L'action nationale, 1 mai 1981, Mai
[" L\u2019ACTION NATIONALE Volume LXX, Numéro 9\tMai 1981\t$2.TÉLÉGRAMME ET ZÉROS par Jean Genest LE QUÉBEC DOMESTIQUÉ par Jean-Baptiste Giroux CONFÉRENCE DE PRESSE par John Grube \u2014 Patrick Allen et F.-A.Angers CHRONIQUE DE LA LANGUE par l'Illettré LE P.JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J.par Richard Arès JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS par Jean Genest AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ par Patrick Allen \tm\t\t\t\t\tr\t\ti\t\t\t1\tW\t\tw\tr\t\t \t\t\tti\t\tE\t1\t\tj\tr\tw\t\t\t\t\tc\t\t \t\t\tK*\t\twe\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\tm\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\tEl\t\tiË]\tVI\tBi\tE,\ti ¦ ¦\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\tPI\tHJ\tIR\tL\t«T\tVÉE\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\tn\tg\t\t \t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t?\tJ\t\t ASSURANCE-VIE / Avec ou sans participation y Sécurité familiale / Éducative / Commerciale \u2022/ Hypothécaire RENTES y Viagères y Épargne-retraite y Écono-rente / A versements invariables ASSURANCE COLLECTIVE y Vie y Indemnité hebdomadaire y Assurance-maladie y Dentaire y Rente mensuelle d'invalidité PLANIFICATION SUCCESSORALE \u2014 CONVENTION ENTRE ASSOCIÉS L'ECONOMIE MUTUELLE-VIE SIÈGE SOCIAL AGENCES ET UNITÉS 385 est, rue Sherbrooke.\tDrummondville.Granby, Johette, Montréal.Qué H2X 3N9\tLaval, Mont-Laurier, Montréal, Tel 842-8221\tOttawa, Québec, Rive Sud, Saguenay - Lac St-Jean, St-Hyacmthe, Sherbrooke, Thetford-Mmes L\u2019ACTION NATIONALE Volume LXX, Numéro 9\tMai 1981\t$2.TABLE DES MATIÈRES JEAN GENEST: Télégramme et zéros.715 JEAN-BAPTISTE GIROUX: Le Québec domestiqué .726 JOHN GRUBE \u2014 PATRICK ALLEN \u2014 F.-A.ANGERS: Conférence de presse.737 L\u2019ILLETTRÉ: Chronique de la langue.753 RICHARD ARÈS: Le P.Joseph-Papin Archambault, S.J.757 JEAN GENEST: Joseph-Éna Girouard et son temps .765 PATRICK ALLEN: Au fil de l\u2019actualité.791 POURQUOI LES LIBÉRAUX ONT-ILS PERDU?Les vraies raisons 1\t_ parce que M.Ryan a projeté une image de lui- même inacceptable, indigérable, pourrie d\u2019individualisme.2\t\u2014 Parce que le Parti libéral du Québec a été perçu comme le Parti des Anglais, des hommes d\u2019affaires et de l\u2019establishment québécois.3\t_ Parce que le Parti libéral du Québec semblait devenu une succursale d\u2019Ottawa, prêt à toutes les concessions.Bref, les Franco-Québécois ont voté à 2 contre 1, contre eux.Dépôt légal \u2014 1er semestre 1981 ISBN-2-89070 Courrier de la deuxième classe Enregistrement No 1162 I SS N-0001-7469 Il SNQ Centre du Québec\tHOMMAGE BIJOUTERIE POMPONNETTE Inc.J.Brassard, prés.256 est, rue Ste-Catherine Montréal H2X 1L4 \u2014 288-3628-29\tBIJOUTIER CAISSE POP\tCAISSE POPULAIRE DE SAINT-JACQUES 1255, rue Berrl Montréal, H2L 4C6 Tél.: 849-3581 Directeur: Marcel Beauchemln F.X.LANGE INC.ACIER DE STRUCTURE SECOND TIGE À BÉTON \u2014 PLAQUES 10530 est, boul.Henrl-Bourassa MONTRÉAL H1C 1C6 - 648-7445\tFER TRADUCTION\tCLAUDE-PIERRE VIGEANT, traducteur et publiciste 604, rue Waterloo, LONDON - ONTARIO N6A 4E3 GROULX, CADIEUX & MONGEAU Notaires Yvon Groulx, b.a., I.ph., Il.l.Gilles Cadleux, b.a., Il.l.Denis Mongeau, b.a., Il.l.J.-C.Larocque, b.a., Il.l.4416, boul.Ple-IX\tTél.: 254-9435\t Ill Le Mouvement national des Québécois\t demande la souveraineté\t SNQ ABITIBI TÉMISCAMINGUE\t\t14,000 membres SNQ CÔTE-NORD \t\t1,400 membres SNQ EST DU QUÉBEC\t\t34,000 membres SNQ DES HAUTES RIVIÈRES \t\t13,875 membres SNQ DU LANAUDIÈRE\t\t28,000 membres SSJB DE MONTRÉAL \t\t13,000 membres SNQ OUTAOUAIS\t\t1,050 membres SNQ RÉGION DE L'AMIANTE\t\t3,900 membres SNQ RÉGION DE LA CAPITALE\t\t100 membres SNQ DES IAURENTIDES\t\t13,000 membres SNQ SAGUENAY IAC ST-JEAN \t\t8,000 membres SNQ RICHELIEU-YAMASKA \t\t9,500 membres SNQ RICHELIEU-ST LAURENT \t\t4,500 membres SNQ DES CANTONS\t\t350 membres On demande un jour à M.Jacques Parizeau, ministre des Finances:\t Espérez-vous gagner le référendum en faveur de\tl'indépendance du Québec alors que les fédéralistes et le gouvernement fédéral jettent\t cent millions de dollars dans la lutte?\" Il répondit:\t\"Le gouvernement fédéral et les Anglo-Canadiens ont toujours eu\tplus d'argent que nous! Mais nous, nous avons les hommes et les femmes du Québec\t qui font la majorité! Votre mouvement n'a-t-il pas 160,000\t membres?\"\t HOMMES ET FEMMES DU QUÉBEC, PRENEZ VOTRE PAYS EN\t MAIN!\t VOUS FAITES LE PAYS!\t LE QUÉBEC N'EST PAS À VENDRE!\t IV AVOCATS\t \tGUY BERTRAND & ASSOCIÉS, Avocats 42, Sainte-Anne, suite 200, Québec, Qué.G1R3X3 Tél.: 692-3951 Guy Bertrand, Gilles Grenier, Louise Otis COMPTABLES\tDESFORGES, GERMAINS & ASSOCIÉS Comptables agréés 210 ouest, boul Crémazie, suite 2 Montréal 354 \u2014 Tél : 388-5738 MM 111 i /: \\ ?i n ;ii Que vous ayez besoin de services \u2022\td\u2019épargne \u2022\tde crédit à la consommation \u2022\tde fiducie \u2022\tde crédit commercial \u2022\tou autres la Fédération de Montréal des Caisses Desjardins, un groupe dynamique en plein essor, est en mesure d'y répondre par l'entremise des Caisses affiliées de Fiducie Populaire de Crédit Populaire Fedmon Alors ne cherchez plus' est présent, pour vous, prêt à vous aider.FÉDÉRATION DE MONTRÉAL DES CAISSES DESJARDINS V \tLAINE PAUL GRENIER ENR.LAINE\tSpécialité: laine du Québec \t2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 \t388 9154 TRADUCTIONS JANUS AU MESSAGE ORIGINAL SON JUMEAU IDENTIQUE, LE MESSAGE TRANSPOSÉ.3185, rue Fendall, Montréal, Québec H3TIN3.\tTél.: (1-514) 738-3125 RAYMOND CAMUS INC Courtiers en valeurs mobilières 1200, ave McGill College, chambre 1400, Montréal H3B 4G7 OBLIGATIONS \u2014 Actions et Fonds mutuels Tél.: 879-1714 QUINCAILLERIE\tÉDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement \t4115 est, rue Ontario, Mtl H1V 1J8 Tél.: 524-7541 IRRIGATION ET ÉTENDAGE DE PURIN POUR JARDINAGE M.RÉJEAN MULOIN, APPELEZ: 1-514-588-2808 N\u2019hésitez pas à appeler un spécialiste: M.Muloin Casier postal 118 Saint-Roch-l\u2019Achigan, Comté L\u2019Assomption, P.Q.\u2014 J0K 3H0. wWMWiUggg IMNIR S/INNONCE BIEN! 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La solidarité dans la lâcheté a atteint un abîme.Lorsque M.Kenshaw, à Londres, a montré par un rapport éclairant que le Parlement de Westminster ne devait pas dévier à la tradition et au respect dû au fédéralisme et qu\u2019il ne devait pas remettre une constitution, sans l\u2019accord des provinces canadiennes, nous avons décidé, nous de L\u2019Action nationale, d\u2019avertir tous ces représentants que l\u2019heure était grave et qu\u2019ils devaient passer à l\u2019action.Nous avons donc envoyé un télégramme à tous les députés franco-québécois, excepté à M.Trudeau lui-même que nous jugions incapable de comprendre les in- TÉLÉGRAMME ET ZÉROS 717 térêts du Québec et à M.Duclos que nous jugions courageux dans ce milieu de démissionnaires.Voici le télégramme: \u201cLA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE VOUS DEMANDE, COMME UN DEVOIR NATIONAL, DE FAIRE CORPS COMME REPRÉSENTANTS DU QUÉBEC À OTTAWA, ET D\u2019EXIGER LA DÉMISSION DE PIERRE ELLIOTT-TRUDEAU QUI TRAHIT LES INTÉRÊTS DU QUÉBEC\u201d.Nous savions que nos députés fédéraux n\u2019obéissaient pas aux intérêts nationaux du Québec mais aux intérêts du parti from coast-to-coast.Nous étions assez réalistes pour savoir qu\u2019aucune tentative du genre qui consiste à demander à un député libéral de devenir un député national, n\u2019a jamais porté fruit.Mais ce télégramme servirait de catalyseur.Il serait une pièce majeure à verser au dossier, une évidence criante des rouages qui broient les meilleurs intérêts du Québec, un témoignage irréfutable sur les lâchetés qu\u2019entraîne le système, une note cinglante dans l\u2019histoire.Une des raisons pour lesquelles le Québec étouffe dans le fédéralisme, c\u2019est que ses représentants à Ottawa ne sont pas ses représentants et que, dans toutes les crises traversées, ils ne méritent que le scepticisme de tous les Québécois éveillés aux destinées de leur collectivité en Amérique du Nord.Nous avons reçu six réponses.Lisez-les.Lecteurs, si elles vous donnent la nausée, ma foi! c\u2019est qu\u2019il vous reste un certain sens de l\u2019honneur et du courage! Le premier Commençons par la réponse la plus inoffensive, celle de M.Yvon Pinard, dit honorable, qui répond par sa secrétaire: \u201cAu nom de l\u2019Honorable Yvon Pinard, j\u2019accuse réception de votre télégramme en date du 30 janvier 1981.Soyez assuré que cette correspondance sera portée à l\u2019attention du Président du Conseil privé, dans les plus brefs délais.Je vous prie d\u2019agréer, monsieur, l\u2019expression de mes sentiments les meilleurs\u201d. 718 L\u2019ACTION NATIONALE Ce Président du Conseil privé n\u2019ayant aucune opinion à faire valoir, n\u2019a pas donné suite à la courtoise et huileuse réponse de la secrétaire.Elle a employé la formule 87 des cours de secrétariat.L\u2019impersonnalité devient un paravent pour son patron et nous ne saurons jamais ce qu\u2019il pense, vraiment.L\u2019Honorable Président s\u2019est heureusement caché derrière la secrétaire.Plus tard il proposera la guillotine aux débats à la Chambre des Communes sur cette question (20 mars 1981).Le deuxième Ici, nous avons une réaction.Elle est ad hominem.Elle ne discute pas du bien-fondé mais elle propose une contre-attaque contre la personne.Autre façon d\u2019enterrer le débat.\u201cIl y a déjà quelques années, j\u2019avais eu le plaisir de vous écrire (M.Angers), sous la rubrique LETTRE OUVERTE dans le quotidien LE DEVOIR, concernant votre refus d\u2019accorder une récompense importante à un Canadien-français, résidant au Québec, en l\u2019occurrence M.Claude Ryan.Je suis heureuse de constater que vous n\u2019avez pas changé: vous vous battez toujours contre les Canadiens-français avec autant d\u2019énergie, et tout particulièrement, s\u2019ils sont de grands hommes.Vous aurez compris que ma lettre fait suite à votre télégramme, me demandant d\u2019exiger la démission du très honorable Pierre Elliott-Trudeau, le Premier ministre du Canada.Sincèrement, ÉVA CÔTÉ, députée Rimouski-Témis-couata.Voilà une évidence vite assumée: M.Ryan, M.Trudeau, sont de grands hommes.Lutter contre eux c\u2019est lutter contre les Canadiens-français! Ne l\u2019oubliez pas: M.Trudeau est Très Honorable.Si, dans le Bas du Fleuve, on a le culte des grands hommes, c\u2019est très bien.Encore faudrait-il s\u2019entendre sur ce qui fait un grand homme: la fonction ou le mérite?Hitler et Staline occupaient de hauts postes, sont-ils de grands hommes?Par leurs méfaits ou par leurs mérites?Et en quoi, Trudeau et Ryan aident-ils aux intérêts d\u2019une civilisation française en Amérique du Nord?Vous semblez aimer un homme mais vous, aimez-vous votre pays, le Québec? TÉLÉGRAMME ET ZÉROS 719 Chez Madame Éva Côté, il y a erreur sur les personnes.Son admiration est mal placée.Elle n\u2019examine pas où la conduisent ces leaders: elle les suit aveuglément.Les conséquences: dérapage dans le fossé et complicité dans une trahison nationale.On dirait qu\u2019elle ignore totalement le Rapport préliminaire de la Commission Laurendeau-Dunton qui, en 1965, disait ceci: \u201cTous les participants (à nos rencontres régionales dans le Québec) se sont déclarés plus ou moins mécontents de la situation du Canada français et du Québec dans la Confédération (par.111).L\u2019important, c\u2019est que (les opinions dans le Québec) semblent toutes taillées dans une même étoffe.Toutes ensemble, elles pèsent du même côté: dans le sens d\u2019une plus grande reconnaissance de la nation canadienne-française, d un plus grand rôle de l\u2019État du Québec, d\u2019une fonction vigoureusement accrue de la langue française, surtout dans le Québec (par.113)\u201d.Or le projet Trudeau va directement, absolument, dans le sens contraire.Sa reconnaissance des droits de l\u2019homme viole les droits de la nation.\u201cPour un très grand nombre (d\u2019anglophones), le Canada apparaît essentiellement comme un pays de langue anglaise, avec une minorité francophone à laquelle on a accordé certains droits restreints.En général, ils ne semblent pas, jusqu\u2019ici, avoir compris ou être prêts à accepter les conséquences de l\u2019égalité des deux peuples\u201d (par.123).Voilà ce qui, pour nous, constitue la médiocrité de la députation québécoise à Ottawa: elle finit par penser comme la majorité anglophone.Cela l\u2019immobilise, la traumatise.Elle se justifie en suivant un chef plutôt qu\u2019en étudiant les questions de fond.Elle nous donne, depuis plus d\u2019un siècle, le spectacle d un phénomène, propre à Ottawa, de l\u2019hybridisation de la mentalité.Le troisième Il s\u2019agit de M.René Gingras, M.P., député d\u2019Abitibi.Il écrit: \u201cEn réponse à votre télégramme, je n\u2019ai pas du tout l\u2019intention de demander la démission de M.Pierre Elliott- 720 L'ACTION NATIONALE Trudeau comme premier Ministre du Canada.Je puis vous assurer que nous pouvons être québécois et ne pas nécessairement partager vos opinions politiques.Bien à vous.C\u2019est net, clair et précis.\u201d Il y a Politique et politique, Québécois et québécois.Il y a des gens qui échappent à la petite politique, à la politique partisane et qui s\u2019intéressent à la grande politique, celle des destinées de tout un peuple, celle des écrasements ou des épanouissements de toute une nation, par une constitution.Sur ces points là, il n\u2019y a que de la grande politique.C\u2019est net, clair et précis.Ne pas le voir, n\u2019est-ce pas être un tout petit québécois?C\u2019est-à-dire une personne qui se sert bien du Québec mais qui n\u2019a pas l\u2019intention de le servir?Une personne qui se réfugie dans un parti pour oublier qu\u2019il doit représenter son pays le Québec! Dans la dignité et le courage.Pas en devenant rampant et esclave.Le quatrième Arrivons à la déclaration de Mme Céline Hervieux-Payette, députée de Montréal-Mercier.Comme elle est la seule à répondre parmi les députés de Montréal, elle nous permet de voir ce que ses voisins immédiats pensent, si dans ce groupe tant vilipendé, il y a quelque osmose des sentiments (je n\u2019ose dire des pensées!).\u2018\u2018J\u2019ai bien reçu votre télégramme et bien qu\u2019il ne me surprenne pas venant de votre organisation, je veux vous préciser ma position actuelle dans le débat constitutionnel.D\u2019abord, je fais entièrement confiance dans le leadership du Très Honorable Pierre Elliott-Trudeau et trouve votre requête incongrue.Comme député fédéral, je ne nourris pas des visées de séparation du Québec mais plutôt une participation efficace à l\u2019avenir du Canada.\u2018\u2018Vous me permettrez, comme certains collègues d Ottawa qui sont dans la trentaine, de juger vos vues sur la fédération canadienne nettement dépassées.Nous avons l\u2019impression d\u2019entendre des gens de votre école radoter depuis toujours.Faites quelque chose, allez vous ressourcer en Amérique du Sud ou en Afrique, mais diable, arrêtez de \u201cbrailler\u201d sur notre sort.Nous, on est TÉLÉGRAMME ET ZÉROS 721 bien dans notre peau de Canadiens-Québécois.On ne porte pas les complexes de 100-200 ans d\u2019histoire.On regarde vers l\u2019an 2000.On trouve ce pays magnifique, rempli de promesses, de cultures, de rêves qui font l\u2019envie de millions d'individus à l\u2019étranger.\u201cMon cher monsieur, faites-nous une surprise en 1981 et allez vous recycler.Vous me pardonnerez ces conseils amicaux mais comme votre pessimisme était transparent dans votre télégramme, j\u2019essaye en toute fraternité de vous inviter à partager notre enthousiasme à construire un pays.Sincèrement.\u2019\u2019 Et voilà! Madame Céline Hervieux-Payette trouve le Canada, un pays merveilleux dont elle veut oublier toute l\u2019histoire.Elle veut se lancer dans les promesses, les rêves de demain.Qu\u2019il soit, aujourd\u2019hui, impossible à un Franco-Canadien de vivre en français au Canada ne l\u2019émeut pas beaucoup.Elle se détourne de l\u2019histoire.Mais qu\u2019elle résume le présent comme un perpétuel \u201cbraillage\u2019 sur notre sort, voilà qui en dit long sur son réalisme et son éloignement.Elle est particulièrement intéressée à vivre au Canada puisqu\u2019elle en vit dans l\u2019abondance et les honneurs.Elle est bénéficiaire de l\u2019hégémonie anglo-canadienne.Pour une Franco-Canadienne qui en profite, elle oublie les millions de Franco-Canadiens qui en souffrent.Elle appelle cela du radotage et du braillage.Elle est simplement partiale.Elle est bien dans sa peau.On entre dans l\u2019inconscience des réalités.La Commission Laurendeau-Dunton et la Commission Pépin-Robarts disent le contraire! Elle veut faire le Canada.Peu lui importe le Québec! La participation efficace du Québec à l\u2019avenir du Canada, comment l\u2019envisage-t-elle?Elle n\u2019en dit mot.Et pour cause.Car son fameux leader la conduit à l\u2019assujettissement et à l\u2019étranglement du Québec comme pays français en Amérique du Nord! Elle travaille pour un Canada qui fait l\u2019envie \u201cde millions d\u2019individus à 722 L'ACTION NATIONALE l\u2019étranger\u201d! Oui, à la condition qu\u2019ils le fassent en anglais.Cela me fait penser à ce fédéraliste d\u2019Ottawa qui disait: \u2018\u2018Vous voulez être maîtres chez vous, apprenez l\u2019anglais!\u201d C\u2019est le même esprit, la même trahison.Ce Canada ne fait pas l\u2019envie des francophones! \u2018\u2018Nous, on est bien dans notre peau de Canadiens-Ouébécois\u201d: voilà le bourrage de crâne! Voilà la maladie qui ronge la mémoire, l\u2019entendement et la volonté de redressement des fédéralistes d\u2019Ottawa.Ils aiment leur bien-être.Mais c'est à la condition de ne pas penser, d\u2019ignorer l\u2019histoire, de rêver pour le futur et de suivre un chef devenu par la force des choses, l\u2019instrument de VEstablishment ontarien! ou de cette majorité qui veut saboter le vrai fédéralisme et le modifier en gouvernement de plus en plus centralisé pour mieux servir leurs intérêts! Mme Céline Hervieux-Payette vit des heures historiques où toute la substance du Canada et des relations entre les deux nations est à se transformer dangereusement et elle n\u2019en sait rien.Elle fait \u201centièrement confiance dans le leadership du Très Honorable Pierre Elliott-Trudeau\u201d.Voilà comment un honnête citoyen est transformé en servile partisan et en adversaire de sa nation.L\u2019esprit de parti conduit à la démagogie et la démagogie, par le ronron de ses justifications monotones, conduit à la démission.Le parti déracine de son pays.Le partisan met sa foi absolue en un leader et, ensuite, toutes les lâchetés deviennent possibles.Elles sont masquées par un \u201centhousiasme\u201d sur commande! Le cinquième Madame Suzanne Beauchamp-Niquet, député de Roberval, a voulu ajouter son mot: \u201cJ\u2019appuie sans réserve la position du premier ministre Trudeau pour le rapatriement de la Constitution.Ce geste est posé dans l\u2019intérêt de tous les Canadiens y compris les Ouébécois\u201d.Voilà un acte de foi complet et délirant! La foi est, ici, \u201csans réserve\u2019\u2019.Je ne connais pas un seul Anglo-Canadien qui n\u2019ait pas des réserves\u201d.Elle, elle n\u2019en a pas.Le monde de M.Trudeau est le meilleur, le plus pur, le TÉLÉGRAMME ET ZÉROS 723 plus grandiose, le plus satisfaisant dont nous pouvons rêver: \u201cJe l\u2019appuie sans réserve\u201d.Puis arrive l\u2019acte d\u2019espérance: le rapatriement de la Constitution voulu par M.Trudeau.Enfin, l\u2019acte de charité: \u201cCe geste est posé dans l\u2019intérêt de tous les Canadiens y compris les Québécois\u201d.C\u2019est vraiment trop d\u2019amour pour nous! Nous nous en passerions bien! Voilà comment le député de Roberval voit les choses: une foi aveugle, absolue, sans réticence.Elle est un député de rêve: elle suit partout! Et ce suiveur veut gouverner un pays! Elle sait, malgré tous les sondages, malgré tous les avis, malgré les coups de boutoir donnés par les libéraux du Québec, que le rapatriement de la Constitution est un geste posé dans l\u2019intérêt des Québécois! Elle est forte celle-là! Nous nous approchons de la mégalomanie et de cet esprit qui conduit à la dictature! Avoir raison contre tout le monde! Imposer le caprice d\u2019un homme à toute la population parce qu\u2019on l\u2019appuie sans réserve! Quelle plus belle expression de son irresponsabilité et de sa démission comme représentante du Québec! On sacrifie sa pensée, son action, sa fonction, à l\u2019idole.Comme dans l\u2019animisme d\u2019hier, le sorcier obtient une parfaite soumission de ses adeptes.Le parti est devenu religion et les députés, des apprentis-sorciers.Foin que tout cela! Ce n\u2019est qu\u2019une abdication de la pensée, qu\u2019une soumission dans l\u2019anonymat.L\u2019unanimité dans la veulerie accentue la gravité des abdications individuelles.Le sixième Nous avons réservé pour la fin, le témoignage manuscrit de M.Henri Tousignant, député du Témisca-mingue.Voici ce qu\u2019il écrit de sa main: \u201cDans votre télégramme vous nous demandez d\u2019exiger la démission du Très Honorable Pierre Trudeau.Il serait difficile d'accéder à votre demande, puisque notre chef fait toujours l\u2019unanimité dans notre parti et ceci, pas unique- 724 L'ACTION NATIONALE ment sur des questions constitutionnelles mais également sur d\u2019autres questions importantes et difficiles, comme par exemple: la politique sur l\u2019énergie.