dix ans on ne cessera de la perfectionner et de l\u2019étendre à tous.Le fouet des événements, les clameurs causées par les scandales et l\u2019action d\u2019hommes généreux nous y entraîneront.LES COUPS DE CANON Dès 1890, une Commission royale d\u2019enquête sur les relations entre le capital et le travail révèle une situation pourrie.L\u2019entreprise démolit l\u2019homme.Rien ne fut corrigé.La Commission Turgeon enquêta, de 1936 à 1938, sur le monde du textile.Elle révèle des faits troublants: \u201cLes principales causes d\u2019incommodités pour les ouvriers étaient l\u2019abondance de poussière dans les salles de déballage, de cordage et de filage des filatures de coton, de même que les extrêmes de chaleur et d\u2019humidité dans les salles de tissage.les gaz délétères respirés lors de certaines opérations dans la fabrication des filés à la viscose\u201d (p.156).En 1941, les Évêques du Québec écrivent: \u201cDe récentes enquêtes sur l\u2019industrie et le commerce ont mis à jour des conditions de travail absolument révoltantes\u201d.Ils reviennent à la charge en 1950 et demandent à tous les ouvriers de s\u2019unir en syndicats pour améliorer leurs conditions de vie et retrouver le sens de la dignité humaine.Des grèves éclatèrent dans le ciel du Québec comme des coups de canon.Rappelons l\u2019affaire de la silicose.La 712 L'ACTION NATIONALE revue Relations, en mars 1948, publie une liste de 46 Canadiens-Français morts de silicose.Le procès entrepris par les veuves ne leur apporta aucune compensation.Stupidité humaine.Explications alambiquées des industriels.Finalement Mgr Joseph Charbonneau, le même qui fut le héros de la lutte contre l\u2019amiantose, obligea Relations à se rétracter.Cet échec en 1948 fut tout de même, au Québec, une prise de conscience collective d\u2019une extraordinaire portée: l\u2019opinion publique en faveur des accidentés du travail devenait l\u2019atout décisif.(Voir Relations, mars 1978).L\u2019autre grève de cinq mois, déclarée le 14 février 1949, qui galvanisa le Québec, fut l\u2019amiantose à Asbestos et Thedford-les-Mines.M.Duplessis, premier ministre, défendit les employeurs américains.Les policiers accomplirent de sales besognes.Mais le Québec apprit, durant cette crise, la réalité des maladies industrielles et le prix de la vie humaine.Troisième événement tragique: le 17 novembre 1972, au mont Wright, à 75 kilomètres de Gagnon, sept ouvriers, pères de 26 enfants, perchés à 85 pieds du sol, meurent dans l\u2019écroulement de l\u2019échafaudage.À ces précisions, un journal ajoute cette bêtise: \u201cLes blessés ont été transportés à l\u2019hôpital.On ignore pour le moment l'importance des blessures et l\u2019état des blessés\u201d.Qui était en faute?Les inspecteurs?les employeurs?les soudeurs?les ouvriers insouciants?le fatalisme généralisé?Les vies perdues ne se remplacent pas facilement.Toute la société est comme solidaire des erreurs humaines, psychologiques ou techniques, qui se commettent chaque jour.Quel prix ne paie pas la race humaine pour vivre sur cette planète! Mais la prévention des accidents est possible, nécessaire.L\u2019ÉVÉNEMENT ET LE PROCESSUS Ces événements éclatent comme des coups de canon.Puis vient le processus, plus lent, moins émotif: c\u2019est le calcul des torts causés, la mise en place des cotisations, des préventions et des indemnisations.Des romantiques voudraient que tout fut événement, satisfaction-éclair: c\u2019est LA COMMISSION DES ACCIDENTS DU TRAVAIL 713 l\u2019appel au miracle permanent.Il faut comprendre la nécessité du processus.L'État du Québec a donc confié à la Commission des accidents du travail l\u2019application de trois lois: 1)\tla loi des accidents du travail dont la réorganisation structurale et financière, en 1931, constitua son vrai départ, en plein temps de dépression économique: 2)\tla loi sur l'indemnisation des victimes d\u2019amiantose et de silicose dans les mines et les carrières (S.R.1975, c.55); 3)\tla loi de l\u2019indemnisation des victimes d\u2019actes criminels (S.R.1971,c.18) L\u2019importance de la Commission des accidents du travail peut se dire en chiffres: en 1976, ces trois lois lui fournirent 282,684 cas à régler.Chaque cas exige l\u2019ouverture d\u2019un dossier: avis de l\u2019accident, demande d\u2019indemnisation, déclaration de l\u2019employeur, diagnostic des médecins traitants (celui de la compagnie, de la Commission ou du travailleur).Pour des cas sérieux l\u2019avis de spécialistes est nécessaire.Pour fixer l\u2019indemnisation, il faut aussi connaître le salaire des dernières semaines.Avec ce dossier, le processus est en marche.L\u2019employeur, dès le premier jour perdu, remet à l\u2019accidenté 75% de son salaire habituel.La Commission remboursera l\u2019employeur et continuera à payer l\u2019indemnisation à 75% d\u2019un salaire qui, à partir du 1 janvier 1978, peut aller jusqu\u2019à $18,000.Ces indemnisations, qui peuvent atteindre $259.61 par semaine, ne sont pas imposables ni saisissables.Le législateur veut porter à 100% du salaire, dès 1980, l\u2019indemnisation remise aux accidentés du travail.Autrement dit, la société, par l\u2019organisation de cette gigantesque mutuelle d\u2019assurance, compense tous les accidentés, les réhabilités qui ne peuvent retrouver leur emploi et elle aide les dépendants des décédés.Aux grands abus un grand correctif.La Commission des accidents du travail 714 L'ACTION NATIONALE devient alors l\u2019intermédiaire nécessaire de la justice sociale: à chaque travailleur selon son salaire.UNEJUSTICE SOCIALE Devant un accidenté, tous arrivent à déceler le où, le quand, le pourquoi.Mais on n\u2019arriva pas au comment corriger la situation, sans tâtonnements et rapiéçages.Les employeurs ne veulent pas être pénalisés puisqu\u2019il est bien prouvé que 85 à 90% des accidents industriels sont d\u2019origine humaine plutôt que technique.D\u2019autre part les ouvriers, perdant une main, un poumon ou la vie, doivent-ils devenir les victimes innocentes sacrifiées à l\u2019industrialisation ou à la construction du pays?Face à ce problème les législateurs, unanimes, décidèrent de ne culpabiliser personne, de supprimer les poursuites au civil et au criminel et de créer une vaste mutuelle d\u2019assurance couvrant tous les employeurs et tous les employés du Québec, suivant le système du \u201cpas de faute\u201d.On établit un plan quinquennal pour classifier les industries, ajuster les cotisations et couvrir tous les accidents.Aujourd\u2019hui encore, on découvre de nouvelles maladies industrielles parce que des savants ont pu relier telle poussière à telle forme de maladie.Cette longue expérience, accumulée dans les dossiers, sous ses aspects médicaux, financiers et juridiques, donne à la Commission des accidents du travail la capacité de couvrir tous les cas et la souplesse qui permet d\u2019annexer l\u2019indemnisation au coût de la vie.Être vrai pour tous, être juste pour tous, sans discrimination et favoritisme, ce n\u2019est pas facile, mais c\u2019est une gageure de tous les jours pour la Commission des accidents du travail.L\u2019ORGANISATION Avec ses onze bureaux régionaux et ses 1800 employés, la Commission est dirigée par cinq commissaires nommés par le lieutenant-gouverneur en conseil.Son autonomie est aujourd\u2019hui un fait accompli. LA COMMISSION DES ACCIDENTS DU TRAVAIL 715 M.le juge Robert Sauvé, depuis le 9 février 1977, en est le président.Avocat depuis 1955, il a fréquenté le London School of Economies et obtint un M.A.en administration publique à l\u2019université de Washington.Directeur régional puis secrétaire général de la Confédération des syndicats nationaux, de 1960 à 1967, il devint sous-ministre au ministère du Travail de 1968 à 1971, président de la commission des Services juridiques en 1972, juge de la Cour provinciale puis président de la CAT en 1977.Ses qualités administratives dans ce directorat collégial et un grand sens social qui assure la crédibilité de la CAT devant l\u2019opinion publique, l'ont préparé à cette fonction.Devant les méfiances de collusion avec les patrons ou les déceptions relatives à certaines décisions, M.Sauvé répond par une volonté sincère de se rapprocher du peuple, de laisser s\u2019évaporer les soupçons malsains et de répondre à un accidenté par une générosité compréhensive.Sa marque est déjà là dans cette confiance générale.Les quatre autres commissaires sont M.Jean-Marc Jo-doin, Bertrand Bellemare, Roger Mathieu et J.-Gilles Massé, ancien ministre des Richesses naturelles.Dans la seule année 1977, les Commissaires, auxquels M.Robert Sauvé a confié des secteurs précis, se sont réunis 43 fois comme tribunal d\u2019appel et 56 fois en Conseil d\u2019administration.Pour assurer la plus grande objectivité possible et ne pas paraître à la fois juge et partie, la CAT a remis ses pouvoirs judiciaires d\u2019appel en dernière instance à la Commission des Affaires sociales, le 1er septembre 1977.Pour aider les Commissaires, M.Gilles Néron a été nommé secrétaire général, M.Lionel Bernier, directeur des Services juridiques et MM.J.-P.Laperrière et Claude Mauger, responsables de deux bureaux de revision.Le travail des Commissaires est préparé par une vingtaine de directeurs sectoriels et régionaux.Ces derniers doivent aussi appliquer les décisions prises par les Commissaires.Parmi les directions sectorielles, citons l\u2019administration générale, les services juridiques, les services financiers, la direction de l\u2019informatique, les services médicaux. 716 L'ACTION NATIONALE Les bureaux régionaux, surtout ceux de Québec (524, rue Bourdages) et de Montréal (au Complexe Desjardins) et tous les secteurs spécialisés voient à la bonne marche des dossiers.Ils répondent à chaque cas particulier, comme s\u2019il était unique.Pour faciliter sa tâche dans cette forêt, la CAT s\u2019est pourvue d\u2019un ordinateur qui, par un réseau de télécommunications régionales et visionnement cathodique, permet de renseigner chaque accidenté de façon complète et précise sur l\u2019état de son dossier.Durant 1976, la CAT mit au courrier plus de 600,000 chèques.D\u2019OÙ VIENT L\u2019ARGENT?Au 1er janvier 1978, la Commission des accidents du travail recevait les cotisations de 125,920 employeurs, soit presque la totalité du Québec.Elle encaissait la somme de $335,300,000.Ajoutez $52,200,000 en intérêts sur des dépôts et en cotisations arriérées et vous obtenez les revenus en 1976: $387,500,000.Sur une masse salariale de $20,100,000,000., le taux moyen de cotisation qui, en 1976, était de $1.87 par cent dollars a baissé, en 1977, à $1.67.C\u2019est peu si l\u2019on considère l'ensemble des besoins (282,684 indemnisés) et c\u2019est beaucoup si l\u2019on tient compte des autres impôts qui grèvent les entreprises.Comment sortir de l\u2019impasse?Le seul moyen est de diminuer le nombre et la gravité des accidents et des maladies industrielles.Le ministre du travail, le président de la CAT et tout homme de bon sens le voient: \u201cIl faut progressivement déplacer le total des indemnisations vers la prévention des accidents et des maladies.\u201d Pour stimuler la prévention des accidents on a instauré un système de mérite-démérite: l\u2019employeur qui réussit à diminuer le taux des accidents est récompensé par un dégrèvement de sa cotisation.Les autres chez qui les accidents augmentent, voient s\u2019élever le taux de leur cotisation.OÙ VONT LES DÉPENSES?Les dépenses totales représentent $386,500,000.Sur ce total $268,800,000 défraient le coût des accidents et $35,100,000 les frais d\u2019administration.Le solde LA COMMISSION DES ACCIDENTS DU TRAVAIL 717 diminue la dette et va aux réserves du fonds d\u2019accidents afin de verser annuellement les rentes nécessaires.Le Conseil des ministres a décidé, en 1974, que tous les placements financiers de la CAT se feraient par la Caisse de dépôts et placements du Québec.Ce géant financier, par cette centralisation, joue un rôle capital sur la scène économique du Québec.La part des dépôts de la seule Commission des accidents du travail montait, au début de 1977, à $405,778,000.LES REPROCHES CLASSIQUES À cause de cet immense appareil qui recueille les cotisations en montrant parfois les dents et qui distribue des chèques impersonnels et froids, la CAT doit affronter de nombreux reproches.Le plus répandu est que la CAT est un nid à patronage.Certains croient que les influences politiques y jouent un rôle important et ils laissent entendre que le personnel n\u2019est pas compétent et que l\u2019efficacité dépendrait plus des \u201ccordes\u201d politiques que des blessures reçues.Je n y suis pas allé par quatre chemins.Nous avons exposé l\u2019objection crûment.Les responsables avouent que c\u2019était vrai en partie pour hier.Mais, aujourd\u2019hui, chaque membre du personnel est recruté par la Commission de la fonction publique et personne n\u2019échappe aux critères de compétence.Les politiciens ont donc cessé de voir dans la CAT un parc de stationnement pour les amis de la famille ou du comté.La CAT requiert trop de spécialistes et un travail trop précis pour être un refuge.Le deuxième reproche s\u2019applique à toutes les bureaucraties du monde: \u201cL'organisme est lent.Mon cas est enfoui quelque part et perdu.On ne me répond jamais.Mon médecin a dit blanc et le fonctionnaire a dit noir.Pas moyen de vivre quand l\u2019indemnisation ne vient pas.\u201d Vous connaissez le refrain: la CAT serait lourde, lente, dictatoriale, abusive et sans humanité. 718 L'ACTION NATIONALE Il y a aussi cette caricature qui travaille dans ce filon: le fonctionnaire ne connaîtrait que deux commandements: en obéissant au premier il déclare au client que son cas ne le concerne pas: en obéissant au deuxième il dirige le client vers un deuxième fonctionnaire.Soumis à ce régime le client est au rouet comme l\u2019écureil dans sa cage tournante.Le pauvre Charlie Chaplin moderne sort bredouille comme devant! Mais la réalité est tout autre: la CAT veut être efficace et humaine.N\u2019oblige-t-elle pas l\u2019employeur à défrayer les cinq premiers jours d\u2019incapacité d\u2019un accidenté?Elle lui remboursera cette somme et elle se rend responsable à partir du 6e jour.Le chèque d\u2019indemnisation tarde-t-il?La CAT explique qu\u2019il lui faut tout de même être avertie de l\u2019accident.L\u2019employeur doit aviser la CAT dans les 48 heures et le rapport du médecin doit lui arriver dans les cinq jours.La CAT débute l\u2019indemnité sur le rapport de l\u2019un ou de l\u2019autre.Le montant de l\u2019indemnisation pour une incapacité partielle dépend largement du diagnostic médical.À quel médecin se fier?Le travailleur acceptera-t-il l\u2019avis du médecin de la compagnie?L\u2019employeur acceptera-t-il l\u2019avis du médecin de la CAT?Et que vaut le rapport du médecin familial qui a traité le blessé?Généralement le diagnostic médical est accepté.Mais quelque temps s\u2019écoule pour constituer le dossier et transformer le verdict en chèque d\u2019indemnisation.Comme nombre de travailleurs n\u2019ont pas de réserve financière, la remise rapide du chèque d'indemnisation représente un problème à résoudre.La moyenne d\u2019hier était de 35 jours.Aujourd\u2019hui un système de télécommunications transmet, quasi instantanément, les informations désirées sur écran cathodique, comme dans les grandes agences bancaires ou de tourisme.On est conscient des situations.On a la volonté de vaincre les poids d\u2019inertie, celui d\u2019un médecin oublieux, d\u2019un employeur surchargé ou d\u2019un fonctionnaire trop minutieux, quand ce ne sont pas les Postes qui se mettent en grève! On peut aujourd\u2019hui parler de 14 jours. LA COMMISSION DES ACCIDENTS DU TRAVAIL 719 La troisième objection réside dans l\u2019insuffisance de l\u2019indemnisation.Si la prestation ne tient pas compte de l\u2019inflation, elle paraît un demi-salaire.La CAT a corrigé cette situation en indexant l'indemnité à la moyenne des rémunérations hebdomadaires des différents métiers telle qu'établie par Statistique-Canada.L\u2019ajustement est devenu permanent.Stimulée par les difficultés la CAT envisage une série de mesures pour mener l\u2019idée sociale à ses conclusions logiques: 1) décentralisation plus poussée; 2) participation du travailleur à tous les échelons de son bien-être au travail; 3) la prévention, affaire de tous.SE RAPPROCHER DU PEUPLE Se rapprocher du peuple nécessite une large décentralisation administrative qui confère plus de pouvoirs aux onze bureaux régionaux dans l\u2019administration des accidents du travail.TABLEAU ILLUSTRANT LES PROGRÈS DE LA CAT Année\tEmployeurs cotisés\tEmployés protégés\tMasse salariale imposable\tDemande d\u2019indemnisation\tCoût des indemnisations 1931\t6.120\t\t\t\t 1967\t45.798\t964.600\tS 4.225.000.000\t160.148\t$52.828 006 1970\t71,866\t1.300.000\tS 5,898.000,000\t180.520\t$67.067,049 1974\t112.581\t1.864.340\t$13.400,000.000\t292.693\t$127.336.827 1975\t117.772\t1.950.00C\t$14,494.000.000\t283.855\t$176,359.000 1976\t122.658\t2,220,000\t$17.908.841.000\t282.684\t$260,053.204 1977\t125,920\t2.400.000\t$20.100.000.000\t277.487\tS268,798.000 1)\tLe système des opérations en 1976 a été modifié au point que les comparaisons doivent rester imprécises mais la tendance générale est nette 3)\tIl y eut, en 1976, 5803 demandes d'indemnisation concernant les maladies professionnelles Des 4432 cas étudiés.3105 ont été acceptés et 1327 ont été refusés ou restent à l'étude 5)\tEn 1976, pour les décès, la CAT a distribué $9.277.613 Les rentes accordées aux veuves et aux enfants sont maiorées chaque année en fonction de l'indice des prix à la consommation Ainsi une veuve avec trois enfants mineurs reçoit en 1978.