L'action nationale, 1 décembre 1985, Décembre
[" /\u2019Act k mi NATIONALE Volume LXXV, numéro 4, décembre 1985 QUEL DYNAMISME ECONOMIQUE DANS NOS RÉGIONS! ICI LE CENTRE D\u2019ALMA La Ligue d\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès René Blanchard Paul-André Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Marcel Chaput Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna Lagacé-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Gilles Rhéaume Léonard Roy André Thibaudeau Pierre Trépanier Claude Trottier Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Min ville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514)-845-8533 l\u2019Action NATIONALE Volume LXXV, numéro 4, décembre 1985\t\t TARTE DES MATIÈRES\t\t GILLES RHÉAUME:\t1985 \u2014 Impressions sur un passé récent\t\t297 ANNIE SIMARD:\tJonquière, dans un essor industriel\t\t303 RENÉ BLANCHARD:\tUne culture éclatée\t\t307 PAUL VIGNEAULT:\tL\u2019information de la société\t\t311 JEAN-D.ROBILLARD:\tEn Saskatchewan\t\t317 DENIS MONIÈRE:\tQuestions sur le libre-échange .\t331 JOHANELÉPINE:\tÉtude socio-économique: Alma et Lac-Saint-Jean, est\t\t335 NICOLE BOUDREAU:\tJ\u2019ai mal à la mémoire\t\t346 SERGE ST-JACQUES:\tLes Laurentides et Saint-Jérôme: La porte du Nord\t\t355 GILLES RHÉAUME:\tLa dynamique des relations extérieures\t\t363 PIERRE FILION:\tLe Québécois est un justicier\t368 \t\t MADELEINE PROVOST:\tLe jumelage des villes\t\t371 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Elle fait partie du Mouvement national des Québécois L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: JEAN GENEST Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Jeannine McNeil Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) $25.00\t$45.00 30.00\t.\t50.00 35.00 Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2,ème semestre 1981 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 L\u2019ACTION NATIONALE LES NUMÉROS SPÉCIAUX DE L\u2019ACTION NATIONALE Nombre 50 ANNÉES DE NATIONALISME POSITIF Synthèse de nationalisme canadien-français de 1917 à 1963 260 pages $2 LIONEL GROULX, PTRE.En 1978 on a fêté le centenaire de sa naissance Seul volume sur sa vie et son travail.Études de Angers, Arès, Allen, Barbeau, Brunet, Blais, Frégeault, Lacroix, Rémillard, Dionne, Tétreault, Genest 1968, 288 pp $5 Volume indispensable et très actuel.Illust.LES SUBVENTIONS FÉDÉRALES AUX UNIVERSITÉS, FAVEUR?PIÈGE?Arès, Allen, Angers, Brunet, Filion, Laporte.Laurendeau, P-E Trudeau, 1957,135 pages, $2 LA CHARTE DE VICTORIA, FIN DU FÉDÉRALISME?Angers.Arès, Berner, Brunet, Laplante, Claude Morin, Jacq -Yvan Morin 1972.148 pages.$2 ESDRAS MINVILLE (1896-1975) \u2014 par Angers, Arès.Gagnon, Létourneau, Harvey, etc.188 pages, 1976, $5.00.Illustré LA BATAILLE DES COMMUNICATIONS.Le drame de la centralisation fédérale et du peu de flexibilité de son fédéralisme.1976,160 pages, $3 00 LES ÉTATS GÉNÉRAUX DU CANADA FRANÇAIS 3 vols dont celui de février 1968 est épuisé) I\t\u2014 Exposés de base et documents de travail, nov -déc 1967, 275 pages.$3 00 II\t\u2014 Assises nationales, mai-juin, 1969, 640 pages, $7 00 LA LANGUE FRANÇAISE, ASPECTS CONSTITUTIONNELS, POLITIQUES ET CULTURELS, par Angers.Arès.Beaupré, Castonguay.Dorion, Godin, Laurion, Pépin, Renaud, 1975,172 pages, $2 00 L'ÉDUCATION NATIONALE.Mémoire de SSJB de Montréal à la Commission Parent Enquête sur le problème national des Québécois francophones.1962,180 pages, $2.POUR UN QUÉBEC CLAIREMENT ET DÉFINITIVEMENT FRANÇAIS, par Angers DOCUMENT majeur sur la langue au Québec 1977, $2 LE TERRITOIRE DU QUÉBEC.Dossier sur Hull, le port de Montréal, les parcs fédéraux, le Labrador, Mirabel et le sol agricole Avril 1977.104 pages, $2.00 AUJOURD\u2019HUI L\u2019ACADIE.Où en est r Acadie?Et si le Québec se sépare?Universitaires et penseurs acadiens se penchent sur leur futur La meilleure synthèse sur l\u2019Acadie actuelle Nov.-déc 1977 180 pages $3 00 L\u2019ACADIE AUX ACADIENS 180 p $3 00 LE RÉFÉRENDUM, juin 1979, 22 p.$6 John Grube: BÂTISSEUR DE PAYS, 1981,250 p $12.F A Angers: POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS, 280 p $5 Jean Genest: JOSEPH ÉNA GIROUARD, 52 p illustré, Î5 AVONS-NOUS BESOIN DE L\u2019INDÉPENDANCE?96 p illustré.$4 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, H2X 1X3 292 L\u2019ACTION NATIONALE revue ^ critère Comité de rédaction: Roger Sylvestre, directeur, Guy H, Allard, Marc-Fernand Archambault, Claude Gagnon, Lise Noël, Louise Poissant.Dernières parutions: No 34: L'après-crise économique et sociale, automne 1982, 175 p.No 35: L\u2019après-crise culturelle et politique, printemps 1983, 286p.No 36: Le nouveau paysage mythique \u2014 1, automne 1983, 188p.No 37: Le nouveau paysage mythique \u2014 2, printemps 1984, 180 p.No 38: De la guerre \u2014 I, automne 1984, 317 p.No 39: De la guerre \u2014 II, printemps 1985, 258 p.Secrétariat et administration: Jacqueline Davignon, Revue Critère, Collège Ahuntsic, 9155, rue Saint-Hubert, Montréal, H2M 1Y8 Tél.: 389-9068 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTEInc.Jean Brassard, prés.256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1L4 288-3628 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 L\u2019ACTION NATIONALE 293 r AW'1 r, ^(.5 4 Assurance-vie Desjardins 294 L\u2019ACTION NATIONALE Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 LE LAMINOIR ENR.POUR DU BEAU TRAVAIL BIEN FAIT CHEZ NOUS IMPRESSION DE L UXE JEAN-GUY DUPUIS IMPRESSION LUXOR CARTE D'AFFAIRES, ETC.BENOÎT DUPUIS FRANÇOIS DUPUIS, RELIEUR RELIURE A R TI SA N A LE ET COMMER CI ALE 251, RUELARAMÉE HULL \u2014 QUÉBEC \u2014 J8Y 2Z4 (819) 777-0321 L\u2019ACTION NATIONALE 295 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM.ADRESSE Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 30,00$\t34,00$ 14.00\t18,00 50.00\t54,00 30.00\t34,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tel.: 271-4759 relations Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l'Eglise \u2022\tLe travail a temps partiel Des soirées publiques \u2022 chaque mois un débat sur un sujet d'actualité Abonnement 1 an (10 nos) :\t12.50S à l'étranger:\t14.50S par avion\t20.00$ Nom _____________________________ Adresse - code postal 8100.St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 296 L\u2019ACTION NATIONALE LA PENSÉE DE FRANÇOIS-ALBERT ANGERS John Grube DE PAYS Aux Éditions de l\u2019Action Nationale 82 ouest, rue Sherbrooke, Montréal, H2X 1X3 ou téd de 9 à 13h à 845-8533 12$ le volume L'auteur du livre Un écrivain anglo-canadien de Toronto, John GRUBE Le sujet: La pensée de François-Albert Angers sur le nationalisme cana-dien-français Les sources de documentation Les centaines d'écrits La méthode de travail de M.Grube Il a écrit ce nouveau livre selon sa propre compréhension des textes, son jugement personnel, en toute liberté d\u2019analyse et d'interprétation.Brûlante actualité de chacun des chapitres du livre: \u2014\tLa guerre de la centralisation \u2014\tLa réforme de la réforme (éducation) \u2014\tUne sécurité sociale bien de chez nous.\u2014\tLa conscription \u2014\tL'indépendance fiscale \u2014\tLa pensée nationale de F.-A.Angers \u2014\tLa libération économique du Québec \u2014\tLa bataille de la langue ^936 1985 \u2014 IMPRESSIONS SUR UN PASSÉ RÉCENT 297 1985 \u2014 Impressions sur un passé récent par GILLES RHÉAUME La fin d\u2019une année, c\u2019est forcément l\u2019occasion privilégiée de procéder à un survol de l\u2019activité des douze derniers mois.Ce cru 1985, particulièrement bouillonnant, a vu tous les secteurs de notre vie nationale subir des soubresauts qui indiquent les tragiques limites du système constitutionnel, imposé à notre peuple pour mieux l\u2019assujettir.Ce cadre juridico-politique ne peut faire autrement que nuire au développement du Québec.Le Politique, l\u2019Économique, le Social et le Culturel ont été violemment bousculés, ces derniers temps, par de nombreuses secousses et aussi par ceux et celles qui les suscitent pour mieux profiter de leurs privilèges.Revoyons certains épisodes qui illustrent le caractère fébrile, mais hautement oppressif, de la galère confédérale.Force est de reconnaître les néfastes influences, sur notre cheminement national, de la politique politicienne.La partisane-rie se retrouve, dit-on, dans tous les pays.C\u2019est vrai.Notons, toutefois, qu\u2019habituellement, dans un pays souverain, on réussit à élever le débat au-dessus de la mêlée, autour de grands consensus nationaux.Malheureusement, un tel effort est beaucoup plus difficile, voir impossible, dans un contexte où le peuple vit une situation de type coloniale.C\u2019est précisément le cas du Canada français et de son foyer national, le Québec.La nation cana-dienne-française, appelée aussi québécoise, répond exactement aux critères qui définissent les sociétés colonisées, à la différence près que, dans notre cas, il s\u2019agit d\u2019une communauté industrialisée, ce qui ne change absolument rien à notre éclat de peuple asservi.Dans ces circonstances, l\u2019intérêt mesquin d\u2019individus, de formations politiques et de certaines institutions empêche la nécessaire remise en question qui, seule, peut aérer les esprits dans les périodes de transition.L\u2019indépendance politique d\u2019un pays ne règle pas tous les problèmes, cependant elle permet de situer justement les enjeux. 298 L\u2019ACTION NATIONALE Sans résoudre automatiquement toutes les difficultés, la dynamique du pays précise les données d\u2019un problème et facilite la formulation de réponses pertinentes.Nier cette évidence relève de l\u2019inconscience.Notre peuple n\u2019échappe pas aux lois de l\u2019époque du monde des communications, dont l\u2019emprise sur les consciences dépasse les imaginations les plus fortes.Extraordinaire outil d\u2019échanges, la communication, c\u2019est le cas de le dire, impressionne les individus, elle burine leur jugement.La gent politicienne connaît bien la puissance de l\u2019image et le pouvoir du son.Les États-Unis et l\u2019Union Soviétique, par exemple, appuient toutes leurs stratégies en tenant compte des médias.Le contrôle de l\u2019information est recherché à cause de son rayonnement.Ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler le quatrième pouvoir n\u2019est pas une fantaisie de l\u2019esprit paranoïaque.C\u2019est une réalité à laquelle font face tous ceux et celles qui interpellent les «establishments».Les maîtres-d\u2019œuvre de l\u2019information, les journalistes, sont l\u2019objet d\u2019attention particulière qui les pourchasse jusque dans leurs retranchements.Les agents d\u2019information des entreprises, des formations politiques et des institutions économiques utilisent toutes leurs ressources pour sensibiliser la presse à leurs objectifs.Les journalistes, à cause de leur place stratégique, constituent une force dont on imagine à peine le degré d\u2019ascendance.Ces considérations d\u2019ordre général nous indiquent que notre nation ne vit pas en vase clos, qu\u2019elle connaît un quotidien, qui lui est propre, en solidarité avec l\u2019humanité tout entière qui voit ses balises ébranlées sous le poids de vents violents qui soufflent de tout bord.Sur le plan social, la situation prend des proportions alarmantes, il faut bien l\u2019admettre.La crise économique, rude et insidieuse, a ébranlé toutes les assises sur lesquelles s\u2019est appuyé le développement socio-économique, depuis près de quarante ans.Les gouvernements, comme les individus, ont subi cette secousse et se sont retrouvés dans une position précaire.Au seuil de 1986, plus de 900 000 personnes, chez nous, vivent sous le seuil de la pauvreté.Pendant qu\u2019on se dispute sur le genre d\u2019ordinateur que l\u2019on doit se procurer pour remplacer celui que l\u2019on a déjà, des jeunes de Montréal paient dix dollars par mois, pour se nourrir des restes de table des restaurants.Pendant que l\u2019on 1985 \u2014 IMPRESSIONS SUR UN PASSÉ RÉCENT 299 imagine toutes les fantaisies pour échafauder la politique des abris fiscaux, qui permettront aux mieux nantis d\u2019augmenter leurs économies, près d\u2019un million de nos compatriotes ne reçoivent aucun revenu provenant d\u2019un emploi.Une fois qu\u2019on a dit et répété «que les gens ne veulent plus travailler», ou encore d\u2019autres variations sur un même thème, on se doit de constater qu\u2019il y a urgence à changer l\u2019ordre des choses.Il ne suffit pas de dire «faisons payer les riches».Au fond, cela ne signifie rien.La seule solution réside dans une analyse sérieuse des faits.Avec sérénité, faisons le bilan et redressons ce qui nécessite de l\u2019être.La montée de la violence, l\u2019individualisme poussé jusqu\u2019au culte et combien d\u2019autres phénomènes sont les effets et non pas les sources du chaos qui s\u2019érige présentement en système.Après ce qu\u2019on a appelé, trop rapidement, la révolution tranquille qui, comme par hasard, coïncide avec la renaissance moderne du mouvement indépendantiste, le Québec peut offrir une brochette de compétences qui lui permet de regarder l\u2019avenir avec optimisme.Puisons donc dans nos ressources et faisons preuve de maturité nationale.Le tissu social semble se désagréger.La tension monte, l\u2019inquiétude et l\u2019angoisse font des gains.C\u2019est toute la société qui est concernée par cette problématique.Il faut reprendre confiance en nous et en notre collectivité.Pour ce faire, posons-nous les vraies questions.L\u2019économie, ce mot que l\u2019on retrouve sur toutes les lèvres et dans toutes les interventions, à force d\u2019être repris et apprêté à toutes les sauces, finit par perdre de sa substance.La banalisation guette un concept si on l\u2019utilise inconsidérément.Le chômage, le plein emploi, les difficultés quotidiennes, pour joindre les deux bouts, que connaissent des centaines de milliers de nos compatriotes, ont tellement été galvaudés qu\u2019on considère maintenant comme normal un tel état de faits.Les fermetures d\u2019usines et la diminution du pouvoir d\u2019achat sont des épées de Damoclès qui menacent régulièrement la survie de trop nombreuses familles de chez nous.Le débat sur le libre échange est devenu, sans conteste, un élément majeur de l\u2019avenir de notre économie nationale.Bien sûr, il faut intensifier nos relations extérieures, au niveau commercial et industriel, toutefois la haute délicatesse de ce sujet exige prudence et sagesse.Les répercussions d\u2019une telle politique seront nombreuses.Chaque secteur de notre vie économique 300 L\u2019ACTION NATIONALE doit être examiné avec soin, avant d\u2019en arriver à quelque conclusion que ce soit.Nos institutions financières sont-elles prêtes à cette éventualité?Nos banques, nos «compagnies d\u2019assurances», nos sociétés de fiducie doivent évaluer avec précision les avantages et les inconvénients de l\u2019ouverture de nos frontières aux institutions américaines.Le Québec a des intérêts différents de ceux des provinces anglaises du Canada.Il faut en tenir compte.S\u2019ouvrir aux autres est très bien.Disparaître, au nom de la libre circulation des capitaux, est une folie à éviter.Ronald Reagan a déjà dit, durant une campagne présidentielle, qu\u2019il rêvait de réunir le Mexique, les États-Unis et le Canada sous un même chapeau.Une telle ambition peut être légitime dans une perspective américaine d\u2019étendre son pouvoir, mais pour nous, reste à voir ce que cela voudra dire.L\u2019amélioration de la santé économique de notre peuple et des individus qui le composent doit obséder tout le monde.Le gouvernement Mulroney propose une aventure qui pourrait être coûteuse.L\u2019assemblée nationale du Québec doit rapidement mettre sur pied une commission d\u2019enquête qui, avec des ressources suffisantes, pourra réfléchir sur cette importante question.La précipitation, particulièrement en ce domaine, est à éviter.Sans contredit, l\u2019année 1985 restera gravée dans notre mémoire comme une année charnière, au plan politique.Le départ de René Lévesque, l\u2019arrivée de Pierre-Marc Johnson, la nouvelle «convivance» entre Québec et Ottawa révèlent une transformation profonde de la réalité politique.Les gens peuvent, à raison, être «mêlés».C\u2019est à n\u2019y plus rien comprendre.Le Parti québécois est fier d\u2019avoir dans ses rangs une recrue, membre du cabinet, qui affiche sans difficultés ses convictions fédéralistes.Le P.Q.qui, depuis près de vingt ans, est identifié à la cause indépendantiste, propose l\u2019adhésion à la nouvelle constitution canadienne.Le gouvernement fédéral nomme, comme par hasard, pour le représenter en France, en tant qu\u2019ambassa-deur, un militant péquiste.Des députés fédéraux se sont activement impliqués pour le OUI, lors du référendum de 1980.Un ancien ministre du Parti québécois occupe un poste important dans la machine fédérale.Le P.Q.présente des candidatures identifiées au Parti libéral, etc.Comment s\u2019y retrouver? 1985 \u2014 IMPRESSIONS SUR UN PASSÉ RÉCENT 301 L\u2019année 1986 commencera avec une assemblée nationale renouvelée.Les enjeux politiques ne sont plus les mêmes.Que feront les indépendantistes dans ces circonstances?Quoi qu\u2019il advienne, le mouvement indépendantiste entre dans une période extrêmement importante.Réunir les indépendantistes, favoriser la concertation entre les différentes tendances qui le composent, élaborer un plan d\u2019action et conjuguer les énergies, voilà le programme qui doit être retenu.Sans cette démarche nous nous lancerons dans une autre aventure impossible.Le Parti libéral de Robert Bourassa se distingue à peine, au niveau de son programme électoral, du parti de René Lévesque.La social-démocratie, reléguée aux oubliettes, est devenue un sujet tabou pour les formations politiques.La mode a en décidé ainsi.Pourtant le gouvernement actuel et l\u2019opposition officielle se sont targués, depuis près de 20 ans, de la nécessité de modifier les structures pour les rendre plus équitables.Désormais, la justice sociale n\u2019est plus prioritaire.Peut-être serait-il plus exact de dire que la social-démocratie n\u2019a maintenant aucune rentabilité électorale.Rapprochons-nous de la population.Soyons attentifs à ses besoins, non seulement à ses désirs.Définissons, avec les groupes engagés, une approche qui colle à la réalité.Beaucoup d\u2019autres points mériteraient qu\u2019on s\u2019y attarde.Le Canada français et le Québec, pour relever le défi de l\u2019avenir, doivent rapidement se réveiller, avant qu\u2019il ne soit trop tard.L\u2019éventail de nos énergies et la force de notre volonté de vivre sont garants de notre possibilité de faire face à nos responsabilités.Que l\u2019année nouvelle en soit une, pour notre peuple, de maturité et de solidarité nationales. 302 L\u2019ACTION NATIONALE LA FONDATION MINVILLE OUVRE SA CAMPAGNE 1985-1986 SON ACTIF ATTEINT DÉJÀ 102 000$.«LA VOIX DE L\u2019INDÉPENDANCE» SE RALLIE À L\u2019ACTION NATIONALE DONNEZ-NOUS DES NOMS ET DES ADRESSES D\u2019AMIS À SOLLICITER! FAITES VOTRE CHÈQUE AU NOM DE L\u2019ACTION NATIONALE, 82, OUEST, RUE SHERBROOKE, MONTRÉAL \u2014 H2X 1X3 UN REÇU D\u2019EXEMPTION D\u2019IMPÔTS, FÉDÉRAL ET PROVINCIAL, VOUS SERA REMIS. JONQUIÈRE, DANS UN ESSOR INDUSTRIEL 303 Jonquière, dans un essor industriel par ANNIE SIMARD Jonquière est une ville de quelque 60 000 habitants, située dans la région québécoise 02, i.e., le Saguenay-Lac-Saint-Jean.Cette région qui, il ne faut pas se le cacher, est une des parties du Canada les plus sévèrement affectées par la mauvaise répartition du bien-être économique.Selon Statistiques Canada, depuis quelques années, le taux de chômage de cette région maintient sa tendance à dominer ceux du Québec et du Canada.Voici d\u2019ailleurs quelques chiffres reflétant la situation dans une des pires années de la «dernière crise».Données sur le marché de la main d\u2019œuvre: Canada, Québec et région économique 42 année 19821.Canada Québec Région 42 11,0%\t13,8%\t15,5% 64,0%\t59,7%\t52,8% 56,9%\t51,5%\t44,6% Taux de chômage Taux d\u2019activité Taux d\u2019acceptation Même si les salaires que retirent les travailleurs des entreprises qui les emploient sont, dans cette région, parmi les plus élevés du Canada, paradoxalement, le revenu moyen de toutes sources par habitant est un des plus bas du Canada.Ce qui s\u2019explique par le fait que beaucoup de gens de cette région n\u2019ont pas de revenu d\u2019emploi, d\u2019où la diminution du revenu moyen par habitant.Au plus fort de la récession, en février 1982, le secteur le plus urbanisé de Chicoutimi-Jonquière avait un taux de chômage de 22%, le peu enviable honneur d\u2019être la championne à ce titre parmi toutes les agglomérations de 100 000 habitants et plus du Canada.1.Statistiques Canada, La population active, 71-001 304 L\u2019ACTION NATIONALE Considérant le contexte économique des années 1980, 1981 et 1982, la réduction des emplois était facilement justifiable, mais pour les dirigeants de cette municipalité, l\u2019excuse devenait inacceptable et il fallait agir, établir un plan de redressement de la situation.C\u2019est à ce moment que la Société de développement de Jon-quière (S.D.J.) est entrée en fonction.Son mandat était de lancer le développement, pour ne pas dire le provoquer.La S.D.J., à partir de ce moment et aujourd\u2019hui de plus en plus, fait des interventions afin d\u2019amener la concrétisation de projets intéressants pour la collectivité et générateurs d\u2019emplois.La S.D.J.dispose de ressources humaines et techniques qu\u2019elle met à la disposition des gens d\u2019affaires.Sa clientèle se compose donc de personnes ou de groupes désirant investir dans la municipalité, de même que d\u2019entrepreneurs de différents secteurs qui envisagent des projets de relocalisation ou d\u2019expansion.Au cours de l\u2019année 1983, les actions soutenues de la S.D.J.ont amené la concrétisation de projets évalués à 6,6 millions $ créant quelque 171 nouveaux emplois à Jonquière et totalisant une masse salariale de 3,1 millions $.Les retombées directes du travail accompli par la S.D.J.se chiffrent donc à 9,7 millions $.Selon la méthode du ministère de l\u2019Industrie, du Commerce et du Tourisme, tout montant évalué au niveau des retombées directes peut être facilement multiplié par deux et parfois même par trois, ce qui donne le montant des retombées indirectes.En étant conservateur, on peut évaluer les retombées indirectes à 19,4 millions $ (multiplication par deux seulement).En ajoutant le montant des retombées directes de 9,7 millions $ aux retombées indirectes de 19,4 millions $, on obtient des investissements engendrés par la S.D.J.de 29,1 millions $.Si l\u2019on compare le budget d\u2019opération de l\u2019année 83, soit 298 571$, on obtient un rendement très appréciable de 97,46$ pour chaque dollar mis dans la S.D.J.2.2.Ces chiffres sont extraits de: La Société de développement de Jonquière 1984-1985, JONQUIÈRE, Ville industrielle de l\u2019année.Les éditions du Réveil. JONQUIÈRE, DANS UN ESSOR INDUSTRIEL 305 Statistiques sur le rendement des investissements à Jonquière 1982\t1983\t1984 Évolution des investissements à Jonquière (millions $) \t1983\t1984 Industriel\t89\t140 Résidentiel\t39\t30 Public\t12\t12 Autres\t5\t9 \t144\t190 Répartition des investissements (millions $) Ces investissements, ils se sont répartis dans une revitalisation du centre-ville, un programme de développement domiciliaire, un centre de congrès qui commence à fournir des profits considérables, de nouveaux aménagements touristiques, par la venue du groupe «Cascades» qui mène à 3 le nombre de multinationales dans cette ville (Alcan, Price et Cascades).D\u2019autres réalisations au niveau des PME ont également engagé des investissements.Bref, depuis 5 ans, Jonquière a fortement diversifié ses activités et elle est une des rares villes du Québec à profiter d\u2019investissements supérieurs à 190 millions en 1984! Le résultat de tous ces efforts, c\u2019est en même temps une récompense pour la S.D.J.: Jonquière est désignée par le journal FINANCE comme «Ville industrielle de l\u2019année 1984».Mais les efforts ne doivent pas s\u2019arrêter là.il faut continuer à favoriser l\u2019investissement; le taux de chômage est encore élevé.Jonquière n\u2019est pas encore la ville où tout investisseur pourrait venir s\u2019établir et faire profiter ses investissements.