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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1980-02, Collections de BAnQ.

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[" L'ACTION NATIONALE Volume LXIX, Numéro 6\tFévrier 1980\t$2.PSYCHOLOGIE D\u2019UNE RÉUNION SYNDICALE par Georges Allaire REPRENDRE NOTRE CANADA par Odina Boutet EN MARGE D\u2019HÉLÈNE PELLETIER-BAILLARGEON par Pierre Trépanier DE NOS CHANSONNIERS par Bruno Roy POURQUOI DIRE OUI AU RÉFÉRENDUM par l\u2019âge d\u2019or AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ par Patrick Allen UECQNOMIE MUTUELLE\u2014VI \u2022\tASSURANCE-VIE RÉGULIÈRE ET VARIABLE \u2022\tASSURANCE COLLECTIVE \u2022\tRENTES VIAGÈRES \u2022\tREVENU-ÉPARGNE VARIABLE AGENCES ET UNITÉS DRUMMONDVILLE GRANBY JOLIETTE LAVAL MONTRÉAL OTTAWA QUÉBEC RIVE-SUD SAGUENAY - LAC ST-JEAN SAINT HYACINTHE SHERBROOKE THETFORD MINES SIÈGE SOCIAL TÉL (514) 844-2050 SIÈGE SOCIAL: 385 EST, RUE SHERBROOKE, MONTRÉAL, QUÉ.H2X 3N9 L\u2019ACTION NATIONALE Volume LXIX, Numéro 6\tFévrier 1980\t$2.TABLE DES MATIÈRES GEORGES ALLAIRE: Psychologie d\u2019une réunion syndicale .423 ODINA BOUTET: Reprendre notre Canada .430 PIERRE TRÉPANIER: En marge d\u2019H.Pelletier-Baillargeon.440 BRUNO ROY: De nos chansonniers.461 L\u2019ÂGE D\u2019OR: Pourquoi dire OUI au référendum.483 PATRICK ALLEN: Au fil de l\u2019actualité.487 ATTENTION! Voyez nos pages II et III: L\u2019Action Nationale lance un grand banquet, comme partie de sa campagne au référendum.Ce sera l\u2019événement de la saison.Il nous faut plus de 500 présences.Lisez Patrick Allen: L'actualité avec du sel et du poivre! Résultat de la souscription à la Fondation Minville, au 1 janvier 1980: Nous atteignons $52,000.! Dépôt légal \u2014 1er semestre 1980 ISBN-2-89070 Courrier de la deuxième classe Enregistrement No 1162 ISSN 0001-7469 L\u2019ÉVÉNEMENT DE LA SAISON L\u2019ÉVÉNEMENT Souper-causerie de L'Action nationale Sous la présidence d\u2019honneur de M.et Mme JACQUES PARIZEAU, ministre des Finances HÔTEL WINDSOR CARRÉ DOMINION MONTRÉAL VENDREDI, 7 MARS 1980 À 19H00 DE LA SAISON \u2014 L\u2019ÉVÉNEMENT DE LA SAISON Conférencier: PIERRE BOURGAULT \u201cPLÉBISCITE 1942 \u2014 RÉFÉRENDUM 1980\u201d \u2022\tUn billet: $25.\u2022\tDix billets pour une table: $250.\u2022\tDeux prix de présence seront tirés: Montréal-Mexico par avion.On se procure les billets: 1)\tJEAN GENEST, 82 ouest, rue Sherbrooke \u2014 Mtl 845-8533 (de 09h00 à 13h00) 2)\tPATRICK ALLEN, 8915, rue St-Urbain \u2014 Mtl 384-6651 IV Le Mouvement national des Québécois demande la souveraineté SNQ\tABITIBI TÈMISCAMINGUE\t\t 14,000 membres SNQ\tCENTRE DU QUÉBEC\t28,000 membres SNQ\tCÔTE-NORD\t1,400 membres SNQ\tEST DU QUÉBEC\t34,000 membres SNQ\tDES HAUTES RIVIÈRES\t13,875 membres SNQ\tDU LANAUDIÈRE\t.17,000 membres SSJB\tDE MONTRÉAL\t13,000 membres SNQ\tOUTAOUAIS\t1,050 membres SNQ\tRÉGION DE L'AMIANTE\t3,900 membres SNQ\tRÉGION DE LA CAPITALE\t100 membres SNQ\tDES LAURENTIDES \t\t13,000 membres SNQ\tSAGUENAY-LAC ST-JEAN\t8,000 membres SNQ\tRICHELIEU YAMASKA\t9,500 membres SNQ\tRICHELIEU-ST-LAURENT\t4,500 membres SNQ\tDES CANTONS \t\t350 membres TOTAL .161,675 membres On demande un jour à M.Jacques Parizeau, ministre des Finances: \"Espérez vous gagner le référendum en faveur de I indépendance du Québec alors que les fédéralistes et le gouvernement fédéral jettent cent millions de dollars dans la lutte?\" Il répondit: \"Le gouvernement fédéral et les.Anglo-Canadiens ont toujours eu plus d'argent que nous! Mais nous, nous avons les hommes et les femmes du Québec qui font la majorité! Votre mouvement n'a-t-il pas 160,000 membres?\" HOMMES ET FEMMES DU QUÉBEC, PRENEZ VOTRE PAYS EN MAIN! VOUS FAITES LE PAYS1 LE QUÉBEC N'EST PAS A VENDRE! V LAINE\tLAINE PAUL GRENIER ENR.Spécialité: laine du Québec 2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 388-9154 366-9116 LES FONDOIRS GABRIEL CHARRON LTÉE 1083A L'Épiphanie 563, 45e Avenue LASALLE, Qué.H8P 3B9\tFONDOIRS PLACEMENTS\t RAYMOND CAMUS INC Courtiers en valeurs mobilières 1200, ave McGill College, chambre 1400, Montréal H3B 4G7 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels Tel.: 879-1714\t QUINCAILLERIE\tÉDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario, Mtl H1V 1J8 Tel.: 524-7541 FRANÇOIS-ALBERT ANGERS POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS Volume de 280 pages, publié en 1969, qui reproduit le meilleur de la pensée de M.Angers et qui éclaire l\u2019actualité que nous vivons sans toujours voir les grandes lignes de fond.\t VI AVOCATS\t \tGUY BERTRAND & ASSOCIÉS, Avocats 42, Sainte-Anne, suite 200, Québec, Qué.G1R3X3 TÔI-: 692-3951 Guy Bertrand, Gilles Grenier, Louise Otis COMPTABLES\tDesforges, Beaudry, Germain & Associés Comptables agréés 210 ouest, boul.Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél.: 388-5738 ôeW3 *^&*?* VII une institution aux racines authentiquement populaires et québécoises \" K> Laissez notre représentant vous aider à bien planifier votre programme de sécurité financière.M l'assurance-vie desjardins siège social lévis (québec) VIII NOTES SUR MONSIEUR ESDRAS MINVILLE 1 \u2014 Qui est M.Minville?Il est né le 7 novembre 1896 à Grande-Vallée, en Gaspésie.Il était le fils de Joseph Minville et d\u2019Adélaïde Fournier, cultivateurs.Il fit ses études secondaires au pensionnat Saint-Laurent, des Frères des Écoles chrétiennes où il obtint son diplôme en 1917.De là, il commença ses études supérieures à l\u2019École des Hautes Etudes Commerciales, au Carré Viger, à Montréal.S\u2019il avait entrepris le collège classique, il est probable que son orientation aurait été différente.Chez les Frères, il fut initié au commerce et y réussit.De 1922 à 1927, il travaille dans les assurances contre les incendies puis dans la maison de finance Versailles, Vidricaire et Boulais, non comme comptable ou expert mais comme chef de la publicité.Les études de commerce ne conduisaient pas encore à la fortune, au Québec.En 1924, il est professeur à temps partiel, puis en 1927, à temps plein, à l\u2019École des Hautes Études Commerciales.Il s\u2019y occupe de la composition française et du français commercial, des cours du soir et des cours par correspondance.Puis comme chef de la publicité, il s\u2019aperçoit que la jeunesse du Québec est peu orientée vers le commerce et la finance! C\u2019est alors qu'il demande à Groulx de lui enseigner la philosophie.De 1929 à 1938, il devient secrétaire général de la revue de L\u2019École: L\u2019ACTUALITÉ ÉCONOMIQUE.Il en avait été un des fondateurs en 1925.Il y trouva une tribune où publier ses études et sa pensée économique.Il y acquiert la renommée.Ses volumes sont solides.De 1938 à 1962 il est directeur de l\u2019ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES COMMERCIALES.De 1950 à 1957, il cumule cette charge avec celle de doyen de la Faculté des sciences sociales de l\u2019Université de Montréal.Cet homme calme et serein, au regard si bleu et si intérieur, trouva le temps de repartir LA LIGUE D\u2019ACTION IX NATIONALE et d\u2019être le directeur de la revue de 1934 à 1944.Conseiller du ministre du Commerce à Québec, chargé de l\u2019inventaire des richesses naturelles, il exprima des idées originales, qu\u2019on applique encore aujourd\u2019hui.En 1953, il fut un des principaux auteurs du Rapport publié par la Commission Tremblay, rapport presque rejeté par M.Duplessis, comme une \u201coeuvre de poètes\u201d mais qui constitua une des bases les plus solides de notre révolution tranquille et que tous les ministres du Québec ont invoqué à toutes les réunions des commissions fédérale-provinciales pour y expliquer la position du Québec.Le ministère des Affaires culturelles a trouvé que la pensée et le rayonnement de cet homme ont eu suffisamment d\u2019importance sur l\u2019évolution du Québec contemporain pour que son oeuvre fasse partie du \u201cpatrimoine intellectuel\u201d du Québec.Il a confié à M.François-Albert Angers, la tâche de publier son oeuvre complète.Cela représente une quinzaine de volumes.Le premier sera lancé le 22 novembre 1979 dans les salons du nouvel édifice des Hautes Études Commerciales.2 \u2014 Les pôles de sa pensée De 1923 à 1938, encore jeune, M.Esdras Minville se consacre avant tout aux questions économiques.Puis, peu à peu, il lui faut de plus vastes horizons.Il développe, à la fois à cause de l\u2019abbé Lionel Groulx et d\u2019autres amis, une philosophie sociale, comme s\u2019il répondait à une question: comment planifier le développement du Québec?Il veut une connaissance plus concrète du Québec.Il inaugure avec François-Albert Angers, les fameuses études sur NOTRE MILIEU.Toute l\u2019École des Hautes Études devint une équipe dont les regards systématiques sur le Québec furent le commencement d\u2019un redressement inouï.M.Victor Barbeau publia MESURE DE NOTRE TAILLE.Les Hautes Études publièrent quatre ou cinq volumes sur notre milieu.Les conférences se multiplièrent.Une méthode était acquise: de la vie à la science. X Le mot-clé qui décrit mieux Minville, c\u2019est la planification.En ce sens, Minville était un homme d\u2019État.Le développement social, idéologique, économique, moral, civique, exige une conception globale.Le corporatisme l\u2019intéressa.Encore davantage, la coopération.Partout il cherche un substitut aux désordres du capitalisme.Ce planificateur se révélera un réformiste en profondeur.La production l\u2019intéresse mais davantage l\u2019idée d'organiser rationnellement l\u2019économie: la reforestration, les pêcheries complétant les revenus de l\u2019agriculture, promotion des petites et moyennes entreprises bien décentralisées dans la province.A vrai dire, Minville veut une économie au service de l\u2019homme, des familles, de la nation.Dans le Rapport Tremblay, nous avons comme un survol de la pensée de Minville.La troisième partie de ce Rapport est la plus profonde étude psycho-sociologique du \u201ccas\u201d canadien-français.Minville connut un surmenage intellectuel trop intense: il y affaiblit sa santé.Il entra alors dans une semi-retraite, visitant ses amis, prononçant encore quelques conférences mais, oublié, il mourut en décembre 1975.Un très grand homme du Québec.Il mérite un monument.3 \u2014 À L\u2019Action Nationale Sa pensée continue encore à L\u2019Action nationale.Nous avons créé la FONDATION MINVILLE, parce qu\u2019il fut directeur de la revue durant dix ans, il resta toujours un inspirateur pour tous ses directeurs.C\u2019est même François-Albert Angers qui décidera que cette pensée doit continuer et être à la main de tous.Il publiera les oeuvres entières de Minville.Cet homme droit, humain, si extraordinairement talentueux, eut de nombreux disciples.Nous avons mis sous son égide la FONDATION qui permet à son \u201coeuvre\u201d, à \u201cnotre\u201d oeuvre de continuer avec sécurité.Les grands hommes ont toujours cette particularité d\u2019éveiller une foule d\u2019hommes ordinaires, à leurs responsabilités sociales et nationales.Ils nous appellent au dépassement de nous-mêmes. XI L\u2019ACTION NATIONALE ÉTAT DE L'ÉVOLUTION DES FONDS DU 1 JANVIER AU 31 DÉCEMBRE 1979 Provenance des fonds Disponibilités en banque au 1 janvier 1979: $ 3,051.64 Dépôts: abonnements, annonces, ventes 24,917.14 Dons:.6,400.00 TOTAL DES REVENUS:.$34,368.78 Utilisation des fonds Imprimerie:.$18,458.65 Fondation Minville: dons reçus à l\u2019Action nationale et à remettre à la Fondation: .2,780.00 Loyer du secrétariat:.600.00 Salaire: .3,485.00 Correction des épreuves:.270.00 Secrétariat (équipement, timbres, papier, etc.).3,477.00 Conseil d\u2019expansion économique: expédition et adressage:.412.66 Postes, affranchissement de la revue, 2e cl.:.500.00 Ottawa: impôts fédéraux:.34.56 Ouébec: impôts provinciaux:.226.57 Commission des accidents du travail: .\t27.00 Varia:.243.20 Total des dépenses:.$30,515.46 Excédent bancaire pour janvier 1980: .\t$ 3,853.32 Comptes à payer au 31 décembre 1979 à M.François-Albert Angers: $100 par mois comme directeur-administrateur de la revue, d\u2019octobre 1959 à décembre 1966:.Puis de septembre 1973 à juin 1977, comme directeur de la revue, à raison de $1500 par an:.à M.Jean Genest: $1,500 par an, de septembre 1973 à décembre 1979:.TOTAL DE LA DETTE:.$ 8,700.00 6,000.00 7,700.00 $24r4ûa00 XII COMMENTAIRES 1\t\u2014 À PREMIÈRE VUE, ce bilan financier de l'année 1979 est un succès car nous y lisons un surplus de $3,853.avec lequel nous pourrons commencer l'année 1980: sécurité et prévoyance.2\t\u2014 AU SECOND REGARD, nous voyons mieux notre situation précaire, fragile, car, si nous avons bien bouclé l\u2019année, c\u2019est grâce à des dons totalisant $6,400.3\t\u2014 AVEC UN REGARD DE HAUT, nous comprenons qu\u2019avec la concurrence de la télévision et des mass-média, une revue peut difficilement survivre.En fait, elles disparaissent les unes après les autres.4\t\u2014 UN REGARD INTIME nous révèle que les annonces sont la clef de toute survie.Or presque toutes les entreprises bancaires, les entreprises d\u2019assurances et les grands commerces ont commencé en publiant une annonce dans L\u2019ACTION NATIONALE.Se rendre sympathique le mouvement nationaliste était la meilleure porte d\u2019entrée pour se créer une clientèle fidèle.Aujourd\u2019hui, elles ont leur coudée franche et elles font des économies, à travers un chiffre d\u2019affaires qui augmente entre 15 et 25% par an! Elles ne répondent même plus aux demandes d\u2019annonces de la revue.Ça, c\u2019est de l'indépendance sans l\u2019association! 5\t\u2014 UN REGARD AIGU révèle aussi que, depuis 1959, une mise en chiffres des services rendus par deux individus à cette entreprise à buts non lucratifs qu\u2019est L'Action nationale, explique notre survie.6\t\u2014 UN REGARD CLINICIEN montre que si les dangers sont énormes, les remèdes sont à notre portée: la FONDATION MINVILLE, avec son don de $4,000, en 1979 a pratiquement sauvé la revue.Cela continuera sûrement! 7\t\u2014 UN REGARD PIQUE-BOIS nous fait comprendre que les dépenses du secrétariat comprennent l\u2019achat d\u2019un dactylographe électrique et d\u2019une calculatrice électronique.Signes tangibles que nous continuerons.Toujours avec l\u2019aide tenace de nos amis. La psychologie d'une réunion syndicale par Georges Allaire1 En dehors de la question du bien-fondé ou non des décisions prises en assemblée syndicale, il y a une psychologie qui imprègne et oriente ces réunions.Cette psychologie est l\u2019objet de cet article.1.Professeur de philosophie au CEGEP de La Pocatière 424 L'ACTION NATIONALE Bien des citoyens et bien des gouvernements souhaiteraient que les votes de contestation des syndiqués soient tenus dans le secret d\u2019une cabine de votation.Car, de l\u2019extérieur, on a l\u2019impression que des gens sains d\u2019esprit et individuellement responsables ne peuvent pas régulièrement se voter des conflits, nuire à leur propre situation, attaquer les citoyens qui ont besoin de leurs services.Le scénario des conflits est tellement simpliste: on s\u2019invective; on accuse le patron de ne pas négocier; le patron accuse les syndiqués de mauvaise foi; on grève et on lock-out; le patron fait des offres finales que tout le monde devine n\u2019être pas finales; ça dure un temps; puis il y a une réunion entre les négociateurs des deux parties, et comme par miracle un compromis est trouvé.Ce qui faisait dire à quelqu\u2019un: \u201cSi on faisait semblant de s\u2019être déjà chicané, et qu\u2019on s\u2019entendait tout de suite.\u2019\u2019 Mais ce qui fait penser à beaucoup de gens que tout est manoeuvré par en haut, que les syndiqués eux-mêmes ne peuvent vraiment vouloir sans cesse jouer ainsi à s\u2019essouffler à tous les trois ou quatre ans à leurs dépends.La réunion est démocratique Et pourtant je suis en mesure de témoigner que la réunion syndicale est une réunion libre et démocratique.Comme partout où il y a des hommes, il y aura toujours des hommes pour tricher, on pourra évidemment trouver des cas où la réunion syndicale est intimidée.Mais c\u2019est là un phénomène d\u2019abus et non d\u2019usage.Depuis 1971, je suis, en tant qu\u2019enseignant dans un cégep, membre syndiqué de la FNEQ (Fédération Nationale des Enseignants du Québec), intégré à la CSN (Confédération des Syndicats Nationaux).J\u2019ai participé toutes ces dernières années à bien des réunions syndicales, et à de nombreuses grèves, particulièrement à celles du Front Commun en 1972 et en 1976.Et à chacune de ces réunions, le droit de parole de chacun a été entièrement respecté, aucun intervenant n\u2019a été intimidé par qui que ce soit, et le vote fut chaque fois libre.Même, sur demande, il était possible d\u2019obtenir un vote à bulletin secret lorsque la questions débattue concernait des arrêts de travail ou autres moyens de pression. LA PSYCHOLOGIE D'UNE RÉUNION SYNDICALE 425 Pourtant cette liberté a toute l\u2019apparence d\u2019être une liberté pipée.En effet, chaque fois que les relations entre syndiqués et administrateurs sont passées au moulin syndical, elles aboutissent presqu\u2019invariablement à un conflit.On a l\u2019impression que, les dés lancés, c\u2019est la face du conflit qui apparaîtra.Aussi, bien des syndiqués des secteurs publics et para-publics avancent avec fatalisme vers la date d\u2019échéance de leur convention collective, sachant qu\u2019une grève les attend au bout du chemin.Ils ne la veulent pas.Ils s\u2019en passeraient volontiers.Mais ils savent qu\u2019ils auront beau assister aux réunions libres et démocratiques de leur syndicat, ils finiront par voter leur propre grève.Leur liberté semble prise au piège d\u2019une nécessité.Les apprentis-sorciers de la gauche à go-go ont bien la réponse que la lutte des classes est scientifiquement inévitable et que le paradis poindra au bout d\u2019un bain de sang.Mais l\u2019écrasante majorité des syndiqués ne croit pas à ces rêves, dont la réalité a si souvent révélé le cauchemar au vingtième siècle.La lutte des classes est évitable.Mais il y a un fait qui semble confondre les syndiqués de bonne foi: c\u2019est qu\u2019elle ne semble pas être évitée.Pourquoi?Chaque conflit a des raisons particulières, et chaque situation concrète a son histoire.Dans ce sens, il n\u2019est pas possible de donner une réponse concrète pour chaque cas.Mais il y a un point commun à tous ces conflits: c\u2019est la structure d\u2019une réunion syndicale et la psychologie qu\u2019elle produit presqu\u2019inévitablement.\u201cEux\u201d et \u201cnous\u201d D\u2019abord une assemblée syndicale est souveraine (du moins à la CSN).De ce fait, elle n'admet pas d\u2019étrangers en son sein, sauf rares exceptions.Même un officier supérieur de la CSN doit être accepté par les membres assemblés pour avoir le droit d\u2019assister et de prendre la parole à la réunion syndicale.On est alors entre syndiqués.L\u2019administration n\u2019est évidemment pas représentée.Ce que le patron aurait à dire sera présenté à l\u2019assemblée par un représentant syndical qui affronte déjà le patron.Psychologiquement, la réunion est déjà 426 L'ACTION NATIONALE une affaire entre \u201ceux\u201d, qui sont dehors, et \u201cnous\u201d qui sommes ici.Et il faut peu d\u2019expérience humaine pour savoir ce qu\u2019on a à dire d\u2019un autre lorsqu\u2019il a le dos tourné.Tous les ragots et les qu\u2019en dit-on sortent avec une aisance étonnante.D\u2019abord, bien entendu \u201cles administrateurs ne foutent rien\u201d.\u201cIls ont tant de secrétaires pour les aider, et les enseignants en ont peu.\u201d \u201cLes administrateurs veulent se mêler de l\u2019enseignement alors que nous en sommes les professionnels.\u201d \u201cEt tu ne sais pas que.?\u201d Et ainsi de suite.Tous les simplismes sociaux ressortent dans un tel climat.Des faits particuliers rapportés sans contradiction par la personne absente deviennent tout à coup des complots généraux: \u201cTel administrateur dans tel Cégep a utilisé les plans de cours pour surveiller des enseignants; c\u2019est une tactique du ministère de l\u2019Éducation pour dominer tout le monde.Méfions-nous de nos administrateurs.