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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1986-10, Collections de BAnQ.

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[" //Action NATIONALE Volume LXXVI, numéro 2, octobre 1986 LOUIS-JOSEPH PAPINEAU (1786-1871) DEUXIÈME CENTENAIRE DE SA NAISSANCE (voir p.103) mm H ¦A La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président du Conseil: Yvon Groulx Vice-président: Delmas Lévesque Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Jean Genest Directeurs: Richard Arès Thérèse Baron René Blanchard Paul-A.Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise C.-Brochu Marcel Chaput Jean-Charles Claveau Claude Duguay Pierre Dupuis Philippe Gélinas Alban Jasmin Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Georges Meyers Denis Monière Jacques-Yvan Morin Anna L.-Normand Jean-Marcel Paquette Charles Poirier Gilles Rhéaume Jean-Jacques Roy Léonard Roy André Thibaudeau Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 l\u2019Action NATIONALE Volume LXXVI, numéro 2, octobre 1986\t\t TABLE DES MATIÈRES\t\t LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE:\tManifeste\t\t103 GÉRARD TURCOTTE:\tPourquoi?\t\t106 JEAN HÉROUX:\tJeunesse d\u2019Omer Héroux (1876-1963) .\t108 JEAN BESRÉ:\tPrise de position des artistes\t\t121 DENIS MONIÈRE:\tLe retour de Papineau\t\t123 M.Q.F.:\tLettre à la ministre des Affaires culturelles \t\t130 GILLES RHÉAUME:\tLa langue d\u2019un peuple sans pouvoir! Sans vouloir?\t\t135 NICOLE BOUDREAU:\tBourassa ne sait pas où il s\u2019en va en matière constitutionnelle\t\t140 JEAN-DENIS ROB1LLARD:\tLes conférences fédérales-provinciales .\t142 JEAN-LOUIS BOURQUE:\tRadiographie des forces indépendantistes\t154 GUY BLANCHARD:\tLe Parti national québécois\t\t157 GILLES RHÉAUME:\tImbécile, dites-vous, M.le sénateur?.\t160 RENÉ BLANCHARD:\tLe Québec désenchanté\t\t162 RENÉ DUROCHER:\tUn Institut sur l\u2019Amérique du Nord\t\t166 NICOLE O\u2019BOMSAWIN:\tLes Amérindiens au Québec\t\t168 PHILIPPE DE SAINT-ROBERT:\tLa Francophonie\t\t173 HÉLÈNE MARTIN:\tL\u2019amiante \t\t185 \t\t HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal\t\t Elle fait partie du Mouvement national des Québécois\t\t L'ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: GÉRARD TURCOTTE Secrétaire-adjoint: DONAT PLANTE Photographe: PAUL HAMEL Administrateur: JEAN GENEST Abonnement:\t1 an\t2 ans \t(10 numéros)\t(20 numéros) Québec, Canada\t25,00$\t45,00$ Autres pays\t30,00\t50,00 Abonnement de soutien\t35,00\t Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2ième trimestre 1981 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3\tCourrier de la deuxième classe 845-8533\tEnregistrement numéro 162 L\u2019ACTION NATIONALE 99 irfeî *~5v*cr \"¦¦¦¦III ¦¦¦miuiiiHianiini La qualité de notre service est notre principale préoccupation.etducom L'électrifficacité a 100 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM .ADRESSE .Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 30,00$\t34,00$ 14.00\t18,00 50.00\t54,00 30.00\t34,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tél.: 271-4759 ¦ ¦ ¦ Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l'Eglise \u2022\tLe travail à temps partiel Des soirées publiques\t \u2022 chaque mois un débat sur un\t sujet d'actualité\t Abonnement\t 1 an (10 nos)\t12.50$ à 1 étranger\t14.50$ par avion\t20.00S \t \t \t code postal 8100.St-Laurent.Montréal H2P2L9 (514)387-2541 7195 L\u2019ACTION NATIONALE 101 A chaque passage de la vie .nus besoins de protection évoluent.Tous nous avons besoin de services de protection diversifiés bien adaptés à ce que nous vivons.Tous nous recherchons de bons conseils, de bonnes solutions et la sécurité qui nous convient.L'Assurance-vie Desjardins nous offre ce service-conseil et une protection adaptée à nos besoins.Assurance vie Desjardins 102 L\u2019ACTION NATIONALE Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 CLAUDE PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 UN AMI SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 MANIFESTE 103 Manifeste par LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE En 1912, il y aura donc 75 ans en 1987, le Père Joseph-Papin Archambault et un groupe de leaders nationalistes, dont Orner Héroux, Léon Lorrain, l\u2019abbé Philippe Perrier, le Père Charles Charlebois, le Docteur Joseph Gauvreau, Antonio Perrault et Anatole Vanier, fondèrent La Ligue des droits du français et se lancèrent résolument dans l\u2019action.Ils aboutirent, en 1917, à la nécessité de fonder une revue laquelle prit le nom de L\u2019ACTION FRANÇAISE.Bientôt, l\u2019abbé Lionel Groulx vint rejoindre le groupe et s\u2019y imposa comme le grand maître d\u2019une pensée nationale.Jusqu\u2019en 1929, il dirigea vigoureusement la revue dont les travaux, notamment les grandes enquêtes, firent époque et donnèrent ses assises modernes à la pensée nationale du Canada français.La publication de L\u2019ACTION FRANÇAISE dut cesser en 1929, pour des raisons financières.Mais la Ligue elle-même resta en activité et se transforma en LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE pour accueillir des éléments dynamiques de la nouvelle génération, tel Esdras Minville qui, en 1933, releva le flambeau et relança la revue, sous l\u2019appellation de FACTION NATIONALE, en vue d\u2019engager une vigoureuse campagne pour promouvoir les réformes politiques, économiques et sociales qui consolideraient le sort et l\u2019avenir du peuple canadien-français.La Ligue Le but de la LIGUE n\u2019a jamais été d\u2019être ou de devenir un mouvement de masse.Le chanoine Groulx l\u2019a définie comme un groupe «d\u2019action intellectuelle».Elle a toujours réuni des personnes décidées à réfléchir sur la situation nationale et les problèmes des Canadiens-Français et à tirer de leurs réflexions, sans compromissions, au-dessus et au-delà de tout parti ou de tout intérêt particulier, des orientations, des stratégies et des priorités d\u2019action qui, véhiculées par la revue, ont largement contribué à l\u2019évolution qu\u2019a connue, ces dernières décennies, le peuple québécois. 104 L\u2019ACTION NATIONALE La revue L\u2019ACTION NATIONALE est l\u2019organe de la Ligue.Elle est la seule publication spécifiquement consacrée à la lutte nationale.Il est sans doute difficile de mesurer son influence, mais un premier indice de son importance est certainement sa longévité de trois quarts de siècle dans ce champ si peu occupé de l\u2019expression de la pensée nationale.Elle est présente dans près de cinq cents bibliothèques et soixante-quinze universités, tant du Québec et du Canada que des États-Unis et de nombreux autres pays.Ses rares collections complètes sont recherchées, parce que L\u2019ACTION NATIONALE constitue un instrument par excellence des chercheurs qui veulent retracer, avec quelque continuité, le développement du nationalisme canadien-français.Principes Dans la foulée des grands nationalistes \u2014 tels que les Groulx, les Minville, les Laurendeau, les Arès et les Angers \u2014 qui ont marqué les 75 ans d\u2019histoire de LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE, celle-ci maintient dans ses positions et ses priorités les grands principes suivants qui ont toujours guidé et animé les membres de la Ligue depuis sa fondation: \u2022\treconnaissance du Québec comme seule patrie des Canadiens-Français où ils peuvent et doivent maîtriser tous les secteurs de leur vie collective; \u2022\tdroit absolu du peuple québécois à l\u2019autodétermination et à l\u2019indépendance; \u2022\tinviolabilité du territoire du Québec; \u2022\treconnaissance du français comme seule langue officielle du Québec; \u2022\trespect des valeurs chrétiennes et de l\u2019héritage catholique dans l\u2019évolution politique, sociale, culturelle et scolaire du peuple québécois.Positions Fidèles à ces principes, les membres actuels proposent, à court et à long terme, pour le plein épanouissement collectif du peuple québécois, les objectifs suivants: \u2022\tla souveraineté politique totale du Québec par l\u2019accession à l\u2019indépendance; MANIFESTE 105 \u2022\tla récupération et le plein exercice, par le Québec, de tous ses droits, sous le régime fédéral imposé, et la mise en branle des outils nécessaires à la réalisation de son indépendance, notamment par l\u2019adoption de sa propre constitution; \u2022\tl\u2019adoption, dans les plus brefs délais, d\u2019une politique et d\u2019une législation qui viennent au secours de la famille québécoise, facilitent son plein épanouissement et favorisent le regain de natalité, afin de mettre fin au déclin démographique alarmant que connaît présentement le Québec; \u2022\tla maîtrise totale, par le Québec, de son immigration et de la formation linguistique des immigrants; \u2022\tle rétablissement de la Charte de la langue française et de ses règlements dans leur intégrité première et leur application rigoureuse; \u2022\tle progrès économique et social du Québec et la maîtrise, par les Québécois, des secteurs clés de leur économie, ainsi que de la totalité du régime social avec la rétrocession complète des sources d\u2019impôt nécessaires à son administration; \u2022\tle renforcement de la personnalité internationale du Québec, l\u2019augmentation de sa représentation à l\u2019étranger et la priorité aux relations culturelles, économiques et sociales avec les pays de la francophonie; \u2022\tl\u2019intérêt au développement technologique, ainsi qu\u2019à tous les aspects de l\u2019écologie.Priorités La Ligue adopte, à court terme, les priorités suivantes: \u2022\tregroupement des forces nationalistes, dont l\u2019éparpillement actuel paralyse l\u2019action et la crédibilité, en vue de rebâtir leur solidarité et d\u2019établir une stratégie collective adaptée à la situation du Québec d\u2019aujourd\u2019hui; \u2022\tcampagne en vue de l\u2019adoption d\u2019une vigoureuse politique familiale et création d\u2019un ministère de la population; \u2022\trelance de la lutte pour un Québec français, afin de bloquer le retour au bilinguisme préconisé par certains hommes politiques au pouvoir; \u2022\topposition à toute signature par le Québec de la constitution canadienne.Yvon Groulx, président.Gérard Turcotte, secrétaire. 106 L'ACTION NATIONALE Éditorial Pourquoi?par GÉRARD TURCOTTE Directeur Plusieurs d\u2019entre vous se demandent sans doute pourquoi, après avoir pris ma retraite, il y a déjà plus de deux ans, j\u2019ai accepté de nouvelles responsabilités, soit d\u2019assumer la direction de L\u2019ACTION NATIONALE?Les raisons sont multiples, bien que j\u2019aie hésité longuement à donner suite à la demande pressante qui m\u2019a été faite de la part de collègues de LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE.Il aurait été souhaitable et préférable de confier ce poste à quelqu\u2019un de beaucoup plus jeune qui aurait sans doute injecté du sang neuf à la revue et l\u2019aurait mieux adaptée à la conjoncture nationale du Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Mais les candidats à un poste bénévole se font toujours rares.Des nombreuses raisons qui ont motivé mon acceptation, je n\u2019en citerai que deux.La première, c\u2019est qu\u2019après avoir dirigé et maintenu la publication de L\u2019ACTION NATIONALE durant vingt-sept ans, Jean Genest souhaitait depuis longtemps passer la revue en d\u2019autres mains.Dans ce cas, on peut certainement dire, sans se tromper, mission accomplie.Autant LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE que l\u2019ensemble des nationalistes ont contracté à son endroit une dette inestimable.Jean Genest a bien mérité de la Patrie.La deuxième raison concerne M.François-Albert Angers, qui, depuis 1938, est intimement lié aux activités de la Ligue et à la revue elle-même.Je veux faire ma part pour assurer la survie d\u2019une des oeuvres qui lui tiennent particulièrement à cœur.L\u2019ACTION NATIONALE dont les racines remontent à trois quarts de siècle et qui est actuellement la seule publication nationaliste au Québec, mérite non seulement d\u2019être maintenue, mais d\u2019être mieux connue, afin de jouer un rôle de premier plan dans l\u2019évolution du Québec et de la nation française d\u2019Amérique. POURQUOI?107 Je compte sur la collaboration de tous les membres de la Ligue pour donner \u2014 selon l\u2019expression consacrée \u2014 un nouvel élan à la revue.J\u2019espère ne pas décevoir ni mes collègues de la Ligue, ni les lecteurs. 108 L\u2019ACTION NATIONALE Jeunesse d\u2019Omer Héroux 1876-1963 par JEAN HÉROUX' 1.Enfance, adolescence et jeunesse Aîné de la famille, il naquit à Saint-Maurice, comté de Champlain, le 8 septembre 1876.Ses frères et sœurs naquirent tous à Saint-Barnabé-Nord, où mon grand-père tenait un petit magasin.Selon le mot d\u2019Ernest Schenck dans sa brochure sur Le Devoir (1970), «Héroux, cœur tendre, s\u2019est marié trois fois.» La première, en 1904, à Alice Tardivel (1876-1908).Une fille, Lucie (1905-1922).La deuxième, en 1910, à Bernadette Dufresne (1873-1923).Un fils, Jean.La troisième, en 1924, à Marie-Louise Rocque (1888-1976).Tout petit, il reçut accidentellement un coup de hache à la tempe (il s\u2019en est remis, s\u2019étant rendu à l\u2019âge de près de quatre-vingt-sept ans).Ainsi fut déclenchée la bosse du journalisme! À l\u2019école des Frères des Écoles chrétiennes d\u2019Yamachiche, un grand garçon dans sa classe tend la main d\u2019un air frondeur pour recevoir les coups de règle mérités, mais.il reçoit la volée sur les fesses.L\u2019enfant Orner, témoin, est impressionné: vive l\u2019autorité! Élève au Petit Séminaire de Trois-Rivières, il fait paraître durant les vacances, dans le journal, l\u2019annonce de sa mort1 2.En racontant cela, Onésime Héroux, le cadet de mes oncles, disait: «Ce fut la première et la dernière farce de sa vie.» 1.M.Jean Héroux, fils d\u2019Omer Héroux, vient de terminer la rédaction de sou- venirs sur son père.L\u2019Action nationale le remercie sincèrement de nous permettre d\u2019en publier un chapitre. JEUNESSE D\u2019OMER HÉROUX (1876-1963) 109 Le Comte de Paris et son fils, le Duc d\u2019Orléans, en visite au Canada en 1890, passent par le Séminaire de Trois-Rivières2 3.Le jeune Orner aurait crié «Vive la République»! Si la chose a eu lieu, je suppose que c\u2019est la prise de conscience de l\u2019anticléricalisme français qui le fit, quelques années après, virer capot: il devint sympathisant royaliste, semble-t-il, pour le reste de sa vie.C\u2019était un élève appliqué.Tout y concourait.On était pensionnaire au Petit Séminaire environ dix mois par année, avec presque comme seul congé le lendemain du Jour de l\u2019An.Il était l\u2019aîné d\u2019une famille de4 quatorze enfants5 donc cinq moururent en bas âge et parmi ceux et celles qui se rendirent à l\u2019âge adulte, le suivaient de plus près une fille qui avait quatre ans et demi de moins que lui et un garçon de douze ans son cadet.Il était réfractaire aux sports.Au cours de mon adolescence, je lui demandai si Henri Bourassa n\u2019avait pas tout de même fait un peu de sport.Avec l\u2019admiration coutumière qu\u2019il 2.\tLe tour qu\u2019il joua adolescent, on le lui joua dans sa vieillesse, probablement sans le vouloir, et j\u2019ai l\u2019impression que s\u2019il l\u2019a su, ça n\u2019a pas dû lui faire grand-chose.Le 28 octobre 1962, en page 27, Dimanche-Matin publiait un entrefilet soulignant qu\u2019à Montréal-Nord on avait donné à de nouvelles rues les noms de quelques journalistes décédés, nommément celui d\u2019Omer Héroux.Or, à ce moment, mon père était malade, mais lucide, pouvant causer un peu.Il ne devait mourir que le 3 mai de l\u2019année suivante.3.\tVoir numéro spécial du Journal des Trois-Rivières, mardi 28 octobre 1980 \u2014 Voir Rumilly, Histoire de ta province de Québec t.VI: «Les Nationaux», p.163: «c\u2019est une légende que Raoul Dandurand se serait posté sur leur passage en criant: «Vive la République»! Dandurant dit lui-même dans ses Mémoires, p.27-28, que c\u2019est une légende.4.\tMon grand-père avait passé quatre ans au Collège (le futur Petit Séminaire) de Trois-Rivières.Au moment de leur mariage, en 1875, mes grands-parents avaient tous les deux dix-neuf ans.Mon père naquit l'année suivante.Incident.Grand-papa revenait à la maison.Ma grand-mère lui dit: «On t\u2019a élu maire de Saint-Barnabé-Nord!» C\u2019était en 1894.11 le fut un an.À l\u2019occasion des quatre-vingt-dix ans de mon oncle Hector (journaliste lui aussi), le Nouvelliste de Trois-Rivières du 28 avril 1979 publia un peu plus d\u2019une page de généalogie et d\u2019histoire sur la famille Héroux, avec aussi des notes sur Hector.5.\tDevant la famille attablée, mon grand-père prenait le journal puis, y ayant les yeux fixés, lisait un conte.La bonne disait à ma grand-mère qu\u2019elle n\u2019arrivait pas à retrouver le conte.Grand-papa l\u2019avait inventé à mesure! 110 L\u2019ACTION NATIONALE avait pour son maître, il me répondit: «Non, monsieur Bou-rassa, c\u2019est un habitant.» Souvenir de mon enfance, vers 1922: je les vois tous deux, assis côte à côte (silencieux: cela n\u2019arrivait pas souvent pour eux, à cette époque!), feuilletant chacun leurs journaux: «Héroux, dit Bourassa de son ton sarcastique, le Canadien a gagné! Morenz a fait trois points, ha! ha! ha!» Il avait dix ou onze ans à son départ pour le Séminaire.A un certain moment, il voulut abandonner ses études.Mon grand-père, qui tenait un petit magasin à Saint-Barnabé-Nord, lui dit: «Très bien, tu répondras à la clientèle.» Il s\u2019installe au magasin avec un livre.S\u2019il entre quelqu\u2019un, la binette du commis veut dire: ne me dérangez pas.Après quelque temps de ce manège, il demanda lui-même à retourner (il n\u2019employa pas le mot!) à l\u2019élitisme.Le Père Adélard Dugré, qui fut l\u2019un des assistants immédiats du Général des Jésuites, raconte dans le Ralliement (bulletin du Séminaire de Trois-Rivières de septembre-octobre 1935) que lorsque lui-même entama ses études classiques à Trois-Rivières, le futur Monseigneur Comtois disputait en classe de Rhétorique la première place à un élève qui ne la cédait pas facilement, Orner Héroux.Néanmoins, lors du concours du prix du Prince de Galles, mon père, très grand nerveux de rhétoricien, incapable de faire sa rédaction, sortit de la salle après une demi-heure.Entre collèges, ce prix était alors l\u2019occasion par excellence de l\u2019émulation et de la renommée: à Trois-Rivières, cette année-là, on avait compté sur Orner Héroux, inutilement, hélas! Ce fut Ernest Lapointe qui le gagna, à Rimouski.Les libéraux viennent toujours à bout des nationalistes.Vers la fin de son cours, on l\u2019envoya, à la suite d\u2019un violent accès de fatigue, se reposer à la campagne chez un oncle.Orner étant en train de dire vous à une vieille jument, l\u2019oncle dut lui dire: «Tu peux la tutoyer.» Nombre d\u2019années après, le journaliste écrivit une lettre de blâme à sa sœur dont la fille l\u2019avait tutoyé.Quant à moi, j\u2019ai appris très petit à lui dire vous: évidemment, ce fut définitif.Ça provoquait des situations cocasses: un soir, un neveu de sa troisième épouse le tutoyait et moi, je lui disait vous (j\u2019ai du reste vouvoyé bien des gens qui ne le méritaient pas). JEUNESSE D\u2019OMER HÉROUX (1876-1963) 111 Pendant cette période de repos, dans une lettre à son confrère de classe et grand ami le futur abbé Joseph-G.Gélinas (alors ecclésiastique), il dit qu\u2019il espère collaborer à quelque journal catholique6.Il semble que, dans sa prime jeunesse, une des influences majeures qu\u2019il ait subies ait été celle de son évêque, Mgr F.-X.Laflèche7.Tout le monde connaît dans les grandes lignes le conflit politico-religieux, au Canada français, des trente-cinq dernières années du XIXe siècle.Bourget, Taschereau (le cardinal), Laflèche, telles en furent les figures de proue.L\u2019élément ultramontain ne voulait en aucune manière que l\u2019abandon de la pratique religieuse en France se répandît en terre canadienne: d\u2019où une attitude qui paraît bien absolue de nos jours.Qu\u2019on se rappelle simplement la réflexion attribuée à Laflèche en avril 1898, trois mois avant sa mort, devant la dépouille mortelle du cardinal Taschereau: «Tu sais maintenant, Taschereau, qui a raison8» En 1895, le tout jeune homme avait-il déjà lu l\u2019article «Le rôle du journal» qui avait paru dans le numéro-programme de La Vérité, le 14 juillet 1881?L\u2019article avait été reproduit dans le premier tome, paru, en 1887, des Mélanges de son futur beau-père Tardivel, fondateur-directeur de l\u2019hebdomadaire.Entre 1887 et 1894, il est bien possible que le volume ait été à la disposition des élèves, au Petit Séminaire9.On y lit, en page 110: «Un seul esprit médiocre peut, au moyen du journal, faire plus de mal dans une demi-heure que cent intelligences d\u2019élite n\u2019en peuvent réparer dans un an.» 6.\tExtrait reproduit dans le Ralliement d\u2019avril 1960 (numéro du centenaire du Séminaire de T.-R.dans l\u2019article de Me Louis-D.Durand sur Orner Héroux).Dix ans après, le 16 mai 1906, le jeune journaliste écrivait au jeune abbé Groulx: «Si les Canadiens-Français ne réussissent pas à faire, d\u2019ici quelques années, je ne dis pas un journal essentiellement religieux, mais un journal propre pour des gens intelligents, et pénétré de l\u2019esprit catholique, je me demande où nous irons» (FLG).7.\tMon grand-père, libéral modéré, discutait, paraît-il, avec son fils Orner.8.\tMot rapporté par Alexandre Taschereau, dans une conversation avec l\u2019avocat et sénateur Charles Bourgeois, fils d'un grand ami de Laflèche.Je tiens ceci de l\u2019ingénieur Claude Bourgeois, fils de Charles.9.\tLe 1er octobre 1904, en annonçant l\u2019engagement de Héroux à La Vérité, Tardivel écrira: .notre futur assistant rédacteur lit La Vérité depuis l\u2019âge de dix ans.» (sic) 112 L\u2019ACTION NATIONALE Et en 1929 dans un cours, à la Semaine Sociale de Chicoutimi, Orner Héroux soulignera un souvenir d\u2019un entretien de jeunesse avec le protestant André Siegfried, où ce dernier lui avait dit qu\u2019une presse neutre est plus dangereuse qu\u2019une presse anticléricale.C\u2019est Georges-Henri Lapalme qui parle, dans ses Mémoires, des articles à la Louis Veuillot d\u2019Omer Héroux, dans Le Devoir.Pour comprendre la mentalité de mon père, il faut se replacer dans le contexte de l\u2019époque.Que la Révolution française ait apporté du bon, nul doute10.Mais elle a charrié aussi du moins bon.En France et ailleurs, l\u2019Église était sur la défensive.Voilà pourquoi, comme disait Folliet, elle a cultivé l\u2019alliance de la bourgeoisie, elle aussi sur la défensive.Il ne termina pas ses études classiques, donc n\u2019eut même pas de baccalauréat ès arts.Et le 7 mars 1896, à dix-neuf ans, il entamait sa très longue carrière de journaliste.Ce fut d\u2019abord Le Trifluvien, bi-hebdomadaire où il gagnait environ 6,00$ par semaine\".Le jeune homme était sous la direction de Pierre McLeod qui avait été au Monde de Montréal.En 1885 (Héroux le rappellera souvent dans Le Devoir), McLeod, seul correspondant de journaux français au procès de Riel, avait été porteur d\u2019un message secret du propriétaire de son journal, Hector Langevin, alors ministre des Travaux publics à Ottawa.Il s\u2019agissait de se mettre en relation avec les avocats de la défense afin de les aider le plus possible.Une dizaine d\u2019années après, dans ses entretiens privés, McLeod rappelait que la folie de Riel sautait aux yeux.On a pendu un fou, disait-il.Avec l\u2019encouragement de Mgr Laflèche, P.