\u201cDe tous temps, pourriez-vous m\u2019indiquer un chef qui a su maintenir aussi longtemps cette unanimité?Ceci devrait vous faire réfléchir.Puisque vous m\u2019en fournissez I occasion, permettez-moi de vous avouer bien candidement que la majorité des députés de notre formation seraient ravis d\u2019apprendre votre destitution.Votre chauvinisme fanatique vous empêche de viser plus loin que votre propre nombril.Je vous invite donc à sortir quelque peu de votre marécage idéologique, vous comprendrez peut-être comme nous, quelle est la meilleure façon de déplacer une montagne.Aussi, sachant qu\u2019il n\u2019existe en fait que deux grandes réalités en ce bas monde, l\u2019esprit et l\u2019épée, nous sommes de ceux qui croient que l\u2019esprit est plus fort que l\u2019épée.Votre tout dévoué, Henri Tousignant\u201d.Pour un morceau choisi de bravoure, nous en avons ici tout un! Le chef fait toujours l\u2019unanimité.Les autres sont accusés de \u201cchauvinisme fanatique\u201d et de se regarder le nombril! Ils vivent dans un marécage idéologique.Eux, ils déplacent une montagne! Évidemment, le grand parti libéral fédéral ne vit que par l\u2019esprit! Voilà une thèse qu\u2019il serait difficile de prouver! Je la propose aux professeurs de philosophie, de sociologie et de politicologie dans nos universités du Québec, sans oublier les historiens.Cela est écrit en février 1981, par un député du Québec à Ottawa.À sa décharge, il faut dire que notre télégramme n\u2019y allait pas de mainmorte et que les vassaux avaient le droit de se sentir piqués au plus vif de leur conscience.Le scandale vient justement du fait que l\u2019ineptie invoque l\u2019esprit! Et la justification suprême invoque l\u2019unanimité autour du chef! C\u2019est précisément cette unanimité (à une ou deux opinions près) qui fait scandale, cette servilité partisane et intéressée qui fait fi de l\u2019histoire et du Québec moderne! TÉLÉGRAMME ET ZÉROS 725 Conclusion À la veille de modifier le statut constitutionnel de 25.000.\t000 de personnes au Canada et d\u2019écraser 6.000.\t000 de Franco-Québécois dans leur volonté d\u2019autodétermination, que les 66 députés Franco-Québécois (à une ou deux exceptions près), à Ottawa, révèlent une pareille ataraxie ou une pareille paralysie des facultés mentales, cela a de quoi faire peur à tout un peuple! Que ces députés franco-québécois, à Ottawa, suivent un chef aveuglément et sans faille, partout où celui-ci les veut mener, comme s\u2019ils étaient un troupeau de moutons, cela met en cause l\u2019esprit de parti qui empêche les nôtres d\u2019envisager une responsabilité quelconque envers leur nation du Québec.Leur appartenance va à leurs intérêts personnels et partisans plutôt qu\u2019aux intérêts de leur collectivité.À cause d\u2019eux, le Québec se voit sans défenseur véritable à Ottawa.Pratiquement nous n\u2019avons pas de représentants à Ottawa.Nous les désavouons.Nous les rejetons.Ils méritent le mépris, non parce qu\u2019ils sont à Ottawa, mais parce que, pour le Québec, ils valent zéro et zéro! NOUVEAU PROGRAMME DU PARTI LIBÉRAL DU QUÉBEC LE QUÉBEC DOMESTIQUÉ.(I) par Jean-Baptiste Giroux LE QUÉBEC DOMESTIQUÉ.(I) 727 Projet de société?Dès ses premières victoires en élections partielles, le P.L.Q.réclamait à cor et à cri des élections générales.Pourtant, ce n\u2019est qu\u2019à la mi-janvier 1981 qu\u2019il faisait enfin connaître à son conseil général le programme de gouvernement à proposer aux gens du Québec.Les électeurs pourront-ils y trouver un véritable projet de société pour notre collectivité dans son immense besoin d\u2019épanouissement?Ce programme nous sera-t-il plus foncièrement profitable que le programme permanent du parti au pouvoir?Et connaissant les réalisations du gouvernement en place, le peuple pourra-t-il espérer un meilleur sort politique avec l\u2019équipe ministérielle qu\u2019annonce la formation libérale?Les organisations sociales, para-gouvernementales, les corps intermédiaires, les centrales et les syndicats pourront-ils continuer à jouer aussi bien, sous un régime du P.L.Q., le rôle essentiel qui leur est démocratiquement assigné?Voilà quelques questions qui surgissent spontanément à l\u2019heure où MM.Claude Ryan et Yvon Allaire1 présentent leur \u201cLIVRE ROUGE\u201d.Mais selon le premier exposé qu\u2019on nous en fournit, le \u201cLIVRE ROUGE\u201d n\u2019a pas la vertu révolutionnaire du \u201cPETIT LIVRE ROUGE DE MAO\u201d.Mais si des politiques profondément réactionnaires dans l\u2019ensemble ont l\u2019occasion d\u2019être mises en oeuvre, les gens de chez nous pourraient avoir à subir une forme puissante de domestication.Elle ferait flamber l\u2019ébauche de projet de société si difficilement élaboré depuis la Révolution tranquille.Qu\u2019on en juge d\u2019abord par la manière, pour l\u2019essentiel, dont les politiques du P.L.Q.verraient à solutionner la question sociale et la question nationale au Québec.I - QUESTION SOCIALE La Révolution tranquille avait opéré un certain déblocage au plan social, libérant au Québec certaines forces vives de la collectivité.1.M.Yvon Allaire est le président de la Commission politique du P.L.Q 728 L\u2019ACTION NATIONALE Ainsi, dans le domaine fondamental des relations de travail, un certain équilibre des forces en inter-action avait été atteint, sans affrontement excessif, si l\u2019on exclut certains accrochages prolongés dont quelques démagogues ont amplifié d\u2019ailleurs les conséquences.Explosif abus de pouvoirs d\u2019un gouvernement du P.L.Q.Une droite réactionnaire, animée par des représentants du patronat et de la haute finance, réclame depuis 20 ans la restauration de l\u2019autocratisme social de la fin du règne de M.Duplessis, notamment par l'abolition du droit de grève.Des concertations internationales totalitaires viennent même à la rescousse de ces tendances intérieures dans les pays tant capitalistes que socialistes.Pour asseoir sa crédibilité au plan économique, le gouvernement actuel lui-même, malgré sa proclamation d\u2019un \u201cpréjugé favorable à l\u2019endroit des travailleurs\u201d s\u2019était nettement démarqué de la partie syndicale, surtout à l\u2019occasion des grandes négociations dans la fonction publique et dans les principaux secteurs para-publics.Ce n\u2019était qu\u2019une brise avant la tempête.Vers l\u2019abolition du droit de grève Dans la mise au pas des forces de progrès on commence par insinuer que le droit de grève est homicide.La démonstration toutefois ne peut étayer les insinuations et une abolition franche pourrait sembler excessive.On y parviendra par étapes.D\u2019abord on postule que le droit de grève est secondaire par rapport au droit à la santé et à la sécurité.En conséquence, une Assemblée nationale dominée par le P.L.Q.légiférera pour que le gouvernement assume entièrement la responsabilité d\u2019abolir en pratique le droit de grève.Astucieusement.Au début, la grève sera ainsi concrètement abolie dans les hôpitaux puis chez les employés d\u2019Hydro-Québec.Ensuite ce sera partout ailleurs: (engagement à ce) \"que l\u2019exercice de ce droit (à la santé et à la sécurité) soit LE QUÉBEC DOMESTIQUÉ.(I) 729 assuré prioritairement à l\u2019exercice de tout autre droit en matière de relations de travail\u201d.Sous le couvert de la santé et de la sécurité, on pourra laisser impunément des patrons ensevelir vivants des mineurs, mais on fera disparaître les piquets de grève devant les hôpitaux où les grévistes auraient pu assurer malgré la grève les services essentiels.À cette fin on abolirait donc la loi sur les services essentiels qui ne serait remplacée d\u2019aucune façon si ce n\u2019est en octroyant au gouvernement le pouvoir de \u201csuspendre\u201d le droit de grève.En abolissant la loi sur les services essentiels, un gouvernement du P.L.Q.aurait rasé tout rempart contre une machine infernale: celle que constituerait un mandement d\u2019ayatollah interdisant toute grève illimitée et générale.Le législateur du P.L.Q.créerait ainsi lui-même les conditions qui lui permettraient d\u2019appréhender à coup sûr le \u201cdanger pour la santé et la sécurité publique\u201d d\u2019un vote de grève illimité dans un secteur, l\u2019hospitalier le premier.Impossible donc aux syndiqués d\u2019exercer ce droit de grève.C\u2019est l\u2019instauration du travail forcé, alors.Bien plus, cette manière forte employée contre les travailleurs minant la confiance des employeurs dans leur personnel les contraindra à systématiser le recours à la contre-grève (lock-out).Ceci constituerait une double menace: \u2014\taux services essentiels moins bien assurés que par les travailleurs, \u2014\taux employés d\u2019encadrement sur qui pèseraient des conditions de travail inhumaines.On comprend donc pourquoi l\u2019abolition pratique du droit de grève n\u2019a pas été assortie par le P.L.Q., dans l\u2019autre camp, d\u2019une semblable interdiction de contre-grève.En effet, même si un gouvernement du P.L.Q.interdisait celle-ci, il serait le premier à susciter des fermetures de lieux de travail dans les secteurs public et parapublic à la moindre appréhension.Le P.L.Q.s\u2019avère donc d\u2019une effroyable incompétence en relations de travail: sous un gouverne- 730 L\u2019ACTION NATIONALE ment du P.L.Q., l\u2019État lui-même créerait un immense danger pour la sécurité et la santé publiques.Vers l\u2019abolition de la négociation en front commun, etc.Tel serait le scénario d\u2019une négociation décentralisée: A\t6 mois avant la négociation, le gouvernement scellerait la négociation par la détermination d\u2019une MASSE SALARIALE\u201d dont l\u2019enveloppe ne serait pas négociable mais dont la distribution serait sujette à négociation.En d\u2019autres termes, les centrales et les syndicats seraient invités à se chamailler durant quelque temps pour se disputer ce butin.B \u2014 3 mois avant la négociation, intervention conciliatrice obligatoire.D\u2019autorité, la chamaille y prendrait fin, en principe, croit-on.En pratique, le gouvernement s\u2019y efforcerait de leurrer tout le monde syndical en faisant miroiter auprès d\u2019une tranche significative d'employés certaines apparences de déblocage.Plus le truc réussirait, plus la \u2018\u2018chicane poigne\u201d, parmi les syndiqués qu\u2019on s\u2019emploie alors à diviser davantage grâce au tout-puissant conditionnement social exercé par les grands organes d\u2019information, aliénés ou manipulés.Cette lessive durerait deux mois.Au début du dernier mois, la cuvée serait exposée au public: le rapport de conciliation.C \u2014 un mois avant la négociation, c\u2019est-à-dire à partir de la publication du rapport, la partie syndicale aurait trois semaines pour rajuster sa DEMANDE À \u2018\u2018L\u2019ENVELOPPE NON-NÉGOCIABLE.Pour la partie syndicale, rajuster ses demandes, ce serait tenter de les fondre en une seule demande dans le moule en principe étriqué, d\u2019une OFFRE (masse monétaire ou \u201csalariale\u201d) NON-NEGOCIABLE.En gros, la démarche aurait le sens suivant: \u201cSi vos divers groupes ne sont pas d accord avec la distribution gouvernementale opérée dans le processus de conciliation, ingéniez-vous collectivement à vous chiper les uns aux autres ce que vous pourrez.Jouez à la chaise musicale jusqu\u2019à satisfaction du but global immuable déterminé il y a 5 mois, l\u2019ENVELOPPE NON-NEGOCIABLE\u201d. LE QUÉBEC DOMESTIQUÉ.(I) 731 Pour la partie syndicale, harmoniser la demande des divers groupes c\u2019est un processus de prénégociation, gui pour demeurer démocratique ne peut être, à ce stade, subordonné à un impératif patronal.Or, transformer cette phase en \u201cultime période de négociation\u201d, ce serait mettre la charrue devant les boeufs,à tout le moins.Déterminer le souhaitable syndical ce n\u2019est pas encore le confronter au réalisable social tel que proposé par la partie patronale.L\u2019État, dans un régime issu du P.L.Q., ne saurait plus carrément se substituer à la partie patronale depuis le tout début des pourparlers.Et on pourrait difficilement imaginer dialogue de sourds plus intégral jusqu\u2019à une semaine de la décision finale.D _ une semaine avant la négociation, c'est-à-dire pour conclure trois semaines de pseudo-harmonisation vraisemblablement cacophonique, l\u2019OFFRE patronale sortirait.De préférence, il va sans dire, à la toute fin.Pas pour être analysée mais pour être soumise au vote des syndiqués.L\u2019OFFRE, conforme à l\u2019ENVELOPPE NON-NÉGOCIABLE pourrait impunément ignorer tout travail de pré-négociation, parce que \u201cl\u2019ultime période de négociation\u201d serait déjà close.E \u2014 Le jour de l'acceptation de gré ou de force, c'est-à-dire au jour où l\u2019OFFRE est en même temps émise et soumise au vote, l\u2019ultime période de \u201cnégociation\u201d de trois semaines étant du passé, l\u2019heure de l\u2019acceptation serait sonnée.Alors un refus équivaudrait à l\u2019imposition étatique tant de la MASSE MONETAIRE que de sa DISTRIBUTION.De deux choses l\u2019une: ou les employés acceptent l\u2019OFFRE et restent au travail aux conditions du patron ou les employés la refusent et le patron ferme ses portes à qui il veut comme il l\u2019entend.F \u2014 L\u2019après-\u201cnégociation\u201d, comme la négociation désormais consisterait pour les employés à s\u2019autodiscipliner, presque tous les éléments à négocier devenus absents d\u2019une TABLE CENTRALE 732 L'ACTION NATIONALE recroquevillée, voire disparue \u2014 la machine étatique, après avoir enfoncé une zone fragile, passerait successivement ailleurs au gré d\u2019une décentralisation étalée on ne sait comment dans le temps ou dans l\u2019espace.2 C\u2019est d\u2019un irréalisme incroyable, mais la détermination musclée est telle qu\u2019on s\u2019imagine allègrement au P.L.Q.qu\u2019enfin \u201cil n\u2019y en aura plus de grève\u201d, grâce à la recette autocratique.L\u2019employé \u201cprendrait son trou\u201d à l\u2019heure de cette virilité politique.Virilité, peut-être, mais virilité à sens unique.Virilité oppressive s\u2019exerçant sur d\u2019éternels minorisés! Mais que le Big Brother d\u2019Ottawa, à l\u2019examen de la politique de rémunération du gouvernement du Québec, s\u2019arroge de prétendre qu\u2019elle dérange l\u2019harmonie pan-canadienne ou menace l\u2019hégémonie ontarienne, et l\u2019on découvrirait une forme ambivalente de la virilité politique.Celle du chien couchant, où, après quelques feintes trompeuses on se montrerait \u201cplus catholique que le Pape\u201d à endormir le Québec sur son petit pain.La tendance à abolir le droit de grève dégénère en propension à démolir la solidarité syndicale puis à fausser les mécanismes de négociation.Abus de pouvoir c\u2019est le cas.Bref, ce serait bousiller la question sociale.Il \u2014 QUESTION NATIONALE Le sort qui attend le syndicalisme sincère frapperait tout autant le nationalisme perspicace qui a partie liée avec le premier, qu\u2019on le veuille ou non.Vers l\u2019abolition de la charte de la langue française Un gouvernement du P.L.Q.qui se prononce pour la minorité patronale contre la majorité syndicale ne se 2.Le programme du P.L.Q.ne s\u2019embarrasse pas de cohérence.Il lui suffisait d enchaîner sur la démagogie facile des biens nantis.Pourtant M.Michel Pagé, porte-parole parlementaire libéral en relations de travail trouvait réaliste de prévoir la lutte syndicale en perspective: \u201cça va être dur les deux premières années\u201d, avouait-il. LE QUÉBEC DOMESTIQUÉ.(I) 733 dément pas en se déclarant pour la minorité anglophone contre la majorité francophone.Les patrons ne sont-ils pas anglais au Québec?Si nous voulons d\u2019un gouvernement pour la toute-puissante minorité, nous n\u2019avons qu\u2019à nous laisser avoir par des politiques cauteleuses.Dans l\u2019optique bien connue d\u2019un Claude Ryan, ce serait la minorité anglophone au Québec qui serait en danger.Mais à l\u2019opposé, les minorités francophones dans les provinces anglophones auraient trop de force pour qu\u2019on puisse leur consentir une faible partie du régime privilégié dont jouissent les Anglo-Québécois.Cette étonnante interprétation des faits amène le P.L.Q.à préconiser ou à prétendre qu\u2019au Québec il faut: \u2014\trenforcer le fait anglais; \u2014\tanglifier la fonction publique; \u2014\tangliciser la population: rétablir la fréquentation abusive d\u2019antan de l\u2019école anglaise (par le critère approprié); \u2014\tanglifier les services gouvernementaux; \u2014\trétablir l\u2019affichage et la publicité non française; \u2014\tédenter la loi 101; \u2014\trevenir à ces professionnels volontairement unilingues anglais, coupés du peuple; \u2014\tamplifier le multiculturalisme; \u2014\tmousser en nationalismes les folklores de nos minorités ethniques alors que se folkloriserait le droit à l\u2019autodétermination des Franco-Québécois et des autochtones; \u2014\trégulariser de façon humanitaire (entendre privilégiée) les cas de fréquentation illégale de l\u2019école anglaise.En d\u2019autres termes il s\u2019agirait d\u2019instaurer une vaste discrimination qu\u2019on espérerait inaperçue en raison de son ampleur même et qui placerait au-dessus des lois la catégorie de citoyens la plus oppressive des masses populaires.Tel serait le prétendu révisionnisme de la charte de la langue française.Les brèves années, sous l\u2019empire de cette loi 101 (dont s\u2019excusaient presque certains 734 L\u2019ACTION NATIONALE Québécois bonasses), ne deviendraient plus que ce sursis d\u2019exécution avant l\u2019assimilation définitive.Avant cette intégration lucide, qu\u2019on ne cesse de proposer à notre naïveté, censément à notre plus grand avantage! Vers l\u2019abolition du projet éducatif de la collectivité Les libéraux de la Révolution tranquille avaient accordé le droit de grève dans la fonction publique.Ceux de la Démission tranquille veulent le voir disparaître en même temps que toute forme de véritable négociation.De même, alors que les libéraux de l\u2019époque du Rapport Parent et de M.Paul Gérin-Lajoie avaient instauré une réforme éducative alors impressionnante, ceux d\u2019aujourd\u2019hui voudraient amoindrir le projet éducatif de la collectivité.Il s\u2019agirait d\u2019opérer des restrictions budgétaires derrière le paravent d\u2019une autonomie fiscale des commissions scolaires plus que suspecte.La décentralisation de l\u2019éducation procéderait des mêmes visées que la décentralisation du processus de négociation.L\u2019une et l\u2019autre sont des marques d\u2019un État reniant ses responsabilités collectives dans la poursuite du bien commun pour accroître un laisser-faire indéterminé tout à l'avantage des privilégiés.Ainsi que l\u2019abolition du droit de grève mène à l\u2019unilatéralisme dans les relations de travail, donc à une détérioration dans l\u2019évolution de la question sociale, de même l\u2019abolition de la charte de la langue française aboutirait aux inégalités d\u2019antan dans les services éducatifs et à un glissement de la question nationale vers l\u2019iniquité.Ce qui paraît probant dans les généralités exposées en ce domaine par le P.L.Q.c\u2019est que les tentatives de contre-réforme, maintenant dénoncées, se muteraient en mesures rétrogrades, non plus en apparence mais en réalité, sous le couvert de bonnes intentions à l\u2019endroit des milieux socio-économiquement faibles.Vers le financement aléatoire des services éducatifs Un projet de loi du financement de l\u2019éducation avait avorté sous les libéraux à l\u2019heure de la Révolution LE QUÉBEC DOMESTIQUE.