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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Janvier
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1986-01, Collections de BAnQ.

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[" //'Action NATIONALE Volume LXXV, numéro 5.janvier 1986 BONNE ET HEUREUSE ANNÉE À TOUS NOS AMIS La Ligue d\u2019Action Nationale Président: François-Albert Angers Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Charles Poirier Directeurs: Richard Arès René Blanchard Paul-André Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise Collin-Brochu Marcel Chaput Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna Lagacé-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Gilles Rhéaume Léonard Roy André Thibaudeau Pierre Trépanier Claude Trottier Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514)-845-8533 r ActlOn NATIONALE Volume LXXV, numéro 5, janvier 1986 TABLE DES MATIÈRES RENÉ BLANCHARD:\tLe coût de la «personnalité» nationale.393 PIERRE et LISE\tÀ l\u2019occasion du 75e anniversaire TRÉPANIER:\tde la fondation de l\u2019École Sociale Populaire.399 JEAN-D.ROBILLARD:\tLes Franco-Albertains.422 MICHEL\tLa forêt et le P.L.Q.434 FAMELART:\tL\u2019environnement.438 Les évêques et l\u2019agriculture.\t440 PIERRE GAUDREAULT:\tForex, l\u2019avenir de Val d\u2019Or.\t442 SIMON PELLETIER:\tLes voies d\u2019avenir du syndicalisme québécois.\t448 ANDRÉ\tUne économie québécoise LAFRENIÈRE:\tautonome .454 CAROLE THÉRIAULT:\tLe marketing du sirop d\u2019érable .\t460 JEAN DASTOUS:\tWaterloo comme site industriel?463 SERVICE D\u2019INFORMATION:\tHydro-Québec.474 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Elle fait partie du Mouvement national des Québécois L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: JEANGENEST Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen François-Albert Angers Viateur Beaupré René Blanchard Odina Boutet Guy Bouthillier Claude Collin Jean-Baptiste Giroux André Joyal Pierre-André Julien Marcel Laflamme Delmas Lévesque Jeannine McNeil Denis Monière François Morneau Gilles Rhéaume Jean-D.Robillard Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) $25.00\t$45.00 30.00\t50.00 35.00 Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans 1 Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533 ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2ième semestre 1981 Courrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 L\u2019ACTION NATIONALE 387 La qualité de notre service est notre principale préoccupation.(kléMCtyte etducow 'électrifficacité a 388 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM.ADRESSE .Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 30,00$\t34,00$ 14.00\t18,00 50.00\t54,00 30.00\t34,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tél.: 271-4759 ¦ ¦ ¦ Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public ef parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l'Église \u2022\tLe travail a temps partiel Des soirées publiques ~v chaque mois un débat sur un su|et d'actualité Abonnement 1 an (10 nos) à I'étranger par avion Nom __________ 12,508 14.50S 20,00S Adresse 8100, St-Laurent.Montréal H2P2L9 (514)387-2541 9288 L\u2019ACTION NATIONALE 389 LE GROUPE noua uateur Podium BOTANIX 390 L\u2019ACTION NATIONALE revue ^ critère Comité de rédaction: Roger Sylvestre, directeur, Guy H.Allard, Marc-Fernand Archambault, Claude Gagnon, Lise Noël, Louise Poissant.Dernières parutions: No 34: L\u2019après-crise économique et sociale, automne 1982, 175 p.No 35: L\u2019après-crise culturelle et politique, printemps 1983, 286 p.No 36: Le nouveau paysage mythique \u2014 1, automne 1983, 188p.No 37: Le nouveau paysage mythique \u2014 2, printemps 1984, 180 p.No 38: De la guerre \u2014 /, automne 1984, 317 p.No 39: De la guerre \u2014 II, printemps 1985, 258 p.Secrétariat et administration: Jacqueline Davignon, Revue Critère, Collège Ahuntsic, 9155, rue Saint-Hubert, Montréal, H2M 1Y8 Tél.: 389-9068 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTEInc.Jean Brassard, prés.256, rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1L4 288-3628 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 L\u2019ACTION NATIONALE 391 r aw' 9u. 9%^ Assurance-vie Desjardins àcli3«upa5sa%lavie 392 L\u2019ACTION NATIONALE LE LAMINOIR NOUS.PL ASTI FIONS VOS DOCUMENTS FRANÇOIS DUPUIS, RELIEUR RELIURE D\u2019ART & RELIURE BIBLIOTHÈQUE IMPRESSION LUXOR PLAQUES SIGNALÉTIQUES IMPRESSION DE LUXE 251 RUE LARAMÉE HULL, QUÉBEC J8Y 2Z4 TEL.(819) 777-0321 OUVERT DE 9h À 17h, DU LUNDI AU VENDREDI Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 LE COÛT DE LA «PERSONNALITÉ» NATIONALE 393 Le coût de la «personnalité» nationale par RENÉ BLANCHARD Les politiciens québécois et canadiens, en mal d\u2019occuper le pouvoir à Québec ou à Ottawa, tout comme les partisans d\u2019un Québec «province comme les autres», font souvent état des taxes «scandaleuses» que paient les Québécois.Le coût pour demeurer nous-mêmes, différents par la culture et par la langue, est-il si élevé?Et pourquoi coûte-t-il plus cher de vivre au Québec?En fait, la différence «canadienne» coûte-t-elle plus cher, comme tout mieux-être, parce que nous sommes les seuls à en faire les frais?Effectivement, au lieu de la souhaiter, de la vouloir, parce qu\u2019elle est la meilleure sauvegarde de l\u2019identité canadienne, beaucoup de Canadiens anglophones et allophones ne veulent pas contribuer à la payer.Ils insistent même pour vivre en «Canadiens» au Québec, et à nos frais! Déni de culture ou tout simplement mépris pour celui qui ne partage pas les mêmes valeurs, la même langue, le même way of life! Toujours est-il que le Québécois francophone, en plus de payer seul la livrée française que porte si fièrement (sic) le Canada, est aux prises avec une propagande qui vise souvent à lui faire honte de ses droits ancestraux, de ses droits de vivre dans sa langue, dans sa peau, d\u2019être à part entière dans son propre pays, celui qu il s\u2019est taillé de toute pièce, comme premier Européen en Amérique.Les mémoires répétés des francophones hors Québec sont, à ce propos, de véritables élégies! Mais regardons combien coûte d\u2019être Québécois plutôt que d\u2019être Ontarien ou Américain.Une récente émission télévisée de Radio-Canada nous y invitait.Prenons une famille-type de quatre personnes, père, mère et deux jeunes enfants, habitant en banlieue une maison familiale. 394 L\u2019ACTION NATIONALE Le père est le seul pourvoyeur.11 gagne annuellement 35 000.00$.COÛT DE L\u2019IMPÔT TOTAL SUR LE REVENU: Québec\tOntario\tU.S.A (Floride) 12 330.00$ 11 260.00$\t8 130.00$ QUE DONNE L\u2019ÉTAT EN RETOUR?(en coût per capita) L\u2019assurance-santé \u2014 (protection égale): 3 288.00$\t3 328.00$\t1 052.00$ État (20% des ressources\t3 300.00$ prime privée du Québec) 4 352.00$ Éducation: (25% des ressources du Québec) Coût personnel: 952.00$\t953.00$\t721.00$ Coût à l\u2019État: (au primaire) 3 910.00$\t3 530.00$\t2 930.00$ Services généraux: coût per capita Police 126.00$\t114.00$\t120.00$ Incendie 34.00$\t49.00$\t40.00$ Voirie 131.00$\t105.00$\t43.00$ Culture et loisirs 111.00$\t128.00$\t35.00$ Environnement 81.00$\t154.00$\t83.00$ Services sociaux 553.00$\t476.00$\t159.00$ Services publics 1 080.00$\t1 020.00$\t1 030.00$ LE COÛT DE LA «PERSONNALITÉ» NATIONALE 395 S\u2019ajoutent Les services fédéraux canadiens \tCanada\tU.S.A.(Floride) Assurance-chômage\t465.00$\t139.00$ Pension de vieillesse\t658.00$\t827.00$ Défense nationale\t304.00$\t1 194.00$ Dette fédérale\t727.00$\t742.00$ Poste Canada\t19.00$\t\u2014 Radio-Canada\t33.00$\t\u2014 Via Rail\t34.00$\t\u2014 Police fédéral\t\t (R.C.M.P.)\t34.00$\t\u2014 Les dépenses gouvernementales totales coûtent au citoyen:\t\t Québec\tOntario\tU.S.A.(Floride) 5 073.00$\t5 083.00$\t4 600.00$ il y a donc une parité surprenante au Canada, quant aux coûts généraux.Si l\u2019on considère l\u2019impôt total sur le revenu, il en coûterait 1 070.00$ par année de moins, pour vivre en Ontario.Ce chiffre est comptablement discutable.Culturellement, il n\u2019est même pas à considérer! Encore qu\u2019on ne parle pas des loyers moins chers au Québec, ni des services accordés à la minorité anglophone, ni du coût «de la défense et de l\u2019illustration de la langue française».Plusieurs facteurs peuvent expliquer cet écart.Signalons les plus importants: L\u2019Ontario est plus peuplé que le Québec (près de 2,5 millions).La population y est plus concentrée.La richesse y est plus grande à cause des concentrations industrielles et des industries primaires et secondaires intégrées localisées près de la frontière américaine.Le système provincial, adossé à celui du fédéral, y est plus économique.Les Ontariens sont d\u2019abord des Canadiens et font payer le luxe: Tour du C.N., parcs, aménagement, grands projets, recherche, par l\u2019État Central. 396 L\u2019ACTION NATIONALE Il serait intéressant d\u2019examiner les avantages comparés que retirent, en terme de qualité de vie, Ontariens et Québécois, de leur gouvernement central, avantages «physiques» que la péréquation ne pourra jamais compenser.Il est vrai que le Québec est amené par son souci de plume au chapeau, une qualité bien française, à payer ses luxes trop chers: jeux et stade olympiques, écoles inutilement trop luxueuses, fonction publique québécoise articulée comme celle d\u2019un État autonome.Sans avoir toutes ses ressources, le Québec doit quand même assumer tous les frais de sa différence culturelle.Le Québec compte 75 employés d\u2019État par 1 000 habitants; l\u2019Ontario, 70; la Floride, 58.Ils gagnent respectivement, en moyenne: 26 450.00$\tau Québec 25 960.00$\ten Ontario 24 924.00$\taux États-Unis.Sommairement En conclusion, il en coûte plus cher d\u2019être francophone au Canada, tout comme il en coûte plus cher d\u2019être Canadien en Amérique du Nord! Mais quel est le prix d\u2019une culture?Les Québécois ont toujours dû payer chèrement, en plus ou en moins, le prix de leur différence.Il en va ainsi partout dans le monde, et pour toutes les minorités.Les Québécois, tout comme la dispersion de leurs impôts, paient aussi la dispersion de leurs compatriotes à travers le Canada et l\u2019Amérique, provoquée souvent par les comparaisons économiques défavorables dont ils ne sont pas les premiers coupables.S\u2019ils se regroupaient au Québec pour former une communauté de 10 millions, pour vivre définitivement sans complexe, en français, sans aucun doute, le prix de la vie collective diminuerait.La force démographique du Québec dans l\u2019ensemble canadien réglerait la plupart des problèmes qui les confrontent actuellement et qui confrontent les autres provinces.Un nouveau fédéralisme serait alors possible.Le bilinguisme cesserait alors d\u2019être un accommodement temporaire, LE COÛT DE LA «PERSONNALITÉ» NATIONALE 397 inconfortable et assimilateur.L\u2019avenir offre comme toujours de nombreuses avenues, mais à condition de repenser les conjonctures différemment, de cesser d\u2019être fataliste et sans volonté collective, sinon pour de vaines et sans lendemain tentatives de french power à Ottawa.LA FONDATION MINVILLE * CAMPAGNE 1985-1986 * TABLEAU D\u2019HONNEUR M.François-Albert Angers\t1 000.M.Guy Bertrand\t500.M.Guy D\u2019Argencourt\t500.M.Yvon Groulx\t500.M.Patrick Allen\t450.LE 12 DÉCEMBRE 1985 UNE CENTAINE DE DONATEURS ONT PERMIS DE REMETTRE DÉJÀ À LA FONDATION MINVILLE LA SOMME DE 6 000$.MERCI À TOUS ET BONNE ANNÉE 398 L\u2019ACTION NATIONALE FONDATION MINVILLE CAMPAGNE 1985-1986 SON BUREAU D\u2019ADMINISTRATION: YVON GROULX, PRÉSIDENT F.-A.ANGERS, VICE-PRÉSIDENT CHARLES POIRIER, TRÉSORIER PIERRE TRÉPANIER, SECRÉTAIRE JEAN GENEST, S.J., CONSEILLER SON ACTIF: 102 000$ CAPITAL INALIÉNABLE DONT L\u2019INTÉRÊT SEUL EST DÉPENSÉ POUR DES FINS NATIONALES.SES BUTS: TOUT CE QUI ASSURE LE DÉVELOPPEMENT AUTONOME DES SEPT MILLIONS DE REPRÉSENTANTS DE LA CIVILISATION ET DE LA CULTURE FRANÇAISE, EN AMÉRIQUE.ÊTRE MAÎTRE CHEZ NOUS OU NE PAS ÊTRE COMMENT PARTICIPER?ENVOYEZ VOTRE CHÈQUE A: L\u2019ACTION NATIONALE, 82, OUEST, RUE SHERBROOKE, MONTRÉAL \u2014 H2X 1X3 DES REÇUS PERMETTENT DE DÉDUIRE VOTRE DON, DES IMPÔTS FÉDÉRAL ET PROVINCIAL, AUPRÈS DES MINISTÈRES DU REVENU. À L\u2019OCCASION DU 75e ANNIVERSAIRE 399 À l\u2019occasion du 75e anniversaire de la fondation de l\u2019École Sociale Populaire par PIERRE et LISE TRÉPANIER Dans un ouvrage documenté et utile, le P.Richard Arès, S.J., présentait, en 1983, la figure attachante d\u2019un apôtre social, le P.Joseph-Papin Archambault, que l\u2019histoire associe étroitement à l\u2019École Sociale Populaire et aux Semaines sociales du Canada'.L\u2019auteur y rappelle que la grande période de l\u2019École Sociale Populaire, la plus brillante et peut-être la plus féconde, va de 1929 à 1939.On est en pleine dépression.Le programme C.C.F., audacieux, semble porteur d\u2019espoirs aux yeux de certains.Les communistes sont actifs.Sans représenter la formidable menace qu\u2019imaginent les anticommunistes, ils sont loin d\u2019être totalement inefficaces.Les partis, libéral et conservateur du Québec, laissent l\u2019impression d\u2019être à court d\u2019idées.Un coup de barre idéologique s\u2019impose.Le 9 mars 1933, des prêtres et des religieux, à l\u2019invitation du P.Archambault, se réunissent pour préparer un «programme de restauration sociale».Ils sont treize, y compris le P.Archambault.L\u2019abbé Philippe Perrier, Mgr Wilfrid Lebon, Mgr Eugène Lapointe et le P.G.-H.Lévesque sont du nombre.Après quoi, le P.Archambault invite un groupe de laïcs à développer le programme par des applications pratiques.Parmi cette équipe, mentionnons Esdras Minville, Albert Rioux, le Dr Philippe Hamel, Anatole Vanier, René Cha-loult.Il est résulté de ces discussions un programme de restauration sociale, 2e version, qui constitue un point tournant de la pensée politique au Québec.Cette intervention remarquable ne doit pas faire oublier, cependant, l\u2019oeuvre immense de formation sociale et d\u2019animation intellectuelle menée à bien par l\u2019École Sociale Populaire, qui, entre autres initiatives, a fondé la revue Relations.Ce périodique est toujours publié, mais, en cours de route, il s\u2019est délesté d\u2019une bonne partie de son héritage: le P.Archambault s\u2019y reconnaîtrait-il? 400 L\u2019ACTION NATIONALE Il y a soixante-quinze ans, exactement, naissait l\u2019École Sociale Populaire.Il n\u2019est peut-être pas sans intérêt d\u2019évoquer à grands traits l\u2019évolution intellectuelle qui en a préparé la fondation.Nous pensons que la Société canadienne d\u2019économie sociale de Montréal a joué un rôle important dans le mouvement des idées sociales et la prise de conscience qui ont favorisé la mise sur pied de l\u2019École.Il faut placer cette influence à côté de celle de Rerum Novarum, sur laquelle on a trop exclusivement insisté jusqu\u2019ici2.1.Le mouvement leplaysien au Canada français À partir de 1873, le Français Rameau de Saint-Père et son ami Claudio Jannet avaient tenté d\u2019amener l\u2019un ou l\u2019autre de leurs correspondants québécois à fonder un groupe canadien des Unions de la paix sociale3.L\u2019École de la Paix sociale, fondée par Frédéric Le Play, était constituée de la Société internationale d\u2019économie sociale, ayant une vocation de recherche, et des Unions de la paix sociale, remplissant un rôle de propagande.La Société «applique à l\u2019étude comparée des diverses constitutions sociales la méthode d\u2019observation, dite des monographies de familles».Cette fonction scientifique vise un résultat pratique: «Elle recherche, par l\u2019observation des modèles, les éléments essentiels du bien dans la vie privée et dans la vie publique4.» Quant aux Unions, elles «ont pour but de propager et de mettre en pratique les doctrines de Y École de la paix sociale-».Cela ne signifie pas qu\u2019elles restent étrangères à l\u2019étude de leur milieu respectif.En effet, «les membres sont invités à transmettre au secrétariat général les faits qu\u2019ils ont pu observer autour d\u2019eux, ou les renseignements qui sont parvenus à leur connaissance5.Les membres sont réunis en petits groupes locaux, en France et à l\u2019étranger.En 1881, on a fondé la Société belge d\u2019économie sociale.Mais au Québec, au début de 1888, s\u2019il existe un noyau de leplaysiens, il n\u2019y a pas encore de groupe constitué.Cette année-là, Rameau effectue son second séjour au Canada, bien décidé à mettre à profit les nombreuses relations nouées par Jannet et lui-même, afin d\u2019y établir une succursale leplaysienne6.Le voyage de Rameau prendra les allures d\u2019une tournée triomphale7.On lui manifeste le respect dû à un personnage, doublé de la chaleur et de l\u2019enthousiasme réservés aux amis.Il est reçu à la résidence du lieutenant-gouverneur, au palais cardi- À L\u2019OCCASION DU 75e ANNIVERSAIRE 401 nalice.Les invitations affluent, il doit se multiplier.Le Nord, de Saint-Jérôme, peut-être par la plume de Guillaume-Alphonse Nantel, membre des Unions de la paix sociale, salue en Rameau l\u2019historien et l\u2019ami du Canada français, ajoutant: «M.Rameau est l\u2019un de nos amis à un titre additionnel; il fait partie de la grande École Sociale fondée par Le Play8.» Le 9 novembre 1888, à Montréal, au Cabinet de lecture paroissial, Rameau prononce une conférence sur «l\u2019École de la Réforme sociale et les travaux de M.Le Play», devant une assistance «nombreuse et choisie\u2019».C\u2019est, en quelque sorte, le coup d\u2019envoi officiel de sa campagne en vue de la fondation d\u2019un groupe leplaysien au Québec.Parmi les membres présents du clergé, de la magistrature, des professions libérales et du commerce, mentionnons le sulpicien Léon-Alfred Sentenne, l\u2019abbé Antonin Nantel, membre des Unions, et son frère G.-A.Nantel, directeur de la Presse de Montréal, P.-J.-O.Chauveau, le juge Louis-Amable Jetté, Louis Beaubien, aussi membre des Unions, Urgel-Eugène Archambault, principal de l\u2019Académie commerciale de Montréal, Joseph-Xavier Perrault, Raphaël Bellemare, le docteur A.-B.Larocque, ainsi que plusieurs professeurs et élèves de l\u2019École normale Jacques-Cartier, dont sans doute l\u2019abbé Hospice-Anthelme Verreau, déjà pressenti par Rameau10.À Québec, Rameau a déjà parlé de Le Play dans deux conférences sur le progrès et la décadence des sociétés, où il faisait écho à la pensée de son maître.Deux jeunes gens l\u2019ont alors entendu: Stanislas-Alfred Lortie et Jules Dorion.«Ce fut une révélation» écrira ce dernier, quarante ans plus tard\".L\u2019influence, on le verra, sera déterminante.À Montréal aussi, il présente les grandes lignes de l\u2019enseignement de l\u2019École de la paix sociale, aisément praticable au Canada français, vu son état social.Mais en même temps, il formule une mise en garde contre les «dangers moraux et intellectuels» que peut entraîner le voisinage des États-Unis, «société présomptueuse, mercantile et mal équilibrée [.] d\u2019autant plus dangereuse qu\u2019elle est généralement plus heureuse que sage12».Enfin, il invite les Canadiens à former un groupe leplaysien.Séance tenante, un comité de fondation est formé: Jetté, Chauveau, Beaubien, Perrault et G.-A.Nantel.Jetté, Perrault et Nantel convoquent la première réunion pour le 12 novembre, au Cabinet de lecture paroissial.Jetté est élu président et Léon-Adolphe Chauvin, secrétaire.Parmi les autres 402 L\u2019ACTION NATIONALE membres du bureau, mentionnons Alphonse Desjardins, député fédéral et homme d\u2019affaires, G.-A.Nantel, L.-W.Sicotte, greffier de la paix, et U.-E.Archambault.Ainsi est née la Société canadienne d\u2019économie sociale, dont le nom révèle l\u2019intention d\u2019être plus qu\u2019un groupe des Unions, plus qu\u2019un relai de propagande: un centre d\u2019étude'5.Mais le tout ne s\u2019est pas réalisé aussi facilement que l\u2019enchaînement des événements pourrait le laisser croire.Rameau s\u2019est rendu compte que la plupart connaissaient mal la doctrine de Le Play et son mouvement.Il faut faire exception pour les deux Nantel, Thomas Chapais, Jetté et quelques autres.De plus, personne ne voulait être l\u2019organisateur de la nouvelle société.Beaubien s\u2019est excusé.Finalement, Jetté a accepté.Lui et Rameau se connaissaient depuis le premier voyage de ce dernier, en 1859.Ce genre de société se développe grâce au dynamisme et au dévouement d\u2019une poignée de convaincus.Rameau le savait et comptait sur Jetté.Mais contrairement à Rameau, grand propriétaire ayant des loisirs, Jetté exerçait une profession qui l\u2019accaparait tout entier pendant des mois, ce qui retardait ou compliquait ses efforts d\u2019animationIJ.C\u2019est un point important, sur lequel il faut insister.