L'action nationale, 1 avril 1980, Avril
[" L\u2019ACTION NATIONALE $2.Avril 1980 Volume LXIX,Numéro 8 ON MÉRITE MIEUX QUE ÇA Par René Lévesque, premier ministre LA GUERRE DE LA CENTRALISATION par John Grube DITES-MOI QUE CELA N\u2019EST PAS VRAI! par Louise Brochu LE CONTEXTE DE LA LOI 62 par Georges Allaire ANTHOLOGIE DE LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE.DICTIONNAIRE NORD-AMÉRICAIN DE LA LANGUE FRANÇAISE par Maurice Lebel PÉNÉTANG - MONT-ROYAL\t* par les parents de l\u2019école Pierre-Lé z* RACONTE-MOI MASSABIELLE\t2 par Georges Allaire AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ par Patrick Allen d\u2019autre part, sur le fait que les quelque 400 sociétés fédérales ainsi que leurs retombées économiques soient à peu pfès complètement absentes hez nous! ON MÉRITE MIEUX QUE ÇA 597 Que l\u2019on songe aux investissements fédéraux dans l\u2019énergie viaJSyfrcrude et Pétro-Canada en comparaison du défiwrTdossier deba Prade, ou aux activités de la Canadian Development Corporation qui emploie généreusement 876 Québécois sur un total de 14,000 employés, ou encore / aux investissements dans la pétrochimie et la sidéjürgie, à Sarnia et Sidney, en regard &*5S hésitations politiciennes dans le cas du sel des lles-de^a-Madeleîne.Bien sûr, on a raison de mentionner l\u2019aménagement de la Baie James parmi les grandes réalisations de ce pays, ainsi que les sables bitumineux d'Alberta, l\u2019exploration pétrolière le long des côtes de l\u2019Atlantique; mais il aurait pu être utile de dire aussi que la Baie James a été réalisée sans qu\u2019un seul dollar ne vienne d'Ottawa, alors -que leo dmiv ai|trBg\tr.nnt financés on-borrrre-oarUe par une contribution fédérale à même les impôts des Québécois.\t_______________ Voilà le genre d\u2019analyse-fiction sur laquelle s\u2019appuie le document libéral pour proposer en gros le maintien pur et simple du statu-quo dans tout le domaine économique, celui qui sous-tend tout le reste en définitive.À part certaines suggestions qui ne feraient que confirmer la pratique actuelle ou corriger certaines anomalies (relations de travail, pêcheries, téléphone), le fédéral garderait intacte sa maîtrise des grands leviers économiques: monnaie, tarifs, système bancaire, aide à l\u2019industrie, taxation des compagnies, commerce extra-provincial, etc.Or, il est évident que le Québec ne peut pas être \u201cle premier responsable du développement de ses ressources humaines et physiques\" (p.107) sans maîtriser les principaux instruments de sa vie économique.Les outils économiques étant la clef du développement de toute société, le Québec devrait donc continuer, dans la perspective libérale, d\u2019être à la merci des décisions d\u2019un gouvernement central dont les politiques économiques ont plus souvent qu\u2019autrement posé des entraves à son développement.Quelques exemples, entre autres: 598 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014 En matière fiscale, qui est au cœur de toutes les questions posées par l\u2019augmentation des charges et les compensations en cas de transfert, M.Ryan et les siens n\u2019ont pas l\u2019air de savoir que le partage du gâteau est le plus grand échec des quinze dernières années de discussion, ni même d\u2019imaginer que le problème puisse vraiment exister.\u2014 On peut en dire autant de l\u2019analyse libérale des politiques de stabilisation économique.Chaque gouvernement fait présentement quelque chose.Souvent, cela s\u2019annule, et tombe dans le gaspillage.Le livre beige nous annonce solennellement que dorénavant, chacun continuerait.En fait, on refuse simplement de reconnaître qu\u2019un pays qui a institutionnalisé un des plus hauts taux de chômage de tous les pays développés et dont le niveau de vie glisse depuis plus de dix ans est un pays malade.On se contente de rappeler simplement l\u2019adresse des deux pharmaciens qui ont si brillamment réussi.\u2014 Dernier exemple: dans le cas des richesses naturelles qui de façon générale font l\u2019objet d\u2019un commerce d\u2019exportation, on sait trop bien que toute intervention de gestion se heurte à la juridiction fédérale sur le commerce.Ces obstacles demeuraient tout entiers avec la proposition Ryan.De plus, le pouvoir conféré au fédéral dans le domaine de la question des ressources aux fins de planification économique ou de conservation nationale, justifierait même un pouvoir d\u2019intervention concurrent qui n\u2019existait pas antérieurement! VII \u2014 La démission anticipée Enfin, pour la première fois depuis un siècle, un parti politique du Québec prétend négocier avec le reste du Canada non pas à partir d\u2019une vision et d\u2019une perspective québécoise, mais à partir de considérations pan-canadiennes.Pourquoi cette réticence à parler vraiment au nom des Québécois?Pourquoi ce refus de défendre d\u2019abord et avant tout, sinon exclusivement, les intérêts ON MÉRITE MIEUX QUE ÇA 599 du Québec?Pourquoi ne pas laisser les représentants du Canada anglais parler et agir au nom de leur communauté?C\u2019est de l\u2019avenir du Québec qu\u2019il s\u2019agit surtout et c\u2019est le Québec qui réclame depuis des années des changements fondamentaux.En fait, on semble avoir si peu confiance dans la démarche constitutionnelle proposée qu\u2019on annonce déjà qu\u2019elle risque fort de ne jamais aboutir et qu il ne faut surtout pas s\u2019en inquiéter.Ainsi, on refuse de voir \u201cl\u2019entreprise uniquement dans un esprit de revendications\u201d (p.25) et on annonce que rien ne se passera si les négociations achoppent .En outre, le premier postulat posé par le Québec serait que \u201cle fédéralisme est la seule forme de gouvernement qui puisse, à ce stade de son développement, convenir et on nous informe qu\u2019\u201cà tous les stades de la réforme, les partenaires devront avoir les yeux rivés sur l\u2019ampleur des défis\u201d (p.26).Il faudra donc \u201céviter toute précipitation dans la recherche d\u2019accords\u201d et \u201céviter de part et d\u2019autre l\u2019attitude suivant laquelle il faut absolument en venir à une entente à tout prix\" (p.27) n\u2019en déplaise \u201caux amateurs de changement\u201d (p.26).Que ce soit par pure naïveté ou par calcul, les éventuels négociateurs libéraux demanderaient donc aux Québécois uniquement le mandat de tenir en fait une sorte de discussion de salon.Jamais un parti politique québécois, n\u2019a adopté une attitude aussi foncièrement désossée dans le dossier constitutionnel.Chose certaine, ce n\u2019est pas de cette façon que le Québec récupérera jamais les pouvoirs dont il a besoin.Monsieur Ryan et le PLQ invitent littéralement leurs interlocuteurs éventuels à faire traîner les choses en longueur et, en tout état de cause, à ne pas trop les prendre au sérieux.L\u2019histoire le démontre pourtant suffisamment: le reste du Canada n\u2019a cédé aux revendications du Québec que lorsqu\u2019il s\u2019est senti obligé de le faire.Cette fois, on les rassure d\u2019avance en disant \u201crien ne presse\u201d, et que même si ça n\u2019aboutit pas, ce ne serait que partie remise. 600 L\u2019ACTION NATIONALE Mais cette partie perdue d\u2019avance, il n\u2019y a aucune raison, sauf pour d\u2019honorables exceptions, pour qu\u2019au Canada anglais on ne fasse pas semblant d\u2019en tenir compte, temporairement, dans l\u2019espoir qu\u2019assez de Québécois s\u2019accrochent à cette nouvelle \u201cdernière chance\u201d pour dire non au référendum.C\u2019est après seulement que serait jugée et rejetée d\u2019emblée la perspective de chicane perpétuelle et de paralysie politique intensifiée que propose, du point de la majorité anglo-canadienne, ce document consciemment trompeur ou, sinon, d\u2019une présomption désarmante.Jusqu\u2019à nouvel ordre, comme monsieur Trudeau pour le rapport Pépin-Robarts, on se contentera souvent de parler d\u2019un docu-ment\u201cvalable, en grande partie\u201d, sans trop entrer dans les détails.C\u2019est plus tard, le moment venu, que les porte-parole anglophones paraphraseront une récente réplique de monsieur Ryan, et lui diront \u201cNo, thanks\u201d.Quant au peuple québécois, que ce texte démissionnaire voudrait confiner à jamais dans un statut non seulement provincial, mais de plus en plus minoritaire et dépendant, il se rend compte déjà, j\u2019en suis sûr, du piège qu\u2019on veut lui tendre.Il verra, à la lecture, que certains propos par lesquels on prétend justifier à perpétuité le carcan fédéral, sont même sounoisement injurieux à son endroit: lorsqu\u2019on lui affirme, par exemple, que même s\u2019il est devenu \u201cune communauté nationale distincte\u201d, le Québec a toujours besoin du fédéralisme pour \u201cla culture de la liberté\u201d! Comme si aucun régime politique était une garantie en soi; et surtout comme si les Québécois n\u2019avaient pas autant de respect que quiconque pour les libertés individuelles, et comme nulle part ailleurs pour les droits des minorités.Sachant qu\u2019ils méritent vraiment mieux que ça, ils diront de leur côté aux illusionnistes libéraux \u2014 Non, merci.Ce qui préparera le oui qui, seul, pourra jamais débloquer le cul-de-sac où deux peuples sont enfermés dans une inégalité qui les empoisonne l\u2019un et l\u2019autre, et dans l\u2019hypocrisie foncière des pseudo-solutions. La guerre de la centralisation par John Grube 602 L'ACTION NATIONALE L\u2019abbé Groulx attendait de ses disciples une action véritablement intellectuelle.Qu\u2019entendait-il par là?Il envisageait, il inspirait, il inculquait une action qui vise à un changement en profondeur des structures mentales.On y arrive par une information meilleure, par une pensée plus élevée ou par une réflexion poussée à bout sur les faits de vie.Le pourquoi des choses importe.Pourquoi les événements se présentent-ils ainsi?Pourquoi ne se présentent-ils pas autrement?Le pourquoi, c\u2019est la compréhension des événements, c\u2019est leur analyse fournie par des esprits, libres de points de vue partisans.Ce besoin d\u2019une étude objective, voilà ce qui explique l\u2019action de M.François-Albert Angers face au problème de l\u2019offensive centralisatrice du gouvernement canadien à Ottawa.On discerne alors chez lui une action à quatre étapes rigoureuses.1) Premièrement, il faut parer au danger immédiat.Le lutteur et le polémiste sont à l\u2019avant-garde.2) Advenant un sursis dans le conflit, il faut comprendre à fond les principes en cause.3) L\u2019intelligence du pourquoi doit donner lieu à une stratégie.4) Puis, suivant cette stratégie, il faut changer la perception publique en la matière et la convaincre d\u2019une perspective nouvelle.C\u2019est ainsi que M.Angers a dirigé la bataille serrée contre la centralisation du gouvernement fédéral d\u2019Ottawa.Tout le monde voyait bien la lutte entre Ottawa et Québec.M.Angers vit plus loin: il discerna une remise en question de tout le fédéralisme canadien et de l\u2019impact de la centralisation sur la culture canadienne-française et, finalement, sur l\u2019État français du Québec.Cerner l\u2019enjeu permet une dialectique plus efficace.L\u2019offensive centralisatrice du gouvernement fédéral a été déclenchée par le Rapport Rowell-Sirois.Il fut présenté à M.W.L.Mackenzie King, premier ministre du Canada, le 3 mai 1940, et traitait des relations entre le Dominion et les provinces.Le deuxième coup de canon fut lancé, en 1951, par la Commission Massey-Lévesque LA GUERRE DE LA CENTRALISATION 603 chargée d\u2019enquêter sur l\u2019avancement des arts, lettres et sciences au Canada.Ces deux Rapports, à atteindre leur but, auraient sapé les fondements culturels et constitutionnels de la nation canadienne-française et du Québec.On pourrait y ajouter le Rapport Fowler qui, le 15 mars 1957, examina ce qui se rapportait à la radiodiffusion et à la télévision au Canada.L\u2019offensive donnait des interprétations unilatérales de la Constitution, contournait la souveraineté des provinces en éducation et donnait pleins pouvoirs au gouvernement fédéral en ce qui regarde les mass-média les plus modernes pour la diffusion de la culture.Par des conférences, une série d\u2019articles dans L\u2019Action nationale et d\u2019autres moyens de pressions, M.Angers et son équipe ont paré au danger immédiat: une législation prématurée.La première étape devant l\u2019incendie de sa maison, c\u2019est toujours d\u2019éteindre le feu! Arrive la deuxième étape.Il approfondit la centralisation en elle-même.Il en dégage les sources et les ramifications.Il met de côté le cas du Québec.Il universalise le problème.Il l\u2019approfondit par des comparaisons avec l\u2019Angleterre, les États-Unis, la France et il centre son étude sur Lord Keynes dont les théories économiques centralisatrices ont un effet important sur tous les États modernes.La troisième étape, c\u2019est la stratégie, la contre-riposte.Il met en branle l\u2019idée d\u2019une Commission royale d\u2019enquête où le Québec ferait valoir son point de vue.Cette Commission mettra en place les fondements d\u2019un Québec fort dans un Canada décentralisé.Si Ottawa peut faire le coup des Commissions, avec tout le tra-la-la des prestiges dus aux études des experts-conseils, eh bien! pourquoi le Québec ne pourrait-il en faire autant?De cette Commission Tremblay, chargée par le gouvernement du Québec d\u2019enquêter sur les problèmes constitutionnels, qui remit son Rapport en 1956, il résulta une perception aiguë du fédéralisme, de l\u2019autonomie des provinces et d\u2019un projet de démocratie viable.Aujourd\u2019hui, même le Québécois moyen, par exemple, 604 L\u2019ACTION NATIONALE s\u2019objecte à ce que le gouvernement fédéral s\u2019introduise dans la taxe de vente.Les envahissements rapides du fédéral ont contribué, par là, à un raidissement des positions chez les Québécois de mieux en mieux informés.Avant la campagne contre la centralisation de M.Angers et de son groupe, le Québécois moyen était tout prêt à laisser aller au gouvernement fédéral même tous les pouvoirs en éducation! À la fin, on s\u2019est aperçu qu\u2019on avait changé les structures mentales et la perception générale des choses.On est donc en droit de croire que la pensée de M.Angers a changé le cours de l\u2019histoire du Québec.Et même celle du Canada en tant que la perception du fédéralisme évoluera chez les dirigeants du gouvernement fédéral ou chez les universitaires anglo-canadiens.Écrivain de taille, il a réussi à recréer, pour nous, l\u2019atmosphère qui entoura le lancement de la Commission Tremblay par M.Maurice Duplessis, alors premier ministre du Québec.Avec quelques bouts de phrases significatives échangées en coulisse par les protagonistes, il nous éclaire sur les dessous d\u2019une telle campagne.\u201cLe mouvement, écrira M.Angers, partira de la Chambre de Commerce de Montréal.Le président de la Fédération est un monsieur Paradis.ami personnel de Duplessis et, peut-être, un de ses organisateurs.Il décide de faire aboutir la proposition\u201d1.M.Angers décrit même son rôle: \u201cOn me demanda de préparer le texte de la requête qui serait lue au premier ministre.Le texte aura ensuite été passé \u201cau peigne fin\u201d et élimé de toutes les aspérités que j\u2019aurais pu y laisser.Nous convenons que je ne me présenterais pas de peur que je devienne l\u2019objet d\u2019un accrochage avant la rencontre\u201d2.Tout le monde voulait assister à la réunion.\u201cLa délégation est finalement si nombreuse qu'après avoir indiqué le Comité des bills publics comme lieu de réunion, le premier ministre transmet le message de se rendre à la LA GUERRE DE LA CENTRALISATION 605 Chambre des députés\u201d3.La tension devint vite presque insupportable: \u2018\u2018Alors que Duplessis s\u2019amène, dit M.Angers, Gilbert Latour, l\u2019animateur hors pair de toutes ces activités, se penche à mon oreille et me dit: Ça ne marche pas.Nous ne l\u2019aurons pas! \u2014 Mais pourquoi?lui dis-je avec étonnement, tellement nous avons compté sur l\u2019influence et la détermination sincère de M.Paradis.Il lève ses épaules et n\u2019en dit pas plus car Duplessis entre\u201d.On lit le mémoire.Puis \u2018\u2018Duplessis prend la parole.Il parle, parle, reprenant ses thèses bien connues.Il termine et lance: \u201cJe vous accorde la Commission demandée!\u201d4.Étonnement.\u201cLes plus renseignés des organisateurs en restent pantelants, complètement ébahis\u201d.M.Angers qui tenait à connaître le fond de l\u2019histoire, interroge: \u201cVoulez-vous bien me dire ce qui s\u2019est passé?\u201d On lui explique: \u201cPendant que le mémoire était lu et qu\u2019il prononçait son propre discours, Duplessis faisait le tour de son auditoire.Il reconnaît, dans la Chambre et les Galeries, un grand nombre des meilleurs organisateurs de l\u2019Union nationale dans tous les comtés.Ç\u2019avait été là la grande astuce du président Paradis pour faire comprendre à Duplessis que c\u2019était bien le peuple du Québec qui lui réclamait cette Commission, au-delà même du parti et des partis\u201d5.Longtemps avant ce succès, au moment où le danger immédiat était le plus aigu, M.Angers écrivit une série d\u2019articles dans L\u2019Action nationale, pour sonner l\u2019alarme.Il donne au lecteur un raccourci historique des étapes par lesquelles le gouvernement du Canada conduit vers une centralisation de plus en plus poussée.\u201cLes centralisateurs ont gagné un premier point en 1917, quand le fédéral s'installa dans l\u2019impôt sur le revenu à la faveur de la guerre et y resta après la guerre.En 1919.un ministère de la Santé devait conduire plus tard à des interventions fédérales dans le domaine de l\u2019éducation physique.En 1927 venait le tour de l\u2019immixtion dans le domaine des pensions de la vieillesse.un amendement à la constitution.La même année, le rapport Aird conseillait l\u2019intervention fédérale dans l\u2019aspect 606 L'ACTION NATIONALE technique de la radio, mais l\u2019abandon des programmes \u2014 à cause de leur portée éducative \u2014 au contrôle des provinces.Puis vinrent la crise et la guerre, deux prétextes parfaits pour les poussées centralisatrices.La crise engendra l\u2019intervention fédérale dans le domaine de l\u2019enseignement technique et professionnel, sous forme d\u2019aide aux provinces.Avec de nouvelles poussées dans l\u2019impôt sur le revenu, au point d\u2019en éliminer les provinces pour toutes fins pratiques, la guerre de 1939 conduisait aux accords fédéraux-provinciaux d\u2019abandon de ces impôts par les provinces (sauf Québec et Ontario) en échange d\u2019une subvention; puis à des mesures sociales (assurance-chômage, allocations familiales, pensions de vieillesse) qui fournissent au gouvernement fédéral une raison de dépenser, donc de ne pas remettre les provinces en possession de leurs droits\u201d6.Après la guerre, on en arriva au point le plus sensible: l\u2019éducation.C\u2019était remettre en question l\u2019éducation chrétienne.Mais on ne toucha pas aux écoles.On commença par les universités.