L'action nationale, 1 mars 1981, Mars
[" L'ACTION NATTON A T P Volume LXX, Numéro 7\tMars 1981\t$2.LE RÉVEIL DES CAVES par Maurice Roy CHANTER AU QUÉBEC, UNE NÉCESSITÉ par Bruno Roy ÉTAIT-CE LA VRAIE VOIX DU QUÉBEC?par Claude Collin CULTURE, POLITIQUE ET LANGUE par Viateur Beaupré TRANSCENDANCE ET CONTINGENCE par Jean Tétreau LE FASCISME ROUGE par Doris Lussier LE PROJET CONSTITUTIONNEL par René Blanchard CHRONIQUE DE LA LANGUE par L\u2019Illettré L\u2019ASSUREUR-VIE DANS LA CITÉ par Jean Genest AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ par Patrick Allen Il \u2022\"?J IR LA VUE ASSURANCE-VIE y Avec ou sans participation y Sécurité familiale y Éducative y Commerciale y Hypothécaire RENTES y Viagères y Épargne-retraite / Écono-rente y À versements invariables ASSURANCE COLLECTIVE y Vie y Indemnité hebdomadaire y Assurance-maladie y Dentaire y Rente mensuelle d'invalidité PLANIFICATION SUCCESSORALE \u2014 CONVENTION ENTRE ASSOCIÉS L\u2019ECONOMIE MUTUELLE\u2014VIE SIÈGE SOCIAL AGENCES ET UNITÉS 385 est.rue Sherbrooke.\tDrummondville.Granby, Joliette.Montréal, Qué H2X 3N9\tLaval, Mont-Laurier, Montréal, Tél 842-8221\tOttawa, Québec, Rive Sud, Saguenay - Lac St-Jean, St-Hyacmthe, Sherbrooke, Thetlord-Mmes U ACTION NATIONALE Volume LXX, Numéro 7\tMars 1981\t$2.TABLE DES MATIÈRES MAURICE ROY: Le réveil des caves.541 BRUNO ROY: Chanter au Québec, une nécessité .547 CLAUDE COLLIN: Était-ce la vraie voix du Québec?.567 VIATEUR BEAUPRÉ: Culture, politique et langue .574 JEAN TÉTREAU: Transcendance et contingence .581 DORIS LUSSIER: Le fascisme rouge.586 RENÉ BLANCHARD: Le projet constitutionnel.592 L\u2019ILLETTRÉ: Chronique de la langue.598 JEAN GENEST: L\u2019assureur-vie dans la Cité.601 PATRICK ALLEN: Au fil de l\u2019actualité.613 ATTENTION! Les Éditions de l\u2019Action nationale reprennent vie.Nous publions ce volume de JOHN GRUBE: BÂTISSEUR DE PAYS.Dix chapitres font le tour de la pensée de M.F.-A.Angers et un onzième, par M.Patrick Allen, nous donne une chronologie de la vie et une ouverture précieuse sur les écrits de M.Angers.Livre unique sur le nationalisme des années 1940-1980.Aux Éditions de l\u2019Action nationale: 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, H2X 1X3.Téléphone l\u2019avant-midi: 845-8533.Prix du volume: $12.Courrier de la deuxième classe Enregistrement No 1162 ISSN-0001-7469 Dépôt légal \u2014 1er semestre 1981 ISBN-2-89070 Il SNQ Centre du Québec\tHOMMAGE BIJOUTERIE POMPONNETTE Inc.J.Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal H2X 1L4 \u2014 288-3628-29\tBIJOUTIER CAISSE POP\tCAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES 1255, rue Berri Montréal, H2L 4C6 Tél.: 849-3581 Directeur: Marcel Beauchemin F.X.LANGE INC.ACIER DE STRUCTURE SECOND TIGE À BÉTON \u2014 PLAQUES 10530 est, boul.Henri-Bourassa MONTRÉAL H1C 1C6 - 648-7445\tFER TRADUCTION\tCLAUDE-PIERRE VIGEANT, traducteur et publiciste 604, rue Waterloo, LONDON - ONTARIO N6A 4E3 GROULX, CADIEUX & MONGEAU Notaires Yvon Groulx, b.a., I.ph., Il.l.Gilles Cadieux, b.a., Il.l.Denis Mongeau, b.a., Il.l.J.-C.Larocque, b.a., Il.l.4416, boul.Pie-IX\tTél.: 254-9435\t Ill Le Mouvement national des Québécois demande la souveraineté SNQ ABITIBI TEMISCAMINGUE SNQ CÔTE NORD .SNQ EST DU QUÉBEC.SNQ DES HAUTES RIVIÈRES SNQ DU LANAUDIÈRE.SSJB DE MONTRÉAL .SNQ OUTAOUAIS.SNQ RÉGION DE L'AMIANTE SNQ REGION DE LA CAPITALE SNQ DES LAURENTIDES.SNQ SAGUENAY-LAC ST-JEAN SNQ RICHELIEU YAMASKA SNQ RICHELIEU-ST-LAURENT SNQ DES CANTONS 14.000\tmembres 1,400 membres 34.000\tmembres 13,875 membres 28.000\tmembres 13.000\tmembres 1,050 membres 3,900 membres 100 membres 13.000\tmembres 8.000\tmembres 9.500\tmembres 4.500\tmembres 350 membres On demande un jour à M.Jacques Parizeau, ministre des Finances: Espérez-vous gagner le référendum en faveur de l'indépendance du Québec alors que les fédéralistes et le gouvernement fédéral jettent cent millions de dollars dans la lutte?\" Il répondit: \"Le gouvernement fédéral et les Anglo-Canadiens ont toujours eu plus d'argent que nous! Mais nous, nous avons les hommes et les femmes du Québec qui font la majorité! Votre mouvement n'a-t-il pas 160,000 membres?\" HOMMES ET FEMMES DU QUÉBEC, PRENEZ VOTRE PAYS EN VOUS LAITES LE PAYS! LE QUÉBEC N'EST PAS À VENDRE! IV AVOCATS\t \tGUY BERTRAND & ASSOCIÉS, Avocats 42, Sainte-Anne, suite 200, Québec, Qué G1R3X3 Tél.: 692-3951 Guy Bertrand, Gilles Grenier, Louise Otis COMPTABLES\tDESFORGES, GERMAINS & ASSOCIÉS Comptables agréés 210 ouest, boul Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél 388 5738 UN (SOUPE D\u2019AVENIR Que vous ayez besoin de services \u2022\td'épargne \u2022\tde crédit à la consommation \u2022\tde fiducie \u2022\tde crédit commercial \u2022\tou autres la Fédération de Montréal des Caisses Desjardins.un groupe dynamique en plein essor, est en mesure d'y répondre par l'entremise des Caisses affiliées de Fiducie Populaire de Crédit Populaire Fedmon Alors ne cherchez plus1 Le nOOFS Di» saw est présent, pour vous, prêt à vous aider.É?FÉDÉRATION DE MONTRÉAL ^ p DES CAISSES DESJARDINS V \tLAINE PAUL GRENIER ENR.LAINE\tSpécialité: laine du Québec \t2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 \t388 9154 TRADUCTIONS JANUS AU MESSAGE ORIGINAL SON JUMEAU IDENTIQUE, LE MESSAGE TRANSPOSÉ.3185, rue Fendall, Montréal, Québec H3TIN3\tTél.: (1-514) 738-3125 RAYMOND CAMUS INC Courtiers en valeurs mobilières 1200, ave McGill College, chambre 1400, Montréal H3B 4G7 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels Tél.: 879-1714 QUINCAILLERIE ÉDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115 est, rue Ontario, Mtl H1V 1J8 Tél.: 524-7541 PRODUCTIONS CHARLEVOIX Maurice Roy, Président.RELATION DE PRESSE ET PUBLICITÉ.115, avenue Biscayne \u2022 Beaconsfield \u2022 H9W 1G4 Téléphone: 1-514-697-8997 - -.=\u2022.BIEN! LMNIR S^NNONCE L'Assurance-Vie Desjardins est une institution bien à nous.Elle est l'un des agents économiques importants qui nous aident à bâtir l\u2019avenir.A toute personne et à toute entreprise, elle offre l\u2019ensemble des services que l\u2019on s\u2019attend de recevoir d\u2019une importante compagnie d\u2019assurance-vie.Pour que l\u2019avenir de ses assurés s'annonce bien L\u2019Assurance-Vie Desjardins, des services rapides, efficaces et complets Pour que votre avenir s'annonce bien.l'assurance-vie desjardins VII VOYAGE AUX MARITIMES AVEC LA SSJB-M, SECTION MASSON (Henri Bouchard, Président) 1-15 juillet 1981 \u2022 \u2022 \u2022 VISITEZ EN AUTOCAR DE LUXE: LE NOUVEAU-BRUNSWICK LA NOUVELLE-ÉCOSSE L\u2019ÎLE DU PRINCE-ÉDOUARD LA GASPÉSIE.\u2022\t\u2022\t\u2022 RENCONTRE DES ACADIENS VISITE DE LOUISBOURG SOIRÉE À CARAQUET NUIT AU MANOIR RICHELIEU ETC.ETC.ETC.ETC.ETC.ETC.ETC.ETC.\u2022\t\u2022\t\u2022 Voyage limité à 40 personnes: $670Y,out co,mpris ' ymoins les repas., Adressez-vous à: JEAN GENEST, 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal \u2014 H2X 1X3 Tél.: 1-514-845-8533 l\u2019avant-midi. VIII L\u2019ACTION NATIONALE REVUE MENSUELLE (saul on juillet et août) DIRECTION: JEAN GENEST Chef de secrétariat: Mme Muriel Champagne Rédaction et administration: 82 ouest, rue Sherbrooke.Montréal H2X 1X3 ou Tél : de 09.00 à 13.00.h.à: 845-8533.Abonnement: $20.par année De soutien: $25.Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l'INDEX DES PERIODIQUES CANADIENS, publication de I Ass Can des Bibliothèques.PERIODEX publié par la Centrale des Bibliothèques, et RADAR (Répertoire analytique d'articles de revues du Quebec) publié par la Bibliothèque nationale du Québec.LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE PRÉSIDENT: M.François Albert Angers VICE-PRÉSIDENTS Madame Paul Normand M Charles Poirier SECRÉTAIRE M.Gérard Turcotte TRESORIER M.Patrick Allen DIRECTEURS.MM Yvon Groulx Richard Arès Albert Rioux Jean-Marc Léger Jean Genest M et Mme Michel Brochu Claude T rot tier Jean Marcel Rosaire Morin Jean Marc Kirouac Ruth Paradis , René Blanchard Dr Pierre Dupuis Léo Jacques Dr Jacques Boulay Charles Castonguay Guy Bout h 1111er Pierre et Lise Trépanier Raymond Barbeau Delmas Lévesque André Auclair Jean-Paul Rioux Mme Nycol Pageau-Goyette André Provost LE RÉVEIL DES CAVES par Maurice Roy1 1.M.Maurice Roy est le président des PRODUCTIONS CHARLEVOIX, spécialisé en relation de presse et en publicité. 542 L'ACTION NATIONALE Il n\u2019y a pas si longtemps, on nous a dit: \u201cVoici un référendum.Il vous donne la chance de voter pour décider de votre avenir.\u201d Ceux qui avaient mis le référendum en place ont fait exprès, semble-t-il, pour mêler les cartes.Ils voulaient obtenir un Oui (d\u2019après ce que j\u2019ai cru comprendre), mais ils ont tout fait pour organiser un Non.Moi, je ne suis pas riche, je ne suis pas savant, je ne suis plus jeune.Mais je ne suis pas fou.Et j\u2019ai bon cœur.J\u2019ai tout de suite pensé que tout citoyen qui se respecte voterait Oui des deux mains, puisque celui qui criait le plus fort pour un tel vote parlait avec le drapeau du Québec à ses côtés.Je me suis dit: \u201cVoilà que la nation nous consulte.Et c\u2019est la première fois qu\u2019on nous demande notre avis.C\u2019est bien simple, je vais voter du bon bord.\u201d Je ne croyais pas qu\u2019il était possible d\u2019être Canadien-Français (on nous appelait surtout Québécois) et de voter Non.Mais à mesure que les jours passaient, en attendant de voter, je me suis ouvert les yeux.La première chose qui m\u2019a étonné, ça été de penser qu\u2019on faisait un vote avec une question pareille.Peu importe la question, je m\u2019en fous, mais le sens de la question était important.Et j\u2019ai commencé à me sentir mal dans ma peau quand je me suis aperçu que s\u2019il était possible de voter Oui, il était également possible de voter Non.Pour tout vous dire, je n\u2019étais pas plus inquiet que ça, parce que le vote, pour moi, n\u2019était qu'une formalité.Mon raisonnement était bien simple: pourquoi des gens voteraient-ils contre eux-mêmes, me demandais-je naïvement.Et tout de suite, de gros mots me sont venus à l\u2019esprit.Et en y pensant, le rouge me montait à la face, comme si que d\u2019y penser, je me rendais coupable des péchés les plus honteux.Je pensais à Judas, je pensais aux scabs, je pensais aux collabos du temps de la guerre, je pensais aux donneurs qui travaillent avec la police, je pensais aux parents dénaturés qui abandonnent leurs enfants à la porte des crèches, je pensais aux enfants qui oublient leurs parents dans des taudis.J\u2019en ai conclu que LE RÉVEIL DES CAVES 543 le Oui remporterait une victoire facile, tellement le Non me semblait méprisable.Et tout à coup, j\u2019ai fini par m\u2019apercevoir que si le Oui avait un visage, le Non en avait un aussi.et pas des plus beaux, faut bien l\u2019admettre.Je n\u2019ai rien contre les grands nez, ni contre les doigts crochus, puisque tout est dans la nature.Quand on était petit, le vicaire nous disait que le visage est le reflet de l\u2019âme.Pas de problème à l\u2019époque, puisque nul d\u2019entre nous ne commettait de grands péchés, à part les petits péchés de sexe que nous nous empressions de confesser tous les vendredis.Et quelques vols de pommes à la nuit tombée, c\u2019est entendu.Mais nul d\u2019entre nous n\u2019aurait pensé à commettre un crime contre la nation.Et nul d\u2019entre nous n\u2019aurait osé penser à retenir des sous appartenant à l\u2019État pour en faire bénéficier son groupe d\u2019amis.Donc, nous avions bon visage, avec nos petits péchés de bagatelle, qui ne réussissaient pas à ternir la transparence de notre âme.Nous avions souvent les mains sales, mais c\u2019était de boue ou de cambouis.Et nos mères nous châtiaient bien assez pour nous faire expier ces crimes contre la propreté, les bonnes manières, la ponctualité et la politesse.En somme, l\u2019enseignement du vicaire sur le rapport entre le visage et l\u2019âme ne nous effrayait pas plus qu\u2019il ne faut.Et chacun d\u2019entre nous s\u2019en allait dans la vie en se disant qu\u2019il avait bonne conscience.C\u2019est en pensant à toutes ces choses que j\u2019ai découvert le visage du Non.J\u2019ai cru que le sol se dérobait sous mes pieds quand je me suis rendu compte que si d\u2019une part, le porte-parole du Oui parlait pour une collectivité, le prophète du Non avait aussi une clientèle bien à lui.Mais je n\u2019étais pas au bout de mes surprises.Je me suis mis à voir, dans un certain journal, de tirage modeste mais que nous avions appris à connaître comme le champion de la cause nationale, des éditoriaux tortillés, alambiqués et timorés dont la conclusion aboutissait au Non et non au Oui.Là, je me suis regardé dans la glace et j\u2019ai compris que j\u2019avais devant moi un cave.Je me suis rappelé aussi, 544 L'ACTION NATIONALE la mort dans l\u2019âme, que j\u2019avais pris mes distances de la chose politique, somme toute que je m\u2019étais endormi dans le confort de ceux qui ont le ventre plein.Mes intimes ont alors assisté à une scène rarissime: le réveil du cave.D\u2019habitude, les caves endormis ne se réveillent pas.Ils font flèche de tout bois pour acheter le calme de leur vie, puisque rien n\u2019importe plus que de bien dormir.Ce n\u2019est qu\u2019à ce prix qu\u2019on peut tout laisser aller, qu\u2019on peut faire confiance au premier venu, que dans son âme et conscience on n\u2019oserait élever la moindre protestation.L\u2019indifférence des caves leur est tellement bénéfique, qu\u2019à les voir évoluer, le teint rose et les fesses larges, on croirait qu\u2019ils dorment du sommeil du juste.Mais revenons au prophète du Non.Je n\u2019en croyais ni mes yeux, ni mes oreilles.C\u2019est clair qu\u2019à la tête de sa meute \u2014 dont tous les sujets montraient les crocs \u2014 le prophète du Non montait à l\u2019assaut de ma tour d\u2019ivoire, impunément et sans vergogne.Là, j\u2019ai pensé au cheval de Troie, au ver dans la pomme, à la cellule cancéreuse qui peut étendre n\u2019importe quel géant.Dans le débat qui a suivi, j\u2019ai compris qu'il ne faut pas présumer de la bonne foi en politique, que l\u2019avenir de la race ne pèse pas lourd contre la haine, que l\u2019appel aux forces vives de la nation est vite recouvert d\u2019une marée de fiel, que les plus beaux élans de générosité peuvent se fracasser contre l\u2019appât du gain.Là où je me suis senti encore plus dépourvu, c\u2019est quand j\u2019ai constaté que c\u2019était le Oui qui avait légitimé le Non.Tout avait été prévu pour donner droit de cité à l\u2019innommable.Et puis des étrangers sont venus renforcer l\u2019escalade du Non.Le chef du Oui a protesté, mais bien trop tard.Il avait l\u2019air de l\u2019apprenti-sorcier qui a perdu son balai.L\u2019esprit du mal a déferlé sur nous, les caves, comme un nuage de sauterelles bouffant toute la verdure du paysage, nous dévorant l\u2019âme jusqu\u2019à l\u2019os.Parmi les miens, j\u2019en connais qui ont cessé de se parler, parce que le leader ne suffisait plus à diriger.J\u2019en connais qui ont pleuré, dans la solitude propre à ceux qui se font avoir.Plusieurs caves ont senti qu\u2019ils seraient conquis deux fois.Le plus triste, c\u2019est que la conquête numéro 2 a été menée de l\u2019intérieur, par des mercenaires payés de l\u2019ex- LE RÉVEIL DES CAVES 545 térieur, agissant sans foi ni loi.Nous n\u2019avions pour armes que la décence, la bonne foi, le patriotisme, le souvenir des aïeux, la certitude d\u2019appartenir à une nation.Nos adversaires, nos ennemis, nous ont imposé l\u2019uniforme de la honte, nous ont livré par procuration à l\u2019Anglais, pieds et mains liés, nous ont poursuivi par la peur jusque dans les foyers pour vieillards, nous ont rebattu les oreilles de chiffres incertains et improvisés, nous ont bâillonné, assommés et assis.Le cave que je suis a regardé autour de lui, pour s\u2019apercevoir que la solitude est comme la nuit: elle vous tombe dessus graduellement, sans bruit, à votre insu.Four voir clair dans la nuit noire, il faut quelque temps.Et petit à petit, l\u2019affreux paysage s\u2019éclaire.On prend conscience de la disparition des chefs, du silence des journaux.On invoque en vain des noms célèbres comme Groulx, Minville, Angers, Brunet, Laurendeau.Ils sont morts ou muets.Ils sont disparus ou bâillonnés.Vous cherchez le drapeau, mais les mercenaires l\u2019ont supprimé.Vous cherchez la troupe, mais elle est dispersée.Vous vous dites: \u201cC\u2019est la fin.\u201d Mais non pas.Le cave se rebiffe.Méfiez-vous d\u2019un cave sorti de sa torpeur, d\u2019un cave qui découvre la tromperie officielle d\u2019un système bancal et fédéral, d\u2019un cave qui s\u2019aperçoit que son bon gouvernement est meilleur pour finasser que pour décider, et que le parti d\u2019en face est composé de pharisiens.On connaît plus d\u2019un cave sorti de son hébétude qui s\u2019est mis à plastronner.\u201cQuand la mesure est pleine.\u201d disaient les vieux, quelque chose arrivait fatalement.Le poète, lui, dans les mêmes circonstances, fait appel \u201cà tous les gars du monde\u201d.Un cave qui a la rage au cœur peut faire courir plusieurs profiteurs.Les menteurs et les faux-frères ne devraient pas encore se sentir en vacances.La main de Dieu aura fort à faire tantôt si elle veut nous manipuler.Et les étrangers qui vident nos poches pour nous faire des campagnes de publicité vont s\u2019apercevoir que le clou rentre moins vite dans la caboche des caves.parce qu'aujourd\u2019hui, ce n\u2019est plus pareil. 546 L'ACTION NATIONALE Le cave qui vous parle a juré dans la soirée du 20 mai qu\u2019il ne se rendormirait pas.Et il a plusieurs moyens dans sa poche pour abattre les enfanteurs de génocide. Besoin de chanter: l\u2019extrême opposé de la mort.Jean GENEST CHANTER AU QUÉBEC: UNE NÉCESSITÉ par Bruno fîoy1 1.M.Bruno Roy a déjà écrit Panorama de la chanson au Québec (Léméac, 1977,\t170 pp) et Et cette Amérique chante en québécois (Léméac, 1978,\t296 pp).Il est un de nos meilleurs spécialistes de la chanson au Québec. 548 L'ACTION NATIONALE Au Québec, on aime la chanson, profondément.Sa valeur de communication immédiate s\u2019accorde sans cesse à l\u2019évolution de notre conscience collective.Élément majeur d\u2019identification, elle est au Québec une force d\u2019expression collective réelle.À chacune des étapes de son évolution, elle a affirmé une présence et une culture québécoises retraçant, au delà de ses manifestations, et par elles aussi, notre évolution en tant que peuple distinct et original.La chanson, au Québec, c\u2019est de vieille souche comme en témoigne lucidement André Belleau: \u201cJe me demande si ma première conscience historique ne m\u2019est venue par la chanson.Je fus revanchard trois quarts de siècle après 1870 lorsqu\u2019en-fant, je répétais ces mots que chantait ma mère: Ils ont brisé mon violon Parce que j\u2019avais l\u2019âme française.\u201d1 Oui, des airs et des paroles se transmettaient de père en fils.De la chanson de nos ancêtres, il s\u2019agissait d\u2019instituer une mémoire.La chanson ainsi transmise joua un rôle primordial dans la préservation de notre patrimoine oral.En fait, c\u2019est à travers notre folklore oral que la chanson, au Québec, s\u2019est taillé une place privilégiée.Ainsi, l\u2019essence de la matière folklorique du Québec ne peut s\u2019expliquer qu\u2019à la lumière des matières folkloriques européennes.Nos chansons de folklore sont en majorité \u201cl\u2019héritage de toute la francophonie, écrit Conrad Laforte, puisqu\u2019on en trouve des versions dans d\u2019autres langues européennes\u201d.Certes, quelques centaines d\u2019années n\u2019ont pas suffi à effacer les traces d\u2019origines.Mais une fois transformées, prenant le \u201crythme du pays d\u2019adoption\u201d, elles ajoutent au prestige d\u2019un folklore ancien mais constamment \u201cdécapé\u201d.Le caractère folklorique de nos chansons s\u2019étant affirmé à travers les traits d\u2019une tradition orale, le folklore canadien pourrait comprendre toute chanson populaire de souche européenne pratiquée hors d\u2019Europe.Il faut convenir, cependant, qu\u2019une telle acception du mot folklore, au regard de l\u2019évolution, est incomplète, car \u201cce qui fait qu\u2019un chant est folklorique, c\u2019est, note Germain Lemieux, qu\u2019il a été chanté, rechanté, retravaillé, détérioré ou amélioré pendant plusieurs générations par CHANTER AU QUÉBEC: UNE NÉCESSITÉ 549 des chanteurs qui, la plupart du temps, ne savaient ni lire, ni écrire.\u201d2 Un inventaire de nos chansons nous apprend qu\u2019une chanson sur vingt est née au Canada, les autres étant importées.La tradition orale, on le voit, joua un rôle de premier plan.Elle a longtemps été, et l\u2019est encore à bien des égards, la première respiration du peuple.Nous pensons même, et cela vaut pour aujourd\u2019hui, qu\u2019elle est la colonne vertébrale de toute entité culturelle authentique.\u201cIl n\u2019y a de révolu, disait Gilles Vigneault, que ce dont on ne témoigne plus.