À l\u2019opposé de leurs cousins français, les leplaysiens québécois ne pouvaient guère se recruter parmi les classes fortunées, disposant de loisirs, ou encore parmi les professionnels de la vie intellectuelle, tels les universitaires de carrière.Seule l\u2019élite du clergé enseignant était à peu près dans la situation de ces derniers.Or les clercs jouent un rôle très discret dans le mouvement leplaysien, ce qui correspond à la pensée du fondateur, qui souhaite un clergé moins interventionniste, même «dans son véritable domaine, la direction morale de la société, à mesure que la vertu et la science se développent chez les laïques15».Heureusement, Jetté pourra compter sur le concours actif du jeune avocat Chauvin, intelligent et dynamique.Ainsi, la lenteur de l\u2019implantation leplaysienne au Canada français s\u2019explique tantôt par des considérations personnelles, tantôt par la situation des classes intellectuelles, tantôt encore par le climat idéologique.Cette dernière cause, toutefois, relève d\u2019une mauvaise perception, au Québec, du mouvement leplaysien, qui, en fait, s\u2019occupe autant d\u2019économie rurale que du sort du prolétariat urbain, autant de l\u2019institution familiale que de l\u2019atelier.Le vocabulaire leplaysien donne des ouvriers la défini- À L\u2019OCCASION DU 75e ANNIVERSAIRE 403 tion suivante: «personnes exécutant les travaux manuels des arts usuels, comme domestiques, journaliers, tâcherons, tenanciers, propriétaires-ouvriers ou propriétaires».Cette catégorie très vaste englobe donc le cultivateur propriétaire des campagnes québécoises.Quant à l\u2019atelier, il désigne le «lieu où s\u2019exécutent les opérations caractéristiques de chaque profession usuelle ou libérale'6».Aussi pouvait-on s\u2019intéresser à la pensée et à la méthode de Le Play même dans une paisible société rurale traditionaliste, à l\u2019abri des maux de l\u2019industrialisation et de l\u2019urbanisation, des menaces de l\u2019agitation ouvrière et du socialisme.On y était porté encore davantage si, à côté de l\u2019aspect pratique, on laissait quelque place à la fonction de connaissance.Or, au Québec, bien peu manifestaient un intérêt sérieux pour la science sociale et ses conclusions, au milieu de «la profonde sécurité» dont on jouissait, et pour longtemps encore, croyait-on17.Rameau a dû ébranler cette résistance.Sa tâche aurait été plus facile, si le Québec avait eu une classe de véritables intellectuels, en dehors des clercs et des journalistes.La curiosité scientifique les aurait portés naturellement vers Le Play, dès les années 1860.On ne saurait, en effet, sous-estimer le désir du XIXe siècle, surtout dans sa seconde moitié, d\u2019établir sans équivoque le caractère scientifique de la science sociale, qu\u2019une «aversion sans cesse grandissante pour le dogmatisme pousse chaque jour plus avant dans la voie de l\u2019observation, de l\u2019examen, de la comparaison des faits».Le leplaysien Maurice Ansiaux, chargé de cours à l\u2019Université de Bruxelles, déclare de plus, sur le ton du manifeste: «Nous avons tourné le dos à l\u2019idéologie et en dédaignons les prestigieux mirages.Le temps est venu de plus fortes et de plus patientes études\".» Mais on sait que, dans les sciences humaines, la fonction critique et la fonction pratique se conjuguent le plus souvent.L\u2019originalité vient non de leur présence, mais de leur dosage.On prendra soin de noter cependant que la Société canadienne d\u2019économie sociale (SCES) n\u2019était pas le seul centre de diffusion de la pensée leplaysienne au Québec et, encore moins, le seul lieu de réflexion sur la question sociale.À Montréal, il faudrait pouvoir étudier les activités de l\u2019Union catholique ou du Cercle Ville-Marie19.Des membres de la SCES ont fait des conférences devant diverses associations, dont celles-là.Des non-membres ont fait connaître la vie et l\u2019œuvre de Le Play, tel le 404 L\u2019ACTION NATIONALE sulpicien Hercule Bédard, au Cercle Ville-Marie10.À l\u2019Union catholique de Saint-Hyacinthe, l\u2019abbé François Tétreau aurait vulgarisé l\u2019économie sociale2'.Le 3 décembre 1888, la première réunion régulière de la SCES a lieu à la résidence d\u2019Alphonse Desjardins, rue Dubord (aujourd\u2019hui Viger).Fortuné, il accordera souvent l\u2019hospitalité aux réunions de la Société, dont il sera le trésorier jusqu\u2019en 18 9 7 22.Le conférencier est Léon Gérin, qui présente une étude sur la science sociale d\u2019après Le Play.L\u2019année 1889 est celle de la consolidation.En février, les membres poursuivent leur familiarisation avec la pensée de Le Play et les travaux de ses disciples23.Ils s\u2019initient à la méthode d\u2019observation scientifique.Lors de la réunion du 16 mars, les membres adoptent la constitution des Unions.Aux séances du 14 avril et du 8 mai, la Société décide de s\u2019abonner à la Réforme sociale et de percevoir une cotisation variant entre trois et cinq dollars, somme relativement élevée.Les 8 mai et 5 juin ont lieu des séances de travail consacrées à un questionnaire envoyé par le secrétaire général des Unions, Alexis Delaire.L\u2019enquête porte sur la liberté des fondations et institutions de charité et d\u2019éducation, en somme sur le droit de constituer des associations volontaires et sur la latitude dont jouissent ces dernières par rapport aux pouvoirs publics24.Jetté fait la synthèse des discussions dans un mémoire, qui ira s\u2019ajouter aux réponses en provenance des États-Unis, d\u2019Angleterre, de Norvège, d\u2019Italie, d\u2019Espagne, etc.25 Faisons un bond dans le temps.Au cours des années, la Société a paru s\u2019intéresser davantage à des problèmes économiques et sociaux concrets plutôt qu\u2019à la théorie sociologique et aux grandes doctrines.En 1906 et 1907, l\u2019étude des doctrines sociales et, singulièrement, de la pensée leplaysienne retrouve la faveur des conférenciers.La résurgence, en 1904, de la polémique suscitée par l\u2019ouvrage remarquable mais controversé d\u2019Edmond Demolins, À quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons, n\u2019est probablement pas étrangère à ce regain d\u2019intérêt26.En 1906, un autre pionnier des sciences sociales au Québec, Édouard Montpetit, donne deux conférences: d\u2019abord, «Questions sociales et écoles sociales27», puis «L\u2019économie politique, sa définition, son histoire et son utilité28».Dans la première, le À L\u2019OCCASION DU 75e ANNIVERSAIRE 405 conférencier renvoie dos à dos l\u2019école libérale (la liberté absolue) et l\u2019école socialiste-collectiviste (l\u2019État absolu).L\u2019école catholique propose la meilleure solution: la protection du travailleur dans le respect de l\u2019initiative privée.Il insiste sur l\u2019importance de l\u2019étude de l\u2019économie sociale.Dans la seconde conférence, il fait un tour d\u2019horizon des principales tendances de l\u2019économie politique et juge l\u2019école libérale en recul.L\u2019école catholique a contribué à ce déclin.Il salue aussi en Le Play l\u2019un des principaux représentants de la petite phalange qui a critiqué l\u2019école libérale et ouvert «l\u2019ère sociale de l\u2019économie politique».De façon assez peu perspicace, il affirme: «Le problème social ne se pose pas pour nous; mais ce n\u2019est pas une raison pour ne pas veiller.» Il faut étudier l\u2019économie politique: «négligée, cette science prendra sur nous de terribles revanches29».En 1907, l\u2019abbé Louis-Adélard Desrosiers, professeur à l\u2019École normale Jacques Cartier, présente «Le Play, sa vie, sa méthode et sa doctrine sociale», dans une conférence publique sous les auspices de la Société30.Les appels en faveur de l\u2019enseignement de l\u2019économie politique et sociale commencent à être entendus.En 1901, Léandre Bélanger, membre de la Société et président de la Chambre des notaires, fait inscrire l\u2019économie politique parmi les matières de l\u2019examen pour la pratique du notariat3'.En 1904, l\u2019Université Laval à Québec crée une chaire d\u2019économie politique dans sa Faculté de droit.Le premier titulaire sera Joseph-Évariste Prince32.En janvier 1905, la Société demande la création d\u2019une chaire d\u2019économie politique et sociale à la faculté de droit de l\u2019Université Laval à Montréal33.Eugène Lafontaine, professeur à la Faculté de droit et président de la Société, passe pour le principal promoteur de la nouvelle chaire34.Le premier titulaire de la chaire devait être Horace Archambault, membre de la Société, mais finalement le poste ira à un autre membre, Édouard Mont-petit, dont l\u2019enseignement ne commencera vraiment qu\u2019en 1910, à son retour d\u2019Europe35.Toujours en 1905, la Société s\u2019occupe de la création d\u2019une bibliothèque d\u2019économie sociale, en accord avec l\u2019Université36.2.De la Société d\u2019économie sociale à l\u2019École sociale populaire À partir du printemps 1908, la Société se fait très discrète, 406 L\u2019ACTION NATIONALE au point que l\u2019on pourrait croire à sa disparition.Il semble pourtant qu\u2019elle ait survécu, tant bien que mal, jusqu\u2019en 1911, date de la fondation de l\u2019École Sociale Populaire, plus cléricale que la Société.L\u2019hypothèse à examiner est donc celle de la disparition de la Société au profit de l\u2019École.Mais on voudra bien remarquer que l\u2019École n\u2019a pas évincé ou écrasé la Société car, en fait, celle-ci était moribonde à cette époque.Malgré nos efforts, nous n\u2019avons pu arriver à des certitudes, mais les indices recueillis nous permettent de soutenir, croyons-nous, que la Société se survit en quelque sorte dans l\u2019École Sociale Populaire, bien que celle-ci ne puisse être considérée comme une association leplaysienne37.L\u2019École est essentiellement un lieu d\u2019étude, de développement, de vulgarisation et d\u2019application de la doctrine sociale de l\u2019Église.Il est certain que des relations personnelles ont facilité le rapprochement entre la Société et l\u2019École naissante.On sait que l\u2019École est née lors d\u2019un congrès interdiocésain, tenu à Montréal, en janvier 1911, afin d\u2019étudier le problème de l\u2019organisation ouvrière au Québec.Ce n\u2019était pas un congrès des ligues du Sacré-Cœur, mais il avait été organisé par la Fédération générale des Ligues du Sacré-Cœur.Or, des membres de la Société avaient participé aux activités des ligues avant cette date.Ainsi, à la séance de clôture du congrès de 1910 des Ligues du Sacré-Cœur, deux membres de la Société avaient pris la parole: le juge Eugène Lafontaine et l\u2019abbé Philippe Perrier3*.Le 11 avril 1911, l\u2019archevêque de Montréal, Mgr Bruchési, approuve le programme et la constitution de l\u2019École.Des membres de la Société (actuels ou anciens) font partie des dirigeants de l\u2019École.L\u2019abbé Philippe Perrier est président du bureau de direction; Édouard Montpetit, premier vice-président.Le secrétaire du comité d\u2019études et des publications est Fortunat Bour-bonnière, membre de la Société depuis 1905, avocat, secrétaire de la Fédération des chambres de commerce du Québec39.Pour sa part, le président de la Société, Alphonse Desjardins (homonyme du fondateur des caisses populaires), adhère à l\u2019École en septembre 191140.Le Père Léonidas Hudon, S.J., entreprend des démarches auprès de Desjardins en vue de fusionner la Société avec l\u2019École: «Ce serait pour nous, écrit-il, beaucoup d\u2019honneur en même temps qu\u2019un avantage incalculable41.» Desjardins pense que l\u2019idée devrait «rencontrer À L\u2019OCCASION DU 75e ANNIVERSAIRE 407 le bon vouloir général.La seule difficulté qui se présentera sera de réunir en assemblée les membres [.] pour leur faire déclarer régulièrement que tel est leur désir42.» Le 1er novembre 1911, le Père Hudon invite Desjardins et ses collègues de la Société à participer à une réunion du bureau de direction de l\u2019École, le 8 novembre , «où nous discuterons la fusion de nos sociétés43».Finalement, y a-t-il eu fusion?La documentation est muette.Tout ce qu\u2019on sait, c\u2019est que l\u2019École Sociale Populaire a été inaugurée solennellement au Monument national le 12 novembre 1911 et que Desjardins y avait été invité.Un article de l\u2019abbé Émile Chartier, paru en 1914, laisse perplexe.L\u2019auteur constate d\u2019abord: «Les Sociétés d\u2019économie sociale ont produit encore trop peu de documents publics.C\u2019est qu\u2019elles opèrent surtout dans l\u2019ombre du cabinet de travail.» Après avoir mentionné le groupe de Québec, il écrit: «Le groupe de Montréal s\u2019organise sous la direction de Mgr Georges Gauthier, avec les abbés Gouin et Maurice comme secrétaires44.» Dans ce groupe de Montréal, la Société canadienne d\u2019économie sociale se continue-t-elle?Nous serions portés à croire qu\u2019il s\u2019agit plutôt du résultat des dissensions qui nuisaient au bon fonctionnement de l\u2019École Sociale Populaire.Les dirigeants de l\u2019École ne s\u2019entendaient pas sur son rôle dans la fondation et la direction de syndicats catholiques.Au tout début de 1915, on décide de dissoudre l\u2019équipe fondatrice et de confier l\u2019École aux jésuites, qui en feront essentiellement une œuvre d\u2019éducation sociale43.Cette époque correspond aux années de formation du P.Archambault, qui se prépare par tous les moyens à sa disposition au rôle qu\u2019il aura à assumer et dont il ne devine certainement pas l\u2019importance.Sa correspondance, par exemple celle avec Alphonse Desjardins, le fondateur des caisses populaires, révèle ses centres d\u2019intérêt.Desjardins lui fait prendre la mesure de la tâche à accomplir.«La préoccupation sociale, écrit Desjardins, est inconnue de nos législateurs.S\u2019il vous arrive de la mentionner devant eux, ils restent tout étonnés, interdits, comme si vous leur parliez le cyriac [s/c].» Non sans exagération, il ajoute: «Jamais leur esprit n\u2019a été effleuré par une autre considération que celle que leur prochain est un troupeau exploitable comme une mine ou une carrière.«Bien des fois, il avait essayé de gagner les dirigeants, à Québec et à Ottawa, à l\u2019idée d\u2019un pro- 408 L\u2019ACTION NATIONALE gramme législatif vraiment social, mais sans guère de succès: «J\u2019en suis sorti meurtri des déceptions écrasantes que j\u2019en éprouvais46».Le modèle à suivre est à ses yeux la Belgique catholique, car son programme repose sur la coopération et la mutualité, regroupant à l\u2019échelle de la cellule paroissiale ouvriers et agriculteurs.Les unités paroissiales, unies en fédérations, pourraient devenir de puissants organismes nationaux.La seule loi sociale digne de ce nom au Québec est, selon lui, la «Loi des syndicats de Québec» (1906), qu\u2019avec d\u2019autres il a contribué à faire adopter.Mais elle n\u2019est pas suffisante47.«Pour moi, la question sociale [.] s\u2019étend à tout le monde économique, qu\u2019il soit industriel ou agricole.» En somme, il a en vue «toute une réorganisation ayant pour base la magnifique cellule paroissiale, réorganisation qui transformerait notre état économique et ferait de nos populations émancipées une puissance redoutable et victorieuse du capitalisme qui règne aujourd\u2019hui48.» Évidemment, Montréal n\u2019a pas le monopole de la réflexion et de l\u2019action sociales.À Québec aussi, l\u2019École de Le Play a exercé une influence.On se rappelle que la SCES a été fondée par le leplaysien Rameau de Saint-Père, lors de son voyage de 1888.Pour être moins immédiat, le lien avec la Société d\u2019économie politique et sociale de Québec est tout aussi réel.On l\u2019a vu, l\u2019abbé Stanislas-Alfred Lortie avait assisté à l\u2019une des conférences de Rameau sur la Pensée de Le Play, et il en avait été très impressionné.Il adhère aux Unions de la paix sociale en février 1902.En 1904, l\u2019Université Laval de Québec crée une chaire d\u2019économie politique dans sa faculté de droit.La SCES veut profiter de l\u2019occasion pour fonder une société soeur à Québec.Le président de la SCES, L.-A.Chauvin, devait y travailler, mais il est mort en juin 190449.C\u2019est l\u2019abbé Lortie qui, avec Joseph-Évariste Prince, fonde la Société d\u2019économie politique et sociale de Québec, le 13 avril 1905, sous le haut patronage de l\u2019archevêque, Mgr Louis-Nazaire Bégin, et du lieutenant-gouverneur, Louis-Amable Jetté.Ce dernier avait été \u2014 on s\u2019en souvient \u2014 le premier président de la SCES.Quant à Prince, il est professeur à la Faculté de droit de l\u2019Université Laval à Québec depuis 1899 et le premier titulaire de la chaire d\u2019économie politique de la même faculté (1904-1923)50.Il sera secrétaire général, puis président de la nouvelle société51.L\u2019abbé Lortie et un groupe de laïcs liés à la Société d\u2019économie politique et A L\u2019OCCASION DU 75e ANNIVERSAIRE 409 sociale de Québec fondent le journal la Libre Parole (17 juin 1905-21 déc.1912)52.Contrairement à celui de l\u2019École Sociale Populaire, le programme de la Libre Parole paraît parfaitement conforme à la pensée de Le Play: «Discussion des questions nationales et politiques d\u2019après les principes de l\u2019économie sociale et de la raison, et à la lumière de l\u2019histoire et de l\u2019expérience du passé55.» Malheureusement pour la Société d\u2019économie politique et sociale de Québec, les énergies et le temps de ses membres seront très tôt sollicités pour une autre fondation: l\u2019Action sociale catholique, mouvement institué le 31 mars 1907 par le cardinal Bégin, dont l\u2019objet est «d\u2019unir dans un effort commun les esprits et les volontés pour les faire travailler ensemble à la réalisation du progrès social catholique54».Elle se donnera un organe, juridiquement distinct: l\u2019Action sociale catholique.Le nom de l\u2019abbé Lortie est aussi associé à ce journal.Malheureusement, ce prêtre remarquable mourra le 19 août 1912.La Société d\u2019économie politique et sociale qu\u2019il a fondée ne lui survivra guère: elle semble disparaître en 1915.Comme la SCES, elle n\u2019aura été guère plus qu\u2019un cercle d\u2019étude et de discussion, sans pouvoir jouer le rôle de centre de recherche.La critique n\u2019a pas épargné l\u2019École Sociale Populaire.Il en va de même pour les associations qui l\u2019ont précédée.Les journaux tenaient le public au courant des activités de la Société canadienne d\u2019économie sociale.La plupart du temps, ils la jugeaient utile et nécessaire.La Presse, en 1890, se réjouit de voir la Société s\u2019efforcer de «répandre dans les esprits inquiets de notre pays les doctrines fortes et rassurantes des Le Play et des Claudio Jannet».Elle ajoute: «Nous souhaitons plein succès à cette société, destinée à faire le plus grand bien à notre monde politique et sociale [s/c]55.» En 1894, La Minerve y va de ses encouragements: «Cette société qui est appelée à continuer ici l\u2019œuvre si saine et si fructueuse de Frédéric Le Play dans les matières sociales ne peut manquer de faire un grand bien56.» Elle juge les débuts prometteurs, quelques années plus tard, le Journal saluera la Société, «cette vaillante phalange [.] qui au Canada, à Montréal surtout, répand et les idées et les saines doctrines de la Réforme sociale57».Les relations avec les autorités ecclésiastiques ont toujours été excellentes, en dépit des réserves de quelques ultramontains au tout début.L\u2019organe de l\u2019archevêché donne son approbation à la Société: «Son influence, à la 410 L\u2019ACTION NATIONALE condition d\u2019être persévérante, ne peut manquer de produire les meilleurs résultats58.» Quant à ta Presse, elle renouvellera en 1906 ses éloges à l\u2019égard de la Société, «la seule du genre à Montréal»: elle «poursuit une œuvre éminemment nationale et pleine d\u2019un désintéressement qui fait honneur à ceux qui la dirigent dans cette voie vraiment remarquable59».Mais il arrive aussi que l\u2019on fasse des allusions discrètes aux carences de la Société60.La