$227 24 par mois et $59 10 pour chaque enfant à sa charge 2)\tIl y eut, en 1976, 730 demandes en indemnisation par des victimes d 'actes criminels dont 434 ont été acceptées, 116 reietées et 180 sont encore à l'étude La loi date de 1972 4)\tEn 1976.la Réadaptation sociale a pris en charge 5846 accidentés du travail et 3,317 ont pu réintégrer le marché du travail ou voir leur cas se régler 6)\tActuellement tous les employés du Québec, à l'exception des employés domestiques et les employés de ferme, sont couverts par la CAT.même si l'employeur n\u2019a pas payé ses cotisations 720 L'ACTION NATIONALE Autrefois, la centralisation de tous les dossiers à Québec expliquait une certaine lenteur dans les services et les juridictions.Aujourd\u2019hui, les accidentés du travail n\u2019ont qu\u2019à consulter le bureau le plus proche.Demain, il est probable que la décentralisation s\u2019appliquera aussi aux maladies industrielles.On s\u2019est aussi aperçu que plusieurs ministères possédaient des juridictions faisant double et triple emplois, ainsi existaient des inspecteurs du ministère du Travail, des recherches naturelles, des Affaires sociales, etc.Des inspecteurs oeuvraient pour le bois, d\u2019autres pour les mines, ou l\u2019hygiène, etc.Un Comité inter-ministériel a été formé pour étudier cette imbrication pratique des fonctions.Une réforme en profondeur sur la santé, la sécurité au travail et l\u2019économie des moyens, devrait bientôt voir le jour par la publication d\u2019un Livre Blanc.L\u2019employeur, le travailleur et l\u2019État le préparent conjointement en vue de rendre la législation plus humaine, plus efficace et plus rapprochée de l\u2019homme de chez nous.FAIRE PARTICIPER LE TRAVAILLEUR Doit-on accepter les accidents comme chose normale?Et pourquoi devrions-nous nous installer dans le fatalisme et la passivité?Au contraire, il faut éduquer chacun et prévenir les accidents.L\u2019idéal consisterait en un régime de travail où accidents et maladies disparaîtraient.En fait, un pays peut difficilement les éviter totalement.Mais il peut créer les conditions qui diminueront notablement leur fréquence.Si la décentralisation des bureaux accélère le service et rapproche le public de la CAT, l\u2019action sociale de l\u2019avenir doit être axée sur la prévention des accidents.L\u2019État, par sa législation et par les règlements de la CAT, insiste sur un programme de sécurité dans les entreprises.Depuis 1973, la CAT offre un système de mérite ou de démérite: 34,889 employeurs ont vu diminuer leur moyenne d\u2019accidents et, à la fois, leur cotisation à la CAT.De plus, l\u2019État oblige à maintenir un poste de premiers soins LA COMMISSION DES ACCIDENTS DU TRAVAIL 721 et même un médecin résident, selon l\u2019importance de l\u2019entreprise.Une grande partie de la prévention dépend du médecin.Le Québec a besoin de médecins spécialisés en médecine du travail ou en médecine industrielle, préparés pour une prévention scientifique et méthodique.À Québec, au récent congrès de l\u2019Association de médecine industrielle, les 400 participants ont étudié ce que la France, la Suède et les États-Unis accomplissent dans ce domaine.En particulier le Dr David Wegman a décrit les cours du Harvard School of Public Health.Des tables rondes ont étudié les moyens les plus efficaces pour lutter contre le bruit, les pneumoconioses, les produits toxiques et les accidents plus fréquents (électricité, transports, négligences, etc.) (Le médecin du Québec, décembre 1977 p.63 et 73).Dans la prévention des accidents, le travailleur n\u2019est-il pas l\u2019artisan le plus intéressé?Or dans une conférence (11 novembre 1977), M.Robert Sauvé, président de la CAT, n\u2019a pas mâché ses mots: le travailleur n\u2019est pas mobilisé dans l\u2019offensive contre les accidents qui le menacent! En fait, la plupart des entreprises l\u2019ont oublié.Pourtant la loi demande que, face à la prévention, les associations soient paritaires, c\u2019est-à-dire formées d\u2019employeurs et de travailleurs.Lorsque la prévention n\u2019est organisée que par les seuls employeurs, elle prend un petit air paternaliste qui semble dire aux travailleurs: \u201cAttention à ta vie, à mon usine et à mes profits!\u201d Ici nous simplifions des efforts qui se veulent sincères mais trop souvent ces mêmes efforts sont interprétés dans cette veine goguenarde.Au contraire si la prévention devient l\u2019affaire conjointe des employeurs et des employés, où \u201cle travailleur lui-même est impliqué dans la recherche des moyens à utiliser pour éviter les accidents\u201d, toute l\u2019attitude des travailleurs change et les mesures de prévention ont, maintenant, l\u2019air de dire: \"Attention à ma vie, à ma famille, à mon gagne-pain!\" L\u2019emploi différent des adjectifs possessifs exprime un aspect de la profonde révolution culturelle du monde moderne. 722 L'ACTION NATIONALE Tout devient participation et éveil communautaire.La participation des travailleurs et des employés aux programmes de prévention signifie l\u2019instauration de comités paritaires.La Commission des accidents du travail est consciente que cette orientation représente la ligne du progrès.À l\u2019avenir seules les associations où les travailleurs seroni présents obtiendront des subventions: \u201cNous croyons à la prévention, disait le président, mais à la condition qu\u2019elle soit faite de façon paritaire.Pour les associations qui rempliront ces conditions il y aura des fonds, et toujours plus abondants\u201d.Peut-être est-ce même par le biais de la prévention que le Québec accomplira un pas immense dans le progrès social.La participation paritaire aboutira à la gestion sociale de l\u2019entreprise.C\u2019est une conclusion logique aux exigences modernes de la communication et de l\u2019action commune dans l\u2019entreprise.DES EXEMPLES Nous avons parlé d\u2019organisation, de finances et de progrès mais avons-nous oublié l\u2019accidenté?Au contraire, il est le personnage principal.La Commission n\u2019est pas un entrepôt de dossiers.Elle entretient un vivant dialogue avec des personnes qui ont un visage, une famille, une histoire, et un problème à résoudre.On classifie les accidentés en cinq grandes divisions d'incapacité: 1) l\u2019incapacité temporaire totale (ITT); 2) l\u2019incapacité partielle temporaire ( IP T) ; 3) l\u2019incapacité totale permanente (ITP); 4) l\u2019incapacité partielle permanente (IPP); 5) l\u2019incapacité complémentaire due à des causes psychologiques ou à des retentissements sociaux importants.Par exemple quel employeur engagera un homme qui n\u2019a plus qu\u2019un oeil, qui a dépassé la cinquantaine, ou qui a perdu le pouce et l\u2019index?L\u2019apprentissage d\u2019un autre type de travail n\u2019est pas toujours facile ni même possible.Les accidents affectent toutes les parties du corps chez les femmes et chez les hommes: 8% des cas concernent la tête (crâne, yeux, figure); 22% la poitrine, le ventre, le dos, la colonne vertébrale; 38% les bras, les mains et les doigts, LA COMMISSION DES ACCIDENTS DU TRAVAIL 723 26% les jambes et les pieds; 5% les parties internes ou génitales et le corps en général.Les causes sont multiples: les machines, les chantiers de construction, les surfaces de travail, les scies mécaniques, les clous-broches-aiguilles, les outils, les éboulements-effondrements et les particules en suspension, etc.Les maladies industrielles proviennent généralement d\u2019une intoxication par les poussières des carrières, des mines ou des métaux.Presque tous les métaux dégagent une poussière d\u2019une certaine concentration qui durcit les voies respiratoires ou favorise une forme de cancer, si la prévention n'est pas efficace.On sait aujourd\u2019hui que l\u2019amiante, la silice, le mercure, le chrome, le cuivre, le zinc, le fer, l\u2019uranium, etc.sont toxiques.Les prélèvements de poussières dans l\u2019air, sur les lieux du travail, devront être lus à la fois par un représentant de l\u2019entreprise et par un représentant des travailleurs.En 1977, la CAT reçut 6,498 demandes d\u2019indemnisation pour maladies industrielles.Tous les mineurs et la plupart des travailleurs de produits synthétiques doivent passer par des examens radiologiques annuels.La surveillance sera permanente.Les travailleurs affectés seront réorientés.La décentralisation de la CAT accentue cet aspect préventif.L\u2019écologie industrielle ou la lutte contre la pollution dans les entreprises d\u2019extraction ou de transformation des métaux ou des matières toxiques, ainsi que l\u2019élimination de leurs déchets, ne fait que commencer au Québec.Autour des usines, on veut des cours d\u2019eau et des plages disponibles aux familles des travailleurs, pour leur santé et leurs loisirs.À part les blessures et les maladies, il y eut 266 décès en 1976 sur le terrain du travail et 209 en 1977, soit une baisse de 22%.Les indemnisations coûtèrent près de dix millions.La liste est infiniment triste: accidents routiers, écrasements par véhicules ou écroulements, électrocution, brûlures, noyades, le heurt d\u2019un objet pesant, une chuté fatale ou une pneumoconiose, etc.La mère et les enfants sont aussi des victimes.Il faut assurer leur avenir. 724 L'ACTION NATIONALE LES VICTIMES D\u2019ACTES CRIMINELS Le ministère de la Justice a demandé à la CAT d\u2019administrer la loi de l\u2019indemnisation des victimes d\u2019actes criminels: un bandit dévalise une banque, vise un policier et tue une mère qui revenait de l\u2019épicerie; un misanthrope place une bombe dans un corridor et tue des innocents; un pyromane s\u2019amuse à voir brûler la maison de son voisin; un fou s\u2019empare d\u2019un autobus et le catapulte sur le restaurant du coin, etc.584 personnes ont été victimes d\u2019actes criminels en 1977.La CAT a versé, l\u2019an dernier, la somme de $2,837,986.pour indemniser ces victimes.La CAT administre aussi la loi visant à favoriser le civisme.Cette loi indemnise toute personne qui subit un préjudice en portant secours à une personne dont la vie ou l\u2019intégrité physique pourrait être en danger.LE VISAGE HUMAIN DELAÇAT Ces exemples font voir comment toute la société devient solidaire devant les souffrances et les iniquités sociales.Personne ne cherche à installer un paradis terrestre mythique mais tous désirent aménager l\u2019espace et la qualité du temps.La CAT est un bon exemple de cette philosophie de la solidarité humaine.La lecture des rapports annuels présente les progrès accomplis' par la CAT.Ce n\u2019est pas du jour au lendemain qu\u2019elle trouva réponse à tous les accidentés du Québec.Des hommes ont répondu aux événements ou, parfois, les ont anticipés.Le visage humain de la CAT se révèle surtout dans les cas de rééducation.Ces accidentés sont habituellement handicapés pour longtemps.Leur réadaptation au travail ou à la vie, nécessite des soins spéciaux.Référés maintenant aux hôpitaux du ministère des Affaires sociales, ces travailleurs reçoivent tous les soins médicaux, thérapeutiques, psychologiques et tous les médicaments requis par la physiothérapie.La CAT met à leur service ce que le pays peut offrir de mieux.Elle les délivre des angoisses qui pourraient survenir: leur famille a évité le désastre absurde: elle est soutenue. LA COMMISSION DES ACCIDENTS DU TRAVAIL 725 PERSONNALISATION DU SERVICE On assure que dans 90% des cas au moins, la CAT ne voit pas l\u2019accidenté.Avertie par l\u2019employeur et le médecin, la CAT entre en activité et la plupart des accidentés n\u2019ont pas besoin de se présenter en personne.Chacun reçoit son indemnisation sans autre réclamation.Aussi des personnes ou des groupes parleront de cette immense bureaucratie de la CAT, de ses services impersonnels.En pressant ce sujet on peut facilement rencontrer la démagogie.L\u2019évidence montre que dans un cas sérieux, il faut poser beaucoup de questions.Il y a alors le choc du privé et du public.Beaucoup de gens n\u2019aiment pas voir l\u2019État ou ses représentants se mettre le nez dans leurs affaires personnelles.Ils préfèrent l\u2019impersonnalisation des services et le chèque apporté par le facteur, sans autre explication à donner.D\u2019autres ont besoin de se confier davantage et cherchent une sécurité psychologique.Qui n\u2019a rencontré cette veuve qui racontera pour la centième fois, sans en être priée, l\u2019histoire du décès de son \u201cpauvre mari\u201d.Il faut écouter.Ces gens préfèrent des services personnalisés dans les grandes villes anonymes.Encore faut-il comprendre le fonctionnaire qui en a vu d\u2019autres et qui, à certains jours, est plutôt bousculé.Dans sa lutte contre une géographie sauvage ou dans l'édification des villes, l'homme laisse derrière lui comme une rivière polluée de souffrances.Chacun travaille la nature et laisse, collés aux choses, une goutte de sang, un lambeau de chair ou une parcelle de son âme.La CAT est aux écoutes de ces cris et de ces meurtrissures.Le dossier qui circule de bureau en bureau, parle de chair, de déracinement, de compétence diminuée, de famille inquiète, de régions menacées.La CAT ne s\u2019occupe pas des triomphes de l\u2019Etat qui avance.Elle recueille les échecs humains et le poids de la douleur.Elle ne distribue pas des dons mais des dus. 726 L'ACTION NATIONALE Notre Commission des accidents du travail est ce qu\u2019elle est.Si nous considérons le haut niveau de vie du Québec, elle se compare avantageusement avec les organisations similaires de tout autre pays.Elle peut même être citée en exemple à un triple point de vue: l\u2019efficacité de l\u2019organisation, le sens de la justice sociale et une sympathie agissante pour l'homme démuni.Ainsi le Québec participe à l\u2019amélioration de la condition humaine. RUMILLY ET SON PAPINEAU par Pierre Trépanier 728 L'ACTION NATIONALE Inlassablement, depuis 50 ans, monsieur Robert Rumilly poursuit son patient labeur.On peut dire, sans exagération, qu\u2019il a révélé les Québécois à eux-mêmes dans sa monumentale Histoire de la province de Québec, vaste fresque qui reconstitue notre cheminement collectif des débuts de la confédération à la fin de la deuxième guerre mondiale.C\u2019est en pionnier qu\u2019il a débroussaillé cet immense domaine, quasi vierge jusque-là: les autres historiens avaient préféré explorer le régime français ou les premières décennies du régime britannique.Aucun autre État-membre de la fédération canadienne ne peut s\u2019enorgueillir d\u2019une oeuvre comparable, ainsi que l\u2019a déjà souligné P.B.Waite.L\u2019activité intellectuelle de M.Rumilly est à ce point liée à notre vie culturelle que nous prenons désormais pour acquise, bon an, mal an, la parution de deux ou trois volumes signés de sa plume.Il nous offre cette fois une biographie de Papineau1.La biographie, à mon sens, échappe à sa condition de genre mineur si, tout en campant un personnage, tout en narrant sa vie, elle ressuscite l\u2019époque et la société, inséparables de son existence.Le milieu façonne les destins individuels de même que les individus tentent d\u2019aménager le milieu.M.Rumilly ne comprend pas autrement son rôle de biographe.Fidèle à lui-même, il continue à manifester les belles qualités d\u2019écrivain auxquelles il nous a habitués: style à la fois sobre et nerveux, langue simple, directe, souci du détail suggestif, du trait évocateur, art consommé de l\u2019esquisse en quelques touches adroites.Son personnage est un géant à l\u2019échelle québécoise.Les événements tragiques qui ont marqué sa vie et celle de ses contemporains retentissent encore dans la mémoire collective, souvenirs lancinants, qu\u2019on se surprend sans cesse à tourner et retourner en tout sens, à soupeser ou simplement à méditer, avec malgré soi des pincements au coeur.Ainsi s\u2019explique l\u2019intérêt que, présente ce gros ouvrage, qui est aussi un