Étant donné son éloignement, les besoins sont typiques; bien sûr que ses citoyens sont bien placés pour les connaître, mais encore là, le risque est souvent le seul moyen de tester la rentabilité d\u2019une PME. 306 L\u2019ACTION NATIONALE BIBLIOGRAPHIE Ces chiffres sont extraits de: La Société de développement de Jonquière 1984-1985, JONQUIÈRE, Ville industrielle de l\u2019année.Les éditions du Réveil.Statistiques Canada, La population active, 71-001.Le Journal FINANCE, Dossier: JONQUIÈRE, La ville industrielle de l\u2019année 1984, édition du 23 avril 1984. UNE CULTURE ÉCLATÉE 307 Une culture éclatée par RENÉ BLANCHARD Depuis la fin du dernier conflit armé (1939-45) qui a bouleversé l\u2019occident, l\u2019homme ne contrôle plus les forces dont il a découvert l\u2019organisation et qu\u2019il tente de mettre à son service.Pour maintenir «le progrès», Yhomo œconomicus a provoqué une détérioration, chaque jour plus accentuée, de son environnement.Il est plus que jamais l\u2019artisan (sic) de son destin.L\u2019ère atomique aura réussi à désaxer la pyramide des valeurs patiemment organisée au cours des siècles et sur laquelle s\u2019appuyait l\u2019organisation des civilisations.À un point tel qu\u2019on peut aujourd\u2019hui parler de culture éclatée, de crise globale de l\u2019humanité.La dynamique des crises Devant des situations tragiques au cours de l\u2019histoire, l\u2019homme, dépassé par les événements, s\u2019est souvent tourné vers le Ciel, s\u2019est mis à genoux, s\u2019est arrêté, a déposé ses armes folles, renié ses rêves futiles, pour revenir humblement à l\u2019économie de sa condition d\u2019être soumis à un ordre naturel dont il n\u2019est ni le créateur, ni le maître.Après ces redditions d\u2019armes, le monde s\u2019est invariablement replacé autour de l\u2019homme.Le «bestiaire» a repris contact avec les valeurs essentielles.Son cheminement a été de nouveau possible, lorsqu\u2019il a su admettre qu\u2019un plan supérieur gouvernait son destin, qu\u2019il était une pièce sans doute plus cognitive que d\u2019autres, d\u2019un ensemble plus grand que celui perçu, dont l\u2019intelligence ne lui était pas encore accessible et dont il devait respecter l\u2019organisation.Prophètes et prophéties Les crises ont toujours fait surgir de l\u2019ombre certains leaders.Des hommes plus intuitifs ou plus au fait des forces qui animent la nature humaine ont prédit les unes et annoncé les autres. 308 L\u2019ACTION NATIONALE Michel de Nostradamus (1503-1566) est l\u2019un de ces «prophètes» qui, à partir d\u2019une analyse attentive de l\u2019histoire générale du passé, a tracé les grandes lignes de ce qui lui paraissait comme le déroulement probable du futur.Depuis plus de quatre siècles, les écrits de Nostradamus suscitent lectures et interprétations.Surtout lorsque l\u2019angoisse provoquée par des crises plus aiguës s\u2019empare des hommes.S\u2019ajoutent à ces écrits très connus les «révélations» de sources religieuses qui régulièrement retiennent et secouent l\u2019imagination de nombreux croyants.On assiste également, lors de ces périodes, à un regain de ferveur pour l\u2019astrologie et pour des sciences dites occultes.Une recherche de l\u2019équilibre idéal entre l\u2019homme et la nature ajoute à ce retour à la conscience de l\u2019être créé, soumis à des forces supérieures qu\u2019il ne saurait transgresser sans mettre en péril toute l\u2019organisation mystérieuse et complexe de la vie biologique.L\u2019écologie se situera entre religion et politique.Agir ou réagir Fuite en avant ou en arrière ou recherche de pistes nouvelles?Faut-il voir, au-delà de ces phénomènes, le lent processus par lequel la sagesse et la maturité viennent à l\u2019homme, et qui rend finalement indissociables religion et intelligence?Qu\u2019y a-t-il au bout de ce tunnel, encombré des débris de l\u2019histoire?Tous les éléments d\u2019une nouvelle réflexion sur le destin de l\u2019homme semblent se mettre en place., alors même que les phantasmes du passé attirent encore l\u2019esprit et paralyse l\u2019imagination.Faut-il s\u2019en remettre aux prophéties?Consulter les horoscopes et les cartes du ciel?Espérer un sauveur ou un tyran éclairé?Questions à la mode.C\u2019est la Babel des choix eschatologiques! Chacun peut exercer sa folie.Toutes les avenues sont ouvertes, accueillantes, enrichies de preuves historiques, pourvues de justifications où la logique et le mysticisme peuvent se confondre UNE CULTURE ÉCLATÉE 309 ou se dissocier, où même le profit et l\u2019exploitation trouvent de nouvelles niches.Religions anciennes, adeptes de comportements nouveaux, se disputent aujourd\u2019hui les esprits inquiets du sort de l\u2019homme.Une halte nécessaire.Ce qui importe sans doute le plus en ce moment, c\u2019est la recherche de la vérité hors de tout sectarisme, de toute exclusion, de tout dogmatisme.L\u2019unité de l\u2019espèce humaine est incontestable.Nous sommes associés par les mêmes lois biologiques, les mêmes réalités physiques.Il nous faut tous boire, manger, dormir, penser, en sécurité.Nous dépendons tous les uns des autres, dans un univers de plus en plus petit, de plus en plus facile et dont nous connaissons les limites.Notre comportement est indissociable de celui des autres.La solidarité n\u2019est plus un principe, la charité n\u2019est plus une vertu: c\u2019est une exigence formelle de la vie et de l\u2019agir humain.Les règles en faveur dans ce qu\u2019était autrefois la famille doivent régir aujourd\u2019hui la vie des peuples.Nous sommes, par la science des communications, tous devenus «des proches».Ce que nous avons maintenant à vivre, c\u2019est un ajustement des normes du comportement humain, au-delà des traditionnelles frontières du droit, au-delà des hégémonies politiques et militaires, des impérialismes scientifiques ou technologiques.Accepter l\u2019essentiel Nous formons indiscutablement un tout avec l\u2019univers.Nous sommes tous un, intimement reliés à une planète petite et fragile, fragment infime d\u2019un ensemble démesuré.À toutes nos lois dérisoires s\u2019impose aujourd\u2019hui une seule loi fondamentale, celle de la vie.Vivre est notre destinée première, qui seule rend possible un possible achèvement de l\u2019homme.Le défi qui s\u2019impose maintenant à la communauté humaine est de penser et de mettre en place de nouveaux modèles de sociétés qui assurent essentiellement la vie et consacrent rigoureusement les règles fondamentales du comportement des individus et 310 L\u2019ACTION NATIONALE des groupes.À partir de là, dans une liberté qui aura trouvé ses limites, les individus et les groupes, en sécurité, pourront poursuivre leur «quête de l\u2019existence». L\u2019INFORMATION DE LA SOCIÉTÉ 311 L\u2019information de la société par PAUL VIGNEAULT La société d\u2019aujourd\u2019hui se dirige vers une phase de transition économique et sociale majeure et déterminante sur son avenir.On assiste à un virage technologique qui aura des retentissements à tous les niveaux de notre existence.À l\u2019intérieur de ce virage, on assiste à une révolution comparable à d\u2019autres grandes révolutions qui ont marqué la société (révolution industrielle: machine à vapeur, électricité).Cette révolution est celle de l\u2019informatique.L\u2019ère des gros ordinateurs (l\u2019informatique lourde) a déjà provoqué des bouleversements à plusieurs niveaux de la société (états, entreprises privées).Cependant, on s\u2019aperçoit qu\u2019une autre révolution technologique se déroule à l\u2019intérieur de la première.Cette deuxième, inaugurant la miniaturisation de l\u2019informatique (information légère), aura également des effets considérables sur l\u2019avenir de notre société.À la lumière de certains faits, on peut se rendre compte que l\u2019informatique est en train de se tailler une place de plus en plus importante dans notre société.Cependant, à en juger par les impacts qu\u2019elle provoque sur notre vie sociale, culturelle et économique, on est en droit, je pense, de se poser certaines questions.De plus, ces révolutions se poursuivant et s\u2019accélérant, il n\u2019y a pas beaucoup de temps à perdre.Quelle doit être la place de l\u2019informatique dans la société?Quelle doit être la place de la culture, de l\u2019homme, dans la société?Où se prépare l\u2019avenir de notre société?En ce qui concerne l\u2019informatique, je crois que l\u2019avenir se prépare dans les deux voies qui s\u2019offrent à nous: la centralisation (l\u2019informatique lourde) et la décentralisation (l\u2019informatique légère).En d\u2019autres termes, ces voies précisent si l\u2019homme doit être au service de l\u2019informatique ou le contraire.L\u2019enjeu est terrible, car peut-être irons-nous vers une société concentrationnaire, «orwellienne» (Orwell, 1984: Big Brother). 312 L\u2019ACTION NATIONALE Nous sommes donc appelés aujourd\u2019hui à choisir une de ces voies déterminant l\u2019avenir de notre société.Cependant, avant de prendre la décision sur la route à suivre, nous devons être bien informés, car notre choix aura peut-être des effets irréversibles.Il importe donc de faire le point sur tout ce qui entoure la question de l\u2019information de la société.Avant d\u2019aller plus loin, je crois pertinent d\u2019aborder les notions de centralisation et de décentralisation.Par la suite, on pourra aborder les impacts de l\u2019information de la société.La centralisation représente l\u2019information lourde, puissante, normalisatrice, en un mot «dominatrice».Cette tendance centralisatrice est née des bouleversements survenus dans les structures des entreprises, autrefois plus «humaines».Les gros concepteurs (IBM, UNIVAC.) ont réussi à persuader les dirigeants d\u2019entreprise d\u2019utiliser un gros ordinateur afin qu\u2019ils puissent bénéficier d\u2019économies d\u2019échelles.L\u2019ordinateur était utile non seulement pour la comptabilité, la paie, la facturation et les départements financiers, mais aussi chaque fois qu\u2019un calcul quelconque était nécessaire.On cherchait donc à tout mettre sur la machine (personnel, production, temps.), si bien que bientôt rien n\u2019échappait à cette dernière.L\u2019ordinateur éliminant tout ce qui se faisait par d\u2019autres moyens, les entreprises se centralisèrent autour de ce «veau d\u2019or électronique».L\u2019homme devenant de plus en plus dépendant de ce nouveau «dieu», la machine commença à exercer sa domination.D\u2019autre part, la décentralisation représente l\u2019informatique légère, moins puissante et plus adaptée aux besoins particuliers.Pour mieux visualiser cet aspect d\u2019adaptation, je procéderai par un exemple concret.Aux États-Unis, plus précisément à Chicago, un tailleur a ouvert une petite boutique où l\u2019on ne trouve pas un seul habit, simplement des rouleaux de tissu de couleurs variées.Si nous voulons un habit, nous choisissons le tissu qui nous intéresse et le tailleur l\u2019insère dans une mystérieuse machine.En appuyant simplement sur un bouton, la machine nous photographie sous toutes les coutures, c\u2019est le cas de le dire, et grâce à un microordinateur (informatique légère), mémorise notre morphologie.Finalement, la machine, à l\u2019aide d\u2019un robot intégré, découpe au L\u2019INFORMATION DE LA SOCIÉTÉ 313 laser le tissu selon nos mesures et colle les différentes pièces de notre habit.Ce dernier est prêt en deux ou trois minutes.Cependant, le résultat final doit être évalué.C\u2019est là qu\u2019intervient le tailleur, l\u2019appréciation humaine, qualitative: domaine où la machine ne pourra sans doute jamais se substituer à l\u2019homme.À l\u2019aide d\u2019une craie magnétique, il marque sur le complet les corrections qu\u2019il «juge» nécessaire et le confie de nouveau au robot.Lorsque les corrections sont terminées, l\u2019habit est cousu pour de bon par la machine.On ressort de la boutique avec un complet réellement «sur mesure» après seulement une dizaine de minutes.On peut donc voir, par l\u2019exemple précédent, que l\u2019informatique légère (décentralisation) s\u2019adapte facilement aux besoins particuliers de l\u2019homme.De plus, l\u2019interprétation humaine gardant une place importante, l\u2019homme est moins dépendant de la machine et demeure du même coup le «maître» au lieu de devenir le «serviteur».Ayant maintenant expliqué les notions de centralisation et de décentralisation, les paragraphes qui suivent discuteront des impacts sociaux, culturels et économiques de l\u2019informatisation de notre société.Face à l\u2019informatique, beaucoup de gens adoptent une attitude où le fatalisme encourage l\u2019ignorance: puisque nous courons vers le «gouffre», semblent-ils penser, autant ne rien savoir.Cette attitude de démission est tout à fait néfaste, car il existe certaines orientations (généralisation de la centralisation) qui mènent à coup sûr à la catastrophe, tandis que d\u2019autres (décentralisation), laissent espérer de bonnes surprises.On doit quand même comprendre que cette attitude sociale négative face à 1 informatisation n\u2019est pas née dans les airs.Les multiples changements sociaux provoqués par l\u2019informatisation sont à la source des «peurs» des gens.Comme nous nous en sommes rendu compte, l\u2019informatique lourde crée très peu d\u2019emploi comparativement aux pertes et aux réorientations d\u2019emploi qu\u2019elle entraîne.Dans une société où le chômage est un problème majeur, il importe de s\u2019attarder au problème soulevé.Un gouvernement qui met de l\u2019avant une politique soutenant le virage technologique devrait prévoir des 314 L\u2019ACTION NATIONALE mesures pour contrebalancer les effets négatifs de l\u2019informatique sur les emplois: programmes de création d\u2019emplois, programmes de réorientation d\u2019emplois.De plus, une généralisation abusive de la centralisation, dans des lieux où les structures ne sont pas adaptées à s\u2019en servir, peut devenir néfaste à plusieurs niveaux de notre existence.On ne s\u2019est pas suffisamment préoccupé de procéder à un examen des implications sociales, culturelles et humaines de l\u2019innovation technologique.Si nous persistons à édifier des réseaux gigantesques (centralisation) de manière abusive, nous irons droit vers une société concentrationnaire.La question est de savoir ce que risquent de devenir l\u2019art, la culture et la liberté de l\u2019homme dans une société envahie par l\u2019informatique lourde et normalisatrice.Il y a de quoi être inquiets, car nous sommes en train de perdre le contact avec la race humaine.La télématique, provoquant une centralisation des pouvoirs et un éloignement des gens, amène un terrible risque de déshumanisation.De plus, même si les ordinateurs n\u2019ont pas encore véritablement accéléré le mouvement d\u2019uniformisation, on constate une dangereuse dégradation de la culture.Heureusement que le désir de la culture recommence un peu partout à se manifester.C\u2019est d\u2019autant plus encourageant que la micro-informatique (décentralisation), utilisée à bon escient (nous verrons un exemple plus loin, en éducation), favorisera les efforts individuels de la culture.Cette tendance laisse donc espérer une société plus humaine.D\u2019autre part, parmi toutes les menaces que le grand public perçoit de l\u2019informatique lourde, celle qui est sans doute la plus grave est le risque de mettre en cause sa liberté.On ne peut nier la nécessité d\u2019un minimum de contrôle social.Cependant, une centralisation abusive, permettant d\u2019observer tous nos mouvements, mettrait en péril la liberté de l\u2019homme.De plus, les états ne sont d\u2019ailleurs pas les seuls en cause: toute entreprise privée adepte de cette généralisation excessive de centralisation nous exposerait au même risque.Citons l\u2019exemple d\u2019une société allemande, nommée SCHUFA, qui a franchi, apparemment sans difficulté, l\u2019obsta- L\u2019INFORMATION DE LA SOCIÉTÉ 315 cle du secret bancaire.Elle s\u2019engage à fournir aux entreprises abonnées, contre paiement, tout renseignement financier concernant n\u2019importe quel individu disposant d\u2019un compte en banque.On peut se demander quelles sont les limites à la centralisation.Personne ne le sait, mais nous devons être sur nos gardes.Les derniers paragraphes nous ont clairement démontré certains effets négatifs de l\u2019informatisation de notre société par une généralisation abusive de l\u2019informatique lourde (centralisation).Les pertes et réorientations d\u2019emplois, la dégradation de la culture et la menace à la liberté de l\u2019homme sont, d\u2019après moi, les plus importants à retenir.Cependant, on doit regarder l\u2019envers de la médaille.Si le gouvernement voit d\u2019un bon œil le virage technologique qui est amorcé, on devrait pouvoir trouver de bons points à l\u2019informatique pour notre société.Signalons, entre autres, que l\u2019informatique permet aux entreprises d\u2019être plus performantes et productives, donc plus compétitives.L\u2019économie en général en tirerait bénéfices.En éducation, l\u2019ordinateur peut également être utile.Maintenue à sa «vraie place», l\u2019informatique peut représenter un outil formidable.En laissant à l\u2019ordinateur (micro-ordinateur) la responsabilité «ennuyeuse» de transmettre le savoir «dur», c\u2019est-à-dire la théorie pure, on libérerait le professeur, pour qu\u2019il puisse se consacrer aux mille et une subtilités du véritable échange humain avec ses élèves.Il nous est permis, encore ici, d\u2019espérer une société plus humaine.L\u2019important est d\u2019utiliser l\u2019ordinateur pour ce qu\u2019il peut uniquement faire: transmettre de l\u2019information «dure» sans donner de sens.Ces exemples montrent bien que l\u2019informatique peut être utile à la société.Il serait donc profitable que le public soit sensibilisé aux points forts de cette science; une meilleure attitude sociale pourrait en résulter.Maintenant, à la lumière des faits exposés, on peut chercher à répondre aux questions que l\u2019on s\u2019était posées au début.En fait, ce qui est inquiétant pour l\u2019homme, ce n\u2019est pas l\u2019informatisation de la société, mais plutôt une informatisation 316 L\u2019ACTION NATIONALE non contrôlée.Pour que ce contrôle soit bien exercé, l\u2019homme doit être le pôle de la société.C\u2019est ce dernier qui doit décider de la place que l\u2019informatique doit occuper dans la société, en gardant en tête les implications sociales, culturelles et humaines qu\u2019elle provoque.La machine doit rester au service de l\u2019homme et non pas chercher à le remplacer où à le dominer.On perçoit donc la voie centralisatrice comme étant la route à éviter.Cependant, l\u2019informatique lourde est, dans certains cas, irremplaçable.En effet, là où il faut brasser un nombre prodigieux d\u2019informations et les relier entre elles, l\u2019informatique lourde s\u2019impose par la puissance qu\u2019elle peut fournir.De même, lorsqu\u2019il s\u2019agit de fabriquer des produits «banalisés, l\u2019informatique lourde a sa place, l\u2019appréciation humaine n\u2019entrant pas en jeu.Cependant, nos lendemains n\u2019auront quelques chances d\u2019être viables que si l\u2019informatique légère s\u2019impose chaque fois que cela est possible.La décentralisation devra donc s\u2019imposer et permettre à l\u2019homme de garder la place qui lui revient, celle du «maître».Pour terminer, j\u2019aimerais utiliser une citation de M.Bruno Lussato, qui résume bien le fait que l\u2019homme ne peut être remplacé par la machine: «L\u2019apanage de l\u2019ordinateur ne sera jamais que l\u2019économat de notre vie sociale: contrairement à ce qu\u2019on voudrait faire accroire ses thuriféraires, il restera toujours étranger au monde de l\u2019humain trop humain, du génie, de l\u2019intuition, des hauts niveaux de synthèse, de l\u2019éthique, à fortiori de l\u2019illumination.» EN SASKATCHEWAN 317 «En Saskatchewan, tes francophones n\u2019ont encore aucun droit dans la loi scolaire.» Information Nationale, janvier, 1981.En Saskatchewan par JEAN-D.ROBILLARD Dans cette province, les francophones ne font pas souvent parler d\u2019eux.ils sont si peu nombreux; l\u2019assimilation achève ses ravages; c\u2019est presque la résignation.Le conquérant procure les derniers soins aux agonisants qui en sont à leurs derniers soubresauts.Voyons un peu comment, petit à petit, on en est arrivé là.1888: Un amendement à la loi rend l\u2019enseignement du cours primaire obligatoirement en anglais.