(I) 735 essoufflée.M.Parizeau, quant à lui, a réprimé certaines ambitions sous d\u2019astucieuses prestidigitations budgétaires.Celles-ci ont servi de tremplin aux démagogues de l\u2019opposition vitupérant les \u201cextravagantes largesses\u201d gouvernementales dans les gros budgets (éducation, affaires sociales).Pas étonnant alors si le P.L.Q.ne songe \u201cqu\u2019à étudier une formule de partage fiscal qui permettrait éventuellement aux commissions scolaires de jouir de sources de revenus autonomes, stables et significatives\u201d.Ça ne signifie rien de concret mais ça capitalise sur une humeur maussade postérieure à la mise en vigueur de la loi 57 (1979) et aux nouvelles règles d\u2019allocation des ressources régissant les budgets scolaires de 1980-813.On s\u2019attendait bien, depuis le LIVRE BEIGE, à ce que les faveurs libérales aillent prioritairement à l\u2019école anglaise mais on s\u2019attendait moins à ce que le P.L.Q.ignore les analyses lucides d\u2019un rédacteur en chef adjoint du journal LE DEVOIR4.Le P.L.Q.vise d\u2019une part à combler ce qu\u2019il qualifie de \u201ctrou\u201d d\u2019un demi-milliard au budget de l\u2019éducation et d\u2019autre part à augmenter la cagnotte du réseau scolaire pour anglophones.Mais aussi il étale sa générosité à l\u2019égard de l\u2019école privée5 et il propose d\u2019abaisser 3.\tCF: Document A8081 CE-047, C.E.Q.: \u201cLe rapport de l\u2019enquête Larose\u201d.4.\tEn divers articles de fond, dont celui du 29 août 1980 intitulé L\u2019OFFENSIVE CONTRE LA LOI 101.Elle signalait ceci en particulier: \".quand les effets directs de la loi 101 se seront produits et que les deux réseaux liguistiques auront trouvé leurs clientèles normales (francophones et allophones à l\u2019école française, et anglophones à l\u2019école anglaise) il restera 45,000 élèves dans les écoles anglaises de l\u2019île (le tiers, vu les 90,000 au réseau français) (.) .la situation linguistique scolaire sera toujours plus favorable aux anglophones qu'aux francophones.\" (Lise Bissonnette).5.\tLevée du moratoire existant quant à la création de nouvelles écoles privées.On accorderait des permis à \u201ccellesqui présentent une orientation originale et qui pratiquent une politique de frais de scolarité raisonnables (la compensation financière par l\u2019État en serait d\u2019autant plus élevée).Et quel serait le coût de Voriginalité prescrite? 736 L\u2019ACTION NATIONALE graduellement l\u2019âge d\u2019admission à l\u2019école.Dans cette perspective, et compte tenu de la crise économique qui sévit, la C.E.Q.peut se préparer au combat si elle veut voir triompher sa \u201cproposition d\u2019école au service de la majorité\u201d et assurer une considération valable à la plateforme éducative quant au niveau primaire \u2014 secondaire dont elle complétera l\u2019élaboration en 1980-81.En abordant le domaine éducatif le P.L.Q.a tenu à dédouaner ses politiques rétrogrades par une profession de foi classique en son souci d\u2019accorder la priorité aux milieux socio-économiquement faibles.Mais reste à voir comment ces milieux seront définis.S\u2019il s\u2019agit des faibles écoles privées ou d\u2019un débile réseau d\u2019écoles anglaises, on n\u2019est pas près avec le P.L.Q.de voir se corriger cette situation par laquelle 45% de nos jeunes n\u2019obtiennent pas encore leur certificat d\u2019études secondaires.On ne saurait non plus passer sous silence qu\u2019en termes de restructuration scolaire, un gouvernement du P.L.Q.s\u2019il demeure fidèle à l\u2019orientation de son chef, verra à opérer en douce un renforcement des structures sur une base linguistique.C\u2019était, en effet, la position que M.Ryan tenait, comme directeur, dans LE DEVOIR6.Ces mêmes gens qui nous cornent aux oreilles la nécessaire unité pan-canadienne, poussent l\u2019incohérence jusqu\u2019à refuser subrepticement au peuple du Québec une cohésion minimale en matières linguistiques et culturelles.La C.E.Q.ne peut se laisser abuser en ceci ni ne réagir qu\u2019à contre-temps.6.Comme le soulignait M.Jean-Pierre Proulx dans ce quotidien, le 20 janvier 1981, sous la manchette: L\u2019éducation: des libéraux sclérosés. CONFÉRENCE DE PRESSE.\u2019 1.Conférence de presse donnée par M.John Grube à l\u2019occasion du lancement de son volume, Bâtisseur de pays.(Édition de l\u2019Action nationale, 1981, 260 pages, $12.\u2014 82 ouest, rue Sherbrooke \u2014 Montréal \u2014 H2X 1X3 (845-8533).M.Patrick Allen et François-Albert Angers ont aussi parlé. À la recherche de François-Albert Angers par John Grube \u2014\t\u201cPrétendez-vous vraiment que François-Albert Angers est un des grands hommes du Québec?\u201d m\u2019a demandé un ami canadien-français incrédule.\u2014\t\u201cBien sûr que oui!\u201d ai-je répondu.\u2014\t\u201cGrand homme, n\u2019est-ce pas beaucoup dire.Dans quel sens l\u2019entendez-vous?\u201d \u2014 D\u2019une façon qui n\u2019est pas très particulière: je distingue les grands hommes de ceux qui sont moins grands comme vous distinguez ce qui est excellent de ce qui est ordinaire\u201d.\u2014\t\u201cComment arrivez-vous à les distinguer?\u201d \u2014\t\u201cUn moyen simple, c\u2019est la toponomie des boulevards et des stations de métro à Montréal.Voyez-vous Edouard Montpetit qui a bien mérité de la patrie, n\u2019a À LA RECHERCHE DE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS 739 eu droit qu\u2019à un boulevard.Mais Jean Talon, Henri Bourassa et Lionel Groulx ont chacun eu droit à une station de métro.N'est-ce pas la consécration suprême?On ne coule plus personne dans le bronze (ou presque) mais on profite d\u2019énormes souterrains de béton pour les relever en leur donnant des noms prestigieux! Les sculpteurs s\u2019effacent et les bétonniers avancent!\u201d \u2014\t\u2018\u2018Et Angers, que vient-il faire là-dedans?\u201d \u2014\t\u201cAngers aura sa station de métro.Le but de mon livre, c\u2019est de lui assurer cette immortalité!\u201d Quel cheminement a pu mener un anglophone protestant de Toronto à s\u2019intéresser aussi activement aux écrits, aux gestes et à la pensée de François-Albert Angers?Voilà la question qui explique tant de curiosités! Il s\u2019agit, en plus, d\u2019un anglophone dont les amis de famille incluaient Frank Scott professeur à l\u2019université McGill, l'actuel sénateur Eugene Forsey et feu Donald Creighton, ces chefs de file dont l\u2019école de pensée nie, à des degrés différents, le concept même des deux peuples fondateurs.L\u2019explication est bien simple, c\u2019est que l\u2019expérience vécue modifiait peu à peu les idées fixes! Quand j\u2019avais quinze ans, je passai un été à Neuville, dans le comté de Portneuf.J\u2019y appris le français parlé et je respirai pour la première fois la culture canadienne-française.J\u2019avais déjà le goût du Québec.De retour à Toronto, d\u2019ailleurs, le mur des deux solitudes s\u2019est refermé, encore une fois, mais moins haut et moins épais.J\u2019avais bu les préjugés du milieu.Il vaut la peine d\u2019en énumérer quelques-uns.Pendant la crise de la conscription, par exemple, on nous décrivait les Canadiens-Français comme des lâches, incapables de se battre.Plus tard on nous parlait de la corruption innée des Latins et d\u2019un certain Maurice Duplessis.Que faisait ce M.Duplessis?Selon les infor- 740 L'ACTION NATIONALE mations reçues, il ne faisait rien d\u2019autre que de passer la loi du cadenas, de persécuter les Témoins de Jéhovah et de briser les grèves.Le pire, c\u2019était son nationalisme.Ce nationalisme, c\u2019était une conspiration des prêtres qui l\u2019utilisaient et qui privaient les habitants québécois de l\u2019instruction universelle, gratuite et obligatoire parce que la foi catholique reposait évidemment sur l\u2019ignorance.Cela menait au corporatisme de l\u2019Église, forme déguisée du fascisme.On nous répétait que les Canadiens-Français étaient perdus dans l\u2019étude des langues classiques au lieu de se préparer à devenir des hommes d\u2019affaires (businessmen).Le salut ne pouvait leur venir que de l\u2019imitation des modèles étrangers, surtout des modèles anglo-saxons.Il leur fallait dépasser le stade du sentiment national pour embrasser le grand tout canadien, devenir une minorité pittoresque et assimilée.Voilà quelques idées de mon milieu.Ces préjugés, il fallait les réexaminer, à l\u2019occasion de cette étude, à la lumière d\u2019un examen minutieux des faits concrets.Déjà ces idées ne collaient pas toujours à la réalité.On nous présentait d\u2019une part un Jean-Baptiste comme un habitant soumis et, d\u2019autre part, les journaux nous parlaient de manifestations houleuses et d\u2019attentats à la bombe.Pour la première fois, pendant les années soixante, les Canadiens-Français du Québec commençaient à briser le mur du silence qui les entourait et à se faire entendre.Puis vint la crise d\u2019octobre 1970.Cette crise marque un point de départ crucial.Il devenait évident, même à l\u2019orangiste le plus aveugle, que quelque chose d\u2019important se déroulait au Québec.Cette crise menaçait nos propres libertés fragiles parce que les autorités auraient pu, avec la moindre provocation policière, étendre l\u2019emprise de la Loi des mesures de guerre jusqu\u2019au cœur de Toronto.Donc, je commençai à bouger, à lire ici et là, ce qu\u2019on écrivait au sujet du Québec.Partout on trouvait le À LA RECHERCHE DE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS 74-) mystérieux nom de François-Albert Angers.Étudie-t-on la crise de la conscription?Angers y était.Se renseigne-t-on sur les bagarres de Saint-Léonard en 1968?Angers y était également.Et ainsi de suite.Peu à peu je me suis rendu compte que M.François-Albert Angers était l\u2019homme-clef, dans ce sens que si je pouvais comprendre ses prises de position (sans nécessairement y souscrire), j\u2019aurais compris ce qui se passait au Québec depuis cinquante ans.Il est le représentant le plus pur du nationalisme traditionnel et historique des Canadiens-Français.La crise d\u2019octobre a ébranlé les idées préconçues de plusieurs anglophones.On ne pouvait plus exclure le Québec de sa pensée.Il fallait en déchiffrer la problématique.Je signale que je ne suis pas un expert des sciences de l\u2019homme ou de la problématique canadienne-française.J\u2019ai fait mes études universitaires en fouillant les manuscrits anciens, en voulant comprendre des civilisations d\u2019il y a deux ou trois mille ans.Voilà donc mon approche à l\u2019œuvre d\u2019Angers.Il existe une civilisation de langue française et de culture catholique aux bords du fleuve Saint-Laurent.Quelle est sa nature?Son histoire?Son avenir?Cette civilisation peut être examinée avec les mêmes critères qu\u2019un universitaire s\u2019impose pour étudier une civilisation trois fois millénaire.On cherche un représentant typique.On examine ses écrits et ses actions.On dégage les idées-forces.On arrive ainsi quelquefois à décrire les grandes lignes d\u2019une civilisation donnée.D'abord une évidence.M.Angers continue des précurseurs comme Esdras Minville, Édouard Montpetit, Henri Bourassa, Lionel Groulx.(C\u2019est moi qui le mets dans cette ligne apostolique et non pas lui!).Puis on voit M.Angers à l\u2019œuvre pendant la crise de la conscription de 1942: il se base sur des principes dont dérive la conclusion que le Québec doit rester neutre.Un petit peuple ne peut se permettre des aventures outre-mer, ni lutter pour des libertés dont il ne jouit pas lui-même.Si la conscription était injuste, les déserteurs devenaient des héros. 742 L'ACTION NATIONALE Prise de position assez radicale, à l\u2019époque! Des mêmes principes de neutralité découlait le refus de participer à la guerre froide.On sourcilla à l\u2019époque.Mais M.Angers, par son action intellectuelle, s\u2019appuyait sur des principes.Était-il devenu gauchiste?Pas du tout! Ses conclusions, aussi surprenantes qu'elles pouvaient paraître, lui indiquaient une stratégie à long terme et l\u2019élevait au-dessus des partis politiques, au-dessus de la gauche et de la droite.La paix revenue, M.Angers dut mener, avec d\u2019autres, une lutte à finir contre la centralisation envahissante d\u2019Ottawa, lutte on ne peut plus actuelle.Il approfondit le pour et le contre de la centralisation.Il montre que la nature de ce qui est \u201cpetit\u201d est souvent plus souple, plus proche de l\u2019humain, plus assuré de survivre.Bien avant le titre, il soutenait la thèse du \"small is beautiful\u201d de Schumacher.La décentralisation ne devenait plus seulement une tactique de survie pour la nation canadienne-française mais, souvent, un bien en soi, une garantie de liberté et de santé politique.De la centralisation on arrive à une saine sécurité sociale, basée sur la paroisse ou sur le quartier où tout le monde se connaît et peut s\u2019entraider.Selon M.Angers, chacun doit apprendre l\u2019entraide au lieu de dépendre d\u2019une bureaucratie distante et anonyme.Le principe sous-jacent: dépendre moins à la condition de pratiquer le faire soi-même.La vraie sécurité sociale, selon M.Angers, est bien davantage celle des premiers colons et des pionniers de l\u2019Ouest, temps où les gens participaient à des corvées (à des \"bees\u201d) pour ériger une nouvelle grange ou aider de nouveaux venus.On avait alors de véritables voisins et, selon M.Angers, on peut recréer ce sens de la communauté dont le Québec a tellement besoin et faire l\u2019économie de toute une bureaucratie.Le faire soi-même reste la base aussi du mouvement coopératif auquel M.Angers travaille depuis 1940.Ses deux volumes sur la coopération sont reconnus internationalement mais c\u2019est dans les discussions dans les À LA RECHERCHE DE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS 743 petites coopératives, on ne peut plus terre-à-terre, que M.Angers a montré son dévouement et son leadership.Pour lui, la coopération, comme mouvement général, devient la seule voie valable vers la libération économique du Québec.Il la préfère à la régie d\u2019État.Finalement ses études percutantes sur la fiscalité montrent le besoin pressant du Québec de récupérer ses anciens pouvoirs de taxation.Ses commentaires sur la restructuration de l\u2019éducation montrent comment Angers voudrait sauver ce qui est valable dans les anciens collèges classiques en même temps qu\u2019il accueille une pressante rénovation de l\u2019éducation technique.Pour lui, le Québec a beaucoup perdu de ses valeurs intellectuelles avec l\u2019américanisation des structures scolaires vers 1965.Tout comme l\u2019Ontario ou les autres pays submergés par l\u2019influence pédagogique américaine.M.Angers s\u2019attend à une revalorisation des valeurs humanistes au Québec mais, il le voit, pas dans un avenir prochain.Il esquisse l\u2019évolution d\u2019une pensée proprement nationale, jaillie du patrimoine et non importée en pièces détachées rapportées de chez les voisins.L\u2019important de cette pensée nationale est que le premier pas de la libération nationale consiste à penser selon son génie propre, à exercer une action intellectuelle basée sur des analyses rigoureuses et des études objectives.De là viendront les stratégies à long terme.M.Angers a toujours lutté pour la langue française, cette caractéristique fondamentale de la civilisation aux bords du Saint-Laurent sur laquelle je me suis penché.Il ne luttait pas pour le français qui serait un objet de musée mais pour toute la culture, toute la façon de penser que véhicule cette langue vivante, parlée et écrite.D\u2019où, pour lui, l\u2019importance des luttes scolaires, du Mouvement du Québec français, de la loi 101.C\u2019est en fouillant dans les écrits de M.Angers que j\u2019ai découvert une civilisation que je connaissais très peu et que j\u2019étais devant un écrivain de taille, un des meilleurs essayistes du Québec actuel.Face à lui, je découvrais 744 L'ACTION NATIONALE aussi ma propre identité de Canadien anglais.Pourquoi?Parce que nous, comme tous les autres peuples, nous nous définissons mieux à partir des différences d\u2019avec nos voisins, Américains, Québécois ou Anglais.C\u2019est seulement avec la sécurité intérieure d\u2019une identité culturelle bien définie \u2014 et la pensée de M.Angers peut aider, dans ce sens, et les Canadiens-Français et les Canadiens-Anglais \u2014 que nous pouvons honnêtement serrer la main du voisin. Pourquoi une vue panoramique des écrits de François-Albert Angers dans le livre de John Grube?par Patrick Allen Penseur, professeur, chercheur et écrivain infatigable, M.Angers n\u2019a jamais trouvé le temps pendant ses quarante ans de carrière académique active, de faire le bilan de ses écrits.L\u2019eût-il trouvé ce temps, sa modestie lui aurait interdit de s\u2019en prévaloir.Aussi une équipe à l\u2019École des Hautes Études Commerciales a décidé de dresser, avec commentaires à l\u2019appui, un inventaire de ses ouvrages, articles et livres.Une partie seulement de cet ensemble 746 L\u2019ACTION NATIONALE colossal a servi de source de documentation, d\u2019instrument de travail et d'analyse à M.John Grube dans son remarquable volume, Bâtisseur de pays.Cette vue panoramique des écrits de M.Angers amènera de nouveaux lecteurs, comme elle a conduit M.Grube lui-même, à découvrir quelle personnalité et quelle ampleur intellectuelle caractérise M.Angers.Après en avoir pris connaissance, personne ne pourra plus le considérer simplement comme un homme public ou un nationaliste parmi d\u2019autres mais comme l\u2019un des premiers économistes authentiques du Québec, à la fois comme professeur d\u2019université et comme homme de science de classe internationale.L\u2019économiste Léon Courville avait raison de signaler, récemment, dans Le Devoir, que le savant, chez lui, est encore plus important que l\u2019homme public.M.John Grube m\u2019a demandé de présenter l\u2019aspect quantitatif pour compléter l\u2019aspect plutôt qualitatif auquel il s\u2019était consacré.Avec ces deux aspects en tête, M.Grube qualifie M.Angers de scholar accompli: un tableau répartissant les écrits de M.Angers selon leur centre d\u2019intérêt (économique, international, coopératif et socio-politique) montrera la vérité de cette affirmation.L\u2019Actualité économique et L\u2019Action nationale sont les principaux débouchés pour ses articles mais une trentaine d\u2019autres revues, au Québec et à l\u2019étranger, ont publié ses articles spécialisés.Pour simplifier, nous avons inclus les douze volumes de M.Angers dans le tableau à la page suivante.L\u2019élément éclairant de ce tableau est que M.Angers a écrit plus d\u2019articles dans L\u2019Actualité économique que dans L'Action nationale, soit 453 sur 772 ou environ 60%.À pousser l\u2019analyse, on trouverait que c\u2019est aussi dans L'Actualité économique où M.Angers a publié ses travaux les plus élaborés, les plus fouillés et les plus étendus.Certains articles dépassent quarante pages et constituent de véritables traités spécialisés, ou monographies, de caractère inédit et original. À LA RECHERCHE DE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS 747 NOMBRE DE TITRES IDENTIFIÉS DANS L\u2019OEUVRE DE M.ANGERS \tPUBLIÉS DANS\t\tPUBLIÉS DANS\t\t\t \tL\u2019ACTUALITÉ\t\tL\u2019ACTION\t\tGRAND\t \tÉCONOMIQUE\t\tNATIONALE\t\tTOTAL\t Domaine économique:\t\t\t\t\t\t économie générale\t146\t\t16\t\t162\t économie régionale\t70\t\t7\t\t77\t finance\t80\t\t14\t\t94\t transports-communication\t4\t300\t1\t38\t5\t338 Problèmes internationaux:\t41\t41\t19\t19\t60\t60 Champ de la coopération:\t37\t37\t20\t20\t57\t57 Problèmes socio-politiques.