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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1979-04, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LXVIII, Numéro 8\tAvril 1979\t$1.50 TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE par la Ligue d\u2019action nationale QUE SE PASSE-T-IL CHEZ LES HOMMES D\u2019AFFAIRES?par Jean Genest ACTUALITÉ SUR LE VIF par Patrick Allen L\u2019ESPRIT DE KÔNIGSBERG par Jean Tétreau TABLE DES MATIÈRES JEAN GENEST: Que se passe-t-il chez les hommes d\u2019affaires?.625 LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE: Table ronde sur l\u2019indépendance.634 PATRICK ALLEN: Actualités sur le vif.677 JEAN TÉTREAU: L\u2019esprit de Kônigsberg.688 MERCI À TOUS NOS LECTEURS ET AMIS Notre mini-souscription en faveur de la Fondation Minville, en décembre 1978 a rapporté la somme de $7347.\u2022 Résultat formidable pour nous.\u2022 La Fondation Minville représente actuellement un capital de $41,000.Placé en obligations du Québec et dans des entreprises québécoises.Capital inaliénable dont les intérêts servent les buts de la Ligue.\u2022 Ajoutez un don à la Fondation Minville dans votre testament.\u2022 Pour mieux comprendre les buts importants de la Ligue d\u2019Action nationale lisez la fameuse Table ronde dans ce numéro-ci Dépôt légal \u2014 1er semestre 1979 ISBN 2-89070 Courrier de la deuxième classe enregistrement no 1162 ISSN-0001-7469 L\u2019ACTION NATIONALE LXVIII, Numéro 8\tAvril 1979\t$1-50 ÉDITORIAL » Que se passe-t-il chez les hommes d'affaires?par Jean Genest 626 L'ACTION NATIONALE Où sont-ils, hier et aujourd\u2019hui?Par hommes d\u2019affaires il faut comprendre, ici, les entrepreneurs, les commerçants et les financiers, c\u2019est-à-dire les producteurs, les vendeurs et les manipulateurs.Aucun pays ne peut se passer d\u2019eux.Le Québec en a absolument besoin.Ils représentent l\u2019élite économique, celle qui donne des salaires, celle qui apporte la richesse, celle qui met en valeur un pays.Nous recensons, au Québec, environ 6000 entreprises de plus ou moins grande envergure, un cent mille commerces et quelques centaines de financiers.Notre histoire, nous permet de distinguer entre les petits et les grands.Les petits commerçants et les petits industriels sont tout près de notre peuple: l\u2019entreprise est généralement familiale.Parmi les financiers: assureurs, banquiers locaux, gérants de Caisse populaire, agents d\u2019immeubles, spécialistes des obligations et des actions, plusieurs s\u2019identifient à notre peuple et vivent ses espoirs et ses difficultés.Ils sont proches de nous.Ils sont nous.Mais plusieurs nous déroutent.Actuellement, les syndicats, les différents gouvernements du Québec, les nationalistes, ne savent trop que penser de ces différents groupes d\u2019hommes d\u2019affaires qui, plus ouverts aux questions sociales, proposent des solutions pour le Québec qui sont franchement retardataires et réactionnaires.Certains de ces hommes d\u2019affaires appartiennent à l\u2019Association des manufacturiers canadiens, d\u2019autres au Conseil du patronat, au Conseil des hommes d\u2019affaires, du Québec, au Conseil d\u2019expansion économique, aux Chambres de Commerce, etc.Excellentes organisations.Actuellement leur valeur dépend beaucoup de leurs dirigeants.Cela est particulièrement évident de nos Chambres de Commerce et de notre Conseil du patronat.Le nombre de ceux qui créent problème au point de vue de l\u2019avenir du Québec, est relativement restreint.Mais ce problème est de longue date: nous le charrions QUE SE PASSE-T-IL CHEZ LES HOMMES D'AFFAIRES?027 avec nous tout au long de notre histoire depuis les Plaines d\u2019Abraham.Faire des affaires, c\u2019est un terrain où inévitablement on rencontre le monde anglo-canadien.Et cela est très bien.À la condition que la fraternisation ne conduise pas à la trahison et à l\u2019exhortation à la trahison.Ayant un jour sollicité un don pour un agrandissement au collège Jean de Brébeuf, le vice-président de la Shawinigan Power, dans le temps, n\u2019y alla pas par quatre chemins: \u201cLe don viendra si vous consentez à n\u2019enseigner qu\u2019en anglais!\u201d Je restai abasourdi! Historiquement le jugement de Nive Voisine sur nos hommes d\u2019affaires, à la fin du 19e siècle, vaut pour toute notre histoire, de 1760 à 1960: \u201cTrès peu d\u2019entrepreneurs canadiens-français réussissent à faire leur marque et, quand ils la font, ils le doivent à leur intégration au milieu anglophone\u201d (Histoire du Québec, Edisem, p.381).Hier nous manquions de capitaux.Hier les cadres et les chefs étaient des entrepreneurs et des financiers anglophones.Il fallait passer par eux, plier, supplier, et le faire dans leur langue, quasiment à genoux.Des rancœurs se sont accumulées.Aujourd\u2019hui cela change.Depuis la révolution tranquille, nous pouvons dire que, grâce à des capitaines d'industrie et de finances hors pairs et grâce à une canalisation plus intense de nos capitaux vers les institutions canadiennes-françaises (mouvement accéléré par le nationalisme franco-québécois depuis 1930) nous avons accumulé des réussites frappantes.Faut-il énumérer le succès de nos banques qui, sans l\u2019apport du peuple franco-québécois, ne seraient pas grand-chose?Ajoutons le superbe Mouvement des Caisses populaires Desjardins, Sidbec, Soquem, Soquip, SNC, Janin Inc., Provigo, SID, une dizaine de solides entreprises d\u2019assurances, etc.La révolution tranquille fut, aussi, économique.Le tableau d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est pas celui d\u2019hier.Nous commençons à connaître des hommes d\u2019affaires de première valeur qui prennent des décisions. 628 L\u2019ACTION NATIONALE Nous pouvons diriger Voyez l\u2019Hydro-Québec.Hier les Anglo-Canadiens maniaient à peu près toutes nos richesses hydrauliques.Selon eux, nous ne pouvions rien y changer, nous ne savions pas diriger ces entreprises.Mais nos universités nous ont donné les compétences.Depuis 1960, nous sommes les maîtres, les constructeurs, les prévoyants dans tout le domaine de l\u2019énergie électrique et de l\u2019énergie atomique.Et nous le faisons en français.De même dans le domaine du fer.Demain ce sera dans le domaine des mines, dans les transports, dans les communications, dans le commerce (production et distribution) et, pourquoi pas, dans le domaine de la grande finance.Quand je vois que la prudente et conservatrice Banque d\u2019épargne de la ville et du district de Montréal est aujourd\u2019hui maîtresse des actions du très dynamique Crédit foncier (valeur: un milliard deux cents millions de dollars), je me dis qu\u2019une transformation stupéfiante se passe sous mes yeux.Rien ne paraît impossible pour demain.Nous avons certainement la classe d\u2019hommes qu\u2019il nous faut! Le réflexe pavlovien Mais voilà.À côté de ceux qui construisent le Québec, nous avons des reliquats du passé.Nombreux sont ces directeurs, ces vice-présidents et ces cadres canadiens-français employés par les grandes organisations financières du monde anglo-saxon.Ils ont droit à leur opinion.Leurs gros salaires et leur compétence certaine leur donnent droit de s\u2019exprimer.Cependant vingt ans, trente ans de travail au service du gouvernement fédéral ou des entreprises anglo-canadiennes ou dans l\u2019armée canadienne, la plupart du temps en anglais, finit par éroder l\u2019éducation nationale reçue et amincir curieusement le sens d\u2019appartenance au peuple franco-québécois.Situés à la périphérie de deux mondes, ils se croient plus clairvoyants, bien supérieurs et totalement dans le bon chemin.Ils refusent de voir que leur milieu de travail les a conditionnés.Le réflexe pavlovien joue à plein.Par osmose, subtile mais réelle, ils finissent par penser comme leurs maîtres.Comme Trudeau, QUE SE PASSE-T-IL CHEZ LES HOMMES D\u2019AFFAIRES?629 ils pensent encore nécessaire de nous parler sur la compétence, sur l\u2019apprentissage de l\u2019anglais, comme uniques portes du salut pour les Québécois.Remplis d\u2019eux-mêmes, ils ne s\u2019aperçoivent pas qu\u2019ils sont en retard de trente ans et qu\u2019ils se sont eux-mêmes mis en dehors des réalités de 1979.Ces gens représentent une voix au Québec.Ils font de la politique opportuniste.Mais, avant tout, ils pensent affaires! Ils ne reflètent pas nécessairement le Québec.Ils disent en français des bribes assimilées durant le temps de leurs services à l\u2019emploi des Anglo-Canadiens.Fiers de leurs succès dans la vie, ils croient que l\u2019asservissement psychologique est le grand type de succès que la vie exige.Les politisés Un autre groupe d\u2019hommes d\u2019affaires est à signaler: ceux dont l\u2019appartenance va avant tout à un parti politique, généralement le parti libéral, au Québec comme au fédéral.Chez eux aussi, le licou se laisse voir.La discipline de parti, l\u2019espoir de contrats les rend aveugles à leur appartenance précaire à leur nation.Cette nation, et les voies de son histoire, ils sont prêts à la trafiquer volontiers pour un plat de lentilles.Nous l\u2019avons bien vu quand le parti libéral d\u2019Ottawa, alors dirigé par M.King, entra résolument dans les voies de la conscription \"volontaire et obligatoire\u201d.Combien avons-nous vu de v ire-capot s! Quand, à ces deux groupes restreints mais capables d\u2019influences auprès des mass-media, on parle de souveraineté et d\u2019indépendance, ils perdent leur flegme et leur raison.Pourtant c\u2019est normal! Enfin, dites-moi, qu\u2019y a-t-il de si grave pour un peuple, qui possède toutes les richesses du Québec et qui manifeste un dynamisme étonnant depuis vingt ans, d\u2019aspirer à une certaine indépendance?N\u2019est-ce pas une situation normale?Le revenu brut du Québec n'a-t-il pas atteint, en 1978, la somme de cinquante milliards de 630 L\u2019ACTION NATIONALE dollars?Pourquoi ne serions-nous pas capables de gérer, d\u2019administrer et de gouverner un tel pays?Entourés par 260,000,000 d\u2019Américains et d\u2019Anglo-Canadiens, qu\u2019y a-t-il d\u2019anormal que nous cherchions à nous diriger nous-mêmes et à trouver par nous-mêmes les chemins qui servent le mieux nos propres intérêts?Poser la question suffit pour montrer la faille substantielle de ceux qui pensent que le régime fédératif, tel que connu depuis 111 ans, puisse continuer! En quoi se faire diriger par les autres peut-il être supérieur au fait de se diriger soi-même?Nous voulons être plus efficaces en forgeant notre propre avenir.Nous voulons achever, seuls, les chapitres de notre histoire! En quoi serions-nous menacés parce que nous prendrions, enfin!, une vision logique et nette de notre propre destinée?Accepter le statu quo, voilà l\u2019anormal! Seules, deux cents années de colonialisme peuvent expliquer, par leur conditionnement du subconscient et du conscient, les peurs de nos hommes d\u2019affaires.Divisés, ils ne voient pas toujours leurs avantages Pourtant, ils ne sont pas tous ainsi! Dans une enquête très remarquée du Conseil d\u2019expansion économique auprès de ses membres, 1137 répondirent le 10 juin 1977 et 93% d\u2019entre eux demandent, avec raisons à l\u2019appui, un Québec officiellement français.En janvier 1979, le Conseil du patronat demanda à ses membres s\u2019ils étaient satisfaits de la situation économique: la majorité, renversant les craintes et les apocalypses de ses dirigeants, s\u2019affirme satisfaite.Mais tout le monde se demande pourquoi, dans la publication des résultats, le Conseil du patronat n'a pas séparé les réponses de ses membres canadiens-français de celles des anglo-canadiens.En ce cas, la réponse aurait été encore plus claire! Ce qui est difficile à admettre, c\u2019est la passion obstructionniste, c\u2019est la colère des prises de positions, c'est l\u2019accumulation des craintes les plus folles, de la part de ce petit groupe d\u2019hommes d\u2019affaires conditionnés, devant l\u2019évolution normale du Québec.Plusieurs, parmi eux, ne semblent pas et ne veulent pas voir qu\u2019une plus grande autonomie prise par le QUE SE PASSE-T-IL CHEZ LES HOMMES D\u2019AFFAIRES?g31 Québec leur vaudrait nécessairement un avancement que leurs entreprises anglo-canadiennes, la plupart du temps, leur ont refusé jusqu\u2019à maintenant.Ils pourraient prendre des décisions importantes au lieu de se les faire dicter! Si les Anglo-Canadiens quittent le Québec, cela créera des vides: il faudra les combler! À eux il reviendra d'employer les jeunes Anglo-Canadiens compétents.Il leur appartiendra de former les sièges sociaux moins intéressés à nous extraire des fortunes pour bâtir ailleurs.Ils devront plutôt faire valoir nos richesses naturelles au service de la nation québécoise.Du positif dans les assurances La Sun Life donnait du travail à de nombreux employés.Les Franco-Québécois n\u2019y avaient pas leur part.La collecte des primes ne servait pas à promouvoir d\u2019abord et avant tout les intérêts du Québec mais l\u2019argent obtenu était investi à \u201cl\u2019étranger\u201d.Pourquoi nos hommes d\u2019affaires ne font-ils pas pression pour obtenir que l\u2019assurance-groupe de nos fonctionnaires publics et celle des employés de Sidbec, si la rumeur qui les rattache à la Sun Life est véridique, ne reviennent à une entreprise d\u2019assurances franco-québécoise?Cela serait positif.À ce point de vue, il faut féliciter L\u2019Alliance (680 ouest, rue Sherbrooke, Montréal) d\u2019avoir su récupérer à temps une grande partie des vendeurs expérimentés de la Sun Life.Voilà comment faire des affaires! Voilà comment être positifs! Voilà comment prévoir les conséquences de l\u2019indépendance! Du positif dans les banques De même, nos banques franco-québécoises se plaignent, maintenant qu\u2019elles sont fortes de leurs milliards, de ce que le gouvernement du Québec n\u2019investisse pas davantage chez elles mais continue à placer des sommes énormes dans la Banque royale, la Banque de Montréal, la Banque impériale de Commerce ou la Banque de Nouvelle-Écosse.Elles ont raison de se plaindre.Toutefois le gouvernement, dans les circonstances difficiles d\u2019aujourd\u2019hui, a probablement besoin de la force d\u2019emprunt de ces banques anglo-canadiennes. 632 L'ACTION NATIONALE Au lieu de crier et de rouspéter, pourquoi les banques franco-québécoises, avec l\u2019aide du Mouvement des Caisses populaires et de la Société de dépôt et de développement, ne forment-elles pas une sorte de cartel ou une sorte de super-banque qui jouirait d\u2019un appui plus considérable du gouvernement du Québec?Ces opérations demandent du temps, des négociations, une préparation adéquate des esprits et des formules à inventer.Mais la proposition positive est celle de donner naissance à une Banque du Québec, entièrement dédiée aux intérêts prioritaires du Québec, et qui se révélerait un négociateur efficace en tout ce qui regarderait les relations futures avec la Banque du Canada.Le néo-nationalisme Le nationalisme d\u2019aujourd\u2019hui ne doit pas être une force de division mais une force de rassemblement.Nous voyons l\u2019inquiétude grandir chez certains de nos hommes d\u2019affaires.Ils sont tout oreilles pour certaines théories.Courtisans ils répètent indistinctement Trudeau et Lalonde.Ils se targuent de leur sens pratique.Tous les autres seraient irréalistes.Ne sont-ils pas myopes pour affirmer de telles sottises car si l\u2019indépendance arrive, n\u2019auront-ils pas manqué de sens pratique et de réalisme?À long terme, au moins, car l\u2019idée d\u2019indépendance ne meurt pas facilement, ils manquent certainement de sens pratique et de réalisme! Et de sens historique! Le temps de prendre ses ordres chez les autres est terminé.Une période nouvelle commence, quelle que soit la position juridique du Québec de demain.Car déjà, dans de nombreux secteurs, psychologiquement, le pays est en état d\u2019indépendance.Le reste est une question de temps.Mais en même temps le pays veut négocier une association: là nos hommes d\u2019affaires joueront un rôle de premier plan.Sont-ils prêts?Par rapport à la nation, plusieurs ne retardent-ils pas?Que les employés des grandes internationales et des grandes entreprises anglo-canadiennes aient la pudeur QUE SE PASSE-T-IL CHEZ LES HOMMES D\u2019AFFAIRES?033 de ne pas nous faire manquer le train! Nous faisons l\u2019histoire: eux, qu\u2019ils cessent de faire des peurs! Nous avons besoin de cent Roland Giroux, de cent Alfred Rouleau, de cent Jean-Louis Lévesque, de cent Michel Bélanger, de cent Jean-Marie Poitras, de cent Antoine Turmel, pour ne nommer que quelques noms.Hommes d\u2019affaires, ralliez-vous à la nation! Table ronde sur l'indépendance du Québec par la Ligue d\u2019Act ion Nationale 1 Étaient présents à cette table ronde.François-Albert Angers Charles Poirier Gérard Turcotte Richard Arès Jean Genest Jean Marcel Guy Bouthillier Raymond Barbeau Delmas Lévesque Nycol Pageau-Goyette André Provost 2.Nous recommandons à nos lecteurs la lecture de cette table ronde, à cause de son importance, de sa spontanéité et de la vigueur des prises de position.La discussion a été retouchée en fonction du style écrit.Nous avons omis quelques interventions comme lorsque plusieurs personnes parlaient en même temps et que l\u2019enregistrement magnétique devenait confus.Dites-nous si cette table ronde vous a plu. TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 635 JEAN GENEST: Comme entrée en matière, disons que cette table ronde est enregistrée sur bobine magnétique.Le but est d\u2019établir un texte que chacun pourra reviser et qui, publié dans la revue, permettra à tous nos lecteurs, de mieux connaître le cheminement de la pensée des directeurs.Les événements se bousculent.Nous vivons des moments historiques.À cause de tout cela, pour inviter nos membres à la lucidité et à l\u2019action, il faut jouer franc jeu et mettre tout le monde à \u201cpousser le char de l\u2019État\u201d.L\u2019ajustement du texte suppose que vous m\u2019accordiez l\u2019ultime responsabilité: votre style parlé devra être \u201cpotable\u201d comme style écrit.L\u2019important est que le texte soit une prise de conscience, autant pour nous-mêmes que pour nos lecteurs, de nos prises de position.Maintenant, une introduction au sujet.Il est au cœur de l\u2019actualité.Quelques observations sont de mise pour sauver du temps et entrer immédiatement au cœur du sujet.La première observation est que l\u2019histoire du Québec, telle que nous la connaissons, n\u2019a toujours été qu\u2019un étapisme vers la pleine autonomie.Sur la question du français, François-Albert Angers a bien montré comment la loi 101 était reliée à l\u2019Acte de Québec en 1774.Toute notre histoire tend à la pleine autonomie de notre peuple, à ce qu\u2019aujourd'hui nous appelons souveraineté ou indépendance.Cet élément, cette catégorie du réel, nous a toujours habités, confusément, obscurément et, progressivement, dans une plus grande clarté.Avec la thèse des États Associés, en 1964, je me rappelle avoir parlé dans L\u2019ACTION NATIONALE du \u201cgrignotement continu des pouvoirs du gouvernement fédéral\u201d comme d\u2019une politique qui avait pour elle le sens de la continuité.L\u2019étapisme ou le grignotement c\u2019est la même idée de base.Mais la caractéristique d\u2019aujourd\u2019hui, en 1978, me paraît être l\u2019impatience, l\u2019impatience généralisée, l\u2019impatience des constructeurs du pays et de tous les militants qui pensent \u201cnation\u201d.Cette impatience finit 636 L\u2019ACTION NATIONALE par se révéler un radicalisme.Après 112 ans de Confédération, notre expérience est suffisante! Notre volonté, maintenant, c\u2019est l\u2019indépendance.Désormais.Ce radicalisme devient une chose normale, alors l\u2019étapisme ne suffit plus à nos gens.Il faut maintenant une indépendance proclamée, malgré les affirmations répétées que l\u2019État fédéral ne négociera pas.Ce refus de négocier, répété par M.Trudeau, M.Lalonde, pose la question: \u201cQue devons-nous faire?\u201d Deuxième observation: j\u2019ai demandé au P.Arès de nous raconter l\u2019étape de la Commission Tremblay (1953-1956) pour que nous nous rendions compte de l\u2019état de la nation en 1953 comparativement à 1979.Cette Commission a demandé le retour de tous les impôts directs, au Québec.Est-ce suffisant?Le radicalisme de la Commission Tremblay est-il dépassé aujourd\u2019hui?Troisième observation: je poserai une question à M.Raymond Barbeau.Il semble bien être le premier au Québec à avoir émis l\u2019idée que le référendum ne devrait pas demander la souveraineté-association mais simplement ceci: le retour de tous les impôts au Québec?C\u2019est beaucoup plus que la Commission Tremblay.Est-ce suffisant?Pourquoi ce choix?Quatrième observation (là je m\u2019adresse à tout le monde): si vous acceptez la thèse de M.Barbeau suivant lequel, seul le Québec aurait autorité pour légiférer et recueillir des impôts et suivant lequel le Québec remettrait une part des sommes recueillies à Ottawa au gré des ententes négociées, est-ce que cette proposition n\u2019établirait pas la seule souveraineté interne?Que faire alors de la souveraineté externe?Il ne faut pas oublier qu\u2019un pays n\u2019est pratiquement reconnu comme indépendant, dans l\u2019univers entier, que s\u2019il siège aux Nations-Unies.Cinquième observation: ne faut-il pas remarquer un déplacement d\u2019intérêt chez les intellectuels anglo-canadiens?Hier, avec le fédéral, ils mettaient l\u2019accent TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 637 sur les terribles conséquences économiques de l\u2019indépendance pour le Québec.On nous menaçait du transfert de tous les sièges sociaux, que l\u2019économie du Québec tomberait à rien, que nos ouvriers seraient les premiers à payer l\u2019indépendance! Or le Conseil économique du Canada (organisme fédéral) et les économistes de l\u2019université Queen\u2019s disent: l\u2019indépendance du Québec ralentirait l\u2019économie du Canada et du Québec de 2 à 3%, pendant deux ou trois ans seulement (Financial Post, janvier 6, 1979, p.6)! Alors ces universitaires, contre Action-Canada où il y a plus de passion que de lucidité, veulent mettre leur opposition sur les aspects culturels et politiques.Les dirigeants du Conseil du Patronat sont déjà dépassés.Dernière observation: quelle question devons-nous poser?Devons-nous demander l\u2019indépendance pure et simple?Devons-nous pencher vers le radicalisme ou demander l\u2019indépendance seulement pour préparer et éduquer le peuple?Devons-nous proposer un programme héroïque qui fonce ou l\u2019étapisme qui étudie et mesure l\u2019action, aux possibilités réelles?Au-delà des idées, devons-nous nous confier à des hommes?Par exemple René Lévesque qui fascine les foules?Ou Claude Morin qui est un des hommes que je respecte le plus au Québec (Disons que M.Angers est mis au-dessus de tout cela! (rires).Comme objectivité de pensée, analyse d\u2019un moment historique, le Québec a rarement eu un stratège de cette trempe-là.Il fuit l\u2019excès, la démesure.Il fascine les intellectuels.Les uns peuvent nous appeler à des situations héroïques et les autres à des impasses pratiques à résoudre.Au-delà des idées, au-delà des hommes, ne nous faudra-t-il pas faire attention à notre représentativité?Nous, à L\u2019Action nationale, nous n\u2019avons pas à représenter l\u2019État mais bien la Nation.Et dans l\u2019État nous pouvons subdiviser: le Parti politique ou l\u2019organisme supérieur de gouvernement collectif.Nous avons subi deux siècles de colonialisme: nous devons être prêts à accepter que tous ne marchent pas au 638 L'ACTION NATIONALE même pas dans la nation, dans les partis, dans l\u2019État.Il y a des ignorances, des servitudes, des habitudes d\u2019esclaves.Je dois tenir compte de tout cela: tous ils représentent mon peuple, je les aime ceux de chez-nous malgré leurs faiblesses et leurs ignorances de l\u2019histoire.Représentant de la Nation, je ne prétends pas la suivre mais lui proposer les idées qui entraînent.La Nation a besoin de leaders dans une situation qui devient de plus en plus explosive.Voilà mon préliminaire: les questions fondamentales, les différents groupes sont situés.Je demande au P.Arès de nous parler de la Commission Tremblay à laquelle il a collaboré de si près.RICHARD ARÈS \u2014 On m\u2019a demandé de rappeler ce que la Commission Tremblay avait élaboré au sujet du problème constitutionnel.D\u2019abord un peu d\u2019histoire.Cela fait 25 ans que la Commission Tremblay a fait son enquête.