(Revue de l\u2019Acelf, vol.6, n° 2, P- 25.).1892: La grande réforme concède un enseignement primaire en français qui est réduit à sa plus simple expression.(Id.) 1903: Les règlements fixent les heures d\u2019enseignement de la religion et de la langue: elles seront en fin de journée seulement, soit de trois à quatre heures.L\u2019école séparée ne peut exister que là où se trouve une minorité catholique, «car là où les catholiques formaient la majorité, l\u2019usage de l\u2019école catholique leur était interdit parce qu\u2019alors, en tant que contribuables, ils devaient financer l\u2019école publique».(Id.) 1905: Dans Ici-Québec (vol.2, n° 14, p.15), on brosse l\u2019histoire des francophones de la Saskatchewan; on affirme qu\u2019en cette année, le Premier ministre fédéral, Wilfrid Laurier, est mis dans l\u2019obligation de sacrifier les droits linguistiques des Lranco-Ontariens lors de la création des deux nouvelles provinces (la Saskatchewan et l\u2019Alberta); on abolit alors définitivement le français.1918: Le bill 31 établit l\u2019anglais comme seule langue d\u2019instruc- 318 L\u2019ACTION NATIONALE tion à l\u2019exception de la première année.(L\u2019Information Nationale, janv.1981, p.6).1920: Les statuts révisés de la loi des Écoles précisent que l\u2019enseignement du français ne sera toléré qu\u2019en première année du cours primaire, mais ne pourra jamais se poursuivre ensuite.1930: Le gouvernement de la Saskatchewan engage un combat sans merci contre les francophones de cette province; le fanatisme anglo-canadien éclate aux yeux de tous, encore une fois: les législations anti-françaises et anti-démocratiques se multiplient.(Ici-Québec, vol.2, n° 14, p.15).1931: Le gouvernement Anderson abolit ces minces droits.(L\u2019Information Nationale, janv.1981, p.6).Cette même année, on pouvait lire dans les quotidiens québécois: «Depuis 15 ans, ce sont nos compatriotes de la Saskatchewan qui subissent l\u2019assaut des oppresseurs.Ils ont fait largement leur part de sacrifices pour tenir ouvertes les écoles françaises.Ils ont fait preuve de courage, de ténacité.» (Rétro-Perspectives, 1931, La Presse, 26 décembre 1981).1953: Maintenant que tout danger de progression du français est éliminé, l\u2019enseignement de cette langue peut se faire officiellement une heure par jour.1963, 16 décembre: Dans Le Devoir, Marcel Thivierge couvre la journée d\u2019étude organisée par l\u2019Acelf à l\u2019Université Laval; à cette occasion, le R.P.Benoît Paris, aumônier de la Fédération canadienne-française de la Saskatchewan, avoue qu\u2019il existe à ce moment une vague d\u2019anglicisation.1965, 21 mai: On écrit dans le numéro de juin de la revue Monde Nouveau que des parents francophones de la Saskatchewan font la grève pour tenter de régler un problème scolaire.Évidemment, «l\u2019hypocrite Globe and Mail de Toronto» mentionne qu\u2019il s\u2019agissait là d\u2019une épreuve décisive pour les deux cultures au Canada.L\u2019ex-journal nationaliste, Le Devoir, s\u2019empresse de traduire l\u2019article en question.puis, comme d\u2019habitude depuis 100 ans, le rideau tombe dans le silence et l\u2019oubli, suite à la promesse de tenir une autre enquête! 1966: L\u2019article 209 de l\u2019acte scolaire de la Saskatchewan se lit à cette époque comme suit: «L\u2019anglais doit être la seule langue EN SASKATCHEWAN 319 d\u2019enseignement dans toutes les écoles, et nulle autre langue que l\u2019anglais ne doit être enseignée durant les heures d\u2019enseignement de la journée scolaire.» Ensuite, on ajoute: «Lorsqu\u2019une commission scolaire locale adopte une résolution à cet effet, la langue française peut être enseignée pour une période n\u2019excédant pas une heure par jour.» 1971: Bilan statistique de la minorité d\u2019origine française en Saskatchewan: D\u2019origine française\t56\t200\t100% Parlant l\u2019anglais au foyer\t41\t235\t73,4% Sachant le français\t31\t815\t56,6% De langue maternelle anglaise\t26\t620\t47,4% Sachant l\u2019anglais seulement\t24\t360\t43,3% Parlant français au foyer\t14\t740\t26,2 % 1971, 21 mars: Le congrès annuel des municipalités rurales de la Saskatchewan prend fin à Saskatoon; les délégués en arrivent aux conclusions suivantes: 1-\tLes Canadiens sont libres de parler la langue de leur choix; mais le Canada comme tel ne devrait reconnaître qu\u2019une seule langue officielle: l\u2019anglais.2-\tLa politique fédérale du bilinguisme a entraîné des changements administratifs dont les coûts sont prohibitifs, notamment dans les tribunaux, la signalisation routière et les publications officielles.3-\tEnfin, l\u2019Association presse Ottawa d\u2019accorder une aide financière accrue au Québec, afin de mettre sur pied un programme d\u2019anglicisation accéléré qui ferait naître un Canada uni! 1971, 29 décembre: Ernest Bourgault, de Repentigny, écrit dans Le Devoir qu\u2019il était un des dirigeants de la lutte menée en faveur de l\u2019école française, à Saskatoon, par un groupe de parents francophones.«Nous sommes venus au Québec après avoir assisté à la destruction des minorités francophones de la Saskatchewan.Les belles lois cercueils que l\u2019on vient de donner aux minorités canadiennes-françaises honorent le français tout en lui enlevant la possibilité de renaître comme langue vivante.» 320 L\u2019ACTION NATIONALE «Si les mamans du comté de l\u2019Assomption savaient ce que le bill 63 promet à leurs enfants, elles vous étriperaient.monsieur le député (Jean Perrault).Nous, nous le savons.» 1973, janvier: La revue de l\u2019Acelf (vol.2, n° 1, p.11) nous précise l\u2019évolution du pourcentage des langues parlées en Saskatchewan: 1971 74,1% 3,4% 22,5% 1961 69% 3,9% 27,1% Anglais Français Autres Dans ce même numéro, un texte intitulé: «Ottawa-Québec et les minorités» nous mentionne que: 1-\tle français peut être utilisé dans les maternelles jusqu\u2019à 100%; mais alors, elles ne sont pas subventionnées par la province; 2-\t«on a rencontré des obstacles à l\u2019acceptation du français au niveau des commissions scolaires régionales, notamment à Willow Bunch et à Debden, où il a fallu mener une lutte serrée avant de l\u2019emporter»; 3-\t«le premier ministre Thatcher était passablement borné sur la question du français»; 4-\tle Collège Mathieu de Gravelbourg décide de revenir graduellement à sa vocation originale d\u2019institution française.Cette politique a pour effet de réduire le nombre des inscriptions à 145 pour tout le collège; ce qui pose de sérieux problèmes au plan du financement; 5-\tGravelbourg et Saskatoon possèdent leur poste de radio privé; mais leur rayonnement est limité.Radio-Canada n\u2019a pas encore organisé la télévision française dans cette province.1974, 1er juin: Un article dans La Presse fait un tour d\u2019horizon dans les différentes provinces du Canada, quant à la langue d\u2019enseignement: en Saskatchewan, depuis l\u2019époque où la loi proclamait que «the sole language of instruction shall be English», de toutes petites choses ont changé, et la loi permet depuis 1967 l\u2019ouverture de classes où certaines matières peuvent être enseignées en français.moyennant l\u2019autorisation du gouvernement. EN SASKATCHEWAN 321 Il y a 13 écoles désignées dont une seule école secondaire et le pourcentage des matières enseignées en français décroît graduellement d\u2019une année à l\u2019autre.Sur une population d\u2019environ 31 000 francophones, à peine plus de 1 000 élèves fréquentent les écoles désignées.1975, 24 février: Jacques Lacoursière écrit dans MacLean les résultats d\u2019une enquête sur les minorités francophones du Canada, minorités qui sont nettement en voie de disparition.Ainsi, en Saskatchewan, il ne reste que 3°7o de francophones.1977, avril: Les francophones hors Québec publient Les héritiers de Lord Durham.On y mentionne qu\u2019en Saskatchewan, la diffusion de Radio-Canada se borne aux alentours de Regina; or, les francophones de la Saskatchewan sont dispersés, ce qui rend l\u2019accès de la télévision française impossible à plus de 35 milles autour de cette ville.Pourtant, les Fransaskois ont fait parvenir une multitude de lettres et de mémoires à Radio-Canada pour les avertir que demain, il sera trop tard.Bien sûr qu\u2019il n\u2019y a aucune programmation locale de télévision.1977, 16 juillet: L\u2019 ACELF enquête au sujet de l\u2019enseignement en français hors du Québec; pour ce qui est de la Saskatchewan, il n\u2019y a pas d\u2019écoles françaises, mais on peut enseigner en français une partie du temps dans 14 écoles anglaises.1977, 17 août: La F.F.H.Q.rend public un nouveau dossier scandale faisant état d\u2019un conflit scolaire qui perdure dans la région de Prud\u2019homme au nord de la Saskatchewan.Ce conflit prend naissance en 1976, alors que certains parents se rendent compte que la promesse du ministère de l\u2019Éducation ne tient plus.Cette promesse, faite en 1970, prévoyait l\u2019enseignement d\u2019une heure de français par jour; mais six ans plus tard, on n\u2019en dispense que 30 minutes par semaine.En dépit des pressions des parents auprès du sous-ministre de l\u2019Éducation, celui-ci affirme qu\u2019il ne peut rien.Il invoque le droit à l\u2019autonomie des commissions scolaires.Comme l\u2019école de Vanda, une localité voisine, offre déjà des cours en français, les parents francophones y envoient leurs enfants.Ce sont eux qui défraient le coût du transport (9 milles) vers cette école. 322 L\u2019ACTION NATIONALE Cette année, les parents demandent aux commissions scolaires de payer le coût du transport, mais on leur refuse.La F.F.H.Q.tient à dénoncer une fois de plus les pires mensonges et faussetés des gouvernements provinciaux qui osent proclamer devant tous les Canadiens que les droits des francophones dans leur province respective sont bien protégés.La F.F.H.Q.tient à rappeler que l\u2019histoire des F.F.H.Q.est une histoire bâtie sur des luttes scolaires et des luttes de toutes sortes pour, souvent ou la plupart du temps, obtenir soit des miettes ou des somnifères au compte-gouttes.Le dossier sur la région de Prud\u2019homme, Vanda et Saint-Denis, au nord de la Saskatchewan, n\u2019est qu\u2019un conflit scolaire parmi tant d\u2019autres; il y a déjà eu ceux de Bathurst, Campbell-ton, Saint-Jean (Nouveau-Brunswick); Gravelbourg, Willow Bunch, Debden (Saskatchewan); Taché, Saint-Norbert, Précieux-Sang (Manitoba); Sturgeon Falls, Mississauga, Ottawa, Elliot Lake, Cornwall, Galt Spanish, Windsor (Ontario), pour ne nommer que ceux-là.Cette liste des conflits scolaires nous donne la nausée.1977, 20 août: La Presse publie l\u2019accusation de la Fédération des jeunes Canadiens-Français d\u2019Ottawa à l\u2019intention du gouvernement Blakeney, premier ministre de la Saskatchewan, au sujet de la discrimination qu\u2019il exerce contre les parents de Prud\u2019homme.L\u2019éducation ne constitue-t-elle pas un élément essentiel à la survie d\u2019un peuple?La Fédération estime qu\u2019il faut établir pour la jeunesse francophone un système complet d\u2019éducation en langue française pour échapper au génocide.Le système que subissent actuellement les écoles françaises viole sans aucune considération tous leurs droits, le droit à l\u2019éducation, le droit d\u2019être éduqués dans leur langue maternelle.Le gouvernement Blakeney doit corriger cette situation déplorable et honteuse.1977, 20 octobre: Donald Cyr, directeur général de l\u2019Association culturelle franco-canadienne de la Saskatchewan, réclame du gouvernement de cette province qu\u2019il fasse quelque chose de concret pour empêcher l\u2019assimilation alarmante de la population francophone.L\u2019accès aux écoles françaises devrait être consi- EN SASKATCHEWAN 323 déré comme un droit et non comme un privilège.1978: L\u2019ACELF publie le numéro de son 7^ volume (p.14): «Pour un plan de développement de l\u2019éducation française au Canada».On y mentionne qu\u2019en Saskatchewan, la loi permet l\u2019enseignement en français, mais il est soumis à une réglementation qui limite la durée et la progression de l\u2019usage de cette langue d\u2019enseignement.Puis, les lieux sont désignés pour l\u2019enseignement en français (écoles désignées: elles ne sont pas forcément françaises).À la page 17 de ce même numéro, on nous présente une partie des résultats du recensement de 1976, concernant la Saskatchewan: sur une population totale de 921 320 personnes, on ne compte plus que 26 705 francophones, soit 2,9%; ce groupe se classe au 4e rang après les Anglais (77,7%), les Allemands (6,7%) et les Ukrainiens (5%).1978, 8 février: René Rottiers, dans une lettre au Devoir, décrit ses déboires et sa déception lors de la prestation au serment de son épouse comme nouvelle citoyenne canadienne.Lui-même, d\u2019ailleurs, avait dû insister à Saint-Boniface, au Manitoba, pour prêter, en 1962, le serment d\u2019allégeance en français.Les choses n\u2019ont guère changé en 1978, à Régina: 1-\tau bureau de la Citoyenneté à Regina, personne ne parle français; 2-\tson épouse indique au juge son désir d\u2019être interrogée en français, «comme c\u2019était son droit et son attitude logique en tant que francophone».Cela a pour effet de contrarier le juge.3-\tMadame Rottiers fut la seule, sur les 69 nouveaux citoyens, à prêter le serment d\u2019allégeance en français, à l\u2019aide du texte officiel que le juge lui met sous les yeux (habituellement, le juge prononce lui-même les paroles du serment en demandant aux intéressés de répéter après lui); 4-\tà part le serment prononcé par son épouse, pas le moindre mot de français ne fut prononcé, ni par le greffier, ni par le juge; 5-\ton ne fit absolument aucune allusion au caractère bilingue du Canada et donc.aux droits de la langue française en ce pays. 324 L\u2019ACTION NATIONALE 1978, avril: Un article intitulé «Le combat des francophones hors Québec» paru dans la revue Ici-Québec (vol.2, n° 12, p.27) nous parle des parents francophones de Prud\u2019homme en Saskatchewan, parents qui se sont battus récemment pour que la demi-heure de français oral par jour enseignée dans les écoles soit augmentée à une heure.1-\tCes parents lésés dans leurs droits font des démarches sans résultat auprès de leur commission scolaire.2-\tOn s\u2019adresse alors à P.-E.Trudeau.3-\tOn demande une aide financière au gouvernement fédéral pour défrayer les factures d\u2019avocat; car ce même gouvernement n\u2019est-il pas prêt à payer celles des anglophones du Québec qui contestent la loi scolaire et qui, eux, ont beaucoup plus d\u2019une heure d\u2019anglais par jour dans leur école?1978, mai: C\u2019est au tour de l\u2019Information Nationale de nous parler des parents francophones de Prud\u2019homme.On nous redit que les commissions scolaires refusaient de payer le transport; mais on ajoute que les 35 étudiants anglophones de Tracadie au Nouveau-Brunswick sont transportés, eux, aux frais de la Commission scolaire dans le district voisin de Newcastle: deux poids, deux mesures! La revue Ici-Québec du même mois nous mentionne les dernières statistiques d\u2019anglicisation des francophones du Canada: pour la Saskatchewan, le taux est de 50%; cette province se classe au deuxième rang, après la Colombie-Britannique (70%).1978, 4 août: Quatre jeunes de l\u2019Ouest rencontrent Clément Tru-del du Devoir.Pendant la conversation, Marc Loiselle avoue qu\u2019en Saskatchewan, le gouvernement NPD traite le français un peu comme un sujet secondaire.Laurent Denis soupire: «Il serait très agréable aux francophones de l\u2019Ouest d\u2019obtenir les mêmes subventions que les anglophones reçoivent du Québec.» 1978, 14 août: Le même journaliste interviewe de nouveau des adolescents francophones de la Saskatchewan en présence de Jean-Marie Cossette, président de la S.S.J.B.de Montréal; ce dernier, dans un discours enflammé, affirme que les minorités francophones de l\u2019Ouest connaissent parfois un taux d\u2019assimilation de 87%. EN SASKATCHEWAN 325 Robert, un de ces jeunes, est d\u2019avis que chez lui, au sujet de la Loi 101, «on n\u2019a pas vraiment les deux côtés de la médaille; c\u2019est déprimant, ce qui se dit parfois!» Le même jour, Le Devoir publie une lettre de Rosaire Morin, médecin et chirurgien, qui est né en Saskatchewan et qui y a vécu pendant 40 ans.Il décide de déménager au Québec, car il en avait assez de quémander du français dans les écoles: «dans la majorité de celles-ci, nous avions à peine une heure de français par jour»; revendications année après année pour la radio et la télévision française, etc.«En terminant, je vous défie (la lettre s\u2019adresse à Claude Ryan) de faire un discours en français de cinq minutes à une foule de l\u2019Ouest des frontières du Québec.Vous serez hué!» 1980, 19 janvier: Le journal Esprit-Vivant publie l\u2019évolution négative des pourcentages de la population d\u2019origine française par rapport à la population totale de la Saskatchewan: en 1961: 6,4%; en 1971: 6,1%.On ajoute que c\u2019est une des deux provinces (avec Terre-Neuve) où l\u2019on ne compte aucun hebdomadaire en langue française, alors qu\u2019au Québec on en trouve 19 de langue anglaise.1980, 22 février: De Regina, on apprend que le premier ministre de la Saskatchewan, M.Allan Blakeney, désire combattre le séparatisme en demandant aux Québécois de voter NON au référendum.Il oublie de parler des moyens qu\u2019il entend prendre pour arrêter l\u2019hémorragie assimilatrice de l\u2019anglicisation des francophones.1980, 10 mai: Mme Charbot, présidente de l\u2019Association culturelle des Canadiens-Français de la Saskatchewan, estime que les francophones de cette province ne sont pas aussi bien traités que les anglophones du Québec.1-\tSon organisme réclame des changements.2-\tMme Charbot rappelle que les Québécois anglophones ont trois universités et peuvent avoir toutes les écoles, tous les tonds qu\u2019ils désirent.» et pourquoi alors les francophones de la Saskatchewan ne peuvent-ils avoir leur propre système scolaire?» 326 L\u2019ACTION NATIONALE 3-\tUne vingtaine d\u2019écoles offrent aux quelque 30 000 francophones de la Saskatchewan des cours restreints en français.1981, janvier: Dans l\u2019Information Nationale, Rolland Pinson- neault, secrétaire de l\u2019Association des Francophones de la Saskatchewan, livre un message aux Québécois: 1-\tNos droits nous ont été progressivement enlevés jusqu\u2019en 1929.2-\t«Le projet de rapatriement de Monsieur Trudeau tel qu\u2019il est présenté est inacceptable.Il ne nous garantit rien.Mais ce qui me déçoit davantage, c\u2019est la stratégie de chantage dans laquelle nous sommes placés encore une fois.» Accepter le projet Trudeau, c\u2019est renoncer à un Québec français fort; le refuser, c\u2019est se faire accuser de ne pas vouloir affirmer nos droits francophones pour nos provinces.3-\tL\u2019article 23 reconnaît le droit à l\u2019instruction en français, mais la formulation de cet article inquiète au plus haut point «parce que nous voyons difficilement comment en Saskatchewan, nous allons arriver à pouvoir exercer ce droit, compte tenu des restrictions mentionnées dans l\u2019article».en autant que le nombre le justifiera.Or, les 30 000 Fransaskois sont dispersés à travers toute la province et plus de la moitié se trouve en milieu rural.4-\tAinsi, l\u2019accès à l\u2019école française risque de rester lettre morte et ce sera humiliant pour les Fransaskois de savoir qu\u2019il y a un droit dans la Constitution de leur pays et que ça ne leur donne rien.5-\tAinsi, les changements proposés deviennent des reculs plutôt que des améliorations.1981, 16 janvier: Rodolphe Morissette du Devoir titre à la une: «Les parents de Vonda (Saskatchewan) vont en Cour suprême: 1-\tIls ont réclamé en vain aux tribunaux inférieurs que les autorités scolaires régionales et provinciales instituent un programme minimal d\u2019enseignement en français.2-\tDe la maternelle à la 10e année, on compte 90 élèves francophones.La commission scolaire de Saskatoon-East refuse d\u2019ouvrir certaines classes, le nombre de francophones «ne le justifie pas!» EN SASKATCHEWAN 327 3- Le Devoir avait raconté, dans son édition du 3 décembre 1980, les échecs de ces parents auprès des autorités scolaires, du ministère de l\u2019Éducation, de la Cour du banc de la reine, et de la Cour d\u2019appel de la Saskatchewan.1981, 22 janvier: De Cochin, dans la région de Jackfish Lake, en Saskatchewan, Le Devoir nous apprend que le Père André Mercure, âgé de 59 ans, a eu une contravention pour vitesse, le 6 novembre dernier.11 a d\u2019abord refusé d\u2019acquitter l\u2019amende et la cause a alors été fixée au 28 janvier.Il exige un procès en français et a demandé que cinq lois provinciales soient traduites en français avant le début du procès.Parmi celles-là, la loi des véhicules; il la dit essentielle à sa cause; puis, quatre autres qui peuvent avoir des répercussions sur la procédure ou la manière de conduire l\u2019accusation.Le Northwest Territories Act de 1891 ne dit-il pas que toute loi doit être publiée dans les deux langues?Or, la Saskatchewan faisait partie des anciens territoires du Nord-Ouest et le Saskatchewan Act adopté par le Parlement fédéral prévoit que toute loi en vigueur dans la région de la Saskatchewan doit demeurer après la création de la province.et 90 ans plus tard, en 1981, il faut encore se battre pour faire respecter la loi.1981, 25 février: M.Liguori LeBlanc, président de l\u2019Association des commissaires francophones de la Saskatchewan, est de passage à Montréal, note Le Devoir, afin de lancer l\u2019Opération Providence.1-\tLes commissaires d\u2019écoles francophones de cette province entreprennent de recueillir des fonds afin de former unilatéralement des commissions scolaires françaises.2-\tIl s\u2019agit de défier ce gouvernement provincial dirigé par Allan Blakeney, ce marchandeur de faux prétextes.3-\tOn connaît les difficultés des Fransaskois de Vonda qui tentent, depuis quatre ans, d\u2019obtenir des classes françaises.4-\tIls sont allés, le 17 février, jusqu\u2019à la Cour suprême, qui leur a refusé la permission d\u2019obtenir l\u2019enseignement du français au niveau secondaire (L\u2019Information Nationale, avril 1981 P- 33). 