-V.Ayotte, propriétaire du Trifluvien, McLeod et le futur Mgr Cloutier avaient songé à fonder un quotidien, L\u2019Ordre, qui aurait été un organe 10.\tElle a établi l\u2019égalité de tous devant la loi, disait Pie IX, à un royaliste français (témoignage rappelé par Henri Bourassa (Pap.B., 9e).11.\tHéroux écrira, longtemps après: «Le journalisme d\u2019idées n\u2019est pas une carrière payante.Il n\u2019est aucun de ceux qui y sont aujourd\u2019hui engagés qui ne pût trouver ailleurs le moyen de gagner plus brillamment sa vie» (Le Devoir, 30 novembre 1920). JEUNESSE D\u2019OMER HÉROUX (1876-1963) 113 indépendant, défenseur de l\u2019Église.Ne parut que le prospectus, en 1896.L\u2019idée fut reprise, un an après, avec l\u2019hebdomadaire Le Mouvement catholique.McLeod et Orner Héroux avaient beaucoup d\u2019affinités.McLeod exaspérait Ayotte en n\u2019apportant son article qu\u2019à la dernière minute.Puis, à la lecture, Ayotte passait à l\u2019enthousiasme.En 1898, McLeod dit à Héroux: «Une jeune pianiste, de retour de Paris, donne ce soir un récital.Faites le reportage.» Il y va.Il me disait (évidemment, longtemps après!): «Je ne m\u2019en rendais pas compte, mais ça y était (son premier amour).» Il s\u2019agissait de la rencontre de Bernadette Dufresne.Plusieurs articles dénotent déjà son esprit de lutte pour la survivance canadienne-française.Voici les dernières lignes de l\u2019un de ses premiers, «Les anniversaires»: «Et si l\u2019on évoque en menaçant le souvenir des Plaines d\u2019Abraham, la chose ne nous émeut guère, car le jour où pour la dernière fois les fils de deux grands peuples se heurtèrent dans les champs historiques qui avoisinent Québec, nos pères, je pense, ne furent pas les vaincus.» Parallèlement, il était gratuitement (cela lui permettait, dit-on, de prendre connaissance de journaux de France) et anonymement, rédacteur au Mouvement catholique (propriété de P.-V.Ayotte, tout comme le Trifluvien), hebdomadaire qui parut à Trois-Rivières du début de janvier 1898 à la fin de juin 1900'2.Il y publia d\u2019intéressants portraits de figures du XIXe siècle, Ozanam, Donoso Cortès, Veuillot et ainsi de suite.Même s\u2019il s\u2019agissait de défunts non récents, cela préfigurait ses articles nécrologiques, ce qui deviendrait une véritable spécialité, surtout au Devoir.En dépit de certaines demandes, on refusa de faire du Mouvement catholique une revue populaire: on n\u2019en disait pas la raison, mais l\u2019on trouvait, j\u2019imagine, qu\u2019il y avait à l\u2019époque au Québec des Annales en nombre suffisant.S\u2019ils eus- 12.C\u2019est en 1900 qu\u2019il fit sa première préface.Ce fut au tome 3 de «Les vieilles familles d\u2019Yamachiche» de F.-L.Desaulniers. 114 L\u2019ACTION NATIONALE sent pu prévoir l\u2019avenir, les lecteurs d\u2019Omer Héroux auraient pu conjecturer qu\u2019il ne marcherait certes pas sur les traces de son aîné Trefflé Berthiaume et qu\u2019il ne servirait pas, bien longtemps après, de modèle à Pierre Péladeau.Nous sommes en février 1900.Le Mouvement catholique, où Héroux donnait gratuitement une bonne partie de son temps, battait de l\u2019aile: il devait tomber définitivement à la fin de juin.Le Trifluvien où il était rédacteur en chef «et en seul» pendant un certain temps (il y faisait à peu près tout15: rédaction, reportage, correction des épreuves, traduction des annonces, vu l\u2019état de santé de McLeod qui devait mourir en 1901) ne pouvait être, tout comme Le Mouvement catholique, qu\u2019un point de départ pour le journaliste de vingt-trois ans.Une occasion se présenta au Journal de Montréal (quotidien fondé en 1899, et qui devait durer jusqu\u2019en 1905).«Montréal, cette ville immense» dira de Gaulle en 1967.Mais vers 1881, et même longtemps après, Montréal était, entre autres choses, la ville où l\u2019on ne pouvait, d\u2019après Mark Twain, lancer une brique sans briser un carreau d\u2019église.L\u2019atmosphère de la région trifluvienne n\u2019était pas complètement interrompue.Orner se trouva une chambre au 313, rue Saint-André (numéros de l\u2019époque), dans le bas de la ville.Quand ma grand-mère allait le voir, elle constatait qu\u2019il avait plus souci des livres qu\u2019il commençait à se procurer que de son linge.Joseph Royal, ancien lieutenant-gouverneur des Territoires du Nord-Ouest, était rédacteur en chef du Journal.Il y avait là une équipe intéressante, dont faisaient partie entre autres Arthur Beauchesne, futur greffier de la Chambre des Communes, Jean Dumont et autres.Au début, mon père y fit de la traduction, puis, de temps à autre, quelques articles signés.Le 31 décembre 1900, il y eut de lui un éditorial intitulé «Fin de siècle», qui se termine ainsi: «Sur la tombe à demi-fermée de ce siècle.la sublime pensée de Léon XIII.dresse.l\u2019image du Christ Sauveur.O Crux! Ave, spes unica» («Salut, Ô Croix, notre unique espérance»).13.Cela fait penser au Goglu (hebdo humoristique montréalais de 1929 à 1933), où Émile Goglu avait son nom à la suite de toutes les occupations possibles! JEUNESSE D\u2019OMER HÉROUX (1876-1963) 115 Quel esprit de foi! * * ?Au Pionnier, hebdo transféré de Sherbrooke à Montréal sous nouvelle direction (celle d\u2019Amédée Denault), il envoya, du printemps 1901 au printemps 1902, des articles souvent signés de son nom mais parfois du pseudonyme Blonville (nom du village dont les Héroux sont originaires en Normandie).Entre autres choses, l\u2019on y retrouve une conversation avec le rédacteur en chef du Journal, Joseph Royal: «L\u2019avenir de l\u2019Ouest.Les Territoires doivent-ils être érigés en province?» Une autre conversation, celle-ci avec le sénateur Thomas-Alfred Bernier du Manitoba, qui lui (fin 1901) ne croit pas que le séparatisme soit inévitable.Il y eut aussi Le Rappel14 d\u2019Aegidius Fauteux, son fondateur et rédacteur, qui parut de la fin de 1902 à 1904.Héroux y collabora un peu.Parallèlement, il fut correspondant parlementaire à La Patrie, où il dut aussi, entre autres choses, représenter le journal au prononcé d\u2019un jugement à Sainte-Scholastique.C\u2019était en février 1903.Du samedi 14 au samedi 21 inclus, La Patrie15 avait, en dernière page, parlé de l\u2019affaire tous les jours en long et en large.Écœuré, Héroux refusa d\u2019interviewer l\u2019inculpé16.Plusieurs autres journaux, du reste, l\u2019en félicitèrent.14.\tC\u2019est dans Le Rappel surtout qu\u2019Héroux utilisa quelques pseudonymes, pas même une dizaine.Voir à ce sujet Bernard Vinet, Pseudonymes québécois (Québec, Éditions Garneau, 1974).C\u2019était l\u2019usage à l\u2019époque, l\u2019emploi de pseudonymes.Dès le Trifluvien, Orner Héroux a signé de son nom la très grande majorité de ses articles (je ne parle pas d\u2019un simple reportage).Dans son ouvrage, Vinet reproduit la liste d\u2019Audet et Malchelosse, à peu près inchangée pour Mgr olivier Maurault, d\u2019au-delà de soixante-dix pseudonymes! S\u2019il avait fallu que ce dernier soit un auteur dangereux.15.\tQuand mourut Le Courrier du Canada, en 1901, La Presse fit remarquer que disparaissait le dernier quotidien important de la catégorie des feuilles idéologiques.Dominaient maintenant les journaux à sensation (H.P.Q., t.10, p.38).16.\tQui était accusé d\u2019avoir tué son beau-frère.Ce dernier avait tenté de violer sa nièce de dix-sept ou dix-huit ans, fille de l\u2019inculpé. 116 L\u2019ACTION NATIONALE Pour lui, la patrie comprenait deux volets complémentaires: le Canada (lutte contre l\u2019impérialisme) et le Canada français: province de Québec, minorités des autres provinces ainsi que Franco-Américains (entre autres17, et Louisianais que le journaliste «découvrira» pour ainsi dire à l\u2019occasion du voyage du Devoir en Louisiane, en 1931).Idéal continuellement forgé par la famille et les éducateurs, le Petit Séminaire de Trois-Rivières où trônait l\u2019influence de Mgr Laflèche qui n\u2019était pas précisément un anglicisateur.On attribue à l\u2019évêque ce mot: «Apprenez l\u2019anglais, mais parlez-le mal!» Nombre d\u2019incompréhensions, il me semble, proviennent de ce qu\u2019on ne voit pas l\u2019interlocuteur (ce qui est évidemment impossible longtemps après)18.Inconsciemment ou malhonnêtement, on en vient à prendre des boutades pour des vérités dogmatiques.Probablement aussi Laflèche et quelques autres chefs de file de la tendance nationaliste sentaient s\u2019accentuer leur désir de survivance nationale à la vue de l\u2019indifférence de tant de membres de l\u2019élite, même de dignitaires du clergé.Les Archives du Gesù révèlent que plusieurs Jésuites français de la fin du siècle, de passage ou en permanence au Québec, étaient sûrs de notre assimilation à très brève échéance.Et n\u2019est-ce pas Mgr Bruchési qui disait vers 1915 à l\u2019abbé Groulx, au moment de la création d\u2019une chaire d\u2019histoire du Canada à l\u2019Université de Montréal, qu\u2019il n\u2019avait en sa jeunesse reçu en ce domaine à peu près aucun enseignement valable! C\u2019est peut-être vers cette époque qu\u2019Héroux commence à ne plus traiter surtout que de l\u2019aspect religieux.Sans doute, il y avait eu le magnifique exemple de Bourassa aux Communes en 1899, à propos de l\u2019envoi de troupes au Transvaal.Héroux n\u2019avait que vingt-quatre, vingt-cinq ans, mais il était déjà frappé de l\u2019incroyable emprise de l\u2019esprit de parti.C\u2019est Bourassa qui dira, bien après, qu\u2019il faut souvent changer de parti pour rester fidèle à ses idées.17.\tPar sa mère, Adélaïde Neault, Orner Héroux descendait d\u2019Acadiens victimes de la dispersion.18.\tÇa Tétait au moins avant l\u2019avènement de la télévision! JEUNESSE D\u2019OMER HÉROUX (1876-1963) 117 Henri Bourassa! Quelle personnalité! Un grand mouvement d\u2019idées se dessinait lentement.Simplement le fait qu\u2019il était, selon le mot de Laurier, un castor rouge19, dénotait pour l\u2019époque sa puissante indépendance d\u2019esprit.Et ce ne fut pas seulement un castor rouge, mais un castor rouge «canadianiste».Lors de la guerre du Transvaal, et quelques années après, à l\u2019occasion de la question des écoles du Nord-Ouest, et bien souvent après, il s\u2019est tenu debout devant son chef.L\u2019un de ceux qui ont le mieux compris Bourassa fut Laurier lui-même, avec sa grande noblesse d\u2019âme.Orner Héroux très souvent, mais entre autres occasions dans l\u2019hommage posthume (1952) au fondateur du Devoir, a bien mis en évidence cette extraordinaire amitié orageuse: «Mon cher Henri (disait Laurier), parlez-moi comme au meilleur de vos amis.Tout comme les Britanniques, «we can agree to disagree»20.C\u2019est François-Albert Angers qui se demandait à Vaudreuil en mai 1972, au cinquième anniversaire de la mort de Groulx: «L\u2019abbé Groulx aurait-il été ce qu\u2019il fut si Bourassa n\u2019était pas venu avant lui?» Quant à Orner Héroux, il rencontra là le véritable chef qui orientera sa maturité, en dépit de certaines divergences ultérieures relativement secondaires.Olivar Asselin était collaborateur au Journal.Avec l\u2019aide d\u2019un petit groupe, Asselin, admirateur de Bourassa, fonda et présida la Ligue nationaliste.Héroux en était secrétaire.Sur le plan provincial, la politique présentait bien des problèmes.Asselin était secrétaire de Lomer Gouin, ministre de la Colonisation.Marchands de bois, compagnies obtenaient sans cesse de nouvelles concessions forestières: une partie importante des terres était inaccessible aux colons.Il y avait bien à Montréal une Société de colonisation, qui avait été un peu secouée à son Congrès de 1898.Asselin, Héroux et autres membres de la Ligue 19.Castor, c\u2019est-à-dire, plutôt ultramontain, prônant la suprématie de l\u2019Église dans la société et celle du pape dans l\u2019Église; rouge, c\u2019est-à-dire plus près des libéraux que des conservateurs, dans l\u2019ensemble de sa carrière.20.LB 118 L\u2019ACTION NATIONALE brassèrent la Société, réclamèrent l\u2019intervention de Bourassa devant la Commission de colonisation.À la Ligue, il fallait un organe.Dans une lettre à Bourassa, le 24 mars 1903, Asselin dit qu\u2019Héroux suggère comme nom de l\u2019hebdomadaire La lutte pour la vie.On opta pour Le Nationaliste.C\u2019était le 6 mars 1904.Pas tout à fait six ans après, Le Devoir y prendra son premier noyau d\u2019abonnés.En ce premier numéro du Nationaliste, dit Rumilly21, un seul article était violent, celui d\u2019Héroux, qui s\u2019en prenait au premier ministre Parent: «La colonisation est paralysée; les terres publiques et les pouvoirs d\u2019eau sont sacrifiés.Pendant que les politiciens se chicanent sur du bleu ou du rouge.» «Au temps de la Ligue nationaliste».C\u2019est le titre de l\u2019article nécrologique d\u2019Héroux dans Le Devoir sur Asselin, le 19 avril 1937.Article de véritable mémorialiste, où l\u2019auteur rappelle sa grande amitié de jeunesse, qui a du reste persisté toute la vie: «fraternelle camaraderie, qu\u2019aucune divergence ultérieure ne put jamais rompre»22.Asselin et Héroux avaient du reste bien des attitudes en commun, entre autres celle de la nécessité, alors, de la lutte anti-maçonnique.Voici quelques lignes de l\u2019article: «Les curieux de la petite histoire devront un jour apprendre le rôle joué par Asselin contre la bande de sectaires qui essaya d\u2019implanter ici une succursale du Grand Orient de France.Pour démasquer la troupe, il paya de son argent (qui n\u2019était pas considérable!) et de sa personne.Et quand les Frères essayèrent dans l\u2019ombre de faire arriver au conseil municipal certains de leurs associés, ou de ceux sur qui ils espéraient exercer de l\u2019influence, bien des fois ils se virent barrer la route par Asselin.» Malgré la brièveté du séjour d\u2019Asselin au Devoir, malgré les divergences d\u2019attitude durant la Première Guerre23, en dépit des 21.\tH.P.Q., t.onze, p.124.22.\tVoir aussi, à ce sujet, l\u2019article du Frère Antoine Bernard, c.s.v., dans Le Devoir du 11 mai 1964.23.\tC\u2019est là qu\u2019à la lecture de Oddsfish du converti anglais Mgr Benson, Asselin revient à la pratique religieuse.Il en envoya l\u2019exemplaire dédicacé à son ami Héroux.Groulx cite la dédicace, au complet (MG, t.2, p.100-101).Et le Frère Antoine Bernard la cite lui aussi dans son article (voir note précédente). JEUNESSE D\u2019OMER HÉROUX (1876-1963) 119 pointes assez violentes parfois d\u2019Asselin24, au clergé surtout dans le Canada et l\u2019Ordre, l\u2019amitié a persisté.Les jeunes journalistes de l\u2019époque sentirent le besoin d\u2019une association.25 Orner Héroux26 en fut le premier président, avec Amédée Denault comme secrétaire.En 1904, ils obtinrent leur section à la Revue Canadienne, dont le directeur était le sculpteur Alphonse Leclaire.On y retrouve des photos de jeunesse des deux journalistes précités, de Louvigny de Montigny, d\u2019Omer Chaput, d\u2019Albert Lozeau et autres.* * * À cette époque aussi se fonde l\u2019ACJC (Association catholique de la jeunesse canadienne-française) qui se choisit pour aumônier le Père Samuel Bellavance, Jésuite.Il était bien naturel qu\u2019y entrât Héroux.24.\tC\u2019est probablement dans le Canada qu\u2019il avait annoncé l\u2019entrée au journal, d\u2019un jeune collaborateur, Jules Bazin, en soulignant sa parenté avantageuse.(neveu de C.-J.Magnan, de Joseph Bégin et d\u2019Omer Héroux)! Dans l'Ordre (celui d\u2019Asselin, car que d'Ordre il y a eu parmi nos journaux!), les allusions à Héroux sont d\u2019habitude feutrées.25.\tC\u2019est, paraît-il, Madeleine Huguenin qui la première en eut l\u2019idée.26.\tEt dans Le Menu du 7 décembre 1903, J.Charlebois présente une amusante caricature d\u2019Héroux.11 y eut aussi le manifeste de l\u2019Association. 120 L\u2019ACTION NATIONALE (Çj» \u2022 PRISE DE POSITION DES ARTISTES 121 Prise de position des artistes par JEAN BESRÉ Dans le cadre de L \u2019OPÉRA TION QUÉBEC FRANÇAIS, lancée par la SSJB-Montréal, plus de six cents créateurs et créatrices, provenant majoritairement de l\u2019Union des Artistes, de l\u2019Union des Écrivains québécois, de la Société professionnelle des auteurs et compositeurs du Québec ont accordé leur appui à cette campagne dont l\u2019objectif est d\u2019exiger le rétablissement de la Loi 101 et de ses règlements dans leur intégrité première.Nous reproduisons la déclaration faite par Jean Besré, au nom de cet imposant groupe d\u2019artistes, dont l\u2019engagement aura sans doute un effet d\u2019entraînement auprès de tous les Québécois et Québécoises.Lorsqu\u2019on m\u2019a demandé de prendre la parole en votre nom à tous et à toutes ce soir, j\u2019ai accepté mais à une seule condition: que ce soit la dernière fois.La dernière fois que nous ayions à nous regrouper, à nous mobiliser, à nous dire qui nous sommes.Que ce soit la dernière fois que nous ayions à nous lever, à demander, à exiger qu\u2019on respecte ce que nous sommes.Nous avons cru que ces temps étaient finis.Que les luttes pénibles entreprises, pour préserver notre culture, pour survivre comme peuple francophone d\u2019Amérique étaient à jamais terminées.Qu\u2019une page d\u2019histoire avait été tournée, qu\u2019une marche irréversible était entreprise et que nous pourrions enfin nous centrer sur nos projets de création, vaquer à nos affaires.Nous avions besoin de notre temps, de nos énergies pour créer, pour inventer, pour poursuivre notre quête d\u2019expression.Notre rôle est de traduire par l\u2019art que nous exerçons, cette culture québécoise et francophone qui nous définit et qui nous appartient. 122 L\u2019ACTION NATIONALE Une loi nous procurait un filet de protection indispensable pour assurer le respect de notre langue, le maintien de notre culture.Nous avions acquis l\u2019assurance d\u2019une identité conquise, d\u2019une fierté collective retrouvée, que nous, créateurs et créatrices, nous exprimions généreusement à travers le monde, par nos œuvres.Ce soir, nous sommes nombreux (et notre présence et nos appuis en témoignent) à constater combien les acquis sont fragiles.Nous nous demandons comment dire notre message suffisamment haut et fort pour qu\u2019il soit enfin compris.S\u2019il faut le dire encore, une fois, disons-le avec force, avec vigueur: que cette fois soit la dernière.Nous en avons assez.Nous voulons non seulement parler français, jouer, chanter en français, mais nous voulons vivre en français dans la vie de tous les jours, vivre en français dans une ville où les affiches traduisent et reflètent l\u2019image de ce que nous sommes.C\u2019est une question de dignité.Faire affaire dans les banques, acheter dans les magasins, payer notre journal ou le «fleuriste», sans avoir à nous battre pour un minimum de respect.Nous n\u2019accepterons jamais comme groupe de revenir en arrière.C\u2019est une question de fierté.De par sa situation unique en Amérique, le Québec accueille des gens de tous les pays.Déjà aujourd\u2019hui si on dresse l\u2019oreille on peut entendre différentes langues s\u2019exprimer et ça ne fait que commencer.Tout cela est tant mieux, il est heureux que d\u2019autres cultures nous enrichissent nous permettant ainsi de nous ouvrir avec assurance au monde.Je dirais même que c\u2019est une chance que d\u2019autres régions ne pourront connaître.Cependant il y a un danger à tout cela: la disparition de notre langue si nous n\u2019y prenons pas garde; il suffit de penser à la dangereuse décroissance du taux de natalité au Québec.Aucun peuple n\u2019a jamais accepté de perdre ce qu\u2019il a de plus cher.Je fais appel à la dignité et à la fierté de tous les Québécois.C\u2019est urgent.«Pour notre survie, notre identité, nous voulons que le français reste la langue officielle du Québec, nous n \u2019accepterons pas de recul sur la Loi 101». LE RETOUR DE PAPINEAU 123 Le retour de Papineau par DENIS MONIÈRE Notre objectif, en évoquant aujourd\u2019hui le retour de Papineau n\u2019est pas seulement de rappeler certains épisodes de la vie de cet illustre homme politique dont nous fêtons cette année le bicentenaire de sa naissance (7 octobre 1786).En rappelant, ses années d\u2019exil à Paris et l\u2019époque du Canada-Uni, nous chercherons surtout à comprendre les séquelles politiques d\u2019un échec collectif.Nous pensons que l\u2019intelligence du passé peut faire apparaître des récurrences de comportements qui éclairent la situation actuelle du nationalisme au Québec.Même s\u2019il est vrai que l\u2019histoire ne se répète jamais de la même façon, il y a toutefois dans toute collectivité des archétypes qui structurent les comportements et commandent la répétition.Le titre de cet essai ne désigne donc pas seulement le retour d\u2019exil du chef patriote, qui vécut amèrement les effets délétères des compromissions politiques sous le régime du Canada-Uni, mais aussi, de façon analogique, le retour de syndrome historique de l\u2019échec collectif.En effet, ne retrouve-t-on pas, entre l\u2019après-1840 et aujourd\u2019hui, un curieux parallèle dans les comportements politiques, n\u2019assistons-nous pas au retour du pendule, qui oscille entre des époques d\u2019affirmation de soi dans la lutte pour la libération nationale et des périodes d\u2019accommodements et de collaboration avec l\u2019ordre établi après un échec historique?Ne sommes-nous pas comme Sysiphe condamnés aux éternels recommencements, nos luttes ne réussissant jamais à soulever le joug de la domination et ne servant en définitive qu\u2019à reproduire dans de nouveux contextes les conditions de la survivance?Papineau, cet homme qui incarnait l\u2019espoir d\u2019un peuple, qui n\u2019avait pas voulu la révolution, qui avait cru aux institutions parlementaires pour faire avancer la cause de la justice, ne put accomplir son destin et réussir son projet de liberté.S\u2019il a été la voix de la révolte contre l\u2019oppression, il est resté, dans l\u2019adversité, fidèle à son idéal et à ses principes politiques.Les souffrances de l\u2019exil n\u2019ont pas altéré ses convictions politiques.Il a conti- 124 L\u2019ACTION NATIONALE nué à vouloir l\u2019indépendance de son pays même si la force des armes avait rétréci l\u2019espoir de liberté de ses concitoyens.Forcé de prendre le chemin de l\u2019exil par la répression militaire de Gosford qui avait mis sa tête à prix, il se réfugie d\u2019abord aux États-Unis où il espérait obtenir le soutien de la jeune république.Mais devant l\u2019inébranlable neutralité des Américains et conscient de la nécessité de l\u2019appui d\u2019une puissance étrangère à la cause patriotique, Papineau se tourne vers la France.Il veut suivre la trace de Benjamin Franklin qui a été le représentant de la révolution américaine auprès des autorités françaises.Il est à la recherche d\u2019un nouveau Lafayette qui viendrait au secours des républicains du Canada.Il arrive à Paris le 9 mars 1839 et, dès le lendemain, il se rend chez le banquier Jacques Lafitte, qui est le chef de file des libéraux français.Ses démarches rencontrent beaucoup de sympathie mais donnent peu de résultats concrets car le roi Louis-Philippe ne veut pas entrer en conflit avec la Grande Bretagne.Il écrit à O\u2019Callaghan: «La Cause du Canada est tout pour nous, mais est traitée trop légèrement en Europe», (cité par R.Rumilly, Papineau, p.121) À Paris, Papineau vit dans une demi-gêne.Il est sans cesse préoccupé par des questions d\u2019argent car il n\u2019a plus de revenu et ses biens ont été mis sous séquestre.Il vit modestement et doit même se priver de