À ce propos, lisez ce que François-Albert Angers a écrit dans la revue L\u2019Action nationale (janvier 1979, p.406) dont le surtitre est: L\u2019impôt sur le revenu et la Commission Tremblay.À propos de la mise en drame de la vie de Duplessis, à Radio-Canada, M.Angers donne un bon aperçu historique de la Commission Tremblay.La Chambre de Commerce de Montréal s\u2019intéresse aux problèmes des relations fédérale-provinciales depuis 1945.En 1947, elle préparait un mémoire qui sera approuvé par la Chambre de Commerce de la province.À l\u2019issue du congrès tenu à Ottawa, en 1952, les délégués de cette dernière association approuvèrent unanimement une résolution recommandant au gouvernement du Québec d\u2019instituer une Commission royale d\u2019enquête pour étudier la question de l\u2019autonomie provinciale et des problèmes constitutionnels et fiscaux qui en découlent.Le 26 novembre 1952, une délégation de plus de 600 membres de la Chambre de Commerce de la province présenta officiellement à M.Maurice Duplessis, la recommandation du congrès d\u2019Ottawa.Cette recommandation reçut un accueil favorable et la loi créant la Commission royale d\u2019enquête sur les problèmes constitutionnels fut adoptée par l\u2019Assemblée législative le 22 janvier 1953 (voir tome 1, p.X). TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 639 La Commission Tremblay fut donc créée en 1953.Son mandat est \u201cd\u2019enquêter sur les problèmes constitutionnels, de faire rapport de ses constatations et opinions et de lui soumettre ses recommandations quant aux mesures à prendre pour la sauvegarde des droits de la province, des municipalités et des corporations scolaires.\u201d La même loi précise que \u201cla Commission étudiera: a)\tle problème de la répartition des impôts entre le pouvoir central, les provinces, les municipalités et les corporations scolaires; b)\tles empiétements du pouvoir central dans le domaine de la taxation directe, en particulier en matière d\u2019impôt sur le revenu, les corporations et les successions; c)\tles répercussions et les conséquences de ces empiétements dans le régime législatif et administratif de la province et dans la vie collective, familiale et individuelle de la population; d)\tgénéralement les problèmes constitutionnels d\u2019ordre législatif et fiscal.\u201d Pour comprendre la situation et ce qui va suivre, je pense qu\u2019il serait bon d\u2019avoir une vue d\u2019ensemble de la situation à l\u2019époque.Nous sommes au début des années 50, l\u2019époque où le nationalisme canadien-français n\u2019est pas très fort, perd de sa vigueur.Plusieurs disent: \u201cIl va bientôt mourir!\u201d Le Fédéral triomphe sur toute la ligne.L\u2019aperçu historique du Rapport divise la Confédération en quatre périodes: 1) de 1867 à 1896, période qui s\u2019appelle la conquête de l\u2019autonomie politique et juridique; 2) de 1896 à 1920 qui raconte les difficultés de l\u2019autonomie provinciale et des finances; 3) de 1920 à 1937 qui raconte la grandeur et la décadence de l\u2019autonomie provinciale; 4) de 1937 à 1955 qui examine le retour et le progrès de l\u2019impérialisme fédéral.Ce fut tout un problème de faire adopter ce dernier titre.On y réussit en mettant impérialisme entre guillemets.Plusieurs n\u2019aimaient pas ce mot \u201cimpérialisme\u201d appliqué au gouvernement fédéral. 640 L'ACTION NATIONALE Nous avons apporté des exemples du progrès de l\u2019impérialisme fédéral: 1) la Commission royale des relations entre le Dominion et les provinces; 2) le régime des ententes fiscales durant la guerre (1942) et la Conférence sur le rétablissement, etc.; 3) les amendements à la constitution à l\u2019occasion de l\u2019assurance-chômage en 1940, de la redistribution des comtés en 1943 et 1946, du rapatriement fédéral de la constitution en 1949, des pensions de vieillesse; 4) l\u2019expansion de la sphère d\u2019activités fédérales comme les dépenses fédérales pour fins provinciales (1940-1955), pour la formation professionnelle (1942), pour les allocations familiales (1944-1945), pour la santé (1948), etc.De plus, en 1949, le gouvernement fédéral lance une enquête royale sur les Arts, les lettres et les sciences, dont fait partie le P.Lévesque, O.P.Son rapport, en 1951, établit une distinction entre la culture et l\u2019éducation.L\u2019éducation appartient aux provinces mais la culture relève aussi du fédéral.Il soutient, en même temps, que le bien commun national demande au gouvernement fédéral d\u2019assister les provinces dans le domaine de l\u2019éducation.C\u2019était accorder au gouvernement fédéral de contribuer à l\u2019éducation de l\u2019individu.Voilà la situation à l\u2019époque où était formée la Commission Tremblay.Je donne un autre signe de la faible vitalité du nationalisme québécois à l\u2019époque, laquelle était celle de Cité Libre.Je le trouve au début de la quatrième partie du Rapport québécois: \u201cToute recherche de solutions aux problèmes du Québec suppose donc au préalable une option fondamentale concernant le cadre politique dans lequel entend vivre sa population.À cet égard, et théoriquement, tout au moins, trois voies lui sont possibles: la voie du séparatisme., la voie de l\u2019unitarisme., la voie du fédéralisme.L\u2019importance d\u2019un tel choix saute aux yeux: selon que la province entend se séparer de la Confédération ou y rester, et y rester non pas en se dissolvant mais en se maintenant comme unité politique autonome, tout prendra une allure différente.C\u2019est pourquoi nous parlons d\u2019une option fondamentale.\u201d \u201cAprès une étude approfondie de la question et une enquête prolongée auprès des citoyens du Québec. TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 641 nous en sommes venus sur ce point aux conclusions suivantes, qui nous paraissent des vérités de fait: 1\t\u2014 Les habitants du Québec, dans leur ensemble, ne désirent pas se retirer de la Confédération.Aucun des quelque 250 mémoires que notre Commission a reçus n\u2019exprime un tel désir.2\t\u2014 La population du Québec en général et les Canadiens-Français en particulier, lesquels en forment plus des quatre-cinquièmes, ne sont pas prêts à accepter l\u2019unitarisme, c\u2019est-à-dire la doctrine et la politique de l\u2019unité à tout prix, se traduisant concrètement par le transfert progressif au gouvernement central des fonctions et des pouvoirs exercés par le gouvernement québécois et tendant à réduire ce dernier à l\u2019insignifiance, après l\u2019avoir réduit à la mendicité du point de vue financier et fiscal.3\t\u2014 L\u2019immense majorité de la population du Québec est encore persuadée que le fédéralisme, pourvu que les divers gouvernements en saisissent bien l\u2019esprit et le pratiquent dans l\u2019honnêteté et la justice, demeure même aujourd\u2019hui le système politique qui convient et s\u2019adapte le mieux à la réalité canadienne.Tous les mémoires soumis à notre Commission et traitant des problèmes constitutionnels adoptent ou supposent la solution fédéraliste dans leurs suggestions et leurs recommandations.\u201d \u201cAinsi donc, à la question fondamentale qui se pose par rapport à son cadre politique, la population de la province a répondu: ni séparatisme, ni unitarisme, mais fédéralisme.Nous ne pouvons ignorer un tel fait, même s\u2019il ne constitue qu\u2019une indication très générale des sentiments et des désirs de la population.C\u2019est dans ce sens aussi qu\u2019il nous faut orienter nos recherches, et cela en vue de voir si la province a raison d\u2019accorder ses préférences au fédéralisme et jusqu\u2019à quel point la pratique sincère d\u2019un tel système permettra de résoudre les problèmes en cours\u201d (tome 2, pages 90-91).C\u2019est très illuminateur sur le chemin qui s\u2019est fait en vingt-cinq ans! Le \u201cnouveau\u201d fédéralisme fédéral mettait de l'avant le pouvoir général de légiférer, le pouvoir \u201cillimité\u201d de ta- 642 L\u2019ACTION NATIONALE xer et le pouvoir \u201cabsolu\u201d de dépenser: le Rapport Tremblay fait une critique de chacun de ces pouvoirs.Dans le domaine de l\u2019éducation, le Rapport fait la critique de la thèse centraliste mise de l\u2019avant par le rapport Massey.Finalement dans le domaine économique, social et fiscal, le Rapport Tremblay critique la centralisation amorcée et fortifiée dans le Rapport Rowell-Sirois, durant la guerre mondiale et l\u2019après-guerre.Voilà l\u2019histoire et la mise au point qu\u2019en fit le Rapport Tremblay.J\u2019en arrive aux solutions proposées par la Commission Tremblay.En général elle demande un retour à un fédéralisme authentique mais de type culturel.C\u2019est M.Minville qui avait insisté sur le grand nombre de sortes de fédéralismes, précisant que le fédéralisme canadien est un fédéralisme de type culturel, cela veut dire permettant aux deux grandes communautés culturelles du Canada et du Québec, premièrement de vivre et de se développer selon leurs particularismes respectifs et, deuxièmement, de collaborer à l\u2019édification et au progrès culturel.Les principes de solution sont là: 1\t\u2014 \u201cLes institutions de la vie commune (l'expression sociologique culturelle) et la politique sociale sont donc dans le prolongement l\u2019une de l\u2019autre; elles doivent être de même inspiration et confiées au gouvernement qui, participant lui-même à la culture peut le mieux en saisir l\u2019esprit et l\u2019exprimer par ses lois\u201d.2\t\u2014 \u201cLes divers types d'impôts sont en relations de qualité avec les fonctions de la vie collective.Dans un Etat fédératif du type culturel, ils doivent être répartis entre les ordres de gouvernement selon les fonctions dont ceux-ci sont investis.Ainsi, les impôts sur le revenu, ayant une incidence directe sur la personne et les institutions, doivent appartenir au gouvernement à qui incombe la responsabilité culturelle et sociale.Les impôts sur les opérations d\u2019affaires et la circulation des biens offrent une incidence économique directe et tendent, s\u2019ils sont pratiqués au palier régional ou local, à susciter des fron- TABLE RONDE SUR L'INDÉPENDANCE 643 tières à l\u2019intérieur d\u2019un même pays, et doivent donc logiquement appartenir au gouvernement investi de la responsabilité économique la plus large et dont la juridiction s\u2019exerce sur l\u2019ensemble du territoire.\u201d Voilà les deux principes de solution sur la répartition des impôts selon les fonctions accomplies.Un texte éclaire: \u201cLes responsabilités constitutionnelles des deux ordres de gouvernement étant ce qu\u2019elles sont, les impôts directs devraient être attribués à l\u2019un ou à l\u2019autre selon leurs relations avec les fonctions dont ceux-ci sont respectivement chargés.Par conséquent, devraient être attribués au gouvernement fédéral (outre les impôts indirects) les impôts directs qui correspondent le plus exactement à ses fonctions, notamment ceux dont la pratique, aux mains des provinces, suscite des frontières économiques à l\u2019intérieur du pays.Ainsi les impôts de consommation déjà mentionnés.\u201d \u201cDe la même manière, devraient être attribués aux provinces les impôts qui, par leur incidence sur les modes de vie, les institutions, la vie sociale, sont le plus immédiatement en relations avec leurs fonctions constitutionnelles: taxe foncière, dévolue par les provinces aux municipalités, impôts sur les successions, sur l\u2019exploitation des ressources naturelles, les revenus des particuliers et des compagnies.\u201d (Rapport, volume 2, tome 2, p.241).Cela se terminait par le retour aux provinces de la sécurité sociale, surtout au Québec.On ajoutait: \u201cPour la province de Québec, étant donné son rôle propre dans la Confédération canadienne, le plein exercice de sa juridiction en matière sociale est d\u2019une importance capitale.\u201d Vous voyez comment la Commission Tremblay, après beaucoup de discussions, avait décidé de trancher les questions.En somme, les impôts directs touchant les revenus des particuliers, les revenus des corporations et les impôts sur les successions devaient revenir à la province, en particulier tout ce qui regarde la sécurité sociale, etc., et les impôts indirects au gouvernement central, plus une part des impôts directs ayant une in- 644 L\u2019ACTION NATIONALE cidence économique quant à la circulation des biens.Rédigé en 1954, remis en 1955, quels furent les résultats du Rapport?Nous avons été un point de départ.Aujourd\u2019hui, on veut demander plus et on veut aller plus loin.M.François-Albert Angers pourrait ajouter pas mal de choses car il a été le principal travailleur de la Commission Tremblay.Vous avez écrit plusieurs études.Vous pourriez nous en parler.JEAN GENEST \u2014 Avant de donner la parole à M.Angers, rappelons que les États généraux se terminèrent en 1969.Ceux-ci atteignirent leur sommet quand M.Angers est intervenu devant les 3000 délégués pour leur demander d\u2019approuver la conclusion logique de leurs travaux: Tautodétermination du Québec.Ce fut l'événement-clé.On peut retrouver le texte dans le volume de M.Angers.Pour orienter nos libertés (Fides, 1969, p.271).Pour mieux enchaîner, puis-je demander à M.Raymond Barbeau par quel cheminement intellectuel êtes-vous arrivé à proposer, le premier, que la question du référendum porte sur le retour de tous les impôts au Québec?RAYMOND BARBEAU \u2014 Je dois dire que le Père Arès, dans toutes ses activités intellectuelles, m\u2019a beaucoup influencé.J\u2019ai lu les travaux de M.Angers et du Père Arès sur notre question nationale.Je trouve que l\u2019ensemble des sujets était fort bien écrit et ces oeuvres nous apprenaient beaucoup de choses sur notre histoire et notre situation de colonisés.C\u2019est M.Angers qui m\u2019a passé les volumes de la Commission Tremblay que j\u2019ai lus attentivement.J\u2019y ai beaucoup appris notamment sur la division des pouvoirs entre le Québec et le gouvernement fédéral, surtout au sujet des pouvoirs de taxation qui constituent le nœud du problème.La grande différence entre mon opinion et celle des rédacteurs du Rapport Tremblay c\u2019est qu\u2019eux demandaient uniquement le retour au Québec et aux provinces des seuls impôts directs, alors que je propose le retour au TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 645 Québec de tous les impôts directs et indirects, en somme la souveraineté fiscale pour le Québec.Dans différents documents, j\u2019ai repris cette idée fondamentale et j\u2019ai préparé, l\u2019an passé, un document détaillé au sujet des questions que le gouvernement du Québec devrait poser à la population lors du référendum sur la souveraineté.M.Gérard Turcotte pourra vous remettre des copies de ce document de stratégie.Je crois qu\u2019il faudrait faire porter le référendum sur la fiscalité et ainsi obtenir un oui global de la population québécoise.Le gouvernement québécois, dès lors, irait à Ottawa non pour négocier l\u2019indépendance, la souveraineté, l\u2019association, la répartition des pouvoirs, mais pour affirmer la volonté populaire et démocratique des Québécois quant aux vrais pouvoirs qu\u2019ils veulent obtenir: la totalité des pouvoirs fiscaux et ce qui en découlerait, soit la souveraineté législative du parlement québécois, c\u2019est-à-dire le pouvoir de faire toutes ses lois.Il y a une continuité historique là-dedans, en ce sens que le Rapport Tremblay suggérait la souveraineté fiscale directe pour le Québec, et que Duplessis a fondé son autonomisme provincial sur l'autonomie fiscale, au point de créer l\u2019impôt provincial contre la volonté du gouvernement fédéral.D\u2019ailleurs, dans toutes les nations du monde, les révolutions nationales ont toujours porté sur des questions de fiscalité, du pouvoir d\u2019imposition.La Révolution française s\u2019est faite sur les impôts excessifs de la monarchie.Aux États-Unis, on se souvient des Boston Tea Parties, les Américains refusant de payer des impôts injustifiés aux Anglais d\u2019Angleterre.Gouverner, c\u2019est taxer.Je reste persuadé que la question du référendum québécois portera sur la fiscalité.C\u2019est l\u2019essentiel de l\u2019affaire, du contentieux, des conflits entre le Québec et le gouvernement fédéral.C\u2019est la fiscalité qui va déterminer les nouveaux rapports que le Québec aura avec le Canada anglais.Revoyez les discours des Pères de la Confédération et vous constaterez que la fiscalité était le sujet majeur de leurs débats.Comme les impôts directs étaient mal vus par le peuple, au moment de la Confédération, l\u2019Acte de l\u2019Amérique 646 L'ACTION NATIONALE britannique du Nord les concède aux provinces, tout en permettant au gouvernement fédéral de prélever des impôts par tous modes de taxation.Profitant des besoins de la guerre de 1914, le ministre du Revenu fédéral White, en 1917, s\u2019arrange pour que le gouvernement fédéral commence à percevoir des impôts directs, réservés jusque-là aux provinces.Ottawa commença à imposer les revenus des particuliers, laissant aux municipalités les revenus de taxation provenant des biens fonciers.On peut dire, preuves à l\u2019appui, que les plus grands conflits entre le Québec et Ottawa ont leur origine dans la répartition de la fiscalité.Qui va percevoir le plus d\u2019impôts?Qui va déterminer avec le plus d\u2019impact les grandes politiques d\u2019avenir?Sera-ce le Québec, comme le veulent les autonomistes de toutes tendances, ou Ottawa, comme le désirent tous les partisans du fédéralisme et du centralisme?La pomme de discorde entre le Québec et Ottawa, c\u2019est la fiscalité.Tant que ce problème fondamental ne sera pas réglé, la Confédération branlera, le Québec sera insatisfait, et le problème Québec-Canada continuera à nous empoisonner l\u2019existence.Sur le plan de la fiscalité, présentement, le Québec est dans une situation purement coloniale: Ottawa possède tous les pouvoirs fiscaux et tous les pouvoirs de dépenser à sa guise.Dénouer la crise canadienne, c\u2019est d\u2019abord et avant tout résoudre le nœud gordien de la fiscalité québécoise dominée par le gouvernement fédéral.Au point de vue fiscal, le Québec est une succursale d\u2019Ottawa.Si le Rapport Tremblay demandait, il y a 25 ans, la souveraineté fiscale directe pour le Québec, il est normal qu\u2019aujourd\u2019hui, les souverainistes exigent la souveraineté fiscale directe et indirecte, quitte ensuite à ce que le gouvernement québécois subventionne le gouvernement fédéral, s\u2019il doit continuer à exister, c\u2019est-à-dire si le Québec accepte les formules de la souveraineté-association. TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 647 JEAN GENEST \u2014 J\u2019ai plusieurs questions à poser à M.Delmas Lévesque.Mais M.Barbeau a soulevé un point si essentiel pour l\u2019avenir de l\u2019État du Québec, que je vois la nécessité de lui poser une question, à lui et à tout le monde, Sans argent, nous ne pouvons rien faire.À la mort de M.Duplessis, le Québec avait un budget de $600,000.000.Le Québec ne pouvait être présent, totalement, en éducation, en bien-être social, en mille autres endroits, parce qu\u2019il ne disposait que de cette somme limitée.Aujourd\u2019hui le Québec a un budget de $12,000,000,000: nous pouvons nous organiser.Si tous les impôts revenaient au Québec, notre budget de l\u2019ordre de $25,000,000,000 nous permettrait des investissements industriels impossibles aujourd\u2019hui.L\u2019essor serait phénoménal.Mais ma question est celle-ci: est-ce que cette vision des choses, extrêmement importante en soi, ne constitue pas elle-même un étapisme en mettant de côté, pour le moment, l\u2019indépendance-association?Étapisme qui revendique la remise de tous les impôts au Québec, lequel remettrait, après négociations, la part qui lui serait due pour les services qu\u2019il rendrait.Il resterait donc une autre étape, celle de l\u2019indépendance externe qui serait reportée à une autre génération.L\u2019indépendance, ce n\u2019est pas seulement l\u2019indépendance interne ou économique mais c\u2019est aussi l\u2019indépendance externe.La reconnaissance par les Nations unies est devenue, pratiquement, le signe auquel les États reconnaissent l\u2019indépendance d\u2019un pays, d\u2019une nation.Imaginez Gérard Turcotte nommé ambassadeur en Belgique! Doit-on accepter cet étapisme?RAYMOND BARBEAU \u2014 Est-ce que je peux dire un mot là-dessus?Il y a un conflit actuel qui est presque universel mais surtout européen.Giscard d\u2019Estaing disait ceci, il n\u2019y a pas longtemps: \u201cLa France veut bien accepter la Grande Europe.À la condition que ce soit une Confédération et non une Fédération.\u201d Il existe un problème similaire entre le Canada et le Québec. 