328 L\u2019ACTION NATIONALE 5-\tVoilà l\u2019impasse que le projet Trudeau de réforme constitutionnelle se trouve à confirmer et à couler dans le béton.6-\tDans le nord de la province, où vit une bonne partie de la population francophone, on ne compte que deux écoles dites françaises qui sont en fait des écoles bilingues.7-\tDans toute la province, on ne compte que 39 élèves qui, à l\u2019école primaire, peuvent suivre des cours donnés en français à 100%.Tous les autres fréquentent des classes d\u2019immersion où les cours se donnent en anglais à 50%.8-\tAu secondaire, seuls les cours de français se donnent dans la langue de Molière; tous les autres cours: sciences, mathématiques, etc., se donnent en anglais.9-\tLes commissaires francophones estiment que les clauses de la charte des droits contenues dans le projet Trudeau donnent aux commissions scolaires anglophones et aux autorités scolaires du gouvernement le droit de disposer à leur discrétion des droits des francophones en leur permettant de décider unilatéralement des cas «où le nombre justifie» l\u2019existence d\u2019une école ou d\u2019une classe française dans la province.1981, 11 mars: Jean-Pierre Proulx écrit un éditorial dans Le Devoir, suite au combat des parents de Vonda: 1-\tMM.Trudeau et Chrétien prétendent que ce sont les tribunaux qui vont déterminer ce qui constitue un nombre suffisant.2-\tOr, le sort qu\u2019ont subi les parents de Vonda devant les tribunaux contredit cette thèse.3-\tMM.Trudeau et Chrétien refusent d\u2019admettre que la reconnaissance des droits des minorités est d\u2019abord une question de volonté politique.4-\tEn réalité, le seul effet concret de l\u2019article 23 du projet de la charte de M.Trudeau, c\u2019est d\u2019affaiblir le Québec.5-\tLa stratégie du gouvernement Trudeau est habile: elle consiste à donner des apparences de droit aux francophones hors Québec en tentant de culpabiliser les Québécois qui s\u2019opposent à l\u2019enchâssement constitutionnel de ces droits.Personne n\u2019est dupe de cette stratégie. EN SASKATCHEWAN 329 1981, avril: L\u2019Informatique Nationale, à la page 33, commente l\u2019Opération Vonda: 1-\tOn ne compte qu\u2019une seule école secondaire française en Saskatchewan: c\u2019est une institution privée où l\u2019inscription d\u2019un étudiant coûte 2 000$ par année.2-\tPensons un instant à ce qui se passerait si, au Québec, les francophones administraient les écoles anglaises, déterminaient les matières, obligeaient l\u2019enseignement des mathématiques et des sciences en français et s\u2019emparaient des écoles publiques anglaises au secondaire.C\u2019est pourtant la situation vécue par les francophones de la Saskatchewan.3-\tLa charte des droits que M.Trudeau veut intégrer à la Constitution détériore la condition des Fransaskois en ce sens qu\u2019elle consacre une situation de «non-droits».1981, juillet: L\u2019Information Nationale donne la situation du français, langue de service en Saskatchewan: 1-\tÀ Saskatoon et à Prince Albert, il est impensable d\u2019espérer recevoir des services en français dans tous les bureaux de poste.2-\tLes agences et organismes du gouvernement fédéral n\u2019identifient pas clairement la disponibilité des services en français: il faut donc se promener d\u2019un commis à l\u2019autre pour recevoir satisfaction.quand on y arrive.3-\tDans les deux aéroports de la province, à Regina et à Saskatoon, il y a très peu de chances d\u2019être servi en français aux guichets d\u2019Air-Canada.4-\tIl en est de même à Agriculture Canada.5-\tEnfin, la publicité gouvernementale néglige complètement le seul hebdo francophone de la province.1981, 12 décembre: C\u2019est maintenant l\u2019école Dubois de Prince-Albert en Saskatchewan qui est menacée de fermeture depuis le 30 novembre.1- M.Maurice Girard de ta Presse Canadienne écrit dans Le Devoir que les Fransaskois «demandent tout simplement qu\u2019on leur accorde ce qu\u2019on donne depuis longtemps à la minorité anglophone du Québec: la possibilité de gérer et de contrôler leurs propres écoles». 330 L\u2019ACTION NATIONALE 2-\t«Les porte-parole de la Saskatchewan se disent désespérés de voir encore une fois que les francophones sont obligés de se battre pour faire valoir leurs droits qu\u2019ils sont supposés pouvoir exercer.» 3-\tOn n\u2019a pas prévu de structure française pour les commissions scolaires dans la future constitution; alors, les Fransaskois réclament le droit de gérer leurs écoles, parce que les écoles françaises actuelles servent, dans bien des cas, de classe d\u2019immersion.1982,\t7 juillet: On commence à publier des bribes de quelques résultats statistiques du recensement de 1981.Ainsi on affirme que le groupe francophone de la Saskatchewan a diminué de 4% depuis cinq ans, passant de 26 700 à 25 000; et son poids démographique va de 2,9% à 2,6%.1983,\t22 octobre: De toutes les provinces anglophones du Canada, c\u2019est en Saskatchewan que le nombre de citoyens et de citoyennes parlant français au foyer a le plus diminué, soit de 36,7%.Le recensement de 1981 confirme les plus sombres pronostics d\u2019assimilation.Conclusion: Après la lecture de tous ces faits, il est très surprenant, attristant et désespérant d\u2019apprendre que le premier ministre de la Saskatchewan a déclaré, après avoir signé l\u2019accord constitutionnel, que cet accord «constitutionnalise» ce qu\u2019il fait déjà et qu\u2019il n\u2019aura donc rien à ajouter.(Le Devoir, Lise Bissonnette, 12 novembre 1981.) QUESTIONS SUR LE LIBRE-ÉCHANGE 331 Questions sur le libre-échange par DENIS MONIÈRE, chef du Parti indépendantiste.Il n\u2019y a pas de solution simple à des problèmes complexes comme la relance économique et la restructuration de l\u2019économie mondiale.Il serait erronné et illusoire de croire qu\u2019il suffit de libéraliser les échanges pour ramener la prospérité et réduire le chômage.Les partisans du libre-échange font comme s\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019alternative et nous incitent à mettre tous nos œufs dans le même panier.Ils entretiennent beaucoup d\u2019espoirs, mais n\u2019ont pas encore démontré de façon convaincante que les retombées d\u2019une intégration continentale des marchés profiteraient à toutes les couches de la société et amélioreraient notre bien-être.Les enjeux, les intérêts et les impacts socio-politiques inhérents à la politique du libre-échange doivent être clarifiés, si on veut agir lucidement.À cette fin, certaines questions se posent.Quels sont les intérêts des partenaires?L\u2019argumentation canadienne soutient que le libre-échange est nécessaire à la croissance de l\u2019économie canadienne, car celle-ci est extravertie, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle dépend des marchés extérieurs, les USA étant notre principal client.Le libre-échange serait en quelque sorte une protection contre les velléités protectionnistes des industriels américains et permettrait aux entreprises canadiennes d\u2019élargir leur part du marché américain.Mais puisque nous exportons déjà 20 milliards $ de plus que nous importons des USA, n\u2019est-il pas présomptueux et illusoire de vouloir accroître encore plus le déficit de la balance commerciale américaine en faveur du Canada?Alors que nous espérons accroître nos exportations, les Américains, eux, ne sont-ils pas plutôt intéressés à réduire ce déficit en augmentant leurs propres exportations de produits finis au Canada?Compte tenu du déséquilibre entre les deux marchés qui confère une large avance aux producteurs américains qui peuvent plus facilement réaliser des économies d\u2019échelle et qui jouissent déjà d\u2019une avance considérable sur les plans financiers et technologiques, on peut sérieuse- 332 L\u2019ACTION NATIONALE ment douter de la capacité concurrentielle des industries canadiennes, hormis celles du secteur des ressources naturelles.Le libre-échange va dans les deux sens et rien ne garantit que nous en sortirons gagnants.On peut rétorquer que le Canada y trouvera son compte, puisque le marché américain est dix fois plus grand que le marché canadien.Mais cet argument n\u2019a que l\u2019apparence de la vérité, car le marché n\u2019est pas qu\u2019une affaire de nombre.Il faut aussi tenir compte des rapports de forces et du contrôle économique.Or, à ce chapitre, l\u2019économie canadienne n\u2019est pas en position de force, car elle est déjà contrôlée par des entreprises multinationales américaines qui profiteront de la libéralisation pour rationaliser leurs opérations et fermer certaines de leurs succursales canadiennes tout en maintenant leur part du marché.Les économies canadiennes et québécoises ne risquent-elles pas, compte tenu de la division internationale du travail, d\u2019être confinées à la sous-traitance, secteur qui crée des emplois peu rémunérateurs et instables?Dans une telle conjoncture, où se fera la recherche-développement?Pourquoi les industries industrialisantes viendraient-elles s\u2019établir au Canada et au Québec, si la proximité du marché devient le principal facteur de localisation?Certes, nous sommes déjà dépendants de l\u2019économie américaine, mais un accord bi-latéral de libre-échange, en plus de réduire à néant la faible marge de manœuvre dont dispose le Canada, nous rendra encore plus vulnérables aux fluctuations de l\u2019économie et de la politique américaines.Une fois bien intégrés à la division du travail nord-américaine, nous perdrons tout contrôle sur notre développement économique, sur l\u2019orientation de nos échanges, sur nos politiques économiques internationales, ainsi que sur nos politiques industrielles et sociales.L\u2019étroitesse du marché et sa dispersion territoriale sont des obstacles structurels à la croissance de l\u2019économie canadienne, mais la solution à ces problèmes est-elle forcément de se lier à un seul grand marché?Pourquoi les partisans de la productivité et de la concurrence restreignent-ils leurs horizons au seul territoire américain?La diversification des marchés n\u2019est-elle pas à long terme un objectif qui assurerait une croissance plus stable et équilibrée des économies canadiennes et québécoises?En fusionnant nos économies, pourrons-nous développer des stratégies indépendantes de pénétration des autres marchés comme ceux de QUESTIONS SUR LE LIBRE-ÉCHANGE 333 l\u2019Amérique latine, de l\u2019Afrique, de l\u2019Asie et de l\u2019Europe1?La libéralisation des échanges sera-t-elle créatrice d\u2019emplois?Quels seront les secteurs gagnant et perdant?On nous dit que cette politique permettra de conserver des emplois dans les secteurs reliés aux ressources naturelles (foresterie, pêcherie, agriculture, énergie).Mais qu\u2019adviendra-t-il des industries traditionnelles?Est-on résolu à fermer définitivement les usines de textile, de chaussures et d\u2019aliments?Combien d\u2019emplois seront alors perdus?Le Vermont et le Maine, qui sont intégrés depuis longtemps à l\u2019économie américaine et jouissent d\u2019un accès à un vaste marché, n\u2019ont-ils pas des taux de chômage aussi élevés qu\u2019au Québec?Comment le libre-échange peut-il résoudre le problème des disparités régionales?Comment pourrons-nous développer des secteurs de haute technologie qui créent les emplois les plus rémunérateurs?Comment pourrons-nous corriger le déséquilibre de l\u2019économie canadienne qui se caractérise par la faiblesse du secteur secondaire?Le libre-échange n\u2019ac-croîtra-t-il pas la tendance à la concentration industrielle dans les zones déjà industrialisées?Est-il prudent de mettre tous nos œufs dans le même panier, d\u2019avoir quelques secteurs forts et prospères et de laisser les autres dépérir?Quels seront les coûts sociaux et humains de cette mutation, des déplacements de population que cela occasionnera?Quels seront les villes et les villages qui devront fermer?Quels seront aussi les effets sur les salaires, les conditions de travail et les normes de sécurité et de protection de l\u2019environnement?Pour être concurrentielles, les industries qui survivront ne devront-elles pas se conformer aux normes américaines, ce qui uniformisera les règles gouvernant le marché du travail?Lorsqu\u2019on parle de libéraliser les échanges, vise-t-on uniquement la politique tarifaire?Est-on prêt à inclure dans cette négociation les barrières non-tarifaires, c\u2019est-à-dire la politique industrielle, les politiques fiscales et monétaires, les programmes d\u2019aide et de subventions?N\u2019est-il pas évident que ce sont ces programmes qui irritent le plus les Américains qui désirent niveler les règles du jeu?Si telles étaient les exigences américaines, 1.Voir Daniel Drache et Duncan Cameron (Éd.) The Other Macdonald Report, Toronto, Lorimer, 1985 334 L\u2019ACTION NATIONALE cela ne signifierait-il pas que les gouvernement du Canada et du Québec abdiqueraient leurs responsabilités nationales?Comment, après la signature d\u2019un traité incluant les barrières non-tarifaires, le gouvernement du Québec pourra-t-il par exemple pratiquer une politique d\u2019achat chez nous?Comment ce même gouvernement pourra-t-il offrir des taux préférentiels sur l\u2019électricité pour attirer des entreprises comme Péchiney?Cette pratique ne sera-t-elle pas considérée comme une concurrence déloyale par le partenaire américain?Dans la foulée de la libéralisation des échanges avec les USA, on voudra certainement en venir à une abolition des obstacles aux échanges économiques entre les provinces canadiennes elles-mêmes.Le Québec pourra-t-il conserver la maîtrise de ses politiques sociales, de sa politique de la main-d\u2019œuvre?Pourrons-nous utiliser nos impôts pour favoriser une meilleure répartition de la richesse?Nos choix sociaux pourront-ils diverger de ceux de notre partenaire?L\u2019égalisation des termes des échanges restreindra en dernière instance la liberté d\u2019action de nos gouvernements et limitera les possibilités de choix des citoyens eux-mêmes, car notre système politique sera amputé d\u2019importants pouvoirs d\u2019intervention et de régulation économique.Est-on prêt à sacrifier cette indépendance pour des avantages économiques incertains?Comment concilier une libéralisation intégrale des échanges et la revendication de nouveaux pouvoirs économiques et sociaux pour le Québec, puisque nous ne pourrons pas les exercer?Pour nous, indépendantistes, le libre-échange ne devrait pas aller au-delà de l\u2019abolition des barrières tarifaires, car une intégration plus poussée serait une menace à notre liberté collective.De plus, nous estimons que le Québec devrait être associé comme partenaire distinct aux négociations qui s\u2019amorcent. ALMA ET LAC-SAINT-JEAN, EST 335 Étude socio-économique Alma et Lac-Saint-Jean, est par JOHANE LÉPINE 1-\tIntroduction La ville d\u2019Alma est située au cœur de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et peut être considérée comme la porte d\u2019entrée du Lac Saint-Jean.Centre important de l\u2019activité économique, Alma est une ville industrielle et commerciale et les services à caractère régional y sont regroupés.L\u2019ensemble des services que l\u2019on y retrouve favorise une qualité de vie communautaire active et les facilités offertes dans un parc industriel bien aménagé aident au développement de la petite et moyenne entreprise.L\u2019économie de la région se noyaute autour de trois secteurs précis.D\u2019abord, le secteur industriel directement relié à l\u2019exploitation des ressources naturelles telles que la forêt et l\u2019eau.On pense ici à des entreprises comme Abitibi-Price et Alcan.De plus, les activités de l\u2019industrie manufacturière et agricole sont des plus dynamiques.Un deuxième secteur s\u2019oriente vers le domaine des services et du commerce.Et enfin, la région n\u2019a rien à envier à quiconque dans le domaine des infrastructures de transport, de communication et d\u2019hébergement.Toutes ces activités nous démontrent une structure économique solide pour cette région.2-\tMilieu géographique La ville d\u2019Alma, centre économique du Lac Saint-Jean, est reliée au reste du Québec par le parc des Laurentides.Distances routières d\u2019Alma à Chicoutimi, 61 km; à Québec, 241 km; à Montréal, 491 km.Le Lac Saint-Jean constitue une véritable mer intérieure.Celle-ci est entourée d\u2019immenses plaines qui rendent la région propice à l\u2019agriculture.Cette mini-mer est reliée au fleuve Saint-Laurent par un magnifique fjord, soit la rivière Saguenay.Il est 336 L\u2019ACTION NATIONALE à noter que les paysages jeannois sont d\u2019une grande douceur et présentent un contraste avec ceux du Saguenay, plus accidentés.On remarque donc que la région est dotée d\u2019un bassin hydrographique très appréciable.Le climat plutôt sec du Lac Saint-Jean ressemble à celui de la région de Québec, tout en étant légèrement plus frais.Bien entendu, les hivers sont froids et rigoureux, mais souvent plus tolérables qu\u2019ailleurs au Québec, parce qu\u2019ils sont moins humides.Comparaison des températures en degrés centigrades \t\tAlma\tQuébec\tMontréal Hiver\tMinimum moyen\t-22,1\t-16,6\t-14,6 \tMaximum moyen\t-10,1\t- 7,5\t- 5,7 Été\tMinimum moyen\t23,7\t24,0\t26,1 \tMaximum moyen\t37,7\t35,0\t37,7 \tNombre de jours de gel\t196\t177\t149 Bref, sur le plan géographique, la région est considérée comme étant éloignée des grands centres.Il n\u2019en demeure pas moins que sur les plans économique et industriel nous n\u2019avons pas à être identifiés comme arriérés.En effet, nous disposons d\u2019un taux très élevé de richesses naturelles, grâce à notre situation géographique.3- Profil de la population et de la main-d\u2019œuvre Les plus grandes agglomérations de la région se répartis-saient comme suit, en 1981 : Alma Delisle Métabetchouan Saint-Bruno Hébertville Ici, nous parlons uniquement du secteur Lac Saint-Jean Est; donc, des villes comme Roberval, Saint-Félicien et Dolbeau ne s\u2019y retrouvent pas.Ces villes détiennent un niveau de population au-delà des 10 000 habitants.26 322 habitants 4011 3 406 2 580 2515 ALMA ET LAC-SAINT-JEAN, EST 337 La répartition de la population par groupe d\u2019âge et par sexe se lit comme suit: ALMA\tLAC SAINT-JEAN EST ÂGE\tFemmes\tHommes\tFemmes\tHommes 64 et-\t730\t605\t1 490\t1 310 45-64\t2 365\t2 285\t4 155\t4 085 20-44\t5 505\t5 520\t9 545\t9 875 0-19\t4 570\t4 730\t8 415\t9 020 TOTAL\t26 322\t47 891 En voyant ces chiffres, nous sommes à même de constater que la légende voulant qu\u2019il y ait quatre femmes pour un homme au Lac Saint-Jean est tout à fait fausse.Au point de vue main-d\u2019œuvre, examinons la distribution de la population active par secteur d\u2019activité.Les secteurs les plus importants se retrouvent dans des domaines comme: POPULATION \tActive\tDisponible \u2014 Construction\t856\t1 069 \u2014 Personnel administratif\t715\t1 167 \u2014 Services\t702\t996 \u2014 Industrie de transformation\t658\t411 \u2014 Manutention et assimilé\t496\t874 \u2014 Vendeurs\t457\t781 \u2014 Fabrication, montage et réparation\t425\t630 (Centre d\u2019emploi du Canada à Alma, 1982) On remarque un taux fort élevé de disponibilité de main-d\u2019œuvre.Cela pourrait nous porter à croire qu\u2019il existe un niveau de chômage très élevé.Par contre, selon des données recueillies dans le Financial Post, Alma ferait bonne figure, face à l\u2019indice de l\u2019emploi.En effet, ce journal précise que sur une base de 100 (1961 = 100) Alma, la province de Québec et le Canada se classent comme suit: 338 L\u2019ACTION NATIONALE Indice de l\u2019emploi (1961 = 100) Alma Province de Québec Canada 1981 187,2 128,4 155,6 Ces indices nous indiquent tout de même une croissance d\u2019emploi plus élevée en général au niveau de la région.4- Secteur primaire Voici un secteur très actif sur le territoire du Lac Saint-Jean.Cette région ayant un caractère rural, celle-ci emploie une part considérable de ses travailleurs dans les divers domaines du secteur primaire.En région, au niveau primaire, on retrouve l\u2019agriculture, les richesses énergétiques, la forêt, les richesses minérales et enfin l\u2019aluminium.4.1 L\u2019agriculture Les basses terres du Lac Saint-Jean comptent parmi les bonnes terres agricoles du Québec.L\u2019espace régional est surtout consacré aux grandes cultures: céréales, foin et pâturage.L\u2019aspect visuel du paysage rural et l\u2019excellente tenue des terres témoignent de la qualité du terroir.Il faut voir durant l\u2019été à vol d\u2019oiseau ces immences champs colorés.La région se spécialise surtout dans la culture de la pomme de terre, de la gourgane et du bleuet si populaire.Au fait, il est complètement faux d\u2019affirmer qu\u2019il faut quatre bleuets pour faire une tarte.