L'action nationale, 1 janvier 1983, Janvier
[" Volume LXXII, numéro 5, janvier 1983 M.ESDRAS MINVILLE, FONDATEUR DE L\u2019ACTION NATIONALE, 1933-1983.l\u2019Action NATIONALE La ligue d\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Vice-président: Ruth Paradis Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès René Blanchard Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Marcel Chaput Roger Duhamel Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna Lagaçé-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Thérèse Dionne-Picard Gilles Rhéaume Albert Rioux Pierre Trépanier Claude Trottier SES ACTIVITÉS L\u2019Action Nationale, revue d\u2019information nationale orientée vers l\u2019indépendance du Québec.Fondation Esdras-Minville, société recueillant des fonds inaliénables dont les intérêts servent les activités nationales.Clubs de la République, association de jeunes réunis dans le but de préparer l\u2019indépendance du Québec.Éditions françaises, société de publication de dossiers Enquêtes nationales, recherches par des spécialistes sur des thèmes propres à promouvoir les intérêts du Québec Assises nationales, convocation des forces vives du Québec en vue d\u2019une solidarité de pensée, de mouvement, d\u2019action 82, ouest, rue Sherbrooke, Montréal \u2014 H2X 1X3.(514-845-8533) 385 l\u2019Action NATIONALE \t\t Volume LXXII, numéro 5, janvier 1983\t\t TABLE DES MATIÈRES\t\t ÉDITORIAL: Jean GENEST:\t50 ans d\u2019Action nationale\t387 ÉDITORIAL: Gilles RHÉAUME:\tRevenons à Minville\t393 Fr.-Albert ANGERS:\tL\u2019Action nationale et son fondateur: Minville\t397 Léonard Roy:\tÉdouard Montpetit et le régionalisme\t409 Roger DUHAMEL:\tPar mon hublot\t419 Claude MORIN:\tLe 5 novembre 1981\t425 Jean-D.ROBILLARD:\tLe coup de la fonction publique fédérale\t445 Roger DUHAMEL:\tLe Tiers-mondisme et la Guinée\t457 Marcel LAFLAMME\tDimension spirituelle du projet québécois\t464 Patrick ALLEN:\tTrouvailles d\u2019actualité\t474 \t\t AVEC CE NUMERO SPÉCIAL DU CINQUANTENAIRE, NOUS SOUHAITONS BONNE ET HEUREUSE ANNÉE A TOUS NOS AMIS ET ANNONCEURS.- UN CHALEUREUX MERCI, AU NOM DE LA FONDATION ESDRAS-MINVILLE A LAQUELLE NOUS VENONS DE REMETTRE $8000 ET CELA CONTINUE! QUEL CADEAU! 386 L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Jean GENEST Agent de promotion: Robert LADOUCEUR Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Roger Duhamel Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Jeannine McNeil Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard Abonnement:\t1 an\t2 ans \t( 10 numéros)\t(20 numéros) Québec, Canada\t$25.00\t$45.00 Autres pays\t30.00\t50.00 Abonnement de soutien\t35.00\t Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques, dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montreal H2X 1X3 337.7244 ISSN-OOOi-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2leme semestre 1981 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 50 ANS D\u2019ACTION NATIONALE 387 ÉDITORIAL - 1 Cinquante ans cTAction Nationale par JEAN GENEST Des souvenirs En janvier 1933, dans le plus dur de la crise économique, M.Esdras Minville, alors jeune professeur de 37 ans, aux Hautes Etudes Commerciales, lance, avec audace et perspicacité, la revue mensuelle L\u2019ACTION NATIONALE.L\u2019équipe de rédaction réunit de brillants esprits: Hermas Bastien, le Père Papin Archambault, Lionel Groulx, Albert Tessier, Olivier Maurault, p.s.s., Eugène L\u2019Heureux, Anatole Vanier, Harry Bernard, Arthur Laurendeau, René Chaloult, Wilfrid Guérin, Léopold Richer, Albert Rioux et Philippe Hamel.En 1937, arrivera à la revue André Laurendeau: en 1935, Maximilien Caron; François-Albert Angers en 1937; Roger Duhamel en 1938; Gérard Filion en 1939; Jean Drapeau en 1942; Guy Frégault et Jacques Perrault en 1945; Jean Deschamps et Richard Arès en 1948; Jean-Marc Léger et Paul-Émile Gingras en 1950; Patrick Allen et Pierre Laporte en 1954; Roland Parenteau et Gérard Filion vers 1955.Chacun de ces collaborateurs a connu une vie bien remplie par un souci social et national qui les détachait dans l\u2019ensemble de notre nation.Ce fut des penseurs et des leaders, qui captèrent, affrontèrent, présentèrent une contre-riposte aux problèmes collectifs des Franco-Québécois.Ils furent notre intelligence.Ils furent notre dignité.Ils furent notre conscience.Cinquante ans plus tard, alors que la vie les a dispersés en d\u2019innombrables directions, notre doyen est encore là, dans la personne de M.Albert Rioux, de Québec; de François-Albert Angers, président de la Ligue depuis 1955; de M.Roger Duhamel, revenu avec un nouvel éclat, après avoir 388 L'ACTION NATIONALE pris part aux plus hautes dignités; de M.Patrick Allen, à l\u2019affût des informations et collaborateur généreux de toutes les organisations entreprises par la Ligue.Comment l\u2019idée de fonder une revue d\u2019intérêt national est-elle venue à M.Esdras Minville?La crise économique de 1929-1939 ne favorisait pas une telle entreprise.Imaginez: l\u2019abonnement était alors de $2! M.Minville était lui-même secrétaire général de l\u2019Actualité économique, revue des HÉC, dont il fut un des fondateurs en 1925 et où il collaborait régulièrement.Dès 1938, cette brillante intelligence deviendrait directeur de cette École qui allait devenir si importante pour le renouveau économique des Canadiens-Français du Québec.Comment et pourquoi, au milieu de tant d\u2019occupations et de difficultés, en arrivera-t-il à fonder L'Action nationale?La raison est bien simple.La naissance véritable de L\u2019Action nationale se situe dans la formation de la Ligue des droits du français, en 1913.Le bilinguisme qui régnait alors nous conduisait tout droit à l\u2019anglicisation accélérée.Nous avons failli connaître un Québec anglais.Quelques personnalités virent à temps, dans l\u2019affichage et certaines devantures de nos magasins, dans notre parler populaire, toutes les marques d\u2019une pourriture causée par une langue qui souffrait de la lèpre.Prise de conscience, redressement.Tout a commencé par la langue.Car le vingtième siècle qui aurait pu être le siècle de notre mort fut le siècle qui aboutit clairement au Québec français.Le redressement de la langue ne fut qu\u2019un commencement.On eut le temps d\u2019approfondir le problème culturel et de passer de là au social, à l\u2019économique et au politique.Clairement, le problème devenait trop immense, trop décisif, sans une revue à dix ou cent voix.La même équipe qui formait la Ligue des droits du français décida de fonder une revue mensuelle, l'Action française, en 1917.Justement arrivait de Valleyfield et de Sainte-Thérèse un jeune professeur d\u2019histoire qui, en 1915, avait présenté en cinq conférences retentissantes l\u2019histoire de nos luttes constitutionnelles, celles qui préparèrent la révolution des Patriotes, en 1837.Ce professeur, Lionel Groulx, voyait large, clair et loin.Il devint directeur de 50 ANS D\u2019ACTION NATIONALE 389 l\u2019Action française et mena si bien la barque que le Québec n\u2019était plus tout à fait le même.Il groupa des personnes d\u2019élite autour de lui, pour une série d\u2019enquêtes.C\u2019est ce groupe que retrouva M.Esdras Minville, lorsqu\u2019il décida de fonder l\u2019Action nationale.Unité de pensée, continuité d\u2019action: cette équipe d\u2019amis se mit au service du Québec français.C\u2019est pourquoi on dit parfois que la revue est née en 1917, il y a 65 ans.Pourtant, sous son nom actuel, donné par son deuxième fondateur, elle a bien 50 ans aujourd\u2019hui.Avec M.Minville, la revue alla plus loin que l\u2019Action française.C\u2019est Esdras Minville et François-Albert Angers qui pensèrent, en véritables hommes d'Etat, les études si substantielles sur Notre Milieu: penser l\u2019ensemble, établir les relations entre le culturel et l\u2019économique, entre le social et le politique.Comprendre de quoi est composée la vie d\u2019une nation.Etudier les effets négatifs de la conquête des Plaines d\u2019Abraham.Etablir avec perspicacité les routes qui conduisent à une revitalisation de la nation.Donner une cause à la jeunesse.Bref, M.Esdras Minville lança l'Action nationale.Grâce à lui, nous disposons maintenant de cinquante ans de combat et d\u2019études, les plus lucides et les plus engagées au Québec français.M.Angers maintient la revue depuis quarante-cinq ans, M.Allen depuis vingt-huit ans et moi-même depuis vingt-cinq ans.Dans la gratuité la plus absolue.Et aussi dans la joie d\u2019avoir bien servi la cause du Québec.Probablement mieux que Le Devoir, depuis M.Ryan.Des projets L\u2019abbé Groulx a tenu le Canada français au bout de ses deux bras, pourrait-on dire, de 1915 à 1960.À son ombre et dans le prolongement de ses fortes racines, grandissaient les fortes personnalités d\u2019Esdras Minville, François-Albert Angers et André Laurendeau.Ceux-ci approfondirent son action intellectuelle dans les domaines économique, social et politique.Tous ces hommes font partie de notre patrimoine national.Le P.Lacroix, o.p., travaille à la publication de l\u2019oeuvre entière de l\u2019abbé Groulx; M.Angers et Madame Ruth Paradis préparent l\u2019édition, en une douzaine de volumes, de l\u2019oeuvre 390 L'ACTION NATIONALE complète de M.Esdras Minville.Un autre chercheur prépare une thèse de doctorat sur M.André Laurendeau.Un Anglo-Canadien, de grand coeur et de haute intelligence, M.John Grube, a publié un volume sur la pensée de M.Angers (Bâtisseur de pays).D\u2019autres ont publié, en un volume, les meilleurs articles de M.Angers (Pour orienter nos libertés).Bref, cette période fut extrêmement féconde et nos générations ne sont pas près d\u2019en épuiser les fruits.Ces hommes représentent, eux et plusieurs autres, un élan constructeur comme le Québec n\u2019en a pas connu d\u2019équivalent dans son histoire.Depuis le référendum sur la souveraineté-association, le Québec connaît un désarroi assez universel, une étape de transition vers de nouvelles formulations du nationalisme.Nous subissons, plus que jamais, l\u2019impact des forces internationales, comme celles du marxisme et des socialismes, et comme celle de l\u2019américanisation du continent nord-américain.Si l\u2019on met de côté le nationalisme de conquête, tel que les Européens l\u2019ont connu et qui n\u2019a aucune racine au Québec, et que nous nous tournons vers un nationalisme démocratique, nous voyons le Québec aux prises avec un gouvernement canadien inacceptable.Le gouvernement fédéral et ses valets ont littéralement trahi les intérêts du Québec.Non seulement notre indépendance, mais même notre autonomie politique et sociale, sont mises en danger.Nous avons reculé.Le Canada est devenu, par leurs actions folles, une camisole de force que le Québec devra faire éclater.Nous allons devenir, après les moments de désarroi, une nation en colère.Devant les trahisons, les déceptions accumulées, l\u2019Action nationale devra canaliser ces nouvelles forces qui demandent à s\u2019exprimer.Aux motivations qui portent à détruire, elle devra en fournir de plus fortes, qui favorisent le respect de la démocratie.La gauche radicale peut devenir un piège, apparemment porteur de définitif et de rapide, mais gage seulement d\u2019un mécontentement maladif et d\u2019une violence dont les conséquences sont pires que le présent.Il faut assurer la continuité de nos valeurs profondes.Nos polyvalentes, après vingt ans d\u2019analphabétisme en histoire et en