Presse, en 1895, dans un article très intéressant, rappelle leur devoir aux «classes responsables», qui devraient chercher à «se rapprocher, à se concerter, à s\u2019entendre pour l\u2019utilité du grand nombre», donc pour jouer pleinement leur rôle «d\u2019éducateurs naturels de la démocratie».Elle fait sienne les opinions de Georges Picot et Paul Leroy-Beaulieu: il faut organiser, «sur de larges bases, l\u2019enseignement de l\u2019économie sociale» et garantir le prestige de cette science encore jeune en la gardant «impartiale et sereine».C\u2019est par son caractère scientifique qu\u2019elle fera tomber les préventions des «uns [qui] sont prêts à l\u2019accuser d\u2019impuissance, et [des] autres [qui] seraient volontiers disposés à lui imputer des arrière-pensées intéressées».Le journal adopte sans réserve le point de vue positiviste \u2014 le fait vaut d\u2019être relevé à une époque où l\u2019on sentait d\u2019habitude le besoin de subordonner la pensée sociale à l\u2019enseignement de l\u2019Église.L\u2019économie sociale doit être au-dessus de la mêlée comme toute autre science, physique, chimie, botanique.Comme ces dernières, la science sociale a son objet propre: la recherche des «modes de formation, de conservation et de progrès des groupes humains qu\u2019on appelle des sociétés».La Presse souhaite donc, au Québec, des émules de l\u2019exemple français61.Cela supposerait, de la part de la Société d\u2019économie sociale, un effort concerté pour remplir sa fonction de recherche et, de la part de l\u2019université, la conscience de l\u2019urgente nécessité de s\u2019ouvrir aux sciences sociales.La Presse résume sa pensée, en 1896, de façon frappante: «Par malheur, si nous avons des orateurs brillants et convaincus, nous manquons de sociologues62.» On peut deviner dans ces propos des critiques voilées à l\u2019égard de la Société et de l\u2019enseignement supérieur.Parfois aussi, les critiques sont explicites et sans détour.Elles sont venues de Jules Helbronner dans la Presse (assez curieusement cette dernière censure ou encense, selon le journaliste) et Léon Gérin, qui, contrairement à Helbronner et bien À L\u2019OCCASION DU 75e ANNIVERSAIRE 411 qu\u2019il soit tourvillien, a appartenu à la Société de 1888 à 1892.Leurs reproches sont d\u2019ailleurs presque diamétralement opposés: trop peu engagée pour le premier, la Société n\u2019est pas assez savante au goût du second.Helbronner, alias Jean-Baptiste Gagnepetit, ironise, en 1894, aux dépens de la Société.Le contexte est celui de la grève des menuisiers-charpentiers et du congédiement par le Canadien Pacifique d\u2019un grand nombre d\u2019ouvriers.Il se moque des «nombreuses sociétés qui prétendent s\u2019occuper directement ou indirectement de la question sociale et qui ne manquent jamais de manifester, en de très beaux discours, leur amour platonique pour les classes ouvrières».Et de s\u2019interroger: «Pourquoi, par exemple, la Société d\u2019Économie Sociale ne nous donnerait-elle pas son opinion sur les devoirs et les obligations des grandes compagnies envers leurs ouvriers63?» La Presse revient à la charge quelques jours plus tard pour regretter que la Société d\u2019économie sociale et d\u2019autres associations ne fassent «presque rien pour aider à la solution de la question sociale» et se contentent «d\u2019encouragements platoniques, de conseils anodins et d\u2019études théoriques64».Reproches de militants, pourrait-on dire.Au cours de l\u2019éclipse que connaît la Société en 1901-1902, la Presse regrette que l\u2019on «néglige l\u2019étude de la question sociale».Elle attribue cette carence à «la rareté et [au] peu d\u2019importance des conflits entre le travail et le capital au Canada».Elle remarque la mise en veilleuse de la Société et la critique encore: «Il existe [.] ou du moins, il a existé à Montréal une section de la Société d\u2019Économie Sociale de Paris, dont les travaux très intéressants, mais ne touchant que de très loin la question sociale, ont complètement cessé depuis des années65.» Les critiques de Léon Gérin diffèrent.Auteur de travaux portant sur l\u2019histoire de la colonisation, la sociologie rurale, le «type canadien-français», il reproche à la SCES de ne pas avoir réussi à devenir une véritable société savante.Elle lui avait tout de même servi de tribune, puisque c\u2019est au cours de ses séances qu\u2019il avait présenté ses communications, de 1888 à 1892.Si, en arrière-plan, se profile le schisme tourvillien et son exclusivisme, cela ne saurait tout expliquer.Au fond, la déception de Gérin vient de ce que la Société n\u2019a pu lui offrir le milieu intellectuel stimulant auquel il aspirait66.Lors de son séjour d\u2019études à Paris, Gérin avait été l\u2019élève d\u2019Edmond Demolins, l\u2019un des chefs de l\u2019École tourvillienne avec 412 L\u2019ACTION NATIONALE Paul de Rousiers.Demolins lui avait confié la mission d\u2019être «l\u2019introducteur de la science sociale dans le Nouveau Monde67».Pour un si jeune homme, sans situation, il n\u2019était pas facile de créer «un centre d\u2019études sociales qui propagera ensuite la science nouvelle en Amérique68».Entretemps, Rameau de Saint-Père fonde la SCES, fille de la branche aînée du mouvement leplaysien, en froid avec les dissidents tourvilliens.Demolins a peu d\u2019estime pour la nouvelle société canadienne et le groupe français responsable de son établissement: «Nous sommes en avance sur ces braves gens comme les chimistes le sont sur les alchimistes et les astronomes sur les astrologues.» Pour Demolins, la SCES ne saurait constituer le centre qu\u2019il souhaite: «Assurément vous ne tirerez pas grand chose d\u2019une société composée d\u2019avocats, de journalistes et de curieux peu disposés à travailler et à apprendre méthodiquement une science qu\u2019ils croient posséder de naissance69.» Mais Gérin pourra peut-être y recruter quelques jeunes gens prêts à travailler avec lui, et y recueillir quelques abonnements à la Science sociale, une revue tourvil-lienne.La SCES invite ses membres à adhérer aux Unions de la paix sociale.Gérin consulte son maître, qui l\u2019invite à s\u2019en garder: «Ce serait recommencer au Canada ce qui nous a si mal réussi en France.La science [sociale] ne s\u2019est développée sérieusement que depuis que nous avons détaché ce boulet de nos pieds, ou plutôt qu\u2019il s\u2019est détaché par la force des choses70.» Mais Gérin a fort à faire pour «resserrer les liens de [son] petit groupe naissant71».De quoi s\u2019agit-il?Peut-être de l\u2019Association canadienne pour l\u2019étude et la diffusion de la science sociale, une rivale \u2014 d\u2019ailleurs éphémère \u2014 de la SCES.Le 12 janvier 1892, l\u2019Association se donne un bureau et un comité de régie; Gérin est membre de ce dernier72.Quel est le lien entre l\u2019Association et le mouvement fondé par Demolins sous le nom de Société pour le développement de l\u2019initiative privée?Il est difficile de le préciser.Outre Léon Gérin, d\u2019autres Québécois ont adhéré à la Société pour l\u2019initiative privée, certains même déjà membres de la SCES: parmi ces derniers, Boucher de La Bruère, le juge Tellier, U.-E.Archambault.73 Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019Association s\u2019intéresse d\u2019abord à la moralité publique, puis, ayant perdu son président en janvier 1893, semble disparaître sans laisser de trace74.Nouvelle déception pour Gérin, qui, d\u2019ailleurs, devenu fonctionnaire fédéral, habite désormais à Ottawa.11 faudra attendre plus de dix ans avant qu\u2019Errol Bouchette et Léon Gérin fondent, À L\u2019OCCASION DU 75^ ANNIVERSAIRE 413 dans la capitale fédérale, un cercle de science sociale, dont le rôle sera finalement très restreint.Gérin réussit quand même à faire quelques convertis, tel Fernand Rinfret\u201d.Et il continue à critiquer le «type de société à grand déploiement mais à résultats faibles», type où il classe sans l\u2019ombre d\u2019un doute la Société canadienne d\u2019économie sociale de Montréal, déjà relativement ancienne et la Société d\u2019économie politique et sociale de Québec, en voie d\u2019organisation.Le portrait, peu flatteur, vaut la peine d\u2019être cité: «L\u2019erreur jusqu\u2019à présent paraît avoir été de reléguer au second rang l\u2019étude méthodique et l\u2019action personnelle.On a fondé des sociétés sous le patronage de sommités du monde ecclésiastique ou politique; sociétés ne comprenant qu\u2019un fort petit nombre de membres sérieux, qui étudient, ou ont étudié autrefois les questions sociales (et encore sans méthode); et l\u2019action de ces sociétés se borne à quelques conférences, où un auditoire, parfois nombreux, reçoit l\u2019impression superficielle que peuvent laisser quelques instants de passagère et distraite attention76.» 3.Conclusion On a reproché parfois à l\u2019École Sociale Populaire de s\u2019être contentée de répéter à satiété un discours abstrait calqué servilement sur la doctrine sociale de l\u2019Église.Il y a là une injustice.L\u2019École s\u2019est, en effet, efforcée d\u2019adapter la doctrine à la réalité québécoise de son temps.Si elle n\u2019a pas été aussi loin dans cette voie, c\u2019est qu\u2019elle n\u2019avait ni les ressources financières, ni les ressources humaines pour se lancer dans un programme de recherche socio-économique cohérent et soutenu.Un point de vue plus nuancé replacerait l\u2019histoire de l\u2019École \u2014 comme celle des sociétés d\u2019économie sociale de Montréal et de Québec \u2014 dans le cadre de l\u2019évolution de l\u2019université québécoise et de l\u2019institutionnalisation des nouvelles sciences politiques, économiques et sociales.L\u2019École des Hautes Études Commerciales était une institution bien modeste à ses débuts (1910).L\u2019Université Laval et l\u2019Université de Montréal n\u2019ont longtemps été que des écoles professionnelles d\u2019avocats et de médecins.Contrairement à l\u2019Université McGill, elles n\u2019avaient pas de professeurs de carrière et comptaient sur des chargés de cours à temps partiel pour donner l\u2019enseignement.La recherche a fait son entrée bien tardivement dans l\u2019université canadienne-française.Privée de l\u2019outil précieux 414 L\u2019ACTION NATIONALE que constitue la recherche universitaire, l\u2019École Sociale Populaire a réussi à faire beaucoup à force de dévouement et grâce au concours d\u2019hommes de grande valeur, comme le P.Archambault, Esdras Minville, Arthur Saint-Pierre et Albert Rioux.Le soixante-quinzième anniversaire nous offre l\u2019occasion idéale de leur rendre hommage.1.\tR.Arès, Le Père Joseph-Papin Archambault, S.J.(1880-1966), Sa vie, ses œuvres, Montréal, Bellarmin, 1983, 175 p.2.\tJe tiens à remercier bien sincèrement ici le P.Joseph Cossette, archiviste des jésuites à Saint-Jérôme, pour sa collaboration.3.\tNous avons présenté l\u2019historique de ces tentatives dans un article à paraître prochainement sous le titre: «Les influences leplaysiennes au Canada français (1855-1888)».4.\tF.Le Play, L\u2019Organisation de la famille selon le vrai modèle signalé par l\u2019histoire de toutes les races et de tous les temps, 5e éd., Tours, Marne, 1907 [l^re éd., 1871], p.533.5.\tF.Le Play, L\u2019Organisation de la famille, p.534.6.\tSur Rameau, voir nos articles: «Rameau de Saint-Père et le métier d\u2019historien» Revue d\u2019histoire de l\u2019Amérique française [RHAF], 33, 3 (déc.1979), p.351-355; «Rameau de Saint-Père et l\u2019histoire de la colonisation française en Amérique», Acadiensis, 9, 2 (print.1980), p.40-55; «Du système colonial des peuples modernes, Un inédit de Rameau de Saint-Père», RHAF, 36, 1 (juin 1982), p.55-74.7.\t«Bienvenue à M.Rameau», Le Courrier du Canada (Québec), 16 juillet 1888, p.3.8.\t«Bienvenue», Le Nord, 1er nov.1888, p.3.9.\t«M.Rameau de Saint-Père», La Minerve (Montréal), 10 nov.1888, p.2.«Nouvelles de Montréal».L'Électeur (Québec), 9 nov.1888, p.4.10.\tOutre la Minerve du 10 nov.1888, voir la lettre de Rameau où ce dernier fait le récit de ses efforts, dans «Réunion mensuelle du groupe de Paris, séance du lundi 28 janvier 1889», La Réforme sociale (Paris), 2e série [s.], 7 (1889), p.305.Reproduction dans la Presse, 27 mars 1889, p.2, sous le titre «Union de la Réforme sociale».11.\tJ.Dorion, «L\u2019Action sociale catholique et la presse catholique, Comment elles naquirent à Québec», Almanach de l\u2019Action sociale catholique, 12 (1928), p.12.«M.Rameau à l\u2019Université», Le Courrier du Canada, 13 oct.1888, p.2.«À l\u2019Université, M.Rameau», Le Courrier du Canada, 19 oct.1888, p.2.\u2014 «M.Rameau», Le Nord, 25 oct.1888, p.3: «Les conférences qu\u2019il vient de donner à Québec ont créé un véritable enthousiasme parmi les lettrés de la vieille capitale.» A L\u2019OCCASION DU 75e ANNIVERSAIRE 415 12.\tVoir note 9.«L\u2019étude des questions sociales», La Presse, 10 nov.1888, p.2.«Nouvelles de Montréal», L\u2019Électeur, 10 nov.1888, p.2.13.\t«Union de la réforme sociale», La Presse, 13 nov.1888, p.3.«Nouvelles de Montréal», L 'Électeur, 15 nov.1888, p.1.Un court historique de la Société a paru sous le titre «Économie sociale et politique» dans la Presse, 19 oct.1906, p.1.\u2014 En France, on s\u2019est réjoui de voir le Canada, à l\u2019instar de la Belgique, enfin doté d\u2019une société d\u2019économie sociale, «fille ou sœur» de la française.«Congrès de la Société d\u2019économie sociale et des Unions de la paix sociale (13-20 juin 1889)», La Réforme sociale, 2e s.8 (j u i I let-déc.1889), p.206-207.Charles de Ribbe et Alexis Delaire, secrétaire général des Unions, prennent au sérieux la Société et souhaitent qu\u2019elle communique ses travaux à la Société française.«Soirée d\u2019économie sociale», La Presse, 18 fév.1890, p.5.A.Delaire, «Unions de la paix sociale, Présentations et correspondance», La Réforme sociale, 3e s., 1 (1891), p.170.Les fonctions de recherche et de vulgarisation n'étaient donc pas nettement distinguées.14.\tArchives de l\u2019Université de Montréal [UM], Fonds Bruchési, R.Bellemare à Rameau, 18 déc.1888; L.-A.Jetté au même, 24 mai 1889.15.\tF.Le Play, La Réforme sociale en France déduite de l\u2019observation comparée des peuples européens, 8e éd., Tours, Marne, 1901 [lère éd., 1864], t.l, p.216-217.16.\tF.Le Play, La Réforme sociale, 8e éd., p.XLI et XLVIII.Au ch.31, section II, l\u2019énumération ne laisse aucun doute: «le domaine de l\u2019agriculteur, les chantiers du forestier, l\u2019excavation du mineur, la chambre ou l\u2019usine du manufacturier, la boutique ou le magasin du marchand, le défrichement du colon, l\u2019officine du médecin et le cabinet du lettré».\u2014 L\u2019intérêt premier de Le Play va à la famille rurale.Voir R.A.Nisbet, La Tradition sociologique, Paris, P.U.F., 1984, p.92 [traduction par M.Azuelos de The Sociological Tradition, New York, Basic Books, 1966], 17.\tIl faudrait citer au long l\u2019intéressant témoignage de Jetté reproduit dans A.Delaire, «Unions de la paix sociale, Présentations et correspondance», RS, 5e s., 6 (1903), p.356-357.Corroboré par A.Delaire, «Union de la paix sociale, Présentations et correspondance», RS, 5e s., 9 (1905), p.258-259.18.\tM.Ansiaux, «Une enquête sociale, Le travail de nuit des ouvrières», RS, 4e s., 6 (1898), p.621.\u2014 Au Québec, on pouvait approuver en principe de telles opinions, mais on n\u2019avait guère les moyens de ses principes.«La lutte des classes et les questions ouvrières», La Presse, 20 fév.1894, p.2.19.\tSur le Cercle Ville-Marie, voir M.Lajeunesse, Les Sulpiciens et la vie culturelle à Montréal au XIXe siècle, Montréal, Fides, 1982, 278 p.Ajoutons aux conférences mentionnées par Lajeunesse, celle de W.A.Baker, «La question ouvrière, Conférence faite au Cercle Ville-Marie de Montréal», La Croix de Montréal, 3 oct.1893, p.148; 6 oct.1893, p.152.À notre connaissance, Baker n\u2019est pas devenu membre de la SCES.En 1898, il sera au nombre des lauréats du concours sur l\u2019économie sociale de l\u2019Almanach Hachette.«Un succès canadien», La Presse, 8 nov.1898, p.8.\u2014 Quant à l\u2019Union catholique, faute d\u2019étude d\u2019ensemble, donnons l\u2019exemple de A.-N.Montpetit, qui a fait un exposé sur l\u2019œuvre des patronages en France.«Union catholique», La Presse, 17 nov.1894, p.12.20.\t«Chronique locale», La Croix de Montréal, 13 avril 1894, p.403.«Au 416 L\u2019ACTION NATIONALE Cercle Ville-Marie», La Croix de Montréal, 14 avril 1894, p.406.M.-H.Bédard, «Le Play et la Réforme sociale», Revue canadienne, 30 (1894), p.664-674.21.\tE.Chartier, «À propos d\u2019un Centenaire collégial, Séminaire de Saint-Elyacinthe», Revue canadienne, 1911, t.2, p.193-211.F.-Z.Decelles, «À propos d\u2019un club», Le Collégien (Saint-Hyacinthe), 4 (1909-1910), p.47-49; «Une visite chez M.Tétreau», Ibid., p.278-281.A.Lemonde, «Réminiscences, Le \u2018Père\u2019 Tétreau», Ibid., 4(1909-1910), p.84-85.22.\tCorrespondance de L.-A.Chauvin citée dans A.Delaire, «Unions de la paix sociale, Présentations et correspondance», RS, 2e s., 8 (1889), p.620.En 1903, Jetté rendra hommage à Desjardins pour sa générosité.Voir A.Delaire, «Unions de la paix sociale, Présentations et correspondance», RS, 5« s., 6 (1903), p.357.23.\tPar exemple, on a lu au cours d\u2019une réunion l\u2019étude du baron Étienne Hulot, «Souvenirs d\u2019un voyage au Canada, I, L\u2019habitant canadien», RS, 2e s., 4 (1887), p.559-567.24.\t«Société d\u2019économie sociale», La Presse, 15 mai 1889, p.3.Ces préoccupations découlent à la fois de l\u2019actualité (question de l\u2019enseignement congréganiste en France) et de la doctrine leplaysienne, qui revendique la liberté d\u2019initiative des chefs de famille et des autorités sociales face à l\u2019État centralisateur et interventionniste.25.\tA.Delaire, «Unions de la paix sociale, Présentations et correspondance», RS, 2e s., 8 (1889), p.257.H.Valleroux, «Les lois étrangères et la charité privée», RS, 2e s., 9 (1980), p.233-245.Louis Beaubien a aussi envoyé une réponse personnelle au questionnaire.26.\tParu en 1897, en pleine surchauffe impérialiste, ce livre a connu un succès de librairie et de scandale.L\u2019ouvrage a été bien reçu par le Monde Canadien: Pater familias, «Tribune libre, Anglo-Saxons et Français», Le Monde canadien (Montréal), 2 sept.1897, p.2.C\u2019est l\u2019abbé J.-A.-M.Brosseau qui semble avoir relancé le débat dans une conférence à l\u2019Université Laval à Montréal et un article «Étude critique du livre d\u2019E.Demolins: «A quoi tient la supériorité des Anglo-Saxons?», Revue canadienne, 46 (1904), p.233-246.Gérin réplique dans «M.Demolins et la science sociale», Revue canadienne, 46 (1904), p.339-358.En défendant son maître Demolins, Gérin met à nu la division de la troupe pourtant bien peu nombreuse des amateurs de science sociale au Canada français.D\u2019ailleurs, il faut replacer cette discussion dans le contexte de l\u2019époque au Canada français, travaillé par le nationalisme et passionné par un examen critique de son système d\u2019éducation.Toutes les luttes d\u2019idées de ce temps paraissent aboutir à la comparaison des mérites respectifs des groupes anglo-saxons et français.L\u2019étude d\u2019André Siegfried, Le Canada, Les deux races, a contribué au débat.Cf.P.et L.Trépanier, «Le Québec, une société dominée?Réactions québécoises au livre d\u2019André Siegfried (1906-1907)», L\u2019Action nationale, v.68 (1979), p.394-405, 517-525, 587-601.À cette occasion, le public lecteur a découvert un autre disciple québécois de Tourville et de Demolins, Fernand Rinfret.Voir F.Rinfret, «Le Canada et le livre de M.Siegfried», L\u2019Avenir du Nord (Saint-Jérôme), 24 et 31 août, 7 et 14 sept.1906, p.1.\u2014 Thomas Chapais, bien que plus proche de la branche aînée que de la tourvillienne, parlera en termes sympathiques de Demolins, qu\u2019il défendra contre l\u2019accusation d\u2019anglomanie: À L\u2019OCCASION DU 75e ANNIVERSAIRE 417 T.Chapais, «À travers les faits et les œuvres», Revue canadienne, 1907, t.2, p.332-334.27.\t«La question sociale», La Presse, 27 avril 1906, p.5; La Pairie (Montréal), 5 mai 1906, p.4.La conférence est reproduite dans le Semeur (Montréal, organe de l\u2019Association catholique de la jeunesse canadienne-française), 3, 3-10 (nov.1906-juin 1907), p.71-77, 94-99, 145-150, 247-252, 281-289.