648 L\u2019ACTION NATIONALE Nous avons une Confédération canadienne qui est, en réalité, une Fédération.C\u2019est pourquoi certains demandent une vraie confédération où les États associés gardent une véritable autonomie, notamment fiscale.Dans une fédération, c\u2019est le pouvçir central qui taxe et qui remet une part de fiscalité aux États participants tandis que dans une confédération, ce sont les États individuels et souverains qui taxent leurs citoyens et en remettent une part au gouvernement fédéral.C\u2019est toute la différence du monde.Il semble bien que ce soit vers ce genre de formule que les débats s\u2019agenceront désormais entre les tenants du fédéralisme renouvelé et les souverainistes québécois.Ce n\u2019est pas la fin du monde que ce nouvel arrangement fiscal entre le Québec et le Canada anglais.Pour moi, la solution du vieux conflit entre les Québécois et les Canadians sera fiscale.Ou bien c\u2019est Ottawa qui continue à percevoir le gros des impôts et en remet au Québec, ou bien ce sera le Québec qui jouira de la souveraineté fiscale et en redistribuera à Ottawa, selon ses possibilités et les ententes survenues entre les deux États fiscalement souverains sur leur territoire particulier.JEAN GENEST \u2014 Alors M.Barbeau, vous nous entraînez vers une véritable confédération: l\u2019Europe des patries ou le Canada des patries.Ma question est la suivante: laissez-vous de côté, pour notre génération, toute indépendance externe?RAYMOND BARBEAU \u2014 Celui qui est indépendant, c\u2019est celui qui taxe.Le pouvoir, c\u2019est le pouvoir de taxer.Le gouvernement légitime d\u2019une nation a le devoir de taxer et le pouvoir de taxer.Beaucoup d\u2019élections ont lieu sur ce thème: taxer de plus en plus pour rendre les services exigés par les citoyens ou diminuer les taxes et mieux administrer.Mettons les choses à leur place! D\u2019abord le pouvoir total de taxer aux Québécois, ensuite obtenir ou prendre TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 649 le pouvoir de représentation aux Nations unies.Ce n\u2019est pas avoir un siège aux Nations unies qui est important, vraiment important, pour le Québec actuel: c\u2019est de détenir tous les pouvoirs fiscaux! Avec toutes nos taxes, nous pourrions nous permettre d\u2019avoir tous les ambassadeurs nécessaires, y compris aux Nations unies.Au Québec, on a de graves problèmes de progrès social, de développement économique, de lutte contre le chômage, de sous-développement industriel, de répartition des richesses, de domination économique étrangère, qui ne pourront recevoir de solutions véritables que si le Québec est fiscalement souverain.DELMAS LÉVESQUE \u2014 Essayons de donner un sens plein à votre proposition.Puis-je dire: vous proposez une véritable confédération et pour cela, vous voulez d\u2019abord l\u2019indépendance interne pour le Québec, comme le pouvoir de taxer, de lever des armées, etc.?RAYMOND BARBEAU \u2014 L\u2019indépendance intérieure viendrait du fait que nous avons le pouvoir intégral de taxation.Le pouvoir extérieur viendrait d\u2019un consentement des parties considérées dans une refonte de la Confédération canadienne actuelle, revision probablement provisoire d\u2019ailleurs.Le Québec, dans une nouvelle et vraie Confédération, pourrait facilement être représenté aux Nations unies, comme le Canada.Il n\u2019y a pas de problème.Le vrai problème, c\u2019est d\u2019être capable d\u2019organiser sa propre taxation.Le gouvernement fédéral, étant désormais subventionné par l\u2019État du Québec, ne pourra plus continuer à étendre ses juridictions.Il devra même abandonner beaucoup de champs d\u2019activités qu\u2019il nous a usurpés depuis 112 ans! Il n'aura de pouvoirs que ce que le Québec voudra lui concéder, en fonction de la nouvelle répartition des impôts.Ce sera au Québec seul de décider ce qu\u2019il veut remettre au gouvernement fédéral.Si le Québec gagne le pouvoir de taxer directement et indirectement, beaucoup d\u2019autres problèmes seront 650 L\u2019ACTION NATIONALE résolus facilement.Si le gouvernement d\u2019Ottawa ne s\u2019était pas approprié de fonds exorbitants à la faveur des deux dernières guerres mondiales, le Québec, aujourd\u2019hui, ne demanderait probablement pas la souveraineté.C\u2019est Ottawa qui a spolié les droits du Québec et non l\u2019inverse.C\u2019est à lui de redevenir un simple gouvernement fédéral et non impérial, puis d\u2019accepter de devenir un gouvernement confédéral.Toutes les rencontres fédérales-provinciales ont été des échecs, on le sait.Que de marchandages pour obtenir un peu plus d\u2019impôts! On doit mettre un terme à ces éternels conflits de juridiction fiscale, pour le bien du Québec et celui, également du Canada.En réalité, c\u2019est le pouvoir de taxation qui fait le pouvoir politique.Une nation, une nation indépendante, est une nation qui a le pouvoir exclusif de taxer sur son territoire.JEAN GENEST \u2014 Pionnier de l\u2019indépendance, M.Barbeau accepte l'étapisme.Il accorde la priorité à la souveraineté interne.RAYMOND BARBEAU \u2014 Le pouvoir de lever des impôts, c\u2019est le pouvoir étatique primordial de tout État souverain.Le Québec n\u2019est qu\u2019une province car son pouvoir fiscal est partiel, limité, fractionné, secondaire, assujetti au pouvoir fiscal d\u2019un autre État.La souveraineté véritable, ce n\u2019est pas d'aller aux Nations unies mais bien le pouvoir fiscal, ce que M.Trudeau a appelé jadis The Power of the Purse.Celui qui emploie ou vide l\u2019assiette fiscale, c\u2019est lui le patron.Il peut, dès lors, faire des gracieusetés, des largesses, des dons avec l\u2019argent des autres, et s\u2019attirer la reconnaissance des quémandeurs.Dois-je répéter que je suis pour la République du Québec?Le but ultime du Québec sera d\u2019en arriver là.Il nous faut une République du Québec indépendante et souveraine, c\u2019est-à-dire normale, comme tous les pays du monde, les 151 pays siégeant aux Nations unies. TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 651 Mais vu la situation au Québec, présentement, il faut procéder par étapes efficaces.Il me paraît plus facile de gagner la souveraineté fiscale que la souveraineté-association: ce sera un grand pas accompli dans la libération nationale du Québec.On l\u2019a vu dans le conflit entre M.Chrétien et M.Parizeau: c\u2019est M.Parizeau qui a obtenu la faveur populaire au Québec.Si les Québécois majoritairement veulent rester dans une Confédération réformée., il faudrait au moins qu'ils obtiennent la souveraineté fiscale.Une fois ce pouvoir assuré, tout le reste en découlera: on cessera d\u2019être des colonisés! DELMAS LÉVESQUE \u2014 Le but ultime demeure la République du Québec mais, actuellement en 1979, vous concevez des étapes dans la conquête des pouvoirs.Cela devrait plaire à plusieurs dans le gouvernement du Québec! Et cela ne manque pas de réalisme! RAYMOND BARBEAU \u2014 C\u2019est l\u2019étape majeure du projet souverainiste.La souveraineté fiscale du Québec a l\u2019avantage d\u2019être concrète, facile à comprendre.La souveraineté politique, constitutionnelle, la souveraineté culturelle à la Bourassa, ce n\u2019est pas facile à comprendre pour l\u2019ensemble des gens.La souveraineté fiscale n\u2019entraîne pas de peurs inconsidérées, ne signifie pas isolationisme, ni intervention de l\u2019armée canadienne.C\u2019est raisonnable comme formule politique et efficace sur le plan de la stratégie.JEAN GENEST \u2014 M.Barbeau, si vous me le permettez, je voudrais poser une question à M.Bou-thillier.M.Bouthillier a écrit pour la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal un document de grande valeur, à tel point que je l\u2019ai jugé digne de l\u2019Action nationale! (rires).M.Bouthillier, ne serait-il pas opportun à ce moment-ci de connaître votre pensée?GUY BOUTHILLIER \u2014 Mon intervention se situe par rapport à ce que vient de dire M.Barbeau.Dans le document dont vous parlez, nous donnions six ou sept points montrant comment la souveraineté se 652 L\u2019ACTION NATIONALE manifesterait chez nous.Il y avait, bien entendu, le rapatriement total du pouvoir fiscal.Il y avait aussi le monopole du pouvoir législatif: un seul Parlement, à Québec.Ce sont les deux points qu\u2019a mentionnés M.René Lévesque dans sa conférence.Mais à ces deux points nous ajoutions d\u2019autres aspects de la souveraineté telle que nous la concevons.Il y avait, par exemple, le pouvoir d\u2019établir des relations internationales d\u2019égal à égal avec les autres souverainetés.Soit dit en passant, j\u2019ai l\u2019impression que M.Barbeau sous-estime la valeur réelle, et en tout cas la valeur symbolique, de notre présence à l\u2019échelle nationale et notamment dans les instances internationales.Depuis 1965, on n\u2019y peut rien, tous les pays, tous les nouveaux pays veulent siéger aux Nations unies.Il y a très peu de pays qui ne veulent pas faire partie de ces grandes organisations.Même la Chine s\u2019est battue pour y avoir un siège.Dans ce même document, nous avons ajouté un autre aspect, qui n\u2019est pas fondamental pour la souveraineté, mais qui est très important pour nous, compte tenu de notre histoire, de notre histoire de luttes linguistiques: c\u2019est la question de l\u2019unilinguisme français.Dans l\u2019état actuel du droit canadien (le B.N.A.Act de 1967), le Québec ne peut pas faire du français la seule langue de son État, c\u2019est-à-dire du Parlement et de la Justice.Les tribunaux viennent de nous le rappeler.C\u2019est pourquoi nous avons ajouté dans notre document sur la souveraineté cet aspect de l\u2019unilinguisme français.JEAN GENEST \u2014 Revenons à votre document (L\u2019Action nationale, février 1979, p.526).Toutes les personnes présentes ont certainement entendu parler de ce document de la Société St-Jean-de-Montréal.Monsieur Bouthillier, l\u2019avez-vous conçu comme un programme à réaliser ou comme une pédagogie préréférendaire?Votre appel me paraît très fort et bien exprimé.Le style est nouveau, éclatant, dynamique. TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 653 GUY BOUTHILLIER \u2014 Je ne me suis jamais posé la question comme vous venez de la poser.En ces termes, je répondrais que c\u2019était pour moi aussi une pédagogie.Ne faut-il pas essayer de surmonter cette espèce d\u2019opposition entre souveraineté et indépendance?Une discussion là-dessus ne peut avoir comme premier effet que de diviser 95% des gens.À trop insister sur l\u2019association, n\u2019aboutirait-on pas à retrancher quelque chose à la souveraineté?Cette discussion sur la souveraineté-association aboutit souvent à donner l\u2019impression que l\u2019association est là pour appauvrir, diminuer, amoindrir, retrancher, à l\u2019idée de souveraineté.L\u2019exemple universel, c\u2019est celui de l'Europe, l\u2019Europe du Marché commun.Dans cette nouvelle confédération européenne, il y a une volonté de mettre les choses en commun.Il faut bien comprendre le mouvement qui s'empare des grands pays européens: la France, l\u2019Allemagne et maintenant l\u2019Angleterre, en s\u2019unissant, n\u2019ont pas pour but d\u2019affaiblir leur souveraineté, leur personnalité et leur identité nationales.Les Français et les Anglais ne sont pas entrés dans le Marché commun pour être moins français ou moins anglais.Ils sont entrés dans le Marché commun pour demeurer Français et Anglais et pour être les plus forts possibles dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui.Ils veulent jouer à l\u2019échelle du monde.Ils ont de vieilles habitudes en ce sens.Je voulais aussi montrer qu\u2019on pouvait concevoir l\u2019association comme renforçant la souveraineté bien plus que l\u2019affaiblissant.Une formule que j\u2019ai utilisée a eu quelque succès: \u201cL\u2019association doit servir et non pas asservir la souveraineté.\u201d Peut-être y a-t-il là une dimension non plus pédagogique mais bien polémique avec le Canada: nous voulons un Québec souverain s\u2019associant avec le Canada.Si nous nous associons, c\u2019est pour défendre notre personnalité, défendre notre souveraineté.Le Canada s\u2019associerait à nous parce qu\u2019il aurait les mêmes objectifs que nous, c\u2019est-à-dire défendre sa personnalité, son identité nationale.Une condition pour que le Québec souverain s\u2019associe avec le Canada, c\u2019est que le 654 L\u2019ACTION NATIONALE Canada veuille et démontre qu\u2019il veut défendre sa personnalité son identité nationale, face aux États-Unis.Il y a là une interrogation digne d\u2019être posée: quelle sera la volonté politique de ce pays, le Canada, délesté du Québec?Quelle sera sa volonté de continuer à être?Cela m\u2019apparaît important.Le général de Gaulle disait non à l\u2019entrée de l\u2019Angleterre dans le Marché commun.Sa raison: l\u2019Angleterre est trop liée aux États-Unis.L\u2019Angleterre ne sera qu\u2019un cheval de Troie dans le Marché commun.Voulait-on le Marché commun un peu trop contre les Américains?Quoi qu\u2019il en soit, si nous voulons une association avec le Canada, nous devrons nous demander si le Canada ne sera pas un cheval de Troie où des groupes prépareraient une association de dépendance avec les États-Unis.Il faudra donc beaucoup réfléchir sur nos rapports éventuels avec le Canada de demain.RAYMOND BARBEAU \u2014 J\u2019aimerais compléter ma pensée sur ces problèmes.L\u2019association, pour moi, ne cause pas de difficultés: j\u2019accepte toutes les formes d\u2019association utiles, mais à la condition que ce soit par traité et que le traité contienne des clauses résolutoires.Si le traité ne fait plus l\u2019affaire, de l\u2019une ou l\u2019autre des parties, il pourra être renouvelé, rescindé, annulé, transformé.Le Québec doit signer des traités avec tous les pays intéressés du monde, y compris le Canada.La souveraineté-association, j\u2019en suis si ce n\u2019est pas un pacte.Je refuse un pacte qui lierait le Québec pour l\u2019éternité, qui maintiendrait le Québec dans une subordination quelconque au Canada anglais.Certains hauts personnages du Parti québécois parlent de pacte entre le Québec et le Canada.Pour moi, pas de souveraineté-association par pacte ou constitution, mais uniquement par divers traités renouvelables, comme les autres traités entre nations souveraines.Avec le pouvoir, pour le Québec, d\u2019en sortir quand il le voudra.D\u2019autres stratèges du Parti québécois, comme Gilbert Paquette, lui, parle TABLE RONDE SUR L'INDÉPENDANCE 655 d\u2019association par traité et non par pacte: c\u2019est plus rassurant.En un mot, vu la conjoncture québécoise actuelle, l\u2019objectif ultime de la république québécoise étant gardé comme idéal, j\u2019accepterais la souveraineté-association par pacte et j\u2019exige la souveraineté fiscale du Québec.La souveraineté fiscale du Québec, c\u2019est un minimum, un pouvoir non négociable.Il me semble que ce serait une bonne question à poser lors du référendum: elle est claire, efficace, historique, simple et elle nous permettrait enfin d\u2019accéder à une forme majeure de souveraineté réelle.CHARLES POIRIER \u2014 J\u2019ai bien écouté le Père Arès, M.Barbeau et l\u2019éclairage d\u2019un référendum orienté vers la fiscalité et son complet retour au Québec.Cela n\u2019a jamais été révélé aussi clairement depuis que M.Barbeau vient de parler.On devrait s\u2019arrêter d\u2019intellectualiser le problème, tourner autour des thèmes de souveraineté pour vraiment nous arrêter à ce thème de la souveraineté fiscale.On devrait s\u2019arrêter là-dessus parce que c\u2019est efficace.C\u2019est une révélation d\u2019avoir fait un certain chemin dans la compréhension des problèmes politiques.Arrêtons-nous à l\u2019opinion de M.Barbeau comme étant principale, la plus importante du moment historique que nous vivons.M.Duplessis a été fort désappointé du Rapport Tremblay.Il y avait là un M.Dupont: il était aussi loin des Canadiens-Français que M.Diefenbaker.Il y avait là M.F.-A.Angers mais je n\u2019étais pas alors au même diapason car j\u2019avais fortement appuyé la nationalisation de l\u2019électricité et j\u2019avais tellement travaillé à l\u2019élection de M.Hamel dans le comté de Québec-centre, que je ne pouvais croire qu\u2019un homme indépendant puisse s\u2019opposer à l\u2019étatisation de l\u2019électricité.Quand je suis entré au Conseil de la Saint-Jean-Baptiste on m\u2019a remis les cinq livres de la Commission 656 L\u2019ACTION NATIONALE Tremblay, et gratuitement.Alors je me suis intéressé à la question nationale pour enfin aboutir à l'Action nationale.J\u2019ai entendu M.Lévesque, comme tout le monde, insister sur l\u2019État du Québec, je me souviens d\u2019avoir entendu M.Paul Gérin-Lajoie parler des États associés.Aux États Généraux, l\u2019autodétermination voulait dire \u201cindépendance\u201d pour tous les auditeurs.Le plus acclamé, ce fut M.René Lévesque.Dès septembre 1964, M.Angers avait écrit un grand article dans la revue L\u2019Action nationale sur les Etats associés.Ensuite, c\u2019est en 1967 que M.Rosaire Morin a refusé le statut particulier de la province de Québec.En 1969, aux États Généraux, c\u2019est l\u2019autodétermination.Il y a donc de la suite et de la cohérence dans ce que nous proposons.Aujourd\u2019hui M.Barbeau met le doigt sur une étape ultérieure.JEAN GENEST \u2014 J\u2019aimerais savoir de M.Angers quels seraient les pas les plus importants que nous devrions accomplir?Nous ne voulons pas parler au nom de l\u2019État, ni du Parti québécois, ni d\u2019une politique partisane, mais bien au nom de la nation canadienne-française.Notre peuple, disait l\u2019abbé Groulx, a ses belles heures et aussi ses misères économiques et spirituelles.Nous voulons pour lui la liberté et la dignité.Nous essayons de le faire tenir debout.Que devons-nous lui proposer?De quel style de leadership a-t-il besoin, autant intellectuel que spirituel?FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Je veux limiter mon intervention, pour le moment, à une précison seulement.C\u2019est à la séance des États généraux de novembre 1967 qu\u2019intervint la déclaration sur le droit à l\u2019autodétermination.Cette déclaration marquait l\u2019ouverture même des délibérations et en établissait la légitimité.Ce fut la réponse des nationalistes à la célébration du centenaire de la Confédération.CHARLES POIRIER \u2014 Quand j\u2019étais dans le Conseil diocésain de la Société St-Jean-Baptiste de Québec, on demandait un drapeau canadien distinctif TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 657 et une ambassade au Vatican.J\u2019étais contre le drapeau canadien pour le Québec.On l\u2019a eu pareil.Le gouvernement québécois qui pourrait obtenir le plus de changements constitutionnels ce n\u2019est pas celui qui arriverait à Ottawa avec la carte des États associés, avec la carte de la Confédération.Au contraire il faut que le Québec vote pour l\u2019indépendance, qu\u2019il se déclare prêt à négocier et qu\u2019il demande au Canada ce qu\u2019il a à proposer.À vous la parole, Messieurs les Anglais.Notre carte à nous c\u2019est l\u2019indépendance.En 1867, nous avions une carte contre quatre.En 1967, nous avons une carte contre dix, dans notre système fédéraliste.Quand nous aurons l\u2019indépendance, nous ne pouvons nous retrouver dans une situation pire, même si les dix provinces s\u2019opposent à l\u2019association.Faisons l\u2019indépendance par une majorité confortable et la première visite que le gouvernement du Québec va recevoir, ce sera la visite du premier ministre d\u2019Ontario venu pour lui demander l\u2019association.Puis viendront les ministres de l\u2019Ouest qui ne peuvent ignorer le marché du Québec et leurs exportations.Puis ce sera le tour des ministres des Maritimes parce que les Maritimes ne peuvent vivre sans le Québec.Quand, dans la campagne préréférendaire, ces provinces s\u2019opposent à l\u2019association, ne s\u2019agit-il pas là d\u2019un argument purement stratégique?Au référendum, les Québécois se demandent quelle question sera choisie, celle de l\u2019indépendance ou celle du retour de tous les impôts au Québec?Je pense qu\u2019il ne faut pas prendre de chance.Il faut lancer l\u2019idée d\u2019une confédération où le Québec recueillerait tous les impôts.Car, à partir du moment où nous avons une véritable confédération, le Québec n\u2019a plus de députés fédéraux, ni de sénateurs fédéraux mais seulement des représentants du Québec nommés par le Québec.À partir de ce moment-là, le chemin vers l\u2019indépendance serait très facile: le gouvernement du Québec s\u2019habituera à gouverner et les Québécois s\u2019habitueront à considérer que leur gouvernement, c\u2019est le gouvernement du Québec.Au début, il y a quelques années, j\u2019étais opposé aux étapes.Car je pensais que la carte principale à jouer était 658 L'ACTION NATIONALE la carte de l'indépendance.Je me dis qu\u2019aujourd\u2019hui la carte de l\u2019indépendance n\u2019arrivera pas avant une prochaine génération.Si un autre parti politique gagne le pouvoir au Québec, nous reculerions.Aussi en voulant la carte de l\u2019indépendance, j\u2019accepte le point de vue de Monsieur Barbeau.RAYMOND BARBEAU \u2014 Pour gagner le référendum, il faudra de la stratégie.À titre de suggestion, voici la première question référendaire: \u201cVoulez-vous que le gouvernement du Québec perçoive tous les impôts directs?\u201d Cette question s\u2019adresserait à l\u2019ensemble de la population québécoise et surtout aux fédéralistes qui ne sauraient la refuser.Deuxième question, sur le même bulletin référendaire: \u201cVoulez-vous que le gouvernement du Québec perçoive tous les impôts directs et indirects et les droits de succession?\u201d Cette question intéresserait les indépendantistes.Si on gagne la première question, on gagne le référendum et les impôts directs: c\u2019est beaucoup et, surtout, le référendum est gagné.La deuxième question qui a moins de chance, présentement, pourrait nous valoir la souveraineté fiscale, Ce serait énorme.D\u2019une façon comme de l\u2019autre le référendum n\u2019est pas perdu: les Québécois y gagneront quelque chose, d\u2019un côté comme de l\u2019autre.Le budget du Québec passerait de $13 milliards à $19 ou $20 milliards si la première question l\u2019emportait.Une autre étape serait à prévoir dans un certain nombre d\u2019années, en vue d\u2019aller chercher le solde des $17 milliards que le gouvernement fédéral prélève actuellement au Québec.Pensez à ce que le Québec pourrait faire avec un budget de $30 milliards! Pour gagner le référendum et pour qu\u2019il nous apporte quelque chose, il faudrait qu\u2019il nous donne la souveraineté fiscale directe, ou la souveraineté fiscale totale.Foin des discussions à n\u2019en plus finir sur le sens des mots confédération, souveraineté, association.L\u2019autonomie ou la souveraineté fiscale, c\u2019est drôlement clair et efficace. TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 659 DELMAS LÉVESQUE \u2014 Il faudrait tout de même que le Parti québécois sauve la face.Le Parti québécois est né avec l\u2019idée d\u2019indépendance: il faudrait une question qui ressemble à cela! Cela pourrait être une deuxième ou troisième question: \u201cEst-ce que vous croyez que le Québec a droit à l\u2019autodétermination?\u201d En grande majorité les gens répondraient OUI.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 On ne saurait demander cela.Ce n\u2019est pas là une question de type référendaire.Non, je ne peux accepter cela.La réponse à une telle question ne prouve rien.Elle n\u2019établit pas le droit.C\u2019est justement pour cela, parce que le droit n\u2019est pas lié à la réponse qu\u2019il ne faut pas poser la question.On ne demande à un peuple de répondre oui ou non à la question de savoir s\u2019il existe.Un vote sur la question à l\u2019Assemblée nationale, ce n\u2019est pas la même chose.C\u2019est une proclamation du droit au nom du peuple, non une définition.Non, on ne soumet pas à un référendum une question de fait qui relève de l\u2019analyse historique ou sociologique et non de l\u2019opinion publique.Voyez-vous la situation folle où nous nous trouverions si, à la faveur de quelque confusion, le peuple allait nier ses droits?C\u2019est comme proposer la tenue d\u2019un référendum sur la question de savoir si la langue française est notre langue.De même, un peuple n\u2019a pas à se prononcer sur son droit de vivre mais sur la façon d\u2019organiser sa vie.DELMAS LÉVESQUE \u2014 Il faudrait qu\u2019un référendum nous éclaire sur quelque chose qui ressemble un peu à l\u2019indépendance! RAYMOND BARBEAU \u2014 Mais oui! La souveraineté fiscale totale, vous l\u2019avez dans la deuxième question proposée.C\u2019est ça la souveraineté.DELMAS LÉVESQUE \u2014 Là-dessus, monsieur Barbeau, votre part\tj\u2019aimerais plus d\u2019explications de RAYMOND BARBEAU \u2014 La question n\u2019est pas exactement telle que je vous l\u2019ai présen- 660 L'ACTION NATIONALE tée.Je l\u2019ai simplifiée pour mieux voir où l'on va.Mais là où les questions proposées ont été minutieusement étudiées et rédigées.DELMAS LÉVESQUE \u2014 D\u2019accord.Cela revient à assurer la souveraineté.Cela est en termes d\u2019exercice de la souveraineté.Ce n\u2019est pas en terme de déclaration de principe.RAYMOND BARBEAU \u2014 Il y a beaucoup de confusion actuellement au Québec car on comprend mal le vocabulaire des souverainistes et des fédéralistes.Tout aussi bien arrêter d\u2019approfondir la confusion et de travailler sur un terrain solide: la souveraineté fiscale.C\u2019est bien ce qu\u2019avait compris Duplessis dans le temps: il avait le peuple derrière lui quand il a créé sa loi de l\u2019impôt provincial.C\u2019était un coup d\u2019audace inouï à cette époque.Sans cette loi, donnant de vrais pouvoirs fiscaux à l\u2019État du Québec, il n\u2019y aurait plus aujourd\u2019hui d\u2019État québécois, ni même de nationalisme québécois car nos revendications historiques se sont concrétisées dans une loi efficace qui a donné des fonds importants au gouvernement québécois.Avec ces impôts, la Révolution tranquille fut possible.Même s\u2019il y avait danger de la double taxation, Duplessis a posé un geste révolutionnaire en décrétant sa loi de l\u2019impôt provincial.Ce fut un grand acte d\u2019autodétermination.Et Ottawa a dû céder.C\u2019est grâce à cet impôt que l\u2019État du Québec actuel existe.Et si on résume le Rapport Tremblay, c\u2019est tout l\u2019impôt direct qu\u2019il faut accorder au Québec.Et ce rapport est fédéraliste! De même, regardez tous les projets de réforme de la Confédération qui ont été publiés depuis une vingtaine d\u2019années.La clef pour les comprendre, c\u2019est d\u2019aller vite lire ce qu\u2019ils proposent comme nouvelle répartition des pouvoirs fiscaux.Tout le reste est de la bouillie pour les chats, des mots creux, des promesses mirobolantes mais inutiles. TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 661 Si le Québec n\u2019obtient pas des pouvoirs fiscaux réels, il n\u2019obtient rien.Il ne veut pas plus d\u2019administration dans les domaines sociaux, des communications, il veut de vrais pouvoirs politiques, c\u2019est-à-dire fiscaux, Le Québec ne veut plus être subventionné par Ottawa.Il veut administrer lui-même ses fonds publics.C\u2019est facile à comprendre.