géographie, nous ont livré une jeunesse sans 50 ANS D\u2019ACTION NATIONALE 391 doute admirable en plusieurs points, mais aussi dangereusement dénuée de bien des valeurs morales et spirituelles.Sa liberté prend parfois les allures du je m\u2019en-fichisme universel.Ou encore, elle vibre à tout problème de justice.pour les autres! Ce n\u2019est pas notre faute, si le pays, que la jeunesse recevra en héritage n\u2019est pas un Québec plus fort, mais un Québec enchaîné au quai du gouvernement fédéral centralisateur.Sans la capacité, constitutionnelle et juridique, de gagner le grand large, la jeunesse demandera des comptes! Comment pourrons-nous jamais lui expliquer, patiemment et complètement, que cinquante pour cent des Franco-Québécois ont résolument voté contre une proposition qui aurait fait avancer notre indépendance?Comment leur faire comprendre que 50 pour cent de nos gens ont préféré, en 1980, la dépendance à l\u2019indépeyidance?Celle qui a encore, en elle, quelque miette d\u2019héroïsme et de grandeur d\u2019âme restera scandalisée.A cette jeunesse qui voit le Québec plus dépendant que jamais et qui demande les redressements qui s\u2019imposent, l\u2019Action natioyiale de 1983 devra apporter des réponses valables.Cela dépendra de nos moyens, de nos collaborateurs et de notre programme.Comme moyen, pour les grandes offensives de demain, nous avons créé, en 1968, la Fondation Minvüle.Nous attendons toujours que nos amis, sans appauvrir personne, nous incluent dans leur testament.Disons un legs minime de mille ou cent dollars.Mais cent fois mille dollars, cela représente cent mille dollars de plus à la Fondation: c\u2019est beaucoup moins que le nombre de nos amis morts entre 1968 et 1983.Ce capital intangible produit un intérêt annuel qui, remis à l\u2019Action natioyiale ou à toute cause nationaliste, nous permet des organisations et des démonstrations valables par leur ampleur et la précision de leurs objectifs.Comme nous nous sentons modestes, toutefois, quand nous voyons l'Alliance-Québec, de nos Anglo-Québécois rechercher $750,000, lequel fonds, dit-on, sera doublé par le gouvernement fédéral! 392 L\u2019ACTION NATIONALE Aussi, voire plus importante encore: l\u2019équipe des collaborateurs, universitaires ou non, qui assume une responsabilité sociale de très grande envergure.Ils confèrent à la revue une autorité et un leadership intellectuel toujours discutables certes, mais respectés et éclairants.A l\u2019affût de tout ce qui intéresse la nation et son avenir, ils représentent une puissante équipe de «bâtisseurs de pays».Cinquante ans d\u2019existence ont fait de l\u2019Action nationale non une vieille revue, mais, au contraire, une revue qui commence un deuxième cinquantenaire, encore plus fertile en événements que le premier.Le cauchemar des Traîtres Inc.aura pris fin.Un peuple nouveau, avec une fertile résolution de l\u2019esprit et du coeur, affrontera les tâches de la libération totale et définitive (dans sa relativité mondiale, mais aussi dans l\u2019égalité des peuples).Nous refusons, comme programme, la décadence qu\u2019essaie de nous vendre le gouvernement fédérai actuel.L\u2019Action nationale s\u2019identifie à un autre drapeau.Elle bâtira non le pays des redditions, mais celui des libertés reconquises.Pourquoi le gouvernement fédéral voudrait-il nous faire revivre, une deuxième fois, le désastre des Plaines d\u2019Abraham et nous ancrer dans un complexe d\u2019infériorité dont nous avons peine à nous sortir?Cela ne passera pas! Nous avons, toute notre équipe, la tâche suprême d\u2019implanter en Amérique du Nord un pays français, relié à l\u2019univers dans la liberté et l\u2019égalité des peuples.De ce programme, qui est un appel à toutes les forces vives, à toutes les générations de vivants, nous ne dévierons pas! HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal ELLE FAIT PARTIE DU MOUVEMENT NATIONAL DES QUÉBÉCOIS REVENONS A MINVILLE 393 ÉDITORIAL - 2 Revenons à Minville par GILLES RHÉAUME directeur de la Ligue d\u2019Action nationale et président de Société S.J.B.de Montréal.Les difficultés inhérentes à la situation économique obligent ceux et celles qui s\u2019intéressent au développement du Québec à réfléchir sur les avenues possibles de solution à la crise économique.Pendant que l\u2019on cherche des solutions à l\u2019inflation et au chomâge, il ne faut pas ignorer, minimiser ou mépriser les travaux et les recherches de ceux et celles qui nous ont précédés.C\u2019est ici que l\u2019oeuvre d\u2019Esdras Minville revêt une importance capitale.En effet, les travaux de ce grand économiste sont d\u2019une actualité incroyable.Depuis quelque temps, grâce à la générosité de François-Albert Angers, j\u2019ai eu l\u2019occasion de découvrir la pensée de Minville qui a longuement réfléchi et écrit sur notre situation économique.Quelle ne fut pas ma surprise! Je n\u2019entrerai pas dans le débat à savoir si Minville était ou pas économiste; ce que je sais maintenant par contre, c\u2019est qu\u2019il a jeté les bases et les éléments nécessaires à une réflexion nationale sur nos problèmes économiques.Des années de recherche orientée vers la promotion des intérêts économiques de notre collectivité, tel est le travail de Minville.Il est temps, je crois, de rappeler à ceux qui l\u2019auraient oublié et d\u2019apprendre à ceux qui l\u2019ignorent que la tradition nationaliste est porteuse d'un message cohérent en matière économique et que Minville en est l\u2019expression la plus éloquente.Qui peut rejeter une approche humaniste des problèmes économiques?Qui peut condamner un message qui souligne la nécessité d\u2019organiser rationnellement l\u2019économie?Qui peut ridiculiser une méthode qui recommande de procéder à un 394 L\u2019ACTION NATIONALE inventaire complet de nos ressources?Qui peut ignorer une pensée qui craint et prédit les dangers du contrôle étranger de notre économie?Qui peut nier l\u2019utilité d\u2019une méthode qui commente l\u2019événement, analyse les situations et recherche des solutions?La pensée de Minville est beaucoup plus élaborée que les quelques éléments présentés ici, mais cette énumération incomplète nous permet cependant de réaliser la pertinence de cette réflexion et de constater sa valeur actuelle.Le Québec vit présentement des moments difficiles.Après le coup de force constitutionnel qui nivela le Québec en le dépossédant et en le fourvoyant, le gouvernement fédéral est maintenant entré dans la phase «2» du rapatriement: le coup de force économique.Le projet de loi S-31 est la démonstration par excellence de l\u2019esprit centralisateur et oppresseur d\u2019Ottawa.Jamais le Canada anglais ne permettra que les francophones contrôlent les entreprises d\u2019envergure dite «nationale».Le Fédéral agissant en valet des intérêts anglophones a accepté de légiférer pour limiter les provinces, c\u2019est-à-dire le Québec, dans leurs investissements.On commence par le domaine du transport.Encore une fois des «déracinés» du Québec acceptent de faire joyeusement le boulot.La formation par Pierre Elliott-Trudeau d\u2019une commission royale d\u2019enquête sur l\u2019économie canadienne doit inquiéter non seulement les nationalistes et les indépendantistes, mais l\u2019ensemble de la population.Le Québec doit se méfier de cette commission, car son mandat est clair: étouffer le Québec sur le plan économique après l\u2019avoir écrasé sur le plan politique par la proclamation du Canada bill.Tout est mis en oeuvre pour faire du Québec une province comme les autres.La crise économique, loin de décourager les indépendantistes, devrait plutôt les stimuler.Que ceux et celles qui en doutent prennent le temps de revoir notre histoire nationale.Souvenons-nous des difficultés économiques entourant la révolution de 1837-38.Rappelons-nous l\u2019éclosion nationaliste suscitée par la grande crise de 1929, exprimée notamment par l\u2019historique «Notre Etat français, nous l\u2019aurons» du chanoine Groulx en 1937. REVENONS A MINVILLE 395 Si les nationalistes d\u2019hier ont su profiter des difficultés économiques pour illustrer notre dépendance et notre infériorité, que les indépendantistes d\u2019aujourd\u2019hui trouvent le courage nécessaire pour élaborer une lecture nationaliste de la situation économique et pour proposer la démarche de libération qui s\u2019impose.Les travaux et les recherches d\u2019Esdras Minville sont d\u2019une grande actualité.Ouvrons l\u2019oeuvre de Minville pour y puiser une méthode et une approche qui nous permettront de mieux saisir l\u2019ensemble de l\u2019aspect économique de notre vie nationale.Faire la connaissance des thèses de Minville, c\u2019est participer à la reconstruction nationale qui débouchera sur une prise de conscience de nos possibilités en matière économique.HOMMAGE de la SOCIÉTÉ NATIONALE DES QUÉBÉCOIS DES HAUTES-RIVIÈRES ELLE FAIT PARTIE DU MOUVEMENT NATIONAL DES QUÉBÉCOIS L'atelier qui donnera à vos imprimés un caractère de distinction IMPRIMEURS LITHOGRAPHES CONCEPTIONS GRAPHIQUES THÉRIEN FRÈRES LIMITÉE 8125.BOUL.ST LAURENT MONTRÉAL QUÉBEC H2P2M1 388 5781 396 L\u2019ACTION NATIONALE / L'ASSURANŒ-VIE DESJARDINS GRANDIT AVEC CEUX QU ELLE PROTÈGE.Sa croissance reflète celle des caisses populaires et d'économie, celle des entreprises dont elle assure le personnel, celle des gens qui réalisent des projets et savent l'importance de la sécurité financière.L'Assurance-vie Desjardins a diversifié ses services pour mieux répondre aux besoins de tous ses assurés.Elle protège l'épargnant ou l'emprunteur de la caisse, les membres de centaines de groupes et des milliers d'autres personnes qui ont recours aux services de ses assureurs-vie.Elle met à la portée de toutes les bourses une protection financière qui répond aux besoins de chacun.L'Assurance-vie Desjardins grandit avec tous ses assurés pour mieux les servir à un meilleur coût.Assurance-vie Desjardins L\u2019ACTION NATIONALE ET SON FONDATEUR 397 L\u2019Action Nationale et son fondateur: Esdras Minville par FRANÇOIS-ALBERT ANGERS En janvier 1933, donc il y a cinquante ans ce mois-ci, paraissait le premier numéro de la revue L'Action nationale.L\u2019instigateur du projet et le fondateur de la revue, en tant que président de la nouvelle Ligue d\u2019Action nationale, était Esdras Minville.Il ne s\u2019agissait pas à proprement parler d\u2019une complètement nouvelle initiative, mais d\u2019une reprise.Minville reprenait le collier que l\u2019abbé Groulx avait dû laisser tomber à la suite, entre autres, de certaines mésaventures financières survenues à la Ligue d\u2019Action française.C\u2019est en janvier 1917 qu\u2019avait paru le premier numéro de la collection de la revue, alors appelée L\u2019Action française, publiée par la Ligue d\u2019Action française, elle-même résultant d\u2019une transformation de la Ligue des droits du français fondée en 1912 par le Père Papin Archambault.Les circonstances En 1927 déjà, la Ligue et la Revue avaient jugé bon de changer de nom après la condamnation, par le Pape d\u2019alors, du Mouvement d\u2019action française de France, avec lequel la Ligue de Montréal n\u2019avait aucune relation.Elle prit alors le nom de Ligue d\u2019Action canadienne-française, avec changement correspondant dans le nom de la revue.