\u2014 Montpetit ne parle pas de la SCES, dont pourtant il semble avoir été membre et aux activités desquelles il a participé à l\u2019occasion.Il avait été l\u2019élève, à Paris, des leplaysiens Paul Leroy-Beaulieu, Émile Cheysson et Émile Levasseur, Cf.É.Montpetit, Souvenirs, t.I, Montréal, L\u2019Arbre, 1944, 211 p.; t.II, Montréal, Chantecler, 1949, 226p.28.\t«Économie sociale», La Presse, 28 nov.1906, p.10.«L\u2019économie politique», La Presse, 30 nov.1906, p.15.«L\u2019économie sociale», La Patrie, 30 nov.1906, p.7.«Économie sociale», Le Canada, 30 nov.1906, p.6.É.Montpetit, «L\u2019économie politique», Revue canadienne, 52 (1907), p.154-168, 259-268.29.\tÀ partir des années 1890, cette idée est reprise de plus en plus souvent.Il est urgent d\u2019organiser l\u2019enseignement des sciences économiques et sociales à tous les niveaux.On les appelle aussi les sciences d\u2019État, car le législateur doit intervenir.À l\u2019université, la Faculté de droit pourrait constituer en son sein le noyau de cet enseignement.Voir «Chronique du jour.Les sciences sociales», La Presse, 28 oct.1896, p.4.30.\t«Économie sociale», La Presse, 14fév.1907, p.12.31.\tJ.F.B., «Monument national», Lu Presse, 12janv.1901, p.20.32.\tLes ultramontains réclameront, par l\u2019entremise d\u2019Omer Héroux de ta Vérité (Québec), une profession de foi dans la doctrine de l\u2019Église.Prince s\u2019exécutera.Ironique, l\u2019annaliste du Séminaire de Québec écrit: «C\u2019est ainsi que le nouveau cours revêt dès le commencement un cachet d\u2019orthodoxie aux yeux des intransigeants et infaillibles catholiques.» Archives du Séminaire de Québec, Journal SEM, v.7, p.208, 16 janv.1905.33.\tUM, Fonds du secrétariat général, D-35-1018, microfilm no 580 (renseignement fourni par François Hudon).A.Delaire, «Unions de la paix sociale, Présentations et correspondance», RS, 5e s., 9 (1905), p.259.\u2014 Pour sa part, Jetté émet «le vœu de voir enfin les familles canadiennes opulentes faire quelque chose dans ce sens, pour faciliter la création de nouvelles chaires et entre autres d\u2019une destinée à faire connaître les rudiments de l\u2019économie politique et de la science des finances publiques» («Économie sociale», La Nation, 9 sept.1905, p.2).34.\t«L\u2019Économie politique», La Patrie, 19janv.1907, p.20.35.\tIl faut replacer cet épisode dans le cadre des initiatives qui aboutiront à la fondation de l\u2019École des Hautes Études Commerciales.36.\tA.Delaire, «Unions de la paix sociale, Présentations et correspondance», RS, 5e s., 10 (1905), p.673.«La Société d\u2019économie sociale», La Presse, 13 oct.1905, p.8.37.\tLà-dessus, nul doute possible.On n\u2019a qu\u2019à lire le premier point du programme de l\u2019École: «L\u2019École Sociale Populaire, dans un esprit de parfaite soumission à l\u2019autorité religieuse, déclare: Que la question sociale, étant avant tout une question morale et religieuse, c\u2019est à l\u2019Église qu\u2019il en faut d\u2019abord demander la solution» (L\u2019École Sociale Populaire, Son But, son 418 L\u2019ACTION NATIONALE organisation, son programme, Montréal, Secrétariat de l\u2019École Sociale Populaire, 1911, p.17).Le point de départ de Le Play est tout différent: l\u2019observation des sociétés, aidée du raisonnement, en dehors de tout dogme religieux et de tout principe philosophique préconçu.Cette démarche n'est nullement dirigée contre l\u2019Église: «Mes jugements [.] n\u2019impliquent, dans ma pensée, quelle qu\u2019en soit l\u2019expression, aucun blâme indirect des principes de l\u2019Église, que je laisse au-dessus de toute discussion» (La Réforme sociale en France, ch.9, section II).Sa règle de conduite se résume ainsi: «Je constate le fait sans toucher à la doctrine» Ibid., ch.11, section 5, n.1).D\u2019ailleurs, Le Play regrettait les divisions entre ultramontains et libéraux chez les catholiques.Ces déclarations, mal comprises souvent, ont nui à Le Play auprès de catholiques fervents.Certains parmi ces derniers ont voulu se le réapproprier en interprétant à leur façon des vérités leplaysiennes, telle la religion fondement des sociétés.Le Play veut parler de toute religion, quelle qu\u2019elle soit, peu importe le temps ou le lieu.Il n\u2019entend nullement faire découler pour autant la science sociale, par voie de déduction, des livres saints et du magistère.38.\t«Clôture du congrès des Ligues du Sacré-Cœur», La Presse, 13 sept.1910, p.12.Lafontaine y a parlé de la tempérance et du travail des sociétés de tempérance, et l\u2019abbé Perrier, de l\u2019éducation sociale par la Conférence de la Bonne Presse.39.\tOn remarque que dès sa fondation l\u2019École inaugure une collection de publications, ce que la Société n\u2019a jamais pu faire.\u2014 Le caractère beaucoup plus clérical de l\u2019École est manifeste dans la composition de sa direction: elle compte 20 membres, dont 10 clercs (L\u2018École Sociale Populaire, p.19-20).40.\tASJCF, Fonds Desjardins, L.Fludon, S.J., à A.Desjardins, 27 sept.1911.4L Ibid.42.\tASJCF, Fonds Desjardins, A.Desjardins à L.Hudon, S.J., 5 oct.1911 (brouillon).Desjardins explique que le secrétaire de la SCES, P.Durocher, avait tous les documents en main au moment de son décès.Nous supposons que cela signifie qu\u2019il faudrait d\u2019abord les récupérer.Mais la Société existait-elle encore autrement que sur papier?En effet, dans ce brouillon, un passage qui ne paraît pas avoir été retenu pour la lettre se lit ainsi: «J\u2019ai tardé à vous répondre.dans l\u2019espérance de pouvoir vous dire au nom de mes anciens collègues de la Société Canadienne d\u2019Économie Sociale [incomplet]» (Les italiques sont de nous.) 43.\tASJCF, Fonds Desjardins, L.Hudon, S.J., à A.Desjardins, 1er nov.1911.44.\tE.Chartier, «Mouvement des idées, Bulletin d\u2019économie et d\u2019action sociales», Revue canadienne, 1914, t.1, p.344.Il ajoute: «Quant à l\u2019école des Trois-Rivières, où se dépensent MM.le chanoine Jules Massicotte et l\u2019abbé Émile Cloutier, elle s\u2019est fait connaître par sa corporation ouvrière et par la tenue d\u2019un premier congrès d\u2019action sociale.» 45.\tASJCF, «Les origines de l\u2019Institut social populaire», 2 p.46.\tASJCF, Fonds Desjardins, A.Desjardins à J.-P.Archambault, 2 mars 1911.47.\tASJCF, A.Desjardins à J.-P.Archambault, 20 fév.1911.48.\tASJCF, A.Desjardins à J.-P.Archambault, 2 mars 1911.49.\tAlexis Deiaire écrit que Chauvin «va se rendre à Québec pour préparer, avec l\u2019aide de quelques professeurs de l\u2019Université Laval, la formation d\u2019une À L\u2019OCCASION DU 75^ ANNIVERSAIRE 419 section de la Société canadienne d\u2019Économie sociale sous le patronage de S.Exc.M.L.-A.Jetté, lieutenant-gouverneur de la province, président d\u2019honneur de la Société» (A.Delaire, «Unions de la paix sociale, Présentations et correspondance», RS, 5e s., 7 (1er avril 1904), p.580).\u2014 Delaire se réjouira de la fondation de la Société d\u2019économie politique et sociale de Québec: «Comme l\u2019Université Laval a organisé aussi à Québec une Société d\u2019économie sociale et politique, il est permis de penser que les études sociales vont prendre un développement continu dans la Nouvelle-France» (A.Delaire, «Unions de la paix sociale, Présentations et correspondance», RS, 5e s., 10 (1er nov.1905), p.673).50.\tLes archives de la Société d\u2019économie politique et sociale de Québec sont conservées au Séminaire de Québec.Nous avons l\u2019intention de publier un article sur cette société.51.\tJ.Sirois, «Société d\u2019économie sociale et politique de Québec», La Libre Parole, 13 oct.1906, p.3.52.\tParmi ces laïcs, on remarque Jules Dorion, qui occupera le poste de directeur du journal l\u2019Aclion sociale catholique, dont le titre, raccourci, deviendra: l\u2019Action catholique.53.\tLa Direction, «Notre programme», La Libre Parole, 1, 1 (17 juin 1905), p.1.Nous venons de citer l\u2019article V.L\u2019article II se lit: «Soumissions entière aux enseignements de l\u2019Église catholique dans les questions religieuses.» 54.\t«L\u2019Action sociale catholique», Almanach de l'Action sociale catholique, |ère année (1917), p.18.55.\t[Sans titre], La Presse, 8 juillet 1890, p.3.56.\t«Société d\u2019économie sociale», La Minerve, 23 mai 1894, p.2.57.\t«Économie sociale», Le Journal, 1er juin 1903, p.8.Cette feuille venait d\u2019ailleurs de lancer un appel à la «jeunesse studieuse» pour qu\u2019elle suive les travaux de la Société («La Société d\u2019économie sociale», Le Journal, 1 mars 1903, p.7).58.\t«Association canadienne d\u2019économie sociale», La Semaine Religieuse de Montréal, 22e année, 43, 18 (2 mai 1904), p.303.59.\t«Économie sociale et politique», La Presse, 19 oct.1906, p.1 et 9.Et d\u2019ajouter: «L\u2019on sait que c\u2019est une lacune pour notre cité qu\u2019il n\u2019y ait pas plus de sociétés littéraires scientifiques ou économiques où la jeunesse studieuse puisse trouver un moyen d\u2019occuper intellectuellement ses moments de loisir.» 60.\tOn trouve de telles remarques même sous la plume d\u2019Alexis Delaire, secrétaire de la Société internationale d\u2019économie sociale et des Unions de la paix sociale.61.\t«Les classes responsables», La Presse, 1er août 1895, p.2.62.\t«Chronique du jour, Les sciences sociales», La Presse, 28 oct.1896, p.4.\u2014 Et le journal est convaincu qu\u2019il faut se mettre à l\u2019école de la France car elle «est peut-être le pays où la science sociologique est le plus en honneur» («Du salaire», La Presse, 5 sept.1903, p.10).Attirant l\u2019attention de ses lecteurs sur les travaux récents concernant la question du salaire \u2014 dont les études du leplaysien Émile Levasseur, \u2014 elle affirme: «On a tort de croire qu\u2019en cette si difficile matière, l\u2019oeuvre des théoriciens est inutile.Elle fournit à toutes les personnes se préoccupant des relations entre patrons et ouvriers des données positives, des bases sérieuses sur lesquelles elles peuvent s\u2019ap- 420 L\u2019ACTION NATIONALE puyer pour régler des différends qui n\u2019ont souvent d\u2019autre point de départ que l\u2019ignorance des causes aux effets desquelles on cherche remède.» 63.\tJean-Baptiste Gagnepetit, «Chronique ouvrière, Deux exemples à méditer», La Presse, 5 mai 1894, p.6.Il faut dire que, dans cet article, Helbronner s\u2019en prend aussi à la Société de Protection des femmes et des enfants, au Conseil national des femmes et même à des sociétés ouvrières.\u2014 En d\u2019autres circonstances, il n\u2019hésitera pas à se couvrir de l\u2019autorité de l\u2019École de la Réforme sociale: «Pour éviter à la Patrie l\u2019occasion d\u2019adresser à la Presse une bordée d\u2019injures à propos de cette chronique, je vais la mettre sous la protection d\u2019hommes qui sont au-dessus des attaques de l\u2019organe rouge.» Il cite Le Play et son disciple Cheysson, ainsi que le comte de Mun, des «hommes de bien» (Jean-Baptiste Gagnepetit, «Chronique ouvrière», La Presse, 8 août 1891, p.4).64.\t«Le Bureau du Travail de \u2018La Presse\u2019», La Presse, 12mai 1894,p.6.65.\t«La question sociale», La Presse, 13 nov.1902, p.4.L\u2019auteur ajoute, en prêtant au terme sociologie un sens différent de son acception usuelle: «La sociologie est une science purement ouvrière, ou à peu près, au Canada.En dehors de quelques rares personnalités, les ouvriers sont seuls à se préoccuper des graves problèmes qui, aujourd\u2019hui, passionnent les esprits les plus éclairés dans tous les pays du monde.» 66.\tASJCF, Fonds Gérin, L.GérinàH.deTourville, 20 août 1890: «Isolé, privé depuis longtemps de l\u2019influence salutaire de la discussion et de l\u2019émulation, je m\u2019étais fait un petit nid bien moelleux au sein des vérités découvertes [.]».\u2014 En privé, il se gausse de la SCES: notre société «convoquait la seule réunion qu\u2019elle ait eue cette année, et pourquoi?.pour féliciter Mgr Émard sur son élévation à l\u2019épiscopat!» (ASJCF, Fonds Gérin, L.Gérin à D.Gérin, 28 mai 1892.) 67.\tASJCF, Fonds Gérin, E.Demolins à L.Gérin, 13 janv.1887.68.\tASJCF, Fonds Gérin, E.Demolins à L.Gérin, 15 nov.1886.69.\tASJCF, Fonds Gérin, E.Demolins à L.Gérin, 13 déc.1888.\u2014 Pour les tourvilliens, le Canada français n\u2019est pas, comme aux yeux des leplaysiens de la branche aînée, une «grande nation modèle de notre temps».Dans la lettre qu\u2019on vient de citer, Demolins écrit: «Votre pauvre pays très solide par en bas me paraît terriblement ébranlé dans les classes supérieures: les journalistes et les avocats vous font un mal prodigieux.» 70.\tASJCF, Fonds Gérin, E.Demolins à L.Gérin, 30 août 1889.Demolins reprend son avertissement habituel: «On ne peut marcher dans les sciences qu\u2019avec des gens qui veulent travailler sérieusement.» \u2014 Pourtant les tourvilliens se sont lancés, eux aussi, non seulement dans la vulgarisation, mais encore dans un projet de réforme pratique.Ils ont fondé, parallèlement à leur Société internationale de science sociale, une Société pour le développement de l\u2019initiative privée et la vulgarisation de la science sociale, qu\u2019ils ont commis la faute d\u2019appeler, dans un premier temps, Alliance antisocialiste.Leur grande idée est qu\u2019il faut se mettre à l\u2019école de la «race anglo-saxonne» qui domine un peu partout sur le globe.«Or, elle doit sa prodigieuse puissance d\u2019expansion, sa supériorité agricole, industrielle et commerciale, à un seul fait: le développement intense de l\u2019initiative privée; la limitation étroite des attributions de l\u2019État.» Voir «L\u2019histoire de la société», Le Mouvement social, 1 (juin 1892), p.1-3.\u2014 Gérin emboîtera le pas à ses maîtres au lieu de À L\u2019OCCASION DU 75e ANNIVERSAIRE 421 s\u2019en tenir à la recherche et à l\u2019étude.Voir L.Gérin, «L\u2019éducation», La Minerve, 8 nov.1892, p.2.\u2014 Sans y être réductible, l\u2019opposition entre leplaysiens de la vieille école et tourvilliens paraît reposer en partie sur un conflit idéologique.71.\tASJCF, Fonds Gérin, E.Demolins à L.Gérin, 11 mai 1891.72.\t«Sciences sociales», La Presse, 16 janv.1892, p.7; La Minerve, 16 janv.1892, p.1.Le docteur A.-B.Larocque est le président de l\u2019Association.Il avait assisté à la conférence de Rameau le 9 novembre 1888.Le docteur Séverin Lachapelle, pourtant membre de la SCES, fait aussi partie du comité de régie.Contrairement à la SCES, l\u2019Association veut recruter ses membres dans les deux groupes linguistiques.73.\tVoir les adhésions dans le Mouvement social, 1892-1898.74.\t«Diffusion des sciences sociales», La Presse, 19 mars 1892, p.8 (contre les «afficheurs de gravure immorales»).«Diffusion des sciences sociales», La Minerve, 21 mars 1892, p.1 («les principes de l\u2019hygiène dans les familles»; «la saine morale dans la famille»).«Science sociale», La Presse, 13 juin 1892, p.4 («l\u2019influence du père dans la famille»).\u2014 «Mort du Dr Larocque, ancien officier d\u2019hygiène», La Presse, 16 janv.1893, p.6.«Feu le Dr Larocque», La Presse, 19 janv.1893, p.6.75.\tASJCF, Fonds Gérin, F.Rinfret à L.Gérin, 20 août 1906.F.Rinfret, «M Léon Gérin et la Science sociale», L\u2019Avenir du Nord, 2 nov.1906, p.1-2.F.Rinfret, «Leçons d\u2019initiative», L\u2019Avenir du Nord, 16 nov.1906, p.2; 23 nov.1906, p.2-3.F.Rinfret, «L\u2019initiative», L\u2019Avenir du Nord, 11 janv.1907, p.1-2.76.\tL.Gérin, «La Vulgarisation de la science sociale, chez les Canadiens français», MSRC, 2e s., 11 (1905), section I, p.81.\u2014 Bouchette et Gérin tenteront, de 1909 à 1912, d\u2019obtenir la création d\u2019une section de science sociale à la Société Royale du Canada.Ce sera un échec.Cependant, «depuis 1912, la sociologie comme aussi l\u2019économie politique, figurent parmi les sujets officiellement assignés aux deux sections de lettres, l\u2019une française, l\u2019autre anglaise, composant, avec deux sections de sciences, la Société Royale du Canada» (L.Gérin, «La sociologie: le mot et la chose», MSRC, 3e s., 8 (1915), section I, p.321). 422 L\u2019ACTION NATIONALE «A Edmonton, les Speak White sont encore monnaie courante en 1977.» {LeDevoir, 2 août 1985.) Les Franco-Albertains par JEAN-D.ROBILLARD Vous vous doutez bien que l\u2019Alberta n\u2019a pas fait exception aux ravages de l\u2019assimilation.Là aussi, malheureusement, les Franco-Albertains sont de plus en plus clairsemés.Comment a-t-on pu en arriver là?Quelles sont les causes qui ont produit un tel désastre?Le même modèle déjà observé dans les autres provinces se reproduit ici, comme nous le verrons par les faits suivants: 1892: Le ministère de l\u2019Éducation fait de l\u2019anglais la langue d\u2019enseignement.1896: Le gouvernement de l\u2019Alberta abolit les écoles françaises sur son territoire, même si les francophones y constituent encore le tiers de la population.(Nouveau-Sud, juin 1978).1905: On supprime définitivement le français dans la province.(Monde Nouveau, vol.26, n° 6, juin 1965, p.240.) Aucun droit n\u2019est reconnu aux Canadiens-Français.(Le Devoir, 1er mars, 1984).1931: Une ordonnance ajoute que «les commissions scolaires ont l\u2019autorité d\u2019engager des professeurs d\u2019une langue autre que l\u2019anglais à condition que son salaire et les autres dépenses de ces cours soient payés par une taxe spéciale prélevée sur les parents dont les enfants suivent de tels cours».1945, 6 mars: Le député créditiste William Tomyn se fait rabrouer par le président de la Chambre parce qu\u2019il ose prononcer en français le mot «association».M.Tomyn présentait un bill privé pour la constitution en corps juridique de l\u2019Association canadienne-française de l\u2019Alberta.1949: Guy Lacombe, maintenant directeur du développement communautaire à l\u2019Association des Canadiens-Français de l\u2019Alberta, se souvient de la réaction de colère qu\u2019avait suscitée, cette année-là, le projet de création d\u2019un poste de radio émettant en LES FRANCO-ALBERTAINS 423 français.Pourtant, ce projet était financé par des fonds privés! Les Anglophones n\u2019aimaient pas l\u2019idée d\u2019entendre parler français sur les ondes.(Le Devoir, 2 août 1985.) 1950: Le ministre de l\u2019Éducation permet l\u2019enseignement du français en 1ère et 2e année seulement; de la 3e à la 9e, on ne tolère encore qu\u2019une heure par jour.(Acelf, vol.6, n° 2, nov.1977, p.40.) 1968: Maintenant, les Franco-Albertains sont écrasés.On ne craint plus aucun danger.Ils ne se relèveront plus.Ils devront se contenter des miettes.Leur révolte éventuelle sera étouffée, noyée dans la mer anglo-saxonne qui les entoure.Alors les autorités anglophones peuvent commencer à desserrer l\u2019étreinte; et par la suite, ces autorités claironneront sur le Québec: «Voyez nos générosités pour nos minorités.» C\u2019est ainsi que la loi scolaire commence à permettre un enseignement moitié en français, moitié en anglais depuis la maternelle jusqu\u2019à la 12e année.(Acelf, vol.2, n° 1, janvier 1973, p.12).1970: Puis on continue à jeter du lest; la section 150 du School Act de l\u2019Alberta précisera qu\u2019un conseil scolaire pourra autoriser l\u2019usage du français comme langue d\u2019enseignement en plus de la langue anglaise dans toutes ses écoles ou dans quelques-unes.maintenant que le mal est fait.1971: Bilan linguistique de la minorité d\u2019origine française de l\u2019Alberta: parlant anglais au foyer: 73 290 sur les 94 665 d\u2019origine française, soit 77,4%; sachant le français: 47 315 sur les 94 665 d\u2019origine française, soit 49,9%; ne sachant que l\u2019anglais: 47 310 sur les 94 665 d\u2019origine française, soit 49,9%; parlant le français au foyer: 20 975 sur les 94 665 d\u2019origine française, soit 22,2%.(Acelf, vol.6, n° 2, nov.1977, p.45.) 1973: L\u2019Acelf publie le premier numéro de son second volume, en janvier.On y rapporte, à la page 11, l\u2019évolution du pourcentage des langues parlées de 1961 à 1971 en Alberta: 1961 1971 Anglais 72,2% 77,6% Français 3,2% 2,9 % Autres 24,6% 19,5% 424 L\u2019ACTION NATIONALE 1974, 1er juin: Un article dans La Presse fait un tour d\u2019horizon dans les différentes provinces du Canada quant à la langue d\u2019enseignement; pour ce qui est de l\u2019Alberta, depuis trois ans, la loi tolère l\u2019enseignement en français, mais à la condition qu\u2019au moins 50% des cours soient donnés en anglais dès la 3e année.Ce décalage progressif aboutit à un enseignement totalement anglais à la fin du secondaire.Les commissions scolaires, par ailleurs, ne sont aucunement obligées d\u2019ouvrir des classes françaises ou bilingues, même si un nombre suffisant d\u2019élèves peuvent être regroupés.