\u201d Il faut ajouter à ce racisme l\u2019opposition des intérêts entre \u201ceux\u201d et \u201cnous\u201d.Bien entendu, en dernière analyse, les intérêts des deux parties coïncident.Que ferait une administration sans enseignants, et que feraient les enseignants sans l\u2019organisation des services, du recrutement, des horaires, des locaux et ainsi de suite?Mais avant de monter si haut, il reste qu\u2019une teinte égoïste peut accentuer l\u2019opposition des intérêts.L\u2019administrateur y gagnerait à obtenir plus de rendement contre moins de déboursé, et l\u2019employé y gagnerait à travailler moins contre meilleur salaire et meilleures conditions de travail.Et, en bande, c\u2019est cet égoïsme qui fait le plus facilement surface.Ce qui va de soi.Car nous sommes réunis dans l\u2019opposition à l\u2019administration et non dans l\u2019union des fonctions qui se complètent.Et voici qu\u2019un membre laisse entendre qu\u2019il peut être question d\u2019une atteinte aux \u201cdroits\u201d acquis, d\u2019un réaménagement des heures de travail, d\u2019une surcharge à la tâche, d\u2019une possible mise à pied.Chacun se sent alors viscéralement menacé.Par réflexe, il se solidarise avec les autres, afin d\u2019assurer ainsi sa propre protection et celle de ceux qui combattent avec lui.S\u2019il n\u2019est pas menacé maintenant, il pense pouvoir l\u2019être à l\u2019avenir et échange son appui de maintenant contre celui qu\u2019il espère quand son tour viendra.Dans ce contexte, l'intérêt LA PSYCHOLOGIE D\u2019UNE RÉUNION SYNDICALE 427 commun, le bien de l\u2019élève, sont des idées trop abstraites.Je ne dis pas que l\u2019égoïsme de groupe est affirmé dans ces mots.Ce serait trop cru.On parle plus volontiers de justice, d\u2019égalité, de droits, de solidarité.Mais les mots sont utilisés pour recouvrer les mêmes faits.Car il est interdit de donner à la justice le sens du droit de l\u2019étudiant à ses études; de même l\u2019égalité ne peut s\u2019appliquer aux parents qui paient pour que leur enfant ait une bonne éducation; et la solidarité ne saurait jamais être celle qui nous relie à la bonne marche et à la prospérité commune de la société.Ce serait trop beau.L\u2019égoïsme de groupe peut se comprendre quand il y a une menace (véritable ou conçue comme telle).Mais quand il n\u2019y a pas de menace, alors on se sent en position de force.Et le sentiment qui se dégage est qu\u2019il suffit d\u2019exercer cette force pour avoir plus et mieux, toujours plus et mieux.Qui, dans une assemblée solidaire pourrait suggérer qu\u2019il faut se contenter de moins que ce qu\u2019on peut aller chercher?Qu\u2019est-ce que la justice?Prendre ce que l\u2019on peut et le garder contre quiconque voudrait nous l\u2019enlever.L\u2019information Au sentiment d\u2019opposition entre \u201ceux\u201d et \u201cnous\u201d, il faut ajouter les raisons de l\u2019opposition.Une réunion syndicale ramasse d\u2019ordinaire une majorité de personnes qui ne possèdent ni les données ni la perspective des dossiers de leur institution de travail ou de leur entreprise.Pour juger, il faut des informations.Pour obtenir ces informations, il faut des experts.Les experts qui sont chargés de renseigner l\u2019assemblée syndicale sont aussi les officiers élus ou embauchés pour assurer les intérêts de ce groupe de syndiqués.Par conséquent, l'information arrive invariablement ordonnée selon les lignes: \u201ceux\u201d et \u201cnous\u201d.Telle demande de \u201ceux\u201d exige quelque chose de \u201cnous\u201d, donc est une manoeuvre contre \u201cnous\u201d.Telle demande de \u201cnous\u201d à \u201ceux\u201d est notre désir, donc notre droit: c\u2019est la justice.Leur refus est une injustice.Pour comprendre ce 428 L'ACTION NATIONALE langage partisan, il suffit d\u2019imaginer Claude Ryan essayant d\u2019expliquer une position du Parti Québécois à ses propres partisans.La situation est assez similaire lorsqu\u2019un officier du syndicat explique à ses syndiqués une position patronale.Un homme honnête doit conclure à partir de ses informations.Mais, à la réunion syndicale, les informations conduisent d\u2019elles-mêmes à une conclusion: notre intérêt de groupe est le bien; les volontés administratives sont l\u2019ennemi.Alors c\u2019est la pression de sa bonne conscience qui fera du syndiqué un gréviste.Il a l\u2019impression que de voter contre la proposition de conflit, c\u2019est collaborer à l\u2019injustice que le patron est en train de commettre.Et se lever pour parler contre le conflit, dans le contexte des informations présentées, c\u2019est l\u2019équivalent de proposer une tournée générale dans une assemblée des Alcooliques Anonymes.C\u2019est un scandale.Les désirs Ajoutons à cela qu\u2019un climat de masse est un climat émotif et non de froide raison.Il est extrêmement difficile de réfléchir dans une assemblée.Chacun y est bien plus près de ses nerfs et de ses glandes que de sa pensée.Le viscéral étreint la personne.Et avec le viscéral, ce sont les désirs qui se font pressant.Une action réfléchie fait la distinction entre le but désiré et les moyens nombreux, de même que la patience nécessaire, pour atteindre ce but.Mais quand la réflexion est remplacée par le réflexe, le désir appelle une réponse immédiate.On veut, et on veut tout de suite.Dans la vie de tous les jours, bien des conflits personnels sont évités parce qu\u2019on prend le temps de ne pas réagir tout de suite.Mais dans une foule, peut-on attendre?Les désirs, multipliés hors proportion par la solidarité, se font physiques, conduisant facilement à des décisions brusques.Il faut la \u201cjustice\u201d maintenant.C\u2019est la justice populaire des masses.La puissance de l\u2019impuissance Enfin, paradoxe, l\u2019impuissance.La plupart des membres de l\u2019assemblée ont conscience de leur ignorance des dossiers et de leur incapacité d\u2019une action nuancée. LA PSYCHOLOGIE D'UNE RÉUNION SYNDICALE 429 Ils sont réunis dans l\u2019indistinction.Ce qui les caractérise, c\u2019est leur opposition à l\u2019organisation des compétences qui vient de l\u2019administration.Entre eux, ils sont une incompétence désorganisée.Ils n\u2019ont pas la puissance de fabriquer quelque chose.Ils ont la nudité de l\u2019impuissance.Leur point commun est le refus de ce qui organise leurs compétences.Alors leur seule force est ce refus.Ils ont la puissance de l\u2019impuissance: celle de ne pas faire quelque chose, celle de défaire les choses.D\u2019où l\u2019exercice de la puissance syndicale est un exercice si souvent radical et négatif.Les membres ne savent que faire.Ils savent défaire.Bref.Voilà la situation concrète de l\u2019exercice de la démocratie syndicale.Et voilà pourquoi sa liberté est si souvent piégée.Tant et aussi longtemps que les gens seront réunis sous forme d\u2019opposition plutôt que sous forme d\u2019union dans un projet commun, comment éviter que la contradiction ne cesse de réapparaître et de menacer la collaboration?Les syndicats sont un besoin pour la société humaine.Ils rappellent que les employés sont aussi des hommes et non des choses.Mais avec quelle aisance ces mêmes hommes parviennent à oublier que leurs employeurs, leurs étudiants, leurs clients, sont aussi des hommes et non des choses.Sans doute que la réponse au poids de la confrontation ne peut venir que de la liberté de l\u2019âme, de l\u2019esprit du don, de l\u2019Amour plus qu\u2019humain qui seul autorise et consacre la liberté de parole, de vote et d\u2019action.? Reprendre notre Canada par Odina Boutet Deux Canadas associés valent mieux qu\u2019un Canada divisé.Deux Canadas respectivement identifiés valent mieux qu\u2019un Canada dans la confusion. REPRENDRE NOTRE CANADA 431 L\u2019historien Lionel Groulx répétait souvent qu\u2019il faut reprendre le fil de l\u2019Histoire.Elle contient des événements qui ont été voulus par des hommes et qui ont une signification pour la connaissance de leurs intentions.L\u2019histoire des Canadas exprime une volonté constante des Anglais \u201cde confier le gouvernement à rien d\u2019autre qu\u2019une Législature Anglaise\u201d, comme le disait le Rapport de Lord Durham.Tous les changements constitutionnels qui sont survenus, on été pensés et arrangés dans cette visée.Ceux des Canadiens qui espèrent encore aujourd\u2019hui trouver des structures politiques qui donneraient satisfaction aux Canadiens-Français comme aux Canadiens-Anglais, ne devront pas oublier que les Anglais n\u2019ont accordé à notre pays \u201cle gouvernement responsable\u201d que le jour où ils se sont assurés que la législature en serait anglaise.Leurs intentions étaient que les Canadiens-Français ne puissent se gouverner par eux-mêmes, et que le Bas-Canada comme le Haut-Canada soient et restent soumis \u201cto a decidedly English Legislature\u201d (Durham).Nonobstant les inconvénients culturels que la fédération représente pour les Canadiens-Français, l\u2019habitude qu\u2019ils en ont prise leur fait oublier parfois que les intentions anglaises n\u2019ont pas changé en ce qui les concerne.Un gouvernement strictement canadien-français, quelque part ici, ne peut pas les satisfaire et c\u2019est pourquoi, en toute logique avec eux-mêmes, quelques-uns ont commencé à quitter le Québec.Cette mauvaise disposition qu\u2019ils ont envers le gouvernement \u201ccanadien-français\u201d n\u2019est que l\u2019envers de la médaille dont le bon côté est I\u2019\u201cEnglish Legislature\u201d qui leur est naturelle parce qu\u2019ils sont de cette culture.Ils savent ce qu\u2019il faut faire pour constituer une législature de caractère anglais.Ils ont réussi à soumettre les partis politiques à leurs institutions et à leurs projets.Pour bien comprendre comment ils s\u2019y sont pris, revoyons un peu les événements qui ont entouré l\u2019union des deux Canadas. 432 L'ACTION NATIONALE Discriminations En 1840, la population du Bas-Canada, peuplé de Canadiens français, est largement plus nombreuse que celle du Haut-Canada, constitué de Canadiens anglais.Le problème qui se présente alors aux Anglais est de trouver un moyen d\u2019unir les deux Canadas sous un même gouvernement responsable sans que les Canadiens français, plus nombreux, ne puissent en faire une législature non anglaise.L\u2019esprit démocratique aurait alors exigé que les représentants canadiens-français soient les plus nombreux.Les Anglais ont quand même fixé un nombre égal de représentants pour le Haut-Canada et le Bas-Canada.De cette façon, ils établissaient un principe d\u2019inégalité pour les deux races et ils en étaient conscients.Aussi, ils ont cherché très vite à corriger l\u2019injustice de cette représentation disproportionnée, car ils craignaient l\u2019opinion de leurs adversaires politiques sur ce sujet.Les Canadiens-Anglais, moins nombreux, étaient surestimés, tandis que les Canadiens-Français, plus nombreux, étaient sous-estimés.Le Haut-Canada, parce qu\u2019il était peuplé d\u2019anglophones, obtenait sans difficulté un statut particulier, contrairement au Bas-Canada, qui fut plus tard appelé le Québec, à qui fut toujours refusé un statut particulier pour son caractère distinct.Mais, pour un esprit qui accommode ses principes à une philosophie pragmatiste, la fin justifie les moyens.On verrait à remettre les bons principes en place, quand on aurait trouvé un moyen de contourner la majorité canadienne-française.Car il fut un temps où les Canadiens-Français avaient la majorité en leur pays.À cette époque-là, les Canadiens-Anglais pouvaient se permettre de ne pas respecter les principes démocratiques.Depuis la conquête anglaise, ils ont utilisé des moyens pour dominer, en changeant leurs principes selon les circonstances.Mais ils souhaitaient des occasions pour corriger les injustices qu\u2019ils commettaient, afin de reprendre bonne conscience le plus tôt possible et de sauvegarder les ap- REPRENDRE NOTRE CANADA 433 parences auxquelles ils sont sensibles, tant ils craignent de mal paraître dans la présentation des choses.Voyons comment ils se sont arrangés pour y parvenir dans ce cas.Débuts de la confusion Donc, en 1840, la langue anglaise est proclamée la seule langue officielle du nouveau Canada, dans la nouvelle constitution.En ce temps-là, les Canadiens-Anglais étaient prêts à faire tous les changements constitutionnels qui leur donneraient quelques avantages.En dépit de cela, le bilinguisme s\u2019installe dès la première session dans la pratique de la Chambre.Les députés canadiens-français, qui sont alors en nombre égal à ceux des Canadiens-Anglais, forment un parti unique, un parti national, en dehors des partis anglais.Ils ne sont pas gênés dans leurs rangs par les exigences de la \u201cbonne entente\u201d avec les anglophones et ils peuvent identifier leur action à leur caractère distinct.Par contre, les anglophones sont divisés entre eux, en deux partis adverses.C\u2019est là une chose à remarquer pour les Canadiens-Français d\u2019aujourd\u2019hui qui prétendent qu\u2019il ne devrait pas y avoir de division entre eux et que les anglophones n\u2019en ont pas.Mais revenons à cette Chambre du nouveau Canada.La division en deux partis pour les anglophones les oblige à recourir à la collaboration des Canadiens-Français qui sont, à ce moment-là, non divisés et qui forment un groupe national en Chambre.On voit que si les anglophones ont besoin de diviser les autres pour régner, ce n\u2019est pas parce qu'ils se privent de l\u2019être eux-mêmes.Le remède va pour eux avec le mal.Donc, ils avaient donné un statut particulier à leur province du Haut-Canada, en lui accordant un nombre disproportionné de représentants.Malgré cela, leur division annulait en pratique les effets de cette discrimination, et le secrétaire anglais des colonies, Lord Stanley, écrivait au chef du cabinet britannique Robert Peel: \u201cL\u2019essai n\u2019aura été qu\u2019une lamentable faillite s\u2019il 434 L'ACTION NATIONALE n\u2019aboutit qu\u2019à mettre en minorité les intérêts britanniques dans la législature du Canada-Uni\u2019\u2019 (1842).Remarquons que l\u2019expression d\u2019intention correspond exactement à celle de Durham pour une Législature Anglaise.L\u2019objectif n\u2019a pas changé et il ne changera pas, ni en ce temps-là ni aujourd\u2019hui.Les anglophones y parviendront alors en courtisant Louis-Hippolyte LaFon-taine, le chef du parti national des Canadiens-Français, de qui ils obtiendront le mélange de son parti avec ceux des anglophones.Une fois divisé le parti des Canadiens-Français et son mélange avec les partis des tories et des réformistes, la Législature Anglaise était assurée de son caractère dominant.LaFontaine, qui semble s\u2019occuper des formes et des fonctions en cause, qui argumente sur la nature de l\u2019Acte d\u2019Union, fédération ou confédération, deux provinces ou une province, ne paraît pas s\u2019apercevoir de l\u2019avantage qu\u2019il y aurait à maintenir l\u2019unité des représentants des Canadiens-Français, devant les anglophones séparés en tories et en réformistes.C\u2019est précisément après l\u2019entrée des Canadiens-Français dans les partis anglais que leur division a commencé en partis adverses eux aussi.Jusqu\u2019alors, devant la nécessité pour les Anglais d\u2019accorder le gouvernement responsable à leurs sujets, la force des Canadiens-Français était de décider pour eux-mêmes, parce qu\u2019ils étaient unis en plus grand nombre que les anglophones divisés.Ils détenaient le moyen de gouverner leur Canada, par la majorité.Mais le subterfuge auquel les Anglais ont eu recours, en les divisant comme ils l\u2019étaient eux-mêmes et en mélangeant leurs voix dans les partis anglais, a plongé notre peuple dans une confusion qui a duré jusqu\u2019à ce jour.La patrie perdue Les anglophones avaient trouvé le moyen d\u2019assurer leur domination numérique, le seul objectif qui compte dans un gouvernement pris au vote.Les Canadiens-Français pouvaient s\u2019invectiver d\u2019un camp à l\u2019autre, sans que cela mette en péril \u201cles intérêts britanniques\u201d.À REPRENDRE NOTRE CANADA 435 court terme, LaFontaine avait sauvé les ministères anglais, et permis le fonctionnement du parlementarisme pour les Canadas unis.Mais à long terme, la position des Canadiens-Français était tombée sous la décision des Canadiens-Anglais.La gloire de LaFontaine au Canada français serait d\u2019avoir livré la bataille pour l\u2019abrogation de l\u2019article LXI, et il l\u2019avait gagnée, en 1849, de sorte que la langue anglaise n\u2019était plus proclamée comme étant la seule langue officielle.La pratique du bilinguisme allait s\u2019accentuer au parlement, mais le pouvoir de décider allait à ceux qui parlent anglais.La minorisation des Canadiens-Français était accomplie.Elle s\u2019était produite dans les partis anglais et elle y est demeurée depuis.Une fois LaFontaine et les Canadiens-Français engagés à sa suite dans les rouages du parlementarisme anglais, le désir de voir fonctionner le parlement et les partis l\u2019a emporté sur des vues plus fondamentales.Papineau ne manque pas de prévenir ses contemporains contre les conséquences de cette fusion, mais on préfère le prendre à parti sur l\u2019ardeur de son tempérament, en oubliant de vérifier ce qu\u2019il y avait de naturel dans ses avertissements.Dans son célèbre discours de 12 heures à la Chambre de l'Union des deux Canadas, en 1849, Louis-Joseph Papineau disait: \u201cJe ne m\u2019étendrai pas sur l\u2019acte d\u2019Union, c'est un contre bon sens qui nuit également au Haut et au Bas-Canada, qui met les membres de l\u2019une et l\u2019autre province dans la plus étrange position.C\u2019est ainsi que les membres pour le Haut-Canada ne peuvent pas comprendre ce qui nous intéresse, et qu\u2019ils sont obligés de législater sans connaissance de cause pour nous, comme nous le sommes pour eux.Avec un pareil système, tous les jours il y aura des fautes grossières de commises, et nous serons sans cesse dans la nécessité de défaire un jour ce que nous aurons fait la veille, tant il est difficile, impossible même, de bien législater pour deux peuples différents de races, de moeurs, de caractère et disséminés sur une si grande étendue territoriale.\u201d (Dix ans au Canada, par A.Gérin-Lajoie) 436 L'ACTION NATIONALE Ce que les Anglo-Canadiens avaient acquis sous l\u2019Acte d\u2019Union, ils l\u2019ont consolidé sous la dite Confédération.Toute l\u2019ambiguïté de la situation pour les Canadiens français était déjà en place pendant l\u2019Union des deux Canadas et elle est demeurée jusqu\u2019à nos jours.Lionel Groulx, parlant de Papineau, écrivait: \u201cL\u2019Union, y voit-il autre chose qu\u2019un régime bon tout au plus à corrompre les hommes politiques en même temps qu\u2019un prolongement détestable du colonialisme?\u201d (Un débat parlementaire en 1849).Il cite une lettre de Papineau à son fils Amédée: \u201cHors le rappel de l\u2019Union, il n\u2019y a pas de chance à trouver la moindre intégrité politique\u201d.La situation dans laquelle les représentants canadiens-français se sont mis est déjà pleine d\u2019exemples de la témérité et de l\u2019équivoque.Le spectacle est invariablement le même, ministres et députés qui s\u2019exposent contre les intérêts de leur groupe ethnique, pour soutenir des partis et des ministères auxquels ils se sont attachés pour répondre à l\u2019invitation des Anglais.Ils sont pris au jeu des autres et ils ne savent plus se retirer et jouer leurs cartes pour leurs propres enjeux, confondus qu\u2019ils sont de retrouver leur nom et le nom de leur pays sur les enjeux d\u2019un autre.Le caractère inhumain d\u2019une pareille situation ne saurait avoir de meilleure illustration que le cas d\u2019un ministre canadien-français, Denis-Benjamin Papineau, qui en 1845 déjà, eut à souffrir l\u2019injure de sa fidélité à un et de son infidélité à l\u2019autre.Lionel Groulx raconte qu\u2019au moment de prendre le vote en Chambre, sur une résolution que le député Joseph Laurin, du comté de Lotbinière, avait osé rédiger en français, la voix qui le fit battre s\u2019exprima de la façon suivante, selon un journal de l\u2019époque: le pauvre homme \u201cse leva et s\u2019assit deux ou trois fois, comme un homme qui va faire une action qui répugne à son cœur, mais qu\u2019il accorde pourtant aux exigences de sa position\u201d.Lionel Groulx dit que le pauvre ministre veut expliquer son vote, mais \u201cles protestations, les cris étouffent sa voix\u201d.La liberté d\u2019être Canadien-Français ne va pas plus loin que le devoir de soutenir les partis canadiens- REPRENDRE NOTRE CANADA 437 anglais.L\u2019engagement pris par LaFontaine et les Canadiens-Français qui se sont conscrits dans les partis canadiens-anglais et le parlementarisme canadien-anglais, a prépondérance sur la nation.Une voix canadienne-française pouvait assurer la victoire à une résolution canadienne-française, mais un devoir britannique mettait cette voix au défi de soutenir son engagement.Le pauvre ministre a joué le jeu du parlementarisme et du parti dans lesquels il s\u2019est installé.La satisfaction d\u2019accomplir son devoir, il ne peut l\u2019obtenir sans torturer sa conscience d\u2019appartenir à une origine canadienne-française pour laquelle il n'y a pas de parti en la chose.Il se heurte à un devoir de soutenir les partis et les ministères canadiens-anglais.Sans la fusion dans les mêmes partis des Canadiens-Anglais et des Canadiens-Français, il n\u2019y aurait pas eu de succès pour le projet anglais de garder une English Legislature au-dessus des Canadiens-Français.Il n\u2019y aurait pas eu cette mise en place de tous les éléments de domination sur nous dans un Parlement Responsable.L\u2019Acte d\u2019Union aurait été une faillite et n\u2019aurait pas pu conduire les dirigeants anglais vers la consolidation du piège doré que fut la fédération canadienne, dite Confédération.Mais à partir du moment où une voix canadienne-française n\u2019était plus une voix canadienne-française, comme celle de ce pauvre Denis-Benjamin Papineau, mais une voix du parti des Canadiens-Anglais, une voix du ministère des Canadiens-Anglais, il n\u2019y avait plus de Canadiens-Français en ce pays, mais seulement des conscrits au parlementarisme anglais.Il n\u2019y avait plus disait-on, \u201cni vainqueurs ni vaincus\u201d, mais seulement des Canadiens\u201d.Le mot était attirant pour le vainqueur comme pour le vaincu, être canadien, quand on l\u2019a toujours été depuis l\u2019origine et que l\u2019autre peut s\u2019y installer en obligeant le premier à disparaître sous les traits de ses engagements.Les Canadiens-Français, dans les partis anglais, n\u2019eurent plus jamais la netteté d\u2019esprit qui permet d\u2019associer le caractère d\u2019un projet à une pensée inhé- 438 L\u2019ACTION NATIONALE rente à soi-même.Ils n\u2019eurent jamais entièrement la liberté morale de s\u2019identifier sans la réprobation des Canadiens-Anglais, dans ces mêmes partis.Il fallait se dire canadien sans distinction.Les deux Canadas furent assimilés officiellement à un seul, malgré la réalité des deux peuples distincts.Il n\u2019y eut donc d\u2019acceptable que ce qui était canadien, sans définition distincte, mais sous la loi et la morale des partis et des gouvernements de caractère anglais.S\u2019abstraire de soi-même ou s\u2019aliéner Le subterfuge est demeuré jusqu\u2019à nos jours dans l\u2019esprit et dans l\u2019entendement d\u2019un grand nombre de Canadiens français.La notion de parti, qui devrait naturellement exprimer la solidarité avec soi-même, est dissolue dans la disparition des identités respectives.Deux Canadas se sont confondus en un seul, confondant du même coup les identités et ne laissant à ceux qui se croyaient les vrais Canadiens d\u2019origine, les Canadiens-Français, que le plaisir de se dire encore canadiens, pendant que le caractère anglais de l\u2019organisation du pays n\u2019avait qu\u2019à s\u2019identifier aux individus, aux institutions et à tout le mouvement des communications envahissantes.L\u2019intention des anglophones était que cela se produise ainsi, et ils n\u2019en changeront pas aujourd\u2019hui, pas plus qu\u2019ils n\u2019ont changé de caractère.Ce n\u2019est pas d\u2019eux que viendront les propositions qui pourraient enlever quoi que ce soit à leurs plans d\u2019anglicisation des Canadas.Il faudra qu\u2019ils y soient forcés par les circonstances, comme le projet d\u2019indépendance du Québec et la présence du Parti Québécois.Ceux qui espèrent obtenir d\u2019eux le recouvrement des choses essentielles pour notre nation, comme le gouvernement responsable, devront tenir compte de leur volonté de dominer sur nous par une \u201cEnglish Legislature\u201d.C\u2019est pourquoi, en reprenant la liberté de militer dans des partis distincts, comme le Parti Québécois, et en travaillant à doter le Québec d\u2019un gouvernement responsable dans tous les domaines, nous reprenons peu à peu notre Canada, celui de nos pères, en suivant le fil REPRENDRE NOTRE CANADA 439 de l\u2019histoire.Les anglophones ont aussi leur Canada et nous y avons contribué.Nous sommes toujours disposés à collaborer avec eux, entre peuples libres et distincts.Mais nous reprendrons le pouvoir de nous gouverner distinctement et entièrement.C\u2019est là l\u2019essentiel. En marge du Pays légitime d'Hélène Pelletier-Baillargeon par Pierre Trépanier EN MARGE DU PAYS LÉGITIME 441 On a tendance à être sévère pour les recueils d\u2019articles.Les varia ont le défaut de débiter, parfois pêle-mêle, la pensée d\u2019un auteur, exactement comme on déroule un chapelet de saucisses.Le lecteur souhaite plutôt un exposé méthodique, un essai cohérent, composé, mais qui peut prendre la forme d\u2019un fouillis savamment ordonné.Les livres myriapodes présentent tout de même l\u2019avantage d\u2019aborder une multitude de sujets sous une infinité d\u2019angles et, si les propos ont quelque unité, vous aurez créé une bestiole qui \u2014 à chaque anneau sa paire de pattes \u2014 fera, ma foi, son bout de chemin.Quand, au surplus, l\u2019auteur puise, dans une information très sûre, des thèses logiques et qu\u2019il écrit pour être lu, on risque d\u2019avoir entre les mains un bon bouquin.C\u2019est le cas du Pays légitime d\u2019Hélène Pelletier-Baillargeon1.Je vous le recommande, même si l\u2019éditeur a réussi le tour de force de ne jamais indiquer la référence des articles qu\u2019il reproduit et même s\u2019il a trouvé le moyen de bousiller tout un paragraphe (p.201).La nation concrète est aussi une femme Parmi les qualités de ce livre qui vous pousse à réfléchir \u2014 déjà, ce n\u2019est pas rien! \u2014, je citerai la sensibilité au vécu quotidien des gens ordinaires, des femmes en particulier.Bref, Hélène Pelletier-Baillargeon (décidément ces noms à trait d\u2019union serpentent bien nonchalamment au milieu de ma phrase simplette et pressée) suit le conseil de Bernanos: \u201cJ\u2019écris dans les salles de cafés ainsi que j\u2019écrivais jadis dans les wagons de chemins de fer, pour ne pas être dupe de créatures imaginaires, pour retrouver d\u2019un regard jeté sur l\u2019inconnu qui passe, la juste mesure de la joie ou de la douleur2.