À ce moment-là, l\u2019oeuvre du Père Archambault et de l\u2019abbé Groulx avait pris des proportions relativement considérables.Outre de publier la revue, c\u2019était devenu une maison d\u2019édition tout particulièrement animée du souci de faciliter à des Canadiens-Français de talent la possibilité de publier leurs oeuvres, opération qui était particulièrement difficile à l\u2019époque.C\u2019est par le biais de cette activité que l\u2019organisation fut victime d\u2019une fraude qui amena, par voie de conséquences, la suspension de la publication de la revue. 398 L\u2019ACTION NATIONALE À vrai dire, il faut faire intervenir un autre facteur pour comprendre l\u2019abandon de publication de la revue.Cet autre facteur, c\u2019était le climat euphorique de grande prospérité économique qui déferlait sur le Canada tout entier et sur le Québec en particulier à l\u2019époque.Il en résultait, dans la population, un manque d\u2019intérêt qui avait paru décourageant aux membres de la Ligue d\u2019Action canadienne-française dont Minville était devenu membre après sa sortie de l\u2019École des Hautes Études Commerciales de Montréal, comme diplômé, en 1922.D\u2019autre part, l\u2019abbé Groulx ne pouvait plus consacrer autant de son temps, qu\u2019il l\u2019avait fait depuis dix ans, à soutenir une direction de revue.Il lui tardait de se consacrer plus à fond à ses travaux d\u2019histoire.Mais entre 1928 et 1933, beaucoup de choses avaient changé.Le Québec était plongé au plus profond de la pire crise économique que le capitalisme occidental avait encore connue.Les conséquences de cette crise sur l\u2019avenir du peuple canadien-français en plein désarroi et l\u2019impéritie des gouvernements face à la situation apparaissaient si graves que le besoin de reprendre la plume et la parole est apparu urgent aux hommes de la Ligue en veilleuse.Cependant, les difficultés financières anciennes appelaient une nouvelle fondation.D\u2019où la naissance de la Ligue d\u2019Action nationale, dont Minville assuma la présidence et le lancement de la revue, avec Harry Bernard comme premier directeur.En même temps, d\u2019ailleurs, naissait le Mouvement Jeunes-Canada (décembre 1932).Chez ces jeunes aussi, on est frappé par le même sentiment de stupéfaction devant le vide que représente, vu la situation économique, la disparition de L'Action française.Dans une déclaration publiée dans L\u2019Action nationale de mai 1933, Pierre Dansereau marque la nécessité de «continuer à consolider l\u2019oeuvre autrefois commencée et apparemment interrompue depuis quelques temps» et définit le Mouvement des Jeunes-Canada comme «un groupe de jeunes gens, profondément dégoûtés par (leurs) observations personnelles sur l\u2019état de chose actuel, .et «décidés d\u2019arrêter, pour leur faible part, la marche du peuple canadien-français vers l\u2019abîme».C\u2019est le même esprit qui avait engendré la fondation de L'Action nationale. L\u2019ACTION NATIONALE ET SON FONDATEUR 399 Actualité des problèmes économiques Dans l\u2019état actuel de nos choses, dire ou écrire ce qui précède se traduit à peu près automatiquement dans les esprits qui lisent, par l\u2019idée d\u2019un combat qui se déclenchait contre Ottawa en vue de la reconquête de nos libertés nationales.Or, sauf en matière de revendications pour la reconnaissance des droits du français dans tout le Canada \u2014 où le débat était d\u2019ailleurs beaucoup plus général que d\u2019aller simplement contre Ottawa \u2014, il ne s\u2019agissait même pas encore d\u2019une lutte vigoureuse à entreprendre pour la protection ou la défense de l\u2019autonomie provinciale, qui était alors le cadre dans lequel se définissaient nos libertés nationales.J\u2019ai déjà expliqué, dans les pages mêmes de cette revue, qu\u2019à l\u2019époque, l\u2019autonomie provinciale n\u2019était menacée que par une espèce d\u2019épée de Damoclès que maintenaient au-dessus d\u2019elle les réclamations centralisatrices du Parti CCF au parlement fédéral, contre lesquelles s\u2019élevaient sans cesse vigoureusement, au nom du «pacte fédératif», en particulier nos représentants à Ottawa dans le Parti libéral au pouvoir, aussi bien d\u2019ailleurs que les autres représentants autorisés des deux grands partis libéral et conservateur.Il y avait bien eu quelques atteintes aux droits provinciaux depuis la Confédération, mais toujours d\u2019une portée limitée et reconnue comme devant rester de l\u2019ordre de l\u2019exceptionnel.La grande offensive centralisatrice qui devra engendrer le grand combat ne commença qu\u2019en 1939, avec le rapport Sirois, et ne se concrétisa qu\u2019en 1945, après la guerre.Les grands malaises qui amenèrent la fondation de L'Action nationale, et dont parle Pierre Dansereau, étaient avant tout des malaises de société, de la société canadienne-française en particulier, aggravés par les désordres économiques et sociaux qu\u2019engendrait la crise économique.Et la lutte qui s\u2019amorçait par la naissance des Jeunes-Canada et la fondation de L'Action nationale allait être avant tout une lutte contre les puissances d\u2019argent (surtout qu\u2019elles étaient au Québec des puissances étrangères), et contre la politique économique et sociale ou l\u2019absence de telle politique du gouvernement de Québec, le gouvernement Taschereau.Et quand cette lutte aura, en définitive, abouti, par le biais de 400 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019Action libérale nationale, à la défaite du gouvernement Taschereau, c\u2019est alors contre Duplessis qu\u2019il faudra évoquer les exigences de l\u2019autonomie provinciale parce que celui-ci ne cessera de réclamer l\u2019intervention d\u2019Ottawa pour régler le question du chômage pendant que les gens d\u2019Ottawa lui répondaient que c\u2019était là une question du ressort provincial.Tout cela se trouve bien caractérisé par le texte liminaire qu\u2019Harry Bernard donne dans le premier numéro de L\u2019Action nationale.Après avoir défini les valeurs fondamentales sur lesquelles s\u2019appuiera la Revue, il met sans doute au premier rang des préoccupations qu\u2019elle entretiendra «le respect des droits constitutionnels des nôtres», mais clairement entendu comme une «(défense énergique) dans tous les milieux de langue française en Amérique du Nord».Pas un seul mot de l\u2019autonomie provinciale.Puis ensuite, au premier rang des problèmes à considérer: «Traiter sérieusement des grands problèmes économiques et sociaux qui confrontent notre pays».Et on discutera aussi de toutes les grandes questions qui intéressent la vie et la qualité d\u2019une société dynamique: enseignement, art, littérature, sciences.Bien sûr, ajoute-t-il, «la Revue s\u2019occupera aussi de la chose politique.Il n\u2019est pas possible, continue le texte, d\u2019ignorer ce domaine.Il est entendu, dès à présent, toutefois, qu\u2019elle traitera des problèmes politiques en dehors de toute préoccupation des partis ou des hommes au pouvoir».Conscription et envahisseurs Ce n\u2019est qu\u2019à partir de 1939 que l\u2019Action nationale s\u2019est trouvée, par les circonstances encore, amenée à centrer son action et son combat surtout sur les aspects se situant plus au for externe qu\u2019au for interne du dynamisme social de la vie du peuple canadien-français.Ces deux circonstances, ce furent d\u2019une part la participation du Canada à la guerre de 1939-1945 avec l\u2019accompagnement de la conscription, puis, après la guerre, la grande offensive centralisatrice qui a finalement engendré le séparatisme, le souverainisme et l\u2019indépendantisme, couronnés par la victoire du Parti québécois aux élections de 1976 à Québec. L\u2019ACTION NATIONALE ET SON FONDATEUR 401 Ce sont ces luttes acharnées de résistance à des «envahisseurs» qui engendrèrent la fausse perspective qu\u2019entretinrent plus tard les générations de jeunes d\u2019après-guerre sur une supposée dissociation entre le national et le social, à une époque où une pensée socialiste internationaliste tendait à se développer au Canada français, qui faisait bon marché du national.En dépit de cette obligation de se porter sur des fronts chauds du fait des attaques virulentes du fédéral contre les droits de la nation canadienne-française, une pensée de réforme économique et sociale n\u2019a jamais cessé d\u2019animer les hommes de L\u2019Action nationale, sauf qu\u2019ils répudiaient le socialisme de ce temps-là qu\u2019ils estimaient insuffisamment respectueux des droits de la personne humaine en général.Les hommes de L\u2019Action nationale ne peuvent d\u2019ailleurs pas être jugés uniquement en fonction de ce que montrait la revue L\u2019Action nationale, qui n\u2019était qu\u2019un instrument donné dans un ensemble d\u2019institutions de portée beaucoup plus vaste, incluant tout particulièrement les Semaines sociales du Canada, l\u2019École sociale populaire, le Devoir, les Sociétés St-Jean-Baptiste et cette institution dont l\u2019existence était à l\u2019époque tenue aussi secrète que possible, l\u2019Ordre de Jacques-Cartier, de même, dans une certaine mesure \u2014 à cause de Minville et de Victor Barbeau \u2014 l\u2019École des Hautes Études et L\u2019Actualité Économique.L\u2019architecte de la pensée économico-sociale de tout le groupe n\u2019était autre que celui qui venait de fonder L\u2019Action nationale: Esdras Minville.C\u2019est à relire son oeuvre aujourd\u2019hui qu\u2019on peut se convaincre des erreurs d\u2019interprétation qui ont été commises sur la pensée économique et sociale du mouvement nationaliste d\u2019avant la révolution tranquille par les analystes des années 50 à 60.La situation de cet homme était singulière, car il était l\u2019autorité unique en la matière, à qui tout le milieu nationaliste recourait.Il faut bien penser que nous sommes, à l\u2019époque, où il y a en tout et partout trois économistes vivants au Canada français.