À tous les niveaux, on manque d\u2019argent pour acheter le matériel minimum (livres, matériel pédagogique, etc.).Pendant ce temps, certains octrois fédéraux sont destinés à la langue seconde; en 1972, seulement 100 000$ sur un million ont été consacrés à l\u2019enseignement du français comme langue maternelle.Un peu plus haut, nous lisions les bonnes intentions sur papier; voilà maintenant ce qui se vit concrètement.1977, avril: Les francophones hors Québec publient: «Les héritiers de Lord Durham.» Pour l\u2019Alberta, on y mentionne qu\u2019il faut vraiment être un patriote incorruptible pour regarder la télévision de langue française.ou plutôt s\u2019efforcer de percevoir une image! Ajoutons que la programmation locale hebdomadaire pour la télévision n\u2019est que de trois heures par semaine environ, ce qui est nettement insuffisant pour une province où l\u2019assimilation effectue des ravages désastreux.1977, 16 juillet: L\u2019Acelf souligne ce qui suit au sujet de l\u2019enseignement en français en Alberta: il n\u2019y a pas d\u2019écoles françaises; mais on peut enseigner en français une partie du temps dans une vingtaine d\u2019écoles bilingues.1977, 2 novembre: L'Acelf décrit la situation actuelle, toujours pour le même sujet: «Les élèves qui étudient en français sont inscrits dans les écoles dites catholiques.Ces écoles, en grande partie, sont vraiment anglicisantes.L\u2019atmosphère qui y règne est anglais et l\u2019étudiant francophone se voit souvent obligé, de par le milieu, d\u2019y parler anglais.Pour l\u2019étudiant, le français devient une autre matière de classe et n\u2019est pas perçu par lui comme langue vivante en dehors de ce milieu.Il en arrive que l\u2019école bilin- LES FRANCO-ALBERTAINS 425 gue ne favorise pas la connaissance du français, mais plutôt celle de l\u2019anglais.» Pour ce qui est des parents, ils manifestent un peu de lassitude.Les luttes incessantes les ont affaiblis.Ils se rendent de plus en plus compte que leurs enfants s\u2019anglicisent, (vol.6, n° 2, P- 45.) 1978, janvier: Cette même revue publie: «Pour un plan de développement de l\u2019éducation française au Canada.» Dans le numéro 2 de son 7e volume, on écrit au sujet de l\u2019Alberta que l\u2019enseignement peut être donné en langue française selon la décision des conseils scolaires, car ce sont eux qui décident de la langue d\u2019enseignement.Dans cette même publication, à la page 17, on présente les premiers résultats du recensement de 1876: les Albertains de langue française viennent de perdre 0,5% depuis cinq ans; ils ne sont maintenant que 2,4% de la population totale de cette province.Les Anglais ont gagné 3,1%.Les Franco-Albertains se classent après les Allemands (4,4%) et les Ukrainiens (3,5%).La population totale de 5 à 19 ans est de 604 660; celle des francophones est de 9 680; or, les effectifs francophones ne sont que de 6 323.Pour nous aider à comprendre, à cette même année, la population anglophone des 5 à 19 ans au Québec se chiffre à 226 965; or, les effectifs scolaires anglophones sont de 227 438.Est-il besoin d\u2019ajouter d\u2019autres commentaires?1978, 25 janvier: Réjean Hinse écrit dans Le Devoir, à l\u2019occasion des audiences de la Commission Pépin-Robart; il parle des Franco-Albertains qui ne compteraient que pour moins de 3%; «le processus d\u2019assimilation totale est inévitable».«Je dirai simplement que j\u2019ai rencontré de nombreux Franco-Albertains de tous les âges à Fort-McMurray, Plamon-don, Lac la Biche, Bennyville, Saint-Paul et Edmonton; non seulement ils se sentaient mal à l\u2019aise de parler en français avec moi devant des anglophones, mais ils en étaient honteux et finalement préféraient parler en anglais.» On est en droit de parler de génocide en douce de la part des anglophones à l\u2019égard des francophones. 426 L\u2019ACTION NATIONALE 1978, 1er mars: Le ministre de l\u2019Éducation affirme que son gouvernement ne consentira pas à un amendement constitutionnel garantissant aux francophones une éducation dans leur langue maternelle.1978,\tmai: Dans Ici-Québec (vol.2, n° 13, p.15), on nous souligne le taux d\u2019anglicisation des francophones de l\u2019Alberta; il s\u2019agit d\u2019un chiffre effarant: 51%.1979,\tjuillet: Mme L.Chassie écrit de Calgary à VInformation Nationale (p.10): «Je travaillais à l\u2019aéroport international.Mon \u2018boss\u2019 me demande: \u2014\tJacqueline, est-ce que tu parles français?Tu as l\u2019air d\u2019avoir un accent?\u2014\tOui, et pourquoi?\u2014\tMoi, je travaillais dans une usine depuis 25 ans.Et «ils» m\u2019ont laissé aller parce que je parlais pas le français.\u2014\tPourquoi n\u2019avez-vous pas voulu apprendre le français?(Pendant tout ce temps!) \u2014\tParce que nous n\u2019avons pas besoin du français.Le Canada est à nous, les Anglais.Je n\u2019aime pas avoir french thrown down my throat.\u2014\tNous autres, dans le nord de l\u2019Ontario, là où j\u2019ai été élevée, nous n\u2019avions pas le choix; il nous fallait apprendre l\u2019anglais en premier; et un an après, nous savions le parler.» Deux jours après, sans raison, je n\u2019avais plus d\u2019emploi.Deuxième fait cité dans cette même lettre: «Je travaillais comme interprète dans un des meilleurs hôtels de Calgary.Lorsque j\u2019appelais chez moi, sur le temps de ma collation, je parlais français.À mon travail, j\u2019ai rencontré une autre Française; prenant le dîner ensemble, nous parlions français, entourées d\u2019Anglais; mais pas à la même table.Ma \u2018boss\u2019 m\u2019a avertie que je ne devais plus parler français.La deuxième fois, elle m\u2019a dit que j\u2019étais dans le Canada anglais et de me taire avec mon français, même quand je devais appeler chez moi.La troisième fois qu\u2019elle m\u2019a entendue.parler ma langue maternelle, elle a attendu que je sois chez moi, pendant mes deux jours de congé, pour me téléphoner et me dire que LES FRANCO-ALBERTAINS 427 j\u2019étais trop mule.que je n\u2019avais pas cessé de parler mon français.que je n\u2019avais plus d\u2019emploi.Je suis allée voir la Ligue des droits de l\u2019homme; mais c\u2019est une vraie farce par ici.Ils ont fait enquête et m\u2019ont dit que ma \u2018boss\u2019 avait affirmé que c\u2019était un conflit de personnalité.qu\u2019ils ne pouvaient rien faire.que j\u2019étais dans le Canada anglais et qu\u2019il me fallait parler la langue de tous».Elle ajoute: «Les Anglais ne veulent pas nous avoir dans l\u2019Ouest.» 1980,\t19 janvier: Dans le journal Esprit-Vivant, à la page 8, on précise les dernières statistiques spécifiques à l\u2019Alberta: 1-\tle pourcentage de la population d\u2019origine française par rapport à la population totale passe de 6,2% en 1961 à 5,8% en 1971; 2-\tles Albertains, en 1971, qui affirment être de langue maternelle française sont au nombre de 46 500; pourtant, seulement 22 695 insistent pour dire que c\u2019est encore leur langue d\u2019usage; 3-\tenfin, en Alberta, on ne compte qu\u2019un seul hebdomadaire soutenu par le faible tirage de 2 500 copies.1981,\tjuillet: L'Information Nationale décrit à son tour la situation du français, langue de service en Alberta (p.31).1-\tLe Bureau de poste d\u2019Edmonton, la capitale provinciale, n\u2019offre pas de service en français.2-\tDans cette même ville, Via Rail n\u2019offre pas de service en français.3-\tToujours dans cette capitale, le Ministère de la Consommation et des Corporations n\u2019offre pas de service en français.4-\tIl est difficile d\u2019obtenir des services en français des différents ministères sans avoir à attendre longtemps et même là, la qualité du service laisse à désirer.1982,\t16 avril: Dans Le Devoir, on écrit en grosses lettres: «Même dans leur foyer, en Alberta, 76% des Canadiens-français ne parlent plus le français!» Les optimistes pourront se consoler, car c\u2019est encore pire à Terre-Neuve (85%) et dans les Territoires du Nord-Ouest (79%). 428 L\u2019ACTION NATIONALE 1983,\t2 avril: D\u2019Ottawa, on apprend, par Le Devoir, que M.Yvon Lefebvre, âgé de 62 ans, résidant francophone de Calgary, doit se battre pour que le procès qu\u2019il doit subir en Alberta se déroule en français.Avant de devenir une province canadienne, l\u2019Alberta était rattachée aux Territoires du Nord-Ouest et M.Lefebvre soutient que la garantie linguistique a été incorporée à la Constitution provinciale.Par contre, la Cour du banc de la Reine d\u2019Alberta a statué que cette garantie a cessé d\u2019exister depuis longtemps.1984,\t24 mars: Pierre Duchesne en a gros sur le cœur.Il écrit au Devoir et mentionne, entre autres, l\u2019affirmation «du maire de Calgary qui qualifie les Québécois d\u2019éléments indésirables pour sa municipalité!» 1984, 14 avril: Dans La Presse, on titre: «Le difficile amour du français en Alberta».Puis, on donne deux exemples qui illustrent assez bien cet énoncé: 1-\tLine institutrice québécoise décide de s\u2019installer à Calgary: a)\tLise Sirois participe à un programme d\u2019échange d\u2019enseignants.Elle quitte Montréal pour aller enseigner un an en Alberta.Ses amis, moqueurs, affirmaient qu\u2019elle se marierait et ne reviendrait plus jamais.La plaisanterie est devenue réalité.b)\tAvec son futur mari, un employé francophone d\u2019une compagnie de pétrole, elle savait qu\u2019élever des enfants en français à Calgary, ne serait pas facile.c)\tAujourd\u2019hui, elle ne cache pas sa déception; ses trois fils trouvent ennuyeux de parler la langue de leur mère.d)\tDe temps à autre, elle sermonne ses garçons.Elle s\u2019efforce de leur démontrer les avantages de connaître deux langues.mais pas un seul de leurs camarades ne peut discuter avec eux des émissions du réseau français de Radio-Canada.2-\tUne francophone native de Calgary: a)\tAnnette Danis, mère de cinq enfants, a vu, elle aussi, sa famille entraînée peu à peu vers l\u2019anglais.b)\t«Mon père ne nous parlait qu\u2019en français.Si les enfants s\u2019adressaient à lui en anglais, il ne leur répondait pas.» c)\tElle a tenté d\u2019appliquer la règle de son père quand ses LES FRANCO-ALBERT AINS 429 enfants étaient encore en bas âge.(L\u2019aîné a maintenant 13 ans).Peine perdue, à mesure qu\u2019ils vieillissaient, ils préféraient abandonner la conversation.d)\tEn une seule génération, tout a changé.e)\tElle-même et son mari s\u2019aperçoivent qu\u2019ils se parlent souvent en anglais.f)\tElle ajoute que 25 000 citoyens de Calgary mentionnent le français comme origine ethnique; pourtant 13 075 seulement citent le français comme langue première.g)\t«On organise souvent des activités traditionnelles comme des parties de sucre; mais toutes les tourtières, les réveillons et les cabanes à sucre du monde ne suffiront pas à créer des petits Canadiens-Français».1984,\t27 août: Dans Le Devoir, on nous fait savoir que le candidat libéral de la circonscription de Calgary-Est, M.Rod Sykes, s\u2019oppose à l\u2019instauration du bilinguisme en Alberta: «Je suis contre tout ce que la population ne désire pas!» 1985,\t25 mars: Yves Lavertu, journaliste au «Franco», seul journal de langue française publié en Alberta, écrit au Devoir: 1-\tDepuis l\u2019avènement de la Charte canadienne des droits et libertés, les négociations piétinent entre l\u2019Association canadienne-française de l\u2019Alberta et M.David King, ministre albertain de l\u2019Éducation.2-\tÀ trois reprises, le calendrier des négociations a été remis en question par le ministre.3-\tLes autres membres du cabinet Lougheed ne sont même pas au courant du dossier, alors qu\u2019ils devraient en avoir été informés depuis déjà plusieurs mois.4-\tLe fameux article 23 suppose que l\u2019application des droits ne se fait pas automatiquement.Les intéressés doivent donc se battre pour les exiger.5-\tLes commissaires albertains démontrent leur ignorance sur la différence entre une école d\u2019immersion et une école francophone.6-\tPrès d\u2019un enfant sur deux s\u2019anglicise avant même d\u2019avoir terminé ses études.7-\tL\u2019école franco-albertaine ne devrait pas être le lieu où l\u2019on mélange francophones et anglophones et où toujours les 430 L\u2019ACTION NATIONALE petits francophones sont souvent utilisés pour enseigner le français aux petits anglophones.8-\tPrésentement, les écoles francophones sont gérées par des anglophones! 9-\tM.King ne se compromet que sur la possibilité d\u2019établir des conseils de parents francophones ayant un rôle d\u2019ordre consultatif seulement auprès des conseils scolaires.Quelle générosité! 10-\tBercée par des espoirs à chaque fois différés de déblocage prochain, l\u2019ACFA se sent bercée.11-\tLasse de talonner un gouvernement ayant peu de motifs pour changer d\u2019attitude (on lit de semblables phrases à peu près dans toutes les histoires scolaires des provinces anglaises du Canada, à une époque ou à une autre), l\u2019ACFA veut maintenant brandir la menace d\u2019une contestation judiciaire.12-\tLes dirigeants de la l\u2019ACFA endossent ce que M.Guy Lacombe, directeur adjoint de cette association écrivait en 1983: «Le seul droit que les francophones hors Québec ont gagné par la Chartre des droits et libertés, c\u2019est celui d\u2019aller se battre devant les tribunaux.» 1985, 11 avril: «Des francophones de l\u2019Alberta réclament la reconnaissance de leurs droits scolaires».Yves Lavertu, Le Devoir.1-\tGeorges et Julia Bugnet demandent de la Cour du banc de la reine de l\u2019Alberta une déclaration démontrant l\u2019invalidité de l\u2019actuelle loi scolaire albertaine en raison des nouvelles obligations constitutionnelles inscrites dans la Charte canadienne des droits et libertés.2-\tM.Jean-Claude Mahé, un des principaux responsables de la mise en œuvre de la contestation Bugnet, interprète l\u2019égalité scolaire entre anglophones et francophones comme la possibilité pour ces derniers d\u2019obtenir, au niveau scolaire, un modèle à toutes fins utiles «calqué» sur celui des anglophones.3-\tLe groupe Bugnet réclame donc à cette cour de justice son avis sur les points suivants: a) le nombre d\u2019élèves francophones est suffisant en Alberta; LES FRANCO-ALBERTAINS 431 b)\tles Franco-Albertains ont droit à une éducation française à 100%; c)\tils ont droit d\u2019établir leurs propres conseils scolaires; d)\tils ont droit de pouvoir taxer; e)\tils ont droit d\u2019engager et de congédier le personnel enseignant ainsi que de mettre en œuvre les programmes scolaires; f)\tils ont droit d\u2019engager le personnel administratif; g)\tla loi scolaire albertaine est actuellement anticonstitutionnelle, puisqu\u2019elle ne reconnaît officiellement que l\u2019anglais comme langue d\u2019enseignement en Alberta.4-\tPrésentement, l\u2019Alberta ne dispose que de deux écoles francophones ouvertes depuis l\u2019automne dernier; l\u2019une à Edmonton, l\u2019autre à Calgary; celles-ci, qui ont été littéralement arrachées à deux conseils scolaires catholiques par des parents francophones, n\u2019ont pas bénéficié d\u2019une reconnaissance particulière de la part du gouvernement albertain.Jamais ce gouvernement ne s\u2019est impliqué lors des moments cruciaux pour aider les parents; même actuellement, il ne tolère que ces écoles sans vouloir leur donner une protection juridique.5-\tChaque nouvelle «percée» dans le domaine scolaire, pour les francophones, prend l\u2019allure d\u2019un combat, attirant les foudres des anglophones qui considèrent ces doléances comme des privilèges injustifiés.6-\tPour contrer la plaidoirie du groupe Bugnet, le gouvernement sort «l\u2019artillerie lourde»; il faut appel aux services d\u2019un des plus réputés avocats du Barreau albertain, M.Jack Major.Il compte sur lui pour court-circuiter efficacement l\u2019action des Bugnet.7-\tDans ce même article, l\u2019auteur ajoute que le Commissaire aux langues, M.D\u2019Iberville Fortier, s\u2019inquiète de l\u2019hémorragie qui décime actuellement les rangs des francophones de l\u2019Ouest.Faut-il en rire ou en pleurer?«Les Anglophones devront comprendre que les actuels programmes d\u2019immersion ne peuvent convenir aux besoins scolaires spécifiques des Franco-Albertains.» 1985, 26 juillet: La Cour du banc de la reine de l\u2019Alberta vient d\u2019octroyer aux francophones de la province le droit à un con- 432 L\u2019ACTION NATIONALE trôle exclusif en ce qui a trait à la gestion de leurs écoles: 1-\tSelon le juge Purvis, le gouvernement albertain est depuis 1983 (trois ans de retard.) dans l\u2019obligation de légiférer pour faire reconnaître le droit légal des francophones de la province à une éducation dans leur propre langue.2-\tMais.il y a un mais: avec la décision survenue le 24 juillet, rien ne garantit malgré tout que le contrôle exclusif dont parle la Cour se traduira par la création de commissions scolaires totalement francophones.3-\tPour l\u2019instant, le juge renvoie donc les plaignants discuter avec le gouvernement d\u2019une quelconque forme d\u2019application des réponses qu\u2019il vient de donner dans son jugement.4-\tDans ce document, le juge Purvis n\u2019a pas omis de mentionner le problème de cette assimilation galopante, alors que cent ans plus tôt, en 1885, 60% des habitants d\u2019Edmonton utilisaient le français comme langue de communication.1985, 27 juillet: Dans La Presse, on ajoute au sujet de ce jugement, dans un éditorial de Jean-Guy Dubuc, que les droits reconnus aux anglophones québécois, au plan scolaire, servent à leur qualité de vie, alors qu\u2019en Alberta, les droits reconnus aux francophones, sur le même plan, sont nécessaires à leur survie.1985, 29 juillet: Toujours sur le même sujet, Lise Bissonnette ajoute dans son éditorial du Devoir: 1-\tL\u2019article 23, hors des régions de forte concentration, risque de rester partout symbolique.«Cet article ne crée pas un droit absolu» rappelle le juge.2-\tLes plaignants demandaient de déclarer que la région d\u2019Edmonton comprenait un nombre suffisant d\u2019élèves francophones et qu\u2019ils avaient dès lors droit à l\u2019enseignement dans leur langue dans des établissements sous gestion du groupe francophone.Le juge Purvis leur a refusé ce droit.3-\tEnfin, ce juge laisse donc les Franco-Albertains en pratique, jusqu\u2019à nouvel ordre et moyennant d\u2019autres longues batailles judiciaires et politiques, encore totalement dépendants du bon vouloir de la majorité anglophone qui contrôle tous les conseils scolaires de l\u2019Alberta.1985, 13 aoûl: Le juge William Sinclair de la Cour du banc de la LES FRANCO-ALBERTAINS 433 Reine de l\u2019Alberta décide que les prévenus francophones peuvent s\u2019exprimer dans leur langue, que les juges doivent les comprendre, mais qu\u2019ils peuvent utiliser l\u2019une ou l\u2019autre langue.De plus, et cela c\u2019est la douche froide, les jurés ne sont pas obligés de comprendre les deux langues officielles.1985, 14 août: Lise Bissonnette s\u2019empresse de commenter dans Le Devoir ces victoires mitigées: 1-\tLa Cour du banc de la Reine de l\u2019Alberta vient de définir l\u2019étendue des droits des francophones de cette province où ils ne comptent que pour 1,33% de la population.2-\tCela illustre assez combien les «générosités» canadiennes, en venant à la onzième heure et probablement trop tard, ont réduit à piètre restant le sens de vivre en français hors Québec.Conclusion: Voilà.Une fois de plus, nous constatons qu\u2019une partie de ce peuple francophone nord-américain s\u2019éteint lentement, malgré tous ses combats.Quelques mois avant le référendum, Glen Keith Cowan, de l\u2019Ouest canadien, un des animateurs de la fameuse pétition signée par plus d\u2019un million de Canadiens et mille conseils de Ville, priait, par ces signatures, le peuple du Québec de ne pas prendre de décisions concernant sa séparation du reste du Canada «sans tenir compte de l\u2019énorme bonne volonté et des sentiments de la majorité silencieuse des Canadiens» (La Presse, 15 décembre 1984).En effet, quel éloquent silence de cette majorité de Canadiens pendant ces dizaines d\u2019années de frustration et d\u2019humiliation! 