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Je ne suis pas d\u2019accord sur cela.Non! c\u2019est le résultat d\u2019une fausse interprétation.C\u2019est le résultat d\u2019une ignorance de certains faits.Au moment de la Confédération, les économistes ne distinguaient pas entre deux sortes d\u2019impôts seulement: les impôts directs et les impôts indirects.Il y avait aussi une troisième catégorie dit \u201cautres impôts\u201d.On trouve cela dans Stuart Mill qui est l\u2019économiste sur qui le Conseil privé s\u2019est appuyé pour ses décisions, parce qu\u2019il représentait la pensée économique la plus autorisée au moment de la Confédération.L\u2019expression \u201ctous modes de taxation\u201d dans l\u2019article 91 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du nord britannique doit s\u2019entendre en fonction du préambule de l\u2019article qui précise les pouvoirs fédéraux \u201cdans tous les domaines qui ne sont pas exclusivement réservés aux provinces en vertu de l\u2019article 92\u201d.Or \u201cles impôts directs pour des fins provinciales\u201d sont donnés en exclusivité aux provinces.\u201cTous modes de taxation\u201d dans l\u2019article 91 veut donc dire: toutes les sortes d\u2019impôts sauf les impôts directs.Quant à l\u2019expression \u201cpour des fins provinciales\u201d, elle a été interprétée d\u2019une façon restrictive par les centralisateurs, en laissant entendre qu\u2019il y avait parallèlement place pour des \u201cimpôts directs pour des fins fédérales\u201d.Mais c\u2019est absurde car dans ce sens l\u2019exclusivité de droit sur les impôts directs pour des fins provinciales serait une tautologie et non plus une exclusivité.Il n\u2019y a pas là deux catégories d\u2019impôts mais une seule, mais qu\u2019une province ne peut utiliser qu\u2019à des fins provinciales. 662 L'ACTION NATIONALE C\u2019est un fait.Ce n\u2019est pas la constitution qui dit cela mais l\u2019interprétation abusive qu\u2019en ont faite des esprits centralisateurs.Dans tout ce débat, il y aurait lieu de faire les distinctions entre la position de L\u2019Action nationale et celle du Parti québécois ou du gouvernement.Nous n\u2019avons pas, nous, à devoir épouser toutes les positions que peut prendre le Parti québécois.Nous discutons de toutes ces questions, ce soir, librement, comme il convient.Dans des articles à la revue, chacun peut bien argumenter à sa guise quant à l\u2019opportunité de soutenir les attitudes du parti pour des raisons stratégiques plutôt que de tenir des positions plus fortes.N\u2019oublions cependant pas une chose: si L\u2019Action nationale, pour des motifs de plus grande efficacité présumée, s\u2019était toujours repliée sur des positions faibles, nous n\u2019aurions peut-être pas parcouru le chemin qui nous a conduit où nous sommes aujourd\u2019hui.L\u2019Action nationale a toujours tenu des positions qui étaient considérées, en leur temps, si modérées qu'elles puissent nous paraître aujourd\u2019hui, comme extrémistes.Il y a seulement quand Monsieur Raymond Barbeau, en 1957, s\u2019est engagé dans l\u2019indépendantisme que nous nous sommes trouvés dépassés dans le radicalisme nationaliste.Nous n\u2019avons pas jugé à propos d\u2019aller tout de suite jusque-là.Mais nous avons quand même continué d\u2019être à la fine pointe du nationalisme autonomiste.Dans cette perspective, nous ne devons pas, à mon sens, vouloir nous mettre à la suite d\u2019un Parti québécois qui sent le besoin stratégique de se montrer moins dur.En tant qu\u2019il s\u2019agit des positions officielles de L\u2019Action nationale, et sans mettre en cause la liberté d\u2019expression des idées personnelles des directeurs dans la revue, nous devons continuer à montrer la voie, pas du compromis, pas des adoucissements d\u2019un référendum passager, mais de la grand-route de la libération.Cela s\u2019impose d\u2019autant plus que nous ne sommes pas venus à l\u2019indépendance par sursaut d\u2019indignation plus ou moins bien contrôlée, ni par le fait d\u2019une conver- TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 663 sion subite.Notre lutte à nous se poursuit depuis au-delà de soixante ans, sans discontinuité, sans jamais aucun recul.Nous avons vécu lucidement toutes les étapes du chemin, y compris celle de tenter la réalisation d\u2019un vrai fédéralisme.Notre option pour l\u2019indépendance est venue de la démonstration concrète qui s\u2019est faite par notre action autonomiste: aucune des suggestions ou propositions que nous pouvions soumettre pour que le fédéralisme nous soit acceptable, n\u2019était considérée.Nous n\u2019avons pas le droit, nous, en raison même de notre expérience, de nous payer d\u2019illusions, Ce n\u2019est pas à nous qu\u2019il appartient de faire de la stratégie.Notre rôle à nous est de tenir haut le flambeau.DELMAS LÉVESQUE \u2014 Maintenant, monsieur Angers, que proposez-vous comme mesure immédiate?Dans L'Action nationale, on n\u2019est pas nécessairement dans l\u2019immédiat.On est dans la direction à donner, aux raisons d\u2019aller ici plutôt que là.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Si on discute d\u2019étapes concrètes, je dois avouer que je ne suis guère d\u2019accord avec monsieur Raymond Barbeau.Naturellement, on peut et on doit écrire des articles dans la revue pour discuter ces sujets.Je ne voudrais pas que les positions de L\u2019Action nationale se replient sur cela.J\u2019aime mieux, à ce moment-là, même si le reste me plaît moins, la définition que René Lévesque donne de la souveraineté dans sa récente déclaration: \u201cLa souveraineté, c\u2019est le droit d\u2019un gouvernement d\u2019exercer tous les pouvoirs sur un territoire, à l\u2019exclusion de toute autre autorité.\u201d J\u2019aime mieux cela que de définir la souveraineté par le biais de la fiscalité seulement.C\u2019est là un aspect pratique, une saisie de la question par un biais très britannique.Évidemment, le contrôle de la fiscalité est un attribut important de la souveraineté.C\u2019est le signe le plus sensible de son exercice.Mais cela n\u2019en garantit pas vraiment l\u2019exercice complet.Un mécanisme de prélèvement des impôts peut n\u2019être qu\u2019ad- 664 L'ACTION NATIONALE ministratif, avec obligation d\u2019alimenter de fonds un gouvernement supérieur en qui serait situé le principe même de la souveraineté et le droit de l\u2019exercer en maints domaines.Si on dit: \u201cCommençons par cela comme première étape\u201d, je veux bien; mais sans confusion avec l\u2019idée absolue, avec le principe de la souveraineté.Comme un moyen seulement d\u2019y atteindre éventuellement.Au surplus, je doute qu\u2019une question portant sur ce sujet rallierait tellement le peuple québécois au OUI.Je craindrais que les adversaires n\u2019arrivent à saisir le sens commun populaire, d\u2019un certain ridicule \u2014 même si ce ne l\u2019est pas en soi \u2014 à garder un gouvernement fédéral ou confédéral en le privant de toute source autonome d\u2019impôt.Je doute que l\u2019opinion publique de ceux qui ne sont pas des indépendantistes roués, soit prête à trouver un tel système sensé.L\u2019erreur, c\u2019est qu'un référendum doive avoir lieu.ANDRÉ PROVOST \u2014 Mais toutes les autres questions qu\u2019on peut poser sont encore plus irréalistes.On est dans un cul-de-sac.Pourquoi ne pas poser une question qui nous ferait avancer?Si les fédéralistes s\u2019entendent avec les indépendantistes pour le retour de tous les impôts directs au Québec, on prend toujours bien un morceau! FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Sur la question de l\u2019association, je suis en total désaccord avec le gouvernement parce que la façon selon laquelle il propose l\u2019association se situe dans une perspective que le Parti québécois a dénoncée, à savoir que le Canada nous est économiquement avantageux.ANDRÉ PROVOST \u2014 Mais s\u2019ils font cela par traité?Par traité tout se renouvelle.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 La perspective n\u2019est pas meilleure.Ce n\u2019est pas d\u2019abord une question de traité, mais de ce qui menace le TABLE RONDE SUR L'INDÉPENDANCE 665 Québec, le Canada nous est un carcan et les politiques canadiennes ont tendu à démolir le Québec.C\u2019est pourquoi il nous faut un pouvoir gouvernemental libre, capable d\u2019administrer le Québec dans le seul intérêt du Québec.Il est alors imprudent de s'engager d\u2019avance à une union douanière ou à une union monétaire.On continue à raisonner selon l\u2019optique des plus vieux nationalistes québécois qui, en fonction des théories économiques alors courantes, estimaient que le Canada était un bienfait économique pour le Québec, alors que ce fut un désastre.C\u2019est cette situation que l\u2019on tendrait à perpétuer par l\u2019association.La souveraineté-association, sauf si on dit bien clairement qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une étape intermédiaire pour faciliter les choses des deux côtés, canadien et québécois, on continue à la raisonner comme si on devait conserver cela.Or, il n\u2019est pas vrai, à mon sens, que le Québec a absolument besoin du Canada.Sauf que politiquement nous nous trouvons devant une population dont une trop grande partie encore a peur d\u2019affronter les vrais problèmes.Bien au contraire de rechercher tellement l\u2019association avec le Canada, il importerait que le Québec prépare sa désagrégation, condition la plus vraisemblable de son plein développement, en se préoccupant d\u2019établir au plus vite des relations étroites avec les autres pays du monde.Il faut mettre le Québec en position de dire aux Ontariens: nos produits, nous n\u2019avons pas absolument besoin de vous pour les acheter.Ce que nous achetons chez vous, nous nous le procurerons ailleurs comme \u201cmonnaie d\u2019échange\u201d dans des arrangements multilatéraux.Si ce terrain n\u2019a pas été suffisamment préparé avant l\u2019avènement de la souveraineté, il y aura une période de transition où pourront survenir certaines difficultés temporaires.Mais il est impérieux de ne pas présenter l\u2019association comme quelque chose qui s\u2019impose parce 666 L'ACTION NATIONALE qu\u2019on aurait tellement besoin du Canada.C\u2019est aberrant.C\u2019est la thèse d\u2019André Raynault qu'on avalise, comme quoi l\u2019indépendance signifierait au plan économique, une réduction de 50% dans le niveau de vie.CHARLES POIRIER \u2014 Il n\u2019y a rien de prouvé là-dedans! FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Non, mais c\u2019est quelque chose comme cela qui se trouve impliqué dans le discours du gouvernement péquiste, comme quoi l\u2019association doit accompagner la souveraineté, sans quoi.Encore là, bien sûr, quiconque parmi nous craint cela, doit être bien libre d\u2019en discuter dans des articles mais la position officielle de L\u2019Action nationale doit plutôt rester dans le sens contraire tant qu\u2019il n\u2019y aura pas de raisons plus profondes que des raison de stratégie pour qu\u2019il soit révisé.DELMAS LÉVESQUE \u2014 Sur un plan pratique, monsieur Angers.Le Parti québécois, à l\u2019heure actuelle, ne peut-il être influencé d\u2019une certaine façon par des articles et un courant de pensée?Leur point de vue est celui-ci: comment obtenir 55% des votes?Voilà leur problème.On les comprend parce qu\u2019il faut vivre ce drame-là.Il faut leur suggérer les moyens de se tirer de cette impasse.Il me semble que le Parti pourrait poser la question sur la souveraineté-fiscale.Le Québec dit tout le temps: \u201cIl nous faut la fiscalité\u201d.Je pense que cette question doit être débattue durant l\u2019époque pré-référendaire.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 La discuter, bien sûr.Mais sans en faire un absolu.Sans trop intimement relier souveraineté* et fiscalité comme suffisant à nos objectifs.RAYMOND BARBEAU \u2014 Cela a été mis dans les questions suggérées.Vous pourrez trouver les questions en détails dans le mémoire de 125 pages que j\u2019ai préparé.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014Le point, c\u2019est qu\u2019en l\u2019absence de séparation, le commun des mortels est habitué par notre système à se TABLE RONDE SUR L'INDÉPENDANCE 667 dire: \u201cSi on a un gouvernement fédéral, il lui faut des impôts\u201d.Par la suite, personne ne trouve très sensée une proposition réservant tous les impôts au Québec.Les adversaires vont exploiter la faille à fond.L\u2019habitant dans son champ va réagir favorablement à la critique en se disant: \u201cBien oui! S\u2019ils veulent tous les impôts, qu\u2019ils fassent la séparation!\u201d Pour en sortir, il nous faudra essayer de faire comprendre que ce n\u2019est finalement qu\u2019une question de système politique, qu\u2019il est aussi bien possible et aussi sensé de concevoir un gouvernement de type fédéral ou confédéral subventionné par les provinces plutôt que l\u2019inverse.Mais aussi bien alors, expliquer l\u2019indépendance.C\u2019est ce qui paraîtra le plus sensé au peuple si on lui prouve qu\u2019il nous faut tous les impôts.Mon point fondamental quant aux positions de L\u2019Action nationale \u2014 ses positions officielles et la tendance générale de son orientation à travers les discussions de points de vue différents \u2014 c\u2019est que si nous avions toujours fonctionné avec ce souci des thèses minimables par rapport au succès des partis qui nous étaient le plus sympathiques, nous n\u2019aurions pas accompli la mission que nous nous sommes proposée: faire avancer les questions de fond.Encore une fois, à chaque époque, jusqu'à l\u2019explosion indépendantiste qui nous a alors dépassés, nous avons été les extrémistes de la position nationale.On nous mettait de côté à certains moments cruciaux de portée électorale parce que nous n\u2019étions pas \u201cmaniables\u201d en termes de compromis ou de compromission sur les idées fondamentales.Prenez le DEVOIR qui était l\u2019autre bastion intellectuel du nationalisme canadien-français.Parce que plus engagé dans le quotidien, plus soucieux de donner des conseils d\u2019action politique, le désir de voir Duplessis battu l\u2019amenait, à la limite, à dire que devant les attitudes réactionnaires de celui-ci en matière de lois sociales, il devenait alors acceptable d\u2019aller les demander à Ottawa. 668 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019Action nationale, elle, gardait la ligne droite: c\u2019est à Québec qu\u2019il faut régler nos problèmes, non pas en demander la solution à l\u2019étranger, expression qui faisait alors scandale même chez de bons et fervents nationalistes.C\u2019était considérer que notre mission à nous est de maintenir la ligne droite dans l\u2019opinion publique.Il y en a toujours assez pour suggérer où trouver les compromis.En définitive, la solution du Devoir et de bien d\u2019autres qui visait à favoriser le parti libéral \u2014 qui ne voulait pas se prononcer fermement en termes d\u2019autonomie \u2014 ce n\u2019était pas logique, ce n\u2019était pas pratique, finalement.UN MEMBRE DU GROUPE \u2014 La seule solution logique avec ce que vous dites, serait que la revue devienne républicaine, québécoise républicaine.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Elle l\u2019a toujours été.UN MEMBRE DU GROUPE \u2014 La revue écrivit pour la république du Canada mais si on est pour l\u2019indépendance, on est pour la république du Québec.Il faudrait le dire.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 À L\u2019Action nationale, on a dit cela en 1939.À la réunion du Monument national, le jour de la déclaration de la guerre, nous avons déclaré: \u201cSi le Canada participe à la guerre nous réclamerons, après la guerre, la république!\u201d Si on nous impose la conscription, nous réclamerons la séparation du Québec d\u2019avec le Canada.Nous étions là, le 2 septembre, au soir, André Laurendeau, Gérard Filion et d\u2019autres.C\u2019est effectivement moi qui étais chargé du dernier discours et des prises de positions, lesquelles avaient déchaîné des applaudissements délirants, dans une salle pleine à craquer et dont on retrouve la trace dans un éditorial de la revue.JEAN GENEST \u2014 Une question pratique embête bien des gens.Supposons que le référendum mar- TABLE RONDE SUR L'INDÉPENDANCE 669 che: 60% de la population dit OUI au référendum.Le Parti québécois reçoit le mandat de préparer la souveraineté-association.Le gouvernement fédéral répond: \u201cJe ne négocie pas.Je n\u2019agis pas.Ce référendum-là n a pas plus d\u2019importance qu\u2019un fait divers ou qu\u2019un Gallup Pool saisonnier ou que la nouvelle d\u2019un chien écrasé! Comme nous refusons de négocier, votre référendum ne sert à rien!\u201d Ouelle solution pourrons-nous prendre?FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Cela pose un problème que j\u2019ai souvent discuté avec les premiers chefs indépendantistes.Pas avec monsieur Raymond Barbeau car, à ce moment-là, il s\u2019était un peu retiré devant le RIN.Dans une histoire de ce genre, il y a deux choix: la révolution armée ou l\u2019évolution démocratique.Ouand on n\u2019a pas le moyen de faire la révolution, il faut éviter les méthodes qui y conduisent.Dans les hypothèses que vous posez, dans le cadre démocratique, il faut alors d\u2019autres référendums, d\u2019autres élections, gagnées dans un climat d\u2019unanimité croissante, le tout pouvant se combiner à des mesures de résistance passive.Il n\u2019y a pas d\u2019autres issues.JEAN GENEST \u2014 Même si un gouvernement indépendantiste est réélu au Ouébec, le gouvernement d\u2019Ottawa peut encore refuser de bouger et de négocier l\u2019autodétermination du Ouébec.Cue faire?Le référendum n\u2019enlèvera pas la Police montée, les inspecteurs des impôts sur le revenu, etc.! FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Sur le plan de la fiscalité, il y a prise facile à la résistance passive, quelques milliers d\u2019indépendantistes convaincus font bloc et refusent de payer l\u2019impôt à Ottawa: cela devient très embêtant pour Ottawa, notamment si cette action est combinée à des votes massifs à des référendums ou des élections et si cela se fait avec l\u2019appui du gouvernement de Québec.UN MEMBRE DU GROUPE \u2014 Ne serait-ce pas revenir à Gandhi et à sa méthode de désobéissance civile?Ce sera plus clair après un vote référendaire positif. 670 L\u2019ACTION NATIONALE UN MEMBRE DU GROUPE \u2014 Je vois un grand numéro spécial de L\u2019Action nationale: \u201cAcceptons la résistance!\u201d UN MEMBRE DU GROUPE \u2014 Mieux que cela: chacun prépare son rapport d\u2019impôt fédéral et l\u2019envoie au gouvernement provincial avec un chèque au ministre des Finances du Québec.Peut-être que M.Parizeau finira en taule! (rires).UN MEMBRE DU GROUPE \u2014 Toutes les révolutions sont fiscales.Par exemple la révolution française et la révolution américaine.Les gens ne déchaînent pas une révolution pour une seule question de fiscalité mais lorsque la fiscalité s\u2019ajoute à une idéologie ou à un refus de dépendance, cela fait toute la différence.Imaginez 20,000 indépendantistes qui refusent de payer l\u2019impôt à Ottawa, puis 200,000.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Prenons l\u2019exemple de l\u2019intrusion fédérale dans les allocations familiales.J\u2019ai été le seul à les refuser et à plaider inconstitutionnalité.Pourtant Ottawa a eu tellement peur de cette cause-là qu\u2019on l\u2019a laissé traîner pendant dix ans.Un agent m\u2019a même approché pour me proposer un règlement qui aurait été personnel.Finalement, comme par coïncidence, la cause s\u2019est mise à avancer après la nomination à la Cour Suprême du ministre qui avait fait voter la loi.J\u2019ai perdu la cause en Cour d\u2019Échiquier, bien sûr.Je n\u2019ai pas voulu aller à la Cour Suprême afin de laisser la question ouverte.Mais si nous avions été plusieurs milliers à plaider, la question serait devenue très politique et les jugements de Cour eux-mêmes auraient pu en être affectés.À l\u2019époque, je me suis trouvé seul parce que les autres chefs nationalistes, engagés dans le Bloc populaire, n\u2019ont pas voulu adopter cette attitude en raison de la distribution d\u2019argent que cela représentait pour le peuple.Il y avait là la base pour une résistance.Les statistiques prouvent que plusieurs milliers de Québécois TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 671 s\u2019étaient abstenus de demander les allocations familiales la première année, alors qu\u2019elles n\u2019étaient pas obligatoires et que leur refus n\u2019était pas pénalisé par la perte des déductions d\u2019impôt pour les enfants.JEAN GENEST \u2014 Monsieur Angers, si je comprends bien votre pensée, vous voulez qu\u2019à L\u2019Action nationale nous choisissions prioritairement l\u2019indépendance.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Oui! C\u2019est maintenant notre position de fond et depuis quelques années.Nous continuons notre marche en avant avec l\u2019idée d\u2019indépendance.Il faut en convaincre le peuple.Pour en convaincre le peuple, il faut y croire et en parler sans discontinuité dans la revue, y compris des discussions approuvant ou désapprouvant les manoeuvres du Parti québécois.Nous n\u2019engageons pas le Parti québécois.Nous ne le dérangeons même pas.En fait nous l\u2019aidons à pouvoir tenir la ligne la plus droite possible.On nous traitera peut-être d\u2019extrémistes mais il faut des extrémistes en marge du Parti québécois pour que celui-ci apparaisse plus raisonnable à l\u2019ensemble de la population.NYCOL PAGEAU-GOYETTE \u2014 Moi qui viens du peuple et qui écoute le peuple, je suis d\u2019avis qu\u2019il ne devrait pas y avoir de référendum.L\u2019idée d\u2019indépendance est étrangère dans mon milieu.L\u2019idée d\u2019un référendum sur la fiscalité serait probablement meilleure.Mais que nos gens ont de la difficulté à envisager l\u2019avenir du Québec! UN MEMBRE DU GROUPE \u2014 Le gouvernement Bou- rassa, avec Raymond Gar-neau en tête, la veille du 13 ou 14 novembre 1976, disait à la télévision: \u201cSi vous votez pour le Parti québécois, vous allez perdre vos allocations familiales, vous allez perdre vos pensions de vieillesse, vos allocations d\u2019anciens combattants!