Édouard Montpetit, l\u2019ancêtre en quelque sorte, jouait le rôle d\u2019éveilleur à l\u2019idée même d\u2019importance à accorder aux choses économiques, même et surtout du point de vue national.Mais il ne se reconnaissait pas d\u2019autre rôle et disait volontiers qu\u2019il laissait à d\u2019autres le soin d\u2019aller plus loin.Il y 402 L\u2019ACTION NATIONALE avait François Vézina, esprit très brillant, mais qui très tôt se replia sur son enseignement sans se soucier, par une sorte de scrupule du désir de vérité absolue, de mettre en forme d\u2019écrits les points de vue qu\u2019il pouvait exprimer en aparté dans ses cours ou dans des discussions privées.Du génie qui dérange Min ville, lui, à l\u2019inverse, je le rappelle, refuse de se percevoir comme un véritable économiste parce qu\u2019il n\u2019a pas eu la chance de recevoir la formation spécialisée en Europe de son maître Montpetit et de son confrère Vézina.Au delà de la formation reçue à l\u2019École des Hautes Études Commerciales, il se développe par lui-même, par ses lectures et ses études en économie; en quoi il est aidé par le rôle qui lui est dévolu, à partir de 1929, de diriger la revue de l\u2019École, L'Actualité économique, et d\u2019y écrire chaque mois des commentaires sur l\u2019actualité.Inspiré par son autre maître, l\u2019abbé Groulx, à la Ligue d\u2019Action française, il s\u2019est donné comme mission d\u2019étudier en profondeur les problèmes économiques et sociaux du Québec et d\u2019établir des solutions.En raison de la perception qu\u2019il a de lui-même, il ne vise nullement à bâtir une oeuvre de science économique, mais à servir sa nation en lui montrant les voies qu\u2019elle doit suivre à partir des données de la science économique inscrite dans le cadre des valeurs spirituelles et culturelles qui lui sont appropriées.Dans cette perspective, il n\u2019écrit pas de traités; il se répand partout en articles, en cours dans des sessions d\u2019étude diverses, en mémoires à des organismes privés et gouvernementaux, en conférences au tout venant des demandes et des besoins, etc.En raison de cela, on peut comprendre les erreurs anachroniques de perspective qu\u2019ont commises les interprètes et analystes, dans la compréhension des idées économico-sociales du mouvement nationaliste dit «traditionnel».Une source, en somme, unique de pensée un peu approfondie, à laquelle on puise ici et là et que chacun accommode à sa propre sauce de cuisinier assez peu versé dans les aspects économi- L'ACTION NATIONALE ET SON FONDATEUR 403 ques des choses, avec des textes dispersés à tout vent.Sans compter que les idées proposées par Minville dérangent considérablement les milieux qui occupent la place du pouvoir (milieux politiques des partis traditionnels et milieux d\u2019affaires) et qui, par suite, n\u2019y apportent aucune attention, la déclarant «théorique».Dans ces milieux, c\u2019est tout dire la sorte de mépris pratique dans lequel on la tient tout en en respectant la «hauteur».Quant aux analystes, c\u2019est un travail énorme de recherches, de lectures, d\u2019analyses, qu\u2019il leur aurait fallu faire pour arriver à une pensée plus juste sur cette oeuvre complètement éparpillée, et par elle sur ce qu\u2019était la véritable base de la pensée économique des nationalistes.A l\u2019époque, on était plus pressé que cela de conclure.Les hypothèses de travail allant dans le sens des idées qu\u2019on se faisait des anciens, suppléaient à l\u2019insuffisance de patience à se documenter complètement avant d\u2019écrire.J\u2019en sais tout particulièrement quelque chose après avoir travaillé depuis plus de cinq ans à colliger l\u2019oeuvre de Minville, l\u2019oeuvre économique d\u2019abord, pour la présenter dans les cinq volumes actuellement disponibles chez Fides (un sixième à paraître bientôt).1 Pour connaître Minville En fait, j\u2019ai déjà récemment consacré trois articles à l\u2019oeuvre de Minville avant ces publications.Un qui a paru comme un chapitre d\u2019un ouvrage intitulé L\u2019économie québécoise, lère édition, publié aux Presses de l\u2019UQAM.Et deux autres qui ont paru dans le numéro spécial de L\u2019Action nationale (mai-juin 1976) consacré à Minville à l\u2019occasion de sa mort en décembre 1975.Il y avait quelque facilité pour moi à le faire, ayant vécu à côté de lui pendant 28 ans à l\u2019École des Hautes Études Commerciales, entre autres comme son successeur à la direction de la revue L\u2019Actualité Economique.Et pourtant, l\u2019édition de ses oeuvres à laquelle je travaille depuis 1.Ces cinq volumes s\u2019intitulent: 1- L'économie du Québec et la science économique (478 pages); 2- Systèmes et structures économiques (770 pages); 3 et 4- Plan et aménagement (382 et 514 pages); 5- Le travail (450 pages).Le 6e portera le titre de Propos conjoncturels des années 1925-1938. 404 L\u2019ACTION NATIONALE son décès a quand même constitué pour moi une révélation de la dimension intellectuelle de cet homme qu\u2019il faut ranger comme l\u2019un de nos plus grands penseurs; un homme dont la pensée, orientée surtout sinon uniquement par l\u2019idée de résoudre les problèmes du Québec, a atteint presque d\u2019emblée la portée d\u2019une pensée universelle.Dans le projet d\u2019édition de ses oeuvres complètes, ainsi que je l\u2019ai indiqué dans la préface du volume 1, il ne pouvait pas s\u2019agir à mon sens de simplement réimprimer ses textes chacun intégralement dans un ordre chronologique.Cela aurait constitué une collection qui eût été de nature à faciliter les travaux des chercheurs et des analystes; mais étant donné l\u2019étonnant caractère d\u2019actualité que conservait cette oeuvre, il y avait plus et mieux à faire: rebâtir selon un plan systématique, à partir des textes épars, l\u2019oeuvre intégrée qu\u2019il ne s\u2019était pas soucié d\u2019écrire aux temps où les exigences de l\u2019action lui commandaient d\u2019aller toujours de l\u2019avant; et où une cruelle maladie l\u2019avait empêché d\u2019envisager pareil effort dans les treize années de retraite qui précédèrent son décès.Cela voulait dire reprendre tous les textes d\u2019articles, de conférences, etc., les regrouper selon les sujets non seulement en fonction de l\u2019ensemble des textes mais en fonction de chacune de leurs parties, regrouper ensemble les textes portant sur les mêmes sujets et réinscrire le tout dans le cadre d\u2019un plan systématique qui en fasse comme un traité ou une série de traités sur les divers sujets.Ceci comportait l\u2019élimination des répétitions, la combinaison des diverses variantes des textes sur les mêmes sujets, soit par intégration directe au texte, soit par des notes infrapaginales, etc.C\u2019est alors que vint la révélation de la puissance de ce cerveau humain fonctionnant comme si tout y avait été inclus au départ et si, selon un plan bien prédéterminé, Minville avait développé un tout parfaitement cohérent et intégré par parties discontinues au hasard des divers événements et circonstances où son souci de servir l\u2019amenait à prendre la parole.Ce que je dis, c\u2019est que tout paraît s\u2019être passé comme s\u2019il en était ainsi.Naturellement, il est bien certain qu\u2019il n\u2019en n\u2019a pas été ainsi.Mais ce qui s\u2019est passé, c\u2019est que Minville avait un cerveau doué d\u2019une telle puissance de visionnement de L\u2019ACTION NATIONALE ET SON FONDATEUR 405 l\u2019ensemble que chacune de ses réflexions progressives venait prendre sa place dans un ordre où les différents facteurs en jeu étaient sans cesse considérés, même par rapport au moindre détail.De sorte que son oeuvre éparpillée nous est apparue finalement comme un immense casse-tête dont toutes les pièces étaient disponibles et venaient prendre leur place comme par enchantement pour former, sur tel ou tel sujet, un chapitre où tout était considéré et dont la cohérence était parfaite.C\u2019est pourquoi, en lisant cette oeuvre reconstituée, on trouvera très peu de chevilles visant à permettre la transition entre tel passage d\u2019un texte et tel autre passage.Une indication du changement par référence bibliographique suffit la plupart du temps à marquer la transition et l\u2019on continue la lecture comme si les deux textes avaient été faits pour aller ensemble.Mais c\u2019est là de la technique.De la technique très révélatrice d\u2019une puissance intellectuelle hors de pair, mais de la technique tout de même.Actualité de sa pensée Ce qui est le plus important, c\u2019est que cette oeuvre ne doit pas être lue principalement comme un document historique (quoique ce soit un document de première valeur à ce titre), mais pour les lumières qu\u2019elle nous apporte sur la compréhension de nos problèmes d\u2019aujourd\u2019hui et sur les solutions qu\u2019ils appellent.Personne n\u2019échappera à la réaction que plusieurs ont connue depuis qu\u2019ils ont pu prendre connaissance de ces textes: comment, cela a été dit en 1922, en 1927, dans les années 30, dans les années 40! Et rien de tout cela n\u2019a été pris en considération, rien n\u2019a été fait! Et nous croyons être les premières générations à avoir compris quelque chose à ces problèmes! Loin qu\u2019il soit trop tard pour en tenir compte, il se trouve que nous vivons actuellement une génération qui fait face à un constat d\u2019échec de tout ce qui a été tenté pour éviter des idées comme celles de Minville quant aux défis des années 20, 30 et 40.Dans un sens, on peut avoir l\u2019impression en lisant Minville aujourd\u2019hui qu\u2019il était beaucoup trop en avant de son temps puisqu\u2019il était déjà rendu au nôtre.La vérité, c\u2019est surtout que son temps refusait de le comprendre, lui et bien d\u2019autres d\u2019ailleurs dans le monde, parce que cela dérangeait 406 L\u2019ACTION NATIONALE trop d\u2019intérêts personnels.Il est loin d\u2019être sûr que nous soyons même plus avancés aujourd\u2019hui à cet égard.Pour être bien compris des lecteurs d\u2019aujourd\u2019hui, il me faut cependant envisager un aspect de l\u2019oeuvre de Minville qui est de nature à faire grincer les dents à un certain nombre de gens, à les amener eux-mêmes, et à en amener d\u2019autres avec eux, par leurs propos, à rejeter en bloc l\u2019oeuvre de Minville sans trop se donner la peine de la lire avec quelque attention.Dans la perspective de cette vue globale des choses dont nous parlions précédemment, Minville a tout de suite posé, en méthodologie de l\u2019économique, qu\u2019on ne saurait bien comprendre un problème, du moins dans la perspective d\u2019y trouver des solutions, sans tenir compte des valeurs spirituelles et culturelles des peuples.Comme il parle plus souvent en termes de situation du Québec qu\u2019en termes généraux, comme je viens de le faire, il pose sans cesse le problème de la nécessité de tenir compte du caractère catholique de la population du Québec.On voit tout de suite ici certains adversaires entretenant des préjugés contre le nationalisme «traditionnel», dire «c\u2019est toujours la même rengaine du catholique et français, donc ça ne nous concerne plus».Or, il faut bien voir que cette réaction est aujourd\u2019hui dépassée.Avec Minville, ce n\u2019est pas à un sermon proclamant des règles de morale que nous assistons, mais à une analyse fondée sur des réalités qui sont ce qu\u2019elles sont, ou ce qu\u2019elles étaient.Si elles ne sont plus catholiques, le problème n\u2019en reste pas moins le même en thèse générale et comporte les mêmes attentions.Minville ne cherche pas à imposer la règle catholique à tout le monde \u2014 il indique par exemple qu\u2019il est normal que les protestants conçoivent les problèmes autrement \u2014 mais il veut qu\u2019on respecte les valeurs de ceux qui y tiennent.Sur ce point, il pouvait paraître retardataire à d\u2019aucuns \u2014 la fameuse discussion de l\u2019autonomie des sciences \u2014, mais on peut percevoir aujourd\u2019hui qu\u2019il était peut-être plutôt vraiment sur ce point en avant de son temps.Il est clair qu\u2019on ne conçoit plus aujourd\u2019hui l\u2019économie (ou en tout cas de moins en moins) uniquement dans les cadres de règles strictes, sauf si on consent à rester dans des perspectives de vision très L\u2019ACTION NATIONALE ET SON FONDATEUR 407 limitées.De plus en plus, les problèmes économiques et leur évolution sont envisagés dans la perspective de valeurs dont il faut tenir compte, ne serait-ce qu\u2019en fonction de ce qu\u2019on appelle aujourd\u2019hui «la qualité de vie».C\u2019est donc la leçon méthodologique qu\u2019il faut saisir dans les développements de Minville, car c\u2019est une thèse de fond qu\u2019il soulève.Les circonstances de sa vie ont fait qu\u2019il a abordé les problèmes économiques par le biais d\u2019une situation concrète, celle de l\u2019évolution de l\u2019économie du Québec, plutôt que par la voie de définitions et de modèles abstraits purs comme l\u2019économie est enseignée dans les cours plus spécialisés des facultés.Tout de suite, il s\u2019est aperçu que ce qui se passait au Québec ne concordait pas, en bien des domaines, avec des conclusions tirées de théories pures et qu\u2019on avait très généralement le tort, à l\u2019époque, de donner comme valables en pratique, sans trop s\u2019occuper des hypothèses sous-jacentes, implicites ou explicites, dont elles dérivaient.Les valeurs spirituelles et culturelles à prendre en considération si l\u2019on ne veut pas détruire les types de société dans ce qu\u2019ils ont de plus caractéristique, ne furent pas la seule chose qui le frappa.Il lui parut non moins évident que la doctrine du libéralisme économique ne pouvait pas être applicable au Québec et que celui-ci ne pouvait pas se construire une économie équilibrée s\u2019il ne s\u2019occupait pas de réaliser son développement dans les cadres d\u2019un plan d\u2019ensemble.Et ainsi de suite.Ce sont toutes là des choses que les plus récents événements de la vie politique et économique du Québec ne peuvent que nous inviter à entendre davantage.L\u2019Action natioTiale ne saurait trop se glorifier d\u2019avoir eu un tel fondateur.Comme d\u2019être née, par lui, dans l\u2019ombre de l\u2019abbé Groulx et de son oeuvre gigantesque pour ce temps et pour les moyens d\u2019alors de notre peuple, de L'Action française.Deux hommes, l\u2019un disciple du second, qui ont vraiment consacré toute leur vie, au sens le plus plein du terme, à travailler gratuitement ou à peu près (car il n\u2019y avait pas dans ce temps-là de subventions de recherche pour soutenir leurs travaux) au progrès et à l\u2019émancipation du peuple dont ils étaient issus. 