À vrai dire, il en faut au moins «cinq».Le marché du bleuet s\u2019est développé, ces dernières années, grâce à la demande croissante.Les bleuetières sont divisées et réparties entre des groupes qu\u2019on appelle communautaires pour la culture et la récolte.La moyenne par année est de 3 129 819 kg.Pour ce qui est des produits laitiers, nous produisons du beurre, du lait en poudre et du fromage avec les surplus.Ces surplus sont de l\u2019ordre d\u2019environ 113 965 493 kg par année.Le produit le plus populaire dans ce domaine est sûrement le fromage canadien blanc.Si vous passez à Saint-Bruno, au Lac Saint-Jean, vous vous devez d\u2019arrêter à la fromagerie Saint-Laurent qui en fait sa spécialité. ALMA ET LAC-SAINT-JEAN, EST 339 L\u2019élevage du bovin de boucherie occupe aussi une place importante dans l\u2019économie régionale.Pour la mise en marché de leurs produits, les agriculteurs ont fondé dans les années cinquante une coopérative (chaîne coopérative du Saguenay) qui est devenue l\u2019une des plus importantes au Québec, avec un chiffre d\u2019affaire de 100 millions par année.4.2\tLes richesses énergétiques À cause de ses nombreux courants hydrographiques, la région a pu prendre avantage d\u2019une valeur énergétique importante.En effet, la mise en valeur du potentiel énergétique de la région a permis un développement industriel rapide.L\u2019électricité à bon marché a été un facteur primordial dans l\u2019implantation des alumineries.Des entreprises comme Alcan et Price possèdent leurs propres centrales.Alcan a construit sa première centrale à 1\u2019Isle Maligne en 1922, dont la puissance est de 540 000 KW.Par la suite, pour répondre à des besoins de plus en plus grands l\u2019Alcan aménagera cinq autres centrales autour du Lac pour une capacité totale de 3 600 000 H.P.La production totale en électricité dans la région dépasse les besoins actuels et le surplus exporté demeure toujours disponible pour l\u2019implantation de nouvelles industries.4.3\tLa forêt L\u2019industrie des pâtes et papier, ainsi que du sciage est très présente et active dans la région du Lac Saint-Jean.Cette situation s\u2019explique assez bien, lorsque l\u2019on sait que la région possède 17,4% de la forêt productive du Québec.Favorisée par le climat de type continental, cette forêt est constituée en grande majorité de conifères.Les feuillus se retrouvent en grande partie dans le sud-est du territoire.Le potentiel de coupe commercial est de 82%, dont 80% de conifères.Une forte proportion de cette récolte sert à la fabrication du papier.Pour leur part, les nombreuses scieries que l\u2019on retrouve à travers la région alimentent 22% du marché québécois.4.4\tLes richesses minérales Nos ressources minérales sont réparties entre les gisements, les tourbières et la glaise. 340 L\u2019ACTION NATIONALE a)\tGisements Dans la région, ils sont surtout localisés dans le secteur de Chibougamau.Plus au sud, on trouve surtout des anorthosites de différentes couleurs; la plus connue est le granit noir de Saint-Gédéon.Cette pierre est exportée surtout vers les États-Unis et le Japon.On commence aussi à exploiter les gisements d\u2019aventu-rine et d\u2019amazonite.En plus du granit noir, le rose et le brun sont aussi exploités et transformés.Soquem a récemment confirmé la découverte d\u2019un important gisement d\u2019uranium dans la partie nord-ouest du Lac Saint-Jean.Certains dépôts de calcaire cristallin sont présentement exploités dans la fabrication de matériaux de construction.Dans les prochaines années, des ressources importantes de cuivre, de fer, d\u2019amiante, de vanadium et de zinc sont susceptibles d\u2019être exploitées.b)\tTourbières De toutes les richesses du Saguenay/Lac Saint-Jean, la tourbe est peut-être la plus importante et la plus méconnue.L\u2019exploitation de cinq tourbières a fait l\u2019objet d\u2019études et de recherches sérieuses.Le volume de tourbe commerciale qu\u2019elles contiennent équivaut à 12 millions de tonnes métriques et la superficie globale des cinq tourbières est de 5 732 hectares.Le sous-sol tourbier contient des milliards de tonnes métriques de tourbe énergétique très prometteuse en énergie nouvelle.Plus de 103 tourbières sont réparties à la grandeur de la région.Elles ne sont cependant pas toutes exploitables.c)\tGlaise On trouve des dépôts d\u2019argile marine en grande quantité.Cette matière première a fait l\u2019objet d\u2019études et d\u2019analyse en vue de sa commercialisation.Les résultats obtenus sont positifs et on peut utiliser cette argile, par coulage, pour la fabrication d\u2019articles de poterie.4.5 L\u2019aluminium L\u2019immense potentiel hydro-électrique de la région a été un facteur déterminant dans le choix du Saguenay par la Société ALMA ET LAC-SAINT-JEAN, EST 341 d\u2019électrolyse et de chimie Alcan pour l\u2019implantation de ses usines.En effet, même si la bauxite qui entre dans la fabrication de l\u2019aluminium doit être importée, les possibilités hydro-électriques ont favorisé la construction d\u2019alumineries à Arvida et à Alma.L\u2019usine d\u2019Alma, dont la production annuelle est d\u2019environ 150 000 tonnes métriques, procure de l\u2019emploi à plus de 600 personnes.Dans le secteur de La Baie, l\u2019Alcan a érigé une nouvelle usine au coût de 600 000 000$.La technologie et l\u2019automation utilisées en font une usine des plus moderne.La production totale est de 633 900 tonnes métriques de métal par année.L\u2019entreprise, y compris ses installations portuaires, de chemin de fer, centrales hydro-électriques, etc.emploie plus de 9 000 personnes au Saguenay/Lac Saint-Jean.5- Secteur secondaire 5.1 L\u2019industrie manufacturière Sur le territoire du Lac Saint-Jean, les entreprises manufacturières connaissent un développement économique constant.La présence de la grande industrie à Alma, la main-d\u2019œuvre compétente, les ressources énergétiques, un parc industriel bien aménagé, ainsi que des terrains tout désignés pour de nouvelles industries donnent à Alma son caractère de ville industrielle.On retrouve plus de 117 entreprises manufacturières qui sont réparties selon une structure industrielle assez diversifiée.Les secteurs les plus importants sont les suivants: \u2014\tAliments et boissons\t23\tentreprises \u2014\tBois\t33 \u2014\tImprimerie\t10 \u2014\tProduits minéraux\t9 \u2014\tMeubles\t8 \u2014\tPapier et produits connexes\t5 Les entreprises des secteurs secondaires sont surtout de niveau petites et moyennes entreprises.Très peu d\u2019entreprises ont plus de 100 employés.Les huit grandes à moyennes entreprises, c\u2019est-à-dire à plus de 100 employés, sont concentrées vers les domaines de l\u2019alimentation, du bois et de la métallurgie. 342 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014\tChaîne coopérative du Saguenay \u2014\tUsine de congélation du Saguenay \u2014\tScierie Péribonka de Price \u2014\tLa compagnie Price Ltée \u2014\tSt-Raymond Paper Ltée \u2014\tAlcan \u2014\tLes ateliers du Lac \u2014\tNutrinor (viandes et volailles) (Produits congelés) (Bois et sciage) (Pâtes et papier) (Pâtes et papier) (Aluminium) (Produits de métal) (Produits laitiers) 5.2 Le parc industriel L\u2019ouverture du parc industriel a eu lieu en mars 1973.La superficie totale du parc est de 674 607 m2 et sur ce, 282 796 m2 sont occupés.Présentement, 36 établissements sont sur place.Voir, en annexe, le plan du parc industriel d\u2019Alma.6- Secteur tertiaire 6.1 Les infrastructures et services Sur le plan infrastructures, Alma est fort bien reconnue pour l\u2019accent qu\u2019elle porte au système d\u2019institutions coopératives.En effet, c\u2019est à Alma qu\u2019est née, des besoins du milieu, l\u2019Entraide économique.Ce mouvement a connu une croissance rapide et est maintenant d\u2019envergure provincial.On compte aujourd\u2019hui 59 sociétés établies au Québec avec 190 098 actionnaires et un actif de 816 251 000$.Au point de vue services, on retrouve un vaste réseau de transport: \u2014\tcompagnies de camionnage; \u2014\ttransport en commun dans la ville par autobus et taxis; \u2014\ttransport interurbain par la compagnie Fournier; \u2014\ttransport ferroviaire; \u2014\ttransport aérien; \u2014\ttransport maritime.Au niveau du commerce à Alma, celui-ci procure de l\u2019emploi à plus de 2 400 personnes.En tout, cinq centres commerciaux sont à la disposition de la population.Les plus importants sont: ALMA ET LAC-SAINT-JEAN, EST 343 \u2014\tPlaza d\u2019Alma \u2014\tCarrefour d\u2019Alma \u2014\tGalerie Lac Saint-Jean 124 magasins 50 magasins 41 magasins Le total de ventes au détail s\u2019élève à 114 400 000$.Ce chiffre se situe à 6% au-dessus de la moyenne nationale.Le secteur service se divise en plusieurs axes, soit le commerce de détail, les professionnels, les institutions financières et les entrepreneurs généraux.6.2 Les communications Les communications sont représentées par les différents médias écrits et électroniques.Journaux:\t\u2014 Le Lac Saint-Jean (hebdomadaire); \u2014\tLe Quotidien (quotidien); \u2014\tLe Progrès-dimanche (hebdo); \u2014\tJournaux de l\u2019extérieur tels que La Presse, Le Devoir.Radio:\t\u2014 6 postes «MA»; \u2014 1 poste «MF».Télévision: \u2014 CKRS Jonquière, pour Radio-Canada; \u2014\tCJPM Chicoutimi, pour Télémédia; \u2014\tCâblovision Alma Inc., qui offre l\u2019accès au service du câble; \u2014\t10 chaînes (4 anglais, 6 français); \u2014\tTélévision communautaire; \u2014\tRadio-Québec.6.3 Les sports et les loisirs La ville d\u2019Alma s\u2019est acquis la participation directe de divers milieux institutionnels afin d\u2019accélérer le processus de municipalisation des loisirs.Avec son Centre régional d\u2019éducation physique et des sports (C.R.E.P.S.), Alma offre à la population toutes les commodités nécessaires à la pratique de tous les sports.Infrastructures sportives: \u2014\t12 gymnases;\t\u2014 terrain de golf 18 trous; \u2014\t1 terrain de baseball;\t\u2014 ski alpin \u2014 de fond; \u2014\t2 terrains de football;\t\u2014 moto-neige; 344 L'ACTION NATIONALE 1 piste d\u2019athlétisme; 1 piste cyclable; 1 aréna (2 patinoires); 1 piscine semi-olympique; \u2014\ttennis (12); \u2014\tport de plaisance; \u2014\tcamping \u2014 plage; \u2014\tterrains de jeux.Infrastructures à caractère \u2014\tcinémas et ciné-parc; \u2014\t2 auditoriums (800 et 300 places); \u2014\tatelier d\u2019art; éducatif: \u2014\t2 bibliothèques; \u2014\tlaboratoire de photos; \u2014 Centre historique d\u2019Alma.Au cours des dernières années, Alma a complété son service d\u2019hébergement et de restauration.Surnommé «Ville de l\u2019hospitalité», elle constitue le point de départ pour un tour du lac Saint-Jean.6.4 L\u2019enseignement à Alma Niveau\tÉcoles\tÉtudiants\tProfesseurs Élémentaire\t10\t2 989\t146 Secondaire\t7\t4 600\t410 Collégial\t1\t1 198\t95 Universitaire\t1\t675\t26 L\u2019option universitaire se donne en collaboration avec l\u2019université du Québec à Chicoutimi.De plus, la région est dotée de quatre autres institutions de niveau collégial.7- Le conseil économique d\u2019Alma et Lac Saint-Jean Est Le conseil économique d\u2019Alma relève du commissariat industriel de la région.Son principal objectif étant de faire une animation économique, il lui faut donc organiser des activités susceptibles de sensibiliser les hommes d\u2019affaires et le milieu au développement économique.Voyons les différentes activités qui ont été organisées au cours de l\u2019année 1984.1° Forum qui réunissait environ 200 personnes.Cette activité était inscrite dans la démarche du sommet sur le développement et l\u2019économie de la région 02. ALMA ET LAC-SAINT-JEAN, EST 345 2° Semaine nationale de l\u2019entreprise et présentation de la maison de l\u2019industrie.3° Séminaire de gestion offert en collaboration avec la B.F.D.4° Dîners-conférences à tous les mois.Plus de 1 162 personnes ont pu profiter de ces conférences.5° Organisation de journées de visites des P.M.E., afin d\u2019analyser leur potentiel à servir ou à travailler pour les grandes entreprises comme Alcan et Price.6° Cercles d\u2019affaires et comités de développement.7° Emplois étudiants en parrainant les activités du Centre d\u2019emploi du Canada pour étudiants.8° Aide technique pour l\u2019organisation du Salon de l\u2019agriculture.9° Publications: Revue d\u2019information Défi; Carte publicitaire d\u2019Alma; Pochette publicitaire.8- Conclusion Comme le document le montre, la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, et plus précisément la ville d\u2019Alma, regorgent de gens dynamiques et innovateurs.Ceux-ci tendent vers l\u2019exploitation de chacune de leurs ressources au maximum.Parce qu\u2019ils sont conscients de leur position géographique éloignée, les Saguenéens et les Jeannois veulent créer une image accueillante, innovatrice et intéressante pour leur région.D\u2019ailleurs, un des points majeurs qui les caractérisent le plus est évidemment la fierté et l\u2019enthousiasme qu\u2019ils démontrent face à cette magnifique région.Personnellement je me considère comme une Jeannoise à part entière, même si je ne suis au Lac Saint-Jean que depuis 10 ans.J\u2019ai adopté cette belle région immédiatement, ainsi que son langage coloré, ses mets raffinés et son hospitalité démesurée.Invitation toute spéciale au Saguenay-Lac-Saint-Jean: vous verrez comme il est facile de vanter et d\u2019aimer un tel endroit. 346 L\u2019ACTION NATIONALE J\u2019ai mal à la mémoire par NICOLE BOUDREAU1 L\u2019armoire à deux corps trône, majestueuse, prenant tout un pan de mur de notre minuscule salon et je la fixe ostensiblement, avec une moue qui en dit long sur mon état d\u2019âme.C\u2019est que ce n\u2019est pas une mince tâche qui m\u2019attend, raison pour laquelle je remets constamment la corvée.Lui enlever sa cire d\u2019abord et ensuite lui en appliquer une nouvelle couche qui lui redonnera cette couleur de miel doré que j\u2019aime tant.Cette couleur chaude que j\u2019aime embrasser du regard, quels que soient les éclairages.Lumière douce du matin, lumière crue du midi, lumière des jours de pluie, lumière des jours de soleil, lumière du soir, apaisante et diffuse.J\u2019aime également la toucher, la sentir, cette armoire qui est dans la famille depuis tant de temps, depuis toujours.Ma main caresse amoureusement le bois usé par les années, je ferme alors les yeux et je tente désespérément de saisir sa vie, la vie qui coule dans ce bois blond.C\u2019est bête, mais tout à coup, je me mets à pleurer.Des larmes sans fin, un chagrin immense qui part du plus profond de moi, inattendu.Tout comme on couve une quelconque maladie, je couvais cette peine.Elle me traquait, telle une bête fauve prête à bondir, prête à jaillir.Je me laisse aller, je sens que mes larmes seront salutaires, je sens qu\u2019elles sont une partie de la solution, je sens qu\u2019elles m\u2019aideront à y voir clair.Je me laisse aller à ma maladie.C\u2019est que voyez-vous, je suis malade.Les uns souffrent de perte de mémoire, d\u2019absence 1.L\u2019auteur est la première femme, vice-présidente, à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. J\u2019AI MAL À LA MÉMOIRE 347 de mémoire, de trous de mémoire; moi, je souffre d\u2019un excès de mémoire.Je me rappelle tout.tout ce que j\u2019ai vécu et tout ce que l\u2019on m\u2019a enseigné.Mes phrases commencent souvent par un «je me souviens».Ma seule consolation: la lecture du livre de Romain Gary «Les Cerfs-Volants», où Ludo le héros, est affligé d\u2019un problème identique au mien.Et le pire dans tout cela, c\u2019est que mes enfants semblent atteints de la même maladie.Tout comme moi, ils ont des «prédispositions à la mémoire».Je ne peux m\u2019empêcher de me remémorer ce passage du livre de Gary, où Ludo dit à son maître, que dans sa famille, ils sont tous irrémédiablement atteints de «mémoire historique»: «On leur a appris trop de belles choses qu\u2019ils ont retenues, auxquelles ils ont entièrement cru, qu\u2019ils se sont transmises de père en fils; certains, se sont même fait tuer pour elles».En songeant à cette phrase, mes larmes redoublent.Comment se guérir d\u2019un excès de mémoire, quand il n\u2019est plus à la mode d\u2019en avoir?Comment me laisser convaincre, qu\u2019il faut maintenant oublier les souvenirs, les dates, les lieux, les échecs, les victoires; les événements ressurgissant au moindre prétexte?Comment accepter que l\u2019on me traite tout à coup comme une pièce de musée, un oiseau rare, une énergumène dont on met sérieusement les capacités d\u2019évolution et d\u2019adaptation en doute?Pourquoi hier, louait-on cette faculté que j\u2019ai de me souvenir alors qu\u2019aujourd\u2019hui, elle est un objet de sarcasme et de moquerie?Ma main se promène doucement sur l\u2019armoire à deux corps.À son contact, voilà que ma maladie me reprend et que je me souviens.Je me souviens de ce jour où, emballés, François et moi l\u2019avions redécouverte dans le grenier de la grande maison paternelle.Nous avions bien ri, elle était d\u2019une couleur indéfinissable et sur chacune de ses quatre portes, un «cœur saignant» rouge vin avait naïvement été peint à la main.On savait qu\u2019elle avait d\u2019abord été reléguée dans un recoin obscur de l\u2019immense maison, avec ses quatres pauvres petits cœurs, jusqu\u2019au jour où l\u2019on s\u2019était finalement décidé à hisser cette masse encombrante au grenier où elle se trouvait depuis. 348 L\u2019ACTION NATIONALE Ma mère souriait, elle ne comprenait pas cet engouement soudain pour les vieilles choses.Mon père, lui, se demandait comment lui faire redescendre les étages, l\u2019installer à bord et sur la toiture de notre minuscule voiture et la remonter jusqu\u2019au troisième étage, à la porte de notre non moins minuscule logement, en ville.Moi, je la voulais désespérément.je faisais corps avec elle, je sentais qu\u2019elle ne me quitterait plus jamais.Et pourtant dernièrement, cela avait bien failli arriver.Il n\u2019était pas si loin, le jour où François m\u2019avait fait remarquer que finalement, c\u2019était un véritable mastodonte cette armoire, qu\u2019elle prenait littéralement tout le mur, qu\u2019elle n\u2019était somme toute, pas si logeable et fonctionnelle que cela, et qu\u2019il faudrait peut-être éventuellement songer à la remplacer par un meuble plus léger, aux lignes pures et sobres.pourquoi pas un meuble italien?Cette sortie m\u2019avait prise par surprise.Instinctivement, je m\u2019étais rangée devant l\u2019armoire; geste dérisoire, ridicule, enfantin même, mais à l\u2019éclat de mes yeux, François avait compris.Nul meuble, aux lignes si aériennes soient-elles, n\u2019occuperait jamais ce pan de mur.Elle est maintenant si belle, notre armoire.Je me souviens, voilà que cela me reprend.je me souviens que, dès son arrivée, rue Saint-André, François et moi avions étalé du papier journal par terre et que sans attendre, nous avions entrepris la dure besogne, cette longue cour amoureuse, qui nous la dévoilerait chaque jour plus belle, avec des moulures et des enjolivures inconnues, tellement l\u2019épaisse peinture n\u2019avait plus laissé de place aux reliefs au fil des ans.C\u2019est avec émotion que nous avions découvert que mon arrière-grand-père se servait du pan intérieur de ses portes pour noter ses transactions de veaux, vaches et cochons.Il avait gravé là, la petite histoire, celle que l\u2019on ne raconte pas, jamais nous ne l\u2019effacerions, elle était écrite à tout jamais.Pendant près d\u2019un mois, cette entreprise avait occupé le plus clair de notre temps, le plus gros de nos pensées.Quand, le travail achevé, nous l\u2019avions contemplée, l\u2019émotion m\u2019avait J\u2019AI MAL À LA MÉMOIRE 349 étreinte et les mains sur mon ventre rebondi, où déjà je sentais bouger la vie, je me demandais comment mon enfant interpréterait cet acte d\u2019amour et de respect.Ah! que cette époque était belle! C\u2019est collectivement que nous faisions alors un exercice de mémoire.C\u2019est collectivement que nous partions à la recherche de notre passé, que nous tentions de déterrer nos racines.Nos enfants, dès la naissance, reposaient dans ces berceaux qui nous avaient accueillis, de génération en génération.Nous partions à la découverte de notre terre, émerveillés et éblouis, elle inspirait nos poètes qui la chantaient, la récitaient, la disaient.Jour après jour, nous consolidions notre sentiment d\u2019appartenance, nous éprouvions de plus en plus de fierté à contempler ces lopins de terre que nous avions défrichés à la sueur de nos fronts, nous éprouvions de plus en plus de fierté à fouler ce sol que nos ancêtres nous avaient laissé en héritage, nous éprouvions de plus en plus de fierté à nous dire, qu\u2019ici, c\u2019était chez nous; et de cette fierté même, naissaient des forces nouvelles, notre combativité, notre solidarité, notre lutte contre cette menace constante d\u2019assimilation, d\u2019uniformisation et d\u2019assujettissement.C\u2019est que pour notre malheur, sur ce vaste continent, nous étions un peuple minoritaire; c\u2019est que pour notre malheur, loin d\u2019être conscient de l\u2019apport exceptionnel que représentait la survie de notre société dans l\u2019histoire des civilisations, l\u2019on tentait à tout prix d\u2019éteindre ce présent sursaut de conscience et de mémoire collectives qui animait le peuple.Mais voilà, vieille armoire, qu\u2019il me faut cesser d\u2019entretenir mes illusions sur ton avenir et sur le mien.Je suis une nord-américaine, me répète-t-on, je suis fille du monde, fille de nulle part, fille d\u2019ici et d\u2019ailleurs, fille de partout.J\u2019ai tort de m\u2019accrocher, j\u2019ai tort de ressasser de vieilles choses, j\u2019ai tort de me rappeler; je suis devenue un être folklorique, je suis une «granola», l\u2019on me regarde bizarrement.Et dès aujourd\u2019hui, je devrai faire le redressement qui s\u2019impose dans l\u2019éducation de mes enfants.Oubliez tout, petits! Laissez-vous bercer par ce vent d\u2019anonymat qui envahit la pla- 350 L\u2019ACTION NATIONALE nète tout entière; oubliez votre identité, oubliez le vocabulaire que je vous ai enseigné, sinon vous serez accusés d\u2019excès de mémoire.L\u2019on vous dira qu\u2019il vous faut tourner la page, qu\u2019il faut tourner le regard vers l\u2019avenir.Oubliez les odeurs, les sentiments, cesser de rêver, cessez surtout de travailler à réaliser votre rêve.Devenez pragmatiques, petits! Faites place au discours sophistiqué, où les chiffres s\u2019alignent sans fin, apprenez à manipuler vos ordinateurs, apprenez à développer une mentalité de gagnants.Ne faut-il pas se battre pour gagner à tout prix?La société appartient maintenant aux technocrates, qu\u2019à cela ne tienne, vous deviendrez d\u2019excellents techniciens.Ne sommes-nous pas à l\u2019ère des