434 L\u2019ACTION NATIONALE La forêt et le P.L.Q.par MICHEL FAMELART Le document de réflexion du Parti libéral du Québec sur le secteur forestier porte à peu près uniquement sur l\u2019aspect industriel de la forêt ou, si l\u2019on veut, sur la forêt en tant que source d\u2019approvisionnement en matière ligneuse pour une industrie responsable de 240 000 emplois au Québec (10% de la main-d\u2019œuvre).Selon le document du P.L.Q., et ce sont là ses principales conclusions, «le grand défi réside dans l\u2019approvisionnement et la diversification du bois.L\u2019État, à lui seul, n\u2019est pas assez efficace pour relever ce défi.Le secteur privé en a les moyens.» Il faut donc, selon le document du P.L.Q., «créer un nouvel équilibre qui repose d\u2019avantage sur l\u2019initiative du secteur privé et sur le sens des responsabilités des utilisateurs», équilibre qui «doit respecter les objectifs collectifs et se plier aux exigences d\u2019une véritable éthique forestière».Pour arriver à ces conclusions, les auteurs du document nous proposent d\u2019abord, dans les deux premiers chapitres, un examen de l\u2019importance économique de la forêt (1) et des perspectives économiques mondiales dans ce secteur (2).Dans les deux chapitres qui suivent, ils nous brossent un tableau de l\u2019état de l\u2019industrie forestière au Québec (3) et constatent un écart grandissant entre l\u2019offre et la demande (4).Puis, après avoir traité très (trop) brièvement du besoin de créer une éthique forestière (5) ils nous proposent, dans le sixième et dernier chapitre, un plan d\u2019action.L\u2019analyse de l\u2019importance et des perspectives économiques de la forêt que les auteurs nous livrent dans leurs deux premiers chapitres en est une des plus conservatrices, où la forêt est considérée à peu près uniquement comme source de matière ligneuse 1.Le secteur forestier.Document de réflexion préliminaire.Sous-commission sur l\u2019agriculture, la forêt et les pêcheries.Parti libéral du Québec.Montréal, septembre 1984.42 p. LA FORÊT ET LE P.L.Q 435 pour l\u2019exploitation forestière traditionnelle.Il y a bien un tout petit passage où on dira, après avoir souligné que la chasse et la pêche (encore deux domaines d\u2019activités de plein-air des plus traditionnelles) dépendent de la forêt, que la forêt «constitue enfin l\u2019un des aspects les plus séduisants d\u2019un potentiel touristique encore trop peu exploité, bien que très prometteur» (p.3).C\u2019est tout sur ce qu\u2019on appelle maintenant la polyvalence de la forêt.Dans les deux chapitres suivants (3 et 4), les auteurs du document font, d\u2019une part, le constat \u2014 que tous de nos jours s\u2019accordent maintenant à faire \u2014 de l\u2019état déplorable des forêts du Québec: surexploitation de la ressource forestière au siècle dernier, entraînant, entre autres, la disparition des grandes forêts de Pin, suivi, de nos jours, d\u2019une exploitation à outrance de la forêt, de telle sorte «qu\u2019il devient évident que les objectifs collectifs de gestion de la forêt ne coïncidaient plus avec les objectifs des grands exploitants forestiers» (p.7).Toute l\u2019analyse qui suit est cependant faite dans le même esprit de productivisme qui a mené à la dégradation de nos forêts: «Cette perte de qualité du bois des forêts québécoises entraîne une diminution d\u2019efficacité que des gains de productivité peuvent difficilement parvenir à compenser.» Les principales causes de ce phénomène, selon le document du P.L.Q., sont l\u2019éloignement toujours plus marqué des sources d\u2019approvisionnement, la qualité de moins en moins bonne du bois, l\u2019incertitude d\u2019obtenir des approvisionnements de bois en quantité suffisante, l\u2019augmentation régulière des coûts d\u2019opération, sans compter l\u2019insouciance de l\u2019État: voilà autant de facteurs qui mettent en péril notre industrie traditionnelle de la forêt.Au chapitre cinq, les auteurs du document, discutant du «besoin de créer une éthique forestière», laisseront le lecteur sur son appétit.Le document conclut, noir sur blanc, que «la gestion éclairée des réserves forestières ne peut être laissée exclusivement aux fonctionnaires et aux grandes compagnies».Pour les auteurs, «c\u2019est une question qui doit mobiliser tous les Québécois».Mais comment réaliser cet objectif?Pense-t-on à un processus de participation effective et démocratique des citoyens et des groupes de citoyens «à la gestion éclairée des forêts»?Pense-t-on à un processus transparent de consultation publique?Pense-t-on à un Conseil consultatif sur la Forêt où les citoyens et groupes de citoyens seraient représentés? 436 L\u2019ACTION NATIONALE Quant au plan d\u2019action proposé dans le dernier chapitre par les auteurs du document et qui se divise en neuf points, nous examinerons brièvement trois d\u2019entre eux, trois qui donneront une bonne idée de la philosophie qui sous-tend la démarche des auteurs; ce sont: la forêt publique, la recherche, le respect de l\u2019équilibre écologique.Par rapport à la forêt publique, le plan d\u2019action peut assez bien se résumer par la ligne directrice suivante: «Confier aux utilisateurs la gestion d\u2019un territoire forestier précis.», car «celui qui coupe doit aménager et remplacer, celui qui utilise doit conserver et celui qui en tire bénéfice doit réinvestir».Pour atteindre ces buts, le document propose, pour les utilisateurs, des «mandats de gestion», mandats qui comporteraient les quatre volets suivants: plan industriel, plan d\u2019approvisionnement, plan d\u2019exploitation, plan de reforestation.Et voilà! Quant à la recherche, «elle doit devenir partie intégrante des mandats de gestion», car «les utilisateurs sauront y découvrir rapidement leur propre intérêt».Le document insiste alors sur la recherche portant sur l\u2019amélioration des essences et la production en pépinière.Rien sur la biologie forestière, rien sur la répartition des recherches dans les universités, rien sur les systèmes écologiques.Et pourtant, il y a bien une section où il est question de «l\u2019équilibre écologique».Mais ici, il n\u2019est à peu près question que des arrosages aériens de pesticides chimiques.Le document s\u2019efforce de distinguer deux types d\u2019arrosage (les bons et les mauvais) qui «sont quelques fois pris l\u2019un pour l\u2019autre».Il y a d\u2019abord les insecticides chimiques pour lutter contre la Tordeuse des bourgeons de l\u2019Épinette (les mauvais!); à ce chapitre, les auteurs sont d\u2019avis que le Québec est sur la bonne voie par son programme visant à remplacer les insecticides chimiques par les insecticides biologiques.Puis, viennent les phytocides chimiques (les bons!) que le Gouvernement a interdit, mais «qui demeurent un outil important au service du gestionnaire de la forêt».En effet, selon le document, «l\u2019abandon pur et simple de l\u2019application aérienne des herbicides (phytocides) dans les plantations est lourd de conséquences»; il peut remettre en cause les programmes de reboisement, car «les coûts associés à l\u2019entretien mécanique seraient dix fois plus élevés».Mais on ne considère pas les LA FORÊT ET LEP.L.Q.437 impacts environnementaux de la voie chimique; on ne considère pas les impacts sociaux de la voie mécanique (utilisation d\u2019une plus grand main-d\u2019œuvre en période de chômage).Somme toute, le P.L.Q.vient de nous livrer une réflexion fort traditionnelle sur le secteur forestier.Les deux questions qu\u2019il soulevait au tout début de son document: «Pourrons-nous maintenir le niveau d\u2019emplois dont on est redevable à la forêt québécoise?Pouvons-nous espérer en créer davantage?» demeurent toujours d\u2019actualité. 438 L'ACTION NATIONALE L\u2019environnement par MICHEL FAMELART' Le 27 avril 1983, le Gouvernement du Québec mettait sur pied un groupe de travail chargé de faire un rapport de conjoncture sur la recherche et le développement dans le secteur de l\u2019environnement au Québec.Les principaux mandats de cette équipe placée sous la responsabilité du ministre de l\u2019Environnement et du ministre délégué à la Science et à la Technologie (aujourd\u2019hui le ministre de l\u2019Enseignement supérieur, de la Science et de la Technologie) étaient de faire une analyse de l\u2019état et de la situation de la recherche et du développement en environnement (RD-E) au Québec et de recommender des voies d\u2019action pour l\u2019avenir.Le rapport intitulé «Valoriser le futur» fut rendu public le 7 mai dernier par les deux ministres concernés, MM.Adrien Ouellette et Yves Bérubé.«Valoriser le futur» contient en réalité DEUX rapports: un rapport majoritaire, endossé par onze personnes, et un rapport minoritaire, signé par M.André Bouchard, biologiste à l\u2019Université de Montréal.D\u2019une part, le rapport des onze traite d\u2019abord, dans un premier chapitre, de la démarche et de la méthodologie utilisées par le groupe de travail, puis, dans un deuxième chapitre, il brosse la toile de fond de la recherche et du développement en environnement au Québec pour établir par la suite, dans un troisième chapitre, des perspectives de cette RD en environnement; le rapport conclut finalement, dans un quatrième chapitre, par une série de recommandations au Gouvernement.D\u2019autre part, dans son court rapport, A.Bouchard indique quelle philosophie de base sous-tend les travaux du groupe des onze, la philosophie de la RESTAURATION, et montre quelle aurait dû être la philosophie d\u2019une recherche vraiment respectueuse de l\u2019environnement, la philosophie de la PRÉVENTION.1.Valoriser le futur.Rapport de conjoncture en matière de recherche et développement dans le secteur de l\u2019environnement au Québec.Gouvernement du Québec.Ministère de l\u2019Environnement.Québec, 1985, 126 p., 11,95$. L\u2019ENVIRONNEMENT 439 En pratique ces philosophies différentes sont les bases de deux types de société: la première, la SOCIÉTÉ de RESTAURATION, où l\u2019Homme se croit suffisamment armé, «possède un bon coffre à outils», pour régler, APRÈS COUP, les problèmes environnementaux (quand il ne laisse tout simplement pas les problèmes et les coûts aux générations futures), la seconde, la SOCIÉTÉ de PRÉVENTION, où l\u2019Homme se considère comme un élément d\u2019un écosystème complexe que ses interventions peuvent facilement perturber: avant d\u2019intervenir, il se doit donc d\u2019étudier les effets possibles de ses interventions et de choisir les formules de rechange et les solutions les plus respectueuses de l\u2019environnement.En dépit d\u2019une analyse extrêmement faible et fort peu rigoureuse de la situation de la recherche et du développement en environnement faite par les onze; en dépit de la philosophie de base peu respectueuse de l\u2019environnement et du prix prohibitif d\u2019un tel rapport (11,95$), on se doit de connaître ce document, si pauvre soit-il, car il constitue la base d\u2019une réflexion publique sur la situation et l\u2019avenir de la recherche et le développement en environnement au Québec, réflexion publique qui culminera en un colloque, en octobre 1985. 440 L\u2019ACTION NATIONALE Les évêques et l\u2019agriculture par MICHEL FAMELART1 En février dernier, l\u2019Assemblée des évêques du Québec rendait public un «document de travail» préparé par un de leurs collègues, Mgr Gérard Drainville, évêque d\u2019Amos, document intitulé «Espoirs et défis de l\u2019agriculture dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui».Quelle bouffée d\u2019air frais, quel vent d\u2019espoir et d\u2019encouragement que ce document de travail et de réflexion qui «veut d\u2019abord poser des questions au sujet des orientations du monde agricole qui mettent en cause la qualité de la vie», qui «invite les agriculteurs et les consommateurs à se questionner sérieusement à ce sujet» et qui suggère «au moins comme piste de recherche, des orientations assez différentes de celles qui sont actuellement mises en œuvre».Pour illustrer les grandes lignes de fond de cet excellent ouvrage, qu\u2019on nous permette simplement de puiser dans la conclusion générale et de citer le passage suivant: «L\u2019orientation de cette lettre en surprendra plusieurs et suscitera des réactions.Elle va à l\u2019encontre de l\u2019orientation presque générale de notre société actuelle.Ceux qui tiennent un tel langage sont jugés utopistes.Il y a un choix de société sous-jacent à ce message.Ce choix est justifié par l\u2019échec de notre société sur plusieurs points.Bien qu\u2019elle s\u2019adresse principalement au monde agricole, elle a une portée beaucoup plus large.Les agriculteurs pourraient être les initiateurs d\u2019une société nouvelle qu\u2019il va falloir de toute façon inventer, si nous ne voulons pas aller tous ensemble vers la destruction de la planète» (p.80-81).Une longue analyse et une réflexion mènent Mgr Drainville à ces conclusions.Dans une première partie, il dresse un bilan de la situation dans le milieu agricole et en fait une brève analyse: 1.Espoirs et défis de l\u2019agriculture dans le Québec d\u2019aujourd\u2019hui.(Document de travail), Mgr Gérard Drainville, évêque d\u2019Amos.Assemblée des évêques du Québec.Montréal, février 1985, 88 p.1225 est, boul.Saint-Joseph, Montréal, H2J IL7, (514) 274-4323. LES ÉVÊQUES ET L\u2019AGRICULTURE 441 effets du développement agricole actuel sur l\u2019environnement biophysique et sur le milieu socio-économique.La deuxième partie est une réflexion sur la gestion équilibrée de la terre, on pourrait dire d\u2019une agriculture respectueuse de l\u2019environnement.La troisième partie intitulée «Les motivations chrétiennes dans la gestion de la terre» pourra en surprendre certains: on voit dans ce chapitre les préoccupations du pasteur, alors que le chapitre précédent dénotait davantage \u2014 si on peut se permettre de les séparer \u2014 les préoccupations de l\u2019homme de science.Soulignons, en passant, que Mgr Drainville détient une maîtrise en Sciences (biologie).Enfin, dans la quatrième et dernière partie, Mgr Drainville esquisse des «pistes de recherche pour une agriculture au service des humains»: techniques de culture plus respectueuses de la nature, alimentation moins gaspilleuse, modèle communautaire de gestion des ressources, participation des femmes, éducation, recherches, biotechnologie.En conclusion, c\u2019est, pour emprunter la formule du Comité des affaires sociales de l\u2019Assemblée des évêques du Québec dans la présentation de ce document, un «texte particulièrement substantiel,.le travail de Mgr Drainville constitue un excellent texte de réflexion qui pourra, nous l\u2019espérons, susciter des discussions parmi les agriculteurs et dans le public en général».Nous le souhaitons grandement. 442 L\u2019ACTION NATIONALE Forex, l\u2019avenir de Val d\u2019Or par PIERRE GAUDREAULT Introduction L\u2019Abitibi connaît présentement une période d\u2019incertitude, à la suite de la fermeture de Forex Inc., qui œuvre dans l\u2019industrie forestière.La ville de Val d\u2019Or a été durement touchée par la perte temporaire (on le souhaite) de 1 200 emplois directs.Près de 5 000 personnes sont en fait touchées par ces mises à pied.En prenant cette tragédie pour exemple, je vais tenter de relever les problèmes concernant la fermeture d\u2019une usine qui constitue la raison d\u2019être d\u2019une ville.Présentement, au Québec, plusieurs villes et municipalités sont dans une position semblable à celle de Val d\u2019Or (DOMTAR à Windsor, MARINE à Sorel) et plusieurs autres seraient susceptibles de vivre des événements semblables.Situation du problème La situation financière de l\u2019entreprise s\u2019est beaucoup détériorée au cours des années passées.En effet, au cours des neuf derniers mois, Forex a subi des pertes de 3 435 000$, dont 1 607 000$ pour ses trois derniers mois d\u2019exploitation.Cette situation est évidemment liée à plusieurs facteurs, dont la conjoncture économique en général, qui n\u2019était pas favorable à la situation du marché du bois, qui subissait les contrecoups de la baisse de la demande pour ce produit, à la grève chez Domtar qui a empêché l\u2019entreprise de recevoir ses approvisionnements, ainsi qu\u2019aux frais excessifs de transport liés à l\u2019éloignement des chantiers.Face à ce dernier problème, Forex avait entrepris des démarches auprès du gouvernement pour obtenir de nouveaux territoires de coupe plus près de ses sites de transformation.Forex dépendait d\u2019approvisionnements provenant des territoires de l\u2019usine Bernetz à Amos.Selon les accords qui auraient été faits, Forex aurait remis les territoires de coupe de Bernetz au gouvernement, qui les aurait redistribué aux autres entreprises qui font de la coupe de bois dans la région Amossoise.Cette redistribution aurait entre autres évité la fermeture des usines de FOREX, L\u2019AVENIR DE VAL D\u2019OR 443 Champneuf, Barraute et de Landrienne.À titre de compensation, Forex demandait une somme évaluée à 10 millionsS.Cette somme aurait permis à Forex de modifier son usine de Val d\u2019Or afin de la rendre autonome.De plus, une partie de cet argent aurait pu être affectée à la construction d\u2019une autre usine autonome, à Matagami.Ce qui aurait alors permis à Forex de se rapprocher des ressources naturelles et de puiser dans les forêts du nord, comme le souhaite le gouvernement depuis quelques années.Toutefois, cette proposition a été bloquée en raison de la saisie des biens de Forex par la Banque Nationale et la Banque Royale.En raison de l\u2019incapacité pour Forex de rencontrer les exigences de son emprunt bancaire, les institutions prêteuses ont rappelé leurs crédits d\u2019opération, qui totalisaient près de 10 millionsS, ainsi que leurs prêts à terme, qui représentaient 20 millionsS, et ont fait saisir les biens de la compagnie.Peu après cette saisie, le MER a fait saisir à son tour les inventaires de bois de l\u2019entreprise, étant donné que Forex devait 2,1 millionsS au ministère en droits de coupe impayés.À la suite de cet arrêt de la production, les dirigeants ont préparé un plan de relance (bénévolement) qui a été soumis aux banques.Ces dernières ont accepté de reporter l\u2019échéance des remboursements.Jusqu\u2019à présent, il est difficile de prévoir si l\u2019usine rouvrira un jour, mais des rumeurs circulaient à propos de la reprise des activités pour le mois de juin 1985.Problèmes pour la région La fermeture d\u2019une usine comme Forex entraîne plus que la perte des emplois directs.La mise à pied des employés a généralement un effet d\u2019entraînement sur les commerces de la région, ainsi que sur les compagnies qui procuraient des services à cette entreprise ou qui bénéficiaient de la présence de cette dernière.Forex constituait une masse salariale (annuelle) de près de 35 millionsS (incluant les sous-traitants).Forex contribuait aussi à l\u2019économie de la région en dépensant 25 millionsS pour l\u2019achat de matières diverses (pneus, pétrole, taxes, construction et réparation et autres services fournis par des entreprises de la région).La perte d\u2019emplois indirects est estimée à plus de 3 400, qui 444 L\u2019ACTION NATIONALE s\u2019ajouterait aux 1 200 autres mises à pied déjà effectuées.On constate, alors, l\u2019importance de la compagnie au sein de la communauté Abitibienne.À la fin de 1983, Forex avait émis plus d\u2019un million d\u2019actions sur les marchés boursiers à 5$ l\u2019unité.À la suite de la fermeture de l\u2019usine, les actions ont chuté sous le seuil du dollar.La commission des valeurs mobilières du Québec a alors commencé une enquête pour déterminer si le prospectus contenait des informations fausses ou trompeuses.L\u2019effet de ces événements sur les investisseurs potentiels a évidemment été très fortement négatif.La région connaît présentement des problèmes de chômage; la mise à pied des travailleurs de Forex ne fait qu\u2019aggraver la situation et rend une image très défavorable de la région aux investisseurs potentiels.L\u2019entreprise risque de perdre une bonne partie de sa clientèle au profit de ses compatriotes.La relance pourrait donc se révéler très difficile, surtout si les employés ne sont pas prêts a faire de compromis ou de sacrifices.Ces mêmes employés ont déclaré toutefois qu\u2019ils ne voulaient pas être les laissés pour compte d\u2019une éventuelle restructuration.Cette antagonisme qui provoque des frictions complique le plan de relance et retarde inutilement le processus de retour au travail.