408 L\u2019ACTION NATIONALE LES VOYAGES HONE INC.Albert Ricard, président et directeur général 1460, avenue Union «Heureux qui, comme Ulysse,\tMontréal H3A 2B8 a fait un long voyage»\t(514) 845-8221 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 612, rue St-Jacques Montréal H3C 3Y8\t288-8276 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B 2R3\t\tJACQUES POITRAS YVES POITRAS Poitras, Larue, Rondeau Inc courtiers en assurances 7190, boul.St-Michel Bureau 101 Montréal H2A 2A5 376-1280 \t\t BIJOUTERIE POMPONNETTE Inc.Jean Brassard, prés 256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1L4 288-3628\t\tLa Boutique Le Patrimoine Inc.Mercerie, tailleur Gilles Maillé, prop Habits sur mesures Location d habit de gala et de marié 6990 rue St-Hubert Montréal 273-2523 \t\t BRISSON, GUÉRIN & ASSOCIES comptables agréés\t\tLAINE PAUL GRENIER ENR.Spécialité, lame du Québec 5835 boul.Léger Bureau 200 Montréal-Nord H1G 6E1 323-8602\t\t2301 est, rue Fleury Montréal H2B 1K8 388-9154 \t\t GUY BERTRAND, avocat BERTRAND, OTIS, GRENIER, BLANCHET\t\tÉDOUARD ROY & FILS LTÉE Quincaillerie en gros exclusivement 42 rue Ste-Anne, Suite 200\t\t4115, rue Ontario Est Montréal H1V 1J8 524-7541 ÉDOUARD MONTPETIT ET LE RÉGIONALISME 409 * Edouard Montpetit et le régionalisme par LÉONARD ROY, économiste.Président du Conseil de planification et de développement du Québec.Près d\u2019un demi-siècle nous sépare de cette époque où la création de la Commission royale d\u2019enquête Rowell-Sirois, par Mackenzie King, soulevait une nouvelle vague d\u2019appréhensions au Québec.Édouard Montpetit était, en 1938, au centre, pour ne pas dire à l\u2019origine, des débats que devaient susciter au Québec les travaux et recommandations de cette Commission, puisque Maurice Duplessis, tout-puissant à Québec, venait de lui confier la présidence d\u2019un humble Comité, dit de «recherches sur la taxation au Québec», mais dont le mandat officieux visait à faire «contrepoids aux orientations fortement centralisatrices de cette Commission fédérale».Montpetit était en plein dans son élément: les finances de l\u2019État.C\u2019était son champ de recherches privilégié.Il venait à peine de publier «Les Cordons de la bourse» (1935).Depuis 1907, fortement influencé par Errol Bouchette, Montpetit avait véhiculé, à travers la Faculté de droit, l\u2019École des Hautes Études Commerciales, le Collège des Dames de la Congrégation et l\u2019École des sciences sociales, sa philosophie économique libérale et nationaliste qu\u2019il avait résumée en ces mots, à l\u2019occasion des fêtes du cinquantenaire de l\u2019Université Berkeley: «Il est essentiel d\u2019être d'abord maître chez soi et bien renté.»1 Il assumait la présidence de ce Comité provincial convaincu que ses compatriotes canadiens-français participeraient vraiment à l\u2019essor économique du Québec, par la compétence, oui, mais surtout en devenant riches et en gardant le contrôle 1.«Six jours à Berkeley», Revue trimestrielle canadienne, mai 1918, p.6. 410 L\u2019ACTION NATIONALE de leurs capitaux.Il parlait le langage de la génération du compte d\u2019épargne, le langage du Commandeur Alphonse Desjardins et de ses caisses populaires, par contraste avec l\u2019attrait facile du compte de dépenses.2 Son libéralisme économique était fortement imprégné de profondes préoccupations sociales.Au moment de faire face à Rowell-Sirois, il avait déjà à son crédit d\u2019avoir présidé la Commission des assurances sociales du Québec qui avait recommandé, en 1933, un système d\u2019assurance-chômage et une caisse provinciale d\u2019assurance pour le vieil âge.Il annonçait, à sa manière, un néo-libéralisme mais d\u2019une inspiration inverse du néo-libéralisme actuel du grand-prêtre Paul Volcker.La lutte à la centralisation des pouvoirs, sur le plan national, a entraîné en réaction la recherche d\u2019un aménagement du milieu provincial qui permette aux Canadiens-Français de mieux se prendre en main, d\u2019accumuler des réalisations et des richesses, dans un environnement régional qui génère plus facilement le dynamisme nécessaire au développement économique.En d\u2019autres termes, la lutte pour la décentralisation, sur le plan national, a eu son effet d\u2019entraînement, au sein même de la province.Elle a éveillé et alimenté la propension au régionalisme chez les Québécois.Les grands maîtres à penser, contemporains de Montpetit, au moment de l\u2019expérience Rowell-Sirois, Stephen Leacock de McGill et Esdras Minville des H.E.C., aux deux extrémités de l\u2019éventail des prises de position suscitées par l\u2019enquête de la Commission fédérale, ont fait écho, dans leurs travaux, aux orientations d\u2019Edouard Montpetit qui pavaient la voie déjà à la décentralisation des prises de décisions à travers les diverses régions du Québec.Au moment de cette enquête, Esdras Minville précise ainsi les facteurs fondamentaux, géographiques et humains, sur lesquels repose la décentralisation: «La société humaine entre dans le mouvement de l\u2019universel déterminisme et subit profondément les influences du climat, du sol, du sous-sol et 2.M.Edouard Montpetit, précurseur de la révolution tranquille.Roger Bédard, L'Action nationale, avril 1966. ÉDOUARD MONTPETIT ET LE RÉGIONALISME\t411 des genres de vie qu\u2019ils déterminent.Le milieu exerce donc sur l\u2019homme une influence certaine et inévitable.Et c\u2019est ce qui explique qu\u2019à la longue les sociétés régionales ou locales se différencient.Cette différenciation est un enrichissement.On n\u2019enrayera jamais par des lois l\u2019action, sur l\u2019homme, de la montagne, de la plaine, de la mer.Les relations économiques entre les différentes parties d\u2019un pays ne sont elles-mêmes possibles qu\u2019à la condition de se plier à ces exigences irréductibles.»3 Ce message à la Commission Rowell-Sirois, par Montpe-tit, Minville et les autres fidèles interprètes de cette orientation, s\u2019est repercuté à travers 45 ans de réflexion, de remises en cause, d\u2019élaboration de projets de politiques de développement régional, de tentatives de décentralisation des pouvoirs par des groupes de plus en plus nombreux, désireux de participer plus directement, plus effectivement, à l\u2019essor économique du Québec.Nous retrouvons le même message dans une étude: «Quelques réflexions sur la décentralisation politique et administrative» publiée en 1977, par M.Jean Lessard: -Lorsqu\u2019on discute de décentralisation, on pense surtout à ses dimensions politiques et administratives et à ses aspects socio-culturels.N\u2019y aurait-il pas aussi dans notre société un besoin profond de décentralisation économique, c'est-à-dire une nécessité de créer des conditions propices à l\u2019éclosion et la mise en valeur de Ventrepreneurship, de l\u2019initiative, de l\u2019esprit d\u2019innovation qui existe chez beaucoup de citoyens et de groupes dans toutes les régions du Québec».Le Conseil de planification et de développement du Québec a consacré près de deux ans à une étude sur ce que devrait être une politique de décentralisation administrative et financière, comme moyen de favoriser l\u2019engagement des citoyens dans le développement de leur collectivité québécoise aux plans des missions sociales, économiques, municipales et scolaires.3.Quelques aspects d\u2019un grand problème.Esdras Minville, Actualité économique, novembre 1937. 412 Il a fallu mettre un terme à cette recherche à cause des contraintes budgétaires du gouvernement du Québec.Un Avis et des recommandations seront tout de même présentés incessamment au premier ministre sur ce que nous avons entrevu en matière d\u2019objectifs à atteindre, de conditions préalables à respecter et de principes à mettre de l\u2019avant dans un véritable projet de société reposant sur la décentralisation.Sans dévoiler l\u2019essentiel des recommandations qui doivent être présentées au premier ministre nous voulons, en guise d\u2019hommage à Édouard Montpetit et à sa conception du régionalisme, résumer, ci-après, quelques parties de cette étude qui illustrent comment la modernisation accélérée du Québec remet sérieusement en cause la centralisation de l\u2019État-providence.Un État et une société qui se prennent en main pour rattraper le temps perdu Au Québec, on le sait, la révolution tranquille s\u2019est fait attendre jusqu\u2019au début des années 60.C\u2019est à ce moment que l\u2019État a commencé à mettre sur pied les réformes qui s\u2019imposaient, en se dotant de moyens d\u2019intervention dans plusieurs secteurs.Les réformes du système scolaire et des services sociaux et de la santé furent probablement les plus spectaculaires parmi celles réalisées au cours des années 60-80.Dans le but de combler des besoins considérés, au début des années 60, comme urgents et essentiels, l\u2019État s\u2019est approprié, d\u2019une part, des responsabilités dans le domaine des services médicaux, hospitaliers et sociaux.Ces derniers avaient été traditionnellement confiés aux communautés religieuses ou, en milieu anglophone surtout, à des conseils d\u2019administration de corporations charitables sans but lucratif, formés de personnes fortunées et/ou motivées par les buts de l\u2019organisme.D\u2019autre part, l\u2019État mettait sur pied une vaste entreprise de rattrapage dans le domaine de l\u2019éducation, faisant de la scolarisation de tous les Québécois un objectif collectif prioritaire. ÉDOUARD MONTPETIT ET LE RÉGIONALISME\t413 Avec la gratuité scolaire, le gouvernement facilitait l\u2019accès d\u2019un plus grand nombre de citoyens à l\u2019éducation, en créant un nouveau réseau d\u2019écoles publiques secondaires, les polyvalentes, sur tout le territoire.En outre, fort du slogan «qui s\u2019instruit s\u2019enrichit», le gouvernement incitait aussi les élèves à poursuivre leurs études au-delà du cours secondaire, offrant de nouveaux collèges publics, les cégeps, dans toutes les régions, avec l\u2019avènement de l\u2019Université du Québec.Les programmes de prêts et bourses aux étudiants des niveaux collégial et universitaire faisaient également leur apparition.De nombreux autres secteurs à vocation sociale ont fait l\u2019objet de l\u2019intervention de l\u2019État pour le mieux-être de la collectivité: qu\u2019on pense par exemple à l\u2019habitation, à la protection du consommateur, aux dispositions du code du travail, à la santé et sécurité du travail, au régime des rentes, au supplément du revenu, aux mesures relatives à la langue, à la culture, à la condition féminime, à la protection de l\u2019environnement, etc.La vocation économique de l\u2019État s\u2019est aussi transformée, ce dernier devenant un acteur à part entière dans des secteurs jugés prioritaires par la création de nombreuses sociétés d\u2019État.Une collectivité qui s\u2019éveille aux dangers de la technocratie et de ses coûts écrasants Les transformations nombreuses, affectant les citoyens dans leur vie quotidienne et provoquant de leur part approbation et critique, ont toutefois entraîné une explosion dans les dépenses publiques, un élargissement considérable des cadres de la fonction publique.Il faut souligner que cette modernisation de l\u2019État fut menée tambour battant grâce à un facteur déterminant, soit celui d\u2019une période de croissance économique soutenue.Durant cette période, l\u2019accumulation de cette richesse collective a permis à l\u2019État de dégager plus facilement des revenus nécessaires à la réalisation des objectifs collectifs identifiés par une société québécoise en évolution. 