\u201d Notre première chanson d\u2019inspiration folklorique La chanson folklorique ne cesse d\u2019être pressentie comme la chanson du peuple, c\u2019est-à-dire comme une chanson populaire.Les rythmes irlandais et écossais s'adjoignent aux rythmes français et les chansons populaires se mêlent aux chansons de folklore.Toujours au prise avec le présent, la chanson folklorique reste la grande ancêtre de la chanson québécoise, jadis appelée la chanson canadienne d\u2019expression française.L\u2019artiste populaire, tels La Bolduc, Lionel Daunais, Ovila Légaré prolonge l\u2019esprit folklorique.Apparus dans un contexte d\u2019urbanisation et d\u2019industrialisation, leur fonction était de divertir.Aussi, à Montréal s\u2019instaurent des lieux publics de culture populaire où les gens vont se distraire: les concerts Campbell, le vaudeville, le mélodrame, les soirées canadiennes, etc.\u2018\u2018En 1920, écrit Gabriel Labbé, E.Z.Massicotte voulant à tout prix préserver la culture de chez nous, organisa les \u201cSoirées de Famille\u201d au Monument National.Ovila Légaré anima ces soirées typiquement canadiennes en \u201ccallant\u201d danses et quadrilles et chantant.\u201d3 Des artistes du \u201cterroir\u201d, donc, s\u2019éxécutaient avec le brio: Le Quatuor Alouette (qui a atteint à son époque une renommée internationale enviable), Eugène Daigneault, Charles Marchand.Ce dernier, au dire de Gabriel Labbé, fut le premier artiste québécois qui nous fit connaître et apprécier nos belles chansons folkloriques\u201d.Le plus connu de tous: Ovila Légaré.\u201cIl peut apparaître certainement, ajoute Labbé, comme étant le plus versatile de nos artistes.\u201d 550 L\u2019ACTION NATIONALE Ainsi donc, il s\u2019est perpétué en milieu urbain, un type de folklore qui est extrêmement près de la tradition orale, d\u2019où son caractère éminemment populaire.On ne se départage pas si facilement de ce qui constitue les profondes racines de l\u2019être québécois.Que non! D\u2019autres phénomènes de folklorisation apparaissent déjà à cette époque comme l\u2019expression inédite d\u2019un populisme de bon aloi: Lionel Daunais, Conrad Gauthier, Paul-Émile Corbeil et bien sûr La Bolduc.Loin d\u2019être isolé, l\u2019espace culturel de leurs chansons restait le même.Ces artistes du terroir renouaient avec l\u2019héritage d\u2019une certaine joie de vivre dans un pays où il était difficile de vivre.Accordée à la sensibilité populaire, la chanson d\u2019ici s\u2019est développée avec et par elles.Celles-ci ont atteint l\u2019âme populaire par les vertus émotionnelles d\u2019une authentique beauté.En fait, les chanteurs de folklore étaient plus populaires que leurs confrères musiciens.Ces derniers avaient en commun un apprentissage en bas âge de leurs instruments qu\u2019ils soient violoneux, accordéoniste ou joueur d\u2019harmonica.Ils acquérirent jeunes la maîtrise de leur art et leur technique tenait d\u2019une exceptionnelle et rare habileté.Mais le public québécois, dans les années \u201930 restait à inventer.\u201cIl ne se composait à peu près pas de chansons québécoises populaires, écrit Benoît L\u2019Herbier.Il vint un jeune musicien qui osa sortir des sentiers folkloriques.Son nom: Lionel Daunais.Il s\u2019intéressa à la chanson populaire.Son but était de créer un \u201cair québécois\u201d.Je voulais, dit-il, faire des chansons canadiennes et non des chansons françaises.J\u2019essayais de donner une couleur locale, en employant des mots ou des expressions d\u2019ici sans aller carrément dans le folklore cependant.Je me servais de la structure folklorique parce que je voulais donner un \u201cair québécois\u201d4 Lionel Daunais, pour un à cette époque, signifiait belle musique, finesse, humour et optimisme.Tenant à la fois du folklore et de la chansonnette, son art imposa de nouveaux traits à la chanson d\u2019ici.Avec La Bolduc, ils furent les premiers à s\u2019inspirer de la réalité d\u2019ici.Naissent au Québec différentes formes musicales: le folklore, la chanson populaire et l\u2019air lyrique.Une tradition se créait à tous les CHANTER AU QUÉBEC: UNE NÉCESSITÉ 551 niveaux: Les Soirées du Bon Vieux temps, les variétés lyriques et La Bolduc.Ce folklore reformulé en ville à partir d\u2019airs d\u2019autrefois parlait du quotidien urbain.C\u2019est vraiment en ville que la chanson devint folklorique.C'est de cette chanson que sortira une chanson plus sociale que distractive: celle de La Bolduc.Les gens l\u2019aimaient profondément.Pour décourager l'ennui, jouant sur son harmonica des airs de son invention, elle maintenait le bon moral des gens en commentant avec humour la réalité de l\u2019époque.Elle disait juste et vrai.Pour Doris Lussier, \u201celle apparaît comme un mystère douloureux de joie\u201d.La Bolduc, par son humour communicatif, contrastait avec les créateurs de son époque.Le sentimentalisme à outrance, les interminables romans-savons radiophoniques, les conditions tragiques d\u2019existence conviaient les gens à se distraire autrement.La Bolduc leur montrait une façon différente de voir la vie.N'exprimait-elle pas les réactions d\u2019un groupe majoritaire, le québécois moyen, celui-là même qui vit en marge du progrès technique?Ses chansons ressemblaient à une chronique sociale que supportaient des ryhtmes de gigue dont les clichés étaient pris dans le répertoire de la chanson traditionnelle.On y reconnaissait aussi quelques mélodies irlandaises dont l\u2019adaptation de son célèbre turlutage.Sous le pseudonyme d\u2019Alain Sylvain, Gérard Bergeron a eu ses mots d\u2019une profonde justesse: \u201cLa Bolduc n\u2019avait pas qu\u2019un sens inné et sans doute inconscient de la fantaisie verbale.Elle nous étonne encore, après plusieurs auditions d\u2019une même chanson, par des alignements de mots inattendus et les rapprochements les plus cocasses, qui feraient sans doute la joie d\u2019un Jacques Prévert, par exemple, si évidemment, l\u2019auteur de Paroles connaissait ses disques.\u201d5 Mise à part son côté péjoratif, Guy Millère dans Québec, des possibles, note qu\u2019au-delà de La Bolduc, se joua la naissance d\u2019un populisme aux dimensions de la \u201cBelle Province\u201d dont firent écho plus tard le Soldat Lebrun et les chanteurs westerns.Les chants de Lionel Daunais, d\u2019Ovila Légaré ou de La Bolduc, qu\u2019ils fussent ramenés de France ou qu\u2019ils fussent de leur invention, 552 L'ACTION NATIONALE sont ce par quoi ils purent être accessibles.Par eux, la chanson populaire rassembla ses premiers traits.Hier, la chanson canadienne d\u2019expression française À la radio et au cabaret, ce qui dominait, depuis 1930, c\u2019était la chanson française et la chanson américaine.Fernand Perron était l\u2019émule de Tino Rossi et Jean Sablon celui de Bing Crosby.La radio s\u2019improvisait, quant à elle, très largement.La chansonnette française tournait à plein.Le romantisme touchait tout le monde.Au regard de la chanson américaine, celle-ci nous arrivait en version française.Les artistes de chez nous n\u2019écrivaient même pas les paroles françaises d\u2019une chanson américaine.Voulant s\u2019universaliser, ils pratiquaient une chanson populaire dans le sens parisien ou new-yorkais du mot.Vint cependant un poète qui nous libéra de ces mièvreries: Charles Trenet.Ainsi l\u2019explique Jacques Normand: \u201cDepuis 1938, La route enchantée, Le soleil et la lune, Boum!, Le grand café, Les oiseaux de Paris, Vous oubliez votre cheval.toutes ces chansons de soleil et de vie, tous ces refrains endiablés, tout ce Verlaine retrouvé et ce Rimbaud réinventé figuraient à nos menus quotidiens, assoiffés que nous étions tous de poésie et privés de nos sources depuis le début de la guerre.Pour nous Trenet, à cette époque, c\u2019était la \u201clibération\u2019\u2019.6 Parallèlement, pour \u201ccanadianiser\u201d les chansons qui s\u2019entendaient à la radio, Fernand Robidoux, chanteur lui-même et vedette imposante à son époque, organisa un concours dont l\u2019intitulé rappelait nos sources: La feuille d\u2019érable.Dans un esprit différent mais pour des motifs esthétiques et un tant soi peu nationaliste, l\u2019abbé Charles-Émile Gadbois inventa une chanson d\u2019inspiration patriotique et religieuse connue sous l\u2019étiquette moralisatrice de La Bonne Chanson.Elle a éteint la chanson sociale devenant de plus en plus abstraite et désincarnée.Ainsi, la chanson folklorique, la vraie, s\u2019est éteinte sous les préceptes moralisateurs du clergé d\u2019alors.Prétexte à la bonne qualité, l\u2019esthétique populaire de l\u2019abbé Gadbois prétendait se ranger aux côtés du \u201cclassissisme\u201d.De Victor Hugo à Théodore Botrel, La Bonne Chanson servit de précepte aux valeurs CHANTER AU QUÉBEC: UNE NÉCESSITÉ 553 populaires dont la beauté des oeuvres choisies devaient témoigner.\"Ainsi, après la chanson folklorique de l\u2019enfance, après La Bonne Chanson de l\u2019adolescence (merci à cet abbé Gadbois et à la religieuse de la Présentation de Marie qui enluminaient les pages de ces cahiers de dessins édifiants et naïfs), nous voilà coincés entre Blue moon, l\u2019orchestre de Glen Miller et la Parade de la chansonnette française.\u2019\u2019 écrivait Georges Dor.7 Grâce, donc, à la Parade de la chansonnette française, Jacques Normand relança à la radio de CKVL la chanson populaire française interrompue ici par la guerre.Oui, grâce à lui, commente Roger Baulu, la chanson française a barré la route à la chanson anglaise dans le Québec.Cette offensive inscrivait ce combat sur le terrain même de la radio.On se devait de favoriser l\u2019audition de disques francophones.Car, en plus de la radio, des chanteurs de charme susuraient des balades sentimentales dans les \"juxe box\u201d, lesquels étaient imperceptiblement les sources immédiates de la culture populaire environnante.La conscience québécoise, explique à cette époque Fernand Robidoux, n\u2019existait pas la préoccupation de produire des choses d\u2019ici, dans la chanson ou ailleurs, n\u2019existait pas non plus.Le meilleur venait de Paris ou de New-York.Fernand Robidoux, puis Robert L\u2019Herbier crurent cependant à une espèce de chanson québécoise qui eût pu leur ressembler.Connu pour ses interprétations de succès américains traduits en français, Robidoux passa par le vedettariat pour imposer ses vues.Quant à Robert L\u2019Herbier, malgré le succès de certaines de ses compositions, sa chanson était directement empruntée de France.C\u2019est cependant la télévision qui modifia de façon substantielle l\u2019échiquier artistique québécois.On n'entendait plus seulement ses vedettes préférées, on les voyait.La chanson passa à la télévision qui nous fit mieux connaître, par exemple, Rolande Désormeaux.Robidoux n\u2019en continuait pas moins son combat contre l\u2019invasion de la chanson française et américaine, lui qui avait appris que notre québécitude culturelle était de plus en plus à la remorque des grands opérateurs anglo-américains.La volonté d\u2019imposer une 554 L'ACTION NATIONALE chanson originale, proprement québécoise prenait de plus en plus des allures publiques.Jacques Normand, avec le Faisan Doré et le Saint-Germain-des-Prés favorisa l\u2019émergence de noms québécois: Raymond Lévesque, Clémence Desrochers, Monique Leyrac, Serge Deyglun.Ces deux boîtes firent perdre aux nuits de Montréal leur marque anglo-saxonne.Mélangeant la formule des chansonniers de Montmartre et la chanson populaire, le Faisan Doré réunissait un public varié qui n\u2019appartenait pas au public traditionnel des cabarets.Puis la radio emboîta le pas.On y fit des émissions sur la chanson alors appelée canadienne.Vint Guy Mauffette, en 1951, avec son émission Baptiste et Mariane dont Monique Leyrac dit qu\u2019elle fut \u2018\u2018le premier creuset de la chanson canadienne.Puis s\u2019organisa le concours de la chanson canadienne qui constitua, selon Robert L\u2019Herbier, le démarrage majeur dans le domaine artistique de la chanson dans le Québec.En 1956, les chansons de ce concours, d\u2019ici par l\u2019écriture, ont suffi à enivrer bien des espoirs.Qu\u2019était donc cette chanson canadienne d\u2019expression française?C\u2019était une chanson écrite en français par des gens de chez nous.Toutes les tendances s\u2019y manifestaient.Le premier concours de la chanson canadienne allait susciter bien des talents.La chanson avançait au pas de ses artisans: Pierre Pétel, Roland D\u2019Amour, Raymond Lévesque, Serge Deyglun, Jacques Blanchet, Lucille Dumont.\u201cLa chanson québécoise, dans ce qu\u2019elle avait de pire, affirme Benoît L\u2019Herbier, s\u2019entendit, alors que la meilleure, ignorée, avançait toute seule, ou à peu près.Mais la chanson française était dans la peau de l\u2019artiste québécois.De sorte que ce dernier subissait une identification étrangère à ses racines.La chanson québécoise devenait le lieu d\u2019une profonde conviction, enivrante et inédite: celle d\u2019une identité recouvrée.Et quand Robidoux fit entendre chacun de ses enregistrements au directeur de la R.T.F., aujourd\u2019hui l\u2019O.R.T.F., Paul Gilson, il était à ses yeux, selon les mots mêmes de Robidoux, \u201cla révélation d\u2019une surprenante survivance française en terre d\u2019Amérique\u201d. CHANTER AU QUÉBEC: UNE NÉCESSITÉ 555 Dans le même régistre que celui de la chanson populaire, mais dans une toute autre filiation, il faut situer la chanson western dans le prolongement d\u2019un certain lyrisme circonstanciel dont le Soldat Lebrun fut le premier et le dernier représentant.Ses chansons étaient ressenties comme un déracinement passant par la douleur subjective de l\u2019éloignement.Elles constituent l\u2019expression d\u2019une solitude transplantée qui se réduit, il faut bien le dire, à la mélancolie de celui qui chante.Derrière le Soldat Lebrun, dans un après-guerre ombragé, apparaît le phénomène western dont les influences plus proches et moins ancrées sont essentiellement américaines.Avec Willie Lamothe, effaçant d\u2019une certaine façon notre rapport à la chanson française, donc au vieux continent, le western s\u2019affirme désormais sous le couvercle du country western.Au Québec, ce phénomène appartient à la tradition populaire.Autour de lui s\u2019organise un certain nombre de clichés inspirés des films américains.Décrivant d\u2019abord une sensibilité, ce que Willie Lamothe appelle un \u201cfeeling\u201d, la chanson western se concentre sur une histoire autour d\u2019un rythme soutenu.Sa musique descriptive s\u2019entend dans \u201cune belle monotonie\u201d.Premier phénomène collectif d\u2019auteurs-compositeurs-interprètes, le western n\u2019a finalement que très peu en commun avec le country western.Ainsi que le note Jacques Vassal, \u201cle Canada s\u2019est trouvé placé aux premières loges pour recueillir l\u2019héritage folklorique américain, mais sans l\u2019enrichir ni en modifier le cours de manière notable\u201d.Loin d\u2019être une parenthèse dans la chanson d\u2019ici, la chanson western a ses véritables adeptes.Elle a dépassé le stade des lamentations et a accédé à une puissance industrielle fort étonnante.Au regard de la chanson québécoise, sa présence n\u2019est pas marginale.Elle affirme tout simplement, par une présence différente, les conditions d\u2019évasion et de communication d\u2019un groupe de gens qui créent, grâce à elle, leur propre oasis.La chanson québécoise telle qu\u2019elle naquit La chanson québécoise, telle qu\u2019elle naquit, provient de la conjonction du folklore et de la poésie, auxquels s\u2019est ajouté l\u2019influence des auteurs-compositeurs 556 L'ACTION NATIONALE français dont la synthèse fut faite, ici, par les chansonniers.Leur présence fut un apport indispensable à une \u201cculture embryonnaire\u201d qui ne demandait qu\u2019à prendre son élan.En effet, des voix s'entendaient déjà en 1959: Lionel Daunais, Ovila Légaré, Jacques Labrecque, Alan Mills, Hélène Baillargeon, Pierre Pétel, Aglaé, Monique Leyrac, Raymond Lévesque, Jacques Blanchet et le plus illustre, celui qui fut à la fois une voix et une voie, Félix Leclerc.Par lui, la chanson québécoise, nouvellement apparue, allait être la voie naturelle de notre identité collective.Georges Dor parlera d\u2019elle comme d\u2019un pouvoir s\u2019imposant comme la parole première et souveraine: \u201cC\u2019est bien en effet d\u2019un véritable pouvoir qu\u2019elle sera bientôt investie, la chanson; les Québécois ont soif d\u2019eux-mêmes et ils tendent leurs verres que bientôt elle remplira jusqu\u2019à les faire déborder; elle les saoûlera, la chanson, les Québécois!\u201d8 Nous sommes en 1960, à cette irréversible \u201crévolution tranquille\u201d.Nous assistons à la prise collective de la parole.La chanson québécoise a trouvé l\u2019oreille du peuple.Pour la première fois, collectivement, la chanson nous concernait.Les Boîtes à chansons se multipliaient; les chansonniers aussi.Finalement, notre Benoît L\u2019Herbier, se créa une forme de chanson québécoise véritable.Des poètes illustres chantaient sur des airs connus le récit d\u2019aventures personnelles ou l\u2019expression de leurs sentiments\u201d.Et puis, bien sûr, ajoute Lysiane Gagnon, il y avait la chanson, phénomène neuf pour nous qui avions passé notre adolescence au rythme du hit-parade américain.Or, nous étions romantiques et tout ce qui passait pour de la poésie nous touchait.Nous nous forgeâmes rapidement le mythe du troubadour, qui nous proposait l\u2019évasion et le rêve à l\u2019état pur.Et le simple son de la guitare suffisait à nous combler.\u201d9 C'est le cas de le dire! La chanson, ici, a été monopolisée par la jeunesse.C\u2019est elle qui l\u2019a fait naître, qui l\u2019a orientée.C\u2019est autour d\u2019elle que se sont cristallisées les aspirations culturelles de la jeunesse québécoise.Les années '60 furent le temps provilégié d\u2019une floraison unique au monde mais éphémère: les Boîtes à chansons dont c\u2019est une espèce propre au Québec.Leur CHANTER AU QUÉBEC: UNE NÉCESSITÉ 557 prolifération demeure un phénomène social subit.Ces boîtes appartenaient aux jeunes et elles étaient conçues, ainsi que l\u2019a indiqué Lysiane Gagnon, en fonction des jeunes qui n\u2019y amèneront jamais leurs parents.Leurs attitudes, écrit Christian Larsen, ainsi que leur tenue vestimentaire contribuèrent à créer une ambiance tout autant que le décor.On y trouvait alors un mélange insolite de baroque et de néo-naturalisme: \u201cPour tout dire, les siècles, les époques, les modes et les goûts cohabitent facilement dans les boîtes à chansons.Et le miracle s\u2019opère à partir de ces décors d\u2019antiquités qu\u2019animent les chansons des troubadours et la chaleur de leur jeune public.\u201d10 Ces boîtes s\u2019offraient les grands noms qu\u2019elles avaient elles-mêmes produits.Mais cela n\u2019a pu durer.Les boîtes à chansons ont dû subir l\u2019industrialisation de la chanson québécoise.Si au début, elles détenaient l\u2019exclusivité de ses vedettes, le marché leur ouvrait cependant une voie nouvelle: celle du professionalisme.Avec les Boîtes à chansons, les chansonniers constituaient la marque indélébile d\u2019une effervescence artistique.En effet, c\u2019est à l\u2019époque où se sont constitués les Bozos dont les membres du groupe étaient parmi les premiers chansonniers, que la chanson québécoise prit son envol.Les Bozos exprimaient des cheminements personnels diversifiés mais dont les rapports avec la télévision tenaient de lieu commun.Moins des chantres que des chanteurs, les Bozos n\u2019ont pas eu à assumer une trajectoire nationaliste comme Raymond Lévesque ou Claude Gauthier.La naissance d\u2019une chanson proprement québécoise fut ressentie au travers des talents multiples et originaux.Les chansonniers ont fait la preuve, malgré eux et contre eux, d\u2019un déséquilibre \u201cculturel\u201d dont le constat pouvait être inquiétant.Seuls, depuis les Bozos, les chansonniers pouvaient vivre de leur art.Non seulement cela pouvait être malsain, mais ce phénomème réduisait l\u2019ampan d\u2019une vie artistique à une approche exclusivement populaire de la culture.Les premiers chansonniers s'exprimaient dans un style relativement dépourvu d\u2019implications sociales malgré quelques références sourdes à la conquête au Pays.Eloignés de la problématique spécifiquement 558 L'ACTION NATIONALE québécoise, les premiers chansonniers étaient des esthètes de la chanson.Ainsi, Claude Léveillée a donné à notre chanson une ampleur mélodique jusque-là ignorée.On a dit de Jean-Pierre Ferland qu\u2019il était mélodiste avant d\u2019être musicien.Les premières chansons tendaient vers l\u2019introspection accompagnée, il faut le dire, d\u2019un pseudolyrisme dont se sont départis depuis la génération suivante de chansonniers.L\u2019exploitation euphorique du \u201cmoi\u201d n\u2019a pas empêché nos premiers chansonniers de tenir un discours sur l\u2019identité, c\u2019est-à-dire celui d\u2019un mode de vie québécois reconduit à l\u2019histoire.De plus en plus, les premières chansons prétendaient au pays qu\u2019avivaient ses plus anciennes racines.Procédant d\u2019un idéal sincère mais trop souvent abstrait, le mouvement chansonnier n\u2019en participe pas moins à un éveil collectif.