À ce niveau, il faut cependant noter que les employés de Forex ont dû subir un gel des salaires en 1982: la compagnie tentait, à ce moment, de rentabiliser ses opérations.Les employés ont accepté toutefois de participer à un plan de relance qui prévoit que chaque individu devra verser 6% de son salaire pour l\u2019achat d\u2019actions de la compagnie.En contre-partie, ceux-ci exigent une participation au sein du conseil d\u2019administration, ce qui prouve un manque de confiance évident des employés, face aux administrateurs de la compagnie.Depuis la fermeture de Forex, les commerçants de la ville ont adopté une attitude défaitiste face aux événements.Au fur et à mesure que le temps passe, l\u2019espoir d\u2019une reprise diminue.Heureusement, l\u2019économie de la ville repose sur plus d\u2019une entreprise.Contrairement à Gagnon, Schefferville et Windsor, Val d\u2019Or est une des villes principales de la région et de nombreux commerces et organisme y ont leur siège social.De plus, FOREX, L\u2019AVENIR DE VAL D\u2019OR 445 une grosse partie de l\u2019économie de la région repose sur l\u2019activité minière, plusieurs mines sont donc en opération près de Val d\u2019Or.Solutions pour la reprise des opérations Implication des banques Il semble évident que la compagnie aura besoin de fonds pour relancer les opérations de ses activités.Sans l\u2019apport de fonds de l\u2019extérieur, toute relance est donc impossible.Ceci nous amène donc à nous poser les questions suivantes: \u2014\tÀ partir de quels critères les banques ont-elles rappelé leurs prêts?\u2014\tJusqu\u2019à quel point les dirigeants des banques ont-ils considéré l\u2019aspect «éthique», au moment de leurs décisions?Vu le manque d\u2019informations, la réponse à la première question reste difficile à déterminer.Par contre, s\u2019il s\u2019avère que les décisions ont été prises aux sièges sociaux (ce qui est l\u2019hypothèse la plus probable), c\u2019est sûrement parce que la situation était critique.Il semble toutefois que la notion d\u2019éthique ait été laissée de côté.L\u2019impact des décisions prises par les banques ont eu des effets désastreux sur l\u2019économie de la région, comme nous l\u2019avons vu au cours des pages précédentes.Il reste à souhaiter que la décision des banques ait été basée sur des éléments pertinents et que ceux-ci aient été justifiés.Implication des employés Dans une situation de ce genre, l\u2019implication des employés est primordiale.Les employés auront donc à prendre position dans ce dossier.Ils devront réaliser que la situation est critique et que leur implication est nécessaire pour que la relance soit viable.L\u2019antagonisme entre le patronat et le syndicat, qui a été dévoilé plus tôt, devra cesser pour assurer la collaboration de tous.Implication du gouvernement et de la municipalité L\u2019administration municipale de Val d\u2019Or a décidé qu\u2019elle participerait à la relance de Forex.Présentement, la municipalité participe activement aux discussions entre les différents interve- 446 L'ACTION NATIONALE nants.La ville songerait aussi à injecter des fonds en collaboration avec certains hommes d\u2019affaires de la région qui sont présentement en campagne pour réunir plus d\u2019un millions.La condition de base à ces participations est la viabilité à long terme de la relance des opérations de Forex.Ces injections de fonds devraient avoir un effet incitateur sur les autres investisseurs potentiels, soit les banques et les autres participants au marché financier.Évidemment, toutes les fois qu\u2019une entreprise est au bord de la fermeture, tous se tournent vers le gouvernement pour que celui-ci redresse la situation et éponge les pertes.Les gens d\u2019affaires du Québec connaissent bien la flexibilité de nos gouvernements.Des exemples d\u2019intervention gouvernementale sont faciles à retracer: citons, par exemple, Massey-Ferguson et Pétro-mont.Pour ce qui est du dossier Forex, on constate qu\u2019il n\u2019y a pas eu d\u2019intervention du côté provincial.Le porte-parole fédérale a cependant fait comprendre que son apport se ferait seulement si le plan de relance répondait à des exigences de permanence.C\u2019est-à-dire que le plan de relance doit avoir un effet sur la région aussi bien à court terme qu\u2019à long terme.Le gouvernement est cependant réticent à accorder des subventions à Forex, étant donné les problèmes qu\u2019a rencontrés le Canada il y a quelques années, lorsque les industriels du bois de sciage américain ont accusé le gouvernement canadien de faire du protectionnisme et de livrer une concurrence déloyale à leur égard.Face à ce point de vue, j\u2019encourage le gouvernement à se montrer plus exigeant dans les cas de ce genre.Le Québec ne peut se développer uniquement sur la base d\u2019entreprises dont la présence repose sur l\u2019intervention gouvernementale.Le gouvernement devrait encourager les dirigeants d\u2019entreprises à moderniser et à rentabiliser leurs usines afin d\u2019être concurrentiels face aux marchés locaux, nationaux et mondiaux.Conclusion Il est évident qu\u2019avec un plan de relance solide, des gestionnaires consciencieux et déterminés, des employés soucieux de FOREX, L\u2019AVENIR DE VAL D\u2019OR 447 leur avenir et un syndicat coopérant, les chances pour Forex de reprendre ses opérations seront grandement améliorées.L\u2019entreprise peut même espérer reprendre sa place au sein de l\u2019industrie, où elle était autrefois l\u2019un des plus gros producteurs.Il est même possible de reprendre avec plus de force, car cette expérience a sûrement fait réfléchir les dirigeants de la compagnie.La mentalité des gens de la région a été beaucoup influencée par les événements qui ont entouré la fermeture de l\u2019usine.Ceux-ci montreront à l\u2019avenir une plus grande responsabilité (je l\u2019espère) face à leur travail.Il est toutefois fâcheux qu\u2019un tel drame doive se produire pour que le milieu réalise les faiblesses de notre système économique.Le Québec a besoin plus que jamais de la collaboration entre les principaux intervenants de ce milieu des affaires, soit le patronat et le syndicat.Ce n\u2019est qu\u2019avec une telle approche que les nouveaux gestionnaires du Québec pourront montrer notre pays sous son meilleur côté. 448 L\u2019ACTION NATIONALE Les voies d\u2019avenir du syndicalisme québécois par SIMON PELLETIER Mise en situation De nos jours, au Québec, le taux de syndicalisme est à son niveau le plus bas depuis vingt ans.En 1981, près de trente pour cent des travailleurs québécois étaient syndiqués, tandis qu\u2019aujourd\u2019hui, le taux est d\u2019environ 26%, soit 19,8% au secteur primaire, 31% au secteur secondaire et 27% au secteur tertiaire.C\u2019es la F.T.Q.qui détient le plus de syndiqués, soit 33%, comparativement à 25% pour les syndicats indépendants, 23% pour la C.S.N., 8% pour la C.E.Q., 5% pour la C.S.D.et 5% pour la C.T.C.Quelles sont donc les causes de cette baisse de popularité des syndicats?Selon le ministre du travail, M.Fréchette, il y aurait trois raisons majeures à ce phénomène.Dans un premier temps, il y a un manque d\u2019intérêt.«Un certain nombre de travailleurs ne sont pas syndiqués parce qu\u2019ils préfèrent ne pas l\u2019être.» Deuxièmement, ceux qui voudraient l\u2019être démissionnent souvent devant la complexité et la lenteur des mécanismes d\u2019accréditation.Finalement, il croit que ce manque d\u2019intérêt est attribuable aux attitudes exprimées publiquement par certains chefs syndicaux.«Leurs discours les effraient.Les gens ne s\u2019y reconnaissent pas.» Également, avec le virage technologique, il se produit en même temps une révolution psychologique causée en bonne partie par la venue en masse des femmes sur le marché du travail.Aussi, la notion de travail en tant que «travail» commence à s\u2019estomper.Afin de s\u2019insérer dans le prolongement de notre vie démocratique, les syndicats doivent favoriser l\u2019information, l\u2019éducation et la participation des travailleurs à la vie de l\u2019entreprise.L\u2019ancien président de la C.S.N., M.Marcel Pépin, est pour sa part assez inquiet de cette faiblesse du syndicalisme dans notre LES VOIES D\u2019AVENIR DU SYNDICALISME QUÉBÉCOIS 449 société québécoise d\u2019aujourd\u2019hui et, craint-il, dans celle de demain.«Le syndicalisme doit se rendre attrayant.Il faut qu\u2019on comprenne, en certains milieux, que ce n\u2019est pas parce qu on a une profession de col blanc et qu\u2019on ne se salit pas les mains qu\u2019on n\u2019est pas un travailleur ou qu\u2019on n\u2019a pas besoin d un syndicat.11 va falloir rendre les structures syndicales plus accueillantes.» Il croit également que le syndicalisme doit proposer à la société des solutions nouvelles.Corvée-Habitation, le Fonds de solidarité, ce sont des voies qui doivent se multiplier.Les syndicats doivent se préoccuper de l\u2019emploi, se préoccuper davantage d\u2019économie, se donner des ressources.Actuellement, la C.S.D.avec sa visée de démocratie industrielle et la F.T.Q.avec son Fonds de solidarité démontrent les véritables voies d\u2019avenir du syndicalisme québécois.Démocratie industrielle (C.S.D,) On se rend compte que les travailleurs veulent de plus en plus prendre part à la gestion des entreprises.On a assisté au développement d\u2019un réseau de 2 500 coopératives et de dizaines de milliers de P.M.E.appartenant en propre à des Québécois.On remarque également que la majorité des firmes québécoises qui ont favorisé la participation des employés à l\u2019avoir de l\u2019entreprise, phénomène de cogestion, ont connu des succès appréciables.Par exemple, en 1981, des compagnies telles Tembec, Papiers Cascades Cabano, Harvey Transport, Tapis Élite, Pylonex, Métallurgie Pelchat, entre autres, enregistraient des profits considérables, par rapport aux années précédentes.Il est important de noter la hausse de satisfaction du travailleur cogestionnaire.Celui-ci est sensible à l\u2019esprit de communauté dans le travail, parce qu\u2019il est au courant de la situation financière, des perspectives de développement, des forces et des faiblesses de l\u2019entreprise, et surtout, il se sent respecté par la direction et considéré comme un rouage essentiel au progrès de sa compagnie.Mais les syndicats ne sont pas trop intéressés à ce genre de cogestion, car ils ont peur d\u2019être évincés complètement du système social.Au Québec, il n\u2019y a que la C.S.D.qui propose cette nouvelle orientation. 450 L\u2019ACTION NATIONALE Contrairement aux autres syndicats, le but de la C.S.D.n\u2019est pas de détruire le système capitaliste, mais d\u2019y apporter des modifications en cherchant la promotion collective des travailleurs, tout en demeurant totalement indépendant des partis politiques.Cette centrale syndicale veut en arriver à une démocratie industrielle dans les entreprises, c\u2019est-à-dire à une participation active des travailleurs à la gestion dans l\u2019entreprise.Elle ne veut pas seulement une participation lors des négociations d\u2019une convention collective, mais aussi l\u2019instauration de comités conjoints où des travailleurs seraient délégués pour participer aux décisions de l\u2019entreprise et à en assumer leur part de responsabilité.Les travailleurs seraient alors plus intégrés dans l\u2019entreprise et auraient un plus grand intérêt aux travaux qu\u2019ils effectuent.Les autres syndicats misent plutôt sur la participation des travailleurs dans les négociations de conventions collectives.Elles ont une stratégie axée sur la confrontation, tandis que la C.S.D.propose plutôt une stratégie axée sur la collaboration.Cependant, à l\u2019instar du syndicat allemand (D.G.B.), il faudra que l\u2019État, les syndicats et les entreprises enclenchent un vaste mouvement d\u2019éducation ouvrière, afin d\u2019assister vraiment à une démocratie industrielle québécoise.Syndicalisme entreprenant (F.T.Q.) Le syndicalisme entreprenant est une forme de syndicalisme où le syndicat lui-même s\u2019implique directement dans la création d\u2019emplois, soit en créant ses propres entreprises ou en investissant dans certaines compagnies.Au Québec, une expérience du genre a été amorcée en 1983 par la F.T.Q.Celle-ci proposait alors un projet de création d\u2019un Fonds de solidarité composé de capital-actions investis par les syndiqués.Les objectifs de ce Fonds sont vastes: faire des investissements dans des entreprises québécoises dans le but de créer, maintenir ou sauvegarder des emplois; favoriser la formation des travailleurs dans le domaine de l\u2019économie; stimuler l\u2019économie québécoise par des investissements stratégiques et favoriser le développement des entreprises québécoises en invitant les travailleurs à participer à ce développement par la souscription d\u2019actions du Fonds. LES VOIES D\u2019AVENIR DU SYNDICALISME QUÉBÉCOIS 451 Au début, le secrétaire général de la centrale, M.Fernand Daoust, déclarait que l\u2019objectif visé de sensibiliser les travailleurs allait constituer ni plus ni moins qu\u2019un défi colossal à relever, compte tenu de la nouveauté du concept, du fait qu\u2019il n\u2019a pas été expérimenté et du risque de perte des mises de fonds des travailleurs.Les prévisions étaient alors de 200 millionsS en trois ans, soit jusqu\u2019en 1986.En mars 1985, un peu plus d\u2019un an plus tard, la F.T.Q.est loin des objectifs qu\u2019elle s\u2019était fixés.Seulement 3 000 syndiqués auraient investi de l\u2019argent dans le Fonds, pour 2 millionsS d\u2019actions.M.Louis Fournier, porte-parole du Fonds, explique ces débuts difficiles en grande partie par la complexité d\u2019une pareille structure.«Tu ne peux pas bâtir une institution financière en quelques mois seulement.Il nous a fallu former 1 000 syndiqués qui ont accepté bénévolement de recruter des cotisants.Ensuite, on s\u2019est rendu compte qu\u2019il fallait s\u2019armer de patience et mettre en place des mécanismes d\u2019information pour renseigner adéquatement les travailleurs sur les avantages des actions du Fonds.» En fait, le Fonds offre à ses cotisants d\u2019importants rabais fiscaux.Ils bénéficient d\u2019économies d\u2019impôt pouvant varier de 70 à 90 pour cent du montant investi dans le Fonds.La direction estime également que ses éventuels placements dans les P.M.E.lui procurent un rendement annuel moyen d\u2019environ quinze pour cent.Une autre difficulté du Fonds est qu\u2019il doit affronter la concurrence féroce des R.E.E.R.vendus par plusieurs institutions financières, lui qui vend des actions admissibles aux R.E.E.R.Cependant, le problème majeur du Fonds est d\u2019attirer et de mieux renseigner les travailleurs, qui ont certaines craintes face à ce nouveau projet.Mais avec la campagne publicitaire entreprise en décembre 1984 et qui s\u2019est terminée au premiers mars 1985, dont le coût a été défrayé à 70 pour cent par le gouvernement du Québec, la direction du Fonds espère augmenter à 8 000 le nombre de cotisants et à 10 millionsS, le capital souscrit.Cependant, la F.T.Q.aura beau affirmer que toutes les entreprises, qu\u2019elles soient syndiquées ou non, auront la même chance de s\u2019adresser au Fonds pour en obtenir de l\u2019aide, cela 452 L\u2019ACTION NATIONALE reste plutôt une question de principe.La F.T.Q.elle-même spécifie que les administrateurs du Fonds donneront priorité aux demandes provenant des travailleurs contribuant au Fonds.Or, les souscripteurs étant principalement des syndiqué de la F.T.Q., ce sont les travailleurs syndiqués qui, en pratique, sont censés en profiter.Donc, le Fonds investira surtout dans des entreprises syndiquées F.T.Q.A sa première année, le Fonds n\u2019a pu consentir qu\u2019un prêt de 500 000$, cinq ans à onze pour cent, à la scierie des Outardes de Baie-Comeau.Ce sont là des débuts très modestes, mais la direction du Fonds de solidarité de la F.T.Q.demeure optimiste pour le futur.La F.T.Q.doit établir un nouveau front en essayant de faire une percée vers l\u2019instauration d\u2019une démocratie économique où les travailleurs auront un rôle important à jouer dans l\u2019économie de la province, tout comme en Israël, où le syndicat «Hista-drout» joue un rôle de syndicat entrepreneur dans différents secteurs économiques et permet à l\u2019économie ouvrière de contribuer à 22 pour cent du P.N.B.israélien.Si, à l\u2019instar d\u2019Histadrout en Israël, la F.T.Q.réussit à impliquer les travailleurs dans la participation financière afin de favoriser le développement économique des entreprises, elle aura atteint son objectif primordial.Conclusion Au début des années 1900, les entreprises n\u2019avaient qu\u2019un objectif: la production.Les travailleurs n\u2019étaient que des pièces du casse-tête au même niveau que la machinerie, pour leur permettre de fabriquer le plus possible avec des coûts les plus bas possible.Les patrons étaient les rois et les travailleurs étaient presque des esclaves.Devant cette situation intenable, on a assisté à la création des syndicats qui avaient comme objectif le bien-être des travailleurs.Maintenant, c\u2019est la situation contraire qui se produit.Les travailleurs sont bien et le syndicat réussit à les convaincre qu\u2019ils peuvent être mieux encore et en demander plus à leur compagnie, jusqu\u2019au jour où celle-ci ne peut plus répondre aux deman- LES VOIES D\u2019AVENIR DU SYNDICALISME QUÉBÉCOIS 453 des syndicales et fait des mises à pied ou ferme tout simplement ses portes.Cela explique un peu la baisse de popularité des syndicats.Les syndiqués sont maintenant insécures face à leurs emplois et préfèrent ne pas être syndiqués et conserver leurs emplois.C\u2019est donc par une transformation des syndicats que ceux-ci pourront survivre.Si, à l\u2019instar de la F.T.Q.et de la C.S.D., les syndicats se mettent à collaborer avec les entreprises, au lieu de les combattre, c\u2019est le syndicat, l\u2019entreprise, le travailleur et finalement la société québécoise toute entière qui en bénéficieront.BIBLIOGRAPHIE Bouvier, Émile, Les relations du travail au Québec, Guérin, Sherbrooke, 1980.Couture, Denis, Le Fonds de solidarité des travailleurs, tiré du journal FINANCE, 20 juin 1983.Desrochers, Irénée, Le Fonds des travailleurs pour des emplois, tiré de la revue RELATIONS, n° 494, octobre 1983.Girard, Michel, Le Fonds de solidarité de la FTQ est loin de susciter l\u2019enthousiasme, tiré de La Presse, 18 février 1985.Laflamme, Marcel, Contexte socio-économique québécois, Éd.Gaétan Morin, 1978.Laflamme, Marcel, Expérience de démocratie industrielle, Éd.du Jour, 1979.Laflamme, Marcel, Pour un virage socio-économique, Éd.I.F.C.C., Sherbrooke, 1983. 454 L\u2019ACTION NATIONALE Une économie québécoise autonome par ANDRÉ LAFRENIÈRE Introduction Une économie québécoise autonome: est-ce un mythe, une réalité actuelle, une possibilité dans un futur rapproché ou tout simplement un rêve utopique?Quand je parle d\u2019une économie québécoise autonome, je fais référence à la capacité du Québec d\u2019avoir une économie dynamique et grandissante, ou tout au moins stable, et ce, sans dépendre des investissements étrangers ou, même à la limite, du gouvernement canadien.Est-ce possible?Situation actuelle: la dépendance Si on regarde les réalités actuelles dans l\u2019économie québécoise, je crois qu\u2019on peut se mettre d\u2019accord pour dire que le gouvernement canadien et les investissements étrangers sont des intervenants sur lesquels dépend en grande partie l\u2019équilibre économique du Québec.La dépendance du Québec face aux investissements étrangers et l\u2019intention de l\u2019État Quand on parle de dépendance face aux investissements étrangers, on peut étendre ces notions à l\u2019échelle canadienne, car la situation n\u2019est pas spécifique au Québec.Cette dépendance, le Canada devra la subir durant plusieurs années encore (au moins une décennie), car il lui faudra beaucoup de temps pour reprendre une place avantageuse sur les marchés mondiaux.Cette longue période de temps sera nécessaire, car le Canada et le Québec en particulier devront effectuer des changements majeurs dans leur structure industrielle s\u2019ils veulent diminuer cette dépendance.Il faudra donc beaucoup de temps pour apporter ces changements qui sont nécessaires.Pourquoi?Parce qu\u2019aujourd\u2019hui, UNE ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE AUTONOME\t455 au Québec, peu d\u2019entreprises possèdent la taille, la technologie ou l\u2019entrepreneurship nécessaire pour relever seules le défi du développement économique.En effet, il n\u2019est pas donné à toutes les entreprises de posséder la taille de Bombardier, la haute technologie de la firme Matrox ou l\u2019entrepreneurship des frères Lemaire de Cascades Inc.En attendant, pour assurer la création et le maintien des emplois, le Québec ne pourra donc pas se passer de l\u2019appui offert par les investissements étrangers ou les subventions généreuses de l\u2019État.Pour justifier cela, notons simplement les exemples suivants: 1)\tEn juillet 1984, Le Devoir publiait ce qui suit: «L\u2019agence canadienne de surveillance des investissements étrangers, mieux connue sous son acronyme anglais FIRA, a approuvé 42 des 43 projets d\u2019investissements de l\u2019étranger qui lui ont été soumis.» 