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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1982-01, Collections de BAnQ.

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[" miïm, vv.vv.vj 1X3 ai,H ^sono-T'BA'Bq \u2022nuaATî ajaT \u20180t(2t, .\t_ j^oy syuaa *w Hiumm «HrlflJ //Action NATIONALE Volume LXXI, numéro 5, janvier 1982 MONTRÉAL La plus grande ville française de langue anglaise La Ligue cTAction Nationale Président: François-Albert Angers Président du conseil: Rosaire Morin Vice-présidents: Patrick Allen Ruth Paradis Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès André Auclair Raymond Barbeau René Blanchard Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Léo Jacques Jean-Marc Kirouac Anna Lagaeé-Normand Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Nycol Pageau-Govette Jean-Marcel Paquette André Provost Albert Rioux Jean-Paul Rioux Pierre Trépanier Claude Trottier Action Nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l'indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Editions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (5141-337-7244 //Action NATIONALE Volume LXXI, numéro 5, janvier 1982 TABLE DES MATIÈRES\t\t \tL\u2019heure est grave\t503 André JOYAL\tLes États-Unis: un partenaire à mieux considérer\t509 Pierre-André JULIEN\tLes avantages économiques de la récupération des pouvoirs dans les domaines de la monnaie\t515 Roger DUHAMEL\tLes ambiguïtés d\u2019un triangle\t529 André D\u2019ALLEMAGNE\tUne identité à définir: les documents officiels\t535 Jean-Baptiste GIROUX\tLa «confédération», engloutie parmi les convulsions de reptiles\t539 Pierre YERGEAU\tLa Prade, un éléphant blanc qui compromet le développement nucléaire au Québec\t549 Denis MONIÈRE\tLe Québec doit être représenté à Ottawa par des députés souverainistes\t555 Odina BOUTET\tLa naissance d\u2019un autre instinct\t569 Jean ÉTHIER-BLAIS\tL\u2019abbé Lionel Groulx\t579 Patrick ALLEN\tAu fil de l\u2019actualité\t583 ACTION NATIONALE revue d'information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Directeur: Rosaire Morin Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Richard Arès Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier André d\u2019Allemagne Roger Duhamel Jean Genest Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Delmas Lévesque Jeannine McNeil Jean-Marcel Paquette Pierre Patenaude Jean-D.Robillard Jean-Pierre Wallot Pierre Yergeau Abonnement:\t1 an\t2 ans \t(10 numéros)\t(20 numéros) Québec, Canada\t$25.00\t$45.00 Autres pays\t30.00\t50.00 Abonnement de soutien\t35.00\t Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques, dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 337.7244 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2leme semestre 1981 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 En guise d\u2019éditorial Les québécois dorment L\u2019heure est grave L\u2019heure est grave pour le Québec et pour les Québécois.Après avoir obtenu, lors du référendum et avec les moyens que l\u2019on sait, l\u2019affaiblissement politique du Québec, voici que les neuf provinces anglaises et le gouvérnement fédéral viennent de refaire leur union sacrée sur un projet de réforme constitutionnelle qui renforcerait le Canada anglais et consacrerait l\u2019affaiblissement du Québec et de son Assemblée nationale.Cette entente, faite sans et, pour tout dire, contre le Québec, voici que le Québec est sommé d\u2019y adhérer.Le Québec ne peut pas, ne doit pas donner son accord à son propre amoindrissement! C\u2019est ce que nous sommes venus dire ici.Nous qui sommes ici et qui représentons les organisations suivantes: \u2014\tla Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal \u2014\tla Centrale de l\u2019Enseignement du Québec \u2014\tla Confédération des Syndicats Nationaux \u2014\tla Fédération des Travailleurs du Québec \u2014\tl\u2019Association québécoise des Professeurs de français constatant l\u2019urgence de la situation, avons décidé de faire front contre cette formidable agression en déclarant ensemble et solennellement notre refus de ce qui a été tramé contre le Québec et Ottawa et dont on voudrait que le Québec en fasse sa constitution.Quatre raisons motivent notre refus. 504 L\u2019ACTION NATIONALE PREMIÈREMENT: Ce projet n\u2019ajoute rien aux pouvoirs du Québec.Il n\u2019y a rien dans ce projet qui ajoute aux pouvoirs législatifs de notre Assemblée nationale.Rien en matière d\u2019éducation, de culture et de communication.Rien en matière de législation sociale.Rien en matière de formation et de promotion de la main d\u2019oeuvre.Rien en matière d\u2019organisation économique.Rien en matière de capacité fiscale.Bref, rien qui viendrait satisfaire un tant soit peu nos revendications historiques et qui permettrait à notre peuple de reprendre en main l\u2019orientation de ses destinées sur les plans politique, économique sociale et culturelle.Ces revendications sont pourtant anciennes.Elles se sont exprimées dès le XVIIIe siècle, et la première étape a pris la forme de ce que l\u2019on a appelé si justement et si symboliquement l\u2019Acte de Québec.Elles ont continué sous le régime de 1791 et dans la lutte de nos prédécesseurs, les Patriotes de 1837.Après l\u2019Acte d\u2019Union, où l\u2019on a cherché à diluer notre personnalité propre, elles ont repris et abouti en 1867 à la création d\u2019un Etat partiel mais non moins réel, l\u2019État du Québec, dont nous avons toujours défendu les droits et cherché à augmenter la capacité au nom de ce que l\u2019on a appelé l\u2019autonomie provinciale.Nos luttes se sont intensifiées depuis la dernière guerre mondiale.Tous nos premiers ministres y ont pris part, tous ont compris que la seule façon d\u2019échapper à la centralisation, à l\u2019uniformisation et à l\u2019homogénéisation canadiennes, c\u2019était de donner au peuple du Québec des pouvoirs élargis pour ainsi mieux affirmer sa personnalité nationale au-dedans et au-dehors des frontières du Canada.Cette volonté est le souffle même de notre Histoire, et elle est inscrite dans nos coeurs et dans nos esprits.C\u2019est bien ce que Trudeau lui-même a parfaitement compris, puisque c\u2019est précisément là-dessus qu\u2019il a fondé son appel de mai 80, en nous promettant solennellement \u2014 et avec quelle mauvaise foi! \u2014 un fédéralisme qui ferait place à un Québec plus fort.Or, de tout cela, il n\u2019est nullement question dans le texte élaboré à Ottawa et que l\u2019on voudrait faire signer par les autorités constituées du Québec. L\u2019HEURE EST GRAVE 505 DEUXIÈMEMENT: Au contraire, le projet actuel, loin d\u2019ajouter, retranche à ce que possède déjà le Québec! Cet effort pour laminer, pour affaiblir le Québec apparaît partout dans le texte d\u2019Ottawa.Relevons notamment les aspects suivants: \u2014 Ce projet s\u2019attaque à l\u2019effort de refrancisation entrepris par le Québec.Il le fait en maintenant \u2014 c\u2019est-à-dire en renforçant \u2014 l\u2019article 133 du B.N.A.Act, qui constitue le symbole même de notre assujettissement au bilinguisme, ce que les auteurs de la loi 101 avaient si justement décidé de supprimer.Il le fait aussi en contribuant à détourner de nos écoles ceux qui choisiraient de venir vivre chez nous.\u2014 Plus grave encore que de s\u2019attaquer à telle ou telle disposition de notre loi 101, ce projet s\u2019attaque au pouvoir même de notre Assemblée nationale d\u2019adopter pareilles lois.\u2014 En imposant une Charte des droits, il contredit notre propre Charte des droits.Il s\u2019attaque ainsi au pouvoir du Québec de définir des aires de liberté sur son territoire et, surtout, il mine l\u2019idée que nous nous faisons de notre Assemblée nationale comme garante de nos libertés.\u2014 En imposant ce qu\u2019il appelle la liberté de circulation, il vient porter atteinte au pouvoir de l'Assemblée nationale de défendre par priorité les intérêts des travailleurs et travailleuses du Québec, et il vient compromettre tout ce que nous essayons de réaliser dans le domaine de la formation professionnelle et de la promotion de la main d\u2019oeuvre.\u2014 Le projet s\u2019attaque au pouvoir du Québec en matière d\u2019énergie hydroélectrique.\u2014 En s\u2019attaquant à nos droits traditionnels en matière de réforme constitutionnelle, ce projet nous enlève le pouvoir de nous opposer aux transformations et aux altérations constitutionnelles que voudraient pratiquer les autres à nos dépens.Voilà donc que seraient entamés, voire annulés, les pouvoirs que nous détenons depuis toujours en matière d\u2019éducation, de langue, d\u2019économie et de réforme constitution- 506 L\u2019ACTION NATIONALE nelle.Et l\u2019on voudrait que nous acquiescions à ce formidable dépouillement, à cet incroyable amoindrissement?Mais il y a plus grave encore.TROISIÈMEMENT: Ce projet nie le caractère national distinctif du peuple québécois et de son État, le Québec.Ceci apparaît notamment au travers des trois faits suivants: \u2014 Le texte a été adopté à Ottawa sans que le Québec ne soit partie prenante: le concours du Québec ne serait donc plus nécessaire à la réalisation du consensus canadien.Le Canada que l\u2019on a imaginé cette nuit-là à Ottawa, et que l\u2019on voudrait nous proposer, on sait maintenant qu\u2019il pourrait se réaliser sans le Québec.\u2014 Dans l\u2019avenir, des modifications à la constitution pourraient intervenir sans l\u2019accord, et même contre la volonté expresse du Québec.\u2014 Les dispositions concernant le statut de la langue anglaise au Québec replongent le Québec dans l\u2019assujettissement au bilinguisme.Or, ceci est particulièrement grave et traduit bien le refus traditionnel du Canada anglais de reconnaître notre caractère national distinctif et sa volonté historique de nous imposer son monolithisme et son intégrisme politiques.Cette négation de notre personnalité nationale et cette volonté de faire du Québec une province comme les autres sont au coeur même du projet constitutionnel.Il serait vain, dans ces conditions, de penser corriger cela par tel ou tel ajout, par tel ou tel amendement.Pour corriger cet état de chose, il faudrait faire table rase du projet et recommencer à neuf.Ce serait la seule façon de faire respecter ce que d\u2019aucuns appellent la dualité canadienne et ce que, pour notre part, nous appelons le caractère national distinctif du Québec.Tout le reste n\u2019est qu\u2019artifice. L\u2019HEURE EST GRAVE 507 QUATRIÈMEMENT: Ce projet met un terme à la réforme constitutionnelle.Ce projet sonne le glas de nos espoirs d\u2019imaginer un modus vivendi satisfaisant pour le Québec.Cette constatation découle notamment des dispositions concernant le mécanisme de révision qui auront pour effet de subordonner les volontés réformistes québécoises aux bonnes volontés des autorités politiques d\u2019Ottawa et des provinces anglaises, non seulement pour obtenir des modifications à la constitution de l\u2019ensemble canadien, mais aussi pour obtenir des modifications à la propre constitution du Québec.Cette constatation découle aussi de ce que l\u2019adoption par le Québec de ce document consacrerait un nouveau rapport de force entre le Canada anglais et le Québec et annoncerait la plus formidable et la plus insidieuse poussée de centralisation que nous ayons connue depuis 1867.* * * Cette constitution, c\u2019est aujourd\u2019hui la Charte de notre isolement et de notre humiliation.Demain, ce serait celle de notre amoindrissement et de notre disparition en tant que peuple.C\u2019est pourquoi, nous tous, rassemblés ici en un front national: \u2014\tnous REFUSONS catégoriquement ce projet que le Canada anglais voudrait nous imposer; \u2014\tnous ENJOIGNONS les autorités politiques du Québec, Premier Ministre, Gouvernement et Assemblée nationale, à refuser ce projet et tout autre qui ne viendrait pas renforcer les pouvoirs politiques du Québec et assurer ainsi au peuple du Québec les conditions de son épanouissement; \u2014\tnous CONSTATONS que la motivation que vient d\u2019adopter l\u2019Assemblée nationale est trop exclusivement défensive, qu\u2019elle ne contient aucune de nos grandes revendications traditionnelles ni aucun grand texte québécois de Droits et de Libertés, et qu\u2019elle ne règle pas le contentieux de l\u2019article 133 du B.N.A.Act.Bref, de cette motion ne pourrait sortir aucun arrangement constitutionnel suscep- 508 L\u2019ACTION NATIONALE tible de satisfaire le Québec: elle est en deçà des exigences de l\u2019Histoire et des besoins de notre peuple! \u2014\tnous RAPPELONS qu\u2019il est impérieux de sortir le processus constitutionnel du huis clos, qui sert si bien le Canada anglais, pour le remettre sur la place publique où l\u2019on trouvera l\u2019inspiration, la force et l\u2019appui du pays profond.\u2014\tenfin, nous APPELONS toutes les forces vives du Québec, nous appelons tous les Québécois et toutes les Québécoises pour que nous nous unissions pour défendre nos intérêts nationaux menacés et pour que tous ensemble nous rejetions ce projet qui contient peut-être la constitution du Canada anglais mais qui, de toute évidence, n\u2019est pas, ne peut pas être et ne sera pas notre constitution! André Gaulin, président Association québécoise des professeurs de français Robert Gaulin, président Centrale de l\u2019enseignement du Québec Louis Laberge, président Fédération des travailleurs du Québec Gilles Rhéaume, président Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal Norbert Rodrigue, président Confédération des syndicats nationaux (Déclaration conjointe le 5 décembre 1981) Les Etats-Unis: un partenaire à mieux considérer par ANDRÉ JOYAL professeur d\u2019économie Université du Québec à Trois-Rivières Invité à inaugurer le 13e congrès annuel du Centre Québécois des Relations Internationales, à l\u2019Université Laval, le 8 octobre dernier, le vice-premier ministre, monsieur Jacques-Yvan Morin, n\u2019a pas raté l\u2019occasion qui lui était offerte de défendre l\u2019idée que le Québec doit développer son propre système de relations internationales.Le thème du congrès étant «Le Canada dans le monde», les organisateurs, en invitant un représentant du gouvernement du Québec, acceptaient de courir certains risques.Le Ministre d\u2019État aux affaires culturelles a profité de cette tribune pour s\u2019en prendre à la «politique» d\u2019affrontements d\u2019Ottawa envers le Québec en ce qui regarde les relations avec l\u2019extérieur.Entre autres preuves, le vice-premier ministre a donné l\u2019exemple de l\u2019échec d\u2019une délégation québécoise à Dakar suite à diverses tractations menées par des représentants du gouvernement fédéral.En insistant sur la nécessité, pour le Québec, de poursuivre les efforts entrepris depuis le début des années soixante afin de manifester sa présence sur la scène internationale, monsieur Morin entend accorder une attention plus grande à l\u2019égard de nos voisins du Sud qui absorbent 65% de nos exportations.Ce fait l\u2019amène à affirmer: «Nous avons intérêt à pousser plus encore nos rapports avec les États-Unis»1. 510 L\u2019ACTION NATIONALE Monsieur Morin était bien placé pour attirer l\u2019attention sur la pertinence d\u2019accorder une plus grande importance à nos relations avec les Etats-Unis puisqu\u2019il venait d\u2019assister à l\u2019Université de Princeton à une rencontre de l'Association américaine pour les études québécoises où il lui a été possible de constater l\u2019intérêt manifesté dans certains milieux, aux Etats-Unis, envers le Québec.Les Américains sont intéressés au Québec C\u2019est un fait que l\u2019on ne soupçonne pas les efforts tentés, en particulier par certains universitaires à travers les États-Unis en vue de mieux connaître le Québec et de le faire connaître.Évidemment il s\u2019agit dans la plupart des cas d\u2019efforts de jeunes universitaires qui, après avoir séjourné en France afin d\u2019apprendre le français, ont constaté qu\u2019il existait en Amérique du Nord une jeune nation dont le dynamisme en certains domaines mérite d\u2019être souligné.J\u2019en veux pour preuve, parmi un grand nombre, le succès obtenu le printemps dernier par un professeur de littérature de Virginia Polytechnic Institute and State University en offrant un cours optionnel entièrement consacré au Québec des vingt dernières années.Il est important que le Québec réponde aux attentes de ceux qui nous tendent la perche en manifestant leur intérêt envers ce qui se passe chez-nous.Non seulement nous pourrions en temps opportun trouver des appuis précieux sur le plan diplomatique mais d\u2019une façon plus pragmatique, en se rapprochant davantage des milieux économiques, on ne peut que favoriser nos intérêts immédiats.Les efforts du gouvernement du Québec Selon Lise Bissonnette le gouvernement du Québec n\u2019a pas de politique américaine2.L\u2019éditorialiste au Devoir qui, à la faveur d\u2019une bourse de la fondation Carnagie, a séjourné un an à New York, fait remarquer que le ministère des affaires intergouvemementales du Québec ne compte que neuf québé- LES ÉTATS-UNIS: UN PARTENAIRE.511 cois en fonction officielle aux États-Unis, alors que l\u2019on délègue en France pas moins de quarante fonctionnaires.Or, le Québec a exporté 9 milliards $ en 1980 aux États-Unis et seulement 340 millions $ vers la France.Si pour des raisons évidentes les contacts avec l\u2019ancienne mère-patrie doivent être maintenus et se développer, les liens économiques existant avec nos voisins du Sud imposent une attention particulière.Il est regrettable que le ministre Claude Morin n\u2019y ait jamais accordé une grande importance.On comprend mal, comme le fait remarquer Madame Bissonnette que l\u2019on croit préférable de fermer la délégation de Dallas au moment même où l\u2019Ontario décide d\u2019y mettre pied.Il revient donc aux six délégations restantes de voir, à l\u2019aide de divers programmes du M.A.I., à «mieux faire reconnaître le Québec et à contribuer au développement tant économique, technologique, scientifique que culturel du Québec»3.Pour y parvenir la direction États-Unis joue un rôle à quatre dimensions: information, sensibilisation, coordination et soutien.Ainsi, les contacts sont établis auprès de différents organismes permettant de répondre à certaines attentes pavant de cette façon la voie qui facilitera la tenue d\u2019initiatives plus importantes.Au début de 1980 on prévoyait réaliser des séminaires sur des sujets d\u2019ordre économique, scientifique et culturel en contactant des universités prestigieuses comme celles de Stanford, Yale, John Hopkins, Columbia, Nouveau-Mexique, etc.En ce qui regarde les intérêts économiques plus immédiats du Québec, il faut signaliser les responsabilités de la Direction Amérique du Nord de l'Office québécois du commerce extérieur.Ce dernier organisme, créé en août 1980, pourrait bien servir d\u2019ébauche à la création d\u2019un éventuel ministère du commerce extérieur auquel le Premier ministre a fait allusion lors de l\u2019ouverture de la session de l\u2019automne dernier.Les quelque quarante conseillers économiques et attachés commerciaux qui composent la Direction Amérique du Nord ont pour tâche d\u2019effectuer des analyses et des consultations afin de suggérer des politiques de soutien à 512 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019exportation.Un accent particulier doit être accordé aux accords entre les PME québécoises et américaines.Le responsable de l\u2019O.Q.C.E.fait remarquer qu\u2019entre 1977 et 1979 les ventes vers le Sud et l\u2019Ouest des Etats-Unis ont, pour certaines catégories de produits doublé ou triplé, et que par conséquent il faut accroître nos exportations vers des Etats comme ceux du Texas et la Californie dont la croissance économique présente un potentiel des plus intéressants4.Si cet organisme, comme beaucoup d\u2019autres, doit opérer avec les ressources budgétaires à croissance nulle il n\u2019en poursuit pas moins ses objectifs.À titre d\u2019exemple d\u2019intervention, mentionnons la participation à la fin de décembre de 11 manufacturiers québécois à une exposition de matériaux de construction qui s\u2019est tenue à Boston.C\u2019est grâce à un apport financier correspondant à 25% de l\u2019ensemble des dépenses impliquées que cette initiative a pu avoir lieu.Ce sont des actions de ce genre qui permettront au Québec d\u2019occuper la place qui lui revient sur le marché américain.Privilégier les relations avec la Nouvelle-Angleterre En août dernier avait lieu à l\u2019Université du Maine à Orono un colloque dont le thème était «The French experience in North America/Vivre en français dans l\u2019Amérique du Nord».Dû à l\u2019initiative d\u2019un institut d\u2019études franco-américaines, le colloque réunissait à la fois des Franco-américains, des Acadiens et des Québécois.Un intervenant franco-américain fit remarquer que, par l\u2019origine d\u2019une couche importante de sa population et par sa structure économique, la Nouvelle-Angleterre avait sur certains points plus d\u2019affinités avec le Québec et les Provinces maritimes cju\u2019avec le reste des États-Unis.De là l\u2019opportunité d\u2019intensifier les échanges pour, d\u2019abord favoriser une meilleure compréhension des intérêts mutuels et pour promouvoir l\u2019adoption de politiques d\u2019ordre économique ou culturel pouvant bénéficier aux uns et aux autres.Contrairement à ce que l\u2019on peut croire, les Franco- LES ETATS-UNIS: UN PARTENAIRE.513 américains, s\u2019ils se considèrent comme étant des Américains à 100% n\u2019ont pas renoncé à la spécificité qui est la leur.Nombreux sont les petits enfants de ceux qui ont émigré dans les années vingt qui conserve toujours leur langue maternelle.La direction Etats-Unis du Québec est bien consciente de la nécessité pour le Québec de maintenir des liens avec la francophonie américaine et particulièrement en Nouvelle-Angleterre.Le soutien apporté par le Québec à «L\u2019action pour les Franco-américains», organisme récemment créé, témoigne de la volonté de ne plus être indifférent à l\u2019égard de nos voisins immédiats.Indépendamment de l\u2019importance des actions entreprises par leurs institutions, on ne peut dire que les Québécois sont indifférents à l\u2019égard de la Nouvelle-Angleterre.En effet, ils ont été approximativement 1 132 000 en 1978 à traverser la frontière pour s\u2019y rendre pour plus d\u2019une journée (par affaire ou pour leur plaisir).Alors les gens de la Nouvelle-Angleterre venus au Québec s\u2019évaluaient autour de 766 0005.En ce qui regarde les exportations du Québec vers la Nouvelle-Angleterre, en 1980, elles s\u2019évaluaient à environ 1 milliard $ ce qui correspond à environ le tiers des achats que les six états consacrent au Canada6.Même s\u2019il ne s\u2019agit pas là de la région la plus dynamique des États-Unis, il n\u2019en demeure pas moins qu\u2019avec des efforts appropriés, le Québec pourrait y accroître sa part du marché tout en améliorant sa balance touristique.Un leadership québécois Il faudra donc poursuivre les efforts déjà entrepris en évitant de laisser dans ce domaine tout le leadership entre les mains de ceux qui sont censés défendre les intérêts du Québec à Ottawa.Bien sûr, ce n\u2019est pas le rapatriement de la constitution tel que décidé en novembre dernier qui accorde plus de latitude au Québec.La marge de manoeuvre demeure plus étroite que jamais d\u2019autant plus que nos «représentants» à Ottawa sont décidés à faire du Québec rien de plus qu\u2019une province comme les autres.Il faudra donc que le gouvernement du Québec redouble de vigilance, sinon ce sont d\u2019autres que nous qui tireront les 514 L'ACTION NATIONALE marrons du feu.Car, comme l\u2019a fait remarquer Monsieur Jacques-Yvan Morin au colloque du C.Q.R.I.en citant Emmanuel Berl: «Dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui la nation qui n\u2019a pas pour la défendre sur le plan externe un état est comme un agneau parmi les loups».En langage moins imagé on pourrait tout simplement dire dans le domaine des relations extérieures, comme dans d\u2019autres, on n\u2019est jamais mieux servi que par soi-même.Il est temps de comprendre ce principe en ce qui regarde nos relations avec les Etats-Unis.1.