grand livre.La tâche du critique, jamais facile, devient extrêmement délicate quand c\u2019est le livre d\u2019un ami qu\u2019il faut juger.S\u2019il ne se surveille pas, il risque de tomber dans la partialité.S\u2019il s\u2019efforce à l\u2019objectivité autant qu\u2019il peut, il risque de verser dans l\u2019hypercritique, dans une réaction excessive, et RUMILLY ET SON PAPINEAU 729 d\u2019aboutir à l'injustice.Téméraire, je vais essayer de louvoyer quand même entre ces écueils.J\u2019ai gardé de mon premier contact avec M.Rumilly un très vivace et très agréable souvenir.J\u2019avais manifesté le désir de faire sa connaissance.Il avait bien voulu m\u2019inviter à dejeûner au Castel du Roi, petit restaurant français de Montréal.Le jour convenu fut radieux.C\u2019était au printemps 1972.Je ne sais pourquoi, je m\u2019étais imaginé un intellectuel froid, roide, un peu comme certains portraits nous représentent Thomas Chapais.Au lieu de cela, me tendait la main un homme aimable et franc, sans prétention aucune, brillant causeur, enjoué, tout à fait sympathique.Les longs et passionnants entretiens qui ont suivi, avec pour décor son bureau tapissé de livres, dans le calme studieux de sa maison de Mont-Royal, ont consolidé cette première impression.C\u2019est ainsi qu\u2019est née une amitié, en dépit de la cinquantaine d\u2019années qui nous séparent et des inévitables divergences d'opinions, mais grâce à une commune passion pour l\u2019histoire québécoise.Deux ordres de considérations retiendront notre attention: d\u2019abord l\u2019interprétation que propose l\u2019auteur du personnage complexe que fut Papineau et des événements majeurs dont il fut l'acteur principal; ensuite, l\u2019évolution de cette interprétation à quelque 40 ans d\u2019intervalle.Car l\u2019auteur a déjà publié chez Flammarion, en 1934, une biographie de Papineau, que Bernard Valiquette a rééditée dix ans plus tard.2 L\u2019évolution de l\u2019interprétation ne découle pas d\u2019une évolution idéologique: M.Rumilly a toujours professé les mêmes doctrines3.L\u2019explication que je proposerais est que l\u2019auteur, au moment de la première édition, n\u2019avait pas encore réussi à dégager sa conception personnelle des faits et des hommes de la décennie 1830.Aussi son premier Papineau se ressent-il de l\u2019influence de certains de ses prédécesseurs, tel Laurent-Olivier David, auteur des Patriotes de 1837-1838, et peut-être aussi d'une certaine ambiance à la veille du centenaire de la rébellion4.Bref, émigré de fraîche date, l'auteur ne possédait pas cette érudition qui le servira si bien par la suite. 730 L'ACTION NATIONALE Le Papineau que peignait l\u2019auteur en 1934 et en 1944 était un homme équilibré5, sûr de ses moyens, mais victime de la fatalité: \u201cEt comment faire, dans les bouleversements de l'histoire, la part de l\u2019homme et celle de la destinée6?\" L\u2019auteur ne réfutait pas Papineau qui attribuait \u201cle recours aux armes à une provocation préméditée et montée par les oligarchiques7\u201d.On sait que Gérard Filteau, dans son Histoire des Patriotes, opte pour la thèse du complot.Tout en reconnaissant que le livre de Filteau est \u201cdocumenté et intéressant\u201d, M.Rumilly y voit \u201cun pamphlet en faveur des patriotes8\u201d.Mais l\u2019interprétation qu\u2019il proposait en 1934 n\u2019était pas absolument inconciliable avec celle de Filteau.Sans innocenter Papineau et les patriotes, il les excusait: \".les patriotes n\u2019étaient pas les seuls surexcités.Sans remonter aux causes lointaines, les responsabilités immédiates des désordres de 37 sont, au moins, bien partagées9\u201d.Les événements de 1837-8 lui apparaissaient alors comme le soulèvement d\u2019un peuple humilié par un pouvoir étranger.Au-delà des ruines matérielles et des souffrances, il fallait voir la victoire morale: Les événements des derniers mois ont secoué le pays, réveillé un peuple pour qui l\u2019assoupissement serait mortel.Pendant longtemps, très longtemps peut-être, il y aurait, dans la vie canadienne, au seul énoncé du millésime 1837, un regain d\u2019audace, de fierté, et chez le conquérant un peu de cette crainte qui amorce la sagesse.Les Canadiens avaient relevé la tête, et montré qu\u2019ils ne se laisseraient pas sans révolte réduire à merci.Sur Montréal et sur la campagne, un souffle épique avait passé.Ce sont là des choses qui influent sur l\u2019avenir d\u2019une race.Il n\u2019y a pas de lutte, il n'y a pas d\u2019enthousiasme, il n\u2019y a pas de sacrifice et d\u2019héroïsme qui soient vains.On le comprendrait sans doute un jour; on en tiendrait compte; on l\u2019expliquerait aux petits enfants du Canada étudiant l\u2019histoire de leur pays10.Bien sûr, le contexte peut faire croire que ce sont les réflexions mêmes de Papineau, mais ce qu\u2019il faut remarquer, c\u2019est que dans la dernière édition, ce passage est biffé.Aussi bien, l\u2019évaluation de l\u2019homme et de ses responsabilités n\u2019est plus la même.Une certaine sévérité remplace RUMILLY ET SON PAPINEAU 731 l'indulgence.L\u2019auteur n\u2019a pas voulu élaborer sa thèse, en conclusion de son ouvrage, mais il l\u2019a livrée par bribes ici et là.Quelle est-elle?L\u2019auteur pénètre plus profondément dans la psychologie de son personnage, dont la force morale l\u2019impressionne moins désormais, dont les nerfs ne semblent plus aussi solides: Mais en novembre 1837, devant la réalité du désordre immédiat, inévitable, et dont la responsabilité pourra lui être \u2014 lui sera sûrement \u2014 imputée, un déclic a joué, un ressort s\u2019est brisé.Le sol qu\u2019il foulait d\u2019un pas si ferme se dérobe.Papineau n\u2019est plus l\u2019infaillible, sûr de sa route, si escarpé devant les gouverneurs, qui n'écoutait les remontrances de personne.Il est désormais, et restera, le plus irrésolu, le plus influençable des hommes1\u2019.Quant aux responsabilités, pas plus qu'en 1934, M.Rumilly ne met en doute la sincérité de Papineau12, mais il l\u2019apostrophe cette fois comme un procureur au terme de son réquisitoire: Mais comment ne voyez-vous pas, Louis- Joseph Papineau, qu\u2019on ne pousse pas un peuple d\u2019assemblée en assemblée, d\u2019excitation en excitation, d\u2019accès de fureur en accès de fureur, sans aboutir au point de fatalité où la suite des événements nous échappe \u2014 où les fusils partent tout seuls13?M.Rumilly se montre désormais moins disposé à accabler le destin pour soulager la conscience de Papineau, à qui il oppose les \"trois sages du parti réformiste\": John Neilson, Augustin Cuvillier et Denis-Benjamin Viger14.Il ne s\u2019agit plus d\u2019un soulèvement national, dressant francophones contre anglophones, mais d'un affrontement idéologique15.Voilà pourquoi l\u2019auteur insiste tant sur l\u2019importance numérique et qualitative des éléments anglophones dans les rangs des patriotes.Pour la même raison, il rappelle l'exemple contagieux des révolutions européennes de 1789 et 1830 et souligne le parallélisme des événements hauts et bas-canadiens.Il en appelle à 732 L\u2019ACTION NATIONALE Papineau lui-même, qui, dans une conférence prononcée le 17 décembre 1867, déclarait: Non, il n'est pas vrai que les discussions politiques qui ont été si acharnées dans les deux Canadas fussent une lutte de races.Elles étaient aussi âpres dans le Haut-Canada où il n\u2019y a qu\u2019une nationalité qu\u2019ici où il y en a deux.Les majorités de toutes deux étaient des amis désintéressés des droits, des libertés, des privilèges dus à tous les sujets anglais16.Il n\u2019est plus question de \u201crésultats moraux\u201d, ni de \u201csouffle épique\".Sans accabler Papineau, l'auteur n\u2019est pas tendre pour lui.Il note, par exemple, que, alors que la répression s\u2019abat sur les rebelles et qu\u2019on est à la veille de la sanglante bataille de Saint-Eustache, Papineau écrit des lettres, \u201cclaquemuré dans son confortable refuge17\u201d, la \u201crésidence cossue18\" des Porter, à Albany.Après avoir évoqué la conférence de Papineau à laquelle on vient de faire allusion \u2014 qui était \u201cla dernière apparition du grand vieillard en public19 \u2014, l'auteur, enthousiaste, écrivait en 1934: Nous nous sommes demandé, dans le cours de cet ouvrage, si Papineau n\u2019était pas venu au monde un demi-siècle trop tôt.Tout compte fait, il est bien venu à son heure, et surtout pour sa gloire.Joseph Papineau, Lafontaine, Cartier, d\u2019autres ensuite, furent de grands parlementaires.Louis-Joseph Papineau, avec ses faiblesses et ses vertus, est un héros national20.Et de citer un poème de Fréchette, exaltant celui qui \u201cfut juste parmi les justes, Et le plus grand parmi les siens\u201d.Supprimés, les éloges en prose et en vers, dans l\u2019édition de 1977.Dans cette dernière, M.Rumilly choisit de reproduire un jugement de la Democratic Review, commentant la conférence de Papineau: \u201cUn des plus grands hommes des temps modernes\u201d, notait-elle avant de conclure: \u201cMalgré ses brillantes qualités de parlementaire, M.Papineau n\u2019était pas l\u2019homme pour mener à bien une révolution21\u201d.Papineau a-t-il pris la poudre d\u2019escampette à Saint-Denis?M.Rumilly a compulsé les éléments du dossier, exa- RUMILLY ET SON PAPINEAU 733 miné les arguments22.Sa conclusion est négative23.Non, Papineau n'a sans doute pas fui à Saint-Denis, mais il n\u2019était plus en possession de ses moyens.Autrement, comment lui, le chef incontesté, aurait-il toléré que des subalternes lui dictent sa conduite?Est-ce bien le même Papineau qui, au début de 1831, avait \u201cl\u2019intime conviction d\u2019être le hérault de son peuple\u201d et qui, la tête un peu tournée par les fumées de l\u2019encens, \u201daccentu[ait] sa propension autoritaire24\u201d.Papineau, paralysé par l\u2019irrésolution, était presque tombé dans l\u2019hébétude.Hésitant, il le serait longtemps, aussi tard qu'en 18 4 325.M.Rumilly émaillé son texte d\u2019observations intéressantes sur les phénomènes révolutionnaires.Quelques-unes de ces remarques invitent à des rapprochements avec certaines réflexions de Raymond Boudon sur l'effet pervers, c\u2019est-à-dire une conséquence, une répercussion, un résultat non voulu par les acteurs.Boudon rappelle la constatation de Tocqueville, selon qui \u201cles chances de promotion, d'ascension n\u2019avaient jamais été aussi grandes en France que dans la période qui a précédé la Révolution26\u201d.M.Rumilly attire l\u2019attention sur un semblable paradoxe: c\u2019est dans la vallée du Richelieu que les troubles éclatent et prennent le plus d\u2019ampleur27.Or, note l'auteur, \u201cnulle région de la province ne respire à un tel degré l\u2019aisance, l\u2019agrément de vivre28\u201d.On s\u2019en étonnerait si l\u2019on ne savait que les révolutions ne couvent pas forcément, et loin de là, parmi les populations les plus pauvres, qui cherchent plutôt la protection d'un bras fort, d'un dictateur.L\u2019aisance même de la vallée du Richelieu [.] favorise l\u2019effervescence intellectuelle et politique29.Mais le tableau que brosse l\u2019auteur de cette région laisse quelque peu songeur.D'une part, il évoque ces \u201cbeaux villages agricoles, qui expédient du blé aux États-Unis par la voie du lac Champlain et ne souffrent pas trop de la gêne générale30\u201d; d\u2019autre part, il nous montre la ménagère qui \u201ctisse l\u2019étoffe nécessaire à l\u2019habillement\u201d et le fermier qui \u201cfabrique sa charrette et répare lui-même les harnais31\u201d.Il me paraît y avoir une contradiction entre cette apparente autarcie et l'agriculture commercialisée que l\u2019auteur nous donne comme l\u2019assise de la prospérité du Richelieu32.D\u2019ail- 734 L'ACTION NATIONALE leurs l\u2019auteur l\u2019observe lui-même: \u201cUne crise économique stimule le mécontentement33\u201d.Il ne nie donc pas qu\u2019il faille tenir compte de ce facteur, mais il refuse de le considérer comme déterminant: \u201cImputer l\u2019insurrection de 1837 à des causes économiques, suivant une mode d\u2019ailleurs périmée, serait méconnaître les ressorts passionnels qui font agir les hommes34\".Ces aspects psychologiques et l\u2019action de personnalités puissantes s\u2019ajoutent à l\u2019explication que privilégie l\u2019auteur: les influences idéologiques: \u201cLa vocation révolutionnaire de cette heureuse région [du Richelieu] étonnerait si l\u2019on ne se rappelait que des cultivateurs à l\u2019aise ont envoyé leurs fils au collège, où ils ont célébré les Trois Glorieuses35\u201d.Mais M.Rumilly nous indique lui-même une autre piste de recherche qu\u2019on aurait aimé le voir explorer davantage.Je veux parler de l\u2019opposition des groupes sociaux.Revenons à la vallée du Richelieu.Les cultivateurs enrichis, nous apprend l\u2019auteur, envoient leurs fils au collège, qui deviennent avocats ou notaires.Puis il remarque: \u201cAvocats et notaires substituent leur influence à celle de la noblesse36\u201d.Il continue: \u201cQuelques fortes personnalités font le reste\u201d.Et quand on lit les exemples qu\u2019il propose, on se rend compte qu\u2019il énumère les éléments d\u2019une nouvelle élite laïque en mal de s\u2019imposer dans la société et de faire reconnaître la notion qui est la sienne: aux avocats et notaires s\u2019ajoutent un ancien instituteur devenu huissier et deux commerçants, \u201cqui sont respectivement lieutenant et capitaine de milice37\u201d.Plus loin, en parlant des Fils de la Liberté, il commente: \u201cDes jeunes gens qui viennent de terminer leurs études, mais qui, sans débouchés, forment une sorte de prolétariat intellectuel, se lancent dans la politique d\u2019opposition38\u201d.Donc les troubles de 1837-38 ont une dimension sociale, qu\u2019on ne peut négliger39.En somme, pour M.Rumilly, les soulèvements de 1837-38 sont des phénomènes idéologiques, des manifestations du grand combat d\u2019idées qui agite l\u2019Occident, champ clos où s\u2019affrontent depuis 1789 Révolution et Contre-Révolution.Cette interprétation paraît juste, mais ne doit pas être considérée comme exclusive.Complexes, les événements de 37-38 sont susceptibles de lectures multiples et complémentaires.L\u2019auteur admet lui-même, à quel- RUMILLY ET SON PAPINEAU 735 ques reprises, que la lutte a eu aussi un caractère ethnique et culturel, qui lui semble cependant secondaire40.Je ne crois pas qu\u2019il soit possible d'écarter tout à fait cette dernière analyse.À sa manière, le Bas-Canada a participé au mouvement des nationalités, au printemps des peuples, qui, avec la révolution industrielle et les grandes migrations, constitue la vague de fond du XIXe siècle.On n\u2019a pas à s\u2019en étonner.L\u2019idée de souveraineté populaire, éminemment révolutionnaire dans l\u2019Europe des rois de droit divin, s\u2019est traduite par l\u2019émergence des revendications nationales: 1789, 1830, 1848 le prouvent.Mais le débat reste \u2014doit rester \u2014 ouvert: en histoire, il ne saurait y avoir d\u2019affaire classée.1\tPapineau et son temps, Montréal, Fides, [1977], t.1 (1791-1838), 643 p.ett.2(1838-1871), 594 p.(Collection \"Vies canadiennes\".) 2\tPapineau, Paris, Flammarion, [1934], 307 p.Papineau, Montréal, Bernard Valiquette, [1944], 281 p.Comme j'avais sous la main l'édition de 1944, c\u2019est avec elle que j'ai fait la comparaison.3\t\"Des idées qu\u2019il défendait beaucoup nous paraissent fausses, mais nous ne pouvons nous retenir d'admirer la sincérité, l'unité, la droiture de cette existence\u201d, notait à l\u2019époque M.Rumilly en parlant de Papineau (op.cit , 1944, p.262).4\tEn revanche, il avait lu aussi Alfred Duclos De Celles, pour qui les patriotes n'étaient pas des héros (op.cit., 1944, p.91).Dans la biographie de 1977, l\u2019auteur fait grand cas de Thomas Chapais, \"dont le grand travail est parfois, pour raisons idéologiques, en partie ou totalement dédaigné\u201d (I: 111).Or Chapais juge sévèrement Papineau et ses disciples.5\tRumilly confronte Lamennais à Papineau, et la comparaison tourne à l'avantage de ce dernier (op.cit., 1944, p.194).6\tOp.cit., 1944, p.170.7\tOp.cit., 1944, p.171.8\tOp.cit., 1977,1:315.9\tOp.cit., 1944, p.143, Voir aussi p.147.10\tOp.cit., 1944, p.172, Cf., dans le même ouvrage, p.95: \u201cParlant ainsi par la voix de Papineau, le peuple canadien français avait effacé dans son âme toute trace de la défaite.Il retrouvait, il affirmait sa fierté nationale.\" 11\tOp.cit., 1977, I.494.Dans la version de 1944, l'auteur ne faisait aucune observation à ce sujet (p.146).12\tOp.cit., 1977, 1:450,586.13\tOp.cit., 1977,1:450.14\tIbid., p.180-1.15\tIbid., 1:95, 111, 151, 167, 172-3, 186, 193, 198-9,202,210,213,246,251-2, 255, 260, 274, 286, 287, 290, 298-9, 309, 316-7, 328, 332-3, 338, 344, 349, 355-6, 360-70, 379, 384-400, 415, 420, 422, 443, 447-9, 453-4, 457, 468-9, 481, 482, 541, 547-9, 573-5, 599, 602; II: 125, 134, 164, 193, 199, 374, 549. 