repas le midi.Il assiste assidûment aux délibérations de la Chambre et passe de longues journées à la Bibliothèque nationale.Il assiste aussi aux cours de Michelet au Collège de France.Papineau fréquente les intellectuels progressistes de cette époque; il rencontre George Sand, Chateaubriand, Béranger, Louis Blanc.Toutes les semaines, il rend visite à Lamennais à la prison de Sainte Pélagie.Papineau a toujours voué une grande admiration à l\u2019auteur des Paroles d\u2019un croyant.Il voudrait l\u2019inciter à mettre sa plume au service des Canadiens.Ces contacts vont raffermir et radicaliser ses idées libérales.Il reviendra de son exil parisien avec des convictions encore plus républicaines, démocrates et anti-cléricales.La pensée de Papineau est complexe car tout en étant inspirée par les principes du libéralisme, elle tient compte des spécificités de la société canadienne qui est dominée par une puissance LE RETOUR DE PAPINEAU 125 coloniale ce qui donne parfois à sa pensée une apparence contradictoire.Ainsi, par exemple, si Papineau s\u2019oppose au commerce ce n\u2019est pas qu\u2019il est contre l\u2019activité commerciale comme telle, mais parce que celle-ci est contrôlée par des marchands anglais et que la politique commerciale ne sert que les intérêts de la Grande Bretagne.Papineau prône une société laïque et la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État mais cela ne l\u2019empêchera pas de défendre les privilèges de l\u2019Église lorsque ceux-ci sont menacés par le pouvoir colonial.11 s\u2019oppose de fait à toute politique qui pourrait affaiblir la société canadienne et conduire à l\u2019assimilation.C\u2019est aussi dans cette optique qu\u2019il faut situer sa défense du régime seigneurial, ce qui peut sembler paradoxal pour un démocrate bon teint.Il soutient en effet que l\u2019abolition de la tenure seigneuriale ne fera qu\u2019accroître l\u2019influence des marchands anglais sur les habitants.Alexis de Tocqueville, bien connu pour son libéralisme politique, n\u2019en défendait pas moins certains aspects du féodalisme qu\u2019il jugeait positifs.Reconnaître les effets pervers de certains changements manifeste une clairvoyance politique certaine et n\u2019est pas forcément un signe de conservatisme, à moins d\u2019entretenir une vision simpliste de l\u2019histoire.Mais fondamentalement, Papineau est un démocrate et un républicain.Il admire le modèle politique américain.Fernand Ouellet résume ainsi son programme de réformes politiques: «Les réformes qu\u2019il demandait se situaient à tous les niveaux: indépendance du judiciaire, élection du conseil législatif, responsabilité de l\u2019exécutif, disparition du patronage, décentralisation administrative et gouvernementale par la création d\u2019organismes au niveau de comté et des municipalités.» (Papineau, p.9) Son projet de dévolution des pouvoirs aux municipalités est très à l\u2019avant-garde.Il écrit dans son Manifeste aux électeurs de Montréal en 1851: «C\u2019est la Municipalité qui fait la force et la gloire de la Démocratie en Angleterre et aux États-Unis, et le despotisme n\u2019a triomphé sur le continent européen qu\u2019après avoir détruit la Commune.La Municipalité, c\u2019est l\u2019école publique du Peuple, c\u2019est le triomphe de la Liberté, c\u2019est la citadelle de ses droits.» (cité par R.Rumilly, Papineau, p.449).En réalité, le libéralisme politique de Papineau est indissociable de son nationalisme.Le régime parlementaire et la lutte pour l\u2019obtention du gouvernement responsable représentaient pour lui le moyen légitime et constitutionnel de briser le lien 126 L\u2019ACTION NATIONALE colonial et de réaliser l\u2019indépendance de son pays.Dans son dernier discours public prononcé devant l\u2019Institut canadien en 1867, il résumait ainsi les principes de son action politique; «reconnaître que dans l\u2019ordre temporel et politique, il n\u2019y a d\u2019autorité légitime que celle qui a le consentement de la majorité de la nation; de constitutions sages et bienveillantes que celles sur l\u2019adoption desquelles les intéressés ont été consultés et auxquelles les majorités ont donné leur libre acquiescement.» Papineau a combattu toute sa vie au nom de ces principes et n\u2019a pas changé de cap après son retour d\u2019exil.Mais au pays, après cinq ans d\u2019Acte d\u2019union, bien des résistances se sont émoussées.L\u2019esprit du temps n\u2019est plus au combat mais à la soumission.De nombreux patriotes se disent que «le destin a parlé» et qu\u2019il faut accepter son sort.Étienne Parent n\u2019a-t-il pas écrit que «ce serait folie que de s\u2019obstiner à demeurer un peuple à part sur cette partie du continent».Le découragement s\u2019est emparé des plus ardents patriotes qui acceptent l\u2019assimilation et la domination «Canadian» comme une fatalité.Clément Dumesnil décrit, dans une lettre à Duvernay, le syndrome de l\u2019échec collectif: «À Montréal, on semble avoir tout oublié.Les Canadiens de Montréal ne songent qu\u2019à leur plaisir, à leurs intérêts individuels, et ceux de la patrie ne sont comptés pour rien.Quant à la politique, on n\u2019en parle plus.» (cité par R.Rumilly p.226) Le peuple est frappé d\u2019une profonde léthargie qui favorise l\u2019emprise du clergé sur la société canadienne.On ne fête pratiquement plus la Saint-Jean, les célébrations se limitant la plupart du temps à une grand messe.Ainsi, lorsqu\u2019il revient parmi les siens en septembre 1845, les esprits se sont calmés et la mode est aux compromis.Le journal Le Canadien souligne le retour de Papineau en rappelant les changements qui se sont produits depuis 1840: «Depuis son départ, il s\u2019est opéré de grands changements dans cette province, des hommes nouveaux ont surgi; des opinions nouvelles se sont manifestées, des partis plus ou moins nuancés se sont formés, des intérêts divers ont été créés.» (Ibid.p.311) L\u2019échec du mouvement des Patriotes et l\u2019imposition de l\u2019Acte d\u2019Union ont entraîné un renversement des alliances politiques.Les éléments modérés du mouvement acceptent désormais la tutelle de l\u2019Église et s\u2019allient aux capitalistes Canadian, délais- LE RETOUR DE PAPINEAU 127 sant la défense des intérêts du peuple.Ils obtiennent, en échange de leur participation à cette nouvelle alliance, des places dans la fonction publique.Ainsi, de valeureux patriotes ont troqué leur intransigeance pour un pragmatisme rémunérateur.Il se résignent à l\u2019hégémonie de la bourgeoisie anglaise et acceptent la subordination nationale dans le cadre du Canada-Uni où, pour la première fois, nous serons politiquement minoritaires.On préfère l\u2019accommodement à l\u2019affrontement.Le mot d\u2019ordre des réformistes est de tirer le meilleur parti d\u2019un régime imparfait.Pierre O.Chauveau explique ainsi l\u2019objectif de cette stratégie de collaboration: «essayer de reprendre ce qui nous appartient au moyen de ce qu\u2019on nous a laissé.» On estime alors que cette stratégie des petits pas feutrés porte fruit puisque Lord Elgin a reconnu le principe du gouvernement responsable, qu\u2019il a fait abroger la clause de l\u2019Acte d\u2019Union interdisant l\u2019usage du français et qu\u2019il a sanctionné l\u2019amnistie générale accordée aux condamnés politiques de 1837-38.Mais les anciens patriotes se sont enfermés dans un système d\u2019alliance où ils ont perdu leur autonomie d\u2019action et où ils ont aliéné nos droits collectifs en acceptant notre minorisation politique.Le plat de lentilles était en demande à la table du nouveau régime.On prenait ainsi l\u2019habitude de faire contre mauvaise fortune bombance.On vit alors des choses étonnantes qui ne découragèrent certainement pas la dépolitisation du peuple mais provoquèrent la stupeur dans les chaumières.Ainsi, on vit le président de la Société Saint-Jean-Baptiste, Denis Benjamin Viger, illustre vétéran des luttes pour les libertés parlementaires, être appelé au gouvernement par Metcalfe et soutenir une administration si peu soucieuse du respect de la responsabilité gouvernementale.Pierre Boucher de Boucherville, reconnu comme l\u2019un des plus farouches révolutionnaires, est nommé conseiller législatif en septembre 1844.Jean-Baptiste Meilleur, ancien député patriote, est nommé surintendant de l\u2019instruction publique.Charles Mon-delet, qui a été emprisonné en 1838, devient magistrat à Montréal en 1844.Luc Masson, leader de l\u2019insurrection à Saint-Benoît obtient le poste de percepteur des douanes.Qui eut pu prévoir que Macnab, qui représentait la quintessence du torysme, celui qui avait traité les Canadiens-Français d\u2019étrangers, formerait un cabinet avec A.-N.Morin, le rédacteur des 92 résolutions, que le patriote notoire G.-E.Cartier deviendrait à son tour un conser- 128 L\u2019ACTION NATIONALE vateur au service des intérêts de la compagnie du Grand Tronc?Bien de l\u2019eau avait coulé dans le Saint-Laurent entre Kingston et Québec! C\u2019est dans ce contexte de combinaison mercantile que Papineau fit un retour à la politique active en 1848 en se faisant élire dans le comté de Saint-Maurice.Le vieux lion a beau rugir contre les compromissions, il est isolé, ses anciens compagnons de route l\u2019ayant abandonné pour mieux profiter des avantages du pouvoir.Durant la session de 1849, il mène un long réquisitoire contre l\u2019esprit de collaboration des libéraux qui ont accepté «l\u2019infâme» régime d\u2019Union.Encore une fois il déchaînera les passions de ses anciens alliés qui, cette fois-ci, se retourneront contre lui en prêchant la loyauté à la Couronne britannique.Mais son discours, par sa fermeté de conviction et ses accents radicaux, lui attirera le soutien des Rouges qui ont fondé le journal L\u2019Avenir et qui se réclament des principes de la révolution démocratique.Stimulés par la révolution de 1848 en France, les amis de Papineau fondent en 1849 le Parti démocratique canadien.Cette scission dans les rangs libéraux entraînera le retrait de la vie politique de Lafontaine en 1851.Les Rouges, contrairement aux libéraux modérés, rejettent le régime imposé par l\u2019Action d\u2019Union.Dans leur argumentation contre l\u2019Union, ils s\u2019appuyaient sur le principe libéral du droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes.Au nom de ce même droit, ils s\u2019opposeront aussi à l\u2019adoption de la constitution canadienne de 1867.Ils préconisent le maintien d\u2019un Bas-Canada distinct, dirigé par des Canadiens-Français.Ils réclament le suffrage universel, la séparation de l\u2019Église et de l\u2019État, l\u2019établissement d\u2019un système d\u2019éducation laïque, l\u2019abolition du régime seigneurial, en quoi ils se séparent de Papineau, et l\u2019annexion aux États-Unis ce qui, en désespoir de cause, était un moyen de rompre le lien colonial avec la Grande Bretagne.Ils préfèrent l\u2019annexion aux États-Unis à l\u2019annexion au Haut-Canada car, ils pensent que cette optique serait moins dommageable pour la nationalité et permettrait de créer une république bas-canadienne.Papineau sera, lui aussi, favorable au mouvement annexionniste même s\u2019il reste en retrait de l\u2019agitation politique de cette époque.Après avoir été élu député du comté de Deux-Montagnes à l\u2019élection de 1852, il se retirera de la vie active en 1854 et consacrera LE RETOUR DE PAPINEAU 129 les dernières années de sa vie au développement de la seigneurie de Montebello.Comme beaucoup d\u2019autres, en attendant de se donner un pays, il allait se bâtir une petite patrie.L\u2019échec politique semble donc bien se traduire par un rétrécissement des ambitions politiques et un repli sur la vie privée, hier comme aujourd\u2019hui. 130 L\u2019ACTION NATIONALE Lettre à la ministre des Affaires culturelles par LE MOUVEMENT DU QUÉBEC FRANÇAIS1 À Madame Lise Bacon, ministre des Affaires culturelles Le Mouvement Québec français et ses composantes ont approuvé la Loi 101, comme l\u2019ont fait \u2014 il n\u2019est pas inutile de le rappeler à celle qui a aujourd\u2019hui la charge des Affaires culturelles \u2014 à peu près tout ce que le Québec compte de créateurs.Cette loi, le M.Q.F.l\u2019a approuvée hier et il la défend aujourd\u2019hui parce qu\u2019elle présente le triple mérite de desserrer l\u2019emprise de l\u2019anglais sur notre peuple, d\u2019atténuer la ségrégation économique, sociale, scolaire qui s\u2019était instaurée sur notre territoire, et de donner à notre continent un premier et véritable môle de pluralisme linguistique.Nos inquiétudes Mais, aujourd\u2019hui, le M.Q.F.est inquiet.Il est inquiet, parce que cette loi ne plaît pas aux grands de ce monde et que ceux-ci lui ont déjà porté atteinte.Il est inquiet, parce que de puissants facteurs menacent notre collectivité et notre langue en cette ère d\u2019informatisation et de continentalisation des économies et, qu\u2019en hauts lieux, on semble ignorer ces menaces.Le M.Q.F.est inquiet, parce que le gouvernement dont vous faites partie, Madame, est issu d\u2019une tradition politique dont le moins qu\u2019on puisse dire est qu\u2019elle ne le porte pas naturellement à apprécier l\u2019esprit de la Loi 101, comme on a pu le constater au moment du Livre blanc de Pierre Laporte, du débat sur le Bill 63 ou de l\u2019adoption de la Loi 22, cette loi de la chèvre et du chou.Il 1.Les organismes membres du Mouvement Québec français sont: Alliance des professeurs de Montréal, Association québécoise des professeurs de français, Centrale de l\u2019enseignement du Québec, Confédération des syndicats nationaux, Fédération des Travailleurs du Québec, Mouvement national des Québécois, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Union des producteurs agricoles. LETTRE À LA MINISTRE DES AFFAIRES CULTURELLES 131 est inquiet, parce que votre gouvernement a déjà fait des choses contre la Loi 101, comme nous l\u2019avons reproché à Monsieur Ryan, à l\u2019occasion du projet de loi 58.Mais, surtout, le Mouvement Québec français est inquiet, parce qu\u2019il se dit et se prépare des choses sur le dos de la Loi 101 au sein de votre parti et du gouvernement où semble même s\u2019être instaurée une surenchère entre les adversaires de cette loi.Toutes sortes de bruits, en effet, nous sont déjà parvenus, tel celui relatif à la clause Canada et dont nous comptons nous entretenir avec votre collègue, M.Rémillard.D\u2019autres aussi, malheureusement.Et pour éviter tout malentendu entre vous et nous, Madame, voilà ce que nous, nous souhaiterions vous dire.La Loi 101 et son appareil administratif On nous dit que vous voudriez affaiblir les appareils mis en place par et pour la Loi 101.Nous, nous vous disons: «Ne le faites pas!» Il ne faut pas céder à la tentation de faire des économies dans un domaine comme celui de la langue, où celles-ci n\u2019ont pas leur place, et où elles ne serviraient qu\u2019à semer le doute sur votre détermination à appliquer les grandes lois du Québec.En particulier, il ne faut pas céder à la tentation d\u2019affaiblir la voix de ceux qui ont reçu de la loi la mission de réfléchir et d\u2019éclairer le débat et dont la conscience peut leur dicter de différer d\u2019avis d\u2019avec vous.Au contraire, nous, nous vous demandons de maintenir ces foyers d\u2019action et de réflexion linguistiques, et de le faire en leur assurant les moyens indispensables à la poursuite de leurs missions, car il ne servirait à rien de ne les maintenir séparés que pour mieux en faire, par des moyens camouflés, des coquilles vidées de leur substance.La Loi 101 et l\u2019affichage commercial On nous dit aussi que vous voudriez redonner libre cours aux habitudes d\u2019antan en matière d\u2019affichage commercial.Là aussi, nous vous disons: «Ne le faites pas!».Et, d\u2019abord, de quoi s\u2019agit-il?De cet article 58 de la Loi 101, qui apporte un élément de francisation au visage de notre économie.De cette mesure, il faut se réjouir dans une société depuis si longtemps habituée \u2014 déjà Tocqueville en 1831 avait été frappée par ce travers \u2014 à ce que l\u2019anglais exprime l\u2019essentiel 132 L\u2019ACTION NATIONALE de l\u2019activité économique et commerciale.Mais, en tout état de cause, cette mesure reste partielle: même aujourd\u2019hui, on ne compte plus les aspects de notre vie économique qui s\u2019expriment en anglais et, bien souvent, dans cette seule langue.Dans le traitement de cette affaire, il ne faut pas se réfugier derrière les tribunaux, car, s\u2019il est normal de laisser à ces derniers l\u2019application des textes, il n\u2019est pas sain de leur confier la définition des règles fondamentales qui gouvernent nos sociétés.Il ne faut pas se réfugier, non plus, derrière une prétendue opinion publique, car c\u2019est le devoir du responsable politique de voir plus loin que l\u2019immédiat et l\u2019apparent que constatent les sondages, et d\u2019y conduire son électorat.Et l\u2019on se rappellera que s\u2019il avait fallu se mouler sur ces opinions toutes faites que nous livrent les sondages, nos gouvernements n\u2019auraient ni réalisé la francisation de l\u2019Hydro-Québec, ni lancé l\u2019idée de la francisation du travail, ni ouvert nos écoles françaises à l\u2019immigration étrangère.Dans le traitement de cette affaire, il ne faut pas confondre l\u2019anglais, la langue dominante de l\u2019Amérique du Nord, sûre d\u2019elle-même et conquérante, avec toutes ces langues véritablement minoritaires apportées ici par l\u2019immigration internationale, et qui voudraient bien ne pas mourir trop brutalement.Au Canada anglais, aux États-Unis, après les avoir longtemps réprimées, les pouvoirs publics accordent maintenant à ces langues minoritaires une certaine sollicitude, les aidant ainsi à résister au rouleau compresseur de l\u2019anglais.En aucun cas, on ne saurait assimiler la situation précaire de ces langues communautaires, comme on les appelle chez nous, à celle que s\u2019est assurée l\u2019anglais sur notre territoire.Et si d\u2019aventure on le faisait, on aboutirait précisément au résultat d\u2019affaiblir la résistance du français devant ce même rouleau compresseur.Il ne faut pas toucher à l\u2019article 58 de notre Loi 101, car ce nouvel affaiblissement que l\u2019on ferait ainsi subir au français en préparerait d\u2019autres: comment, en effet, rétablir aujourd\u2019hui le bilinguisme dans l\u2019affichage commercial et continuer à l\u2019interdire demain dans les raisons sociales (article 63), les panneaux-réclame (article 58) ou la signalisation routière (article 29)? LETTRE À LA MINISTRE DES AFFAIRES CULTURELLES 133 La langue de travail Tout se tient dans l\u2019effort d\u2019un peuple pour défendre et imposer sa langue.Mais, dans cet effort, la première place appartient sans doute à ce qui se fait sur le plan de la langue de travail.Si l\u2019on forme nos élèves en français n\u2019est-ce pas, en effet, dans l\u2019espoir qu\u2019ils puissent travailler dans cette langue?Et si l\u2019on donne un visage français à notre économie, n\u2019est-ce pas aussi pour s\u2019assurer que les rouages de cette même économie vont tourner en français?Faire du français la langue de travail, cet objectif est capital: votre chef, M.Robert Bourassa, n\u2019en faisait-il pas dès 1970 l\u2019un de ses deux objectifs prioritaires?Mais la réalisation de cet objectif est difficile, car c\u2019est là plus que partout ailleurs que se fait sentir le poids des choses, des habitudes et, parfois aussi, celui des veuleries.Par bonheur, des choses ont été réalisées sur ce plan au profit du français, grâce à la détermination des travailleurs, grâce aussi, grâce surtout peut-être à la volonté clairement exprimée urbi et orbi des pouvoirs publics.Mais beaucoup reste encore à faire: tel est le constat établi par tous ceux qui vivent en milieu de travail ou qui s\u2019y sont penchés.Le point de non-retour n\u2019est pas atteint, là moins qu\u2019ail-leurs.De nouvelles menaces apparaissent dans l\u2019informatisation et la continentalisation croissante de notre économie.Lâcher prise aujourd\u2019hui, c\u2019est inviter les entreprises à se laisser aller au poids des choses et des habitudes.D\u2019autant plus qu\u2019elles ne pourront pas ne pas interpréter en ce sens ce que vous dites, ce que vous vous préparez peut-être à faire sur le plan de l\u2019appareil administratif et de l\u2019affichage commercial.Telle n\u2019est sans doute pas votre intention, mais tel est bien ainsi que fonctionne la vie.C\u2019est pourquoi, Madame, nous vous conjurons, au nom de l\u2019importance que revêt cette question pour notre peuple et, tout particulièrement pour sa jeunesse, de réaffirmer solennellement votre détermination de franciser le travail au Québec, et nous vous demandons de donner mandat à votre comité d\u2019experts de réfléchir aux moyens de renforcer et d\u2019accélérer le processus de 134 L\u2019ACTION NATIONALE francisation de nos entreprises et tout particulièrement aux moyens indispensables pour assurer le contrôle démocratique de ce processus.Il est peut-être tentant, facile même, d\u2019aller dans le sens annoncé par ces bruits qui nous parviennent, car vous savez que les grands de ce monde l\u2019approuveraient.Mais vous avez mieux à faire: mettre tout le poids de votre prestige et de votre charge au profit de la défense et de la promotion efficaces du français.Vous en sortiriez, Madame, grandie, et votre peuple conforté dans sa dignité, dans son espoir, dans son identité.GUY BOUTHILLIER, politicologue.Porte-parole du Mouvement Québec Français. LA LANGUE D\u2019UN PEUPLE SANS POUVOIR! 135 La langue (Tun peuple sans pouvoir! Sans vouloir?par GILLES RHÉAUME La brutale mais prévisible réapparition, dans un paysage politique déjà trop brumeux, de la question linguistique rappelle le cul-de-sac dans lequel nous choisissons, tous les jours, de nous enliser davantage.Ce qui est advenu à la Loi 101 depuis son adoption, il y a moins de dix ans, a largement démontré que nous ne possédons nullement le pouvoir de préciser et d\u2019appliquer les orientations et les mesures qui s\u2019imposent pour répondre adéquatement à l\u2019acuité de notre situation linguistique, en tant que peuple différent, sur un continent à forte tendance monolithique.Historiquement, le fédéralisme nous a toujours empêché d\u2019intervenir efficacement sur notre développement.Le «Canada Bill», quant à lui, est venu consacrer notre incapacité d\u2019agir.Le gouvernement central, c\u2019est-à-dire les provinces anglaises, tiennent notre peuple en tutelle.Ce constat d\u2019impuissance collective devrait amener toutes les consciences, même les plus obtues, à conclure à la nécessité de l\u2019indépendance nationale.Cette déduction toute cartésienne devrait faire l\u2019unanimité, au risque de frôler le racisme, si on persiste à refuser à un peuple tout entier la responsabilité d\u2019assumer pleinement sa destinée.Si c\u2019est vrai pour les peuples haïtien, philippin, polonais, irlandais, palestinien etc., c\u2019est vrai aussi pour le peuple canadien-français aussi appelé québécois, même si le contexte est différent.Malgré cette évidence, un vent de confusion pénètre toutes les couches d\u2019un peuple dont le vécu de colonisé explique aisément certaines hésitations aux allures caractérielles.Cette nation semble prédisposée à investir l\u2019essentiel de ses énergies à polir les barreaux de sa geôle, comme si ceux-ci la protégeaient d\u2019un courant d\u2019air dont les effets par contre ne pourraient être que vivifiants.L\u2019air frais d\u2019une solide bourrasque réussirait sûrement à purifier les poumons de cette communauté nationale indéniablement victime de toutes les pollutions. 