\tLe Devoir, 9 octobre 1981.2.\tLe complexe d\u2019Oedipe du Québec, l\u2019Actualité, décembre 1981.3.\tCoopération éducative, direction États-Unis, document non publié.4.\tDirection Amérique du Nord, Québec économique, vol.3, no.2, 1981.5.\tStatistique Canada, Voyages entre le Canada et les autres pays, catalogue 66-201.6.\tSource: Bureau de la statistique du Québec.«LA RÉPONSE DU QUÉBEC» Pour renseigner les citoyens sur les divers aspects du problème politique canadien, un volume de 428 pages a été publié.Les principaux sujets traités portent sur le mode d\u2019amendement à la constitution le caractère distinctif de la société québécoise, les pouvoirs économiques, les revendications économiques et fiscales, le rapatriement, la charte des droits, la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, etc.37 personnalités ont collaboré à cet ouvrage collectif.Notons entre autres Richard Arès, Marcel Côté, Jean Cournoyer, Paul Couture, Robert Décary, Guy Descary, Léon Dion, Éric Forest, Rosaire Morin, Marcel Piché, Jean-Louis Roy, Léonard Roy, Lucien Saulnier, etc.Vous auriez intérêt à vous procurer ce livre qui présente une vue d\u2019ensemble des débats constitutionnels.Vous pouvez même en faire don à l\u2019un de vos amis.$10.95 le volume ADRESSEZ VOTRE CHÈQUE ET COMMANDE À CONSEIL D\u2019EXPANSION ÉCONOMIQUE 1450, RUE SAUVÉ OUEST\tMONTRÉAL H4N 1C5 (514) 337-7244 Les avantages économiques de la récupération des pouvoirs dans les domaines de la monnaie par PIERRE-ANDRÉ JULIEN Directeur Laboratoire en économie et gestion des systèmes de petites dimensions «L\u2019ironie du sort a voulu que l\u2019attitude agnostique de Keynes, due à l\u2019importance qu\u2019il attachait au rôle des anticipations, ait été défigurée, dans les versions formalisées du modèle keynesien, et soit devenue la plus mécanique et la plus naïve de toutes les hypothèses sur les anticipations, à savoir: le futur sera identique au présent.Dans un monde habitué au progrès, cela représente une vision très pessimiste du futur.\u201d Robert Mundell, Croissance et inflation.Des relations entre développement, monnaie et balance des paiements, Paris, Dunod, 1977, p.1.La théorie monétaire est une des plus complexes ou du moins l\u2019une des plus difficiles à comprendre pour les non spécialistes.C\u2019est pourquoi, dans le débat à propos de la Souveraineté-Association du Québec avec le Canada, le problème monétaire est trop souvent soit escamotée, soit utilisée pour faire la chasse aux sorcières.Pourtant ce système monétaire joue non seulement un rôle de lubrifiant mais a une influence active pour ralentir ou stimuler l\u2019économie.Aussi une meilleure connaissance ou un meilleur contrôle de son 516 L\u2019ACTION NATIONALE action n\u2019est pas négligeable pour un gouvernement ou une société qui veulent intervenir dans leur destin.Une bonne connaissance de ce domaine est d\u2019autant plus essentielle que le régime prévu de Souveraineté-Association qui semble à première vue vouloir conserver le statu-quo.En effet les changements prévus par la récupération des pouvoirs avec l\u2019avénement de la souveraineté québécoise entendent maintenir d\u2019une part, une seule monnaie et une banque centrale, et d\u2019autre part la libre circulation des biens, des capitaux et des individus entre les partenaires de l\u2019union économique.Les travaux du comité d\u2019étude sur les coûts du fédéralisme ont montré les avantages du maintien, après la proclamation de l\u2019indépendance politique du Québec, de l'union monétaire entre les partenaires canadiens.Cette conservation ne veut pas dire la même structure de pouvoirs et les mêmes institutions.Les réaménagements porteront entre autres sur la création de banques de réserve régionales et surtout sur le droit de regard direct du gouvernement du Québec sur les politiques monétaires de l\u2019Union Québec-Canada.Ces accommodements nouveaux apporteront des avantages complémentaires certains qui devront compenser les inconvénients liés à la limite de souveraineté de cette union pour le Québec.Rappelons, pour comprendre notre propos, que la monnaie a trois rôles, le premier permettant l\u2019échange des biens et services par son intermédiaire, le second donnant une certaine valeur de référence à ceux-ci, le troisième autorisant une forme de thésaurisation ou d\u2019épargne.La monnaie sonnante et de papier est émise par l\u2019Hôtel des monnaies et est multipliée, selon un mécanisme relativement contrôlé, par le système des dépôts bancaires.À cette monnaie réelle ou scripturale s\u2019ajoutent les actifs liquides ou la quasi-monnaie, soit au total en mars 1979, plus de $105 milliards ou environ 40% du produit intérieur brut canadien.N\u2019étant pas convertible, la valeur de cette monnaie repose entièrement sur la confiance de ses utilisateurs. LES AVANTAGES ÉCONOMIQUES DE LA RÉCUPÉRATION.517 Les pouvoirs constitutionnels Les pouvoirs constitutionnels fédéraux sur la politique monétaire et sur la banque du Canada repose sur l\u2019article 91 de l\u2019A.A.N.B.de 1867 qui spécifie très clairement que le «système monétaire, l\u2019émission de papier monnaie, les reconnaissances de dette et billets à ordre, la monnaie légale»1 relèvent exclusivement de la compétence du gouvernement d\u2019Ottawa.Cette compétence porte aussi sur les opérations bancaires, l\u2019incorporation des banques générales et d\u2019épargne faisant affaire dans plus d\u2019une province, la fixation des taux d\u2019intérêts2.C\u2019est cette compétence exclusive qui a empêché le gouvernement créditiste de l\u2019Alberta en 1936-37 d\u2019intervenir dans le fonctionnement des banques et dans le crédit bancaire en émettant des «dividendes nationales».Les entreprises financières contrôlées par le fédéral demeurent cependant soumises aux lois provinciales d\u2019application générale.Enfin la compétence est partagée ou mal précisée à l\u2019égard des compagnies de fiducie et de prêts hypothécaires, les entreprises de valeurs mobilières et immobilières et les compagnies d\u2019assurances.La banque du Canada En vertu de ces pouvoirs exclusifs, le ministre des Finances du Canada siège de facto (mais sans droit de vote) à la Banque du Canada.Celle-ci comprend aussi douze administrateurs nommés pour un mandat de trois ans renouvelable, un gouverneur et un sous-gouverneur, recommandés par les administrateurs, pour un mandat de sept ans renouvelable.Ses responsabilités sont en résumé les suivantes: 1)\tElle régit l\u2019émission de monnaie par l\u2019Hôtel des monnaies.2)\tElle établit la quantité de monnaie que les banques à charte sont obligées de mettre en réserve3.3)\tElle agit comme banquier (par exemple en gérant la dette publique) et agent fiscal du gouvernement du Canada.4)\tElle gère le fonds de devises étrangères et la masse d\u2019or canadienne.5)\tElle supervise les opérations des douze banques à charte en vérifiant leurs transactions, en précisant la politique de 518 L\u2019ACTION NATIONALE réescompte, et en émettant des directives ou des conseils («persuasion morale»).6) Enfin, elle contrôle l\u2019offre de monnaie intérieure par ses «politiques de marché libre»4, c\u2019est-à-dire en achetant ou en vendant au besoin des titres du gouvernement canadien sur le marché des obligations.La Banque du Canada a trois objectifs stratégiques.Premièrement, elle doit assurer une saine structure des institutions privées monétaires en favorisant une certaine concurrence tout en minimisant les possibilités de faillite5.Deuxièmement, elle doit soutenir l\u2019activité économique du pays en améliorant l\u2019emploi tout en limitant les poussées inflationnistes; cet objectif est réalisé par le contrôle de l\u2019offre de monnaie à l\u2019aide des moyens énoncés déjà plus haut: d\u2019abord la politique de marché libre6, ensuite l\u2019émission de monnaie, le contrôle de la réserve secondaire des banques à charte, le taux de réescompte, les avis aux banques à l\u2019égard de leur politique de crédit, etc.Troisièmement, elle doit défendre la valeur de la monnaie canadienne face aux monnaies étrangères et ainsi intervenir dans les mécanismes affectant la balance des paiements.C\u2019est le troisième objectif qui, d\u2019après certains auteurs' limite le plus la marge de manoeuvre de la politique monétaire canadienne.À titre d\u2019exemple, arrêtons-nous à l\u2019instrument du taux de réescompte qui affecte (le plus souvent indirectement par son impact psychologique) tous les autres taux d\u2019intérêts.Cet instrument ne peut jouer comme la Banque le voudrait à cause de la dépendance économique du Canada vis-à-vis les États-Unis.En effet il doit s\u2019adapter aux taux américains de façon à ce que en moyenne les taux d\u2019intérêts canadiens soient supérieurs à ceux-ci, afin d\u2019attirer des capitaux de placement étrangers8, et ce pour compenser les déficits croissants du compte canadien des échanges de biens et de services avec les États-Unis.9 Certaines faiblesses de la politique monétaire La politique monétaire a aussi peu d\u2019effets sur les firmes multinationales qui peuvent financer directement leurs inves- LES AVANTAGES ÉCONOMIQUES DE LA RÉCUPÉRATION.519 tissements à même leurs propres fonds (à long terme, plus de 60% des investissements des entreprises au Canada proviennent de l\u2019auto-fmancement), ou recourir au marché international par l\u2019intermédiaire de leur siège social ou de leurs succursales à l\u2019étranger.C\u2019est pourquoi des économistes affirment que cette politique est discriminatoire envers les petites et moyennes entreprises dont la source principale de fonds demeure les banques ou envers la construction résidentielle très redevable de la disponibilité en prêts hypothécaires.Ajoutons le caractère asymétrique de l\u2019impact conjoncturel de la politique monétaire.Ainsi une politique de monnaie rare semble plus efficace que le contraire.Une vente de $10 millions d\u2019obligations par la Banque du Canada sur le marché libre tend à diminuer la masse des dépôts bancaires d\u2019environ $5 millions, ce qui influence directement le comportement des banques à charte vis-à-vis les emprunteurs.Par contre la Banque ne peut obliger les hommes d\u2019affaires à investir ou les citoyens à emprunter même si elle rend la monnaie «facile» en période de «pessimisme» économique.D\u2019autant plus que la Banque n\u2019a aucun moyen d\u2019influencer la vélocité monétaire.Cette faiblesse de la politique monétaire a amené les autorités monétaires à l\u2019utiliser dans la dernière décennie surtout pour combattre l\u2019inflation ou répondre aux problèmes de la balance paiements.Or, à plusieurs reprises, ces objectifs ont joué contre le Québec.Ainsi Pierre Harvey10, suivi d\u2019Yves Rabeau11, a montré que la préférence canadienne pour la lutte à l\u2019inflation a fait que le Québec (et les Provinces maritimes) a dû payer un coût très élevé en chômage.De même les périodes de surévaluation du dollar canadien (de 1955 à 1961 ou de 1972 à 1975) ont été particulièrement nocives pour des industries comme les pâtes et papier12.Elles ont été causées en partie par une politique trop libérale du gouvernement canadien vis-à-vis les capitaux directs étrangers et par son invitation, à cause des taux d\u2019intérêts élevés, aux agents privés et publics canadiens à aller emprunter sur les marchés extérieurs (Etats-Unis, Allemagne, Japon, etc.). 520 L\u2019ACTION NATIONALE Ces remarques sur les faiblesses de la politique monétaire ne sont pas destinées à insinuer que cette politique est totalement inopérante; mais elles ont pour but de montrer que son efficacité est beaucoup moins grande que certains peuvent le penser et que par conséquent la perte de son plein contrôle a moins d\u2019effets sur la souveraineté qu\u2019en aurait la réduction des pouvoirs en matière fiscale ou budgétaire.L\u2019union monétaire Le régime de souveraineté-association n\u2019affectera évidemment pas le rôle de la monnaie et ne diminuera pas en soi les contraintes de la politique monétaire à l\u2019intérieur du système nord-américain.Tout au moins il essaiera de faire en sorte que cette politique tienne plus compte des besoins de l\u2019économie du Québec.Les changements les plus importants surviendront au niveau des organismes monétaires avec la création de Banques de réserve régionales au Québec et au Canada, liées à un organisme central de coordination.Ainsi l\u2019Hôtel de la monnaie pour l\u2019émission de la liquidité monétaire, le système de compensation Québec-Canada pour permettre les règlements entre le système financier du Québec et celui du Canada, le contrôle du fonds des devises étrangères possédé conjointement, et enfin un comité «d\u2019opérations de marché libre» pour réglementer les achats et ventes de titres par les Banques de réserve, relèveront de l\u2019organisme central de coordination.D\u2019une part des représentants des Banques régionales, siégeront et ainsi participeront à l\u2019élaboration de la politique monétaire et de crédit de la Banque centrale, soit la politique monétaire intérieure générale et celle du taux de change.Une alternance Québec-Union canadienne pourra être instaurée pour la nomination du gouverneur de la Banque centrale.D\u2019autre part cette dernière aura un rôle d\u2019arbitrage entre les intérêts canadiens et québécois lorsque ceux-ci différeront.Ainsi les Banques de réserve régionales auront pour rôle: 1° d\u2019être les agents financiers et fiscaux de leur gouvernement respectif13; LES AVANTAGES ÉCONOMIQUES DE LA RÉCUPÉRATION.521 2° de recevoir et d\u2019administrer les réserves-encaisse et de surveiller l\u2019application des dispositions légales des banques14, caisses populaires, ou autres organismes financiers accrédités.3° de gérer le système de compensation à l\u2019intérieur du territoire; 4° d\u2019effectuer les opérations de marché libre sous la juridiction du «Comité central d\u2019opérations de marché libre».5° d\u2019établir certaines politiques particulières de crédit à l\u2019intérieur d\u2019une marge fixée par l\u2019organisme de coordination.Cette marge ne peut être cependant que faible à cause de la fluidité du marché financier qui continuera à prévaloir aussi bien dans l\u2019Union Québec-Canada que dans le régime actuel.Aux États-Unis, le système des «Federal Reserve Banks» permet à une Banque de réserve d\u2019une région d\u2019avoir, par exemple, un taux de réescompte légèrement différent d\u2019une autre Banque, mais pour un temps limité; cependant cette différence est possible à cause d\u2019une structure bancaire très peu centralisée15 et à cause de l\u2019énorme étendue de l\u2019économie, ces deux facteurs faisant en sorte que le marché financier est moins fluide qu\u2019au Canada.Les avantages de la récupération des pouvoirs monétaires pour le Québec L\u2019union monétaire, contrairement au système actuel, va donner au Québec un droit de regard institutionalisé sur la politique monétaire générale et va apporter quatre groupes d\u2019avantages plus spécifiques: des revenus supplémentaires, une amélioration du marché financier, une certaine possibilité d\u2019action sur la conjoncture, un pouvoir d\u2019intervention sur la propriété des institutions financières.Le nouveau système permettra 1) au président et à quelques directeurs de la Banque de réserve régionale16 de siéger à la Banque centrale avec le pouvoir de faire valoir les intérêts du Québec à côté des intérêts du Canada et ainsi 2) de participer à l\u2019élaboration de la politique monétaire des deux partenaires en coordination avec les politiques fiscales et 522 L'ACTION NATIONALE budgétaires contrôlées par le Québec.C\u2019est probablement l\u2019avantage le plus important, avantage qui peut cependant difficilement se quantifier.Cette participation permettra de mieux tenir compte des différents cycles économiques entre le Québec et le Canada, et ainsi de mettre un terme à la trop grande influence de la conjoncture ontarienne sur la politique monétaire1'.Pierre Fortin a calculé qu\u2019une prise en compte directe de la conjoncture québécoise dans les politiques centrales se traduirait par la diminution du taux de chômage au Québec; et une baisse de seulement Yz unité du taux de chômage augmenterait ainsi le P.I.B.du Québec d\u2019environ $750 millions en dollars et avec les chiffres de 197918.Le gouvernement du Québec perçoit actuellement environ 16% du P.I.B.; de l\u2019augmentation de $750 millions, il retirerait ainsi $118 millions en revenus fiscaux supplémentaires; en récupérant tous les pouvoirs fiscaux, cette somme passerait à $214 millions19.L\u2019union monétaire permettra aussi de participer aux délibérations des organismes internationaux comme le F.M.I.et la B.I.R.D.à l\u2019intérieur ou même à l\u2019extérieur de la Banque centrale20, et ainsi d\u2019avoir son mot à dire dans les transactions internationales qui affectent l\u2019économie du Québec ou celle de ses partenaires économiques21.Des avantages financiers De plus de nouveaux revenus proviendront du partage du «droit de seigneuriage» et de la prise en main de la gestion de la dette publique québécoise par la Banque de réserve Dans le premier cas, la Banque du Canada, en gérant les fonds du gouvernement fédéral, en achetant et vendant des obligations sur le marché libre ou en encaissant leurs intérêts, en utilisant les réserves obligatoires des banques à charte, en prêtant aux courtiers boursiers accrédités ou parfois aux banques à charte, en effectuant différentes transactions sur le marché des devises, a apporté au compte du receveur général du Canada en 1977, la somme de $786 millions, soit la différence entre des revenus de $844 millions et des dépenses LES AVANTAGES ÉCONOMIQUES DE LA RÉCUPÉRATION.523 de $58 millions.En retenant le taux de 25%, soit la part des impôts fédéraux provenant du Québec, cela voudra dire environ $196,5 millions de revenus supplémentaires pour le Québec en dollars de 1979.Cette somme n\u2019est pas énorme dans un budget de plus de $11 milliards, mais elle représente plus que les dépenses actuelles réunies des ministères des Affaires culturelles, des Affaires intergouvemementales, des Communications et des Consommateurs et institutions financières.Un autre bénéfice financier pour le gouvernement québécois viendra de la gestion de la dette publique et des revenus fiscaux.La Banque du Canada y consacre actuellement une partie de ses dépenses de $58 millions.Une part de ce montant sera disponible, pour le Québec, part cependant moins élevée que le 25% des recettes fiscales fédérales au Québec, puisque d\u2019un côté l\u2019organisme central continuera d\u2019exister avec certaines responsabilités et que de l\u2019autre côté une partie de la dette fédérale reviendra au Québec lors du partage des avoirs après l\u2019indépendance et demandera une administration complémentaire; ce gain peut être évalué entre $5 et $10 millions.Un allégement sur le marché financier Enfin cette récupération des pouvoirs permettra un allégement sur le marché financier pour le gouvernement du Québec.Le gouvernement du Québec paie habituellement entre 0,6 et 1,6 point de plus en intérêt pour ses obligations que le gouvernement fédéral pour les siennes (graphique 1). 524 L'ACTION NATIONALE GRAPHIQUE I ÉCART ENTRE LES TAUX DE RENDEMENT DES OBLIGATIONS FÉDÉRALES, ONTARIENNES ET QUÉBÉCOISES, 1970-1978.Québec-Canada Québec-Ontario Source: Discours sur le budget, 1979-1980, ministère des Finances du Québec, 1979, Annexe II, p.11.Une partie de cette différence s\u2019explique par les facteurs suivants: 1)\tD\u2019abord la Banque du Canada garantit des titres du gouvernement fédéral alors qu\u2019elle ne le fait pas pour les obligations provinciales.Cette garantie est d\u2019autant plus importante qu\u2019elle provient du seul organisme au Canada qui peut au besoin créer de la monnaie.2)\tEnsuite la Banque du Canada achète pour elle-même des titres nouveaux du gouvernement fédéral pour ses opérations de marché libre22.3)\tDe plus, d\u2019une part, elle utilise les réserves primaires des banques à charte qu\u2019elle détient pour soumissionner sur le marché des obligations fédérales et, d\u2019autre part, elle invite ces mêmes banques à faire en bonne partie de même pour leur réserve secondaire.C\u2019est ainsi que les banques à charte seules financent environ 50% des obligations du gouvernement fédéral, soit, en 1976 un montant de $11,8 milliards.À titre de comparaison, les banques à charte n\u2019ont acheté cette année-là que 1,7% des obligations des gouvernements provinciaux.4)\tLa Banque fait toujours une offre globale à rendement maximal pour l\u2019ensemble des obligations à court terme (les bons du trésor) offertes hebdomadairement; ce rendement LES AVANTAGES ÉCONOMIQUES DE LA RÉCUPÉRATION.525 constitue le taux que les courtiers ne peuvent dépasser s\u2019ils désirent effectivement acheter des titres; il a donc un effet direct dans l\u2019évolution des taux d\u2019intérêts du gouvernement fédéral en empêchant le marché privé de soumissionner à taux de rendement plus élevé.5) Enfin pour les obligations de plus long terme, la Banque tend à prédisposer le marché à l\u2019acceptation de ces titres en particulier en libérant le marché monétaire23.Ces mesures vaudront pour les titres du gouvernement du Québec puisque la Banque régionale remplira le même rôle échu actuellement à la Banque centrale pour les besoins du gouvernement fédéral.Mais quel sera l\u2019effet d\u2019une telle intervention de la Banque de réserve du Québec sur les titres vendus par le gouvernement du Québec?Prenons comme hypothèse que la différence entre les taux de rendement des obligations de l\u2019Ontario et le taux des obligations du Québec repose sur des raisons purement économiques et que la nouvelle intervention de la Banque de réserve du Québec affectera uniquement l\u2019écart dû à la position privilégiée du gouvernement fédéral sur le marché monétaire.Il est à supposer que cette intervention fera probablement disparaître la différence entre l\u2019écart des obligations de l\u2019Ontario et du Québec et l\u2019écart des obligations fédérales et du Québec.Ce gain d\u2019environ % de point diminuera le coût du service de la dette directe d\u2019environ $37 millions ou environ 6% du coût des intérêts annuels24.Cette action pourra avoir aussi un effet sur la dette garantie, surtout si certains organismes québécois comme l\u2019Hydro-Québec sont agréés par la Banque de réserve comme les obligations de la Banque fédérale de développement étaient agréées par la Banque du Canada avant 1975.Rappelons encore ici que légalement il aurait été possible que la Banque du Canada achète des titres des provinces, bien qu\u2019elle ne l\u2019ait jamais fait, du moins depuis bien longtemps; mais la loi de 1967 a fait disparaître ce droit provenant, semble-t-il, de l\u2019esprit des membres de la Commission McDonald beaucoup plus décentralisateur que le gouvernement fédéral25. 