\u201d Les gens disaient: \u201cEst-ce vrai?\u201d RAYMOND BARBEAU \u2014Il est évident qu\u2019on a tenté de faire peur à de larges segments de la population.Les assistés sociaux, les pensionnés, 672 L'ACTION NATIONALE les anciens combattants, les chômeurs, etc., forment un gros tiers de la population québécoise.Ils reçoivent des chèques du gouvernement fédéral.Plusieurs croient que le fédéral leur fait des cadeaux.Mais Ottawa ne fait que distribuer les taxes perçues au Québec.Ils ont légitimement peur de perdre ces chèques.Le Québec indépendant leur enverrait des chèques identiques et même probablement supérieurs.Il suffirait que le gouvernement du Québec et le Parti québécois en particulier insistent pour garantir à tous, les différents revenus reçus d\u2019Ottawa: allocations familiales, allocations sociales, assurance-chômage, etc.D\u2019ailleurs, toutes les fois qu\u2019il y a élection fédérale, on voit les \u201ccadeaux\u201d arriver d\u2019Ottawa: augmentations accordées aux anciens combattants, aux vieillards, aux assistés sociaux, réductions d\u2019impôts, etc.Il y a des suçons pour tout le monde.et le parti remporte ses élections en achetant de la sorte les électeurs.En réalité, il faut que la population du Québec soit rassurée quant à ces aspects-là du changement de régime: aucun Québécois n\u2019y perdra en revenus de soutien advenant la souveraineté car l\u2019État du Québec sera en mesure de répondre aux besoins de la population encore mieux qu\u2019Ottawa.Avec une question sur la fiscalité lors du référendum et des garanties formelles du gouvernement québécois que personne ne serait spolié, les chances sont très fortes de pouvoir gagner le référendum.Si les gens trouvent qu\u2019ils gagneront quelque chose à voter OUI, ils n\u2019hésiteront plus à faire confiance au gouvernement qui les questionne par référendum.CHARLES POIRIER \u2014 Et pourquoi pas! Duplessis a gagné ses élections comme cela: un \u201cpont\u201d ou l\u2019indépendance! Il faisait des routes pour les paysans dans tel village ou arrangeait le perron de l\u2019église dans tel autre.Les gens votaient pour Duplessis.Le Parti québécois, à l\u2019heure actuelle, ne fait pas de recettes avec l\u2019Église.Un paquet de fonctionnaires, indépen- TABLE RONDE SUR L'INDÉPENDANCE 673 dantistes, vont évidemment travailler dans ce sens-là.Beaucoup de gens, à Québec, deviennent souverainistes pour devenir fonctionnaires.Hier, on avait les paysans, aujourd\u2019hui on a des fonctionnaires, demain on aura peut-être des administrateurs.Ils deviennent péquistes parce qu\u2019il sentent le vent.RAYMOND BARBEAU \u2014 Je reviens à la charge sur la question de la fiscalité.Qu\u2019est-ce qui empêche le gouvernement actuel, pour faire avancer la question, de prendre les grands moyens, comme Duplessis en 1954?Par exemple, le parlement du Québec pourrait voter une loi décrétant que désormais il sera seul à prélever tous les impôts directs.Il pourrait même faire légitimer ce pouvoir par un référendum spécial.Ainsi, même dans le cadre fédéral actuel, le gouvernement du Québec pourrait acquérir des pouvoirs et administrer des milliards de plus, même si Ottawa n\u2019est pas d\u2019accord, pourvu que le peuple québécois appuie son gouvernement.Le rapport Tremblay est fédéraliste.Or il recommandait d\u2019accorder les impôts directs au Québec.Ce serait une bonne étape dans le bon chemin.Ottawa n\u2019a pu empêcher Duplessis de décréter l\u2019impôt provincial.Aujourd\u2019hui encore le gouvernement fédéral ne pourrait rien contre le gouvernement québécois si celui-ci décidait de prendre tout l\u2019impôt direct, en attendant le jour où toutes les taxes tomberont sous sa juridiction exclusive et souveraine.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Il y avait déjà dans la loi fédérale une prescription qui permettait une déduction de 10% pour un impôt provincial de cette importance.Duplessis fit sa loi à un niveau de 15% en réclamant la revision de la loi fédérale pour une déduction de 15%.C\u2019est alors qu\u2019a commencé le grand débat que M.Saint-Laurent devait perdre.CHARLES POIRIER \u2014 La Chambre de Commerce de Montréal et la Chambre de Commerce de la Province ont beaucoup oeuvré en ce sens. 674 L'ACTION NATIONALE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Des éléments me paraissent avoir été déterminants, comme les convictions et l\u2019activité habile et pressante de Gilbert Latour, couplées à l\u2019influence intellectuelle dominante, à la Chambre, à l\u2019époque, de Monsieur Esdras Minville.Celui-ci siégera plusieurs années à son Conseil et passera par tous les postes du Bureau jusqu\u2019à la présidence.Ouant aux tendances politiques, elles étaient diverses.Ce que M.Latour avait obtenu, c\u2019est que la par-tisannerie soit mise de côté.Le Comité sur les relations fédérales-provinciales était composé en parties égales de partisans influents du parti libéral et de l\u2019Union nationale.Les libéraux y étaient, dans l\u2019ensemble, assez influents pour que quand les tensions politiques ramenèrent la domination de l\u2019esprit de parti, vers 1957, ce soient les menaces et les pressions libérales qui obligèrent la Chambre à mettre fin au rôle qu\u2019elle avait tenu si brillamment sous l\u2019influence de Minville, tout particulièrement, sous peine de perdre une forte proportion de ses membres.Entretemps, il y avait chez les libéraux provinciaux hors Assemblée nationale, un sentiment assez vif contre les empiétements d\u2019Ottawa.Tous n\u2019approuvaient pas la ligne purement anti-duplessiste et pro-Ottawa que suivait M.Lapalme.Paul Gérin-Lajoie, par exemple, était un libéral actif et sur qui nous avons pu compter à la Chambre pour les luttes autonomistes, jusque vers 1957 justement, alors qu\u2019il se rangea avec Ottawa en faveur des octrois aux universités.Prenons la fameuse prise de décision de la Chambre sur le problème des accords fiscaux, en 1947, qui constitua une très forte condamnation des libéraux d\u2019Ottawa.J\u2019en avais préparé le texte de base comme conseiller économique auprès du Comité sur les relations fédérale-provinciales.À la dernière réunion du Comité, les membres libéraux, dont celui qui est aujourd\u2019hui le juge Brossard TABLE RONDE SUR L\u2019INDÉPENDANCE 675 était le principal représentant, avaient mis leur veto.LaTour négocia ensuite avec lui par téléphone.M.Brossard lui dit: \u201cNous aussi nous voulons que ce mémoire soit adopté, mais certains des termes y sont beaucoup trop durs pour l\u2019administration fédérale.\u201d Finalement, après relecture attentive, il avait dit à LaTour: \u201cDites à Angers de venir me voir.Je suis prêt à ne pas exiger qu\u2019il supprime un seul mot du texte actuel, à condition qu\u2019il soit consentant à en ajouter quelques-uns que je lui proposerai.\u201d Ainsi fut fait.Nous avons négocié l\u2019addition des mots, dans le même esprit d\u2019objectivité qu\u2019il consentait à accepter les mots durs contre l\u2019administration libérale fédérale et qu\u2019il admettait être objectivement vrais.Ce mémoire, ainsi adopté par un tel Comité, eut alors un impact considérable sur le déroulement des relations fédérale-provinciales.Est-ce que la soirée vous a éclairés?PLUSIEURS \u2014 Oui.Beaucoup.JEAN GENEST \u2014 J\u2019ai un souhait à exprimer: que chacun se mette dans l'optique de la nation.Nous n\u2019avons à défendre prioritairement ni un gouvernement, ni un État, ni un parti, mais nous devons chercher à exprimer et à guider la nation, notre peuple si déficient parfois et si plein d\u2019élan d\u2019autres jours.Cela nous donne un ton d\u2019objectivité et une hauteur de vue qui dépasseront ou nous aideront à dépasser les \u201cfrérnissements\u201d du quotidien ou du trop \u201cdaté\u201d.Nos articles doivent garder une valeur d'éducation du peuple.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Où en êtes-vous avec le projet d\u2019un numéro spécial sur le référendum?JEAN GENEST \u2014 Rien ne s\u2019oppose à ce projet.La question est de trouver les collaborateurs nécessaires, les spécialistes en droit constitutionnel, en psychologie sociale, en finance, etc.Si je les trouve, si j\u2019arrive à réunir une équipe. 676 L\u2019ACTION NATIONALE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Ce qu\u2019il faut prévoir, c\u2019est quand la question sortira.Que L'Action nationale ait ses propres rédacteurs qui seraient prêts à mordre là-dedans, à dire ce qu\u2019ils pensent.JEAN GENEST \u2014 Arriverai-je après le fait, après la question?Je déteste les gens qui, au lieu de bâtir l\u2019avenir, passent leur temps à critiquer ceux qui le font.Je remarque et j\u2019admire les gens qui vont vers l\u2019inconnu, qui enlèvent \u201cles toiles d\u2019araignée\u201d pour essayer de voir clair et de penser lucide.Qu\u2019un ministre ait des paroles peu adaptées ou exagérées, est-ce important?Beaucoup de gens doivent penser l\u2019avenir du Québec comme des \u201ccréateurs\u201d, comme des gens qui ouvrent un chemin neuf dans la forêt.Qu\u2019ils fassent une erreur: je ne les écraserai pas.Reprocher à ces gens de ne pas poser une question parfaite, inattaquable et de ne pas avoir prévu le pays idéal, je croirais alors jouer le rôle de l\u2019universitaire devenu parfait mandarin, de l\u2019hypercritique jugeant que les ouvriers du pays ont les mains peu propres.Ce n\u2019est pas cela que je désirerais pour la revue.FRANÇOIS-ALBERT ANGERS \u2014 Je suis bien d\u2019accord.Il faut être positif.Il y a deux optiques possibles: un numéro sur le référendum, avant de connaître la question, reste théorique et un numéro après la publication de la question nous permettrait de dire aux gens pourquoi ils doivent voter OUI.Cette deuxième optique permet de montrer les ramifications ou les faiblesses de la question.L\u2019ASSEMBLÉE EST LEVÉE. L'actualité sur le vif par Patrick Allen 678 L'ACTION NATIONALE Parents et gouvernants, gare à l\u2019an 2000! Lors d\u2019un récent colloque qui avait pour thème \u201cnaître au Québec\u201d, tenu à l\u2019université Laval, le démographe Jacques Henripin s\u2019est étonné: comment une société dont la prise de conscience collective prend tant de place, peut accorder si peu de place à la fonction la plus importante pour sa survie, celle de la transmission de la vie?\u201cCela est étonnant, dit-il, parce qu\u2019on trouve de nombreux exemples historiques où le sentiment national, le désir de la puissance ou simplement celui de s\u2019affirmer, s\u2019accompagnent, du moins chez les dirigeants, d\u2019un goût marqué pour le populationnisme.\u201d Cette désaffection pour les enfants serait attribuable, selon M.Henripin, aux contraintes sociales qui suggèrent des modèles de comportement et à une certaine euphorie pour le confort matériel et intellectuel.L\u2019appétit de son propre bien-être devient ainsi la façon moderne de se prolonger et de se réaliser.C\u2019est le principal concurrent de l\u2019enfant.D\u2019où un cri du cœur lancé par le démographe.Aux parents, il dit: \u201cUnissez-vous contre les abus des pouvoirs et des marchands, à l\u2019État.\u201d M.Henripin recommande trois types d\u2019intervention: contrôler l\u2019effet néfaste de la publicité tapageuse de notre société marchande, encourager financièrement et avec générosité les familles qui ont plus de deux enfants et, surtout, mettre en œuvre des moyens efficaces pour réduire les difficultés où se trouvent les femmes qui veulent avoir des enfants.Cela veut dire répondre aux besoins de congés de maternité, aux demandes de garderies, de camps de vacances, d\u2019aides domestiques et de partage des responsabilités entre hommes et femmes.Donc une politique réaliste de la famille.Cet aspect primordial de la société à bâtir est plus important que les problèmes constitutionnels et le partage des pouvoirs entre niveaux des gouvernements, bien qu\u2019ils y soient reliés en quelque sorte.Ne pas ouvrir les yeux avant l\u2019an 2000 préparerait une situation irrécupérable! ACTUALITÉS SUR LE VIF 679 Raymond Barre triomphe dans le maquis Ottawa-Québec Fidèle à la politique de non-ingérence et de non-indifférence de son pays au sujet des problèmes entre Ottawa et Québec, le premier ministre de France, M.Raymond Barre, (il fallait s\u2019y attendre) s\u2019est comporté comme un grand leader de gouvernement, un véritable chef d\u2019État, avec toute la dignité et le raffinement nécessaire dans les relations internationales.Malheureusement son exemple n\u2019a pas été suivi par nos gouvernants qui ont tenté par toutes sortes de mesquineries protocolaires et politicailleuses, de plonger M.Barre dans l\u2019eau sale de la lessive d\u2019Ottawa et de Québec.La presse électronique et la presse écrite en ont profité pour amplifier à travers le monde, tous les aspects regrettables.Cependant, M.Gérard Leblanc (La Presse, samedi 17 février) mentionne que seuls MM.Clément Richard à l\u2019Assemblée nationale et Jacques Parizeau, devant les Chambres de commerce française et montréalaise, ont échappé à la tentation d\u2019étaler nos misères devant M.Barre.La France souhaite accroître sa coopération économique avec le Canada et le Québec.Elle désire que le pays se développe \u201cd\u2019une façon positive\u201d.Voilà ce qu\u2019il faut retenir du passage d\u2019un grand chef d\u2019État au milieu de nous.Un retour à la rigueur dans l\u2019enseignement Le plan d\u2019action de M.Jacques-Yvan Morin, à l\u2019élémentaire et au secondaire, est un retour à la \u201crigueur\u201d.Il comporte, sans chambardement majeur, une liste des cours obligatoires et soumet la revision des programmes scolaires à un encadrement plus précis des étudiants.On y encourage les travaux à domicile et des bulletins plus nombreux aux parents.L\u2019enseignement de la langue seconde débutera en quatrième année pour l\u2019anglais ou le français, à la 680 L'ACTION NATIONALE différence que l\u2019anglais, langue seconde, ne pourra, en règle générale, être enseigné avant la quatrième année.Parmi les cours obligatoires, mentionnons l\u2019enseignement religieux et moral, l\u2019éducation physique, les arts, l\u2019histoire, la géographie, les sciences de la nature.Les activités manuelles sont limitées à une demi-heure par semaine, de la quatrième à la sixième année inclusivement.Aux journalistes qui craignent un retour en arrière dans le nouveau plan d\u2019action, le ministre de l\u2019Éducation a simplement répliqué qu\u2019il serait déçu si les gens confondaient \u201crigueur intellectuelle\u201d et \u201cconservatisme\u201d.Le cul-de-sac et Pierre de Banné Honoré et ministré, le fougueux Pierre de Banné trouve si peu de travail dans son ministère qu\u2019il a décidé d\u2019appliquer ses énergies à pourfendre le Parti québécois.Il affirme que le Parti québécois s\u2019est donné une \u201cstratégie de cul-de-sac\u201d et pour cela il interprète la déclaration de Claude Morin selon lequel un NON au référendum équivaudrait à faire perdre la face au Québec et à faire se mourir de rire tous les anglophones du continent.M.de Banné connaît-il déjà la question?Et tout à coup s\u2019il fallait répondre NON à la question du référendum?Le cul-de-sac n\u2019est-il pas plutôt dans les politiques d\u2019Ottawa, surtout depuis la guerre 1939-1945, qui tendent ouvertement ou insidieusement à maintenir le Québec en état d\u2019infériorité économique?Ceux qui sèment la confusion, l\u2019ambiguïté et la duplicité ne sont-ils pas aussi à Ottawa?Le Québec, insinue M.de Banné, connaîtrait du racisme.Ce dernier n\u2019a-t-il pas de vieilles racines ailleurs au Canada?Et au fond, qui M.de Banné veut-il protéger, les Anglais ou les Québécois?Faut-il absolument que les ministres d\u2019Ottawa soient nos plus violents adversaires et nos adversaires les moins compréhensifs?Il y a certainement un ACTUALITÉS SUR LE VIF 681 virus à Ottawa qui tue le ridicule chez nos Québécois ministrés! Attention à M.Robert Bourassa! M.Bourassa ne pourra se désintéresser longtemps de l\u2019avenir du Québec.Après son bain en Europe et aux États-Unis, il prononcera des conférences devant des organismes importants du Québec.Pourquoi ne participerait-il pas de façon positive au référendum?Pourquoi ne s\u2019identifierait-il pas davantage à la notion québécoise francophone après le traitement indigne que lui a infligé et que continue à lui infliger la Parti libéral provincial?Combien de temps pourra-t-il souffrir les faux-pas et les inepties partisanes de M.Claude Ryan?L\u2019endurer est déjà assez humiliant! D\u2019égal à égal, voilà la formule qui va au fond du problème! Si, après une victoire péquiste au référendum, Ottawa refuse de négocier une association économique avec le Québec, le gouvernement au pouvoir demandera à la population un mandat pour déclarer unilatéralement l\u2019indépendance pure et simple.Tel est le sens du manifeste constitutionnel intitulé D\u2019ÉGAL À ÉGAL, publié le 23 février, par l\u2019exécutif national du Parti québécois.Après une étude en équipe par les congrès régionaux du Parti québécois, ce document sera référé en mai prochain au congrès national pour son adoption officielle par le Parti, lors de la compagne référendaire.Ce texte reflète une attitude conforme au programme péquiste d\u2019après lequel la souveraineté est essentielle et l\u2019association avec le reste du Canada, souhaitable.D\u2019égal à égal signifie aussi que les Québécois ne veulent plus de l\u2019état de minorisation où ils se trouvent au Canada et qu\u2019ils veulent parler à deux et non à un contre dix, dans un pays artificiellement partagé. 682 L'ACTION NATIONALE Les banques francophones dans le continent nord-américain Pour bon nombre de banquiers et pour le président de la Fédération de Québec des Caisses populaires, M.Alfred Rouleau, \u201cles anglophones pratiquent un nationalisme économique sans le dire.Ils accordent leur préférence à des institutions anglophones\u201d.Michel Nadeau l\u2019écrit dans le Devoir du 20 février.Le mot d\u2019ordre, rue Saint-Jacques semble être \u201cGo West\u201d ou \u201cGo South\u201d.La Banque canadienne nationale projette d\u2019ouvrir cinq sur neuf succursales à l\u2019extérieur du Québec en 1979.La Banque Provinciale veut aussi étendre son réseau par l\u2019entremise de Laurentide Finance dont elle vient de faire l\u2019acquisition.La Banque d\u2019Épargne, agrandie du Crédit foncier, cherchera à s\u2019installer dans la plupart des provinces anglophones.Il est à noter que, à la fin de l\u2019année, les institutions financières francophones détiendront plus de cent vingt-cinq succursales au Canada, en dehors du Québec, plus particulièrement dans les provinces où les francophones sont en plus grande proportion.Ce dynamisme est plus éloquent que bien des discours.L\u2019avenir des sièges sociaux au Québec Dans la Revue internationale de gestion (février 1979).M.Patrick Rich, président et chef de direction d\u2019Aluminium du Canada, analyse les questions que devraient se poser les administrateurs de sièges sociaux, comme centres de décision et de domicile légal, dans l\u2019hypothèse d\u2019un Québec souverain.Trop nuancé pour être résumé, trop important pour être ignoré, il doit être lu au complet.L\u2019anglais à Ottawa en 1979 Depuis que M.Jean-Louis Gagnon a su enterrer les espoirs suscités par la Commission Laurendeau-Dunton et après dix ans de promesses, la langue anglaise demeure, à Ottawa, la langue des centres de décision et le français, la langue des petits corridors. ACTUALITÉS SUR LE VIF 683 C\u2019est Max Yalden, commissaire aux langues officielles, à Ottawa, qui le dit.Cette constante se retrouve, avec certaines variantes, dans 61 ministères, agences et organismes fédéraux.Le français est toujours dans des conditions difficiles, même là où il est le mieux accepté.Chez les pilotes d\u2019Air Canada, on fait fi de la loi sur les langues officielles.Aux approvisionnements et services, les appels d\u2019offre et les cahiers de charge sont en anglais seulement.À la Banque du Canada, seulement 19% de francophones parmi les cadres supérieurs.À la bibliothèque nationale, peu de cadres francophones.À la Chambre des Communes, des unilingues anglophones occupent des postes bilingues.Au Canadien national, pas de mécanisme de surveillance des services au public.Aux communications, 40% des postes bilingues sont occupés par des unilingues.En énergie atomique, seulement 1.3% de francophones parmi les ingénieurs, les scientifiques et les administrateurs.En gendarmerie royale, moins de la moitié des recommandations formulées depuis 1970 ont été suivies et rien n\u2019existe pour encourager les francophones à parler français: il y faut servir la Reine et le Canada en anglais.En industrie et commerce, 11.5% de francophones sont à la haute direction.À Radio-Canada, l\u2019anglais domine à l\u2019ingénierie.En science et technologie, 8% de francophones chez les spécialistes et les scientifiques et 0% chez les techniciens.Le gouvernement Trudeau a là un bilan accablant.Le Canada anglais rejette, en bloc, le bilinguisme fédéral.Conclusion: le Canada fédéralement bilingue est une faillite.En fait, il est unilingue, il est anglais.Le Québec ne peut accepter un tel fédéralisme.Même les miettes finissent par prendre une allure de mépris.Le curé Labelle parmi nous?\u201cJean Garon, c\u2019est le curé Labelle revenu parmi nous.Rude écorce de bâtisseur, faconde visionnaire et une truculence paysanne qui évoque aussi le père Gédéon.En deux ans, et avec bonne humeur, le ministre québécois de l\u2019agriculture a réussi à mettre le Québec à l\u2019heure de l\u2019agriculture.\u201d Ainsi parlait Pierre Godin dans 684 L'ACTION NATIONALE la revue Actualité (mars 1979), sous le titre: Jean Garon: la tornade verte.On insiste sur le fait que \u201cde cette picouille qu\u2019était le ministère de l\u2019Agriculture, il en a fait un cheval fringant.\u201d Le Parti québécois se félicite, et la majorité des agriculteurs avec lui, d\u2019avoir \u201ctrouvé dans cet ancien professeur de droit fiscal le prophète capable de réformer en termes souverainistes et économiques le vieux mythe de la vocation agricole du Québec.\u201d Le ministre rêve d\u2019autosuffisance agricole au moment même où le Québec importe la moitié des produits agricoles dont il a besoin.Dans l\u2019esprit de ce ministre, le Québec peut se suffire déjà dans plusieurs domaines.Pour cela il faut protéger à tout prix le peu de sols fertiles qui restent.D\u2019où son insistance et son habileté à faire adopter la loi 90 qui \u201cdresse une clôture juridique autour des bonnes terres du Québec\u201d, en dépit de l\u2019opposition farouche de puissants intérêts.On a écrit ailleurs que la loi 90 est l\u2019une des plus importantes, à caractère économique, jamais adoptées au Québec.On peut discuter de certaines modalités mais l\u2019essentiel est là, Les agriculteurs québécois se portent bien: leurs revenus en 1978 ont augmentés de 38%.L\u2019Ontario envie le Québec Selon le président de l\u2019Association canadienne des manufacturiers d\u2019équipement électrique et électronique, M.J.H.Kluge, le potentiel hydro-électrique québécois et la politique gouvernementale de mise en valeur de ces ressources font l\u2019envie des connaisseurs en Ontario.M.Kluge est d\u2019avis que le Québec est la seule province canadienne qui a eu la sagesse d\u2019adopter une politique énergétique cohérente visant à rompre sa dépendance actuelle des sources énergétiques non renouvelables telles que le charbon et le pétrole.De fait, le Québec exporte de l\u2019énergie hydroélectrique et, grâce à son service de recherche, l\u2019IREQ, elle est en mesure d\u2019innover dans la production et le ACTUALITÉS SUR LE VIF 685 transport de l\u2019électricité et de fournir à l\u2019étranger des ingénieurs hautement spécialisés.Le Québec à l\u2019avant-garde Le Québec est aussi à l\u2019avant-garde dans la recherche sur les enzymes du sol.Les travaux du Dr Marcien Roberge, ingénieur forestier, viennent d\u2019attirer l\u2019attention des chercheurs du monde entier.Ils sont même publiés par la maison d\u2019édition londonienne Academie Press.Dans d\u2019autres domaine scientifiques, plusieurs des nôtres ont déjà une renommée mondiale qui échappe à trop de Québécois.Par exemple, en médecine, dans la spécialité qui est la sienne, le Dr Jacques Genest rayonne depuis plusieurs années à l\u2019étranger, par ses articles, ses conférences de valeur internationale.S\u2019en rend-on suffisamment compte?Un somnifère dans la pâtisserie fédéraliste Tel que conçu, dans la seule perspective fédéraliste, dans l\u2019optique d\u2019un Canada uni, le rapport Pépin-Robarts n\u2019a pas eu le courage d\u2019aller au fond des choses ni de vraiment poser le problème des deux nations, avec tout ce que cela comporte.Il contient de belles pages et des paragraphes propres à nous mettre en état d\u2019euphorie: \u201cEnfin, on nous comprend!