\u2019\u2019 Dans mon bestiaire personnel, j\u2019ai deux bêtes noires \u2014 intellectuelles, cela va de soi: le narcisse qui suit complaisamment les volutes qui s\u2019échappent de sa pipe et de sa pensée (pas toujours bien culottée) et qui vous montre comment s\u2019asseoir entre deux chaises, doctoralement ou précieusement, c\u2019est selon; le porte-lunettes qui peut vous ânonner son Marx à reculons, ce qui le dispense de zieuter la réalité (ça fatigue la vue, et puis il y a les courants d\u2019air).(Dans les années 1950, du temps que nous étions universels, nous avions une faune très 442 L\u2019ACTION NATIONALE gueulante: il en subsiste quelques spécimens intéressants sur les banquettes de l\u2019Opposition, à Ottawa.) \u2014 Autre qualité à souligner: une inspiration très haute, très exigeante, qui réclame liberté, égalité et dignité pour chaque homme, chaque femme, et, par voie de conséquence, la nation où plongent leurs racines.Peut-être avez-vous lu ces lignes de Richard Arès: Grâce à sa nation, l\u2019homme est stabilisé, harmonisé avec un milieu, enraciné dans une famille et une lignée, rattaché à un passé, à un présent et à un avenir; grâce à elle toujours, il reçoit le patrimoine accumulé par les pères et il naît à une vie culturelle déterminée, formant du même coup un type particulier d\u2019humanité3.C\u2019est la nation du Pays légitime, fraîche comme l\u2019enfance, à qui nous assurerons \u2014 si nous avons du cœur \u2014 \u201cce double droit culturel: droit au patrimoine et droit à l'utopie créatrice4\u201d.L\u2019enfance \u2014 comme la nation adulte d\u2019ailleurs \u2014 rassemble deux majorités, dont l\u2019une est féminine: il faut se le rappeler.C\u2019est limpide: un homme, une femme, une nation, un pays, le pays légitime.Mais il y a des vérités de cristal qui ne se conquièrent qu\u2019à la pointe de l\u2019effort: D\u2019aussi loin que je me souvienne, j\u2019ai toujours su, de certitude profonde, que nous formions un vrai peuple.Je n\u2019ai pas toujours su, cependant, qu\u2019un vrai peuple ne saurait vivre, au sens plein du terme, sans une terre bien à lui.[.] Mais, désormais, je ne retournerai plus en arrière.D\u2019une femme faite qui a aimé, enfanté, agi et lutté dans l\u2019émouvant coude à coude fraternel que constitue, depuis dix ans, la prodigieuse reprise en charge du Québec par lui-même, on ne refera plus une petite fille perplexe, ballottée par les fausses peurs et les fausses promesses5.Donc, bâtir le pays légitime, c\u2019est-à-dire faire coïncider le pays réel et le pays légal.Sur ce chantier, comme sur beaucoup d\u2019autres, les femmes ont été tenues à l\u2019écart.D\u2019elles, viendront des solutions inédites et généreuses à nos problèmes, à ceux que posent le Tiers-Monde et la pauvreté, le rapport ville-campagne, l\u2019exploitation capitaliste ou syndicale, les relations centre-périphérie, une civilisation vide assoiffée de loisirs épanouissants! EN MARGE DU PAYS LÉGITIME 443 assoiffée de plénitude de tout l\u2019être.L\u2019auteur est convaincu que les femmes humaniseront la société, à commencer par le pouvoir, parce que donnant la vie, elles ne cessent d\u2019avoir prise sur elle.La technique froide, la rationalité apersonnelle, la bureaucratie aveugle ne les vaincront pas.Les femmes ont aussi une autre arme: le bon sens.Quand le bon sens féminin aura investi la politique, la politique changera.C\u2019est poser la question du pouvoir.Bien sûr, il y a des naïvetés dans ces affirmations qui font bon marché des contraintes, des forces profondes qui enserrent l\u2019homme ou la femme politique.Il y a aussi la logique impitoyable du pouvoir qui moule plus facilement qu\u2019il ne se laisse apprivoiser: la fonction fait l\u2019homme, dit-on.Mais ces convictions sont des espoirs, que j\u2019accueille.Le pouvoir architecte Refusant la ségrégation féministe, l\u2019auteur invite les femmes à prendre leur part de pouvoir.Elle appelle aussi la nation à prendre le pouvoir.Le pouvoir n\u2019est pas une lèpre spirituelle, c\u2019est l'outil pour bâtir.Il faut purger notre conscience collective: le pouvoir peut être noble quand on ne l\u2019assimile pas à l\u2019appétit personnel de puissance.Le pouvoir, c\u2019est le moyen.S\u2019il dégénère, devient une fin, alors c\u2019est un mal.Le pouvoir, comme l\u2019idéologie, c\u2019est toujours l\u2019erreur de l\u2019autre.Ainsi, dans la logique toute actonienne de Pierre-Elliott Trudeau, le pouvoir canadien est juste; le pouvoir québécois, un péché contre l\u2019humanité.Pharisaïsme où se retrouvent beaucoup trop de nos amis anglo-québécois.Madame Pelletier-Baillargeon a raison de nous mettre en garde: Tant que nous n\u2019aurons pas psychanalysé avec succès cette zone confusément \u201ccoupable\u201d de notre inconscient collectif, les Dale C.Thomson auront beau jeu d\u2019associer nationalisme et fascisme, ou d\u2019essayer de confondre dans les esprits perplexes le processus de décolonisation des petites nations avec l\u2019impérialisme raciste de certaines grandes puissances auxquelles le Québec ne saurait être comparé qu\u2019en tordant jusqu\u2019au bout du ridicule les faits et la réalité6. 444 L\u2019ACTION NATIONALE Il me semble d\u2019ailleurs que, dans la tradition française, le nationalisme se conçoit aisément comme humanisme, sans nul recours à la volonté de puissance, sans justification par la supériorité biologique \u2014 toutes passions malsaines qui soulèvent le cœur.Bien compris, le nationalisme peut aider à construire un monde meilleur: L\u2019idée nationale, effectivement, telle que le peuple français l\u2019a façonnée le long de sa longue histoire, tend à se confondre avec celle de l'humanité au service de laquelle, donnant le meilleur d\u2019elle-même, elle se prit à compter \u2014 ceci est de moi \u2014 que les autres en feraient autant7.Tous ceux qui ont réfléchi avec quelque application à la question du nationalisme \u2014 surtout chez les petites nations \u2014 aboutissent à des conclusions comparables.Ainsi de Pierre Vadeboncœur: L\u2019indépendantisme, possible ici, impossible ailleurs, répond notamment, dans une certaine mesure, d\u2019une certaine façon, et pour l\u2019homme tout entier, à la menace de l\u2019universalisme impérialiste et technocratique.Du moins, il constitue un essai de réponse, il permet un moment de résistance, il offre un premier modèle, il complique au moins un peu un jeu continental devenu dangereusement simplifié8[.j Licite ailleurs, le pouvoir ici serait indécent, tout simplement non pertinent au problème québécois: [.] les adversaires de l\u2019indépendance québécoise [.] réduisent le sujet à une question de culture, ou, plus sommairement encore, de langue.Le néonationalisme s'expliquerait par le fait que nous ne voudrions pas perdre l\u2019une et l\u2019autre, et non pas notre pouvoir.Le besoin vital d\u2019acquérir encore tout le pouvoir serait encore plus hors de cause.On ne parle pas de pouvoir; on parle de langue, de culture [.].L\u2019anti-séparatisme se signale ainsi par un effort constant d\u2019amenuisement de la question globale9.Chaque fois qu\u2019un peuple colonisé s\u2019affranchit, c\u2019est une victoire pour l\u2019humanité dans le long \u201ceffort de la conscience, pour se libérer, d\u2019abord, pour, ensuite, se sauver d\u2019elle-même et de ses propres pièges10\u201d.D\u2019ailleurs l\u2019astuce fédéraliste, qui consistait à ne légiférer sur la langue qu\u2019en tant que droit individuel, s\u2019est retournée contre ses inventeurs.Ces derniers EN MARGE DU PAYS LÉGITIME 445 n\u2019avaient pas vu quelle charge subversive recélait la langue dès lors qu\u2019on la concevait comme le \u201cbien commun qu\u2019elle est essentiellement\u201d et non plus comme \u201cpure propriété individuelle11\u201d.Faux scrupules et velléité Robert Rumilly a écrit quelque part dans son Histoire de la Province de Québec que les prêtres ont fait le Canada français comme les moines, l\u2019Europe.Dans la mesure où cette observation est juste, cela a fait notre bonheur et notre malheur.Nous avons eu plus que notre part de clercs bornés.Je pense au Père Georges Simard, o.m.i., qui écrivait, en plein XXe siècle: Je n\u2019oserais affirmer que Dieu a voulu de l\u2019Empire britannique pour humilier les nations catholiques prévaricatrices.Mais il n\u2019est pas improbable qu\u2019il en ait été ainsi.En tout cas, encore à la suite de saint Augustin, il serait plausible de dire que les vertus civiques des Anglais peuvent servir d\u2019exemples aux fidèles à plus d\u2019un point de vues [sic]12.Comment se surprendre de voir notre spécialiste de l\u2019augustinisme s\u2019approcher de la question indépendantiste, à regret, comme d\u2019une immondice: On ne voudrait ne pas avoir à traiter d'un tel sujet en des pages qui suivent d\u2019aussi près la question de nos devoirs patriotiques.Mais, puisque éviter de le faire nous mériterait le reproche d\u2019avoir été incomplet, nous nous y attarderons quelque peu, quoique non sans une très vive répugnance13.Suit la démonstration que l\u2019indépendantisme québécois serait plus qu\u2019une faute contre l\u2019humanité: un péché contre Dieu lui-même.Ça, c\u2019est notre malheur.Notre bonheur, c\u2019est qu\u2019à côté du clerc empoisonneur, il y avait toujours le clerc antidote.Pour rétablir la sérénité de notre conscience, nous pouvions lire Groulx, par exemple, \u2014 disons sa conférence de 1949 où il se demande: \u201cSommes-nous des isolationnistes14?\u201d \u2014 Groulx ou Gustave Lamarche, dont je salue le dernier livre: Nous sommes associés à l\u2019autre, notre frère chéri, depuis plus d\u2019un siècle; 1840, l\u2019Union des Canadas, où nous fûmes dévorés tout ronds; 1867, la 446 L'ACTION NATIONALE pseudo-confédération, où nous croyions pouvoir trouver plus de ménagements, mais où, sous le couvert d\u2019une persévérante hypocrisie, nous subissions le même engloutissement.Mon pot de terre trottine depuis plus de deux cents ans à côté du pot de fer.C\u2019est assez.Il me manque des morceaux15.Si le chantage à la mauvaise conscience conjugué au chantage à la peur a dévoyé tant de Québécois, c\u2019est que le colonialisme a instillé en eux, goutte à goutte, imperceptiblement, son venin le plus noir.\u2014 \u201cÀ quoi bon?\u201d \u2014 À l\u2019approche du référendum, cette occasion rêvée de ressaisir notre destin, l\u2019enthousiasme doit électriser toutes les volontés, d\u2019une frontière à l\u2019autre du Québec: \u201cMais à l\u2019heure de tous les possibles et des échéances déchirantes, ce que doit d\u2019abord vaincre notre peuple, c\u2019est sa grande fatigue, cette sournoise tentation de la mort16.\u201d Ou, ce qui revient au même, de la médiocrité.De toutes les culpabilisations dont on joue contre nous, la plus insidieuse et la plus cruelle est l\u2019accusation de trahir le Canada français.Il faut y revenir, affonter franchement une question douloureuse.Parler sans détour à nos compatriotes, aux Acadiens en particulier.Deux positions.L\u2019une concise, brutale, celle de Jean Bouthillette: \u201cLe Canada français, hors du Québec, est un mythe17.\u201d L\u2019autre nostalgique et compatissante, celle de Mgr Félix-Antoine Sa\\ nrd ou du Père Simard.La vraie \u2014 s\u2019il faut choisir \u2014 est la première.Il faut le dire.Face aux réactions de francophones hors Québec \u2014 de l\u2019Évangéline, par exemple \u2014 à la suite de la publication du Livre Blanc sur le projet de souveraineté-association, une mise au point s\u2019impose.En dépit des offres de réciprocité, des Acadiens, par la voix de leur quotidien, ont rejeté la souveraineté-association; lors de leur congrès national, à Edmunston, d\u2019autres ont boudé l\u2019option de l\u2019union avec le Québec.J\u2019insiste sur le groupe acadien parce que c\u2019est le groupe francophone hors des frontières québécoises le plus en mesure de survivre.Reprenons l\u2019accusation, telle que la formule le Père Simard: EN MARGE DU PAYS LÉGITIME 447 Je note à peine que le mouvement séparatiste se repose ni sur le formel de la piété nationaliste, puisqu\u2019il sacrifie près d\u2019un million de conationaux et accepte sans broncher la perte du surplus futur d un Québec séparé; ni non plus sur le véritable patriotisme, puisqu\u2019il abandonne les trois-quarts du territoire de la patrie, autant de sa population ainsi que les oeuvres et les institutions auxquelles il a été mêlé depuis plus de trois siècles18.La réfutation est facile.La nation québécoise n\u2019abandonnerait pas une partie d\u2019elle-même puisque c\u2019est déjà fait depuis 1867, oeuvre du fédéralisme canadien et de l\u2019assimilation sociologique.Quant au territoire hors Québec, quel est notre contrôle sur lui, ,nous qui sommes \u2014 et serons de plus en plus \u2014 minoritaires dans le gouvernement central?Quant à notre histoire, c est un bien qu\u2019on n\u2019a pu encore ravir à la mémoire collective du peuple québécois.Les Acadiens \u2014 ceci est plus sérieux \u2014 craignent pour leurs droits advenant l\u2019indépendance du Québec.Cela montre à quel point ils sont chez eux au Nouveau-Brunswick et au Canada, quel degré de confiance ils ont dans leurs concitoyens anglophones.Faisons abstraction de la réciprocité et admettons que l\u2019indépendance soit une réelle menace pour la culture acadienne et les aspirations politiques des Acadiens.Même là, l\u2019indépendance doit se faire.Ni les Acadiens, ni les Franco-Ontariens ne peuvent exiger des Québécois, qui sont des millions, eux qui se comptent à peine par centaines de milliers, de vivre une vie nationale diminuée.Ils comprennent cela certainement, surtout les Acadiens du Nouveau-Brunswick qui, en organisant leur congrès national, ont implicitement tracé une ligne de démarcation entre eux-mêmes et les Acadiens de la Nouvelle-Ecosse et de l\u2019île-du-Prince-Édouard, à qui le sort a refusé les virtualités qu\u2019il leur a consenties à eux.Le poids numérique, la séduction des illusions Il y a plus.Ne pas faire l\u2019indépendance, c\u2019est compromettre la francophonie d\u2019Amérique du Nord tout entière.Car chaque année qui passe minorise inexorable- 448 L\u2019ACTION NATIONALE ment les Franco-Québécois dans l\u2019ensemble canadien, c\u2019est-à-dire les dépouille peu à peu de leur pouvoir, de leur moyen d\u2019être eux-mêmes.C\u2019est terrible.Mais c\u2019est ainsi.Le Québec n\u2019a pas le choix.Si le Canada anglais avait écouté Bourassa au début du siècle, plutôt que de se l\u2019annexer sur le tard pour fin de propagande, d\u2019autres possibilités se seraient sans doute présentées à nous.Maintenant, c'est trop tard.Le mal est fait; il est irréparable.Le sablier de l\u2019histoire ne se retourne pas.Les historiens canadiens-anglais, qui s\u2019étaient entichés de Bourassa, se passionnent maintenant pour Groulx.Leur dernière trouvaille est que le nationalisme de Groulx n\u2019a pas d'être en soi, qu\u2019il n\u2019est que la face profane d\u2019une doctrine religieuse.Ainsi Groulx désavouerait le nationalisme d\u2019aujourd\u2019hui.C'est faux.Groulx fut aussi un penseur politique en tant que tel.Et d\u2019ailleurs, serait-ce vrai, serait-il vraiment devenu fédéraliste aujourd\u2019hui, que cela ne changerait rien à nos positions: nous avons cheminé à sa suite, la mort lui a arraché son bâton, nous poursuivons notre route.Il nous l\u2019a dit: nous sommes la génération des vivants.Le Canada anglais et les Canadiens français fédéralistes brandissent aussi le nom d\u2019André Laurendeau et veulent nous le jeter à la face, comme un anathème.Mais il faut lire Laurendeau.En mars 1962, évoquant ce qu\u2019il appelait une \u201cutopie\u201d, c\u2019est-à-dire le Canada vraiment bilingue, Laurendeau écrivait (je le cite au long, c\u2019est important): Mais imaginons que les pessimistes aient raison, et que ce projet soit chimérique.Alors, il faut songer à une solution de repli.Si l\u2019on estime que, au niveau des États provinciaux, l'état d\u2019esprit qui règne aujourd\u2019hui en dehors du Québec rend le bilinguisme irréalisable, on peut décider que les provinces seront toutes unilingues.Mais alors le Québec devient exclusivement français.Ceci pose le problème des minorités linguistiques et, notamment, de la minorité anglophone du Québec.Je suggérerais alors que le Québec ajuste sa politique de minorité sur celle du Nouveau-Brunswick ou de l\u2019Ontario.Car les Canadiens-français sont de moins en moins prêts à solder seuls, sur le plan de la langue, une expérience déjà vieille d\u2019un siècle19. EN MARGE DU PAYS LÉGITIME 449 Voilà une position très radicale.Elle date de 1962.Quelles étaient les conditions des minorités françaises de l\u2019Ontario et du Nouveau-Brunswick à cette époque?Le facteur démographique est capital dans toute stratégie politique relative aux francophones du Canada.À ce chapitre, le bilan a un passif très lourd de chimères.En 1890, Faucher de Saint-Maurice, en s\u2019appuyant sur l\u2019historien français Rameau de Saint-Père, soutenait que \u201cles Canadiens allaient franciser la Nouvelle-Angleterre20\u201d.Faisant le compte des progrès numériques des francophones aux marches du Québec, en Ontario, dans les provinces Maritimes, aux Etats-Unis, il concluait: \u2018\u2018Tôt ou tard, en marchant ensemble, nous arriverons à être une grande nation.[.] Un jour, nous serons la France catholique américaine21.\u201d Il a fallu en rabattre.De leur côté, les Acadiens ont aussi caressé secrètement le rêve de devenir un jour majoritaire au Nouveau-Brunswick.\u201cLes berceaux sont notre force, affirmait Placide Gaudet; l\u2019avenir nous sourit22.\u201d Les historiens de l\u2019Acadie, même étrangers, loin de les détromper, ont partagé leurs illusions: \u201cDans la province du Nouveau-Brunswick, constituée en 1784, la race acadienne tend à prédominer.C\u2019est le futur État Acadien23.Aujourd\u2019hui, seule une partition problématique du Nouveau-Brunswick assurerait aux Acadiens une province à eux.Le rattachement des comtés vraiment français du Nord au Québec est-il donc plus utopique?et ne serait-ce pas plus sûr culturellement?On y pense en certains quartiers24.Mais ce sont des exceptions.Les nationalistes souhaitent une province ou un pays acadien! Si c\u2019est une étape en vue de la réunification avec le Québec, cela se comprend.Autrement, c\u2019est axer ses rêves sur la création d\u2019une sorte d\u2019enclave, de ban-toustan, comptant 250000 habitants, y compris une forte minorité anglaise, à peu près le tiers.En toute franchise, toutefois, je ne crois réalisable, dans un avenir prévisible, ni la province, ni l\u2019État, ni l'annexion au Québec.Mais ce sont des options importantes au point de vue de la mobilisation des esprits et des volontés ainsi qu\u2019au point de vue des idéologies. 