736 L'ACTION NATIONALE 16\tOp.cit., II: 549.17\tOp.cit., I: 545.18\tOp.cit., I: 542.19\tOp.cit.1977, II: 547.Même formule dans l'édition de 1944 (p.261).20\tOp.cit., 1944, p.262.21\tOp.cit., 1977,11:551.22\tOp.Cit., 1977, I: 512-6, 587-8, 598; II: 30, 134-5, 161, 193-4, 279, 340-50, 526.23\tOp.c/f., 1977, II: 350.24\tOp.cit., 1977,1:219.25\tOp.cit., 1977, II: 279.26\tL'Express, 9-15 janv.1978, p.67.Boudon soutient qu\"\u2018injustices, inégalités, conflits ne sont pas nécessairement le reflet de phénomènes de domination\".27\tPour F.Ouellet, l'explication vient du fait que les régions qui sont le plus restées fidèles au blé, parce qu'elles renfermaient des sols les plus riches, sont celles qui souffrent le plus de la crise agricole, de la crise du blé.Or dans la région de Québec, l\u2019industrie du bois amortit la crise alors que dans la région de Montréal c'est précisément \u201cl'absence de contrepoids à la crise du blé [qui] est le le fait le plus frappant\" (Le Bas-Canada., p.283).28\tOp cit., 1977, I: 430.29\tLoc.cit.30\tLoc.cit.31\tLoc.cit.32\tL'auteur souligne que c'est la classe aisée qui fournit les chefs du mouvement révolutionnaire (Op.cit., 1977,1: 433 et 548, n.1).33\tOp.cit., 1977, 1:481.34\tLoc.cit.35\tOp.cit., 1977,1:351.36\tOp.c/f., 1977, I: 430.37\tLoc.cit.38\tOp.C/f., 1:461.39\tFernand Ouellet insiste beaucoup, dans ses travaux, sur cette dimension.40\t\"Les abus peuvent tout de même se doubler, dans le Bas-Canada, d une sourde animosité raciale.Et diverses inquiétudes latentes risquent d opposer le groupe catholique et le groupe protestant, le groupe francophone et le groupe anglophone\" (Op.cit., 1977, I: 95).Et au sujet du projet d'union de 1822: \u201cLes arrière-pensées ne sont pas les mêmes chez tous.Le but, pour plus d\u2019un, est de donner la prépondérance à l'élément anglais, renforcé par l'immigration\" (Ibid., p.111). Influence du milieu étudiant québécois sur l\u2019action de l\u2019Église catholique par Georges Allaire 738 L\u2019ACTION NATIONALE Le but de ce travail est d\u2019indiquer l\u2019influence que possède le milieu étudiant québécois sur les cadres religieux catholiques qui y travaillent.Pour ce faire, il faut (1) établir les normes sociologiques inhérentes à l\u2019Église catholique; (2) il faut voir l\u2019attitude des étudiants face à l\u2019Église catholique; et (3) il faut voir l\u2019attitude des responsables ecclésiaux en réponse au milieu étudiant.I- Les normes sociologiques de l\u2019Église catholique Cette institution est un phénomène historique et n\u2019est donc pas scientifiquement nécessaire.Son oeuvre consiste (1) à transmettre intégralement le message du Christ aux hommes concernant la nature de Dieu et le dessein historique de Dieu sur l\u2019homme; (2) à donner et maintenir la vie même du Christ aux hommes par les gestes divins que sont les sept sacrements; et (3) à révéler la loi naturelle et la loi d\u2019amour comme obligatoires pour l\u2019homme.La nature de Dieu, le projet historique divin et les moyens particuliers pour assumer la vie de Dieu ne sont pas des données des sciences de l\u2019homme.Leur révélation et usage sont soumis à une autorité charismatique responsable de leur intégrité: la hiérarchie ecclésiale selon le mouvement descendant.Le projet ecclésial, dans l\u2019essentiel, est donc \u201caristocratique\u201d.Les structures ecclésiales peuvent s\u2019ouvrir à une participation plus ou moins grande au conseil et à la décision.Mais la mise sur pied de structures ecclésiales variables est soumise à l\u2019approbation et à la révocation de l\u2019autorité hiérarchique supérieure, et l\u2019exercice de ces structures est aussi soumis à l\u2019approbation et à la révocation de l\u2019autorité hiérarchique supérieure.Dans le travail précédent nous avons vu la mentalité démocratique s\u2019introduire dans l\u2019Église catholique au Québec, mais cette mentalité ne niait pas l\u2019autorité supérieure des échelons hiérarchiques.Elle cherchait uniquement à favoriser une participation accrue à chaque membre du \u201cPeuple de Dieu\u201d dans la mission d\u2019Église.Il existe aussi personnes et groupements \u201ccatholiques\u201d qui cherchent à construire des communautés de chrétiens pratiquant le libre examen.Ce phénomène religieux, même lorsqu\u2019il provient de milieux antérieurement catholiques, LE MILIEU ÉTUDIANT ET L\u2019ÉGLISE 739 demeure un phénomène différent du phénomène catholique et le nom de catholique, s\u2019il y est conservé, ne sert qu'à l\u2019équivoque.Il- Les étudiants québécois face à l\u2019Église catholique A- Les données: Guy Rocher écrivait en 1971 qu\u2019 \u201cen certains milieux, c\u2019est l\u2019incroyance qui est devenue sociologique, à tel point qu\u2019il est difficile de s\u2019y affirmer croyant sans paraître marginal et que, le respect humain aidant, il est beaucoup plus facile de s\u2019y dire incroyant.Cette observation est exacte, en particulier, pour le monde des jeunes.Il faut beaucoup de courage à des étudiants de CEGEP pour dire qu\u2019ils sont croyants, qu\u2019ils participent à un mouvement chrétien, qu\u2019ils fréquentent l\u2019église le dimanche, qu'ils sont lecteurs à la messe, etc.\u201d (\u201cL\u2019incroyance comme phénomène sociologique\u201d, Communauté Chrétienne, no-déc.71, pp.358-9) En 1970, Rémi Cusson, membre de l\u2019équipe de pastorale de l\u2019Université Laval, a fait l\u2019expérience d\u2019immersion dans le milieu étudiant de cette institution d\u2019enseignement.Voici le tableau qu\u2019il dresse de ce milieu: \"le milieu universitaire n\u2019éprouve plus beaucoup d\u2019intérêt à l\u2019égard de tout ce qui est religion;\u201d \u201cj\u2019étais frappé par l\u2019indifférence croissante à l\u2019égard des questions de religion et de pratique religieuse;\u201d \u201cmilieu de gens qui refusent de s\u2019engager dans la pratique religieuse ou dans des organismes identifiés comme chrétiens.\u201d \u201cIls n\u2019attendent pas de nous que nous soyons des hommes de \u2018bons conseils\u2019.\u201d (\u201cUn itinéraire pastoral en milieu universaire\u201d, Communauté Chrétienne, juil.-oct.70, pp.347-50) Le service de pastorale du CEGEP de La Pocatière a conduit un sondage-entrevue auprès de deux cents étudiants de cette institution de mille étudiants, durant l\u2019année scolaire 73- 74: \u2014 19% se disent croyants et pratiquants 47% se disent plus croyants que pratiquants 7% ont une religion personnelle 5% sont en recherche 22% sont indifférents 740 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014\t2% a un fort degré de religiosité 41 % va de moyen à assez fort 35% a un faible degré de religiosité 22% n\u2019en ont aucun \u2014\t51% prie sous forme personnelle 17% prie peu 32% ne prie pas aucun n\u2019aime les \u201cformules toutes faites\u201d \u2014\t19% discute souvent religion 69% en discute occasionnellement 12% n\u2019en discute jamais \u2014\t93% accepte qu\u2019il y ait un enseignement religieux jusqu\u2019à la fin du secondaire, mais on y veut un enseignement tourné vers l\u2019expérience humaine, sans endoctrinement et ouvert au pluralisme d\u2019options.\u2014\tTous admettent la baisse d\u2019impact social de la religion.Cette même année, le même service réunissait une vingtaine d\u2019étudiants pour discuter du \u201cphénomène\u201d de décrochage face à l\u2019Église\u201d.\u2014 Ces étudiants ont reproché à l\u2019Église d\u2019être ennemie de la jouissance, d'avilir l\u2019homme par la mortification, de traumatiser les gens par les principes moraux et les châtiments, de défigurer la personne du Christ, d\u2019être endoctrinante, et d\u2019avoir des sacrements douteux.\u2014 Ils ont suggéré à l\u2019Église d'accepter de mettre en doute \u201ctout son projet\u201d.\u2014 Il apparaîtrait que l\u2019étudiant vit en marge de l\u2019Église, n\u2019accepte pas sa morale, sa doctrine et sa pratique, et doute de la vie sacramentelle.Pour une clientèle de 1,000 étudiants, le CEGEP de La Pocatière ne ressent pas le besoin d\u2019offrir plus d\u2019un cours (optionnel) de \u201csciences religieuses\u201d par semestre.Mon expérience personnelle de professeur de philosophie au CEGEP de La Pocatière (1971-74) ayant à traiter du thème de Dieu et à présenter des distinctions entre le philosophique et le révélé, m\u2019enseigne que LE MILIEU ETUDIANT ET L'ÉGLISE 741 \u2014\tles étudiants sont en général indifférents à l'égard de l\u2019Église.\u2014\tils acceptent qu\u2019un autre adhère à l'Église à la condition de ne pas chercher à imposer cette option à tout le monde \u2014\tils sont majoritairement hostiles à un enseignement d'Église qui demande une adhésion a priori \u2014\tils sont très majoritairement théistes \u2014\tles quelques athées combattent plus ouvertement l'idée de Dieu qu\u2019elle n\u2019est défendue par les théistes \u2014\tles étudiants ignorent la rationalité de l\u2019Église \u2014\tles étudiants acceptent volontiers un jugement d'Église a posteriori, i.e.criblé par leur opinion personnelle \u2014\tles étudiants sont heureux de découvrir la rationalité de l\u2019une ou l'autre position d'Église et d\u2019ainsi réconcilier leur passé et leur présent.B- L'attitude du milieu étudiant: L\u2019échantillonnage précédent nous révèle un milieu étudiant a priori désintéressé du phénomène religieux mais non hostile à ce phénomène.Ce désintéressement porte sur la religion et non sur Dieu.La plupart acceptent l\u2019existence de Dieu mais refusent que Dieu exerce sur eux une autorité passant par d\u2019autres personnes.L\u2019athéisme et l'engagement catholique sont deux phénomènes extrêmes.L\u2019athéisme pourra paraître plus respectable car il n\u2019a pas de Vérité universelle à imposer.L'existence de Dieu est admise, mais demeure périphérique.De son côté, l'Église catholique est admise comme une opinion légitime dans le pluralisme contemporain.La majeure partie des étudiants pourra conserver ou pas l\u2019étiquette \u201ccatholique\u201d.Le fait est qu\u2019elle a l'attitude critique devant les propositions d\u2019Église, ne partage pas la morale catholique, doute des dogmes et n'a que faire des sacrements.Elle adopte donc des normes sociologiques opposées à l\u2019essentiel du catholicisme.L\u2019esprit du milieu étudiant est essentiellement démocratique en ce qui a trait à la religion, catholique ou autre.Il ne s'intégre pas à la forme aristocratique de l\u2019Église, 742 L'ACTION NATIONALE même lorsque celle-ci admet des formes de participation.Les étudiants participeront à des projets qui leur plaisent, parce qu\u2019ils plaisent, mais manifesteront de l\u2019hostilité lorsque les responsables de l\u2019action d\u2019Église se fieront à l\u2019étiquette \u201ccatholique\u201d de certains étudiants pour vouloir \u201cimposer\u201d les normes sociologiques de l\u2019Église.Ill- L\u2019action de l\u2019Église catholique en milieu scolaire Face à la transformation du milieu scolaire, les responsables de l\u2019action de l\u2019Église catholique en ce milieu ont dû reprenser leur action.\u2014 N.B.Je ne relèverai pas l\u2019opinion théologique \u201ccatholique\u201d qui rejette les normes sociologiques inhérentes à l'Église catholique.Elle n\u2019a pas voix en cette étude.\u2014 N.B.On ne peut nier que les changements d\u2019optiques en pastorale scolaire émanent souvent autant sinon plus des changements à l\u2019intérieur de la société ecclésiale que de la confrontation avec le milieu scolaire.Cette influence échappe cependant à la portée de ce travail.A- Les données: Les détenteurs de l\u2019autorité religieuse chercheront à maintenir le projet de I' \u201cécole chrétienne\u201d.Ce projet s\u2019imposant, ils inviteront les personnes concernées à chercher des modalités d\u2019application dans la situation présente.Mgr Paul Grégoire, archevêque de Montréal, le 10 janvier 1974, de dire: \u201cLa conviction qui est la mienne, et que je voudrais vous transmettre, est que l\u2019école chrétienne \u2014 ou plus précisément en ce qui nous concerne, l\u2019école catholique \u2014 représente chez nous une valeur à promouvoir\u201d.\u201cUne école chrétienne authentique offre, en effet, à l\u2019enfant le lieu idéal d\u2019intégration des valeurs qui sont en lui et alentour de lui.Son originalité propre, sa qualité distinctive, c\u2019est de viser la formation globale de la personne, en n'oubliant pas la dimension spirituelle de l'homme ni son caractère religieux.Jacques Maritain soulignait déjà: \u2018l\u2019idée complète, l\u2019idée intégrale de l\u2019homme qui est prérequise à l\u2019éducation ne peut être qu\u2019une idée philosophique et religieuse de l'homme\u2019.Et il poursuivait: \u2018quand j\u2019affirme que l\u2019éducation de l\u2019homme, si on veut qu\u2019elle soit solidement et complètement fondée, doit être basée sur l\u2019idée chrétienne de l\u2019homme, c\u2019est parce que je pense que cette idée est la vraie idée LE MILIEU ÉTUDIANT ET L\u2019ÉGLISE 743 de l\u2019homme, c\u2019est parce que je pense que cette idée est la vraie idée de l\u2019homme\u2019.\u201d (L\u2019Église Canadienne, mar.74, pp.71-3) Les responsables de la pastorale scolaire sont plus circonspects.Ils parlent en terme de \u201cmission\u201d, d\u2019 \u201canimation\u201d et d\u2019 \u201cévangélisation\u201d.\u2014\t\u201cPersonnellement, je me suis nettement défini en termes de mission.\u201d (Communauté Chrétienne, juil.-oct.70, p.350) \u2014\t\u201cSusciter dans le monde scolaire une animation humaine et chrétienne, lui révéler sa capacité d\u2019accueil de l\u2019homme et de Dieu, voilà comment Jésus-Christ doit être annoncé dans l\u2019expérience vécue du monde scolaire.\u201d (Communauté Chrétienne, jan.-fév.72, p.17) \u2014\t\u201cpenser une catéchèse qui se situe dans une mentalité de \u2018seconde évangélisation\u2019 \u201d.(Pastorale-Québec, 30 mai 74, p.261) En conséquence, ces personnes cherchent des moyens de séduction du monde étudiant de préférence à renseignement des exigences de la Foi.\u2014\t\u201cLe premier objectif de nos maisons est d\u2019arriver à faire de l\u2019ensemble du personnel de nos institutions: administrateurs, professeurs, personnel de soutien et étudiants une véritable communauté chrétienne.Communauté qui sait respecter les charismes comme les lenteurs de chacun .plusieurs maisons ont expérimenté depuis dix ans.\u201d (Pastorale-Québec, id.) \u2014\t\u201cIl me semblait qu\u2019il fallait aller vers toute une population qui n\u2019était pas rejointe par les formes de pastorale auxquelles nous étions habitués.\u201d (Communauté Chrétienne, juil.oct.70, p.348) \u2014¦ \u201cDans le contexte actuel, les agents de pastorale, les professeurs de catéchèse, constatent que les jeunes et adultes sont disposés à travailler avec enthousiasme à un projet à court terme au niveau de la masse.\u201d (Communauté Chrétienne, jan.-fév.72, p.18) 744 L'ACTION NATIONALE Enfin, il y a ceux qui abandonnent le projet d\u2019 \u201cécole chrétienne\u201d pour ériger les contraintes sociales actuelles en normes du projet futur de l\u2019action d\u2019Église.Pierre Angers, S.J.dans Prospectives, acceptera des écoles neutres accompagnées d\u2019équipes pastorales marginales (fév.68 pp.17 ss).