\u201cLa Commission Massey-Lévesque n\u2019a pas aussitôt proposé l\u2019aide fédérale avec le consentement des provinces (ce qui, au fond ne change rien.), que le fédéral vote un crédit à être distribué aux universités sans le consentement des provinces\u201d7.Les universités québécoises dépendront-elles dorénavant du gouvernement fédéral ou du gouvernement provincial?Voilà l\u2019enjeu.Il était de taille.Le contre-coup relevait d\u2019une stratégie.Ce fut le début de la Commission Tremblay.Je viens d\u2019en raconter la naissance.Analysant le phénomène, M.Angers énumère minutieusement les faits relatifs aux efforts anglo-canadiens du gouvernement fédéral, depuis 1898, pour centraliser l\u2019éducation canadienne à Ottawa.Avant de le combattre, il faut connaître son adversaire.Or celui-ci n\u2019envisageait \u201crien moins que l\u2019école unique fédérale comme seul moyen de faire du Canada une nation\u201d8.La justification devenait une thèse: \u201cL\u2019éducation qui ne forme pas à la citoyenneté n\u2019est pas de l\u2019éducation\u201d9.Il fallait donc, en faveur de l\u2019unité canadienne, établir un \u201csystème national d\u2019instruction publique, qui ferait LA GUERRE DE LA CENTRALISATION 607 disparaître le système provincial existant, qui mettrait fin.au provincialisme que cultive fatalement le système actuel\u201d10.Le nouveau système centralisé de l\u2019éducation rendrait \u201cpossible l\u2019enseignement, à tous les enfants du pays,.d\u2019un même idéal, d\u2019un même patriotisme\u201d11.Après plus de cinquante ans d\u2019une telle campagne \u2014 toujours avortée, soit dit en passant \u2014 la Commission Massey-Lévesque arrive en scène toute prête, au nom de l\u2019unité canadienne, à récupérer pour le fédéral un droit à l\u2019éducation.Seulement, pour cette fois, on commencerait par les universités.On leur envoya un âne chargé d\u2019or.Cette longue campagne en faveur de la centralisation connut non seulement des attaques de front mais aussi des attaques par le flanc.Par exemple, malgré la nette précision inscrite dans la constitution accordant toute l\u2019éducation à la souveraineté des provinces, \u201cle gouvernement fédéral.s\u2019était subrepticement introduit dans l\u2019éducation.Pas de chicane de principes, ni de grands projets ou de grandes déclamations; tout simplement profiter de toutes les circonstances \u2014 difficultés financières, chicanes politiques, etc.\u2014 pour susciter et suggérer des mouvements d'opinions favorables à la centralisation, pour occuper les parties négligées ou oubliées du terrain.C\u2019est ainsi que le gouvernement s\u2019immisça dans l\u2019enseignement technique, dans celui de la culture physique, etc.\u201d12.Le choix du Père Georges-Henri Lévesque, o.p.pour diriger la Commission Massey-Lévesque, en 1951, contribua à endormir bien des doutes chez les nationalistes et les catholiques.Ce fut un coup brillant de M.Louis Saint-Laurent, premier ministre du gouvernement fédéral de 1948 à 1957: cette nomination pouvait amadouer ou diviser les membres du clergé et les nationalistes.\u201cSans doute ce P.Lévesque est-il précisément celui qui professait autrefois un nationalisme d\u2019allure séparatiste; mais comme la chose arrive trop souvent aux excessifs, il a bien changé depuis\u201d13.Qui était ce P.Lévesque en 1951?Pourquoi était-il si bien vu par les Anglo-Canadiens et par tous les centralisateurs?Avons-nous là un cas de la corruptio optimi pessima?In- 608 L\u2019ACTION NATIONALE consciemment, arriver n\u2019est-ce pas souvent trahir sa jeunesse, ses premières convictions?On oublie vite ses origines.N\u2019existe-t-il pas dans la mémoire de l\u2019humanité toutes sortes de justifications pour expliquer les volte-faces et les services pour le moins ambigus?On doit s\u2019arrêter un moment et méditer sur le portrait que trace M.Angers: le cas-type du Canadien-Français qui devient un signe d\u2019ambiguïté, qui se complaît dans ses succès en refusant de voir les valeurs sacrifiées.\u201cAujourd\u2019hui, dit-il, le P.Lévesque, c\u2019est l\u2019homme qui a développé à Québec une Faculté des Sciences sociales qui n\u2019est pas sans mérite, mais qui se fait une gloire, au nom d'une prétendue objectivité, de refuser systématiquement de considérer les problèmes sociologiques de chez nous, à partir de la donnée canadienne-française, pourtant fort objective.Une Faculté qui ne voit d\u2019objectivité que dans un canadianisme centralisateur et socialisant et qui n\u2019a cessé, toutes les fois que ses membres les plus influents en ont eu l\u2019occasion, de mousser des solutions centralistes, notamment à nos problèmes sociaux.Une Faculté qui tend à former actuellement toute une jeunesse à un esprit d\u2019apostasie nationale\u201d14.S\u2019il y a le Temple imaginaire de la renommée du Québec où M.Angers loge les grands hommes, il y a aussi le contraire.où se trouvent quelques centralisateurs.\u201cSi le Rapport de ladite Commission, dit-il, passe à l\u2019histoire.votre nom y sera associé comme celui du Canadien-Français qui aura le premier ouvert officiellement la porte de notre régime scolaire aux invasions fédérales directes.Il fallait, en effet, un Canadien-Français pour accomplir cette besogne, car les Anglo-Canadiens ne s\u2019y seraient évidemment jamais risqués eux-mêmes\u201d15.Il y aurait eu moyen de parer au danger immédiat: \u201cLà où le notaire Sirois, au bord de l\u2019abîme, avait encore su tergiverser, hésiter, puis faire diversion vers les points moins critiques de la sécurité sociale et des finances publiques, vous, vous avez sauté.Que Dieu vous le pardonne.mais le Canada français aura le droit de vous en tenir rigueur\u201d16. LA GUERRE DE LA CENTRALISATION 609 Entre les deux positions, celle de la centralisation et celle de l\u2019autonomie, M.Angers voit une grande différence: \u201cLa seule chance d\u2019épanouissement culturel, de conquête culturelle éventuelle,.réside, en effet, dans l\u2019autonomie du Québec pour toutes les matières qui touchent directement ou indirectement la culture\u201d17.Par contre le P.Lévesque, tout prêt à confier au fédéral l\u2019éducation supérieure, croit \u201cà la beauté de ces deux cultures qui s'influencent pour n\u2019en former qu\u2019une\u201d18.La fusion de deux cultures qui n\u2019en formeraient plus qu\u2019une, voilà pour M.Angers une monumentale illustration dont \u201cl\u2019aboutissement serait celui que désirent les Anglo-Canadiens intelligents: un Canada britannisé, avec quelques touches de l\u2019influence française\u201d19.Il faut connaître l\u2019adversaire.Et sa façon d\u2019agir pour prévenir les coups futurs.Mais il est encore plus important de se connaître soi-même.Si le Canadien-Français aime le coup de théâtre, la manifestation houleuse, la manœuvre-surprise, l'Anglo-Canadien préfère progresser sans faire de bruit, gagner le terrain avant que personne ne s\u2019en aperçoive.Tout comme M.Angers nous a montré l\u2019effort tenace des Anglo-Canadiens depuis 1898 pour centraliser l\u2019éducation, en commençant d\u2019abord par l\u2019école élémentaire, puis à partir de 1951 en commençant par l\u2019éducation supérieure, il analyse aussi jusqu\u2019où peuvent nous conduire leurs tactiques, utilisées systématiquement, si les nationalistes canadiens-français n\u2019y opposent une stratégie intelligente.\u201cLe Rapport Massey-Lévesque, dit-il, tout comme le Rapport Sirois.pose les premiers jalons d\u2019un futur rapport, établi par une future Commission qui sera chargée d\u2019étendre la centralisation à tout le domaine culturel.Comme le Rapport Massey-Lévesque l\u2019a fait pour la distinction entre éducation et culture, ladite Commission réexaminera le rôle des universités.Elle découvrira que ce rôle dépasse de beaucoup le domaine professionnel et scientifique, qu\u2019il touche en définitive, par toute l\u2019orientation de la culture, à l\u2019esprit national.Inadmissible d\u2019interdire au fédéral de façonner l\u2019esprit national.On con- 610 L\u2019ACTION NATIONALE cluera au droit et au devoir du fédéral de dire son mot dans l\u2019enseignement universitaire.En attendant qu\u2019une quatrième Commission ne vienne donner un nouveau coup de pouce.: le fédéral est par définition le gardien de l\u2019esprit national.D\u2019où la conclusion qu le fédéral a des droits premiers en matière d\u2019éducation universitaire\u201d20! Scénario farfelu?Sans le déclenchement de la contre-Commission Tremblay et l\u2019éventuel renversement de la perception populaire, en la matière, au Québec, cela aurait pu devenir la vérité historique! Le tort imposé au Québec aurait été incalculable.\u201cOn\u201d l\u2019aurait mis devant une multitude de petits faits accomplis, une multitude de décisions partielles apparemment innocentes.Le Québec, insensiblement, sans douleur semble-t-il, en serait venu à perdre le tout.\u201cS\u2019infiltrer très progressivement dans les droits des autres, dit M.Angers, de façon que la victime ne trouve, dans aucun mouvement particulier, de raison suffisante de se révolter tellement le geste posé est fractionnaire par rapport à l\u2019ensemble des droits en cause.Continuer ce jeu jusqu\u2019à ce que par étapes successives et étapes savamment dosées, la substance des droits ait été suffisamment grignotée pour que la dernière opération trouve le peuple dépouillé, absolument sans ressort, et le place d\u2019ailleurs dans une position ridicule s\u2019il devait se soulever contre ce qui sera devenu si peu que rien à ce moment-là, si peu par comparaison à des concessions antérieures volontairement acceptées\u201d21.Parfois, chez les majorités, l\u2019habilité leur tient lieu de conscience.Le Québécois moyen ne veut pas le croire.L\u2019Anglo-Canadien peut-il agir ainsi?N\u2019exagère-t-on pas un peu?Ces objections, les analyses de M.Angers les poursuivent jusque dans leurs derniers retranchements.Il se fait même journaliste pour rapporter au lecteur de L\u2019Action nationale les expériences d\u2019un Albert Lévesque devant de telles manigances de la part d\u2019Ottawa.Dans les années trente, M.Lévesque dirigeait les programmes conjoints d\u2019aide à la jeunesse en chômage. LA GUERRE DE LA CENTRALISATION 611 Chargé de négocier l\u2019entente triennale de 1939-1942 (The Youth Training Act), il a découvert l\u2019impossibilité de modifier même le préambule de cette entente.Le fédéral proposait la formule: \u201cThe Dominion will assist the Province\".M.Lévesque proposa, lui, au nom du Québec: \"The Dominion agrees to cooperate with the Province\".Ce fut impossible de rien changer: les jeunes Québécois durent continuer d\u2019être des assistés du Dominion.On voit toute la force de l\u2019ingérence dans le détail.Même dans ce champ d\u2019éducation professionnelle qui aurait dû être de la compétence exclusive des provinces.À la convention proposée par le Québec, un fonctionnaire d\u2019Ottawa objecta que cette convention \u201csupprime pratiquement tout contrôle de la part du gouvernement fédéral relativement à la sélection des candidats, la nomination de fonctionnaires spéciaux et déroge ainsi à la politique établie par ce gouvernement.Il n\u2019est que juste et raisonnable que le gouvernement fédéral prenne les mesures nécessaires pour sauvegarder l\u2019application de (ses) deniers\u201d22.Devant plusieurs faits semblables on voit \u201cque l\u2019octroi de fonds n'entraîne pas finalement non seulement un contrôle comptable mais aussi bien un contrôle technique et administratif\u201d23.Une fois acceptées les propositions du gouvernement fédéral, M.Angers montre, par le cas Albert-Lévesque, jusqu\u2019où va ce contrôle.Souvent les projets du Québec sont rejetés d\u2019un revers de la main: \u201cMême commentaire en ce qui regarde ce plan que pour le plan \u201cF\u201d en ce qui regarde l'apprentissage dans les métiers non essentiels comme la sculpture sur bois, la fabrication des jouets, l\u2019apprentissage pour le commerce touristique, etc.Ce plan pourrait être offert aux jeunes femmes mais il présente les mêmes objections que pour les jeunes gens, pour le temps présent\u201d24.M.Angers commente: \u201cOn voit le genre.Les fonctionnaires fédéraux sont les grands hommes qui dirigent et donnent de sages conseils aux petits hommes que sont à 612 L'ACTION NATIONALE leurs yeux, les fonctionnaires provinciaux\u201d25.Foin des compétences et de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du nord britannique! * * Le Canada était en guerre.Beaucoup d\u2019Anglo-Canadiens, dont les fils sont bien installés dans le fonctionnarisme fédéral, ne sentant pas encore l\u2019urgence du service militaire outre-mer, calculent envoyer le jeune Canadien-français aux industries de guerre.\u201cJe remarque, dit l\u2019un d\u2019eux, que rien n\u2019a été prévu pour l\u2019apprentissage des jeunes gens vers des occasions d\u2019emplois.vers les occupations les plus importantes au point de vue du service national et de la production.Je me réfère à l\u2019apprentissage des jeunes gens dans la mécanique des avions ou dans ces métiers tournés vers le travail de guerre, comme la soudure, le travail du métal en feuilles, les mécaniciens et les ajusteurs, etc.\u201d26 * *.Ces citations montrent jusqu\u2019où mène l\u2019asservissement au gouvernement fédéral.Malgré les paroles flatteuses de la Commission Massey-Lévesque au sujet de l\u2019humanisme des universités québécoises, on voit vite qu\u2019une intervention comme celle d\u2019Albert Lévesque, mais, cette fois, dans le champ des universités, ne laisserait pas grand\u2019chose debout! L\u2019argent est toujours difficile à refuser.Peu importe d\u2019où il vienne.Contre l\u2019argument du P.Lévesque: \u201cIl faut que nos universités aient de l\u2019argent, sans quoi elles doivent cesser de se développer\u201d27, M.Angers oppose l\u2019argument suivant: \u201cL\u2019université est ce que valent ses professeurs comme enseignants et surtout comme chercheurs.Le manque d\u2019argent a pu faire perdre à notre * \u201cThe same comments apply to this schedule as to schedule \u2018F\u2019 with regard to training in non-essentials such things as wood-carving, toy-manufacturing, etc., training for the tourist trade.This schedule would be permissible for young women, but is open to the same objection.so far as a project for young men is concerned at the present time\u201d (24).* * \u201cI note that you have made no provision for training young men in.the best employment opportunities, the most vital occupations from a point of view of national service and production.I refer to training young men in aircraft mechanics, or in those occupations connected with war work, such as welding, sheet metal work, machinists, fitters, etc.\u201d (26). LA GUERRE DE LA CENTRALISATION 613 université un certain nombre de véritables maîtres, mais.l\u2019argent ne lui en a créé aucun.Autrement dit, le véritable professeur est devenu professeur, sans considération d\u2019argent.Ce n\u2019est pas avec de l\u2019argent qu\u2019il a fait ses preuves.Celui qui n\u2019a pas fait ses preuves sans argent ne les fera pas davantage avec de l\u2019argent\u201d28.Cet argument pouvait valoir pour M.Angers, toujours exemplaire, mais valait-il pour les universités comme telles?Aussi suppliait-on le gouvernement du Québec de faire sa part! Mais celui-ci, pour faire sa part, redemandait le retour des impôts directs que le gouvernement fédéral s\u2019était appropriés.Le contribuable n\u2019a-t-il pas son mot à dire?\u2018\u2018Nous, les universitaires.nous voulons prendre l\u2019argent du peuple pour ériger, sous la forme universitaire, un monument culturel à la nation.N\u2019est-il pas nécessaire pour cela que nous méritions la confiance du peuple?.Le peuple, lui, veut, très légitimement je crois, avoir des preuves que l\u2019argent sera efficacement dépensé avant de le donner ou de le laisser donner par son gouvernement\u201d29.M.Angers indique au lecteur qu\u2019il faut faire confiance au gros bon sens du peuple.Dans cette longue campagne contre la centralisation et contre les octrois fédéraux aux universités, la campagne du Québécois doit porter sur la récupération de ses pouvoirs en sécurité sociale et de ses droits en fiscalité.Le peuple comprend cela et appuiera les dirigeants.Devant la proposition de sommes d\u2019argent séduisantes offertes par le fédéral, M.Angers oppose le fait qu\u2019 \u201cil y a cinquante ans, ces méthodes n\u2019auraient pas offert de danger, car nos populations fières auraient eu honte de se faire entretenir dans leur vieillesse ou de faire vivre leurs enfants par des gratuités gouvernementales\u201d30.Maintenant à cause des impôts directs exigés par le fédéral, le peuple, par les octrois, croient récupérer quelque chose de ses impôts.Aujourd\u2019hui, il hésite.On a vu que la décision de créer la Commission Tremblay ne fut rendue possible qu\u2019au moment où le premier ministre du Québec a vu et compris que le peuple lui-même la voulait. 614 L'ACTION NATIONALE L\u2019action de M.Angers, face à un problème donné, \u2014 et nous l\u2019avons illustré croyons-nous \u2014 prend souvent la forme d\u2019un processus à quatre étapes: 1) parer au danger immédiat; 2) s\u2019il y a sursis, comprendre à fond les principes en cause; 3) de cette compréhension établir une nouvelle stratégie ou une contre-offensive; 4) l\u2019utiliser à fond et transformer la perception du public en la matière.Parfois cette guerre à quatre étapes sera de courte durée.Par exemple lorsque M.Angers s\u2019oppose à une loi où les droits de la langue française sont en jeu.Ici le public est préparé et réagit immédiatement.Parfois il s\u2019agit d\u2019une longue bataille, comme dans le cas de la centralisation fédérale.Ayant paré au danger immédiat (l\u2019acceptation en bloc des propositions de la Commission Massey-Lévesque), l\u2019heure arriva où il fallait reculer pour mieux penser.C\u2019est à cette deuxième étape que nous devons la pensée la plus poussée de M.Angers sur la centralisation *.\u201cLa centralisation, dit-il, n\u2019est qu\u2019un aspect du problème plus général de la croissance continue des organismes et de leur dimension optimum\u201d31.\u201cLes thèses centralisatrices.correspondent à l\u2019une des aspirations fondamentales de l\u2019humanité: celle de l\u2019unité\u201d32.Cependant, bien avant que E.F.Schumacher lance son célèbre volume Small is Beautiful (1974), M.Angers proposa la même thèse de façon originale.