450 L\u2019ACTION NATIONALE A cet égard, je suis assez porté à accepter les conclusions de Camille Richard, Jean-Paul Hautecœur et Michel Roy, et à voir avec eux, dans l\u2019exacerbation du particularisme acadien par rapport au Québec, un effet des attitudes de I\u2019\u201célite acadienne\u2019\u2019 pour instaurer, puis préserver son pouvoir social.Or le discours d\u2019une certaine élite est incroyablement étroit.On retrouve en certains milieux, comme à la direction de l\u2019Évangéline, ou chez certains individus, comme Albert Dumaresq, qui inonde journaux et revues de ses \u201clettres du lecteur\u2019\u2019, une hargne antiquébécoise déplorable.Quant au chef du parti libéral du Nouveau-Brunswick, Joseph Daigle, c\u2019est une chiffe, pas un chef.Il est prêt à n\u2019importe quoi pour arriver au pouvoir.Après le congrès national acadien, il a tenu les propos qu\u2019attendaient de lui les anglophones: accusations de manipulation au cours du congrès, insinuations de nature à en discréditer les résultats, bref une besogne assez peu reluisante.Il a entériné, dans une circonscription majoritairement francophone, la candidature d\u2019un unilingue anglais.que la population a élu! Le temps du mépris n\u2019achève pas en Acadie.Mais passons.Je reviens au nationalisme acadien, dont j\u2019ai regretté certaines tendances étriquées, de plus en plus contestées, il est vrai.Ces tendances s\u2019appuient sur une lecture étrange de l\u2019histoire.Acadiens et Québécois ont pourtant plus de caractères communs que de différences: origine française, tradition catholique, colonies voisines (bien que distantes) au sein d\u2019une même Nouvelle-France, conquête anglaise, oppression nationale.Rien n\u2019y fait.Nous avons eu des torts, c\u2019est entendu.Nos Pères de la confédération, Hector-Louis Langevin en tête, ont agi comme si la population hors Québec dans les années 1860 était absolument homogène.Mais ce ne sont pas les Québécois qui l\u2019ont opprimée et l\u2019ont assimilée.Nos erreurs n\u2019excusent pas les positions obtuses de trop d\u2019Acadiens instruits.De l\u2019histoire à l\u2019indépendance La discussion qui précède nous ramène sur le terrain de l\u2019histoire, dont l\u2019étude me paraît indispensable à la pensée, à l\u2019action.La justification de l\u2019indépendance est historico-culturelle.Je ne crois pas au providentialisme EN MARGE DU PAYS LÉGITIME 451 historique ou à l\u2019histoire téléologique.Mais je crois que chaque génération doit recréer le sens de son aventure commune en examinant le passé, auquel elle prête une signification qu\u2019elle crée.L'accumulation des strates successives d\u2019interprétation constitue l\u2019histoire en tant que rapport au passé.Ce rapport est essentiel à la vie d\u2019une nation si elle ne veut pas désespérer d\u2019elle-même, perdre le sens d\u2019une orientation, d\u2019une continuité au-delà des changements.Gaston Bachelard, en histoire des sciences, a réhabilité la normativité.Il distinguait deux séries de moments dans le déroulement historique: la rupture et la refonte, et deux sortes d'histoire correspondantes: l\u2019histoire sanctionnée et l\u2019histoire périmée25.S\u2019agissant non plus d\u2019histoire des sciences mais d\u2019histoire des sociétés humaines, la distinction s\u2019amenuise.Les acquis sanctionnés se laissent moins saisir.Tout paraît toujours à reprendre, du point de vue normatif.C\u2019est le difficile du métier d\u2019homme.C\u2019en est peut-être aussi l\u2019exaltant26.Quoi qu\u2019il en soit, le recours à l\u2019histoire est nécessaire pour fonder l\u2019action comme, réciproquement, l\u2019action éclaire l\u2019histoire.Vadeboncœur a raison: \u201cJ\u2019ai constaté que l\u2019indépendantisme jette des lumières étonnantes sur l\u2019idée que nous nous formons de notre histoire, et inversement27.\u201d L\u2019indépendance, pour quoi?Quand je dis que les temps de l\u2019indépendance sont mûrs, je ne fais pas de littérature.Je constate.Des tâches urgentes nous réclament, à quoi seule la souveraineté \u2014 telle une délivrance \u2014 nous permettra de nous donner tout entiers.Quelles tâches?Répondre à cette question, c\u2019est répondre à une autre, aussi fondamentale: l\u2019indépendance, pour quoi?Je constate: je m\u2019inquiète aussi.Il ne faut pas \u2014 ce serait trop bête d\u2019avoir flanché à l\u2019heure décisive, \u2014 il ne faut pas, il ne se peut pas que nous devions un jour appliquer à cette étape de notre aventure collective le constat \u2014 tragique, lancinant \u2014 d\u2019André Laurendeau au début des années 1960: 452 L'ACTION NATIONALE Depuis août 1936, l\u2019Union nationale de Maurice Duplessis est au pouvoir, et sa politique avachit ou décourage le nationalisme.Nous avons la sensation qu\u2019il a échoué, et qu\u2019il faudra attendre une nouvelle génération pour reprendre l\u2019aventure.Les jeunes d\u2019hier en sont déjà rendus à penser aux jeunes de demain28.L\u2019indépendance, c\u2019est le moyen.Il nous tarde d\u2019agir.Notre action doit viser haut.\u201cL'indispensable condition à remplir pour entrer réellement dans l\u2019action est de se connaître soi-même, d\u2019avoir pris la juste mesure de soi29.\u201d Nos idéologies dominantes \u2014 parfois utopiques jusqu\u2019au délire \u2014 nous ont fait du mal, mais elle nous ont façonné une âme telle, chevillée de telle façon au corps, que rien ne saurait nous émouvoir comme la grandeur.Plus encore: toute politique qui ne soit pas une politique de grandeur ne vaut pas la peine qu\u2019on s\u2019esquinte pour elle.Elle n\u2019est par pour nous.C\u2019est une politique tout juste bonne pour le parti libéral.Politique de grandeur! On se récrie! Patience: je m\u2019expliquerai: il y a deux grandeurs: la fausse et la vraie.Nous portons mal la conquête, comme d\u2019autres l\u2019alcool.C\u2019est que notre passé \u2014 notre XVIIe siècle surtout \u2014 fut un géant dont l\u2019empan mesurait tout un continent, le pouce dans les eaux glaciales et brumeuses de la Baie d\u2019Hudson, le petit doigt dans les eaux chaudes et papillotantes du golfe du Mexique.Notre domaine, comme notre avenir, s\u2019est rétréci telle une peau de chagrin.Nous en avons été inconsolables.Si Rameau de Saint-Père, si surtout Edgar Quinet30 a raison (que la religion \u2014 même sans dieu \u2014 est le fond même de l\u2019humanité et que par conséquent le politique et le religieux sont l\u2019avers et l\u2019envers d\u2019une même réalité), s\u2019ils ont raison donc, il n\u2019est pas étonnant que nous ayons transporté, dans le monde idéal, notre grandeur évanouie.Nous y avons trouvé refuge et réconfort, bien et mal (nous avons été faibles), mais nous avons duré.Je retourne à nos vieux auteurs, si ridicules, si attachants.Je jette mon dévolu sur le juge Routhier (1839-1920), sir Adolphe-Basile pour les intimes et le Père Jacques Monet.Vous le connaissez, ne vous en déplaise. EN MARGE DU PAYS LÉGITIME 453 Les paroles d\u2019O Canada, terre de nos aïeux sont de sa plume.Heureux homme que l\u2019on conspue dans tous les stades francophobes de l\u2019Anglocanadianie ( Les meilleurs hommes font plus de bruit morts que vivants31\u201d).Routhier est ce pauvre auteur de romans plus ou moins bibliques dont s\u2019est si cruellement daubé Jules Fournier, si je ne m\u2019abuse, qui ne mettait pas que de l\u2019encre dans son encrier.Si cruellement: preuve que la cruauté, en littérature, peut être juste.Routhier: ça vous revient?C\u2019est vieux, il y a de la poussière, mais tout de même on y est.\u2014 Eh bien! Routhier a écrit des pages crevantes ou magnifiques, selon le point de vue: Ah! Messieurs, quand je songe à cette France illustre qui nous a enfantés à la vie des peuples; quand je me reporte surtout à cette époque glorieuse de notre naissance [.], je me dis que les fils d\u2019une telle mère ne peuvent pas être condamnés à l\u2019ignorance et à l\u2019obscurité! Noblesse et naissance obligent, et nous ne devons pas permettre qu\u2019on puisse jamais dire de nous: Ce sont les enfants dégénérés de la France.Je ne l\u2019ignore pas, Messieurs, dans les sphères immenses où gravitent les astres des nations, nous ne sommes encore qu\u2019un satellite à peine visible; mais en accomplissant son évolution ce satellite grandira, deviendra plus brillant, et occupera un jour une place importante au ciel de l\u2019histoire32.Routhier voulait voir le Québec se distinguer par \u201cl\u2019amour de l\u2019étude, et le culte des sciences et des lettres33\u201d.Il lui semblait que le Québec avait aussi une mission à remplir, qu\u2019il évoquait en ces termes: Je vous l'ai fait entendre, le christianisme n\u2019a pas réalisé en Europe tout ce qu\u2019il peut produire de perfectionnement social.Sa marche progressive et féconde au milieu des nations européennes a été malheureusement interrompue par la Réforme et la Révolution, et l\u2019idéal de société qu\u2019il avait formé n\u2019a pu arriver à son complet épanouissement.Les races latines qui devaient en Europe mettre la dernière main à ce chef-d\u2019œuvre, l\u2019ont laissé défigurer par les hérétiques et les révolutionnaires, et l\u2019idéal social chrétien est à refaire. 454 L'ACTION NATIONALE Il me semble que Dieu veut reprendre cette grande œuvre sur la terre d\u2019Amérique, et si c\u2019est là son dessein, c est la race canadienne-française qui sera appelée à l\u2019accomplir34.Ce vieux ponte attendrissant, notre aïeul, a laissé tomber au milieu du roron de son éloquence très XIXe siècle, c\u2019est-à-dire emphatique, le concept capital par quoi se ressaisissent tous les fils épars de notre passé, par quoi se rétablissent, au-delà des mutations culturelles, l\u2019unité et la continuité de notre destin: la quête d\u2019un idéal de société35.Notre grandeur sera la définition et la réalisation d\u2019un nouvel idéal de société.Si Dieu ne fait plus I\tunanimité chez nous, peut-être pourrons-nous atteindre un consensus nouveau autour de l\u2019homme québécois.Notre idéal sera de constituer une petite société exemplaire, policée et harmonieuse, libre et fraternelle, dont on pourra dire que le monde est meilleur parce qu\u2019elle a été.Voilà le défi exaltant d\u2019une grandeur étrangère aux monuments de béton et aux arsenaux.Nous avons les ressources matérielles et techniques, il ne nous manque que la volonté, et le pouvoir au service de la volonté: la souveraineté.Aux sceptiques qui grimacent leurs sourires, j\u2019opposerai cette phrase brutale de Bernanos: L\u2019idée de grandeur n\u2019a jamais rassuré la conscience des imbéciles.La grandeur est un perpétuel dépassement et les médiocres ne disposent probablement d\u2019aucune image qui leur permette de se représenter son irrésistible élan (c\u2019est pourquoi ils ne la conçoivent que morte et comme pétrifiée, dans l\u2019immobilité de l\u2019Histoire)36.II\timporte à l\u2019humanité tout entière que toutes les nations, même les plus modestes \u2014 et le Québec n\u2019est pas parmi ces dernières \u2014 tentent de résoudre pour leur propre compte (et par voie de conséquence pour les autres) les dilemmes idéologiques et les tragédies humaines qui dressent peuples contre peuples, classes contre classes.Autrement, ce qui les attend, c\u2019est ceci qu\u2019exprime la forte prose de Bernanos: \u201cLa gueule sanglante qui s\u2019ouvre à l\u2019horizon les mettra d\u2019accord en les dévorant tous ensemble37\u201d.Si nous ne sommes pas assez sages pour comprendre de nous-mêmes, que cette vision d\u2019apocalypse nous inculque au moins la sagesse de la peur.Et l\u2019apocalypse est déjà sous nos yeux, chaque soir, EN MARGE DU PAYS LÉGITIME 455 au journal télévisé! Non à l'impérialisme! non au racisme! non à l\u2019exploitation! non à la dictature, non aux barbelés, de gauche ou de droite! non a la violence, non aux vertiges idéologiques (voyez le Cambodge)! non a tous les fanatismes (l\u2019ayatollah Khomeiny)! Il faut garder sous nos yeux la vive vision de notre mythe mobilisateur (sans enthousiasme, pas de grandeur'), tout en le subordonnant au critère essentiel de la liberté et de la dignité de chaque individu.Avoir le courage de sa lucidité Mais une grande tâche à peine esquissée, même dans l\u2019enthousiasme, ne saurait suffire.Il faut se mettre a l\u2019œuvre et penser concrètement au projet de société, vivante incarnation de notre idéal de grandeur.C est e devoir de tous les Québécois, et plus encore de tous les nationalistes.Car les nationalistes, historiquement, au Québec, sont gens d\u2019opposition.Ils n'ont pas connu souvent le pouvoir.La fonction de critique s\u2019est peut-etre hypertrophiée chez eux, et ce serait un grave danger.C\u2019est surtout le devoir des intellectuels, des universitaires qui, fondant sur le doute systématique leur recherche de la vérité, risquent de se prendre au piege de leur propre ironie.Champions des ruptures, que I impuissance paralyse quand vient l\u2019heure des refontes vitales C\u2019est enfin le devoir de tous les privilégiés, de ces ronds-de-cuir qu\u2019effarouche un déménagement en province, de ces aristocrates du syndicalisme pour qui la veuve et l\u2019orphelin, le vieillard et le malade ne sont que des cartes à abattre dans une partie inhumaine, de ces hommes d\u2019affaires repus, arrogants et timorés \u2014 tous, d\u2019ailleurs, emmitouflés dans les replis d une idéologie complaisante, la conscience bien en paix: \u201cl\u2019homme de ce temps a le cœur dur et la tripe sensible38\u2019\u2019.Nous pourrions tous trouver salutaire la méditation honnête des dures leçons de Bernanos: \u201cL'habitude de l\u2019opposition les a taris jusqu\u2019aux moelles.Ils pensent, sentent, agis-sent toujours en opposants.Le vice critique a détruit chez eux toute sincérité profonde, toute imagination créatrice39\u201d La stérilité des intellectuels est souvent la rançon de l\u2019insensibilité, de l\u2019aveuglement devant les 456 L'ACTION NATIONALE urgences et d une certaine méfiance de l\u2019engagement, gui cache l\u2019absence de foi en l\u2019homme: [\u2014] la réforme des institutions vient trop tard lorsque la déception des peuples est devenue irréparable, lorsque le cœur des peuples est brisé.Je sais qu\u2019un tel langage a de quoi faire sourire les entrepreneurs de réalisme politique.Qu\u2019est-ce que c\u2019est qu\u2019un cœur de peuple?Où le place-t-on?Les doctrinaires du réalisme politique ont un faible pour Machiavel40.Préalables à la révolution coopératiste Je vois trois conditions préalables au succès de notre réflexion: 1° soumettre à un examen critique impitoyable toutes nos idéologies; 2° remettre de l\u2019ordre dans nos valeurs; 3° donner aux politiques le sens de leur mission première: guider.Les utopies les plus généreuses peuvent conduire aux pires démences.Ainsi de l\u2019égalité sous le régime Pol Pot ou du nationalisme dans l\u2019Allemagne nazie.Ces barbaries sont trop monstrueuses pour que même l\u2019idéologie la plus habile puisse les justifier.Dans notre contexte, ce n\u2019est pas ce qui nous menace.Ce qu\u2019il faut débusquer, ce sont les mensonges qu\u2019abritent les idéologies comme un lainage des mites.Ainsi de l\u2019ordre synonyme d\u2019exploitation.De même, la revendication des meilleurs salaires ne peut outrepasser certaines limites sans violer des droits fondamentaux.Sous la rhétorique et les épreuves de force, le bon sens risque de disparaître à jamais.Voilà pourquoi il faut se pencher sur les valeurs auxquelles nous tenons et s\u2019entendre sur l\u2019ordre d\u2019importance que nous leur accordons.Le critère, je le répète, devrait être le bien-être et la dignité de la personne humaine.La confusion morale doit cesser comme doit cesser la glorification des paradis artificiels du matérialisme.Enfin, il faut que les hommes publics cessent de se mettre à la remorque des sondages et de flatter les préjugés populaires pour, au contraire, proposer à la population des idéaux, des orientations humanitaires, pour la conduire, l\u2019entraîner en avant.L\u2019homme politique doit éviter autant la démagogie que le despotisme, deux formes de mépris du peuple: \u201cLe peuple est sot et peut le demeurer\u2019\u2019, disait, hautain, Julien Benda.Mot malheureux.L\u2019autre erreur à éviter, c\u2019est de EN MARGE DU PAYS LÉGITIME 457 croire à la pureté et à l\u2019infaillibilité du peuple, idéalisation qui rappelle le mythe du bon sauvage.Le peuple a besoin _ et en ce sens nous sommes tous du peuple quels que soient notre fortune, notre rang social, notre éducation le peuple a besoin de vraies élites, exigeantes et lucides.Et la mesure du succès de ces élites, c\u2019est la démocratie \u2014 qu\u2019il faut à tout prix maintenir, renforcer.Une fois l\u2019indépendance acquise et compte tenu des trois préalables ci-dessus, nous pourrons nous attaquer a la réalisation d\u2019un projet concret.Or il n\u2019y a pas d ideal de société qui puisse mériter notre adhésion, \u2014 nous que a grandeur obsède - s\u2019il ne repose sur la solution de la question sociale.Dans notre recherche d\u2019une solution il faut éviter les écueils de droite et de gauche: I inégalité absolue, l\u2019égalité absolue.Pour cela, il faut poser le problème dans ses justes termes et se garder de tout angélisme.Edmond de Nevers, à mon sens, a vu juste, qui demande: Comment répartir la richesse d\u2019une manière plus équitable, sans entraver la liberté individuelle, sans restreindre l\u2019énergie créatrice, sans mettre des obstacles dans la voie du progrès qui jusqu\u2019à present a été basé sur l\u2019intérêt, la concurrence, la liberté ?Je n\u2019ai pas de solution toute faite à offrir, je n ai, avec beaucoup d\u2019autres qu\u2019une intuition, que des penseurs ont explorée toutefois.Ce que ni le capitalisme ni - encore mojns \u2014 le marxisme n\u2019ont obtenu, peut-etre le coopératisme le réussira-t-il?Je dis coopératisme, non pas corporatisme.Je tiens à ces deux o, ami typographe! Après la révolution tranquille, après la souveraineté démocratique, une pacifique révolution coopérante fera-t-elle enfin se lever la société nouvelle, édifiée sur la notion humaine et noble par excellence du service?Les femmes dont nous entretient Hélène Pelletier-Baillargeon méritent que le Pays légitime soit aussi le Pays fraternel. 458 L'ACTION NATIONALE NOTES 1.\t(Montréal], Leméac, [1979], 253 p.2.\tLes grands cimetières sous ta lune, Paris, Plon, [1938] p.6 (Coll \u201cBibliothèque Plon\u201d).3.\tNotre question nationale, t.Il, Montréal, Ed.de l'Action nationale 1945, p.224-225.4.\tH.Pelletier-Baillargeon, op.cit., p.197.5.\tOp.cit., p.11.6.\tOp.cit., p.218.7.\tA.Lebey, Nécessité de l'histoire, Paris, Firmin-Didot, [1933], p.130.8.\tLa dernière heure et la première, essai, [Montréal], L\u2019Hexaqone et Parti pris, [1970], p.77.9.\tIbid., p.36.10.\tGeorgette Vabre Pradal, La dimension historique de l'homme ou le mythe du luit errant dans la pensée d'Edgar Quinet, Paris, Nizet, 1961, p.207.11.\tJean Bouthillette, Le Canadien français et son double [Montréal! L'Hexagone, [1972], p.31.12.\tPour I éducation dans un Canada souverain, Ed.de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 1945, p.179.13.\tIbid., p.159.14.\tL.Groulx, Pour bâtir, [Montréal], L'Action nationale, [1953], p.13-26.15.\tTextes et discussions, t.IV, Montréal, Ed.de l\u2019Action nationale [1979], p.250.16.\tJ.Bouthillette, op.cit., p.97.17.\tIbid., p.37.18.\tG.Simard, op.cit., p.164.19.\tA.Laurendeau, Ces choses qui nous arrivent, chronique des années 1961-1966, [Montréal], HMH, [1970], p.63.20.\tFaucher de Saint-Maurice, La Question du jour, Resterons-nous français, Québec, Belleau, 1890, p.135.21.\tIbid., p.136.22.\tCité par E.Lauvrière, La Tragédie d\u2019un peuple, t.Il, Paris Brassard 1922, p.578.23.\tIbid., p.402.24.\tOn devrait consulter le remarquable travail d\u2019Adrien Bérubé, \u201cVers un atlas prospectif de l\u2019Acadie\u201d, Le Brayon, v.7, no 4, oct.-déc 1979 Voir aussi, dans Le Brayon d\u2019avril-sept.1979 (v.7, nos 2-3), l\u2019analyse d\u2019un sondage scientifique sur l\u2019identité et le sentiment d\u2019appartenance du Madawaska, du Restigouche et du Victoria.25.\tDominique Lecourt, L\u2019Épistémologie historique de Gaston Bachelard, 4e éd., Paris, Vrin, p.75-78. EN MARGE DU PAYS LÉGITIME 459 26.\tL\u2019intellectuel doit constamment être prêt aux ruptures, par où font irruption les vérités nouvelles, et qui obligent à des refontes, souvent pénibles parce que tout l'être est mis en cause.C\u2019est la dialectique \u2014 inépuisable, irrépressible \u2014 du passé et de l\u2019avenir, la toile qu\u2019on tisse et qui toujours file.Lecourt nous offre un modèle: \"Gaston Bachelard, fidèle à ses propres principes, n\u2019a cessé, comme le physicien, de \u201crefaire sa vie intellectuelle\u2019\u2019 c\u2019est peut-être le caractère le plus apparent de la nouveauté de sa philosophie; c'en est, à nos yeux, le trait le plus exemplaire\u201d (op.cit., p.103).27.\tP.Vadeboncœur, op.cit., p.4.28.\tA.Laurendeau, op.cit., p.54.29.\tG.Bernanos, op.cit., p.12.30.\tSur Quinet voir la courte mais suggestive notice dans l'En-cyclopedia Universalis, t.20, p.1600.Rameau et Quinet ont plus d\u2019un point en commun bien que leurs routes se soient écartées: même souci du problème moral, des valeurs, de la liberté, même attitude lors de la révolution de 1848.Cela vaudra à Quinet, comme à Rameau, \u201caprès le coup d'État de 1851, d\u2019être un proscrit, puis un exilé de l\u2019intérieur [.]\u201d 31.\tG.Lamarche, op.cit., p.268.32.\tA.-B.Routhier, Conférences et discours, Montréal, Beauchemin, 1889, p.94.33.\tIbid., p.89.\u2014 Pour l\u2019intelligentsia franco-québécoise, la vocation \"athénienne\u201d du Québec trouvait sa légitimité dans une supériorité particulière au peuple québécois.Bien des étrangers, d\u2019ailleurs, donnaient dans les mêmes illusions, même un abbé Félix Klein, professeur à l\u2019Institut catholique de Paris, libéral et fort admirateur des États-Unis: \u201cInférieurs, jusqu\u2019ici, à l\u2019élément anglais et protestant sur le terrain des affaires commerciales et industrielles, il importe que les Français et les catholiques apprécient à sa grande valeur, et toujours davantage, la supériorité qui leur appartient encore dans les différents domaines de l'esprit\u201d (Au pays de \u2018Ta vie intense\u201d, 6e éd.rev., Paris, Plon, 1905, p.87).\u2014 Selon P.Périer, l\u2019œuvre de l\u2019abbé Klein est profondément pénétrée de l\u2019esprit d\u2019Henri de Tourville, prêtre à la spiritualité personnaliste et disciple de F.Le Play (J.-P.Robert, Deux humanités, Paris, Firmin-Didot, [1947], p.27-28).34.\tA.-B.Routhier, op.cit., p.48.Évidemment, Routhier s'est senti obligé d\u2019y aller de son petit couplet ruraliste (d\u2019ailleurs plus \u201céquilibré\u201d qu\u2019il ne paraît au premier'abord): \u201cSans négliger le soin de nos intérêts matériels, ne perdons pas de vue notre mission sociale, intellectuelle, et religieuse.Que l\u2019ambition de devenir un peuple industrieux et riche, ne nous éloigne pas de la vie chrétienne et patriarcale de nos populations agricoles.Que la culture de la betterave ne nous empêche pas de cultiver l\u2019éloquence française; et si de nombreuses manufactures s\u2019élèvent sur les rives de notre grand fleuve, qu\u2019elles n\u2019y arrêtent pas l\u2019éclosion de la poésie et de l'art.La variété dans l\u2019unité, voilà l\u2019idéal\u201d (p.49).