414 L'ACTION NATIONALE Comme corollaire, l\u2019État québécois a procédé à la modernisation de son appareil administratif, le faisant dès lors entrer de plain-pied dans l\u2019ère technocratique, caractéristique des grandes organisations.Les impératifs de l\u2019uniformisation, de la normalisation et de la rationalisation, combinés à l\u2019accroissement spectaculaire du financement public des missions sociale et éducative, entre autres, ont entraîné la centralisation du pouvoir à Québec autant qu\u2019un mode de gestion administrative centralisé.De plus en plus complexe et envahissante, l\u2019administration publique québécoise était désormais omniprésente.L\u2019État étant devenu l\u2019ultime recours, on s\u2019est habitué de toutes parts à demander l\u2019aide du gouvernement pour régler des problèmes de quelque nature qu\u2019ils soient.Il faut ajouter que l\u2019attitude même de l\u2019État a entraîné ce genre de réclamations, en créant des attentes, en suscitant de nouveaux besoins.Parce que -de budget le prévoyait et le permettait» ou parce que «le gouvernement fédéral le payait », le gouvernement du Québec contribuait à renforcer d\u2019une part la dépendance et la passivité des citoyens, qui n\u2019avaient même pas à demander pour recevoir, et d\u2019autre part le rôle du pourvoyeur de l\u2019État.Par conséquent, petit à petit, la réclamation de l\u2019intervention plus fréquente de l\u2019État s\u2019est accompagnée d\u2019une prise de conscience de l\u2019envahissement parfois tentaculaire et étouffant de celui-ci dans une multitude d\u2019endroits où sa présence n\u2019est probablement plus requise; d\u2019où la naissance d\u2019un discours beaucoup plus critique à l\u2019égard de cet État-interventionniste, voire de sa remise en cause.Les réactions de l\u2019Etat Le gouvernement du Québec s\u2019est rendu compte des graves conséquences de cette centralisation.Il a voulu se rapprocher de la clientèle de ses programmes de service.Ce faisant, les citoyens ont graduellement démissionné face à une technocratie lourde et envahissante.Il fallait aller plus loin. ÉDOUARD MONTPETIT ET LE RÉGIONALISME 415 Ainsi, au cours des années 70, le gouvernement a accéléré les mouvements de déconcentration d\u2019une grande partie de ses programmes et de ses services.Les objectifs de consultation et de participation ont non seulement fait partie du discours politique, mais ont aussi été dotés d\u2019institutions par l\u2019Assemblée nationale (les commissions parlementaires, les conseils consultatifs) et ont fait partie de la démarche administrative dans bien des domaines (ouverture des conseils d\u2019administration aux représentants des bénéficiaires usagers dans le réseau des Affaires sociales, tournées de consultations, etc.) Outre la déconcentration, on a commencé à parler en termes de décentralisation territoriale, qui consiste à reconnaître à un véritable gouvernement local ou régional, soumis à un certain contrôle de la part du centre, l\u2019ensemble des compétences nécessaires à l\u2019administration des affaires propres à un territoire désigné.L\u2019objectif est alors le rapprochement de certains pouvoirs vers des institutions politiques situées le plus près possible des citoyens, des groupes, pour que ces derniers soient associés à la prise de décision.Les notions de déconcentration et de décentralisation ont prêté flanc à plusieurs définitions et interprétations, sans oublier le concept de régionalisation qui y est aussi juxtaposé.Pendant que l\u2019élaboration d\u2019un projet de décentralisation gouvernemental se poursuivait, des gestes ont toutefois été posés au nom de cette décentralisation.Les municipalités d\u2019abord, et les MRC ensuite, ont été les points de chute privilégiés de cette décentralisation, les élus municipaux étant considérés, par le Parti québécois de 1973 à 1980, comme les mieux en mesure d\u2019évaluer les besoins locaux et d\u2019y répondre.Le gouvernement du Québec a manifesté, d\u2019une façon tangible, son désir de décentralisation par la valorisation du gouvernement local, au moyen des législations suivantes: la loi sur la démocratie municipale; la loi sur la fiscalité municipale; la loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme; le programme national de soutien aux activités de loisir municipal. 416 L'ACTION NATIONALE La perspective dynamique de la décentralisation La décentralisation ne constitue pas une fin en soi.C\u2019est un moyen d\u2019engagement et d\u2019action de la collectivité qui n\u2019est pas applicable dans tous les cas de la même manière.La décentralisation sera valable si elle facilite vraiment aux citoyens leur participation aux mécanismes de développement de leur milieu régional et local, si elle respecte le rythme d\u2019apprentissage des collectivités et leur droit à la différence, si elle réussit à intéresser et à impliquer la jeune génération.La décentralisation devra également servir à améliorer la relation de l\u2019État avec ses partenaires, les agents socio-économiques du développement local et régional.Parmi les facteurs déterminants du succès ou de l\u2019échec d\u2019une telle politique de décentralisation, il y a les interventions directes et unilatérales du gouvernement fédéral.Le gouvernement fédéral intervient dans le développement des régions de différentes manières, que ce soit par les paiements de transferts au gouvernement du Québec, ou, depuis le milieu des années 60 et surtout dans le domaine du développement économique, en subventions directes aux municipalités ou organismes et entreprises implantés sur le territoire.«La constitution canadienne (L\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique de 1867) comporte de nombreuses embûches pour tout projet de planification économique.Par exemple, les compétences en matière de politique économique y sont partagées entre les niveaux fédéral et provincial, tout comme d\u2019ailleurs les pouvoirs de taxation et de dépenser.De plus, les pressions et le contrôle que les deux niveaux de gouvernement peuvent exercer sur les compagnies dépendent en bonne partie de la nature fédérale ou provinciale de leur charte» (La loi constitutionnelle de 1982 ne modifie en rien cela).Quel que soit le modèle retenu de décentralisation, il faut donc compter avec les interventions du gouvernement fédéral, qui se gêne de moins en moins pour intervenir directement ÉDOUARD MONTPETIT ET LE RÉGIONALISME 417 auprès des gouvernements locaux en passant par-dessus le palier du gouvernement du Québec.4 Nous voici donc revenus, quarante-cinq ans en arrière, à l\u2019époque des discussions académiques et de la technique du fait accompli du partenaire fédéral, à l\u2019époque d\u2019Édouard Montpe-tit et de la Commission Rowell-Sirois.Le contentieux n\u2019a guère évolué vers le fédéralisme rentable.Nous recherchons encore les solutions que Montpetit et ses contemporains avaient déjà proposées en matière de décentralisation, de régionalisme.Je laisse à M.François-Albert Angers de tirer les conclusions de ce rapprochement historique de situations économiques qui marquent le bien-fondé de nos revendications et la continuité logique de nos luttes: «Quand on regarde ce qui se passe aujourd\u2019hui, il est possible de mettre des dates et des noms anciens sur ce qui se prétend nouveau et qui est presque intégralement semblable à ce que disait Bouchette en 1902, Montpetit en 1917 ou en 1933, Minville en 1927, etc.Ces hommes étaient des esprits profonds qui voyaient loin.Que loin nous serions rendus, au lieu de ce que nous sommes, s\u2019ils avaient été davantage écoutés.»5 Hommage à Édouard Montpetit qui nous répéterait encore aujourd\u2019hui, s\u2019il était parmi nous: «Quoi de plus normal pour les Canadiens-Français que la volonté de participer davantage à l\u2019essor économique de leur patrie pour être en mesure de rayonner les valeurs de leur culture française.»6 * * * 4.\tC.P.D.Q.Rapport du Comité sur la décentralisation.Octobre 1982.5.\tHommage à Edouard Montpetit.Frs-Albert Angers, L'Action Nationale.avril 1966.6.\tNotre avenir, l\u2019enseignement professionnel, la constitution d'une élite.Édouard Montpetit, Revue trimestrielle canadienne, février 1917. 418 L\u2019ACTION NATIONALE ¦ ¦ ¦ Des soirées publiques Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l'Église \u2022\tLe travail à temps partiel \u2022 chague mois un débat sur un sujet d\u2019actualité Abonnement 1 an (10 nos):\t12.50S à l\u2019étranger:\t14,50$ par avion:\t20,00$ Nom - Adresse - code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 Pour être bien informé sur la vie coopérative, il faut lire: ensemble ! JOURNAL D'INFORMATION COOPERATIVE 22 numéros par année L\u2019abonnement: 12$ Canada; 15$ Etats-Unis; 17$ Autres pays Adressez votre chèque à: Les Editions Solidarité Inc.2875 boul.Laurier, Ste-Foy, Qué.Canada G1V 2M2 2185 PAR MON HUBLOT 419 Par mon hublot par ROGER DUHAMEL Assaut contre le français Sans doute eût-il été utopique de s\u2019imaginer que la minorité anglophone du Québec ne réagirait pas avec vigueur, voire avec arrogance, aux prescriptions de la loi 101.Ses représentants les plus autorisés, groupés à l\u2019enseigne d\u2019Al-liance-Québec, sous la présidence militante de M.