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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1979-01, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATTON A T JR Volume LXVIII, Numéro 5\tJanvier 1979\t$1.50 SOUVERAINETÉ ET ASSOCIATION MARCHENT DE PAIR par René Lévesque QUE PROPOSE M.RYAN?par Odina Boutet RELATIONS EXTÉRIEURES DE LA CEE par Maurice Torrelli RÉACTIONS QUÉBÉCOISES À ANDRÉ SIEGFRIED par Lise et Pierre Trépanier LA DRAMATISATION DE DUPLESSIS À RADIO-CANADA par François-Albert Angers L\u2019AN 1 DE LA LOI 101 par Guy Bouthillier NOUS FAISONS, PARAÎT-IL, L\u2019IMPOSSIBLE par Georges Allaire L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF par Patrick Allen TABLE DES MATIÈRES JEAN GENEST: Soucis d\u2019administration.355 RENÉ LÉVESQUE: Souveraineté et association marchent de pair.358 ODINA BOUTET: Que propose M.Ryan?.366 MAURICE TORRELLI: Relations extérieures de la CEE.378 LISE et PIERRE TRÉPANIER: Réactions québécoises au livre d\u2019André Siegfried.394 FRANÇOIS-ALBERT ANGERS: La dramatisation de Duplessis à Radio-Canada, respecte-t-elle la vérité?.406 GUY BOUTHILLIER: L\u2019an 1 de la loi 101.416 GEORGES ALLAIRE: Nous faisons, paraît-il, l\u2019impossible.424 PATRICK ALLEN: Actualité sur le vif.429 À TOUS NOS LECTEURS Le directeur et les collaborateurs de L\u2019Action Nationale adressent à tous les lecteurs et annonceurs de la revue leurs meilleurs souhaits pour Noël et la nouvelle année 1979.Nous pensons à vous, pensez aussi à nous en nous trouvant de nouveaux abonnés.Faites-nous connaître! Nous vivons et rayonnons par vous seuls! Dépôt légal \u20141er semestre 1978 Courrierde la deuxième classe Enregistrement no 1162 ISSN-0001-7469 L\u2019ACTION NATIONALE Volume LXVIII, Numéro 5 Janvier 1979\t$1.50 ÉDITORIAL - I Soucis d'administration 356 L'ACTION NATIONALE J\u2019aimerais raconter à tous les lecteurs de L\u2019ACTION NATIONALE, les résultats des grandes réunions où les directeurs de la Ligue devisent du présent et du futur de la nation ou vous parler de fameuses JOURNÉES D\u2019ETUDES où nous pourrions convier tous nos amis et lecteurs à des discussions et rencontrer des maîtres de la nation, mais cela paraît impossible.Et pourquoi est-ce impossible?C\u2019est que la revue n\u2019a qu un administrateur, qu\u2019un directeur et que la majeure partie du temps de cette unique personne qui cumule les deux fonctions (sans un seul sou de rémunération) porte à penser aux moyens de rejoindre les deux bouts.Les aspects financiers prennent le dessus sur tous les autres aspects.La recherche des fonds nécessaires pour la bonne marche de la revue éclipse trop les autres activités, même plus essentielles.L\u2019inflation me poursuit, sans relâche, comme chacun de vous.Une augmentation du papier et de l\u2019impression fait que chaque exemplaire de la revue coûte environ un dollar.Ajoutez à cela le prix de l\u2019enveloppe, de l\u2019adressage et de l\u2019affranchissage et vous atteignez, pour chaque exemplaire entre vos mains, le coût de $1.25.Or chaque numéro est vendu $1.50.La marge n\u2019est que de vingt-cinq sous.Si la revue ne comptait pas sur l\u2019aide lucide des annonceurs et des dons apportés silencieusement par ses amis, elle ne pourrait pas survivre.Le secrétariat a besoin d\u2019une machine à écrire neuve et d\u2019une calculatrice électronique: je retarde ces achats depuis deux ans car nous n\u2019avons pas l\u2019argent.Aussi la secrétaire et moi, nous continuons à \u201cpiocher\u201d sur une machine qui a probablement vu Noé et les dinosaures.Devant l\u2019urgence de la situation, j\u2019ai fait un gros effort du côté des annonceurs possibles.Sur une centaine de demandes, près des deux tiers n\u2019ont même pas répondu.Que nos hommes d\u2019affaires ne se plaignent pas s\u2019ils se sentent isolés dans la nation! J\u2019ai compté sur la FONDATION MINVILLE, cette opération-miracle! Son directeur général vient de me remettre $2000 en me lais- SOUCIS D\u2019ADMINISTRATION 357 sant entendre que l\u2019an prochain, ce sera mieux.Comme je souhaite à cette Fondation de recevoir de nombreux dons et des héritages par des militants intelligents! Ils assureront au nationalisme québécois, à la fois liberté d\u2019action et continuité de pensée! Tout cela comptabilisé et révisé m\u2019a donné une idée de génie.Pour payer toutes les factures qui arrivent comme des essaims de guêpes, ne serait-il pas à propos de hausser le prix de l\u2019abonnement?Mettre l\u2019abonnement à L\u2019ACTION NATIONALE à $20 par an, ne serait-ce pas le tiers du prix d\u2019un abonnement au DEVOIR ($60) et le septième du prix d\u2019un abonnement à LA PRESSE ($140)?Je pourrais respirer.Au moins pendant quelques années.Et tourner des énergies vers des projets constructifs! D\u2019un autre côté, comment mettre l\u2019abonnement à $20 et obtenir un rayonnement sûr auprès des professeurs et des étudiants, des chefs de syndicats et d\u2019associations?Bref, j\u2019ai dû mettre de côté une hausse de l\u2019abonnement régulier.Puis des conseillers sages m\u2019ont dit: \u201cTrès bien! N\u2019augmentez pas l\u2019abonnement régulier! Mais rien ne vous empêche d\u2019augmenter l\u2019abonnement de soutien.Mettez-le à $25.Les gens comprendront.Ils savent que vous n\u2019êtes pas une oeuvre ordinaire.Tous vos prédécesseurs, Groulx, Minville, Laurendeau, Laporte, Frégault, Angers, ont traversé des périodes de \u201ccrépuscules financiers\u201d.Ils ont demandé et la réponse est venue.Qui a autant aidé les ACADIENS?Si ceux-ci n\u2019avaient pu compter sur L\u2019ACTION NATIONALE, quel appui leur aurait manqué! Que d\u2019articles et de numéros spéciaux sont irremplaçables?Vpus avez des amis partout.Il suffit de les alerter! Laissez l\u2019abonnement régulier à $15 et portez l\u2019abonnement de soutien à $25.\u201d Alors, voilà! Je publierai en février 1979 le bilan financier de l\u2019année 1978 à la revue et je vous raconterai l\u2019aide que cet appel m\u2019aura value.Dans le désert, même les petites gouttes d\u2019eau sont bienvenues.Jean GENEST, directeur ? 358 L\u2019ACTION NATIONALE ÉDITORIAL - Il Souveraineté et association marchent de pair* par René Lévesque premier ministre A l'Assemblée nationale, le 10 octobre 1978, M.René Lévesque prononçait ce discours, capital par sa façon synthétique d\u2019envisager le déroulement historique de notre avenir.Pour la première fois dans notre histoire, nous avons l\u2019occasion de construire nous-mêmes, par nous-mêmes, notre avenir.Nous avons à tenir compte de nombreuses contingences qui nous retardent.Ce discours est d\u2019un grand chef d\u2019État et nous stimule à obtenir cette indépendance dans l\u2019interdépendance.Le gouvernement est réaliste lorsqu\u2019il met l\u2019accent sur le retour global des resssources fiscales.\u2014 J.G. SOUVERAINETÉ ET ASSOCIATION MARCHENT.359 Bientôt, nous aurons la première occasion de notre histoire de fixer nous-mêmes, entre Québécois, la direction politique que nous voulons prendre à l\u2019avenir.L\u2019échéance n\u2019est pas pour demain, mais elle approche tout de même à grands pas.Juste avant I ajournement d\u2019été, la loi qui établit les mécanismes de la consultation populaire, a finalement été adoptée.Étant donné, d\u2019autre part, l\u2019engagement que nous avons pris de tenir le référendum avant nos prochaines élections, une phase nouvelle s\u2019ouvre maintenant au cours de laquelle il nous faudra définir et détailler le contenu de l\u2019option qui en fera l\u2019objet.Et, pour commencer, le temps est venu d\u2019en évoquer à nouveau et d\u2019en réaffirmer les éléments essentiels.Aller de l\u2019avant avec compréhension C\u2019est avec sérénité et d\u2019avance avec fierté que nous le faisons, car nous sommes sûrs que le Québec ne ratera pas cette occasion historique de s\u2019assurer la plénitude de la liberté comme aussi de la sécurité collective.Ce qui ne signifie pas, cependant, que nous sous-estimons les difficultés d\u2019une telle étape, ni les appréhensions qu\u2019elle peut susciter dans bien des esprits.Il est normal, en effet, que bon nombre de gens se sentent encore hésitants, incertains, et qu\u2019ils redoutent les changements que produira une telle décision, sans compter les efforts de ceux pour qui l\u2019avenir, comme le passé, ne saurait être que minoritaire et dépendant.Il est naturellement malaisé pour une société autant que pour chacun de nous d\u2019avoir ainsi à réorienter son existence.C\u2019est pourtant le genre de moment, à la fois privilégié et toujours un peu angoissant, qui se présente infailliblement à tous les peuples le long du chemin.Ceux qui ont alors assez de maturité et de confiance en soi pour relever le défi de façon positive, quels que 360 L'ACTION NATIONALE soient les problèmes qui continueront à surgir par la suite, ne regrettent jamais d\u2019avoir pris le tournant.Telle doit être, et telle sera aussi notre décision.C\u2019est tout le sens de notre histoire et la continuité de notre évolution qui nous y conduisent.Notre proposition: souveraineté et association Cet aboutissement logique que nous proposons s\u2019appelle, comme chacun le sait, la souveraineté-association.Si nous avons choisi, dès le départ, ce nom composé, c\u2019est pour bien marquer le double objectif de notre démarche constitutionnelle.Il n\u2019est pas question, dans notre esprit, d\u2019obtenir d\u2019abord la souveraineté, puis de négocier l\u2019association par la suite.Nous ne voulons pas briser, mais bien transformer radicalement, notre union avec le reste du Canada, afin que, dorénavant, nos relations se poursuivent sur la base d\u2019une égalité pleine et entière.La souveraineté et l\u2019association devront donc se réaliser sans rupture et concurremment, après que les Québécois nous en auront donné le mandat par voie de référendum.Puisque ces deux notions de souveraineté et d\u2019association se complètent, il nous faut donc préciser ce que nous entendons par l\u2019une et par l\u2019autre, avec ce trait d\u2019union que nous mettons entre les deux.Qu\u2019est-ce que la souveraineté?La souveraineté, c\u2019est très simplement, très normalement, pour nous comme pour les autres peuples, le fait d\u2019accéder à la pleine responsabilité nationale.Nous y venons plus tardivement que la plupart des autres.Mais si nombreux qu\u2019aient été les accidents de parcours et laborieux le cheminement, jamais nous n\u2019avons cessé d\u2019aspirer obstinément à être un jour maîtres chez nous.Des lointains débuts coloniaux jusqu\u2019à ce demi-État que nous a consenti le régime fédéral, nous avons tendu SOUVERAINETÉ ET ASSOCIATION MARCHENT 361 constamment à nous débarrasser des pouvoirs qui pesaient sur nous de l\u2019extérieur.Ayant acquis au siècle dernier la souveraineté partielle d\u2019une province, nous en avons sans cesse réclamé l\u2019élargissement comme en témoignent, sans exception, les positions de tous ceux qui, depuis des décennies, se sont succédé à la direction du Québec, pour administrer cette souveraineté tronquée, en ayant si souvent à la défendre contre les empiétements, ce qui, soit dit en passant, est également ce que nous faisons de notre mieux, à notre tour, tant que nous sommes encore dans le régime actuel.Mais en sachant aussi que, pour mettre fin une bonne fois à l\u2019écartèlement des esprits, à la division coûteuse de nos énergies et de nos ressources, il est indispensable de le remplacer.Pour ce faire, il faut rapatrier chez nous le pouvoir exclusif de faire des lois et de lever des impôts.La souveraineté, voilà précisément ce qu\u2019elle implique.Comme les autres, le Québec sera souverain quand son Assemblée nationale sera le seul parlement qui puisse légiférer sur son territoire, et que les Québécois n\u2019auront d\u2019autres taxes à payer que celles qu\u2019ils auront eux-mêmes décidé de s\u2019imposer.Pour la première fois, nos instruments politiques ainsi que les principaux moyens financiers et économiques de la collectivité seront regroupés au même endroit, en un seul centre de décision entièrement à notre service.Qu\u2019est-ce que l\u2019association?Mais cette légitime affirmation d\u2019un peuple, l\u2019évolution du monde nous enseigne qu\u2019elle n\u2019exclut pas du tout les mises en commun qui sont mutuellement avantageuses.L\u2019interdépendance étroite des nations contemporaines, le volume de leurs échanges, la facilité de leurs communications, les poussent naturellement à 362 L'ACTION NATIONALE s\u2019associer dans maints domaines afin de favoriser un développement conjoint.Cela est d\u2019autant plus vrai dans notre cas, que nous partageons depuis deux siècles avec nos amis du reste du Canada un espace économique commun et qu\u2019une foule de nos activités sont fortement intégrées et complémentaires.Nous voulons donc conserver intact cet espace économique canadien, avantageux pour nous comme pour les autres, avec la liberté de circulation aussi complète que possible des produits, des capitaux et des personnes.Concrètement, cela signifie, par exemple, qu\u2019il n\u2019est pas question d\u2019établir de douanes ni d\u2019exiger de passeport entre le Québec et le reste du Canada.Et comme complément logique à la conservation et au bon fonctionnement des marchés que nous partageons, nous sommes également d\u2019avis qu\u2019il nous faut assurer en commun le maintien de la monnaie actuelle.En négociant de bonne foi, on devrait parvenir à pouvoir confier la gestion de la devise et des politiques monétaires à une banque centrale conjointe.Là encore, c\u2019est pour protéger l\u2019espace économique existant et maintenir la facilité des échanges commerciaux que nous croyons opportun d\u2019adopter cette position.C\u2019est d\u2019ailleurs dans ce même esprit de renouveau et de continuité à la fois, et en donnant à la notion d\u2019interdépendance tout son contenu de solidarité collective, que le Québec devra aussi prendre sa place dans les alliances nord-américaine et nord-atlantique, afin de contribuer, si modestement que ce soit, à la sécurité d\u2019ensemble des démocraties occidentales.Grandeur de ce plan Voilà pourquoi, depuis le début, nous évoquons la souveraineté et l\u2019association comme deux objectifs complémentaires et pas du tout contradictoires, qui vont dans le sens de notre histoire et qui correspondent aussi, mieux que toute autre formule, à l\u2019évolution des peuples. SOUVERAINETÉ ET ASSOCIATION MARCHENT 363 En s\u2019inscrivant dans ces grands courants politiques et économiques qui parcourent le monde, les Québécois auront même la chance de contribuer, avec les Canadiens, au progrès de cette formule d\u2019avenir en définissant leur propre modèle de souveraineté-association.Chose certaine, en tout cas, on ne voit rien d\u2019autre à l\u2019horizon qui soit susceptible de briser le cercle vicieux dans lequel sont enfermés deux peuples distincts, que tout appellerait pourtant à se mieux comprendre et à se respecter.À mesure que l\u2019on s\u2019aperçoit que notre option n\u2019est nullement inspirée par l\u2019hostilité, que bien au contraire elle vise à nous sortir les uns et les autres d'une impasse que le régime actuel est absolument incapable de résoudre, peu à peu des esprits qui étaient d\u2019abord réfractaires, commencent à s\u2019ouvrir, la discussion s\u2019amorce et même des tenants officiels du fédéralisme se voient désormais contraints d\u2019en tenir compte, sur le mode négatif bien sûr, mais c\u2019est déjà en quelque sorte l\u2019hommage que l\u2019impuissance rend à la fécondité politique.Telle est la mise au point que le gouvernement tenait à faire au moment où l\u2019on peut dire que le vrai débat va s\u2019engager sur la solution qu\u2019il entend proposer éventuellement à cette Assemblée, puis au peuple québécois et, enfin, quand nous en aurons le mandat référendaire, au Canada, afin de substituer aux liens constitutionnels désuets un accord permanent mais souple et capable de s\u2019adapter en cours de route à toutes les évolutions requises.Les prochaines étapes Les réflexions que nous nous sommes imposées au cours des derniers mois nous incitent également, avant de terminer, à fournir les précisions suivantes sur le cheminement qui nous mènera jusqu\u2019à l\u2019objectif.D\u2019abord le gouvernement continuera à rendre publiques les études techniques qu\u2019il a fait préparer sur certains aspects du fédéralisme actuel, sur les formules d\u2019association qui existent un peu partout dans le monde 364 L'ACTION NATIONALE et sur les échanges économiques entre le Québec, les autres provinces et divers pays.Une étude sur le rôle de la Cour suprême dans le partage fédéral-provincial des compétences paraîtra ces jours-ci.Une autre suivra bientôt, justement sur les types d\u2019associations économiques déjà expérimentées en Europe et ailleurs.D\u2019ici quelques mois, le gouvernement s\u2019engage aussi à publier un document plus élaboré sur la souveraineté-association.Cet exposé contiendra une description plus détaillée des éléments qui nous paraissent essentiels au bon fonctionnement de la formule, aussi bien en ce qui concerne les pouvoirs exclusifs du Québec qu\u2019en ce qui a trait à ceux qui peuvent être exercés en commun.On évoquera aussi diverses possibilités quant à la forme définitive du projet d\u2019association: les mises en commun additionnelles qu\u2019on pourrait envisager, la nature des organismes qui veilleront au bon fonctionnement de l\u2019ensemble, etc.Avec les études d\u2019arrière-plan qui l\u2019auront précédé, cet exposé gouvernemental sera l\u2019amorce d\u2019une période d\u2019intense réflexion nationale, d\u2019échange et de dialogue entre le gouvernement et les partis politiques et la population en général.Ce n\u2019est qu\u2019à la suite de cette période de consultation que le gouvernement saisira l\u2019Assemblée nationale d\u2019une question définitive qu\u2019il demandera de soumettre à la population par voie de référendum.Il va de soi que cette question sera claire et précise, et qu\u2019elle portera sur l\u2019ensemble de l\u2019option qui aura été définie collectivement et qui devra, par la suite, être négociée avec le reste du Canada.Cette démarche s\u2019étalera dans le temps mais pour se terminer avant la fin du présent mandat du gouvernement.Son déroulement s\u2019ajustera, cependant, à la conjoncture, et il n\u2019est pas question de fixer à l\u2019avance des dates précises pour chacune des étapes. SOUVERAINETÉ ET ASSOCIATION MARCHENT.365 Le gouvernement verra toutefois à ce que la discussion puisse se poursuivre dans les meilleures conditions possibles, sans que l\u2019on puisse confondre les enjeux et sans brusquer personne.De cette façon, les Québécois pourront songer à leur avenir en toute sérénité et en toute connaissance de cause, dans un climat propice à une décision parfaitement démocratique.Le ralliement nécessaire Les nombreuses formules constitutionnelles sous lesquelles nous avons vécu depuis 370 ans nous ont toutes été plus ou moins imposées de l\u2019extérieur et jamais elles n\u2019ont été ratifiées librement par l\u2019ensemble des Québécois.Cette fois-ci, enfin, il en ira autrement.C\u2019est pourquoi je fais appel, en terminant, à tous les groupes, à tous les partis politiques, y compris le nôtre, pour que la période de réflexion qui s\u2019amorce soit la moins partisane possible, qu\u2019elle rejoigne tous les citoyens et qu\u2019elle devienne vraiment leur affaire.C\u2019est de cette façon seulement que l\u2019on peut être assuré que la décision historique que nous prendrons ensuite servira véritablement les intérêts du Québec d\u2019aujourd\u2019hui comme des générations à venir. Que propose M.Ryan?par Odina Boutet QUE PROPOSE M.RYAN?367 Nous savons fondamentalement que le Parti Québécois nous propose la gouverne de nous-mêmes.Quelle que soit la structure politique qui sera atteinte en passant par le Référendum, par la Souveraineté-Association ou par toute autre réforme de la constitution qui sera rendue possible, nous savons que, fondamentalement, le Parti Québécois nous propose en définitive de nous gouverner nous-mêmes.On aura beau prétendre que la question tarde, que la formulation devrait être révélée plus vite, et quoi encore?Nous savons très bien ce vers quoi nous allons, une forme d\u2019indépendance qui nous donnera l\u2019autorité sur nous-mêmes.Mais de l\u2019autre côté, chez les défenseurs de ce que l\u2019on appelle le fédéralisme, comme si le fédéralisme en soi était en cause, que propose-t-on?à part l\u2019adversité que l\u2019on soulève contre tout mouvement d\u2019autorité canadienne-française ou québécoise?Déjà en Ontario, on appelait \u201cséparées\u201d les écoles canadiennes-françaises, comme si, dans la pensée des gens de langue anglaise, le caractère canadien-français était séparé du caractère canadien.C\u2019est de ce côté que M.Claude Ryan s\u2019en est allé, sans nous avoir éclairés sur ce qu\u2019il entend défendre comme pouvoir de décision, sans avoir admis que notre concurrence est normale en même temps que notre différence.Ni lui ni personne ne nous feront croire que deux sociétés, une française et une anglaise, qui doivent se concurrencer pour se tailler une place au soleil, peuvent le faire sans admettre qu\u2019elles sont des concurrentes et sans avoir la même liberté d'utiliser chacune ses propres moyens de compétition.Autrement dit, comment la société anglaise, qui reste anglaise et utilise ses institutions naturelles et leurs organismes, puis la société française qui doit, au contraire, s\u2019incorporer dans les institutions anglaises appelées canadiennes, en suivre les lois et les usages et s\u2019abstenir d\u2019instaurer à ce niveau une organisation française, avec des moyens français, comment ces deux sociétés pourraient-elles être également compétitives? 