\u2014 Je reproduis cet extrait pour montrer que, en dépit d\u2019une certaine inconséquence (l\u2019illusoire coexistence de la vie patriarcale et du couple industrialisation-urbanisation), l\u2019idéologie dominante de cette époque ne s\u2019opposait pas au progrès matériel mais entendait subordonner le développe- 460 L'ACTION NATIONALE ment à une hiérarchie des valeurs.La tragédie de cette génération aura été de ne pas avoir eu les compétences et les moyens de ses visées et de s\u2019être leurrée sur les véritables rapports de forces.Je reproduis cet extrait aussi parce qu\u2019il me fournit l\u2019occasion de contester l\u2019opinion de ceux qui ont fait des tenants de l\u2019école d\u2019Esdras Minville des inconditionnels du ruralisme.\u201cNous fûmes bien étonnés (c\u2019est Laurendeau qui parle), vers 1938, quand un Esdras Minville nous apprit que l\u2019avenir du Québec n\u2019était pas agricole.Il a fallu, peu à peu, s\u2019ouvrir les yeux devant les conséquences de ce fait: reconnaître d\u2019abord que l\u2019urbanisation était irréversible, qu\u2019à force de camper dans les villes nous y avions pris racine et que nous devrions désormais résoudre pour notre propre compte tous les problèmes du monde moderne.C\u2019est alors que les nationalistes se sont divisés: certains demeurant attachés à une tradition passionnément affirmée, tandis que d\u2019autres, reconnaissant la réalité et la profondeur du changement, acceptaient d\u2019en assumer les risques\u201d (op.cit., p.303).35.\tQue visaient la révolution tranquille et la réforme de l\u2019éducation, sinon le déclenchement d\u2019un changement social orienté vers un nouvel idéal de société?36.\tBernanos, op.cit., p.23.37.\tIbid., p.37.38.\tIbid., p.25.39.\tIbid., p.232.40.\tIbid., p.19-20.41.\tE.de Nevers, L\u2019Âme américaine, t.Il, Paris, Jouve et Boyer, 1900, p.291.? Chansonnier, ta filleule C'est ma soif si folle Rimbaud De nos chansonniers par Bruno F?oy1 1.M.Bruno Roy a publié Panorama de la chanson au Québec chez Léméac, en 1977, Et cette Amérique chante en québécois, chez Léméac, en 1979.Il prépare un autre volume: La chanson québécoise ou l\u2019évolution de la conscience collective.Nous publions ici un texte érudit dont nous remercions l\u2019auteur pour la vue d\u2019ensemble.NDLR. 462 L\u2019ACTION NATIONALE Au Québec, le mot chansonnier, en sa définition, participe d\u2019une certaine confusion.À tout le moins théoriquement.A-t-on déjà vu ou entendu Gilles Vigneault ou Georges Dor jouer de la guitare sur scène?Or, s\u2019il est un instrument, suite à l\u2019incontrôlable influence de Félix Leclerc, qui est lié au phénomène chansonnier, c\u2019est bien la guitare dont les accords le plus souvent faciles, dans leur rapport avec l\u2019écriture poétique, justifiaient l\u2019esthétique chansonnière des années 60.On se souvient, les chansonniers exprimaient alors un phénomène collectif d\u2019auteurs-compositeurs-interprètes dont les préoccupations furent d\u2019abord esthétiques avant d\u2019être sociales.Cette expression de chansonnier est moins une déformation de langage, ainsi que le prétendent certains, que la découverte d\u2019un archaïsme dont l\u2019usage est multiple.Guy Millère dans Québec, chant des possibles, dira que la Bolduc est notre première \u201cchansonnière\u201d.Jacques Normand parlera souvent de \u201cchansonnier mondain\u201d et Georges Hébert-Germain adoptera l\u2019expression de \u201cchansonnier western\u201d, Benoît L\u2019Herbier va même jusqu\u2019à se demander si le Soldat Lebrun ne mériterait pas qu\u2019on lui décerne le titre de premier chansonnier dans l\u2019acception québécoise du terme.Ne serait-il pas l\u2019ancêtre de Félix Leclerc, ce chansonnier avant la lettre?Ainsi que nous l\u2019explique Willie Lamothe, \u201cLe Soldat Lebrun fut le premier à monter sur une scène en s\u2019accompagnant d\u2019une guitare.C\u2019est le premier, poursuit-il, qui a fait ça, chez nous, en français et de cette manière là, comme un chansonnier.\u201d Retenons ceci: si le chansonnier est celui qui compose des chansons critiquant le plus souvent l\u2019actualité, ainsi que le propose Benoît L\u2019Herbier, c\u2019est que ce terme commun simplifie bien des discussions en remplacement du terme exact d\u2019auteur-compositeur-interprète.L\u2019acception française Dans son sens premier d\u2019auteur de chansons, ce mot, qu\u2019on n\u2019emploie plus en France, a su conserver ici, à travers une douzaine de générations, un sens strictement rattaché à l\u2019âme des poètes-chansonniers du temps des DE NOS CHANSONNIERS 463 croisades.Cet archaïsme s\u2019employait pour désigner les auteurs-compositeurs-interprètes, aussi nommés troubadours et trouvères.On attribue aux troubadours les premières chansons profanes dont les sources d\u2019inspiration sont variées: l\u2019amour courtois, le cycle des saisons, les croisades, la satire, la religion, l\u2019actualité.Les trouvères, comme on sait, continuèrent et rénovèrent le style des troubadours conduisant la chanson vers la polyphonie.Poètes lyriques de langue d\u2019oc, leur poésie aristocratique et savante a marqué la fin du XIe siècle dont l\u2019influence s\u2019étendit jusqu\u2019au début du XIXe siècle.Seigneurs, poètes et musiciens, ils développèrent une activité poétique et musicale sans pareille.Faut-il s\u2019étonner alors que sur cette terre promise du Québec, se multiplient bardes, ménestrels, troubadours et trouvères?Nombre de chansonniers québécois renouent avec cette tradition du lyrisme français.Ainsi Félix Leclerc: \u201cFaisant alterner les modes mineurs et majeurs, les rythmes binaires et ternaires selon le cas, s\u2019accompagnant avec la guitare, il renoue avec la tradition des troubadours qui, au service des rois, improvisaient des complaintes ou des chants de circonstance.\u2019\u20191 Gilles Vigneault ne parle-t-il pas de la femme avec des formules archaïques?N'utilise-t-il pas librement les moules classiques: le sonnet, le vers, les rimes?L\u2019ensemble Claude Gervaise, qui a consacré un album aux musiques de Vigneault, a trouvé une parenté d\u2019esprit entre cet \u201chomme du nord\u201d et l\u2019homme du Moyen Âge.\u201cDe tous les poètes-chansonniers du Canada-français, écrit Yvon Daigneault, Gilles Vigneault est celui qui s\u2019inscrit le plus naturellement dans cette tradition du lyrisme français qui remonte aux âges de la poésie courtoise et a été maintenue vivante par Ronsard, La Fontaine, Musset, Verlaine, Appolinaire, Eluard, qui a inspiré ces chansons de tendre amour qui se sont perpétuées à travers les siècles.\u201d2 Une matière et une manière folkloriques servaient d\u2019inspiration à nos premiers chansonniers.Selon Claude Gagnon, Robert Charlebois peut se classer parmi les 464 L'ACTION NATIONALE amuseurs publics, au sens ancien du mot.Il a des parentés directes avec le showbusiness du Moyen Âge: les troubadours, les conteurs, et les amuseurs.Ceux-ci faisaient tout: chantaient, racontaient des histoires, jouaient de plusieurs instruments et finissaient souvent leur numéro par un tour de magie.Luth en bandoulière, ils erraient, par monts et par vaux, en quête d\u2019une belle, d\u2019une patrie, de la gloire.Bateleur côtoyant le troubadour, selon ces définitions anciennes, Robert Charlebois véhiculerait du Moyen Âge cet indissociable héritage littéraire.Les chansonniers, l\u2019espace de leur éclosion, sont devenus malgré eux les représentants de la chanson folklorique contemporaine.\u201cÀ ce moment-là, disait Charlebois, je pensais vraiment que j\u2019étais une espèce de poète-troubadour, de trouvère, que j\u2019étais le seul à avoir eu cette idée-là sur la terre; je faisais des chansons médiévales\u201d.Les chansonniers québécois s\u2019apparentent, à bien des égards, aux folksingers.Ils reprennent le flambeau du répertoire folklorique en lui insufflant une vie nouvelle.L\u2019explosion du mouvement des chansonniers, écrit Jacques Vassal, n\u2019est qu\u2019une suite logique nécessaire à cette préservation et fructification du folklore et de la culture francophones si chèrement et justement revendiqués.\u201d Bien plus tard, en France, écrit Christian Hermelin, le terme chansonnier a pris un sens beaucoup plus restrictif\u201d.On se trouve devant une appellation contrôlée, désignant strictement les artistes des caveaux de chansonniers, avec leurs couplets sur l\u2019actualité.Il s\u2019agit bien, en-chaîne-t-il, de prendre le mot dans un sens large: chan-sonner, c\u2019est-à-dire exercer un humour combatif à l\u2019égard d\u2019une personne ou d\u2019une catégorie.La chansonnerie, c\u2019est la satire en chanson.\u201d3 Jacques Normand a prolongé ici cet esprit montmartrois par son rôle de commentateur chantant les derniers événements qu\u2019il orientait indubitablement vers la satire politique et sociale.Il existe au Québec plusieurs chansons qui passent l\u2019actualité ainsi au crible dont ces trois fort connues: Les journalistes (J.-P.Ferland), Marche au Président (R.Charlebois), Lettre de Ti-Cul Lachance à son sous-ministre (G.Vigneault). DE NOS CHANSONNIERS 465 D\u2019autres comme Raymond Lévesque, Clémence Desrochers ou Yvon Deschamps ont développé, dans le même esprit des chansonniers du Pont-Neuf du XVIIIe siècle, un style alerte et mordant.Le Faisan Doré, n\u2019était-il pas, à son apogée, une boîte de chansonniers au sens français du mot?On peut entendre aussi par chansonnier, celui qui adapte son poème à un timbre ou \u201cpont\u201d (en souvenir du Pont-Neuf), c\u2019est-à-dire sur une même musique, en vue de le transformer en chanson ainsi que le faisait si bien Béranger dont Châteaubriand admirait le talent.En reprenant le même schéma mélodique à la manière des chansonniers français, Jacques Normand poursuivait une tradition plus que centenaire.À la manière de son contemporain Francis Blanche, il plaçait des textes humoristiques sur de vieux airs.Souvent, les gens allaient l\u2019écouter pour le texte.Fernand Robidoux maintenait à sa façon dans les années 40, peut-être l\u2019ignorait-il, cette tradition chansonnière: \u201cJusque-là, dans nos salles de spectacles, circulaient des couplets dits québécois sur des musiques connues.Pour contourner le problème de la redevance aux compositeurs, on les présentait avec la mention: \u201cPeut se chanter sur l\u2019air de.\u201d4 Il est aussi une autre acception du terme chansonnier et qui, au Québec, a trouvé tout son sens particulièrement dans les mouvements de jeunesse et dans les colonies de vacances.Il se dit d\u2019un recueil de chansons.En France, au début du XIXe siècle, la chanson circulait sous forme de recueils de textes.L\u2019Éditeur, par exemple, publiait, une fois l\u2019an, les oeuvres chantées au Caveau.Au Québec, plusieurs chansonniers populaires circulèrent avec succès.Ainsi, Chants des Patriotes est un recueil noté de chansons patriotiques canadiennes et françaises qui date de 1903.D'autres chansonniers réunissaient des romances, des chansonnettes, des chansons comiques, voire des monologues: L\u2019écrin lyrique, La gerbe mélodique, La Rigolade, etc.Nous pouvons le constater, le mot chansonnier a une longue et riche tradition.S'il faut cependant retenir une date importante donnant à ce mot une signification 466 L\u2019ACTION NATIONALE plus définitive, il faut s\u2019arrêter aux années 50.Cette décennie a cristalisé, polarisé l\u2019opinion autour d\u2019un individu qui défend lui-même ses oeuvres.\u201cÀ la suite de Trenet, commente Serge Dillaz dans La chanson française de contestation, toute une pléiade d\u2019auteurs chantent leurs propres textes en s\u2019accompagnant à la guitare ou au piano.Car, si le chansonnier du XIXe siècle pouvait se reposer sur le timbre, celui de 1950 doit proposer texte et musique.C\u2019est pourquoi l\u2019usage de l\u2019instrument musical (le plus souvent la guitare) lui peimet de se suffire à lui-même en acquérant simultanément un peu de cette liberté qui fuit par tous les bouts une profession dorénavant vouée aux poncifs du mercantilisme.\u201d5 Le phénomène québécois Au Québec, comme Trenet en France, Félix a créé cet engouement pour le chanteur solitaire à la guitare.Tous les chansonniers, à l\u2019exception de Raymond Lévesque et de Jacques Blanchet que Trenet avait fortement influencés à leur début, tous relevaient de Félix mais tous atteignirent leur individualité dès leurs premières chansons.Tous débutants, ou presque, ils créèrent l\u2019image sempiternelle du chansonnier qui, grattant sa guitare, ressent sa guitare tel un Claude Gauthier par exemple.On imitait les chanteurs français: Trenet, Béart, Brassens, Brel, Bécaud, Douai, etc.Louise Forestier, qui a connu Robert Charlebois à l\u2019École nationale de théâtre, nous dit que tranquille, gêné, il était attiré par les chansonniers genre Brassens.Infailliblement, les mêmes notes sortaient sans que l'image du chanteur solitaire à la guitare ne perde de sa luminosité.L\u2019amateurisme était voulu, maintenu, valorisé: \u201cJe vous cherche.nous nous cherchons, écrit Georges Dor, nous cherchons à nous rejoindre, entre amateurs; car nous sommes tous des amateurs; ce que nous faisons, nous le faisons par goût.Nous sommes un peuple d\u2019amateurs, et c\u2019est merveilleux! Cela nous permet de sacrifier une certaine qualité au profit d\u2019une certaine ferveur.\u201d6 Au début, le chansonnier était seul sur scène et il s\u2019accompagnait généralement à la guitare ou au piano.Comme les Français.\u201cJe chantais avec une guitare, avoue Jean-Pierre Ferland, ce qui créait une sorte de DE NOS CHANSONNIERS 467 barrière entre le public et moi.Et il faut bien l\u2019avouer, la guitare servait à masquer ma timidité.\u201d Était-il gauche, reprend Lysiane Gagnon?\u201cNon seulement on l\u2019excusait, mais on s\u2019en moquait et réjouissait presque: il est plus facile de s\u2019identifier au chansonnier qui risque le tout pour le tout, seul et désarmé, dans l\u2019intimité d\u2019une petite salle et la chaleur de l\u2019auditoire, qu\u2019à la vedette impeccable et lointaine.\u201d7 La guitare réduisait la mise en scène et donnait au chansonnier une contenance lui évitant d\u2019avoir à régler ses gestes.Il n\u2019y avait pas de musiciens additionnels, donc pas de déboursés.S\u2019il y en avait, souvent les chansonniers qui ont tous débuté dans les boîtes à chansons, négligeaient de mentionner leur collaboration.L\u2019expérience personnelle de chacun d\u2019euy le liait à un style de chansons toutes plus ou moins poétiques attachées à un monde de nostalgie dont s\u2019imprégnaient les boîtes de l\u2019époque.Le premier mouvement des chansonniers procédait d\u2019un idéal sincère mais abstrait plongé dans un traditionalisme qui tentait malgré tout \u201cd\u2019humaniser le chaos\u201d.Stéphane Venne, en 1965, a tracé un portrait fort juste de ce chanteur dont on savait qu\u2019il débutait presque toujours: \u201cLe chansonnier doit être jeune, n\u2019avoir pas choisi de faire de la chanson mais y avoir plutôt une espèce de vocation, il doit donner son spectacle sans \u201cartifices\u201d, dans un cadre le plus dépouillé possible, avec le minimum de musiciens, idéalement sans autre accompagnateur que lui-même à la guitare ou au piano, il est un peu lourdaud en scène, et, principalement, il doit avoir composé les paroles et la musique des chansons qu\u2019il interprète, et y parler préférablement à la première personne.\u201d8 Ainsi que je l\u2019écrivais dans Panorama de la chanson au Québec, nos premiers chansonniers exprimaient leurs préoccupations personnelles, leurs instants d\u2019émotion, leurs rêves, leur vie.Ils parlaient de mouettes et de vent, d\u2019évasion et de liberté, de bateaux et de vols.Pierre Létourneau affirmera que s\u2019il manque une soirée de chansons, \u201cil manque une partie de sa vie\u201d.Cet engagement 468 L'ACTION NATIONALE est apolitique et n\u2019a pas de signification collective réelle.C\u2019est au plus un engagement humain.Et Létourneau d\u2019ajouter: \u201cSi la chanson est la vie qui s\u2019exprime, je veux exprimer beaucoup plus des sentiments que des idées face à une société mouvante.\u201d Le phénomène chansonnier a accompagné ce besoin de s\u2019exprimer, de se retrouver en groupe.En fait, la prolifération des chansonniers, leur qualité, leurs préoccupations thématiques ont fait d\u2019eux les porte-parole d\u2019une jeunesse avide de communion.Si au début ils admettent la nécessité d\u2019une contestation, c\u2019est que par rapport à leur orientation initiale, ils ont de la difficulté à se situer socialement.Comme je l\u2019écrivais, \u201cils témoignent d\u2019un double engagement: celui de l\u2019expression individuelle et celui de la conscience collective.Ils voient leur fonction accrue devant une collectivité en profonde mutation.Car ils étaient d\u2019abord des esthètes de la chanson à travers leurs recherches d\u2019une harmonie par le biais du couple parole/musique.Cela leur était vital: bien chanter le pays.\u201d9 On a souvent parlé, à ce propos, du côté \u201cparoissial\u201d des chansonniers débutants des années 60.Plusieurs chansons, en effet, rappelaient l\u2019assimilation plus ou moins consciente de la tradition faite de gaieté et de nostalgie des chansons de l\u2019abbé Gadbois.Charlebois ne s\u2019en cachait pas: \u201cAu début, disait-il, j\u2019aimais même les chansons du Père Bernard: Prends la route.\" C\u2019était la bonne chanson! Oui, les chansonniers répandaient la bonne chanson; entendre la chanson poétique surtout.\u201cD\u2019ailleurs commente Christian Larsen, nous les chansonniers, nous avons beaucoup plus le complexe de littérature que celui de chanson.Avec de petits poètes et de petits musiciens, on peut faire de grands chansonniers.\u201d Quelque part dans Ces chanteurs que l\u2019on dit poètes, Christian Hermelin note que la plupart des chansonniers québécois écrivent à la fois des chansons et des poèmes.L\u2019œuvre de Georges Dor, ajoute Jean-Guy Pilon, ne se partage pas entre poèmes et chansons.En fait, beaucoup de chansonniers sont aussi, au sens traditionnel, des poètes: Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Jean-Paul Filion, Georges Dor, Sylvain Lelièvre, Raymond Lévesque; à l\u2019inverse, beaucoup de poètes ont aussi fait des chansons: Raoul Duguay, Claude Péloquin, Gilbert Langevin, etc. DE NOS CHANSONNIERS 469 L\u2019ère créatrice La chanson poétique, ainsi devait-on l\u2019appeler, correspondait à ce que j\u2019appellerais \u201cun instant psychologique favorable\u201d.Encore aujourd\u2019hui, les chansons poétiques appartiennent à l\u2019ère créatrice des poètes-chansonniers.Ceux-ci usaient d\u2019un langage populaire limpide.Ils disaient les émotions de chacun sur des thèmes intimistes: être soi-même, les premières amours, l\u2019amitié, l\u2019homme.\u201cComme tous les chansonniers d\u2019ici, a écrit Jean-Paul Filion, en parlant de Pierre Calvé, \u201cil a eu des débuts qui, au niveau de l\u2019écriture, ont voulu dire: état d\u2019insécurité, besoin de fuite, inaptitude à se nicher\u201d.Le chansonnier servait la poésie avec sensibilité.On me permettra cette longue citation d\u2019Yvon Daigneault qui a cerné avec justesse l\u2019œuvre poétique des chansonniers dont il a retenu les principaux traits: \u201cIl serait trop facile de railler cette jeune chanson qui ne \u201cvit que l\u2019espace d\u2019un matin\u201d.Mais dans son ensemble, elle est sincère et attachante, même si les tics et les clichés, tôt venus hélas! y abondent.Elle reflète, avec une constance amusante, les angoisses et les absolus de la jeunesse: difficulté d\u2019être soi, sentiment romantique de la nature, premiers émois de l\u2019amour, rancoeur toute littéraire contre la vie et la ville inhumaine et une sorte d\u2019attachement rageur à son pays.Le style emprunte volontiers les procédés les plus usés des surréalistes.Les chansons poétiques ne sont souvent que manière d\u2019amplification oratoire d\u2019une langue émouvante, très belle, très visuelle, mais peu profonde.Alors qu\u2019un Félix Leclerc, un Gilles Vigneault, un Jean-Paul Filion semblent parfaitement conscients des exigences de forme et de langue de la chanson poétique, les jeunes chansonniers qui optent pour ce mode d\u2019expression, parviennent difficilement à se dégager du style et des structures de la poésie écrite.Leurs chansons semblent des poèmes inédits auxquels on aurait greffé une sorte de récitatif monotone.La dimension sonore, qui doit achever le poème, est habituellement artificielle et mal intégrée.Une fois imprimées, leurs chansons poétiques ne se distinguent plus de l\u2019ensemble des poèmes que l\u2019on peut lire dans les revues ou dans les recueils collectifs.\u201d10 470 L\u2019ACTION NATIONALE Gilles Marcotte, critique littéraire, sera encore plus sévère: \u201cIl est aisé de constater que les textes des chansonniers supportent difficilement la lecture.\u201d Retenons que l\u2019essor de la chanson poétique a été principalement l'œuvre des premiers chansonniers: Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland, Jacques Blanchet, Claude Gauthier, Pierre Calvé, Pierre Létourneau, Marie Savard, Gilles Vigneault, Monique-Miville Deschènes, Georges Dor, et bien d'autres.Ils ont osé chanter des poèmes qu'ils ont composés.Benoît L\u2019Herbier parle d\u2019eux comme des poètes illustres qui chantaient sur des airs connus le récit d\u2019aventures personnelles ou l\u2019expression de leurs sentiments.Je l\u2019avais déjà noté ailleurs, \u201cLes chansonniers du début de notre chanson ressemblaient aux écrivains du XVIIIe siècle.Leurs chansons correspondaient à l\u2019exaltation de la sensibilité.Pour reprendre Stendhal, le romantisme, c\u2019est l\u2019art de présenter au peuple les œuvres qui lui plaisent le plus selon l\u2019état de ses habitudes.C\u2019est en cela que tous les chansonniers, de Leclerc à Charlebois, sont des romantiques, puisqu\u2019ils ont donné à leurs compatriotes ce qu\u2019ils réclamaient.Et c\u2019est en cela, aussi, qu\u2019ils sont folkloriques.\u201d11 C\u2019est en ce sens que Gaston Miron, en parlant de Georges Dor, dit qu\u2019il n\u2019appartient pas à une nouvelle génération de chansonniers, mais qu\u2019il est un homme nouveau que tous nous nous efforçons de devenir ces temps-ci.