(cfr annexe p.10).B- La situation d\u2019ensemble: L\u2019action pastorale scolaire semble éviter le conflit entre les normes aristocratiques de l\u2019Église et le milieu areligieux ou démocratique étudiant.S\u2019il y a aspiration, en hauts lieux, pour la reconstruction d\u2019un catholicisme en milieu scolaire, les moyens pris en ce moment semblent persuasifs et donc conformes à la mentalité démocratique du milieu étudiant.Il arrive même que la situation de fait soit proposée comme norme sociologique de l\u2019action future de l\u2019Eglise.Textes \u2014 ressources Rémi Cusson, Un itinéraire pastoral en milieu universitaire, Communauté Chrétienne, juillet-octobre 1970 (page 1) Paul Grégoire, L'école chrétienne: une valeur à promouvoir, L\u2019Église Canadienne, mars 1974 (page 3) Victor Chartier, L'animation communautaire en milieu scolaire, Communauté Chrétienne, janvier-février 1972 (page 6) Jean Gagnon, Des lieux d'éducation chrétienne, Pastorale-Québec, 30 mai 1974 (page 8) Pierre Angers, Confessionnalité ou pastorale dans l'école?, Prospectives, février 1968 (page 10) Réjean Malenfant et Jean-Yves Landry, Évaluation et Carrefour Étudiant ((Service de la Pastorale), janvier 74 - juin 74.Réjean Malenfant, Flash sur l\u2019étudiant 73-74, mars 1974. EX LIBRIS Notre premier XIXe siècle (1790-1890) par Pierre Trépanier 746 L\u2019ACTION NATIONALE Depuis les Perrault, Viger, Bibaud et Garneau, la société québécoise produit ses historiens comme la vigne ses raisins.Les années 50 nous ont donné des professionnels de grand cru.Fernand Ouellet s\u2019est distingué dans ce groupe pourtant nombreux et il jouit d\u2019une réputation particulièrement flatteuse.Non seulement on lui doit les recherches les plus poussées sur l\u2019évolution socioéconomique de la vallée laurentienne de 1760 à 1850\">, mais encore on lui est redevable, pour une bonne part, de la réorientation de l\u2019historiographie québécoise.Grâce à lui et à quelques collègues, les historiens d\u2019ici ont assimilé les méthodes et les problématiques de l'école française des Annales, ce qui leur a permis d\u2019explorer des strates de notre passé restées jusque-là intouchées.C\u2019est un autre gros ouvrage de plus de 500 pages que nous offre Ouellet: Le Bas-Canada, 1791-1840, Changements structuraux et crise{2).L\u2019auteur s\u2019y montre fidèle à lui-même: un texte dense appuyé sur des séries statistiques: une explication multiple, intégrant le social, le mental et le politique, mais fondée en définitive sur l\u2019économique.Tout ce qu\u2019il faut pour attirer le spécialiste, irriter l'honnête homme et rebuter le lecteur moyen, d'autant que la langue est parfois incorrecte ou imprécise, le style lourd, embarrassé.Mais c\u2019est un livre important.L\u2019interprétation de Ouellet reste la même quoiqu\u2019elle se nuance ici et là grâce aux patientes recherches que l\u2019auteur n\u2019a cessé de mener depuis la parution de son Histoire économique et sociale.La crise de l\u2019économie rurale et les pressions démographiques qui se dessinent au début du XIXe siècle, constituent les principaux aliments d\u2019un mécontentement rural qui s\u2019exprime par le canal du parti canadien et patriote et, ensuite, dans un mouvement insurrectionnel dirigé par les classes moyennes canadiennes-françaisesi3>.Ce mouvement insurrectionnel est une révolution avortée de caractère essentiellement nationaliste et conservateur, mises à part certaines manifestations de radicalisme en 1838.Phénomène nationaliste, donc, pour Ouellet, phénomène social. NOTRE PREMIER XIXe SIÈCLE 747 Prenant pour terme de référence les révolutions européennes, l\u2019auteur considère que la crise rurale aurait dû braquer les revendications populaires contre la féodalité, c\u2019est-à-dire les droits du seigneur et la dîme du clerc.Mais ces énergies révolutionnaires ont été perverties par une idéologisation massive des couches populaires, à laquelle s\u2019est livrée la bourgeoisie canadienne-française des professions libérales, classe montante, à la recherche de la domination dans la société.L\u2019idéologie que ce groupe a sécrétée et diffusée était un nationalisme politiquement libéral mais socialement conservateur.Elle chargeait l\u2019Anglais, devenu le bouc émissaire, de tous les maux affligeant la société rurale bas-canadienne.À la faveur de cette interprétation \u2014 sincère sans doute pour la plupart des patriotes, mais qui n\u2019en déformait pas moins la réalité objective \u2014le groupe des notaires, des avocats, des médecins, des arpenteurs et des commerçants s'appliquait à promouvoir ses intérêts de classe.Son objectif était donc double: conquête de l\u2019autonomie du Bas-Canada à l\u2019égard de l\u2019Empire britannique et préservation de la ruralité canadienne-française, avec les institutions nationales qu\u2019étaient l\u2019Église et le régime seigneurial.À la tête de ce mouvement indépendantiste et réactionnaire était Papineau, chef incontesté jusqu\u2019à sa fuite ignominieuse quand éclatèrent les premières pétarades.En somme, un grand destin, mais un pauvre type.De cette aventure malheureuse, le clergé sortit vainqueur.Débarrassé de ses rivaux les plus dangereux, il s\u2019empara de la gouverne de la société canadienne-française.Et pourtant une alliance avait été bien près de se réaliser entre l'Église et le parti patriote, à l\u2019instigation de Mgr Lartigue, si seulement les chefs laïcs avaient repoussé tout anticléricalisme et s\u2019ils s\u2019étaient gardés de l\u2019irréparable: la rébellion contre l\u2019autorité établie.Les soulèvements permirent aussi aux marchands anglophones de Montréal et de Québec d\u2019obtenir que la métropole mît fin à cette aberration qui l\u2019avait poussée à tronçonner en deux entités politico-culturelles l\u2019unité géoéconomique que constituait la vallée laurentienne: ce fut l\u2019Union.Fernand Ouellet appartient à la génération et à l\u2019école de Cité libre, pour qui le nationalisme ne saurait être qu'une 748 L'ACTION NATIONALE déformation subjective et obscurantiste.Il se montre insensible à la rationalité culturelle, qui perd tout poids devant la logique économique.Il partage le point de vue des marchands britanniques et de leur principal historien, Donald G.Creighton.Un auteur plus réceptif aux solidarités culturelles aurait peut-être opiné qu\u2019il n\u2019y avait pas nécessairement incompatibilité absolue entre les intérêts de classe des hommes de professions libérales et ceux de l'ensemble de la nation, dont ils aimaient à se croire l\u2019avant-garde éclairée.Pour soutenir sa thèse, Ouellet ne se contente pas d\u2019invoquer les faits historiques, il consulte sa boule de cristal: L\u2019indépendance, en brisant les deux secteurs les plus dynamiques de l\u2019économie: le commerce du bois et le trafic des céréales avec l\u2019Ouest, aurait enraciné le sous-développement pendant plusieurs décennies et renforcé les seigneurs et le clergé'41.Ainsi un événement politique (l\u2019indépendance) aurait réussi à opérer des changements structurels alors que, toujours selon Ouellet, un autre événement politique (la conquête) n\u2019avait eu aucune emprise sur les structures économiques.Quant à la révolution avortée de 1837-8, l\u2019auteur récuse la thèse du complot bureaucrate, de la provocation151: les patriotes avaient bel et bien mis au point un scénario révolutionnaire, dont l\u2019échec s\u2019explique par la faiblesse du commandement patriote'6» et par l\u2019action du gouvernement qui, en lançant des mandats d\u2019arrestation, a pris de vitesse les conspirateurs.Si le district de Québec n\u2019a guère bronché alors que la région de Montréal se soulevait, c\u2019est que l\u2019économie, surtout à cause du commerce du bois, y était moins touchée par la crise et que le groupe patriote y était plus divisé: les modérés, supérieurs en nombre et en influence à ceux de la région de Montréal, résistèrent aux efforts pour les mettre au pas que multipliaient les chefs patriotes, presque tous du district de Montréal.La thèse de Ouellet s\u2019appuie sur une érudition excep-tionnelle'7».Mais l\u2019auteur a le tort de faire des affirmations NOTRE PREMIER XIXe SIÈCLE 749 massives sans les étayer d\u2019un apparat critique fourni et en citant ses sources beaucoup trop parcimonieusement.Le lecteur averti n\u2019aime pas qu\u2019on exige de lui des actes de foi.La preuve concernant le scénario révolutionnaire, par exemple, laisse l'esprit critique quelque peu insatisfait.Cependant, tel qu\u2019il est, cet ouvrage apparaît comme un impressionnant monument, que seules pourront saper des recherches aussi approfondies que celles que poursuit infatigablement Fernand Ouellet.Le désir de mieux cerner notre XIXe siècle a suscité ces dernières années plusieurs ouvrages de qualité.Soulignons l\u2019étude de Richard Chabot sur le curé de campagne de 1791 à 1837-38,8).L\u2019auteur y dépeint un curé aux prises avec la contestation locale, dirigée par les membres des professions libérales de la paroisse, qui, avec l\u2019aide de certains commerçants, réussissent souvent à embrigader des paysans dans leur mouvement.La crise agricole rend ces derniers sensibles à toutes les questions d\u2019argent; perception de la dîme et gestion des biens de la fabrique.Les curés, de leur côté, sont enclins à engager de grosses dépenses pour I ornementation des églises et l\u2019embellissement des presbytères.Ils interprètent ces travaux comme des manifestations de foi chrétienne et de respect pour I Eglise.Réfractaires au libéralisme et soucieux de préserver leur autorité et leurs privilèges, ils s'opposent farouchement à la démocratisation des fabriques.En revanche, ils répondent mollement aux exhortations de leur évêque à construire des écoles pour contrer celles de l\u2019Institution royale ou de l\u2019Assemblée.Les curés enfin s\u2019opposent à la révolution de 1837-38, sauf quelques exceptions, soit par conviction (le seul cas connu est celui de l'abbé Etienne Chartier), soit par peur.Pour sa part, Jean-Louis Roy nous présente une remarquable biographie191 d'Édouard-Raymond Fabre (1799-1854), d\u2019origine modeste, dont l\u2019ascension sociale est basée sur son commerce de librairie.Fabre fut le père d'un archevê que et d\u2019un sénateur.Très attentif à la complexité de l\u2019agir humain, Roy s'applique à mettre au jour les couches superposées des motivations.Il démonte savamment le paradoxe qu\u2019était Fabre: un libéral de tendance, partisan de Papineau, bailleur de fonds de l\u2019Avenir et du Pays, qui, par 750 L'ACTION NATIONALE son activité de libraire, se met au service de la contre-révolution catholique, du programme de reconquête religieuse lancée par Mgr Bourget.Ce libéral a en fait contribué a consolider le pouvoir ecclésiastique.Plus de la moitié de son inventaire, à son décès, était constituée d'ouvrages religieux.Le clergé et les maisons d'enseignement étaient ses plus gros clients.Mais, par une série de compromis, il tenta de concilier ses affaires et ses convictions libérales.Ainsi une partie des profits gagnés dans ses ventes auprès du clergé servaient à soutenir la presse rouge, comme on l\u2019a vu.«Avec d'autres, conclut Roy, mais avec une constance et une fidélité exemplaires, il a tenté de briser l\u2019isolement et la sujétion des siens'10\u2019\u201d: l\u2019isolement, grâce aux relations culturelles franco-canadiennes que favorisait sa librairie; la sujétion, grâce à l\u2019appui multiforme et indéfectible qu\u2019il donna à la cause des patriotes.Notre premier XIXe siècle se caractérise donc par des contestations sociales et une lutte de libération nationale, pendant que la société se restructurait.Au terme de ce processus, le clergé et les éléments modérés, désormais dominants, des professions libérales ont scellé leur réconciliation et signé un pacte de partage du pouvoir.C\u2019est sur ce consensus des élites que la relative unanimité de notre second XIXe siècle s'est fondée.Au nationalisme des patriotes en a succédé un autre, qui, par delà la répression, a préservé les conditions minimales de renaissance du projet d'affranchissement collectif.C\u2019est là une interprétation légitime \u2014 et qui en vaut bien d\u2019autres \u2014 de notre cheminement au siècle dernier.Ainsi, par la volonté de l\u2019historien, avec la complicité de son public, se recréent, génération après génération, l\u2019unité et le sens de leur commune aventure.1\tHistoire économique et sociale du Québec, 1760-1850, Structures et conjoncture, Montréal, Fides, (1966), xxxii-639 p.2\tOttawa, Ed.de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1976, 541 p.3\tF.Oueilet, Le Bas-Canada., p.9-10.4\tF.Oueilet, op.cil, p.485.5\tC'est la thèse soutenue par Gérard Filteau dans son Histoire des patriotes, nouv.éd., (Montréal), L\u2019Aurore, 1975, 492.6\tF.Oueilet, op.cit., p.487. NOTRE PREMIER XIXe SIÈCLE 751 7\tCette érudition n'est cependant pas sans faille.Ainsi le seigneur Joly de Lotbinière n'a jamais existé.Il s\u2019agit sans doute de Pierre-Gaspard Joly, époux de Julie-Christine de Lotbinière.La descendance des Lotbinière par les mâles s'était éteinte à la mort du père de cette dernière, Eustache-Gaspard.C'est leur fils, Henri-Gustave Joly, qui beaucoup plus tard, adjoignit à son nom le patronyme Lotbinière.8\tLe Curé de campagne et la contestation locale au Québec., Montréal, Hurtubise HMH, 1975, 242 p.9\tÉdouard-Raymond Fabre, libraire et patriote canadien (1799-1854), Contre l\u2019isolement et la sujétion, Montréal Hurtubise HMH, 1974, 220 p.10\tIbid., p.17. ACTUALITÉS SUR LE VIF par Patrick Allen ACTUALITÉS SUR LE VIF 753 Le Québec des libertés menacé par la désobéissance civile Quoi que disent les propagandistes de la peur du changement, le Québec a toujours été la terre des libertés par excellence au Canada depuis son origine et il doit le rester.Mais la liberté est limitée par certaines servitudes et contraintes que définissent les lois et les règlements établis par le pouvoir légitime.Ce dernier a le devoir d\u2019assurer aux individus et aux communautés les moyens efficaces de s'épanouir selon leurs virtualités propres, dans l\u2019ordre et non l\u2019anarchie.Comment accepter alors que les milieux scolaires de la communauté anglophone de Montréal, soutenus en particulier par ce personnage étrange qu'est Robert Sauvé, commissaire à la CECM, n\u2019hésitent pas à inciter à la fois à la désobéissance civile et à contester la loi 101 ?Bien sûr, par une évidente préoccupation électorale, le cabinet fédéral a donné son appui financier aux contestataires qui veulent combattre certaines parties de cette loi.Préconiser la désobéissance civile est une forme ou-trageuse de subversion, de provocation, de soulèvement des francophones contre les anglophones.Tout cela accélère le mouvement du Québec vers la séparation du reste du Canada.Trente après l\u2019intervention des vrais pouvoirs au Québec Il y a trente ans intervenaient les vrais détenteurs des pouvoirs au sein de la société québécoise.En mars 1948, Burton Ledoux publiait l\u2019article le plus explosif jamais écrit dans la revue Relations: La silicose de Saint-Rémi d\u2019Amherst à l\u2019Ungava.Les détenteurs du pouvoir intervinrent: l\u2019establishment financier, le gouvernement et l\u2019Église.Au fond, c'était la dictature du pouvoir financier.Les lecteurs de l\u2019article de Relations, en mars 1978, qui rappelle ces faits, est écrit par Jean-Pierre Richard, journaliste à La Presse et originaire de Saint-Rémi d\u2019Amherst.Il a vécu l\u2019atroce drame de la silicose qui avait envahi le village.Cette page d\u2019histoire est digne d\u2019un film qui ouvrira lesyeux aux jeunes comme à leurs aînés. 754 L\u2019ACTION NATIONALE Il faudra retenir que l\u2019équipe de Relations \u201cne s\u2019est jamais dédite, preuve que la vérité a gardé ses droits, malgré l'effort mesquin et odieux qu\u2019à déployé Hugh O\u2019Donnell, gendre de Louis Saint-Laurent et avocat de puissantes sociétés d\u2019affaires, pour effacer le texte de Burton Ledoux.La légende créée autour de Mgr Charbonneau est définitivement crevée.Témoignage du président d\u2019une grande banque \u201cLe problème majeur du Québec, c\u2019est le reste du Canada! Il y a un travail énorme à accomplir pour expliquer et convaincre les autres Canadiens que la culture et les valeurs ne sont pas les mêmes au Québec et chez eux.Une des choses que personne ne semble comprendre, c\u2019est que, pour un Québécois, le Québec constitue son foyer principal, tandis que pour nous, c\u2019est le Canada.\u201cLe Québec doit jouir d\u2019un statut particulier dans ce pays; il n\u2019est pas simplement une province comme les autres mais contient une plus grande dimension.Les Québécois sont d\u2019abord Québécois et Canadiens ensuite; que vous aimiez cela ou non, c\u2019est fondamental.C'EST UN FAIT, et nous devons nous y faire.Cette petite phrase fait toute la différence d'approche entre deux groupes.\u201d.C\u2019est de la bouche même du président de la Banque Canadienne Impériale de Commerce, M.Russel E.Harrison, que sort cette déclaration lucide, courageuse et honnête, lors d\u2019une entrevue qu\u2019il accordait en mars 1978 à la revue \u201cEXECUTIVE\".M.Harrison a ajouté qu\u2019un politicien du Québec, qui lui affirmait récemment que le problème serait réglé quand Lévesque sera battu, affichait un raisonnement \u201cde balivernes\u201d et rêvait en couleurs.Même si le référendum était négatif, rien ne sera réglé, du point de vue du président-banquier, pour les raisons données.Enfin, M.Harrison détruit le \u201cmythe\u201d de la soi-disant incompétence des Québécois en affaires et illustre sa conviction en disant que la Banque de Commerce \u201cexporte\u201d maintenant des employés du Québec vers d\u2019autres provinces.S\u2019il y avait seulement dix hommes de l\u2019envergure de M.Harrison chez les leaders anglophones d\u2019entreprises, autant parmi les politiciens et les journalistes d\u2019élite anglophones et francophones, les rapports entre les deux principaux groupes ethniques seraient plus harmonieux.À commencer par P.