\u201cUne chanson où l\u2019on s\u2019invente une personnalité parce que l\u2019ancienne était trop brouillée et tiraillée; une chanson où l\u2019on commence à se reconnaître.Chanter ensemble, c\u2019est se reconnaître\u201d écrit Alain Sylvain.Les chansonniers ont formulé une nouvelle conscience collective.Ils l\u2019on renouvelée.Un mot, dont ce pourrait bien être une inutile parenthèse, sur un phénomène d\u2019interprétation lié à la chanson dite d\u2019inspiration religieuse.Nous ne parlons pas de cette chanson emprunte d\u2019un exotisme mystique qu\u2019ont popularisé à une époque autre Jen Roger et Paolo Noël.Celle-ci appartenait dans les faits au circuit commercial au même titre que la chansonnette française.Nous parlons de celle que les éducateurs se sont appropriée.Représentant inconditionnel d'une jeunesse assoiffée d\u2019absolus, les chansonniers se méfiaient tout naturellement d\u2019une perspective pastorale liée à leurs chansons.Pour les éducateurs de l\u2019époque, la chanson, même québécoise, n\u2019était qu\u2019un tremplin à une certaine spiritualité.Nécessité cléricale sans véritables exigences intérieures, elle est disparue avec l\u2019affadissement d\u2019une certaine foi.Aujourd\u2019hui, son actualité reste à trouver.Dans un Québec désormais pluraliste, sa formule n\u2019a probablement plus de survie.Pour une chanson plus moderne L\u2019émergence de nouveaux rythmes allait bousculer bien des habitudes.Un débat théorique s\u2019amorça entre CHANTER AU QUÉBEC: UNE NÉCESSITÉ 559 les chansonniers et les chanteurs populaires.Le mélange des genres que l\u2019on pouvait constater aux États-Unis n\u2019échappa pas à Robert Charlebois qui fut le premier chansonnier, au sens traditionnel, à employer une guitare électrique.Sa présence pose la question de l\u2019innovation.Pour insolite qu'elle paraisse, cette question touche à un enjeu dont on ne percevait pas l\u2019essentiel: on n\u2019a pas vu ce qui s\u2019y est joué.Le refus, par l\u2019Osstidcho, a trouvé sa forme.Charlebois s\u2019en est pris à la musique, à la langue même.Son hétéroclite spectacle fut une mise en pièce de la musique folklorique, de la chanson populaire, voire de la chanson poétique.La seule évocation du mot chansonnier nous renvoya une décenie en arrière, tellement les événements se précipitèrent depuis.L\u2019Osstidcho contribua à mener la chanson québécoise à son état présent.La chanson s\u2019urbanise qui parvient à s\u2019identifier.Elle s\u2019énonce hors des références habituelles restées trop longtemps folkloriques.Les chansonniers ont pratiqué une surenchère esthétique qu\u2019ils ont payé au prix d\u2019une difficile intégration au monde du spectacle québécois.Certains ne s\u2019en remirent jamais.Suivant le mode inévitable, la chanson québécoise, dans sa période transitoire, sera la chanson du moment, s\u2019imprégnant de sonorités électriques aux rythmes proches du rock.La recherche d\u2019un \u2019\u2019son\u201d québécois devient une préoccupation majeure qui permit l\u2019expression d\u2019une plus universelle personnalité à la chanson québécoise.Ainsi l\u2019intervention d\u2019une musique plus rythmée modifia l\u2019échiquier de la chanson québécoise.L\u2019Osstidcho précipita la fin d\u2019une époque et le début d\u2019une autre.L\u2019influence anglaise et américaine sortait de sa clandestinité.Dorénavant, la recherche musicale se ferait en bande et toutes les tendances eurent droit d\u2019expression.Nous assistons, ainsi que je l\u2019écrivais ailleurs, à l\u2019intervention d\u2019une musique proprement québécoise par l\u2019assimilation des musiques étrangères.Chaque groupe, Maneige, Octobre, Harmonium, jadis le Ville-Émard-Blues-Band dont Koma semble avoir pris la relève, instaure une musique là où il n'y avait rien, là où existait l\u2019importation musicale, là où il y avait stagnation culturelle.Certes, tous les artistes québécois ne constituent pas la musique pop du Québec.D\u2019autres exercent 560 L'ACTION NATIONALE un long travail de poétisation de la musique, tels les Séguin, Beau Dommage, Jim et Bertrand.Le paysage musical est multiple.\u201cIl y a une volonté précise ici, reprend Charlebois, de faire en sorte que les sons et la musique sortent d\u2019une façon nouvelle.\u2019\u2019 Même les interprètes participent de cette volonté.La chanson québécoise est multiple et dans ses causes et dans ses manifestations, et québécoise par son contenu, par sa forme et par sa destination.L\u2019effort de modernisation de la chanson d\u2019ici n\u2019est pas récent.Pensons à Lionel Daunais.Il est vrai que notre folklore a mis longtemps à se départir d\u2019un régionalisme dit paroissial.Son activité sur le triple plan folklorique, politique et commercial devait conduire la chanson québécoise à une plus grande diversité.Certes les chansons de Gilles Vigneault, de Claude Gauthier ne sont pas dépaysées aux côtés des chansons folkloriques traditionnelles.Paradoxalement, et c\u2019est Guy Minière qui le note, l\u2019arrivée de Vigneault marque la faillite tendancielle des folkloristes muséologiques.Vigneault balaie le folklore en se l\u2019appropriant au présent.Le renouveau folklorique, c\u2019est du décapage.Il tente de rejoindre les fondements en maintenant la modernité.Le folklore: non plus à la mode, mais une mode, voire un mode, une vision: Raoul Roy, Louise Forestier, les Kar-ricks, le Clan Murphy dont le fond folklorique de leurs chansons est revisité par leurs plus anciennes racines celtes, Breton Cyr, Jocelyn Bérubé, Alain Lamontagne et combien d\u2019autres.Le lourd attirail du folklore recollé qu\u2019entraîne la mode disparaît devant un matériel original, inspiré de la tradition la plus pure possible.Ainsi, observe Christine L\u2019Heureux, \u201cBreton-Cyr marquent par rapport à la musique traditionnelle, une certaine part d\u2019invention.Leur originalité se situe dans leur façon de chanter, qui recoupe la tradition orale telle qu\u2019elle devait exister dans le temps: textes chantés à cappella, avec comme seule rythmique, le bruit des talons contre le plancher.Peu de gens se sont permis un tel dépouillement dans leur interprétation de la musique traditionnelle.\u201d11 Quant à Jocelyn Bérubé, il fait de la musique traditionnelle selon une technique de tradition orale. CHANTER AU QUÉBEC: UNE NÉCESSITÉ 561 Conteur, il \u201cviolonne\u201d comme les anciens, parce que \u201cquand les vieux chantent, explique Richard Cyr, tu sens une racine.c\u2019est elle que nous essayons de transmettre.L\u2019heureux décapage qu\u2019a subi la chanson de folklore nous a fait retrouver le rythme du \u201cset carré\u201d sans pour autant faire ancien.\u201cTout artiste, écrit Vassal, qui, en partant d'un cadre traditionnel et populaire, crée une oeuvre personnelle mais reflétant l\u2019état d\u2019âme d\u2019une collectivité procède de l\u2019esprit folklorique.Son oeuvre appartient alors à une authentique culture folk.\u201d Jules Marcoux tient des paroles, à ce propos fort juste: \u201cOn dit que les peuples commencent à exister historiquement lorsqu\u2019ils commencent à créer et à affirmer leur système de valeurs.Il semble que nous en sommes rendus là.\u201d Nous ne pouvons plus, ni ne pourrons plus être un peuple passéiste et sans histoire.Sur les traces du renouveau Sur cette trace du renouveau, tout un mouvement néo-folkloriste s\u2019amorce.La musique, depuis Charlebois, s\u2019ouvre aux courants californiens, aux rythmes plus nord-américains.Fabienne Thibault n\u2019a-t-elle pas été formée à l\u2019écoute de Joan Baez?Valiquette à celle des Beatles?Quant à Plume, Guy Minière dira de lui qu\u2019il est \u201cle premier chanteur québécois routard conforme dans sa vie à la lignée du folk song américain\u201d.Son inconvenance choque.Pour certains, Plume est répulsif comme le sont, à bien des égards pour d\u2019autres, le Capitaine Nô, Offenbach ou le groupe Aut\u2019Chose qui fut, pour le Québec, un avant-goût américanisé du mouvement punk.La chanson québécoise participe d\u2019un mélange d\u2019électronique et de traditionnel.Ainsi Gilles Valiquette, Guy Trépanier, François Guy, Jim et Bertrand: du rock léger, des textes simples dans une langue populaire dont les airs anciens ou nouvellement inventés avec des inclusions d\u2019éléments rock ou blues restent accessibles.Leurs chansons spontanées, anecdotiques, urbaines, à la façon de Beau Dommage, éloignées des vraies questions, rappellent l\u2019idéalisme des premiers chansonniers.Ancrées dans celles que chacun se pose, leurs chansons douces feutrées dans la tradition des chansons folk sont 562 L'ACTION NATIONALE enduites de poésie intimiste qui ont le caractère intemporel des airs anciens.Ainsi La tête en gique de Jim et Bertrand.Le son québécois s\u2019affirme dans un retour fidèle vers la nature et le soleil qu\u2019un vocabulaire sans envergure soutient: nuit, soleil, eau, pluie, vent, temps, etc.On reconnaîtra, ici, particulièrement les Séguin dont les efforts, je l\u2019ai souligné, participent d\u2019un long travail de poétisation de la musique.D\u2019autres artistes surgissent isolément qui rappellent les premiers chansonniers.Guy Trépanier, par exemple, a retenu d\u2019eux ce qui à bien des égards restent un défaut, ce lyrisme dont s\u2019affublent inutilement certaines de ses chansons.S\u2019il n\u2019enchante pas les inconditionnels de la musique progressive, son apport reste cependant plein de promesses.Son évolution n\u2019est pas sans rappeler celle tout aussi difficile de Pierre Létourneau.Plus émotif encore est Jean Lapointe.Il semble que l\u2019immédiate sympathie entre lui et le public ait pris racine au-delà de l\u2019artiste en lui.Ses chansons, parfois larmoyantes dans la tradition \u201cpure laine\u2019\u2019 d\u2019un certain lyrisme chansonnier, conservent malgré tout la vérité de l\u2019homme.Sa très grande sincérité manie de lourdes charges émotives.Il a, dit-il, décidé d\u2019exprimer \u201ctoute la tendresse, la sensibilité et l\u2019amour qu\u2019il porte aux humains\u201d.Ses chansons sont \u201cun direct au cœur\u201d! Contrairement à Jean Lapointe, Alain Lamontagne est l\u2019image même de l\u2019anti-star.Une nature.Comme Bérubé, Jocelyn.Ce qu\u2019il fait est unique.Sa musique, teintée parfois de folklore, de blues et de rock demeure essentiellement une musique traditionnelle dominée par le blues.Le dernier en liste, nouvellement apparu, sorti comme Plume des Cegeps, Paul Piché.Suivant la ligne musicale empruntée par Louise Forestier, ses idées suivent les traces d\u2019un Félix Leclerc.Sa chanson est polique, parce que dit-il, consciente.D\u2019autres disques solos sont apparus expriment un cheminement inédit.L\u2019originalité de la formule tient de l\u2019expérience d\u2019équipe de leurs auteurs: Marie-Claire Séguin, Jim Corcoran, Michel Rivard.Leur musique, un peu agressive explore les sphères du rock et du jazz.Faisant leurs chansons pour leur voix, surtout Marie-Claire Séguin, ces artistes décrient une situation plus proche de CHANTER AU QUÉBEC: UNE NÉCESSITÉ 563 leur \u201cmoi\u201d dont on pourrait penser que c\u2019est un retour à ce que nous avaient habitués les premiers chansonniers.Quant à la recherche musicale, celle-ci, au Québec, se fait en \"bandes\u201d et toutes les tendances ont droit d\u2019expression.On peut certes affirmer que tous les groupes actuels constituent la musique pop du Québec.\u201cLeur musique, écrit Georges-Hébert Germain, est en train de transformer radicalement et fondamentalement toute la musique populaire, car elle intéresse justement les musiciens et les chansonniers eux-mêmes, de la même façon que la science pure intéresse les sciences appliquées.\u201d12 Chaque groupe s\u2019affirme différemment: Maneige, Octobre, Aut\u2019Chose, Offenbach.Il faut retenir dans ce qu\u2019il y a de plus avant-gardiste, le groupe Dionne-Brégent qui se situe aisément dans l\u2019invention musicale avec une volonté de transcrire les plus hautes sphères de la conscience.Avant eux, leur musique souvente fois hermétique, n\u2019existait pas.Dionne-Brégent donne naissance à une musique hors de toute confrontation avec le rock américain ou la chanson française.Leur musique, quoique de facture très contemporaine et expérimentale, jazz, rock, classique, cherche en plus à synthétiser différents styles musicaux.Certaines musiques se rattachent au passé et ne sont pas sans rappeler une certaine appartenance à la musique médiévale.Ainsi qu\u2019on le devine, leur musique, plus expressive que sociale, s\u2019inscrit dans une recherche des possibilités sonores.Ils font, disent-ils, une \u201cmusique cosmique\u201d, une musique d\u2019avenir universelle.\u201cL\u2019apparition sur le marché québécois de la musique populaire d\u2019un groupe comme Dionne-Brégent, conclue Marc Desjardins, constitue une preuve tangible de notre évolution en tant que public\u201d.Harmonium, avant eux, avait donné des signes de cette évolution.Moins dans les extrêmes, leur recherche spirituelle dont les aspects ésotériques (L\u2019Heptade) sont spontanément éloignés du caractère québécois de la chanson, a engendré une filiation qui se situe entre Raoul Duguay, d\u2019une part, et d'autre part, entre les Séguin, Jim et Bertrand, voire Beau Dommage.Guy Minière, dans son livre Québec, chant des possibles, présente Raoul Duguay comme l\u2019inspirateur des grands courants de la présente hégémonie d\u2019auteurs-compositeurs.On y 564 L'ACTION NATIONALE décelle des affinités dans leur vision d\u2019un monde meilleur.Leur musique ne hurle pas et devient ce \u201cmurmure intérieur\u201d qui place la chanson québécoise à l\u2019heure de la paix, dépouillée des artifices de la mode.Leurs chansons expriment une réalité plus urbaine, dorénavant intégrées à leur démarche.Ils font en sorte que leur siècle colle à leur peau, la qualité en plus.Dans le même régistre que celui d\u2019un bon nombre de groupes anglais ou américains, tous ces groupes poursuivent une recherche musicale des plus originales.Une aptitude à dire Tout est là: s\u2019exprimer musicalement.L\u2019exemple des regroupements est symptomatique.En fait, les groupes succèdent aux chansonniers de type individuel et offrent des airs de commune.L\u2019union des forces vives (Fiori-Séguin, Marie-Claire-Jim et Bertrand, Contraction, Koma, avant eux, Jacques Michel-Gilles Valiquette) permet l\u2019abolition des clichés et abolit progressivement la conception traditionnelle de l\u2019artiste québécois.De plus en plus des artistes respectivement très connus montent ensemble sur une même scène.Si ici cette expérience est neuve, aux États-Unis l\u2019expérience date quelque peu.Impossible pour eux d\u2019assumer leur \u201cgloire\u201d, ils n\u2019en veulent rien savoir.Il y a là, très certainement, un retour aux sources dans une direction autre que le vedettariat, celle d\u2019un certain anonymat, c\u2019est-à-dire, une espèce de négation de l\u2019individualité au profit des forces de chacun.En prétendant gagner la marge, ils s\u2019éloignent des prétentions.De fait, Marie-Claire Séguin, comme son frère, comme Jim et Bertrand, comme Michel Rivard, comme Gilles Valiquette et combien d\u2019autres, délaissant les valeurs du \u201cflower power\u201d les intègrent à leur démarche collective en puisant dans celle des autres leur propre évolution.La relève, ils en ont été, suggère une démocratisation de la musique par une structure nouvelle des structures.(Utopie?) La chanson québécoise est-elle devenue, aujourd\u2019hui, plus sociale qu\u2019expressive, plus expressive que sociale?Française avant d\u2019être canadienne, puis définitivement québécoise, notre chanson n\u2019a jamais perdu son aptitude à entreprendre.Le pays qu\u2019énoncent les CHANTER AU QUÉBEC: UNE NÉCESSITÉ 565 \u201cporte-parole de nos racines\u201d, ainsi que les nomme Gilles Vigneault, est aussi celui qui permet et celui qui refuse, celui qui tolère, celui qui abdique.Mon pays, c\u2019est l'hiver! Chanter au Québec, c\u2019est une nécessité, voire une voie.Il s\u2019agissait de doter le Québec d\u2019une chanson qui n\u2019aurait plus à s\u2019affirmer comme un langage différent, une culture autre que simplement québécoise.Depuis, il ne s\u2019est jamais passé autre chose que l\u2019affirmation d\u2019une identité constituée à même les entrailles culturelles des gens qui l\u2019ont conduit à ce qu\u2019elle est.Aujourd\u2019hui, la chanson québécoise est un produit original, exportable qui nous a rendus \u201cculturels\u201d.Dès 1965, Stéphane Venne l\u2019avait noté: \u201cOr on a mis sur le dos de la chanson d\u2019ici une charge lourde comme le monde.Celle d\u2019être pour les Québécois ce que le Jazz est pour les Noirs d\u2019Amérique, l\u2019opéra pour les Italiens, et quoi encore.Un pivot de culture ici: un passeport pour tous les pays du monde.\u201d13 La chanson au Québec a magistralement illustré la force spécifique de notre culture.Rappelons ces propos de Lysiane Gagnon tenus en 1966: \u201cCe n\u2019est pas par hasard si la chanson devint rapidement le mode d\u2019expression privilégié d\u2019un peuple qui n\u2019avait aucune prise sur la réalité la plus déterminante: celle du pouvoir politique et économique et qui était, globalement, aculturé.\u201d14 Le traditionnel nationalisme, défensif et abstrait, des années \u201960 se transforme dans la chanson québécoise, en une contestation permanente.En ce sens précis, la chanson au Québec est un commentaire inédit de notre rapport à l\u2019histoire.Les chansonniers ont combattu notre infériorité chronique; ils ont modifié le cours de notre conscience collective.* Tout le drame est là: notre évolution \u201cpsychologique\u201d, culturelle suit une trajectoire opposée à son évolution économique et politique.Car, nous le savons, rien du culturel ne peut pas ne pas être soumis au politique.Voici qu\u2019apparaissent les limites de l\u2019engagement du chansonnier: au regard du projet politique national, il ne peut plus rien, tant que le choix n\u2019aura pas été fait.D\u2019une certaine manière, en attendant, il est réduit à une tâche de répétition et d\u2019insistance car persiste toujours, ici, ce besoin viscéral de chanter qui est aussi \u201cl\u2019extrême opposé de la mort\u201d. 566 L'ACTION NATIONALE RÉFERENCES 1.\tAndré Belleau, Pour la chanson, dans Liberté, Montréal, vol.8, n° 4, 1966, p.26.2.\tGermain Lemieux, La chanson folklorique canadienne-française, dans La chanson française, coil.Collège et famille, Montréal, Bellarmin, 1965, p.49.3.\tGabriel Labbé, Les pionniers du disque folklorique québécois, 1920-1950, Montréal, L\u2019Aurore, 1977, p.155.4.\tBenoît L\u2019Herbier, La chanson québécoise, Montréal, Ed.de l\u2019Homme, 1974, pp.47-48.5.\tAlain Sylvain, Le Québec qui chante, dans La chanson française, Bellarmin, p.68.6.\tJacques Normand, Les nuits de Montréal, Montréal, Ed.La Presse, 1974, p.165.7.\tGeorges Dor, Si tu savais., Montréal, Ed.de l\u2019Homme, 1977, p.25.8.\tIbid, p.45.9.\tLysiane Gagnon, Pour la chanson dans Liberté, p.39.10.\tChristian Larsen, Chansonniers du Québec, Montréal, Beauchemin, 1964, p.8.11.\tChristine L\u2019Heureux, Le Dimanche, 1er mai 1977, p.3.12.\tGeorges-Hébert Germain, La Presse, 29 mars, 1975, p.c-4.13.\tStéphane Venne, Pour la chanson, dans Liberté, p.65.14.\tLysiane Gagnon, Pour la chanson, dans Liberté, p.36. ÉTAIT-CE LA VRAIE VOIX DU QUÉBEC?par Claude Co///n1 1.M.Claude Collin est professeur de philosophie dans un CEGEP de Montréal et auteur de plusieurs volumes comme L'expérience philosophique, Le Rapport Roquet. 568 L'ACTION NATIONALE L\u2019histoire que l\u2019on fait n\u2019est jamais celle que l\u2019on croit faire.Le référendum national que nous venons de vivre constitue un événement historique dont il est difficile de reconnaître le sens exact et partant, de prévoir les conséquences.Seul, le déroulement des faits dans le temps nous éclairera sur le sens véritable de ce non historique.Les choix politiques, parfois les plus décisifs, ne sont pas toujours le fruit de la sagesse et de la raison.Ils sont, cependant, le résultat des expériences vécues d'un peuple ou de quelques hommes forts politiques qui agissent selon ce que l\u2019histoire les ont fait être ou devenir.Par contre, si la signification d\u2019un fait historique ne se dévoile que graduellement, au fil des ans, les raisons d\u2019être de ce fait sont déjà incluses dans le présent.C\u2019est pourquoi, au lendemain du référendum, à moins d\u2019être inconscient, on ne peut réprimer une certaine inquiétude face à l\u2019avenir du peuple Québécois.Ce que le passé récent nous laisse entrevoir comme explication devrait nous inviter à de profondes réflexions.Un premier sujet de réflexion, en raison de la perspective politique qu\u2019il ouvre à notre collectivité nationale, est le fait suivant: les principaux protagonistes du non, n\u2019ont hésité devant aucun moyen pour faire triompher leur cause, qu\u2019il fût légal, honnête, ou foncièrement répréhensible.Jamais, au cours de toute notre histoire, un homme politique n\u2019afficha autant de mépris pour les personnes que le chef du non.Langage souvent disgracieux, pour ne pas dire ordurier, accusations méprisantes à l\u2019égard d\u2019adversaires dont la dignité, par contraste, ne s\u2019est jamais démentie, (pensons à MM.Dion, Drummond, L\u2019Allier, Claude Morin, etc.), et souvenons-nous que le plus clair des discours de cet Alceste fédéraliste consistait à accuser les autres de malhonnêteté, de fraude, de trucage intellectuels! Le seul fait que ce genre d\u2019argumentation ait réussi, puisqu\u2019il fut repris par tant de bonnes gens à travers notre pays, devrait nous faire réfléchir.Si une campagne aussi haineuse et disgracieuse a pu réussir, n\u2019est-ce pas parce qu\u2019elle pénétrait dans un ÉTAIT-CE LA VRAIE VOIX DU QUÉBEC?569 terrain habilement préparé d\u2019une part, par la presse écrite et parlée depuis trois ans, et, d\u2019autre part, par le vécu quotidien du fédéralisme depuis cent ans.D\u2019où un second sujet de réflexion: les effets du fédéralisme sur notre comportement référendaire.N\u2019insistons pas sur le minage systématique, pas toujours très subtil, de la part des médiums d\u2019information (qui exercèrent un véritable terrorisme psychologique), de la confiance des Québécois en leur gouvernement et en eux-mêmes.N\u2019insistons pas non plus sur la campagne inqualifiable des fédéraux, le quasi-silence du clergé, l\u2019intervention étonnante du Père Lévesque, et combien d\u2019autres faits qu\u2019il serait trop long d\u2019énumérer.Au-delà des faits eux-mêmes qui ont contribué à fausser le résultat du référendum, ce qu\u2019il faut retenir, c\u2019est qu\u2019ils furent l\u2019œuvre de Québécois francophones qui se comportèrent comme de véritables valets de la nation \u201cCanadian\u201d.Car ce sont malheureusement des Québécois qui ont orchestré toute cette campagne, dont la stratégie était pourtant fort simple: semer la confusion sur le sens de la question, convaincre le gouvernement de fraude et de malhonnêteté, et puis, semer la peur auprès des plus démunis de notre société.Ce sont des Québécois qui ont réussi ce coup de force d\u2019amener leurs concitoyens à douter d\u2019eux-mêmes au point de refuser de prendre en mains leurs propres affaires.Clark et les autres premiers ministres \u201cCanadians\u201d n\u2019ont eu aucune espèce d\u2019influence sur le verdict populaire.Ce fut apparemment une affaire de famille.Nous sommes responsables comme collectivité, aux yeux de la communauté internationale, de cette décision non équivoque et de ce spectacle unique dans l\u2019Histoire.Mais, est-ce vraiment la voix du Québec qui s\u2019est fait entendre?Cette campagne de peur, organisée par des Québécois auprès d\u2019autres Québécois, est le résultat d\u2019un siècle de fédéralisme. 