136 L'ACTION NATIONALE Qui de sensé peut trouver normal que nous ayons encore à revendiquer notre droit de vivre en français partout au Québec (y compris à Montréal, n\u2019en déplaise à messieurs Drapeau et Doré, dans l\u2019ouest de l\u2019île et dans l\u2019Outaouais), alors que nous constituons 83% de la population?Qui peut trouver naturel d\u2019avoir toujours à exiger de se faire entendre, d\u2019être servi, de se faire soigner, voire de mourir, dans sa langue sur l\u2019ensemble du territoire?Qui peut trouver tyrannique d\u2019intégrer à notre système scolaire (français) celles et ceux qui choississent de vivre chez nous?Qui peut trouver acceptable le fait que chaque année plusieurs milliers des nôtres oublient totalement le français pour aller grossir les rangs de la minorité anglophone?Les faits parlent clairement: un peuple est fermement tenu en laisse! Seule la logique fédéraliste peut motiver l\u2019acceptation d\u2019une telle réalité.Partout dans le monde, cette problématique est décriée parce que ridicule dans son essence même.Voilà le lot des majorités soumises à un pouvoir étranger.Voilà le lot des peuples sans état, dont nous sommes, le Parlement à Québec n\u2019étant qu\u2019une tenace illusion, qu\u2019un mirage dispendieux.Le droit élémentaire d\u2019un peuple de maintenir son identité est ici officiellement contesté, cavalièrement bafoué et carrément refusé au nom d\u2019un soi-disant réalisme économico-géographique.Subtilement on continue de culpabiliser notre population en piaillant «qu\u2019il lui faut faire preuve de tolérance».Comme si la tolérance n\u2019était pas la caractéristique du Canada-Français et du Québec qui l\u2019ont poussé jusqu\u2019à la «bonasserie».Faudra-t-il disparaître pour faire taire les vestales de «l\u2019égalité linguistique»?La question est pourtant très simple à formuler; puisque les Francophones du continent sont assimilés à plus de 75%, le foyer national du peuple de langue française, ou plus précisément de ce qu\u2019il en reste, peut-il espérer avoir une place, avoir sa place en Amérique du Nord?C\u2019est à nous d\u2019invoquer la tolérance des autres, et nous sommes en droit d\u2019exiger réparation pour les torts encourus.Ce que nous voulons, ce que nous revendiquons, c\u2019est tout simplement la justice.Pendant qu\u2019à l\u2019Assemblée nationale on discute dans un dialogue de sourds, dans la rue, dans les usines, dans les bureaux et dans les commerces, les Francophones, tous les jours, se butent à un mur, construit avec les pierres du mépris, qui leur fait bien LA LANGUE D\u2019UN PEUPLE SANS POUVOIR! 137 sentir leur état de locataire dans leur propre maison.L\u2019intransigeance, le fanatisme et l\u2019arrogance existent toujours.Une recrudescence de ces attitudes est plus perceptible depuis quelques mois.Pendant que les Marx, en encourageant la désobéissance civile, que les Ryan, en primant, à perpétuité, l\u2019illégalité, que les French, en démantelant Radio-Québec et que les Bacon, en parrainant l\u2019œuvre de destruction de la Loi 101 et de ses institutions, se voient confiés l\u2019avenir de notre existence, l\u2019égarement s\u2019installe au pouvoir.Pendant qu\u2019Alliance-Québec, grassement entretenue à même nos taxes, continue une lutte, aux racines coloniales, qui perpétue le fameux diviser pour mieux régner, certaines pages éditoriales de nos journaux se font complices de l\u2019entreprise de démolition des droits du français en exécutant, sans plus de gêne que de cohérence, des acrobaties intellectuelles de haute voltige.Dans la conjoncture qui est la nôtre, parler français est un geste politique; c\u2019est peut-être la dernière résistance populaire qui s\u2019offre à une nation particulièrement désemparée et, il faut bien le reconnaître, profondément mêlée.Le Parti libéral et le Parti québécois au lieu de palabrer sur les conditions d\u2019adhésion à la prétendue nouvelle constitution, devraient plutôt s\u2019empresser de dénoncer le caractère suicidaire d\u2019une telle soumission, nécessairement contraire à l\u2019intérêt supérieur de ce peuple que nous sommes et de ce pays que nous n\u2019avons pas encore réussi à nous donner.Les questions linguistique et constitutionnelle sont inter-reliées.Toutefois, il apparaît de plus en plus clair que nous ne pourrons nous fier sur la députation actuelle pour régler cette épineuse question linguistique.À quelques exceptions près, nos parlementaires se complaisent dans un système qui les traite bien, somme toute.Ces exceptions devraient se faire moins discrètes.Puisqu\u2019il le faut, mettons les points sur les i.Le gouvernement libéral a beau répéter comme un perroquet qu\u2019il est d\u2019accord avec les objectifs de la Loi 101, personne n\u2019est dupe d\u2019une semblable affirmation.Les gens ont compris, il y a déjà longtemps, que le P.L.Q.et Alliance-Québec, c\u2019est du pareil au même.Il serait intéressant d\u2019ailleurs de comparer les listes des 138 L\u2019ACTION NATIONALE souscripteurs de ces deux organismes qui s\u2019entendent comme larrons en foire.Monsieur Bourassa peut bien s\u2019époumonner à répéter que la langue française est en bonne posture, cela ne fait qu\u2019évoquer les villages de Catherine de Russie où l\u2019on présentait à l\u2019impératrice des scènes montées de toutes pièces pour mieux l\u2019illusionner sur le bien-être de son peuple.La Charte de la langue française n\u2019existe plus que dans l\u2019imaginaire des Francophones.Aucun des neufs chapitres adoptés, lors de sa promulgation en 1977, ne demeure en vigueur dans sa version originale, puisque le bras judiciaire du régime fédéral a fait ostensiblement son œuvre.Aussi longtemps que nous nous entêterons à demeurer dans la Confédération, la refrancisation de notre activité nationale sera impossible, parce que les règles du jeu sont définies et interprétées par d\u2019autres que nous malgré les engagements solennels consignés dans les traités et les actes qui garnissent nos musées.Combien de brimades et de rebuffades faudra-t-il accumuler avant de nous réveiller?Il serait trop simpliste de ne tenir responsable de notre effritement national que la minorité anglaise et les institutions fédérales.Toute la démarche d\u2019Alliance-Québec, du gouvernement Bourassa et du système fédéral s\u2019appuie sur les résultats du référendum du 20 mai 1980, alors que 60% (50% des Francophones) de l\u2019électorat a répondu non à une question tiède mais confuse.Comment un peuple qui semble s\u2019être dit non à lui-même peut-il espérer se voir respecter dans son intégrité?L\u2019attachement de certaines et de certains des nôtres aux montagnes rocheuses, connues généralement que par la télévision et les cartes postales, n\u2019aura pas réussi à empêcher Ottawa de voter le «Canada Bill» dont l\u2019objet principal est d\u2019invalider la Loi 101.Les naïvetés manipulées, lors de cette historique consultation, sont-elles maintenant conscientes de la frauduleuse récupération dont-elles furent victimes en succombant aux charmes d\u2019une fausse sécurité?Nous ne pouvons que l\u2019espérer.peut-être naïvement à notre tour.Quant au million de «OUI», où sont-ils aujourd\u2019hui?Cette force supposée vive serait-elle tombée en décrépitude?Aurait-elle mis tout espoir dans un chef et dans une formation politique?Le confort et l\u2019indifférence ont-ils changé de camp?Morosité, fatigue, désarroi, amertume et rancœur passent toujours LA LANGUE D\u2019UN PEUPLE SANS POUVOIR! 139 pendant un certain temps.Désormais, c\u2019est plus que jamais que ces bonnes volontés doivent se manifester, sinon l\u2019inaction et le silence deviendront les alliés d\u2019un système néfaste à notre développement.Il est grand temps que les OUI se relèvent, sans cela leur OUI se sera converti en un non désespérant.Plusieurs étaient absents en 1980, à cause de leur trop jeune âge.La jeunesse est totalement négligée par nos gouvernants.Les générations montantes doivent renverser l\u2019ordre des choses si elles désirent s\u2019épanouir.Il y a un pays à bâtir.Ce projet devra porter la marque des jeunes.C\u2019est pourquoi leur implication est nécessaire.Le régime actuel est archaïque, il paralyse l\u2019avenir.Bien sûr, il faut s\u2019opposer au charcutage de la Loi 101 qu\u2019a déjà amorcé le nouveau gouvernement, parce que c\u2019est une aberration tant dans son élaboration conceptuelle que dans son application concrète.Pour redresser notre situation linguistique précaire, les correctifs à apporter exigent l\u2019engagement de tous et de toutes.Cependant les portes sont fermées à Québec.Monsieur Ryan refuse d\u2019entendre les groupes à la Commission parlementaire chargée d\u2019étudier le projet de loi visant à récompenser les illégaux au chapitre de l\u2019enseignement de la Charte de la langue française.Il a préféré procéder à une consultation-bidon où Alliance-Québec étaient officiellement et intimement associée à la recherche de la solution.Légiférer en catimini, décider en cachette et ne consulter que des groupes privilégiés marquent un recul démocratique inquiétant, notamment sur une question qui est source de tensions énormes.Puisque la détermination politique n\u2019existe plus dans la défense du français, c\u2019est à la population de prendre la relève.Sachons que seule l\u2019indépendance amènera une discussion sereine autour de cette question névralgique.D\u2019ici là, prenons conscience de notre situation et préparons-nous à reprendre la lutte.On peut bien voter toutes les Lois 101 que l\u2019on voudra, elles demeureront lettres mortes et inopérantes tant que nous ne posséderons pas nos propres institutions démocratiques.L\u2019alarme est sonnée, mais combien de tympans sensibles reste-t-il dans ce pays où les déceptions peuvent finir par étouffer les énergies?Nous n\u2019en sommes pas là.tout au moins souhaitons-le. 140 L\u2019ACTION NATIONALE Bourassa ne sait pas où il s\u2019en va en matière constitutionnelle par NICOLE BOUDREAU Robert Bourassa jongle présentement avec la question constitutionnelle, comme il le fait d\u2019ailleurs depuis des mois avec la question linguistique, et dans l\u2019un ou dans l\u2019autre de ces deux dossiers majeurs pour le Québec, personne au sein de son gouvernement, pas plus que lui-même, ne semble savoir où il s\u2019en va.Aussi bien sur le plan de la langue que sur celui de la constitution, Monsieur Bourassa a toujours été perdant face aux nationalistes québécois, qui ont exigé et obtenu son NON, en 1971, à la Charte de Victoria, et qui l\u2019ont battu à l\u2019élection de 1976, suite à l\u2019adoption de la Loi 22.D\u2019ailleurs, il n\u2019a pas changé; dans son présent mandat, il fait preuve du même louvoiement qui l\u2019a caractérisé de 1970 à 1976.La période de chance au coureur que les nationalistes lui ont consentie à son retour au pouvoir est bien terminée.La formule d\u2019amendement à la Constitution que Robert Bourassa proposait, le 11 août \u2014 c\u2019est du moins la plus récente que nous connaissions, peut-être a-t-il encore changé d\u2019idée depuis \u2014, soit que toute modification à la Constitution exige l\u2019accord de sept provinces totalisant 75% de la population, a été vivement dénoncée et qualifiée d\u2019inacceptable par deux politicologues renommés, Léon Dion et Jacques-Yvan Morin, qui soulignent notamment que ce droit de véto, s\u2019il était inscrit dans la Constitution deviendrait inopérant avant la fin du siècle, soit dès que la population québécoise sera inférieure de 25 pour cent dans l\u2019ensemble canadien.Pour sa part, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal s\u2019oppose fermement à toute signature par le Québec de la Constitution canadienne de 1982, adoptée sans son consentement, qui ne lui accorde que le statut d\u2019une province comme les autres et lui retire tous les droits et privilèges que lui reconnaissait l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique.Ce n\u2019est certainement pas au Québec à faire les premiers pas pour amender une Constitution de laquelle il a été cavalièrement exclu par tous les signataires.Je me sens humiliée, comme Qué- BOURASSA NE SAIT PAS OU IL S\u2019EN VA 141 bécoise, de voir le Premier Ministre quémander et marchander le retour du Québec dans une arène où il n\u2019a cessé d\u2019être battu et écrasé durant plus de 115 ans.Tant que le Québec vivra sous le régime fédéral imposé, le rôle de ses gouvernants est plutôt de récupérer et d\u2019exercer pleinement tous les droits et pouvoirs qui garantissait la Constitution de 1867, même d\u2019élaborer et d\u2019adopter une constitution proprement québécoise.Il est évident que Bourassa se grandirait aux yeux des Québécois, en cessant immédiatement ses démarches, comme il s\u2019était grandi en 1971, en disant NON à la Charte de Victoria.Si, au contraire, il s\u2019entête à poursuivre ses démarches, malgré l\u2019opposition qui commence à surgir, Robert Bourassa devrait, afin de bien vérifier le mandat qu\u2019il croit détenir d\u2019entreprendre des discussions pour la signature du Canada Bill par le Québec, organiser un référendum auprès de la population québécoise afin de la consulter, non seulement sur un tel mandat, mais sur la formule d\u2019amendement qu\u2019il propose.Je suis assurée qu\u2019en 1986, le peuple québécois maintiendra l\u2019attitude ferme qu\u2019il a adoptée tout au long de son histoire en matière constitutionnelle, en s\u2019opposant à tout changement qui aurait pour objet de reléguer le Québec au rang de province comme les autres et de lui retirer les droits fondamentaux nécessaires à son plein épanouissement comme peuple distinct.Il ne faut pas qu\u2019il soit inscrit dans notre histoire que la génération de 1986 a abdiqué sur le plan constitutionnel et renié les générations qui se sont succédé depuis 1760 en acceptant la Constitution de 1982, déjà refusée par le Québec, et la formule d\u2019amendement Bourassa qui s\u2019avère encore plus inacceptable que les formules Fulton-Favreau de 1964 et Trudeau-Turner de 1971.Tant le Canada Bill que le projet d\u2019amendement Bourassa sont plus pernicieux pour le peuple canadien-français que l\u2019Acte de Québec de 1774, l\u2019Acte Constitutionnel de 1791, l\u2019Acte d\u2019Union de 1841 et l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique de 1867 qui, tous quatre, bien que nous étant imposés de l\u2019extérieur, reconnaissaient dans les faits, selon le chanoine Lionel Groulx, l\u2019existence et même l\u2019autonomie de notre peuple, au point qu\u2019aujourd\u2019hui on peut affirmer qu\u2019Ottawa et Bourassa nous menacent plus que Londres. 142 L\u2019ACTION NATIONALE «Encore une fois, te Québec revient cocu d\u2019une conférence constitutionnelle».Raymond Laliberté, Québec-Presse, 20 juin 1971.Les conférences fédérales-provinciales par JEAN-D.ROBILLARD Que dire de ces tristement célèbres conférences fédérales-provinciales où le Québec, la plupart du temps, se faisait avoir et en revenait déçu.Les souhaits demeuraient sans réponse.Voyons les différents secteurs touchés: affaires sociales, constitution, fiscalité, culture, communications, économie, etc.1970,\t11 décembre: Claude Castonguay, ministre des Affaires sociales, souligne que plutôt d\u2019insister sur la couverture des soins optométriques par le régime fédéral d\u2019assurance-maladie, le Québec voudrait que les formules fédérales de financement soient moins rigides.En effet, le Québec ayant inclus ces soins (optométriques) dans le régime d\u2019assurance-maladie en vigueur depuis le premier novembre, doit en défrayer seul le coût évalué à quelque 7 millionsS pour la première année.Le but visé est d\u2019en arriver à une formule de financement qui laisse toute latitude aux provinces quant à l\u2019organisation et à la distribution des services de santé.C\u2019est pour cela que Québec souhaite qu\u2019Ottawa revise sa politique de financement et qu\u2019il considère, au titre du partage des coûts, les services psychiatriques et les soins optométriques dans le régime d\u2019assurance-maladie, et enfin, les soins dentaires que le Québec veut couvrir d\u2019ici quelques mois pour les enfants de sept ans ou moins.1971: Gérard Bergeron écrit dans Ici-Québec (été 78, Vol.2, no 14) que la négociation de la charte constitutionnelle de Victoria est un fiasco.Voyons plus en détail: 1971,\t29 janvier: Jean-Pierre Bonhomme écrit dans Le Devoir un article qu\u2019il titre «Québec et Ottawa constatent leur désaccord sur la politique sociale».Le désaccord profond est apparu LES CONFÉRENCES FÉDÉRALES-PROVINCIALES 143 lors de deux conférences de presse tenues à l\u2019issue de la conférence fédérale-provinciales des ministres du Bien-Être.Le ministre québécois s\u2019est d\u2019abord plaint de la lourdeur du mécanisme de telles conférences précisant qu\u2019il y avait lieu de les améliorer dans le sens d\u2019une efficacité accrue.M.Castonguay a ensuite répété que les différences de vue entre son gouvernement et celui d\u2019Ottawa demeurent fondamentales et que ces différences portent sur l\u2019étendue et les objectifs des politiques.Malgré ce constat d\u2019échec, M.Munro exprime l\u2019espoir que les entretiens bilatéraux qu\u2019il compte avoir avec M.Castonguay permettront de jeter les bases d\u2019un accord éventuel.À la question de savoir si le gouvernement fédéral consentirait à laisser à la province de Québec un pouvoir législatif prépondérant en matière sociale, M.Munro a donné une réponse claire: si la proposition québécoise signifie que le Québec deviendra une sorte de dispensateur de fonds pour le financement d\u2019une politique sociale faite à ses propres mesures, nous n\u2019en sommes pas.1971, 30 janvier: Gilles Racine décrit les problèmes que pose la prochaine conférence constitutionnelle des premiers ministres et par ricochet, les négociations que Québec désire entreprendre avec Ottawa au sujet de la politique sociale, des communications, de la culture et du domaine fiscal et financier: «Québec ne tient pas à affronter le gouvernement fédéral.Il préfère, aux ultimatums, négocier sans coup d\u2019éclat.» Que d\u2019énergies perdues! Que de précautions inutiles! Voici quelques exemples d\u2019accrochage: 1-\tM.L\u2019Allier laisse entendre qu\u2019il faudrait au Québec un statut de gouvernement participant.2-\tM.Cournoyer déclare que le Livre blanc de la politique fédérale sur la main-d\u2019œuvre est discutable.3-\tLe Québec, disent les ministres québécois, n\u2019est pas une province comme les autres et mérite en conséquence un statut spécial.1971, 20 juin: Raymond Laliberté écrit dans Québec-Presse que 144 L\u2019ACTION NATIONALE le Québec doit dire NON à Trudeau qui lui demande d\u2019adopter la charte proposée.Pour sa part, M.Jacques-Yvan Morin affirme: «Plus qu\u2019un échec, la conférence de Victoria a été un recul pour le Québec; non seulement il n\u2019a rien obtenu de ce qu\u2019il demandait, mais il a perdu des plumes.» 1972: Dans Ici-Québec (été 78, Vol.2, no 14), Gérard Bergeron écrit que le rapport des travaux, longs et consciencieux du Comité spécial mixte du Sénat et de la Chambre des Communes sur la Constitution du Canada demeure lettre morte sur les tablettes.1972,\tavril: Claude Castonguay, revenant d\u2019une conférence fédérale-provinciales, dénonce les prises de position fermées et unilatérales d\u2019Ottawa, rendant tout à fait impossible, la mise en place d\u2019une politique cohérente de sécurité du revenu destiné à ceux qui ne parviennent pas à dépasser le seuil de la pauvreté (Le Jour, 5 mai 1975).1973,\t30 avril: Dans un éditorial du Devoir, Claude Ryan s\u2019interroge sur les gains réalisés par M.Castonguay à Ottawa.1-\tSi l\u2019on examine attentivement la déclaration conjointe émise par M.Lalonde au nom des ministres présents à Ottawa, force est de se demander si M.Castonguay n\u2019a pas obtenu des concessions plutôt minces et problématiques en retour de la très importante concession qu\u2019il a été appelé à consentir au chapitre des allocations familiales.2-\tDe la revendication du Québec quant à l\u2019administration des allocations familiales, il n\u2019est plus du tout question.3-\tEn lisant le communiqué émis, on ne trouve guère d\u2019indices de concessions importantes que M.Castonguay aurait obtenues.4-\tNulle part on ne trouve dans le communiqué la preuve concrète d\u2019un changement de politique d\u2019Ottawa en ce qui touche le leadership en matière de politique sociale.5-\tLe Québec doit avoir la maîtrise de sa politique sociale en raison de l\u2019importance capitale de ce secteur pour l\u2019avenir de la collectivité québécoise.Le Québec, en corollaire, devait avoir les moyens financiers nécessaires pour se doter libre- LES CONFÉRENCES FÉDÉRALES-PROVINCIALES 145 ment d\u2019une telle politique.On cherche en vain dans le communiqué d\u2019Ottawa les passages autorisant à croire que l\u2019on s\u2019oriente dans cette voie.1975,\t5 mai: Marc Lalonde, même s\u2019il n\u2019est que la voix de son maître, a opposé, lors de la sixième conférence fédérale-provinciales des ministres de la Santé et du Bien-Être social, aux arguments loyalistes et pondérés de M.Forget, des réponses moins vulgaires que celles de M.Trudeau (tout le monde se souvient des chiures de mouches); mais c\u2019est la même fin de non-recevoir.Ottawa paie et décide; vous, vous obéissez.L\u2019impasse est donc complète.1976,\t13 décembre: Au moins sept des dix premiers ministres des provinces ont commencé à baisser le ton devant le front d\u2019airain qu\u2019Ottawa a décidé d\u2019opposer à leur front commun, qui commence donc déjà à se lézarder, autour de la renégociation des arrangements fiscaux.La journée de discussion s\u2019est terminée dans la cacophonie et les contradictions, avec l\u2019allure de s\u2019acheminer vers l\u2019impasse.Le gouvernement d\u2019Ottawa a décidé de garder pour lui la presque totalité de l\u2019accroissement des ressources fiscales, de façon à être le seul à disposer des fonds nécessaires pour faire face à des besoins nouveaux et par conséquent le seul à garder, dans l\u2019orientation de l\u2019activité gouvernementale, toute la marge d\u2019initiative.Voyons un peu la bonne entente qui régnait là: 1-\tWilliam Davis, premier ministre de l\u2019Ontario, est assez choqué de ce que M.Trudeau ne commence pas par donner l\u2019exemple avec les arrangements fiscaux.2-\tM.Hatfield, du Nouveau-Brunswick, affirme que le gouvernement fédéral ne veut pas discuter vraiment sérieusement durant cette conférence.3-\tM.Ed.Schreyer, du Manitoba, se dit tout simplement tout à fait indigné.4-\tRené Lévesque soutient pour sa part: a) que la structure et le fonctionnement du régime fédéral, loin d\u2019être rentable, constitue un handicap; 146 L\u2019ACTION NATIONALE b) que la tendance du gouvernement fédéral depuis plus de dix ans consiste à s\u2019attribuer, se confirmer ou s\u2019arroger toute une série de compétences inédites et que au cours des 30 dernières années le Québec s\u2019est toujours opposé à la centralisation des pouvoirs et des ressources entre les mains d\u2019un gouvernement où ses représentants sont et seraient toujours minoritaires.1976, 14 décembre: Lise Bissonnette écrit que le Québec s\u2019est amèrement plaint d\u2019avoir dû laisser quelques cents millions dans les goussets fédéraux, à sa sortie des pourparlers sur les arrangements fiscaux.Les premiers ministres ont dû, bon gré mal gré, se résigner à la décision finale du gouvernement fédéral qui a coupé de moitié dans l\u2019une des principales revendications financières du front commun des provinces.Comme il s\u2019agissait d\u2019une offre à prendre ou à laisser, les provinces l\u2019ont prise tout en laissant transparaître leur mort dans l\u2019âme.Michel Roy écrit de son côté que René Lévesque quitte la capitale fédérale en ronchonnant contre le système, convaincu que le Québec a été roulé d\u2019environ cent millions.1978, 29 novembre: La conférence sur l\u2019économie prend fin; Le Devoir titre: «Désaccord sur le communiqué final de la conférence».Comme on l\u2019a constaté tout au long de cette conférence, il existe entre ces onze gouvernements de nombreuses divergences, d\u2019ordre idéologique (le rôle de l\u2019État), d\u2019ordre politique (le respect des compétences), d\u2019ordre stratégique (le rôle du ministère de l\u2019Expansion économique régionale dans l\u2019économie du Québec).Il existe enfin des conflits d\u2019intérêts (la hausse du prix du pétrole).En somme, insatisfait de l\u2019absence de réponse concrète du gouvernement fédéral à l\u2019ensemble de ses réclamations, le Québec est de nouveau sorti profondément mécontent de la conférence économique des premiers ministres pour la principale raison suivante: les politiques économiques du gouvernement central doivent respecter les spécificités régionales plutôt que de tendre à une uniformisation nationale. LES CONFÉRENCES FÉDÉRALES-PRO VINCI ALES 147 Ainsi, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019agriculture ou de transport, de tourisme ou de développement industriel, les représentants québécois ont constamment fait valoir que l\u2019intervention fédérale devait respecter les programmes et les priorités des provinces qui sont plus aptes à répondre concrètement aux besoins de leurs citoyens respectifs.Or force est de constater que les porte-parole fédéraux n\u2019ont d\u2019aucune manière répondu à ces attentes.1979: La Commission fédérale Pépin-Robarts recommande un fédéralisme décentralisé.Résultat: le rapport est déposé sur les tablettes.1979, 7 février: Michel Roy nous parle de la conférence des petits pas! Voici des extraits: 1-\tOn ne constate nulle part à l\u2019ordre du jour de progrès spectaculaire.2-\tCeux qui suivent de près depuis plusieurs années l\u2019actualité fédérale-provinciale et constitutionnelle dans ce pays savent que le processus des débats fédéraux est d\u2019ordinaire long et fastidieux; il devient laborieux et interminable au chapitre de la constitution.3-\tLes positions que défend M.Lévesque sont dans l\u2019ensemble celles que soutenaient ses prédécesseurs.4-\tLes efforts entrepris par M.Trudeau, en vue d\u2019opérer le plus tôt possible le rapatriement de la Constitution, ont échoué.Voilà.1979, 8 février: Lise Bissonnette écrit en éditorial dans Le Devoir que pour le Québec, ni l\u2019attitude d\u2019Ottawa ni celle des autres provinces n\u2019annoncent le coup de barre qui pourrait commencer à le séduire, sinon à le satisfaire.