\u201cLa nature a déjà réussi à faire grand.Le monde a connu son ère de plantes géantes, des animaux géants, des insectes géants.Ceux-ci ne trouvèrent apparemment pas la force dans la grosseur, puisqu\u2019ils ne surent pas résister à révolution de la vie sur la planète et disparurent pour faire place à des espèces plus petites et, à cause de cela semble-t-il, plus résistantes.L\u2019infiniment petit, par exemple, apparaît en définitive comme la forme la plus *ll s\u2019agit de trois annexes au Rapport de la Commission Tremblay (1956): annexe 3: La Sécurité sociale; annexe 5: Le problème fiscal; et annexe 11: La centralisation.Cette dernière annexe tut éditée, en 1960, chez Beauchemin, et est devenue un livre épuisé, introuvable: L'essai sur la centralisation, (Les Presses des HEC et Éditions Beauchemin, Montréal.Avec la collaboration de Pierre Harvey et Jacques Parizeau, 1960, 332 pages). LA GUERRE DE LA CENTRALISATION 615 résistante et la plus permanente de la vie, peut-être parce qu\u2019il est plus proche de son principe même.Plus simple, indiquant moins de composition, moins d\u2019organisation, moins de suprastructure, il est moins susceptible de se décomposer, de se désorganiser ou de muer en d\u2019autres formes aussi complexes, mais différentes.Le problème de la dimension d\u2019un être donné ne conduirait pas à rechercher le maximum, mais bien l\u2019optimum\u201d33.Non seulement s\u2019agit-il du petit-plus-fort mais de la variété.\u2018\u2018La diversité est, en effet, de règle dans la nature.Malgré l\u2019existence de milliards d\u2019êtres humains à l\u2019heure actuelle, comme à travers le temps, les ressemblances parfaites d\u2019un individu à l\u2019autre sont rarissimes, si même elles existent.Et il en est ainsi pour les milliards d\u2019individus de toutes espèces animales et végétales\u201d34.Tout de même la centralisation existe, même dans la nature.Pourquoi?Selon M.Angers, \u201cla centralisation s\u2019impose dans les faits uniquement comme un instrument utile à la vie des diversités.Par rapport aux feuilles d\u2019un même arbre, le tronc est une centralisation, mais qui n\u2019existe que pour fournir aux feuilles les éléments nécessaires à leur vie propre\u201d35.Sa conclusion est claire: la centralisation saine est fonctionnelle, elle est une aide à la diversité et à l\u2019épanouissement des parties.La centralisation ainsi conçue n\u2019est pas une chose figée mais, au contraire, en perpétuelle évolution: \u201cUne forme particulière de centralisation atteint toujours, à un moment donné, des limites qui rendent nécessaire l\u2019invention de nouvelles formes si l\u2019on veut qu\u2019un processus de grossissement puisse continuer son développement.L\u2019unité rigide n\u2019apparaîtrait possible qu\u2019aux petits organismes.Leur survie, au fur et à mesure qu\u2019ils grandissent, serait fonction de leur capacité de concilier une certaine unité avec la diversité croissante des parties et des fonctions qu\u2019exige un corps plus grand\u201d36.Une fois posées ces bases philosophiques, les sciences sociales peuvent maintenant examiner la centralisation.Notons, en passant, qu\u2019aucun rapport officiel 616 L'ACTION NATIONALE du monde anglophone ne commencerait par une exposition philosophique: il arrive directement aux conclusions pratiques.Les sciences sociales ont toutes commencé avec le postulat \u201cuniversaliste, celui de l\u2019homme un et partout semblable à lui-même\u201d37.La première, la sociologie a trouvé ce postulat inadéquat.Pourquoi a-t-elle trouvé ce postulat inadéquat?C\u2019est qu\u2019elle s\u2019est rendue compte que \u201cà travers tous les processus de désintégration sociale, les petits groupes ont survécu\u201d38.Elle en a fait le point de départ d\u2019une nouvelle approche, l\u2019étude des petits groupes et des régions: \u201cLe phénomène de la régionalisation des problèmes humains et des cultures s\u2019est imposé à la science comme une réalité sans la compréhension de laquelle, la vie des sociétés humaines ne peut être expliquée\u201d39.L\u2019étude de ces réalités fondamentales, la variété des cultures et sous-cultures, mène à des conclusions pratiques: \u201cPlus vastes et plus variés sont les groupements qu\u2019on veut soumettre à un même gouvernement, plus ce gouvernement devra limiter son action à un nombre réduit de questions\u201d40.La science économique accepte moins vite ces réalités car \u201cla science économique s\u2019est développée à une époque où les relations économiques s\u2019effectuaient à l\u2019intérieur des nations et sur un plan purement individualiste\u201d41.Les économistes en furent conduits \u201cjusqu\u2019à raisonner comme si les mobiles non économiques devaient être considérés anormaux, transitoires, et par conséquent négligeables en longue période\u201d42.En pure théorie économique classique, on arrive même à dire: \u201cPérisse la société pourvu que j\u2019atteigne au maximum possible de bien-être économique!\u201d43.L\u2019individu qui raisonne ainsi assume \u201cun risque de désagrégation sociale qui, s\u2019il se produit dans sa génération, aboutira vraisemblablement à lui enlever le bien-être même qu\u2019il avait prétendu s\u2019assurer ainsi\u201d44.En principe encore, et selon la théorie économique la plus pure, \u201cla libre circulation des hommes et des capitaux permettra, à ceux qui ne peuvent pas trouver à s\u2019employer sur le ter- LA GUERRE DE LA CENTRALISATION 617 ritoire national ainsi conditionné, de se déplacer à leur gré et d\u2019aller s\u2019installer dans les territoires les plus riches.Tous les individus du globe se trouveront ainsi enrichis.Quant aux nations, certaines évidemment se dépeupleront, alors que d\u2019autres se congestionneront!\u201d45.Cette théorie économique apparaissait absurde à l\u2019économiste allemand Frédéric List: \u201cEntre l\u2019homme et l\u2019humanité, écrivait-il, l\u2019histoire a mis les nations.Chaque homme fait partie d\u2019une nation, et sa prospérité individuelle dépend au plus haut point de la puissance politique de celle-ci\u201d46.Il s'ensuit, d\u2019après la réaction de tous les vivants et de la nature humaine que \u201cle pays le plus avancé peut empêcher, par des mesures hostiles, l\u2019industrie naissante de se développer dans un autre pays\u201d47.La même chose arrive souvent à l\u2019intérieur d\u2019un même pays, au niveau des régions: \u201cLes régions qui ont été développées en premier, vont disposer d\u2019un avantage initial qui peut nuire pendant longtemps au développement d\u2019autres régions du pays\u201d48.Est-ce qu\u2019un gouvernement central fort corrigera ce déséquilibre?Non pas, à cause de la façon dont il est élu: \"Un gouvernement centralisé.donc incapable en règle générale de pratiquer les politiques discriminatoires par rapport aux diverses parties du territoire, ne sera pas le gouvernement le plus favorable au meilleur développement économique\u201d49.La conséquence évidente et inévitable est qu\u2019\u201cun gouvernement régionalisé intéressé à favoriser le développement régional, paraîtrait alors le plus susceptible d\u2019assurer la meilleure mise en valeur du territoire\u201d50.En suivant ce raisonnement, même les économistes en arrivent, à la fin, à admettre la nécessité d\u2019une certaine décentralisation.Que disent sur ce problème de la centralisation, les sciences administratives?En général \u201cla science administrative s\u2019y attache au premier abord comme à un principe fondamental: pas d\u2019administration sans cen- 618 L\u2019ACTION NATIONALE tralisation, sans une certaine centralisation en tout cas\u201d51.Pourquoi ce point de vue persiste-t-il?Probablement du fait que les pratiques administratives \u201cse sont développées à une époque où les affaires étaient conduites sur la base d\u2019un émiettement anarchique.La concentration aboutissait presque toujours à des économies administratives.D\u2019où l\u2019association de la centralisation in se, à n\u2019importe quel degré, avec l\u2019idée de l\u2019efficacité\u201d52.Mais même ici les administrateurs commencent à affronter les réalités vécues, à valoriser les authentiques initiatives locales.Le besoin d\u2019une certaine décentralisation continue donc à se faire sentir, à travers toutes les disciplines et comme conséquence, nécessaire aux expériences les plus diverses.Une partie importante du livre L\u2019essai sur la centralisation est adressée aux spécialistes.L\u2019auteur y met en garde contre l\u2019emploi abusif des théories économiques de Lord Keynes en vue d\u2019établir un contrôle des cycles économiques.En cours de route M.Angers se permet une critique assez verte des fondements théoriques du système envisagé par Lord Keynes, chose rare à l\u2019époque (1960) mais son but était d\u2019exposer la façon dont cette théorie, analysée de main de maître, était utilisée, manipulée et interprétée par les fonctionnaires d\u2019Ottawa.Ceux-ci, se basant sur Lord Keynes, urgeaient de la nécessité d'une centralisation économique par le gouvernement fédéral pour la bonne marche des affaires du pays.Selon les grands fonctionnaires du Canada \u201cle gouvernement central doit pouvoir.jouer à sa guise, comme l\u2019artiste au clavier exerce un contrôle absolu sur les notes.Il pourra alors ajouter ici, retrancher là, de façon à modifier soit la consommation, soit l\u2019épargne, soit l\u2019investissement.Au fur et à mesure qu\u2019un déséquilibre cherchera à se manifester, il sera ainsi facilement corrigé, pense-t-on53.Les fonctionnaires étaient déjà centralisateurs depuis longtemps, à Ottawa.Les théories de Lord Keynes arrivaient de façon opportune pour ajouter un vernis LA GUERRE DE LA CENTRALISATION 619 d\u2019à-propos.On utilise ces théories non seulement pour des fins économiques mais pour circonscrire et diminuer encore une fois l'autonomie du Québec.Il fallait démontrer les vices de la \u201cpensée\" centralisatrice avant de reprendre la bataille.L\u2019arrivée sur la scène de Lord Keynes a quelque peu détraqué le cours normal de la pensée économique mondiale.À la fin de la grande crise économique (1929-1939), \u201cles nations désireuses d\u2019éviter le socialisme évoluaient vers.des systèmes d\u2019ententes industrielles (France), des codes d'organisation sociale (NRA), la cartellisation forcée des industries (Allemagne), la collaboration plus ou moins obligatoire des industries par secteur (Angleterre)\u201d5'1.Que représentaient ces efforts?\u201cC\u2019était une doctrine formulée d\u2019une façon plus cohérente dans les encycliques des papes sous le nom d\u2019organisation professionnelle ou de corporatisme social\u2019\u201955.Les noms sont différents mais le besoin de l\u2019organisation sociale se faisait sentir partout.La France, par exemple, par le célèbre Plan, y revenait sûrement.Le corporatisme social, ou un type d\u2019organisation sociale, aurait dû être le système normal dans un pays catholique comme le Québec.Mais les leviers de commande économique n\u2019étaient pas entre les mains des Canadiens-Français ni de l\u2019État du Québec.Seule une décentralisation massive lui permettrait d\u2019installer une organisation sociale adaptée.On voit à quel point était nécessaire cette deuxième étape, celle de l\u2019approfondissement intellectuel du problème de la centralisation fédérale auquel se trouvait confronté tout le développement du JàuébécT^Pour~[a\\ première fois, on voyait l\u2019importance primordiale de la décentraUsalionJ-e Québec n\u2019était pas le seul pays dans le monde à la demander: -\u2014 \u2014 - Il fut un temps où l\u2019Angleterre, dans son rôle de métropole, laissait les besognes administratives aux notables des colonies, mais ce n\u2019était là que décentralisation de façade.Le Québec a besoin d\u2019une vraie 620 L'ACTION NATIONALE décentralisation.Une fois récupérées la fiscalité et la sécurité sociale, le Québec pourrait envisager un avenir sain.L\u2019abbé Groulx avait bien raison.Dès 1917, il demandait d\u2019abord une action intellectuelle.Dès 1960, M.Angers prenait le leadership et menait la bataille de la décentralisation du Québec.RÉFERENCES 1.\tF.-A.Angers: La dramatisation de Duplessis à Radio-Canada.L'Action nationale, 68 (janv.1979) 412.2.\tIbid., p.413.3.\tIbid., p.413.4.\tIbid., p.413.5.\tIbid., p.414.6.\tF.-A.Angers: Les solutions du Rapport Massey \u2014 1.L'Action nationale, 39 (mars 1952) 110-111.7.\tIbid., p.111.8.\tF.-A.Angers: Deux modèles d\u2019inconscience: le premier St.Laurent et le commissaire Lévesque.L\u2019Action nationale, 38 (nov.1951) 186.9.\tIbid., p.186.10.\tIbid., p.189.11.\tIbid., p.190.12.\tIbid., p.193.13.\tIbid., p.205.14.\tIbid., p.206.15.\tIbid., p.208.16.\tIbid., p.208.17.\tF.-A.Angers: Les raisonnements fallacieux du Rapport Massey \u2014 1, Education et Culture.L'Action nationale, 38 (déc.1951) 231.18.\tIbid., p.229.19.\tIbid., p.231.20.\tF.-A.Angers: Les arguments fallacieux du Rapport Massey \u2014 11, le fédéral et les universités.L\u2019Action nationale, 39 (janv.-fév.1952) 17.21.\tF.-A.Angers: Un problème mal posé.L'Action nationale, 39 (mars 1952) 107-8.22.\tF.-A.Angers: Quand Ottawa s'en mêle.L\u2019Action nationale, 39 (avril 1952) 237-8.23.\tIbid., p.239.24.\tIbid., p.240. 25.26 27 28.29.30.31.32.33.34.35.36.37.38.39.40 41.42.43.44.45.46.47.48.49.50.51.52.53.54.55.LA GUERRE DE LA CENTRALISATION 621 Ibid., p.240.Ibid., p.241.F.-A.Angers: À qui la faute?L\u2019Action nationale, 39 (mai 1952) 279.Ibid., p.283-4.Ibid., p.292-3.Ibid., p.277.F.-A.Angers: Essai sur la centralisation, Beauchemin, Montréal, 1960, p.13.op.Cit.p.14.op.cit.p.16-17.op.cit.p.26.op.cit.p.27.op.cit.p.21.op.cit.p.36.op.cit.p.36.op.cit.p.40.op.cit.p.50.op.cit.p.61.op.cit.p.60.op.cit.p.50.op.cit.p.62.op.cit.p.63-4.op.cit.p.66.op.cit.p.66.op.cit.p.68.op.cit.p.69.op.cit.p.69.op.cit.p.91.op.cit.p.95.op.cit.p.219.op.cit.p.316.op.cit.p.316. \"Dites-moi que cela n'est pas vrai.\" par Louise Brochu1 1.Madame Louise Brochu accompagne son mari, Michel, au Zaïre (ancien Congo) où il enseigne la géologie.Nous la remercions d\u2019avoir pensé à nous. \"DITES-MOI QUE CELA N\u2019EST PAS VRAI.\u201d 623 J\u2019ai fait un rêve étrange.bouleversant.C\u2019était dans un jardin immense, fleuri, à l\u2019heure où le crépuscule est au sommet de sa beauté.À l\u2019heure où le soleil caresse les nuages roses.Des tables étaient dressées, sur lesquelles on trouvait de tout: fruits connus et d\u2019autres aussi que je voyais pour la première fois.En marchant dans ce jardin, on pouvait apercevoir des arbres qui ne voisinent habituellement pas ensemble: des sapins, des flamboyants, des mélèzes, des acacias, des arbres avec un petit air chinois, des jacarandas, des fleurs d\u2019une rare beauté par leurs couleurs et leurs variétés.Un mélange extraordinaire duquel émanaient des odeurs à vous faire défaillir de contentement.Vous en aviez plein les yeux et le cœur.Je côtoyais des gens que je ne connaissais pas, d\u2019autres que je connaissais de nom, des visages familiers.Il y avait Marianne, il y avait John Bull, l\u2019Oncle Sam, j\u2019ai vu l\u2019imposant Igor Sergueewitch, Klaus de Bonn, Sigurd de Reykiavik, Ahmed, David, etc., des gens de toutes tailles, de toutes couleurs; on échangeait des poignées de mains, on se retirait à l\u2019écart pour parler, un verre à la main, pendant que de petits lutins offraient olives, fromages, saucisses, friands minuscules, cerises, raisins, figues, tout ce que l\u2019on peut imaginer.Ce qui me frappait chez la plupart d\u2019entre eux, c\u2019était ce je ne sais quoi de soucieux, d\u2019inquiet, soit sur le front, soit dans les yeux ou à la commissure des lèvres.malgré leur volonté de le cacher.J'ai eu soudain le désir impérieux d\u2019écouter ce que l\u2019on disait un peu partout.Chaque fois que je me mêlais à un groupe, on me souriait, sans plus s\u2019occuper de ma présence, on continuait à bavarder.J\u2019en ai entendu des choses.\u2014 Oui est ce beau jeune homme là-bas, en chaise roulante?Il ne semble pourtant pas infirme?\u2014 Ce garçon plein de santé qui roule vers l\u2019Oncle Sam?C\u2019est Baptiste.\u2014 Ah! celui qui envoie ses poètes partout chanter sa beauté et dire à tous qu\u2019il veut être libre? 624 L'ACTION NATIONALE \u2014 C\u2019est ça.\u2014 Il y a quelque chose que je ne comprends pas bien.\u2014 Voyez-vous, Baptiste s\u2019est fait mettre sur cette chaise par les Anglais, il ne marche plus depuis.\u2014 Moi, reprit Guillaume de Berne, ce que je ne comprends pas c\u2019est pourquoi il veut se libérer.après tout, Peter est bon pour lui, il roule où il veut.Jean-Pierre, de Genève, Alessandro, de Lugano, et moi ne sommes qu\u2019un! Qui dit mieux?\u2014 Oui, mais vous êtes tous trois d'accord, et vous vous respectez les uns les autres, et surtout vous vous êtes associés librement.J\u2019étais très intriguée par ce que j\u2019entendais et continuai à circuler pour observer mieux.Je m\u2019approchai, pas trop près, mais assez pour l\u2019entendre, ce Baptiste, qui parlait maintenant avec Peter.Dieu qu\u2019il est beau! Jeune, le regard d\u2019une douceur à vous couper le souffle, un large front rêveur, un teint de grand air, cheveux noirs bouclés comme un mouton.mais je jurerais qu\u2019il n\u2019a rien d\u2019un mouton noir.pourtant.\u2014 Tu es mon mouton noir, dit Peter.\u2014 Justement, j\u2019en ai assez d\u2019être ton mouton! dit Baptiste en frappant du point sur son accoudoir, et une vague de colère passa dans ses yeux doux.\u2014 Ne fais pas d\u2019esprit, tu sais que je ne le supporte pas! \u2014 Alors, débarrassez-vous de moi! \u2014 Je ne t\u2019aime pas, mais, tu es ma victoire et j\u2019y tiens.De quoi te plains-tu?Je suis bon pour toi, tu manges à ta faim, tu parles ta langue chez toi, tu vois des gens, qui tu veux même, tu roules où tu veux, tu te fais pousser par qui tu veux, et tu parles de liberté? \u201cDITES-MOI QUE CELA N'EST PAS VRAI.\u201d 625 \u2014 Baptiste penchant la tête dit: \u201cOui.je roule où je veux.\u201d et il roula plus loin, il se dirigea le plus rapidement qu\u2019il le put vers Marianne, sa cousine.\u2014 Alors, lui dit affectueusement Marianne?\u2014 Rien encore, Marianne.Marianne, aide-moi.\u2014 Que puis-je pour toi?Je sais, tu me reproches de t\u2019avoir abandonné.je me le reproche aussi.mais cela ne change rien à l\u2019affaire, si tu m\u2019appartenais encore, tu me demanderais aujourd\u2019hui ta liberté.Il est vrai que cela te serait plus facile avec moi.Je t\u2019ai compris.J\u2019en ai compris d\u2019autres aussi à Alger, à Abidjan, à Libreville.Baptiste, pourquoi n\u2019essaies-tu pas de marcher, lève-toi, doucement, essaie de faire un pas tout seul, on t\u2019aiderait après.Il y a des choses que personne ne peut faire à ta place.Tu n\u2019es pas malade, tu es en pleine santé, dans la fleur de l\u2019âge.Tu as de l\u2019esprit, de l\u2019humour, on t\u2019aime bien, mais.