robots?Oubliez votre langue, enfants! Qui se parle encore de toute façon?Qui écoute encore de toute façon?Remisez la vieille armoire, enfants! Regardez comme elle prend de la place, comme elle est lourde! À elle seule, elle contient tout le passé du monde, tout le passé de notre monde.Les yeux gonflés, je regarde le vieux meuble.Ma peine s\u2019estompe peu à peu.Le renoncement s\u2019installe.En ces temps troubles, on dit tellement de choses, vieille armoire.Comment feindre de les ignorer?On dit: laissez tomber, le peuple n\u2019est pas prêt! On dit: consolidons notre emprise économique, nous verrons après! On dit: cessez de vous tourner vers le passé, regardez vers l\u2019avenir! On dit encore tant et tant de choses.Mais moi, vieille armoire, je ne me sens pas d\u2019affinité avec ce nouveau langage, sa logique m\u2019échappe.Il y a tellement de choses que l\u2019on ne dit pas, que l\u2019on ne dit plus.Je me sens seule, si peu de mes amis pensent toujours comme moi, la flamme qui brillait dans leurs yeux s\u2019est peu à peu éteinte, nos conversations aboutissent au néant, au cul-de-sac, nous sommes divisés, solitaires, confrontés à nos contradictions, à nos incertitudes savamment entretenues.Tu peux bien garder ta vieille cire.toi.Ton espérance de vie a passablement diminué; et puisqu\u2019il faut à tout prix parler J\u2019AI MAL A LA MÉMOIRE 351 d\u2019économie, je me demande bien, quel prix je pourrais tirer de toi, par les temps qui courent.Peu, sans doute, tu n\u2019es plus à la mode, ma vieille.Tu es comme moi.Tu es comme ma mémoire.Le rebord de l\u2019armoire donne asile à de petits santons de Provence.Je sens les regards sévères du paludier, de la fermière, du porteur de fagot, du berger et des autres figurines posés sur moi.Ainsi donc tu abandonnes?Oui, oui, j\u2019abandonne.J\u2019en ai assez; assez de ces accusations sans fin, assez de ces allusions malveillantes, assez de toujours devoir défendre, me défendre, assez d\u2019y mettre toutes mes énergies! On m\u2019a trompée, j\u2019ai été dupée, moi et tant d\u2019autres, on m\u2019a appris trop de belles choses que j\u2019ai retenues, auxquelles j\u2019ai entièrement cru, qu\u2019on m\u2019a transmises de mère en fille.Que voulez-vous?Que je me fasse tuer pour elles?Ma parole, je délire, voilà que je dialogue avec des santons.Un rayon de soleil égaré s\u2019attarde sur le bois couleur miel.Dieu, que j\u2019aime cette couleur, ma main est irrésistiblement attirée, elle se pose doucement sur le bois ciré.Ainsi donc, je renonce! Je renonce à te défendre, à te préserver! Comprends-moi, depuis quinze ans, j\u2019y ai mis toute ma vie, j\u2019ai tout négligé pour toi: mari, enfants, carrière, amis, parents, loisirs, moments en tête à tête avec moi-même, tout.Ne crois-tu pas qu\u2019il est temps de m\u2019accorder un peu de repos, ne crois-tu pas qu\u2019il est temps que je me range du côté des gagnants?Tu ne crois pas?Mais parle, parle donc, dis-moi ce que je dois faire! Si ma main à ton contact ne peut pas le sentir, le deviner, qui donc me le dira?Qui donc me donnera la force et le courage de continuer?Depuis deux heures que je tourne autour de toi, comme si tu possédais la solution.Aide-moi.Je t\u2019ai toujours chérie, tout ce qui te concerne est gravé à jamais dans ma tête.Que l\u2019on te déplace, que l\u2019on te remise, que l\u2019on te brûle au bûcher, jamais tu ne mourras dans ma mémoire.Jamais je n\u2019oublierai ce sentiment de fierté qui s\u2019empare de moi, quand je te contemple.Jamais je n\u2019oublierai que ce sont les mains de mon arrière-grand-père qui t\u2019ont donné la vie et que ce sont les miennes qui t\u2019ont redonné la dignité.Jamais je n\u2019oublie- 352 L\u2019ACTION NATIONALE rai que durant des années, seule dans ton grenier, tu m\u2019as patiemment attendue, espérant que bientôt, j\u2019allais comme des milliers d\u2019autres, faire un exercice de mémoire.Qu\u2019attends-tu de moi?Moi, je te demande peu de choses! Redonne-moi la lucidité de concilier l\u2019enseignement du passé, la force du présent et une juste perspective de l\u2019avenir.et je continue de me battre! Redonne-moi l\u2019espoir, la foi inébranlable.et je déplacerai des montagnes! Redonne-moi la sérénité, et j\u2019entraînerai avec moi les plus sceptiques! Réapprends-moi à aimer mon peuple, plus qu\u2019il ne s\u2019aime lui-même.Petites figures immobiles, les santons me dévisagent.Un souvenir ressurgit.Je me souviens.Mélanie, petite et ensuite Manuel, sur le bout des pieds, tendus à l\u2019extrême, tentant vainement d\u2019attraper l\u2019un des petits personnages, paisiblement installés sur le rebord de l\u2019armoire.et nous qui les soulevions, émus de leur détermination.Il y a bien longtemps que leur petite tête a dépassé l\u2019obstacle, il y a bien longtemps qu\u2019ils n\u2019ont plus besoin de nous pour attraper les santons.À l\u2019évocation de ce souvenir, je souris.subitement envahie par une paix infinie.Tu es sauvée, ma vieille! On y est parvenu! Qui de toi ou de moi aura donné le plus à l\u2019autre, cela n\u2019a pas d\u2019importance.Toutes deux, nous faisons corps ensemble.Au plus fort de la confusion, nous nous sommes retrouvées.La gamme et l\u2019intensité des sentiments que je viens de vivre n\u2019aura pas été vaine.De la révolte, à l\u2019abattement, au doute, au renoncement, voilà le chemin qu\u2019il me fallait parcourir pour en arriver là.Enfin sereine, enfin sûre de moi, enfin moi-même.Fille et petite-fille de rebelles, fille et petite-fille de résistants.On prétendra encore longtemps qu\u2019il me faut renouveler mon discours, m\u2019adapter, arriver en ville, changer de disque.Est-ce ma faute à moi, si l\u2019image de mes enfants sur la pointe des pieds, tentant d\u2019atteindre l\u2019inaccessible me touche à tel point, qu\u2019elle m\u2019indique la réponse que je cherchais? J\u2019AI MAL À LA MÉMOIRE 353 Est-ce ma faute à moi, si je comprends soudain, que ce qui était inaccessible hier, deviendra accessible demain?Est-ce ma faute à moi, si en attendant, je refuse de plier l\u2019échine?Est-ce ma faute à moi, si en attendant, je refuse de me soumettre?Est-ce ma faute à moi, si du plus profond de mon être je sais que ma lutte est juste?Est-ce ma faute à moi, si je veux ce pays, qui est le mien, pour mes enfants et petits-enfants?Est-ce ma faute à moi, si les mots ne peuvent être réinventés?Non, je ne suis pas une perdante, non je ne radote pas.Je suis une femme du XXe siècle, pleinement consciente du monde qui l\u2019entoure, totalement ouverte à ce qu\u2019il peut lui apporter de bon.Je suis une femme du XXe siècle pour qui les mots dignité et liberté veulent toujours dire quelque chose.J\u2019ai la prétention d\u2019être une femme saine et pourtant, longtemps encore on m\u2019accusera d\u2019utiliser un langage que l\u2019on qualifie dédaigneusement de métaphorique, longtemps encore on m\u2019accusera de véhiculer un message que l\u2019on prétend messianique.comme si de cela, je devais à tout prix, me sentir coupable et me guérir.Gare à celui qui voudrait m\u2019acheter, je ne suis pas à vendre.Gare à celui qui voudrait m\u2019entraver, il ne pourra m\u2019arrêter.Même si on le prétend, je ne suis pas un être nostalgique, je suis une mutante avec l\u2019exaltation et les angoisses que cet état implique.Je respecte ce qui me vient du passé, je l\u2019adapte à mon présent et je le lègue à l\u2019avenir.Quand dans cent ans, on dira, si l\u2019on s\u2019en souvient encore, que souvent au cours de l\u2019histoire, l\u2019on a vainement tenté d\u2019arrêter notre marche, on pourra répondre que des hommes et des femmes, atteints d\u2019un excès de mémoire ont avec opiniâtreté forcé les leurs à se souvenir, qu\u2019on les a traités de tous les noms, qu\u2019on les a marginalisés, mais que voulez-vous à cette époque, 354 L\u2019ACTION NATIONALE nul remède n\u2019avait encore été inventé pour soigner «l\u2019excès de mémoire».Moi, je ne serai plus là, mais toi tu y seras.Occupant tout un pan de mur de la maison de mon arrière-petite-fille, qui fièrement, les mains sur son ventre plein songera en souriant à ce petit être à naître, à cet enfant qui viendra perpétuer la maladie devenue chez nous non seulement héréditaire mais contagieuse: l\u2019excès de mémoire. LES LAURENT IDES ET SAINT-JÉRÔME 355 Les Laurentides et Saint-Jérôme: La porte du Nord par SERGE ST-JACQUES Introduction Cette recherche sur les Laurentides et Saint-Jérôme veut être comme une intervention dans un milieu où j\u2019ai vécu et où je serai peut-être appelé à jouer un rôle plus actif dans cette société, suite à mes études universitaires.De plus, elle permettra de faire connaître la région la plus touristique du Québec (1 000 000 de touristes par an).Le travail se divise en cinq parties: I: Historique (Laurentides + Saint-Jérôme); II: la population (Saint-Jérôme); III: L\u2019économie (Saint-Jérôme); IV: Les activités (Laurentides); V: Autres (Laurentides + Saint-Jérôme).I - Historique Situation: Au nord-ouest de l\u2019île de Montréal, la région des Laurentides est bordée au sud par les plans d\u2019eau de la rivière Outa-ouais, du lac Deux-Montagnes et de la rivière des Mille-Îles.À l\u2019ouest, son territoire est délimité par l\u2019axe Calumet-Mont-Laurier et s\u2019étend jusqu\u2019à la réserve La Vérendrye.Le parc du Mont-Tremblant la borde au nord et la région de Lanaudière la côtoie à l\u2019est.Pour sa part, Saint-Jérôme est située à 30 minutes du centre-ville de Montréal et à 5 minutes de l\u2019aéroport international de Mirabel.La région de Saint-Jérôme métropolitain constitue l\u2019ensemble économique le plus important et le plus complet au nord de Montréal.Historique: Les Laurentides font partie du plus vieux massif montagneux du globe.Formées à l\u2019époque précambrienne, rongées et arrondies au cours de millions d\u2019années par les cycles d\u2019érosion et les glaciers quaternaires, elles représentent aujourd\u2019hui une surface moutonnée où abondent lacs et cours d\u2019eau. 356 L\u2019ACTION NATIONALE On y retrouve de nombreuses vallées et de magnifiques montagnes aux sommets bombés et aux pentes abruptes.La région des «pays d\u2019en-haut» est chargée d\u2019histoire et de légendes, car les Laurentides sont, pour plusieurs, associées à la silhouette gigantesque du Curé Labelle, à son discours emporté et à sa lutte acharnée pour la colonisation de la région.C\u2019est grâce à cet homme, surnommé le «Roi du Nord», que la région connaîtra un essor formidable.Ce sont, au début du 17e siècle, les seigneuries de Terre-bonne, des Mille-Iles et de Deux-Montagnes situées sur les bords de la rivière des Mille-Îles, qui servirent de voie d\u2019implantation aux premiers colonisateurs de la région.Un siècle plus tard, vers 1750, Eustache Lambert Dumont, seigneur des Mille-Iles, demande à l\u2019intendant Bigot un agrandissement de territoire dans la contrée qui deviendra, en 1830, Saint-Jérôme.Le Curé Labelle, ayant compris la valeur touristique du Nord, fonde une vingtaine de paroisses et implante son chemin de fer: le Québec \u2014 Montréal et Occidental.La voie du «petit train du Nord» (1892), reliant Saint-Jérôme à Sainte-Agathe, rend dès lors les Laurentides accessibles aux villégiateurs.De nombreuses résidences d\u2019été apparaissent à Sainte-Agathe à partir de 1894.En 1930, la région connaît un développement extraordinaire avec la popularité d\u2019un nouveau sport: le ski.De grands hôtels ouvrent leurs portes et les premières remontées mécaniques font leur apparition.II - Population Une capitale régionale: La célèbre cité du Curé Labelle a vu son développement se perpétuer dans la foulée même de ce grand colonisateur.Aujourd\u2019hui, Saint-Jérôme est le centre nerveux d\u2019une agglomération de 50 000 personnes.Saint-Jérôme métropolitain est constitué de Saint-Jérôme, Bellefeuille et Saint-Antoine.C\u2019est le siège des services gouvernementaux et publics le plus important au nord de Montréal et il polarise l\u2019activité économique de toute la région.Statistiques: La population de Saint-Jérôme est de 25 123 habitants.Cette population se répartit dans une superficie de 15,86 LES LAURENTIDES ET SAINT-JÉRÔME 357 kilomètres carrés.Ce qui donne une densité de 1 584 individus au kilomètre carré.Cette population est constituée à 97,07% de francophones et 18 304 personnes ont le droit de vote (électeurs).État civil: Population de 25 125: 48,00%\tpopulation masculine;\t 52,00%\t» >\tféminine; 42,00%\t» »\tcélibataire; 49,00%\t» »\tmariée; 3,00%\t» »\tdivorcée.24 ans est l\u2019âge moyen au 1er mariage pour les hommes; 22 ans est l\u2019âge moyen au 1er mariage pour les femmes.Famille: Il y a 6 825 familles, à Saint-Jérôme: 66,00% des familles ont des enfants à la maison; 33,87% n\u2019ont aucun enfant; 28,89% n\u2019ont qu\u2019un enfant; 24,19% ont deux enfants; 13,05% ont trois enfants ou plus.Il y a environ deux fois moins d\u2019enfants mis au monde en 1984 qu\u2019il y a 20 ans.Ainsi les 20-24 ans représentent 5,97% de la population, mais les 0-4 ans ne forment que 2,97% de celle-ci.Religion: 95,63% de la population sont catholiques; 2,54% de la population sont protestants.Études: 30,61% de la population ont moins de 9 années de scolarité; 37,30% ont terminé entre 1 à 9e et 1 à 13e année; 4,09% de Jérômiens ayant plus de 15 ans ont un diplôme universitaire.Logements: Il y a 9 430 logements à Saint-Jérôme: 65,06% sont loués; 34,94% sont possédés.Revenu: Le revenu per capita à Saint-Jérôme est de 20% sous la moyenne canadienne.Le revenu moyen par famille est de 22 429$ 23,74% des familles ont plus de 30 000$ de revenu. 358 L\u2019ACTION NATIONALE III - Économie Malgré un revenu per capita de 20% moindre que la moyenne canadienne, Saint-Jérôme se voit comme un marché de ventes au détail très dynamique, étant à 38% au-dessus de la moyenne nationale.De plus, le parc industriel de Saint-Jérôme, en bordure de l\u2019autoroute des Laurentides, occupe une superficie de plus de 1 100 acres de terrain, dont la moitié est occupée par une centaine d\u2019entreprises, dont 80 sont manufacturières.L\u2019industrie: La structure industrielle du Saint-Jérôme métropolitain s\u2019est complètement transformée durant la dernière décennie.D\u2019une agglomération qui relevait anciennement des secteurs traditionnels (textile, vêtement et bonneterie) et dont la main-d\u2019œuvre dépendait de quelques entreprises seulement, elle a acquis depuis une structure industrielle diversifiée et plus sécuritaire, avec plus de 130 industries qui opèrent dans des secteurs en pleine expansion (métallurgie et produits métalliques, produits électriques et électroniques, aliments et boissons, produits chimiques et caoutchouc).L\u2019industrie de Saint-Jérôme crée un potentiel de plus de 5 000 emplois, ce qui se traduit par des milliers d\u2019autres emplois dans le secteur des commerces et services (gouvernements, hôpitaux, écoles, etc.).La proximité du vaste marché montréalais, de l\u2019aéroport de Mirabel avec la possibilité d\u2019un marché international rendu intéressant par le cours actuel du dollar, ainsi que la qualité du réseau routier favorisent grandement l\u2019implantation de nouvelles industries dans le Saint-Jérôme métropolitain.Par exemple, le nouveau-né à Saint-Jérôme: Bell hélicoptère.Pour l\u2019ensemble des quelque 130 industries à Saint-Jérôme, voici les 5 plus importantes en termes d\u2019employés: Nom\tNombre d\u2019employés\tGenre de production Rolland inc.\t687\tpapiers fins Waterville ltée\t365\ttableaux de bord d\u2019auto Warrington inc.\t343\tpatins + bottines de ski Philips Électrique ltée\t336\téclairage Male Pants M + G Canada\t295\tvêtements de sport LES LAURENTIDES ET SAINT-JÉRÔME 359 De plus, il est à noter qu\u2019il y a, à 10 minutes de Saint-Jérôme, General Motors situé à Sainte-Thérèse.Le commerce: Malgré une superficie de seulement six milles carrés, le secteur tertiaire de Saint-Jérôme compte près de 1 100 commerces et services.Dans le secteur gouvernemental, la plupart des ministères tant provinciaux que fédéraux sont représentés en plus du secteur para-public dont l\u2019hôpital, le Cegep et la Commission scolaire régionale.Les autres services publics, comme les institutions financières, les professionnels et les divers organismes, sont aussi présents en grand nombre.Par exemple: L\u2019Église a fait de Saint-Jérôme son Évêché.Au niveau judiciaire, elle est le siège d\u2019un district (rappelons la célèbre cause de Claire Lortie).Saint-Jérôme a les principaux ministères provinciaux et fédéraux, en plus des bureaux régionaux représentant les Laurentides.L\u2019Hydro-Québec, Bell Canada et les Postes Canada sont à Saint-Jérôme pour desservir les Laurentides.Les politiques de développement économique: L\u2019évolution industrielle et le rayonnement économique de l\u2019agglomération de Saint-Jérôme depuis les dix dernières années n\u2019ont pas été l\u2019effet du hasard.Ainsi, les trois niveaux de gouvernement ont élaboré des politiques de développement qui se sont traduites par des investissements en infrastructures, des programmes d\u2019aide technique et financière, ainsi qu\u2019une série de mesures destinées à seconder les entreprises manufacturières.Au palier fédéral, le M.E.I.R.administre le «Programme de développement industriel régional» (PDIR) par lequel tous les secteurs industriels du Saint-Jérôme métropolitain sont admissibles à des subventions, contributions, prêts participatifs ou garanties de prêts dans six secteurs clefs d\u2019une entreprise, soit: le contexte de développement industriel, l\u2019innovation, l\u2019établissement, la modernisation et l\u2019agrandissement, la commercialisation, la réorganisation.Le gouvernement provincial, par l\u2019entremise du M.I.C.T.et de la S.D.I., accorde pour sa part des subventions pour aider financièrement et techniquement à l\u2019implantation, l\u2019expansion et la consolidation des entreprises manufacturières.Au niveau du plan d\u2019action de la Corporation de développe- 360 L\u2019ACTION NATIONALE ment économique du Saint-Jérôme Métropolitain inc., la majorité des efforts se concentrent autour de cinq domaines d\u2019intervention, soit: inventaire socio-économique, identification des priorités, stratégie de développement industriel, promotion et communications, dossiers spéciaux.Au travers de toutes ces interventions, la priorité de la Corporation demeure toujours «Le service aux industriels», de façon à favoriser la croissance économique du Saint-Jérôme métropolitain.Le secteur industriel est la principale cible des gouvernements, car il constitue le moteur de l\u2019économie et le maillon le plus important.Pour le Saint-Jérôme métropolitain, surtout après la crise économique, ce secteur signifie la garantie de maintenir l\u2019activité économique, l\u2019assurance de travail pour la main-d\u2019œuvre locale et une diminution du fardeau fiscal pour les contribuables.IV - Activités Été: Il y a plein d\u2019activités dans tous les petits villages des Lau-rentides.On y retrouve le plus grand nombre de clubs de golf au Québec, des centaines de kilomètres de sentiers de randonnée pédestre et de nombreux centres d\u2019équitation.Il y a des rivières aménagées pour le canot-camping et des lacs accessibles aux amateurs de camping et d\u2019activités nautiques.Il y a aussi l\u2019escalade, la photographie, les pique-niques, etc.Automne: C\u2019est l\u2019un des plus beaux paysages que l\u2019on puisse voir au monde, tout le long de cette chaîne de montagnes.C\u2019est, bien sûr, le moment rêvé pour les chasseurs et les pêcheurs.Hiver: Les Laurentides sont le paradis des activités de plein air avec une trentaine de stations de ski alpin accessibles entre 5 et 30 minutes du centre-ville de Saint-Jérôme.Une trentaine de pentes de ski alpin qui comprennent 174 téléskis, 28 télésièges et des pistes qui s\u2019étirent jusqu\u2019à 5 200 mètres. LES LAURENTIDES ET SAINT-JÉRÔME 361 De plus, il y a 1 500 kilomètres de sentiers de ski de fond, auxquels vient s\u2019ajouter une longue liste d\u2019autres activités sportives à offrir, telles que le patinage, le toboggan, la motoneige, la raquette, sans oublier la pêche blanche et la trappe dans les pourvoiries des Laurentides.Printemps: La période des sucres.Les Laurentides regorgent de bonnes vieilles cabanes à sucre.Les festivals: La région des Laurentides abonde en festivités de toutes sortes: folie sur neiges (mi-août) (Piedmont); les fêtes du vieux Saint-Eustache (Saint-Eustache); festival d\u2019aviation miniature (Lachute); festival des ethnies (Sainte-Thérèse); festival des fraises (Sainte-Anne-des-Plaines); festival hippo-courons (Saint-Hippolyte); théâtre d\u2019été de Sainte-Adèle; concours hippique Sainte-Adèle; festival de la Farandole (Sainte-Marguerite); théâtre à la Butte (Val-Morin); le Patriote (Sainte-Agathe); le Nord en fête (Sainte-Agathe); le festival des Couleurs (Mont-Tremblant); descente des rapides sur la rivière du Diable; festival de ski de fond (Entre lacs); festival de ski de fond (Mont-Rolland); championnat mondial de ski acrobatique (Mont-Rolland); les carnavals.Les attraits: boutiques d\u2019artisanat et d\u2019antiquités (Piedmont); super-glissoire (cascad\u2019eau) (Piedmont); village de Séraphin (Sainte-Adèle); au pays des merveilles (Sainte-Adèle); superglissoire (super cascade) (Sainte-Adèle); village du Père Noël (Val-Morin); village antique Mont-Castor (Val-Morin); pisciculture (Saint-Faustin); parc du Mont-Tremblant.V - Autres Dirigeants: Le maire de Saint-Jérôme, Bernard Parent, est assisté de six échevins.Les Laurentides sont représentées par le député Fernand Ladouceur (PC) au fédéral et par le ministre Robert Dean (PQ) au provincial.Santé: Les services de santé sont distribués par l\u2019hôpital Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme avec plus de 300 lits, par plusieurs cliniques et centres d\u2019accueil qui regroupent tous les professionnels du domaine de la santé. 