Éric Maldoff, ont cru le moment opportun pour amorcer une campagne où les attaques sans aucun fondement objectif se mêlent aux menaces à peine voilées de désobéissance civile.On notera que cette opposition concertée n\u2019a pris son essor véritable qu\u2019au lendemain du référendum.Nous payons aujourd\u2019hui très cher le prix de notre aberration.Il est triste de constater que même la presse d\u2019expression française a accueilli avec beaucoup de réticence la lettre courtoise et raisonnable que le premier ministre Lévesque a adressée à la direction d\u2019Alliance-Québec.Si nous n\u2019étions pas colonisés jusqu\u2019aux moelles \u2014 et souvent fiers de l\u2019être! \u2014, un texte aussi modéré de pensée et de ton aurait dû faire 1 unanimité de nos compatriotes.Qu\u2019y a-t-il en effet d\u2019injurieux à rappeler comme un fait patent de l\u2019histoire de notre peuple «une trop longue attitude démissionnaire de ses élites»?De même n\u2019y a-t-il pas lieu de s\u2019étonner que les Anglo-Québécois se refusent à reconnaître pour eux-mêmes le «statut de minoritaires socio-économiques si longtemps réservé ici même au Québec aux citoyens francophones et à la nation qu\u2019ils constituent.» La perte d\u2019un privilège usurpé est toujours douloureux.Il était grand temps pour nous de rectifier le tir.Nous devions contrebalancer les méfaits d\u2019une dénatalité chronique et mettre un frein à une anglicisation à peu près automatique des immigrants, une tendance qui n\u2019a que trop duré.Malgré des dénonciations outrées inspirées d\u2019une émotivité raciste, 420 L\u2019ACTION NATIONALE comment ne pas admettre qu\u2019en dépit de la charte du français, «l\u2019anglais, écrit ou oral, reste la langue de travail au Québec dans une proportion qui dépasse largement l\u2019importance numérique de la minorité anglophone dans notre société»?Si nos concitoyens de langue anglaise étaient de bonne foi, ils conviendraient sans la moindre hésitation que les dispositions législatives actuelles sont plus équitables et plus généreuses que celles qui prévalent en Suisse et surtout dans les neuf autres provinces canadiennes où se poursuit en douce un génocide linguistique.Pour améliorer encore davantage leurs positions déjà enviables, que ne s\u2019emploient-ils à faire accepter de ces gouvernements provinciaux la formule de réciprocité proposée par le gouvernement québécois en faveur de nos propres minorités hors-Québec! Une telle démarche constituerait la pierre de touche de leur sincérité.Les dirigeants d\u2019Alliance-Québec répètent à satiété qu\u2019ils acceptent en principe la primauté du français sur le seul territoire où nous pouvons entretenir quelque espoir de durer et de nous épanouir.Ce serait là, à les entendre, le sentiment véritable de l\u2019immense majorité de leurs compatriotes.Dans ces conditions, comment expliquent-ils que depuis cinq ans, plus de 140,000 Anglo-Québécois (chiffre qui nous paraît exagéré) seraient censés avoir quitté la province?Leur attachement à notre sol ne devait pas plonger des racines très profondes.La vérité, c\u2019est que tout ce qui est français leur répugne d\u2019instinct et qu\u2019ils ont préféré émigrer dès qu\u2019ils ont cru menacée leur situation séculaire d\u2019occupants dominateurs.C\u2019est bien pour cela que M.Jean Chrétien et ses semblables ne parviennent pas à refouler leurs larmes.D\u2019aucuns constatent avec amertume la diminution de la population scolaire anglophone.Deux facteurs en rendent compte.Il y a d\u2019abord ces familles qui ont choisi librement d\u2019aller vivre sous d\u2019autres cieux et dont les enfants ne fréquentent donc plus nos écoles.Et il y a aussi ce fait heureux que moins de parents canadiens-français qu\u2019autrefois inscrivent leurs enfants dans les institutions anglaises.Or, malgré cette double tendance, il se trouve que cette année 13,1 pour cent des jeunes Québécois étudient en anglais, alors que la PAR MON HUBLOT 421 proportion des écoliers de langue maternelle anglaise ne dépasse pas 10,1 pour cent de l\u2019ensemble.La déperdition apparente des effectifs ne résulte donc nullement d\u2019un obstacle dressé contre l\u2019instruction des petits Anglophones dans leur propre langue.Comme toute législation, la charte du français demeure perfectible et il est possible que le temps soit venu d\u2019y apporter quelques aménagements.Si l\u2019on procède à certaines modifications, nous souhaitons qu\u2019elles soient mineures et surtout quelles ne soient pas effectuées dans le sens de la dilution et de l\u2019affadissement.Ministre responsable de la loi 101, M.Gérald Godin, qui possède un esprit ouvert et souple, a laissé entendre qu\u2019il comptait recommander au cabinet certains accommodements.Il ne doit pas oublier qu\u2019une vigilance lucide demeure sa meilleure conseillère, malgré toutes les pressions dont il est l\u2019objet.L\u2019abdication en rase campagne n\u2019a jamais profité à ceux qui s\u2019y jetaient tête baissée.Le rouleau compresseur Le gouvernement central a institué une Commission d\u2019enquête sur l\u2019économie canadienne.Cette initiative saugrenue comporte dès le départ des anomalies.Il est sûrement curieux qu\u2019il ait fallu une indiscrétion du Globe & Mail pour que le public apprenne ce projet personnel du premier ministre Trudeau, qui avait jusque-là négligé d\u2019en informer ses collègues, à l\u2019exception de l\u2019inusable MacEachen.De prime abord, le citoyen est porté à croire que cette dépense est tout à fait inutile, puisque c\u2019est précisément le rôle du Conseil économique, disposant d\u2019experts et de recher-chistes permanents, de nourrir la pensée de nos gouvernants.La vanité de cette enquête et son défaut absolu de crédibilité apparaissent de façon indiscutable du fait quelle sera sous la présidence de l\u2019ancien ministre Donald Macdonald, qui n\u2019est pas étranger au marasme actuel et qui avoue effrontément son intention de remettre prestement son tablier dès qu\u2019il verra l\u2019occasion favorable pour briguer la succession de son chef à la tête du parti libéral.Voilà qui laisse prévoir la mesure de son impartialité. 422 L\u2019ACTION NATIONALE Il y a beaucoup plus grave.Une lecture attentive du mandat de la Commission laisse percer l\u2019intention profonde du premier ministre.L\u2019étalage de préoccupations économiques ne fournit qu\u2019un écran de fumée propre à abuser les crédules.Le but authentique de l\u2019opération, c\u2019est de fortifier la centralisation à Ottawa, c\u2019est de consolider les acquisitions illégitimes obtenues par le rapatriement constitutionnel unilatéral de l\u2019an dernier.Tout le reste n\u2019est que papotages insanes.Les textes écartent toute ambiguïté.Les commissaires reçoivent mission de se pencher sur «l\u2019intégrité de l\u2019union économique canadienne» et d\u2019en «favoriser l\u2019expansion.» Ils doivent aussi envisager «les aménagements institutionnels et constitutionnels propres à promouvoir la liberté et le bien-être des citoyens canadiens», en se soumettant à une «répartition opportune des pouvoirs.» Au cas où les commissaires seraient d\u2019entendement laborieux, on insiste en précisant que leur «rapport devra tenir compte de l\u2019esprit de la Constitution canadienne.» Pour ceux qui espéreraient encore que ce document puisse un jour reconnaître l\u2019existence d\u2019un peuple francophone, on enjoint les enquêteurs de «s\u2019appuyer sur l\u2019hypothèse que la structure fédérale canadienne ne s\u2019écartera pas sensiblement de ce qu\u2019elle est à l\u2019heure actuelle.» Bref, notre nouveau carcan est coulé dans le béton, on resserre davantage le garrot, et il est désormais niais de rêver du moindre assouplissement.Pour que nul n\u2019en ignore, on établit une distinction subtile entre les «responsabilités» du gouvernement central et les «charges importantes» des provinces.Nous assistons donc à une reprise singulièrement accentuée de l\u2019offensive menée à la veille de la guerre par la Commission Rowell-Sirois.Il s\u2019agit de nous écraser à tout prix.«C\u2019est en somme une enquête sur le fonctionnement et les structures de la fédération canadienne.Le souci majeur du gouvernement: c\u2019est l\u2019acquisition des pouvoirs nécessaires à une gestion plus centralisée de l\u2019économie.» Est-ce là l\u2019opinion d\u2019un nationaliste étroit?Non, c\u2019est le jugement pondéré de notre excellent confrère Michel Roy, que personne n\u2019accusera de mener une guérilla contre M.Trudeau! PAR MON HUBLOT 423 Ce dernier doit rire sous cape et nous ne pouvons l\u2019en blâmer.Indifférent au bien-être économique du pays, tout ce qui le passionne, c\u2019est de gommer le plus possible le fait français au Canada.Il s\u2019emploie avec zèle à miner le concept du fédéralisme qu\u2019il récuse et personne ne cherche à l\u2019empêcher de parvenir à ses fins.Il n\u2019a qu\u2019à froncer les sourcils pour qu\u2019aussitôt les 73 députés bêlant que nous déléguons à Ottawa baissent craintivement la tête.Ne forment-ils pas la cour du roi Pétaud?Si les peuples, dit-on, ont les gouvernements qu\u2019ils méritent, nous sommes descendus bien bas.Une indignation hypocrite Un journal révèle qu\u2019il existe dans un ministère québécois une liste renfermant un certain nombre de noms, en majorité allogènes, flanqués d\u2019indications particulières sur chaque personnage.Quelques jours plus tard, un député conservateur se lève en Chambre pour accuser le gouvernement de garder à jour une liste de même nature.Dans un cas comme dans l\u2019autre, c\u2019est la source d\u2019une vive indignation et l\u2019on n\u2019hésite pas à évoquer l\u2019Inquisition ou le régime nazi.En aussi bonne veine, pourquoi pas le KGB?Ce n\u2019est pas là un phénomène inouï.Un journaliste qui a bonne mémoire a rappelé aux esprits distraits «qu\u2019au début des années 70, M.Marc Lalonde, alors conseiller spécial de M.Trudeau, aidé du Solliciteur général de l\u2019époque, M.Jean-Pierre Goyer, avait mis sur pied un groupe secret de renseignements et d\u2019analyses très politiques, le Groupe Vidal.» Ce qui va beaucoup plus loin qu\u2019un bottin improvisé rempli de notations insignifiantes.Il n\u2019est pas interdit aux âmes pures de se scandaliser de pareils procédés.Nous devons néanmoins admettre, sans la moindre trace de cynisme, que des renseignements et des recoupements, qu\u2019ils soient inscrits sur des listes, des fiches ou des répertoires, ont toujours existé et qu\u2019ils existeront toujours.Ce sont les instruments ordinaires de tous les gouvernements et ils ne deviennent dangereux que s\u2019ils sont utilisés à des fins de harcèlement ou de persécution.Il n\u2019y a en soi aucun mal à ce que les autorités veuillent connaître les 424 L\u2019ACTION NATIONALE affinités et les orientations de leurs administrés.Les citoyens qui ont la conscience en paix n\u2019ont rien à redouter dans un pays respectueux de la liberté et des droits de l\u2019homme.Apostilles \u2014 Pour expliquer que le gouvernement central n\u2019a pas consulté les provinces avant de déposer son projet de loi (S-31) sur le contrôle des transports, le ministre André Ouellet a eu recours à une comparaison délicate: la police qui part arrêter les criminels sur les lieux d\u2019un crime ne les prévient pas d\u2019avance.C\u2019est d\u2019une logique désarmante.Assimiler les provinces à la délinquance criminelle?Il faut le faire.\u2014 Cet hiver, à la veillée, la lecture du rapport Apple-baum-Hébert fera la joie du bon peuple dans les chaumières.Des nombreuses recommandations contenues dans ce document promis aux archives, il en est une qui nous agrée tout particulièrement: n\u2019est-il pas génial de songer à créer un musée itinérant pour rapprocher les chefs-d\u2019oeuvre des populations éprises de beauté?Imaginons un Prado sur roulettes ou un Louvre en cavale dans les plaines du Far-West.