\u2014 Mais?\u2014 Mais tu vis dans le rêve, tu te promènes avec ton pays dans ta tête alors qu\u2019il faudrait l\u2019avoir sous les pieds.C\u2019est très bien d\u2019avoir des poètes qui chantent tes beautés en poussant ta chaise, mais, attention! Je te conseille de ne pas trop te faire pousser par ton jouai.\u2014 Pourquoi?Je croyais que vous l\u2019aimiez bien.\u2014 Je l\u2019aime bien, mais, si un jour tu veux te faire comprendre du monde entier, si tu veux qu\u2019on te prenne au sérieux, il te faut une dimension internationale.Il faut que tu sois compris par d\u2019autres que par moi! par Henryck, par Bongo, enfin, il ne faut pas te \u201cdistancer\u201d; garde ta personnalité, ne t\u2019en fabrique pas une autre.\u2014 Tu ne m\u2019auras pas pour \u201cparler à la française\u201d le petit doigt en l\u2019air.\u2014 Je ne te demande pas de m\u2019imiter, je te demande d\u2019être audible si tu veux te faire comprendre.sans inter- 626 L'ACTION NATIONALE prête.comme pour tes films à Paris.On se bat pour sa langue, pas pour son jargon! Est-ce que nos Académiciens sont des fabricants d\u2019argot?\u2014 Non, ils en sont les gardiens.\u2014 Ce que j\u2019aime chez toi, c\u2019est qu\u2019on peut plaisanter.Mais, revenons à nos moutons.\u2014 Tu veux me blesser.\u2014 Pardonne-moi.Je fus distraite par Igor Sergueewitch qui montrait quelqu\u2019un que je ne voyais pas bien, et semblait expliquer quelque chose à un barbu qui lui passa le bras autour des épaules, ils semblaient se rapprocher de gens peu ou pas connus.Il se fit un silence dans le groupe de l\u2019Oncle Sam.Le regard de Liao allait de l\u2019un à l\u2019autre, un sourire imperceptible sur les lèvres.Puis, peu à peu, les gens reprirent leur conversation, leurs verres, leurs canapés, leurs croustades, leurs olives, leurs noix, leurs figues, leurs raisins, leurs friands et tout le reste.Moi-même je revins près de Baptiste et Marianne.L\u2019énergique Marianne disait: \u2014 Mais enfin, qu\u2019est-ce que tu attends pour te lever?Qu\u2019on mette le feu sous ta chaise?\u2014 Tu penses que c\u2019est facile, dit Baptiste.\u2014 Je pense, cousin, que rien n\u2019est facile.Combien de fois ne me suis-je pas libérée?Et à quel prix! Toi, tu n\u2019as qu\u2019à te décider, qu\u2019à dire au monde entier: \u201cÀ partir d\u2019aujourd\u2019hui, je marche, je réponds de moi\u201d.Tu perds ton temps à \u201cchercher ton identité\u201d, tout cela n\u2019est qu\u2019un prétexte inconscient, parce que tu as peur d\u2019être \u201cresponsable\u201d, de répondre de toi-même.Tu accuses ceux qui répondent pour toi.Mais toi, que fais-tu?Tu te regardes, tu t\u2019analyses, tu fais ce qui ne demande pas d\u2019effort vrai, pas de courage véritable.Tu n\u2019as donc pas envie de faire entendre ta voix aux Nations unies?d\u2019envoyer tes hommes de science, tes poètes te représenter à l\u2019Unesco, à l\u2019OCDE, etc.?d\u2019avoir TES ambassadeurs dans le monde entier qui seraient le prolongement de ta pensée, de toi? \u201cDITES-MOI QUE CELA N\u2019EST PAS VRAI.\" 627 \u2014 Et Peter?Il faut que je lui demande de me rendre ma liberté.Et que va dire John Bull?\u2014 La liberté, ça ne se négocie pas, ça se prend.L\u2019enfant demande-t-il la permission pour faire ses premiers pas?Crois-moi Baptiste, le temps de la maturité est arrivé.Le rêve n\u2019a qu\u2019un temps.Il faut que ta sensibilité soit guidée par la raison.Fais-toi respecter, ne permets plus que l\u2019on ricane sur ton passage.Sois fier.Lève la tête.Toi aussi tu as ton mot à dire dans le concert des Nations.D\u2019autres moins bien partagés que toi l\u2019ont fait.Il faut te décider toi-même.Il ne faut compter que sur ta volonté.\u2014 J\u2019ai peur.\u2014 Tu as cette chance de pouvoir te libérer sans faire de mal à personne, uniquement en disant: \u201cJe suis libre\u201d.Mais des voix montaient de divers coins du jardin, je n\u2019y avais pas fait attention tant j\u2019étais prise par cette conversation.Des projectiles fusaient de tous les coins, olives vertes, olives noires, piments rouges, piments verts, raisins blancs, raisins noirs, on en était aux friands, puis aux figues quand je regardai les deux cousins.Marianne parlait d\u2019honneur, de fierté, Baptiste de peur et de courage.On en était là-bas aux coupes vides qu\u2019on se lançait de partout, et puis aux bouteilles.Quand on en vint aux torches allumées, depuis qu\u2019il faisait nuit, Marianne vit tout cela par-dessus son épaule, elle serra les mains de Baptiste dans les siennes et dit en s\u2019éloignant: \u201cAdieu.Courage! Debout!\u201d puis elle s\u2019élança dans la mêlée.Baptiste s\u2019agitait, faisait des signes à son poète, celui qui lui chantait toujours \u201cc\u2019est à ton tour de te laisser parler d\u2019amour\u201d.il se pencha, l\u2019aida à se soulever.À la lueur des torches, je vis un Baptiste debout, qui semblait plus grand que nature, qui criait, d\u2019une voix bouleversée, bouleversante.\u201cAttendez.Attendez-moi, je.\u201d le brouhaha se fit plus intense, il fit quelques pas, et je le vis s\u2019effondrer à genoux, la tête dans les mains, secouée par des sanglots, comprenant désormais qu\u2019il n\u2019avait existé vraiment que pour lui.que personne 628 L'ACTION NATIONALE n entendrait jamais sa voix.Puis, je ne vis plus que cette silhouette sur fond de flammes, au milieu des cris et des crépitements.Oh! je vous en prie, dites-moi que cela n\u2019est pas vrai! Dites-moi que j\u2019ai rêvé. Le contexte de la loi 62 par Georges Allaire 630 L'ACTION NATIONALE Note introductive: Toute personne membre d\u2019un vaste syndicat à l\u2019échelle nationale et citoyen d\u2019un pays, est à priori orientée par des choix politiques qu\u2019elle ignore ou tout au plus pressent, qui lui sont présentés dans un langage destiné à éveiller ses passions et à provoquer une action déterminée et non à l\u2019éclairer sur la raison profonde de cette action.Comme aucun chef syndical ou politique ne passera aux aveux avant le moment d\u2019écrire ses mémoires, il ne reste au citoyen-syndiqué qu\u2019à réagir aveuglément et à prendre patience, ou à créer des hypothèses explicatives des faits observés, qui s\u2019apparenteront à la vérité à la mesure qu\u2019elles réussiront à unifier ces faits et à en prévoir de nouveaux.Évidemment, de telles hypothèses courent le risque du jugement que portait Raymond Aron sur l\u2019analyse de l\u2019impérialisme par V.l.Lénine: \u201cCela explique tout parfaitement.La seule difficulté est que c\u2019est faux.\u201d Voilà le sens et le risque des réflexions qui suivent.Elles présentent une hypothèse qui cherche à rendre compte du comportement gouvernemental dans les présentes négociations avec le Front Commun des syndicats du secteur public et parapublic au Québec.Le langage de valeur qu\u2019on y trouvera n\u2019est là que dans le but de réfléter les valeurs inhérentes à la grille d\u2019analyse proposée et ne constitue pas en lui-même un jugement de valeur objectif.L\u2019énigme Lundi le 12 novembre (1979), coup de théâtre dans l\u2019affrontement entre le Front Commun et le gouvernement du Québec: loi spéciale qui (1) interdit l\u2019exercice du droit de grève (prévu pour mardi le 13) pendant près de trois semaines, qui (2) oblige le gouvernement et ses partenaires patronaux à déposer leurs offres de convention collective au plus tard le 21 novembre à l\u2019Assemblée Nationale et auprès des syndicats, qui (3) oblige les syndicats de faire voter ces offres par leurs membres au plus tard le 29 novembre en accordant cependant à ceux-ci un préavis de 48 heures, et enfin qui (4) stipule que chaque LE CONTEXTE DE LA LOI 62 631 unité de négociation qui aura accepté ces offres aura de ce fait signé son contrat de travail pour la durée prévue du contrat.Cette loi intervient au moment où les parties sont en négociation intensive, 24 heures sur 24 comme le dit l\u2019expression, où la partie patronale et la partie syndicale prévoient un aboutissement des négociations dans les jours qui suivent.Jusqu\u2019alors le Front Commun n\u2019a pas fait de grève générale (si l\u2019on excepte la saute d\u2019humeur d\u2019une journée par une partie des troupes de la CSN).Toutes les institutions concernées sont prêtes à affronter la grève du mardi.Les hôpitaux ont renvoyé les patients aux soins légers et les \u201cservices essentiels\u201d sont largement négociés.Les écoles ont même vidé leurs réserves de lait qui était quotidiennement distribué aux enfants.La grève s\u2019annonce probablement courte, dans l\u2019esprit des parties.Il suffira de patienter quelques jours.On en a vu d\u2019autres.Pourquoi ce pavé dans la mare aux grenouilles?Pourquoi cette loi?Elle est une provocation directe des syndicats.Elle invite à des défis à la loi.Et ceci ne peut être ignoré par le gouvernement, principalement par son stratège d\u2019élite, qui a déjà travaillé intimement dans le monde syndical et qui en connaît les moindres réflexes, c\u2019est-à-dire Jacques Parizeau, ministre des Finances du Québec.Des explications partielles sont suggérées, mais toutes insuffisantes: La bonne marche des négociations rendait inutile le recours à la grève?Peut-être, mais le droit de grève est la propriété de la partie syndicale de par l\u2019accord des syndicats, de la partie patronale et de la loi du Québec.I! appartient aux syndicats de décider de son usage.quitte à être restreint s\u2019il en fait abus contre la population, ce qui n\u2019était pas le cas.De plus, la loi elle-même allait de façon prévisible perturber le déroulement des négociations et en retarder l\u2019échéance.Le gouvernement aurait-il voulu se donner une dernière chance aux élections partielles des comtés de Prévost, de Maisonneuve et Beauce-Sud, devant se tenir 632 L'ACTION NATIONALE le 14 novembre?Claude Ryan a fait mine de croire à cette interprétation partisane.Mais il est évident qu\u2019une loi devant semer la zizanie sociale et arrivée de toutes façons au moment où les jeux sont largement faits, n\u2019aurait su changer sensiblement le cours des événements.lequel cours devait sans doute être déjà prévu par les stratèges locaux des partis en lice à ces élections.Le gouvernement aurait voulu assurer la paix sociale?Mais cette loi constitue précisément la provocation qui retarderait l\u2019entente entre les parties et engendrerait des défis à la loi, alors que le cours normal des événements conduisait à l\u2019usuelle grève et à la probable entente.Alors?Une stratégie fondée sur un objectif à long terme La plupart des gens vivent collés sur l\u2019événement.À l\u2019opposé, un homme politique doué d\u2019envergure nationale évalue l\u2019événement dans une perspective d\u2019avenir.Aux bâtisseurs d\u2019une nation, il faut une imagination à la hauteur de cette ambition.Et qui oserait nier l\u2019ampleur de vue et l\u2019imagination efficace de Jacques Parizeau, maître de manoeuvre dans les présentes négociations?S\u2019il sait tirer profit des passions partisanes et des réactions purement réflexes d\u2019une population aux prises avec les harassements de la vie quotidienne, il mesure pour sa part ses décisions et actions à l\u2019objectif final de son engagement politique.Voilà le critère de sa stratégie.Toute tactique ou manoeuvre dans le quotidien n\u2019est qu\u2019avance ou retraite en fonction d\u2019une victoire décisive.Il n\u2019est certes pas à l\u2019abri d\u2019une mauvaise évaluation d\u2019une situation et par conséquent d\u2019une manoeuvre malheureuse.Mais on ne peut réduire ses manoeuvres à la seule conjecture de la journée qui passe.Jacques Parizeau est un homme politique et un bâtisseur de nation.Il entrevoit, dans un avenir assez éloigné par rapport à la vie de chaque jour (\u201cles nouvelles d\u2019heure en heure\u201d), mais assez rapproché dans l\u2019histoire d\u2019un peuple, le jour où le Québec sera un pays souverain LE CONTEXTE DE LA LOI 62 633 dans la compagnie des autres peuples de la terre.Mais il l\u2019entrevoit comme le fait un homme pratique, réaliste, et non comme un dévot farci de rêves et d\u2019idéologie.Aussi agit-il en fonction de son but et en vue de lever les obstacles à ce but.Et la souveraineté-association, ou indépendance du Québec, a trois adversaires qu\u2019il écarte ou manoeuvre en direction de son but, par des actions efficaces.L\u2019obstacle de la peur de l\u2019inconnu Le premier adversaire de la souveraineté québécoise est la peur qu\u2019a le peuple québécois devant l\u2019inconnu politique mais surtout économique présenté par l'aventure \u201cséparatiste\u201d.Pour Jacques Parizeau, habitué des dossiers d\u2019État et des réalités politiques, ces craintes paraissent gonflées d\u2019imaginaire.Mais il n\u2019a pas à convaincre lui-même.Il a à convaincre un peuple.Et la crainte instinctive de l\u2019avenir ne saurait être vaincue en quelques courtes années.D\u2019où il doit avoir le réalisme de savoir que son parti politique sera défait aux élections de 1980.Le résultat des élections partielles dans Maisonneuve, Prévost et Beauce-Sud n\u2019auront pas été une grande surprise pour lui.En effet, la peur du changement a joué contre le Parti Québécois pendant dix ans, et son arrivée au pouvoir n\u2019a été due qu\u2019à la division du vote populaire d\u2019opposition entre le Parti Libéral de Robert Bourassa (discrédité par la loi 22 et les conflits syndicaux) et le parti de l\u2019Union Nationale de Rodrigue Biron qui promit (sans tenir cette promesse) de lutter pour le libre choix d\u2019école française ou anglaise au Québec.Cette conjecture exceptionnelle disparaissait avec le régime libéral de Robert Bourassa.En 1980, la crainte de l\u2019indépendance reformera le front commun des opposants derrière le Parti Libéral de Claude Ryan et balayera le Parti Québécois du pouvoir.Comment vaincre cette peur?En voyant loin.Pour le moment, il faut prouver à la population que les souverainistes sont d\u2019excellents gouvernants, et de ce côté le Parti Québécois a géré le Québec avec une étonnante efficacité et une remarquable justice.Cette preuve est en voie de réalisation 634 L\u2019ACTION NATIONALE grâce principalement à la dextérité de Jacques Parizeau lui-même, Grand Argentier du Québec.Ensuite, il faut poser des jalons irréversibles dans la direction d\u2019une confiance nationale chez les Québécois.Tel est l\u2019effet de la loi 101, où le français devient la langue du Québec, l\u2019anglais étant relégué au statut de langue de minorité.L\u2019inimaginable pour un peuple habitué à devoir parler anglais pour devenir quelqu\u2019un, se réalise maintenant dans la vie quotidienne au Québec.On ne pourra plus revenir là-dessus.Dans ce même contexte, l\u2019habitude quotidienne d\u2019avoir une Assemblée Nationale télévisée où tout discours (exception faite de William Shaw) se fait en français, ne peut que renforcer le réflexe d\u2019être chez soi au Québec, en français, et d\u2019en avoir la fierté inconsciente de l\u2019habitude.Mais il faut aussi faire la preuve que la direction opposée à la souveraineté est vouée à l'échec.Ce sera le rôle de monsieur Ryan et du Parti Libéral.Lorsque les premiers ministres québécois du passé proposaient la refonte de la constitution canadienne, l\u2019égalité des peuples fondateurs du Canada, ils faisaient figure de novateurs, car leur position contrastait avec un passé d\u2019inégalité politique et économique du Québec face au Canada et même des Québécois face aux anglophones du Québec.Ce qu\u2019ils obtenaient en-deçà de l\u2019égalité demeurait toujours un pas en direction de l\u2019égalité.M.Ryan aura, pour sa part, à atteindre l\u2019égalité elle-même, car il sera mesuré par un projet encore plus ambitieux: la souveraineté.Dans ce sens, il ne pourra pas progresser aussi loin que son point de comparaison.Il en sera toujours en-deça, de sorte qu\u2019il devra au minimum atteindre son propre objectif d\u2019une refonte constitutionnelle qui permette au francophone d\u2019être égal à égal avec l\u2019anglophone dans une structure politique soumise au régime parlementaire dominé par une majorité anglophone.Et il devra réussir ce tour de force après avoir été élu sous les couleurs du refus de la souveraineté.Si pour les Québécois, le refus de la souveraineté signifie seulement la recherche d\u2019une autre formule d\u2019égalité dans la confédération, pour le public et les dirigeants anglophones du Canada, ce refus signifie l\u2019acceptation de la prédominance du Canada sur le LE CONTEXTE DE LA LOI 62 635 régionalisme, donc sur le Québec.M.Ryan partira ainsi en perte de vitesse pour affronter des habitudes d\u2019une majorité pour laquelle le Québec n\u2019est qu\u2019une province comme les autres, ne méritant point de complaisance spéciale, et enfin rentrée dans le rang.Son entreprise est ainsi vouée à l\u2019échec, permettant la reprise du pouvoir du Parti Québécois en 1984 ou 1988, avec tout un peuple devenu habitué à sa différence et à l\u2019idée d\u2019inévitable souveraineté comme moyen de sa propre réalisation.M.Jacques Parizeau sait cela.Et son objectif est par conséquent bien au-delà de quelques élections partielles ou même des élections de 1980.L\u2019obstacle que serait le parti libéral du Québec Son second adversaire, le moins dangereux, est le Parti Libéral du Québec.Certes, ce parti est appelé à gouverner le Québec sous peu.Mais c\u2019est précisément cette victoire qui le mènera à la défaite et à la confirmation du projet péquiste et québécois de la souveraineté.L\u2019obstacle d\u2019un \u201cprogressisme\u201d immature Le troisième et plus dangereux adversaire du projet souverainiste est constitué des héritiers de la Révolution Tranquille qui en sont demeuré au stade de l\u2019immaturité.La Révolution Tranquille fut un mouvement de maturation de la société québécoise vers l\u2019exercice d\u2019une démocratie politique plus engagée et des libertés responsables dans l'activité économique et les relations de travail.Par réaction à la société paternelle qui la précédait, la Révolution Tranquille comportait des actions de refus et contestation dans le style d\u2019une adolescence qui se mue vers la responsabilité contre la domination parentale.Simultanément, elle comportait l\u2019exercice d\u2019une maturité par laquelle les hommes politiques, les dirigeants d\u2019entreprise et les mouvements syndicaux parvenaient à prendre conscience de leur puissance respective et de leur situation de partenaires sociaux à parts égales. 