\u201d Mais sur la question primordiale de l\u2019avenir, l\u2019économique, il constitue le rapport le plus centralisateur qui soit.De tous les ministres québécois, seul le ministre des Finances, M.Jacques Parizeau, a exprimé son désaccord concernant les politiques économiques dans ce nouveau fédéralisme préconisé par le rapport Pépin-Robarts.Les auteurs du rapport paraissent souvent généreux pour le Québec.Une déclaration ou l\u2019autre apporte de l\u2019air frais à celui qu\u2019on étouffe depuis cent douze ans.Mais ces mêmes paragraphes sont complètement rejetés d\u2019un revers de la main par les anglophones.Jamais ils ne remettront certains leviers de commande.Ce qui importe pour eux, ce n\u2019est pas la politique des miettes mais le 686 L\u2019ACTION NATIONALE renouveau d\u2019une centralisation économique vers Ottawa.Dans ce sens le rapport est un somnifère pour les non-avertis ou les naïfs qui voudraient encore croire à la bonne pâte fédéraliste! Comment initier les jeunes Québécois à l\u2019économique?Rendre obligatoire l\u2019initiation à l\u2019économique pour les étudiants du cours secondaire, c\u2019est une décision valable.Prendre les moyens d\u2019intéresser les jeunes à la matière, c\u2019est la décision la plus fondamentale.Cela requiert une pédagogie, une méthodologie de bon sens, axée sur le milieu de la vie quotidienne de tout le monde.Pas besoin de longues dissertations, de théories abstraites.Les jeunes s\u2019intéresseront à leur initiation s\u2019ils y participent eux-mêmes par l\u2019observation de leurs activités de tous les jours et si on les aide à trouver le pourquoi des phénomènes.Leur faire comprendre le fonctionnement des mécanismes les plus élémentaires et qui les impliquent, voilà un bon début.Il y a l\u2019achat, la vente, le crédit, les prix, l\u2019offre et la demande, la concurrence, l\u2019organisation des entreprises et du travail, les besoins d'investissements, les motivations de la coopération, etc., autant de domaines fascinants.Découvrir le monde concret avant de les amener à \u201cbrasser des affaires\u201d, telle est l\u2019qpinion exprimée à Radio-Canada, au programme de l\u2019Éconothèque, par le député d\u2019Outremont, à l\u2019Assemblée nationale, André Raynault.Elle paraît réaliste et mérite d\u2019être retenue.Le prêchi-prêcha à la clôture des Jeux du Canada À la stupéfaction du monde anglo-canadien, le Québec vient de sortir grand champion aux Jeux du Canada, à Brandon, Manitoba.Les dignitaires ont abusé de la cérémonie de clôture pour prêcher, dans les deux langues officielles, l\u2019évangile ACTUALITÉS SUR LE VIF 687 de l\u2019unité nationale.Le gouverneur général du Canada, M.Schreyer, et le ministre d\u2019État à la Santé et au sport amateur, Mme Campagnola, n\u2019ont pas raté leur chance.Le premier ministre de l\u2019Alberta, M.Stuart Lyons, a annoncé officiellement que le Québec avait remporté les honneurs des Jeux, avec le meilleur pointage et le plus de médailles d\u2019or.Au défilé des délégations, le jeune Pierre Harvey, gagnant de trois médailles d\u2019or, portait le drapeau du Québec.Malgré la présence du Québec, comme s\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019insulte possible, l\u2019hymne national d\u2019Angleterre, God Save the Queen, termina la cérémonie.Quel membre de la délégation du Québec ne s\u2019est pas senti en pays étranger à entendre ce chant \u201cexotique\u201d, ces paroles ronflantes invitant à \u201cbâtir un Canada fort\u201d, cette invitation à \u201cl\u2019esprit de camaraderie de NOTRE GRANDE NATION!\u201d Avec de telles attitudes naïves, si ignorantes du Québec actuel, lequel de ces dignitaires peut croire avoir accompli son devoir?On aboutit à de la bêtise sans s\u2019en apercevoir! L'esprit de Konigsberg par Jean Tétreau Pour souligner le 175e anniversaire de la mort de Kant, survenue le 12 février 1804, nous présentons ci-après un résumé de sa vie et un aperçu de sa doctrine.Il nous a paru convenable et utile à la fois de rappeler en quelques pages le rôle que cet homme, grâce à son analyse de nos moyens de connaître, a joué dans le renouvellement de la philosophie moderne.Nous n\u2019oublions pas non plus son action sur le développement des idées sociales, action paarallèle à celle de J.-J.Rousseau, et qu\u2019il exerça en raison de la haute opinion qu\u2019il se faisait non pas forcément de la \u201cnature\u201d humaine, mais de la \u201cpersonne\u201d.Les expressions \u201cpersonne humaine\" et \u201cdignité humaine\u201d, si fréquentes chez les kantiens, amèneront naturellement le sourire sur les lèvres de nos lecteurs, témoins tout comme nous des excès d\u2019une époque où le recours à la force au détriment de la justice est chose courante.Après avoir déboulonné et renversé comme des idoles toutes les valeurs, ne semble-t-il pas que notre génération s'emploie maintenant à les anéantir?Y compris, bien entendu, la raison et la moralité qui, dans l'optique kantienne, entretiennent l\u2019une avec l\u2019autre des rapports de mère à fille. L'ESPRIT DE KÔNIGSBERG 689 Influence de Voltaire Chacun sait que Voltaire a dominé de son esprit presque tout le XVIIIe siècle.Entre la fin de la Régence et la Révolution, ou, si l\u2019on préfère, pendant les règnes de Louis XV et de Frédéric II, sa personnalité s\u2019imposa progressivement à l\u2019Europe mondaine, littéraire et savante.Son influence s\u2019exerça dans maint pays, tant à la cour de George Ier qu\u2019à celle de la Grande Catherine (autant dire de l\u2019Atlantique à l\u2019Oural), et dans la suite jusqu\u2019au Canada comme l\u2019a établi un de nos historiens, M.Marcel Trudel.Il s\u2019illustra en poésie, en histoire, dans le conte et le roman philosophique, et il rajeunit le théâtre par des nouveautés dont la plus utile est d\u2019avoir libéré les comédiens en chassant de la scène les importuns qui jusque-là l\u2019occupaient, s\u2019y promenant et bavardant comme à la foire.Pour la représentation de Sémiramis, par exemple, il fit lui-même en sorte de débarrasser la scène des spectateurs qui l\u2019encombraient.Les hommes de théâtre souhaitaient depuis longtemps déloger les fâcheux et rendre les planches aux seuls comédiens.Voltaire y parvint; c\u2019est un mérite qu\u2019il partage avec Louis-Félicité de Brancas, comte de Lauraguais.Son intense activité fut bien à l\u2019image de son talent protéiforme.Il fut l\u2019homme d\u2019affaires, financier, horticulteur, architecte, diplomate; on a même prétendu qu\u2019il fut \u201cagent double\u201d, mais pour le compte de quelles puissances?C\u2019est ce que nous ne savons pas.Car si nous le savions, justement, il faudrait en conclure qu\u2019il fut un médiocre espion.Conseiller des princes en matière littéraire et en d\u2019autres domaines, arbitre du goût, il fut surtout, à l\u2019égal de Swift, un polémiste impitoyable, un redresseur de torts doué d\u2019infiniment d\u2019esprit, l\u2019âme dirigeante de l\u2019affaire Calas et de quelques autres non moins retentissantes.Il fut dans toute la force du terme ce que depuis Sartre on appelle un écrivain engagé.Nul n\u2019ignore d\u2019ailleurs qu\u2019entre autres talents il avait celui de rendre intelligible les questions de physique ou de métaphysique les plus difficiles.Comme il possédait au plus haut point l\u2019art des simplifications élégantes, il mérite bien le titre de meilleur vulgarisateur de son temps.Il excella dans l\u2019exposé des découvertes de 690 L\u2019ACTION NATIONALE Newton, le seul homme peut-être qu'il admira sans réserve.Il fut enfin, pour tout dire, l\u2019intellectuel à la fois le plus brillant et le plus redoutable (pour l\u2019avenir de l\u2019ancien régime) de ce groupe appelé les philosophes, dont la principale occupation fut de concilier la sagesse avec le plaisir et même de les réconcilier dans des soupers intimes, dans les intrigues de la galanterie ou les chances du jeu, tout en agitant des idées nouvelles qui n\u2019étaient pas toujours les leurs.Il est vrai qu\u2019en ce temps-là les idées étaient encore à tout le monde.On aurait craint de se couvrir de ridicule en y introduisant la notion de propriété.Arrive Kant Voltaire avait à peine trente ans, il était donc loin d\u2019avoir légué son nom à son siècle, bien qu\u2019il eût déjà réussi à faire parler de lui passablement, quand le 22 avril 1724 naquit à six cents lieues de Paris, dans l\u2019ancienne ville hanséatique de Kônigsberg, sur la Baltique, le quatrième enfant d\u2019une famille qui en compterait neuf5.On le prénomma Emmanuel, fils de Jean-Georges Kant, modeste sellier, d\u2019origine écossaise apparemment, et d\u2019Anna-Régina Reuter, femme vertueuse et sans fausse dévotion, il allait être élevé comme son frère et ses soeurs dans cet humble milieu d\u2019artisans pénétré de foi piétiste.Espèce de réforme après la Réforme, le piétisme dominait alors en Prusse, l\u2019emportant sur les autres sectes par l\u2019intensité de la vie intérieure.Le but des piétistes était l\u2019amélioration de la conduite personnelle par la méditation de l\u2019Écriture.Kant finira par abandonner cette foi d\u2019Église au profit d\u2019une religion naturelle, rationaliste, dont il se fit l\u2019apôtre dans le dernier de ses principaux ouvrages; mais toute sa vie il gardera de son éducation religieuse cet esprit de rigueur qui caractérisera ses habitudes, sa conduite et sa pensée.Jean-Georges et Anna perdirent quatre de leurs enfants en bas âge.La mortalité infantile était alors la plaie de l\u2019humanité et le restera jusqu'en 1928, année où la mise au point de vaccins contre des maladies infec- (1) Onze, d'après certains biographes. L'ESPRIT DE KÔNIGSBERG 691 tieuses telles que le croup et la diphtérie mit un frein à leurs ravages.Dans la famille Kant, trois filles et deux garçons survécurent.Deux des soeurs d\u2019Emmanuel se marièrent.Son frère alla comme pasteur s'établir en Lettonie, pays qui fait partie de l\u2019Union soviétique depuis 1945, tout comme la ville de Kônigsberg, aujourd\u2019hui Kaliningrad.Dotée d\u2019une université en 1544.Kônigsberg fut la résidence des ducs de Prusse durant le XVIe siècle et les débuts du XVIIe.Elle devint plus tard, après la mort de Kant, un des principaux centres européens d\u2019activité contre les entreprises de Napoléon.Les Allemands la fortifièrent pendant les guerres de 1914 et de 1939.Il n\u2019est donc pas étonnant que l\u2019armée de Tcherniakhovski l\u2019ait partiellement détruite et l\u2019ait occupée en janvier 1945.Sa situation stratégique, sur le golfe de la Vistule, lui réservait le sort de Leningrad et de Sébastopol.Kant fut toujours très attaché à sa ville natale.Par son caractère cosmopolite, Kônigsberg était à ses yeux I endroit du monde le plus propre à satisfaire un observateur des moeurs urbaines et des relations que des gens de divers pays, de races différentes, peuvent entretenir quand ils vivent ensemble à l\u2019étranger.Ses études Il avait huit ans au commencement de ses études classiques, sa mère l\u2019ayant fait entrer au collège Frédéric en 1732.Ce gymnase dont le directeur, Franz-Albert Schultz, était un ami de la famille, était sans doute renommé pour ses cours de latin.Car si l\u2019enfant y apprit les éléments des mathématiques et les règles de la grammaire allemande, il y fit surtout de fortes études latines.Adolescent, il maîtrisait déjà le latin, toujours en usage en théologie, en philosophie et dans quelques sciences profanes.Que la langue de Cicéron n\u2019eût plus eu de secrets pour lui quand il quitta le gymnase à seize ans, ce serait peut-être beaucoup dire; chose certaine, il la pratiqua dans la suite au point de la posséder, comme on le constate à la lecture d\u2019un ouvrage publié en 1755 sur les premiers principes métaphysiques, et comme on peut en juger mieux encore par la célèbre dissertation de 1770 692 L'ACTION NATIONALE (De mundi sensibilis atque intelligibilis forma et prin-cipiis), petit livre où il définit clairement les notions de temps et d\u2019espace et dans lequel il n\u2019est pas interdit de voir une lointaine introduction à la Critique de la raison pure.L\u2019instruction qu\u2019il a reçue durant huit ans au collège Frédéric lui permet de s\u2019inscrire à l\u2019Université en 1740.Comment pouvait-on entrer si jeune dans une maison d\u2019enseignement supérieur?C\u2019est que le programme des humanités était moins chargé que ne le sont les cours actuels.Comme il comportait moins de matières, le temps consacré à chacune était plus long, si bien que la formation d\u2019un collégien, en 1740, quoique moins étendue que celle d\u2019un élève fréquentant aujourd\u2019hui un de nos collèges d\u2019enseignement général et professionel, avait toutes les chances d\u2019être solide.Aussi le jeune Kant ne fut-il pas, comme bien l\u2019on pense, au terme de ses études classiques, le seul potache capable de lire Tacite dans le texte, ni le seul à pouvoir résoudre rapidement des équations du second degré.À l\u2019Université, il eut pour maître de philosophie Martin Knutzen, disciple de Christian von Wolff, qui avait répandu la doctrine de Leibniz en Allemage au cours d\u2019une carrière marquée par l\u2019exil.Un an avant la naissance de Kant, le roi Frédéric-Guillaume avait banni Wolff, à la suite des démêlés de ce dernier avec les piétistes de l\u2019Université de Halle.Frédéric II, monarque libéral, despote éclairé, réhabilita en quelque sorte l\u2019exilé, qui rentra dans son pays, où son système rationaliste inspira l\u2019enseignement philosophique officiel.Sous la direction de Knutzen, notre étudiant de seize ans s\u2019initie donc à la logique et à la métaphysique wolf-fiennes, et aussi aux lois de Newton, fondements d\u2019une nouvelle interprétation de la nature.Il avait trois ans plus tôt perdu sa mère, décédée en 1737.Anna Reuter n\u2019eut pas la joie de voir ses fils terminer leurs études.Ses filles la remplacèrent pour les soins domestiques auprès de Jean-Georges, qui continua d\u2019exercer son métier afin de subvenir aux besoins d\u2019une famille encore jeune.Il devait survivre neuf ans à sa femme. L'ESPRIT DE KÔNIGSBERG 693 Quand son père mourut, en 1746, Emmanuel, se trouvant sans ressources, choisit un état qui lui donnerait quelquefois du loisir et lui permettrait par conséquent la poursuite de ses premiers travaux: il se fit précepteur.Il présenta cette même année à la Faculté de philosophie un travail intitulé Pensées sur la véritable estimation des forces vives et examen des preuves de Leibniz et autres mécaniciens dans cette controverse.Ce qu\u2019on retiendra de cet essai, c\u2019est que l\u2019auteur s\u2019y montre original, déjà capable d\u2019exprimer des vues personnelles.Le préceptorat fut au XVIIIe siècle le gagne-pain de plus d\u2019un philosophe.Kant assumera jusqu\u2019en 1755 ces fonctions de maître particulier de jeunes gens de la noblesse et de la grande bourgeoisie prussienne.Il eut des emplois dans les environs de Kônigsberg.Victor Delbos situe vers ces années-là ce que l\u2019on pourrait considérer, non sans exagération, comme la vie mondaine d\u2019Emmanuel Kant.Vers 1750, le précepteur fréquente en effet le salon de la comtesse de Keyserling, femme d\u2019esprit qui reçoit chez elle les artistes et les savants.Il y fait peut-être la rencontre d\u2019un futur philosophe, Johann Hamann, de huit ans son cadet, dont les travaux en philosophie influenceront ceux de Johann Gottfried Herder, un des promoteurs du Sturm und Drang, et même la pensée de Goethe.Hamman fut surnommé le mage du Nord.Si la nature avait comblé Emmanuel sous le rapport de l\u2019intelligence, elle ne l\u2019avait pas gâté au physique.Il avait la taille petite et le buste si peu développé qu\u2019il souffrait d\u2019oppression, affirmait-il lui-même.En revanche, sa figure agréable, sous un large front, attirait le regard par la beauté des yeux, qui étaient bleus.Quoique sa constitution plutôt débile l\u2019exposât à la maladie et à toutes sortes de petits ennuis physiques, il avait acquis très tôt un empire certain sur son corps.De cette maîtrise de soi résultait une remarquable égalité d\u2019humeur.De la sérénité aussi, parfois même une gaîté qui ne refusait pas la plaisanterie.Les documents sur sa jeunesse et en particulier sur son enseignement comme précepteur n\u2019abondent malheureusement pas; 694 L'ACTION NATIONALE cependant, tout porte à croire que l\u2019on recherchait sa compagnie et son amitié, car il était extrêmement sociable.\u201cAlors que je ressentais de l\u2019oppression dans ma poitrine, a-t-il écrit dans ses notes autobiographiques, la joie et la sérénité régnaient dans ma tête et se communiquaient aussi en société.\u201d Son existence n\u2019en demeurait pas moins obscure et besogneuse.À part ses apparitions chez la comtesse, où les grands personnages de passage en Prusse le prenaient probablement pour un valet sans livrée, il menait une vie retirée, employant ses veilles à réfléchir longuement sur les grands problèmes de la physique et plus particulièrement sur ceux de l\u2019astronomie.Il vécut de cette façon jusqu\u2019à son retour définitif à Kônigsberg, en 1755.Ses premières œuvres à 31 ans Cette année-là fut pour Kant une des plus prospères au point de vue intellectuel.Ce fut en 1755, en effet, qu\u2019il termina trois ouvrages, dont sa thèse en latin, déjà signalée, sur les principes de la connaissance métaphysique.Ce travail lui valut, de la part de ses anciens maîtres, un certificat l\u2019autorisant à inaugurer à l\u2019Université un cours libre en qualité de privat-docent.Comme les auditeurs payaient pour assister à ses leçons, il pouvait compter désormais sur un revenu assuré.Les deux autres volumes achevés en 1755 sont Quelques méditations sur le feu (également en latin) et le traité intitulé Allgemeine Naturgeschichte und Théorie des Him-mels (Histoire universelle de la nature et théorie du ciel), livre qui est parmi les plus importants de la cosmologie moderne.Dans cette théorie cosmologique (en réalité, c\u2019est une cosmogonie), l\u2019auteur exprime évidemment son admiration pour le génie de Newton, il se réjouit du progrès que les découvertes du savant anglais ont fait faire à la physique; puis, sans mettre en doute l\u2019intervention divine qui rend possible le jeu des lois de la gravitation, et par suite la conservation de l\u2019Univers,il discute l\u2019interprétation newtonienne des faits en y substituant la sienne, essentiellement rationaliste.Encore plus audacieux en astronomie qu\u2019en théologie, Kant propose dans son traité sa propre con- L'ESPRIT DE KONIGSBERG 695 ception du monde physique, conception qui va beaucoup plus loin que son hypothèse sur la formation du système solaire.De fait, il imagine l\u2019existence, au-delà de notre galaxie, au-delà de la Voie lactée, d\u2019autres galaxies qui peupleraient l\u2019espace; il prévoit, en somme, avec une avance de cent quatre-vingt cinq ans sur la science de son temps, une découverte qui sera due aux travaux d\u2019Ed-win Hubble et aux recherches d\u2019autres astronomes de notre siècle.\u201cUne voie lactée d\u2019univers\u201d, a-t-il écrit pour se représenter le cosmos: vision prodigieuse, qui longtemps attendra sa vérification expérimentale.Quant à la cosmogonie kantienne proprement dite, quarante ans plus tard Laplace donnera une explication de l\u2019origine du système solaire, différente de celle de Kant sur plusieurs points, contrairement à la croyance générale qui tantôt assimile la seconde théorie à la première, tantôt la présente comme si elle en était issue.Newton ne fut pas le seul à orienter en quelque sorte l\u2019esprit de Kant vers la représentation d\u2019un espace illimité, contenant une multitude d'univers en mouvement.Avant d\u2019énumérer sommairement les \u201csources\u201d du traité, précisons davantage la pensée kantienne au sujet de ces \u201cunivers-îles\u201d.Il ne s\u2019agissait pas pour le jeune professeur de philosophie de démontrer la possibilité qu\u2019il existât d\u2019autres systèmes solaires plus ou moins semblables au nôtre.Il ne se contentait pas de concevoir des \u201cmondes\u201d évoluant dans les constellations (l\u2019idée de leur pluralité était dans l\u2019air depuis longtemps; cependant, malgré tout l\u2019intérêt qu\u2019elle suscitait chez les scientifiques, elle ne changeait pas essentiellement l\u2019ordre des choses, ne modifiait pas la \u201cstructure de l\u2019Univers\u201d telle que Fontenelle, par exemple, pouvait se la figurer en 1686).L\u2019audace de Kant consistait en réalité, au milieu du XVIIIe siècle, à voir le cosmos à peu près dans l\u2019état où les grands télescopes américains et l\u2019analyse spectrale nous le feraient découvrir après 1930.Parmi les sources de la Théorie du ciel, il faut citer, chez les anciens, les travaux de Lucrèce, chez les modernes ceux de Maupertuis, et signaler le compte rendu d\u2019un article de Thomas Wright de Durham publié dans une revue de Hambourg tout au 696 L'ACTION NATIONALE début de 1751.Compatriote de Newton et mathématicien, Wright était pour ainsi dire un spécialiste de la Voie lactée.Ses observations et ses réflexions ne sont certes pas étrangères à l\u2019éclosion, dans le cerveau de Kant, de l\u2019idée véritablement géniale qui nous permet aujourd\u2019hui d\u2019associer son nom à l'histoire de l\u2019astronomie.Il ne faut pas moins d\u2019imagination pour expliquer l\u2019Univers ou l\u2019homme que pour créer ces autres univers qui s\u2019appellent VÉnéide, Hamlet ou le Père Goriot.Dans l\u2019un et l\u2019autre cas, l\u2019esprit doit se représenter la réalité de façon à se la rendre familière jusqu\u2019en ses nuances et faire preuve, alors, d\u2019une extraordinaire puissance d\u2019analyse ainsi que d\u2019un égal pouvoir de synthèse.Arrivé à ces sommets, solitaire, hors de la norme, il ne se mesure plus qu\u2019à l\u2019étendue et à la profondeur de ses visions.La publication de son \u201csystème du monde\u2019\u2019 causa du souci au philosophe.L\u2019éditeur qui devait se charger de l\u2019affaire, F.Petersen, reçut la visite d\u2019un huissier qui fit saisir tous les bouquins de la boutique, y compris les exemplaires de V AHgemeine Naturgeschichte.La faillite de son éditeur obligea Kant à prendre de nouvelles dispositions.Le traité ne parut qu\u2019avec un retard considérable.De toute manière, il ne semble pas que le livre ait tellement bien \u201cmarché\u201d, même si en 1754 l\u2019auteur avait attiré sur lui l\u2019attention des lecteurs éclairés en publiant un brillant article sur les modification que la Terre aurait subies dans son mouvement de rotation depuis son origine.Le privat-docent continua donc modestement à donner ses cours.Il publiait à l\u2019occasion ou des articles ou de courts traités sur des questions de science et de philosophie.Il avait assez longuement exposé, dans sa cosmogonie, les thèmes du temps et de l\u2019espace; il l\u2019avait fait évidemment en physicien plus qu\u2019en philosohe, non sans se douter de l\u2019importance de ces deux notions connexes pour la compréhension du processus de la connaissance.On sait quel développement il allait donner à ces deux thèmes majeurs.De l\u2019astronomie à la philosophie Par leurs nouveautés qui annonçaient, comme nous l\u2019avons mentionné, quelques-unes des grandes L\u2019ESPRIT DE KÔNIGSBERG 697 découvertes astronomiques de notre temps, les travaux de Kant sur la cosmologie auraient suffi amplement à lui faire une réputation de savant comparable à celle des physiciens les plus célèbres.Sa renommée de philosophe l\u2019emporta néanmoins au point d\u2019éclipser les autres aspects de sa personnalité, parce qu\u2019après 1750 il importait davantage d\u2019établir rationnellement les conditions dans lesquelles le savoir humain pouvait légitimement s\u2019exercer, que d\u2019imaginer l\u2019existence de planètes au-delà de Saturne ou même d\u2019entrevoir la présence, dans l\u2019Univers, d\u2019un nombre incalculable de galaxies semblables à la Voie lactée.On sentait en effet depuis un certain temps, non pas vaguement du reste mais avec de plus en plus de netteté, le besoin de mettre de l\u2019ordre dans les sciences, alors menacées de confusion par l\u2019accumulation rapide des connaissances dans tous les domaines.J.