\t\t\t\t\t\t généralités\t32\t\t61\t\t93\t autonomie provinciale\t14\t\t85\t\t99\t bilinguisme\t7\t\t17\t\t24\t conscription\t1\t\t15\t\t16\t éducation\t9\t\t45\t\t54\t religion\t12\t75\t19\t242\t31\t317 GRAND TOTAL:\t\t453\t\t319\t\t772 Remarquons que les 319 articles parus dans L\u2019Action nationale et qui ont surtout inspiré les analyses de M.John Grube sont aussi originaux et inédits bien que moins élaborés puisqu\u2019ils s\u2019adressent à des lecteurs différents.Ils vulgarisent un aspect particulier d\u2019une question socio-politique, ils entrent dans le concret, ils proposent une stratégie pour l\u2019action.C\u2019est ce qui explique qu'environ 25% de ses articles touchent à l\u2019économique, à la coopération et aux questions internationales.Ce nombre imposant des écrits de M.Angers ne dit pas tout.Il ne tient pas compte d\u2019un grand nombre d\u2019autres activités comme les conférences, les interventions à la radio et à la télévision, de nombreux écrits jamais signés, de rapports comme consultant, comme arbitre, comme expert-conseil, comme porte-parole d\u2019une association ou d\u2019un mouvement.Il y a aussi une volumineuse correspondance, avec de nombreux Québécois et étrangers, où il émet un grand nombre d\u2019avis sur notre monde religieux, politique et économique.L\u2019aspect quantitatif est important à souligner, soit une moyenne annuelle d\u2019une vingtaine d\u2019articles majeurs 748 L'ACTION NATIONALE pendant 40 ans.Mais l\u2019aspect qualitatif est encore plus décisif.C\u2019est l\u2019aspect surtout étudié par M.John Grube de main de maître.Les auteurs de la bibliographie ont aussi essayé d\u2019en donner une idée dans les textes d\u2019introduction à chaque grande division.Avant M.Angers, la démarche vraiment scientifique, propre à l\u2019économiste, laissait gravement à désirer, au Québec.Avec lui, l\u2019enseignement et la recherche entrent dans une phase d\u2019innovations.L\u2019ensemble de ses travaux, dans le domaine économique et para-économique, démontre son assimilation précoce des théories nouvelles et sa capacité de les appliquer aux réalités de notre milieu.La preuve en est dans ses articles scientifiques sur la monnaie, l\u2019inflation, les salaires, les revenus, les prix.Il fut aussi un pionnier dans l\u2019analyse des problèmes de l\u2019économie industrielle, de l\u2019économie de l\u2019entreprise, des transports et des communications.Il s\u2019est distingué, avec un retentissement international, par ses profondes études sur les théories de Lord Keynes et par son approfondissement du mouvement coopératif.Son ouverture d\u2019esprit, sur tous les problèmes qu\u2019il a abordés, ne peut qu\u2019étonner la jeune génération.Cette ouverture d\u2019esprit n\u2019a d\u2019égale que son intégrité intellectuelle, devenue légendaire.Avec tant d\u2019heures d\u2019enseignement et tant d\u2019heures de recherches consacrées à ses articles, il a pu assumer la direction de L\u2019Actualité économique pendant une dizaine d\u2019années, fonder le Service de documentation économique (1942), créer l\u2019Institut d'économie appliquée (1959-1969) auquel il assurera un rayonnement national et international.Le Prix du Québec, Léon-Gérin (1980), est venu consacrer \u201cla valeur éminente de ses travaux d\u2019universitaire et de chercheur\u201d.Nous avons été heureux d\u2019apporter ce modeste complément aux perspicaces synthèses de M.John Grube.L\u2019érudition et la grande objectivité trouvées en ce volume montrent que M.Angers et M.Grube étaient bien faits À LA RECHERCHE DE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS 749 pour se rencontrer.M.Hugh MacLennan a bien parlé des deux solitudes (1945).Depuis ce temps, M.John Grube a produit, dans le filon de cette tradition, l\u2019œuvre la plus remarquable.Il l\u2019a voulue comme un pont entre les deux solitudes ou, comme il le dit lui-même, comme une main tendue, reçue et étreinte. Mon témoignage de reconnaissance à John Grube par François-Albert Angers Rendre hommage à John Grube, dans la position où me place le volume qu\u2019il vient d\u2019écrire sur le nationalisme canadien-français, en me prenant comme prototype, n\u2019est pas chose facile.Le remercier n\u2019est pas de mise, étant tellement mis en cause.Car ce n\u2019est pas pour me faire plaisir qu'il a écrit ce livre.Comme il l\u2019explique lui-même dans son communiqué de presse, nous ne nous connaissions même pas.Et quand il a commencé son travail, il ignorait mon existence.Il m\u2019a adopté comme filon, sans doute, en fonction d\u2019une sorte d\u2019omniprésence due à la multiplicité de mes contributions, soit à L\u2019Action nationale, soit à L\u2019Actualité économique, pendant une certaine époque.Il a écrit son livre à partir de mes textes, selon la compréhension qu\u2019il en a acquise à partir de son propre jugement, sans chercher à se faciliter la tâche par des contacts personnels multipliés au cours desquels je pourrais l\u2019influencer indûment. À LA RECHERCHE DE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS 751 Pendant la rédaction des textes, nous nous sommes rencontrés une couple de fois seulement, en vue d\u2019élucider certains points qui lui paraissaient plus obscurs.Je ne puis que lui laisser la responsabilité totale de ce que ce livre contient d\u2019élogieux à mon égard.Aux autres, à d\u2019autres, de juger à la lumière des raisons qu\u2019on invoque pour les formuler, dans quelle mesure il peut être considéré qu'il exagère la valeur de mon travail, et le rôle ou l\u2019influence qui en a pu découler.On ne peut qu\u2019être hautement honoré qu\u2019il puisse se trouver des gens pour nous reconnaître de la valeur; et cela fait sûrement plaisir.Mais on sait trop aussi, pour s\u2019en trop enorgueillir \u2014 parce que ce sont ces jugements-là qui n\u2019ont pas manqué de nous accompagner dans notre vie \u2014 combien nombreux sont ceux qui pensent autrement et cela jusqu\u2019au mépris de tout ce que l\u2019on a été et représenté.Par où alors le principal intéressé peut-il rejoindre ce qu\u2019il y a d\u2019extraordinaire \u2014 si tel est le cas \u2014 dans un livre pareil?Je crois que c\u2019est par le fait de pouvoir lire un livre où l\u2019on est constamment concerné, scruté dans ses pensées les plus profondes, analysé sur toutes les coutures, interprété dans ses moindres ou plus subtiles nuances, sans avoir la réaction d\u2019avoir été mal compris, de s\u2019être fait prêter des idées ou des jugements qu\u2019on n'a jamais partagés tels qu\u2019exprimés, d\u2019avoir été présenté sous un jour teinté des convictions ou des préjugés personnels de l\u2019auteur, de sorte qu\u2019on se sent en quelque sorte trahi, et avec soi les idées qu\u2019on représente ou qu\u2019on défend, auprès de tous les lecteurs de l\u2019ouvrage.Cette position très subjective constitue probablement, en l\u2019occurrence, le critère le plus objectif que l\u2019on puisse trouver de l\u2019intégrité d\u2019un écrivain, de ses hautes qualités intellectuelles de pénétration et d\u2019analyse d\u2019un sujet, bref, de la hauteur et de la profondeur de son esprit.Le phénomène n\u2019en est que plus remarquable lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un écrivain anglo-canadien abordant les 752 L'ACTION NATIONALE problèmes du nationalisme canadien-français et la pensée d\u2019un des nationalistes qui, sûrement, par les siens mêmes, est considéré par beaucoup comme poussant les thèses nationalistes jusqu\u2019à l\u2019excès et même, selon quelques-uns, jusqu\u2019à l\u2019absurde.Ce sur quoi il faut rendre hommage à John Grube, c\u2019est d\u2019avoir voulu, lui Anglo-Canadien, comprendre le Canada français en lui-même et tel qu\u2019il veut être compris et se définir comme une civilisation valable qu\u2019on aborde avec le respect et la considération qui sont dus à toute manifestation de culture humaine.Bien sûr, en s\u2019attachant à la pensée d\u2019un seul homme pris comme prototype, on pourra aisément soutenir qu\u2019il n\u2019a pas embrassé tout le phénomène nationaliste canadien-français.Il ne le prétend pas non plus.Il a posé une pierre à cet effort de compréhension.C\u2019est la qualité de sonorité de cette pierre dont je porte témoignage pour permettre aux autres de juger la valeur de l\u2019homme. Chronique de la langue LES PROPOS DE L'ILLETTRÉ 754 L\u2019ACTION NATIONALE Disons Le fait de Le fait que Le fait est que Individu Agissements Traitements et salaires Autrefois, l\u2019orateur qui, dans son discours, ratait l\u2019allumage, par timidité ou autrement, éjaculait d\u2019ordinaire un premier Euh! puis Euh! puis Euh! et finissait par démarrer en beauté.Aujourd\u2019hui, le nouveau tic des Québécois est: Disons.Disons qu\u2019il ne s\u2019est rien passé.Disons que tout devrait aboutir.Disons.Et jusque-là, cela va sans dire, le brave tribun de notre temps n\u2019a toujours rien dit.Autre recours fréquent, à l\u2019heure actuelle, en cas de panne d\u2019éloquence, l\u2019expression \u201cLe fait.\u201d, que l\u2019on étire interminablement en: Le fait de, Le fait que, Le fait est que.Or, sur chacun des trois points, l\u2019immortel Émile Legrand, dans sa classique Stylistique française, constamment rééditée au moins depuis 1900, est formel.Le fait de, fruit évident de la paresse, tant buccale que cérébrale, est un synonyme maladroit du substantif propre, qui échappe à l\u2019inadvertance, sinon à l\u2019ignorance: Le fait d\u2019être présent signifie la présence.Le fait de réussir, c\u2019est la réussite ou le succès.Le fait de disparaître, l\u2019absence, le manque, et ainsi de suite.Même remarque, a fortiori, pour Le fait que, tournure plus malhabile encore.Le fait que j\u2019aille, c\u2019est ma venue.Le fait que j\u2019aie failli à la tâche: mon échec.Le fait que je contribue: mon apport.Le comble du remplissage oral insipide et insignifiant, n\u2019est-ce pas Le fait est que: Le fait est que.nous sommes intervenus ou Le fait est que nous n\u2019avons pu intervenir.Coupons court à ce bavardage et à ces bavures intolérables, en affirmant tout simplement: Nous sommes intervenus, ou Nous n\u2019avons pu intervenir.L\u2019indigence verbale provient surtout, semble-t-il, d\u2019une pénurie de vocabulaire, de lectures insuffisantes, LES PROPOS DE L\u2019ILLETTRÉ 755 au double plan de la quantité et de la qualité, d\u2019un contact trop peu suivi avec les maîtres de la littérature et de l\u2019art d\u2019écrire.Cette carence, excusable certes, mais qui se prolonge, hélas! avec une ténacité décourageante chez nos gens, est un mal dont une minorité guérit sur le tard, et la grande majorité jamais.Que de finesse pourtant, que d\u2019inépuisables ressources, dans ce parler de nos pères, dans ces familles indénombrables de mots, proches mais parfois indéfiniment diversifiés.L\u2019individu, vocable qui s\u2019emploie en général à mauvais escient dans nos milieux, et nous verrons pourquoi tout à l\u2019heure, appartient à la langue scientifique, où il s\u2019oppose au groupe, à l\u2019espèce.Sait-on assez que ce terme devient: la personne, en psychologie et en sociologie; le particulier, devant la loi; l\u2019habitant d\u2019un territoire ou d\u2019un pays, pour la géographie et la statistique; le citoyen, d\u2019une ville ou d\u2019un État, en sciences politiques; le contribuable, en fiscalité, et, une fois dépatrié ne fût-ce qu\u2019en passant, le national ou le ressortissant.Et le reste.La parenthèse que je voulais ouvrir à propos d\u2019individu, je la refermerai à l\u2019instant: il s\u2019agit du sens péjoratif du terme.À éviter par conséquent la formule de l\u2019interviewé déclarant, l\u2019autre jour, en ondes, avoir eu l\u2019honneur de connaître cet individu fascinant: le premier ministre.Du même ordre apparaît la tournure aberrante dont se servit naguère, au journal électronique de fin de soirée, un commentateur chevronné, pour évoquer les agissements (d\u2019éclat) de.nul autre que tel président, sortant de charge, de la société des anciens présidents.Je reviens à ces familles extraordinaires de mots qui font le trésor et la fabuleuse séduction de notre langue.La paie, la feuille de paie, c\u2019est très français.Eh bien, cette tête de lignage n\u2019a-t-elle pas donné, tout ensemble: la solde du militaire; les gages du domestique; le salaire de l\u2019ouvrier; le traitement ou les appointements d\u2019un employé ou d\u2019un fonctionnaire; le cachet d\u2019un artiste; les émoluments d\u2019un juge; les honoraires d\u2019un membre des professions libérales.Une mise au point, entre autres: la dichotomie anglaise Salaries and wages ne doit pas se 756 L'ACTION NATIONALE rendre, en français, par Salaires et gages, mais bien, on s\u2019en souviendra, par: Traitements et salaires.La valeur de pareilles richesses, comme le péril qui les menace, ou l\u2019épique croisade à poursuivre pour leur sauvegarde, peu de nos prophètes les auront mieux perçus, ni mieux exprimés sans doute, qu\u2019un Lionel Groulx: Et chaque mot qui part est une âme qui meurt.UN APPEL AU SECOURS L\u2019Association du Labrador-Québécois a dépensé $18,000 pour informer le public sur le problème du Labrador au Québec.Pour continuer son action, elle a besoin d\u2019un soutien financier.Envoyez un chèque ou un mandat à: L\u2019Association du Labrador-Québécois, a/s Paul De Bané, Grondines (comté Portneuf), P.Q.GOA 1W0 UN DÉFENSEUR DU FRANÇAIS LE PÈRE JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J.par Richard Arès 758 L\u2019ACTION NATIONALE III - SES ÉTUDES COLLÉGIALES Comme son grand-père Camille qui, du Collège de l\u2019Assomption, y était venu terminer ses études et comme son père Gaspard qui y avait fait tout son cours, le jeune Papin \u2014 seul prénom qu\u2019il porte alors, en hommage à sa mère et à son grand-père maternel \u2014 fait son entrée au Collège Sainte-Marie au début de septembre 1891.C\u2019est une institution fondée et dirigée par les Jésuites depuis 1848, une institution qui fait aussi quelque peu bande à part parmi les autres collèges et séminaires qui existent alors au Québec.Ceux-ci, en effet, ont pour premier objectif de former des jeunes en vue de développer en eux des vocations sacerdotales et religieuses.Les fondateurs du Collège Sainte-Marie, Jésuites venus de France à la prière de Mgr Bourget, évêque de Montréal, s\u2019étaient donné, eux, un objectif général: l\u2019éducation et la formation de la jeunesse.Pas de n\u2019importe quelle jeunesse, mais bien celle de l\u2019époque et du milieu montréalais.C'est-à-dire que, pour eux aussi, le problème de la langue de l\u2019enseignement n\u2019a pas tardé à se poser: devaient-ils enseigner en français ou en anglais, ou encore utiliser les deux langues?Le Collège Sainte-Marie au milieu et à la fin du XIXe siècle.Pour mieux saisir l\u2019ampleur du problème auquel ont eu à faire face les premiers recteurs européens du Collège, il importe de rappeler deux faits dont ils durent tenir compte dès leur arrivée au Canada: le fait d\u2019une nombreuse présence anglophone à Montréal et le fait que les Jésuites d\u2019alors appartenaient à la même mission qu\u2019à celle de New-York, les deux régions étant alors jumelées.Le premier fait à rappeler est le suivant: au moment où les Jésuites ouvrent leur collège, la ville de Montréal présente encore une majorité anglophone.En 1851, les Canadiens d'origine française y sont minoritaires et ne forment que 45% de la population.En 1871, le groupe français se chiffre à 56,856 et détient une faible majorité de 53%, alors que l\u2019ensemble des groupes britanniques: anglais, irlandais, écossais, se montent à 48,221 et ne for- LE P.JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J.759 ment plus qu\u2019une puissante minorité de 43%.Le plus important pour le Collège était qu\u2019il y avait alors à Montréal deux fois plus d\u2019Irlandais que d\u2019Anglais proprement dits.Où ces jeunes anglophones, en particulier ces Irlandais, catholiques pour la plupart, iraient-ils se faire instruire si le Collège Sainte-Marie leur fermait ses portes?Encore fallait-il que ce Collège recrute des professeurs qui puissent enseigner en anglais.La ville de Montréal, cependant, grandissait rapidement: alors qu\u2019au moment de la Confédération de 1867, elle comptait à peine 100,000 âmes, sa population devait s\u2019élever à plus de 200,000 quelque vingt ans plus tard, soit au recensement 1891, l\u2019année même où le jeune Papin Archambault faisait son entrée au Collège Sainte-Marie.Un deuxième fait dont il faut tenir compte pour bien saisir la situation qui existe alors au Collège est que les Jésuites venus de France en Amérique, c\u2019est-à-dire à la fois à New-York et à Montréal, ont longtemps appartenu à la même mission, dénommée alors mission New-York-Canada, dont le supérieur résidait à New-York même.La conséquence en fut que celui qui allait donner des instructions et des directives aux premiers recteurs du Collège Sainte-Marie ne résidait pas sur place à Montréal mais bien à New-York et, de ce lieu était porté à donner ses préférences à l\u2019enseignement de l\u2019anglais.Quoiqu\u2019il en soit, au moment où le jeune Papin entre au Collège, la situation est encore quelque peu ambivalente: les classes sont doublées selon le nombre d\u2019élèves de chaque langue qui se présentent au début de l\u2019année.Ainsi, si l\u2019on consulte l\u2019annuaire du Collège de 1891, il y a dans la première année, c\u2019est-à-dire aux Éléments-Latins, trois classes ou sections pour les francophones, et deux pour les anglophones, situation dont on retrouve à peu près l\u2019équivalent dans les autres classes supérieures.Le collégien Lorsqu\u2019au début de septembre 1891 le jeune Papin fait son entrée au Collège Sainte-Marie, un autre Archambault de la même famille y étudie déjà: Joseph, son frère aîné. 760 L'ACTION NATIONALE Chez les Jésuites du Canada, des changements importants viennent de se produire: ils n\u2019appartiennent plus à la mission de New-York, mais, depuis 1888, forment une province canadienne autonome, dont le premier supérieur, après avoir résidé quelque temps au scolasticat de l\u2019Immaculée-Conception, maintient sa résidence permanente au Collège Sainte-Marie depuis 1891.En consultant les annuaires du Collège, on peut parvenir à dresser un tableau des classes qu\u2019a fréquentées et même une liste des prix qu\u2019a remportés le jeune Papin durant tout son cours au Collège.La première année, son nom se retrouve dans la classe des Éléments-Latins \u201cA\u201d, section \u201cA\u201d dans laquelle il se maintiendra jusqu'à la fin de son cours.Lors de la distribution des prix, l\u2019annuaire du Collège attribue au jeune Papin une troisième place en Excellence et une cinquième en Thème latin.L\u2019année suivante, c\u2019est-à-dire en Syntaxe, il obtient le deuxième accessit en Instruction religieuse et un prix de six accessits.En classe de Versification, on retrouve le nom du jeune collégien dans la colonne des prix de Diligence ainsi que dans celle des prix d\u2019Élocution.L\u2019année suivante, en classe de Belles-Lettres, les résultats à la fin de l\u2019année sont les mêmes: prix en Diligence et en Élocution.À la fin de sa classe de Rhétorique, il obtient un accessit en Diligence, un premier prix en Discours français ainsi qu\u2019en Élocution.C\u2019en est maintenant fini de l\u2019étudiant au Collège Sainte-Marie: dans l\u2019annuaire de 1897-1898, on ne retrouve pas son nom.Après quelques mois de vacances, il va se décider à entrer chez les Jésuites au noviciat du Sault-au-Récollet.Du Collège il emportera le goût du travail et une certaine fierté de la langue française, comme en témoignent les prix obtenus à la fin de ses classes de Belles-Lettres et de Rhétorique.Coïncidence peut-être: la même année où il quitte le Collège Sainte-Marie, qui a longtemps maintenu des classes parallèles, l\u2019une en français, l\u2019autre en anglais, LE P.JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J 761 les Jésuites de Montréal ouvrent un autre collège, Loyola, lequel commencera à accueillir ceux qui, tout en étant catholiques mais non de langue française, avaient dû jusqu\u2019alors faire leur cours classique au Collège Sainte-Marie.Aussi est-ce un collège entièrement renouvelé, réservé d\u2019abord et avant tout aux francophones, que le jeune Papin, devenu jésuite, retrouvera quand il viendra y faire ses années de régence au début du XXe siècle.IV \u2014 PREMIÈRES ANNÉES CHEZ LES JÉSUITES Après avoir terminé sa classe de Rhétorique au Collège Sainte-Marie, le jeune Papin Archambault décide de ne pas rentrer au Collège et, le 31 octobre 1897, il se présente au noviciat des Jésuites, alors établi au Sault-au-Récollet.Une fois accepté, il commence à suivre le régime de vie et de formation propre aux scolastiques de ce temps-là, soit deux ans de noviciat, deux ans de juvénat, puis trois ans de philosophie au scolasticat de l\u2019Immaculée-Conception sur la rue Rachel, trois ans parce qu\u2019il n\u2019avait pas fait ses classes de philosophie avant son entrée dans la Compagnie de Jésus.