-E.Trudeau, en passant par ses ministres francophones, la ACTUALITÉS SUR LE VIF 755 leçon est cinglante de réalisme: l\u2019apprendront-ils?À nous, leurs électeurs, de leur inculquer de force avant ou pendant le prochain scrutin.C\u2019est un premier ministre comme ce président de banque qu\u2019il faut chercher et placer à la tête du pouvoir central si l\u2019on veut engager un dialogue pour bâtir l\u2019avenir! Pour éclairer le débat sur l\u2019avenir du Québec Même si le parti québécois n\u2019a pas encore défini au grand jour ce qu\u2019il préconise comme souveraineté-association dont chacun parle un peu à tort et à travers, il est possible d'entrevoir avec assez de précision ce qu\u2019il proposera et les conséquences qui en résulteront.Pour répondre à cette question et pour éclairer le choix sur la formule la plus souhaitable à retenir, il faut une vision claire de l\u2019interdépendance du Québec avec le reste du Canada.C\u2019est ce que Carmine Nappi tente de mettre en lumière dans un article fort documenté paru sous le titre La Souveraineté-Association et ia situation commerciale du Québec dans le Canada, un des nombreux articles publiés dans GESTION, de février 1978.M.Nappi est professeur en économie internationale à l'École des HEC et donne des cours sur l\u2019économie des produits de base au Centre d\u2019Études en administration internationale.Dans son article, M.Nappi analyse les étapes de l'intégration économique, la dépendance de la structure d\u2019exportations du Québec et du Canada sur les marchés internationaux, le commerce interprovincial canadien de produits manufacturés et l\u2019évaluation des formes d\u2019association possibles: libre-échange Canada-Québec, union douanière, marché commun et intégration économique.Les lecteurs ont intérêt à lire cette étude scientifique avant de s'engager dans les débats sur les coûts nets de la \u201cconfédération\u201d, débats qui risquent d'être longs, partisans et même démagogiques.Le texte du professeur Nappi est enrichissant et lucide.Bandeen du CN inflige un démenti à Sinclair du CP et au Montreal Star Ian D.Sinclair, président du Canadien Pacifique (CP) qui siège aussi au conseil d\u2019administration de la Sun Life, a 756 L'ACTION NATIONALE menacé au début de mars 1978, de transporter ailleurs qu\u2019à Montréal le siège social de cette compagnie si la langue du siège social ne continue pas à être l\u2019anglais.Quelque 48 heures après cette déclaration de Sinclair, le président-directeur général du Canadien National (CN), M.R.-A.Ban-deen a déclaré que le chapitre de la loi 101 qui traite de l\u2019accès à l\u2019école anglaise n\u2019a eu aucun effet significatif sur les vacances de poste au siège social du CN dont l\u2019immeuble est voisin de celui du CP et que, par conséquent, il ne voit pas de problèmes de ce côté.Ce démenti catégorique infligé par Bandeen du CN à la déclaration de Sinclair a été passé sous silence dans le Montreal Star, dans un éditorial du mardi, 8 mars, qui magnifie à l\u2019emporte-pièce les propos rageurs et rétrogrades du président du Canadien Pacifique.Aussi Michel Roy, du journal Le Devoir, dans son éditorial du 8 mars, sous le titre APÔTRES DE LA MOROSITÉ, reproche-t-il à ses amis du Montreal Star d\u2019avoir exalté \u201cles déclarations de M.Sinclair sans faire une seule référence à la réplique de M.Bandeen ce qui est indigne d\u2019une presse anglophone que l\u2019on avait crue honnête en dépit de son opposition souvent forcenée au régime.La liberté de combattre ne la dispense pas du droit d\u2019informer complètement et de commenter honnêtement.\u201d Cette propagande de la morosité et du défaitisme est une forme subtile de chantage et de sabotage psychologique qu\u2019entretiennent trop de média au non d\u2019un certain establishment dépassé et d\u2019une opposition politique assoiffée du pouvoir à son service, et non dévouée à toute une communauté qui cherche à s\u2019affirmer.Il faut combattre cette perfidie.Plaidoyer pour l\u2019efficacité dans la diversification Connaissez-vous le premier magazine entre l\u2019Europe et l\u2019Amérique du Nord?Il s\u2019appelle EUROQUÉBEC et il a commencé à paraître en mars 1978.Il est né de la volonté de journalistes-entrepreneurs européens et nord-américains de mettre un outil inédit de communication entre les mains des hommes d\u2019affaires, industriels et commerçants des deux continents animés du vif désir de créer, d\u2019innover, ACTUALITÉS SUR LE VIF 757 d\u2019échanger, etc.Le grand jeu se jouera en faveur des exportations de biens et de services.Le magazine véhiculera tous les mois de nouvelles informations pour y arriver.Pour les Européens, Il s\u2019agit de prendre pied par l'entremise du Québec sur un marché potentiel de 300 millions de consommateurs en Amérique du Nord.Sur la base de l\u2019accord de coopération signée en 1976 entre le Canada et les Communautés Économiques européennes, les structures existent pour que le magazine puisse renseigner sur les meilleures possibilités d\u2019affaires.Il convient désormais de s\u2019en servir.Pour les Québécois, la C.E.E.constitue son deuxième marché d\u2019exportation pour le cuivre, le minerai de fer, l\u2019acier, la viande, le papier journal et le zinc.Le Québec a aussi d\u2019autres choses à vendre, notamment une technologie avancée dans certains domaines, une expérience de la commercialisation à l\u2019échelle du continent.Tourné vers l\u2019Atlantique et relié au centre du continent nord-américain par la voie maritime du St-Laurent, désireux de diversifier ses rapports économiques pour réduire sa dépendance des États-Unis, le Québec peut devenir une plaque tournante de toute une communauté d\u2019intérêts.Pour savoir et vouloir exporter avec efficacité, le magazine EUROQUÉBEC vient à son heure \u201cet réunit\u201d dans la différence des peuples et des mentalités les trois ingrédients de base à toute réussite: des idées, des capitaux et des hommes dans les secteurs, les plus variés\u201d.Nouvelle réalité québécoise et monde des affaires Au nombre des rencontres entre représentants d\u2019entreprises et du gouvernement de Québec depuis le 15 novembre 1976 en vue d'établir une meilleure compréhension mutuelle et un dialogue constructif, il y en a une qui n\u2019a pas perdu son actualité: le colloque d\u2019août 1977 organisé par l\u2019École des HEC où des agents de la société économique canadienne ont eu l\u2019avantage de se rencontrer et de discuter sous le thème LE MONDE DES AFFAIRES ET LA NOUVELLE RÉALITÉ QUÉBÉCOISE. 758 L'ACTION NATIONALE Le professeur Mattio Diorio a pris prétexte de ce colloque pour écrire d\u2019intéressantes réflexions que l\u2019on peut lire dans Gestion, revue internationale de gestion, de février 1978.Il concentre ses propos sur le concept de la CONFIANCE comme mesure de l\u2019écart entre l\u2019attente et la réalité.Il montre comment la confiance réciproque peut être déterminante dans les rapports entre l'homme politique et l\u2019homme d\u2019affaires, question brûlante d'actualité aussi entre les deux grandes communautés canadiennes.M.Diorio conclut en donnant quelques moyens techniques qui pourraient diminuer les tensions inévitables devant la résistance aux changements apportés par la politique.Il faut que circulent des informations libres, franches et bien documentées entre les secteurs de la société, favoriser les échanges et la participation dans le processus du changement, prendre le temps qu\u2019il faut pour ne pas brusquer la capacité d\u2019absorption et d\u2019adaptation.Quant aux agents de l\u2019entreprise, ils doivent chercher à comprendre les aspirations normales du milieu, ouvrir leurs horizons, mesurer les conséquences de leurs décisions, équilibrer leur appétit du profit aux ressources en présence, mettre davantage l'accent sur leurs responsabilités sociales comme un élément essentiel de créativité, d\u2019innovation et d\u2019invention.Stimuler la recherche pour développer une économie forte La vérité d\u2019où qu\u2019elle vienne, des penseurs, du gouvernement ou de l\u2019opposition, devrait faire les grandes manchettes de la presse écrite et électronique.Ce n\u2019est malheureusement pas toujours le cas.On est inondé de nouvelles à caractère sensationnel et négatif, prise d\u2019otage, grèves, meurtres, guerres, drames d\u2019alcoves, et peu renseigné sur les efforts constructifs en faveur de notre vie économique et sociale.Par exemple, quel bulletin de nouvelles nous a parlé de la politique de recherche et de développement remise en question au pays en mars 1978 et qui fait l\u2019objet de discussions généralement bien étoffées que rapportent le compte rendu officiel des Débats de la Chambre des communes?Pourtant, la recherche est à la base d\u2019une économie forte, dynamique et avant-gardiste, à la source d\u2019emplois nouveaux et de plus en plus rémunérateurs.Qui lit le Jour- ACTUALITÉS SUR LE VIF 759 nal des Débatsde l'Assemblée nationale ou le compte rendu officiel des débats de la Chambre des communes?Entre plusieurs interventions farfelues, on y découvre beaucoup de répliques et d'analyses lucides et constructives.On apprend aussi à mieux connaître députés et ministres.D'après Cyril Symes, député NPD de Sault-Sainte-Marie (Ont.), la planification économique du gouvernement Trudeau est encore à l\u2019heure de C.D.Howe de 1940 à 48, en matière d'orientation et à peu près laissée aux caprices des multinationales et de l'entreprise privée, sans brides et sans contrôle.Le Canada occupe à peu près le dernier rang parmi les pays industrialisés pour ce qui est de l\u2019effort de recherche et de développement, avec seulement 0.36 pour cent du produit national brut à la recherche et au développement, alors qu\u2019il en faudrait 2.5 pour cent.Avec Trudeau, le Canada est comme à l\u2019époque d'Adam Smith, partisan du laisser-faire par l\u2019entreprise privée.Et M.Symes ajoute.\u201cNous ne pourrons jamais dépasser le stade de l'É-CONOMIE DE FILIALE que nous connaissons actuellement.Il y a de l\u2019initiative et des décisions gouvernementales à prendre en collaboration avec l\u2019entreprise privée ou en lui forçant la main.Nous avons vu que l'Allemagne de l'Ouest, le Japon et les pays Scandinaves ont réussi à le faire\u201d, continue toujours Symes.Comment le Québec peut-il s\u2019affirmer dans un contexte où le fédéral piétine et accapare de plus en plus les leviers de commande pour maintenir une telle stagnation?C\u2019est là une vérité que Ton apprend à la lecture du compte rendu officiel des débats.Pourquoi le Québécois n'aime pas visiter les autres régions du Canada?Parce que dans le Canada anglais il y a \"peu de choses uniquement canadiennes, on nous dit souvent: \u201cspeak white\u201d, ou parlez anglais: on sert de la nourriture terrible comme le Big Macs, le poulet frit à la Kentuky, des toasts au caoutchouc, de la salade congelée et de la confiture dans de petites boîtes.\u201d C\u2019est à peu près en ces termes que Madame Solange Chaput-Rolland s\u2019est exprimée, en s'excusant, devant les représentants de l\u2019industrie des voyages dont ceux de Air Canada, à Ottawa, lors du passage des membres de la Commission Pépin-Robarts, dont elle fait partie.Il fallait le dire en un style aussi direct pour favoriser la compréhension 760 L\u2019ACTION NATIONALE entre les deux principales communautés canadiennes.Voilà encore une autre facette de nos petits problèmes entre Canadiens et qui illustre pourquoi les Québécois ne se sentent pas chez eux en dehors de leur province.Preuve que l\u2019unité nationale est faite d\u2019une foule de petites attentions mutuelles qui sont loin d'être acquises: \u2014 Serait-ce toujours un rêve voisin de l\u2019utopie?Le plus vaste ouvrage jamais entrepris au Québec Le premier de quatre tomes du DICTIONNAIRE DES OEUVRES LITTÉRAIRES DU QUÉBEC vient de paraître chez Fides et est en vente dans la plupart des librairies.Dirigée par le professeur Maurice Lemire de l\u2019Université Laval, la série qui s\u2019échelonnera entre 1978 et 1982, est le plus vaste ouvrage jamais entrepris sur la littérature québécoise.Le premier volume, abondamment illustré, renferme 625 articles, 255 biographies et se déploie sur près de 1000 pages qui ont fait appel à près de 100 collaborateurs.Il va des origines à 1900.Les textes d\u2019appoint comprennent une introduction générale à la littérature du XIXe siècle au Canada, une chronologie comparative des événements littéraires et culturels, un index onomastique et la bibliographie la plus complète jamais publiée dans le domaine littéraire d\u2019avant 1900.La rédaction du premier tome était terminée en 1974, mais la publication a été retardée par un certain nombre d\u2019ennuis financiers comme le refus du Conseil des Arts du Canada de verser les $300,000 demandés comme subvention, puis l\u2019opposition des administrateurs de Power Corporation qui, le 24 juin 1974, ont donné un contre-ordre à Hubert Aquin, alors directeur littéraire des Éditions La Presse.Encore des échecs auprès de plusieurs maisons d\u2019édition au Québec.Le ministère des Affaires culturelles du Québec soutient le projet.Avec l\u2019appui particulier de Camille Laurin et la participation du ministère de l\u2019Éducation, le projet est devenu réalité.Nous avons là un grand ouvrage de référence touchant un patrimoine national.Dix années de perdues pour refouler la mainmise étrangère: Tous les vendredis, l\u2019agence d\u2019examen de l\u2019investissement étranger au Canada (AEIE) publie la liste des ACTUALITÉS SUR LE VIF 761 entreprises qui, dans presque tous les cas, ont reçu le feu vert d\u2019Ottawa pour passer à des firmes étrangères.Curieusement Jack Horner, le ministre de l\u2019Industrie et du Commerce, à Ottawa, s\u2019est dit heureux de ne passer aucun jour sans recevoir une requête d\u2019agents de l\u2019extérieur qui convoitent des entreprises canadiennes.Comme si le Canada est bien à vendre aux étrangers: Pour empêcher les centres de décisions ultimes de traverser la frontière, avec tout ce que cela comporte de perte en hommes-clés, en hauts salaires et en débouchés pour les jeunes universitaires qualifiés, le gouvernement fédéral avait créé la Commission Watkins composée de plusieurs économistes dont M.Bernard Bonin du Québec.Au moment de la publication du rapport Watkins, les investissements étrangers étaient de 27 milliards de dollars au Canada; ils atteignent maintenant 69 milliards.Une étude récente de Statistiques Canada nous apprend que le contrôle de près de 350 des 500 plus importantes compagnies canadiennes est entre les mains de leaders de l'extérieur.Par malheur, M.Trudeau a été élu quelques mois après la présentation du rapport qui est resté à peu près lettre morte, parce que \u201ccet homme qui a dominé la vie politique depuis 1968 n\u2019a jamais admis l\u2019idée d'un certain nationalisme économique au pays.Aussi la mainmise étrangère est-elle lourde, en particulier dans les secteurs à forte croissance économique: pétrochimie, ordinateurs, machinerie, électronique, produits chimiques, automobile.Cette question de la propriété de l\u2019industrie canadienne ne semble inquiéter que de petits groupes au Canada anglais: le comité pour un Canada indépendant, le NPD, le Toronto Star.Les nationalistes canadiens-anglais hésitent à élever la voix: \u201cComment, en effet, réclamer pour le Canada face aux États-Unis ce qu\u2019on refuse au Québec par rapport à l\u2019axe Toronto-Ottawa?