\u201d Les chansonniers ont surgi comme un besoin viscéral, une nécessité intrinsèque à l\u2019affirmation du peuple québécois.L\u2019engouement fut spontané, entier, collectif: \u201cLe spectacle des vedettes françaises, commente Yvon Daigneault, est un divertissement qu\u2019on applaudit avec frénésie, mais celui des chansonniers est un rite, presqu\u2019un devoir qui exige du public un engagement entier\u201d.Les chansonniers étaient effectivement populaires.Le peuple québécois entendit, devina et découvrit ses héraults.Parti de rien, sans subvention, le mouvement chansonnier naquit par le public qui l\u2019a nourri et entretenu.\u201cCertes, a écrit Georges Dor, cela ne durerait pas DE NOS CHANSONNIERS 471 toujours, mais cela durerait assez longtemps pour permettre à une certaine mythologie de se créer autour de la chanson et des chansonniers, au point que, dans les écoles secondaires et dans les cegeps, au lieu de se pencher sur les textes d\u2019Alain Grandbois ou d\u2019Anne Hébert, on le ferait sur ceux de Gilles Vigneault.et même sur les miens!\u201d12 Les chansonniers ont révélé un monde poétique et musical inédit.Ils créèrent un univers différent comme jamais il n\u2019en avait existé au Québec.Citons encore Georges Dor: \u201cLes gens d\u2019ici attendaient donc des chansons nouvelles et les poètes-chansonniers leur en feraient à la pelle.encore que certaines d\u2019entre elles ont l\u2019air d\u2019avoir été faites aussi \u201dau pic\u201d.Cela coïncidait avec l\u2019avènement, au Québec, de la société de consommation et les chansonniers devinrent vite les \u201cporte-étend\u2019arts\u201d du Québec; ils résumèrent même à un certain moment, tout l\u2019art québécois.\u201d13 Une nouvelle culture Les chansonniers, c\u2019est la matérialisation en 1960 d\u2019un phénomène québécois.Avant cette date, le peuple connaissait peu et mal ses poètes, ses auteurs-compositeurs.Comme dit Vigneault, il était coupé de sa propre expression.Historiquement, le Québécois ne se rattache pas à grand chose.Sa carte d\u2019identité, il l\u2019a trouvée avec les chansonniers.Le peuple, par eux, a retrouvé sa fierté.Et eux y croyaient tout autant.Quelqu\u2019un, nous confirmera Claude Léveillée, nous a déjà qualifiés de Commandos de la chanson et je trouve l\u2019image fort exacte.Nous participons tous à un Débarquement.\u201d Les chansonniers nous résument et nous reflètent.Pour Lysiane Gagnon, la chanson, c\u2019est la manifestation d\u2019une nouvelle culture: celle de la jeunesse.Ce sont les jeunes qui allaient non seulement favoriser, mais susciter l\u2019essor de la chanson, engendrer d\u2019autres chansonniers, toujours plus.\u201cDes propriétaires de toutes les boîtes à chansons du Québec ont récemment confronté leur expérience.Il en ressortait que 2,000 jeunes environ s\u2019étaient lancés dans la chanson ou 472 L'ACTION NATIONALE désiraient s\u2019y lancer, c\u2019est-à-dire avaient sollicité une audition.\u201d14 Même s\u2019il date de 1965 et qu\u2019il n\u2019est pas rigoureusement scientifique, ce chiffre n\u2019en indique pas moins des rapports démesurés au regard des possibilités réelles.À lui seul, à sa première année d\u2019existence, Le Patriote a fait passer 600 auditions.À un moment donné, cette boîte à chansons de l\u2019est de Montréal pouvait être considérée comme une usine à chansonniers.La majorité des jeunes qui s\u2019y présentaient, étaient des fils d\u2019ouvriers ou de classes moyennes.Stéphane Venne a cette heureuse comparaison: \u201cLes Québécois semblent se croire chansonniers de droit divin comme les Bourgault sont sculpteurs sur bois.\u201d Cet engouement particulier de la jeunesse pour les chansonniers participait de cette découverte de quelque chose de neuf qui leur ressemblait.Une nouvelle génération découvrait ses auteurs et ressentait le besoin de s\u2019identifier.\u201cParce qu\u2019ils sont des jeunes du Québec, notait Michelle Duval, les chansonniers conçoivent les mêmes idées, connaissent les mêmes états d\u2019âmes, éprouvent les mêmes sentiments, subissent les mêmes influences que nous.\u201d15 Les chansonniers réagissent comme des jeunes.Frondeurs, critiquant les institutions sociales (Avant de m\u2019assagir, J.-P.Ferland), avides de vérités et d\u2019authenticité, ils opposent à l\u2019incommunicabilité contemporaine, leur disponibilité, voire leur jeunesse.Ils s\u2019opposent aux attitudes empruntées, ainsi que l\u2019écrivait Michelle Duval, aux sentiments surfaits, bref à l\u2019hypocrisie sous toutes ses formes.Cherchant à s\u2019affirmer, les chansonniers envient la liberté dans la même optique que la jeunesse.En fait, ils témoignent d\u2019un problème crucial pour elle: la liberté.Le chansonnier se lance dans la chanson avec comme bagage le besoin de l\u2019exprimer.Il se lève pour crier sa vérité, pour afficher ses valeurs, les défendre.Il se livre tel qu\u2019en lui-même: \u201cFidèle à son moi, ajoute Michelle Duval, à la beauté, à son siècle, le chansonnier du Québec livre sa pensée, ses sentiments, le plus profond et le plus intime de son être.\u201d DE NOS CHANSONNIERS 473 Ainsi, les rapports régissant l\u2019intérêt des jeunes pour les nouveaux chansonniers québécois étaient vite trouvés: le jeune ne peut s\u2019exprimer, le chansonnier le fait pour lui, explique Armand Chouinard dans Ta chanson, c'est ma vie.\u201cLe jeune est en pleine crise de liberté, le chansonnier n\u2019accepte pas les structures\u201d.Les jeunes ont le sentiment de communiquer avec le chansonnier.La jeunesse, devait expliquer Sylvain Lelièvre à un colloque sur le sujet, demande actuellement une relation d\u2019amitié.Les jeunes attendent de la chanson ce que le sermon du dimanche ne leur apporte pas.\u201d Les chansonniers, faut-il le reconaître, se méfiaient et avec raison de cette perspective pastorale liée à leurs chansons.\u201cUn chansonnier, ce n\u2019est ni un prédicateur, ni un défricheur\u201d, commentait Ferland.Disons que de cette nécessité des jeunes de s\u2019exprimer et de s\u2019écouter par des poètes-chansonniers, croit Jean Royer, est née une mode: la mode des chansonniers.Pierre Létourneau, par exemple, selon lui, est un produit de cette mode plus qu\u2019un chansonnier authentique.La montée des chansonniers créa une force nouvelle: un marché qui devenait un accomplissement génial par rapport à n\u2019importe quel pays de même dimension.Parce qu\u2019il représentait quelque chose de culturel, Radio-Canada diffusa presqu\u2019inconditionnellement tous les chansonniers de l\u2019époque.Il constitua alors un des seuls média de communication à appuyer le mouvement, qui prit une ampleur insoupçonnée.Les paroliers et les musiciens entrèrent dans la ronde: Luc Plamondon, Pierre Noies, Marcel Lefebvre, Stéphane Venne, Paul Baillargeon, Luc Cousineau.\u201cJ\u2019ai débuté en même temps que Paul de Margerie.Ça a été notre chance à tous deux, reconnaît André Gagnon, d\u2019entrer en scène en même temps que la vague des chansonniers.Quant aux vendeurs de guitares, ils ont certes profité de ce mouvement inopiné mais largement bienvenu.Un débat théorique Le phénomène des chansonniers, différent du phénomène des vedettes, provoqua une guerre froide entre les deux clans.La différence résidait dans leur forme 474 L'ACTION NATIONALE d'expression.Le spectacle des premiers, au caractère intimiste, attirait toujours le même genre de personnes.Parallèlement, les artistes populaires défendaient un autre style de chanson, empruntée le plus souvent à la chanson française ou américaine.\u201cLa commercialité, notait Benoît L\u2019Herbier, signifiait alors la perte de toute honnêteté et de tout sens moral.Les chansonniers étaient des snobs intellectuels et les interprètes populaires yéyés ou gogos étaient des niaiseux faiseurs de versions.\u201d Pour les chansonniers, c\u2019était une question de style et d\u2019esthétique, peut-être même de morale.L\u2019esprit de La Bonne Chanson est ici repris par Renée Claude: \u201cFélix Leclerc, c\u2019est le point de départ de toutes les chansons valables au Québec.Elles sont tout-à-fait de chez nous.Elles nous apportent quelque chose.\u201d Pour Christian Larsen, le chansonnier, c\u2019est la contre-partie du yéyé.C\u2019est une mode qui durera le temps que dure la mode.Autour des années 70, un peu avant, l\u2019éclat chansonnier s\u2019atténuait.On réalisait que les boîtes à chansons et les accords répétés ne suffisaient plus.Certains reproches se précisaient.Ainsi ceux de Robert Gauthier dans Le journal des Vedettes: \u201cSurtout les très jeunes, qui s\u2019achètent une guitare, qui s\u2019empressent de composer douze petites chansons et courent chez une maison de disques pour faire des sous.Ce n\u2019est pas tout, poursuit-il, de se mettre en transe pendant vingt minutes, d\u2019écrire vingt-cinq lignes qui riment entre elles, et d\u2019y racoller une mélodie d\u2019inspiration douteuse, pour croire que l\u2019on fait de l\u2019art.\u201d16 Accusés de banalité, de désinvolture, ils sont comme des enfants qui découvrent un jouet.Les préjugés étaient aussi nombreux que les reproches: les chansonniers n\u2019ont pas de voix, musicalement, ils sont dépassés, ils n\u2019ont plus l\u2019âge des jeunes; leurs chansons sont en dehors de la musique populaire; \u201ctout ce qu\u2019ils cherchent à voir, précise Frank Dervieux, c\u2019est leur nombril.Tout ce qu\u2019ils veulent, c\u2019est faire passer à travers leurs petites chansonnettes leurs propres états d\u2019âme.\u201d DE NOS CHANSONNIERS 475 En fait, reconnaissait-on, un chansonnier, c\u2019est quelqu\u2019un qui braille sur sa guitare.\u201cJe trouve que les goélands, les mouettes, les bateaux, les beaux petits poèmes, on en a assez eu et trop.Je ne comprends pas, raisonne André Gagnon, que des gens puissent encore écrire comme ça.\u201d Règle générale, lance Raymond Ber-thiaume, je n\u2019aime pas les chansonniers car, musicalement parlant, je les trouve très faibles\u201d.En fait, les chansonniers qui avaient des choses à dire ne trouvèrent pas leur place dans le circuit commercial.Il fallut plusieurs années pour que la situation s\u2019équilibre.Mais les résistances étaient profondes.Ainsi que l\u2019expliquent tour à tour Tex Lecor et Jean-Pierre Ferland: \u201cLe groupe des chansonniers, je n\u2019en ai jamais fait partie.À cause de bien des choses.Ma musique d\u2019abord qui est très simple.Je ne suis pas musicien.Ce sont surtout les paroles qui m\u2019importent.Les sujets de mes chansons sont très différents de ce que font les autres.On ne m\u2019a jamais considéré comme un véritable chansonnier.Je faisais du cabaret.Pour beaucoup, c\u2019était s\u2019occuper de la masse et délaisser l\u2019élite.Plusieurs se sont aperçus par la suite que c\u2019était surtout la masse qui nous faisait vivre.Et ils ont changé de route.\u201d17 Pour ma part, explique Jean-Pierre Ferland, \u201cje n\u2019ai jamais fait de chansons commerciales.C\u2019est l\u2019habillement, c\u2019est-à-dire l\u2019orchestration qui est devenu commercial.Les gens du métier m'en font un reproche.Ils oublient que la chanson n\u2019est pas un commerce au point de départ; elle le devient par la suite quand il s\u2019agit de la vendre\u201d18 C\u2019est en ce sens précis que les chansonniers sont à la recherche du déclic commercial.Or, pour abolir la différence entre les chansonniers et les artistes populaires, ainsi que l\u2019ont fait Stéphane Venne, Marc Gélinas, J.-P.Ferland, Pierre Létourneau, Tex Lecor, Luc Plamondon, c\u2019est spontanément du côté des interprètes qu\u2019ils sont allés: Ginette Ravel, Ginette Reno, Pierre Lalonde, Donald Lautrec, Emmanuel, Isabelle Pierre, Renée Claude et bien d\u2019autres.Il y eut un débat, somme toute, théorique.Les chansonniers se devaient de s\u2019intégrer au circuit commercial.Trop longtemps restés une classe à part, les chansonniers se sont isolés.Ils n\u2019ont pas vu que la chanson allait être totale. 476 L\u2019ACTION NATIONALE Il s\u2019en venait, à leur insu, une chanson tout court.\u201cLe mot chansonnier, constate Ferland, n\u2019existe plus.On employait ce mot au moment où le Québec avait besoin de s\u2019identifier, de se personnaliser.Maintenant qu\u2019il s\u2019est trouvé, il n\u2019a plus sa raison d\u2019être.Il ne reste que des auteurs-compositeurs-interprètes s\u2019appuyant tantôt sur le texte, tantôt sur la musique, certains faisant de la chanson commerciale, d'autres de la chanson poétique.\u201d19 Ainsi se tranchait le débat: \u201cDes chansonniers, seuls ceux qui surent développer un style personnel et particulier, pense Benoît L\u2019Herbier, subissant sans dommage les changements apportés par les différentes modes, demeurent, demeureront.\u201d Ainsi, pour reprendre une opinion exprimée ailleurs, \u201ctout le mouvement pop exigeait un réveil à des réalités plus actuelles que la contemplation de soi de certains chansonniers d\u2019ici.De tous les auteurs-compositeurs-interprètes en place, Robert Charlebois était non seulement le plus disposé au changement musical, mais le moins pleurnichard, comme l\u2019explique Jean-Pierre Lefebvre: \u201cLe rêve de l\u2019amour égoïste et les larmes versées pour une patrie qui n\u2019a pas encore de continent, que malheureusement trop de chansonniers d'ici ont chanté par amour pour les chansons, n\u2019avaient toutefois jamais fait succomber Charlebois.\u201d20 Sa participation à la libération d\u2019une chanson contemporaine et québécoise, L\u2019Osstidcho, reste le fait majeur des années 70.Il fut le premier chansonnier, ainsi reconnu, à s\u2019accompagner à la guitare électrique.D\u2019autres ont suivi: J.-P.Ferland, Claude Dubois, Jacques Michel.De fabricants de poèmes avec de la musique dessus, les chansonniers se sont mis à faire de la musique avec sensibilité.Du stade artisanal au stade professionnel Les jeunes chansonniers, depuis Charlebois, se sont libérés du découpage traditionnel.Mieux, ils ont délaissé l\u2019approche artisanale et ont appris à recourir aux services de musiciens professionnels, ce qui était devenu une nécessité vitale, ainsi que l\u2019écrit Stéphane Venne; la plupart des chansonniers ne sachant pas écrire leur musique: \u201cPour que la poussée des chansonniers veuille dire quelque chose sur le plan culturel, commentait-il en DE NOS CHANSONNIERS 477 1966, il faut que le système croisse jusqu'à devenir une industrie, un processus à fabriquer des produits finis, des professionnels, et cela, ici-même.Sinon, poursuit-il, les chansonniers débutants vont se lasser de toujours débuter, ou bien encore, ils vont se mettre à écrire pour leurs tiroirs, et bientôt, en nombre sans cesse décroissant, ils vont, comme nos poètes, s\u2019inventer sur le vent un auditoire imaginaire.\u201d21 Le besoin de se renouveler était d\u2019une certaine façon pressant.Avant, un disque suffisait, aujourd\u2019hui, il faut affronter la critique.Il n\u2019est plus question de travailler à la \u2018\u2018va comme j\u2019te pousse\u201d.Si au début, le chansonnier ne se formalisait guère d\u2019un piano qui fausse, ni d\u2019un micro défectueux, sans compter l\u2019obligation qu\u2019il avait de faire sa propre publicité, aujourd'hui, il ne saurait s\u2019en accommoder.Cette époque où tous, imprésarios, propriétaires de boîtes à chansons, musiciens, chansonniers, apprenaient en même temps et ensemble leur métier, est révolue.Stimulés par les exigences de l\u2019industrie du disque dont l\u2019entrée dans ce monde se faisait simultanément avec celle des grandes salles (La Comédie-Canadienne, La Place des Arts), les chansonniers sont passés du stade artisanal au stade professionnel.Ainsi, en 1967, Lysiane Gagnon a pu écrire: \u201cL\u2019aisance avec laquelle les chansonniers se sont adaptés à l\u2019industrialisation de la chanson; la montée ininterrompue de nouvelles générations de chansonniers; l\u2019avidité toujours soutenue du public, et d\u2019un public considérablement élargi depuis les débuts de la chanson, qui a rallié pour une fois une partie des jeunes travailleurs aux étudiants; le fait que les chansonniers et leurs musiciens soient à quelques exceptions près les seuls artistes québécois à vivre de leur art, tout illustre assez à quel point la chanson québécoise répond aux besoins de notre société.\u201d22 Certes, des difficultés persistent: les musiciens coûtent cher, il est difficile de vivre uniquement du disque, tentative avortée pour un regroupement des chansonniers concernant leurs droits d'auteurs, la dimension humaine se trouve écrasée par la dimension commerciale (G.Dor). 478 L'ACTION NATIONALE Mais la relève constitue depuis toujours le problème le plus aigu.Devenus vedettes, certains exigent des prix exorbitants, 1000 dollars pour une soirée, par exemple, alors que dans les boîtes, ces vedettes sont remplacées par les jeunes, qui, pour se faire connaître, donneront leur spectacle pour dix dollars.Le problème reste actuel.Les jeunes chansonniers ont longtemps alimenté les boîtes à chansons dont ils étaient les plus sûrs alliés.Ils formaient une certaine relève.Ainsi, en vertu de contrats que les chansonniers signaient avec les grandes salles, ils ne pouvaient se produire plusieurs mois avant leurs spectacles, dans la région impliquée.De plus en plus accaparés par des tournées d\u2019envergure, les chansonniers ont appris à travailler en collaboration.\u201cQuant à la chanson à texte, écrit Lysiane Gagnon, elle se perfectionne formellement.Sa poésie se libère peu à peu des clichés (la mer, les mouettes, l\u2019île rêvée, tout le style troubadour auquel nous avaient habitués les premières chansons poétiques québécoises), pour accéder à la simplicité de l\u2019expression littéraire, et à sa fusion avec une certaine réalité quotidienne et urbaine.\u201d23 Même si le public choisit lui-même ses têtes d\u2019affiche, il n\u2019empêche qu\u2019une longue évolution a transformé la conception de la chanson.François Roy dans Dix ans de rock l\u2019exprime ainsi: \u201cEn 1977, les chansonniers du pays n\u2019avaient plus l\u2019air de ternes séminaristes, comme pendant les années 60.Ils étaient jeunes, colorés et pleins de santé.\u201d Encore aujourd\u2019hui, il n\u2019est pas un mois qui ne nous révèle un artiste-chansonnier ou un nouveau groupe.La première génération avait été formée à l\u2019école française de la chanson.Aujourd\u2019hui, l\u2019influence de certains courants californiens est manifeste.De plus en plus, on travaille en équipe.On peut dire, actuellement, qu\u2019à côté des chansonniers de type individuel, existent dans la chanson québécoise des chansonniers de type collectif: Harmonium, Les Séguin, Jim et Bertrand, Beau Dommage.Ce sont des chansonniers en leur temps.Écrivant soit des paroles et la musique, soit seulement des paroles ou des musiques, ils restent DE NOS CHANSONNIERS 479 maîtres de leur répertoire en l\u2019élargissant.Ils agissent tous au sein d\u2019une même discipline.Car, \u201cdepuis Charlebois, le concept de chansonnier s\u2019est effrité et a donné lieu à une critique interne qui touche non seulement le contenu mais aussi la forme.Il y a entre Leclerc, Vigneault, Charlebois, les Séguin, Plume et tous les autres, une parenté.Tous s\u2019adressent au cœur.Les voies sont différentes mais, comme disait Bruno Coquatrix, il y a entre Vigneault et Charlebois un même tempérament mais avec une génération entre les deux.Guy Trépanier, plus à ses débuts, ne rappelait-il pas Claude Léveillée?Manseau, Lavoie, Jim et Bertrand, tous ces jeunes ont des airs de famille.Ils rappellent les premiers chansonniers.Ils ont la même vigueur et la même richesse d\u2019interprétation.\u201d24 Les Séguin, par exemple, favorisent un long travail de poétisation de la musique qui les rapproche véritablement des premiers chansonniers qui ont chanté le pays.Comme eux, ils sont des \u201couvrageux\u201d de la chanson, des artisans.Porte-parole de nos racines, comme dit Vigneault, ils ont une fonction folklorique puisqu\u2019ils représentent tous les chansonniers québécois, une certaine façon de voir, de vivre et de chanter.À la croisée des traditions, la créativité poétique et musicale de nos chansonniers a sauvegardé les traits de notre folklore tout en procédant à son renouveau ce qui est proche d\u2019un authentique esprit folklorique.Pourtant, encore aujourd\u2019hui, certains chansonniers comme Sylvain Lelièvre n\u2019ont jamais fait de traditionnel.D\u2019autres n\u2019ont jamais fait de rock: Claude Gauthier, Clémence Desrochers, Gilles Vigneault, Georges Dor.Sont-ils plus ou moins chansonniers au sens moderne du mot?Que voilà une fausse question! Certes, ceux-là ne se sont jamais préoccupés des modes.Il n\u2019en avaient ni le souci ni la tentation.Ce qu\u2019ils nous offrent ressemble à ce qu\u2019ils nous présentaient il y a 10 ou 15 ans.Ainsi, Gauthier, qui s\u2019en fait une exigence, reste fidèle à une certaine tradition du mot chansonnier.D\u2019autres comme lui font persister le sens premier de ce mot, désormais québécois, en formulant une nouvelle 480 L'ACTION NATIONALE conscience collective par, à la fois, un respect et un ajustement aux réalités proprement québécoises devant lesquelles, faut-il le noter, leur individualisme du début cède.Ils s'enracinent dorénavant dans les réalités quotidiennes d\u2019ici.Cette nouvelle affirmation du Québec par les artistes au début a fait dire au chansonnier et sociologue Pierre Bourdon que \u201cles chansonniers ont soulevé le couvercle d\u2019une conscience politique au Québec\u201d.Aujourd\u2019hui encore, cette conscience persiste et de façon plus ardente car \u201csi tous les chansonniers du Québec s\u2019engagent ainsi, c\u2019est, dit Félix Leclerc, parce qu\u2019on est libre, on est écouté.Si on le fait, c\u2019est peut-être qu\u2019on sent que le pays est en danger.\u201d25 Et d\u2019ajouter Gilles Leclerc: \u201cC\u2019est tout de même dans les paroles des chansonniers que je trouve souvent la pesanteur et la vérité historiques de notre nation française en Amérique et la beauté tragique à la fin, de sa culture et de son destin.\u201d Le chansonnier est celui qui nous identifie, qui nous signifie, qui nous rejoint, nous révèle.Il témoigne de ce que nous sommes.Il parle de façon à être entendu par tous.Si les chansonniers n\u2019étaient que des amuseurs, vingt ans après, existeraient-ils encore?Tout en devinant le poète, le chansonnier québécois reste un artiste fascinant.En 1966, Lysianne Gagnon notait ceci: \u201cIl est remarquable que leurs intérêts sont plus diversifiés et leur mentalité plus ouverte que toute autre catégorie d\u2019artistes.