570 L'ACTION NATIONALE Si l\u2019on examine de près un système fédéral associant (si l\u2019on peut dire) deux nations, on se rend compte qu\u2019il a pour effet de dissoudre graduellement la cohésion de la plus petite des deux nations, puisqu\u2019il implique essentiellement une subordination des pouvoirs.Cela signifie, qu\u2019inévitablement, cette domination politique se traduit, dans la pratique, par une domination économique, linguistique et enfin culturelle.Voilà pourquoi un tel système est injuste et fabrique des citoyens de seconde zone.Il suffit de s\u2019arrêter sur le vécu référendaire pour le constater.1.\tCe fédéralisme dominé par une nation a cet avantage de choyer une certaine partie de l\u2019autre peuple qui devient naturellement son meilleur allié et son plus ardent défenseur.Pensons aux 6000 médecins qui ont ouvertement adhéré au camp du non, au Conseil du Patronat, aux chambres de commerce, aux entrepreneurs, enfin à la plupart de ceux qui détiennent une parcelle d\u2019autorité dans notre société, ou un semblant de pouvoir de décision.Les mieux nantis de notre société ne peuvent, avec raison, dissocier leur prospérité personnelle du système politique.La crainte de perdre ce que l\u2019on possède déjà, rend difficile une vision lucide de l\u2019avenir culturel de la communauté.Ici, l\u2019assimilation culturelle est en très bonne voie de réalisation.Certains organes de diffusion ou d\u2019information entre les mains de cette classe sociale n\u2019ont plus de français que la langue, et encore! 2.\tEn outre, les moins choyés économiquement et socialement de notre collectivité s\u2019agrippent aux lambeaux de sécurité qu\u2019offre le système fédéral.Paradoxalement, ce sont souvent les plus durement touchés par le système qui ont le plus de difficulté à en constater les carences.On en vient graduellement à reconnaître la supériorité de l\u2019occupant, à lui attribuer de nombreuses qualités, à s\u2019en croire dépourvu soi-même.Ici, Hobbes1, a raison contre Rousseau: la force, non seulement fait le droit, mais encore l\u2019honnêteté, la justice, et toutes les vertus.1.Thomas Hobbes, philosophe anglais du 17e siècle, auteur de cette théorie politique qui soutient que la force fait le droit. ÉTAIT-CE LA VRAIE VOIX DU QUÉBEC?571 Ce n\u2019est pas par hasard que le camp fédéraliste, dès la première journée du débat à l\u2019Assemblée Nationale, mettait l\u2019accent sur la fraude et la malhonnêteté du gouvernement québécois.Ces fédéralistes ont compris depuis longtemps la ruse inhérente au système.Plusieurs trouveront toujours meilleur le gouvernement (ou le pallier de gouvernement) qui est le plus puissant dans les faits, quelles que soient les injustices qu\u2019il porte en son sein.3.La classe moyenne, elle, est partagée.Elle a peut-être plus conscience des injustices collectives du régime.Gageons que la plupart des tenants du oui se recrutaient dans cette classe, indépendamment de l\u2019âge: simples travailleurs, ouvriers spécialisés, syndiqués, techniciens, artistes, professeurs, intellectuels, etc.Cette classe est généralement plus politisée et donc plus apte à saisir l\u2019enjeu du débat actuel.Bientôt, en raison de la généralisation de l\u2019enseignement, elle deviendra plus nombreuse que les deux précédentes; s\u2019il n\u2019est pas trop tard, ce sera sans doute la fin du système actuel.Cet état d\u2019esprit du peuple québécois est la résultante inévitable du système fédéral, cette perfide invention des peuples conquérants.Il produit nécessairement dans le vécu quotidien une dualité d\u2019appartenance et d\u2019identité; si bien que l\u2019on ne sait plus démêler \u201cle mien du tien\u201d.Il donne une illusion de sécurité, de liberté, d\u2019égalité, car il associe le dominé à la force du dominant.D\u2019où un sentiment de reconnaissance du premier à l\u2019égard du second: \u201cMon beau Canada!\u201d dit-on; ou bien: \u201cLe Canada vous aime, Québécois!\u201d, comme si la politique, quand le besoin s\u2019en fait sentir, devenait une histoire d\u2019amour.Après un siècle et plus d\u2019un tel système, la confusion n\u2019existe plus seulement dans les esprits, mais aussi dans les coeurs.Pensons aux pleurs de Mme Chaput-Rolland.Malgré tout, ces explications ne suffisent pas à rendre compte du résultat du référendum.Car, n'oublions pas que quelques semaines avant la date fatidique, une majorité de oui se dégageait clairement à travers les différents sondages.Environ dix pour cent auraient 572 L\u2019ACTION NATIONALE changé d\u2019avis au cours des derniers jours.Le sens de ce vote apparaîtra dans les semaines, et les mois à venir.Ou bien ils auront entraîné la nation Canadienne-Française dans une aventure ressemblant à quelque chose comme une louisiannisation progressive et inévitable; ou bien, ils auront choisi d\u2019accorder une dernière chance au fédéralisme d\u2019évoluer dans une perspective se rapprochant davantage des aspirations de notre nation.Dans le premier cas, cela signifierait que nous avons, collectivement, sous l\u2019effet sans doute d\u2019un siècle de fédéralisme, répété l\u2019erreur de George-Étienne Cartier.L\u2019Histoire que celui-ci croyait faire en 1867, tous les historiens sont là-dessus d\u2019accord, était de contribuer à la naissance d\u2019une confédération.Il s\u2019est trompé.Son excuse fut de croire en la cohésion possible de son peuple, advenant une grave crise d\u2019existence.Aurions-nous choisi d\u2019assumer cette méprise historique, sous l\u2019effet du terrorisme psychologique savamment organisé par les fédéraux?Si telle est la signification réelle du verdict populaire, les conséquences seront désastreuses, non seulement pour la culture française en Amérique et pour les valeurs qu\u2019elle véhicule, mais encore, et cela sera peut-être plus tragique pour ceux qui ont fait penché la balance du côté du non, pour le bien-être des Québécois de toutes origines.Car nous nous serions agrippés à un mirage, le mirage de la prospérité pour un peuple qui n\u2019est, au fond, qu\u2019entretenu (comme le disait Gérard Filion vers 1960) par un système artificiel.Mirage aussi d\u2019une liberté qui ne nous permet pas de nous ouvrir sur le monde selon nos aspirations et notre propre conception humanitaire.Mirage enfin d\u2019une égalité fictive, puisque depuis un siècle, on ne compte plus les injustices vécues à l\u2019intérieur du fédéralisme canadien (domination à la fois politique, économique et culturelle).Comment en serions-nous venus là après tant de luttes, d\u2019efforts, d\u2019humiliations, de souffrances?Après tant d\u2019espoir chanté, réinventé par nos poètes, nos artistes, nos écrivains?Comment en serions-nous venus à douter à ce point de nos possibilités après les réalisations ad- ETAIT-CE LA VRAIE VOIX DU QUÉBEC?573 mirables de nos ingénieurs, nos techniciens, nos penseurs?Il est difficile de croire que ce soit là le vrai sens de ce non historique.Ne faudrait-il pas alors poser la question de la légitimité du résultat du référendum?Quel peuple, placé dans les mêmes circonstances, aurait pu résister au véritable lavage de cerveaux opéré par les mediums d\u2019information depuis 4 ans?Quelle population saurait échapper à tant de pressions psychologiques?Quel peuple saurait ainsi éviter la manipulation?Peut-être devions-nous chercher de ce côté la véritable signification du non qui a semé la consternation chez tous les véritables amis des Québécois?Pour le moment, je veux croire comme des milliers d\u2019autres Québécois sans doute, que nous entrons dans la vingt-quatrième heure du fédéralisme.L\u2019initiative appartient maintenant au fédéral, comme le disait justement M.René Lévesque, le soir du référendum.Or, le système fédéral Canadian n\u2019a jamais été capable dans le passé d\u2019une évolution significative, pour la simple raison qu\u2019un lien fédéral1 est essentiellement un lien de subordination, de domination.Il constitue en soi et dans le vécu, la négation de l\u2019égalité des peuples et des individus, car il fonctionne selon la règle du nombre et non selon celle des nations.Dans ces conditions, comment le système fédéral pourrait-il évoluer sans se renier lui-même?Comment M.Trudeau pourra-t-il parler de l\u2019égalité des peuples sans se contredire?ou sans nier que la nation Canadienne-Française soit une nation?Le jour n\u2019est pas loin où les Québécois, après quelques négociations qui feront ressortir clairement cette impossibilité de changement significatif, de la part du système fédéral, voteront clairement, cette fois lors d\u2019une élection québécoise, en faveur de la souveraineté-association.Ce sera alors le vrai Québec qui aura fait entendre sa voix.1.Cf.l\u2019U.R.S.S.et le Canada CULTURE, POLITIQUE ET LANGUE par Viateur Beaupré1 1.M.Viateur Beaupré est professeur de philosophie au CEGEP de Sept-lles. CULTURE, POLITIQUE ET LANGUE 575 Culture, politique et langue sont étroitement reliées, interdépendantes.Mais la culture englobe les deux autres.La culture, en effet, si on ne lui donne pas un sens trop étroit, c\u2019est tout ce que l\u2019homme cultive, travaille, transforme, pour aménager sa vie individuelle et sociale.La culture des carottes fait partie de la culture, tout comme la culture des arts, des sciences et de la philosophie.L\u2019organisation sociale, la politique, la religion, le vêtement, la langue, la nourriture, la musique, les métiers, toutes les activités et productions humaines sont parties intégrantes de la culture.Un vigneron qui produit du bon vin, est cultivé, humanisé, civilisé; alors que l\u2019universitaire, s\u2019il distille de la brume mentale avec un alambic verbal hautement sophistiqué est peut-être un Trissotin raffiné; il est surtout un p\u2019tit Jos Connaissant inculte et creux.Quand on visite un pays étranger, toutes les créations de ce pays nous sont utiles pour comprendre sa culture.Et quand un peuple se libère d\u2019un oppresseur, c\u2019est parfois pour sauver sa langue; ce peut être aussi bien pour libérer sa religion, ses coutumes, sa politique, son économie, bref, sa façon de penser, d\u2019aimer, de vivre.Les Américains n\u2019ont pas fait leur révolution pour sauver leur langue.Et chez nous, les Patriotes de 1837-38 revendiquaient bien autre chose que la liberté de langue: ils revendiquaient une liberté globale, totale, leur dignité d\u2019hommes, incompatible avec toute forme d\u2019asservissement, qu\u2019il soit imposé par les baïonnettes d\u2019un vieux brûlot Colborne ou par la magique baguette cynique de l\u2019intellectuel Trudeau, grand champion des libertés nord-sud, mais intellectuellement sourd aux libertés est-ouest.Au cours de leur histoire, les Québécois ont réduit trop souvent, trop longtemps, leurs revendications culturelles à celles de leur langue et de leur religion.Ils oubliaient qu\u2019un peuple qui laisse à d\u2019autres la culture de sa politique et de son économie, qui se limite à prendre des décisions mineures, est un peuple demi-cultivé, demi-civilisé, mineur et minable.Toutes les productions de sa culture seront à demi avortées, à moitié signifiantes, pour ne pas dire franchement insignifiantes.C\u2019est ainsi que la langue d\u2019un dominé, d\u2019un 576 L\u2019ACTION NATIONALE demi-responsable, est l'image parfaite de son être diminué, de sa personnalité décapitée: elle bafouille, bredouille, gribouille et scribouille, s\u2019épuise en vagissements bilingues, quand elle ne va pas jusqu\u2019à se glorifier de ses hennissements poussifs.De même, les vertus qu\u2019on a tant vantées chez les Québécois étaient des apparences de vertus, fruits de l\u2019impuissance ou de l\u2019obligation, bien plus que des vertus authentiques, qui supposent, elles, un choix libre, fait par un être libre qui prend les risques de se casser et les ailes, et le cou, et le bec, alouette! plutôt que de cultiver les molles vertus insipides des canards domestiqués, bien en sécurité dans leur enclos et qui cancanent: \u201cJ\u2019y suis; j\u2019y reste!\u201d Certes, nous n\u2019avons pas à nous reprocher les grands crimes des grandes nations; mais pourquoi?Uniquement parce qu\u2019on nous a toujours tenus en laisse.Nous avons, par exemple, été très très tolérants.Pourquoi?Parce que nos maîtres n\u2019auraient pas toléré notre intolérance.Notre sainte tolérance, non seulement elle était dictée par la peur et l\u2019impuissance, mais elle comportait une forte dose de complaisance servile: bien sûr, nous n\u2019avions pas le choix de laisser ou d\u2019enlever leurs écoles à nos maîtres anglais du Québec; mais nous avions le choix d\u2019y envoyer nos enfants, et, par servilité de commis, nous n\u2019avons pas manqué de le faire.Cette servilité imprègne et décompose tout, jusqu\u2019aux noms de nos chats et de nos chiens.Car chez nous, chats et chiens, surtout ceux de l\u2019aristocratie, sont presque tous affublés de noms anglais, et diminutifs, par surcroît de gentillesse colonisée.A croire que ce sont les Anglais qui ont inventé les chiens et les chats, comme ils ont inventé les sept océans! Ce qui explique aussi que nos Boisvert, faisant preuve d\u2019un membersheep, d\u2019un leadercheap et d\u2019un entrepreneurchips admirables, soient si facilement devenus des Greenwood; qu\u2019à Trois-Pistoles une boutique porte le nom hilarant de Trois-Pistoles Électrique, et qu\u2019à Sept-lles on trouve à profusion des merveilles comme Levesque Break and Clotch.Cocus aux as, mais contents! Du bien bon monde, ces Québécois, qui se félicitent d\u2019être le plus pacifique des peuples, quand on leur mange la laine sur le dos! Belle tolérance, à plat ventre! CULTURE, POLITIQUE ET LANGUE 577 Ces valeurs, de soumission détrempées, ont produit des hommes à l\u2019esprit bien soumis et au langage de schizophrènes.Plus ils étaient fendus en deux, plus on les admirait, et plus l\u2019Empire britannique les décorait.Sir Georges-Étienne Cartier disait, avec un grand sérieux et sans doute avec un trémolo d\u2019émotion à la Jean Lesage: \u201cLe Canadien français est un Anglais qui parle français.\u201d Ça, c\u2019est du solide! Sir Wilfrid Laurier, aussi sérieux et fier mais plus cynique, disait froidement, à la manière de Trudeau et aux acclamations de tous les Québécois à genoux: \u201cLe Canada est un pays anglais.\u201d Voilà.\u201cAvez-vous compris, bande de caves?\u201d qu\u2019il leur disait.Et les Québécois survoltés rendaient à Sir Wilfrid les mêmes hommages qu\u2019ils rendent à Lord Elliott-Trudeau.Ces formules énergiques sont à rapprocher de celle que nous avons entendue lors de la campagne référendaire: \u201cMon pays, c\u2019est le Canada; ma patrie, c\u2019est le Québec.\u201d Imaginez un Français disant avec cette fierté bouffonne et couillonne: \u201cMa patrie, c\u2019est la France; mais mon pays, c\u2019est l\u2019Europe.\u201d Je vous le demande: Se trouverait-il 60% des Français pour l\u2019applaudir?98% des Français ne demanderaient-ils pas à leur étrange compatriote extraterrestre: \u201cEt ta sœur?\u201d J\u2019entendais, l\u2019autre jour, un Québécois, pionnier de l\u2019aviation civile chez nous, décrire fièrement son exploit d\u2019aviateur, avec une prouesse linguistique impensable ailleurs que chez nous.Il disait: \u201cJ\u2019ai été le premier à voler un avion de Halifax à Chicoutimi\u201d.Voler un avion sur une si longue distance, voilà qui nous permet enfin de comprendre pourquoi un exalté creux de chez nous a pu écrire: \u201cTon histoire est une épopée des plus brillants exploits.\u201d Un autre exalté, de ma région, celui-là, disait récemment en parlant de Matane: \u201cC\u2019est une ville typique\u201d; mais sentant confusément, dans sa conscience confuse de métis linguistique, que le français était impropre à traduire toute sa pensée confuse, il ajoutait: \u201cOui, c\u2019est une ville typical, comme on dit en anglais\u201d.Ce francofun innocent est l\u2019héritier légitime de la formule abâtardie du sire Georges-Étienne Cartier, baronnet du Saint Empire britannique.Comme mon ancien député était l\u2019héritier légitime de notre confusion et de notre culture nationales, quand il disait que M.Bourassa était 578 L\u2019ACTION NATIONALE un grand homme avec lequel il serait toujours fier de travailler pour.Si on me dit que c'est sous le poids des terribles contraintes du Destin que nos ancêtres vaincus ont dû plier l\u2019échine et vivre à petit feu, je veux bien l\u2019admettre en partie et adresser à ce foutu Destin quelques injures bien senties.Mais reste ce phénomène contemporain humiliant, qui n\u2019a rien de mystérieux et où le Destin n\u2019a aucune responsabilité: comment expliquer qu\u2019en 1980 la majorité des Québécois s\u2019obstinent à courber l\u2019échine et bêlent un NON, quand on leur demande s\u2019ils veulent être un peuple normal?J\u2019ai pris un détour un peu long pour dire qu\u2019au Québec enseigner le français, c\u2019est comme semer du blé dans une forêt vierge.Ça donne du blé bien maigre et des galettes coriaces.\u201cTu veux changer ma langue?Commence par me changer le cerveau\u201d, disait Jules Fournier en 1917.J\u2019ajouterais: \u201cTu veux changer ma langue?Commence par faire de moi un homme normal, un homme libre, en possession de son entière dignité.\u201d Ce qui veut dire, entre autres choses, que si j\u2019enseigne la règle du participe passé ou le mécanisme de l\u2019attribut, je dois en même temps faire voir que la formule lapidaire de Sir Georges-Étienne Cartier est le produit d\u2019un caractère de margarine, et qu\u2019avec des béliers dont le front est ceint de fleurons si glorieux, un peuple de moutons a tout ce qu\u2019il faut pour être au 13e rang dans son propre enclos où on le surveille avec la baïonnette Colborne, le credo Durham, la corde Riel, les mesures de guerre ou la Constitution renouvelée.Et alors, cette révision constitutionnelle en cours est-elle une menace pour la langue des Québécois?La réponse est simple: une révision constitutionnelle qui vise à donner à un peuple le quart des libertés et des pouvoirs que doit posséder un peuple pour être normal, cette révision maintiendra la langue et toute la culture de ce peuple dans un état d\u2019anémie chronique.Un peuple qui remet aux autres les trois quarts de ses libertés et pouvoirs essentiels, ne doit pas trop s\u2019étonner si sa CULTURE, POLITIQUE ET LANGUE 579 langue, sa personnalité, sa culture sont dans un état de paralysie, vertueuse tant qu\u2019on voudra, mais d\u2019une vertu in-signifiante tant qu\u2019elle pourra.Il est d\u2019ailleurs significatif que la politique linguistique au Québec fut timide, molle, inconsistante, jusqu\u2019à l\u2019apparition d\u2019un parti politique capable de revendiquer pour les Québécois une libération globale.Libère ton esprit et ta volonté, et tu ne laisseras plus personne te tirer la langue à gauche, à droite, en haut, en bas, comme celle d\u2019un jouai aux enchères.Tel homme, tel langue.Tel peuple, telle langue et telle culture.Si la culture des Franco-Américains, par exemple, n\u2019illumine pas le building de l\u2019ONU, ce n'est pas parce qu\u2019ils ont perdu leur langue: ils ont perdu leur langue, leur personnalité et leur culture, parce qu\u2019ils ont remis à d\u2019autres leurs libertés essentielles.Avec leurs demi-libertés, ils ont survécu, vivoté, pendant une, deux, trois générations; puis leur margarine s\u2019est fondue tout doucement dans le melting pot de ceux qui étaient maîtres du chaudron et maîtres du feu qui chauffait le chaudron où mijotait le beau chiard culturel américain.Aussi longtemps que les Québécois laisseront à d\u2019autres la puissance du chaudron et du feu, il ne faudra pas s\u2019étonner si, de ce chaudron chauffé à blanc, sortent des figurines de jello comme Bourassa, des gargouilles de plastique comme Ryan, des poupées de guimauve comme Michèle Tisseyre, Solange Chaput-Rolland et Renaude Lapointe, bref, tout ce bric-à-brac culturel que le Québec pousse à l\u2019avant-scène quand sonne l\u2019heure des mesures de guerre, du référendum ou des révisions constitutionnelles.Il y a autre chose que ça au Québec, heureusement.Mais il y a surtout ça, majoritaire à 60%.Et aussi longtemps qu\u2019il y aura cette majorité-là, enseigner le français au Québec suppose que l\u2019on sème de la main gauche, en tenant la hache de la main droite et le fusil en bandoulière.Enseigner le participe passé, mais en tenant un œil ouvert sur notre passé confusément composé; et bien faire comprendre que notre futur ne doit pas être 580 L\u2019ACTION NATIONALE aussi simple et unitaire que le souhaite Elliott-Trudeau; que notre présent de l\u2019indicatif indique tout ce qu'il nous reste à faire pour être un peuple présent à lui-même et au monde.Faire voir, en expliquant intelligemment le mécanisme subtil de l\u2019attribut, que le plus bel attribut pour un être humain et un peuple, c\u2019est la liberté; que sans cet attribut de la liberté, la langue d\u2019un individu ou d\u2019un peuple sonne creux, parce que sa pensée et tout son être sont à moitié vides.