526 L'ACTION NATIONALE Conclusion Bref, la Souveraineté-association du Québec n\u2019est pas uniquement un problème politique.Elle pourra se manifester par des gains économiques appréciables pour le Québec.Et même dans le cas où «l\u2019association» primera sur la «souveraineté», tel dans l\u2019union monétaire, les gains évalués en dollars de 1981 pourront facilement dépasser $500 millions.C\u2019est une perte de plus qu\u2019on peut faire porter au système fédératif actuel.1.\tSelon la version officielle: «The currency coinage, The issue of paper money, bills of exchange and promissory notes, legal tenders».2.\tDans ce cas, la constitution n\u2019est pas claire, du moins quant aux contrats avec des particuliers et aux obligations municipales ou provinciales.3.\tIl s\u2019agit ici de la réserve secondaire puisque le pourcentage de réserve de trésorerie ou primaire est établit par la loi.4.\tEn anglais, «open market policy».5.\tPlusieurs économistes doutent du caractère concurrentiel du système bancaire canadien, surtout alors qu\u2019environ 90% des dépôts sont contrôlés par les cinq plus grandes banques, soit la Royale, l\u2019Impériale de Commerce, la Montréal, la Nouvelle-Ecosse et la Toronto-Dominion.6.\tEn 1977, les opérations nettes de la Banque du Canada avec les négociants en valeurs mobilières et les banques à charte ont fait augmenter la valeur en bons du Trésor de $1 598.millions et diminuer celle des obligations de $91,5 millions.Source: Banque du Canada, Rapport annuel, annexe, Tableau III.7.\tW.PORTER, «Rapport de la commission royale d\u2019enquête sur la monnaie et les institutions financières», Ottawa, 1962 et H.JOHNSON, «Les retards dans les effets de la politique monétaire du Canada», L\u2019actualité économique, juillet-septembre 1963.8.\tEn particulier par la vente d\u2019obligations provinciales, municipales (Montréal), de l\u2019Hydro-Québec, etc.9.\tCette liaison a même été relativement institutionnalisée entre 1971 et 1973 à la suite de la condition imposée au Canada par le président Nixon de conserver une réserve minimale de dollars américains pour ne pas être assujettie à la taxe spéciale sur les investissements américains à l\u2019étranger.Ajoutons que certains économistes commencent à mettre en doute l\u2019à-propos de cette politique, suite aux hausses de plus en plus élevées du taux préférentiel des grandes banques américaines.Voir à ce propos, M.NADEAU, «Crosbie écarte une hausse immédiate des taux d\u2019intérêts», Le Devoir, 22 août 1979, p.11.10.\tP.HARVEY «Comparaison interrégionale des taux de chômage: le Québec et le reste du Canada», L\u2019actualité économique, 47,3 (1971), p.452-475. LES AVANTAGES ÉCONOMIQUES DE LA RÉCUPÉRATION.527 11.\tY.RABEAU (1972).- La structure des dépenses en biens et services du gouvernement fédéral au Québec et la croissance économique», L\u2019actualité économique 48,1 (1972), p.62-84.12.\tAu contraire, la période actuelle, avec un dollar déprécié, est avantageuse pour le Québec.Mais il faut dire que cette dépréciation n\u2019a pas été décidée par le gouvernement canadien mais est plutôt le résultat du rajustement du dollar canadien qui a suivi la montée rapide des coûts et des prix au Canada (rajustement initié et accéléré par la dépréciation du dollar américain sur le marché international et du ralentissement des emprunts canadiens aux États-Unis).(COURCHESNE, 1975).Notons à ce propos que les adversaires de la Souveraineté-association (ne retenant d\u2019ailleurs que l\u2019aspect souveraineté), qui annoncent les pires catastrophes suite à une hypothétique dévaluation du dollar québécois sont les mêmes qui vantent les mérites d\u2019une dévaluation du dollar canadien.13.\tAinsi chaque État sera libre de faire gérer sa dette publique par sa Banque de réserve.Mais d\u2019une façon ou d\u2019une autre cette Banque détiendra des titres de son gouvernement ou d\u2019entreprises publiques accréditées et ces titres constitueront la contrepartie des billets émis, titres nouveaux ou anciens provenant du partage de la dette canadienne.14.\tAux États-Unis, dans la plupart des États, le système de succursales n\u2019est pas permis; ce qui fait que chaque comptoir bancaire est relativement indépendant des autres tout en étant liés juridiquement jusqu\u2019aux Banques de réserve.15.\tPar exemple la nouvelle politique du gouvernement québécois du crédit fiscal pour l\u2019achat de nouvelles actions de firmes québécoises, même si elle avait été regardée avec un peu de scepticisme par les financiers, a commencé à avoir de l\u2019effet sur le marché boursier, et contribue à différencier quelque peu le marché financier québécois des autres marchés canadiens.16.\tCe problème de la représentation du Québec relève du niveau politique.Mais l\u2019objectif est clair, soit le pouvoir du Québec de faire valoir directement son point de vue sur la politique monétaire de l\u2019Union Québec-Canada.17.\tP.HARVEY, opus cité; et Y.RABEAU, opus cité.18.\tP.FORTIN «La dimension économique de la crise politique canadienne», Analyse de politique, IV, 3 (1978), p.309-324.19.\tEn 1979, tous les paliers de gouvernement percevaient au Québec 40,0% du P.I.B., soit 39,2% pour le gouvernement du Québec, 32,3% pour celui fédéral et 28,5% pour le palier local.Source: L\u2019économie document de référence, le sommet économique du Québec, mai 1977, p.120.20.\tAinsi, les membres de l\u2019Union monétaire de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest sont membres du F.M.I.21.\tSoit le Canada et ses partenaires commerciaux internationaux.22.\tDe 1972 à 1976, la Banque du Canada a acheté entre 10% et 14% des obligations offertes par le gouvernement fédéral.23.\tLa vente d\u2019obligations doit être préparée de longue date.Par exemple la Banque peut diminuer les taux de réescompte et donc affecter d\u2019avance les taux d\u2019intérêts du marché obligatoire.24.\tLe service de la dette a coûté $610 millions en 1977-78.Source: «Discours sur le budget, 1979-80», ministère des Finances du Québec.25.\tVoir aussi les recommandations en ce sens du C.E.C.dans Efficacité et réglementations, Ottawa, 1976. Hydro-Québec assure l'avenir énergétique des Québécois À contre-courant Les ambiguïtés d\u2019un triangle par ROGER DUHAMEL En présentant ses lettres de créance, le nouvel ambassadeur de France au Canada, Son Excellence Jean Béliard, s\u2019est loué de l\u2019étroitesse des liens tissés au cours des années entre nos deux pays et il a bien pris soin de souligner que «cette solidarité.s\u2019enrichit de l\u2019amitié fraternelle qui nous lie tout particulièrement à ces six millions de Canadiens de souche française répartis sur l\u2019immensité de votre territoire et principalement au Québec.» C\u2019était faire ressortir, avec une discrétion toute diplomatique, un fait historique qu\u2019aucun entêtement ne parviendra jamais à gommer.Ces liens étroits auraient donc même résisté aux tensions subies au moment de l\u2019activité séditieuse menée par le Front de Libération du Québec.Il paraît en effet qu'à cette époque M.John Starnes, ancien chef du service de sécurité (renseignements et contre-espionnage) à la Gendarmerie royale, a consulté le premier ministre Trudeau, lui faisant part de son intention de réserver une «surveillance spéciale» à l\u2019ambassade de France à Ottawa.C\u2019était là l\u2019initiative d\u2019un fonctionnaire loyal et zélé.L\u2019opération était délicate en diable \u2014 espionner ses amis, c\u2019est vraiment très indélicat! \u2014 et M.Trudeau ne s\u2019y est pas trompé.Aussi bien a-t-il courageusement prévenu son interlocuteur dans les termes suivants: «Si vous vous faites prendre, je devrai démentir avoir été informé.» Surtout, n\u2019avouez jamais, recommande-t-on aux maris trop galants. 530 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019affaire a brièvement rebondi l\u2019été dernier, au lendemain de la publication d\u2019un volumineux rapport d\u2019enquête sur les traficotages de la GRC.Au cours d\u2019une conférence de presse, le premier ministre a refusé de corroborer ou de nier ce propos vieux de plus de dix ans, en invoquant que le secret doit être maintenu dans les affaires concernant la sécurité nationale.Ce qui est hors de tout doute, c\u2019est que les autorités canadiennes ont pendant très longtemps soupçonné des agents français de procurer une assistance technique et financière aux organisations séparatistes.Nous en sommes encore à attendre le moindre élément de preuve.La victime par excellence de ce harcèlement fut sans contredit M.Philippe Rossillon, que M.Trudeau a appelé, avec beaucoup d\u2019élasticité verbale, un «agent plus ou moins secret» et qu\u2019il a accusé de fonctionner d\u2019une manière «clandestine et subreptice.» On reprochait à M.Rossillon (qui est peut-être encore chargé de mission au ministère des Relations extérieures) de participer à des actions subversives visant à conduire le Québec à l\u2019indépendance.Le principal intéressé a dans le temps ramené cette malveillance au niveau de «bobards erronés colportés par une fraction orangiste et francophobe de l\u2019opinion canadienne-anglaise.» Je suis moins assuré que lui qu\u2019il n\u2019y ait pas eu quelques voix canadiennes-françaises empressées à se joindre à ce choeur piaillant.Somme toute, ce ne fut là qu\u2019un nuage sans conséquence au firmament des relations franco-canadiennes.Une dépêche d\u2019adieu de Gérard Pelletier Au terme d\u2019une mission de près de six ans à Paris, Son Excellence Gérard Pelletier a transmis au ministère une dépêche d\u2019adieu où il s\u2019applique à dégager les lignes maîtresses de nos rapports au triple plan politique, économique et culturel.Il est tout à fait conforme aux usages qu\u2019il ait rédigé ce texte en forme de testament; il l\u2019est beaucoup moins qu\u2019il ait été divulgué dans la presse.Qui a pris l\u2019initiative de cette fuite?Mystère et boule de gomme.En tout cas, il nous étonnerait beaucoup que l\u2019auteur du mémoire ait collaboré à sa diffusion insolite. LES AMBIGUÏTÉS D\u2019UN TRIANGLE 531 Est-il opportun de mentionner que ce message témoigne d\u2019autant d\u2019intelligence dans sa conception que d\u2019élégance dans l\u2019écriture?M.Pelletier ne se désintéresse pas des questions d\u2019intendance et il dénonce d\u2019un trait rageur «les tracasseries bureaucratiques et l\u2019inefficacité administrative qui caractérisent notre ministère.» Ce qui s\u2019appelle une telle verdeur de langage! M.Mark MacGuigan, notre Vergennes circonstanciel, a aussitôt relevé la flèche du Parthe en déclarant que les opinions émises par notre ancien représentant à Paris lui étaient -personnelles.» La belle affaire! S\u2019attendait-il à ce que M.Pelletier exprimât les réactions d\u2019autrui?On aura deviné qu\u2019il y a plus important que ces ragots d\u2019office.Fédéraliste sincère et convaincu, le diplomate canadien favorise des relations cordiales et réciproquement avantageuses entre le Canada et la France; dans cette foulée, il redoute fort que le rayonnement accru du Québec ne jette une ombre quelconque sur ce mariage de raison.Francophone lucide et sensible, il sait aussi que le mouvement est sans doute irréversible et il s\u2019empresse de la minimiser en rabaissant la «renaissance québécoise» à un «niveau symbolique.» Il a dû être sur le point d\u2019écrire: «folklorique», et il n\u2019aura pas osé.Au fond, tout cela est assez bonne guerre et il n\u2019y a pas lieu de tenir rigueur au pouvoir central de vouloir vendre sa salade.Cependant, il ne faut pas courir la prétentaine et s\u2019éloigner abusivement de la cohérence.Voici la nature du paysage qu\u2019aperçoit M.Pelletier au bout de sa lorgnette: «Des éléments gaullistes peu importants ainsi qu\u2019un petit nombre de gauche professent une sympathie plus ou moins fervente pour les tendances sécessionnistes au Québec, alors que l\u2019immense majorité des hommes politiques de tous bords considèrent le souverainisme québécois comme une aventure sans intérêt pour la France» (ce sont évidemment mes italiques).Ah! voilà qui est frappé: arrière, horde de Sioux indépendantistes! Paraissez, Navarrais, Maures et Castillans à la rescousse d\u2019un Canada doublement océanique! Nul ne prétendra que tout soit faux dans cette analyse, qui laisse néanmoins surgir une contradiction.Si la position du 532 L\u2019ACTION NATIONALE Québec sur la place de Paris est aussi marginale qu\u2019on le prétend et surtout qu\u2019on le souhaite, pourquoi un vent de panique balaie-t-il Ottawa chaque fois qu\u2019on y soupçonne un flirt un peu poussé entre Pile Saint-Louis et le cap Diamant?Pourquoi lancer le projet loufoque d\u2019un Commonwealth de langue française dans le but d\u2019amoindrir l\u2019influence de l'Agence de coopération culturelle et technique et de porter un coup bas au Québec?Pourquoi imposer à tout homme politique français la corvée de se rendre préalablement à Ottawa, quand en fait il a rendez-vous avec son homologue québécois?Pourquoi avoir multiplié les obstacles à une entrevue entre messieurs Mitterand et Lévesque pendant le sommet économique de Montebello?Oui, pourquoi?M.Pelletier, tout entier à sa proie attachée, frôle la pétition de principe en prétendant que «la tiédeur des relations entre Ottawa et Paris n\u2019est pas le résultat des abus d\u2019intimité franco-québécois; elles en sont la cause.» La phrase, toute brillante qu\u2019elle soit, assimile allègrement l\u2019effet à la cause.Aussi bien est-il imprudent de confondre deux ordres de choses qui n\u2019ont pas entre elles commune mesure.Même à leur plus haute période, les rapports entre le Canada et la France, comme ceux établis entre tous autres pays, n ont pas à dépasser le niveau de la confiance mutuelle et de la correction diplomatique.Les liens séculaires, même si longtemps assoupis, entre Français et Franco-Québécois sont d\u2019une nature entièrement différente, où les élans du coeur complètent les impératifs de la raison.C\u2019est une dimension qui échappe à beaucoup de gens.Qu\u2019on le veuille ou non, «l\u2019intensification des échanges culturels» demeurera bel et bien -un monopole québécois.» Il ne s\u2019agit pas là d\u2019une exclusive chauvine, mais de l\u2019admission d\u2019un fait sociologique qu\u2019il est puéril (et un peu pervers) de chercher à rapetisser pour en retirer les revenants-bon politiques.Et la découverte du Canada Il va de soi que M.Pelletier se situe sur un terrain plus solide quand il déplore que les échanges commerciaux entre les deux pays n\u2019aient enregistré qu\u2019un «progrès modeste.» Toutefois, une fois de plus, la spécificité québécoise refait surface. LES AMBIGUÏTÉS D\u2019UN TRIANGLE 533 Lors de son passage au Canada, en septembre dernier, le ministre d\u2019État au Plan et à l\u2019Aménagement du territoire, M.Michel Rocard, le mal-aimé du gouvernement socialiste, notait que même au secteur économique, les relations franco-québécoises sont en quelque sorte privilégiées: si les exportations de la France vers le Canada s\u2019établissent annuellement à $400 millions environ, plus de la moitié de ces produits, soit 53 pour cent, sont destinés à la clientèle québécoise.Pratiquerait-on dans les autres provinces un boycott antifrançais?N est-il pas plus vraisemblable de penser qu\u2019intervient ici encore une affinité culturelle subtile qui favorise l\u2019article de Paris, la moutarde de Dijon et les tripes à la mode de Caen! En terminant son billet de confession \u2014 comme l\u2019on disait au temps lointain où l\u2019on ne se référait pas encore à feue l\u2019unanimité \u2014, l\u2019ambassadeur Pelletier, se souvenant qu\u2019il est d abord un écrivain de qualité, écrit ce paragraphe malicieux: «Concluons par un dyptique.La France ayant découvert le Canada en 1534, il serait grand temps que le Canada lui rende la pareille.Par ailleurs, après une seconde découverte du Québec au début des années 60, la France aurait avantage à redécouvrir au plus tôt le Canada dans sa totalité.» Le parallèle est séduisant, encore qu\u2019il blesse un peu la symétrie.S\u2019il est vrai que Jacques Cartier jouit d\u2019une priorité chronologique de quelque 75 ans sur le fondateur de Québec, il serait bon de rappeler que Champlain ne s\u2019est pas contenté d\u2019hiverner, il a su fonder un établissement durable.Au reste, Cartier lui-même s\u2019est rendu à Stadaconé et à Hochelaga, sans même songer, le malheureux, à reconnaître sur les rives de l\u2019Outaouais ce qui deviendrait beaucoup plus tard Ottawa! Il lui a suffi de pénétrer en Amérique en remontant la voie royale du Saint-Laurent, cette artère vivante au coeur du pays québécois.Son sillage traçait la signature de notre appartenance profonde. 534 ASSURANCE-VIE\tRENTES\tASSURANCE COLLECTIVE Il ENSE Il IR LA VUE /Avecou sans participation / Sécurité familiale / Éducative / Commerciale / Hypothécaire / Viagères / Epargne-retraite / Écono-rente / A versements invariables / Vie / Indemnité hebdomadaire / Assurance-maladie / Dentaire / Rente mensuelle d'invalidité PLANIFICATION SUCCESSORALE \u2014 CONVENTION ENTRE ASSOCIES UECDNÜMIE MUTUELLE\u2014VIE SIEGE SOCIAL\tAGENCES ET UNITES 385 esl rue Sherbrooke\tDrummondville Granby Jolielte Montreal Que H2X 3N9\tLaval Mont-Laurier Montreal Tel 842-8221\tOttawa Quebec Rive Sud Saguenay - Lac St-Jean S!-Hyacmthe.Sherbrooke Thetlord-Mmes Interrogation sur le Québec Une identité à définir: les documents officiels par ANDRÉ D\u2019ALLEMAGNE Rapports de commissions d\u2019enquête, lois et même oeuvres de ministres témoignent du souci constant qu\u2019ont eu les divers gou\\ ei nements québécois de définir leur société.L\u2019accession au pouvoir d un parti indépendantiste ne fera que pousser plus loin cette entreprise, pour en arriver d\u2019ailleurs à des résultats qui ne s\u2019écarteront guère de ceux du passé.La Commission Gendron (1972) Contrairement aux commissions antérieures dont nous avons examiné les rapports, la Commission Gendron (officiellement appelée Commission d\u2019enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec) ne cheiche pas à définir la société québécoise, du moins explicitement.Certains passages de son rapport, cependant, sont intéressants à cet égard par les conclusions qu\u2019on peut en tirer: «Pour certaines personnes et pour certains groupes, la langue, soit le français en l\u2019occurence, symbolise l\u2019aspiration des Canadiens français \u2014 conforme au mouvement contemporain d autodétermination politique à base nationale ou ethnoculturelle \u2014 à une plus grande reconnaissance du «fait» français dans la vie publique canadienne, cela dut-il comporter une action qui s\u2019exercerait en dehors du cadre constitutionnel canadien tel que nous le connaissons.»1 «Cependant, on doit noter que si le principe de l\u2019autodétermination nationale compte parmi les grandes règles du droit international contemporain \u2014 règles qui 536 L\u2019ACTION NATIONALE sont nées du libéralisme du XIXe siècle et qui ont trouvé une application particulière dans les mouvements de décolonisation et d\u2019indépendance d\u2019après-guerre \u2014 ni la théorie ni la pratique du droit international n\u2019établissent que ce principe doive être mis en oeuvre par la rupture d\u2019un État multinational plutôt que par le pluralisme politique, le fédéralisme et la décentralisation dans cet État.»2 On peut donc supposer que la commission reconnaît implicitement un caractère national à la collectivité cana-dienne-française puisqu\u2019elle évoque à son sujet le principe de l\u2019autodétermination nationale.On notera d'ailleurs que le Canada est présenté ici comme un «État multinational».Enfin, la première recommandation de la commission autorise le même jugement: «La Commission recommande au gouvernement québécois de proclamer immédiatement le français langue officielle du Québec et le français et l\u2019anglais langues nationales du Québec.Quoi que l\u2019on puisse penser par ailleurs de l\u2019étrangeté d\u2019une telle formule, on peut croire, en se fondant sur une logique élémentaire, que si la commission propose la reconnaissance de deux «langues nationales», c\u2019est qu\u2019il existe à ses yeux deux collectivités nationales.Mais cette considération n\u2019est qu\u2019implicite.La Commission Gendron ne se préoccupe pas définir la culture ni la nation, ni les liens qui existent entre les deux, ni même le rôle que joue la langue dans la vie et l\u2019épanouissement d\u2019une collectivité.À cet égard, son rapport marque un net recul.La «Loi 63» (1969) Officiellement intitulée Loi pour promouvoir la langue française au Québec, la «Loi 63» porte essentiellement sur les langues d\u2019enseignement et, de façon beaucoup plus imprécise, sur l\u2019utilisation des langues dans «les entreprises publiques et privées au Québec».Un seul fait retiendra notre attention ici: on ne trouve dans le texte de la loi aucune considération sur le caractère national, culturel ou même simplement linguistique de la collectivité québécoise.Le législateur ne semble pas juger UNE IDENTITÉ A DEFINIR.537 utile de situer la loi dans son contexte, d\u2019en exposer les buts ni de la justifier de quelque façon.La «Loi 22» (1974) Sobrement intitulée Loi sur la langue officielle, la «Loi 22», beaucoup plus élaborée que la -Loi 63», comporte un préambule assez court mais intéressant, dont nous relèverons le premier paragraphe: «Attendu que la langue française constitue un patrimoine national que l\u2019État a le devoir de préserver, et qu\u2019il incombe au gouvernement du Québec de tout mettre en oeuvre pour en assurer la prééminence et pour en favoriser l\u2019épanouissement et la qualité.»4 Notons simplement que le législateur, cette fois, prend le soin d\u2019indiquer que la langue fait partie du «patrimoine» d\u2019une nation qu\u2019il ne juge pas nécessaire de préciser.Mais on peut, bien entendu, supposer qu\u2019il s\u2019agit de la collectivité québécoise puisque c\u2019est au gouvernement du Québec qu\u2019incombe la tâche d\u2019assurer l\u2019épanouissement de ce patrimoine.La Charte de la langue française (1977) Sanctionnée le 26 août 1977, la Charte de la langue française, communément appelée «Loi 101», fait du français «la langue officielle du Québec».Dans son préambule, le texte précise la raison et les objectifs de la loi: «Langue distinctive d\u2019un peuple majoritairement francophone, la langue française permet au peuple québécois d\u2019exprimer son identité.5 «L\u2019Assemblée nationale reconnaît la volonté des Québécois d\u2019assurer la qualité et le rayonnement de la langue française.Elle est donc résolue à faire du français la langue de l\u2019État et de la Loi aussi bien que la langue normale et habituelle du travail, de l\u2019enseignement, des communications, du commerce et des affaires.