À la fin de juillet 1904, il est nommé pour enseigner la classe de Méthode au Collège Sainte-Marie, là même où il avait1 déjà étudié.Il y fera toute sa \u201crégence\u201d, enseignant deux années en classe de Méthode et trois en classe de Belles-Lettres.Depuis son départ en 1897, la figure interne du Collège avait grandement changé, dû d\u2019abord au fait que la plupart des classes anglophones d\u2019autrefois s\u2019étaient transportées au nouveau Collège Loyola et que maintenant l\u2019atmosphère collégiale à Sainte-Marie était presque entièrement francophone.De plus, au printemps de la même année 1904, un groupe d\u2019élèves des classes supérieures, avec l\u2019appui de leur professeur de philosophie, le P.Samuel Bellavance, viennent de lancer une invitation aux jeunes de toute la Province de venir participer à un congrès qui allait jeter les bases de l\u2019Association catholique de la jeunesse canadienne-française (l\u2019A.C.J.C.).Parmi les élèves du Collège qui y 762 L'ACTION NATIONALE participèrent mentionnons seulement les noms de Joseph Versailles, Albert Benoît, Ernest Roby, Armand Dugas, Henri Bernard, Rosario Genest, etc.Dans ce milieu transformé et provisoirement surchauffé, le jeune scolastique Papin Archambault, après deux ans d\u2019enseignement en classe de Méthode, se voit en 1906 transposé en classe de Belles-Lettres avec le titre de modérateur de l\u2019académie, c\u2019est-à-dire du cercle local d\u2019études, Cercle Sainte-Marie de la nouvelle Association venant de se fonder au Collège même.C\u2019est là surtout qu\u2019il entra en contact avec l\u2019élite des jeunes collégiens de Montréal et que lui vint la pensée d\u2019organiser pour eux une expérience toute nouvelle au Canada, c\u2019est-à-dire une retraite fermée pour les jeunes du Cercle Sainte-Marie.Expérience dont il devait raconter l\u2019histoire dans des articles parus d\u2019abord dans Le Semeur et Le Messager du Sacré-Cœur, puis réunis en brochure sous le titre L\u2019Oeuvre qui nous sauvera, brochure portant en sous-titre \u201cLa régénération de l\u2019individu et de la société par les retraites fermées.\u201d Ayant achevé ses années de \u201crégence\u201d ou d\u2019enseignement au Collège Sainte-Marie, le jeune professeur retourne au scolasticat de l\u2019Immaculée-Conception pour y entreprendre ses études théologiques.Dans l\u2019intervalle, un fait nouveau s\u2019est produit: les Jésuites travaillant au Canada, qui avaient commencé par dépendre de la Province de France, puis de celle de Champagne, pour ensuite faire partie de la mission autonome New-York-Canada, être rattachés à la Province d Angleterre, former une mission autonome canadienne en 1888, viennent tout juste, le 15 août 1907, d\u2019être érigés en province canadienne.Je signale, en passant, que les catalogues jésuites qui, à partir de son premier séjour au scolasticat pour ses études en philosophie, le présentaient sous son double prénom Joseph-P., ne le présentent plus que sous le nom de Joseph Archambault et laissent tomber l\u2019autre prénom de Papin.Quoi qu\u2019il soit, en 1909, il commence sa première année de théologie au scolasticat de l\u2019Immaculée-Conception. LE P.JOSEPH-PAPIN ARCHAMBAULT, S.J.763 L\u2019année suivante, en 1910, un événement religieux important se produit gui va attirer les yeux de I ensemble du monde catholique sur la ville de Montréal: le Congrès eucharistique international, au cours duquel Henri Bourassa, alors dans la force de l\u2019âge, répondant le samedi 10 janvier 1910, au discours de Mgr Bourne, archevêque de Westminster, qui avait par trop insisté sur l\u2019importance pour les catholiques canadiens d apprendre et de parler l\u2019anglais en vue de mieux servir la cause du catholicisme au Canada, s\u2019était attiré des applaudissements nombreux de la part d\u2019un auditoire en majorité francophone et d\u2019avance préparé à entendre un tel discours.Le jeune étudiant en théologie, Archambault, était-il présent lors de cette fulgurante réplique?L\u2019histoire écrite jusqu'à maintenant ne le dit pas, mais je sais qu\u2019il en avait gardé un profond et vivace souvenir et que déjà dans sa pensée se préparait la série d\u2019articles en faveur du français qui allait paraître dans le Devoir de 1912-1913.En attendant, il lui fallait poursuivre sa deuxième année de théologie.En 1911 se produit un autre événement, moins spectaculaire que le premier mais qui aura sur sa personne et son avenir des conséquences plus directes: la fondation de l'École sociale populaire au cours d\u2019un congrès interdiocésain organisé par la Fédération générale des Ligues du Sacré-Cœur, en janvier 1911, dans le but d\u2019étudier la question de l\u2019organisation ouvrière dans la province de Québec.À cette réunion, le jeune P.Archambault est présent et, le 25 janvier 1911, y lit un travail qu\u2019il publiera par la suite dans le premier numéro des brochures de l\u2019£co/e sociale populaire sous le titre L\u2019organisation catholique ouvrière catholique en Hollande.En septembre 1911, il entreprend sa troisième année de théologie, fort importante pour lui puisqu\u2019à la fin de l'année scolaire il sera ordonné prêtre, soit le 28 juillet 1912, importante aussi pour la cause du français puisqu\u2019au mois de mars 1912 va commencer la série d\u2019articles publiés dans le Devoir qui vont donner naissance à la future Ligue des droits du français.Pour le moment, il 764 L\u2019ACTION NATIONALE importe de dire quelques mots sur ses dernières années de formation jésuite.Il lui reste encore à entreprendre ce que, dans leur langage familier, les Jésuites dénomment le troisième an, c\u2019est-à-dire, avant de se lancer dans l\u2019action, une année supplémentaire de spiritualité et d\u2019ascétisme.Comme il n\u2019existe pas encore au Canada une maison jésuite répondant à cette fin, le Père part pour la France où une telle maison existe et où, avant lui, ont passé la plupart des Jésuites canadiens.Il y arrive au moment où va se tenir, au mois d\u2019août 1913, la Semaine sociale de Versailles sur le thème \u201cLa responsabilité\u201d.Il y entendra des conférenciers et des orateurs qui l\u2019impressionneront grandement et qui feront germer en lui l\u2019idée d\u2019importer au Canada une institution du même genre.De cette visite à la Semaine sociale de Versailles, il rapportera plusieurs photographies, dont l\u2019une montre les quatre Canadiens présents: les Pères Jésuites Archambault et Hingston, l\u2019abbé Camille Roy et Ernest Grégoire, alors étudiant en Belgique et qui plus tard deviendra maire de Québec. M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 1855-1937 Deuxième partie: 1898-1937 par Jean Genest 766 L\u2019ACTION NATIONALE Joseph-Éna Girouard ferma le bureau d\u2019avocat qu\u2019il venait d\u2019ouvrir à Arthabaska.Avec sa femme, Emma, il fut décidé qu\u2019il partirait vers le Yukon, le premier.Il louerait une maison familiale à Dawson City.Grâce à son poste de registraire et de membre du Conseil du Yukon, il l\u2019avertirait des conditions de vie à Dawson, si les enfants pourraient continuer leurs classes et si la famille pourrait y vivre à peu près aussi bien qu\u2019aux Bois-Francs.Mais il ne faut pas qu\u2019il parte seul.Le Yukon, avec tous les aventuriers qui y accourrent, est plutôt dangereux.Emma Watkins est rassurée quand elle voit que Joseph-Éna partira avec son frère Dolphys (de Stanfold) et quelques amis sûrs comme Ferdinand Beauchesne, Adélard Saint-Laurent et William Wadleigh.À ce groupe, s\u2019ajoutera, à Dawson même, le juge Dugas.Pendant que la famille discute ferme à Arthabaska, les journaux du monde entier parlent, à propos du Klon-dyke, de masses en mouvement, de stampede, de ruée vers l\u2019or.On raconte des histoires à dormir debout.On se rappelle l\u2019histoire de l\u2019oncle Joseph Girouard, parti de Stanfold avec son fils Théophile vers la Californie en 1849, et qui était revenu avec une petite fortune.Mais les chaleurs de la Californie n'avaient rien de comparable aux froids du Yukon.En fait, qu\u2019était le Yukon?Le Yukon en 1898 Le Yukon est la partie ouest du Territoire du Nord-Ouest canadien.C\u2019est aussi le nom donné au fleuve qui court au beau milieu de ce terrain.Si le parcours du Yukon était parallèle à celui du fleuve Mackenzie, le Yukon se jetterait, au nord, dans la Mer de Beaufort.Son périple est plus curieux.Il prend sa source dans les montagnes, au cœur même du territoire du Yukon, puis, un peu au nord de Dawson City, il se dirige résolument vers l\u2019Ouest.Il traverse l\u2019Alaska américain, de l\u2019est à l'ouest et il se jette dans la Mer de Behring, au nord des îles Aloutiennes.Cette curieuse géographie explique que les Américains, pour entrer au Yukon, remontent le fleuve jusqu\u2019à Dawson City tandis que les Canadiens, arrivant par Vancouver et Skagway, doivent descendre le fleuve Yukon pour arriver à Dawson City. M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 767 Un des affluents du fleuve Yukon, c'est la rivière Klondyke, longue d\u2019environ 300 kilomètres.Dawson City est construite à la croisée des deux cours d\u2019eau.Vu qu\u2019elle commande la région de l\u2019or et la région des communications fluviales avec le reste du monde, Dawson City fut la capitale du Yukon.En 1898, cette capitale recevra environ 30,000 nouveaux citoyens.La région est un désert de glaces et de neiges durant près de dix mois par année.On y cultive à peu près rien.Devant la marée humaine attirée par l\u2019or, il fallut tout organiser: hébergement, alimentation, divertissement, chauffage, contrôle, transport, communications.Voilà la tâche des cinq membres du Conseil du Yukon: organiser des villes, voir aux impôts, mettre de l\u2019ordre dans le va-et-vient continuel, arpenter les terrains, distribuer les titres de propriété, etc.La fonction du registraire consiste à concéder des terrains, déjà arpentés, à des mineurs.Le registraire est donc mieux informé que quiconque sur les spéculations et sur les perspectives d\u2019or.Toutefois le registraire ne peut aller plus vite que les arpenteurs et les juges pas plus vite que le registraire.Autrement dit, tout le monde est pressé.Chaque heure voit de nouveaux millionnaires.La police montée, comme on dit, arpente les rues de Dawson, à toute heure du jour et de la nuit.On ne dérange pas les belles de nuit ni les saloons mais on protège les mineurs et leur fortunes car la réputation du Yukon est faite et diffusée par eux.En dix ans, on ne connaîtra officiellement qu\u2019une dizaine de meurtres.On n\u2019a pas de statistiques sur les blessés et les dents brisées! Car la vie est passionnée et intense à Dawson City, en 1898! Dawson City, c\u2019est un vernis de civilisation sur les passions les plus primitives.Vitalité du boom.Les mineurs chanceux dépensent leurs nouvelles richesses en des folies furieuses.D\u2019autres l\u2019exportent par l\u2019entremise des banques.Personne ne songe sérieusement à s\u2019installer dans le Yukon.Tout est volatile et transitoire.Aucun investissement solide dans ce pays.Tous n\u2019ont qu\u2019un but: faire fortune et partir! Le bonheur est ailleurs. 768 L'ACTION NATIONALE La richesse, on la trouve au Klondyke, cette rivière qui reçoit les fameux ruisseaux ou torrents dont les berges semblent remplies d\u2019or pur sous forme de pépites (nuggets) ou de poudre.Ces ruisseaux ont des noms à faire rêver: Bonanza Creek, El Dorado Creek, Bear Creek, Hunter Creek.Ils prennent leur source au Dôme du Roi Salomon, situé à environ 70 kilomètres de Dawson City.Là était le filon-mère (mother-lode) qui, il y a un million d\u2019années, par une merveille de la nature, amoncela l\u2019or pur dans la roche ou les sables.L\u2019érosion par le vent ou les pluies a transporté cet or, depuis le Dome (4250 pieds de hauteur) jusqu\u2019au Klondyke, soit une trentaine de kilomètres.Les mineurs jalonnent leurs daims, inscrivent leur propriété chez le registraire, y grattent une fortune de peine et de misère ou revendent leur terrain à un nouvel arrivant.Le logement est un problème de première grandeur: le Yukon n\u2019a rien.Il faut chercher du bois pour se construire une hutte ou une maison temporaire.Comme les froids atteignent souvent 40 à 50 degrés Celsius sous zéro et que l\u2019hiver dure dix mois, il faut beaucoup de bois pour le chauffage.À Dawson City, on est arrivé à se tirer d\u2019affaire en peu de temps.Mais le mineur vit dans un rayon de 50 à 100 kilomètres de Dawson.Près de son daim, il n\u2019y a rien.On a si bien déblayé le terrain que la forêt est maintenant chose lointaine.L\u2019isolement, le travail épuisant, la crainte universelle et omniprésente, le froid font que plusieurs perdent la raison.D\u2019autres prennent des cuites invraisemblables.L\u2019excès même des moeurs devient publicité touristique et tentation pour des milliers de gens, dans les villes du monde.L\u2019avalanche humaine continue en 1899 et 1900, alimentée par des récits fabuleux et des légendes encore plus fabuleuses! La découverte de l\u2019or Georges Henderson aurait, le premier, trouvé l\u2019or.Il garda le secret pour lui.Puis le 17 août 1896, un Américain, Georges Carmack et deux Indiens découvrirent dans le Hunter Creek, à 18 kilomètres de Dawson, l\u2019or en forme de pépites, de la grosseur d\u2019un petit pois à la M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 769 grosseur d\u2019un œuf de pigeon.Carmack jalonna son terrain, enregistra son daim et il parla! La confidence déclencha la ruée vers le Klondyke! Chaque année, le 17 août, on fêtait à Dawson City, avec des chars allégoriques et beaucoup de fortifiants, le Discovery Day.Ce jour-là, Front Street ou Main Street, avec ses trottoirs en bois et ses rues pleines de boue, présentaient une exubérance de vie comme aux carnavals de Québec ou de Rio-de-Janeiro! Joseph-Éna Girouard, que la loi empêchait d\u2019acheter des daims (1899) pouvait s\u2019associer de quelque façon à ses amis.Il lui arrivait, en fin de semaine, de partir de Dawson City avec vivres, équipement et dynamite, et de visiter ses amis.Or, à son retour, à ce qu\u2019il conta, chargé d'un bon sac de pépites d\u2019or, dans la nuit éclairée par les seules étoiles, il se vit pris en chasse par un mineur inconnu.Seul, pendant 36 heures, sans arrêt et par un froid de 40 degrés sous zéro Celsius, il marcha vers Dawson City.Il n\u2019était pas question d\u2019arrêter et de se reposer: ou le froid l\u2019immobilisait ou une balle le tuait.Il fit plus de 125 kilomètres, en raquettes, sur la neige.Une autre fois, porté disparu, Ottawa fut alerté et tous les journaux en parlèrent.L\u2019assassinat d\u2019un membre du Conseil du Yukon aurait été un fait grave.La police montée partit à sa recherche.Heureusement il réapparut, après une longue randonnée, sain et sauf.La région était dure et traîtresse même si ses paysages étaient grandioses et ses richesses incalculables.Sans être un hercule, Joseph-Éna Girouard présentait une grande résistance physique.Il fut même, parmi les officiels du Yukon, le seul à pouvoir résister durant dix années complètes à la dure vie du Territoire.Il fallait beaucoup d\u2019or quand les patates se vendaient un dollar la livre, les œufs $2.50 la douzaine, les oranges $25 la boîte et les pommes un dollar chacune.Une petite bouteille d\u2019olives: $5.La légende familiale veut que Joseph-Éna Girouard devint plusieurs fois millionnaire pour tout reperdre le lendemain.Il se reposait de l\u2019administration et de cette vie passionnante en jouant au poker avec ses amis, le samedi soir.Revenu à Montréal, il avait perdu tout goût pour le sensationnel: il se contenta d\u2019une fortune raisonnable pour ses vieux jours. 770 L'ACTION NATIONALE Le voyage Joseph-Éna Girouard partit donc d\u2019Arthabaska, avec armes et bagages, pour Dawson City, laissant sa famille en pleurs avec la promesse de l\u2019appeler l\u2019année prochaine.Arrêt à Montréal.Puis, par le Transcontinental, inauguré le 28 juin 1886, jusqu\u2019à Vancouver, en cinq jours.Là il lui fallut attendre le navire qui le conduirait, avec des centaines d\u2019autres migrants, vers Skagway.Skagway n\u2019est qu\u2019un débarcadère dans une baie profonde, très au nord de la Colombie britannique et qui donnait accès au fleuve Yukon.Skagway présentait deux obstacles formidables.D\u2019abord un bandit, Soapy Smith, y devint célèbre avec son groupe de forbans en dévalisant les aventuriers.Le deuxième obstacle: le Chilkoot Pass.Il s\u2019agit d\u2019une barrière de 3739 pieds de hauteur qu\u2019il fallait gravir avec armes et bagages avant d\u2019atteindre le poste frontière du Yukon.Or au poste frontière, on ne laisse passer personne qui ne transporte pas avec lui 1150 livres de nourriture et tout le gréement nécessaire pour sun/ivre au froid.Mesure nécessaire qui sauva tout le monde de la misère et de la mort de faim.Néanmoins, au Chilkoot Pass, devenu un escalier de glace, il y avait un perpétuel va-et-vient épuisant: nourriture, ustensiles, tentes, fusil, bêche, pelle, dynamite, tout y passe.Le chef de police disait avoir inspecté, en 1898, trente millions de livres de nourriture et le passage de 30,000 personnes.En cette même année, le Conseil du Yukon recueillit $150,000 en taxes sur l\u2019or et sur les droits d\u2019entrée.Chacun, à l\u2019entrée et surtout à la sortie, devait surveiller ses bagages car la bande à Soapy, insaisissable, était là pour en soulager le rêveur.Des Indiens s\u2019offraient à vous aider mais la rétribution était si forte que plusieurs désespéraient de jamais dépasser Skagway.En 1899, on avait déjà amélioré le passage par l\u2019installation d\u2019un chemin de fer à crémaillère au White Pass.Si Joseph-Éna Girouard connut les joies du Chilkoot Pass, sa femme, Emma Watkins-Girouard, avec ses cinq enfants, purent franchir en train, cette formidable barrière naturelle.Les légendes dorées assurent qu\u2019un Bull M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 771 Ballantyne brisa tous les records en escaladant le Chilkoot Pass (45 degrés d\u2019inclinaison) avec 250 livres sur ses épaules.Après ce haut fait, il fut toujours respecté quand il entrait dans les saloons de Dawson.Mais Emma Watkins reçut un autre genre de réception! La passe franchie, il fallait traîner ses bagages jusqu\u2019à Whitehorse.Là, au débarcadère, un bateau à roues ou à palettes permettait de descendre le Yukon, en allant vers le nord jusqu\u2019à Dawson City.Dans le langage local, on prenait le steamer Tyrrell! À chaque arrivée de bateau, à cause des nouveaux venus, de la correspondance et de la nourriture, tout Dawson attendait l\u2019arrivée du steamer.Chacun était sûr de recevoir logement et nourriture chaude.Arrivé à Dawson, chacun découvrait le prix énorme des plus simples choses.Joseph-Éna Girouard, plus chanceux, jouissait d\u2019une maison officielle où plusieurs poêles ou tortues réchauffaient les pièces.Mais les autres se contentaient du disponible.On m\u2019assura qu\u2019une shède, reproduite sur une photographie, sans lumière ni chauffage, simple abri de bois, rapportait $90.par mois.