Ça sonne creux comme le sapin creux que Bourassa fit charrier à Paris comme symbole de sa culture.Ça sonne creux comme une fugue en la-la mineur pour cornemuses, Ryan et Yvettes.Ça sonne creux comme les messages fédéralistes-fédéralisants où des mercenaires francofuns nous vantent les grands mérites du Grand Canada multiculturel, avec des voix douces, douces comme.de la cotonnelle ou du White Swan.Le Québécois majoritaire écoute ces rengaines hygiéniques savonneuses, se félicite, s\u2019encante dans son fauteuil de style colonial, et prend sa bière nationale en se chantant à lui-même: \u201cTant qu\u2019i restra queq\u2019chos\u2019 dans l\u2019frigidaire, j\u2019prendrai l\u2019métro, j\u2019farmerai ma gueule, pis j\u2019Iaissrai faire.\u201d La voilà, dans toute sa splendeur, notre épopée culturelle du frigidaire, chantée par les Yvettes et les artistes du Canal 10.En attendant l\u2019épopée du congélateur que nous préparent Sir Claude Ryan-Halifax et Lord Elliott-Trudeau-Toronto.Tout de même, vive la reine, défenseur de la foi et des Québécois humblement soumis! ? TRANSCENDANCE ET CONTINGENCE par Jean Tétreau1 1.M.Jean Tétreau a déjà fourni à l\u2019Action nationale de magistrales traductions ou études du russe et du chinois.Ici il nous apporte une étude philosophique où il complète un exposé sur Kant paru ici même, en avril 1979 (p.688 à 713). 582 L'ACTION NATIONALE Le 29 mars 1781, il y a deux cents ans, Kant présentait au baron de Zedlitz, ministre d'État du roi de Prusse, la première édition de Kritik der reinen Vernunft (Critique de la raison pure), après un long silence plein de calculs, de réflexions et de méditations.La publication de ce livre (dont la seconde édition devait paraître six ans plus tard) est un des grands événements de l'histoire de la pensée moderne en Occident, au même titre gue le Novum organum, le Discours de la méthode, /\u2019 Ethica more geometrico demonstrata, /'Essay concerning human understanding, la Phénoménologie des Geistes, /\u2019Introduction à l\u2019étude de la médecine expérimentale ou L\u2019Évolution créatrice.Ce bicentenaire méritait, avons-nous cru, d\u2019être signalé à l\u2019attention de nos lecteurs.Et nous avions, pour le croire, deux raisons.D\u2019abord, un fait non négligeable: la Première Critique inspire depuis deux siècles les recherches épistémologiques; il suffit pour s\u2019en convaincre de relire les travaux de Jaspers sur Kant.En second lieu, nos propres philosophes, presque tous issus de l\u2019aristotélisme et du thomisme, ont manifesté jusqu\u2019à présent dans leurs ouvrages une ouverture d\u2019esprit qui leur permettrait de reconnaître d\u2019emblée non pas, bien entendu, le bien-fondé du kantisme, du néo-kantisme et de leurs multiples variations, non pas ce perpétuel abus de pouvoir, cette sorte de dictature de l\u2019idéalisme allemand, mais l\u2019importance de Kant comme penseur; cette importance, nous en sommes presque certains, nos propres penseurs la reconnaîtraient malgré tout ce qui les sépare, parfois radicalement, les uns des autres, et malgré les distances souvent énormes que chacun d\u2019eux a prises au fil des ans, volontairement ou non, avec le philosophe prussien.N\u2019en doutons point, en raison de tout ce qui les rapproche comme en dépit de tout ce qui les oppose, François Hertel, Vianney Décarie, André Dagenais, Venant Cauchy, Jacques Dufresne et bien d'autres encore, que nous ne saurions tous nommer, évoqueront au moins une fois cette année le souvenir du privat-docent de Kônigsberg, à l\u2019instar des philosophes d'autres pays et d\u2019autres civilisations.Notre collaborateur Jean Tétreau, auteur d\u2019un article sur Kant publié dans cette revue en avril 1979, nous a TRANSCENDANCE ET CONTINGENCE 583 communiqué les réflexions suivantes, à l\u2019occasion du bicentenaire en question.À tel ou tel moment de nos études, nous avons tous eu un professeur de mathématiques qui s\u2019imaginait que nous suivions sans mal ses explications.Il croyait notre esprit capable de courir aussi vite que le sien; et, s\u2019autorisant de cette erreur, il négligeait des détails à son sens inutiles, trop élémentaires ou allant de soi, détails pourtant essentiels, aux yeux des élèves, à une parfaite compréhension des problèmes.Eh bien, pour les philosophes de son temps, qui ont souvent très mal interprété sa pensée, Kant fut ce prof, de maths qui va trop vite.Fut-il conscient de ce défaut, si c\u2019en est un?Oui, naturellement.Le doute n\u2019est pas permis à cet égard: en maint endroit de la Logique, de L'Unique fondement possible d\u2019une démonstration de l\u2019existence de Dieu et d\u2019autres traités, voire de la Première Critique, l\u2019auteur nous prie de l\u2019excuser de n\u2019avoir peut-être pas suffisamment développé tel aspect de la question, tout en supposant que nous ferons sans peine le bout de chemin manquant.Et nous le verrons d\u2019ailleurs, dans les écrits de la fin de sa vie (Cf.Opus postumum), se croire tenu tantôt de rectifier une position, tantôt d'éclaircir un point, parfois capital.Je n\u2019irais pas jusqu'à dire qu\u2019il y a des failles majeures dans son système; on y découvre cependant plus d\u2019un raccourci où les suiveurs se sont égarés.Il y a peut-être aussi un certain nombre d\u2019ambiguïtés dans cette philosophie.Or tout cela, quand parut en 1781 la Critique de la raison pure, qui se présentait du reste comme une espèce de révolution copernicienne, ne pouvait engendrer qu\u2019une situation psychologique assez trouble dans les milieux universitaires et scientifiques en général.À son tour, cette situation allait donner lieu, de génération en génération, à une série de malentendus dont le plus grave, jusqu\u2019ici, consiste à considérer Kant comme le démolisseur de la métaphysique, l\u2019ennemi numéro un de l\u2019ontologie.Le positivisme, il faut bien le dire, a contribué largement à accréditer cette fable, nonobstant la doctrine de la liberté que constituait en gros la Critique de la raison pratique (1788) et l\u2019indication \u2014 contenue dans cette doctrine \u2014 d\u2019une voie vers la transcendance. 584 L'ACTION NATIONALE Loin d\u2019avoir détruit la métaphysique, Kant est lui-même métaphysicien au sens le plus précis du mot; il ne l\u2019est pas moins que Leibniz en tout cas; et s\u2019il ne l\u2019est pas à la façon d\u2019Aristote, il l\u2019est très certainement, par sa théorie des Idées de la raison, à la manière de Platon*.Il n\u2019a pas cherché, il est vrai, à prouver l\u2019existence de l\u2019être en tant qu\u2019être ou de l\u2019acte pur, car il ne croyait pas que l\u2019on pût y arriver par les seules forces de l\u2019entendement, dont il s\u2019est employé surtout à établir les limites.En revanche, toute sa morale suppose un être suprême, un absolu qu'il ne met pas plus en doute que l\u2019immortalité de l\u2019âme; et même si l\u2019homme reste radicalement incapable de se représenter adéquatement la divinité, la loi morale, qui a sa source dans la bonne volonté, n\u2019en reflète pas moins d\u2019une part un monde suprasensible, transcendant, tout en s\u2019exprimant d\u2019autre part, le plus humainement qui soit, par l\u2019impératif catégorique.Ainsi, moins étranger à son oeuvre que ne l\u2019est le Dieu d\u2019Aristote, le Dieu de Kant ne ressemble-t-il pas étrangement au Dieu de Pascal: \u201cJe sais qu\u2019il est, mais je ne sais pas ce qu\u2019il est.\u2019\u2019 Certes, bien qu\u2019à maintes reprises elle fasse allusion au suprasensible, la Critique de la raison pure n\u2019a pas pour objet l\u2019étude de la transcendance, où règne la liberté.Au contraire, le propos de l\u2019auteur m\u2019a toujours semblé être une tentative de définir, le plus complètement possible, le domaine de l\u2019expérience, donc le monde de la contingence où règne la nécessité, mais une nécessité bien spéciale: celle des lois régissant les phénomènes ou ce qu\u2019on appelle plus simplement la nature.(Le terme transcendantal, que l\u2019on rencontre presque à toutes les pages de la Critique, n\u2019y a plus du tout, comme chacun sait, le sens que lui avait donné la philosophia perennis.Est transcendantal, pour Kant, ce qui appartient en propre aux structures de l\u2019esprit, structures antérieures à l\u2019expérience et capables de la conditionner.) Dans la pensée kantienne, il importe de distinguer trois ordres de considérations, sans jamais en négliger *Voir la deuxième et la troisième sections de la Dialectique transcendantale, dans la Critique de la raison pure. TRANSCENDANCE ET CONTINGENCE 585 un au profit d\u2019un autre, sous peine de mal interpréter ce vaste système, ou encore de n\u2019y rien comprendre.Il y a d'abord l\u2019ordre de la transcendance.Apparent dans la Première Critique, il devient manifeste dans les Fondements de la métaphysique des mœurs et surtout dans la Critique de la raison pratique.Il y a ensuite l\u2019ordre de l\u2019entendement.C\u2019est l\u2019étude des concepts, des jugements, de leurs relations avec d\u2019un côté la raison et d\u2019un autre côté avec la sensibilité, qui a son ordre propre, constitué d\u2019intuitions.L\u2019ordre de l\u2019entendement et celui de la sensibilité ne sont pas autonomes: si l\u2019on peut en théorie les envisager séparément, ils n\u2019existent qu\u2019en fonction l\u2019un de l\u2019autre, \u2014 pour produire la connaissance.Une connaissance purement sensible, uniquement intuitive, est inconcevable selon Kant, de même qu\u2019une connaissance uniquement conceptuelle lui paraît impossible.La contingence (temps, espace, phénomènes, expérience en général) est le principal objet de l\u2019entendement et de la sensibilité.La contingence forme une bonne partie du contenu de la Critique de la raison pure, livre qui pourtant nourrit la réflexion métaphysique depuis deux cents ans, et dont on n\u2019a pas fini d\u2019épuiser les possibilités philosophiques. LE FASCISME ROUGE DES MARXISTES DU ÛUÉBEC par Doris Lussier1 1.Animateur et comédien, l\u2019auteur est un ancien professeur de science politique. LE FASCISME ROUGE DES MARXISTES DU QUÉBEC 587 Ainsi donc, nous avons nos marxistes nous aussi.Encore une affaire pour donner la frousse à nos bourgeois et faire cailler le lait dans la poitrine de Gilberte Côté! Les marxistes ont investi nos universités, nos cégeps et nos syndicats, et ils mènent, grâce à la liberté totale d\u2019action que leur laisse notre société démocratique, un combat révolutionnaire dont le but non seulement avoué mais proclamé est de détruire l\u2019ordre actuel pour installer sur ses ruines la dictature du prolétariat.Pourtant c\u2019était à prévoir.À partir du moment où la société québécoise, sortie de l\u2019obscurantisme autoritaire dans lequel l\u2019avaient immobilisée les cléricalismes de l\u2019Église et de l\u2019État, donnait l\u2019usage de la parole aux citoyens, il devenait inévitable que ceux-ci en profitassent, les fous comme les fins, les démagogues comme les gens sérieux, les énervés comme les sages.Il faut de tout pour faire un monde, et nous avont droit nous aussi à notre quota d\u2019imbéciles, de farfelus et de jean-foutres pour nourrir notre folklore politique.Et puis c\u2019est un bienfait qu'ils aient le droit de se manifester comme ça, au moins, on sait où ils sont et ce qu\u2019ils veulent.Cela dit, reste le rôle véritable que les marxistes sont appelés à jouer au Québec.Ne nous leurrons pas, ils auront une audience et une influence ici comme ailleurs.Et pas seulement chez les intellectuels marginaux et les étudiants \u201cdévoyés\u201d.Car il y a beaucoup de vérité dans leur critique de notre société et une certaine séduction dans leur projet à eux.Et s\u2019il est rafraîchissant de les percevoir avec un certain humour, il serait malsain de ne pas les prendre au sérieux.Ils font partie de nous, ils sont nos concitoyens, et il ne tient qu\u2019à l\u2019intelligence des démocrates que le dialogue avec eux soit fécond et que leur apport politique soit en fin de compte positif.Le marxisme, c\u2019est trois choses: une méthode d\u2019analyse de la réalité; une théorie qui prétend expliquer la réalité; un projet de société qui veut transformer la réalité.En tant que méthode d\u2019analyse, le marxisme apporte un éclairage intéressant pour ne pas dire indispensable à 588 L'ACTION NATIONALE la recherche de la vérité.En tant que théorie qui explique la réalité en disant qu\u2019elle n\u2019est que de la matière en perpétuelle évolution, le marxisme est une hypothèse parmi d\u2019autres et il mérite le même traitement que les autres démarches de l\u2019intelligence humaine vers la connaissance du réel.En tant que projet politique, le marxisme est à la fois une doctrine et une \u201cpraxis\u201d.Il propose des fins et des moyens: Sa doctrine, c\u2019est le communisme et sa praxis, c\u2019est la révolution.Pour juger avec justesse et avec justice les hommes et leurs idées, il importe de ne jamais avoir peur des mots.Le communisme ici au Québec nous a toujours été présenté comme une invention du diable.Mais depuis que le diable ne fait quasiment plus peur aux Québécois, il est devenu possible de regarder le communisme sans verres fumés.Or le communisme, en soi, c\u2019est-à-dire non pas en tant que matérialisme \u2014 qu\u2019il n\u2019est pas nécessairement, remarquez bien \u2014, mais en tant que projet de société politique qui tend à assurer une juste distribution des biens sur la terre, est moralement aussi valable que bien d\u2019autres projets.Quand par exemple le communisme propose comme formule de justice économique: \u201cde chacun selon ses capacités et à chacun selon ses besoins\u201d, il rejoint directement la doctrine de saint Thomas d\u2019Aquin et la pensée des grandes encycliques pontificales qui affirment elles aussi la destination commune des biens matériels.C\u2019est objectivement plus noble en tout cas que la morale capitaliste du profit maximum quelles que soient les injustices sociales qui peuvent en découler.Dans l\u2019ordre de la moralité objective, si l\u2019on compare la valeur des fins qu\u2019ils poursuivent respectivement, le communisme est bien plus juste et plus humain que le capitalisme.C\u2019est sur le plan de la praxis que les marxistes déraillent et se fourvoient.Qu\u2019ils veuillent transformer radicalement la société par la révolution, moi, je dis bravo, il n\u2019y a rien là de scandaleux en soi: il y a des révolutions qui sont nécessaires.Mais qu\u2019ils veuillent le faire au prix de la liberté politique et au besoin par la violence, là je ne marche plus. LE FASCISME ROUGE DES MARXISTES DU QUÉBEC 589 Devant le mal politique contemporain les marxistes ont un diagnostic juste; mais le remède qu\u2019ils proposent pour le guérir empirerait le mal.Ce remède, il est contenu dans un mot: totalitarisme.Le vice essentiel du marxisme, c\u2019est de proposer un État totalitaire.Avec comme corollaire obligé une limitation inacceptable de la liberté des citoyens.Il n\u2019y a pas un démocrate qui peut accepter ça.Pour le démocrate, si la liberté a besoin de l\u2019autorité \u2014 même forte, si nécessaire \u2014 elle ne supporte pas la dictature.Pour lui la justice peut être instaurée dans le monde autrement qu'à l\u2019ombre de la police secrète et de l\u2019armée.Ce qui rend partout le marxisme suspect, c\u2019est moins son intention révolutionnaire, que sa méthode d\u2019action.Au lieu de chercher, par la parole civilisée, à convaincre les citoyens que leur projet de société est le meilleur, ils s\u2019ingénient, avec une incompréhensible méconnaissance de la plus élémentaire psychologie populaire, à tout faire pour rebuter ceux qu\u2019ils veulent persuader.C\u2019est navrant de les voir agir.Je pense à leur dogmatisme intransigeant, leur idéologie abstruse, leur vocabulaire hermétique, leur militantisme religieux, leurs rengaines éculées sur la lutte des classes, leur tactique de pourrissement systématique de tout ce qui a à ieurs yeux le malheur de bien marcher, leur hantise pathologique de bloquer le système en pratiquant toujours la politique du pire, leur théorie du \u201cpouvoir au bout du fusil\u201d, bref, tout ce qui fait que leur mouvement est devenu un fascisme rouge.Et je ne parle pas de tout ce qui les rend aussi ridicules que nos ineffables \u201cbérets blancs\u201d: leurs allures de croisés, de conspirateurs à la manque, de don Quichottes politiques, leur mentalité d\u2019Église militante, intégriste et intolérante, leur manie de s\u2019excommunier entre eux et de se diviser en autant de chapelles idéologiques qu\u2019ils ont de déviations intellectuelles, en un mot, tout le folklore du rédemptorisme communiste.Ça fait kétaine à mourir.Et je ne comprendrai jamais comment il peut se faire que des gens exceptionnellement brillants par ailleurs donnent tête baissée dans ce messianisme de pacotille avec une ardeur de premiers chrétiens.Le marxisme est vraiment l\u2019opium des intellectuels. 