368 L'ACTION NATIONALE Puis au niveau des individus, sous le règne des manières anglaises, sans que la compétition des manières françaises ait pu se faire accepter comme recevable dans les règles des rapports entre individus anglophones et francophones, la liberté individuelle qui ne s\u2019accommode que des manières anglaises, n\u2019est-elle pas surtout de l\u2019intimidation, avec douceur ou avec violence selon les besoins, mais de l\u2019intimidation quand même?La concurrence La concurrence dans la nature est une loi indiscutable pourtant.Deux hirondelles, une bicolore et une autre de l\u2019espèce des granges, entretiennent chacune leur nid et se chargent chacune de leur propre vie.Aucune ne laisse à l\u2019autre l\u2019autorité d\u2019agir à sa place.Elles sont pourtant du même genre, comme tous les humains sont du même genre humain, mais elles ont le sens de leur différence et de leur concurrence.Tout individu différent d\u2019un autre est un concurrent de l\u2019autre, chez les humains, chez les animaux comme chez les végétaux et tous les éléments qui se disputent le temps et la place en ce monde.Toute epèce différente est également concurrente des autres espèces.La concurrence va de pair avec la différence, c\u2019est inévitable et naturel.Quand on nous propose une identité fictive portant le nom du Canada, notre intelligence et nos sens doivent distinguer deux sociétés humaines, une française et une anglaise, ayant chacune leur identité, étant chacune différente de l\u2019autre, donc devant vivre en concurrence et utiliser les moyens de la concurrence.Une société humaine normale, qu\u2019elle soit française ou anglaise, doit se gouverner elle-même, comme un individu doit le faire pour son propre compte et s\u2019épanouir normalement.Aucune société ne peut s\u2019accomplir sans utiliser ses propres moyens! C\u2019est alors qu\u2019une société humaine se gouverne distinctement quand elle connaît la liberté de le faire.Elle QUE PROPOSE M, RYAN?369 se donne une organisation de vie en société, partout où il y a vie, que ce soit politiquement, socialement, religieusement ou culturellement.Si elle n\u2019a pas la liberté de le faire, bien qu\u2019elle envisage sa distinction avec assez de lucidité pour espérer qu\u2019on ne la trompe pas sur l\u2019organisation qu\u2019on lui impose, les organismes et les personnes qui la gouvernent doivent lui dire nettement où ils veulent l\u2019amener.Fondamentalement, le Parti Québécois lui offre la voie de l\u2019indépendance et le gouvernement par elle-même.Que lui offre le chef du Parti Libéral au Québec, M.Claude Ryan?Quelle différence fait-il entre une société de langue anglaise qui se gouverne à sa propre manière et une société de langue française qui ne se gouverne pas entièrement ni à sa manière ni en ses pouvoirs?Quelle structure politique propose-t-il pour que la société de langue française ait l\u2019autorité de se gouverner au Canada?Nous savons que le Parti Québécois propose que la société de langue française puisse se gouverner entièrement au Québec, puisque le Canada est sous le gouvernement d\u2019une autre société qui est différente et concurrente.Quelle magie utilisera M.Ryan pour nous soustraire à la majorité anglaise qui gouverne le Canada, sans ramener à Québec les pouvoirs de décisions de notre Canada québécois?Connaît-il un autre moyen d\u2019épanouissement normal que la gouverne de soi, pour une société comme pour un individu?Ou encore, a-t-il le secret qui donne à un concurrent désavantagé et moins compétitif, celui qui a été privé d\u2019un usage normal de ses propres moyens de compétition, un avantage nouveau, avec les moyens qui sont naturels à son adversaire mais qui ne le sont pas pour lui? 370 L'ACTION NATIONALE Les moyens de l\u2019autre C\u2019est là, je crois, le secret de M.Ryan.Il connaît, lui, la manière.Remarquez-le bien, il explique toujours de quelle manière il faudrait s\u2019y prendre.C\u2019est là son niveau.Evidemment, il serait tout à fait justifié d\u2019avoir appris la manière.Mais une société n\u2019est plus un lieu d\u2019accueil ni un ferment de culture, quand elle doit toujours apprendre la manière de l\u2019adversaire et ignorer la sienne propre.Comment protégera-t-elle ses valeurs et les fera-t-elle apprécier?Comment recevra-t-elle ses propres enfants, pour les guider et les conforter dans l\u2019adversité, pour les nourrir de sa propre vie, si elle ne vit que dans le monde des autres et selon la manière des autres?Nous avons vécu au Canada assez longtemps pour savoir de quelle éthique il s\u2019agit, quand on propose que la solution des problèmes se fasse selon \u201cune démarche respectueuse envers les voix autorisées, les Provinces et le Fédéral, une approche bellement attentive aux propositions des participants\u201d.Mais sans jamais nous dire par quel miracle le décompte des voix va nous laisser une majorité, ni à quoi elle pourrait nous servir si, entre temps, nous avons perdu nos caractéristiques.Mais c\u2019est gentil quand même, de se présenter avec les bonnes manières et de se donner ainsi bonne conscience.Cependant, le temps travaille pour la société de langue anglaise et l\u2019expansion de ses manières.Le chef du Parti Libéral du Québec soutient une cause et favorise une position qui, jusqu\u2019à ce jour, ont permis à la société anglaise de s\u2019installer en force au Canada et de nous y faire participer par nos impôts et notre lente anglicisation.Car, il ne faut pas se faire d\u2019illusions sur l\u2019issue de toute négociation avec le Canada anglais, en quelque forme qu\u2019on la prenne, que ce soit aux niveaux des gouvernements ou des organismes ou des individus.Si le Parti Québécois n\u2019est plus là et que la possibilité d\u2019un vote pour l\u2019Indépendance du Québec ne soit plus là non plus, il n\u2019y a pas de concessions possibles que nous puis- QUE PROPOSE M.RYAN?371 sions attendre d\u2019eux.Il ne faudra jamais l\u2019oublier, quels que soient les événements à venir! Que M.Ryan ne nous trompe pas là-dessus et qu\u2019il ne se trompe pas non plus.Si admirables que soient ses bonnes manières de \u201cmanagement\u201d, elles ne sont que du temps de gagné pour la société anglaise.Les nouvelles vedettes de la négociation constitutionnelle ne vivraient pas longtemps, sans la présence du Parti Québécois au pouvoir à Québec.Il se pourrait qu\u2019une partie de la population ait tendance à trop l\u2019oublier, mais on peut être sûr d\u2019une chose, c\u2019est que la population anglaise ne l\u2019oubliera pas.Et quand la population québécoise aura succombé au charme de la négociation libérale, il ne restera plus rien à négocier, si ce n\u2019est la belle attention des Canadiens-Français aux petites conférences des gens qui ont de bonnes manières.Un parti anglais Donc, ce parti dont M.Ryan est le chef au Québec, ce parti qui n\u2019est pas seulement le parti des Anglais, puisqu\u2019une majorité de Canadiens-Français s\u2019y trouvent encore, ce parti est pourtant un parti anglais.Sa cause est la même que celle des Anglais.Sa démarche épouse la démarche anglaise.Le temps qu\u2019il gagne joue pour les Anglais et contre les Canadiens-Français, les statistiques ne cessent de le démontrer.Son vocabulaire électoral et politique est aussi celui des Anglais, traduit mot pour mot de leurs journaux et de leurs propos.Il en a les points de vue et les prises de position, calqués de si près qu\u2019on les dirait adoptés sans autre examen.Il les répand chez les Canadiens-Français, comme si c\u2019était naturel.Il sert de canal à tous les archétypes auxquels le Canada anglais nous a bornés.Ce Parti dit défendre le fédéralisme, alors que le Parti Québécois propose une association moderne, alors que l\u2019autorité et l\u2019identification d'une société humaine de langue française sont en cause, mais non pas une forme de gouvernement, qu\u2019on l\u2019appelle fédérale ou confédérale.Ce n\u2019est donc pas d\u2019une formule qu\u2019il faut s\u2019inquiéter.Il n\u2019y a que deux choses de claires dans la position de M.Ryan, son aptitude pour une certaine gérance, le 372 L\u2019ACTION NATIONALE \u201cmanagement\u201d à la manière et selon l\u2019éthique de notre concurrent, et son appui à un parti qui demeure foncièrement anglais par le caractère de sa cause, le Parti Libéral du Québec qui prend position avec les Canadiens-Anglais.On chercherait en vain en quoi cela pourrait donner aux Canadiens-Français le gouvernement d\u2019eux-mêmes, alors que leurs concurrents vont garder leur gouvernement, leur compétitivité naturelle, bien installés dans leurs moyens et leur psychologie, bien assurés du nombre de voix en leur faveur au Canada, et toujours soucieux de nous faire oublier qu\u2019il y a une concurrence entre eux et nous, et que cette concurrence doit être soutenue normalement.Il y a un rôle que les Canadiens-Français du Québec jouent dans le Parti Libéral, un rôle qui n\u2019est pas très reluisant.Mais, que peut-on leur reprocher?Ce n\u2019était qu\u2019une tradition d\u2019être partisans d\u2019un parti par instinct, sans examiner vraiment sa politique.Voter pour gagner et faire campagne par tempérament, pour l\u2019émotion et le plaisir.Peu importe le programme.Maintenant, ce même Parti Libéral va les faire voter contre leur indépendance.avec la même partisanerie inconsciente.C\u2019est comme un vieux réflexe dont on peut abuser et ne pas avoir de remords.Quand le Parti Québécois s\u2019est formé, il a recruté des partisans avoués dès le début à l\u2019indépendance du Québec.Il les a entretenus ouvertement et honnêtement dans cette perspective générale.Maintenant que le Parti Libéral va utiliser ses partisans pour une cause qu\u2019il n\u2019a jamais avouée, le pouvoir anglais au Canada, ce n\u2019est pas dans cet éclairage qu\u2019il va le faire.Il ne les a d\u2019ailleurs jamais beaucoup éclairés en quoi que ce soit, sauf sur la manière de répandre de la propagande et de gagner une élection.Cette partie de la population, qui ralentit involontairement le progrès du Québec, est un instrument aveugle, qui n\u2019a en général jamais porté attention aux QUE PROPOSE M.RYAN?373 politiques elles-mêmes, mais à la simple partisanerie envers un parti.C\u2019est en utilisant cette population comme instrument, que le Parti Libéral va se donner bonne conscience dans les formes démocratiques.Mais dans sa tombe, Taine va se lever et dire: \u201cJ\u2019avais raison contre la démocratie\u2019\u2019.Cependant, M.Ryan n\u2019en dira rien.Le \u201cmanager\" n\u2019a pas besoin d\u2019autres vues que ses buts pratiques.Il prend son plaisir dans le fonctionnement des projets, l\u2019engagement des hommes, la montée des appuis et la chute des obstacles.Son combat fait sa grandeur.Escamotage La cause lointaine, va-t-il l\u2019escamoter?Est-ce que son talent personnel vaut plus que notre petite connaissance de l\u2019arithmétique canadienne, dans laquelle dix contre un font l\u2019égalité pour les libéraux mais l\u2019infériorité pour les Québécois?Il veut sans doute nous enseigner que notre but dans la vie, c\u2019est d\u2019être de bons enfants, et que bien nous comporter nous rend dignes de parler et de vivre avec les autres Canadiens.Mais si nous continuons seulement à compter à l\u2019école, et que nous apprenions seulement à décompter dans la vie, nous allons crouler de plus en plus dans la démoralisation, dans le découragement et l\u2019irresponsabilité.On ne bâtit pas une société humaine de cette façon.La politique, ce n\u2019est pas une partie négligeable de la vie, contrairement à ce que nous avons pu croire dans notre ancien isolement de Canadiens-Français.La politique, c\u2019est l\u2019agencement de toute autorité, c\u2019est l\u2019organisation de toute l\u2019activité, c\u2019est le lien entre la responsabilité des individus et la justification personnelle et collective du sentiment de fierté que l\u2019on a d\u2019exister.Illusions Quel sens des responsabilités peut-on développer devant les exploits des Anglais ou des Américains, que 374 L\u2019ACTION NATIONALE cela se passe au Canada ou au Québec ou aux États-Unis?Quelle fierté quotidienne ne s\u2019invente-t-on pas, en s\u2019identifiant à des comportements étrangers, ceux des Anglo-Canadiens ou des Américains, dont nous sommes entretenus quotidiennement?Notre colonisation culturelle se panache à chaque jour de toutes les performances des concurrents anglophones qui, au Canada, ont pris notre ancien nom de Canadiens, mais qui accomplissent leur vie à leur manière et non pas à la nôtre.Quel mérite nous reste-t-il de ces accomplissements?En sommes-nous grandis d\u2019un fil, de loin ou de près, nous qui ne concevons pour nous-mêmes que l\u2019avantage de les regarder agir, malgré notre talent, parce que ces manières et cette activité sont étrangères à notre propre démarche?De tout ce \u201cbrain\u201d nord-américain, de cette activité de l\u2019intelligence sous une forme qui ne vient pas de nous, nous essuyons chaque jour les assauts dans notre petit monde local.Nous nous prenons tour à tour pour des \u201csupermen\u201d, des surhommes américains avec les exploits de leurs Tarzan, Elvis Presley, l\u2019homme bionique ou n\u2019importe quel \u201csupercowboy\u201d ou \u201csupergangster ou \u201csuperlover\u201d, tous issus de la même obsession collective du \u201csuperman\u201d.Puis, sans reprendre nos esprits, nous devenons fiers des prouesses des footballers de Toronto, des baseballers de Montréal, des stampeders de Calgary, de tous les Messrs.Smith champions de ci et de ça, d\u2019une Miss Canadian Tour de taille, de Mr Finance et finalement de monsieur Ryan.Mais à quoi avons-nous participé de tout cela, pour nous identifier à cette activité quand elle sort d\u2019un caractère étranger au nôtre?C\u2019est à une valeur fictive que nous nous identifions, pour ne pas y avoir contribué autrement que dans le partage d\u2019un nom identique, celui de Canadien, sous la séparation réelle des caractères et des manières.Au fond de nous-mêmes, nous savons que notre fierté est empruntée et nous en sommes diminués. QUE PROPOSE M.RYAN?375 À l\u2019origine de cette fausse identité et de cette fierté empruntée qui mènent à la déchéance de notre caractère, il y a une présomption canadienne-française de pouvoir concurrencer des compétiteurs anglophones avec leurs moyens et non pas avec nos moyens de Canadiens-Français.Parmi ces moyens sur lesquels nous avons été présomptueux, il y a les pouvoirs politiques de la majorité anglaise qui sont naturellement anglais, mais que l\u2019on croit pouvoir utiliser pour l\u2019épanouissement de la personnalité canadienne-française.Contradiction dans la nature même des caractères utilisés! Alors, on néglige les efforts les plus élémentaires et on s\u2019en remet aux exercices et aux décisions d\u2019une cervelle étrangère.Les règles sont conçues en accord avec la pensée de leurs concepteurs, mais les concepteurs sont anglais, et les Canadiens-Français n\u2019ont pas à penser pour vivre sous ces règles.La Commission d\u2019étude sur l\u2019avenir de l\u2019université Laval, déplore, dans un texte d\u2019orientation rendu public en septembre dernier par le professeur Léon Dion, que \u201cles étudiants ne lisent pas, ne savent pas analyser un texte, écrivent mal et, surtout, ont de la difficulté à faire un exposé cohérent et logique\u2019\u2019.Où auraient-ils pu apprendre à penser?Ce n\u2019est pas par la pensée, pas plus que par l\u2019action, nous le voyons au niveau des activités nord-américaines, que les Canadiens-Français seraient destinés à développer leur personnalité dans ce monde.Mais alors, ce serait par quoi?Resteront-ils bornés à la dissidence?Et s\u2019ils choisissent la voie de la facilité et qu\u2019ils se couvrent gratuitement de la gloire des autres, ils n\u2019en développeront pas davantage leur personnalité.Entre-temps, on trouvera ces deux tendances, dans une population qui ne voit pas son propre besoin d\u2019unité canadienne-française, une population divisée par les pouvoirs canadiens de la majorité anglaise, une population qui entend l\u2019appel de l\u2019unité canadienne mais qui ne veille pas à la sienne. 376 L'ACTION NATIONALE Conclusion D\u2019autre part, la récupération des décisons politiques rend possible l\u2019aboutissement des activités d\u2019une société identifiée en son caractère propre, dans l\u2019agencement de sa pensée.Car l\u2019unité canadienne, que l\u2019on recherche en dehors de l\u2019unité prise à l\u2019intérieur des sociétés anglaises et françaises respectivement, n\u2019est que de la fiction, tandis que l\u2019unité d\u2019une société identifiée en son caractère propre permet l\u2019expression et le développement d\u2019une personnalité.Quand ce n\u2019est pas pour la personnalité d\u2019une société française, c\u2019est pour celle d\u2019une société anglaise.Or, si nous existons ou si eux existent, est-ce moins exister dans un cas que dans l\u2019autre?Que propose M.Ryan pour cela?Le point de vue des libéraux?Partager la position des Canadiens-Anglais sur l\u2019unité canadienne, pour maintenir la division des Canadiens-Français entre une fausse identité canadienne, d\u2019une part, et une identité propre à eux-mêmes, d\u2019autre part.Il faut aussi que M.Ryan nous dise comment il entend nous apprendre à compter.C\u2019est la démocratie du nombre.Personne ne peut espérer transmettre à ses descendants un héritage viable, \u201cpour la suite du monde\u201d, dans la propre personnalité de son ascendance, celle de ses ancêtres, s\u2019il ne peut soustraire cette vie commune des siens à l\u2019exercice du pouvoir des autres! Le nombre fait le gouvernement.Le gouvernement, c\u2019est beaucoup plus qu\u2019on n\u2019a voulu croire.C\u2019est l\u2019agencement en politique de l\u2019activité, de la pensée et de la personnalité.L\u2019autorité a été confiée au nombre.Pour avoir l\u2019autorité, il faut reprendre le nombre quelque part.Nous l\u2019avons au Québec.M.Ryan le voit-il pour nous ailleurs qu\u2019au Québec?Qu\u2019il le dise.Tout le reste n\u2019est que du temps de gagné pour les Anglais.Nous n\u2019avons qu\u2019une question à poser à quiconque voudra nous priver de l\u2019autorité là où nous avons le nombre.Toute autre question n\u2019est plus que diversion. QUE PROPOSE M.RYAN?377 Au décompte des voix, nous ne serons jamais que les gagnants ou les perdants.Monsieur Ryan, à quelle autorité voulez-vous nous livrer, à la nôtre ou à celle des autres? Contribution au dossier \"Souveraineté-Association\" Les relations extérieures de la Communauté Économique Européenne par Maurice Torelli(1) 1.Communication au colloque: \u201cLes relations Canada-Europe-Québec\u201d organisé par le Centre québécois de relations internationales (Québec) et l\u2019Institut européen des Hautes Études internationales (Nice), du 19 au 21 octobre 1978, à Québec. LES RELATIONS EXTÉRIEURES DE LA.379 Il est évident que la Communauté Économique Européenne, pas plus que la révolution culturelle chinoise, ne constitue un modèle directement exportable car les circonstances dans lesquelles elle a été créée et dans lesquelles elle fonctionne sont par trop spécifiques; en outre, les relations extérieures de la CEE ne sont pas le fruit d\u2019une conception a priori mais sont le résultat d\u2019une évolution dominée entièrement par le pragmatisme.On peut toutefois en dégager certains enseignements utiles à une réflexion sur le phénomène \u201cSouveraineté-Association\u201d.Il faut ensuite rappeler que, dans le monde actuel, \u2014\til faut être un État pour participer au jeu diplomatique, même si les relations internationales ne se limitent pas aux relations entre États mais font également intervenir les organisations internationales et des forces privées, les firmes multinationales par exemple; \u2014\tmais dans un monde dominé par la hiérarchie des puissances au sommet de laquelle on trouve les États-Unis et l\u2019URSS, il ne suffit pas d'être un État pour être souverain: c\u2019est alors qu\u2019intervient la recherche de formes d\u2019association à travers une organisation plus ou moins poussée, de structures plus ou moins développées qui permettent à l\u2019État de compenser sa faiblesse relative, voire de survivre par l\u2019association, sans que celle-ci le fasse disparaître en tant que tel, en tant que gardien et garant de l\u2019identité nationale, but dans l\u2019intérêt duquel l\u2019État recherche l\u2019association et y consent.C\u2019est la dialectique de la Souveraineté et de l\u2019Organisation.Elle apparaît d\u2019emblée dans le Traité de Rome instituant la CÉE en 1957, notamment dans le domaine des relations extérieures de cette organisation.D\u2019une part, en effet, les États fondateurs étaient obligés d\u2019attribuer des compétences extérieures à la CEE pour au moins