Évidemment Dawson présentait partout des aspects de ville-frontière, du temporaire, du criard et du mal adapté.Mais Dawson, comme capitale, offrait la chaleur de ses saloons, de ses églises, de ses magasins.D\u2019une certaine façon, chacun était généreux pour les malchanceux.Deux hôpitaux recueillaient les malades, gratuitement.Deux écoles recevaient les jeunes.C\u2019est ainsi que les enfants Girouard, partis d\u2019Ar-thabaska en mai 1899, fréquentèrent l\u2019école des Soeurs de Sainte-Anne (de Lachine), dès septembre 1899.Ils y allaient dans des traîneaux tirés par des chiens esquimaux.Après un premier voyage qui dura quinze mois ils revinrent en 1903-1904.Les autres années, Joseph-Éna Girouard passait l\u2019été à Arthabaska, histoire de se réadapter à la civilisation, aux Bois-Francs et de prendre la mesure des événements.Les mineurs partaient de Dawson en barque l\u2019été, en charrette quand c\u2019était possible, en traîneau durant 772 L'ACTION NATIONALE l\u2019hiver et ils allaient le long de la rivière Klondyke profondément gelée, jusqu\u2019à l\u2019un des fameux ruisseaux.Là on cherchait un endroit non encore exploité ou on demandait du travail.Là on jetait sa tente et on errait à la recherche, dans la montagne ou dans les baissières, d\u2019un dépôt ou d\u2019un filon d\u2019or.On dormait mal, on mangeait mal, on était dévoré par les moustiques, on vivait dans la peur de tout le monde.Mais on espérait, des rêves fous, des rêves semblables à des aurores boréales ou à des soleils arctiques qui ne disparaissent jamais.On était tous un peu fou pour endurer tant de misères! La plupart des maisons étaient en bois rond.Malheur à qui n\u2019avait pas de poêle à sa disposition, qui ne trouvait pas de bois ou qui était imprudent avec le feu.On vivait aussi sous la tente près de son daim.De jour et de nuit, on entendait les équipes de mineurs qui pelletaient ou qui piquaient la roche qui devait être réduite en poussière.Lorsque le tas était assez important, on l\u2019envoyait dans une glissière en bois où l\u2019eau courante faisait descendre le minerai.De petites barrières, échelonnées sur le parcours, retenaient l\u2019or, minéral pesant, qui n\u2019avait plus qu\u2019à être recueilli.La difficulté la plus grande consistait à trouver de l\u2019eau! Tout était gelé durant dix mois.Dans ce monde de glace et de neige, pas moyen d\u2019avoir de l\u2019eau sans faire fondre la neige.Pour la faire fondre, il fallait du bois à brûler.Cercle infernal où chacun courait le bois de plus en plus loin, avec toutes les peurs de laisser seul son daim.Les pépites d\u2019or valaient-elles toutes ces vies perdues au 63e degré nord de latitude?Nous savons maintenant que le Klondyke ne fut jamais un Pérou, un El Dorado, une Californie! Ce fut plutôt un feu de brousse, parfois d\u2019allure gigantesque, mais il s\u2019éteignit assez vite.En dix ans, le Klondyke était pratiquement épuisé.Comme registraire et membre du Conseil du Yukon, Joseph-Éna Girouard vécut au Yukon ces dix fabuleuses années, soit de 1898 à 1908.Il en revint avec une modeste fortune, des peaux d\u2019ours et des souvenirs qu\u2019il racontera jusqu\u2019à sa mort! Pourquoi abandonnera-t-il le Yukon? M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 773 Pourquoi le retour au Québec en 1908?Nous y voyons quatre raisons principales.1\t\u2014 Le goût du Québec.Vraiment, ces voyages annuels entre Dawson et Arthabaska commençaient à fatiguer son homme! Malgré ses deux voyages, la famille restait loin trop longtemps.Vivre avec sa famille à Arthabaska, cela aussi représente de l\u2019or pur! Il a une certaine réserve financière.Il ne peut plus compter sur Honoré Mercier mort en 1894 mais il y a Wilfrid Laurier qui, heureux de profiter de sa compétence administrative, le relancerait dans la politique fédérale.Revoir Arthabaska et y mourir, n\u2019est-ce pas normal?Bref, à 53 ans, Joseph-Éna Girouard souffre de nostalgie.2\t\u2014 Les bisbilles à Dawson.En 1898, il y eut un scandale parmi les membres du Conseil du Yukon et l\u2019un d'eux dut démissionner.Les mésententes furent continuelles.En particulier les Anglo-Canadiens du Conseil n\u2019aimaient pas beaucoup la présence de Joseph-Éna Girouard.Tous reconnaissent que, comme registraire, Joseph-Éna Girouard fut honnête, compétent, courtois, patient et irremplaçable.Mais comme membre du Conseil du Yukon, c\u2019est une autre affaire car la politique intervient fréquemment dans les discussions.Joseph-Éna Girouard représente le parti libéral, celui qui n\u2019a pas admis la pendaison de Riel.Les autres membres, nommés par Ottawa, représentent toute la gamme de la mentalité anglaise du temps: de l\u2019orangisme le plus crû au conservatisme le plus obtus.L\u2019un ou l\u2019autre n\u2019abordait même plus Girouard dans les rues de Dawson.Cela finit par fatiguer et causer un stress très pesant à supporter.Il se sentait isolé et, comme Canadien-Français, ostracisé et sans l\u2019influence normale en ce milieu.3\tL'évolution du Conseil du Yukon.À son arrivée, en 1898, les cinq membres du Conseil étaient nommés par le gouvernement fédéral.Mais l\u2019augmentation de la population entraîna Américains et Canadiens, ainsi que les journaux de Dawson, à faire campagne en faveur 774 L'ACTION NATIONALE d\u2019élections.Que la population ait son mot à dire dans l\u2019administration des affaires publiques et du Conseil du Yukon! En 1905, Laurier concéda que le Conseil du Yukon serait composé de cinq membres nommés \u2014 ainsi Joseph-Éna Girouard conservait son poste \u2014 et de cinq membres élus.Puis, en mai 1908, Laurier accepta que les dix membres du Conseil soient élus par la population (Voir Morris Zaskow, The opening of the Canadian North, McClelland, Toronto, 1971, p.143).Plutôt que d\u2019affronter une élection en ce milieu, ne valait-il pas mieux les affronter au Québec?4 \u2014 La fin du Yukon.La population qui atteignait 30,000 personnes en 1898, descendait à 3000 ou 4000 en 1908 (Zaslow, p.142).Non seulement la population déclinait rapidement mais l\u2019or diminuait: si, en 1900, il sortit du Yukon pour $22,275,000, en 1908 il n\u2019en sortit plus que pour $2,820,000.(Sommes déclarées.Quant aux autres.!) Plus grave encore.La marée des petits prospecteurs était remplacée par la technologie plus moderne des dragueurs importés à grand renfort d\u2019argent.Des entreprises à grand capital, avec d\u2019immenses machines, accomplissaient le travail de plusieurs centaines de mineurs.Elles achetaient les terrains et elles trouvaient de l\u2019or où les forces d\u2019un seul travailleur, aux moyens rudimentaires, ne pouvait rien trouver.La mécanique moderne avait remplacé le travail exténuant de l\u2019individu.La Gazette, de Montréal, donnait (mercredi, 5 décembre 1979, p.56) l\u2019éloge funèbre de Dawson, devenue ville-fantôme, que les nostalgiques ou les romantiques visitent comme simples touristes, par cette nouvelle laconique: \u201cle 4 décembre 1979, le gouvernement fédéral vient d\u2019annuler les élections municipales et a nommé un administrateur.La population est maintenant inférieure à 500 personnes.Sa dette de $100,000.a été payée par un fonctionnaire zélé qui réussit à vendre tout l\u2019équipement de la ville!\u201d Les dragueurs ont à peu près fini leur M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 775 exploitation et les rares pépites vendues encore comme nuggets du Yukon peuvent être trouvées dans quelques comptoirs de nos grands magasins urbains.Le Klondyke n\u2019était pas ce que les gens avaient rêvé.Si i or de la Californie donne environ deux milliards de dollars (en monnaie du temps), l\u2019or du Klondyke, selon Pierre Berton, n\u2019a jamais donné, entre 1896 et 1925, plus de $300,000,000, alors que l\u2019or se vendait $15.l\u2019once à Dawson et $19.à Seattle, vers 1910 (The Mysterious North, 1956, p.126).Toutes ces raisons mises ensemble montrent que Joseph-Ena Girouard sut se retirer à temps.Il resta comme un des témoins les plus importants des dix plus intéressantes années du Klondyke.Le banquet d\u2019adieu à Dawson (13 avril 1908) Le lundi 13 avril 1908, le Citizens Committee de Dawson, fêta le départ prochain de Joseph-Éna Girouard par un grand banquet, à l\u2019Hôtel Régina, le plus grand hôtel de la ville.Dès six heures du soir, l\u2019Hôtel était rempli de monde.Commencé à 19.00 h., le banquet ne s est terminé qu\u2019à 02.00 h.le 14 avril.Fête mémorable, paraît-il, dans les annales de Dawson qui n'admettait pas encore son déclin.Il y eut un consommé à l\u2019impériale, une salade de crevettes, de jeunes dindes de Californie, du café et des pâtisseries.Le tout avec vins et liqueurs.Comme souvenir, on remit à Joseph-Éna Girouard, sur peau de caribou tannée par les Indiens, recouverte de soie verte, et signée par les membres du Yukon Council, une adresse où on lit: \u201cNous désirons exprimer notre haute appréciation pour la façon excellente, efficace et courtoise avec laquelle vous avez rempli votre tâche aussi bien comme membre du Conseil que comme registraire du Bureau des Terres.Nécessairement, au Conseil, il y eut divergences d\u2019opinions .là où entre la politique.Mais nous croyons affirmer avec justice qu\u2019il y eut toujours accord quant aux méthodes suivies dans votre travail de registraire\u201d (Ma traduction). 776 L\u2019ACTION NATIONALE Plusieurs le taquinèrent en lui souhaitant de promptes élections au gouvernement fédéral.Joseph-Éna Girouard, très ému, répondit qu\u2019en effet il pensait à la politique fédérale comme une possibilité et qu\u2019alors il n\u2019oublierait jamais le Yukon! D\u2019autres le félicitèrent \u201csur la façon énergique et méthodique avec laquelle M.Girouard mena sa fonction au Yukon.comme fonctionnaire et parlementaire au Conseil du Yukon\u2019\u2019.Il y eut des chansons par Napoléon Laliberté et J.P.Champagne.On y chanta, le vin aidant, Alouette et Goodbye Girouard.Il y eut six toasts officiels et quantité d\u2019autres non officiels.Bref, ce fut une excellente soirée.Le président du Conseil du Yukon termina par ces mots: \u201cHe has been found a most competent, capable and courteous official\u201d.Tom Kearney le nomma comme \u201cthe ablest parliamentarian in the Yukon Council\u201d.F.T.Cougdom le décrit: \u201cHe was an extremely modest man, never pushing himself forward but always ready with advice or word.There was never a complaint against his office\u201d1.Droit comme un pin, solide comme un terrien des Bois-Francs, avec une résistance physique digne des meilleurs aventuriers du Klondyke, avec sa grosse moustache à la Honoré Mercier, sa démarche et son parler réfléchi et mesuré, il est toujours une personnalité imposante.Comme notaire, il sait rédiger les actes officiels.Comme avocat il sait lire, interpréter et composer un texte de loi.Comme registraire, il a un certain insight sur les affaires.Dévoué pour tous ceux qui lui demandent une aide ou un conseil, il se sent pourtant bien isolé car, depuis dix ans, il est le seul Canadien-Français dans le fameux Conseil du Yukon.Il a maintenant 53 ans.Il a acquis une expérience de grande valeur.Il est un libéral convaincu.Il connaît la nécessité du travail méthodique.Il a le sens de l\u2019humour.Il garde toujours l\u2019amitié de Wilfrid Laurier.Et il part du 1.Les meilleurs sources de renseignements sur la vie au Yukon de ce temps demeurent les journaux locaux, The Dawson News et The Yukon Sun.Surtout le supplément de septembre 1900, rempli de photographies instructives. M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 777 Yukon avec une petite fortune pour ses vieux jours.Va-t-il vers une nouvelle vie?Ottawa le recevra-t-il comme il convient?Il revient donc à Montréal avec beaucoup d\u2019espoir.Il y restera d\u2019août 1908 à juillet 1916.Il vivra au 631 rue Saint-Hubert, près de la rue Ontario.C\u2019est la rue des avocats, des professeurs d\u2019université.Avec ses grands ormes, dans le temps, la rue a grande allure.À part sa famille, personne n\u2019est là pour le recevoir à Montréal.Tout plein encore des Goodbye Mister Girouard, ce haut fonctionnaire du Yukon se demande de quoi son avenir sera fait.Aucune de ses secrètes ambitions ne se réalisera.Intermède à Montréal (août 1908 à avril 1916) On peut se demander les raisons d\u2019un séjour prolongé pendant huit années à Montréal?Nous voyons trois raisons.1 \u2014 Les contacts politiques.Sa candidature comme député, puis ministre fédéral, se prépare mieux à Montréal qu\u2019à Arthabaska.Ou encore une nomination comme juge de la Cour Supérieure.À montréal, il peut connaître tous les organisateurs du parti libéral.Les vacances à Arthabaska lui permettront de revoir Wilfrid Laurier.Mais Wilfrid Laurier traverse une période difficile.À cause des circonstances et des pressions impériales, le parti libéral est devenu semi-militariste (affaire des dread-noughs et guerre du Transvaal), semi-impérialiste (le Sir doit se payer en complaisances!), semi-anglicisateur avec les problèmes des écoles françaises pour les minorités du Manitoba et dans les Territoires du Nord-Ouest.Un adversaire formidable, Henri Bourassa, attaque l\u2019impérialisme, le militarisme, les injustices envers les minorités françaises.Bien davantage, Bourassa fonde le 1 janvier 1910 le journal Le Devoir.Où va-t-on?Est-ce Laurier qui oublie d\u2019inviter Girouard à participer aux élec- 778 L\u2019ACTION NATIONALE tions?Ou est-ce que Girouard n\u2019ose plus s\u2019y lancer.On ne sait trop.Laurier est défait aux élections de 1911.Il devient chef d\u2019opposition jusqu\u2019en 1916.Il ne peut plus rien pour Joseph-Ena Girouard.Sans le tremplin de la politique, il reste à Joseph-Éna Girouard de pratiquer le droit, à Montréal.Il connaîtra alors le Congrès eucharistique de Montréal et le célèbre discours de Bourassa à l\u2019église Notre-Dame.Mgr Bourne et son impérialisme ne devaient lui dire rien de bon! 2\t\u2014 La voie juridique.Comme avocat il n\u2019a pas plaidé encore beaucoup.Il a acquis beaucoup d\u2019expérience parlementaire au Yukon.Mais c\u2019est à Montréal qu\u2019il peut le mieux se bâtir une clientèle et, qui sait, devenir juge.Il acquiert la pratique de la procédure civile et l\u2019expérience de la plaidoirie.On a dit qu\u2019il était retourné à Arthabaska pour y pratiquer le droit avec son fils Arthur récemment reçu avocat à l\u2019Université McGill, sous la raison sociale Girouard, Beaudry et Girouard.Tel fut probablement un des plans mis de l\u2019avant et même préparé par son fils Arthur, mais les témoignages des vivants nous assurent que Joseph-Éna Girouard demeura à Montréal de 1908 à 1916 et y pratiqua le droit.Une autre raison, plus puissante, nous en convainc.3\t\u2014 La raison familiale.La raison la plus puissante de son séjour à Montréal est une raison familiale.Son aîné, Arthur, reçu avocat en 1907, pratique déjà le droit à Arthabaska.Mais Honoré et Wilfrid sont encore aux études au Collège Sainte-Marie, à Montréal (1180 rue Bleury).Honoré, après son baccalauréat, choisira d\u2019étudier le génie civil à l\u2019Ecole polytechnique, sur la rue Saint-Denis, en face de l\u2019église Saint-Jacques (dont le clocher vient d\u2019être incorporé à l\u2019Université du Québec, à Montréal).Wilfrid, après son Collège, étudiera le droit à McGill.Reçu avocat en 1916, il deviendra député d\u2019Arthabaska pendant dix-sept ans.Rester à Montréal, c\u2019est donc vivre en famille. M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 779 Il y a aussi la dernière, Annette, qui termine ses études au Couvent du Sacré-Cœur (boulevard Gouin) en pleine campagne.Ses compagnes de Couvent sont Thérèse Forget-Casgrain, Corinne Dupuis, etc.Ses études terminées, elle vient loger au 631 rue Saint-Hubert.Plusieurs prétendants s\u2019annoncent.Justement, de l\u2019autre côté de la rue, au 624 rue Saint-Hubert, habite le beau président du Jeune Barreau de Montréal.Studieux et de bonne famille, d\u2019avenir prometteur, il mariera An-nette et deviendra mon père, M.Rosario Genest.Le mariage aura lieu à 07.15 h., le 15 avril 1916, à l\u2019église Notre-Dame-de-Lourdes, à l\u2019angle des rues Ste-Catherine et Berri, juste derrière l'ancienne Université de Montréal.Le célébrant sera le P.Jacques Dugas, S.J., du Collège Ste-Marie.L\u2019organiste, Mlle Victoria Cartier, sœur de la secrétaire de Joseph-Éna Girouard, à Drum-mondville.Aussitôt après la cérémonie, les jeunes époux partirent en train pour leur voyage de noces vers New York, Washington et Atlantic City.Les études de droit de Wilfrid étant terminées, leur dernière, Annette, étant mariée, Joseph-Éna Girouard et Emma Watkins-Girouard plient bagages et partent définitivement pour Arthabaska dès le lendemain du mariage.Les enfants, bien instruits, bien placés, les rêves de ministre ou de juge envolés, Joseph-Éna Girouard reçoit une nomination comme shériff du comté d\u2019Arthabaska.Il revient donc chez lui, comme l\u2019oiseau migrateur retourne à son nid, à la fin d\u2019avril 1916.Il a maintenant 61 ans.Il sera shériff de 1916 à 1937, année de sa mort, soit de 61 à 82 ans.Revenu dans son milieu, entouré d\u2019auréole, tout le monde le connaît, se souvient de lui, le consulte, le commente et l\u2019admire.C\u2019est le bon temps! La position de shériff n\u2019est pas à dédaigner.En effet, 1916 c\u2019est aussi l\u2019année de la conscription pour service militaire outre-mer, c\u2019est l\u2019apogée de l\u2019impérialisme anglais.Vraiment, une carrière parlementaire, dans ces circonstances, exigerait bien des contorsions mentales et des volte-face peu recommandables.La perspective d\u2019un salaire raisonnable et d\u2019un travail fixe lui plaisent.Dans cette semi-retraite, il pourra goûter, avec sa femme Emma, au beau temps d\u2019Arthabaska. 780 L\u2019ACTION NATIONALE Le beau temps d\u2019Arthabaska?Que demander à Arthabaska sinon la paix et une longue vie?Mais le malheur n\u2019attend pas.Il frappe le 30 août 1916.Est-ce dû aux fatigues du déménagement?Toujours est-il que quinze jours après son anniversaire, à 53 ans, Emma Watkins meurt.Cette maîtresse femme, Emma Elizabeth Watkins-Girouard mériterait une étude approfondie car, à bien des points de vue, elle fut exceptionnelle, comme personne, comme épouse et éducatrice.Depuis longtemps elle se savait atteinte par le cancer.Souffrante, elle ne se plaignait jamais.Elle visitait le docteur Hingston à Montréal ou le docteur Samson à Québec.Elle suivait le mal qui gagnait du terrain mais souriante et sans illusion, elle gardait une grande foi.Sa confiance en Dieu la rendait prête depuis toujours.Sa force de caractère lui permit de durer jusqu\u2019à l\u2019installation définitive de ses cinq enfants vivants.Elle vit son mari se réinstaller définitivement à Arthabaska.Elle pouvait partir après une vie bien remplie.Encore une fois, un changement radical est imposé par la Providence à sa vie.Homme de foi, sans être mangeux de balustre, Joseph-Éna Girouard, après 34 ans de mariage, ressent profondément la mort de sa femme.Tempérament fort, il cache à tous sa douleur.Il l\u2019avait profondément aimée.Après quelques années, dans sa grande maison d\u2019Arthabaska, aussi grande qu'une maison seigneuriale, Joseph-Éna Girouard décide de se remarier.Il choisit Dame Cléophée Marcil, veuve de M.Éthier, gérant de banque à Saint-Lin.Le choix ne fut pas tout à fait heureux.Il paraît qu\u2019elle ne laissait ignorer à personne qu\u2019elle avait été la femme du gérant de banque de Saint-Lin, tellement ce poste lui paraissait honorifique et riche! Elle arriva à Arthabaska avec la nièce qu\u2019elle avait adoptée, Thérèse Marcil.Cette Thérèse Marcil, d\u2019une grande beauté, digne des Bois-Francs, deviendra la première femme de Wilfrid Girouard (il aura 32 ans).Sa tante Cléophée Marcil, un peu snob et possessive, laissa deviner à tous qu\u2019elle n\u2019aimait pas la visite.La grande maison devint à peu près déserte.Elle mourut en 1926. M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 781 Joseph-Éna Girouard ne sembla pas la regretter trop car, un mois plus tard, il mariait une institutrice, Mlle Régina Smith.Ce troisième mariage eut lieu à Nicolet, le 13 juillet 1926.Régina Smith fut une personne remarquable.En août 1933, elle me donna ma première conférence sur la libération de la femme, tout en préparant le grand poêle à bois, dans la grande cuisine éclairée par le soleil d\u2019été.Joseph-Éna Girouard avait là sa berceuse favorite.Il aimait y fumer le cigare ou la pipe.Il se chargeait aussi de transporter, chaque jour, le bois nécessaire au poêle, de la shède à bois jusqu\u2019à la boîte à bois, au ras du poêle.Régina Smith mourut à Montréal le 21 juin 1961, à l\u2019âge de 90 ans.Les belles années d\u2019Arthabaska Arthabaska est vraiment une petite ville attachante.Son premier colon fut Charles Beauchesne, né à Bécan-court, le 25 décembre 1792.Il y arriva vers 1832.Qu\u2019est-ce qui l\u2019attira en ces lieux?C\u2019est qu\u2019Arthabaska n\u2019est pas entouré de marécages, c\u2019est un terrain sec et bien boisé.On a conservé quelque chose de la splendeur de cette ancienne forêt dans l\u2019avenue des Érables.De plus, la montagne Cristo, offre encore un point de repère, visible de très loin.Le panorama, du sommet, est un des plus beaux des Bois-Francs.Charles Beauchesne discerna trois produits sûrs pour un colon de cette époque: la potasse, le sirop d\u2019érable et le thé de pommettes rouges.D\u2019abord considéré comme mission, de 1838 à 1851, Arthabaska progressa rapidement: la paroisse St-Christophe fut érigée canoniquement le 24 septembre 1851 et civilement le 20 avril 1853.C\u2019est probablement la beauté du site et son climat plus sec qui la fit préférer comme chef-lieu des comtés de Drummond-Arthabaska et comme chef-lieu judiciaire.Le village, puis la ville, attira juges, notaires, avocats, marchands, enseignants, etc.