«Ces principes s\u2019inscrivent dans le mouvement universel de revalorisation des cultures nationales qui confère à chaque peuple l\u2019obligation d\u2019apporter une contribution particulière à la communauté internationale.»6 538 L'ACTION NATIONALE Si les effets de la loi restent à évaluer, il en est un aspect sur lequel on s\u2019est peu penché: c\u2019est le côté psychologique \u2014 on serait même tenté de dire thérapeutique \u2014 de la mesure.La charte (oeuvre d\u2019un psychiatre) ne viserait-elle pas, en exploitant une aspiration profonce et généralisée des Québécois, à briser un sentiment d\u2019impuissance lui aussi solidement ancré et à démontrer à «la majorité» francophone qu\u2019elle peut imposer sa volonté par la simple utilisation du pouvoir politique, c\u2019est-à-dire de l\u2019État, qu\u2019elle détient?Ainsi elle contribuerait puissamment au renforcement du sens national: tout d\u2019abord par ses effets immédiats (refrancisation et donc affirmation des caractéristiques culturelles) et ensuite par ses retombées psychologiques (affirmation d\u2019un pouvoir collectif et politique).Les milieux anglophones l\u2019ont sans doute confusément senti lorsqu\u2019ils ont dénoncé la loi comme d\u2019inspiration «séparatiste».De même, une telle perspective permet de mieux comprendre l\u2019acharnement du pouvoir fédéral actuel à réduire largement la portée de la charte par son projet de réforme constitutionnelle.1.\tLa Commission ne semble pas avoir très bien saisi la démarche de «certaines personnes et.certains groupes» (vraisemblablement les indépendantistes): ceux-ci ne visaient nullement à «une plus grande reconnaissance du «fait» français dans la vie publique canadienne» mais bien plutôt à une affirmation de ce «fait» en dehors du contexte canadien, et pas autrement.2.\tRapport de la Commission d\u2019enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques au Québec, livre II.3.\tIbid.4.\tLoi sur la langue officielle.Texte intégral publié dans La Presse, Montréal, le 22 mai 1974.5.\tIl semble y avoir là une certaine contradiction.Si le peuple québécois n\u2019est que majoritairement (et non pas entièrement) francophone, on peut en déduire que les non-francophones en font partie.Cependant c\u2019est par le français que l\u2019ensemble de ce peuple (donc y compris les non-francophones) exprime son identité! 6.\tCharte de la langue française, reproduite dans le livre du ministre Camille Laurin: Le Français, langue du Québec. Au lever du Québec libre La «confédération», engloutie parmi les convulsions de reptiles par JEAN-BAPTISTE GIROUX «C\u2019est le 2 décembre à 15 heures qu\u2019aura lieu à Ottawa le vote histoi'ique sur le rapatriement de la constitution.» Voilà ce que la presse canadienne étalait en manchettes au dernier samedi de novembre, une vingtaine de jours après cette conjuration nocturne des Dix où le Québec a été expulsé de la «maison de fous».1 Ces trois dernières semaines avant la tombée de rideau sur l\u2019actuelle tragi-comédie constitutionnelle (conséquence de la duperie du 20 mai 1980), fécondes en leçons politiques, nous montrent à quelles profondeurs d\u2019incohérence et de déraison des politiciens peuvent s\u2019engouffrer subrepticement quand ils ont trompé la vigilance des citoyens.Larmes de crocodiles Au matin du coup de Jarnac, les Neuf, pleurant de joie, proclamaient qui la disparition de l\u2019acrimonie des dernières années, qui l\u2019inanité de la «Charte des droits» ou le règlement de nos problèmes économiques, qui les coudées franches prises à l\u2019égard de la démocratie; l\u2019un pressentant son congédiement du pouvoir, balançait allègrement son joujou d\u2019autonomisme provincial alors que l\u2019autre, campé dans sa puissance économique, vantait sa prétendue souplesse, tellement suspecte à 540 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019égard du Québec; le confus débordait d\u2019enthousiasme tandis que le faible se fiait au fort; les deux derniers se vantaient à bon compte du rôle de mouches du coche qu\u2019ils venaient de tenir.Que de compréhension du Québec! d\u2019un Québec «partenaire majeur» comme on le clamait dans la démogagie référendaire! L\u2019unitarisme renouvelé à l\u2019écart du Québec, c\u2019était pour ça que 74 mandataires du Québec, à Ottawa, avaient «mis leur tête sur le billot» en prônant le «fédéralisme renouvelé»; mais d\u2019avoir ainsi unilatéralement abandonné le Québec dans son lit à l\u2019heure de l\u2019irrévocable décision, ça humectait l\u2019oeil des neuf compères, fiers de leur blague à nos dépens et fiers d\u2019avoir ignoré le peuple, comme toujours.Ils imitaient celui qui, la veille, l\u2019oeil sec et le rictus au visage, avait entrebâillé l\u2019énigmatique «nouvelle alliance Québec-Canada avec éventuel référendum pan-canadien»2, rigolant alors de la souveraineté-association d\u2019une part et avilissant la démocratie canadienne sous des oripeaux victoriens.Et la rigolade de se poursuivre depuis lors! «Pas de tentative d\u2019isoler la population du Québec de ces discussions».prétend Davis à Queen\u2019s Park.Comment ça?pensez-vous.Le N.P.D.ontarien enjoint Davis de continuer son rôle de conciliation avec vigueur pour résoudre le problème du Québec afin de «plaire au coeur et à l\u2019esprit du peuple de la province de Québec».Avant le référendum de mai 1980, les messages d\u2019amour fusaient dans le ciel du Québec.Comment le peuple québécois sera-t-il courtisé désormais?En trois semaines on a pu se l\u2019imaginer: de façon reptilienne.Dans le paradis confédératif un serpent vient tenter ultimement la nation québécoise: notre négociation est conclue en une nuit sans vous, mais avec vous nous pourrions indéfiniment palabrer «sur les mots et non sur le principe».De quoi s\u2019agissait-il?De pas moins que l\u2019acception de la solution Durham par le défoncement de la Charte du français. LA .CONFÉDÉRATION», ENGLOUTIE PARMI 541 D\u2019autres se mirent à ramper dans de semblables mares.Parce qu\u2019il subsiste des écrasés après deux siècles et demi d\u2019asservissement, les tenants de l\u2019à-plat-ventrisme libéral s efforçaient par ailleurs de maintenir leurs meilleurs penseurs dans les bas-fonds de la compromission.Des inconscients se sont mis à imaginer, sans l\u2019ombre d\u2019une preuve, que ç\u2019aurait bien pu être la délégation québécoise qui aurait manoeuvré pour que le Québec soit expulsé par le Canada anglais.Entre copains, les libéraux de la scène fédérale et de la scène québécoise auraient pu pactiser pour le plus grand bien du Québec, expliquait-on.À qui pouvait-on faire avaler pareilles couleuvres?Pourtant leur reptation sordide s\u2019est profilée jusque dans des coins inattendus.Car même des journalistes chevronnés s\u2019y sont laissé prendre: ils ont colporté quelque temps que le Québec ne s\u2019était pas enfoncé suffisamment dans le cloaque de ruineuses concessions aux centralisateurs.Et, du même souffle, sur le tard, sans détecter la supercherie, ils vitupéraient notre délégation d\u2019avoir supposément cédé le «droit de veto» (sur la formule d amendement) dans l\u2019accord interprovincial du 16 avril 1981.Or, les Dix venaient précisément de torpiller cet accord.Les spécialistes du lâchage n\u2019en sont pas à une astucieuse contradiction près, difficile à percer même par nos agents d\u2019information.Merci à Lise Bissonnette3 d\u2019avoir dénoncé l\u2019imposture et sauvé l'honneur professionnel des médias.«Et le cynisme a pour corollaire obligé la manipulation, prioritairement des médias.Pourquoi, par exemple, la presse assemblée a-t-elle généralement gobé, pour quelques heures, le spectaculaire piège du jour tr°is, «1 alliance Québec-Canada» autour d\u2019un référendum, annoncé d\u2019un oeil farceur par Pierre Elliott Trudeau?» Et Lise Bisonnette d\u2019expliquer comment les représentants étaient mûrs pour avaler des couleuvres afin de «lâcher des gainsburgers aux affamés de nouvelles».Et lorsque la délégation québécoise, en réaction normale, 542 L\u2019ACTION NATIONALE vantait alors les vertus d\u2019un référendum comme «façon respectable et extraordinaire de sortir de l\u2019imbroglio», l\u2019illusion devint totale, faisait remarquer la journaliste.Pourtant des collègues de Lise Bissonnette feindraient encore de croire à la sincérité de centralisateurs jurant de leur préférence à «conclure une entente à l\u2019amiable avec le Québec»! Comme quoi il n\u2019est pas donné à tous nos agents d\u2019information de dénoncer les supercheries.Il y a les manipulés contents ou inconscients, ou collaborateurs.Heureusement, il y a les autres.Venin des reptiles Empoisonner le peuple, ce n\u2019est pas nouveau chez eux: les politiciens d\u2019Ottawa s\u2019y connaissent en isolation du Québec comme en isolation des demeures de citoyens bafoués.Il y a la M.I.U.F.Combien de résidents du Québec ou d\u2019ailleurs vivent dans des logements rendus criminellement empoisonnés par les émanations de la Mousse Isolante d\u2019Urée Formaldéhide! Exploitation éhontée, permise consciemment aux monopoleurs par des gouvernants irresponsables! Et les Gaz toxiques ne seront pas enchâssés avec la mini-charte des droits individuels.Et il y a d\u2019autres poisons: le venin des scorpions politiques élevés dans le bassin du Centre de l\u2019unité canadienne.Nos gens pourraient facilement acquérir une meilleure conscience politique en se livrant à un exercice de détection comme ci-après.Il s\u2019agirait de relever les insinuations perfides à l\u2019endroit du Québec qui ont truffé le discours politique pancanadien et même québécois en novembre 1981 et autres aberrations.Sans s\u2019arrêter à identifier les lancettes toxiques, voici au hasard, quelques exemples de sophismes venimeux ou de demi-vérités, de stupidités, d\u2019inepties qu\u2019on nous a inoculés.\u2014\tLe Québec isolé à cause du P.Q.\u2014\tL\u2019accord nocturne: déblocage important et significatif.\u2014\tCharte des droits aux dérogations si commodes (aux cinq LA «CONFÉDÉRATION-, ENGLOUTIE PARMI.543 ans) qu\u2019on y déroge déjà en guère plus de cinq jours (clauses non-obstant).\u2014\tLa «clause Canada» au lieu de la «clause Québec», une anodine petite substitution de mot et «y a rien là!».\u2014\tUne fois que ce qui est écrit n\u2019offre aucune garantie, des garanties additionnelles, en veux-tu, en voilà, à pleins discours creux.\u2014\tL\u2019entente Québec-Canada de quelques heures: une exceptionnelle percée (d\u2019un instant) mais qui cède si heureusement à l\u2019harmonie (?) canadienne.\u2014\tLes juges boucheront les trous constitutionnels.\u2014\tLes Francophones hors du Québec seront mieux traités que ces pauvres malheureuses populations du ¦ West-Island ».Mais pour l\u2019instant faudrait pas enfoncer trop brusquement la Charte du français.Hypocrisie.\u2014\tL\u2019économie du Québec pourra prospérer si la mobilité de la main-d\u2019oeuvre est liée aux courbes indiciaires de Statistique-Canada.\u2014\tOttawa a pris la formule de Huit (dont Québec).Vous connaissez la «légère» restriction mentale: sans compensation fiscale.Pour éprouver notre courage?\u2014\tDeux tu l\u2019auras: rien n\u2019empêchera le Québec de demander une compensation fiscale! Ottawa pèserait le pour et le contre.\u2014\tLe temps pressait au matin du 5 novembre: une fois les dix signatures apposées, hors celle de monsieur René Lévesque, on a tout le temps de recevoir trop tard les doléances du Québec.\u2014\tLe Québec est représenté par monsieur Trudeau; quant à monsieur Lévesque, il est une aberration passagère.Démocratie nouvelle! \u2014\tLe plan de négociation: une merveille fédéraliste qu\u2019il soit improvisé dans un sens, qu\u2019il soit sournoisement tramé dans l\u2019autre.Pourtant, en définitive, alors que le Québec, les peuples autochtones ou le mouvement de libération de la femme sont soigneusement tenus à l\u2019écart de la négociation finale, pareille duplicité aura miné les rapports politiques ultérieurs.\u2014\tLe Québec devait requérir, au préalable, de traiter d\u2019égal à égal avec le reste du pays (oubli du 20 mai 1980). 544 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014\tLe gouvernement d\u2019Ottawa (qu\u2019on confond alors avec l\u2019opposition) fera des offres plus précises au Québec sur les points en litige (wishfull thinking).\u2014\tLa conférence n\u2019est pas close, mais le Québec ne peut amener son vif problème du partage préalable des pouvoirs.Ça serait pas gentil! Qu\u2019il recule toujours.\u2014\tPour pouvoir supplier indéfmitivement l\u2019Ontario d\u2019accorder à ses Francophones au moins le bilinguisme institutionnel (art.133 du BNA Act), il est prescrit au Québec de diluer sinon abolir, sa Charte du français (Loi 101).Quelque soit le coup unilatéral de la part du Canada HLQ, c\u2019est du fédéralisme acceptable! \u2014\tLes Dix avaient le pouvoir de faire ou de défaire le Canada historique.Serait-ce un terrible pouvoir de défaire le Canada inique?\u2014\tToutes les accusations contre le projet unitaire doivent se diriger vers les gouvernements provinciaux, ces pelés, ces galeux d\u2019où vient tout le mal.Ottawa s\u2019en lave les mains.\u2014\tLa nouvelle constitution «si tant est qu\u2019elle vienne à exister», fait plus pour les Francophones hors Québec que n\u2019importe quel document qu\u2019a jamais étudié ou passé ce pays depuis 114 ans.Eux vivent les faits et savent ce qu\u2019il est advenu de la loi du bilinguisme institutionnel manito-bain.Mais aujourd\u2019hui, quelle bonne intention! Finies les lois qu\u2019on passe pour demeurer lettre morte pendant un siècle! Vive les arrangements administratifs toujours révocables! \u2014\tAu gouvernement (québécois) de faire la preuve que les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale sont réduits, niés ou éliminés., jusqu\u2019à convaincre ceux qui nient toute évidence.S\u2019il le fallait, quelle commission parlementaire marathon! Le peuple n\u2019a-t-il pas déjà sa petite idée depuis la volte-face unitariste du lendemain du référendum?Il suffirait de faire le point à bon escient.\u2014\tOn écoutera la majorité des Québécois, que son gouvernement actuel ne représente pas (la majorité du 20 mai 1980?ou une autre plus tard sinon dès 1982?).\u2014\tCèlerait un processus idéal qu\u2019après son référendum du 20 mai 1980 on somme le Québec de «négocier» et qu\u2019après le complot du 5 novembre 1981 on le somme de signer. LA .CONFÉDÉRATION-, ENGLOUTIE PARMI.545 N\u2019est-ce pas aux autres à jouer notre partie?Faisons-leur confiance car consulter le peuple si peu de temps après une élection, il trouverait ça agaçant.Ceux qui font la leçon aux nations du globe pour un vrai dialogue Nord-Sud sont bons princes dans le dialogue Est-Ouest.Mais surtout entre congénères.Quant aux «absents», ils ont toujours tort.Enfin, c\u2019est la «fédération» d\u2019un «One Canada, one nation» unissant ce qui est unissable: des sujets de sa Majesté; et excluant ou marginalisant tout ce qui n\u2019est pas unissable: des collectivités qui osent troubler la paix des individus.Le PLQ devait s\u2019opposer à Ottawa le 2 octobre mais ne le doit plus au 5 novembre.Les fédéralistes ont bougé: sautée maintenant la clause du 2 octobre prévoyant une consultation populaire.Le peuple n\u2019a-t-il pas appris qu\u2019un référendum c\u2019est malsain surtout quand le non veut dire oui?Une voie non démocratique (telle une conjuration nocturne), le peuple y gagnera énormément.d\u2019oppression.Dans un caucus manipulé d\u2019Ottawa, on demande avec fermeté au Québec de «négocier» (dans l\u2019isolement et sa force du NON référendaire qui veut dire OUI, avec quelle «fermeté» donc) «pour entrer librement mais la tête haute dans une entente.(pour) le bien du pays dont nous faisons partie».La Chambre des communes prétend que les 74, eux, les vrais représentants du Québec, peuvent agir par dessus la tête du gouvernement du Québec, comme si les 21 Albertains de Joe Clark avaient pu signer l\u2019entente pétrolière à la place de Lougheed.Sondage au Québec: signer l\u2019accord des Dix?Oui, à 14% chez les Francophones, à 41% chez les Anglophones.Inversion significative! Québec ferme ce dossier constitutionnel, initiative d\u2019Ottawa contre la bonne foi du Québec au référendum.Mais après la fin de non recevoir au Rapport de la Commission de l\u2019unité canadienne et au Livre beige et la négation de la légitimité du gouvernement québécois, ça urge d\u2019ouvrir notre dossier de l\u2019accession à l\u2019indépendance.Enfin.Aujourd'hui, troquons le principe de l\u2019égalité des sexes contre les droits existants des autochtones.Et demain? 546 L'ACTION NATIONALE Les droits des autochtones contre ceux des francophones?Ou les droits de ces derniers contre ceux des femmes?\u2014\tOn est passé de ce qui avait été présenté comme un «people\u2019s package» à un accord de dix plénipotentiaires qui évitent tout recours direct au peuple.Démocratie?\u2014\tL\u2019opposition à Ottawa s\u2019entend avec le gouvernement central pour ne pas inclure le principe des deux nations dans la constitution.C\u2019était pourtant une chétive supplique fédéraliste.\u2014\tSerions-nous plus éclairés si, après le rapatriement, les tribunaux disaient que l\u2019opération contre la «dualité canadienne» était légale mais contraire à la convention constitutionnelle?Apprendre que cette dualité n\u2019a jamais existé ou n\u2019existe plus ça rimerait à quoi?N\u2019attendons pas le signal de la Cour suprême pour opérer les virages qui s\u2019imposent dans l\u2019immédiat.\u2014\tQuébec demande fédéralement, pour la dernière fois, espérons-le, qu\u2019Ottawa suspende son projet jusqu\u2019à ce qu\u2019une entente intervienne non seulement avec les provinces anglophones mais aussi avec le Québec.Ça énerve une fois de plus quelques indépendantistes qui ne croient pas encore au séparatisme anglo-saxon.La séparation décidée le 15 novembre 1981 est une réalité.Le sens des finasseries depuis lors dans l\u2019un et l\u2019autre camp c\u2019est de pouvoir jurer devant les populations et l\u2019opinion internationale que c\u2019est l\u2019adversaire qui «l\u2019aura voulu, la séparation».Les populations comprendraient qu\u2019au fond ce sont les deux solitudes qui l\u2019auront voulue.Autant en prendre aussitôt son parti de part et d\u2019autre.Quant à l\u2019opinion internationale, elle importe moins en l\u2019occurrence que l\u2019opinion des Québécois et des Québécoises.\u2014\tAprès tant de palabres voici l\u2019unique «Père de la reconfédération»: Bill Bennett.Son oracle-télex: «Fin du débat, tout changement additionnel ne devrait seulement être apporté qu\u2019après le rapatriement».\u2014\tLes Canadiens seraient les derniers à comprendre quelque chose à leur pays, le pays des Dix, irréel. LA -CONFÉDÉRATION», ENGLOUTIE PARMI.547 Divorce canadien consommé4 Si le Canada HLQ admet par sa démarche anachronique qu\u2019un pays étranger détienne un véto sur la résolution constitutionnelle qui partira pour Londres, il n\u2019admet plus, en un geste séparatiste, que le Québec, ci-devant partie intégrante de la Confédération canadienne, oppose son veto historique (de convention constitutionnelle) sur cette même résolution qui réduit nos droits.En cette déclaration unilatérale de divorce, le Canada HLQ joint, par son porte-parole, la fourberie à la félonie.Il insinue que notre veto sur le pacte confédératif en vigueur depuis 1867 et sur nos droits du présent est le même que le veto quant à une formule d\u2019amendement à exercer dans l\u2019avenir, dans cette nouvelle constitution «si tant est qu\u2019elle vienne à exister».Tous ceux qui ne font pas une bouillie du rapatriement prochain et de 1 emploi futur d'une formule d\u2019amendement sauront que le veto sur cette formule diffère du veto sur le pacte et sur nos droits.Sauf bien sûr dans le discours de ceux qui ont déjà, en intention, immolé les droits du Québec sur l\u2019autel de l\u2019harmonie canadienne.L\u2019interminable sophisme qui prélude au vote séparatiste de demain clôt avec une magistrale traîtrise ce mois lugubre de politicaillerie.Il terminera bientôt cette usurpation plus que centenaire.Il ponctuera aussi finalement le règne du Prince élu pour mater le Québec.Si l\u2019on a cru enfin l\u2019enjuguer, le Québec, à son heure, poursuivra sa réalisation de lui-même, pour lui-même.Demain, une stratégie qui se veut négative à l\u2019endroit du Canada tronqué unifiera dans un consensus superficiel toute la Chambre des communes, à l\u2019exception vraisemblablement d\u2019une caution pour chaque partie politique pancanadien.On croira triompher.C\u2019est au Québec qu\u2019il faudrait jubiler à l\u2019aurore de notre libération.Pourtant il faudra un instant sympathiser au chagrin de nos fédéralistes naïfs enfin désabusés, ces potentiels ouvriers de la onzième heure.Que leur courage désormais dissipe le morne attentisme ou la désolation des étapistes! Ils n\u2019ont d\u2019ailleurs plus le choix. 548 L\u2019ACTION NATIONALE On verra tantôt si leur sursaut de dignité pourra persuader le Parti Québécois lui-même que c\u2019est souverainement le temps d\u2019agir.1.\tCf.«LE CANADA DE RÊVE SE MEURT», par J.-B.GIROUX, 13 novembre 1981.«maison de fous», c\u2019est l\u2019expression colorée popularisée par René Lévesque en référence aux aberrations du régime politique canadien.Canada Hormis Le Québec (HLQ), voilà la nouveauté! 2.\tLes modalités retenues le rendant impossible, ce référendum n\u2019était qu\u2019une feinte.3.\tCf.LE DEVOIR du 7 novembre 1981 sous le titre «quatre jours de troc».Elle écrivait: «.quatre jours les plus superficiels, les plus prosaïques, parfois les plus vulgaires d\u2019une vie.(.) L'attitude mentale, générale, est le cynisme».4.