trois séries de raisons: \u2014 impossibilité de pratiquer une politique d\u2019autarcie à cause de la très forte dépendance de la CEE vis-à-vis du commerce international, tant sur le plan de ses approvisionnements en matières premières que sur celui de la recherche de débouchés pour ses produits finis; quatre États membres 380 L'ACTION NATIONALE ont des liens coloniaux qui ne peuvent être\\brutalement interrompus sur le plan économique à cause de la création de la CEE; retentissement de la création d\u2019un nouveau et vaste marché, modifiant les droits de douane de chacun de ses États membres, sur les relations commerciales internationales et constituant un attrait pour les États tiers désireux de profiter des avantages de ce nouvel espace économique.Dans ces conditions, la CEE, dotée de la personnalité juridique internationale par l\u2019article 210 du Traité de Rome, s\u2019est vu reconnaître la compétence de conclure quatre catégories d\u2019accords internationaux: 1) des accords d\u2019adhésion sur la base de l\u2019article 237 du Traité qui, à la suite d\u2019une décision à l\u2019unanimité des États membres de la CEE et d\u2019une ratification du traité d\u2019adhésion par leurs parlements nationaux, peuvent permettre à tout État européen, d\u2019un niveau de développement économique comparable à celui des États membres et doté d\u2019un régime de démocratie libérale de devenir membre de la CEE comme le firent la Grande-Bretagne, l\u2019Irlande et le Danemark en 1972; 2) des accords avec les autres organisations internationales tant universelles que régionales sur la base des articles 229 à 231 du Traité; 3) des accords tarifaires et commerciaux sur la base de l\u2019article 113 depuis la fin de la période de transition qui a marqué l\u2019instauration d\u2019une politique commerciale commune; 4) des accords d\u2019association dont on n\u2019a jamais su ce qu\u2019ils signifiaient exactement: l\u2019article 238 qui les prévoit, déclare qu\u2019ils se caractérisent par des droits et obligations réciproques, des actions en commun, des procédures particulières; l\u2019ancien président de la Commission de la CEE, W.Hallstein, estimera que le champ d\u2019application de l\u2019accord d\u2019association varie de l\u2019accord commercial plus un jusqu\u2019à l\u2019accord commercial moins un; en d\u2019autres termes, l\u2019association peut créer aussi bien une zone de libre échange qu\u2019une union douanière avec n\u2019importe quel État tiers.La base juridique de la compétence extérieure de la CEE est donc au départ très limitée.Et les États membres entendaient s'en tenir là, car, d\u2019autre part, obligés de reconnaître certaines compétences extérieures à la CEE, LES RELATIONS EXTÉRIEURES DE LA 381 ils préféraient néanmoins les certitudes de la souveraineté nationale aux incertitudes d\u2019une intégration dont on n\u2019avait pas précisé les finalités, alors même qu\u2019entre eux régnait la plus grande hétérogénéité des conceptions et des intérêts politiques (attitude à l\u2019égard des USA), économiques (tendance au protectionnisme ou au libre échange), militaires ou culturels.Pourtant aujourd\u2019hui la CEE est la première puissance commerciale; elle a conclu des accords avec plus de quatre-vingts États; elle parle d\u2019une seule voix au GATT; elle s\u2019est dotée d\u2019une politique d\u2019aide au développement originale et qui se différencie de celles menées par ses États membres.Comment en est-on arrivé là?La réussite de l\u2019organisation s\u2019est-elle faite au détriment de la Souveraineté de ses États membres?En fait, une double évolution dialectique s\u2019est produite et explique ce résultat: d\u2019une part, sur le plan intracommunautaire, deux séries de facteurs ont conduit au développement de l\u2019organisation; 1) la pression des États tiers qui voulaient négocier obligeait les États membres à donner une réponse communautaire; 2) la pression de l\u2019institution communautaire en tant que telle, qui cherche à s\u2019affirmer par rapport à ses États membres correspond à la tendance à la centralisation que l\u2019on peut relever dans la plupart des structures fédérales.Mais cette poussée de l\u2019organisation a été encadrée par les États membres qui ont réussi à la contrôler sans la contrarier.D\u2019autre part, sur le plan extra-communautaire, si les États s\u2019associent, ce n\u2019est pas pour subir des pressions de ce genre, c\u2019est aussi pour exercer à leur tour une pression sur le milieu international, pression d\u2019autant plus forte qu\u2019elle est celle de l\u2019organisation à travers laquelle et par laquelle ils espèrent ainsi mieux défendre leur intérêt national.C\u2019est ce double mouvement qu\u2019il convient de préciser. 382 L'ACTION NATIONALE I \u2014 LA DIALECTIQUE SOUVERAINETÉ-ORGANISATION Premier mouvement: La défense de la souveraineté contre l\u2019organisation De 1958 à aujourd\u2019hui, on assiste à un incontestable renforcement de la CEE en matière de relations extérieures.Quelle a été alors la réaction des États membres?A \u2014 Le renforcement de la CEE s\u2019explique par deux séries de facteurs, la pression internationale et le dynamisme institutionnel.a) La pression internationale résulte en premier lieu de l\u2019action des États tiers qui peuvent se sentir menacés par la création et le développement de la CEE; l\u2019exemple type est celui des USA qui ont poussé la Communauté à négocier au sein du GATT le Kennedy Round, puis les actuelles Négociations commerciales multilatérales, après avoir essayé en 1973, à l\u2019occasion de \u201cl\u2019année de l\u2019Europe\u2019\u2019 proclamée par Kissinger, de lui imposer le principe d\u2019une consultation avec eux préalablement à toute décision qu\u2019elle pourrait prendre.Par contre, d\u2019autres États sont attirés par la capacité commerciale et financière de la CEE: c\u2019est le cas de tous les Pays en Voie de Développement qui cherchent à conclure des accords avec elle.Dans les deux cas, la Communauté était obligée de répondre alors même qu\u2019elle était absorbée par des problèmes de construction interne et non de relations extérieures.La pression internationale résulte, en second lieu et parallèlement, du contrôle institutionnel international, tel le contrôle du GATT sur la conformité avec l\u2019Accord général de tous les accords conclus par la CEE, dans certains cas, comme en 1970 à propos des accords d\u2019association conclus par la CEE avec le Maroc et la Tunisie, la bataille fut dure, les États-Unis et le Canada dénonçant la création par la CEE de zones privilégiées en Méditerranée comme en Afrique noire.Tel est également le cas à la CNUCED, où en 1964 comme en 1968, la politique d\u2019aide au développement de la CEE fut sévèrement critiquée.Pour se défendre, la Communauté fut amenée à LES RELATIONS EXTÉRIEURES DE LA 383 jeter les bases d\u2019une politique méditerranéenne alors qu\u2019elle n\u2019avait mené auparavant qu\u2019une politique de carte de visite, faisant du coup par coup à l\u2019occasion de chaque demande de négociation.De même a-t-elle été amenée à élaborer une politique d\u2019aide au développement et à être la première à mettre en oeuvre le système des préférences généralisées décidées par la CNUCED en 1968.La Commission des Communautés Européennes a d\u2019ailleurs joué un grand rôle dans l\u2019élaboration et la mise en oeuvre de ces politiques et cela s\u2019explique par: b) le dynamisme institutionnel.Il s\u2019explique d\u2019abord par l'appartenance des États au système communautaire.Une fois encore, chaque État entend tirer profit de I organisation mais encore faut-il que celle-ci puisse fonctionner.Or, chaque État peut bloquer une candidature qui lui déplaît alors même qu\u2019elle est soutenue par un autre État membre.Mais il peut résulter de ces blocages une crise qui nuira au bon fonctionnement global de l\u2019organisation et du même coup à chaque État en particulier: il est donc nécessaire de s\u2019entendre et d\u2019accepter un compromis.Un exemple parmi d\u2019autres illustre ce mécanisme; c\u2019est l\u2019affaire du Couple (contre nature car ces deux États n\u2019avaient a priori rien en commun) ISRAËL-ESPAGNE.La France soutenait la demande de négociation de l\u2019Espagne et rejetait celle introduite par Israël.Les Pays-Bas avaient une position inverse: les deux dossiers étaient donc bloqués et chacun des deux États y perdait.On a donc décidé d\u2019échanger l\u2019Espagne contre Israël en ouvrant des négociations avec ces deux pays.Puis la France a ajouté une nouvelle condition: tout ce que la CEE ferait pour Israël, elle devrait aussi le faire pour les Etats arabes afin de respecter l\u2019équilibre dans cette région.C\u2019est ainsi que les États membres ont finalement accepté le principe d\u2019une approche globale en Méditerranée: bel exemple de compromis dynamique qui incite les États membres à aller plus loin qu\u2019ils ne le voulaient au départ.Ce dynamisme s\u2019explique ensuite par l\u2019expérience de certaines institutions.La Commission des Corn- 384 L\u2019ACTION NATIONALE munautés européennes, organe indépendant des États, chargée de définir le bien commun communautaire, a un rôle important en cette matière.Organe de conception des grandes politiques qu\u2019elle présente au Conseil de Ministres sous la forme de mémorandum, d\u2019études techniques sur les dossiers des candidats, la Commission a avec eux des conversations exploratoires puis adresse au Conseil des recommandations ou des propositions d\u2019ouverture formelle des négociations.En principe, sur la base de l\u2019article 228 du Traité, c\u2019est elle qui conduit les négocia'ions avec les États tiers.Si le Parlement européen ne joue qu\u2019un faible rôle à travers ses avis qui ne sont pas obligatoires quant au fond, on assiste depuis 1971 à un accroissement du rôle joué par la Cour de justice des Communautés européennes.En 1971, par son arrêt AETR, en 1976 par son arrêt Kramer, et par deux avis 1/75 et 1/76 notamment, la Cour a posé le principe du parallélisme des compétences externes et des compétences internes: alors que les États membres avaient une conception stricte des compétences externes de la CEE et entendaient s\u2019en tenir aux compétences explicitement prévues par le Traité en matière de relations extérieures, la Cour a déclaré que toute compétence reconnue à la CEE sur le plan interne, comme la possibilité pour celle-ci d\u2019élaborer une politique commune des transports lui permettait de négocier seule avec des États tiers, si besoin en était, des accords internationaux.La Cour joue ainsi un rôle comparable à celui d\u2019une cour suprême et renforce considérablement le champ des compétences extérieures de la CEE.Mais ce faisant, elle s\u2019adresse à des États souverains.Bien sûr, ceux-ci sont théoriquement obligés de respecter l\u2019ordre juridique communautaire mais dans la réalité, ils contrôlent l\u2019organisation.B \u2014 Le renforcement du contrôle étatique: telle est la réaction des Etats membres qui se manifeste de différentes manières.a) Sur le plan de la procédure de négociation et de conclusion de l\u2019accord, c\u2019est au Conseil de ministres, LES RELATIONS EXTÉRIEURES DE LA.385 institution communautaire certes mais organe qui représente aussi et surtout les intérêts étatiques, qu\u2019appartient la Décision.Ainsi, au niveau de la négociation, la Commission négocie mais elle est encadrée, surveillée dans son action par un comité composé de représentants des Etats membres; c\u2019est une procédure prévue par l\u2019article 113 du Traité dans le cadre de la politique commerciale commune; c\u2019est une procédure qui peut être pragmatiquement appliquée à la négociation par la Commission dans d\u2019autres domaines.En outre, la Commission ne peut négocier que sur la base et dans le cadre du mandat ou des directives que lui donne le Conseil de ministres; si le mandat se révèle trop étroit pour négocier, elle doit revenirdevant le Conseil qui seul peut en modifier les termes.Les États membres sont ainsi assurés de ne pas voir la Commission outrepasser leur volonté.Au niveau de la conclusion de l\u2019accord, les États membres disposent d\u2019un double veto.Lorsque les négociations sont terminées, c\u2019est au Conseil de ministres qu\u2019il appartient de décider de la conclusion de l\u2019accord.Cette décision est prise à la majorité qualifiée dans le cadre de la politique commerciale comme à l\u2019unanimité lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un accord d\u2019adhésion ou d\u2019association.Mais depuis la crise de 1965 déclenchée par le général de Gaulle à propos du rôle de la majorité dans la CEE et des accords de Luxembourg de 1966 qui ont permis de la résoudre, la majorité qualifiée n\u2019est pratiquement plus utilisée et l'on a toujours recours à l\u2019unanimité.Il faut également remarquer qu\u2019en pratique on utilise de plus en plus l\u2019article 238 prévoyant juridiquement l\u2019unanimité parce que l\u2019article 113 constitue une base trop étroite pour conclure des accords en particulier avec les Etats méditerranéens ou africains dont les besoins dépassent le simple cadre tarifaire ou commercial.Normalement, dans le cadre de ses compétences, I accord est conclu par la CEE en son nom et il lie les institutions de la Communauté et les États membres.Pourtant, dès le premier accord conclu par la CEE, l\u2019accord d\u2019association avec la Grèce en 1961, s\u2019est 386 L'ACTION NATIONALE développée la pratique de l\u2019accord mixte qui consiste à instaurer une double procédure de conclusion: la conclusion par la CEE en tant que telle et la ratification par les parlements de chaque État membre qui peuvent toujours refuser de ratifier.À l\u2019origine, cette double procédure a été légitimée par le fait que l\u2019accord excédait la compétence communautaire et portait sur des matières de compétence nationale.Depuis lors, la pratique s\u2019est développée et est devenue d\u2019usage courant.b) Sur le plan de la compétence, les États membres sont arrivés également à contrôler, voire à contourner les obligations de la politique commerciale commune.Une part de plus en plus importante des relations commerciales internationales se fait aujourd\u2019hui sur la base d'accords de coopération permettant par exemple d\u2019échanger la construction d\u2019usines contre une partie de la production.Les États membres ont refusé de considérer ces accords comme relevant de la politique commerciale commune; toutefois, pour éviter une concurrence sauvage entre eux ou pour mener une action en commun, ils peuvent accepter de les insérer dans un cadre communautaire.Cette technique est parfaitement illustrée par l\u2019exemple de l\u2019accord cadre conclu par la CEE avec le Canada.Cet accord se contente de fixer certains grands principes, d\u2019instituer un mécanisme de consultation, d\u2019études et de négociation permanente; mais sa substance matérielle peut être nourrie par des accords de coopération bilatéraux que chaque État membre de la CEE peut continuer à conclure avec le Canada.D\u2019une façon générale, la seule obligation acceptée par les Etats membres est l\u2019obligation de consultation telle que prévue par la décision du Conseil de ministres du 22 juillet 1974.La conclusion qui se dégage de l\u2019examen de ce premier aspect des relations extérieures de la CEE est que: l\u2019équilibre entre la souveraineté et l\u2019organisation est possible; la réussite de la CEE en témoigne; on peut avoir une politique commerciale commune sans intégration politique. LES RELATIONS EXTÉRIEURES DE LA 387 Il est évident toutefois que cette appréciation peut être critiquée car en fonction du but poursuivi, pour les Européens recherchant l\u2019unification, on peut alors dénoncer l\u2019emprise trop grande de l\u2019État sur l\u2019organisation, les lenteurs de la procédure, l\u2019insuffisance des moyens qui ne permettent pas à la CEE d\u2019exercer une action directe, profonde, politique sur le milieu international.Quels sont alors les résultats dans la perspective du second mouvement, la promotion des intérêts nationaux à travers l\u2019organisation sur la scène internationale?Il - LA DIALECTIQUE SOUVERAINETÉ-ORGANISATION Deuxième mouvement: La défense de la souveraineté par l\u2019organisation C\u2019est en d\u2019autres termes ce que l\u2019on pourrait appeler la politique étrangère de la CEE.Que veulent donc les Européens?\u2014 Vue de l\u2019intérieur, la réponse est incertaine: Europe confédérale ou fédérale?Même si l\u2019on prête au président de la République française l\u2019ambition d\u2019être le premier président de la confédération européenne, il déclare travailler pour l\u2019an 2000! Mais si d\u2019ici là, M.Chirac ou M.Marchais l\u2019emporte.?Europe européenne?C\u2019est-à-dire l\u2019Europe indépendante des États-Unis?En l\u2019absence d\u2019une politique commune de défense, lorsqu\u2019on doit choisir entre des Phantom et des Mirages, comme les Belges et les Néerlandais ont dû le faire il y a quatre ans pour renouveler leur aviation de combat, c'est le règne des incertitudes.Les malentendus transatlantiques demeurent ou même s'aggravent (que ce soit au GAAT, au FMI, en matière de négociations sur les armements stratégiques.).Une Europe musclée, une Europe troisième force?Seuls les Chinois font semblant d\u2019y croire pour le moment.Peut-être aussi les Russes et les Américains.pour mieux l\u2019empêcher.\u2014 Vue de l\u2019extérieur, cette absence de réponse favorise la projection d\u2019une image relativement péjorative: Europe des marchands et des boutiquiers; 388 L\u2019ACTION NATIONALE Europe impuissante à agir sur les conflits internationaux ou tout au contraire \u2014 Europe néo-colonialiste, ce qui est d\u2019ailleurs peu aimable pour les États en voie de développement dont plus de la moitié ont conclu des accords avec la CEE, ce qui laisserait entendre qu'ils ont une vocation librement affirmée à être colonisés en permanence).Bref, l\u2019Europe, c\u2019est toujours la terre du péché, selon le mot de Jefferson.La réalité est plus nuancée même si paradoxalement pour la présenter rapidement deux formules brutales peuvent être proposées: \u2014 L\u2019Europe n\u2019a pas de politique étrangère, du moins au sens classique; elle est incapable d\u2019exercer une action politique directe.Serait-elle alors selon Michel Jobert, une \u201cnon personne\u201d?Non, répond F.Ortoli, membre de la Commission, car elle met en oeuvre une diplomatie économique internationale qui entraîne des effets de \u201cpolitisation\u201d par la création de solidarités.A \u2014 La CEE n\u2019a pas de politique étrangère parce que la souveraineté des Etats s\u2019y oppose.Mais parce qu\u2019il est difficile de séparer le technique du politique et parce que les États membres, la France en particulier, voulaient promouvoir leurs conceptions grâce au poids accru que devait leur conférer l\u2019organisation dès 1959, des mécanismes para-communautaires devaient être institués.Les résultats de ces tentatives sont, pour l\u2019instant du moins, médiocres.a) Les mécanismes de concertation politique trouvent leur origine dans les conférences au sommet des chefs d\u2019État et de gouvernement.En 1962/1963, les plans Fouchet proposent un projet de confédération européenne couvrant en particulier la défense et la politique étrangère.En 1969, à la conférence de La Haye, le président G.Pompidou prend l\u2019initiative de relancer le projet de coopération politique.Elle sera mise en oeuvre à partir de 1970 sur la base du \u201crapport Davignon\u201d à travers des réunions périodiques des ministres des Affaires étrangères.