590 L\u2019ACTION NATIONALE Je défendrai leur droit à la parole et à l\u2019action démocratique.Mais je trouve pitoyable et tristement infantile le goût congénital que semblent avoir plusieurs d\u2019entre eux de foutre la merde partout où ils peuvent dans le seul but de \u201cfucker le système\u201d, comme ils disent gentiment, et de faire suer les capitalistes.Comme stratégie révolutionnaire, je trouve ça plus fou qu\u2019efficace.Car enfin, s\u2019ils veulent que le peuple épouse leurs idées, ce n\u2019est pas en lui faisant peur qu\u2019ils vont y parvenir.Je doute fort que leur succès aillent très loin chez nous.Outre que le tempérament des Québécois se prête de moins en moins à l\u2019emprisonnement de l\u2019esprit dans des orthodoxies fanatiques et à la conscription pour les croisades, le fait que nous vivions en Amérique du Nord, c\u2019est-à-dire selon une philosophie politique et dans une structure économique qui nous ont quand même valu, malgré leurs graves limitations, un certain état de liberté et de prospérité, rend plutôt problématique leur chance de large percée dans le peuple.La raison pour laquelle, selon moi, ils ne réussiront pas de sitôt ici, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de situation objectivement révolutionnaire au Québec.Et ce n\u2019est pas en chauffant à blanc le cerveau de quelques centaines d\u2019étudiants et de professeurs ni en masturbant le militantisme de quelques centaines de syndiqués en mal d\u2019activisme qu\u2019on va en créer une artificiellement.Une révolution, ça se produit quand il y a dans la réalité des raisons objectives d\u2019explosion populaire.Ce n\u2019est pas le cas ici au Québec où même nos pauvres sont loin du \u201clumpen-proletariat\u201d.Leur propagande a beau être intense et continuelle, la réalité québécoise y est moins perméable que les marxistes ne le croient.De plus, \u2014 je ne sais pas s\u2019ils le savent bien, \u2014 tous les groupes marxistes d\u2019ici sont infiltrés \u201cà mort\u201d et admirablement manipulés par notre chère et exemplaire G.R.C.Le pouvoir fédéral les utilise en ce moment parce qu\u2019il les considère (avec raison) comme ses alliés objectifs dans sa lutte contre la libération politique du Québec.Il tient sans doute aussi plusieurs d\u2019entre eux pour les mercenaires rêvés qu\u2019il peut payer comme éven- LE FASCISME ROUGE DES MARXISTES DU QUÉBEC 59-] tuels agents provocateurs servant à déstabiliser le pouvoir québécois.La grande pitié de nos marxistes, ce n\u2019est pas qu\u2019ils soient marxistes (à condition qu\u2019ils acceptent la règle de la démocratie, ils ont le droit comme tous les autres citoyens de dire ce qu\u2019ils pensent), c\u2019est qu\u2019ils sont en danger de ne plus être Québécois.Ils sont aliénés par leur propre idéologie.Ils deviennent \u201cautres\u201d que ce qu\u2019ils sont.Leurs idées leur font perdre le sens de leur appartenance naturelle à la nation, cette famille dont ils sont pourtant les enfants eux aussi.Leur internationalisme les a déracinés de la terre de chez nous, et notre nationalisme, pourtant si sain, est considéré par eux comme réactionnaire.Leur marxisme en a fait des \u201cétrangers\u201d à qui la tête a fait perdre le cœur.Ils sont devenus des \u201cémigrés de l\u2019intérieur\u201d.Dommage.Il y en a beaucoup parmi eux qui auraient pu devenir les éléments les plus valables de notre révolution démocratique.Mais tout n\u2019est pas fini, tout commence au Québec.? LE PROJET CONSTITUTIONNEL, RÉFORME OU CONTRE-RÉFORME?par René Blanchard1 1.M.René Blanchard est animateur de la Société nationale du Centre du Québec (Drummondville).Avec l\u2019aide de politicologues et d\u2019universitaires, il a publié deux magnifiques études sur le Livre beige, de Claude Ryan, portant sur les aspects culturels et économiques (449, rue Notre-Dame, Drummondville, P.Q.J2B 2K9). LE PROJET CONSTITUTIONNEL, 593 Le projet Trudeau de réforme constitutionnelle vise le Québec comme foyer national et les Canadiens-français comme peuple.Comment s\u2019y opposer?La situation du nationalisme n\u2019est pas brillante.Elle ressemble à la situation des années 50: les grandes années de Cité Libre.Nous sommes divisés sur la notion de nation, sur la souveraineté, sur le fédéralisme, sur le pays à faire.Le résultat du référendum a créé une ambiguïté terrible.Les groupes anglophones et pro-fédéralistes du Québec ont été puissamment aidés de l\u2019extérieur.Le Canada a vaincu le Québec, grâce à des collaborateurs sans vision.Les Québécois francophones ont été investis de l\u2019intérieur et pendant que les collaborateurs se cachent, les résistants se terrent.Sans l\u2019unanimité interne, le gouvernement Québécois n\u2019obtiendra rien à Ottawa.L\u2019histoire l\u2019a prouvé.L\u2019aveugle esprit de parti des Québécois joue encore une fois contre eux.En 1965, les nationalistes combattaient farouchement ceux qui voulaient un statut particulier.Aujourd\u2019hui, ils demandent presque humblement un régime particulier pour le Québec.Le Livre beige a fait son oeuvre! Loin de parler d\u2019accroître les droits du Québec en matière linguistique et culturelle dans une nouvelle constitution, les groupements pour les droits politiques parlent maintenant \u201cde ne rien sacrifier ni réduire quant aux droits essentiels et inaliénables du Québec\u2019\u2019.C\u2019est la preuve que le Québec n\u2019a pas évolué politiquement depuis 1867, il est même en perte de vitesse.L\u2019esprit de survivance est plus obnubilant que jamais, aucun progrès n\u2019a été fait du côté de la maturité politique.Au contraire, l\u2019ignorance populaire d\u2019aujourd\u2019hui est plus dangereuse que les calculs intéressés des élites d\u2019hier.Et dans de telles conditions, comment notre sort pourra-t-il être meilleur qu\u2019en 1867?Car on puise la force morale là où elle est, et où est la force morale des Canadiens-français?Autrefois les valeurs religieuses entretenaient cette force.Le nationalisme y puisait rapidement un moindre 594 L'ACTION NATIONALE besoin.Le clergé était vite sur la brèche, prêt au combat, articulé et rompu à la sémantique.Mais aujourd\u2019hui, où le nationalisme puiserait-il sa dynamique?La C.E.Q.fournira-t-elle des leaders éclairés comme le faisaient les anciennes structures de l\u2019enseignement?Le plus grave, c\u2019est que beaucoup de Canadiens-français semblent se faire à l\u2019idée de n\u2019avoir pas de pays, de n\u2019être pas maîtres chez-eux, de laisser les autres décider de leur condition nationale, se refusant l\u2019autodétermination et l\u2019existence comme nation.Ils se nourrissent de slogan, de promesses: \u201cParle fort Québec\u201d, \u201cIl y aura des changements\u201d, \u201cJ\u2019y suis, j\u2019y reste\u201d.Même les dirigeants du parti Québécois ne sont plus sûrs que le droit de posséder un pays et de s\u2019y autodéter-miner est présent et politiquement rentable auprès des Québécois comme auprès des peuples qui ont une âme et une conscience nationales.Il recule sans cesse \u2014 l\u2019apathie du peuple l\u2019entraîne à des stratégies démobilisantes.Comment un peuple peut-il espérer prendre sa place de cette façon?Contrairement, le peuple juif a su, au cours de sa quête d\u2019un pays, appuyer ses leaders et leur commander même une irréductibilité farouche.S\u2019ajoute à ce tableau le fait que peu de Québécois sont conscients que le Québec détient la seule carte maîtresse de la nation canadienne-française, la carte politique et qu\u2019ils ont le devoir d\u2019exercer le droit à l\u2019autodétermination pour tous les Canadiens-français.Aucun peuple ne peut se défendre, défendre ses fils, sans un point d\u2019appui politique établi sur un territoire national.C\u2019est l\u2019évidence même.La démonstration la plus éclatante, faite obligatoirement par-dessus la tête des juristes et des pratiques du droit international, est celle d\u2019Israël, depuis 1945.C\u2019est un truisme de dire que le monde a bien changé depuis 1867! LE PROJET CONSTITUTIONNEL, 595 L\u2019évolution historique démontre que la légitime défense des peuples passe aujourd'hui par l\u2019existence politique autonome, par la présence à l\u2019ONU et aux conférences internationales.Penser autrement, c\u2019est ne pas admettre la réalité.C\u2019est confondre théorie et pratique.C\u2019est développer un humaniste éthéré, un espèce d\u2019universaliste qui a bien sa place en théodicée naturelle, où la référence à l\u2019universalité s\u2019établit à partir de l\u2019égale dignité des enfants de Dieu.Mais, en politique, tel n'est pas le cas.Le péché capital des intellectuels est de vouloir convertir de force tout le monde, à leur conception humaniste.Le Premier ministre du Canada est en ce sens un simplificateur dangereux.En plus de provoquer le fanatisme, cette attitude idéaliste conduit à des accrocs terribles aux libertés et à la condition humaine que l\u2019on veut servir.L\u2019histoire contemporaine est riche en leçons où la recherche du mieux se fait ennemi du bien.Le comportement des dirigeants fédéraux et du Premier ministre Trudeau, en particulier, porte à croire qu ils voudraient que le Canada ajoute un chapitre à la triste histoire des idéologies politiques qui ont endolorie l\u2019humanité durant les 150 dernières années.Est-il si difficile de comprendre qu\u2019en démocratie il n\u2019y a plus de place pour le potentat moyenâgeux, le roi de droit divin, le tyran investi du pouvoir de gouverner selon ses désirs, ses phobies, ses philosophies ou ses folies?Mais s\u2019interroge-t-on vraiment sur la démocratie, sur ses exigences profondes autant chez les gouvernants que chez les gouvernés?La démocratie a justement voulu mettre fin au pouvoir personnel, au mythe du roi, fut-il parfois intelligent et bon, pour ne plus risquer un Néron, une Agrippine, un Louis XVI ou un Jean Sans Terre.L\u2019évolution peut-elle être réelle si elle ne vient pas de la base, par fa volonté de citoyens formés aux choses 596 L'ACTION NATIONALE politiques, non par le dictât ou des décisions unilatérales d\u2019un premier ministre qui succombe à la tentation de monter sur des trônes que les peuples ont définitivement bannis, ou d\u2019ériger des chartes ou des constitutions en monuments personnels?Régner est aujourd\u2019hui une insulte à l\u2019histoire, à révolution universelle.C\u2019est admettre qu\u2019on n\u2019a pas su créer et organiser la démocratie, ou encore qu\u2019on est en face d\u2019un système qui ne permet pas d\u2019en assurer le dynamisme fécond.Il en va également du règne des partis politiques qui est tout aussi dépassé et néfaste.Il est tout aussi contraire à l\u2019esprit démocrate de devenir sujet d\u2019un parti ou d\u2019un chef de parti, que sujet d\u2019un individu sacralisé par la navrante pratique de la couronne héréditaire et de droit divin.L\u2019homme moderne, privé d\u2019enseignement politique, est sujet à la confusion politique.La raison en est évidente: le système économique fait assumer à l\u2019État le dressage technique, mais le même État, contrôlé par les puissances économiques, n\u2019assure pas la formation politique du citoyen.Un endoctrinement simpliste le conditionne au système en place.L\u2019ignorance de la science politique semble encore être la meilleure façon de contrer l\u2019évolution des masses vers des formes de vie sociale progressives.Pourtant dans les autres sciences, la recherche, l\u2019observation et l\u2019expérimentation sont reconnues comme les cheminements nécessaires au progrès.Malheureusement, une telle constatation vaut surtout pour le Canada, où le progrès politique est bloqué.Le système actuel ne génère que des changements insignifiants, parce que ceux qui en détiennent les commandes ne peuvent en assumer le ressourcement.Déplacer les pouvoirs d\u2019un palier de gouvernement à un autre est une fumisterie, non un progrès.Quel homme, quelle femme de bon sens n\u2019admettront pas que toute évolution politique exige en LE PROJET CONSTITUTIONNEL,.597 démocratie, le respect intégral de l\u2019égalité de tous, la disparition du racisme, de l\u2019oligarchisme, du contrôle occulte.De quelle qualité est la liberté d\u2019un citoyen envers un État qui s\u2019est fait pourvoyeur plutôt que protecteur, garde-chiourne d\u2019intérêts particuliers, de privilèges, d\u2019une bureaucratie toute puissante qui a transformé l\u2019état fédéral en vache à lait, devant laquelle une meute famélique a perdu tout sens critique.Dans de telle condition, la qualité politique est-elle possible au Canada?Il faut en douter, et pour longtemps, aussi longtemps que le cynisme et l\u2019arrogance seront de meilleurs atouts pour l\u2019homme d\u2019état, que l\u2019esprit démocrate, la volonté d\u2019association et de compromis, dans l\u2019égalité et la réciprocité qui ont marqué le début de la Confédération.Pour les Canadiens-français, devra-t-on dire après M.Trudeau, que l\u2019avenir était hier?À moins que la chaleur du nationalisme Québécois fasse fondre la cire qui attache les ailes de ce nouvel Ichare Canadian! Chronique de la langue au Québec LES PROPOS DE L'ILLETTRÉ' * L\u2019auteur n\u2019endosse qu'avec une crainte révérentielle ce nom-de-plume illustré jadis par un Pierre Daviault, mais qui méritait de revivre, et dont la série mensuelle qu'annonce le présent article, se veut un hommage posthume au porteur premier du pseudonyme. LES PROPOS DE L'ILLETTRE 599 Ivory/lvoire Halo Voix passive Mercredi Skimme(u)r Sande(u)r Il y a plusieurs semaines, dans les colonnes d\u2019une tribune libre bien cotée d\u2019un journal local, une lectrice éplorée, en plein climat post-référendaire, conjurait à hauts cris quiconque voulait bien l\u2019ouïr: M\u2019expliquera-t-on, enfin, ce qu\u2019est l\u2019assimilation?Qui peut me dire ce que c\u2019est qu\u2019être assimilé?Et ainsi de suite.De ces interrogations éperdues naquit l\u2019idée de la présente chronique.Pour nous en tenir au strict point de vue de la langue, l\u2019assimilation, c\u2019est parler, et surtout entendre, un langage immergé de mots hybrides, voire purement étrangers, donc ayant évacué tout contenu culturel pour les victimes de cette gigantesque asphyxie intellectuelle et spirituelle.Bref, en regard du ciel traditionnel promis: les limbes, quoi! une vie mutilée, tronquée, diminuée par le sommet.N\u2019en déplaise à la définition pourtant vivace d\u2019un Lionel Groulx: Le Canadien-Français, le plus inassimilable après le Juif.Nos chères Yvettes n\u2019auront pas de mal à me suivre si j\u2019aborde sans plus la question des savons de ménage: Tide, Crest, Punch, All.Je viens en particulier à la populaire marque Ivory.Dans les provinces anglophones, tout le monde prononce simplement à l\u2019anglaise, et le tour est joué.Je veux dire que, la francisation du vocable leur étant officiellement interdite, le contenu intellectuel, bien qu\u2019anglais, atteint quand même la matière grise des Français anglophones du reste du Canada.J\u2019eus au Québec la stupeur de voir prononcer Ivory, à la française.Or, que signifie, je vous prie, à l\u2019esprit québécois unilingue, ce mot qui n\u2019a plus rien de commun avec l\u2019ivoire originel, notion de blancheur, d\u2019opulence laiteuse, de splendeur immaculée, des palais ivoirins du Psaume 44/45?Mais il y a pire qu'Ivory.Je songe au shampooing Halo (Hélo).Nous voici en présence de l\u2019homographe par- 600 L'ACTION NATIONALE fait d\u2019une langue à l\u2019autre, le mot s\u2019écrivant de la même manière en anglais et en français.Sauf que le francophone dit Halo (Halo).Voyons donc voir la réclame télévisée, traduite dans notre langue, s\u2019il vous plaît, autour du produit que l\u2019on ose y désigner comme le shampooing Halo (Hélo), à l\u2019anglaise, au mépris de la définition du dictionnaire: cercle lumineux, couronne brillante qui ceint la tête, auréole, nimbe de gloire et de beauté alentour de la chevelure.Toujours à propos de réclame télévisée.On m\u2019invitait récemment à de fameux Soldes des Fêtes dans le centre-ville: mobiliers de grand et de moyen luxes, au choix du client.\u201cTout est vendu, proclamait-on (avec rabais de 20 à 40 pour cent).\u201d En ce cas, pourquoi me déplacer?Il fallait dire, non au passif, mais au pronominal: Tout se vend.Si tout est vendu, je me recroise les bras et reste tout bonnement à la maison.Un directeur de salle de cinéma s\u2019inquiète de savoir si mercredi est invariable ou prend la marque du pluriel dans l\u2019expression: Tous les mercredi(s) soirs.La solution n\u2019est-elle pas des plus simples?Pourquoi ne pas dire, tout simplement: Le mercredi soir, ce qui signifie, en fait, mercredi soir de chaque semaine.Au fond d\u2019un jardin, fin juin, lors de la remise en place annuelle d\u2019une piscine, un dialogue s\u2019engage sur le ton enjoué.Au jeune compatriote unilingue déjà à l\u2019œuvre sur le terrain, un jeune voisin, Français de France, très aimablement, pour un quart d\u2019heure, s\u2019amène prêter main-forte: As-tu ta crépine, au moins?\u2014 Ma.quoi?\u2014 Attends.Toi, tu dois appeler ça.ton \u201csquimmeur\u201d.As-tu ta ponceuse?\u2014 Comment?\u2014 Pardon, toi, tu dois appeler ça.ton \u201csandeur\u201d.As-tu.?\u2014 Les m.s Françâs! L'ASSUREUR-VIE DANS LA CITÉ par Jean Genest1 1.Conférence aux assureurs de l\u2019Estrie, le 19 septembre 1980. 602 L\u2019ACTION NATIONALE Votre première question doit provenir d\u2019une certaine curiosité: \u201cQue vient faire ici un Jésuite?Qu\u2019a-t-il à dire à des hommes d\u2019affaires comme nous?\u201d Aurait-on fait un mauvais choix?N\u2019aurait-on pas dû choisir le président d\u2019une grande compagnie, un ministre ou un haut fonctionnaire, gens qui passent leur vie dans les questions économiques et qui, de temps en temps, donnent des indications utiles?Personne ne nie donc qu\u2019un meilleur choix eut été possible.Mais il aurait été moins original! Comme vous, je suis expert en assurances, sur la vie.Comme vous, je cherche partout une clientèle.Comme vous, je manque bien souvent mes cibles.Peut-être même plus souvent que vous! En effet, je vends des assurances sur l\u2019éternité.Je veux assurer tous ceux qui cherchent le bonheur absolu et définitif.Et vous, vous assurez tous ceux qui aiment bien cette vie-ci, comme une vieillesse confortable, des héritiers à l\u2019aise, le paiement des dettes et que sais-je encore?Bien de nos arguments sont semblables.En cours de route, je vous présenterai quelques différences.Profil d\u2019une clientèle Quel est votre public?Le public des assureurs-vie est, de préférence, celui des jeunes mariés.Ceux-là, même si notre civilisation des polyvalentes ne leur a pas appris l\u2019orthographe, possèdent quelque idée de la vie et, surtout, des responsabilités, qu\u2019entraînent la vie et une famille.Ce public préféré ne doit pas nécessairement être riche mais vous aimez trouver chez lui les qualités d'assiduité au travail et un revenu assuré.Vous n\u2019aimez pas les nomades, les vagabonds, les communards, les gens sans ressources connues.Honnêteté et travail sont, pour vous, des vertus essentielles.En effet, sans elles, que feriez-vous, que ferions-nous tous?Vous êtes pour une civilisation du travail et du salaire vital pour tous.Or, ces éléments sont très répandus.Votre clientèle, d\u2019après les publications du surintendant des assurances, dans ses statistiques de 1978, représente 3,000,000 de Québécois assurés'Sur la vie.En termes économiques, cela représente plus de douze milliards en nouvelles assurances et un milliard et demi de dollars en primes L\u2019ASSUREUR-VIE DANS LA CITÉ 603 versées en 1978, à vos compagnies, aux mutuelles et aux coopératives d\u2019assurances-vie, qui font affaire au Québec.Environ la moitié de la population du Québec paierait en assurances-vie, un trentième du produit national brut.Il y a là un fait majeur: ensemble, les assureurs-vie représentent, au Québec, une puissance sociale et une puissance économique de très grande importance.Pourtant cela ne décrit pas tout votre impact sur la Cité.Ainsi, on calcule qu\u2019en 1978, les entreprises d\u2019assurances-vie auraient investi plus de dix milliards de dollars dans l\u2019économie du Québec, 27% en obligations des différents gouvernements, 31% en hypothèques et 37% en titres de sociétés.L\u2019État avec ses difficultés chroniques, l\u2019industrie et la famille avec leurs difficultés temporaires, trouvent en vous une aide puissante.Ce rôle est trop peu connu car les entreprises d\u2019assurances sont dispersées, concurrentielles, sans unité et sans programme social d\u2019envergure.Le fractionnement de vos entreprises enlève à votre voix, la vigueur et la planification désirables.Toutefois, notre tableau d'ensemble est un pré-requis à tout programme d'action dans la Cité.Vous représentez donc dans la Cité, une force de stabilisation et une force de motivation pour maintenir la continuité entre les générations, la sécurité par les investissements et un gage de progrès pour tant de projets où vous êtes présents comme des partenaires silencieux.D\u2019abord auprès des individus que vous assurez: la vente d\u2019une assurance-vie à un jeune couple défuse, chez nos jeunes de la classe moyenne, ce qui peut leur rester du complexe d\u2019Oedipe.Bien des jeunes deviendraient révolutionnaires, voudraient se débarrasser rapidement de leur père ou de leur mère pour toucher un capital sous forme d\u2019héritage.Ou chômeurs, ils voudraient l\u2019euthanasie pour tous les plus âgés, afin d\u2019avoir la sécurité d\u2019emploi et un revenu assuré.A cette jeunesse-sans-limites, l'assureur-vie garantit, sous forme d'une assurance, la capacité de surmonter le complexe d\u2019Oedipe car, alors, chaque jeune peut devenir à lui-même son propre père, le propre père de son avenir.La 604 L'ACTION NATIONALE jeunesse, avec vos garanties, est appelée à forger elle-même son avenir et sa sécurité.Vous corrigez ainsi les rêves, les impulsions et les actions déviantes.Vous rendez plus attrayante la vie sociale et l\u2019adaptation à la vie de citoyen.Vous donnez, du moins aux prévoyants et aux raisonnables, la capacité d\u2019envisager un bonheur humain et vous libérez des énergies pour des travaux utiles à la société.Puis grâce au très grand nombre de clients que les entreprises privées ont assuré, vous avez acquis une vaste expérience.Vous avez été, et vous continuez à l\u2019être, les pionniers d\u2019un fondamental travail d\u2019éducation sociale.Vous avez montré, à au moins la moitié de la population québécoise, que les responsabilités économiques rendent les familles saines et fortes.Non seulement les adultes sont devenus plus responsables et sûrs d\u2019eux-mêmes mais ils sont devenus plus capables d\u2019entreprendre et de défier les coups du sort.Par ce type d\u2019éducation, vous avez apporté un correctif au capitalisme libéral.Ses principes du laisser-faire et du laisser-passer mettaient les masses à la merci des barons financiers et des écumeurs-pirates.Au fur et à mesure que se développaient les classes moyennes, vous les avez intéressées à se délivrer du cycle des sept vaches grasses et des sept vaches maigres.Vous avez enseigné à planifier une vie entière et à prévoir une vieillesse à l\u2019abri du besoin, grâce à l\u2019épargne systématique.Sans ce travail d\u2019éducation, les déclarations des Nations unies et nos Commissions des droits de l\u2019homme resteraient vaines car la générosité des intentions proclament plus de droits que de possibilités de les exercer.Rien ne remplace la sécurité et la force tranquille que donne la propriété d\u2019une assurance sur la vie.Regroupées par des compagnies, des mutuelles et des coopératives, nos familles évitent les désastres qui, hier, les mettaient à la merci de petits potentats grugeurs et des grands Nabuchodonosors de tous les temps.Les socialistes, par une juste opposition à ces cancers du capitalisme libéral, ont voulu changer les assurances