636 L\u2019ACTION NATIONALE Avec le temps, le partage devait se faire entre les dirigeants responsables des divers secteurs de la société et cette partie légère et passionnée de notre adolescence nationale qui a préféré se cantonner dans son esprit d\u2019affrontement.Cette dernière partie des acteurs de la révolution d\u2019hier se proclame volontiers \u201cprogressiste\u201d, mais elle ne conçoit la responsabilité qu\u2019en termes de revendication, la collaboration qu\u2019en termes de contestation politique, le bien-être de la vie nationale qu\u2019en termes de protection de ses biens privés corporatistes, et l\u2019unité des Québécois qu\u2019en termes de l\u2019exercice permanent d\u2019un rapport de force.Nous reconnaissons là les directions syndicales actuelles du Québec et une large partie des effectifs de base du Parti Québécois.Dans la perspective d\u2019un État national des Québécois, cette option ne respecte pas l\u2019évidente nécessité de l\u2019esprit de responsabilité sociale, de négociations privilégiant l\u2019efficacité mutuellement bénéfique des partenaires sociaux et la mutuelle volonté d\u2019exercer des libertés sectorielles dans le respect du bien de toutes les parties concernées.La présence politique de ces \u201cprogressistes\u201d de l'adolescence sur l\u2019échiquier québécois menace doublement la souveraineté québécoise.Elle menace la volonté de collaboration nécessaire à l\u2019enrichissement collectif des Québécois, qui sera indispensable au succès de la construction plutôt que du démantèlement du Québec.Et elle menace surtout l\u2019instrument privilégié de la souveraineté, le Parti Québécois lui-même.En effet, le Parti Québécois origine directement du Mouvement Souveraineté-Association fondé par René Lévesque et auquel adhéra Jacques Parizeau.Lorsqu\u2019il fut question de fonder un parti politique souverainiste, des négociations furent entreprises entre le MSA et le parti indépendantiste de Pierre Bourgault, le Rassemblement pour l\u2019Indépendance Nationale (R.I.N.).Ce dernier groupe était essentiellement animé par une passion im- LE CONTEXTE DE LA LOI 62 637 mature de la revendication, compréhensible en période de mutation sociale, mais irréaliste face aux exigences d\u2019une responsabilité sociale, politique et énonomique qui fasse démocratiquement l\u2019unité d\u2019une nouvelle nation.Par conséquent, René Lévesque veilla lui-même à l\u2019échec de ces négociations.Il y gagnait deux avantages: celui de ne pas traîner avec lui une aile radicale, sorte d\u2019épouvantail politique (les élections suivantes allaient manifester cet handicap) et celui d\u2019avoir à sa gauche un parti politique qui confirmerait devant les électeurs l\u2019équilibre responsable du Parti Québécois.Mais la suite est connue.Évincés par l\u2019échec des négociations, les rinistes prirent leur revanche: Pierre Bourgault proclama la mort du R.I.N.et au cri de \u201cVive le Parti Québécois\u201d immigra avec tous ses membres dans le Parti Québécois au moyen des adhésions individuelles à ce parti.C\u2019est depuis ce temps que le Parti Québécois va être constamment tiraillé entre la contestation héroïque et poétique, socialement réprouvé par la population votante, et la responsabilité tactique et efficace.Cette division s\u2019est tout particulièrement manifestée aux dernières élections partielles dans les comtés de Prévost et Maisonneuve où, s\u2019objectant à I\u2019\u201cinterférence\u201d de la part de la direction du parti, une partie des militants dits péquistes a contribué à affaiblir plutôt qu\u2019à aider leur parti.Or les jours sombres du Parti Québécois approchent à toute vitesse sous forme des prochaines élections générales.La présence massive des \u201cprogressistes\u201d dans ce parti pourra alors en provoquer la mise à mort.En effet, la perte du pouvoir politique par un parti \u2014 aussi prévisible soit-elle \u2014 demeure une expérience traumatisante.C\u2019est l\u2019occasion des coups d\u2019état.Il n\u2019y a aucun doute qu\u2019alors l\u2019aile immature du parti tenterait de prendre définitivement le contrôle du parti.La conséquence pratique en sera la transformation de ce parti en repoussoir électoral et le conduira à l\u2019anéantissement politique. 638 L\u2019ACTION NATIONALE Manœuvre contre l\u2019immaturité syndicale Face à l\u2019immaturité \u201cprogressiste\u201d syndicale et péquiste, il faut manœuvrer avec imagination et fermeté.D'où l\u2019attitude du gouvernement Lévesque dans les présentes négociations avec le Front Commun.Le ministre Jacques Parizeau a offert un choix à la partie syndicale: elle peut être un partenaire social responsable et maîtresse de son propre pouvoir, ou choisir d\u2019être un adversaire politique dont il faudra abattre la puissance.Si la partie syndicale optait pour le rôle de partenaire social à part entière, alors le gouvernement accepterait de négocier véritablement dans le cadre de ses possibilités réelles pour la signature des meilleures conventions collectives mutuellement bénéfiques qu\u2019il soit possible de rédiger.Si la partie syndicale choisissait de prendre la convention collective comme occasion et moyen de faire l\u2019affrontement politique, alors le gouvernement serait impitoyable avec elle, mais de façon imaginative et non stéréotypée.Conscient des deux possibilités mais de la plus forte probabilité d\u2019un affrontement politique, le gouvernement a prudemment avancé des premières offres qui auraient pu permettre un début de négociation ou un début d\u2019affrontement.Mais la réplique syndicale fut pour sa part stéréotypée dans sa dénonciation tonitruante des lacunes des premières offres.Le gouvernement a fait un second pas en suggérant que les négociations aboutissent au plus tard à la fin de l\u2019année 79.Dans la ligne d\u2019une négociation entre partenaires, l\u2019offre était socialement rentable pour toutes les parties.Mais dans la ligne d\u2019un affrontement, l\u2019offre affaiblissait la partie syndicale en limitant le temps de pourrissement de la situation nécessaire à la sensibilisation et à la mobilisation de ses effectifs.Le syndicat s\u2019est jeté tête baissée dans le piège en refusant le bénéfice de négocier comme partenaire et en chosissant quand même d\u2019affronter en situation de faiblesse. LE CONTEXTE DE LA LOI 62 639 Ayant accepté la limite de fin d\u2019année, les syndicats du Front Commun, avec leur manque habituel d\u2019imagination, ont préparé la grève, sans comprendre qu\u2019un rapport de force n\u2019est pas un rapport de masse mais plutôt de manoeuvre et qu\u2019un judoka saura toujours tirer profit de la force de la brute qui charge à la première occasion.Pour préparer ses troupes, la partie syndicale a d\u2019abord proposé à ses membres deux débrayages de 24 heures, sans cependant avoir un point précis de négociation à offrir comme appât pour les amener à la grève.Résultat: désaffection de la CEQ et annulation des deux journées de grève.Pour montrer qu\u2019il est toujours disposé à fonctionner comme partenaire social plutôt que comme adversaire politique, le gouvernement offre les congés de maternité \u2014 qu\u2019il juge comme une demande socialement raisonnable _ et promet des offres plus substantielles sur les autres objets de négociation dans un avenir prochain.Réaction classique de la partie syndicale: grève de 24 heures d\u2019une partie de la CSN et préparation d\u2019une grève générale illimitée pour la semaine du 12 novembre.Devant quoi, le gouvernement retarde le dépôt de ses offres pour qu\u2019elles arrivent dans les jours qui précèdent la grève et gênent la manoeuvre d\u2019affrontement.Ces offres étant déposées, les tables de négociations travaillent 24 heures sur 24 et partout il y a de nets progrès vers l\u2019entente.La relation de partenaires sociaux s'avère possible.Le premier ministre la propose aux chefs syndicaux le dimanche, deux jours avant la grève prévue.Il suggère que la grève soit retardée pour tenter la conclusion de l\u2019entente que chacun pressent être tout près.Réaction stéréotypée de la partie syndicale: il serait trop tard, ce qui signifie que cette partie se veut d\u2019abord un adversaire politique qui capitaliserait d\u2019un règlement de négociations au moment de sa grève.Le choix s\u2019offre alors au gouvernement: régler la paix sociale dans le contexte d'un affrontement politique et 640 L\u2019ACTION NATIONALE consacrer ainsi le rôle dissolvant des syndicats dans la société québécoise, ou sacrifier pour un temps la paix sociale pour contraindre la partie syndicale à la collaboration sociale ou à l\u2019affrontement et la défaite politique.C\u2019est le sens de la loi 62.Elle est inutilement provoquante pour celui qui veut acheter la paix sociale.Mais elle est la manoeuvre du judoka pour celui qui veut vaincre un adversaire persistant dans l\u2019arène politique.Cette loi est tactiquement enrobée de souci pour la paix sociale grâce au Syndicat des Fonctionnaires Provinciaux du Québec qui perturbe le Québec depuis plusieurs mois et refuse de présenter les offres gouvernementales à ses membres pour qu\u2019elles soient votées.L\u2019incurie de cette direction syndicale et les souffrances qu\u2019elle a fait subir à la population souvent très démunie, ont soulevé la colère des citoyens.Ce syndicat servira à légitimer l\u2019opération de report de l\u2019exercice du droit de grève du Front Commun au 30 novembre.Car c\u2019est tout le Front Commun qui est ramassé avec le Syndicat des Fonctionnaires.La réaction est prévisible: l\u2019appel au défi de la loi par les chefs du Front Commun, ou si l\u2019on préfère, le buffle voit rouge et charge.Suites prévisibles de la manœuvre Voici les faits.Le restant appartient à l\u2019avenir donc ne peut être que supputations ouvertes aux comportements variés des parties en cause.Jacques Parizeau connaît l\u2019état des troupes syndicales.Il est en droit de supposer que le défi de la loi sera accepté par les uns et rejeté par les autres.Par conséquent, il a provoqué la charge de ses adversaires sur le terrain de son choix le contraignant à la confusion et aux tiraillements.Réveillant les tables de négociations, il maintient l\u2019incertitude dans le camp adverse, et lui offre encore l\u2019occasion de devenir un partenaire social.J\u2019ignore les LE CONTEXTE DE LA LOI 62 641 mesures pratiques qu\u2019il pourra prendre du côté des syndicats qui défieront la loi.Sans doute qu\u2019il essaiera de les déséquilibrer par une offensive conjuguée de fermeté contre l\u2019acte politique et de bienveillance du côté des négociations.Ou bien les syndicats finiront par signer des accords, et la preuve aura été faite que la négociation est préférable à la grève; car la grève comme telle sera réprimée.Ou alors les syndicats se rendront à l\u2019échéance du dépôt des offres patronales et devront bien les faire voter par leurs membres.Dans ce cas, la loi prévoit que les membres ont droit à 48 heures de préavis avant le vote.Ainsi le gouvernement devrait avoir le temps de faire parvenir aux syndiqués une présentation vulgarisée des offres qui leur seront faites avant qu\u2019ils ne doivent en affronter la présentation dialectique et partisane qu\u2019en feront leurs propres exécutifs syndicaux.Ceci n\u2019assure pas que les offres soient acceptées, mais prévient le rejet systématique de celles-ci.Or, comme certaines de ces offres sont réellement intéressantes et comme l\u2019action syndicale se sera enlisée dans l\u2019incohérence ou le cul-de-sac, inévitablement plusieurs syndicats locaux accepteront les propositions gouvernementales.Alors, selon une interprétation autorisée de l\u2019article 4 de la loi 62, un tel vote équivaudrait à la signature de contrat.Ce qui signifie que le Front Commun, chaotique dans sa bagarre politique, tenté par des offres réelles, verra une partie de ses effectifs quitter le champ de bataille et même de négociation.Resteront alors les poches de résistance qu\u2019une manoeuvre imaginative saurait peut-être réduire à l\u2019acceptation d'un rôle de partenaire social ou à la capitulation politique.En sera-t-il ainsi?La pratique contient ses imprévus.Et les meilleurs projets peuvent échouer.Mais ces projections sont conformes aux actions du passé et à la stratégie qui semble guider l\u2019action gouvernementale. 642 L'ACTION NATIONALE Si l\u2019action politique du Front Commun connaît l\u2019échec, bien que sa négociation sociale puisse aboutir, alors l\u2019influence de ses dirigeants en tant que leaders politiques diminuera certainement, permettant au réformisme syndical de s\u2019affirmer en direction d\u2019une collaboration nationale plutôt que d\u2019une contestation permanente.Certes les inconditionnels de l\u2019affrontement railleront le Parti Québécois, se moquant de son \u201csoi-disant préjugé favorable aux travailleurs\u201d.Mais le gouvernement aura fait la preuve publique qu\u2019il préfère l\u2019intérêt réel du travailleur-citoyen et partenaire social et qu\u2019il n\u2019est pas prêt à sacrifier cet intérêt au chantage des immatures au poing fermé.Le gouvernement aura prouvé que sa priorité est la négociation pour une convention collective et non l\u2019affrontement politique.Manœuvre contre l\u2019immaturité partisane Second effet de la loi 62: déjà les membres radicaux du Parti Québécois ont commencé à renvoyer leur carte de membre à la direction du parti.L\u2019épuration automatique de ce parti devrait lui permettre un renouvellement réformiste pour les années qu\u2019il passera dans l\u2019opposition et lui offrir la chance d\u2019un retour au pouvoir en 1984 ou 1988 pour mener le Québec à sa souveraineté.Post-scriptum Les réflexions présentées ci-dessus ont été conçues la veille du vote des syndicats du Cégep de La Pocatière sur le défi à la loi.Le rejet de ce défi, localement, puis dans la plupart des syndicats du secteur enseignant, la réouverture des négociations depuis, bref, les événements qui se poursuivent d\u2019heure en heure ce samedi matin le 17 novembre semblent encore aller dans le sens de l\u2019hypothèse explicative formulée ci-dessus.Mais il faudra attendre plusieurs jours, plusieurs mois et même plusieurs années pour s\u2019assurer que cette hypothèse est fondée en réalité ou pour se dire qu\u2019elle n\u2019aura fait que répondre avec bonheur à certains faits ou pour reconnaître qu\u2019elle tient plus de la fabulation que des intentions réelles des acteurs principaux des événements. LE CONTEXTE DE LA LOI 62 643 ANNEXES I\t\u2014 Parizeau (Actualité, nov.\u201979) \u201cJe crois que nous sommes probablement sur le point d\u2019aborder.la possibilité d\u2019un changement révolutionnaire dans les techniques de négociations, disait-il en 1970 après avoir quitté le gouvernement.Nous pouvons faire en sorte que le mouvement syndical prenne dans l\u2019opération gouvernementale, dans le fonctionnement budgétaire, une importance de premier plan, une importance qu\u2019il n\u2019a jamais eue quant aux choix sociaux qui impliquent toute la société.Si l\u2019expérience réussit, c\u2019est peut-être, socialement parlant, au Québec, le début de quelque chose de profondément révolutionnaire.\u201d La direction \u201crévolutionnaire\u201d des syndicats n\u2019allait pas dans le sens de la cogestion ou de la discussion des priorités avec le gouvernement, comme le souhaitait Parizeau.Face au gouvernement Bourassa, elle allait dans le sens de la confrontation et des déclarations de guerre.Aujourd\u2019hui, les syndicats du front commun se plaignent d\u2019être en face d\u2019un conservateur rétrograde.Ils se trompent.Ils sont, et pour eux ce sera bien pire, en face d\u2019un parrain désabusé et désillusionné; d\u2019un sympathisant déçu, et qui se sent trahi.Rien n\u2019est plus féroce et redoutable comme adversaire! II\t\u2014 Gaulin (C.E.Q.), id.\u201cJ\u2019ai les mêmes idées politiques que Charbonneau, complète Gaulin, mais j\u2019ai un tempérament différent.Je suis plus un homme d\u2019action que de discours.Pour que l\u2019action porte, j\u2019ai besoin d\u2019un appui sensible et mesurable des membres.Notre image peut sembler moins radicale, moins agressive et militante, mais quand la CEQ va avancer, ce sera plus solide: le vrai progrès se fait quand les membres suivent et adhèrent.\u201d L\u2019arrivée au pouvoir du Parti québécois a joué beaucoup dans ces changements.\u201cNotre dossier d\u2019analyse des classes a été beaucoup critiqué depuis 644 L\u2019ACTION NATIONALE 1976, explique Charbonneau.Nous nous sommes rendus compte que nos membres étaient plutôt anti-libéraux qu\u2019anti-capitalistes.Nos membres sont sensibles au discours péquiste, puisque ce parti représente leur promotion sociale.Beaucoup d\u2019enseignants y travaillent.Or, l\u2019idéologie péquiste, c\u2019est l\u2019harmonie inter-classes le serrons-nous les coudes.\u201d ANTHOLOGIE DE LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE 645 Anthologie de la littérature québécoise1 par Maurice Lebel2 Le Tome I du Dictionnaire des Oeuvres Littéraires du Québec des origines à 1900 venait à peine de paraître à Montréal, aux Éditions Fides (1978), que Les Éditions La Presse, dont le directeur littéraire est Roger Duhamel, lançaient les deux premiers volumes d\u2019une Anthologie de la littérature québécoise; le troisième a vu le jour cette année (1979) et le quatrième sera en librairie en 1980.Cette Anthologie en quatre volets a pour directeur Gilles Marcotte, professeur à l\u2019Université de Montréal; c\u2019est lui 1.\tAnthologie de la littérature québécoise sous la direction de Gilles Marcotte.Volume I Écrits de la Nouvelle France 1534-1760 par Léopold LeBlanc; Volume II, La Patrie Littéraire 1760-1895 par René Dionne; Volume III, Vaisseau d'or et croix du chemin 1895-1935.Les Éditions La Presse, 7, rue Saint-Jacques, Montréal H2Y 1K9.2.\tM.Maurice Lebel fut doyen de la Faculté des Lettres de l'université Laval.Grand humaniste, l\u2019Action nationale le remercie de sa précieuse collaboration.NDLR. 646 L\u2019ACTION NATIONALE qui en a conçu le projet et choisi les collaborateurs.À vrai dire, le Dictionnaire et les deux premiers livres de l'Anthologie, des origines à 1900, ont paru en même temps, comme si l\u2019Anthologie avait voulu précéder le Dictionnaire ou lui faire pendant.Mais il n\u2019en est rien; c'est par pur hasard que les deux maisons d\u2019édition montréalaises publièrent l\u2019une et l\u2019autre leurs ouvrages en 1978.Comme quoi il arrive parfois au hasard de bien faire les choses ou plutôt à un groupe de bons esprits de travailler à la même heure dans le même domaine, encore qu\u2019ils poursuivent des formes d\u2019activité et des desseins différents.En tout cas, il s\u2019agit en l\u2019occurrence de publications d\u2019importance et de qualité au Canada français.