À partir de décembre 1974, les conférences au sommet se transforment en \u201cConseil européen\u201d qui réunit LES RELATIONS EXTÉRIEURES DE LA 389 régulièrement les chefs de gouvernement, s\u2019insère dans le schéma institutionnel de la CEE et approfondit les liens entre la coopération politique et les décisions à prendre en matière strictement communautaire.Dans l\u2019immédiat, la coopération politique est un exercice qui n\u2019est pas inutile car il permet le rapprochement des points de vue, s\u2019efforce de faire se prononcer l\u2019Europe sur les problèmes politiques d\u2019actualité mondiale.Mais en pratique, on peut brutalement annoncer: b) l\u2019échec sur le plan des résultats.La déclaration européenne sur Chypre, saluée à l\u2019époque comme le premier acte de la diplomatie européenne n\u2019est suivie d\u2019aucun effet alors que les trois parties en conflit, Chypre, la Grèce et la Turquie sont associées à la CEE.De même en est-il des déclarations sur le Moyen-Orient alors que depuis 1970 les liens entre la CEE et les États de cette région se sont développés.En matière de droits de l\u2019homme, un des thèmes actuels de la diplomatie internationale, les Européens sont partis en flèche à Helsinki et la coopération politique a bien fonctionné dans le cadre de cette conférence, mais ils sont nettement en recul à Belgrade parce qu\u2019ils ne veulent ni ne peuvent prendre le risque, étant géographiquement en première ligne, de relancer la guerre froide à partir de cette question.En résumé, l\u2019Europe n\u2019est pas assez puissante pour pouvoir exercer une influence politique directe sur la scène internationale.Cela ne veut pas dire pour autant qu\u2019elle n\u2019exerce aucune influence: B \u2014 La CEE crée des solidarités qui favorisent le renforcement de la souveraineté des Etats, par le jeu d\u2019une diplomatie économique internationale.Elle met ainsi en oeuvre la grande dialectique de la Charte des droits et devoirs économiques des États, adoptée par l\u2019assemblée générale des Nations unies en 1974 dans la perspective d\u2019un nouvel ordre économique international, et dont les deux piliers sont la Souveraineté et la solidarité ou la Communauté internationale.Comment la 390 L\u2019ACTION NATIONALE solidarité peut-elle renforcer la souveraineté dans le cadre des relations extérieures de la Communauté?a) Le renforcement de la souveraineté des États membres tient d\u2019abord au fait que les relations extérieures de la CEE ne sont pas animées par une philanthropie pure mais cherchent bien entendu à assurer et à promouvoir l\u2019intérêt des États membres.Machiavel continue à régner sur les relations internationales.D\u2019une part, en effet, la CEE par sa présence collective en Afrique ou en Méditerranée permet de sauvegarder une présence que la France seule, par exemple, n\u2019aurait pu maintenir; d\u2019autre part, la transformation partielle des liens bilatéraux entre la France et ces pays en liens multilatéraux par le moyen d \u2019accords conclus entre ces pays méditerranéens et africains et la CEE favorise la pénétration des autres États membres, la République fédérale d\u2019Allemagne notamment, dans ces régions.Faut-il alors en conclure que la CEE met en œuvre la thèse marxiste de la domination du centre sur la périphérie?Non, car la CEE n\u2019ayant pas d\u2019unité politique, elle est bien incapable de mettre en œuvre une volonté de puissance, une volonté de domination; d\u2019autre part, l\u2019indépendance n\u2019est pas, ne peut pas être l\u2019autarcie: elle tend à s\u2019affirmer lorsque l\u2019on peut passer d\u2019une relation bilatérale privilégiée à une relation qui multiplie le nombre des partenaires.On peut ainsi affirmer que, tout en exerçant une influence qui maintient ou renforce celle de ses Etats membres, la CEE renforce aussi la souveraineté de ses partenaires et ce, de différentes manières: b) Le renforcement de la souveraineté des partenaires de la CEE peut être précisé en reprenant la théorie des trois cercles développée par Churchill à propos de la politique étrangère de la Grande-Bretagne.\u2014 Le premier cercle est celui de la solidarité avec les plus proches c\u2019est-à-dire avec les États européens.Le problème de l\u2019élargissement de la CEE à la Grèce, au Portugal et à l\u2019Espagne est à cet égard éclairant: dans un LES RELATIONS EXTERIEURES DE LA.391 premier temps, la CEE par sa politique d\u2019association avec la Grèce et des relations préférentielles avec les deux autres États a préparé l\u2019adhésion.Aujourd\u2019hui, l\u2019adhésion de ces pays semble inéluctable, sauf accident, malgré les coûts économiques et institutionnels (plus on multiplie le nombre des États membres, plus il est difficile de concilier les intérêts et de prendre une décision), et ce pour une raison politique: le renforcement de la démocratie dans ces pays; c\u2019est l\u2019argument qui emporte tous les obstacles.\u2014 Le deuxième cercle est celui des solidarités avec les États en voie de développement qui, de par l\u2019histoire, ont eu des relations particulières avec l\u2019Europe.C\u2019est notamment le cas des États méditerranéens et africains.La première originalité de ces rapports se situe au niveau des techniques de négociation.D\u2019une part, la CEE ne cherche pas à diviser pour régner, tout au contraire elle recherche la négociation collective.Elle a négocié avec 18 États Africains et Malgaches, puis avec 49 ACP (États Africains, des Cararïbes et du Pacifique), avec 3 États du Maghreb (Maroc, Tunisie, Algérie): en incitant ses partenaires à se regrouper, elle leur donne plus de poids dans la négociation, elle renforce l\u2019égalité diplomatique et donc leur souveraineté.D\u2019autre part, dans pratiquement tous les accords conclus par la CEE, on trouve un appareil institutionnel plus ou moins développé, simple commission comme dans les accords avec le Canada, la Yougoslavie ou l\u2019Inde par exemple, ou appareil très développé, comme dans la convention de Lomé, comprenant un conseil de ministres, un comité des ambassadeurs, un organe parlementaire.Ces organes paritaires sont a priori destinés à gérer l\u2019accord qui les institue mais plus fondamentalement ils permettent une négociation permanente préparant révolution de l\u2019accord, l\u2019étude de nouveaux problèmes: c\u2019est par ce biais que les solidarités se développent.La CEE accepte donc d\u2019institutionaliser une pression permanente de l\u2019État tiers qui renforce ainsi son pouvoir de négociation. 392 L'ACTION NATIONALE La deuxième originalité de ces rapports peut se situer au niveau de la création quant au contenu de l\u2019accord: c\u2019est notamment le cas de la convention de Lomé.C\u2019est ainsi que la CEE a imaginé un système de stabilisation des recettes d\u2019exportation (Stabex), a garanti les prix et les débouchés du sucre, s\u2019efforce de favoriser les transferts d\u2019une technologie adaptée aux besoins des 49 (aujourd\u2019hui 52) ACP.Cette convention tend donc au renforcement de la souveraineté économique des partenaires.Certes ces mécanismes ne modifient pas radicalement la situation; ils innovent cependant par rapport aux autres types de relations entre le Nord et le Sud et par là même ils retentissent sur celles-ci en terme de comparaison favorable à la CEE, défavorable aux USA ou à l\u2019URSS.Toutefois, \u2014 Le troisième cercle, le plus vaste, entraîne la dilution des solidarités.Au fur et à mesure que le cercle s\u2019élargit, l\u2019effet de l\u2019action de la CEE est de plus en plus atténué car les divergences d\u2019intérêts et d\u2019opinions entre ses États membres réapparaissent comme en témoigne la dernière réunion de la CNUCED à Nairobi.Pourtant son action n\u2019est pas entièrement négative car elle a sans doute empêché la rupture entre le Nord et le Sud à la conférence de Paris.Que conclure de cette analyse rapide?À l\u2019encontre de ce que l\u2019on pense en général, le Canada sur le plan interne dans certaines matières telles la libre circulation des personnes et la libre circulation des capitaux, n\u2019est pas plus, et même peut-être moins, intégré que la CEE.Par contre, la différence éclate sur le plan des relations extérieures.Or, en cette matière \\\u2019exemple de la CEE montre que le programme Souveraineté-Association est parfaitement viable et qu\u2019il est d\u2019ailleurs actuellement vécu.Tout au contraire, le fédéralisme canadien à la lumière de l\u2019accord cadre avec la CEE apparaît comme néfaste sur le plan de l\u2019efficacité: comment la CEE pourrait-elle mettre en oeuvre des réalisations communes dans le domaine LES RELATIONS EXTÉRIEURES DE LA 393 des richesses naturelles par exemple en discutant avec le seul gouvernement fédéral alors que cette matière est de compétence provinciale?En reprenant l\u2019aménagement des pouvoirs au sein de la CEE, on aurait pu transposer dans le cadre canadien deux solutions permettant l\u2019efficacité: d\u2019une part, une participation directe des provinces à la politique extérieure au moins dans le domaine de leur compétence et une représentation conjointe au sein d\u2019une délégation commune aux fins de discussions avec la CEE; d\u2019autre part, utiliser pleinement la technique de l'accord cadre en permettant aux provinces de conclure des accords internationaux, au sein de l\u2019accord Canada-CEE, avec les États membres de la CEE tout comme ceux-ci peuvent le faire.Cette technique n\u2019a d\u2019ailleurs rien de révolutionnaire puisqu\u2019elle a été utilisée par Ottawa en 1964 lorsque le Québec a voulu conclure des accords culturels avec la France. Le Québec, une société dominée?Réactions québécoises au livre d'André Siegfried - I (1906-1907) par Lise et Pierre Trépanier RÉACTIONS QUÉBÉCOISES AU LIVRE 395 André Siegfried (1875-1959), Français protestant initié dès l\u2019enfance à la politique \u2014 son père fut député ou sénateur de 1875 à 1922 \u2014, écrivit le Canada, les deux races après avoir séjourné trois fois au pays, en 1898, 1901 et 1904\u2019.Il venait de défendre une thèse sur la démocratie en Nouvelle-Zélande et se préparait à l\u2019enseignement des sciences politiques et économiques.De plus de quatre cents pages, le Canada, les deux races se divise en quatre grandes parties: 1) l\u2019influence de l\u2019Église, de l\u2019école et des sentiments nationaux dans la formation psychologique des \u201craces\u201d française et anglaise au Canada; 2) la vie politique canadienne vue à travers la constitution, les partis et les élections; 3) l\u2019avenir des \u201craces\u201d canadiennes; 4) les relations étrangères du Canada.Le mot race était alors une expression courante qui signifiait ethnie, nation, peuple.Siegfried analyse les dominations qui, à son avis, s\u2019appesantissent sur la société québécoise au tournant du siècle: la domination de la société anglo-canadienne sur la société québécoise; la domination de l\u2019Église sur cette dernière.Particulièrement lucide apparaît son constat sur la \"race conquise2\u201d: \u201cLe Canada français porte encore le poids de la conquête3!\u201d Politiquement, les Canadiens français se sont bien défendus, mais ils ne sont pas les \u201cmaîtres du Canada4\u201d.En effet, \u201cla clef des grandes avenues de la richesse appartient en général aux Anglo-Saxons, qui régnent ainsi sur le pays aussi sûrement que par le bulletin de vote5\u201d.Les raisons?L\u2019enseignement, où l\u2019influence de l\u2019Église est prépondérante, ne prépare pas autant les Canadiens français au commerce et à l\u2019industrie que leurs compatriotes anglophones; \"leurs traditions, leurs habitudes de famille, leurs penchants les poussent à embrasser des carrières où l\u2019on gagne la considération, la renommée quelquefois, mais rarement la fortune6\u201d; mais aussi ces faits fondamentaux, inéluctables: la faiblesse de la colonisation française et la conquête: Si dans leur lutte avec la civilisation britannique, ils n\u2019ont pas remporté une entière victoire, ce n\u2019est ni faute d\u2019intelligence, ni faute de courage; c\u2019est peut-être parce que \u2014 dès le commencement et beaucoup par notre faute 396 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014 ils se sont trouvés insuffisamment armés en face d\u2019adversaires qui l\u2019étaient puissamment7.Quant à l\u2019Église, la place qu\u2019elle occupe au Québec atteint, selon lui, les proportions d\u2019un cléricalisme tout-puissant: \u201cl\u2019individu, la famille, les relations mondaines sont entourés d'un réseau serré d\u2019influences ecclésiastiques, auxquelles il leur est presque impossible d\u2019échapper8\u201d.Il en déduit que \u201cla conception de la laïcité ne semble pas (.) avoir pénétré dans la Nouvelle-France9\u201d.L\u2019Église tient particulièrement à sa mainmise sur l\u2019éducation.Elle en fait \u201cune question de vie ou de mort; son avenir même en dépend10\u201d.Son but est de \u201cmaintenir français les Canadiens pour les maintenir catholiques11\u201d et elle s\u2019applique à cette fin à les isoler pour les soustraire aux \u201cdeux puissantes tendances de la vie contemporaine\u201d, le protestantisme anglo-saxon et la libre pensée française, avec, pour résultat, \u201cl\u2019étonnante persistance de leur personnalité\u201d.Mais cette protection de l\u2019Église, si précieuse soit-elle, se paie \u201cd\u2019un prix exorbitant12\u201d: la sujétion intellectuelle où le clergé voudrait les tenir, l\u2019autorité étroite qu\u2019il leur impose, les conceptions démodées qu\u2019il persiste à leur inculquer en matière de foi ne sont-elles pas de nature à ralentir l\u2019essor de la société canadienne-française et à lui rendre la lutte bien difficile, en face de ses rivaux anglo-saxons, qui sont autrement dégagés du passé et de ses formes vieillies?À tort, comme l\u2019a prouvé la révolution tranquille, l\u2019auteur v discerne un inquiétant dilemme: ou bien les Canadiens français resteront étroitement catholiques, et alors ils auront, dans leur isolement un peu archaïque, quelque peine à suivre la rapide évolution du Nouveau Monde; ou bien ils laisseront se détendre les liens qui les unissent à l\u2019Église, et alors, privés de la cohésion merveilleuse qu\u2019elle leur donne, plus accessibles aux pressions étrangères, ils verront peut-être de graves fissures se produire dans le bloc séculaire de leur unité.Objectivement parlant, autant que l\u2019étude de la question religieuse, l\u2019analyse de leur situation de colonisés aurait dû retenir l\u2019attention des Québécois.Derrière l\u2019apparente égalité politique, Siegfried démasquait la très RÉACTIONS QUÉBÉCOISES AU LIVRE 397 réelle \u201csuprématie britannique13\u201d.Les rapports linguistiques la trahissaient de trop flagrante façon pour qu\u2019on pût s\u2019y tromper: Quel Français de France ne s\u2019est senti choqué de voir que, dans des cités aussi françaises par la population que Montréal ou Québec, une civilisation autre que la sienne domine manifestement et sans conteste?Québec par exemple ne donne pas immédiatement l\u2019impression d\u2019une cité qui soit nôtre (.).(.) nombreux sont les endroits où notre langue n\u2019est pas comprise: plus exactement peut-être: où on ne veut pas la comprendre.Dans les chemins de fer, elle est tolérée, tout au plus.À l\u2019hôtel Château Frontenac, (.) les employés supérieurs la comprennent peut-être, mais refusent de la parler.Il est vrai qu\u2019à l\u2019office et à la cuisine vous pourrez vous faire entendre tout à votre aise.Mais n\u2019est-il pas pénible que l\u2019anglais semble être la langue des dirigeants et le français celle des inférieurs?Devant cette obstination tant soit peu malveillante, les Canadiens ont fini par s\u2019incliner.Ils apprennent l\u2019anglais, ce en quoi ils ont raison; mais ils n\u2019ont jamais pu amener leurs rivaux à parler français.Et il faut voir là malheureusement une défaite significative.Il en est de même à Montréal.Certains étrangers peuvent y séjourner des semaines entières (.) sans se douter le moins du monde que la ville est en grande majorité française.La société britannique affecte de l\u2019ignorer et elle vit et se comporte comme si elle n\u2019avait pas de voisins.Cent mille des siens regardent Montréal comme leur appartenant.Puisque ce n\u2019est ni par l\u2019élection, ni par le droit du nombre, il faut bien avouer qu'au fond de leur esprit subsiste encore et malgré tout la vieille notion, non oubliée, du droit de conquête.Considérez les civil servants des Indes et vous comprendrez mieux les maîtres du Canada.Cet éclairage cru, les Québécois pouvaient-ils le supporter, surtout de la part d\u2019un étranger, en particulier d\u2019un Français?La susceptibilité du colonisé mise à part, l\u2019idéologie dominante \u2014 le traditionalisme catholique \u2014-risquait-elle de le filtrer et de brouiller les perspectives?Ce serait une preuve de plus que l\u2019idéologie est, par nature, déformante.Les Québécois apercevaient la France et son évolution récente à travers le réseau des \u201camis du Canada\u201d, presque tous catholiques et conservateurs.La moindre observation, même irréfutable, venant d\u2019éléments un tant 398 L'ACTION NATIONALE soit peu associés à la France moderne et impie, était suspecte.En France, la critique a accueilli favorablement l\u2019ouvrage de Siegfried, à l\u2019exception des \"amis du Canada\", qui y décelaient, comme le royaliste Henry de Bruchard, \u2018\u2018une nouvelle forme de l\u2019action antifrançaise14\u201d.Au Québec, quelles ont été les réactions?Pour le savoir, nous avons constitué un dossier, dont nous présenterons ici les principales pièces, en en proposant une interprétation.1 \u2014 Les premières réactions Dès le mois d\u2019avril 1906, au moment où l\u2019ouvrage voit le jour, paraissent des comptes rendus dans les revues et journaux canadiens.Aegidius Fauteux, dans la Patrie, soutient que c\u2019est l\u2019enquête \u2018\u2018la plus judicieuse et la plus complète\u201d qui ait été faite sur la condition du Canada et qu\u2019aucun livre sur le Canada n\u2019a été \u201caussi rempli d\u2019idées, aussi riche d\u2019observations et aussi généralement exact15\u201d.\u201cJamais personne, poursuit-il, ne nous a encore présenté un miroir aussi fidèle où nous nous reconnaissons.M.Siegfried nous révèle presque à nous-mêmes.(.) Notre race y est traitée d\u2019une façon toujours sympathique mais sans flatterie.\u201d Fauteux reproche néanmoins à Siegfried de voir le Canada en protestant et en libre penseur.Siegfried n\u2019a pas compris que l\u2019Église maintenait les Canadiens français catholiques et que cela suffisait pour les maintenir français, et que si l\u2019Église exerçait une emprise considérable sur le peuple canadien, c\u2019était parce que celui-ci lui reconnaissait un rôle surnaturel.De plus Siegfried exagère les craintes du clergé canadien à l\u2019endroit du protestantisme, de la France moderne et des mariages mixtes.Pour Fauteux, la conclusion de Siegfried \u2014 à savoir que les Canadiens français devront choisir entre l\u2019unité, en restant étroitement catholiques, et le progrès, en desserrant les liens avec l\u2019Église \u2014 est l\u2019expression de \u201cla théorie depuis longtemps réfutée de l\u2019infériorité des peuples catholiques\u201d.En revanche, Fauteux se plaît à souligner cette autre conclusion de Siegfried: \u201cle maintien du catholicisme semble être la principale condition de la persistance de notre race et de notre langue au Dominion\u201d.Enfin, ce que Siegfried écrit RÉACTIONS QUÉBÉCOISES AU LIVRE.399 sur l\u2019avenir de la nation canadienne-française et la suprématie britannique lui paraît \u201cun chapitre humiliant pour nous\u201d, que pourtant il aimerait \u201cpouvoir citer en entier\u201d.Hector Garneau, petit-fils de l\u2019historien, à qui Siegfried a envoyé un exemplaire de son livre, s\u2019entoure de moins de prudence16\u201d.À son avis, c\u2019est \u201cune étude singulièrement pénétrante et fouillée\u201d, la meilleure \"qui soit encore parue sur notre pays\u201d.Siegfried \u201ca fort bien compris et mis dans son vrai jour la situation privilégiée, parmi nous, de notre tout-puissant clergé17 .Sans récuser la formule de Siegfried: \u201cl\u2019Atlantique et la Révolution nous séparent\u201d, Garneau croit devoir observer: Si nous n\u2019avons pas fait notre 1789, nous admirons toutefois l'éclat superbe et l\u2019immense portée du vôtre.Mais à défaut de 1789, nous avons fait 1837.(.) Nous aussi, nous avons conquis l\u2019égalité et la liberté.Nous les vaincus de 1759, nous avons arraché à une oligarchie (.) l\u2019autonomie législative et provinciale.Et cette victoire, achetée par le sang et l\u2019exil des nôtres, nous l\u2019avons remportée tout seuls, avec nos seules forces.(.) 1837 représente une révolution féconde et une heure marquante dans l\u2019histoire coloniale du monde, C\u2019est à cette époque que notre nationalité, en dépit de ses revers, devint maîtresse d\u2019elle-même et prit conscience de ses forces nouvelles et de son avenir triomphant.Quant aux distances entre le Canada et la France, Garneau veut détromper Siegfried: Nous recevons de Paris, de Londres, de New York, les grandes revues et les nouvelles publications.Que notre clergé s\u2019emploie à empêcher, parmi nous, la vente de romans obscènes qui calomnient la probité et l\u2019honneur français, il y a de quoi assurément, l\u2019en féliciter.Quant au reste, les bibliothèques anglaises et les librairies canadiennes-françaises nous offrent le meilleur du génie et de la science de la France18.Garneau termine son compte rendu en vantant I\u2019 \u201cimpartialité si courtoise et bienveillante à la fois\u201d de l\u2019écrivain français.La critique de Thomas Chapais se rapproche beaucoup de celle de Fauteux19.Il reconnaît sans ambages que l\u2019ouvrage est \u201cl\u2019un des plus con- 400 L\u2019ACTION NATIONALE sidérables qui aient été consacrés à notre pays, par un écrivain français en ces dernières années\u201d et qu\u2019il est d\u2019excellente qualité: Ce n\u2019est pas un livre banal, tant s\u2019en faut.C\u2019est une œuvre remarquable, sous beaucoup de rapports.L\u2019auteur (.) a saisi la complexité du problème canadien; il a compris mieux qu\u2019un grand nombre d\u2019auteurs étrangers la vraie nature de notre situation politique et de nos sentiments nationaux.Tel de ses chapitres est un chef-d\u2019œuvre d\u2019exposition.Nous ne saurions trop louer dans cet ouvrage la précision et la clarté des analyses, la justesse des formules, la sûreté des informations.Chapais n\u2019en juge pas moins que ce livre n\u2019est pas un bon livre.Il est faux et injuste en beaucoup d\u2019endroits, parce que l\u2019auteur est animé de l\u2019esprit sectaire qui fait vaciller son jugement et dévier son regard.