362 L\u2019ACTION NATIONALE Enseignement: De l\u2019école primaire jusqu\u2019au niveau collégial, le domaine de l\u2019enseignement est présent à tous les niveaux, à l\u2019intérieur même de Saint-Jérôme.Le cégep de Saint-Jérôme et le cégep Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse dispensent l\u2019enseignement général et professionnel dans plusieurs domaines tels que les sciences administratives, les sciences pures, les sciences de la santé, les arts, etc.La population adulte profite en très grand nombre de cours de perfectionnement.Autres services: journaux: Écho du Nord \u2014 Avenir du Nord \u2014 Mirabel; radio: CJER (ma) \u2014 CIME FM (mf); tv: CHOY-TV (tv communautaire); approvisionnement: Le Carrefour du Nord et les galeries des Laurentides abordent la nouvelle formule des centres commerciaux intérieurs.Conclusion Même si ce travail a porté plus sur l\u2019aspect positif de Saint-Jérôme et des Laurentides, il n\u2019en demeure pas moins que nous avons nos problèmes.Il suffit de penser à Tricofil, à la fermeture de l\u2019Hôtel Lapointe, aux misères du centre-ville avec l\u2019arrivée du Carrefour du Nord, à la sous-utilisation de l\u2019aéroport de Mirabel, au 20% de chômage chez les jeunes de moins de 25 ans, etc.Mais, Saint-Jérôme est le cœur d\u2019une activité économique sans cesse en croissance.C\u2019est pourquoi l\u2019on peut croire que «la porte du nord», qui vient de fêter ses 150 ans, a un bel avenir devant elle.Son plus grand avantage consiste en ce qu\u2019elle a un pied dans le stade olympique et l\u2019autre à la campagne.Remerciements: Communication Québec.Centre touristique des Laurentides.Hôtel-de-ville de Saint-Jérôme.Centre culturel de Saint Jérôme.Financial Post.Statistique Canada. LA DYNAMIQUE DES RELATIONS EXTÉRIEURES 363 La dynamique des relations extérieures par GILLES RHÉAUME' Depuis toujours, les relations extérieures constituent, tant pour les peuples que pour les États, un élément majeur.Aujourd\u2019hui, à une époque où les distances n\u2019existent plus, les peuples se doivent, plus que jamais, de tenir grandes ouvertes leurs portes sur le monde afin d\u2019entretenir, avec les autres peuples, des liens de toute sorte.Sans ces échanges, l\u2019isolement qui, par définition, étouffe et paralyse, s\u2019emparerait rapidement des collectivités qui seraient tentées de négliger ce domaine.Les relations extérieures sont vitales à telle enseigne que la reconnaissance de l\u2019existence d\u2019un peuple ou d\u2019un État passe nécessairement et essentiellement par le biais des rapports avec les autres entités nationales.La communauté internationale doit intervenir, non pas pour donner naissance à une collectivité, mais bien pour lui permettre d\u2019agir en tant que participante à la vie des peuples.C\u2019est pourquoi la capacité de nouer des relations extérieures a toujours été une des principales revendications des peuples soucieux d\u2019assumer pleinement leurs responsabilités.Tout en soulignant l\u2019importance du fait d\u2019entretenir des liens solides avec l\u2019ensemble des composantes de la communauté internationale, force est de reconnaître l\u2019existence d\u2019affinités particulières entre certains peuples.Ces canaux naturels que sont, par exemple, la proximité géographique, l\u2019intérêt économique, l\u2019appartenance à un même espace linguistique et culturel, ainsi que la similitude des situations, sont les critères sur lesquels doit s\u2019appuyer toute la démarche des relations extérieures.Ces relations extérieures s\u2019effectuent à plusieurs niveaux.L\u2019État étant normalement l\u2019expression politique des peuples, les rapports interétatiques sont aussi nombreux que diversifiés.Il ne faut pas oublier cependant qu\u2019il existe des peuples sans État, ou 1.Conférence de presse donnée à Delémont.Suisse, le 8 septembre 1985 364 L\u2019ACTION NATIONALE encore des peuples dotés d\u2019un appareil étatique où la responsabilité des relations extérieures relève d\u2019un palier d\u2019intervention autre que celui qui est contrôlé par ledit peuple.C\u2019est pourquoi il est nécessaire que les échanges internationaux s\u2019effectuent aussi et j\u2019oserais même aller jusqu\u2019à dire surtout sur le plan populaire.Tout est bon lorsqu\u2019il s\u2019agit de s\u2019ouvrir aux autres.Pour nous, de la Francité, c\u2019est-à-dire pour les peuples d\u2019origine française, la Conférence des communautés ethniques de langue française, qui réunit les peuples et les communautés du Val d\u2019Aoste, de la Romandie, du Jura, de la Wallonie, de Bruxelles, de la France et aussi de l\u2019Acadie et du Québec, cette Conférence se veut un instrument de concertation qui s\u2019inscrit naturellement dans le processus des relations internationales.Plusieurs organisations internationales s\u2019intéressent aux collectivités qui sont liées à la langue et à la culture française.La Conférence des communautés ethniques de langue française se penche particulièrement sur l\u2019évolution des luttes et des revendications des mouvements membres et, par conséquent, donne l\u2019occasion de dresser un bilan de l\u2019ensemble des activités des communautés qui constituent la Francité.Les effets bénéfiques concrets de l\u2019existence de notre association se font heureusement sentir.La connaissance des autres peuples, des accords entre les États, la naissance de nouvelles amitiés méritent, entre autres, d\u2019être cités et suffiraient par eux-mêmes à justifier le maintien et le développement d\u2019une telle manifestation.Mais il faut dire que les conséquences directes ou indirectes, mais toujours utiles, de ces assises francophones, sur la vie de la Francité, sont aussi larges que profondes.Nous avons tenu, au mois d\u2019août dernier, à Trois-Rivières, au Québec, la VIIIe Conférence des communautés ethniques de langue française, sous le thème: «Les manipulations.» À cette occasion, lors de la séance inaugurale, M.Roland Béguelin nous a présenté, en tant que témoignage, l\u2019expérience récente de la République et Canton du Jura.Voici un peuple qui a exercé son droit légitime de libre disposition.L\u2019exercice de ce droit n\u2019est pas facile.Nous savons que les adversaires de l\u2019autodétermination sont aguerris et n\u2019hésitent pas à utiliser les méthodes d\u2019intimidation les plus basses.Les LA DYNAMIQUE DES RELATIONS EXTERIEURES 365 opposants au projet jurassien n\u2019ont pas craint d\u2019utiliser la peur, le chantage et la corruption.À les croire, au lendemain d\u2019une victoire jurassienne, tout allait s\u2019effondrer.Et pourtant, la République et Canton du Jura est bel et bien vivante et de surcroît bien portante.Non seulement la catastrophe économique escomptée par les ennemis de la liberté s\u2019est révélée mythique, mais aujourd\u2019hui, l\u2019État jurassien est le moins endetté de toute la Confédération helvétique.Le fruit du partage des biens qui a suivi la décision du peuple jurassien est lui aussi venu s\u2019ajouter au patrimoine du nouvel État.L\u2019exemple jurassien, présenté à Trois-Rivières, au Québec, cinq ans après le 20 mai 1980, a été accueilli par les deux cent cinquante congressistes venus du Québec, comme une bouffée d\u2019air frais, dont nous avions grandement besoin.Tout ce qui s\u2019est fait contre le Jura, s\u2019est fait aussi au Québec lors du référendum.Même argumentation et mêmes procédés.La télévision, la radio et les journaux québécois ont diffusé le témoignage jurassien.Plusieurs indépendantistes ont dû ressentir, comme moi, une émotion extrêmement positive qui nous motive à continuer notre combat parce qu\u2019il est nécessaire.Les dirigeants et les dirigeantes des sociétés nationales qui forment le Mouvement national des Québécois et ses 150 000 membres étaient présents à la grande réunion de Trois-Rivières.Ils ont tous et toutes entendu ces paroles de vérité.Je voudrais aujourd\u2019hui, puisque l\u2019occasion m\u2019en est si gentiment donnée, remercier au nom des indépendantistes du Québec, le peuple jurassien, qui par son courage, sa détermination et sa ténacité a su démontrer la possibilité qu\u2019a un peuple de s\u2019affirmer dignement et clairement.Grâce aux relations extérieures, grâce à l\u2019existence d\u2019un canal entre les différents éléments de la Francité, je pense, en tant que Québécois, tirer profit de l\u2019expérience récente de la République et Canton du Jura.Mesdames et Messieurs, sachez et répétez que la lutte du peuple québécois pour son indépendance nationale continue.Le départ de René Lévesque modifie sensiblement le paysage politique du Québec, puisque depuis vingt-cinq ans, cet exceptionnel animateur a joué un rôle prédominant; il continuera sûrement, 366 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019une nouvelle manière, à servir la cause.Quel que soit celle ou celui qui lui succédera, le projet indépendantiste demeurera présent chez nous.Les chefs de parti et les formations politiques elles-mêmes peuvent changer, mais les idées de liberté et d\u2019indépendance dépassent les contingences pour se situer au niveau de la conscience nationale. L\u2019ACTION NATIONALE 367 COMMENT VA L\u2019ÉCOLE?Des Normaliens de Grenoble (France), dans un débat sur l\u2019enseignement des mathématiques, donnèrent leur avis, avec beaucoup d\u2019humour.Comme leur opinion diffère beaucoup de l\u2019opinion des autres, disons des auteurs du Rapport Parent et des auteurs de rapports au Conseil supérieur de l\u2019Éducation (rapports aussi ennuyants à lire que les rapports écrits par les monsi-gnori du Vatican!), nous la livrons à nos lecteurs.Derrière l\u2019humour, on soupèsera le poids des réalités quelque peu cauchemardesques où se trouve plongée notre jeunesse.Enseignement 1960: Un paysan vend un sac de pommes de terre pour 100 F.Ses frais de production s\u2019élèvent au 4/5 du prix de vente.Quel est son bénéfice?Enseignement traditionnel 1970: Un paysan vend un sac de pommes de terre pour 100 F.Ses frais de production s\u2019élèvent au 4/5 du prix de vente, c\u2019est-à-dire 80F.Quel est son bénéfice?Enseignement moderne 1970: Un paysan échange un ensemble P de pommes de terre contre un ensemble M de pièces de monnaie.Le cardinal de l\u2019ensemble M est égal à 100 et chaque élément p E M vaut 1 F.Dessine 100 gros points représentant les éléments de l\u2019ensemble M.L\u2019Ensemble F des frais de production comprend 20 gros points de moins que l\u2019ensemble M.Représente l\u2019ensemble F comme un sous-ensemble de l\u2019ensemble M et donne la réponse à la question suivante: quel est le cardinal de l\u2019ensemble B des bénéfices?(À dessiner en rouge).Enseignement rénové 1980: Un agriculteur vend un sac de pommes de terre pour 100 F.Les frais de production s\u2019élèvent à 80 F et le bénéfice est de 20 F.Devoir: souligne les mots pommes de terre et discutes-en avec ton voisin.Enseignement réformé 1990: Unpeizan kapitalist privilégié san-richi injustement de 20 F sur un sac de patat; analiz le tekst et recherche les fote de contenu, de gramère, d\u2019ortograf, de ponc-tuassion et, ensuite, di se que tu pense de set maniaire de san-richir.(Tiré du Figaro magazine, 19 janvier 1985.) 368 L\u2019ACTION NATIONALE Le Québécois est un justicier naturel! par PIERRE FILION Noir comme dans un cercueil.De retour d\u2019Afrique; du bout du monde! Dix jours à un Festival de la jeunesse francophone à Yamoussoukro, en Côte d\u2019ivoire, où se sont exprimés en sport, en culture et en science des jeunes de 26 pays de langue française.Et si le corps est de retour au Québec la conscience, elle, est ailleurs, malade et indisposée, incapable de composer avec l\u2019écart incroyable qui existe entre «nous» et «eux».Bien sûr, on pourrait éterniser des soupirs en relatant les déplorables conditions matérielles d\u2019existence dont sont victimes les Africains; on pourrait noircir des pages en relatant tous les problèmes d\u2019organisation relatifs au Festival de Yamoussoukro; il serait simple, mais combien inutile, de faire le jeu du commerce du facile et de grossir les images d\u2019insalubrité, de perversité et d\u2019ignorance qui caractérisent l\u2019Afrique aujourd\u2019hui.Et tout ça passerait bien tant et aussi longtemps qu\u2019on ne ferait pas appel à la conscience.L\u2019exotisme des problèmes des noirs passe encore.À distance quand même! Mais ce qui doit être retenu, et ce que la délégation des 35 Québécois que j\u2019accompagnais a retenu de l\u2019Afrique dépassent bien l\u2019exotisme et le curieux d\u2019un quotidien si loin du nôtre.Ce qui a été retenu, c\u2019est le coup d\u2019œil livide et lamentable de tous ces enfants, tout juste assez jeunes pour être nos fils, qui quémandaient des yeux les morceaux de pain qui nous servaient de pitance.Difficile à soutenir, ce regard.Et ce silence.On nous a dit de ne pas donner notre nourriture aux enfants, car on créerait un désordre pour du pain.Bel argument; difficile à expliquer à celui qui a faim.Ces yeux ne nous quittent plus.Même ici je ne peux m\u2019en libérer.Et c\u2019est tant mieux.Ce qui a été retenu, c\u2019est cette inacceptable condition qui est faite aux femmes.Quand elles ne sont pas «cousues», tout sim- LE QUÉBÉCOIS EST UN JUSTICIER NATUREL! 369 plement excisées, elles sont violentées et violées au même rythme que le sont les ressources naturelles.Chacun a sa chacune à écraser.Chaque femme a son prix, et son maître, qui la terrorise du regard et du doigt.J\u2019ai souvenir de ce véreux fonctionnaire français qui «s\u2019offrait régulièrement la noirceur» en échange d\u2019un coca cola ou d\u2019une bière chaude.Et ce Français était homme et blanc! Ce qui a été retenu, c\u2019est le quotidien d\u2019un régime à parti unique: une «dictature tolérante», diront les plus avertis, qui s\u2019entoure de matraques et de fusils, qui contrôle tout, de l\u2019armée jusqu\u2019à la poésie, et qui réduit une population à l\u2019infantilisme chronique.Réponses toutes faites à des questions sérieuses; évidences superficielles quand il est question de sens; ignorance de l\u2019évidence quand elle crève les yeux: nos interlocuteurs se craignaient conscients.Et quand, à la faveur de la bière, ou de leur confiance en nous, ils osaient une confidence bien légère sur le régime, c\u2019était à coup de «je te fais confiance» et de «ne me donne pas».Ce qu\u2019un illuminé président, entouré de crocodiles et de fusils, peut faire peur quand il est question de pouvoir! Ce qu\u2019elle est fragile la démocratie.On nous a servi, par l\u2019absurde, une belle leçon de démocratie et de liberté de penser.Ce qui a été retenu, c\u2019est la proximité physique entre les riches et les pauvres.Ici on fait son pipi dans le marbre d\u2019une chambre à 100$ la nuit et, tout juste à côté, une famille de huit s\u2019entasse sous un toit de tôle supporté par quatre légers piquets.Sur la terre battue.Comme quoi le cœur peut s\u2019endurcir et se fermer à toute conscience des écarts qui troublent les tendres.Tout juste à côté! On ne peut pas ne pas les voir.Si ce n\u2019est avec le cœur, au moins avec les yeux! Et si l\u2019écart après un certain temps ne donne plus de haut-le-cœur, espérons qu\u2019il donnera, au moins, un «haut la conscience».À quelqu\u2019un.Ce qui a été retenu, c\u2019est cette engueulade avec un médecin français qui refusait de soigner un enfant de la brousse parce qu\u2019il ne faisait partie d\u2019aucune délégation officielle aux Jeux de Yamoussoukro.Ce serpent d'hypocrite qui avait oublié son serment d\u2019Hippocrate nous expliquait qu\u2019il y avait des catégories chez les noirs.11 fallait être accrédité pour être soigné.La gan-graine de ce futur cadavre ne l\u2019énervait pas.Il en avait vu d\u2019autres.Son cœur ne saignait plus.Français, homme et blanc.Lui aussi. 370 L\u2019ACTION NATIONALE Ce qui a été retenu, c\u2019est que les pays d\u2019Afrique, en crise alimentaire, dépensent 11 milliards par année en armements.Vous me direz que tout ça n\u2019a rien à voir avec le sport.Avec les pages de sport! Et je vous dirai que vous avez grand tort, parce que quand on apprend que le salaire moyen des joueurs de baseball est de 329 000$ par année, il faut conclure que tout ce que vous venez de lire ici a bel et bien une relation avec le sport.Et doit être lu dans les pages de sport.Par des gens du sport. LE JUMELAGE DES VILLES 371 Le jumelage des villes par MADELEINE PROVOST' 1 - Situation de l\u2019après-guerre Comment notre temps en est-il arrivé à l\u2019idée et à la pratique du jumelage?Si nous ignorons l\u2019origine de ce puissant mouvement, nous pourrions assimiler le jumelage à un mécanisme ou à une envolée d\u2019idéalisme, sans voir les racines, les besoins, les appels qui ont assuré le développement de ce mouvement international.Partons de la Deuxième Grande Guerre.Notre point de départ est quelque peu arbitraire car beaucoup de gestes et d\u2019idées, qui nous ont mis sur la piste des jumelages internationaux, ont commencé bien avant 1945.Néanmoins prenant pour acquis l\u2019évolution de la civilisation occidentale et la grande ébullition qui se manifestait déjà à l\u2019ancienne Société des Nations (1920-1946), à Genève, nous pouvons prendre comme point de départ la fin de la Deuxième Grande Guerre et l\u2019inauguration des Nations unies en 1946.Voyez la situation existentielle: les industries de plusieurs pays sont détruites, l\u2019infrastructure des villes est en ruine: pas d\u2019électricité, pas d\u2019eau courante, pas de téléphone, pas de communication, pas de journaux, des milliers de foyers brisés à jamais, un très grand nombre de blessés, des migrations par millions de gens provenant d\u2019ouvriers conscrits regagnant leur foyer, de prisonniers sans papiers d\u2019identification, etc.Bref, pas de travail, pas de nourriture, pas de société organisée, pas de 1.Madeleine Provost, personne-ressource à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP), conseillère en jumelages d\u2019organismes publics et participante au Colloque de l\u2019ENAP sur «Comment promouvoir sa ville au plan international», nous permet de publier un chapitre de son volume à venir. 372 L\u2019ACTION NATIONALE foyer pour des millions d\u2019humains.Sans compter les 40 millions de morts causés par cette guerre.C\u2019est comme si un continent entier \u2014 l\u2019Europe \u2014 avait été traversé par une folie furieuse d\u2019auto-destruction.Jusqu\u2019en 1945, les vainqueurs s\u2019enrichissaient des dépouilles prises chez les peuples vaincus.Ainsi par exemple, l\u2019armée d\u2019URSS et des groupes de spécialistes virent au démembrement des industries restantes dans les pays balkaniques, destinés à devenir les satellites de l\u2019URSS.Ce fut une razzia.Ici, le vainqueur se vengeait en s\u2019appropriant les ressources industrielles des pays vaincus.Mais partout ailleurs le problème se posa autrement.Les relations entre vainqueurs et vaincus furent totalement modifiées, pour la première fois dans l\u2019histoire.Maintenant ce sont les vainqueurs qui vont s\u2019entraider et aider les vaincus à reconstruire leurs pays.Plus les armées alliées avançaient, plus elles délivraient des villes et des espaces géographiques, plus la logistique des Alliés devenait compliquée.Ils prirent sur eux d\u2019alimenter les populations délivrées.Ce fut le premier pas.On fonda L\u2019UNRRA, le 9 novembre 1943 (UNITED NATIONS RELIEF AND REHABILITATION ADMINISTRATION)2.Par l\u2019UNRRA, Franklin Roosevelt et les États-Unis atteignirent 25 pays et un milliard de personnes.Du 9 novembre 1943 au 30 juin 1947, l\u2019UNRRA distribua environ 24 milliards de dollars en aliments, vêtements et médicaments, en transports, aide agricole ou industrielle.Après cette date et à cause de la fondation de l\u2019ONU dont la Charte fut signée à San Francisco le 26 juin 1945, la majeure partie des activités de l\u2019UNRRA fut absorbée par 1TRO (Organisation internationale des Réfugiés), par l\u2019UNICEF (pour les enfants) et par la WHO (World Health Organization).2.Voir Encyclopaedia Britannica, au mot UNRRA, p.712. LE JUMELAGE DES VILLES 373 Devant l\u2019énormité des tâches de la reconstruction d\u2019un continent cela devenait manifestement insatisfaisant.C\u2019est le 5 juillet 1947, que le secrétaire d\u2019État, George Catlett Marshall (1880-1959), dans une grande conférence à l\u2019Université Harvard, lance l\u2019idée d\u2019une assistance américaine pour la reconstruction de l\u2019Europe.C\u2019était le Plan Marshall ou YEuropean Recovery Program, entré en vigueur le 2 avril 1948.En sept ou huit ans, dix-sept pays européens en profitèrent.Dix-huit milliards de dollars, donnés aux spécialistes en administration et aux grands techniciens européens, permirent à l\u2019Europe de se rebâtir en un temps record.Jamais l\u2019histoire n\u2019avait vu une semblable remise en marche du monde.On le reconnaît aujourd\u2019hui: il s\u2019agit d\u2019un miracle basé à la fois sur la générosité américaine et sur la compétence européenne.Autre pas significatif: en janvier 1949, le président Harry S.Truman (1884-1972) en présentant son programme mit l\u2019accent sur le POINT IV où, élargissant le Plan Marshall, il offrait l\u2019aide économique des États-Unis aux pays sous-développés.Assistance surtout technique (agriculture, santé publique, éducation), elle serait administrée par la World Health Organization (WHO), la Food and Agricultural Organization (FAO), l\u2019UNESCO et, en partie, par les États-Unis.Bref, du 1er juillet 1945 au 30 juin 1958, soit en 13 ans, les États-Unis auraient donné ou prêté à des taux très bas, près de 65 milliards de dollars aux pays européens ou asiatiques, en aide militaire et non militaire.L\u2019offensive contre l\u2019ignorance (anal-phabétisation), contre le manque d\u2019hygiène et la prévention des épidémies, était lancée et marque quelques-unes des victoires les plus significatives du vingtième siècle.L\u2019aide militaire alla surtout à la Grèce et à la Turquie, menacées par l\u2019URSS et aux autres pays aussi menacés.L\u2019aide aux pays sous-développés ne fut pas partout un succès et l\u2019appui à des dictatures ou à des gouvernements indignes obligèrent les États-Unis à revoir toute leur politique étrangère.Pour mieux comprendre l\u2019effort américain, comparons-le avec celui de l\u2019URSS.D\u2019abord, l\u2019URSS pilla ses voisins et les 374 ' L\u2019ACTION NATIONALE vaincus.Puis l\u2019espionnage industriel ou atomique lui permit de comprendre que tout l\u2019équipement industriel volé ou subtilisé était sans valeur car il existait maintenant de nouvelles machines plus développées.Puis elle obligea la Pologne, la Tchécoslovaquie et tous les satellites à refuser le Plan Marshall.Devant la clameur mondiale, elle se décida même à les aider en leur distribuant 7 milliards en dix ans.Voilà ce que firent les États après la Deuxième Guerre Mondiale.C\u2019était grandiose mais impersonnel.Cela engendra la guerre froide.La propagande communiste ne cessa d\u2019éveiller les gens à la mainmise possible de l\u2019impérialisme américain sur leurs pays.Les conséquences sont ambiguës: d\u2019une part les peuples du monde voient dans les États-Unis la plus grande puissance mondiale et tous les émigrés rêvent de gagner les États-Unis, pays des libertés et de la richesse; mais d\u2019autre part le soupçon est là que les États-Unis travaillent pour leurs intérêts et se servent de l\u2019arme économique pour asservir le monde.Les relations internationales sont empoisonnées par cette dichotomie profonde qui envenimera les relations internationales au 20e siècle.Il fallait sortir de cette impasse.Ce que firent les peuples fut aussi important que ce qu\u2019accomplirent les États, sans soulever les mêmes objections et difficultés.Il s\u2019agit d\u2019un véritable raz-de-marée qui s\u2019est développé par un secours plus ou moins organisé, de personne à personne.Dès 1945, les populations d\u2019Amérique, seuls pays occidentaux que la guerre n\u2019avait pas dévastés, inaugurèrent l\u2019envoi de secours: aliments, vêtements, médicaments.De grandes agences se formèrent: Croix-Rouge (Genève), CARE (New York), Cari-tas (Vatican), etc.pour organiser, canaliser et assurer la bonne marche de ces envois.3 3.Deux cas d\u2019entraide entre deux villes sont cités dans la brochure du 25e anniversaire de Sister Cities international.Ce qui les fait remarquables, c\u2019est qu\u2019ils sont de 1946.