«Devant le flou des documents fédéraux comme des explications de M.Trudeau, le gouvernement québécois n\u2019a d\u2019autre choix que de demeurer sceptique.» Un peu plus loin, elle ajoute: «Car cette façon de donner, tout en préservant les moyens de reprendre, apparaît plus clairement encore dans la proposition fédérale sur les communications.» Ainsi, Ottawa a choisi de n\u2019ouvrir le jeu que sur la câblodistribution.Il offre aux provinces l\u2019autorité législative sur les franchises, l\u2019émission des permis.Mais il se réserve les leviers les plus 148 L\u2019ACTION NATIONALE essentiels sur le plan culturel, l\u2019autorité sur les objectifs du réseau de diffusion et sur les normes touchant au contenu canadien.Enfin, l\u2019histoire se souviendra de l\u2019incroyable insouciance du premier ministre de l\u2019Ontario qui rejette soudainement les appréhensions québécoises fondamentales devant un rapatriement de la constitution sans entente préalable sur le partage des pouvoirs: «L\u2019indifférence des autres provinces devant cette manœuvre, sauf pour le premier ministre de la Saskatchewan qui a sauvé l\u2019honneur, aura rendu le désenchantement rituel de M.Lévesque plus convainquant que d\u2019habitude.» 1979, 8 novembre: Mario Fontaine, du journal La Presse, commente le fameux document commandé par M.Trudeau en 1977 sur les conflits Québec-Ottawa de 1967 à 1976: 1-\tCette étude qui blâme le fédéral touchait 100 ministères et sociétés de la Couronne.2-\tLa recherche terminée, on s\u2019empresse d\u2019en cacher les résultats.Le gouvernement Clark arrivé au pouvoir, en autorise la diffusion, accusant ainsi les libéraux de n\u2019avoir rien fait pour corriger la situation.3-\tDix fonctionnaires fédéraux préparent cette étude; ils accusent Ottawa de porter la responsabilité des conflits qui l\u2019ont opposé au Québec dans le passé.4-\tLe gouvernement fédéral a souvent ignoré les dispositions de la constitution canadienne et n\u2019a pas cherché à savoir s\u2019il avait toujours l\u2019autorité constitutionnelle nécessaire pour agir au Québec comme il l\u2019a fait.5-\tLe gouvernement fédéral ne s\u2019est pas préoccupé de l\u2019impact de ses politiques.6-\t«Ottawa agit souvent de manière hâtive et maladroite au Québec.» 7-\tLes fonctionnaires chargés des relations avec la province ignorent la spécificité culturelle, sociale et politique du Québec.8-\t«Plusieurs ministères et certaines agences fédérales ne consultaient pas régulièrement le Québec en préparant et en appliquant des programmes touchant des secteurs l\u2019intéressant de LES CONFÉRENCES FÉDÉRALES-PROVINCIALES 149 manière spéciale, même si certains de ceux-ci étaient dans des champs de compétence partagée.» 1980,\t14 septembre: «Nous nous sommes heurtés à un mur» (René Lévesque, Dimanche-Matin).Voilà le bilan d\u2019une longue semaine de négociations à Ottawa; semaine qui s\u2019est terminée par un fiasco.1-\tOttawa et Trudeau en sont les premiers responsables.2-\tPourtant Trudeau avait promis des changements! Ce n\u2019est pas à cela que s\u2019attendaient les tenants du NON.3-\tDans le domaine des droits linguistiques, le Québec ne peut absolument pas accepter des empiètements.4-\t«Jamais le Québec n\u2019acceptera qu\u2019on empiète sur son pouvoir de légiférer dans le domaine de l\u2019éducation.» 5-\tLa Conférence d\u2019Ottawa s\u2019est déroulée dans un climat de tension constante et d\u2019affrontement.6-\tPourtant le Québec a fait preuve de générosité et de grande largeur d\u2019esprit puisque six premiers ministres, à la séance finale, ont tenu à exprimer publiquement le rôle joué par le Québec au cours de cette semaine de pourparlers.1981,\t15 août: Marcel Adam, dans La Presse, commente le blâme sévère des dix provinces à l\u2019endroit d\u2019Ottawa.Il écrit entre autre: «C\u2019est pourquoi la prochaine conférence fédérale-provinciales sur l\u2019économie révélera, comme il y a quatre ans, une telle diversité de vues et d\u2019intérêts régionaux à préserver que le fédéral se retrouvera seul avec la responsabilité de résoudre la crise.» Le pauvre! 1984, 4 février: Pierre Vennat, du journal La Presse, nous commente le tome I (600 pages) de Kaye Holloway: «Le Canada: pourquoi l\u2019impasse.» 1-\tKaye Holloway n\u2019est pas une indépendantiste québécoise; il s\u2019agit d\u2019une recherchiste anglophone dont la réputation d\u2019impartialité n\u2019est plus à faire dans les milieux spécialisés.2-\tLes causes d\u2019impasse sont si nombreuses entre le Québec et le Canada qu\u2019on se demande par quel miracle ce pays peut bien encore exister.3-\tPour le Canadien anglophone il n\u2019y a qu\u2019une nation cana- 150 L\u2019ACTION NATIONALE dienne qui contient une minorité de Canadiens-Français mais qui ne change rien à sa perception du pays pas plus que l\u2019existence d\u2019autres groupes ethniques.En revanche, pour le Canadien-Français, le Canada est composé de deux nations: le Canada français et le Canada anglais.4-\tAprès 50 ans de débats constitutionnels, le pays ne s\u2019appropriera la Constitution qu\u2019après un coup de force de Trudeau contre l\u2019opposition unanime de la seule province canadienne-française mais avec le soutien indéfectible de tous les députés fédéraux du Québec.1984, 1er mars: Gilles Lesage, dans Le Devoir, décrit très bien les amours mouvementés entre Trudeau et le Québec depuis 16 ans! 1-\tDès février 1968, Pierre Trudeau, ministre de la Justice, «ferraillait avec Daniel Johnson.» 2-\tPuis Trudeau tente de mettre un terme aux prétentions internationales du Québec.3-\tLa ronde constitutionnelle prend fin à Victoria; Bourassa ne donne pas son accord.Trudeau ne lui pardonnera jamais.L\u2019injure faite à «Ti-Pit le mangeur de hot-dog» en 1976 trouve son origine dans cet incident.Trudeau rage.4-\tSur les questions fondamentales, Bourassa résiste du mieux qu\u2019il peut.5-\tAprès le fameux 15 novembre, il y a des «accrochages feutrés, des escarmouches qui se transforment en guerre chaude ou froide.» 6-\tPuis Trudeau se moque du Livre beige de M.Ryan; M.Chrétien «fit le reste et M.Ryan tomba vite en disgrâce.» 7-\tIl y eut le cafouillis du Manitoba et l\u2019échec d\u2019un grand rêve pour M.Trudeau comme ce fut le cas pour Laurier et Saint-Laurent avant lui.8-\tDepuis le Québec libre de De Gaulle, Trudeau et Lévesque sont devenus des «frères ennemis, des scorpions associés».1984, 10 mars: Paule des Rivières titre son texte dans Le Devoir: «La Conférence d\u2019Ottawa s\u2019est terminée sur un constat d\u2019échec».Encore une fois! LES CONFÉRENCES FÉDÉRALES-PROVINCIALES 151 1-\tElle n\u2019a débouché sur aucun accord, ni politique, ni constitutionnel, ni sur l\u2019autonomie des autochtones ni sur l\u2019égalité des sexes.2-\tTrudeau termine la dernière conférence constitutionnelle de sa carrière politique sur une note on ne peut plus sombre.1985, 30 janvier: Cette fois, Paule des Rivières souligne que le Québec a eu des alliances avec les neuf autres provinces, oui, mais ponctuelles et combien fragiles.1-\tDaniel Latouche, conseiller du premier ministre René Lévesque de 1980 à 1982, déclare: «Je pense que les fronts communs sont définitivement rompus.» 2-\tQui ne se souvient de la trahison du 5 novembre 1981 lorsque neuf provinces ont tourné le dos au Québec et ont conclu un accord constitutionnel avec Ottawa?3-\tM.Pausen Howard McConnell, professeur de droit à l\u2019Université de Saskatoon, affirme que René Lévesque et Claude Morin ont été pris dans une embuscade parce que les gouvernements anglophones sont arrivés à la Conférence de 1981 avec l\u2019intention de conclure une entente et cela d\u2019une façon définitive.Il n\u2019était plus question de remettre à plus tard l\u2019étude de cette question.1985, 22 février: Lise Bissonnette ramène à ses justes dimensions l\u2019accord du Québec avec Ottawa au sujet du travail et de la main-d\u2019œuvre: 1-\t«L\u2019accord sonne faux» écrit-on dans Le Devoir.2-\tLe gouvernement du Québec a déposé durant la conférence un document qui dépasse de beaucoup ce qu\u2019Ottawa semble officiellement prêt à consentir.3-\tLe gouvernement du Québec exige la reconnaissance de son rôle prépondérant à l\u2019égard des programmes de main-d\u2019œuvre.4-\tOr sur cette nouvelle position québécoise, le gouvernement fédéral n\u2019a pas encore donné la moindre indication d\u2019une réponse positive.1985, 9 mars: Dans Le Devoir, Marie-Agnès Thellier commente la rencontre au sommet qui déçoit Lévesque puisque les princi- 152 L\u2019ACTION NATIONALE paux dossiers ont peu progressé.1-\tLe gouvernement Lévesque réclame le versement d\u2019une compensation financière pour le manque à gagner de 263 mil-lionsS que subira le Québec en 1985-86.2-\tDevant la grande lenteur du gouvernement conservateur à répondre à ses demandes, M.Lévesque «n\u2019a pas envie de danser dans la rue».Et les bonnes habitudes de mésententes continuent.Que d\u2019énergie dépensée par le Québec pour sauvegarder les miettes que daigne nous laisser tomber Ottawa; et si au moins ces conférences diminuaient les conflits.loin de là, la liste s\u2019allonge: 1-\tla bataille des communications, 2-\tles conflits sur la main-d\u2019œuvre, 2- les problèmes des Inuits et des Amérindiens, 4-\tla politique fédérale de l\u2019eau, 5-\tla lutte à la pollution, 6-\tperspective-jeunesse, 7-\tle transport interprovincial, 8-\tl\u2019enseignement post-secondaire, 9-\tla formation professionnelle, 10-\tle crédit agricole, 11-\tla politique laitière fédérale, 12-\tles initiatives locales, 13-\tles loisirs et les sports, 14-\tl\u2019assurance-maladie, 15-\tle développement communautaire, 16-\tles exigences publicitaires fédérales en matière de subventions à la construction d\u2019écoles et de routes, 17-\tles litiges dans l\u2019aide à l\u2019industrie, 18-\tles querelles interminables au sujet du régime des rentes du Québec, 19-\tle retrait du Québec des programmes conjoints, 20-\tle transfert des ressources, 21-\tles tentatives de contrôle d\u2019Ottawa sur les Caisses populaires, 22-\tles ententes avec la France portant sur des échanges en matière d\u2019éducation, 23-\tles graves abus du pouvoir illimité d\u2019Ottawa quant à ses dépenses, 24-\tla participation québécoise aux conférences internationales portant sur l\u2019éducation, 25-\tla Société d\u2019habitation du Québec, 26-\tle régime canadien d\u2019assistance publique, 27-\tles droits miniers sous-marins, 28-\tles programmes fédéraux de développement régional, LES CONFÉRENCES FÉDÉRA LES-PROVINCIALES 153 29-\tles combines fédérales pour supplanter le Québec dans ses rapports avec la Francophonie, 30-\tles nombreuses ruptures de négociations au sujet de la fiscalité, 31 - les humiliations subies par les Gens de l\u2019air, 32- l\u2019envahissement de Hull par la Commission de la capitale nationale.Etc., etc., etc.Décidément nous avons perdu notre temps à espérer respect et justice.Vous croyez que j\u2019exagère?Écoutez ce que Jean-Paul L\u2019Allier (Le Devoir, 25 janvier 1986) entendait lui-même à Ottawa: «Vous vous êtes fait battre sur les Plaines d\u2019Abraham; vous vous êtes battus vous-mêmes en 1980, il serait temps de passer et de penser à autre chose!» Quand la mésentente est à ce point persistante, que reste-t-il à faire? 154 L\u2019ACTION NATIONALE Radiographie des forces indépendantistes par JEAN-LOUIS BOURQUE, Politicologue Depuis le renversement du gouvernement péquiste, le 2 décembre 1985, les forces de l\u2019indépendantisme, meurtries par les défaites successives, se sont dispersées en quatre directions: essayons de faire le point sur les forces et les faiblesses des différentes formations.Le Parti québécois (PQ) forme l\u2019opposition officielle.Il a les moyens de l\u2019opposition officielle, un chef au discours louvoyant et opportuniste, qui a préféré prendre le risque de faire reculer le projet d\u2019indépendance pour se maintenir au pouvoir; ses députés, à part quelques figures bien connues, ne parlent guère de leurs convictions indépendantistes qui varient selon la conjoncture, et leur perception de la rentabilité électorale immédiate.Par contre, le PQ possède encore une structure et des clientèles qui lui restent attachées.Plusieurs milliers de membres et de militants croient encore possible que le parti redevienne indépendantiste à plus ou moins long terme.Il reste cependant largement handicapé par un énorme déficit.Au point de vue idéologique, il flotte et tend à s\u2019éloigner de ses grandes lignes de force indépendantistes et sociales-démocrates pour s\u2019approcher d\u2019une forme de néo-fédéralisme teinté de conservatisme à peine progressiste.La révision du programme est désormais confiée à quelques fonctionnaires du parti nommés par la haute direction.La base militante ne sera consultée que dans trois ans: pour un parti qui se voulait démocrate avant tout, cela donne à réfléchir.Être démocrate ce n\u2019est pas renier ses convictions, c\u2019est accepter d\u2019être dirigé par les élus de la majorité sans pour autant être obligé d\u2019être d\u2019accord.Il est difficile à Pierre Marc Johnson, chef de l\u2019opposition, de critiquer le parti libéral car ses idées politiques se rapprochent beaucoup de celles du parti libéral provincial et des pratiques du parti conservateur à Ottawa. RADIOGRAPHIE DES FORCES INDÉPENDANTISTES 155 Le Parti nationaliste (PN) cantonné sur la scène fédérale ne présente pas de conviction idéologique claire: il veut «défendre les intérêts du Québec à Ottawa», ce qui est bien la moindre des choses, mais semble tributaire du flottement idéologique du Parti québécois.Il ne parvient toujours pas à faire entendre clairement sa voix dans le concert des discours fédéralistes.Le Parti indépendantiste (PI) s\u2019est lancé courageusement dans l\u2019arène, geste sensé et audacieux mais pour le moins prématuré: il était alors à peine formé.Il commence à mieux s\u2019organiser en fonction des compétences qui se joignent à lui.Ses racines et ses structures sont encore minces et surtout concentrées à Montréal.L\u2019idée d\u2019une direction tripartite demeure très intéressante.Le triumvirat formé d\u2019un chef, d\u2019un président et d\u2019un secrétaire général constitue une garantie contre la mainmise d\u2019une personnalité unique sur un parti.Le PI devra résoudre le difficile problème d\u2019unifier des membres issus de mouvements nationalistes traditionnels et de les faire évoluer vers des idées neuves qui peuvent paraître révolutionnaires.Les positions claires et fermes du PI sont souvent perçues comme étant radicales, à la limite de l\u2019intolérance, mais elles sont d\u2019une grande rigueur doctrinale et d\u2019une logique irréfutable.Cependant, le PI recrute beaucoup chez les jeunes qui gardent une certaine méfiance bien justifiée vis-à-vis des compromis politiques et pour lesquels l\u2019avenir est bouché à bien des points de vue.Le Rassemblement démocratique pour l'indépendance (RDI) est encore beaucoup plus un «mouvement» qu\u2019une force politique proprement dite.Il forge lentement son discours, loin des officines gouvernementales et des structures habituelles: un mouvement n\u2019a pas à fonctionner comme un parti.On a hâte de mieux connaître son organisation et son programme.Sa crédibilité est encore faible auprès de la population.Il n\u2019est pas encore compromis par l\u2019exercice du pouvoir, mais il a l\u2019avantage de pouvoir compter sur des personnalités très fortes qui ont connu l\u2019exercice du pouvoir.Il attire une jeune relève encore inconnue et inexpérimentée, si ce n\u2019est au niveau du militantisme dont une très forte proportion de femmes.Le RDI, une émanation directe du PQ, a une force de 156 L\u2019ACTION NATIONALE pureté idéologique remarquable, mais il doit composer avec la réalité.Sera-t-il capable d\u2019accueil, d\u2019ouverture et de tolérance?Sera-t-il capable de surmonter la rancœur de la rupture avec le PQ pour bâtir une véritable alternative politique?Les nouveaux membres, ceux qui n\u2019ont pas vécu cette rupture, sauront-ils conjurer le goût amer de l\u2019échec?Beaucoup d\u2019indépendantistes attendent perplexes, déçus.Ils hésitent à financer l\u2019un ou l\u2019autre de ces partis.Ils attendent un mouvement crédible, bien structuré, un leader fort qui fasse l\u2019unanimité.Ces hésitations nuisent à l\u2019essor des partis: «pas d\u2019argent, pas d\u2019organisation; pas d\u2019organisation, pas d\u2019argent».Les Québécois sont prompts à se disperser en chapelles rivales qui s\u2019observent en chiens de faïence, sans trop savoir si elles doivent s\u2019affirmer les unes contre les autres au sein de la même clientèle, ou les unes avec les autres vers le même objectif.Pourtant, les Québécois peuvent se serrer les coudes dans les moments historiques.Ils sont particulièrement imaginatifs et créateurs dans les élans passionnés qui relancent l\u2019histoire: il s\u2019agit de réussir à drainer les énergies latentes pour la phase obscure et moins exaltante qui prépare la gestation du prochain élan national.Les nouvelles forces indépendantistes ont brisé le monopole du discours péquistes sur l\u2019indépendance.Aussi, ont-elles le devoir de jouer un rôle d'opposition tant à Québec qu\u2019à Ottawa.Partenaires d\u2019une même entreprise nationale, elles doivent comprendre que le projet de création du pays du Québec exige la solidarité de leurs efforts.Pour que le projet d\u2019indépendance arrive à maturité, il faut qu\u2019il aille au-delà des récentes déceptions et qu\u2019il sache se renouveler sans se couper de ses racines historiques.Ne regarder que l\u2019avenir sans tenir compte du passé ne serait qu\u2019un opportunisme de plus.On est en droit de penser que les mouvements qui se dessinent pour consolider la langue et l\u2019enseignement de l\u2019histoire sont le signe d\u2019un ressourcement salutaire de la force nationale: l\u2019indépendance du Québec est liée à une nécessité historique et sociale et est beaucoup plus la réponse à des problèmes fondamentaux qu\u2019à des problèmes accidentels, à des problèmes structurels qu\u2019à des problèmes conjoncturels. LE PARTI NATIONAL QUÉBÉCOIS 157 Le Parti national québécois par GUY BLANCHARD Pour sortir de l\u2019impasse actuelle, il faut à nouveau regrouper toutes les tendances, toutes les divergences sous un même chapeau, même si cela signifie sacrifier une partie de son autonomie et de son idéologie en autant qu\u2019un trait commun ressorte chez tous: le nationalisme, mais non le racisme dont font peut-être preuve certains adversaires du projet national québécois.Le Parti national québécois doit être créé de toute vitesse avec son aile fédérale et son aile provinciale qui serait vraisemblablement le Parti québécois actuel.Le conseil national du parti comprendrait 5 membres de la députation provinciale, 4 membres de l\u2019éventuelle députation fédérale et 2 membres des exécutifs provincial et fédéral.La présidence du conseil alternerait, d\u2019année en année, entre le chef provincial et le chef fédéral.Il suffit de se promener dans l\u2019ouest de Montréal pour y découvrir un autre pays ou encore de faire le tour des beaux lacs des Laurentides où les Anglophones possèdent les meilleurs bords de l\u2019eau, pour saisir que, non seulement la verdure est verte, mais la piastre aussi.Nous pouvons donc déduire, du fait de notre infériorité économique, que nos compatriotes anglophones ont peut-être acquis une aversion génétique à notre prétention de constituer la majorité.Pourquoi nous répondrait-on alors en français dans les magasins de Montréal ou ailleurs?Le Parti libéral provincial, dans la foulée des démissions suicidaires des vedettes déchues du Parti québécois, s\u2019est créé une équipe assez dynamique qui pourrait peut-être tenir le coup, par sa gestion économique, pour deux ou trois termes.Malheureusement, la politique étant l\u2019art du compromis et étant donné l\u2019origine diverse des militants et des bailleurs de fonds du Parti libéral provincial, il est peu probable que l\u2019appel à la vengeance des gens de l\u2019ouest de Montréal ne soit pas entendu.Où faut-il alors se tourner pour obtenir réparation?Là où c\u2019est le plus faible sans doute et c\u2019est au niveau fédéral.En effet, le Parti national québécois fédéral pourrait sans doute gruger 158 L\u2019ACTION NATIONALE dans le vote libéral fédéral qui ne se sentirait pas menacé de la