(.) Ce qui ennuie M.Siegfried c'est que, d\u2019après lui, nous sommes trop sous la tutelle, sous la direction de l\u2019Église.Dans tout le reste de l\u2019article, Chapais s\u2019applique à dénoncer le traitement que réserve l\u2019auteur à la question religieuse.Faisant allusion au combisme et à la loi de la séparation des Églises et de l\u2019État, il invite l\u2019auteur à pleurer, non pas sur le Canada français, mais sur la \u201cFrance de nos aïeux qui nous est restée si chère\u201d et \u201coù l\u2019ostracisme, la spoliation, l\u2019arbitraire, la tyrannie la plus odieuse sont devenues l\u2019essence même de la domination jacobine\u201d.Répliquant à Chapais, le Canada lui reproche de ne pas respecter les conclusions de Siegfried: Est-ce parce que M.Siegfried est protestant comme d\u2019ailleurs Parkman qui a écrit de si belles pages sur notre histoire et notre pays, que M.Chapais le dénonce comme libre penseur?M.Siegfried est parfaitement connu comme un esprit modéré et sa grande probité d\u2019écrivain aurait dû le mettre à l\u2019abri de l\u2019imputation malveillante que lui lance l\u2019ancien pontife du \u2018\u2018Courrier du Canada\u201d.Nous pouvons retourner à celui-ci le \u201ccompliment\u201d qu\u2019il adresse à M.Siegfried.Pour le style, pour la question de faits, etc., M.Chapais peut être irréprochable.Mais il devient très injuste dans ses conclusions, pour s\u2019y laisser inspirer par ses idées abstraites et son sectarisme à rebours20. RÉACTIONS QUÉBÉCOISES AU LIVRE 401 L'Événement reproduit le compte rendu de Chapais21 et attaque à son tour le Canada: c\u2019est Siegfried que Chapais a traité de libre penseur, mais le directeur du Canada, Godefroy Langlois, réagit comme s\u2019il se sentait visé22.La critique la plus sévère vient du dominicain Ceslas Gonthier23, pour qui l\u2019ouvrage de Siegfried, malgré \u201cl\u2019ordre et la clarté de l\u2019exposition\u201d et sa fidélité à dire ce qu\u2019il a vu, contrairement à nombre d\u2019Européens, est un livre \u201cperfide\u201d et \"médiocre\u201d, qui \u201cne vaut pas la réputation qu\u2019on lui veut faire\u201d.L\u2019auteur s\u2019est laissé guider par \u201cson préjugé sectaire\u201d et \u201cses vues n\u2019ont en général aucune élévation ni profondeur\u201d.Deux handicaps I empêchent de comprendre le Canada français: \u201cil est huguenot de naissance et libre penseur de profession .Ces reproches s\u2019adressent surtout à la première partie du livre (la formation psychologique des races canadiennes), \u201cla plus faible et la plus défectueuse\u201d, celle qui montre le mieux \u201cl\u2019esprit du livre qui est le plus pur esprit du laïcisme français\u201d.Le premier chapitre, par exemple, est truffé d\u2019inexactitudes sur le statut de l\u2019Église et d\u2019erreurs de fait.Sur les autres parties, le P.Gonthier se montre moins rigoureux.Il reproche cependant à Siegfried de ne pas avoir proposé une amorce de solution au problème des deux races.Pour sa part, le Messager canadien du Sacré-Cœur de Jésus2*, ayant relevé les commentaires de Chapais et du P.Gonthier, conclut dans la même veine de pensée: L\u2019auteur porte des lunettes défectueuses mais il est des questions dans lesquelles il peut voir juste et parler franc.Qu\u2019on le renseigne pour la prochaine édition.Nombreux sont les journaux québécois à publier des extraits de la presse française, avides qu\u2019ils sont des moindres commentaires qu\u2019on peut y découvrir sur le Canada.Ainsi Gringoire, dans la Libre Parole25, offre à ses lecteurs une revue de presse.Il observe que le Canada, les deux races a créé une fausse impression dans l\u2019esprit des Français en leur laissant croire que l\u2019âme canadienne est tenue par l\u2019Église dans une servitude excessive\u201d.À titre d'exemple, Gringoire cite le Phare de la Loire (Nantes, le 17 avril) qui fait paraître un compte rendu par J.Auvray.Ce dernier note: 402 L'ACTION NATIONALE Le catholicisme canadien ne s\u2019est pas américanisé.Il n\u2019en est pas de plus farouchement intransigeant.Les pasteurs tiennent leurs ouailles jalousement enfermées dans une sorte de forteresse pour les préserver des contacts qui les pourraient corrompre (.) Il est incontestable que nous devons à ce catholicisme le maintien de notre race au Canada.Mais l\u2019Église fait payer cher sa protection.La sujétion intellectuelle où le clergé tient la société canadienne-française est de nature à ralentir son essor (.) Gringoire juge plus avisés les propos que signe, dans les Annales coloniales (Paris, numéro d\u2019avril), un certain M.R.Ce dernier assimile les tirades contre l\u2019oppression cléricale à de la prose électorale (Siegfried, affirme-t-il, \u201cest pour la troisième fois candidat à la députation\u201d): \u201cFranchement, ceci est bien plus de la littérature de meeting que de la prose de savant.\u201d Maurice Hodent est aussi un bon Français aux yeux de Gringoire puisque, dans le numéro d\u2019avril du Bulletin de la Canadienne (p.101), il a défendu le clergé et reproché à Siegfried \u201cde discuter les idées et les sentiments des Canadiens français sans chercher à y accommoder son esprit, et de les présenter comme tenus dans une servitude qui n\u2019existe pas\u201d.De la critique de Gaston Deschamps, parue dans le Temps de Paris, le Nationaliste26 ne retient que la partie qui traite des moeurs électorales, pour les condamner.Notre recherche nous a montré, à notre grande surprise, que le Nationaliste, n\u2019a pas consacré d\u2019article sérieux au livre de Siegfried.Comment Olivar Asselin et ses amis de la Ligue nationaliste canadienne ont-ils pu résister à la tentation de brandir cette oeuvre comme une somme à l\u2019appui de leurs thèses?Faut-il y voir l\u2019influence modératrice de Bourassa?ou la crainte de paraître approuver, même indirectement, un adversaire du cléricalisme?Le correspondant parisien du Soleil de Québec, Jacques Péricard, affirme que, contrairement à bien des publications françaises sur le Canada, le livre de Siegfried est sérieux et documenté27.S\u2019inspirant du Temps, il attire l\u2019attention sur la \u201cconception toute religieuse de l\u2019unité nationale\u201d qui a cours dans le Domi- RÉACTIONS QUÉBÉCOISES AU LIVRE 403 nion, surtout au Canada français.La France de l\u2019ancien régime se survit dans la province de Québec: \u201cNulle part un voyageur français de France n\u2019a plus fortement la révélation du changement qu\u2019a produit en notre pays 1789 opposant la raison et la tradition, introduisant dans la pensée nationale un libéralisme humanitaire (.)\u201d Le Courrier de Saint-Hyacinthe, de son côté, reproduit un extrait d\u2019un texte que Jean Lionnet, un \u201cami du Canada\u201d, a fait insérer dans la Revue hebdomadaire de Paris.Lionnet qualifie Siegfried d\u2019 \u201cadversaire\u201d de l\u2019Église canadienne et son livre, d\u2019 \u201cintéressant, mais tendancieux au point de vue religieux28\u201d.A.-Léo Leymarie, courriériste parisien du Canada français et le Franco-Canadien, de Saint-Jean d\u2019Iberville, signale la parution de l\u2019étude de Siegfried, à la \"charpente sérieuse\u201d, mais dont un Français ne peut apprécier que la forme29.On trouve dans la Presse un témoignage intéressant sur l\u2019influence qu\u2019exerce déjà le Canada, les deux races.En août 1906, Georges de Jerphanion30, officier à bord du croiseur français Jurien de la Gravière, visite les bureaux du journal, qui rapporte ainsi ses propos: Je vois votre pays tel que j\u2019avais appris à le connaître par l\u2019intéressant ouvrage de M.Siegfried sur le Canada.Je suis heureux comme tous mes camarades, de me retrouver ici en France.(.) Le livre de M.Siegfried m\u2019avait fait aimer d\u2019avance les Canadiens, (.) mon séjour si agréable à Québec fera que je ne les oublierai jamais31.Ainsi, des deux côtés de l\u2019Atlantique, mais surtout au Québec, l\u2019ouvrage de Siegfried a connu un retentissement considérable.Quelques mois à peine après sa parution, des tendances se dessinaient nettement dans l\u2019opinion publique franco-québécoise.Si le Canada, les deux races trouvait un écho sympathique dans les milieux et organes libéraux, il s\u2019attirait la réprobation, plus ou moins complète, des milieux et organes conservateurs, ultramontains et religieux.En outre, la question religieuse dominait si nettement le débat qu\u2019on aurait pu croire que l\u2019ouvrage y était entièrement consacré.Du colonialisme dont Siegfried offrait pourtant une si 404 L'ACTION NATIONALE pénétrante analyse, il n\u2019était presque pas fait mention.Mais la discussion \u2014 bien qu\u2019impressionnante \u2014 s\u2019amorçait seulement et on n\u2019en était pas encore à la polémique.NOTES 1.\tAndré Siegfried, Le Canada, les deux races, Problèmes politiques contemporains, Paris, Armand Colin, 1906 et 1907, 415 p.En 1901, il publie un article intitulé \u2018\u2018La politique canadienne jugée à l\u2019étranger\u201d dans la Revue canadienne (t.40, p.214-219, 284-291).En 1905, il répond à une enquête lancée par le Canada sur les relations franco-canadiennes au point de vue économique et intellectuel (Le Canada, 11 mai 1905).Il séjournera de nouveau au Canada en 1914, ce qui nous vaudra Deux mois en Amérique du Nord à la veille de la guerre (Paris, A.Colin, 1916), puis en 1919, 1929, 1935 et 1945.En 1937, paraîtra le Canada, puissance internationale, Paris, A.Colin (2e édition en 1947).Siegfried enseignera à l\u2019École libre des Sciences politiques et au Collège de France.Voir l\u2019excellente introduction qu\u2019a écrite F.H.Underhill pour l\u2019édition dans la Carleton Library: A.Siegfried, The race question in Canada, (Toronto), McClelland and Stewart, (1966).Quand donc nos éditeurs nous donneront-ils une réédition en langue française?2.\tA.Siegfried, op.cit., p.130.3.\tIbid., p.304.4.\tIbid., p.306.Siegfried, sans employer le mot de colonialisme, le décrit.La phrase complète est: \u201cConsidérez les civil servants des Indes et vous comprendrez mieux les maîtres du Canada.\u201d 5.\tIbid., p.307.6.\tLoc.cit.7.\tIbid., p.308.8.\tIbid., p.41.9.\tIbid., p.16.10.\tIbid., p.42.11.\tIbid., p.22.12.\tIbid., p.68.13.\tIbid., p.305-306.14.\tH.de Bruchard, \u201cUne nouvelle forme de l\u2019action antifrançaise, Les pamphlets contre le Canada français\u201d, Revue critique des idées et des livres, t.7, oct.-déc.1909, p.431-468.Voir, sur l'accueil que réserve la critique à l\u2019ouvrage de Siegfried, l\u2019excellent travail de S.Simard, L'image du Canada en France, 1850-1914, thèse manuscrite de doctorat, Bordeaux, 1975, p.544.15.\tA.Fauteux, \u201cM.André Siegfried, Le Canada: les deux races\u201d, La Patrie, 14 avril 1906.La Patrie est un journal libéral.16 H.Garneau, \u201cNotre état d\u2019âme national.À propos du livre de M.Siegfried\", Le Canada, 26 avril 1906, p.4.Le Canada est un journal libéral.17.Art.cit. RÉACTIONS QUÉBÉCOISES AU LIVRE 405 18.\tFaut-il voir dans cette dernière phrase un témoignage sur la vie intellectuelle au Canada français à l'époque?Cela veut-il dire qu\u2019il n\u2019y avait pas de grandes bibliothèques canadiennes-françaises ou bien que seules les librairies échappaient à la censure cléricale?19.\tT.Chapais, \u201cÀ travers les faits et les oeuvres\u201d, La Revue canadienne, août 1906, p.100-104.La Revue canadienne est catholique.20.\t\u2018\u2018M.Chapais et M.Siegfried\u201d, Le Canada, 18 juil.1906, p.4.Le Canada a aussi publié un résumé: \u201cLe Canada jugé par un Français\" (14 avril 1906, p.4) et deux extraits de l\u2019ouvrage de Siegfried: \u201cL\u2019avenir du Canada dans l\u2019Amérique du Nord\u201d (14 avril 1906, p.9) et \u201cLe Canada et la civilisation américaine\u201d (19 avril 1906, p.9).21.\t\u201cLe Canada de M: André Siegfried\u201d, L'Événement, 21 juil.1906, p.2.L'Événement est à l\u2019époque un journal conservateur dirigé par des castors (ou ultramontains, c\u2019est-à-dire intégristes, intransigeants).22.\t\u201cM.Langlois se sent-il atteint?\", L'Événement, 21 juil.1906, p.4.Langlois est franc-maçon.23.\tLe P.Gonthier, o.p., écrivait sous le pseudonyme de Raphaël Gervais.Raphaël Gervais, \u201cErreurs et préjugés\u201d, La Nouvelle-France, juil.1906, p.340-353.Cette revue a pour sous-titre: \u201cRevue des intérêts religieux et nationaux du Canada français\u201d.24.\t\u201cÇà et là, Le Canada de M.Siegfried\", Le Messager canadien du Sacré-Cœur, sept.1906, p.429.Le Messager est la propriété des Jésuites.25.\tGringoire, \u201cLe Canada en Europe\u201d, La Libre Parole, 26 mai 1906, p.3.La Libre Parole est un journal catholique et se veut indépendante.Selon R.Rumilly (Hist, de la P.de Québec, t.12, p.76-77), son programme est assez semblable à celui du Nationaliste.26.\tG.Deschamps, \u201cNos moeurs politiques\", Le Nationaliste, 26 août 1906,\tp.2.Le Nationaliste diffuse les doctrines de Bourassa.Dans le même numéro, même page, voir \u201cÉchos et commentaires\u201d.27.\tJ.Péricard, \u201cChronique parisienne\u201d, Le Soleil, 14 mai 1906, p.3.Le Soleil est un journal libéral.28.\t\u201cLes Canadiens et la France\u201d, Le Courrier de Saint-Hyacinthe, 8 juin 1907,\tp.1.Le Courrier est un journal conservateur.29.\tA.-Léo Leymarie, \u201cCourrier de Paris\", Le Canada français et le Franco-Canadien, 11 mai 1906, p.1 Le Canada français est un journal libéral.30.\tJerphanion est l\u2019ami intime du Français Jean-Èmile-Marie Flahault, titulaire de la chaire de chimie à l\u2019Université Laval, que La Presse (27 août 1906, p.12) qualifie d' \"illustre savant et grand chrétien\u201d.31.\t\u201cNos frères de France, Comment les marins français actuellement à Québec utilisent leurs congés\", La Presse, 23 août 1906, p.11.La Presse est un journal conservateur du 11 oct.1904 au 2 nov.1906.À partir de cette date, Trefflé Berthiaume en fait un journal libéral mais d\u2019inspiration catholique. L'impôt sur le revenu et la Commission Tremblay La dramatisation de Duplessis à Radio-Canada respecte-t-elle la vérité?par François-Albert Angers LA DRAMATISATION DE DUPLESSIS À 407 Le Devoir (18 novembre) reproduisait un extrait du volume lancé, ces jours-là, par VLB, éditeur, au Salon du Livre, sur Duplessis, tel que vu dans la série d\u2019émissions produite à Radio-Canada.L\u2019extrait portait tout spécialement sur l\u2019institution de l\u2019impôt sur le revenu des particuliers au Québec et sur la création de la Commission Tremblay.Or on sait que lors de la production de la série d\u2019émissions à Radio-Canada, on insistait sur l\u2019exactitude historique des mises en scène, même dans la dramatisation des faits rapportés.Comme je me suis trouvé assez intimement associé à l\u2019épisode rapporté ici, il ne sera pas sans intérêt pour les lecteurs et pour les historiens de comparer ma version des événements avec celle de Denys Arcand.Comme le temps me presse à des besognes qui me paraissent tout de même plus significatives dans ma vie, je n ai pas pris le temps de référer au volume au moment où j\u2019écris, de vérifier si on n\u2019y apporte pas d\u2019autres considérations en rapport avec cette prétendue exactitude historique de la série des émissions, etc.Je prends tel quel, seulement, ce qui est reproduit dans l\u2019édition du Devoir susmentionnée.Il s\u2019agit d\u2019une séance du cabinet qui se situe évidemment avant l\u2019institution de l'impôt provincial sur le revenu et la création de la Commission Tremblay, donc avant même le premier déblocage qui survint dans la question des relations fédérale-provinciales et des accords fiscaux de l'après-guerre; par suite avant 1952, et à fortiori avant 1956.Or, selon ce que j\u2019ai vécu de ces événements, une telle discussion au Cabinet ne peut pas avoir eu lieu à l\u2019époque considérée, telle que rapportée.Et je ne parle pas du mot à mot que l\u2019on comprend asez bien avoir dû être inventé par les auteurs, à partir d\u2019une relation générale qui leur aurait été faite des sujets discutés à une telle réunion.Je parle du fond même de la discussion. 408 L'ACTION NATIONALE En effet, des documents historiques, en forme notamment de déclarations qui ont paru dans les journaux, existent pour prouver que Duplessis était formellement opposé à l\u2019institution d\u2019un impôt provincial sur les revenus avant la formation de la Commission Tremblay.Comme j\u2019ai vécu à l\u2019intérieur de cette Commission dont j\u2019étais l\u2019un des \u201cofficiers spéciaux\u201d, c\u2019est-à-dire l\u2019un des rares chercheurs ainsi désignés par l\u2019arrêté en Conseil de leur nomination, ma connaissance des choses est que Duplessis en vint à changer d\u2019idée à ce sujet à l\u2019instigation du juge Thomas Tremblay, un an après la formation de la Commission.Quant à la réalité de l\u2019opposition de Duplessis à l\u2019institution d\u2019un impôt provincial sur le revenu, je m\u2019en souviens d\u2019autant plus que j\u2019ai été partie à l\u2019incident qui a engendré sa déclaration la plus agressive contre une telle idée.Dans ces années-là, en effet, je collaborais activement à la préparation des prises de position et mémoires de la Chambre de Commerce du district de Montréal comme conseiller technique de son comité spécialement assigné à la question des relations fédérale-provin-ciales.Nous suivions la question de près depuis les années 1940 et la Chambre avait présenté un mémoire au gouvernement fédéral en 1947 sur le sujet des accords fiscaux.Vers la fin des années 1940 ou au début des années 1950 (encore là je me suis interdit, faute de temps, de retourner aux documents pour la date exacte), la Chambre avait proposé formellement au gouvernement Duplessis de créer un impôt provincial sur le revenu, afin d\u2019occuper au moins le champ de 5% ou 10% de l\u2019impôt fédéral que prévoyait la loi.Cela avait valu à la Chambre de Commerce une riposte cinglante sur ces \u201cautonomistes à 5 ou 10 pour cent\u201d, alors que lui, Duplessis, étant \u201cun autonomiste à 100%\u201d, ne ferait pas une loi greffée sur la loi fédérale.La LA DRAMATISATION DE DUPLESSIS À.409 Chambre de Commerce n\u2019avait d\u2019ailleurs rien proposé ainsi.Au contraire, une loi autonome qui équivaudrait à ce 5% et permettrait au contribuable québécois de soustraire cette somme à son rapport fédéral et de la verser à Québec.La réponse de Duplessis avait été si cinglante justement qu\u2019elle faisait perdre la face à la Chambre de Commerce devant l\u2019opinion publique.Celle-ci avait été ainsi conduite à une démarche inusitée: une réponse vigoureuse visant à son tour à faire perdre la face au premier ministre par la démonstration de l\u2019inanité de ses propos.Démarche inusitée, car c\u2019était une politique ferme de la Chambre de Commerce de ne jamais entrer en polémique avec les hommes politiques, surtout en place de gouvernement.Un échange au Cabinet, comme celui qui suit, tel que rapporté par le livre en cause sur Duplessis, ne peut donc pas avoir eu lieu à cette époque: Duplessis: \".Tenez-vous bien, à partir de l\u2019an prochain, on va avoir un impôt provincial sur le revenu des particuliers\u201d.Sauvé: \u2018\u2018Ça n\u2019a pas de maudit bon sens\u201d.Côté: \u2018\u2018Bien, le monde acceptera jamais ça\u201d.Dans la suite de la discussion, Duplessis annonce que l\u2019impôt équivaudra à 15% de l\u2019impôt fédéral et qu\u2019il va forcer le Fédéral à accorder la déduction à 15%.Il annonce alors la formation de la Commission Tremblay.Duplessis: \u201c(Qu'Ottawa) cède ou ne cède pas, on va instituer une Commission royale d\u2019enquête sur les relations fédérale-provinciales.Ça va être Thomas Tremblay qui va être le président.\u201d On prête à Paul Sauvé d\u2019avoir dit qu\u2019une telle loi d\u2019impôt était au fond inutile vu qu\u2019Ottawa \u201cremet une grosse partie de ces taxes en subventions\u201d.En fait, ce ne sera que plusieurs années plus tard, après la création de la Corn- 410 L\u2019ACTION NATIONALE mission Tremblay, après la création de l\u2019impôt provincial, après 1956, alors que les subventions seront devenues inconditionnelles, qu\u2019une telle objection aurait pu venir.Pendant toute la période en cause, le Québec avait refusé d\u2019entrer dans les accords fiscaux fédéral-provinciaux, et ne recevait aucune subvention sur les impôts perçus en totalité par Ottawa.Cet exemple permet de voir un peu la mesure de \u201cl\u2019exactitude historique\u2019\u2019 dans le travail de Denys Arcand.Les propos prêtés à Duplessis dans une seule et même séance du Cabinet, ont pu vraisemblablement être prononcés un peu comme tels, mais à différentes époques.Il y eut la Commission Tremblay d\u2019abord, puis plus tard l\u2019impôt provincial, mais l\u2019objection de Paul Sauvé ne pouvait être pertinente ni à l'une ni à l\u2019autre de ces deux séances présumées du Cabinet, puisque ces deux événements seraient survenus, dans un ordre inversé (la Commission d\u2019abord, l\u2019impôt après), avant que le Québec ne reçoive de subventions fédérales.Comme l\u2019opinion de Duplessis sur ces sujets n\u2019a pas été continue dans l\u2019intervalle de temps à l\u2019intérieur duquel on a effectué le télescopage, la vérité historique des événements se trouve quand même substantiellement déformée.