-J.Rousseau avait répondu par la négative à la question de savoir si les sciences et les techniques avaient contribué au progrès de l\u2019humanité.Sa réponse, beaucoup plus littéraire que philosophique, n\u2019était, bien sûr, qu\u2019un paradoxe.Il n\u2019empêche que l\u2019on s\u2019interrogeait déjà sérieusement sur la portée sociale de la science.De là à faire peser un doute sur sa valeur, il n\u2019y avait que le temps de formuler cette interrogation: Que savez-vous vraiment?Ou, plus précisément encore: Que pouvons-nous savoir?Les conditions de la possibilité de l\u2019expérience d\u2019une part et d\u2019autre part les moyens de la connaissance a priori sont contenus implicitement dans cette question; il s\u2019agissait de les en dégager, de les définir, bref de poser le problème de la certitude en matière de philosophie et de science.Ce problème impliquait une autre question: jusqu\u2019où l\u2019esprit humain peut-il aller dans l\u2019interprétation du réel?\u2014 donc la question des limites de notre raison.Dans VAiigemeine Naturgeschichte, Kant sent obscurément ces frontières entre l\u2019esprit et la réalité; d\u2019ailleurs les sent-il peut-être moins obscurément qu\u2019on pourrait le croire à première vue.En effet, il est permis d\u2019affirmer que les \u2018\u2019antinomies de la raison pure\u201d, qui 698 L'ACTION NATIONALE seront exposées dans la première Critique, proviennent en partie des réflexions qu\u2019il a faites dans son traité du ciel à la fois sur l\u2019éternité et l\u2019infinitude du cosmos, comme sur la création et la destruction continuelles des mondes qui le composent.Au septième chapitre, intitulé La création selon toute l\u2019étendue de son infinitude dans l\u2019espace et le temps, il écrit: \u201cJe ne suis pas si sûr des conséquences de ma théorie, que je ne sois disposé à reconnaître que la supposition de l\u2019expansion successive de la création à travers les créations infinies de l\u2019espace qui en contient la matière, ne peut entièrement échapper au reproche d\u2019être indémontrable.\u201d Parallèle Voltaire-Kant En superposant tout d\u2019abord la figure de Voltaire à ce portrait de Kant, nous n\u2019avons voulu que montrer la différence entre un homme qui, possédant presque tous les talents, eut souvent du génie, et un homme de génie auquel il a manqué certains talents, comme celui de se pousser dans le monde.Tandis que très jeune l\u2019un s\u2019efforce de répandre partout le bruit de son nom, multiplie les démarches et les oeuvres, ainsi que le nombre de ses correspondants, manifestant une énergie surhumaine et la volonté d\u2019arriver à tout prix, l\u2019autre fait lentement son chemin dans une carrière de pédagogue, dont il gravit un à un les échelons: il enseignera pendant une vingtaine d\u2019années au moins, avant que les milieux universitaires de Halle, de Berlin, de Pétersbourg et de Vienne ne reconnaissent officiellement l\u2019étendue de son savoir et la profondeur de ses intuitions.L\u2019un, en rébellion continuelle contre l\u2019ordre établi, ne manque jamais une occasion de critiquer les pouvoirs publics et le clergé, de signaler les abus, de dénoncer les coupables, de fustiger la bêtise en ridiculisant les sots partout où ils se trouvent et si haut perchés qu\u2019ils soient; loin de se révolter, l\u2019autre demeure respectueux des lois, des institutions, des traditions, et travaille en silence à l\u2019édifice qui sera son système.Toujours mécontent du train où vont les choses, comme il l\u2019est de son sort, même en qualité d\u2019historiographe du roi, Voltaire proteste sans cesse, L\u2019ESPRIT DE KÔNIGSBERG 699 conteste tout, et c\u2019est en souriant qu\u2019il poursuit avec d\u2019autres, \u2014 car il n\u2019est pas le seul actionnaire de cette vaste entreprise, \u2014 la démolition d\u2019une société millénaire.Kant, pour sa part, semble avoir compris très tôt que les grandes révolutions scientifiques, politiques ou morales, ont été souvent inspirées par des gens qui avaient la révolte personnelle en horreur, pour la simple raison qu\u2019elle les eût empêchés de travailler en paix à transformer le monde.Il est probable que Voltaire a lu saint Thomas, quoique à son corps défendant.Mais on n\u2019est pas sûr qu\u2019il ait lu Kant.On est certain, en revanche, que Kant connaissait Voltaire, du moins de nom, puisqu\u2019il en parle en ces termes, à propos de la finalité: \u201cTâchons de ne pas nous attirer à bon droit les moqueries d\u2019un Voltaire, qui dit en raillant: Voyez un peu, nous avons un nez, c\u2019est assurément pour y pouvoir poser des besicles1.\u201d Ces deux hommes, Voltaire et Kant, radicalement différents, auront donc exprimé chacun à sa manière l\u2019esprit de leur siècle.Le premier contribua fort activement à la formation de cet esprit critique et en exploita le côté satirique et frondeur; le second, après avoir compris la nécessité d\u2019un nouvel ordre de choses dans le domaine de la pensée, appliqua son sens critique, d\u2019une part à la destruction des faux cultes engendrés par le dogmatisme, et d'autre part à la reconstruction de la science sur des fondements plus solides.En définitive, la seule chose que ces deux puissants cerveaux avaient en commun fut leur admiration pour Newton.Jusqu\u2019à la publication de la Critique de la raison pure, dont la première édition parut en 1781, on parla peu de Kant malgré l\u2019enthousiasme que ses cours suscitaient chez les étudiants, il ne cherchait pas à se rendre célèbre.S\u2019il se singularisait, c\u2019était par une vie trop tranquille, persuadé comme il l\u2019était que la quiétude est une condition nécessaire à l\u2019aboutissement du travail intellectuel.De santé fragile, il était comme avare de son énergie.Il ne la dépensait jamais en vain; et, pour l'employer toujours à (1) L\u2019Unique fondement possible d\u2019une démonstration de l'existence de Dieu, trad.Paul Festugière, Librairie philosophique J.Vrin, 1972. 700 L\u2019ACTION NATIONALE bon escient, il avait réglé sa vie comme on règle un appareil de haute précision.Henri Heine et d\u2019autres ont ironisé sur ses habitudes qui faisaient de lui presque un robot.À la vérité, son régime différait peu de celui d\u2019un moine.Son régime de vie Il se levait à l\u2019aube, prenait du thé, fumait sa pipe, puis il allait donner son cours, qui commençait très tôt et se terminait vers 11 heures.Il se consacrait alors à ses travaux personnels.À 12 h 45, il buvait un verre de vin de Hongrie et se mettait à table, Le déjeuner pouvait être long, si l\u2019on songe que depuis son lever il n\u2019avait pris que du thé et du vin.De 15 heures à 16 heures, il se promenait dans l\u2019allée des tilleuls, appelée \u201callée des philosophes\u201d, il en parcourait seize fois la longueur avant de rentrer chez lui.Le mauvais temps ne l\u2019empêchait pas de faire sa promenade quotidienne.Quand il pleuvait, Lampe, son domestique, portait le parapluie.De retour à la maison, le philosophe lisait les journaux et passait dans son cabinet de travail, où il entretenait, l\u2019automne et l\u2019hiver, une température de 15°C (59°F).Le soir, il recevait souvent à dîner des commerçants ou des artisans, ses vrais amis.On ne voyait jamais de savants à sa table.Il se couchait à 22 h 15 dans une chambre qui n\u2019était jamais chauffée et dont on n\u2019ouvrait jamais les fenêtres.On a coutume de dire que les gens agissent comme ils pensent.Il y a tellement plus de logique, en apparence, à agir comme l\u2019on pense, que l\u2019inverse semble presque méprisable, peu digne de la nature humaine.Et pourtant c\u2019est l\u2019inverse qui est vrai: nous pensons comme nous agissons, de fait nous finissons par penser comme nous avons agi.Chacun de nous, instruit par l\u2019expérience, c\u2019est-à-dire par la somme de ses erreurs, rectifie, modifie ses opinions ou ses idées suivant le résultat de ses actes.Ainsi la pensée d\u2019un homme ordinaire est-elle habituellement le reflet de sa vie.Chez Kant, on observe le contraire: c\u2019est la vie réglée, ordonnée, qui est le reflet d\u2019une pensée méthodique et rigoureuse. L'ESPRIT DE KÔNIGSBERG 701 Contrairement à la croyance populaire, qui ne dépasse guère ici le préjugé, la plupart des grands philosophes ont mené une vie aventureuse, risquant parfois leur tête à cause de leur comportement autant que pour leurs idées.Platon tremble auprès de Denys.Forcé à la flatterie perpétuelle, Sénèque vomit de dégoût contre lui-même à la cour de Néron.Bacon de Verulam est amené à réfléchir à ses actes dans un donjon de la Tour de Londres.Descartes, soldat de métier, médite sur son système d\u2019un bivouac à l\u2019autre, publie clandestinement et évite les polémiques.Spinoza apprend à ses dépens ce qu\u2019il en coûte de se mêler de politique quand on manque de coffre.Kant échappe à ces vicissitudes.Pas tout à fait, il est vrai.Car il lui a fallu, ainsi que nous le verrons, ruser avec la censure.Dans l\u2019ensemble, toutefois, sa vie fut sans aspérités comparée à celle de ses devanciers.Chez lui, c\u2019est l\u2019esprit seul qui est aventureux.L\u2019approche de la connaissance En juin 1763 paraît à Kônigsberg, chez Kanter, un opuscule d\u2019à peine cent pages sur le principe de contradiction et sous le titre: Essai pour introduire en philosophie le concept de grandeur négative.Ce petit volume contient, méthodiquement exposées, des réflexions sur les aspects positifs et négatifs de jugements de divers ordres.Ce n\u2019est pas encore la Critique du jugement, qui aura d\u2019ailleurs un tout autre objet.Dans son essai sur le concept de grandeur négative, Kant introduit des nuances là où personne ne s\u2019était avisé d\u2019en mettre.Il incorpore à la logique des notions qui permettront d\u2019exploiter au maximum ses ressources formelles.Il y a des contraires, souligne-t-il, qui sont également positifs, et qui peuvent finalement s\u2019additionner.Hegel, on le sait, ira jusqu\u2019à l\u2019identification des contraires, éventualité que Kant a donc prévue d\u2019une certaine manière dans son Essai, qui prouve à d\u2019autres égards la cohérence de sa pensée.Il y déclare, par exemple, qu\u2019ayant \u201cmédité sur la nature de notre connaissance en considération de nos jugements\u201d, il proposera un jour un système plus complet de ces jugements.La cohérence est un des aspects les plus remarquables de sa pensée. 702 L'ACTION NATIONALE Les questions qu\u2019il soulève, quel qu\u2019en soit l\u2019ordre, se développent d\u2019un livre à l\u2019autre jusqu\u2019à leur solution.L\u2019 \u201cidentité des contraires\u2019\u2019 n\u2019est pas la seule chose qu\u2019il aura prévue.Il exprime des idées originales pour son temps dans plus d\u2019une sphère.Il est moderne au possible.Il l\u2019est d\u2019abord par son esprit critique (ne vaudrait-il pas mieux dire par son esprit d\u2019analyse?); puis, par sa conception de l\u2019histoire, qui n\u2019exclut pas certaines techniques dont on ne s\u2019est avisé que beaucoup plus tard; ainsi a-t-il prévu la \u201cprospective\u201d (cf.le Conflit des facultés).Il envisage une évolution sociale vers une extension de la démographie.Il reconnaît comme facteur de progrès social le droit à l\u2019information: \u201cL\u2019interdiction de la publicité empêche le progrès du peuple.\u201d Partisan d\u2019une constitution républicaine, qui selon lui favorise naturellement la paix, il admet le droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes et croit que l\u2019humanité, en général, est encline à l\u2019admettre de toute façon.Son optimisme demeure toutefois modéré en ce qui concerne la moralité de l\u2019homme dans l\u2019avenir (cf.le Conflit des facultés); à ce propos, nous n\u2019oserions pas aujourd\u2019hui lui donner tort.L\u2019originalité de Kant en philosophie ne lui vient pas, comme chez Rousseu, comme chez Nietzsche, de la volonté manifeste d\u2019inverser les rapports de force entre la société et l\u2019individu; l\u2019intérêt de sa pensée, aux yeux de l\u2019histoire, ne réside pas dans le désir de substituer aux principes de l\u2019ordre social et politique une échelle de valeurs dont l\u2019adoption entraînerait une révolution dans les consciences et les institutions.Ce qui fait l\u2019originalité de Kant, c\u2019est qu\u2019il a su définir nettement les données d\u2019un problème vieux comme la pensée philosophique: l\u2019incompatibilité de l\u2019esprit et de la matière considérés dans leurs relations néanmoins évidentes au sein des mécanismes si complexes de la connaissance.Le problème consiste à savoir comment l\u2019esprit s\u2019insère dans la matière, aurait dit Bergson.Or il est insoluble. L'ESPRIT DE KÔNIGSBERG 703 Le problème essentiel Ce n\u2019est pas que l\u2019on conteste l'union de l\u2019esprit et de la matière dans le cerveau humain.On ne saurait du reste contester ce fait, puisqu\u2019on le constate; on l\u2019admet donc.Mais la fusion elle-même demeure incompréhensible: comment des objets ayant de l\u2019étendue peuvent-ils bien être connus par l\u2019âme, dont la nature est immatérielle, même si l\u2019on fait intervenir entre elle et eux le pouvoir de l'imagination (qui ne saurait produire que des images matérielles)?Pour expliquer ce mystérieux processus.Malebran-che avait inventé l\u2019ingénieuse théorie de la \u201cvision en Dieu\u201d.Notre intelligence, affirmait-il, incapable en raison de sa nature de créer des représentations matérielles, saisit les choses à travers l\u2019intelligence divine.À la bonne heure! Malheureusement, \u201cle concept spinosiste suivant lequel le philosophe voit les choses en Dieu est chimérique\u201d1.Il serait par trop sommaire et même faux de ramener tout le problème de la connaissance à la seule différence entre la matière et l\u2019esprit.Bien qu\u2019il s\u2019agisse ici d\u2019une différence de nature et qu\u2019elle soit incontestablement la source des difficultés que les philosophes ont toujours rencontrées dans leurs tentatives de rendre compte de l\u2019adéquation (ou de l\u2019inadéquation) des rapports de l\u2019entendement avec le réel, il reste que la donnée fondamentale du problème est précisément l\u2019ensemble de ces rapports.En outre, pour comprendre la théorie kantienne de la connaissance, il importe de bien saisir le sens que Kant donne aux mots \u201créels\u201d, \u201créalité\u201d, \u201cdiversité\u201d et autres du même genre.Le réel n\u2019est pas pour lui la même chose que pour un philosophe scolastique ou pour un empiriste.Par exemple, le thomisme (comme l\u2019aristotélisme dont il procède) démontre jusqu\u2019à un certain point que l\u2019intelligence est capable, grâce aux sens qui lui livrent le contenu de l\u2019expérience, de connaître suffisamment le monde extérieur pour prononcer sur sa nature même.(1) Opus postumum, trad.J.Gibelin, p.11. 704 L'ACTION NATIONALE Or, d\u2019après Kant, tout ce que nous pouvons connaître vraiment, \u2014 connaître avec certitude, \u2014 ce sont les objets de l\u2019expérience, car ils nous sont donnés dans le temps et l\u2019espace, hors desquels il ne saurait y avoir de certitude absolue.Et pourquoi n\u2019y aurait-il pas de certitude en dehors du temps et de l\u2019espace?Parce que le temps et l\u2019espace sont d\u2019abord des formes a priori de notre sensibilité, faculté des intuitions, qui ne sont que sensibles et jamais intellectuelles.Ainsi la sensibilité nous permettra-t-elle de saisir uniquement l\u2019aspect extérieur sous lequel les choses se présentent à nous.Il s\u2019ensuit que les choses ne peuvent être connues en elles-mêmes, mais seulement en tant que phénomènes.La science certaine se limitera donc au seul domaine de l\u2019expérience, qui est celui des phénomènes.Que la certitude résultant de l\u2019existence des faits et de leur constatation appartienne à l\u2019expérience, cela semblera tautologique; et pourtant il conviendrait de nuancer nos affirmations à cet égard, de manière à les rendre le plus possible conformes à la pensée kantienne, fort nuancée à la vérité puisqu\u2019on a trouvé dans les papiers du philosophe cette phrase: \u201cL\u2019expérience, comme preuve de la vérité de jugements empiriques, n\u2019est jamais plus qu\u2019une approximation asymptotique de la totalité des perceptions possibles qui la constituent.Ce n\u2019est jamais une certitude'.\u2019\u2019 Quel sera, dans ces conditions, le rôle de l\u2019intelligence et de la raison?L\u2019intelligence ou entendement pense le monde à travers ses concepts et l\u2019ordonne suivant ses catégories, mais, ce faisant, dépend du contenu de la sensibilité, qui n\u2019est pas de même nature que lès facultés intellectuelles; aussi ne peut-il y avoir d\u2019accord parfait entre l\u2019entendement et la sensibilité.Il faudrait, pour réaliser cet accord, que l\u2019entendement eût des intuitions qui lui fussent propres.Comme il n\u2019en a pas, il se borne à penser le monde, c\u2019est-à-dire le monde des choses en soi ou noumènes.Seulement, penser n\u2019est pas nécessairement connaître; penser, c\u2019est tout au plus (1) Opus postumum, trad.J.Gibelin, Librairie philosophique J.Varin.Paris, 1950, p.28. L\u2019ESPRIT DE KÔNIGSBERG 705 avoir une idée des choses, et la plupart du temps une idée vague.La faculté qui fournit les idées est la raison, que Kant place au sommet de nos moyens de nous représenter le réel, non pas toutefois parce qu\u2019elle serait constitutive de la connaissance: non, pas plus que l\u2019entendement la raison n\u2019est douée d\u2019intuition; si on la situe au premmier rang du processus psychologique, c\u2019est qu\u2019elle joue le rôle de régulatrice de la connaissance, de législatrice suprême en proposant à l\u2019homme un idéal, un modèle de pensée et d\u2019action qu\u2019elle tire de ses trois idées: Dieu, l\u2019immortalité de l\u2019âme, la liberté.Ces idées sont en effet le propre de la raison, du moins dans l\u2019esprit de Kant.Et si, en théorie, on ne peut prouver de façon absolue l\u2019existence de Dieu, de l\u2019âme ou de la liberté, on peut en démontrer la nécessité en pratique, autrement dit en morale, où la loi à laquelle il faut obéir, et qui n\u2019est pas conditionnée par le temps et l\u2019espace, suppose un législateur nécessaire, souverain et éternel.Le cœur de sa pensée Il nous est impossible d\u2019entrer ici dans les détails du système de Kant.Contentons-nous de rappeler que pour ce philosophe il y a d\u2019un côté le champ de l\u2019expérience, donc le monde tel qu\u2019il nous apparaît, et de l\u2019autre l\u2019esprit humain, qui loin d\u2019être, comme le croient les empiristes et les matérialistes, une cire molle sur laquelle se gravent les résultats de l\u2019expérience, contient au contraire, antérieurement à toute expérience, des structures qui donnent leur forme à nos connaissances, dont la matière seule vient du dehors.De cette manière, il semble presque naturel de voir dans le système kantien un essai de conciliation de l\u2019innéisme et de l\u2019empirisme; on ne peut s\u2019empêcher, d\u2019autre part, d\u2019y constater que l\u2019esprit humain met beaucoup de sien dans son appréhension ou sa représentation de la réalité.Une explication apparemment juste et à la fois concise, du fonctionnement des mécanismes cognitifs, est celle que Valéry nous donne dans ses Cahiers: \u201cCe 706 L'ACTION NATIONALE que nous recevons des sens, y soutient-il, ce n\u2019est pas le \u201cmonde extérieur\u201d \u2014 c\u2019est de quoi nous faire un monde extérieur1.\u201d Kant n\u2019a-t-il pas écrit dans I'Opus postumum, au sujet de la totalité des objets sensibles et de l\u2019idée de Dieu: \u201cNous créons par nous-mêmes subjectivement les objets conçus\u201d?Valéry n\u2019aimait pas les philosophes.Il leur reproche sans cesse l\u2019emploi de mots à son sens trop vagues, comme les mots \u201ccause\u201d, \"âme\u201d, \u201cDieu\u201d, etc.Dans une critique virulente qui comprend environ trois cents pages des Cahiers, il épargne Descartes mais il attaque plusieurs autres philosophes et en particulier Kant: \u201ccet étourdi de Kant\u201d, écrit-il sans broncher.Si Pascal fut en un sens la bête noire de Monsieur Teste, on peut penser que Kant fut sa tête de turc.Quoi qu\u2019il en soit, se moquer des philosophes et de la philosophie comme il l\u2019a fait (300 pages, c\u2019est une somme) ne serait-ce pas vraiment philosopher?Les historiens de la philosophie ont répété trop souvent que Kant avait réglé son compte à la métaphysique.Il a certainement contribué à l\u2019abandon progressif de la métaphysique traditionnelle, qui se présentant comme la science suprême.Il n\u2019a cependant pas détruit toute possibilité de métaphysique.\u201cOn ne saurait nier la Métaphysique comme disposition naturelle de la raison.Mais les idées de la raison sont simplement régulatrices et non constitutives; elles ne nous font rien connaître, elles orientent seulement notre effort pour connaître et l\u2019empêchent de se satisfaire trop aisément2.\u201d La métaphysique demeurera légitime et on pourra la regarder comme une science si elle s\u2019en tient à l\u2019explication des concepts a priori des sciences de la nature.Il est aussi une autre métaphysique, celle des moeurs, non moins légitime que la précédente, parce qu\u2019elle dispose de tous les éléments a priori voulus pour se présenter comme une \u201cscience de la conduite\u201d.Cette (1)\tGallimard, La Pléiade, p.1193.