\" Quand les libéraux étaient minoritaires, la situation s'était améliorée.Deux organismes ont vu le jour: I agence de tamisage et la Corposation de développement du Canada.Ces organismes sont des trompe-l\u2019oeil et pourraient disparaître tant ils sont inefficaces, étant donné l\u2019attitude des ministres fédéraux.Le grand universitaire torontois, Watkins, est pessimiste sur la volonté et surtout sur la capacité de 762 L'ACTION NATIONALE l\u2019entreprise privée pour consolider, sans l\u2019aide de l\u2019État, l\u2019actif industriel du pays.Laurier s\u2019était opposé aux efforts de l\u2019Ontario qui voulait reprendre le contrôle de son nickel; Trudeau a permis l\u2019achat de Texagulf, mais il n\u2019a rien changé au fait que le siège social est encore à New York, comme pour le nickel.Watkins rappelle que, \u201ctraditionnellement Ottawa a toujours été du côté des compagnies contre les provinces\".Il cite l\u2019exemple de la potasse en Saskatchewan où le gouvernement fédéral s\u2019est associé au cartel des multinationales dans la guérilla juridique devant la Cour suprême.En attendant que la population se décide à élire à Ottawa un gouvernement qui voudra bien se servir du rapport Watkins pour rendre le Canada un peu plus maître de ses ressources, les provinces doivent elles-mêmes reprendre leurs affaires en mains avec une attitude plus énergique et plus agressive.L\u2019aide fédérale aux Anglo-Québécois contre le Québec Le secrétariat d\u2019État a émis le 10 mars à Ottawa une déclaration qui annonçait une nouvelle politique fédérale d\u2019aide aux minorités linguistiques qui voudront contester les restrictions apportées par les gouvernements des provinces aux articles 93 et 133 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique.Il s\u2019agit d\u2019une nouvelle insolence et d\u2019une nouvelle provocation du fédéral contre le Québec.Jean-Claude Leclerc, du journal Le Devoir, riposte d\u2019une façon cinglante, le 14 mars, dans un article qui a pour titre: DES SUBVENTIONS DISCRIMINATOIRES.Oui, subventions discriminatoires, parce qu\u2019elles s\u2019en prennent en fait non pas à toutes les provinces du pays, mais au seul Québec comme si les minorités canadiennes-françaises n'avaient aucun sujet de plainte.M.Gérard Filion, l\u2019ancien directeur du Devoir, l\u2019apprend à ses dépens en Ontario; les francophones des autres provinces en font à peu près autant depuis plus d un siècle.Ce programme discriminatoire est nettement conçu et mis en oeuvre comme un nouveau privilège aux ACTUALITÉS SUR LE VIF 763 anglophones au Québec pour les encourager à contester la loi 101, à maintenir un climat de tension, d\u2019incitation à la désobéissance civile, d\u2019anarchie dans le milieu en dressant les gens contre un pouvoir établi.C\u2019est une forme de subversion déguisée par le pouvoir central qui veut dominer les provinces et surtout le Québec, jugé trop récalcitrant.Discriminatoires, ces subventions le sont aussi par le fait qu\u2019elles n\u2019encouragent pas à contester aussi certaines lois du gouvernement fédéral dans d\u2019autres domaines et qu'elles ne sont disponibles, en pratique, qu\u2019à la minorité puissante et riche du Québec.Le gouvernement fédéral se réserve de peser le \u201cmérite juridique de chacun des cas avant de verser sa subvention.Elles sont enfin subversives ces subventions à cause de la feinte du paravent où se cache le cabinet fédéral: il ne veut pas prendre ses responsabilités, aller lui-même consulter la Cour suprême qui, complaisante à l\u2019extrême, s\u2019avilirait davantage en accédant à ses demandes.La contorsion et l\u2019effronterie du gouvernement fédéral sont si évidentes même à la masse des Québécois encore capables de réfléchir que 15 interventions récentes à une ligne ouverte à la radio les ont décriées! La question aux auditeurs à la radio avait été posée objectivement et sans émotivité: \u201cLe fédéral doit-il subventionner la contestation, devant les tribunaux, des lois des provinces?\u201d À cette question, tous ont répondu NON et la plupart ont accompagné leur réponse de commentaires et d'épithètes marqués au coin de la plus grande indignation! Pourquoi Trudeau et son cabinet ont-ils pris le risque d\u2019instaurer une telle politique aussi insolente pour les Québécois à la veille des élections?Plusieurs observateurs croient que le premier ministre et ses acolytes francophones veulent gagner le vote anglophone assurés qu\u2019ils sont \u201cD\u2019AVOIR DÉJÀ LES QUÉBÉCOIS DANS LEUR POCHE\u201d.Rien n\u2019a donc changé depuis Laurier et Saint-Laurent.Les électeurs québécois resteront-il dupes d\u2019une telle provocation et réagiront-ils avec plus de lucidité au prochain scrutin?Clark, le sans inspiration, a manqué toutes ses chances avec un Québec à la recherche d\u2019un fédéral ouvert! 764 L'ACTION NATIONALE Ovila Légaré grand comédien de chez nous L\u2019Action Nationale n\u2019a pas été insensible à la mort récente de ce titan de la scène et de la chanson que fut pendant plus de 50 ans Ovila Légaré.Il a été tout à la fois conteur, auteur, chanteur et acteur.Il a su comprendre et aimer les mille et une petites choses de son terroir et gagner, par sa chaleureuse personnalité, le coeur de tous ceux qui l'ont vu et entendu.Gilles Pelletier l\u2019a particulièrement senti lors de la tournée de l\u2019Égrégore en Europe au printemps de 1966: \u201cOvila Légaré volait littéralement la vedette.Il a séduit les Français de manière inestimable.On le questionnait; il racontait, et devenait une sorte de symbole de notre nation.Son authenticité était très grande\u201d.Trop de soi-disant intellectuels l\u2019ont \u201csnobbé\u201d ou boudé sans avoir apporté eux-mêmes le millième de ce qu\u2019il a donné par ses créativités à l\u2019affirmation de sa petite patrie.Aux Québécois qui fréquentent souvent la Floride S'il reste une once de fierté aux Québécois qui vont se prélasser en Floride, qu'ils ripostent violemment, et faits à l\u2019appui, contre la vision perfide du Québec projetée dans la revue MIAMI MAGAZINE et dont a fait état Normand Girard dans le Journal de Montréal, du 13 mars: L'article signé par Sylvain Moyer évoque les spectres d\u2019Hitler et de l'Allemagne Nazie, des communistes de Cuba, des camps de concentration de Dachau et d'Auschwitz, l\u2019antisémitisme de Duplessis en relation avec l\u2019avènement du Parti québécois au pouvoir, Toute une salade de faussetés et un prétendu climat d\u2019apocalypse au Québec créés de toute pièce par la plupart des quotidiens anglophones du pays et propagés à l\u2019aveuglette par les média américains.Trop de francophones contribuent aussi à maintenir cette noirceur partisane.Les Québécois qui dépensent des centaines de millions par année en Floride auront-ils au moins un leader réaliste pour rétablir les faits qui, ainsi dénaturés, finiront par jouer contre eux.Il y a des silences qui empoisonnent l\u2019existence et tuent plus que les canons et les mitrailleuses. ACTUALITÉS SUR LE VIF 765 Deux peuples souverains et associés \u201cLe Canada doit se rendre à l'évidence qu\u2019une partie de sa population actuelle forme un peuple distinct, en a pris conscience et veut être traitée en conséquence.Le Québec a sa langue, sa culture, son histoire et son gouvernement qui n\u2019a jamais été, contrairement à ce qui se passe ailleurs, dans les provinces canadiennes, une simple administration locale.\u201d Voilà un fait qu\u2019a rappelé Jean Martucci, prêtre catholique et professeur agrégé à la faculté de théologie de l'Université de Montréal, dans un mémoire présenté à titre individuel à la Commission sur l\u2019unité canadienne.Jean Martucci a fait la preuve de ses convictions personnelles qui sont aussi celles de la majorité de la collectivité francophone lucide du Québec, tout en exprimant sa méfiance face aux efforts des commissaires \u201ccomme une tentative de récupération des souverainistes et de rassemblement de dernière chance des fédéralistes\u201d.L\u2019auteur soutient sans ambages que les francophones au Québec veulent accéder à la souveraineté avec tout ce que cela comporte de changements sociaux, politiques et constitutionnels.Il faut lire et diffuser ce mémoire.Pourquoi avoir boudé la Commission Pépin-Robarts?Une vingtaine d\u2019organismes représentant la quasitotalité des sociétés nationales du Québec, et le Parti acadien ont répondu à l\u2019invitation du Mouvement national des Québécois à l'hôtel Méridien, le 15 janvier, pour informer la population sur leur refus de paraître à la Commission de l\u2019unité canadienne, dite Commission Pépin-Robarts, dont les séances devaient débuter le 16 janvier.Deux douzaines de journalistes couvrant les principaux média étaient présents et se sont bien acquittés de leur tâche d'information.Les porte-parole des mouvements nationalistes ont rappelé le sort fait à la Commission Laurendeau-Dunton depuis 15 ans.Le nouveau président de la Société St Jean-Baptiste de Montréal, M.Jean-Marie Cossette, n\u2019a pas ménagé ses mots et, dans un court texte, il a résumé ce que tous les chefs de file nationalistes pensent.Le reportage que l\u2019on peut lire dans l\u2019Information Nationale de février 1978 est un document percutant à conserver et à répandre pour 766 L'ACTION NATIONALE aider à prendre conscience de faits vérifiables, face à ce que plusieurs ont qualifié de \u201cCommission de la dernière insulte\u201d.Même le monde anglophone du sport bafoue les francophones Derrière le fait que les francophones brillent dans un grand nombre d\u2019équipes de hockey professionnel, au Canada comme aux États-Unis, se cache une tension que les journalistes n\u2019aiment pas à attiser.Réjean Tremblay, dans L\u2019Actualité de mars 1978, dit, par exemple, que si Bowman, l\u2019entraîneur des Canadiens sait le français, c\u2019est en anglais qu\u2019il s\u2019adresse à ses joueurs et qu\u2019il a assisté à cette \u201cscène absurde de trois ou quatre journalistes francophones parlant en anglais à Bowman qui, de bonne humeur, répondait en français\u201d.Plus loin, il ajoute que la plupart des anglophones du monde du sport au Canada considèrent les francophones comme des êtres inférieurs, battus, émotifs, obsédés par le sexe et le plaisir.Tirez vos conclusions.Si on lève le voile sur ce qui se passe, non plus dans le sport professionnel, mais chez les amateurs à l\u2019échelle canadienne, les bons rapports sont difficiles et tendus.Les intrigues, les décisions injustes foisonnent sur la plupart des plans.L\u2019égalité de chance entre francophones et anglophones est loin d\u2019être acquise.Tout est toujours affaire de \u201ctiraillage\" et de revendication, ce dont les chroniqueurs sportifs ne parlent pas afin de ne pas empirer la situation.Leur silence est coupable! Accession de tout un peuple à la maturité politique Dans une conférence prononcée à l'université Queen\u2019s, le 9 février, Léon Dion a abordé la question du nationalisme québécois, les partis politiques en cause et l\u2019enjeu constitutionnel.Après avoir affirmé et démontré que le Parti québécois n\u2019est pas seulement une formation politique comme les autres, mais qu\u2019il est la version la plus achevée du nationalisme traditionnel, Dion soutient qu\u2019il crée pour les autres partis un dilemme complexe.Ou les autres partis évacueront complètement ce nationalisme ou ils chercheront à s\u2019insérer quelque part entre d\u2019autres formes plus ou moinsédulcoréesetvidesde dynamisme. ACTUALITÉS SUR LE VIF 767 Or le Parti québécois fournit en quelque sorte la preuve \"de l\u2019accession, enfin, de tout un peuple à la pleine maturité politique\u201d, réalité fondamentale dont il faudra tenir compte avec ou sans le parti au pouvoir.Au surplus, affirme encore M.Dion, le Canada anglais doit comprendre que l'avènement de ce parti au pouvoir pose à tout le pays le problème d\u2019une nouvelle société à bâtir, de deux communautés en présence et avec lesquelles il faudra négocier.Il évoque une déclaration signée par quarante-cinq intellectuels anglophones et rendue publique dans le numéro juin-juillet de Canadian Forum qui opte pour cette approche.Une plus grande place aux courtiers québécois Le ministre des finances, Jacques Parizeau, a décidé au début de 1978 de former un nouveau syndicat financier pour les emprunts d'obligations à long terme sur le marché canadien et qui accorde plus de responsabilités et plus de travail aux maisons de courtage détenant leur siège social au Québec.La grande maison montréalaise Lévesque et Beaubien détiendra dorénavant le leadership dans la direction du syndicat financier, tenant seule les livres du groupe, au lieu de partager alternativement cette fonction avec les autres gérants.Les autres responsabilités sont distribuées entre les courtiers québécois selon leur importance et leur performance.Les prestigieux courtiers de Toronto, Wood Gundy et A.E.Ames, conservent une large part des faveurs du ministre des finances québécois à cause de leur connaissance des marchés financiers canadiens, américains et européens.M.Parizeau a, en outre, changé la façon traditionnelle de procéder pour les obligations à court terme en adoptant les techniques de la Banque du Canada.Voilà des décisions réalistes d\u2019avant-garde.\u201cDirection attardée, dans un fédéralisme dépassé\" Dans un article choc écrit spécialement pour la Presse Canadienne et paru dans Le Devoir, du 14 février, M.Eric Kierans situe dans la controverse sur les relations fédérales provinciales, la décision de la Sun Life de déménager son siège social à Toronto.Il intitule son texte : UNE DIRECTION ATTARDÉE DANS UN FÉDÉRALISME DÉPASSÉ.Il analyse 768 L'ACTION NATIONALE d'abord les deux types de contraintes qui font échec surtout depuis 1945 à l'affirmation économique des Canadiens.La première contrainte réside dans les pouvoirs abusifs que s'attribue le fédéral et qui ont transformé le Canada en \u201cÉtat unitaire avec une conception et une politique nationale qui n\u2019est pas un tout découlant de la somme de ses parties, mais une entité nouvelle distincte et séparée des valeurs et des intérêts régionaux.\u201d La seconde contrainte est dans \u201cl\u2019impuissance actuelle des gouvernements provinciaux à réaliser des objectifs économiques contre la résistance au changement de cette concentration de pouvoirs que représentent les grandes sociétés.Dans ce contexte dépassé depuis plus de trente ans au pays, \u201cce serait une grave erreur d\u2019interpréter la retraite de la Sun Life derrière les remparts unilingues de Toronto comme le signal d\u2019un exode des sièges sociaux de Montréal.Le fait est que la Sun Life doit se retirer du Québec.Elle n\u2019a pas le choix, car elle est devenue un ANACHRONISME, une opération entièrement de langue anglaise au sein d\u2019une collectivité de langue française qu\u2019elle n\u2019a jamais reconnue\u201d.M.Kierans finit par démontrer que la Sun Life ne peut s'adapter au Québec comme plusieurs autres grandes entreprises ont commencé et continueront à le faire.Pour les lecteurs les plus jeunes de l\u2019Action Nationale, et qui ont intérêt à méditer l\u2019article dont il est question ici, rappelons que son auteur, Eric Kierans, est ancien président de la Bourse de Montréal et il a été le collègue intime de M.René Lévesque au sein du cabinet Lesage.Il fut plus tard ministre fédéral avant de retourner au professorat en sciences économiques à l'université McGill, carrière qu\u2019il exerce encore. L\u2019impossibilité d\u2019être Canadien par Odina Boutet 770 L\u2019ACTION NATIONALE DÉBAT DE SOURDS Devant une société québécoise consciente d'elle-même, le Canada ne peut plus compter sur l\u2019ignorance.Le Québec lui, pourtant, est obligé dans la fédération de se plier à l\u2019ignorance des anglophones à son sujet.Ce qu\u2019on appelle souvent le \u201cdialogue de sourds\u201d se répète au Canada, à chaque occasion qu\u2019un échange est tenté.Mais on ne tire pas de conclusion et on recommence à chaque fois ce qu\u2019il faudra bientôt appeler une \u201cexpérience d\u2019aveugles\u201d, tellement il n\u2019y a rien à attendre d\u2019un débat truqué.Comment est-il truqué?Le pouvoir, en démocratie, appartient à la majorité.C\u2019est la règle générale.La majorité a donc, au départ, un avantage incontestable, sur lequel elle peut s\u2019asseoir, dont elle peut abuser par toutes sortes de ruses, comme l\u2019ignorance feinte ou réelle.Elle peut ignorer tout ce qu\u2019il semble contraire à son intérêt, comme sa propre nature anglophone, par opposition à la nature francophone de la minorité, comme son nom d\u2019origine, par opposition au nom de la minorité (qui lui sert de nom d\u2019emprunt), comme les postes de commande, par opposition aux postes subalternes de la minorité, comme tout un monde anglais dans lequel le pays est baigné en entier, par opposition à un monde français battu en brèche, somme toute, comme l\u2019ignorance de toute autre chose que l\u2019actuel Canada, l\u2019actuelle Confédération, l\u2019actuelle unité canadienne et l\u2019actuelle prépondérance de la majorité.Il fait bon alors être ignorant.Cette majorité poursuit son objectif.Elle en a le pouvoir.Elle n\u2019a pas fait ce que la minorité espérait du Canada.Elle ignore ce que veut la minorité.C\u2019est bien simple, on ne peut pas lui en faire reproche, elle l\u2019ignore.C\u2019est commode alors de ne pas savoir, quand on s\u2019évite ainsi le reproche, quand on échappe au partage ou à l\u2019échange.Non seulement la minorité ne peut pas se faire comprendre, parce que la majorité est dépourvue de ce talent et qu\u2019elle est pleine de bonnes intentions et d\u2019égards et de belles manières, mais la minorité ne peut pas légitimer son objectif canadien.C'est à ce point-là et c\u2019est strictement exact.Le Canada n\u2019est pas deux gestions, ni deux noms, ni deux L\u2019IMPOSSIBILITÉ D'ÊTRE CANADIEN 771 nations, ni deux objectifs.Il est l'unité canadienne.Il est la prépondérance fédérale.Il est la majorité.ALIÉNATION PSYCHOLOGIQUE Ainsi, une nation vivante est réduite à l\u2019état de minorité d\u2019abord, par soustraction devant la majorité, puis d'aliénation ensuite, par abstraction devant la réalité.L\u2019objectif premier de la minorité française au Canada est sa reconnaissance dans le caractère du pays.Cet objectif est tout simplement répréhensible, inacceptable dans les rouages d\u2019une \u201cbonne gestion\u201d unitaire canadienne.L\u2019objectif même de l\u2019existence du caractère canadien-français est soumis à la prépondérance du caractère canadien, celui de la majorité.Au Canada, il ne peut y avoir deux objectifs canadiens, mais un seul, fédéral, anglo-canadien par son caractère et le caractère de ia gestion.Un point de vue canadien-français n\u2019est pas canadien, tandis qu\u2019un point de vue canadien-anglais est canadien.Les institutions du Canada peuvent servir à le soutenir, à le répandre, à le véhiculer librement et spontanément.C\u2019est le point de vue canadien.Il est légitime et il a droit de cité.Radio-Canada, les associations, les organismes privés et publics peuvent, comme le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux, adopter le point de vue canadien-anglais.Mais si un quelconque dissident adopte le point de vue canadien-français, il est aussitôt mis en contradiction avec l'objectif canadien, l\u2019unité canadienne et toutes les vertus qui s'y rattachent.