À l\u2019époque où la série Duplessis situe la séance unique du Cabinet en cause, Duplessis, nous l\u2019avons vu, est vigoureusement opposé à la création d\u2019un impôt sur le revenu.Il pense ce qu\u2019on met dans la bouche de Côté: Le monde acceptera jamais ça\u201d.Il pense ainsi parce qu\u2019il se souvient du fameux incident de la taxe de luxe remplaçant la taxe de vente, au sujet de laquelle I opposition libérale avait réussi à ameuter l\u2019opinion publique contre lui comme \u201cgouvernement taxeux\u201d et obtenu le concours du Conseil législatif, en grande majorité libéral, pour bloquer le projet.Quand Duplessis se décidera à établir l\u2019impôt sur le revenu, c\u2019est le même souvenir qui induira Georges-Emile Lapalme et l\u2019opposition libérale à recommencer la même LA DRAMATISATION DE DUPLESSIS À 411 tactique et à s\u2019opposer à mort à cette loi, s\u2019associant ainsi à la fureur dans laquelle on était à Ottawa devant cette mesure qui menaçait tout l\u2019équilibre de la domination fiscale fédérale et qui effectivement la fit s\u2019écrouler deux ans plus tard.Duplessis avait obtenu le concours de l\u2019opinion publique contre M.Saint-Laurent.Georges-Émile Lapalme admet, si mon souvenir est bon, dans ses Mémoires, qu\u2019une erreur majeure fut alors commise par les tacticiens du parti libéral.L\u2019histoire du revirement d\u2019opinion de Duplessis est connue comme suit par les participants à la Commission Tremblay.Au cours de l\u2019année qui suivit son établissement, la Commission fit le tour du Ouébec pour y recevoir les mémoires et entendre les témoignages des divers groupes et individus.À travers les demandes des divers groupes et dans les réponses aux questions par les commissaires, ceux-ci prirent une conscience aiguë que la création d\u2019un impôt provincial sur le revenu recevrait l\u2019approbation générale en tant que mesure stratégique dans le conflit entre Ottawa et Ouébec.Tout au long de l\u2019année, le juge Thomas Tremblay, qui était un ami personnel de Duplessis et dans le jugement et la droiture duquel celui-ci avait entièrement confiance, fit rapport de l\u2019état de l\u2019opinion publique au premier ministre et l\u2019incita fortement à changer d\u2019opinion.Si je me souviens bien de ce qui m\u2019a été rapporté, à la veille même du jour où Duplessis annonça sa décision, et probablement avant même d\u2019en avoir parlé au Cabinet, il avait eu une conversation avec le juge Tremblay et avait continué de lui formuler ses objections à une telle initiative, sans avoir laissé percevoir qu\u2019il changerait d\u2019opinion.La formation de la Commission Tremblay se présente un peu de la même façon et fut très vraisem- 412 L'ACTION NATIONALE blablement annoncée au public avant d\u2019avoir été discutée au Cabinet.Dans son numéro spécial sur Esdras Minville (mai-juin 1976), l\u2019ACTION NATIONALE a publié un échange de deux lettres Duplessis-Minville qui retracent les toutes premières origines de la Commission.Nous sommes en novembre 1945.Duplessis prépare sa déclaration à la Conférence fédérale-provinciale imminente de l\u2019après-guerre sur les accords fiscaux.Il a demandé à Minville de l\u2019aider.Minville lui fait valoir que devant l\u2019importance et la gravité des attaques fédérales, et face aux dossiers d\u2019experts nombreux et étoffés qui les soutiennent, il faut plus, de la part du Québec, \u201cqu\u2019un mémoire qui rappellerait les fondements historiques de la Confédération\u201d.Minville trace ensuite le plan général du Mémoire qui conviendrait.Il suggère que cela prendrait \u201cune commission assez représentative tant par le nombre que par la réputation de ses membres\u201d.L\u2019idée ne plaît guère à Duplessis.\u201cLe comité d\u2019étude que vous suggérez est très intéressant, répond-il, mais il comporte certaines difficultés et plusieurs désavantages.\u201d Dès lors, les Chambres de Commerce, sous l\u2019influence directe même de Minville qui y joue un rôle actif, reprennent la suggestion.Le mouvement partira de la Chambre de Commerce de Montréal.Il s\u2019étendra progressivement à toutes les autres Chambres de Commerce du Québec et finira par faire l\u2019objet d\u2019une proposition formelle à un Congrès annuel de la Fédération.En l\u2019année de la formation de la Commission, le président de la Fédération est un monsieur Paradis, de Trois-Rivières (son prénom m\u2019échappe au moment où j\u2019écris), ami personnel de Duplessis et peut-être l\u2019un des organisateurs dans \u2019\u2019son beau comté\u201d.Il décide de faire aboutir la proposition.Une grande délégation émanant de toutes les régions du Québec est organisée vers Québec. LA DRAMATISATION DE DUPLESSIS A.\t4-) 3 On me demanda de préparer le texte de la requête qui serait lue au premier ministre, en insistant pour que j\u2019y mette tout ce que je pouvais avoir de diplomatie et de connaissance du personnage pour lui rendre la chose le plus acceptable possible.Le texte aura ensuite été passé \u201cau peigne fin\u2019\u2019 et élimé de toutes les aspérités que j\u2019avais pu y laisser.La délégation est finalement si nombreuse qu\u2019après avoir indiqué le Comité de bills publics comme lieu de la réunion, le premier ministre transmet le message de se rendre à la Chambre des députés.Tous les bureaux de la Chambre même (bureaux des ministres et députés) sont occupés, de même que toutes les galeries, à pleine capacité.Duplessis s\u2019installera au fauteuil de l\u2019Orateur pour entendre la \u201csupplique de son peuple\u2019\u2019.Mais avant de venir à la Chambre, il reçoit les dirigeants de la délégation.En tant que conseiller technique on me considère parmi ceux-là, mais nous convenons que je ne me présenterai pas de peur que je devienne l\u2019objet d\u2019un accrochage avant la rencontre, même si je garde un silence prudent, car le Premier peut avoir le goût de m\u2019apostropher sur certains de mes propos qui ont pu lui déplaire.Ouand les dirigeants de la délégation reviennent en Chambre, alors que Duplessis s\u2019amène aussi, Gilbert LaTour, directeur général des Chambres et l\u2019animateur hors pair de toutes ces activités, se penche à mon oreille et me dit: \u201cÇa ne marche pas.Nous ne l\u2019aurons pas!\u201d.\u201cMais, pourquoi?\u201d lui dis-je avec étonnement, tellement nous avions compté sur l'influence et la détermination sincère de M.Paradis.Il lève les épaules et n\u2019en dit pas plus car Duplessis entre.C\u2019est Gilbert LaTour, si mon souvenirest bon, qui lira le court Mémoire, à moins que ce n\u2019ait été M.Paradis lui-même.Une fois la lecture terminée, Duplessis prend la parole.Il parle, il parle, reprenant ses thèses bien connues.En terminant, il lance: \u201cJe vous accorde la Commission demandée\u201d. 414 L\u2019ACTION NATIONALE Les applaudissements nourris éclatent et les plus renseignés des organisateurs en restent pantelants, complètement ébahis.Je demanderai ensuite: \u201cVoulez-vous bien me dire ce qui s\u2019est passé?\u201d On m\u2019expliquera ceci.Pendant que le Mémoire était lu et qu\u2019il prononçait son discours, Duplessis faisait le tour de son auditoire.Il y reconnaissait, plein la Chambre et dans les galeries, un grand nombre des meilleurs organisateurs de l\u2019Union nationale dans tous les comtés.Ç\u2019avait été là la grande astuce du président Paradis pour faire comprendre à Duplessis que c\u2019était bien le peuple du Québec qui lui réclamait cette Commission, au-delà même du parti et des partis.Ces faits démontrent assez, je pense, que la vérité historique sur ce qu\u2019était Duplessis ne trouve pas bien son compte dans l\u2019épisode donné dans LE DEVOIR du 18 novembre, même si toutes les paroles qui lui sont prêtées peuvent être considérées comme exactes en tant qu\u2019ayant pu être prononcées à quelque moment au cours de sa vie, quoique pas dans la situation et l\u2019arrangement fournis.Disons que le texte préparé donne l\u2019exemple des résultats, et parmi les meilleurs: il n\u2019y aurait pas là de faussetés absolues, seulement des faussetés relatives, telles que les produit la méthode de l\u2019interprétation de l\u2019histoire à partir d\u2019hypothèses de travail.Un genre que pratiquent même les historiens.Et combien davantage les essayistes.À preuve la fameuse introduction de Pierre-Elliott Trudeau sur la Grève de l\u2019Amiante.Il y a une base de faits.Duplessis a établi un impôt provincial sur le revenu.Il a nommé une Commission Tremblay.Le Québec a, un temps, reçu des subventions qui pouvaient équivaloir aux impôts qu\u2019il n\u2019aurait pas perçus.Il est donc tout à fait vraisemblable qu\u2019une séance du Cabinet ait pu avoir lieu où tout cela fût discuté.Avec la connaissance qu\u2019on peut avoir ensuite des idées du premier ministre et de son mode d\u2019argumen- LA DRAMATISATION DE DUPLESSIS À.415 tation, il peut être vraisemblable que tout se soit passé exactement ainsi.C\u2019est vraisemblable mais, dans les faits, ce n\u2019est pas vrai ainsi! On excuse mieux l\u2019imprécision dans une création qui se veut surtout dramatique, à condition qu\u2019on n\u2019insiste pas trop sur les parfaites concordances avec l\u2019histoire.C\u2019est particulièrement grave, en termes de vérités, quand cela parasite des ouvrages qui se veulent sérieux, telle cette introduction au volume sur la Grève de l\u2019Amiante.Personnellement, je suis porté à trouver que le procédé reste éminemment contestable même en termes de création artistique, quand il touche à des événements trop proches de nous et encore critiques pour nous.En pareils cas, il est important que soit déformée le moins possible la vérité historique, base des renseignements, de l\u2019information, dont nous avons besoin pour bien asseoir notre action dans la continuité qui en assure l\u2019efficacité.Passe quand il ne s\u2019agit que d\u2019émissions radiophoniques ou télévisées, ou de pièces de théâtre.Mais publier cela en volume! Cela me paraît donner trop de poids, un poids qui devient dangereux de déformation, à des oeuvres dont la fragilité même appelle qu\u2019on les laisse à des media où l\u2019impression d\u2019ensemble qu\u2019ils laissent, a suffi pour permettre la transmission de leur part de vérité. L'an 1 de la Loi 101 par Guy Bouthillier, conseiller général de la SSJB-M. L'AN 1 DE LA LOI 101 417 La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal lutte depuis des générations pour la défense du français.Elle a contribué à formuler des réformes linguistiques qui ont aujourd\u2019hui force de loi(1) Elle voit dans la loi 101 un instrument privilégié de notre affirmation culturelle, économique et politique.Voilà trois bonnes raisons qui expliquent que nous fassions aujourd\u2019hui un premier bilan de la loi 101.Ce n\u2019est pas un hasard si nous avons convoqué cette conférence de presse le 15 novembre: nous voulons ainsi souligner la place qu\u2019occupe à nos yeux la loi 101, dans l\u2019ensemble de l\u2019action du gouvernement du Parti québécois.Le mouvement indépendantiste, dont est issu et auquel appartient le Parti québécois, n\u2019a pas pour principale raison d\u2019être l\u2019adoption d\u2019une loi du français, et il aura échoué aux yeux de l\u2019Histoire s\u2019il devait arrêter là son action nationale.Mais le mouvement de libération du Québec et celui de l\u2019affirmation du français sont liés étroitement, et ce n\u2019est pas un accident, comme nous l\u2019enseigne la triste histoire des bills 63 et 22, s\u2019il a fallu rien de moins que la victoire d\u2019un parti indépendantiste pour ouvrir la voie de la refrancisation du Québec.Une impression d\u2019ensemble: apaisement linguistique Au départ, une impression générale se dégage: celle d\u2019un apaisement de la question linguistique.Cette impression s\u2019impose avec d\u2019autant plus de force que cette accalmie fait suite, du côté québécois, à plusieurs années de luttes menées contre l\u2019ignominieux bill 63 et, du côté des Anglophones, aux déchaînements de ceux dont l\u2019ethnocentrisme avait été chatouillé par la loi 22, puis ébranlé par le Livre blanc et le projet de loi numéro 1.(1) En 1962, devant la Commission Parent, nous avions proposé, en effet, que le texte français de nos lois soit seul officiel, que l\u2019obtention du certificat d'études secondaires soit subordonnée à la maîtrise du français parlé et écrit, et que l\u2019école anglaise ne serve que les enfants de la communauté anglo-québécoise.Toutes ces propositions, qui à l'époque paraissaient révolutionnaires, ont trouvé leur réalisation dans la loi 101. 418 L\u2019ACTION NATIONALE Cette accalmie repose sur un nouvel équilibre.D\u2019un côté, en effet, rassérénés par la loi 101, les Francophones ne réclament plus la disparition des écoles anglaises.De l\u2019autre, plus personne ne remet sérieusement en cause les principes de la Charte du français.Bien sûr, il y a encore des Don Quichotte de la langue tel ce Pierre Berton qui s\u2019est porté candidat au martyre linguistique®.Bien sûr, il y a, et il y aura encore, des combats d\u2019arrière-garde, celui des parents grecs, celui des petits marchands de Verdun ou d\u2019ailleurs.Certes, l\u2019enthousiasme des Québécois pour cette loi n\u2019est pas toujours partagé par les Anglophones d\u2019ici.Mais dans l\u2019ensemble, ce qui frappe, c\u2019est l\u2019adhésion, sinon du cœur, du moins de l\u2019esprit aux nouvelles règles du jeu.Pour s\u2019en convaincre, rappelons les faits suivants: 1\t\u2014 Le gouvernement fédéral et les neuf gouvernements provinciaux du Canada anglais ont accepté, bon gré mal gré, la nouvelle réalité de la Charte du français.Le premier n\u2019a certes pas renoncé à ses tactiques de harcèlement (c.-à-d.affaire de la décentralisation des fonctionnaires, affaire des Indiens du Québec.), mais il n\u2019a pas osé contester la loi, comme certains le lui demandaient, devant la Cour Suprême du Canada.Quant aux seconds, leurs chefs ont donné leur aval aux dispositions \u201cscolaires\u201d de la loi 101 lors de la réunion des premiers ministres tenue à Montréal en février dernier®.2\t\u2014 La loi 101, en vigueur depuis 15 mois, n\u2019a, à ce jour, fait l\u2019objet d\u2019aucune plainte au Protecteur du citoyen, alors que la loi 22 avait donné lieu à pas moins de 1419 plaintes®.3\t\u2014 À l\u2019Assemblée nationale, la loi 101 n\u2019a donné lieu, depuis son entrée en vigueur, qu\u2019à de rares interventions de la part des députés de l\u2019opposition.En particulier, on ne relève qu\u2019une seule question écrite®.(2)\t\"Pierre Berton irait jusqu\u2019en prison pour combattre la loi 101\u201d, Le Devoir, 8 mai 1978.(3)\tLe Devoir, 24 février 1978.(4)\tLa Presse, 1er novembre 1978.(5)\tInformation recueillie auprès du cabinet du ministre d\u2019État au développement culturel. L'AN 1 DE LA LOI 101 419 4\t\u2014 Le Bureau des écoles protestantes du Grand Montréal s\u2019est plié, bon gré mal gré, à la décision de la Cour supérieure, rendue en juillet dernier, concernant les subventions du ministère de l\u2019Éducation, et il n\u2019a toujours pas contesté la constitutionnalité de la loi, alors qu\u2019il s\u2019était empressé de le faire pour la loi 22(6) 7 8.5\t\u2014 Deux personnalités du Parti libéral du Québec viennent de reconnaître les mérites de la loi 101: William Tetley, pour ce qui concerne la langue des raisons sociales, et Madame Thérèse Lavoie-Roux, pour ce qui concerne l\u2019application de la loi aux groupes ethniques17\u2019.6\t\u2014 Aux élections complémentaires du 5 juillet dernier, il ne s\u2019est trouvé que 15% des électeurs inscrits (24% des suffrages exprimés) pour donner leur appui au candidat du \u201cfree choice\u201d, M.David De Jong(8>.Deux interprétations possibles de cet apaisement On peut donner de cet apaisement une interprétation machiavélique, qui est la suivante: les Anglo-Québécois font maintenant le silence autour de la loi 101, mais c\u2019est pour mieux la violer, car leur refus de se soumettre à la francisation suppose entre autres que les Québécois détournent leur attention de la question linguistique.Par principe, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal n\u2019exclut pas cette interprétation, qu\u2019elle se réserve au besoin de faire sienne un jour, compte tenu de l\u2019évolution de la situation, notamment dans le monde des affaires.Mais dans l\u2019état actuel des choses, nous ne la retenons pas.C\u2019est pourquoi nous préférons l\u2019interprétation suivante, qui nous apparaît plus conforme à la réalité: si les Anglo-Québécois et leurs amis acceptent la loi 101, c\u2019est d\u2019abord bien entendu parce que cette loi ne manque pas de vigueur \u2014 dura /ex, sed lex \u2014, mais c\u2019est aussi parce qu\u2019ils lui reconnaissent secrètement la double qualité de légitimité et de modération.(6)\t\"Le BEPGM n'a jamais pratiqué la guérilla\u201d, Le Devoir, 7 août 1978.(7)\tL\u2019Information Nationale, novembre 1978.(8)\tChiffres officiels recueillis auprès du président des élections.Inscrits: 33,414, exprimés: 21,001, suffrages obtenus par David De-Jong: 4,983. 420 L'ACTION NATIONALE Légitimité, car cette loi découle du droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes, qui commande que l\u2019on façonne son pays à son image et à sa ressemblance.Modération, car cette loi évite toute persécution linguistique en reconnaissant de généreuses exceptions aux Anglo-Québécois et à leur langue, notamment sur le plan scolaire.Cette loi semble donc marcher.Bien sûr, il se trouve encore des nostalgiques et des attardés, qui du reste ne se recrutent pas tous chez les Anglo-Québécois, comme en témoigne par exemple le fait inadmissible que les autorités de la ville de Montréal se laissent encore tirer l\u2019oreille.Mais on constate ceci, qui est capital pour l\u2019avenir: aucun de ceux qui ont donné leur appui à la loi 101 ne l\u2019a retiré, tandis que l\u2019on enregistre tous les jours de nouveaux ralliements.On peut entrevoir ainsi l\u2019acceptation générale des nouvelles règles du jeu.Cependant, ce consensus nouveau demeure fragile.C\u2019est pourquoi on ne saurait trop dénoncer ceux des nôtres qui tentent démagogiquement de soulever à nouveau les passions linguistiques et de retarder ainsi l\u2019instauration définitive de la paix linguistique.Nous pensons ici en particulier à Claude Ryan qui cherche encore, et heureusement sans doute vainement, à pêcher en eaux troubles.À lui, et à toutes les rabouilleuses de la langue, nous rappellerons les propos tenus par Léon Dion devant le Comité parlementaire fédéral sur la constitution: \u201cCe serait s\u2019illusionner que de croire qu\u2019un gouvernement du Québec pourrait changer les lois linguistiques actuelles sans les remplacer aussitôt par d\u2019autres lois peut-être encore plus mordantes\u201d*91.La nécessaire vigilance Mais un danger guette la loi 101: la tentation qu\u2019auraient les Québécois de laisser leur garde dans l\u2019illusion que la partie, depuis l\u2019adoption de la loi, est d\u2019ores (9) Le Devoir, 21 septembre 1978 L'AN 1 DE LA LOI 101 421 et déjà gagnée.Cette attitude, sans doute normale après un si long combat, doit être combattue avec vigueur, car tout dépendra en dernière analyse de l\u2019application de la loi.Cela est d\u2019autant plus vrai que la loi 101 est une loi à calendrier multiple, dont certains articles n\u2019arriveront à échéance qu\u2019en 1983.Les cinq prochaines années seront donc particulièrement importantes.C\u2019est pourquoi la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal estime de son devoir de lancer un vibrant appel à la vigilance de tous les Québécois.Cet appel s\u2019adresse en particulier: 1\t\u2014 Aux travailleurs et à leurs syndicats, qui ont déjà tant fait pour le redressement linguistique, et qui doivent veiller à ce que les comités de francisation mis sur pied dans les grandes entreprises (art.146 de la Charte) fonctionnent sérieusement et efficacement.C\u2019est à ces comités que la loi confie la mission de dresser le bilan linguistique de l\u2019entreprise (art.149).Un comité composé de béni-oui-oui, ou dont les membres seraient indifférents à la question de la langue, serait un obstacle à la francisation du monde du travail.2\t\u2014 Aux citoyens et aux citoyennes de nos municipalités, en particulier à ceux de Montréal et de la région métropolitaine, où se joue l\u2019avenir du français.Qu\u2019ils veillent à ce que leur municipalité présente son bilan linguistique avant le 31 décembre de cette année, comme le prescrit la loi (art.131).Ensuite qu\u2019ils exigent de prendre connaissance de ce bilan et qu\u2019ils suivent l\u2019application des mesures proposées.La meilleure façon de remplir cette mission demeure l\u2019institution dans chaque municipalité d\u2019un comité de défense de la loi 101, comme la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a décidé de faire pour Montréal.C\u2019est ainsi, et ainsi seulement, que Montréal retrouvera son visage français, seul conforme à son caractère de méropole du Québec. 