Écrits de la Nouvelle France 1534-1760 par Léopold LeBlanc, La Patrie Littéraire 1760-1895 par René Dionne, Vaisseau d\u2019or et Croix du Chemin 1895-1935 par Gilles Marcotte et François Hébert: tels sont les titres respectifs et habilement choisis des trois premiers volumes; le quatrième, au titre également heureux, L\u2019Âge de /\u2019interrogation 1935-1950, doit paraître en 1980.L\u2019esprit de l\u2019Anthologie est défini par Gilles Marcotte dans son Introduction générale en tête du premier volume de la collection, Écrits de la Nouvelle France, où il déclare (p.XII) ouvertement: \u201cDans les quatre volumes que nous présentons, nous ne prétendons pas avoir fait preuve d\u2019une objectivité parfaite.Une telle affirmation n'aurait d\u2019ailleurs aucun sens: qui choisit, et si abondant que soit le choix, prend parti.Mais nous avons constamment veillé à ne pas nous laisser arrêter par des présupposés esthétiques ou idéologiques trop exclusifs\u201d.Que l\u2019objectivité parfaite, en histoire comme en philosophie, en critique comme en littérature, n\u2019existe point, tout le monde en convient, puisque la perfection elle-même est inexistante sur terre.Il y a loin, comme chacun sait, de la coupe aux lèvres, même si la distance séparant la jungle de l\u2019université est souvent fort courte; seuls les faits comptent et parlent.Quoiqu\u2019il en soit, une anthologie, comme l\u2019art et le mariage, est un choix.Ce sont donc autant d\u2019éternels sujets de conversation et de discussion.Quot homines, tot sententiae.Toutefois, l\u2019important est de pratiquer un choix judicieux et réfléchi, puis d\u2019éviter toute omission de conséquence. ANTHOLOGIE DE LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE 647 Parmi les traits caractéristiques de cette récente et volumineuse Anthologie, mentionnons, au départ, la rareté des notes en bas de page; le Vol.I en contient 56, le vol.Il, 39 et le Vol.Ill, 35, toutes bien comptées; elles ne dépassent guère une ligne.Ce qui me plaît énormément.La place la plus large est faite aux textes abondants et variés; seules la lecture et l\u2019étude des textes forment l\u2019esprit et le goût, le reste n\u2019étant que pur verbiage.Ajoutons que les présentations des auteurs sont succinctes; elles renferment l\u2019essentiel.Place aux textes.Prenez et lisez, puis jugez par vous-mêmes.Pas de critique littéraire ni d\u2019histoire littéraire.Tant mieux! Les auteurs des textes cités sont présentés dans l\u2019ordre chronologique; c\u2019est seulement dans le Vol.Il qu\u2019on trouve des parties et des divisions, les auteurs y étant aussi rangés par genre.Des contes folkloriques, des cantiques et des chansons de qualité figurent avec raison dans les Vol.I et II.Que les collaborateurs éprouvent parfois quelque difficulté à respecter les limites qu\u2019ils ont eux-mêmes établies est l\u2019évidence même.La table des matières occupe une excellente position au début, tandis que la table des références est rejetée à la fin.Chaque volume est précédé d\u2019une introduction limpide et substantielle, le premier par Léopold Leblanc, le deuxième par René Dionne et le troisième par Gilles Marcotte.Les trois ouvrages sont agréablement présentés et facilement maniables.Le Volume I, Écrits de la Nouvelle France 1534-1760 (XIII + 312 pages, 23 cm), comprend un heureux choix de textes de 38 auteurs, dont 19 sont des gens d\u2019Église et 8 sont nés au pays.Ces derniers sont les premiers Français-Canadiens authentiques, sortis du sol, pour ainsi dire, et écrivant sur notre sol: Élisabeth Begon, Nicolas Jérémie, Louis Jolliet, Paul-Augustin Juchereau, Marie-Joseph Legardeur de Repentigny, Pierre LeMoyne d\u2019Iberville, Étienne Marchand, Marie Morin.Les 30 autres, originaires de France, ont vécu plus ou moins longtemps en cette terre d\u2019Amérique, qu\u2019il conviendrait peut-être mieux d\u2019appeler l'Ancienne France que la Nouvelle France.Ils ont tous laissé des écrits \u2014 le mot écrit, aussi vague que le mot pièce en parlant de théâtre, recouvre un peu tout ce que l\u2019on veut \u2014 disparates et aussi peu 648 L'ACTION NATIONALE littéraires que possible.En fait, ils étaient trop occupés par ailleurs pour entretenir la passion de l\u2019écriture, de la forme, du style.Ils visent plutôt à informer, à éduquer, à convaincre ou encore à décrire et à raconter tout simplement.Toutefois, Jacques Cartier écrit beaucoup mieux que Champlain.Marie de l\u2019Incarnation et Paul LeJeune ont laissé des pages dignes de celles de Pascal.Louis Jolliet et Pierre LeMoyne d\u2019Iberville sont des conteurs de talent.Lafiteau (1681-1746) est notre premier anthropologue; il est même un maître en anthropologie indienne.On peut en dire autant d\u2019Élisabeth Begon, mémorialiste.Les textes des auteurs ont été, à quelques exceptions près, imprimés en France, car il n\u2019y avait pas d\u2019imprimerie au pays sous le régime français; ils expriment tous, cependant, certains aspects de la vie canadienne.Léopold Leblanc, à qui l\u2019on doit l\u2019introduction, le choix, la présentation des textes et les notes, a fait plusieurs découvertes d\u2019auteurs, qui ne figurent pas dans le tome I du Dictionnaire des Oeuvres Littéraires du Québec: Barthélemy Vimont, Joseph de la Colombière (excellent orateur sacré, témoin ses sermons, inédits, pieusement conservés aux Archives de l\u2019Hôtel-Dieu de Québec), Paul-Augustin Juchereau, et Marie-Joseph Legardeur de Repentigny.Le Volume II, La Patrie Littéraire 1760-1895 (XV + 498 pages.23 cm), comprend les textes de 35 auteurs, puis ceux de quatre chansons et de sept articles de journaux.C\u2019est René Dionne qui en a fait le choix, composé la présentation et rédigé les notes.Tout en respectant l\u2019ordre chronologique, il les a groupés par genre littéraire: journalisme (1), essai et chronique (2), roman et conte (2), histoire (2), éloquence (3), poésie (3).Il a aussi divisé la matière en trois parties respectivement intitulées: Les origines canadiennes (1760-1836), La patrie littéraire (1837-1865), La survie messianique (1866-1895).Très heureuse façon de présenter et de répartir les textes.Les poètes du XIXe siècle sont déjà bien connus; on peut en trouver facilement les oeuvres en librairie.Peut-être aurait-on pu leur faire la part un peu moins large et accorder plus d\u2019espace à nos orateurs, dont les textes sont souvent inconnus ou inaccessibles.Cela me paraît d\u2019autant plus juste que le discours occupe une place fort im- ANTHOLOGIE DE LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE 649 portante dans la littérature nationale et patriotique au XIXe siècle.Aussi suis-je un peu surpris de ne trouver à cette place aucune page des orateurs suivants: L.H.LaFontaine, G.E.Cartier, Adolphe Chapleau et Honoré Mercier.Pour ma part, j\u2019aurais préféré la prose de Chini-quy sur la tempérance à celle de L.A.Dessaules.Pas même une mention de l\u2019historien Joseph-Edmond Roy (1858-1913) qui écrit bien; ni non plus de Benjamin Suite (1841-1923).Je les préfère de beaucoup à Joseph Marmette et à Joseph Doutre.Auctores scinduntur.Quant à la survie messianique, loin de s\u2019arrêter à la fin du XIXe siècle, elle se poursuit jusque vers 1930; à vrai dire, elle n'est pas éteinte: elle est encore partagée par de bons esprits au pays, elle fleurit même en des terres lointaines.René Dionne a eu parfaitement raison d\u2019inclure, à la fin de son Anthologie, le sermon de Louis-Adophe Paquet sur \u201cLa vocation de la race française en Amérique\u201d prononcé à Québec en 1902.Le Volume III, Vaisseau d\u2019or et Croix du Chemin 1895-1935 (XV + 498 pages, 23 cm), par Gilles Marcotte et François Hébert, comprend les textes de 45 auteurs présentés d\u2019après la date de leur naissance, soit de Thomas Chapais (1858-1946) à Rex Desmarchais (1908-1974).Les textes présentés par François Hébert débordent très souvent 1935; 20 écrivains sur 45, soit près de la moitié, débordent ce millésime; j\u2019ai même lu des textes de 1963 et de 1965.Comme quoi il ne suffit pas de ranger les écrivains d\u2019après leur date de naissance, encore moins de leur représentativité; on doit plutôt tenir compte de la qualité de leurs oeuvres.Or, pour ma part, je ne tiens pas du tout à relire Damase Potvin (1882-1964), Ubald Paquin (1895-1962), Rodolphe Girard (1879-1956), Henry Deyglun (1904-1971) et Jean Narrache (1893-1970); je leur préfère de beaucoup Gustave Lamarche (1895), François Hertel (1905), Jean Charbonneau (1875-1960), Henri D\u2019Arles (1870-1930) et Georges Bugnet (1879), qui ne figurent pas dans ce volume.Et pourtant ils savent bien leur français, ces écrivains, sans ignorer pour autant celui des autres.Aucune mention non plus de Benjamin Suite (1841-1923), de Joseph-Edmond Roy (1858-1951), de Maurice Hébert (1888-1960), de Séraphin Marion (1896) et de Gustave Lanctôt (1883-1975) ou de Léon Gérin 650 L'ACTION NATIONALE (1863-1951).Émile Nelligan occupe un haut rang parmi nos poètes.Soit.Mais pourquoi lui réserver tant de pages, alors qu\u2019il existe d\u2019excellentes éditions de ses oeuvres poétiques?Ne trouve-t-on pas aussi plusieurs bonnes anthologies de notre poésie en vente dans nos librairies?Mais la prose de nos meilleurs écrivains est moins bien partagée que la poésie à cet égard.Toutes ces réserves n\u2019enlèvent rien aux solides qualités de cette Anthologie que je tiens pour une réussite remarquable.Je lui souhaite le plus vif succès auprès des élèves des CEGEP et des étudiants de Faculté, voire auprès du grand public qui aime encore lire, quoiqu\u2019en disent les méchantes langues.Elle mérite aussi d\u2019être largement diffusée dans nos universités canadiennes, a mari usque ad mare, où notre littérature est enseignée, et aussi en plusieurs collèges et universités des U.S.A comme à Northampton, Dartmouth, Rochester, New York et Washington.Elle se doit aussi d\u2019être connue des étudiants en Angleterre et en France, notamment à Birmingham et à Edimbourg, à Leeds et à Londres, à Rennes et à Strasbourg, à Paris et à Aix-en-Provence, à Caen et à Bordeaux, où l\u2019on donne des cours de littérature canadienne.Les étudiants d\u2019Angleterre et de France \u2014 sans parler de ceux d\u2019Allemagne et d\u2019Italie, voire du Japon et de l\u2019Australie \u2014 sont de plus en plus nombreux à s\u2019intéresser à notre littérature.Ils manquaient d\u2019une Anthologie de nos lettres.Ils la possèdent maintenant.Un excellent instrument de travail.À eux tous de s\u2019en servir efficacement.Place aux textes à lire et à relire, à étudier et à assimiler, à grouper par thèmes et à apprécier. DICTIONNAIRE NORD-AMÉRICAIN DE LA 651 Dictionnaire nord-américain de la langue française par Maurice Lebel Louis-Alexandre Bélisle est un travailleur intellectuel infatigable.Il semble avoir pour devise le titre même du livre bien connu de Georges Duhamel, Travail, ô mon seul repos.À 77 ans, il publie le Dictionnaire nord-américain de la langue française.Auparavant, il avait passé sa vie active à publier des livres et des revues, à traduire et à adapter des livres, voire à éditer lui-même une cinquantaine de ses propres volumes.Bien qu\u2019il ne soit pas, cette fois, l'éditeur-imprimeur de son Dictionnaire, il y a vu de très près, cependant, comme bien l\u2019on pense.Aussi a-t-il une très large part dans l\u2019excellence de cette édition de la maison Beauchemin.Le métier est l\u2019homme même.Nous sommes tous des gens de métier; nous en portons le pli, nous en sommes marqués par la pratique.Auteur, compilateur, traducteur, éditeur-imprimeur, L.-A.Bélisle a consacré sa vie à défendre la langue française, à la faire mieux 652 L'ACTION NATIONALE connaître aux besogneux, aux humbles, aux journaliers, aux ouvriers, au menu peuple dont il est issu lui-même.Telle est l\u2019idée-force de toute son activité professionnelle, de toute sa production linguistique et littéraire; telle est l\u2019étoile qui l\u2019a guidé au cours de sa carrière bien remplie.Terrien de vieille roche, fils de cultivateur-meunier, il a appris fort tôt, non seulement à retrousser ses manches, à se salir les mains et à besogner ferme, mais aussi à observer de près les merveilles de la nature et le cycle des saisons, à prêter l\u2019oreille au parler des paysans et des ouvriers, à les comprendre et à les aimer; tour à tour manoeuvre et paie-maître dans une entreprise forestière avec scierie, commis de banque, jounaliste, il dut exercer plus d'un métier dans le dessein de gagner quelque argent afin d\u2019obtenir un diplôme à l\u2019université Queen\u2019s de Kingston.Avant de se lancer dans les affaires et dans l\u2019édition-imprimerie, une fois monté en ville, il a fait un succès de son entreprise tout en restant fidèle à ses origines, dont il est naturellement fier; il appartient aussi sans conteste à l\u2019époque où il a été jeune.Il ne sert à rien de se raidir, d\u2019essayer d'évoluer ou de se consumer en regrets, on reste marqué à jamais par ses années de jeunesse, comme on l'est par l\u2019exercice de son métier.Un rapide coup d\u2019œil sur l\u2019imposante bibliographie de l\u2019auteur du Dictionnaire suffit à le prouver.Constatant que ses compatriotes manquaient d\u2019ouvrages de base en français, notamment dans les affaires, le commerce, l\u2019industrie et la technologie, une fois devenu éditeur-propriétaire (1932-1964) de la revue, Les Affaires, puis en 1936 de La Semaine Commerciale et de ses ateliers d\u2019imprimerie (1936-1974), il conçut l\u2019audacieux projet de publier régulièrement des livres pratiques et plusieurs séries de manuels fondamentaux, comme Le français des affaires, Initiation pratique à la bourse, Organisation et financement des entreprises, Marchés mobiliers et placements, Crédits et recouvrements, Sélection et formation des vendeurs, etc.Ainsi, de 1940 à 1955, il publie quatorze volumes, dont douze font partie de la collection La Bibliothèque de l\u2019homme d\u2019affaires.Non content de ce premier résultat, il fonde, en 1943, la Société canadienne de technologie et décide d\u2019adapter, de traduire, de composer et d\u2019imprimer des manuels techniques en français, DICTIONNAIRE NORD-AMÉRICAIN DE LA 653 qui constituent les trois séries suivantes: Métiers de la construction (6 volumes), Bibliothèque du machiniste (7 volumes) et Manuels du mécanicien de machines fixes (12 volumes).Tous ces livres sont comparables aux meilleurs ouvrages américains correspondants; ils comprennent chacun, outre un index bilingue, le terme propre français et l\u2019équivalent anglais exact.Ces diverses publications ne manquèrent point d\u2019attirer sur lui l\u2019attention du directeur de l\u2019École Supérieure de Commerce de l\u2019Université Laval, qui l\u2019invita à dispenser dans son institution, pendant une dizaine d\u2019années (1939-1949), les cours de français des affaires et des marchés mobiliers.Tout en voyant à la publication de La Semaine Commerciale et de ses propres volumes, sans oublier l\u2019impression d\u2019un bon nombre de livres d\u2019auteurs canadiens, L.-A.Bélisle travaillait systématiquement deux heures par jour, bon an, mal an, depuis 1932, à la confection de ses deux oeuvres maîtresses, auxquelles il tient comme à la prunelle de ses yeux: le Dictionnaire général de la langue française au Canada et le Petit dictionnaire canadien de la langue française.Le premier, paru en 1957, a connu deux rééditions (1974-1977).Ces deux dictionnaires eurent tôt fait de remporter un énorme succès, puisque 300000 exemplaires et plus ont été vendus jusqu\u2019ici au pays et à l\u2019étranger.Peu après le lancement de son Dictionnaire général et de son Petit dictionnaire, l\u2019auteur se mit à traduire trois livres américains, entre autres, How to Read a Book, de Mortimer J.Adler; Comment lire les grands auteurs engendra à son tour une collection de treize volumes d\u2019auteurs classiques et la plus récente entreprise de cet inlassable publiciste qu\u2019est L.-A.Bélisle est la préparation d\u2019une trilogie intitulée \u201cBiographie, Géographie, Histoire\u201d.Le premier volet de cinq volumes a paru à Montréal, aux Éditions La Famille canadienne, en 1978.Le Dictionnaire nord-américain de la langue française, que j\u2019ai le périlleux honneur de présenter, n'est donc pas l\u2019œuvre du premier venu en lexicographie.Il n\u2019est ni complet ni exhaustif.D\u2019ailleurs, aucun dictionnaire de langue vivante ne l\u2019est, ni même ne peut honnêtement prétendre l\u2019être; en fait, je le sais de cer- 654 L\u2019ACTION NATIONALE titude, même les thesaurus les plus huppés et les plus vénérables des langues anciennes grecque et latine sont loin d\u2019être complets et exhaustifs.Il en est de la composition d\u2019un dictionnaire comme de la culture de l\u2019esprit, l\u2019une et l\u2019autre ne sont jamais finies.De même qu\u2019aucune bibliothèque nationale ne peut se vanter de posséder dans ses rayons tous les volumes parus dans le pays, de même aucun dictionnaire ne peut se piquer d\u2019enregistrer tous les termes en usage dans les limites du territoire national.Le Dictionnaire de L.-A.Bélisle suit donc la règle générale.Il renferme, cependant, assez de termes nord-américains pour justifier son titre et sa parution, son emploi et son utilité.L'auteur les a relevés avec soin dans les écrits d\u2019auteurs originaires de l\u2019Acadie et du Québec, de la Louisiane et de la Nouvelle-Angleterre.Des termes authentiques, originaux, souvent savoureux, de bon aloi, dont bon nombre figurent même aujourd\u2019hui dans les plus récentes éditions des dictionnaires Larousse et Robert; bannis des puristes, il y a quelque vingt ans, ils sont devenus monnaie courante, parce qu\u2019ils font partie de notre univers physique et social, intellectuel et littéraire, c\u2019est-à-dire de notre vie.de notre âme et de notre héritage.Je ne puis résister au plaisir de citer à cette place le témoignage de Charles Bruneau, historien de la langue française.Pour être venu lui-même enseigner au pays, il connaissait bien le Canada français, son parler et ses usages.Celui-ci a écrit ce qui suit: \"Il existe \u2014 il doit exister \u2014 un français-canadien différent du français-parisien.Canadiens français et Parisiens français doivent vivre en frères, chacun dans son continent; ils ont tout intérêt à se fréquenter, à se surveiller et à s\u2019emprunter ce qu\u2019ils ont de bon.Exprimant deux sociétés, deux cultures, ils ne peuvent manquer d\u2019être différents.Fils d\u2019une même tradition linguistique, ils doivent rester unis.