\tEn guise de conclusion préliminaire au 1er décembre 1981.ANDRE-J.BÉLANGER PHILIPPE GARCEAU HÉLAINE BISSONNETTE avocats 5835 bout Léger Montréal-Nord H1G 6E1 323-9000\t\tJACQUES POITRAS YVES POITRAS Poitras, Larue, Rondeau Inc, courtiers en assurances 7190, bout St-Michel Bureau 101 Montréal H2A 2A5 376-1280 GUY BERTRAND, avocat\t\tPAUL CARRIER/ASSOCIÉS BERTRAND, OTIS, GRENIER\t\tingénieurs-conseils 42 tue Ste-Anne\t\t Bureau 200\t\t1594, de Salaberry Québec G1R 3X3\t\tMontréal H3M 1K1 692-3951\t\t336-0911 BRISSON, GUÉRIN\t\tBERNARD FAUTEUX & ASSOCIES\t\tnotaire comptables agréés\t\t 5835 boul.Léger\t\t5835 boul.Léger Bureau 200\t\tBureau 304 Montréal-Nord H1G 6E1\t\tMontréal-Nord H1G 6E1 323-8602\t\t326-3263 DESFORGES, GERMAIN\t\tLES TRADUCTIONS JANUS & ASSOCIÉS\t\tJeannine Bélanger, m a., I.th , ph.d Comptables agréés\t\t 210 bout Crémazie Ouest\t\t Bureau 2\t\t3185, rue Fendall Montréal H2P 2S4\t\tMontréal H3T 1N3 388-5738\t738-3125\t La Prade, un éléphant blanc qui compromet le développement nucléaire au Québec par PIERRE YERGEAU Le premier mois de l\u2019An nouveau marquera un bien triste anniversaire, celui d\u2019un projet fédéral littéralement mort dans l\u2019oeuf, dont les séquelles se font encore sentir dans l\u2019économie québécoise, quatre ans après.Si les choses s\u2019étaient déroulées normalement, on compterait au moins 1,500 travailleurs, la plupart spécialisés, sur le chantier de l\u2019usine d\u2019eau lourde à La Prade, conformément à un contrat conclu en janvier 1978 entres les gouvernements fédéral et québécois par l\u2019intermédiaire de la société Énergie Atomique du Canada (EAC) et l\u2019Hydro-Québec.Par ce contrat, Ottawa s\u2019engageait à construire l\u2019usine La Prade, dont la production devait s\u2019élever à 800 tonnes d'eau lourde par année.Coût du projet, selon les estimations initiales: $846 millions.En contrepartie, l\u2019Hydro-Québec prenait l\u2019engagement de construire la centrale nucléaire Gentilly-3 et d\u2019acheter de La Prade une quantité d\u2019eau lourde suffisante pour actionner trois centrales supplémentaires, outre Gentilly-1 et Gentilly-3.L\u2019Ontario gagne la bataille Ce projet a cependant déplu aux autorités ontariennes, notamment celles d\u2019Hydro-Ontario qui auraient préféré ali- 550 L\u2019ACTION NATIONALE menter avec leur production d\u2019eau lourde les installations québécoises.Car la majeure partie de l\u2019industrie nucléaire canadienne est concentrée dans la province voisine: seulement 10 pour cent de la main d\u2019oeuvre dans ce secteur est québécoise.C\u2019est donc dans ce contexte que le projet La Prade se mettait en marche il y a exactement quatre ans, projet qui était déjà débattu depuis 1974 pour ainsi connaître une gestation longue et pénible.Mais le Québec a tout de même atteint son but et, tout en développant avec modération une source énergétique alternative à l\u2019hydro-électricité, le nucléaire constituait un excellent réservoir pour accueillir la jeune main d\u2019oeuvre hautement spécialisée à la sortie des universités québécoises.Au printemps 1979, la situation a commencé à tourner au vinaigre.Les restrictions budgétaires Andras-Chrétien (juste avant le passage au pouvoir de l\u2019équipe Clark) ont irrémédiablement enclenché le processus de mise en veilleuse du projet La Prade.On avait alors investi $260 millions et il fallait consacrer $100 millions additionnels pour la «mise en cocon», opération effectuée par 200 hommes.Poursuites judiciaires?Les autorités fédérales soutenaient que La Prade devait passer dans le «tordeur» des ministres Andras et Chrétien, respectivement président du Conseil du Trésor et titulaire des Finances, qui avaient envisagé des coupures globales de $2,5 milliards pour l\u2019année 1979-80.Pourquoi La Prade?Parce qu\u2019on observait de plus en plus une surproduction d\u2019eau lourde dans les usines déjà existantes en Ontario et dans les maritimes.Et le contrat, dûment signé par EAC et l\u2019Hydro-Québec?Le gouvernement Trudeau a décidé de le «déchirer» unilatéralement, peu importe l\u2019illégalité du geste.Ce qui a évidemment amené le ministre de l\u2019Énergie du Québec durant cette période, M.Guy Joron, à menacer le fédéral de poursuites judiciaires pour bris de contrat. LA PRADE, UN ÉLÉPHANT BLANC.551 Ce dossier, comme bien d\u2019autres, a été ni plus ni moins paralysé avec l\u2019arrivée au pouvoir de Joe Clark en mai 1979.La nouvelle administration fédérale a mis plusieurs mois pour se familiariser avec les grands dossiers qu\u2019on lui avait laissés en héritage.Durant l\u2019été 1979, M.Joron a pu finalement continuer ses discussions avec son nouveau vis-à-vis fédéral, le ministre Ray Hnatyshyn.Le porte-parole québécois en cette matière avait toutefois abandonné toute idée de poursuites et il a réitéré au ministre Hnatyshyn qu\u2019il entendait négocier une compensation de $200 millions de la part du fédéral pour le soustraire de ses obligations contractuelles.De plus, le Québec exigeait l\u2019entière judiriction sur la façon dont cette somme d\u2019argent serait dépensée à l\u2019intérieur du cadre déjà tracé par les deux partenaires, notamment en vue de faire des recherches sur les énergies nouvelles.Les négociations ont traîné en longueur tout l\u2019automne, jusqu\u2019à ce qu\u2019on en arrive au budget Crosbie et.au renversement du gouvernement Clark.Celui-ci, de passage le 6 janvier 1980 à l\u2019île d\u2019Orléans, a promis verbalement de se rendre à la demande de compensation du Québec.Le 22 janvier 1980 précisément, le ministre Yves Bérubé, qui avait alors succédé à son collègue Joron à l\u2019Énergie, somme le premier ministre Clark de signer sans tarder l\u2019entente sur la compensation ou, du moins, d\u2019engager le gouvernement fédéral par écrit avant les élections du 18 février suivant.Energies nouvelles?M.Bérubé a d\u2019ailleurs rendu public un projet d\u2019utilisation des $200 millions attendus d\u2019Ottawa: sur ce montant, $103 millions devaient aller aux énergies nouvelles, $50 millions à SOQUIP pour un programme d\u2019exploration et $50 millions à la conservation d\u2019énergie.Au chapitre des énergies nouvelles, le plan Bérubé prévoyait la construction d\u2019une usine de transformation des déchets domestiques ($20 millions) et d\u2019une usine-pilote de 552 L\u2019ACTION NATIONALE fabrication de méthanol de bois ($16 millions), le reste étant essentiellement affecté à la recherche.Plusieurs jeunes spécialistes auraient pu notamment s\u2019associer à ces travaux de recherche.au lieu de s\u2019expatrier ou de s\u2019embêter parmi les sans-emplois.Au niveau de la conservation, les $50 millions devaient servir en entier à l\u2019isolation des maisons.SOQUIP s\u2019attendait à dépenser les $50 millions pour un programme d\u2019exploration dans l\u2019estuaire du Saint-Laurent et de la Gaspésie ($31 millions) et, pour un programme de forage au large des îles-de-la-Madeleine, projet estimé à $12 millions.Du côté québécois, on avait donc l\u2019air de savoir où s\u2019en aller pour pallier l\u2019échec de l\u2019usine La Prade.En somme, on a fait le raisonnement suivant: plutôt que d\u2019entreprendre de longues et coûteuses procédures judiciaires, mieux vaut accepter une compensation de $200 millions immédiatement et sans frais à encourir de la part du Québec.Un tiens vaut mieux que deux tu l\u2019auras.Les négociations ont par la suite piétiné à nouveau et, le 25 janvier 1980, M.Clark affirme à Ottawa que «le Québec peut compter sur les $200 millions de compensation promis par le gouvernement».Sauf que l\u2019issue électorale approchait à grands pas.et le gouvernement Clark est tombé! Avec le retour aux commandes des libéraux de P.E.Trudeau, les discussions ont repris là où on les avait laissées moins d\u2019un an plus tôt.Le 11 mars 1980, au sortir d\u2019un caucus des libéraux à Ottawa, le ministre Marc Lalonde entrouve la porte en déclarant que son collègue Jean Chrétien, responsable des relations fédérales-provinciales, allait vraisemblablement étudier (sic) le dossier.Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui?On est toujours au même point! Erreur de $360 millions L\u2019interlocuteur québécois dans cette affaire, qui est maintenant le ministre Yves Duhaime, a vaguement discuté de la question l\u2019été dernier avec son «bon ami» Jean Chrétien, qui refuse toutefois de remettre la compensation au Québec sans exercer un certain contrôle sur son utilisation. LA PRADE, UN ÉLÉPHANT BLANC.553 Ces deux hommes politiques, observation intéressante, sont redevables du même électorat de la Maurieie (Saint-Maurice), région qui englobe sur le plan géographique le site où est située l\u2019usine La Prade, un avorton de l\u2019administration centrale.Un porte-parole du ministre Duhaime a confié tout récemment lors d\u2019une conversation téléphonique avec le gouvernement du Québec entend reprendre solidement le collier avec ce dossier dans le but d\u2019en voir le bout une fois pour toutes.Dans un premier temps, on doit poser un ultimatum au gouvernement Trudeau (peut-être ce mois-ci) pour qu\u2019il débloque les $200 millions de compensation, selon les exigences du Québec.Dans un deuxième temps, si cet ultimatum se heurte à un mur de glace, le Québec livrera la bataille sur le plan judiciaire.Chose certaine, M.Duhaime et son entourage semblent en avoir assez de traîner ce boulet; un jour ou l\u2019autre, il va falloir fermer ce dossier qui pourrit déjà depuis trop longtemps.Il aura sûrement coûté cher, le projet La Prade.«C\u2019est une erreur de $360 millions», laissait tomber en janvier 1981 M.James Donnelly, président de EAC, lors d\u2019un témoignage devant le comité parlementaire des comptes publics à Ottawa.Il a expliqué qu\u2019en plus de $260 millions engloutis dans la construction, il aura fallu $100 millions additionnels pour mettre l\u2019usine \u201cdans les boules à mites».Dans sa présentation écrite, M.Donnelly indiquait aussi que pour compléter ce projet, il serait nécessaire d\u2019y verser $1,5 milliard au moins, et non $846 millions comme on l\u2019avait d\u2019abord prévu.L\u2019économie québécoise, en raison de cet échec, a été privée de 1 500 emplois annuels pendant cinq ans, selon les calculs de l\u2019ex-ministre Joron, calculs jamais démentis par Ottawa.Toute cette valse d\u2019hésitation a aussi passablement perturbé la petite «famille nucléaire québécoise» formée de quelques centaines de spécialistes. 554 L'ACTION NATIONALE Un éléphant blanc Un cadre de l\u2019Hydro-Québec a fait savoir qu\u2019une dizaine de nouveaux diplômés universitaires dans le domaine nucléaire sont prêts chaque année à s\u2019intégrer au marché du travail.Voilà le drame: faute d\u2019emplois au Québec, ces jeunes fraîchement émoulus des universités n\u2019ont d\u2019autres possibilités que d\u2019aller travailler hors du Québec.En Ontario, aux Etats-Unis et parfois même en Europe.Ce n\u2019est donc pas une perspective heureuse qui s\u2019offre à tout nouveau diplômé des prochaines années.Le pire, c\u2019est que le Québec pourra être obligé dans 10 ou 15 ans d\u2019importer des «cerveaux» pour appliquer ses programmes nucléaires qui requerront alors plusieurs spécialistes hautement qualifiés dans ce secteur.Entretemps, le Québec recense sur son territoire un bel éléphant blanc, l\u2019usine La Prade qui, de l\u2019avis même de M.Donnelly, «ne revêt aucune valeur commerciale réelle.Il s\u2019agit d\u2019une pure perte pour EAC», a conclu le président de cette société fédérale._____________________________ Avez-vous lu?s Joseph-Ena Girouard et son temps (1855-1937) par Jean Genest Ce livre vient de paraître.La présentation est illustrée: $5.00 par volume.S\u2019adresser à L\u2019Action Nationale 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 Pour sortir de l\u2019équivoque Le Québec doit être représenté à Ottawa par des députés souverainistes par DENIS MONIÈRE Notre équivoque nationale remonte à l\u2019échec de la rébellion de 1837-38.À l\u2019époque du Bas-Canada, il y avait deux partis opposés: le parti bureaucrate qui soutenait la politique coloniale et le parti patriote qui défendait les droits et les intérêts des Canadiens et prônait l\u2019indépendance.Les lignes de parti recoupaient les distinctions nationales et sociales.Les enjeux et les intérêts étaient clairs.L\u2019Union des deux Canada força les Canadiens-Français à adopter une politique de collaboration subordonnée et à entrer dans un jeu d\u2019alliances où ils n\u2019avaient plus de capacité d\u2019initiative.La reconnaissance du gouvernement responsable correspondit à la minorisation démographique des Francophones.Puisque dans un régime parlementaire la distribution du pouvoir est fonction du nombre, le poids politique des Francophones aura tendance à s\u2019amenuiser.La nation, victime du régime des partis Le régime des partis nous vouait à l\u2019impuissance comme collectivité.Il contribuait à nous diviser entre conservateurs et libéraux selon une stratégie conçue par le pouvoir colonial.Nous devions d\u2019ailleurs nous identifier par des dénominations 556 L\u2019ACTION NATIONALE partisanes empruntées au système politique anglais.Non seulement avions-nous perdu le contrôle de l\u2019Assemblée législative du Bas-Canada mais de plus dans le Parlement du Canada-Uni nous étions incapables de reconstituer une force qui nous représente comme collectivité.Désormais, les intérêts partisans passeraient avant l\u2019intérêt collectif.Le soutien des députés francophones était certes une condition indispensable pour qu\u2019un parti puisse exercer le pouvoir en ayant une majorité en Chambre, mais la participation des Francophones au pouvoir ne pouvait qu\u2019être minoritaire, dépendante et se faire sur une base individuelle.Notre situation était paradoxale car pour défendre nos droits nous devions collaborer et composer avec le pouvoir qui les menaçait.Ce paradoxe donnera naissance à un nationalisme défensif ou de marchandage qui s\u2019institutionnalisa en 1867.La Confédération redonnait aux Canadiens-Français le contrôle d\u2019un centre de décisions aux pouvoirs certes restreints mais qui pouvait assurer la préservation de la langue, de la foi et clés institutions dans le cadre de sa juridiction.Sur la scène fédérale, les Francophones pouvaient être appelés à participer à l\u2019exercice du pouvoir mais ils étaient incapables d\u2019imposer une direction politique ou encore d\u2019empêcher les mesures discriminatoires à leur égard.Ils subissaient des décisions prises en fonction des intérêts de la majorité et l\u2019esprit de parti les obligeait à soutenir des politiques contraires aux intérêts de leurs commettants.Dans le cadre du bipartisme et de la soladarité partisanne qu\u2019il exige, la question nationale perdit sa dimension politique et fut réduite à la résistance culturelle qui sera assumée par l\u2019élite cléricale.Dans un tel contexte, le nationalisme ne pouvait qu\u2019être défensif.Il ne pouvait poser la question du pouvoir politique.Il définissait un ensemble de valeurs qui étaient communes à toutes les forces politiques.Celles-ci avaient d\u2019ailleurs accepté le partage des pouvoirs dans le cadre du fédéralisme.Il s\u2019agissait de survivre en préservant l\u2019autonomie provinciale, en défendant la langue française et en conservant la haute main sur les institutions éducatives et sociales qui assuraient la reproduction culturelle.Il y avait consensus sur les LE QUÉBEC DOIT ÊTRE REPRÉSENTÉ À OTTAWA.557 structures politiques et tous acceptaient une stratégie implicite qui consistait à défendre les droits du français à l\u2019échelle canadienne et visait à améliorer la position des Francophones dans l\u2019administration publique fédérale en utilisant le poids politique du Québec comme moyen de pression.Au delà des discours et des chicanes partisannes, on tentait d\u2019obtenir le maximum de pouvoir pour le Québec et le maximum de pouvoir pour les représentants francophones à Ottawa.Il s\u2019agissait de jouer sur les deux tableaux.On pouvait être bleu à Québec et rouge à Ottawa mais la cause était commune même s\u2019il y avait des divergences quant à la meilleure façon de la promouvoir.Cette politique équivoque connut bien des avatars, mais elle survivait en dépit des trahisons, compromissions et déceptions qui lui étaient inhérentes.L épanouissement des Canadiens-Français dépend toujours du groupe anglophone Le nationalisme traditionnel ne pouvait fonctionner qu\u2019à l\u2019équivoque puisque la survie d\u2019une minorité dépend toujours de la bonne volonté du groupe majoritaire.Pour cela nous devions nous rendre indispensables.Nous dépendions de leur pouvoir mais pour l\u2019exercer efficacement ils avaient besoin de notre collaboration.Aucun parti ne pouvait gouverner à Ottawa sans avoir au moins un appui partiel au Québec.La nation pouvait marchander sa survie.Tous les partis fédéraux pour accéder au pouvoir ont entretenu cette logique de l'ambivalence, le parti libéral ayant montré plus de clairvoyance que le parti conservateur en étant plus réceptif aux revendications des Francophones.La conséquence de cette stratégie de survivance fut le monolithisme idéologique et le monopolisme politique sur la scène fédérale.En effet, l\u2019efficacité de cette stratégie dépendait de la capacité de faire élire le plus grand nombre de députés du même parti afin de maximiser le poids de l\u2019influence des Francophones dans les jeux de pouvoir au fédéral.La dispersion du soutien électoral entre plusieurs partis affaiblissait la force de pression des Québécois.Nous nous sommes donc retrouvés en situation de monopole 558 L\u2019ACTION NATIONALE politique.La représentation pluraliste et la concurrence politique sur la scène fédérale nous étaient interdites dans la perspective stratégique du nationalisme défensif.Cela ne favorisait guère la démocratie et le débat public mais le monopole était le prix à payer pour participer activement au système politique canadien.Paradoxe encore plus ironique, ce furent ceux qui critiquaient le plus le manque de démocratie et le nationalisme au Québec qui profitèrent le plus de ce monopole.En effet depuis plus de cinquante ans, le parti libéral domine le système politique canadien grâce à l\u2019appui indéfectible du Québec.Seuls les créditistes (et les conservateurs de 1958 à 1962) réussirent à entammer ce monopole.Leur succès peut être interprété comme une manifestation de nationalisme dans la mesure où il résulte de la frustration engendrée par le règne des conservateurs qui s\u2019étaient ingéniés à provoquer le ressentiment des Francophones; le parti libéral sans leaders francophones prestigieux avait perdu de son attrait pour les Canadiens-Français.La venue de Trudeau En 1962 et par la suite, les Québécois aux élections fédérales se comportèrent en nationalistes défensifs conséquents.Cette constante ne fit que se renforcer dans les élections subséquentes au profit de P.E.Trudeau qui entra en politique pour freiner la poussée revendicative du Québec et enrayer la montée du créditisme.Il sut habilement flatter la fierté nationale de ses compatriotes et utilisa leur soutien pour changer les termes de l\u2019équilibre politique traditionnel afin de contrer la prétention du Québec d\u2019être le foyer national des Francophones en Amérique.Pour ce faire, il enfourcha le cheval de bataille de la défense des droits des minorités afin de dépouiller les provinces de leurs prérogatives législatives en matière de langue d\u2019enseignement.Il rejetait la valorisation de l\u2019État provincial comme lieu privilégié de la sauvegarde de la langue.Il poursuivit et accéléra le processus de centralisation des pouvoirs aux mains du gouvernement fédéral.Il récusait la stratégie du nationalisme défensif: un État du Québec fort dans un Canada LE QUÉBEC DOIT ÊTRE REPRÉSENTÉ À OTTAWA.559 décentralisé, tout en conservant sa finalité: la reconnaissance du français «from coast to coast» par le bilinguisme fonctionnel.La thèse des deux nations n\u2019avait pas de sens à ses yeux et ne devait pas être institutionnalisée.Le Canada devait remplacer le Québec comme État national des Canadiens-Français.L\u2019unité nationale exigeait de fondre les droits collectifs en droits individuels pour forger la nouvelle identité canadienne.Ainsi le nationalisme de revendication se transformerait en nationalisme d\u2019intégration dans un tout multiculturel.L\u2019échec des partisans du fédéralisme coopératif Depuis la crise et la seconde guerre mondiale, la stratégie défensive fondée sur l\u2019autonomie provinciale était de plus en plus désaccordée et inadéquate par rapport aux tendances centralisatrices de l\u2019État canadien.Les intérêts économiques dominants exigeaient une plus grande cohérence des politiques appliquées à l\u2019espace canadien.L\u2019uniformisation des politiques de «welfare», la concentration des ressources publiques et l\u2019élaboration d\u2019une stratégie de développement industriel imposaient une logique de l'intégration.Cette dynamique laissait peu de marge de manoeuvre aux partisans de la théorie des deux nations et de la thèse du statut particulier pour le Québec ou du «fédéralisme asymétrique».Le sort réservé au rapport Pépin-Robarts fut une preuve concluante de l\u2019échec des partisans du fédéralisme coopératif.De plus, les rapports de force démographiques et économiques accentuent ces tendances en conférant une force politique de plus en plus grande aux provinces de l\u2019Ouest ce qui entraîne un affaiblissement relatif du Québec.Non seulement dans le cadre du régime fédéral la minorisation des Francophones est-elle irréversible mais encore cette minorité représente une force de moins en moins significative politiquement.Alors que le Québec en 1840 contrôlait 50% des sièges du Canada Uni, il ne dispose aujourd\u2019hui que de 26,6% de la députation au Parlement fédéral. 560 L'ACTION NATIONALE Les gouvernements provinciaux, des courroies de transmission.Cette nouvelle réalité est aussi illustrée par les récentes négociations de la réforme constitutionnelle qui institutionnalisera la suprématie du Parlement fédéral sur les Parlements provinciaux dans des champs de compétence réservés jusque là exclusivement aux provinces comme l\u2019enseignement.La nouvelle fédération complétera notre sujétion collective.En effet, plus l\u2019autorité du gouvernement central se développe moins les Francophones sont capables de contrôler leur destin collectif car ils sont impuissants à empêcher l\u2019adoption d\u2019une loi qui les déservirait.L\u2019isolement du Québec à la conférence constitutionnelle en a fait une démonstration éloquente.Dans le cadre du fédéralisme, jamais le Québec ne pourra faire accepter son point de vue et il sera à la merci des amendements constitutionnels qui pourront être adoptés sans son consentement.On l\u2019a bien vu, le reste du Canada rejette toute idée de concession lorsqu\u2019il s\u2019agit des intérêts du Québec.Léon Dion décrit bien le phénomène lorsqu\u2019il écrit: «lorsque les Anglophones, après avoir longtemps cherché à résoudre un problème qui les confronte en viennent finalement à une solution qui leur convient, ils adoptent cette solution sans hésitation même si elle ne reçoit pas l\u2019agrément des Francophones parce que ceux-ci la jugent préjudiciable à leurs intérêts»1.La nouvelle fédération concoctée par les libéraux fédéraux mettra fin à l\u2019autonomie provinciale.Les gouvernements provinciaux ne seront que des courroies de transmission des volontés du gouvernement central.Elles devront se conformer à un cadre législatif qui leur sera imposé par un autre ordre de gouvernement.Elles seront responsables de la mise en oeuvre technique et de l\u2019application régionale de politiques nationales, toute consultation et concertation étant égale par ailleurs.Il n\u2019y aura plus d\u2019obstacle ou de barrage institutionnalisés empêchant le fédéral d\u2019imposer sa conception de l\u2019intérêt national.On peut se demander comment les partisans de la dernière chance peuvent encore espérer?Cette persistance dans l\u2019aveuglement est morbide. LE QUÉBEC DOIT ÊTRE REPRÉSENTÉ A OTTAWA.