\u201d L\u2019observation reste, encore aujourd\u2019hui, fort pertinente.Les chansonniers québécois, de type individuel ou de type collectif, ont acquis un état social.Chacun se crée un personnage.Par eux, la chanson est redevenue aux yeux de tous un mode personnel d\u2019expression.Au même titre que le poète, le chansonnier québécois construit une oeuvre, possède un vocabulaire, un style, développe une thématique ayant sa logique propre, exprimant ses joies, ses amours, ses angoisses.Le chansonnier, c\u2019est celui qu\u2019on peut identifier à ses chansons.Ils sont les poètes de l\u2019ère moderne.Ils ont créé, au DE NOS CHANSONNIERS 481 Québec, ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la chanson d'auteur.Celle-ci nous paraît correspondre aux besoins maxima d\u2019expression personnelle.\u201cOn était des voix, affirme Gilles Vigneault, ce sont leurs mains qui ont tout changé.\u201d \u201cLes chansonniers, pour reprendre Roger Fournier, sont tout ce qu\u2019il est possible d\u2019imaginer pour sauver un pays.\u201d REFERENCES 1.\tEn collaboration, Chanson d\u2019hier et d'aujourd'hui, Québec, U.de L, Département d\u2019Études canadiennes, 1968, tome 2, p.237 2.\tYvon Daigneault, \"La chanson poétique\", Archives des lettres canadiennes, Montréal, 1969, tome 4, p, 216 3.\tChristian Hermelin, Ces chanteurs que l'on dit poètes, Paris, L'École SA, 1970, p.78 4.\tFernand Robidoux, Si ma chanson., Montréal, Éd.Populaires 1974, p.21-22 5.\tSerge Dillaz, La chanson française de contestation, Paris, Seghers, 1973, p.101 6.\tGeorges Dor, Si tu savais., Montréal, Éd.de l'Homme, 1977.7.\tLysiane Gagnon, Pour la chanson, dans Liberté, no 46, Montréal, 1966, p.45 8.\tStéphane Venne, La chanson d\u2019ici, dans Parti Pris, vol.2, no 5, janvier 1965, p.64 9.\tBruno Roy, Panorama de la chanson au Québec, Montréal, Leméac, 1977, p.82 10.\tYvon Daigneault, La chanson poétique, p.220 11.\tBruno Roy, Panorama de la chanson au Québec, p.135 12.\tGeorges Dor, Si tu savais., pp.77-78 13.\tIbid., p.77 14.\tLysiane Gagnon, Chansonniers à gogo, Perspectives, La Presse, 8 janvier, 1966, p.4 15.\tMichelle Duval, Le Québec à l\u2019heure des chansonniers et de la jeunesse, dans La chanson française, Coll.Collège et famille no 1 1965, p.79 16.\tRobert Gauthier, Le journal des vedettes, 28 août 1965, p.10 17.\tMonique Bernard, Ceux de chez nous; auteurs-compositeurs, Montréal, Agence de Presse artistique Engr, 1969, p.169.18.\tBruno Roy, Panorama de la chanson au Québec, p.88 19.\tMonique Bernard, Ceux de chez nous, p.120. 482 L'ACTION NATIONALE 20.\tPanorama de la chanson au Québec, p.107 21.\tStéphane Venne, Pour la chanson, p.68.22.\tLysiane Gagnon, La chanson, dans Culture Vivante, no 5, 1967, p.93 23.\tIbid., p.95 24.\tBruno Roy, Panorama de la chanson au Québec, p.123 25.\tJean Royer, Pays intimes, Montréal, 1977, Leméac, p.213. Pourquoi dire oui au référendum?par l\u2019Âge d\u2019or N.D.L.R.: Un correspondant, très connu et important, mais qui désire garder l'anonymat pour des raisons personnelles, veut prendre part au grand débat qui secoue le Québec.D'un âge avancé, il veut dire à tous pourquoi tous doivent répondre OUI au référendum.Comme il le signale, il s\u2019agit d\u2019une option, à examiner en toute objectivité, en dehors des \u201cconditionnements\u201d de son éducation, de l\u2019esprit de parti, de son entourage, mû par le bien de notre groupe national d\u2019abord et avant tout! 484 L'ACTION NATIONALE LES GRANDES RAISONS I\t\u2014 L\u2019indépendance du Québec est désirable a)\tC\u2019est dans la ligne du développement de notre histoire.b)\tC\u2019est l\u2019objectif naturel et légitime du Québec qui possède déjà tous les éléments d\u2019une nation.c)\tC\u2019est la condition de notre survivance contre l\u2019érosion des masses anglo-canadienne-américaine et contre les empiètements du gouvernement fédéral que nous ne contrôlons pas.Cette érosion est inéluctable si nous considérons toutes les projections démographiques de l\u2019an 2000.II\t\u2014 L\u2019indépendance du Québec est réalisable a)\tSurtout si elle est accompagnée de l\u2019association avec le reste du Canada et de l\u2019Amérique.Une muraille de Chine autour du Québec est impensable, soit du point de vue québécois, soit du point de vue des autres provinces voisines.b)\tLa condition essentielle et suffisante: que les Québécois la veulent vraiment et disent OUI au référendum.Que la majorité soit claire et décisive, il n\u2019est pas nécessaire qu\u2019elle soit écrasante: les 20% de votes anglo-canadiens et des immigrants anglicisés ne le permettront pas.Mais il est nécessaire que S\u2019EXPRIME une volonté déterminée des Québécois.RAISONS ET CONSIDÉRATIONS SECONDAIRES MAIS PERTINENTES I\t\u2014 Une majorité décisive de OUI donnerait au gouvernement actuel un pouvoir de négociation incomparable, quel que soit l\u2019objet des négociations.II\t\u2014 La seule objection sérieuse est d\u2019ordre économique.Il y a un risque à prendre et à réduire le plus possible.Ce risque n\u2019est pas aussi grand et inévitable, comme certains le prétendent. POURQUOI DIRE OUI AU RÉFÉRENDUM?485 Les milieux financiers et les industriels anglophones, une fois connue la majorité des OUI, une fois le Québec engagé dans la voie de l'indépendance d\u2019une manière irréversible, cesseront leur opposition trop réelle et se remettront à investir et à produire.Ces gens ne se frapperont pas la tête contre un amour inébranlable, contre l\u2019inévitable.Ces gens ont besoin du Québec.Ils voudront à tout prix exploiter à leur profit les immenses richesses du Québec.Nos concitoyens anglo-canadiens négocieront l\u2019association avec le Québec souverain.III\t\u2014 L\u2019Association a donc bien des chances d\u2019être acceptée et de fonctionner.Le Québec sera donc appelé à négocier d\u2019égal à égal, soit avec le gouvernement fédéral devenu représentant officiel du reste du Canada, soit avec chacune des provinces pour des avantages mutuels.Si les États-Unis acceptent de négocier, pourquoi pas aussi les provinces ou le Canada tout entier?IV\t\u2014 Il faut souligner la fausseté ou l\u2019illusion de certains slogans diffusés par les adversaires dans une publicité massive.Prenons par exemple: \u201cLe Canada, j\u2019y suis, j\u2019y reste!\u201d C\u2019est peut-être vrai pour des individus mais cela est faux de la nation qui a été rejetée d\u2019à peu près toutes les provinces.Et les gens commencent à se dire que le slogan est beaucoup plus vrai si on dit: \u201cLe Québec, j\u2019y suis, j\u2019y reste.\u201d Il faut dégonfler l\u2019espérance trompeuse qu\u2019on entretient en parlant d\u2019un fédéralisme renouvelé.Personne ne peut dire en quoi il consistera.Et les Anglo-Canadiens, ne nous ayant pas encore acceptés comme égal, sans cette indépendance qui donne stature et force, n\u2019ont pas révélé ce qu\u2019ils concéderaient.Irions-nous vers un plat de lentilles?Entre ce que les Anglo-Canadiens pensent pour le Québec et ce que le Québec juge nécessaire pour son autonomie souveraine, il y a un fossé qui ne peut être comblé à l\u2019intérieur de la fédération canadienne. 486 L\u2019ACTION NATIONALE Depuis 1945, à toutes les rencontres fédérale-provinciales, le Québec a toujours essayé de faire connaître ses besoins réels par le reste du Canada.Il s\u2019est toujours heurté à l\u2019opposition du fédéral et des provinces.Ni l\u2019un ni les autres ne veulent entendre parler d\u2019un statut particulier pour le Québec.Or le fédéralisme renouvelé n\u2019a de sens que si le Québec obtient un statut spécial à l\u2019intérieur du Canada.À cause de tous ces échecs accumulés, le Québec n\u2019a d\u2019autre solution que de faire son indépendance. Au fil de l'actualité par Patrick Allen 488 L'ACTION NATIONALE L\u2019économie du Québec et la science économique En un premier volume de 500 pages, on a groupé les écrits économiques de M.Esdras Minville.Toute son oeuvre, considérée comme partie du patrimoine québécois, sera publiée.Il revenait à M.François-Albert Angers de diriger cette oeuvre monumentale.Il la mène à bien grâce à l\u2019aide précieuse de M.Bergevin, de Madame Ruth Paradis et de quelques autres chercheurs de mérite.Les Hautes Études Commerciales et la Maison Fides éditent conjointement cette série qui pourra comprendre une douzaine de volumes.Une magistrale préface d\u2019une quarantaine de pages ouvre le premier volume et permet à M.Angers d\u2019exliquer les différentes facettes de la méthodologie de M.Minville pour aider le lecteur à comprendre quel type d\u2019économiste est ce géant et le sens de l\u2019œuvre de M.Minville: \u201cPour comprendre Minville, il faut donc partir du double fait qu\u2019il n\u2019a jamais raisonné par formulation d\u2019hypothèses de travail pour l\u2019analyse des phénomènes, mais par voie de conclusions dérivant de l\u2019observation des faits et des évidences ou constantes qui s\u2019en dégagent\u201d (p.15 sq).Autrement dit, M.Minville va toujours de la vie à la science.Les six premiers textes sont lumineux et d\u2019une étonnante actualité (p.47 à 171): Les Américains et nous (1923), Le capital étranger (1924), Agir pour vivre (1927), L\u2019économie canadienne-française, progrès ou régression (1943), L\u2019aspect économique du problème national canadien-français (1950), Les conditions de l\u2019indépendance ou de l\u2019autonomie économique des Canadiens-Français (1951).Ces textes constituent une introduction de grand style à l\u2019œuvre économique de Minville.Les 300 pages suivantes donnent une vue d\u2019ensemble de l\u2019économie du Québec, divisée aussi en six chapitres: Les éléments de base, La nature de l\u2019économie politique, Le milieu économico-social, Économie et culture, L\u2019Action économique, L\u2019Action sociale publique.Une deuxième section présente les approches méthodologiques de la science économique selon Min- AU FIL DE L\u2019ACTUALITE 489 ville: L\u2019organisation d\u2019une structure corporative au Canada, La croisée des chemins, Quelques aspects du problème social au Québec.L\u2019index des matières, vingt-cinq pages, fait de ce volume numéro I un instrument de travail de qualité insoupçonnée pour les jeunes intellectuels et les économistes à la recherche d\u2019une pensée économique la plus originale du Québec.Elle est essentiellement orientée vers les besoins urgents du milieu.Ce n\u2019est qu\u2019un début: il est magnifique.Souhaitons à M.Angers, à Madame Paradis et à leur groupe les appuis matériels et humains nécessaires à une si vaste entreprise.Nos félicitations au ministère des Affaires culturelles qui a permis la publication d\u2019une oeuvre de pareille envergure et qui a su la confier à Monsieur Angers, le plus compétent à discerner les richesses de la pensée de M.Minville.Pour assurer l\u2019avenir Sous ce titre, la revue Commerce de décembre 1979 rappelle que l\u2019objectif du gouvernement du Québec était, en 1978, de porter à 41% la part de l\u2019électricité dans le bilan énergétique de la province en 1990.M.Maurice Chartrand qui écrit cet article, signale qu\u2019en 1978, cette part n\u2019était que de 25%.Depuis que LG-2 produit de l\u2019électricité, et avec les autres ajoutes au Complexe La Grande, on arrivera graduellement, d\u2019ici à 1985, à augmenter les 18,000 mégawatts de 1978, d\u2019un nouveau 10,000 mégawatts, y compris l\u2019apport de Churchill Falls.Pour arriver à combler 41% de nos besoins, il faudra continuer à harnacher le meilleur de notre potentiel non encore exploité qui représente environ 35,000 mégawatts.Il y a là un défi stimulant à relever.Non seulement parce que le Québec ne possède ni pétrole ni charbon mais parce qu\u2019il fait appel à une réalisation typiquement québécoise basée sur le génie de nos gens et nos richesses naturelles. 490 L'ACTION NATIONALE Il est assez difficile aux poètes et aux chansonniers de célébrer la mise en marche de turbines et la course de l\u2019électricité dans les grands fils de cuivre qui doivent parcourir plus de 2000 kilomètres, mais notre avenir national et technologique est là.Merci à M.Maurice Chartrand de nous le signaler avec force.Des ressources récupérées \u201cC\u2019est vraiment heureux que le vaste territoire des eaux des baies James et d\u2019Hudson fassent maintenant partie du Québec.On prend cela pour acquis aujourd\u2019hui, mais ce n\u2019est qu\u2019en 1898 et en 1912 que les frontières du Québec ont été étendues pour englober d\u2019abord le sud (Matagami-Chibougamau) puis le nord (La Grande et tout le reste), fait observer Maurice Chartrand (Commerce, décembre 1979).On sait que les Cris et les Inuit ont signé, en 1974, une entente de principe sur la mise en valeur du territoire où ils vivent, chassent et pêchent.Selon une entente entre Hydro-Québec, la Société d\u2019énergie de la baie James, les dirigeants du Québec et du Canada et les porte-parole des Cris et des Inuit, ces derniers recevront un total de $225,000,000.à répartir sur vingt ans, en indemnités et redevances, en plus du droit de continuer de vivre, pêcher et chasser sur d\u2019immenses territoires.En retour, le Québec jouira des autres ressources naturelles d\u2019un territoire d\u2019environ un million de kilomètres carrés, soit l\u2019étendue de plusieurs pays de l\u2019Europe continentale.Les frontières du Québec étaient donc encore mal définies avant la ratification du traité en 1975.Nos gouvernants antérieurs manquaient de vision: n\u2019est-ce pas à eux qu\u2019il faut remonter pour expliquer la perte du Labrador?Irresponsabilité et manque de vision! Débat sur l\u2019efficacité relative de l\u2019État Économistes et analystes politiques doivent admettre, en 1979, la piètre performance de l\u2019État.Il s\u2019avère impuissant à guérir les maux dont souffrent nos sociétés contemporaines.Toujours au nom de l\u2019efficacité et de la productivité sociale et économique, les uns demandent AU FIL DE L\u2019ACTUALITE 491 encore plus d\u2019interventions gouvernementales et les autres un retour à plus d\u2019entreprises privées.Pensez aux croisades contre la pauvreté durant les années 60 aux États-Unis, à la société juste recherchée par M.Trudeau, de la lutte contre la hausse des prix et du chômage, des efforts fébriles pour stimuler le développement d\u2019activités industrielles, l\u2019encouragement aux investissements de risque: est-ce que l\u2019État n\u2019a pas manqué son coup à peu près totalement devant l\u2019inflation, le chômage et la stagnation?Roland Parenteau, dans la revue Gestion (novembre 1979) cherche à expliquer cette espèce d\u2019impuissance chronique de l\u2019État.Il indique la route de l\u2019efficacité.Son article, en dix grandes pages, dépouillé de tout artifice trop technique, est à la portée de tout \u201ccadre\u201d moyen et supérieur de la fonction publique ou de l\u2019entreprise privée.Il porte comme titre: Pourquoi les bons résultats sont si difficiles à réaliser dans le secteur public?L\u2019auteur constate, grâce à sa longue expérience, que les décisions publiques ne sont plus improvisées mais plutôt soigneusement travaillées, autant à Québec qu\u2019à Ottawa.Le grave défaut est \u201cla légèreté\u201d mise à franchir l\u2019étape suivante.M.Parenteau scrute donc, dans son article, le passage difficile de la décision à l\u2019exécution.Il montre les embûches qui attendent à ce stade les dirigeants de l\u2019État et qui expliquent les résultats si décevants.M.Parenteau, actuellement professeur titulaire et chercheur actif à l\u2019École des Hautes Études Commerciales, est un économiste professionnel, spécialisé dans la pratique et l\u2019enseignement du management public.Professeur ou directeur à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP) durant neuf ans, haut fonctionnaire au gouvernement du Québec pendant cinq ans, il parle avec compétence et les plus exigeants peuvent en apprendre. 492 L'ACTION NATIONALE Petites et moyennes entreprises: nouveau visage de notre économie La revue RND, distribuée gratuitement dans les Caisses populaires, apportait en novembre 1979 un dossier constructif sur les petites et moyennes entreprises (PME).Dans une entrevue bien documentée, le ministre Bernard Landry parle avec enthousiasme des petites et moyennes entreprises qui ont \u201clittéralement sauvé certaines régions\u2019\u2019.On peut lire aussi cette affirmation: \u201cLa petite et moyenne entreprise, celle qui naît, comme celle qui dure, n\u2019est pas simplement un décalque en plus petit de la grande entreprise.C\u2019est la contestation de la société industrielle des années 60 et la proposition d\u2019un nouveau modèle social\u201d.Mentalité d\u2019impuissance et de laisser-faire Un ancien journaliste du Washington Post, actuellement journaliste à la Gazette, de Montréal, M.Henry Aubin, a poursuivi une sensationnelle enquête sur les vrais propriétaires de Montréal.Il nous a permis de cerner une vérité simple: \u201cLes propriétaires de Montréal ne détiennent un pouvoir sur la métropole que dans la mesure où les Montréalais eux-mêmes se laissent dominer par eux.C\u2019est la faute à l\u2019Establishment montréalais qui avance toujours les mêmes excuses: climat trop rigoureux, pénurie de capitaux, manque de maturité de la société, etc.\u201d.Selon l\u2019auteur du livre (450 pages), si Montréal appartient aux étrangers, c\u2019est que ceux-ci se débrouillent pour vaincre le froid et mettre à profit le capital canadien.\u201cLa classe dirigeante du Canada, nous dit Peter Newman (The Canadian Establishment) a toujours fait preuve d\u2019une mentalité de colonisés.Pour elle le vrai pouvoir se trouve ailleurs: de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique ou au Sud.Là les maîtres des entreprises doivent être considérés avec respect, imités avec soin.Sous aucun prétexte on ne doit entrer en compétition avec eux de peur qu\u2019ils retirent leurs capitaux\u201d. AU FIL DE L\u2019ACTUALITE 493 Cette citation de Henry Aubin, à la fin de son volume, permet à l\u2019auteur d\u2019écrire: \u201cOr, à Montréal, les gens en place dans les milieux politiques, financiers et juridiques les ont accueillis avec un enthousiasme pareil à celui des tenanciers de lupanars à l\u2019arrivée de nouveaux bateaux au port\u201d.Cette mentalité d\u2019impuissance tend à faire place à celle de la confiance en soi par la compétence et l\u2019expérience pour inciter les jeunes à s\u2019affirmer sur tous les plans.Les éducateurs et les hommes politiques devraient en être conscients.Non seulement les membres du Parti québécois, à l\u2019heure du grand choix, mais aussi ceux de l\u2019opposition qui, mités par les peurs, ne savent qu\u2019encourager le repliement sur soi, l\u2019impuissance héréditaire plutôt que l\u2019affirmation de soi, à la fois comme individu et comme collectivité.Le droit des travailleurs dans une Suisse modèle \u201cInterdite dans la fonction publique, en Suisse, la grève n'est pas davantage admise dans le secteur privé: Ce serait une déclaration de guerre, estime M.R.Borde, de l\u2019Union patronale.Sans doute des grèves se produisent-elles, ici et là, une douzaine en 1978, mais il s\u2019agit généralement de débrayages de quelques heures que les meneurs paient fréquemment de leur emploi\u201d.Cette déclaration et d\u2019autres plus colorées encore apparaissent dans un long article du Monde diplomatique (novembre 1979) sur la Suisse moderne.L'assurance-maladie n\u2019y est pas obligatoire.La pension de retraite est arbitraire.La situation de la femme au travail est peu enviable: longues heures de travail, 30 à 40% du salaire des hommes, pas d\u2019assurances ni de congé de maternité.En Suisse, la pauvreté est signe de paresse.Tout ce qui interroge, dérange.La politique est un champ clos.La paix sociale est un impératif armé.Il semble que le Québec et le Canada n\u2019ont pas pris dans ce pays, une inspiration pour leur propre organisation sociale. 494 L\u2019ACTION NATIONALE Les maniaques canadiens de la grève et du harcelle-ment sauvage que l\u2019on connaît ici depuis quelques années au Canada, trouveraient là une thérapie efficace à leurs malaises permanents.L\u2019Alberta au pouvoir?Centre du pays?Après les compagnies de pétrole, les entrepreneurs et les banques, ce sont les courtiers en investissements qui se bousculent en Alberta.Les sièges sociaux s\u2019implantent comme des champignons.Il faut redécouvrir cette province en lisant les articles spéciaux dans La Presse (début de décembre 1979).Ne tirez plus, nous nous rendons! Jean Paré, dans son éditorial (Actualité, décembre 1979), crie à VEstablishment syndical: \u201cNe tirez plus, nous nous rendons!\u201d Il y décrit cette espèce de reddition du pouvoir politique du Québec devant le pouvoir non élu de Vestablishment syndical.Cet establishment, avec ses méthodes, terrorise le Québec, multiplie les prises d\u2019otages dans les hôpitaux, les services publics, le transport en commun, les communications téléphoniques, toute la jeunesse aux écoles, l\u2019Hydro-Québec, etc.Il est temps de réexaminer les rapports de force et d\u2019établir les règles du bien commun.Avant d\u2019affirmer que le syndicalisme est nocif, avant que les abus du droit de grève dans les services essentiels paraissent donner gain de cause aux violents et aux irresponsables, Jean Paré propose sa solution: suspendre l\u2019exercice du droit de grève dans le secteur public, avec l\u2019accord des intéressés; convenir d\u2019un moratoire de deux ou trois ans pendant lequel des équipes de techniciens étudieront ce qui, dans le régime actuel, n\u2019est pas fonctionnel, quels changements de mentalité, de structures et de techniques sont nécessaires.Il y aurait enfin lieu de procéder à un référendum ou même à une élection pour savoir ce que le public en pense.Félix Leclerc et notre époque Dans son article sur L\u2019archéologie du futur (Actualité, décembre 1979), Jean Blouin donne les réponses AU FIL DE L\u2019ACTUALITE 495 de vingt Québécois à la question suivante: \u201cQuelles sont les choses qui symbolisent le mieux notre époque?