(pp.59-60) LE JUMELAGE DES VILLES 375 On calcula que les réfugiés, les enfants, les familles, les prisonniers et les populations affectées par la guerre reçurent des cadeaux dont la valeur dépassait les deux milliards par année.Si le Plan Marshall donna 18 milliards, les populations, en dix ans, donnèrent plus de 20 milliards.C\u2019était puissant, splendide, entièrement nouveau.Les populations démocratiques intervenaient dans la bonne marche du monde.Tous les dirigeants comprirent le fait.Il revint au général Eisenhower de l\u2019interpréter, de l\u2019encourager et de l\u2019institutionnaliser, comme mouvement parallèle à l\u2019action des États et qui ne devait pas être confondu avec le programme officiel des États.Sa retentissante intervention arriva le 11 septembre 1956.Avant d\u2019en arriver à ce discours, voyons simplement ce qui se passe: les familles des Amériques adoptent une famille d\u2019Europe; une ville des Amériques adopte une ville d\u2019Europe.Avec l\u2019information reçue, la distribution s\u2019améliore et s\u2019étend.Le principe du départ c\u2019est un don pur et simple, une aide apportée, un moyen de combler un besoin.Dès 1950, M.Horace Boivin, maire de Granby, jumelle Granby avec Thun (Suisse).En 1952, Luchon (France) se jumelle avec Harrogate (Angleterre).En 1954, c\u2019est York (États-Unis) avec Arles (France).Les exemples sont multiples.Tout est laissé à l\u2019initiative privée.2 - L\u2019initiative privée et ses tâtonnements Les démocraties en action, voilà le fait nouveau.Que les populations agissent et décident la reconstruction du monde, en dehors de toute action des États, voilà ce qui donne à réfléchir.Les peuples ne veulent plus la guerre: ils veulent l\u2019organisation de la paix par l\u2019entraide, le secours mutuel.La bonne volonté laissée à elle-même entraîne, par ailleurs, bien des tâtonnements.Cela paraît dans le vocabulaire: on n\u2019a pas de mot, au début, pour décrire ce grand mouvement; on n\u2019a que des actes: on envoie des «cadeaux», des «dons», de «l\u2019aide». 376 L\u2019ACTION NATIONALE Puis des secteurs plus actifs comme des organisations ou des villes parleront à'adoption, à'affiliation.Les objectifs sont flous.Le plus grand danger demeurent dans Faction sans lendemain, éphémère, dans les ententes purement verbales.Le grand mouvement de 1945 à 1955 obéit aux lois de la spontanéité et pas encore aux lois de Y organisation structurée.Les mass-média parlent chaque jour de ce phénomène extraordinaire mais personne ne sait trop où cela nous mène.On pense qu\u2019avec le temps tout cela disparaîtra et que les égoïsmes collectifs régneront de nouveau et que chaque pays se refermera sur lui-même comme ils l\u2019ont toujours fait, jusqu\u2019à présent.Ce mouvement, généreux et désordonné, ne semble pas avoir un sens ni être caractéristique de tout un siècle mais seulement une manifestation sporadique, enregistrée par l\u2019histoire des masses, destinée à disparaître comme un fait curieux et sans signification.Cela est dû, avant tout, me semble-t-il, au fait que les peuples n\u2019ont pas pris encore conscience de l\u2019ampleur du mouvement.Ils ne voient pas, faute du recul nécessaire, qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un geste caractéristique, appelé par une évolution très profonde des conceptions dans les relations internationales.En ce sens, sens et conscience, ici, vont de pair.Le général Eisenhower jouera ici un rôle historique en jetant les fondements de tout le mouvement du jumelage, destiné, semble-t-il, à jeter un réseau de nouvelles relations entre les peuples.3 - Discours d\u2019Eisenhower Catalyseur des aspirations de son temps, le général Eisenhower, de plus, opéra un certain transfert de la générosité d\u2019État à la générosité de l\u2019initiative privée.De la Maison Blanche, le 11 septembre 1956, comme président des États-Unis, il lança son retentissant discours People to People Program, De peuple à peuple, un programme.Par ce discours l\u2019univers prit conscience de ce qui avait été accompli et de l\u2019importance de son intervention en politique internationale.Le vingtième siècle posait des LE JUMELAGE DES VILLES 377 gestes nouveaux: l\u2019initiative privée en matières de relations internationales devait demeurer.On venait de dégager les deux grands principes de notre époque, le principe de la démocratie (le monde international est aussi ouvert aux initiatives personnelles) et le principe de la participation de tous et chacun.Cet appel à la coopération internationale, de peuple à peuple, c\u2019est aussi l\u2019acte créateur d\u2019une opinion mondiale vigilante, créatrice et dynamique.Ce discours met aussi fin au colonialisme car c\u2019est aussi l\u2019époque où les grands empires se défont: l\u2019Angleterre perd les Indes et la France, l\u2019Algérie.Bref même si les satellites sont apparus, les colonies ont disparu.Davantage, c\u2019est tout Vesprit paternaliste entre les nations qui disparaît.Les pays indépendants apparaissent aux Nations unies et elles sont sourcilleuses, à bon droit, en tout ce qui regarde l\u2019égalité entre nations libres.Les attitudes ont donc changé.Une époque est donc terminée.Les relations internationales, basées sur l\u2019égalité entre les nations, parlent d'échanges entre égaux, de coopération, de collaboration.L\u2019évolution des psychologies exige une transformation du vocabulaire.De là naît le jumelage des villes.Il apparaît comme la réponse aux temps nouveaux.Ce mouvement est tellement bien reçu que, maintenant, plus de cent pays, dans le monde, y participent d\u2019une façon ou d\u2019une autre, mettant des millions de personnes en état de participation active vers des relations de paix et d\u2019ententes réciproques.Nous avons le point majeur de la pensée du général Eisenhower dans cette pensée: «Deux profondes convictions nous maintiennent unis vers un objectif commun.La première c\u2019est notre foi dans la réponse efficace d\u2019un gouvernement local comme une balise principale de la liberté.La seconde, c\u2019est notre foi dans la grande promesse du jumelage des villes et de peuple à peuple pour nous permettre de construire solidement la structure de la paix mondiale.»4 4.Sister Cities International, 25th Anniversary, p.12. 378 Depuis lors, les chefs d\u2019État n\u2019ont pas manqué de souligner à quel point chaque personne devient responsable de bâtir la paix mondiale.Si les peuples veulent vraiment la paix, s\u2019ils posent des gestes, nombreux et continus, dans ce sens, les gouvernements devront bien comprendre et craindre autant l\u2019opinion internationale que les bombes atomiques dirigées contre eux.Si, en faveur de la paix, nous avons connu la Charta Magna, les Parlements, les Nations unies, il faudra considérer, un jour, le discours du général Eisenhower comme un fait majeur qui a catalysé les forces vives des peuples, en faveur de la paix.À partir de là il nous faut étudier quelques grandes organisations qui obéissent, en certains points de vue, au People to People Program, puis nous aborderons directement le jumelage des villes.4 - Quelques grandes organisations L\u2019ANGLETERRE: United Kingdom of Sister Cities', FRANCE: Fédération mondiale des villes jumelées (FMVJ); ISRAËL: Union des Autorités locales; EUROPE: Le Conseil des Communes d\u2019Europe; JAPON: Japan Association of Municipalities (J AM); ÉTATS-UNIES: Town Affiliation Association (12 juin 1967) d\u2019où provient Sister Cities International.\u2014 Et combien d\u2019autres pays?Allons-nous vers le Village global de McLuhan?En même temps que se multipliaient les organisations de jumelage, d\u2019autres organisations, à buts plus spécifiques, étaient appuyés par les États.Nous en énumérons deux typiques: 1- Le Peace Corps, lancé par John Kennedy, président des États-Unis, le 1er mars 1961.Il est formé de jeunes prêts à LE JUMELAGE DES VILLES 379 donner une assistance technique à tout village qui veut organiser un dispensaire, une commune agricole, la construction d\u2019une école ou d\u2019un édifice communautaire, l\u2019irrigation, l\u2019infrastructure hygiénique d\u2019un village ou d\u2019un quartier, etc.2- Les accords d\u2019échanges entre la France et le Québec.Présentement, chaque année, une centaine de professeurs de France sont échangés avec une centaine de professeurs du Québec.Ces échanges peuvent se multiplier dans le domaine des beaux-arts, de la recherche, etc.Ces deux exemples montrent comment, aidées par l\u2019État, les populations peuvent entrer en communication et multiplier les contacts.Cependant la part de l\u2019État fait toujours craindre une «invasion politique».Ainsi de jeunes infirmières américaines du Peace Corps allèrent au Nigéria.L\u2019une d\u2019elles décrivit à ses parents la situation réelle des villages qu\u2019elle visitait.La lettre décrivait une situation si terrible que les parents, aux États-Unis, crurent bon de la publier dans le journal local.Elle fut reproduite.Le Nigéria, blessé dans sa fierté d\u2019être ainsi présenté aux États-Unis, en fit un événement diplomatique et le Peace Corps dut se retirer, comme prenant part à de l\u2019espionnage et à de la distorsion des faits.De plus les Partis communistes ne se privèrent pas, par une contre-propagande, de dénoncer ces invasions d\u2019Américains et les dangers que les Peace Corps représentaient comme tentacules de l\u2019impérialisme américain! Leur moment de gloire est passé.La leçon est dure: la bonne volonté ne suffit pas pour faire le bien.Les populations examineront les provenances, les motivations.Qui, pourquoi, comment et encore pourquoi.On questionnera la sincérité et la crédibilité des mandatés.On soupçonnera des motifs cachés.Bref, les relations internationales sont souvent empoisonnées par une politisation excessive et par un manque de confiance des gens les uns pour les autres.Établir la confiance demande du temps et des procédés éprouvés: le jumelage des villes, mettant l\u2019accord entre deux autorités locales, a plus de chance d\u2019être accepté par les populations.L\u2019expérience le prouve. 380 L\u2019ACTION NATIONALE 5 - L\u2019histoire du jumelage des villes au Québec Si surprenant que cela peut être pour les non-initiés, le Québec n\u2019est pas en retard sur le mouvement général des pays en faveur du jumelage des villes.Un initiateur fut le maire de Granby, M.Horace Boivin, qui, dès 1950, allia Granby avec la ville de Thun, en Suisse.Malheureusement il ne sut ou ne put structurer ses bonnes idées en une association permanente.5 Le véritable fondateur fut plutôt M.Marcel Robidas qui, en 1973, alors qu\u2019il était maire de Longueuil, ouvrit, avec le concours de Madeleine Provost, un Secrétariat des villes jumelées, affilié à la Fédération des Villes jumelées (FMVJ).Nommée directrice exécutive, Mme Provost vit bien que le mouvement ne pourrait grandir sans un Conseil d\u2019administration formé de personnalité de premier ordre.Elle s\u2019adjoignit, à part M.Robidas, M.Pierre Desmarais II, maire d\u2019Outremont; Jean-Marc Dion, maire de Sept-îles (qui parlait le japonais couramment); M.Réginald Dawson, maire de Ville Mont-Royal; M.André Bachand, administrateur à l\u2019Université de Montréal.Avec quelques autres personnes, fut fondée, en une deuxième étape, l\u2019Association des villes jumelées inc.en 1975.Elle mena à bien plusieurs jumelages.Désireuse d\u2019approfondir ses connaissances et ses contacts, Mme Provost fit un stage d\u2019études à Washington auprès des Sister Cities International, puis à Paris un autre stage d\u2019études auprès de la Fédération mondiale des villes jumelées.Tout n\u2019y marchait pas rond.Mme Provost soumit un rapport.Ce rapport, bien documenté, amena le Comité d\u2019administration de l\u2019Association québécoise à ne pas s\u2019affilier à la FMVJ.La Fédération mondiale, en perdant l\u2019affiliation du Québec, comprit qu\u2019elle venait de perdre une pièce importante sur l\u2019échiquier mondial car, pour elle, le Québec constituait une 5.Voir à ce propos, L\u2019Action nationale, mai 1985.L\u2019auteur, M.Tétreault n a vu que l\u2019écorce des choses. LE JUMELAGE DES VILLES 381 porte d\u2019entrée en Amérique du Nord.On ne vit pas tout de suite, en France, qu\u2019il y avait des réformes à opérer à l\u2019intérieur même de la FMVJ.Le mouvement était lancé au Québec.Le Conseil d\u2019administration était formé.Les jumelages allaient bon train.C\u2019est à ce moment que Mme Provost démissionna.Le nouveau président et son exécutif, après avoir pesé le pour et le contre, décidèrent que l\u2019Association des villes jumelées du Canada devait s\u2019affilier à la FMVJ.(The Gazette, 15 août 1985, section West Island).Les difficultés financières, même avec les subventions du ministère des Affaires municipales du Québec, et les multiples occupations des membres du Conseil d\u2019administration, ne permirent pas beaucoup d\u2019activités.Il n\u2019y eut plus de rapports d\u2019activités, de réunions officielles, et les services aux villes-membres diminuèrent jusqu\u2019à ne plus exister.En ces 9 ou 10 ans, le grenouillage à la Fédération mondiale des villes jumelées (France) finit par ouvrir les yeux aux plus sympathisants.M.Guy Descary, maire de Lachine et président de l\u2019Association québécoise, ainsi que M.Paul-O.Trépanier, maire de Granby et dirigeant de la même Association, finirent par demander, avec fracas, la démission de M.Jean-Marie Bres-sant, président de la FMVJ.L affaire eut lieu lors du Congrès de la Fédération mondiale des villes jumelées (France) qui eut lieu à Montréal, en septembre 1984.On dénonça l\u2019administration et le président de la FMVJ.M.Marcel Robidas affirma: «Il n\u2019y a jamais eu terriblement de démocratie à la Fédération mondiale des villes jumelées.» MM.Descary et Trépanier demandèrent, exigèrent même, la démission de M.Jean-Marie Bressant et son remplacement urgent par M.Pierre Mauroy, ancien premier ministre de France.Ce dernier, avec beaucoup de tact, avait saisi le problème et assura 1 auditoire que la FMVJ devait «acquérir le 382 L\u2019ACTION NATIONALE même respect et la même crédibilité que la Croix-Rouge» dans le monde.Cela veut dire une administration moins centralisée, moins de parasitisme et de favoritisme et une action conforme aux principes affichés.6 7 Devant ces développements d\u2019un people to people program au Québec, quelle est LA RÉPONSE ET Vappui apporté par le gouvernement du QuébecV Elle est vigoureuse et réconfortante.Dans un livre blanc de son ministère, le ministre des Relations extérieures, alors M.Bernard Landry, exposa sa politique: «Le Québec continuera d\u2019encourager les autorités locales au Québec à accéder à la vie internationale, par le biais notamment des programmes d'appui au jumelage.Il entend ainsi continuer d\u2019appuyer cette activité à travers des programmes d\u2019appui à la participation des municipalités aux organismes internationaux regroupant les autorités municipales, soit dans le cadre des grandes agglomérations francophones, soit dans le cadre des regroupements mondiaux de municipalités.» Ces paroles, tirées du Livre blanc, sont de 1983.Il alla encore plus loin, en 1984, lors d\u2019une grande réunion au Sommet socio-économique intitulé Le Québec dans le monde.Dans le discours de clôture, en décembre 1984, il réaffirma l'appui de l\u2019État sous deux formes: 1) la première est celle de la formation d\u2019un Conseil autonome chargé de suivre toutes les activités internationales de tous les organismes québécois; 2) d\u2019accorder un appui financier qui ira de cinq millions de dollars en 1985 jusqu\u2019à quinze millions en 1988.Les Congressistes ne demandaient pas mieux.Pourquoi le gouvernement du Québec attache-t-il tant d\u2019importance à tout ce qui regarde le jumelage?6.\tVoir LE DEVOIR et LA PRESSE, 26 et 28 septembre 1984.7.\tLivre blanc: Le Québec dans le monde, 1983, p.200. LE JUMELAGE DES VILLES 383 C\u2019est entre autres raisons qu\u2019il n\u2019a pas confiance dans le gouvernement du Canada pour pleinement développer les intérêts du Québec dans le monde.Le gouvernement du Canada est à 80% anglophone; il est alors naturel que ces fonctionnaires et ces ministres pensent avant tout aux provinces anglo-canadiennes, laissant des miettes au Québec.Le Québec se voit obligé de voir à ses affaires.La difficulté est que tout ce qui relève d\u2019une politique étrangère est revendiqué comme un monopole de la part d\u2019Ottawa.La marge du gouvernement du Québec est donc mince.Si le gouvernement d\u2019Ottawa favorise un Commonwealth britannique, le gouvernement du Québec est plutôt porté à favoriser un Commonwealth francophone et, de là, à vouloir entrer partout, il n\u2019y a qu\u2019un pas.Le gouvernement d\u2019Ottawa s\u2019est opposé à toutes les tentatives de pénétration officielle dans les activités commerciales, et même culturelles, des autres pays du monde.Il est alors prévisible que le gouvernement du Québec favorisera les jumelages.Ils ne sont pas une politique officielle ou gouvernementale.Il s\u2019agit plutôt d\u2019une opération parallèle: les ambassades ne sont plus nécessaires pour le Québec mais seulement des Maisons du Québec stratégiquement distribuées pour soutenir les efforts de ses entrepreneurs et un réseau de Comités de jumelage.Le Québec compte alors davantage sur la population québécoise elle-même pour favoriser des liens, des contacts, avec le monde entier.Nous voyons donc qu\u2019en dernier ressort, le jumelage, pour le gouvernement du Québec, constitue un moyen pour contourner la Constitution et les volontés monopolisatrices d\u2019Ottawa, et un moyen d\u2019établir des communications beaucoup plus riches et prometteuses que celles de la bureaucratie diplomatique.Ottawa fait affaire de pays à pays.Québec fait affaire de ville à ville ou de population à population.Que cela signifie, à la longue, une baisse d\u2019importance de la diplomatie traditionnelle, cela a été signalé par nombre de spécialistes en affaires internationales.Le jumelage des villes ajoute une nouvelle dimension aux relations internationales.Le Québec prétend en tirer un maximum d\u2019avantages, dans la mesure même où sa population assumera son rôle international. 384 L\u2019ACTION NATIONALE Le Québec ne fait qu\u2019appliquer le principe de subsidiarité suivant lequel, les responsables de biens plus universels (comme les dirigeants de tout un pays) sollicitent l\u2019aide ou le concours des groupements plus limités mais plus efficaces, pour remplir, selon leur libre initiative, des tâches que ceux-ci peuvent mieux remplir.Atteindre l\u2019homme de la base, les communautés de base, devient de plus en plus difficile aux États aux tentacules immenses, anonymes et sans âme.Le jumelage des villes vient combler ce besoin des contacts de population à population et de personne à personne. Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS % de* région* suivante» ; La Société Nationale de FE*t du Québec' _ La S-N.Q.de la région des Hante*-Rivières La S.N.Q.de ta région de TOutaouats La S-N.Q.de la région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de la région de r Amiante La S.N.Q.de ta région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu-Yamaslta Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B 2C3 De concert avec la Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d\u2019assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d'assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L'innovation à La Solidarité ne profite qu'à vous! La Solidarité Compagnie d'assurance sur la vie Siege social: Quebec Agences: Amos, Beauceville, Charlesbourg, Chicoutimi, Laval-des-Rapides, Longueuil, Montreal, Quebec, Rimouski, Sainte-Foy, Sherbrooke, Trois-Rivieres.DU GROUPE S O L I D A R I T É \u2022 U N I Q U E "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.