séparation mais défendu linguistiquement (et il y va de la dignité) par d\u2019authentiques gens à se tenir debout dans le sanctuaire fédéral, où, à la Caouette, il détiendraient la balance du pouvoir.Soyons réalistes.Vous avez cru en des personnalités politiques qui vous ont fait miroiter l\u2019apanage de l\u2019indépendance mais qui, nature humaine étant ce qu\u2019elle est, ont bien pris soin de se placer les pieds, une fois le pouvoir perdu.Peut-être en avez-vous rencontré qui ne se souvenaient même pas de vous et qui, mémoire aidant, vous ont demandé comment vous gagniez votre vie maintenant?Durant la longue ascension vers le pouvoir dans les années 70, peut-être vous êtes-vous fait répondre par un membre d\u2019une société nationale que vous étiez le sauveur du peuple alors que vous tramiez toutes sortes de projets pour faire avancer la cause.Ceci témoigne d\u2019un degré de lassitude et d\u2019aveu d\u2019impuissance de la part-même de ceux qui sont investis, dans les sociétés nationales, du rôle des promoteurs de notre souveraineté.Tout ceci conduit à la démobilisation générale présente.De plus, voilà que le contexte géo-politique intervenant, on s\u2019aperçoit qu\u2019il ne faut pas être absent des décisions qui seront prises à Ottawa sur le libre-échange avec les États-Unis qui représentent, pour nos P.M.E., le marché le plus intéressant.Le temps n\u2019est donc pas propice à tenir les mêmes propos que dans les années 70.De là à revenir par ailleurs à un Parti québécois unionalisé, il y a cependant une marge.Non, aussi étrange que cela puisse paraître, étant donné le contexte actuel, le Parti québécois pourrait adapter l\u2019article un du programme pour reconnaître que la vocation nationale actuelle du Parti québécois doit se jouer sur deux tableaux.Dans l\u2019intervalle, un effort gigantesque sans précédent qui a été cependant débuté sous le Parti québécois par la sensibilisation des citoyens aux R.E.A., par la création à la F.T.Q.du Fond de solidarité des travailleurs, devra être mis de l\u2019avant par le gouvernement actuel et par tous les mouvements nationalistes pour que la paresse cesse d\u2019être la caractéristique du latin qu\u2019est le québécois francophone.Désormais, il devra y avoir de la discipline d\u2019abord dans le milieu scolaire, ensuite sur le marché du LE PARTI NATIONAL QUÉBÉCOIS 159 travail prenant comme exemple ou modèle de santé économique l\u2019expérience beauceronne.11 faudra cesser de se traîner les pieds, de croire à l\u2019état-providence.Ceci ne veut pas dire une répression du mouvement syndical mais plutôt une réorientation de ce dernier qui devra enseigner à ses membres de devenir, où c\u2019est possible, partiellement propriétaires de l\u2019entreprise qui les emploie.On aurait alors un meilleur climat de travail.On doit donc s\u2019engager résolument dans notre phase de libération économique tout en acceptant les deux paliers de gouvernement pour obtenir une mutation génétique chez ceux qui peuvent encore nous dénigrer et qui nous prennent encore pour des citoyens de second ordre.La phase politique de notre libération dépendra de notre capacité à assumer un entrepreneurship dynamique et à nous faire respecter de nos concitoyens, même si l\u2019aversion génétique de la guerre des cent ans entre les Français et les Anglais ne peut s\u2019effacer du jour au lendemain.Pour réussir, il faut un instrument commun, un parti politique œuvrant aux deux paliers de gouvernement qui rassurera d\u2019abord le reste du Canada et les États-Unis à court terme, mais encore plus les nationalistes d\u2019ici qui croient encore, notre infériorité économique aidant, qu\u2019il n\u2019y a pas de salut en dehors du Canada.Je comprends que pour des nationalistes sincères et convaincus, il s\u2019agit d\u2019une grosse pilule à avaler, mais le salut des peuples repose souvent sur la persévérance et sur une stratégie qui doit être constamment revue. 160 L\u2019ACTION NATIONALE Imbécile, dites-vous, Monsieur le sénateur?par GILLES RHÉAUME Monsieur Jacques Hébert, Lors de votre participation à l\u2019émission télévisée Le Point, consacrée à la revue de la carrière politique du maire Drapeau, le jour même où celui-ci annonça son retrait de la vie politique, vous avez évoqué le nom de Lionel Groulx en disant: «Cet imbécile de chanoine!» Je ne puis m\u2019empêcher de relever cette affirmation effrontément erronée.Cette remarque vient anéantir l\u2019audacieuse prétention nouvelle du Parti libéral du Canada qui veut «ouvrir les bras aux nationalistes québécois» telle que l\u2019ont tout récemment exprimée les Turner, les Ouellet et les Joyal.Votre appréciation de Groulx illustre fidèlement le profond ressentiment anti-nationaliste qui continue d\u2019habiter la formation politique la plus déracinée de toute notre histoire.L\u2019opportunisme et l\u2019électoralisme de vos collègues libéraux, qui ne dupent personne, sont marqués au fer de la politique la plus détestablement politicienne.Votre gifle à l\u2019endroit du chanoine Groulx lève le voile sur un mur de rancunes, construit avec les pierres du mépris, ce qui convient plutôt mal à vos fonctions et à vos responsabilités.En insultant cavalièrement la mémoire de Groulx, vous faites aussi preuve d\u2019une incapacité à reconnaître ce qu\u2019il y a de valable chez celles et ceux qui ne pensent pas comme vous.C\u2019est précisément cette arrogance que les gens de chez nous reprochent tant à la période où votre compagnon de route, le Prince Pierre, régnait en empereur machiavélique sur notre destinée.Tournez-donc la page, monsieur le sénateur, votre attitude est dépassée, anachronique et surtout, elle sonne creux.«L\u2019imbécile de chanoine», comme vous dites, a été le premier à ouvrir les portes de l\u2019Université à l\u2019enseignement de notre hsitoire.Il a permis la formation d\u2019historiens éminents omme les Frégault, les Séguin et les Brunet qui, à son exemple, ont trans- IMBÉCILE, DITES-VOUS, M.LE SÉNATEUR?161 mis à des générations entières le goût d\u2019entreprendre et d\u2019achever les innombrables recherches qui constituent maintenant une impressionnante bibliothèque, abondamment garnie et qui fait la joie de milliers de jeunes et de moins jeunes qui approfondissent cette matière dans nos institutions académiques.L\u2019œuvre de Lionel Groulx, qui comprend des dizaines et des dizaines d\u2019ouvrages, auxquels il faut ajouter des milliers d\u2019articles et de conférences, suffit, par son existence seule, à établir l\u2019irrecevabilité de votre jugement évidemment partisan.Les quelques plaquettes qui résultent de votre réflexion vous commandent plus de retenue, vous l\u2019admettrez aisément.Vous vous érigez en défenseur de la jeunesse.On pourrait légitimement s\u2019attendre à ce que vous vous rappeliez aussi l\u2019inlassable attachement à la jeunesse qui caractérise la vie et l\u2019œuvre de notre historien national.Toute sa carrière est imprégnée de son constant souci de voir les jeunes porter à terme un projet collectif et national d\u2019affirmation et d\u2019émancipation.Comment pouvez-vous ignorer cela?Pourquoi ne pas honnêtement reconnaître, que c\u2019est cet amour de notre peuple, incarné par Lionel Groulx, que l\u2019époque du trudeauisme, dont vous êtes l\u2019une des vestales les plus richement entretenues, a farouchement combattu avec une agressivité et un totalitarisme qui n\u2019ont rien à envier au duplessisme que votre groupe politique a transposé, voire dépassé, au niveau fédéral.Monsieur le sénateur, reposez-vous donc, vous vous êtes suffisamment agité comme cela.Surtout, sachez et n\u2019oubliez pas, qu\u2019avec Groulx et les centaines de milliers des nôtres qui y croient toujours, j\u2019espère que «Notre État français, nous l\u2019aurons.» Malgré les apparences, souvent trompeuses, la brume finira par se dissiper, emportant avec elle les dernières vapeurs d\u2019une période triste et noire du cheminement d\u2019un peuple qui confondra les profiteurs qui sont encore légion.Enfin, j\u2019aurais voulu lire votre dernier livre.Votre prestation à Radio-Canada, en injuriant Lionel Groulx, m\u2019a convaincu qu\u2019après une telle lecture, je resterais sur mon appétit! Je m\u2019en abstiendrai donc. 162 L\u2019ACTION NATIONALE Le Québec désenchanté par RENÉ BLANCHARD, directeur du programme à la SNQ Centre-Québec.Historiquement, la pauvreté chronique des Québécois date de la Conquête.Sans nier l\u2019influence d\u2019autres facteurs d\u2019ordre culturel, elle a surtout été provoquée par la détermination des Anglo-Canadiens de se réserver la gouverne du commerce et de la finance canadienne.Ils ont décidé d\u2019en exclure les Canadiens d\u2019expression française, particulièrement ceux qui endossaient ou représentaient la volonté populaire de survivance nationale et d\u2019affirmation collective.Cette volonté de survie était justifiée par les droits et libertés accordés par le Souverain britannique et le Parlement de Londres lors de la Conquête et, subséquemment, confirmés par l\u2019Acte de Québec de 1774, l\u2019Acte Constitutionnel de 1791 et la Constitution de 1867.À l\u2019encontre des droits politiques accordés aux Canadiens-Français contre la volonté des coloniaux «Canadian», ces derniers ont pratiqué ouvertement une politique d\u2019exclusion dans les domaines économiques et financiers et en ont écarté systématiquement les Canadiens-Français.Seuls ont été acceptés, au niveau personnel, politique et financier, les Canadiens-Français qui montraient leur volonté de s\u2019assimiler et d\u2019adopter la langue, les pratiques et les institutions des coloniaux britanniques, ou encore les Canadiens-Français venant de provinces canadiennes autres que le Québec, fonctionnant déjà dans le cadre des institutions anglo-saxonnes et ne manifestant aucune volonté de valoriser collectivement le groupe national francophone.Le rejet systématique de la langue française n\u2019a d\u2019égal que le rejet des Canadiens d\u2019expression française dans les institutions financières du pays, notamment les institutions économiques où l\u2019électoralisme ne pouvait avoir une influence déterminante.Aussi éloquentes sont les conditions posées par le groupe anglophone pour qu\u2019un Canadien du Québec, toujours partiellement d\u2019origine française, puisse occuper un poste important tant sur le plan politique canadien que sur le plan financier.Les tracta- LE QUÉBEC DÉSENCHANTÉ 163 tions qui ont marqué la désignation des candidats à tous les postes politiques importants au Canada sont suffisamment révélatrices pour que l\u2019historien ne s\u2019attarde pas à faire la démonstration d\u2019un véritable apartheid politique et financier exercé par les milieux anglophones contre le groupe francophone.Depuis le référendum les choses semblent avoir changé.Les Anglo-Canadian ont jeté du lest, puisque les Québécois ont manifesté majoritairement leur volonté d\u2019être canadien.C\u2019est-à-dire qu\u2019ils accepteraient enfin de se plier aux exigences de la majorité canadienne, d\u2019endosser les politiques déterminées par le fédéral et les provinces, de fonctionner selon les institutions et les normes établies à partir d\u2019une autre culture et d\u2019une autre mentalité que la leur, et, finalement, d\u2019endosser une constitution sur laquelle ils n\u2019ont jamais été consultés et dont ils ont été d\u2019abord exclus.Cette philosophie pan-canadienne a toujours été celle de la bourgeoisie capitaliste du Québec.Il fallait donc la porter au pouvoir.De là l\u2019interprétation que donne au vote du 2 décembre dernier, le gouvernement Bourassa récemment élu au Québec.Ses priorités législatives sont essentiellement canadiennes: réduction du déficit, bilinguisme, privatisations, coupures budgétaires dans tout ce qui est proprement québécois, surtout les structures économiques et financières d\u2019État et les institutions culturelles et de sauvegarde de la langue française.De toute évidence, en politique, le Québec n\u2019a pas atteint la maturité nécessaire à un juste équilibre entre pragmatisme et idéologie.L\u2019imitation servile de tout ce qui est ontarien est à la mode.Jamais la domesticité politique n\u2019a été aussi visible au Québec.En copiant tout de l\u2019Ontario: institutions politiques, rémunérations et impôts, façons de faire, collaboration avec le fédéral, on est en voie d\u2019éliminer la personnalité politique du Québec.À ce rythme maladif de servilité, le Québec sera rapidement une province comme les autres.Nous conserverons, peut-être, le signe distinctif d\u2019une langue française, de plus en plus folklorique, reléguée au deuxième rang au Québec, comme elle l\u2019a été progressivement et pour les mêmes causes dans les autres provinces du Canada.Lord Durham n\u2019aura plus à se retourner dans sa tombe! Mais à un autre niveau, personne n\u2019y aura vraiment gagné, surtout pas le Canada. 164 L\u2019ACTION NATIONALE À trop vouloir être semblable, on perd vite son identité et sa richesse culturelle, et le libre-échange conduit vite à l\u2019uniformité.On n\u2019apporte plus rien à l\u2019extraordinaire et souhaitable pluralisme culturel de l\u2019humanité, ultime sauvegarde contre la grise uniformité, cet enfer des concentrations humaines totalitaires qu\u2019a si bien défini l\u2019écrivain Soljénitsyne.Il faut reconnaître que c\u2019est grâce à l\u2019appui de l\u2019État québécois et, notamment, à la compétence du ministre Jacques Parizeau, que le secteur financier québécois est celui qui s\u2019est affirmé avec le plus de force au Canada, ces dix dernières années.D\u2019où, dans une perspective et une logique historique bien compréhensible, cette volonté très nette des groupes torontois de réduire cette affirmation, ou mieux, de récupérer l\u2019élan du Québec, de le faire servir à la majorité canadienne et, conséquemment, au groupe anglophone.Mâter définitivement l\u2019État du Québec et son influence économique semble être la première priorité des Anglophones du Canada.Cette volonté s\u2019est déjà clairement manifestée lors du refus des autorités du Canadian Pacific, légalisé au parlement fédéral par le Bill S 31, et empêchant la Caisse de dépôt et de placement d\u2019acquérir une part de contrôle de cette quasi-compagnie d\u2019État, symbole intouchable de Vestablishment anglo-canadien.Cette volonté s\u2019est aussi concrétisée par l\u2019appui massif donné par Vestablishment financier canadien au gouvernement Bourassa et à ses promesses officielles et occultes lors de la dernière campagne électorale québécoise.On trouve dans ce décor, devenu rituel, les mêmes intervenants qui s\u2019étaient manifestés lors du référendum de 1982 et les lobbyistes qui avaient agité le drapeau des préjugés lors de la nuit des longs couteaux.11 faudrait être aveugle pour ne pas convenir d\u2019une volonté de réduction nationale qui passe, aujourd\u2019hui comme autrefois, par l\u2019organisation et le maintien d\u2019une pauvreté politique et financière chronique au Québec, situation orchestrée grâce à la collaboration de mercenaires indigènes.Les petits hommes d\u2019affaires québécois parvenus au gouvernement, qui se font les bons apôtres et les artisans d\u2019une telle politique de réduction nationale, ne soupçonnent même pas, LE QUÉBEC DÉSENCHANTÉ 165 qu\u2019en même temps que la fosse de leur peuple, ils creusent leur propre tombe.Ils ne connaissent pas l\u2019histoire.Ils n\u2019ont aucune culture, encore moins une volonté et une fierté nationales.Ils sont les fruits les plus amers de la révolution tranquille. 166 L\u2019ACTION NATIONALE Un institut sur l\u2019Amérique du Nord par RENÉ DUROCHER, directeur du département d\u2019histoire.Université de Montréal.L\u2019histoire du Québec est profondément intégrée à l\u2019histoire des États-Unis.Notre vie quotidienne est saturée d\u2019influences américaines.Pourtant, le Québec a su garder son identité et tant bien que mal tirer quelque bénéfice de ce voisinage à la fois envahissant et stimulant.On peut gémir, se lamenter et dénoncer l\u2019impérialisme américain, mais il y a mieux à faire.Un exemple: la récente suggestion de Daniel Latouche de créer un institut franco-québécois sur l\u2019Amérique du Nord.On ne peut qu\u2019applaudir à cette recommandation car la seule manière de relever le défi que pose pour nous la cohabitation quotidienne avec le géant américain, c\u2019est de le mieux connaître afin de mieux profiter des immenses avantages qu\u2019il offre à un petit pays comme le Québec.Nous sommes des Nord-Américains majoritairement de langue et de culture françaises et nous ne pourrons nous épanouir comme peuple que lorsque nous assumerons pleinement ces deux dimensions essentielles de notre identité.C\u2019est là notre premier et plus fondamental défi à relever à l\u2019aube du 21e siècle.Depuis des années, je suis scandalisé de notre ignorance «crasse» de l\u2019histoire et de la société américaines.Ignorance d\u2019autant plus dangereuse que nous avons collectivement l\u2019impression de bien connaître nos voisins.Et lorsque les circonstances l\u2019exigent, nous nous gargarisons de notre savoir-faire américain, de notre situation comme tremplin pour le marché américain, etc.Dans l\u2019ensemble du Québec francophone, on ne doit guère compter plus d\u2019une douzaine de véritables spécialistes des États-Unis.En termes économiques, mais aussi du point de vue politique et socio-culturel, notre localisation en terre américaine cons- UN INSTITUT SUR L\u2019AMÉRIQUE DU NORD 167 titue un de nos plus grands avantages comparatifs et nous l\u2019exploitons fort mal.C\u2019est pourquoi la création d\u2019un institut franco-québécois sur l\u2019Amérique du Nord, établi à Montréal, composé de Québécois, de Français et d\u2019Américains, nous paraît une des meilleures suggestions qui ait été faites depuis longtemps.On pourrait y donner suite rapidement et avec des moyens relativement modestes.Encore faudrait-il une initiative politique des universités et du gouvernement pour en permettre le démarrage. 168 L\u2019ACTION NATIONALE Les Amérindiens et leur vie au Québec par NICOLE O\u2019BOMSAWIN, directrice Société d\u2019histoire d\u2019Odanak1.Nous avons tendance à oublier dans le contexte actuel du Québec l\u2019existence des Amérindiens qui forment pourtant un groupe minoritaire important.Avant de parler plus spécifiquement des Abénakis, de leurs coutumes, de leurs croyances, du rôle qu\u2019ils ont joué dans l\u2019histoire du Québec, je vous donne quelques informations sur la situation actuelle: il existe neuf tribus indiennes au Québec: les Abénakis, les Algonquins, les Atti-kameks, les Cris, les Hurons, les Micmacs, les Mohawks, les Montagnais et les Naskapis.La population amérindienne compte près de 40 000 personnes et elle s\u2019accroît à un taux annuel de 3%.Plusieurs indiens habitent dans des centres urbains, mais la majorité réside dans l\u2019une ou l\u2019autre des 39 réserves du Québec.D\u2019énormes disparités sociales et économiques existent entre ces réserves.Les plus pauvres demeurent dans les régions isolées du Nouveau-Québec et les plus avantagées économiquement résident dans les régions de Québec et de Montréal.Avant l\u2019arrivée des Européens Il nous faut d\u2019abord présenter une brève description des traits marquants des cultures amérindiennes, ainsi qu\u2019un aperçu des changements produits au contact des Européens.Les Amérindiens ne forment pas un groupe homogène, il est donc impérieux de reconnaître ces distinctions.Les Indiens de l\u2019est se divisaient en deux grandes familles linguistiques: les groupes de langue algonquine et les groupes de langue iroquoise.Ces familles étaient composées de tribus différenciées entre elles 1.Texte d\u2019une conférence donnée à Saint-Hyacinthe, lors du Congrès de la Fédération des sociétés d\u2019histoire du Québec. LES AMÉRINDIENS AU QUÉBEC 169 par le dialecte, les croyances, les rites religieux et par l\u2019occupation du territoire.La famille iroquoise Au 16e siècle les groupes de langue iroquoise étaient établis dans la basse région des Grands Lacs.Un de ces groupes appelé les Iroquois Laurentiens occupait une bande de territoire entre Montréal et l\u2019île-aux-Coudres.Les Pétuns, les Neutres et les Hurons habitaient pour leur part le sud de l\u2019Ontario.Les Hurons, dont la population au début du \\lç siècle s\u2019élevait à plus de 20 000 personnes, étaient établis près du lac Huron.Les Iroquois étaient d\u2019abord des agriculteurs et vivaient dans des villages construits à proximité des cours d\u2019eau et entourés d\u2019une ou plusieurs rangées de palissades faites avec des troncs d\u2019arbres rappelant les villes fortifiées du Moyen-Âge.L'environnement écologique, climat relativement doux et présence d\u2019une abondance de terre arable, a joué un rôle important dans le développement de l\u2019agriculture par les groupes Iroquois.L\u2019unité collective de base se composait d\u2019une mère, de ses filles adultes avec leurs maris et leurs enfants, ou d\u2019un groupe de sœurs qui habitaient dans une même maison.Le système de parenté des Iroquois était matrilinéaire de sorte que la transmission des biens se faisait en ligne maternelle.La résidence était matrilocale: lorsqu\u2019un homme se mariait, il allait vivre avec sa femme.Les hommes avaient la responsabilité des tâches de défri-chage et de construction et faisaient aussi la chasse et la pêche.Les femmes étaient propriétaires des terres cultivées, des outils agricoles et des grandes maisons rectangulaires.Les femmes choisissaient les Chefs.La famille algonquine Les Abénakis font partie de la famille algonquine.Des indices nous permettent de croire que ces peuples s\u2019étaient établis dans la région de la Baie James vers l\u2019an 5000 avant Jésus-Christ. 