commerciales en assurances sociales.Faire de l\u2019État la puissance capable de distribuer le bonheur à L\u2019ASSUREUR-VIE DANS LA CITE 605 tous, du berceau à la tombe.L\u2019État est devenu, chez eux, la Providence universelle.Au lieu d\u2019éduquer chaque personne au plein usage de sa liberté et de la convaincre de ses responsabilités, il a préféré obliger tout le monde, imposer à tous.Sous sa face extrémiste et marxiste, il tombe infailliblement dans le totalitarisme, lequel habitue tout le monde à la dépendance et à l\u2019aliénation.Les Juifs de Russie qui arrivent en Israël et les Cubains qui débarquent en Floride manifestent des signes surprenants d\u2019atrophie de leurs ressources humaines: ils ont été si habitués à tout attendre de l\u2019État et à patienter dans les longues filées exigées par les bureaucraties, qu\u2019ils paraissent avoir oublié ce fait: c\u2019est la personne humaine qui est la source des décisions, c\u2019est la personne humaine qui est le point de départ des entreprises.Votre importance passée n\u2019arrive pas à cacher que nous sommes arrivés à une sorte de plateau économique, plein d\u2019embûches et de désillusions.Nous n\u2019avons pas encore à craindre une guerre qui détruirait dossiers et coffre-forts et nous entraînerait à une banqueroute forcée.Mais nous rencontrons, de plein fouet, deux circonstances qui remettent en question votre place dans la Cité.Il s\u2019agit de l\u2019inflation sans limites visibles et du rôle envahissant de l\u2019État.Considérons d\u2019abord l\u2019inflation.I \u2014 L\u2019inflation Dans le monde actuel, comme assureur pour la vie éternelle, je ne puis pas dire que je crains l\u2019inflation.Je présente le bonheur éternel, le bien absolu: en cela il ne peut y avoir d'inflation.Mais, à cause de l\u2019athéisme et de l\u2019indifférence contemporains, je rencontre plutôt une récession des convictions religieuses et des forces spirituelles.Actuellement je dois traverser un temps de dépression.Et ce n\u2019est pas drôle! C\u2019est tout le contraire pour les assureurs-vie.Vous rencontrez une inflation galopante.C\u2019est que le monde industriel contemporain ne peut vivre sans de terribles quantités de ressources matérielles et de ressources énergétiques.Autrefois, pour en prendre possession, les peuples de la terre, n\u2019hésitaient pas à faire la guerre, à s\u2019emparer de territoires et à exploiter les voisins jusqu\u2019à 606 L'ACTION NATIONALE \u201cla corde\u2019\u2019.Aujourd\u2019hui les nations d\u2019Occident préfèrent payer.Mais jusqu\u2019à quand?L\u2019inflation n\u2019est pas drôle! Les pays industrialisés maintiennent de grandes armées.Ils assument des politiques sociales contre le chômage et la maladie, pour la famille et la vieillesse, pour l\u2019éducation et le bien-être social et tout cela nous conduit au point critique du craquement financier.Les inquiétudes du monde occidental sont aiguës; pendant combien de temps encore pourront-ils faire face à toutes les obligations assumées au 20e siècle?Payer les matières premières nécessaires pour nos industries et payer les différentes forces d\u2019énergie qui font marcher nos industries, exige des capitaux et des impôts qui augmentent au-delà du tolérable.Nous payons en prix de plus en plus élevés et en bureaucratie de plus en plus complexe et coûteuse.Payer nos impôts à l\u2019Etat devient si primordial qu\u2019il ne nous reste plus rien pour payer nos mensualités aux entreprises d\u2019assurances-vie.Là est la tragédie.Il y a vingt ans, combien de compagnies d\u2019assurances-vie promettaient à leurs clients ou sociétaires, un revenu de $300 par mois à partir de 65 ans.Promesse publicitaire qui signifiait le bonheur en 1960.Aujourd\u2019hui, elle ne signifie plus rien car le citoyen contemporain connaît bien la valeur de l\u2019argent en 1980 mais il ignore totalement la valeur de ce même argent dans dix ou vingt ans d\u2019ici.Inquiet et désorienté, notre contemporain perd le sens de l\u2019épargne et acquiert le sens de la dépense, le goût du crédit.L\u2019emprunt, même à des taux d\u2019intérêt prohibitifs, demeure une tentation permanente.Il voyage, achète une automobile, une maison à la campagne et il s\u2019intéresse moins à l\u2019assurance-vie, aux résultats trop lointains.L\u2019argent, en perdant toute stabilité, nous donne un avenir incertain.On se réfugie dans l\u2019immédiat.L\u2019âge d\u2019or de l\u2019assurance serait-il passé?L'inflation, à cause de la flambée des matières premières dont les plus connues sont le pétrole, le blé, les métaux, le bois, l\u2019or, enlève jusqu\u2019à la capacité d\u2019épargner.De plus en plus, se diffuse L\u2019ASSUREUR-VIE DANS LA CITÉ 607 l\u2019idée subtile qu\u2019il revient à l\u2019État de s\u2019occuper de l\u2019avenir.Revenons-nous à la fable de Lafontaine où les animaux se cherchaient un roi?L\u2019homme moderne n assimile-t-il pas l\u2019enfant à un voleur de son bien-être familial?Le travail de la femme ne favorise-t-il pas moins I arrivée de l\u2019enfant, qu\u2019un super confort matériel.Ces trois menaces nous tenaillent.Plus s\u2019allonge la période où l\u2019argent perd de sa valeur, plus nombreuses deviennent les justifications exigeant des hausses de salaires.La justice sociale nous oblige à accepter la plupart du temps ces hausses de salaires mais cela ne favorise pas, semble-t-il, un plus grand nombre d\u2019assurances-vie.On accuse volontiers les pays producteurs et les entreprises de distribution du pétrole, de l\u2019inflation économique mondiale mais, il faut tenir compte aussi des hausses du blé et des céréales, du minerai de fer, du bois, du cuivre, etc.L\u2019humanité ne dépense-t-elle pas près de cinq cent milliards de dollars en armements de toutes sortes?Nous y gaspillons nos richesses naturelles de telle sorte qu il n y a pas seulement les baleines, les phoques et les aigles condors à être ménagés d'extinction mais aussi toutes nos richesses naturelles car l\u2019homme moderne apprend durement que sa planète est très petite et que les richesses qu\u2019elle transporte, ne sont pas indéfinies ni indéfiniment renouvelables.Devant une humanité inquiète, fébrile et gourmande, l\u2019inflation joue un rôle de déséquilibre et de déstabilisation.L\u2019homme et la femme planifient avec moins de \u201craison\u201d et avec moins de portée.Ces attitudes domineront vraisemblablement cette décennie.L\u2019assurance-vie sera d\u2019autant plus frappée que la natalité n\u2019augmentera pas la population et la clientèle éventuelle.Il \u2014 L\u2019État Mais ce qui rend la vie des assureurs-vie encore plus difficile, c\u2019est la concurrence que les entreprises privées, mutuelles et coopératives doivent subir de la part de l\u2019État.Son action sociale ne cesse de s\u2019étendre.L\u2019Etat est même devenu le principal assureur général.Quelles sont les raisons de cette montée fulgurante de l\u2019État, 608 L\u2019ACTION NATIONALE dans les pays industrialisés, en ce qui reqarde l\u2019assurance?Cette ingérence de l\u2019État dans le domaine social demeure une des grandes caractéristiques de notre vingtième siècle.La grande crise économique de 1929 à 1939, la diffusion de la pensée socialiste et les deux grandes guerres mondiales sont les causes principales de I action étendue de l\u2019État dans le domaine des assurances.Dès 1920, un socialiste français, M Albert Thomas, fonde et dirige, de 1920 à 1932, le Bureau international du travail (BIT).Son rôle fut énorme à cause de la chaire internationale qu\u2019il occupait à Genève.C\u2019est lui qui, par un souci humanitaire très profond, dégagea les six grandes caractéristiques de tout régime de sécurité sociale: être obligatoire, universel, général, distributif gratuit et étatisé.En Angleterre, en pleine guerre, un autre socialiste, Lord William Henry Beveridge, écrivit un plan de sécurité sociale selon lequel tout Anglais se voyait protégé du berceau à la tombe par l\u2019État.Le Canada suivit cet exemple et l\u2019appliqua sans une once d\u2019originalité.À cause de la confusion des pouvoirs, les questions sociales créèrent une situation spéciale.En principe de philosophie fédérative, les questions sociales devraient relever des provinces mais le gouvernement d\u2019Ottawa prit les devants.Il utilisa l\u2019universalité et la généralité du bien-être social pour accélérer sa centralisation.Il justifiait ainsi sa mainmise sur les impôts directs concédés par les provinces à l\u2019occasion de la guerre.Il débalance les délicats rouages des pouvoirs entre les provinces et le gouvernement central.Il remet en question le fédéralisme.Nous voici au Canada avec un régime obligatoire, universel, général, gratuit et étatisé de bien-être social! La moitié de notre population recourt encore aux entreprises privées pour assurer son avenir mais l\u2019autre moitié, celle qui a été négligée, qui n\u2019a pas de revenus suffisants, celle qui crée le problème social, dépend entièrement de l\u2019État.Pensons, par exemple, aux gens de l\u2019âge d\u2019or. L\u2019ASSUREUR-VIE DANS LA CITÉ 609 L\u2019État, sous la pression des circonstances, par humanitarisme aussi, est venu à l\u2019aide des plus démunis.Il a appliqué les grandes règles du socialisme généreux, l\u2019égalité entre les hommes n\u2019exige-t-elle pas une administration universelle du bien-être social?Ce que I initiative privée n\u2019a pas pu ou n\u2019a pas su entreprendre, I Etat l\u2019a fait avec vigueur.Le résultat de ces mesures, c\u2019est que les programmes sociaux obèrent tellement les budgets du fédéral et des provinces que le citoyen canadien est un des plus taxés dans le monde.Délivré de la misère, il est content de dépendre.Mais parfois il semble qu\u2019une guerre future fera s\u2019écrouler toutes les assurances de l\u2019État comme un paquet de cartes.Le travail et le salaire sont généralement bons au Canada mais le quotient de jouissance est assez réduit, précisément à cause des impôts.Les jeunes s\u2019opposent aux plus âgés.Les classes moyennes voient la précarité de leur situation.Par les impôts d\u2019un côté et par la politique distributive de l\u2019État, elles se voient menacées d\u2019extinction.Si nos classes industrieuses disparaissent, l\u2019État n\u2019aura fait qu\u2019augmenter la masse des dépendants absolus.L\u2019accoutumance au régime des assurances par l\u2019État nous conduit à une nouvelle conception du citoyen.Habitué graduellement à la tutelle de l'État, à ses impôts, il se croit de plus en plus dispensé d\u2019organiser sa vie.A l\u2019État d'y voir, répond-on.Les jeunes se présentent au travail en demandant des salaires exhorbitants.Les grèves font miroiter chez les grévistes des possibilités de régler toutes les difficultés de la vie par des exigences qui dépassent les bornes.Bref, le travail, la compétence, l\u2019épargne, la patience pour constituer un capital, perdent leur importance.On pratique l\u2019absentéisme, le gaspillage et un certain m\u2019enfichisme généralisé.Le sens social s\u2019émousse.L\u2019individu ne se sent plus responsable de l\u2019organisation de sa vie ni de son vieil âge.Il s habitue très tôt à crier vers l\u2019État.Impatient, il parle de lutte des classes.Il simplifie tous les problèmes.Les volontés perdent leur efficacité.La fibre morale se brise facilement.Il y a comme une mise en tutelle générale.Les changements sociaux ont entraîné un changement des structures mentales. 610 L\u2019ACTION NATIONALE Les assureurs-vie ont donc à faire face à ces bouleversements sociaux et culturels.Ils doivent trouver leur place dans un monde divisé entre les initiatives privées et les initiatives d\u2019État.En termes clairs, cela veut dire que votre politique ne doit plus s\u2019adresser seulement aux individus, aux familles et aux petits groupes sociaux mais elle doit envisager les problèmes de fond.Vous avez à faire valoir quelques idées essentielles à vos fins.J\u2019en vois deux principales.I \u2014 Promotion de la famille La première est la promotion de la famille.Trêve de conneries sur la famille! Dès qu\u2019elle se défait, nous avons un signe évident de décadence pour un peuple.La paternité et la maternité responsables contribuent à des développements essentiels de la personne humaine, en termes de volonté, de cœur au travail, d\u2019énergies à longue portée, de responsabilités assumées et de générosité quotidienne.Quand la famille est solide et prospère, vous aussi vous prospérez.Voulez-vous savoir si un pays est équilibré et solide?Regardez ses assureurs-vie! S\u2019ils se déplacent en Cadillac, tout va bien.S\u2019ils voyagent en motocyclette à deux cylindres, tout va mal! Cependant, si vous ne voulez pas que vos clients croient leurs mensualités exagérément élevées, n\u2019utilisez pas trop votre Cadillac! Comme quoi, vous êtes condamnés ou cordialement invités à la modestie perpétuelle! Rappelez-vous ceci: de 1957 à 1974, nous avons traversé au Québec une baisse presque continue des naissances, soit de 144,686 à 89,364.Nous aurions dû atteindre 300,000 naissances en 1974.Or, en 1977, les naissances ne s\u2019élevaient qu\u2019à 93,400.Pour mieux comprendre comment les volontés et les cœurs sont atteints, réfléchissez qu\u2019une enquête, en 1971, révélaient que la majorité des femmes du Québec ne voulaient pas dépasser 2.5 enfants en moyenne.En 1976, ce chiffre avait encore baissé.\u201cDe juin 1971 à juin 1976, le Québec aurait eu besoin de 50,000 naissances supplémentaires pour que son taux d\u2019accroissement naturel soit le même qu\u2019ailleurs au Canada\u201d (Georges C. L'ASSUREUR-VIE DANS LA CITE 611 Savard: La natalité et le contexte démographique du Québec.Conseil des Affaires sociales et de la famille.Février 1979.Dossier, p.22.).Le Québec est donc en train de vieillir rapidement: \u201cAlors que l\u2019âge central de la population s\u2019établissait statistiquement à 29.5 en 1971, il a été projeté à 30.5 ans pour 1975, à 32.2 pour 1985, à 34.9 ans pour l\u2019an 2000 et à 37.9 ans pour l\u2019an 2025\u201d (Idem, p.35).Ce changement dans la structure des âges amène des conséquences comme celle-ci: \u201cVers 1991, dans à peine onze ans, les personnes âgées requerront 6,500,000 journées d\u2019hospitalisation, soit 49% du total.Or on évalue les coûts de construction à $40,000 le lit, et les frais de fonctionnement à $125 par jour par lit occupé\u201d (Dubuc: La Presse, 8-9 septembre 1978).Aussi la Commission des droits de la personne recommandait-elle de faire de la maternité, I objet d un régime universel d\u2019assurances (Renée Rowan, Le Devoir, 29 septembre 1978).La maternité est devenue un acte volontaire pour les deux partenaires du mariage.Devant les égoïsmes et les difficultés modernes, surtout économiques, rien ne vous empêche de la rendre attrayante et de rendre valable, par une publicité de bon goût, un humanisme qui fait sa place à tout l\u2019humain.L\u2019assurance-vie redeviendrait une obligation morale de toute famille responsable.Il vous faut donc développer une politique de la famille et de la jeunesse.Il \u2014 Promotion de l'entreprise privée La deuxième idée essentielle est la promotion libre de l\u2019assurance privée.C\u2019est vrai, l\u2019État joue aujourd\u2019hui un rôle important, nécessaire, décisif dans presque tous les domaines de l\u2019assurance mais votre part aussi est importante.Plusieurs des caractéristiques sur lesquelles sont basées les assurances sociales de l\u2019État, se sont révélées relativement fausses.Par exemple le principe de la gratuité des assurances ainsi que celui de l\u2019obligation et de l\u2019universalité.Il faut apporter des correctifs car la lourdeur des impôts nécessaires pour maintenir ces principes maintient des charges excessives envers les individus, les familles et les petites entreprises.Le monde 612 L'ACTION NATIONALE industriel ne prospérera que par des investissements et les investissements viendront en grande partie d\u2019un relâchement d\u2019impôts.Vous avez donc des arguments très forts en faveur de l\u2019initiative privée.Votre part du marché ne cessera de diminuer si l\u2019Etat continue ses envahissements ou augmente ses impôts.Ainsi pourront coexister deux formes d\u2019assurances qui ont fait leurs preuves et qui sont indispensables à la bonne marche sociale et économique d\u2019un pays.Conclusion Voilà deux réformes importantes à prôner.Voilà votre rôle dans la Cité.La Nouvelle-Zélande ne s\u2019en tient-elle pas à un régime social fondé sur la preuve du besoin?Le Danemark ne refuse-t-il pas l\u2019obligation universelle?Par ces exemples ne pouvons-nous entrevoir des chemins à explorer pour diminuer les pressions étatiques?Nos achats collectifs de richesses naturelles, et surtout d\u2019énergie pétrolière, deviennent si énormes que nous pouvons nous demander: jusqu\u2019à quand pourrons-nous aider nos mal nantis et nos gens de l\u2019âge d\u2019or?Il faudra inventer de nouveaux principes, moins rigides et qui laissent plus de place à l\u2019initiative personnelle et familiale.Par là, chers amis, vous avez une participation décisive à jouer dans le Canada et le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Il me reste à vous souhaiter une bonne assurance-vie éternelle et le bonheur dans l\u2019autre monde et à vous dire Amen ou Bonne Chance! AU FIL DE L'ACTUALITÉ par Patrick Allen 614 L'ACTION NATIONALE Une pensée claire Il faut lire \u2014 et même relire \u2014 l\u2019article de Pierre Trépanier dans L\u2019Action nationale (janvier 1981, p.364): \u201cUne pensée claire au service d'un projet collectif nécessaire\".La pensée sereine invite à la réflexion.Son actualité se raccroche à un idéal dur à atteindre.La conclusion est à retenir: \u201cDans l\u2019immédiat, il faut parer au plus pressé: 1) neutraliser l\u2019offensive fédérale; 2) empêcher les libéraux de prendre le pouvoir à Québec (la loi 101 serait menacée); 3) éviter les luttes intestines au sein des forces nationalistes et indépendantistes; 4) serrer les rangs autour du Parti québécois; 5) amener ce dernier à axer d\u2019abord sa stratégie sur la solidarité culturelle des Québécois, avec vigueur, imagination et conviction, ce qui n\u2019exclut pas la justice\u201d.L\u2019auteur veut ainsi donner au 20 mai dernier sa \u201cvéritable dimension historique\u201d, un simple obstacle, non une impasse dans le long cheminement des Québécois vers la liberté.Avec Pierre Trépanier, évitons la démobilisation, luxe \"que nous ne pouvons pas nous permettre\u201d.Pas de vote libre, dit Trudeau! Le parti, la ligne du parti, deviendra le joug! Il faudra voter dans l\u2019obéissance ou se démettre! Le vote ne sera pas libre pour les libéraux fédéraux ni aux Communes ni au Sénat, lorsqu\u2019arrivera le projet de résolution constitutionnelle.Trudeau veut des vassaux.Ne pas plier et ne pas se soumettre peut évidemment être désastreux pour un député libéral au fédéral! Ces derniers ont déjà les genoux passablement râpés! Il ne s\u2019agit pas d\u2019une question de conscience, dit Trudeau, comme l\u2019avortement ou la peine de mort.Pourtant ne s\u2019agit-il pas de la loi fondamentale du pays?Les députés n\u2019auront pas le droit de voter selon leurs convictions propres?Que fera Louis Duclos, député de Montmorency?Que feront les autres dissidents, car les 147 députés AU FIL DE L\u2019ACTUALITE 615 libéraux aux Communes ne peuvent pas tous être moutons à ce point?Si le Canada est malade, c\u2019est que le pays a un virus! Extirpons Trudeau et les députés retrouveront l\u2019honneur! Montréal ou Toronto?Le Globe and Mail, de Toronto, (National Edition, 21 janvier 1981) fait du bien à lire.On y louange notre Commission du transport métropolitain! En effet, la passe CAM (carte autobus-métro), à circulation illimitée, ne coûte que $17 à Montréal.Le même service coûte $29 à Toronto.La conséquence est que la motivation en faveur de l\u2019utilisation du transport en commun est beaucoup plus forte à Montréal.La diminution des automobiles améliore la circulation dans le centre-ville et minimise les effets de la pollution.Les personnes à faible revenu sont encouragées à utiliser le transport en commun.Bref, Montréal devient un exemple pour Toronto! La politique de Reagan et les finances?Quand les Américains ont le rhume, les Canadiens éternuent! Cette blague rappelle le rapport étroit des liens économiques du Canada avec les États-Unis.Or le candidat Reagan vient de promettre aux siens de leur redonner la force économique des années 50, la supériorité militaire, la réduction du chômage et de l\u2019inflation.Quelles seront les conséquences de ces promesses?Un tableau illustre la situation en milliards de dollars pour les années 1981 et 1982, aux États-Unis.Pour bien l\u2019interpréter, rappelons que la population américaine atteint 225 millions de personnes et que les dépenses prévisibles seront d\u2019environ 663 milliards en 1981 et de $740 milliards en 1982.La comparaison avec le Canada: 24 millions de personnes (le Québec: 6.5 millions).Les dépenses d\u2019Ottawa oscilleront entre $55 et $60 milliards par année (le Québec oscillera entre $13 et $15 milliards). 616 L'ACTION NATIONALE TABLEAU Dépenses du gouvernement américain (en milliards) 1981\t1982 Intérêts sur la dette.80.4\t89.9 Santé .66.0\t74.6 Énergie.8.7\t12.0 Environnement .14.1\t14.0 Assistance aux vétérans.22.6\t24.5 Transports-Communications.