\t561 Un nationalisme de combat pour conquérir les pleins pouvoirs L\u2019échec de la stratégie du nationalisme défensif serait dramatique si les Québécois n\u2019avaient pas, depuis 1960, développé un nationalisme de combat visant la conquête des pleins pouvoirs d\u2019un État souverain pour le Québec.Dans le contexte de la nouvelle constitution, cette stratégie s\u2019avère être la seule alternative viable pour être maître de notre destin.L\u2019idée d\u2019un Canada décentralisé qui a soutenu l\u2019espoir de nombreuses générations de nationalistes et a produit un abondant répertoire de discours patriotiques n\u2019est plus qu\u2019une vue de l\u2019esprit sans crédibilité.Nous n\u2019avons plus le choix collectivement.Nous devons sortir de l\u2019équivoque et choisir entre le Québec et le Canada.Les libéraux fédéraux ont déjà fait leur choix et même s\u2019ils ne l\u2019ont pas fait sanctionner par le peuple, ils sont en train de nous l\u2019imposer.Ils ne prêchent la démocratie qu\u2019aux autres et ne se soucient guère d\u2019agir sans mandat car ils sont convaincus que l\u2019histoire fait bien peu de cas des vertueux.En votant non au référendum de mai 1980, les Québécois se sont piégés.Ils ont privé leur gouvernement de toute marge de manoeuvre laissant ainsi l\u2019initiative au gouvernement fédéral sans exiger de ses représentants qu\u2019ils prennent des engagements fermes quant à l\u2019orientation des changements constitutionnels.Ces mêmes Québécois qui avaient élu 74 députés libéraux à Ottawa, qui avaient voté non au référendum ont par la suite réélu le gouvernement du Parti Québécois en espérant rétablir ainsi l\u2019équilibre traditionnel dans le rapport de force.Ils manifestaient ainsi leurs inquiétudes quant aux intentions des fédéralistes mais il était déjà trop tard car ceux-ci avaient décidés d\u2019en finir avec la résistance québécoise en niant au Québec son statut et ses prérogatives de société distincte.D\u2019où le coup de force que l\u2019on connaît.Le gouvernement du Parti Québécois a toujours respecté ses engagements et ne voudra vraisemblablement pas opposer au coup de force de Trudeau la proclamation unilatérale de l\u2019indépendance ce qui serait légitime puisque le Québec est 562 L\u2019ACTION NATIONALE dépouillé sans son consentement et par la force du nombre de certains de ses pouvoirs qui sont essentiels pour la survie du peuple québécois.Il ne peut non plus se réfugier dans une attitude passive et attendre la fin de son mandat pour soumettre à l\u2019assentiment du peuple l\u2019option souverainiste.Choisir entre 74 députés souverainistes ou libéraux Les Québécois doivent porter la contradiction au coeur du système fédéral en ouvrant un autre front de lutte sur la scène outaouaise afin que les aspirations du Québec ne soient plus entre les mains de maquignons.Les Québécois auront alors un véritable choix et s\u2019ils décident de soutenir majoritairement l\u2019option souverainiste ils seront assurés que ces députés souverainistes jouiront d\u2019une force de négociation beaucoup plus grande que dans le rapport interprovincial de Va et qu\u2019ils défendront mieux les intérêts du Québec que les 74 députés libéraux n\u2019ont su le faire inféodés qu\u2019ils sont à un parti qui privilégie l\u2019intérêt national tel qu\u2019il est défini par l\u2019Ontario et la majorité anglophone.C\u2019est grâce au monopole politique qu\u2019il possède au Québec que le gouvernement Trudeau a eu la marge de manoeuvre politique pour imposer son projet qui enfantera une nouvelle fédération établie sur la fausse représentation parce qu\u2019il s\u2019est fait élire sans préciser ses intentions constitutionnelles et parce que sa députation fausse la représentation du Québec dans le système politique canadien puisqu\u2019au moins cinquante pour cent de l\u2019électorat francophone québécois était souverainiste en 1980.Ces électeurs ne se reconnaissent certainement pas dans le projet de constitution et ne comptent pas dans le jeu politique.M.Trudeau a la légalité de son côté pour rapatrier parce que rien ne lui interdit de le faire.De même il jouit d\u2019une légitimité par défaut parce qu\u2019il n\u2019a pas d\u2019opposition aux élections fédérales.Dans le contexte actuel, la dissidence sur la scène fédérale sera à tous points de vue plus efficace que la soumission béate des libéraux à condition bien sûr que les Québécois élisent une majorité de députés souverainistes, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils décident de faire front commun pour accroître les pouvoirs du seul LE QUÉBEC DOIT ETRE REPRÉSENTÉ À OTTAWA.\t563 centre de décision que nous maîtrisions: l\u2019État du Québec.Il n\u2019y aura plus alors d\u2019équivoque car le programme de cette députation ne sera pas la construction de l\u2019unité canadienne mais la défense du droit du Québec à l\u2019autodétermination et la juste redistribution des ressources publiques.C\u2019est en tant que parti de combat et non de compromis qu\u2019il faut s\u2019engager dans cette voie.Les libéraux fédéraux sont inquiets La perspective de voir arriver les souverainistes sur la scène électorale fédérale ne semble pas réjouir outre mesure M.Trudeau et ses fidèles partisans.Les libéraux fédéraux parmi lesquels se retrouvent des figures connues du parti libéral provincial, à leur dernier congers tenu à Québec, manifestèrent leurs inquiétudes quant aux conséquences politiques de la réforme constitutionnelle effectuée sans l\u2019accord du Québec.Ils semblaient de toute évidence mal à l\u2019aise devant l\u2019irrémédiable consécration de la division du Canada provoquée par l\u2019intransigeance de leur chef bien-aimé.M.Trudeau en habile tacticien a tenté d\u2019alléger leurs angoisses par ses bravades habituelles.Sa manoeuvre, cette fois-ci, a consisté à mettre le gouvernement péquiste au défi de déclencher une élection provinciale.Il s\u2019agit là bel et bien d\u2019une entreprise de diversion et de mystification puisque si M.Trudeau était si certain de son bon droit, s\u2019il était loyal, il lui reviendrait à lui et non au gouvernement Lévesque de déclencher une élection fédérale.C\u2019est lui et non M.Lévesque qui n\u2019a pas de mandat du peuple pour changer la constitution.Il trahit ainsi son propre manque de confiance, son incertitude quant aux chances de succès électoral de son parti.Avec son cynisme coutumier, il détourne l\u2019attention.Depuis quatroze ans sa façon de gouverner a toujours consisté à renverser les rôles pour prendre ses adversaires en déséquilibre.Les fédéralistes craignent l\u2019entrée du P.Q.sur la scène fédérale parce qu\u2019ils n\u2019ont pas l\u2019habitude de l\u2019opposition sur le terrain électoral.Ils ont toujours vaincu sans coup férir.Ensuite, ils savent pertinemment qu\u2019une représentation souverainiste à Ottawa modifierait les règles du jeu et perturbe- 564 L\u2019ACTION NATIONALE rait le fonctionnement du système politique parce que le Québec ne serait plus ligoté et bâillonné par le monopole politique du parti libéral.Ils se souviennent encore des créditâtes et des gouvernements minoritaires.Depuis lors, l\u2019État canadien n\u2019a pas connu de crise profonde parce qu\u2019il institutionnalise un malendu exploité et symbolisé par M.Trudeau: les Canadiens-Français croyant avoir découvert le sauveur qui augmenterait leur pouvoir dans le système fédéral et les Canadiens anglais croyant avoir trouvé celui qui mettra le Québec à sa place \u2014 cette dernière espérance s\u2019étant avérée plus réaliste que la première.Paradoxalement le fédéralisme canadien persiste parce que le pays légal ou institutionnel ne correspond pas au pays réel.Or les illusions ont la vie dure mais s\u2019usent malgré tout.L\u2019arrivée à Ottawa de représentants souverainistes dissipera l\u2019équivoque sur laquelle repose le système politique canadien en rendant le parlement et le gouvernement plus conformes à l\u2019image du pays réel.Toutes les tendances politiques pourront être représentées et seront forcées d\u2019agir à visage découvert.On aura un fédéralisme sans distorsion où la réalité des différences régionales et nationales déterminera les rapports de forces et l\u2019orientation des politiques.Les seuls à souffrir de cette nouvelle transparence du pouvoir politique seront les libéraux fédéraux du Québec dont le pouvoir a toujours été fonction de l\u2019absence de concurrence politique au Québec, ce qui leur conférait un poids politique excessif à Ottawa et faussait en retour la représentation des forces politiques du Canada anglais.La mission de la députation souverainiste à Ottawa On est tellement habitué chez nous à réfléchir selon la logique du nationalisme défensif que certains pourront à première vue considérer ce projet comme illogique ou contradictoire.Comment un parti souverainiste pourra-t-il être efficace à Ottawa pour représenter le Québec?En participant aux institutions fédérales ne risque-t-il pas de les légitimer?Les réponses à ces questions dépendent des objectifs visés.S\u2019il s\u2019agissait pour ce parti de défendre les intérêts du LE QUÉBEC DOIT ÊTRE REPRÉSENTÉ À OTTAWA.\t565 Québec en tant que représentant d\u2019une province comme les autres, cela effectivement n\u2019aurait pas beaucoup de sens puisque c\u2019est ce qui a toujours été fait avec les résultats qu\u2019on connaît.Il ne s\u2019agit donc pas de participer au pouvoir dans un jeu d\u2019alliance qui institutionnalise notre subordination dans un grand tout où nous ne sommes qu\u2019une minorité qui s\u2019amenuise progressivement.Il s\u2019agira avant tout de représenter le peuple québécois comme une totalité en soi afin d\u2019exercer les pressions persuasives nécessaires pour redéfinir nos liens avec le Canada sur la base de la souveraineté politique du Québec.L\u2019objectif prioritaire ne sera pas de faire fonctionner le système au profit de l\u2019unité pan-canadienne ni d\u2019entériner toutes les compromissions qui servent à anémier nos droits collectifs jusqu\u2019à leur dissolution finale dans le melting-pot multiculturel.Il s\u2019agira plutôt de mener une contestation institutionnelle pour mettre fin au régime de l\u2019inégalité politique entre les peuples canadien, québécois et autochtones.Participer aux élections fédérales dans cet esprit ne risque pas de légitimer le fédéralisme canadien.C\u2019est une fausse crainte qui ne résiste pas à l\u2019analyse puisque ces représentants souverainistes articuleront une critique directe, active, et constante du régime fédéral et des effets de la centralisation politique.En étant au coeur du système, ils pourront utiliser ses ressources mêmes et sa visibilité pour entrer directement en communication avec le reste du Canada; ils pourront aussi utiliser cette tribune pour développer la conscience souverainiste en exposant à leurs compatriotes les inégalités structurelles engendrées par le fonctionnement du régime fédéral.Au lieu d\u2019écouter les mêmes voies qui du haut de leur arrogance méprisent les Québécois, les citoyens auront l\u2019occasion d\u2019entendre résonner une autre parole dans l\u2019enceinte du Parlement canadien.Ce discours percutant brisera le miroir aux alouettes d un Québec fédéraliste.Ainsi, nous aurions au moins au petit écran une image plus fidèle de la dualité canadienne.La mission de la députation souverainiste consistera à inverser les perspectives de l\u2019action des parlementaires québécois.Au lieu de quémander des concessions ponctuelles et aléatoires qui accentuent notre asservissement collectif, ces 566 L\u2019ACTION NATIONALE députés lutteront pour rapatrier au Québec les pouvoirs d\u2019un État souverain indispensables à notre développement.Cette lutte ne pourra aboutir qu\u2019après une élection provinciale où les Québécois se seront prononcés majoritairement en faveur de l\u2019option souverainiste.Laisser faire les centralisateurs ou leur imposer le cheval de Troie Dans cette perspective, ils constitueraient alors une force d\u2019appoint importante pour faciliter l\u2019accession du Québec à la souveraineté.Leur présenece à Ottawa éviterait le conflit de légitimité qui serait immanquablement invoqué, si comme c\u2019est le cas actuellement, la députation québécoise à Ottawa était fédéraliste à 100%.Ils faciliteraient aussi la reconnaissance internationale du nouvel État souverain.Nous ne pouvons être indéfiniment représentés à Ottawa par des députés qui, par leurs prises de position et leurs actions, contredisent la volonté de 50% de l\u2019électorat francophone québécois.Il serait naïf de penser que cette situation n a pas d\u2019incidences sur la crédibilité du mouvement souverainiste à l\u2019étranger et sur le progrès de l\u2019option souverainiste au Québec même.Les députés et ministres fédéraux du Québec disposent de moyens d\u2019intervention et d\u2019influence puissantes pour lutter contre le PQ.Leur arsenal financier et publicitaire a lourdement pesé dans la balance du résultat référendaire de mai 1980.Si on continue à les laisser faire on sera toujours dans un rapport de force défavorable à l\u2019heure du choix décisif.La présence d\u2019une députation souverainiste à Ottawa en plus de fournir une tribune de choix pour exposer la thèse souverainiste assurerait une meilleure défense des intérêts du Québec durant la période précédant l\u2019accession à la souveraineté.Ces députés ne participeront pas à l\u2019exercice du pouvoir mais ils disposeront d\u2019une influence stratégique beaucoup plus efficace que celle des libéraux car il y a de fortes probabilités qu\u2019ils détiennent la balance du pouvoir.Ils pourront ainsi exiger la juste part des Québécois dans la redistribution des ressources.En dépit du soutien massif qu\u2019ils ont obtenu du Québec les libéraux fédéraux n\u2019ont pas su maximiser les intérêts du Québec.Ils ont été utilisés pour cautionner la réduction des LE QUÉBEC DOIT ÊTRE REPRÉSENTÉ À OTTAWA.\t567 pouvoirs du Québec.Ils ont été incapables d\u2019infléchir la logique redistributive déterminée par les intérêts de l\u2019Ontario et de l\u2019Ouest.Ils ont contribué par leurs politiques à accentuer les tendances à la désindustrialisation, au sous développement et sa conséquence: la croissance du chômage.L\u2019Ontario par ses oscillations électorales a beaucoup mieux réussi à maximiser ses intérêts en obligeant le gouvernement libéral à répondre à ses exigences par le chantage à la non-réélection.Le changement d\u2019allégeance partisane d\u2019une province peut être plus bénéfique que le soutien indéfectible et répétitif.Comment interpréter autrement l\u2019attitude du gouvernement fédéral dans les dossiers récents de Chrysler, Ford, Massey Ferguson, les retombées du F-18 et Wolkswagen.Les exemples de promesses non-tenues et d\u2019inégalités de traitement sont trop nombreuses pour être le fait du hasard.Ce sont des effets structurels du système fédéral.Les députés libéraux du Québec n\u2019ont pas les mains libres pour défendre les intérêts du Québec.Ils doivent d\u2019abord penser à l\u2019intérêt pan-canadien et à l\u2019intérêt de leur parti.Pour se maintenir au pouvoir ils doivent se montrer intraitables envers le Québec.Ils ne peuvent donc pas favoriser de façon significative le développement du Québec en effectuant une répartition plus juste des ressources publiques.En étant dans l\u2019opposition, les députés combatifs et déterminés à défendre les droits du Québec pourront faire mieux en dévoilant les discriminations subtiles et les mécanismes de l\u2019oppression nationale.Ils mettront en évidence les inégalités structurelles entretenues par l\u2019État fédéral.Leur présence mettra le fédéralisme canadien à l\u2019épreuve en confrontant la vie politique canadienne à ses contradictions.Le système politique ne pourra sortir de la crise qu\u2019en acceptant de négocier une nouvelle entente reconnaissant la souveraineté politique du Québec.En faisant jouer la solidarité nationale québécoise sur la scène fédérale, la réalité des deux peuples s\u2019incarnera politiquement.Nous pourrons ainsi soutenir avec plus de force la résistance du gouvernement québécois au processus de centralisation politique.1.Le Devoir, 9 novembre 1981. 568 Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE-VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS %® des régions suivantes : La Société Nationale de i*£st du Québec\u2019 , La S.N.Q.de ia région des Hautes-Rivières La S.N.Q.de la région de l'Outaouais La S.N.Q.de la région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q de la région de 1\u2018Amiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de ia région Rlchelleu-Yamaska Le problème de l\u2019identité canadienne La naissance d\u2019un autre instinct par ODINA BOUTET Certaines fédérations de peuples semblent avoir pour résultat d\u2019éloigner la responsabilité que chacun devrait porter par lui-même.Lorsqu\u2019il s\u2019agit de peuples non identiques les uns aux autres, ils sont confondus sous un même vocable d office, Canadiens, Belges, Suisses, qui les désigne indifféremment, sans attribuer à chacun l\u2019exclusivité de ses actions.Ainsi, sous un même vocable, on désignera ce qui vient des uns et des autres, faisant porter les honneurs, aussi bien que les démérites, par tous ceux qui sont identifiés officiellement sous un même nom.Un coup d\u2019oeil sur la Belgique Pour nous accorder un regard nouveau, oublions un instant le cas de la fédération canadienne et voyons ce qui se passe dans une autre forme d\u2019État, en Belgique.\" Il y a là deux peuples, les Wallons et les Flamands, qui sont désignés sous le nom officiel de Belges.Les problèmes d\u2019ajustement, entre ces deux entités distinctes que forment les Wallons et les I lammands, sont déjà très connus dans leur ensemble: différences de langues, différences religieuses, différences d\u2019économie et de vie selon les régions propres à chacune des deux communautés.Leurs choix politiques vont même jusqu au soutien de partis politiques différents.Pourquoi dans l\u2019association belge est-il si difficile de faire surgir le sens des responsabilités, dans les actions propres à 570 L\u2019ACTION NATIONALE chacun des deux groupes, même politiquement?Les gouvernements qui se succèdent n\u2019arrivent pas à mettre en place des structures qui seraient fondées sur le principe de la responsabilité distincte, par une participation convergente mais également distincte.Un professeur d\u2019économie politique à l\u2019université Laval, M.Roger Dehem, lui-même d\u2019origine Belge, met en évidence le problème de la responsabilité financière dans les régions belges, dans un article publié par Le Soleil de Québec, le 8 septembre dernier.M.Dehem déplore les résultats du nouveau fédéralisme belge.Il cite la déclaration du premier ministre Mark Eyskens au sujet de la régionalisation du pouvoir économique: «Le fédéralisme économique à la belge n\u2019a rien résolu et le système belge fonctionne très mal».M.Dehem explique ainsi le problème: «C\u2019est que le nouveau régime est hybride, le principe de la responsabilité financière des régions n\u2019étant pas assuré.» On peut facilement être d\u2019avis qu\u2019il n\u2019existe pas nulle part sur terre de système parfait.Mais il semble que les problèmes de responsabilité vont toujours être plus grands ou plus imminents dans les systèmes qui ne distribuent pas au départ les identifications propres à ceux qui devront porter et les charges et les honneurs.Quand on supprime la désignation caractéristique propre à chacun et qu\u2019on la remplace par une désignation plus générale et moins indicatrice du caractère, on expose la personnalité à moins de responsabilité.En un mot, de la même façon qu\u2019on emprunte, que ce soit un nom ou une bannière, on peut aussi emprunter les mérites, au lieu de faire l\u2019effort soi-même.Si les habitudes de moeurs et de mentalité forment la personnalité, la dérobade devant les responsabilités mine la personnalité et supprime pour elle une occasion irremplaçable d\u2019acquérir une dimension honorable.Qui fait quoi?Lorsque des peuples distincts mènent une action commune, il est clair qu\u2019à ce moment-là, ils ont une responsabilité commune.Tel n\u2019est cependant pas le cas lorsqu\u2019il s\u2019agit de leur vie en propre et de son organisation politique, prise au LA NAISSANCE D'UN AUTRE INSTINCT 571 sens large du mot, essentielle à l\u2019établissement des règles de conduite par lesquelles toute société gouverne sa vie.Ainsi, pendant qu\u2019un Flamand pédale, parce qu\u2019il a le mérite de le faire, et qu\u2019il remporte au nom de la Belgique un trophée sur ses adversaires et des honneurs pour son pays, un Wallon va-t-il crier partout qu\u2019il n\u2019y a pas de participation, ou encore, va-t-il se faire péter les bretelles de Belge?Quand on porte un même nom et que l\u2019honneur rejaillit sur ce nom, comment départager les mérites et, par conséquent, les responsabilités?Au niveau officiel, on espère toujours recueillir les avantages rapportés indifféremment par l\u2019une ou l\u2019autre des deux communautés, s\u2019il y en a.Mais, malgré les difficultés politiques qu\u2019entraînent ce type de fédération, le problème le plus grave n\u2019est-il pas au niveau humain, là où se développe ou non le sens des responsabilités autres qu\u2019individuelles, les responsabilités personnelles, celles qui s\u2019identifient à la vie d\u2019un groupe caractérisé dans lequel se forme la personnalité distinctive.Ces responsabilités ne peuvent être cultivées que si les distinctions sont rendues plus faciles que les penchants au moindre effort.Or, concernant les distinctions et les identifications, il faut voir que les symboles, les couleurs et les noms officiels, lorsqu\u2019ils sont utilisés par des peuples différents, ne recouvrent pas des activités égales entre ces peuples.L\u2019ampleur de leurs significations ne peut pas non plus être égale.C\u2019est ainsi que les peuples dominants dans les activités officielles recouvrent les symboles d\u2019une signification qui s\u2019applique d\u2019abord à eux, et seulement dans une moindre mesure aux autres peuples qui partagent leurs symboles, leurs couleurs et leurs noms officiels.Lorsque les moins représentés de ces peuples appliquent leur âme ou leur personnalité à ces signes qui devraient les refléter ou les exprimer, non seulement ils n\u2019en ont pas l\u2019exclusivité mais ils n\u2019y retrouvent que plus ou moins d\u2019authenticité. 