\u2014 Le président de Pétro-Canada, M.Wilbert Hopper, se réjouit de ce que son entreprise ait enregistré en 1981 un excédent des bénéfices sur les dépenses s\u2019élevant à $65 millions.Il serait plus exact de noter que ces «gains» sont tout à fait illusoires, puisqu\u2019ils proviennent de la taxe spéciale imposée aux consommateurs sur chaque litre d\u2019essence, depuis que le gouvernement fédéral a acquis Pétrofina au prix notoirement excessif de $1,600,000,000.Sous un pareil régime, toutes nos PME afficheraient des profits.\u2014 Les trois frères Stastny n\u2019ont guère goûté qu\u2019un rédacteur de la Gazette ait malicieusement prétendu que la loi 101 rendait pénible leur séjour à Québec, le berceau des Nordiques.Ils admettent volontiers qu\u2019il est normal d\u2019apprendre la langue du pays où l\u2019on va s\u2019établir et où l\u2019on fait carrière.Il reste encore à ces joueurs de hockey de savoir que le journal anglophone de Montréal poursuit sans relâche une oeuvre de zizanie et qu\u2019il s\u2019emploie systématiquement à la ruine d\u2019un minimum d\u2019harmonie nationale. LE 5 NOVEMBRE 1981 425 Le 5 novembre 1981 par CLAUDE MORIN, ancien ministre des Affaires intergouvemementales du Québec Québec, seul dans son coin Dans à peu près tous les journaux québécois du 6 novembre 1981, le lendemain de la dernière conférence constitutionnelle, le titre était énorme: «Le Québec isolé».Ce titre et sa dimension illustraient un fait indéniable: après des discussions longues et ardues, après des mois de tensions fédérales-provinciales, neuf provinces et Ottawa s\u2019étaient enfin entendus, la veille, et pratiquement contre toute attente, sur une proposition touchant le rapatriement de la constitution, une formule d\u2019amendement et l\u2019insertion, dans cette constitution, d\u2019une Charte des droits.Le Québec était le seul à rejeter cette proposition; sur onze gouvernements, celui du Québec fut le seul à refuser de signer l\u2019accord que les dix autres paraissaient visiblement heureux de conclure.Les causes?Les causes de cet isolement sont multiples, et il est peut-être trop tôt pour mesurer l\u2019importance relative de chacune.Mais il n\u2019est pas trop tôt pour avancer une interprétation de ce qui s\u2019est passé le 5 novembre 1981.date qui.la simplification aidant, demeurera symboliquement dans la conscience populaire québécoise celle d\u2019un moment capital de l\u2019histoire oit le Québec a été rejeté de conceit par Ottawa et par les provinces anglophones.Parce que d\u2019aucuns, à Ottawa et ailleurs, se sont sentis mal à l\u2019aise le 5 novembre, une hypothèse superficielle et commode a été avancée pour expliquer l\u2019isolement du Québec.Il convient immédiatement de la rejeter.Le Québec ne s\u2019est pas en effet trouvé isolé parce que son gouvernement souverainiste a souhaité qu\u2019il en soit ainsi, désireux qu\u2019il était d\u2019exploiter ce statut de victime à des fins de propagande partisane interne.La réalité est beaucoup plus simple: aucun 426 L\u2019ACTION NATIONALE gouvernement québécois, peu importe le parti au pouvoir, n\u2019aurait pu politiquement et même moralement apposer sa signature à l\u2019accord du 5 novembre.Cet accord des dix, préparé à l\u2019insu du Québec, contredisait trop de promesses, d\u2019attentes, d\u2019espoirs et d\u2019aspirations pour être de quelque façon acceptable à un gouvernement authentiquement québécois.Il ne tenait absolument pas compte des recommandations de commissions d\u2019enquête fédérales, négligeait totalement les positions constitutionnelles les plus fondamentales mises de l\u2019avant par tous les gouvernements du Québec depuis 1965, et était parfaitement contraire au sens des promesses solennelles faites aux Québécois pendant le référendum de mai 1980 par le premier ministre du Canada et par des représentants du Canada anglais.L\u2019accord des dix aurait-il cependant pu ultérieurement être amélioré au point de finalement convenir au Québec?Celui-ci n\u2019a-t-il pas fait preuve de rigidité inutile en n\u2019engageant pas, avec Ottawa, des pourparlers en ce sens après la conférence de novembre?Ces questions méritent un commentaire puisqu\u2019elles font aussi partie de l\u2019argumentation de ceux qui tentent de rendre le Québec coupable de s\u2019être isolé des autres.Le 5 novembre, l\u2019accord des dix a été présenté à la télévision comme un compromis historique et extraordinaire, comme une sorte de traité solennel scellant de façon heureuse de difficiles négociations enfin conclues à l\u2019avantage de chacun des signataires.Comment peut-on dès lors logiquement prétendre qu\u2019un tel texte, qui n\u2019avait rien d\u2019un projet préliminaire, pouvait, dans les jours subséquents, être substantiellement modifié dans son esprit et sa portée de manière à vraiment être acceptable au Québec?Cela aurait conduit à une réouverture complète des négociations, ce que ne désirait aucun des dix signataires.À la rigueur, ils auraient probablement pu accepter qu\u2019intervienne entre Ottawa et Québec une entente administrative quelconque, à la condition que celle-ci n\u2019aille pas à l'encontre du texte officiel.Une telle entente n\u2019aurait rien résolu, en premier lieu parce qu\u2019elle n\u2019aurait pas fondamentalement corrigé l\u2019accord et en second lieu parce que le Québec LE 5 NOVEMBRE 1981 427 aurait dû se contenter d\u2019une simple annexe administrative, d\u2019application forcément incertaine vu son caractère non constitutionnel.Cette solution de facilité était à la fois humiliante et piégée.Le refus de négocier De toute façon, il n\u2019y avait aucune place pour la négociation.Ottaiva était déterminé à classer l\u2019affaire et à se passer du Québec.Autrement, la démarche parlementaire aurait été suspendue, au moins temporairement, en vue de faciliter un rapprochement avec le Québec.Non seulement le gouvernement central n\u2019a-t-il pas pris cette attitude, mais il a tourné le dos au Québec.En effet, le 26 novembre 1981, après un vote de I Assemblée nationale, le Québec a formellement exercé son droit historique de véto.Ottawa n\u2019en a tenu aucun compte.Quand on parle de l\u2019isolement du Québec, on néglige souvent le fait qu\u2019il ne s\u2019est produit qu\u2019au terme même de travaux qui avaient débuté en juin 1980.Entre cette date et octobre 1981, non seulement le Québec n\u2019a pas été seul, mais il a été un des plus actifs participants aux négociations constitutionnelles, coopérant loyalement et constamment avec ses partenaires.Après le coup de force d\u2019Ottawa, en octobre 1980, il s\u2019est joint au groupe majoritaire des provinces qui contestaient la démarche fédérale tant au Canada qu\u2019à Londres.Dès lors, on peut se demander à quel moment s\u2019est produit l\u2019isolement du Québec.Ce moment se situe dans la nuit du 4 au 5 novembre.Car, jusqu\u2019à cet instant chronologique précis, bien que le front commun ait déjà, à toutes fins utiles, cessé d\u2019exister, le Québec n\u2019a jamais été seul, et n\u2019a jamais cherché à être seul.C est pendant cette nuit que s\u2019est produite la manoeuvre d\u2019encerclement.Si on peut fixer un événement politique dans le temps et le cristalliser historiquement à une date ou à une heure donnée, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019un tel événement n\u2019est pas le résultat d\u2019une génération spontanée.Il découle nécessairement d\u2019un ensemble de facteurs interreliés.Ces circonstances 428 L'ACTION NATIONALE et ces facteurs en sont les véritables causes.Voyons-les de plus près, sans tenter ici d\u2019établir définitivement l\u2019influence de l\u2019une ou de l\u2019autre.Le groupe des huit L\u2019alliance des huit provinces du front commun contre l\u2019action unilatérale d\u2019Ottawa était essentiellement défensive.Si le Québec contribua à cette alliance et s\u2019il en fit activement partie, c\u2019est tout simplement qu\u2019il n\u2019avait pas le choix.On ne doit jamais perdre de vue qu\u2019après le NON référendaire un tel front commun demeurait la seule arme efficace qui lui restait pour lutter contre des ambitions fédérales qui contredisaient carrément les promesses faites aux Québécois en mai 1980.Le Québec ne vit jamais, dans le front commun, un moyen d\u2019accroître ses pouvoirs.À aucun moment ne s\u2019est-il fié aux autres provinces pour régler, à son avantage, la crise constitutionnelle provoquée par Ottawa.Pendant la soirée du 15 avril 1981, quelques heures avant la signature de l\u2019accord des huit sur le rapatriement et la formule d\u2019amendement, un événement révélateur se produisit.Celui-ci en dit long sur l\u2019appui que les sept autres provinces étaient susceptibles de fournir, le cas échéant, aux positions québécoises.Il est plus que probable qu\u2019Ottawa fut informé sur-le-champ de cet événement et que, de la sorte, il put découvrir alors une des failles importantes du front commun quitte à l\u2019exploiter en temps opportun.Comme on le verra plus loin, le moment propice pour Ottawa survint, à l\u2019insu du Québec, dans la nuit du 4 au 5 novembre 1981, au terme de la conférence fédérale-provinciale des premiers ministres.Le droit de véto Auparavant, il importe de bien saisir les positions des divers gouvernements quant à la nécessité ou non de prévoir, dans la constitution, soit un droit de veto, soit une autre façon de protéger leurs compétences si jamais elles étaient menacées. LE 5 NOVEMBRE 1981 429 Au début de 1981, les provinces du front commun en étaient arrivées à la conclusion qu\u2019il leur fallait absolument offrir un compromis au gouvernement central.Elles espéraient ainsi l\u2019inciter à mettre un terme à son action unilatérale.Jusque-là on les avait critiquées parce qu\u2019elles ne proposaient pas de solution de rechange.Elles élaborèrent donc une entente sur le rapatriement lui-même de la constitution, sur une formule d\u2019amendement et sur un engagement à poursuivre les négociations.Cela supposait la rédaction d\u2019un projet d\u2019accord en bonne et due forme et, par conséquent, une rigueur beaucoup plus grande que celle qu\u2019on observe habituellement lors d\u2019échanges verbaux.Dans cet esprit, le Québec réitéra naturellement sa volonté, constante chaque fois qu\u2019avaient eu lieu des discussions constitutionnelles, d\u2019inscrire, dans toute formule d\u2019amendement, une disposition lui garantissant la protection contre tout transfert, sans son assentiment, de l\u2019une ou de l\u2019autre de ses compétences constitutionnelles à Ottawa, et ce même si une majorité le désirait.Cette protection pouvait découler d\u2019un droit de veto ou d\u2019une technique apte à permettre au Québec d\u2019atteindre le même objectif.Or, malgré les apparences, le droit de veto n\u2019était pas nécessairement la meilleure protection possible pour le Québec.Ainsi, pour éviter une centralisation non désirée par lui, le Québec aurait dû, avec son veto, automatiquement assumer l\u2019obligation, odieuse dans certains cas, de bloquer l\u2019ensemble du Canada et d\u2019empêcher les autres gouvernements d'évoluer à leur goût.C\u2019était déjà arrivé en 1965, avec la formule Fulton-Favreau.Même chose en 1971, à propos de la Charte de Victoria.Chaque fois, le Québec avait suscité un très fort ressentiment contre lui dans le reste du Canada, et les gouvernements québécois de l\u2019époque s\u2019en étaient trouvés mal à l\u2019aise.En somme, le veto aurait catonné le Québec dans un rôle négatif d\u2019\"
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.