À leur tour ceux-ci attirèrent un journal, un hôpital, des écoles.Très tôt, Arthabaska se mit à rivaliser avec Saint-Hyacinthe comme centre culturel régional et comme centre politico-juridique. 782 L'ACTION NATIONALE Il y avait la présence de Wilfrid Laurier.Après ses études de droit à McGill, il était venu une première fois à Arthabaska dans le but d\u2019y trouver le repos nécessaire pour enrayer une tuberculose menaçante.Il y vint de 1864 à 1866.Puis, après un an à L\u2019Avenir, comté de Drummond, où il s\u2019associa à Éric Dorion, il reviendra à Arthabaska, en 1867.Il avait 26 ans.Il commençait sa grande carrière.Il se mêla à tout.Ainsi on le retrouve dans le Comité des parents au Collège du Sacré-Cœur.Il y intervient et demande qu\u2019au cours commercial on fasse alterner, dans l\u2019enseignement, une heure de français avec une heure d\u2019anglais.Toute cette génération était dominée par l\u2019importance de l\u2019anglais pour obtenir du succès dans la vie.Dans ce petit fait, vous trouvez là toute la vision qu\u2019un Wilfrid Laurier pouvait avoir du Québec en Amérique du Nord.Wilfrid Laurier aimait Arthabaska.Élu à Québec-Est, il reviendra chaque été à Arthabaska.Il mourut à Ottawa en 1919.Sa maison est devenue un musée.Autre deuil pour Joseph-Éna Girouard.À part Wilfrid Laurier qui dominait la société d\u2019alors, Arthabaska produisit un de nos plus grands peintres, Suzor Côté (mort à 67 ans et grand ami d\u2019Alfred Laliberté).Plusieurs poètes: Adolphe Poisson, Albert Lemieux (Vic-toriaviIle) et Désaulniers.Une pléiade d\u2019avocats: Crépeau, Felton, Barwis, Lavergne, Cannon, Édouard Pacaud, Côté, le juge Marc-Aurèle Plamondon, Louis-Renaud Lavergne, Joseph Lavergne, Louis Fréchette, L.-O.David, etc.Sans oublier les dames.Dans tout ce milieu brillant, Joseph-Éna Girouard n\u2019était pas remarquable comme le plus habile plaideur, comme le plus fin discoureur ou le plus cultivé, mais il avait accumulé beaucoup de faits et côtoyé beaucoup de gens typiques.Observateur sagace, il savait voir le côté piquant des choses et quand, dans une conversation, il ajoutait son grain de sel, de sa voix un peu traînante, il faisait rire toute l\u2019assistance.Il n\u2019aimait pas les salons à l'assistance nombreuse mais les petits groupes.Là où il y avait trop de monde, il ne parlait pas. M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 783 Rien de mesquin en lui, mais bien de son temps et de son milieu, l\u2019esprit de parti dominait sa vision des choses et des gens.Une certaine paralysie de l\u2019esprit s\u2019emparait de lui en parlant des rouges et des bleus, comme de deux catégories, celles du bien et du mal.Il aimait jouer aux cartes (le poker de préférence), depuis les longues veillées du Yukon.Il aimait écouter les nouvelles de tout le monde.La marche quotidienne devint son sport favori et, de temps en temps, des pique-niques avec sa famille.L\u2019église d\u2019Arthabaska, bénite par Mgr Laflèche, évêque de Trois-Rivières le 15 juillet 1875, était remplie de monde le dimanche: les hommes d\u2019un bord, les femmes de l\u2019autre et la tortue au milieu.Pendant l\u2019hiver, tout le monde gardait son capot de poil durant l\u2019office, malgré la tortue que le marguillier alimentait de grandes bûches de bois.Les carrioles étaient attachées à des rampes au bas du perron de l\u2019église.Près des bénitiers, c'était plein de monde qui disaient rester là pour mieux surveiller les chevaux! Après la messe, on écoutait la criée sur le porche ou on allait au cimetière faire une petite prière.Joseph-Éna Girouard nous entraînait voir la tombe d\u2019Emma Watkins-Girouard.Arthabaska possédait un hôpital, l\u2019Hôtel-Dieu, commencé en 1884 avec Mère Pagé, comme supérieure.Plus tard vint s\u2019ajouter une aile pour les retraités.En 1872, les Frères du Sacré-Cœur ouvrirent un Collège commercial, avec le Frère Cyrinus comme Frère directeur.Vers 1905 le Collège déménagea à Victoriaville et l\u2019édifice devint un noviciat et une maison pour retraités.Les Frères des Écoles chrétiennes ouvrirent un Collège commercial en 1905, pour prendre la relève sous la direction du Frère Mandellus, le 29 août 1906.L'Hôtel-de-ville fut construit en 1904.Le premier journal, l\u2019Union des Cantons de l'Est, paraissait le 14 décembre 1866.Les Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame inaugurèrent, dès septembre 1870, le Couvent pour jeunes filles, encore situé en face de l\u2019église.Ajoutez à cela le Palais de Justice, le presbytère et différentes organisations et on comprend qu\u2019à Arthabaska régnait une certaine activité intellectuelle, surtout sous ses formes juridiques et politiques.C\u2019était le beau temps d\u2019Arthabaska. 784 L\u2019ACTION NATIONALE La fin de Joseph-Éna Girouard Malgré les deuils d\u2019Emma en 1916 et de Laurier en 1919, Joseph-Éna Girouard se sentait heureux à Ar-thabaska où il jouait un peu le rôle de patriarche et de conseiller universel.Il aimait recevoir sa famille et il ne se privait jamais de raconter ses souvenirs de Stanfold, de Drummondville et de Dawson, sur lesquels il était intarissable.Plus qu\u2019une vie, c\u2019était tout un style de vie que les auditeurs voyaient surgir à leur imagination, un monde fantastique de montagnes, de rivières et d\u2019or.Une façon originale de transporter sa fortune de Dawson à Arthabaska consista à faire fabriquer par le bijoutier de Dawson des bijoux en pépites d\u2019or, comme un collier pour Emma et un chapelet pour sa fille, Annette.La première perdit son collier à Saint-Hyacinthe, lors d\u2019une assemblée de Henri Bourassa.L\u2019autre perdit son chapelet quelque part sur la planète.En argent de 1980, chaque bijou valait bien entre $15,000 et $20,000, selon que vous les regardiez du côté du vendeur ou du côté de l\u2019acheteur! L\u2019histoire de ces deux bijoux fabuleux résume assez bien toute l\u2019histoire du Klondyke: une passion qui s\u2019évanouit comme un rêve! Dans sa grande maison, on peut dire que Joseph-Éna Girouard vécut heureux.Pas de maladie sérieuse.Un train-train quotidien régulier.Toujours les quêteux trouvaient un repas chez lui.Cependant, si le quêteux frappait à la porte d\u2019en avant, l\u2019aumône était petite.S\u2019il frappait à la porte arrière, il recevait trois fois davantage! Si le quêteux était une jolie femme, il donnait peu et expliquait: \u201cElle peut gagner sa vie facilement.D\u2019autres lui donneront tout ce dont elle a besoin!\u201d Mais si elle était laide ou à peine passable, il donnait généreusement en disant: \u201cCelle-là a vraiment besoin qu\u2019on l\u2019aide!\u201d Tout aurait été pour le mieux si la grande crise économique de 1929 ne l\u2019avait frappé aussi durement.Lui-même ne jouait pas à la Bourse de façon importante.Mais son fils Arthur, à Thetford-Mines, était un gros joueur sur marge.Lorsque la bourrasque arriva, les courtiers demandèrent à Arthur Girouard de couvrir ses achats.Il menait un gros train de vie.Il possédait la M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 785 première Pierce-Arrow des Bois-Francs.À la première demande, ce fut la panique.Les actions continuèrent à dégringoler.Les banques refusaient de prêter.Devant la menace trop réelle de tout perdre, il demanda l\u2019aide de son père.Celui-ci, pour le sauver, lui remit, morceau par morceau, toute sa fortune.Le gouffre ne semblait pas avoir de fond.Le choc fut très dur et Arthur Girouard mourut en 1932, à l\u2019âge de 49 ans, après avoir été bâtonnier d\u2019Arthabaska et brillant avocat des Assises.La crise continua jusqu\u2019au commencement de la guerre en 1939.Encore un autre deuil.De 1932 à 1937, Joseph-Éna Girouard vivra avec son seul salaire de shériff.Il ne pouvait plus démissionner.Il restera shériff jusqu\u2019à sa mort, le 2 décembre 1937, à 82 ans.Il écrivit son testament le 1 mars 1934, testament olographe, avec un codicille du 31 mai 1937.Sans avoir connu la maladie, il était prêt à mourir.Sa femme, Régina Smith, le 2 décembre, au réveil, le découvrit, sans vie, à ses côtés.Il fut enterré au cimetière, à côté de l\u2019église d\u2019Arthabaska, près d\u2019Emma Watkins.Pour la sépulture, le service funèbre, les messes basses et les oeuvres de charité, il laissa la somme de $400.Il remettait trois polices d\u2019assurances, d\u2019une valeur de $4000, à sa femme Régina, à Honoré et à sa fille An-nette.À Wilfrid, les livres, le bureau et différents articles.La vente de la maison assura l\u2019avenir de sa femme Régina.La famille ne revint plus à Arthabaska.En 1981, survit à Joseph-Éna Girouard, sa fille An-nette (86 ans le 18 décembre 1980).Et six petits-enfants.Joseph-Éna Girouard fut un homme droit et honnête.La vie lui refusa les honneurs et la fortune mais il eut mieux que cela: le respect de tous.Je ne sais s\u2019il mérite un monument mais il mérite nos prières.C\u2019était un homme d\u2019honneur1.La rue Girouard, à Arthabaska, perpétue son souvenir.1.Son fils, Wilfrid, est mort à Québec, à 89 ans, le 26 octobre 1980. 786 L\u2019ACTION NATIONALE Conclusion Que nous enseigne cette vie?Quel est le prix à payer pour rester de culture française en Amérique du Nord?Le premier pas dans l\u2019assimilation et le conditionnement du penser et des attitudes par l\u2019immense masse continentale anglo-américaine, consiste pour un Québécois francophone dans la destruction de la mémoire ou dans son affaiblissement systématique.Le processus de l\u2019assimilation passe par ces deux opérations: le blanchissement de la mémoire et la décoloration de la personnalité.Le rejet de ce que nous sommes, menace chacune de nos générations.Notre jeunesse doit être à l\u2019abri des conditionnements psychologiques.Pour cela elle doit connaître son histoire.Non seulement l\u2019histoire de sa collectivité mais aussi l\u2019histoire de sa famille.Ne pas devenir l\u2019autre mais être fermement soi-même fait les pays forts.Si chacune de nos familles apprend ce qu\u2019étaient ses ancêtres et l\u2019héritage confié à nos épaules et à notre courage, nous nous éloignons de périls de l\u2019américanisation et de l\u2019anglicisation.Qu\u2019est-ce que l\u2019américanisation ou l\u2019assimilation, concrètement?Les Américains ont fabriqué une école où chacun apprend peu de choses mais où l\u2019important, pour les administrateurs, consistait à baratiner ensemble toutes les nationalités, toutes les couleurs, jusqu\u2019à obtenir un produit uniforme: l\u2019américain et l\u2019american way of life.L\u2019école était devenue l\u2019usine industrielle qui transformait les générations en américains passables! Ensuite, on leur collait la légende officielle: Made in U.S.A.Cette homogénéisation peut aussi nous arriver au Canada: elle s\u2019appelle le melting pot.Le Québec y résistera tant qu\u2019il gardera une mémoire vivante de son passé.\u201cJe veux savoir d\u2019où je viens\u201d, voilà ce que nos jeunes doivent demander.\u201cL\u2019homme part de l\u2019histoire.Il est fils de l\u2019histoire pour en devenir ensuite l\u2019artisan responsable\u201d.Voilà un programme qui dit la dignité d\u2019une nation. M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 787 Comprendre sa lignée, accepter la continuité, voilà ce qui fait les identités fortes et équilibrées.L\u2019assimilation n\u2019est pas une réponse.Elle est d\u2019abord une fuite.L\u2019identité est d\u2019abord faite d\u2019un héritage.Il faut l\u2019assumer, l\u2019enrichir.Et tous les héritages de toutes nos familles constituent une nation et autant de fragments de cette culture qui nous lie entre nous et nous identifie à travers le monde.Des millions de morts parlent par leurs oeuvres autour de nous.Ils nous expliquent à nous-mêmes et nous expliquent notre temps et notre monde.Cette biographie de Joseph-Éna Girouard reste une plongée dans notre condition humaine, dans notre condition comme peuple.Dans cette perspective vivante, les Bois-Francs deviennent une histoire qui tisse un peuple.Puissent se multiplier les histoires de famille.Elles rendent plus vivantes la grande histoire de la nation.BIBLIOGRAPHIE Je n\u2019aurais jamais pu mener à bien la biographie de Joseph-Éna Girouard sans le travail de Arthur Bergeron, curé de Wickham, celui de l\u2019Institut Drouin et l\u2019Union des Cantons de l\u2019Est.Voici une liste de ceux qui m\u2019ont aidé pour un point ou l\u2019autre.Bona Arsenault: Histoire et généalogie des Acadiens, Tome I.Conseil de la vie française en Amérique, Québec, 1965, 524 pages, pp.412-416.Tome II, Léméac, 1978, pp.567-579.H.Belden: Illustrated Atlas of the Eastern Townships and South Western Quebec, 1881, 88 pp.Grand format.Réimprimé en 1972.Arthur Bergeron, curé de Wickham: Le premier maire de Drummond-ville, Joseph-Éna Girouard.Journal La Parole, supplément de Noël 1963.Étude indispensable.Pierre Berton: The Klondyke Fever, New York, 1958.The Mysterious North, McClelland, Toronto, 1956, 362 pp.Mgr J.-A.Irénée Douville: Histoire du Collège-Séminaire de Nicolet, (1803-1903), deux volumes, 1903, 308 pp et 462 pp.Voir volume 2, p.219.Alcide Fleury: Arthabaska, capitale des Bois-Francs, 1961, p.19.Jean Hamelin: Histoire du Québec, Édition Édisem ou Privât, 1976, 542 pages.Voir la page 385.Désiré Girouard: L\u2019album de la famille Girouard.Édition intime.Valable surtout pour la branche canadienne des Girouard.Institut Drouin: Généalogie de la famille Girouard.Cette généalogie mêle la branche acadienne et la branche canadienne qui n\u2019ont aucun rapport entre elles.Bien des détails intéressants. 788 L\u2019ACTION NATIONALE Le journal LA PATRIE, fin juin 1904: Les Canadiens-Français au Yukon.Hormisdas Magnan: Dictionnaire historique et géographique des paroisses, missions et municipalités de la province de Québec.Arthabaska, 1925, 738 pages.Voir pages 289, 354 et 394.Charles-Édouard Mailhot, ptre: Bois-Francs, 4 volumes.Généalogie de la famille Girouard.Voir volume 1, p.209 et volume 2, p.367.Mgr Paul Mayrand: Notes historiques sur Drummondville, dans Panorama.revue du diocèse de Nicolet.Robert Rumilly: Histoire de la province de Québec, volume 5: Riel, p.167.Ernestine Charland-Rajotte: Drummondville.Édition des Cantons, 1972, 154 pages.Joseph-Charles St-Amant: Un coin des Cantons de l\u2019Est, page 344.Ph.-H.Suzor, ptre: quelques notes sur la paroisse de St-Christophe d\u2019Arthabaska.Arthabaska, 1892, 78 pages.Tableau de l'ordre des notaires de la province de Québec, 1955, p.141.Morris Zaslow: The opening of the Canadian North (1870-1914).McClelland & Stewart Ltd., 1971, 340 pages.Surtout les pages 101-147.Les journaux du Yukon: The Dawson News et The Yukon Sun (surtout septembre 1900).L\u2019Union des Cantons de l\u2019Est.Arthabaska.On trouve la collection à la Bibliothèque Municipale, Salle Gagnon, Montréal.Pour la politique provinciale et fédérale de ce temps, Journal très conservateur.Voir mercredi 28 septembre 1966.Quelques écrits et photos de famille.Première annexe: GÉNÉALOGIE DES GIROUARD Deux Girouard (ou Giroir) partirent de France pour s\u2019installer en Nouvelle-France.Le deuxième est Antoine, soldat, qui maria à Ville-Marie (Montréal), le 3 février 1723, Marie-Anne Barré, de laquelle il eut huit enfants.Il est le fondateur de la branche canadienne, laquelle donna un Désiré Girouard qui fut juge de la Cour Suprême du Canada.Le premier est François Girouard, fondateur de la branche acadienne, qui arriva à Port-Royal (Acadie), en 1640.Après le Grand Dérangement de 1755, nous trouvons Michel Girouard, de la quatrième génération, né en 1723, marié à Marguerite Galand (décédée à Gentilly le 13 mai 1803), arrivé à Québec en 1757.Il connaîtra le siège de Québec, la défaite des Plaines d\u2019Abraham, le sac des rives du Saint-Laurent autour de Québec.On le retrouve à Gentilly en 1767 et à Bécancour en 1777.Il meurt à Gentilly le 24 mars 1797.Ainsi ce Michel aura-t-il connu, M.JOSEPH-ÉNA GIROUARD ET SON TEMPS 789 durant son existence, deux ou trois grands dérangements! Il nous sert de lien entre Port-Royal et Gent illy.À la septième génération, Joseph Girouard, marié le 28 octobre 1799 à Marie Doucet, est né à Gentilly le 23 février 1778.Il meurt à Stan-fold le 7 mars 1876.Il fait le lien entre Gentilly et Stanfold.Il est le père de Urbain Girouard, marié à Rosalie Beaufort-Brunelle, qui sera le père de Joseph-Éna Girouard.Comment expliquer ce voyage de Gentilly à Stanfold, soit à une quarantaine de kilomètres, dans la forêt vierge?Les jeunes doivent se trouver une terre.Ils partent à l\u2019aventure.C'est là le moment de vérité: nous nous emparons des terres souvent concédées mais inexploitées.Nous en devenons propriétaires.Nous nous taillons un territoire.Les Bois-Francs furent surtout colonisés par les Acadiens.Ce même Joseph Girouard partit en Californie, avec son fils Théophile, en 1849, lors de la ruée vers l\u2019or.Les deux revinrent avec un bon magot, après quatre ans de durs labeurs.Ce Théophile, cousin de Joseph-Ena Girouard, fut maire de Stanfold durant sept ans.Gros marchand de bois, il fonda Betsiamite, près de la rivière Bersimis, sur la côte Nord, où sa concession forestière donnait du travail à près de 300 personnes.Ce Joseph Girouard est aussi intéressant pour une autre raison.L\u2019augmentation de la population à Stanfold obligea les missionnaires à parler de la construction d\u2019une église et de la nécessité d\u2019un curé permanent.Joseph Girouard offrit, dans ce but, un lopin de terre au 10e rang.Mais un M.Prince, chez qui logeait les missionnaires lors de leurs passages, offrit aussi un lopin de terre pour y construire l\u2019église au 9e rang.Stanfold devint ainsi Princeville, le 1 janvier 1857.Les Girouard refusèrent Princeville et, jusqu'à leur mort, ne parlèrent jamais que de Stanfold! Ce Joseph a un frère, Urbain qui, marié à Rosalie Brunelle, le 2 juillet 1836, fut le père de Joseph-Éna Girouard, de Dolphys et de Catherine.Il était cultivateur à Stanfold.Nous n\u2019avons aucun document sur cette famille, son logis, son éducation, ses travaux, sa richesse.C\u2019est Joseph-Éna Girouard qui en deviendra l\u2019étoile parce que ses parents lui facilitèrent une éducation supérieure et qu'il la fit mûrir.Annexe 2: DÉVELOPPEMENT DE STANFOLD Stanfold ne devint mission qu\u2019à partir de 1838.Elle était desservie par des prêtres du diocèse de Trois-Rivières.La paroisse St-Eusèbe de Stanfold fut reconnue civilement le 19 avril 1855, soit deux mois avant la naissance de Joseph-Éna Girouard (né le 17 juin 1855).L\u2019érection en village, Princeville, date du 31 octobre 1856.Elle devint municipalité le 1 janvier 1857. 