ÊTRE CANADIEN C\u2019EST ÊTRE CANADIEN-ANGLAIS Perdus dans leur province de Québec, les pauvres vrais Canadiens qui se croient encore chez eux au Canada, n\u2019ont même pas le loisir d\u2019adopter un point de vue canadien qui ne soit pas d\u2019abord le point de vue canadien-anglais.Ils ne le savent pas clairement, car la fiction et la réalité se sont unies dans un mélange indescriptible.Il n\u2019y a pas de caractère canadien-français ni d\u2019objectif canadien-français qui ne soient répréhensibles de quelque façon au Canada.La vertu, les bonnes solutions, les bonnes manières sont toutes canadiennes-anglaises et c\u2019est seulement de ce 772 L'ACTION NATIONALE caractère-là que peut s\u2019inspirer le Canada.Ce n\u2019est pas nécessaire de le dire, il suffit d\u2019utiliser le mot canadien.C\u2019est le nom de tout le monde et ce n\u2019est pas un objet de soupçon.Alors il ne faut pas en discuter chez les Canadiens-Anglais, et quand les Canadiens-Français tentent de le faire, il suffit de ne pas comprendre ce qu\u2019ils veulent dire.C\u2019est là que le débat est truqué, dans le caractère canadien, en autant qu\u2019il n\u2019inclut pas les deux formes et les deux mentalités respectives des deux sociétés culturelles qu\u2019il prétend représenter, caractère unitaire canadien-anglais, qui n\u2019a pas à s\u2019expliquer ni à se justifier, étant légitimé par les règles du jeu officielles, celles de la majorité.Il ne resta à la minorité, à l\u2019intérieur du Canada, qu\u2019à obtenir le changement des règles du jeu, par le remplacement de la majorité simple pour une autre majorité, ou à sortir du jeu.Actuellement, la majorité est anglo-canadienne et elle ignore quel changement on lui demande.En supposant qu\u2019elle cesse de l\u2019ignorer, rien ne la dispose à l\u2019accorder.Bien peu de choses ont préparé l\u2019une ou l\u2019autre société à une solution canadienne, l\u2019anglaise gâtée par une domination facile, la française trompée par une fiction qui l\u2019abuse.Autant la société anglaise est mal préparée à vivre avec ces gens différents d\u2019elle, autant la société française est peu entraînée à soutenir son caractère jusqu\u2019à la compétition.Le Canada n\u2019a pas fourni l\u2019occasion ni à l\u2019une ni à l\u2019autre de s\u2019éprouver librement.Ce pays est générateur d\u2019immaturité pour les Anglais et, pour les Français, de recul et de division.Pour maintenir le Canada unitaire, la population française doit s\u2019effacer.Par contre, si elle veut maintenir son caractère propre, elle doit se représenter distinctement.Ce qui constitue une alternance de deux caractères dont aucun n\u2019est jamais complété en elle, tous deux n\u2019étant justifiés que par une seule existence dite canadienne.Pour la population française, le caractère canadien qui lui est accessible passe par un dédoublement d\u2019identité, sans quoi elle ne pourrait s\u2019y introduire puisqu\u2019il est de conception étrangère, et que les rôles y sont tenus par une majorité étrangère.Quant à son caractère français, il n\u2019a pas de L'IMPOSSIBILITÉ D'ÊTRE CANADIEN 773 rôle dans cette identité canadienne et ses objectifs ne sont pas acceptables parce que non majoritaires.De sorte que tous ses efforts sont vains dans une perspective canadienne et sa double imposition ne sert qu\u2019à l\u2019appauvrir et à l\u2019égarer davantage.Voilà donc un premier pouvoir qui revient entièrement aux Canadiens-Anglais.Ce pouvoir est primordial dans les règles du jeu.Il confère la première responsabilité du Canada aux Canadiens-Anglais.Si le Canada fonctionne ou ne fonctionne pas, la première responsabilité en est à la majorité.PRISE DE CONSCIENCE ESSENTIELLE Quant à la minorité, elle a le choix entre l\u2019évaluation de ce qui importe le plus, soit que le Canada fonctionne ainsi, soit qu\u2019elle se représente distinctement, sans l\u2019équivoque canadienne.De ce choix dépendent deux avenirs, celui du Canada d\u2019une part et le sien propre d\u2019autre part.Et c'est là qu\u2019est le deuxième pouvoir au Canada actuellement, le pouvoir de la minorité.Ce deuxième pouvoir existe cependant uniquement parce que le premier pouvoir, celui de la majorité, n\u2019a pas inclus une double majorité dans sa conception du Canada.Si une double majorité trouve un jour sa place dans la forme canadienne, ce sera grâce à la minorité seulement et rien n\u2019indique pour l\u2019instant que la majorité y consente jamais.Alors, la forme de représentation distincte que la population française va se donner n\u2019inclut pas au départ une participation canadienne.L\u2019identification politique de la minorité se fait présentement au niveau de l\u2019État québécois, le seul qui comporte en ses pouvoirs représentatifs une majorité française.Le pouvoir de la minorité, tant qu\u2019il reste dans les limites canadiennes, est détestable et provoque des nervosités de toutes sortes.Pendant que la majorité canadienne refuse d\u2019envisager une autre forme de représentation qui ferait de la minorité une autre majorité, l\u2019État québécois pé-quiste instruit sa propre population et la rend consciente des pouvoirs nouveaux qu\u2019elle exerce et de ceux qu\u2019elle va acquérir encore pour sa représentation distincte et entière. 774 L\u2019ACTION NATIONALE La réponse de la majorité canadienne ne peut pas être positive.Elle n\u2019est pas disposée, et elle ne dispose pas ceux qui vivent à son contact, à élargir son esprit fédéral.Même les Canadiens-Français qui sont auprès d\u2019elle seraient mal venus d\u2019ouvrir la perspective canadienne en ce sens.Elle n\u2019aura donc aucune véritable occasion d\u2019acquérir un esprit canadien dans le sens de la population française.Il ne lui restera fatalement qu\u2019à subir le fait accompli, de la même façon qu\u2019elle a su l\u2019imposer durant la Confédération unitaire.Le choix que la population québécoise va faire, indépendamment de la position canadienne, a un caractère de représentativité.En ce sens, tant que le Canada reste faux et ne manifeste pas de disposition pour une vie confédérative réelle, les mots n\u2019étant que des mots et les pouvoirs inégaux, la représentation entière québécoise est une nécessité irremplaçable.L\u2019avenir du Canada passe maintenant par l\u2019avenir du Québec.Or, la société québécoise est intègre et honnête.Sa libération des partis politiques anciens qui l\u2019empêchaient de paraître ce qu\u2019elle est intégralement, à cause des liens et des soumissions anglaises des partis, nous révèle combien foncièrement notre population est diposée à vivre dans une démocratie juste et équitable.Le Parti Québécois en fait présentement la preuve, au niveau du parti, au niveau du gouvernement, et par la collaboration qu\u2019il suscite, en dépit des atavismes et des enfantillages qui restent.Il y a donc en définitive deux pouvoirs au Canada, deux pouvoirs inégaux, le majoritaire et le minoritaire, respectivement confinés à deux sociétés distinctes, l\u2019anglaise et la française, qui vont rester indéfiniment distinctes et qui, si le Canada doit demeurer ainsi, vont entretenir la précarité et la révocabilité du régime, l'immaturité de la société anglaise et l\u2019aliénation de la société française.NOTRE POUVOIR DE REPRÉSENTATIVITÉ Ces deux pouvoirs ont cependant une assise démocratique grâce à laquelle ils peuvent devenir, en théorie, complémentaires.C\u2019est la représentatitivité.Le mode britannique de représentativité qui est admis dans la mentalité des deux sociétés, qui est également reconnu dans les L'IMPOSSIBILITÉ D'ÊTRE CANADIEN 775 pays civilisés qui y ont été préparés par l'école grecque de la démocratie, donne en principe un droit égal à ces deux sociétés d\u2019être représentatives d\u2019elles-mêmes.Le droit britannique de la représentation s\u2019applique cependant par voie majoritaire.Il est de cette façon générateur d\u2019une alternative, soit l\u2019assimilation de la minorité, soit son autodétermination.Au Canada, l\u2019assimilation de la société française se révèle incomplète et fatalement mauvaise.Le droit à l'autodétermination va donc s\u2019appliquer dans un temps prévisible.Car la société française est arrivée au point où elle peut assumer sa propre représentativité.Elle est en mesure de le faire par voie démocratique, dans les cadres du parti élu, du gouvernement en place et du référendum sous la responsabilité de ce gouvernement, dans les limites étatiques d\u2019un territoire constitué, le Québec.Il ne semble pas que le Canada, comme tel, acceptera une deuxième majorité démocratique dans sa propre constitution.Le régime confédératif ne deviendra pas une réalité pour deux majorités au Canada.Ainsi, la majorité du Québec n\u2019a qu\u2019un choix au départ, sa propre représentativité et l\u2019autodétermination pour l\u2019État québécois.Ce qui semble d\u2019ailleurs nettement préférable.UNE ÉDUCATION NATIONALE AFFAIBLIE Le pouvoir canadien-français est cependant divisé au Québec, contrairement au pouvoir majoritaire qui a son unité au Canada.La société canadienne-française ne voit pas toujours très bien l\u2019ambiguïté du caractère canadien.Le cheminement de la pensée et des sentiments a été très difficile pour cette population.Le mirage d\u2019un Canada idéal a recouvert la réalité des deux Canada distincts, dont le leur est resté soumis et envahi.Dans leur réclusion et leur isolement local, ils ont vécu une vie canadienne-française rapetissée et limitée.Au niveau canadien, ils ont abandonné leur caractère canadien-français, ils l\u2019ont laissé en veilleuse derrière eux, pour adopter des positions qui répondent à la sollicitation inlassable du caractère canadien-anglais, le véritable organisateur de ce pays.Cette sollicitation correspond ins- 776 L'ACTION NATIONALE tinctivement au caractère des individus et des organismes dits canadiens et qui sont en fait de caractère Canadien-anglais.La vie canadienne-française s\u2019arrête-là.Mais pour la population traditionnellement canadienne-française, peu sensible aux rouages politiques, peu confiante de trouver là rien de bon, l\u2019éveil est toujours retardé, l'illusion d\u2019être canadienne continue, et l\u2019utilisation de son pouvoir minoritaire reste divisée et petite comme sa vie.On l\u2019arrête devant la barrière canadienne.Elle se laisse limiter par un caractère canadien qui n\u2019est pas d\u2019elle, qui est canadien-anglais, majoritaire et indiscutable.Tout débat est inégal au départ, entre les deux sociétés linguistiques du Canada.La société de langue anglaise n\u2019a pas à s\u2019identifier pour représenter le point de vue canadien et le faire sans reproche.La société de langue française, si elle adopte le point de vue canadien, n\u2019adopte plus le sien, et, si elle adopte le point de vue canadien-français, n\u2019est plus acceptable dans le point de vue canadien.Tant que le caractère canadien sera automatiquement celui de la majorité canadienne-anglaise, l\u2019égalité restera impossible.Donc, tant que le Canada ne sera légitime que pour la société canadienne-anglaise, il ne sera pas accessible pour le caractère de la société canadienne-française.Le caractère canadien servira de déguisement pour la société canadienne-anglaise et il agira comme diviseur et séparateur dans l\u2019unité de la société de langue française.Actuellement, les représentants canadiens-français ne peuvent soutenir le point de vue de l\u2019un ou l\u2019autre.Mais il y a pire.C\u2019est qu\u2019en soutenant le point de vue canadien, non seulement ils se mettent en contradiction avec le point de vue canadien-français mais, et c\u2019est là l\u2019aliénation, ils s\u2019opposent à eux-mêmes.LES FÉDÉRALISANTS Ce rôle des représentants canadiens-français au Canada est négateur de culture.Toute culture ne vit que par les rôles qui l\u2019animent et la perpétuent.Un rôle neutre n\u2019est pas culturel.Ouand un représentant canadien-français se L'IMPOSSIBILITÉ D'ÊTRE CANADIEN 777 confine à la neutralité, il brise le processus culturel de la représentativité.Quant il adopte le point de vue canadien-anglais, il prend un rôle canadien-anglais et II aliène pour ceux qu'il représente le rôle culturel qui leur revient.Or, comme il ne peut adopter un rôle canadien-français au niveau canadien, il limite les rôles culturels de la société canadienne-française en deçà du niveau canadien.Et comme I expansion du fédéral est incontrôlable et envahissante, la culture de la société canadienne-française est réduite à des rôles sans issues et sans envergures.La démoralisation et l\u2019égarement des façons s\u2019en suivent.Le caractère canadien, s\u2019il n'est pas canadien-anglais, n est plus celui de la majorité, et les rôles naturels que jouent les Canadiens-Anglais n\u2019existeraient plus pour eux.Mais la chose n\u2019est pas plus souhaitable pour la minorité canadienne-française.Donc, le Canada n\u2019est pas une chose accomplie.Il est deux pouvoirs inégaux, deux pouvoirs qui doivent se répartir différemment parce qu\u2019ils relèvent de deux sociétés différentes.Tant que l\u2019actuelle majorité refuse de sortir de sa cachette canadienne, il y a risque de révocation de la Confédération.C\u2019est même une nécessité pour la société canadienne-française.C'est même urgent du point de vue culturel.Et c\u2019est devenu inévitable du point de vue politique, pour la dignité humaine, par la responsabilité sociale et morale.LE DIALOGUE VRAI N\u2019EXISTE QU\u2019ENTRE ÉGAUX La difficulté de cette entreprise québécoise n\u2019est pas tellement du côté adverse, mais plutôt au sein même de la société canadienne-française tant abusée.Après avoir été si réduite culturellement, politiquement, socialement, comment rejoindre en elle une majorité nouvelle et réelle?Combien parmi ses sujets ne sont-ils pas prêts à reprendre toujours avec les Canadiens-Anglais le \"dialogue de sourds\" et \u201cl\u2019expérience d\u2019aveugles\u201d! La séduction fait son oeuvre inlassablement, individus sollicités les uns après les autres à considérer la bonne volonté, les bonnes manières et la bonne gestion 778 L'ACTION NATIONALE canadien ne-anglaise.Individus désamorcés, neutralisés comme Canadiens-Français, engagés et enrôlés comme Canadiens, dans une tromperie et une dénomination fallacieuse.Impasse d\u2019une situation sans issue, logique brisée sur l\u2019obstacle déguisé en canadien, pirouette désarmante de la liberté individuelle, mais pas de but ni d\u2019aboutissement en vue.Sauf, que l\u2019indépendance est là toute proche, et que le pouvoir se transforme peu à peu en majorité québécoise.Alors, tout redevient clair.Comment ne pas voir ce bonheur nouveau maintenant! Voilà une nation qui a fini de dériver.Comme tout est clair quand on est la majorité, quand la lumière avait été soumise à la démocratie du nombre, derrière l\u2019ombre, derrière le nom, derrière le mélange.Demain nous dirons, nous avons délivré la lumière.Nous avons remis de la substance aux mots, que les pragmatistes avaient vidés.Nous allons sauver maintenant l\u2019honnêteté et surtout l\u2019esprit d\u2019honnêteté, celui que la liberté individuelle abusait dans ses pirouettes.Nous allons redécouvrir des rôles pour notre culture, dans notre société, sans finir, sans jamais finir.Voilà la dimension spirituelle de notre majorité.Voilà notre nouveau pouvoir. Quelques aspects d\u2019un grand problème par Esdras Minville
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