422 L'ACTION NATIONALE 3 \u2014 Aux élèves, aux enseignants et aux parents, qui connaissent l\u2019importance de l\u2019école pour la lutte que nous menons.Qu\u2019ils veillent en particulier à ce que les écoles nouvelles promises par le Bureau des écoles protestantes du Grand Montréal(10) soient des écoles véritablement françaises et non pas, comme on peut le craindre, des écoles bilingues, et qu\u2019ils dénoncent tous ceux qui, de la CECM ou d\u2019ailleurs, se font les complices de l\u2019illégalité.La Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal tient ici à saluer fraternellement l\u2019Alliance des Professeurs de Montréal, qui a dénoncé l\u2019outrecuidance antidémocratique des directeurs et enseignants du secteur anglais de la Commission des écoles catholiques de Montréal.4 \u2014 À tous les organismes chargés de la mise en oeuvre de la loi, et en particulier: à l'Office de la langue française, pour qu\u2019elle veille à la francisation des entreprises sans délai ni complaisance; à la Commission de toponymie, pour qu\u2019elle nous débarrasse des marques antiquébécoises et antifrançaises laissées par un conquérant bien décidé à nous rappeler nos humiliations; à la Commission de surveillance de la langue française, organisme distinct de l\u2019Office et qui a son siège au 40e étage de la Tour de la Bourse à Montréal.La loi 101, faut-il le rappeler, met la Justice au service de la promotion du français.Tout citoyen peut se porter à la défense de la loi 101 en dénonçant les contrevenants devant la Commission de surveillance de la langue française (art.173).Mais pour le faire, il faut écrire ou se présenter au siège de cet organisme.Ce système extrêmement centralisé n\u2019a sans doute pas été imaginé pour décourager les plaignants, mais \u2014 c\u2019est le moins qu\u2019on puisse en dire \u2014 il apparaît peu propice au déclenchement du mécanisme judiciaire.(10) \u201cLe secteur protestant sera français à plus de 50%\u2019\u2019, Le Devoir, 2 mai 1978. L'AN 1 DE LA LOI 101 423 Aussi souhaite-t-on voir la Commission de surveillance se doter \u201cd\u2019antennes\u201d disséminées sur le territoire de Montréal et du Québec.Mais en attendant cette nécessaire initiative, nous invitons les permanences de nos partis politiques, les bureaux de nos syndicats, etc., à remplir cette fonction.Pour sa part, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a décidé de mettre ses bureaux du 82 ouest, rue Sherbrooke (tél.: 843-8851) à la disposition de tous ceux qui s\u2019y présenteront, entre 9 heures et 5 heures, pour y établir leur demande d\u2019enquête en vertu de la loi 101.La nécessaire souveraineté Quoi qu\u2019il en soit de son application, la loi 101 demeure une loi partielle et limitée, car, en raison des contraintes imposées par l\u2019Acte de l\u2019Amérique du nord britannique, des pans entiers de la réalité échappent à son emprise.Cela a été rappelé avec force en janvier dernier par la décision de la Cour supérieure*111 qui a frappé d\u2019une déclaration d\u2019inconstitutionnalité tous les articles de la loi 101 qui concernent la francisation des appareils législatif et judiciaire du Québec.D\u2019autres secteurs échappent aussi à l\u2019action de refrancisation du Québec: utilisation des ondes, vie militaire, appareil d\u2019État fédéral, peut-être même de larges secteurs de la vie économique.Tout ceci, et bien d\u2019autres choses encore, rappellent à ceux qui voudraient l\u2019oublier, que la francisation du Québec passe par la réalisation de la souveraineté du Québec.(11) Reproduite dans Le Devoir des 25, 26 et 27 janvier 1978.? Un jeune couple québécois est en voie de réaliser la famille de dix enfants à une époque où ce/a est \",impossible Témoignage Nous faisons, paraît-il, l'impossible par Georges Allaire NOUS FAISONS, PARAÎT-IL, L\u2019IMPOSSIBLE 425 J\u2019ai présentement 33 ans et mon épouse en a 31.Notre \u201cpetite\u201d famille vit l\u2019attente de la naissance de bébé.Christine (9 ans), Michel (8), Johanne (6), Claude (5), Philippe (4), Marie et Isabelle (chacune 2) connaissent depuis plusieurs mois la joie de l\u2019attente.Depuis quelques jours, nous en sommes tous à l\u2019excitation de l\u2019attente de notre huitième enfant.Bientôt notre famille connaîtra l\u2019explosion de gaieté et de curiosité.Les grands chercheront chacun à prendre bébé sous son aile ou à devenir responsable des jumelles.Marie et Isabelle, pour leur part, vivront un mélange confus d'intérêt et d\u2019incertitude.L\u2019équilibre familial se refera dans les prochaines semaines alors qu'en chaque enfant bourgeonnera un nouvel amour et sera créé un nouveau rythme de vie.On nous demande: \u201cAllez-vous continuer la croissance de votre famille?\u201d Je réponds: \u201cPourquoi pas?quand on voit la qualité de notre production!\u201d Ma femme, plus profonde et plus sérieuse, répond: \u201cTant que le bon Dieu ne nous aura pas fait signe d'arrêter avec des portes de grange, il n\u2019y aura pas de raison d\u2019arrêter\u201d.J\u2019ai appris au fil des années que notre entreprise était \u201cimpossible\u201d.Je dois avouer que j\u2019en fus surpris, car je ne l\u2019avais jamais su.C\u2019est sans doute pourquoi nous faisons l\u2019impossible.Mes parents avaient toujours désiré avoir plusieurs enfants, mais le facteur rhésus nous avait réduits au nombre de deux: moi-même et mon frère seize ans plus jeune que moi.Comme notre nombre avait été limité par un défaut biologique et non par un calcul humain, je n\u2019ai jamais éprouvé, à la maison, l\u2019esprit de refus à la vie et de repliement des adultes sur eux-mêmes qui a pu se trouver ailleurs.Au contraire, j\u2019ai vécu dans l\u2019ambiance extraordinaire de la famille de ma mère où je totalise neuf oncles et tantes.Déjà dans mes jeunes années, j\u2019avais dix cousins et cousines chez un de mes oncles, cinq chez un autre, sept chez un autre et ça ne cessait de croître un peu partout.Naïvement, j\u2019ai cru qu\u2019aimer, c\u2019est se donner sans compter. 426 L\u2019ACTION NATIONALE Lorsque mes fréquentations définitives ont commencé, j\u2019ai tout naturellement déclaré à ma future que nous allions avoir dix enfants.Elle fut surprise.Elle avait rencontré les appréhensions contemporaines envers les enfants.Mais, comme elle est parfaite \u2014 bien plus que moi \u2014 elle accepta de s\u2019engager dans notre aventure malgré ce que le milieu enseignait à craindre.Moi, je fus simplement surpris de sa surprise.Depuis lors, l\u2019expérience a confirmé ma naïveté et récompensé abondamment la générosité de mon épouse: car nous baignons dans un bonheur infini.C\u2019est merveilleux de faire l\u2019impossible.Imaginez-vous, aimé personnellement et profondément d\u2019abord par votre conjoint, puis par huit autres personnes, par huit coeurs qui battent à l\u2019unisson, par huit personnes qui vous font confiance, vous réclament, explosent de joie à votre retour de travail ou d\u2019un congé furtif à deux.Notre vie pratique a apporté ses réponses à toutes les impossibilités.D\u2019abord, on objecte que c\u2019est financièrement impossible de faire vivre une famille \u201cnombreuse\u201d en cette fin du 20e siècle.Mais avez-vous remarqué que ce sont d\u2019ordinaire les plus fortunés qui refusent l'aventure de l\u2019amour partagé tandis que les moins fortunés sont ceux qui acceptent le plus facilement les enfants?Déjà l\u2019objection perd de son poids.En pratique, tout dépend de la façon d\u2019organiser ses priorités.Il faut certainement sacrifier des voyages à l\u2019étranger et bien des divertissements coûteux: mais de l\u2019autre côté, on n\u2019est plus obligé de courir les divertissements, car notre vie est déjà bien remplie.de vie humaine.Enfin, notre époque est celle de la gratuité des services.Au Québec, il ne coûte rien pour aller voir le médecin, pour aller à l\u2019école, pour être traité par le dentiste jusqu\u2019à l\u2019âge de onze ans, et les allocations familiales sont graduées de façon à favoriser les familles plus nombreuses.Quand on pense à nos parents qui devaient payer ces services ou plus souvent en être privés, il y a de quoi se réjouir.Et quant à payer des impôts, pourquoi ne pas en tirer profit? NOUS FAISONS, PARAiT-IL, L\u2019IMPOSSIBLE 427 L\u2019objection se déplace alors du côté des enfants.On s\u2019attendrit sur ces pauvres petits qui seront perdus dans le nombre, qui n\u2019auront pas l\u2019attention nécessaire pour leur épanouissement.\u2014 Pourtant n\u2019avez-vous pas remarqué combien de mères, qui limitent la vie humaine pour le bien de leurs enfants, s\u2019empressent de sortir de la maison et de confier leurs enfants à la gardienne ou à la garderie?Quand il m\u2019arrive d\u2019être à la maison au retour d\u2019école de nos grands et que je vois leur empressement à raconter leur avant-midi ou leur après-midi d\u2019école à leur mère, je n\u2019ai aucun doute de leur épanouissement.Mon épouse est dévouée à leur éducation personnelle.Mais notre expérience nous a surtout enseigné que l\u2019arithmétique de l\u2019amour n\u2019est pas la même que celle de la consommation.Elle ne procède pas par division, mais bien par multiplication selon le nombre de personnes aimées.Ainsi, dans ma vie, j\u2019ai maintenant neuf amours complets.Et ceci est vrai pour chaque membre de notre famille.Comment pourraient-ils se sentir abandonnés?Chacun n\u2019est pas un nombre.Il est une personne.Mais la fatigue?Et l\u2019épanouissement personnel de la femme?Qu\u2019en faisons-nous?\u2014 Je ne connais aucun métier qui ne comporte ses propres fatigues, ses frustrations et ses moments dépressifs.Nous les avons comme tout le monde.En ce sens, nous sommes esclaves comme tout le monde des exigences de la vie pratique et de nos limites.Mais je ne connais pas d\u2019autre métier que celui de responsable de famille qui soit aussi épanouissant: car l\u2019épanouissement est une affaire de cœur, et la famille est le milieu du cœur.Reste une objection qui se fait sourde.Elle n\u2019ose se dire en face.Mais nous l\u2019entendons: \u201cVous devenez un poids pour notre société\u201d.Et je réponds: nos enfants gagneront un jour vos chèques de pension de vieillesse.Mais bien avant cela, ils auront du cœur à vous donner.Certains nous ont dit: \u201cC\u2019est votre option.Nous la respectons.Mais nous-mêmes, nous ne pourrions pas endurer plus qu\u2019un, ou deux ou trois enfants.\u201d Ma femme a toujours répondu: \u201cSans l\u2019amour de Dieu, nous ne 428 L'ACTION NATIONALE pourrions pas en endurer un seul.Par Dieu, nous les aimons tous.\u201d Notre histoire vous paraît peut-être bizarre, mais elle est vraie en 1978 A.D.(\u2018\u2018anno Domini\u201d, c\u2019est-à-dire \u201cannée du Seigneur\u201d). L'actualité sur le vif par Patrick Allen 430 L'ACTION NATIONALE La performance des ministres du Parti Québécois The Gazette, de Montréal (11 novembre), a publié une sorte de bilan de la performance politique de chaque ministre dans le cabinet Lévesque, pour l\u2019année 1977-1978, comme il l\u2019avait fait pour l\u2019année précédente.Il attribue une cote d\u2019évaluation selon la qualité du travail accompli ou, au moins, selon la perception que l\u2019auteur de ce bilan se fait des décisions prises.Voici pour les lecteurs de l\u2019ACTION NATIONALE un tableau-synthèse: Les ministres\tCote attribuée par la Gazette\t\t Marc-André Bédard, Chicoutimi, ministre de la Justice et\t1976 1977\t19771978 procureur général Yves Bérubé, Matane, ministre des Richesses naturelles, terres\tA\tA et forêts Claude Charron, St Jacques, leader parlementaire et ministre délégué au Haut-commissariat à la jeunesse, aux loisirs et\tA\tA aux sports\tA\tA Guy Joron, Mille-Iles, ministre délégué à l'Énergie Jacques Léonard, Laurentides Labelle, ministre d'Ètat à la Pla\tA\tA nification et à l'Aménagement Denis Vaugeois, Trois Rivières, ministre des Affaires cultu-\tA\tA relles Lise Payette, Dorion, ministre des Consommateurs, coopératives\t\tA et institutions financières Pierre-Marc Johnson, Anjou, ministre du Travail et de la\tB\tA Main-d'œuvre Bernard Landry, Fabre, ministre d'Ètat au Développement éco-\tA\tA nomique\tA\tA René Lévesque, Taillon, premier ministre Jacques Parizeau, L'Assomption, ministre des Finances et du\tB\tA revenu\tA\tA Guy Tardif, Crémazie, ministre des Affaires municipales Denis de Belleval, Charlesbourg, ministre de la Fonction pu-\tA\tB blique et vice-président du Conseil du Trésor.\tB\tB Marcel Léger, Lafontaine, ministre délégué à l'Environnement\tA\tB Pierre Marais, Laporte, ministre d'Etat au Développement social\tB\tB L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 431 Les ministres\tCote attribuée par la Gazette Claude Morin, Louis-Hébert, ministre des Affaires intergouver 1976-1977\t1977-1978 nementales\tB\tB Camille Laurin, Bourget, ministre d'Êtat au Développement culturel\tB\tB Rodrigue Tremblay, Gouin, ministre de l'Industrie et du commerce\tC\tB Jean Garon, Lévis, ministre de l'Agriculture\tC\tC Lucien Lessard, Saguenay, ministre des Transports\tB\tC Jacques-Yvan Morin, Sauvé, vice-premier ministre et ministre de l'Éducation\tC\tC Jocelyne Ouellet, Hull, ministre des Travaux publics et de l'approvisionnement\tA\tC Yves Duhaime, St-Maurice, ministre du Tourisme, de la chasse et de la pêche\tB\tD Denis Lazure, Chambly, ministre des Affaires sociales\tD\tD Jacques Couture, St-Henri, ministre de l'Immigration\tD\tF Louis O'Neil, Chauveau, ministre des Communications\tD\tF Robert Burns, Maisonneuve, ministre d'Êtat à la Réforme parlementaire\tC D\u2019après cette évaluation, la cote de performance est excellente (A) pour 11 ministres sur 27, en 1977-1978.Deux ministres auraient amélioré leur performance: Mme Lise Payette et M.René Lévesque.Trois l\u2019auraient diminuée: M.Guy Tardif, M.Marcel Léger et Mme Jocelyne Ouellet.Huit ministres auraient maintenu leur excellence au cours des deux premières années de pouvoir du Parti Québécois: MM.Marc-André Bédard, Yves Bérubé, Claude Charron, Guy Joron, Jacques Léonard, Pierre-Marc Johnson, Bernard Landry et Jacques Parizeau.Sept ministres ont obtenu la cote B en 1977-1978, ce qui avec les onze A totalise 18 ministres sur 27.Il n\u2019en faudrait pas davantage pour admettre que le Québec a un bon gouvernement.La Gazette n\u2019ose pas l\u2019écrire.Au surplus, le journaliste de la Gazette semble injuste notamment pour quelques-uns des neuf autres ministres à qui il n\u2019accorde qu\u2019une cote inférieure à B, en particulier dans le cas de Jacques-Yvan Morin.Le journal reproche à celui-ci un manque de souplesse vis-à-vis l\u2019ap- 432 L\u2019ACTION NATIONALE plication de la loi 101, voire certaines injustices.Si cette interprétation de la justice est le seul critère pour descendre la cote de performance d\u2019un ministre, on pourrait se demander ce que valent les autres cotes.Par exemple la cote décernée à Denis Lazure, même celles qu\u2019on attribue favorablement à 18 ministres sur 27.Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019ensemble des jugements portés par la Gazette fait réfléchir et reflète malgré tout un souci d\u2019objectivité, d\u2019autant plus significatif que ce quotidien n\u2019est pas à la solde du gouvernement du Parti québécois pour lequel il n\u2019est pas toujours tendre.L\u2019État du Québec doit-il être le meilleur employeur?Oui, pensent les leaders syndicaux qui font une sorte de lavage de cerveau préalable aux conventions collectives avec les travailleurs du gouvernement et des organismes para-gouvernementaux.Ils représentent à eux seuls environ 20% des salariés du Québec.Si le meilleur employeur, c\u2019est celui qui paie mieux que les entreprises privées et assure une sécurité d\u2019emploi à peu près illimitée, le ministre des Finances, Jacques Parizeau répond: \u201cNon! Je ne vois pas pourquoi, a-t-il dit devant plusieurs journalistes, 80% des gens paieraient avec leurs impôts des salaires supérieurs aux leurs aux 20% des salariés de l\u2019État qui sont, pour la plupart, mieux nantis du point de vue traitements et avantages sociaux.\u201d Au surplus, pour Jacques Parizeau, la formule d\u2019indexation utilisée en 1975-1976 est bien morte, même si le ministre reste ouvert à une grande diversité d\u2019autres formules de négociation.M.Parizeau a rendu publique une nouvelle série de documents relatifs aux négociations dans les secteurs publics et para-publics.L\u2019un de ces documents a 150 pages et compare la rémunération au niveau des secteurs publics et privés au Québec.Un autre dossier porte sur l\u2019évolution des principaux indicateurs économiques reliés à la politique de rémunération.Un troisième traite des variations et de l\u2019importance des dépenses et de la rémunération des administrations L'ACTUALITÉ SUR LE VIF 433 publiques dans l\u2019économie.Les intéressés et toute la population du Québec, avant de porter des jugements sans base valable, ont ainsi à leur disposition des états de fait qui devraient les faire réfléchir.Pourquoi ne pas voir le positif dans l\u2019indépendance?Rien de plus archaïque, de plus dépassé et de plus naïf que de continuer de terroriser une partie de la population du Québec face à la recherche de son indépendance politique pour mieux prendre les décisions administratives propres à son épanouissement économique et culturel! Les politiciens engagés les yeux fermés dans le statu quo traditionnel et ceux qui les appuient servilement jouent un peu le rôle des empereurs d\u2019autrefois qui n\u2019affranchissaient que les esclaves dont ils se servaient comme informateurs ou espions.Ils sont aussi comme des parents autoritaires des temps révolus qui regrettent de voir grandir leur enfant, l\u2019empêchant de choisir métier, maison, profession et même le conjoint de son choix.Des contraintes de tous ordres ont marqué la dépendance du Québec depuis 1973, le négatif l\u2019emportant à peu près toujours sur le positif dans le bilan historique.Pensons aux problèmes économiques, sociaux, politï-ques et culturels dont ceux de la langue ne sont qu\u2019une pâle facette de la mosaïque négative.À marcher tout seul, à ouvrir soi-même ses portes vers ce qui a fait des pays comme le Danemark, la Hollande, la Suède, la Norvège, ne serait-ce pas plus positif que de continuer de quêter droits et priorités?C\u2019est donc positif que de parler de recherche de l\u2019indépendance pour valoriser tout un peuple, le développer à tous points de vue en Amérique et dans le monde, sans pour autant nuire aux autres.C\u2019est positif que de vouloir ensuite s\u2019associer aux autres dans tous les domaines.Bien sûr, il faudra y mettre le travail, l'effort et l\u2019excellence en tout, mais c\u2019est le prix qu\u2019il faut payer pour faire travailler ses bras et ses 434 L'ACTION NATIONALE jambes.Plus d\u2019ouverture d\u2019esprit dans l\u2019approche du problème fera mieux peser le pour et le contre.Une nouvelle stratégie pour les CEGEP En octobre dernier, le ministère de l\u2019Éducation publiait un document intitulé Les collèges du Québec, nouvelle étape.Qualifié de \u201cprojet du gouvernement\u201d en matière d\u2019éducation, ce document est une analyse approfondie, selon Marie-Andrée Imbault, dans Affaires universitaires (décembre 1978), de la raison d\u2019être et de la structure interne des collèges d\u2019enseignement général et professionnel (CEGEP).Ce projet gouvernemental prône une stratégie de relance axée spécifiquement sur l\u2019égalité des chances, la qualité de l\u2019enseignement, le respect des droits de l\u2019étudiant, l\u2019accueil à la collectivité et enfin le renforcement des responsabilités locales.Parmi les mesures proposées, nous trouvons un nouveau régime pédagogique, la gratuité scolaire aux adultes, l\u2019essor de l\u2019enseignement professionnel et la création d\u2019un conseil des collèges.Même si de nombreux établissements d\u2019enseignement et organismes semblent avoir accueilli favorablement ce document, quelques commentateurs lui reprochent son manque de précision sur le partage des pouvoirs de décision et un manque d\u2019analyse de l\u2019impact des conventions collectives sur les droits de gérance des collèges et sur le développement de la pédagogie à l\u2019intérieur de leurs murs.Enfin, on ne trouve pas de bilan pour les dix dernières années.Est-ce pour cela que tant d\u2019étudiants des collèges sont aujourd\u2019hui en séances d\u2019études un peu partout dans la province?Le mot appelle l\u2019outil Dans la revue PRÉSENT (novembre 1978), François Piazza rapporte les propos qu\u2019il a recueillis du ministre Camille Laurin sur les retombées pratiques du Livre blanc sur la politique québécoise du développement culturel, car le mot appelle l\u2019outil. L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 435 De quels outils le gouvernement québécois va-t-il se doter pour mettre en vigueur le projet culturel qu\u2019il a préconisé?Le ministre répond: \u201cC\u2019est la réalisation qui est déjà commencée.Le secteur culturel est devenu un véritable chantier.Bien sûr, il a fallu établir des priorités.D'abord notre première préoccupation, c\u2019était la création d\u2019une société de développement culturel, mais aussi en rapport avec sa création, la mobilisation de tous les secteurs que cette société doit aider, par exemple le monde du disque, du spectacle, de la magnétoscopie, du cinéma, du livre et des métiers d\u2019art.Pour le sommet qui aura lieu au début de décembre, tous nos documents d\u2019appui sont en marche et seront communiqués un mois à l\u2019avance à deux cents participants.Ensemble, nous étudierons chacun des secteurs, les lacunes, les problèmes.Les réponses sectorielles que l\u2019on va donner, le seront à l\u2019intérieur du ministère des Affaires culturelles, bien sûr, mais aussi par l\u2019entremise de cette société de développement culturel.Par le financement qu\u2019elle pourra apporter aux entreprises pour les soutenir, les développer, leur permettre d\u2019exporter, d\u2019atteindre une taille qui leur permette d\u2019entrer en concurrence avec leurs voisins beaucoup plus puissants\u201d.Cette nouvelle société de développement pourra être efficace si elle se dote de chefs de file compétents et objectifs.Des normes bien définies et connues à l\u2019avance justifieront l\u2019octroi de subventions qui aideront à la recherche de l\u2019excellence.Le bilinguisme s\u2019estompe Une étude de l\u2019Institut de recherches C.D.Howe (IRH), de Montréal, effectuée par Richard Jé Joy et intitulée Les minorités de langues officielles au Canada, révèle, selon Affaires universitaires (décembre 1978), qu\u2019en dehors du Québec les communautés d\u2019expression française sont en voie de disparition totale par une assimilation lente et massive.L\u2019étude laisse également entrevoir une relance de la langue française au Québec, une certaine stabilité en Ontario et au Nouveau-Brunswick où, cependant, la langue anglaise deviendra peu à peu la seule utilisée et reconnue. 