(2)\tGeorges Pascal, La Pensée de Kant, Bordas, p.108. L\u2019ESPRIT DE KÔNIGSBERG 707 science reposera sur la notion de devoir, liée au sentiment de la liberté.Sa morale Kant construit sa morale à partir de la constatation suivante qui pour lui a la valeur d\u2019un fait: la seule chose que l\u2019on puisse sans réserve tenir pour bonne, c\u2019est une bonne volonté.Une bonne volonté vaut par elle-même et non par son utilité.Il découle de cette proposition que le désintéressement est le premier principe, sinon le seul, de la morale.Il faut agir par devoir.Uniquement par devoir Les maximes de nos actions ne doivent procéder que de la volonté, qui n\u2019est autre chose que la raison pure pratique.Quant au devoir, il faut y voir seulement une action accomplie par respect de la loi.Ce n\u2019est pas chez Kant, même s\u2019il a flirté passablement avec la philosophie anglaise, qu\u2019on retrouvera les sources de l\u2019utilitarisme et du pragmatisme contemporains.Cela étant posé, la volonté n\u2019a plus qu\u2019à se soumettre à la loi, entendez à la forme de la loi, indépendamment de sa matière, toujours trop contingente.Ainsi mes actions devront-elles se conformer à ce qu\u2019il y a d\u2019universel dans la loi, afin que je puisse toujours agir de manière que leurs maximes puissent être érigées en règles valables pour les autres comme pour moi, donc en règles universelles.La raison fait dériver nos actions des lois, \u2014 nous disons la raison et non l\u2019expérience, laquelle est forcément relative et presque toujours mêlée à la coutume.Et c\u2019est lorsque la raison détermine la volonté que celle-ci devient raison pratique ou \u201cfaculté d\u2019agir d\u2019après des règles\u201d.Dictées par la raison à la volonté, ces règles sont des impératifs, dont le plus général est l\u2019impératif catégorique.On a baucoup parlé de l\u2019impératif catégorique, notamment aux époques où l\u2019impérialisme allemand cherchait à dominer l\u2019Europe et le reste du monde.Cette façon de faire de la politique avec une notion de pure 708 L'ACTION NATIONALE philosophie avait quelque chose de sommaire et de malsain.D\u2019aucuns sont allés jusqu\u2019à prétendre que l\u2019impératif catégorique était une sorte de fascisme intellectuel qui se trahissait par son absolutisme.Que d\u2019absurdités! En réalité, l\u2019expression la plus parfaite de cet impératif consiste à considérer la personne humaine comme une fin en soi et non comme un moyen.Il sera donc bien difficile de trouver une formule qui soit aussi éloignée du fascisme ou de toute autre \u201cidéologie\u201d absolutiste, et en même temps aussi près de l\u2019idéal de la sagesse.Au reste, le fait de regarder la personne humaine toujours comme une fin en soi, c\u2019est affirmer l\u2019immoralité radicale du suicide ou de l\u2019infanticide, par exemple, quels qu\u2019en soient les mobiles, tout comme c\u2019est affirmer l\u2019immoralité du mensonge, des fausses promesses, etc.La volonté pour Kant, est autonome.La position du philosophe en morale individuelle est donc antidéterministe.La volonté est selon lui autonome en ce qu\u2019elle s\u2019impose des lois, mais des lois qui ne sauraient dépendre de conditions extérieures ou de moyens qui lui donneraient d\u2019autres déterminations que les siennes propres.Sans cette autonomie, comment oserait-on parler de dignité humaine?Il est également \u201cautonomiste\u201d en morale sociale, comme le prouve l\u2019accueil enthousiaste qu\u2019il fit aux principes de la Révolution française, qui souhaitait la libération des peuples opprimés, afin qu\u2019ils puissent se gouverner eux-mêmes.Toutefois, il possédait à un trop haut degré le sens de la justice et du droit pour ne pas condamner les excès de cette révolution et les tyrans issus de la Convention et du Comité de salut public, cette bande d\u2019assassins qui terrorisèrent la France et une partie de l\u2019Europe.La critique de la raison pure Dans la présentation chronologique des oeuvres de Kant, quelquefois même dans leur analyse, la distinction que des historiens ont établie entre celles qui précèdent L\u2019ESPRIT DE KÔNIGSBERG 709 la Critique de la raison pure et celles qui la suivent, en nommant respectivement ces deux temps période précritique et période critique, n\u2019a qu\u2019une utilité relative, purement technique; la valeur en est très limitée.C\u2019est si l\u2019on veut un moyen de voir un peu plus clair dans l\u2019énorme quantité de livres, d\u2019opuscules, d\u2019articles de revue et de fragments qui forment l\u2019œuvre du philosophe.Car bien que Kant fût parfaitement conscient de l\u2019importance de l\u2019analytique transcendantale, de la portée de son criticisme, et qu\u2019il assimilât cette méthode nouvelle à une sorte de révolution copernicienne opérée en métaphysique, la distinction académique entre tout ce qui s\u2019est passé dans son esprit avant 1781 et tout ce qui s\u2019y est passé après, n\u2019exprime nullement à notre avis ce départ, cette prétendue ligne de démarcation entre un \u201clong sommeil dogmatique\u201d et la brusque révélation de la vérité.Kant eut beau déplorer lui-même ce sommeil et remercier Hume de l\u2019en avoir tiré, ses regards et son sentiment de reconnaissance sont des artifices qui relèvent davantage de la rhétorique que de la philosophie, en tout cas, nous n\u2019en serons pas dupes.Même ébloui, Kant n\u2019était pas homme à tomber de cheval sur le chemin de Damas.Il représenterait plutôt l'anti-mysticisme moderne.Il est l\u2019Anti-Mystique à peu près comme Valéry est l\u2019Anti-Gide.Il est, avec Descartes et Spinoza, un des rares esprits modernes à nous présenter une doctrine cohérente de bout en bout, sans contradiction majeure.À l\u2019exception de Bergson, dont le système est suffisamment justifié, les successeurs de Kant, adversaires ou disciples, nous proposent des visions du monde entachées de contradictions, qu\u2019ils s\u2019efforcent de résoudre dans des synthèses ultimes assez peu convaincantes.Jaloux de sa tranquillité, il évita le plus possible de se mêler aux polémiques savantes qui défrayèrent la chronique entre 1788 et 1803, c\u2019est-à-dire lorsque les ténors de l\u2019idéalisme élevèrent la voix.Ce fut presque malgré lui, après qu\u2019un ami l\u2019en eut pressé, qu\u2019il décida 710 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019intervenir dans la fameuse querelle Jacobi-Mendelssohn.Les circonstances l\u2019amenèrent d\u2019autre part à se mesurer aux pouvoirs publics.Après le long règne de Frédéric II, une réaction se produisit contre les idées nouvelles et I\u2019 \u201cirréligion\u201d des partisans de la Révolution française.Le nouveau roi Frédéric-Guillaume II et ses conseillers décidèrent de rendre à la censure tous ses droits.Les écrits sur la religion firent l\u2019objet d\u2019une surveillance étroite.Kant s\u2019apprêtait justement à publier la première partie de La Religion dans les limites de la simple raison.Il la publia effectivement sans avoir à subir les rigueurs de l\u2019autorité royale, parce qu\u2019on jugea que la matière en était si difficile que les lecteurs moyens n\u2019y verraient que du feu.Mais quand il fut question de faire paraître le reste de l\u2019ouvrage, le philosophe, prudemment, s\u2019adressa à l\u2019Université, qui donna son accord.Le traité, composé de quatre longs articles, fut donc publié.Malheureusement, cette manoeuvre ne fut pas au goût du monarque.Il fit à l\u2019auteur des remontrances sévères et lui interdit, à toutes fins utiles, de se prononcer désormais sur des problèmes religieux.Kant se soumit, tout en se réservant le droit (ce qui n\u2019était pas formel mais implicite dans le texte de sa réponse) d\u2019exprimer publiquement ses idées sur la religion après le règne de Frédéric-Guillaume II.À l\u2019avènement de Frédéric-Guillaume III, Kant, se jugeant libéré de son engagement, aborda dans un autre livre des questions théologiques analogues à celles qu\u2019il avait exposées avant l\u2019intervention du conseil de censure.Son influence En tant que système philosophique, le kantisme reste discutable comme l\u2019est n\u2019importe quel autre système se donnant pour un essai d\u2019explication du monde et de l\u2019homme.Néanmoins, en matière de morale individuelle et sociale, la solution kantienne se révèle singulièrement actuelle; et, à ce titre, elle mérite certainement qu\u2019on y réfléchisse, à défaut de pouvoir la retenir tout entière. L\u2019ESPRIT DE KÔNIGSBERG 711 Respecter la loi pour l\u2019unique raison qu\u2019elle est la loi paraîtra sans doute idéaliste à la plupart des gens.Cette formule n\u2019en fournit pas moins la garantie, sur le plan personnel, d\u2019une conduite honnête, compte tenu de la faiblesse humaine, et dans l'ordre social elle est la sauvegarde de la liberté.Dans nos démocraties libérales il est de mode, depuis bien des années du reste, non seulement de contester les lois (ce qui dans plusieurs cas est parfaitement légitime), non seulement de les tourner, ce qui est le fait de trop d\u2019individus, mais encore de les violer collectivement, sans se soucier le moins du monde que les assemblées délibérantes et les corps constitués, formés généralement d\u2019élus, représentent et expriment, chaque fois qu\u2019ils légifèrent, une volonté devant laquelle tous doivent s\u2019incliner, parce qu\u2019elle est justement, du moins en principe, la volonté de tous.Tout gouvernement démocratiquement élu administre la chose publique non pas uniquement au nom de la majorité qui l\u2019a porté au pouvoir, mais au nom de toute la population.Et alors, nous dira-t-on, il n\u2019y a jamais de \u201cmauvaises\u201d lois?Les gouvernements ne se trompent jamais?Il est peu de lois qui soient radicalement mauvaises.Il en est de vagues, d\u2019insuffisantes, de souverainement déplaisantes, de trop dures ou de trop faibles, toutes susceptibles, heureusement, de modifications.Bien sûr, il y a eu des lois iniques sous Caligula; il y en a eu sous Hitler, sous Staline, comme il y en a toujours dans certains pays gouvernés par des dictateurs qui favorisent une classe au détriment des autres classes.On ne saurait toutefois, sans causer de graves préjudices à toute la société, s\u2019autoriser de cette situation pour contester les lois et refuser de s\u2019y soumettre; on ne saurait tolérer, sans menacer de l\u2019intérieur les institutions, que tel groupe d\u2019individus viole telle loi parce qu\u2019elle réfrène son égoïsme, contrarie son intérêt, limite sa puissance, bref parce qu\u2019elle le gêne.Nous pourrions donc tirer aujourd\u2019hui d\u2019utiles leçons de la doctrine kantienne, notamment de sa métaphysique 712 L'ACTION NATIONALE des mœurs, comme des morales stoïciennes qui en découlent.Il est probable que la \u201cdignité humaine\u201d ne s\u2019en porterait que mieux.Mais peut-être aussi le sort des morales individuelles, sociales et internationales ne dépend-il, en définitive, que de I\u2019 \u201chumaine condition\u201d?En ce 175e anniversaire de la mort de Kant, souhaitons que cette conclusion hypothétique et, somme toute, pessimiste, soit si provisoire que le monde civilisé n\u2019ait bientôt plus à déplorer les excès de la volonté de puissance, ou ceux du fanatisme dont Voltaire disait: \u201cLes lois sont encore impuissantes contre les accès de rage (.) Ces gens-là (les fanatiques) sont persuadés que l\u2019esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu\u2019ils doivent entendre.\u201d Kant n\u2019est pas philosophe au sens le plus large du mot, il l\u2019est au sens le plus vrai et, osons le dire: le plus précis.Sa conception de l\u2019Univers et de l\u2019homme est totale en ce qu\u2019elle englobe à peu près toutes les parties connaissables de ces objets considérés en eux-mêmes, tout comme dans leurs rapports réciproques et les plus généraux.Depuis Marx, on a singulièrement abusé des termes \u201cphilosophie\u201d et \u201cphilosophe\u201d en les associant à des disciplines telles que l\u2019économie politique ou la sociologie et à des esprits qui ne se soucient pas plus d\u2019ontologie, que de logique ou de morale.On a trop souvent appelé philosophes des gens qui étaient en fait ethnologues, anthropologues, linguistes, économistes, démographes, bref tout ce qu\u2019on voudra sauf philosophes.Il s\u2019agissait de spécialistes, les spécialistes actuels étudient l\u2019homme et son milieu à l\u2019aide de courbes, de diagrammes et d\u2019autres éléments d\u2019informatique.Si l\u2019on avait disposé de ces moyens au XVIIIe siècle, Kant ne les aurait certes pas dédaignés dans l\u2019étude des nombreuses sciences qui retinrent son attention.Mais il n\u2019était justement pas un spécialiste.Et dans son enquête sur l\u2019homme, sur le monde extérieur, sur l\u2019État, la liberté, nos devoirs et nos droits, comme sur l\u2019idée de Dieu et sur celle d\u2019immortalité, son seul outil fut la réflexion. L\u2019ESPRIT DE KÔNIGSBERG 713 Nous terminerons ce portrait de Kant par un jugement sur son style.Excepté la Critique de la raison pure et l\u2019essai sur La Religion dans les limites de la simple raison, dont les phrases longues et compliquées rendent difficile la compréhension de certains chapitres, les ouvrages de Kant se lisent assez bien, en particulier ses courts traités, ses opuscules et ses articles sur des problèmes de logique, de physique et d\u2019anthropologie.Il ennuierait si ses idées ne s\u2019enchaînaient avec autant de logique.Son esprit établit avec une telle rigueur les rapports entre les objets qu\u2019il examine, que le lecteur, peu à peu séduit par cette harmonie toute cérébrale, s\u2019y prend comme à un jeu.Encore faut-il aimer la philosophie pour aborder cet auteur par ses grandes oeuvres que sont les trois Critiques.Car, de même qu\u2019à Valéry, de son propre aveu, il a manqué un Allemand qui aurait achevé ses idées, il aurait peut-être fallu à Kant un Français pour simplifier parfois les siennes, abréger ses développements et raccourcir ses phrases. 714 L\u2019ACTION NATIONALE RÉFÉRENDUM OU PAS: la vraie question Quand la meute dite fédérale crie au séparatisme depuis près de 10 ans, quand les Trudeau, les Pelletier, les Lalonde, Sauvé, Marchand vont répétant que le séparatisme briserait le Canada, ils ont cent fois raison, car le Canada sans le Québec ne pourrait subsister comme le patron sans ses serviteurs, ses esclaves.Cependant faut-il encore savoir qui propose le séparatisme et qui offre souveraineté-association.Quelqu'un qui offre le mariage n\u2019est pas un divorcé, à moins que les mots et les réalités aient subitement changé de sens.Quelqu\u2019un qui est déjà marié en communauté de biens et qui envisage d\u2019utiliser la loi qui lui permet de transformer son association en séparation de biens, est-il un séparatiste ou un divorcé?Non il ne fait que changer son contrat d\u2019association pour mieux garantir la souveraineté personnelle.Autrement notre loi civile est un non-sens.Et cette loi a été passée en 1972 à cause des abus entraînés par la communauté de biens alors que la séparation de biens est censée favoriser l\u2019épanouissement personnel.Évidemment il s\u2019en trouve qui refusent de passer de la communauté de biens à la séparation de biens parce que n\u2019ayant jamais admis l\u2019égalité à l\u2019intérieur du premier contrat, on redoute de perdre son emprise sur le conjoint.Quand on n\u2019a jamais admis l'égalité, l'association à l\u2019intérieur du pacte fédératif, on préfère le séparatisme, le refus de souveraineté-association et l\u2019on préfère la séparation totale et définitive.Mais alors on doit choisir ses mots, ses comparaisons avant de parler.Il faut tout de même mettre les bonnes étiquettes aux bons endroits.Alors la vraie question, devrait dire Mme Jeanne Sauvé devrait être: Préférez-vous le séparatisme fédéral ou la souveraineté-association québécoise?On pourrait poursuivre le raisonnement à l\u2019infini, recourant selon le besoin aux chiffres, aux énoncés divers.Si le Canada anglais, si l\u2019Ontario prétend qu\u2019il a toujours versé plus au Québec qu\u2019il ne lui était dû, plus qu\u2019il ne versait lui-même en taxes, pourquoi alors ne pas accepter que nous fassion nous-mêmes l\u2019équilibre des taxes payées et des revenus partagés?Ce serait le résultat premier de notre souveraineté.Quant à la libre circulation des biens, des personnes, des richesses naturelles, elle serait encore plus possible avec les associations.Les Québécois seraient alors libres d\u2019aller travailler ailleurs en anglais, comme ça toujours été le cas. 715 Les richesses naturelles de l'Alberta ne seraient pas plus loin que maintenant, pas plus que les Rocheuses ou les Grands Lacs.Les distances géographiques ne seraient nullement changées.Ni non plus les pouvoirs des diverses provinces sur leurs richesses naturelles.Rien de cela ne serait changé.Mais pour les Québécois ce serait enfin le vrai Maître chez nous.Quand Bill Davis va crier au séparatisme sur les tribunes américaines, il n\u2019est pas plus logique avec lui-même, car il vient de dire d\u2019un même souffle qu\u2019il refuse la souveraineté au Québec parce qu\u2019il lui refuse d\u2019avance et au nom des autres toutes formes d\u2019association.Qui offre quoi?Qui est quoi?Même fédéraliste, qui refuse l\u2019égalité, l\u2019association?Qui maintient les deux solitudes?Celui qui préconise l\u2019association est un associationiste, et le vrai séparatiste est celui qui annonce son refus, donc qui proclame son propre séparatisme.LE CONCEPT DE TRAÎTRISE Nous devenons de plus en plus critique des représentants québécois à Ottawa, de leur rôle et de leurs actions.Un fait est certain: plusieurs ne défendent pas le Québec mais Ottawa et tout ce qu\u2019Ottawa représente, comme la centralisation, la vassalisation du Québec aux intérêts anglo-canadiens et étrangers.On a soulevé le point suivant: d\u2019après leurs actes et leurs discours, sont-ils Québécois ou Étrangers?Ces ineffables marionnettes ont répliqué: \"Nos ancêtres sont au Québec depuis trois siècles.Nous sommes aussi Québécois que n\u2019importe qui!\" 716 Qu\u2019en est-il de ce discours?Quelle est sa part de vérité?Oui, leurs ancêtres étaient bien Québécois mais, eux, ils ont dévié de leur histoire.N\u2019en représentent-ils pas l\u2019élément bâtard, l\u2019élément des \u201cvendus\u201d aux intérêts étrangers?Par là nous arrivons au concept de traîtrise.Est-il possible d'être traître au Québec et à la nation québécoise?Il y a telle chose qu'une responsabilité personnelle envers sa nation.Il y a telle chose qu\u2019une participation à la dignité collective.Il y a telle chose que le service des libertés fondamentales pour son peuple.En dévier, travailler contre lui et toute son histoire, cela prend, aux yeux des masses, l\u2019allure trop intéressée des valets et quelque chose de la honte des traîtres.LA ROYAL MOUNTED POLICE OF OTTAWA L\u2019enquête Keable nous a permis de prouver ce que nous soupçonnions depuis déjà longtemps: la ROYAL MOUNTED POLICE constitue un État dans l\u2019État, entièrement dévouée aux intérêts WASP (White Anglo-Saxon Protestant), profondément immorale, provocatrice de malaises sociaux, remplie de préjugés raciaux et de méthodes fascistes ou staliniennes.Le mensonge et la déception y sont monnaie courante.Face à ce corps organisé, protégé par le gouvernement fédéral comme n\u2019importe quelle police secrète des pays impérialistes ou dictatoriaux, le Québec doit cesser d\u2019être naïf et se préparer, dans sa lutte pour l\u2019indépendance, aux plus sales attaques, hypocrites et sournoises, de la part d'Ottawa.Les fédéraux ont une armée d\u2019experts sans morale et prêts à tout pour humilier le Québec.Autre conclusion: il faut remettre tous les Felquistes encore en prison ou en jugement, en complète liberté.Les pires fauteurs de troubles ne sont plus les exilés ou les prisonniers mais ces gens en liberté qui en abusent pour des fins ignobles et qui manipulent la vérité et les documents pour des fins véreuses et prégnantes de violence sociale.Voilà les plus grands fauteurs de troubles. I LES AMIS DE LA REVUE BIJOUTERIE POMPONNETTE inc.J.Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal H2X 1L4 \u2014 288-3628-29\tGABRIEL CHARRON 563, 45e avenue LaSalle \u2014 366-9116 AVOCAT\tJEAN-HUBERT MARANDA, avocat 325 est, boul.St-Joseph Montréal \u2014 288-4254 FER\tF.X.LANGE INC.ACIER DE STRUCTURE SECOND TIGE À BÉTON \u2014 PLAQUES 10,530 est, boul.Henri-Bourassa MONTRÉAL H1C 1C6 - 648-7445 TRADUCTION\tCLAUDE-PIERRE VIGEANT, traducteur et publiciste, 604, rue Waterloo, LONDON - ONTARIO N6A 4E3 LAINE PAUL GRENIER ENR.Spécialité: laine du Québec 2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 388-9154\t GROULX, CADIEUX & MONGEAU Notaires Yvon Groulx, b.a., I.ph., Il.l.Gilles Cadieux, b.a., Il.l.Denis Mongeau, b.a., Il.l.J.-C.Larocque, b.a., Il.l.4416, boul.Ple-IX Tél.: 254-9435 Il AVOCATS\t \tGUY BERTRAND 4 ASSOCIÉS, Avocats 42, Sainte-Anne, suite 200, Québec, Qué.G1R3X3 Tél.: 692-3951 Guy Berlrand, Gilles Grenier, Louise Oils COMPTABLES\tDesforges, Beaudry, Germain & Associés Comptables agréés 210 ouest, boul.Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél.388-5738 PLACEMENTS RAYMOND CAMUS INC.Courtier en valeurs mobilières 500, place d\u2019Armes, ch.1020, Montréal \u2014 Tél.: 842-2715 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels EDOUARD ROY & FILS LTÉE QUINCAILLERIE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario, Mtl H1V 1J8 Tél.: 524-7541 FRANÇOIS-ALBERT ANGERS POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS Volume de 280 pages, publié en 1969, qui reproduit le meilleur de la pensée de M.Angers et qui éclaire l\u2019actualité que nous vivons sans toujours voir les grandes lignes de fond. Ill À VOTRE SERVICE DANS LE GROUPE DE POINTE \u2022\tAssurance-vie régulière et variable \u2022\tAssurance collective \u2022\tRentes viagères \u2022\tRevenu-épargne variable JL»\tC O N O M I E M U T U E I.L K D'ASSURANCE Agences et unités DRUMMOND VILLE \u2022 GRANBY \u2022 JOLIETTE \u2022 LAVAL \u2022 LONGUEUIL MONTRÉAL \u2022 OTTAWA \u2022 QUÉBEC \u2022 SHERBROOKE 385 est, rue Sherbrooke, Montréal 129, tel.: 844-2050 SOCIÉTÉ NATIONALE DE FIDUCIE L'ÉCONOMIE MUTUELLE D'ASSURANCE IV Compliments du Mouvement national des québécois\t et des sociétés membres:\t SNQ\tABITIBI - TÉMISCAMINGUE SNQ\tCENTRE DU QUÉBEC SNQ\tCÔTE-NORD SNQ\tEST DU QUÉBEC SNQ\tDES HAUTES RIVIÈRES SNQ\tDU LANAUDIÈRE SSJB\tDE MONTRÉAL SNQ\tOUTAOUAIS-NORD SNQ\tRÉGION DE L'AMIANTE SNQ\tRÉGION DE LA CAPITALE SNQ\tDES LAURENTIDES SNQ\tSAGUENAY - LAC ST-JEAN SNQ\tRICHELIEU - YAMASKA SSJB\tDE ST-JEAN SSJB\tDE LA MAURICIE L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTION: JEAN GENEST Chef de secrétariat: Mme Muriel Champagne Rédaction et administration: 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal H2X 1X3 ou Tél.: de 09.00 à 13.00 h.à: 845-8533.Abonnement: $15.par année.De soutien: $25.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019INDEX DES PÉRIODIQUES CANADIENS, publication de l\u2019Ass.Can.des Bibliothèques, PÈRIODEX, publié par la Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d'articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE PRÉSIDENT: M.François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS: Madame Paul Normand M.Charles Poirier SECRÉTAIRE: M.Gérard Turcotte TRÉSORIER: M.Patrick Allen DIRECTEURS: MM Yvon Groulx Richard Arès Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest M.et Mme Michel Brochu Claude Trottier Jean Marcel Rosaire Morin Jean-Marc Kirouac Ruth Paradis Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Charles Castonguay Guy Bouthillier Pierre Trépanier Raymond Barbeau Delmas Lévesque André Auclair Jean-Paul Rioux Mme Nycol Pageau-Goyette André Provost Pourquoi pas chez nous?Pour vos assurances-vie Pour une carrière en assurance-vie La Solidarité Compagnie d'assurance sur la vie Siège social à Québec Agences Amos\tChicoutimi\tSherbrooke\tBeauceville-Est Québec\tRimouski\tVille de Laval\tRivière-du-Loup Longueuil\tSainte-Foy\tDrummondville "]
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