\u201d Louis-Alexandre Bélisle a toujours défendu et partagé ce point de vue de Charles Bruneau.Il est familier avec les ouvrages des auteurs de chez nous qui, de Napoléon Caron et Oscar Dunn à Victor Barbeau, et DICTIONNAIRE NORD-AMÉRICAIN DE LA.655 d\u2019Étienne Parent à Roger Lemelin, se sont penchés sur les aspects les plus variés de notre ramage.Son dictionnaire en est un du bon usage.Il est correctif.Il ne manque jamais l\u2019occasion de mettre en garde contre toute incorrection ou impropriété de terme; les indications sur l'emploi correct et précis des mots ne font certes point défaut sous sa plume.Ce qui fait autorité, c\u2019est l\u2019usage ou, plus exactement, le bon usage, en conversation comme dans le style.Les mots ont beau être d\u2019un emploi courant, ils ne sont pas pour autant admis d\u2019entrée de jeu par les bons auteurs dans leurs écrits de qualité.Aussi les citations, les exemples, les textes jouent-ils un grand rôle dans ce Dictionnaire.Autrement, il ne serait qu\u2019un squelette.Il a beau être moins volumineux que le Dictionnaire général de la langue française au Canada, il ne contient pas moins de 1 200 pages réparties sur trois colonnes chacune et environ 60000 mots, dont environ 3000 ne figuraient pas dans les éditions du Dictionnaire général.L\u2019auteur, il est vrai, a jugé bon d\u2019élaguer bon nombre de vieux vocables hors d\u2019usage; il l\u2019a allégé, avec raison, d\u2019expressions ou de tournures désuètes.Les illustrations ont été aussi réduites des deux tiers; le Dictionnaire en contient près de 1 200, qui ont été rajeunies et mises à jour.D\u2019autre part, L.-A.Bélisle a enrichi son Dictionnaire de plusieurs milliers d\u2019acceptions nouvelles.Le lecteur y trouvera, en effet, une pléthore de mots nouveaux, scientifiques, techniques et technologiques; l\u2019astronomie, la chimie, la physique, la biologie, la médecine, la botanique, la géologie, l\u2019électronique, l\u2019énergie nucléaire, la mécanique, les mathématiques et la photographie me paraissent y occuper une place importante au plan du vocabulaire.Ainsi le Dictionnaire général est-il mis à jour, pour ainsi dire, dans le Dictionnaire nord-américain.Ce Dictionnaire du bon usage s\u2019adresse à tous sans pratiquer de discrimination d\u2019âge ou de milieu, de métier ou de profession, de croyance ou d\u2019origine.Il établit une nette distinction entre les canadianismes de bon aloi et les autres; il proscrit sans pitié les expressions fautives.Quant aux anglicismes de mot, ils sont faciles à repérer: ils crèvent les yeux ou écorchent les oreilles; on peut 656 L\u2019ACTION NATIONALE aisément les relever et les corriger.Mais les anglicismes de syntaxe, plus sournois ou plus subtils, sont beaucoup plus dangereux que les autres: ils atteignent le cœur même de la langue, c\u2019est-à-dire l\u2019expression de la pensée et de l\u2019âme.Aussi doivent-ils être encore plus pourchassés et bannis que les autres.Il faut leur faire la guerre sans merci.Ce Dictionnaire comprend, outre un supplément d\u2019une centaine de pages d\u2019ordre biographique, géographie et historique, une liste des plus importantes villes du monde, avec leur population.Fort bien présentés, ces divers addenda ne manqueront pas de rendre de précieux services au lecteur.Voici un dictionnaire usuel de haute qualité, appelé à une large diffusion au bureau, à l\u2019école et au foyer, au laboratoire, au magasin et à l\u2019usine.Sans prétendre enregistrer tous les mots nouveaux à mesure qu'ils surgissent dans les conversations ou les écrits, il reflète cependant, dans une très large mesure, l\u2019évolution de la langue contemporaine.Il comporte une mine de renseignements précis et sûrs; il remplit parfaitement sa mission d'information.Bien plus, par ses multiples indications, il enseigne à mieux dire et à mieux écrire.Aux usagers de tirer le meilleur parti du nouveau Dictionnaire nord-américain de la langue française. PENETANG \u2014 MONT-ROYAL 657 Penetang - Mont-Royal par les parents de l\u2019école Pierre-Laporte Nous parents, professeurs et élèves de l\u2019école Pierre-Laporte de Mont-Royal, au Québec, désirons aujourd\u2019hui associer notre voix à celle des parents, professeurs et élèves de l\u2019école La Huronie de Penetanguishene en Ontario.Notre démarche conjointe a pour but d\u2019alerter nos compatriotes francophones du Québec et hors-Québec des dangers extrêmement subtils et inédits qui menacent actuellement le sort des écoles françaises, partout où leurs usagers francophones sont minoritaires dans leur milieu.À Penetang en Ontario où les francophones constituent un pourcentage important de la population et réclament à juste titre leur propre école française, une bureaucratie têtue et abusive prétend leur imposer la solution d\u2019une cohabitation forcée d\u2019une entité francophone à l\u2019intérieur d\u2019une école anglophone.À Mont-Royal, au Québec, où les francophones constituent 40% de la population, une autre bureaucratie têtue et abusive prétend cette fois leur imposer la cohabitation forcée d\u2019une entité anglophone à l\u2019in- 658 L\u2019ACTION NATIONALE térieur de leur propre école fancophone.C\u2019est Penetang à l\u2019envers! Et pourtant, les anglophones de Mont-Royal possèdent exclusivement dans leur langue sept des neuf écoles de cette localité.Mais, dans les deux cas, les autorités ont balayé d\u2019un revers de la main les vœux et les attentes réitérées du milieu et escamoté tout le processus d'une consultation démocratique.Dans les deux cas, les autorités se sont abritées derrière des arguments technocratiques de rentabilité et d\u2019efficacité pour contrer l\u2019esprit même des nouvelles politiques culturelles du Québec et des promesses multipliées du gouvernement ontarien concernant les droits des francophones de maintenir le caractère exclusivement français des institutions scolaires auxquelles ils ont droit.Qu\u2019on ne se méprenne pas ici.Ce n\u2019est pas parce que le triste épisode du Règlement XVII voté en 1912 par le Parlement de l\u2019Ontario appartient désormais à l\u2019histoire, qu\u2019il convient de s\u2019endormir dans de fausses sécurités.Ce n\u2019est pas parce que les hommes politiques s\u2019interdisent aujourd\u2019hui de porter à l\u2019école française en milieu minoritaire des attaques directes que se permettaient jadis Mgr Fallon, que l\u2019école française en milieu minoritaire a cessé pour autant d\u2019être menacée.Elle l\u2019est encore, mais plus sournoisement qu\u2019autrefois et par des moyens d\u2019autant plus pernicieux qu\u2019ils ressemblent comme frères jumeaux aux procédés inattaquables d\u2019une saine et irréprochable gestion administrative.C\u2019est ainsi qu\u2019à Mont-Royal, au Québec, en 1979, une telle situation a pu se produire sous la gouverne de la plus nationaliste des Assemblées nationales de notre histoire et deux ans après la promulgation de la loi 101 qui fait de la langue française la langue officielle du Québec.C\u2019est ainsi que le ministre de l\u2019Éducation Jacques-Yvan Morin et le ministre d\u2019État au Développement culturel, le Docteur Camille Laurin, voient contourner à Mont-Royal leurs propres politiques éducatives et linguistiques par une poignée d\u2019administrateurs scolaires sourds aux attentes culturelles légitimes de leur milieu et de leur collectivité.C\u2019est ainsi qu\u2019au PENETANG \u2014 MONT-ROYAL 659 Québec en 1979, des élèves, des parents et des professeurs francophones, après avoir essuyé des refus réitérés de la part de leurs Commissaires, n\u2019ont d\u2019autre recours désormais que de lancer un appel pressant à tous leurs compatriotes par le biais de leurs manifestations publiques, afin de les alerter à ce dangereux précédent qui risque de se répéter à la grandeur de leur pays.Partout à Penetang comme à Mont-Royal, partout au Québec et au Canada où les francophones sont minoritaires dans leur milieu, partout où la dénatalité fait diminuer la clientèle de leurs écoles, d\u2019autres^ administrateurs scolaires pourront décider d\u2019agir de même.S\u2019appuyant sur ces dangereux précédents, ils pourront prendre désormais prétexte de leur petit nombre pour regrouper les francophones avec une clientèle anglophone au nom de la rentabilité et des compressions budgétaires.Et alors qu\u2019aucun de ces milieux n\u2019a sanctionné le principe des écoles bilingues, ces solutions administratives vont subtilement multiplier des écoles où le milieu de vie quotidien des enfants va tendre à devenir lui-même bilingue.Or un milieu de vie bilingue dans une localité où les francophones sont minoritaires, l\u2019histoire nous l\u2019a tous appris, cela signifie toujours à court ou à long terme, un milieu de vie qui tend à s\u2019angliciser.Et cela, à Penetang comme à Mont-Royal, les francophones s\u2019y opposent avec détermination.Que les Québécois, trop confiants des garanties que leur a consenties la loi 101 ne se surprennent donc pas des rapprochements que nous établissons ici avec la situation faite à nos compatriotes francophones hors Québec, et à ceux de Penetang en particulier.Cette loi 101 peut être actuellement contournée dans son esprit par les événements actuels.En outre, l\u2019avenir de cette loi apparaît aujourd\u2019hui intimement lié à celui du Gouvernement qui lui a donné le jour.Et comme tout gouvernement, celui-ci reste sujet aux instabilités du destin électoral.Les francophones préoccupés du maintien de l\u2019intégrité culturelle de leurs écoles ne doivent donc pas accrocher le sort de l\u2019école française au destin fluctuant 660 L\u2019ACTION NATIONALE d un parti en particulier.Ils doivent au contraire l\u2019asseoir sur des droits qui perdurent à la diversité et au destin des partis politiques et empêcher par tous les moyens démocratiques possibles, une décision technocratique locale de créer un dangereux et irréparable précédent dans la gestion scolaire du Québec. \u201cRACONTE-MOI MASSABIELLE 661 \"Raconte-moi Massabielle\"' par Georges Allaire En bref, ce sera l\u2019histoire, sous forme de prose poétique, de Pacifique Haché, le fou du village de Massabielle.Lui seul n\u2019a pas abandonné son village.Lui seul n\u2019a pas été leurré vers la ville au profit d\u2019une compagnie minière qui souhaite exploiter le sous-sol de Massabielle.Se proclamant roi de Massabielle, Pacifique détient cependant les titres réels de propriété d\u2019une large part du village fantôme.Installé dans l\u2019église abandonnée, il y affrontera l\u2019intelligence légale d\u2019une compagnie sans âme et la séduction télévisée au moyen de l\u2019esprit de jeu et d\u2019une patience typique d\u2019un faible d\u2019esprit.Il affrontera le corps, peut-être un peu l\u2019âme, de Stella, fille quasi avortée d'une famille se craignant trop populeuse.1.Le 21 décembre 1979, les Presses Elite Inc.de Montréal ont achevé d'imprimer un roman de Jacques Savoie intitulé: \u201cRaconte-moi Massabielle\", pour le compte des Éditions d\u2019Acadie.Saluons l\u2019Acadie.Saluons Jacques Savoie.Prix de l\u2019exemplaire: $6.95, plus .50 pour frais de port.Éditions d\u2019Acadie, 120, rue Victoria, Case postale 885, Moncton, Nouveau-Brunswick, E1C 8N8.Sur demande, les Éditions d\u2019Acadie ajouteront leur catalogue général à votre commande. 662 L\u2019ACTION NATIONALE \u2018\u2018Raconte-moi Massabielle\u201d est plus que cela.Cette œuvre a le souffle poétique et divinatoire qui ne veut pas dire ce qu\u2019il dit mais plutôt dit ce qu\u2019il ne nous dit pas.Qui lit Raconte-moi Massabielle devine des vérités de notre monde où on frôle mes mystères qui se jouent de notre âme en notre temps.Par-dessus le sommeil télévisé, deux fous s\u2019affrontent, chacun nous invitant à partager son aliénation.mentale, mais surtout spirituelle.Je ne m\u2019attarde pas au sommeil de l\u2019esprit ouaté par la télévision.Anesthésie d\u2019une âme autrement perdue, le ronron télévisé offre à chacun des bonheurs encapsulés qui permettent d\u2019éviter les abîmes de l\u2019interrogation: le défi d\u2019aimer, le précipice de la mort, le mystère de naître, l\u2019insaisissable créativité.Comme tu me lis, tu as quitté la passivité des sons et images pour pénétrer le domaine de l\u2019action, de la compréhension, de l\u2019engagement.Au-dessus des ombres, Raconte-moi Massabielle présente deux esprits en combat, deux options qui sont chacune déraison: dé-raison et non a-raison.Le premier fou est cet avocat, l\u2019avocat du diable qu\u2019est la Compagnie minière.Ce fou a mis l\u2019univers dans sa tête.Il a réduit l\u2019univers en langage opérationnel, celui de l'efficacité, de la légalité, de l\u2019utilisation des hommes au service d\u2019un projet économique.D\u2019apparence rationel, son monde a évacué toute vie et toute âme.C\u2019est l\u2019ordre démentiel où tout ce qui vaut la peine de vivre est sacrifié au moyen de vivre.Il appartiendra à la folie de la déraison de révéler l\u2019échec de la folie de la raison: c\u2019est le rôle de Pacifique Haché, fou devenu roi lorsque l\u2019efficacité a effacé le bon sens.Pacifique oppose les niaiseries, le jeu, l\u2019idiotie à la rationalité.Il le fait avec cette patience méthodique commune à sa folie et à celle de son opposant.Il réfute les moyens de vivre par une mi-obscure ivresse de vie.Parasite du conflit, femme ayant perdu l'âme, Stella observe, jouit, se désole, s\u2019échappe, revient aux flots des événements.Si elle aime Pacifique, c\u2019est d\u2019un amour de chatte qui ronronne ou griffe selon que son maître lui \u201cRACONTE-MOI MASSABIELLE\" 663 plaît ou déplaît.Image, peut-être, de ce qu\u2019est devenu l'amour quand un monde en souhaite les attraits et en fuit la Vie.Au terme de ce \u201crécit d\u2019une grande beauté littéraire\u2019\u2019 (selon la présentation publicitaire faite à juste titre par les Éditions de l\u2019Acadie), après que Massabielle nous eut été racontée, quelle saveur nous reste-t-il?Il me reste la saveur de la tristesse, cette mort de l\u2019esprit plus tragique que celle du corps.Pendant que je vivais l\u2019aliénation mentale d\u2019un régime de l\u2019efficacité, je n\u2019ai pu que me réjouir, à froid, sans joie, de la folie du roi de Massabielle, de celui qui a pu tenir tête en disant simplement: \u201cGna!\u201d Mais cette passe n\u2019était que distraction.Une folie ne rend pas plus sage l\u2019autre folie.Hormis son conflit, Pacifique Haché n\u2019est qu\u2019un pauvre débile qui n\u2019a pas de vie en laquelle vivre.Sa propre vie est errante et vide, aspirant, à son meilleur, à la vie des villageois qui n\u2019ont pourtant pu résister aux leurres de l'efficacité.Dans son conflit, Pacifique H al lé se donne apparence de vie.Mais refuser la mort d\u2019efficacité n\u2019apporte pas de vie.C\u2019est uniquement se laisser définir par ce qu\u2019il combat, devenant une efficacité à enrayer l\u2019efficacité, et par conséquent être vaincu à l\u2019avance.Nulle part nous ne trouvons joie de vivre dans Massabielle.Le secret de cet échec est révélé par distraction dès le début de l\u2019aventure, en sa seconde page: \u201cDe voir l\u2019église de Massabielle, plantée debout à se morfondre dans un champ, ça fait plutôt mal.\u201d Jacques Savoie, avec l'instinct aveugle du poète, a révélé l\u2019impersonnalité du monde de la comptabilité et des folies qui hantent nos esprits.Il a finement situé notre drame dans une maison de Dieu, vidée de Dieu, où le plus sage des hommes n\u2019est alors finalement qu\u2019un fou parodiant les actes d\u2019une religion vide.Il n\u2019y a plus de religion, de re-lien, de relation avec le mystère qui 664 L'ACTION NATIONALE déborde et donne sens à raisons et folies.Les hommes qui évoluent dans cette église ont abandonné le plus personnel que l\u2019homme.Seuls, ils émettent des bruits toujours inférieurs au mystère de l\u2019homme.Ils sont fous. Au fil de l'actualité par Patrick Allen 666 L\u2019ACTION NATIONALE Une foi ensouchée dans ce pays Tel est le titre d\u2019un livre récent de Jacques Grand\u2019maison.Son vingt-deuxième livre depuis 1965.Livre qui vient à son heure et qui est de nature à éclairer le choix que nous ferons, comme individus et comme collectivité, au Québec.\u201cMême les décisions politiques les plus audacieuses ne mènent nulle part, si nous ne savons les chemins de notre histoire.Certes, il faut reconnaître la préoccupation de l\u2019aventure contemporaine, ici et ailleurs, et ne pas s\u2019enfermer dans la nostalgie d\u2019un passé idéalisé.Mais confiner cet élan nouveau aux combats de l\u2019heure n\u2019est pas plus sage.Une aventure difficile et problématique comme la nôtre exige une résolution appuyée sur de forts ensouchements, sinon les scénarios de dépassement vieilliront bien vite\u201d.M.Grand\u2019maison poursuit en évaluant les choix à l\u2019horizon et en évitant les confusions \u201cd\u2019un combat politique faussé par des emmêlements religieux\u201d.Voilà un livre qui peut fouetter la fierté et le courage, si on a le cœur à la bonne place.Il devrait éclairer beaucoup de religieuses et de vieilles personnes qui n\u2019ont même pas les éléments de base pour juger d\u2019une question en politique québécoise.M.Ryan profite de toutes ces ignorances.Une main cachée dirige Jacques Bordiot publie un livre au titre mystérieux dans la revue Lectures françaises, de Paris.Chaque numéro contient des documents et des articles sur les puissances occultes et la haute finance internationale.En cet ouvrage de près de 300 pages, il écrit: \u201cLe monde est gouverné par de tout autres personnages que ne se l\u2019imaginent ceux dont l\u2019œil ne plonge pas dans les coulisses\u201d.Mais il ne fait que répéter des paroles attribuées au premier ministre Disraeli.Appuyé sur des sources autorisées, Bordiot arrive à l\u2019effarante conclusion qu\u2019un très petit nombre de maîtres AU FIL DE L\u2019ACTUALITE 667 de la haute finance internationale poursuit le rêve d\u2019un \u201cempire universel sous l\u2019autorité d\u2019une oligarchie apatride\u201d.Le message est lancé aux Québécois qui veulent se donner une patrie à eux, dans le respect des autres, face aux puissances occultes et cossues qui ont les yeux sur les richesses naturelles de leur pays.Sans doute, ce genre de livres, tout comme l\u2019émission récente sur la Commission Trilatérale, à la télévision de Radio-Canada, ne doit pas nous aveugler ni être pris à la lettre, en raison d\u2019omissions et d\u2019interprétations imaginatives.Mais ce son de cloche mérite une attention perspicace.Si nous voulons rester en terrain solide, nous n\u2019avons qu\u2019à parcourir la liste des 125 grandes entreprises anglo-canadiennes qui ont souscrit trois millions de dollars au NON: ces compagnies nous tiennent et veulent nous tenir encore longtemps! Floralies 1980 Selon un dépliant disponible un peu partout, les Floralies internationales, à Montréal, en 1980, sont l\u2019aboutissement de longues négociations menées dans les pays étrangers par le gouvernement du Québec.Ces brillantes expositions horticoles évoquent les Fêtes des fleurs de la Rome antique.Les déesses d\u2019antan seront remplacées par des Reines du myosotis ou des tulipes: ça ne fait pas de mal car les Reines passent si vite! Montréal connaîtra deux floralies: les floralies intérieures, du 17 au 29 mai 1980, au vélodrome olympique qui, pour l\u2019occasion, sera métamorphosé en une vallée de fleurs soigneusement aménagée par les horticulteurs du monde entier; les floralies extérieures, du 31 mai au 1 septembre, sur l\u2019île Notre-Dame qui trouvera sa vocation définitive de parc floral (expression actuelle de l\u2019art paysager contemporain). 