\u201d Félix Leclerc a répondu à sa façon originale.Voici son texte.LETTRE DE FÉLIX île d\u2019Orléans, le 21 septembre 79 Cher Jean Blouin, Je ne sais pas si c\u2019est bon.C\u2019est pourquoi j\u2019hésitais à répondre.Si vous trouvez que ça ne l\u2019est pas, détruisez-le.Voilà: Autrefois: on est pauvre; on se laisse tondre; souffrir est notre lot.Aujourd\u2019hui: on est riche (ou nous voulons le devenir); on se défend; on évite les responsabilités.L\u2019objectif à atteindre: le savoir, la tolérane, le respect (Donnons-nous cinq mille ans!) Pour l'instant, les trois objets qui représentent le mieux notre époque: carte de crédit carte d\u2019hôpital carte de syndiqué qui ont remplacé: le chapelet, la parole d\u2019honneur et la corvée.Amical salut, Félix Leclerc Bourgault et Jeanne Sauvé à la barre! Lors d\u2019un colloque étudiant sur la souveraineté-association (La Presse, 26 novembre 1979), Pierre Bourgault et Jeanne Sauvé ont eu des passe-d'armes assez piquantes.M.Bourgault, comme à l\u2019ordinaire, avait des réparties brillantes et qui rivaient leurs points aux fédéralistes.Madame Sauvé avait eu l\u2019imprudence de déclarer: \u201cLe fait d\u2019avoir deux niveaux de gouvernement est une 496 L'ACTION NATIONALE garantie supplémentaire que les droits individuels des gens seront protégés\u201d.Aussitôt, Bourgault a répliqué: \u2018\u2018Est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous venez de dire?Poursuivant dans la même logique, on peut affirmer qu\u2019en ajoutant un troisième niveau de gouvernement, pourquoi pas Washington, nos droits individuels seraient mieux gardés!\u201d Dans une autre rencontre, les marxistes-léninistes, ces mouches collantes de nos débats, ne cessaient d\u2019importuner Bourgault en lui disant qu\u2019il travaillait pour les \u2018\u2018petits bourgeois\u201d, les réactionnaires indépendantistes, et autres graves injures (selon eux) selon leur répertoire gommeux.Alors Bourgault, jusque-là très patient, leur rétorqua par une giffle dont la gauche marxiste ne s\u2019est pas encore relevée: \u201cComment pouvez-vous dire que je défends la \u201cpetite bourgeoisie\u201d?N\u2019est-ce pas vous, au contraire, qui défendez les multinationales et les grandes entreprises anglo-canadiennes qui nous exploitent depuis les Plaines d\u2019Abraham?Lisez bien la liste des grosses compagnies qui ont souscrit en faveur de Pro-Canada et du non au référendum, et vous verrez qui vous défendez, qui vous protégez!\u201d Une Chambre de Commerce en faveur du OUI La Chambre de Commerce de Granby \u201cveut que le Québec parle fort\u201d (La Presse, 26 novembre 1979).Elle invite la population à voter OUI.Dans ce milieu des Chambres de Commerce, c\u2019est un message vraiment original! L\u2019indépendance, ça commence par l\u2019esprit! Gilles Vigneault va au fond! Dans The Gazette (22 décembre 1979), Gilles Vigneault se dit heureux de la question.Quelle que soit la façon de la poser, selon lui, elle aura déjà été énoncée par un jeune Anglais, il y a bien longtemps, qui eut l\u2019audace de la formuler; \u201cTo be or not to be!\u201d.Évidemment il faut voter: To Be! Une partie de la loi 101 déclarée inconstitutionnelle Les neuf juges de la Cour Suprême du Canada ont statué que le Québec n\u2019avait pas le droit de déclarer le AU FIL DE L'ACTUALITE 497 français seule langue officielle devant les tribunaux et à l\u2019Assemblée nationale.Toutes les lois \u201cadoptées par l\u2019Assemblée nationale depuis la proclamation de la Charte de la langue française du Québec, le 26 août 1977, sont remises en cause\u201d.Le gouvernement du Québec accepte de corriger la situation.Au point de vue juridique, quinze juges se sont prononcés contre ces parties de la loi 101.Peu nous chaut l\u2019avis de la Cour Suprême dont la crédibilité, par les temps qui courent, est assez inquiétante.Mais il y eut l\u2019avis du Juge Jules Deschênes.Cela, c\u2019est une autre affaire.Nous le respectons.Objectivement, selon la lettre constitutionnelle, d\u2019après lui, ces deux parties de la loi 101 seraient inconstitutionnelles.Acceptons puisque le Juge Deschênes le dit.Mais au point de vue politique, c\u2019est autre chose.Il devient évident que le Québec est enchaîné par la Constitution de 1867.Il est évident que si nous restons dans la Confédération, nous sommes obligés à de graves mesures de bilinguisme.RIEN DE TEL POUR L\u2019ONTARIO.Faire du Québec, un État français passe absolument, irrémédiablement, définitivement par un Québec indépendant.M.René Lévesque a fait une de ces colères blanches, au nom de tous les Québécois francophones qui se respectent: \u201cOn a mis 90 ans pour rendre justice à la minorité franco-manitobaine mais seulement un an pour condamner le Québec.ET L\u2019ONTARIO CONTINUE IMPUNÉMENT À RESTER UNE PROVINCE UNILINGUE.\u201d Il est clair que le Québec, dans la Confédération, est une victime.On a su l\u2019enchaîner.La Confédération de 1867 l\u2019empêchera toujours de s\u2019épanouir et d\u2019avoir un pays bien à lui! \u201cOn n\u2019oubliera pas, ajoute M.Lévesque, que ce dramatique événement aura mis comme jamais en évidence le caractère non seulement archaïque mais complètement décroché du présent régime constitution- 498 L'ACTION NATIONALE nel.Il en souligne lourdement, brutalement même, toute la réalité et le potentiel colonialiste.C\u2019est la démonstration par l\u2019absurde de l\u2019impérieuse nécessité pour les Québécois d\u2019une nouvelle entente basée sur l\u2019égalité des peuples.Ce sera pour bientôt, ou bien ce sera le glissement de plus en plus désossé vers la marginalisation\u201d.Parlant ensuite de la loi 101, M.Lévesque la décrit comme une \u201clégitime évolution vers la dignité et l\u2019affirmation de soi\u201d.Il rappelle ensuite que ce fut une loi populaire appuyée selon lui par plus de 80% de francophones et maintenant acceptée par 40% des anglophones.Même le Rapport Pépin-Robarts a trouvé là une loi tolérante à l\u2019égard des anglophones.Puis la noirceur Ryan s\u2019est réjouie du jugement qui, d\u2019après lui, n\u2019a rien de tyrannique.Il n\u2019est pas d\u2019accord avec la portée très large que lui donne le gouvernement, notamment en ce qui touche les municipalités et les commissions scolaires.Le problème chez M.Ryan est celui d\u2019une schyzophrénie pathologique: parle-t-il comme représentant des Canadiens-Français ou des Anglo-Québécois?Sa conception de la justice pour tous, après les 200 ans de privilèges, de domination et d\u2019arrogance, d\u2019une minorité de 10% d\u2019Anglo-Québécois, est pour le moins étonnante.M.Michel Roy lui est bien supérieur par la clairvoyance lorsqu\u2019il dit dans son éditorial (Le Devoir, 14 septembre 1979): \u201cTout en appréciant la rigueur des jugements rendus au plan du droit, ne doit-on pas aussi s\u2019interroger sur la portée de l\u2019article 133 dans ce pays?Seules les institutions du Canada et du Québec (Chambres et tribunaux) sont soumises aux exigences du régime des deux langues facultatives tandis que l\u2019Ontario continue d\u2019échapper à l\u2019empire de la constitution canadienne, de progresser à sa guise et à sa cadence sur la voie des droits des francophones.Des jugements comme ceux d\u2019hier montrent bien que le fédéralisme de l\u2019avenir, s\u2019il doit emprunter la voie d\u2019un véritable renouvellement, ne pourra plus en matière de langue se satisfaire du régime actuel\u201d. AU FIL DE L'ACTUALITE 499 Évidemment, pris dans le carcan constitutionnel et dans la légalité d\u2019un pays mal bâti, MM.Lévesque et Laurin sauvent la logique et la justice due à tout un peuple! Les dix ans du ministère des Communications du Québec Le ministère des Communications du Québec a eu dix ans, le 12 décembre.Il a connu cinq ministres.Son budget de 27 millions de dollars lui permet de s\u2019assurer les services de 1350 fonctionnaires.Deux déclarations-chocs sont rapportées par Ingrid Saumart (La Presse, 19 décembre).Le ministre Vaugeois soutient qu\u2019\u201cOttawa nous empêche de nous donner une vraie politique\u201d.M.Jean-Paul L\u2019Allier, ex-ministre qui a vécu les années chaudes du ministère des Communications, déclare que les batailles menées avec panache contre le fédéral n\u2019ont abouti à rien.Il y a incommunication totale entre Québec et Ottawa.Les questions sur la radio et la télévision demeurent un panier de crabes ou une mare polluée aux grenouilles.M.Gérard Pelletier y a joué le rôle du diable, refusant au Québec toute liberté de développer sa culture.Lui un Québécois contre les Québécois, au nom de la majorité anglo-canadienne! Quels valets ont prouvé être ces Canadiens-Français envoyés à Ottawa! Ils ne servaient pas tellement leur influence mais la domination du groupe anglo-canadien qu\u2019ils servaient.Tant pis pour le Québec! Cela mérite bien d\u2019être nommé ambassadeur et de recevoir des médailles, à Ottawa, pour services rendus! Nausée, nausée, nausée! Que nos scientifiques publient en français! \u201cNos chercheurs vivent des fonds que leur fournit la population québécoise et publient pourtant, dans les domaines de pointe, à 95% en anglais\u201d, déclare Pierre Demers, professeur au département de physique de l\u2019université de Montréal, dans son opuscule intitulé: \u201cQue nos scientifiques publient en français\u201d. 500 L'ACTION NATIONALE À l\u2019occasion du lancement de son ouvrage aux Presses de l\u2019université de Montréal, M.Demers a fondé La ligue internationale des scientifiques pour l'usage de la langue française (LISULF).On peut faire partie de cet organisme en s\u2019adressant à 1209, rue Latour, Ville Saint-Laurent, P.Q.La peur pire que la haine \u201cIl y a pire que les huées haineuses de Vancouver, d\u2019Edmonton, quand on ose chanter quelques mots de français dans l\u2019Ô Canada, il y a la lâcheté et la peur\u2019\u2019, écrit Réjean Tremblay, chroniqueur sportif (La Presse, 18 décembre 1979).M.Tremblay signale que la peur des huées \u201cdevant le racisme et le fanatisme de la foule à Winnipeg, l\u2019ont emporté, au mépris des joueurs francophones du club Canadien\u201d et de tous les téléspectateurs de langue française.En effet, John Ferguson, ancien montréalais et Marc Cloutier, de Ouébec, ont demandé à la chanteuse officielle de s\u2019en tenir à la version anglaise de l\u2019hymne national.Abdication.\u201cDouce ironie, ajoute le journaliste, la Cour Suprême avait décrété, quelques jours auparavant, que le français était langue officielle dans le Manitoba.Les racistes de Toronto, Vancouver, Winnipeg, Edmonton, ont donc gagné.C\u2019est devenu mauvais, risqué, dangereux, de prononcer quelques mots de français.surtout quand un événement est télévisé sur le réseau national de Radio-Canada\u201d.Et il ne s\u2019agit pas d\u2019une poignée de fanatiques mais de la plus grande part de la foule qui hurle contre le français.Tremblay était présent à Ottawa quand le chanteur Mouton fut hué; Brisset était à Vancouver, Claude Brière et André Rousseau étaient à Edmonton.Tous ont vu et rapporté le refus, public, généralisé, contre quelques mots de français, contre le fait français.Ces mêmes foules n\u2019ont jamais hué lorsqu\u2019on chantait l\u2019hymne suédois ou l\u2019hymne soviétique.Ce ne sont pas les Cuébécois qui refusent le Canada, c\u2019est le Canada qui refuse les Cuébécois.Il n\u2019y a plus qu\u2019à nous retirer d\u2019une AU FIL DE L'ACTUALITE 501 maison où nous ne sommes pas désirés et où nous sommes si mal reçus.À moins d\u2019être un masochiste psychopathe! Conclusion: faire disparaître l\u2019hymne Ô Canada partout au Québec! Se tenir debout: comparaison entre Ryan et Lévesque Les questions discutées entre M.Ryan et Davis, premier ministre de l\u2019Ontario, lors d\u2019une entrevue à Dorval (Le Devoir, 19 décembre 1979), touchaient \u201cun nouveau partage des pouvoirs entre Ottawa et les provinces, la protection des droits fondamentaux, des langues et des minorités et leur inscription éventuelle dans une constitution canadienne amenée, et, enfin, le renouvellement des institutions fédérales, dont en première ligne la Chambre haute ou Sénat et les cours de justice\u201d.Autrement dit, M.Ryan a soumis à M.Davis, à titre de consultation, le document qu'il doit rendre public le 10 janvier et où il parle de fédéralisme renouvelé.Les étapes de M.Ryan passent ainsi par une consultation prioritaire avec les ministres anglo-canadiens et Ottawa plutôt qu\u2019avec le peuple même du Québec.C\u2019est la même stratégie suicidaire proposée par Madame Solange Chaput-Rolland qui demeure impuissante à proposer une solution pour le Québec, avant de savoir si les mesures proposées plairont aux autres provinces.On voit quels types de négociateurs nous promettent les libéraux provinciaux! Les Anglo-Canadiens en rient encore sous cape! La démarche de M.René Lévesque s\u2019est faite en sens inverse: il a conçu un projet de réforme en profondeur à partir de l\u2019expérience de 200 ans de cohabitation et de 100 ans de Confédération.Il a mûri ce projet avec les membres de son équipe, tous spécialistes et universitaires.Il a cherché le meilleur pour les Franco-Québécois, dans le respect des autres.Puis il est allé directement à l\u2019Assemblée nationale et à la population.À elle de se prononcer.Elle est consultée par un référendum.C\u2019est direct, noble et démocratique. 502 L'ACTION NATIONALE Les stratégies de M.Ryan sont obliques, tortueuses, finasseuses.Il confond habileté et destinée d'un peuple.Il prend du tricotage pour de la grandeur d\u2019âme.Il supplie les autres, à genoux, de lui accorder quelques bouts de liberté.Lévesque invite tout son peuple à la prendre! Il y a là deux attitudes historiques: l\u2019une qui incarne un passé humiliant et l\u2019autre qui incarne un avenir brillant.L\u2019un est un petit chef de parti.L\u2019autre est un homme d\u2019état.Disons, simplement, un homme! Ryan présente un devoir à corriger.Il demande aux voisins de le comprendre et de faire des concessions! Bien soumis, il écoutera leurs sages conseils! Les voisins ne sont évidemment pas intéressés! Ils veulent seulement le bien de l\u2019écolier Ryan! N\u2019est-ce pas là la description du colonisé dans l\u2019action.Puisse M.René Lévesque continuer dans la ligne d\u2019Honoré Mercier, de Henri Bourassa, de Lionel Groulx et de tous ceux qui aimaient vraiment leur pëuple et qui ne croyaient pas qu\u2019un Davis d\u2019Ontario était devenu philanthrope ou un conseiller impartial.Ignorants, peureux, vendus, dans la rue et le quotidien J\u2019ai décidé de mener ma propre petite enquête.Je suis allé dans les milieux où passent monsieur et madame Tout-le-Monde, comme dans les tabagies, les gares, le métro, les centres d\u2019achat, la rue, etc.J\u2019ai questionné sur la souveraineté-association.J\u2019ai demandé les opinions à droite et à gauche.Ce n\u2019est pas scientifique mais c\u2019est convaincant! À ma question: \u201cQui va l\u2019emporter au référendum?Pourquoi?\u201d, 90% avaient quelque chose à répondre (début de décembre 1979).Ceux qui accordaient la majorité au OUI justifiaient leur opinion: \u201cC\u2019est le bon sens! \u2014 L\u2019avenir! \u2014 La fierté.\u2014 Une réponse de maturité et d\u2019adulte\u201d.Et si je leur demandais: \u201cMais si le NON gagne?\u201d, ils répliquaient: \u201cLes gens sont encore trop bornés! \u2014 La population francophone n\u2019a pas fini d\u2019être colonisée \u2014 elle est soumise AU FIL DE L'ACTUALITÉ 503 à la peur \u2014 elle ne veut pas voir les faits! \u2014 elle n\u2019a pas le sens de l\u2019histoire \u2014 elle est \u201chabituée\u201d à la domination anglo-canadienne \u2014 elle a peur des risques \u2014 elle est conformiste\u201d.Ceux qui sont partisans inconditionnels du NON expliquent leur attitude en invoquant: le réalisme \u2014 la sécurité \u2014 l\u2019argent \u2014 le leadership.Il ne faut pas partir pour la gloire! On ne peut pas se passer du Canada! \u2014 Les Anglo-Canadiens changent! \u2014 On est bien, pourquoi changer?\u201d L\u2019impression de cette mini-enquête: un très faible pourcentage de gens est en mesure de défendre son opinion de façon rationnelle.Peu de convictions, beaucoup d\u2019opinions: c\u2019est susceptible de changer comme le vent, comme une impression.On manque d\u2019information objective ou on ne se donne pas la peine d\u2019en trouver.Une connaissance en profondeur du sujet manque.La tâche d\u2019instruire est urgente et immense.Une guerre des données Pigeons voyageurs et bibliothèques, messagers et postiers ont été pendant des millénaires, tout l\u2019arsenal des États et des Églises, des militaires et des marchands dans leurs efforts pour obtenir ou transmettre des informations sûres, rapides.Aujourd\u2019hui, l\u2019électronique a tout bouleversé dans ce domaine.Dans le monde du mini-ordinateur vous pressez quelques boutons et vous apprenez, en quelques secondes, les dix, vingt ou cent auteurs qui ont traité tel ou tel sujet, l\u2019inventaire des stocks de votre magasin ou de votre entrepôt, le solde de votre compte en banque, le montant de vos profits chaque jour, chaque semaine, chaque année, le nombre de gens affectés par la même maladie que vous, dans l\u2019année, la semaine, etc.L\u2019information est désormais une denrée instantanée: elle se vend et s\u2019achète comme n\u2019importe quelle marchandise.Les géants de l\u2019industrie américaine, les grands fonctionnaires des Etats modernes, les grandes organisations mondiales le savent et se bâtissent des 504 L'ACTION NATIONALE privilèges extraordinaires.Par exemple: où se trouvent les pétroliers à n\u2019importe quelle heure du jour ou de la nuit?À combien se vend l\u2019or, le même jour et la même heure, à Londres et à Tokyo?Dans les pays sous-développés, l\u2019accès à l\u2019information vitale devient déplorable.On apprend en retard les prix internationaux.On ne sait pas aussi bien vendre ses richesses naturelles.On ne sait même pas si ce qu\u2019on produit se vendra bien quand commencera le marketing.Cela devient inquiétant lorsqu\u2019il s\u2019agit de nourriture, de vêtement, de logement, de médicament, etc.La transmission des données et de l\u2019information, l\u2019obtention des renseignements nécessaires est devenue un vaste champ de bataille où s\u2019affrontent les stratégies et les technologies de pointe.On recherche les jeunes universitaires spécialisés en dépensant des fortunes.Les juristes connaissent des maux de têtes lorsqu\u2019il s\u2019agit de monopoles, d\u2019investissements sur des renseignements volés.Les chefs d\u2019État, devenus jaloux, savent que des papiers disparaissent, des dossiers sont indûment consultés et que les espions, politiques ou industriels, sont partout.Une chose est importante: l'information! On apprendra beaucoup en lisant un long et captivant article: La guerre des données, réseaux télématiques et banques d'informations (Le Monde diplomatique, novembre 1979).En voici un passage important: \u201cLogique technocratique des appareils d\u2019État et logique commerciale des industriels se conjuguent pour coloniser la vie domestique, médiatiser un peu plus les communications entre les individus.Tel est le double enjeu de la guerre des données: la conquête des marchés y est aussi une incursion sur le terrain de la pensée et des relations sociales\u201d.Fièvre de l\u2019or et maladie du capitalisme Il y a peu d\u2019années, l\u2019or valait $35.de l\u2019once.Le voilà $500.de l\u2019once en décembre 1979.Pourquoi?À cause de la hausse du prix du pétrole, à cause d\u2019une méfiance généralisée à l\u2019égard du dollar américain et de toutes les autres devises. AU FIL DE L'ACTUALITÉ 505 Selon Christian Goux (Monde diplomatique, novembre 1979), \u201cce ne sont pas les acheteurs de pièces d\u2019or, les petits, qui font monter le cours de l\u2019or.Ce sont les banques, les gros porteurs qui estiment que les monnaies fortes sont elles-mêmes embarquées dans la tourmente générale inflationniste, et que mieux vaut encore spéculer sur le lingot que de toucher 10% ou 15% d\u2019intérêt sur une monnaie qui fond à grande vitesse.La situation, chacun le sent bien, est dramatique et peut devenir intolérable\u201d.Que cela paraisse rétrograde ou non, l\u2019or reste au centre du système monétaire international.Aucun pays ne semble prêt à l\u2019abandonner comme réserve ou comme recours de dernière heure en cas d\u2019effondrement des mécanismes usuels d\u2019échanges dans le monde.Il suffit, pour s\u2019en convaincre, d\u2019ouvrir les yeux pour identifier qui possède les quelques 64,000 tonnes d\u2019or qui existent actuellement sur notre planète: États-Unis, 8420 tonnes; Allemagne, 3700 tonnes; France, 3160 tonnes; Union soviétique, 3100; Italie, 2580; Suisse, 2500, pour ne mentionner que les principaux.Ces pays thésaurisent plus de la moitié du stock mondial.C\u2019est aussi un fait de civilisation qui nous enseigne l\u2019importance de ne pas vivre au-delà de nos moyens ou sans une productivité adéquate au travail.? L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (saut en juillet et août) DIRECTION: JEAN GENEST Chef de secrétariat: Mme Muriel Champagne Rédaction et administration: 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal H2X 1X3 ou TôL: de 09.00 à 13.00 h.à: 845-8533.Abonnement: $20.par année De soutien: $25.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l'INDEX DES PÉRIODIQUES CANADIENS, publication de l\u2019Ass.Can.des Bibliothèques, PÉRIODEX, publié par la Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d'articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE PRÉSIDENT: M.François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS: Madame Paul Normand M.Charles Poirier SECRÉTAIRE: M.Gérard Turcotte TRÉSORIER: M.Patrick Allen DIRECTEURS: MM.Yvon Groulx Jean-Marc Léger Jean Genest M.et Mme Michel Brochu Claude Trottier Richard Arès Albert Rioux Jean-Marc Kirouac Ruth Paradis Jean Marcel Rosaire Morin Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Charles Castonguay Guy Bouthillier Pierre Trépanier Raymond Barbeau Delmas Lévesque André Auclair Jean-Paul Rioux Mme Nycol Pageau-Goyette André Provost Saviez-vous que depuis toujours, « La Solidarité » réinvestit ses actifs dans l\u2019économie du Québec.la Solidarité, c'est notre assurance-vie! C'est important quand on veut que notre argent travaille pour nous autres.La Solidarité O Compagnie québécoise d\u2019assurances sur la vie BEAUCEVILLE.CHICOUTIMI.QUÉBEC.RIVIÈRE DU-LOUP.RIMOUSKI.SHERBROOKE.AMOS.LONGUEUIL.DRUMMONDVILLE,LAVAL "]
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