436 L\u2019ACTION NATIONALE Selon Joy, divers facteurs expliquent l\u2019assimilation: l\u2019urbanisation, l\u2019utilisation sans frein des appareils de radio et de télévision, les facilités de transport à I extérieur d\u2019un territoire donné, les écoles démesurément grandes où se côtoient anglophones et francophones, l\u2019aspect pratique de la langue anglaise, la diminution du taux de naissance chez les francophones, etc.La Fédération des francophones hors Québec (F F HQ) et plusieurs critiques mettent en doute la crédibilité de plusieurs données statistiques du rapport de recherche et l\u2019interprétation que Joy en a faite.Il convient de rappeler qu\u2019en mai 1978 la FFHQ a publié un dossier comparatif des francophones hors Québec et des anglophones au Québec intitulé Deux poids, deux mesures, dossier qui peut servir de point de comparaison de la situation étudiée par I IRH.Michel Roy n\u2019hésitait pas à déclarer dans LE DEVOIR que ce dernier dossier est une enquête sérieuse sur la situation des francophones hors Québec et des anglophones au Québec.Les francophones du Canada, à l\u2019intérieur comme en dehors du Québec, n\u2019ont pas attendu les études copieusement financées par l\u2019IRH pour révéler au grand jour leur situation difficile au Canada.La revue L ACTION NATIONALE, sans crédits spéciaux mais avec des collaborateurs bénévoles, objectifs et compétents, a souvent alerté l\u2019opinion publique de l\u2019état critique des problèmes auxquels les francophones se heurtent.Une économie de 15 milliards et des kilowatts pour 20 ans Dans les journaux, à la radio et à la télévision, comme parfois à l\u2019Assemblée nationale, on parle de ce qui va mal comme grèves, chômage, inflation, rarement d une bonne nouvelle tel un programme économique prometteur.Ainsi a-t-on raison de s\u2019interroger sur I étrange silence qui a accompagné la publication du Livre blanc sur l\u2019énerqie, l\u2019été dernier, comme le rapporte Pierre Sor-many, dans L\u2019ACTUALITE (décembre 1978): \u201c48 heures après la parution du Livre blanc sur la culture, s exclame le conseiller de M.Guy Joron, tout le monde y allait de ses commentaires: Trudeau, d\u2019autres députés fédéraux, même les journalistes.Mais notre Livre blanc, a nous, L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 437 pas un mot de personne! Il y avait pourtant dans ce document officiel des révélations étonnantes: par rapport au Livre rouge présenté en 1973 par l\u2019ex-ministre libéral Gilles Massé, le programme de la nouvelle équipe du ministère de l\u2019Énergie représente une économie de 15 milliards de dollars d\u2019ici 1990, soit l\u2019équivalent d\u2019une autre Baie James! Et à la question: le Québec peut-il échapper au nucléaire?le Livre blanc répond: \u201cSi nous en prenons les moyens!\u201d \u201cIls ne se donnent même pas la peine de commenter nos programmes économiques,\u201d conclut avec une pointe de dépit le co-auteur du Livre blanc.\u201cEt ils se plaignent ensuite que le gouvernement ne s\u2019occupe que de langue et de culture!\u201d Ces réflexions montrent qu\u2019il est difficile de demander aux politiciens d\u2019être objectifs et de traiter à leur mérite les dossiers importants.Tout le monde veut une relance économique mais il n'est pas facile de faire l\u2019unanimité sur les moyens à prendre.Pour gagner l'attention des électeurs, on flatte et excite souvent les passions.Les débats désuets sur la langue entrent encore trop souvent dans le jeu.Comme c\u2019est difficile de reconnaître les bons coups des adversaires, même si toute la population peut en bénéficier.On les passe sous silence.Ainsi la politique non politicienne reste à inventer.La recherche, source de dynamisme pour les universités Le Rapport de la Commission d\u2019enquête sur les études supérieures dans les sciences humaines (Commission Healy) vient de dévoiler ses conclusions: que les universités se tournent vers la recherche pour retrouver un certain dynamisme! Cette étude préconise une plus grande autonomie universitaire.Le gouvernement fédéral encouragera certains secteurs particuliers, une coordination des systèmes provinciaux par économie de ressources financières et pour élever le niveau des études supérieures.Le rapport Healy se divise en quatre parties: études des 2e et 3e cycles dans le domaine des humanités et des sciences 438 L\u2019ACTION NATIONALE sociales; besoins de la recherche; les études universitaires dans les universités du Québec; recommandations d\u2019ensemble.Mais l\u2019enseignement universitaire n\u2019est pas de la compétence du gouvernement fédéral.Celui-ci s en mêle de toutes sortes de façons depuis plusieurs années, par le truchement surtout de subventions à la recherche.Par bonheur, le gouvernement du Québec a depuis plusieurs mois mis sur pied une Commission d\u2019étude sur les universités qui devrait remettre son rapport dans un avenir prochain.Il sera alors intéressant pour L ACTION NATIONALE de comparer ce rapport avec celui de la Commission Healy.L\u2019IREQ offre des services uniques L\u2019IREQ est l\u2019Institut de recherche en énergie du Québec.Il groupe environ 450 chercheurs, techniciens et personnel de soutien, à Varennes.Il dispose d un budget annuel de l\u2019ordre de $23 millions.Outre les recherches sur les possibilités d\u2019exploitation de sources nouvelles d\u2019énergie, I IREQ affecte en ce moment la plus grande partie de son budget annuel à l\u2019amélioration des réseaux traditionnels de- transmission Il n\u2019est pas impossible, selon Jean-Guy Duguay (La Presse, 25 novembre 1978), que d\u2019ici quelques années apparaissent, dans le paysage québécois du transport de l\u2019électricité, des lignes à ultra-haute tension.Ainsi peut-on imaginer une innovation technologique qui doublerait la tension de 735 kW qui a valu à l\u2019Hydro-Québec une renommée mondiale, dès 1965.Une partie du budget de l\u2019IREQ est financée à même les revenus en provenance de contrats de recherches effectuées pour le compte de clients extérieurs au Canada: Brésil Paraguay, Japon, Iran, Arabie Saoudite.Le plus gros client de l\u2019IREQ est actuellement la US Electric Power Research Institute qui ne rencontre d\u2019électricité à si bon compte qu\u2019au Québec.Les tarifs dans l\u2019État de New York sont de quatre à cinq fois ceux du Québec.Ainsi la facture mensuelle de L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 439 $70,000 que l\u2019IREQ reçoit de sa maison mère, l\u2019Hydro-Québec, serait d\u2019environ $300,000 pour la USEPRI de New York! Voilà un exemple de haute performance d\u2019un groupe québécois dont on ne parle pas assez et qui peut avoir une valeur d\u2019entraînement dans d\u2019autres secteurs.La vigueur économique du Québec dans les industries des pâtes et papiers L\u2019industrie québécoise des pâtes et papiers vient en deuxième rang pour ce qui est de la valeur aux expéditions.Celle-ci s\u2019est élevée en 1977 à deux milliards de dollars environ, selon ce qu\u2019écrit Guy Dufresne, dans Gestion, revue internationale, novembre 1978.Cette industrie fournit 65,000 emplois répartis en 62 usines au Québec.Elle se divise en trois secteurs principaux: le papier journal qui représente 63% des expéditions; les cartons et autres papiers, 24%; puis les pâtes commerciales, 13%.Les États-Unis sont notre plus important client.Malgré son gigantisme et la désuétude de l\u2019équipement dans plusieurs usines, l\u2019industrie a pu croître à un taux annuel d\u2019environ 3.5% entre 1960 et 1976.Depuis quelques mois, ce secteur de l\u2019activité économique attire beaucoup l\u2019attention: commission parlementaire, fermeture d\u2019usines, annonces d\u2019investissements nouveaux, etc.Pour relever les défis, notamment la concurrence, l'industrie doit jouir de la collaboration de ses employés! des gouvernements, de ses fournisseurs et du grand public.Ainsi la vigueur économique du Québec est-elle liée à la capacité de ses industries de s\u2019affirmer sur le plan des coûts compétitifs et sur le plan de la qualité du produit, face aux autres fabricants dans le monde.Révolte des contribuables américains et \u201cnouveaux politiciens\u201d Une certaine révolte des contribuables a marqué l\u2019année 1978 aux Etats-Unis, notamment en Californie.Le 6 juin, un projet de loi, la proposition 13, réduisait l\u2019impôt immobilier, en Californie, de 60%. 440 L'ACTION NATIONALE \u201cDans les fiefs démocrates et républicains, selon Pierre Dommergues (Le Monde diplomatique, novembre 1978), conservateurs et libéraux, c\u2019est le même objectif qui est recherché: l\u2019adoption d\u2019un amendement à la Constitution de l\u2019État visant, soit la réduction immédiate et massive de l\u2019impôt (le plus souvent immobilier), soit la limitation des dépenses de l\u2019État dont le plafond est indexé sur le revenu des citoyens\u201d.Devant ce raz-de-marée populaire, \u201cles hommes politiques évoluent entre deux positions: ou bien ils s\u2019opposent à ce puissant mouvement de contestation qui nie une partie de leur pouvoir traditionnel, et alors ils ne sont pas élus ou réélus; ou bien, bon gré mal gré, ils prennent le train en marche et s\u2019efforcent de capter ce mouvement populaire à leur profit.\u201d M.Jerry Brown, gouverneur de Californie, généralement considéré comme le seul candidat démocrate sérieux à la présidence en 1980, hostile à la proposition 13 jusqu\u2019à ce qu'elle remporte son triomphal succès, changeait d\u2019opinion: \u201cC\u2019est la volonté du peuple.Je suis pour la révolte des contribuables.\u201d Et Pierre Dommergues constate: \u201cComme tout le monde, M.Brown navigue à droite et à gauche simultanément.Mais, là encore, il semble mieux faire que les autres.Il prêche l\u2019avènement de \u201cl\u2019ère des limites\u201d et en même temps \u201cl\u2019ère des possibles\u201d.La première est sans doute réservée à ceux qui seront, dans un an, les victimes de la proposition 13.La seconde, à ceux qui profitent de la récente et prodigieuse relance de l\u2019économie californienne.La symbologie remplace de plus en plus, chez les nouveaux politiciens, la volonté de transformer le monde.Elle est inquiétante chez un homme qui risque un jour d\u2019être le premier citoyen des États-Unis.\u201d Cette révolte des contribuables se paiera sans doute, un jour, par des services diminués, l\u2019accroissement du chômage, une vague de mécontentements, toutes choses qui coûteront plus cher à corriger, dans trois ou quatre ans.Il eût été plus rationnel d\u2019être moins L\u2019ACTUALITÉ SUR LE VIF 441 radical.Espérons que les Québécois ne voudront pas à la fois manger leur gâteau et le garder, comme viennent de le décider les Californiens déjà devenus mécontents de la détérioration des services pour lesquels ils ne veulent guère payer.C\u2019est affaire de dosage et de mesure.La France se met à lire.À quand le Québec?En 20 ans la France a basculé dans l\u2019ère de la télévision: un million de récepteurs en 1959, 15 millions aujourd\u2019hui.La lecture pourra-t-elle résister et les mots tenir bon devant les images?Pour le savoir, la revue L\u2019Express a interrogé, par l\u2019Institut Louis-Harris, un échantillon de 2000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.La réponse paraît dans l\u2019édition internationale de L\u2019Express (4-11 novembre 1978).Le pourcentage de lecteurs, en France, a augmenté de 15%.Les jeunes gens et les femmes lisent de plus en plus.Ce résultat est confirmé par les chiffres de l\u2019édition: deux fois plus d\u2019ouvrages et de titres ont été publiés en 1978 qu\u2019en 1958.Gutenberg réjoui peut désormais regarder de haut McLuhan! Le lecteur a triomphé de la télévision parce qu\u2019il a appris à lire autrement qu\u2019autrefois.C\u2019est ainsi qu\u2019il n\u2019y a pas eu \u201cun Concorde de la lecture\u2019\u2019.Le secret de cette réussite?La plus grande bibliothèque de France, Beaubourg, a vu le jour, récemment.Beaubourg, c\u2019est 16,000 m2, 2800 places, 350,000 volumes, un personnel nombreux et compétent.C\u2019est la plus moderne des médiathèques: 350,000 diapositives, 11,000 disques, 52,000 microfiches, 1,000 films, 2,400 périodiques.et un terminal branché depuis quelques mois sur l\u2019ordinateur de la Documentation française.Beaubourg, c\u2019est une nouvelle façon de vivre avec le livre: pas d\u2019inscription, par de formalités d\u2019accès, toutes les frontières traditionnelles sont abolies.Un record d\u2019affluence: on espérait 4000 visiteurs par jour, on en reçoit de 8000 à 15,000.Le conservateur en chef \u201credoute même une usure prématurée du matériel\u201d.Pour plus tard, les Français prévoient, comme en Améri- 442 L\u2019ACTION NATIONALE que la télématique, une télévision branchée sur des centres de documentation automatiques qui livrera à domicile toutes les informations désirées.Dans cinq ou dix ans, entre sa bibliothèque traditionnelle et sa discothèque à haute fidélité, le jeune Français devra faire place à une vidéothèque, combinaison de l\u2019ordinateur, de la télévision et du téléphone allié au télex.Les Québécois ont évolué timidement dans ce sens mais beaucoup de projets de modernisation attendent les décisions aux ministères de l\u2019Éducation, des Affaires culturelles et des Communications.Les bibliothèques publiques, comme les autres catégories, notamment les bibliothèques universitaires, doivent se préparer à de profonds changements qu\u2019une coordination par le sommet doit aider à se produire en maximisant le rendement, au moindre coût.Les utilisateurs de Beaubourg préfigurent l\u2019orientation du futur. I LES AMIS DE LA REVUE BIJOUTERIE POMPONNETTE inc.J.Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal H2X 1L4 \u2014 288-3628-29\tGABRIEL CHARRON 563.45e avenue LaSalle \u2014 366-9116 \tJEAN-HUBERT MARANDA, avocat 325 est.boul.St-Joseph Montréal \u2014 288-4254 FER\tF.X.LANGE INC.ACIER DE STRUCTURE SECOND TIGE À BÉTON \u2014 PLAQUES 10,530 est, boul.Henrl-Bourassa MONTRÉAL H1C 1C6 - 648-7445 TRADUCTION\tCLAUDE-PIERRE VIGEANT, traducteur et publiciste, 604, rue Waterloo, LONDON - ONTARIO N6A 4E3 LAINE PAUL GRENIER ENR.Spécialité: laine du Québec 2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 388-9154\t GROULX, CADIEUX & MONGEAU Notaires Yvon Groulx, b.a., I.ph., Il.l.Gilles Cadieux, b.a., 11,1.Denis Mongeau, b.a., Il.l.J.-C.Larocque, b.a., Il.l.4416, boul.Pie-IX Tél.: 254-9435 Il DES VOLUMES À DISTRIBUER 1)\tBiographie de LIONEL GROULX, 1968, 288 pages, $5.Illustré.Une dizaine d\u2019études essentielles.Tout étudiant de CEGEP et d'université devrait connaître le grand inspirateur de notre indépendance.2)\tLes États Généraux: assises nationales, mai-juin 1969, 640 pages, $7.La plus grande synthèse jamais entreprise sur le nationalisme québécois et les problèmes du Québec à étudier.3)\tSur les Acadiens: \u2022\tL\u2019Acadie actuelle, 180 pages, $3.\u2022\tLe Parti Acadien, 110 pages, $3.4)\tFr.-A.Angers: Pour orienter nos libertés, 280 pages, $5.Les grands textes d\u2019un grand patriote et d\u2019un penseur. AVOCATS GUY BERTRAND & ASSOCIÉS, Avocats 42, Sainte-Anne, suite 200, Québec, Qué.G1R3X3 Tél.: 692-3951 Guy Bertrand, Gilles Grenier, Louise Otis COMPTABLES Desforges, Beaudry, Germain & Associés Comptables agréés 210 ouest, boul.Crémazie.suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél.: 388-5738 PLACEMENTS RAYMOND CAMUS INC.Courtier en valeurs mobilières 500, place d\u2019Armes, ch.1020, Montréal \u2014 Tél.: 842-2715 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels QUINCAILLERIE EDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario.Mtl H1V 1J8 Tél.: 524-7541 FRANÇOIS-ALBERT ANGERS POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS Volume de 280 pages, publié en 1969, qui reproduit le meilleur de la pensée de M.Angers et qui éclaire l\u2019actualité que nous vivons sans toujours voir les grandes lignes de fond. IV SOCIÉTÉ NATIONALE DE FIDUCIE L\u2019ÉCONOMIE MUTUELLE D\u2019ASSURANCE -3 A VOTRE SERVICE DANS LE GROUPE DE POINTE ® Assurance-vie régulière et variable \u2022\tAssurance collective ® Rentes viagères \u2022\tRevenu-épargne \\ at iable L»\tC O N O M I E M U T TT E ï.L K D'ASSURANCE Agences et unités DRUMMOND VILLE \u2022 GRANBY \u2022 JOLIETTE \u2022 LAVAL \u2022 LONGUEUIL MONTRÉAL \u2022 OTTAWA \u2022 QUÉBEC \u2022 SHERBROOKE 385 est.rue Sherbrooke, Montreal 129, tél.: 844-2050 V Compliments du Mouvement national des québécois et des sociétés membres: SNQ SNQ SNQ SNQ SNQ SNQ SSJB SNQ SNQ SNQ SNQ SNQ SNQ SSJB SSJB ABITIBI - TÉMISCAMINGUE CENTRE DU QUÉBEC CÔTE-NORD EST DU QUÉBEC DES HAUTES RIVIÈRES DU LANAUDIÈRE DE MONTRÉAL RÉGION DE L'AMIANTE RÉGION DE LA CAPITALE DES LAURENTIDES SAGUENAY - LAC ST-JEAN RICHELIEU - YAMASKA DE ST-JEAN DE LA MAURICIE 55^^4916 FONDATION MINVILLE Dans la liste de vos cadeaux pour Noël et la nouvelle année, n\u2019oubliez pas la Fondation Minville La mini-souscription de décembre 1978 a rapporté au 15 décembre la somme de $4,500.Il ne manque qu\u2019un petit effort supplémentaire pour que le capital accumulé de la Fondation Minville atteigne la somme totale de $40,000.MERCI A TOUS VII Hommage de la FÉDÉRATION DE MONTRÉAL des CAISSES POPULAIRES banque prauinciale VIII DRAPEAU A ENCORE GAGNÉ! Malgré ces journalistes qui s\u2019acharnent contre lui, malgré toutes les oppositions, M.Jean Drapeau a conservé la confiance des Montréalais au point qu\u2019il devient une légende et un monument indestructible.Il le mérite bien.Le plus surprenant dans les attaques contre sa façon de conduire les Jeux Olympiques et dans les plaintes contre la hausse des taxes, c\u2019est qu\u2019à peu près personne ne met la faute, là où elle doit être: sur le gouvernement fédéral qui a refusé de donner un seul sou à la ville de Montréal et au gouvernement du Québec.Le gouvernement fédéral nous a imposé la Reine d\u2019Angleterre pour l\u2019ouverture des Jeux, il nous a imposé la présence du premier ministre fédéral, M.Pierre Elliott-Trudeau, pour fêter cet événement \u201ccanadien\u201d mais il a refusé de donner un seul sou à M.Drapeau.Celui-ci, sans argent, ne pouvait payer l\u2019architecte Taillibert dont le chef-d\u2019œuvre a pris du temps à prendre forme.Le temps même lui fut refusé.L'alternative était toujours claire à son esprit: \u201cOu je marche et Montréal a les Jeux Olympiques ou je ne risque rien et Montréal n\u2019aura pas les Jeux!\u201d Le grand coupable reste donc le gouvernement fédéral.Puisse le maire Drapeau nous donner, maintenant, une grande politique sociale, comme celle du logement à bon marché! Ce serait le couronnement. L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTION: JEAN GENEST Chef de secrétariat: Mme Muriel Champagne Rédaction et administration: 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal H2X 1X3 ou Tél.: de 09.00 à 13.00 h.à: 845-8533.Abonnement: $15.par année.De soutien: $25.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019INDEX DES PÉRIODIQUES CANADIENS, publication de l\u2019Ass.Can.des Bibliothèques, PÉRIODEX, publié par la Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d'articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE PRÉSIDENT: M.François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS: Madame Paul Normand M.Charles Poirier SECRÉTAIRE: M Gérard Turcotte TRÉSORIER: M.Patrick Allen DIRECTEURS: IMM.René Chaloult Yvon Groulx Richard Arès Dominique Beaudin Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest M- et Mme Michel Brochu Claude Trottler Jean Mercier Jean Marcel Rosaire Morin Jean-Marc Kirouac Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Charles Castonguay Guy BouthIII 1er Pierre Trépanier Raymond Barbeau Delmas Lévesque André Auclair Jean-Paul Rioux Mme Nycol Pageau-Goyette André Provost Pourquoi pas chez nous?Pour vos assurances-vie Pour une carrière en assurance-vie La Solidarité Compagnie d'assurance sur la vie Siège social à Québec Agences Amos\tChicoutimi\tSherbrooke\tBeauceville-Est Québec\tRimouski\tVille de Laval\tRivière-du-Loup Longueuil\tSainte-Foy\tDrummondville "]
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