170 L\u2019ACTION NATIONALE Ces groupes vivaient de chasse, pêche et cueillette de fruits sauvages.Un tel mode de production les obligeait à se déplacer selon les saisons et les ressources du territoire.Ces chasseurs nomades se déplaçaient en petites bandes composées généralement du père, de ses fils ou de quelques-uns de ses frères accompagnés de leur famille.Les fonctions du leader ou chef de bande consistaient à planifier les activités économiques et cérémonielles et à déterminer les circuits migratoires.Les chefs étaient choisis d\u2019après leur habileté, leur sagesse et leur générosité.Ils ne possédaient aucun pouvoir coercitif pour faire respecter leurs décisions.Leur pouvoir était fragile puisqu\u2019il reposait essentiellement sur le consensus du groupe.Chaque bande exploitait plus ou moins exclusivement une région reconnue comme étant celle du groupe.Le partage des tâches chez ces groupes de chasseurs-cueilleurs était basé sur la division sexuelle.La chasse au gros gibier constituait une activité exclusivement masculine.Les femmes se chargeaient de la cueillette, de la préparation des repas, de la confection des vêtements.Ils utilisaient généralement comme forme d\u2019habitation la tente conique appelée wigwam.Contact avec les Européens Quand des groupes de culture différente entrent en contact, il se produit inévitablement des changements dans les modèles culturels de chacun.En premier lieu, les intérêts économiques des Européens ont amené les Amérindiens à adopter une économie de piégeage complétée par la chasse, la pêche et dans certains cas l\u2019agriculture.Ils échangeaient des peaux et des fourrures contre des fusils, de la farine, du thé, du sucre.Les Amérindiens se sont adaptés de façon rapide à l\u2019économie de piégeage puisque ce type d\u2019économie s\u2019apparentait aux activités traditionnelles de chasse.Il faut se rappeler que le commerce intertribal existait avant l\u2019arrivée des Européens.Les Iroquois échangeaient avec les Algonquins leurs produits agricoles contre des fourrures, de la viande et du poisson séché.Des alliances existaient entre certains LES AMÉRINDIENS AU QUÉBEC 171 groupes qui agissaient comme groupes d\u2019échange plutôt que comme groupes compétitifs.L\u2019adoption du piégeage poussa les bandes de langue algique à se regrouper à proximité des postes de traite.Les Hurons devenus les principaux partenaires commerciaux des Français, contrôlèrent le commerce des marchandises européennes auprès des groupes algonquins.La concurrence qui s\u2019établit entre les groupes indiens donna lieu à des rivalités intertribales.Les guerres au 17e siècle entre la Confédération Iroquoise et les Hurons alliés aux Français sont un des résultats directs de cette compétition pour le contrôle du commerce.Ces guerres conduisent à la disparition des Hurons et à l\u2019affaiblissement des confédérations iroquoises en tant qu\u2019entités politiques.Les famines, la présence des missionnaires et la création des réserves indiennes furent aussi des facteurs importants de changements.Les Abénakis Le nom Abénakis découle de l\u2019expression «Wabanaki» qui signifie «pays qui est à l\u2019est».Ils étaient chasseurs-cueilleurs.Ils parcouraient un territoire très vaste allant des États de la Nouvelle-Angleterre jusqu\u2019aux provinces maritimes.Avant 1650, on parle peu des Abénakis.C\u2019est qu\u2019avant cette époque les Abénakis ne dérangeaient pas, ils vivaient selon leurs traditions et parcouraient leurs territoires de chasse.Mais voilà que les colons Anglais ont besoin du territoire, surtout celui qui est près des côtes, alors les guerres commencent et les Abénakis se replient.Des tribus entières sont exterminées.Les Abénakis nouent des liens étroits avec les Français avec qui ils défendaient la colonie contre les visées expansionnistes des Anglais de la Nouvelle-Angleterre.Ils se convertissent au catholicisme et dès lors, ils se déplaceront avec leurs missionnaires.Vers 1676, ils habitent une mission à Sillery.En 1684, ils quittent Sillery pour aller s\u2019installer près des chutes de la Rivière 172 L\u2019ACTION NATIONALE Chaudière.Vers 1700, commence une autre migration importante sur le plan stratégique, qui incite les Abénakis à s\u2019établir à Odanak et à Wôlinak.Incorporés dans les troupes franco-canadiennes, les Abénakis ont démontré leur fidélité à la cause française.Ils ont participé aux batailles d\u2019Oswego, William Henry, Carillon, Montmorency, jusqu\u2019à la défaite des Plaines d\u2019Abraham le 13 septembre 1759.En 1812-1814, ils participent à la guerre canado-américaine.L\u2019exploit le plus marquant fut la victoire de Châteauguay le 26 octobre 1813.Plus tard, quelques-uns d\u2019entre eux marchèrent aux côtés des Patriotes.Les Abénakis avaient cependant conservé leurs habitudes de chasse.L\u2019agriculture continua de végéter.Par contre, ils développèrent leur industrie de tannerie et de vannerie, encore reconnue aujourd\u2019hui.Au début de 1900, la plupart des résidants d\u2019Odanak fabriquaient les paniers en frêne et foin d\u2019odeur, durant l\u2019hiver et dès le printemps, les familles se rendaient aux États-Unis pour vendre leurs produits et des plantes médicinales.Après la guerre, l\u2019industrie des paniers tomba dans la stagnation, la concurrence japonaise sur le marché américain avait tué à tout jamais l\u2019industrie abénakise des paniers.Orientation actuelle Nous retrouvons dans toutes les communautés indiennes, un désir de reconquérir l\u2019autonomie culturelle.Ce désir se manifeste de diverses façons, entre autres par les efforts déployés pour le renforcement de certaines caractéristiques, par exemple, les langues indiennes.Le développement d\u2019associations indiennes constitue un autre signe d\u2019un vouloir collectif.Pour conclure, disons que les Amérindiens du Québec ne formaient pas à l\u2019époque préhistorique une entité culturelle homogène; encore aujourd\u2019hui, ils sont groupés en tribus culturellement distinctes qui revendiquent chacune leur autonomie tout en prônant une association permettant de faire front commun pour le mieux vivre des populations indiennes. LA FRANCOPHONIE 173 La Francophonie par PHILIPPE DE SAINT-ROBERT, Commissaire général à la langue française (France).La Francophonie, c\u2019est la manifestation géographique et historique de l\u2019existence dans le monde d\u2019un certain nombre de pays qui utilisent, à des titres variés, la langue française.Mais cette communauté, en quelque sorte culturelle, peut-être politique au sens le plus élevé du terme, n\u2019existerait pas ou n existerait plus si dans son centre même, notre langue devait peu à peu se défaire.Par conséquent, il n\u2019y a de Francophonie que dans la mesure où il y a langue française et la langue française trouve elle-même des raisons de persévérer dans son être, si j ose dire, parce que la Francophonie existe et qu\u2019il y a dans le monde une demande de la langue française.Peut-on avoir une politique linguistique?Un pays comme la France, peut-il, doit-il avoir une politique linguistique?Il est facile d\u2019abord de répondre qu\u2019il en a une, puisque cela pourrait correspondre certainement à une très longue tradition qui remonte, comme chacun le sait, à la Renaissance et qui devait engendrer l\u2019Académie française.Peut-on avoir une politique linguistique?Revient-il à l\u2019État, à quelque titre que ce soit, d\u2019organiser la langue?Pourquoi, pour quelle raison, l\u2019État devrait-il jouer un rôle dans le développement d\u2019une langue?Naturellement si c\u2019est un rôle dirigiste, on peut émettre quelques doutes sur son efficacité! Simplement on veut dire par là, qu\u2019il revient à l\u2019État d\u2019assurer en quelque sorte, un rôle d\u2019accompagnement dans la maîtrise de la langue qui est, à travers les mots qu\u2019elle emploie, un moyen d\u2019échange au même titre que la monnaie.11 est certain que l\u2019on peut parfaitement défendre l\u2019idée que l\u2019État doit avoir une politique linguistique.En tout cas, la France a eu dans son histoire une politique linguistique, peu considérable, mais enfin, qui jalonne, parfaitement l\u2019évolution de cette langue.Il est facile de faire remonter cela à la première épo- 174 L\u2019ACTION NATIONALE que où la langue française, encore en devenir, sans être vraiment constituée, s\u2019est tout de même sentie menacée, c\u2019est-à-dire à l\u2019époque de la Renaissance.Il est certain que le mot défense, lorsqu\u2019on l\u2019emploie, suscite très vite, chez les gens, différents types de réactions.Des types de réactions souvent négatives parce que la réaction de chacun est de dire: «Oh, mais si vous en êtes à défendre votre langue, c\u2019est qu\u2019elle est déjà fichue!» J\u2019ai lu une grande enquête dans un hebdomadaire que je ne nommerai pas, dont la conclusion, un peu hâtive, était: «Dès l\u2019instant que l\u2019on fait des lois pour défendre les langues, c\u2019est qu\u2019elles sont perdues!» Ce qui évidemment est très contestable.Puis il y a la deuxième réaction qui est «Ah oui, défendons notre langue!» C\u2019est une réaction généralement à connotation très fortement académique, de gens pour qui, la défense d\u2019une langue à un moment donné de son histoire est une défense qui se fait ou se ferait ou devrait se faire aux dépens de toutes espèces d\u2019évolution.Par là ces gens justifient tout le processus selon lequel la langue va être très vite dépassée et remplacée par une autre.C\u2019est pourquoi, l\u2019on a toujours ajouté au terme de défense, que j\u2019assume parfaitement pour ma part, l\u2019idée d\u2019illustration.C\u2019était l\u2019idée des gens de la Renaissance où l\u2019idée d\u2019enrichissement du vocabulaire, idée plus moderne qui fait partie intégrale de notre politique linguistique actuelle.Alors, si on dit défense et illustration, défense et enrichissement de la langue, déjà on a une idée plus complète de ce que peut être une politique linguistique et en même temps une idée des justifications plus approfondies de cette politique.Une politique linguistique en France, remonte effectivement à l\u2019époque de François I par l\u2019intermédiaire d\u2019un acte officiel, la fameuse ordonnance de Villers Cotterêts, de 1539.Ce n\u2019était pas d\u2019ailleurs une loi sur la langue mais sur l\u2019organisation de la justice.Pourquoi cela?Parce que, à cette époque, il y avait une offensive d\u2019une langue-sœur, la langue italienne, qui fit surgir une espèce de vaste mouvement de résistance.Notamment, chez des écrivains et des poètes qui ont fait un grand effort pour se détacher de leur amour encore très fort du latin et pour montrer que la langue française pouvait être une langue vernaculaire, une langue de communication empêchant ainsi l\u2019italien de pren- LA FRANCOPHONIE 175 dre une place qui appelait en quelque sorte à être occupée.C\u2019est de cet effort dû à la Renaissance, à cette célèbre Pléiade, que François I a fait sien cet acte, cette ordonnance, de Villers Cotterêts.Elle est à l\u2019origine, également, quelques années plus tard, de la création de l\u2019Académie car la langue française étant sauvée dans son rôle, il est apparu à ce moment qu il ne suffisait pas de la sauver dans son rôle.Je crois que c\u2019était un mouvement tout à fait naturel de la normaliser, de la codifier.Cela faisait en quelque sorte partie de l\u2019évolution naturelle de l\u2019état d\u2019esprit des gens par rapport à la langue.Alors on peut souligner les aspects positifs et négatifs de cette tendance.Les écrivains souligneront les aspects négatifs, c\u2019est-à-dire l\u2019abandon du vieux parler de Rabelais, de la capacité de la langue d\u2019inventer, de dire un peu n\u2019importe quoi et n\u2019importe comment, et sous moultes formes, toutes sortes de choses, avec une recherche de vocabulaire et d\u2019expressions qui fait encore notre bonheur lorsqu\u2019on relit les textes de cette époque.Il faut bien normaliser, de même que l\u2019on a tendance à normaliser la monnaie puisque j\u2019ai pris cette image tout à l\u2019heure, si l\u2019on veut bien admettre que les mots sont la clé des échanges au même titre peut-être que les espèces monétaires.La langue française a suivi ensuite une évolution que vous connaissez tous.On ne trouvera pas, je crois, d\u2019autres lois importantes sur la langue jusqu\u2019au moment où la Révolution, et à la suite célèbre du rapport de l\u2019abbé Grégoire, lors de la Constitution, nous donnera la fameuse loi du 2 Thermidor de Tan II.Elle n\u2019était pas dirigée contre le latin mais faisait du français non plus seulement la langue du Roi et du royaume, mais en quelque sorte la langue obligée dans les rapports privés.Notamment dans les contrats.Ce qui veut dire que c\u2019était la fin du rôle des langues régionales.On peut chercher des motivations politiques à cette loi puisque ces langues régionales pouvaient apparaître comme des ilôts de résistance à un phénomène d\u2019unification nationale dont, par ailleurs, on peut parfaitement penser qu\u2019il était inscrit dans le régime précédent.Mais enfin, tout d\u2019un coup, il y avait une espèce d\u2019explosion et de violence qui faisait que cette lente évolution à travers l\u2019his- 176 L\u2019ACTION NATIONALE toire devait tout d\u2019un coup se conclure beaucoup plus rapidement et n\u2019oublions pas que le rapport de l\u2019Abbé Grégoire soulignait, cette chose apparemment contradictoire aujourd\u2019hui.À savoir que si le français était à ce moment là, nous sommes en 1794, la langue de l\u2019image, la langue française n\u2019était pas parlée par environ sept millions de Français.C\u2019est très intéressant parce que dix ans avant 1794, il y avait eu le célèbre concours demandé par l\u2019Académie royale des sciences de Berlin, sur le thème de l\u2019universalité de la langue française.Ce concours fut remporté par Rivarol, et pas seulement par lui d\u2019ailleurs, mais son malheureux concurrent avait écrit son mémoire en allemand, alors que Rivarol l\u2019avait écrit en français.Le texte de Rivarol est passé à la postérité.Le document du professeur Saharb a attendu 1784 pour être traduit aussi en français.C\u2019est certainement un bon texte mais je ne l\u2019ai pas lu.J\u2019en ai seulement entendu parler.Que signifiait, effectivement cette universalité telle qu\u2019elle était célébrée en 1784, alors que dix ans plus tard, en 1794, la Constituante constatait qu\u2019en France même, sept millions de Français ne parlaient pas le français?La Constituante considérait qu\u2019il fallait prendre des mesures urgentes qui sont apparues comme visant les langues régionales.Nous savons très bien que le bilinguisme n\u2019existe pas vraiment et que dans le système de bilinguisme, il y a un monolinguisme qui se détache tôt ou tard.De même que, diraient les esprits mal intentionnés, il y a en économie une loi qui veut que la mauvaise monnaie chasse la bonne.Toujours est-il que lorsqu\u2019il y a deux monnaies, il y en a toujours une qui chasse l\u2019autre.Nous avons vu au début du XIXe siècle et jusqu\u2019à la IIF République (qui a encore accentué les mesures prises par la Constituante un siècle plus tôt), ce mouvement devait effectivement aboutir à réduire au strict minimum, les fonctions de ce que nous appelons aujourd\u2019hui, les langues régionales.Depuis, nous n\u2019avons plus eu de lois de caractère linguistique en France jusqu\u2019à Georges Pompidou.Pourquoi?Parce qu\u2019au XIXe siècle, la langue française nous était parvenue avec une sorte de perfection.Qu\u2019elle s\u2019y était un peu enfermée.Que le Littré en était devenu comme le symbole puisque cent ans après, il y a encore des gens pour qui LA FRANCOPHONIE 177 un mot n\u2019est pas français s\u2019il n\u2019est pas dans le Littré.J\u2019ai toujours envie de répondre que si tel mot n\u2019est pas dans le dictionnaire, il faut l\u2019y mettre.Ça ne veut pas dire, qu\u2019il ne faut pas l\u2019employer.Il est certain que pendant toute cette période du XIXe siècle, les Français ont développé pour leur langue une estime, un amour un peu exclusif et un peu figé jusqu\u2019à fixer la langue de telle sorte qu\u2019elle a cessé d\u2019évoluer.À la fin du XIXe siècle, lorsque les hommes de science, notamment les hommes de médecine, ont eu besoin d\u2019un vocabulaire nouveau pour répondre aux progrès de la science, et de la médecine, ils ont dû aller chercher des mots.Constituer les mots dont ils avaient besoin, à partir de langues mortes.C\u2019est moins gênant que d\u2019aller chercher des racines ou des emprunts dans les langues vivantes, lesquelles peuvent être en même temps la langue de telle ou telle culture plus ou moins dominante.Cela risque d\u2019apporter une connotation, plus gênante que celle que l\u2019on peut tirer d\u2019une langue morte.Donc, à partir du XIXe siècle, la langue française a tendance à ne plus tellement évoluer par elle-même.Nos vieilles réactions académiques nous amènent à emprunter aux langues étrangères.Dans la crainte où sont les Français de ce qu\u2019un néologisme apparaisse comme un barbarisme.De ce qu\u2019un mot ne soit pas dans le Littré.Et pour ma part, j\u2019ai souvent pensé que cet excès de maniérisme linguistique était une des causes pour laquelle la langue française avait par la suite excessivement emprunté à l\u2019anglo-américain.Dans les années soixante, émerge le phénomène qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la Francophonie.Mot qui déplaît encore à plusieurs et qui est tout de même passé dans les usages et que, à mon avis, on ne délogera pas.Mais il est employé dans un sens que l\u2019on n\u2019emploie plus aujourd\u2019hui.C\u2019est en réalité à partir des années soixante que naît le mot de Francophonie, auquel certains voient à tort une connotation colonialiste ou néocolonialiste.À tort dis-je, puisqu\u2019au fond le mot est né, à partir des indépendances des pays africains.C\u2019est-à-dire, qu\u2019à un certain moment dans les années soixante, des pays qui étaient attachés à la France par des liens de notre passé ont pris leur liberté, ont 178 L\u2019ACTION NATIONALE accédé à la souveraineté internationale.Ils ne se sont pas rendus compte que la langue française n\u2019avait peut-être pas dans la réalité, le rôle qui lui était reconnue dans les textes.Alors, il ne faut pas l\u2019oublier, la langue française est au même titre que l\u2019anglo-américain, langue de travail, non seulement langue officielle mais de travail, (ce qui est davantage) de toute les organisations internationales, sauf dans certaines comme l\u2019Union Postale Universelle où elle est la seule langue officielle, la seule langue de référence et donc héritage du passé.Dans les années suivantes, ces pays qui accèdent à la liberté et à la souveraineté internationale, ont fait quelques bruits parce qu\u2019ils ont considéré, et avec juste raison, que la place faite au français n\u2019était pas bien respectée.Moyennant quoi, il y a eu une espèce de bond en avant de la langue française dans les relations internationales.La Francophonie était, en quelque sorte, en train de naître de ces indépendances bien plus qu\u2019elle n\u2019était le signe des liens du passé.Le général De GAULLE lui-même, à ma connaissance, a peu insisté sur ce fait, parce qu\u2019il craignait, dans cette période, que si la France prenait en quelque sorte la tête d\u2019une sorte d\u2019organisation trop précise de la Francophonie, elle n\u2019apparaisse comme vouloir récupérer d\u2019une main ce qu\u2019elle avait abandonné d\u2019une autre.Et tout le monde sait qu\u2019il avait dit à l\u2019époque: «Il ne faut pas que ça vienne de nous.» Ce n\u2019est pas venu de nous.C\u2019est dans les années soixante-quatre ou soixante-cinq qu\u2019autant le Président SENGHOR, le Président BOURGUIBA, le Président SIHANOUK ont fait action commune pour demander que l\u2019on procède à une organisation même informelle de cet ensemble qui commençait à se dégager des nuées de l\u2019histoire et des incertitudes de la géographie.Peu après arrivèrent en Amérique francophone, des événements qui sont restés dans les mémoires.L\u2019émergence au Canada de la partie anciennement française qui a eu le sentiment, très longtemps, d\u2019avoir été brimée par l\u2019histoire et qui a fait tout d\u2019un coup une révolution tranquille et qui a fait accéder brusquement le Québec, d\u2019un univers agricole et passéiste à un univers industriel et développé.Il y a eu l\u2019émergence d\u2019une Francophonie d\u2019Amérique.Si bien qu\u2019il y avait une Francophonie d\u2019Amérique, une Francophonie d\u2019Afrique, et une Francophonie européenne. LA FRANCOPHONIE 179 Il fallut attendre Georges POMPIDOU pour qu\u2019apparaisse une nouvelle loi linguistique.Il ne faut pas exagérer ce qui a été fait à ce moment-là.Dans un premier temps, Georges POMPIDOU et le Général de GAULLE, en 1966, ont créé une petite cellule placée auprès du premier ministre qui s\u2019appelait le Haut Comité de la langue française.Ce Haut Comité, à travers le temps, a mis au point une proposition de loi connue sous le nom de la Loi Bas-Lauriol, loi du trente-et-un décembre 1975, qui est une loi relative à l\u2019emploi de la langue française parce qu\u2019il est apparu, à ce moment-là, qu\u2019il ne suffisait pas de constater qu\u2019il y avait l\u2019émergence dans le monde, d\u2019une communauté francophone, d\u2019une communauté de pays ayant en commun l\u2019usage de la langue française, à l\u2019éthique bien variée, qui se cherchaient.Encore fallait-il que la langue française en France même, ne subisse pas les assauts répétés et de plus en plus fréquents et puissants, d\u2019une langue plus dominante que ne l\u2019était le français, c\u2019est-à-dire l\u2019anglo-américain.Il y a une vingtaine d\u2019années le célèbre ouvrage d\u2019Étiemble Parlez-vous Franglais?avait lancé le premier cri d\u2019alarme quant à cette espèce de pression qui s\u2019exerçait, de l\u2019extérieur, sur la langue française.C\u2019est probablement à cette pression qu\u2019on avait d\u2019abord pensé répondre en créant le Haut Comité de la langue française.Cette loi de 1975 n\u2019a pas voulu être une loi à proprement parler sur la langue, elle voulut être une loi prise sous l\u2019angle de la protection du consommateur, que tout citoyen d\u2019un pays donné possède un droit fondamental d\u2019être informé dans sa langue.Cette loi n\u2019interdit aucune langue.Elle n\u2019a pas le caractère que lui portent ses détracteurs, mais elle dit, dans l\u2019article premier, que la désignation, l\u2019offre, la publicité écrite ou parlée, le mode d\u2019emploi ou d\u2019utilisation, l\u2019étendue et les conditions d\u2019un bien ou d\u2019un service ainsi que dans les factures et quittances, l\u2019emploi de la langue française est obligatoire.Le recours à tous les termes étrangers ou à toutes les expressions étrangères est prohibé lorsqu\u2019il existe une expression ou un terme approuvé dans les conditions prévues par le décret du 7 janvier relatif à l\u2019enrichissement de la langue française.Le texte français peut être complété par une ou plusieurs traductions en langues étrangères, ce qui montre que cette loi 180 L\u2019ACTION NATIONALE n\u2019exclut aucune langue.Elle part simplement du principe que tout citoyen français a le droit d\u2019être informé dans sa langue.D\u2019ailleurs, lorsque l\u2019on a fait cette loi, des problèmes se posaient: des produits circulaient en France avec des modes d\u2019emploi dans des langues étrangères sans modes d\u2019emploi en français et, dans certains domaines comme la pharmacie, comme les jouets qui peuvent être dangereux pour les enfants, il y avait eu à l\u2019époque, des accidents.En réalité cette loi a été prise sous l\u2019angle de la défense du consommateur.Entre la création du Haut Comité et cette loi qui se réfère à un droit de 1972, il y avait eu la création, par Georges POMPIDOU, de commissions de terminologie.On a bien compris que si l\u2019on faisait de la défense de la langue française, au sens le plus courant du terme, on tomberait un peu sous la critique dont nous parlions, et qu\u2019il était préférable de défendre la langue française en lui donnant les moyens de répondre aux besoins de son époque.Il s\u2019agit là de démontrer si la langue française est encore ou non la langue qui peut avoir un caractère universel.Cela nous ramène au discours de Rivarol sur l\u2019universalité de la langue française.Il est facile de dire que la langue française demeure une langue universelle si l\u2019on veut bien définir cela autrement qu\u2019on le définissait, si l\u2019on veut bien considérer l\u2019universalité d\u2019une langue non pas comme de sa volonté ou de la prétention à tenir lieu de toutes les autres langues.Ce qui ne revient à aucune langue, d\u2019ailleurs.