790 L\u2019ACTION NATIONALE Le premier colon de Stanfold fut Édouard Leclerc, de Saint-Grégoire, de Nicolet, encore rattaché au diocèse de Trois-Rivières.Ce Leclerc arriva à Stanfold en 1832.En 1839, il maria Marie-Zoé Landry-Bercase, puis une dame Olive Poisson, dont il eut 22 enfants.Le premier chemin de fer qui reliera le comté d\u2019Arthabaska à Trois-Rivières, ne fut construit qu'en 1861.Une diligence, trois fois par semaine, accéléra les communications entre les Bois-Francs et Trois-Rivières.En 1839, Stanfold-Princeville compte 432 âmes, dont 251 communiants, soit envrion 80 maisons.En 1859, la population atteint 1708 âmes.En 1868, 2218 âmes et en 1925, 1888 âmes.Annexe 3: HISTOIRE D\u2019ARTHABASKA Le premier colon fut Charles Beauchesne, né à Bécancourt, le 25 décembre 1792.Il arriva à Arthabaska en 1832.En 1839, le comté d'Arthabaska, comprenant les paroisses ou missions Saint-Norbert, Saint-Christophe et Sainte-Victoire (située dans le Victoriaville actuel), ne comptait que 212 personnes dont 113 communiants.En 1901, le recensement donne 995 habitants pour la seule ville d\u2019Arthabaska, soit 469 hommes et 526 femmes.En 1924, la ville compte 2231 habitants, soit 348 familles (Mailhot, tome 3, page 183).En 1901, le comté d\u2019Arthabaska comptait 16 paroisses avec une population totale de 22,958 âmes.En 1937, le comté n\u2019aura augmenté que de 7000 personnes.Autrement dit, tout le monde connaissait tout le monde.On se visitait beaucoup de paroisse à paroisse parce qu'on était tous un peu parents les uns des autres et qu\u2019on avait tous à faire à Arthabaska.La paroisse St-Christophe d\u2019Arthabaska fut érigée canoniquement le 24 septembre 1851 et civilement le 20 avril 1853.L\u2019église commencée le 23 septembre 1873, fut bénite par Mgr Laflèche, évêque de Trois-Rivières, le 15 juillet 1875: 144 pieds de long, 66 pieds de large, 75 pieds au transept, 32 pieds de haut et 180 pieds pour le clocher.Il faut ajouter la sacristie de 64 par 30 pieds (Mailhot, tome 3, p.182).Les décorations sont faites en 1887 et 1888 par M.Rousseau, de St-Hyacinthe, par les peintres Lefeunton, Suzor Côté et Richer.Les sculptures de l\u2019autel sont de M.Auguste Leblanc et les verrières, d\u2019un artiste français, attaché à la Maison Hobbs, de Montréal.L\u2019église a grande allure. AU FIL DE L'ACTUALITÉ par Patrick Allen 792 L\u2019ACTION NATIONALE Exporter: le gouvernement peut-il le faire à notre place?Comme l\u2019écrit Jean-Émile Denis, dans la section Economie, du Dimanche-Matin du 22 mars, sous le titre indiqué ici, nous voulons que nos produits exportés sentent la fumée d\u2019usine comme ceux des florissants secteurs industriels des USA, de l\u2019Angleterre, de la France et du Japon, au lieu de nous contenter au Canada de faire figure de sous-développés en n\u2019exportant surtout que des matières premières et des denrées agricoles! Bien sûr, il y a déjà dans ce pays quelque deux cents programmes fédéraux et provinciaux qui visent à promouvoir l\u2019exportation, plusieurs d\u2019entre eux touchant la petite et moyenne entreprise manufacturière.Il y a aussi plusieurs centaines de compagnies dont l\u2019objectif est le commerce international.Quelle est leur efficacité?Pourquoi ne pas s\u2019inspirer de l\u2019exemple donné par des sociétés semblables du Japon, les Mitsui, Mitsubishi, Itoh, et beaucoup d\u2019autres qui semblent avoir eu du succès de par le monde?Comment une société nationale de commerce comme celle que le gouverneur général du Canada, Ed Schreyer, annonçait dans son discours du Trône du 14 avril dernier, rendrait-elle l\u2019industrie canadienne plus compétitive à l\u2019étranger et créerait-elle plus d\u2019emplois au pays?Un commencement de réponse se trouve dans l\u2019article du professeur Jean-Émile Denis.C\u2019est instructif.Le commerce international dont nous dépendons La croissance la plus forte des exportations canadiennes comparativement aux importations à la faveur de la dévaluation de notre dollar a affecté favorablement la balance commerciale du pays qui est devenue excédentaire depuis 1976.Est-ce que nous exportons beaucoup plus que nous importons?Quels sont nos principaux partenaires?Le petit tableau suivant est révélateur.Ce tableau, d\u2019après les données les plus récentes de l\u2019Annuaire et de la Revue statistique du Canada, indique le montant de nos exportations comme supérieur à celui de nos importations, pour les trois années indiquées ici. AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ 793 COMMERCE DU CANADA AVEC SES PRINCIPAUX PARTENAIRES Importations\tExportations 1976\t1977\t1979\t1976\t1977\t1979 En milliards de dollars\t37.5\t42.1\t62.7\t38.1\t44.2\t65.5 En % du total Partenaires des importations et des exportations États-Unis\t68.6\t70.3\t72.4\t67.6\t69.8\t60.8 Grande-Bretagne\t3.1\t3.0\t3.1\t4.9\t4.4\t4.0 Autres pays de la CEE\t5.4\t5.6\t5.8\t7.0\t6.3\t7.2 Japon\t4.1\t4.3\t3.4\t6.3\t5.7\t6.3 Autres pays\t18.8\t16.8\t15.3\t14.2\t13.8\t21.7 Le partenaire le plus imposant, les États-Unis, bouffent le plus fort pourcentage, soit presque les deux tiers de nos activités internationales.Il s\u2019agit surtout de matières premières.Cela signifie, pour le Canada, de graves pertes d\u2019emplois industriels, de bénéfices et de compétences technologiques.Notre dépendance est là.Nous importons surtout des produits manufacturés pour environ les deux tiers de nos importations.Le Canada se contente donc de la structure commerciale et industrielle d\u2019un pays sous-développé.Comment en tirer une fierté?Cependant, les mentalités changent mais il y a des masses de capitaux, de dirigeants et d\u2019intérêts occultes à analyser à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur du pays.Arrêtons-nous seulement à penser aux centaines de tonnes de minerai de fer, d\u2019amiante, de cuivre et de bien d\u2019autres minéraux que nous exportons à l\u2019état brut et que nous rachetons sous forme de produits œuvrés ou semi-œuvrés.Il y a aussi des produits de la forêt, de la pêche et de l\u2019agriculture qui aggravent notre pauvreté industrielle.Le Mexique est à se libérer de cette attitude coloniale.L\u2019Angleterre et le Japon l\u2019ont toujours répudiée.Cesserons-nous, avant l\u2019an 2000, d\u2019être de gros centres d\u2019achat pour nos matières premières?Comment Bombardier bâtit une multinationale?C\u2019est une espèce d\u2019épopée économique que livre Guy Pinard sous le titre Comment on bâtit une multinationale (Actualité, avril 1981). 794 L\u2019ACTION NATIONALE Pour le grand patron de cette immense société, Laurent Beaudoin, \u201cl\u2019entrée dans les ligues majeures c\u2019est 1985 et un milliard de dollars en chiffre d\u2019affaires\u201d.À la simple énumération des quelque douze divisions de l\u2019empire Bombardier, on peut retenir son souffle: division des produits récréatifs, des transports en commun, des produits ferroviaires et diesel, des équipements industriels, des produits plastiques et de caoutchouc, des vêtements et accessoires, des produits aéronautiques, etc.On trouve Bombardier à Vienne, à l\u2019Eire en Irlande, à Calgary, à Gunskirchen en Autriche, etc.Bombardier ne voulait ni réinventer la roue, ni révolutionner les communications.L\u2019entreprise voulait entrer dans la technologie des transports en commun et de loisir.Un contrat de cent millions de dollars avec le New Jersey, signé récemment, est une percée importante aux Etats-Unis.Et cela continuera tant que notre dollar sera dévalué par rapport à la monnaie américaine.Et après?On verra.Au moins nous aurons eu le temps de grouper les compétences et de nous donner l\u2019équipement nécessaire.Les camions militaires sont en demande.Peut-être que, demain, ce seront les chars d\u2019assaut et les fusées.Montréal: un sommet économique et une action concertée Le 6 mars avait lieu au Complexe Desjardins la clôture d\u2019une rencontre, genre \u201csommet économique\u201d, qui avait réuni pour la première fois des représentants de divers milieux qui n\u2019avaient jamais entretenu quelque rapport que ce soit et qui entrevoient désormais ensemble le grand Montréal comme un pôle d\u2019attraction, de développement et un centre international.(Le Devoir, 7 mars, reportage par Alain Duhamel).Une action concertée entre les leaders de l\u2019île de Montréal, Laval et la Rive-Sud se fera à l\u2019avenir au sujet de points névralgiques comme le port, les aéroports, l\u2019industrie de fabrication, le tourisme et la recherche.Il fallait, avant d\u2019inviter le gouvernement fédéral, une concertation du milieu immédiat. AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ 795 Nationalisme économique et stratégies industrielles De grands pays comme les États-Unis ont pratiqué longtemps et pratiquent encore un nationalisme économique, sans en parler ouvertement.D\u2019autres, comme le Canada, ont commencé, depuis quelques décennies surtout à ergoter sur le nationalisme économique, sans oser l\u2019appliquer avec rationalité, sauf récemment dans certains domaines vitaux de l\u2019économie.Il était temps qu\u2019,une institution universitaire comme l\u2019École des Hautes Études Commerciales, dans la conjoncture internationale actuelle, fasse entendre des voix autorisées dans cette façon de voir.Elle l\u2019a fait dans une série de conférences publiques que les quotidiens n'ont pas suffisamment commentées.Mais la documentation est disponible pour tous ceux que le sujet intéresse.Aux lecteurs de L\u2019ACTION NATIONALE, il suffit de mentionner, comme un avant-goût, deux bons textes de cette série de conférences (Le journal Le Contact, février-mars 1981): l\u2019article de Roger Charbonneau intitulé Nationalisme économique et stratégies industrielles et celui du président et chef de l\u2019exploitation Bombardier qui donne Le point de vue de la société québécoise à rayonnement multinational.Ces études insistent beaucoup sur la maîtrise de la haute technologie, les ressources humaines et le climat organisationnel.Avant de parler des formes plus ou moins subtiles que prend le nationalisme économique au pays et d\u2019entrer dans le vif de la politique bancaire, M.Roger Charbonneau a donné une définition du nationalisme économique, tirée des idées émises lors de conférences à un congrès récent: \u201cLe nationalisme économique est une doctrine concrétisée sous forme de gestes politiques à portée économique, qui vise à favoriser les citoyens d\u2019un pays, individus et société, en leur assurant des avantages dont ne bénéficient pas les étrangers qui oeuvrent dans les mêmes champs d\u2019activité.Par étranger, on peut entendre aussi bien des personnes et des sociétés domiciliées à l\u2019étranger que des sociétés résidant au pays mais dont la propriété est à divers degrés détenue par des résidents étrangers\u201d. 796 L\u2019ACTION NATIONALE Immobilisations au Québec et au Canada Dans un article publié dans le journal Le Contact (février-mars 1981) et intitulé Performance et problèmes de l\u2019économie québécoise, le professeur LeGoff affirme d\u2019abord que \u201cle Québec et le reste du Canada connaissent un niveau de prospérité enviable\u2019\u2019.L\u2019ensemble canadien s\u2019en tire très bien selon \u201cles statistiques portant sur les indicateurs de niveau de vie tels que les variables de consommation per capita, le nombre de médecins et le taux de scolarité\u201d.Il semble cependant y avoir une certaine contradiction entre le fait que la prospérité relative des Québécois dans l\u2019ensemble canadien se détériore avec le temps si on la mesure par le revenu disponible par habitant et le taux de chômage, alors que les investissements ne révèle pas cette tendance.Cela voudrait dire, selon l\u2019économiste LeGoff, que nos investissements ne seraient pas aussi productifs, du point de vue emploi et revenu, que ceux qui sont faits dans les autres provinces.Le Québec ne doit plus se prélasser mais donner un meilleur rendement.Cela ne dépend pas du gouvernement mais de chacun des citoyens.Le Parti québécois a-t-il été un bon gouvernement?Un débat-monologue entre deux économistes qui parlent tout seuls (Actualité, avril 1981) s\u2019étend sur quatre pages et tente de répondre à la question: \u201cLe P.Q.a-t-il été un bon gouvernement?\u201cNon\u201d, répond Marie-Josée Drouin, de l\u2019Institut Hudson du Canada, car \u201cles investissements privés stagnent, le déficit s\u2019élargit, la construction diminue, la politique énergétique attend\u201d.Affirmations comme si le Québec n\u2019était pas lié à la conjoncture nationale et internationale.\u201cOui\u201d, affirme Pierre Fréchette, professeur à l\u2019Université Laval, car \u201cles politiques économiques du AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ 797 gouvernement actuel semblent pragmatiques, courageuses, compétentes et axées sur les besoins du Québec.Elles sont en partie responsables du dynamisme nouveau qui se manifeste\u201d.Au petit peuple de départager ces opinions.Le gros bon sens: s\u2019attaquer aux problèmes du Québec M.Rosaire Morin, membre de la Ligue d\u2019Action nationale, vient de publier les éditoriaux parus sous sa signature au Journal des Affaires, entre le 21 mai 1979 et le 8 septembre 1980.Il s\u2019agit d\u2019un livre de plus de 250 pages, intitulé Le gros bon sens, en vente chez l\u2019éditeur Libre Expression.Les 67 éditoriaux que comprend cet ouvrage sont répartis en neuf grands chapitres: la profession d\u2019homme d\u2019affaires; les entreprises coopératives et capitalistes; la conquête des marchés extérieurs; les taux d\u2019intérêt et l\u2019inflation; le travail, le chômage et les grèves; les perspectives de développement économique; les gouvernements qui ne gouvernent pas; l\u2019immigration au Québec; un pays, deux nations.Comme pour rappeler la trame et la chaîne des préoccupations économiques qui ont tissé l\u2019histoire du Québec, une dizaine de textes, surmontés de la photo de leur auteur, sont offerts ici et là dans le livre, à la réflexion du lecteur.Fait presque révoltant, le Message aux hommes d\u2019affaires, qui est imprimé au début du livre, \u201cn\u2019aurait pu être publié dans le Journal des Affaires\u201d'.Car des dizaines d\u2019annonceurs auraient annulé leur réclame publicitaire! Ainsi la liberté d\u2019expression est-elle limitée, au Québec et dans tout pays capitaliste, par les bien-nantis qui exercent la dictature de l\u2019argent.La direction de L\u2019Action nationale, comme d\u2019autres revues qui sortent de l\u2019ordinaire, en sait quelque chose.\"En introduction aux éditoriaux reproduits intégralement, poursuit l\u2019auteur, le message souligne une dimen- 798 L\u2019ACTION NATIONALE sion de la pensée qui n\u2019a pu être exprimée\u201d.Certains économistes, repus d\u2019abstractions pour ceux qui animent la vm des affaires et des sociétés nationales, lèveront peut-être le nez sur le livre de M.Rosaire Morin.Mais jamais ils ne saisiront ainsi la réalité pratique d\u2019un peuple avide de s\u2019épanouir avec ses propres leviers économiques dans le respect de sa culture.Le classement des métiers heureux Même de nos jours, il se trouve des éducateurs au Québec qui demandent à une adolescente ou à un adolescent: \u201cQu\u2019est-ce que tu feras quand tu seras adulte?\u201d Eux de répondre: \u201cEst-on plus heureux en étant chirurgien ou ingénieur, ébéniste ou psychologue?\u201d L\u2019Express (édition internationale du 7 mars 1981) a interrogé les Français pour classer cinquante professions et métiers parmi plus de 8000, dont les évolutions ou le rôle sont significatifs dans la société.L\u2019Institut en sciences sociales appliquées, mandaté par L\u2019Express, a mis au point un certain nombre d\u2019outils de communication qui a permis d\u2019interroger les Français, grâce à un échantillon de 2500 personnes, sur les qualités qu\u2019ils attendent d\u2019une situation.Il en est sorti une batterie de critères propres à juger les métiers et les professions et leur importance relative.Cinquante professions et métiers ont ainsi été retenus et classés selon onze critères d\u2019excellence.Ils forment deux tableaux impressionnants qui font réfléchir.Les résultats d\u2019une enquête identique mise en oeuvre au Québec ne seraient sans doute pas tellement différents.C\u2019est à essayer.Réapprendre le Québec Pour séduire les industriels français et les amener à investir leur argent et leur technologie au Québec, un publiscope de huit pages complètes et abondamment illustré de photos en couleurs paraît dans L\u2019Express (7 mars 1981) avec textes signés de Philippe Defrenois. AU FIL DE L\u2019ACTUALITE 799 Le gouvernement du Québec, avec le concours de l\u2019Hydro-Québec, plusieurs autres sociétés d\u2019État, la Banque de la Nouvelle-Écosse et la Banque nationale de Paris-Canada, ont organisé cette propagande.On est loin de Maria Chapdelaine, puisque l\u2019on parle non seulement de l\u2019esprit d\u2019entreprise des nôtres dans ces pages mais de l\u2019appel au dynamisme, de compétence et d\u2019avenir sans limite avec \u201cun eldorado énergétique sans risque d\u2019apocalypse\u201d.Pourriez-vous lire les yeux fermés?Ce titre d\u2019une conférence de Jérôme Giovanni, aveugle et vice-président de la magnétothèque de Montréal, soulignait comment l\u2019Université Laval était devenue la pionnière de la bibliothèque des livres parlés au Québec (Au fil des événements, 12 février 1981).Grâce à l\u2019enregistrement du texte d\u2019environ un millier de livres sur bandes magnétiques, on peut dorénavant lire les yeux fermés.Cette réussite, une première dans le monde francophone, est le résultat d\u2019un effort bénévole de plusieurs personnes.Cette réussite a déjà rendu de précieux services sur le campus de l\u2019Université Laval et dans les CEGEPs de la région de Québec.Regroupées maintenant, avec la magnétothèque de Montréal, les bandes magnétiques répondront aux besoins d\u2019un marché plus vaste et plus diversifié.Walter Cronkite, un as du journal télévisé \u201cL\u2019homme à qui l\u2019Amérique fait le plus confiance\u201d, voilà comment on a qualifié Walter Cronkite.Depuis 1962, tous les soirs, à 19 h., à la chaîne CBS, des millions de personnes, et même bien des francophones du Québec, ont écouté, avec un profond respect, son téléjournal pendant les trente minutes qui paraissaient souvent trop courtes.Sa cote d\u2019écoute a toujours dépassé celle des chaînes ABC et NBC.La plupart des journaux et des hebdomadaires de l\u2019Amérique ont souligné, avec forces 800 L\u2019ACTION NATIONALE détails les adieux de Cronkite (6 mars 1981).La présentation de son texte était impeccable.Rapide, précis, il ne plaisantait pas avec l\u2019actualité et donnait toujours les différents sons de cloche.Toujours rassurant, quelle que soit la crise évoquée, il était la supervedette des ondes.Le Québec a certes ses grands journalistes comme Bernard Derome, Pierre Nadeau ou Denise Bombardier, pour ne citer que ceux-là, mais il regarde aussi au-delà de la frontière, pour son bien ou son malheur.Paul Riou, fondateur de l\u2019Office de recherches scientifiques au Québec Alerte comme le jour de ses 20 ans ou presque, Paul Riou à 91 ans vient de déclarer que \u201cC\u2019est en formant des jeunes qu\u2019on avance et que ç\u2019a été une des erreurs de la révolution tranquille, que de changer le système d\u2019enseignement avant de penser à préparer une génération de maîtres capables de mettre la réforme en application.D\u2019abord passionné pour les cours d\u2019économie politique d\u2019Édouard Montpetit et pour ceux de géographie économique de Henry Laureys à l\u2019École des HEC dont il a été diplômé en 1913, Paul Riou a senti le besoin de poursuivre des études sciences en Europe et revint à l\u2019École des HEC en 1923 avec un doctorat ès sciences physiques de la Sorbonne.Professeur de technologie à son Alma Mater, il publia, en collaboration, des manuels de chimie et de travaux pratiques de laboratoire et signa plusieurs articles dans l\u2019Actualité Économique.C\u2019est en 1938 qu\u2019il fonda l'Office de recherches scientifiques de la province et obtint pour les jeunes des bourses d\u2019étude nombreuses pour stimuler l\u2019avancement des sciences.L\u2019entrevue du mois de mars 1981 avec Paul Riou réalisée dans LE CADUCÉE par Denise Robillard révèle une personnalité encore toute vibrante. Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D\u2019ASSURANCE-VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS de* regions suivantes : La Société Nationale de fEst du Québec La S.N.Q.de ia région des Hautes-Rivières La S.N.Q.de la région de l'Outaouais La S.N.Q.de la région Saguenay Lac St-dean l'Arniante La S.N.Q.de la région de région Ri région Richelieu*Yatnaska La S.N.Q.de la région Richelieu St*Laurent La S.N.Q, de la Saviez-vous que depuis toujours, « La Solidarité » réinvestit ses actifs dans l\u2019économie du Québec.la Solidarité, c'est 7 notre assurance-vie! C\u2019est important quand on veut que notre argent travaille pour nous autres.La Solidarité *> Compagnie québécoise d\u2019assurances sur la vie BEAUCEVILLE.CHICOUTIMI, QUÉBEC.RIVIÈRE-DU-LOUP.RIMOUSKI.SHERBROOKE, AMOS, LONGUEUIL.DRUMMONDVILLE,LAVAL "]
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