2)\tTout récemment, les gouvernements du Canada et du Québec s\u2019unissaient pour fournir une aide de plus de 100 mil-lionsî à la compagnie DOMTAR de Windsor, pour qu\u2019elle réalise un projet d\u2019investissement de l\u2019ordre d\u20191 milliards; cette aide gouvernementale permettra ainsi de sauver les emplois déjà existants.Il est donc vrai que l\u2019économie québécoise est dépendante des investissements étrangers et de l\u2019État.Des exemples comme ceux que je viens de mentionner justifient cela.En premier lieu, on voit que pour FIRA le mot d\u2019ordre est de «prendre tout ce qui passe», ce qui l\u2019amène à délaisser son rôle principal, qui est de protéger les entreprises canadiennes contre les investissements étrangers; ce qui est probablement la raison pour laquelle le gouvernement conservateur s\u2019apprête à l\u2019éliminer, pour la remplacer par Investissement Canada dont le rôle sera sans doute plus conciliant.Le rôle des multinationales Au Québec, comme presque partout au Canada, les multinationales exercent encore aujourd\u2019hui un rôle de premier plan dans l\u2019économie, malgré l\u2019importance grandissante des PME.Le Québec a toujours été reconnu pour ces richesses naturelles, mais aussi pour le manque de capitaux venant d\u2019investisseurs québécois pour les exploiter. 456 L\u2019ACTION NATIONALE De plus, pour plusieurs produits de technologie, le Québec ne pouvait être concurrentiel, à cause justement d\u2019un manque de technologie de pointe.Finalement, à cause de leur manque de connaissance de certains grands marchés et des réseaux de distribution limités, les entreprises québécoises, sauf quelques exceptions, ont dû abandonner la production de produits destinés sur les marchés mondiaux.La venue des multinationales était donc inévitable et même très favorable dans les circonstances, car elles étaient une très bonne source d\u2019emploi et en situation de crise on peut oublier, en tant qu\u2019individu, l\u2019exploitation de nos ressources pour mériter un emploi.Étant donné que dans plusieurs cas les multinationales implantées au Québec sont sous contrôle étranger, encore une fois il est question d\u2019une dépendance pour l\u2019économie québécoise.Cependant, en temps de crise et lors de tentative de relance économique, il peut être logique de penser qu\u2019il faut favoriser l\u2019implantation de la multinationale plutôt que d\u2019empêcher sa venue, car de nombreux emplois en sont l\u2019enjeu.Ceci occasionne cependant des conséquences fâcheuses.Par exemple, en 1982, près de 30% de notre secteur industriel étaient sous contrôle étranger et il est permis de croire que la plupart des entreprises concernées sont des multinationales.Le conservatisme des Québécois J\u2019ai mentionné précédemment que le Québec était reconnu pour un manque de capitaux venant d\u2019investisseurs québécois.Je ne veux pas dire que les Québécois ne sont pas riches, mais plutôt qu\u2019ils sont généralement portés à épargner au lieu d\u2019investir dans du capital de risque.Même si de toute façon on a pas vraiment besoin d\u2019être riche pour investir (c\u2019est plutôt en investissant que l\u2019on devient riche), il reste que les Québécois ont un pouvoir financier sous-estimé et peut-être mal utilisé.Et de tout cela découle une dépendance de l\u2019économie québécoise envers les investisseurs étrangers encore plus marquée. UNE ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE AUTONOME\t457 Les indices d\u2019un premier pas vers l\u2019autonomie Je crois qu\u2019il est faux de prétendre que l\u2019économie québécoise dépend totalement d\u2019intervenants externes ou que cette dépendance va en accentuant.En effet, depuis quelques années, au Québec, on a vu apparaître certains changements dans l\u2019économie générale qui aujourd\u2019hui constituent sûrement des facteurs importants qui pourraient bien être les premières tentatives pour l\u2019économie québécoise de justifier son identité.Les francophones veulent maîtriser leur économie Une étude sur l\u2019appartenance des entreprises québécoises effectuée par les économistes François Vaillancourt et André Raynault (l\u2019étude porte sur 1978) démontre que dans tous les secteurs de l\u2019économie, les francophones ont enregistré des progrès depuis le début des années soixante.L\u2019amélioration se veut plus considérable dans certains domaines comme celui de la finance, mais ce qui est important de noter, c\u2019est que dans aucun cas l\u2019importance des Québécois francophones n\u2019est en régression.Le tableau suivant résume l\u2019importance relative des employeurs francophones, en comparaison avec les employeurs anglophones et étrangers.L\u2019étude met surtout en évidence les progrès accomplis par les francophones dans le secteur des institutions financières.En effet, c\u2019est dans le domaine de la finance que l\u2019on retrouve les améliorations les plus importantes depuis la révolution tranquille; la main-d\u2019œuvre représentée par des employeurs francophones passant de 25% en 1961 à près de 45% en 1978.Un fait important aussi à remarquer est que, bien que l\u2019étude porte sur 1978, les résultats de celle-ci sont encore valables aujourd\u2019hui.La situation a très peu évolué, mais toujours à l\u2019avantage des francophones.Le transfert des emplois ayant une tendance vers le secteur tertiaire laisse entrevoir une forte percée des francophones dans le secteur des services entre autres.Le Québécois investisseur Comme je l\u2019ai mentionné dans la première partie de mon 458 L\u2019ACTION NATIONALE LES EMPLOYEURS AU QUÉBEC (1978) Secteur\tTotal des emplois\t% franco- phones\t% anglo- phones\t% étrangers Agriculture\t73 000\t91,8\t8,2\t\u2014 Mines\t27 000\t17,0\t18,1\t64,9 Forêts\t20 000\t33,4\t28,9\t37,7 Fabrication\t569 000\t27,8\t38,6\t33,6 Construction\t135 000\t74,4\t18,5\t7,1 Transport et communication\t223 000\t43,1\t52,6\t4,3 Commerce\t420 000\t51,0\t32,0\t17,0 Institutions financières\t133 000\t44,8\t43,1\t12,1 Services\t738 000\t75,0\t21,2\t3,8 Administration publique\t178 000\t67,2\t32,8\t\u2014 travail, le Québécois était auparavant reconnu comme conservateur en ce qui concerne les investissements, préférant épargner et éviter ainsi le domaine du capital de risque.Les sondages visant à dresser le profil des investisseurs n\u2019étaient pas très favorables aux Québécois et ce n\u2019est sûrement pas beaucoup plus avantageux aujourd\u2019hui.Cependant, certains indices laissent prévoir que les Québécois ont de plus en plus conscience qu\u2019ils peuvent réussir en affaires.Depuis que la Bourse de Montréal a mis sur pied des cours d\u2019initiation à la bourse, des milliers de francophones ont accédé à un univers qui leur était jusque-là étranger.Il n\u2019y a pas longtemps, les réussites en affaires chez les Québécois francophones étaient surtout des cas d\u2019exceptions.Aujourd\u2019hui, les affaires et l\u2019investissement, c\u2019est la mode: c\u2019est même presque une nouvelle vocation.Le Québec a plus de 40% des étudiants universitaires en administration au Canada et la demande continue d\u2019être très forte. UNE ÉCONOMIE QUÉBÉCOISE AUTONOME 459 Il n\u2019y a pas de doute que cet esprit d\u2019investisseur que semblent vouloir se donner les Québécois atténuera cette dépendance de l\u2019économie québécoise envers les étrangers.La naissance de «nouvelles» entreprises La structure industrielle québécoise est actuellement en mutation.Les industries.traditionnelles cèdent de plus en plus de place aux PME dynamiques et utilisent la nouvelle technologie.Personnellement, je crois que l\u2019importance grandissante du secteur tertiaire et l\u2019esprit moderniste des nouvelles PME sont les principales raisons de cette percée des entreprises québécoises.C\u2019est aussi grâce à l\u2019esprit investisseur du Québécois d\u2019aujourd\u2019hui que la Bourse de Montréal compte 150 entreprises québécoises sur quelque 440 inscrites, comparativement à quelques-unes en 1960.Après l\u2019échec des grands projets industriels, dont l\u2019acier avec Sidbec, la nouvelle génération d\u2019entrepreneurs francophones frappe aux portes du secteur privé.De plus en plus, on voit naître de nouvelles entreprises spécialisées dans des secteurs de pointe.Conclusion J\u2019ai mentionné plusieurs points qui, je l\u2019espère, auront su justifier pourquoi je crois que pour le Québec il sera bientôt (deux décennies ou moins) possible d\u2019avoir une économie qui, pour assurer sa survie, n\u2019aura pas à dépendre des investisseurs étrangers ni à «mendier» l\u2019aide gouvernementale.Les principaux indices laissant voir une possibilité d\u2019autonomie sont en résumé les suivants: la conquête de leur économie par les francophones, les Québécois se voulant de plus en plus investisseurs et la naissance d\u2019entreprises modernes, mieux gérées et capables d\u2019apporter leurs produits.Ce dernier point pourrait finalement permettre d\u2019enlever sur plusieurs produits ou services offerts au Québec les fameuses étiquettes «Made in Japan» ou «Made in USA».C\u2019est pour toutes ces raisons que je dis qu\u2019une économie québécoise autonome, c\u2019est possible et peut-être pour bientôt! 460 L\u2019ACTION NATIONALE La Coop de Plessisville Le marketing du sirop d\u2019érable par CAROLE THÉRIAULT J\u2019ai choisi de faire ce dernier essai sur le marketing du sirop d\u2019érable, parce que le marketing est la discipline pour laquelle j\u2019ai le plus d\u2019aptitudes, ma famille a son centre d\u2019activités en étroite relation avec la production de sirop d\u2019érable et aussi parce que mon intérêt pour le mouvement coopératif se fait de plus en plus grandissant.D\u2019abord, parlons un peu de la production de sirop d\u2019érable des dernières années.On note qu\u2019en 1984, la production de sirop d\u2019érable était de 12% inférieure à celle de 1983, soit 7 273 kilolitres en 1984, pour 8 270 en 1083.Ceci a donc permis d\u2019écouler les stocks qui avaient atteint des niveaux records.Ainsi, le marché de vendeurs est devenu un marché d\u2019acheteurs.Avec sa production de 1984, le Québec a fourni 60% de sirop d\u2019érable consommé à l\u2019échelle mondiale, comparativement à 67,6% au début des années 80.La Coop de Plessisville est l\u2019un des principaux exportateurs des produits de l\u2019érable du Québec; elle est aussi connue sous le nom de «Les Producteurs de sucre d\u2019érable du Québec».Le directeur du marketing de la Coopérative, M.Claude Tardif, estime qu\u2019elle compte pour 40% de toutes les exportations québécoises dans ce secteur.Celui-ci s\u2019attend à une croissance de 20% des exportations sur les marchés étrangers.Les Américains étant leurs principaux acheteurs, toutefois de nouveaux marchés se sont développés en Europe et en Asie.En 1984, la Coopérative a manqué de sirop.Elle a vendu pour 13,2 millions!.Pour la présente saison, ils prévoient des ventes de 18 millions!.La Coopérative vend son sirop embouteillé sous les marques Camp et Citadelle et on les retrouve partout dans les États, à l\u2019est du Mississipi.Ainsi, elle vend directement aux supermarchés, aux chaînes et aux groupements d\u2019achats, en dollars améri- LE MARKETING DU SIROP D\u2019ÉRABLE 461 cains.Ceci veux dire que pour chaque cent que le dollar canadien perd par rapport au dollar américain, elle fait 10 000$ de profit.C\u2019est bien pour dire que «le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres».De plus, la Coopérative a commencé à exploiter son propre réseau de distributeurs aux États-Unis depuis la mi-février.Ce réseau va lui permettre de rejoindre certains magasins spécialisés et les magasins à rayons.En même temps, la Coopérative (qui a pris soin de diversifier sa clientèle industrielle) va mettre sur le marché de nouveaux produits à base de sirop d\u2019érable destinés, pour commencer, exclusivement au marché américain.M.Tardif affirme que dans les années à venir une gamme de produits à base de sirop d\u2019érable sera développée et commercialisée par les réseaux de distribution qu\u2019ils auront créés.On voit que la coopérative a amorcé un grand virage et pour ce faire, elle y a consacré un énorme budget en 1982-1983 et beaucoup d\u2019efforts.Pour atteindre ses objectifs de vente il lui faudra plus de 8 millions de livres de sirop au printemps 1985.Ainsi, la Coop a su développer et assurer la croissance des marchés à l\u2019étranger, à condition bien sûr que l\u2019on puisse continuer à les approvisionner.Eh bien oui, le fait que la demande risque très probablement d\u2019être supérieure à l\u2019offre, cela provoque une majoration des prix des produits de l\u2019érable.Les opinions relatives aux conséquences de cette augmentation sont mitigées.Les uns pensent que le niveau des prix est extrêmement dangereux, puisqu\u2019il peut inciter les clients à retourner aux produits qu\u2019ils utilisaient avant (J.-P.Lussier, de Elemco Export-Import), soit des produits à saveur synthétique (Lloyd Herman de l\u2019érablière Turkey Hill).Par contre, d\u2019autres sont plutôt d\u2019avis que les prix n\u2019affectent pas nécessairement la vente, puisqu\u2019ils considèrent les produits de l\u2019érable comme des produits de luxe que les gens ont tendance à acheter sans égards aux prix (B.Swain de Best Lood Canada).J\u2019aimerais mentionner que les gouvernements provincial et fédéral encouragent la participation des exportateurs à des expositions commerciales à l\u2019étranger, en défrayant une partie des 462 L\u2019ACTION NATIONALE coûts de leur voyage.De plus, le gouvernement fédéral assure la présence des produits de l\u2019érable dans les grands salons internationaux, à Paris, en Allemagne et au Japon.Pour terminer, voici une citation qui reflète bien l\u2019esprit de la Coopérative de Plessisville: «À quoi auraient servi tous ces efforts, tous ces sacrifices, si l\u2019on ne pousse pas l\u2019effort un peu plus loin pour continuer le travail si bien commencé et assurer l\u2019avenir de la Coopérative?» AVEZ-VOUS PENSÉ À LA FONDATION MINVILLE? WATERLOO COMME SITE INDUSTRIEL?463 Waterloo comme site industriel?par JEAN DASTOUS I - Situation géographique Distances routières de Waterloo \tkm\tmi.Montréal\t96\t60 Québec\t225\t140 Toronto\t644\t400 New York\t700\t435 Boston\t539\t335 À moins d\u2019une heure de Montréal, et moins de trente minutes de Sherbrooke, Waterloo est situé en bordure de l\u2019autoroute des Cantons de l\u2019Est, en plein cœur du triangle industriel Montréal-Sherbrooke-Trois-Rivières.Avec un marché de consommation évalué à 23 millions d\u2019habitants dans un rayon de 480 kilomètres.II - Une population active et fière d\u2019elle-même Les citoyens de Waterloo sont l\u2019orgueil de leur ville et de leur qualité de vie.Des sociétés d\u2019entraide bien établies fournissent une vitalité et une mentalité communautaire qui dépassent ce qu\u2019on retrouve en bien d\u2019autres cités.Et cet esprit de corps a nourri la fierté de chacun pour son propre travail, fierté si caractéristique de la tradition, à Waterloo.Pour Waterloo, la question linguistique n\u2019est pas un problème, car 80% de la population est bilingue.Recensement de la population % d'accroissement 1976 à 1981 Waterloo MRC Haute- Yamaska Province 4 935 52 355 6 027 644 4 746 56 805 6 234 445 4 664 61 372 6 438 403 -1,7% 8,0% 3,3% 464 L\u2019ACTION NATIONALE Niveau de scolarité, population de 15 ans et plus\t\t\tNombre\t% Études primaires et secondaires seulement\t\t\t2855\t80 Cégep ou métiers\t\t\t515\t14 Etudes universitaires sans diplôme\t\t\t130\t4 Études universitaires avec diplôme\t\t\t70\t2 Population par groupe d\u2019âge et selon le sexe\t\t\t\t \tHommes\t%\tFemmes\t% 0-14 ans\t535\t14\t485\t21 15-34 ans\t820\t36\t830\t35 35-64 ans\t670\t30\t735\t30 65 ans et plus\t230\t10\t340\t14 Total\t2 255\t100\t2 410\t100 \tHommes\t\tFemmes\t Revenu moyen annuel\t13 299\t\t7 574\t III - Plus qu\u2019une main-d\u2019œuvre A)\tMain-d\u2019œuvre Heureux de vivre, les travailleurs de Waterloo trouvent leur joie à œuvrer bien et fort; aujourd\u2019hui, maintes industries de Waterloo se targuent des services d\u2019employés qui sont les fils ou les petits-fils de ceux d\u2019autrefois.La compétence, la conscience professionnelle et la précision sont des caractéristiques du travailleur de Waterloo et l\u2019industrie de cette ville en a tiré sa renommée.B)\tDistribution de la main-d\u2019œuvre par secteur industriel Primaire\t5,2% Secondaire\t Industries manufacturières\t44,2% Construction\t3,5% Tertiaire\t Transport et communication\t3,5% Commerce\t15,3% Finance et immobilier\t1,7% Services\t15,0% Administration publique\t2,3% Autres\t8,4% Total\t100,0% WATERLOO COMME SITE INDUSTRIEL?465 C) Source de travailleurs pour la ville de Waterloo Population totale Population disponible 15 ans et + Population active Taux d\u2019activité Taux de chômage 4 664 3 570 2 135 59,6°7o 5,6% IV - Transport La région de Waterloo est facilement accessible, puisqu\u2019elle est très bien desservie par les quatre principaux moyens de transport.A)\tRéseau aérien L\u2019aéroport régional de Bromont est situé à 15 kilomètres de Waterloo, elle est dotée d\u2019une piste d\u2019atterrissage et d\u2019envol de 1 800 mètres, complètement éclairée, pouvant accueillir des avions de taille moyenne et des avions à réaction d exécutifs.L\u2019aéroport dispose des services de carburant, de douanes et d\u2019immigration, d\u2019un puissant radiophare et d\u2019une gare aérienne moderne et accueillante.L\u2019aéroport régional de Bromont est situé à environ 100 kilomètres de l\u2019aéroport international de Dorval et à 140 kilomètres de l\u2019aéroport international de Mirabel.Une heure de vol vous conduit vers les grands centres industriels et commerciaux de New York, Toronto, Boston, Cleveland, Buffalo et bien d\u2019autres.B)\tRéseau ferroviaire Les deux grandes compagnies ferroviaires du Canada, le Canadien Pacifique et le Canadien National, desservent Waterloo et relient la ville à tout le Canada et aux États-Unis.C)\tRéseau routier L\u2019autoroute des Cantons de l\u2019Est reliant Montréal à Sherbrooke (route 10) traverse la région et deux sorties (78 et 90) desservent la ville de Waterloo.L\u2019autoroute 10 donne accès à la route transcanadienne et aux autoroutes 87, 89, 91 et 93 du réseau routier inter-États des États-Unis.Les routes 241,243 et 112 complètent le réseau qui permet à 466 L\u2019ACTION NATIONALE toute industrie de satisfaire rapidement ses besoins d\u2019intrants ou les besoins de ses clients en produits.Plus de quinze entreprises de camionnage exercent leurs activités dans la région et assurent un service journalier de transport de marchandises vers les autres centres.D)\tRéseau maritime Situé à moins de cent kilomètres de Waterloo, le port de Montréal est ouvert à la navigation océanique de janvier à décembre.E)\tLe service d\u2019autobus La ville de Waterloo est desservie quotidiennement par la compagnie d\u2019autobus Voyageur inc.V - Activités industrielles La population de Waterloo a toujours vécu en harmonie avec le milieu des affaires et en particulier avec l\u2019entreprise.Waterloo se retrouve aujourd\u2019hui avec une vingtaine d\u2019entreprises qui sont la fierté locale.La population veut voir croître ce nombre et désire poursuivre cet heureux mariage avec le monde des affaires, la relation population-industrie, un exemple de fiabilité et de confiance mutuelle.\tEntreprises\t\tEmployés\t Industrie des aliments\tNbr\t
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