\t24.1\t21.6 Enseignement-Éducation.31.8\t34.5 Défense .161.1\t184.4 Assistance sociale.231.7\t255.0 Autres dépenses.22.3\t28.8 L'analyste de ce tableau (Time \u2014 The Weekly Newsmagazine \u2014 26 janvier 1981) estimait que 75% des dépenses prévues dans ce budget étaient incompressibles.Le nouveau président des États-Unis ne pourra rien changer à ce 75%.Rien de spectaculaire ne changera à court terme.Le Canada pourra craindre que les coupures toucheront notre politique d\u2019exploitation des richesses naturelles, notre lutte contre les pluies acides et autres formes de pollution de l\u2019environnement, les pêches côtières et océaniques, le protocole d\u2019entente sur l\u2019automobile et les tarifs douaniers.Sans alliés auprès du gouvernement de Washington, le gouvernement canadien, au cours des quatre ou cinq années à venir, perdra des plumes.Les exportations deviendront plus dures à moins de trouver de nouveaux débouchés.Vieillissement et rajeunissement Les pays à faible natalité sont riches; les pays à forte natalité sont pauvres.Voilà un slogan admis par les démographes en pantoufles.Le Nouvel Observateur (12 janvier) publie un débat entre Lissolo et Durand.L\u2019article de Lissolo ramasse les vieilles légendes et les peurs des capitalistes libéraux.Il AU FIL DE L\u2019ACTUALITE 617 évacue facilement le problème du non-remplacement des générations.La réponse de Durand montre que \u201cle vieillissement de la population nous condamne à l\u2019immobilisme par insuffisance des forces sociales nécessaires pour changer de route\u201d.Les rénovations n\u2019arrivent pas par les vieillards.Les jeunes représentent l\u2019actif essentiel d\u2019une société.La seule condition est de leur permettre d\u2019être créateur et humain.Raymond Blais au Mouvement Desjardins \u201cÀ 46 ans, M.Raymond Blais, le nouveau président de la Confédération des caisses populaires et d\u2019économie Desjardins, accède à un des postes les plus difficiles et les plus exigeants du monde économique québécois\u201d, écrivait Claude Beauchamp dans Les Affaires (24 janvier).Sous la direction de son prédécesseur, Alfred Rouleau, les actifs des institutions financières représentées par la nouvelle Confédération du monde coopératif ont quadruplé en neuf ans et atteignent maintenant $13 milliards.M.Raymond Blais \u201cdevra trouver une ligne de conduite qui satisfasse à la fois les caisses, les technocrates, les épargnants et les clients du Mouvement Desjardins, sans oublier l\u2019État\u201d.Il faudra un leader de stature peu commune qui voit non seulement à la croissance et à l\u2019efficacité du Mouvement mais qui développe, par l\u2019éducation des membres, une pensée vraiment coopératiste.La phase de consolidation et d\u2019expansion ne doit pas faire oublier les principes à la base d\u2019une coopération: la liberté et l\u2019égalité.L\u2019Action nationale souhaite au nouveau président un succès à tous les niveaux.Le capital de risque Nos inventeurs, nos entrepreneurs, nos dirigeants de petites et moyennes entreprises ont souvent d\u2019un capital 618 L'ACTION NATIONALE qui, dans un moment difficile, peut permettre une trouée décisive ou un gouffre.Il faut, à ce moment-là même trouver le capital et l\u2019aide qui permette le succès.Si le capital de risque n\u2019est pas là, c\u2019est tout le Québec français, en cette époque de transition économique, qui reste bloqué, entravé par un conservatisme étroit.Quatre institutions financières ont décidé de créer ce type de société qui offre des capitaux dits de risque: la Banque nationale du Canada, le Groupe SGF, la Caisse de dépôt et de placement du Québec et La Laurentienne.Les objectifs de la nouvelle société consistent à procurer un financement approprié à des entreprises prometteuses, constituer une source de capitaux orientés vers l\u2019innovation et la technologie de pointe et réaliser un rendement élevé sur les investissements.Le ministre de l\u2019Industrie et du Commerce, M.Yves Duhaime, se réjouit, avec raison, de cette initiative (La Presse, 17 janvier 1981).Le développement industriel a besoin de créateurs et de capital.Manquons-nous d\u2019initiative?Le ministre d\u2019État au développement économique, M.Bernard Landry, a servi aux ingénieurs une sérieuse mercuriale.Il met en doute notre capacité d\u2019initiative: \u201cJ\u2019en ai marre de discuter seulement avec des intérêts étrangers lorsque le développement des ressources du Québec est en cause.Nous ne sommes pas tout à fait satisfaits du comportement de l\u2019entreprise privée face à la mise en valeur de notre patrimoine économique.Il y a 3000 mégawatts disponibles en électricité à des fins industrielles et, pourtant, nous n\u2019avons reçu aucune offre québécoise sérieuse\u201d.Il tourne le fer dans la plaie: \u201cC\u2019est pareil avec la mise en valeur des gisements de silice: il est impensable que nous n\u2019ayons pas d\u2019industries du verre avec tout ce que nous avons de matière première et d\u2019énergie\u201d.Aurions-nous un blocage idéologique?Aurions-nous peur de nous lancer dans des chemins industriels AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ 619 nouveaux?Les sociétés étrangères sont prêtes à investir: pourquoi pas nous?Les grandes écoles universitaires de gestion et de génie ont leur part de responsabilité ainsi que le patronat et les Chambres de commerce locales et régionales.Le salaire minimum trop élevé fait-il peur?Les syndicats?Et pourtant, la richesse est là! Perspectives économiques Le Devoir et La Presse ont publié, en janvier, de volumineux suppléments sur les perspectives économiques de 1981.Les documents sont faciles à consulter et offrent une multitude de réflexions intéressantes.Dans Le Devoir (22 janvier), signalons un article sur la politique monétaire d\u2019Ottawa par Pierre Fortin; l\u2019américanisation de l\u2019entreprise québécoise par Michel Nadeau; le redressement du secteur manufacturier par Luc de Passilié; l\u2019instabilité des taux d\u2019intérêt par Guy Glorieux; la productivité en 1981 par Fernand Gauthier; une crise alimentaire par Mario Dumais; la dénatalité et la maison unifamiliale par Alain Lapointe; les projets de Bâtir le Québec par Bernard Landry et A.Thellier; et que d\u2019études sur nos régions économiques comme la Gaspésie, l\u2019Estrie, l\u2019Abitibi, l'Outaouais, le Saguenay, la Côte-Nord et le Centre du Québec.Dans La Presse (10 janvier), des spécialistes examinent les problèmes de l\u2019habitation, de l\u2019alimentation, des transports dont cinq grands dossiers (Nordair, le transport en commun à Montréal, le port de Montréal, Mirabel et les trains LRC), l\u2019énergie, la fiscalité, la publicité, les taux d\u2019intérêts, le placement, l\u2019économie canadienne, l\u2019économie américaine, etc.On étudie aussi Montréal, les régions et les petites et moyennes industries, au Québec.Ces cahiers méritent une attention spéciale de la part des étudiants et de leurs maîtres, quelles que soient les orientations prises.Ces deux journaux nous ont donné des pièces de choix: à nous de les utiliser.On ne pourra 620 L'ACTION NATIONALE plus dire alors que les francophones boudent les questions économiques.Le Conseil du Patronat Sa crédibilité, avec M.Ghislain Dufour, comme porte-parole, est de plus en plus une question et un problème.M.Dufour ne croit à une amélioration économique que s\u2019il y a changement de gouvernement.Or il prétend parler au nom de 142 entreprises dont 43% sont francophones et 57% anglophones.C'est assez symptomatique: il parle surtout au nom de 57% des entreprises anglo-canadiennes.Il est délégué politique de l\u2019Establishment.Il a fallu que M.Bernard Landry, ministre d\u2019État au développement économique, rétablisse les faits.Les investissements dans la fabrication industrielle et dans l\u2019entreprise privée, la croissance des exportations et l\u2019ensemble de l\u2019économie ont été plus élevés au Québec, en 1980, qu\u2019en Ontario et même que dans l\u2019ensemble du Canada.Quand M.Dufour n\u2019est pas content, il se livre à un petit jeu de sondages parmi ses membres à 57% Anglo-Canadiens (L\u2019Establishment) et il nous livre ce que ses maîtres pensent.Leurs intérêts vont rarement dans le sens des intérêts du Québec! Montréal, vache à lait du Canada! Les grands leaders économiques de Montréal n\u2019ont pas favorisé le Québec par leurs investissements mais plutôt le reste du Canada.Ces grands leaders sont surtout les Anglo-Canadiens.Voyez, par exemple, la géographie des communications.Vous constatez deux choses: un important réseau de voies ferroviaires, avec raccordements et pénétration, en Ontario; et le maigre réseau du Québec par rapport aux voies canadiennes transcontinentales.La disparité économique entre l\u2019Ontario et le Québec a commencé par une disparité ferroviaire et routière.Le AU FIL DE L'ACTUALITE 621 Canadian Annual Review (1908, pages 380 et suivantes) le signale et M.W.A.Weir s\u2019insurge contre les investisseurs vivant à Montréal et qui ignorent à peu près complètement les grandes possibilités que leur offre le Québec.Les grandes maisons anglo-canadiennes ne pensent pas en termes de développement du Québec mais en termes de développement des provinces anglo-canadiennes.Le Québec ne les intéresse pas: \u201cL\u2019argent de Montréal est envoyé dans les autres régions du Dominion\u201d.La même année, un autre homme d\u2019affaires déplorait l\u2019absence d\u2019un chemin de fer qui relierait Roberval à la Baie James.Ce chemin de fer permettrait l\u2019exploitation des mines de Chibougamau (cuivre et fer), les forêts et les mines de la Baie James.Parlant de la région de la Baie James, en 1907, J.G.Scott, gérant général du chemin de fer du district du Lac-Saint-Jean, déclarait \u201cque si la province de Québec désire occuper son poids économique dans la Confédération, la seule condition d\u2019y arriver est de développer et de peupler le territoire de la Baie James, d\u2019en transformer toutes les ressources\u201d.C\u2019était prophétique.Nous sommes les héritiers de ces négligences et de ces aberrances.M.Angers, qui a tant insisté sur les moyens de communications au Québec, avait des alliés anglophones sans le savoir.Il est temps que le Canadian Pacific et le Canadian National commencent à s\u2019occuper vraiment du Québec! Leur gestion au Québec provoque à l\u2019indépendance! Un bacc international On vient de recommander au gouvernement du Québec un baccalauréat international.Le programme vise les enfants de cadres étrangers ou internationaux.L\u2019enseignement des langues suit les règles suivantes: accent sur une langue première, forte présence d\u2019une deuxième et la troisième au choix de l\u2019étudiant.Le baccalauréat international est largement répandu en Europe.Surtout en Suisse.Il est implanté à New York et devient ordinaire dans tout milieu ouvert aux organisa- 622 L'ACTION NATIONALE tions internationales.Ce n\u2019est pas un projet contre la loi 101 mais une initiative en faveur de Montréal.C\u2019est à suivre! La diplomatie d\u2019Ottawa?En décembre 1980, à Dakar, les pays fancophones devaient fonder un forum international un peu semblable, au point de vue culturel, au Commonwealth britannique.Fiasco.Le Sénégal a dû contremander cette réunion.Pourquoi?Parce qu\u2019Ottawa refuse de donner au Québec, seul pays français d\u2019Amérique, une représentation à part entière.La France appuie le Québec.Dakar fut donc un échec à cause \u201cde la mésentente Ottawa-Québec sur la représentation québécoise et de l\u2019insistance de la France pour que satisfaction soit donnée au Québec\u201d.À Ottawa, où gouverne une majorité anglo-saxonne à 75% anqlo-canadienne saupoudrée d\u2019une mince couche de laquais canadiens-français, on voudrait déterminer ce qui convient et ce qui ne convient pas à l\u2019expansion dans le monde de la culture française! Il y a là un illogisme flagrant.Jean-Éthier Blais (Le Devoir, 17 janvier) dit ce qu\u2019il pense: \u201cLe gouvernement canadien continue quand même à agir et à étendre sa diplomatie zizanesque (qui crée la zizanie!).On a l\u2019impression qu\u2019il s\u2019agit non pas de construire mais de détruire, de créer une situation de fait qui rende impossible toute participation du Québec aux affaires internationales françaises\u201d.M.Blais montre la menace à peine voilée de la majorité anglophone de miner ainsi, sous la baguette de Trudeau, la légitimité francophone en ce pays.Aussi quand le premier ministre du Canada déclare: \u201cSeuls le Québec et la France ne comprennent pas ma politique\u201d (La Presse, 13 janvier), on se demande s\u2019il faut en pleurer ou en rire! Seuls les valets ont encore fait la courbette devant les caprices de M.Trudeau et, pour mieux montrer leur entière et souveraine soumission, ils ont décidé de boycotter une réception française! Il n\u2019y a qu\u2019à Ottawa où le ridicule ne tue pas! AU FIL DE L\u2019ACTUALITE 623 Trudeau est-il un traître?Dans ses commentaires sur le volume La réponse du Québec au projet Trudeau de rapatriement unilatéral de la constitution (Éditions Libre Expression, $8.), M.Roger Duhamel écrit (Le Devoir, 17 janvier) que le public se trompe sur la personnalité véritable du premier ministre Trudeau.D\u2019après M.Duhamel, cet homme \u201cn\u2019a jamais trahi que ceux qui ont voulu l\u2019être plus ou moins sciemment Et il explique: \u201cDès les débuts de sa carrière météorique, il n\u2019a eu recours à aucun masque, il a affiché une franchise brutale et implacable.En somme, il rejette en toute probité nos aspirations les plus profondes, il cherche l\u2019unicité d\u2019un peuple canadien dépouillé de tous ses attributs ethniques, il envisage l\u2019émergence d\u2019un groupe humain miraculeusement guéri de toutes les cicatrices de l\u2019histoire.C\u2019est une vision qui peut avoir sa forme de grandeur, bien que chimérique et artificielle; elle a le tort de ne pas coller à notre réalité concrète.La chair et le sang l\u2019emportent toujours sur les concepts abstraits, colifichets des esprits désincarnés\u201d.Très bien dit.Mais si M.Trudeau n\u2019est pas traître à lui-même parce qu\u2019il ne se dédit pas et qu\u2019il est constant avec ses jongleries désincarnées, ne reste-t-il pas traître envers la nation française, à laquelle il dit se rattacher, mais qu\u2019il ne comprend pas, qu\u2019il ne respecte pas et à laquelle il cherche à causer tout le tort possible en la maintenant dans la dépendance de la majorité anglo-canadienne?La vraie fête au Forum Le 11 décembre 1980, plus de 15,000 personnes, venues de tous les coins du Québec, ont envahi le Forum de Montréal.Manifestation de solidarité contre le rapatriement unilatéral de la constitution.Le défoulement fut explosif, joyeux, intense.Ce fut une des plus grandes manifestations populaires et nationalistes des dix dernières années.Comment donner suite à cette manifestation?Une pétition retentissante 624 L'ACTION NATIONALE d\u2019un million de signatures?Une mobilisation des esprits contre le carcan qu\u2019Ottawa veut infliger au Québec?Une offensive contre Trudeau et ses libéraux chiens-couchants?Tout cela et plus encore! Dialogue Nord-Sud Que vient faire ce dernier tour du Tiers-Monde entrepris par M.Trudeau?Une quinzaine de pays sont obligés de le recevoir.Une tempête de neige dans les Alpes (où il a le temps de skier et de faire le touriste) l\u2019arrête-t-il?Qu\u2019importe! Il supprime un ou deux pays sur son agenda: ça n\u2019a pas d\u2019importance.Ce commis voyageur doit leur dire, à tous, comment il faut gérer leur pays et le monde! Quel esprit lucide ne reste pas sceptique devant ce voyage de plaisir?Du Lagos, Gilbert Lavoie écrit dans La Presse du 10 janvier: \u201cPour une grande partie de l\u2019électorat canadien, plus préoccupé par la hausse du coût de l\u2019essence et du panier d\u2019épicerie, le périple international de M.Trudeau pour relancer le dialogue Nord-Sud entre les pays industrialisés et le tiers monde, n\u2019a guère plus de sens que la situation ridicule dans laquelle s\u2019est placé le premier ministre en devenant la victime d\u2019une tempête de neige qui l\u2019a retenu prisonnier dans les Alpes autrichiennes pendant trois jours, compromettant sa mission dans deux pays\u2019\u2019.À Ottawa, le ridicule ne tue pas! Me Gil Rémillard et les événements Le rapatriement est-il essentiel?L\u2019ancienne constitution ne pourrait-elle rester et mourir à Londres?Tout le projet Trudeau n\u2019est-il pas un masque pour introduire dans la constitution des changements dont personne ne veut excepté lui-même?Voilà ce que pense un éminent professeur à la faculté de droit de l\u2019Université Laval, Me Gil Rémillard (Le Devoir, 10-12-14-19 janvier).Il résume sa pensée: \u201cAprès le référendum, nous devons dire que les Québécois désirent cette autonomie (celle des Lesage, Johnson, Bourassa et Lévesque) dans un cadre fédératif.Cepen- AU FIL DE L\u2019ACTUALITE 625 dant pour ce faire une réforme constitutionnelle complète s\u2019impose dans le sens d'un compromis capable de satisfaire la spécificité du Québec.Dans le cas où une telle réforme s\u2019avérerait impossible, il n\u2019est pas dit que le 20 mai 1980 n\u2019aura pas été le premier pas du Québec vers son indépendance\u201d.Le beau gâchis du fédéral \u201cEn se mêlant de ce qui ne le regarde pas (l\u2019éducation), le fédéral a fait un beau gâchis\u201d, écrit Lysiane Gagnon (La Presse, 27 janvier).Elle ajoute: \u201cLa menace que fait peser sur notre fragile équilibre linguistique son projet de charte est pire encore que celle que représente le projet de programme des libéraux provinciaux\u201d.Faut-il voir là une allusion aux déclarations où M.Ryan, chef du parti libéral provincial, ne cesse de prendre la défense de l\u2019anglais?Les attaques de M.Ryan contre la loi 101 sont-elles autre chose qu\u2019une illustration de son asservissement à L'Establishment! Quand on veut le pouvoir, toutes les armes sont bonnes, semble-t-il, mais quelles conséquences M.Ryan va-t-il s\u2019attirer! Le gâchis d\u2019Ottawa n\u2019apporte rien aux minorités françaises.L\u2019Ontario n\u2019est pas obligé de respecter sa minorité française.Le fédéral et Ryan veulent accroître encore les privilèges et les avantages dont jouit la minorité la plus favorisée du Canada.Ils veulent paralyser le développement culturel de la seule province où les francophones peuvent vraiment s\u2019affirmer politiquement.Cet aveuglement du gouvernement fédéral, en passant par Trudeau, Chrétien et Lalonde, nous promet un malaise social et culturel qui durera tout le vingt-et-unième siècle.Vraiment, nous assistons à une crise de bêtise politique! ? 626 UN TÉLÉGRAMME Vendredi, 30 janvier 1981, c\u2019est-à-dire au lendemain du fameux rapport Kenshaw, du Comité parlementaire britannique sur les Affaires extérieures, où était condamnée l\u2019action unilatérale de Pierre Elliott-Trudeau, la Ligue d\u2019Ac-tion nationale envoyait un télégramme à tous les députés francophones du Québec à Ottawa et mettait le doigt sur le remède à apporter à la maladie du Canada: \u201cLa Ligue d\u2019Action nationale vous demande, comme un devoir national, de faire corps comme représentants du Québec à Ottawa et d\u2019exiger la démission de Pierre Elliott-Trudeau qui trahit les intérêts du Québec\u201d.Les députés francophones à Ottawa ont montré suffisamment qu\u2019ils n\u2019auront pas ce courage.Mais ils sentent le vent électoral tourner de façon fort dangereuse pour eux s\u2019ils continuent à appuyer servilement et abjectement un Pierre Elliott-Trudeau atteint de la manie des grandeurs et de quelque paranoïa demeurée jusqu\u2019à maintenant plus ou moins sous contrôle.Le Québec se sent de plus en plus profondément trahi! 627 Mercredi, 11 février 1981.UN MÉMOIRE L\u2019excellent article de M.Michel Brunet: Le fédéralisme canadien vu de Londres, paru dans L\u2019ACTION NATIONALE de février 1981 (p.451 à 463), est devenu le Mémoire de la Ligue d\u2019Ac-tion nationale, présenté à la Commission parlementaire du Québec sur le rapatriement de la Constitution.Il est court.Il vise l\u2019essentiel.Par ses silences, il trouve in-signifiant le servilisme des députés québécois à Ottawa.Par ses citations il éclaire sur la philosophie du fédéralisme. Hydro-Québec assure l'avenir énergétique des Québécois Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE-VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS des régions suivantes : la Société Nationale de f£st du Québec la S.N.Q.de la région des Hautes* Rivières La S.N.Q.de la région de TOutaouals * la S.N.Q.de la région Saguenay Lac St-Jeao La S.N.Q- de la région de T4Amiante La S.N.Q, de la région Richelieu St*Laurent U S.N.Q, de la région RleheIieu*Yamasxa H\u2014î lui v.i '! I ruo L.'uioiiib1 !¦:< >lttï 1 P.O lu T 1L7 Saviez-vous que depuis toujours, « La Solidarité » réinvestit ses actifs dans l'économie du Québec.la Solidarité, c'est notre assurance-vie! C\u2019est important quand on veut que notre argent travaille pour nous autres.La Solidarité O Compagnie québécoise d\u2019assurances sur la vie BEAUCEVILLE CHICOUTIMI.QUÉBEC.RIVIÈRE-DU-LOUP.RIMOUSKI, SHERBROOKE, AMOS.LONGUEUIL, DRUMMONDV1LLE,LAVAL "]
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