572 L'ACTION NATIONALE Ce défaut de personnalité, dans les symboles mêmes, repousse l\u2019effort loin de ceux qui n\u2019ont pas l\u2019avantage de marquer les signes de leur mérite propre.Ils sont peu à peu dépourvus de leurs modèles authentiques et se mettent à emprunter ainsi les modèles qui leur sont présentés des autres.Aucune civilisation, aucune culture de leur cru, ne sont alors possibles pour eux à un niveau qui dépasse une organisation distincte de leur société.L\u2019envergure et le développement politique, au sens large du terme, dans l\u2019organisation distincte de chacune des sociétés, sont une articulation essentielle de la culture et de la civilisation dont chacune voudrait être fière.Chaque société humaine organisée pour survivre a la tâche de sauvegarder et de faire s\u2019épanouir la personnalité qui la distingue.Au sein des fédérations politiques, aucune société qui veut garder sa vie distinctive ne peut abandonner le combat de sa propre personnalité.Comme il y a des personnalités de peuples différents dans certaines fédérations, les rivalités sont naturelles pour le soin de chacune.L\u2019intelligence des situations devient alors nécessaire et pour cela, aucun engagement ne doit être pris qui pourrait nuir aux conclusions ou aux raisonnements propres à chacune des sociétés.L\u2019aspiration vitale de chacune sera toujours d\u2019échapper à l\u2019envahissement de sa vie et de son organisation par les autres sociétés.En ce sens, aucune fédération de peuples non identiques culturellement ne devrait être considérée comme un idéal à atteindre ou à perpétuer.La fédération de peuples non identiques ne comporte que des avantages temporaires pour ceux qui ne sont pas en état d\u2019assumer autrement le développement et le soutien d\u2019une politique de subsistance.Au Canada, en ce qui nous concerne directement, voyons comment l\u2019intelligence des situations nous est nécessaire et quels sont les engagements que nous y avons pris qui nuisent à des conclusions selon notre personnalité distincte.Sous le couvert d\u2019une fédération de Provinces, le Canada a fédéré deux peuples différents, un francophone et un LA NAISSANCE D\u2019UN AUTRE INSTINCT 573 anglophone.La tradition a voulu que nous les appelions Canadiens anglais d\u2019une part, pour les différencier des Canadiens français d\u2019autre part.Mais en fait, il n\u2019y a officiellement dans les structures politiques de cette fédération que des Provinces et des Canadiens.Cette situation officielle devrait nous inspirer de la méfiance, dans un pays où le juridique ne protège pas nécessairement la tradition, qui peut être maintenue ou supprimée, selon qu\u2019elle sert les avantages ou les ambitions du groupe influent, là où il domine.Voir le jugement récent de la Cour Suprême sur la réforme constitutionnelle et le non respect des conventions.Début de la substitution entre Canadiens et Anglais Quand les Anglais ont pris par les armes le Canada qui était alors établi et fondé par des Français, le peuple fondateur portait ici le nom de canadien.Les Anglais ont ensuite utilisé un subterfuge connu depuis la fondation de Rome.Comme les Troyens qui prirent le nom des Latins après les avoir vaincus, ils prirent le nom des Canadiens dans un pays qui continuerait à s\u2019appeler Canada.Les vaincus porteraient ainsi le nom des vainqueurs sans avoir à changer de nom, dans une transition lente et insensible de sa signification.Tite-Live avait écrit: «Aeneas, Latinos utramque gentem appellavit.» Donc, chaque fois qu\u2019il fut question de Canadiens ou du Canada, la première intelligence que nous en avions était qu'il s\u2019agissait de nous et de notre pays.L\u2019isolement traditionnel, dans lequel nous avons vécu comme peuple canadien-français, a favorisé cet entendement que nous gardions de notre identité.Mais pendant que nous survivions ainsi, Dieu merci, les Canadiens anglais, eux, développaient leur civilisation et leur culture sur tout le territoire, démocratiquement parlant, par leur nombre et leurs institutions.Notre isolement n\u2019en fut pas alors dérangé, car les mots qui nous étaient appliqués nous désignaient encore, tandis que l\u2019action des Canadiens anglais était officiellement rapportée 574 L\u2019ACTION NATIONALE comme étant pour le Canada, donc pour notre pays, en tant que Canadiens, donc pour nous pensions-nous sans y penser.Nos paroisses étaient nos véritables limites et les Canadiens anglais n\u2019y venaient pas, sauf pour quelques milliers d\u2019Irlandais, catholiques et familiers de nos organisations locales.Ainsi, tout ce monde était canadien et nous n\u2019allions pas voir bien loin, ce que cela signifiait dans les autres Provinces et les autres mentalités.Pourtant, nous le savions.Nous l\u2019avons toujours su.Nous savions que le Canada devenait de plus en plus anglais, que ses institutions officielles étaient anglaises.Mais nous le sentions plus ou moins.Une fierté d\u2019être canadien, cent pour cent, ou pure laine comme disaient nos amis irlandais, avait remplacé dans notre esprit le besoin d\u2019une conclusion plus avancée.Notre consolation était là, face à un danger qui ne se montrait pas à une raison qui ne l\u2019incluait pas.Une raison apprivoisée par une émotion étrangère.Nous avions pris un engagement canadien, dans un pays que nous disions encore le nôtre, mais dans des institutions qui venaient d\u2019une autre sorte de Canadiens que la nôtre.Nous étions engagés avec eux, dans une entreprise commune qui recoupait la nôtre et la remplaçait progressivement partout où elle en trouvait l\u2019occasion ou la nécessité.Ce remplacement, une entente de vie commune nous interdisait tacitement de le raisonner plus avant.Nous avions accepté la dimension canadienne, et nous étions pris formellement dans l\u2019obligation morale d\u2019accepter sa présence comme légitime.C\u2019est ainsi que le passage d\u2019une dimension à l\u2019autre, de la canadienne-française authentique à la canadienne officielle, devenait comme un mode de vie naturel, alors que de plus en plus il contredisait fondamentalement la vie propre de la société canadienne-française en ce qu\u2019elle a de différent.La dimension canadienne prenait le caractère canadien-anglais, par la prédominance du vainqueur installé dans le nom du vaincu, et tout ce qui devenait canadien devenait canadien-anglais, sans avoir à en prendre le nom.Cette conclusion, nous n\u2019avons jamais su la faire instinctivement, parce que quelque chose nous retenait logiquement: LA NAISSANCE D'UN AUTRE INSTINCT 575 nous avons toujours soutenu avec entêtement que le Canada était à nous, que nous étions les vrais Canadiens, et que les autres n\u2019avaient qu\u2019à se canadianiser.Nous avons grandi dans cette mentalité, nous avons étudié l\u2019histoire et la politique dans cette perspective.C\u2019était devenu notre logique cana-dienne-française.Quelque chose de naturel nous y poussait: notre nom et notre identité.Mais nous avions été trompés par le vainqueur, précisément sur l\u2019identité.Il s\u2019était installé dans notre nom et celui de notre maison.Nous disions: il n\u2019a qu\u2019à changer de caractère.Mais il ne changera pas de caractère, nous le savons maintenant.C\u2019est nous qui sommes forcés de changer le nôtre et de nous rapprocher du sien.C\u2019est cela que la dimension canadienne nous oblige à faire.Quand nos symboles canadiens-français deviennent canadiens, que ce soit l\u2019hymne Ô! Canada ou la feuille d\u2019érable ou notre nom ou le nom de notre pays, ils prennent le caractère canadien-anglais, comme nous devons le faire à mesure que nous nous rapprochons d\u2019eux.C\u2019est cela que nous comprenons maintenant après si longtemps.Nos activités comme peuples différents à l\u2019intérieur du Canada ne sont pas égales, comme nos institutions ne sont pas égales et comme notre participation ne peut pas être égale.Nous sommes alors moins représentés, par la nature même de notre représentation qui doit devenir canadienne au lieu de rester canadienne-française.Pendant ce temps, la représentation canadienne-anglaise n\u2019a qu\u2019à rester ce qu\u2019elle est dans le nom des Canadiens et du Canada et de ses institutions.Ce n\u2019est pas égal comme condition de participation, dès l\u2019engagement.La seule libération possible Maintenant que nous sommes en train de comprendre que devenir canadien ce n\u2019est pas devenir canadien-français, une autre conclusion que l\u2019ancienne s\u2019installe dans notre pensée.Elle va faire son chemin.Notre raison se libère du frein canadien. 576 L\u2019ACTION NATIONALE Les Canadiens-Français sont intelligents, ils ne croiront pas au cercle carré.Ceux qui persiste à espérer dans le rêve canadien vont, un jour ou l\u2019autre, être mis en présence de leur humiliation et de leur erreur fondamentale.Ils vont apprendre à tirer de cela une conclusion instinctive, tout naturellement.Vont-ils pouvoir la transmettre à leurs enfants?C\u2019est de cette conclusion instinctive que la nouvelle logique d\u2019un autre engagement prendra ses racines profondes et que notre mentalité et notre culture se transformeront en une authentique civilisation québécoise.Alors, nous ne céderons plus ni nos symboles ni notre identité, à quelque vainqueur que ce soit.Nous garderons notre personnalité de façon à la faire vivre nous-mêmes, en prenant à notre compte nos responsabilités, dans nos couleurs à nous.Nous aurons alors compris que tout ce qui vient de nous et qui passe au nom du Canada est perdu pour nous.Nous sommes un peuple distinct, qui doit sortir d\u2019une fédération qui le confond.C\u2019est une condition essentielle à la vie de notre personnalité.Le renouvellement ou la restauration de nos modèles de vie feront notre civilisation authentique, et sa représentation n\u2019aura plus à se rabattre systématiquement sur la caricature de quelqu\u2019un ou de quelque chose.Nos artistes pourront faire autre chose que de caricaturer ceux qu\u2019ils veulent représenter, que ce soit les Duplessis en série ou les Dollard Des Ormeaux en format réduit.La foi dans l\u2019avenir Nous devons nous mesurer à notre foi, avant de nous mesurer aux pragmatistes ou aux faiseurs qui submergent le continent.La foi n\u2019est pas strictement une confessionnalité religieuse, mais plus profondément une démarche de l\u2019être, quand il tend vers une substance qui nourrit l\u2019univers.Nous sommes nés du monde de la foi.Nos origines remontent plus loin que celles du sang, plus loin que celles de la race.C\u2019est le monde de la foi qui nous a introduit dans LA NAISSANCE D'UN AUTRE INSTINCT 577 l\u2019univers.Nous appartenons à ce monde-là, par la forme même de notre pensée et la démarche de notre esprit.En ce sens, nous avons appris à penser de ceux qui ont fait penser Homère, de ceux qui ont fait briller le fronton du temple d\u2019Apollon.La démarche de notre pensée suit depuis lors le même cours, que nous soyons le plus misérable des mendiants ou le plus vénérable des savants, nous sommes inquiets de la même mesure de l\u2019univers, de la même obole que les dieux voudront nous verser.Des siècles ont vu s\u2019étendre nos pensées comme des racines.C\u2019est la quête de notre esprit.Nous sommes tournés vers ce qui vient de la gratification suprême et nous devons rendre la gratitude: c\u2019est là le fondement civilisateur de notre foi.Dans cette Amérique et ce Canada, nous sommes confrontés à un monde qui n\u2019est pas de nous, et qui a l\u2019impudence de changer le sens des significations au gré de ses ambitions.C\u2019est le monde pragmatiste et profiteur, qui ne se laisse pas dicter les fins en dehors ni au delà des siennes.Il n\u2019a de gratitude que pour le succès de ses plans.Ce monde pragmatiste prétend qu\u2019il faut comprendre avant de croire.C\u2019est une négation même de la foi, car croire c\u2019est vivre et il faut précisément vivre avant de comprendre.La civilisation québécoise est le premier enjeu Notre première responsabilité, dans l\u2019univers créé, n\u2019est pas envers les plans des hommes, à moins qu\u2019ils ne les aient modelés sur ceux des dieux, comme les Hellènes dans le compagnonnage de leur pensée et de leur foi.Cette alliance ne leur permettait pas de fausser le sens des lois divines ni le sens des mots, en accord avec le cours de leur pensée, fondée sur les rapports les plus manifestes des éléments de l\u2019univers.Le lien, entre cette première responsabilité fondamentale et les multiples responsabilités qui nous attendent dans l\u2019organisation quotidienne de notre vie, donne le sens à notre personnalité.Nous n\u2019avons pas le droit de l\u2019escamoter dans le creuset de quelque fédération que ce soit. 578 L'ACTION NATIONALE La fédération canadienne a substitué notre responsabilité.Elle a fait de nous des êtres bornés à un engagement aliénateur, selon l\u2019intensité de notre participation, par l\u2019alliance entre deux peuples aux intentions différentes.Elle a substitué nos raisons, en établissant nos moeurs dans une participation inégale.Elle a substitué notre existence, en confondant notre identité dans celle d\u2019un autre peuple.Cette fédération a fait pire que de fédérer deux peuples inégalement, elle a ignoré l\u2019identité du vaincu en donnant son nom au vainqueur.C\u2019est une négation même de la plus petite parcelle d\u2019intention de le voir subsister.Il reste aux Canadiens-Français à sortir de cette fédération, à se redonner une identité qu\u2019ils sauront protéger pour eux-mêmes d\u2019abord, pour leur foi en la vie et en l\u2019univers, dans une civilisation bien enracinée au Québec.Le Canada, les Canadiens, cela ne peut pas être n\u2019importe quoi pour les Québécois.La réalité d\u2019une civilisation québécoise, c\u2019est seulement au Québec que nous pouvons la faire vivre.C\u2019est ce même amour d\u2019une civilisation canadienne-française qui a été prêté à un Canada qui n\u2019existe plus, puisque nous sommes sortis de l\u2019isolement et que nos illusions doivent s\u2019éteindre avec ses images de fiction.Etre canadien, dans ce sens-là, c\u2019est au Québec seulement que cela fut.Aidons nos gens à comprendre que leur Canada ne peut être que le Québec.L\u2019autre Canada, c\u2019est une substitution et une perte de responsabilité pour nous. L\u2019abbé Groulx par JEAN ÉTHIER-BLAIS Qui peut affirmer que l\u2019abbé Groulx était antisémite?Ceux qui ne l\u2019ont pas connu, sans cloute, qui n\u2019ont pas été ses élèves, qui n\u2019ont pas lu ses livres.Ce que je sais, moi, qui l\u2019ai fréquenté, qui ai eu l\u2019honneur de l\u2019entendre à l\u2019Université, à qui il a prodigué, indigne que j\u2019étais, les marques de sa dilection intellectuelle, c\u2019est que, dans l\u2019ordre de l\u2019esprit, il fut un grand homme, parfaitement hors du commun, un génie si l\u2019on veut, et que, dans l\u2019ordre moral, je le considère comme un saint, au sens où Vivekanada est un saint, ou est un Saint le Père Teilhard de Chardin; être hautement spiritualisé, qui ne vit, en dernière analyse, que pour les idées et par elles.Mais l\u2019abbé Groulx était aussi un historien, et qui plus est, un homme engagé dans l\u2019action.Cet historien avait une âme.Il a donc parlé à ses contemporains le langage de son temps.Pendant des années, ses ennemis (qui, comme par hasard, furent et sont toujours les adversaires du déroulement organique de notre histoire) l\u2019ont accusé de racisme, sous prétexte que, comme Louis Hémon et tant d\u2019autres, il utilisait l\u2019expression «race canadienne-française».L\u2019usage est vieilli, mais il nous venait tout droit du passé.Les Canadiens-Français de cette époque l\u2019employaient sans se poser de questions; faut-il en conclure que nos ancêtres étaient tous, comme Monsieur Jourdain avec la prose, des racistes sans le savoir?.Nous avons pris l\u2019habitude d\u2019être d\u2019accord avec toutes les réprimandes, d\u2019où qu\u2019elles viennent.Nous avons toujours tort à nos propres yeux.Et pendant un siècle, nous avons accepté, 580 L\u2019ACTION NATIONALE tête baissée, des injures de ce genre.Pour ma part, moi qui aime la terre entière, qui, à titre de francophone en Amérique du Nord, suis la victime du racisme ambiant, j\u2019en ai assez.Ras le bol.Je circule dans le monde entier.Je ne vois partout, à commencer par le Proche-Orient, que des luttes qui prennent naissance dans le racisme, ou qui débouchent sur lui.Or, j\u2019appartiens à l\u2019une des nations les plus faibles et les plus accueillantes qui soient.Et ce serait moi, par définition, le raciste?C\u2019est un peu fort.Mais voilà le hic.On peut nous accuser de tout.Nous sommes toujours coupables.Beau résultat de deux siècles de faiblesse et d\u2019humiliations.Je voudrais bien voir la réaction en Allemagne si le premier venu écrivait dans la Frankfurter Allgemeine, que Ranke, par exemple, ou en Russie, que Marx, était antisémite.Or, dans le cas de Marx, c\u2019est chose certaine.Cessera-t-on au Québec d\u2019enseigner sa doctrine?Déboulonnera-t-on ses statues?Karl Marx peut se permettre de penser et d\u2019écrire ce qu\u2019il veut.Nos arbitres en morale collective s\u2019inclinent.Il a eu cette chance énorme de ne pas naître Canadien-Français.Ceci me ramène à l\u2019abbé Groulx.Il écrivait aussi, disais-je, pour les hommes de son temps.Or, ses compatriotes avaient besoin de leçons quotidiennes d\u2019énergie.Il leur proposait des exemples de cohésion économique et de solidarité ethnique, puisque nous-mêmes, dans notre propre pays, en étions réduits au statut objectif d\u2019immigrants.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019il parlait des Anglais et des immigrants juifs.Il n\u2019y avait pas en lui de violence; mais une légitime impatience devant le spectacle de la réussite des autres et de l\u2019incurie de cette majorité bonasse qui refusait de prendre son destin en main.Les campagnes d\u2019achat chez-nous étaient-elles des manifestations de racisme?Elles n\u2019existèrent que parce que la faiblesse idéologique des Canadiens-Français frise constamment l\u2019abandon.Lorsqu\u2019on songe qu\u2019il n\u2019y a à Montréal et à Québec pas un seul grand magasin eanadien-français, on se rend compte à quel point l\u2019abbé Groulx avait raison et à quel point il prêchait dans le désert.Il est mélancolique d\u2019avoir à rappeler de pareilles évidences de notre histoire récente.Mais combien tenace est l\u2019ignorance. L\u2019ABBE GROULX 581 Ce qui me choque le plus dans ce procès d\u2019intention, c\u2019est qu\u2019à l\u2019époque de Groulx, il y avait en Europe des antisémites qui ont droit aujourd\u2019hui à des rues et à l\u2019admiration des peuples.Prenez l\u2019affaire Dreyfus.Valéry y fut résolument anti-juif, ainsi que Mallarmé, si je ne m\u2019abuse.Cela en dit long.Et Gide?Lorsque Léon Blum devint Président du Conseil, ce n\u2019est pas l\u2019abbé Groulx qui attaqua l\u2019homme, c\u2019est Gide.Il écrivit des lignes peu flatteuses sur les origines juives de l\u2019auteur du Mariage.L'Action française faisait profession d\u2019antisémitisme; l\u2019abbé Groulx dirigea ici une revue qui porta ce nom et qui devint par la suite l\u2019Action Nationale.Mais les circonstances qui entouraient la pensée furent, dans les deux cas, radicalement différentes.Etre raciste, ce n\u2019est pas, dans un mouvement de colère ou d\u2019ennui, dire du mal d\u2019un groupe humain; à ce compte, on pourrait être raciste à l\u2019intérieur de sa propre nation.Nietzsche, qui détestait et méprisait les Allemands, fut-il raciste anti-allemand?L\u2019abbé Groulx n\u2019a jamais persécuté personne.Au contraire, c\u2019est lui, le persécuté.S\u2019il fut anti quelque chose, ce fut anti-anglais et anti-canadien-français.Anti-anglais parce qu\u2019il voyait en nos compatriotes les héritiers de l\u2019exploitation colonialiste, qui ne dirigeaient le Canada qu\u2019afin de mieux protéger leurs intérêts de caste et de race; anti-canadien-français dans la mesure où il méprisait notre chiennerie.C\u2019était un homme fier.C\u2019était aussi un homme de travail.Il est extraordinaire et proprement inacceptable que quiconque, quel que soit le sentiment qui le meuve, puisse parler de l\u2019abbé Groulx sur le ton qu\u2019on a employé récemment.Voilà un homme qui a légué à ses compatriotes et à la langue française une oeuvre impérissable, la plus haute de notre littérature; expression de notre esprit, l\u2019un des corpus intellectuels les plus significatifs de l\u2019Amérique; un homme qui a consacré sa vie à défendre, souvent seul et contre ces puissances d\u2019obscurantisme qui se masquent encore sous le nom de démocratie, son peuple, sa langue, sa foi, toutes choses auxquelles il croyait; un homme qui a revitalisé sa nation; en un mot, toutes proportions gardées, l\u2019un des hommes les plus symboliques de la civilisation occidentale dans ce qu\u2019elle a de créateur au 582 L\u2019ACTION NATIONALE vingtième siècle.Et cet homme, dans la ville où il a oeuvré, où son esprit flotte encore, animant les coeurs et les intelligences, on lui dénie une statue.Eh bien! qu\u2019on ne la lui élève pas, cette statue, j\u2019en serais enchanté, oui enchanté; ce serait la preuve une fois de plus que nous n\u2019avons pas changé, que nous ne méritions pas d\u2019avoir parmi nous, de compter dans nos rangs de nains, un homme de la taille de l\u2019abbé Groulx.Pourquoi pas, à la place, des statues bicéphales à Saint-Laurent-Pearson, Mackenzie King-Lapointe, Trudeau-Chrétien?L\u2019abbé Groulx avait fière allure.Il avait la dent dure.Comme il aurait ri, comme sans doute il se serait moqué, aussi.Mais nous, pleurons sur le triste destin de notre pays bien-aimé! (LE DEVOIR, 31 octobre 1981) AVEZ-VOUS LU?François-Albert Angers, BÂTISSEUR DE PAYS Un universitaire de Toronto, John Grube, analyse la pensée de M.Angers et tente de définir l\u2019évolution du nationalisme canadien-français.Cette étude fait comprendre l\u2019é.olution politique vécue au Québec et les orientations présentes de la nation franco-québécoise.Éditions de l\u2019Action nationale.Mars 1981 \u2014 260 pages \u2014 $12.COMMANDEZ DÈS AUJOURD\u2019HUI.ADRESSEZ VOTRE CHEQUE ET COMMANDE À ACTION NATIONALE 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 337-7244 Au fil de l\u2019actualité par PATRICK ALLEN Le Québec crée 133 000 emplois en douze mois De juillet 1980 à juillet 1981, malgré l\u2019état maussade de la conjoncture économique, le Québec a réussi à créer 133 000 emplois salariés pour grossir l\u2019ensemble de ses industries non agricoles.Ces données ne viennent pas des politiciens, mais de Statistique Canada, comme l\u2019a écrit Jean Poulain dans la Presse du 30 octobre 1981.Un porte-parole de la Division du travail de Statistique Canada n\u2019a pas pu expliquer formellement les raisons profondes de cette performance remarquable, mais il a fourni au journaliste la ventilation, par secteur d\u2019activité, des changements survenus.Répartition des emplois salariés non agricoles créés en 12 mois au Québec (juillet 1980/81, Statistique Canada) Industries manufacturières\t+15\t000 Construction\t+15\t000 Transport\t-10\t000 Commerce\t+ 36\t000 Services\t+ 66\t000 Finance et activités connexes\t+ 4\t000 Autres secteurs\t+13\t000 +133 000 La performance du Québec aurait été plus brillante encore sans la grève des postes. 