À la capacité de répondre à tous les besoins scientifiques et techniques de notre époque, à sa capacité à donner accès à la culture de notre époque pas seulement littéraire au sens où on pourrait le croire lorsqu\u2019on parle généralement de culture, mais culture qui fait entrer en ligne de compte les domaines scientifiques et techniques, il est bien certain que la langue anglaise, plutôt anglo-américaine, a, comme le français, ses avantages et ses défauts.Lorsqu\u2019on regarde les grandes langues de civilisation, celles qui n\u2019ont pas eu la chance d\u2019être parlées par plusieurs peuples, elles peuvent avoir finalement autant de vertus que les grandes langues dites de civilisation.L\u2019avantage de l\u2019anglo-américain, LA FRANCOPHONIE 181 tout le monde le connaît, c\u2019est une plasticité excessive.Une syntaxe si excessivement souple que parfois lorsque vous lisez le titre d\u2019un journal américain, vous vous demandez si vraiment il y a une syntaxe.Avec tout ce que ça comporte d\u2019inconvénients.Plasticité de la langue, c\u2019est-à-dire facilité de création de mots, mais avec possibilité de divergences, de dérivés.Il n\u2019est pas impossible que, compte tenu de ce qui pour nous est comme une absence de syntaxe, ils ne parviennent plus à se comprendre.Il est fort possible, en revanche, que si la langue française tient le coup, ce qui fait apparemment la rigidité et la difficulté ne soient en même temps une garantie d\u2019avenir.Parce que dans 40 ou 50 ans, ceux qui l\u2019utiliseront, même s\u2019il y a quelques divergences, quelques particularismes, ils auront probablement plus de chance de se comprendre que les locuteurs anglo-américains.Il n\u2019est pas impossible que certaines machines de traitement de textes, lisent plus facilement le français que l\u2019anglais.Lorsqu\u2019on pense, qu\u2019à cause de la plasticité que j\u2019ai décrite tout à l\u2019heure, certains mots anglais sont beaucoup plus difficiles à interpréter par des machines que le français.Si vous prenez le mot fish qui en anglais veut dire à la fois pêcher, aller à la pêche, un poisson, je pêche, tu pêche, il pêche.Il faut dire que pour une machine ce n\u2019est pas facile à dire.Il faut reconstituer tout le contexte et il faut une machine beaucoup plus sophistiquée pour traduire un mot anglais que pour traduire un mot français qui, comme le disaient messieurs les Académiciens, est plus marqué, donc plus facile à reconnaître rapidement.Par conséquent dire que notre langue est plus difficile et, comme l\u2019a écrit Libération, une mauvaise langue, n\u2019est qu\u2019un préjugé.L\u2019une des tâches du Commissariat général a été de créer en 1972 ces Commissions de terminologie, de les animer et de les coordonner.Elles ont pour but de créer des langues spécialisés dans les vocabulaires spécialisés, là où les choses ne peuvent pas se faire par la fameuse vertu du parler populaire.Il faut faire un effort pour trouver le vocabulaire dont on a besoin.Et il faut faire ce qu\u2019ont fait nos médecins à la fin du XIX^ siècle quand ils ont eu recours aux racines grecques.Le meilleur exemple en est le succès de la Commission de 182 L\u2019ACTION NATIONALE terminologie de chercher, de trouver un langage français en informatique.Car cette commission depuis 1972 présidée par le général FERET a créé et normalisé des mots informatiques, des mots ordinateurs, qui sont parfaitement passés dans l\u2019usage des logiciels, des progiciels, ceci à la demande des professionnels.Ce fut la réponse aux professionnels qui souhaitaient qu\u2019on leur donne les moyens de travailler dans leur langue.Dernièrement, le général FERET déclarait: «Pratiquement 80% du vocabulaire créé par la Commission de terminologie en informatique était passé dans le langage informatique.» Cependant, on rencontre deux sortes de résistances, celle de la presse et des milieux professionnels dans le cas où ils ne sont pas demandeurs.Il est difficile de leur suggérer un vocabulaire mis au point dans ces domaines et on n\u2019est jamais parvenu à le faire passer dans l\u2019usage parce que le milieu professionnel a fait barrage, rechargé évidemment par ces milieux de la presse et de la publicité.Les milieux de la presse sont certainement les plus difficiles à convaincre dans ce domaine.Car les journalistes se sentent comptables de la dégradation du langage et ainsi ils cherchent à se justifier en se faisant croire à eux-mêmes qu\u2019il y a chez eux, un acte de liberté et qu\u2019en leur proposant un autre vocabulaire, on porte atteinte à cette liberté.Dans le domaine de l\u2019audio-visuel on a proposé des trains de vocabulaire, des trains de terminologie qui ont été dénoncés par la presse.On a donc beaucoup de mal à faire passer ce vocabulaire qui se heurte à une objection structurelle, dûe à la mauvaise volonté de la presse et de la publicité.Il y a des mots qui mettent très longtemps à prendre, exemple du mot walkman qui est d\u2019origine japonaise et qui, d\u2019ailleurs, est un nom de marque, et pour lequel la Commission de terminologie a créé à la demande, le mot balladeur dont tout le monde s\u2019est moqué.Or le mot balladeur est un mot qui est en train de prendre, chose curieuse davantage dans la presse de province que dans celle de la presse parisienne.La capacité du français de rester une langue universelle est liée à la faculté et à la volonté que nous avons de créer les mots dont nous avons besoin et à celle que nous avons pour utiliser le LA FRANCOPHONIE 183 français dans les institutions internationales mais aussi dans les domaines de pointe.Nous avons donc un devoir à remplir par rapport à cette demande du français dans le monde.Le français reste la deuxième langue parlée après l\u2019anglais mais si l\u2019on devait juger de l\u2019importance d\u2019une langue par rapport au nombre de ses locuteurs, le français ne viendrait pas en second, ce qui veut dire que le nombre de locuteurs d\u2019une langue n\u2019est pas le seul critère qui permet de définir une langue comme une langue de communication internationale.Le français est également langue maternelle dans le Canada, la Belgique et la Suisse mais il y est minoritaire.Il y a aussi tous les pays où le français n\u2019est pas un drapeau mais une langue importée, une langue d\u2019usage et de communication soit extérieure, soit intérieure, comme, par exemple, les pays africains.Ces pays sont travaillés par un désir légitime, celui de découvrir leur langue originelle.Ils découvrent également la complémentarité des langues.Ainsi, la langue française leur apparaît comme un excellent outil de développement, comme un outil de transfert de connaissances technologiques, et à ce titre, ils en sont demandeurs.Les enjeux de la Francophonie, c\u2019est une redéfinition complète du rôle qu\u2019une langue comme le français peut jouer dans le monde et ce n\u2019est pas facile à faire car ce qui est devenu la Francophonie offre des vanités flatteuses et ennuyeuses parce qu\u2019elles sont coûteuses, compliquées à satisfaire, variées et susceptibles: tout cela est extrêmement difficile.On a l\u2019exemple de la Crimée où l\u2019on a pu constater une prise de conscience de la langue française alors qu\u2019il y avait eu rupture.Ce phénomène a confirmé ce que j\u2019ai dit précédemment sur la loi de la complémentarité par un retour à la langue française.Les quarante et un pays qui se sont réunis, il y a quelques mois, ont bien pris conscience de l\u2019enjeu à venir de la Francophonie.Des questions bien précises ont été posées par les pays africains francophones à la grande surprise des Canadiens.Bref ce souci de la Francophonie est apparu comme étant extrêmement urgent.Ceci est tout à fait intéressant car ainsi on se rend compte que ces problèmes de langue sont tout à fait présents dans les esprits. 184 L\u2019ACTION NATIONALE Le français est souvent resté une langue écrite.Depuis un certain temps nous subissons une véritable mutation, ceci grâce à l\u2019audio-visuel.Ainsi le français devient donc une langue parlée et ce passage de l\u2019écrit à l\u2019oral fait subir à notre langue un traumatisme profond d\u2019où les protestations des gens face au langage qu\u2019ils entendent à la télévision et qui est différent de celui appris à l\u2019école.D\u2019où le conflit des générations et aussi le langage très déstructuré d\u2019une partie de la jeunesse.On est en train de redécouvrir le sentiment de la langue, illustrant et apportant une réponse à la phrase de Barthes: «Il n\u2019y a pas une crise de la langue mais une crise de l\u2019amour de la langue».En effet on a parfois l\u2019impression que les gens insultent leur langue, qu\u2019ils ont un compte à régler avec elle et cela fait partie quelquefois du couple amour-haine.Tôt ou tard il y aura une redécouverte du sentiment de la langue.D\u2019ailleurs, à ce sujet, Philippe BOUVARD disait: «Il vaut mieux employer un mot juste qu\u2019un gros mot.» C\u2019est en fait la redécouverte d\u2019un bonheur puisque l\u2019on dit un bonheur d\u2019expression, un désir de lire, tout cela est très présent à notre esprit, à notre culture.Toutes les langues se livrent à des emprunts.C\u2019est un jeu d\u2019enfant de montrer que l\u2019anglais est une langue dont 60% du vocabulaire est d\u2019origine franco-latine.À l\u2019époque des croisades, il y a eu également des emprunts considérables de l\u2019arabe dans le vocabulaire français.Toutes les lignes se sont enrichies par les emprunts mais il ne faut pas en abuser car à partir du moment où il y aurait une dose d\u2019emprunts ou véritable invasion lexicale, la langue s\u2019appauvrirait de l\u2019intérieur, ne subirait plus l\u2019évolution conforme à son génie propre et détruirait la syntaxe, d\u2019où un langage complètement déstructuré.C\u2019est pourquoi il est essentiel de maintenir l\u2019usage d\u2019une langue qui serait comprise par tout le monde.Bien sûr, il faut laisser aux écrivains et aux poètes le sens artistique de leur vocabulaire tel RABELAIS ou CÉLINE, mais puisque les mots, dans l\u2019usage courant, sont la clé de la communication et de l\u2019échange, il faut que la langue soit monnayable, comprise de tous, sinon il y a tromperie.Il est nécessaire de se battre afin qu\u2019il y ait une évolution de la langue qui soit conforme à ce que nous appelons le génie de la langue.Cette réflexion est valable pour toutes les langues y compris Tanglo-américain. L\u2019AMIANTE 185 Relance utopique ou réalité?L\u2019amiante par HÉLÈNE MARTIN Il y a quatre ans, qui aurait pu croire à une relance économique nationale?Seuls les économistes envisageaient cet événement car, théoriquement parlant, l\u2019économie a réellement suivi suivi son cours normal.Malheureusement, les économistes n\u2019avaient pas prévu le point de non-retour pour certains secteurs.Le secteur minier est l\u2019un de ceux que la théorie économique semble avoir oublié.Il existe au Québec, une région durement touchée par cet oubli, soit Thetford Mines surnommée la Région de l\u2019Amiante.On y retrouve six mines importantes au niveau de l\u2019extraction de l\u2019amiante et plusieurs industries reliées à cette exploitation.Depuis les cinq ou six dernières années, la région accuse de fortes difficultés économiques.Durant cette période, les exportations québécoises d\u2019amiante, dont la plus grande part est extraite dans les environs de Thetford Mines, a chuté de 47%.La crise de 1980 n\u2019a certes pas aidé la cause mais l\u2019origine de ce problème a malheureusement une source tout à fait différente.La popularité des produits à base d\u2019amiante a énormément diminué; cela est dû à l\u2019opinion publique qui craint pour la santé de ceux qui sont exposés à ces produits.Il a suffi d\u2019une ou deux années pour détruire la situation florissante de la région de l\u2019or blanc mais il en faudra plusieurs pour la reconstruire.C\u2019est justement à cet objectif que travaille le gouvernement depuis quelques années; pour ce faire il a activement participé à deux projets d\u2019envergure: \u2014\tla création de la Société nationale de l\u2019amiante; \u2014\tle regroupement des mines de la région de l\u2019amiante. 186 L\u2019ACTION NATIONALE Création de la S.N.A.La loi créant la S.N.A.fut sanctionnée en 1978, son installation effective à Thetford Mindes se fit durant cette même année.Cette société sera, comme vous le verrez plus loin, impliquée à tous les nivaux de l\u2019économie nationale: extraction, transformation et exploitation.Son objectif général est de promouvoir, à nouveau, l\u2019utilisation active de l\u2019amiante.Ainsi pour recréer la demande, il faut avant tout éliminer l\u2019image péjorative que le grand public véhicule au sujet de ce minerais.La S.N.A.possède un centre de recherches dont l\u2019objectif principal est de diminuer substantiellement le danger causé par les fibres d\u2019amiante sur la santé pulmonaire des travailleurs.Les travaux sont amorcés depuis plusieurs années mais récemment, certains résultats très concluants ont été obtenus.L\u2019étude en est maintenant rendue aux essais sur les animaux; jusqu\u2019ici aucune défaillance majeure ne fut observée.Ce projet à lui seul, est susceptible de modifier complètement les données actuelles du marché de l\u2019amiante en levant l\u2019hypothèque des questions de santé.Afin d\u2019être tout à fait certain des résultats, il faudra attendre encore deux ans.La S.N.A.croit malheureusement que cette période s\u2019avère être trop longue; d\u2019ici là il peut se produire une baisse de la production telle que l\u2019industrie minière de l\u2019amiante n\u2019aurait que très peu de chances d\u2019y survivre.Déjà aux États-Unis, l\u2019Agence de protection de l\u2019environnement exerce de fortes pressions afin de bannir les principaux produits à base d\u2019amiante sur le marché américain.Quelques mines font aussi face à de sérieux problèmes financiers dû, en partie, à un certain nombre de poursuites judiciaires.La S.N.A.désire donc introduire le produit amélioré dans un avenir rapproché et avec toute la certitude possible quant à sa réussite.Il est évident qu\u2019une réponse positive du public face à cette nouvelle technique aurait des retombées favorables sur l\u2019ensemble des projets de développement amorcés par la S.N.A.Parallèlement à ces recherches, la S.N.A.effectuait une L\u2019AMIANTE 187 poussée très importante afin de promouvoir l\u2019usage de l\u2019amiante.Depuis la première réalisation de la Société, dix-neuf projets ont été concrétisés au niveau national.Dans la région de Thetford Mines, six (6) projets furent mis-en-branle depuis 1979, certains eurent le succès escompté, d\u2019autres pas tout à fait.En 1980 la région vivait l\u2019achat, par la S.N.A., d\u2019un important secteur minier thetfordois, soitles mines d\u2019amiante Bell, Ltée.L\u2019impact réel fut très défavorable à court terme.Au cours de la première année tout alla très bien car les compagnies d\u2019Angleterre continuèrent de s\u2019approvisionner ici.Par la suite, lors de l\u2019extinction du contrat les liant au Québec, les Anglais cessèrent leurs importations canadiennes et s\u2019approvisionnèrent en Afrique du Sud.Dû à ce brusque changement, une centaine d\u2019employés furent congédiés et une diminution marquée de la production n\u2019aida certes pas l\u2019économie régionale.Durant cette même année, grâce aux recherches effectuées à l\u2019Université de Sherbrooke, un premier projet industriel fut mis au point: Magnaq I.Son objectif premier est de prouver que les résidus d\u2019amiante peuvent constituer une des principales matières dans la fabrication de sels de magnésium.Ces derniers ouvrent une porte sur le marché des produits pharmaceutique, de caoutchouc et des produits cosmétiques.Aujourd\u2019hui, Magnaq I emploie une trentaine de personnes.En 1981 une deuxième usine-prototype fut construite dans la région de l\u2019or blanc: Minutt.Son développement débuta lentement et la phase commerciale sera atteinte dès le début de 1986.Grâce à un procédé de traitement thermique des résidus d\u2019amiante, ceux-ci se cristalliseront et on pourra les utiliser dans les fonderies qui les soumettront à de très fortes températures.Ce projet amena la création de onze (11) emplois.En 1982, à la suite d\u2019un accord gré à gré avec General Dynamics Corporation, la S.N.A.devient partenaire de la Société Asbestos Ltée avec 54,6% des actions.Deux conséquences apparurent: 188 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014\tla concentration de l\u2019administration et des ventes à Thetford Mines, réduisant d\u2019autant les activités à Montréal.\u2014\tla réduction de la production pour ramener les stocks à un niveau raisonnable.Ce dernier point a provoqué la fermeture de la mine durant une période de trois mois, n\u2019aidant certes pas la conjoncture économique prévalant dans les environs de Thetford Mines.Heureusement pour la région, la découverte d\u2019un nouveau marché potentiel permit certains espoirs pour 1982.On introduisit ce qu\u2019on appelle communément la laine de roche.On testa l\u2019aptitude des matières premières de la S.N.A.à fournir, après traitement, une laine minérale de qualité commerciale.En 1984 on entreprit la construction de l\u2019usine nécessaire et aujourd\u2019hui on y compte huit (8) employés.Pour l\u2019instant, des échantillons du produit en question ont été envoyés aux clients potentiels et on s\u2019attend à une réponse positive de la part de ce marché.Actuellement, la région possède l\u2019industrie Roto-S.N.A.qui depuis sa création il y a six mois, ne cesse d\u2019évoluer et de conquérir un marché des plus intéressants.Roto se spécialise dans la fabrication des automobiles et des petites camionnettes.Ces retombées sur la région; des emplois! Combien?Une trentaine déjà créés: on envisage une augmentation à moyen terme de cinquante emplois.Ces quatre projets principaux ont donc permis, et permettront à court terme, à une centaine de résidents de la région, de trouver un emploi.Ce n\u2019est évidemment pas comparable aux centaines qui seront perdus très bientôt mais cela apporte, de moins, une bonne base de départ en vue d\u2019une restructuration économique régionale.Regroupement des mines La S.N.A.a activement participé à la relance du secteur minier de la Région de l\u2019Amiante; malgré tout on assiste à un regroupement minier qui causera des centaines de pertes d\u2019emplois pour les travailleurs de Thetford Mines et des environs.La logique de ce regroupement est qu\u2019il ne constitue pas une alternative, il est impératif.Au début de 1985, six mines d\u2019enver- L\u2019AMIANTE 189 gure évoluaient dans la région, à environ 70% de leur capacité réelle.Prises séparément, elles n\u2019étaient plus rentable, on a alors réalisé ue trois de ces mines, fonctionnant à pleine capacité, seraient beaucoup plus rentables.Les propriétaires miniers Québécois et Américains ont alors pris la décision de congédier environ sept cent cinquante (750) employés à court terme, pour prévenir ainsi la faillite de certaines mines à long terme.Le cheminement de ce regroupement fut long et pénible pour beaucoup de citoyens de la région.À l\u2019annonce officielle du projet de regroupement, certains furent soulagés, d\u2019autres totalement découragés.L\u2019économie régionale venait d\u2019être durement ébranlée.Cette annonce impliquait la fermeture des mines King, Beaver et Nationale ainsi que des usines de transformation Normandie et Nationale.Prises ensemble, la capacité de production maintenant perdue est de 100 000 par année.Par contre, la production globale des mines restantes sera augmentée de 50 000 tonnes par année.Ceci implique approximativement cinq cent cinquante (550) pertes d\u2019emplois réels.Les deux cents (200) autres emplois perdus pourront être considérés en tant que pré-retraites.De ce nombre, cent quatre-vingt (180) ont déjà accepté cette alternative.Malgré cette perspective, cela n\u2019atténue pas beaucoup l\u2019impact négatif qui devra être absorbé par l\u2019économie de la région.L\u2019avantage possible du fait que plusieurs seront admissibles à la pré-retraite est qu\u2019ils n\u2019auront pas à quitter rapidement la région.À long terme la S.N.A.peut, grâce à ces recherches, amorcer un regain de popularité pour l\u2019amiante et ainsi permettre aux anciens employés de retourner progressivement au travail.Possibilité future Dans les projets à court terme de la S.N.A.certains pourraient provoquer d\u2019excellentes retombées sur la région de Thet-ford Mines pour les années 1986 et 1987. 190 L\u2019ACTION NATIONALE Comme expliqué précédemment, la S.N.A.effectue d\u2019importantes recherches afin de parvenir à contrôler les méfaits des fibres d\u2019amiante sur la santé physique.Une fois contrôlée, l\u2019amiante chrysotyle (extraite au Canada) pourrait aisément remplacer celle d\u2019Afrique du Sud.Cette dernière est absolument nécessaire à la fabrication des tuyaux d\u2019amiante-ciment; si l\u2019on pouvait la remplacer par notre amiante contrôlée, la production québécoise augmenterait d\u2019autant.De plus, notre amiante chrysotyle contrôlée s\u2019avère être encore moins toxique que celle d\u2019Afrique du Sud.Il est donc évident que la relance économique du secteur minier quant à l\u2019amiante, est entre les mains de la Société Nationale de l\u2019Amiante.La réalité est ce qu\u2019elle est: l\u2019avenir de la Région de l\u2019or blanc dépend exclusivement des résultats futurs de la recherche et du contrôle des composantes toxiques de la fibre d\u2019amiante.Bibliographie Une entreprise en pleine expansion, Roto-S.N.A.Article de journal; Courrier Frontenac B-l, 28 octobre 1985.Société nationale de l\u2019amiante, Rapport annuel 1983-1984, Société nationale de l\u2019amiante, Rapport annuel 1982-1983, Société nationale de l\u2019amiante, Rapport annuel 1981-1982, Société nationale de l\u2019amiante, Rapport annuel 1980-1981, Société nationale de l\u2019amiante, Rapport annuel 1979-1980. L\u2019ACTION NATIONALE 191 LA CAMPAGNE 85-86 DE LA FONDATION MINVILLE A PORTÉ LE TOTAL DU CAPITAL INALIÉNABLE À 120 000$ GRAND MERCI À NOS GÉNÉREUX AMIS ET LECTEURS.CETTE MONTÉE CONSTANTE ÉQUIVAUT À UN RÉFÉRENDUM OÙ TOUT LE MONDE DIT: «OUI!» CONSTAMMENT. 192 L\u2019ACTION NATIONALE LES ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE LANCERONT EN NOVEMBRE 1986 UN VOLUME DE 400 PAGES PAR JEAN-DENIS ROBILLARD: UNE LENTE AGONIE C\u2019EST LE DOSSIER À LA FOIS LE PLUS ÉCLAIRANT ET LE PLUS ÉCRASANT SUR LES DANGERS ET LES RECULS VÉCUS PAR NOTRE NATION FRANÇAISE AU CANADA ET AU QUÉBEC.LE VOLUME SE VENDRA VINGT DOLLARS DÈS LE 1er NOVEMBRE 1986.TOUTEFOIS ON PEUT L\u2019OBTENIR EN SOUSCRIPTION SPÉCIALE À QUINZE DOLLARS AVANT LE 1er NOVEMBRE \u2014 IL SERA ENVOYÉ AUX SOUSCRIPTEURS DÈS QU\u2019IL SORTIRA DES PRESSES.ÉDITIONS DE L\u2019ACTION NATIONALE, 82, OUEST, RUE SHERBROOKE, MONTRÉAL, H2X 1X3 (tél.845-8533) Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS % de* région* suivante* ; La Société Nationale de fE*t do Québec^ La S.N.Q.de la région des Hante» Rivières La S.N.Q.de ta région de rQutaouats La S.N.Q.de la région Saguenay Lac St-Jean La S.N.Q.de la région de r Amiante La S.N.Q.de La région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu- Yatna*ha Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B2C3 De concert avec la Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d'assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d'assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L\u2019innovation a La Solidarité ne profite qu'à vous! La Solidarité Compagnie d'assurance sur la vie Siege social: Quebec Agences: Amos.Beauceville, Charlesbourg.Chicoutimi.Laval-des-Rapides, Longueuil, Montreal, Quebec.Rimouski, Sainte-Foy, Sherbrooke, Trois-Rivieres.DU GROUPE S O L I D A R I T É \u2022 U N I Q U E "]
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