668 L'ACTION NATIONALE Les passeports, pour un jour ou pour la saison, s\u2019enlèvent déjà.L\u2019industrie horticole du Québec sera stimulée.Les retombées économiques de ces floralies, selon la Revue Commerce (février 1980), devraient atteindre $90 millions.Notre Jardin botanique, de Montréal, qui accueille déjà deux millions de visiteurs par année, pourrait voir doubler ce nombre et orienter ses visiteurs vers les floralies.Ses dirigeants ont collaboré à la planification de ces Floralies.Le monde des fleurs nous attend! Une école internationale trilingue à Montréal Selon Michel Nadeau (Le Devoir, 29 janvier 1980), plusieurs grandes entreprises du Québec explorent la possibilité d\u2019organiser une École internationale pour la région de Montréal.Un des promoteurs du projet, M.Patrick J.J.Rich, l\u2019explique de cette façon: \u201cLes grandes entreprises reçoivent beaucoup de cadres qui ne viennent qu\u2019en transit dans les bureaux du siège social.Il faut alors prévoir un enseignement pour leurs enfants qui leur permettra de s\u2019adapter dans le système scolaire où ils devront se diriger après Montréal.Le projet prévoit l\u2019enseignement au niveau primaire et secondaire.Il n\u2019est surtout pas une façon de contourner les exigences de la loi 101, déjà appliquée avec une grande souplesse, réaffirme-t-on dans ces milieux.Le gouvernement et la Chambre de Commerce applaudissent à ce projet.M.Camille Laurin \u201ca lui-même ouvert la porte à une telle possibilité\u201d.Son frère, M.Pierre Laurin, directeur de l\u2019École des Hautes Études Commerciales, fait partie du groupe d\u2019étude qui vise à réunir les représentants des entreprises intéressées au projet.Si Toronto, Calgary et Vancouver en faisaient autant?Une autre grève sauvage: celle des cols bleus Les dirigeants de syndicats passent par une mauvaise période: l\u2019opinion publique en a nettement assez! Conçu comme moyen honnête, ferme, même dur, AU FIL DE L\u2019ACTUALITE 669 de pression sur les dirigeants d\u2019une entreprise, voilà que le syndicat se révèle tout autre chose: un Etat dans l\u2019État, un organe de chantage où tout le public devient l\u2019otage enragé! Jean-François Lebrun (Journal de Montréal, 22 février 1980) étale une liste de méfaits révoltants commis par les cols bleus de la ville de Montréal: sabotages, tentative de meurtre, saccages, etc.Les fiers à bras, ces mercenaires des syndicats, devraient être poursuivis en justice.À leur défaut, le syndicat lui-même ne pourrait-il être pousuivi en justice?Après avoir payé les dégâts, quelques fois, les syndicats seraient plus zélés pour retenir leurs zélotes et leurs fanatiques.Car, poussant l\u2019opposition trop loin, ce n\u2019est plus simplement le \u201cpatron\u201d que ces demi-fous atteignent mais tout le public et leurs confrères des autres syndicats.La stratégie de la balourdise Les réflexions de Jacques Poisson sur le document beige du Parti libéral québécois ont occupé sept colonnes du Devoir (24 janvier 1980).Il a lu les versions anglaise et française du document et il concluait que les auteurs ont coulé leur pensée dans les ornières d\u2019un \u201cpattern\u201d, sur grille et par blocs de mots.Devant cet ouvrage rassurant mais ennuyeux, M.Poisson indique les balises posées le long de l\u2019itinéraire constitutionnel: l\u2019évanescence et le vaporeux, les figures nombreuses, le pluralisme traductionnel, les mots dans le vent, la phraséologie, les bons vieux anglicismes, etc.M.Robert Berthiaume tenta une timide réplique à cet article de M.Poisson (Devoir, 14 février 1980).Il ne réfute aucune affirmation de M.Poisson, prétend que le livre s\u2019adresse à la raison.Mais qui portera ce document aux \u201ctripes\u201d?Un club de boursiers chez les jeunes HEC Trop de Québécois igonorent la Bourse de Montréal.Or elle peut apporter beaucoup d\u2019avantages.Signe des 670 L\u2019ACTION NATIONALE temps: des étudiants des Hautes Études Commerciales organisent un club pour placements financiers.Pour eux il s\u2019agit d\u2019apprendre à jouer à la Bourse, pour vrai, sans trop de risques.Outil pédagogique d\u2019initiation pratique et théorique à l\u2019achat et à la vente des valeurs mobilières cotées en Bourse (Forum, 11 février 1980).Tous les étudiants universitaires et même les CEGEP devraient former de tels clubs en s\u2019assurant les conseils d\u2019un conseiller compétent, disponible et dynamique.L\u2019éducation économique sérieuse passe par là.La Bourse de Toronto est devenue populaire.Celle de Montréal décline.M.Parizeau, ministre des Finances du Québec, la revitalise en permettant de déduire de l\u2019impôt provincial, certains capitaux de risque.Collectivement nous pourrions récupérer plusieurs entreprises, seulement en possédant la majorité des actions de grandes entreprises, comme a fait Provigo.La Caisse de dépôts et placements en s\u2019emparant de 20% des actions de Domtar, a été invitée à se faire représenter sur le bureau des administrateurs.Cela est important.La Domtar ne pourra plus facilement déménager ses coupes forestières et laisser derrière elle des villages-fantômes.Une multinationale québécoise de l\u2019alimentation Provigo, multinationale des dépanneurs, Antoine Turmel, l\u2019homme de deux milliards (Actualité, mars 1980).Jacques Forget nous décrit toute l\u2019aventure des Pro-vipop, Provisoir, Provi-Viande, Jato, Ava, Pinto, Provigain, et c\u2019est toujours Provigo.Ce que les Mouvements Desjardins ont accompli en dix ans dans le secteur financier, Provigo l\u2019a fait dans le secteur de l\u2019alimentation.Deux milliards et quart de dollars par année, dix millions de ventes par jour, un million par heure d\u2019ouverture, voilà un succès peu banal.Huit mille employés assurent le \u201cfonctionnement d\u2019un réseau de 30 filiales, de 50 centres de distribution en gros, de 80 entrepôts libre-services et agences, de 1500 épiciers affiliés et exploitant près de 400 établissements AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ 671 d\u2019accommodation, sans compter les 75 super-marchés, pharmacies et magasins d\u2019escompte.\u201d Voilà un empire, un géant financier contrôlé et administré, de Montréal, par des Québécois, en français, même si la moitié des 8000 employés sont anglophones.Pour les années 80, plusieurs projets ambitieux: une chaîne de restaurants (fast food), construction de centres d\u2019achat à Montréal, récupération du plus gros actionnaire individuel, soit la chaîne Sobey\u2019s des Maritimes, etc.Plein succès à ceux qui sont à l\u2019origine du regroupement de 1969 qui a donné naissance à Provigo: Antoine Turmel, René Provost et Jean-Louis Lamontagne, ainsi qu\u2019à toute la super-équipe qui les entoure.Claude Ryan et la démagogie Lise Bissonnette (Le Devoir, Les déséquilibrés selon Claude Ryan, 20 février 1980) posait cette question à M.Ryan: \u201cCelui qui ne manque jamais d\u2019accents humanistes pour défendre une minorité linguistique au Québec, qui se scandalise avec raison de tout discours injurieux pour elle, de tout discours qui semble l\u2019écarter du courant de la vie québécoise, celui-là aurait-il sa propre définition du super-citoyen, sain de corps et d'esprit et partout digne d\u2019une mesure supérieure de respect?\u201d En effet, M.Ryan défend toujours \u201cles autres\u201d mais à peu près jamais \u201cles siens\u201d.Il montre à l\u2019évidence une propension viscérale de partisan étroit \u201cà jouer avec les préjugés les plus communs pour ridiculiser ses adversaires\u201d.Au député, ministre du développement culturel, M.Camille Laurin, psychiatre de son métier, M.Ryan lui conseille de retourner à ses travaux.C\u2019est de \u201cl\u2019artillerie bien légère jusque là!\u201d M.Laurin n\u2019aurait qu\u2019à conseiller à M.Ryan de retourner à son métier de journaliste et les deux adversaires seraient quittes.L\u2019artillerie devient plus lourde quand M.Ryan dit à M.Laurin qu\u2019il \u201cpourrait facilement occuper ses journées de 672 L\u2019ACTION NATIONALE psychiatre à même le Parti québécois qui compterait amplement de déséquilibrés pour lui fournir une clientèle\u201d.Voilà qui atteint une profession, un parti et tous les voteurs qui ont réduit M.Ryan à l\u2019opposition.La passion politique est mauvaise conseillère.Un gentleman devient grossier.Un politicien devient démagogue.La sincérité est remplacée par l\u2019injure.Sartre appelle schizophrène \u201cun de ces rêveurs éveillés dont le propre est de ne pouvoir s\u2019adapter au réel\u201d.Maintenant qu\u2019il a M.Trudeau dans les jambes, M.Ryan devra sûrement rectifier son tir et connaître les désenchantements des refus en chaîne qui lui opposeront les Anglo-Canadiens, même à son type édulcoré de fédéralisme renouvelé.Sans compter la vie dure que lui feront tous les nationalistes du Québec tant qu\u2019il continuera à parler en faveur des intérêts du Canada plutôt qu\u2019en faveur des intérêts du Québec.La peur économique: une sottise Que le Québec prenne en main ses leviers économiques, voilà la pensée qui dirigeait, depuis plus d\u2019un siècle, d\u2019éminents penseurs, comme Bouchette, Parent, Langlois, Gouin, Groulx, Montpetit, Angers, Minville, etc.L\u2019affirmation de soi, le profil de notre identité exigent la maîtrise de l\u2019économique comme un prérequis essentiel.Seul moyen de sortir le Québec de son état d'asssisté social.Voilà un programme traditionnel repris avec vigueur par le ministre d\u2019État au développement économique, M.Bernard Landry, devant 110 membres du Conseil des gens d'affaires de la Rive sud et de la vallée du Richelieu.Une lettre formidable à La Presse (22 février 1980) À monsieur Jean-Guy Dubuc, Service de la page éditoriale.Dans Glissades d\u2019un ministre (15 février 1980), vos propos m\u2019ont fait sursauter.Vous voyez dans la suggestion de M.Camille Laurin de rendre le Forum, de Mont- AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ 673 réal, français, un manque de respect, une impolitesse, une intolérance totalitaire.Je n\u2019aime pas l\u2019allusion: vous lisez trop The Gazette.À la guerre linguistique, Monsieur Dubuc, nous y sommes conviés depuis un siècle et toutes nos stratégies ont jusqu\u2019ici lamentablement échoué, y compris la dernière de M.Pierre Trudeau.L\u2019histoire du monde nous apprend que lorsqu\u2019il y a deux langues en présence sur un même territoire, le respect de l\u2019autre n\u2019a jamais été une caractéristique de cette situation.Il s\u2019agit d\u2019un affrontement où le plus fort gagne.Et nous, les francophones d\u2019Amérique, si nobles et si humanistes que puissent être nos motivations, ne pouvons changer les règles du jeu.Ce sont les grands, les vainqueurs, ceux qui représentent 97% de l\u2019Amérique du nord et 75% du Canada, qui décident de la façon dont s\u2019organise la polémique linguistique dont nous savons \u2014 c\u2019est là une des grandes leçons de l\u2019histoire du bilinguisme sur la terre \u2014 qu\u2019à la fin, il n\u2019y aura qu\u2019un vainqueur, c\u2019est-à-dire une langue.Alors qu'en ce dernier siècle on a aboli, par législation, le français au Manitoba (les 50% de francophones d\u2019alors ne sont maintenant que 3% et chaque dollar consacré à la traduction en cette province est du gaspillage!); alors que par une autre loi on a supprimé le français au Nouveau-Brunswick à la fin du siècle dernier (les intellectuels de cette province viennent s\u2019installer au Québec pour éviter que leurs enfants ne s\u2019assimilent!); alors qu'en 1913, on radiait, par le Règlement 17, le français dans toutes les écoles publiques en Ontario (il y avait alors et numériquement et en pourcentage plus de Franco-Ontariens que d\u2019Anglo-Québécois!); alors qu\u2019au-jourd\u2019hui on hue des bouts de chanson interprétés en français à Toronto, à Edmonton, à Winnipeg et à Vancouver, qu\u2019on en est rendu dans ces villes à ne plus risquer un mot de français pour ne pas nuire à l\u2019unité nationale, que M.Clark ne peut même pas prononcer une phrase française sans que s\u2019élèvent des tollés de pro- 674 L\u2019ACTION NATIONALE testations; alors que se déroule sous nos yeux cet évident ostracisme linguistique qui fait de nous des exilés de l\u2019intérieur, il se trouve chez nous des éditorialistes, des penseurs, pour nous dire que nous sommes mesquins de suggérer un environnement français au Forum de Montréal.Quand je vois M.Ryan juger M.Camille Laurin, dangereux, quand j\u2019entends dire par des nôtres que nous devenons une nation intolérante, je me dis qu\u2019on doit être un peuple très malade pour se porter avec autant de désinvolture à la défense de ceux qui, linguistiquement, nous ont oppressés de façon si évidente.Que des joueurs de hockey visiblement colonisés disent, après avoir été si malmenés ailleurs, qu\u2019il faut être polis pour nos visiteurs, est désolant.Que des éditorialistes proposent à des milliers de lecteurs des attitudes qui mèneront au génocide en douce est affligeant.Comprenez donc, Monsieur Dubuc, que ce temps naïf du messianisme canadien-français en Amérique est terminé.La seule mission qu\u2019il incombe aux Québécois de réussir c\u2019est non pas de s\u2019occuper du sort des téléspectateurs d\u2019Ottawa ou de Burlington mais celle de se donner un pays où ces interminables et épuisantes chicanes de langue prendront fin.Comme les Américains ont réussi la leur et comme les Canadiens l\u2019accomplissent actuellement.Et une fois que cette mission sera réalisée, les historiens de l\u2019avenir nous trouveront mille fois plus généreux envers nos minorités que les Canadians l\u2019auront été pour nous.Et alors vos petits-enfants reliront cet éditorial que vous aviez écrit en 1980 et se diront: \u201cEst-ce possible?\u201d J\u2019ai lu, quant à moi, tous les éditoriaux de La Presse, du Devoir et du Soleil, lors du tristement célèbre Règlement 17 d\u2019Ontario: nos penseurs furent d'une insignifiance politique inqualifiable.Quand comprendrons-nous, comme peuple, qu\u2019on ne peut obtenir la justice politique que si on est d\u2019égal à AU FIL DE L\u2019ACTUALITE 675 égal?En attendant, arrêtons au moins de défendre les autres \u2014 ils peuvent faire ce travail eux-mêmes \u2014 et pensons à nous.Quand des intellectuels sont colonisés, comment voulez-vous que le peuple ait de la fierté?Je le vois parfois ce futur Québec mais la gestation sera longue car nous sommes malades et le portons si douloureusement.Et parfois aussi, quand je vois se mettre si souvent à genoux une partie de notre élite sous prétexte qu\u2019il faut respecter les autres, je m\u2019inquiète! Naîtra-t-il un jour?Quand nous, qui représentons à peine 3% de l\u2019Amérique du nord, au lieu d\u2019en prendre soin, nous nous occupons des goûts des adultes bien portants de Burlington, j\u2019ai peur! Votre éditorial, Monsieur Dubuc, m\u2019a fait mal! \u2014 PAUL DAOUST (St-Eustache) 676 L\u2019ACTION NATIONALE L'ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTION: JEAN GENEST Chef de secrétariat: Mme Muriel Champagne Rédaction et administration: 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal H2X 1X3 ou Tél.: de 09.00 à 13.00 h.à: 845-8533.Abonnement: $20.par année.De soutien: $25.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l'INDEX DES PERIODIQUES CANADIENS, publication de l'Ass.Can.des Bibliothèques, PERIODEX.publie par la Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d'articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE PRÉSIDENT: M François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS: Madame Paul Normand M.Charles Poirier SECRÉTAIRE: M.Gérard Turcotte TRÉSORIER: M, Patrick Allen DIRECTEURS: MM.Yvon Groulx Richard Arès Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest M.et Mme Michel Brochu Claude Trottier Jean Marcel Rosaire Morin Jean-Marc Kirouac Ruth Paradis René Blanchard Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Charles Castonguay Guy Bout h i II ier Pierre Trépanier Raymond Barbeau Delmas Lévesque André Auclair Jean-Paul Rioux Mme Nycol Pageau-Goyette André Provost L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (sauf en juillet et août) DIRECTION: JEAN GENEST Chel de secrétariat: Mme Muriel Champagne Rédaction et administration: 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal H2X 1X3 ou Tél.: de 09.00 à 13.00 h à: 845-8533.Abonnement: $20.par année.De soutien: $25.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l'INDEX DES PÉRIODIQUES CANADIENS, publication de l\u2019Ass.Can.des Bibliothèques, PÉRIODEX, publié par la Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d'articles de revues du Québec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE PRÉSIDENT: M.François-Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS: Madame Paul Normand M.Charles Poirier SECRÉTAIRE: M.Gérard Turcotte TRÉSORIER: M.Patrick Allen DIRECTEURS: MM.Yvon Groulx Richard Arès Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest M.et Mme Michel Brochu Claude Trottier Jean Marcel Rosaire Morin Jean-Marc Kirouac Ruth Paradis René Blanchard Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Charles Castonguay Guy Bouthillier Pierre Trépanier Raymond Barbeau Delmas Lévesque André Auclair Jean-Paul Rioux Mme Nycol Pageau-Goyette André Provost Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale UNE INSTITUTION D\u2019ASSURANCE-VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES OUÉBÉCOIS des régions suivantes: La Société Nationale de l\u2019Est du Ouébec La S.N.O.de la région des Hautes-Rivières La S.N.O.de la région de l\u2019Outaouais La S.N.O.de la région Saguenay Lac St-Jean La S.N.O.de la région de l\u2019Amiante La S.N.O.de la région Richelieu St-Laurent La S.N.O.de la région Richelieu-Yamaska qnriFTF SECOURS MUTUELS "]
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