584 L\u2019ACTION NATIONALE Dans le centre-ville de Montréal: $800 millions de nouvelles constructions Pas moins de 13 chantiers actifs concentrés dans le centre-ville de Montréal représentent des investissements de $800 millions et fournissent du travail à des milliers d\u2019ouvriers et à des centaines de cadres et de professionnels.Des 13 projets en cours de réalisation, on compte 10 grands immeubles à bureaux, un hôtel (le Centre Sheraton), un centre communautaire d\u2019habitation pour la communauté chinoise et le Palais des Congrès.Deux super projets représentent des investissements qui dépassent la moyenne: celui de Bell Canada-Banque Nationale dont la mise de fonds est de $150 millions et celui de la Place Guy-Favreau, $130 millions.Ce projet, à la suite de longues tergiversations du gouvernement fédéral, a perdu beaucoup de son importance depuis l\u2019annonce qu\u2019on en avait fait il y a dix ans.Dans l\u2019ensemble, ces treize projets constituent un «boom» extraordinaire qui dépasse les sommets de 1976.Un record de tous les temps en ce qui a trait à la construction simultanée d\u2019édifices commerciaux.350 millions de dollars d\u2019exportation québécoise au Japon L\u2019an dernier, la valeur des exportations québécoises au Japon a atteint 350 millions de dollars.Une cinquantaine d\u2019entreprises sont parvenues à percer ce marché, notamment dans le secteur agro-alimentaire, viande de porcs surtout et dans des domaines très spécialisés, patins, bâtons de hockey, vêtements de fourrures, etc.C\u2019est vers ces créneaux particuliers et d\u2019autres qui touchent à l\u2019énergie électrique, aux cultures bactériologiques, à la bio-chimie que les exportateurs doivent orienter leurs efforts.On a pu faire face à ces faits et à ces possibilités lors d\u2019un colloque sur le Japon de l\u2019Association des MBA québécois.Les habitudes d\u2019affaires au Japon sont «à ce point différentes des us et coutumes nord-américaines qu\u2019il importe d\u2019abord de se familiariser avec elles avant de songer à commercer sérieusement avec le pays du Soleil levant.Voilà comment on peut AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ 585 résumer les conclusions retenues des discours des experts présents au colloque, notamment le spécialiste américain des questions japonaises, Ezra Vogel, auteur du «best seller» Japan as Number One, comme le rapporte Le Soleil du 10 novembre 1981.Un ministre québécois chargé du commerce extérieur La nomination prochaine d\u2019un «ministre chargé du commerce extérieur» au Québec est une nouveauté et une initiative économique intéressante annoncée par le Premier ministre René Lévesque, lors de son discours inaugural à l\u2019Assemblée nationale en novembre 1981.Important exportateur de matières premières, désireux d\u2019augmenter celle de ses produits manufacturés plus ou moins spécialisés, le Québec a besoin d\u2019un agent économique dynamique pour répondre aux besoins des marchés, prospecter les débouchés et coordonner, sans jamais la remplacer, l'initiative des entreprises d\u2019exportation.Les coopératives dans la crise économique Jusqu\u2019à 1980, les Caisses Pop affichaient un actif en croissance: de 20% par an, un membership en progression de 5,5% annuellement dans 1560 caisses, donc d\u2019excellents résultats.En 81, tout laisse croire que la performance sera moins bonne mais qu\u2019elle sera supérieure à celle des «crédit unions» des autres provinces.Le premier défi à relever ces prochaines années sera celui de la syndicalisation qui changera radicalement les rapports dans l\u2019entreprise.Le personnel est le principal poste de dépenses après le versement d\u2019intérêt et il représente un coût de 16 à 17%.Les caisses sont contraintes d\u2019y faire attention.La concurrence avec les Big five» du système bancaire est rude et certains citoyens peu imprégnés de la philosophie de la coopération sont tentés de transférer leurs fonds vers le plus fort des concurrents.Pour en savoir plus long sur cette question cruciale, ceux que hante la coopération au Québec, n\u2019ont qu\u2019à prendre 586 L\u2019ACTION NATIONALE connaissance du Dossier spécial paru dans Le Devoir du 19 novembre 1981 sur «Les coopératives dans la crise économique».Une dizaine de sujets forment ce dossier.Caisses de retraite: Parizeau veut une transférabilité totale Le débat sur les caisses de retraite dans les entreprises revêt de plus en plus d\u2019importance: certaines entreprises n\u2019en ont jamais eu et n\u2019en veulent pas; d\u2019autres en créent à retardement ou avec de médiocres moyens, ou avec plus de générosité.Mais la transférabilité est généralement le problème majeur, mal posé et jamais résolu.Au début de novembre, le ministre Jacques Parizeau a déclaré que «les compagnies privées devront trouver un moyen d\u2019assurer la transférabilité complète de l\u2019argent accumulé dans les fonds de pension par les travailleurs lorsque ceux-ci changent d\u2019emploi», selon ce que rapporte Michel Nadeau, dans Le Devoir.M.Parizeau a déploré le sort des travailleurs qui quittent leur emploi et qui doivent se contenter d\u2019attendre à 65 ans pour récupérer l\u2019argent investi «gelé» et «non indexé».Un détail d\u2019un an est laissé aux entreprises pour se concerter avec le gouvernement.«Québec Sciences » l\u2019histoire d\u2019un succès» Québec Sciences est un magazine qui répond à un besoin du public québécois qui veut comprendre ce qui se passe dans le monde où la science et ses applications ont des répercussions sur la vie de tous les jours.Cette revue a pris la relève du Jeune scientifique en 1970.Elle tire à près de 23 000 exemplaires et rejoindrait environ 60 000 personnes dont l\u2019âge moyen est de 26 ans.Elle a un budget d\u2019environ $500 000 et est publiée par les Presses de l\u2019Université du Québec.Son bilan est positif.On peut cependant reprocher aux responsables le manque de sens critique sur l\u2019enseignement des sciences au Québec. AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ 587 Le français langue d\u2019expression scientifique?Les résultats des recherches faites par les Francophones au Québec sont-ils publiés en français ou en anglais, dans quelle proportion et pourquoi?Selon un sondage réalisé par la firme CROP, «entre juin 1979 et juin 1981, dans les sciences de la santé et les sciences exactes, la proportion des articles publiés en anglais au Québec a atteint 71 pour cent, et même les 85 pour cent dans les centres paragouvernementaux de recherches industrielles.» Lors du colloque inter-francophone sur l\u2019avenir du français dans les publications et les communications scientifiques et techniques de novembre à Montréal, un grand nombre de participants semblaient s\u2019aplatir ou se soumettre facilement devant l\u2019ethnocentrisme anglophone croissant dans les publi-caions scientifiques.Une chargée de recherche, Marie-Claude Smots de Paris, a suggéré que «les chercheurs produisent d\u2019abord dans leur langue, quitte à faire traduire ensuite leurs publications en anglais.» Même la politique volontariste préconisée sera impuissante, à moins qu\u2019elle ne sensibilise les chercheurs et débouche sur la création «d\u2019un espace scientifique et technologique francophone».Le diagnostic et le pronostic sont venus comme il se devait de Jean-Pierre Chevènement lui-même, ministre d\u2019État et ministre français de la Recherche et de la Technologie: «Pour la première fois de son histoire, le français se trouve confronté à la menace de sa disparition.Le Québec est l\u2019avenir de la France, à la fois parce que le risque de la submersion y est davantage présent, parce qu\u2019il y est mieux perçu et parce qu\u2019il y est mieux combattu.Si la France ne réagit pas aujourd\u2019hui, qui ne voit qu\u2019elle sera dans cinquante ans le Québec de l\u2019Europe.» Mirabel: dix organismes pressent Ottawa La population de Mirabel exige du gouvernement fédéral de lui redonner un statut identique à celui des autres citoyens 588 L\u2019ACTION NATIONALE du pays, excédée d\u2019être en tutelle depuis l\u2019expropriation de son territoire en 1969 pour la construction de l\u2019aéroport international.Le regroupement des huit comprend la municipalité et la Chambre de commerce de Mirabel, la Fédération des Lauren-tides de l\u2019UPA, l\u2019Association des jeunes agriculteurs de Deux-Montagnes, l\u2019Évêque de Saint-Jérôme, la Zone pastorale du territoire périphérique, le Centre d\u2019information et d\u2019administration communautaire, le Syndicat de passe de l'UPA de Sainte-Scholastique, l\u2019Association des expropriés non-occupants et l\u2019Association des résidents et commerçants.Ce geste de solidarité peu commun est étayé d\u2019une déclaration qui fait état de trois principes urgents et capitaux.Québec contrôle l\u2019Asbestos Une entente entre le gouvernement du Québec et General Dynamics a été conclue en novembre en vertu de laquelle «les ennemis jurés d\u2019hier deviendront des partenaires dans l\u2019exploitation de l\u2019amiante», écrit Donald Roy de la Presse Canadienne.On sait que General Dynamics, avec 54,6 pour cent des actions, était le principal actionnaire d\u2019Asbestos.Selon le scénario retenu, le gouvernement du Québec s\u2019est pas porté acquéreur dans l\u2019immédiat des actions d\u2019Asbestos détenues par General Dynamics: il a ainsi un droit de vote majoritaire qui lui assure le contrôle pratique de l\u2019entreprise.«La plupart des observateurs ont estimé que le gouvernement du Québec s\u2019est bien tiré d\u2019affaires avec General Dynamics de St-Louis, Missouri, après quatre ans de laborieuses négociations, comme l\u2019explique Joël Ruimy, dans Le Soleil.Mais le critique officiel de l\u2019opposition à l\u2019Assemblée nationale, Daniel Johnson, a répliqué: «Trop cher.; ce n\u2019est pas d\u2019une transaction de $16 millions dont il faut parler, mais de plus de $100 millions.Et on ne crée aucun emploi puisque, à ma connaissance, il n\u2019y a aucun plan directeur dans ce sens-là.» Un autre dossier à suivre de près. AU FIL DE L'ACTUALITÉ 589 Métaux au Québec: valeur triplée La valeur de la production des métaux au Québec a presque triplé en dix ans, passant de $493 millions à $1,4 milliard par année, bien que le volume ait fait une chute importante.Il faut se rappeler que la production minérale comprend les minéraux métalliques comme l\u2019argent, l\u2019or, le cuivre, l\u2019étain, le zinc; les minéraux non-métalliques comme l\u2019amiante, l\u2019azote, le quartz, le sel, le soufre, la tourbe; les matériaux de construction comme la chaux, le ciment, la pierre, les produits d\u2019argile, le gravier et le sable.Le tableau ci-dessous est significatif.Il est de Jean Poulain de La Presse et tiré d\u2019une publication que vient de faire paraître le ministère québécois de l\u2019énergie et des ressources.Valeur de la production minérale du Québec en $ millions (chiffres arrondis) \tMétaux\t%\tMinéraux industriels 1970\t$\t493\t61\t$216 1971\t437\t57\t214 1972\t436\t56\t218 1973\t522\t55\t247 1974\t677\t54\t321 1975\t670\t53\t286 1976\t739\t48\t466 1977\t779\t47\t519 1978\t799\t45\t556 1979\t1 094\t51\t616 1980\t1 426\t57\t669 %\tMinéraux de construction\t%\tTotal 27\t$102\t12\t$ 812 28\t121\t15\t771 28\t138\t17\t792 26\t184\t19\t953 26\t249\t20\t1 248 22\t315\t25\t1 271 31\t318\t21\t1 523 31\t377\t22\t1 675 31\t429\t24\t1 785 29\t445\t20\t2 155 27\t408\t16\t2 502 Les professeurs sont trop payés! À l\u2019heure des coupures dans les services sociaux et dans l\u2019enseignement et à cause des menaces qui planent sur une partie notable de la fonction publique au Québec, écrire que 590 L\u2019ACTION NATIONALE LES PROFESSEURS SONT TROP PAYÉS tient du défi ou de l\u2019audace! C\u2019est pourtant un professeur de l\u2019Université de Sherbrooke, en histoire, qui a eu le courage dans Le Devoir du 19 novembre de lever un coin du voile sur ce qui se passe derrière les murs de ces forteresses un peu mystérieuses que sont nos universités.On se rappelle que le président du Conseil du Trésor de la province a déclaré publiquement que les professeurs d\u2019université étaient les mieux nantis ou presque dans leur catégorie au Canada, avec une moyenne de traitement supérieure de 12 à 15% par rapport à celle du pays et une charge de travail de 10 à 15% moindre.Cela ne tient pas compte des suppléments parfois très importants que plusieurs de ces professeurs d\u2019université se font en acceptant du travail à l\u2019extérieur.Guy Laperrière qui ose dire que les professeurs sont trop payés ne veut pas un retour en arrière, aux années 50 par exemple, alors que leur traitement était tout à fait indécent, mais il force à nous poser la question fondamentale d\u2019une certaine justice distributive et celle de la 'fonction critique et sociale de l\u2019université».«Cette fonction n\u2019était-elle pas plus développée quand les professeurs avaient des salaires de famine qu\u2019elle l\u2019est en 1981?» M.Laperrière donne ainsi à M.Parizeau s\u2019il ne l\u2019a pas déjà, l\u2019idée de faire les coupures ou les plafonnements à la bonne place, là où 20% du traitement feraient moins de mal que chez les étudiants et les jeunes en attente de carrière.Avec des moyennes annuelles de $43 000 ou $48 000 de traitement, sans compter leurs revenus de l\u2019extérieur, on devient dur et «le malheur, c\u2019est que professeurs et administrateurs continueront à s\u2019entendre comme larrons en foire».À moins que leur sens de la «fonction critique et sociale de l\u2019Université» finisse par prendre le dessus et les oriente vers une concertation honorable avec le grand patron à Québec.Une moyenne de $43 000 veut dire $59 à $60 000 à plusieurs professeurs par an! Sans compter les à-côtés! AU FIL DE L\u2019ACTUALITÉ 591 Les enseignants ont le meilleur train de vie «Ce sont les professionnels de l\u2019enseignement qui, avec une moyenne de revenu de $21 988 détiennent le meilleur train de vie de toutes les grandes catégories d\u2019employés du secteur public au Canada.Ils distancent de plus de $4 000 leurs collègues fonctionnaires les mieux payés du gouvernement fédéral», d\u2019après le tableau ci-dessous tiré des Statistiques fiscales du Canada et analysé par Jean Poulain de La Presse.Les revenus que déclarent les Canadiens (année d\u2019imposition 1979) \tNombre de\tRevenu Statut\tdéclarations\tmoyen Fonctionnaires fédéraux\t378 313\t$17 587 F onctionnaires provinciaux\t515 030\t16 547 Fonctionnaires municipaux\t531 068\t14 696 Total des fonctionnaires\t1 424 411\t16 133 Militaires\t81 009\t16 993 Instituteurs, professeurs\t320 841\t21 988 TOTAL, SECTEUR PUBLIC\t1 826 261\t$17 200 Ouvriers et employés\t\t dans l\u2019entreprise\t7 002 055\t13 691 Cultivateurs\t279 288\t12 598 Reste du secteur privé y\t\t compris professionnels\t2 755 234\t13 143 TOTAL, SECTEUR PRIVÉ\t10 036 577\t13 510 Non inclus:\t\t Pensionnés\t1 125 507\t6 336 Non classés\t1 693 810\t1 892 GRAND TOTAL\t\t DES DÉCLARATIONS\t14 682 155\t$12 079 592 L\u2019ACTION NATIONALE Même si tous les citoyens ne sont pas égaux face à l\u2019impôt, comme les professionnels, les chefs d\u2019entreprises et les cultivateurs ayant pignon sur rue, les données de ce tableau indiquent des écarts inquiétants entre les couches de la société canadienne.Les neuf nations des Amériques dont le Québec Derrière la vieille Amérique du melting-pot, neuf nouvelles nations se dessinent et le Québec en est une, lit-on dans l\u2019Actualité de décembre 1981 sous la plume de Joël Garreau, journaliste au Washington Post, le journal que Watergate a rendu célèbre dans le monde entier.Le Québec, selon Joël Garreau, est «une nation riche, industrialisée, très homogène, qui parle français, pense français, vit français.Et qui refuse absolument de se laisser assimiler ou de lever le camp.Québec, en fait, est le prototype même de ce qu\u2019est une nation.Seuls ou à peu près, les Québécois n\u2019ont jamais douté de leur existence comme nation.Leur Assemblée nationale, leurs banques, leurs routes, leurs fêtes aussi.Les antinationalistes prétendent qu\u2019un minuscule peuple de 6 000 000 d\u2019habitants sans pétrole ne peut constituer une nation.Les Québécois répondent qu\u2019il y a des nations partout sur la terre, pétrole ou pas, et que ce n\u2019est pas l\u2019économie qui fait les nations.En dernière analyse, une nation est le fruit d\u2019une émotion, dit le sociologue québécois Marcel Rioux.Quand vous êtes membre d\u2019une nation, vous le savez.» Prière à Chrétien, Trudeau et Lévesque de lire ces propos au complet du journaliste au Washington Post et d\u2019afficher dans leur chambre à coucher pour leurs descendants la nouvelle carte inédite de l\u2019Amérique du Nord, afin de mieux voir éclater le découpage de la réalité socio-culturelle comme le meilleur schéma de l\u2019avenir.Bill Davis: la charte des droits ne vise qu\u2019à contrer la loi 101 Cette charte est un coup infâme au Québec et à sa population, une imposture avec la complicité de Trudeau, Chrétien et de Bill Davis. AU FIL DE L'ACTUALITÉ 593 «Le premier ministre ontarien, Bill Davis, estime que la charte des droits du gouvernement Trudeau ne changera rien à la situation des Franco-Ontariens, mais qu\u2019elle était devenue nécessaire pour contrer les législatiojis adoptées par les gouvernements Bourassa et Lévesque en matière linguistique au Québec», écrit Gilbert Lavoie dans un long article étalé sur six colonnes de La Presse du 23 novembre 1981.C\u2019est ce qui ressort d\u2019une lettre envoyée par le premier ministre de l\u2019Ontario à Mme Helen Sallmen, une résidente d\u2019Ottawa, l\u2019hiver dernier.Trudeau s\u2019était entendu avec Davis pour écraser le Québec «Ça fait 10 fois qu\u2019on le répète, mais dans certains médias on a dit qu\u2019on parlait à travers notre chapeau.Maintenant que c\u2019est dit en anglais par M.Davis, dans une lettre qui ne devait pas être rendue publique, c\u2019est sérieux», a répliqué M.Lévesque à l\u2019article de La Presse, rapporte Pierre Roberge dans Le Devoir du 24 novembre 1981.D\u2019après le premier ministre du Québec, la lettre prouve que MM.Davis et Trudeau s\u2019étaient déjà entendus pour que l\u2019article 133 de l\u2019AANB, concernant le bilinguisme des tribunaux et de la législature, article que le Québec a été le seul à respecter depuis plus de 100 ans, ne s\u2019applique pas à l\u2019Ontario et pour que la future charte ne change rien à cette iniquité.Le Québec se fait systématiquement rouler Il suffit de savoir compter jusqu\u2019à dix pour comprendre que dans le régime fédéral actuel, le Québec se fait systématiquement rouler.A toutes les fois que l\u2019enjeu est important, le gouvernement fédéral et les provinces anglaises se mettent ensemble et le Québec perd 10 à 1.C\u2019est le système qui veut cela.Il joue contre les Francophones et le Québec tout entier.Pour la majorité anglaise, c\u2019est parfait; elle gagne toujours et le Québec perd tout le temps.Miser sur le «fair play de la majorité anglaise, fignoler, raffiner les alliances, c\u2019est de la naïveté; l\u2019histoire démontre que le résultat final est 10 à 1.Nous vivons dans un régime qui nous impose la minorité, nous avons une constitution qui nous impose d\u2019être une province comme les autres, mais en plus petit parce qu\u2019il y aura 594 L'ACTION NATIONALE toujours l\u2019article 133 que les autres n\u2019auront jamais.Mathématiquement comme politiquement, ce régime joue contre le Québec.Des faits patents comme ceux-là foisonnent sous la plume de Doris Lussier: «mais .continue Lussier, faut-il que nous soyons colonisés du trognon jusqu\u2019à la tête pour ne pas voir qu\u2019on se fait fourrer dans ce régime-là! Il y a quelque chose qui nous bouche les yeux c\u2019est pas possible.Je ne connais pas une nation au monde qui accepterait ça sans rouspéter.Les Canadiens anglais doivent-ils rire de nous autres un peu quand ils nous voient chamailler entre fédéralistes et souverainistes pendant qu\u2019ils tirent les marrons du feu.» Puis Doris rappelle comment le régime divise nos forces politiques et autres, selon le vieux truc diviser pour régner.Les Canadiens anglais ont trouvé dans le régime fédéral le moyen parfait de garder le Québec minoritaire et de s\u2019assurer la domination politique pour empêcher notre développement normal.Pour en sortir, devenons majeurs chez nous en votant nous-même notre propre affranchissement, car 10 contre un égale zéro. 595 F.-X.LANGE INC.Acier de structure second Tige à béton \u2014 Plaques 10550, boul, Henri-Bourassa Est Montréal H1C 1C6 048-7445\t\tÉDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 4115, rue Ontario Est Montréal H1V 1J8 524-7541 BIJOUTERIE POMPONNETTE Inc.\t\tCLAUDE-PIERRE VIGEANT Jean Brassard, prés.\t\ttraducteur et publiciste 256, rue Ste-Catherine Est\t\t604, rue Waterloo Montréal H2X 1L4\t\tLondon \u2014 Ontario 288-3628\t\tN6B 2R3 CAISSE POPULAIRE DE\t\tLES INDUSTRIES ASTON INC.SAINT-JACQUES DE MONTREAL\t\tventilation \u2014 entrée d air heures d\u2019accueil\t\tsortie d\u2019air \u2014 chauffage lundi mardi\t10h00àl5h00 mercredi, jeudi lOhOOâ I8h00 vendredi\tH)h00àl6h00 1255, rue Berri\t\tC.P.220 Montréal H2L 4C6\t\tSt-Léonard d'Aston J0C 1M0 849-3581\t\t399-2175 LAINE PAUL GRENIER ENR.\t\tLa Boutique Le Patrimoine Inc.Spécialité\t\tMercerie, tailleur laine du Québec\t\tGilles Maillé, prop 2301 est, rue Fleury\t\tHabits sur mesures Location d habit de gala et de marié 6990 rue St-Hubert Montréal H2B 1K8\t\tMontréal 388-9154\t\t273-2523 LES VOYAGES HONE INC.Albert Ricard, président et directeur général 1460, avenue Union «Heureux qui, comme Ulysse,\tMontréal H3A 2B8 a fait un long voyage»\t(514) 845-8221 SOCIÉTÉ NATIONALE D'ASSURANCES 612, rue St-Jacques Montréal H3C 3Y8\t288-8276 596 LIONEL GROULX Si vous désirez comprendre la vie politique de 1981, vous auriez intérêt à lire ce volume de 288 pages qui résume la pensée et l\u2019oeuvre de Lionel Groulx.Cette étude a été réalisée par onze auteurs éminents: Angers, Arès, Barbeau, Brunet, Blais, Frégeault, Lacroix, Rémillard, Dionne, Tétreault, Genest.Ce volume est offert pour la somme de $5.00 Pour comprendre l\u2019émancipation politique du Québec, il est nécessaire de lire LIONEL GROULX.Faites votre chèque de $5.00 à l\u2019ordre de l\u2019Action Nationale et adressez votre commande à Action Nationale 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 337-7244 L\u2019ASSURANCE-VIE DESJARDINS GRANDIT AVEC CEUX QU ELLE PROTEGE.Sa croissance reflète celle des caisses populaires et d'économie, celle des entreprises dont elle assure le personnel, celle des gens qui réalisent des projets et savent l'importance de la sécurité financière.L'Assurance-vie Desjardins a diversifié ses services pour mieux répondre aux besoins de tous ses assurés.Elle protège l'épargnant ou l'emprunteur de la caisse, les membres de centaines de groupes et des milliers d'autres personnes qui ont recours aux services de ses assureurs-vie.Elle met à la portée de toutes les bourses une protection financière qui répond aux besoins de chacun.L'Assurance-vie Desjardins grandit avec tous ses assurés pour mieux les servir à un meilleur coût Assurance-vie Desjardins La Solidarité c\u2019est notre assurance-vie! 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